Le devoir, 26 septembre 2015, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2015 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La journaliste et romancière Catherine Leroux Madame Victoria : reffacée DANIELLE LAURIN Madame Victoria se lit comme une série de portraits de femmes qui ont en commun le même destin: mourir dans l\u2019anonymat.Une façon pour Catherine Leroux, avec ce troisième roman (en librairie le 29 septembre) après La marche en forêt et Le mur mitoyen (Alto, 2011 et 2013), de rendre hommage à la véritable Madame Victoria.Eté 2001.Le cadavre d\u2019une femme est retrouvé dans un boisé adjacent à l\u2019hôpital Royal-Victoria.Sa mort remonte à deux ans.Qui est cette femme morte dans l\u2019anonymat que l\u2019on désignera sous le nom de Madame Victoria?Malgré les enquêtes, les recherches, les analyses de toutes sortes, son identité demeura un mystère.Hiver 2011.Catherine Leroux regarde l\u2019émission Enquête de Radio-Canada, qui consacre un reportage au cas de Madame Victoria.«J\u2019étais enceinte à ce moment-là, précise-t-elle, fêtais seule chez moi, le soir, fêtais peut-être plus sensible.Ça ne m\u2019arrive pas souvent, mais je me souviens d\u2019avoir pleuré en le regardant.» Elle se passionne depuis longtemps pour les cas vécus, elle est friande de faits divers.«Au-delà des nouvelles qu\u2019on entend, je suis toujours portée à me demander ce que ça a dû être de vivre telle ou telle situation dramatique, comment la famille de cette personne-là a pu réagir», explique l\u2019écrivaine montréalaise dans la mi-trentaine.Madame Victoria Leroux s\u2019était nourrie déjà amplement de faits divers pour son deuxième roman.Le mur mitoyen, qui met en scène quatre duos de personnages dont la vie bascule.«Mon inspiration vient de la fascination que fai pour la complexité, la diversité de l\u2019expérience humaine.Et ses exceptions surtout.Ses raretés, ses extrêmes.» Comme dans Columbo Ce qui l\u2019a particulièrement bouleversée dans l\u2019histoire de Madame Victoria: le fait qu\u2019une personne puisse finir sa vie d\u2019une façon aussi silencieuse et anonyme, au milieu de la ville la plus populeuse du Québec.« Comme on le dit dans le reportage, de grands efforts ont été déployés pour découvrir qui elle était, mais on n\u2019a toujours pas trouvé son identité.Ce que je trouve aberrant et triste, mais qui est une grande force pour l\u2019imagination et pour le récit.» Elle avait déjà dans l\u2019idée de faire une série de portraits de femmes.Elle a opté pour une multiplication des points de vue, des parcours, variant les conditions sociales et même les époques, toujours en s\u2019inspirant de la fin tragique de Madame Victoria.«Je m\u2019amuse à comparer ça à la série Columbo à l\u2019époque: on savait toujours qui était le meurtrier.Il n\u2019y avait pas de suspens sur ce plan-là.Dans mon roman, c\u2019est pareil.On sait toujours que le personnage va mourir.L\u2019intérêt et la curiosité dans la série venaient de découvrir comment Columbo allait se rendre au meurtrier, alors que dans mon roman, ça tient à découvrir comment ma Victoria va arriver à l\u2019hôpital Royal-Victoria.» Chemin faisant, c\u2019est toute la vie de chacune des Victoria qui est reconstituée, qu\u2019elle soit journaliste, technicienne para-médicale, policière, comptable, gardienne d\u2019enfants ou même esclave à une époque aujourd\u2019hui révolue.Et si la plupart ont connu des épisodes particulièrement pénibles, elles semblent trouver un certain répit, pour ne pas dire une libération, en mourant.La vérité de la fiction Il n\u2019était surtout pas question pour la romancière de se contenter de se plier aux faits.«La littérature pour moi a toujours été un lieu où l\u2019imaginaire a toutes les permissions.Ce que j\u2019aime quand j\u2019écris et quand je lis: quand on se permet de déborder de la réalité, de prendre des libertés.Dans mon cas, ça veut dire parfois aller dans l\u2019impossible.» Plus le récit avance dans Madame Victoria, plus les situations flirtent avec l\u2019improbable.Comme si, justement, l\u2019auteure laissait de plus en plus libre cours à son imagination.Ça devient surréaliste, le surnaturel s\u2019invite, même la science-fiction.Le tout demeure énigmatique.C\u2019est bien l\u2019ef fet que l\u2019auteure voulait créer.«Pour moi, passer par des détours surréalistes, voire surnaturels, c\u2019est une façon de m\u2019approcher un peu plus du cœur de mon thème, fai besoin de multiplier les angles.» Multiplier les angles.Et les personnages de tous horizons.Dans des récits tout sauf linéaires.C\u2019est la façon de faire de Catherine Leroux, qui, avant de se lancer dans la fiction, a exercé trente-six métiers : caissière, téléphoniste, barmaid, bibliothécaire, VOIR PAGE F 6 VICTORIA Regard romanesque sur la réalité des réfugiés Page F 3 Bande dessinée: la répression mise en cases Page F 6 SALON DU LIVRE Continuer la fête DOMINIC TARDIE Existe-t-il plus désespérant présage que celui d\u2019un party qui tire à sa fin?Non, répond-on au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean (SLSLSJ), qui soufflait cinquante chandelles l\u2019an dernier et qui, pour que jamais le last call ne soit annoncé, a astucieusement prolongé ses activités sur l\u2019ensemble du calendrier, en organisant chaque mois une petite fête : lancement de livre, pièce de théâtre, vernissage, alouette.«Et c\u2019est pas fini!» s\u2019exclame Sylvie Marcoux, la directrice de l\u2019événement, quelques jours avant l\u2019amorce de sa 51® édition.De fête, on en fera toute une à Guy Lalancette, que le SLSLSJ célèbre lors d\u2019un grand hommage (3 octobre, 19 h), honneur qu\u2019on a pris l\u2019habitude de rendre tous les deux ans à un écrivain de la région.«Je rêve qu\u2019un jeune lecteur reparte avec un de ses romans», explique madame Marcoux au sujet de l\u2019auteur du Bruit que fait la mort en tombant (VLB), originaire de Girardville au Lac-Saint-Jean.Les Premières Nations, encore fréquemment considérées par la lorgnette d\u2019un bédéesque colonialisme, trouveront de plus dignes porte-parole que Natasha St-Pier lors de Pleins feux sur les cultures autochtones (2 octobre, 19h 30), rencontre entre Michel Noël, Jean Désy et Marie Christine Bernard.Le Salon espère ainsi jeter un regard lumineux sur la vie de peuples dont les médias ne décrivent trop souvent que les écueils.Sport et amour Devinette : nommez les trois ingrédients de base d\u2019une bonne table ronde de salon du livre ?Réponses : un bon casting, un bon casting et un bon casting.Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, pas question de ne jumeler que des écrivains partageant les mêmes sensibilités.«Il arrive fréquemment, lorsque je passe un coup de fil aux éditeurs, qu\u2019on me dise: \u201cC\u2019est quoi, le rapport entre mon auteur et cet autre auteur avec qui tu veux qu\u2019il fasse une table ronde ?\u201d Au final, ces mélanges-là révèlent toujours les participants sous un jour nouveau», confie Sylvie Marcoux.Exemple parmi tant d\u2019autres de cette manière qu\u2019a le SLSLSJ de doucement chasser ses invités de leur proverbiale zone de confort?Examinons l\u2019improbable trio partant de la table ronde La littérature et le sport (l®*\" octobre, 14 h 35), réunissant Patrice Godin, comédien et ultramarathonien qui chante son VOIR PAGE F 4 SALON Ê 31^ FESTIVAL ^ IMTERMATIOMAL X>E LA f OESIE PRESENTE PAR POETES INVITES PRIX DE POESIE DES ROCHES, Roger Grand Prix Québécor du Festival International de la Poésie POIRIER, Ginette Andrée Prix Piché de poésie de l\u2019UQTR 2015 POIRIER, Hélène Finaliste - Prix Piché de poésie de l\u2019UQTR 2015 DESJARDINS, Roxane Prix Félix-Leclerc de poésie 2015 et Prix Émile-Nelligan 2015 LEBLANC, Georgette (N-Écosse) Prix Félix-Antoine-Savard de poésie 2015 DULUDE, Sébastien Prix de poésie Jean-Lafrenière/Zénob 2015 OKOUNDJI, Gabriel (Congo/France) Prix international de poésie Antonio Viccaro 2015 BARANDA, Maria (Mexique) Prix de poésie Jaime-Sabines/ Gatien-Lapointe 2015 TRAHAN, Michaël Prix de poésie Alain-Grandbois 2014 FORTIN, Célyne Prix ANEL-AQPF 2014 ACQUELIN, José Prix de poésie du Gouverneur général 2014 À venir Prix de poésie Radio-Canada 2015 TRUDEL, Rosalie BEAUMEL, Laetitia Bourse Hector-de-Saint-Denys-Garneau 2014 ROYER, Jean Prix Athanase-David 2014 PEYROUSE, Anne Prix d\u2019innovation en enseignement de la poésie 2015 YANG, Hannah (C-Britannique) Prix national de poésie en immersion française POETES QUEBECOIS ATALLA, Nora (Égypte/Québec) AZOULAY, Daphnée BASTIEN, Pierre BEAUREGARD D., Virginie BERGERON, Jean-Philippe BOUCHER, Denise BOULANGER, Patrick CHEVARIER, Corinne CLOUTIER, Guy CÔTÉ, Michel X CROISETIÈRE, Mathieu DELAND, Monique DESPATIE, Stéphane DEVAULT Gilles DOSTIE, Alexandre DUMAIS, Isabelle DUPRÉ, Louise DUVAL, Isabelle EORGET Carole GAGNON, Yves GILL, Marie-Andrée GOSSELIN-G, Geneviève GOUDREAULT David GRIMALDI, Marie-Paule GRUBISIC, Katia GUERRETTE, Erançois HÉBERT, Erançois JANNETEAU, Sylvain JULIEN, Michel JUTEAU, Monique LAMY, Jonathan POETES QUEBECOIS LAPERRIERE, Marie Aude LAVERDURE, Bertrand LESSARD, Rosalie LONGCHAMPS, Renaud MARQUIS, André MONCEAU, Erance MONGRAIN, Serge OUELLET Marie-Belle PLEAU, Michel POISSON, Sylvie POURBAIX, Joël SIMARD, Emmanuel SALMERON, Odelin (Cuba/Québec) SOUAID, Carolyn Marie TURCOT, Simon Philippe VEILLEUX, Laurence Lola VILLENEUVE, Marité WATTEYNE, Nathalie POETES INTERNATIONAUX O BECERRA SALAZAR, Manuel (Mexique) BERTHOLOM, Louis (France) CALLE, Leandro (Argentine) CARNECI, Magda (Roumanie) CASTANO, Yolanda (Espagne) DANJOU, Chantal (France) DESPAX, Jean-Luc (France) DIALLO, Bios (Mauritanie) DINTINJANA, Veronika (Slovénie) FAVE, Nathalie (Sénégal) FROLOV, Aleksandr (Russie) ^ GARCIA QUINTERO, Eelipe (Colombie) GHARRAFI, Mohamed Miloud (France/Maroc) GONZALEZ ARREDONDO, Veronica (Mexique) HECQ, Dominique (Australie) Q IPADEOLA, Tade (Nigéria) KULAVKOVA, Katica (Macédoine) LAURENT-CATRICE, Nicole (Erance) LAVERGNE, Alfredo (Chili) LINDH, Pontus (Suède) MOHAMMEDI, Anissa (Algérie/France) PONCE DE MORAES, Thiago (Brésil) QUEVEDO ROJAS, Aleyda (Équateur) SZPILMANN, Harry (Wallonie-Bruxelles) TAFDRUP, Pia (Danemark) TANYOL, TugruI (Turquie) VAN DE VOORDE, Torn (Flandre-Belgique) VARGAS DE LUNA, Javier (Mexique/Québec) WILL, Colin (Écosse) WOJCIESZKO, Grazyna (Pologne) POETES RESIDANT OU AYANT ÉTÉ PUBLIÉS HORS-QUÉBEC BÉRUBÉ, Sébastien (N.-Brunswick) COMEAU, Fredric Gary (N.-Brunswick/Québec) LAMONTAGNE, Sonia (Ontario) QUEYRAS,Sina (Manitoba) ROBERTSON, Lisa (Canada/France) ROSE, Rachel (Colombie-Britannique) THÉRIEN, Michel (Ontario) TROIS-RIVIERES DU 2 AU n OCTOBRE 2015 joydc- iio aiAjL- Kjo couajt UAjri/'JÙur*.F/l UAjrvujUrt^ '>S, Au moment où ce programme est entré sous presse, ce poète était en attente de visa.Il est possible qu\u2019il ne l\u2019ait pas obtenu.Veuillez consulter le site fiptr.com pour obtenir l\u2019information à jour ainsi que l\u2019horaire détaillé du festival.10 JOURS \u2022 100 POETES \u2022 30 PAYS \u2022 5 CONTINENTS 350 ACTIVITÉS \u2022 DANS LES BARS, RESTAURANTS, CAFÉS ET GALERIES DU CENTRE-VILLE QUELQUES INCONTOURNABLES CORDES A POEMES | Du 2 au 11 octobre de il h à 17 h 2 Parc Anne-Hébert Pa rc Champlain r-jr I in r Photo : Michel Bouvrette POETES EN PRISON 3, 4, 9 et lO octobre à 16 h Vieille Prison de Trois-Rivières Photo : Christiane St-Pierre LE CHOIX DES ARMES / FRANCE BERNARD CHANTE GILBERT LANGEVIN 7 octobre à 20 h Maison de la culture LA REVUE EXIT: 20 ANS 9 octobre à 17 h Café Bar Zénob Photo : Marili Levac xrc revue de poésre ET PLUS DE 160 MOMENTS DE DECOUVERTES CULINAIRES & POESIE Chez nos restaurateurs : Au Four à bois, Il Circo Pâtes et Passion, Le Bistro LAncêtre, Le Lupin, Le Manoir, Le Rouge Vin, Le Sacristain, Saint-Germain Bistro, Bar l\u2019Hexagone, Café Bar Zénob, L\u2019Embuscade Café Galerie, La p\u2019tite Brûlerie, Nys Pâtissier, Olive & Papaye, Pompon Laine Café, Suite Soixante Galerie Bar.Grande soirée Québécor de la poésie Samedi lO octobre 20 h 25 poètes sur scène à la Maison de la culture Billet : 19 $ taxes incluses Billetterie de la salle J.-A.Thompson Québec ia * Conseil des arts Canada Council duCanada fortheArts Lisez de grands livres Prix littéraires du Gouverneur général Patrimoine Canadian I m ¦ canadien Heritage O 'll#!\tORQANISATION m, ¦\tINTERNATIONALE DE V-zilllclLlcl la francophonie LjqD\"rH=^ u n Savoir.Surprendre.LE DEVOIR Libre de penser FIPTR.COM LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2015 F 3 LITTERATURE Ne pas se retourner Soleil, un roman étincelant sur la condition de réfugié Danielle Laurin Ils ne font pas partie de ces hordes de migrants désespérément en quête d\u2019une terre d\u2019asile.Ils n\u2019ont pas fait de traversée sur une embarcation de fortune au péril de leur vie.Ils n\u2019étaient pas menacés dans leur pays d\u2019origine.Ils: cinq membres d\u2019une même famille.Le père, la mère, leurs trois enfants.Des Sénégalais.Qui ont tout quitté pour venir s\u2019établir au Québec.A Montréal, précisément.On ne peut plus légalement.Simplement: les parents rêvaient d\u2019une vie meilleure.Pour eux, mais surtout pour leurs enfants.Comme tant d\u2019autres réfugiés avant eux, tant d\u2019autres à venir encore.Ils n\u2019existent pas dans la réalité, pas comme tels, mais qui sait?Ils transcendent la fiction.Mieux, on en vient à se demander ce qu\u2019on aurait fait à leur place, comment on aurait réagi.Mieux encore, c\u2019est par les yeux d\u2019un enfant qu\u2019on est amené à vivre cette expérience.Déracinement, choc des cultures.Désillusion.Et détermination.Tiraillement entre désir de s\u2019intégrer à tout prix et perte des repères.Tout cela est vécu à hauteur d\u2019enfant.Un garçon de 12 ans raconte.Il dit son trouble à lui, ses peurs, ses espérances.Mais il rend compte aussi du comportement de ses proches.Et des questionnements que cela provoque chez lui.Il observe.Il met dans la balance le pour et le contre.Entre sa vie d\u2019avant, figée dans le temps, et la nouvelle, toujours en mouvement, le jeune n\u2019en finit plus de se chercher.Mais il agit, aussi : loin d\u2019être passif, il va faire toute la différence dans le drame familial qui se joue devant nous.Car c\u2019est bien d\u2019un drame familial, ancré au cœur du grand dérangement de la réalité migratoire, qu\u2019il s\u2019agit.C\u2019est l\u2019effet ricochet, pour ne pas dire boomerang, de ce grand dérangement sur les membres d\u2019une même famille que nous fait vivre avec les yeux d\u2019un enfant l\u2019auteur de ce roman.C\u2019est un premier roman pour David Bouchet, qui vient du cinéma.Il est, entre autres, coscénariste de La pirogue.Présenté à Cannes en 2012 dans la catégorie Un certain regard, ce film traitait justement de migration : des Africains qui prennent la mer, au risque de leur vie, en direction de l\u2019Europe.Enfants ou chiens ?S\u2019il est né en Erance, David Bouchet connaît bien l\u2019Afrique, et en particulier le Sénégal, puisqu\u2019il y a passé la majeure partie de sa vie avant de venir s\u2019installer à Montréal avec femme et enfants il y a cinq ans.On remarque d\u2019ailleurs dans son roman des allers-retours constants entre la culture africaine laissée derrière et la culture québécoise à apprivoiser.Même chose pour la langue, les expressions typiques de là-bas et d\u2019ici.Mais ces allers-retours sont d\u2019autant plus savoureux qu\u2019ils sortent de la bouche d\u2019un enfant.Un exemple parmi d\u2019autres : «Ils ont aussi des animaux.ERIC NEVE / LES CHAUVES-SOURIS / ASTOU EILMS L\u2019immigration, un des thèmes de son film La pirogue, présenté à Cannes en 2012, est aussi au cœur du premier roman de David Bouchet.Quand on est immigrant, ça rime avec grand, on a des rêves de grandeur, il faut les entretenir yy Extrait de Soleil Surtout des chiens.Parce qu\u2019ici, la vie de chien, c\u2019est une belle vie en maudit.Ça, c\u2019est typiquement québécois comme expression, \u201cen maudit\u201d, mais ce n\u2019est pas tout le monde qui doit l\u2019employer.C\u2019est-à-dire que les chiens ont une vie ici qui est meilleure que la vie de beaucoup d\u2019enfants au Sénégal et ailleurs dans le monde aussi.» Il précise: «Et je n\u2019exagère vraiment pas.Je connais beaucoup de talibés de Dakar, ces petits enfants de la rue qui mendient dix-huit heures par jour, qui préféreraient être chien à Montréal.Ici, un chien, c\u2019est un être à part entière.On lui doit respect et politesse.On lui met un manteau et des chaussettes l\u2019hiver.Il a ses propres salons de beauté et de coiffure.» Il en remet: «Je n\u2019exagère pas.Ici, c\u2019est un pays de droits, et même les chiens ont des droits.Je me demande juste si les chiens aussi voient les humains comme des animaux à part entière.En tout cas, les Québécois savent comme c\u2019est bon d\u2019être chien chez eux.» Pour tout dire, ce livre fait beaucoup sourire.Cela tient justement au narrateur qu\u2019a choisi d\u2019incarner l\u2019auteur.On pense à la candeur du petit Momo dans,La vie devant ^oi (Polio), d\u2019Emile Ajar.A ce qu\u2019on a appelé son «humanisme naïf».Se faire tout petit David Bouchet évite ainsi le piège du misérabilisme.Malgré tous les drames qui se jouent, à commencer par la démission du père, qui glisse lentement mais sûrement vers la folie, au grand désespoir de son entourage.Même la mère, sorte de Mère Courage, ne sait plus comment réagir devant son homme, qui s\u2019est mis à creuser un trou au sous-sol de leur appartement montréalais.Ce qui revient le plus sou- vent comme image : la nécessité de ne pas se retourner.Et, ironiquement, cette image-là vient du père, celui qui vit le plus difficilement le déracinement au final.Dès le moment où la famille a mis le pied en sol canadien, le père a dit aux siens de ne surtout pas se retourner.«En fait, P\u2019pa savait que ce ne serait pas facile et, pour lui, cela signifiait regarder droit devant, foncer la tête la première dans cette nouvelle vie, sans remords ni regrets, sans s\u2019encombrer de souvenirs et des petits bonheurs passés.» Ne pas se retourner, mais s\u2019adapter.C\u2019était le credo du père, c\u2019est devenu celui du narrateur.S\u2019adapter à la façon de parler, de manger, de se vêtir.S\u2019adapter à l\u2019hiver.S\u2019adapter à tout, sans faire de bruit.Surtout, ne pas se faire remarquer, ne pas s\u2019imposer.Eaire confiance à la vie.«Parce qu\u2019il faut avoir beaucoup de confiance quand on est nouveau dans un pays.» La liste est longue de ce qu\u2019il faut faire et ne pas faire.«Et il faut toujours baisser le dos et les yeux, et accepter les petites injustices.Parce qu\u2019il faut que les gens pensent du bien de vous, c\u2019est votre image, et votre image est plus importante que vous, puisqu\u2019on ne vous connaît pas, alors vous devez bien caresser les poils et dire amen.Vous êtes tout neufs [sic] ici.» Autrement dit: «Il faut être une ombre et se glisser sur les murs, ne pas regarder les gens, ne pas dire bonjour de trop près ni trop longtemps.C\u2019est bonjour seulement.Un tout petit bonjour.» Si par moments le discours prend des allures un peu trop pédagogiques et n\u2019évite pas les évidences, si la narration s\u2019alourdit parfois de détails dont on ne se soucie pas vraiment, étrangement, on passe par-dessus : parce que c\u2019est un enfant qui raconte?Car oui, c\u2019est très réussi.L\u2019auteur disparaît derrière la voix de son narrateur.Soleil.C\u2019est le titre du roman.Ce n\u2019est pas pour rien.C\u2019est aussi le prénom du jeune narrateur.Enfin, son prénom québécois.Il s\u2019appelle en fait Souleymane.Mais quand il s\u2019est présenté à sa jeune voisine montréalaise, Charlotte, qui deviendrait son amie, elle a entendu Soleil.Et de fait, ce garçon-là irradie.SOLEIL David Bouchet La peuplade Saguenay, 2015, 318 pages WWi- 1 w LIBRAIRIE ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 Bonheur d'occasion Librairie GALERIE ESPACE LOCATIF DISPONIBLE Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com 'y Nous étions nés pour ne jamais mourir « [Une] écriture limpide portée par le regard de l\u2019enfant, et cela même avant sa conception [.].» Cynthia Brisson, Les libraires « Entre nostalgie et mélancolie, ce livre à récriture fluide se lit tout d\u2019un trait.» Mario Cloutier, La Presse Société cf« d&v«lùf>p*ment des entreprises euiturelles\t^ ^ 514 524-5558 lemeac@lemeac.com\tQuébec E3E3 f\tf ROMAN QUEBECOIS Maigre à faire peur CHRISTIAN DESMEULES Depuis l\u2019accident qui lui a fait passer de longues heures au fond d\u2019un trou apparu au milieu un champ de maïs de Madawaçka, dans le Maine, la petite Emilie n\u2019est plus tout à fait la même.«Sa différence a changé», confie la narratrice de La petite fille qui aimait Stephen King, qui est aussi la sœur de la victime.Autiste de «haut niveau», la petite victime est aussi une fanatique des romans de Stephen King.Hasard ou pas, le célèbre auteur de Ça et de La petite fille qui aimait Torn Gordon (Livre de poche) habite à Bangor, Maine, à quelques heures de route de l\u2019endroit où les deux sœurs passaient leurs été^.Mais Emilie est visitée depuis l\u2019incident par des cauchemars récurrents qui ne lui laissent plus de repos.«Il y a quelque chose de mauvais qui chuchote dans le brouillard», confie-t-elle à sa sœur, particulièrement inquiète devant le comportement de plus en plus déviant de sa petite sœur: avaler des vers de terre, manger un rat, éprouver des pulsions cannibales, s\u2019automutiler.Transmettre la peur Pour son 2® roman, Claudine Dumont emprunte la voie du thriller psychologique mêlé d\u2019horreur soft.On trouvera dans La petite fille qui aimait Stephen King, hommage tantôt frontal ou subtil au maître de l\u2019horreur et du suspense, le même type d\u2019atmosphère étouffante et carcérale qui traversait déjà Anabiose (XYZ, 2013), beaucoup plus intéressant tant sur le fond que sur la forme.Et une fois encore, l\u2019auteure y convoque les motifs de l\u2019enfermement, un lexique anxiogène et un registre étendu de la peur.«J\u2019ai peur, par contre, de la peur à revendre.Celle qui fait des trouées acides dans l\u2019estomac et qui laisse les muscles mous.J\u2019ai peur de ce qui peut arriver, j\u2019ai surtout peur pour elle.» Or, s\u2019il suffisait qu\u2019un personnage dise «j\u2019ai peur» pour que cette émotion se transmette au lecteur.{{Je ne comprends pas.Je laisse ma sœur mourir parce qu\u2019elle me le demande, parce qu\u2019elle ne veut pas en parler.)) Extrait de La petite fille qui aimait Stephen King CLAUDINE DUMONT L\u2019auteure Claudine Dumont Comme dans son premier roman, l\u2019auteure a recours ici à une finale-surprise qui risque de décevoir, ne récoltant à peu près rien de ce qu\u2019elle sème en cours de route.Le seul malaise qu\u2019éprouve le lecteur est de se retrouver avec ce qui ressemble à une nouvelle inutilement allongée entre les mains.Un bien maigre roman.Collaborateur Le Devoir LA PETITE FILLE QUI AIMAIT STEPHEN KING Claudine Dumont XYZ Montréal, 2015, 184 pages Gaspard LE DEVOIR MARÈS \tDu 14 au 20 septembre 2015\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Un long retour\tLouise Penny/Flammarion Québec\t3/3 2 1967 \u2022 Tome 2 Une ingénue à l\u2019Expo\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t1/4 3 La promesse des Gélinas \u2022 Tome 2 Édouard\tFrance Lorrain/Guy Saint-Jean\t2/4 4 Une deuxième vie \u2022 Tome 2 Sur la glace du fleuve\tMylène Gilbert-Dumas/VLB\t-/I 5 La femme qui fuit\tAnaîs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles -/I\t 6 Des nouvelles d\u2019une p\u2019tite ville \u2022 Tome 3 1969, Monique\tMario Hade/Les Éditeurs réunis\t4/3 7 La maîtresse d\u2019école\tIsmène Toussaint/Les Éditeurs réunis\t5/5 8 Un homme s\u2019il vous plaît!\tIndia Desjardins/Michel Lafon\t9/2 9 Aux délices de Miss Caprice\tEvelyne Gauthier/Guy Saint-Jean\t-/I 10 Madame de Lorimier.Un fantôme et son ombre\tMarjolaine Bouchard/Les Éditeurs réunis\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Millénium \u2022 Tome 4 Ce qui ne me tue pas\tDavid Lagercrantz/Actes Sud\t1/4 2 Cinquante nuances de Grey par Christian\tE.L.James/Lattès\t2/8 3 La fille du train\tPaula Hawkins/Sonatine\t3/17 4 La nuit de feu\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t4/2 5 Un si beau soleil pour mourir\tJames Patterson | Howard Roughan/Archipel 6/2\t 6 Le crime du comte Neville\tAmélie Nothomb/Albin Michel\t5/2 7 La boîte à musique\tMary Higgins Clark/Albin Michel\t7/13 8 After \u2022 Tome 4 Le manque\tAnna Todd/Homme\t8/6 9 L\u2019instant présent\tGuillaume Musso/XD\t9/26 10 Le choix Janson\tJustin Scott/Grasset\t10/6 Essais québécois\t\t 1 Ping-pong\tZviane/Pow Pow\t-/I 2 Djihad.ca.Loups solitaires, cellules dormantes et.\tF.de Pierrobourg | V.Larouche/La Presse\t2/5 3 Le petit Hébert.La politique canadienne expliquée à mon.\tChantal Hébert/Rogers\t1/5 4 La fabrique du djihad.Radicalisation et terrorisme au.\tStéphane Berthomet/Édito\t3/2 5 Dany Lafenière à l\u2019Académie française.Discours de.\tDany Lafenière/Boréal\t-/I 6 La langue rapaillée.Combattre l\u2019insécurité linguistique.\tAnne-Marie Beaudoin-Bégin/Somme toute\t7/2 7 Nous, c\u2019est qui?Une histoire des hommes et des femmes.\t.Monique Fournier/Édito\t-/I 8 Google goulag.Nouveaux essais de littérature appliquée\tJean Larose/Boréal\t-/I 9 Tdah?Pour en finir avec le dopage des enfants\tJean-Claude St-Dnge/Écosociété\t10/2 10 Les baromètres humains\tG.Brien | W.Pellemans/Québec-Livres\t8/3 '?'Essais étrangers\t\t 1 Balade avec Épicuro\tDaniel Klein/Michel Lafon\t-/I 2 La 6e extinction.Comment l\u2019homme détmit la vie\tElizabeth Kolbert/Guy Saint-Jean\t2/2 3 Lettres à mes petits-enfants\tDavid Suzuki/Boréal\t-/I 4 Du bonheur.Un voyage philosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t4/31 5 Cosmos.Brève encyclopédie du monde\tMichel Dnf ray/Flammarion\t7/5 6 La civilisation du spectacle\tMario Vargas Llosa/Gallimard\t-/I 7 Y a-t-il un grand architecte dans l\u2019univers?\tStephen Hawking/Ddile Jacob\t3/2 8 Dieu, les affaires et nous\tJean d\u2019Drmesson/Robert Laffont\t5/3 9 Commun.Essai sur la révolution du XXIe siècle\tPierre Dardot | Christian Laval/La Découverte 9/2\t 10 Mater la meute.La militarisation de la gestion policière.\t.Lesley J.Wood | Mathieu Rigouste/Lux\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d'information et d'analyse EsspsrÉ sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Bsspsril et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet BsspsnI.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2015 LITTERATURE La Vitrine Le peFif chevalier qui corvNb^ft^it (^¦0^, le?ALBUM JEUNESSE LE PETIT CHEVALIER QUI COMBATTAIT LES MONSTRES Texte de Gilles Tibo Illustrations de Geneviève Després Scholastic Toronto, 2015, 32 pages Dès la première page, on sait qu\u2019on est devant un futur classique des bibliothèques des tout-petits.Il faut dire que la première aventure de son jeune héros, Le petit chevalier qui n\u2019aimait pas la pluie, créée par deux «vieux routiers» de la littérature jeunesse québécoise, l\u2019auteur Gilles Tibo et l\u2019illustratrice Geneviève Després, publiée pour la première fois en 2011 et récompensée plus d\u2019une fois, avait déjà trouvé une place spéciale au panthéon des histoires favorites de bien des enfants.Voilà donc que le petit chevalier, toujours aussi amateur de gâteau au chocolat, reprend du service pour sauver les triplés de ses voisins des griffes d\u2019un ogre, d\u2019une sorcière et d\u2019un fantôme.On ne vous vend pas la mèche en indiquant qu\u2019il triomphera, c\u2019est surtout dans la façon dont il y parvient que réside tout le charme de ce récit somme toute assez classique, à la morale rassembleuse prévisible.Ce nouveau conte du papa de Noémie nous conquiert dès le premier coup d\u2019œil grâce aux illustrations détaillées et surtout fort rigolotes, des apartés qui rendent ce conte tout simplement irrésistible, autant pour ses jeunes lecteurs que pour les parents «accompagnateurs».qui en seront quittes pour plusieurs relectures avant de se lasser eux-mêmes.Amélie Gaudreau SALON SUITE DE LA PAGE F 1 amour pour la course dans son récent récit Territoires inconnus (Libre Expression), Hervé Bouchard, lauréat du Prix du Gouverneur général, dont le roman Numéro six (Quarta-nier) accompagne un jeune hockeyeur dans les dédales des ligues mineures, ainsi que François-Bernard Tremblay, auteur jeunesse, prof et.nageur en eau libre ! Vous aimez sentir votre patate se démener sous votre poitrine, mais pas forcément parce que vous avez sué dans vos espadrilles?Tournez-vous vers Marie Gray, Geneviève Pettersen et Stéphane Dompierre, qui ausculteront l\u2019éternel, mais parfois conflictuel couple que forment La littérature et l\u2019amour (4 octobre, 12 h 55).Une fête réussie en est une où les cœurs battent fort, peu importe la raison.Collaborateur Le Devoir Au Delta Saguenay et Centre des congrès du T''au 4 octobre.< Cette nuit va changer votre EraÇ-EMMANUEL SCHMITT La nuit de feu LITTERATURE QUEBECOISE Hommes en quarantaine CHRISTIAN DESMEULES \\ A42 ans, en couple «depuis toujours» avec Martine, avec qui il a eu deux enfants, Nicolas sent que le tapis lui glisse lentement sous les pieds.Pourtant, il aime son travail, les affaires vont bien.Il tient avec ses deux sœurs une boutique de vente et de location de meubles et d\u2019accessoires rétro.Mais il éprouve depuis quelque temps une grande, grande fatigue.Peut-être le moment est-il venu de regarder derrière?Après 16 ans avec Martine, faudrait-il «élargir les limites» de son couple ?Ou bien est-ce la crise de la quarantaine qui frappe?Car «\u201cQuadragénaire\u201d était un mot que nous utilisions lorsque nous étions adolescents pour désigner les moustachus sévères, les chauves bedonnants, les profs de philo aux airs de pédophiles ou n\u2019importe quel adulte déprimant à qui nous ne voulions jamais ressembler.» Toutes ces réponses semblent bonnes.Mais son médecin préfère parler de burn-out et lui délivrer un arrêt de travail \u2014 tout en lui suggérant de diminuer sa consommation d\u2019alcool.Sans trop protester, le quadragénaire au «foie gras» va laisser son bungalow de Blain-ville pour aller se reposer durant deux mois dans un chalet de location dans l\u2019Outaouais.C\u2019est ainsi que nous le montre le début du sixième roman de Stéphane Dompierre : cheveux au vent, fonçant sur l\u2019autoroute avec une pile de livres, des sudokus, un paquet de tisanes, la musique de Hank Williams dans les oreilles.Mais des «événements étranges» viendront rapidement bouleverser ses projets.Au point où il va juger plus intéressant d\u2019aller passer quelques semaines chez son ami Alex, un auteur-compositeur qui vit à Londres.Daniel, un de ses amis propriétaire à Paris d\u2019une petite librairie, vient de son côté de découvrir que sa femme le trompe.Alex, toujours hanté MARTINE DOYON Stéphane Dompierre signe une comédie amusante et grinçante qui préfère au final le rire à la réflexion.par Sandrine (son ex avec qui il continue de coucher à l\u2019occasion), se roule en boule après avoir enfin rompu avec elle, tandis qu\u2019un couple de voisines lesbiennes s\u2019offre en spectacle à Nicolas et comble son «imagination d\u2019homme en manque de sexe».Pour compléter le trio, Daniel va venir les rejoindre à Londres.Comédie On aura peut-être reconnu ici les protagonistes à'Un petit pas pour l\u2019homme (2003) et de Mal élevé (2007, Québec Amérique), les deux premiers romans de Stéphane Dompierre.Qu\u2019ils soient en couple ou non, la solitude semble être le lot commun de ces Québécois dans la quarantaine, baignant dans la misère sexuelle et existentielle, fantasmant sur les amies de leur blonde.Au cinéma.Le mirage, de Ricardo Trogi, abordait récemment les mêmes thèmes avec un dosage parfait d\u2019humour et de réalisme, sans évacuer le tragique de la situation.Dans Tromper Martine, on est plutôt dans un burlesque qui s\u2019assume.Impossible pour Nicolas de se reposer à Londres, devenue surpeuplée de quadragénaires déprimés?Direction Barcelone, où il aura une sorte de coup de foudre pour une Québécoise installée là-bas.Il reviendra à temps dans sa rassurante banlieue du nord de Montréal.À temps pour consta- II L\u2019adultère me semblait un risque inutile, une logistique complexe demandant beaucoup d\u2019efforts et de mensonges pour un orgasme d\u2019à peine quelques secondes )) Extrait de Tromper Martine ter que Martine arbore de nouveaux tatouages, une nouvelle coupe de cheveux, et passe beaucoup de temps en compagnie des membres de son équipe féminine de roller derby.Porté par son sens de la comédie efficace, sa maîtrise évidente du récit, Stéphane Dompierre en profite pour recycler (en plus de ses trois protagonistes masculins) quelques motifs de ses livres précédents: fantômes, sexualité, relations amoureuses.Mais l\u2019auteur de Tromper Martine semble voir des lesbiennes partout, plus encore que son héros, dindon de la farce de cette comédie amusante et grinçante qui préfère au final le rire à la réflexion.Une obsession un peu lourde qui, dans ce roman érotoma-niaque et un peu bédéesque, confine au cabotinage.Comme quoi de l\u2019humour de quadragénaire à la blague de «mononcle», il n\u2019y a qu\u2019un petit pas pour l\u2019homme.TROMPER MARTINE Stéphane Dompierre Québec Amérique Montréal, 2015, 238 pages POLAR Joseph Laflamme persiste et signe MICHEL BELAIR Aussi bien le dire tout de suite: je craque pour Joseph Laflamme.Et pas seulement parce qu\u2019il a réu,ssi à mettre la main sur Jack l\u2019Éven-treur (Jack), puis qu\u2019il a ensuite permis à son ami l\u2019inspecteur Marcel Arcand du Département de police de Montréal de tirer au clair une sombre affaire (Jeremiah, tous chez Libre Expression) impliquant le Ku Klux Klan et l\u2019assassin d\u2019Abraham Lincoln.Tout autant que les enquêtes échevelées que mène Laflamme sans que personne le lui demande, ce sont ses longues marches d\u2019est en ouest sur la rue Sainte-Catherine et ses courses en voiture à cheval dans les quartiers du Montréal de 1892 qui me font vibrer.Si vous ne le connaissez pas encore, sachez que Joseph Là-flamme est journaliste et qu\u2019il écrit à la pièce dans Le Canadien.C\u2019est en quelque sorte l\u2019ancêtre des journalistes d\u2019enquête d\u2019aujourd\u2019hui; il ne recule devant rien pour faire connaître la vérité et n\u2019hésite pas à s\u2019attaquer à des monuments, ses premières enquêtes l\u2019ont déjà démontré.Ici, il fera face à deux adversaires de taille.D\u2019un côté, le clergé catholique qui tente de cacher un scandale à caractère sexuel remontant à 1836, du temps où M®\u2019\u2019 Lartigue régnait à l\u2019évêché.Et de l\u2019autre, une bande de grands bourgeois dégénérés s\u2019octroyant tous les droits pour satisfaire leurs plus vils instincts.Rien de moins.Société secrète Tout s\u2019amorce de façon banale alors que le centre-ville eut été paralysé par un effondrement de la chaussée, rue Le Royer, près de Saint-Paul, causé par une canalisation crevée face à l\u2019ancien site de l\u2019Hô-tel-Dieu.Une calèche s\u2019y est engouffi'ée et, en creusant pour réparer l\u2019égout, les ouvriers mettent au jour des ossements.Arcand \u2014 qui traîne Laflamme avec lui en prétextant s\u2019assurer ainsi de la qualité de l\u2019Information qui sera de toute façon divulguée par les journaux \u2014 apprendra bientôt qu\u2019il s\u2019agit des restes de jeunes enfants littéralement jetés à l\u2019égout.Dur.Pourtant, ce n\u2019est que le début.Joseph Laflamme et son ami Arcand viennent en fait d\u2019ouvrir une boîte de Pandore, et bientôt, les cadavres vont s\u2019accumuler un peu partout à travers la ville.Avec l\u2019aide de McCreary, l\u2019ancien Inspecteur de Scotland Yard, Ils mettront à jour une histoire Impliquant des prêtres pédophiles et une sorte de société secrète très portée sur le sexe violent qui ne recule devant rien pour s\u2019assurer le silence de ses membres.Arcand et I^aflamme seront même personnellement visés et ne s\u2019en sortiront qu\u2019après y avoir laissé quelques plumes.Hervé Gagnon raconte tout cela sur le rythme Infernal qui est devenu sa signature.Ses personnages \u2014 même secondaires, comme la sœur et la fiancée de Laflamme \u2014 sont maintenant bien campés et on les découvre avec plaisir un peu plus crédibles à chaque enquête.Quant à son approche extrêmement vivante du Montréal de 1892, c\u2019est un des principaux attraits de la série.Mais 11 y a surtout que, même s\u2019ils s\u2019attaquent à des criminels hors du commun, I^aflamme et sa bande ne sont pas des superhéros.Il arrive aussi, comme dans la vraie vie, que la lourdeur de la réalité (cléricale, par exemple.) réussisse souvent ^ les rattraper quelque part.À qui maintenant Joseph Laflamme sera-t-11 confronté ?Collaborateur Le Devoir MARIA Une ENQUÊTE DE Joseph Laflamme Hervé Gagnon Libre Expression Montréal, 2015, 356 pages Vous êtes convié au lancement du roman I La petite B.de Gilles Jobidon Cilles lobidon La petite B.\t\tLe jeudi L'octobre 2015 \t\tde 17h30 à 19h30 \t\tà la librairie Alire, \t\tentrée porte P-6 \t\t /^.ire LIBRAIRIE INDÉPENDANTE AGRÉÉE Place Longueuil ;; 825, me Saint-Laurent Ouest, local 17, Longueuil (Québec) J4K2V1 www.librairie-alire.coni ;; 450679-8211 f3 Librairie Mire inc SERGE BILÉ ESCLAVE et BOURREAU L\u2019histoire incroyable de Mathieu Léveillé, esclave de Martinique devenu bourreau en Nouvelle-France SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2015 F 5 LIVRES L\u2019ECRIVAIN ET L\u2019ARGENT (2/4) Comment peut-on être un écrivain professionnel! Louis Hamelin AU XIX® siècle, Octave Crémazie, considéré comme le premier commentateur de notre institution littéraire, se montre déjà sensible aux réalités matérielles et commerciales de l\u2019écriture.Les écrivains locaux, note-t-il, sont voués à demeurer des «amateurs» tant que leur travail n\u2019est pas rémunéré.Crémazie parle aussi de la difficulté de trouver des lecteurs dans une «société d\u2019épiciers».Gaston Miron aimait bien citer la fameuse étude de l\u2019UNESCO qui concluait que pour faire vivre une culture nationale, un pays doit posséder, au minimum, douze millions d\u2019habitants.En dessous de ce plancher, on a le choix entre devenir de vrais provinciaux et puiser dans le trésor public.Il m\u2019est arrivé d\u2019entendre le même Miron affirmer que notre système étatique d\u2019octroi de bourses d\u2019écriture faussait le rapport des auteurs québécois à leur lectorat.Ce qui, par rapport aux forces du marché comme telles, est indéniable.Je suis un produit de ce système.Peu après la parution de mon premier roman, j\u2019ai reçu un prix, ensuite une bourse.J\u2019étais lancé, et je n\u2019ai plus jamais regardé.en avant.Jusqu\u2019à ce que je me réveille, des années plus tard, dans la fausse situation décrite par Miron.J\u2019étais connu, salué par la confrérie, célébré par la critique, mais le calcul annuel de mes droits d\u2019auteur rendait un autre son de cloche.Encore plus tard, il m\u2019arriverait de penser que si la littérature ne permettait pas, ici, de faire vivre une famille de deux enfants, ce n\u2019était pas moi qui avais un problème.C\u2019était la littérature.Une littérature qui, dans son propre marché intérieur, et au contraire de notre cinéma (depuis quelques années) et de la musique (depuis longtemps), est encore à la recherche de son public.«Sortez des cercles littéraires et vérifiez par vous-mêmes.Même chez ceux qui lisent beaucoup, et pas seulement des romans de gare ou des livres de plage, la littérature québécoise est malaimée, elle est le parent pauvre», écrit Mathieu Bélisle dans un numéro de L\u2019Inconvénient (2013).Quand on arrête un peu de se péter les PEDRO RUIZ LE DEVOIR François Barcelo est un rare exemple d\u2019un écrivain d\u2019ici acceptant de dévoiler, avec un total sans-gêne, le secret de ses finances personnelles.bretelles, on ne peut que tomber d\u2019accord.Écrire à temps perdu Ici comme ailleurs, il revient à l\u2019institution littéraire de se substituer à ce lectorat déficient pour faire vivre les écrivains.J\u2019ai entendu expliquer le grand nombre d\u2019auteurs qu\u2019on trouve chez nous par la création du réseau des cégeps à la fin des années 1960.Il va de soi que, entre les cours à préparer et les copies à corriger, l\u2019écrivain qui troque sa liberté de créateur contre un poste de professeur et qui veut éviter que son œuvre personnelle prenne le bord doit s\u2019imposer une stricte discipline.J\u2019aime bien repenser à ce prof d\u2019université dont on m\u2019a un jour décrit la routine : il écrivait sa page chaque matin aux premières lueurs, même en visite au chalet de ce couple d\u2019amis qui pouvaient le voir, assis dans son auto stationnée dans la cour à six heures du matin, se servant du volant en guise d\u2019écritoire.À ceux qui sont incapables d\u2019attendre les grandes vacances pour convoquer la Muse, ou de livrer le meilleur de leur âme après que les enfants sont couchés, ou qui sont seulement entêtés et désirent essayer de survivre en tant qu\u2019écrivains professionnels à plein temps, un choix de stratégies de diversification se présente: scénarisation, traduction, littérature pour la jeunesse, conférences dans les écoles, etc.Les piges de journalisme pourraient constituer une solution, mais l\u2019écrivain québécois ne peut que rêver à la sorte de contrats qui envoie un Jonathan Eranzen enquêter sur le massacre des oiseaux dans le bassin méditerranéen ou sur le réchauffement climatique dans les Andes pour le compte du National Geographic.Merci, chère UNESCO, de nous rappeler que nous n\u2019avons tout simplement pas ce genre de fric là au Québec, où l\u2019auteur de fiction, de toute façon, n\u2019est pas quelqu\u2019un de sérieux.Autre stratégie : chauffer la machine.La surproduction.Erançois Barcelo: «Si vous vous appelez François Barcelo et que votre dernier roman se vend à mille exemplaires à 15$, cela vous fait mille cinq cents dollars (canadiens, hélas).Cela explique peut-être que j\u2019en écrive deux ou trois par année.On vit beaucoup mieux avec cinq mille dollars qu\u2019avec quinze cents.» Dans Écrire en toute liberté (éditions Trois-Pistoles), petit livre aussi étonnant que désopilant, Barcelo offre le rare exemple d\u2019un écrivain d\u2019ici acceptant de dévoiler, avec un total sans-gêne, le secret de ses finances personnelles.Revenu annuel net en 2001 : environ quinze mille dollars.Avec certains avantages sociaux, tout de même, comme celui qui consiste à pouvoir travailler partout, y compris sur une plage mexicaine sauvage, à une demi-heure de marche du plus proche téléphone.Le modèle de l\u2019écrivain professionnel chez nous, c\u2019est le tâcheron, le bœuf de labour.Yves Thériault pondant sous pseudonyme, entre des travaux plus sérieux, ses petits romans de pharmacie brochés en série.VLB alimentant la «tivi» de ses livraisons hebdomadaires de feuilles de notaire couvertes d\u2019écriture cursive au stylo-feutre.Je manque de temps et de références pour esquisser ici ne serait-ce qu\u2019une brève histoire de l\u2019écrivain professionnel au Québec, mais je crois que quelque chose s\u2019est passé en 1980.Quelques années avant la réappropriation symbolique de l\u2019espace continental par le Volkswagen blues (Babel) de Jacques Poulin, sur le plan plus terre-à-terre de l\u2019économie éditoriale, Yves Beauchemin est devenu notre premier écrivain américain.Il n\u2019a peut-être pas d\u2019agent, mais il envoie le manuscrit du Matou (Québec Amérique) à plusieurs endroits, est accepté partout.Ensuite, nous dit la petite histoire, Beauchemin commence à négocier.Ce beau mot, négocier, suppose un rapport de forces qui est alors tout nouveau dans la littérature québécoise.Beauchemin traîne, encore aujourd\u2019hui, sa petite réputation, celle d\u2019un fier négociateur dont les demandes et les confortables avances effarouchent certains éditeurs, réputation qui, à elle seule, suffirait à me rendre l\u2019homme sympathique.Beauchemin, Marie Laberge, Arlette Cousture : dans la sphère économique, vous êtes nos vengeurs.Comme dit Barcelo : «Nos gouvernements acceptent de traiter les écrivains avec équité, mais à une condition: qu\u2019ils restent pauvres.» ROMAN FRANÇAIS Chômeuse diplômée GUYLAINE MASSOUTRE Le chômage touche les diplômés.Eatalement, la pauvreté devait inspirer.Sophie Divry s\u2019y est appliquée, dans ce «roman improvisé, interruptif et pas sérieux».C\u2019est un pamphlet, un camouflet ironique habillé de rouge, titré légèrement Quand le diable sortit de la salle de bain.C\u2019est drôle en commençant.A la première personne, elle raconte les tribulations sociales et quotidiennes d\u2019une écrivaine diplômée, tombant de la classe moyenne dans le néant des pauvres.Comment se loger, comment manger?Autour d\u2019elle, les mouches de l\u2019administration des programmes d\u2019aide à l\u2019emploi.Tracasseries, absurdités, elles font un nuage de vide.«Fichue littérature», maugréera sa mère.Qui aide qui, avant de devenir soi-même demandeur d\u2019emploi?C\u2019est la question angoissante, le constat de notre époque na- vrante.Vous fuyez?Mais quoi, dirait l\u2019héroine, vous jouez?Rivés sur vos écrans, vous reconnaissez «l\u2019activité bubbleshoote-ristique, qui exige de l\u2019attention mais interdit la pensée», pour «relâcher la morsure d\u2019angoisse infligée par ces salopards rapaces d\u2019EDF», vos factures du confort et de la modernité?Hoquets de rires et de larmes Dans la langue truffée des néologismes d\u2019Internet, le réel craque et fait des trous dans les estomacs.La normalité d\u2019hier?Disparue, aspirée au galop.Les gains sociaux ?Envolés.Les relations hommes-femmes?Essoufflées.Sauve qui peut, la solitude.Divry saisit nos clichés pour les passer à la moulinette rabelaisienne.Elle livre un fourre-tout social et linguistique tonique, où 35 écrivains sont invisiblement convoqués, affolants de noirceur et de drôlerie.Voyez Les mecs lourds ou le olivieri librairie Cf Bistro Au cœur de la société Mardi 6 octobre 19 h 00 y ¦a Entrée libre Réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro: 514 739-3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie avec D' Frédéric Saldmann Auteur du best-seller Le meilleur médicament, c\u2019est vous! et de Prenez votre santé en main ! publiés chez Albin Michel Animée par la journaliste Marie-Claude Lavallée Photo Philippe Matsas - Opale paternalisme lubrique (Robert Laffont) de Natasha Henry, cité à propos.Après un retour chaotique dans sa famille, la jeune Lyonnaise va cesser de se lamenter.Elle abandonne l\u2019idée que compétences égalent emploi, vaste foutaise économiste, et se jette dans la restauration.Quel milieu déprimant ! Mais l\u2019humour noir ne cache pas que des réalités de quart-monde se pointent à un horizon proche.AMELIE SIGNE LE CRIME PARFAIT Collaboratrice Le Devoir QUAND LE DIABLE SORTIT DE LA SALLE DE BAIN Sophie Divry Notabilia Paris, 2015, 306 pages Le fleuve « Exactement 70 pages remarquablement \u201cécrites\u201d, qui mêlent le Saint-Laurent, la famille, la mort, la beauté, la Côte-Nord, la petite enfance [.], la forêt, les mouches noires, le \u201cSud\u201d si doux [.], le deuil, la lumière.[.] Juste un roman, un vrai.» roman Marie-Christine Blais, La Presse MbuiMche « [.] [Une plume] fort joliment bercee par le vent du large et le rythme des saisons, baignée de neige et de lumière, et ce, malgré la cruelle morsure de la marée traîtresse et le trou noir d\u2019une absence qu\u2019on devine intime.» AMEUE Valerie Lessard.Le Droit b i n - m i c h e I.f r msvel9ppement lies entreiu-Ises cwttvrtflts Québec î^hôto ® Stéphane Haskell 514 524-5558 emeac@ emftac.com F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2015 LITTERATURE VOYAGES Plan Nord CHRISTIAN DESMEULES est Tun des nouveaux habits du nationalisme canadien : faire acte de présence dans les territoires fragiles et convoités de TArctique.Mais pour plusieurs, le passage du Nord-Ouest, route maritime qui relie les océans Atlantique et Pacifique tout au nord du Canada, est avant tout «l\u2019incarnation suprême de la destination rêvée».Kathleen Winter aurait sans doute continué à y rêver longtemps si elle n\u2019avait pas eu la chance de remplacer au pied levé un ami, Noah Richler, à titre d\u2019écrivain en résidence à bord d\u2019une croisière dans l\u2019Arctique entre le Groenland et le Nunavut.Encadrés par une brochette d\u2019experts accompagnateurs (ornithologues, anthropologues, géologues ou musiciens), ces voyages sélects de deux semaines coûtent une vraie petite fortune \u2014 mais on vous promet une réduction si vous apportez votre cornemuse.Vécu et cliché Dans Nord infini, récit de ces deux semaines en mer né dans le confort utérin d\u2019une petite cabine cachée dans les entrailles du navire, qu\u2019elle partageait avec l\u2019accompagnatrice studieuse d\u2019un groupe de touristes japonais, Kathleen Winter évoque la «quête ancienne» qui l\u2019a menée jusqu\u2019à ces latitudes septentrionales.Un récit qui se double également d\u2019un voyage intérieur peut-être plus intéressant, dans lequel se mêlent les souvenirs de son père venu au Canada chercher la liberté qui lui faisait défaut en Angleterre, et ceux de son enfance et de sa jeunesse à Terre-Neuve, où elle est arrivée à l\u2019âge de huit ans.De dégustation de cœur de phoque cru en rencontres rapides et forcément superficielles avec quelques Inuits, de soirées en compagnie des autres passagers où résonnent les accords de Dark Eyed Molly en séances de contemplation solitaires, l\u2019auteure d\u2019Annabel (Boréal, 2012), bien consciente de son privilège, se plie surtout ici à la «puissance électrisante» de l\u2019Arctique.Peu à peu, les frontières du récit s\u2019effacent tandis que se dessine sous les yeux du lecteur une géographie beaucoup plus intime.Un espace où le présent et le passé, le rêve et la réalité se confondent, où alternent les ruelles de Montréal, les rivages de Terre-Neuve ou ceux de l\u2019île du Roi-Guillaume.Un horizon sans limites où semblent apparaître les silhouettes floues des membres de l\u2019expédition malheureuse de John Franklin.«Même le mot \u201cNord\u201d, écrit-elle, commençait à se vider de sa substance: une fois qu\u2019on s\u2019y trouvait, ce territoire se transformait en autre chose, impossible à nommer, se suffisant à soi-même.» Un plan Nord qui se double d\u2019une exploration intérieure, menant à la découverte d\u2019un filon de vérité assaisonnée de sagesses autochtones : toute la terre est sacrée.Collaborateur Le Devoir NORD INFINI Kathleen Winter Traduit de l\u2019anglais par Sophie Voillot Boréal Montréal, 2015, 328 pages ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Dans Nord infini, Kathleen Winter évoque la « quête ancienne » qui l\u2019a menée jusqu\u2019aux latitudes septentrionales.BANDE DESSINEE Autopsie de la répression FABIEN DEGLISE En coréen, jiseul, ça veut dire pomme de terre, mais pour l\u2019auteur de bande dessinée francophile Keum Suk Gendry-Kim, ça veut également dire «mémoire», «horreur», «angoisse» et «exaction», dont elle trace admirablement les contours, tout en noir et en sombre, dans sa dernière création.L\u2019objet littéraire, qui s\u2019inspire du scénario du film du réalisateur O Muel, revient sur ce massacre, tristement passé à l\u2019histoire, de milliers de villageois de l\u2019île volcanique de Jeju, située au sud du pays, en marge du continent.C\u2019était à l\u2019été 1948.Le communisme était en train d\u2019y prendre racine.Les forces gouvernementales sud-coréennes ont envisagé la solution la plus radicale pour enrayer la chose, sous, le regard complaisant des Etats-Unis.Jiseul suit, sur plus de 250 pages, le destin brisé d\u2019un groupe de 120 personnes qui, sous la menace de l\u2019exécution sommaire et, surtout, dans le refus de l\u2019exil, va décider de se cacher dans une grotte, près de Seogwipo, au sud du mont Hallasan, en attendant que le fléau passe.Ils vont être confrontés au froid, à la faim, à la pomme de terre, mais également à leur humanité, à leurs contradictions, à la peur, aux abus, pendant les soixante jours qui vont repousser pour eux l\u2019inéluctable.L\u2019encre de chine \u2014 un choix judicieux fait par la bédéiste qui nous avait ravis en 2012 avec Le chant de mon père (Sarbacane) \u2014 donne à cette introspection au cœur de la résistance et des idéaux toute la densité qu\u2019il lui faut, mais également cette obscurité nécessaire pour évoquer la répression imposée à des citoyens On vd tou£ Cfcvtf loi lu , oommo S\\ ie fien n élail ' Calmt-lm Passt ¦ ^\u201c«31: Tu as lu.Baria 1= l'ai as(ct vu ruarrce ' , YVHNI XRRUE DE REGARDER EN L'AIR COMBE ÇA ON DIRAIT UN ATTARDE MENTAL I LA BOÎTE A BULLES Le dessin a le trait violent et le décor fiévreux dans la bande dessinée Mourir (ça n\u2019existe pas).ordinaires et sans histoire, avec cette absence totale de jugement et de mise en perspective, par un autre groupe d\u2019hommes ayant perdu leur humanité.Le drame se trame dans l\u2019épaisseur du trait, tout comme dans les échanges entre les fuyards, les rebelles, les victimes innocentes d\u2019un conflit se jouant forcément bien plus loin et bien plus haut que les terres arables où ils ne rêvaient que d\u2019une existence paisible.Un massacre lointain, oui, autant dans l\u2019espace comme dans le temps, mais qui rencontre facilement l\u2019actualité du moment, les persécutions qu\u2019elle raconte et l\u2019indifférence gênante qu\u2019elle peut également générer.Vertige de la mort Combien de générations dans une même famille peuvent être marquées par le drame de la guerre, ses abus et ses exils, qu\u2019elle impose, souvent?Voilà la question délicate que pose Théa Rojzman dans Mourir (ça n\u2019existe pas), récit torturé et torturant placé au cœur de la transmission d\u2019un traumatisme.L\u2019album est dans la course pour le prix Artémisia 2016, qui célèbre, chaque 9 janvier, jour de naissance de Simone de Beauvoir, un titre du 9® art écrit par une ou plusieurs femmes.Sous la couverture, on croise Yann, jeune homme troublé par son présent et qui replonge du coup dans les grandes lignes d\u2019une enfance soumise à une mère à qui la guerre, l\u2019abus, la fuite a un peu fait perdre la raison.«Moi, j\u2019ai réussi à me sauver, mais j\u2019ai tout vu et tout entendu.», dira-t-elle, comme pour justifier des perturbations visiblement héréditaires.Le dessin a le trait violent et le décor fiévreux pour porter cette psychanalyse vertigineuse toute en cases et en folie.Le personnage principal a de la vie qui semble lui sortir de la tête, dans une extension de sa chevelure.Il a également deux potes imaginaires qui, jusque-là, avaient un peu maintenu son équilibre, le tout dans une dominante de rouge, couleur pas forcément réputée pour porter en elle l\u2019espoir, mais qui sied parfaitement à cette autre bande dessinée coup-de-poing.Le Devoir JISEUL O Muel et Keum Suk Gendry-Kim Sarbacanes Paris, 2015, 264 pages MOURIR (ÇA N\u2019EXISTE PAS) Théa Rojzman La Boîte à Bulles Saint-Avertin, 2015, 96 pages VICTORIA SUITE DE LA PAGE F 1 enseignante, bergère, journaliste.Même si l\u2019écriture était un rêve d\u2019enfance, elle ne se sentait pas prête, pas assez mature.C\u2019est peu après la mort, il y a une dizaine d\u2019années, de sa grand-mère, qui lui avait fait promettre de s\u2019y mettre, que Catherine Leroux s\u2019est décidée.Elle se félicite d\u2019avoir attendu: «Exercerplusieurs métiers a été la meilleure chose qui pouvait m\u2019arri- 32® SALON DU LIVRE ANCIEN DE MONTRÉAL ver, bien plus que de faire un doctorat en littérature.Ça m\u2019a permis d\u2019avoir un regard multiple sur le monde, de changer d\u2019angle constamment.Quand on est serveuse, journaliste ou fermière, on ne voit pas le monde de la même façon.On n\u2019a pas les mêmes besoins, ni les mêmes quêtes.» Lorsqu\u2019on veut s\u2019approcher de la vérité, il faut parfois s\u2019en éloigner : c\u2019est ce qui la guide aujourd\u2019hui quand elle écrit.«Ce qui m\u2019intéressait, en l\u2019occurrence pour ce nouveau roman, ce n\u2019était pas seulement la véritable Madame Victoria, mais la vérité de sa solitude, de son anonymat, de sa mort.Ce n\u2019est pas d\u2019hier que ça touche des femmes d\u2019ici, d\u2019ailleurs, de tous les horizons, de toutes les cultures.» Enfin, au-delà de la mort anonyme comme telle, il lui importait d\u2019aborder la condi- Catherine Leroux en quatre dates 1979 Naissance à Rosemère, dans la banlieue nord de Montréal 2011 Publication de son premier roman, La marche en forêt, finaliste au Prix des libraires du Québec 2014\tPrix France-Québec pour Le mur mitoyen 2015\tParution en France de son roman Le mur mitoyen sous le titre Le guide des âmes perdues (Denoël) tion féminine sous l\u2019angle de l\u2019effacement.C\u2019est-à-dire «la façon dont nos sociétés parviennent à effacer les femmes, à travers la violence, l\u2019indifférence, à travers certaines inégalités et injustices qui continuent à exister aujourd\u2019hui».Quant au sort de la véritable Madame Victoria, Catherine Leroux ose croire qu\u2019on parviendra un jour à établir son identité.«Je ne sais pas si c\u2019est naïf ou si c\u2019est parce que j\u2019ai passé tellement de temps à réfléchir à tout ça, mais ça me semble impossible qu\u2019on n\u2019y arrive pas.Je sais que ce n\u2019est pas le premier cas de personne inconnue, qui demeure sans identité.Mais je continue de vouloir y croire.En ce sens, mon roman est un livre d\u2019espoir.» Collaboratrice Le Devoir MADAME VICTORIA Catherine Leroux Alto Québec, 2015, 208 pages Le livre sera en librairie le 29 septembre.' n ifi 13 ïï T 31 tE y Eric Côte La Photographie & le Livre Grand choix de livres anciens et rares, illustrés, premières éditions et belles reliures vieNt De paRaitRe Dossier Danger: impasse du progrès NUMÉRO 780 \u2022 OCTOBRE 2015 Les auteurs : Yves-Marie Abraham, Dany-Robert Dufour, Andrew Feenberg, Elena Lasida, Eric Martin, Jean Pichette, Pierre Rabhi, Jean-Claude Ravet SOIRÉE-LANCEMENT SORTIR DES IMPASSES DU PROGRÈS À QUÉBEC: LE 14 OCTOBRE À MONTRÉAL: LE 22 OCTOBRE DÉTAILS: Artiste invité : Christian Tiffet Sommaire détaillé et abonnement en ligne: www.revuerelations.qc.ca dangerŒ capitalisme révolution Les fausses promesses ae la technoscience Fin(s) du monde Les nuits sont enceintes Revenir à la vie Que veut dire conserver quand on est de jauche Nouveautés Carnet de Bernard Émond Chronique poétique «le Natasha Kanapé Fontain ^^SeT DE BERN^p ÉMOND de natasha kanapé fontaine LES 26 ET 27 SEPTEMBRE 2015 \u2022 Samedi : 12 h-18 h \u2022 Dimanche : 11 h-17 h ¦ LE DEVOIR LIBRE DE PENSER Université Concordia 1455 boulevard de Maisonneuve O Admission 6,00$ pour les 2 jours 6 NUMÉROS PAR ANNÉE, 48 PAGES Un an: 40$ Deux ans: 70$ À l'étranger (un an) : 55 $ Étudiant: 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) 514-397-8670 | abonnement@sodep.qc.ca SODEP (revue RELATIONS) CP.160, suce.Place d'Armes Montréal, Québec H2Y 3E9 EN KIOSQUES ET LIBRAIRIES 7,00$ EN VERSION NUMÉRIQUE 5,50$: VITRINE.ENTREPOTNUMERIQUE.COM Oui, je désire un abonnement de NOM an(s), au montant de ADRESSE VILLE CODE POSTAL TÉLÉPHONE ( .) Je paie par chèque à l'ordre de: SODEP (revue Relations) CH MasterCard ou Visa CH NUMÉRO DE LA CARTE |\t|\t|\t|\t| |\t|\t|\t|\t| |\t|\t|\t|\t| |\t|\t|\t|\t| EXPIRATION I I I AU NOM DE ___________________________________________________________ SIGNATURE LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2015 F 7 LIVRES HISTOIRE La Fayette, le rendez-vous manqué DAVE NOEL Figure marquante des révolutions américaine et française, le marquis de La Fayette aurait également pu être l\u2019homme d\u2019une troisième révolution.canadienne.L\u2019historien Jean-Pierre Bois évoque cette page d\u2019histoire méconnue dans La Fayette, une biographie nuancée à l\u2019image de cet aristocrate épris de liberté.Le marquis a 19 ans en 1777 lorsqu\u2019il quitte la France pour offrir ses services aux rebelles américains.«Il n\u2019est pas absurde de réduire le départ de La Fayette au coup d\u2019enthousiasme d\u2019un jeune homme riche et bien né, aspirant plus à sa propre liberté qu\u2019à celle de l\u2019Amérique», écrit son biographe.Cet officier inexpérimenté se démarque des autres aventuriers européens encombrant les rues de Philadelphie par son idéalisme, ses puissants contacts et son indépendance de fortune.Devenu le protégé du général George Washington, il obtient le commande- DOMAINE PUBLIC La Fayette représenté en 1792 par Joseph-Désiré Court ment de l\u2019armée devant chasser les Britanniques de la province de Québec.L\u2019expédition n\u2019aura pas lieu en dépit de l\u2019entrée en guerrç de la France aux côtés des Etats-Unis.Une seconde tentative sera interrompue par la paix de 1783.L\u2019inclassable marquis Au déclenchement de la guerre d\u2019indépendance américaine, la liberté est encore «une abstraction philosophique et morale» en France.A la fin du conflit, elle est devenue «un redoutable instrument politique dont La Fayette est l\u2019un des symboles», observe Bois.Nommé à la tête de la garde nationale au lendemain de la prise de la Bastille, le héros du Nouveau Monde se méfie toutefois du pouvoir de la rue, de cette «liberté des barricades ».«Monarchiste, il n\u2019est pas absolutiste.Républicain, il n\u2019est pas révolutionnaire.» Le père de la cocarde tricolore se cramponne au centre de l\u2019échiquier politique à une époque «où il n\u2019y a pas de milieu entre la liberté ou la mort».Accusé de trahison par les radicaux, il se résigne à l\u2019exil afin d\u2019échap- per à la guillotine.Sa carrière ne sera plus qu\u2019une suite d\u2019échecs et de déceptions.La déchéance française de La Fayette n\u2019a pas entamé sa popularité aux Etats-Unis où il effectue une tournée triomphale 10 ans avant sa mort.Son souvenir y demeure vivace, comme en témoigne le battage médiatique ayant entouré le passage sur leurs côtes d\u2019une reconstitution de son navire, L\u2019Hermione, à l\u2019été 2015.On dénombre aujourd\u2019hui une quarantaine de municipalités immortalisant le patronyme de La Fayette aux Etats-Unis.11 y en aurait sans doute quelques-unes au nord de la frontière si le Congrès américain avait donné au marquis les moyens de la franchir 20 ans après la bataille des plaines d\u2019Abraham.Le Devoir LAFAYETTE Jean-Pierre Bois Perrin Paris, 2015, 495 pages DROIT Oui au Québec, mais pourquoi?MICHEL LAPIERRE Après le résultat serré du référendum de 1995, Ottawa a demandé à la Cour suprême si le Québec pouvait procéder unilatéralement à sa «sécession» selon les droits canadien et international.La réponse stipule qu\u2019un oui «clairement exprimé» à une sécession appellerait des «négociations».Mais les juristes Frédéric Bérard et Stéphane Beaulac pensent que ces démarches risqueraient d\u2019échouer, carie Québec n\u2019est pas, pensent-ils, une colonie opprimée.Ils donnent une dure mais salutaire leçon aux souverainistes qui n\u2019ont pas la fibre tragique, comme l\u2019avaient, par exemple, Jacques Perron, Hubert Aquin ou Pierre Val-lières.Ces écrivains avaient hissé l\u2019oppression nationale au niveau d\u2019un mal protéiforme, changeant, de plus en plus complexe, subtil, obscur, insidieux.À l\u2019inverse, le Parti québécois voit trop souvent le mal dans le fédéralisme seul, système pourtant inoffensif en soi, parfois même de tendance progressiste, comme dans l\u2019Union européenne.Par son hésitation à donner de la nocivité de l\u2019héritage colonial britannique une analyse pénétrante et surtout actualisée, le PQ s\u2019est fait prendre à son propre jeu.Dans leur implacable essai Droit à l\u2019indépendance, Bérard et Beaulac exposent le bien-fondé juridique de l\u2019avis que la Cour suprême donna en 1998 lorsqu\u2019elle s\u2019inspira de la logique du fédéralisme en excluant un droit motivé par toute espèce de domination, même interprétée de la façon la plus moderne, la plus subliminale.S\u2019entendre Un passage péremptoire de l\u2019avis est particulièrement révélateur: «Le droit des peuples colonisés d\u2019exercer leur droit à l\u2019autodétermination en se détachant de la puissance \u201cimpériale\u201d est maintenant incontesté, mais il n\u2019est pas pertinent dans le présent renvoi.» Dans le cas d\u2019un référendum clair et positif, la Cour estime qu\u2019il s\u2019agirait simplement de la revendication de la rupture d\u2019un lien fédéral et qu\u2019au cours des négociations éventuelles avec tous les partenaires «les intérêts des autochtones seraient pris en compte».Les Amérindiens et les Inuits ont souffert d\u2019une domination héritée de l\u2019Empire britannique, au point où, le plus souvent anglicisés, ils ont vu leurs langues ancestrales dépérir.Mais ils pourraient ainsi devenir une des garanties juridiques de l\u2019interdiction faite au Québec, si les négociations échouaient, de devenir en Amérique, au nord du Mexique, le seul pays indépendant où la langue commune viable ne serait pas l\u2019anglais.Le juridisme ne tourne-t-il pas là au machiavélisme ?Pour éviter les écueils, le Québec et le Canada n\u2019auraient, selon Bérard et Beau-laç, qu\u2019à s\u2019entendre, comme l\u2019Ecosse et la Grande-Bretagne en 2014, pour organiser un référendum clair qui pourrait déboucher sur une incontestable indépendance.Mais Qttawa a-t-elle assez de maturité pour pratiquer le fair-play de la puissance européenne qui l\u2019a créée ?Collaborateur Le Devoir DROTFÀ L\u2019INDEPENDANCE Québec, IVIonténégro, Kosovo, Ecosse, Catalogne Frédéric Bérard et Stéphane Beaulac XYZ Montréal, 2005, 272pages Un portrait analytique des efforts consentis en matière de conception et d\u2019utilisation d\u2019indicateurs d\u2019adaptation aux changements climatiques en zones côtières.Adaptation aux CHANG[MENÏS CLIMAÏI11U[S Politiques publiques et indicateurs de suivi des progrès dans sept pays occidentaux Æ Presses de l'Université du Québec ADAPTATION AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES EN ZONES CÔTIÈRES Politiques publiques et indicateurs de suivi des progrès dans sept pays occidentaux Sous la direction de Moktar Lamari et Johann Lucas Jacob 2015 ISBN 978-2-7605-4366-9 4000$ PAPIER 2999$ PDF EPUB Plus de 1 400 livres à feuilleter \"I Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR PUQ.CA DROIT À L'INDÉPENDANCE QUÉBEC.MONTÉNÉGRO.KOSOVO.ÉCOSSL CATALOGNE La Vitrine Frank Smith KATRINA Isle de Jean Charles, Louisiane RECIT KATRINA Isle de Jean Charles, Louisiane Frank Smith Editions de l\u2019Attente Bordeaux, 2015, 127pages Connu comme écrivain, Frank Smith l\u2019est aussi en raison d\u2019une production d\u2019émissions littéraires originales à la radio française.Dans Katrina, il plonge au milieu d\u2019une langue désagrégée qui s\u2019accroche tant bien que mal aux terres de la Louisiane.Nous partons avec lui à l\u2019île de Jean Charles.Voici les bayous, de loin, de près, «espaces creux et compacts», ouverts au soleil de la langue de Smith, habitué comme pas un à jouer avec celles des autres, d\u2019en user, d\u2019en recoller les fragments pour constituer une œuvre inclassable.Au loin, le souvenir de l\u2019ouragan Katrina se profile et ne fait qu\u2019accentuer rinsularité de ce nfilieu particulier.«Il faut s\u2019gercer au lexique de l\u2019écart, de l\u2019éloignement, de la dispersion.» Lire Frank Smith m\u2019apparaît être un très bon exercice.Jean-François Nadeau LES VOIX DE COîVIPOSTELLE De saint Augustin à Jean-Christophe Rufin RECUEIL LES VOK DE COMPOSTELLE Présenté par Antoine de Baecque Omnibus Paris, 2015, 602 pages Qui aurait pu croire que la découverte «miraculeuse» \u2014 c\u2019est-à-dire largement inventée \u2014 du tombeau de Jacques le Majeur, au début du XL siècle en Galicie espagnole, donnerait naissance à un tel torrent de sueur et d\u2019encre ?Après Jérusalem et Rome, le pèlerinage à Saint-Jacques-de-ComposteUe est rapidement devenu l\u2019un des plus fréquentés du monde chrétien.Classés par le Conseil de l\u2019Europe en 1987 à titre de «premier itinéraire culturel», les divers chemins qui mènent à ComposteUe connaissent de nos jours une fréquentation qui doit bien plus à un effet de mode, ü faut le dire, qu\u2019à un réel sursaut de spiritualité.De Saint-Augustin à Jean-Christophe Rufin, d\u2019Aimery Picaud à Bunuel ou Alix de Saint-André, naviguant entre l\u2019esprit de sérieux, la subversion érotique et l\u2019ironie, Antoine de Baecque a choisi et réuni dans Les voix de ComposteUe quelques dizaines de récits ou de témoignages qui illustrent au bout du compte la nouvelle réalité du pèlerinage à ComposteUe : un véritable «triomphe pédestre».Christian Desmeules T Nouveau roman TROMP® MAiînf TROMPER MARTINE STÉPHANE DOMPIERRE Les dérives de l'homme en couple.en apparence heureux, fidèle et comblé.Soyez prévenus: ce n'est pas tout rose.Canada Conseil des arts Canada CoundI du Canada for the Arts SODEC Québec ! QuébecAmérique quebec-amerique.com ?915 F 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2015 ESSAIS De la ferveur indépendantiste au brouillard national Louis CORNELLIER O Admirateur du général de Gaulle et de Jaçques Parizeau, riiistorien Eric Bédard, à qui Ton doit notamment L\u2019histoire du Québec pour les nuis (First, 2012, nouvellement réédité), n\u2019a jamais caché ses convictions indépendantistes.Penseur ouvertement conservateur qui se définit, dans son essai Recours aux sources (Boréal, 2011), comme «un héritier reconnaissant, solidaire des femmes et des hommes qui ont fait ce pays» depuis ses tout débuts et pas seulement depuis 1960, Bédard voit l\u2019indépendance du Québec comme une affaire d\u2019honneur, de dignité, de liberté et de fidélité à rhistoire.Pour lui, qui se situe au centre droit du spectre idéologique (valeurs traditionnelles, capitalisme à papa), rendre l\u2019appui à la souveraineté conditionnel à d\u2019éventuels bénéfices économiques ou à un projet de société de droite ou de gauche est une méprise.«L\u2019indépendance du Québec, écrit-il à raison dans Années de ferveur, est un enjeu strictement politique qui renvoie à la question du régime.Il ne s\u2019agit pas, en premier lieu, de savoir comment on distribuera la richesse au lendemain d\u2019un Oui, mais de déterminer quel peuple exercera la souveraineté et prendra les décisions finales [sic].» L\u2019incompréhension de ce principe de base, que martelaient en leur temps les Bourgault et Fa-lardeau, continue, malheureusement, de diviser les forces souverainistes.Il y a vingt ans, déjà armq de ces convictions, l\u2019étudiant Eric Bédard, à titre de président du Comité national des jeunes du Parti québécois (PQ), s\u2019engageait avec fougue dans la campagne référendaire de 1995.Issu d\u2019une famille de nationalistes bleus qui trouvaient logique d\u2019être passés de Duplessis à René Lévesque, Bédard était devenu indépendantiste en suivant son cours d\u2019histoire de 4® secondaire.Il avait eu, alors, au contact de la pensée de rhistorien Maurice Séguin, la révélation que «notre peuple n\u2019était pas maître de ses choix» et que «son sort dépendait du ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour Eric Bédard, rendre l\u2019appui à la souveraineté conditionnel à d\u2019éventuels bénéfices économiques ou à un projet de société de droite ou de gauche est une méprise.bon vouloir d\u2019un autre peuple, majoritaire».Jeunesse militante Captivant et parfois émouvant récit de sa jeunesse militante.Années de ferveur.1987-1995 raconte un parcours personnel qui éclaire un grand moment collectif.Dans le style classique, c\u2019est-à-dire limpide et élégant, auquel il nous a habitués, Bédard livre un témoignage politique, intellectuel et existentiel qui rend avec force l\u2019intensité du moment référendaire de 1995 et qui incite à la réflexion sur l\u2019état actuel de l\u2019idée indépendantiste et sur son avenir.En 1988, Bédard, étudiant au cégep de Maisonneuve, assiste à un discours de Jacques Parizeau.Il est conquis par le «grand homme» et adhère avec enthousiasme au PQ, même si le projet indépendantiste, alors, n\u2019a pas la cote dans les sondages.Volontariste, Bédard, qui appartient à la génération X, qu\u2019on dit désenchantée, voit dans l\u2019indépendance «une grande cause politique» à même de conjurer la résignation de la jeunesse du temps.«C\u2019est dans le mouvement indépendantiste que favais trouvé ce supplément d\u2019âme, cette transcendance qui donnait un sens profond à mon existence», écrit rhistorien.Motivé par ses profondes convictions et, confesse-t-il, enivré par les responsabilités que lui confie le PQ, Bédard milite ardemment, fait du porte-à-porte, livre des discours, participe à des débats télévisés et se donne sans compter à la cause, au point de négliger, il le regrette aujourd\u2019hui, sa vie amoureuse et familiale.La courte victoire du PQ, à l\u2019élection du 12 septembre 1994, le déçoit, mais la détermination de Parizeau, qui prépare un référendum décisif sur une souveraineté non conditionnelle à une entente avec le Canada, le réconforte.Aussi, quand Lucien Bouchard se pointe dans le portrait, en avril 1995, avec son insistance sur un nouveau partenariat, Bédard est inquiet.L\u2019entente du 12 juin, entre le PQ, le Bloc et l\u2019Action démocratique, sur la souveraineté-partenariat sera, pour lui, une leçon politique.Nécessaire, reconnaît-il, la pureté doctrinale doit savoir s\u2019allier à la souplesse, dans un souci d\u2019efficacité politique.Après l\u2019échec Le revers du 30 octobre 1995 sera douloureux pour Bédard, comme pour tous les souverainistes.«En l\u2019espace de quelques semaines, écrit-il, yh m\u2019étais transformé en \u201cexilé de l\u2019intérieur\u201d, ferrais sans but dans les rues de Montréal, seul ou avec Christine [sa blonde de l\u2019époque].Un ressort s\u2019était brisé.» Nous sommes nombreux à partager un semblable souvenir.Et maintenant?«Pour dire vrai, depuis le 7 avril 2014, je suis dans le brouillard le plus complet», confie Bédard.L\u2019indépendance, constate à regret rhistorien, cet «acte de liberté, légitime en lui-même et pour lui-même, sans partenariat ni projet de société, ni de gauche ni de droite, cette indépen-dance-là n\u2019interpelle qu\u2019une minorité de Québécois», n\u2019emballe plus les jeunes comme avant et est délaissée par les membres de la génération X, celle de Bédard et la mienne.Dans ces conditions, continue l\u2019historien qui refuse de renoncer à son rêve de jeunesse, «les indépendantistes seront placés devant un choix difficile: conserver leur idéal intact mais se cantonner dans l\u2019opposition, ou se fédérer avec d\u2019autres forces politiques qui n\u2019acceptent pas d\u2019être dirigées par des trudeauistes pour les prochains vingt ans».Or, où sont ces autres forces ?Bédard, dans le morose épilogue de son énergique et passionnant témoignage, tente de se consoler en cultivant l\u2019espoir que les Québécois de demain, si on leur enseigne l\u2019histoire, «souhaiteront, eux aussi, assurer la continuité du monde».Etant donné l\u2019état actuel de l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, ce n\u2019est pas rassurant.louisco@sympatico.ca ANNÉES DE FERVEUR 1987-1995 Éric Bédard Boréal Montréal, 2015, 232 pages La Vitrine FEMINISME LES ANTIFÉMINISMES Analyse d\u2019un discours RÉACTIONNAIRE Sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri Remue-ménage Montréal, 2015,180 pages Le féminisme dérange et, par conséquent, suscite des réactions parfois courroucées.On l\u2019accuse de menacer l\u2019ordre divin ou naturel, de fragiliser la masculinité, mais aussi, paradoxalement, d\u2019être inefficace et de nuire aux femmes.«L\u2019antiféminisme, écrivent Lamoureux et Dupuis-Déri, relève d\u2019une logique plus précise que la misogynie, puisqu\u2019il ne vise pas toutes les femmes, mais particulièrement celles qui espèrent l\u2019émancipation.» Cet ouvrage collectif analyse avec un brio militant cette rhétorique dans ses diverses expressions, d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, afin de mieux la combattre.Il montre principalement que ce discours, qui se plaît à valoriser la féminité traditionnelle pour mieux accuser le féminisme de la pervertir, ne vise, en fait, comme le note Francine Descar-ries, qu\u2019à «contrer les avancées des femmes dans les différents domaines de la vie sociale».Louis Cornellier SOCIETE LES BOOMERS SONT-ILS COUPABLES?Doit-on vraiment souhaiter qu\u2019ils CRÈVENT?Gaétan Bélanger M éditeur Saint-foseph-du-Lac, 2015,144 pages Même s\u2019il se fait moins tapageur que dans les années 1990, le discours antiboomers continue de sévir dans les rangs de la droite économique québécoise.Selon cette vulgate, les baby-boomers (nés, grosso modo, entre 1946 et 1965) seraient égoïstes, auraient tout pris, coûteraient cher en soins de santé, détiendraient de grosses pensions de retraite et nuiraient à la bonne marche de l\u2019économie en s\u2019accrochant à un modèle social-démocrate ruineux.En 2005, par exemple, le conférencier Alain Samson se faisait le porte-parole de cette thèse, dans son essai Les boomers finiront bien par crever (Transcontinental).Romancier et boomer, Gaétan Bélanger montre la bêtise de ce discours, dans un petit essai réfutatif bien mené.Les généralisations générationnelles, explique-t-il, sont absurdes.Le véritable enjeu, hier comme aujourd\u2019hui, reste celui des injustices entre classes et non entre générations.Comme l\u2019écrit l\u2019économiste Thomas Piketty, cité par Bélanger, «contrairement à une idée répandue, la guerre des âges n\u2019a pas remplacé la guerre des classes».Ce livre a le mérite de discréditer une mauvaise croisade de droite.Louis Cornellier SOCIETE QUÉBÉCOISE DE LA SCHIZOPHRÉNIE De l'information pour comprendre,^ du soutien et de l'entraide pour mieux vivre.514 251.4000 poste 3400 1 866 888.2323 www.schizophrenie.qc.ca info@schizophrenie.qc.ca La schizophrénie est la maladie la plus invalidante chez les jeunes AMANITA VIROSA Un roman qui suscite la controverse POUR Capable de se montrer aussi cru qu\u2019hypersensible.Martine Desjardins, L\u2019actualité Un roman construit comme un suspense.Un jeune auteur bien ancré dans sa génération.Patricia Tadros, Radio-Canada Anarchisme, cynisme, romantisme, voyeurisme.Un auteur à suivre qui n\u2019est pas sans rappeler Michel Houeiiebecq.Jean-Roch Villemaire Librairie Archambault Un immense bras d\u2019honneur à la décadence ambiante.Roman-miroir d\u2019une époque qui « veut toujours en voir plus».Monique Roy, Châtelaine Alexandre SOUBLIÈRE AMANITA VIROSA IV V 4k 4 Rom ui\tBoreal 312 pages \u2022 25,95$ PDF et ePub : 18,99$ ALEXANDRE SOUBLIÈRE Boréal www.editionsboreal.qc.ca CONTRE Une dose indigeste et presque létale de romantisme noir dégoulinant de pathos.Christian Desmeules Le Devoir Un roman versant dans l\u2019action et l\u2019intrigue, aux faux airs de superproduction hollywoodienne.Sylvain Sarrazin La Presse On reste de marbre face aux situations mises en scène.Valérie Lessard Le Droit "]
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