Le devoir, 7 novembre 2015, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F » LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 NOVEMBRE 2015 PEDRO RUIZ LE DEVOIR Benjamin Sioui est-il Valter ego de son auteur?Quoi qu\u2019il en soit, les deux nous font entrer de plain-pied dans la Santeria, cette espèce de vaudou cubain.POLAR Les enquêtes et mythologies de Benjamin Sioui L\u2019inspecteur, après dix ans de (presque) silence, refait surface.à Cuba! MICHEL BELAIR Sous le soleil exactement, la silhouette de Benoît Bouthillette se fond dans l\u2019ocre de cet après-midi d\u2019automne.Le romancier, père de Benjamin Sioui \u2014 l\u2019enquêteur très spécial de la Sûreté du Québec (SQ) aux origines amérindiennes \u2014, a donné rendez-vous au Devoir à Compton, en Estrie, au milieu des vergers qui émiettent leurs dernières feuilles dans l\u2019air ambiant Pour parler de L\u2019heure sans ombre, ce gros roman de plus de 500 pages qui met fin aux dix ans de silence (ou presque) de Sioui.Appuyé sur des piliers de lumière aveuglants, le ciel de ce glorieux jour d\u2019octobre dessine un décor idéal pour aborder le parcours atypique de Bouthillette et de son personnage.Alter ego ?Le «milieu» montréalais a vu apparaître le sourire du blond Bouthillette au comptoir de l\u2019Usine C, où il a dirigé la billetterie avant de devenir pendant plusieurs années le bras droit de la grande patronne, Danièle de Fontenay (le patron de Sioui à la SQ est un certain Daniel de Fontenoy.).Il s\u2019est ensuite occupé de programmation à la Société des arts technologiques (SAT) durant quatre années et on l\u2019a vu aussi traficoter dans des maisons d\u2019édition montréalaises (Bagnole, Goélette, La courte échelle) où il a publié quelques romans jeunesse avant de s\u2019installer pour de bon à Compton il y a maintenant trois ans, près du verger du Gros Pierre.Petit détail important, Bouthillette agit aussi depuis quelques années comme «directeur littéraire free-lance» pour Martin Michaud.C\u2019est dans La trace de l\u2019escargot publié en 2005 aux éditions JCL \u2014 prix Saint-Pacôme du roman policier la même année \u2014 qu\u2019est apparu le personnage atypique, on l\u2019a dit, de Benjamin Sioui.Le brillant enquêteur a une formation de sé- miologue et d\u2019archiviste, mais surtout une affection toute particulière pour la poudre blanche \u2014 qui lui permet «de faire fonctionner ses neurones» \u2014, la musique techno, la littérature et l\u2019art contemporain.Après La trace de l\u2019escargot, Bouthillette l\u2019a maintenu en vie pendant dix ans dans quelques trop rares nouvelles publiées dans Alibis, Moebius, Le Devoir et dans le recueil Crimes à la librairie paru l\u2019an dernier.Pourquoi avoir attendu si longtemps?«Parce que, répond Bouthillette, je souhaitais écrire une histoire que j\u2019étais le seul à pouvoir raconter.et que je n\u2019arrivais pas à l\u2019écrire comme je voulais.D\u2019où je voulais, plutôt; c\u2019est-à-dire en laissant Benjamin Sioui être Benjamin Sioui sans que Bouthillette intervienne constamment En fait, en terminant La trace.il y a dix ans, j\u2019avais déjà écrit le début de La somme du cheval [le titre général de la série de deux romans dont L\u2019heure sans ombre est la pre- mière partie].150pages.Mais ce n\u2019était pas ça.J\u2019ai tout repris il y a sept ans et j\u2019ai réécrit les mêmes 150 pages.pour recommencer il y a quatre ans sans que je sois encore satisfait du résultat.Puis je suis reparti pour Cuba en janvier 2013, bien décidé à vivre ce séjour comme Sioui l\u2019aurait vécu.Et ça a marché cette fois!» Mythologies Car cette surprenante histoire se déroule, oui, tout entière à Cuba.«Je voulais rendre hommage à une société vraiment différente, contrainte mais libre, précise l\u2019auteur.Cuba, c\u2019est le pays de la langueur, de la musique et du métissage.C\u2019est d\u2019ailleurs un roman qui met en scène des extrémistes qui sont prêts à tout pour mettre fin au métissage et revenir au faux concept de \u201cpureté originelle \u201d» Belle façon de souligner que L\u2019heure sans ombre vient se placer dans une mouvance tout à VOIR PAGE F 5 ENQUÊTES Michel Tremblay clôt sa Diaspora des Desrosiers Page F 3 Deux nouveaux romans de fin du monde Page F 4 CONTRE-CULTURE Mainmise sur nos hippies JEAN-FRANÇOIS NADEAU AU Québec, à peu près entre 1967 et 1978, un mouvement en forte opposition à une culture domipante court sous diverses formes.A travers la musique, les arts et la littérature, les adeptes de la contre-culture québécoise en appellent à la réalisation immédiate de rêves, en opposition autant à un ordre moral austère d\u2019inspiration catholique qu\u2019à une culture de la consommation qui triomphe dans l\u2019après-guerre.«Cette période légendaire québécoise», écrit Anithe de Carvalho dans Art rebelle et contre-culture, correspond au temps fort de \\\u2019« underground» au Québec.Jean-Philippe Warren et Andrée Fortin, dans Pratiques et discours de la contre-culture au Québec, proposent pour leur part un panorama des idées qui ont cours à ce moment.Très peu d\u2019études avaient été consacrées jusqu\u2019ici à cette période pourtant foisonnante.Pourtant, le magazine MamwAe (1970-1978), «organe québécois du rock international, de la pensée magique, et du gay sça-voir», à lui seul mériterait qu\u2019on s\u2019y attarde.On peut en attendant en potasser avec plaisir les numéros numérisés à mainmise.ca.Au Devoir, j\u2019ai été accueilli et j\u2019ai travaillé pendant une bonne décennie avec Michel Bélair, un ancien pilier de Mainmise.Comme le racontent Fortin et Warren, Bélair était passé du journalisme à l\u2019élevage de moutons en Gaspésie avant de partir pour la Californie, alors sanctuaire paradisiaque de la contre-culture.Les Georges Khal, Raôul Duguay, Raymond Cloutier et Pierre Maheu comptent au nombre des figures les plus en vue du mouvement d\u2019un Québec qui chantonne les airs d\u2019Harmonium et des Séguin.Mais le mentor de Michel Bélair fut plutôt Jean Basile, journaliste lui aussi, romancier, critique.Pendant dix ans, j\u2019ai entendu assez souvent Michel VOIR PAGE F 6 MAINMISE U a\\T\\mi>e2^ éi04p«fM É l\u2022livI\u2022ducolo^(2} é pénélop* et sa gang lit baba^anKlaasâmontréal lif l'unnwi«,qu*ct'ca que cast?MAINMISE CA F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE NOVEMBRE 2015 LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Déraillements Exploration juvénile d\u2019une errance existentielle CHRISTIAN DESMEULES r Etudiant en lettres à l\u2019université, Léo Rivière travaille à temps partiel dans une Maison de la presse de Montréal.11 cherche mollement un sujet pour son mémoire de maîtrise et hranle dans le manche, pour l\u2019heure, entre Proust et Céline.Mais l\u2019hésitation du narrateur de Tabagie ne s\u2019arrête pas là.11 lui arrive de tergiverser aussi sur le plan sentimental, écartelé entre les quelques filles, le plus souvent interchangeables, qui parviennent à capter vraiment son attention.Une nouvelle collègue maghrébine?Karine, l\u2019ex-copine d\u2019un de ses amis?La belle NataliaTabako-vic, qui apparaît et disparaît, avec qui il entretient plus sérieusement une relation à la fois compliquée et platonique?«Impossible de dire si c\u2019est ma blonde ou ma maîtresse, puisqu\u2019elle persiste à repousser tous mes élans possessijs.» Le 2® roman de François Racine, qui paraît tout juste un an après Truculence (Québec Amérique, 2014), s\u2019attarde pour l\u2019essentiel aux interactions du protagoniste avec ses deux colocataires et nous livre en somme la chronique de sa vie stagnante \u2014 amoureuse, étudiante ou professionnelle.S\u2019écrire en Sol Lisant par-dessus son épaule les portraits au vitriol que Léo Rivière fait de certains des clients qui fréquentent la tabagie (extrait qui correspond au début du roman), Natalia l\u2019encourage à poursuivre \u2014 une pirouette narrative proustienne prévisible.Avec tout le détachement sentimental dont il est capable, s\u2019il écrit, c\u2019est peut-être avant tout pour faire la chronique superficielle de sa «tite-vie plate dont tout le monde se câlice».Roman à l\u2019écriture très orale {Truculence était aussi pour l\u2019essentiel composé de dialogues), tout le caractère de la prose de François Racine semble reposer sur une série de jeux de mots pas très heureux: «salaire minime-homme », «insomnuits», «ausoird\u2019hui», «anguille sous cloche», «coloca-mis».On notera aussi la référence à Marc Favreau (à travers son personnage de Sol), à qui il emprunte à répétition son « estradinaire ».Une drôle de propension à la naïveté qui fait tache avec le cynisme affiché du narrateur de Tabagie.Au terme d\u2019une récupération gratuite et spectaculaire de la réalité, la catastrophe amoureuse de Léo et de Natalia trouvera son apothéose \u2014 ou bien sa solution \u2014 dans la catastrophe de Lac-Mégantic.C\u2019est en quelque sorte l\u2019apogée superficiel et dérisoire de cette longue exploration juvénile d\u2019une errance existentielle.Laissons, tenez, le mot de la fin à l\u2019auteur du Voyage au bout de la nuit: «Ils sont seulement jeunes à la façon des furoncles à cause du pus qui leur fait mal en dedans et qui les gonfle.» Collaborateur Le Devoir TABAGIE François Racine Québec Amérique Montréal, 2015, 368 pages La faute à Natalia, chez qui je passe une nuit sur deux, et c\u2019est chaque fois une nuit blanche en ténèbres, elk est brouillée pour toujours avec le sommeil, elk n\u2019essaye même plus de se coucher, elk dit qu\u2019elk sieste k jour, en mon absence, mais fai des doutes làrdessus Y} Extrait de Tabagie Citrouille fils de la Sainte « La grande Antonine Maillet poursuit son œuvre imposante avec Citrouille, fits de la Sainte.» Cynthia Brisson, Les libraires « Antonine Maillet, véritable magicienne des mots, utilise quantité d'expressions acadiennes [.] et les fait danser, de la façon la plus naturelle du Marie-France Bornais, Le Journal de Québec THEATRE Colporteur de vie Le Citrouille d\u2019Antonine Maillet en sait peu, mais trouve le moyen de tout éclairer LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Dans la constellation créée par Antonine Maillet, le personnage du quêteux n\u2019est jamais loin.Libéré des attaches quotidiennes, il apporte sa lumière à qui prend la peine de s\u2019y attarder, au détour d\u2019une phrase qui a souvent le tour de dessiller le regard d\u2019un coup sec.Le faire resurgir sur scène, paré des couleurs solaires d\u2019une étoffe magnifiée par le temps dans Citrouille, fils de la Sainte, relevait presque de l\u2019évidence.Destiné à semer sur son chemin «les graines du doute et du questionnement».Citrouille n\u2019a sa place nulle part, mais réussit à faire son chemin partout; invisible, sa voix porte jusqu\u2019au cœur.11 occupe sans peine toute la scène avec son imaginaire foisonnant et sa langue déliée, qui n\u2019a rien à envier à celle de La Sagouine (BQ), femme-monument s\u2019il en est une.Les parentés avec l\u2019œuvre maîtresse de la romancière acadienne sont d\u2019ailleurs légion.Jeu de miroirs Comme la pauvresse qui disserte en frottant les planchers.Citrouille a la langue bien pendue.Tout comme elle, il est d\u2019une autre époque que le temps n\u2019a pas réussi «à ternir, assourdir ni cailler».Et à sa manière, il en sait peu, mais trouve le moyen de tout éclairer.11 occupera même, pendant un temps, un emploi, celui de juanitor, qui permettra à la romancière de lui glisser dans la bouche une réplique qu\u2019on dirait tout droit sortie des lèvres de sa célèbre trotteuse: «Le vécu, c\u2019est-y quand je Iqve ou quand je frotte?» A force de voir surgir les parallèles entre les deux pièces que plus de quatre décennies séparent pourtant on s\u2019amuse à en tisser d\u2019autres, plus personnels, non sans relever dans cet Antonine Maillet exercice de style, sinon un peu de paresse, assurément un certain confort de la plume qui s\u2019enfonce ici dans des sillons maintes fois creusés, spécialement dans son rapport quelque peu usé à la religion ou à la loterie.Qn note, mais on ne s\u2019agace pas vraiment, parce que la manière reste tout aussi vive.Avec une couche de sens de plus, celle de l\u2019auteure parlant de sa propre création dans un jeu de miroirs qui constitue peut-être le point le plus fort de cette pièce.Car Citrouille, qui n\u2019a point d\u2019oreille ni d\u2019instruction ou de culture, sait plonger au fond de ses tripes, jusque dans l\u2019inconscient duquel il tire son monde.Les passages où il décrit la création de son chien sont d\u2019ailleurs parmi les plus réjouissants.En faisant alors jouer les Pygmalion à son Citrouille, l\u2019écrivaine, joueuse, semble superposer sa propre voix: «On sait jamais comment son personnage va tourner, même un chien.Drès que tu l\u2019as inventé, que tu y as baillé la vie, t\u2019en es plus maître, t\u2019as beau y hucher par la tête, y fait ce qu\u2019il entend et entend faire ce qu\u2019y veut.A dire le vrai, c\u2019est lui qui mène.Pensez à n\u2019importe quel cartoon, n\u2019importe quel Tit-Coq ou Robinhood ou, ouais, même la Sagouine.» Citrouille offre ici une belle allégorie de la création, moins mystique que tripative dans le sens le plus strict de l\u2019expression de Jacques Langui-rand.Une vision au surplus pétrie de modestie, ce qui ne gâte rien.«Je peux pas dire que je t\u2019ai inventé, on invente rien, on trouve, découvre ce qui existe déjà.[.] Même les savants inventeurs [.] inventent rien d\u2019autre [.] que du FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR déjà-là en pièces détachées dans la nature.» Si cette pièce mérite pleinement sa place dans la cosmogonie d\u2019Antonine Maillet, elle n\u2019en arrive pas moins fortifiée par une œuvre qui a atteint sa pleine maturité.Le lecteur qui renoue avec cet univers en pardonnera aisément les quelques accents surannés et raccourcis de facilité.Les autres devront travailler un peu plus fort pour en goûter toutes les subtilités, mises en beauté par une langue toujours aussi truculente où percent des phrases d\u2019une fulgurante poésie.Le Devoir CITROUILLE, FILS DE LA SAINTE Antonine Maillet Leméac Montréal, 2015, 109 pages f\tf LITTERATURE QUEBECOISE Fertile flux de folie CHRISTIAN DESMEULES Daniel, un écrivain invité , dans un festival littéraire en Ecosse, doit prononcer une conférence sur la paix remplie de «tristes détails» au cours d\u2019une sorte de banquet inaugural.Lui qui a pris du retard dans l\u2019écriture de «son interminable livre».Les étranges années, y parlera-t-il de ces deux fillettes du Proche-Qrient éprouvées par le destin, l\u2019une menacée d\u2019expulsion, l\u2019autre dont l\u2019école a été bombardée?Dans sa chambre d\u2019hôtel, l\u2019homme à la sensibilité à fleur de peau, déjà croisé auparavant dans l\u2019œuvre récente de Marie-Claire Blais, est assailli de rêves, de souvenirs et de visions.Le festin au crépuscule est le 8® titre d\u2019une vaste fresque romanesque ininterrompue inaugurée avec Soifs en 1995 (Prix littéraire du Gouverneur général), prolongée ensuite avec Dans la foudre et la lumière (2001), jusqu\u2019au plus récent Aux jardins des Acacias, paru il y a tout juste un an (tous chez Boréal).Au milieu de décors éthé-rés, l\u2019auteure pose une dense narration polyphonique faite d\u2019une succession de monologues, comme pour faire obstacle aux violences du monde contemporain que sont le racisme, la prostitution, la drogue, les sévices sexuels, la solitude, les,guerres.A ces malheurs du monde répond une cosmogonie complexe et chorale, faite d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants, d\u2019artistes et de démunis, de travestis et de olivîeri Librairie & Bistro Au cœur de la littérature Mercredi 11 novembre 18 h 00 514 524-5558 lemeac@lemeac.eom /~\\\tEa E3 Q- QuebecEaEa ® sCRILCQ CENTRE DE RECHERCHE INTERUNIVERSITAIRE SUR LA LITTÉRATURE ET LA CULTURE QUÉBÉCOISES Entrée libre Réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Rencontre d\u2019écrivains du CRILCQ Paroles souterraines Causerie avec Alice Michaud-Lapointe Auteure de Titre de transport (Héliotrope, 2014), un recueil de 21 histoires qui dressent un portrait bigarré de Montréal et de son métro.Alice Michaud-Lapointe contribue à des blogs littéraires et culturels et fait partie du comité de rédaction du magazine Spirale.Animée par Martine-Emmanuelle Lapointe persécutés, de malades, de migrants et de vaincus, autant de marginaux en tous genres auxquels l\u2019écrivaine a souvent donné vie auparavant.Un chœur En esprit, donc, Daniel verra défiler comme des ombres un certain nombre de personnages, qui affluent comme une drogue vers son cerveau ramolli par la fatigue du voyage.Augustino, le fils fantôme évanoui, écrivain lui aussi, révolté et provocateur.Ari, un sculpteur.Rodrigo, le poète du Brésil et son ami d\u2019autrefois.Son fils Samuel, chorégraphe.Mais tout aussi bien Petites Cendres ou Fleur.Cette reprise du même et de l\u2019identique par l\u2019écrivaine de 76 ans commence à prendre des airs de logorrhée.A tel point qu\u2019on pourrait presque faire un co-pier-coller d\u2019une critique précédente \u2014 en y ajoutant un peu de lassitude \u2014 pour rendre compte de ce nouveau tourbillon de voix «de toutes les révoltes» et de silhouettes fantomatiques porté par une narration froide et un peu stroboscopique.Des voix un peu à l\u2019identique, laminées par une tonalité monotone et c incantatoire qui prend toute la place, et par de longues phrases sans aspérités.Qn a un peu l\u2019impression, par moments, de regarder un film sans le son, et d\u2019être l\u2019observateur distant de dialogues et de gesticulations dont on arrive difficilement à faire sens.Pour l\u2019essentiel, si Le festin au crépuscule se distingue des autres titres du cycle de Marie-Claire Blais, c\u2019est par son hommage rendu au rôle des artistes dans le monde, por- ______ teurs d\u2019une parole en voie de disparition.CRËPUSCULeI Ainsi, l\u2019écriture pour Daniel est-elle une f «façon de choisir la folie sans être tout à '\tfait fou».Et l\u2019écrivain, une sorte de témoin inspiré, un voyant, ig j.5ig serait de foudroyer tous les ennemis des arts, l\u2019ignorance, le fanatisme et l\u2019intolérance.C\u2019est peut-être la pâle couleur qui distingue ce titre sombre de ses romans précédents.Collaborateur Le Devoir LE FESTIN AU CREPUSCULE Marie-Claire Blais Boréal Montréal, 2015, 296 pages PRATIQUES ET DISCOURS DE LA CONTRECULTURE AU QUÉBEC Jean-Philippe Warren et Andrée Fortin LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 NOVEMBRE 2015 F 3 LITTERATURE La Vitrine ALBUM MÉTIER COMMERÇANT 1952-1977 Claudine Marcoux Les Publications du Québec Québec, 2015,209 pages Il fut un temps où les magasins étaient des lieux de socialisation.C\u2019était avant le commerce en ligne en solitaire et la livraison prochaine de nos achats par des drones.Avec Métier commerçant (1852-1977), la journaliste Claudine Marcoux reconstitue l\u2019ambiance bigarrée des marchés québécois d\u2019antan à travers plus de 200 photographies.Ces clichés illustrent l\u2019âge d\u2019or du magasin général de la fin du XrX'^ siècle avec ses étagères bien garnies.Ils évoquent également l\u2019arrivée des grands magasins richement décorés où les clients peuvent errer pendant des heures.Magasiner, c\u2019est voir et être vu.En témoigne l\u2019élégance de ces femmes en manteau de fourrure immortalisées sur pellicule dans le quotidien d\u2019une société de consommation émergente.Au hasard des rayons, notre regard s\u2019arrête sur une «vue» des «5-10-15», ces commerces bas de gamme offrant des produits pour 15 sous et moins.Cet univers sera emporté dans la seconde moitié du XX'\" siècle par les centres commerciaux dont la froideur assourdissante et la médiocrité architecturale nous sont épargnées par l\u2019auteure.Comment ne pas être nostalgique ?Dave Noël UN CANADA lERIUUsirSUR LE .SENTIER DE LA GUERRE PAMPHLET UN CANADA ERRANT SUR LE SENTIER DE LA GUERRE Martin Forgues Poètes de brousse (Essai libre) Montréal, 2015, 68 pages Si vous cherchez encore des raisons de vous réjouir de la défaite électorale de Stephen Harper, ce livre vous en fournira une.Œuvre de Martin Forgues, ancien soldat de l\u2019armée canadienne devenu journaliste indépendant et auteur de L\u2019af-ghanicide (VLB, 2014), ce pamphlet dénonce sans ménagement le militarisme totalement inefficace des années Harper.Après des interventions calamiteuses en Afghanistan et en Libye, écrit Forgues, le Canada a fait l\u2019erreur ^e s\u2019engager en Irak et en Syrie pour combattre le groupe Etat islamique «en empruntant une stratégie calquée sur les échecs passés».Du même élan, le pays vend pour des milliards de dollars d\u2019armes à l\u2019Arabie Saoudite, un régime totalitaire.Le Canada, conclut Forgues, participe ainsi au racket de la guerre, déstabilise des régions fragiles, sème la mort et n\u2019améliore en rien la sécurité nationale.Difficile de donner tort à l\u2019exsoldat.On aurait aimé, toutefois, qu\u2019il propose quelques pistes de solution au nouveau gouvernement Trudeau, notamment quant à,la manière de contrer les ravages bien réels du groupe Etat islamique.Louis Cornellier rran^cis Roca Soiinké du grand fleuve REEDITION SOLINKE DU GRAND ELEUVE Anne Jonas Albin Michel/Panda poche Paris, 2015, 40 pages «C\u2019était il y a très longtemps, au temps où les crocodiles parlaient, au temps où les pierres chantaient et où, le plus souvent, les hommes se taisaient.Le monde chuchotait.» C\u2019est dans ce calme et cette quiétude que commence la réédition format poche d\u2019un récit flamboyant illustré par le très grand François Roca \u2014 Jesus Betz (Seuil, 2001) ; Le jardin de Max et Gardenia (Albin Michel, 2008).Au cœur d\u2019une petite, si petite île «que l\u2019on pouvait en faire le tour entre le lever et le coucher» vit Soiinké, seul avec son père depuis la mort de sa mère, et ce, jusqu\u2019à ce que celui-ci disparaisse à son tour en mer.Pour seule bouée, le jeune garçon s\u2019accroche au ciel où brillent désormais deux étoiles, phares au milieu de sa solitude.La luminosité des tableaux de Roca se lie à la poésie de Jonas et offre un très rare et très bel album, d\u2019abord publié, version album, en 1996.Les couleurs et les angles de vue, passant de la chaleur de l\u2019île à la froideur du départ, battent au rythme du héros.Le détachement et l\u2019exil sont au cœur de cette histoire vibrante qui nous transporte là où l\u2019espoir existe encore.Du très grand art.Marie Fradette LIBRAIRIE ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 Bonheur d'occasion Librairie GALERIE ESPACE LOCATIF DISPONIBLE Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire Jbut embrasser Michel Tremblay clôt de façon magistrale la Diaspora des Desrosiers Danielle Laurin epuis La traversée du continent, en 2007, le ravissement opéré par l\u2019œuvre romanesque de Tremblay s\u2019est ravivé.Ce premier volet de la saga des Desrosiers, qui mettait en scène la petite Nana quittant les champs de maïs de la Saskatchewan pour entreprendre une longue traversée vers Montréal, était pur délice.Dans le neuvième et dernier volet de la série, La traversée du malheur, Nana est déjà la grosse femme qu\u2019on a vue enceinte dans le premier tome de l\u2019autre volet romanesque de l\u2019auteur, celui des Chroniques du Plateau Mont-Royal, entrepris en 1978.Mais l\u2019alter ego de la mère de Michel Tremblay n\u2019est pas encore enceinte de son petit dernier.On va comprendre ce qui s\u2019est passé juste avant sa grossesse.Et pourquoi elle a voulu un autre enfant, à l\u2019âge de 39 ans.Un grand malheur s\u2019est abattu sur elle, et malgré la tendresse de son bon Gabriel de mari, les crises de larmes se multiplient.Même si sa douleur à elle est intolérable, elle n\u2019est pas la seule à vivre un drame.Tous les personnages qui l\u2019entourent, ceux qu\u2019on a découverts dans le théâtre et dans les romans précédents de Tremblay et qui ont fini par nous habiter complètement, vivent un grand dérangement.La cristallisation de La traversée du malheur s\u2019opère autour d\u2019un déménagement.Nous sommes en 1941.C\u2019est la guerre dans les Vieux Pays.Une guerre qui a (Jes retombées bien au-delà.À Montréal comme ailleurs, on vit dans la restriction et dans «la peur d\u2019apprendre, ça arrive tous les jours, que les hommes partis défendre la France ou l\u2019Angleterre ne reviendront pas».Comme le dira Albertine, La Traversée du malheur.belle-sœur de Nana: «C\u2019est la guerre pour nous autres aussi, même si la guerre est ben loin de nous autres.» Elle-même a vu son mari partir pour aller se battre de l\u2019autre côté l\u2019océan.Elle ne s\u2019en plaint pas, remarquez.Se trouve même mieux, loin de cet homme «banal et borné» qui lui a laissé deux enfants sur les bras.«Elle reçoit un chèque du gouvernement canadien chaque mois, l\u2019encaisse et ne s\u2019ennuie pas du tout de son mari.» Bon débarras ! Fin de tragédie Les temps sont durs pour tout le monde.Les tickets de rationnement sont vite épuisés dans les familles.La pauvreté sévit.Des enfants meurent faute de médicaments : ils ont été réquisitionnés pour les soldats blessés.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019a lieu le déménagement.Pas moyen de faire autrement que de se serrer les coudes en partageant les dépenses au sein de la famille élargie.Ils seront neuf à vivre entassés dans le même logement, sur la rue Fabre : Albertine la malcommode, sa tornade de fille Thérèse et Mar-çel, son bébé bleu ; Edouard, le vendeur de souliers (alias la Duchesse de Langeais), et Victoire, sa mère «fatiquée»; Nana, Gabriel et leurs deux garçons.Manque de lits, manque de place, manque d\u2019intimité.Mauvais caractères qui s\u2019enflamment, et parfois mauvaise grâce.C\u2019est autour des désagréments quotidiens engendrés par cette cohabitation forcée que se déploie l\u2019action du récit qui s\u2019étend sur quelques mois.Mais c\u2019est en dessous que ça se passe vraiment.Ou plutôt derrière le brouhaha incessant, l\u2019agitation première.Derrière les rires un peu forcés et l\u2019art de la diversion qu\u2019ils partagent à peu près tous.Car, oui, chacun à sa manière souffre à l\u2019intérieur.Et cette souffrance qu\u2019explore avec tout son talent de tragédien l\u2019auteur de 73 ans.Chacun a sa scène, en quelque sorte.S\u2019ouvre tour à tour.©Gaspard-IB DEVOIR LMARÈS RANG Du 26 octobre au 1® novembre 2015 ,\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois I H Ceux qui restent Marie Laberge/Québec-Amérique -/I 2 Faims Patrick Senécal/Alire 1/2 3 L\u2019épicerie Sansoucy ?Tome 3 La maison des.Ricbard Gougeon/Les Éditeurs réunis 3/2 4 Petite mort a Venise\tFrancine Ruel/Libre Expression\t-/I 5 [amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 1 1939.\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t2/4 6 II était une fois a Montréal \u2022 Tome 1 Notre union\tMichel Langlois/Hurtubise\t6/2 7 La traversée du malbeu\tMichel Tremblay/Leméac\t4/2 8 Les maisons\tEanny Britt/Cheval d\u2019août\t-/I 9 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 11916\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t5/3 10 La femme qui fuit\tAnais Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles\t7/3 Romans étrangers\t\t il Macabre retour\tKathy Reichs/Robert Laffont\t1/3 2 Millénium \u2022 Tome 4 Ce qui ne me tue pas\tDavid Lagercrantz/Actes Sud\t2/10 3 Famille parfaite\tUsa Gardner/Albin Michel\t-/I 4 Revival\tStephen King/Albin Michel\t-/I 5 La fille du tram\tPaula Hawkins/Sonatine\t4/23 6 Le livre des Baltimore\tJoël Dicker/Eallois\t3/4 7 Amours scandaleuses\tSylvia Day/Elammarion Ouébec\t7/2 8 Seul sur Mars\tAndy Weir/Milady\t8/6 9 La nuit de feu\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t6/8 10 After*Tome5L\u2019éternité\tAnna Todd/Homme\t10/2 Essais québécois\t\t il Treize verbes pour vivre\tMarie Laberge/Ouébec-Amérique\t-/I 2 Rendez a ces arbres ce qui appartient a ces.\tBoucar Diouf/La Presse\t1/4 3 Foglia l\u2019Insolent\tMarc-Erançois Bernier/Édito\t2/6 4 La médiocratie\tAlain Deneault/Lux\t3/4 5 Le petit Hébert La politique canadienne expliquée.\tChantal Hébert/Rogers\t4/2 6 Octobre 1995.Tous les espoirs, tous les chagrins\tJean-Erançois Lisée/ Ouébec-Amérique\t-/I 7 Le grand retour\tJohn Saul/Boréal\t7/4 8 Ces valeurs dont on parle si peu\tJacques Grand\u2019Maison/Carte blanche\t6/4 9 Les libéraux n\u2019aiment pas les femmes\tAurélie Lanctôt/Lux\t5/4 10 Djibad.ca.Loups solitaires, cellules dormantes.\tEabrice de Pierrebourg | Vincent Larouche/La Presse\t10/11 Essais étrangers\t\t il Sable mouvant.Fragments de ma vie\tHenning Mankell/Seuil\t1/3 2 Sapiens.Une breve histoire de l\u2019humanité\tYuval Noah Harari/Albin Michel\t2/3 3 Lettres a mes petits-enfants\tDavid Suzuki/Boréal\t4/7 4 Balade avec Épicure\tDaniel Klein/Michel Lafon\t7/7 5 Du bonheur.Un voyage philosophique\tErédéric Lenoir/Eayard\t3/37 6 Un monde d\u2019inégalités.L\u2019état du monde 2016\tCollectif/Découverte\t5/3 7 La 6e extinction.Comment l\u2019homme détruit la vie\tElizabeth Kolbert/Guy Saint-Jean\t6/8 8 La fin de l\u2019homme rouge\tSvetlana Alexievitch/Actes Sud\t-/I 9 Dieu, les affaires et nous\tJean d\u2019Ormesson/Robert Laffont\t-/I 10 Conversations d\u2019un enfant du siecle\tErédéric Beigbeder/Grasset\t-/I 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Basparil sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Basparilel est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Baspanl © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite Michel Tremblay momentanément, le temps d\u2019un coup de pinceau de maître, la porte de leurs secrets, de leur passé tourmenté, de leur culpabilité, de leurs fissures.Ils craquent tous d\u2019une façon ou de l\u2019autre.Même les autres membres du clan de Nana ou du clan de Gabriel ne sont pas épargnés.Deuil, maladie.Très prenant.Et très noir tout ça.Mais voilà, s\u2019ils craquent, c\u2019est peut-être pour mieux repartir?On peut le souhaiter, pour certains en tout cas.La fin le laisse penser.La fin qui n\u2019est pas une vraie fin, on le sait.Les chroniques du Plateau Mont-Royal sont là pour le prouver.Justement.Tremblay réussit un exploit romanesque avec cette Traversée du malheur où s\u2019entrechoquent dialogues et monologues intérieurs au fil d\u2019un récit qui ANNJK MH DE CARUFEL LE DEVOLR nous laisse sans répit.En mettant le point final à sa saga des Desrosiers, il parvient à faire des liens révélateurs, fondateurs, avec son cycle des Chroniques.Le passé éclaire par le fait même l\u2019avenir.La boucle est bouclée avec ce 25^^ roman de Tremblay.Tout se tient.Tout est en place pour La grosse femme d\u2019à côté est enceinte: près d\u2019une année aura passé depuis le déménagement cathartique.Même si, en réalité, c\u2019est plus de 35 ans qui se sont écoulés depuis la sortie de ce livre phare.Collaboratrice Le Devoir LA TRAVERSÉE DU MALHEUR Michel Tremblay Leméac/Actes Sud Montréal, 2015, 232pages U '\t'PL m .\u2022MÉPk^JlLtL AN \u2019¦ > yy.* Mort-Terrain Prix France-Québec 2015 Leméac Éditeur offre ses félicitations à Biz, lauréat du prix France-Québec 2015 pour le roman Mort-Terrain. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 NOVEMBRE 2015 LITTERATURE ROMAN CANADIEN No future (pour vrai) DOMINIC TARDIF There\u2019s no future, no future, no future for you », hurlait Johnny Rotten des Sex Pistols en 1977.Le refrain tenait autant de la prophétie glauque, de l\u2019analyse socioéconomique que du slogan publicitaire, mais peu importe, sa génération comme le punk connaîtraient hel et bien un futur.Question hypothétique : comment réagit-on lorsque la fin du monde qu\u2019appellent de leurs vœux tous les groupes au son desquels nous aimons nous défoncer la gueule survient pour vrai?11 y a de moins en moins de nourriture pas grugée par les vers, de moins en moins d\u2019alcool non périmé, de moins en moins de drogue pure dans le Toronto à\u2019Avant que tout s\u2019effondre, premier roman de la poète, performeuse et spécialiste du punk canadien Liz Worth.Les ténèbres noyautent la ville.«On a su que c\u2019était vraiment La Fin quand les feux ont cessé de se limiter au fond de nos gorges et que les fantômes ont franchi les frontières de la nuit», observe Ang, seule miraculée d\u2019un pacte de suicide ayant décimé Valium, groupe punk fictif 4ont elle fréquentait le leader.A cette petite apocalypse intime succède donc ce grand mal aux contours flous, qui gagne du terrain partout.Et pourtant, le troupeau de squatteurs avec lequel elle erre maintenant s\u2019accroche, lui.Les drop-outs à t-shirts troués, éternellement aux abois, ont plus d\u2019expérience que quiconque en matière de survivance.Que reste-t-il à faire, en attenant la fin de La Fin ?Dissoudre sur sa langue des capsules de «grayline» (mélange de poudre de champignons magiques et de cendres humaines), maigrir à vue d\u2019œil et tenter de trouver quelque part un peu de chaleur \u2014 même les dealers se contentent désormais d\u2019échanger leurs produits contre un câlin.Autre activité au programme : vomir, vomir et vomir \u2014 Liz Worth écrit ici certaines des scènes de vomissements les plus poétiques possible.Pulsions de mort et de vie Dystopie aux parfums âcres de sueur et de sang croûtés.Avant que tout s\u2019effondre ne trouve pas dans la culture punk que son décor ; le roman y emprunte son romantisme SHAWN NOLAN Liz Worth désespéré, sa furie rougeoyante, son amour absolu pour le déséquilibre constant.Les nombreuses ruptures de ton qui rythment le roman s\u2019apparentent davantage cependant aux secousses du postrock, et infligent souvent au lecteur un fiévreux vertige, semblable à celui qui foudroie Ang lorsque les effets du «grayline» la torpillent.Cette narration plutôt schizophrénique peut ainsi piquer une tête dans l\u2019onirisme des mondes où Ang aboutit lorsque son ventre vide la tenaille avant, dans le paragraphe suivant, de zoomer sans pudeur aucune sur les déjections qui, partout, jonchent le sol.«Cam dit toujours que les drogues ralentissent le temps parce qu\u2019elles nous rapprochent de la mort, et plus t\u2019es près de la mort, plus tout ralentit.Le temps ne s\u2019accélère que lorsque t\u2019es le plus vivant.D\u2019après cette logique, on sera morts d\u2019une minute à l\u2019autre», observe Ang.Nous n\u2019avions certainement pas besoin de Liz Worth pour nous rappeler que pulsions de mort et pulsions de f vie occupent les deux C faces d\u2019une même médaille, comme nous n\u2019avions plus vraiment besoin de nouvelles chansons punk après le séisme du fondateur Never Mind the Bollocks des Sex Pistols.Pourquoi lire Avant que tout s\u2019effondre! Parce que le punk est affaire d\u2019incandescence.Parce que ça chauffe fort.Collaborateur Le Devoir AVANT QUE TOUT S\u2019EFFONDRE Liz Worth Traduit de l\u2019anglais par Sophie Cardinal-Corriveau XYZ Montréal, 2015, 262 pages X Vestibule Le livre inachevé de l\u2019orgueil des rats « Auteur exceptionnel et dramaturge marquant, René-Daniel Dubois s\u2019est lancé dans une œuvre magistrale avec le deuxième tome du Livre inachevé de i'orgueil des rats - Vestibule.Cette histoire, qu\u2019il a commencé à écrire il y a trente-cinq ans, invite les lecteurs dans un récit qui brouille les frontières des époques et de l\u2019espace.» Marie-France Bornais, Le Journal de Montréal LITTERATURE FRANCOPHONE L\u2019islamisation forcée Fin des Lumières.Fin de la critique et de l\u2019autocritique.Fin de la pensée.Fin des libertés.Retour de l\u2019obscurantisme religieux.C\u2019est l\u2019islamisation forcée.La voix du romancier algérien Boualem Sansal, qui raconte cela, rejoint celle de ses compatriotes qui écrivent en français.GUYLAINE MASSOUTRE Boualem Sansal, avec 2084, un roman où le sacré est devenu pure criminalité politique, s\u2019inscrit, même sans avoir eu le Concourt pour lequel il était pressenti, auprès des Kamel Daoud (Meursault, contre-enquête, Actes Sud, 2014) et Sdim Bachi {Le chien d\u2019Ulysse, Gallimard, 2001), des Mohammed Dib (Grand Prix de l\u2019Académie française), Kateb Yacine, Assia Djebar (membre de cette Académie), Rachid Boudjedra, Yasmina Khadra et autres Maïssa Bey qui figurent parmi les grands noms de la littérature francophone algérienne.Sansal n\u2019est pas des moindres.2048, septième roman de celui qui fut un ingénieur, puis un haut fonctionnaire d\u2019Etat, sortira bientôt en arabe.Mais prix ou pas, le statut d\u2019écrivain français de Sansal soulève de virulentes prises de position dans son pays, l\u2019Algérie, où il vit.Y compris des menaces de mort, qui plombent la lecture.C\u2019est d\u2019ores et déjà un immense succès éditorial, journalistique et commercial.2084 est un roman allégorique noir, l\u2019histoire d\u2019une communauté religieuse sous une dictature nommée Abistan.Cette fourmilière s\u2019inspire du fameux 1984 d\u2019Qrwell (Folio), publié en 1949.La religion y est reine, le lavage de cerveau intégral.Yôlah est Dieu, Abi son Délégué, la Juste Fraternité gouverne.Les pratiques et les lois islamistes, à peine déguisées, sont suivies à la lettre.Justice, mœurs, identité, tout étouffe sous le voile noir.Un livre nécessaire Sansal écrit dans l\u2019actualité.Qu\u2019on pense à Soumission (Flammarion, 2015) de Houel-lebecq, qui décrit une univer- FRANÇOIS GUILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE Prix ou pas, le statut d\u2019écrivain français de Boualem Sansal soulève de virulentes prises de position dans son pays, l\u2019Algérie, où il vit.sité française fictive, corrompue par l\u2019argent saoudien et les élites complices de la nouvelle foi.Celui-ci a imaginé, avec force sarcasmes et rires, une pratique modérée de l\u2019islamisation à l\u2019occidentale, touchant toutes les mœurs, les lois, la vie des femmes et les contenus éducatifs et idéologiques.Qu\u2019on lise Boussole (Actes Sud, 2015) de Mathias Enard, à l\u2019opposé, qui vante une grande histoire de partages entre l\u2019Qccident et l\u2019Qrient, un libre-échange des cultures, forcément métissées, des hommes, des œuvres et des idées \u2014 vision paisible d\u2019un Sarajevo étendu, comme au temps de la cohabitation harmonieuse des religions.Le point fort de Sansal, dans 2084, est moins l\u2019originalité que l\u2019expérience, double, littéraire et algérienne.C\u2019est un ouvrage très bien construit (comme l\u2019est celui de Houelle-becq), à la différence du foisonnant Boussole.2084 est une histoire claire et très accessible, sans l\u2019ironie insolente de Houellebecq ni le baroquisme généreux d\u2019Enard.Une force obsessionnelle et courageuse, déployant l\u2019anti-utopie, sa logique de perte et la désillusion.La fin du monde Tel en est le sous-titre, digne d\u2019un essai, point final.Le livre est apocalyptique, dans une langue superbe.Toutefois, le roman de Sansal n\u2019a pas la hardiesse posthumaniste d\u2019un Vo-lodine, romancier inégalé {Terminus radieux, Seuil, 2014), qui a bâti un univers parallèle à la dictature soviétique en y intégrant plusieurs dimensions artistiques, esthétiques, ludiques et culturelles.2084 est une satire qui avance lentement, prévisible comme Sartre en son temps.L\u2019engagement fexige: «L\u2019Ancien Monde avait cessé d\u2019exister et le nouveau, l\u2019Abistan, ouvrait son règne éternel sur la planète.» Ce roman à thèse signe l\u2019échec du partage humain consécutif à l\u2019ouverture des marchés.Comme si, devant la domination des biens matériels, celle de la réduction mentale allait de pair.A chaque instance de dictature son triomphe.Ce roman sans affects, sans délire lyrique, se penche donc sur ce qui arrivera nécessairement aux peuples islamisés et homogénéisés à l\u2019échelle d\u2019une génération.Ce retour du réel, sous le clash d\u2019une religion grotesque avec ses lois aussi terrifiantes qu\u2019imbéciles, de convictions qu\u2019on pensait éteintes et de cruauté pure envers les femmes, et, pour tous, cet effet boomerang de régression, suivi de révolte, frappe les esprits atterrés par la violence barbare.Replis identitaires Après l\u2019appel à la guerre sainte, chrétienne, d\u2019un Richard Millet, solidaire d\u2019un Liban maronite \u2014 dans Dévorations (Gallimard, 2006) \u2014 et davantage, on assiste à une mise en écho idéologique des problèmes soulevés en janvier 2014 à Charlie Hebdo.Un monde coupé des autres.Cette frontière-là existe.Succès pour 2084 d\u2019un côté de la Méditerranée, lectures autres en Algérie.Jean-Marie Laclavetine, l\u2019éditeur chez Gallimard, a souligné, à juste titre, que 2084 est d\u2019abord un roman fidèle à l\u2019écriture de Sansal.Entre la dévotion triomphante des islamistes et la dystopie des martyrs, la société algérienne renoncera-t-elle au «meilleur des mondes», pour parodier Qrwell?Sansal, dont la vie en Kabylie a été ravagée par l\u2019islamisme, est sûr du pire.Collaboratrice Le Devoir 2084 La FIN DU MONDE Boualem Sansal Gallimard Paris, 2015, 274 pages ROMANS 1999-2011 Boualem Sansal Gallimard (Quarto) Paris, 2015, 1232 pages RECIT L\u2019expérience personnelle du reporter de guerre Revenir au Rwanda, interroger des jeunes, vingt ans après le génocide GUYLAINE MASSOUTRE Ils sont âgés de 16 à 23 ans.Ils sont Rwandais, tourmentés, affligés par de terribles traumas.L\u2019oubli est impossible.Ils ont du mal à parler du génocide, qu\u2019ils l\u2019aient connu ou pas.Ils sont «avoisinants».Qn ne leur a jamais demandé ce qu\u2019ils pensaient de leurs pères : ceux-ci sont Hutus, emprisonnés, et ils se connaissent peu.Pourtant ils les aiment.Ils craignent ce qu\u2019on dit d\u2019eux.Alors ils osent en parler à Jean Hatz-feld, qui signe pour eux Un papa de sang.Fabiola et Fabrice sont issus d\u2019une famille de grands tueurs.Ils s\u2019entraident, sans jamais parler de leur père.Le silence est tombé.Maintenant, les communautés ethniques vivent ensemble.Silence sur le génocide, même en famille.Nadine est née d\u2019un viol; elle parle de sa naissance «malsaine» et «dégoûtante», dit-elle.Elle est reconnaissante à sa mère, Claudine, qui Promotion à l'achat de trois livres de rabais* rabais* de rabais * Du 7 au 29 novembre 2015 ^Rabais à partir du prix courant et ne peut être jumelé à toute autre promotion.Livres en stock seulement, à l'exception des livres scolaires et d'informatique.le Parchemin Société de développement des entrepr/séî culturelles 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec Hï a été emmenée comme esclave sexuelle au Congo, de l\u2019avoir chérie au lieu de s\u2019en débarrasser.Claudine parle aussi, à demi-mot.Écrivain au Rwanda Hatzfeld a été reporter de guerre, à Sarajevo, au Rwanda, ce qui lui a valu le prix Rys-zard Kapuscinski, en 2009.Mordu de vérité et d\u2019écoute lente, il témoigne de l\u2019enfance des jeunes Rwandais, de moments extrêmes.Au-delà du reportage, il a choisi de vivre près d\u2019eux en écrivain, sans chercher à vérifier les dires.Vingt ans après le génocide, le voici sur les lieux de la haine, retrouvant des gens.Dans le village où il s\u2019ancre, il questionne les rescapés, les enfants des tueurs, ceux dont les pères sont souvent en prison.Voici aussi les femmes et leur étrange acceptation de ces hommes.Au-delà du village, dans les marais, 50 000 Tutsis ont été hachés, sept jours sur sept, par leurs concitoyens hutus pendant quatre ans.La parole personnelle émerge du document.Ce n\u2019est celle ni de l\u2019école, ni des églises évangéliques et autres chapelles, ni ce qu\u2019on dit dans les fêtes de jeunes ou les commémorations.Hutus tueurs.Tutsis martyrs, leurs enfants cherchent comment passer à autre chose et vivre la réconciliation officielle, imposée pour la paix, avec leurs troubles profonds.Une situation unique Aucun génocide ne se ressemble, dit-il.Le baroudeur Hatzfeld, né des illusions de Mai 68 sur les routes du Tibet, a milité en usine ; journaliste, il a connu Israël et la Palestine, la Pologne, la Roumanie et toute l\u2019Europe orientale, pendant et après le socialisme.Kaboul.Nyamata.11 approfondit, explore le silence, écrit.Une saison de machettes (Seuil) lui valait le prix Femina en 2003, La stratégie des antilopes (Seuil) le Médicis en 2007.Au Rwanda, les rescapés sont sortis des marais; puis les tueurs sont revenus d\u2019exil purger leurs actes.Hatzfeld a noué des amitiés, attachement ou curiosité professionnelle.11 voit des jeunes vivre hors ethnies, d\u2019autres avec la rage au cœur, tous en reconstruction fragile.Impossible d\u2019éviter l\u2019inconsolable.Sauf Sandra, ils ne pensent pas pardonner ni oublier l\u2019irréparable.Aimer l\u2019autre, non; le côtoyer, oui, c\u2019est possible, oui, vivre ensemble ; parler librement, c\u2019est autre chose.Un papa de sang enchaîne des récits bouleversants.«Fils d\u2019un ancien tueur, c\u2019est quand même un peu fâchant.Le cœur croise le soupçon.Ça freine l\u2019amour et l\u2019intimité entre les personnes de notre âge», dit Jean-Pierre.Les traumatismes sont là.Hatzfeld a-t-il osé poser sa vraie question, comment se sent-on humain, après de si grandes horreurs?Réponses pudiques, polymorphes et mitigées.Collaboratrice Le Devoir UN PAPA DE SANG Jean Hatzfeld Gallimard Paris, 2015, 262 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 NOVEMBRE 2015 F 5 LIVRES ROMAN HISTORIQUE Athènes au temps de Praxitèle Dans l\u2019univers des courtisanes, à l\u2019époque où les Grecs vénéraient les dieux de l\u2019Olympe RENAUD LUSSIER Après avoir renvoyé la musicienne qui venait de faire son entrée, raconte Platon dans son Banquet, les convives qui s\u2019étaient réunis en la demeure d\u2019Agathon s\u2019apprêtaient, entre hommes, à se laisser inspirer par les discours qui rendraient hommage au dieu Bros.Ainsi réduites au silence dans les textes que nous ont légués les Anciens, les flûtistes, danseuses, courtisanes ou autres prostituées qui animaient les banquets en Grèce trouvent une voix dans La première femme nue, à travers le personnage de Phryné.Helléniste de formation, Christophe Bouquerel imagine la vie de cette courtisane originaire de la cité de Thes-pies, une «étrangère» aux yeux des Athéniens, qui sut bien s\u2019entourer et qui fréquenta, dit-on, Praxitèle, l\u2019un des sculpteurs les plus en vogue au IV^ siècle avant notre ère.Des bordels du Pirée aux grands banquets organisés par l\u2019élite athénienne, les expériences et les rencontres de Phryné révèlent les dessous d\u2019une société qui considérait les femmes comme d\u2019éternelles mineures.Soif de liberté Hétaïre respectée et influente, à l\u2019instar d\u2019Aspasie de Milet, proche du célèbre Périclès, le romancier fait de Phryné une femme moderne avant la lettre, un être en quête de liberté qui cherche à mener une vie meilleure dans le cadre de ce que lui permet sa société : «Même si je ne sais pas encore comment je vais pouvoir m'y prendre, je compte bien devenir une femme libre.» Destin singulier que celui de cette courtisane admirée par les peintres et : V fr DOMAINE PUBLIC La courtisane dépeinte ici, femme moderne avant la lettre, est une proche du sculpteur de la Grèce antique Praxitèle, dont on voit ici VAphrodite Braschi.les poètes du XIX^ siècle, cette femme que chaque époque de l\u2019histoire idéalise finalement un peu à sa manière.Le mystère entourant Phryné tient pour beaucoup à sa relation avec le sculpteur Praxitèle.Plusieurs passages.parmi les plus intéressants du roman, nous font littéralement entrer dans l\u2019atelier de l\u2019artiste qui, selon les mots de l\u2019auteur, travaille à «représenter le mouvement dans l\u2019immobilité», à produire des «oeuvres se rapprochant de plus en plus de ces poèmes légers que l\u2019on chqnte à la fin des banquets».A l\u2019image de Phryné, le sculpteur est lui aussi en avance sur son temps.On le voit tourner le dos à la convention artistique qui réservait la nudité aux seuls hommes, en osant le premier dévêtir une déesse, s\u2019inspirant de sa muse et bien-aimée.Le visage et le corps d\u2019une simple mortelle aux traits divins se cacheraient derrière ces Aphrodites dévoilées, vénérées durant l\u2019Antiquité et que l\u2019on ne peut voir aujourd\u2019hui qu\u2019à travers quelques copies de l\u2019époque romaine.Le sujet méritait que l\u2019on y accorde une attention particulière, mais le récit est passablement alourdi par ses 1200 pages, comportant quantité de descriptions et de digressions rapportées dans un style lyrique qui peut finir par lasser.Le livre plaira cependant aux lecteurs avides de détails historiques et d\u2019ambiances exotiques, car il réussit bien à faire vivre, à travers les yeux d\u2019une femme, une Athènes rayonnante, animée par ses philosophes les plus renommés, ses orateurs les plus habiles, mais aussi ses hétaïres dont l\u2019histoire, racontée par les Anciens, ne se résume qu\u2019à quelques anecdotes.Collaborateur Le Devoir LA PREMIÈRE EEMME NUE Christophe Bouquerel Actes Sud Paris, 2015, 1200 pages ENQUETES SUITE DE LA PAGE E 1 fait contemporaine, même si certains peuvent y voir une sorte de polar plus ou moins ésotérique.C\u2019est que Bouthillette en profite ici pour que le sémiologue qui dort toujours en son héros puisse jouer à Roland Barthes, en décrivant les mythologies quotidiennes qui animent la vie cubaine contemporaine au-delà de tous les clichés.En plus de la scène élec-tro cubaine et des monuments d\u2019art vivants inscrits un peu partout sur l\u2019île, on rencontrera tout au long du livre des paysages, des villes et même des quartiers de La Havane dont les touristes ordinaires n\u2019ont aucune idée.Mais il nous fera surtout entrer de plain-pied dans la Santeria, cette espèce de vaudou cubain hérité du métissage des cultes animistes des esclaves africains et de la religion chrétienne.Parce que Sioui, avec ou sans poudre blanche, est aussi un chaman par ses origines ; il a l\u2019habitude des percées fulgurantes et la transe n\u2019en est finalement qu\u2019une autre forme.L\u2019histoire s\u2019amorce alors que l\u2019enquêteur est initié à la Santeria.et que l\u2019on a vraiment l\u2019impression dès les premières pages de sentir le romancier écrire ses phrases une à une à nos côtés pendant que son héros émerge du néant.Comme si, dès le départ, le lecteur et Benjamin étaient complices et qu\u2019ils étaient les seuls à voir les univers parallèles dans lesquels Sioui se voit plqnger pour régler son enquête.Etrange.Benoît Bouthillette racontera encore des milliers d\u2019autres choses alors que la conversation s\u2019étire en tous sens; il parlera des dangers de l\u2019intégrisme tout comme de la discipline quotidienne de l\u2019écriture; et de la nécessité absolue de l\u2019art et de la beauté.Mais au-delà des fulgurances auxquelles nous a habitués son héros, il affirme aussi que toutes les aventures à venir de Benjamin Sioui vont résolument s\u2019inspirer \u2014 sinon «plonger au cœur» \u2014 des mythologies autochtones du continent américain.Bien sûr.Benjamin Sioui n\u2019est qu\u2019un personnage de roman.Mais il est quand même réjouissant de voir qu\u2019un des premiers héros amérindien du polar québécois soit un enquêteur de la SQ.Cela tombe plutôt bien, non?Collaborateur Le Devoir L\u2019HEURE SANS OMBRE Benoît Bouthillette Druide Montréal, 2015, 542 pages ' Pierre Ouellet reçoit le prix La petite B.« Avec le raffinement esthétique et la musicalité poétique qui donnent à son styie un chatoiement incomparable, l\u2019écrivain pervertit ici la rigueur biographique par des envolées d\u2019une exquise volupté, que Baudelaire n\u2019aurait sans doute pas reniée.» Martine Desjardins, L\u2019actualité Athanase-David Le Noroît salue avec fierté l'auteur dont l'oeuvre féconde s'érige à même la vivacité de l'expérience pour révéler l'homme à lui-même.« Il n'y a pas de monde sans un poème qui le dessine par derrière.» {De l'air, 2014) 514 524-5558 lemeac@lemeac.com /-V\tEaE3 c Québec ea ta @ Édiuons du Noroît POLAR Faire face à l\u2019abîme R.J.Ellory devant l\u2019inexplicable MICHEL BELAIR Le moins que l\u2019on puisse dire de Roger Jon Ellory, c\u2019est qu\u2019il est fasciné par l\u2019Amérique.Tous ses romans s\u2019y déroulent, alors qu\u2019il a toujours vécu en Angleterre, et plusieurs d\u2019entre eux attaquent de front des «institutions» comme le EBI, la CIA, la mafia, la police de New York, le système carcéral ou les tueurs en série, comme ici.Ses livres \u2014 qui brillent d\u2019abord par un style d\u2019une souplesse et d\u2019une efficacité inimitables, même s\u2019il semble en changer avec chaque histoire qu\u2019il met en scène \u2014 témoignent d\u2019une connaissance profonde, organique, intime même, du pays oû le meilleur et le pire se conjuguent au quotidien.Mais pourquoi les tueurs en série ?Surtout que le quatrième de couverture nous apprend qu\u2019ils ne sont responsables que d\u2019à peine un pour cent des 18 000 meurtres commis chaque année chez nos voisins du Sud.Funèbre hommage On oubliera vite la question une fois plongé dans cette histoire hallucinante qui se lit d\u2019une traite, ou presque.Elle met surtout en scène deux hommes solitaires et finalement très semblables: l\u2019inspecteur Ray Irving de la brigade criminelle du NYPD, et John Costello, un survivant qui a échappé de justesse à un tueur en série surnommé le «Marteau de Dieu» à l\u2019hiver 1984.L\u2019affaire qui va les réunir tous les deux s\u2019amorce pourtant plus de 20 ans plus tard, dans un parc situé aux abords de la 5^ Avenue oû l\u2019on décou-\u2019vre le cadavre d\u2019une jeune fille atrocement mutilé.C\u2019est que John Costello est recherchiste pour un grand quotidien new-yorkais qui s\u2019apprête à publier un dossier sur un tueur en série agissant dans la Grosse Pomme.Comme personne n\u2019est en principe au courant de la série de victimes que l\u2019on se met à trouver un peu partout dans la ville, Irving est piqué au vif lorsqu\u2019il prend conscience de ce que le journal veut rendre public sous la plume de la patronne de Costello, Karen Langley.Surtout que l\u2019hypothèse développée dans l\u2019article (qui ne paraîtra finalement pas) est plutôt terrifiante : la série de crimes est le fait d\u2019une sorte de « commémo-rateur».Un tueur qui répète au détail près et à des dates précises les crimes perpétrés par les «grands» tueurs en série américains du XX^ siècle.Au début, Irving n\u2019y croit pas et suspecte même Costello.Il se verra pourtant forcé d\u2019admettre qu\u2019il a raison à mesure que les cadavres s\u2019accumulent, retrouvés, toujours, dans des positions précises, à des dates précises, les victimes assassinées chaque fois «à la manière de», dans une sorte de funèbre hommage.Tellement qu\u2019il se retrouvera à persuader son chef d\u2019intégrer Costello à l\u2019équipe.Mais rien n\u2019est simple.Pendant que les victimes se multiplient, c\u2019est plutôt l\u2019univers mental et émotif dans lequel peuvent survivre un rescapé et un inspecteur de police mis devant ce que l\u2019humanité peut produire de plus abject \u2014 au Diable, littéralement \u2014 qui occupe la scène centrale du roman.Comment accepter que seuls une sorte d\u2019horrible «gratuité esthétique» ou encore le désir de se voir reconnaître comme un « grand criminel» expliquent qu\u2019un homme assassine une vingtaine de personnes qu\u2019il ne connaît même pas ?La question est si insoluble que le personnage du tueur, même une fois démasqué, restera un mystère.On vous prévient toutefois : la scène finale du livre est terrible.Collaborateur Le Devoir LES ASSASSINS R.J.Ellory Traduit de l\u2019anglais par Clément Baude Sonatine Paris, 2015, 568 pages La chronique DE Louis Hamelin FAIT RELÂCHE CETTE SEMAINE.is Triptyqi Paul Mainville HANGAR]^?roman, 208 p., 23 $ «Récit émouvant, qui nous a touchée pour son humanisme et sa lucidité, son questionnement sur la valeur des hommes quand ils doivent se défendre contre la mort, occasionnée par des tragédies desquelles ils ne sont plus les maîtres.La survie, seule, leur sert de défouloir (.).» Dominique Blondeau Ma page littéraire, blogspot.com www.triptyque.qc.ca Une fille trop curieuse Stéphanie Gauthier Une fille trop curieuse polar, 294 p., 25 $
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