Le devoir, 30 mai 2015, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI MAI 2015 COLLAGE ARCHIVES LE DEVOIR BIOGRAPHIE Jean Narrache : l\u2019amertume sous le rire Sous ce pseudonyme, Émile Coderre créa la voix d\u2019un Québec paumé, urbain et dérangeant MICHEL LAPIERRE En 1913, Emile Coderre, étudiant en pharmacie et apprenti dans un établissement de la rue Sainte-Catherine Est, à Montréal, livre un médicament près de la rue Saint-Laurent.La porte s\u2019ouvre, racontera-t-il, sur une jeune femme seulement vêtue «d\u2019un collier de perles et d\u2019une paire de bas roses», tenue à laquelle ses pompeuses études classiques ne l\u2019ont pas préparé.Aussi, au lieu d\u2019être, par tradition, poète du terroir, se proclamera-t-il «poète du trottoir».Cette formule rpsume à merveille ce qu\u2019a été Emile Coderre (1893-1970), qui, sous le pseudonyme de Jean Narrache, a exprimé, en réinventant leur langue colorée, les sentiments des gagne-petit et des chômeurs durant la crise économique des années 30.Historien de la littérature, Richard Eoisy a exhumé de nombreux inédits qui nourrissent son ouvrage Un poète et son double, la première biographie complète de Narrache, et Quand j\u2019parl\u2019pour parler, son édition remaniée de l\u2019anthologie de l\u2019écrivain.Même si son biographe très solide fait remonter l\u2019expression populaire «j\u2019en arrache», d\u2019où le poète tire son pseudonyme aux défricheurs de la Nouvelle-Erance qui peinaient à extirper les souches, Coderre est un poète urbain \u2014 et même notre premier écrivain populaire urbain \u2014, précurseur de Gratien Gélinas et de Michel Tremblay.En 1936, il n\u2019affirmera pas en vain au poète sherbrookois Alfred Des-Rochers, aussi « canayen » que lui, mais plus rural : «Je suis du peuple ! » Entre le sang de la rue et la gouaille Né à Montréal, Coderre a beau être fils de pharmacien, petit-fils de notaire, avoir comme oncle maternel un homme d\u2019affaires influent, il a partagé le sort des pauvres en devenant à omu cinq ans orphelin de père et de mère.Adopté par d\u2019humbles membres de sa famille, aidé par un grand-oncle curé, il a fait ses études classiques au petit séminaire de Nicolet pour plus tard devenir pharmacien sur le Plateau-Mont-Royal, puis à Saint-Henri, avant de travailler comme voyageur de commerce ainsi que dans d\u2019autres domaines.Même si, composés dans une langue châtiée, ses premiers poèmes souffrent d\u2019un «romantisme attardé», comme il l\u2019avouera en 1969, on y découvre, dès 1917, la transcription de ce précepte de Nietzsche : «Ecris avec du sang.» Coderre lit Mark Twain, maître américain d\u2019une littérature populaire qui n\u2019a plus besoin d\u2019être ainsi catégorisée tant l\u2019œuvre de celui-ci la transcende, et Jehan Rictus (1867-1933), poète français dont la gouaille faubourienne reste une manière plus qu\u2019une trouvaille.Mais, devenu Jean Narrache par sa publication en 1932 d\u2019un recueil de poèmes.Quand j\u2019parl\u2019tout seul, et en 1939 d\u2019un autre, J\u2019parl\u2019pour parler, il exprime son originalité canadienne, voire montréalaise.Sa Prière devant la Sun Life, poème du deuxième recueil, en est le meilleur exemple.Dans une touchante naïveté, un paumé y dénonce, avec ses tripes, l\u2019élite canadienne-fran-çaise d\u2019alors, qui fait appel à la religion et au patriotisme pour cacher au peuple le culte de l\u2019argent qu\u2019elle pratique avant tout.S\u2019avouant «rien qu\u2019un rien», il prie ironiquement devant l\u2019édifice de la compagnie d\u2019assurance vie, rue Metcalfe, au cœur de la métropole, «Pour ceux qui s\u2019font des pil\u2019s de piasses / A s\u2019planter comm\u2019Champions d\u2019là Race; / Pour tous lesjureurs de serments / D\u2019amour à la Franc\u2019not/moman; / Pour tous ceux qui ti/nt bénéfice / De notr\u2019vach\u2019rie et de nos vices.» Le VOIR PAGE F 4 : NARRACHE Jean HaitiKhe dernier vers révèle que Narrache n\u2019est ni un amoureux aveugle de ce qu\u2019il appelle la «quêteu-cratie» ni un socialiste doctrinaire.11 se méfie aussi bien des grands sentiments que des grandes théories.Ce qui lui confère, à notre époque désillusionnée, une actualité certaine et fait vite oublier le «côté un peu vieillot» de son œuvre, que même Eoisy, son admirateur, ne manque pas de suggérer discrètement.En 1937, dans Histoires du Canada, dont le premier ministre Maurice Duplessis empêche la réédition, Narrache affirme même : «Il y a autant de politiciens honnêtes dans le monde qu\u2019il y a de prostituées chastes.» Sous l\u2019humour A propos des hommes de pouvoir et des capitalistes qui profitent des guerres tout en honorant sans limites les soldats tombés au front, le poète interpelle ces derniers : « Tout ça c\u2019est parc\u2019que vous êt\u2019s morts./ si vous viviez, mes pauvr\u2019s garçons! / Vous manqueriez d\u2019pain su\u2019la planche / comm\u2019ben d\u2019autr\u2019s revenus du front.» La fatalité de l\u2019existence l\u2019inspire plus que la promesse révolutionnaire des lendemains qui chantent.Son humour noir excelle à décrire une dame bien qui, au Théâtre Saint-Denis, pleure «comme un arrosoir» en assistant à la pièce Les deux orphelines et qui, en quittant la salle, apostrophe deux petites mendiantes.Elle s\u2019écrie : «Allez-vous-en, mes p\u2019tit\u2019s voleuses!» Narrache conclut: «La vie, c\u2019est ben mal emmanché!» Avant sa mort, il explicitera cette réflexion : «La vie, quoique feignent d\u2019en penser tant de gens, n\u2019est pas un don mirifique dont il faille tant se réjouir.Après tout, n\u2019avons-nous pas tous été condamnés à la vie sans avoir eu la moindre chance d\u2019en appeler de cette terrible sentence.» Qui aiuait cru que, sous la langue colorée du peuple, l\u2019arrière-pensée du poète des Une biographie de Martin Luther King Page F 5 Le Parti québécois est-il encore moderne?Page F 6 BANDE DESSINÉE Des ponts dessinés au crayon EABIEN DEGLISE Les apparences sont souvent trompeuses, particulièrement dans le monde de la bande dessinée, cet art capable de mystifier à l\u2019aide d\u2019un simple coup de crayon.Un doute?Prenez la maison d\u2019édition Drawn and Quarterly \u2014 D-i-Q, pour les intimes \u2014, qui donne cette impression persistante, avec son catalogue soigné, littéraire et sophistiqué, de venir au mieux de Londres, au pire de la Nouvelle-Angleterre, mais qui en réalité, depuis un quart de siècle, fait rayonner ses romans graphiques partout sur terre depuis le Mile-End de Montréal.Une présence discrète mais influente qui, en plus d\u2019avoir rapproché deux solitudes par la plume et l\u2019encre noire, a également stimulé l\u2019émergence d\u2019une bande dessinée d\u2019auteur francophone au Québec.«On l\u2019a toujours dit», lance à l\u2019autre bout du fil Erédéric Gauthier, cofondateur de la maison d\u2019édition La Pastèque, quartier général de la série Paul de Michel Rabagliati.En 2013, La Pastèque a célébré ses 15 ans d\u2019existence.«Nous avons eu deux influences majeures: L\u2019Association en France [un lieu éditorial spécialisé dans le roman graphique] et D+Q à Montréal, qui ont nourri l\u2019identité de La Pastèque.» La fdiation, à la lisière du mimétisme par moments, est évidente.Elle se dévoile d\u2019ailleurs subtilement dans la brique de près de 800 pages que vient de lancer l\u2019éditeur anglo-montréalais pour souligner son 25® anniversaire, dont la date exacte était quelque part en avril dernier.L\u2019objet s\u2019intitule Drawn and Quarterly, Twenty-five Years of Contemporary Cartooning, Comics and Graphic Novels.11 relate, entre autres choses, les premiers pas de cette grande aventure, initiée par la bédéiste Julie Doucet, première auteiue à intégrer VOIR PAGE F 6 : CRAYON ADRIAN TOMINE Adrian Tomine, Read-Handed, dessin publié en couverture du New Yorker en 2008 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE I MAI 2015 LIVRES LUTÉRATURE QUÉBÉCOISE La quête de la mère DANIELLE LAURIN Premier Québécois à avoir remporté la Coupe du monde de slam poésie à Paris, en 2011, il a signé trois albums et deux recueils de poèmes, dont S^\u2019édenter la chienne (Ecrits des Forges, 2014).A 34 ans, David Goudreault, travailleur social de formation, publie un premier roman décapant, très difficile à prendre au premier degré.On apprend dès le prologue qu\u2019il y a un cadavre.On ne saura qu\u2019à la toute fin qui est mort et dans quelles circonstances.On sait déjà qu\u2019on a entre les mains ce qui a tout l\u2019air d\u2019une confession.Puisque tout se joue dès l\u2019enfance, c\u2019est là que commence le récit.«Ma mère se suicidait souvent», confie le narrateur.Dès l\u2019âge de 4 ans, l\u2019enfant qui vivait seul avec sa mère a dû affronter les penchants autodestructeurs de sa maman, bourrée de médicaments et traitée aux électrochocs, en vain.Pas traumatisé le moins du monde, affirme-t-il pourtant.« Contrairement à ce que prétendent les rapports officiels, je n\u2019étais pas affecté par ses habitudes.Quand maman sortait la tête de ses enfers, c\u2019était une femme merveilleuse.Les spécialistes peuvent bien aller se pendre eux aussi, avec leurs pseudo-analyses de nos liens d\u2019attachement.» De tentative de suicide en tentative, le comportement de la mère a fini par alerter les services sociaux.Est arrivé ce qui devait arriver : on l\u2019a séparée de son petit.«Pour ma sécurité et son équilibre», précise le fils.Il avait 7 ans.Il ne l\u2019a jamais revue.«Cela m\u2019a paru aussi logique que d\u2019interdire la neige en hiver ou la sloche au printemps.Je savais bien, moi, qu\u2019elle ne mourrait jamais et qu\u2019il n\u2019y avait que ses berceuses pour m\u2019apaiser.On était une famille spéciale, mais une famille quand même.On avait besoin l\u2019un de l\u2019autre.» Tout cela aurait pu donner lieu à une histoire misérabiliste.C\u2019est plutôt de l\u2019ascension de la rage dont il est question.Car on a affaire à une petite crapule, sans foi ni loi.Dont les actes de violence vont aller en augmentant.Comme si avoir été séparé de force de sa mère à l\u2019âge de 7 ans justifiait tout.Comme s\u2019il s\u2019agissait de circonstances atténuantes concernant son comportement inadmissible sur qui personne n\u2019a de prise.Comme si, à partir du moment où l\u2019enfant a été privé de sa mère, même non fonctionnelle et suicidaire.I,\tI ' Il iijU^v '-1a i-.' ^ i ^ ^ ^\t\" David Goudreault, travailleur social de formation, slameur, signe ici son premier roman.JF DUPUIS l\u2019engrenage était inévitable.C\u2019est du moins la version du narrateur.Son seul réconfort dans sa descente aux enfers : les livres.Qui affinent son vocabulaire, alimentent son imaginaire.Et lui servent de repères pour philosopher à ses heures.Il nourrira aussi le rêve de devenir rappeur, tout passionné de hip-hop qu\u2019il se révélera à l\u2019adolescence, mais le passage à l\u2019acte sera sans cesse reporté.Trop de hargne et de besoins primaires à combler avant tout.Rage au cœur Loin d\u2019en vouloir à sa mère, il l\u2019adule, l\u2019idéalise.C\u2019est aux autres qu\u2019il en veut, à ceux qui les ont séparés.Il rage aussi contre les familles d\u2019accueil qui se succèdent dans sa vie : il se sent traité comme un moins que rien.Il juge ceux qui empochent un chèque du gouvernement sous prétexte de (mal) prendre soin de lui.Peu à peu, il s\u2019en prend cruellement à leurs petits animaux de compagnie.Il en vient à commettre de petits larcins, à multiplier les mauvais coups.Devenu jeune adulte, carburant à l\u2019alcool, à la drogue, aux amphétamines, il s\u2019enfonce dans la criminalité.Il ne veut rien savoir des normes, rit des règles, profite de toutes les bonnes âmes qu\u2019il croise, sans scrupule.Et il ajoute jour après jour des noms sur sa liste de vengeance : tous ces gens qui n\u2019ont pas été à la hauteur de ses attentes, qui lui ont fait du mal.Bref, il en vient à commettre l\u2019irréparable.Comme cela était annoncé dès le début.De ce point de vue, outre quelques surprises, on ne peut pas dire que c\u2019est excitant.On patauge dans le glauque, détails sordides à l\u2019appui.Pas moyen, bien sûr, d\u2019avoir de la sympathie pour cet antihéros qui se croit tout permis.Qui n\u2019est pas sans faire penser, par certains côtés d\u2019ailleurs, aux ploucs détestables mis en scène par François Barcelo dans ses polars déjantés.Mais en pire.Le narrateur de La bête à sa mère a tous les défauts : non seulement cet accro à la porno et aux jeux de hasard est-il violent, il se montre manipulateur à l\u2019extrême, harceleur de première.Aussi sexiste que raciste ou homophobe, il s\u2019assume, sûr de son bon droit.Tout cela est justifié à ses yeux.Car, pour ce petit salaud imbu de lui-même: «On est salaud dans la mesure où la vie est une salope.» Son expression préférée: «C\u2019est documenté.» Du style.- «Les liens du sang sont plus forts que tout, c\u2019est documenté.» Ou : « On ne se pointe pas chez les gens les mains vides.Il faut des fleurs ou une arme, c\u2019est documenté.» Ainsi de suite.C\u2019est au-delà des événements comme tels que La bête à sa mère est vraiment intéressant, si on peut dire.Dans la charge sociale sous-jacente au roman.Une charge à tous les vents, sans retenue aucune, qui se plaît à l\u2019exagération.Contre le monde pourri, corrompu, hypocrite, égocentrique.Contre la loi du plus fort, la course à l\u2019avoir et au paraître.Contre la déshumanisation généralisée.Comment, dans un tel monde, seul à se défendre depuis l\u2019enfance, éviter la rancœur, la déviance?La bête à sa mère pourrait se lire comme un cri du cœur.Malgré la plume au vitriol de David Goudreault.Malgré fhumour rentre-dedans qui parsème son roman.Ou peut-être grâce à cela: c\u2019est entre les lignes que ça se passe.La quête de la mère.Le désir obsessif du fils de se blottir à nouveau dans ses bras.Quitte à fabuler au plus haut point sur le moment des retrouvailles.Quitte à rentrer dans le mur.C\u2019est la ligne directrice du récit.Peut-être ce qui lui donne son sens.Collaboratrice Le Devoir IA BÊTE À SA MÈRE David Goudreault Stanké Montréal, 2015, 232 pages LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES «Un roman-monde.» «Profond, universel, surprenant.» «Un feuilleton à la Dumas.» «Best-seller en vue.» ,|«in-\\Iicli('lt!ucnassia Trompe-la-mort loimiii ROMAN Boumbo 2.0 DOMINIC TARDIE AU cours d\u2019un entretien avec la BBC en décembre 2014, Stephen Hawking mettait en garde la planète.«Les formes primitives d\u2019intelligence artificielle que nous avons déjà se sont montrées très utiles.Mais je pense que le développement d\u2019une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l\u2019humanité», déclaralt-11 alors.Les laboratoires Renault-PSA réimaginés par Grégoire Courtois auraient sans doute eu intérêt à prendre au sérieux le légendaire astrophysicien avant de créer la Blackjag, première voiture «entièrement organique et vivante».Cornée humaine en guise de pare-brise et cordes vocales de félin qui singe le ru^ssement d\u2019une voiture traditionnelle composent entre autres ce Boumbo 2.0, assemblé à partir à\u2019« éléments existants en l\u2019état dans le règne animal».Comment alimentera-t-on la bête ?Grâce à un orifice en forme d\u2019appareil génital femelle, conçu à partir du code génétique de la vache, de l\u2019éléphant et de la baleine bleue.De quoi sabler le champagne ?Pas encore.La révolution annoncée sera refroidie par l\u2019annonce de la disparition d\u2019Antoine Donnât, propriétaire du Albin Michel Moitié vrai « [Moitié wa/distille un] sentiment de bien-être.[.] Au cœur de ce voyage, la recherche de l\u2019amour, de la famille, mais aussi d\u2019une Laila Maalouf, La Presse « C\u2019est une histoire lumineuse [.].» Marie-Louise Arsenault, Radio-Canada, Plus on est de fous, pius on lit ! Société Êtes «ntrei»r/s«s culturelles\t^ ^ 514 524-5558 lemeac@lemeac.com\tQuébec E1E9 modèle initial de Blackjag.Jane, la boîte noire parlante dont est doté le véhicule, restituera pour le bien de l\u2019enquête que mène l\u2019hulssler Klein tout ce qu\u2019elle a enregistré, en une série de rapports plus ou moins télégraphiques traçant le quotidien de la famille Donnât.L\u2019extraordinaire bagnole avait semé la zizanie au sein du domicile conjugal, apprendra-t-on.«Mais avouez que ce choix de peau de femme humaine sur vos sièges engage le conducteur dans un registre qui n\u2019a plus grand-chose à voir avec la conduite», fera judicieusement remarquer l\u2019hulssler à Fransen, le démiurge derrière la voiture.Avalé par la machine Deuxième roman de Grégoire Courtois, Suréquipée Imagine une version sur stéroïdes de la relation érotlco-posses-slve qui lie Vhomo vroum-vrou-mus à son automobile, à la fols extension de son phallus et miroir de ses fantasmes.La fable futuriste ne brille ni par sa subtilité ni par son originalité, mais le ton robotique sur lequel la Blackjag rend compte des moments où son propriétaire lui a témoigné son ^fectlon propose une caricature d\u2019un surréalisme plus comique que moralisant.«Ses lèvres se posent sur mon volant, raconte-t-elle au sujet d\u2019Antoine, alors possédé par de concupiscents Instincts.SURÉQUIPÉE «J\u2019analyse toutes les options qui me permettraient d\u2019apporter une réponse à cette insistante requête.» La Blackjag, parce qu\u2019elle parle et perçoit les champs électromagnétiques, est-elle forcément capable d\u2019émotions?Conférer de l\u2019Intelligence à une machine n\u2019équlvaut-11 pas à lui conférer aussi le pouvoir de nous avaler tout rond, si ça lui chante ?Autant de questions appartenant de moins en moins à la fiction, que Courtois double en fin de course d\u2019une réflexion sur la mémoire et la fabrication des souvenirs.En évitant les mises en garde catastrophistes, Grégoire Courtois Imagine une de ces rares dystoples n\u2019empestant pas la blen-pensance.L\u2019auteur français se plaît tout simplement à rouler pour le plaisir, grâce au carburant d\u2019une prémisse farfelue.Il faudra lui pardonner de ne pas toujours savoir contourner quelques Idées tenant de f évidence.Il n\u2019est malgré tout pas Inutile de répéter celle-ci : les fabricants de chars sont peut-être assez Idiots pour concevoir une voiture plus Intelligente qu\u2019eux.Collaborateur Le Devoir SURÉQUIPÉE Grégoire Courtois Le Quartanier Montréal, 2015, 152 pages isi, Antoine me gare dans l\u2019allée.H appuie sur la pédale de frein.Je stoppe.Je vérifie l\u2019état de mes fonctions vitales.Tout est en ordre.Ce trajet d\u2019une vingtaine de kilomètres m\u2019a permis de contrôler le bon fonctionnement de mes membres et de mes organes après la convalescence.yy Extrait de Suréquipée LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MAI 2015 F 3 LITTERATÜRE La Vitrine 1 ALBUM JEUNESSE UHOMME SANS CHAUSSETTES Jennifer Couëlle Illustrations de Ninon Pelletier Editions de l\u2019Isatis Montréal, 2015, 28 pages S\u2019il y a un sujet qui n\u2019est à peu près jamais abordé en littérature jeunesse, et même en littérature tout court, c\u2019est bien celui de l\u2019itinérance.Cette triste réalité qu\u2019on ne veut pas trop voir et qu\u2019on ne veut surtout pas vivre est difficilement évitable si on fréquente les quartiers centraux de grandes villes, ce qui n\u2019est pas le cas de bien des enfants d\u2019âge scolaire.L\u2019album L\u2019homme sans chaussettes pourrait très bien les éveiller en douceur à cette condition humaine peu enviable.On y suit la « démarche » de deux enfants, Luca et sa voisine Juliette, qui finissent par s\u2019intéresser au sort d\u2019un homme étrange qu\u2019ils croisent quotidiennement sur le chemin de l\u2019école, qui parle le plus souvent tout seul, sans chaussettes, sur un banc de parc.De la crainte aux questionnements jusqu\u2019à un rapprochement éventuel, cette histoire est un éloge à la compréhension et la compassion.Les illustrations colorées et riches en détail complètent à merveille cette petite fable sociale.Amélie Gaudreau Maxime HOUDE La IHisere des LAISSES-POVR-COMPTE POLAR LA MISÈRE DES LAISSES-POUR-COMPTE Maxime Houde Alire Lévis, 2015, 274 pages Le privé Stan Coveleski a de la classe et un sens du devoir qui l\u2019honore.Même quand il rencontre le cadavre de l\u2019un de ses Indies dans un tiroir de la morgue, le détective sait garder son calme et ses distances par rapport à ses anciens collèges de la police ; à la fin des années 1940, à Montréal, la fli-caille trempe dans toutes sortes de trucs plus ou moins avouables.Mieux vaut se montrer prudent.Et voilà que Stan se voit chargé d\u2019une enquête par le père de sa fiancée.Poursuivi par deux gorilles tout autant que par les flics qui, tour à tour, lui tapent dessus joyeusement pour mettre la main sur une mystérieuse mallette, le détective parvient à sauver sa peau en faisant surgir un lien inattendu entre le monde interlope et son commanditaire.Coveleski réussira à faire la lumière sur cette histoire trouble tout en faux-semblants, mais y laissera son cœur.Maxime Houde réussit à créer un personnage à la fois attachant, juste et efficace, qui n\u2019a rien du superhéros ; Coveleski mène ses enquêtes en se servant de son intuition, de son sens de l\u2019humour et de sa répartie.On plonge avec bonheur dans cette histoire racontée dans une langue truculente, parlée à des niveaux divers par une impressionnante galerie de personnages.En prime, le Montréal dépeint par Maxime Houde donne souvent l\u2019impression de voyager dans le temps.Michel Bélair POESIE Au cœur de la chasse HUGUES CORRIVEAU Remettre en question le fait d\u2019exister malgré la férocité parfaite du vivant, voilà le propos fondamental des Hommes sont des chevreuils qui ne s\u2019appartiennent pas, recueil de Mireille Gagné déchiré entre vie et survie, entre «La proie» et «Le prédateur» (titres de ses deux parties).Cette oscillation mène au rôle qu\u2019on décide de tenir à bout portant dans le sens de son existence.Ce recueil, pourtant signé par une poète, investissant un «je» constamment féminin, porte un curieux titre dont la pertinence du mot «homme» (comme partout dans le recueil) ne s\u2019explique pas.Employé sans doute dans son sens générique, il contribue à proposer une piste de lecture qu\u2019on ne peut s\u2019empêcher de remettre en question.C\u2019est d\u2019autant plus dommage que la vérité extrême de ce recueil tient dans la vision radicalement féminine de ce monde avec lequel la poète se colle-taille, qui déchire et tue, qui fragilise le moindre «spasme de vivre», dirait Nelligan.Or, magnifiques sont souvent ces textes très courts, ces vers percutants qui aveuglent tant leur acuité s\u2019impose.Défi immense, donc: «Comment devenir une femme sans mordre ?» Résoudre ce dilemme provoque ce déchirement intrinsèque qui taraude la poète.La métaphore de la chasse s\u2019immisce d\u2019emblée comme une force pour éclairer cette faim et cette soif de soi.La bête traquée est une corneille, noir oi- LES HOKMES SONT DES CHEVREUILS Oui nES\u2019aRRaUTiEnnENT pas seau, charognard et survivant, et la poète confesse: «Je lave les corneilles / Méticuleusement / Lisse les plumes / A la perfection / L\u2019éternité est un art.» Silence de chasseresse S\u2019il est vrai que «Certains si occupés à mourir / Ne voient pas les autres survivre», ce n\u2019est pas le cas de la poète, qui affirme: «Je ne regarde pas la proie / Avant de la tuer / Une fois éventrée / Je conserve le cœur / Lavé à grande eau / Je l\u2019observe / Longuement / Avant de me reconnaître.» Cette volonté de conscience porte ces mots tout du long, avec le même souffle poétique, car, c\u2019est impératif, «Ne pas faire de bruit / A l\u2019intérieur de l\u2019oiseau / Surtout / Ne pas souffler / L\u2019équilibre tient à un fil.» Précaution de chasseresse à l\u2019affût, précaution de victime sur le point de succomber?Cette ambivalence est le moteur même de cette poésie, toujours au bord du silence menaçant sa propre vitalité.Or, l\u2019auteure sait bien que «Les squelettes ont les^yeux aussi bleus que le ciel / A force de périr», mais ce qui compte au fond, c\u2019est cet aveu retentissant: «Demain je vous jure je veux vivre.» Collaborateur Le Devoir LES HOMMES SONT DES CHEVREUILS QUI NE S\u2019APPARTIENNENT PAS Mireille Gagné L\u2019Hexagone Montréal, 2015, 72pages Passeurs d\u2019éternité Christian Desmeules Près de vingt ans après Les aurores montréales, Monique Proulx continue à se passionner pour Montréal, postée en son cœur comme une araignée au centre de sa toile, attentive au moindre de ses frémissements.Ce qu\u2019il reste de moi, son 5® roman, s\u2019appuie surtout sur la figure historique de Jeanne Mance, considérée à juste titre aujourd\u2019hui comme la cofondatrice de Montréal en 1642 \u2014 avec Paul Chomedey de Maisonneuve \u2014, embarquée pour le Nouveau Monde à l\u2019âge de 34 ans pour «apporter l\u2019éternité à des êtres qui ne la connaissent pas».A travers cet hommage frontal à la fondatrice de l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal et aux premiers colons, fous de Dieu ou inspirés véritables, qui ont combattu pour s\u2019y installer, l\u2019écrivaine demeure en quelque sorte fidèle à sa manière, c\u2019est-à-dire celle d\u2019écrire des «thrillers existentiels» qui permettent de faire le plein d\u2019humanité.Un large regard romanesque qui embrasse l\u2019immense et merveilleuse complexité du monde, avec une prédilection pour l\u2019in-fmiment petit \u2014 les déséquilibrés, les itinérants, les exclus et les perdus.Un roman ambitieux, qui ressemble étrangement à celui de l\u2019un des personnages d\u2019écrivains créés ici par Monique Proulx, qui a écrit «une manière de roman gigogne où les personnages sont régurgités les uns à la suite des autres, et parfois les uns dans les autres, et qui aurait puisé son inspiration abracadabrante dans tout ce qui se dresse en hauteur dans le ciel montréalais».C\u2019est le fil directeur de ce roman \u2014 dont faction s\u2019étend de la fondation de la ville jusqu\u2019à nos jours \u2014 habité d\u2019une galerie de personnages dont chacun semble animé par une ferveur qui prend de multiples formes : celles de l\u2019écriture et de la création, de la justice, de la charité ou de la foi.Monique Proulx Ce qu\u2019il reste de moi contient mille vies, et s\u2019intéresse par exemple au destin de Markus Kohen, un jeune Juif hassidique en rupture de ban avec sa communauté, qui choisit de se fondre dans le tissu de la ville et d\u2019explorer sa propre individualité.Mais sans pour autant renier certaines des valeurs les plus fondamentales de son héritage.Une sorte de pureté qui fait écho à l\u2019engagement inflexible de Virginie Hébert, la directrice d\u2019une maison d\u2019accueil pour itinérants amérindiens.Un peu nous tous On y trouve aussi Thomas, scénariste connu, dévasté après une séparation difficile, qui croit que l\u2019amour est bel et bien mort en lui.Laurel, son fils, qui est lui aussi écrivain, de retour à Montréal après un long séjour en Inde, rêvant d\u2019absolu et de liberté.Ga-brielle, la sœur de Thomas, qui enseigne le français à des immigrants, ouverte sur le monde.Le fantôme de leur mère, grand-mère adorée de Laurel.D\u2019autres encore: un prêtre sulpicien anticonformiste qui fait des exorcismes, un de- ^Gaspard LE DEVOIR LMARÈS ^^^\tDu 18 au 24 mai 2015\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 La vie sucrée de Juliette Gagnon \u2022 Tome 3 Escarpins.\tNathalie Roy/Libre Expression\t-/I 2 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 11 Double allégeance\tAnne Robillard/Wellan\t2/7 3 Des nouvelles d'une p'tite ville \u2022 Tome 2 1968.Juliette\tMario Hade/Les Éditeurs réunis\t1/3 4 Maudits bas jaunes!\tMarie-Millie Dessureault/Mortagne\t-/I 5 Tu peux toujours courir\tValérie Chevalier/Hurtubise\t4/7 6 1967 \u2022 Tome 1 Lame sœur\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t3/7 7 La Justiciére.La finale des coupables\tMarc Aubin/l'Apothéose\t-/I 8 La promesse des Gélinas \u2022 Tome 1 Adèle\tErance Lorrain/Guy Saint-Jean\t7/7 9 Ce gu'il reste de moi\tMonigue Proulx/Boréal\t6/5 10 La nouvelle vie de Made Côté, retraitée\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t5/7 Romans élrar^ers\t\t 1 Linstant présent\tGuillaume Musso/XO\t1/9 2 Dans la ville en feu\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t2/4 3 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont j Versilio\t3/15 4 Codex 632.Le secret de Christophe Colomb\tJosé Rodrigues dos Santos/HC\t6/3 5 Lombre de Gray Mountain\tJohn Grisham/Lattès\t4/7 6 Les guatre saisons de Tété\tGrégoire Delacourt/Lattès\t-/I 7 Tu me mangues\tHarlan Coben/Belfond\t7/8 8 Dis-moi gue tu m'aimes\tJoy Eielding/Michel Lafon\t5/2 9 Lune pourpre\tJames Patterson j Marshall Karp/Archipel\t8/2 10 After \u2022 Tome 2 La collision\tAnna Todd/Homme\t9/5 Essais québécois\t\t 1 Mort médicale, est-ce humain?\tHubert Doucet/Médiaspaul\t-/I 2 Ma vie rouge Kubrick\tSimon Roy/Boréal\t1/2 3 Second début.Cendres et renaissance du féminisme\tErancine Pelletier/Atelier 10\t4/2 4 La langue rapaillée.Combaftre l'insécurité linguistigue.\tAnne-Marie Beaudoin-Bégin/Somme toute\t10/2 5 Tout ce gue les publicitaires ne vous disent pas\tArnaud Granata j Stéphane Mailhiot/La Presse\t5/5 6 État du Ouébec 2015\tCollectif/Del Busso\t7/6 7 Jean-Erançois Lépine, sur la ligne de feu\tJean-Erançois Lépine/Libre Expression\t3/29 8 Sortir le Ouébec du pétrole\tCollectif/Somme toute\t6/4 9 Walmart.Journal d'un associé\tHugo Meunier/Lux\t8/8 10 One histoire de la politesse au Ouébec.Normes et déviances.\tLaurent Turcot/Septentrion\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Du bonheur.Dn voyage philosophigue\tErédéric Lenoir/Eayard\t1/14 2 Remèdes mortels et crime organisé\tPeter C.Gotzsche/PDL\t9/2 3 Loccident terroriste.D'Hiroshima à la guerre des drones\tNoam Chomsky I Andre VItchek/Écosociété\t2/3 4 Cosmos.Brève encyclopédie du monde\tMichel Onfray/Elammarion\t4/2 5 Tout peut changer.Capitalisme et changement climatigue\tNaomi Klein/Lux\t3/11 6 Les barbares.Essai sur la mutation\tAlessandro Baricco/Gallimard\t5/3 7 La chair interdite\tDiane Ducret/Albin Michel\t6/12 8 Lettre aux escrocs de l'islamophobie gui font le jeu des racistes Charb/Les échappés\t\t-/I 9 Brut.La ruée vers l'or noir\tCollectif/Lux\t-/I 10 La Bible de l'athéisme\tSam Harris | Émily Patry/Cardinal\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdspdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR mandeur d\u2019asile pachtoune réfugié dans son église, une belle jeune femme un peu nymphomane, désireuse de répandre l\u2019amour et le plaisir autour d\u2019elle.Un Inuit perdu au centre-ville, une sorte de chaman mohawk aveugle et son chien.Un restaurateur afghan attiré par le soufisme, perturbé par la décision de sa fille de porter le voile.Tous ces personnages sont reliés entre eux d\u2019une manière ou d\u2019une autre à travers des chapitres ponctués d\u2019intermèdes historiques où évoluent Jeanne Mance et les premiers colons de Montréal.Monique Proulx ausculte ainsi le cœur palpitant de la métropole québécoise, fondée il y a près de quatre siècles par quelques illuminés sans peurs et sans reproches partis un jour de Erance pour tenter la «Folle Entreprise».Et comme dans Champagne (Boréal, 2008), son roman précédent, un écrivain en constitue l\u2019épicentre.Et à la manière d\u2019un kaléidoscope, comme autant de doubles de fauteure elle-même, plusieurs personnages posent ainsi sur le monde \u2014 et sur Montréal \u2014 le même regard ouvert et généreux.Attentif aux démunis, à la multitude urbaine, chacun engagé à sa manière dans une quête à tâtons de spiritualité, de hauteur morale ou d\u2019apaisement.S\u2019agit-il du grand roman de Montréal que l\u2019on nous vante?Sans doute pas, tant ce livre imprégné de mystique paraît aussi large d\u2019un côté qu\u2019il est étroit de l\u2019autre.Sa structure complexe \u2014 voire compliquée \u2014 et sa foisonnante générosité en atténuent peut-être un peu la force de frappe.Mais ce qu\u2019il reste vraiment du cœur de Jeanne Mance, où qu\u2019il se trouve, «continue de battre indifféremment pour tous, ceux qui rient ou ceux qui pleurent, les Mohawks comme les pures laines comme les venus d\u2019ailleurs, tous ceux-là susceptibles d\u2019être allumés par ses pulsions clandestines».Collaborateur Le Devoir CE QUTL RESTE DE MOI Monique Proulx Boréal Montréal, 2015, 432pages PULITZER « Une lumière dans la nuit » Magazine Lire « La force physique et émotionnelle d\u2019un chef-d\u2019œuvre» Library Journai la lumière ne pouvons TT^-ivi luman F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE I MAI 2015 LITTERATURE LITTERATURE ETRANGERE Aller-retour États-Unis-Nigeria CHRISTIAN DESMEULES Americanah, le 3® roman de Chimamanda Ngozi Adi-chie, est d\u2019abord une histoire d\u2019amour et d\u2019exil.La longue trajectoire de retour au pays natal d\u2019une jeune femme rêvant d\u2019ailleurs et de culture.Une chronique des déchirures intimes et des ambitions déçues.Avec cette romance moderne posée dans un monde globalisé, l\u2019écrivaine nigériane de 37 ans, fille d\u2019universitaire et féministe engagée, s\u2019impose comme l\u2019une des écrivaines africaines les plus importantes aujourd\u2019hui.Alors qu\u2019elle partage depuis prè^ de vingt ans sa vie entre les Etats-Unis et le Nigeria (pays de Wole Soyinka, Prix Nobel de littérature en 1986), ses livres sont traduits dans une trentaine de langues.Son premier roman, Uhibis-cus pourpre (Anne Carrière, 2004), a remporté en 2005 le prix du meilleur premier roman du Commonwealth.Le suivant.L\u2019autre moitié du soleil (Gallimard, 2008), consacré à la guerre du Biafra (1967-1970), a reçu le Orange Prize for Fiction en 2007.Ifemelu, héroïne d\u2019America-nah et alter ego de l\u2019auteure, qui a elle-même connu un parcours similaire, ira poursuivre s,es études universitaires aux Etats-Unis, où elle est accueillie d\u2019abord par sa tante, qui y fait déjà ses études de médecine.Son amour de jeunesse, Obinze, qui fantasmait depuis lon^emps sur la culture américaine, n\u2019aura toutefois pas la même chance : on va lui refuser systématiquement le visa.Le rêve américain se transformera plutôt pour lui en cauchemar anglais, avant qu\u2019il ne soit contraint de retourner à Lagos, plus grande ville du Nigeria, et d\u2019y entamer une carrière fructueuse dans l\u2019immobilier.Ifemelu, sous le choc de leur rupture et de la découverte d\u2019un monde radicalement, différent, va découvrir aux Etats-Unis au fil des années un entrelacs complexe de races, de classes sociales et de niveaux de langage.Réfléchissant de façon souvent très critique aux relations complexes JANETTE PELLEGRINI AGENCE ERANCE PRESSE Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine nigériane de 37 ans, fille d\u2019universitaire et féministe engagée, s\u2019impose comme l\u2019une des écrivaines africaines les plus importantes aujourd\u2019hui.entre Blancs, Afro-Américains et immigrants africains au pays de Barack Obama, souvent d\u2019un point de vue féministe et radicalement étranger, allergique à la langue de bois et au politiquement correct, la jeune femme se mettra à tenir un blogue qui va vite lui valoir une certaine reconnaissance (milliers de lecteurs, tournées de conférences bien payées).Mais la ronde des amours et des déceptions finit par épuiser.«Le Nigeria devint l\u2019endroit où elle devait être, le seul endroit où elle pouvait enfouir ses racines sans éprouver en permanence le désir de les arracher et d\u2019en secouer la terre.» Et quinze ans après avoir quitté son pays, ayant repris depuis peu contact avec Obinze, marié et père d\u2019une petite fille, le retour à Lagos s\u2019impose : «En descendant de l\u2019avion à Lagos, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019avoir cessé d\u2019être Noire.» Peut-on jamais boucler la boucle ?Un grand roman bardé de réflexions fines sur l\u2019Afrique et les Etats-Unis, sur l\u2019identité, les relations amoureuses et l\u2019exil, habilement tricoté entre l\u2019autobiographie et la fiction.Collaborateur Le Devoir AMERICANAH Chimamanda Ngozi Adichie Traduit de l\u2019anglais (Nigeria) par Anne Damour Gallimard Paris, 2015, 526 pages FEMINISME NOUS SOMMES TOUS DES FEMINISTES Chimamanda Ngozi Adichie Folio Paris, 2015, 96 pages Écrivaine nigériane qui vit à Chicago et à Lagos, dans son pays d\u2019origine, Chimamanda Ngozi Adichie récolte les prix littéraires.En 2013, un extrait d\u2019une de ses conférences portant sur le féminisme a été intégré à une chanson figurant sur un disque de la chanteuse Beyoncé.Cette brève conférence est publiée en français pour la première fois dans cet opuscule.Plaidoyer très simple, mais senti et habile, pour un féminisme permettant d\u2019en finir avec une détermination sexuelle qui accable autant les garçons, soumis à une pesante exigence de virilité, que les filles, victimes d\u2019un double standard en plusieurs domaines (sexualité, argent, comportement, tâches ménagères), cette conférence au ton souriant mais déterminé est une pure réussite.Une nouvelle littéraire, qui en incarne le propos, l\u2019accompagne.Une Nigériane se fait marier à un de ses compatriotes, installé aux États-Unis.Ce qu\u2019elle découvre une fois rendue à New York n\u2019est pas réjouissant.Lumineux et évocateur, le style de l\u2019écrivaine captive instantanément.Louis Cornellier Chimamanda Ngozi Adichie Autour de ton cou NOUVELLES AUTOUR DE TON COU Chimamanda Ngozi Adichie Traduit de l\u2019anglais par Mona de Pracontal Folio Paris, 2014, 320 pages Les douze nouvelles qui composent ce recueil sont d\u2019une impressionnante qualité.Elles racontent toutes des drames privés, souvent sur fond de grands enjeux (guerre du, Biafra, émeutes au Nigeria, émigration africaine vers les États-Unis, colonisation européenne de l\u2019Afrique), vécus par des Nigérianes, surtout contemporaines, en quête d\u2019émancipation.Dans un style d\u2019une rare limpidité, l\u2019écrivaine, née en 1977, propose une exploration très subtile des sentiments troubles, mais tus.Une musulmane et une chrétienne se cachent ensemble pendant que des émeutes opposent leur communauté respective.Une jolie écrivaine subit le sexisme de ses collègues lors d\u2019un atelier d\u2019auteurs africains.Une jeune fille cause volontairement la mort de son frère, trop adulé par sa grand-mère.Bonnes, diversifiées et riches, les histoires brillent par leur raffinement psychologique, nourri de fines considérations sociales.Nous n\u2019avons pas fini d\u2019entendre parler en bien de cette écrivaine.Louis Cornellier LITTERATURE FRANÇAISE Cartes postales anciennes Emmanuelle Pagano redessine les rives industrielles désormais inactives GUYLAINE MASSOUTRE Emmanuelle Pagano, diplômée en cinéma, est l\u2019auteure d\u2019une douzaine de livres subtils, un peu confidentiels du fait de sa langue épurée.lente, imagée.Son roman autofictif, L\u2019absence d\u2019oiseaux d\u2019eau (P.O.L, 2010), l\u2019a fait connaître : elle s\u2019y livrait à l\u2019autofiction, à partir d\u2019une passion contrariée, où elle mit en mots profonds le désir Debout s carlingue « Ces fragments, agilement disposes par l\u2019auteur, ont pour toile de fond les territoires encore sauvages du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Dans ce décor immense gravitent [.] des personnages en quête de sens.[.] Debout sur la carlinguetaW [.] partie de cette catégorie de livres que l\u2019on dévore d\u2019une traite tellement ils sont captivants.Un petit régal littéraire.» Joëlle Girard, La Presse meveimpfumem s entreprists Iturtths\t_ \u201e Ouéb0C E3 E3 514 524-5558 emeac® emeac.com inassouvi, ambivalent, abondamment qualifié de féminin.Avec Ligne & Fils, elle entame une trilogie, qu\u2019elle veut être une vaste enquête sur la mémoire, sur l\u2019eau, sur le coma.Ligne, c\u2019est le nom d\u2019un affluent du Rhône, en Ardèche, qui cascade des Cé-vennes.C\u2019est aussi le symbole de trois ou quatre générations, dont on sait, au début du livre, qu\u2019elle s\u2019étiole avec la mort de soif d\u2019un nourrisson, puis avec l\u2019éthylisme du fils âgé de 16 ans.Journal des soifs Cela part de l\u2019arrière-grand-père : les tourments commencent autour de la rivière.La vie va couler, irrégulière, sur 150 ans.On saute à la narratrice, une mauvaise mère, qui fait défaut d\u2019allaitement; son nourrisson dépérit et meurt.Le père prend en charge l\u2019enfant suivant, le séparant de sa mère.Elle le retrouve, en coma éthylique.On suivra un journal intime, chronique d\u2019une fabrique dans des temps anciens.Aucun doute, ce temps-là a existé.On y a dévidé la soie, mais la soif a pris le dessus, métaphore de l\u2019avidité et du corps obsession- nel, marqué par les défections et la musique propre à cette lignée.Ces deux registres de la compensation impossible cohabitent dans ce roman, où les péripéties sont elles-mêmes noyées, ensevelies.Écrit à la villa Médicis, à Rome, loin du paysage réel, Pagano s\u2019est immergée à distance dans ses documents et la douceur méditerranéenne.Sa narratrice dit: «Dans cette parenthèse ouverte, nous nous déshabillons de tout, et j\u2019ai l\u2019impression que nous n\u2019existons plus, mon fils et moi, qu\u2019enlacés dans la nage de la martre qui noie nos regards dans le sillage de la douceur au milieu de l\u2019eau noire.» Telle est l\u2019humeur, la nature, les métiers anciens, aux chansons et comptines d\u2019eaux vives, en 47 brefs chapitres évoquant les confluences et les métiers qui avaient besoin d\u2019eau.Collaboratrice Le Devoir LIGNE & FILS Trilogie des rives I Emmanuelle Pagano P.O.L Paris, 2015, 206 pages WIKICOMMONS Ligne, c\u2019est le nom d\u2019un affluent du Rhône, en Ardèche, qui cascade des Cévennes.NAERACHE SUITE DE LA PAGE F 1 rues de Montréal se rapproche du scepticisme de Cioran, écrivain européen à la sobriété toute classique ?C\u2019est pourtant la leçon que l\u2019on retient du colossal et salutaire travail de Foisy sur Jean Narrache.Elle éclaire le côté sombre, profond et universel de la sensibilité québécoise que l\u2019exubérance de l\u2019humour populaire peine toujours à dissimuler.«J\u2019espère que je mourrai en pardonnant à mes parents de m\u2019avoir mis au monde», déclara Coderre en 1961,en pleine Révolution tranquille, tandis que les Québécois, même les plus humbles, commençaient à s\u2019interroger sérieusement sur le sens de leur singulière aventure.Collaborateur Le Devoir UN POÈTE ET SON DOUBLE J[ean Narrache -Emile Coderre Richard Foisy L\u2019Hexagone Montréal, 2015, 432 pages QUAND J\u2019PARL\u2019POUR PARLER Jean Narrache Anthologie présentée par Richard Foisy Typo Montréal, 2015, 272 pages Jean Narrache en musique Jean Narrache a trouvé quelques échos en musique au Québec.La plupart de ces œuvres sont parues dans les 5 dernières années.Richard Foisy lui-même proposera à l\u2019automne un album où il chante 17 textes du poète du trottoir.Le disque, accompagné d\u2019un livret illustré où sont mis en contexte la plupart des poèmes, épousera une formule musicale jaz-zée des plus classiques, avec piano et contrebasse, et des touches de cordes et de clarinette.Foisy y interprète Jean Narrache de façon guillerette, avec une articulation presque trop impeccable étant donné l\u2019esprit des textes.Les moments récités, sur trame de piano discret, restent de beaux moments poétiques.En 2011, la compilation J\u2019rappe tout seul quand Jean Narrache avait été créée par Frédéric Guindon.Le disque de sept titres diffusé au www.jeannarrache.com mettait en scène des rappeurs émergents québécois, avec une trame rythmée.Tous les revenus de ce disque sont remis au journal L\u2019Itinéraire.Nos recherches nous ont également menés vers l\u2019enregistrement Les poèmes de Jean Narrache, livrés par le comédien René Caron.Le disque paru en 1973 comprend 18 titres plus récités que chantés.L\u2019album a été réédité en 2008 et est disponible sur Archambault.ca et sur iTunes.Finalement, le Trio Laperche termine son album Colline de Vile, paru en 2013, par la pièce J\u2019rest\u2019vagabond.Coïncidence ou pas, le morceau clôture également le disque de Richard Foisy.Philippe Papineau LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MAI 2015 F 5 LIVRES La Vitrine Toute la folie du monde Témoigna^ d une survivante Francine God n RECIT DE VIE TOUTE LA FOLIE DU MONDE Témoignage d\u2019une survivante Francine Godin Liber Montréal, 2014, 115 pages Francine Godin a eu une vie professionnelle exceptionnelle : elle a représenté les programmes alimentaires de l\u2019ONU en Afrique, durant les années de famine, de guerre, de déplacements terribles des populations.Formée en sciences politiques, elle a connu le terrain effrayant des responsables de la terreur armée, de l\u2019assassinat à grande échelle, de la misère la plus grande.Elle-même s\u2019inscrit dans la survivance.Il y a donc, dans ce récit serré et distancé, le bilan d\u2019une vie et de réalités absurdes.Les systèmes politiques, dont le nôtre, le grand capitalisme, n\u2019en sortent pas indemnes.Elle y dessine en même temps son propre parcours analytique, qui l\u2019a sauvée de sa famille, ce précipice où la folie s\u2019était inscrite, avec son lot d\u2019impuissances.Sauver le monde, se sauver soi-même, c\u2019est l\u2019enjeu de ce récit bouleversant et unique, où Godin se met à nu, y compris dans ses convictions et audaces de femme, dotée d\u2019un sens aigu de la liberté.Guylaine Massoutre POESIE OUVERT L\u2019HIVER Sébastien Dulude La Peuplade Chicoutimi, 2015, 80 pages Qui aime le froid aimera sans doute Ouvert l\u2019hiver (11 occurrences de ce mot en 60 poèmes) de Sébastien Dulude.Constitués de tercets en vers libres, les poèmes tombent lentement du haut de la page au début, jusqu\u2019au bas à la fin.Ce recueil étale, lancinant, une idée tenace d\u2019effets frigorifiques qui rendent l\u2019âme apeurée devant ce qui risque de la cryogé-niser.Claustré dans sa maison, l\u2019auteur imagine un «poème blanc / comme un réfectoire.» Il fait alors entendre sa douce mélancolie : «dessin du vent sur la neige / il me revient: / avoir déjà été enfant bien seul.» Mais de nombreuses scories plombent ce très court livre, comme le spectre des couleurs qui teinte de bleu la neige (9 occurrences), de vert le bois de chauffage, de rose rouge les peaux, sans compter les noir, blanc, bleu, doré et autre olive.Hélas ! Ce n\u2019est pas non plus toujours bien écrit.Je ne suis pas certain de la pertinence linguistique de ces deux vers : «le vent prend ton foulard et le frôle dans mon cou» et «c\u2019est peut-être mon dernier hiver de température.» Retenons aussi des jeux de mots lourdingues comme ce «souffle douleur» qui laisse le poète «figé sur glace».L\u2019éditeur affirme que «Ouvert l\u2019hiver dessine [d]es images connues de notre imaginaire nordique», et c\u2019est malheureusement trop vrai.Hugues Corriveau EDUCATION LES ,SEPT SAVOIRS NÉCESSAIRES A L\u2019EDUCATION DU FUTUR Edgar Morin Points Paris, 2015, 160 pages Penseur de la complexité, le vénérable Edgar Morin se penche, dans cet ouvrage rédigé à la demande de l\u2019UNESCO en 1999, sur les grandes orientations qui devraient présider à l\u2019éducation des jeunes.Critique d\u2019un enseignement par «connaissances séparées et cloisonnées» et partisan d\u2019une approche globale et transdisciplinaire, Morin expose, dans ces pages, un condensé accessible de sa très riche «anthropoéthique».Selon lui, il importe d\u2019enseigner que toute connaissance est guettée par l\u2019erreur et l\u2019illusion, que la réalité est multidimensionnelle, que la diversité des cultures s\u2019accompagne de l\u2019unité humaine, que l\u2019incertitude est notre lot \u2014 prédire le destin humain est illusoire \u2014 et que «le renoncement au meilleur des mondes n\u2019est nullement le renoncement à un monde meilleur».Belle leçon d\u2019épistémologie et salutaire invitation à un développement humain qui rassemble l\u2019autonomie individuelle, l\u2019enracinement culturel et la conscience planétaire, cet essai plein de sagesse propose un exigeant humanisme pour le 'KXP siècle.Louis Cornellier HISTOIRE 1945, LA DECOUVERTE Annette Wieviorka Seuil Paris, 2015, 288 pages 1945 LA DECOUVERTE Il y a 70 ans, entre le 5 avril et la fin de mai 1945, aux côtés de l\u2019armée américaine, deux correspondants de guerre, l\u2019écrivain çt journaliste Meyer Levin, de Chicago, et le photographe Éric Schwab, de l\u2019Agence France-Presse, tous deux juifs, révèlent les horreurs des camps de concentration nazis.Après Auschwitz, déjà découvert par les Soviétiques en janvier 1945, Ohrdruf, Buchenwald, Dachau, Terezin, parmi d\u2019autres, livrent leurs terribles secrets.Avec beaucoup d\u2019intensité.An-nette Wieviorka narre cette rencontre avec des montagnes de cadavres qui paraissent encore vivants et des survivants qui ressemblent à des morts.Interné à Terezin où il succomba au typhus, le poète Robert Desnos, militant antifasciste et membre de la Résistance française, résuma l\u2019impensable dans ces vers: «Il me reste d\u2019être l\u2019ombre parmi les ombres / D\u2019être cent fois plus ombre que l\u2019ombre».On ne saurait mieux dire.Michel Lapierre POLITIQUE AMERICAINE Le parcours de Martin Luther King SERGE TRUFFAUT La biographie intitulée simplement Martin Luther King arrive à point nommé.Elle aurait été publiée au cours des mois ou des années antérieurs à l\u2019été 2013 qu\u2019elle n\u2019aurait pas l\u2019extraordinaire pertinence qu\u2019a celle que vient de signer Sylvie Laurent.Car il se trouve que, lors de la saison estivale évoquée, la Cour suprême des États-Unis d\u2019Amérique a gommé d\u2019un trait de plume l\u2019immense victoire que le grand homme remporta de son vivant, soit l\u2019adoption d\u2019une loi garantissant aux Noirs le droit de vote tel que promis.un siècle plus tôt, ou au lendemain de la guerre de Sécession.Dans l\u2019exposé écrit pour justifier sa décision, le plus haut tribunal du pays avance, tenez-vous bien, que le contexte politique ayant évolué à l\u2019enseigne de l\u2019égalité (sic) entre les Blancs et les Noirs, la protection du droit de vote, qui symbolise par-dessus tout la démocratie, n\u2019est plus nécessaire.Ainsi donc, pour les cinq juges conservateurs nommés par Reagan, Bush père et Bush fils, la ségrégation ayant été complètement étouffée, l\u2019œuvre de King pouvait être réduite à un tas de cendres.Un mois après cette décision, la ville de Ferguson était le théâtre d\u2019une émeute consécutive à la mort d\u2019un jeune Noir tué par un policier.Déprimant.D\u2019autant qu\u2019à la lecture de cet ouvrage, on comprend que le rejet du Noir par le Blanc est une constante, si ce n\u2019est la tendance intemporelle des États-Unis.On dit cela pour mieux affirmer ceci : profes-seure à Sciences Po et chercheuse associée à Harvard et à Stanford, l\u2019auteure s\u2019applique avec une méticulosité remarquable à détailler l\u2019incroyable densité avec laquelle Luther King s\u2019est forgé un corpus philosophique et politique afin d\u2019être au diapason, si l\u2019on ose dire, du défi gigantesque formé par la somme des méfaits infligés aux Noirs jour après jour.Les jeunes, les vieux, les femmes, les enfants, les travailleurs.Trop gentil Fils de la bourgeoisie noire d\u2019Atlanta, son père était un pasteur réputé.King s\u2019est attelé dès l\u2019adolescence, nous explique Laurent, à la sculpture de son moi intellectuel.Pour ce faire, il va étudier à fond la pensée de Tho-reau et son concept de désobéissance civile, le principe de non-violence tel que conçu par Gandhi et qui sera le fondement de son activité politique, la philosophie du droit si chère à Hegel, les travers du capitalisme chez Marx, chez Rousseau, chez Sartre et chez bien des théologiens protestants.N\u2019oublions pas qu\u2019il a poqr prénoms.Martin Luther.A lire l\u2019inventaire des adversités qui lui ont été imposées par tous les paliers du gouvernement, soit du commissariat WIKICOMMONS Fils de la bourgeoisie noire d\u2019Atlanta, son père était un pasteur réputé.Martin Luther King s\u2019est attelé dès l\u2019adolescence, nous explique l\u2019auteure Sylvie Laurent, à la sculpture de son moi intellectuel.de pqlice jusqu\u2019à la présidence des Etats-Unis en passant par les mairies, à lire l\u2019inventaire des blanches hystéries cultivées pour confondre le Noir, l\u2019inventaire des violences physiques qui lui ont été infligées, sans oublier les tentatives d\u2019assassinat avant la dernière, celle du 4 avril 1968, celle de sa mort, à lire les hypocrisies et calculs politiques de John et Robert Kennedy, on ne peut qu\u2019être d\u2019accord avec Malcolm X et ______Stokely Carmichael: Martin Luther, pour résumer leurs critiques d\u2019un mot et un seul, était trop gentil.Minorité visible En fait, ce qu\u2019il y a de tragique en cç qui concerne les Noirs des Etats-Unis, à la différence des combats menés par Gandhi et tous les leaders des guerres anticoloniales qui ont rythmé l\u2019après-guerre, c\u2019est qu\u2019ils étaient et restent minoritaires.En Inde, Gandhi avait pour lui la majorité.Alors que King.«La démocratie réelle égalitaire et sociale réclamée par King, de souligner dans son épilogue Sylvie Laurent, est toujours un projet lointain, sans doute inatteignable, et l\u2019élection d\u2019un président noir, preuve du chemin parcouru, ne modère en rien le constat de l\u2019ampleur de la route qu\u2019il reste à parcourir.» Pour saisir l\u2019ampleur de la route en question, la lecture de cette biographie est le passage.obligé.Bravo ! Le Devoir MARTIN LUTHER KING Une biographie Sylvie Laurent Seuil Paris, 2015, 384 pages Promotion à Fâchât de trois livres de rabais* Du 30 mai au 21 juin 2015 * Rabais à partir du prix courant et ne peut être jumelé à toute autre promotion.Livres en stock seulement, à l'exception des livres scolaires et d'informatique.Le roi des rats I le Parchemiü '\u2022 CRÉATEUR DE BONHEUR DEPUIS 1966 l® Ber ri-UQAM, librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca « [.] Joël Casséus se lance en solo dans une fable d\u2019anticipation qui se situe entre Vonnegut et Atwood.[.] Le romancier sait créer des atmosphères, imposer un rythme et maintenir le suspense.» Mario Cloutier, La Presse \u201c Ce livre à l'humour caustique emprunte beaucoup aux codes narratifs de la science-fiction et de la fable pour mieux les détourner.Je vous invite à une lecture curieuse, militante et stimulante.» Éric Chouan, CHOQ, Mission encre noire 314 524-5558 lemeac@lemeac.com F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE I MAI 2015 ESSAIS Le Parti québécois à Vère du désenchantement Louis CORNELLIER n octobre 2003, le politologue Jean-Herman Guay avait causé une commotion au conseil national du Parti québécois (PQ), en affirmant que «les raisins de la colère [avaient] disparu».Bien des gens, affirmait-il, se disent encore souverainistes, «mais cet appui n\u2019a plus la ferveur d\u2019autrefois; l\u2019engagement n\u2019est plus au cœur de l\u2019agenda [sic] ».Le PQ, continuait-il, a réalisé une bonne partie de son programme en modernisant le Québec, en redonnant au français une place centrale, mais son projet souverainiste n\u2019a pas abouti.Or, justement et paradoxalement, les réussites du parti rendent la quête ultime moins nécessaire dans la conscience des Québécois.De plus, relancer cette quête alors que «tous les grands projets politiques souffrent d\u2019une fatigue chronique depuis presque 20 ans», alors que le «nous» n\u2019est plus qu\u2019une collection de «moi», apparaissait improbable.Douze ans plus tard, au moment où le PQ se remet d\u2019une autre difficile défaite, Guay, dans Les Québécois et le projet du PQ: de l\u2019ambivalence à l\u2019indifférence, un des essais du collectif L\u2019état du Québec 2015, rapplique avec une nouvelle leçon de lucidité.Les acteurs, électeurs et observateurs de la cause souverainiste semblent «fatigués», constate-t-il, et leurs interlocuteurs canadiens, naguère inquiets, sont devenus «indifférents, insouciants, fermés à toute discussion constitutionnelle».Que faire?Trois enjeux Guay cerne trois enjeux sur lesquels repose l\u2019avenir du PQ.Le premier est «le problème générationnel».Appuyé par les jeunes de sa naissance jusqu\u2019au milieu des années 1990, le PQ est maintenant le parti des 55-64 ans.Or, le projet de pays.tourné vers l\u2019avenir, a besoin de susciter l\u2019enthousiasme des générations montantes.Pierre Karl Péladeau (PKP) sera-t-il l\u2019homme de la situation ?On a dit, note Guay, que l\u2019ambiguïté du message souverainiste expliquait la défaite de 2014.Est-ce si certain?L\u2019entrée fracassante, dans la campagne, d\u2019un PKP résolument indépendantiste n\u2019aurait-elle pas inquiété les modérés ?«Historiquement, écrit le politologue, le succès du PQ a reposé sur l\u2019ambivalence de son option.» Lévesque et Bouchard, par exemple, incarnaient l\u2019idée d\u2019une souveraineté négociée, avec association.La détermination d\u2019un Parizeau, qui dut quand même s\u2019adjoindre «l\u2019ambiguïté rassurante» de Bouchard en 1995, constitue l\u2019exception.Or, aujourd\u2019hui, l\u2019ambivalence semble une option épuisée.La clarté sans reculade de PKP ne va donc pas sans risque, mais représente «une voie encore jamais explorée».Le troisième enjeu est celui de la tension gauche-droite dans les rangs du PQ.Formation traditionnellement de centre gauche, le PQ, depuis dix ans, a perdu des appuis à gauche, au profit de Québec solidaire (QS), et à droite, au profit de la Coalition avenir Québec (CAQ).En choisissant un chef identifié à la droite économique qui tente de parler comme un social-démocrate, perdra-t-il son âme, et son pari, ou ralliera-t-il les gens d\u2019affaires, considérés comme la pièce manquante au succès de son projet?Au terme de cette éclairante analyse, Guay laisse l\u2019avenir ouvert, mais note toutefois que le PQ n\u2019aura pas la partie facile.Partout en Occident, les partis d\u2019idées «sont l\u2019objet d\u2019un désenchantement», dont profitent les partis de gestion, comme le Parti libéral du Québec.L\u2019aura d\u2019un PKP, sans peur mais non sans reproches, pourra-t-elle renverser la vapeur ?Le PQ est-il encore moderne ?«Le Parti québécois est maintenant à l\u2019heure des choix».JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pierre Karl Péladeau sera-t-il l\u2019homme de la situation ?écrit l\u2019essayiste Philippe Bernier Arcand, dans Le Parti québécois.D\u2019un nationalisme à l\u2019autre.« Quelle est désormais sa place sur une scène politique où il y a un courant libéral incarné par le PLQ, conservateur incarné par la CAQ et social-démocrate incarné par QS ?» Depuis sa fondation en 1968, le PQ, explique Bernier Arcand, a représenté un nationalisme moderne, globalement social-démocrate, éta-tiste, progressiste et civique.Il a toujours compté dans ses rangs des partisans d\u2019un nationalisme plus conservateur, de droite, mais ces derniers se ralliaient au courant dominant pour ne pas nuire à la cause.Les années récentes auraient toutefois été celles d\u2019un renversement de ce modus vivendi.Le PQ, selon l\u2019essayiste, aurait opéré un virage vers un nationalisme identitaire conservateur, au détriment de sa veine progressiste et moderne.Ce virage expliquerait sa déroute en 2014.En reniant ses valeurs d\u2019origine, le PQ n\u2019a pas convaincu les électeurs conservateurs et s\u2019est aliéné les électeurs progressistes.Plutôt caricaturale, l\u2019analyse de Bernier Arcand entretient certaines confusions.Contrairement à ce qu\u2019elle suggère, le nationalisme culturel n\u2019est pas le nationalisme ethnique et une pensée de gauche n\u2019exclut pas un certain conservatisme identitaire et culturel.Cette analyse, de plus, se fonde sur une définition exclusivement libérale, et par conséquent limitée, de la modernité.L\u2019approche sociale dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire, par exemple, n\u2019est pas plus moderne que l\u2019approche nationale.Bernier Arcand a néanmoins raison de conclure que le PQ, pour avoir une légitimité et un avenir, doit se recentrer sur ses valeurs d\u2019origine : la social-démocratie (ou une gauche de gouvernement) et un nationalisme progressiste, et non strictement défensif.Un PQ de droite et mesquin n\u2019a pas de sens.louisco@sympatico.ca UÉTAT DU QUÉBEC 2015 Sous la direction d\u2019Annick Poitras Institut du Nouveau Monde/ Del Busso Montréal, 2015, 304 pages LE PARTI QUÉBÉCOIS D\u2019un nationalisme à l\u2019autre Philippe Bernier Arcand Poètes de brousse Montréal, 2015, 160 pages CRAYON SUITE DE LA PAGE E 1 la cosmologie D + Q.Sans prérnéditation.«A l\u2019époque, à Montréal, il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019éditeurs de bande dessinée, se souvient la créatrice de la série Dirty Plotte, jointe par Le Devoir cette semaine.Mes planches venaient d\u2019être refusées par un éditeur de Washington.J\u2019en ai vaguement parlé à Chris Olive-ros, qui à l\u2019époque, avait l\u2019idée de lancer un magazine sur la bande dessinée, mais pas de faire de l\u2019édition.Il a regardé ça et il a décidé de les éditer.» Réaction en chmne On est alors dans l\u2019hiver montréalais, entre 1989 et 1990.Et malgré le froid, «tout va alors se jouer très vite», relate Oliveros, fondateur de D+Q, dans la brique commémorative.«Ça n\u2019a pas pris 10 ans, pas même deux pour attirer d\u2019autres auteurs importants.En douze mois, nous avions une écurie remarquable», formée par Julie Doucet, oui, mais également par les Ontariens Seth et Joe Matt, tout comme par le Montréalais Chester Brown, désormais figures marquantes du 9®art à la canadienne.«Cela a été une réaction en chaîne.» «Sans D+Q, je n\u2019aurais jamais osé me lancer dans la bande dessinée, dit Michel Raba-gliati.Il y a eu chez eux, dès le départ, cette sensibilité au design graphique que l\u2019on ne voyait pas ailleurs.C\u2019était stimulant.Ça démontrait que ce genre de bédé était possible ici.» Paul, son personnage, y a d\u2019ailleurs trouvé ses marques dans les traduc- tions anglaises de Paul à la pêche ou Paul en appartement, qui ont permis au célèbre personnage de voyager en dehors des frontières du Québec.Un autre auteur du Québec aujourd\u2019hui installé en France, Guy Delisle \u2014 et ses célèbres chroniques \u2014, se retrouve aussi en anglais à l\u2019enseigne de l\u2019éditeur montréalais.«Le rapprochement des deux solitudes est un peu passé par là», dit Frédéric Gauthier, qui rappelle que deux autres auteurs de son écurie, Pascal Blanchet et Pascal Girard, ont été également mis en traduction par D+Q.L\u2019inverse?«Nous avons traduit un auteur argentin de D+Q en français, mais pas plus.» Drawn and Quarterly étant devenu trop gros, trop international, ces auteurs anglophones sont désormais convoités par des édi- teurs francophones de France et de Belgique \u2014 Delcourt, Casterman, pour les nommer \u2014, laissant à La Pastèque, dans ce rapport concurrentiel inégal, que des miettes.«La façon qu\u2019a D+Q d\u2019appréhender le marché de la bédé en l\u2019inscrivant plus dans la littérature que dans le dessin, sa logique d\u2019ouverture au reste du monde, son exploration de nouveaux marchés en a fait un monstre», dit Frédéric Gauthier.Un monstre, oui, mais un monstre toujours aussi inspirant.Le Devoir DRAWN AND QUARTERLY Twenty-five years of CONTEMPORARY CARTOONING, COMICS AND GRAPHIC NOVELS Collectif Drawn and Quarterly Montréal, 2015, 778 pages 00 UNE L DÜRIN HISTOIRE L\u2019héritage équestre de Louis XIV DAVE NOEL Ly extinction du cheval cana-t dien, dont on célèbre le 350® anniversaire cette année, a été annoncée à plusieurs reprises.Reconnu pour sa résistance, celui que l\u2019on surnomme le «petit cheval de fer» court toujours vers un avenir incertain.Claude Richer et Pearl Duval nous relatent son parcours étonnant dans Le cheval canadien.C\u2019est en 1665 que débarque à Québec un premier contingent de chevaux, à la surprise des Amérindiens, fascinés par la docilité de ces «orignaux de France».La «première race équine distincte de l\u2019Amérique du Nord» est formée à partir d\u2019un bassin d\u2019un peu moins d\u2019une centaine de bêtes arrivées avant la fin du XVII® siècle.«Le cheval canadien survit aux rigueurs climatiques, aux longues heures de travail, au manque de nourriture et aux soins vétérinaires quasi inexistants, pour se transformer petit à petit, écrivent les auteurs.Sa taille se stabilise, une épaisse crinière et une queue touffue le protègent des nuées de mouches l\u2019été et des bourrasques l\u2019hiver.» Dada à tout faire La nouvelle race se multiplie rapidement.En Nouvelle-France, on comptera jusqu\u2019à un cheval par cinq habitants.On y déplore déjà les excès de vitesse.«Ceux qui font leur métier de gagner leur vie à conduire des voitures, observe un contemporain cité dans l\u2019ouvrage,/owt connaître leur adresse et la vigueur de leurs chevaux, en devançant les voitures qui les précèdent, sans considérer s\u2019il y a des risques et des dangers à courir.» Pendant la guerre de la Conquête, les meilleurs chevaux sont rassemblés au sein d\u2019une petite unité de cavalerie.On les envoie également à l\u2019abattoir pour nourrir les troupes et les civils lors des grandes pénuries alimentaires du conflit Sous le régime britannique, le cheval canadien est e^qjorté massivement vers les Etats-Unis afin de former l\u2019attelage des célèbres diligences.Ils serviront ensuite de chair à canon au cours de la guerre de Sécession américaine.« C\u2019est avec ce commerce de masse que commence la détérioration de l\u2019homogénéité de sa lignée», déplorent les auteurs.Les derniers éléments de la race sont sauvés in extremis par les gouvernements québécois et canadiens au tournant du XX® siècle.En dépit de leurs efforts, on ne compte plus aujourd\u2019hui que quelques milliers de spécimens au Québec.On peut toutefois les apercevoir régulièrement dans les rues de la métropole, puisqu\u2019ils forment la presque totalité des montures utilisées par la police de Montréal.Pour Claude Richer et Pearl Duval, «il est possible que d\u2019ici quelques décennies, la race se retrouve dans une situation aussi délicate qu\u2019à l\u2019époque où elle était au bord de l\u2019extinction».S\u2019il demeure parfois à la surface du sujet, leur ouvrage permet de rappeler l\u2019importance d\u2019un patrimoine vivant méconnu ayant contribué à l\u2019édification du pays.Le Devoir LE CHEVAL CANADIEN Histoire et espoir Claude Richer et Pearl Duval Septentrion Québec, 2015,182 pages ANDREE GAGNON COLLECTION YVES BERNATCHEZ Étalon canadien bai brun BULLETIN D\u2019HISTOIRE POLITIQUE VOL.23, N\u201d 2, HIVER 2015 BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Le militantisme environnemental vlb éditeiir Une société de Québécor Media "]
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