Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (7)

Références

Le devoir, 2015-06-13, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Philosophie Quel aurait été le remède de Machiavel contre la corruption ?Page b g Michel David Quel avenir politique pour François Legault?Page B 3 Manon Cornellier Le Bloc réussira-t-il à reprendre le devant de la scène ?Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B > LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JUIN 2015 ti\u2019î'ül'lÿKÎi j';l ''fUif:, chercher Pt-us Loin \u201c\u201cSS .JZ?i ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Mastodoy la sculpture-fontaine de Charles Daudelin, est intégrée à même Tautre œuvre de Tartiste, Agora, Square Viger Revisiter Daudelin ?Le square Viger, complexe espace de verdure et de béton, sera réaménagé après 30 ans d^une vie à Tabandon.La Ville de Montréal compte s'attaquer d^abord à son visage le plus connu et honni par certains, Tîlot Daudelin.Pour y arriver, faut-il faire avec ou sans le projet artistique de Charles Daudelin ?JÉRÔME DELGADO Les uns en parlent comme d\u2019un endroit peu accueillant, dangereux, par où transigent toxicomanes et vendeurs de drogue.Une horreur, qu\u2019il faudrait raser.Les autres disent plutôt qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un lieu sous-estimé et conçu pour rassembler la population, dans toute sa mixité.Une erreur (d\u2019aménagement urbain), à corriger.C\u2019est un peu ça, le square Viger.On aime ou on n\u2019aime pas.Pris entre ces deux pôles depuis sa configuration, il y a une trentaine d\u2019années, le square Viger vient de réapparaître dans l\u2019actualité, poussé par le souhait de la Ville de Montréal de redessiner ce secteur situé à l\u2019est du Centre de recherche du CHUM.Tel qu\u2019annoncé au début du mois de juin, le projet ne vise pour l\u2019instant qu\u2019un tiers de l\u2019ensemble composé de trois grands espaces de verdure et de béton.Cependant, il suscite déjà débats et commentaires à l\u2019emporte-pièce.Peu importe qu\u2019on parle d\u2019horreur ou d\u2019erreur, le statu quo fait problème.L\u2019îlot Daudelin, désigné ainsi par la présence d\u2019un ensemble architectonique et sculptural de Charles Daudelin (1920-2001), considéré comme un des pères de la sculpture moderne au Québec, est au cœur des discussions.La vingtaine d\u2019édicules en béton \u2014 l\u2019œuvre Agora PHOTO DOUG SCHOLES (Qu*est-)Ce qui se produit quand une chose est entretenue(?)y de Doug Scholes, consiste en une construction à base de cire d\u2019abeille.(1983) \u2014 seraient détruits selon les plans de la Ville, alors que la sculpture-fontaine Mas-todo (1984), dont le mouvement en bascule n\u2019a que très rarement fonctionné, serait restaurée et déplacée.On voudrait rendre ainsi hommage à son auteur.comme Tuer pour honorer La succession de l\u2019artiste s\u2019oppose à ce démantèlement, parce qu\u2019il détruirait l\u2019ensemble du projet.Et brimerait les droits moraux de l\u2019artiste.L\u2019avocate chargée de représenter le groupe Daudelin, Viviane de Kinder, veut éviter de quali-fier la Ville de «brute», mais elle n\u2019est pas moins dure lorsqu\u2019elle résume le réaménagement proposé : «La prémisse dit qu'on va te tuer pour te rendre hommage.» «L'acquisition d'une œuvre ne l'emporte pas sur les droits moraux de l'artiste, rappelle-t-elle.Toucher à l'intégralité de l'œuvre, ce serait le brimer II faudrait une entente distincte, ou l'artiste renoncerait à ses droits.» «LaViUe peut évoquer des impératifs, celui de la sécurité, pour agir» Le précédent juridique au Canada sur cette question remonte à 1982.La Cour suprême de l\u2019Ontario avait alors donné raison à l\u2019artiste de réputation internationale Michael Snow, dans un litige qui l\u2019opposait au Centre Eaton de Toronto.La sculpture en papier que Snow avait installée dans le hall du centre commercial avait été recouverte de guirlandes pour la période de Noël.Le juge avait considéré que ce geste modifiait l\u2019œuvre et ne respectait pas les droits moraux de son auteur.La Ville de Montréal est-elle en droit de démanteler l\u2019œuvre ?Tout dépend du contrat signé par Daudelin, et encore.«L'artiste a un gros pouvoir, mais son droit n'est pas unilatéral et absolu.Il y a toujours une contrepartie.La Ville peut évoquer des impératifs, comme celui de la sécurité, pour agir.Mais il faudrait négocier, tout le monde est perdant si on se retrouve en justice», analyse Olivier Charbonneau, bibliothécaire à l\u2019Université Concordia et doctorant en droit sur les questions de droit public et de droit d\u2019auteur (dont font partie les droits moraux).Portrait noir L\u2019arrondissement de Ville-Marie, qui vise à entamer les travaux à l\u2019automne pour livrer la nouvelle place à l\u2019été 2017, n\u2019énonce pas la question de la sécurité dans le dossier préliminaire.On dit cependant chercher à rendre le square Viger plus convivial, car les conditions sont «peu favorables au partage de l'espace public».On y présente les usagers comme des «irréductibles qui refusent les services standards destinés aux personnes itinérantes» et on y décrit «un site [qui] favorise des usages illicites», avec des cachettes et des problèmes de salubrité.Jean-Pierre Caissie rit presque lorsqu\u2019on lui fait part des intentions de la Ville.Ce portrait noirci, l\u2019ancien coordonnateur du centre d\u2019artistes Dare-Dare l\u2019a entendu plus d\u2019une fois.Il assure pourtant que la réalité est autre, du moins à l\u2019époque où Dare-Dare occupait le square Viger, entre 2004 et 2006, pour y présenter des œuvres éphémères.Histoires de peur «J'ai l'impression que les médias ont contribué à ces histoires de peur.Comme si on voulait entretenir une légende urbaine», affirme-t-il.Il se souvient d\u2019avoir confronté, en ondes, un animateur-vedette de Radio-Canada et ses idées préconçues au sujet d\u2019un lieu qu\u2019il considérait comme dangereux et peu éclairé.«Il a fini par reconnaître qu'il ne l'avait jamais visité.» Jean-Pierre Caissie est d\u2019avis que le square Viger est un no man's land «particulier».«Mais c'est un espace vi-vable.» Dès son arrivée, à l\u2019été 2004, l\u2019équipe de Dare-Dare, dont le bureau est une roulotte, a côtoyé des squegees.Jamais, assure Caissie, il ne s\u2019est senti menacé.Mieux, certains de ces «irréductibles» ont fait VOIR PAGE B 3 : SQUARE GRECE Le dilemme du prisonnier MARIA MALAGARDIS Imaginez que vous êtes en prison pour ne pas avoir payé vos dettes», suggère l\u2019économiste Philippe Legrain, dans un article publié vendredi par la revue américaine Foreign Policy.«Après cinq ans de misère, vous dirigez une rébellion qui prend le contrôle de la prison et vous exigez votre libération.Les gardiens réagissent en vous coupant l'eau, poursuit-il.Devez-vous alors retourner dans votre cellule, en négociant éventuellement des conditions légèrement moins dures, pour obtenir un peu de liquidité?Ou bien continuez-vous à vous battre pour vous libérer?» Ce «dilemme du prisonnier» évoqué par l\u2019économiste britannique (de père français), c\u2019est celui qui se poserait à la Grèce.Le terme était d\u2019ailleurs repris vendredi dans un éditorial du quotidien grec conservateur Kathimerini, pourtant guère suspect de sympathie excessive envers le gouvernement anti-austérité du premier ministre Alexis Tsipras.Vus de la Grèce, les derniers rebondissements dans les négociations avec les créanciers sont vécus comme l\u2019ultime épisode d\u2019une stratégie de la «douche écossaise».Un «jeu d'ultimatums permanents», souligne Kathimerini, qui n\u2019a «plus grand-chose à voir avec la rationalité économique».Quand le FMI claque la porte Jeudi, le EMI a brusquement quitté la table des négociations à Bruxelles, en prenant acte de «l'absence de progrès» sur des «différences majeures».Toujours les mêmes, en fait: le refus des Grecs de procéder à des coupes dans les retraites, à une réforme visant à libéraliser encore le marché du travail et à accepter d\u2019importants excédents budgétaires primaires (différences entre recettes et dépenses hors intérêts de la dette).«La balle est dans le camp grec», a martelé le porte-parole du EMI.«La récréation est finie», avait de même menacé, la veille, Charles Michel, le premier ministre belge, une formule jugée «humiliante» par certains députés belges qui réclamaient des excuses de leur chef de gouvernement.« Même si Tsipras acceptait les demandes des créditeurs, la Grèce serait toujours en sursis » Un avion sans pilote La cacophonie est totale: le durcissement du EMI contraste avec les propos plus rassurants de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, qui veut encore croire à un accord, ou ceux de Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques, qui assurait encore jeudi matin «que la piste d'atterrissage était proche» en évoquant les négociations avec la Grèce.Reste à savoir qui est le pilote dans cet avion qui frôle de plus en plus l\u2019écrasement.«Depuis des mois, la Grèce n'a que \u201cquelques jours\"pour accepter un accord avant de se trouver sans un sou.A la fin, c'est ce qui pourrait se produire.Mais, même si Tsipras acceptait les demandes des créditeurs, la Grèce serait toujours en sursis.Les 7,5 milliards d'euros [de la dernière tranche de prêt] dans la balance ne pourraient même pas couvrir les échéances de remboursements dus par la Grèce à ses créanciers jusqu'à la fin août», souligne encore Philippe Legrain.Qui rappelle que, «depuis 2010, neuf des dix euros prêtés par les pays de l'eurozone et le FMI à la Grèce ont été avalés par le remboursement de ses dettes».Le jeu est ^\u2019autant plus serré que, mercredi, le Conseil d\u2019Etat grec (la plus haute autorité administrative du pays) a jugé inconstitutionnelles et a annulé les coupes dans les retraites VOIR PAGE B 2 : DETTE LOUISA GOULIAMAKI AGENCE FRANCE-PRESSE Des manifestants devant le Parlement grec mercredi B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 JUIN 2015 PERSPECTIVES Le retour Manon CORNELLIER à Ottawa Le 2 mai 2011, c\u2019était la consternation au Bloc québécois.En une seule élection, le parti qui avait dominé la scène politique québécoise était relégué au rôle de quatrième violon à Ottawa avec seulement quatre députés, 43 de moins qu\u2019au moment de la dissolution.Même le chef, Gilles Duceppe, était défait.Une tonne de briques sur la tête aurait fait moins mal.Le Bloc ne démissionne pas pour autant.Le mouvement indépendantiste a des raisons stratégiques de vouloir garder une tête de pont à Ottawa et les souverainistes, qui paient leurs impôts comme tout le monde, ont le droit de vouloir être représentés par des députés qui partagent leur point de vue.Pour sa relance, les bloquistes comptent sur le retour de leur ancien chef, le travail de terrain fait depuis 2011 et sur l\u2019intérêt suscité par la course au leadership du Parti québécois et l\u2019élection de Pierre Karl Péladeau.On martèle encore le message d\u2019unité des troupes, évidemment plus facile à faire à Ottawa qu\u2019à Québec, où plus d\u2019un parti défend l\u2019option souverainiste.Le parti a recruté des candidats.Une cinquantaine devraient être choisis d\u2019ici à la fin juin.Une variable échappe toutefois au Bloc et elle a pris encore plus de valeur depuis quatre ans.Bien des électeurs voulaient déloger les conservateurs de Stephen Harper en 2011.Les bloquistes le savaient, puisqu\u2019ils se présentaient comme les seuls capables de leur bloquer la route au Québec.Mais voilà où était le problème pour le Bloc.Bon nombre de citoyens, dont bien des souverainistes, ne voulaient pas seulement freiner Stephen Harper, mais l\u2019éjecter du pouvoir.Ils ont misé sur le NPD, le reste du pays a fait d\u2019autres chok.Aujourd\u2019hui, Gilles Duceppe répète que voter pour le NPD n\u2019a pas donné les résultats escomptés, puisque Stephen Harper a hérité d\u2019un mandat majoritaire.Mais un nombre équivalent de députés bloquistes n\u2019y aurait rien changé.Les conservateurs l\u2019ont emporté sans le Québec et pourraient le faire encore si les autres partis divisent le vote ou ne font pas de percée suffisante.Si les sondages ne se démentent pas, les probabilités de priver Stephen Harper d\u2019une majorité, sinon du pouvoir, seront toutefois plus grandes en octobre prochain qu\u2019en 2011.Tous ceux qui souhaitent un changement de gouvernement en tiendront évidemment compte.Comme en 2011, ce ne sont pas les vertus du Bloc ni les qualités personnelles et professionnelles de ses candidats et députés qui scelleront leur sort.L\u2019enjeu qui semble se dessiner se résume en une question : qui formera le gouvernement?En 2011, j\u2019ai entendu je ne sais combien de souverainistes progressistes dire que leur priorité à court terme était de défaire les conservateurs et qu\u2019ils songeaient à voter pour un parti capable de prendre le pouvoir.Ils se préparaient donc à voter pour le NPD.Pour eux, le charisme de Jack Layton était bien secondaire.Ce discours, on l\u2019entend à nouveau et avec persistance.En conférence de presse à Qttawa cette semaine, M.Duceppe a rappelé à ceux qui croient qu\u2019un ministre québécois au cabinet fait une différence que cela n\u2019a pas empêché le rapatriement de la Constitution sans le consentement du Québec.Le rôle du Bloc, répète-t-il, est de donner une vok plus forte au Québec.Pourrait-il vivre alors avec n\u2019importe quel autre parti au pouvoir?«Je respecte toujours le choix des Canadiens et des Canadiennes.Je ne vote pas à leur place», a-t-il répondu.Mais ce gouvernement que les Canadiens éliront le 19 octobre sera aussi celui des Québécois.Ses décisions les affecteront aussi.Pau-drait-il que les Québécois se contentent de les subir?Une forte proportion des citoyens estiment par conséquent devoir contribuer à le choisir en tentant de faire élire des députés qui reflètent davantage leurs valeurs que ceux actuellement au pouvoir.La souveraineté n\u2019est pas pour demain, mais les effets des politiques du prochain gouvernement fédéral seront souvent immédiats et pourraient se faire sentir longtemps.Qu pense aux changements climatiques, aux décisions en matière de justice, de lutte contre le terrorisme et ainsi de suite.Peu importe le sens des responsabilités dont a fait preuve le Bloc tout au long de son histoire, qu\u2019il ait été question d\u2019assurance-emploi, de justice, de finances publiques, aucun parti fédéraliste ne voudra compter sur les bloquistes pour gouverner.Les protestations soulevées en 2008 par le projet avorté de coalition libérale-néodémocrate, soutenue par le BQ, ont laissé des traces.Les Québécois l\u2019ont compris en 2011 et le comprennent toujours.Il y aura des souverainistes et des électeurs déçus du NPD qui retourneront au bercail blo-quiste lors de la prochaine élection, et le retour de M.Duceppe y contribuera.La soif de changement à court terme est cependant une donnée sur laquelle le Bloc a moins de prise que les autres partis.En privé, les bloquistes en conviennent, mais ils affirment qu\u2019ils sauront y répondre.On invoque des raisons stratégiques pour ne pas en discuter, mais cette réponse ne sera pas aisée à trouver.Le Bloc pourrait reprendre pied, mais de là à reprendre l\u2019avant-scène, c\u2019est une autre paire de manches.mcornellier@ledevoir.com BLOC QUEBECOIS Parier sur un retour La campagne fédérale s\u2019annonce maintenant comme une course à quatre.imprévisible Bloquistes et souverainistes de toutes allégeances ont accueilli le retour de Gilles Duceppe comme l\u2019électrochoc qu\u2019il fallait pour sauver le Bloc québécois d\u2019une mort annoncée, aux élections prévues en octobre prochain.Un possible sursaut de la formation souverainiste qui vient complètement rehras-ser les cartes électorales et qui force les partis fédéralistes à retourner à la tahle à dessin.Car les élections pourraient finalement se révéler être une véritable course à quatre.dont l\u2019issue serait impossible à prédire.MARIE VASTEL Correspondante parlementaire à Ottawa Les bloquistes jubilaient cette semaine.Gilles Duceppe, le revenanf était le seul qui pût les sauver de la déroute.Mais, à quatre mois des élections, une question lourde de conséquences se posait.«Est-ce qu\u2019il est trop tard?», se demandait l\u2019ancien député Marc Lemay.«Gilles vient d\u2019embarquer sur un dossier très difficile.Ça ne sera pas facile», a confié l\u2019ex-élu d\u2019Abitibi-Témiscamingue au Devoir.Avec deux députés \u2014 deux autres ayant claqué la porte l\u2019an dernier \u2014 2,5 millions en banque et les 27 candidats choisis sur les 78 circonscriptions du Québec, le Bloc québécois a du pain sur la planche d\u2019ici la fin de l\u2019été.«Mais il y a à peu près seulement lui qui pouvait faire ça, a estimé M.Lemay, au sujet de son ancien patron redevenu chef de la formation.Parce que c\u2019est clair que le Bloc ne s\u2019en allait pas vers une victoire écrasante au Québec.» Le Bloc québécois stagnait en effet dans les intentions de vote depuis l\u2019élection de Mario Beau-lieu à la tête du parti, il y aura un an dimanche.Incapables de remonter au-delà de la petite douzaine de points de pourcentage, les bloquistes étaient placés à 13% par le dernier sondage Crop.Et les chiffres «continuaient de tomber, plus [Mario Beaulieu] restait en poste longtemps», notait cette semaine Eric Grenier, analyste de sondages et créateur du site Three Hundred Eight.«Il ne fait aucun doute que M.Duceppe aura de meilleurs résultats que ce qu\u2019aurait récolté M.Beau-lieu.Parce qu\u2019ils se dirigeaient vers la catastrophe sous sa gouverne.» Avec Gilles Duceppe à sa tête, le Bloc québécois bondirait instantanément de 12 points de pourcentage, vers 25%, selon les sondages internes du parti.Le coup de sonde de Léger cette semaine, effectué pour le compte du Devoir et du Journal de Montréal, confirme ces prédictions en lui donnant 26% des votes.En 2011, les bloquistes n\u2019ont conservé que quatre sièges en récoltant.23% des vok.Le contexte Mais ce même appui populaire lui amènerait des résultats différents quatre ans plus tard, selon M.Grenier, car le paysage électoral est bien différent.Les conservateurs et les libéraux ont repris du poil de la bête au Québec, les néodémocrates en ont perdu un peu.« Tout le monde est un peu plus rapproché qu\u2019en 2011.[.] A parts égales, ils auraient probablement de meilleurs résultats, parce qu\u2019en 2011 il y a eu un effet d\u2019entraînement.» Avec un tel appui populaire, le Bloc pourrait récolter de cinq à dk sièges.S\u2019il se hisse à 29%, «30 sièges pourraient aller d\u2019un côté ou de l\u2019autre», tout dépendant du candidat local et de la division du vote entre les autres partis, selon l\u2019analyste.Léger place le Bloc et le NPD à égalité statistique chez les francophones \u2014 32% et 33% respectivement.«Le but du jeu, c\u2019est qu\u2019il faut être un parti reconnu.Donc, il faut au minimum 12 sièges», a résumé Marc Lemay.Ce qui n\u2019est pas impossible, selon le politologue Réjean Pelletier.«Gilles Duceppe reste très populaire au Québec.» Mais, au-delà d\u2019une dizaine de circonscriptions, «ça me surprendrait», a conjecturé ce professeur de l\u2019Université Laval.«Est-ce que les Québécois sont prêts à revenir au Bloc ?C\u2019est ça, la grande question.Si on regarde dans le passé, les Québécois, de façon générale, ont été fidèles à certains partis.Et ce, plus d\u2019une élection.» Le Parti libéral a dominé l\u2019échiquier politique au Québec pendant pratiquement tout le XX® siècle, a rappelé M.Pelletier, jusqu\u2019au rapatriement de la Constitution.Qnt suivi les conservateurs de Brian Mulroney, jusqu\u2019à l\u2019échec de l\u2019accord du lac Meech.Le Bloc est alors né et les Québécois l\u2019ont appuyé en grand nombre, jusqu\u2019à ce que Jack Layton lui ravisse presque tous ses sièges dans la province.«Ça me surprendrait [que les Québécois] quit- L JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le retour de Gilles Duceppe vient mêler les cartes de la prochaine campagne électorale.tent immédiatement le NPD.Le Bloc peut peut-être faire des gains, oui.Mais de là à nuire considérablement au NPD, ça me surprendrait», a analysé M.Pelletier.Un regain piqué au NPD Qr, si un parti risque d\u2019écoper d\u2019une remontée du Bloc, c\u2019est le NPD.Car sa victoire écrasante en 2011 était un cadeau d\u2019électeurs bloquistes qui ont délaissé le parti souverainiste.Le Bloc a dégringolé de 38% à 23% des intentions de vote pendant la campagne électorale.Presque,tous ces votes sont allés au NPD, a rappelé Eric Grenier.Encore aujourd\u2019hui, 26% des électeurs néodémocrates affirment que le Bloc québécois est leur deuxième chok, selon ses chiffres (30% se tourneraient vers les libéraux, 7% vers les conservateurs, 6% vers les verts).Là encore, le dernier sondage Léger rapporte la même tendance: 32% des néodémocrates se tourneraient vers le Bloc en second lieu.A l\u2019inverse, 29% des bloquistes s\u2019en remettraient au NPD.Preuve que les deux électorats sont des vases communicants.Bien qu\u2019ils aient tour à tour minimisé l\u2019importance du retour de Gilles Duceppe, arguant que les Québécois lui ont dit non il y a quatre ans, les partis fédéralistes ont admis en coulisses que la donne vient de changer.Ce qui s\u2019annonçait comme de nombreuses luttes à trois \u2014 déjà difficiles à anticiper \u2014 vient de se transformer en luttes à quatre.«C\u2019est carrément impossible à prédire», confiait un stratège cette semaine.Dans l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal, une remontée du Bloc pourrait priver le NPD des votes indispensables pour dépasser les libéraux.Dans la région de Québec, ce sont les conservateurs qui pourraient l\u2019emporter si les néodémocrates et les bloquistes se partagent l\u2019électorat.Dans l\u2019est de Montréal, dans la couronne nord ou la couronne sud, quiconque pourrait se faufiler dans des luttes serrées.Si le Bloc québécois conserve des appuis avoisinant la vingtaine de points de pourcentage, il pourrait reprendre des circonscriptions en Mau-ricie, dans l\u2019est de Montréal, les Laurentides, La-naudière.S\u2019il remonte encore davantage, il peut rêver à des percées en Montérégie, en Abitibi, peut-être à Jonquière ou en Gaspésie.Le NPD ne s\u2019écroulera pas, de l\u2019avis de Réjean Pelletier, qui ne voit pas pour l\u2019instant «le Bloc revenir à ses succès d\u2019antan».Les députés désormais connus \u2014 comme Alexandre Boulerice (Rosemont) etPrançoise Boivin (Gatineau), Guy Caron (Rimouski) \u2014 conserveront leur siège.Mais, là où les candidats sont «demeurés inconnus, le Bloc peut essayer de faire une percée» en martelanf comme il entend le faire, qu\u2019un néodémocrate n\u2019a pas défendu les intérêts du Québec.Un désir de changement.Le NPD entend lui répliquer que lui seul peut déloger les conservateurs de Stephen Harper.De passage à Qttawa cette semaine, Gilles Duceppe a pris acte de ce sentiment chez beaucoup d\u2019électeurs, mais il a rappelé que le ministre Ste- « Est-ce que les Québécois sont prêts à revenir au Bloc?C\u2019est ça, la grande question.» ven Blaney n\u2019avait pas permis aux chantiers Davie de récolter un contrat naval, que la forte députation québécoise de Pierre Elliott Trudeau n\u2019avait pas empêché le rapatriement de la Constitution, ni celle de Brian Mulroney, l\u2019échec de l\u2019accord du lac Meech.«Donc, c\u2019est dire aux Québécois que compter sur les autres [fédéralistes], c\u2019est bien moins bon que de compter sur soi-même», faisait valoir M.Duceppe jeudi.«Au Québec, Harper, on peut s\u2019en charger, nous autres», a renchéri cette semaine son ex-député Guy André.Or Gilles Duceppe a beau amener avec lui sa notoriété et sa popularité, cette volonté des Québécois de remplacer Stephen Harper pourrait se révéler être un facteur plus important, le moment du vote venu.«Actuellement, je dirais que le désir de changement est plus fort, a estimé M.Pelletier.Par contre, ça peut changer, plus s\u2019équilibrer.Un retour vers Duceppe tout en conservant cette volonté de changement.» Tout dépendra de la campagne électorale.Un vent portant le NPD aillerus au pays porurait convaincre les Québécois de lui rester fidèle, croit le politologue.Et les débats ne seront plus les mêmes.« Gilles Duceppe est de loin le débatteur le plus,expérimenté.Il ne pourra pas être ignoré», a noté Eric Grenier.ou un vent souverainiste Dans les rangs bloquistes, on demeure convaincu que beaucoup de Québécois nationalistes choisiront de revenir au bercail, grâce à Gilles Duceppe.«Il y a des gens qui sont déçus du NPD, qui s\u2019apprêtaient à ne pas aller voter et qui auront maintenant la possibilité d\u2019aller voter pour un Bloc ragaillardi», rêve l\u2019ex-député de Joliette, Pierre Paquette.D\u2019autres estiment que le mouvement souverainiste profite de la venue de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois et du retour de M.Duceppe, deux «figures connues, des personnes rassem-bleuses», selon l\u2019ancien élu Pierre-Pascal Paillé.S\u2019ajoute la mort de Jacques Parizeau, «un électrochoc probablement pour certains.Donc, cette conjoncture-là [.] va avoir un effet d\u2019entraînement nécessairement » Il n\u2019y aura pas de raz-de-marée bleu clair, le Bloc ne reprendra pas 49 circonscriptions du simple fait que Gilles Duceppe est de retour, conviennent-ils tous.«Il ne faut pas s\u2019illusionner.Mais, en même temps, on a des conditions qui sont préférables à ce qui existait il y a quelques jours», se réjouissait Pierre Paquette, quelques minutes avant l\u2019annonce officielle de M.Duceppe et Mario Beaulieu, mercredi.Tous ont salué le travail acharné de ce dernier et son abnégation, qui donnera un nouveau souffle, espèrent-ils, au parti souverainiste.Reste maintenant à mettre tout en place pour que ce regain ne soit pas qu\u2019éphémère, a reconnu Pierre Paquette.«Il va falloir être la tortue, plus rapide que le lièvre.» Le Devoir DETTE SUITE DE LA PAGE B 1 imposées fin 2012 par le précédent gouvernement grec, sous la pression des créanciers.Elles seront donc rétablies à leur niveau précédent et concernent les retraites de plus de 1000 euros (1385SCAN).Alors que, au même moment, les créanciers font pression poru supprimer la prime des retraites les plus modeste^.La décision du Conseil d\u2019Etat (autorité indépendante) pousse en faitTsipras à ne pas céder aux diktats des créanciers, pour ne pas faire peser sur les plus modestes le poids d\u2019un accord avec Bruxelles et le EMI.En attendant de nouveaux rebondissements, tous les regards sont désormais rivés sur la date du 30 juin, lorsqu\u2019expirera le plan d\u2019aide à la Grèce.Eaute d\u2019accord, ce serait la rupture.Avec des conséquences imprévisibles.Un calendrier serré Mais la date du 18 juin pourrait être également décisive.Avec trois événements annoncés : les premières conclusions de la Commission d\u2019audit de la dette, mise en place par le Parlement grec, laquelle doit déterminer si une partie de la dette est susceptible d\u2019être considérée comme illégale ou illégitime.Ce même jour se réunit aussi l\u2019Eurogroupe, qui risque une fois de plus de se focaliser sur la Grèce.Alors qu\u2019au même moment Tsipras se trouvera à Saint-Pétersbourg, à l\u2019invitation de Vladimir Poutine, pour assister au Porum économique des BRI CS (acronyme anglais pour désigner le groupe de ces cinq pays : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).En plaçant ces trois événements (Commission d\u2019audit de la dette.Eurogroupe et Eorum des BRICS) dans un mélangeur, quelle nouvelle donne sortira?Difficile à prévoir.Mais les optimistes qui pensent qu\u2019un défaut de paiement de la Grèce ou sa sortie de la zone eruo seront forcément évités au dernier moment devraient se rappeler les propos de l\u2019écrivain autrichien Stefan Zweig, parus dans Le Monde, qui décrivent le coup de tonnerre sruvenu au cœru d\u2019un «été inoubliable», celui de 1914.Jeudi, pourtant, les Grecs avaient le sourire : une foule compacte s\u2019était rassemblée à Athènes devant les locaux de la télévision publique ERT, qui émettait à nouveau.Après deux ans, jour pour jour, d\u2019écran noir.Brutalement imposé sans préavis, au nom des mesures d\u2019austérité exigées par les créanciers du pays.Libération LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 JUIN 2015 B 3 PERSPECTIVES YOAN VALAT AGENCE ERANCE-PRESSE Nicolas Sarkozy (à gauche) et François Hollande pourraient de nouveau croiser le fer à la prochaine présidentielle.ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE ERANÇAISE 2012: lermaAîe?Plus de 70 % des Français ne veulent ni de Hollande ni de Sarkozy comme candidats en 2017.Et pourtant.CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Voilà une semaine que la France se déchire pour savoir si le premier ministre Manuel Valls a commis une faute en utilisant son avion Falcon pour faire un saut à Berlin.On a presque oublié que cela se passait en plein congrès du Parti socialiste.Les débats y étaient à ce point passionnants que le premier ministre a tout à coup ressenti le besoin impérieux d\u2019assister, avec deux de ses fils, au match final de la Ligue des champions, auquel ne participait aucune équipe française.Tout cela aux frais du contribuable.En une semaine, on est passé du déni à la confusion, puis des excuses au remboursement des frais de voyage.L\u2019affaire n\u2019est pas vraiment originale, puisque Nicolas Sarkozy avait régulièrement cultivé ce genre de situation trouble lorsqu\u2019il était président.Mais on voit mal comment cette escapade à Berlin aurait pu attirer autant l\u2019attention si elle n\u2019avait pas été le seul élément un peu croustillant du congrès du Parti socialiste tenu à Poitiers au début juin.Pas de primaire à gauche On s\u2019attendait en effet à une bataille fratricide entre socialistes.Or ce fut le calme plat.La gauche est secouée par des débats déchirants sur la réforme des collèges, l\u2019islam, la prostitution, les réformes économiques et la rigueur budgétaire, mais, à Poitiers, les délégués semblaient bercés par une paisible unanimité.La seule vague est venue de l\u2019extérieur, alors que l\u2019ancien ministre Arnaud Montebourg a accusé, dans le Journal du dimanche, ses anciens camarades de conduire le pays «vers le désastre».Bref, les simulacres de débats cachaient mal le véritable but de ce congrès : enterrer toute idée d\u2019une primaire à gauche avant l\u2019élection présidentielle.François Hollande a beau avoir dit qu\u2019il ne se représenterait pas s\u2019il ne parvenait pas à inverser la courbe du chômage, cette courbe a beau être une des seules en Europe à être toujours à la hausse, les délégués sont repartis convaincus qu\u2019il serait, à moins d\u2019un imprévu exceptionnel, le candidat «naturel» de la gauche.En effet, seule la motion dite «des frondeurs » proposait une primaire.Or trois délégués sur quatre ont voté pour des motions qui n\u2019en soufflaient mot, assurant ainsi la réélection du président du parti, Jean-Christophe Cambadélis, avec plus de 70% des voix.L\u2019état de division qui règne de plus à l\u2019extrême gauche garantit à François Hollande de très bonnes chances d\u2019être candidat.Un parti à la main de Sarko^ Voilà qui faisait dire à l\u2019ancien premier ministre Alain Juppé: «On ne va pas refaire le match de 1995 ou de 2012» ! C\u2019est aussi l\u2019opinion de plus de 70% des Français qui ne veulent pas revivre la présidentielle de 2012 avec les mêmes candidats à gauche comme à droite : 72% ne veulent pas de Sarkozy et 77% ne veulent pas de Hollande.C\u2019est pourtant l\u2019un des scénarios les plus probables qui se dégagent des congés tenus ce mois-ci par le Parti socialiste et rUMP rebaptisée Les Républicains.«Il est déjà presque trop tard» pour qu\u2019il n\u2019en soit pas ainsi, écrivaient dans Le Monde \u2014 avec peut-être un peu de précipitation \u2014 les journalistes David Re-vault d\u2019Allonnes et Alexandre Lemarié.Chose certaine, à droite, le congrès des Républicains a confirmé la mainmise totale de l\u2019ancien président sur son parti.Nicolas Sarkozy en a changé le nom, les statuts et la direction afin d\u2019en faire une puissante machine de guerre soumise à sa seule volonté.Une arme déterminante dans la guerre qui s\u2019annonce à droite.C\u2019est en effet le parti qui avait permis à un Jacques Chirac pourtant peu populaire dans les sondages de supplanter son rival Edouard Balladur, alors plébiscité par l\u2019opinion.«Chez les gaullistes, celui qui tient l\u2019appareil du parti tient l\u2019élection», a déclaré l\u2019ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin.Certes, à droite, Nicolas Sarkozy devra affronter une primaire qui est loin d\u2019être décidée d\u2019avance.Le favori des sondages, Alain Juppé, a de bonnes chances de l\u2019emporter si le scrutin est ouvert à tous les centristes (UDI et Mo-Dem).Mais, fort du contrôle du parti, Nicolas Sarkozy fera tout pour tenir une primaire dont le MoDem de François Bayrou sera exclu.Sans compter qu\u2019il lui reste deux ans pour monter en puissance et décourager ses adversaires.Le principal d\u2019entre eux, Alain Juppé, n\u2019a guère montré jusqu\u2019ici une détermination aussi forte que celle de l\u2019ancien président.Deux empêcheurs de tourner en rond pourraient venir brouiller les cartes Bayrou et Montebourg Certes, à deux ans des élections présidentielles, beaucoup d\u2019eau risque de couler sous les ponts.Mais on sait déjà que Nicolas Sarkozy fera tout pour affronter François Hollande.De son côté, l\u2019actuel président vote sans aucune hésitation pour Sarkozy.Comme si chacun avait un vieux compte à régler.Si tel devait être le cas, personne ne doute plus des chances de Marine Le Pen d\u2019arriver au second tour de l\u2019élection présidentielle et peut-être même d\u2019arriver en tête au premier tour.Une fois débarrassé de son encombrant fondateur, le Front national pourrait avoir des ailes.Les élections régionales de l\u2019automne en donneront une indication assez précise.Mais deux empêcheurs de tourner en rond pourraient venir brouiller les cartes à droite comme à gauche.Le premier est le centriste François Bayrou, du MoDem, dont la candidature est souhaitée par 43% des Français.Ennemi juré de Nicolas Sarkozy depuis que, au second tour des dernières présidentielles, il avait appelé à voter pour Hollande, Bajnou n\u2019hésiterait pas à se présenter si son candidat favori, Alain Juppé, n\u2019était pas choisi lors de la primaire.Or, pour l\u2019instant, Nicolas Sarkozy n\u2019envisage pas d\u2019ouvrir la primaire aux centristes du MoDem.L\u2019autre électron libre se nomme Arnaud Montebourg.«Démissionné» du gouvernement il y a moins d\u2019un an, ce champion du nationalisme économique et du made in France est convaincu que la candidature de François Hollande mènerait les socialistes à l\u2019échec.Face à l\u2019effritement de l\u2019extrême gauche, de plus en plus d\u2019observateurs jugent possible une candidature d\u2019Arnaud Montebourg en 2017 qui serait comparable à celle de Jean-Pierre Chevènement qui avait entraîné la déroute de Lionel Jospin en 2002 et la qualification du Front national au second tour.La différence, c\u2019est que cette fois Marine Le Pen ne semble avoir besoin de personne pour rééditer cet exploit et même améliorer le score de son père.Mais, de cela, personne ne semble vraiment se soucier pour l\u2019instant.Le Devoir SQUARE SUITE DE LA PAGE B 1 du bénévolat et participé, par exemple, à l\u2019installation d\u2019un édicule en briques à base de cire d\u2019abeille, une œuvre de Doug Scholes.«Mixité d\u2019usage» Si Jean-Pierre Caissie garde «de très bons souvenirs » de ces deux ans, c\u2019est qu\u2019il régnait sur place «une paix sociale, une mixité d\u2019usage», avec la présence de travailleurs qui y prenaient leur lunch et des patients de l\u2019hôpital voisin, en fauteuil roulant.«Ce qui nous a convaincus de nous arrêter là, c\u2019est que le square avait été conçu par Daudelin, par un artiste.On a, quelque part, poursuivi ce qu\u2019il n\u2019a jamais terminé.» Agora, Mastodo, ainsi que les œuvres de Claude Théberge (1934-2008) et de Peter Gnass (né en 1936) destinées à deux autres îlots à l\u2019est de celui de Daudelin, ont été réali- sées au début des années 1980, à la demande du ministère des Transports, qui cherchait à recouvrir l\u2019autoroute Ville-Marie.Or l\u2019aménagement n\u2019aurait jamais été réalisé dans son ensemble, notamment au niveau du paysage-ment.L\u2019accessibilité au site, lui, a été source de critiques, surtout à l\u2019égard de la présence d\u2019enfants.Daudelin était chargé de faire une agora, Théberge, un parc de style victorien, et Gnass, un parc de jeux.Les trois îlots ont leurs plans d\u2019eau, mais aujourd\u2019hui les bassins sont vides, les fontaines hors d\u2019usage.Les jeux de Gnass sont disparus et le café prévu à l\u2019origine par Daudelin n\u2019a jamais été mis en place.Deux quartiers « Ce projet d\u2019art public a été conçu pour améliorer la transition entre deux quartiers, pour couvrir les failles [créées par l\u2019autoroute].Elles répondaient bien à des contraintes techniques, comme celles de planter des arbres sur du béton.Il y a eu des erreurs urbaines, mais elles peuvent être corrigées», dit Marie-Dina Salvione, une spécialiste de l\u2019architecture moderne et du patrimoine associée à l\u2019UQAM, qui a dirigé, l\u2019hiver dernier, un cours exclusif sur l\u2019avenir du square Viger.Un îlot Daudelin davantage acceptable passe, selon elle, par la cohabitation des populations.« Ça fait partie de l\u2019histoire.Un projet de design urbain axé sur la sécurité, c\u2019est peu positif.Lorsqu\u2019un lieu est stigmatisé comme dangereux, les gens n\u2019y vont pas, dit celle qui reconnaît la problématique de l\u2019itinérance, mais c\u2019est une réalisé depuis les années 1930.» L\u2019actuelle place Emilie-Gamelin fait croire à la chercheure que la question de la mixité est possible.«Comme legs du 375\u201c de Montréal, qui se targue d\u2019être une ville de design reconnue par l\u2019UNESCO, il faudrait un projet innovant sur la base du développement durable.Il faut intervenir le plus possible avec l\u2019existant.Faire table rase, c\u2019est le contraire du développement durable», conclut-elle.Le Devoir Un homme sonné Michel David epuis la cuisante défaite que son parti a subie lundi dernier dans Chauveau, François Legault ne cesse de répéter que la repolarisation de l\u2019opinion publique autour de la question nationale l\u2019empêche de faire passer son message.Même au moment de faire son bilan de la session parlementaire, vendredi, les cloches qui sonnaient dans le hall du parlement ont couvert sa voix jusqu\u2019à la rendre presque inaudible.Durant toute la semaine, le chef de la CAQ a eu l\u2019air d\u2019un boxeur qui n\u2019arrive pas à retrouver ses esprits après avoir encaissé un fulgurant direct.Le cynisme dont il a fait preuve en déclarant qu\u2019une hausse de la taxe scolaire de 33% n\u2019était pas importante aux yeux des électeurs de Chauveau et que les médias avaient toujours raison témoigne éloquemment de son désabusement.Quand il a quitté le PQ, en 2009, M.Legault faisait le pari qu\u2019il réussirait à modifier les termes traditionnels du débat pobtique au Québec, mais il s\u2019est heurté à l\u2019entêtement de l\u2019histoire.Il n\u2019est évidemment pas le premier à avoir succombé à l\u2019illusion de la «troisième voie».Pierre Marc Johnson l\u2019a explorée avec !\u2019« affirmation nationale».Mario Dumont a fait de même avec !\u2019« autonomie», dont la CAQ a en quelque sorte hérité en fusionnant avec l\u2019ADQ.Chaque fois, le naturel de la politique québécoise a repris le dessus.Dans ce contexte, la pertinence de la CAQ devient d\u2019autant plus incertaine que le gouvernement Couillard pige allègrement dans son programme.Le premier ministre n\u2019a pas pu s\u2019empêcher de tourner le fer dans la plaie du chef ca-quiste, lançant malicieusement: «On défend la même cause, qu\u2019il vienne donc se joindre à nous.» Si M.Legault s\u2019imagine pouvoir sortir de cet étau quand la poussière de la course à la chefferie au PQ et du retour de Gilles Duceppe sera retombée, il risque une cruelle déconvenue.Les bonnes performances de la M.Legault CKCI aux élections partielles dans Lévis et Richelieu appar-n\u2019est pas\ttiennent à l\u2019ère pré-Péladeau.,\t,\tL\u2019élection de ce dernier à la le premier tête du PQ garantit que la po- à ciippnmtipr à larisation persistera au moins a suttomuer a\télections de 2018 l\u2019illusion de\tinclusivement.Qr cette conjoncture «favo-la «troisième\trise ceux qui ont les idées .\tclaires», comme l\u2019a dit voie»\tM.Couillard, et M.Legault ne se veut ni fédéraliste, ni souverainiste.De toute manière, Raymond Ba-chand pourrait témoigner du fait qu\u2019un ancien péquiste sera toujours suspect.M.Legault a beau assurer qu\u2019il sera toujours là «après 2018», son avenir semble bien incertain.Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, les bbéraux ont arboré toute la semaine un sourire presque insolent.Malgré quelques soubresauts provoqués par la grève étudiante, le «printemps chaud» que d\u2019aucuns prédisaient n\u2019a pas eu lieu.L\u2019austérité provoque des grincements, mais pas de révolte.M.Legault n\u2019a pas tort de dire qu\u2019il suffit à M.Couillard de brandir l\u2019épouvantail référendaire pour se dispenser de rendre compte du retard économique du Québec.Le problème est que l\u2019économie ne se porte finalement pas si mal et que les choses semblent vouloir s\u2019améliorer.Certes, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, s\u2019est empêtrée à son tour dans le tchador, mais le gouvernement peut raisonnablement espérer que la population ne voudra pas se laisser entraîner dans une reprise du débat sur le port des signes religieux.Bien des choses ont changé au Québec et dans le monde depuis l\u2019époque, pourtant si proche, qù la charte dp la laïcité enflammait les esprits.À l\u2019époque, l\u2019État islamique n\u2019était pas encore apparu sur les écrans radars de l\u2019Qcci-dent.Des fanatiques islamistes n\u2019assassinaient pas de soldats en sol canadien et peu de gens se souciaient d\u2019Adil Charkaoui.Ces jours-ci, la population est nettement moins préoccupée par l\u2019identité que par la sécurité.Dans l\u2019esprit de M.Couillard, le renvoi dTves Bolduc était un «ajustement» qui devait s\u2019inscrire dans un remaniement ministériel plus large, mais il n\u2019a pas pu attendre.Il serait maintenant malavisé de ternir l\u2019ensemble du portrait en soulignant la mauvaise performance de certains.Mieux vaut attendre encore quelques semaines et faire du remaniement un élément de relance pour la session d\u2019automne.Pierre Karl Péladeau a agréablement surpris depuis son élection à la tête du PQ.Le ton demeure un peu vociférant par moments, parfois un peu monotone, mais l\u2019impatience des débuts a fait place à une sérénité de bon aloi, y compris dans ses relations avec la presse.Au sein du caucus des députés, même ceux qui n\u2019appuyaient pas sa candidature louent aujourd\u2019hui son amabilité et son écoute, en espérant que le changement sera permanent.En revanche, personne ne sait exactement ce qu\u2019il entend faire, sinon un pays.Le nouveau chef projette-t-il de modifier substantiellement son équipe ou croit-il plutôt que son arrivée constitue un changement suffisant?Le PQ se cantonnera-t-il dans une critique traditionnelle du gouvernement ou cherchera-t-il à se projeter davantage vers l\u2019avenir ?Et, bien entendu, quelles sont ses intentions en ce qui concerne le référendum ?mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 JUIN 2015 EDITORIAL GOUVERNEMENT COUILLARD Atterrissage en douceur Bernard Descôteaux Les premiers mois de 2015 ont été difficiles pour le gouvernement Couillard.Visiblement, il peinait à la tâche.Ses politiques d\u2019austérité ne soulevaient pas l\u2019enthousiasme.Mais voilà que se termine la session parlementaire du printemps avec une popularité et un taux de satisfaction en hausse.Atterrissage réussi ?1 serait exagéré d\u2019assimiler les difficultés du gouvernement du début de l\u2019année à une crise.L\u2019opposition à ses politiques d\u2019austérité était néanmoins très vive.Les manifestations devant l\u2019Assemblée nationale se succédaient presque tous les jours.Le budget Leitâo et les projets de loi 10 et 20 du ministre Gaétan Barrette visant à réduire les coûts du système de santé rencontraient une vive résistance.Pressé de tout mettre en œuvre pour le printemps, le gouvernement dut à deux reprises avoir recours au «bâillon» pour surmonter les tactiques dilatoires de l\u2019opposition.Et comme si cela n\u2019était pas assez, il y eut le ministre Yves Bolduc qui vint donner un croc-en-jambe à ses collègues avec une malhabile déclaration sur les fouilles à nu d\u2019élèves qui conduisit à sa dé-t ^\tmission.N\u2019étant pas le premier membre du gouvernement à provoquer des controverses, A -Ai.l\u2019impression que l\u2019équipe libérale comptait plu-sieurs maillons faibles se confirma.-vent commença à tourner avec la présentation du budget Leitâo, le retour à l\u2019équilibre budgétaire étant bien accueilli.Fort de cela, le gouvernement donna un premier signe de sa volonté d\u2019apaisement en réalisant une entente avec les médecins omnipraticiens.Négociée par un ministre apparemment intraitable, elle témoignait d\u2019une ouverture au dialogue de la part du gouvernement.pour peu que les partenaires acceptent de se plier au cadre financier du gouvernement.Personne d\u2019autre n\u2019a répondu à cet appel au dialogue.Du côté syndical, personne ne le fera avant les grandes manœuvres de l\u2019automne sur le front des négociations du secteur public.Personne n\u2019est dupe.L\u2019insensibilité du gouvernement devant les effets des réductions de budget sur les services aux citoyens, particulièrement sur les clientèles à risques, demeure totale.Dans le domaine de l\u2019éducation, le ministre François Blais reste sourd aux protestations des parents et des enseignants qui ont commencé à établir des chaînes humaines autour des écoles dans l\u2019espoir de se faire entendre.Mais, pour reprendre l\u2019expression de la députée Françoise David, il sait être «dur avec les faibles».Cette entente avec les médecins omnipraticiens aura néanmoins eu pour effet de faire baisser la tension et de déplacer l\u2019attention du public vers d\u2019autres enjeux.Vint dans les derniers jours de cette session, une déferlante d\u2019annonces : audiences publiques du BAPE pour le projet Energie Est, Stratégie maritime pour le Saint-Laurent, projet de loi sur la radicalisation, projet de loi pour franciser les enseignes commerciales.Des annonces qui, presque toutes, ne sont que cela, c\u2019est-à-dire des déclarations d\u2019intentions dans le but de rassurer et de montrer l\u2019image d\u2019un gouvernement qui se veut ouvert, voire consensuel.Dans cet esprit, il a fait montre de retenue partisane pour faire du décès du premier ministre Jacques Parizeau un moment de rapprochement entre les diverses familles politiques.Cette session était capitale pour les projets du gouvernement Couillard.Il a réussi un atterrissage en douceur.L\u2019été lui permettra de consolider sa position avant de devoir redécoller à l\u2019automne.Une confrontation sociale l\u2019y attend.Ce sera un moment de vérité.On pourra voir alors ce que vaut sa volonté présente d\u2019être rassembleur.FIN DE SESSION À QUÉBEC Le problème de Legault rançois Legault est le champion des excuses lorsque vient le temps d\u2019expliquer ses difficultés.Le chef de la CAQ a admis vendredi que sa formation politique traversait une «période difficile».Ses déboires \u2014 notamment la défaite de son parti dans Chauveau \u2014, il les a attribués au retour du clivage fédéralisme-souverai-nisme, causé par l\u2019élection de Pierre Karl Péladeau et la réapparition de Gilles Duceppe.C\u2019est là un thème récurrent des discours de M.Legault depuis la fondation de la CAQ : le sujet de l\u2019heure dans l\u2019opinion publique ne fait pas son affaire.Il l\u2019empêche tou-jours de «parler d\u2019économie», de mettre en avant ses propositions; fait le jeu de ses adversaires, les «vieux partis».Décembre 2013, M.Legault déplore par exemple l\u2019omniprésence de la commission Charbonneau : celle-ci «n\u2019aide pas», engendre «beaucoup de cynisme».La même année, le gouvernement Marois jongle avec son projet de charte des valeurs.M.Legault souligne la difficulté pour lui de prendre sa place dans ce débat.Il se résigne finalement à y participer (réussissant à définir une position mitoyenne que le gouvernement a eu tort de laisser de côté).M.Legault a décrété que la question nationale était dépassée.Il a fondé son parti sur cette idée.Décembre 2012 : «Je continue à avoir confiance que, lors de la prochaine élection, on va réussir à convaincre une majorité de Québécois de laisser cette division souverainiste-fédéraliste.» Or, cette division se maintient.Au grand plaisir d\u2019ailleurs de Philippe Couillard, qui semblait presque euphorique vendredi en abordant le sujet.Il sait bien qu\u2019il y a là une quasi-garantie pour lui d\u2019être réélu en 2018.Est-ce à dire que cette division est éternelle?Certainement pas.Il était poignant de lire le sociologue Jacques Beauchemin cette semaine dans nos pages constater que «le Québec d\u2019aujourd\u2019hui est fatigué de se poser la question de son devenir».Cet essoufflement réel du débat national (que masque un peu, actuellement, la nouveauté Péladeau) ne signifie peut-être qu\u2019une chose : celui-ci mute, se transforme.Or la politique, pas plus maintenant que jadis, ne peut se résumer à «parler d\u2019économie» ou à «faire le ménage».Elle exige d\u2019articuler une vision étoffée de la place de la nation aujourd\u2019hui et dans l\u2019avenir.Quelles sont les idées de M.Legault et de son parti sur la place du Québec dans le «Dominion»?Sur la réforme du Sénat?L\u2019évolution du fédéralisme canadien?On l\u2019ignore, M.Legault ayant mis ces questions à l\u2019index! En postulant de manière prématurée la tin du clivage fédéralisme-souve-rainisme, il a comme jeté le bébé national avec l\u2019eau du bain.D\u2019où, sans doute, son problème fondamental de positionnement.% Antoine Robitaille LE DEVOIR FONDE PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Iti PUÎnÇ lîCPftîTi'OM Vi r PRoPRÎÉTAiRt LETTRES Desjardins en pleine « rationalisation » À Monique F.Leroux, Présidente du conseil d\u2019administration et chef de la direction de la Caisse centrale Desjardins Jusqu\u2019au 5 juin, à l\u2019hôpital de Gatineau, la Caisse Desjardins y tenait un guichet automatique.Il est remplacé par une ATM (pour Automated Teller Machine, et non un GAB, ou guichet automatique bancaire), où on doit débourser 2 $ pour en obtenir 20 ! Sa tendance est de servir en,anglais, bien sûr.A côté, un large panneau nous explique que, dans un geste de rationalisation des effectifs, la direction a procédé à ce changement depuis que Desjardins s\u2019est retiré de l\u2019hôpital de Hull.Voilà comment un établissement public québécois rationalise ses activités à partir de la logique d\u2019un mouvement coopératif déconnecté de sa population.Deux organisations nous apprennent comment ne pas vivre ensemble, mais nous soumettent à des impératifs finan- ciers fabriqués.Il faudra m\u2019expliquer la différence entre la rationalisation et l\u2019austérité.Qù se trouve l\u2019espace culturel qui justifiait votre présence?Soyons rationnels au « boutte » : que des hôpitaux privés et des banques ! Vous faites figure d\u2019anachronisme dans un paysage vendu aux accommodements insipides, aux rires gras et à la médiocrité si largement partagée.Il faudrait peut-être sortir vos idées racornies des boules à mites et leur faire prendre l\u2019air frais des idées souveraines.Benoît Cazabon Gatineau, le 11 juin 2015 Revue de presse Le retour de Duceppe.et de Yogi Berra GUILLAUME BOURGAULT-COTE Gilles Duceppe est revenu cette semaine à deux de ses anciennes amours : diriger le Bloc québécois.et citer le défunt baseballeur Yogi Berra.L\u2019exretraité de la politique active a ainsi utilisé le répertoire de son «philosophe préféré» dès sa première conférence de presse à Ottawa, rappelant qu\u2019il «ne fait jamais de prédictions, surtout celles qui concernent l\u2019avenir».C\u2019était pour Duceppe une manière d\u2019esquiver une question portant sur les objectifs de sièges à gagner pour le Bloc aux prochaines élections.Sa prudence est toutefois compréhensible, disaient plusieurs commentateurs cette semaine, car il est bien difficile de prévoir l\u2019impact réel du retour inattendu de Gilles Duceppe en politique.En éditorial, le National Post a écrit que les fédéralistes devraient se garder une petite gêne avant de rire de la renaissance de Duceppe.Bien sûr, il s\u2019agit de l\u2019homme qui a mené le Bloc québécois à une défaite monumentale en mai 2011.Une dégringolade incroyable pour un parti qui avait joué un rôle influent \u2014 et «agaçant» \u2014 dans la politique canadienne des 20 années précédentes.Duceppe revient à la tête d\u2019un parti totalement décimé, remarque-t-on.Mais le politicien est habile, expérimenté, bon débatteur : sa présence ne peut qu\u2019améliorer les chances du Bloc québécois lors des prochaines élections.Elle change aussi le portrait de la situation pour Thomas Mulcair et Justin Trudeau, qui devront partager une plus grande part du vote francophone.Il est possible, remarque le Post, que le NPD souffre davantage d\u2019une remontée du Bloc, puisqu\u2019il avait attiré plusieurs nationalistes mous lors des dernières élections.Les conservateurs de Stephen Harper ou les libéraux de Trudeau pourraient tous deux bénéficier d\u2019une division du vote.Difficile à prévoir, au final, mais une chose est sûre : Gilles Duceppe mélange les cartes.Le Post ne paraît toutefois pas trop inquiet d\u2019une résurgence du mouvement séparatiste : les funérailles de Jacques Parizeau avaient un parfum de passé, dit-on.Et le Parti québécois a perdu les deux partielles organisées lundi dernier.Dans un éditorial publié jeudi, le Globe and Mail associe le retour de Duceppe à une version québécoise de la série d\u2019horreur télévisée The Walking Dead.Le Globe estime que le changement à la tête du Bloc est comme un échange à la date limite des transactions au hockey: un joueur âgé mais expérimenté est acquis, mais on ne sait pas comment il perfor-mera dans la «vraie» saison, les séries au hockey, les élections en politique.Les électeurs québécois indiqueront en octobre si c\u2019était un geste désespéré ou une brillante manœuvre politique.Il est loin d\u2019être acquis que le mouvement de rejet envers le Bloc en 2011 n\u2019était qu\u2019une saute d\u2019humeur des Québécois, avance le Globe.L\u2019élection de 59 députés néodémocrates puis celle des libéraux de Philippe Couillard montrent plutôt que les Québécois font aujourd\u2019hui confiance à des partis fédéralistes.Si le Bloc a survécu à l\u2019après-Meech et l\u2019après-référendum de 1995, c\u2019est largement attribuable à l\u2019efficacité de Gilles Duceppe, suggère l\u2019équipe éditoriale.Mais les temps changent et les électeurs ne semblent plus vouloir des chicanes constitutionnelles.Chroniqueur au National Post, Kelly McParland croit lui aussi que les chances de Gilles Duceppe de renverser la vapeur sont plutôt minces.En même temps, le nouveau-vieux chef n\u2019a pas besoin de tout rafler pour maintenir le Bloc en vie.Le simple fait d\u2019être à Qttawa donne un statut et une impression de stature, dit-il.Et McParland relève l\u2019ironie : pour survivre, le Bloc a besoin du Canada.«Avouons-le.» Il y a quelques semaines, un chroniqueur sportif du Journal de Montréal s\u2019était étonné d\u2019un commentaire du nouveau joueur des Alouettes de Montréal, Michael Sam, qui disait avoir «hâte de remettre l\u2019équipement pour aller frapper quelqu\u2019un».Le journaliste avait cru bon ajouter que, «venant de la bouche d\u2019un homosexuel, ça fait drôle à entendre, avouons-le ».Réactions choquées immédiates un peu partout.Au final, le chroniqueur a «avoué» avoir fait une erreur.C\u2019est un peu ce qu\u2019a fait le chroniqueur catholique Michael Coren en 2013: reconnaître qu\u2019il s\u2019est trompé.Pendant des années, Coren a utilisé les nombreuses tribunes qui lui étaient offertes \u2014 émission de télé et chroniques écrites dans le réseau Sun, collaborations dans plusieurs magazines catholiques \u2014 pour dénoncer avec conviction le mariage gai.Puis, un jour, dans la foulée de l\u2019adoption d\u2019une loi anti-homosexualité en Quganda, il a changé son fusil d\u2019épaule.Et le héros des catholiques conservateurs du Canada est devenu une sorte de paria auprès des gens dont il avait nourri la réflexion.Dans un texte publié par The Walrus (numéro estival 2015), Coren raconte ce que son «coming out» lui a coûté en contrats et ce qu\u2019il a généré en insultes.Congédié ici, banni là, injurié ailleurs, femme et enfants compris.Coren revient sur son parcours personnel et dit avoir erré dans son interprétation théologique de tout le dossier homosexualité-catholicisme.«J\u2019ai été dogmatique», observe-t-il.Mais il a noté, dans les réactions outrées à son appui tardif au mariage gai, une sorte de «monomanie» motivée par la haine et l\u2019antipathie de certains catholiques contre les homosexuels.Sur cet enjeu, «trop de catholiques se convainquent qu\u2019il ne faut pas se poser de questions, simplement réciter des réponses».A l\u2019aube du dixième anniversaire de la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe au Canada (juillet 2005), Michael Coren envoie un message clair aux plus farouches opposants à ces unions: il est temps de s\u2019adoucir.Sur Twitter: ©gbcote Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques de ce texte. LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 JUIN 2015 B 5 IDEES DAVID GOLDMAN ASSOCIATED PRESS Il existe un mythe pédagogique voulant que Pacquisition de connaissances ne soit plus importante depuis qu\u2019elles sont disponibles sur l\u2019Internet Google, notre maître à tous Ce que l\u2019on demande aux enseignants dans le Manifeste pour une pédagogie renouvelée ?De démissionner.REJEAN BERGERON Professeur de philosophie au cégep Gérald-Godin ans son blogue «Les mutations tranquilles», le l^Tuin.Fabien Deglise nous entretenait du Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine, écrit par un collectif de chercheurs et d\u2019enseignants.Curieux, je me suis précipité vers le texte en question, désireux d\u2019y retrouver des éléments de réflexion sur le monde de l\u2019enseignement.Malheureusement, ce que j\u2019y ai trouvé n\u2019est qu\u2019un condensé de cette tristement célèbre réforme de l\u2019éducation que les pédagogues du ministère ont tenté de nous rentrer dans la gorge et surtout dans le cerveau.En fait, la vision de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement qui nous est présentée par les auteurs de ce manifeste découle du mythe pédagogique qui stipule que l\u2019acquisition de connaissances n\u2019est plus importante étant donné que celles-ci sont dorénavant à la portée de tous les étudiants grâce à Internet en général, et à Google en particulier.D\u2019où l\u2019importance pour ces réformateurs de miser plutôt sur la construction du savoir, la créativité, la capacité de discriminer l\u2019information, en somme sur ce que d\u2019autres appellent les compétences transversales.«Dès que Von évacue le besoin de retenir une somme phénoménale de connaissances et qu\u2019on laisse cette tâche aux machines, c\u2019est alors que peut surgir le meilleur de la créativité et s\u2019épanouir l\u2019humanisme», affirment-ils naïvement.Ailleurs, ils ajoutent: «A quoi vont servir les quantités phénoménales d\u2019informations dans lesquelles l\u2019élève est plongé quotidiennement?Pourquoi l\u2019évaluer en lui posant des questions auxquelles Google pourrait si facilement lui répondre ?» Comme le dit l\u2019auteure Daisy Christodoulou {Seven Myths About Education, Routledge, 2014) : «Toutes ces justifications de l\u2019abandon de la connaissance sont fausses, parce qu\u2019elles nient la manière dont le cerveau humain fonctionne.La science n\u2019est pas du côté des pédagogues progressistes.La recherche menée ces 50 dernières années par la psychologie cognitive montre bien combien nous dépendons du savoir stocké dans la mémoire longue pour nos procédés mentaux.» Par exemple, comment pensez-vous qu\u2019un étudiant puisse saisir la portée d\u2019un nouveau fait historique, nous explique-t-elle, s\u2019il n\u2019a pas en mémoire un canevas de dates historiques qui lui permettra de situer, d\u2019analyser et de comprendre cet événement?«Il faut du savoir pour apprendre» Ailleurs dans le manifeste, les auteurs s\u2019interrogent ainsi sous forme de constat: «Quelles sont les connaissances qui demeurent essentielles à assimiler dans une réalité où l\u2019ensemble des savoirs est googlable ?» Le problème, c\u2019est que les élèves qui ne possèdent pas de savoirs solides ne sont pas intéressés ou stimulés à chercher sérieusement, ou ne sont tout simplement pas équipés et en mesure de le faire même s\u2019ils le voulaient, et ce, peu importe que ce soit dans une bibliothèque, un dictionnaire ou sur Google.«Il faut du savoir pour apprendre», nous dit Normand Baillargeon dans ses Légendes pédagogiques (Poètes de brousse, 2013) et «une simple définition qu\u2019on consulte ne peut être comprise que si on connaît déjà une très grande part de ce qu\u2019on y lira», ajoute-t-il.Tellement habitués à faire appel d\u2019une manière machinale à tout le savoir accumulé grâce à leurs années d\u2019études lorsque vient le temps de comprendre un fait, d\u2019émettre une réflexion ou un jugement, certains finissent, à la manière des auteurs du manifeste, par voir ces connaissances comme des données encombrantes qui occupent inutilement leur mémoire.On en revient à la colombe de Kant dont il est question dans l\u2019introduction de sa Critique de la raison pure.Elle aussi s\u2019imagine qu\u2019elle pourrait voler beaucoup plus rapidement si elle parvenait à faire disparaître tout cet air autour d\u2019elle qui provoque de la friction sur ses ailes.« Un riche bagage de connaissances générales et du vocabulaire qui en témoigne sont loin d\u2019être de \u201csimples faits \u201d, et ces précieuses possessions sont d\u2019indispensables préalables au développement des capacités intellectuelles de haut niveau et constituent un des meilleurs garants de la réussite scolaire», nous explique Normand Baillargeon, toujours dans ses Légendes pédago- giques, ouvrage que je ne saurais assez conseiller à ceux qui désirent assister à la démolition des mythes pédagogiques auxquels s\u2019abreuvent les auteurs du manifeste.Comme si ce n\u2019était pas assez, l\u2019utilisadon systématique d\u2019un moteur de recherche comme Google aurait comme conséquence pernicieuse de tromper ses udhsateurs en leur donnant l\u2019impression de posséder et de maîtriser ces bribes de connaissances consultées et d\u2019être plus actifs dans leur processus d\u2019apprentissage qu\u2019ils ne le sont en réalité.C\u2019est ce que nous apprend une étude menée par une équipe de psychologues de Yale sur les utilisateurs des différents moteurs de recherche.Leurs résultats, publiés dans le Journal of Experimental Psychology, révèlent, comme nous le mentionnait M.Deglise dans sa chronique du 23 avril, que «la recherche en ligne fait naître une illusion chez les utilisateurs qui finissent par confondre l\u2019accès à l\u2019information et la maîtrise de cette information.Ces recherches sur Internet augmentent leur niveau de confiance cognitive, mais également les trompent sur l\u2019information qu\u2019ils ont vraiment en tête».En faisant en sorte que les élèves ne soient plus en mesure de mémoriser et d\u2019organiser tout au long de leurs études un bagage de connaissances solides et des plus diverses, le système d\u2019éducation en viendrait à les condamner à vivre dans «l\u2019ici et le maintenant», ferait d\u2019eux des êtres plats, unidimensionnels, tout en les rendant vulnérables, puisque sans perspective, à la propagande grossière et au prêt-à-penser que propage à tous les vents l\u2019air du temps.C\u2019est en quelque sorte ce que nous propose ce manifeste comme projet de société.Mais tout cela ne pourra se faire que si les enseignants renoncent à se présenter comme les dépositaires et les transmetteurs d\u2019un savoir, d\u2019une culture et d\u2019une tradition et se résignent plutôt à jouer le rôle anodin de simple guide ou d\u2019accompagnateur.En fait, ce que l\u2019on demande ici aux enseignants, c\u2019est de décrocher, de jeter l\u2019éponge, de lâcher prise tout doucement, en somme de démissionner sans faire de bruit afin de laisser la porte grande ouverte à Google, cet Enseignant suprême, source de toutes Vérités, devant lequel les apprenants de ce monde devront dorénavant se prosterner.Bravo pour votre beau programme.DÉMOLITION DU CENTRE DUROCHER À QUÉBEC On leur arrache le cœur Aux riches, qui ne manquent de rien, on a offert un diamant.Aux pauvres, qui ne demandent pas grand-chose, on propose le moins que rien.ALAIN BEAULIEU Écrivain et professeur à l\u2019Université Laval.Dernier roman paru: Le festin de Salomé (éditions Druide, 2014).^^=1 ous sommes en juin 2015, dans la ca-I ^ pitale nationale du Québec.Comme 1 dans toutes les villes, pour employer 1\tdes mots simples, il y a des riches, et 1\til y a des pauvres.Aux riches, qui ne * manquent de rien, on a offert un diamant.Aux pauvres, qui ne demandent pas grand-chose, on propose le moins que rien, appliquant la politique de la terre brûlée.Et pour être bien certain qu\u2019il ne leur restera rien, on leur arrache maintenant le cœur.Depuis plus de 150 ans, le cœur du quartier Saint-Sauveur à Québec, c\u2019est le Centre Duro-cher et son parc attenant.Après la démolition de l\u2019aréna et l\u2019exode du Carnaval, on veut maintenant priver la population de ce quartier d\u2019un heu de rassemblement essentiel à son dévelop- pement communautaire et culturel.Les temps changent, les gens bougent, le Centre Durocher a vieilli, comme nous tous.Qr nos dirigeants choisissent de brader ce joyau au profit du plus petit nombre plutôt que de lui octroyer une nouvelle vie pour que les générations futures puissent en profiter.Le Centre Durocher est le heu tout indiqué pour la mise en place d\u2019une première Maison de la culture à Québec.Espace à vocations multiples, on pourrait y retrouver un auditorium multifonctionnel, une succursale de la bibliothèque de Québec, une médiathèque, une résidence d\u2019artiste, une salle d\u2019exposition.il est facile de s\u2019emporter quand on pense à l\u2019effervescence qu\u2019un tel heu pourrait offrir à cette partie de la ville.Qn ne peut pas dire que ce quartier a grevé l\u2019enveloppe des investissements pubhcs ces dernières décennies.Ce serait donc faire preuve d\u2019une justice élémentaire que de le doter d\u2019un tel équipement culturel, qui bénéficierait à tous et contribuerait de surcroît au développement de la relève artistique de notre région.11 nous est difficile de comprendre le peu d\u2019enthousiasme que ce projet suscite chez nos élus, tant locaux que nationaux, car la société et l\u2019histoire les reconnaîtront pour ce qu\u2019ils auront laissé à ceux qui leur succéderont.Personne ne leur reprochera d\u2019avoir donné à ce quartier un tel instrument de dynamisation, dont la portée serait tout autant économique que culturelle et sociale.Mais on pourra condamner leur manque de vision si jamais ils laissent passer cette occasion de faire du Centre Durocher ce qui pourrait devenir un modèle d\u2019intégration des arts et de la culture en milieu populaire.Les citoyens du quartier Saint-Sauveur les invitent donc à soutenir ce projet et à y consacrer toutes les ressources et toute l\u2019énergie dont ils disposent pour qu\u2019ils voient bientôt briller au centre de leur milieu de vie un « diamant», voire un «phare», à la hauteur de leurs aspirations légitimes.Le chardon vulgaire David Desjardins Le problème, c\u2019est pas la mauvaise herbe.J\u2019ai beau l\u2019qrracher, elle revient, encore et encore.A mon retour de voyage, bien que n\u2019entretenant aucun fantasme de pelouse manucurée, j\u2019avais un peu honte.L\u2019avant de notre maison avait l\u2019air d\u2019un terrain vague.C\u2019est le pH du sol, a-t-on expliqué à ma blonde, au centre jardin.C\u2019est aussi, paraît-il, une affaire de densité du gazon : il faut semer, souvent, afin que l\u2019agrégat de brindilles vertes soit suffisamment compact pour empêcher les mauvaises herbes de pousser ; il faut aussi engraisser le sol, ajuster son acidité avec de la chaux et épandre de l\u2019engrais.C\u2019est donc un ensemble de facteurs qui favorisent un climat particulier où se multiplient la patience crépue, la morehe poilue, la sétaire glauque, l\u2019amarante à racine rouge, les pissenlits et le chardon vulgaire, aussi connu sous le nom de Jeff Filhon.11 en va des médias comme de la flore urbaine : les conditions peuvent être propices ou non au développement de ses éléments nuisibles.Qn peut bien y passer la tondeuse de nos chroniques indignées, elles reviendront, prenant toutes sortes de formes.Denis Lévesque, L\u2019instant gagnant.Un air de famille, le 7 Jours, le nouveau navet apocalyptique mettant en vedette The Rock {San Andreas) , Yoan : voilà un éventail vaste du manger mou Ouvrez la télé, culturo-médiatique qui s\u2019of- « .\t.fre à nous et qui connaît une laites le \u2018\u201czTSTites le compte : ça fait un moment un moment que la mauvaise herbe a pris le dessus.Et il semble que que la tout ce qui s\u2019élève un peu plus haut suscite trop facile- mauvaise ment l\u2019inconfort.\tBprtiP n nric Un ami qui travaillait dans\t^ un musée me racontait ré- le dessus comment que plusieurs personnes y entrent, tête baissée, comme si elles se sentaient indignes de pénétrer dans un cénacle dont elles ne possèdent pas les codes.Ces mêmes personnes qui, au parcours déambulatoire du Carrefour international de théâtre de Québec, se plaignaient de ne pas comprendre certains tableaux.Personne ne leur a dit que ce n\u2019était pas grave, qu\u2019il appartient parfois au spectateur de trouver dans une proposition artistique le sens qu\u2019il veut.Mais, pour cela, il faut avoir envie d\u2019entrer à l\u2019intérieur de soi, de se questionner, tandis que le ch-mat actuel en est un de fuite.La fuite devant le changement, la nuance, l\u2019instabilité.Le refus de tout ce qui pourrait altérer l\u2019état actuel des choses.Prenez le film San Andreas.Comme la majorité de ses semblables, le critique du Guardian massacre le long métrage.Et il ajoute au passage que cette orgie d\u2019effets spéciaux confirme la règle cinématographique voulant que, aux vues, plus la catastrophe est immense, moins elle recèle de sens.Qr nous n\u2019avons jamais autant eu besoin de sens.Les bureaux de psy débordent.Les cartes de crédit aussi.Mais, comme les étranges animaux que nous sommes, nous le cherchons là où nous savons qu\u2019il ne se trouve pas.Dans la rassurante et à la fois étourdissante répétition de ce qui nous est familier.Les médias débile^ nous reconduisent vprs quelques certitudes.A la fin, le bon gagne.À la fin, celui pour lequel le public vote gagne.A la fin, j\u2019ai raison de penser comme je pense.Quand Jeff Filhon fait semblant de s\u2019enfarger sur le nom de Raïf Badawi, il mime la bêtise de celui qui l\u2019écoute.Quand il fait semblant d\u2019oublier l\u2019essentiel combat pour la liberté d\u2019expression, dont il est pourtant un apôtre, et qu\u2019il affirme que Badawi mérite son sort, il conforte son auditeur dans son petit racisme ordinaire, dans son égoïsme le plus fétide.Ce n\u2019est pas de l\u2019info, c\u2019est du marketing pur.Vil, retors, nuisible.Vulgaire dans son mépris de l\u2019auditoire.C\u2019est vrai.C\u2019est ma millième chronique sur, la radio.Ma millionième sur l\u2019état des médias.A chaque miniscandale, je vois mes semblables fâchés et surpris de voir se répandre la mauvaise herbe.C\u2019est peut-être parce que nous nous parlons trop entre nous.Peut-être parce que nous, les journalistes, comme les artistes et tous ceux qui s\u2019attirent le mépris chez certains et suscitent un complexe d\u2019infériorité chez d\u2019autres, avons oublié de prendre le pH du sol.Qn peut faire comme si rien de cela n\u2019existait, éteindre la télé et la radio, sauter par-dessus l\u2019immonde chronique climatosceptique de Jacques Brassard daqs Le Journal de Montréal, ignorer l\u2019existence d\u2019Eric Salvail.Qn peut aussi se demander comment créer un climat pour ne pas perdre de grands pans de la prochaine génération aux mains de ceux qui lui permettent de se vautrer dans le chiendent.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagne (adjoints a la direction de l\u2019information), Antome Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idees), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michael Monnier et Ohvier Zuida (recher-chistes photos), information générale : Isabelle Pare (chef de division), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deghse (société), Jean Dion (sports), Bnan Myles, Jessica Nadeau, Philippe Orfah et Karl Rettmo-Parazelh (reporters), information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel V>?isr\\.A(chroniqueur), Helene Buzzetti et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Marco Belair-Cinno et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau (affaires municipales, JMIontreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), Juhe Carpentier (pupitre), information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane BaïUargeon (médias), François Levesque et Carohne ls/ionXT)QXit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineauinformation économique : Gerard Berube (chef de division), François Desjardins et Enc Desrosiers (reporters), Gerald Dallaire (pupitre), information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives^, Sophie Chartier et Jean-Fredenc Legare-Tremblay (pupitre), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Loïc Hamon (cahiers spéciaux), équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Frappier et Genevieve Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle CaïUou, Justine Daneau, Florence Sara G Ferrans et Corahe Mensa (assistants) , correction : Andreanne Bedard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michele Malenfant , soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis) DOCUMENTATION Manon Derome (JMIontreal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE Mehsande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais (coordonnatrice), Laurence Hemond (secretaire) PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Monn et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service a la clientèle), Manon Blanchette, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Nathahe Eihon et Kevm McKissock ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Elorentina Draghici et Xavier Pigeon (par interim) B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 JUIN 2015 PHIIOSOPHIE Le Devoir de philo Le remède de Machiavel contre la corruption Le philosophe aurait prescrit une solution institutionnelle à la commission Charbonneau Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.MARIÈVE MAUGER-LAVIGNE Etudiante à la maîtrise en philosophie à l\u2019Université de Montréal La Commission d\u2019enquête sur l\u2019industrie de la construction (CEIC), ou «commission Charbonneau », a mis fin à l\u2019essentiel de ses audiences publiques en novembre 2014.La juge France Charbonneau rédige actuellement son rapport, dont elle présentera les recommandations au gouvernement et au peuple d\u2019ici le 30 novembre 2015.Son mandat, large, se compose de trois objectifs : 1) examiner l\u2019existence de stratagèmes de corruption et de collusion, 2) dresser un portrait des possibles activités d\u2019infiltration de l\u2019industrie de la construction par le crime organisé, 3) examiner des pistes de solution et faire des recommandations en vue d\u2019établir des mesures permettant de repérer, d\u2019enrayer et de prévenir la collusion et la corruption.La commission Charbonneau vise donc à enquêter et à dévoiler les rouages de la corruption, mais elle possède également une finalité prospective puisque, pour achever son mandat, il lui faudra penser à des solutions et à des remèdes capables, à long terme, de freiner ce phénomène de corruption.Nicolas Machiavel (1469-1527), qui a suscité l\u2019adjectif «machiavélique», est plutôt connu pour avoir réfléchi à la ruse et à la manipulation en politique.Toutefois, à travers des ouvrages comme Le Prince ou Discours sur la première décade de Tite-Live, on voit qu\u2019il a été lui aussi fortement préoccupé par la question de la corruption.Qu\u2019aurait conseillé Machiavel à France Charbonneau?Selon lui, si le comportement humain est l\u2019une des causes de la corruption, le remède est collectif.Maux En plus d\u2019être philosophe et historien, Machiavel a également occupé des postes politiques importants.Cependant, c\u2019est dans un contexte politique et social marqué par la guerre, l\u2019incertitude et l\u2019instabilité que Machiavel exerce ses fonctions, mais aussi rédige ses ouvrages.En 1494, tandis que les troupes françaises marchent sur l\u2019Italie, le régime des Médicis, en place depuis 60 ans, s\u2019effondre.S\u2019engage alors une période où Florence est d\u2019abord soumise à un gouvernement républicain instable, pour ensuite, en 1512, être à nouveau sous le régime de la famille Médicis.Machiavel est profondément marqué par cette instabilité: le mal qui s\u2019incruste dans les affaires de l\u2019État vient compromettre sa propre liberté politique et celle de ses concitoyens.Au Québec, il est aisé d\u2019ob- server que les amitiés entre les élus et les secteurs de la construction et du génie ont causé de l\u2019instabilité : elles ont permis de financer illégalement et outrageusement certains partis politiques, bafouant ainsi la liberté de choix des citoye,ns au moment des élections.A ce sujet, l\u2019exemple de l\u2019ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt, est éloquent: son emprise sur le financement politique lui a permis d\u2019accaparer le pouvoir municipal pendant presque 25 ans.Ce genre de désordre dans les affaires de l\u2019État est, pour Machiavel, analogue à celui que crée une maladie dans le corps humain.C\u2019est pourquoi il prescrit que, en anticipant les désordres à venir, «on peut facilement y remédier, mais, si Von attend qu\u2019ils s\u2019approchent, le médicament ne vient pas à temps, parce que la maladie est devenue incurable».Pour lui, il s\u2019agit donc de diagnostiquer à temps la présence de ce genre de maux, parce que «le mal à son début est facile à soigner» et alors «les maladies qui naissent sont promptement guéries» (p.133).Ainsi, face à la corruption, Machiavel adopte une attitude semblable à celle des Québécois lorsqu\u2019ils ont pu, après le refus prolongé du Parti libéral, se doter d\u2019une commission d\u2019enquête publique.Fatigué d\u2019être témoin et victime de la corruption, le philosophe se met à la recherche des stratagèmes et des mécanismes qui la causent, dans le but d\u2019y trouver des solutions et, de cette manière, d\u2019assurer pour l\u2019avenir de meilleures pratiques.C\u2019est ce défi de taille qui se traduit à la fois dans les objectifs du Prince et des Discours mais aussi dans ceux de la commission Charbonneau.Causes L\u2019approche machiavélienne du concept de corruption se fait d\u2019une manière équivoque.D\u2019une part, Machiavel postule que « toutes les choses humaines étant en mouvement et ne pouvant demeurer immobiles, il faut qu\u2019elles montent ou qu\u2019elles descendent» (p.203).Autrement dit, en raison du temps qui passe, les choses qui existent en viennent toujours à se détériorer, à se pervertir et, en bout de course, à se corrompre.En ce sens, Machiavel donne à la corruption une signification large et il la conçoit comme inévitable, car elle fait partie de l\u2019ordre des choses.D\u2019autre part, Machiavel explique la corruption en des termes analogues à ceux utilisés aujourd\u2019hui: il l\u2019envisage sous l\u2019angle individuel dans une perspective de pouvoir et de profit.En effet, Machiavel situe une des causes de la corruption aux sources mêmes de la nature humaine.Pour lui, il est indubitable que «tous les hommes sont méchants, et qu\u2019ils sont prêts à mettre en œuvre leur méchanceté toutes les fois qu\u2019ils en ont l\u2019occasion » (p.195).L\u2019homme est constamment mû par une «nature envieuse», ce qui explique que c\u2019est «une chose vraiment très naturelle et ordinaire que le désir de conquête» (p.116).En ce ¦\tttùirs SANTI DI TITO En son temps, fatigué d\u2019être témoin et victime de ia corruption, ie phiiosophe itaiien Machiavei se met à ia recherche des stratagèmes et des mécanismes qui causent ceiie-ci.Un peu à ia manière de notre commission Charbonneau.Machiavel situe une des causes de la corruption aux sources mêmes de la nature humaine sens, à la base, l\u2019homme est doté d\u2019une nature corrompue.Les témoignages dénonçant la puissance, le pouvoir et l\u2019influence d\u2019hommes tels que Tony Accurso et Frank Zam-pino pourraient venir confirmer le postulat machiavélien d\u2019une nature humaine avide de pouvoir et de conquête.Ainsi, a priori, le schéma proposé par Machiavel semble déterministe : les causes de la corruption se trouvent à la fois dans l\u2019ordre des choses et dans la nature de l\u2019homme.Toutefois, ces contraintes ne l\u2019empêchent pas de percevoir que l\u2019homme possède un libre arbitre ainsi qu\u2019une certaine latitude pour agir, par laquelle il peut identifier et guérir ce qui est à la source de la corruption.Remèdes Bien que la corruption trouve ses racines à la fois dans l\u2019ordre des choses et dans le comportement humain, il est illusoire, selon Machiavel, de penser que la solution appartient à chaque individu.Le Prince l\u2019effleure, mais les Discours le confirment : le remède à la corruption est éminemment collectif.La nature conquérante de l\u2019homme est particulièrement visible chez ceux qui composent la classe dirigeante et dominante de la société.Qr, chez Machiavel, si cette soif de domination est à même de créer autant de conflits et d\u2019instabilité, c\u2019est parce qu\u2019elle affronte constamment cette tendance des peuples à rechercher naturellement la non-domination et la liberté : «Les aspirations des peuples libres sont rarement pernicieuses à leur liberté.Elles leur sont inspirées par l\u2019oppression qu\u2019ils subissent, ou par la crainte qu\u2019ils en éprouvent» (p.197).Par conséquent, pour Machiavel, toute cité comporte ces deux «humeurs» différentes: «Si l\u2019on considère les buts des nobles et du peuple, on constate qu\u2019il y a chez les premiers un grand désir de dominer, et, chez le second, le désir seulement de ne pas être dominé, et, par conséquent, une plus sur I octroi .t /.¦ stion clos contr,.i.puitlu -.chinr.I indu- tri' cJf 1,1 construction Québec GRAHAM HUGHES LA PRESSE CANADIENNE La juge France Charbonneau grande volonté de vivre libre» (p.198).Selon la médecine issue d\u2019Hippocrate, le corps humain est composé d\u2019humeurs antagoniques.Pour demeurer en santé, il faut parvenir à les maintenir en équilibre.Afin d\u2019enrayer la corruption, il faut, selon Machiavel, cultiver cet équilibre entre l\u2019humeur de domination des nobles et celle de non-domination du peuple.Dans Le Prince et les Discours, il cherche donc à établir des «mécanismes» capables de gérer ces dynamiques conflictuelles qui sèment le désordre.Pour éviter la corruption et promouvoir la liberté, il faut, selon lui, prévoir des lieux permettant aux humeurs de s\u2019exprimer et d\u2019être canalisées: «Il n\u2019est donc rien qui rende une république plus stable et assurée que de l\u2019organiser de façon telle que l\u2019altération des ferments qui l\u2019agitent ait une voie où s\u2019épancher, prévue par la loi » (p.204).Les institutions représentent alors un atout pour deux raisons.D\u2019abord, elles ont la caractéristique d\u2019être stables et constantes, contrairement aux lois, à la merci du pouvoir en place et des événements : «Si les lois varient dans une cité en fonction des événements, les institutions ne varient jamais ou rarement» (p.227).Ensuite, en étant communément partagées, elles font de la lutte contre la corruption le fardeau de tous les citoyens.Machiavel confie avoir une totale confiance en une solution institutionnelle dont le peuple est partie prenante, puisque, pour lui, c\u2019est comme «confier un dépôt à ceux qui ont moins le désir de s\u2019en emparer» (p.198).Il est logique de remettre le remède à la corruption dans les mains du peuple, parce que sa nature est d\u2019être désintéressé par le fait de diriger et de dominer.Cependant, Machiavel ne s\u2019arrête pas là: précisément, il souhaite voir la mise en place d\u2019instances en mesure de recevoir des accusations, car il n\u2019est «d\u2019autorité plus utile et nécessaire que celle de pouvoir accuser les citoyens devant le peuple, devant un magistrat ou un conseil, quand ils ont commis quelque faux contre la liberté» (p.203).Par le rapport qu\u2019elles créent entre les nobles et le peuple, les institutions représentent donc, pour Machiavel, l\u2019un des rares moyens qui puissent ralentir l\u2019action corruptrice du temps, contraindre la nature belliqueuse de l\u2019homme et neutraliser ce qui en découle, soit la domination arbitraire, le pouvoir corrompu et l\u2019absence de liberté.Il est évident que Machiavel aurait salué l\u2019initiative et l\u2019audace des Québécois d\u2019avoir mis sur pied une telle commission d\u2019enquête.Le travail mené par la commission Charbonneau a permis aux citoyens de s\u2019exprimer, de dénoncer et d\u2019accuser, notamment par le biais de lignes téléphoniques.Si Machiavel devait rédiger ses propres recommandations à cette commission, il prescrirait sans doute rinstauration d\u2019institutions permanentes, dont la culture est intégrée par tous les citoyens et qui permettent à la fois de surveiller les pouvoirs publics, de dénoncer les transactions problématiques et de protéger les dénonciateurs.Il irait probablement même plus loin en suggérant l\u2019institutionnalisation d\u2019une instance de dénonciation au sein d\u2019organisations comme la FTQ, les syndicats, les municipalités, les firmes de génie et l\u2019administration publique québécoise.Le Bureau de l\u2019inspecteur général (BIG), dont la Ville de Montréal s\u2019est récemment dotée, fait figure d\u2019exemple de ce à quoi Machiavel penserait sans doute.Le BIG a pour mandat l\u2019examen des contrats signés et exécutés par la Ville, la promotion de l\u2019éthique auprès des employés municipaux ainsi que la gestion des dénonciations et des signalements relatifs à «l\u2019éthique contractuelle».Il peut ainsi créer des pratiques institutionnelles qui agissent à titre de chien de garde face à la corruption.Dans son discours de clôture des audiences, la juge France Charbonneau a invoqué l\u2019impératif de changer la culture institutionnelle.En appelant tous les Québécois à «pousser à la roue», elle a donné à la solution une dimension collective.Espérerons que cette quête de l\u2019intégrité et de la transparence qu\u2019a amorcée la commission Charbonneau se traduira, après le dépôt de son rapport à l\u2019automne, par une série de mesures institutionnelles efficaces et durables auxquelles les Québécois seront en mesure de répondre.Par les institutions, il nous faut aller au-delà du remède : il faut parvenir à immuniser le Québec contre cette pathologie qu\u2019est la corruption.Les citations sont tirées de Machiavel: oeuvres complètes, Paris, Robert Laffont, 1996, 1385 pages; traducteur: Christian Bec.Des commentaires?Ecrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.