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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2015-12-12, Collections de BAnQ.

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[" Svetlana Alexievitch, la «femme-oreille» Page f 7 David Suzuki est-il réactionnaire ?Page f 9 BEAUX LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS DÉCEMBRE 2015 À l\u2019est du soleil, sous la neige ^illustration littéraire et les techniques d\u2019impression au service des contes et des beaux livres ' -¦'¦\u2022J ¦ TASCHEN «s 'A LIRE, DU MEME AUTEUR M AGGI DANIEL LE LA REVENANTE DANIEL LESSARD Le destin de Maggie DANIEE EESSARD ¦ LE PUITS EDITIONS , i PIERRE TISSÉYRE www.tisseyre.ca ROMAN QUEBECOIS Zapping et bling bling CHRISTIAN DESMEULES De 1949 à 2013, de Gorki (qui redeviendra Nijni Novgorod en 1991 après la dislocation de l\u2019Union soviétique) jusqu\u2019à Barcelone, en passant par Lyon et une petite île de l\u2019océan Pacifique, Ivan Zolotov est une sorte de témoin du siècle.Un historien et professeur d\u2019histoire soviétique au destin plutôt banal, dont le premier roman de Yann Fortier, L\u2019angoisse du paradis, nous brosse l\u2019enfance et l\u2019adolescence à grands traits.En 1992, on le retrouve à Barcelone, «trois ans après la chute du Régime» (sic), où il va faire la rencontre d\u2019un journaliste anglais qui lui parle d\u2019un artiste visuel espagnol, auteur d\u2019une révolutionnaire Toile invisible et d\u2019une sorte de manifeste \u2014 un long épisode dont les liens avec la première moitié du roman apparaissent plqtôt minces.A Lyon en 1999, voulant se rendre en Suisse en faisant de l\u2019auto-stop, le Russe va cette fois faire la connaissance de Nicolai Nicolo, un «romanichel roumain» dresseur et dompteur d\u2019oiseaux qui parcourt les routes de l\u2019Europe avec son Cirque volant et sa cargaison de bêtes à plumes.Sans transition, on saute ensuite quelques années pour retrouver Zolotov recevant le discours existentiel d\u2019un vieux garagiste de Nijni Novgorod, Yiaroslav Stolypine.Plus tard encore, au crépuscule de sa vie, sur une île de l\u2019Océanie, tous ses souvenirs vont refluer pêle-mêle devant ses yeux.Ce roman tout en montagnes russes \u2014 qu\u2019on appelle en réalité «montagnes américaines» au pays de Tolstoï \u2014 risque de donner le tournis à plus d\u2019un lecteur, avec ses épisodes plaqués et ses discours un peu fumeux sur la création et l\u2019art éphémère.Aussi, s\u2019il faut en croire Yann Fortier, Saint-Pétersbourg en 1949 portait le nom de Petrograd (alors que tout le monde sait que la ville s\u2019appelait Leningrad entre 1924 et 1991), les Russes y boivent de la vodka au goulot et Gorki, une ville longtemps fermée aux étrangers, y fourmillait d\u2019étudiants africains et cubains au début des années 1960.Ivan Zolotov y a d\u2019ailleurs fait la rencontre , , de «la beauté cubaine Caria Lopez » au cours de ses études universitaires \u2014 un épisode de sa vie dont on ne saura rien de plus.Le ton est donné : cherchez l\u2019erreur.Côté bédéesque La tonalité vaguement bédéesque de L\u2019angoisse du paradis n\u2019excuse pas son exotisme de pacotille et l\u2019abondance (involontaire) des anachronismes.Ce sont les symptômes les plus visibles de défauts plus profonds: Zolotov apparaît dans l\u2019ensemble comme un personnage sans beaucoup de substance doté d\u2019une présence «physique» à peu près inexistante.Se livrer à la caricature tout en se privant de cette dimension des personnages est un défi perdu d\u2019avance.Malgré certaines qualités d\u2019imagination, l\u2019architecture boiteuse qui fait penser à une séance de zapping et l\u2019ignorance de la référence culturelle suffisent à en miner l\u2019intérêt.En quelques mots : une absence criante de tout ce qui devrait constituer un bon roman.Faible.Collaborateur Le Devoir L\u2019ANGOISSE DU PARADIS Yann Fortier Marchand de feuilles Montréal, 2015, 234 pages lOM.l'OURB.VI\\ Le mal du pays est un art oublié CETTE ANNÉE, OFFREZ LA POÉSIE EN CADEAU ! « Nous perdons notre âme dix fois, cent fois dons une vie, il fout bien parfois la recouvrer.» Le mol du pays est un art oublié, de Joël Pourbaix Prix du Gouverneur général 2015 Éditions du Noroît LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 DECEMBRE\t201.5 F 5 BEAUX LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Remonter le courant Un roman sobre et sans faille sur l\u2019art difficile de conjuguer maternité et création CHRISTIAN DESMEULES Artiste en panne, mère célibataire éplorée, séparée de sa fillette de deux ans par la DPJ, Clarisse Green est copropriétaire d\u2019une petite galerie d\u2019art montréalaise.Elle reçoit un soir de vernissage un appel d\u2019une femme du Bas-Saint-Laurent, inquiète de la disparition d\u2019un de ses locataires.Pas revu depuis son départ déchirant pour Rimouski il y a presque trois ans, alors qu\u2019il allait poursuivre ses études en biologie marine dans sa région d\u2019origine, David n\u2019a jamais pu savoir qu\u2019elle était tombée enceinte.Elle avait choisi de garder l\u2019enfant «comme on garde un souvenir».Sans trop réfléchir non plus, la protagoniste de La remontée, le deuxième roman de Mande Nepveu-Villeneuve, prend aussitôt la direction de Sainte-Ca-therine-sur-Mer \u2014 une petite ville qui compte moins d\u2019habitants qu\u2019il y avait d\u2019élèves dans l\u2019école où elle a fait son secondaire.Tandis que les policiers se mettent à la recherche de David, Clarisse s\u2019installe dans la pension où vivait son ancien ampureux.A Montréal, Renaud, amant occasionnel et son associé à la galerie d\u2019art, semble s\u2019inquié- Pourtant, il y avait aussi ces jours où elle était parfaite, Justement, où elle répondait exactement la bonne chose au bon moment, où elle trouvait exactement les bons Jeux, les bons gestes, les bonnes chansons yy Extrait de La remontée ter depuis un certain temps pour elle.Qu\u2019attend-elle pour reprendre ses pinceaux ?«Pas la tête à ça, pas maintenant, ne pas forcer les choses.De toute façon, elle n\u2019avait même plus d\u2019atelier.Elle aimait lui répéter qu\u2019elle avait créé un être humain et que, somme toute, les critiques là-dessus n\u2019avaient pas été très bonnes.» Au bord de l\u2019immensité du fleuve, entourée de quelques perdants au jeu de la vie, Clarisse va se laisser gagner par les souvenirs, la solitude, par le manque et la culpabilité.Un état d\u2019esprit qui sera l\u2019occasion.pour le lecteur, d\u2019éclaircir les circonstances dans lesquelles elle a perdu la garde de sa fille.Après un accident, un médecin a cru avoir affaire à un cas de maltraitance parentale.Conséquence : on lui a enlevé Lavinia pour la confier à une famille d\u2019accueil.Renouer En réalité, c\u2019est avec l\u2019espoir que David «pourrait venir à bout de ce cauchemar qui drainait toute son énergie» qu\u2019elle est descendue à Sainte-Catherine-sur-Mer.Impuissante à réagir, elle se tourne vers l\u2019alcool pour engourdir les regrets et la culpa- bilité qui la rongent.«Elle était toujours convaincue, au plus profond d\u2019elle-même, que l\u2019accident, comme tout ce qui l\u2019avait suivi, était entièrement, complètement, indubitablement de sa faute.Elle aussi, elle était coupable, et elle le savait.» C\u2019est dans cette atmosphère de tragédie que Clarisse livre un combat intérieur: doit-elle dire aux parents de David la vérité au sujet de Lavinia?Toucher le fond va surtout amener la jeune femme à prendre conscience qu\u2019elle a une pente à remonter.Reprendre le cours de sa vie, renouer le fd rompu de la création et, pardessus tout, retrouver sa fille.Avec ce récit sobre et sans faille, qui colle au plus près des états d\u2019âme du personnage, Mande Nepveu-Villeneuve {Partir de rien, de Ta Mère, 2011) un roman mû par une force tranquille.Traversé, qui plus est, d\u2019une réflexion critique sur la maternité qui ne craint pas d\u2019aborder certaines zones plus sombres.Collaborateur Le Devoir LA REMONTÉE Maude Nepveu-Villeneuve Éditions de Ta Mère Montréal, 2015, 188 pages LITTERATURE ET ARTS VISUELS Le musée mobile de Michel Butor 105 œuvres décisives de la peinture occidentale vues par l\u2019écrivain DANIELLE LAURIN AUX côtés de Nathalie Barrante, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, son nom est resté associé au nouveau roman, dont il est le seul phénomène vivant.Michel Butor s\u2019est fait connaître en 1957, grâce à La modification (Minuit) .Un roman écrit presque entièrement au «vous», qui lui valut le Renaudot.Trois ans plus tard, il rompait pourtant avec l\u2019univers romanesque.Mais l\u2019écriture est demeurée au centre de sa vie.En 2006, il a entamé la publication de ses œuvres complètes (La Différence).Il y a deux ans, il recevait le Grand Prix de littérature de l\u2019Académie française.Prolixe, cet ex-professeur de littérature a multiplié au fd des ans les recueils de poésie, les essais, les récits de voyage.Amoureux et fin connaisseur de l\u2019art, il a rédigé des ouvrages à propos notamment de Mondrian, Delacroix, Rembrandt, Rothko, et collaboré à plusieurs livres d\u2019artistes.Récemment, en entrevue, il déclarait: «Le nouveau roman a aussi été pour moi une école du regard.Pour pouvoir décrire parfaitement les choses, je me suis mis à les observer avec beaucoup plus de précision.» A 89 ans, Michel Butor pose les yeux sur une centaine de tableaux occidentaux.105 œuvres en tout, qu\u2019il juge «décisives», au regard de «leur inscription dans l\u2019Histoire, celle de la peinture, mais aussi de l\u2019Histoire tout court».Dommage pour les absents (pas d\u2019œuvres de peintres vivants notamment et, sans grande surprise, aucune femme).Le classement se fait par thème et évolue par ordre chronologique, de La lamentation sur le Christ mort, de Giotto, vers 1305, jusqu\u2019à Notary, de Jean-Michel Basquiat, en 1983.Chaque fois le même procédé, sur deux pages : d\u2019un côté l\u2019œuvre, de l\u2019autre le commentaire.Le tout sur papier glacé, avec mise en page aérée, impression soignée.Les chefs-d\u2019œuvre les plus connus y figurent, bien sûr; Le jugement dernier, de Michel-Ange ; Les Ménines, de Vélas-quez; Le radeau de la Méduse, de Géricault; Guernica, de Picasso.Mais souvent, Michel Butor nous amène à les voir dif féremment, avec un œil neuf Parfois, si l\u2019artiste désigné est célèbre, l\u2019œuvre qui le représente dans l\u2019ouvrage l\u2019est moins.C\u2019est le cas entre au- WIKI COMMONS À partir de La lamentation sur le Christ mort de Giotto, vers 1305 (notre photo), le classement des œuvres de ce florilège est fait par thème et ordre chronologique.très pour Le Caravage, Courbet, Munch.Il y a place pour les découvertes.Montreurs et regardeurs Les descriptions sont précises, mais pas pointues à outrance, surtout pas pompeuses.L\u2019écriture est simple, fluide.L\u2019attitude est humble, loin de tout jugement péremptoire, ce qui n\u2019exclut pas l\u2019érudition manifeste.«Les montreurs veulent s\u2019effacer derrière ce qu\u2019ils montrent, tout en sachant bien que l\u2019on aurait pu montrer autrement, que cette façon de montrer vient de telle éducation, de telle circonstance ou rencontre.Ce qui ne fait qu\u2019inciter le re-gardeur à chercher d\u2019autres pistes, à ouvrir d\u2019autres fouilles, à choisir enfin selon sa propre vue», note Michel Butor dans la présentation de l\u2019ouvrage.De fait, on est loin des notations froides pour érudits avertis, souvent associées à ce genre d\u2019ouvrage.Davantage l\u2019impression d\u2019un dialogue entre les œuvres et l\u2019écrivain.Un dialogue ouvert qui laisse la place au «regardeur», justement.Les procédés de l\u2019auteur varient.C\u2019est souvent par un détail, qui aurait pu nous échapper et qu\u2019il trouve signifiant.qu\u2019il nous accroche.Il fait aussi ressortir certains personnages clés, isole quelques scènes pour mieux les décomposer.Il renvoie les œuvres à leur contexte de création, social, politique, artistique.Quelques fois se glissent des références littéraires (Proust, Dostoïevski.) Il lui arrive aussi de faire appel à Ereud, mais pas nécessairement parce qu\u2019il est d\u2019accord avec lui.Ainsi cette remarque à propos de Vierge à l\u2019enfant avec sainte Anne, de Léonard de Vinci : «Ereud analysant ce tableau remarque que la robe bleue de la Vierge dessine l\u2019image d\u2019un vautour, ce qui nous renseigne certainement davantage sur les obsessions du médecin viennois que sur celles de Léonard.» Quelques fois, des incursions autobiographiques.Comme celle-ci, devant\t1, de Jackson Pollock (1950) : «Quand je suis allé pour la première fois aux États-Unis, en 1960, écrit Michel Butor, en voyant la circulation sur les autoroutes et les trajets des caddies dans les supermarchés (tout cela n\u2019existait pas encore en Erance), je me suis souvenu de certains tableaux de Pollock que f avais vus dans une exposition parisienne.Ils ont été pour moi une clef» Il lui arrive de faire des rapprochements surprenants.Comme devant le triptyque du Jardin des délices, de Boch, remontant à plus de 500 ans : «Devant ce type d\u2019œuvre, notre expérience de spectateur se limite à une impression de créativité débordante, d\u2019inventivité profuse, associée à un sentiment d\u2019étrangeté.» On ne peut qu\u2019être d\u2019accord avec Michel Butor.Mais il va encore plus loin, faisant référence, sans les nommer, aux Chants de Maldoror (1868), de Lautréamont, qui ont eu une influence certaine sur les surréalistes: «Avec ces éléments contrastés, il s\u2019agit quasiment d\u2019images surréalistes: c\u2019est un peu la rencontre d\u2019une machine à coudre et d\u2019un parapluie sur une table de dissection, mais dans une atmosphère de matinée de printemps.» Le poète n\u2019est jamais loin.Et l\u2019amoureux de l\u2019art, contagieux.Collaboratrice Le Devoir 105 ŒUVRES DÉCISIVES DE LA PEINTURE OCCIDENTALE Michel Butor Plammarion Paris, 2015, 258 pages éditions Des livres pour Faire plaisir à toute la Famille ! K les ados ^ il ® Bine Le roman Le roman Le roman Mon roman de Noël I Par Annie Groovîe i\u2019Sïsiwfi Pour les plus jeunes OFfre spéciale pour les lecteurs du Devoir : obtenez 20% de rabais sur notre site web en utilisant le code DEV01R201S.Offre niable jusqu au 31 décembre 2G15.lesmaUns.ca F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 DECEMBRE 2015 BEAUX LIVR.es BIOGRAPHIE Trintignant, hors des sentiers battus ODILE TREMBLAY Cette très sensible biographie de Jean-Louis Trintignant par Vincent Quivy nous fait estimer encore davantage ce comédien indépendant qui tra-versa la moitié du siècle cinéma.Celui qui se définissait dans sa jeunesse comme étant «joli», l\u2019amoureux de Bardot et de Romy Schneider, le dernier amant romantique ôi'Et Dieu créa la femme et d\u2019f/« homme et une femme,^ le pilote automobile épris de vitesse, s\u2019est mué, au long des ans, et surtout après la mort de sa fille Marie Trintignant, en terrible visage de tragédie.Son plus qu\u2019impressionnant parcours, qui lui offrit autant des rôles de tendres que de durs, sa vie discrète mais surveillée, sa légendaire timidité, en font une icône inclassable, moins flamboyante qu\u2019Alain Delon, infiniment plus subtile et profonde que Jean-Paul Belmondo.Le grand interprète français, dont la voix unique a offert ses intonations sur scène aux œuvres des plus grands poètes, nous est livré par plusieurs témoignages de ceux qui l\u2019ont côtoyé, à travers aussi une imposante documentation d\u2019archive.Celui qui passera à l\u2019histoire pour ses rôles à l\u2019écran sous la direction de Chéreau, Chabrol, Rohmer, Truffant, Lelouch et les autres, qui travailla beaucoup avec les grands cinéastes du renouveau de la comédie italienne, aura été avant tout fou de théâtre, obsédé par le rôle d\u2019Hamlet.Lui qui détesta rapidement Paris, ses pompes et ses œuvres, vit à l\u2019écart dans sa campagne près d\u2019Uzès qvec sa compagne.A travers les coulisses des plateaux, les amours successives, son amitié avec Marcello Mastroianni, se dessinent en creux son exigence, un désir d\u2019intégrité, de communication à étages multiples, la frivolité en étei-gnoir.Aussi sa simplicité, son humour, puis l\u2019ampleur du chagrin de cet homme qui perdit deux filles, dont l\u2019une en bas âge, et ne s\u2019en est jamais remis.Place au parcours d\u2019un être solitaire, brillant, introverti, à travers des décennies d\u2019histoire du cinéma, qui laissa tomber le cinéma après le sublime Amour de Haneke, fit plus tard ses adieux à la scène.Cet homme prostré après la mort de Marie, dit désormais: «C\u2019est vrai que fai des exaltations, des enthousiasmes, des émerveillements que je n\u2019ai peut-être pas le droit d\u2019avoir.Je crois que c\u2019est la nature qui est plus forte que nous, c\u2019est la vie qui est plus forte que nous.» n se survit quand même, jongle avec la morfi sa dernière comparse qu\u2019il attend.Le Devoir JEAN-LOUIS TRINTIGNANT l\u2019inconformiste Vincent Quivy Seuil Paris 2015, 432 pages YUVAL NOAH L\u2019histoire a commencé quand les hommes ont inventé les dieux.Elle s\u2019achèvera quand les humains deviendront des dieux.Yuval Noah Harari Une brève histoire de l\u2019humanité Michel « Ce livre est devenu un phénomène d\u2019édition planétaire parce qu\u2019il aborde dans une langue accessible à tous les grandes questions de l\u2019Histoire et du monde moderne.» Jared Diamond, prix Pulitzer (auteur 6'Effondrementj Albin Michel LITTERATURE ETRANGERE Saga islandaise Illska, une monumentale histoire de triangle amoureux sur fond d\u2019Holocauste et de montée de l\u2019extrême droite CHRISTIAN DESMEULES Sous les images de moutons qui broutent dans des prés vert émeraude, d\u2019elfes et d\u2019aurores boréales, derrière les musiques éthérées de Sigur Rôs ou de Mùm, il y a aussi de la roche en fusion, des volcans qui fument, un peu de poisson pourri, des faillites bancaires.C\u2019est sans doute en partie pour défaire certains clichés associés à l\u2019Islande qu\u2019Illska («le Mal»), le premier roman ambitieux d\u2019Eirikur Orn Norddahl, né à Reykjavik en 1978, entremêle l\u2019Holocauste et la montée des mouvements d\u2019extrême droite dans les pays du nord de l\u2019Europe au cœur d\u2019un triangle amoureux tourmenté.Une exploration des origines du mal sous plusieurs formes, où alternent l\u2019intime et l\u2019Histoire.Omar Arnason, grammairien de Reykjavik dans la vingtaine, vit avec Agnes, qui fait un doctorat sur les mouvements d\u2019extrême droite en Europe.D\u2019origine lituanienne, la jeune femme est en quelque sorte née au cœur de ces questions qui l\u2019obsèdent: en 1941, ses arrière-grands-parents paternels ont commis des atrocités, tandis que ses arrière-grands-parents du côté maternel, de confession juive, en ont subi.Agnes porte en elle cette dualité.Mais lorsqu\u2019il réalise qu\u2019Agnes, enceinte, l\u2019a trompé avec Arnor, un intellectuel néonazi dont elle s\u2019est d\u2019abord rapprochée comme un scientifique se colle à son sujet, il met le feu à la petite maison qu\u2019ils venaient de s\u2019acheter et prend la fuite.Quelques semaines d\u2019errance à travers l\u2019Europe sans bagages, à transporter seulement sa petite misère existentielle et, au fond de sa PHILIPPE MATSAS L\u2019auteur islandais Eirikur Ôrn Norddahl a la dent dure envers ses compatriotes insulaires dans son œuvre Illska.poche, l\u2019anneau pénien de son rival, tel une boussole qui ne fonctionne pas.Toutes ces histoires, et d\u2019autres encore, Eirikur Orn Norddahl les enchaîne et s\u2019intéresse au plus près à la vie de ses trois principaux personnages, de l\u2019enfance à l\u2019âge adulte, jusqu\u2019à leur rencontre et au désastre intime qu\u2019ils vont chacun connaître.Autocritique Roman torrentiel qui ne se Eirikur Orn Norddahl prive pas de multiplier les détours ludiques jusqu\u2019à risquer l\u2019écartèlement, Illska enchaîne les rêves et les cauchemars, évoque des événements historiques comme la liquidation du ghetto de Vilnius, l\u2019immigration en Islande, les 17 millions de victimes du IIP Reich ou la «révolution des casseroles» de 2008 qui a suivi l\u2019effondrement du système bancaire en Islande.L\u2019auteur y accumule les dis- cours, brouille les frontières entre la gauche et la droite, pour faire le portrait d\u2019une réalité morcelée, complexe, changeante.«Toute opposition à l\u2019expansion d\u2019Israël en Palestine est considérée comme une poursuite de l\u2019Holocauste [les Européens ne pouvant plus exprimer leur antisémitisme naturel, ils le déguisent sous des prétextes humanitaires, de la même manière que la droite la plus conservatrice devient féministe dans son discours sur l\u2019islam].» Eirikur Orn Norddahl \u2014 qui a beaucoup vécu à l\u2019étranger depuis une dizaine d\u2019années \u2014 a la dent dure envers ses compatriotes insulaires, notamment lorsqu\u2019il s\u2019interroge sur la xénophobie quasi congénitale des Islandais ou souligne que le pays, par personne, a plus profité du plan Marshall de toute autre nation.Alors que la Scandinavie n\u2019aurait plus rien de mystérieux, «c\u2019est comme la béarnaise et le glutamate de sodium», l\u2019Islande serait un peu comme «le tamarin allié à la citronnelle».Un peu d\u2019épices au goût du jour.Entre cynisme, humour noir et érudition, Illska est un roman monumental et sinueux avec bien sûr quelques longueurs, mais qui cherche à atteindre les sources d\u2019un mal de vivre qui se passe, comme un témoin, de génération en génération.Collaborateur Le Devoir ILLSKA Eirikur Orn Norddahl Traduit de l\u2019islandais par Eric Boury Métailié Paris, 2015, 608 pages La Vitrine des beaux livres BANDE DESSINEE OLYMPIA Bastien Vives, Jerôme Mulot et Elorent Ruppert Aire Libre/Dupuis Bruxelles, 2015,136 pages Voilà un doublé plus que remarquable : Olympia trace les contours de la suite de La Grande Odalisque (Dupuis) avec la même élégance dans le dessin et la même efficacité du scénario qui, cette fois, replace Alex, Sam et Carole, sur le chemin du vol de tableaux dans rien de moins que le Petit Palais de Paris.Et le trio doit voir grand en convoitant, pour ne pas mourir, La Vénus endormie de Giorgione, la Vénus d\u2019Urbin de Titien et VOlympia de Manet.Tout est en charme, en évocation et en poésie dans ce récit dense où le trait de Vivès, auteur du sublime Polina (Casterman), s\u2019émancipe réellement entre pastels, jeux d\u2019ombre, de lumière et toujours cette retenue dans le détail qui façonne un univers dense.L\u2019intrigue est à l\u2019image de cette forme et donne, par effet de symbiose, une œuvre puissante, cohérente, haletante et divertissante, bref, du beau travail de maître, comme on aurait dit à la Renaissance.Fabien Deglise JOURNAL DESSINE LOVE ADDICT Confession d\u2019un tombeur en série Koren Shadmi Ici même Paris, 2015, 224 pages Facile d\u2019accès, mais terriblement pauvre en contenu et en sentiments.Où mènent donc toutes ces relations charnelles alimentées par les réseaux sociaux de ce monde, particulièrement ceux spécialisés dans la recherche de l\u2019âme et surtout du sexe triste?Voilà l\u2019importante question que pose, avec un dessin sobre posé sur une trame narrative solide, Karen Shadmi, dans Love Addict, journal de bord d\u2019un jeune citadin qui pendant un an a «consommé» l\u2019autre sans retenue, jusqu\u2019à se perdre lui-même.La sociologie de la détresse et de la solitude qu\u2019il expose est troublante avec sa nomenclature de corps bigarrés qui défilent dans une chambre, avec ses réflexions sur la légèreté des sentiments humains et la vacuité qu\u2019ils finissent par induire, avec cette mécanique du rapprochement qui relève plus de la consommation de masse que de la communion qui normalement devrait guider ce genre de démarche.L\u2019œuvre se dévoile comme une autopsie lucide des mutations en cours.Et dans les circonstances, elle en devient nécessaire.Fabien Deglise CONTES SUITE DE LA PAGE E 1 l\u2019artiste glissées entre les pages, que les collectionneurs s\u2019amusent à échanger \u2014 au point où des éditeurs et des galeristes s\u2019associent, afin de Mre concorder une exposition à la sortie d\u2019un beau livre.On fait si beau que ces livres en deviennent trop précieux pour les petites mains moins habiles des enfants et deviennent des étrennes pour les grands.Les traits d\u2019époque de Kay Nielsen Visiblement inspiré des illustrations d\u2019Aubrey Beardsley \u2014 le petit côté pervers en moins \u2014, mais aussi des estampes japonaises et des scénographies des Ballets russes de Diaghilev, Kay Nielsen surfe sur les vagues de l\u2019Art déco et de l\u2019Art nouveau.Et y contribue.D\u2019origine danoise.et malgré les tensions entre Danois et Norvégiens, Nielsen sait illustrer les contes Scandinaves d\u2019À l\u2019est du soleil., si loin des univers des contes allemands ou anglo-irlandais.L\u2019illustrateur passera par Hollywood, où il travaillera à des productions de théâtre comme pour Walt Disney.La «Nuit sur le mont Chauve », dans le film Fantasia, est signée de sa main.Il participera aussi à La Petite Sirène et à La Belle au bois dormant, mais mourra pratiquement oublié, appauvri, en 1957, avant la sortie de ces deux derniers films.Il était une fois, en quelque sorte, un illustrateur oublié.Le Devoir i L\u2019EST DU SOLEIL ET A L\u2019OUEST DE LA LUNE Contes anciens du Nord Collectif Illustrations de Kay Nielsen Taschen Cologne, 2015,166 pages Chacun trouve ses enfants plus beaux que ceux des autres Il était une fois un giboyeur qui chassait dans les bois.Un jour, il rencontre un bécasseau.\u2014Je t\u2019en supplie, ne tue pas mes enfants! lui dit la demoiselle au long bec.\u2014\tIls sont comment, tes enfants ?voulut savoir le chasseur.\u2014\tLes plus beaux enfants qui courent dans les bois sont les miens.\u2014Alors d\u2019accord, je ne les tuerai pas.Or, lorsqu\u2019il revint, il tenait dans sa main toute une volée de bécasseaux qu\u2019il avait abattus.\u2014\tHou, hou ! Pourquoi as-tu tué mes enfants ?\u2014\tC\u2019étaient les tiens ?demanda le chasseur.Pourtant, fai tiré sur les plus laids que fai trouvés.\u2014Ah, évidemment! répondit la demoiselle au long bec.Tu ne sais donc pas que chacun trouve ses enfants plus beaux que ceux des autres ?Extrait d\u2019>i Test du soleil et à Touest de la lune LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 DECEMBRE 2015 F 7 BEAUX LIVRES La femme-oreille L\u2019œuvre puissante de Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature 2015.est une plongée au cœur de l\u2019âme humaine Christian Desmeules - - Tout et là.La foi aveugle, l\u2019héroïsme ordinaire.Des idéaux piétinés, du désespoir, des petites lâchetés.Des histoires d\u2019amour pleines de rires, de fleurs et d\u2019enfants.Des cœurs brisés, beaucoup de morts et des cauchemars sans nombre.Svetlana Alexievitch s\u2019intéresse aux laissés pour compte de l\u2019Histoire, aux récits intimes de tous ces gens en apparence «ordinaires».Son principe?Chercher à comprendre la vie humaine, faire l\u2019histoire des sentiments, essayer de faire la part de l\u2019humain et de l\u2019inhumain.Sa méthode ?Faire parler les gens.Loin de tout nombrilisme, il s\u2019agit de raconter l\u2019histoire des âmes.On aurait tort de voir dans l\u2019élection de l\u2019écrivaine biélorusse, qui a reçu plus tôt cette semaine à Stockholm son prix Nobel de littérature, un choix avant tout politique.Si la Biélorussie de lx)ukachenko est encore la dernière dictature mili-taro-communiste en Europe, et si Svetlana Alexievitch ne porte pas Poutine dans son cœur, l\u2019écrivaine s\u2019intéresse avant tout à l\u2019infiniment petit chez l\u2019homme.C\u2019est-à-dire à tout ce qui rend possible le reste : la soumission aveugle, la souffrance élevée au rang d\u2019un art, les mensonges collectifs, le vol à grande échelle.Née en Ukraine en 1948, d\u2019un père biélorusse et d\u2019une mère ukrainienne, tous les deux instituteurs, elle a étudié et longtemps pratiqué le journalisme avant de trouver la forme qui lui convenait le mieux: le «roman des voix».Son premier livre coup de poing, La guerre n\u2019a pas un visage de femme (Presses de la renaissance, 1985), se penchait sur la Seconde Guerre mondiale racontée du point de vue des femmes qui l\u2019ont vécue: infirmières, brancar-dières, tireuses d\u2019élite ou pilotes d\u2019avion.On l\u2019a vite accusée de pacifisme, de naturalisme, de dé-glorification de l\u2019héroïque femme soviétique Pour Svetlana Alexievitch, il JOEL SAGET (faut montrer la vérité telle qu\u2019elle est».\u2014 accusations sérieuses à l\u2019époque, même au début des années 1980.Derniers témoins (Presses de la renaissance, 2005) donne la parole à ceux qui n\u2019étaient encore que des enfants à l\u2019époque de la Seconde Guerre mondiale, alors que La supplication: Tchernobyl, chronique du monde après l\u2019apocalypse (Lattès, 1999) se penche sur la catastrophe nucléaire de 1986.Les cercueils de zinc (Bour-gois, 1990), son Suivre, consacré à la guerre menée par l\u2019URSS en Afghanistan, manque à ce gros volume de ses œuvres qui vient de paraître chez Actes Sud.Avec La fin de l\u2019homme rouge (Actes Sud, prix Médicis de l\u2019essai en 2013), elle s\u2019était intéressée cette fois à la chute de l\u2019Union soviétique, vécue par la majeure partie des gens comme une véritable tragédie.En une quarantaine d\u2019années, Svetlana Alexievitch a parcouru de long en large cet immense pays qui s\u2019appelait l\u2019URSS, faisant au fil de conversations de cuisine des milliers d\u2019enregistrements, accumulant des pages et des pages de notes.En s\u2019intéressant aux traces du «socialisme intérieur» chez VHomo sovieticus, elle a essayé de trouver des réponses à certaines questions qui hantaient déjà Dostoïevski.Pourquoi sommes-nous prêts à sacrifier notre liberté?«Comment le désir de faire le bien peut-il déboucher sur le mal absolu ?» Ouï-dire Cinq livres qui, à ses yeux, pourraient aussi n\u2019en faire qu\u2019un seul, pouvant former une sorte ^«encyclopédie de l\u2019époque soviétique» que chapeaute une même méthode.A la façon d\u2019un Flaubert qui s\u2019est décrit comme un «homme-plume», Svetlana Alexievitch parlait d\u2019elle cette semaine à Stockholm comme d\u2019une «femme-oreille».«Quand je marche dans la rue et que je surprends des mots, des phrases, des exclamations, je me dis toujours : combien de romans qui disparaissent sans laisser de traces! Qui disparaissent dans le temps.Dans les ténèbres.Il y a toute une partie de la vie humaine, celle des conversations, que nous n\u2019arrivons pas à conquérir pour la littérature.» Avec courage et sensibilité, l\u2019écrivaine biélorusse a cherché à reconstituer à coups de témoignages les contours d\u2019une vérité morcelée.Le résultat?Une plongée absolument fascinante, puissante comme la vie, dans les replis de l\u2019Histoire, au creux de l\u2019âme humaine avec toutes ses contradictions.Au cœur d\u2019une expérience inédite sur l\u2019âme humaine.Jamais très loin des fameux Récits de la Kolyma (Verdier) de Varlam Chalamov.Là où la douleur est un art.Elle le disait encore cette semaine dans son discours de réception du prix Nobel: «Notre plus grand capital, c\u2019est la souffrance.Pas le pétrole ni le gaz.La souffrance.C\u2019est la seule chose que nous produisons constamment.Je passe mon temps à chercher une réponse: pourquoi nos souffrances ne se convertissent-elles pas en liberté ?Sont-elles vraiment inutiles ?Tchaadaïev avait raison : la Russie est un pays sans mémoire, un espace d\u2019amnésie absolue, un esprit vierge de critique et de réflexion.» Face au mal, a-t-on le droit d\u2019inventer?Pour Svetlana Alexievitch, il «faut montrer la vérité telle qu\u2019elle est».Pour y arriver, sans doute faut-il une «littérature qui soit au-delà de la littérature».Lisez-la, entendez à votre tour toutes ces voix.C\u2019est rempli d\u2019images fortes, d\u2019anecdotes, de rires et de larmes.C\u2019est immense.cdesmeules@ledevoir.com ŒUVRES Svetlana Alexievitch Traduit du russe par Galia Ackerman, Anne Coldefy Faucard, Paul Lequesne et Pierre Lorrain Actes Sud Arles, 2015, 800 pages LA FIN DE L\u2019HOMME ROUGE ou LE TEMPS DU DÉSENCHANTEMENT Svetlana Alexievitch Traduit du russe par Sophie Benech Actes Sud Arles, 2013, 544 pages POLAR Piégé dans les hauteurs Joe Pickett traverse l\u2019enfer avant de déjouer un complot tordu MICHEL BELAIR Cy est une journée glorieuse sur la chaîne des Bighorn et Joe Pickett en profite pour faire «le tour de ses terres».En route vers le sommet, le garde-chasse tombe sur Butch Roberson, le père d\u2019Hanna, la grande amie de sa fille.Même s\u2019il lui dit pister un troupeau d\u2019élans, Joe lui trouve un air bizarre.On comprendra pourquoi lorsqu\u2019il reviendra de sa tournée pour apprendre que deux agents de l\u2019Environmental Protection Agency (EPA) ont été abattus sur le terrain de Butch.Drones et missile L\u2019affaire prend rapidement une tournure paramilitaire lorsque le directeur de la 8® région de l\u2019EPA se pointe lui-même sur le terrain.Juan Julio Batista est intraitable et prend le contrôle des opérations en promettant une récompense pour la capture de Roberson.Il ordonne même à Joe Pickett de servir de guide au commando qu\u2019il lance dans la montagne sur les traces du fugitif.Mal équipés et peu habitués à travailler sur un terrain pareil, ils ne sont toutefois pas les seuls à partir à la recherche du présumé assassin ; attirés par la promesse de récompense, d\u2019autres se lancent POUSSE ABOU à ses trousses de l\u2019autre côté du massif montagneux, décidés à le ramener plutôt mort que vif.Les choses se corsent lorsque Batista fait jouer ses contacts et va jusqu\u2019à utiliser un drone pour survoler les montagnes et traquer le fugitif.En montant vers le sommet des Bighorn avec le commando lourdement armé, Joe Pickett s\u2019interroge sur l\u2019étrange acharnement que met le directeur de l\u2019EPA à poursuivre Roberson.Surtout que l\u2019intervention de l\u2019agence sur le terrain de Butch lui semble moins que pertinente et lui rappelle même une autre affaire où le comportement de l\u2019EPA flairait le harcèlement.Puis voilà que le drone est abattu et que Batista réplique en en envoyant un autre armé d\u2019un missile.Le geste va se révéler catastrophique et mettre littéralement le feu à une bonne partie de la chaîne de montagnes.Au milieu de la déflagration, le garde-chasse parviendra finalement à retrouver Roberson et à le tirer de l\u2019enfer grâce à une improbable fuite sur un tronc d\u2019arbre au milieu d\u2019une rivière déchaînée.Et il réussira surtout à coincer Juan Julio Batista en mettant au jour son petit manège tout en promettant un procès équitable à Roberson.Bien sûr, les ficelles sont un peu grosses; on ne doit pas uti- liser beaucoup de drones sinon de missile sur les hauteurs des Bighorn.Même en y ajoutant une bête histoire de vengeance personnelle, c\u2019est encore un peu tiré par les cheveux.La charge est toutefois très claire contre les bureaucrates et les administrations qui n\u2019ont aucun contact avec le terrain.Mais il y a d\u2019abord et surtout, comme d\u2019habitude, que l\u2019écriture de C.J.Box prend une dimension lyrique assez exceptionnelle quand il nous raconte une aventure de Joe Pickett.Ses phrases parviennent alors à nous faire sentir la puissance et la majesté des paysages de hauts sommets du Wyoming.Au plus fort de l\u2019incendie rugissant dans la montagne, on se souviendra même de la force de certains passages du remarquable Tous les démons sont ici (Gallmeister) de Craig Johnson.Ne reste plus à souhaiter que les Bighorn retrouvent le calme.Collaborateur Le Devoir POUSSÉ À BOUT C.J.Box Traduit de l\u2019anglais par Marie-France de Paloméra Calmann-Lévy Paris, 2015, 371 pages Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas LA POLITIQUE DU »! y SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC La Vitrine DES BEAUX LIVRES Voire nom et son histoire HISTOIRE VOTRE NOM ET SON HISTOIRE Les noms de famille au Québec Roland Jacob Editions de l\u2019Homme Montréal, 2015, 2 tomes Le regretté Jacques Parizeau avait pour nom de famille ancestral Delpué, devenue au fil des générations Dalpé.Quant à Parizeau, il s\u2019agit du surnom que portait un soldat du régiment de Cari-gnan-Salières, Jean Delpué, arrivé en Nouvelle-France en 1665 et de qui descendait l\u2019ancien premier ministre du Québec.Parisot est une commune de la région Midi-Pyrénées.Des détails du genre paraîtront des bizarreries à qui n\u2019est pas familiarisé avec la généalogie et l\u2019onomastique québécoises.Dans son volumineux ouvrage, le linguiste Roland Jacob en traite à fond au sujet de milliers de noms.Comment se retrouver dans cette avalanche de noms ou de surnoms qui changent parfois avec les générations?Jacob nous y aide, mais son livre resterait fastidieux s\u2019il n\u2019était pas un complément très utile de l\u2019histoire sociale.Michel Lapierre JEUNESSE PETIT GUIDE DES DINOSAURES PETIT GUIDE DES DINOSAURES Elliott Seah Multim ondes Montréal, 2015, 48 pages Presque tous les enfants sont fascinés par les dinosaures.Elliott Seah, lui, même s\u2019il n\u2019a que neuf ans, les connaît.Malgré son très jeune âge, il est l\u2019auteur de ce bel album qui traite de l\u2019origine de ces reptiles géants, de leur régime alimentaire, de leur mode d\u2019attaque et de défense, de leur vie sociale, de leur couleur (pas vraiment connue, nous apprend-il) et de leur disparition.Petit paléontologue en herbe, Elliott Seah a réalisé ce sérieux travail dans le cadre d\u2019un projet de douance de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.On dit que le garçon parle et écrit le français et l\u2019anglais, est un prodige du violoncelle et suit un cours sur la biodiversité à l\u2019Université McGill.Félicitons-le, en lui rappelant qu\u2019il est tout aussi important de prendre le temps de s\u2019amuser un peu pour rien.Louis Cornellier SECTÆTS D'HlSTOlM illustrés I m «Je vous propose un voyage exceptionnel, composé de plus de 300 œuvres iconographiques méconnues et d\u2019une grande beauté.» STEPHANE BERN ftéphane nephane Béni dWre d Histoire î (#i.Stéphane *\">in Michel, Albin Michel F 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 DECEMBRE 2015 BEAUX LIVRES La Vitrine DES BEAUX LIVRES LILLUSTRATION H ILLUSTRATIONS L\u2019AUTOMOBILE H HISTOIRE d\u2019une RÉVOLUTION Collectif\u2014 revue L\u2019Illustration Michel Lafon Neuilly-sur-Seine, 2015, 256 pages L\u2019ILLUSTRATION Le texte y sera secondaire.L\u2019Illustration, grand magazine d\u2019images créé à Paris au milieu du XIX® siècle, compte sur les meilleurs illustrateurs du temps.La gravure puis la photographie y sont à l\u2019honneur.Il sera publié de 1843 à 1944.Après la libération, il reprendra sous un autre nom pendant un moment.Encore aujourd\u2019hui, on coupe volontiers ses pages à la lame de rasoir pour utiliser ses images sous des formes diverses.Dans ce livre, l\u2019automobile sert d\u2019heureux prétexte à explorer les archives de cet imprimé populaire.On y reprend, avec les illustrations du temps, des textes qui rendent compte de l\u2019évolution de l\u2019automobile.Au passage, des perles.Par exemple un texte d\u2019Octave Mirbeau, l\u2019auteur du Journal d\u2019une femme de chambre.Daté de 1906, il rappelle les dangers constants que représentent sur la route les cochons, les poules, les canards, les chèvres et les chiens.Mais de cet âge pionnier, on avance gaiement jusqu\u2019à la fabrication en série et les «énergies de remplacement», comme on les imagine en 1940, en pleine guerre.Jean-François Nadeau l'HlSrOlFE DE LA CM#TIVlTt KUVAINE ATRAV^SS lE MONDE Cl 30000 ANS D\u2019ART CHAIDON ARTS 30 000 ANS D\u2019ART Collectif Phaidon Paris, 2015, 656 pages Résumer 30 000 ans d\u2019art en 598 œuvres?Méchant défi.Or, ce projet encyclopédique, amorcé avec une figurine en ivoire de la période aurignacienne et conclu dans la lumière de James Turrell, tient la route.Les choix sont discutables \u2014 La Joconde n\u2019y est pas, l\u2019hyperréalisme un brin porno de John Currin, si.Indiscutable et pourtant audacieuse, basée sur «une manière aussi nouvelle que passionnante d\u2019aborder l\u2019art», la chronologie, sans égard ni aux régions du monde ni aux sauts esthétiques, propose des rapprochements inédits, tel que celui entre une peinture-écriture du XV® siècle iranien ei L\u2019Annonciation (vers 1441), fresque de Era Angelico.Ce parti pris pour l\u2019universalité de l\u2019évolution demeure malgré tout teinté d\u2019eurocentrisme.Notez que cette publication est une mise à jour d\u2019un ouvrage publié d\u2019abord en 2008.Des cinq œuvres réalisées depuis et ajoutées à la nouvelle édition, deux ont été exposées à Montréal, soit les films Women Without Men de Shirin Neshat et The Clock de Christian Marclay.De quoi se sentir un petit peu part de ce long récit sans fin.Jérôme Delgado PHOTOGRAPHIE UN PHOTOGRAPHE AU MUSEUM Robert Doisneau Flammarion Paris, 2015,143 pages ROBERT DOISNEAU Cet album est publié à l\u2019occasion d\u2019une exposition des photographies de Robert Doisneau présentée au Muséum d\u2019histoire naturelle de Paris jusqu\u2019au 16 janvier 2016.Entre 1942 et 1943, Doisneau réalise un reportage dans ce centre des sciences.Il y reviendra bien plus tard, en 1990, au sommet de sa gloire, alors qu\u2019il est considéré comme une icône du courant humaniste en photographie.En pleine guerre, Doisneau répond à des commandes d\u2019éditeurs de livres et de magazines.Il empruntera à plusieurs reprises le chemin des laboratoires.Il photographie notamment les travaux auxquels se livrent les spécialistes de botanique, d\u2019entomologie, de zoologie, de minéralogie, de paléontologie et d\u2019anthropologie.Il sera, à la fin de sa vie, invité à apporter un contrepoint à ses images anciennes en revenant sur les lieux où il saisit à sa manière un météorologue devant son anémomètre, une montagne d\u2019herbiers.La rigueur de la science rencontre celle d\u2019un génie du cadrage.Les objets étudiés par les savants deviennent des éléments d\u2019un décor propre à rehausser le regard que pose Doisneau sur eux.En 50 ans, on sent aussi l\u2019évolution du regard, devenu bien moins formel.Jean-François Nadeau LA PLEIADE Michel Foucault sur papier bible JEAN-FRANÇOIS NADEAU Il est célébré comme un des grands penseurs du XX® siècle.Ses archives ont été classées à titre de «trésor national».Son talent d\u2019écrivain le relie aujourd\u2019hui au ciel de la littérature française.Michel Eoucault est intronisé parmi le petit nombre des grands auteurs du XX® siècle que rassemble l\u2019illustre Bibliothèque de la Pléiade.C\u2019est au philosophe Erédéric Gros que Gallimard a confié la tâche énorme d\u2019éditer ses œuvres.Deux tomes viennent de paraître.Ils rassemblent des ouvrages majeurs, dont Surveiller et punir (1975), Histoire de la sexualité (1976-1984), Histoire de la folie (1964), Les mots et les choses (1966), et quelques autres écrits.Bien sûr, il faut d\u2019abord aimer l\u2019idée de voir condensée sur du papier bible, grâce à des carac-tères dont la taille met à l\u2019épreuve les yeux, une telle somme de travail.L\u2019appareil de notes, forcément consistant, apparaît quasi illisible à moins d\u2019avoir une vision de lynx.Et Eoucault n\u2019avait évidemment pas conçu son œuvre pour la voir ainsi rassemblée dans un pavé.C\u2019est sans doute le Eoucault écrivain qui se trouve le plus honoré ici.Ou du moins le passage dans la Pléiade invite d\u2019abord à le considérer comme écrivain.En introduction, on le signale d\u2019ailleurs d\u2019emblée: «Les livres de Foucault, tel qu\u2019on le signale en présentation, sont certes des ouvrages \u201csavants \u201d, complexes, des études historiques sans concessions, saturées de références et de citations, parfois difficiles, mais toujours parcourus par une écriture tendue et belle.» Eoucault appartient à la tradition française du beau style, «limpide, précis, élégant».Son œuvre, tissée de multiples références littéraires, est un écho de sa vie baignée par la littérature jusque dans les amitiés qu\u2019il entretenait avec de jeunes littéraires brillants comme Hervé Guibert et Mathieu Lindon.Philosophe, historien, militant, professeur au Collège de Prance, Michel Eoucault est mort en 1984.Il avait 57 ans.Son œuvre considérable compte parmi les plus citées et les plus commentées à ce jour.Le Devoir ŒUVRES I ET II Michel Foucault Sous la direction de Frédéric Gros Gallimard Paris, 2015,1640 pages et 1740 pages DMR Philosophe et historien, c\u2019est le Michel Foucault écrivain qui est davantage honoré dans le pavé de la Pléiade.HISTOIRE La liaison radioactive de Marie Curie DAVE NOËL Marie Curie est l\u2019une des icônes de la science.On connaît moins la femme derrière le sarrau dont la liaison avec un homme marié a provoqué une demi-douzaine de duels à l\u2019épée et au pistolet.C\u2019est en bouquinant que la romancière Irène Prain a eu vent de ce « scandale » pour la première fois.Elle tombe alors sur une revue de 1911 dénonçant la relation de la veuve de Pierre Curie avec le physicien Paul Langevin.«Je tenais l\u2019épisode majeur d\u2019une lapidation médiatique qu\u2019on avait manifestement préméditée de longue date», écrit l\u2019auteure de Marie Curie prend un amant.À la limite de l\u2019essai, ce roman reconstitue les amours de la Prançaise d\u2019origine polo- naise à partir de ses photos et de ses carnets de comptabilité.«Il faut s\u2019y plonger, observe Prain, c\u2019est la seule chance d\u2019en apprendre un peu plus sur sa passion pour Paul.» Marie Curie note le moindre sou dépensé.«L\u2019acquisition d\u2019un vaporisateur de parfum, d\u2019un coupon de soie ou d\u2019une robe neuve constitue une anomalie, et par conséquent un indice.Il se passe quelque chose.Que dire si on la voit s\u2019offrir, en moins d\u2019une semaine, un jupon, une écharpe, des bas, un chapeau, des chaussures?» Misogynie En lisant à travers les lignes comptables, l\u2019auteure propose le « roman vrai » de la femme aux doigts brûlés par le radium.«Son histoire avec Paul ne fut pas, comme on l\u2019a long- temps cru ou prétendu, une brève amourette, une foucade, un petit coup de folie».La révélation de leur idylle dans les médias va mettre un terme à leur relation.«Marie avait dérangé [.], elle était née femme, elle aimait un homme marié, lequel soutenait, comme elle, des théories qui bouleversaient les certitudes de la science.» L\u2019auteure dénonce vigoureusement la revue à l\u2019origine de son roman.«On voit s\u2019y dérouler tout le catalogue de la misogynie 1900, du plus inconscient au plus prémédité, du plus bénin au plus féroce.» Elle cible particulièrement son directeur Gustave Téry, «obsédé qu\u2019il était sans doute, comme nos modernes talibans, par la femme mise à nu, mise à terre, mise à mort».Provoqué en duel, le rondouillard affronte d\u2019abord un défenseur de la scientifique devant les caméras avant de faire face à l\u2019amant accusé d\u2019adultère.Retournée à son laboratoire, Marie Curie gardera le silence sur cette histoire jusqu\u2019à son décès des suites de son exposition prolongée au radium.Elle demeure à ce jour la seule femme à avoir remporté le prix Nobel à deux reprises, comme le rappelle la romancière qui navigue habilement entre le réel et le probable.Le Devoir MARIE CURIE PREND UN AMANT Irène Frain Seuil Paris, 2015, 358 pages CINEMA Tout tout tout sur James Bond FRANÇOIS LEVESQUE Depuis sa première aventure cinématographique James Bond contre Dr No, l\u2019agent au service secret de Sa Majesté 007 s\u2019est trouvé au centre de 25 superproductions (sans compter la parodie de 1967 Casino Royale).Dans cet univers où le danger a toujours quelque chose de sexy, les décors exotiques sont nombreux, les gadgets variés, et bien sûr les «Bond girls » viennent par paire : tout atteste un goût pour la surenchère.Logique, sachant cela, que l\u2019espion fasse l\u2019objet non pas d\u2019une, mais de deux encyclopédies publiées en même temps, ou presque.James Bond: l\u2019encyclopédie 007 procède chronologiquement en passant tous les films jusqu\u2019au récent Spectre.Eormaté, chaque chapitre propose une mise en contexte historique, tant sur le climat politique que sur la manière dont s\u2019est déroulée la production, avec quelques anecdotes en coulisses, mais curieusement, pas de résumé d\u2019intrigue.Beaucoup d\u2019images sont réunies, comme des affiches en langues étrangères, mais surtout des photos promotionnelles dont la résolution laisse souvent à désirer (même chose pour le papier mat).Tout le contraire de la luxueuse «version officielle», James Bond: l\u2019encyclopédie, éditée en collaboration avec les ayants droit.D\u2019emblée, le découpage séduit, avec les différents James Bond, les principaux méchants, les «Bond girls », les véhicules, les armes et les gadgets, puis enfin, les films eux-mêmes.Tout est couvert, et dans une présentation bien plus attrayante.Le Devoir JAMES BOND,: L\u2019ENCYCLOPEDIE 007 Guillaume Evin Hugo-Image Paris, 2015,224 pages JAMES BOND,: L\u2019ENCYCLOPEDIE John Cork et Collin Stutz Gründ Paris, 2015, 352 pages h LE SALON DES BEAUX LIVRES DECOUVREZ LA PLUS BELLE SÉLECTION DE LIVRES CADEAUX .\tPLUS DE 800 TITRES EN EXPOSITION Jusqu\u2019au 10 janvier 2016 M Librairie .Des livres et des libraires Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 Sortie 4 \u2022 Autoroute 15 \u2022 Vaste stationnement librainemonet.com \u2022 monet.leslibraires.ca LE DEVOIR., LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 DECEMBRE 2015 F 9 BEAUX LIVRES David Suzuki est-il réactionnaire ?P Louis CORNELLIER Le généticien David Suzuki, ce bon grand-père écolo qui milite depuis plus de 50 ans pour la préservation de renvironne-ment, serait-il un homme de droite qui s\u2019ignore?C\u2019est ce que suggère Jérôme Blanchet-Gravel, doctorant en sciences des religions, dans Le retour du bon sauvage.La thèse surprend.Suzuki ne pourfend-il pas, dans le numéro de décembre 2015 de Québec Science, Stephen Harper, qu\u2019il accuse de «crimes intergénérationnels » pour avoir nié les connaissances scientifiques en matière de changements climatiques?Ne va-t-il pas jusqu\u2019à dire qu\u2019il faudrait «jeter Harper en prison » ?Comment, alors, Blanchet-Gravel peut-il en conclure que Suzuki serait réactionnaire ?Pamphlet contre l\u2019écologisme en général.Le retour du bon sauvage ne s\u2019en prend pas spécifiquement à Suzuki.Il ratisse beaucoup plus large, trop large, en fait.Si l\u2019écologie est une science, explique l\u2019essayiste, l\u2019écologisme, lui, «est une religion politique».Cette idéologie se divise en deux courants principaux.Le premier, dit anthropocentriste, soutient que la nature doit être préservée parce qu\u2019elle est essentielle à la vie humaine.Le concept de développement durable en est issu.Le second courant, dit écocen-triste, affirme que la nature doit être préservée pour elle-même, quitte à entraver l\u2019activité humaine.La doctrine de l\u2019écologie profonde, qui prône notamment «une réduction draconienne de la population mondiale», est l\u2019incarnation de ce courant.Révolution et tradition Blanchet-Gravel, qui se réclame de l\u2019humanisme occidental issu de la tradition judéo-chrétienne, ne peut accepter la vision écocentriste, qui oppose l\u2019humain moderne à la nature pour choisir cette dernière.S\u2019il avait présenté son livre comme une critique de ce courant, les choses auraient été claires.Or, bien conscient que ce type d\u2019écologisme reste très minoritaire, Blanchet-Gravel, pour donner plus de portée à son propos, a décidé de se livrer à une critique de V« écologisme au sens large en raison de la confusion dans laquelle baignent constamment les deux approches, et ce, dans presque tous les mouvements écologistes».Or, c\u2019est lui, ce faisant, qui entretient une certaine confusion.Alors qu\u2019on le croit de gauche, explique Blanchet-Gravel, «l\u2019écologisme doit généralement être rangé à droite».Ceux qu\u2019on appelle les Verts empruntent peut-être un discours révolutionnaire, mais ils souhaitent, au fond, «rétablir la société traditionnelle ».Accusant l\u2019héritage judéo-chrétien d\u2019avoir «engendré une grande vague de dévalorisation de la nature en diffusant les germes de l\u2019humanisme», l\u2019écologisme affirme que «le modèle occidental est à l\u2019origine de la crise écologique».Il propose donc de renouer avec le mo- JEROME BLANCHET GRAVEL LE RETOUR DU BON SAUVAGE LETTRES A MES PETITS ENFANTS SUZUK / ¥ dèle des sociétés traditionnelles, prémodernes, étrangères à l\u2019Occident autant que possible, pour sauver la planète.Obnubilé par la figure romantique du bon sauvage menant une vie rudimentaire et authentique, cet écologisme refuserait même que les pays en voie de développement s\u2019émancipent en suivant notre modèle, considéré comme destructeur de la nature.Pour Blanchet-Gravel, ce mélange de haine de la civilisation occidentale, de rejet de la modernité, d\u2019engouement pour les sociétés traditionnelles et de religiosité païenne (la nature, considérée comme Terre mère, devient «une entité divine qui ne doit pas être maîtrisée ni dominée pour fournir à l\u2019espèce humaine les ressources nécessaires à son développement») fait de l\u2019écologisme un courant de droite, réactionnaire.«L\u2019écologisme radical possède d\u2019importantes similitudes avec la pensée nazie», avance même le pamphlétaire, qui ne craint pas la sophistique.Inspiré par des essais de Luc Ferry {Le nouvel ordre écologique.Grasset, 1992) et de Pascal Bruckner {Le fanatisme de l\u2019apocalypse.Grasset, 2011), Blanchet-Gravel, qui ne nie pas l\u2019existence d\u2019une crise environnementale, vise juste en dénonçant un écologisme radical, prêt à en finir avec l\u2019humain pour sauver la planète.Or, il reconnaît que ce courant est minoritaire et «que le développement durable de- \u20ac JACQUES NADEAU LE DEVOIR La pensée du scientifique et écologiste David Suzuki semble osciller entre humanisme et écologisme radical.meure l\u2019approche dominante sur la planète en matière de protection de l\u2019environnement».Pourquoi, alors, entretenir l\u2019amalgame entre le bon et le mauvais écologisme, au risque d\u2019entacher le premier en voulant se débarrasser du second?La position de Suzuki Auquel des deux camps, d\u2019ailleurs, Suzuki, critiqué au passage par Blanchet-Gravel, appartient-il ?La lecture de ses charmantes Lettres à mes petits-enfants n\u2019offre pas de réponse tranchée.Quand il écrit que, «pour que la situation évolue, il nous faudrait d\u2019abord admettre que nos vies et notre bien-être dépendent de la richesse de la nature», Suzuki se range dans le camp des humanistes.Sa critique de l\u2019hyper-consommation et de notre obsession de la technologie, son respect de la science et son in- vitation à distinguer nos besoins de nos désirs, autant pour préserver l\u2019environnement que pour vivre une vie bonne, s\u2019inscrivent aussi dans cette tradition.Toutefois, quand il fait l\u2019éloge de son ami Paul Ehrlich, le biologiste américain auteur de La bombe P (Fayard, 1972), partisan de la stérilisation pour contrer la surpopula-tion humaine, et quand il appelle de ses vœux, dans son livre et dans Québec Science, un effondrement du système économique actuel dans f espoir d\u2019engendrer un réveil écologique, Suzuki flirte avec un écologisme radical aux accents antihumanistes.Il est donc juste de dire que, dans son cas, les deux courants de l\u2019écologisme se rejoignent.Retenons de tout cela, avec Blanchet-Gravel, que, pour éviter d\u2019avoir à choisir entre «la voie suicidaire du capitalisme effréné» ou «le projet totalitaire de l\u2019écologie profonde», un véritable développement durable, axé sur le progrès économique, la justice sociale et la conservation de l\u2019environnement demeure notre seule planche de salut humaniste.louisco@sympatico.ca LE RETOUR DU BON SAUVAGE La matrice religieuse DE l\u2019écologisme Jérôme Blanchet-Gravel Boréal Montréal, 2015, 264 pages LETTRES À MES PETITS-ENFANTS David Suzuki Traduit de l\u2019anglais par Danièle Blain Boréal Montréal, 2015, 272 pages HISTOIRE DES TRANSPORTS L\u2019exotisme fou du Canadien Pacifique MICHEL LAPIERRE En 1885, sous fadministra-tion des hommes d\u2019affaires montréalais d\u2019origine écossaise George Stephen et Donald Smith, le chemin de fer transcontinental du Canadien Pacifique (CP) est pour fessentiel achevé.Jusqu\u2019en 1939, le rail s\u2019associera au paquebot pour former un véritable «empire du voyage» axé sur le tourisme international.Le livre superbement illustré de Barry Lane en exprime le slogan provocateur : « Voyez ce monde avant l\u2019autre monde!» L\u2019historien anglophone, né à Regina, relate que le CP, après avoir, avec l\u2019aide d\u2019Ottawa, construit la Confédération en unissant, par le train, l\u2019Est et l\u2019Ouest, permit aux sujets de l\u2019Empire britannique de faire le tour du monde «en ne foulant toujours que le sol des territoires» de Sa Majesté.Il est tout de même conscient que cette entreprise cocardière se fit d\u2019abord au prix, dans la partie encore vierge du Canada, d\u2019atteintes au mode de vie des Amérindiens et des Métis.Les vieilles photos éloquentes qu\u2019il a choisies le prouvent.En Alberta, des femmes de la nation des Pieds-Noirs sont réduites à vendre aux touristes des cornes de bison, et la voie ferrée traverse tristement une prairie devant un tipi solitaire.Ailleurs, le train transporte, en 1885, des soldats venus réprimer la révolte des Métis fomentée par Louis Riel.Mais, vers 1890, sur une affiche, un pont ferroviaire, qui enjambe des montagnes vertigineuses, annonce avec délice et insolence : « The new highway to the Orient.» Sur mer comme sur terre Au fil des ans, le CP se constituera une flotte de paquebots pour atteindre l\u2019Asie par le Pacifique: VEmpress of India, dès 1891, ensuite VEmpress of Japan et son jumeau VEmpress of China.Lane ne cache pas le fait que des ouvriers chinois, payés la moitié du salaire des CANADIAN PACIFIC THE EMPIRE\u2019S GREATEST RAILWAY CANADIEN PACIEIQUE Carte postale tirée de l\u2019une des premières affiches du Canadien Pacifique, vers 1913.ouvriers de souche européenne, avaient réalisé la voie fermée vers la côte ouest.A Québec, même le Château Frontenac, l\u2019un des nombreux hôtels construits par le CP, se présente comme «la porte d\u2019une noupelle route vers l\u2019Orient».A Montréal, de la gare Windsor, siège social de l\u2019entreprise, la cheville ouvrière William Van Horne, d\u2019origine américaine, cultive l\u2019exotisme, parallèlement à l\u2019évocation de la nature sauvage du Canada, dans des brochures et des affiches en couleurs dont le livre de Lane révèle la qualité artistique.L\u2019attrait de l\u2019Europe n\u2019est pas négligé, comme le prouve notamment VEmpress of Britain, paquebot phare du CP.A l\u2019entrée de son pont salon, le Québec, réduit à une Nou- velle-France pittoresque dans une murale honorant Hélène Boullé, femme de Champlain, s\u2019offre au regard des globe-trotters, dont les vedettes du cinéma muet Mary Pickford et Douglas Fairbanks.La gloire du CP déclinera lorsque l\u2019Allemagne nazie coulera, en 1940, VEmpress of Britain, victime alors d\u2019une autre extravagance occidentale, infiniment plus cruelle que celle que le navire incarnait.Collaborateur Le Devoir CANADIEN PACIFIQUE L\u2019empire du voyage Barry Lane Traduit de l\u2019anglais par Eve Renaud Sylvain Harvey Québec, 2015, 200 pages Pensez cadeaux / 5D MATCHS DE HO Lèanrice Nwmanl «¦ Fierre Imneau 4» S«r9« Savate C ^\t* c - H eü; c \u201e LA GLORIEUSE \u201e HISTOIRE DES .CANADIENS PHOTOS TROUVÉES TOMMY L'ENFANT-LOUP IL riEUT A lOlAE DEIOOT CII«S1IIS1ECIIE«SETCIATS- ''i'j Yuval Noah Harari KENT^ NAGANO SONNEZ, MERVEILLES ! Sapiens Une brève histoire de rhumanité ItAN MARIL RA^CO£.UR ENCYCLOPÉDIE DE LA CUISINE DE NOUVELLE FRANCE M chaelBond oquiiis 1 Ë le Parchemin DEPUIS 1966 Librairie indépendante, francophone et agréée SI Berri-UQAM, librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca Vous ne prendrez jamais trop de livres à Noël ! sL (m L\u2019BKYGIOPEDE JOHN CORK ET COUMSIUn GEO ÉDITION COLLECTOR TINTIN Les arts et les civilisations vus par le héros d\u2019Hergé 0 V-^Vî S^gbSSd jeu POUR VOYAGER Haruki Murakami 1^1 L étrange bibliothèque J.Ellory les Assassins ;ilir;|fr;t','|.
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