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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-05-16, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 MAI 2015 LITTERATURE FRANÇAISE Abeille et ses civilisations Bienvenue dans la géographie imaginaire et l\u2019invention du romancier Jacques Abeille mj i 1TOÎÎT[Dî| EDITIONS ATTILA Couverture du roman Les mers perdues, de Jacques Abeille, illustré par François Schuiten GUYLAINE MASSOUTRE Tels Hugo Pratt et Fellini, son œuvre est légendaire, mythique.Et méconnue.Jacques Abeille s\u2019est associé avec le dessinateur François Schuiten pour développer un formidable imaginaire.Romancier de l\u2019attente, à la manière d\u2019Ernst Jünger, de Dino Buzzati et de Julien Gracq, qui l\u2019appréciait, Jacques Abeille est qn plasticien de l\u2019imaginaire.Ecrivain qui s\u2019impose par sa créativité constante et soulignée par les illustrations de François Schuiten, il signe Le cycle des contrées où s\u2019inscrit aussi Les mers perdues (Attila, 2010) abondamment illustré par Schuiten.Le magistral ensemble onirique du Cycle des contrées comprend essentiellement quatre romans: Les jardins statutaires, Le veilleur du jour, Les voyages du fils et Chroniques scandaleuses de Terrèbre.Sous le nom de lœo Barthe, Abeille a aussi publié de petites plaquettes érotiques.Le tout fait effraction dans un monde irréel.Pratiquant l\u2019écriture intime.Abeille a d\u2019abord livré au public des proses poétiques, puis ses nouvelles érotiques, dont il revendique la pornographie.Mais, nourri de bandes dessinées, il a surtout creusé sa voie dans de grandes fictions lentes, où des guetteurs s\u2019aventurent dans la ville de Terrèbre et sa contrée, parallèle au réel.Qui est Abeille?Né en 1942, orphelin en 1944, et plus tard, après un séjour en Martinique, diplômé de littérature, de philosophie et d\u2019art, il est devenu écrivain à Bordeaux.Peu médiatisé, il a été édité par de petites maisons introuvables, confirmant que là se trouvent les trésors de demain.Son éditeur actuel.Le Tri-pode, né par scission en 2013 des éditions Attila, est l\u2019artisan du juste retour de la renommée, avec la réédition de superbes objets: Les jardins statutaires (1982/2004/2010) et Le veilleur du jour (1986/2007/2015).Bienvenue, donc, dans la géographie imaginaire, l\u2019attente et l\u2019invention.Alter ego de Gérard de Nerval, Abeille se veut un écrivain de l\u2019inconscient, de la rupture, de l\u2019effraction psychique.Loin des salons parisiens, ce surréaliste, peintre à ses heures, se dit non récupéré par l\u2019institution.Ni révolté comme Rimbaud ni polémiste comme Breton, il se rattache pourtant à ces écritures esthétiques et imagées que le poète-éditeur Bernard Noël, aux éditions Flammarion, a 1 SOURCE LE TRIPODE Dessin de François Schuiten tiré du livre Les barbares de Jacques Abeille su repérer.Fidèle à ces devanciers, il s\u2019est voulu scandaleux, méconnu et autocritique.Terrible Terrèbre Dans Les jardins statutaires, on découvre une étrange archéologie des statues, qui poussent tels des arbres, et les architectes jardiniers qui les déplacent, les taillent et les bouturent entre autres poussées.Une carte de la contrée accompagnera les romans.Dans Le veilleur du jour, Barthélemy lœcriveur, un homme sans mémoire ni passé (hormis celui de lœo Barthe, alias l\u2019auteur), arpente le port de Terrèbre, moins effrayant que mystérieux.Venu du pays des Hautes Brandes, près des Jardins Statuaires, il décrit cette capitale agitée, puis révoltée, d\u2019un empire étendu aux Contrées.Il y rencontre Zoé, grâce à qui il devient le veilleur de nuit d\u2019un cimetière et d\u2019une pyramide, construits en des temps immémoriaux ; puis Coralie, une étudiante qui l\u2019entraîne au cœur du mystère: «Toute femme est en quelque point secret dflle-méme une fille perdue et en cela l\u2019image ensemble d\u2019un conflit et d\u2019une espérance», dit-elle.Un style ample et très classique, venu des temps autoritaires de François de Malherbe, fait du guet la porte des événements fictifs, rêves poétiques qui explosent après une longue maturation.Influencé par Le mystère de la Grande Pyramide de Blake et Mortimer (éditions Blake et Mortimer) et par le film Terre des Pharaons d\u2019Ho-ward Hawks, Le veilleur du jour développe une quête aux personnages typés, symboliques et raides.«Nous allons vers un grand séisme; mon sentiment est que l\u2019avenir ne s\u2019ouvrira qu\u2019à ceux qui iront porteurs d\u2019un secret», y dit le professeur Destrefonds.«Il faut vivre en faveur de la vie.» Emblématique Aquitaine, rêvée et réinventée.Collaboratrice Le Devoir LE VEILLEUR DU JOUR Jacques Abeille Dessin de François Schuiten Le Tripode Le Rayol/Paris, 2015, 494 pages Patrice Lessard plonge aussi dans la marée noire du polar Page F 3 Notre langue est-elle trop familière ?Page F 6 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 MAI 2015 LIVRES MARIE ANDREE LEMIRE La pièce de théâtre Vipérine a été présentée au festival Méli\u2019môme en 2013 avant d\u2019être transformée en roman jeunesse.ROMAN JEUNESSE Libérer le fantôme AMELIE GAUDREAU La pièce de théâtre jeunesse Vipérine reçoit des accolades depuis sa première aux Coups de théâtre en 2012.C\u2019est peu avant qu\u2019elle soit à l\u2019affiche à la Maison Théâtre ce printemps que cette incursion sans détour dans les ruines d\u2019une famille encore en deuil d\u2019une de ses filles décédée a été publiée sous forme de roman par son auteur Pascal Bruellemans, qui en est à sa première expérience dans ce genre.Et on espère bien que ce ne sera pas la seule.Car même si La ballade de Vipérine transpire de toutes parts ses origines théâtrales, force est d\u2019admettre que cet anti-conte de fées, qui a pourtant un personnage central prénommé Fée, aborde un sujet fort délicat avec un aplomb et un humour libérateurs et une fantaisie poétique qui se passent fort bien des proverbiaux gants blancs.Telle Orphée Après un court prologue qui relate les circonstances du décès de sa grande sœur trois ans plus tôt, on fait la connaissance de Vipérine le jour de ses 12 ans.Un jour en apparence banal pour son père, si pressé de partir au bureau qu\u2019il omet de mentionner l\u2019anniversaire de sa cadette.mais qui ne manque pas d\u2019obliger cette dernière à aller se recueillir sur l\u2019urne de Fée, sa sœur aînée, avant de partir pour l\u2019école.La jeune fille, excédée par la place qu\u2019occupe fii encore la défunte dans les ruines familiales, décide de se débarrasser de la fameuse urne ce jour-là, choisissant de faire l\u2019école buissonnière pour aller «noyer la morte» dans le fleuve.Elle ne s\u2019attend cependant pas à ce que le fantôme de Fée sollicite son aide pour se libérer de l\u2019emprise de l\u2019arbre à ruban du Jardin de la mort qui la retient prisonnière entre deux mondes.Ni à ce que le narrateur de son histoire s\u2019avère finalement être la mort en personne (ou plutôt en voix.).Vipérine traverse des territoires sombres du côté des morts afin d\u2019atteindre le fameux arbre à ruban et ainsi libérer sa sœur de son joug « terrestre ».La jalousie de la jeune héroïne face au destin tragique de sa «wonder sister», sa colère parce que sa disparition a détruit la cellule familiale et surtout son incroyable volonté d\u2019en finir avec toute cette tristesse sauront émouvoir les jeunes à l\u2019aube de l\u2019adolescence.La pièce s\u2019adressait aux 10 ans et plus.On a vieilli de deux ans les personnages et le public cible pour le roman.Sans doute parce que c\u2019est une histoire qui demande une certaine maturité pour l\u2019aborder seul.Le Devoir LA BALLADE DE VIPÉRINE Pascal Bruellemans Illustrations de François Thisdale Bayard Canada Montréal, 2015, 96 pages Au 39® Salon du livre de l\u2019Abitibi.C\u2019est le jeudi 21 mai que sera inauguré le Salon du livre de l\u2019Abitibi-Témiscamingue 2015.Plus de 130 auteurs y enchaîneront séances de dédicaces, tables rondes, lancements de livre, conférences, entretiens.Des visioconférences et des conférences téléphoniques permettront à certains auteurs (Hubert Reeves, Martin Mi-chaud, Catherine Girard-Au-det, par exemple) d\u2019en être, à distance.Au Centre Air Cree-bec de Val-d\u2019Or du 21 au 24 mai.Vous trouverez la programmation au www.slat.qc.ca.Le Devoir Ln .iutiL JOUI 'y rtlapcrw L'ABÉCÉDAIRE DESANIMOTS de Marjolaine Bonenfant et Robert Soulieres UN AUTRE JOUR de Jacques Boulence et Madeleine Ghys GUSTO ET LA PARESSE d'Emilie Demers ire LIBRAIRIE INDÉPENDANTE AGRÉÉE Place Longueuil ;; 825, rue Saint-Laurent Ouest Longueuil, Qc ;; www.librairie-alire.com ;; 450679-8211 Allô prof : des services GRATUITS d'aide aux devoirs offerts à la grandeur du Québec! Montréal\tExtérieur 1^, (514) 527-3726\t1-888-776-4455 Québec\tInternet ^ (418) 843-5355 www.alloprof.qc.ca ROMAN QUEBECOIS Entre la vie et la mort Quand le corps et la conscience basculent DANIELLE LAURIN Le coma.Cet état entre deux eaux que la science parvient encore mal à expliquer.C\u2019est le sujet de Si tu m\u2019entends, de l\u2019auteure québécoise Pascale Quiviger, récompensée en 2004 par un Prix du Gouverneur général pour Le cercle parfait (L\u2019Instant même).Des images nous viennent, en cours de route, du merveilleux film d\u2019Almodôvar Parle avec elle, même si on est dans un tout autre contexte.On pense aussi au mémorable récit autobiographique de Jean-François Beauchemin La fabrication de l\u2019aube (Québec Amérique, 2008).On pourrait de plus citer plusieurs ouvrages de témoignages sur l\u2019étrangeté de la chose, vécue de l\u2019intérieur, dont le troublant Une larme m\u2019a sauvée (Transcontinental, 2013) d\u2019Angèle Lieby.Mais la particularité de Si tu m\u2019entends tient d\u2019abord au fait que le coma y est vu à la fois de l\u2019intérieur et de l\u2019extérieur.Au présent, au fil des jours, des semaines, des mois.Par le biais de la fiction.Au départ, un homme d\u2019une trentaine d\u2019années, sur un lit d\u2019hôpital, le corps disloqué.Encore sous le choc de l\u2019accident.Ouvrier de chantier, David est tombé d\u2019un échafaudage.Il se revoit tomber, il revoit tout, par flashs.Pour le reste, c\u2019est le brouillard.Il flotte, suspendu, dans des limbes flous, entre la vie et la mort.De jour en jour, de semaine en semaine et de mois en mois, tandis que le personnel ISTOCK Ouvrier de chantier, David est tombé d\u2019un échafaudage.médical s\u2019affaire autour de lui et que sa famille lui rend visite, nous avons accès à ses pensées, à ses états d\u2019âme, à ses sensations physiques, à ses souffrances, à ses souvenirs et à ses rêves mêlés, à ses tentatives de communiquer.Sous forme de monologues intérieurs, mis en italiques.Le tout est entrecoupé des réactions des autres autour.Le personnel qui le soigne.Sa femme aimante.Son petit garçon de six ans.Ses parents polonais, qui ont émigré à Montréal dans les années 1980 pour lui assurer une vie prometteuse.Tous réagissent différemment, y compris la belle-sœur aux tendances ésotériques.Chacun a sa propre relation avec David, chacun a ses raisons de vouloir le voir retraverser le miroir.Chacun a ses souvenirs, son besoin de lui.Et chacun a sa petite idée sur ce qu\u2019il convient de faire.Quelle attitude adopter.Quelles raisons d\u2019espérer ou pas.Faut-il lui parler ou pas, le toucher ou pas ?Va-t-il s\u2019en sortir ou pas ?A quel prix?Et, au fur et à mesure que le coma se prolonge : comment interpréter ses grognements, un orteil qui bouge, un sourire esquissé ?Contrairement à ceux-là, nous savons, nous, ce qui en est.Nous savons que David lutte pour sa survie.Jusqu\u2019à quand?Les infections se multiplient.Le corps menace de lâcher.A quel moment faut-il se résigner ?Question de temps C\u2019est l\u2019évolution de cette situation que décrit de façon minutieuse l\u2019auteure.En même temps que l\u2019évolution des réactions autour.Le temps qui passe est crucial.Le temps qui s\u2019étire permet aussi de rajuster le tir et, peut-être, d\u2019en arriver à accepter l\u2019inacceptable, à affronter l\u2019inconcevable.De fait, le point central du livre pourrait se situer là : à quel point le coma de David non seulement interfère dans la vie de ses proches, mais les transforme, les amène à voir la vie, la mort, autrement.Il y a de la lumière au bout du tunnel, si on peut le dire ainsi.Procédés narratifs ingénieux, profondeur des personnages, finesse de la plume: Pascale Quiviger plonge dans son sujet avec un remarquable doigté.Sans en faire trop, sans mettre en avant d\u2019excessifs larmoiements.Il faut cependant accepter l\u2019idée que, même absent, même dans le coma, David est présent au monde, qu\u2019il vibre.Qu\u2019il peut communiquer de toutes sortes de façons, y compris par la voie de l\u2019inconscient et du rêve.Il faut accepter que, d\u2019une certaine façon, il n\u2019est pas là où il se trouve, dans cet univers parallèle, pour rien.Phénomène paranormal ?En tout cas, il faut admettre que quelque chose nous échappe.Que demeure une part de mystère, d\u2019inexpliqué, d\u2019inexplicable.Et ça, c\u2019est un des terrains de jeu favoris de Pascale Quiviger comme romancière, et en quoi elle excelle.Collaboratrice Le Devoir SI TU M\u2019ENTENDS Pascale Quiviger Albin Michel Paris, 2015, 400 pages ROMAN QUEBECOIS Je marche à moi DOMINIC TARDIE Sous le ciel gris d\u2019une réserve autochtone, des garçons et des filles à l\u2019innocence sacrifiée par l\u2019indicible horreur des pensionnats ont légué à leurs enfants leurs blessures.Sarah-Mikonic Ottawa compte parmi cette génération née de parents dépossédés d\u2019eux-mêmes.Chaque soir, lorsqu\u2019elle revenait de l\u2019école, sa mère empestait fort la boisson et le désespoir.Ce serait bientôt, pour elle aussi, l\u2019alcool, la drogue et la grossesse juvénile.Voilà une existence tristement banale pour une jeune femme du peuple des Nehirowisiw, communément appelés Atikamekws.Dans l\u2019espoir de briser le cycle mortifère qui l\u2019emprisonne et de ne pas imprimer dans l\u2019esprit de sa propre fille le dégoût d\u2019elle-même qui la tenaille, elle s\u2019engage, raquettes aux pieds, sur le Chemin des mémoires, une longue marche dans les pas des ancêtres.« [L]c dernier jour de la période d\u2019inscription, tu t\u2019es réveillée d\u2019un rêve où tu te voyais debout dans la neige [.].Tu t\u2019étais sentie tellement bien dans ce SARAH SCOTT Marie Christine Bernard rêve, complètement libérée de cette angoisse qui te tient le cœur serré depuis toujours, comme un oiseau sinistre», se rappelle au début de Matisi-win la kokom de Sarah-Mikonic, sa grand-mère en allée.Intime des moindres pensées de sa petite-fille, c\u2019est elle qui assumera toute la narration de cette longue traversée du territoire.Le beau procédé porte en lui-même ce que le roman de Marie Christine Bernard dit de plus important: que la voix de ceux qui nous ont précédés, si elle peut nous lester à tout jamais d\u2019un poids oppressant.peut aussi se faire passeport vers la délivrance.Sarah-Mikonic tente à chaque foulée de se départir de la « [\\i\\onte d\u2019être Indienne, d\u2019avoir un accent quand tu parles la langue de l\u2019Autre, [.] d\u2019avoir fait un enfant à quinze ans pendant une brosse de trois jours avec un garçon que tu n\u2019aimais pas.» «Tu vois le vide.Tu as eu envie qu\u2019il t\u2019avale aussi, n\u2019est-ce pas?» lui demande sa grand-mère.Chant d\u2019amour Quelques semaines après qu\u2019une poète innue, Natasha Kanapé Fontaine, a dû se fendre d\u2019un billet de blogue pour expliquer qu\u2019affubler du mot « pow-wow » une émission à la télé d\u2019État ne relevait pas du meilleur goût, la démarche de Marie Christine Bernard témoigne d\u2019une sensibilité encore trop rare envers les Premières Nations.«Ce livre est un chant d\u2019amour pour vous», note-t-elle en conclusion à l\u2019intention des membres de la communauté d\u2019Opitciwan, en Haute-Mauricie.Elle a avec eux partagé des repas, chassé et discuté, afin de nourrir l\u2019écriture de Matisiwin.Mais, c\u2019est bien connu, l\u2019auto- route des bonnes intentions ne débouche pas toujours sur de bons romans.On excuserait sans doute plus rapidement ces nombreux passages où des poncifs se donnent les allures de sagesse ancestrale n\u2019était un récit poussif, qui oublie trop souvent d\u2019épouser la progression de son personnage principal (surtout en première moitié).Marie Christine Bernard souhaitait-elle dénoncer les ignominies qu\u2019ont subies les Premières Nations ou raconter une histoire ?Ce n\u2019est pas toujours clair.Les quelques pages de remerciements qui clôturent le roman, dans lesquelles l\u2019au-teure évoque brièvement ses visites chez les Atikamekws d\u2019Opitciwan, esquissent les grandes lignes d\u2019un livre qui mériterait d\u2019être écrit: celui de la rencontre qu\u2019a réellement vécue une écrivaine québécoise avec un peuple dont on sait trop peu de choses.Collaborateur Le Devoir MATISIWIN Marie Christine Bernard Stanké Montréal, 2015,160 pages POESIE Quand la nuit est vide Un couple au milieu d\u2019une forêt, la nuit.Désorienté, comment s\u2019y retrouver?HUGUES CORRIVEAU Difficile de ne pas exiger l\u2019éblouissement quand on nous propose un recueil constitué de 135 lignes de poésie réparties sur 45 pages.On se dit que l\u2019économie devrait produire une fulgurance renversante, telle du moins que le peu de mots imposerait l\u2019admiration.J\u2019avais bien aimé le premier recueil de l\u2019auteure.Devant mon corps, paru en 2011 (Le Noroît).Tout aussi peu loquace, il avait pourtant un propos largement suffisant pour qu\u2019on y adhère.Dans Avance la nuit, le sujet est si mince que c\u2019est bien la seule adéquation qu\u2019on pourrait y reconnaître entre la facture et le sens.D\u2019abord, disons que l\u2019au-teure se complaît dans un vocabulaire rare qui alourdit inutilement ce qui pourrait se satisfaire de moins.Ainsi, le recours aux «noctuelles», «fumerolles», «ouache», «liteau» (deux fois), «lombes», «bouscueil» et autres «arrachis» paraît bien artificiel et donne à ce livre un petit côté forcément précieux.Faut-il dire aussi que l\u2019auteure ne se prive pas d\u2019utiliser certaines formulations lourdaudes, telles ces «nappes de silences», «bastions de fumée», «voilage de la forêt», «insuffisance du prenable», «cape des étoiles», jusqu\u2019à se perdre dans le «gésier du ciel».Humanitude Qui comprendra vraiment cette question, au sens biscornu, posée comme seul poeme en une page egaree: «que trouvera-t-elle hors de ce qui la rattache de plus que ce qui l\u2019éloigne»?Qui pourra répondre à cette autre interrogation aux accents tragiques: «jongle-t-il l\u2019arrière-fond de son crâne lorsqu\u2019il s\u2019enfarge en elle» ?Une femme s\u2019enfonce dans la nuit d\u2019une forêt pour rencontrer «l\u2019Autre» (avec la majuscule) .Franchissant les obstacles évidents qu\u2019une telle entreprise soulève, l\u2019auteure et le désiré se perdent un peu beaucoup.Désincarnés à souhait, les lieux n\u2019ont pas de réelles dimensions.Les protagonistes y promènent leur «flageolant quartier de chair», çà et là dans la nuit.Eux qui savent (heureuse formule, enfin!) «la splendeur et le danger des seuils», «ils avancent en soulevant le territoire //glissent sous l\u2019écorce des morceaux d\u2019eux nocturnes créant de petites îles».Avouons-le, on suit difficilement cette quête encombrée, écrite souvent de façon aléatoire, recourant à des formulations souvent vides de sens.Et comme l\u2019auteure le dit elle-même, «ornée du doute comme panache», il vaut mieux les laisser tranquillement à ce gouffre qui tout à coup s\u2019ouvre devant eux, à savoir «l\u2019huma-nitude comme sépulture».Collaborateur Le Devoir AVANCE LA NUIT Geneviève Gosselin G.Le Noroît Montréal, 2015, 60 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 MAI 2015 F 3 LITTERATÜRE Marée noire f Christian\t^ Desmeules Alors que la célèbre collection «Série noire » de Gallimard, fondée en 1945 par Marcel Duhamel, souffle cette année ses 70 bougies, les signes de la domination d\u2019un genre apparu à la fin du XIK® siècle s\u2019accumulent de plus en plus.Le polar \u2014 mot fourre-tout pour désigner roman noir, roman policier, thriller ou enquête criminelle \u2014 est tranquillement en train de devenir hégémonique dans le paysage littéraire.En 2014, en France seulement, 16 millions de polars auraient été vendus.Une véritable avalanche.Ce «tout-au-polar» \u2014 comme le tout-à-l\u2019égout.\u2014 est un peu le grand déversoir contemporain de toutes nos frayeurs.Au point où chacun semble rêver aujourd\u2019hui de pondre son polar.De nouveaux éditeurs apparaissent, des collections sont créées.De parfaits néophytes crient au chef-d\u2019œuvre et orchestrent des lancements «historiques».Certains écrivains parmi les plus «littéraires» se grisent aussi en plein jour de ce fantasme sombre et se laissent parfois aller à leurs penchants.N\u2019est toutefois pas Simenon, Henning Mankell, Jean-Patrick Manchette, Stieg Larsson (auteur de la trilogie Millenium) ou James Ellroy qui veut.La plupart devront se contenter d\u2019être de sous-Dan Brown \u2014 l\u2019auteur du Da Vinci Code, un livre qui est au polar ce que Cinquante nuances de Grey est à la littérature érotique.Ce qui s\u2019appelle voler bas, très bas.Nouveaux joueurs, vieux réflexes Patrice Lessard s\u2019y met lui aussi, alors que son éditeur.Héliotrope, inaugure pour l\u2019occasion «Héliotrope noir», une nouvelle collection consacrée exclusivement au genre (lire également la critique ci-dessous).Auteur d\u2019une fascinante trilogie lisboète {Le sermon aux poissons, Nina et L\u2019enterrement de la sardine.Héliotrope, 2011 à 2014), Lessard se renouvelle sans se réinventer.Si ses livres précédents flirtaient déjà dangereusement avec le genre, l\u2019écrivain n\u2019hésite pas, dans Excellence Poulet, à tordre un peu le cou à ses codes et à ses stéréotypes.Récemment rentré de Lisbonne, au Portugal, où il a passé près de vingt ans, Gil Papillon «n\u2019avait jamais aimé le Québec, ne s\u2019était jamais senti ici chez lui après avoir vu comment on vivait ailleurs, et avait décidé d\u2019y rester, ailleurs».Vaguement détective privé lorsqu\u2019il était à Lisbonne, habitué à jouer dans les marges, l\u2019homme prête son regard d\u2019étranger au récit et se trouve rapidement un emploi dans une boutique de prêt sur gages de Rosemont-La Petite-Patrie.Un front, aux yeux de Gü, atteint de saudade, la mélancolie à la portugaise, «un lieu où s\u2019accumulent les débris de nombreuses histoires intéressantes».La mort violente du propriétaire de la garderie des Frimousses au chocolat \u2014 son cadavre a été retrouvé dans un conteneur à déchets \u2014, installée à côté d\u2019une rôtisserie et d\u2019un salon de massage érotique, angle Saint-Zotique et Marquette, réveille les vieux réflexes de chien pisteur de Gil, qui se propose pour mener son enquête parallèle.Une galerie de personnages colorés \u2014 mais choisis dans les tons les plus sombres du spectre \u2014, qui s\u2019expriment le plus souvent dans une langue locale assez crue merci, vient donner de la densité à Excellence Poulet.Tels Minou, Zoreille et Gros Bül, le propriétaire de la rôtisserie Excellence Poulet.Gil lui-même (dont la personnalité demeure peut-être un peu trop floue) contribue à l\u2019étonnante richesse de ce livre inattendu.Du poulet au polar Impossible d\u2019y échapper.Romans, films, séries télévisées : tout nous ramène au polar.Au point, peut-être, de donner l\u2019impression à des millions de spectateurs frileux que le crime, en dépit du bon sens et de toutes les statistiques, est aujourd\u2019hui partout et qu\u2019il pourrait d\u2019un moment à l\u2019autre frapper à leur porte.Et de là à parler de paranoïa collective, il n\u2019y a qu\u2019un pas qu\u2019il est particulièrement facile de franchir.De quoi fournir des alibis aux régimes de plus en plus populistes, liberticides et répressifs qui nous gouvernent aujourd\u2019hui.Devenu un immense canal de divertissement et de conformisme, il reste que, pour certains auteurs, le polar demeure un formidable véhicule de critique sociale.Le reflet un peu flou du désenchantement du monde.Le révélateur des dérèglements et des angoisses de notre époque \u2014 qui les prend aussi en charge d\u2019une certaine façon en validant les inquiétudes et en anesthésiant les lecteurs sous couvert de divertissement.C\u2019est une partie de la thèse, pas forcément originale mais stimulante, qui sous-tend l\u2019essai de Luc Boltanski paru en 2012 : Enigmes et complots.Une enquête à propos d\u2019enquêtes (Gallimard).C\u2019est en tout cas ce que semble faire, partiel- Patrice Lessard lement du moins, Patrice Lessard dans son Excellence Poulet, que l\u2019on ne connaissait pas vraiment sous cet angle.Mais il s\u2019y adonne à sa façon, sans jouer jusqu\u2019au bout le jeu du roman noir.Tout en convoquant notre histoire sociale et politique récente en guise de décor: le scandale des permis de garderie accordés par les libéraux, la violence policière, les politiques d\u2019austérité, un certain désenchantement collectif.Un narrateur ludique et indéterminé, qui est peut-être le même que celui de la trilogie lisboète, nous raconte tout ça avec un soupçon de cynisme : « Une chance que tout le monde s\u2019en PEDRO RUIZ LE DEVOIR sacre, pensa le sergent-détective Paquet, sinon il y aurait une révolution.En même temps, se dit-il encore, au Québec, une révolution, c\u2019est clair que ça se peut pas.Les crottés sont tranquilles.» Et sans être un grand roman noir, le livre ne fait pas tache dans l\u2019œuvre de Patrice Lessard.cdesmeules@ledevoir.com EXCELLENCE POULET Patrice Lessard Héliotrope noir Montréal, 2015, 242 pages POLAR Tours et détours MICHEL BELAIR Quel livre étrange ! Qui part dans un sens, pépère presque, puis qui bifurque violemment dans une tout autre direction.C\u2019est probablement ce virage bien appuyé qui fait que, même si on apprend rapidement que tout se passe ici entre Ham-Sud et Ham-Nord, on a Pimpression de flotter tout au long dans une sorte de nulle part où prédomine une atmosphère à la David Lynch, trouble, malsaine, nauséabonde même.Tout s\u2019amorce pourtant tout doucement autour du personnage de Roxane Pépin, nouvellement retraitée à la campagne et à peine élue mairesse de sa petite localité.Très vite on devine que sa vie n\u2019est pas simple et qu\u2019elle est perturbée tput autant par Louis-Etienne, son fils malade, que par ses nouvelles fonctions.Puis surgit un deuxième personnage, étrange: Hermann Fiesch, un Suisse immigré depuis quelques années qui habite l\u2019ancien presbytère.Il a déjà transformé l\u2019église du village en étable-arche de Noé et il rêve d\u2019une ferme récréo-touristique qui est loin de faire l\u2019unanimité.Ajoutez à cela une colonie de martinets ramoneurs installée dans le clocher de l\u2019église et qui s\u2019obstine à ne pas s\u2019envoler vers le Sud même si le temps est venu depuis longtemps.Tous les éléments du drame sont là, ou presque.Lourde métaphore Mais on verra bientôt que tout cela importe bien peu.Car le récit prend un tour différent avec l\u2019apparition de Jessica Acteau, la jeune et jolie «masseuse personnelle» de Fiesch.C\u2019est elle désormais qui occupera le centre d\u2019une toile d\u2019araignée monstrueuse reliant tous les personnages de cette histoire qui va tourner au gore le plus sanguinolent.Le changement de cap est plutôt brutal.Alors que l\u2019on apprend, accessoirement presque, qu\u2019une méchante multinationale se livre dans le coin à des expériences pas trop catholiques, on découvre des centaines de cadavres de bestiaux dans les pâturages.Et comme si la pestilence était une métaphore du mal profond qui dévaste la région, l\u2019histoire jusque-là plutôt calme explose soudain avec une rare violence.Quelques personnages, auparavant très secondaires, vont ainsi littéralement «péter les plombs»; coup sur coup, on assistera à une tentative d\u2019assassinat, à un enlèvement, à deux meurtres en direct et à un dépeçage en règle à la Luka Rocco Magnotta.Le lecteur aura peine à comprendre cette surenchère d\u2019hémoglobine tant tout cela est amené crûment sur le tapis, sans que l\u2019on ait pu voir venir quoi que ce soit.Comme si tout à coup l\u2019auteure avait décidé de surprendre tout le monde en changeant de registre et en versant dans la violence gratuite.Un peu comme si Donna Leon se mettait à faire du Jo Nesbo.Qui est vraiment Jessica Acteau?Une victime, une manipulatrice ou les deux?Et pourquoi son histoire s\u2019impose-t-elle tout à coup comme l\u2019axe central du récit au point d\u2019emprunter de plus en plus fréquemment le «je » du narrateur alors que l\u2019auteur continue d\u2019insister sur les états d\u2019âme de Roxane Pépin et de son petit monde ?Faut-il parler de roman dans le roman, ou plutôt d\u2019éparpillement?D\u2019autant plus que rien ne laissait prévoir un tel investissement dans le morbide.N\u2019empêche qu\u2019à travers ce bouillonnement plutôt inconsistant, il faut l\u2019avouer, une voix différente et une écriture dangereusement efficace se font sentir.Qn entendra très certainement parler encore de Maureen Martineau, mais on ne peut s\u2019empêcher d\u2019espérer qu\u2019elle arrive à mieux canaliser son réel talent de créatrice d\u2019atmosphères.Collaborateur Le Devoir UNE EGLISE POUR LES OISEAUX Maureen Martineau Héliotrope noir Montréal, 2015, 183 pages BRAVO ! ^Gaspard-LE DEVOIR LMARÈS ^Du 4 au 10 mai 2015\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 11 Double allépeance\tAnne Roblllard/Wellan\t1/5 2 Des nouvelles d'une p'tite ville \u2022 Tome 2 1968.Juliette\tMario Hade/Les Éditeurs réunis\t-/I 3 1967 \u2022 Tome 1 L'âme sœur\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t2/5 4 Ce qu'il reste de mol\tMonique Proulx/Goréal\t5/3 5 Tu peux toujours courir\tValérie Chevaller/Hurtubise\t4/5 6 La nouvelle vie de Mado Côté, retraitée\tRosette Laberqe/Les Éditeurs réunis\t3/5 7 La promesse des Gélinas \u2022 Tome 1 Adèle\tPrance Lorrain/Guy Saint-Jean\t8/5 8 Journal d'un disparu\tMaxime Landry/Libre Expression\t6/13 9 L'épicerle Sansoucy \u2022 Tome 2 Les châteaux de cartes\tRichard Gouqeon/Les Éditeurs réunis\t7/in 10 Les secrétaires \u2022 Tome 1 Place Vllle-Marle\tMaryléne Plon/Les Éditeurs réunis\t-/I Romans étrangers\t\t 1 L'Instant présent\tGuillaume Musso/XO\t1/7 2 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont | Versillo\t3/13 3 Dans la ville en feu\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t2/2 4 L'ombre de Gray Mountain\tJohn Grisham/Lattés\t5/5 5 After \u2022 Tome 2 La collision\tAnna Todd/Homme\t7/3 6 Georgian \u2022 Tome 4 SI vous me provoquez\tSylvia Day/Elammarlon Ouébec\t4/2 7 Les ombres de Katyn\tPhilip Kerr/Du Masque\t6/7 8 Tu me manques\tHarlan Coben/Gelfond\t8/6 9 Codex 632.Le secret de Christophe Colomb\tJosé Rodrigues dos Santos/H C\t-/I 10 After \u2022 Tome 1 La rencontre\tAnna Todd/Homme\t9/6 Essais québécois\t\t 1 Jean-Erançols Lépine, sur la ligne de feu\tJean-Erançols Lépine/Ubre Expression\t6/27 2 Tout ce que les publicitaires ne vous disent pas\tArnaud Granata | Stéphane Mallhiot/La Presse 1/3\t 3 Walmart Journal d'un associé\tHugo Meunler/Lux\t2/6 4 État du Ouébec 2615\tCollectif/Del Dusso\t3/4 5 11 brefs essais contre l'austérité\tCollectif/Somme toute\t4/6 6 La dictature du bonheur\tMarie-Claude Élle-MorIn/VLG\t5/6 7 Dépossession.Une histoire économique du Ouébec.\tCollectif/Lux\t8/2 8 James Gond encore.Pour une mythanalyse de l'agent 667\tErédérlc Jullen/Poétes de brousse\t-/I 9 Sortir le Ouébec du pétrole\tCollectif/Somme toute\t7/2 10 Essais de littérature appliquée\tJean Larose/Goréal\tin/4 Essais étrangers\t\t 1 Du bonheur.Un voyage philosophique\tErédérlc Lenoir/Eayard\t1/12 2 La chair Interdite\tDiane Ducret/Albin Michel\t2/in 3 L'occident terroriste.D'Hiroshima â la guerre des drones\tNoam Chomsky | Andre VItchek/Écosoclété -/I\t 4 Les barbares.Essai sur la mutation\tAlessandro Daricco/Galllmard\t-/I 5 Tout peut changer.Capitalisme et changement climatique\tNaomI Klein/Lux\t4/9 6 Erançois parmi les loups\tMarco Polltl/Philippe Rey\t6/3 7 Réconciliez-vous!\tMarek Halter/Robert Laffont\t3/2 8 Nous sommes Charlie.6U écrivains unis pour la liberté.\tCollectif/Le Livre de poche\tin/2 9 Soeurs volées\tEmmanuelle Walter/Lux\t-/I 10 La GIble de l'athéisme\tSam Harris | Émily Patry/Cardinal\t-/I La BTLF (Société dé géstion dé la Banqué dé titrés dé langué françaisé) ést propriétairé du systémé d\u2019information ét d\u2019analysé Sispiril sur Iss ïsntss ds livrés français au Canada.Cs palmarès sst sxtrait ds Sispinl st sst constitué dss rslsvés ds caisss ds 260 points ds vsnts.La BTLF rsçoit un soutisn financisr ds Patrimoins Canadian pour IsprajstSîi/iîri.© BTLF, touts rspraduction totals ou partialis sst intsrdits.Simon ROY Ma vie rouge^Kubrick 176 pages \u2022 19,95 $ PDFetePub : 14,99$ Boréal www.editionsboreal.qc.ca Agissez, (514) 934-4846 fondationpourenfants.com F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 MAI 2015 LITTERATURE LITTERATURE AMERICAINE Mémoire vive De la Russie aux États-Unis, le parcours drôle et émouvant de Gary Shteyngart CHRISTIAN DESMEULES T orsqu\u2019un écrivain naît ^ L^dans une famille, la famille est finie», a écrit quelque part Czeslaw Milosz.Gary Shteyngart, qui cite le Polonais dans ses Mémoires d\u2019un bon à rien, en sait lui-même quelque chose.Né en 1972 à Leningrad (aujourd\u2019hui Saint-Pétersbourg), Shteyngart a immigré aux Etats-Unis avec ses parents en 1979, en pleine guerre froide, profitant d\u2019un sauf-conduit accordé à l\u2019époque à un certain nombre de citoyens juifs, leur permettant de quitter l\u2019URSS.Romancier, auteur de Traité de savoir-vivre à l\u2019usage des jeunes Russes (2005), fi\u2019Absur-distan (2008) et de Super triste histoire d\u2019amour (2012), tous parus aux éditions de L\u2019Olivier, Shteyngart est un puissant satiriste qui a mis au cœur de son œuvre l\u2019expérience de l\u2019immigration et de la «russitude».Il manie en virtuose l\u2019insulte et l\u2019autodérision à la Woody Allen, en franc-tireur qui a dû apprendre très tôt à faire fi de ce que les autres pensaient de lui.Ces Mémoires d\u2019un bon à rien ne font pas exception.Jeunesse d\u2019un écrivain A l\u2019origine, tout un monde de souvenirs refoulés est ressuscité par une attaque de panique qui le frappe dans une ______ librairie de Manhattan, alors qu\u2019il feuilletait un livre d\u2019art consacré à une église de Saint-Pétersbourg.De leur vie en URSS jusqu\u2019à leur installation dans le quartier de Queens, à New York, l\u2019épisode réveille une succession de chocs qui s\u2019ajoutent à une histoire familiale déjà lourde (guerre, persécutions).Tous les deux profondément conservateurs, ses parents n\u2019ont pour leur part jamais vraiment quitté la Russie.Ils n\u2019ont jamais cessé non plus de s\u2019envoyer des insultes.Entre un père ingénieur qui rêvait d\u2019être chanteur d\u2019opéra et une mère professeure de piano qui Gary Shteyngart Mémoires d un ben a rien s\u2019acharne à rendre la vie plus difficile qu\u2019elle ne l\u2019est déjà, le petit Igor, lui, s\u2019est rapidement transformé en Gary.Garçon timide, peureux et asthmatique, il a longtemps été la drôle de bibitte de la classe et s\u2019est demandé pendant des années comment franchir la _____ distance qui existe entre être russe et être aimé.Sa réponse à lui sera de se mettre à écrire, tout simplement, et de puiser dans son expérien^ce familiale unique.A leur façon, ces Mémoires d\u2019un bon à rien témoignent aussi d\u2019un parcours parallèle: celui de la naissance d\u2019un écrivain.Et pour Shteyngart, cette épiphanie marque le vrai début de sa vie: «Je marchais sur l\u2019eau.» A la fin de l\u2019adolescence, ses résultats scolaires en dents de scie vont vite contraindre ses parents à plus de pragmatisme.Ni Harvard, ni Yale, ni Princeton ne vont l\u2019accepter dans leur club sélect.Ainsi, au fil des déceptions successives, tous deux en viendront à pondre un charmant néologisme de leur cru pour désigner leur fiston, l\u2019affectueux «Ratiouchka» (Petitraté).Dans ce contexte, on l\u2019imagine bien, la publication de son premier roman aura l\u2019effet d\u2019un véritable séisme familial.Avant qu\u2019un voyage d\u2019une semaine à Saint-Pétersbourg en 2013, qu\u2019il fera cette fois en compagnie de ses parents, ne vienne panser quelques plaies et boucler en quelque sorte la boucle.Emouvants, hilarants, intelligents, ces Mémoires d\u2019un bon à rien de Gary Shteyngart sont à ne pas manquer.Un vrai feu d\u2019artifice.Collaborateur Le Devoir MÉMOIRES, D\u2019UN BON ARIEN Gary Shteyngart Traduit de l\u2019anglais par Stéphane Roques L\u2019Olivier Paris, 2015, 400 pages \\ NICOLAS DERNE AGENCE ERANCE-PRESSE Une ancienne prison d\u2019esclaves à Petit Canal, en Guadeloupe, envahie par les racines d\u2019un figuier.LETTRES FRANCOPHONES Des mères courage antillaises Simone Schwarz-Bart termine le projet littéraire de feu son mari LISE GAUVIN Simone Schwarz-Bart, romancière guadeloupéenne dont les œuvres Pluie et vent sur Télumée Miracle (Seuil, 1995) et Ti-Jean L\u2019horizon (Points, 1998) sont des classiques de la littérature antillaise, a entrepris de réaliser le projet élaboré du vivant de son mari d\u2019écrire un cycle romanesque inspiré de l\u2019histoire caribéenne, dont La mulâtresse Solitude (Points) était le premier volet.Signé du seul nom d\u2019André Schwarz-Bart, le livre fut mal accueilli par la critique et on fit à son auteur un procès de légitimité.Seul Sen-ghor semble alors avoir perçu l\u2019importance de l\u2019ouvrage et des enjeux qu\u2019il mettait en place.Dans une lettre adressée à son auteur, il écrit: «Le problème que vous posez dans votre roman est, à mon avis, le plus grand problème de cette deuxième moitié du siècle: le problème de la symbiose des races et des civilisations.Malgré tous les progrès réalisés par la Civilisation industrielle,^ qui a pris naissance à la Renaissance; à cause, précisément, de cette civilisation, le problème du métissage se pose \u2014 avec la surrection de la Négritude, la résurrection de la Judéité et de l\u2019Arabité.» Mais la blessure est irréparable et le romancier, «humilié», entre en silence.Ce n\u2019est que quelques années après son décès, survenu en 2006, que son épouse, Simone, reprend les brouillons et les manuscrits de ce qui devait constituer une fresque élaborée en commun.Sous le titre L\u2019ancétre en solitude, le roman reprend le récit là où son auteur l\u2019avait interrompu et raconte la vie de trois générations de femmes antillaises, dignes descendantes de l\u2019esclave Solitude condamnée à l\u2019échafaud.« Leurres de blancs » L\u2019histoire commence à la fin du XVIIL siècle, avec l\u2019entrée en scène de Julie de Montai-gnan, une fille sans dot de hobereaux poitevins demandée en mariage par un riche pjan-teur de la Martinique.A la mort de son mari, qui arriva après plusieurs années «de chute libre dans le tafia et la négresse», elle songea un moment à retourner en Erance mais changea d\u2019idée à la pensée de «vivre sans le plancher humain que constituaient, sous ses pieds, les esclaves».Devant se rendre en Guadeloupe pour s\u2019occuper de la succession de son fils, elle décide d\u2019acheter la fille de l\u2019esclave Solitude, dont personne ne voulait, qu\u2019elle ramène avec elle en Martinique.C\u2019est ainsi que Louise Solite passa la première partie de sa vie sous la tutelle de Madame de Montai-gnan.Une patronne somme toute assez douce, qui, avec l\u2019aide de Man Eatoun sa nourrice, la protège «des autres domestiques qui se livraient sur son corps à toutes sortes d\u2019examens mystérieux afin de déterminer si elle était ou non contaminée par le sang de sa mère».Après le décès de sa protectrice, et à la suite d\u2019un épisode où elle croit avoir vu Jésus, elle reprend sa place, celle d\u2019une négresse «ni plus ni moins méritante qu\u2019une autre, ni plus ni moins aimée de Dieu, ni plus ni moins maudite».Elle connaît alors la réalité de l\u2019esclavage, qui est «monotonie, désert, ennui».Jusqu\u2019à ce qu\u2019elle soit vendue à un Blanc, Nestor Le-grandin, qui en fait sa servante maîtresse et avec qui elle aura trois filles.Histoire antillaise L\u2019abolition de l\u2019esclavage, en 1848, changea peu de chose dans la vie de Man Louise, qui «pensait que toutes ces histoires de liberté étaient un coco-macaque de leurres, un piège de blancs».Car «petit à petit, les habitations brûlées s\u2019étaient rebâties, les blancs avaient repris place dans leurs salons, et les troupes de nègres avaient retrouvé le chemin des vastes champs de canne de la plaine».La troisième fille de Louise était une «petite mulâtresse vraiment claire, une personne vraiment sauvée», alors que les deux autres étaient, comme leur mère, des «négresses si noires que bleues».Hortensia, la deuxième, dont l\u2019esprit ressemble à «un collier de perles sans fil», donna naissance à Marie, surnommée Mariette.Celle-ci comprendra que «la seule magie est celle des blancs, l\u2019alphabet, les petites lettres».C\u2019est elle qui, à certains moments, prend en charge le ré- cit et livre ses réflexions par l\u2019entremise de son journal.Dans un style alerte, où la poésie fait bon ménage avec l\u2019humour, et dans une prose émaillée de trouvailles langagières, Simone Schwarz-Bart nous livre tout un pan de l\u2019histoire antillaise vécu à travers trois générations de femmes dont l\u2019héroïsme se décline au quotidien.Un monde où l\u2019on accouche à quinze ans et où les géniteurs le plus souvent disparaissent sans laisser d\u2019adresse.Un monde dur, implacable, qui n\u2019en transmet pas moins le sentiment d\u2019une solidarité transcendant les époques: «Le plafond de la petite véranda devint une toile d\u2019araignée immense, plus vaste que le ciel, une toile où se déployaient les morts anciens, les morts présents, et les morts â venir, toutes les forces connues et inconnues auxquelles chacun se sentait suspendu, comme â un fil tremblant.» Le pari était risqué, vu l\u2019ampleur du sujet.Il a été relevé avec brio.Man Louise, Hortensia, Mariette ont rejoint le panthéon littéraire, au même titre que les Marie-Sophie Laborieux {Texaco, Patrick Chamoiseau, Gallimard) et autres mères courage de la bibliothèque mondiale.Collaboratrice Le Devoir L\u2019ANCÊTRE EN SOLITUDE Simone et André Schwarz-Bart Seuil Paris, 2015, 230 pages La Vitrine GITNN GO U LD BANDE DESSINEE GLENN GOULD Une VIE À CONTRETEMPS Sandrine Revel Dargaud Paris, 2015, 134 pages C\u2019est une remarquable rencontre du fond et de la forme que vient d\u2019orchestrer la bédéiste Sandrine Revel en partant à la rencontre du pianiste canadien Glenn Gould, de sa vie, de son œuvre et de sa douce folie, dans cette biographie délicieusement dessinée.Le découpage est sans legato, sous tension de la première à la dernière page, avec cette vélocité, cette vivacité qui n\u2019est pas sans rappeler celle des Variations Goldberg dont la logique implacable a été magnifiée sur vi-nyle dans les années 50 par le pianiste.Tout est là, loin d\u2019une trame narrative sur fil continu qui aurait été trop convenue pour le personnage : les fragments sont montés à rebours, dans des temps et contretemps rythmiques qui, de l\u2019enfance au studio de la CBC, de la ville sous la neige au bord d\u2019un lac, du génie à l\u2019angoisse, extraient toute la densité d\u2019une existence qui n\u2019en était certainement pas dépourvue.Preuve qu\u2019en devenant objet ou sujet, le génie peut parfois donner des œuvres géniales.Fabien Deglise Lcî Jour* et les jours FRANÇOIS CUSSET ROMAN LES JOURS ET LES JOURS François Cusset PO.L Paris, 2015, 348 pages Ce sont les frères et sœur Cusset, tous universitaires.Ils ont publié : Catherine, romans et autobiographie.Une éducation catholique (Gallimard) ; Yves, essayiste et acteur, un monologue à succès.Rien ne sert d\u2019exister-, Erançois, historien des idées, un journal de l\u2019an 2014, Les jours et les jours, passionnant.L\u2019entreprise de Erançois est folle : dire toute la politique, les infos, les états d\u2019âme, le quotidien.Mais on s\u2019en sort.Cusset fait exploser le temps, vibre de tous ses sens, en traitant la vie dans la culture, et la culture comme sens à la vie.Pas «diarisme diarrhétique», dit-il, mais de l\u2019écriture, propulsant les signes d\u2019introversion et le menu grandiose dans une jouissance fougueuse et captivante.Entreprise doublement valable, pour le renouveau de l\u2019écriture intime et pour le regard porté alentour, du détail minuscule aux plus grands horizons.Excellent.Guylaine Massoutre ROMAN JEUNESSE CURIEUX DE NATURE Tome i: LES OISEAUX Mylène Arpin Hurtubise Montréal, 2015,188 pages « Une nouvelle série pleine de trucs pour apprivoiser la faune et la flore», annonce la quatrième de couverture.Il risque donc d\u2019y avoir de nombreux tomes des aventures de Camille et de sa joyeuse maisonnée passionnée de nature, et animée par une ménagerie nombreuse mais harmonieuse.Entre son père vétérinaire et sa grand-mère particulièrement douée pour apprivoiser et identifier toutes sortes d\u2019animaux, la jeune fille, que l\u2019on devine quelque part au milieu du primaire, ne s\u2019ennuie jamais : elle soigne, découvre et enquête même sur les espèces qui ont élu domicile près de chez elle, à l\u2019orée d\u2019une forêt.Dans ce premier épisode, les jeunes lecteurs de l\u2019âge de Camille sont invités à découvrir la faune ailée dans tous ses états, ou presque.L\u2019intrigue simplissime du roman sert surtout à piquer la curiosité de futurs ornithologues du dimanche.Et le fait plutôt bien.Ceux qui auront mordu à l\u2019hameçon tendu par l\u2019auteure, elle-même amoureuse des animaux, trouveront leur compte dans le guide d\u2019observation des espèces d\u2019oiseaux les plus communes ajouté en annexe.Amélie Gaudreau BEAU LIVRE SADE, UN ATHÉE EN AMOUR Sous la direction de Michel Delon Albin Michel Paris, 2014, 336 pages Sur la couverture, un volcan en éruption.Le titre, Sade, un athée en amour, est emprunté à une citation de Pigault-Lebrun, un auteur que Sade a beaucoup lu alors qu\u2019il était prisonnier à l\u2019hospice de Charenton, où il a d\u2019ailleurs été directeur de théâtre.Sade, dont le seul nom évoque le mélange interdit de la cruauté et de l\u2019érotisme, répudiait les illusions conjointes de l\u2019amour et de la religion.Toute sa vie, écrit Michel Delon, Sade se pose cette question: «L\u2019athéisme en amour est-il la négation de tout élan amoureux ou bien plutôt sa vérité enfin délivrée de la boue du ciel [.] .^» La création sadienne, poursuit-il, est de tenter d\u2019incarner cette question dans des corps et des situations sans y apporter de réponse.D\u2019où le soufre qui se dégage de l\u2019œuvre.Aux côtés de cette réflexion, l\u2019ouvrage propose une série de photographies des différents lieux d\u2019incarcération du célèbre marquis, ainsi que différentes reproductions de ses lettres et ouvrages.Car s\u2019il n\u2019avait pas passé sa vie en prison, suggère Jean-Christophe Abramovici, Sade «ne serait sans doute pas devenu un grand écrivain».L\u2019ouvrage documente abondamment le penchant de Sade pour l\u2019histoire, la littérature et la philosophie.Caroline Montpetit LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 MAI 2015 F 5 LIVRES AUTOBIOGRAPHIE Beate et Serge Klarsfeld, chevaliers de la bonne mémoire JULIE CLARINI On aurait pu ne jamais lire leurs Mémoires et c\u2019eût été dommage.Au fond, ni Tun ni l\u2019autre ne trouvaient vraiment nécessaire ce travail d\u2019inventaire et d\u2019introspection au couchant d\u2019une vie.Beate et Serge Klarsfeld s\u2019en expliquent à la fin du livre : ce qui compte, à leurs yeux, ce n\u2019est \u2014 et cela n\u2019a jamais été \u2014 que leur action.Or leur long combat en faveur de la justice et de la mémoire, leur obstination à dénoncer l\u2019impunité des criminels nazis, fut public, médiatique même.Quel besoin d\u2019en rajouter?«Le personnage que j\u2019incarne est bien plus grand que moi, je le sais», écrit simplement Beate, faisant montre d\u2019une retenue qui caractérise ses textes comme ceux de Serge, avec lesquels ils alternent.C\u2019eût été dommage parce que, dans la confrontation avec l\u2019Histoire, certains se révèlent sans que soit jamais résolu le mystère de leur engagement.Et que ces Mémoires nous le rappellent aussi bien qu\u2019une pièce de Sartre.Les Klarsfeld ne trouvent guère les mots pour décrire ce moment de 1967 qui décide de leur vie.En ce dernier mois d\u2019été, Beate vient d\u2019apprendre qu\u2019elle est révoquée de l\u2019Office franco-allemand pour la jeunesse (OEAJ) pour avoir dénoncé dans la revue Combat le scandale que constituait l\u2019élection de Kesinger, ancien nazi, au poste de chancelier en Allemagne fédérale.Révolté, le couple choisit de mener l\u2019offensive.La première.« Une fois engagé, le destin de chaque homme est figé par ses actes», avance Beate.É Beate et Serge en Syrie.JOEL ROBINE AGENCE ERANCE-PRESSE Klarsfled à Taéroport de Roissy, en 1982, après que Serge, traquant Tex-SS Alois Brunner, s\u2019est fait refuser l\u2019entrée Action et indignation Leur destin, justement.Tout commence en 1960.Serge, étudiant à Sciences Po, rencontre Beate, jeune fille au pair, sur le quai du métro.Serge, né en 1935, est un survivant de la Shoah, orphelin d\u2019un père raflé sous ses yeux à Nice et mort à Auschwitz; installé avec sa mère et sa sœur dans la capitale, il a eu comme professeur Julien Gracq et comme copain Georges Perec.Beate, née en 1939 dans un foyer modeste, est berlinoise, fille d\u2019un ancien soldat de la Wehrmacht.Propulsés militants par une capacité commune à mêler l\u2019action à l\u2019indignation, ces «chevaliers de la bonne mémoire», comme les nomme le philosophe Vladimir Jankélévitch, ont pour fait d\u2019armes inaugural la gifle que Beate donne à ce même Kiesinger au beau milieu d\u2019un congrès de la CDU à Berlin.Leur prochain coup d\u2019éclat sera l\u2019enlèvement manqué, en 1971, de l\u2019ancien chef de la Gestapo à Paris, Kurt Lischka, qui coule des jours tranquilles à Cologne.Mais Beate \u2014 car, à cette époque, c\u2019est elle l\u2019héroïne \u2014 dénonce aussi l\u2019antisémitisme qui sévit à l\u2019Est, s\u2019enchaînant en 1970 à un arbre à Varsovie pour distribuer des tracts, réitérant l\u2019opération un an plus tard à Prague, aveugle aux dangers.Durant toutes ces années, à l\u2019Ouest comme à l\u2019Est, les Klarsfeld collectionneront les mandats d\u2019arrêt, les expulsions, les nuits au commissariat ou en prison, «sinistre et monotone rituel».Braver les lois, c\u2019est à ce prix qu\u2019est la justice, tandis qu\u2019une audace acharnée est le secret de la victoire.Au fil de leur récit croisé, il apparaît que Beate agit «au nom des Allemands» pour prouver au monde la conscience et la volonté démocratique de ses concitoyens, Serge, «au nom des juifs».Il se nomme lui-même «chasseur d\u2019âmes juives disparues» plutôt que «chasseur de nazis», titre dont on l\u2019affuble.L\u2019obsession de la mémoire le pousse à passer le barreau pour préparer les procès, à rassembler des documents sur les déportations \u2014 il signera le monumental Vichy-Auschwitz (Layard, 1983-1985) \u2014, à fonder, en 1979, l\u2019association des Lils et filles des déportés juifs de Lrance.Dans les années 1980, l\u2019obstination du couple se voit récompensée par l\u2019arrestation de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo à Lyon, enfin expulsé de la Bolivie, puis par son procès.S\u2019enclenche, en parallèle aux traques des nazis allemands, un nouveau tournant, celui des offensives contre des personnalités de Vichy (Bousquet, Leguay, Touvier et Papon) \u2014 une partie de leur histoire mieux connue.Mais rien ne s\u2019arrête jamais: «militer encore et jusqu\u2019à la fin», notamment aujourd\u2019hui contre Dieudonné.On leur a reproché leur goût de la gloire et du scandale.Le livre regorge de scènes spectaculaires \u2014 une fabuleuse intuition de Beate qui retient cela de la fréquentation des cercles militants allemands : pour faire exister une cause, la force morale doit rencontrer une dimension sensationnelle.Du grand art de militant.Néanmoins, sous leur plume, se déroule une vie de dossiers et d\u2019archives autant que d\u2019exploits, aussi excitante qu\u2019elle est parfois austère et répétitive.L\u2019engagement «laisse toujours une brèche par où l\u2019on contemple, légèrement fasciné, sa propre aventure», avoue Beate.C\u2019est bien l\u2019impression qui émane des Mémoires : leur vie est une aventure tendue entre le passé et l\u2019avenir.Qu\u2019on est heureux de partager.Le Monde MÉMOIRES Beate et Serge Klarsfeld Fayard Flammarion Paris, 2015, 686 pages SOCIOLOGIE L\u2019heure au « patriarcat moderne » ISABELLE BOISCLAIR Je le reconnais.Ma première réaction, en abordant ce livre d\u2019Eric Macé sur l\u2019état de nos sociétés après un demi-siècle de luttes féministes, fut de me rappeler les reproches adressés par de nombreuses chercheuses féministes à Pierre Bourdieu à la suite de la parution de La domination masculine (Seuil) en 1998.Celles-ci l\u2019accusaient d\u2019ignorer leurs travaux, l\u2019ouvrage ne citant aucune théoricienne.Autre cas de mansplaining?Si Macé cite bel et bien (certaines) féministes (c\u2019est moi ou il a parfois tendance à laisser entendre qu\u2019elles ne sont pas allées assez loin?), la question de la place des hommes dans le féminisme n\u2019est pas pour autant évacuée.J\u2019y suis plutôt favorable: pour réaliser ce projet d\u2019égalité, toutes les ressources sont bienvenues.Cela dit, il faut reconnaître que certains sont plus égaux que d\u2019autres, et que la voix de certains a le fâcheux effet d\u2019enterrer celle des autres.Mais laissons là.Héritage Abordant aussi bien les questions des droits civiques et civils que celles liées aux identités sexuelles/de genre, l\u2019essai de Macé reste utile pour au moins deux raisons.La première est certes contestable, mais une idée à contester, c\u2019est déjà une idée qui fait avancer, non?L\u2019auteur soutient que la situation actuelle ne peut être qualifiée de patriarcale ; ainsi formule-t-il la notion de l\u2019après-patriarcat.Ce post-patriarcat, inspiré du postcolonialisme à la Stuart Hall, ne signifie pas que nous serions dans un moment historique où le patriarcat serait totalement liquidé, plutôt qu\u2019il a perdu de son hégémonie, laquelle déterminait ce qu\u2019il appelle le patriarcat traditionnel (oh ! le beau pléonasme).Il lui oppose un patriarcat moderne (oh ! le bel oxymore), qui serait irrémédiablement déterminé par le premier, dont il serait la conséquence, et qui garde donc les traces de son héritage.Car subsistent certaines reliques, en tensions conflictuelles avec les forces progressistes.Selon Macé, nos sociétés (il ancre son discours dans l\u2019Union européenne mais l\u2019étend aisément aux sociétés occidentales) auraient tout de même atteint un point où les «arrangements de genre » propres au patriarcat n\u2019ont plus force de loi.Si les exemples cités à l\u2019appui de sa thèse sont recevables, Macé fait tout de même l\u2019impasse sur certains aspects les plus lourds de cet héritage, notamment la persistance de la violence envers les femmes.On reste ébaubie que cette réalité puisse être oubliée.Peut-être est-elle incluse dans l\u2019héritage?Il passe également rapidement sur l\u2019intersectionnalité \u2014 la prise en compte du croisement du sexe avec d\u2019autres traits ['APKES- PATRIARCAT Comment sortir de l'impasse ?panic Parenteau l'iirfépeBian®* psi\u2019^ l\tve la souverain i «B.La voie la plus sûre pour conduire le peuple québécois à Vindépendance .LA RÉPUBLIQUE! Nouveauté \u2022 12,95$ F I D E S groupefides.com identitaires, tels le genre, l\u2019orientation sexuelle, la classe, la « race », etc.\u2014, pourtant essentielle pour comprendre nos sociétés.Conditions pratiques Au-delà, on ne lèvera pas le nez sur les très intéressantes propositions que l\u2019auteur avance pour larguer les quelques liens qui nous amarrent toujours au patriarcat traditionnel et qui constituent, pour lui, les conditions nécessaires à son dépassement.Il milite pour une «dégenration de l\u2019organisation sociale tout entière», qui passe par «le démantèlement à la fois de l\u2019androcentrisme de l\u2019organisation du travail et du gynocentrisme des politiques familiales».Concrètement, il défend un système de garderie universel, c\u2019est-à-dire accessible pour toutes, notamment les femmes à bas salaire, et suggère d\u2019intégrer au programme scolaire, dès le primaire, une éducation au genre.Cette dernière proposition semble doctrinaire ?Je me souviens qu\u2019une amie, à qui je confiais que je ne me gênais pas pour exprimer des critiques féministes devant ma fille à l\u2019endroit des émissions de télé qu\u2019elle écoutait, soutenait que je l\u2019endoctrinais.À cela, j\u2019avais répondu : «C\u2019est moi ou Disney.» Ce sexisme disneyen de la culture ambiante, Macé l\u2019assimile à une «tyrannie de la majorité masculiniste au sein de la culture juvénile», laquelle, si on ne l\u2019entrave pas, fait de nos enfants ses agents reproducteurs.Enfin, autre condition pour advenir à un après-patriarcat: offrir des congés parentaux longs et rémunérés pour les deux parents (quels que soient leur sexe et leur genre), afin de briser l\u2019asymétrie qui règne tant dans la sphère familiale que dans la sphère du travail.Ces conditions se résument donc ainsi: «égalité en droit et par le droit, égalisation des conditions», mais également «individualisme autonome et singulariste»; car Macé prône aussi un désenchantement des identités de genre traditionnelles dictées par le patriarcat.Au final, on se réjouit.Collaboratrice Le Devoir UAPRES-PATRIARCAT Éric Macé Seuil Paris, 2015, 180 pages vieNt De paRaitRe Dossier Francophonie en Amérique: entre rêve et réalité NUMÉRO 778 \u2022 JUIN 2015 Les auteurs: Emiliano Arpin-Simonetti, Maurice Basque, Anne-Andrée Denault, Lise Caboury-Diallq Natasha Kanapé Fontaine, Rodney Saint-Éloi, Joseph Yvon Thériault À lire aussi : le Carnet de Marie-Andrée Lamontagne, la chronique poétique de Paul Chamberland, une réflexion sur la Charte des droits et libertés à l'occasion de son 40® anniversaire Artiste invitée: Virginia Pésémapéo Bordeleau Sommaire détaillé et abonnement en ligne: www.revuerelations.qcca 6 NUMÉROS PAR ANNÉE, 48 PAGES Un an : 40 $ Deux ans : 70 $ À l'étranger (un an) : 55 $ Étudiant: 25 S (sur justificatif) Abonnement de soutien: 100 $ (un an) 514-397-8670 | abonnenient@sodep.qc.ca SODEP (revue RELATIONS) CP.160, suce.Place d'Armes Montréal, Québec H2Y 3E9 EN KIOSQUES ET LIBRAIRIES 7,00$ EN VERSION NUMÉRIQUE 5,50$: VITRINE.ENTREPOTNUMERIQUE.COM Oui, je désire un abonnement de.NOM _______________________ .an(s), au montant de _ ADRESSE CODE POSTAL .TÉLÉPHONE (_ Je paie par chèque à Tordre de: SODEP (revue Relations) CH MasterCard ou Visa CH NUMÉRO DE LA CARTE I___^^^_________| |__^^^_________| |___^^^________| |___^^^________| EXPIRATION I I I AU NOM DE ___________________________________________________________ SIGNATURE__________________________________________________________ F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 MAI 2015 ESSAIS La Vitrine \\ RECIT AUTOBIOGRAPHIQUE ILS SONT FOUS CES CORÉENS! Dix ans chez les eorcenés DE L\u2019EEEICACITÉ Eric Surdej Calmann-Lévy Paris, 2015,173 pages Dans l\u2019entreprise sud-coréenne LG, la sonnerie d\u2019un téléphone n\u2019a pas fait entendre ses premiers décibels que l\u2019employé a déjà le combiné en main.Il a intérêt: il est chronométré.Toutes ses tâches le sont.Sa promotion au sein de l\u2019entreprise en dépend.Et plus il montera, plus la pression sera forte.et plus son poste sera précaire.Car au sommet, il y a 400 dirigeants \u2014 jamais plus, jamais moins \u2014, tous plus rem-plaçables les uns que les autres.Un subalterne a un point de pourcentage de plus que vous sur son bulletin d\u2019évaluation et vous êtes éjecté.Ainsi le veut l\u2019éthos de,travail coréen, tout voué qu\u2019il est à l\u2019efficacité.Le Français Éric Surdej a été le premier Occidental à accéder au saint des saints chez LG, l\u2019un des principaux chaebols, ces colosses industriels qui dominent l\u2019économie sud-coréenne et envahissent le monde avec leurs téléviseurs, voitures, laveuses, sécheuses, etc.Dans Ils sont fous ces Coréens!, Surdej raconte de fabuleuse façon son ascension, puis sa chute, dans cette impitoyable machine, hiérarchisée au possible et qui ne tolère aucune insubordination.Jean-Frédéric Légaré-Tremblay ESSAI DÉPOSSESSION Une histoire économique du Québec CONTEMPORAIN Tome I: LES RESSOURCES IRIS Lux Montréal, 2015, 328 pages LES RESSOURCES ISSESSION lec «Le ver de la dépossession était dans la pomme de la Révolution tranquille», affirme hardiment Simon Tremblay-Pépin, qui dirige un ouvrage publié par l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques IRIS, organisme québécois progressiste de recherche économique fondé en 2000.Loin de soutenir, comme certains ultraconservateurs, que le changement survenu entre 1960 et 1966 était néfaste, il pense qu\u2019il était très insuffisant.La Révolution tranquille, explique-t-il, a fait naître deux nouvelles forces: les technocrates et les entrepreneurs, qui, proches du pouvoir, auraient perpétué la dépossession «alors même qu\u2019ils prétendaient y mettre fin».Il donne comme exemple leur collusion récente avec l\u2019extractivisme minier et pétrolier.Il estime que «la maîtrise de sa destinée continue d\u2019échapper au peuple québécois».Chez Tremblay-Pépin, le radicalisme fougueux, épique, nullement étranger à l\u2019utopisme rationnel, impressionne par sa ferveur et sa générosité.Lui et l\u2019IRIS succomberont-ils au productivisme que des anticapitalistes, rompus à la lutte sociale, partagent ironiquement avec les néolibéraux?Non, s\u2019ils ont la sagesse écologique d\u2019insister sur la croissance modérée autant que sur la dramatique dépossession qu\u2019ils dénoncent.Michel Lapierre Roger Grenier Parla ma grana ville BALADE PARIS MA GRAND\u2019VILLE Roger Grenier Gallimard Paris, 2015,115 pages.Roger Grenier est un vénérable monsieur des lettres, pilier de l\u2019édition.Né en 1919, il a été un compagnon de Camus à Combat', auteur d\u2019une trentaine de livres, moult fois primés, journaliste, pataphysicien et plus encore, il a été un éditeur majeur chez Gallimard.Dans ce bref ouvrage, il revient sur tout cela, dans une promenade parisienne, s\u2019arrêtant à telle rue, scansion du livre, où tel souvenir rejaillit.Il l\u2019évoque d\u2019un trait, tandis que le siècle s\u2019éloigne, lui qui sera bientôt, pour une jeune génération, un monde difficile à croire, à se représenter.Camus, Queneau, Giono, Aragon et Triolet, Alejo Carpentier, Boris Vian ou Claude Roy, Sagan et les autres, c\u2019est le Quartier latin profilé en touches légères, à propos d\u2019un square, du pont des Arts, d\u2019un café.Paris sur un mode léger.Guylaine Massoutre ILOSOI FLOUE IncapiîiwliL' I PHILOSOPHIE LA PHILOSOPHIE FLOUE Une approche Miller Levy PUF Paris, 2015, 192 pages Dans La philosophie floue.Une approche, la boussole emblématique qui orne les couvertures de la célèbre collection « Que sais-je ?» semble avoir perdu tout contact avec le champ magnétique terrestre, mais indique de nouvelles avenues imprévisibles.Se présentant comme un «artiste de variétés», Miller Levy esquisse les contours d\u2019une «philosophie floue» qui procède par tâtonnement en mélangeant les titres de quelques « Que sais-je ?».Ce sont soixante-dix œuvres réunies qui, non sans humour, font naîtçe des catégories disciplinaires par association «termique».A la place des titres originaux Géographie des paysages et La sexualité féminine.Levy suggère Géographie féminine et La sexualité des paysages.D\u2019une proposition à l\u2019autre, les rapprochements, les détournements donnent envie de réfléchir à ces «choses qui n\u2019existent pas» et qui «ont une drôle d\u2019existence».Renaud Lussier Notre langue est-elle trop familière i Louis CORNELLIER Q Le débat sur la qualité du français des Québécois est permanent.«Plus qu\u2019à taper sur une rondelle avec un bâton, écrivait la linguiste Marty Laforest dans son excellent Etats d\u2019âme, états de langue (Nota bene, 2006), le véritable sport national des Québécois consiste à parler de la langue.» Dans le dernier demi-siècle, les frondes les plus retentissantes à cet égard sont venues des regrettés Frère Untel et Georges Dor.Le discours est connu : les Québécois parlent mal et ne sont pas à la hauteur du modèle français.On ajoute souvent à ce constat l\u2019idée que cette incompétence pourrait, à long terme, entraîner la disparition du français au Québec.Ce discours est-il juste?Savante linguiste, Anne-Marie Beaudoin-Bégin (AMBB) entend le contester dans La langue rapaillée.Combattre l\u2019insécurité linguistique des Québécois, un brillant essai que son préfacier Samuel Archibald présente, à raison, en faisant un clin d\u2019œil au titre d\u2019un classique de la linguiste Marina Yaguello, comme un « Catalogue des idées reçues sur la langue québécoise».Menace Une de ces idées reçues est justement celle selon laquelle la principale menace qui pèse sur le français au Québec ne serait pas tant la force de l\u2019anglais que la mauvaise qualité de notre français.AMBB la démolit en deux coups de cuillère à pot.« Une langue, écrit-elle en rappelant une vérité méconnue, ne disparaît pas quand elle s\u2019éloigne de la norme prescriptive, elle disparaît quand elle n\u2019est plus utilisée, point.» Par conséquent, précise-t-elle, «ce ne sont pas les puristes qui ont maintenu le français au Québec».Ce sont les femmes, en faisant des enfants, notamment à l\u2019époque de la Revanche des berceaux, et la loi 101, en faisant du français la langue de l\u2019école, du travail et de l\u2019administration publique, en permettant donc, explique la linguiste dans une belle formule, «l\u2019aspiration au bonheur en français» au Québec.La sauvegarde d\u2019une langue, en d\u2019autres termes, est d\u2019abord une affaire de statut et d\u2019usage, et non de respect de la norme.La leçon est claire.FRANCIS VACHON LE DEVOIR Le discours est connu : les Québécois parlent mal et ne sont pas à la hauteur du modèle français.Savante linguiste, Anne-Marie Beaudoin-Bégin entend contester ce constat dans La langue rapaillée.Combattre l\u2019insécurité linguistique des Québécois, un brillant essai.historiquement vérifiée, mais jamais retenue.Son rappel est donc plus que bienvenu.Qu\u2019en est-il, maintenant, de la qualité de notre langue?Pour répondre à cette question, AMBB nous convie à un petit cours de linguistique.La plupart des discours sur la langue, explique-t-elle, relèvent de T\u2019approche prescriptive, qui consiste à se fonder sur une norme (dictionnaires, grammaires) pour accepter ou refuser certaines formes.Fn tant que science, la linguistique privilégie plutôt l\u2019approche descriptive, qui consiste à colliger les formes existantes et possibles, sans jugement de valeur.«Les linguistes descriptifs, précise toutefois AMBB, reconnaissent l\u2019importance de la norme prescriptive», c\u2019est-à-dire du français soigné, mais ils s\u2019opposent à la confusion entre langue standard et langue.Ils expliquent qu\u2019il est dans la nature même de toute langue de comporter des variétés (soutenue, neutre, familière et populaire) et que la norme n\u2019est pas intrinsèque à la langue, donc immuable, mais est plutôt un fait social soumis à des variations géographiques («dîner» n\u2019a pas le même sens ici qu\u2019en France), temporelles (le «moé» prestigieux de Louis XIV est devenu populaire), situationnelles (la même personne modifie son registre selon qu\u2019elle discute entre amis ou qu\u2019elle donne LA LANGUE RAPAILLÉE une conférence) et socio-économiques (le juron d\u2019un ouvrier n\u2019a pas nécessairement une connotation agressive).La familiarité Ce que veut montrer AMBB, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas une langue française, qui devrait être la même en tout temps et en tout lieu, mais des langues françaises.Les divers registres ont des rôles sociaux distincts: le registre soigné s\u2019applique à des situations officielles et le registre familier aux situations informelles.Une analogie avec le rôle des vêtements sert d\u2019illustration: dans un gala, on ne s\u2019habille pas comme chez soi.Peut-on dire pour autant que les vêtements d\u2019intérieur, moins chics, sont condamnables?Les jugements sévères portés sur la qualité de notre langue s\u2019expliqueraient, selon AMBB, par une méconnaissance de ces vérités linguistiques.Nous aurions, au Québec, la fâcheuse tendance à condamner les manifestations du registre familier, au nom d\u2019une norme considérée comme un absolu.Ce refus de la variation, suggère la linguiste, serait la cause de notre insécurité linguistique et aurait un effet pervers : ce sentiment de ne jamais être à la hauteur entraînerait un décrochage («trop complexe de respecter la norme, j\u2019abandonne») et un désir d\u2019anglais.La démonstration est énergique, instructive et solide.File fait toutefois l\u2019impasse sur un élément important.S\u2019il importe, en effet, de reconnaître la valeur du registre familier (dans la mesure, cependant, où il s\u2019inscrit dans le génie du français ; tout accepter en bloc, comme le suggère AMBB, même les anglicismes et les calques, confine à un laxisme conduisant à négliger le souci de la langue), il importe tout autant de rappeler la nécessité de maîtriser le registre soigné, dont l\u2019élégance et la précision sont irremplaçables.Utiliser le registre familier à l\u2019oral, AMBB a raison de l\u2019écrire, ce n\u2019est pas dégrader la langue française, mais ne pas avoir accès au registre soigné, de même que ne pas maîtriser le code standard à l\u2019écrit, reste une manifestation de pauvreté linguistique trop répandue au Québec.La familiarité est une belle vertu québécoise, mais ça ne doit pas être la seule.louisco@sympatico.ca LA LANGUE RAPAILLÉE Combattre l\u2019insécurité LINGUISTIQUE DES QUÉBÉCOIS Anne-Marie Beaudoin-Bégin Somme toute Montréal, 2015,120 pages HISTOIRE Des Patriotes aux vire-capots Peu d\u2019ex-Patriotes se sont opposés à FUnion de 1840 et à la Confédération de 1867 MICHEL LAPIERRE En publiant sa Brève histoire des Patriotes à la faveur de la commémoration de ceux qui illustrèrent l\u2019insurrection de 1837-1838 et le mouvement progressiste sous-jacent, Gilles Laporte dépoussière un sujet presque usé.Pas si brève que le veut le titre, sa synthèse, plus soucieuse de pensée politique que de bravade, justifie la prudence de Papineau et donne tort à Wolfred Nelson qui, aussi versatile qu\u2019intempestif, finira par se rallier au pouvoir.«Je diverge d\u2019opinion avec M.Papineau et je crois que le temps est venu de fondre nos plats d\u2019étain pour en faire des balles!» s\u2019écrie, en octobre 1837, Nelson, l\u2019un des Patriotes les plus en vue.Il reproche à Louis-Joseph Papineau, le chef politique, de ne pas, dans l\u2019immédiat, appeler au soulèvement du Bas-Canada contre l\u2019Empire britannique.L\u2019analyse de Laporte est limpide et ramassée : «L\u2019indécision de Papineau peut-elle en partie expliquer ultimement l\u2019échec de l\u2019insurrection?Clairement pas.» L\u2019historien le démontre de façon très convaincante: «Les conditions matérielles à «// est remarquable que le programme patriote ait été porté par une population plongée alors dans la pauvreté, la précarité, la discrimination et Visolementf} Extrait de Brève histoire des Patriotes une victoire militaire patriote n\u2019étaient tout simplement pas réunies.» On ne peut affronter la plus puissante armée du monde avec des fourches et des soldats d\u2019un jour.Crises et émancipation L\u2019éditeur ne pèche pas par flatterie en présentant l\u2019ouvrage comme «une première synthèse claire et accessible».Pour en faire ressortir la portée internationale, Laporte compare la lutte des Patriotes contre la domination britannique à celles que mènent, à la même époque, les Polonais contre l\u2019Empire russe et, en particulier, l\u2019Irlande aussi bien que le Haut-Canada précisément contre Londres.Il prend soin de souligner ce qui différencie le Haut-Canada (l\u2019Ontario actuel) du futur Québec: les réformistes n\u2019y «bénéficient pas du soutien d\u2019une majorité de la population qui, contrairement à celle du Bas-Canada, demeure profondément loyaliste et applaudira même à la répression ».H rappelle que, dans les fameuses 92 résolutions adoptées par les Patriotes mais répudiées par Londres, la défense de la langue fi'ançaise et de la culture qu\u2019elle exprime y figurait.Laporte note, avec beau- coup d\u2019à-propos, que, dans l\u2019Amérique du Nord britannique, «il n\u2019y a qu\u2019ici que la crise sociale et la crise politique se soient superposées à une lutte d\u2019émancipation nationale».Nommé par Londres en 1838 gouverneur en chef pour enquêter.Lord Durham vit d\u2019ailleurs ici «deux nations en^guerre au sein d\u2019un même Etat».Si Laporte a raison de conclure qu\u2019il fallait «attendre 1960 et la Révolution tranquille» pour réentendre les accents «libérateurs» de 1837, on s\u2019étonne avec regret qu\u2019il plaçe «sans rougir» George-Étienne Cartier, transfuge des Patriotes comme tant d\u2019autres et père de la Confédération, dans la même chaîne de l\u2019évolution québécoise que René Lévesque.Le jugement le plus généreux de sa part lui permet-il la confusion la plus aberrante ?Collaborateur Le Devoir BRÈVE HISTOIRE DES PATRIOTES Gilles Laporte Septentrion Québec, 2015, 368 pages "]
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