La revue nationale, 1 septembre 1895, Septembre
[" Première(s) page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire_reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 denied nr ds LES SEPT-ILES (suite et fin) \u2014 Bonjour, monsieur.Un bon sourire me répondit, dans les lèvres et dans les yeux.\u2014 Qu'\u2019y a-t-il pour votre service ?\u2014 Hon! \u2014 C\u2019est peut-être notre guide, que M.Tétu a engagé ce matin ?\u2014 Mais non, c\u2019est un sauvage qu'il a engagé, et celui-ci a la barbe couleur d\u2019aurore : M.Têtu a-t-il dit le nom de notre guide ?\u2014 Eh oui, je l'ai même pris en note: c\u2019est Chidnish, êtes-vous Chidnish ?interrogea Charbonneau.\u2014 Hon ! hon ! répondit l\u2019homme, en montrant deux belles rangées de dents, et s'emparant du canot d'écorce que nous avions sur notre pont.\u2014 En route alors, partons, et nous voilà remontant la rivière Sainte-Marguerite, en canot d\u2019écorce, à la pagaie, moi en tête, Chidnish en queue, Charbonneau au milieu.Pour la pêche, les cours d\u2019eau non navigables relèvent du gouvernement fédéral jusqu\u2019à la ligne de haute marée : au delà, en remontant 7 98 LA REVUE NATIONALE jusqu\u2019à leur source, ils tombent sous la juridiction des législatures locales.Toutes les rivières du Labrador canadien sont rangées dans cette catégorie : Ottawa vend des licences de pêche en eau saumâtre, Québec en vend en eau douce, pour la pêche à la ligne surtout, pour le sport aux hameçons d\u2019or.Les deux gouvernements ont ainsi un intérêt commun à améliorer ces rivières, à en augmenter la production par une protection attentive, une propagation raisonnée des espèces les plus profitables, une méthode d'exploitation économique, et la protection contre les maraudeurs, principalement aux sources qui sont le berceau du saumon et de la truite, le roi et la reine de nos poissons d\u2019eau douce.Ici, dans la rivière Sainte-Marguerite, j'ai pour mission, dans ce moment, de me rendre à la grande chute, à six milles du mare retrorsum, pour voir aux moyens d\u2019en faciliter l\u2019ascension, soit violemment par la dynamite, soit en douceur par un escalier tournant.Je me hâte vers ce but, sans prêter aux rives toute l'attention qu\u2019elles méritent, me réservant de les mieux apprécier au retour, après le devoir accompli.Presque invariablement, ces rivières du nord sont barrées à leur embouchure par une dune de sable, formée par le courant d\u2019un côté, et par le ressac de la mer de l\u2019autre.A marée basse, passé le delta sablonneux de son embouchure, la rivière Sainte-Marguerite s\u2019évase en un bassin d'environ un mille de largeur, de la forme d\u2019un triangle équilatéral dont deux angles reposent sur la barre et le troisième pointe franc nord.À moins de trois milles de notre point de départ, nous entendons à travers une forêt épaisse de sourds grondements, ressemblant à des accents de colère.\u2014 Y a-t-il des ours, ici, Chidnish ?\u2014 Hon! \u2014 Serait-ce déjà la chute ?\u2014 Hon ! \u2014 Es-tu muet ?\u2014 Hon ! Mais nous allons toujours, et voilà que le canot touche à la rive en glissant sur un lit de sable doré.À travers des îlots nombreux, les uns couverts d\u2019épinettes, de trembles et de bouleaux, les autres chenus comme la boule de ma tante, nous apercevons un spectacle féérique.Des îlots, des rochers, des torrents, des rapides, des chutes, des labyrinthes de ruisseaux, des escaliers de chutes superposées, des dalles naturelles creusées dans le roc vif, précipitant des eaux roussâtres, heurtées, roulées, tordues comme un câble entrainé par la puissance de l\u2019abime.Un portage de quelques arpents nous conduit au bas de ce rideau fantastique, hurlant tous les cris de guerre des héros algonquins, micmacs ou naskapis, que l\u2019écho ne se lasse pas de répéter, où nous découvrons, dans un bassin d\u2019un oval quasi parfait, bordé d\u2019écume qu LES SEPT-ILES 99 argentée par les soins de ces chutes très habiles en la confection de ces décorations, une vingtaine de loups marins, sautant, se tordant, plongeant, revenant à l\u2019air avec ces yeux narquois, si beaux, si profonds, qu\u2019ils leur ont valu le nom de loups marins d'esprit (1) tournoyant dans les remous, se poursuivant avec fureur ou se reposant aux pieds des chutes, en prenant des douches, tous évidemment en liesse, faisant un pique-nique dans ces eaux vives, sous de profonds ombrages et à l\u2019harmonie du concert des chutes voisines.Au-dessus de nos têtes, nous remarquons le fil télégraphique que David Têtu vient de fixer à la tête de deux épinettes sur pied, d\u2019un bord à l\u2019autre de la rivière.Les missionnaires ont déjà passé par ici, ce fil de fer attestant de l\u2019industrie humaine vient à leur suite, et la civilisation marche avec eux.À nos pieds, je vois une borne moussue.C'est Bayfield qui l\u2019a posée, il y à plus de soixante ans.Tout auprès, monsieur G.Gagnon, arpenteur, a posé une autre borne et il est parti pour faire l\u2019arpentage du reste de la rivière en remontant.A l\u2019automne nous aurons un relevé complet de ce beau cours d\u2019eau qui baigne des terres fertiles et de ces terrains riches en minéraux.En passant d\u2019une rive à l\u2019autre, nous dérangeons les loups marins dans leurs ébats.Ce bassin doit fourmiller de saumons et de truites au printemps.Des restes de campements jonchant les rochers voisins en sont un indice certain.De fait, à première vue, c\u2019est une fosse de l'apparence la plus appétissante pour le pêcheur a la ligne.Encore un échelon d\u2019une trentaine de pieds, encore un petit portage et les chutes restent derrière nous, pendant que nous entrons dans des eaux profondes et sombres, d\u2019où émergent des rochers, des îlots sauvages, jetés sans ordre, produits déclassés d\u2019une nature violentée.Cependant les rives sont bordées d\u2019aulnes à tiges droites, élancées, indiquant un sol plantureux, au-delà des montagnes superposées, rétrécissant l'horizon, portant une riche toilette vert-sombre, des mieux étoffée.Bientôt nous pénétrons dans un étui, dans une gorge étroite, entre deux rochers coupés à pic d\u2019une hauteur de deux cents pieds peut-être.Les eaux de plus en plus noires se creusent sous notre canot en un abîme insondable, pendant que là-haut s'ouvre l'abime éclairé du Ciel.Nous avançons en forçant d\u2019avirons, sans dire un mot, nous avons hâte de sortir de cetombeau.Pour compléter l\u2019image, la rivière s\u2019évase soudain en deux anses régulièrement disposées en face l\u2019une de l\u2019autre, de manière à former une croix.En face, nous avons la chute représentant la tête de la croix, avec une pierre en travers, attendant l'inscription | IN.R.I @) i + en Si j'étais jeune, les yeux de loup marin feraient du chemin dans les \u20ac cœurs.\u2014A, -N.M.(2) Cette description est d\u2019exactitude rigoureuse, nullement fantaisiste, tout étrabge qu'elle paraisse.\u2018r NS LL A 100 LA REVUE NATIONALE Me voici sur mon terrain d\u2019étude.La chute doit mesurer de 22 à 25 pieds de hauteur :; elle dégorge d\u2019un goulot large d\u2019une centaine de pieds au plus ; des battures, des cailloux à sec en ce moment embarrassent le cours de la rivière ; l\u2019obstruction principale, cependant, vient de la pierre de frontispice dont je viens de parler.Le courant arrivant dessus se replie naturellement, présente le flanc au lieu du fil de l\u2019eau et au saumon qui, en remontant, tombe au bas de la chute étourdi par une tape de main de maître.Enlevez cette roche, déblayez un peu la gorge au-dessus, redressez le cours de l\u2019eau, et le haut de la rivière Sainte- Marguerite deviendra bientôt, en y plaçant des alevins convenables, une des rivières sportives les plus recherchées du Canada.Au-dessus de la chute, sur un parcours d\u2019environ quarante milles, la rivière généralement courante, se repose dans vingt-cinq remous ou fosses des plus propices à la pêche du saumon.Et le pays est réellement beau presque partout, et par endroits Vraiment enchanteur.Il y aura des charrues par là bientôt.Ce doit être un spectacle émouvant et grandiose que d\u2019assister à la débâcle du printemps, de l'endroit où je suis en ce moment.Par la ligne de limon restée sur le rocher d\u2019en face, je constate que la dernière débâcle a gonflé les eaux à plus de douze pieds au-dessus du niveau actuel, dans le bassin, ce qui doit doubler, au moins, la hauteur des eaux dans le goulot au-dessus de la chute.Ce doit être terrifiant : les rochers doivent en être ébranlés, et la forêt frémir.Des cavernes assez profondes s\u2019ouvrent d\u2019ici de là, dans la roche effritée : l\u2019eau les aura creusées en se servant de remous en guise de tarières.Tout autour du bassin gisent des corps d'arbres, à demi desséchés, arrachés et brisés sans doute par le choc de la cataracte.Après la fonte des neiges, le saumon peut gravir la chute à l\u2019aise, le courant n'étant pas brisé, mais c\u2019est l'ascension d\u2019automne qu\u2019il importe de faciliter, car c\u2019est le temps des amours et de la reproduction.Pour arriver à cela, faites sauter cette roche d\u2019abord et dégagez ensuite le goulot jusqu\u2019à l\u2019eau calme, mettez-y des alevins issus de poissons familiers de la rivière, et non pas de poissons étrangers, qui pourraient être trop faibles pour gravir la chute, et je réponds que dans cinq ans, les amateurs de sang ne jureront plus que par la Sainte-Marguerite.Un ou deux coups de dynamite, et l\u2019engorgement, l\u2019angine, la structure en question, disparaitront pour jamais.(° \u2018 * { , + * | Cette partie de ma tâche terminée, nous revenons sur nos pas : nous retraversons le Styx sous la direction de Chidnish plus taciturne qde,Caron de sombre mémoire.Le courant nous porte comme le vent SLA j Vel 200400 LES SEPT-ILES 101 porte une plume.En moins d\u2019une heure nous arrivons à notre yacht, où nous attendait un repas abondant composé de lard, de morue, de pommes de terre, de biscuits et d\u2019oignons frits, des oignons d'Espagne s\u2019il vous plaît, qui valent les oignons d\u2019Egypte.Nous invitons Chidnish à en prendre sa part.Il me semble qu\u2019il s\u2019est creusé un gouffre dans l\u2019estomac, en pagayant aussi bravement qu\u2019il l\u2019a fait, en allant comme en venant.Je fais erreur : c\u2019est à peine s\u2019il jette un coup d\u2019œil sur les plats fumants et appétissants.\u2014 Ce pauvre Chidnish, dis-je à Charbonneau, si nous avions un coup à prendre, ça lui ferait du bien et à nous aussi.Sur ce, je m\u2019avisai que le matin, nous avions emporté une bouteille de café, que nous n\u2019avions pas eu le temps de boire en route, et je me hatai de la mettre au bain-marie.L\u2019eau se trouvant à point, ce fut l\u2019affaire d\u2019un instant.Toutefois, nous nous mettons à table.Sur un signe de la main, Chidnish s'approche en souriant, mais sans sonner mot.Jusque là, nous ne connaissions pas la couleur de ses paroles.À toutes nos questions, il avait répondu par un sourire ou par des hon ! hon ! qui, selon l\u2019intonation, veulent sans doute dire quelque chose pour les Sauvages, mais qui ne signifient rien du tout pour nous.Le voyant mordre franchement à sa pitance: \u201cS'il n\u2019a pas de langue, au moins il a des dents, dis-je à l\u2019ami Charbonneau, qui paraissait admirer sa façon expéditive d\u2019engloutir notre lard de mess et nos oignons d\u2019Espagne.\u2014 Et je réponds qu\u2019il n\u2019est pas juif, accuse Charbonneau, mais encore faudrait-il savoir à quelle race il appartient.Avec ces cheveux frisés, cette barbe blonde, ce teint de rose, c\u2019est plutôt un écossais ou un anglais qu'un sauvage.S\u2019il y a un sauvage entre nous trois, c\u2019est toi qui dois l\u2019être de préférence, à cause de ton teint, moi ensuite, lui, jamais.Voyons plutôt, laisse-moi faire une enquête.\u2014 Va.\u2014 Es-tu sauvage, Chidnish ?demande Charbonneau.\u2014 Hon! \u2014 Montagnais ?\u2014 Hon! Laisse-lui rentrer ses bouchées à loisir, dis-je en me levant pour aller chercher ma bouteille de café, que je posai de grand aplomb sur le milieu de la table.Un rayon de soleil vint juste à point lui prêter la couleur ambrée du rhum, et l\u2019angle de réflexion tombée dans l'œil du pseudo-sauvage provoqua un bon sourire sur ses lèvres.\u2014 Voilà le \u2018sésame ouvre-toi,\u201d dis-je à Charbonneau, va maintenant.tés + 28 21 CT Hicks +205 mess 0 1e 2 ES Br i 0) ATG EF BEL EAE PROYVCIALE ; 102 LA REVUE NATIONALE \u2014 AÂvec ta barbe blonde, tes cheveux frisés, tes yeux bleus, tu ne nous feras pas croire que tu es un sauvage ?\u2014 Hon! \u2014 Sais-tu parler le français ?\u2014 Hon! \u2014 Comprends-tu l\u2019anglais ?\u2014 Un pou.Nous éclatames de rire, Charbonneau et moi.\u2014 Un pou, ce n\u2019est pas bien gros, reprit Charbonneau, mais c'est parfois plus gros qu\u2019une puce ; puis s'adressant à moi : \u2014 Tu pourrais bien lui offrir un verre de rhum, je suis presque sûr qu\u2019il ne refusera pas.A cette proposition, la tête de notre homme s\u2019entoura d\u2019une véritable auréole.S'il ne savait pas le français, au moins en avait-il le flair.Voulant profiter des circonstances pour obtenir des renseignements sur les richesses minéralogiques des environs, qui m\u2019avaieut été signalées à Bersimis par le révérend Pere Babel, je pris dans ma valise plusieurs échantillons de minéraux que j'étalai devant lui, puis je débouchai la bouteille.de café, hélas! mais qui pour lui était du rhum rutilant, flamboyant.À quoi bon une bouteille, si ce n\u2019est pour y mettre du rhum?Pour un sauvage, c\u2019est l\u2019idée exacte, et je ne faisais que me rendre compte des souffrances que le malheureux avaient endurées, en nous voyant promener cette bouteille jusqu\u2019à la chute, et de la chute jusqu\u2019au yacht, sans lui accorder la moindre attention, pas même un sourire.Je me versai lentement un bon verre de la dite liqueur, puis je questionnai à mon tour : \u2014 Tu connais le Père Arnaud ?\u2014 Hon ! \u2014 Tu sais qu\u2019il a une pipe d\u2019or, faite avec de l\u2019or trouvé ici ?\u2014 Hon! \u2014 Me comprends-tu ?\u2014 Hon! \u2014 Si tu me comprends, dis: \u201cOui.\u201d \u2014 Oui.\u2014 Fort bien, mon garcon, tu dois avoir dans la téte un trésor d\u2019esprit & en juger par le peu de dépense que tu en fais.\u2014 Connais-tu ces minéraux ?Le pauvre diable n'avait d\u2019yeux que pour la bouteille ; c\u2019était plus que sa bouche, que ses yeux qui souriaient : tout son corps se trémoussait, ronronnait, s\u2019affriolait.Il brûlait du désir de l\u2019eau de feu.Entre l\u2019enfer et le ciel, il ne marchandait plus.Tentale eut trouvé du soulagement à le voir ainsi.\u2014 Connais-tu quelques-uns de ces minéraux, lui demandai-je sévèrement?Au ton de ma voix, il revint à mes roches, en s\u2019arrachant dou- LES SEPT-ILES 103 loureusement à la vue de la bouteille et de mon verre, reflétant les feux de la topaze.Comptant sur une récompense prochaine, il répondit : \u2014 Un pou.connais ct\u2019y-là, et il me désignait un morceau de fer titanique.Connais ct\u2019y-là : c\u2019était du quartz aurifère ; connais ct\u2019y-là, ah oui ! connais ben ; c\u2019est comme la pipe au Père Arnaud.ah oui! ramassé en haut, icite.\u2014 En haut ?bien loin ?\u2014 Hon ! \u2014\u2014 A un jour de marche?-\u2014 Hon! hon! \u2014\u2014 Deux jours ?~~ Hon! EL \u2014\u2014 Trois jours ?\u2014\u2014 Non, pas trois jours.E \u2014- Et beaucoup de cela ?E.\u2014\u2014 Hon! \u2014 Beaucoup, beaucoup ?\u2014 Hon! hon! Voyant que je ne pouvais tirer rien de plus de cette outre desséchée, je pris une gorgée de mon café en faisant une grimace poussant à la nausée, revélant la force de la boisson.Tout son corps en tressaillit, son âme vint à l\u2019affleurement de ses lèvres, sa main se tendit fébrilement vers la bouteille, guidée par l\u2019attraction hypnotique, esclave du démon de l\u2019alcoolisme.\u2014 Tu en auras, lui dis-je, mais avant, parle.1] ramena son bras sur son genou, reprit son assiette, mais sans détourner les yeux de la bouteille.\u2014\u2014 Ecoute ! cette pipe du Père Arnaud où a-t-elle été prise ?\u2014 Sur un ruisseau qui se jette dans la rivière Sainte-Marguerite, à moins de trois jours de marche d'ici.Miracle ! Chidnish, le muet, parlait le français tout aussi bien que nous, \u2014\u2014 Connais-tu ce ruisseau ?\u2014\u2014 Oui.\u2014\u2014 Peux tu nous y conduire ?\u2014 Oui.\u2014 Pour toi cette pipe est-elle en or ou en cuivre ?\u2014 Elle est en or.\u2014 Combien demandes-tu pour nous conduire à ce ruisseau ?\u2014 Cinq sacs de farine et trois bouteilles de la boisson que voilà, et il touchait la bouteille qui lui brûlait à la fois les doigts et l\u2019âme.La-dessus, je lui versai un verre de café, & la rasade.fi OR OT OO 104 LA REVUE NATIONALE Il l\u2019avale d\u2019un trait, mais aussitôt après, d\u2019un seul bond il enfila la porte du yacht conduisant sur le pont, et là, il s\u2019étendit de son long, la face sur le plancher, tout en faisant mine de dormir d\u2019un sommeil de plomb.C\u2019était un homme vendu.Le soir, sur le tard, lorsque nous jetämes l\u2019ancre dans la baie des Sept-Iles, sortant de sa léthargie, Chidnish prit son canot, gagna la côte, sans mot dire, sans adieu, sans même tourner la tête vers nous, et disparut dans la nuit.Nous laissämes à des amis, un sac de farine pour prix de sa journée.En règle générale ne vous adressez jamais à un sauvage pour avoir des renseignements sur des gisements minéralogiques.En découvrent- ils qu\u2019ils ont soin de les cacher, de les dissimuler le mieux qu\u2019ils peuvent.Ils vous serviront de guides sur des indices recueillis ailleurs, mais rendus sur place, ils vous laisseront tâtonner sans même dire \u2018\u2018l\u2019anguille brûle\u201d lorsque vous touchez au bon endroit; et si vous revenez bredouille d\u2019une chasse à la fortune, lorsqu\u2019ils connaissaient le gîte de la poule aux œufs d\u2019or, vous les verrez les plus heureux des hommes.La tradition des persécutions dont les naturels du Mexique et du Pérou, au sujet des mines, ont été l\u2019objet, est-elle venue jusqu\u2019à eux ?Je l\u2019ignore, mais je sais qu\u2019ils ont une grande répugnance à s\u2019ouvrir à nous.Le soir, étant descendus à terre, nous passons la veillée chez un M.Smith, un des plus riches et des plus anciens planteurs des Sept-Iles, et qui sait sensiblement ce qu\u2019il dit lorsqu\u2019il parle pêche, fossiles, chasse ou mines, Propriétaire de plusieurs parts de dorys ou barques de pêche, il y intéresse ses enfants, trois vaillants gars, encore célibataires, et une jeune fille de seize ans, un beau brin de fille, ma foi, qui partage avec ses frères les travaux et les profits de la récolte de la mer.Le père s\u2019occupe principalement de chasse et de la quête de minéraux.C\u2019est en parlant de mines et de Chidnish qu\u2019il nous attire chez lui, et la veillée se passe à causer de ce sujet plein de mystères, d\u2019espérances et de désespoirs.Au cours de la conversation, la pipe d\u2019or du Père Arnaud étant venue sur le tapis, M.Smith nous en raconta la légende, à peu prés comme suit : Un sauvage, revenant de la chasse, un beau printemps, apporta au Père Arnaud, une pipe en métal qu\u2019il prétendit avoir creusée et travaillée au couteau.Etait-ce du cuivre natif ?Etait-ce une pépite d\u2019or ?Je n\u2019en sais rien, et sauf le Père Arnaud lui-même, personne n\u2019en connaît rien, parce que personne n\u2019a vu cette fameuse pipe qu\u2019on dit pourtant être encore en la possession du révérend Père.Interrogé, le sauvage répondit qu\u2019il avait trouvé ce minerai quel- uote anses) NT ee LES SEPT-ILES 105 que part en arrière d\u2019ici, dans un ruisseau tributaire de la rivière Sainte- Marguerite, à deux, trois ou quatre jours de marche.Allez-y voir, si bon vous semble.Quoiqu\u2019il en soit, sans avoir vu la pipe, je suis porté à croire qu\u2019elle était d\u2019or, et voici pourquoi : Il est tout probable que le sauvage aura indiqué au Père Arnaud l\u2019endroit où il avait fait sa trouvaille : et, il est à ma connaissance que, l\u2019année suivante, deux habitants de la côte, des protégés du Père, se mirent en quête de ce ruisseau, en arrière d\u2019ici; mais ne connaissant pas les bois et marchant sur des indications vagues, avec des données plus vagues encore sur la géologie et la minéralogie, ils ne s'aventurèrent qu\u2019à environ dix milles en profondeur, revinrent découragés et martyrisés par les moustiques, en jurant leurs grands dieux, qu\u2019on ne les y reprendrait plus.Or, il n\u2019y à aucun indice de cuivre dans les environs, pendant que je suis fondé à croire qu\u2019il s\u2019y trouve de l\u2019or.Le sauvage eût-il dit au Père Arnaud qu\u2019il avait trouvé ce morceau de minerai à quelques centaines de milles, vers la ligne de faîte du bassin du golfe Saint-Laurent, je croirais que c\u2019est du cuivre, mais ici, je crois plutôt que c\u2019est de l\u2019or.Du reste, le Père Arnaud sait distinguer l\u2019or du cuivre, et il n\u2019a pas pu tromper les deux hommes qu\u2019il a envoyés dans notre pays.Si la pipe n\u2019était pas d\u2019or, il ne se gênerait pas pour la montrer à qui voudrait la voir.\u2014 Fort bien, dis-je à M.Smith, mais sachant cela, pourquoi n\u2019avez- vous pas tenté une exploration pour votre propre compte ?\u2014 Je dois vous dire, répondit M.Smith, que nos montagnes sont de pratique difficile, durant la belle saison ; les lacs y sont nombreux, vous y trouvez autant d\u2019eau que de terre; et partout des ruisseaux, des torrents, sans compter les marais, les savannes, les fondrières entourées d\u2019arbousiers, de sapins rabougris, avec sentiers impraticables ; et puis les moustiques, les brûlots vous assaillent par légions, par nuées.Je vous avoue que je n\u2019ai pas osé m\u2019y risquer.Mais un hiver, allant à la chasse, je remontai notre petite rivière des Rapides ou des Sept-Iles, un ruisselet qui se jette dans la baie, à deux pas d\u2019ici, l\u2019espace de dix milles, d\u2019où je traversai trois petits lacs se touchant presque pour tomber dans un grand lac oval dont la rive ouest était entièrement formée d\u2019un banc de quartz aussi blanc que du lait.Avec la tête de ma hache, j'en détachai un morceau que je mis dans ma poche, dans le but de le faire examiner par des mineurs de la rivière Moisie, dont les sables étaient alors en pleine exploitation.Juste vers ce temps-là, M.Labrèche-Viger passant par ici, emporta une moitié de mon morceau de quartz, en me recommandant de ne montrer l\u2019autre moitié à personne avant de l\u2019avoir revu.Malheureusement, ce pauvre M.Viger mourait peu de temps après, probablement sans avoir fait analyser l\u2019échantillon qu\u2019il avait emporté 106 LA REVUE NATIONALE Sur ces entrefaites, ayant affaire sur la côte sud, je mis dans mon sac de voyage le morceau de quartz qui me restait, et je le fis voir à M.Roy, de Kamouraska, un mineur d'expérience, qui avait fait fortune en Californie, et qui venait redemander au pays natal un trésor autrement précieux qu\u2019il avait perdu en route, la santé.Ayant examiné ce minerai à la loupe, M.Roy n\u2019hésita pas à m'\u2019affirmer qu\u2019il contenait de l\u2019or, qu\u2019il était en tous points semblable au minerai de Californie, ajoutant que, sans les travaux pressants de la récolte, il se rendrait de suite sur les lieux.Il me pria de l\u2019attendre jusqu\u2019à l\u2019année suivante.Il advint de lui comme de M.babrèche-Viger ; le pauvre homme atteint de phtisie (consomption) mourut dans l'intervalle, Quant à moi, je n\u2019ai plus songé à ce projet, et depuis, c\u2019est la première fois que j'ai eu l\u2019occasion d\u2019en parler.\u2014 À votre avis, M.Smith, quelle serait la distance d\u2019ici au grand lac en question ?\u2014 Ce lac doit se trouver à environ quinze milles d\u2019ici, il se deverse dans là rivière Sainte-Marguerite par un ruisseau creusé dans le quartz même, et peut-être est-ce dans ce ruisseau que le sauvage aura ramassé sa pépite : peut-être est-ce plus loin aussi, car le quartz abonde dans cette direction, surtout par le nord-est de la rivière.La dignité personnelle de M.Smith, son âge avancé m\u2019étaient une garantie de l\u2019exactitude de ses renseignements.Avec d\u2019autres indications précises, des points de répère qu\u2019il me marqua distinctement, je ne pouvais manquer de trouver ce gisement de quartz ; j'étais prêt à tenter l\u2019exploration, mais malheureusement le syndicat de M.Têtu avait retenu mes services pour un mois et demi, et je dus le suivre vers la rivière Saint-Augustin, sans grand espoir toutefois de l\u2019atteindre avant l\u2019expiration de ce terme.Partie remise, et voilà tout ; je me promets bien de revenir à ce projet, si Dieu me prête vie.A.-N.MONTPETIT.Ottawa, 4 juillet 1895. ET HNOGRAPHIE MEXICAINE LA RACE NAHUA Disons maintenant quelques mots des tribus nahuas, qui, du sixième au seizième siècle, régnèrent sur l\u2019Anahuac Leur domination présente trois époques distinctes : celle des Tol- tèques, des Chichimèques et celle des Aztèques, Ces races, qui émigrérent ainsi à des époques successives dans les terres du Mexique, appartenaient à une même souche originaire ; c\u2019est ce qu\u2019attestent leurs dialectes, leurs institutions, leurs coutumes et leurs croyances, Reste à savoir si, en remontant assez haut dans le passé, on peut leur assigner une origine commune avec les Othomis et les Mayas.J'omets également d\u2019autres subdivisions de la race nahuat, connues sous les noms de Miztèques, de Zapotèques, de Tepanèques, d\u2019Acolhuas, etc, afin de ne pas ajouter ici à la confusion que présente déjà l\u2019ethnographie mexicaine.Mais d\u2019où venaient tous ces peuples qui, pendant tant de siècles, se poussant les uns les autres, se répandaient sur les plaines de l\u2019Anahuac et sur la plus grande partie de l\u2019Amérique centrale ?D'un commun accord, on les fait venir du nord ou du nord-ouest, d\u2019une région qui s\u2019étend du Nouveau-Mexique et du Texas jusqu'à I'Etat de Sonora, le long du golfe de la Californie.On retrouve encore aujourd\u2019hui parmi les indigénes de la haute Californie, de l\u2019Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas, la trace de la langue des Nahuas.La route qu\u2019ils suivirent pendant leurs migrations vers le sud nous apparaît dans les noms de villes et dans certains types actuels de ces divers Etats.Disons encore que, de la race nahuat, les Toltèques ne furent pas les premiers à émigrer vers le sud.Bien avant leur établissement, qui date, je le répète, du sixième siècle de notre ère, d\u2019autres tribus nahuas occupaient déjà plusieurs points du Mexique, entre autres les Zapotèques, autour des ruines vraiment merveilleuses de Mitla, dans la! province d\u2019Oaxaca, qui ne peuvent être comparées, dit un éminent archéologue, M.Viollet-le-Duc, qu\u2019aux monuments de la meilleure époque de la Grèce et de Rome.Mais on connait peu de choses tou- 108 LA REVUE NATIONALE chant l\u2019histoire de ces migrations prétoltèques ; de fait, le groupe toltèque est le premier sur lequel les traditions des peuples qui occupaient l\u2019Anahuac lors de l\u2019arrivée des Espagnols, nous donnent quelques renseignements positifs.LES ToLTÈQUES.\u2014Les Toltèques désignaient, sous le nom de Huehue-Tlapallan, le pays qu'ils habitaient avant leurs migrations vers le Sud.Cette région, d\u2019après de récentes explorations, se trouverait comprise entre la rivière Gila et le Calorado et les Etats de Sonora et Sinaloa.Toujours est-il, qu\u2019au sein des habitants de Huehue- Tlapallan éclata, d\u2019après leurs annales, une longue et violente révolution, qui inonda bientôt l\u2019Anahuac de hordes émigrantes.Sept tribus principales, connues sous le nom générique de Toltèques, se dirigèrent vers le sud, à la recherche d\u2019une nouvelle patrie.Leurs pérégrinations durèrent un grand nombre d'années, 124 ans, dit-on, et ils laissèrent sur divers points des traces de leur passage.Parvenus à une dizaine de lieues de Mexico, ils s\u2019y arrêtèrent et fondèrent une ville qu\u2019ils nommèrent Tollan ou Tula, en souvenir de leur ancienne patrie; ce fut une ville célèbre en même temps que leur capitale.Ceci se passait vers l\u2019an 660 de notre ère.Dès cette époque les Toltèques vivaient sous un gouvernement monarchique.On les représente comme grands, bien proportionnés, de couleur jaune clair; les yeux étaient noirs, les dents très blanches, les cheveux noirs et luisants, les lèvres épaisses, le nez aquilin et le front fuyant.Ils avaient la barbe peu fournie ; la bouche exprimait la douceur mais le front était sévère.Intelligents, disposés à s\u2019instruire, ils personnifient, dans les souvenirs des peuples de l\u2019Anahuac, les connaissances techniques, les sciences, la civilisation.Les premiers, ils créent des routes et construisent des aqueducs ; ils savent utiliser certains métaux, filer et teindre des étoffes, tailler les pierres précieuses, bâtir de solides demeures, avec des pierres liées par de la chaux ; établit de véritables villes, ériger des temples et des palais tout en pierres taillées, au point que leur nom est devenu synonime : \u201c d\u2019ouvrier habile (1).\u201d Ils s\u2019occupaient d'agriculture et de commerce, et c\u2019est à eux que l\u2019Anahuac est redevable de la culture du maïs.Les fouilles récemment opérées sur le site de Tula et d\u2019autres de leurs anciennes villes, viennent corroborer la chronique et nous révèlent en effet un haut degré de civilisation matérielle: M.Désiry Charnay, dans une de ses missions archéologiques, en fouillant les ruines de l\u2019ancienne capitale des Tol- tèques, mit au jour une habitation qui se composait de 24 chambres, de deux citernes, de 12 corridors et de 15 petits escaliers \u2018\u2018 d\u2019une architecture extraordinaire et d\u2019un intérêt palpitant,\u201d s\u2019écrie-t-il avec enthousiasme.M.Charnay croit qu\u2019ils fabriquaient le verre et la porcelaine.(1) Nadaillac.\u2014L\u2019Amérique préhistorique. ETHNOGRAPHIE MEXICAINE 109 La tradition rapporte que le palais d\u2019un de leurs chefs les plus renommés, Quetzalcoatl, qui fut en même temps leur plus grand législateur, renfermait quatre salles principales ; la première, donnant à Pest, était appelée la salle dorée ; les murs étaient couverts de plaques d\u2019or finement ciselées ; la salle des éméraudes et des turquoises était à l\u2019ouest, et, comme son nom l'indique, les parois étaient incrustées de pierres précieuses d\u2019un éclat incomparable ; les murs de la salle du sud étaient ornés de coquilles aux couleurs brillantes, enchâssées dans des plaques d'argent ; enfin la salle du nord était en jaspe rouge travaillé avec goût.Leurs connaissances astronomiques étaient remarquables, et leur calendrier, perfectionné plus tard par les Aztèques, et calculé avec plus de\u2019précision que les calendriers des Européens de la même époque, n\u2019est pas le moindre de leurs titres de gloire ; ce calendrier est basé sur les principes du calendrier égyptien et des calendriers asiatiques.(1) Il en est de même d\u2019ailleurs de l\u2019organisation politique et religieuse, des monuments, des mœurs, des coutumes de ces anciennes races civilisées de l'Amérique : tout nous rappelle ici les vieilles civilisations asiatiques : c\u2019est l\u2019Inde, la Chaldée et l'Egypte qui revivent chez des peuples sortis d\u2019une souche commune et depuis longtemps émigrés dans notre continent.Je viens de prononcer, il y a un instant, un nom qui a dû paraître étrange au lecteur, comme il l\u2019est à moi-même, encore peu familier avec l\u2019idiome tolteque.Quetzalcoatl, c\u2019est bien cela, est un personnage peu connu, je le crains, des hommes politiques de nos jours, quoiqu\u2019ii ait joué un rôle tellement considérable, tellement prépondérant au milieu des hommes de son temps, qu\u2019il a réuni en sa personne tous les titres imaginables, jusqu\u2019à être adoré comme un dieu après sa mort, ou sa disparition mystérieuse, on ne sait au juste.Le fait est qu\u2019il est presque impossible de rétablir l\u2019identité historique de Quetzalcoatl, tant la légende à amplifié les actions de ce héros.Au temps des Aztèques on parlait encore de son règne comme ayant été l\u2019âge d\u2019or de la contrée qu\u2019il habitait; \u201ctous les hommes étaient riches alors.\u201d Il passe pour avoir été législateur et fondateur de religion.On le représente comme un homme à peau blanche, de haute taille, au front large, aux grands yeux, à la barbe touffue, portant par décence d\u2019amples vêtements semés de croix.Les lois qu\u2019il avait données aux hommes témoignaient de son savoir, de sa sagesse et de sa vie austère.Ce qui semble certain, c\u2019est qu\u2019il créa une religion nouvelle basée sur le jeûne, la pénitence et la pratique de la vertu.Les premiers écrivains espagnols allèrent jusqu\u2019à le confondre avec l\u2019apôtre saint Thomas qui, des Indes, serait passé en Amérique.Le fait dominant de toutes les légendes recueillies, dit à ce propos !\u2019 I'au- (1) Lucien Biart, Les Azteques.Nadaillac, L' Amérique préhistorique. 110 LA REVUE NATIQNALE teur de L'Amérique préhistorique, est l\u2019arrivée d\u2019étrangers blancs, barbus, portant des vêtements noirs, selon toutes les probabilités des missionnaires Boudhistes, qui vinrent prêcher aux Nahuas des doctrines nouvelles.Nous n'avons sur ce point, ajoute-t-il, que les données les plus vagues et les plus confuses, et nous savons seulement que le chef de ces hommes fut appelé Quetzalcoatl.Etabli dans une partie fertile du Mexique, sous un climat tempéré, le peuple toltèque, malgré les guerres extérieures et ses discordes civiles, ne tarda pas à prospérer et à dominer sur tout l\u2019Anahuac.Il fonda de nombreuses villes, et partout il fit sentir l\u2019influence de sa civilisation.L'empire toltèque dura environ 400 ans.Il ne compte que huit rois ; ce fait paraît étrange, mais une loi voulait que chaque souverain régnât une période de 52 ans, ce qui faisait un siècle, d\u2019après le calendrier toltèque.Si par hasard le souverain atteignait ce terme sur le trône, il abdiquait en faveur de son successeur.S\u2019il mourait avant cette date, le royaume était gouverné en son nom par un conseil choisi parmi les nobles jusqu\u2019à l\u2019expiration du siècle.Toutes les chroniques s'accordent à dire qu\u2019une longue série de malheurs marqua la fin de la monarchie toltèque.Une sécheresse constante, et, par suite, la famine, des maladies pestilentielles, un schisme religieux, des guerres civiles, la corruption des mœurs des habitants produite par le luxe et les plaisirs, l\u2019affaiblirent tellement qu\u2019elle ne put résister aux attaques des Chichimèques qui s\u2019emparèrent de Tula, sa capitale, et devinrent les maîtres du pays.Un grand nombre de Tol- tèques émigrèrent alors au Yucatan, au Guatemala et autres régions du sud.Ceci se passait vers la fin du XIe siècle ou au commencement du XIIe.LES CHICHIMÈQUES.\u2014 Nous n'avons que des données les plus confuses et les plus contradictoires touchant l\u2019origine des Chichimèques.Pour les uns, ce sont de vrais barbares qui subirent l'influence des nations plus policées avec lesquelles ils vinrent en contact; pour d\u2019autres, c\u2019est déjà le peuple policé d\u2019Acolhuacan, avec Texcoco pour capitale.Quelques-uns en font une race distincte des Nahuas, d\u2019autres leur attribuent une origine commune.Les Nahuas eux-mêmes revendiquaient une parenté d\u2019origine avec les Chichimèques, \u201crace valeureuse et guerrière.\u201d En tout cas, ils n\u2019étaient pas nouveaux venus lorsque, au XIe siècle, ils vainquirent les Toltèques.On dit même qu\u2019ils habitaient le pays avant l\u2019arrivée des Nahuas, mais comme ils s\u2019étaient pendant longtemps tenus en dehors de l'influence civilisatrice de ces derniers, ceux-ci ne voyaient en eux que des barbares plutôt que des frères.En effet, le nom de Chichimèques, dans l\u2019idiome nahuatl, signifie : chasseur nomade, et n'aurait pas, par conséquent, de valeur ethnographique. ETHNOGRAPHIE MEXICAINE 111 Leur nom revient souvent dans les chroniques indigènes.Leurs allées et venues sont continuelles ; tantôt ils apparaissent sur un point, tantôt sur un autre, toujours prêts à piller ou à susciter quelque querelle.Toutefois, ce qui paraît probable, c\u2019est qu\u2019à l\u2019époque où ils devinrent les maîtres de l\u2019Anahuac, les Chichimèques s\u2019étaient déjà fractionnés en diverses tribus, dont quelques-unes avaient dû subir l\u2019influence civilisatrice des Toltèques.En effet, une fois vainqueurs de ces derniers, ils adoptèrent immédiatement leurs usages, leurs mœurs et leur civilisation, à tel point que la monarchie chichimèque ne fut, au demeurant, que la continuation de la monarchie toltèque.Ce que l\u2019on sait, par exemple, c\u2019est que Xolotl, leur chef, voulut que son fils aîné épousat une princesse issue des rois Toltêques.Après leur défaite, le gros des T'oltèques, comme nous venons de le dire, émigra vers le sud; mais un certain nombre d\u2019entre eux ayant continue d\u2019habiter le pays, le monarque chichimèque, par une politique habile, rechercha leur amitié ; de sorte que ceux-ci, s'étant alliés aux familles princières chichimèques, exercèrent la plus heureuse influence sur la barbarie native de leurs vainqueurs, et formèrent la souche de la famille des rois de Texcoco, qui fut la capitale de ce nouveau royaume.Le roi chichimèque divisa son empire en plusieurs provinces ou fiefs, dont il confia l'administration à ses principaux officiers, à la condition qu\u2019ils lui rendissent hommage.Il ordonna à ses sujets de repeupler les villes qui avaient été abandonnées par les Toltèques sans en changer les noms, qu'il fit conserver avec soin, et il ne les autorisa à donner des noms chichimèques qu'aux villes qu\u2019ils fonderaient eux-mêmes.(1) Quelques années plus tard, les Chichimêques virent apparaître de nouvelles tribus de leur nation, entre autres les Alcolhuas.Des terres leur furent concédées.Les Alcolhuas, plus civilisés que leurs devanciers, recherchérent davantage le commerce des Tolteques, les secon- derent si bien dans leur ceuvre de civilisation et d\u2019adoucissement des mœurs de leur nouveaux maîtres, et provoquèrent à tel point la renaissance des arts et des sciences, que, vers l\u2019an 1281, Taxcoco pouvait rivaliser en splendeur avec T'ula, l\u2019ancienne capitale des Toltèques.A Taxcoco, dit Sahagun, il y avait des écoles primaires ou des écoles d\u2019art, de véritables académies, qui ne pouvaient être qu\u2019une réminiscence d\u2019institutions semblables chez leurs aïeux toltèques, La ville d\u2019Uatlan, dans le Guatamela, qui tomba au pouvoir d\u2019Alvarado en 1524, et où régnait également la civilisation toltèque, \u201c renfermait, dit Juarës, plusieurs édifices vraiment somptueux ; le plus superbe était le collège, où l\u2019on élevait cinq à six mille enfants, tous entretenus aux frais du trésor public.L\u2019instruction leur était donnée par soixante-dix maîtres ou professeurs.\u201d Un des rois \u2018de Taxcoco, Nezahualcojotl, (1) Mariana Veytia, t.11, ch.ler. pe AN IRN IH (a i iH in HE MR ii \u2018A : Bi: JN | A 112 LA REVUE NATIONALE composa en langue aztèque, soixante hymnes en l\u2019honneur de l\u2019Etre Suprême, et quelques élégies fort remarquables.On ne se doute pas, en vérité, ajoute M.Charnay, du degré d\u2019avancement de ces populations.LES AZTÈQUES, \u2014Enfin, vint un moment où s\u2019ébranla la dernière de ces nombreuses invasions qui, du nord, se dirigeaient vers le sud, et aboutissaient toutes sur le plateau de l\u2019Anahuac, point reliant les deux moitiés de l\u2019hémisphère américain.Cette région du nord semble avoir été une véritable fourmilière d\u2019hommes et pendantde longs siècles elle fut le point de départ de tant de tribus, de nations immigrantes, qu\u2019il est aujourd\u2019hui extrêmement difficile, au linguiste comme à l\u2019ethnographe, de se reconnaître au milieu de ces populations cent fois mélangées, et de démêler exactement ce qui revient à chacune des races concurrentes.M Manuel Orozco y Berra, qui passe pour avoir été le plus savant et le plus judicieux des modernes archéologues mexicains, a compté jusqu\u2019à 120 idiomes en usage, et 62 au moins qui semblent définitivement perdus.Quoi qu\u2019il en soit, cette dernière invasion que nous venons de mentionner, était celle des Aztèques.La filiation ethnographique des Aztèques ne soulève aucune discussion.Ils forment avec les Toltèques et autres tribus que nous voyons en lutte sur le haut plateau des Cordillères, un groupe compact, homogène, de sang purement nahua ; on y remarque une si intime ressemblance de coutumes, de traditions, de rites, de croyances, de langue et d\u2019écriture, d\u2019organisation religieuse et sociale, que l\u2019identité ethnique éclate à première vue.Les Aztèques disaient venir d\u2019un pays du nom d\u2019Aztlan, cette mystérieuse contrée n\u2019a pas pu être déterminée avec certitude ; mais les Aztèques et les Toltèques ayant une origine commune, ils devaient primitivement habiter la même contrée ou un lieu peu éloigné de Huehue-Tlapallan, patrie primitive des Toltèques, et que l\u2019on a placée au Nord-Ouest et vers la Gila.Il peut arriver cependant qu\u2019elle se trouve ailleurs, d\u2019autant plus que la science moderne, s'appuyant sur les récentes découvertes faites sur les ruines du grand Calorado et sur celles de ses affluents, tend de plus en plus à donner aux Aztèques les Mound-Builders pour ancêtres.Le vaste territoire occupé par les Mound-Builders ainsi que les monuments qu\u2019ils ont laissés, accusent une population d\u2019une densité extrême, qui n\u2019a pu s\u2019éteindre sur place et qui a dû fournir les éléments de ces continuelles immigrations qui, pendant tant de siècles, se répandirent dans le Mexique et l'Amérique centrale.C\u2019est là, croyons-nous, qu\u2019il faut chercher les ancêtres de toute la race nahua et leur pays d\u2019origine, en tant qu\u2019origine américaine.D\u2019après certaines de leurs chronologies, les Aztèques;seraient sortis d\u2019Aztlan en l\u2019an 1064 ; d\u2019autres de leurs annales fixent leur départ en ee erm es sits emir ti Bi i Ch i} ETHNOGRAPHIE MEXICAINE 113 l\u2019an 1090.Il paraît établi toutefois qu\u2019ils ne s\u2019avancèrent que lentement vers le sud, et séjournèrent dans plus d\u2019un endroit avant de se fixer définitivement, puisque ce n\u2019est que vers le commencement du X1Tlème siècle qu\u2019ils arrivèrent dans la vallée lacustre de Mexico, où ils furent d\u2019abord réduits en servitude.Après un nouveau siècle d\u2019aventures et de misères de toutes sortes, ils recouvrèrent enfin leur liberté et se réfugièrent dans des marais inaccessibles, où surgissaient ci et là quelques insignifiants îlôts de sable.Ce fut sur un de ces ilots qu\u2019ils fondèrent une ville qui devait bientôt devenir célèbre, On était alors en l'an 1325; à ce moment, les Azteques étaient misérables, faibles et craintifs.Ayant construit un temple rustique pour abriter leur dieu, ils groupèrent autour, à défaut d\u2019autres matériaux plus solides, de simples huttes en terre et en jonc.A force de travail, ils arrivèrent à créer des jardins flottants qu\u2019ils ensemençaient de maïs et d\u2019autres plantes (1).Ils réunirent ainsi peu à peu plusieurs îles, en comblant les intervalles qui les séparaient ; comme l\u2019eau du lac était saumâtre, ils étaient obligés d\u2019aller chercher sur la terre ferme l\u2019eau douce qui leur faisait complètement défaut; ils avaient obtenu ce privilège en payant un tribut annuel.Telle fut l\u2019'humble origine de la grande ville destinée à devenir la capitale d\u2019un vaste royaume, et dont la magnificence devait émerveiller plus tard ses conquérants, La ville que les Aztèques venaient ainsi de fonder fut d\u2019abord appelée Tenotchitlan, du nom d\u2019un de leurs chefs qui présida à sa fondation ; ce ne fut que plus tard qu\u2019elle prit le nom de Mexico, en l\u2019honneur de leur divinité principale, Mexitli, et les Aztèques eux-mêmes, pour le même motif, se nommèrent peuple de Mexi ou Mexicains.Leur nom d\u2019Aztèques leur venait d\u2019Aztlan, leur pays d\u2019origine.Vers cette époque, c\u2019est-à-dire en 1357, ainsi que l\u2019établit Orozco, car nous sommes maintenant entrés dans le domaine proprement dit de l'histoire, telle que l'entend la critique moderne, les peuples d\u2019origine nahua, répandus dans la grande vallée de l\u2019Anahuac, dominaient tout à fait l'élément barbare, mais ils étaient divisés en un grand nombre de petits Etats qui, sous des noms divers, visaient chacun à une existence indépendante.(1) \u201c Ces jardins étaient des radeaux composés de pièces de bois léger, entremélées de joncs, reliées entre elles par des plantes aquatiques ; sur cette base, les Aztèques amoncelaient deux ou trois pieds de boue noire qu\u2019ils tiraient du fond du lac, ce qui leur procurait une terre des plus fertiles, où toutes les plantes se développaient admirablement, sans que le cultivateur eût à s'inquiéter jamais de la sécheresse ou de la pluie.Plus tard, ces jardins flottants se multiplièrent jusqu\u2019à former autour de la ville une enceinte de verdure et de fleurs, et chaque matin, au point du jour, on voyait déboucher par les canaux, sur la grande place, une multitude de barques chargées de légumes, de fruits et de fleurs.\u201d (Désiré Charnay, Les anciennes villes du Nouveau-Monde.8 FEORCOC CO EE OR SOUS I RO OV ER OR EEE ee 114 LA REVUE NATIONALE On comptait alors dans la vallée, reliées entre elles par une sorte de lien féodal, au-delà de trente villes principales, essayant, chacune de son côté, de devenir prépondérantes.En d\u2019autres termes, les intérêts de tous ces petits Etats, de toutes ces villes, se trouvaient constamment opposés, et les dissensions intérieures, les révoltes, la guerre enfin régnaient en permanence.Ce fut donc par les armes que les Aztèques fondèrent leur empire.Ils surent aussi, par une politique habile, se ménager des alliances, au moyen desquelles ils renversèrent la puissance Chichimèque et étendirent partout leur domination ; si bien, que pendont les deux siècles suivants, ils devinrent à leur tour les maîtres absolus de la plus grande partie de I\u2019Anahuac.On sait que ce fut en 1520 que Cortez détruisit l\u2019empire des Azté- ques, et qu'il s'empara de leur capitale après un siège de 93 jours, et encore ne réussit-il qu\u2019avec le secours d\u2019autres peuples indigènes, ennemis des Aztèques, de surtout des habitants de la république de Tlaxcala, qui avait toujours été l'implacable rivale de Mexico.(1) Je ne m\u2019étendrai donc pas sur un fait historique si connu ; mais je terminerai par quelques données générales sur l'organisation civile et religieuse des Aztéques.Les Aztèques étaient gouvernés par des empereurs.On compte onze souverains pendant les deux siècles que dura leur domination.On choisissait le monarque parmi les plus proches parents de l\u2019empereur défunt.Il était élu par quatre nobles délégués à cet effet par les membres de leur propre caste, et l'installation du nouvel empereur se faisait avec une grande pompe, et de nombreuses cérémonies religieuses, Il exerçait une autorité presque absolue; mais un conseil, composé de membres de la première noblesse, l\u2019assistait dans la gestion des aftaires de l'empire.Les hauts fonctionnaires de la Cour et de l\u2019Etat se recrutaient également parmi les familles nobles, et ils étaient tenus de résider dans la capitale.La puissance législative du monarque était encore contrebalancée par le pouvoir des tribunaux supérieurs, indépendants de la couronne.L'administration de la justice avait cela de particulier, qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019avocats, de sorte que les parties clles-mémes plaidaient leurs procès et obtenaient justice sur le champ, sans voir leurs affaires s\u2019embrouiller, comme il arrive de nos jours, et traîner indéfiniment en (1) Sur la fin du siège 200,000 Indiens combattaient, sous les Espagnols, contre les Aztèques. ETHNOGRAPHIE MEXICAIE 115 longueur.Des greffiers transcrivaient les témoignages en caractères hiéroglyphiques.Les lois, d\u2019une extrème sévérité, se conservaient de la même manière.Si un juge était même soupçonné de s'être laissé corrompre, il en était puni sur le champ.Un tribunal spécial surveillait les affaires matrimoniales.Les lois relatives aux esclaves étaient moins rigeureuses que celles des Grecs et des Romains, et, au Mexique, un esclave pouvait facilement racheter sa liberté.Les impôts se payaient en nature ; ils étaient répartis sur toutes les classes de la société.Les produits de l\u2019industrie payaient une taxe.Par un système admirable de voies spéciales et de messagers se relayant de station en station, on entretenait des communications journalières entre la capitale et les parties les plus reculées du pays.Tous ces peuples de race nahuatl croyaient à un Dieu suprème, créateur et maître de l\u2019univers.\u201cLe trône que tu occupes, dit l\u2019un de ses rois, n\u2019est-il pas un don du dieu sans égal, le puissant créateur de toutes choses, celui qui fait et qui abaisse les princes et les rois.\u201d Au dessous de cet être suprême, les Aztèques rangeaient treize divinités principales et deux cents secondaires ; chacune d\u2019elles avait un jour qui lui était particulièrement consacré.Ils croyaient également à une vie future, à un lieu de bonheur pour les bous et à un enfer d'éternelles ténèbres pour les impies, Les prêtres étaient nombreux et exerçaient une influence illimitée sur les affaires publiques et sur la vie privée.Ils se divisaient en plusieurs ordres, et chaque classe avait ses attributions spéciales : les uns présidaient aux sacrifices humains, les autres à la musique, à l'éducation publique, à l\u2019exécution et à la conservation des hiéroglyphes et des Calendriers.Ils instruisaient la jeunesse ; c\u2019était là leur principale occupation.Des édifices particuliers étaient annexés à tous les temples pour cette fin.Dans les écoles supérieures, on enseignait, entre autres choses, l\u2019astronomie, la philosophie et l\u2019histoire.Cet enseignement se faisait au moyen de peintures hiéroglyphiques.À part les caractères symboliques et idéographyques, les Mexicains faisaient aussi usage de signes phonétiques peignant uniquement le son.Ainsi un bon nombre de signes rendaient les oojets, non par leur vraie figure, ni par un symbole convenu, mais par le nom qu\u2019ils portaient dans l\u2019idiome parlé, Les lois, les rapports des fonctionnaires au gouvernement, les cartes géographiques, étaient dessinés en caractères de ce genre, coloriés, sur de la toile de coton, sur des peaux habilement préparées ou sur une espèce de papier végétal.Leur calendrier et tout leur système de numération, de même que les proportions données à leurs édifices, supposent des connaissances très étendues en astronomie et en mathémathiques.L'agriculture était 116 LA REVUE NATIONALE tenue très en honneur, et leur habileté dans les arts n\u2019a pas peu surpris les Espagnols ; les orfèvres aztèques, par exemple, étant supérieurs à ceux de l'Espagne de cette même époque.Quant à l\u2019éducation générale et domestique des Mexicains, elle avait pour but de les façonner de bonne heure à l\u2019art de la guerre.Les Aztèques étaient braves, hauts de stature, vigoureux et bien faits.(1) Avant d\u2019entreprendre une guerre, des ambassadeurs sommaient l'ennemi d\u2019avoir à se soumettre ; s\u2019il n\u2019obéissait pas à cette injonction, on lui signifiait une déclaration formelle de guerre.Ces ambassadeurs portaient, en signe de leur mission, une flèche avec la pointe tournée en bas et un bouclier attaché au bras gauche.Généralement c\u2019était l\u2019empereur en personne qui commandait l\u2019armée, où régnait la plus sévère discipline.Malheureusement la pratique des sacrifices humains qui, au temps de la conquête, avait atteint des proportions épouvantables, constitue une tache lugubre sur cette civilisation, si brillante sous tant d\u2019autres rapports ; et on s'explique difficilement cette coutume cruelle des Aztèques, qui contraste si singulièrement avec la douceur et la pureté de leur morale, Voici ce qu'on raconte touchant l\u2019origine de ces sacrifices : À peine les Aztèques, après avoir souffert bien des persécutions avant de s'établir définitivement au Mexique, venaient-ils de fonder leur nouvelle capitale et d\u2019ériger un temple rustique à leur dieu protecteur, qu'un de leurs chefs, Xomichil, faisant un jour la chasse d\u2019un animal dont il voulait semparer pour l\u2019immoler sur l\u2019autel du dieu, rencontra un Colhua et l\u2019amena à ses compatriotes.Ceux-ci, ne voyant dans ce malheureux qu\u2019un de leurs anciens oppresseurs, le livrèrent au grand prêtre, qui lui arracha le cœur pour l\u2019offrir à leur dieu, le terrible Mexitli.Ainsi commença la série de ces horribles massacres qui, durant trois siècles, devaient faire tant de victimes.Sur les derniers temps de l'empire atzèque, des milliers de victimes humaines marquaient l'avènement au pouvoir de chaque nouvel empereur ; ce dernier même ne pouvait être couronné sans avoir conquis par une guerre les victimes destinées aux dieux dans cette importante cérémonie.Enfin, il faudrait écrire un volume si on voulait passer en revue tous les détails de l\u2019organisation politique, sociale et religieuse des (1) Il est inutile de rappeler ici que les deux prétendus Aztèques qui, il y a quelques années, ont été offerts à la curiosité publique, et que nous avons eu occasion de voir ici même, à Québec, lors du passage du musée de Barnum, n\u2019avaient pas la moindre ressemblance avec les anciens Aztèques; ce n\u2019étaient que deux chétifs zambons de \u2019Amériq ue centrale, qui n\u2019avaient de commun avec les véritables Aztèques que le nom, qui leur fut donné par un motif évident de réclame.E\u2014\u2014 \u2014\u2018 \u2014\u2014\u2014 gp ity à ETHNOGRAPHIE MEXICAINE 117 Aztèques ; leur civilisation semble pourtant n\u2019avoir été que le reflet de la civilisation des Tolteques.Les Astéques étaient parvenus a l'apogée de leur grandeur, quand arrivèrent les Espagnols qui, favorisés comme nous l\u2019avons vu, par les plus heureuses circonstances, réussirent à s'emparer de Mexico et, finalement, de tout le pays.C\u2019est alors que commença pour les malheureux Mexicains, comme plus tard pour les Incas du Pérou et en général partout où s\u2019établirent les Espagnols, cette série de maux, de persécutions, de trahisons, de traitements barbares dont furent victimes les nations indigènes de cette partie du Nouveau Monde.Au Mexique, pour satisfaire leur cupidité, il les condamnèrent à des travaux excessifs et à l'exploitation des mines, oû la plupart mouraient dans les supplices ou d\u2019épuisement.Ce fut au point que Las Casas, 3 la fin indigné de la conduite barbare de ses compatriotes envers les malheureux vaincus, s\u2019'adressa à Charles-Quint pour empêcher l\u2019annihilation entière de tout un peuple ; ce qui serait probablement arrivé, sans l'intervention énergique et constante du clergé en faveur des indigènes.Dans notre siècle, le sort de ces anciens possesseurs du sol a été beaucoup amélioré.Depuis plus de trente ans, dit quelqu\u2019un qui a vécu pendant plusieurs années au milieu d\u2019eux, ces vaincus semblent se réveiller de leur longue apathie, retrouver l\u2019énergie, l\u2019esprit d\u2019initiative qui firent autrefois d\u2019eux une grande nation.Peu à peu, ils envahissent tous les postes, deviennent présidents, ingénieurs, médecins, voire peintres et sculpteurs.Et, phénomène singulier, ils commencent, ajoute-t-il, à dominer moralement la société qui les a si longtemps repoussés et n\u2019a guère su que les opprimer.Québec avril 95.ALIPHONSE GAGNON. LES PATRIOTES DU NORD DAVID MARSIL Er WIFRED PRÉVOST Deux types de force, de vigueur physique et intellectuelle, survivants d\u2019une génération de lutteurs, représentants de familles au caractère viril, à la tête ardente, au sang chaud, où les glaces de la vieillesse n\u2019ont pas le temps de se former.Jeunes, bruyants, passionnés malgré leur soixante ans, aimant le plaisir comme à vingt ans, et cependant sérieux quand il le faut, instruits, attachés à leurs professions, deux têtes capables de tout comprendre et de tout faire.Leurs natures originales comme on n\u2019en trouve guère, oùl\u2019on voit mêlés et en ébullition les éléments les plus disparates, le diamant, l\u2019or, l\u2019argent, le fer et le plomb, où tout se transforme comme par enchantement.Rudes, violents, rugissant parfois comme des lions et un instant après, doux comme des agneaux ou des Conseillers législatifs, Marsil surtout, quand le cœur est touché.L\u2019un, Marsil, médecin instruit, chirurgien distingué, l\u2019autre, Prévost, avocat habile, tous deux tribuns puissants ; inondant les assemblées des laves brûlantes de leur éloquence, faisant retentir l\u2019air dix lieues à la ronde de leurs imprécations à la Canaille, ébranlant les murs du Conseil législatif'des éclats de leurs voix formidables.Aimant les périodes sonores, les invocations à la liberté, au patriotisme, à l'indépendance, aux sentiments humanitaires, tout cela accompagné d\u2019arguments et de raisonnements solides, Faits pour les assemblées populaires, pour les réunions tumultueuses, déplacés plus ou moins, par conséquent, dans le Conseil législatif dont les murs frémirent lorsque leurs voix s\u2019y firent entendre la première fois.L\u2019huissier de la verge noire faillit en perdre connaissance ; la verge lui tomba des mains et il crut qu\u2019il rêvait, qu\u2019il assistait à une séance de la Convention de 1793.Les petits pages accoutumés à l\u2019éloquence douce et paisible des honorables conseillers eurent l\u2019idée de s\u2019en- fai > \u2014 =\u2014.= LES PATRIOTES DU NORD 119 fuir, et l\u2019orateur se demanda si on ne devait pas enlever la masse pour l'empêcher d\u2019entendre des accents aussi profanes.Il ne suffit pas de les entendre, il faut les voir, Marsil surtout, avec sa taille de géant, et sa tête immense couverte d\u2019une forêt de cheveux blonds descendant sur ses larges épaules.Il faut le voir, lorsque secouant sa large crinière et se battant les flancs de ses larges mains, rugissant comme un lion, il menace ses adversaires, £t l\u2019autre moins grand, moins gros, plus trappu, plus vif, plus violent, plus rugissant, aussi noir que l\u2019autre est blond.C\u2019est un spectacle! Ils ne sont plus tout à fait ce qu\u2019ils étaient, ils ont fini par subir l\u2019influence du milieu, de l\u2019entourage, on dirait maintenant deux lions muselés ne faisant entendre des rugissements de temps à autre que pour l\u2019acquit de leur conscience.Mais c\u2019est dans leur chambre privée qu\u2019il faut les voir, dans ce qu\u2019on appelle \u2018\u2018 La chambre des patriotes.\u201d La, pas de muselage, pas de déguisement, ils sont chez eux et ils donnent libre cours aux flots de leur éloquence grandiose, depuis huit heures, quand le Conseil législatif ne siège pas, jusqu\u2019au lendemain matin à trois ou quatre heures.On va à la chambre des patriotes en pèlerinage comme les Mahométatis à la Mecque ; on est sûr d\u2019y trouver la guérison de la mélancolie et de toutes ces tristesses de l'âme.Là, vous pouvez entrer à toute heure et vous v trouverez nos deux patriotes, les cheveux et la barbe en désordre, la chemise ouverte sur la poitrine, les bretelles battant les reins, la pipe à la bouche et le verre pas bien loin, parlant, riant, gesticulaat, prêts à pérorer sur tout, à raconter toute sorte d\u2019histoires, et à discuter sur tous les sujets avec une verve, un entrain, une vivacité et une force inépuisables.Là, vous apprendrez l\u2019histoire des patriotes, si vous ne la connaissez pas.Mais malheur à vous, si vous osez, sur un pareil sujet, exprimer des doutes et même manquer d\u2019enthousiasme.C\u2019est à qui des deux alors vous accablera d\u2019imprécations, et, en vain, vous essaieriez d'arrêter le torrent qui vous inonde.Une seule chose peut vous sauver, c\u2019est que pour un mot ou une assertion risquée faite par l\u2019un d'eux, l\u2019autre lui tombe dessus.Alors c\u2019est la lutte d\u2019Agamennon et d'Ajax avec toutes les apostrophes, le vocabulaire de gros mots qu\u2019Homère met dans la bouche de ses héros.Ils sont superbes à voir et à entendre dans leur colère, et vous ne pouvez vous empêcher de rire et applaudir en même temps.Le tout se termine heureusement par un verre de vin.Le lendemain ils sont à leur poste, graves comme des rabins, et se préparent froidement à la discussion des questions inscrites à l\u2019ordre du jour.EE ERNE, 2X 120 LA REVUE NATIONALE Je ne serais pas juste si je me contentais d\u2019une simple vue de surface de ces deux hommes.Leur exhubérance de vie et de langage, leur nature démonstrative et bruyante ne les empêchent pas d\u2019avoir de bonnes et fortes têtes, de grandes qualités, Le docteur Marsil n\u2019est pas patriote qu\u2019en apparence, il l\u2019est sincèrement et profondément dans ses actes comme dans ses paroles.Cette grosse charpente, taillée à grands coups de hache, cache, sous sa rude écorce, une grande noblesse de sentiment, un amour passionné du vrai et du beau, une sensibilité de femme, un cœur de héros, une nature d\u2019artiste.On ne dirait pas à le voir, à l\u2019entendre parfois, qu'il joue l\u2019orgue de sa paroisse depuis vingt-cinq ans et chante l\u2019Ave Maria ou le Salutaris hostia avec accent convaincu d\u2019un trappiste ou d\u2019un bénédictin.Je viens de dire qu\u2019il a un cœur de héros, je n\u2019exagère pas.Il n\u2019est pas seulement le successeur de Chénier à Saint-Eustache comme médecin, il est l\u2019héritier de son courage et de son patriotisme, et s'il eût vécu en 1837, il se serait battu et il serait mort comme Chénier, les armes à la main.Son état normal n\u2019est pas l\u2019excitation, c\u2019est plutôt le calme, la douceur, l\u2019esprit de conciliation avec un peu de rêverie et d\u2019indolence.11 faut pour mettre cette grosse machine en mouvement des circonstances spéciales, l\u2019influence de la lutte, de la discussion, le contact de certains hommes remplis d\u2019électricité comme Wilfrid Prévost.La question Riel, par exemple, eut le pouvoir de l\u2019émouvoir ; de tous les orateurs qui enflammèrent à cette époque l\u2019opinion publique, Marsil fut, peut-être, le plus populaire.Comme j'étais à cette époque président du comité Riel, je ne manquais jamais de l\u2019inviter à nos assemblées populaires, et il remportait des succès remarquables.Il paraissait à sa place, sur le Champ de Mars, en face d\u2019une foule de dix mille personnes ; un pareil auditoire convenait à sa taillle et à sa voix ; le peuple aimait le voir et l\u2019entendre, Il aurait fait un superbe acteur, personne n\u2019aurait mieux joué les rôles tragiques, il aurait eu des poses, des gestes et des éclats de voix à faire dresser les cheveux sur toutes les têtes.Un jour, c\u2019était en 1871, jallai le voir 4 Saint-Eustache pour avoir des renseignements sur les événements de 1837 et voir les lieux immortalisés par la résistance héroïque de Chénier.Il était tard, lorsque nous partîmes pour aller visiter le cimetière, mais il faisait un beau clair de lune.Marsil me conduisit à l\u2019endroit où Chenier était tombé en lançant une dernière balle aux Anglais, et là il se mit à me raconter ce qui s\u2019était passé et l\u2019occasion, le sujet, les circonstances l\u2019inspirant, il fit un véritable discours .Ç et ho LES PATRIOTES DU NORD 121 homme immense, tout habillé de blanc, parlant au milieu des tombes pendant la nuit; cette voix qui éclatait comme des coups de tonnerre ou grondait comme des tremblements de terre, ces grands bras qui menaçaient les clochers de l\u2019église, cette énorme chevelure blonde presque blanche qu\u2019il agitait sur ses larges épaules.tout cela contribuait à rendre le spectacle dramatique, presque effrayant.Je croyais, à tout moment, que les tombeaux allaient s'ouvrir et que Chénier lui-même, drapé dans un suaire, allait apparaître.Je me demandais si je n\u2019étais pas en face d\u2019une apparition fantastique, d\u2019un fantôme funèbre, si je n\u2019entendais pas la trompette du jugement dernier.Il y avait un beau tableau à faire avec cette scène que je n\u2019oublierai jamais.Il serait curieux, intéressant de ehercher à savoir ce que des hommes, des amis avec lesquels nous vivons auraient pu être à une autre époque, dans une autre milieu.Je me demande même quelques fois si nous ne constaterons pas plus tard que des hommes semblables à nous ou ayant à peu près le même caractère et la même intelligence ont vécu à une autre époque, dans des circonstances différentes, et nous serons, peut-être, surpris de voir ce qu\u2019ils ont fait.Ce serait un sujet intéressant d\u2019études et de comparaisons.Par exemple, transportez David Marsil et Wilfrid Prévost dans un autre pays, à une époque tourmentée, où le despotisme et la liberté seraient aux prises, et vous pouvez vous faire une idée du rôle qu\u2019ils pouvaient jouer.L\u2019histoire de certaines époques, reconstituée avec des hommes vivant de nos jours, offrirait bien des surprises.On serait stupéfait de voir ce que les hommes les plus sages, les plus calmes de notre temps, des hommes qui se contentent d\u2019être marguillers ou conseillers législatifs, auraient été à une autre époque et on ne serait pas moins étonné de voir comme des Danton, des Robespierre, des Vergniaud et des Brissot auraient été, dans des circonstances différentes, des citoyens doux et paisibles, des avocats, des médecins ou des notaires vénérables.Mais il y a une grande différence entre Marsil et Prévost sous le rapport moral ou intellectuel comme sous le rapport physique.Leur ressemblance, lorsqu'ils sont ensemble et qu\u2019ils s\u2019influencent ou s\u2019électrisent mutuellement, ne va pas beaucoup au-delà de l\u2019écorce et de l'enveloppe.Marsil sommeille, dort même après une grande surexcitation, il sent le besoin de se reposer et il est pendant des mois le plus calme des hommes ; l\u2019étude, la réflexion et le travail l\u2019absorbent alors complètement.Prévost dort peu ; point de repos pour cette nature ardente, nerveuse, violente, pour cet esprit remuant, actif et curieux.Il est toujours 122 LA REVUE NATIONALE en mouvement comme le Juif errant, mais un Juif errant qui a plus de cinq sous dans son gousset, car il est riche : il a trouvé moyen de se faire à la campagne, en exerçant la profession d\u2019avocat, une jolie fortune.Ce qui prouve que sous des dehors si bruyants, il cache un esprit pratique, positif, ingénieux, subtil, une intelligence vigoureuse.Les lois sur les cours d\u2019eau, les fossés, les clôtures de ligne, le mariage, la communauté et les substitutions n\u2019avaient pas de secrets pour lui.C\u2019est un Prévost : ils étaient une demi-douzaine de frères, tous se ressemblant par la chaleur du sang, la vigueur de l'esprit et du corps, tous plus ou moins légistes, notaires, avocats et orateurs, même ceux qui étaient médecins, comme Jules, par exemple.Il fallait les voir et les entendre quand ils étaient ensemble ; la maison avait besoin d\u2019être solide, Mais le plus écouté parmi eux, celui qui réussissait le plus à faire accepter son opinion était Ménasippe, un notaire dont les connaissances et le jugement étaient péu ordinaires.Tous libéraux aussi et terribles dans la lutte, infatigables, marchant et parlant nuit et jour pendant des mois.Quelles luttes ils ont faites, à Terrebonne, aux Deux-Montagnes ! Ils étaient les sentinelles avancées ou les piliers du parti libéral dans cette partie du pays, mais là, comme ailleurs, ils avaient à combattre les influences les plus formidables.Sans eux le parti conservateur aurait été complètement maître des comtés du Nord dans le district de Montréal.Wilfrid Prévost à été pendant longtemps, dans cette partie du pays, le tribun le plus fort du parti libéral, l'adversaire le plus redoutable des Chapleau, des Morin, des Daoust et des Nantel.On peut se faire une idée de l\u2019effet que produisait sur les masses la parole passionnée, vigoureuse et solide, l\u2019éloquence enflammée et pratique en même temps, la voix éclatante et le geste puissant de cet homme taillé en tribun.Lorsqu\u2019il partait en campagne avec son ami Marsil, son frère Jules, de Saint-Jérôme, et le Dr Duchesneau, de Terrebonne, le peuple jubilait à la pensée des combats terribles auxquels il allait assister, et le parti conservateur se hâtait de lancer contre eux ses meilleurs guerriers.Presque toujours battus, ils revenaient du champ de bataille fatigués, mais indomptés et bien décidés a prendre leur revanche.Mercier aimait ces lutteurs infatigables, il les avait vus dans la mêlée, il s\u2019était battu à leurs côtés, il admirait leur courage et leur vigueur.Aussi, quand il arriva au pouvoir, il ne manqua pas de leur témoigner son amitié en les appelant au Conseil législatif.Ensemble ils avaient été à la peine, ensemble ils furent à l'honneur et le peuple disait : \u2018\u2018 Ils l\u2019ont bien mérité.\u201d ;\u2018 L.O.Davin. i d T UN COIN DE RUE, LE DIMANCHE, A MONTREAL Une sciatique maudite, venue sans crier gare, me condamne, depuis hier, à un repos absolu.Ma flanerie quotidienne, à travers les rues de la ville, m\u2019étant ainsi rigoureusement interdite, je m'installe sur le modeste balcon de mon logement, sanglé de flanelle tout au long du corps, muni de ma vieille pipe, compagne inséparable des heures longues, et approvisionné de journaux et des livres préférés.Mais, si forte est, chez moi, l\u2019habitude de porter attention à tout ce qui se produit sur les chaussées et les trottoirs, que j'interromps, à tout instant, ma lecture, pour suivre du regard les allants et les venants, les pierrots qui pépient, en voletant, les carrosses qui roulent sans bruit sur l\u2019asphalte durci.Je prévois que je ne retirerai pas grand profit de ma Journée, les distractions se multipliant à l\u2019infini, et, pour me mettre en règle avec ma conscience, au point de vue de l\u2019emploi de mon temps, je note, à la hâte et au hasard, les impressions ressenties des événements, si peu importants qu\u2019ils soient, qui s'accomplissent sous mes yeux.Clopin; clopant, comme je peux, j'atteins mon poste d'observation dès 7 heures du matin.C\u2019est un beau jour de dimanche.La nature seule en fait tout le charme, les arbres étant verts, le soleil radieux, pendant que, selon la coutume des agglomérations anglaises, à chaque retour du repos dominical, un calme profond, un silence, empreint de tristesse, s'appesantissent sur la cité tout entière, et la font paraître déserte à légal des moments où une épidémie meurtrière y promène ses ravages.La cloche de la paroisse Saint-Jacques vient de tinter la quatrième messe, et, aussitôt, les portes des maisons s\u2019ouvrent et se referment RO 124 LA REVUE NATIONALE discrètement, répandant de nombreux fidèles sur les voies qui mènent à l\u2019église.La foule, très compacte, des pratiguants comprend toutes les classes, toutes les conditions, Elle est muette, presque morne, semblant craindre d\u2019être aperçue, frôlant à peine le pavé et demeurant surprise quand les gémissements d\u2019une chaussure trop neuve ou le ballottement d\u2019un jupon, à l\u2019excès empesé, précisent son passage.Les deux sexes y sont également représentés, jeunes et vieux ménages cheminant vers le saint lieu, côte à côte, le paroissien richement doré ostensiblement en main, Je laisse les pieux visiteurs s\u2019agenouiller au pied des tabernacles, et, alors que l\u2019officiant redit le sacrifice offert aux portes de Jérusalem pour la rédemption universelle, j'essaye de me représenter ce qui va se passer autour du trône de l'Eternel, à la minute prochaine où, à travers les vapeurs embaumées de l\u2019encens, les prières fer ventes, les supplications sans fin de tous ces fronts prosternés, empliront les voûtes sacrées.Je ne puis m'empêcher de penser que, seules, les invocations exemptes de calcul, libres de tout motif intéressé traverseront les sphères célestes et auront accès auprès du Souverain Juge.Domi- neront-elles le concert général ?Celui qui sonde les reins et les consciences prononcera, et son arrét sera sans appel Ite, missa est, a dit le prêtre, et, sous mes fenêtres, à nouveau défilent, toujours dans la gravité de leur attitude, les groapes déjà remarqués une première fois.Le bruit de leurs pas va s\u2019affaiblissant dans les lointains, et, bientôt, la rue, chauffée à blanc par les rayons de l\u2019astre qui lui fournit la lumière, retombe dans sa placidité, revient à son inquiétante solitude.Dix heures s'approchent, et quelques équipages, dont les aciers polis et les panneaux fraîchement vernis projettent des étincellements continus, vont déposer sous le parvis de la cathédrale, des élégantes en toilettes claires, se rendant aux derniers offices.Des victorias, des landaus suivent, qui transportent des favorisés de la fortune allant, eux aussi, faire leurs dévotions, Je reconnais un de ces derniers : c\u2019est un usurier qui s\u2019est enrichi en exerçant sa méprisable industrie sur la plus vaste des échelles.Je sais, pour en avoir des preuves, qu\u2019il continue son ignoble métier et que l'argent extorqué à ses victimes, contribue toujours à entretenir son faste qui est inouï, et à arrondir sa fortune déjà considérable, Les pensées que l\u2019on garde pour soi pouvant se donner libre carrière, je me pose, in petto, cette question : Qu\u2019est-ce que cet homme peut bien demander à Dieu quand il fléchit le genou devant lui ?Ce n\u2019est assurémient pas de le corriger, puisqu\u2019il semble résolu à mourir dans l\u2019impénitence finale.Serait-ce la santé, le bonheur de ses enfants ?Mais ces gens-là n\u2019ont ni cœur, ni âme, et l\u2019égoïsme qui les dévore ne leur permet pas de penser même à la chair de leur chair.Que fait-il donc quand il se courbe devant le crucifié qui prêcha la UN COIN DE RUE, LE DIMANCHE, À MONTRÉAL 125 charité, l\u2019amour du prochain ?Ce qu\u2019il fait?il remercie le Tout-Puissant de ce qu\u2019il le laisse réussir dans sa coupable entreprise et des succés surprenants qu'il rencontre dans ses opérations les moins avouables, Oui, le cynisme de ce détrousseur du malheureux, du prodigue, de l\u2019imprudent, l'amène à se considérer comme exerçant une profession aussi honorable que celle du commerçant qui, sou à sou et à travers de grands risques, parvient à s'assurer un morceau de pain pour ses vieux jours.Ce n\u2019est pas la première fois, du reste, qu'on a vu demander les bénédictions du ciel pour des actes repréhensibles, contraires à la morale la plus élémentaire, et même pour de véritables crimes.Il y a environ vingt ans, la cour d\u2019assises des Bouches du Rhône, en France, avait à connaître des poursuites intentées à onze misérables femmes, à la fois, toutes accusées d\u2019avoir empoisonné ou tenté d\u2019empoisonner leur mari.Un herboriste se trouvait impliqué dans le procès comme ayant fourni les plantes venéneuses destinées à entraîner la mort, lentement mais sûrement.Les débats de l\u2019affaire ont très clairement établi que, pendant toute la durée de l\u2019intoxication, quatre des accusées n'avaient cessé de faire brûler des cierges, et non des moins gros, dans le sanctuaire de Notre-Dame de la Garde, la patronne des marins, à Marseille.Plusieurs mois s\u2019étant écoulés entre le début du traitement assassin et le trépas des malheureux époux, on constatait que la quantité de cire employée par ces dévotes, à leur manière, de la madone vénérée, était prodigieuse.11 est probable que les anges, ayant mission de veiller sur la caisse du Paradis, ont repoussé du pied l'or produit par ce sacrilége, jusque dans les abîmes de la mer bieue baignant le pied du coteau qui en fut le muet témoin.J'ai pu, assez à l'aise, consigner sur mon carnet ces diffuses 1e- marques, rien de saillant n\u2019étant venu m\u2019appeler autre part.La chaleur est, d\u2019ailleurs, accablante, et fort rare, sont ceux qui se montrent décidés à la braver.Quatre-vingt-trois degrés à l\u2019ombre, c\u2019est presque soudanien ! Toutes les persiennes sont hermétiquement closes, et le pas des portes est veuf d\u2019occupants.Quelques timides accords plaqués sur les pianos, qui pullulent, témoignent encore d\u2019un peu de vie.Aux coups de l\u2019Angelus, le calme plat se fait à nouveau sentir, et on devine que les salles à manger s\u2019emplissent pour le repas de midi.De celles qui avoisinent la rue, s\u2019échappent, par intervalles, les détonations des bouchons qui sautent, et les rires qu\u2019elles provoquent, surtout parmi les jeunes.Je demande une tasse de café et quelques biscuits, sans quitter mon observatoire improvisé, le préférant à ma chambre qui ouvre sur une cour.Voici la première heure de l'après diner.Il ne s\u2019en est allé que soixante minutes depuis l\u2019instant où j'avais seul le nez à la fenêtre, mais 126 LA REVUE NATIONALE déjà quel changement ! Deux, quatre, bientôt dix, trente, cinquante enfants, de tous âges, s'emparent des trottoirs et commencent leurs jeux.De mignonnes fillettes, de gros anges joufflus, la serviette encore nouée sur le cou, leurs mèches, blondes ou brunes, dans les yeux, s'installent sur les perrons, grignotant les friandises qu\u2019ils n\u2019ont pas eu la patience de manger à table, dès qu\u2019ils ont compris que leurs petits voisins étaient en liberté.Sont-ils beaux les chérubins, dans leur robe blanche, créme ou rose, laissant à nu leurs bras dodus ; avec leurs grands yeux étonnés, qui sans cesse interrogent, et leurs manières délicieusement gauches encore! Il faut en convenir: dans la première enfance, la descendance des Canadiens est remarquablement belle, et, quelle que soit la condition des parents, riches ou pauvres, les représentants demeurent, à tous égards, irréprochables.Je ne puis m'empêcher de former les meilleurs souhaits au profit de ces futurs hommes.Eux aussi, après nous, joueront un rôle dans cette comédie qu\u2019on appelle la vie, qui recommence sans cesse et ne finit jamais.Puisse le sort leur être propice et leur épargner ses rigueurs! Trois heures : L'animation s\u2019accentue, nonobstant l\u2019élévation persis .tante de la température.L\u2019ouvrier, qui a passé la semaine entière devant un feu d\u2019enfer, autour des chaudières en ébulition ; le commis de magasin ou d'épicerie, qui, six jours durant, n\u2019a pas quitté son comptoir, de sept heures du matin à dix heures du soir, n\u2019y regardent pas de si près, et trouvent que rien ne vaut les libres allures et le grand air, même sous le règne de la canicule.Leurs camarades de l\u2019autre sexe, prématurément épuisées par les travaux de l\u2019atelier, abêties par un séjour prolongé dans l\u2019atmosphère viciée des manufactures, croient renaître si leurs frêles épaules cessent de se courber sur le métier, si leurs jambes engourdies peuvent, au gré de leurs caprices, arpenter les voies larges et les promenades.Pour tous ces condamnés à un labeur souvent excessif, et parfois périlleux, le dimanche est un armistice dans le combat qu'ils soutiennent, dès l\u2019adolescence, qu\u2019ils continueront jusqu'à leur dernier souffle peut-être, pour suffire aux plus pressants besoins, et nul ne sauraît les blèmer de le fêter de leur mieux.Les groupes, les files de travailleurs ne cessent donc de circuler, guidés uniquement par les fantaisies de l\u2019inaction, heureux de ne plus entendre, jusqu\u2019au lendemain, les sifflets d\u2019appel, les grincements des scies, les plaintes des limes, le vacarme des enclumes, le branle-bas assourdissant des machines, et enchantés de respirer autre chose que l\u2019odeur des huiles surchauffées, des graisses fondant sous leurs pieds, des cuirs nauséabonds.Je m'associe de tout cœur à leur trop légitime satisfaction, mais il me semble qu\u2019à leur place, je tiendrais davantage, en échangeant ma défroque journalière contre un vêtement plus décent, à conserver les apparences de ma condition et à éviter une transfor- UN COIN DE RUE, LE DIMANCHE, À MONTRÉAL 127 mation excessive.Le mal remonte loin, je le sais, puisque déjà, au siècle dernier, il était dit : On a vu des commis mis Comme des princes, Qui sont venus nus De leur province.Je n\u2019ignore pas, non plus, qu\u2019il est passé le temps où le poëte pouvait, sans fiction, détailler ainsi la mise modeste de la plupart des compagnes de Jenny, l\u2019ouvrière : Sur son beau col, empreint de virginité pure, Point d\u2019altière dente'le ou de riche guipure ; Mais un simple mouchoir noué pudiquement ; Pas de perle à son front, mais aussi pas de rides, Mais un œil chaste et vif, mais un regard limpide, Où brille le regard que sert le diamant.Le niveau égalitaire, promené sur des surfaces diverses, n\u2019a donné les résultats promis que sur un point: la tenue, et, pour beaucoup, la faculté de troquer la blouse contre un habit a représenté une grande victoire, une inappréciable conquête.Certes, chacun a le droit de se vêtir à sa guise, mais ce sera toujours faire preuve de goût et de bon sens que de ne rien exagérer et de ne pas prendre des modèles qu\u2019on ne peut que très imparfaitement copier.Le jour où les classes laborieuses reviendront à la simplicité, un grand pas sera fait par elles vers un bien être complet et durable.En chroniqueur fidèle, je ne retrace que ce que japercois réellement, et si aucune silhouette de ceux qu'on appelle le grand monde ne se rencontre dans cette ébauche, c\u2019est que pas une seule personnalité qui en fit partie n\u2019est venue s\u2019oftrir à mon observation.L\u2019opulence prend aussi son repos, tout étant fatigue en ce bas-monde, et trouve qu\u2019elle a suffisamment étalé son luxe pendant les longues heures où les autres peinaient.Il y a, d\u2019ailleurs, bien loin encore de la pratique à la théorie, et ce n\u2019est pas demain qu'on verra les rangs se confondre, ceux d\u2019en haut donnant la main à ceux d'en bas, Une jeune femme, à laquelle cependant on prête de l'esprit sans lui refuser non plus de bons sentiments, déclarait, un jour, devant moi, dans un salon de Montréal, qu\u2019elle ne sortait jamais le dimanche pour ne pas coudoyer les filles de fabrique.Une autre, dont le mari est médecin, craignait d\u2019être grondée par lui parce qu\u2019elle s'était rendue chez une très honnête personne, 128 LA REVUE NATIONALE mais ayant un maçon pour mari, dans le but de réclamer d\u2019elle un acte d\u2019obligeance.La fusion, même la moins gênante, restera dans le domaine du rêve, tant que les turpitudes de cette nature auront cours forcé, tant qu\u2019un sot orgueil dominera les masses et représentera le mobile de leur conduite.Une brise rafraîchissante, venant d'ouest, à modéré la chaleur.Je vois maintenant passer nombre d\u2019élégants buggys à un seul siège.Deux personnes, un garçon et une jeune fille, occupent chacun d\u2019eux.Lui, tiré à quatre épingles, bien cravaté, soigneusement ganté, dirige l'équipage.Fréquemment il se retourne du côté de sa voisine, lui sourit complaisamment, tout en précipitant les mouvements de son poney gris, et paraissant désireux d'atteindre la grande route pour se dérober aux regards de la foule.Elle, pimpante, en sa robe mauve finement rayée de blanc, qu\u2019agrémentent des dentelles, bracelets aux poignets, les cheveux à peine frôlés par un chapeau matelot, fiché de deux plumes blanches raidies, que le courant d'air tourmente, rayonne de joie et ne céderait pas sa place pour un empire.Où l\u2019a conduit-on ?elle ignore, mais elle a obtenu de sa mére l'autorisation de faire le four de voiture que son prétendu fiancé lui proposait depuis longtemps, et elle va, sans savoir, ne demandant qu\u2019à courir les chemins avec celui qu\u2019elle aime et dont elle se croit aimee.Les buggys succèdent aux buggys.Je n\u2019en compte pas moins de onze dans l\u2019espace d\u2019une heure.Ils me laissent tous la même sensation, et je n'arrive pas à m\u2019expliquer l\u2019étonnante imprudence commise par celles qui livrent ainsi leurs filles et les exposent à de pareils dangers.Cette excessive condescendance ne peut avoir qu\u2019une cause: une confiance illimitée, exagérée des chefs de famille qui se tiendraient pour injuriés si on essayait de leur démontrer qu'ils agissent en aveugles, et qu\u2019ils dépassent les bornes.Le mal étant inconnu pour plus d\u2019une mère, qui a eu le rare avantage de ne jamais en faire l'expérience, il ne lui vient pas à la pensée qu'il puisse naître sous les pas de son enfant.Le père lui-même qui, avant de porter ce titre, a parfois cotoyé le vice, serait très offensé si on osait simplement effleurer d\u2019un soupçon la vertu de l\u2019être qu\u2019il ne peut considérer que comme l'emblème de la pureté la plus parfaite.Ces dispositions sont excusables parce qu\u2019elles sont naturelles, mais que de fois elles deviennent fatales ! J\u2019ai connu un officier de cavalerie qui, après avoir, de très bonne heure, quitté le service, s\u2019était créé, dans le château de sa famille, un ravissant intérieur.Marié à une femme supérieurement distinguée et d\u2019une rare beauté, il avait eu d\u2019elle deux filles et un fils dont il ne se séparait jamais.L'harmonie la plus parfaite régnait dans cette maison, une affection sincère, autant que vive, rattachant l\u2019un à l\u2019autre tous ses membres.Peu de visiteurs ; quelques parents rapprochés, et, de loin \u2014 \u2014- UN COIN DE RUE, LE DIMANCHE, À MONTRÉAL .129 en loin, quelques rares amis venaient s'asseoir à la table du marquis de C\u2026.Seul, le curé du village voisin avait le libre accès de l'antique demeure.C'était un de ces saints prêtres, comme ma Provence regrettée en fournit par centaines, ne connaissant que leurs devoirs et dont les cheveux blancs vont de l\u2019autel au chevet des malades et partout où il y a une misère à consoler.Très considéré par l'archevêché de son diocèse, il était adoré par ses paroissiens qu\u2019il dirigeait depuis 35 ans, et qu\u2019il se refusait à quitter malgré les offres de situations plus avantageuses que lui réiteraient ses supérieurs.Un neveu l\u2019accompagnait, de temps à autre, dans ses visites au château.Il l'avait accepté au presbytère sur les instances de sa mère, habitant une grande ville, et ayant à se plaindre des écarts de son fils.Connaissant le passé de celui-ci, le digne desservant surveillait de près ses moindres mouvements, et ne le perdait pas du regard quand Mlle de C., qui atteignait alors sa 16e année, se trouvait au salon avec ses parents.Precaution superflue, hélas! Un matin, en pénétrant dans la chambre de son neveu, parti pour la chasse, dans l\u2019intention d\u2019y reprendre les journaux de la veille, le pauvre homme fut pris d\u2019un grand saisissement.Il venait d\u2019apercevoir sur la table une lettre, aux armes du marquis, paraissant tracée d\u2019une main de femme.Il s\u2019autorisa de la responsabilité qui pouvait peser sur lui pour prendre communication de cette piece.Le doute n\u2019était pas possible : celui auquel il donaait asile avait su gagner le cœur de Mlle de C.Il n\u2019hésita pas, et, ainsi que tout honnête homme l\u2019eût fait à sa place, il alla, avec tous les ménagements possibles, instruire le châtelain de sa découverte.Mal lui en prit: celui-ci ne voulut pas ajouter foi à la complicité de son enfant, cria à la mystification, au chantage, et finit par éconduire brutalement le prêtre.Il alla plus loin des démarches, que le succès accompagna, furent par lui entamées pour obtenir son changement et le faire envoyer en disgrâce.Quelques mois après, des preuves apparurent capables de convaincre les plus incrédules, Le marquis mourut de chagrin, mais après avoir réparé ses torts vis-à-vis du bon curé, qui fut rappelé et lui apporta les dernières consolations.Je n\u2019irai pas jusqu\u2019à dire que tous ceux qui sont honorés du crédit d\u2019une famille en font mauvais usage, mais le nombre de ceux qui en mésusent reste encore trop important.Il y a un an à peine, dans ce même mois de juillet, vers les 10 heures du soir, je me trouvais sur les allées du Parc Logan, en face de l\u2019Ecole Normale.Une voiture venait du côté de lu rue Rachel, et il me semblait, à mesure qu\u2019elle approchait, entendre des cris, des appels poussés par une voix de femme.Le véhicule arriva rapidement jusqu\u2019à moi, puis s\u2019arrêta subitement.Une - jeune fille et un jeune homme s\u2019y trouvaient seuls Maman ! maman ! | 3 .\u2018 .Je veux maman ! conduisez-moi à la maison ! clamait la malheurense 9 130 LA REVUE NATIONALE que son compagnon essayait vainement de calmer.Je m\u2019approchai et pris dans mes bras l\u2019infortunée, mais je vis bien vite qu\u2019elle était ivre et ne tenait pas sur ses jambes.J\u2019obtins l\u2019aveu qu\u2019on l\u2019avait fait boire à l'excès.Je lui demandai l\u2019adresse de ses parents, mais son délire était tel quelle ne put articuler que quelques paroles incohérentes, et se mis, de plus belle, à demander : Maman ! maman ! Mon embarras était extrême.Quel secours pouvais-je prêter en pareille circonstance ?L'auteur de la catastrophe consentait bien à ne pas abandonner celle qu\u2019il avait si odieusement traitée, mais il se refusait obstinément à m'indiquer la demeure de sa famille, et assurait que, dans tous les cas, il ne m\u2019y accompagnerait pas.Je lui proposai alors de la conduire chez une parente, s\u2019il en connaissait quelqu\u2019une qui serait assez charitable pour la recevoir.Il m\u2019indiqua une tante.Nous nous y rendimes.Je précédai la malade de quelques pas pour prévenir de ce qui se passait.Je tombai sur un bon cœur qui se prêta à tout ce qu\u2019exigeait l\u2019aventure.On trouva un prétexte pour informer la famille que l'enfant passerait la nuit chez la sœur de sa mère, et il est probable que celle-ci aura toujours tout ignoré.Je fis promettre au coupable de réparer sa faute.Aura-t-il eu assez d'honneur pour s\u2019en souvenir ?Déterrer un cadavre pour le profaner, ou saouler une femme pour en abuser me paraissait deux actions aussi monstrueuses l\u2019une que l\u2019autre, et je serais, au fond, embarrassé pour décider quelle est celle qui révolte le plus.Le jour est sur son déclin, et, l\u2019accalmie qui s\u2019est produite, au moment du repas du soir, fait place à un mouvement plus accéléré qu\u2019aux heures précédentes de l\u2019après-midi.Les veillées, les dernières réjouissances battent leur plein.On se rend en foule chez des parents, des amis.Les fenêtres s\u2019éclairent ; les verres de couleur des lampes suspendues répandent leurs lueurs fantastiques et teintent bizarrement les personnes et les choses.Les chants commencent, et la journée s'achève dans la gaieté et l\u2019entrain.Des bandes de quatre à cinq garçonnets et d\u2019autant de garçonnières jouent des jambes tant qu\u2019ils peuvent ; ils courent, presque fiers d\u2019avoir chacun recueilli les dix centins qui leur ouvriront les portes du Parc Sohmer dont on leur a souvent vanté les équilibristes et les gymnastes.C\u2019est leur premier pas dans une salle publique, et, pour tout au monde, ils ne voudraient laisser s'échapper une si belle occasion de se divertir sous l'éclat des candelabres et aux sons d\u2019une ronflante musique.La lumière électrique jette ses clartés crues sur tout ce qui passe à portée de ses rayons, faisant plus noirs les coins qui y échappent, et les UN COIN DE RUE, LE DIMANCHE, À MONTRÉAL 131 \u2018étoiles seront prêtes à quitter le firmament que les échos de la rue m\u2019arriveront encore.Mes fonctions n'ayant plus maintenant d'utilité, je gagne mon lit, cahin-caha, comme je suis venu, en demandant à Dieu qu\u2019il me rende la belle santé dont il m\u2019a gratifié jusqu\u2019à ce jour.J.GERMANO.Qe i i EN AFRIQUE UN DUEL DE SOLDATS.E viens d\u2019étre témoin dans un duel entre un caroral français, originaire du Canada, et un Allemand.Marceau, leCanadien, avait été nommé caporal dans une compagnie où les Prussiens, comme partout, étaient en assez grand nombre.Il fut placé dans une chambrée où couchaient une trentaine d\u2019hommes, ayant pour chef le caporal Morsépius, soi-disant ancien feld-webel allemand déserteur d\u2019une taille colossale, tout en dedans.Jamais un sourire sur cette figure morose, rayée d'énormes moustaches rousses.Très attaché à son service, il était exact partout, correct envers ses hommes, impartial dans la distribution des corvées, un serviteur d\u2019élite.On le craignait beaucoup, car sa voix rude ne badinait jamais.Après l\u2019appel du soir, ne sortant pas de la caserne, il allumaitjune bougie dans son coin et, prenant un livre allemand, il s\u2019y enfonçait jusqu\u2019à l\u2019extinction des feux, ne se laissant distraire par aucun bruit.Quand Marceau fut nommé caporal, Morsépius le reçut froidement sans lui tendre la main, lui indiquant d\u2019un geste le coin de \u2018la chambre où il devait s'installer.Marceau, frappé des manières de son nouveau camarade, ne put se défendre d\u2019un certain sentiment subit de crainte, mêlé de haine. es er ner EN \\CE | \u201c=p Es INT} HE SEF \u2014\u2014= CLIN 1 Eres \u2014 | \u2014_ \u2014_ _\u2014 pi Ae \u2014 \u2014\u2014\u2014 y\u2014 \u2014_\u2014 , I | * .\u2014 > en ES \u2014_\u2014 \u2014\u2014 7 7 >.td Q__ \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 \u2014_ \u2014 \u2014_\u2014 ess \u2014 \u2014 -~ { Se | dz \u2014_\u2014 ses ra in res a - \u2014 Cesoir, marobeen \u2014\u2014 _ -\u2014 sum \u2014 dR ï NN souve - nir Pe 8, N 4 \u2018\u201c se JT |Z oh .9 a \u2014\u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 ps \u2014_\u2014 | t rit =\u2014 ° 2 am em \u2014\u2014\u2014\u2014 EE < \u2014_ ï Ih _ | \u2014 \u2014 2 J a 773 ve ! 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T o| oof | PRE» SER 6, 166 = 2m re 22 PX os Pre tra pet loom.Ey PAA = POY pr Sata = RTT ey 5 mer = pe PES RE TTL dod 1 1 it me TT \u2014 3 Lei cc o/ 1 Br IND Je je Crt 6 > _\u2014_\u2014 b \u2014 b\u2014 \u2014_ WT 7 | \u201cws A lées ; Te \u2014 | | « =\" \u2014 o oF HA ces A EE J ! \u2014-\u2014 \u20ac - TTT e wt | |e | _ AN \u2014NT \u2014\u2014\u2014\u2014_\u2014 || _ \u2014_\u2014 -\u2014 © ¥ = Te\" \u2014 wv a 1 \u2014 + I trop ser -rés n\u2019ont | El - les e = I \u2014__ 7 ro - ses en -vo-lées, w a \u2014____ \u2014 \u2014 \u2014\u2014 _\u2014 \u2019 i ont \u2014 \u2014 a TTR »\u201d 6 \u2014\u20140\u2014|~ | \u2014 \u2014 \u2014_\u2014 rit LES + & a 4 =e =a | 2 rit.> \u2014 « Î | 740 r \u2014 Serre J \u2014\u2014 \u2014_ -\u2014 \u2014_\u2014 | ROSES : aN sul - V1 i E\u2014 \u2014 sail | v \u2014 1] 1.| pd = JE.Dans le vent, TY 4 = va 7 pu les conte - nir FN | | A65\u2014-0\u20140\u2014- 2 ! | a « _ al 2 rall.À AN Ÿ _\u2014 \u2014 rd Tee -\u2014e-\u2014\u2014e la -\u2014\u2014\u20146\u20147 _\u2014 DE SAADI ' SEE -A I \u2014_\u2014 \u2014\u2014\u2014 \u2014_\u2014 Ey \u2014 -\u2014 a \u2014 \u2014 \u2014\u2014\u2014 yy - \u2014_\u2014 \u2014 TN x | ND = \u2014_\u2014 + \u2014_ | \u2014\u2014-_ \u2014=\u2014e-> _ 9 Ql N Les nœuds ont ss \u2014 2 _ T0 \u2019 | l'eau pourne plus re - ve _ 4 \u2014-@ .+ - e- - e | | | AN NTN _\u2014_ | cla - t X nit sg é 4 0 NT + + ill |] | mer s\u2019en sont tou-tes al- I \u2014_ \u2014 les | \u2014N\u2014 187 kets pe, fs cna a PE oa LY Pe a ESS ' i =» B A i Re 8 ne 3 À 8 18 8 \u2018À In A LE va IN A i: A y MODES ET MONDE Septembre ! Le gazon n\u2019a plus cette verdure printanière qui repose tant l\u2019œil ; les champs ont rendu leurs abondantes moissons, le ciel a des tons plus pâles, et le soleil des rayons moins ardents.Ce n\u2019est pas l\u2019automne mais ce n\u2019est pas l\u2019été.Pourtant ils sont encore bien beaux les jours de septembre, beaux comme tout ce qui passe et qu\u2019on ne doit plus revoir.Mais ne nous attardons pas sur de tristes considérations et jouissons doublement, puisqu'il doit être si court, du temps qui nous reste encore.La mode ne reste pas inactive et les fabricants ont déjà préparé leurs nouveaux tissus pour les bises froides de l\u2019automne.Eh! bien, le croirez-vous : de toutes les nouveautés de la modèe, celle qui change le moins et qui s'impose, c\u2019est encore le crépon et toujours le crépon, Le tissu sera plus épais, plus laineux, plus étoffé, je veux dire plus chaud, mais ce sera toujours le crépon.Il sera le fond d\u2019une toilette et autour de ce fond, la forme, c\u2019est-à-dire la coupe et les garnitures, seule variera.Les lainages en tissu poil de chèvre paraissent encore appelés à se disputer les faveurs des élégantes ; il existe aussi des cheviottes, des serges et des petits draps qui font des cachemires charmants.L\u2019écossais, qui redevient en faveur, sert beaucoup à réveiller les corsages demi-teintes On en fait de larges ceintures, des bretelles, des plis ou des plissés ondulant la taille et formant basque ; souvent, pour utiliser un ancien corsage, on fait le dos et le devant d\u2019une couleur et les manches d\u2019une autre couleur.Bref, comme vous le voyez, il y en a pour tous les goûts.On commence par poser une loi: telle chose est la mode, et finalement il s\u2019en trouve cent autres qui sont tout autant fashionables.On fait les corsages plus que jamais vagues et flottants ; ils sont le plus souvent différents de la jupe et toujours très façonnés ou très garnis.Autant les jupes sont définies et précises, autant les corsages ont une forme indécise.Les garnitures de toutes sortes s\u2019appliquent tellement à dissimuler les formes qu\u2019il semble qu\u2019on puisse aisément se passer du corset.Les plis, les entre-deux, les revers, les grands cols se combinent avec la mousseline, les rubans ou les dentelles, et il n\u2019est pas rare de voir tous ces éléments réunis sur le même corsage.La mode veut surtout les complications ; l\u2019habileté veut que cette complication ne nüise pas à l\u2019art, et c'est là le point délicat.Les plis qui se relèvent à la zouave pour retomber sur la ceinture se voient autant que les plis rentrés dans la jupe et ont l'avantage de donner à la taille une apparence plus svelte.En ce qui concerne les jupes, on affirme qu\u2019elles resteront pendant toute la saison, ce qu\u2019elles ont été depuis le commencement de l'année : extrêmement collantes sur les hanches, s\u2019élargissant en proportion dans le bas, de façon à former les nombreux plis qu\u2019on sait derrière et sur les côtés, avec faux ourlet en tissu de crin.Il se pourrait qu\u2019à l'automne, on vit se produire un changement dans les manches.Il y a une certaine idée de réactio contre leur volume; le godet exagéré aussi est fort combattu.~ Aa fim ds voi don cal Il ple is Tel li Ii ta + YP © fi MODES ET MONDE 189 Quelques traines menacent de réapparaitre et les coutures de jupes, trés finement marquées par une hroderie, un fil de perles ou des paillettes, donnent tout de suite un cachet très habillé à la toilette, C\u2019est fort joli, par exemple, en acier sur le noir, car le noir conserve toujours sa vogue de l'année dernière.La faille et la soie cordée de tout genre seront en grande demande à la saison prochaine.Les modistes feront un usage généreux de velours et de rubans de velours sur les chapeaux.Presque rien à dire sur les chapeaux, ce serait un peu trop anticiper.Cependant, on peut dire qu\u2019ils seront tout ce que l\u2019on voudra, pourvu qu'ils soient seyants et jolis.C\u2019est tout ce qu\u2019on leur demande.Devant tel magasin de modes, on s\u2019arrête avec un cri d\u2019admiration et une certaine envie de possession, tandis que devant tel autre, quelquefois son voisin, on passe sans regarder, parce que rien n\u2019attire, ni le regard, ni même l\u2019envie.Règle générale ; beaucoup de grands nœuds, de larges envolées et d'ailes de moulin.Une étoffe qui perce et qui commence a faire parler delle, si je puis m\u2019exprimer ainsi, c\u2019est l\u2019alpaga.Ce n\u2019est pas un mot nouveau ni une chose nouvelle; il y a quelques années onl\u2019employait avec un grand succès dans la confection des robes, Maintenant encore, comme jadis, ce sera l\u2019étoffe très choisie par les femmes économes pour les toilettes qui veulent ê:re élégantes sans prétentions et sans occasionner de grandes dépenses.On les fait de toutes les nuances, claires ou foncées avec les formes que vous connaissez déjà, quelques-unes ornées d\u2019an grand fichu plastron qui donne de la distinction au costume et à celle qui le porte.*k + * Qu'est-ce que l\u2019on n\u2019invente pas ?On parle de la fabrication des fleurs, quand la gelée et la bise auront flétri celles qui ornent et égayent encore nos parterres.C\u2019est à Paris naturellement que cette invention est née.Des dahlias rouges, jaunes, violets, des camélias, des roses, des tulipes seront taillés en plein cœur de.carottes, navets et autres légumineux.Toutes ces fleurs artistement peintes sont placées ensuite sur des branches de fasains verts.Et voilà comment l\u2019on joint l\u2019utile à l\u2019agréable : ces bouquets pourront passer du salon à la cuisine Autre découverte : On parle en effet de supprimer les teintures et de les remplacer par l\u2019électricité.Les élégantes, pour décolorer ou teindre leurs cheveux, rougir leurs lèvres enfin, \u201créparer des ans l\u2019irréparable outrage \u201d n'auront plus qu\u2019à savoir utiliser les courants.\u201c On mouille légèrement les cheveux avec un liquide oxydant.On les peigne avec un déméloir métallique en communication avec un des poles de la pile, l\u2019autre pôle est relié à une plaque de métal posée sur la nuque, Le courant passe à travers la chevelure humide, décompose la solution et donne la teinte désirée ; même procédé pour les lèvres.\u201d Ce n\u2019est pas plus difficile que ça ! * + % La mode, qui traite de toutes les questions et s\u2019érige le droit de toucher à toutes les choses, parle du choix que l\u2019on doit faire dans le papier à lettres.Bi Br I it iN n RE i Bt: 190 LA REVUE NATIONALE Le bon ton veut qu\u2019il soit d\u2019ane grande simplicité comme marque de la plus grande distinction ; le format en devra être moyen, l\u2019enveloppe s\u2019ouvrant de la même façon que toutes celles qui l\u2019ont précédée et n\u2019obligera personne à chercher pendant un quart d'heure le côté à déchirer.Le cachet à la cire devient de moins en moins répandu ; mais, si on l\u2019emploie, il est indispensable d\u2019y mettre une certaine habileté pour le réussir parfaitement rond et uni ; cela dépend, du reste, de la qualité de la cire qu\u2019on fera bien de prendre parfumée.Les devises doivent être divisées avec un soin particulier.Quant à la couleur du papier, la plus digne, la moins affectée est encore la couleur blanche ou crême très pâle.x Vous savez qu'il n\u2019y a rien de plus ennuyeux que le grain de poussière, le petit morceau de charbon, ou ces minuscules objets qui vous entrent dans l'œil, l\u2019enflamment et vous font indéfiniment souffrir.À ces inconvénients, il y a plusieurs remèdes élémentaires comme : souffler dans l'œil, passer une bague sur le globe, on ne manque pas d\u2019y recourir dès que le besoin s\u2019en fait sentir.Mais, il existe un moyen encore supérieur à tous ceux-là, paraît-il, et qui ne manquera pas de faire fureur quand il sera plus connu.C\u2019est de se servir de la langue pour enlever le corps étranger.de la langue du voisin, bien entendu, C\u2019est de la Bretagne que vient cette coutume bizarre.Là-bas, quand une personne a le malheur d\u2019avoir des corps étrangers dans l\u2019œil, elle prie une de ses connaissances de les extraire avec sa langue.Bien que cette pratique ne soit peut-être pas d\u2019une excessive propreté, elle est, du moins, très efficace, car le toucher doux de la langue n\u2019excite pas douloureusement le globe de l'œil et le débarrasse de toutes les poussières qui pourraient y avoir trouvé accès.Enfin, je vous donne ce remède pour ce qu\u2019il vaut; remarquez que je ne \u2018conseille ni ne prescris rien : le tout est humblement soumis à votre appréciation.* * x Réponse à Madame R.\u2014II faut offrir un cadeau au docteur qui a donné de bons soins et qui ne veut pas accepter d'honoraires.On envoie l'objet avec un mot où l\u2019on prie le médecin de vouloir bien accepter le petit présent en souvenir de celui ou de celle à qui il a rendu la santé et qui lui reste à jamais reconnaissant, ete.Il est plus poli peut-être de dire \u2018\u2018 monsieur\u201d au médecin qu\u2019on voit pour la première fois.\u201c Docteur \u201d est une appellation fort convenable, puisque c\u2019est donner un titre duquel celui qui le porte a le droit d\u2019être fier, mais sans le faire précéder du mot monsieur, c\u2019est un peu familier pour la première fois.Et \u2018\u201c monsieur le docteur, \u201d d\u2019autre part, cela sent trop la politesse affectée et maniérée.\u201d Réponse à Mignon.\u2014J\u2019ai reçu votre lettre trop tard pour y répondre dans le dernier numéro de la Revue.Je regrette de ne pouvoir vous donner l\u2019information que vous sollicitez.J\u2019ignorais même que cette dame dont vous me parlez fût en France présentement.Désireuse, toutefois, de vous être utile, je me suis adressée à plusieurs personnes afin de vous donner une réponse satisfaisante, mais je n\u2019ai pu obtenir un bon résultat.* * x \u201cQue les beaux jours sont courts!\u201d pouvons-nous chanter avec le poète.Car le temps des vacances est passé, et, seule, nous reste la perspective de dix longs mois avant de reprendre nos joyeuses causeries.di di des apr dans du! don ad gil Ai Cour ab 1008 fan qu ee) £000 tent sie (ape leur di wo lig \u2014 \u20ac TF mE Wl MODES ET MONDE 191 Il faisait bon, pourtant, de humer le salin vivifiant des brises du fleuve, d\u2019écouter le murmure de la lame en son va-et-vient sur la plage, de parcourir les bosquets ombreux, d\u2019entendre, ravis, le chant de la grive, du rossignol et du .chardonneret., loin de la ville, de son bruit étourdissant, de la poussière et des occupations de tous les jours.A la campagne, où on est libre comme l'air, chacun se fait un nid d\u2019où le caprice le fait aller ou venir, à son gré.Fatigué, ahuri souvent, d\u2019avoir eu à lutter avec la multitude des enrôlés dans le service à vie du struggle for life, on se laisse vivre au son reposant du ruisseau courant sous la mousse, en face de la Nature, de la grande Nature dont le livre nous est ouvert aux plus belles pages ! Et l\u2019on y puise sans crainte de l\u2019épuiser, car ses merveilles sont infinies.Les champs dorés, les rochers d\u2019où l\u2019on aimait entendre la vague monter et descendre sur le sable fin de la rive, et y tracer à sa guise, des rigoles, d\u2019où s\u2019échappaient quelques gouttes de cristal.Toutes ecs choses, comme on les aime plus encore lorsqu'il nous faut les goûter.Cependant, l'heure des adieux est arrivée.Les beaux jours sont si courts.Allons! Sans jeter un coup-d'œil en arrière, de crainte de faiblir, laissons au bois et à l\u2019air ses sylphides, aux eaux du grand fleuve ses ondines, et courrons où nous appelle le Devoir ! * * x Avant que ne se chante, partout, le dernier Requiem de l'Eté, je voudrais transmettre aux lectrices de la REVUE, la subtile plainte d\u2019une violette, dont quelques sœurs vivaient encore sous un arbre ombreux, il y a quelques jours encore : LA FLEUR MOURANTE Le Passant.\u2014 Pourquoi, à pauvre fleur, courbes-tu la tête ainsi, toi qui as encore de l\u2019Espérance ?Le souffle tiède du printemps reviendra couronner l'arbre Roi, dont la vie tient au retour du soleil ; et ses feuilles naissantes, de leurs clochetons invisibles, carillonneront une fois encore, dans l\u2019espace, la joie du renouveau, Et, cependant, dans les jours sombres de l'hiver elles gémissent plus d\u2019une fois sur leurs branches désertes ! La Fleur.\u2014 Hélas! Je ne suis point l\u2019arbre-roi, merveille de mille années durant, et ne puis rêver avec lui d\u2019un hiver prochain et me réveiller au printemps avec une chanson ! Car ma vie ressemble de près à la mort; viennent seuls les baisers de l\u2019été et son souffle si doux, que, tressaillant dans mon être, je disparais dans le tombeau de verdure que m\u2019ont creusé le soleil et son ami, l'Eté.Le Passant.\u2014 Ne t'afflige pas ainsi, 0 belle fleur! L\u2019Eté disparaîtra, et la belle Nature s\u2019en ira avec lui.Mais toi qui portes dans ton cœur le germe de mille vies à venir, que t\u2019importe le vent d'automne! Quel que soit le sort qui t\u2019attende, ton essence fondue en des formes nouvelles, te fera refleurir brillante et radieuse.La Fleur.\u2014 C'est vrai que les lunes auront leur décroissance et qu'un ciel plus bleu viendra prodiguer ses sourires à l'arbre et à la fleur.Je sais aussi, que je puis seule mourir, au milieu de tant d'autres qui seront pleines de vie et d\u2019attraits.Mais mon Ame me survivra-t-elle en ces fleurs qu\u2019elle habitera ?Serai-je là, encore, tout ce que j'ai été ?Vain rêve! Car je sens que mon âme s\u2019en va avec Cette tige qui se des- \u2018sèche, et je meurs sans que personne ne sache jamais l'endroit où je repose ! RR TL EEN PA NAT CHO NNN TART 192 LA REVUE NATIONALE Le soleil pourra prodiguer à ces fleurs ses soins empressés, et recueillir dans une coupe d'or chaque coupe de rosée qui étincelle sur leurs tendres feuilles.Mais tout cela ne servira de rien aux fleurs disparues! Toute la gloire de son merveilleux visage se moquera bien du tombeau où je reposerai.Pauvre fleur! Trop aimante, tu as voulu t'envelopper d'un rayon qui eon- sume.De penser qu\u2019une fleur pourrait aimer un soleil et ne pas sentir son âme s\u2019en aller ! Que ne puis-je redevenir ce que j'étais autrefois! Avec quel soin j'éviterais le fatal rayon ! Et, me plongeant en moi-même, mes jours s\u2019écouleraient \u201cainsi sans bruit comme sans souffrances.: Mais c\u2019est en vain que, dans l\u2019amertume de mon âme, je parle le langage du désespoir.Partout je dois bénir le soleil, la lumière et l'air qui m'ont bercée, eux à qui j'ai donné mon premier amour.Et maintenant que je me sens mourir c\u2019est à eux encore que j\u2019offre mon dernier soupir.Lorsque le zéphir au souffle d\u2019encens déposait un baiser sur ma joue rougissante, que l\u2019abeille et le papillon voletaient autour de moi dans un rayon de soleil, ou encore, lorsque les beaux yeux d'une vierge se penchaient vers moi\u2014 comme dans un réve éblouissant.Oh! c\u2019est alors que mon âme s\u2019élevait dans l\u2019espace avec un élan de bonheur parfumé que je ne saurais décrire ! Adieu ! à toi, lampe radieuse qui éclaires notre globe si beau ! Ta lumière brille sur mon pâle visage et donne à ma robe fanée un dernier reflet, tandis que ton baiser m\u2019est une étreinte qui donne la mort! Adieu, à toi beau ciel, qui sais rire et pleurer tour à tour! Sans espoir, je me livre au Destin.Je sens que ma tête se penche et, sans murmure, je me donne au sommeil du tombeau.Comme je l'ai annoncé déjà, lors de ma dernière chronique de la REVUE, je proposerai, pour commencer la série des questions promises, cette question-ci, toute d'actualité : J'ait-on son sort, ou le subit-on?Et je prie les messieurs de se joindre aux dames et de m'adresser, REVUE NATIONALE, sous un pseudonyme quelconque, la réponse qu\u2019ils auront bien voulu nous faire parvenir FRANÇOISE.Done ly {i iy Tiny Stay kg Tay "]
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