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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2015-09-12, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 2015 «\\S EST 1865 ^ OLD TOWN CLOCKS ï \\v \u2018 COLLAGE CHRISTIAN TIFFET ROMAN QUÉBÉCOIS Daniel Grenier : la Conquête de l\u2019Amérique CHRISTIAN DESMEULES De Chattanooga à Sainte-Anne-des-Monts, de Montréal à Philadelphie et New York, de la Conquête anglaise jusqu\u2019à la guerre civile américaine en passant par la rébellion des Patriotes, L\u2019année la plus longue, le premier roman de Daniel Grenier, prend l\u2019Amérique du Nord à bras-le-corps.Obsédé par l\u2019un de ses ancêtres, Albert Langlois débarque au début des années 1980 dans une petite ville du fond du Tennessee sur les traces d\u2019un certain Aimé, alias William Van Ness, alias Kenneth B.Simons.Une sorte de fantôme fuyant qui serait né le 29 février 1760 à Québec, atteint d\u2019un mystérieux «ra- lentissement métabolique», leaper qui ne prend qu\u2019une année tous les quatre ans, l\u2019homme aurait à la fois 56 ans et 226 ans.Contrebandier d\u2019alcool durant la prohibition, soldat, inventeur, rentier ou amoureux transi, il verra passer trois fois la comète de Halley, foulera les champs de bataille et connaîtra une longue vie faite «de digressions et d\u2019épisodes tronqués».Un roman ambitieux, une épopée à l\u2019écriture dense et maîtrisée, à la fois large et intime, faite d\u2019action et de fine psychologie.Un tour de force qui nous fait traverser les époques et les frontières et n\u2019hésite pas à flirter avec le fantastique.L\u2019homme bissextil «Je suis un écrivain de premières phrases, reconnaît en riant Daniel Grenier, rencontré chez lui à Québec.J\u2019écris une phrase, et puis ça déhoule.» En écrivant la première phrase de ce gros roman {«Trois années sur quatre, Thomas Langlois n \u2019exis-\t' tait pas.»), il ne pouvait qu\u2019en faire une histoire qui tournerait autour du 29 février.«Mais il y a aussi toute cette idée, fondatrice dans l\u2019imaginaire du roman, qui est de jouer avec ce que j\u2019appelle le principe d\u2019influence.Il n\u2019y a pas d\u2019écrivain dans le livre, pas de commentaire sur la littérature de façon explicite.Mais il y a un commentaire sur l\u2019art du roman qui est un peu partout dans le livre.» Ainsi, confie-t-il, l\u2019écrivain américain Stephen Crane est en quelque sorte le point de départ L\u2019ANNEE du roman.Auteur en 1895 de La Conquête du courage {The Red Badge of Courage), un roman sur la guerre civile américaine vue à travers les yeux d\u2019un jeune soldat.Crane, mort de la tuberculose à 28 ans, est aujourd\u2019hui reconnu comme l\u2019un des écrivains les plus novateurs de sa génération, dont l\u2019influence a été notamment déterminante pour Ernest Hemingway.«J\u2019ai eu l\u2019idée d\u2019un personnage qui deviendrait lui-méme, de façon un peu retorse, l\u2019influence d\u2019un écrivain qui m\u2019a influencé profondément dans ma démarche de lecteur et d\u2019écrivain.Quand je lis La conquête du courage, moi, ça me parle beaucoup », reconnaît Daniel Grenier, qui a ainsi eu l\u2019idée de créer un personnage qui viendrait donner à Crane la matière de son livre.Une façon de payer ses dettes de lecteur et de faire tourner la grande roue de la littérature.Mourir n\u2019est pas américain Né à Brossard en 1980, diplômé de l\u2019Université du Québec à Montréal, Daniel Grenier a fait sa maîtrise sur le mythe du «grand roman américain» avant de consacrer son doctorat aux figures du romancier dans la fiction américaine des XIX® et XX® siècles.Si L\u2019année la plus longue est son premier roman, on en voyait déjà les germes dans certaines des nouvelles de Malgré tout on rit à Saint-Henri (Le Quartanier, 2012), un fort recueil VOIR PAGE F 2 AMÉRIQUE Christine Angot, la proie qui se libère Page F 4 y L\u2019écrivain et i\u2019argent: une série signée Hamelin Page F 5 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 2015 LIVRES POESIE Les soleils noirs de Louise Bouchard HUGUES CORRIVEAU Dans la m5Hhologie grecque, Phaéton est mort d\u2019avoir mal conduit le char du dieu Soleil, son père.Dans Personne et le soleil, l\u2019auteure s\u2019approche de la lumière, mue par l\u2019ohscur désir d\u2019èclairer le sens même de la mort.Là s\u2019amorce un dialogue entre les mondes ancien et présent, s\u2019ouvre une enquête captivapte autour du vivant précaire.Ecrite dans une langue qu\u2019on pourrait qualifier de noble, cette poésie ne renonce jamais à une immense culture.Mais l\u2019ohscurité est proche, tout de même ; quand on approche du point froid de l\u2019univers, le risque d\u2019y sombrer - \" est toujours imminent.Heureusement, il y a, tout près.Constance ¦ \u201c Chlore ou la Princesse au petit pois, Auguste, Tibère ou Ptolémée, tout mérite à qui ne sait plus où elle est, qui questionne: «Quelqu\u2019un boit la nuit d\u2019encre / Où sont les soleils /Les neiges / Où creuser?» Confrontée à l\u2019image d\u2019Icare attiré par le soleil au risque d\u2019être incendié, à celle d\u2019Orphée qui cherche, au risque de la perdre, l\u2019âme d\u2019Eurydice aux Enfers, à celle d\u2019Ariane qui permet à Thésée de ressortir du labyrinthe, la poète fait face au noir de la terre et du meurtre, à l\u2019insoluble fatalité de la terreur: «Sans autre passion que l\u2019angoisse / Avec ce pitoyable effort / tenir.» Tenir parole, tenir le fort, tenir bon.Cap au pire, peut-être, dirait Beckett.Tenir la barre : «Il faut s\u2019outrepasser.» Petite flamme Cette poésie s\u2019écrit dans le manque d\u2019air, la peur de l\u2019étouffement.Pour Louise Bouchard, la parole poétique convoque la survie même de l\u2019être humain.C\u2019est une bouée pour que se contracte l\u2019angoisse, pour que se donne à voir le possible envoûtement de l\u2019avenir, contre toute at- Louise BOVCHAftO \u2022f>£RSONNE ET LE SOLEIL U* HI RMS nouoc S / fO< Bt tente, ou à cause de ce qui sourd derrière le malheur.Mais elle persiste, et résiste, et veut que sa langue tienne parole.Après l\u2019obstination restera à la poète le témoignage gravé dans l\u2019âme de l\u2019être qui fut aimé.Elle dira n\u2019avoir plus en elle que : «Des langues / Du monde apaisé / Au prix de l\u2019immense effort / De l\u2019amour / Qui nous est resté de toi.» 11 faut lire ses dialogues intitulés Parle de l\u2019amour avec moi, vérité pour se convaincre de ce tremblement inquiet qui la projette tantôt dans le souve-\t.nir le moindrement heureux, tantôt dans les abîmes qui ouvrent des étangs glauques.11 faut reconnaître cette part d\u2019acharnement à la lucidité chez Louise Bouchard, et une non moins grande volonté de maintenir la si petite flamme qui éclaire encore le vivant.On croit parfois cette parole au bord de s\u2019éteindre.Et voici qu\u2019il s\u2019agit de «Se faire un chemin jusqu\u2019aux simples mortels.» Et voici qu\u2019il s\u2019agit de renouer avec l\u2019absent, le toujours essentiel être aimé mais disparu qui vient porter au cœur le rouge émoi, le sang précieux.11 ne faut pas se laisser berner par le chant mortel, car, quand «Quelqu\u2019un boit la douleur / Ce n\u2019est pas bon.» Recueil difficile, évidemment.Mais il faut y être attentif aux moindres éclats percutant l\u2019histoire et les œuvres portées, le moindre souffle de la survie pour accompagner Louise Bouchard dans cette parole aiguë qui tremble au-dessus d\u2019un désespoir contenu, pour que se poursuive «l\u2019amour du vivant».Collaborateur Le Devoir PERSONNE ET LE SOLEIL Louise Bouchard Les Herbes rouges Montréal, 2015, 76 pages La Vitrine d L- LujPdl.1 NOUVELLE ILLUSTREE GRAND-PÈRE ET LA LUNE Stéphanie Lapointe Illustrations de Rogé XYZ (Quai n\" 5) Montréal, 2015, 88 pages Voilà un bouquin qui annonce exactement par son titre ce qu\u2019il y a dedans : l\u2019histoire d\u2019un grand-père amoureux de sa femme et qui va devoir apprendre à vivre sans sa moitié, puis l\u2019histoire de sa petite-fille, qui s\u2019en va sur la Lune.Le lien entre les deux?Un peu ténu, à la lisière même de l\u2019inexistence.Et c\u2019est finalement un peu dommage.Dans cette nouvelle illustrée, Stéphanie Lapointe \u2014 la fille de Star Académie ou de Liverpool, le film, entre autres, mais pas seulement \u2014 explore une certaine poésie de la vie qui passe, pour ensuite entrer dans un récit surréaliste aux confins de l\u2019espace intersidéral avec étoiles et Neil Armstrong au programme.Le seul liant dans tout ça, c\u2019est le dessin de Rogé, qui pose des images élégantes sur cette balade, avec le charme qu\u2019on lui connaît: c\u2019est lui qui a dessiné la très engagée Véritable histoire de Léo Pointu (Dominique et Compagnie, 2008) pour sensibiliser, avec subtilité, les enfants aux travers de la consommation de masse.Ça donne donc quelque chose de joli qui peine à satisfaire vraiment.Fabien Deglise MONIQUE PROULX Causerie autour de son roman Ce qu\u2019il reste de moi publié aux Éditions du Boréal Animée par Marie-Andrée Lamontagne SAMEDI 19 SEPTEMBRE À 14H Librairie Monet Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 Réservations : 514 337-4083 ou evenements@librairiemonet.com UTTERATURE QUEBECOISE Boréal Martine Delvaux : la tache originelle Une quête des origines où le récit se fond dans le brouillard de la fiction CHRISTIAN DESMEULES Une femme de 45 ans cherche à briser le silence qui enveloppe sa propre naissance, coincée «entre l\u2019indifférence, le chagrin, la honte et la rage».Un exercice introspectif et existentiel, attentif à une écriture en train de se faire, tout en points d\u2019interrogation.En sondant les silences familiaux, entre le puzzle et le lamento, elle tente ainsi sous nos yeux de reconstituer son histoire.Elle est née d\u2019une mère adolescente en 1968, fruit accidentel d\u2019une union fugace avec un étranger \u2014 un Néerlandais?\u2014 qui s\u2019est instantanément volatilisé.Pour la narratrice, une écrivaine «née quelque part entre Duplessis et Morgentaler», enfant du vent et de la honte, aucun livre n\u2019aura jamais été aussi difficile à écrire.«Ma vie est un polar sans meurtres, sans détectives et sans victimes, un film mal casté et mal monté, un récit sans rien et sans fin.Ce n\u2019est pas un récit d\u2019enfance, c\u2019est l\u2019histoire de ce qui manque.» Car «écrire est un crime bien TOMA ICZKOVITS Blanc dehors est le quatrième roman de Martine Delvaux, aussi essayiste.plus grave que parler, parce qu\u2019écrire c\u2019est graver.» Blanc, rose, vert C\u2019est la question qui est au cœur de Blanc dehors, quatrième roman de Martine Delvaux, elle-même née, tout comme sa protagoniste, un jour de 1968 à Québec.Roman?Le terme apparaît un rien abusif, résultat d\u2019une mauvaise habitude éditoriale qui fait assimiler sans nuances roman et fiction.Récit d\u2019abord limpide et tou- chant, avant de devenir dirait-on de plus en plus cérébral, voire alambiqué.Blanc dehors emprunte certaines voies déjà explorées par Martine Delvaux.L\u2019écrivaine avait sondé l\u2019âme d\u2019une fillette confrontée à l\u2019absence de son père dans Rose amer (Héliotrope, 2009), après avoir abordé l\u2019enfance qui remonte à la gorge dans C\u2019est quand le bonheur?(Héliotrope, 2007).Ayant épuisé tous les recours de la raison, refusant d\u2019être une fille sans père et sans histoire, il ne reste plus qu\u2019à la narratrice de Blanc dehors à inventer.Remplir les blancs.«Il est parti pour que j\u2019écrive», finira-t-elle par se dire.C\u2019est la tache originelle.Un grand feu vert, le motif de l\u2019écriture.Un trou de mémoire que toute une vie ne suffira jamais à combler.Et seul l\u2019usage de la fiction, comme un ultime recours qui oscille entre la sentence et la libération, saura dès lors donner forme à ce qui n\u2019existe pas.BLANC DEHORS Martine Delvaux Héliotrope Montréal, 2015, 190 pages PEDRO RUIZ LE DEVOIR Les replis de la littérature américaine n\u2019ont plus de secrets pour l\u2019auteur Daniel Grenier.AMÉRIQUE SUITE DE LA PAGE E 1 déjà plein d\u2019errances urbaines ou américaines.11 a quitté le quartier un peu excentré de l\u2019ouest de Montréal où il habitait, la source d\u2019inspiration de ses premières nouvelles, pour s\u2019installer il y a deux ans au cœur de Québec, un îlot de calme où l\u2019écrivain a vite tissé son nid.Depuis son appartement du quartier Saint-Jean-Baptiste, tandis qu\u2019il ouvre une autre fois la porte à la féline Gertrude {«Gertrude Stein.On est littéraires ou on ne l\u2019est pas!»), on peut apercevoir un bout des Laurentides et le nouvel amphithéâtre Vidéotron, bubon luisant de fierté locale qui fait tache dans le panorama de la Basse-Ville.Qn l\u2019aura compris, les replis de la littérature américaine n\u2019ont plus de secrets pour Daniel Grenier, également traducteur {Douce détresse d\u2019Anna Leventhal, Marchand de feuilles, 2015) qui n\u2019hésite pas à se décrire avant tout comme un lecteur boulimique et passionné.L\u2019année la plus longue s\u2019ouvre sur une phrase bien choisie de Pierre Yergeau : «Moi, évidemment, je ne pense pas mourir.Ce n\u2019est pas américain.» Qu\u2019est-ce qui est américain, alors?«En fait, il n\u2019y a rien qui ne soit pas à la portée de l\u2019Amérique, précise Daniel Grenier.C\u2019est un peu l\u2019idée.Et c\u2019est vrai depuis les tout premiers débuts du mythe américain, depuis la façon dont on a abordé le continent quand on est arrivés \u2014 en particulier aux Etats-Unis.L\u2019imaginaire américain est complètement basé sur l\u2019exceptionnalisme.Et ce qui est intéressant, ce n\u2019est pas de savoir si c\u2019est vrai ou non, mais de comprendre que les gens \u2014 étrangement \u2014 continuent à y croire.» C\u2019est ce qui le fascine avec le mythe américain : «Il semble être irréductible et, en même temps, il est tellement bien fait dans son côté ratoureux qu\u2019il inclut aussi sa propre négation.Et à partir du moment où tu essaies de sortir du système, tu risques de devenir le héros de ce même système.C\u2019est le principe même du hors-la-loi, qui fait que des gens comme Malcolm X, par exemple, sont aussitôt récupérés.» Un système parfait, sans issue, immortel.Faire flèche de tout bois «Ce que l\u2019on croit être un livre n\u2019est la plupart du temps qu\u2019une partie d\u2019un autre livre plus vaste auquel plusieurs auteurs ont collaboré sans le savoir», dit Jack Waterman dans le Volkswagen Blues (Babel, 1984) de Jacques Poulin.Chez Daniel Grenier, comme de fait, les collaborations foisonnent.En plus de l\u2019hommage à Stephen Crane ou du clin d\u2019œil au Benjamin Button de Erancis Scott Eitzgerald, L\u2019année la plus longue cannibalise à sa manière la littérature et le cinéma, reprenant à son compte une légende enfouie dans L\u2019influence d\u2019un livre (BQ) de Philippe Aubert de Gaspé fils, empruntant l\u2019aléthiomètre de Philip Pullman dans À la croisée des mondes (Gallimard, 1998-2001), imaginant une conversation entre Aimé et Buster Keaton à Palm Springs en 1925, qui viendra plus tard nourrir Le mécano de la «General».Qu faire revivre, le temps d\u2019un caméo, un personnage créé par Catherine Leroux.De la même manière que des fusils volés aux Indiens cherokees peuvent se retrouver plus tard aux mains des patriotes de 1837.Passionné par son sujet, l\u2019écrivain fait flèche de tout bois.Même si ces références cryptées de geek littéraire pourront aussi très bien passer inaperçues.Et sans jamais que le plaisir de la lecture en soit alourdi ou diminué.Une simple couche de plus pour le lecteur qui aurait envie de gratter.«Il serait absurde de résumer mon roman à l\u2019art du remix, croit Daniel Grenier, mais en tant qu\u2019écrivain, ça me fascine et ça me stimule de le faire.Se mettre en scène en tant que personne ou en tant que lecteur, c\u2019est pour moi un peu la même chose.Au bout du compte, le livre parle toujours de toi.De tes passions et de tes obsessions de lecteur.» L\u2019ANNÉE LA PLUS LONGUE Daniel Grenier Le Quartanier Montréal, 2015, 432pages KK La beauté de la comète le faisait réfléchir, son trajet méticuleux, l\u2019absence d\u2019improvisation de sa course, alors que sa vie à lui avait été faite de digressions et d\u2019épisodes tronqués, presque impossibles à Juxtaposer correctement pour en soutirer un sens, une trajectoire, ou même une signification )y Extrait de L\u2019année la plus longue LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 2015 F 3 LITTERATURE Les enfants-assassins Danielle Laurin ey est écrit noir sur blanc en guise d\u2019avertissement au début des Enfants de Liverpool: «Ce roman est inspiré du meurtre du petit James Bulger, âgé de deux ans et demi, le 12 février 1993 à Liverpool.Il avait été kidnappé dans un centre commercial par Robert Thompson et Jon Venables, chacun alors âgé de dix ans.» Entre l\u2019approche documentaire et la fiction, Hugues Cor-riveau (aussi collègue au Devoir) adopte une position périlleuse dans son trentième livre.S\u2019il relate minutieusement les faits avérés, il se glisse aussi dans la tête des jeunes meurtriers.Avant, pendant et après l\u2019acte horrifiant, inconcevable qu\u2019ils ont commis.Malaise.Mais malaise nécessaire, qui oblige le lecteur à voir au-delà de l\u2019irréparable que ces enfants ont commis.Ou plutôt, en deçà.C\u2019est-à-dire non seulement comment ils en sont arrivés là et pourquoi, mais dans quel état mental, émotif.Le romancier redonne aux meurtriers leur humanité.Et surtout, leur statut d\u2019enfant.Dès la première phrase, c\u2019est là: «L\u2019enfance est une souffrance catégorique.» Il ne s\u2019agit pas d\u2019excuser les deux garçons, mais de tenter de comprendre : «Nous essaierons de bien sonder les enfants-assassins.» On les voit de l\u2019extérieur, on les sent de l\u2019intérieur, l\u2019un et l\u2019autre.Des enfants brisés.Par la pauvreté crasse, la violence immonde qu\u2019ils connaissent depuis leur naissance.On remonte le fil de leurs histoires familiales faites de coups, de terreur, de beuveries, de pornographie.Ils ont «la misère dans le cœur».Leur détresse nous saute à la figure.L\u2019engrenage dans lequel ils sont engagés aussi: petits larcins, violence gratuite contre des personnes âgées, contrç des «camarades» de classe.A qui la faute ?« Ces enfants sont conformes â l\u2019espace qui les a modelés.» Ça tombe comme un couperet: «C\u2019était irrévocable, car la douleur vient de trop loin.» Nous sommes interpellés, constamment.Cette question, qui revient nous hanter: Robert Thompson et Jon Venables sont-ils les seuls responsables du meurtre du petit James Bulger?Dans le sens de responsabilité sociale.On assiste à la rencontre entre les deux futurs meurtriers.EPA AGENCE ERANCE PRESSE Illustration du procès, le 22 février 1993 à Liverpool, de deux garçons de 10 ans accusés du meurtre du petit James Bulger, âgé de deux ans seulement.«Ils étaient faits l\u2019un pour l\u2019autre: par leurs entraves, par leur misère commune, par leur incapacité â se mouler aux autres, les refusant, s\u2019y refusant.» On les voit, désoeuvrés, rejetés, habités par un sentiment d\u2019inutilité, de nullité, s\u2019encourager mutuellement, s\u2019en-hardir.On les voit jouer: jouer à voler.Et jouer à faire mal, montrer qu\u2019ils sont les plus forts, comme dans les jeux vidéo violents qu\u2019ils affectionnent tant.De sang-froid Puis arrive le plan du siècle : voler un enfant.Leurs faits et gestes, à partir du moment où ils pénètrent dans le centre commercial à la recherche de leur proie jusqu\u2019au châtiment final, relatés dans les moindres détails : le petit frappé et frappé encore, torturé, enfoui sous un tas de briques, son corps placé sur la voie ferrée, puis coupé en deux par un train.Tout est là, implacablement reconstitué.Les interrogatoires qui ont suivi.Le procès devant une cour criminelle pour adultes, avec les experts qui défilent.Et les témoins qui se succèdent: «Plus de trente personnes viendront dire qu\u2019elles ont rencontré, â un moment ou â un autre, ce 12 février 1993, le trio en marche.Sans jamais donner l\u2019alarme, regrettant de ne pas être intervenues.» Tout ça dans un climat de vindicte populaire.Qui se poursuivra jusqu\u2019à la sentence, et bien au-delà.Parce qu\u2019on va encore les suivre, ces deux garçons, lors de leur internement, puis de leur libération.Que deviendront-ils alors ?Là encore, le mauvais sort s\u2019acharne.Il y a dans Les enfants de Liverpool des rebondissements dignes des polars les Iplus machiavéliques, des scènes intolérables qui se succèdent.^ Ce roman nous plonge dans une stupeur inouïe.On suffoque par moments.Hor-I reur devant toute L cette «cruauté absolue, gratuite et fulgurante».Tristesse gluante aussi.Et sentiment de révolte.Révolte devant l\u2019aveuglement général, l\u2019inertie sociale.Et le sort infernal de ces deux garçons pourtant considérés comme normaux.«Personne, ni pendant les interrogatoires ni pendant le procès, ne cherchera â savoir pourquoi des enfants normaux agissent ainsi, un matin normal d\u2019une normale semaine sans histoire.Dans cette société, justement, qui vous a vus naître, et grandir, et commettre l\u2019impardonnable.» Bien plus qu\u2019un thriller macabre, ce roman se lit comme une tragédie grecque.Caractère inéluctable de l\u2019horreur commise, courroux implacable.Quelque chose d\u2019incantatoire aussi.L\u2019impression que les deux garçons sont là devant nous, qu\u2019ils tentent de nous dire quelque chose qui les dépasse.L\u2019impression que la voix de quelqu\u2019un quelque part leur rappelle, et nous rappelle, les faits en les martelant.L\u2019impression qu\u2019un choeur s\u2019en mêle, donnant un aspect collectif au récit, l\u2019ancrant dans le social, et exprimant le désarroi dans lequel nous sommes nous-mêmes plongés.On va du «ils» au «je» et au «nous», en passant parle le «tu» et le «vous».Toute la gamme des pronoms s\u2019invite.Multipliant les points de vue.Comme si, impuissant à changer le cours des choses, un seul narrateur ne pouvait porter seul cette histoire d\u2019horreur.Mais comment un auteur peut-il sortir indemne d\u2019un tel livre ?Collaboratrice Le Devoir LES ENFANTS DE LIVERPOOL Hugues Corriveau Druide Montréal, 2015, 256 pages On sait maintenant qu\u2019un enfant est capable aussi d\u2019être ce mal pur )) Extrait de Les enfants de Liverpool ROMANS La machine Camille Bouchard LOUIS CORNELLIER Le romancier Camille Bouchard est un phénomène, une impressionnante machine littéraire, un stakhanoviste de l\u2019écriture.Il publie, ces jours-ci, non pas un ni deux, mais bien trois romans, tous bons, pour des publics différents ! Il maintient d\u2019ailleurs ce renversant rythme de production depuis quelques années.Son gros morceau, cette saison, est certainement Cartel, un roman composé de cinq nouvelles liées entre elles et centrées sur l\u2019univers hyper-violent des narcotrafiquants mexicains.Après deux romans pour ados consacrés à dépeindre ce sordide univers {Les chiens entre eux, en 2014, et Les forces du désordre, en 2015, tous deux chez Québec Amérique), Bouchard, qui a l\u2019habitude de passer ses hivers au Mexique, livre un solide et percutant roman choral pour adultes, qui se permet un exercice de style en modulant la narration (au «tu», au «vous», au «je», au «nous» et aux «il[si/elle[si ») d\u2019un chapitre à l\u2019autre.On suit d\u2019abord Alej, homme de main d\u2019un puissant narco.mandaté pour éliminer froidement quatre innocentes infirmières qui ont eu le malheur de peut-être avoir vu, à l\u2019hôpital, le visage refait d\u2019un caïd en cavale.On accompagne ensuite don Juan, un vieux criminel sur le retour, qui hérite de la sale besogne de protéger les enfants menacés de mort de son chef.La troisième voix du roman est celle d\u2019Agus-tin, un petit passeur de drogue qui se retrouve obligé de collaborer à la fuite conjugale de la femme d\u2019un narco.Les candides jumelles Inès et Clementina, enfermées dans un appartement de New York, ont pour mission de compter l\u2019argent sale du crime.Plus carnavalesque, le dernier personnage vedette de ce roman est un écrivain jeunesse québécois libidineux, en voyage au Mexique, qui tombe dans un piège tendu par un narco en succombant aux avances d\u2019une adolescente.Ça finira mal.Tension permanente Tout, d\u2019ailleurs, finit mal, ne peut que mal finir dans ce monde où le moindre conflit se règle à coups de balles dans la tête.Bouchard, dont l\u2019imagination est débordante, rend avec art l\u2019atmosphère de tension permanente qui règne dans cette jungle, dominée par des psychopathes.Ses personnages jettent le trouble dans la conscience du lecteur parce qu\u2019ils sont à la fois des coupables, c\u2019est-à-dire de détestables criminels, et des victimes.Ils ont, malgré la misère, l\u2019ignorance et la bêtise qui les accablent et les mènent à faire du pire l\u2019ordinaire de leur vie, un soupçon de vulnérabilité, d\u2019humanité.Avec ce Cartel qui fait irémir.Bouchard signe un roman fort et bouleversant.Roman pour ados.Ovni! (Soulières, 2015) est d\u2019une tout autre nature.Dans les années 1960, sur la Côte-Nord, région d\u2019origine du romancier, des gens prétendent avoir vu des soucoupes volantes en forêt.De jeunes ados, intrigués, décident d\u2019organiser une expédition, en compagnie de deux adultes, pour aller vérifier l\u2019affaire.Or, croyez-le ou non, des soucoupes se pointeront, et leur équipage capturera certains des membres de l\u2019expé- dition.Presque 50 ans plus tard, un des ados ayant échappé à ces ovnis raconte l\u2019abracadabrante histoire.C\u2019est fou, mais on se laisse prendre par l\u2019inventivité souriante du romancier.Dans Ce jour-lâ, â 7h22, premier tome de la série Les atypiques (Québec Amérique, 2015), conçue pour les préados, de jeunes joueurs de soccer doivent sauter par-dessus un mur de pierres pour aller récupérer un ballon perdu.Or, derrière ce mur se trouve la cour d\u2019un centre pour malades mentaux.Terrorisés à l\u2019idée de croiser des fous, deux des enfants, sous les ordres de leur entraîneur, foncent.Leur peur, rapidement, se transforme en curiosité, au contact des personnages fantasques qui les accueillent, et, enfin, en fraternité, car, au fond, qui n\u2019est pas, d\u2019une certaine façon, un peu atypique ?Le charme du romancier, encore une fois, opère.Collaborateur Le Devoir CARTEL Camille Bouchard Alire Lévis, 2015, 278 pages PREMIER ROMAN L\u2019hirsute fille DOMINIC TARDIF La barbe ne fait pas l\u2019homme, dit le proverbe.Mais elle défait certainement le visage de la fillette qui a le malheur d\u2019en être affublée.«tu n\u2019es pas un monstre, juste une petite béte», peut lui répéter sa mère, rien n\u2019y fait.Une menace pèse sur la tête de la narratrice du premier roman de Julie Demers.Si Barbe prend soin de s\u2019inscrire dans un lieu et une époque \u2014 la Gaspésie en 1944 \u2014, la fuite que le récit raconte se situe surtout dans l\u2019immémorial temps de l\u2019asphyxiante promiscuité, celle d\u2019un petit village qui ne peut tolérer pareille créature sur son territoire.La barbe est ici, comme de raison, moins une barbe qu\u2019un symbole faisant désordre parmi l\u2019homogénéité.C\u2019est le stigmate d\u2019une maladie dont on veut se préserver.C\u2019est dans le poil que naissent les sinistres ragots.«mère avait beau poser aux fenêtres des rideaux de plus en plus épais, nous entendions toujours le même vacarme.[.1 les sottises glissent, glissent très loin, elles glissent extrêmement loin jusqu\u2019à presque ressortir, mais elles restent en nous vivotent en nous sommeillent en nous», écrit Demers, sans majuscules, comme pour souligner que le discours dont elle adopte la voix est celui de la marginale, de celle qui est forcée à l\u2019être.Pourchassée par «les bottes», les représentants de la loi et de l\u2019ordre au sein de la bourgade de «rivière-â-pierre», l\u2019hirsute gamine prend le maquis dans le bois, où elle sera foudroyée par l\u2019apocalypse, avant d\u2019être capturée par des chasseurs.Se toucher la différence Comme dans Frères de David Clerson, paru à la même enseigne il y a deux ans, tout, chez Julie Demers est métaphore.Résultat: l\u2019impression d\u2019un recueil de poésie en prose rénové en roman s\u2019impose parfois, d\u2019autant que les aventures de l\u2019héroïne en exil se résument SBARBE à bien peu.Sibylline prière sylvestre, conte sur la cruauté, carnet de voyage d\u2019une insoumise ; Barbe se rapièce un ton singulier par touches de naturalisme cru, de surréalisme boréal et d\u2019anthropomorphisme onirique.Sa narration d\u2019une assez traditionnelle candeur enfantine, n\u2019excluant pas une sorte de sauvagerie, dévoile l\u2019hypocrisie du monde adulte.Pas question de relations sexuelles dans Barbe.Ici, on «se touche la différence».Malgré ses très exhaustives descriptions, au sérieux quasi biblique, d\u2019une nature oppressante ou qui rassérène, Julie Demers ne dédaigne pas l\u2019ironie ni l\u2019humour noir.Qui est-elle réellement: une allégoriste adepte de grandiloquence, ou une satiriste, amie du second degré?Difficile de trancher.L\u2019idylle entre la femme enfant et un coq ressemble en tout cas drôlement ______ à un clin d\u2019œil de l\u2019auteure, et révoque, si besoin était, toute possibilité d\u2019envisager son roman dans une perspective réaliste, «cette nuit j\u2019aurai un coq pour me réchauffer, c\u2019est un gars, il a chaud.[.1 sum bec s\u2019enfonce dans mon sternum.mes mamelles saignent, je me sens dès lors devenir femelle, une vraie femelle, soudain je veux allaiter, m\u2019adonner aux tâches domestiques, je pense â fonder une famille.» Bien que son écriture dense rachète largement l\u2019intrigue sous régime minceur.Barbe ne dépasse jamais tout à fait le statut de fable sur l\u2019altérité.Sa leçon?Nier ce que l\u2019on est intrinsèquement, c\u2019est se contraindre à l\u2019errance éternelle.Comme une barbe de deux jours, le roman de Julie Demers charme, mais a quelque chose d\u2019indécis.Collaborateur Le Devoir BARBE Julie Demers Héliotrope Montréal, 2015,138 pages ^Gaspard-LE DEVOIR y.ALMARÈS\t\t \t\t\u2019\tDu 31 août au 6 septembre 2015\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 11 1967 \u2022 Tome 2 Une ingenue a l\u2019Expo\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t1/2 I 2l La promesse des Gelinas \u2022 Tome 2 Edouard\tFrance Lorrain/Guy Saint-Jean\t3/2 3 La maîtresse d\u2019ecole\tIsmene Toussaint/Les Editeurs reunis\t2/3 4 Des nouvelles d\u2019une p\u2019tite ville \u2022 Tome 3 1969, Monique\t: Mario Hade/Les Editeurs reunis\t-/1 5 Un long retour\tLouise Penny/Flammarion Quebec\t-/1 6 Le retour de l\u2019oiseau-tonnerre \u2022 Tome 3 L\u2019envol\tAnne Robillard/Wellan\t6/2 7 LaJusticiere La finale des coupables\tMarc Aubin/l\u2019Apotheose\t4/16 8 Six minutes\tChrystine Brouillet/Druide\t5/15 1 9| Je t\u2019ai dans la peau\tKim Messier/Mortaqne\t8/3 1 101 La promesse des Gelinas \u2022 Tome 1 Adele\tFrance Lorrain/Guy Saint-Jean\t9/2 Romans étrangers\t\t 1 î| Millenium \u2022 Tome 4 Ce qui ne me tue pas\tDavid Laqercrantz/Actes Sud\t1/2 1 2 Cinquante nuances de Grey par Christian\tF L James/Lattes\t2/6 3 La fille du tram\tPaula Hawkins/Sonatine\t3/15 4 After \u2022 Tome 4 Le manque\tAnna Todd/Homme\t4/4 5 L\u2019instant present\tGuillaume Musso/XO\t6/24 6 La boîte a musique\tMary Hiqqins Clark/Albin Michel\t5/11 7 Le choix Janson\tJustin Scott/Grasset\t7/4 8 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t9/36 1 9l Tuer Alex Cross\tJames Patterson/Lattes\t8/7 1 lOl Mariee a un inconnu\tSylvia Day/Flammarion Quebec\t16/12 Essais québécois\t\t 1 11 Le petit Hebert La politique canadienne expliquée a\tChantal Hebert/Rogers\t4/3 1 a Djihad ca Loups solitaires, cellules dormantes et\tF de Pierrebourq | V Larouche/La Presse 2/3\t 3 Tout ce que les publicitaires ne vous disent pas\tA Granata | S Mailhiot/La Presse\t5/2 4 La vie habitable Poesie en tant que combustible et\tVéronique Côte/Atelier 16\t1/3 5 Jean-François Lepine, sur la ligne de feu\tJean-François Lepine/Libre Expression\t6/44 6 Ma vie rouge Kubrick\tSimon Roy/Boreal\t3/17 7 Les fondements de l\u2019éducation Perspectives critiques\tDavid Lefrangois/Multimondes\t-/1 8 Les baromètres humains\tG Brien | W Pellemans/Quebec-Livres\t-/1 1 9l Depossession Une histoire economique du Quebec\tCollectif/Lux\t-/1 1 lOl Dany Lafemere a TAcademie française Discours de reception Dany Laferriere/Boreal\t\t8/12 '?'Essais étrangers\t\t 1 11 56 idees reçues sur l\u2019etat du monde\tPascal Boniface/Armand Colin\t2/2 1 2l Du bonheur Un voyage philosophique\tFrederic Lenoir/Fayard\t1/29 3 L\u2019art de la révolté Snowden, Assange, Manning\tGeoffroy de Lagasnerie/Fayard\t-/1 4 Dieu, les affaires et nous\tJean d\u2019Ormesson/Robert Laffont\t-/1 5 Lettres a mes petits-enfants\tDavid Suzuki/Boreal\t-/1 6 Cosmos Breve encyclopédie du monde\tMichel Onfray/Flammarion\t7/3 7 Laissez-nous faire' On a déjà commence\tAlexandre Jardin/Robert Laffont\t-/1 8 Tout peut changer Capitalisme et changement climatique Naomi Klein/Lux\t\t-/1 1 9l La civilisation du spectacle\tMario Vargas Llosa/Gallimard\t5/3 1 lOl Blake et Morbmer face aux grands mystères de Thumanite\tCollectif/Beaux Arts\t9/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d'infoimation et d'analyse Basfaii sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de BaspanI et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet BaspanI © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 2015 LITTERATURE LITTERATURE FRANÇAISE Amour et littérature Christine Angot consacre son vingt et unième livre à sa relation avec sa mère GUYLAINE MASSOUTRE Mon père et ma mère se sont rencontrés à Châ-teauroux, près de l\u2019avenue de la Gare.» D\u2019entrée de jeu, le sujet est posé: mon père, ma mère, une rencontre de gare, déjà connue dans l\u2019œuvre d\u2019An-got.D\u2019habitude, une telle histoire finit par des adieux larmoyants.Mais les lendemains en sont imprévus, surtout quand ils deviennent littéraires.Châteauroux est une ville peu propice à la romance.Justement, l\u2019amour impossible est l\u2019objet de ce roman.Or, selon Umberto Eco, l\u2019amour n\u2019existe que dans les livres.Méticuleuse, l\u2019écrivaine renchérit: l\u2019amour, en plus d\u2019être unique, est aussi «impossible».Elle en a fait son œuvre, et ce livre davantage, grâce à une cohérence qui relie tous les précédents.«Cet amour-là», disait Yann Andréa de sa relation avec Duras.Pour Angot, cet «amour impossible» là est celui de la mère, pour la mère, entre la mère et Christine, avec le ratage central.Une relation à trois par jeu de couples, coupée par le tiers.Avec une portée universelle.Une certaine famille Les parents de Christine: l\u2019une l\u2019a élevée, l\u2019autre abaissée, par le viol.Christine, devenue Angot, écrivaine, parvient à faire tout voir de l\u2019inceste.Ce «je» qui décrit, reconstruit et dévoile réussit ici à précéder le père et la mère, plus qu\u2019il n\u2019en procède.Il retourne en force la relation d\u2019amour et de haine, cette naissance à soi si douloureuse, là où la vie a été empêchée.Il relance le sens et le temps.Angot campe des scènes d\u2019amour et de violence.La double trahison des adultes, l\u2019aveuglement maternel, la culpabilité, et toutes les émotions de Christine, cherchant l\u2019issue à toutes ces passions qui font des crises intenses.C\u2019est à pleurer.Cette Christine révoltée, obsessionnelle, malheureuse, c\u2019est Angot pure et dure.Elle fait glisser les secrets d\u2019une personne à l\u2019autrq, dans le huis clos pervers.A l\u2019opposé, elle semble parfois blindée comme Jeanne d\u2019Arc.Elle partage avec sa mère l\u2019amour d\u2019un homme magnifié, qui surgit dans sa vie par éclipses, tel un dieu.Eantasmes et perfection imaginaire se disputent le terrain psychique.Pour sa mère, officiellement, tout va très bien.Comment lui raconter ses vacances d\u2019adolescente ?Angot passe ce silence sous silence, pour camper dans ce livre le contexte qui manquait.À l\u2019abattoir Qui a lu Angot connaît à fond ce père vicieux.Avec L\u2019inceste (Stock, 1999) et Une semaine de vacances (Flammarion, 2012), terribles descriptions, réquisitoires amoureux et toxiques, elle a montré l\u2019hallucination vécue, la prison du sexe paternel, le consentement de l\u2019adolescente, l\u2019abus.Il a refusé la vie commune, le mariage avec Rachel JEAN-LUC BERTINI ELAMMARION Angot trouve ici les mots d\u2019une femme brisée par l\u2019inceste, qui doit rompre avec sa famille : l\u2019adulte ne sera plus complice du passé.Schwartz, qui est juive, pour vivre une vie professionnelle enviable, se marier et élever un fils.En secret, il initie sa fille aux plaisirs pervers, tout en la séduisant par son goût des langues, qu\u2019elle partage.Le piège s\u2019est refermé.La mère, que le lecteur trouvera irresponsable, n\u2019y voit goutte.Sa Sans concession, précis et halluciné, ce récit d\u2019initiation d\u2019une enfant à qui on n\u2019a pas permis de grandir fidélité fantasmatique lui évite la réalité, qu\u2019elle doit un jour affronter.Ce n\u2019est pas un roman, mais un propos de littérature.Plus que l\u2019amour Cet «amour impossible» est donc réinvesti de manière à mettre plus que jamais le lecteur de son côté.Le talent d\u2019Angot est un cri froid, construit, lutte pour la conscience de Christine engagée en écriture.Sans concession, précis et halluciné, ce récit d\u2019initiation part d\u2019une enfant à qui on n\u2019a pas permis de grandir, la jetant part dans une situation d\u2019indifférence cruelle à ses besoins et à son âge.L\u2019au-delà de cet amour impossible se nomme trauma.Bouleversante, drôle quand elle évoque l\u2019épouse de son père, cette narratrice, dédoublée d\u2019un livre à l\u2019autre, sans récit scabreux cette fois, se concentre sur le rôle maternel, faussement maternant, complice d\u2019un crime fait à la jeunesse de Christine par folie, par omission et évitement.C\u2019est brillant.Angot raconte la rupture de confiance face à cette mère toute-puissante dans sa maternité.Cet homme, l\u2019adolescente le connaît, il règne sur un château de cartes.Mais il faudra que toutes les pièces soient à terre pour faire éclater les mensonges.Sans juger, l\u2019écrivaine trouve les mots d\u2019une femme devant rompre avec sa famille: l\u2019adulte n\u2019est plus complice du passé.Enfance revisitée L\u2019amour maternel est-il coupable ?Constant, frappé de remords inextinguibles, il af- fronte l\u2019amour impitoyable de la fille.Cet attachement aux ruines est un des plus beaux objets du roman.Il faut des mots pour mettre la honte de soi à nu, les obsessions comme elles sont, sous le voile de l\u2019intimité et de la vie privée.De la famille.La morale d\u2019Angot valide l\u2019amour détruit et l\u2019impossible renoncement.Qu\u2019y a-t-il à sauver du naufrage des sentiments que la perversion sexuelle a noyés?En défaisant le nœud gordien, il demeure l\u2019amour infime et ses traces, un rythme, un souffle, la vie affective turbulente.La fin du livre rebondit en sociologie sur la place des femmes.Cette prison ultime s\u2019avère être une gare : une voie de sortie.Dans cette analyse, adressée à la mère, il y a le regard de tout être qui a été abaissé et humilié.Victime?Pas vraiment, car cette proie, jadis piégée, se libère.Collaboratrice Le Devoir UN AMOUR IMPOSSIBLE Christine Angot Flammarion Paris, 2015, 217 pages LETTRES FRANCOPHONES Dire les deuils LISE GAUVIN Poète et romancière d\u2019origine libanaise, Vénus Khoury-Ghata a publié au cours du printemps 2015 Le livre des suppliques, recueil de poèmes élégiaques (Mercure de France), et un récit à la deuxième personne du singulier, La femme qui ne savait pas garder Oies hommes, tous deux composés à la suite de la perte d\u2019un être cher.Devenue veuve pour la deuxième fois, Vénus Khoury-Ghata revoit le parcours des hommes qui ont partagé sa vie et qu\u2019elle se sent coupable de n\u2019avoir pa^ suffisamment aimés.A cause d\u2019une vie dévouée à l\u2019écriture qui laissait peu de place aux autres passions.Elle évoque ces «pages dressées comme des murs - entre [elle] et les mem-\t\\tNLS WIO bres de [sa] famille».Celle qui dit «écrire comme elle jardine» tente ainsi de «liquider un contentieux avec [elle-même] et son passé».Au contraire des «vrais romanciers», qui se mettent dans la peau de leurs personnages, elle dit n\u2019être à l\u2019aise qu\u2019avec elle-même.Elle confie également que la ren-contre avec la langue française reste le plus grand événement de sa vie .\u2022 « Tu as découragé toute tentative de traduire tes livres dans ta des supplk)i!cs Vénus Khoury.Chata [.a femme qui ne savait pas garder les hommes langue maternelle débordante de sentiments.Austère, so- - bre, la langue fran- çaise est ton garde-fou contre les dérapages.» Subtil mélange de souvenirs d\u2019enfance, d\u2019évocation de lieux parisiens, des «amis écrivains qu\u2019aucun homme ne pourra jamais remplacer», mais aussi du Mexique, où le second mari possédait une propriété, ce récit émouvant tente d\u2019apprivoiser la solitude en proposant une suite de scènes échappées de l\u2019oubli par une romancière qui sait que «le vécu ne prend sens qu\u2019une fois écrit noir sur blanc».Collaboratrice Le Devoir LA FEMME QUI NE SAVAIT PAS GARDER LES HOMMES Vénus Khoury-Ghata Mercure de France Paris, 2015, 123 pages {{Austère, sobre, la langue française est ton garde-fou contre les dérapages yy Vénus Khoury-Ghata La Vitrine BANDE DESSINEE LES NOMBRILS Tome vu : Un bonheur PRESQUE PAREAIT Delaf& Dubuc Dupuis Bruxelles, 2015, 52pages La nouveauté et l\u2019effet de surprise ne peuvent certainement plus être au rendez-vous dans un tome vu des aventures de Vicky, Jenny et Karine, célèbre trio de la bande dessinée franco-belgo-québécoise qui compose Les Nombrils.Les personnages, mis au monde dans la région de Sherbrooke au milieu des années 2000 par Delaf & Dubuc et devenus vedettes internationales de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique comme ici, suivent leur trajectoire, sur une erre d\u2019aller, entre crise d\u2019adolescence, vie de collège, futilité, culte de l\u2019apparence et, de plus en plus, cette délicate appréhension de la maturité qui teinte désormais les relations entre tout ce beau monde.Albin, le chanteur torturé, est là.Hugo, l\u2019amoureux maltraité par la superficialité aussi, tout comme Jean-Franky, qui aurait très bien pu être baptisé Douchebag Jo.Le tout pour un chapitre à l\u2019efficacité narrative de circonstance qui au final poursuit plus qu\u2019il ne construit.sans trop décevoir.Fabien Deglise lit rmistead lyiaupin Anna Madrigal 11 ROMAN ANNA MADRIGAL Armistead Maupin Traduit de l\u2019anglais par Bernard Cohen Editions de l\u2019Olivier Paris, 2015, 304 pages Créateur d\u2019une galerie de personnages des plus attachants, des êtres de papier qu\u2019on retrouve comme de vieux amis, Armistead Maupin est ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler un démiurge.Depuis 1978, l\u2019auteur des Chroniques de San Francisco (10/18,2000) s\u2019est fait des admirateurs dans le monde entier.Traduite en dix langues, la série, portée par un sens du récit exceptionnel, a été vendue à plus de six millions d\u2019exemplaires.Le neuvième tome, que Maupin annonce comme étant le dernier (!), se concentre sur la matriarche du clan, la seule et l\u2019unique M™'\" Madrigal, maintenant nonagénaire.Alors qu\u2019on croyait tout savoir d\u2019elle, de son enfance atypique dans une maison de prostitution jusqu\u2019à sa réassignation sexuelle, ce nouveau périple dans le temps et l\u2019espace nous en apprendra encore plus sur cette femme au courage inouï.En nous entraînant au fameux «Burning Man», cette grande fête fondée sur des principes alternatifs qui se tient dans le désert du Nevada, Maupin parvient, sans jamais sombrer dans la nostalgie, à faire dialoguer les années 60 et les années 2010, les époques et les générations, les enjeux et les idéaux.Christian Saint-Pierre POESIE RENARD Simon Philippe Turcot La Peuplade Chicoutimi, 2015, 76 pages L\u2019hiver ! Ah, l\u2019hiver ! Que de livres n\u2019aura-t-on pas écrits sur ton nom ! Simon Philippe Turcot n\u2019y échappe pas.Il se décrit comme peintre itinérant, un peu pataud, qui va en quête d\u2019images qui lui font déclarer à un interlocuteur: «Tu me trouveras dans les tableaux que je peindrai.Tu les accrocheras peut-être aux murs.L\u2019amour parfois dort sur des clous.» Hum ! Voyons-le, alors que ses «talons piétinent le rien», alors que «lesgrands remous bousculent la chaufferie du cœur», «guetter les signes dans le cadre du paysage», «capturer cet espace de glace».Que voilà une poésie pleine de bonne volonté ! Non pas que ce soit mauvais jusqu\u2019au désespoir, non pas; c\u2019est plutôt cliché, convenu.Les moindres gestes du peintre, ses moindres hésitations ne nous sont pas épargnés.Il noie alors la plus petite tentative de faire nouveau, de dire autre chose que l\u2019attendu, le déjà entendu.Ainsi perd-on de vue ses «amis [qui] allument les villes du monde», «avec la ferme intention de vivre fort».Par contre, il faut reconnaître au poète une authenticité irrémissible, un amour de la poésie qui ne se dément jamais.Il y a dans ce recueil une délicatesse, comme on disait à une certaine époque, propre aux âmes bien nées.Hugues Corriveau ALBUM JEUNESSE LA GUERRE DES SUCES Texte de Lou Beauchesne Illustrations de Caroline Hamel Editions de la Bagnole Montréal, 2015, 26 pages Les parents de poupons les bénissent bien souvent pendant les premiers mois de vie de leur progéniture, mais vient un temps où ils se mettent à détester les précieuses suces de leurs grands bébés, qui n\u2019arrivent pas à se priver de cet accessoire réconfortant.Cette petite fable pourra peut-être les aider à convaincre les jeunes enfants plus récalcitrants à abandonner volontairement l\u2019usage quotidien de ce vestige de leurs premiers mois d\u2019existence.Elle raconte les conséquences de l\u2019interdiction des suces dans tout un royaume par le monarque dont la fillette refuse d\u2019abandonner ses indispensables tétines, même quand vient le moment de parler.La révolte des jeunes sujets de cette contrée peuplée d\u2019animaux de la forêt prendra une tournure inattendue et plutôt positive pour tous.Ce conte « utile » de Lou Beauchesne (au-teure de la série Mayo), qui adopte la forme narrative traditionnelle du genre, gagne en efficacité grâce aux images colorées et amusantes de Caroline Hamel.Amélie Gaudreau LOU ïïAUrRES>Ji: l\td \\ CAÏOUWE HAMEL LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 2015 F 5 LIVRES L\u2019ECRIVAIN ET L\u2019ARGENT (1/4) Pour quelques dollars de plus Louis Hamelin Prenons un cas fictif (ou presque) : un grand festival littéraire de France.Dans la chambre d\u2019hôtel de chaque auteur invité l\u2019attend une copie d\u2019un contrat lui assurant le versement d\u2019une somme forfaitaire censée couvrir les cachets de participation à diverses activités et les per diem.Montant: 225euros.Pas de quoi virer fou, mais ça va.Le taux de change aidant, ça paie les petites dépenses quand on se dit écrivain professionnel et qu\u2019on vit des seuls fruits de son travail.Tu signes le contrat, tu fais tes choses, tu retournes prendre ton avion, tu t\u2019envoles.Et tu n\u2019entends plus parler des euros.Apparemment, ils se sont envolés, eux aussi.Et c\u2019est là que ça devient intéressant : au bout de presque deux ans à expédier des courriels gênés et sporadiques à la direction et à la trésorerie du festival, et à se contenter des réponses rassurantes et dilatoires de l\u2019organisation, l\u2019écrivain A décide de mener sa petite enquête auprès des autres Québécois invités au festival.B, qui enseigne à l\u2019université, lui répond quelque chose comme : «Pas payé ?Ah ! tiens, c\u2019est pourtant vrai.J\u2019avais pas remarqué.» Philosophe, il ajoute: «Se faire payer par des Français, t\u2019sais.» C, elle, est une petite nouvelle dans ce milieu.Elle avait très bien remarqué qu\u2019elle n\u2019avait pas été payée.Elle se demandait.se disait que dans ce monde-là, c\u2019était peut-être normal.Elle n\u2019a paç osé protester.A un moment donné, D, pour sa part, s\u2019est enquise de la somme promise dans un courriel envoyé à la trésorerie du festival.Aucune réponse.Ni même le moindre accusé de réception.Elle a préféré laisser tomber.Prose judiciaire Deux ans plus tard, donc, l\u2019écrivain A se fatigue d\u2019attendre et adresse aux responsables du festival une mise en demeure électronique, d\u2019une forme légale, impersonnelle.Ce n\u2019est plus une question de sous, mais de principes.Le ton est ferme, il se veut même intimidant, c\u2019est la loi du genre.Comme regarder l\u2019autre dans les yeux, sans ciller.L\u2019écrivain A découvre alors l\u2019enviable efficacité de cette prose plus comminatoire que poétique : en l\u2019espace de deux semaines, un virement international atterrit dans son compte en banque.Au cours de l\u2019année écoulée, A a reçu, dans sa maison ou autour, des plombiers, des menuisiers, des ouvriers spécialisés dans les rampes et les balcons, d\u2019autres dans les portes et les fenêtres, ou la pose de planchers en bois.Il se demande comment réagiraient ces travailleurs spécialisés s\u2019il tentait de les niaiser comme lui-même l\u2019a été.Avec le recul, il n\u2019est pas mécontent de son initiation aux vertus stylistiques de la mise en demeure.Cela dit, si quelqu\u2019un devrait se montrer sensible au respect d\u2019une signature, c\u2019est bien l\u2019écrivain.Mais d\u2019être obligé de tant insister, pour une poignée de dollars, au risque de passer, fût-ce à ses propres yeux, pour un plaignard, un chialeux, un ti-pôvre, là où n\u2019importe quel plombier se serait senti parfaitement justifié de crier au vol, l\u2019écrivain A n\u2019a pas trop aimé.Et on ne parle pas là d\u2019un festival au bord de la faillite, comme celui de notre sempiternel Losique.L\u2019entreprise semble prospère, les invitations continuent de pleuvoir.Ce qui amène à se poser quelques questions: parmi les dizaines d\u2019écrivains de nombreux pays accueillis par le festival cette année-là, les auteurs québécois sont-ils les seuls à n\u2019avoir pas été payés?Ce serait bien sûr étonnant.L\u2019écrivain chilien qui JACQUES NADEAU LE DEVOIR Nous sommes ce peuple d\u2019anciens paysans catholiques qui continuerait, en secret, de tenir la pauvreté pour une vertu.Imaginez comment peut se sentir le pauvre écrivain québécois qui veut parler d\u2019argent! vend des millions de livres de par le monde a-t-il été payé, lui ?Qui l\u2019a /té, et selon quels critères?A moins, évidemment, que tout ce beau monde n\u2019ait été parfaitement «Même crevant de faim, Pécrivain possède un grand luxe : Pactivité qu\u2019il exerce le gratifie du fait même qu\u2019il l\u2019exerce» content, comblé et reconnaissant d\u2019avoir une occasion de se pointer au pays de Camus pour les beaux yeux de la littérature.La parole est d\u2019argent, mais l\u2019écrit.Olivier Larizza, maître d\u2019œuvre d\u2019un ouvrage collectif sur Les écrivains et l\u2019argent (Orizons, 2012), note à ce propos que «l\u2019écrivain entretient avec l\u2019argent une relation différente du commun des mortels.En quoi consiste cette spécificité?[.1 Même crevant de faim, l\u2019écrivain possède un grand luxe: l\u2019activité qu\u2019il exerce le gratifie du fait même qu\u2019il l\u2019exerce.Comme si l\u2019écriture contenait en elle-même sa récompense.» Spécificité, vraiment?Etre le quart-arrière partant des Patriots de la Nouvelle-Angleterre doit s\u2019avérer plutôt gratifiant, merci, et quelque part, jouer au ballon contient sûrement «en [soil sa récompense», mais les millions empochés ne doivent pas nuire non plus.Force est donc de constater que ce n\u2019est pas dans toutes les sphères de l\u2019activité humaine que la passion condamne à la famine.Larizza observe que dans cette patrie par excellence de la grande littérature qu\u2019est la France, la rémunération des auteurs est toujours l\u2019objet d\u2019un tabou {Enquête sur un tabou.Ce que gagnent les écrivains, titrait pour sa part le magazine Lire en 2010).Comme d\u2019autres avant lui, il remarque que les anglo-saxons sont, à ce chapitre, nettement plus «décomplexés».Et les Québécois ?Nous sommes ce peuple d\u2019anciens paysans catholiques qui continuerait, en secret, de tenir la pauvreté pour une vertu.Chez nous, on s\u2019enrichit, on a quatre autos devant la porte, mais le discours sur la richesse, c\u2019est ouache, caca.Imaginez comment peut se sentir le pauvre écrivain québécois qui veut parler d\u2019argent.Dans un essai paru en 2002 («M.Difficile», dans Pourquoi s\u2019en faire, l\u2019Olivier), Jonathan Franzen distinguait deux sortes d\u2019auteurs: l\u2019écrivain du Statut, l\u2019écrivain du Contrat.Le premier est un grand homme par définition, qui peut se permettre d\u2019assommer et faire chier le commun des mortels avec son Art.Le second est sans cesse conscient du contrat de lecture implicite qui le lie d\u2019avance à un lecteur en quête d\u2019une «expérience agréable».Au prix d\u2019une légère distorsion sémantique, ces deux notions peuvent s\u2019appliquer à merveille à la question de la rémuné ration des auteurs.En France, où domine l\u2019écrivain du Statut, le lettré un peu célèbre se verra dispensé des basses considérations pécuniaires.Au pire, on lui bidouillera une sinécure, un salaire occulte et une fonction fictive dans quelque académie.On a le droit de préférer l\u2019autre tradition, qui honore le contrat.POLAR Un Fellini florentin MICHEL BELAIR est devenu une habitude ; le moindre commissaire ou inspecteur de police se voit carrément planté, définitivement semble-t-il, au milieu d\u2019une ville.On imagine difficilement Wallander ailleurs qu\u2019à Ystad, Harry Bosch qu\u2019à Los Angeles, Brunetti qu\u2019à Venise, Harry Hole qu\u2019à Oslo, et tous les autres qu\u2019on ne peut plus penser hors du territoire qui les définit tout autant qu\u2019ils le définissent.C\u2019est d\u2019ailleurs le principal intérêt des enquêtes qu\u2019ils mènent, puisqu\u2019ils nous dévoilent des contextes sociopolitiques dans lesquels on ne plongerait pas toujours sans eux.Voici qu\u2019on nous propose une enquête du commissaire Bor-delli (!) qui se retrouve, lui, à Florence.Attention toutefois: la version originale italienne de cette irrésistible histoire racontant le meurtre d\u2019une vieille dame a été publiée en 2002.Personne ici ne prend donc un train en marche pour suivre une mode ou se plier aux exigences d\u2019un marché en pleine croissance.Meurtre déguisé Bien au contraire, on aura le plaisir de découvrir, avec cette enquête, une voix complètement originale aux allures felliniennes, une voix qu\u2019on n\u2019oubliera pas de sitôt.Aussi réels qu\u2019improbables, se profilent ici un inventeur qui discute avec les rats, un ancien prisonnier s\u2019improvisant chef cuisinier et toute une galerie de personnages plus hallucinants les uns que les autres, orbitant autour d\u2019un policier humaniste.Nous sommes à Florence donc, en pleine canicule, au beau milieu de l\u2019été 1963, et la H KIRIL STANCHEV GETTY IMAGES Le genre s\u2019inspire souvent d\u2019une ville, comme ici avec Florence.richissime Madame Pedretti-Strassen est trouvée morte dans son palais pas vraiment modeste du quartier Monte-mezzo.Le commissaire Bor-delli arrive en pleine nuit sur les lieux du crime.On aura eu l\u2019occasion de saisir préalablement l\u2019essentiel du personnage en quelques pages.Ancien résistant très actif \u2014 au point de revivre constamment des épisodes de la dernière guerre \u2014, anticonformiste et célibataire, Bordelli ne fait pas dans la dentelle.Par contre, il connaît bien les vers d\u2019Unga-retti, les peintres italiens du XIX® et du XX® siècles, la bonne chère, les plaisirs de la conversation et le bon vin ; bref, c\u2019est un homme vif à l\u2019esprit ouvert.Un juste.Avec l\u2019aide de son ami médecin légiste Diotivede, qui le rejoint vite chez la vieille dame, Bordelli comprend rapidement qu\u2019on a voulu déguiser un crime en mort naturelle.Les suspects ne sont pas nombreux; on devine même avec le commissaire que les neveux de Pedretti-Strassen sont probablement les auteurs du meurtre déguisé.Au-delà de leurs discours maniérés et de leur fausseté, leur alibi est tellement « nickel » qu\u2019il en est suspect.Mais là n\u2019est pourtant pas le principal attrait de ce roman, dont le dénouement, raffiné, fait penser aux meilleures histoires d\u2019Agatha Christie.C\u2019est dans les personnages plutôt et dans la description de la vie de tous les jours dans l\u2019Italie de l\u2019après-guerre que réside l\u2019intérêt de cette histoire.On tombera sous le charme de ces hommes sans fard et sans détour qui se laissent porter par leur imagination tout autant que par leurs délires.Deux scènes en particulier sont irrésistibles : celle du cousin de Bordelli dévoré par la passion de la chair et celle du grand repas réunissant tous les amis du commissaire.Dans des moments comme ceux-là, on a l\u2019impression que Fellini tourne la scène caché derrière la porte du placard de la cuisine.Une trouvaille.Vivement d\u2019autres livres de ce Marco Vichi ! Collaborateur Le Devoir LE COMMISSAIRE BORDELLI Marco Vichi Traduit de l\u2019italien par Nathalie Bauer Editions Philippe Rey Paris, 2015, 232 pages LIBRAIRIE ACHAT A DOMICILE 514-914-2142 Bonheur d'occasion Librairie GALERIE ESPACE LOCATIF DISPONIBLE Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPleiade Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire La Vitrine AnthoIogK (le Id ])()( SIC ( hin
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