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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-06-06, Collections de BAnQ.

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[" LEMS D'ETE CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUIN 2015 P _ .ru .\t- -U ,:,7 < 5 iSr'^T.?- ^l't THINKSTOCK retrouvailles DANIELLE LAURIN Parce qu\u2019ils sont remplis de passion.Qu\u2019ils aiguisent les sens.Qu\u2019ils mettent parfois (souvent?) le doigt sur ce qu\u2019on préférerait ne pas voir.Parce qu\u2019ils nous font voyager \u2014 pas toujours en première classe, mais quelle aventure ! \u2014, neuf romans québécois qui, alors quq l\u2019année a filé, sont restés dans nos mémoires.A lire ou relire cet été.Pour la ferveur: Ce qu\u2019il reste de moi (Boréal) C\u2019est sans aucun doute l\u2019un des romans québécois les plus marquants depuis le début de l\u2019année.Ce qu\u2019il reste de moi s\u2019offre comme un hommage de Monique Prouk à Montréal, et à la force vibrante qui l\u2019anime.Si l\u2019ancrage du livre est historique, puisqu\u2019on remonte par intermittence jusqu\u2019à la création de la ville en 1642 et que plane la figure de sa cofondatrice, Jeanne Mance, débarquée de Nouvelle-France avec un groupe de mystiques pour fonder une colonie missionnaire, c\u2019est bien davantage le pouls de Montréal aujourd\u2019hui qui palpite dans ces pages.Qu\u2019ont en commun cet itinérant difficile à cerner, ce juif hassidique en rupture de ban avec sa communauté, cette prof qui oeuvre auprès des immigrants, ce soufi d\u2019origine afghane, ce prêtre catholique qui pratique des exorcismes, cet Inuit déboussolé, ce jeune écrivain épris de liberté.?Tous sont habités par une quête qui les dépasse, par une soif d\u2019absolu.Comme si, en chacun d\u2019eux, battait aujourd\u2019hui le cœur de Jeanne Mance, justement.Pour la passion brûlante : Blues nègre dans une chambre rose (VLB) «Je ne sais pas si nous recommencerons à nous écrire et à nous voir un jour, si une bonne fois je te réinviterai chez moi.Je l\u2019espère, je ne l\u2019espère pas.Je t\u2019aime, ne t\u2019aime plus.La peur de te retrouver, la peur de ne pas te retrouver.» C\u2019est une femme en pleine confusion qui écrit à un homme qui ne lira jamais ce qu\u2019elle lui confie.Tout est dit, raconté, tout ce qu\u2019elle a tu, mais que son corps blanc à elle contre le sien noir a révélé.Leur première nuit, les retrouvailles qui ont suivi.L\u2019interminable attente, le manque terrible de lui.Tout s\u2019enflamme, tout s\u2019alanguit.Tout recommence.Elle n\u2019en peut plus.Elle ne se reconnaît plus, ne s\u2019appartient plus.Ambivalence, déchirure, dédoublement: comment sortir de ce cercle infernal ?Ce deuxième roman de l\u2019auteure de théâtre Jennifer Tremblay propose un corps à corps puissant avec la passion, son éblouissement et ses ravages.Pour le regard compassé sur les êtres en détresse : Pauvres petits chagrins (Boréal) Cette écrivaine d\u2019origine manitobaine qui a vécu un temps à Montréal et dont les livres sont traduits et publiés au Québec depuis une dizaine d\u2019années a le don de mettre le doigt sur la blessure intérieure de ses personnages.Elle fait aussi référence, ici et là, dans ses ouvrages, à son enfance marquée par l\u2019appartenance à une communauté mennonite et par la bipolarité d\u2019un père suicidaire.Tout ceci apparaît encore dans le nouveau roman de Mîrlam Toews, mais la lumière cette fois est mise davantage sur la sœur de la narratrice.bipolaire et suicidaire.Jusqu\u2019à quel point peut-on saisir le mal-être de ceux qu\u2019on aime ?Peut-on sauver quelqu\u2019un contre son gré ?Et comment vivre après le suicide d\u2019un proche, comment l\u2019accepter?Quiviger Si tu m\u2019entends Ces questions sont abordées avec une sensibilité exacerbée et une compassion communicative.Beaucoup de lumière, de rires, de tendresse, à travers cette histoire tragique.Pour le voyage, l\u2019aventure.et l\u2019inventivité : Six degrés de liberté (Alto) Des histoires parallèles qui vont finir par se recouper, des personnages aux quatre coins du monde qui vont finir par se rencontrer.on est bien dans la façon de faire de Nicolas Dick-ner, découvert comme romancier il y a 10 ans avec Nikolski, maintes fois primé.Mais en plus foisonnant, rocambolesque, spectaculaire.Eisa, 15 ans, vit dans un bled perdu et rêve de pqrtir à la conquête du monde.Avec son ami Eric, crack d\u2019informatique agoraphobe, elle va finir par mettre son plan à exécution.C\u2019est à un voyage autour du monde en solitaire, dans un conteneur réfrigérant transformé en habitacle tout confort, que nous assistons.Conteneur qui fera l\u2019objet d\u2019une enquête policière pleine de chausse-trappes.En chemin, multiplication des péripéties, fausses pistes, comme il se doit.Mais aussi, considérations sociales.Regard allumé sur le potentiel inexploité des nouvelles technologies.Et grande sensibilité des personnages principaux qui nous habitent complètement.A Pour l\u2019envie de mordre dans la vie: Si tu m\u2019entends (Albin Michel) Elle est Québécoise, vit en Angleterre, et publie en Erance.Avec ce nouvel ouvrage, Pascale Quiviger étend sa palette de couleurs.Elle fait un pas vers le roman qui a toutes les propriétés voulues d\u2019un ouvrage à succès, tant l\u2019histoire défile comme au cinéma, sans pour autant se délester de ses qualités littéraires.VOIR PAGE F 3 : RETROUVAILLES De l\u2019espace sauvage comme richesse collective Page F 5 Louis Cornellier sur Jacques Parizeau, le technicien compatissant Page F 8 Cent ans de sollicitude Des manuscrits encapsulés pour un siècle La Canadienne Margaret Atwood est la première écrivaine à verser un texte inédit dans la Euture Library d\u2019Qslo, une capsule temporelle littéraire imaginée par l\u2019artiste écossaise Katie Paterson.Le livre sous scellés ne sera dévoilé que dans un siècle exactement.Entretemps, chaque année, un auteur versera un nouveau texte dans la banque avec interdiction formelle de l\u2019en retirer avant 2114.Les tapuscrits seront rassemblés dans une salle dédiée de la nouvelle bibliothèque publique de la capitale norvégienne, en construction.La pièce sera consacrée à la contemplation plutôt qu\u2019à la lecture.Les noms des auteurs et les titres de leurs ouvrages seront inscrits aux murs.L\u2019an prochain, ce sera au tour du romancier britannique David Mitchell (Les mille automnes de Jacob de Zoet, Alto) de déposer un texte.Le projet a été dévoilé fin mai dans un terrain près d\u2019Qslo où seront plantés 3000 arbres.Dans un siècle, une partie de la forêt centenaire pourrait être abattue pour imprimer les inédits décapsulés, enfin, si le papier sert toujours.Le Devoir JACQUES GRENIER LE DEVOIR Margaret Atwood g\t\t ¦\t\t 1\t\t libraires, ca Pour l'achat de livres papier et numériques chez votre libraire indépendant Lectures d'été* en vente chez nous \"'Crème solaire non incluse F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUIN 2015 LECTURES D\u2019ETE ALBUMS JEUNESSE Bestiaires d\u2019été Entre lapins, crocos et girafes, plein d\u2019animaux pour ne pas bronzer idiot Dans la multitude de titres jeunesse francophones accessibles dans notre coin de pays, difficile de n\u2019en choisir que quelques-uns pour occuper les vacances des plus ou moins grands tout-petits.Voici une sélection tout à fait subjective, mais variée, d\u2019albums que l\u2019on espère à usages multiples.AMÉLIE GAUDREAU La jeune maison d\u2019édition québécoise Comme des géants semble s\u2019être entichée des lapins, puisqu\u2019elle a publié deux albums ayant pour personnage central ces petites bêtes bien pourvues d\u2019oreilles, mais pas toujours de jugeote.Ainsi, les très jeunes lecteurs de la garderie devraient ne pas se lasser des Ennuis de Lapinette (texte et illustrations de Cathon), qui a le don de se mettre les pieds dans les flaques d\u2019eau (et le pétrin) pour venir en aide à ses amis animaux.Les questionnements existentiels de Léo Tête-en-l\u2019air Qon Blake, illustrations d\u2019Alex Scheffler), un de ses congénères pas trop futé, devraient également les faire rigoler ferme, et jusqu\u2019à plus soif.Crocos compatissants Ces reptiles peu ragoûtants sont au centre de deux ouvrages fort différents et qui s\u2019adressent à des jeunes publics distincts, mais qui ont en commun de véhiculer des valeurs de respect, de compréhension, de compassion et même d\u2019action civique.Le conte Mon bébé croco, de Gaétan Dorémus (Albin Michel jeunesse), n\u2019effraiera pas les braves qui ont atteint la maternelle et leurs aînés du début du primaire, malgré des illustrations qui flirtent avec des univers plus gothiques.C\u2019est que cette histoire toute simple d\u2019un crocodile adulte qui «adopte» un petit chevalier en armure égaré, croyant avoir affaire à un petit de son espèce, est tout simplement craquante.Dans un tout autre registre, la terreur des eaux stagnantes sert de fd conducteur dans Je rêve le monde, assis sur un vieux crocodile (Rue du monde), un magnifique recueil de poèmes abordant de front des thèmes sociaux et politiques d\u2019actualité (le travail des enfants, la guerre, la faim, la pauvreté, la violence).Les superbes images d\u2019Aurélia I^ronty donneront le goût aux lecteurs plus dégourdis (neuf ans et plus) de s\u2019attarder à la cinquantaine de poèmes offerts par une vingtaine d\u2019auteurs européens.Et surtout de réfléchir sur notre vaste monde, passablement cruel.Et quelques bêtes indéfinissables.Ou qui se définissent par leurs caractéristiques étranges.Mangetout, un poilu indéterminé, personnage central de l\u2019album éponyme (Caroline Merola, La Bagnole), ne finit plus de prendre de l\u2019expansion à force de tout manger sur son passage depuis qu\u2019un petit garçon l\u2019a recueilli dans la forêt.Une fable instructive et tout CATHON Illustration tirée des Ennuis de Lapinette de même rigolote pour les quatre ans et plus, qui y penseront peut-être à deux fois avant de vouloir nourrir les animaux sur leur chemin.Leurs aînés à mî-prîmaîre (et même un peu plus vieux.) voudront pour leur part adopter un monstre comme çelul qu\u2019on retrouve dans Gusto et la paresse (Emilie Demers, Les heures bleues), un véritable pro du farniente qui prodigue de façon fort méthodique et détaillée tous ses secrets pour dépenser le moins d\u2019énergie possible tout en s\u2019amusant.Un «must» pour les jeunes vacanciers hyperactifs qui déplacent beaucoup trop d\u2019air.Elnalement, toujours aux Heures bleues, Robert Soullère et Marjolaine Bonenfant poursuivent leur entreprise abécédaire Inventive avec L\u2019Abécédaire des animots, qui répertorie toute une ménagerie de bêtes occupant des emplois et professions qui collent bien à leur nom.Ainsi, on croise r«okaplculteur», r«uru-bureaucrate» et l\u2019«hlppopotamlral»Uous représentés par des sculptures colorées.A mettre entre les mains de nouveaux lecteurs à l\u2019esprit rieur et curieux, pendant de longues heures sur la route des vacances ou sous la pluie.Questions Intelligentes garanties.Le Devoir FINALISTE AU PRIX LITTÉRAIRE TRIELIUM 2015 PATRICIA SMART DE MARIE DE L\u2019INCARNATION À NELLY ARCAN SE DIRE, SE FAIRE PAR L\u2019ECRITURE INTIME «Un essai absolument passionnant.» Marie-Louise Arsenault, Radio-Canada «Spécialiste de la littérature des femmes, Patricia Smart publie ici un autre document majeur.» Pascale Millot, Montréal Centre-Ville Patricia Smart De Marie de l'Incarnation à Nelly Arcan Se dire, se faire par l'écriture intime w Boréal Essai 432 pages \u2022 29,95 $ PDF et ePub : 21,99 $ ; C\u2019est un essai ambitieux que nous offre Patricia Smart, mais qui remplit en tout point l\u2019idée de départ [.].Les quelque 400 pages se lisent comme un roman [.].» Elizabeth Lord, Les Méconnus Boréal www.editionsboreal.qc.ca LITTERATURE QUEBECOISE Ne pas perdre la boule CHRISTIAN DESMEULES Tandis que sa compagne d\u2019origine suisse attend un enfant, Basile, un camionneur métis de Mistassini, découvre un cadavre affreusement mutilé et mangé par les vers dans un camp de chasse amérindien {L\u2019homme de vers).Une vision qui alourdit le poids des angoisses qui accablent déjà cet homme, qui sent de plus en plus le besoin de reprendre le contrôle de sa vie et qui veut aussi se rapprocher de ses origines autochtones \u2014 une mère alcoolique, depuis longtemps disparue du décor.« Qu\u2019est-ce qu\u2019il reste d\u2019eux en moi ?Je ne suis rien qu\u2019un camionneur.Porteur d\u2019eau hier, charrieur de bois aujourd\u2019hui.La mort m\u2019attrapera au détour, et je deviendrai homme de vers à mon tour.» Dans la seconde des quatre nouvelles qui composent Debout sur la carlingue (en plus de deux courts intermèdes), de Julien Gravelle, un Français divorcé qui n\u2019a pas vu son fils depuis deux mois se laisse lentement glisser vers le bas de la pente : il perd son travail, épuise ses économies et décide de se joindre à un jeune illuminé qui compte se rendre à pied en Californie, en suivant sa boule de jeu de quilles {Bowling) .Il souhaite vaguement devenir écrivain, «un désir communément éprouvé par ceux qui ont perdu la trame de leur existence ».«Là où va ta boule, tu la suis», résume ce disciple de Jack Kerouac et adepte du « dudéisme » (clin d\u2019œil philosophique amusé au film des frères Coen, The Big Lebowski).Plus loin, un concierge défait de Dolbeau dont la fille adolescente a disparu il y a seize ans se rend à Montréal pour aller identifier, en compagnie de son ex-femme, le corps d\u2019une toxicomane décédée à Winnipeg.Un voyage douloureux sur les ruines d\u2019un couple éclaté il y a longtemps {Un cœur enfargé).Opérateur d\u2019abatteuse de Mistassini, solitaire et têtu, Yvon a largement dépassé l\u2019âge de la retraite, terrifié par la perspective de retourner vivre auprès de sa femme et de ses enfants qui vivent en Beauce (Yvon).En quatre temps Ces histoires, liées entre elles de manière subtile, peuvent même être lues comme quatre temps dans la vie d\u2019un même homme.Car pour la plupart d\u2019entre eux, les protagonistes de Debout sur la carlingue sont des hommes légèrement dépressifs et solitaires, perdus ou coincés dans une existence qui les déçoit.Des hommes pour lesquels la paternité est problématique \u2014 soit parce que leur famille a éclaté ou que l\u2019idée terrifiante de deve- nir père les oblige à envisager à la fois le passé et l\u2019avenir.Et s\u2019il leur arrive encore de lever les yeux au ciel, leur regard risque d\u2019accrocher un vol d\u2019ou-tardes en pleine migration.Une image forte qui les renvoie à leur propre immobilité.Julien Gravelle, un Français né en 1979, installé dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis une dizaine d\u2019années oû il travaille comme guide d\u2019expédition, a déjà fait paraître dans l\u2019Hexagone un premier roman et un récit (M-tassinan et Musher, aux éditions Wildproject).Il réussit à tricoter entre elles ses quatre histoires de façon particulièrement habile.Et il le fait, ce qui n\u2019est pas banal, dans une langue d\u2019une étonnante authenticité locale.Oscillant entre l\u2019humour et la gravité, ponctuées de passages vibrants de poésie capables d\u2019exalter la beauté et la cruauté de la nature sauvage, ces histoires prennent vie au cœur d\u2019une nature encore et toujours plus forte que l\u2019homme.Un univers oû il s\u2019agit surtout, on le comprend, de ne pas perdre la boule.Collaborateur Le Devoir DEBOUT SUR LA CARLINGUE Julien Gravelle Leméac Montréal, 2015, 168 pages POESIE L\u2019engagement de Suzanne Biron HUGUES CORRIVEAU Il faut souligner l\u2019heureuse initiative du Noroît d\u2019honorer la mémoire de Suzanne Biron, en lui consacrant le premier livre publié dans sa nouvelle collection «Théorie des marées».Engagée fiévreuse pour la cause des femmes, amoureuse et passionnée de littérature, voilà comment elle nous est présentée, comment la reconnaissent ceux et celles qui ont fréquenté cette maison d\u2019édition au fil des ans.En fait, ce qui compte avant tout dans ce livre, ce sont les textes que Suzanne Biron consent, a posteriori, à publier ici.Forts textes sur sa mort prochaine, mais aussi sur celle de sa mère, écrits à partir d\u2019un rêve oû son propre frère la tue à coups de couteau.L\u2019écriture limpide qui parle bellement des belles mains, de celles qui savent dessiner l\u2019émotion d\u2019un coi^s.Qui est à douleur se doit de lire ce livre d\u2019une immense tendresse, d\u2019une poésie effleurée, d\u2019un engagement face à l\u2019inéluctable qui ne peut être le fruit que d\u2019une férocement vivante, forcément amoureuse de la vie.Ne souhaitait-elle pas être recenseur de galets?«Bourquoi vouloir être un recenseur de galets ?Bour rien, totalement pour rien.Voilà la beauté de la chose.» Voilà la beauté de ce livre, celle de donner à lire un engagement total de soi face aux autres et aux mots.«Et le souffle, lui, dans quelle lumière baigne-t-il?» Dans celle de l\u2019inextinguible soif de survivance.Collaborateur Le Devoir NE M\u2019INTERROMPEZ PAS Suzanne Biron Le Noroît Montréal, 2015, 54 pages éditeur ©Également disponible en version numérique www.editionsxyz.com «L\u2019intrigue se développe avec assurance et une bonne maîtrise des principes d\u2019un polar [.] Verdier garde l\u2019intérêt de son lecteur avec la vivacité de son écriture et son humour bien tempéré.» Jean-François ViLLeneuve La Presse COCHONS RÔTIS UN ROMAN DE VIC VERDIER lettres québécoises REVUE fondée en 1976 La revue de l'actualité littéraire La seule revue ENTIÈREMENT consacrée à la LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE.letties québécoises .\tXv lettres québécoises Roman Traduction POLAR RÉCIT Nouvelle POÉSIE Études littéraires CONTE Actualité Abonnement papier et électronique : www.lettresquebecoises.qc.ca f Suivez-nous sur Facebook Conseil des arts et des lettres\t_____ .\u2022 I O E9 Québec o b LE DEVOIR, LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE JUIN 2015 F 3 LECTURES D\u2019ETE POLAR Six minutes de trop Un nouveau Chrystine Brouillet MICHEL BELAIR Il y a trop longtemps que l\u2019on avait entendu parler de la détective Maud Graham; Thé-roïne de Chrystine Brouillet est une femme déterminée qui s\u2019acharne à poser les bonnes questions \u2014 ce qui est souvent trop rare \u2014 et il est toujours bon de la revoir faire face à la bêtise humaine.La voici cette fois-ci aux prises avec une étrange histoire qu\u2019elle ne soupçonne même pas et qui n\u2019éclatera au grand jour que lorsqu\u2019on découvrira le cadavre d\u2019un homme sans histoire, puis que, dans la même foulée, une femme violentée que Graham a déjà rencontrée à quelques reprises succombera à ses blessures.Au cœur de ces deux affaires s\u2019entrecroisant avec une troisième qui, elle, sous-tend tout le livre, un seul et même obsédant sujet: la violence conjugale.S^effacer à jamais Nadia Gourdeault aura mis une bonne partie de sa vie à disparaître.Ce n\u2019est pas tant que sa grâce de ballerine ou la pureté de ses traits ont été si difficiles à cacher; c\u2019est plutôt qu\u2019elle a osé prendre la fuite devant un mari qui la battait.Comme elle connaissait intimement la violence de son agresseur, elle a toujours su que, une fois sa décision prise, il valait mieux ne jamais refaire surface et oublier le souvenir même de sa vie de femme de millionnaire pour échapper à la vengeance de son mari torontois.On la retrouve donc à Québec, sous un nouveau nom: Diana Roberts.Presque une quinzaine d\u2019années plus tard, après des bouts de vie anonyme aux Etats-Unis et à Montréal, voilà Diana reconvertie en assistante dans une clinique vétérinaire.C\u2019est là qu\u2019elle fait la connaissance d\u2019un homme sans histoire, un ostéopathe tombé amoureux d\u2019elle et qui ne connaît évidemment pas son passé de femme battue.Alors qu\u2019elle apprivoise peu à peu l\u2019idée de s\u2019ouvrir à nouveau à quelqu\u2019un, le sort s\u2019acharne sur elle: son prétendant, Dominique Poitras, est assassiné.Son mari violent aurait-il retrouvé sa trace?Est-ce lui qui veut l\u2019atteindre en éliminant ceux qui s\u2019approchent d\u2019elle?Pourtant personne encore, sauf le lecteur, ne sait qui est Diana Roberts.Quand Maud Graham la rencontre dans le cadre de son enquête, elle sent tout de suite que cette femme lui cache quelque chose, mais rien ne la relie au crime sur lequel elle enquête sauf son lien ténu avec la victime.Puis lorsque Rachel, secrétaire à la clinique Physi\u2019Os de Dominique Poitras, est sauvagement battue et qu\u2019elle succombe à ses blessures, Graham comprend que les deux meurtres sont liés et se lance à la poursuite de l\u2019agresseur, son mari.Tout cela est raconté dans une écriture qui baigne dans les tranches de vie ordinaire.Les personnages de Chrystine Brouillet, Maud Graham y comprise, vivent de vraies existences farcies de petits détails quotidiens et familiaux: on sent le froid dehors quand ils sortent et l\u2019on est mêlé aux tracas de leur vie de tous les jours.Avec eux et elles, on peste contre tout et rien, comme dans la vraie vie.Et on n\u2019arrive surtout pas à comprendre le silence des femmes battues, ni non plus la violence qui dénature la pensée et les gestes des batteurs de femme.Sauf que, comme le souligne l\u2019auteur en quatrième de couverture, il peut s\u2019écouler six mois entre le moment où un mari menace de tuer sa femme et celui où elle est entendue par un juge, alors que six minutes suffisent amplement pour qu\u2019un homme étrangle son épouse.La violence, et le pouvoir que certains semblent en tirer, ne peuvent finalement s\u2019expliquer que par la pathologie.Et le polar, comme tous les types de fiction, ne peut qu\u2019être là pour en témoigner.Collaborateur Le Devoir SIX MINUTES Chrystine Brouillet Druide Montréal, 2015, 311 pages T V ^ \" ' \u2019 ' '\t.V V X s ^ :v\t^ Æ STEVE HEASLIP ASSOCIATED PRESS Douze histoires de plage et une noyade.Le titre du recueil ne laisse présager qu\u2019une seule mort.Elle hante pourtant le sable chaud de Wellfleet, Cape Cod, sur lequel chacun des treize auteurs dépose sa serviette.Voir Wellfleet (Cape Cod) et mourir DOMINIC TARDIF Deux belles paumées jasent au comptoir du bar d\u2019un salon de quilles.Renarde et atoue, qu\u2019elles s\u2019appellent.La première page e Comme un corps gras dans une poêle de fonte n\u2019est pas terminée que l\u2019envie de crier au trait trop lourd gronde.Puis surgissent ces quelques phrases, et c\u2019est réglé, elles sont là devant nous, en chair, en os et en rides.Tour de magie.C\u2019est gros.Renarde et Tatoue, mais chez Robin Aubert, ça fonctionne, ça se peut.«Elles aimaient leurs noms.Les avaient changés en même temps au bureau du directeur de l\u2019État civil.L\u2019homme avait demandé: Êtes-vous bien certaines de ce que vous faites ?\u201d \u201cNon, pis c\u2019est un peu pour ça qu\u2019on le fait\u201d, avait répondu Renarde avec son affront habituel», écrit le poète et cinéaste bien connu, qui avance jusqu\u2019au bord du précipice de la caricature, puis rétropé-dale juste assez pour que ne reste sur la page qu\u2019un monde à la fois inédit et familier.L\u2019évocation d\u2019un tortionnaire aux techniques singulières, suavement surnommé Casanova de Plessisville, achève ce portrait pittoresque et doucement étrange, cousin d\u2019André Eorcier.Lancées sur les traces d\u2019un certain Ti-Jean Lévesque, nos Thelma et Louise des Bois-Erancs devront déterrer le passé bien enfoui d\u2019un écrivain loqueteux.Voyez-vous, vous aussi, le fantôme de Jack Kerouac?Comment ne pas sourire à l\u2019idée que le pape des beats ait élu des femmes lambda pour divulguer son secret le plus troublant?Douze histoires de plage et une noyade.Le titre du recueil ne laisse présager qu\u2019une seule mort.Elle hante pourtant le sable chaud de Wellfleet, Cape Cod, sur lequel chacun des treize auteurs dépose sa serviette.La mort, c\u2019est la barrette d\u2019une autre reconnue par une femme gonflée d\u2019espoir dans la salle de bain de son ancien amant {Reine de sel, d\u2019Eisa Pépin).C\u2019est l\u2019issue inexorable d\u2019un premier amour {Sam et Maria, de Michel Vézina).C\u2019est la crainte qui condamne à l\u2019avance une relation naissante {Le parc Belmont, de Stéphanie Pelletier).Dans Des homards et des hommes, moment fort du livre, Annie Landreville se paie la gueule de la Eaucheuse avec un mélange d\u2019humour noir et de réelle gravité.Un pêcheur devrait-il avoir honte de faire fortune en vendant des crustacés engraissés à la chair humaine ?Dernier coup de tête Dire d\u2019un recueil collectif qu\u2019il part dans tous les sens tient presque du pléonasme.Le formalisme ludique de Madison Smartt Bell, écrivain BIBLIO ¦ F I P E S BF livres de poehe Eric Siblin Les Suites pour violoncelle seul En quête d un chef d œuvre baroque François Barcelo Vie de Rosa Jacques Boulence La mémoire des mots Al ce au pays de I Alzhei Pierre Grave me Les cent plus beaux poèmes québécois 14,95$ (papier) 15,95$ (papier) 11,99$ (numérique) 12,95$ (papier) 9,99$ (numérique) 11,95$ (papier) F I D E s groupefides.com Canada américain qui se mesure pour la première fois à la langue de VLB, détonne néanmoins du parti pris pour un storytelling plus traditionnel qui anime le reste du livre.Difficile d\u2019expliquer pourquoi Geneviève Drolet a cru bon révoquer, en une seule chute maladroite, toute la complexe puissance du désir qui faisait puiser sa nouvelle.Au rayon des surprises, Michel-Olivier Gasse quitte avec grâce le Villeray de ses deux premiers livres {Du cœur à l\u2019établi.De Rose à Rosa, Tête première) pour dévoiler une sensibilité aux éléments qu\u2019il avait jusqu\u2019ici gardée pour lui.Une tempête érode les terres et, du même coup, le cœur d\u2019un homme désemparé, en deuil de la douceur de sa femme et de celle que lui procuraient les paradis artificiels.Chez Patrice Lessard, ici très Kafka at the Beach, une boîte au contenu mystérieux sabote la journée d\u2019un vacancier moyen.Sans tambour ni trompette.Douze histoires de plage et une noyade sonne la fin de la maison Coups de tête.«Faut que ça déménage, faut que ça rock, faut que ça arrache», déclarait Michel Vézina entre ces pages au moment de sa fondation en 2007.L\u2019infatigable bourlingueur part faire rocker la littérature ailleurs, au volant de son camion-librairie ambulante Le Buvard.DOUZE HISTOIRES DE PLAGE ET UNE NOYADE Sous la direction de Michel Vézina et Marie-Chantal Gariépy Coups de tête Montréal, 2015, 300 pages RETROUVAILLES SUITE DE LA PAGE F 1 L\u2019histoire d\u2019un homme dans le coma, dont on entend la voix intérieure.Et de ses proches, catastrophés.Qui vont devoir composer avec la situation, tout en apprenant à se dévoiler.Et en réapprenant à vivre.Autrement dit: en profitant de chaque instant, à la puissance mille.Pour le travail de mémoire : La nageuse au milieu du lac (Quartanier) La descente aux enfers d\u2019une mère vieillissante qui perd le nord.Et le chagrin, la culpabilité, l\u2019impuissance d\u2019un fils qui se voit devenir le père de sa mère.A partir de ce nœud qui touche à l\u2019universel, Patrick Nicol tisse un récit intime qui se présente comme un album hommage, exempt de mièvrerie.Et tellement senti.Pour la soif de liberté : A Vétat sauvage (Boréal) Comment cultiver le goût des autres sans devenir l\u2019esclave de personne?Ce pourrait être une des questions centrales de ce roman.Robert Lalonde se glisse ici dans la peau d\u2019un homme libre, amoureux de la nature et des mots, qui part à l\u2019aventure.et qui lui ressemble, on ne peut s\u2019empêcher de le penser.On ne peut s\u2019empêcher non plus de conclure qu\u2019il s\u2019agit là de son roman le plus fluide.Le plus accessible, dans le bon sens du terme.Pour le dépaysement et Téchafaudage impressionnant: Les luminaires (Alto) Parue au Québec en traduction française au début de l\u2019année, cette brique historique a valu à son auteure néo-zélandaise d\u2019une vin^aine d\u2019années, Eleanor Catton, née au Canada, un prix du Gouverneur général et le prix Man Booker.Ce roman hors norme de près de mille pages nous transporte en Nouvelle-Zélande au XIX® siècle, en pleine ruée vers l\u2019or.Toute une galerie de personnages défile, attirés par la promesse d\u2019une vie meilleure.Mais la cupidité, la jalousie, la conspiration et la corruption vont s\u2019inviter au détour.La peur aussi.Il y aura des morts.Et des fantômes.Tout ça sur fond de spiritisme.Pas toujours aussi palpitant qu\u2019on l\u2019aurait souhaité, mais admirablement construit, sur un modèle qui emprunte à l\u2019astrologie.Un exploit, quoi! Pour la voix forte, poétique, sur fond noir: Demoiselles-cactus (Leméac) Clara Brunet-Turcotte, 30 ans, est bonne première des découvertes littéraires québécoises de l\u2019année.Oh! que c\u2019est dur, noir, ce premier roman, mais traversé par des pluies d\u2019étincelles magiques.Cette histoire d\u2019une anorexique boulimique compulsive de 25 ans, sorte de «Minifée cernée» hantée par la dépression, prend aux tripes.Tout n\u2019est pas pour autant convaincant: l\u2019aspect «enquête policière» du récit, en outre, n\u2019était peut-être pas nécessaire.Mais impossible de ne pas le répéter: voici quelqu\u2019un qui s\u2019approprie sans ambages son propre langage, qui ouvre les vannes de son univers intérieur et de son imaginaire comme on s\u2019ouvre les veines sur la page.Collaboratrice Le Devoir FINALISTE AU PRIX LITTÉRAIRE TRILLIUM 2015 DANIEL POLIQU IN LE VOL DE L\u2019ANGE^ «Jamais chez Poliquin on ne s\u2019ennuie, jamais on ne s\u2019apitoie sur le sort du personnage.Poliquin est sans doute l\u2019un des rares romanciers qui sachent si habilement amuser, divertir, faire rire, tout en étant drôlement sérieux.» François Ouellet, Nuit blanche i \\ Daniel Poliquin LE VOL DE L\u2019ANGE m Roman 320 pages \u2022 25,95 $ PDF et ePub : 18,99 $ « L\u2019auteur [nous convie] à cette fresque acadienne doublée de réflexions sur ce qui constitue l\u2019individualité et l\u2019identité : des sujets philosophiques traités avec finesse d\u2019esprit et une certaine légèreté, en donnant l\u2019impression de ne pas trop y toucher.Du beau travail, admirablement servi par un écrivain en pleine possession de ses moyens.» ^\tStanley Péan, Les Libraires Boreal www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUIN 2015 LECTURES DITE GLENAT QUEBEC Le Domaine Grisloire, de Michel Falardeau, installe son drame fantastique entre la ville de Québec et le monde des rêves.BANDE DESSINÉE Réalités parallèles FABIEN DEGLISE Tiens, les réalités parallèles ont l\u2019air d\u2019inspirer l\u2019univers de la bande dessinée par les temps qui courent.Deux titres incarnent l\u2019attrait: Le Domaine Grisloire de Michel Falardeau et Réincarnations, du maître du scénario mystico-policier et scénariste hyperactif Eric Corbeyran, qui puisent dans le réel et ses dimensions possibles.Pour mieux cadrer la leur.Première dimension, celle dessinée par Falardeau, père de Mertownville (Paquet), Luck (Dargaud Benelux) et French Kiss (Glénat Québec), qui installe son drame fantastique dans l\u2019environnement visuel de la ville de Québec.C\u2019est là que vit Noah, jeune fille un tantinet geek dont l\u2019existence est marquée par un cauchemar récurrent.A l\u2019intérieur : un loup et ses coups de griffes qui laissent des marques profondes, au sens propre, sur une dimension à laquelle il ne devrait pas avoir accès: le corps bien réel de Noah.Qu est dans une relecture contemporaine du cauchemar de Freddy Krueger induit dans les années 1980 sur la rue Elm et filmé par Wes Craven.Le gore en moins.Dans le premier volet de son diptyque \u2014 If Only Everything, c\u2019est son titre \u2014, le bé-déiste orchestre un récit habile qui noue et renoue, dans l\u2019esprit comme dans le trait, avec les dimensions de ses oeuvres passées : Fésotérisme adolescent est là, les gros yeux empruntés aux personnages de manga aussi, tout Tatiam comme les courbes qu\u2019il manie avec le même soin pour magnifier toutes ses âmes se croyant un peu perdues.Le jeune public visé risque de s\u2019y retrouver.Les autres?Un peu moins ! Deuxième dimension, celle de Corbeyran qui, avec la complicité de Horne Perreard au dessin, déplace ses préoccupations ésotériques \u2014 lui aussi \u2014 dans l\u2019univers de la connaissance scientifique, entre deux époques : le Moyen Age de l\u2019Inquisition et un présent qui, selon lui, avance inéluctablement vers un nouveau point de rupture.La Fondation Kendall, titre donné à ce premier tome, ouvre le bal en tissant son intrigue autour d\u2019un mystérieux carnet de notes trouvé sur un chantier de construction par des archéologues.Une épistémologue fraîche émoulue de l\u2019université, un milliardaire discret aux activités étranges, un acheteur insistant et une mise en garde portée dans un message non signé assurent la consistance du propos.Rien de très nouveau pour Corbeyran qui tire ici sur les mêmes ficelles que dans la dizaine de suspens qu\u2019il a mis au monde, pour façonner au final une aventure pas très surprenante, mais qui, sous la houlette de ce conteur redoutable, a le mérite d\u2019être plutôt divertissante.Le Devoir LE DOMAINE GRISLOIRE If Only Everything Michel Falardeau Glénat Québec Montréal, 2015, 48 pages RÉINCARNATIONS lA Fondation Kendall Éric Corbeyran et Horne Perreard Delcourt Paris, 2015, 50 pages Deux réincarnations au détour.Parlant de réincarnations, en voici deux, fraîchement sorties et dignes de mention : Ping-pong (Pow Pow) de Zviane C\u2019est la réédition de fragments autoédités en 2014 par l\u2019amusante bédéiste, avec un petit plus : dans cette version, la bédéiste commente, enrichit et discute dans la marge de ses capsules dessinées.Elle a aussi invité une jolie brochette d\u2019auteurs à en faire tout autant.Jean-Paul Eid, Réal God-bout, Pascal Girard sont, entre autres, dans la liste.deRosnay LÉGENDE 4ean^g.uy La légende des Jean-Guy (La Pastèque) de Claude Cloutier Son passage dans le monde de la bédé a été court, mais marquant.L\u2019univers absurde et loufoque dessiné par Cloutier dans les pages du magazine Croc dans les années 80 revient décrisper le présent avec ses «smout», son Gino et le vilain Maurice, réunis à l\u2019intérieur d\u2019une première réédition, avec cette dimension éditoriale qui érige parfois le souvenir au rang des classiques.Requiem pour un couple épuisant et autres nouvelles \u201c Perspicace, cinglante, légèrement tordue, ancrée dans le social.La richesse de l'écriture de Jean-François Chassay réside dans l\u2019habileté de cet auteur à amalgamer les thèmes et les registres, témoignant d\u2019une vaste culture littéraire et d\u2019une profonde curiosité intellectuelle.» Sylvie St-Jacques, La Presse+ Société cie Uiveloppement\t-q des entreprises\t^ culturelles\t__ __ \u2014 /-V j-\\ E9 E9 U 514 524-5558 lemeac@lemeac.com\tL^UcDCCilBa ® ROMANS ERANÇAIS À VOS hamacs, prêts, lisez ! GUYLAINE MASSOUTRE Check-point est le roman d\u2019été par excellence: une histoire pleine d\u2019action, de vie et de mort, de guerre et d\u2019action humanitaire.Une histoire de vrais mâles \u2014 enfin, de cinq militaires, dont une femme (pas vraiment brillante) \u2014 en action humanitaire dans la guerre de Bosnie.Faut-il récrire à quel point Rufin sait raconter une intrigue serrée?Faire monter la tension, croiser les fils et nouer l\u2019improbable?Se souvenir de ce qu\u2019il a vu, et, dans ses fictions, faire converger les dangers au bon moment?Check-point est un film américain, un plan pour Hollywood, un pari gagné.Faut-il en dire plus?Bouder son plaisir?Sûrement pas.Mais si vous y croyez, alors bas les trompettes.Pessimiste car averti, Rufin nous prédit, avec toutes les ressources de postface dont il est capable, que le pire est à nos portes : un monde violent, où l\u2019homme (chasseur primaire) mauvais et la femme (aux bas instincts) égarée, dans cet Décident (l\u2019QNU et l\u2019humanitaire) corrompu, veulent la guerre et font la destruction, tant leurs actions débordent leurs vertus.Dur dur, entre la déprime et les sensations fortes.A lire en voyage, pour son suspense et ses rebondissements ! Héloïse, putain dévergondée, catin troussant et troussée, tressaillant de plaisir et de désirs sa-diens à renouveler sans fin?C\u2019est l\u2019invention de Jean Teulé, dans Héloïse, ouille!, une sacrée empoignade de langage, qui, loin du sérieux de l\u2019histoire, s\u2019encanaille, nous égaye et, à force d\u2019explosions de rires, nous fait apprécier ses mots truculents, imagés et coquins, extravagants et malpropres, et j\u2019en passe.Qui osera citer ses foucades rigolotes, ses maltraitances abjectes, ses tourbillons dp cochonneries cadencées?A frissonner d\u2019horreur, à suer de chaleur! D\u2019ailleurs, d\u2019où connaît-on, chacun d\u2019entre nous, tout ce vocabulaire ?Au feu flambant d\u2019un récit enragé, voici l\u2019histoire fameuse de l\u2019élève et du maître, finalement châtré.Haro sur le baudet! Avanf il en aura abusé, du dessous la robe de la demoiselle, qui trompe son oncle, un chanoine pieux! Les pages dégoulinent des mots pour le dire et des gestes canailles, grossiers, empçstant la débauche.Le Moyen Age a le dos large, à jouir à n\u2019en plus finir ! Dans la seconde partie du roman, on découvre les amants séparés.Chacun vit le pire dans son monastère, très peu respectueux de ces brillantes personnalités, qu\u2019on retrouvera dans d\u2019authentiques lettres d\u2019amour contrarié et repentant, remises en français savoureux et accessibles sans effort.Aimer, sans hurlement, cela existe.IfT/eu/d\u2019Hélène Lenoir est un beau roman, pas compliqué et optimiste, très joli.Les ingrédients ?Un héritage difficile, entre frère et sœur qui ne se ressemblent pas.Ils cohabitent pourtant.Ce qui les lie, c\u2019est la propriété silencieuse dont ils ont hérité, qui attire l\u2019amour, avec sa merveilleuse ambiance de jardin, de pièces froides, de lieu résistant à la raison et aux prévisions.Les caractères se dévoilent.Sous le tilleul, donc, rien de calmant.Plutôt, une tonne de sensations, des silhouettes qui font penser aux bêtes, à l\u2019angoisse, à l\u2019effroi.Mais tout cela s\u2019apprivoise, fait peinture, énigmes et impressions.Les orages grondent et s\u2019éloignent, sans que la foudre ait tout abîmé.Il faut lire, déguster ce Tilleul nocturne.Au bout du compte, c\u2019est un très bon moment passé à rêver, à se laisser happer par la compagnie de ces personnages taiseux, grandis dans une écriture mature, juste et dépouillée.Collaboratrice Le Devoir CHECK-POINT Jean-Christophe Rufin Gallimard Paris, 2015, 389 pages HÉLOÏSE, OUILLE! Jean Teulé Julliard Paris, 2015, 336 pages TILLEUL Hélène Lenoir Grasset Paris, 2015, 190 pages Le Caillou ROMAN LE CAILLOU Sigolène Vinson Le Tripode Paris, 2015, 198 pages «C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une femme qui voulait devenir un caillou», annonce la 4® de couverture, comme les premiers chapitres.Une femme qui ne désire plus rien, incapable de concilier les aspirations et grandeurs possibles de l\u2019homme et ses petitesses visibles à tous coins de rue.Une femme qui se retire de toute ambition, minée par des espoirs professionnels et amoureux déçus.Une femme qui se remettra pourtant à espérer quand son vieux voisin, sculpteur, fait irruption chez elle pour la prendre comme modèle, car devenir sculpture serait devenir caillou.Ce premier roman de Sigolène Vinson, après une autofiction et quelques polars à quatre mains, démarre fortement.Les obsessions ramenées en boucle par la narratrice, son tiraillement entre grandeurs et désenchantement ne sont pas sans rappeler certains personnages en voie de disparition de Romain Gary.Si le récit reste émouvanL la réserve des débuts se disperse et certains passages en deviennent débordants, certaines métaphores, lourdes.L\u2019ellipse temporelle au cœur du récit renouvelle le regard du lecteur, mais ne perd pas tout à fait son odeur de truc littéraire.Qu\u2019on comprenne la nuance : Ix caillou est un bon premier roman, mais qui ne tient pas ses fortes promesses de départ.Catherine Lalonde rr f.t ^ LOUIS BLANCHETTE DISPARDS EN HER Le silence entourant le naufrage du B.F., le navire des frères Bernier dans le Saint-Laurent 224 pages photographies, cartes et illustrations ISBN 978-2-9802958-3-6 prix: 25 $ Une histoire troubiante.Une histoire vraie.Une iecture passionnante.Disparus en mer explique le naufrage du B.F.survenu dans la nuit du 14 mai 1952 et le situe dans son contexte historique.Le récit jette un éclairage nouveau sur ce drame de la navigation qui a ébranlé la communauté maritime et l'a laissée sans réponse pendant des décennies.PRIX D'EXCELLENCE 2014 décerné par l'Alliance québécoise des éditeurs indépendants \" Mention spéciale du jury\" Commandez le livre auprès de l'auteur ou chez votre libraire préféré.www.histograffecliteur.com info@histograffecliteur.com Tél.:418733-1371 LE DEVOIR, LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUIN 2015 F 5 LECTURES D\u2019ETE Le sauvage et le vierge Louis Hamelin ous sommes, pour la plupart, devenus incapables de penser la Nature en dehors de l\u2019humain.Nos sociétés laïques continuent de vivre selon l\u2019orgueil-leux postulat des religions monothéistes dont elles se prétendent débarrassées, celui qui place l\u2019homme au centre de la Création, guère différent, en cela, du but assigné à la science et au progrès par la raison cartésienne : «Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.» Un des arguments parfois entendus pour justifier, hier la destruction de la rivière Rupert, aujourd\u2019hui celle des paysages d\u2019Anticosti, ressemble à ceci: la plupart d\u2019entre nous n\u2019y mettront jamais les pieds.Or, est-il possible d\u2019affirmer ici que nous pourrions, comme collectivité, avoir intérêt à préserver, dans son intégrité naturelle, un vaste espace sauvage même si ce dernier doit demeurer largement inaccessible à nos braves foules d\u2019éco-touristes du dimanche dûment greyés de leurs bâtons de marche télescopiques et autres cossins révolutionnaires vendus par ceux qui réfléchissent à la manière de transformer la randonnée pédestre en performance extrême?Oui, conserver cet espace en l\u2019état, y compris dans sa relative inhospitalité à l\u2019endroit des cohortes d\u2019utilisateurs suréquipés dont les achats de babioles à la fine pointe de la technologie font rouler une nouvelle économie du plein air pour laquelle le rapport au monde vivant semble inconcevable sans la médiation d\u2019une panoplie de gadgets perfectionnés.Même la pêche à la mouche ne redevient cool, voyez-vous, qu\u2019à la condition d\u2019être électroniquement formatée pour consommation sur tablette ou téléphone.A la question posée plus haut, Wdlace Stagner, le chantre de l\u2019Ouest sauvage, le gigantesque écrivain étasunien, répondait oui sans hésiter.«Ce dont je veux plaider la cause, écrit-il en 1960, n\u2019est pas tant l\u2019usage du monde sauvage, fût-il précieux, mais l\u2019idée du monde sauvage, qui est une ressource en elle-même.Étant une ressource intangible et spirituelle, elle semblera mystique aux esprits pratiques, mais il faut dire que tout ce qui ne peut être V #5 T 'jr.H NORMAND BLOUIN ARCHIVES LE DEVOIR Même si la plupart d\u2019entre nous ne mettront jamais les pieds à la rivière Rupert (notre photo) ou à Anticosti, conserver l\u2019espace en l\u2019état demeure une richesse collective, estime Louis Hamelin.déplacé par un bulldozer risque de leur sembler mystique.» Dans cette «lettre sauvage» d\u2019abord adressée au chercheur responsable du «volet protection de la nature» d\u2019une Commission d\u2019examen des ressources de loisirs de plein air, il précise plus loin: «Savoir que ce monde (sauvage) continue d\u2019exister entretient notre santé spirituelle, même si pas une fois en dix ans nous n\u2019y mettons les pieds.Cette conscience nous enrichit lorsque nous sommes jeunes, en raison de l\u2019incomparable équilibre mental qu\u2019elle peut rapidement apporter, vacances et repos, dans nos vies démentes.Elle nous enrichit quand nous vieillissons, par sa seule permanence.» L\u2019école du Montana Né en 1909 dans une petite ville située à la frontière de la Saskatchewan et du Montana, Stagner a roulé sa bosse un peu partout dans l\u2019Ouest, des épaisses forêts pluviales de l\u2019Etat de Washington aux déserts de rutah.Il a aussi enseigné la littérature à Stanford et à Harvard (pas exactement des institutions de second ordre), à des types comme Edward Abbey, Thomas McGuane et Raymond Carver (pas exactement des deux de pique), tout en trouvant le temps d\u2019accoucher d\u2019une soixantaine de livres, une œuvre considérée comme majeure dans son pays G\u2019ai couvert ici Angle d\u2019équilibre, un roman de 700 pages, il y a 15 ans), qui fait de lui le père spirituel incontesté de la fameuse «école du Montana» et un pionnier de «l\u2019écrinature» \u2014 car maintenant que nous avons des contacts à l\u2019Académie française, nous réussirons peut-être, qui sait, au cours du ^Gaspard-LE DEVOIR jfALMARÈS Levesque éditeur félicité Gaëtan Brulotte lauréat du Prix de littérature Gérald-Godin 2015 des Grands Prix culturels de Trois-Rivières pour son recueil de nouvelles La contagion du réel Gajtan Brui OI ii La contagion du reel O velif L evesque éditeur DISTRIBUTION DIMEDIA INC Courriel general@dimedia qc ca Site Internet wwwdimedia qcca ^\tDu 25 au 31 mai 2015\t\t \t\tni \t\t Romans québécois\t\t 1 il Six minutes\tChiystine Brouillet/Dmide\t-/I 2 La vie sucree de Juliette Gagnon \u2022 Tome 3 Escarpins\tNathalie Roy/Libre Expression\t1/2 3 Les hentiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 11 Double allégeance\tAnne Robillard/Wellan\t2/8 4 Maudits bas jaunes'\tMarie-Millie Dessureault/Mortagne\t4/2 5 La Justiciere La finale des coupables\tMarc Aubin/l\u2019Apotheose\t7/2 6 Des nouvelles d\u2019une p\u2019tite ville \u2022 Tome 2 1968 Juliette\tMano Hade/Les Editeurs reunis\t3/4 7 Les 7 secrets de mon ex\tJudith Bannon/Les Editeurs reunis\t-/I 8 Tu peux toujours counr\tValerie Chevalier/Hurtubise\t5/8 9 1967 \u2022 Tome 1 L\u2019âme sœur\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t6/8 10 La promesse des Gelinas \u2022 Tome 1 Adele\tFrance Loirain/Guy Saint-Jean\t8/8 Romans étrangers\t\t 1 il L\u2019instant present\tGuillaume Musso/XO\t1/10 2 After \u2022 Tome 3 La cbute\tAnna Todd/Homme\t-/I 3 Dans la ville en feu\tMichael Connelly/Calmann-Levy\t2/5 4 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t3/16 5 La fille du tram\tPaula Hawkins/Sonatine\t-/I 6 Dis-moi que tu m\u2019aimes\tJoy Fielding/Michel Lafon\t8/3 7 Les quatre saisons de l\u2019ete\tGrégoire Delacourt/Lattes\t6/2 8 L\u2019ombre de Gray Mountain\tJohn Grisham/Lattes\t5/8 9 Lune pourpre\tJames Patterson | Marshall Karp/Archipel\t9/3 10 Tu me manques\tHarlan Coben/Belfond\t7/9 Essais québécois\t\t 1 11 Ma vie rouge Kubnck\tSimon Roy/Boreal\t2/3 2 11 brefs essais contre l\u2019austerite\tCollectif/Somme toute\t-/I 3 Second debut Cendres et renaissance du féminisme\tFrancine Pelletier/Atelier 10\t3/3 4 Jean-François Lepine, sur la ligne de feu\tJean-François Lepine/Libre Expression\t7/30 5 Walmart Journal d\u2019un associe\tHugo Meunier/Lux\t9/9 6 Mieux d\u2019Etat\tMartine Ouellet | lanik Marcil/Somme toute\t-/I 7 Etat du Quebec 2015\tCollectif/Del Busso\t6/7 8 Depossession Une bistoire economique du Quebec\tCollectif/Lux\t-/I 9 La langue lapaillœ Combattre l\u2019insecunte linguistique des\tAnne-Marie Beaudoin-Begin/Somme toute\t4/3 10 Tout ce que les publicitaires ne vous disent pas\tArnaud Granata | Stéphane Mailhiot/La Presse\t5/6 '?'Essais étrangers\t\t 1 11 Du bonheur Un voyage philosophique\tFrederic Lenoir/Fayard\t1/15 2 Laissez-nous faire' Dn a déjà commence\tAlexandre Jardin/Robert Laffont\t-/I 3 Cosmos Breve encyclopédie du monde\tMichel Dnfray/Flammarion\t4/3 4 Remedes mortels et crime organise\tPeter C Gotzsche/PUL\t2/3 5 L\u2019occident terronste D\u2019Hiroshima a la guerre des drones\tNoam Chomsky | Andre VItchek/Ecosociete\t3/4 6 Lettre aux escrocs de l\u2019islamophobie qui font le jeu des\tCharb/Les échappés\t8/2 7 Jihad academy Nos erreurs face a l\u2019Etat islamique\tNicolas Henin/Fayard\t-/I 8 Tout peut changer Capitalisme et changement climatique\tNaomi Klein/Lux\t5/12 9 La chair interdite\tDiane Ducret/Albin Michel\t7/13 10 François parmi les loups\tMarco Politi/Philippe Rey\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d information et d analyse BaspanI sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Basparil et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Basparil © BTLF toute reproduction totale ou partielle est interdite millénaire actuel, à imposer ce mot-valise comme traduction du nature writing chéri des éditeurs parisiens.Et parlant de traduction, celle de ces essais, par un certain Anatole Pons, n\u2019est pas toujours à la hauteur du genre de somptueuses descriptions où, alliant la précision scientifique du regard et la majesté du style, Ste-gner s\u2019égale au meilleur Tho-reau.T>was Au jardin d\u2019Éden, Pons propose «cime des arbres» là où Stagner, aventuré en haute montagne, veut manifestement parler de la limite des arbres.Ailleurs, un contre-emploi similaire donne un gel au lieu d\u2019une débâcle {ice drift).Et notre traducteur confond allègrement fleuves et rivières.Qu\u2019un même mot serve à les désigner en anglais ne signifie pas qu\u2019il a le droit de réécrire les lois de la géographie.Oasis Mais je reviens, et sans cesse, à la dernière lettre pour le monde sauvage de Stegner.Je l\u2019ai lue à bord d\u2019un autobus qui franchissait le massif de rOrford, là où, certaines fins de semaine, on peut suivre au son les régiments de coureurs à pied super organisés envahissant la forêt avec leur musique beuglée à pleins haut-parleurs et leurs mots d\u2019ordre gueulés dans des mégaphones, chassant les chevreuils au loin.J\u2019aurais envie de la citer in extenso : «[.] sf nous laissons les dernières forêts vierges devenir des bandes dessinées ou des paquets de cigarettes; si nous conduisons au zoo ou à l\u2019extinction les rares spécimens sauvages survivants [.] et étendons nos routes pavées à travers les derniers silences, alors plus jamais les Américains, dans leur propre pays, ne seront à l\u2019abri du bruit, des gaz d\u2019échappement et de la puanteur des déjections humaines et automobiles.Alors, plus jamais n\u2019aurons-nous la chance de nous voir seuls, séparés, verticaux et individuels dans le monde, parties intégrantes de l\u2019environnement d\u2019arbres, de rochers et de sol, frères des autres animaux, fragments du monde naturel et capables d\u2019y appartenir.» La conscience de notre position apparemment toute-puissante au sommet (pour l\u2019instant) de l\u2019évolution s\u2019accompagne d\u2019une responsabilité inédite.Mais la notion même de protection de la nature est en train de changer, ce dont Jonathan Franzen prenait récemment acte dans un important article du New Yorker.A l\u2019heure des changements climatiques, une zone à l\u2019abri de toute perturbation anthropique relève de l\u2019utopie.Les efforts doivent maintenant porter sur la sauvegarde de l\u2019état sauvage {wildness), défini par la viabilité de sa biodiversité, plutôt que du lieu sauvage {wilderness).Comme le remarque encore Stegner: «[.] il est possible que ce soit l\u2019amour de la nature qui nous enseigne en définitive notre responsabilité en tant que civilisation, car la nature, autrefois parent et enseignant, nous est devenue personne à charge.» LETTRES POUR LE MONDE SAUVAGE Wallace Stegner Traduit de l\u2019anglais par Anatole Pons Gallmeister Paris, 2015,189 pages .ETTRES POUR LE MONDE SAUVAGE ^ Le sulfureux ilnëf-d\u2019œuvre Dgphné^ti R^àurier ' r*e.«Une brillante nouvelle traduction qui confirme le talent d\u2019un écrivain inclassable^ » François RivièrefLe Figaro littéraire .t «Bonne nouvelle, on va redécouvrir ce roman dans toute sa splendeur et sa noirceur.» Olivia de Lamberterie, Elle «Un \"conte de fées\" ténébreux qui garde ses ambiguïtés, son opacité, son mystère.» Nathalie Crom, Télérama Albin Michel F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUIN 2015 LECTURES D\u2019::: La Vitrine SAM SAVAGE SPRING HOPE NOVELLA SPRING HOPE Sam Savage Traduit de Vanglais par Pierre Martin Notabilia Paris, 2015, 126 pages Une vieille femme, à l\u2019orée de la mort, tente un énième exercice de mémoire, écrivant par fragments ses souvenirs d\u2019enfance, débutant ses phrases par les mnémotechniques «Je me souviens», «La fois où.», «Quand je repense à.».Convenu?Pas une miette.Le talent de l\u2019Américain Sam Savage (Firmin, Actes Sud, 2011) insuffle chair et esprit à ce personnage de fille élevée sous les glycines et le soleil lourd de Caroline du Sud dans les années 50.Les fragments se suivent par associations d\u2019idées ou contrepoints, dans une composition qui laisse sentir le poids du temps, les non-dits, l\u2019attachement aux images de l\u2019enfance, la beauté et l\u2019inutilité de ce désir de faire couler le temps à rebours.«Des images, encore des images, écrit la narratrice.Isolées.Fragmentaires / Décider de réparer un vase qui a volé en éclats et s\u2019apercevoir que la moitié des tessons ont disparu./ Je ne vois pas clairement aujourd\u2019hui ce que j\u2019espérais alors ni ce que je suis en train de faire exactement./ Me délester, peut-être.» Se trace en filigrane le portrait d\u2019une mère écrivaine, attachante, hors norme, bataillant à ses poèmes, et dont la fille en fin de vie a pris la place à l\u2019écritoire.Et un superbe tableau de la Caroline mi-XX'\" siècle.Touchant.Catherine Lalonde lÆ CONSUL ROMAN LE CONSUL Salim Bachi Gallimard Paris, 2015, 180 pages Consul du Portugal à Bordeaux, Aristides de Sousa Mondes, père de douze enfants, sauva en 1940, contre les ordres de Salazar, le dictateur portugais, les détenteurs du passeport Nansen.Ce Prix Nobel de la paix avait créé ce document officiel pour sauver les millions de gens déplacés par les haines raciales et politiques, Juifs, métèques.Arméniens ou Russes blancs.Le très catholique de Sousa agira au prix de lui-même.Ce roman émouvant fait revivre à la première personne la vie internationale, les amitiés et les décisions en contexte de ce Juste, qui vit toutes ses valeurs s\u2019effondrer en 1940.Il sauva au moins 50 000 personnes.Plusieurs livres d\u2019histoire avant ce récit rendent justice à son courage.Guylaine Massoutre NOUVELLES TROIS EOIS DÈS L\u2019AUBE Alessandro Baricco Traduit de l\u2019italien par Lise Caillat *46^ Gallimard Paris, 2015, 128 pages Voilà un brillant petit livre en poupées russes : trois nouvelles où un homme et une femme dialoguent à des années de distance, à des âges étrangement décalés.Des liens brefs noués dans la nuit et que l\u2019aube, avec sa lumière comme une résurrection, va clore.Trois fois dès l\u2019aube est le livre fictif qu\u2019avait mis en scène Alessandro Baricco dans Mr Gwyn (Gallimard, 2014), où un écrivain renpmmé délaisse les romans pour exécuter des portraits.A la fin du livre, son assistante découvre l\u2019existence d\u2019un autre livre, qui s\u2019avère la clef d\u2019une énigme \u2014 c\u2019est un voile qui se lève sur l\u2019étrange Mr Gwyn.D\u2019abord séduit par le procédé littéraire, le lecteur cherche, plus fasciné que troublé, le fil qui unit ces histoires ambiguës entre sagesse et détresse, au ton vaguement policier.Baricco rejette la cohérence : le temps reste flou, les dialogues sont rapportés sans guillemets, les coups du sort tombent comme des masses.Un garçon orphelin de ses parents brûlés vifs devient le concierge d\u2019un hôtel minable, y rencontre une fille-mère devenue la policière qui l\u2019avait sauvé enfant et qu\u2019il a revue, plus tard, quand il est devenu assassin.Trois nouvelles qui se consument lentement, un peu magiques tant l\u2019écriture est retenue, mais lourdes de cette fatalité qui colle parfois aux êtres un peu fous.Geneviève Tremblay LETTRES FRANCOPHONES L\u2019Histoire congolaise, déguisée en enquête policière LISE GAUVIN AU Café de Flore, à Paris, le narrateur du dernier roman d\u2019Henri Lopes rencontre un artiste peintre qui lui suggère de se rendre à l\u2019île de Noirmoutier afin de terminer l\u2019ouvrage qu\u2019il prépare sur les tirailleurs d\u2019Afrique engagés dans les guerres européennes.Conseil que le chercheur universitaire s\u2019empresse de mettre en pratique.Ce qui l\u2019amène à décrire, avec force détails et une attention bienveillante, les mœurs et usages des insulaires qu\u2019il côtoie.Parmi ceux-ci se trouve celui que l\u2019on nomme «le Méridional» et qui donne son titre au livre.Dixième roman d\u2019Henri Lopes, ambassadeur du Congo-Brazzaville à Paris depuis 1998, dont l\u2019œuvre a déjà été couronnée en 1993 par le Grand Prix de la Francophonie de l\u2019Académie française, celui-ci est une déambulation en deux mouvements déguisée en enquête policière.Quelle est la véritable identité de celui que les villageois persistent à appeler le Méridional, mais qui, lui-même, se décrit comme un « nègre » ?Un dévoreur de livres et un amateur de musique, admira-tif de la chanson Le petit bonheur de Félix Leclerc, que le narrateur apprend à connaître peu à peu.Non sans difficulté, car l\u2019homme n\u2019est pas causeur.C\u2019est en empruntant les habitudes des clients d\u2019un café et en remplaçant un joueur de manille que le chercheur finit par se rapprocher de l\u2019inconnu, qui le gratifie d\u2019une «poignée de main franche».Une camaraderie se développe entre les deux hommes, ceux-ci découvrant que, malgré leur couleur de peau différente et le fait que l\u2019un est plus métissé 1 Henri Lopes que l\u2019autre, ils sont tous deux d\u2019origine congolaise.Et le Méridional de lui raconter l\u2019histoire des habitants de l\u2019île, telle qu\u2019il l\u2019a apprise lui-même au cours des années, tout en se gardant bien de révéler son propre parcours.Rumba marxiste Cette vie tranquille est bientôt troublée par un meurtre dont le Méridional J.SASSIER GALLIMARD est accusé.Emprisonné à La Roche-sur-Yon, ce dernier accepte les visites du narrateur qui, en échange de livres, reçoit finalement les confidences de l\u2019ancien révolutionnaire congolais.Ainsi défile la vie de Gaspard Libongo, grand danseur de rumba devenu militant marxiste avant de fuir le pays pour la France, déçu des excès commis par les tenants du pouvoir et comme embarqué malgré lui sur la scène politique.Depuis l\u2019Europe, il fait courir la nouvelle de sa mort afin «d\u2019échapper au clan et à la tribu ».Evocation d\u2019un monde franco-congolais où la question du métissage, thème familier à Henri Lopes, n\u2019avait alors rien de convenu, le récit rend compte de cette période postcoloniale tumultueuse où il était parfois difficile de distinguer les arnaqueurs des véritables révolutionnaires.On peut trouver déroutant un clivage aussi prononcé entre les deux parties du roman.Toutefois, ce qui fait l\u2019intérêt du livre, en plus des éléments rapportés, ce sont les nombreux apartés du narrateur, qui ne se prive pas de commentaires, aussi bien sur les langues parlées par les protagonistes que sur ses propres activités littéraires.De retour à Paris pour signer ses services de presse, il constate : «Il faut être bien ».candide pour s\u2019imaginer que les journalistes, les critiques, les membres des jurys liront \u2014 et liront dans leur intégralité \u2014 la vingtaine de livres qu\u2019ils reçoivent chaque semaine.» Il y a chez Henri Lopes un humour subtil et un lyrisme discret qui donnent une tonalité particulière à ses romans et que le lecteur retrouve avec plaisir de livre en livre.Collaboratrice Le Devoir LE MÉRIDIONAL Henri Lopes Gallimard Paris, 2015, 211 pages POLAR Jo Nesbd dans le cœur de la bête MICHEL BELAIR On mettra quelques paragraphes à peine à saisir qu\u2019Harry Hole, l\u2019inspecteur de police un peu « spécial » qui a fait la réputation de Jo Nesbo \u2014 dix enquêtes traduites en 40 langues et vendues à plus de 23 millions d\u2019exemplaires ! \u2014 ne fait pas cette fois-ci partie du programme.Question de style peut-être; comme lorsque l\u2019on sent la volonté de passer à autre chose dans le choix des mots ou le rythme même des phrases.Nous sommes bien à Oslo, mais quelque part en 1977, et voilà plutôt Olav \u2014 profession : expéditeur \u2014 en pleine action entre deux entrepôts, sous la lumière des réverbères et au beau milieu du vent glacial et de la neige qui tourbillonne.Le dit Olav est effectivement en train d\u2019expédier quelqu\u2019un devant nous: une balle dans la poitrine et une autre dans la gorge.Mais quand même on se méfie; souvent Harry Hole n\u2019apparaît que lorsqu\u2019on ne l\u2019attend plus et que tout semble désespéré.eh ben non, pas cette fois.Voilà qu\u2019Olav retourne plutôt chez lui pé-père, avec la conscience du travail accompli proprement.Et voilà surtout que, peu à peu, Jo Nesbo réussit cet exploit assez incroyable de nous rendre sympathique un tueur à gage et à nous faire entrer dans son intimité et sa conscience.Un rêveur hypersensible Olav Johansen ne l\u2019a pas eu facile, on s\u2019en doute.Fils unique d\u2019un taulard impénitent qui battait sa femme comme ce n\u2019est possible que dans les romans noirs ou,dans ______ les chansons d\u2019Edith Piaf, il a développé une relation avec sa mère qui aurait beaucoup intéressé le docteur Freud et qui l\u2019a mené, encore ado, à tuer son père.Comme ça, un soir.Mais Olav a aussi pris l\u2019habitude d\u2019investir dans les contes de fée, les encyclopédies et autres trucs littéraires du genre Victor Hugo, Cossette et Jean Valjean.C\u2019est un romantique comme on n\u2019en fait plus.ce qui est plutôt rare pour un homme de son état.Tout cela a donné forme avec le temps à un personnage hypersensible qui DU SANG JO NESBO ^LA GLACE se raconte des histoires, à un être dangereusement émotif ej super coriace tout à la fois.A preuve: cette pauvre fille muette.Maria, que l\u2019on forçait à se prostituer et dont il a racheté, sans qu\u2019elle le sache presque, la dette à son souteneur.Mais la petite vie tranquille d\u2019Olav va être profondément chamboulée lorsque son patron lui passe la commande d\u2019expédier sa jeune épouse infidèle.Le problème surgit quand le tueur tombe amoureux de sa future victime alors qu\u2019il prépare son coup.Il « expédiera» plutôt son amant et il enlèvera la jeune femme du même coup en décidant d\u2019éliminer son patron plus tard.Sauf, bien sûr, que rien n\u2019est aussi simple qu\u2019il n\u2019y paraît.Olav se verra forcé de faire affaire avec l\u2019homme qui conteste le monopole de son boss sur le marché de la drogue et on le verra bientôt planifier un assassinat dans une crypte qui mérite de passer aux annales du genre.Le pauvre Olav réussira presque à s\u2019en sortir.assez du moins pour constater à quel point il était piégé dès le départ.La finale de cette tragédie glaciale est d\u2019une étonnante beauté et fait la part belle à une poésie qui se laisse tout au long sentir entre les lignes, dès les toutes premières pages du récit \u2014 il faut souligner la qualité de la traduction de Céline Normand-Monnier qui rend finement tout cela accessible aux lecteurs francophones.Bref, voilà un polar exemplaire et déstabilisant comme on les aime.Si certains doutaient encore des talents d\u2019écriture de Jo Nesbo \u2014 qui ne se sont jamais résumés, quoi que l\u2019on dise à une maîtrise étonnante des fils de l\u2019intrigue \u2014 ils trouveront ici de quoi alimenter leur réflexion.Pas étonnant qu\u2019Hollywood ait décidé de reprendre cette histoire touchante et de donner le rôle d\u2019Olav à Brad Pitt.Collaborateur Le Devoir DU SANG SUR LA GLACE Jo Nesbo Traduit du norvégien par Céline Normand-Monnier Gallimard Paris, 2015, 154 pages LE NOUVEAU ROMAN TOUTES CELLES QUE J\u2019ÉTAIS vlb éditeur Une société de Québécor Média J'avais trouvé ma niche, ma maison, ma terre, mon théâtre.[.] Je venais d'un autre pays, oui, mais quand j'étais sur scène, j'étais de tous les pays.Ou du pays que je choisissais.n de Gene [arc Pellet nouvelle édition SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUIN 2015 F 7 LECTURES D'ETE UNIVERSITE LAVAL Le penseur Charles De Koninck PHILOSOPHIE Relire De Koninck JONATHAN LIVERNOIS \\ ArUniversité Laval, la famille De Koninck est une dynastie.En témoigne le nom du pavillon de sciences humaines et sociales: l\u2019édifice Charles-De Koninck, où je dépose mes pénates tous les matins de la semaine.Hommage au « patriarche » qui, avec sa femme Zoe, aura douze enfants, dont un bon nombre deviendront des figures importantes du savoir au Québec.D\u2019origine flamande, le philosophe des sciences et de la nature est arrivé au Québec en 1934.il est, comme son collègue littéraire, le Franco-Suisse Auguste Viatte, de ces hommes qui ont voulu, en temps opportun, sortir de leur bureau pour participer à la vie intellectuelle et politique de leur patrie d\u2019adoption.Ainsi, le cinquième volume de ses Œuvres complètes donne à lire, notamment, des réflexions sur le fédéralisme canadien, sur le communisme, sur la régulation des naissances \u2014 il sera d\u2019ailleurs conseiller de M»' Maurice Roy pendant Vatican il.Plusieurs textes sont d\u2019une lecture ardue, ce que reconnaît volontiers Jacques Vallée dans son excellente introduction.il faut même lire le latin, par endroits, pour comprendre les propos du philosophe qu\u2019on n\u2019a pas cru bon traduire.Cela dit, ceux-ci constituent un témoignage fascinant de la vie intellectuelle de l\u2019après-guerre.Staline à Québec?C\u2019est la période de l\u2019entre-deux, au Québec : si la philosophie est encore, à l\u2019époque, celle de saint Thomas d\u2019Aquin, dont se souviennent encore, avec une joie toute relative, les anciens du collège classique, il y a déjà des brèches dans le mur, pour parler comme un peintre connu.Ainsi, De Koninck ne dira pas, comme Hermas Bastien en 1925, que le thomisme «nous détournera des aventures hasardeuses que nous n\u2019avons pas le loisir de tenter».Bien au contraire, il écrit: «La préférence pour la philosophia pe-rennis ne veut pas dire que nous pouvons ou devons ignorer les autres doctrines.Tout au contraire, il nous incombe de les exposer d\u2019une manière parfaitement objective.» C\u2019est ainsi que la dénonciation du communisme doit passer par une connaissance de ses thèses.En 1943, tandis que la visite de Staline dans la ville de Québec est évoquée.De Koninck propose de l\u2019inviter à l\u2019Université Laval pour qu\u2019il expose ses vues sur le matérialisme dialectique, «à condition qu\u2019il accepte d\u2019être contredit».11 restera chez lui, mais je doute que ce soit à cause de cette invitation.La participation du philosophe à la vie canadienne passe également par d\u2019importantes commissions royales d\u2019enquête, comme la commission Tremblay sur les problèmes constitutionnels, dont il fut nommé « officier spécial » en 1953 par le gouvernement Duplessis.Dans son mémoire écrit selon une perspective aristotélicienne, ij met à mal l\u2019idée de «Grand Etat» désincarné, répondant sans le nommer aux perspectives universalistes d\u2019un Pierre Trudeau, déjà énoncées dans Cité libre \u2014 comme le rappelle pertinemment Jacques Vallée.La Confédération doit permettre aux provinces, seules sociétés politiques, de s\u2019épanouir.Cette perspective philosophique, cette hauteur de vue, permet de dire ceci, qui est encore à l\u2019ordre du jour, me semble-t-il : «A la différence des bêtes, l\u2019animal politique est censé se mouvoir lui-même vers un bien véritable et apparent.Rien de plus agaçant pour ceux qui prétendent avoir trouvé et veulent mettre en œuvre, pour une fin équivoque, un système automatique, une sorte de cause motrice universelle à laquelle personne ne pourrait résister.» Collaboration spéciale Le Devoir ŒUVRES DE CHARLES DE KONINCK Tome II, volume iii Le dilemme DE LA CONSTITUTION Charles De Koninck Introduction de Jacques Vallée Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2015, 336 pages «À la différence des bêtes, ranimai politique est censé se mouvoir lui-même vers un bien véritable et apparent.Rien de plus agaçant pour ceux qui prétendent avoir trouvé et veulent mettre en œuvre, pour une fin équivoque, un système automatique, une sorte de cause motrice universelle à laquelle personne ne pourrait résister.)) Extrait d\u2019Œuvres de Charles De Koninck.Tome II, volume III Pas de vacances pour les retraites LOUIS CORNELLIER Un sujet chaud pour l\u2019été ?Pourquoi pas la question des retraites?Avec l\u2019allongement de l\u2019espérance de vie, nous serons à la retraite, si tout va bien, pendant 30 ans.Aussi, si nous ne voulons pas vieillir dans l\u2019indigence, nous devons veiller, pendant notre vie dite active, à nous assurer des revenus suffisants.Quelle est la meilleure méthode pour ce faire ?Doit-on considérer le financement de la retraite comme un enjeu collectif ou individuel ?Cet enjeu sera au cœur de l\u2019élection fédérale d\u2019octobre prochain.Prendre l\u2019été pour y penser ne sera pas un luxe.La question des retraites, écrit Normand Baillargeon dans L\u2019assaut contre les retraites, un ouvrage collectif dont il est le directeur, est complexe et mal comprise.Pour cette raison, on la laisse trop souvent aux mains d\u2019experts intéressés, qui desservent le bien commun.La tendance actuelle, néolibérale, est donc à la privatisation et à l\u2019individualisation de la retraite.Or, cette tendance va à l\u2019encontre des intérêts des classes modestes et moyennes.Aussi, c\u2019est pour la contrer et pour lui opposer des solutions crédibles, plus justes et plus ef ficaces, que Baillargeon a invité des collaborateurs chevronnés à présenter des points de vue de gauche sur fenjeu des retraites.Un droit Le pacte social de l\u2019État-pro-vidence, expliquent Frédéric Hanin et Corinne Béguerie, conçoit la retraite «comme une reconnaissance de la contribution individuelle au développement de la société», que les acteurs sociaux \u2014 gouvernements, employeurs et employés \u2014 acceptent de financer collectivement.11 ne s\u2019agit pas d\u2019un privilège, mais d\u2019un «droit à la sécurité sociale acquis grâce à la mobilisation des générations précédentes qui nous ont transmis un \u201cpatrimoine\u201d, une richesse collective, qu\u2019il s\u2019agit de bonifier pour les jutures générations».Toutefois, actuellement, la retraite s\u2019accompagne trop souvent d\u2019une importante baisse du niveau de vie.Les régimes publics, comme la Pension de sécurité de vieillesse et le Régime des rentes du Québec (RRQ), sont en bonne situation financière, explique l\u2019économiste Michel Lizée, mais ils n\u2019assurent qu\u2019un taux de remplacement du revenu très insuf fisant.Un travailleur retraité, qui aurait gagné pendant toute JACQUES NADEAU LE DEVOIR Avec l\u2019allongement de l\u2019espérance de vie, nous serons à la retraite, si tout va bien, pendant 30 ans.sa vie le salaire industriel moyen (52 500$), ne recevrait, grâce à ces régimes, que 40% de son revenu habituel.Des régimes complémentaires de retraite (à prestations ou à cotisations déterminées) viennent parfois bonifier les régimes publics, mais ils ne couvrent que 40% des travailleurs.Les REER et d\u2019autres actifs peuvent venir à la rescousse des travailleurs.qui en ont les moyens.Pour améliorer la situation, Lizée se porte à la défense des régimes complémentaires à prestations déterminées, beaucoup moins coûteux que les régimes à cotisations déterminées ou que les REER, et d\u2019une proposition de la FTQ et du Congrès du travail du Canada, qui consisterait à améliorer le régime public, en faisant passer le taux de remplacement du revenu de 25% à 50%.La voie à suivre Cette dernière proposition, qui est au cœur de cet ouvrage et que souhaitent explorer libéraux et néodémocrates fédéraux alors que les conservateurs s\u2019y opposent, est brillamment défendue par l\u2019économiste Ruth Rose.Les régimes publics, écrit-elle, sont les plus efficaces de tous : ils sont universels, moins coûteux en frais administratifs, offrent de meilleurs rendements et répartis- sent les risques sur l\u2019ensemble de la société.Contrairement aux régimes complémentaires, ils sont à l\u2019abri du risque de faillite de l\u2019entreprise et sont transférables, en cas de changement d\u2019employeur.Pour Rose, l\u2019amélioration du RRQ (et du Régime de pensions du Canada) est la voie à suivre.En 2017, le taux de cotisation, pour un taux de remplacement de 25%, sera de 10,8% (5,4% pour l\u2019employé et autant pour l\u2019employeur) du salaire (maximum de 53 600 $).Pour obtenir un taux de remplacement de 50% (sur un maximum admissible augmenté à 70 000$), il suffirait de hausser les cotisations d\u2019environ 6% (3% pour les salariés et autant pour les employeurs).Cette bonification bénéficierait surtout à la classe moyenne, allégerait le fardeau des régimes offerts par les employeurs et n\u2019affecterait pas trop les capacités concurrentielles des entreprises, puisqu\u2019elle s\u2019appliquerait partout au Canada.Elle est juste et efficace.Plus originale, la solution proposée par la Coalition pour les régimes de retraite à prestations déterminées consiste à se servir des sommes déjà accumulées dans ces régimes (environ 200 milliards de dollars) pour racheter la dette du Québec (d\u2019un montant équivalent) .Ainsi, les intérêts payés par le gouvernement serviraient à financer les retraites des Québécois, réunies dans un Fonds patrimonial accessible à tous.Très audacieux, ce projet, par ailleurs sérieux, mérite plus amples réflexions.Une chose est certaine: si rien n\u2019est fait, si on accepte passivement l\u2019individualisation de l\u2019épargne-retraite, on se prépare une bombe à retardement qui nous laissera bien démunis lorsqu\u2019elle éclatera.Les régimes publics de retraite, écrit l\u2019économiste lanik Mar-cil, ne sont pas que les plus efficaces outils financiers à notre disposition; «ilsparticipent d\u2019un véritable projet politique», qui place la solidarité en son cœur.Et si nous prenions l\u2019été 2015 pour nous mobiliser en ce sens, en vue de l\u2019élection à venir?Collaborateur Le Devoir louisco@sympatico.ca L\u2019ASSAUT CONTRE LES RETRAITES Discours catastrophistes, RÉEORMES RÉACTIONNAIRES ET DROIT À UNE RETRAITE DÉCENTE Sous la direction de Normand Baillargeon M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2015, 168 pages ' Ta '' BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE VOL.23, N\u201d 3, PRINTEMPS 2015 La fille d\u2019Ulysse « [.] Marie-Pascale Hugio recourt ici à son habituelle écriture poétique et sensuelle, remarquable, augmentée cette fois d\u2019un soupçon de fantastique.Un roman circulaire, narré par une voix attachante, où domine l\u2019idée du retour plus que celle du voyage.» Christian Desmeules, Le Devoir BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Les commissions d enquête .JiiiiiiiiiLi-iTiiiu lUTiW 1(1 Il vlb editetar vlb éditeur Une société de Québécor Média 514 524-5558 leivieac@lemeac.eom -I\tHH 5 Quebec ta ta © F 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUIN 2015 LECTURES DITE i JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le regretté homme politique avait choisi, en 2009 comme avant, dans un essai intitulé La souveraineté du Québec.Hier, aujourd\u2019hui et demain, d\u2019assumer pleinement le «point de vue du technicien».Une majorité de Québécois, constatait-il, croient la souveraineté souhaitable et réalisable, mais pensent qu\u2019elle ne se fera pas.Jacques Parizeau, le technicien compatissant Louis CORNELLIER (3 ené Lévesque a charmé les Québécois par son intelligence émouvante.«Il discourait en langue québécoise de ce temps-là, le français de désir», écrit justement Jean Larose, dans ses récents Essais de littérature appliquée (Boréal, 2015).Jacques Parizeau n\u2019a jamais suscité le même attachement émotif.La majorité des Québécois le respectaient \u2014 comment faire autrement devant tant d\u2019envergure?\u2014, certains même vénéraient sa détermination indépendantiste, mais peu vibraient devant lui.Pierre Bourgault, en 1994, dans les pages du Globe and Mail, s\u2019en désolait.«Ils n\u2019aiment pas son style: trop distant à leur goût, écrivait-il.Ils n\u2019aiment pas son assurance: trop différente de leur propre sentiment d\u2019infériorité.Ils n\u2019aiment pas les gagnants: trop difficiles à accepter pour les perdants qu\u2019ils sont.» Bourgault ajoutait que si les Québécois n\u2019arrivaient pas à vraiment aimer Parizeau, c\u2019est que ce dernier, au fond, en imposant l\u2019exemple de son courage et de sa constance, leur procurait «un vague sentiment de culpabilité».Parizeau, en d\u2019autres termes, leur faisait un peu peur, en les forçant à trancher.Rationnel Bien conscient de cela, le regretté homme politique avait choisi, en 2009 comme avant, dans un essai intitulé La souveraineté du Québec.Hier, aujourd\u2019hui et demain (Michel Brûlé), d\u2019assumer pleinement le «point de vue du technicien».Une majorité de Québécois, constatait-il, croient la souveraineté souhaitable et réalisable, mais pensent qu\u2019elle ne se fera pas.Cela est normal, convenait-il, puisqu\u2019un peuple qui «a atteint un certain degré d\u2019aisance, de bien-être, [.] hésitera à se lancer dans ce qui pourrait passer pour une aventure».Pour le convaincre d\u2019abandonner ce fatalisme, Parizeau, c\u2019était sa force.choisissait donc de «faire appel au rationnel».Une telle approche n\u2019a pas le lyrisme de celle d\u2019un Lévesque, mais est nécessaire pour rassurer les esprits hésitants.Infatigable militant de la cause indépendantiste, Parizeau, presque quinze ans après avoir quitté son poste de premier ministre, s\u2019attelait une fois de plus à la tâche, en économiste, en «technicien».La mondialisation, expliquait-il, en créant de grands marchés internationaux, profite au projet souverainiste, désormais libéré du boulet de l\u2019association vitale avec le Canada.«L\u2019intégration économique, suggérait Parizeau, ne réduit pas le nombre de pays indépendants, elle contribue à l\u2019augmenter», en permettant à ces pays, petits ou grands, de s\u2019intégrer dans de vastes ensembles.Dans le même élan, toutefois, étant donné que cette intégration entraîne le fait que les Etats doivent déléguer certains pouvoirs à des organismes internationaux, il faut de plus en plus «que le citoyen sache qu\u2019il reste quelqu\u2019un qui soit responsable de son bien-être et de sa protection.Et ce quelqu\u2019un, concluait Parizeau, doit être l\u2019expression d\u2019une culture commune, d\u2019institutions communes \u2014 la plupart du temps d\u2019une même langue \u2014 et en tout cas d\u2019un vouloir-vivre ensemble.» Avec brio, et contre une idée reçue, Parizeau démontrait donc que vouloir l\u2019indépendance nationale, à Père de la mondialisation, va «dans le sens de l\u2019histoire».Un peuple, même petit, a la chance de s\u2019intégrer à de vastes réseaux économiques et doit, pour ne pas y pefdre son âme, se donner un Etat protecteur de sa culture et de ses institutions fondamentales.Social-démocrate L\u2019esprit de Jacques Parizeau est lâ, dans cette démonstration originale et rigoureuse, mais un peu froide et professorale.Qn le retrouvait aussi dans les réfutations que Monsieur réservait au discours alarmiste sur la dette du Québec.Qr, comme Bourgault l\u2019affirmait, l\u2019homme était plus que ça.Assigné â la couverture de la campagne électorale québécoise de 1994 pour le Globe and Mail, Richard Mackie découvrait en Parizeau «un type d\u2019homme plutôt rare en politique québécoise : celui du grand-père bon enfant, généreux, tout à fait à l\u2019aise avec les sans-emploi et les sans-abri, leur expliquant familièrement pourquoi il veut diriger un gouvernement qui les aidera à améliorer leur sort».Bourgault, qui disait connaître «l\u2019âme et l\u2019esprit dissimulés derrière l\u2019image publique» du grand technocrate après vingt-cinq ans de fréquentations, confirmait la description de son collègue journaliste.«Oui, écrivait-il, Jacques Parizeau est un homme compatissant et se mêle aisément à ceux qui vivent dans un dénuement qu\u2019il n\u2019a jamais lui-même connu.» Eidèle â la personnalité de l\u2019homme, cette compassion ne s\u2019exprimait pas par le spectacle de la charité, mais par la mise en place de politiques sociales-démocrates.«Grand bourgeois au cœur d\u2019or», assure Bourgault, Parizeau «n\u2019est pas un gourou qui promet mer et monde; il est un homme politique, créateur de mieux-être au moyen de structures et d\u2019institutions fortes».Lysiane Gagnon, dans une chronique de son recueil L\u2019esprit de contradiction (Boréal, 2010), en arrive â la même conclusion.«Conservateur par tempérament, capitaliste par réflexe professionnel, suggère-t-elle, [Parizeau] a l\u2019instinct social-démocrate et reste fidèle aux théories des années 1960 sur l\u2019État levier.» Assez riche pour n\u2019avoir pas â se préoccuper d\u2019argent, détaché des symboles extérieurs de la richesse, «c\u2019est dans la tête que Parizeau est flamboyant, note-t-elle, pas dans le style de vie».Son panache, qui a quelque chose d\u2019aristocratique, est tout intellectuel.Au Québec, déplorait Bourgault, nous aimons nos politiciens quand ils font pitié.Qr, Parizeau, homme politique rationnel et fonceur, soucieux d\u2019une justice sociale institutionnalisée, «ne fait pas pitié».Peut-on en dire autant de nous, désormais privés de ce champion de la nation québécoise et abandonnés sur une scène politique qui a des airs de désolation?louisco @sympatico.ca Promotion à l'achat de trois livres Du 30 mai au 21 juin 2015 * Rabais à partir du prix courant et ne peut être jumeié à toute autre promotion.Livres en stock seuiement, à i'exceptlon des iivres scoiaires et d'informatique.le Parchemio \u2022 CRÉATEUR DE BONHEUR DEPUIS 1966 B e r r i - U QA M, librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca HISTOIRE Un Québec traduit de l\u2019anglais Une histoire nationale, écrite par deux Anglo-Québécois, qui sort des sentiers battus MICHEL LAPIERRE Livre original, étonnant.Une histoire du Québec, de Peter Gossage et J.1.Little, bouleverse tout.Ses auteurs, anglophones nés au Québec et y ayant, soulignent-ils, «de profondes racines», font leur ce jugement lumineux d\u2019un autre historien de langue anglaise, Allan Greer: les Erançais arrivèrent «non pas en envahisseurs conquérants, mais comme une nouvelle tribu qui se greffe sur le réseau sociopolitique autochtone de l\u2019Amérique du Nord».Cette idée, surtout élaborée par Jacques Eerron au cours des années 1960 et en marge de Phistoriographie universitaire, se trouve ainsi consacrée par la haute vulgarisation anglo-saxonne.D\u2019abord publié en 2012 par Qxford University Press, l\u2019ouvrage richement illustré de Gossage, de l\u2019Université Concordia, et de Little, de l\u2019Université Simon Eraser, près de Vancouver, est maintenant traduit en français et mis â jour.Bien que le nom de Eerron, l\u2019écrivain qui aimait embêter les dominants d\u2019ascendance britannique, n\u2019y apparaisse pas, les deux historiens maintiennent au fd des pages l\u2019ouverture d\u2019esprit qui leur permet de dépeindre, sans flatterie aussi bien que sans mesquinerie, la singularité québécoise.Ils signalent avec pertinence que, peu nombreux devant leurs rivaux anglo-saxons d\u2019Amérique, les Canadiens, même après la Conquête de 1759-1760, ont rayonné grâce aux autochtones du continent.Continent originel Ils expliquent: «Les membres des élites d\u2019avant la Conquête ont pour la plupart renoncé à retourner en Prance, contrairement à ce que prétend la thèse de la décapitation, et les marchands canadiens- français furent en mesure de profiter de leurs liens étroits avec les Amérindiens pour dominer le commerce des fourrures jusqu\u2019à la fin des années 1770.» Cette profonde affinité avec le continent originel traverse en filigrane l\u2019histoire du Québec.Auteurs d\u2019un récit vivant, Gossage et Little en ont une intuition qui, heureusement, dépasse un simple repère théorique.Par exemple, ils signalent qu\u2019en 1885, sous le gouvernement fédéral conservateur de John A.Macdonald, l\u2019exécution de Louis Riel, défenseur des Métis de l\u2019Quest canadien contre l\u2019empiétement de leur territoire par l\u2019Empire britannique, a suscité un regain du progressisme au Québec, après l\u2019échec de l\u2019insurrection de 1837-1838.La victoire électorale au Québec des libéraux d\u2019Honoré Mercier en 1886 et, â Qttawa, de ceux de Wilfrid Laurier en 1896 ne s\u2019inscrit-elle pas dans cette résurgence ?Sans prendre parti, nos deux historiens accordent de l\u2019importance aux idées avancées.Rappelant les déboires du Bloc en 2011 et du PQ en 2014, ils concluent qu\u2019«î7 reste tout à fait possible» que ce soit seulement lâ «un chapitre de la longue marche d\u2019une nation colonisée vers l\u2019indépendance».Concevoir, dès le départ, les Québécois comme une tribu d\u2019Amérique mène â toutes les audaces.Collaborateur Le Devoir UNE HISTOIRE DU QUEBEC ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ Peter Gossage et J.I.Little Traduit de l\u2019anglais par Hélène Paré Hurtubise Montréal, 2015, 488 pages i^i^Lesféministes maternelles\u201d comme Marie Gérin-Lajoie ne sont pas allées jusqu\u2019à revendiquer l\u2019égalité entre hommes et femmes à la différence d\u2019Éva Circé-Côté )) Extrait à\u2019Une histoire du Québec AT A 11 Danser les ombres « Lyrique [.], poétique, la langue de Laurent Gaudé épouse l'emphase haïtienne pour décrire les membres broyés, la poussière, la solidarité, l\u2019angoisse, la dignité dans le dénuement.Avec des Images fortes qui nous hantent longtemps [.], il saisit avec le talent d\u2019un peintre le moment où tout bascule, le figeant dans le temps et l\u2019espace.Une réussite [.].» Josée Lapointe, La Presse 514 524-5558 lemeac@lerrieac.eom "]
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