La revue nationale, 1 mai 1895, Mai
[" Vor.1 Mar 1895 No 4 LA EVUE NATIONALE Recueil Mensuel DE LECTURES CANADIENNES-FRANCAISES Paraissant le 1er de chaque mois.RELIGION,=PATRIE, LITTÉRATURE, HisTorrE, VOYAGES, ARTS, SCIENCES, FINANCES, INDUSTRIE, (COMMERCE, AGRICULTURE, &c.ABONNEMENTS Bell Téléphone 2883 , ; lan $3.00 CANADA ET ETaTs- Unis .2.2 .© & mois 2.00 ; çÇ lan 20 francs FRANCE .6 mois 12 lan 15 shellings AN EURE 6 mois 8 iL AUTRES PAYS Lan $5.00 > 6 mois 3.00 Le numéro 25c.Strictement payable d\u2019avance La direction ne se rend pas responsable des manuscrits refusés, Tous droits de reproduction et de traduction réservés.Pour les abonnements et les annonces, s\u2019adresser aux bureaux de la Revue Nationale, 1 Place d\u2019Armes, Montréal, ou à nos agents attitrés.Toute correspondance devra être adressée à M.J.-D.Chartrand, directeur, 7 Place d\u2019Armes, Montréal.La date indiquant, sur l\u2019adresse, la fin de l\u2019abonnement sert de reçu à l\u2019abonné.EUSEBE SENÉCAL & FILS, IMPRIMEURS-ÉDITEURS 20 Rue Saint-Vincent, Montréal 11 LA REVUE NATIONALE QUELQUE CHOSE JEATRAORDINAIRE! ! re Un ameublement de Chambre à Coucher, dessus en marbre, § MOI ceaux Un ameublement complet de Salle à Manger, $ morceaux Un ameublement de Salon, en Noyer Noir solide, 6 morceaux Un ameublement de Cuisine, en Bois franc, 4 morceaux \u2014L'E TOUT\u2014 \u201c25 Morceaux\u201d pour $65.00 CHEZ N.-G.VALIQUETTE Manufacturier et Marchand de Meubles 1575, RUE STE-CATHERINE MONTREAL Bell Téléphone 6710 Porte voisine de MM.Dupuis Frères Grande Spécialité de Bourrure.Dans la correspondance avec les annonceurs priêre de mentionner la fevur Nationale, hCha ve; let la dr ine plu tél ili Chu fn lee ey Wing ; hi Sig \u201ctre, i dir L i fe ANALYSE DU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO.ÿ M.L-7.Boivin, président du Conseil des Arts et Manufactures, nous : initie au fonctionnement de cette importante branche de l\u2019éducation nationale, et nous fournit, là-dessus, des détails, inconnus pour la plupart, du - ; | public en général.?M.Faucher de Saint-Maurice continue son travail, toujours avec la v | même verve gaie et spirituelle.| bl M.Tancréde Bienvenu, assistant directeur gérant de la banque Jacques Cartier, nous communique un remarquable rapport sur l\u2019enseignement commercial.C\u2019est une question brûlante d'actualité, qui a trait à une .| importante partie de notre système d'enseignement M.Rémi Tremblay, publie une nouvelle pleine d\u2019intérêt et de mouve- \u2018 ment.L\u2019intrigue a pour point de départ le Canada, se développe dans .les pays étrangers et arrive a un dénouement, qui fera soupirer d\u2019aise 4 tous les lecteurs.M.Marmette, dans son roman, nous décrit une scène amusante de la vie d\u2019étudiant.Nos jeunes amis y trouveront probablement quelque chose de leur existence actuelle et les anciens souriront aux souvenirs du passé que ces pages réveilleront dans leur esprit.Ce numéro est complété par le dramatique récit d\u2019un combat en Afrique, la Chronique de l'Etranger, une Causerie canadienne très gaie, une chanson \u201cnouvelle de M.Ernest Lavigne et les Disparus.Le tout illustré de plus de 50 portraits et dessins originaux.CONCOURS.La direction de la Revue Nationale fait appel à tous ceux qui tiennent une plume, au Canada, et leur offre quatre prix pour les meilleures 707- h velles qui lui seront adressées : TCY PYIX c.s «if ARTS ET DANS LA MANUFACTURES PROVINCE DE QUEBEC \u2018EST le 24 décembre, 1872, qu'a été sanctionné l'acte, constituant légalement le Conseil des Arts et Manufactures pour remplacer l'ancienne Chambre des Arts.Le but de ce Conseil, comme celui de la Chambre, qui l'a précédé, est d\u2019aviser les commissaires de l'Agriculture et de la Colonisation et le ministre de l'Instruction Publique sur toutes les mesures propres à développer le progrès des arts et des manufactures en cette province.Comme dernier vestige des luttes qui précédèrent l'avène- 23 M Le i Hy i) it 8 1 i i i 1 1H UN i vi RE | [BERRY RHR TOT ot 334 LA REVUE NATIONALE ment de la Confédération des différentes provinces du Canada, des difficultés sérieuses s\u2019étaient élevées dans le sein de l\u2019ancienne Chambre.| Il serait hors de propos de faire ici l'historique de ces luttes auxquelles les animosités de race ne furent malheureusement pas étrangères.Le gouvernement de cette époque, comprenant toute l'importance qu'il y avait de mettre fin à un état de chose aussi pénible et aussi dangereux, dans un pays composé de races différentes comme le Canada, résolut de faire le changement dont je viens de parler.Le Conseil, composé de dix-sept membres, fût donc créé.Ces dix-sept membres, tous animés du véritable désir de faire disparaître les éléments de discorde qui avaient agité leurs prédécesseurs, furent choisis dans les principales villes du pays et pris parmi des hommes représentant les différentes nationalités et croyances.Maintenant que vingt-deux ans me séparent de cette époque, quand je repasse dans ma mémoire ceux qui firent partie du premier Conseil, il m'est impossible de ne pas admirer la sagesse qui avait présidé à ce choix.Le clergé, les professions libérales, le journalisme, le haut-commerce et l'industrie y étaient représentés.Si nous pleurons la mort de plusieurs et si nous n'avons plus les sages conseils de la plupart de ceux qui vivent encore, j'ai le plaisir de constater que ceux, qui leur ont succédé à différentes époques, n\u2019ont pas failli à leurs devoirs, et que jamais, depuis vingt ans, il n\u2019est survenu de ces malheureuses questions qui ont fait tant de mal dans le passé.Pardonnez-moi de réveiller ces souvenirs, qu'il est bon cependant de rappeler de temps à autre, afin de nous montrer le changement pour le mieux qui s\u2019est opéré dans les idées depuis ce temps, et de nous faire comprendre tout le bien que le pays peut retirer quand il y a entente entre toutes les races qui se partagent le Canada. = au Px: RSR I pe So SR, = & se 2 x oy p g i A ie 2 i 3 # 5) Si = > i x i Tine aix = 59 rs, De ve cs op ét @ i wid SN se Pr: Pas ii Si iS = %, a .= BOIVIN # Ge a a = 25 i = Si a = = = L.-I.Te = & i i 2 a, ne 0 aad ; es ee id TNS x Fe M.Yh 55 ; é.i = 5 3 ha SREY ed Ye a A 5 Hn _ em «= on 12 : 3 0.a 336 LA REVUE NATIONALE La plupart des lecteurs de la \u201c Revue Nationale\u201d comprennent l\u2019œuvre que poursuit le Conseil des Arts et Manufactures, mais comme il s'en trouve encore beaucoup qui ne connaissent pas en quoi consiste ces écoles, on me permettra de dire quelques mots, sur ce qu\u2019elles ont été, sur ce qu\u2019elles sont, et ce que les transformations constantes de l\u2019industrie réclament d'elles pour l'avenir.Il est un fait généralement admis, que la population canadienne a des aptitudes naturelles pour tous les travaux manuels, surtout pour ceux qui ont comme base le bois, le fer et la pierre.Il n'existe peut-être pas un seul village, qui ne possède plusieurs de ses jeunes gens ayant des facultés vraiment remarquables pour le dessin.Malheureusement, ces belles dispositions restent inertes, faute de cette éducation technique que les écoles des arts et manufactures s'efforcent de donner à leurs élèves.Beaucoup de personnes ont dû, comme moi, visiter l'exposition des industries domestiques, qui a eu lieu à Montréal, il y a; je crois, deux ou trois ans.Il y avait 1a une foule de choses, et un assez grand nombre dénotaient réellement un talent remarquable.Rien, cependant, n'était plus frappant, dans ces productions, que l'absence de toutes notions, mêmes élémentaires, du dessin et de la géométrie.C'était à tel point, que très peu de morçeaux avaient une valeur commerciale.Et bien, c\u2019est cette instruction que le Conseil cherche à répandre chez les ouvriers.Avant d'apprendre un métier, il est important que l'ouvrier puisse d\u2019abord tracer sur le papier le modèle de ce qu\u2019il veut faire, car le dessin est l'âme de toute éducation technique.Une fois qu\u2019il connaîtra le dessin, il lui sera facile de le comprendre et de l'exécuter sur bois ou sur fer.Si une pièce quelconque est faite d\u2019après les règles du dessin et de la géométrie, elle sera non-seulement solide et utile, mais elle aura l'élégance, qui la fera préférer de l'acheteur.Prenons comme exemple les étoffes à robes, étalées dans nos magasins.Choisissons deux pièces du même poids et ARTS ET MANUFACTURES 33T de même qualité, Quant à l'usage pour lequel elles sont destinées, 1] n'y a absolument aucune différence.D\u2019ol vient donc que l\u2019une se vend 25 070 de plus que l\u2019autre ?C\u2019est bien simple.Le patron ou le dessin de l\u2019une est l'œuvre d\u2019un ouvrier instruit dans l\u2019art de son métier, un ouvrier qui, pendant son apprentissage, était venu, trois soirées par semaine, étudier le dessin, développer son intelligence et par là même s'assurer pour l'avenir un salaire quelquefois triple de celui de ses compagnons, tous aussi intelligents et physiquement capables que lui, avec cette différence cependant, que ceux-ci avaient négligé de s'instruire dans leur jeunesse.Oui, si nous voulons marcher avec les grands pays, il ne faut pas nous arrêter, mais avancer, avancer toujours.C'est une lutte de tous les instants.Si un pays peut ajouter vingt pour cent, vingt-cinq pour cent à la valeur intrinsèque de sa production industrielle, par le fait que ses ouvriers sont plus instruits, ce surplus augmentera la richesse nationale, dont une grande partie reviendra à l'ouvrier lui-même.Ces exemples pourraient être multipliés à l'infini, mais celui-ci est suffisamment frappant pour faire comprendre ma pensée.Ensuite, il y a une autre considération d'un ordre beaucoup plus élevé, qui, à elle seule, suffirait pour motiver l'existence de ces écoles et récompenser amplement ceux qui font quelques sacrifices pour leur développement.L'homme, par instinct, aime et cherche constamment tout ce qui est beau.En développant cette faculté, il admire davantage l'œuvre de son Créateur dans tout ce qui l'entoure.Qu'il trace sur son papier une montagne, une rivière, un ciel pur et sans nuages, partout 1l retrouve la main du Grand- Maître de toutes choses.Son âme s'élèvera de plus en plus, son intelligence se développera plus rapidement, et, ce sens du beau qu'il acquiert, lui inspirera sans effort le sens du bien.L'ouvrier, ayant l'instruction propre à son métier, non- seulement commandera toujours un plus fort salaire, mais par \"338 LA REVUE NATIONALE le fait seul qu'il aura donné un plus grand développement à son intelligence, il sera plus rangé chez lui.Sa maisonnette, si modeste qu'elle soit, deviendra un modèle de propreté et de bon goût.L'économie règnera dans son intérieur parcequ'il n'aura pas contracté d\u2019habitudes déréglées dans sa jeunesse.Mais là où l\u2019État recevra sa récompense des sacrifices qu'il aura fait pour instruire l\u2019ouvrier.c'est dans le grand respect que celui-ci professera pour les lois de son pays.Nous vivons à une époque difficile, à une époque où 1l s'opère une transformation complète dans les idées et dans les habitudes des classes ouvrières.L'ouvrier modèle, dont je viens de parler, sera à la tête de tout mouvement de nature à améliorer la condition de ses confrères et à revendiquer leurs droits.Il s\u2019élèvera, par exemple, contre le travail dans les usines des enfants de huit à quatorze ans, il sera un ennemi implacable de tous les abus, et, dans tout cela, guidé par un \u2018grand sens du bien et du beau, il fera toujours respecter les libertés individuelles et les lois de son pays.Voilà quelques-uns des résultats que le Conseil des Arts et Manufactures s'efforce et s'efforcera d'atteindre, en développant de plus en plus les écoles ouvrières placées sous son contrôle.En revoyant ce qui a été fait depuis vingt ans, j'ai été surpris du nombre considérable d'élèves qui sont passés par les classes du Conseil des Arts.J'ai fait un relevé des cahiers de présence dans les différentes écoles, et j'ai constaté que, de 1872 à 1894, vingt-trois mille cinq cent soixante-quinze élèves les avaient fréquentées assidûment.Ces écoles existent à Montréal, à Québec, à Trois-Rivières, à Lévis, à Sorel, à St-Hyacinthe, à St-Romuald, à Sherbrooke, à Huntingdon, et Iberville autrefois en possédait une également.re ( pour (er fetes te ts Je pré qu dir bey Ment les Iie: Le (i ms yy ing Mar.ly, nr ARTS ET MANUFACTURES 339 Pour le maintien de ces écoles, le gouvernement de la province de Québec a dépensé, depuis vingt-deux ans, la somme de $183,200.00, soit à peu près $7.85 par élève, ce qui fait 353 cents par tête et par année Je ne sache pas que, même en temps d'élections, on ait accusé nos gouvernants d'extravagance à ce sujet.ll me.semble entendre un grand nombre de personnes se dire : a quoi a servi cette instruction ?Que sont devenus ces élèves qui sont passés par ces écoles depuis vingt-deux ans ?Le rapport du secrétaire du Conseil à l'honorable èommis- saire de l'Agriculture, pour 1893, se charge de répondre pour moi.Ce rapport donne les noms et occupations de 550 anciens élèves qui tous occupent des positions importantes, soit comme patrons, soit comme contre-maîtres dans les usines.Sept sont à Rome et à Paris, continuant leurs études, et à peu près 10 070 sont aux Etats-Unis.Le nombre de ceux qui doivent leurs succès à l'instruction reçue dans nos écoles est beaucoup plus considérable, mais on comprendra facilement les difficultés qu'il y a de découvrir le lieu de leur résidence.Le Conseil reçoit parfois des lettres comme celle qui suit, mais un grand nombre d'anciens élèves, ayant les mêmes sentiments, ne croient pas devoir nous les exprimer d'une manière aussi reconnaissante.Cependant, une vingtaine de ces lettres sont précieusement gardées aux archives du Conseil.LETTRE D'UN ANCIEN ÉLÈVE \u201c Je suis heureux d'apprendre que vos écoles du soir, sous votre contrôle, se développent rapidement.Je m'en réjouis parceque je ne connais rien de plus propre à rendre service aux apprentis et à développer l'industrie dans votre ville.Il 349 IA REVUE NATIONALE y a déjà dix ans que j'ai eu l'avantage de suivre vos classes.comme élève, et je puis vous assurer, que les connaissances, acquises dans votre école, ont été la cause première des succès que j'ai eus dans ma carrière depuis ce temps là.Sans la connaissance du dessin, que j'y ai puisée, je n'aurais jamais pu arriver à la position que j'occupe à New-York.\u2018En quittant votre école, je fus reçu comme mécanicien dans un établissement de Montréal.Peu de temps après, grâce à la recommandation de mon patron, j'entrai à l'emploi de l\u2019un de ses parents, chef d\u2019un grand établissement de New- York.Mon salaire est de $1 25.00 par mois, avec perspective d\u2019une augmentation prochaine.\u201c Encore une fois, j'attribue mon avancement à l\u2019instruc- | am tion que j'ai reçue dans votre école.\u201c Ce que je dis de moi, je puis le dire de plusieurs de mes.amis ici, qui ont été mes compagnons, à Montréal.Nous.momen; nous plaisons a vous dire combien nous vous en sommes reconnaissants.Lp» \u201c Je vous prie de bien vouloir me tenir au courant de vos Jig progrès, auxquels je m'intéresse vivement.\u201d | ed Voilà des faits suffisamment éloquents pour prouver fs: l'utilité de ces écoles, mais comme toujours, il y a une ombre ; fm, à ce tableau.Et, cette ombre, je la trouve dans le fait que | in beaucoup d\u2019anciens éleves sont allés porter a la République | voisine le fruit de leurs connaissances, acquises aux dépens CL wk du Trésor de cette province.| De C'est vrai, c'est regrettable, mais après tout, ce sont des | idl, canadiens qui sont allés grossir le nombre de ceux qui re.n'oublient pas la patrie absente.Peut-être qu'un jour il, viendra, ol le trop plein des Etats-Unis, déja si fortement agité par la lutte constante entre le Capital et le Travail, cherchera un soulagement dans un morcellement.Qui sait si l'Ouest, le Sud, le Centre et l'Est-Américain ne s'appelleront pas un jour, la Jeune-Allemagne, la Verte-Irlande, la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle France ?Qui sait si OO A CSA A PS PAA ELL PLS HE PEPE IA PEER REAM LO LALA NET EEE SLA SES SES ALAN AM 14 ARTS ET MANUFACTURES 341 cette Nouvelle-France et cette Nouvelle-Angleterre n\u2019aimeraient pas à fondre leurs destinées avec la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre de leurs ancêtres ?Je ne suis pas de ceux qui voient dans ce mouvement une perte pour la race canadienne.Toutes les nations sont égales devant Dieu, mais chacune a reçu une mission spéciale, et il m'est impossible de croire qu'après avoir traversé tant d'épreuves, qu'après avoir versé notre sang pour conquérir ce vaste continent, qui s'étend de l'Atlantique au Pacifique, qu'après avoir sacrifié tant de vies précieuses pour évangéliser les barbares qui l'habitaient et pour conquérir plus tard toutes les libertés constitutionnelles dont nous jouissons aujourd'hui, 11 m'est impossible, dis-je, de croire que la destinée d\u2019un peuple, qui a obtenu de tels résultats, soit de disparaître.Voilà ce qui a été fait dans le passé, et, les travaux, en ce moment exposés dans la grande salle du Monument National, démontrent amplement les efforts du présent.La nécessité de transférer les classes au Monument National\u2014à cause du nombre toujours croissant des élèves\u2014 exige du Conseil beaucoup plus que tout ce qui a été fait dans le passé.De nouveaux besoins s'imposent constamment à son attention.Aux classes de dessin à main levée, de dessin mécanique et architectural, il faudra bientôt adjoindre des classes pratiques et appliquer à la matière les principes que les élèves ont appris à coucher sur le papier.Des ateliers de forge et de tournage sont devenus indispensables.La carrosserie, la menuiserie, la fabrication et le posage de la brique, la taille de la pierre, la confection de modèles en bois pour les fonderies de fer et de cuivre, la limure et le polissage du fer et du bois : voilà autant de sujets d'enseignement que le manque de ressources a jusqu\u2019à présent empêché d'entreprendre.Je pourrais également ajouter l'enseignement de la chaussure, l'une des plus importantes industries de notre province, qui, d'après le dernier recensement, donne du travail à 8 W Rk y N w 8 n iB 3 eta! uy ty i 214 3 24 A AY TEE Le 342 LA REVUE NATIONALE plusieurs milliers d'ouvriers et qui n'est encore qu'à son début dans nos écoles.Et qu'a-t-on fait pour l'avancement de la femme ouvrière ?Fréquemment, le Conseil reçoit des requêtes, lui demandant de s'occuper un peu d\u2019elle.Les grandes villes en comptent un grand nombre qui n\u2019attendent que l\u2019occasion de s\u2019instruire dans les diverses occupations qui leur sont propres.Si on ne se hâte de le faire, le temps n\u2019est pas éloigné où une foule d'occupations, aujourd'hui entre les mains des hommes, deviendront le partage des femmes.C\u2019est alors que nous verrons l'homme forcé de rester à la maison pour surveiller les enfants, faire le ménage et la cuisine.Déjà la plupart des bureaux n'ont que des.femmes comme sténographes, clavigraphes et assistant-comptables.À mes yeux, cet état de chose est un renversement de l\u2019ordre social, qui ne peut produire rien de bon.Sans doute que la femme, de même que l'homme, doit subir la loi du travail, mais si on veut que l\u2019ordre de la nature ne soit pas dérangé, il faut éviter avec soin tout ce qui peut contribuer à détruire l'influence de la femme dans la famille.Il est de toute nécessité de lui rendre facile l\u2019étude de ces industries qui lui sont plus particulièrement propres, de lui ouvrir des écoles de couture où on lui enseignera la coupe et la confection des vêtements et de lui donner enfin les moyens d'apprendre l\u2019art culinaire, si méconnu d'un grand nombre.La boulangerie domestique, par exemple, pratiquée davantage, serait une économie très considérable pour la famille ouvrière.Il y aurait aussi le blanchissage et le repassage du linge, qui tend de plus en plus à sortir de la maison, pour aller s'user avant le temps dans les buanderies publiques.Et puis, que de travaux d\u2019aiguille et de crochet, qui, à l'aide de l'étude du dessin, pourraient rapporter aux ouvrières beaucoup plus qu'elles ne gagnent actuellement dans les magasins, dans les bureaux et dans les usines.Je laisse à ceux qui, par leur position sociale, sont plus Sa EE EE SE ET ra.i re {se bry le in 5 1p we h I 18h ind) yg iy am ke iy I ti ig ; he li Ti ils iy i i be 4 FREE RAH NM AAA MA ON AVE ses LE GE CE RD prete br TE ARTS ET MANUFACTURES 343 spécialement chargés de veiller au véritable bien-être de leurs concitoyens, de bien réfléchir sur les avantages matériels et moraux qui découleraient d'un tel enseignement.On n\u2019'ignore pas non plus combien l'exemple est contagieux.L'initiative, prise par Montréal, la métropole commerciale du pays, ne manquerait pas d'exercer son influence au dehors.Petit à petit, nos maisons d'éducation, à la campagne surtout, remplaceraient quelques pianos par des machines à coudre ou à laver et par des ustensiles améliorés de cuisine, et, quelques heures par semaines pourraient être utilement consacrées à cette éducation pratique de la femme.Les fabriques de pianos en souffriraient peut-être, mais bien des ennuis seraient épargnés à beaucoup de jeunes ménages.En développant le genre d'instruction, propre soit a l'ouvrier, soit à l\u2019ouvrière, on évitera ces anomalies qui ménacent de bouleverser notre état social au détriment de la famille, base de toute société bien organisée.On évitera aussi plus facilement ce qui s'est produit dans une petite ville pas bien éloignée de Montréal.Cette localité possède plusieurs grandes fabriques, où les ouvrières sont plus nombreuses que les hommes.Or qu'arrive-t-il?C\u2019est que la mère et ses filles sont au travail de 7 heures du matin à 6 heures du soir, sauf le temps nécessaire pour venir diner chez elles.Le père et les fils, n'ayant à peu près rien à faire, ont soin du logis\u2014plus ou moins bien\u2014et puis s'amusent, Oul s'amusent et je n'ai pas besoin de vous dire comment.Je voudrais pouvoir faire toucher du doigt tous les désordres qui découlent d\u2019un pareil état de choses.Mais je ne pourrais le faire sans blesser les convenances et révéler des dessous déplorables, inconnus du public en général.Voilà un programme qui n\u2019est que légèrement ébauché, mais qui s'impose de plus en plus à l\u2019attention de tout citoyen anxieux de promouvoir le bien de ses concitoyens et de son Pays.Que faut-il donc faire?Voilà la question.Que faut-il donc faire ? 344 LA REVUE NATIONALE 3 D'abord, il nous faut ces écoles pratiques dont je viens de i parler, où l'on appliquerait les grands principes de la mécanique, et où viendraient se former les futurs contre-maîtres de nos grandes usines, ce qui éviterait d'aller en chercher à l'étranger.L'installation de ces ateliers-écoles est coûteuse, mais il se trouve heureusement à Montréal un établissement bien outillé, qu'une dépense comparativement légère suffirait à compléter.Je veux parler de cette institution fondée par les exécuteurs testamentaires de feu F.-X.Beaudry, au coin des rues Ste-Catherine et St-Urbain.Les circonstances n'ont pas permises aux exécuteurs de lui donner le A développement que le testateur avait en vue, mais le temps | n'est pas éloigné, où les fins de ce legs, momentanément 8 détournées par des embarras financiers, pourront reprendre leurs cours : celui d'enseigner les jeunes ouvriers dans 3 les arts mécaniques et industriels.J'aime à croire qu'avant longtemps les ressources du Conseil des Arts et Manufac- | tures lui permettront de développer cette partie de son programme, et de s'entendre avec les administrateurs de cette succession.ms FA RTT BL or S1 j'étais plus autorisé, j'oserais faire une suggestion aux gouverneurs de l\u2019Université Laval, à Montréal, à laquelle il ne manque plus que la création d'une Faculté des sciences | appliquées pour en faire l'une des Universités les plus à complètes de l'Amérique.Il me semble qu'il lui en coûterait ; peu de louer cet établissement pour ses cours du jour, et le 1 Conseil des Arts en ferait autant pour ses classes du soir.8 Si ceux qui sont plus spécialement chargés de la haute | éducation de la jeunesse croient qu'il y a du bon dans cette suggestion, je suis certain que le Conseil des Arts s'empressera de leur tendre la main pour travailler conjointement à la réalisation d'un projet aussi gros de conséquences pour Ï avenir de notre jeunesse.= Nous possédons tous les éléments pour bien préparer notre jeunesse aux professions libérales, nous avons également de bons collèges commerciaux, où ceux qui se destinent I PA a ARTS ET MANUFACTURES 345 au commerce, trouvent l'instruction nécessaire à cette importante vocation ; mais qu\u2019avons-nous pour préparer ceux qui veulent étudier les arts industriels ?Rien, ou à peu près.Cependant, l'industrie demande, dans ses transformations constantes de chaque jour, des ouvriers instruits pour se maintenir dans une position honorable, en ce vaste pays de l'Amérique du Nord.Les protectionnistes et les libres- échangistes auront beau proclamer leurs théories respectives pour l'avancement industriel du pays, il y a un fait certain : c'est que le pays, qui sortira victorieux et qui aura réussi à implanter ses produits manufacturés chez lui et à l'étranger, sera celui qui possédera le plus grand nombre d\u2019ouvriers instruits.Il n\u2019y a pas à sortir de là.Sans doute que tout cela demande de l\u2019argent et du dévouement de la part des citoyens.Les gouvernements de cette Province l'ont bien compris, mais les besoins de toutes sortes réclament ses revenus un peu partout.Il se doit à tout le pays, et cette division de ses subventions paralyse quelque peu les éléments concentrés dans un grand centre comme Montréal.Si nous voulons faire de cette ville le grand foyer intellectuel, d\u2019où jaillira la lumière qui doit éclairer le monde industriel de notre province, on doit faire ici ce qui se fait en d'autres pays.Il ne faut pas toujours s'appuyer sur le gouvernement, à la façon de ces fils de famille qui comptent sur les écus de leurs pères.Au contraire, il est nécessaire, comme cela se pratique en Angleterre, en France et en Allemagne, que les municipalités s\u2019y intéressent en venant à l\u2019aide du gouvernement.Il y a des villes en Angleterre de trois et quatre cent mille âmes qui accordent à ces écoles de 25 à $50.000 par année.A quoi de plus profitable la municipalité de Montréal pourrait-elle employer plus efficacement une somme au moins égale à la subvention que nous accorde le gouvernement, soit $ 10.000 par année?Avec cette somme additionnelle, le nombre des élèves serait bientôt de 1000 à 1200.Montréal deviendrait un grand centre d\u2019enseignement indus- HENMAN At at bE LA ba aM Di S41 316 LA REVUE NATIONALE triel pour tout le pays.Les citoyens, toujours intéressés à voir à ce que leurs deniers soient dépensés judicieusement, prendraient un intérêt dans le développement de ces études, auxquelles ils ont été si indifférents jusqu\u2019à présent.Telles sont les suggestions que je crois devoir faire aux lecteurs de la \u201c Revue Nationale,\u201d parmi lesquels sont représentées toutes les classes de la société.duire les fruits que j'ose en attendre.Puissent-elles pro- L.-!.Boivin. SOUVENIRS DE CAMPAGNE.COMBAT DU SCHOTT TIGRI E suis sain et sauf, et j'en suis content.J'avouerai que ce n'est pas sans peine, car, sur 150 hommes et 3 officiers dont se composait ma compagnie, le capitaine, le lieutenant et 40 hommes ont été tués, et le sous-lieutenant et 38 hommes, blessés.On comprendra, à la suite d'une hécatombe pa- reille, qu\u2019il est permis à un homme, quoique soldat, d\u2019être triste.Ma compagnie, 1ère du 3e bataillon, avait été désignée pour aller ravitailler une mission topographique, au delà du schott | Tigri.Il nous fut adjoint une compagnie du 4e bataillon, et, à cing heures du matin, le 7 mai, nous nous mettions en route pour exécuter les ordres reçus.Nos espions nous avaient bien appris que les insurgés.étaient aux environs du schott Tigri, mais, depuis un an que * 345 LA REVUE NATIONALE nous étions en campagne, pareil avis nous avait été donné tant de fois sans résultat, que nous attachions très peu d\u2019importance à ces nouvelles.Nous marchions avec précaution cependant, car, avec les arabes qui excellent dans les surprises, il faut toujours redoubler de vig1- lance, soit en route, soit en station.Les deux premiers jours se passèrent sans incidents, mais le soir du second jour, nous eûmes une alerte sérieuse qui tint le camp en éveil toute la nuit.Plusieurs coups de feu, provenant des factionnaires avancés, avaient attiré l'attention.Ces sentinelles, pensait- on, s'attaquaient à des maraudeurs, qui habituelle- mert suivent une colonne en route.Cependant, l'avenir devait nous apprendre que ces prétendus maraudeurs étaient des éclaireurs de l'ennemi, qui nous attendait sur son terrain.Comme les factionnaires, qui avaient fait feu sur notre front de bandière, appartenaient à ma compagnie, je me rendis sur les lieux, et, n'ayant rien constaté de nouveau, Je rentrai au camp pour rendre compte de ma mission.v BCI PT TOUR RR A RFRA] IMUM UII AIIM EAM AMMO AMM LAL I Lh i ie 4 Hobbit éhtiéà tid] = - \u2014e => SOUVENIRS DE CAMPAGNE 349 \u2014Si les cavaliers me dépassent sans me fouler aux pieds de leurs chevaux, je suis sauvé et je rejoins ma compagnie par un détour, ou je renforce le petit poste.Les événements wo.4 UC ARR LES TE Et SOUVENIRS DE CAMPAGNE 35 me guideront alors.Si, au contraire, je suis pris, eh bien, les six coups de mon revolver diront quelque chose.Je fais jouer la batterie de mon arme pour m\u2019assurer de son fonctionnement, et, voyant que les charges sont complètes, je me défile le plus possible.Ma fois, tant pis, dussé-je en souffrir dans ma vanité de vieux soldat, j'avouerai que j'avais alors une peur franche et terrible.Le cœur me frappait la poitrine à la briser, et mes nerfs ébranlés me causaient des claquements de dents.Cependant, du désordre de sentiments tumultueux qui me bouleversent, se dégage une résolution nette et ferme : me défendre vigoureusement.Eh bien! oui, jai peur surtout d'avoir peur, mais qu'ils y viennent donc ! Un homme ne sait jamais ce qu'il éprouvera ou ce qu'il fera au moment d'un danger véritable, si les circonstances lui refusent les épreuves réelles.Le premier sentiment qui anime la plupart des hommes aux cris de : Aux armes / s'annonce chez eux par un arrêt brusque de la respiration, une précipitation des battements de cœur et une immense crainte vague qui leur fait toujours exagérer un danger inconnu.Quoi de plus terrible, pour une poignée d'hommes perdus dans le désert et qui se savent entourés de milliers d'ennemis, que d'être réveillés la nuit par des cris sinistres et des coups de feu ! L'idée du petit nombre de la défense les frappe brutalement ; l'incertitude sur les forces ennemies leur remplit l\u2019âme d'une terreur indicible.L'instinct seul de la conservation de l'animal guide l'homme aux faisceaux, et machinalement il arme son fusil.Ces sensations n'ont cependant qu'une durée éphémère chez le soldat, et bien vite le courage, ramené par la fierté et \u2019 AE SE SGSTSERIPES I TAI ICE EN FUREI IE SEM SEOE ARCS STE re ANNE NEA NN MANN EAN NA ARNO pa + + DA ND ER QU TRH POUR PART CH {TTL IRILTS TRL Por Le IAI OR HI TI EE I I EPL IL FL FLL I TL TLIO WHIT ATE UIT HY HRN [HN] IRN [NS EST 352 LA REVUE NATIONALE la volonté, remplace chez lui tout autre sentiment : il est prêt pour le combat.Le courage, que l'on ne devra jamais confondre avec la bravoure, n'est pas inné chez l'homme.Tout animal, homme ou bête, est au même degré pourvu de l'instinct de la préservation de la mort.Chez la brute, le courage est équivalent à la force dont elle dispose : un petit est fort avec le petit, mais se soumet au grand.La brute attaque celui qu'elle sait vaincre, mais elle ne le ferait pas si elle croyait succomber dans la lutte.L'homme grossier ressemble quelque peu à la brute ; 2 \"ARS Te © Ya me SOUVENIRS DE CAMPAGNE 353 l'homme bien né, fier, intelligent, éprouve les mêmes craintes que le premier en face du danger, et il s'y déroberait, si sa volonté ferme et audacieuse n\u2019imposait des lois à son physique.Les deux plus puissants sentiments humains, la vanité et l\u2019orgueuil,\"aidés de l\u2019habitude du danger et du devoir, constituent le courage chez tous.Ces deux passions poussent l'homme à affronter froidement des périls où il sait succomber, périls que ces instincts animaux lui conseillent de fuir.Une grande erreur est d'accuser de lacheté un conscrit qui blêmit au feu, comme c\u2019est un grand tort, de blâmer le vieux brave quand il salue la balle.L'un et l'autre obéissent aux nerfs, qui seront vite domptés par l'énergie et la volonté.Celui qui se vante de n\u2019avoir jamais eu peur est un fanfaron inoffensif ou une brute privée de tout sentiment humain.La bravoure jaillit d'un acte spontané, brusque, inattendu, tandis que le courage naît du raisonnement, de la réflexion, de la volonté et du sentiment du devoir à accomplir.Ces quelques réflexions expliquent suffisamment les émotions qui m'agitaient, lorsque, embusqué derrière une plante d'alfa, j'attendais, anxieux, le dénouement des choses.Hélas ! tant il est vrai que tout est illusion dans la vie ! Les montagnes voisines étaient merveilleusement réper- cutantes, et les bruits reçus par elles se répandaient au loin, répétés mille fois par leurs échos prodigues.Ainsi, les détonations du\u2019 petit poste provenaient simplement de deux coups de fusil, et les centaines de cavaliers se réduisaient à deux misérables pâtres, qui allaient aux vivres dans des douars voisins.Ces pauvres diables, surpris des Quz vive / des factionnaires, et ne sachant que répondre, s'étaient enfuis, chacun dans une direction, en criant pour animer leurs montures.L'un d'eux, se heurtant à un autre poste, s'était rendu en pleurant.Ce Le 354 LA REVUE NATIONALE C\u2019est égal, à partir de ce moment, je connaissais les émotions éprouvées à l'alerte.Mais bientôt les alertes se renouvelaient si souvent que je prenais le temps de m\u2019habiller comme pour une parade, et, avec le même sang-froid qu'à l'exercice, je faisais rompre les faisceaux et enlever les bouchons de fusils.Ennuyé et à moitié endormi, je maugréais ensuite contre ces gueux d'arabes qui ne respectaient en rien le sommeil du troupier français.C\u2019est sous le coup de pareilles impressions que je rendis compte à mon capitaine que l'alarme causée à nos avant- postes, au schott Tigri, au mois de mai, provenait probablement de simples maraudeurs.À peine avais-je fini de parler, qu'une grêle de balles pleuvent sur le camp, percent plusieurs tentes et blessent un homme et un mulet.\u201c Lumières éteintes et aux faisceaux !\u201d ordonne le capitaine.Campés sur le versant d'une colline, nous étions dominés à quelques centaines de mètres par.un énorme rocher, d'où étaient partis les projectiles ennemis.Au pied de ce rocher, le terrain est sablonneux.Après quelques minutes d'attente, le capitaine me donne l\u2019ordre de me porter avec mon peloton dans la direction de l\u2019attaque, de m'installer à une centaine de mètres et d'attendre là, jusqu'au jour.J'exécute ces prescriptions, et, une heure après, nous sommes installés dans une petite tranchée-abri, vivement faite par nos hommes, porteurs d'outils de campagne.Je place quelques factionnaires sur les flancs pour éviter les surprises, et nous attendons le jour.Défense nous avait été faite de faire feu, afin de ne pas trahir notre présence.Nous devions nous servir de la baïonnette en cas de tentative de l'ennemi de se porter sur le camp.la Fin Lis] Tey, Ü ç Be DEENA LAE A HAAN MMMM IL Laci ita ad ARUN Sarid ihe i pbtess iE HU EMAL AHMAR LM AAA ERS CLA ELE CEREAL HEN SOUVENIRS DFE CAMPAGNE 355 La nuit est très-sombre, et vers deux heures du matin, une pluie torrentielle, accompagnée de tonnerre et d'éclairs, vient nous rendre visite.L'ennemi, embusqué sur les hauteurs, continue, sur nous et sur le camp, son feu rendu inoffensif par la distance et l'incertitude du but à atteindre.Cette tiraillerie cependant nous énerve à l'extrême.Les hommes, la tête couverte de leurs toiles de tente, la main crispée sur leurs armes, sont écrasés dans la tranchée, trempés jusqu'aux os.a, 2 2, a.ZA dé PE i EE = LE YZ La température s'est beaucoup refroidie, et bientdt des frissons intenses s'emparent de tous.Les factionnaires anxieux interrogent la direction de l'ennemi.Un silence parfait règne chez nous, et, malgré les éclairs qui auraient pu faire découvrir notre position, l'ennemi ne sait où nous prendre.Quelques projectiles, lancés au hasard, nous frisent parfois les oreilles, mais personne n\u2019est touché.À chaque sifflement de balle, j'entends des jurons étouffés et des bruits de mouvement violemment réprimés.Une seule passion, la rage, agite tout le monde.Si seulement on pouvait les voir, ces pouilleux-là ! te EE EE EM EE AE Et NE ER M IC NN ME.JE 3506 LA REVUE NATIONALE Enfin le jour arrive, et avec lui disparaît l'ennemi pour aller nous attendre à notre passage plus loin.Je reçois l'ordre de rentrer.Engourdis, éreintés, énervés, titubant comme des hommes ivres, trempés jusqu'à la moelle, nous rentrons, l'air abattu.Je ne crois pas avoir passé une plus mauvaise nuit dans toute mon existence.Les visages, au camp, expriment une inquiétude profonde.On va certainement être attaqués bientôt.Les dispositions sont prises.Les chameaux, la patte de devant attachée, sont massés et couchés.Les indigènes reçoivent, sous peine de mort, l\u2019ordre de rester assis près de leurs bêtes et de les tenir en main.Enfin tout le monde est à son poste, et chacun connaît sa Mission.Nous attendons deux heures, et rien.A huit heures, mon capitaine donne l\u2019ordre du départ.Avec les distances rapprochées, nous nous mettons lentement en route, sous la protection de nos éclaireurs.La journée se passe sans encombre, et dans deux jours.nous aurons rejoint la mission, pour la sécurité de laquelle on craint beaucoup.En effet, nos espions, embrassant l'horizon de leurs gestes significatifs, le visage blême de frayeur, nous.annoncent que des ennemis, aussi nombreux que les sables.du désert, nous entourent de tous côtés.La mission topographique possède bien une petite redoute comme refuge, mais ses membres sont peu nombreux, et mon capitaine craint qu'ils aient été surpris isolément.Enfin, deux jours se passent encore sans incidents, et nous: rejoignons les topographes que nous trouvons sains et saufs,.mais très-inquiets sur les bruits alarmants que leur avaient aussi apportés leurs émissaires. Lat APRAL dti A ERIC ALIN AEH LIGRLELIEM AL MAEM LE EN MSH EHS EES SCM A ee EMEA SOUVENIRS DE CAMPAGNE 357 Après un jour de repos, mon capitaine reprend la marche du retour.Pour plus de sécurité, iI emmène avec lui les membres de la mission.Je dois ici dire quelques mots sur la composition de notre détachement.Notre effectif comptait à peu près trois cents hommes et quatre officiers.Notre convoi comprenait huit cents chameaux, chargés de vivres et de tonnelets d\u2019eau, un fort détachement d'ambulance, et une cinquantaine de petits mulets indigènes pour les bagages.Sur nos trois cents hommes, cinquante étaient montés et formaient une section franche commandée par le lieutenant de ma compagnie.La compagnie du 4e bataillon n'avait qu'un lieutenant pour officier.Ma compagnie, d\u2019après cette répartition de nos forces, restait avec cent vingt-cinq hommes, commandés par mon capitaine.Le sous-lieutenant avait le second peloton sous ses ordres, et moi, qui venais d\u2019être nommé adjudant, je remplaçais le lieutenant absent dans le commandement de son peloton.Voici notre ordre de marche : En tête, vingt-cinq hommes de la section franche, avec quelques goumiers, \u2014 cavaliers indigènes amis \u2014 sous les ordres d\u2019un sous-officier, avaient pour mission d'éclairer la marche.Venait ensuite le gros de la colonne, dans l'ordre suivant : il formait un carré, et chaque face du carré était couverte par un peloton.| En arrière-garde, à cinq cents mètres, marchait l'autre détachement de vingt-cinq hommes de la section franche, commandé par mon lieutenant.En raison de la longueur du convoi qui dépassait un kilomètre, nos troupes étaient forcées de se disséminer d'une 358 LA REVUE NATIONALE manière excessive.Chaque groupe était séparé de son voisin par une distance variant de six à sept cents mètres.Il est nécessaire, pour la clarté des événements ultérieurs, que je donne ces détails sur notre formation de marche.On verra jusqu\u2019à quel point nous fut fatale cette disposition de nos forces, imposée par notre nombreux convoi.Le terrain que nous parcourions, le matin du combat, offre aussi d'intéressantes particularités : il est accidenté de dunes de sable successives.Ces dunes peuvent avoir une centaine de pieds de hauteur.Elles sont à pente douce, complètement arrondies à leurs sommets, et formées de sables mouvants qui fatiguent beaucoup la marche.Dans les mouvements de la colonne, souvent la tête du convoi disparaissait derrière un de ces monticules, et notre formation se trouvait ainsi disloquée.Il était impossible de savoir à la queue ce qui se passait en tête, et vice versa.\u2018 La mission de la fraction d'éclaireurs était des plus diffciles, en face de ces collines qui lui bornaient l'horizon en tous sens.Telle était la disposition de nos forces, à notre départ d\u2019El-Mengoub, avec la mission topographique.Le deuxième jour de notre retour, nos éclaireurs nous - annoncent un grand troupeau de moutons.Sans avoir d'instructions là-dessus, mon capitaine obéit cependant la loi de la guerre, et ordonne à la section franche de courir sus au troupeeu et de l'enlever.Les bergers se sauvent à l'approche de nos hommes, et les moutons sont à nous.La facilité étonnante avec laquelle cette razzia vient d'être opérée nous donne de sérieuses inquiétudes.En effet, SOUVENIRS DE CAMPAGNE 359 l\u2019avenir nous fera connaître que ce troupeau sur notre route n\u2019était en réalité qu'un leurre.Une fois possesseurs de cette capture, qui compte deux mille têtes de bétail, nos embarras croissent et notre convoi s'allonge de moitié.On s'arrête pour la nuit, et l'on met un peu d'ordre dans notre organisation.Rien de nouveau jusqu'au matin.A cinq heures, nous nous mettons en route, et a huit heures nous nous engageons dans les dunes de sable décrites plus haut.7 Vers neuf heures, une vive fusillade se fait entendre à l'avant- garde.Mon capitaine fait sonner la halte, et comme personne ne venait de l'avant, il envoie un homme voir ce qui s'y passe.Celui-ci retourne quelques moments après.Sa mine effarée n'annonce rien qui vaille.Il rend compte que les vingt-cinq hommes de la section franche sont aux prises avec d'innombrables cavaliers.Le capitaine, inquiet, expédie des ordonnances partout pour avertir les divers groupes de se tenir prêts à repousser l'ennemi.Il donne aussi l'ordre à un peloton de se porter au secours de l'avant-garde.| À peine a-t-il prescrit ces mesures, qu'une nuée de cavaliers couvrent la dune sur notre droite et fondent sur nous comme une trombe.Le peloton qui se trouve en face a juste le temps de faire un feu de salve.Une dizaine de cavaliers sont culbutés, mais le gros arrive PUSS ATURE tA bE 360 LA REVUE NATIONALE dans le convoi, y sème un grand désordre et nous tue deux hommes.Un clairon sonne le ralliement.Sanglante ironie ! à la suite de cette sonnerie, de tous les points de l'horizon nous arrivent de nombreux ennemis.Partout ils sont vigoureusement reçus, et beaucoup roulent sur le sol, mais ils réussissent quand même à nous tuer quelques hommes.Ces premières attaques repoussées, il se produit un moment de répit.Mon capitaine appelle quelques goumiers, et leur promet une forte récompense s'ils peuvent franchir les lignes ennemies et avertir la colonne d'Aïn-ben-Khélil de notre position précaire.Une vingtaine de ces auxiliaires répondent à l'appel et se lancent, bien montés, dans toutes les directions.On remet de l'ordre partout, autant qu\u2019il est possible ; mais les chameaux, moutons, chevaux, effrayés par le bruit des détonations et les cris furibonds des assaillants, sont devenus incontrôlables.: En face dela foule innombrable des insurgés, mon capitaine se décide enfin à abandonner le convoi.En conséquence, il envoit aux fractions éloignées l'ordre de tout lâcher et de se replier sur lui le plus tôt possible, tout en restant compactes., De nouveaux cris se font entendre, et une avalanche furieuse de cavaliers ennemis nous tombent dessus, rapides comme l'éclair.Leurs efforts sont surtout dirigés vers le groupe auprès duquel se tient mon capitaine, dont l'uniforme a attiré l'attention.À ce moment, la colonne forme à peu près une quinzaine de groupes épars, de vingt hommes chacun.Deux de ces groupes, avec lesquels je me trouve, entourent le capitaine.Près de mille cavaliers se heurtent à nous.Un feu rapide arrête l\u2019élan des premiers ; mais bientôt, el 10S \\ SOUVENIRS DE CAMPAGNE 361 | entourés de tous côtés, nous ne savons plus sur qui diriger nos coups.Notre chef donne l\u2019ordre de se porter sur une dune voisine Le mouvement prescrit est déjà commencé, quand jetant les yeux sur mon capitaine, je vois qu'il chancelle et qu'une de ces mains presse son côté droit.Il crie qu'il est blessé. 362 LA REVUE NATIONALE md Je rallle mon monde et vole à son secours.On nous attaque tout de suite avec une fureur sans pareille, et, malgré nos efforts, nous sommes bousculés par trente contre un.Nous résistons victorieusement cependant, et au moment où nous arrivons pour dégager le capitaine, je me sens frappé.Je tombe, et ma tête heurte violemment le sol.Une foule de chevaux, chameaux, me passent dessus ; les balles me sifflent aux oreilles, m'effleurent le visage, mais je ne suis pas touché.Je perds enfin conscience de ma position.Je me remets bientôt cependant, et, me relevant, je me débats comme un forcené.Pendant longtemps je frappe à droite et à gauche, et au moment où mes forces épuisées allaient me trahir, il se fait un grand silence.Tout a disparu : l'ennemi, repoussé, est allé se reformer.Dans la lutte, nous avons été entraînés à une centaine de mètres du capitaine, dont jJ'aperçois le cheval hébété près du corps de son maître.| Je rassemble les quelques hommes qui nous restent, et nous courons de nouveau au secours de notre chef.Nous sommes près de lui ; mais une nouvelle charge nous arrive.Il s'ensuit une affreuse bousculade dont je me rappelle vaguement.Quant je reviens à moi, nous nous trouvons encore à une centaine de mètres de l'endroit où est tombé mon capitaine.Nous nous portons de nouveau vers lui.Cette fois, nous y sommes.Deux hommes l'empoignent et essayent de lc porter ; mais il est très fort, et le fardeau est par trop lourd.On cherche un mulet d'ambulance dans le désordre qui nous entoure, mais rien.Enrageant de notre impuissance, nous essayons de nouveau de l'emporter à force de bras. SOUVENIRS DE CAMPAGNE 363 Une autre charge, plus furieuse encore que les précédentes.nous aborde comme un ouragan, et, cette fois, c'est fini ; le pauvre capitaine, qui respire encore, est aux mains de l\u2019ennemi.L'instant de répit qui suit cette dernière attaque me permet de voir son cadavre, entouré de quelques fantassins ennemis qui lui défoncent le crâne à coups de bâton.Des pleurs de rage me brûlent les yeux, et, m\u2019élançant avec quelques hommes, je tombe sur ces bêtes féroces, et je perds connaissance.Quand je reviens à moi, le lieutenant du 4e bataillon me tate par tout le corps; mais, chose inouie, je ne suis pas a IL O7 MA ELLE I 14/77 a blessé.Un coup de matraque sur la tête m'avait simplement étourdi.- ., 1 \u2018 .\\ L'ennemi s'est retiré à quelques centaines de mètres pour se reformer.Chez nous, près de la moitié de notre effectif git sur le sable.Les débris des fractions éloignées nous ont rejoints.Mon lieutenant est tué : son corps est sur un cacolet.Mon sous-lieutenant a une balle dans l\u2019épaule.Tout n'est pas désespéré cependant.Les insurgés comptent SOS TAN NN I -364 LA REVUE NATIONALE probablement deux ou trois mille combattants, et nous, près de deux cents ; mais nous sommes réunis.Il nous reste dix mulets d\u2019ambulance inoccupés, et chaque homme possède encore environ soixante cartouches.Nous sommes au sommet d\u2019une dune, et le lieutenant du 4« bataillon, qui a pris le commandement, décide la retraite avec la marche en carré.Le cadavre de mon capitaine est décidément abandonné : impossible de l'enlever.Je m\u2019examine un peu.Mon uniforme est en lambeaux, je suis couvert de sang, et j'ai les mains et le visage écorchés.La tête me fait un mal intense, et j'ai perdu mon képi, mon sabre et mon revolver.Je me trouve avec un fusil entre les mains, et je ne me rappelle pas où je l'ai ramassé.La retraite commence.Nous marchons pendant trois ou quatre cents metres, et nous subissons une nouvelle attaque qui nous abat trois hommes.Il est inutile de décrire chaque phase successive de notre marche Il suffit de dire que nous parcourons ainsi une vingtaine de kilomètres, repoussant de nombreuses charges ennemies, qui réussissent presque toujours à nous faire perdre un ou deux hommes.Vers cinq heures du soir, nous sommes à cinquante kilomètres de la colonne de Négrier.L'ennemi, jugeant probablement que cette proximité est par trop dangereuse pour lui, fait un suprême et dernier effort ; mais il est repoussé, comme toujours.Cette dernière attaque nous coûte notre lieutenant, qui reçoit une balle dans l\u2019aine.Il a cependant la force de nous donner l\u2019ordre de camper où nous sommes : une petite hauteur bien propre à une résistance énergique.Dieu Ma | met og tués, i In gag lin El de il fé lan le Den Le \u201ctouche Le les Penn Le b ly Soi Lan i I= ss It eu SOUVENIRS DE CAMPAGNE 365 Comme il est probable que la colonne d'Aïn-ben-Khélil a Été avertie, nous attendrons ici les secours.D'ailleurs, impossible d'aller plus loin.Les mulets de l'ambulance sont presque tous atteints, et les cacolets sont encombrés de cadavres ou de blessés.Nous nous établissons solidement sur notre mamelon, attendant l\u2019ennemi, qui ne revient plus.Nous pouvons voir, par instants, quelques cavaliers apparaître çà et là, soit pour prendre la selle d'un cheval tué, soit pour saisir les chevaux sans maître, soit pour enlever un mort.Nous ne les inquiétons pas, ménageant les quelques munitions qui nous restent pour nous défendre.Les pertes ennemies doivent être nombreuses, car à chaque feu de salve on j voyait une vingtaine de burnous rouler par terre, et Dieu sait si nous avons tiré ! Mais le nombre finit fatalement par avoir raison du courage.Pour dix ennemis tués, nous avons chez nous un cadavre.Toute proportion gardée, nous perdions plus de monde que les in- Ad | Is ' | surgés.La nuit se passe dans des transes continuelles et dans de bien pénibles réflexions.Les hommes causent à voix basse et comptent leurs cartouches.Le lieutenant, quoique très-grièvement touché, ne l'est cependant pas d'une manière nécessairement mortelle.Les blessés, muets et presque tous mourants, reçoivent des soins sommaires.La nuit, devenue très-fraîche, occasionne de violents frissons 25 366 LA REVUE NATIONALE .a tout le monde.La réaction du combat laisse aussi aux hommes un abattement fébrile.Nous faisons l'appel.Il manque mon capitaine, mon lieutenant et quarante hommes tués : les deux autres officiers et trente-huit hommes sont blessés.Je suis sain et sauf, mais très-abattu.La mort de mes deux officiers me cause une profonde douleur.Pour un rien, j'aurais donné ma vie.Un homme poussé à bout par la fatigue, la faim, l'horreur du combat, sent un immense dégoût s'emparer de son âme, 5 et se laisse insensiblement aller à croire qu\u2019il serait bon de ü mourir.Les plus grandes cruautés lui sont indifférentes.Il se demande ce que vaut la vie, pour qu'il prenne la peine de la défendre.Il en arrive ainsi au dernier degré de l\u2019apathie.C\u2019est le moment de réagir avec vigueur, car le découragement est voisin de la lâcheté, et l'homme qui ne se redresse pas alors ne vaut plus rien.Cependant, de tout ce chaos d'idées et de réflexions se », dégage une chose : j'ai enfin assisté à un vrai combat.[ Que de scènes navrantes dont j'ai été témoin ! Une, entre autres, m'a frappé.Un jeune alsacien reçoit 3 une balle dans la cuisse et tombe.Il se traîne, cherchant à : suivre les camarades qui escaladent une hauteur.Se voyant impuissant, il se tourne vers l'ennemi, et fait un feu précipité.On l\u2019entoure, et, un grand nègre, lui assénant un coup de bâton sur la tête, cherche à le dépouiller de ses vêtements.Le caporal, évanoui sous le coup, revient vite à lui, et se défend en désespéré.RR RT BT Ir A ee SOUVENIRS DE CAMPAGNE 367 Son adversaire le bourre de coups de couteau, et, à chaque blessure, le caporal répond par un cri et un nouvel effort de lutte.Finalement, il expire.Le nègre n\u2019a pas joui longtemps des vêtements du caporal.Dix fusils s'étaient dirigés vers lui, et, avant de s'être éloigné de sa victime, il tombe, et sa tête va heurter la poitrine de l\u2019alsacien.Ils sont au moins unis dans la mort.Un autre épisode, dont le funèbre héros était un sergent de ma compagnie, m'a aussi violemment remué.J'ai dit que vingt-cinq hommes montés, de la section franche, formaient l\u2019arrière-garde.Au premier bruit du combat, ils s'étaient tous portés au secours des camarades.D'un coup d'œil, ils se rendent compte de notre position désespérée.Ils n'hésitent pas un instant cependant, et, quoique très-inférieurs en nombre, ils se lancent à fond de train dans le plus fort de la mêlée.En une minute, ils sont culbutés et bientôt dispersés.Le sergent, emporté par son cheval, tombe au milieu d'un groupe ennemi.Au moment où il file comme le vent, un cavalier i +.1 - CA HET TE PRET RENE FIT RE + Hi dent 368 LA REVUE NATIONALE arabe le croise, et, l'accrochant par la bouche avec sa matraque, l'attire à lui et le couche en travers de sa selle.Une lutte s'engage, mais l'arabe a bientôt l'avantage, et un coup de pistolet a raison du sergent.Son corps inerte se balance quelques instants aux flancs du cheval emporté, et, paquet sanglant, il tombe enfin comme une masse sur le sable rougi de sang.Je me rappellerai longtemps le regard de ce malheureux, au moment où 1l sentit le crochet de l'arme de son ennemi s\u2019enfoncer dans ses chairs.Je dirai ici que les arabes sont porteurs de plusieurs espèces d'armes.Outre le fusil, le sabre et le couteau, tous sont armés d\u2019un énorme bâton de chêne, appelé matraque, dont une extrémité est garnie d'un croc solide.Ils se servent de cette dernière arme pour accrocher leurs adversaires et les jeter à bas de leurs chevaux.Le lieutenant de ma compagnie, qui commandait la fraction de la section franche à l'arrière-garde, reçut une des premières balles ennemies au moment il se portait au secours du gros de la colonne.Nous fûmes assez heureux de pouvoir dégager son corps, mais il n'en fut pas de même pour tous: beaucoup restèrent au pouvoir de l'ennemi.Je crois que ces quelques lignes donneront une bien faible idée de l'horreur des pensées qui m'\u2019assiégent pendant la nuit qui suit le combat.marc Le aix fre als) \\ SOUVENIRS DE CAMPAGNE 369 Vers quatre heures du matin, mes idées s'éclaircissent un peu cependant, et je commence à être heureux de ne pas avoir été tué.Les beautés de l\u2019existence me reviennent avec le jour.Je sens renaître en moi un immense espoir à mesure que le soleil monte à l'horizon.Comme je trouve tout beau ! La lumière est si douce, l'air, si pur, le désert, si calme ! Un grand silence assiste à notre réveil, et bientôt tous se font part de leurs impressions sur l\u2019arrivée probable de la colonne de secours.A-t-elle été avertie?Pourra-t-elle faire cinquante kilomètres en quinze heures?Sinon, que devons-nous faire ?Le lieutenant, quoique blessé, conserve toujours le commandement.Il prescrit d'attendre jusqu\u2019à neuf heures.Si, à ce moment, aucun secours n\u2019est arrivé, on se mettra en marche.Le silence se fait de nouveau, et les regards sont fixés, anxieux, dans la direction du nord.Pendant trois longues heures, on est balancé dans une alternative d\u2019espérances, aussi vite abandonnées que congues.Enfin un bruit lointain, ressemblant au son du clairon, se fait entendre.Bientôt, plus de doute, on sonne la marche du régiment.Oh! mon Dieu! que cette musique est belle! Toutes les harmonies humaines ne causeront jamais de plus grandes jouissances que les quelques sons jetés dans l'air par le clairon de mon régiment.I1 nous reste un clairon.Il embouche son instrument, et, sonnant a tout rompre, il répond à la colonne.Quelques moments après, des visages amis se présentent, et nous devenons gais, malgré nos peines. 370 LA REVUE NATIONALE Pas de temps à perdre cependant.Le colonel donne quelques minutes de repos, et se dirige bientôt vers l'endroit où le combat a commencé.Des cadavres d'hommes et de bêtes sont les sinistres points de repère qui nous guident dans notre marche.Nos morts sont entièrement dépouillés de leurs vêtements et horriblement mutilés Presque tous ont la tête séparée \u201c du tronc.Nous arrivons à l\u2019endroit où fut abandonné mon capitaine.Son cadavre nous apparaît sur le versant d\u2019un monticule.II est nu, et il a la tête et le bras gauche coupés.Une balle lui a percé le flanc droit.Dix-huit coups de couteau lui ont fait d\u2019horribles trous dans la poitrine.Ces misérables s\u2019étaient acharnés sur les restes de notre malheureux chef.A ce hideux spectacle, un frisson d'intense dégoût secoue les assistants.Les regards deviennent fixes de rage, les dents sont fermement serrées, et quelques sourds jurons se font entendre.Mais il ne faut pas perdre de temps dans d'inutiles émotions.Vite à l'action.Nous enlevons nos morts, et rétrogradons vers Aïn-bel-Khélil. rcicottetis at Ci tant ET Jr SOUVENIRS DE CAMPAGNE 3 { 1 Pas un ennemi à trente kilomètres à laronde.Ces lâches- là ne s'attaquent qu\u2019au petit nombre.Le lendemain de notre arrivée à destination, les funèbres débris du combat recevaient de simples et tristes funérailles gl de campagne.CH.DES ÉCORRES.qi HAMP D'HOXAFL rs qe ES \u2014 \u2014== In| PRO PATRIA et ES 1 a LT) Tmt \u201c Enregistré conformément à l\u2019acte des droits d\u2019auteur.\u201d À TRAVERS LA VIE ROMAN DE MŒURS CANADIENNES PAR JOSEPH MARMETTE DEUXIEME PARTIE DANS LE MONDE CHAPITRE 1 LA MANSARDE DU PALAIS ANS les premiers Jours de septembre qui suivirent sa sortie du college, Lucien Rambaud se présentait devant les examinateurs du barreau de Québec pour être admis à l\u2019étude du droit.Comme il venait de passer son- baccalauréat, et qu'il avait encore la mémoire chargée du bagage de ses.humanités, il fut admis d\u2019emblée.Mais, pendant qu\u2019il attendait son tour dans un corridor du RPC HER HIRO ROR RIOT RIC] A TRAVERS LA VIE 373 vieux Palais de justice, un camarade le présenta à un étudiant en droit qui allait réclamer des examinateurs l'autorisation d'exercer la profession qui permet de chercher légalement querelle à ses concitoyens.C\u2019était un grand beau garçon de vingt-deux ans, blond, le teint rosé, l\u2019œil bleu clair et vif, le front large, l'air intelligent et bon enfant.Il marchait déjà tête haute, car la réputation commençait à s'attacher à sa personne.Un volume de vers, qu\u2019il avait publié quelques mois auparavant et qui annonçait les plus heureuses dispositions, avait attiré l'attention sur le jeune poète, dont le nom était maintenant sur les lèvres de tous ceux qui s'occupaient alors de littérature dans le pays.C\u2019était Emile Franchères.Lucien, qui savait par cœur nombre de vers du poète, ne fut pas trop surpris de le voir absorbé dans la lecture, pourtant peu passionnante du code civil canadien, tout récemment publié ; car, il se doutait bien que Franchères avait dû négliger la société de MM.Pothier, Cujas, Dalloz et autres doctes, mais peu récréatifs auteurs, pour faire assidûment sa cour à la muse charmeresse.Entre deux articles sur'les successions aû znfestat, qu'il brûlait du regard, le poète accueillit chaleureusement Lucien, dont la petite renommée collégiale de rimeur lui était parvenue par un jeune frère de Franchères, compagnon d\u2019études.de Lucien Rambaud.\u2014 Faites-moi donc le plaisir de venir passer la soirée à ma maison de pension, 24, rue du Palais, dit Franchères à Lucien.Je perche au troisième, à côté de la gouttière.Vous rencontrerez là de bons et joyeux garçons.Si nous sommes heureux dans nos examens, nous aurons raison de célébrer dignement ce beau jour ; sinon, nous tâcherons de nous consoler d'un échec qui pourra facilement se réparer bientôt.D'ailleurs, il y aura ce soir, à la \u201c Mansarde du Palais \u201d\u2014 c'est ainsi que nous avons baptisé notre campement de bohémiens des lettres et de la basoche \u2014 il y aura réjouissances archi-solennelles à l'occasion du prodigieux succès que mon EN a hil i De Ha \\ D magie < 374 LA REVUE NATIONALE frère és-poésie, Arthur Graind'orge, vient de remporter.C\u2019est renversant, mais trop long à vous raconter pour le quart d'heure, fit-il en rouvrant son code.\u2014 Marignan, ajouta-t-il, en s'adressant à un étudiant qui l\u2019écoutait, je te présente et te recommande M.Lucien Rambaud, futur poète, qui aspire aussi à devenir, comme nous, avocat avec ou sans causes, et qui nous fera le plaisir d'être ce soir des nôtres.Expose-lui donc un peu le motif de notre réunion.Et Franchères se replongea furieusement dans son étude tardive, mais énergique, des successions embarrassées.Voici ce que Marignan, qui, lui, menait de front le journalisme et la fréquentation discrète du Palais, apprit à Lucien Rambaud : Arthur Graind'orge, apprenti légiste, venait de faire paraître un poème satirico-badin dans lequel il exaltait les qualités stomachiques de la bière fabriquée par un brasseur alors bien connu à Québec.Flatté de voir son nom figurer en rimes sonores dans une œuvre de poésie imprimée, le brasseur, homme d'esprit, avait envoyé ce jour-là même à la Mansarde du Palais, que Graind\u2019orge habitait avec Franchères, Marignan et deux ou trois autres de leurs amis, douze paniers de bière pour remercier l\u2019auteur de cette flatteuse réclame.A la vue des cent quarante-quatre bouteilles alignées casque en tête, comme un régiment à la parade, dans la Mansarde du Palais \u2014 qui n'avait jamais contemplé à la fois pareille abondance de breuvage \u2014 Graind'orge, un peu porté à l\u2019économie, s\u2019était écrié devant ses amis, plongés dans une admiration extatique : \u2014 Mes enfants! à raison d\u2019une bouteille par jour, j'en \u201c aurai pour plus de quatre mois ! \u2014 Ah! bien, compte un peu là-dessus! se dirent 27 petto Franchères et Marignan, trop vite tirés de leur extase.Un événement aussi superlativement mirobolant ne saurait rester ignoré ni des amis, en particulier, ni du public en général ! Voilà pourquoi, depuis le matin, les deux compères invitaient le ban et l'arrière-ban de la bohème lettrée de Québec ma 11e RE A marre A TRAVERS LA VIE \u2018 375 = à venir, ce soir-là, s'abreuver largement aux dépens de l'heureux Graind'orge, qui était certes loin de s'attendre à l'onéreux triomphe que ses bons amis étaient en train de lui organiser.Les examens terminés, Franchères, qui avait été reçu avocat avec distinction \u2014 les examens n'étant pas bien sévères en cet heureux temps ! \u2014 emmena examinateurs et examinés à l'hôtel voisin, où il paya une tournée à tout le monde.Suivirent deux ou trois autres libations après lesquelles Lucien qui, faute d'habitude, commençait à se sentir tout drôle, s'empressa de prendre congé de la compagnie devenue de plus en plus bruyante.\u2014 N'oubliez pas.ce soir! lui cria Franchères.\u2014 Certes, J'en aurai bien garde ! répondit Lucien, tout heureux de se voir admis dans le cénacle dont Franchères était le prophète écouté.Vers les sept heures et demie, Lucien Rambaud, tout fier de son succès de l'après-midi, arpentait gaiement la rue Saint- Jean, zutra muros, en route pour la gloire facile de son début dans le monde des lettrés en herbe de ce temps-là.En septembre, la nuit vient déja vite.Parmi les passants qui se hataient vers leur logis, Lucien coudoya dans 'ombre deux élèves de sa connaissance qui trottinaient silencieux vers le Petit Séminaire.C\u2019était le jour de la rentrée.D'un air vainqueur, il leur apprit son admission à l'étude du droit, et les vit avec joie, l\u2019égoïste, s'éloigner après lui avoir lancé un long regard d'envie.Ressassant avec bonheur l\u2019'embêtement que devaient éprouver, à cette heure, tous ses anciens compagnons de captivité au collège de S***, Lucien aspira bruyamment deux ou trois bouffées de ce bon air de liberté après lequel il soupirait depuis si longtemps, et précipita sa marche comme un jeune chien qui a rompu sa laisse.Quelques pas rapides l\u2019amenèrent en face du numéro 24 de la rue du Palais.Il sonna.Une bonne vieille vint ouvrir. 376 LA REVUE NATIONALE a \u2014 M.Emile Franchères, s'il vous plait, Madame, à demanda-t-il timidement.F kL \u2014 Il est au troisiéme, et pas seul, je vous assure! répondit ; la vieille, qui ajouta, avec un soupir attendrissant : ! \u2014 Encore une belle nuit qu\u2019ils vont me faire passer! \u2026 : Lucien, décontenancé, fila tout d'un trait, et enjamba les 0 escaliers avec ces vaillantes jambes de vingt ans qui ne demandent qu\u2019à grimper toujours.Rendu sur le dernier i palier, une clameur de voix mâles lui signifia qu\u2019il était arrivé me au terme de son ascension.Il frappa un coup, et puis deux, & a la porte d\u2019où venait le bruit.: \u2014 Entrrrez ! vociféra-t-on à l'intérieur.fa \u2014 Tiens, Rambaud ! cria Franchères, qui, la pipe aux dents, a se préparait à faire sauter un bouchon.Arrivez un peu, mon cher, que je vous présente au héros de la soirée.\u2014 Mon ami Vus i Graind'orge, jai le plaisir de te faire connaître M.Lucien L Ig Rambaud, admis aujourd\u2019hui à l\u2019étude du droit, et qui a déjà in A fait avec succès au c :llège \u2014 le sournois ! \u2014 son petit doigt ni i de cour à la Muse.Graind\u2019orge est particulièrement heureux, thy 2 M.Rambaud (Graind\u2019orge salua froidement), du.plaisir que on i vous lui faites de venir l\u2019aider à déguster, en notre aimable La A compagnie, le liquide généreux qu\u2019il doit à ll magnanimité \u2018eng i du plus grand brasseur des siècles passés, présents et futurs ! in pe 3 \u2014 Pas de phrases, Emile! cria Marignan.Verse-nous Hl i plutôt à boire ! : fl 3 \u2014 C\u2019est plutôt ta poire .pour la soif, qui nous embête ! - 8 riposta Franchères ; tiens, avale et dévale, de mon lit dont ty] : tu ravales sans intervalles, avec tes pieds de cavale, la chasteté | 5 célibataire.étend 3 \u2014 Oh! ah! fi!.à la porte, s'exclamèrent dix voix.Ie by Dehors, misérable ! Hp \u2014 Jamais ! tant que ma bouche pourra s'ouvrir, et ma langue Me 2 la servir, s\u2019écria Franchères avec un geste théâtral.Il reste bi, encore cent vingt-sept bouteilles à vider.À la vôtre, mes hi | petits biberons ! to Lucien, tout étourdi, se laissait présenter à droite et à NARBERBRNRY RARER RARE REAR RRR RR I RR I NE TE EE TO DA RENE Rr TT a CSSS EPSON MT DEEE MAO VAE EE CASE OM DMM MAEM ILE A TRAVERS LA VIE 377 gauche, quand la porte s'ouvrit avec fracas, pour livrer passage a trois nouveaux venus.En jetant un coup d'œil sur Graind'orge, Lucien remarqua une contraction des muscles faciaux de ce dernier, qui devait évidemment calculer l\u2019effroyable trouée que, ces soiffeurs allaient pratiquer dans son cellier.La pièce de vingt pieds en carré \u2014 c'était la chambre de Franchères et la plus spacieuse de la maison \u2014 contenait en ce moment dix-huit gaillards délurés en diable, tous buvant, fumant, parlant, criant et gesticulant à la fois.À travers l'épaisse fumée des pipes, on les voyait se démener comme des possédés, tandis que, par la lucarne ouverte pour rendre l'air de la chambre respirable, s'échappait un effroyable concert de vociférations capable de tenir les voisins éveillés à cinq arpents à la ronde.Et pourtant, il y avait là l'élite de la société actuelle : des futurs juges, un évêque, des députés, des avocats, des médecins, des hommes de lettres et des fonctionnaires, tous alors en herbe, mais aujourd'hui gravement installés dans la considération respectueuse de leurs contemporains.La porte s'ouvrit de nouveau, et cing a six autres visiteurs s'engouffrant à leur tour dans ce pandémonium, bousculèrent un peu les premiers arrivés pour aller bruyamment saluer et féliciter Graind\u2019orge de son étonnant succès, et le remercier de les avoir invités à s\u2019en réjouir avec lui.\u2014 Animal ! dit Graind'orge à Franchères, tu me paieras cela plus tard ! | \u2014 Messieurs ! Messieurs ! s'écria Franchères, sans paraître entendre son ami, et tapant à tour de bras sur la table avec une bouteille vide pour obtenir un peu de silence, quoique nous ne soyons pas encore au complet, l'heure est venue de boire à la santé de notre hôte, Arthur Graind'orge, qui nous a tous conviés d'une façon si généreuse à partager le fruit, légitime mais surprenamment acquis de ses labeurs littéraires.\u2014 Joli, le surprenamment ! LEIA ICICI AL EE i ae PLIS SR DRE RE SES PP CE I SE De a AIH PRES ED 2 20 ALND LADEN LAN ME NS de CDR ED MA RCE PERRY 378 LA REVUE NATIONALE \u2014 Bravo ! hurla-t-on de partout.\u2014 Ça manque de bière, insinua Franchères à Graind'orge, qui se leva, la bouche en cœur, mais la rage au ventre.\u2014 Nous allons t'aider à monter les bouteilles de la cave, lui dit traitreusement Marignan.Allons ! trois hommes de bonne volonté ! Dix se levèrent et sortirent pour revenir l'instant d'après avec des brassées de bouteilles.Celles-ci se dégorgèrent, et les verres se remplirent avec un vertigineux ensemble, et, dans l'enthousiasme général, se vidèrent trois fois coup sur coup.\u2014 Pour la première fois qu'un livre canadien rapporte quelque chose à son auteur, déclamait Franchères, nous devons, mes amis, le faire connaître à la postérité la plus reculée.Car, ne vous semble-t-il pas, comme à moi, qu'une ère nouvelle et glorieuse s'ouvre pour nous, poètes, jusque aujourd\u2019hui faméliques, mais dédaignés ?.\u2026.\u2014 Eh bien, mon cher, interrompit un gros courtaud vêtu dela jaquette rouge d\u2019élève de l'Ecole militaire, veux-tu crever de faim toute ta vie?demande alors un peu des cuisses de poulet à madame la Muse.Non! si tu veux manger au moins une fois par jour, tu feras mieux de piocher ton droit, mon vieux ! \u2014 Allons, Célestin Vachon, repartit Franchères, ne viens donc pas, en ce jour solennel, verser les tonneaux d\u2019eau froide de ton positivisme sur la flamme de notre enthousiasme sacré |.\u2014 Eh! mon cher, je me moque pas mal de toutes les poésies du monde, moi, quand j'ai faim et que je ne possède pas trente sous pour me payer a diner, \u2014 ce qui m'est arrivé plus souvent qu'à mon tour.Aussi me suis-je promis que, après avoir passé mes deux examens à l'Ecole militaire, et touché les cent piastres que ça rapporte, je m\u2019en vais m\u2019escrimer ferme avec le Code, tout en continuant de cultiver la prose vulgaire du journalisme, qui est le marche-pied de la politique, \u2014 laquelle, dans tout pays, et surtout dans le nôtre - -\u2014 Ane - [aad] A TRAVERS .LA VIE 379 qui est jeune encore, mène sûrement à la richesse et aux honneurs.\u2014 C\u2019est précisément parce que le pays est jeune, riposta Franchères piqué au jeu, qu'il faut le façonner à respecter les travailleurs de la pensée, qu\u2019elle soit exprimée en vers ou en prose.Voilà pourquoi je veux crier à nos poètes, à nos jeunes écrivains, qui se sentent quelque chose là : \u201c Courage, frères ! et persévérons dans notre voie.Cherchons l'idée généreuse, et soignons bien la forme.Imposons, à force de travail, le goût des belles-lettres à nos compatriotes, pour forcer, nous aussi, l\u2019avenir à nous ouvrir fraternellement les bras !\u201d \u2014\u201c La victoire en chantant nous ouvre la barrière !\u201d entonna quelqu\u2019un qui commençait à s\u2019'allumer, et que la discussion ennuyait.\u2014 C\u2019est ça, du chant! cria-t-on.\u2014 Edmond, l'Andalouse / l'Andalouse ! Sans se faire prier, Edmond Franchères, frère cadet du poète et chanteur attitré du Cénacle, entonna d\u2019une voix de stentor : Avez-vous vu dans Barcelone Une Andalouse au sein bruni.?Pile comme un beau soir d\u2019automne ! C\u2019est ma maîtresse, ma lionne ! La marquesa d\u2019Amaëgui.Cette poésie endiablée de Musset acheva de leur mettre à tous la cervelle en feu.Et le vacarme alla grandissant encore ; si bien, que l\u2019arrivée de quatre ou cinq autres camarades ne fut guère autrement remarquée que pour embrasser l'occasion d\u2019une libation nouvelle.Graind\u2019orge, échauffé comme les autres, trouvait maintenant qu'on ne buvait pas assez, et soufflait comme un cachalot, par suite des ascensions répétées qu'il avait a faire de la cave au grenier.La maison tremblait du faîte jusqu'au sol, et la pauvre ST TI I PLOT I TO OC TC PE CTE ILL Sy HT PE EE CE ERP FOR FORCE PO EE DORE PES COR AA PRIS OO PRE PRET SHIRBRIG aati Rt HHMI La HOT i HIRT HERG Led ERP CAS A TO HEE 380 LA REVUE NATIONALE veuve Brindamour, qui tenait la pension, se tordait sur son lit solitaire d\u2019où le sommeil s'était enfui à l'épouvante.\u2014 Mon Dieu! mon Dieu! murmurait-elle, ça empire tous les soirs! Ils vont, bien sûr, finir par tout démolir cette nuit ! Les infortunés voisins, aussi tenus en éveil, commençaient à ressentir des atteintes d'aliénation mentale, et, dans les cours les plus rapprochées, les chiens donnaient, par leurs furieux aboiements.des signes de rage subitement déclarée.Cependant, après des efforts surhumains, Franchères était \u2018parvenu à ramener un calme relatif en proposant à l'assemblée d'entendre quelques-uns des vers, cause de cette mémorable solennité.Comme Graind\u2019orge, du reste timide de sa nature, ne réussissait qu\u2019à se faire entendre à demi dans cette tempête à moitié assoupie, quelqu'un cria : -\u2014 Monte sur la table! À \\ © 7h AN AY TH \u2014 Monte! monte! vociférèrent en chœur les vingt-cinq bohèmes chauffés à blanc ! Graind\u2019orge dut s\u2019exécuter, et récita quelques-uns des passages les plus saillants de son poème.Les trois vers - \u2014\u2014 | ia i A TRAVERS LA VIE 381 -suivants, restés célèbres, firent éclater un tonnerre d'applau- «dissements et de vociférations laudatives : Buvons, buvons, amis, de ce bon Macalomme, Venant directement du brasseur qu\u2019il dénomme : C\u2019est ça qui vous retape et vous refait un homme.Mais son débit monotone et sa poésie fine et acérée souvent, mais manquant de couleur et par trop paisible à la longue, finit par ne pas tenir les imaginations en bride.Aussi, le héros du jour \u2014 gloire éphémère ! \u2014 se vit-il obligé de descendre des hauteurs triomphales où il avait pour un instant plané.; \u2014 Franchères ! Franchères ! hurla la foule délirante.Franchères était à la fois le barde et l'acteur du Cénacle.De sa voix de basse taille, seule capable de dominer le tumulte, il redit ses vers les plus colorés.Mais bientôt, sa verve personnelle ne sut plus suffire à l'exigence générale, et l\u2019on réclama avec des cris forcenés les sublimes envolées de Victor Hugo, les prosopopées les plus passionnées de Musset, les iambes les plus fulgurants de Barbier.L\u2019enthousiasme alors ne connut plus de bornes, et 1l fut un moment où Lucien, énervé par cette poésie volcanique et par les frénétiques transports qu\u2019elle produisait, parut crain- -dre de voir le toit sauter par-dessus les fortifications avoisinantes.\u2014 Eh! là-bas, le petit qui sort du collège, cria le gros Vachon à Lucien, comment la trouves-tu, leur poésie?Ca ne vaut pas les classiques, hein ! -\u2014 C'est plus enlevant, osa dire Lucien.\u2014 Comment, toi aussi! fit dédaigneusement Vachon, tu -donnes déjà là-dedans! \u2014 Et, il me paraît que je suis en assez bonne zompagnie, répliqua Lucien.Les amis applaudirent, tandis que Vachon haussait les \u201cépaules.Lett hy tl TT NN AR UN INR REC ERTL TEE TL LE SERRE CESSE A RER ESS OSEO RR RENNER SNRs LASER DESSIN RO DE DR NN NN A NA NRA NN AAA 382 LA REVUE NATIONALE En homme pratique, ce dernier appréciait surtout les classiques, et affichait le plus haut mépris pour toute l'école romantique et ses admirateurs.Lucien éprouva de suite de l'éloignement pour ce gros garçon vulgaire qui le tutoyait de prime abord et le traitait si dédaigneusement.Peut-être, du reste, le sentiment d'antipathie qu'il ressentait déjà contre Vachon était-il un pressentiment de leurs démêlés et de leur rivalité futurs.Cependant Graind\u2019orge, plus excité que tous ses hôtes, qu'il n'avait pourtant pas conviés, cassait maintenant le goulot des bouteilles pour aller plus vite ; tandis que le lit de Franchères s'écroulait sous la surcharge de sept invités trop remuants pour son équivoque solidité.Chacun alors voulut jouer sa partie dans ce drame délirant, et l\u2019on se mit à chanter en chœur les refrains les plus tapageurs de l\u2019interminable répertoire de la bohème.Jusqu\u2019à trois heures du matin, la veuve Brindamour, qui pensait voir à chaque instant la maison s'effondrer sur son maigre corps convulsionné, recommanda son ame au Seigneur; tandis que les voisins \u2014 bons bourgeois d'habitude paisibles - devenus soudainement épileptiques, se ruaient a grands coups de genoux dans le dos de leurs épouses pleur- nichantes, et vouaient à la damnation éternelle les énergumènes de la Mansarde du Palais.À trois heures du matin \u2014 que tous les héros d'Homère le lui pardonnent ! \u2014 Franchères, supérieurement gris, faisait un discours en grec! Les mânes de Démosthènes durent rudement trépigner cette nuit-là!.La dernière bouteille étant vidée jusqu'à l'ultime goutte, et tous étant pleins comme des futailles après la vendange, les invités de Franchères et de Marignan finirent par culbuter de conserve du haut en bas des escaliers, et par aller se déverser et se perdre dans les rues devenues trop étroites pour maints d'entre eux.Après quelques collisions avec des réverbères qu'il prenait pour ses nouveaux amis\u2019 et qu'il embrassait au pässage, TA Se \u2026 \u2014 =\" TEE A TRAVERS LA VIE 383 Lucien se retrouva en face de la maison d\u2019un parent qui lui donnait l'hospitalité.Avec des efforts dignes des plus grands éloges, il parvint à faire jouer la clef dans la serrure, réussit à se hisser sans trop de fracas Jusqu'à sa chambre, et finit par s'affaisser dans son lit, au centre d'un grand tourbillonnement de toutes choses.REC PSE MT CELA ASE ELA SLM PL LILA EAE $001 ER HE HH A EH MORE OR A AH HTL TLIC RATS TITEL LAS CSI MSC ILE CIE IC CITE LA SRE : 384 LA REVUE NATIONALE CHAPITRE I LARMES D'AMOUREUX, BAPTÊME DE POÈTE E ne surprendrai personne en affirmant que Lucien se réveilla, le lendemain, avec un violent mal de tête, que sa jeunesse lui fit pourtant bientôt secouer, quand il eut marché quelque temps au grand air.En se rappelant quelques-uns des incidents qui avaient marqué la soirée précédente \u2014 surtout les vers de Musset et de Victor Hugo qu\u2019on avait récités et qui étaient pour lui toute une révélation \u2014 il lui vint un vif désir de devenir un homme de lettres applaudi ; et il se promit de cultiver le talent littéraire qu\u2019il sentait germer en lui.Le hasard voulut qu'un événement, peu considérable en soi, mais qui devait pourtant prendre une grande importance dans sa vie, vint le confirmer ce jour-là même, dans ses résolutions.Mlle Caroline de Richemond, qu\u2019il avait connue deux années auparavant à Saint-Omer, et dont il avait gardé une si chaleureuse souvenance, vint à la ville et descendit chez ce parent de Lucien, dont elle était la cousine.La grande joie que Lucien Rambaud ressentit de revoir celle dont il faisait, depuis deux ans, l\u2019objet de ses plus doux rêves d'avenir, se trouva tempérée, pourtant, par la réserve extrême que Mlle de Richemond apporta à leur entrevue.Avec sa passion et son imagination fougueuses, Lucien s'était empressé de tirer des conclusions favorables de la coïncidence de cette visite de la jeune fille chez un parent commun, avec rar _ = A TRAVERS LA VIE 385 son propre retour à Québec, et il en concluait que Caroline avait dû contribuer à leur rencontre, et qu\u2019elle l\u2019aimait aussi.La froideur qu\u2019elle lui témoignait en le revoyant, pensait- il, n\u2019était assurément causée que par la gêne qu'elle éprouvait de laisser percer ses sentiments en présence d'autres personnes.Il saurait bien faire fondre cette glace, dès qu'ils se trouveraient seuls.L'occasion s\u2019en présenta immédiatement.La musique de l'un des régiments anglais, alors en garnison à Québec, jouait ce jour-là au jardin du Fort.Quand Lucien offrit à Mlle de Richemond de l\u2019y conduire, elle parut accepter sa proposition avec plaisir.On peut aisément se figurer le ravissement du jeune homme, lorsque, par le radieux après-midi de septembre qui s'épanouissait sur la ville, il se vit cheminant en compagnie de l\u2019élégante jeune fille, par les rues ensoleillées et bruyantes.En 1864, Québec n'avait pas cet aspect morne, cet air ensommeillé du château de Bois-dormant qu'il offre aujour- d'hui.Le siège du gouvernement des deux Canadas, la résidence du gouverneur général et de trois régiments anglais jetaient beaucoup d'argent, d\u2019animation, d\u2019entrain dans la capitale de l'Union.Grâce à l'industrie de la construction des vaisseaux, si florissante alors, les faubourgs respiraient l\u2019aisance, tandis que le luxe déployé par les femmes et les filles des ministres, des députés, des hauts fonctionnaires et des riches officiers anglais, faisait de la haute ville le centre le plus brillant, le plus affiné de l\u2019Amérique anglaise.En ce temps-là, le lieu de promenade, l\u2019endroit de rendezvous par excellence du beau monde était le jardin du Fort, les jours où la musique d\u2019un régiment s\u2019y faisait entendre.Pauvre jardin! combien je te revis déchu de ta splendeur passée, alors que, entraîné, il y a quelques années, par le désir de revivre encore en te parcourant les impressions de ma vingtième année, je me glissai, presque craintif, dans ta silencieuse enceinte ! 386 LA REVUE NATIONALE Parterres incultes, gazons négligés, plates-bandes envahies par l'ivraie, arbres coupés dont l'absence éclaircissait par trop l\u2019épaisse frondaison de jadis ; quel abandon, quelle désolation pesaient maintenant sur vous! Deux ou trois bambins, gardés par une bonne assoupie, faisaient des pâtés de sables dans les allées désertes, avec la gravité d'enfants de croque-mort qui s'essaient à jouer dans un cimetière tandis qu'un vieillard invalide, affaissé sur un banc chancelant, aspirait, engourdi, un dernier rayon de soleil, avant que d'achever tout à fait d'expirer.| Saisi par cet air sépulcral, je traversai le Jardin sans m\u2019y arrêter, promenant mon regard attristé sur la vaste rade où pas un vaisseau d'outre-mer n'était en vue.Combien, il y a trente ans, ce site, alors enchanteur, offrait un aspect différent! Ratissez ces allées, peignez ces parterres où des fleurs rares et variées faisaient éclater en notes vibrantes les couleurs les plus vives ; replantez ces grands chênes dont les longs bras élevaient un dôme de verdure au-dessus des gazons veloutés; peuplez d'une foule élégante ce jardin ou l'art luttait gaiement avec la grande nature; saisissez au passage ces regards d'amoureux qui marchaient langoureusement dans les allées ombreuses, en écoutant chanter dans leur âme la suave mélodie d'amour qu'accompagnaient les accords tantôt rieurs, tantôt plaintifs, d'une musique artistement conduite ; jetez sur ce paysage si brillamment animé l'immensité d'un ciel inondé de soleil dont le feuillage des bouleaux et des chênes tamisait les rayons ; arrêtez vos yeux sur la rade peuplée de centaines de navires venus de tous les points du globe, et puis, laissez-les errer sur cet admirable horizon de montagnes dont les mamelons, mollement arrondis, verdoient ou jaunissent au premier plan, avec les côteaux de Beauport et de l'Ile d'Orléans, pour aller, bleuâtres, se perdre en s'amincissant, s'estomper, se fondre enfin dans l\u2019azur pâle des fuyants lointains ; et vous aurez un vague reflet du superbe tableau qu'offrait le jardin A TRAVERS LA VIE 387 du Fort à cette époque où la vie battait son plein dans l\u2019aristocratique capitale des deux Canadas.Quand Mlle de Richemond et Lucien Rambaud arrivèrent au jardin, les promeneurs y affluaient déjà, le concert étant commencé.TR = - TTT alle ; | | SCTE fy La LG AN + LP 7 - > .oY , 2 a ; SN gy wR _ Echelonnés sur l\u2019estrade, qui s'élevait au point culminant, les musiciens du 60e, leur petit bonnet crânement inclinée sur l'oreille, jouaient comme morceau d'ouverture la marche militaire de /aust qu'ils enlevaient avec bravoure.Lucien et sa compagne prirent rang parmi les promeneurs qui faisaient le tour du jardin par les allées lattérales.À petits pas ils allaient, frôlés à tout moment par les énormes jupes des dames que gonflait outre mesure la crinoline obligatoire de l'époque, tandis que les hommes, avec leurs manches de veston et leurs pantalons bouffants, semblaient rivaliser avec les femmes pour exagérer les proportions des membres et imposer à la structure du corps humain une forme tout à fait différente de celle que lui a donnée la nature.Mais qui eût alors songé à se plaindre de cette anomalie ?La mode les voulait ainsi vêtus, et les uns et les autres se trouvaient fort bien de la sorte.Le rythme guerrier de la marche de Gounod, qui faisait RICH ECC I ETS REC VOICE CRETE 388 IA REVUE NATIONALE bondir les ondes sonores de l'air à travers les éclats des: cuivres, stimula Lucien et acheva de lui mettre du courage- au cœur.Avec une hardiesse dont, la veille, il ne se fût pas cru capable, il fit a Mlle de Richemond 'aveu complet de la passion dont il se sentait pris pour elle depuis deux ans.Il lui rappela leur rencontre à Saint-Omer, la première soirée chez M.Morel, le pique-nique sur les bords pittoresques de la rivière des Perdrix, leur ascension dans le clocher où leurs.deux noms allaient rester bien longtemps gravés et enlacés.sous le clair regard des astres.S\u2019échauffant d'avantage, 1l lui fit part du culte qu\u2019il lui avait voué depuis lors, de toutes ses aspirations vers elle, lorsque, prisonnier dans les sombres murs du collège, sa seule distraction, son seul bonheur était de répéter le nom de Caroline dans des vers qu\u2019elle lui inspirait à son insu, et de contempler en extase sa figure adorée dans le miroir fidèle de son souvenir.\u2014 Maintenant, il avait quitté le collège et venait d'être admis à l\u2019étude du droit.Dans trois ans, il serait avocat.Avant cinq ou six années, quand serait venue la clientèle, 1l se verrait sans doute en mesure de l'épouser, si, toutefois, elle voulait bien lui faire l'honneur de lui accorder sa main.Ici, Mlle de Richemond, qui avait écouté, impassible, mais non sans rougir un peu, ne put empêcher un sourire d'effleurer ses lèvres, avec cette expression railleuse qui avait déjà.fait mal autrefois à Lucien.\u2014 Mais ne songez-vous pas, monsieur Rambaud, répondit- elle, que je ne serai plus bien jeune dans cinq ou six ans d'ici, et que ce serait un peu beaucoup attendre pour une personne: qui compte déjà, comme moi, vingt printemps épanouis et même évanouis ?.Et puis, en supposant que je voulusse- bien aujourd\u2019hui vous accorder les cinq ou six années d'attente que vous me demandez, qu'est-ce qui me garantirait la constance de votre affection ?AT: PPS OT A TRAVERS LA VIE 389 \u2014 Mon amour qui est sans borne, et ma parole, Mademoiselle.\u2014 Votre parole, monsieur Rambaud, je crois à toute sa sincérité.Quant à votre affection, si grande qu'elle puisse être, laissez-moi vous dire qu\u2019elle n\u2019a pas encore subi l'épreuve par laquelle la fera bientôt passer la comparaison que vous.ne manquerez pas de faire dans le monde où vous entrez, entre nombre de jeunes filles, des plus belles et des plus.accomplies, et moi dont vous vous êtes épris quand vous n\u2019étiez encore qu\u2019un enfant, parce que j'étais peut-être la première que vous fréquentiez dans l'intimité.\u2014 Personne ne m'\u2019apparaîtra jamais plus charmante que vous, Mademoiselle ! s\u2019écria Lucien, dont le cœur commençait à se serrer.\u2014 Permettez-moi de vous dire que, avec votre inexpérience du monde, vous n\u2019en sauriez répondre d\u2019une façon absolue.Et, comme je me trouverais, moi, dans une jolie position si, après vous avoir engagé mon cœur, je vous voyais faire chez.d'autres jeunes filles des découvertes qui ne seraient pas du \u2018tout à mon avantage ! J'admets, dans ce cas, que vous voulussiez bien ne pas manquer à votre parole; mais vous ne m\u2019épouseriez plus que par devoir, alors.et nous serions voués tous deux au malheur irréparable d\u2019un mariage sans amour réciproque et complet! Vous voulez bien m'accorder quelques qualités ; mais est-ce donc là toute la somme de bonheur que j'en puisse espérer, et ne dois-je attendre de votre affection d'aujourd'hui que l'espérance, incertaine, d\u2019une union si longtemps d'avance toute grosse de périls ?.\u2014 Oh! vous ne m\u2019aimez pas, Mademoiselle, pour me parler ainsi.\u2014 Mais en vérité, Monsieur, veuillez donc me dire comment j'ai pu vous laisser croire que je vous aimasse ?Citez-moi une de mes paroles, rappelez-moi un seul de mes gestes qui aient pu vous donner à penser que je partageais les sentiments.d'affection que vous dites entretenir depuis si longtemps. 3.0 LA REVUE NATIONALE pour moi, sans.que, je vous assure, je m'en sois un seul instant doutée !.En ce moment, ils passaient derrière l'estrade, tout près des musiciens qui exécutaient l'ouverture du Barbier de Séville.Cette musique pimpante, rieuse de Rossini, sur les fines broderies de laquelle se détachait la voix moqueuse de Mlle de Richemond, fit mal 4 Lucien: car elle semblait railler la douleur qu\u2019il ressentait de voir son bel oiseau bleu de rêve s'enfuir à tire-d'aile.\u2014 I] m'avait semblé, objecta-t-il timidement que, lorsque nous nous rencontrâmes à Saint-Omer.il y a deux ans.\u2014 Mon Dieu, Monsieur, vous étiez si jeune alors, que vous avez dû vous méprendre complètement sur la nature de mes sentiments à votre égard.Je vous avouerai volontiers que je ne fus pas sans m'apercevoir que vous me faisiez un peu la cour.Mais comment, moi, alors âgée de dix-huit ans, aurais- je pu prendre au sérieux les attentions d\u2019un collégien ?Nous avions bien, si vous voulez, tous les deux dix-huit ans; mais nous n\u2019étions pas du même âge! Maintenant, que j'aie joliment accueilli vos prévenances, je n\u2019en saurais disconvenir.Mais pouvais-je agir autrement, lorsque celui de qui elles me venaient se trouvait être le neveu de mon hôte, M.Morel ?Et, de ce que je me sois montrée aimable avec vous, sans rien de plus, s\u2019ensuit-il que je vous aie donné le droit de croire à quelque inclination sérieuse?.\u2014- Evidemment non, Mademoiselle ! dit amèrement Lucien.Et j'étais, en vérité, bien enfant pour vous avoir ainsi voué ma vie entière, alorsque j'aurais dû savoir que vous ne pouviez pas vous éprendre d\u2019un \u2018pauvre écolier, et que, du reste, vous aimez sans doute quelqu'un plus prêt à faire votre bonheur! \u2014 Oh! n\u2019allons pas à présent \u2014 comme vous direz quand vous serez avocat \u2014 nous écarter de la question ; et, laissez- moi vous dire que, si je suis très peiné du chagrin que vous paraissez éprouver de ma franchise, je ne saurais vous autoriser à scruter aussi attentivement ma vie.pl S600 all es $600 A TRAVERS LA VIE 391 Après le beau rêve si longtemps -savouré, le réveil du - pauvre amoureux était si brusque et si cruel, qu'il lui semblait que tous les ressorts de son être se brisaient en lui.Il marchait machinalement à côté de Mlle de Richemond, se sentant enfoncer dans un abîme de désolation.Et pourtant, des amoureux, les yeux tendrement unis, le frolaient de leur bonheur insolent !.À cet instant, les musiciens attaquèrent une fantaisie sur la plaintive romance Z\u201d%e last rose of summer.Au bout de la seconde phrase musicale, la fanfare s'arrêta net ; et puis, on entendit un étrange écho répéter au loin les deux dernières mesures.Et ainsi, de deux phrases en deux phrases, un second groupe de musiciens cachés dans le jardin du gouverneur, à quelques cents pieds de là, renvoyaient aux auditeurs surpris et charmés les dernières notes qu'ils venaient d'entendre auprès d\u2019eux.Ces sons voilés et mélancoliques des cors se plaignant là- bas, sous de mystérieux ombrages, rapportaient à Lucien l'écho de sa propre désespérance, et une tristesse lourde comme des mondes s'abattit sur lui.Que dit-il ensuite à Mlle de Richemond, lorsqu'ils revinrent à la maison de leur parent commun?c'est ce qu'il ne put jamais se rappeler par la suite, tellement la douleur, qui l'étreignait à l\u2019étouffer, semblait avoir chassé hors de lui son âme.Le dîner et la soirée qui suivirent glissèrent sur sa mémoire sans y laisser de trace; et il ne se souvint jamais que de l'heure où il se retrouva seul dans sa chambre à coucher, qu'une mince cloison séparait de la pièce occupée par Mlle de Richemond.\u2014 Elle ne m'aime pas parce que je ne suis rien encore, pensa-t-il soudain.L'orgueil de son intelligence et du nom historique qu\u2019elle porte si fièrement lui font mépriser ma personne et mon nom encore inconnus.Eh bien, je veux rendre le mien célèbre aussi! À part mon pauvre amour dédaigné, elle ignore tout de moi, et ne saurait soupçonner HHT HEH Rn, Mai EE ETES 392 LA REVUE NATIONALE les pensées généreuses qui font battre mon cœur.Je donnerai l'essor à cet essaim de poétiques idées que je sens palpiter dans l'intimité de mon être.Elles prendront corps.sous ma plume, et, la publicité leur donnant des ailes, comme de brillants oiseaux des tropiques, elles s\u2019envoleront, emportant mon nom, obscur aujourd'hui, pour le faire étinceler au-dessus de la foule.Sous le coup de la grande émotion qui venait de I'empoigner, il se mit à l\u2019œuvre.Et là, dans cette chambre silencieuse, mais toute pleine de son premier désenchantement d'amour, il composa les premiers vers d\u2019un poème d'assez longue haleine auquel il songeait depuis quelque temps.Si mince était la cloison qui le séparait de la chambre de la dédaigneuse jeune fille, qu\u2019il entendait le souffle léger de la respiration de Caroline qui s\u2019était endormie sans se douter que sa froideur inspirait en ce moment le futur auteur d\u2019œu- vres désormais nationales.Mlle de Richemond partit le lendemain, et ce ne fut que nombre d'années plus tard que Lucien, depuis longtemps.guéri de sa passion pour elle, la rencontra \u2014 encore fille \u2014 avec le doux contentement de la sentir le caresser de ce regard de curiosité admirative qui s'arrête sur les personnes.de marque.Il n'avait pourtant pas dû attendre si longtemps pour savourer une revanche ; car six mois après qu'il avait commencé d\u2019écrire son poème dans le silence de la nuit cruelle qui l'avait pourtant sacré écrivain, une revue de Montréal acceptait le travail vraiment remarquable du jeune auteur et le publiait.Les directeurs de la revue, voulant accroître le nombre de leurs abonnés, annoncèrent l'apparition du poème de Lucien Rambaud à grand renfort d'affiches placardées en maints.endroits de la ville.Juliette Morel, cousine de Lucien, se trouvait alors à Montréal.Etant sortie avec Mlle de Richemond, elles aperçurent, imprimé en larges caractères, le nom de Lucien PAY 4.A A TRAVERS LA VIE 393 qui figurait sur les affiches, avec le titre de l'œuvre qui allait paraître.\u2014 Mais est-ce bien là ton cousin dont il est question ?demanda Mlle de Richemond à Juliette.\u2014 Certainement, répondit celle-ci.\u2014 Quoi, lui?si jeune ! s'écria Mlle de Richemond, toute surprise, et puis rêveuse.Ce mot, que lui rapporta sa cousine, fut le premier baume qui cicatrisa la plaie saignante que Lucien Rambaud portait encore au cœur.JoserH MARMETTE.(à suivre) f _ ; |} [ENCANRe | DEM EL 7 a i ous lel jo \u2014 | it à ae FR TOT | =r | de S MICHEL ENVENTE nur RENIN SSRIS Chen PRI ENSEIGNEMENT COMMERCIAL Depuis nombre d\u2019années, il est question de changements dans les méthodes d'enseignement, commercial, et la Revue Nationale ne peut rester en dehors d\u2019un mouvement créé en faveur de cette importante réforme.Nous croyons donc être utile à nos lecteurs et au public en général en publiant ci-dessous le travail que M.Tancrède Bienvenu,assistant directeur gérant de la banque Jacques-Cartier, a lu devant la Chambre de Commerce de Montréal.M.Bienvenu, quoique jeune encore, puisqu'il est né en 1859, a cependant acquis une grande expérience pratique en affaires et en enseignement commercial.Issu de deux familles bien connues du comté de Verchères, M.Bienvenu fit ses études au collège de Varennes, où il obtint la médaille de bronze offerte par le gouverneur-général.Quelque temps après sa sortie du collège, 11 y revenait comme professeur de la classe d'affaire.Appelé, dans la suite, à la banque Jacques-Cartier, il atteignait rapidement la position importante de assistant directeur-gérant, qu\u2019il occupe actuellement.M.Bienvenu est donc tout-à-fait compétent à traiter la question qui nous occupe.Le rapport ci-dessous, lu par M.Bienvenu, a été, séance tenante, contresigné par deux de ses collègues de la Chambre de Commerce, Messieurs L.-E.Morin, fils et Ubald Garant.\u2014I,a DIRECTION.ANs sa séance du 22 Février dernier, sur la proposition de TTT ZEN M.J.-X.Perrault, la Cham- 9 V@=n AN = > Z = = = == \u2014 © \u2014, > = = es L s'appelait M.Loyal, un nom rare, évoquant l\u2019idée d\u2019une qualité peu commune.Il n\u2019était guère connu.On savait qu\u2019il avait vécu à l\u2019étranger, et l\u2019opinion la plus généralement accréditée lui attribuait, pour pays natal, le Brésil, où il était né, disait-on, de parents français.\u2018 Bien qu\u2019il se montrât toujours d\u2019une cour- i toisie parfaite, il était peu liant et ne se livrait pas.SesYcheveux et sa barbe étaient d\u2019une blancheur immaculée, ce qui l\u2019eut fait prendre pour un vieillard, si tout le reste de son signalement n\u2019eut protesté contre une semblable supposition.L\u2019ceil était vif; le teint, peut-être un peu trop vermillonné, n'avait pas de ces nuances violacées que l\u2019âge amène chez les tempéraments sanguins.La taille, moyenne, avait une carrure plutôt forte qu\u2019élégante.La démarche était élastique ; le corps droit ; le maintien, naturel ; l\u2019aspect général, imposant.Le front, large, dominait une épaisse arcade sourcilière sous laquelle brillaient deux yeux noirs dont le regard profond s\u2019éclairait parfois de lueurs étranges.Avec une politesse à la fois correcte et digne, 1l savait tenir à distance les importuns qui avaient la curiosité de vouloir pénétrer le mystère qui l'entourait.Il pouvait avoir de trente à quarante-cinq ans; mais il était impossible de le supposer plus âgé.Ses cheveux et sa barbe avaient dû blanchir prématurément.Ses yeux et son teint n\u2019étaient pas ceux d\u2019un vieillard, encore moins ceux d\u2019un albinos.À ceux qui avaient le mauvais goût de lui parler de cette singularité, il disait que le climat de son pays natal faisait vieillir les gens avant l\u2019âge.Il ajoutait en riant : \u2014Je suis trop vieux pour avouer le mien.On n'avait jamais pu savoir si Ze mien s\u2019appliquait au pays natal ou à l\u2019âge.Ce n\u2019était pas précisément un taciturne : c\u2019était peut-être un mécontent, un blasé, un misanthrope ; c\u2019était certainement un incompris.A la bibliothèque du parlement d\u2019Ottawa, où je le rencontrais fréquemment, nous avions échangé quelques impressions, et il s\u2019était établi entre nous un lien de sympathie qui me faisait souhaiter de cultiver son amitié.LU CHIH To \u201c Ho 1 ini DONT THR KI MH arc IBY [HIER MTA TREE THERE BHI NER FER H ! nA 243 ba 1 43 Lr NTR ge GT + yl tl rer il = 2 * lis ¢ Dé Fe Cal wg = s Hel & A % } vs x ol v.A % de ! 5 a RG EC 7 à; ÿ qu ai se 2 nt i | Ban If à = 2 - Creme.+ 03 este Vad mil f NEE Song = A am te By ck org 4 y : « post ly ca pe I It] 95 set 7 Hg \u201cA à.fy Marg 7 Me Dé A.oe 77 + + 4 #2 Rad 4, of \", fl Ia] iz dl À pme ÉE Nas W ly HE } Re wn Te fut oe \u201ci bis Ze mn x\u201d 9 uw) Te anti £ 7 7, he 1 5) M.REMI TREMBLAY Ae \u201clay ly, >L tite w Ng: Hy bi, Vn di d It: 0 ET CONSTANCE ET LOYAUTÉ 407 a C\u2019est qu\u2019il était intéressant à entendre disserter lorsqu\u2019on abordait un sujet qu\u2019il lui plaisait de traiter.J'avais remarqué qu\u2019il lui répugnait de parler de la politique canadienne .et de tout ce qui concernait le Canada.Ce profond observateur, si i éloquent, si prolixe même, dans la description du climat, des productions, des mœurs et des habitudes des nombreux pays qu\u2019il avait traversés, devenait muet dès que la conversation tombait sur une question d'actualité 3 canadienne.Mon amour propre national en était froissé.Je me demandais comment il avait pu se renseigner si bien sur les autres pays s\u2019il avait pour système de vivre toujours, par la pensée, en dehors de la contrée qui lui offrait un asile plus ou moins temporaire.Je ne pus m'empêcher un jour de lui en faire la remarque, tout en lui exprimant l\u2019_étonnement avec lequel i je constatais que, malgré son indifférence réelle ou affectée pour tout ce o qui aurait dû l\u2019intéresser chez nous, il paraissait beaucoup plus au courant des choses canadiennes qu\u2019il n\u2019aimait à l'avouer.Il me regarda dans le blanc des yeux et me dit : \u2014 Mon cher, je vous dois réellement une .explication.Je crois que vous en avez trop deviné pour qu\u2019il me soit possible de vous cacher le reste sans risquer de vous laisser sous une fausse impression à mon égard.Sans le prévoir, et probablement sans l'avoir voulu, nous en sommes arrivés à un degré d'intimité qui autorise bien des confidences, et je tiens trop à votre amitié pour laisser votre imagination s\u2019égarer dans des suppositions qui ne seraient peut-être pas à mon avantage.Vous êtes un homme sur la discrétion duquel je crois pouvoir compter.Depuis de longues années, je vis replié sur moi-même.Caractère naturellement ouvert, je me suis renfermé dans une solitude morale qui me pèse.Une confidence faite à un ami capable de me comprendre me i fera du bien.Je vais vous faire le dépositaire de mon secret.Plus tard, E quand je serai loin, si le Cœur vous en dit, vous en ferez part au public ; k mals vous ne révélerez jamais les noms véritables des personnages du petit roman de la vie réelle que je vais vous raconter.Ce sera une lon- 8 gue histoire.Pouvez-vous disposer demain d\u2019une heure ou deux?Nous nous rencontrerons au Russell à trois heures de l\u2019après-midi.Cela vous Bh va-t-il ?Agréablement surpris de cette proposition inattendue, je.n\u2019eus garde de manquer au rendez-vous.Dès que nous fûâmes convenablement ins- ge tallés dans sa chambre, M.Loyal me parla en ces termes : A \u2014 Lorsque j'aurai fini de vous faire le récit des vicissitudes de mon existence, je n\u2019aurai plus besuin de vous dire pourquoi j\u2019évite les sujets = de conversation qui nous amènent à parler des choses du Canada.A ma place, il vous semble que vous vous efforceriez de vous renseigner au sujet du beau pays que j'habite temporairement.Je vous surprendrai RE peut-être en vous disant que je connais le Canada aussi bien que vous le E 108 LA REVUE NATIONALE connaissez vous-même.Je suis canadien comme vous ; mais j'ai de graves raisons pour ne ras l\u2019avouer publiquement, et j'ai toujours peur de trahir mon ërcognito, que j'ai résolu de conserver.Je crains d\u2019éveiller des soupçons en paraissant trop bien renseigné sur un pays que je suis censé avoir vu pour la première fois il y a à peine quelques mois.Je suis né 1l y a quarante ans dans un petit village situé sur les bords de la rivière Richelieu.Mon père, cultivateur à Jl\u2019aise, mourut quand j'avais douze ans.Ma mère ne lui survécut que de deux ans.Lorsqu\u2019elle mourut, mon tuteur, le notaire Cléry, fut chargé de pourvoir à mon éducation et de me remettre, à ma majorité, le modeste héritage qui devait m\u2019échoir en ma qualité de fils unique des époux Verdun.La perte de mes bons parents m\u2019avait profondément affligé.Jai coulé chez eux les seuls jours paisibles qui aient éclairé ma malheureuse existence.Retrouverai-je jamais le calme parfait, dont je n\u2019ai connu le prix inestimable qu'après en avoir été privé?Je me surprends parfois à l\u2019espérer, mais je m\u2019efforce de réagir contre ces riantes pensées afin de ne pas augmenter encore mon volumineux bagage de désillusions.M.Cléry avait été l'ami de mon père.Sa famille se composait de quatre personnes : lui-même, sa femme, son fils Oscar et sa fille Henriette.Oscar et moi nous étions du même âge et Henriette avait onze ans révolus, Il fut convenu que j'irais demeurer chez le notaire, en attendant l\u2019ouverture des classes, et que, chaque année, j'y reviendrais passer le temps des vacances.Cet arrangement me souriait d\u2019autant plus qu\u2019Oscar et moi nous avions toujours été liés par une étroite amitié.Nous devions commencer en même temps nos études collégiales.Le notaire avait la réputation d\u2019un habile financier.A Montréal, où il figurait comme directeur de plusieurs banques et où il avait fondé, avec un associé, une étude des plus achalandées, son crédit était alors vresque illimité.C\u2019était une nature droite et, même à la campagne, où l\u2019on est toujours porté à contester la probité de ceux qui réussissent, on disait : \u201chonnête comme le notaire Cléry.\u201d ' Mme Cléry était une ancienne amie de ma mère.Elle avait un défaut, un seul : elle était trop bonne.Le notaire, toujours excessivement préoccupé, avait bien lair un peu morose, mais sa rigidité apparente cachait des trésors d\u2019indulgence.ét Mais tonte 4 re) répand (en CONSTANCE ET LOVAUTÉ 109 Oscar avait beaucoup de talent, mais il était étourdi au possible et un peu trop obsédé par la fausse idée que la fortune de ses parents le mettait au dessus du commun des mortels.Henriette n\u2019avait que des qualités ; du moins c\u2019est ce que je croyais, et je le crois encore.\u201cLes rois heureux n\u2019ont pas d'histoire, \u201d dit la chanson.Les potaches en vacance n\u2019en ont pas non plus 'orsqu\u2019ils sont choyés, dorlotés, portés sur la main comme nous l\u2019étions, Oscar et moi.Je vous fais grâce de nos aventures collégiales : c'étaient en général des mésaventures qui parfois prenaient la forme de pensums plus mérités qu\u2019agréables.Avec tout cela, nos progrès étaient très satisfaisants, et la bonne figure que nous faisions lors des examens faisait oublier à nos professeurs la piteuse mine dont nous avions agrémenté nos infractions à la règle.Je dois cependant vous raconter un petit incident auquel je n'attachai d\u2019abord qu\u2019une médiocre importance, mais qui me parait maintenant avoir entraîné des conséquences très graves.Il y avait au collége, un nommé Horace Longval, qui avait commencé ses études en même temps qu\u2019Oscar et moi.C\u2019était un garcon intelligent mais sournois.ll avait à peu près notre âge, mais nous dépassait de toute la tête.A dix-huit ans, c\u2019était déjà un colosse.1! abusait de sa force pour taquiner les autres et jouissait méchamment de la terreur qu\u2019il répandait.Ce n\u2019était pas un de ces adolescents grandis avant l\u2019âge, dont la croissance trop rapide paralyse le développement musculaire.C'était, au contraire, un athlète rompu à tous les exercices du corps A l\u2019escrime, Oscar et moi, nous étions seuls à lui tenir tête.Nous arrivions à le mâter pour les tours de souplesse, mais lorsqu\u2019il s\u2019agissait de lever des poids avec lui, nous étions enfoncés, bien que nous fussions l\u2019un et l\u2019autre \u2018considérés comme très forts.Aux vacances précédentes, il était venu chez le notaire Cléry, et s\u2019était risqué à faire un brin de cour à Henriette.Celle-ci lui avait quelque peu ri au nez.Il s\u2019était imaginé que j'étais son rival et, ma foi, il n\u2019avait pas eu tort.De mon côté, j'avais vu d\u2019ur mauvais œil les efforts qu\u2019il avait faits pour me ravir l\u2019affection de celle que j'aimais déjà de toutes les forces de mon âme.Je ne lui en avais peut-être pas gardé rancune ; mais j'étais, moins que jamais, disposé à lui laisser prendre avec moi les airs de matamore qui me froissaient même lorsque ses provocations s\u2019adressaient à d\u2019autres.Dans ces conditions, un conflit devait nécessairement se produire.Cependant, on eut dit qu\u2019il devinait ma pensée.Il ne demandait pas mieux que de se porter sur moi à des voies de fait, et il se comptait sûr de me vaincre ; mais il aurait voulu mettre les torts de mon côté.Il voulait profiter de mon état d\u2019irritation pour m\u2019entrainer à des imp ru- i) I AY +10 LA REVUE NATIONALE dences propres à le justifier.Il me savait un peu violent, et espérait bien m amener à le mettre dans le cas de légitime défense.Pendant quelques mois, je fus en butte à ses sarcasmes à demi-voilés.Un jour, il eut l\u2019indélicatesse de faire, au sujet d\u2019Henriette, des plaisanteries qui me parureat déplacées.En termes peu mesurés, je lui repro- chal son manque de savoir-vivre, mais tout ce que je pus tirer de lui, ce fut la déclaration qu\u2019il me ménageait à cause de ma faiblesse.C\u2019était pendant la récréation.Je lui dis qu il avait peur, que j'étais de taille à me mesurer avec lui quand il le voudrait et que, s\u2019il voulait profiter de la première occasion où nous pourrions échapper à la surveillance des maîtres, je le guérirais de sa manie de persécuter les autres.Rendez-vous fut pris, et je tins si bien ma promesse qu\u2019il porta pendant une quinzaine de jours une paire d\u2019yeux pochés dans les grands prix.Il feignit de me pardonner.Les professeurs m\u2019avaient accordé le bénéfice des circonstances atténuantes.La leçon avait été bonne.Je finis par croire qu\u2019il ne m\u2019en avait pas gardé rancune.Je me trompais du tout au tout.Ma mère avait maintes fois exprimé l'espoir que je prendrais la soutane.Je ne me sentais pas la vocation ecclésiastique, pour l\u2019excellente raison que, du jour où mon cœur s\u2019était pris aux boucles blondes d\u2019Henriette, j'avais pris la résolution bien arrêtée de l\u2019épouser.Elle avait tout au plus quinze ans et j'en avais dix-huit, lorsque je lui fis part de ce doux projet qu\u2019elle approuva sans se faire prier.J'étais au comble du bonheur.De crainte que les parents, obéissant à des scrupules que nous soupçonnions sans en admettre la nécessité, jugeassent convenable de m\u2019inviter à aller loger ailleurs, nous résolûmes, d\u2019un commun accord, de dissimuler aux yeux des profanes l\u2019amour qui enflammait nos jeunes cœurs.Nous ne voulions pas être privés du plaisir de nous voir, d\u2019échanger, à la dérobée ces doux regards plus éloquents que les paroles.Une protestation d\u2019amour murmurée à voix basse, un furtif serrement de main, une œillade, un sourire, nous récompensaient de la contrainte que nous nous imposions.Mais, allez donc, en pareil cas, tromper la vigilance de ceux qui ont - vécu ! L'amour est indiscret de sa nature.Vous vous taisez ?Votre attitude crie à tue-tête.Vous vous croyez bien caché ?Vous êtes seul à le croire.Quand je sortis du collège j'avais vingt et un ans.Elle en avait dix-huit.Nous n'avions dit à personne que nous nous aimions et tout le monde le savait.Je dus, en conséquence, établir mes pénates en dehors de la maison qui, depuis sept ans, avait été pour moi la maison paternelle.M.Cléry, plutôt pour s\u2019acquitter d\u2019une promesse que par conviction, Dom Ja doce iG ft qu dgmen Up d'Henri get, Gauge Complète 291k, lise di | Revie = Lion: i gy Mey, CONSTANCE ET LOYAUTÉ 411 m\u2019avait mollement conseillé d\u2019entrer dans l\u2019état ecclésiastique.Mme Cléry avait insisté beaucoup plus ; mais l\u2019un et l\u2019autre avaient fini par comprendre que je n\u2019étais décidément pas appelé aux augustes fonctions du sacerdoce.Mes goûts m\u2019entraînaient vers l\u2019étude de la médecine.J\u2019entrai à l\u2019Université en même temps qu\u2019Oscar entrait à l\u2019Ecole de droit.M.Cléry avait fini par se fixer définitivement à Montréal, où il avait ouvert un bureau de courtier.Longval était devenu caissier de cet établissement.Oscar n\u2019avait pas l'intention de pratiquer comme avocat.Il faisait son stage parceque son père considérait les études légales comme indispensables à tout homme qui veut réussir dans la haute finance.C\u2019était dans cette dernière sphère qu\u2019il voulait lancer l\u2019héritier de son nom et de sa fortune.Pavais vingt-quatre ans et j'allais bientôt recevoir mon brevet de docteur en médecine.Je n'étais peut-être pas un bel homme, mais j'étais ce que l\u2019on est convenu d\u2019appeler æn 70o/i garçon.Ma petite fortune avait été liquidée.Guidé par les conseils de M.Cléry, je l'avais quelque peu augmentée par d\u2019heureuses spéculations de bourse.\u201cUn prétendant beaucoup plus riche que moi avait demandé la main d\u2019Henriette, et comme on ivsistait pour qu\u2019elle acceptât ce parti avantageux, la brave fille avait fini par avouer à sa mère qu\u2019elle n\u2019aurait jamais d'autre mari que votre serviteur.M.Cléry, sans vouloir me décourager complètement, m'avait donné à entendre que ie devais m\u2019abstenir de faire à sa fille une cour assidue, jusqu\u2019à ce que ma position financière et sociale put me permettre de me choisir une épouse dans le monde où elle vivait.Il feignit de croire que nos amourettes de jeunes gens, comme il avait l\u2019irrévérence de qualifier notre amour, n\u2019auraient qu\u2019un temps.En attendant, il n\u2019était pas juste que mes assiduités eussent pour effet de tromper Henriette sur son propre état d'âme.\u2014 Lionel, me dit-il un jour, je n\u2019ai pas le moindre doute que dans cinq ou six ans, tu seras devenu un parti très acceptable pour Henriette.Seulement, il est à supposer qu\u2019elle sera mariée avant ce temps-là.Elle a vingt et un ans.Lorsqu'elle en aura vingt-sept tu la trouveras trop vieille pour l\u2019épouser.Et comme je protestais.\u2014 Ta, ta, ta, me dit-il, on connaît ça! Vous êtes deux enfants, qui n\u2019avez encore aucune expérience de la vie Ma maison est toujours ouverte pour te recevoir.Viens chez nous de temps à autres, mais n\u2019accapare pas Henriette, au moins jusqu\u2019au jour où votre entêtement à tous deux m\u2019aura prouvé que vous êtes l\u2019un et l\u2019autre inaccessibles aux séductions du dehors.Si vous persistez à vous claquemurer dans votre amour exclusif, je suppose qu\u2019il faudra bien finir par vous donner l\u2019un à l\u2019autre, pour vous punir de votre aveuglément, mais d\u2019ici là, essayez tous deux de vous oublier réciproquement, ne serait-ce que pour mettre à l\u2019épreuve cet amour que vous croyez inaltérable. 112 LA REVUE NATIONALE Je lui promis de faire de mon mieux pour suivre ce dernier conseil, tout en lui réitérant l\u2019assurance que mes efforts seraient parfaitement inutiles, ce qui lui fit dire que je n\u2019étais pas décidé à essayer franchement.{A Co Jobtins de lui la permission de = =, | | mettre Henriette au courant de | | ce qui avait été décidé.Le mo- ; ment de l\u2019explication arrivé, je | voulus feindre l'indifférence afin | de la laisser plus libre de dégager sa promesse au cas où elle aurait été disposée à le faire.j Elle se montra d\u2019abord indignée, puis voulut me faire voir J \\ VO AT 32 j TLL, n A À pas FSI TEE LIT RÉ qu\u2019elle pouvait, elle aussi, renoncer de gaieté de cœur aux beaux rêves que, jusque-là, nous avions faits en commun.SN N ND \\ S CAN S | DE a \u2014 Nous ne savions mentir, ni l'un ni l\u2019autre, et au moment où nous nous préparions à nous séparer, le cœur gros, les larmes aux yeux, une commune impulsion nous précipita dans les bras l\u2019un de l\u2019autre.Nous échangeames notre premier baiser, le chaste baiser de nos fiançailles, sans nous douter qu\u2019il dût être le dernier.Nous nous jurâmes une fidélité à toute épreuve et nous adoptâmes pour devise commune les mots : constance et loyauté.A partir de ce moment, nous ne devions plus nous voir que tout juste assez pour satisfaire aux exigences sociales.Dans ces rencontres fortuites, trop rares à notre gré, comme nous savions, d\u2019un mot, d'un geste, d\u2019un regard, renouveler l\u2019aveu de notre flamme ! Les mots \u2018\u2018 constance et loyauté,\u201d revenaient d\u2019eux-mêmes sur nos lèvres, chaque fois que nous pouvions les prononcer hors de portée des oreilles indiscrètes.Nous les écrivions sur une carte, sur un morceau de papier, aussitôt détruit.Cela suffisait à notre bonheur en attendant le jour béni que nous appelions de 7 tous nos vœux.Oscar et Longval étaient devenus inséparables.Caractère faible, Oscar se laissait conduire et exploiter par ce mauvais génie qui, toujours sobre et toujours maître de lui, le poussait à la dissipation, lui procurait des alibis pour dissimuler des fredaines que le père Cléry n\u2019eut pas tolérées.Longval était un excellent calligraphe.C'était aussi un vantard de première.\u2026.\u2026.taille, cela va sans dire.Un jour, en présence de M.Cléry et de quelques amis.il se vantait de pouvoir contrefaire n'importe quelle signature.S\u2019adressant à Oscar et à moi, il nous dit : 106: ak mas Prenons.I in Joseph { =e Mig {ler \u2014Ûh le a EU ue \"Ji \u201cét ~ SE i bg te Kills g, He ig , Bh Diy.Wie br ~ Das .Mane tain CONSTANCE ET LOYAUTÉ +13 \u2014 Vous vous rappelez sans doute avec quel succès, étant au collège, nous exercions tous trois, en tout bien tout honneur, s\u2019entend, nos petits talents de faussaire.Vous étiez alors plus forts que moi.mes gaillards, PRE | Nez 5 J : HHH ; off ; | x J -\u2014 \u2014 CM 7 4 Co SE mais aujourd\u2019hui, je puis vous rouler d'importance.Voulez vous essayer ?Prenons au hasard le nom de M.Cléry, par exemple.Et, joignant l\u2019action à la parole, il parapha, d\u2019un trait de plume, un Joseph Cléry plus hardi que ressemblant.\u2014 Je puis faire mieux que cela, dit aussitôt Oscar, qui prit la plume et imita à merveille la signature de son père.M Cléry trouva cela très drôle et déclara que l\u2019essai de Longval était complètement raté.\u2014 Oh! oui, c\u2019est très facile de la part d\u2019Oscar, dit Longval.Le nom de famille est le même que le sien, mais je parie que Lionel ne ferait pas mieux que moi.\u2014 Je tiens le pari, fis-je étourdiment, et me voilà traçant laborieusement un /ac simile de la signature de M.Cléry.\u2014 Parfait! dit celui-ci.Ah | mais, savez-vous que si Oscar et Lionel étaient un tant soit peu canailles, ils pourraient me voler comme au coin d\u2019un bois ! \u2014 Ça, c\u2019est sûr, appuya Longval, qui reprit la plume et couvrit plusieurs feuilles de papier d\u2019infructueuses tentatives qui ressemblaient de moins en moins à la signature originale.Décidément.vos talents d\u2019imitation sont absolument nuls, dit le notaire, et il ajouta : \u2014Ce n\u2019est pas un mal car vous leur attribueriez peut-être trop d\u2019importance.La-dessus, Longval se mit à raconter une foule de traits et de prouesses 28 A RRR e [OT STP PU SU PF PRI HHT SE TE OOH SOR HHS RT RI IE LIS RA PLY mi UC TO DT OURS (yi: MNN: 1 Si sais nd ARTETA LR AR 414 LA REVUE NATIONALE lmaginaires dont Oscar et moi nous étions les prétendus héros.A Ten croire, nous aurilors tous deux largement abusé de nos talents de calligraphes pour tromper un peu tout le monde, à commencer par nos professeurs.Nous eûmes beau protester, cela semblait le piquer au jeu.Il riait de plus en plus fort et devenait plus invraisemblable après chacune de nos dénégations.C\u2019était le plus sûr moyen de convaincre son audi- toiré qu\u2019il y avait du vrai dans ses racontars, et c\u2019était précisément ce qu\u2019il voulait, comme j'ai pu m'en convaincre trop tard, hélas ! Peu de temps après, Oscar me dit un jour : \u2014I1 parait que tu n\u2019as pas eu la main heureuse.Perdre cinq mille dollars du coup, sur les cotes du blé, c\u2019est un peu raide pour un homme comme toi.Ca doit t'avoir mis à sec.Si tu as besoin d\u2019un coup de main, ne te génes pas.Tu peux compter sur moi.\u2014 Merci, mon cher, lui dis-je, mais je n\u2019ai rien perdu.Au contraire, j'ai réalisé un petit bénéfice de mille dollars, Où as-tu appris que j'avais perdu?Ah! tu avais donc, en même temps mis mille dollars sur la baisse ?À ce compte, c\u2019est quatre mille dollars que tu perds.C\u2019est encore une forte somme et je te réitère mes offres de service, \u2014JI paraît que tu y tiens, repris-je, mais, encore une fois, je n\u2019ai rien perdu.Qui t\u2019as dit cela ?\u2014 Mais c\u2019est Longval, qui m\u2019a même montré les marges avec ton nom inscrit pour cinq mille dollars de découvert sur la hausse.\u2014Eh ! bien, tu peux dire à Longval, de ma part qu\u2019il a menti et que s\u2019il se permet de mêler mon nom à ses tripotages, je me verrai dans l\u2019obligation de lui rappeler des souvenirs de collège plus cuisants et surtout plus vrais que ses fables de l\u2019autre jour.\u2014 Enfin, si cela te fâche, mettons que je n\u2019ai rien dit et n\u2019en parlons plus.Et Oscar partit convaincu que j'avais honte d\u2019avoir perdu et que je ne voulais pas lul avouer ma déveine.Il était à peine sorti que je me rendais au bureau de M.Cléry, bien décidé à en avoir le cœur net.Long- val était seul.Je le tançai vertement.Il me dit qu\u2019il avait voulu se.moquer de la crédulité d\u2019Oscar ; qu\u2019il lui avait montré un faux bordereau ; qu\u2019il savait que je me fâcherais.Il conclut en me priant de lui pardonner cette plaisanterie inoffensive.\u2014 Maintenant, ajouta-t-il, je vais détromper Oscar et je t\u2019enverrai par lui un chèque pour les mille dollars qui te reviennent, \u2014Oh! ça ne presse pas, répondis-je, je viendrai toucher demain ou après demain.Le jour suivant comme je me rendais au cours de médecine, je rencontrai Oscar, qui me remit le chèque en question.En revenant, je présentai le chèque à la banque et l\u2019argent me fut compté.Je me disposais à sortir pour aller le déposer dans une autre banque où étaient mes fonds, larg Ming lang Im es.+ pus.ILE den ! dei 5 3 CONSTANCE ET LOYAUTE 115 lorsqu\u2019un agent de la sûreté, que je connaissais très bien, me mit la main sur l\u2019épaule et me dit : \u2014Vous êtes mon prisonnier.Je crus d\u2019abord à une plaisanterie, mais il ajouta à voix basse : \u2014 Pas d\u2019esclandre, s\u2019il vous plaît, c\u2019est très sérieux, \u2014 Mais, enfin, expliquez-moi.\u2014Inutile, vous vous expliquerez PAYEUR | 4 au poste.- Bqu | : ERI Je le suivis sans résistance.On EI RS me fouilla et, naturellement, on me trouva nanti des mille dollars.A force d\u2019instances, je finis par découvrir que j'étais accusé d'avoir commis un faux.M.Cléry niait l\u2019authenticité du chèque.Il étant convaincu de ma culpabilité.Le tourne-clefs qui me donna ce renseignement m\u2019apprit en même temps que le lendemain, je devais subir un premier interrogatoire devant le magistrat Bréhaut.Dans le cachot où je fus provisoirement enfermé, je pus me livrer à d\u2019atroces réflexions.Il y avait du Longval au fond de tout cela, j'en étais convaincu, et ma première idée fut de le dénoncer.Mais à quoi bon ?me disais-je, la preuve de circonstance n\u2019est-elle pas contre moi ?Nul n'avait été témoin de l\u2019entretien que j'avais eu la veille avec Longval.Si je niais, on me demanderait, sans doute, de qui je tenais le chèque.Devais-je incriminer Oscar en disant qu\u2019il me l\u2019avait donné?Qui me garantissait qu\u2019il n\u2019était pas complice.sinon le principal coupable ?Depuis trois ou quatre ans Longval m'avait supplanté dans son amitié.Déshonorer la famille d\u2019Henriette pour sauver ma liberté et ma réputation ! J\u2019en étais incapable.Je résolus de ne rien dire.L'idée du suicide m\u2019obsédait.Adieu, mes rêves de bonheur! Adieu, mon amour! Adieu l\u2019espoir d\u2019épouser Henriette qui, me croyant coupable, verrait son amour pour moi se changer en aversion! J'aurais pu me pendre dans mon cachot et j\u2019y songeai un instant.Ma conscience d\u2019honnéte homme et de croyant me criait de survivre à ces cruelles épreuves, et je finis par me dire que mon suicide serait considéré comme une preuve de culpabilité.Le nom de ma famille, si honnêtement porté par mon père, était voué à l\u2019opprobre, et moi, qui aurais préféré mourir plutôt que d\u2019enfreindre les lois de l\u2019honneur et de la probité; je me voyais acculé dans une impasse dont l\u2019unique issue s\u2019ouvrait sur le bagne.C\u2019en était fait, je ne devais reparaître au grand jour que flétri et déshonoré.J'avais perdu la notion du temps.Je sentais ma raison déménager et, 416 LA REVUE NATIONALE dans mon désespoir, je priais le Ciel de me rendre complètement fou.Dieu n\u2019exauça pas cette indiscrète prière.Au moment où je la répétais pour la vingtième fois, j'entendis la serrure grincer.La porte s\u2019ouvrit et mon geolier me dit de sortir.J'obéis machinalement.Il était peut-être onze heures et demie du soir.À la pâle lumière des corridors, je reconnus Oscar qui me dit : \u2014 J'ai ici une voiture, tu vas y monter avec moi et nous allons causer.Nous étions en hiver.La voiture était un traîneau fermé Nous y montâmes.Je ne vous répéterai pas toute notre conversation qui fut longue et pénible.Oscar venait de se porter caution pour assurer ma comparution le lendemain.Il avait déposé entre les mains du chef de police cing cents dollars qu\u2019il ne comptait plus revoir.Il avait de plus acheté mon billet de chemin de fer pour New-York.Il me remit en outre une somme de mille dollars pour rembourser l\u2019argent que la police m'avait enlevé et qui devait être remis à son père.J'ai su depuis que tout cela, il le faisait par pure bonté d\u2019Âme ; dans le moment, toutes ces prévenances de sa part avaient pour effet de me convaincre que c\u2019était bien lui qui avait contrefait la signature de son pére Mais alors, pourquoi?Dans quel but?Il dépensait pour m\u2019arracher a la police plus d\u2019argent que le faux chèque lui en aurait rapporté.Ltait-ce parcequ\u2019il n\u2019en était pas à son premier essai et parcequ\u2019il voulait détourner les soupçons?J'arrivai à me convaincre que Longval et lui étaient en train de dévaliser M.Cléry.Malheureusement, il m'était impossible de les dénoncer.Je n\u2019avais aucune preuve et, après ce qui venait de m'\u2019arriver, mon témoignage n\u2019aurait été d'aucune valeur.De son côté, il persistait à me supposer coupable.Jouait il la comédie?Je le croyais.Lui ne cessait de répéter : \u2014 Pour l\u2019amour de Dieu, Lionel, dis-moi pourquoi tu as fait cela ?Quand je lui demandais où il avait pris le chèque, il avouait l\u2019avoir reçu de Longval, lequel lui avait dit qu\u2019il le tenait de moi, et 1l persistait à croire ce drôle en dépit de mes dénégations.Il me laissa à Saint- Lambert en me recommandant de filer par le premier train.Nous nous quittâmes sans nous être compris.Je n\u2019osai même pas lui confier un message pour Henriette.Je n\u2019avais plus confiance en lui.Je le croyais vendu corps et âme à Longval.Je refusais d'accepter les mille dollars.\u2014 Si je suis coupable, comme tu le prétends, lui disais-je, garde cet argent.Il ne m'appartient pas.Et comme 1l insistait, je finis par lui dire : \u2014 Je ne l\u2019accepterai qu\u2019à une seule condition : c\u2019est que tu n\u2019avoueras franchement que c\u2019est Longval ou toi, ou vous deux, qui avez commis le faux.Oh! ne crains rien, poursuivis-je, je ne vous dénoncerai pas.Ma carrière est ruinée.Je suis déshonoré quand même.Innocent ou coupable, on ne me réhabilitera pas après une semblable flétrissure.Par ADT TON EL SRE DRM EE: 1 ARE: DÉC PIRE PU JRL TY Fie ILRI TE © ri she A EN CONSTANCE ET LOVAUTÉ 417 respect pour tes parents, et surtout parceque tu es le frère d\u2019Henriette, je souffrirais tout pour te mettre à l\u2019abri du soupçon.Je vais m\u2019éloigner et jamais je ne reviendrai dans un pays où le nom de mon respectable père se trouve flétri par un crime que je n\u2019ai pas commis, mais que l\u2019innombrable catégorie des imbéciles persistera toujours à m\u2019imputer.Un faux a été commis.D'après toutes les apparences, il a été commis par l\u2019un des trois étourdis qui, il n\u2019y a pas longtemps, se sont exercés à contrefaire la signature de ton père en sa présence et en présence de plusieurs de ses amis.Le plus adroit des trois était probablement celui qui a proposé ce stupide exercice et qui me paraît avoir fait de son mieux pour nous compromettre tous deux.Qui sait s\u2019il ne mûrissait pas déjà un projet infâme ?Si tu persistes à l\u2019exonérer et à me croire coupable, comment veux-tu que je ne te soupçonne pas d\u2019avoir été son complice du moins inconsciemment ?Encore une fois, si tu me prends pour un faussaire, garde ton argent.Si je suis innocent, l\u2019argent est à moi, et je n\u2019ai aucun scrupule à l\u2019accepter, mais je ne le prendrai qu\u2019à la condition que tu m\u2019avoues que la culpabilité reste entre toi, qui m'a remis le chèque, et Horace qui te l\u2019a donné pour que tu me le remettes.Cette tirade parut l\u2019émouvoir.\u2014Tu me juges bien mal, dit il.mais c\u2019est peut-être un peu ma faute.Coupable ou non, je voulais te sauver et je l\u2019ai fait.Prends cet argent.Je te jure que je n\u2019ai jamais contrefait la signature de mon père, mais je suis prêt à reconnaitre, en y réfléchissant, que le vrai coupable, ce doit être Longval.Si tu veux revenir avec moi, nous allons tirer l\u2019affaire au clair.Il doit y avoir moyen d\u2019arranger cela.Je puis établir que le chèque m\u2019a été remis par Horace.\u2014Puisqu\u2019il a eu l\u2019audace de te dire qu\u2019il l\u2019a reçu de moi, répondis-je, il n\u2019hésitera pas à appuyer son mensonge jar un serment.En jurant le contraire, je dirais la vérité, mais il y a la scène dont je te parlais tou.à Pheare.Les circonstances sont contre moi.Une réhabilitation légale n\u2019effacera pas la tache qui vient de m'être imprimée au front.Aux yeux d\u2019un certain public, je serai toujours le jeune homme qui a été arrêté pour faux.J'accepte l'argent.Je dis un éternel adieu au Canada.On n\u2019entendra plus parler de moi.Je renonce à mon nom.Je ne le porterai pas, à l\u2019étranger.Je n\u2019écrirai pas.Je ne m\u2019informerai même pas des amis que je quitte dans des circonstances aussi navrantes.lionel Verdun a vécu.Vous ne saurez jamais sous quel nom je vais désormais traîner ma misérable existence.Il eut beau insister, je ne voulus rien entendre.Nous nous séparâmes assez froidement.Je n\u2019étais pas sûr de son innocence, et il n\u2019était pas sûr de la mienne.Je gagnai New-York, d\u2019où je repartis presque aussitôt.J'entrai dans une université américaine d\u2019où je sortis peu après médecin breveté sons le nom d\u2019Octave [oyal.J'allai pratiquer dans les états du TE POINT TENTE PRINT RER PCR EM MEPECEC PRIOR PERSO SOUT HEAR PRIE EEE RCA IEEE PRET RP SEEN I TY TR HT TRY IRR OO IO ION SUS UT HOS 118 LA REVUE NATIONALE Sud où je partageai mon temps entre l'étude, et le soin d\u2019une clientèle assez lucrative.Mon physique se transformait à vue d\u2019ceil.Le jour de mon arrestation, j'avais les cheveux d\u2019un noir de jais.Un léger duvet très noir estompait ma lèvre supérieure.J'étais svelte et je pesais environ cent quarante livres.Je me hâtai de faire raser ma moustache dès mon arrivée aux Etats Unis.Mes cheveux commençaient à grisonner et, dès que je m'\u2019aperçus que ma barbe devenait poivre et sel, je la laissai croître.Entre temps, je prenais de l\u2019embonpoint.Les soucis, qui me blanchissaient avant l\u2019âge, semblaient en même temps m\u2019engraisser.J'en fus ravi.Cela me donnait un cachet d'expérience qui m\u2019était utile dans ma profession et qui aurait pu m\u2019aider à conserver mon zzcognito advenant la rencontre fortuite de quelque camarade égaré dans ces lointaines régions.Aujourd'hui, nul ne rec onnaîtrait dans le vieillard à la chevelure blanche, à la figure encadrée d\u2019une barbe de neige, aux traits empâtés, à la carrure formidable, le svelte étudiant à la moustache et à la chevelure noire, parti il y a déjà seize ans.Je n\u2019ai pas écrit au Canada.Pourquoi aurais-je écrit ?Pour protester de mon innocence dans une lettre adressée à Henriette?Aurait-elle pu me croire?Je n\u2019osais l\u2019espérer et je n\u2019aurais pas eu le courage de la blâmer, même si j\u2019eusse eu la certitude qu'elle avait été trompée par les apparences.Un fatal concours de circonstances me condamnait aux yeux de tous.Il ne pouvait être question de lui offrir mon nom flétri.Je lui vouai une espèce de culte.Son souvenir m'aurait tenu lieu de religion si j'eusse été un incroyant.Elle restait pour moi l\u2019idéal rêvé, vaguement entrevu, insaisissable, mais toujours digne de mon discret hommage.J'ai connu les âpres douceurs de l\u2019amour sans espoir, et je puis vous affirmer qu\u2019elles ne sont pas à dédaigner.J\u2019aimais à me figurer que son MOI immatériel était témoin de toutes mes actions, devinait toutes mes pensées ; et je prenais plaisir à me conduire de façon à mériter l\u2019approbation de cet être chimérique, presque divin, que mon imagination revêtait de la forme adorable de Mlle Cléry.On m\u2019eut appris le mariage de celle-ci que cela ne m\u2019eut pas enlevé mon Henriette idéale.Mes affaires allaient rondement.Je n\u2019étais pas tenté de rechercher les jouissances brutales que procure la satisfaction des sens.On eut dit qu\u2019à mesure que mon enveloppe charnelle se matérialisait, je devenais plus apte à vivre de la vie intellectuelle.J'allai a Paris où je suivis les cours des grandes cliniques.Après avoir parcouru l\u2019Europe, je revins aux Etats-Unis et je me mis à pratiquer la médecine à Denver, Colorado.Il y avait six ans que j'étais parti du Canada et j'étais absolument sans nouvelles de la famille Cléry.Un jour, je fus appelé à l'hôpital pour donner mes soins à un blessé.Il y avait eu une bagarre sarglante entre la police et un parti de détrous- H a ba Tessor: Sn Wy, Jere.\u2018ogg by Jeg; Jis di = di, de, 3 § yy ; \u201ceng. \u2014\u2014.\u2014 \u2014\u2014 4 : ts UT NE Hi HACER IIE SER CONSTANCE ET LOYAUTE 419 seurs de trains.Le chef de la bande atteint d\u2019un coup de feu, avait été ramassé par la police et j'étais prié de le remettre sur pied, afin de ne pas priver l\u2019échafaud d\u2019un excellent sujet.Imaginez ma surprise, lorsque je reconnus, dans la personne de mon patient, Horace Longval, l\u2019auteur de tous mes maux ! Je ne pus réprimer un tressaillement qui n\u2019échappa pas pp X = SN ve Ld MN | 2 E mT Ca \\ = WEL = ZN \\ (3 \u2014e N 4 ii Ay 7 == | A, { \\ / A Eg = \" | a ; | X Æ= 4 NA : g .AE => 7 A A No it / PC 717 x ; 7 1 | Vv 5 \\ \\ au blessé.Celui-ci avait été frappé à l\u2019abdomen par une balle qui était ressortie en arrière, tout près de la colonne vertébrale, Il souffrait beaucoup, mais avait toute sa connaissance.Je fis un premier pansement en m\u2019efforçant de maîtriser mon émotion, qui n\u2019était que trop visible.Je ne tenais pas à être reconnu, et malgré l\u2019envie que j\u2019éprouvais d'interroger mon patient, je me disposais à repartir, lorsqu\u2019il me dit en francais : \u2014Crois-tu que je ne taie pas reconnu?Tu sais, Lionel Verdun, si j'étais à ta place et que tu fusses à la mienne, je te tuerais.Si tu n\u2019es pas un triple sot, tu vas m\u2019achever.C\u2019est moi qui t'ai fait arrêter, moi qui, depuis, ai eu pour maîtresse ta bien-aimée.Je n\u2019en entendis pas davantage.Je vis rouge et je crois que ma main se leva instinctivement pour frapper le diffamateur.Je me maîtrisai, cependant, et me hâtai de sortir.Sur le seuil, je rencontrai l\u2019interne.je Het] 3 4 ITM TMM IM HHH HON 420 ILA REVUE NATIONALE lui dis que le blessé divaguait; que ma présence semblait l\u2019irriter.J'ajoutai que je ne voulais pas continuer à le traiter.Je remerciai Dieu de m'avoir donné la force de résister à la tentation qui venait de m\u2019assaillir.Fn m\u2019en retournant, je rencontrai un missionnaire français, le père X.que je connaissais.Je lui dis qu\u2019il y avait à l\u2019hôpital un de mes compatriotes, mortellement blessé, que l\u2019échafaud réclamait et dont l\u2019âme était encore plus malade que le corps.Il me promit d\u2019aller le voir et de me donner de ses nouvelles.Je n\u2019ai pas besoin de vous dire que je n'avais pas ajouté foi à l\u2019ignoble vantardise de longval.Il me revint alors à la mémoire qu\u2019après le mouvement d\u2019indignation qui avait failli me porter à un acte que: je me serais reproché toute ma vie, Longval avait ajouté : \u2014 Mais frappe donc! Si tu n\u2019étais pas un lâche, tu me tuerais d'abord et tu irais la tuer ensuite.Evidemment, il en voulait à Henriette autant qu\u2019à moi.Je me demandais avec terreur ce que ce monstre, exaspéré par les refus d\u2019Henriette, avait bien pu machiner contre elle et ses parents.Je me pris à souhaiter sa conversion, non plus seulement dans l\u2019intérêt de son salut éternel, mais encore avec l\u2019arrière-pensée qu\u2019il serait peut- être possible, avant sa mort, de tirer de lui quelques renseignements au sujet de \u2018a famille Clery.Le pére X.revint le lendemain profondément découragé.Malgré son é¢loquence persuasive, il n\u2019avait pu réussir à faire pénétrer le repentir dans ce cœur fermé à tous les bons sentiments.Lorigval avait dit à tous ceux qui avaient voulu l\u2019entendre que j'étais un échappé de prison et que mon nom véritable était Lionel Verdun.Ses confidences avaient été très mal reçues.L'interne lui avait conseillé de renoncer à ce rôle de délateur, s\u2019il voulait avoir quelque chance d'échapper à la potence lorsqu'il serait guéri.L\u2019état d\u2019excitation dans lequel il se tenait constamment aggravait son état et provoquait les complications que l'examen de sa blessure m\u2019avait fait redouter.Ses indiscrétions me firent prendre la-résolution de quitter le Colorado pour m\u2019en aller bien loin.Naturellement, je ne craignais pas d\u2019être arrêté, mais je ne pouvais pas vivre plus longtemps dans une région où quelques personnes savaient mon nom et connaissaient les côtés sombres de mon histoire.J'avais déjà choisi le Brésil comme mon futur pays d'adoption ; mais, comme je prévoyais qu\u2019avant longtemps une crise emporterait Longval, je résolus d'attendre quelques jours.J'eus lieu de me féliciter de cette déeision.Une aprés-midi, le pére X.arriva chez mol tout rayonnant.Bonne nouvelle! me dit-il.Votre ennemi juré est revenu à de meilleurs sentiments.Il s\u2019est confessé et il désire réparer dans la mesure de ses forces les torts qu\u2019il vous a causés, Il veut vous mettre au courant de plusieurs faits qui sont pour vous du plus haut intérét.Il veut que vous lui pardonniez et il m\u2019a chargé de vous prier de venir le voir.eur pik volent JOS (il win freon Ln nat mr =I fi cable Queue 0 feu Stat loge CONSTANCE ET LOYAUTÉ 491 Vous pensez bien que je m\u2019empressai de me rendre au désir du mori bond Le bon prêtre m\u2019accompagna à l\u2019hôpital et assista à la scène de notre réconciliation.longval pleurait en me racontant une foule de choses que je n\u2019entreprendrai pas de vous rapporter iz ex7enso.I] exprima le plus vif regret d\u2019avoir calomnié Mlle Cléry ; un modèle de sagesse, de dévouement et de constance.Il avait voulu exciter ma jalousie afin d\u2019être sûr d\u2019échapper à l\u2019échafaud et de se venger en même temps.Il avait espéré que, sans en avoir l\u2019air, je le traiterais de façon à avancer l\u2019heure de sa mort.Il avait cru qu\u2019ensuite je n\u2019aurais eu rien de plus pressé que d\u2019aller tuer Henriette, quitte à me suicider sur son cadavre où à être pendu pour meurtre.T'out cela pour nous punir l\u2019un et l'autre de ce qu\u2019elle m'avait préféré à lui.I] nous raconta qu\u2019il avait à peu près ruiné M Cléry, en le volant et en profitant de l\u2019ascendant cu\u2019il avait pris sur Oscar pour pousser celui-ci à jouer, à boire et à courir le guiiledou.Il avoua que c\u2019était lui qui avait contrefait la signature de M.Cléry au bas du chèque qu\u2019il m'avait fait présenter par Oscar.Il savait que je me laisserais accuser et condamner au besoin plutôt que d\u2019incriminer le frère d\u2019Henriette, et il avait compté sur ma générosité pour se débarrasser de moi, tout en tenant suspendu sur la tête d\u2019Oscar une menace qui mettait ce dernier à sa merci.\u2014 Un jour, dit-il, 1l y a de cela trois ans, je grisai Oscar et je m\u2019efforçai de l\u2019amener à contrefaire la signature de son père sur un billet négociable.Il refusait obstinément.Tout ce que je pus obtenir de lui fut quelques essais sur des feuillets détachés d\u2019un bloc-notes Je ramassai ces feuillets, j'apposal moi-même au billet une imitation \u2018parfaite de la signature de M.Cléry.Je ne voulais pas le présenter moi-même à la banque et le lendemain, je le montrai à Oscar.Je mis celui ci sous l\u2019impression qu\u2019il l\u2019avait signé lui-même, la veille, et, comme preuve, je lui montrai les feuillets sur lesquels il s\u2019était exercé.\u2014 \u201c Que je l\u2019aie signé ou non, me dit-il, peu m\u2019importe.J'étais tellement ivre que je ne m\u2019en souviens pas.Je refuse d'en prendre la responsabilité.\u201d \u2014 \u2018\u201c Ah ! c\u2019est comme ça?lui dis-je.Eh! bien, que tu le veuilles ou non 1l faut que tu en passes par là.Tu ne me crois pas assez imbécile pour ne pas avoir recueilli toutes les preuves propres à te mettre au pas?C\u2019est toi qui as fourni le cautionnement de Lionel Verdun.C est toi qui l'as fait évader.Pourquoi?Evidemment parceque tu craignais.J'ai eu la prudence de ne jamais dire à personne de qui tu tenais le chèque que tu lui as remis.Ose donc refuser et je te dénonce comme étant l\u2019auteur du faux en question, \u201d \u2018 Oscar savait avec quelle adresse expéditive j'avais tendu le piège dans lequel tu étais tombé trois ans auparavant.Il consentit ou feignit de consentir à ce que je lui proposais.Son père avait eu connaissance de son orgie de la veille.Il le prit à a 422 LA REVUE NATIONALE part et lui fit un bout de leçon.Touché de répentir, Oscar fondit en larmes et fut pris subitement de l\u2019envie d\u2019ouvrir son cœur à M.Cléry.J'avais voulu abuser de mon pouvoir sur Oscar.L\u2019arc était trop tendu : il se rompit avec fracas.pik M.Cléry fut atterré.Il avait en moi une confiance que je n\u2019avais jamais id méritée.Il avait même un peu boudé Henriette parce qu\u2019elle refusait mi |: de m\u2019épouser.Ni ses efforts, ni ceux d\u2019Oscar, que j'avais en quelque nl A A sorte forcé à plaider ma cause, n\u2019avaient pu arracher ton image du cœur fi | I + de cette adorable enfant.cérem A iE J'avais tendu des pièges aux autres, M.Cléry crut qu\u2019il serait de bonne pla 18 guerre de me faire tomber dans un traquenard.Il conseilla a Oscar de soie pi me rapporter le billet et de me dire qu\u2019il refusait de se laisser exploiter et jun, i inumider d'avantage.Il lui recommanda de s\u2019arranger de façon à me acd i a faire répéter mes menaces.À l\u2019heure dite, la discussion s\u2019engagea entre tg oo Oscar et moi.M.Cléry s\u2019étal\u2019, a mon insu posté avec quelques témoins bie Hl de façon à entendre toute la conversation.Ne me doutant pas de la idl i ' chose, je rappelai à Oscar, comment je t\u2019avais fait tomber dans le ides i panneau.Je lui répétai que je le tenais aussi bien que je t'avais tenu Jante hi toi-même.Il nia qu\u2019il eut signé le billet, mais il feignit de consentir à ke o ft l\u2019endosser et à en partager le produit avec moi à la condition que j'irais in, Her ä moi-même toucher les fonds.Comme toi, mais moins innocemment que Bt fou bf tol, j\u2019allal a la banque ; comme toi je fus arrêté ayant en ma possession li i le produit d\u2019un effet de commerce revêtu d\u2019une fausse signature.Mais La na hi personne ne vint cautionner pour moi.Je fus jugé et condamné à cinq let 4 \u2019 années de pénitencier.J'ai servi trois ans à Saint-Vincent de Paul, d\u2019où \u201cleg i je me suis évadé il n\u2019y a pas longtemps.Arrivé ici, je me suis fait iy i : bandit, mais, heureusement, Ja mort va mettre fin 4 une carriére qui a Weg ji : déja été trop longue.ny ji Ainsi parla Longval.Je m'étais aperçu que l'effort qu\u2019il avait fait pour i 4 parler l'avait épuisé.Je lui conseillai de se reposer et promis de revenir Ji i le lendemain.Je le laissai en compagnie du missionnaire et il mourut fig i dans le cours de la nuit suivante.in, i Je partis pour le Brésil.Vous me demanderez peut être pourquoi, eg 4 après ces bonnes nouvelles, je n\u2019aï pas donné signe de vie à mes amis é bi que le procès de Longval avait détrompé sur mon compte.Je n\u2019étais pas Sing if disposé à venir au Canada rougir d\u2019un passé dont le souvenir m'\u2019était ty I * odieux.Réhabilité devant les tribunaux, je restais flétri aux yeux du Pr A vulgaire ; et je ne puis souffrir qu\u2019un imbécile même, ait le moindre pré- a A texte pour douter de ma probité.Ma transformation physique n\u2019était - il pas encore assez complète pour me permettre de revenir izcognito puisque is i Longval m\u2019avait reconnu.Le simple fait de pratiquer la médecine au .° i Canada aurait mis sur ma piste mes anciens camarades de l'Université.A i Il me semblait que je n\u2019avais pas le droit d\u2019enchainer a une existence \u201clg, : , .-.if] nécessairement malheureuse le sort de celle que j'aimais et que j'aime lang BoE CONSTANCE ET LOYAUTE 423 encore plus que tout au monde.Aujourd'hui que j'ai fait fortune après dix ans de séjour au Brésil, j'ai voulu revoir Henriette sans me faire connaître.Jai eu le courage d\u2019aller dans ma paroisse natale, où j'ai appris qu\u2019Oscar, marié et devenu bon père de famille, habite l'endroit.Je n\u2019ai pas osé aller le voir.On m\u2019a pas parlé d\u2019un certain Lionel Verdun qui a mal tourné, paraît-il.Vous voyez que la première impression, l\u2019'impression fâcheuse, infamante qui s'attache à mon nom véritable ne s\u2019efface pas.J'ai appris que Mme Cléry est morte, que son mari, ruiné financièrement.occupe ici un modeste emploi du gouvernement.Je suis venu à Ottawa.C\u2019est Henriette qui tient le ménage de son père.Je lai rencontrée dans une soirée et je lui ai été présenté sous mon nom d\u2019emprunt.Elle ne m\u2019a pas reconnu.J'ai à peine échangé quelques paroles avec elle.Elle est toujours adorable, bien qu\u2019elle aussi ait beaucoup changé au physique.Maintenant, je suis obsédé par un scrupule.Je brûle du désir de lui crier : \u2018\u2018 Je suis Lionel Verdun !\u201d mais j'ai peur de la désillusionner.Elle aussi, j'aime à le croire, est restée fidèle à notre tendresse d'autrefois, mais je ne suis plus le même, et M.Loyal ne supplantera jamais Lionel dans les affections de cette charmante personne, vouée comme moi au culte d\u2019un souvenir.Oh! je sais bien que, pour - moi, Henriette âgée de trente-sept ans est toujours la même Henriette.C\u2019est toujours la même âme, le même cœur aimant, la même nature d'élite.Mais j'ai changé beaucoup plus qu'elle au physique.L'aspect de M.Loyal n\u2019a rien de poétique, rien qui rappelle le jeune Lionel Verdun.Il se tut un instant et poursuivit : \u2014Je vous ai ouvert mon cœur.Maintenant je vais vous demander d'abord un conseil, et peut-être, le cas échéant, oseral-je réclamer un service de votre amitié.Sa conversattion m\u2019avait tellement intéressé que je m\u2019étais bien gardé de l\u2019interrompre.Lorsqu'il eut terminé je lui dis : \u2014J\u2019espère bien que vous n\u2019avez pas l'intention de quitter le pays sans avoir une explication avec Mlle Cléry.Je connais la famille, de réputation.J'ai un ami qui m\u2019a souvent parlé d\u2019Oscar, lequel est pour lui le prototype du gentleman farmer.Je suis à votre disposition pour vous ménager une entrevue dont j'attends les plus heureux résultats.Faites- vous connaitre.Consultez Mlle Cléry et vous déciderez ensemble si vous devez éclairer ses parents sur votre identité.Rien n\u2019empéche, puisque vous y tenez, que tout le monde continue à vous prendre pour M.Loyal.Après nous être donné rendez-vous pour le surlendemain, nous nous séparâmes.L\u2019entrevue de M.Loyal avec Mlle Cléry eut lieu quelques jours après.Les choses marchèrent plus vite que nous ne l\u2019avions prévu.Un détail que M.Loyal ignorait, c\u2019est qu\u2019un an après le départ de Lionel, Longval avait affirmé à la famille Cléry qu\u2019une personne digne de foi lui avait appris la mort du jeune Verdun.CROLL TR THI OO: ICO TRE ILIC (7.TPRIRET MR OTT HEN IR (RR H TTR UR R FCT TH MIR] RIL LI TL A ; [ITH DT TI LP sehen ee shee ele fase ojetrtote = te def etal otebetelot inte ot Co tel elle od gr: ix} URI LL GRE HR RRR RIN SE CE Et ee is re En is io aN, CIHR SER RL 424 LA REVUE NATIONALE M.Loyal avait pris le parti d\u2019écrire à Mlle Cléry pour réclamer l'honneur d'aller la voir chez elle, alléguant qu\u2019il avait des nouvelles à lui donner d\u2019une personne qu\u2019elle avait bien connue.Il avait regu une réponse l\u2019informant qu\u2019on serait heureux de recevoir sa visite.Il trouva Henriette seule, M.Cléry n\u2019étant pas encore revenu de son bureau.Il entra en matière en déclarant qu'il avait connu, au Brésil, un M.Verdun, qui lui avait dit beaucoup de bien de la famille Cléry.Henriette, toute troublée, lui demanda s\u2019il y avait longtemps de cela.Il répondit qu\u2019il y avait de cela cinq ou six mois.\u2014Oh ! parlez-moi de lui, je vous en conjure, avait dit Henriette.On nous a dit qu\u2019il était mort il y a quinze ans et nous l\u2019avons bien pleuré.C\u2019était plus qu\u2019un frère pour moi.C\u2019était, je puis bien vous le dire, a vous qui l\u2019avez connu, c\u2019était\u2026 mon fiancé.\u2014Lionel est vivant, bien vivant, avait repris M.Loyal.C'était mon meilleur ami.Il est toujours fidèle à sa devise: \u2018\u201c\u2018 Constance et loyauté.\u201d La-dessus, nouvelle surprise, chez Henriette, qui ne pouvait en croire ses oreilles.\u2014Je le connais si bien, poursuivit M.Loyal, que je puis vous citer de lui une autre devise que vous connaissez sans doute.C\u2019est le distique suivant : Hors la divine loi qui s'impose à chacun, J'abhorre tous les jougs et n\u2019en subis aucun.\u2014 Lionel ! c\u2019est vous, s\u2019était écriée Henriette, et, comme au bon vieux temps, les deux tourtereaux, un tant soit peu détourterellés par l\u2019âge, s\u2019étaient précipités dans les bras VASTARAS , ; JOD}735555 ÉTÉ l\u2019un de l'autre, au grand scandale {72% @ 3 de M.Cléry, qui était entré sur Ek NS CG ces entrefaites, comme au théâtre.É ZE\" \u2014 Mais, qu\u2019est-ce que cela veut if 4 = dire ?En voilà des manières, » , avait il dit en levant les bras au Ih 0 ciel.=i7 : | WY \u2014 Oh ! ne me grondes pas, cher ), É |.papa, c\u2019est Lionel qui est revenu 0 À ) | | Bs et 1l est bien juste que nous nous py f = [EAT | AN =z!\u201d embrassions.| \u201coo RE ~ = \u2014Es-tu folle?C\u2019est M.Loyal qui m\u2019a été présenté l\u2019autre jour chez .\u2014 Ta, ta, ta ! C\u2019est Lionel, te dis-je.Et M.Cléry, mis au courant de la situation, sauta au cou de M.Loyal.Le mariage eut lieu quelques semaines après cet incident.M.Loyal est le plus heureux des maris, distinction qu\u2019il partage d'assez bonne grâce avec tous les privilégiés de la lune de miel.Oscar seul a été mis bs.llr ile de sade lem (me! indo =f Toe J li! - ie \u201clès =} Atle ner, = (us Han, CONSTANCE ET LOYAUTÉ +425 dans le secret.Il a retiré pour M.Loyal l'argent que Lionel Verdun avait laissé en banque lors de sa fuite précipitée.M.Loyal est plus brésilien que jamais, Il ne peut se faire à l'idée de s'établir définitivement en Canada.Il aime la médecine et n\u2019ose pas la pratiquer dans son pays natal, de crainte de trahir son incognito.Malgré nos protestations, il reste convaincu que sa réhabilitation judiciaire ne ferait jamais disparaître la fâcheuse impression que sa mésaventure a créée.D'\u2019ailleurs.il a au Brésil des propriétés en plein rapport et qu\u2019il tient à surveiller de près.Le père Cléry a obtenu un congé pour accompagner sa fille dans sa lointaine demeure.Il ne désespère pas de ramener son gendre au Canada.Le mariage de Mlle Cléry a eu pour effet d\u2019imprimer aux langues des commères les mieux pendues (il s\u2019agit des langues, pas des commères, entendons-nous bien !) un nouvel accès de vibrations désordonnées.\u2014 Eh ! ben, la v'la donc mariée Mamzelle Henriette, disait l\u2019autre jour Mme Jazamort, il était ben temps ! Elle avait ben cinquante-sept ans, Oui ! \u2014 Quarante-sept, interrompit Mme Grospotin.J'ai connu un homme qui avait connu le cousin de l\u2019engagé de son frère et I\u201d m'dit qu\u2019al a quarante-sept ans, a va sur quarante-huit à la Saint-Michel.\u2014 Ah! benche, ça vôlait la peine d\u2019attendre si longtemps pour prendre un vieux brésilois qu\u2019a pas moins de quatre-vingt cing, opina Mme Can- canilier, \u2014 Quatre-vingt-six interposa Maître Blaguinski, une commere du sexe masculin.aussi polonaise que mal renseignée.\u2014 Paraîtrait, comme ça, qu\u2019a voulait pas es s\u2019marier rapport\u2019 qu\u2019un p'tit clerc docteur qu\u2019elle aimait a été pendu pour avoir volé un cadavre encore vivant.À c\u2019qu\u2019on m\u2019a dit, moë, j\u2019sais pas.j'en sais rien ! \u2014 Y a pas été pendu y a été exilé.J'connais ça moé.Mais ça empêche pas que si al avait eusse trouvé y arait longtemps qu\u2019a s\u2019rait mariée.\u2014 Moé, si mon mari avait été pendu quand qu\u2019y venait m\u2019oir, j'me s\u2019rais jamais mariée.\u2014 Ça, j\u2019eré ben, t'arait pas trouvé ! Quand qu'un mari en bas âge périt par la corde, de mort violente, y a rien qui vous massacre un marriage comme ça.\u2014 Et pis le vieux brésilois, y parait qu\u2019y a dlargent! Qué c\u2019qui fait donc dans ce pays de fièvre, ousque tout le monde est nègre même les ceuses qui sont blancs ?\u2014 ! parait, comme ça, qu\u2019i vend du café et qu\u2019il achète des nègres.C\u2019est égal al avait pas besoin de faire tant la fière pour arriver à s\u2019ex- patrouiller avec un brésilois.\u2014 C\u2019est pas un brésilois, c\u2019est un rus:ien.\u2014 Mais, non, c\u2019est un prusse. 426 LA REVUE NATIONALE \u2014 C\u2019est ni l\u2019un ni l\u2019autre.C\u2019est un arabois ; i vient ed l\u2019Arabia.Et pendant que ces conversations édifiantes mais peu académiques\u201dse tenaient sur leur compte, Lionel et Henriette filaient le parfait amour, et quinze nœuds à l'heure, vers les rives ensoleillées du Brésil.\u201cF= \u2014\u2014 ge \u2014e ~~ : Ny ll a tempo.: ; - D\u2019où la lu - mière en flots vain - por - tes longtemps clo ses, ~ à Von ul gy a tempo.rall. LE TEMPS DES ROSES ; 437 rail.+ queurs Des-cend jusqu\u2019au fond de nos cœurs cresc, .les dou-ces # Lento.ro rm = .mer * chan -ter ! les dou - ces ~ 3.Les taillis sont pleins de chansons ; Nos rêves sont vites lassés.\u2014Aimons-nous bien au temps des roses.\u2014 \u2014 Aimons-nous bien au temps des roses \u2014 Et l\u2019aurore met des frissons Les beaux jours sont bientôt passés : Au cœur tremblant des fleurs écloses.Le cœur a ses métamorphoses.! Sur nos fronts l'aile du matin Mais le temps n\u2019y saurait ternir Fait passer un souffle incertain.La floraison du souvenir.\u2014\u2014Aimer ! rêver ! \u2014 les douces choses ! (Dis) \u2014 Aimer ! souffrir ! les douces choses ! (bis) CAUSERIE CANADIENNE propos de l'élection de Verchères, où la lutte s\u2019est faite d\u2019une manière si courtoise entre les deux adversaires, amis personnels, il me revient de douces réminiscences du passé.À lire les journaux de partis.on croirait vraiment que les candidats vont se manger le nez, ou autrement s\u2019entre-dévorer avec excès.Ces chères feuilles m'\u2019arrivent chaque jour bourrées d'arguments irréfutables en faveur du candidat de leur cœur et débordantes de détails vrais et précis sur les fautes du concurrent.C\u2019est un feu nourri d\u2019accusations graves, de démentis passionnés, une mitraille d\u2019adjectifs ronflants et superbes à l\u2019adresse des amis, fulminants et écrasants pour les adversaires, une fusillade de discours, de speeches, de conférences, où les actes et méfaits d\u2019un chacun sont exposés dans un style bouillant, plein de sève et de vigueur, tout un bombardement terrible de littérature électorale.Quelle séduisante orgie d\u2019encre ! quel saccage impitoyable de beau papier blanc ! quelle dance affolée de caractères d'imprimerie ! oh ! la belle chose qu\u2019une élection ! Et la consommation énorme d\u2019une éloquence vive, prime-sautière, où les jeunes gens d\u2019avenir essalent leurs premiers mots.sur les hustings, le dimanche, la semaine, le jour, la nuit, et toujours.À travers tout ce fracas, tout ce bruit, on sent courir une vie intense, une activité fébrile, une passion brûlante pour la chose publique.x Xk La lecture de tous ces documents surchauffés et l'élection de Verchères réveillent en moi des souvenirs déjà lointains de certaines élections, auxquelles j'ai assisté, comme témoin bien effacé, dans ma tendre, tendre enfance.Nombre d\u2019années sont depuis venues brouiller un peu mes souvenirs TET ay CAUSERIE CANADIENNE 439 la-dessus, mais je me rappelle encore trés bien les conciliabules violents, qui se tenaient chez moi.Il s\u2019agissait d\u2019une réunion électorale, qui devait avoir lieu au Sault-au- Récollet, à une dizaine de milles de Montréal.Messieurs Duhamel et Hébert jouaient un certain rôle dans cette élection.Je ne sais au juste lequel des deux était le candidat, mais je me souviens que tous avaient plein la bouche des noms de Duhamel et Hébert.Il paraît que l\u2019un de ces messieurs s'était fait accompagner par une quantité d\u2019irlandais, de Montréal\u2014des boulés, des moyeus,\u2014dans l\u2019intention peu recommandable d\u2019intimider les braves gens du Sault.Ceux-ci avaient fait appel à leurs amis de la Rivière des-Prairies, de la Bord-à-Plouffe, de Sainte-Rose etc.Des réunions eurent lieu partout et une véritable levée de boucliers canadiens s\u2019en suivit.Le tocsin des guerres de races retentissait dans le cœur de chaque patriote et dans 1ous les foyers.L'organisation du coup de poing et du manche de hache se faisait partout avec un entrain de mauvais augure pour les moyeus.Nombre de mes parents jouissaient d\u2019une excellente réputation, grâce à l\u2019agilité et à la vivacité de leurs poings et à l'adresse de leurs garcettes.Un de mes oncles, entre-autres, grand garçon au nez immense, répondant au nom harmonieux de Chrysologue, se faisait remarquer par la vigueur de sa conversation et la sévérité de ses projets.Il proposait simplement d\u2019exterminer tous les irlandais, sans leur laisser un seul poil de sec.Mon père, plus calme, voulait voir venir.II préférait la défense à l\u2019attaque, mais ses arguments n\u2019eurent guère de succès.Les femmes se montraient peut-être plus passionnées que les hommes, qu\u2019elles encourageaient dans leur expédition.Tout petit, pas plus haut qu\u2019une botte, je me faufilais entre les jambes de ces hommes terribles, avec des frissons plein la peau, des bouillonnements de tout mon sang, pleurant presque de n\u2019avoir pas deux pieds de taille de plus pour prendre part à cette patriotique excursion.Comme je jurais de me battre aussi quand je serais plus grand ! Comme je savourais d'avance la délicieuse sensation qu\u2019on devait éprouver en 440 LA REVUE NATIONALE lançant un beau coup de poing sur le nez d'un bleu ou d\u2019un rouge, surtout s\u2019il était irlandais ! Car bleu et rouge se mêlaient un peu dans mon esprit, mais je crois cependant que les hommes belliqueux, qui s'étaient ce jour-là réunis chez moi, étaient des bleus.Pourquoi?Je n\u2019en sais rien, car je soupçonne encore aujourd\u2019hui que tous ces chers parents à moi étaient bleus, parce qu\u2019ils étaient bleus.Je ne suis pas loin de croire qu\u2019ils obéissaient à un homme, et non à un principe.* * À La fameuse assemblée eut enfin lieu.L'action s\u2019engagea, dès le début, par une brusque attaque des Doulés irlandais contre les canayens, qui faiblirent et battirent en retraite, en répondant aux coups de leurs adversaires, avec une notable mollesse.Que voulez-vous, les canadiens, comme les hommes vraiment forts, ont une colère lente à se dessiner.Ce jour-là, au Sault, l\u2019imprévu de l\u2019attaque, la brutalité de leurs adversaires, qui les avaient /0ulés sans aucun /a:r-play, ne laissèrent pas que de les démoraliser un peu.Ils lâchèrent donc pied immédiatement, quelques-uns le visage ensanglanté, et rentrèrent précipitamment dans les maisons.La, les femmes, plus vives que les hommes, leur firent de rudes et amères reproches.\u2014 Comment, Tipite, tu te laisses faire comme çà, t\u2019es pas un homme ! \u2014 Toi, Baptiste, t\u2019as pas honte de te sauver comme un pzssou ! \u2014 Ah! Joe, je te croyais plus b/ood que cela ! Par 1 VAR CAUSERIE CANADIENNE : 441 Toute une kyrielle de reproches ironiques, très cuisants, surtout de la .part des femmes.Ils baissaient la tête, tout honteux, mais peu-à-peu, une colère effroyable s'empare des canadiens.\u2014 C'\u2019est-y possible, ah! les mâ-o-dits, et tous se ruèrent ~ Tee sur les moyeus.RE ar CEE uy Il fallut leur arracher des 2 65 or Nusa mains, ils les auraient tous SA: 2 AR F ] a Sh tués.oo \u2014\u2014\u2014 = Se émet ais D La légende dit qu\u2019un des | Sly ; candidats s\u2019enfuit par une cheminée, échappant ainsi à une râclée formidable ; les autres filèrent de tous côtés, laissant nos hommes maitres du champ de bataille.Le sang coulait à flots.Les nez écrasés, les yeux noirs, les lèvres et les têtes fendues, f CS A7 ES VE 22/77 BA LA Sd ès, les dents cassées se chiffraient par douzaines.À chaque porte, on voyait des combattants exténués, lavant leurs plaies à grande eau, entre coupant leurs ablutions de menaces terribles, de jurons formidables et variés, corame seul le langage canadien peut en fournir.Ainsi se termina ce glorieux épisode de nos luttes politiques, par une éclatante victoire des carayens sur les boulés irlandais.xx L'autre élection mouvementée, dont j'ai souvenance, avait lieu, plus tard, dans ma paroisse même, entre l'honorable M.Bellerose\u2014 qu\u2019on appelait alors le Major Bellerose\u2014et M.Pétrus Labelle, cultivateur et entrepreneur de travaux publics.| Pétrus Labelle était très populaire.Il se mêlait assez facilement aux habitants, avec qui il prenait un petit coup, même plusieurs petits coups.Sa voix-s\u2019était un peu ressentie de ces libations à répétition.et, quand 1l haranguait la foule, on s\u2019apercevait aisément que ses cordes vocales avalent de la rouille.Tribun bon-enfant, il dégoisait sa petite affaire avec une simplicité de langage toute primitive, émaillant parfois ses arguments de réparties gouailleuses, fort goutées généralement de son auditoire.Je crois me rappeler qu\u2019il fut plusieurs fois victorieux dans ses élections. J 8 Hu Jo +H 4 ! 442 LA REVUE NATIONALE Le major Bellerose, plus grave, plus sérieux, n\u2019arriva pas au succès du Ses discours, dits d\u2019une voix forte et même un peu dure, ne parurent pas, au début, impressionner favorablement les électeurs, Mais tenace et résolu, 1l revint plusieurs fois à la charge et finit enfin par ; désarçonner le joyeux Pétrus.ILe major Bellerose i joignait, à ses facultés politiques, un joli talent de militaire.Solide, bien campé, possesseur d\u2019une 1 premier coup.\u2014 cpm voix forte et d\u2019un visage sévère, 1l faisait bonne | © figure dans son uniforme brillant, que couronnait J li un splendide chapeau à plumes.8 ble Il avait tout militarisé chez nous et nos braves a gens avaient acquis une grande souplesse et beau- iG ~ coup de dextérité dans le maniement des armes.ja ) $F © x, dise fr bie .; ., .gE U Les deux candidats, d\u2019habitude, combattaient dans ieur propre paroisse a le dimanche, après la messe, laissant à leurs amis le soin de défendre leur ; a bonne cause dans les autres paroisses du comté.oe À l\u2019époque, qui nous occupe, le sentiment public I était à peu près partagé entre les deux adver- { saires.0 Certain dimanche, ces messieurs furent forcés .d\u2019aller lutter ailleurs, et, quelques jeunes étudiants 25 ou avocats, de Montréal, les remplacèrent sur le he perron de l\u2019église.\\ ; La séance ne fut pas longue.ls A peine le premier orateur eût 11 ouvert la ii | bouche, qu\u2019un concert de cris désagréables et de , i protestations diverses se faisait entendre : wor.\u2014 Descendez-le ! A ; \u2014 Non, vous ne le descendrez pas ! Wy \u2014 Parlez, Monsieur ! B ®: \u2014 Il ne parlera pas, torgueu ! oy \u2014 Ferme ta gueule, toi, mon vlimeu ! pu Tout un faisceau de cris, de hurlements, de Lu bousculades, de jurons, précurseur de l'orage.L'éloquent étudiant, certes pas mal habitué déjà à d\u2019aussi peu courtoises démonstrations, parvint bien à dominer quelque peu le tumulte, hy.mais pas pour longtemps, car il fut descendu en un clin d\u2019ceil.ig, Descendre quelqu'un me paraît avoir alors joué un grand rôle dans les | She ly, CAUSERIE CANADIENNE 443 élections, car la descente du jeune homme fut le signal d\u2019une bataille générale.Les horions pleuvaient drus comme grèle, le sang coulait partout et ceux qui, comme moi, étaient trop petits pour se mêler aux combattants, garochaient dans le tas.x * Oh ! en passant, laissez mol, je vous prie, m\u2019extasier sur le mot garocher.Je trouve ce mot exquis, capiteux ; je le vénère, je dirais même que je l\u2019adore, si je l\u2019osais.GAROCHER est superbe, bien à point, et rend admirablement la pensée.Son étymologie, que je soumets à mon ami Fréchette, pourrait bien être la suivante : gar, se garer, rocher, des roches, des pierres.N'est-ce pas tout simplement adorable ?Ce met, que j'avais malheureusement oublié, pendant une longue absence du Canada, me fut rémémoré un jour, à Monte-Carle, à une bataille de fleurs.Un jeune canadien, plein de feu, échangeait, à mes côtés, des projectiles fleuris, avec de bien jolies femmes.Une de ces dames, à un moment donné, lance un gros bouquet, qui atteint mon compatriote en plein visage.Tout réjoui, celui-ci, de s\u2019écrier : \u2014 Avez-vous vu comme cette dame m\u2019a garoché ce bouquet | Un monde de souvenirs se réveille à l\u2019instant dans mon esprit.Je retournais aux prouesses de mon enfance, je voyais mon ami Lozeau garocher les chardonnerets.qu\u2019il atteignait presque à chaque coup, Sig.uin, qui tuait les hirondelles au vol, etc.Je n\u2019étais plus à Monte-Carle, j'étais au Canada.Le reste de la bataille des fleurs, si coquette, si élégante pourtant, fut perdu pour moi : j'étais tout entier au garochage de mon enfance.Non, voyez-vous, je vous prie, n\u2019abandonnez jamais les jolis mots de notre pays conservez-les précieusement, au contraire, ne serait ce que pour faire plaisir à de pauvres compatriotes comme moi, quand les hasards de la vie les tiennent éloignés de leur cher Canada.Je supplie Fréchette, Buies, tous nos linguistes, de ne pas être hostiles à ces mots si doux, si harmonieux.Garocher est superbe ! x x Pour en revenir à mon affaire, Pétrus Labelle fut cette fois définitivement battu par le major Bellerose, qui n\u2019a depuis cessé de jouer un rôle dans la politique militante du pays.Que les lecteurs de la Revue Nationale me pardonnent cette petite I rrr Te DRE IE PETE CEPA TERT] 10 CAC EPS LL Pt TRIE, 1 IES ORIT TAY TLIC, SLL TAL TO THI LR i.- Lili ; 1 # * ace EEE 444 LA REVUE NATIONALE excursion dans le domaine des souvenirs et du passé électoral du Canada.Ça fait davantage ressortir le calme relatif de nos luttes politiques actuelles.On se chamaille beaucoup encore, mais on se bat rarement.Puis, voyez-vous, cela fait tant de bien, au milieu des peines et des tracas de l\u2019âge mûr, de se rappeler l\u2019époque d\u2019insouciance où l\u2019on garo- chait si bien les Oiseaux\u2026 Garoche-t-on encore dans les villes et les campagnes ?.\u2026 R.DE LA PIGNIÈRE "]
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