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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-11-14, Collections de BAnQ.

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[" SALON Dü UÏRE DE MONTBEAL CAHIER F » LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 Automne 2015 « a lumière est dans le livre.Ouvrez le livre tout grand.Laissez-le rayonner, laissez-le faire», écrivait Victor Hugo en 1878.Entre classiques et nouvelles voix, marge et masse, Montréal joue cette semaine les catalyseurs.Sous les piles vertigineuses, derrière les paravents commerciaux et malgré la grisaille ambiante, les mots s\u2019échapperont pour dessi- ner de nouveaux territoires nourris des souvenirs d\u2019hier et des rêves de demain.Tour d\u2019horizon.^ % Les conseils de Dany Laferrière à un jeune immigré Page F 3 Les finalistes au Prix littéraire des collégiens Page F 4 Les 50 ans du prochain épisode d\u2019Hubert Aquin Page F17 Des bandes dessinées pour les oreilles Page F18 Ai^tiDc5re9 Vraiment neuf! La neuvième édition du plus grand logiciel d\u2019aide à la rédaction vient de voir le jour.Antidote 9 apporte d\u2019importantes améliorations à son correcteur avancé, à ses riches dictionnaires de même qu\u2019à ses guides linguistiques.Mais en plus, il ouvre avec éclat une toute nouvelle dimension : celle de l\u2019anglais.EXPLOREZ LES NOUVEAUTÉS D\u2019ANTIDOTE 9 en visitant le stand numéro 501 pendant toute la durée du Salon du livre Montréal.Druide F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 SALON DU LIVRE DE MONTREAL La Vitrine JEAN-JACOÜES PELLETIER MACHINE POLAR MACHINE GOD Jean-Jacques Pelletier Hurtubise Montréal, 2015, 480 pages MARIE-HELENE TREMBLAY LE DEVOIR Jean-Jacques Pelletier Un évêque crucifié.Un imam égorgé.Un rabbin explosé.Le tout à la vue de tout le monde bien sûr: l\u2019évêque sur les écrans de Times Square, rien de moins, et les deux autres sur des vidéos diffusées partout, sur tous les réseaux sociaux.Les deux premiers à New York, le troisième ici, à Montréal.Ouf.Très vite, au milieu des invectives, des menaces puis des violences qui pleuvent de tous côtés, le nom de Victor Prose fait surface et s\u2019impose comme premier suspect.Dans les trois cas.Avec évidemment tout un faisceau de preuves: empreintes, caméras de surveillance, lettres, courriels, etc.Théberge, Nathalya et tous les amis de Prose savent fort bien qu\u2019il n\u2019a rien à voir avec tout cela, mais les médias sociaux sont tellement enflammés qu\u2019il devient de plus en plus impossible de le disculper sans faire automatiquement partie du complot islamiste.Ou fondamentaliste chrétien.Ou juif, et même sioniste puisque, évidemment, le Mos-sad est impliqué selon certains commentateurs de l\u2019actualité.Le bordel habituel, quoi.Ceux qui connaissent Jean-Jacques Pelletier saisiront rapidement que l\u2019on se retrouve avec cette histoire sulfureuse et provocatrice dans la suite des Dix petits hommes blancs (Hurtubise, 2014) paru l\u2019an dernier.Ici encore, l\u2019assassinat est élevé à la dimension d\u2019une œuvre d\u2019art par un maniaque mégalomane croyant qu\u2019il peut éduquer les masses et faire la preuve, cette fois, que toute religion tue.La démonstration est probante, presque plausible.mais il faut le dire encore, répétitive.Jean-Jacques Pelletier écrit toujours le même livre en changeant à peine les personnages autour desquels il brode constamment la même histoire de complot globd, de la même façon ou presque.Selon le moment où l\u2019on est embarqué dans le train JJP, nous en sommes ici au chapitre 152 ou 327.Peut-on s\u2019attendre à lire autre chose un jour?L\u2019auteur sera au Salon en séance de signatures les samedi 21 et dimanche 22 novembre.Michel Bélair / ROMAN QUEBECOIS Le trou noir de Baudelaire Comment faire un roman d\u2019un épisode flou de la vie du poète CHRISTIAN DESMEULES En septembre 1841, après onze semaines de navigation, le jeune Charles Baudelaire pose le pied sur l\u2019île Maurice, dans l\u2019océan Indien.Sa mère et son beau-père, le général Au-pick, qui souhaitaient l\u2019éloigner de ses mauvaises fréquentations parisiennes (il est déjà syphilitique à l\u2019âge de vingt ans) l\u2019ont expédié vers Calcutta à bord du Paquebot des mers du Sud.De cette escale obligée et imprévue aux Mascareignes de l\u2019auteur des Fleurs du mal, on sait peu de choses.Mis à part certains détails, c\u2019est un trou noir qui aura duré une vingtaine de jours.Mais c\u2019est aussi un moment clé dans la vie du poète, dont l\u2019œuvre de réenchantement du monde se fera plus tard l\u2019écho de ces souvenirs tropicaux à coups d\u2019exotisme, de parfums, de pourriture et de beauté féminine pleine de langueur.Une multitude de poèmes, comme L\u2019albatros, Le voyage ou Ui belle Dorothée, y prendraient source.Une simple parenthèse de quelques semaines avant son retour précipité à Paris (il ne mettra jamais les pieds en Inde), où il fera très vite la rencontre de Jeanne Duval, une mulâtre qui sera sa maîtresse et sa muse pendant des années.Une occasion beaucoup trop belle «pour ne pas laisser place à l\u2019imaginaire », a estimé Gilles Jobidon.Après Combus-tio (Leméac, 2012), l\u2019auteur de La route des petits matins (VLB, 2003) plonge à nouveau à pleines mains dans l\u2019humus de l\u2019histoire pour y puiser son matériau romanesque, continuant de déployer à petit feu GERARD PRUD\u2019HOMME Pour son dernier roman, Gilles Jobidon a pris appui sur l\u2019amour de l\u2019impossible et la fascination de Baudelaire pour la beauté, la laideur et l\u2019obscène.une œuvre étonnamment éclatée autant qu\u2019originale.Regard sur les femmes Si Ui petite B., son 6® roman, prend toujours appui sur l\u2019amour de l\u2019impossible et la fascination de Baudelaire pour la beauté, la laideur et l\u2019obscène, l\u2019écriture dense et somptueuse de Gilles Jobidon prend vite le large avec l\u2019histoire telle que nous la connaissons, nous donnant à entendre d\u2019autres versions imaginaires.Une polyphonie narrative qui commence par la voix et le regard de Maah, prostituée noire de Port Louis à l\u2019île Maurice, tireuse de cartes qui flatte son destin de poète \u2014 et qui annonce sa relation avec la Duval.Une rencontre qui va marquer Baudelaire, «martelant des vers boiteux qui, des années plus tard, deviendront La petite B.ces lumières sidérales infectées de sang, de chair, de ténèbres et de soleils noirs.» Puis celle de Laure Loux, elle aussi mulâtre, fille de Maah et de Baudelaire, sœur de lait d\u2019une créole de l\u2019île Maurice dont Baudelaire avait aussi fait connaissance, planiste prodige et bête de foire échouée à Paris.Surnommée « La petite Baudelaire» dans le milieu des peintres où elle se produit parfois comme modèle, elle Ira plus tard frapper à la porte de la mère de Baudelaire en compagnie de son petit garçon, nommé Chariot \u2014 dont la ressemblance avec Baudelaire l\u2019ébranle et la dégoûte à la fols.C\u2019est avec Marle-Loulse Nattier, la bonne de Caroline Au-plck à Ronfleur, que la «petite B.» va ensuite quitter Paris pour San Francisco, en Califor- nie, y ouvrant un studio de photographie qui va connaître un certain succès auprès des travailleurs chinois Immigrés et des chercheurs d\u2019or.SI Baudelaire et son œuvre ne sont jamais loin derrière, Jobidon s\u2019intéresse surtout aux destins de quelques femmes libres et fortes.Inconnues dans un monde en mutation \u2014 en cela le titre du roman nous annonce un peu le programme.Celui de Maah à l\u2019île Maurice puis de la «Petite B.», bien sûr, mais aussi celui de la mère de Baudelaire (deux fols veuve et survivant à son fils unique, son «naufragé de la lune»).Ou à la vie terrible et aventureuse d\u2019une riche marchande chinoise aux pieds bandés, Molly Sln, dont le fils, auteur rêveur d\u2019un Petit dictionnaire de questions sans réponses, fascinera la petite B.Gilles Jobidon fait apparaître ces beaux personnages avec l\u2019énergie et l\u2019aplomb de l\u2019illu-slonnlste et d\u2019un opérateur de machine à Inventer.Il pose sur le monde, comme Baudelaire avant lui, un regard d\u2019une «majestueuse douleur», cherchant à tâtons à cerner l\u2019origine de la poésie, de l\u2019amour, de la vie.Une écriture qui se goûte.Un roman audacieux, ouvert sur le grand large autant que sur le côté sombre des choses.Collaborateur Le Devoir LA PETITE B.Gilles Jobidon Leméac Montréal, 2015, 232 pages L\u2019auteur sera au Salon en séance de signatures les jeudi 19 et samedi 21 novembre.Eric-Emmanuel Schmitt INVITE D\u2019HONNEUR AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL SÉANCES DE SIGNATURE JEUD119 NOV.De 15h à 16h SAMEDI 21 NOV.De 14h à 16h VENDREDI 20 NOV.DIMANCHE 22 NOV.De12hà14h De11hà12h De 15h à16h mtUiil(l('R Albin Michel l êô PHOTO © STÉPHANE DE BOURGIES FÉLICITATIONS À PIERRE LABRIE LAURÉAT DU PRIX AQPF/ANEL2015 POUR UN GOUFFRE SOUS MON LIT ^4\tU ' CÔLLECTION GRAFFITI - .96 PAGES / 9,95 $ / À PARTIR DE 12 ANS ILLUSTRATION DE LA COUVERTURE : JACQUES PAYETTE SOULIERES EDITEUR www.soulieresediteur.com pierre labrie ^ un gouffre sous mon lit i %' «le chagrin est mort en bas de la porte juste devant notre entrée devant la maison avec tout ce qui est bien et mal en même temps mais mon coeur se resserre seul chaque jour passé sans toi malgré les larmes silencieuses je sais que j\u2019irai au loin avec cette idée de ciel bleu derrière le dos» .1UIM DELBUSSO ÉDITEUR WWW.DELBUSSOEDITEUR.CA L'ÉTAT DU QUÉBEC SOIS ÉDITION 20'ANNIVERSAIRE ;\tri'ÜLmUVEAUMONEE Hf.'THO Benoît Melançoi [et autres idées reçues sur la langue] LES INTELLECTUEL,LES AU QUÉBEC UNE BREVE HISTOIRE JOSETTE STANKÉ Une vie en mieux Benoît .'vielanron Abécédaire du hockey J 5 Claude Corbo j ^ L\u2019ECHEC DE I FÉLIX-GABRIEL i MARCHAND Une interpretation en forme dramatique Alain Labonté UNE ÂME ET SA QUINCAILLERIE Au Stand Gallimard du Salon du livre de Montréal Michel Venne et Annick Poliras -1 L'Étot du Québec 2016 Vendredi 20 novembre de 15 h à 1 Dimanche 22 novembre de 15 h à Josette Stonké Une vie en mieux Mercredi 18 novembre de 19 h h à 201 Jeudi 19 novembre de 19 à 20 h Samedi 21 novembre de 16 h à 17 h Benoît Melonçon Le niveuu buisse ! Vendredi 20 novembre de 19 h à 20 h Samedi 21 novembre de 16 h à 17 h Dimanche 22 novembre de 14 h à 15 h Alain Labonté Une urne et su quincuillerie Vendredi 20 novembre de 17 h à 19 h Samedi 21 novembre de 14 h à 16 h Dimanche 22 novembre de 12 h à 14 b LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE I .5 NOVEMBRE 2015 F 3 SALON DU LIVRE DE MONTREAL CHRONIQUES Conseils d\u2019un Immortel à un nouvel immigré DANIELLE LAURIN Tout commence par une rencontre, sur la rue Saint-Denis, à Montréal.Dany Laferrière croise un jeune homme en qui il se reconnaît.Ou plutôt, en qui il reconnaît le jeune homme de 23 ans qu\u2019il était lorsqu\u2019il a quitté, seul, Haiti pour le Québec, en 1976.Vingt dollars en poche.Et tout à découvrir: les rues, les gens, les codes d\u2019usage, la solitude, l\u2019appartement mal chauffé, les saisons, les expres-sions langagières, Gaston Miron, le hockey, les filles blanches, la librairie de Françoise, le café juste à côté.Mais c\u2019est aussi bien le chemin qu\u2019il a parcouru depuis 40 ans qui lui apparaît.Ce qu\u2019il avait enfoui revient.«On débarque dans un pays.On y passe des années.On oublie tout ce qu\u2019on a fait pour survivre.Des codes appris à la dure.Chaque mauvais moment annulé par la tendresse d\u2019un inconnu.Un matin, on est du pays.On se retrouve dans la foule.Et là, brusquement, on croise un nouveau venu et tout remonte à la surface.» Mais peut-être ne s\u2019agit-il là que d\u2019un prétexte.Une ruse d\u2019écriture, ce hasard des chemins qui se croisent entre le vieil exilé d\u2019Haïti devenu écrivain et le jeune immigré du Cameroun qui a choisi comme nouvelle identité le nom d\u2019un auteur de son pays, figure contestataire, réfractaire à toute forme d\u2019impérialisme.Mongo Beti ?On ne sait jamais, avec Dany Laferrière.Ça fait partie de son mystère.De son écriture.Au passage, on tombera d\u2019ailleurs sur ceci: «Je n\u2019ai jamais hésité à déformer les faits, pour leur faire rendre tout leur jus.Si vous restez collé à ce que la réalité veut bien vous montrer, vous ne saurez jamais ce qu\u2019elle cache dans son ventre.Il faut savoir la retourner comme un gant.La réalité est une pure construction de l\u2019esprit.» De toute façon, depuis Je suis un écrivain japonais (Boréal, 2008), à tout le moins, on sait que la frontière entre fiction et réalité est source d\u2019amusement pour lui.De même, les cases identitaires dans lesquelles on tente de l\u2019enfermer: écrivain migrant, écrivain haïtien, écrivain québécois et, plus récemment, écrivain français, immor- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Qu\u2019est-ce qu\u2019un Québécois ?« C\u2019est un individu prêt à mourir pour une langue qu\u2019il ne cherche pas à bien écrire», écrit Laferrière.talisé par l\u2019Académie.A son image.Tout ce qu\u2019on ne te dira pas.Mongo défie les catégories.Voici un livre hybride, qui entremêle dialogues (avec Mongo), notes éparses, confidences, réflexions, souvenirs, reprises de chroniques livrées il y a quelques années à la radio.Le tout suivi d\u2019un «Petit lexique à l\u2019usage du nouveau venu», d\u2019un «Petit traité du discours amoureux québécois».Et ainsi de suite.Un livre fourre-tout?Parlons plutôt d\u2019un mélange des genres.Une façon, entre autres, d\u2019aborder les mêmes sujets sous différents angles.Quitte à grossir le trait.Si on n\u2019évite pas les généralités, elles parviennent souvent à nous faire sourire.Qu\u2019est-ce qu\u2019un Français?: «C\u2019est quelqu\u2019un qui accueille dans sa langue, de manière irresponsable, tous les mots anglais qu\u2019on refuse ici.Si on n\u2019existait pas, l\u2019anglais serait la langue officielle de la France depuis une bonne décennie.» Et qu\u2019est-ce qu\u2019un Québécois?«C\u2019est un individu prêt à mourir pour une langue qu\u2019il ne cherche pas à bien écrire.» Un Anglais?«C\u2019est un mot si chargé d\u2019électricité qu\u2019il ne faut pas le prononcer deux fois dans la même journée.» Et la nation, dans tout ça: «C\u2019est un mot que Harper a volé aux Indiens pour le donner aux Québécois afin qu\u2019ils cessent de dire pays, qui est bien trop subversif » Foutu racisme Le sujet qui revient le plus souvent, bien sûr : l\u2019immigration.Abordée du point de vue personnel, souvent sous forme de conseils donnés au jeune Congolais.Parmi eux: éviter la nostalgie, fuir le ghetto.Attention, dit Dany à Mongo, à «la moiteur du ghetto, cet espace à Montréal où il fait toujours la même température qu\u2019à Port-au-Prince.Là où on n\u2019a pas besoin d\u2019interpréter chaque parole ou chaque geste de celui qui nous ressemble en tous points.» Les conseils, réflexions et confidences de l\u2019auteur de Comment faire l\u2019amour avec un nègre sans se fatiguer (1984, Typo, 2014) touchent aussi aux codes amoureux, sexuels.«Mais l\u2019amour, que je pensais un sentiment universel, comporte aussi ses particularités locales.Dans l\u2019approche de l\u2019autre, on doit impérativement éviter le ton passionné ou romantique pour ne pas être perçu comme un chanteur de pomme.On pratique ici un lyrisme sec, contrairement au délire caribéen ou camerounais.» Dans toute situation, apprendre les règles du savoir-vivre est primordial.«On observe d\u2019abord, et après on saute dans l\u2019arène.» Par rapport au racisme: «Il se peut que vous soyez témoin d\u2019un acte public de racisme.Ne soyez pas le premier à le dénoncer.Laissez la possibilité à un natif de le faire.Le racisme, c\u2019est l\u2019affaire de tout le monde.Et on se sent tous souillés en sa présence.» Pour ce qui est de la question amérindienne: «Je vous conseille de ne pas l\u2019évoquer trop souvent dans les soirées mondaines.Cela jette un froid dans le meilleur des cas.C\u2019est un tabou (les Français disent un sujet qui fâche).Ne jugeons pas trop vite car chaque pays en a un; une injustice qu\u2019il est devenu impossible de réparer.Alors on la nie.» Et Dany de refaire pour son protégé la petite histoire du Québec, avec à l\u2019avant-plan la question de la langue.Et celle de la religion.Bien des perles là-dedans.L\u2019immigration est vue aussi de façon plus globale.En mettant l\u2019accent sur les mouvements massifs de population du sud au nord, dans de périlleuses conditions.Et puis cette idée qui revient: l\u2019immigré remplace l\u2019ouvrier.«Cet ouvrier abusé qui croit que l\u2019immigré lui vole son travail, alors que celui-ci ne fait que le remplacer dans une situation intolérable, pour que ce dernier puisse grimper d\u2019une marche l\u2019échelle sociale \u2014 s\u2019il peut exister une échelle dans l\u2019enfer de l\u2019usine.» Quant à la réaction des Québécois face à l\u2019immigration: «Pour eux, c\u2019est grâce à leur charité chrétienne que les immigrés sont ici.Peu de gens ici savent de quoi il s\u2019agit exactement quand on parle d\u2019immigration, mais ils ont du cœur.» Si le livre semble s\u2019adresser d\u2019abord à Mongo, puis au nouvel immigré au sens plus large, il se veut aussi un miroir offert aux Québécois, à ceux que Dany désigne comme les natifs.C\u2019est fait avec humour, et beaucoup d\u2019amour.Collaboratrice Le Devoir TOUT CE QU\u2019ON NE TE DIRA PAS, MONGO Dany Laferrière Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2015, 302pages L\u2019auteur sera au Salon en séance de signatures les vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 novembre.SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Venez rencontrer nos auteurs au stand 100 (Dimedia) lors du Salon du livre de Montréal ALAIN ASSELIN JACQUES CAYOUETTE MICHEL R.DENIS EDMOND DZIEMBOWSKI MARCEL EOURNIER JEAN-SIMON GAGNÉ PASCALE GUÉRICOLAS JACQUES LACOURSIÊRE LAPORTE JACQUES MATHIEU DENIS MONIÈRE MARC-ANDRE ROBERT LAURENT TURCOT MARC VALLIÊRES DENIS VAUGEOIS Gaspard\u2019 LE DEVOIR ALMARÈS Du 2 au 8 uovembre 2015 , ____ CLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR\tPRÉCÉDENT/ ' Romans québécois 1 Ce qui se passe à Cuba reste à Cuba!\tAmélie Dubois/Les Éditeurs réunis\t-/I 2 Ceux qui restent\tMarie Laberge/Québec-Amérique\t1/2 3 Petite mort à Venise\tFrancine Ruel/Libre Expression\t4/2 4 Faims\tPatrick Senécal/Alire\t2/3 5 L\u2019épicerie Sansoucy \u2022 Tome 3 La maison des.\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t3/3 6 Lamour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 1 1939.\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t5/5 7 Quand j\u2019étais Théodore Seaborn\tMartin Michaud/Goélette\t-/I 8 II était une fois à Montréal \u2022 Tome 1 Notre union\tMichel Langlois/Hurtubise\t6/3 9 Les maisons\tFanny Britt/Cheval d\u2019août\t8/2 10 La traversée du malheur\tMichel Tremblay/Leméac\t7/3 W Romans étrangers\t\t 1 Macabre retour\tKathy Reichs/Robert Laffont\t1/4 2 Millénium \u2022 Tome 4 Ce qui ne me tue pas\tDavid Lagercrantz/Actes Sud\t2/11 3 Famille parfaite\tUsa Gardner/Albin Michel\t3/2 4 Revival\tStephen King/Albin Michel\t4/2 5 Le livre des Baltimore\tJoël Dicker/Fallois\t6/5 6 Les dieux du verdict\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t-/I 7 La fille du train\tPaula Hawkins/Sonatine\t5/24 8 Seul sur Mars\tAndy Weir/Milady\t8/7 9 La nuit de feu\tÉric Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t9/9 10 Amours scandaleuses\tSylvia Day/Flammarion Québec\t7/3 W Essais québécois\t\t 1 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.\tBoucar Diouf/La Presse\t2/5 2 Treize verbes pour vivre\tMarie Laberge/Québec-Amérique\t1/2 3 Foglia l\u2019Insolent\tMarc-François Bernier/Édito\t3/7 4 Jackpot.Plaisirs et misères du jeu\tDenise Bombardier/Homme\t-/I 5 Les libéraux n\u2019aiment pas les femmes\tAurélie Lanctôt/Lux\t9/5 6 Le sujet du féminisme est-il blanc?\tChantal Maillé j Naima Hamrouni/Remue-ménage\t-/I 7 Octobre 1995.Tous les espoirs, tous les chagrins\tJean-François Lisée/Québec-Amérique\t6/2 8 Je serai un territoire fier et tu déposeras tes.\tSteve Gagnon/Atelier 10\t-/I 9 Ces valeurs dont on parle si peu\tJacques Grand\u2019Maison/Carte blanche\t8/5 10 Les baromètres humains\tGilles Brien | Wilhelm Pellemans/Québec-Livres\t-/I ^Essais étrangers\t\t 1 Sable mouvant.Fragments de ma vie\tHenning Mankell/Seuil\t1/4 2 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité\tYuval Noah Harari/Albin Michel\t2/4 3 Du bonheur.Un voyage philosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t5/38 4 Lettres à mes petits-enfants\tDavid Suzuki/Boréal\t3/8 5 Balade avec Épicure\tDaniel Klein/Michel Lafon\t4/8 6 Un monde d\u2019inégalités.Létat du monde 2016\tCollectif/Découverte\t6/4 7 La 6e extinction.Comment l\u2019homme détmit la vie\tElizabeth Kolbert/Guy Saint-Jean\t7/9 8 La seule exactitude\tAlain Finkieikraut/Stock\t-/I 9 Œuvres\tSvetlana Alexievitch/Actes Sud\t-/I 10 La fin de l\u2019homme rouge\tSvetlana Alexievitch/Actes Sud\t8/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Baspard sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Baspanl et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Baspanl © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite La Vitrine Marie-Louise cDUit dans la nen/e ROMAN marie-louise COURT DANS LA NEIGE Mario Cholette Leméac Montréal, 2015, 325 pages Ce premier roman du poète Mario Cholette met en scène un irrésistible personnage haut en couleur, qu\u2019on voudra à la fois protéger, plaindre et condamner.Avec son look de star, sa soif de liberté, son sang chaud et son penchant pour le gin, Marie-Louise n\u2019est pas l\u2019incarnation de l\u2019épouse ni de la mère idéale dans la basse-ville de Québec de la Grande Dépression.Avec truculence, sans lésiner sur les détails sordides, sa fille Roseline livre le récit pathétique de cette femme mariée trop tôt à un boxeur alcoolique qui lui donna neuf enfants.S\u2019il évoque par moments l\u2019univers de Zola avec ses personnages d\u2019indécrottables pochetrons, d\u2019enfants miséreux et de religieux concupiscents, ce récit, narré par une romancière résiliente en devenir, se révèle davantage le pendant urbain àes Filles de Caleb d\u2019Arlette Cousture (Québec Amérique, 1985), qui disait d\u2019elle-même à l\u2019époque qu\u2019elle n\u2019était «pas une grande romancière, mais une maudite bonne conteuse».Pour les nostalgiques d\u2019Ovila et de sa belle brume.L\u2019auteur sera au Salon en séance de signatures les 21 et 22 novembre Manon Dumais BENOtriARDIF METROPOLIS LITTERATURE JEUNESSE METROPOLIS Benoit Tardif Comme des géants Montréal, 2015, 72pages De San Francisco à Rome en passant par Hong Kong ou Auckland, le tour du monde se fait en un coup d\u2019œil dans ce très rare album documentaire québécois.Une double page est réservée à 32 métropoles, dans laquelle on nous présente les principales attractions touristiques, l\u2019architecture, la nourriture, bref, l\u2019âme, le pouls d\u2019une ville.Bangkok, par exemple, est entre autres célèbre pour sa tour Baiyoke II, son Palais royal, ses balades en tuk-tuk, ses scarabées frits.Une perspective qui permet d\u2019avoir instantanément accès aux éléments culturels phares de ces villes.Le graphisme, délesté de toute fioriture, joue pour beaucoup dans l\u2019attrait et la simplicité de l\u2019ensemble.Tout l\u2019espace est accordé au trait coloré et dynamique de Tardif, qui apporte ici une dimension ludique à l\u2019ouvrage.Belle initiative.L\u2019auteur sera au Salon en séance de signatures les 21 et 22 novembre Marie Fradette SEANCES DE SIGNATURE AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL VENDREDI 20 NOV.De 17 h 00 à 19 h 00 SAMEDI 21 NOV.De 14 h 00 à 15 h 00 DelBhOO à 19h00 DIMANCHE22 NOV.De 14h00 à 15h00 LECTURES PUBLIQUES PAVILLON HISTOIRE DU CANADA SAMEDI 21 NOV.De 12h30 à 13h15 DIMANCHE22 NOV.De 12h00 à 12h45 ÊÊÊ^ , ^Dans leg^dcende au monde « Surprenant, magistral, très certainement le premier grand roman canadien du XXL siècle.» The Vancouver Sun PRIX 2014 LITTÉRATURË-MONDE ÉTRANGER PRIX 2014 FRANCE CANADA Ail* ik ir* 1\t1 STAND Albin Michel leo F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 SALON DU LIVRE DE MONTREAL PRIX LITTERAIRE DES COLLEGIENS 2016 Qui charmera les collégiens ?Cinq livres.Cinq titres seulement à sélectionner, parmi toute la production en fiction de la dernière année, et qui sont ainsi finalistes au Prix littéraire des collégiens.Cette année, le jury était composé de Pierrette Boivin de la revue Nuit blanche, de Martine-Emmanuelle Lapointe, professeure à TUniversité de Montréal et membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, et des critiques littéraires au Devoir Danielle Laurin et Christian Desmeules.Catherine Lalonde, responsable du cahier Livres du Devoir, présidait le jury.Ce sont plus de 800 étudiants d\u2019une cinquantaine de cégeps qui liront les livres retenus, afin d\u2019élire, à force d\u2019arguments et de débats, lors d\u2019une grande joute nationale en marge du Salon du livre de Québec, un titre lauréat.Aussi, un concours de critiques littéraires leur permet d\u2019aiguiser leur voix, et les meilleurs textes trouveront place en nos pages.Qui charmera les collégiens?Rendez-vous en avril pour le savoir.ICKNER NICOLAS DICKNER ROMAN SIX DEGRÉS DE LIBERTÉ Nicolas Dickner Alto Québec, 2015, 392 pages Le troisième roman de Nicolas Dickner est foisonnant, rocambolesque.D\u2019une part, on assistera aux préparatifs minutieux d\u2019un voyage autour du monde en solitaire, dans un conteneur réfrigérant transformé en habitacle tout confort.Pistes brouillées, tours de passe-passe informatiques vertigineux, alliage fantastique entre les nouvelles technologies, exploitées avec une folle inventivité, et l\u2019abolition des frontières.D\u2019autre part, on verra la GRC mener une enquête sur un conteneur fantôme.Toutes les pistes seront envisagées.On retrouve des marques du style et de la façon de faire de l\u2019écrivain natif de Rivière-du-Loup.On songe à son Nikolski (Alto), il y a dix ans, salué par le Prix des collégiens.Six degrés de liberté est encore plus riche.Plus maîtrisé.Tellement bien orchestré, dosé.Toujours ce souci du détail.Et ce souci du social, du contexte mondial, de l\u2019évolution des mentalités.Mais là où vraiment Dickner se renouvelle, c\u2019est dans le surplus d\u2019âme, la grande dose d\u2019humanité qu\u2019il insuffle à ses personnages.Danielle Laurin l'ATKtCK StCOL LA NAGEUSE AU MILIEU DU UC ALBUM LA NAGEUSE AU MILIEU DU LAC Patrick Nicol Le Quartanier Montréal, 2015, 162 pages L\u2019auteur des Cheveux mouillés (Le-méac, 2011) pratique l\u2019économie de mots, affectionne l\u2019ellipse, privilégie l\u2019interférence du passé dans le présent.La mémoire, les souvenirs, l\u2019enfance : son terrain de jeu.Et le vieillissement, la perte, l\u2019usure: ses thèmes.Sans compter le fossé entre les générations.Ici, Patrick Nicol adopte le point de vue du fils impuissant, déstabilisé, révolté, blessé par la situation infernale vécue par sa vieille mère, qui a perdu la tête et perdra bientôt la vie.Mais il le fait sur la pointe des pieds.Comme s\u2019il dansait un ballet.Devant l\u2019inadmissible dégradation physique et mentale de la mère, que faire ?S\u2019évader.Par les souvenirs.Revenir à son enfance, du temps où la mère avait, peut-être, toute sa tête.Et une fois advenue la mort annoncée, préserver la tendresse qui s\u2019exprimait dans les gestes plus que dans les mots.Sans tomber dans le larmoyant, sans se raconter d\u2019histoire non plus.«Je ne m\u2019ennuie ni de t\u2019entendre ni de te parler.J\u2019aimerais encore, parfois, replacer ton col, m\u2019assurer que ton chandail est bien attaché.» Danielle Laurin Clara B.-Turcotte Demoiselles-cactus PREMIER ROMAN DEMOISELLES-CACTUS Clara Brunet-Turcotte Leméac Montréal, 2015, 176 pages C\u2019est un regard implacable, celui d\u2019une Minifée cernée, qu\u2019on rencontre dans ce roman, fulgurant.L\u2019auteure, aussi poète {Mes sœurs siamoises, La courte échelle, 2013), compose sans ambages son propre langage.Voici quelqu\u2019un qui ouvre les vannes de son univers intérieur et de son imaginaire comme on s\u2019ouvre les veines.Ça pique, ça hérisse, c\u2019est abrasif.C\u2019est cruel et désespéré.Mais inventif, ludique, aussi.On alterne entre un récit au présent et des retours dans le passé.Tandis que la narratrice-héroïne.Mélisse, 25 ans, assiste à une réunion de groupe thérapeutique pour les troubles de l\u2019alimentation \u2014 autant dire «un groupe de fuckés» \u2014, elle revisite le parcours qu\u2019elle a suivi jusqu\u2019ici.On mesure toute l\u2019ampleur de sa détresse.Et c\u2019est son regard qui nous interpelle.C\u2019est l\u2019ironie et l\u2019autodérision corrosives dont elle témoigne.«Je suis peut-être encore en voie de disparition, il y a de l\u2019espoir», dira-t-elle.Non, il n\u2019y aura pas de happy end.Pas de miracle possible ici, mais une réelle voix, certes.Danielle Laurin ROMAN CE QUTL RESTE DE MOI Monique Proulx Boréal Montréal, 2015, 432 pages Une vingtaine d\u2019années après Les aurores montréales (Boréal, 1996), Monique Proulx continue à se passionner pour Montréal, attentive au moindre de ses frémissements.A travers cet hommage frontal à Jeanne Mance et aux premiers colons qui ont lutté pour s\u2019installer sur l\u2019île, l\u2019écrivaine signe un de ces «thrillers existentiels» auxquels elle nous a habitués.C\u2019est avec un large regard romanesque embrassant la merveilleuse complexité du monde, avec une prédilection pour l\u2019in-finiment petit \u2014 les déséquilibrés, les itinérants, les exclus çt les perdus \u2014, qu\u2019elle signe ici un roman ambitieux (son cinquième) qui renferme mille vies.A sa façon, l\u2019auteure y ausculte le cœur palpitant de la métropole québécoise, et se lance sur les traces de ce qu\u2019il reste vraiment du cœur de Jeanne Mance.Ce cœur qui «continue de battre indifféremment pour tous, ceux qui rient ou ceux qui pleurent, les Mohawks comme les pures laines comme les venus d\u2019ailleurs, tous ceux-là susceptibles d\u2019étre allumés par ses pulsions clandestines».Christian Desmeules sorcai ky DANIEL GRENIER mm pi\" HJ ROMAN L\u2019ANNEE LA PLUS LONGUE Daniel Grenier Le Quartanier Montréal, 2015, 432 pages De Chattanooga à Sainte-Anne-des-Monts, de Montréal à Philadelphie en passant par New York, de la Conquête anglaise jusqu\u2019à la guerre civile américaine et la rébellion des Patriotes, c\u2019est peu dire que L\u2019année la plus longue, le premier roman de Daniel Grenier, prend notre bout d\u2019Amérique à bras-le-coi^s.Albert Langlois débarque au début des années 1980 dans une petite ville du fond du Tennessee, sur les traces d\u2019un certain Aimé, son ancêtre.Une sorte de fantôme fuyant qui serait né le 29 février 1760 à Québec, atteint d\u2019un mystérieux «ralentissement métabolique».Puisqu\u2019il ne vieillit que d\u2019une année tous les quatre ans, mystérieusement, l\u2019homme né au cours d\u2019une année bissextile peut avoir en même temps 56 et 226 ans.L\u2019auteur des nouvelles de Malgré tout on rit à Saint-Henri (Le Quartanier, 2012) nous livre ici un roman ambitieux, une épopée à l\u2019écriture dense et maîtrisée, à la fois large et intime, tissée d\u2019action et de fine psychologie.Un tour de force qui nous fait traverser les frontières et les époques, et qui n\u2019hésite pas à flirter non plus avec le fantastique, l\u2019histoire d\u2019amour et le thriller.Christian Desmeules LE QUARTANIER AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL DU MERCREDI 18 AU LUNDI 23 NOVEMBRE 2015 STAND NUMÉRO 100 (DIMEDIA) LES AUTEURS PRESENTS AU SALON Samuel Archibald * Mathieu K.Blais Carie Coppens \u2022 Daniel Grenier \u2022 Patrick Nicoi * Geneviève Pettersen Juiie Rocheleau \u2022 Patrick Roy Finalistes au PRIX LITTÉRAIRE DES COLLÉGIENS 2016 : LANNÉE LA PLUS LONGUE de DANIEL GRENIER LA NAGEUSE AU MILIEU DU LAC de PATRICK NICOL INFORMATION & DIFFUSION : WWW.LEQUARTANIER.COM / WWW.DIMEDIA.COM Y'Â DE QUOI LIRE ! Les livres québécois, j'en lis, j'en débats.FINALISTES EDITION 2016 RX itteraire ^COLLÉGIENS Clara B.-Turcotte Demoiselles-cactus / Leméac Nicolas Dickner Six degrés de liberté I Alto Daniel Grenier L'année la plus longue / Le Quartanier Patrick Nicol La nageuse au milieu du lac / Le Quartanier Monique Proulx Ce qu'il reste de moi / Boréal prixiitterairedescollegiens.ca Marc BourqIe Québec g»\tÉhiBRrnee QUEBEC BECOH_ LE DEVOIR SCRILCq C7^ NUIT BLANCHE magazine littiraire Henri Dorvil Laune Kirouac Gilles Dupuis STIGMATISATION ITS TROUBLES MENTAUX EN MILIEU DE TRAVAIL ET DANS LES MÉDIAS DE MASSE Mettre fin à la stigmatisation des personnes atteintes de troubles mentaux Les PUQ vous convient à une table ronde sur les questions de l\u2019épuisement professionnel, de la dépression et du harcèlement, qui sont parmi les problèmes que vivent de nombreux travailleurs.Salon du livre de Montréal Samedi 21 novembre, de 14h15à 15h Scène de L\u2019Agora Passez nous voir! Stand 500 \"I Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR GROUPE ENTREPRISES EN SANTÉ LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 F 5 SALON DU LIVRE DE MONTREAL ENTREVUE François Lévesque : secouer le réel DOMINIC TARDIF Il y a une image qui ressurgit souvent dans En attendant Russell, de François Lévesque, celle d\u2019une boule à neige que secoue, émerveillé, le jeune Gabriel.Et si l\u2019écrivain formulait ainsi sa propre définition du pouvoir du cinéma et de la littérature qui, en remuant le réel, font déferler sur la dureté du quotidien une consolante averse, que l\u2019on appellera fiction ?A l\u2019instar de son adolescent de narrateur, qui encaisse, muet, toutes les délétères avanies de l\u2019intimidation et de l\u2019asphyxiante promiscuité d\u2019un village rural, les films et les romans ont été un sauf conduit pour celui qui, depuis 2008, agit comme critique cinéma au Devoir.L\u2019histoire du premier «roman pas-de-genre» de l\u2019auteur, bien connu pour ses polars et ses livres fantastiques, n\u2019emprunte néanmoins que très peu d\u2019anecdotes à sa biographie.Elle y puise surtout sa douleur, celle de la tête enfon- cée dans les toilettes, du mot de trois lettres en «f» lancé comme un mauvais sort, de la différence-fardeau.«Je ne nierai pas cependant que cette idée d\u2019un coup de foudre pour un acteur est véridique», précise-t-il, en se rappelant le ténébreux Russell Crow, aperçu dans la comédie dramatique australienne Proof «à Super Ecran quand f avais 12 ou 13 ans».«Je suis dans une bonne mesure de l\u2019école de ceux qui croient qu\u2019on n\u2019écrit jamais aussi bien que lorsqu\u2019on écrit sur ce qu\u2019on connaît», poursuit celui qui signait aussi récemment dans le collectif Crimes à la bibliothèque (Druide) une nouvelle évoquant les toxiques tentacules de l\u2019intimidation qui foisonne désormais sous l\u2019engrais des réseaux sociaux.Et pourtant, malgré ces pénibles souvenirs de l\u2019école secondaire, François Lévesque offre au terme &\u2019En attendant Rusell un remerciement à ses «bourreaux scolaires, moteurs de résilience malgré eux».Ironie?Vengeance?Humour noir?«Rien de tout ça ! assure-t-il.Quand on subit l\u2019intimidation de façon systématique, calculée et incessante, il y a rapidement une honte qui s\u2019installe.On se tait, on ne veut pas en parler.On finit par croire qu\u2019on mérite ce qui nous est fait.Je continue à écrire là-dessus un peu à mon corps défendant, même si je ne nourris plus aucune rancœur.La honte est complètement partie, sauf que ça continue à me hanter, parce que c\u2019est ce que je connais.» Écriture cinématographique A la bourse des clichés des critiques littéraires, affubler une écriture de l\u2019adjectif «cinématographique» compte parmi les plus fidèles valeurs-refuges.Mais comment cette expression résonne-t-elle chez celui qui, comme François Lévesque, regarde depuis toujours «le plus de films possible» ?«On me le dit beaucoup, que j\u2019ai une écriture cinématographique, alors ça doit être vrai.Ce n\u2019est pas moi qui vais chia- ler contre les critiques, n\u2019est-ce pas ?blague-t-il, après que la conversation a dévié versL« noirceur, une histoire de maison hantée qui paraît également cet automne.Je sais que ce n\u2019est pas toujours un compliment, mais je le reçois comme tel.Je vois mal comment je pourrais ne pas avoir une écriture cinématographique.Je vois des scènes dans ma tête, des mouvements de caméra, alors j\u2019imagine que ça se sent.» Il suffirait de retrancher quelques passages de ce livre annoncé comme un hommage à Hitchcock pour obtenir un roman strictement réaliste, lui fait-on remarquer.«J\u2019aime le fantastique et l\u2019horreur lorsqu\u2019ils sont ancrés dans un contexte plausible, explique-t-il.Prends un film comme L\u2019exorciste.Avant que les effets spéciaux embarquent dans la dernière demi-heure du film, on a une mère célibataire qui travaille beaucoup et qui, par la force des choses, n\u2019est pas présente pour sa fille.On a des personnages humains, tridimen- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Malgré de pénibles souvenirs de l\u2019école secondaire, François Lévesque offre au terme 61 En attendant Rusell un remerciement à ses «bourreaux scolaires, moteurs de résilience malgré eux».sionnels.Alors quand l\u2019horreur survient, elle est d\u2019autant plus effrayante, parce qu\u2019on a l\u2019impression que ça arrive à de vraies personnes.» Meilleures salutations à l\u2019équipe de tournage qui s\u2019échine entre vos deux oreilles.«Je te rassure, je ne suis pas encore complètement schizo ! » Collaborateur Le Devoir EN ATTENDANT RUSSELL Tête Première Montréal, 2015,112 pages LA NOIRCEUR Editions Alire Montréal, 2015, 256 pages L\u2019auteur sera au Salon en séance de signatures les jeudi 19, vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 novembre LITTERATURE QUEBECOISE Un Bartleby qui dit oui CHRISTIAN DESMEULES Marié et père de deux,enfants, serviteur de l\u2019État grisâtre, homme tout ce qu\u2019il y a de plus moyen, un jour arrive où il ne se reconnaît plus.Plus tout à fait «C\u2019était moi, mais.» Le ver est dans la pomme.Suivront une série de chapitres courts, sortes de saynètes où «évolue» le narrateur légèrement facétieux 6\u2019Un homme mesuré, le premier roman de Gilles Pellerin, nouvel- liste et fondateur des éditions de L\u2019Instant même à Québec.« Je ne suis pas le genre d\u2019homme de qui l\u2019on se pose des questions ou à qui l\u2019on en pose.Cela me convient.» Sorte de Bartleby à f envers, pousseux de crayon incapable pour sa part de dire «non», cet homme qui croit «insignifier» sera toutefois récupéré de drôle façon par le pouvoir, qui voit en lui un vague sosie du président de cet univers singulier.Une société où les couples sans enfants, par exemple, ont l\u2019obligation d\u2019accueillir sous leur toit un célibataire et dans lequel il est possible de jouer les mannequins d\u2019un jour dans un magasin de meubles.Langue de bois «Notre président a été successivement chef de tous les partis.Maintenant, il l\u2019est simultanément.» Manière prudente de dire qu\u2019il vit dans une dictature.Mais dont le pouvoir est fis- suré, toujours à la merci des griefs de la populace qui évoluent au gré des insuccès du «Club», l\u2019équipe sportive qui semble canaliser conversations et rêves de bonheur national.Ce court roman sans beaucoup de romanesque, abstrait et mollement éclaté, et dont le titre semble aussi blême que la couverture, pourra sans doute être lu comme une dénonciation oblique d\u2019une certaine langue de bois, rampante dans les médiqs et les officines du pouvoir.A sa façon.Un homme mesuré trace au passage le contour d\u2019une aliénation multiforme: vie familiale, langage, travail ou sexualité.Des motifs qui ne sont pas sans rappeler, mais de manière moins convaincante, l\u2019univers qui était déjà à l\u2019œuvre dans E (L\u2019instant même, 2012), dont ce roman semble par ailleurs prolonger l\u2019une des nouvelles.Avec quelques éclairs.certes, mais l\u2019ensemble reste plutôt terne.Collaborateur Le Devoir UN HOMME MESURÉ Gilles Pellerin L\u2019instant même Québec, 2015,144 pages L\u2019auteur sera en séances de signatures au Salon les vendredi 20 et samedi 21 novembre.Félicitations aux poètes Martine Audet et Paul Bélanger nouvellement admis à TAcadémie des lettres du Québec LaUTEURE SERA EN DEDICACES t LE DIMANCHE 22 NOVEMBRE t 16h 17h Salon du livre de Mtl STAND 100 Ceremonie de reception LE JEUDI 19 NOVEMBRE 16h Salon du livre de Mtl SALLE 1 «je suis pour ne rien cacher dans le jour abrité du poème» (Têtepremiere/dos/contre dos, 2014) \\ Édiuonsdu Noroît www.lenorait.com « Même indicible je t'écris comme qui confierait son désir à la lecture.» (Des amours, 2015) Nord Alice « L\u2019artiste visuel Marc Séguin est un amateur de chasse et de pêche notoire.Cette passion et cette connaissance transparaissent partout dans Nord Alice, son troisième roman, qui suit le parcours d\u2019un chirurgien devenu médecin urgentiste à Kuujjuaq pour oublier une peine d\u2019amour.[.] On sent le froid, on mord dans la chair du poisson, [on] voit le sang dégouliner sur les mentons, on a peur de l\u2019ours qui attaque.Le Nord, vu à travers les yeux de l\u2019homme du Sud, est cru et concrètement sauvage.» Josée Lapointe, La Presse Pensez cadeaux / Diana Gabaldon OUTbANDhK -8- ECRIT AVEC LE SANG DE MON CŒUR Crimes à la bibliothèque RPHELINE QN EST TOUS QUELQUE PART JEAN RENÉ DUF JEAN-JACOÜESPEILETIER MACHINE GOD LE NOUVEAU GONNEIIY OUTI PREMIER RICARDO Québec ! le Parchefflin DEPUIS 1966 Librairie indépendante, francophone et agréée Il Berri-UQAM, librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 SALON DU LIVRE DE MONTREAL Claude Jasmin : un nouveau roman et La petite patrie de retour en bande dessinée Petite histoire pour grande mémoire / / FABIEN DEGLISE Si loin, mais pas vraiment.En mettant en dessins le roman de Claude Jasmin La petite patrie y avec la complicité du scénariste Normand Grégoire, la bédéiste Julie Rocheleau a fait cette étrange découverte : «Cest très facile de rire des Québécois du passé, de se dire qu\u2019ils étaient naïfs et fermés d\u2019esprits, lance Tartiste à Tautre bout du fil.Mais finalement, quand on se regarde aujourd\u2019hui de plus près, on se dit qu\u2019on ne fait pas forcément mieux!» Les regards dans le rétroviseur sur une nation peuvent parfois avoir un petit quelque chose de troublant.Et c\u2019est pour ça qu\u2019il ne faut jamais se priver pour les faire, estime la coauteure de la série La colère de Fanto-mas (Dargaud) et de La fille invisible (Glénat), qui depuis 2012 planche sur ce rappel au bon souvenir du présent de ce fragment littéraire et patrimonial qui explore notre passé, en suivant un p\u2019tit gars dans les rues et ruelles d\u2019un quartier populaire montréalais.Villeray, avant On est près des rues Jean-Talon, Saint-Denis, Saint-Hubert et Lajeunesse.La Deuxième Guerre mondiale vient tout juste d\u2019être déclarée et le p\u2019tit Claude, tout en jouant à la guerre avec ses amis et en craignant le Chinois qui tient le nettoyeur, va mettre en lumière des peurs, des doutes et des contradictions, encore très contemporaines, par la simplicité redoutable de ses questions.« Un projet comme celui-là, c\u2019est du bonbon, résume Julie Rocheleau.J\u2019habite ce quartier pour lequel j\u2019ai beaucoup d\u2019affection.Ma mère, qui y est née, m\u2019en a souvent parlé, m\u2019amenant sans doute à idéaliser le passé, la vie de quartier, les commerçants de ces lieux.Et les mettre en dessin était pour moi un défi incroyable à relever.» C\u2019est que ces chroniques urbaines, placées par Jasmin entre inquiétude, impuissance et naïveté, «se suffisent à elles-mêmes dans le roman», reconnaît Rocheleau, qui rêve déjà de pouvoir faire entrer d\u2019autres bou- quins du romancier dans son univers graphique.Pointe-Calumet boogie-woogie (La Presse, 1973) qui relate son adolescence?Pourquoi pas?«Dans La petite patrie, tout est là, parfaitement raconté et il fallait réussir à dire autant avec beaucoup moins de mots et un peu plus dessins.» Le scénario de Normand Grégoire n\u2019échappe pas l\u2019esprit du bouquin, tout comme le coup de crayon de la bédéiste n\u2019échappe pas d\u2019ailleurs l\u2019esprit du quartier, qui, sur plus de 80 pages, dévoile ses escaliers extérieurs en fer forgé, ses enseignes commerciales prêchant par excès de courbes et de détails, ses patinoires extérieures qui n\u2019existent plus, comme celle «du Shamrock», comme on l\u2019appelait dans le temps, et qui a donné du fil à retordre à la bédéiste.«Il en existe très peu, de photos, et celles dont je disposais ne m\u2019offraient qu\u2019une vision partielle et pas très claire de l\u2019endroit.J\u2019ai dû m\u2019inspirer d\u2019autres patinoires de la ville à cette époque pour refaçonner l\u2019endroit.» L\u2019auteur l\u2019admet: «Je n\u2019ai pas cherché à reproduire le quartier à l\u2019identique et dans la précision de son époque [celle où se joue le bouquin de Jasmin], dit-elle.On est plus dans les grandes lignes que dans le détail, mais on reconnaît facilement la rue Saint-Denis d\u2019antan, la rue Saint-Hubert d\u2019avant la plaza du même nom», mais également l\u2019enfance et l\u2019adolescence d\u2019un peuple qui se visite ainsi, par le 9® art, «comme on visite des grands-parents, dit la dessinatrice.C\u2019est agréable, humain et constructif, même si l\u2019on n\u2019est pas toujours d\u2019accord avec ce qu\u2019ils ont fait, avec ce qu\u2019ils pensent et avec ce qu\u2019ils continuent à penser».Le Devoir LA PETITE PATRIE Normand Grégoire et Julie Rocheleau D\u2019après le roman de Claude Jasmin La Pastèque Montréal, 2015, 84 pages La bédéiste sera au Salon en séance de signature les jeudi 19, samedi 21, dimanche 22 et lundi 23 novembre; le scénariste y sera le samedi 21 novembre.# 0 \\\tl'i %Cilll-INDE.' W't 3 U., ROMAN QUEBECOIS Un amour de Petite-Patrie LOUIS CORNELLIER Comme presque tous les vrais écrivains, Claude Jasmin aura, au fond, sa carrière durant, creusé le même sillon, ouvert en 1972.C\u2019est-à-dire celui de La petite patrie (Editions La Presse), récit qui vient de revoir le jour en bande dessinée (lire le texte de Labien Deglise), celui d\u2019une jeunesse montréalaise vécue entre l\u2019éclipse de la tradition canadienne-française et la naissance de la modernité québécoise.Auteur d\u2019une soixantaine de livres en tous genres.Jasmin a exploré époque \u2014 la fin des années 1940 \u2014 et d\u2019une émotion fondatrice \u2014 l\u2019amour qui envahit \u2014, portés par un art narratif personnel remarquable, dans lequel les dialogues sont intégrés au fil de la narration, pour reproduire, en quelque sorte, le flot amoureux.Claude a 16 ans quand il voit, pour la première fois, Angela Lasano, une adolescente italienne dont la famille vient de s\u2019installer dans la Petite-Italie de Montréal.Le ravissement est immédiat et tourne instantanément à l\u2019obsession.Sa mère a beau lui suggérer qu\u2019il lui serait plus facile de s\u2019enti- LA PASTEQUE La petite patrie a été adaptée en bande dessinée par Julie Rocheleau et Normand Grégoire.Clütidc Angela ma pente Italie ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR Auteur d\u2019une soixantaine de livres en tous genres, Claude Jasmin a exploré d\u2019autres territoires, mais l\u2019artère nourricière de son œuvre n\u2019est pas ailleurs que dans sa Petite-Patrie adorée.primordiale.Troisième œuvre de sa trilogie d\u2019autofiction sur ses amours de jeunesse dans Villeray, Angela, ma Petite-Italie fait suite à l\u2019éblouissant Anita, une fille nufnérotée (2013) et au poignant Elyse, la fille de sa mère (2014, tous deux chez XYZ).Dans le premier livre, de loin le plus puissant moment de cette trilogie.Jasmin revenait, dans un sublime emportement, sur son histoire d\u2019amour avec une jeune réfugiée juive.C\u2019était magnifique et douloureux.Dans le deuxième, le romancier revisitait sa flamme de prolétaire pour une fille dont la mère tirait du grand.En racontant ses exaltations qui tournaient en ratages.Jasmin chantait avec feu et délicatesse la grandeur fragile du sentiment amoureux.Art narratif Dans Angela, ma Petite-Italie, on retrouve ce même élan qui subjugue, cette même force d\u2019évocation, d\u2019une la vie et ses promesses, malgré les obstacles.Le vendredi soir, Claude et ses amis de collège se font marcheurs curieux sur la commerçante rue Saint-Hubert.C\u2019est un moment de délassement, de fête.«On appréciait, écrit le romancier, cette sorte de vitalité brouillonne qui sourdait de partout, une trépidation bon enfant.» C\u2019est justement cela, cette énergie irrépressible, cette agitation tendre, cette faim de vivre et d\u2019aimer \u2014 les filles, sa famille, sa petite patrie, son peuple \u2014, rendues dans un style incomparable et à l\u2019avenant, qui fait toute la richesse de l\u2019œuvre de Claude Jasmin et qui la rend si précieuse.Collaborateur Le Devoir ANGELA, MA PETITE-ITALIE Claude Jasmin XYZ Montréal, 2015, 158 pages REVUE DE THEATRE 156 www.revuejeu.org Dossier NOUVEAUX ^ TERRITOIRES .-ÉMINISTES Elkahna Talbi Annick Lefebvre Dana Gingras CARTE BLANCHE Donflinic Chanfipagne PROFILS Angela Konrad Annabel Soutar MEMOIRE Yves Sauvageau stand 346 (SODEP) et 432 (Gallimard) www.sodep.qc.ca Roger Payette et François Payette TABLE RONDE 62» ENTRÉE LIBRE DE JEU S affirmer féministe aujourd'hui : une posture (dé)fgyorabie?Discussion publique animée par Emilie Jobin Avec Martine Delvaux Francine Pelletier et Sandrine Ricci Lundi 16 novembre 2015 de 19hà20h30 UQAM Pavillon Judith-Jasmin Foyer du Studio-Théâtre Alfred-Laliberté Métro Berri-UQAM Gratuit lettres québécoises REVUE fondée en 1976 La revue de l'actualité littéraire tic % La seule revue JNTIÈREWitNT consacrée à la LITTÉRATURE QIÉBÉCOISE.lettres québécoises E?Roman Traduction POLAR RÉCIT Nouvelle POÉSIE Études littéraires CONTE Acfualité Abonnement papier et électronique : www.lettresquebecoises.qc.ca ^ Suivez-nous sur Facebook /.I ES ES Quebec es es Conseil des Arts Canada Council du Canada\tfor the Arts UNE FABRIQUE DE SERVITUDE La condition culturelle des Québécois Le Québec est-il une fabrique de servitude?Avec; Roger Payette, Jean-François Payette, Bernard Landry, Louise Beaudoin et Paui Piché Animation: Danic Parenteau ITI SALON DULIVRE DEMONTRÉAL Espace Archambault, dimanche le 22 novembre à 14 h 30 SODEC Quebec q Canad'â' Ê> F I D E S groupefides corn F LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 F 7 SALON DU LIVRE DE MONTREAL LITTERATURE JEUNESSE Les auteurs sont-ils condamnés à la surproduction ?MARIE FRADETTE Dans les années 1970 et 1980, la littérature jeunesse québécoise connaît une véritable effervescence.Les éditions Le Tamanoir \u2014 qui deviendront la courte échelle \u2014, feu Ovale et Québec Amérique ouvrent leurs portes, et déploient effort et passion pour offrir des textes de qualité aux enfants.Plusieurs auteurs et illustrateurs participent alors à la diversité de cette toute nouvelle littérature.Robert Soulières en est.Il rappelle qu\u2019à l\u2019époque, le nombre global de publications se limitait à 12 à 15 livres pour petiots par année.Aujourd\u2019hui, ce chiffre est passé à 725.Embouteillage?Inévitablement.Daniel Sernine, auteur et directeur de la revue Lurelu, abordait le sujet dans l\u2019éditorial de son dernier numéro.Selon lui, certains éditeurs «ont abaissé le seuil d\u2019acceptabilité», alors que d\u2019autres, «plus mûrs, plus aguerris ou moins perméables à l\u2019esprit de meutes, sont conscients que tout ce qu\u2019ils publient n\u2019est pas génial, mais ils font la moyenne».La ligne adoptée par les différentes maisons d\u2019édition semble tendre davantage vers une saturation de l\u2019offre qu\u2019une sélection rigoureuse de ce qui leur est soumis.Mais comment le marché peut-il absorber tout ça?L\u2019auteur et éditeur Robert Soulières estime qu\u2019il y a 30 ans, entre 800 et 1000 livres étaient envoyés d\u2019office aux librairies.Aujourd\u2019hui, faute d\u2019espace et de temps \u2014 les livres doivent se vendre vite et ont une durée de vie limitée \u2014 , c\u2019est entre 400 et 450 titres qui sont livrés.Les ouvrages n\u2019ont même pas le temps d\u2019être vus que déjà ils disparaissent.Yves Nadon, auteur et éditeur, croit que le marché est peut-être assez fort pour contenir cette abondance, «mais il faudra élaguer».Pour Soulières, «il y a trop de productions, ce qui devient un marché difficile et saturé pour les éditeurs.qui ont peine à vendre autant qu\u2019en 2006, par exemple, sans compter les baisses de budget dans les écoles.Sans compter aussi la production française, qui est revenue en force depuis plusieurs années».Il faut savoir que le Conseil des arts du Canada subventionne les éditeurs, mais valorise la qualité littéraire, alors que le PADIE encourage plutôt la production.Plus le chiffre d\u2019affaires est gros, plus les subventions seront grasses.Bien sûr, chaque éditeur publie le nombre de livres qu\u2019il veut, mais impossible de fonctionner sans subventions, alors un minimum de titres par année devient nécessaire.Et pour y avoir droit, il faut publier annuellement au moins 15,16 livres.Dans ce loL «il y a une courbe naturelle qui joue: 10% d\u2019excellents livres, 10%) de livres à revoir ou à retravailler.Publier peu, publier mieux.mais il faut vivre aussi, et publier un certain nombre de livres.L\u2019équilibre n\u2019est pas si facile à atteindre.Publish or perish, dit l\u2019adage anglais», affirme encore Robert Soulières.Et les auteurs ?Et ces auteurs qui produisent beaucoup?Quand on demande aux Alain M.Bergeron, Martine Latulippe, Camille Bouchard et Simon Boulerice, ils affirment tous sans hésiter écrire par goût, par choix, par passion, jamais par obligation.Pour Latulippe, impossible d\u2019envoyer un texte si elle n\u2019est pas satisfaite.Même principe pour Bouchard, qui explique que «la crédibilité d\u2019un auteur repose sur la qualité de son travail et non sur la quantité».Bergeron est, pour sa part, obligé de refuser des collaborations tellement il est débordé, et Boulerice remplit «sa vie par l\u2019écriture.Pourquoi s\u2019en priver?» La production de ces quatre auteurs varie respectivement entre 7 et 15 titres seulement cette année.Mais ils ont le temps.Voilà sans doute la principale différence entre eux, écrivains à temps plein, et les autres qui écrivent à temps perdu, les soirs et les fins de semaine.« Quand on dispose de tous les jours de la semaine, au rythme qui nous convient, la qualité peut être au rendez- conip^^ ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Simon Boulerice affirme remplir «sa vie par l\u2019écriture.Pourquoi s\u2019en priver?» PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019auteur et éditeur Robert Soulières estime qu\u2019il y a 30 ans, entre 800 et 1000 livres étaient envoyés d\u2019office aux librairies.vous même si les publications sont nombreuses.Je le pense sincèrement», exprime Latulippe.Alain M.Bergeron, croit qyf «ily a peut-être trop de publications jeunesse au Québec ces dernières années, mais si on ne prend pas notre place pour essayer [en vain] de faire un certain contrepoids, on sera tout simplement envahi par les productions de l\u2019extérieur».Qu\u2019en conclure ?Le marché est saturé, les murs des librairies, plus élastiques que jamais, sont tendus, les éditeurs ont besoin de subventions pour fonctionner.Condamnés reste un bien grand mot, n\u2019empêche que les auteurs dof vent produire afin d\u2019éviter d\u2019être noyés dans la marée des arrivages étrangers.La solution pour conserver la qualité ?Le temps, peuf être ?Ralentir, choisir, être plus critique.Et critiquer?Collaboratrice Le Devoir Robert Soulières sera au Salon en séance de signatures les 18, 19, 20, 22 et 23 novembre.Alain M.Bergeron et Martine Latulippe, les samedi 21 et dimanche 22 novembre.JULIE BEAUCHEMIN Même si elle se considère comme «productive», Martine Latulippe affirme qu\u2019il lui est impossible d\u2019envoyer un texte si elle n\u2019est pas satisfaite.y .J' 1 MERE MEDUSE Notre choix d\u2019activités jeunesse pour le Salon Tête à tête avec Kitty Crowther.Invitée d\u2019bon-neur du Salon du livre,\t^ la Belge Crowther convie les lecteurs à découvrir ses albums, notamment Mère Méduse, son tout dernier titre \u2014 envoûtant \u2014, dans lequel elle aborde la relation mère-fille.Pour les 8 à 9 ans, à la Place Confort TD, mercredi 18 novembre, 10 h 30.La poésie?Oui! Pour mieux s\u2019imprégner de la poésie, la néo-Courte échelle offre un rendez-vous intergénérationnel entre des jeunes du secondaire invités à lire leurs propres textes sur scène en copipagnie des poètes de renom que sont Elise Turcotte, Roger Des Roches et Louise Dupré.Pour les 12 à 16 ans, à la Place Confort TD, mercredi 18 novembre, 11 h 30.Michei Noëi et ies iê-gendes amérindiennes.Dans cet entretien, l\u2019auteur parle de ses récentes publications, notamment Pineshish, la pie bleue, un conte amérindien tout juste paru chez Isatis.Pour une plongée au cœur d\u2019un monde signifiant.Pour les 8 ans et plus, au pavillon Histoire du Canada, jeudi 19 novembre, 11 h.Quatre auteurs, un seui iivre.Martine Latulippe, Alain M.Bergeron, Erançois Gravel et Johanne Mercier se réunissent autour de leur dernière collaboration, parue aux,éditions Eou Lire.Un récit à quatre voix?A découvrir avec eux.Pour les 10 à 14 ans, à la Place Confort TD, samedi 21 novembre, 10h30.De i\u2019écureuii au chat, du chat à ia mouche.Une entrevue avec Mêlante Watt, l\u2019auteure de Chester, qui parlera de l\u2019inspiration et de la démarche artistique entourant sa nouvelle création, La mouche dans l\u2019aspirateur.Pour les 7 ans et plus, à la Place Confort TD, df manche 22 novembre, 10 h 30.Marie Fradette Venez découvrir nos plus récentes publications ^ Le mal du pays est un art oublié Joël Pourbaix reçoit le Prix littéraire du Gouverneur général en poésie pour Le mal du pays est un art oublié « Le visage aimé est le plus secret des bagages, le plus lointain des voyages.» L'auteur sera en dédicaces le samedi 21 novembre, 20h-21 h Salon du livre de Mtl, stand 100 Noroît J < nLU h Z 0 BACH AUTREMENT Bach autrement David Guy Joannis UNE BREVE HISTOIRE BU VICE AU CANADA LU\tMARINA ADSHADE û\tDOLLARS d SEXE LU\tfffy' 11 L insupportable bonheur LUCIEN BOUCHARD -S pragmatisme politique Une brève histoire du vice au Canada depuis 1500 Marcel Martel Trad.: Geneviève Deschamps Dollars et sexe.Comment l\u2019économie influence le sexe et rumour Marina Adshade Trad.: Anne-Hélène Kerbiriou, François Delorme L\u2019insupportable bonheur des autres Tome 1 * Tome 2 André Gosselin Lucien Bouchard : le pragmatisme politique jean-François Caron MIRA FALARDEAU HUMOUR ETUHERTÉ P'EXPRESSION Us langages ils I'hewNr REMEDES MORTELS ET CRIME ORGANISÉ ioimitiit l\u2019inilultrit phaimKiutiqui a «iirompu les seivlces \u2022 1\tES Québec Ea Ea F 12 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 SALON Dü LIVRE DE MONTREAL POESIE La chaux vive de Joël des Rosiers HUGUES CORRIVEAU Le livre est matériellement somptueux, un grand format rare, recouvert d\u2019un papier géofilm (mylar) sur lequel Raymond Martin a tracé des lignes grises, vieux restes salis ou évocations des vagues maritimes.L\u2019œil déjà est happé.Marcelin Pleynet écrivait : «Le mur du fond est un mur de chaux» ; on pourrait dire que, pour Joël Des Rosiers, le poème s\u2019écrit sur une page de chaux, inscrivant dans la matière des origines l\u2019impulsion des mots et des textes.Précisément, imaginons cette dérive «à chaud» qui va des naissances originelles aux mères imaginaires, filles des eaux abyssales, et vivantes des grouillants corps en devenir.Comme toujours chez Des Ro- Comme toujours chez Des Rosiers le vocabulaire est d\u2019une précision qui irradie cette langue, qui fait naître d\u2019elle les sens les plus incongrus comme les plus savants siers le vocabulaire est d\u2019une précision qui irradie cette langue, qui fait naître d\u2019elle les sens les plus incongrus comme les plus savants.Belle langue tortueuse, sinueuse, qui parcourt le vocabulaire tout autant que le monde porté en son sein: «sur la muraille de chaux// nul ne peut lire ce qui est inscrit / écriture de blancheur.» Le magma originel sert d\u2019assise à cette déroute ombreuse qui forme l\u2019essentiel de ce recueil présenté comme un poème, divisé en trois parties, à savoir les «Iles» (cette ancienne manière de nommer les os des hanches), «Voiles» et «Batteries».Du creux formé par le bassin jusqu\u2019aux voiles déployées pour atteindre Pointe-Batterie en Guadeloupe (peut-être), l\u2019ardeur du poète, martelée par des tambours obstinés, rythme le temps, trace le passage tourmenté du vivant.Rien de simple ici, plutôt l\u2019emportement irrémissible d\u2019un être qui cherche son souffle, ses marques.Les vers libres, hachurés et spasmodiques.tremblent d\u2019une angoisse sous-jacente qui taraude.Sur la mer se voient les conques et les vaisseaux, creux comme des hanches, au fil de l\u2019eau de chaux, miracle exact de ce qui naît et se noie à la fois.Mais c\u2019est aussi le corps, l\u2019anatomie parfaite du corps de la terre-mère qui articule «toutes choses sans miséricorde.» Joël Des Rosiers, énonçant son alphabet de muscles et d\u2019os, de fosses abyssales et de géhenne tellurique, déploie dans ce recueil une métaphore qui ancre sa vision plurielle de la planète.Les éléments s\u2019y mélangent, l\u2019air aux avions bruyants menant jusque dans les villes aux passants offerts.Paul-Marie Lapointe vient parfois surligner les poèmes, comme le recours à ces «aiguilles à poupées / épingles enfilées» qui évoquent des images bousculées par un automatisme contrôlé, «car la mer est mandée / pour les lancinations de femmes.» Les textes prennent ainsi l\u2019allure de lianes volu-biles accrochées aux images.Saint-John Perse, cité en épigraphe, ombre le style prolixe et ample de cette poésie soufflée par une certaine démesure.Mais sensuelle aussi, gorgée du désir des corps, d\u2019un appétit charnel pour la sonorité et les cataractes produites CHAUX\tpar les fortuites rencon- tres des sens.Nous savons, avec le poète, (\\ü\u2019«ily aura toujours la beauté/dans le tremblement», et c\u2019est le plus grand défi relevé par ce très beau recueil que de nous y mener avec la certitude que «l\u2019amour ouvre le crépuscule / à notre empire sans lois / à la vérité invisible qui inonde / au regard qui se pose sans voir.» Collaborateur Le Devoir CHAUX Joël Des Rosiers Triptyque Montréal, 2015, 96 pages L\u2019auteur sera en séance de signatures au Salon les vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 novembre olivieri Librairie & Bistro Olivieri vous invite à rencontrer deux auteurs vedettes de la rentrée aux éditions P.O.L Le samedi 21 novembre à 17 h 00 Nathalie Azoulai Lauréate du PrixMédicis 2015 Titus n\u2019aimait pas Bérénice « Bouleversant et magnifique.» Nicolas Fargues Auteur de Au pays du p\u2019tit « À la fois insolent, brillant et drôle.» Réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro: 514 739-3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges rïsi W Animée par Marie-Andrée Lamontagne Photos: John Foley RECIT Souvenirs et pépites d\u2019or DANIELLE LAURIN Quelques pas dans l\u2019éternité.Une enfance mal fermée (Québec Amérique, 2013 et Leméac, 2014).Depuis quelques années, Jean-François Beauchemin propose des carnets d\u2019écrivain qui disent le temps qui passe, puisent dans sa mémoire, méditent, observent le ciel, la nature et les animaux, s\u2019interrogent sur Dieu, sur l\u2019amour.Et sur lui-même comme être humain, comme écrivain.Objets trouvés dans la mémoire se situe dans cette continuité, s\u2019offrant comme une sorte de journal de l\u2019âme, du corps et de l\u2019esprit.Mêmes thèmes.Et même présence lumineuse de sa compagne de vie à ses côtés.Même attachement à sa famille, à ses parents disparus, auxquels il a déjà rendu hommage dans des ouvrages distincts.Tout cela fait partie de son noyau dur d\u2019écrivain: «Parce que le réel ne suffisait plus à les expliquer, j\u2019ai déplacé mes obsessions et les ai mises dans mes livres.Le ciel nocturne, la mort, le corps souffrant, le chagrin, la joie, le mystère, quasiment toutes mes méditations se rapportant à ces choses-là sont depuis quinze ans bien à leur place dans la vingtaine de pages que /écris chaque jour.» On pourrait s\u2019en lasser.On pourrait craindre, en ouvrant chaque nouveau livre, d\u2019être déçu.Et pourtant non.Même si, dans l\u2019ensemble, on n\u2019est pas nécessairement convaincu, interpellé, on finit toujours par y trouver des perles.Cette fois, on pourrait parler de pépites d\u2019or.Ce qui frappe aussi, et rassure et enchante, c\u2019est qu\u2019on a l\u2019impression cette fois que l\u2019écriture de Jean-François Beauchemin transcende l\u2019élégance qui caractérise habituellement sa plume.On ne sent plus que l\u2019auteur fait du style.Le style est là, bien sûr, reconnaissable.Mais en plus fluide.Plus épuré.Plus simple?Parlant de son travail d\u2019écriture, il note : «Le plus difficile n\u2019est jamais de trouver les mots.La plupart des miens me viennent d\u2019une espèce de simplification de mon existence, que je n\u2019ai d\u2019ailleurs pas voulue, mais qui s\u2019est imposée à mesure que fai vieilli.» Cette simplification venue avec l\u2019âge se sent concrètement dans l\u2019écriture.Même quand il aborde le mystère, l\u2019étrangeté.De plus en plus accessible, l\u2019écrivain de 55 ans?w.ANNICK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Depuis quelques années, Jean-François Beauchemin propose des carnets d\u2019écrivain.«J\u2019ai finalement pris mon parti de n\u2019étre pas un écrivain populaire.Comme si l\u2019objectif d\u2019autrefois consistant à m\u2019adresser au plus grand nombre s\u2019évanouissait à présent, et qu\u2019écrire sans but des livres à peu près libérés de toute fiction, lus par quelques milliers de lecteurs assidus, me suffisait.» C\u2019est peut-être parce qu\u2019il a renoncé à s\u2019adresser au plus grand nombre qu\u2019il y parvient, se dit-on.L\u2019ensemble paraît plus serein, aussi.Même quand des situations tristes ou difficiles sont abordées, on ne sent plus la douleur, la souffrance jeter son manteau sombre et lourd sur nos épaules.L\u2019auteur semble plus détaché.Dans le sens de plus détaché de lui-même.Davantage tourné vers l\u2019autre, peut-être.Plus léger?Certainement pas dans le sens de divertissement, ça non.Les anecdotes, les parcelles de souvenirs racontées, quoique témoignant d\u2019un talent certain de conteur, sont avant tout porteuses de sens, d\u2019humanité, de sensibilité partagée.11 y a là quelque chose d\u2019apaisant.Les fêlures L\u2019auteur évoque un Gilles Vigneault jeune, étudiant au collège de Rimouski, qui joue souvent au hockey à l\u2019aréna.« C\u2019est en criant pour encourager ses coéquipiers qu\u2019il écorche sa voix, demeurée depuis ce temps toujours un peu esquintée.» Jean-François Beauchemin de poursuivre : « Je pense qu\u2019il n\u2019est pas si mauvais pour chacun de nous de porter au fond de lui-méme quelque chose de légèrement brisé.Une part de mon être est à jamais endommagée.Tous ceux que je connais traversent eux aussi l\u2019existence avec un élément manquant ou affaibli de leur être.» Conclusion: «Une solidarité fraternelle naît de ces fêlures universellement ressenties.C\u2019est comme si nous partagions tous ensemble le poids de notre nature humaine, que nous répartissions sur nos épaules le fardeau neigeux de notre présence dans le monde.» Au passage, l\u2019auteur évoque ses voyages, dont une nuit d\u2019épiphanie dans le désert en Arizona.11 revient sur ses conférences données dans différentes universités.Sur ses peines d\u2019amour.Sur son coma, survenu il y a une dizaine d\u2019années, qui a donné lieu à La fabrication de l\u2019aube (Québec Amérique, 2005).Et sur sa rencontre avec celui qui allait adapter au cinéma son roman Le jour des corneilles (Québec Amérique, 2013).Le tout parsemé d\u2019allusions ou de citations d\u2019écrivains qu\u2019il affectionne, sans que jamais ce ne soit plaqué.Chaque texte, contenu dans une page ou deux, dépasse en densité, en réflexion ou en émotion l\u2019histoire racontée.Pépite d\u2019or parmi les pépites d\u2019or : L\u2019esprit de ma mère.L\u2019auteur raconte qu\u2019après la mort de sa mère, il s\u2019est retrouvé avec ses frères et sa sœur pour faire le partage des objets qui lui avaient appartenu.Rien ne l\u2019intéressait, c\u2019était des objets «vidés de leur substance » pour lui.Jusqu\u2019à ce qu\u2019il tombe sur le service de porcelaine que sa mère sortait à Noël et pour les dimanches de fête.« Un vieux feu de sciure se ranima au fin fond de ma poitrine.» 11 a rapporté la grosse boîte chez lui.Et l\u2019a sortie pour se servir un repas chaque fois qu\u2019il a eu le cœur brisé.«S\u2019il le fallait, je n\u2019hésiterais pas à me servir de nouveau de tout cela.Je retrouve dans ces quelques objets liés au passé le chant fraternel de ma vie, et l\u2019image intacte de ces grandes pièces bien tapissées où commence l\u2019amour.» OBJETS TROUVÉS DANS LA MEMOIRE Jean-François Beauchemin Leméac Montréal, 2015, 184 pages L\u2019auteur sera au Salon en séance de signatures les jeudi 19 et samedi 21 novembre.ROMAN QUEBECOIS La même blessure, renouvelée MANON DUMAIS Homme de peu de mots, Antoine Beauchesne aime en silence Rose, femme de son frère aîné Thomas, duquel il a toujours vécu dans l\u2019ombre.Après la mort prématurée de ce dernier à l\u2019usine d\u2019aluminium d\u2019Arvida, Antoine et Rose, enceinte, s\u2019installent à Québec, où ils se font passer Soirée littéraire avec Lise Tremblay Se pacifier j avec la mort Avec Lise Tremblay, romancière Lundi 16 novembre 19 h 30 Contribution suggérée: 5 $ Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc luîmes 514 849-3585 CONSEIL\tSODEC DES ARTS\t^ DE MONTRÉAL pour frère et sœur afin de ne pas choquer la bienséance.D\u2019une écriture délicate, presque aérienne, à laquelle les dialogues colorés offrent un intéressant contraste, Emmanuel Bouchard {Depuis les cendres.Hamac, 2011) fait revivre le Québec ouvrier des années 1940 à 1960.Dans ce tableau tour à tour vivant et douloureux qu\u2019il brosse à petites touches d\u2019une société croulant spus la chape de plomb de l\u2019Église catholique, il explore tout en finesse la psyché d\u2019un homme incapable de communiquer ses moindres désirs, écrasé par le souvenir de Thomas, à qui tout réussissait, et par la présence de Rose, qui s\u2019émancipe malgré les drames qui l\u2019accablent.Alors que l\u2019amour d\u2019Antoine devient un blessure poison violent, le lecteur, jusque-là bercé par la douce nostalgie du récit, est saisi par l\u2019habile rupture de ton effectuée par Bouchard.De fait, à mi-parcours du récit, alors qu\u2019éclate la colère d\u2019Antoine, l\u2019auteur entraîne ses personnages vers un cruel destin inéluctable, transformant la chute ' du roman en une hypnotique spirale descendante.Collaboratrice Le Devoir LA MÊME BLESSURE Emmanuel Bouchard Hamac Québec, 2015, 217 pages L\u2019auteure sera au Salon en séance de signatures le samedi 21 novembre.MÉMOIRE M D'ENCRIER^ ?! DANY LAFERRIERE de l'Académie française TOUT CE QU'ON NE TE DIRA PAS, MONGO '' L'écrivain croise rue Saint-Denis un jeune immigré, Mongo, et entreprend de lui expliquer ^ ce Québec où il vit depuis 40 ans.1260, rue Bélanger, bur.201 Montréal (Québec) H2S 1H9 Tél.: 514 989-1491 info@memoiredencrier.com memoiredencrier.com http://memoiredencrier.com/tout-ce-qu-on-ne-te-dira-pas-dany-laferriere/ LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 F 13 SALON DU LIVRE DE MONTREAL RECIT La foi ignorante d\u2019Ërîc-Ënunannel Schmitt LOUIS CORNELLIER histoire de Ui nuit de feu, ' Eric-Emmanuel Schmitt l\u2019a si souvent racontée oralement qu\u2019il ne pouvait se soustraire au devoir de l\u2019écrire.Un écrivain compulsif comme lui ne peut vivre une telle expérience sans la rendre, un jour, dans une forme littéraire définitive.Pascal, en 1654, a écrit le résumé de sa «nuit de feu» et l\u2019a caché dans la doublure de sa veste.Un philosophe qui reçoit une semblable révélation \u2014 Dieu existe \u2014 doit la consigner, avec une intensité digne de l\u2019événement, afin qu\u2019elle ne se perde pas avec sa mort.Or, Schmitt aussi est philosophe et a connu, en 1989, une nuit mystique au Sahara.Il la raconte à sa manière, limpide, élégante et modeste, dans La nuit de feu.Au départ, Schmitt, 28 ans, débarque en Algérie avec un ami pour faire du repérage en vue d\u2019un film sur Charles de Eoucauld, qui fut ermite missionnaire au Sahara au début du XX® siècle.Professeur de philosophie, Schmitt, à l\u2019époque, tâte à peine de l\u2019écriture et ne se réclame d\u2019aucune foi particulière.Lui et son ami s\u2019intéressent à Eoucauld «par passion pour une figure humaine, celle d\u2019un sage universel ».L\u2019écrivain en herbe avoue compter sur cette retraite au désert pour réfléchir à son avenir, puisqu\u2019il se cherche un peu.Pour des raisons logistiques, la randonnée se fera en compagnie de huit autres participants, dont la présence, finalement, contribuera à préparer le feu de la nuit absolue.Science et religion Parmi les voyageurs se trouvent, en effet, des scientifiques (géologue, astronome) et une ophtalmologue très croyante.Leurs visions du monde donnent lieu à des discussions relevées sur la quête de la vérité.Un soir, l\u2019astronome improvise un cours pour ses compagnons, ce qui incite Schmitt à la méditation.«Comme ils ne supportent pas l\u2019ignorance, les hommes créent des savoirs, se dit-il.Ils inventent des mythes, ils inventent des dieux.Us inventent un dieu, ils inventent des sciences.» L\u2019astronome, voyant fécrivain rêveur, lui demande son point de vue sur ce qu\u2019il appelle «la vérité scientifique ».Schmitt lui répond qu\u2019«f/ n\u2019y a que des vérités provisoires, des tentatives de vérité» et que la science CATHERINE CABROL Eric-Emmanuel Schmitt actuelle n\u2019est que «la façon moderne d\u2019hahiter l\u2019ignorance».Le philosophe ne se réfugie pas dans la foi pour autant.«Dieu, explique-t-il à la croyante, n\u2019est présent en moi que sous la forme de sa question.» Les fameuses preuves de son existence (ordre du cosmos, consensus universel, cause initiale) sont toutes plus que fragiles.«Jadis, constate Schmitt, les gens croyaient parce qu\u2019on les y incitait; aujourd\u2019hui, ils doutent pour le même motif.» Ils croient penser librement, alors qu\u2019ils se contentent de suivre des modes.Le philosophe, lui, refuse ces illusions, cultive son agnosticisme et accepte l\u2019angoisse qui l\u2019accompagne.Or, il se perdra, seul, dans le désert, sans vêtements ni nourriture.La nuit venue, bizarrement, il ne panique pas et s\u2019ensevelit sous une couche de sable pour se protéger du froid.Soudain, allez savoir pourquoi, c\u2019est l\u2019extase.«Joie.Flamme.La force fonce.Je me laisse prendre.Elle me pénètre le corps, l\u2019esprit.Me voici irradié!» écrit-il, tout en reconnaissant que «les mots, ces pauvres mots, n\u2019offrent pas la porte d\u2019accès à ce que je vis».Une certitude s\u2019empare de lui.«Tout a un sens.Tout est justifié», résume-t-il, en ajoutant: «Il existe.» Dieu sera le nom qu\u2019il donnera à celui qui «ne s\u2019est jamais nommé».Agnosticisme et foi Quand ses compagnons le retrouvent, Schmitt hésite, par pudeur, à témoigner de sa béatitude.Il allait, comme un voyageur intellectuel, sur les traces de Charles de Eoucauld, et voici que, comme ce dernier, à 28 ans lui aussi, il rencontre l\u2019iUumina-tion.Comment le dire ?L\u2019affaire est-elle même vraie ?N\u2019a-t-il «pas interprété de façon mystico-religieuse des phénomènes purement somatiques» ?Et pourtant, dit celui qui se définit comme un rationaliste, cette joie.ROMAN ETRANGER Tout ce qui brille n\u2019est pas or Victoria Hislop fait revivre l\u2019histoire de Famagouste, entre toc et tragédie LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Il y a tout juste dix ans, Victoria Hislop faisait paraître en anglais L\u2019île des oubliés (Les Escales, 2012 pour la traduction), un premier roman primé ayant pour cadre Spinalonga, une colonie de lépreux en Crète.Le thème aurait pu rebuter: il a plutôt été hissé au sommet des palmarès en Grande-Bretagne.Depuis, la lune de miel entre le public et cette diplômée d\u2019Oxford s\u2019est poursuivie ; La ville orpheline (The Sunrise) l\u2019amène au Salon du livre de Montréal, caracolant encore joyeusement sur les listes des meilleures ventes britanniques l\u2019été dernier.A mi-chemin entre le roman de plage (avec «un cœur», dixit The Observer) et le roman historique (sans la monomanie), les livres d\u2019Hislop touchent iin public qui n\u2019a de cesse de grandir.A ranger du côté des plaisirs coupables?Quand même pas, s\u2019amusait cet été The Indépendant, qui opposait alors sa prose, populaire mais appliquée, à celle bâclée et sexiste du dernier des 50 nuances de Grey (JC Lattès), que tout le monde se défendait d\u2019avoir acheté ou même lu, mais qui continuait de s\u2019envoler à coups de 10 000 exemplaires l\u2019heure en Grande-Bretagne.Au soleil du Sunrise Pour ce quatrième roman, Victoria Hislop a plongé dans l\u2019univers doré de Eamagouste, une ville balnéaire de Chypre qui brillait comme un soleil sur la Méditerranée dans les années 1970 jusqu\u2019à ce que l\u2019invasion turque la force brusquement à se soumettre, la laissant blessée et exsangue, encore à ce jour entourée de barbelés.On y suit un couple ambitieux à la tête d\u2019un chic hôtel, le Sunrise du titre original, qui agit comme un microcosme de cette LA VILLE ORPHELINE île où Chypriotes grecs et turcs cohabitent en harmonie malgré un passé douloureux.Sous sa plume prolixe, les années dorées de la ville sonnent étrangement comme du toc.Réduites en descriptions interminables gonflées de superlatifs, elles s\u2019égrènent sans laisser de traces, tout comme la romance sucrée qui y naît.Placé en son centre, le couple Papacosta multiplie les lieux communs, prouvant par leurs vanités que tout ce qui brille n\u2019est pas or.Aveuglé par la litanie de richesses naturelles et artificielles que lui sert l\u2019auteure en introduction, le lecteur finit par s\u2019agacer de ne pas mieux sentir le pouls de cette ville dont la renommée fut si fameuse.Il lui faudra attendre les premiers soubresauts politiques exacerbés par le putsch grec, puis les violences de l\u2019invasion turque pour entendre les premiers battements de cœur de Eamagouste et de ses habitants, jusqu\u2019alors réduits à de simples mannequins perdus entre les lignes.S\u2019imposent alors deux familles chypriotes attachantes, l\u2019une grecque, les Georgiou, l\u2019autre turque, les Ôzkan.Dans leur bouche, les tics d\u2019écriture de celle qui se partage entre l\u2019Angleterre et la Crète s\u2019effacent et l\u2019histoire enserre enfin la Grande, rigoureuse, mais proprement fascinante, celle-là.Pour peu qu\u2019on se rende jusque-là.Le Devoir LA VILLE ORPHELINE Victoria Hislop Traduit de l\u2019anglais par Alice Delarbre Les Escales Paris, 2015, 357pages L\u2019auteure sera en séance de signatures les vendredi 20, samedi 21 et dimanâ,e 22 novembre.L\u2019écrivain français naturalisé belge attendra vingt-cinq ans avant de rédiger, non sans tremblement, le récit de son expérience.«Je suis né deux fois: une fois à Lyon en 1960, une fois au Sahara en 1989», écrit-il dans La nuit de feu.Cette deuxième naissance n\u2019a pas fait disparaître son agnosticisme philosophique, «unique parti tenable avçc la seule raison».A la question de l\u2019existence de Dieu, précise Schmitt, répondre avec rigueur exige de toujours commencer par «je ne sais pas».Le croyant ajoutera qu\u2019il croit que oui, l\u2019athée qu\u2019il croit que non, et l\u2019indifférent qu\u2019il s\u2019en moque.Tous ceux qui affirmeront savoir commettront une escroquerie.La vérité, en cette matière.SCHMITT Liimiil délai c\u2019est que l\u2019agnosticisme, qui peut être croyant, athée ou indifférent, est la règle et, plus encore, que cette ignorance est le prix de l\u2019humanisme.«Tous, écrit bellement Schmitt, nous ne sommes frères qu\u2019en ignorance, pas en croyance.Ce ne sera qu\u2019au nom de l\u2019ignorance partagée que nous tolérerons les croyances qui nous séparent.En l\u2019autre, je dois respecter d\u2019abord le même que moi, celui qui voudrait savoir et ne sait pas; puis, au nom du même, je respecterai ensuite ses différences.Dans son excellent L\u2019Évangile selon Pilate (Albin Michel, 2000), le romancier racontait l\u2019ébranlement existentiel d\u2019un Pilate rationaliste devant l\u2019hypothèse de la résurrection du Christ.Son refus radical se transformait, devant les événements, en doute réceptif.Avec cette Nuit de feu, Schmitt offre, d\u2019une certaine manière, une sorte d\u2019antépisode de toute son œuvre, soudainement éclairée par la lumière de la leçon pascalienne : ne pas laisser ouverte la question de Dieu est une bêtise, un sacrilège contre l\u2019humain.Schmitt n\u2019est pas un prophète; c\u2019est un écrivain philosophe parfois lumineux à l\u2019écoute de ce qui le dépasse.Collaborateur Le Devoir LA NUIT DE FEU Eric-Emmanuel Schmitt Albin Michel Paris, 2015, 192 pages Eric-Emmanuel Schmitt est invité d\u2019honneur du Salon, n sera en séance de signatures les jeudi 19, vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 novembre STAND 426 NOS AUTEURS AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL 18 23 NOV.Pierre Cayouette Luc Chartrand Stéphane Choquette Marie-Éva de Villers Stéphane Dompierre Pierre Duchesne Marilyne Fortin\tMarie-Noëlle Gagnon Pierre Huet c ^ Marie Laberge Michel Lemay Catherine Perrin François Racine Martine Tremblay Anne-Marie Vertefeuille Québec Amérique quebec-amerique.com F 14 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 SALON DD LIVRE DE MONTREAL LITTERATURE FRANÇAISE Une grande farce de séduction Pierre Senges réinvente le roman de Mohy Dick en démultipliant ses possibles GUYLAINE MASSOUTRE Peut-on encore rêver et rire en littérature ?Lire et délirer?Ecrire et s\u2019écrier?Plonger dans les eaux limoneuses de la matrice mère, la langue épiphanique, la liste babé-lienne, le lyrisme débordant en un tsunami d\u2019images et de récits, dans les fondus enchaînés d\u2019une plume experte ?Oui, il est possible de décliner la jouissance en littérature.Une jouissance qui ne soit pas simple ego, tel Yann Moix vomissant son autobiographie complète ; qui ne soit pas autocitation surfaite, tel Philippe Sobers prchestrant ses relectures.Ecrire rare, intensivement et fou, alors que chacun touche à tout à sa manière, pour Pierre Senges, oui, malgré la parataxe d\u2019un bord et la désaffection de l\u2019autre, c\u2019est vouloir être lu.Décliner son plaisir dans le grand mythe babélien de la littérature, il faut bien dire qu\u2019après Borges, c\u2019est une tâche ardue.Mettre toutes les lettres de son côté, les images et les références, les avant-gardes et les révoltes, les esthétismes saturés, les mettre à neuf.Saisir la main tendue des prédécesseurs de haut calibre, c\u2019est le défi d\u2019inventer une écriture.Dérives Senges est un explorateur.Ne vient-il pas, \\)o\\iy Achab (séquelles), de remporter un prix absurde, celui de la Page 111, qui récompense un choix injustifiable?Ce jury de pataphy-sique ne lit rien d\u2019autre que cette page, dit-on.D\u2019un œil avisé, tel Mohy Dick fonçant sur le capitaine Achab, il aura désigné cette page excellente, parmi la flottille de barques DOMAINE PUBLIC Détail d\u2019une illustration de A.Burnham Shute tirée de l\u2019une des premières éditions du Moby Dick de Melville (1892) éditoriales, sur les vagues des livres réels et entre les tempêtes médiatiques.Une page, qui symbolise six cents autres du même tonneau.Senges est sorti du lot, tandis que les autres jurys se disputaient sur les mêmes titres.Son roman tranche, en tant que monstre blanc: «La baleine jupitérienne doit être un déploiement de grande envergure, sans contenu, sinon, comment voulez-vous apparaître?» écrit-il.Il a fallu à Senges chasser le puissant Melville, auteur de Moby Dick, une histoire de pêche au cachalot, au départ de Nantucket, bien éculée.Que signifie pour nous une chasse aux cétacés, quasi interdite, quand plus personne n\u2019utilise la lampe à huile et, Nippons exceptés, ne mange cette chair ?Pourquoi ressusciter cet Ulysse pirate n\u2019ayant qu\u2019un métier, qu\u2019une ven- geance, qu\u2019une passion et qu\u2019une jambe, et l\u2019envoyer caboter aux trousses du diable blanc?Ce gros roman de Senges, est-ce une simple dramaturgie de soi, «une mouise dramaturgisée aux petits oignons», une métastase du langage, ou n\u2019importe quoi d\u2019autre comme il est démontré ?La java du roman Achab (séquelles) refait pour nous le monde biblique, le conte mégalomaniaque de Gil-gamesh, le feuilleton de Shéhérazade embobinant un sultan assassin.Il offre au lecteur d\u2019escalader la montagne magique, avec Jules Verne au carré.L\u2019essayiste Pierre Bayard l\u2019a expliqué ailleurs : «L\u2019attention à la pluralité psychique, aussi bien la nôtre que celle des autres, conduit donc à une tout autre manière de vivre et d\u2019appréhender le monde.» Cette «pensée de la superposition » est littéraire ; pour un romancier comme pour son lecteur, elle consiste à vivre des existences simultanées, des opinions contraires, avec tolérance et sincérité.Suivre l\u2019Achab de Senges dans le ventre de Moby Dick, c\u2019est le retrouver, entortillé avec son double ectoplasmique, dans le cerveau de l\u2019auteur.Achab a une histoire londonienne terrestre.Sur le Pé-quod, sa barcarolle, il est Noé, Dieu, capitaine de Broadway, héros d\u2019Hollywood, Achille et d\u2019autres ; il radote ; il remâche sa rancune ; il délire.Du coup, on parcourt tous les aspects de son mythe, dont il sort en personnage pour les animer, les commenter, les contredire, les épater.Sacré bonhomme.Moby Dick finit par être un avaleur de cétologues et céto-logue lui-même, dans le grand vent rituel qui tient le catalogue de ses 255 chapitres de métamorphoses.Roman global, ironique, génial, noix de coco, cette monumentale contrefaçon de toutes les littératures redécouvre l\u2019Amérique et ses colonies sans se digérer soi-même.Inénarrable, drôle â mourir, grabuge, parodie des plus paranoïaques définitions d\u2019un chef-d\u2019œuvre,\t(séquelles) se donne comme le bilan de tout ce qu\u2019une panse littéraire pourrait ruminer.Conditionnel, potentiel, baudruche pleine â craquer de parenthèses, verbe sur tous les modes décliné.Collaboratrice Le Devoir ACHAB (SÉQUELLES) Pierre Senges Verticales Paris, 2015, 623 pages Triptyqi www.tr iptyque.qc.ca Bernard Lévy La nuit du violoncelliste romans accélérés Bernard Lévy La nuit du violoncelliste romans accélérés, 168 p., 25 $ Un ouvrage excentrique et jubilatoire, une démarche littéraire unique d\u2019exploration de l\u2019imaginaire.Mary Melfi Là-bas, en Italie Conversations avec ma mère traduction : Claude Béland récit, 335 p., 25 $ Entre Montréal-Nord et Casacalenda, petite ville du sud de l\u2019Italie, Mary Melfi multiplie les allers-retours dans le temps et dans l\u2019espace avec tendresse, humour et autodérision.Salon du livre de Montréal - Stand 100 Poèmes d\u2019écoliers montréalais ¦ - illustrés par Rogé leseditionsdelabapole com En librairie Pour chaque livre vendu 1 $ sera remis a la AA «/uv La Vitrine Frédéric Beigbeder Conversations d\u2019un enfant du siècle MONDANITES CONVERSATIONS D\u2019UN ENEANT DU SIECLE Frédéric Beigbeder Grasset Paris, 2015, 384 pages Animateur d\u2019émissions littéraires â la télévision française, chroniqueur littéraire mondain, le romancier Erédéric Beigbeder a rassemblé dans Conversations d\u2019un enfant du siècle les entretiens parfois superficiels faits pour le petit écran ou des magazines {GQ, Lui).Des rencontres qui ont le mérite de braquer les projecteurs sur des écrivains d\u2019importance, dont il est tantôt l\u2019ami ou le groupie.A preuve ces rencontres avec Chuck Palahniuk, Umberto Eco et Antonio Tabucchi, Michel Houellebecq, Bref Easton Ellis ou Bernard-Henri Lévy.On y trouvera quelques perles, tel cet entretien rare avec Albert Cossery, ou l\u2019évocation d\u2019un rendez-vous manqué avec Erançoise Sagan quelque temps avant sa mort.Racoleur avec un peu tout le monde, Beigbeder se permet parfois sous couvert d\u2019humour de glisser un peu de venin, comme dans ce portrait éclair de Jean d\u2019Ormesson : «Il me semble qu\u2019il a incarné depuis quarante ans ce que doit être un écrivain français: quelqu\u2019un de brillant, aristocratique et élégant, qui dit du mal de lui-même et publie toujours le même livre.» Qu\u2019on l\u2019aime ou qu\u2019on le déteste, l\u2019auteur de L\u2019amour dure trois ans (Grasset, 1997) possède certains charmes : ironie, autodérision, sens de la formule, esprit gaulois.Léger, mais pas toujours.Christian Desmeules Lettre a Dennis Rodman, bouffon de la dictature ,nord-coreenne PAMPHLET LETTRE À DENNIS RODMAN, BOUFEON DE LA DICTATURE NORD-COREENNE Élise Fontenaille Les Échappés Paris, 2015,128 pages Le basketteur américain Dennis Rodman a été une étoile de la NBA dans les années 1990 et a ensuite nourri la presse people en multipliant les frasques.En 2013, â l\u2019invitation du magazine d\u2019origine montréalaise Vice, l\u2019énergu-mène se rend en Corée du Nord pour y rencontrer le dictateur Kim Jong-un, amateur de basket.A son retour, Rod-man déclare que le tyran, au fond, est qn sacré bon gars.La journaliste et romancière française Élise Eontenaille ne le prend pas.Dans ce vigoureux pamphlet, elle taille en pièces les bêtises de Rodman, en citant un rapport de l\u2019ONU, daté lui aussi de 2013, qui décrit la Corée du Nord «comme une immense prison à ciel ouvert», dirigé par un régime totalitaire abonné â la torture et financé par la production et le trafic de drogue.La protection que lui offrent la Russie et la Chine ainsi que sa réputation de puissance atomique font trembler la communauté internationale, qui reste passive.Il est scandaleux, clame l\u2019écrivaine, que des personnages fantasques comme Rodman et, avant lui, au début des années 1970, certaines grandes figures des Black Panthers, fassent copain-copain avec les despotes nord-coréens, s\u2019attirant de cette façon les complaisants feux de la rampe médiatique, pendant qu\u2019un peuple se meurt.Le spectacle devrait avoir des limites.Louis Cornellier Promotion à Fâchât de trois livres de rabais rabais de rabais Du 7 au 29 novembre 2015 \u2018Rabais à partir du prix courant et ne peut être jumelé à toute autre promotion.Livres en stock seulement, à l'exception des livres scolaires et d'informatique.le Pardiemifl DEPUIS 1966 Berri-UQAM, librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca ALAIN POISSANT T\u2019es où Célestin?ROMAN I 196 PAGES | 20,95 $ SAMEDI 21 NOV.: 15 à 16 H DIMANCHE 22 NOV.: 13 H 30 à 14 H 30 NICHOLAS HAUCK Walter Benjamin ESSAI I 96 PAGES I 17,95$ VENDREDI 20 NOV.: 20 à 21 H SAMEDI 21 NOV.: 13 à 14 H KARINE LÉGERON Cassures NOUVELLES | 129 PAGES I 17,95$ VENDREDI 20 NOV.: 19 à 20 H KARINE GEOFFRION Éloi et la mer ROMAN I 104 PAGES I 16,95$ SAMEDI 21 NOV.: 15 à 16 H FLORENCE MORIN Machine et machinations POLAR I 246 PAGES I 24,95 $ SAMEDI 21 NOV.: 14 à 15 H ÉRIC\t' DE BELLEVAL Reportages sous influence ROMAN I 261 PAGES I 26,95 $\t^ , SAMEDI 21 NOV.: 14 à 15 H\t» ' > VENEZ RENCONTRER NOS AUTEURSs®» ^ TK LES ÉDITIONS Sémaphore editionssemaphore.qc.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 F 15 SALON DU LIVRE DE MONTREAL Quelques nuances de gris Christian Desmeules « L orsque je pense à la façon dont je comprends mon rôle de citoyen \u2014 en mettant de côté le fait d\u2019être président \u2014 [.], les choses les plus importantes que fai apprises, je crois que je les ai apprises des romans.C\u2019est une question d\u2019empathie.C\u2019est lié au fait d\u2019être à l\u2019aise avec l\u2019idée que le monde est compliqué et rempli de gris, mais qu\u2019il existe encore malgré tout une vérité et qu\u2019il faut faire un effort pour l\u2019atteindre.Et avec l\u2019idée qu\u2019il est possible de se relier à l\u2019autre, même s\u2019il est très différent de vous.» Profession de foi sincère ou liabile exercice de relations publiques de Barack Obama?Ces propos sont tirés d\u2019un long entretien entre le président des Etats-Unis et l\u2019écrivaine Marilynne Robinson (Prix Pulitzer 2005) paru dans la dernière édition de la prestigieuse New York Review of Books.Remarquez, entre nous, que sa fréquentation des romans ne l\u2019a pas empêché de doper le programme de drones de l\u2019administration américaine et de faire pleuvoir les bombes à distance.On pourra reparler de l\u2019aptitude à la compassion de ces nouveaux cerfs-volants de Kaboul.Mais c\u2019est un peu dans la même veine, à l\u2019occasion du 10® anniversaire du groupe éditorial Mauri Spagnol (un des plus importants éditeurs en Italie), qu\u2019un centre de recherche de l\u2019Université de Rome III rendait publique il y a quelques semaines une étude qui démontre que les lecteurs 1 'M m R KO O PM ANS ISTOCK Frivole, futile, innocente, la littérature ?À voir les attaques féroces dont elle est parfois encore la cible, on est amené à en douter.(italiens) sont en moyenne plus heureux que les non-lecteurs, qu\u2019ils font aussi un meilleur usage de leur temps libre et sont mieux préparés, sur le plan psychologique, à affronter des émotions négatives.Le romancier Yann Martel {L\u2019histoire de Pi, XYZ), pour qui «les livres nous font monter plus haut», n\u2019aura peut-être pas besoin d\u2019envoyer de romans assortis d\u2019un mode d\u2019emploi au nouveau premier ministre du Canada, comme il l\u2019avait fait pendant quelques années pour Stephen Harper, récemment congédié par les électeurs.Détenteur d\u2019un baccalauréat en littérature anglaise de l\u2019Université McGill, les chances sont fortes pour que Justin Trudeau n\u2019ait pas la même allergie à la littérature I \\ I II II RMI ICI et à son pouvoir d\u2019empathie.Quant à eux, lecteurs d\u2019un seul livre (devinez lequel), où ils pourront trouver du réconfort ou nourrir leur soif de vengeance, les conservateurs auront désormais tout le loisir de s\u2019occuper de leurs «émotions négatives».La haine de la littérature Bien sûr, la littérature n\u2019est pas une panacée, il faudrait être naïf pour le croire.Ce n\u2019est pas non plus un poison.Et des gens pour qui l\u2019idée de diversité culturelle semble se limiter aux 26 lettres de l\u2019alphabet, il y en a eu et il y en aura d\u2019autres.C\u2019est une longue tradition qu\u2019explore William Marx dans La haine de la littérature.Professeur de littératures comparées à l\u2019Université Paris X, l\u2019essayiste poursuit un travail entrepris avec L\u2019adieu à la littérature (Minuit, 2005), qui retraçait de l\u2019intérieur même de la littérature l\u2019histoire de sa lente dévalorisation depuis le XVIII® siècle.Depuis que, dans l\u2019Antiquité, Platon a chassé les poètes de la cité idéale qu\u2019il imaginait dans La République, les rhéteurs et les politiciens se sont empressés d\u2019occuper le terrain.On le comprend : le mensonge (utile «pour tromper les ennemis ou les citoyens, quand l\u2019intérêt de l\u2019État l\u2019exige») était une arme beaucoup trop précieuse pour être laissée entre les mains des poètes.William Marx brosse ainsi le tableau de 3000 ans d\u2019accusations portées contre la littérature, autant par les pouvoirs que par les philosophes.Les attaques livrées contre l\u2019autorité constituant l\u2019un des quatre procès intentés depuis toujours à la littérature auxquels s\u2019intéresse l\u2019auteur, avec ceux qu\u2019on lui a aussi faits au nom de la vérité, de la moralité (toujours en vogue) et, plus récemment peut-être, de la société.Des théologiens et des docteurs de la pensée unique l\u2019ont accusée de tous les maux.Tel Savonarole, véritable champion de l\u2019autodafé \u2014 lui-même mort sur un bûcher à Elorence en 1498.Ou comme le philo- sophe Jean-Jacques Rousseau, qui n\u2019était pas à un paradoxe près: «Je hais les livres, écrit-il dans son Émile ou de l\u2019éducation, ils n\u2019apprennent qu\u2019à parler de ce qu\u2019on ne sait pas.» Qui plus est, l\u2019auteur de La haine de la littérature souligne, au moyen de quelques exemples édifiants, que l\u2019anti-littérature a toujours fait bon ménage avec l\u2019homophobie.Envoie, fujile, innocente, la littérature ?A voir les attaques féroces dont elle est parfois encore la cible, on est amené à en douter.Même l\u2019ancien président français Nicolas Sarkozy s\u2019était pris il y a quelques années d\u2019une étrange lubie contre La princesse de Clèves, qui n\u2019était à ses yeux qu\u2019un symbole élitiste, désuet et.douloureux.Ce qui fait dire à William Marx qu\u2019il y a plus de continuité dans l\u2019antilittérature que dans la littérature elle-même et que «le mépris ou le désintérêt des hommes d\u2019État pour les lettres a une longue tradition».Tellement longue que nous vivons peut-être déjà, sans le savoir, dans le monde fantasmé par Platon.Un monde d\u2019innocuité totale de la littérature où les romans, le théâtre et la poésie sont réduits à de simples divertissements.A une façon comme une autre de passer le temps.Mais pour William Marx, la cause est entendue, le gris est la force de la littérature : «Cette impossibilité d\u2019une définition positive semble aujourd\u2019hui constituer la force de la littérature, sinon sa raison d\u2019être.» LA HAINE DE LA LITTERATURE William Marx Éditions de Minuit Paris, 2015, 224 pages LES HEURES BLEUES Pour tous les gouts et tous les ages Nouveautés\tJ.BOULERICE / MADELEINE GHYS la ques B ule e Madele ne Ghys Un autre jour Récit de voyage sur des bancs publics RAYNALD MURPHY / FRANÇOIS BARCELO Carnets du métto de Montreal f bleues URAUTffEJOUff CAffRETS DU METRO DE MONTREAL un AV A www.heuresbleues.com avec GUYTAILLEFER, journaliste et chroniqueur et la participation de FRANÇOIS HÉBERT, écrivain ef SERGE GRANGER, professeur.L\u2019INDE DANS TOUS SES ÉTATS Guy Taillefer SAMEDI 21 NOVEMBRE A13 H 15 à l\u2019Agora du Salon du livre de Montréal Ik 4\t vendredi de14h30a15h15a l'Espace Archambault DU BOYS CLUB À L'ANTIFÉMINISME: NOUVEAUX VISAGES ET VIEUX REFRAINS Avec Melissa Blais (Le mouvementmasculiniste au Quebec), Martine Delvaux (Sexe, amour et pouvoir) et Francis Dupuis-Deri (Les antifeminismes) Animation Judith Lussier\u2014> samedi de 12 h à 12 h 45 à l'Espace Archambault L'HISTOIRE AU RYTHME DU PARLEMENT Avec Manon Tremblay (Remue-menage) et Marc-André Robert (Septentrion) Animation Jean-François Nadeau \u2014> dimanche de 13 h a 13 h 25 au Pavillon Histoire du Canada SÉANCES DE SIGNATURE ROGER BOURDEAU * Helen Doyle, cinéaste.La liberté de voir jeudi 19 novembre de 17 h a 18 h DIANE TRÉPANIÈRE 8l LOUISE-ANDRÉE LAUZIÉRE \u2022 Un cri un chantées voix jeudi 19 novembre de 18 h a 19 h MARIE-EVE SURPRENANT \u2022 Manuel de résistance féministe jeudi 19 novembre de 19 h a 20 h MONA GREENBAUM \u2022 Familles LGBl le guide vendredi 20 novembre de 16 h a 17 h ISABELLE BOISCLAIR 8l LUCIE JOUBERT \u2022 Mines de rien.Chroniques insolentes vendredi 20 novembre de 17 h a 18 h et samedi 21 novembre de 18 h a 19 h MÉLISSA BLAIS 8l SARAH LABARRE * Le mouvementmasculiniste au Québec vendredi 20 novembre de 18 h a 19 h FRANCIS DUPUIS-DÉRI Les antiféminismes.Analyse d'un discours réactionnaire samedi 21 novembre de 13 h a 14 h MARIE-CÉLIE AGNANT * Femmes au temps des carnassiers samedi 21 novembre de 14 h a 15 h et dimanche 22 novembre de 15 h a 16 h MARTINE DELVAUX, VALÉRIE LEBRUN 8l LAURENCE PELLETIER Sexe, amour et pouvoir samedi 21 novembre de 15 h a 16 h NAIMA HAMROUNI 8l CHANTAL MAILLÉ \u2022 Lesujetdu féminisme est-il blanc?samedi 21 novembre de 16 h a 17 h JULIE PERREAULT & AGNÈS BERTHELOT-RAFFARD Le care.Éthique féministe actuelle dimanche 22 novembre de 12 h a 13 h MANON TREMBLAY \u2022 100 questions sur les femmes et la politique dimanche 22 novembre de 13 h 30 a 14 h 30 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2015 F 19 SALON DU LIVRE DE MONTREAL ESSAIS Une contre-culture surtout québécoise La contestation des années 1960 et 1970 prit ici une dimension originale MICHEL LAPIERRE On oppose souvent Tuniver-salisme et l\u2019apolitisme de la contre-culture qui, entre 1966 et la fin des années 1970, se propagea au Québec, comme ailleurs, au caractère circonscrit et cérébral du mouvement indépendantiste québécois dont l\u2019éclosion avait précédé la sienne.Cependant, Pierre Valliéres, l\u2019un des acteurs des deux phénomènes, y voit une continuité.Mentionné dans Pratiques et discours de la contreculture au Québec, de Jean-Philippe Warren et Andrée Fortin, et dans Art rebelle et contre-culture, d\u2019Anithe de Carvalho, Valliéres éclaire, par son jugement émis en 1986, le solide bilan que dresse chacun des ouvrages.Son témoignage est saisissant: «Cet utopisme social, déjà présent dans Nègres blancs d\u2019Amérique, rejoignait celui prêché par la revue Mainmise.» H explique la fusion entre l\u2019indépendantisme québécois révolutionnaire et la contre-culture : «En fait, révolution culturelle, mutation sociale et exigence de plénitude politique coïncidaient dans nos têtes comme dans nos actes pour faire du projet du \u201cQuébec libre\u201d le canal privilégié de toutes les dynamiques sociales et privées vers l\u2019inaccessible paradis terrestre de nos rêves.» Pauline Harvey est sans doute celle qui a le mieux saisi par l\u2019écriture cet air fugitif de liberté.Dans le répertoire presque exhaustif des expériences et des figures érotiques, musicales, psychédéliques, anarchistes, utopistes de la bohème des années 1970, Warren et Fortin n\u2019oublient pas, par bonheur, d\u2019évoquer cette romancière.Dans des œuvres publiées au cours de la décennie suivante, comme Encore une partie pour Berri en 1985 (re- ARCHIVES LE DEVOIR Selon Pierre Valliéres, «révolution culturelle, mutation sociale et exigence de plénitude politique coïncidaient [.] pour faire du projet du « Québec libre » le canal privilégié de toutes les dynamiques sociales et privées vers l\u2019inaccessible paradis terrestre de nos rêves.» pris dans BQ), elle a su saisir la folie très parlante de l\u2019époque.Elle raconte: «Vous faites l\u2019amour les fenêtres et les rideaux grand ouverts, vous vous masturbez dans tous les coins de la ville.Ce ne sont pas des humains que vous baisez, c\u2019est Montréal.Vous avez vos sexes chauds enjbuis dans le béton, et baisez le béton, les briques jusqu\u2019à ce que la peau vous pèle.» Cette frénésie poussée jusqu\u2019à la douleur ambiguë de l\u2019extase dit curieusement beaucoup plus que les énumérations, pourtant très documentées, de Warren et Fortin.Récupération La trilogie incantatoire sex, drugs and rock\u2019n\u2019roll ou, plus gravement, les mots écologie, agriculture biologique, spiritualité orientale, féminisme, droits des gais, comme l\u2019hymne pacifiste de John Lennon Give Peace a Chance ne réussissent guère à recréer la magie envolée.Maintenant, même des noms comme Jean Basile, Raoul Duguay, Denis Vanier, Josée Yvon, Léan-dre Bergeron suscitent moins de ferveur et de consensus.Néanmoins, Warren et Lor-tin, qui adoptent un point de vue sociologique, ont le mérite d\u2019insister sur l\u2019héritage de la contre-culture: le mariage gai, l\u2019alimentation naturelle, le projet de légaliser la marijuana, la création de BDQ Montréal.Quant à l\u2019historienne de l\u2019art Anithe de Carvalho, plus critique, elle démontre que «la néo-avant-garde artistique politisée n\u2019a pas réussi son pari de rester en marge de /\u2019establishment».Jean-Paul Mousseau, le plus connu des créateurs de l\u2019époque qui aspirait à sortir l\u2019art du musée, a tenté de le faire à Montréal en décorant avec brio la station de métro Peel et des discothèques.S\u2019il a préparé la voie à l\u2019essor de l\u2019art public novateur, le côté révolutionnaire de son expérience reste voilé par la récupération qu\u2019en ont faite la politique traditionnelle ou le simple commerce.La contre-culture a eu à faire face, comme l\u2019a souligné Val-lières en 1986, à «ce continent massivement anglo-saxon et conservateur où, plus que partout ailleurs, dominent les forces d\u2019uniformisation sociale et d\u2019homogénéisation culturelle».Et c\u2019est surtout au Québec qu\u2019on en sentait le poids.Collaborateur Le Devoir PRATIQUES ET DISCOURS DE LA CONTRECULTURE AU QUEBEC Jean-Philippe Warren et Andrée Fortin Septentrion Québec, 2015, 272pages ART REBELLE ET CONTRE-CULTURE Création collective UNDERGROUND AU QuÉBEC Anithe de Carvalho M Éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2015, 232pages Actualité freudienne Associé aux éditions Liber, Philo & de, ce «magazine de philosophie et de sciences humaines et sociales», présente un contenu substantiel et de qualité.Dans le dossier principal du numéro «Présences de la psychanalyse », des psychanalystes et des écrivains se penchent sur l\u2019actualité de la théorie et de la pratique freudiennes.Dominique Scarfone explique que l\u2019originalité de la
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