Le Quartier latin, 17 décembre 1943, La peinture canadienne
[" 104 M tante HORRICE LYM AN BORDUAS PELLAN ROBERTS de TONNANCOUR LA PEINTURE FEMININE LA JEUNE GENERATION L'analyse de la réaction défavorable de I\u2019homme \u201ccultivé\u201d devant les toiles des maîtres contemporains ne manque pas d\u2019utilité.Payons- nous le luxe de quelques réflexions sans importance A ce sujet.A tous les siècles, le bourgeois cultivé est lépassé par les novateurs.Le malheur de l\u2019homme cultivé, de l'homme qui a fait ses classes est qu\u2019on lui a assigné à l\u2019école des canons artistiques auxquels il s\u2019est soumis parce qu\u2019on les lui enseignait tt qu\u2019il ne demandait qu\u2019à se soumettre.Malheureusement, les canons évoluent ; et les esprits \u2018\u2019cultivés\u2019\u201d\u2019 sont souvent \u2018\u2018fixés\u201d\u2019.Les canons artis- fiques sont d'ordinaire en voie de revision auprès des esprits créateurs lorsqu'ils ont réussi à s'imposer au public bourgeois; après avoir d'ailleurs été longtemps combattus par cœ même public.N'oublions pas que le Doryphore fut un jour supplanté par l'Apoxyomène, que Beethoven fut jugé révolutionnaire, qu'on a préféré la Phèdre de Pradon à celle de Racine, que les Impressionnistes français ont été rejetés avec indi- tnation par la plupart des critiques d'art du XIXième siècle, que Baudelaire et Mallarmé ne sont acceptés au Canada, et encore, que depuis Une quinzaine d\u2019années.Un fait demeure acquis à l\u2019histoire de l\u2019art, si on la considère dans son tnsemble et non pas seulement dans Une époque aussi courte que l\u2019époque Tenaissante\u201d, c'est la variété et l'évolution constantes de ce qu\u2019on St convenu d'appeler beat.Certes, être et le beau sont convertibles à limite transcendantale; mais qui Sommaire La QUESTION DU PRIMITIVISME Jacques CG.de Tonnancour LE QUARTIER LATIN Guy Viau Gilles Hénault John P.Humphrey Paul Dumas Jacques Dubuc Fernand Leduc Robert Elie Eloi de Grandmont Marcel Pariseau Maurice Cagnon Allen Harrison Denis Noiseux Marcel Théoret sn it À \u2018x $ .créatrices.essentielles.Julien Hébert Charles Elliott-Trudeau Francoise Sullivan Charles Doyon a l'autorité voulue pour assurer qu\u2019il a dépassé par son objectivité personnelle le domaine de l'opinion et de la qualification pour convertir le beau à l'être infailliblement ?Non.Il n\u2019y a que ceux qui n'aiment pas le beau qui cessent de le chercher.L'artiste créateur cherche sans cesse À le faire naître sous des formes nouvelles.L'artiste amateur doit répondre à Jl\u2019attente des chercheurs anxieux et chercher avec eux.De même que nous ne saurons jamais en cette vie si c\u2019est la race blanche ou la race noire, ou la race jaune qui est objectivement la plus belle \u2014 il est probable qu\u2019elles sont toutes également belles devant leur Créateur \u2014 ainsi nous ne saurons jamais lequel de Giotto, de Velasquez ou de Picasso est le plus grand peintre.La manière vraie de poser ce problème et de le résoudre serait de dire que ces trois artistes furent, à une époque donnée et avec des moyens particuliers à chacun, le plus grand peintre de leur époque.Contrairement à ce qu\u2019on entend dire tous les jours, ce n\u2019est pas la notion de beau qui a varié au cours de l\u2019histoire, ni même la philosophie systématique de l\u2019art, ce sont les canons artistiques.Or, ceux-ci sont variables parce qu\u2019ils s'usent.Lorsque l\u2019un d'eux a donné son plein rendement de création il devient un académisme et un conformisme; et à ce moment il faut qu'on tende vers d'autres canons pour que l'art demeure vivant.La peinture moderne a ceci de particulier qu'elle est un art plus philosophique que littéraire, un art plus chargé de résonnances que por- Cliché gracieuseté \u201cApt Associatson de Montréal J.W.MORRICE \u2014 NOTRE-DAME DE PARIS teur de clartés.Son canon n\u2019est plus l\u2019expressivité dans la plasticité, mais bien la plasticité qui s'exprime elle- même.L'art pictural moderne a une tendance à faire abstraction du sujet et à exister à l\u2019état pur, c'est- à-dire seul en lui-même et refusant de payer tribut à la littérature.Il ne cherche pas à plaire, il cherche à exister en tant qu\u2019art, à se charger d\u2019une beauté saturante pour le créateur.Il se préoccupe moins que jamais de l'amateur, parce que l'amateur est impur et que c'est à l'artiste créateur à lui imposer son goût.Il ne songe pas à imiter ce qui s'est déjà fait, ni à copier la nature, il cherche à faire naître du neuf, avec les moyens picturaux actuels.Il est plus complexe au regard de l\u2019amateur chargé d\u2019atavisme, de préjugés littéraires et philosophiques, il est plus complexe pour l'œil accoutumé au joli et au beau conventionnel, précisément parce qu'il cherche à être plus direct, plus dépouillé et plus simple.En somme, ce n\u2019est pas l\u2019art qui est compliqué, c\u2019est l'amateur instruit qui n\u2019est point simple.Nous sommes à une époque de liquidation des valeurs renaissantes.La raison pour laquelle l\u2019art contemporain, celui qui vit, effraie plus que * de raison nos contemporains, c\u2019est qu\u2019à notre époque la liquidation et la résurrection se chevauchent.Il est parfois difficile de faire le partage des éléments décadents et des véritables trouvailles de vie.L'attitude que l\u2019auteur doit adopter, c\u2019est le doute et la prudence, non pas le refus systématique.Acceptons l\u2019art de notre époque comme nous acceptons sa vie, dans toute sa complexité.Ne soyons pas réactionnaires en art, pas plus qu\u2019en politique et en sociologie.À ce moment historique privilégié où le vieil univers surgit une fois de plus de ses décombres, ayons l\u2019œil ouvert et qu'il soit tendu vers la lumière plutôt que du côté des obscures récapitulations.Abordons la peinture moderne avec le doute méthodique de l\u2019'homme prudent, mais aussi avec la chaude sympathie de l\u2019homme compréhensif; et ne nous laissons pas influencer par les préjugés en cours.de disparaitre.Peu à peu, nous découvrirons, dans ce qui nous paraissait formes bizarres et couleurs crues, des harmonies puissantes et profondément évocatrices de sentiments forts.Par delà le joli et le sentimental, il est un registre du grand, du fort et du vrai.C\u2019est à ce registre supérieur que l\u2019amateur doit tenter de s'élever.L'artiste contemporain, l\u2019artiste de l\u2019art vivant a ce qu\u2019il faut pour entrainer l'amateur dans ces régions hautes, précisément parce que l'artiste contemporain cherche la force et la rudesse plutôt que l\u2019amabilité, parce qu'il fait fi du succès facile et, en somme, parce qu'il ne pense jamais au succés quand il peint.Il ne songe qu\u2019à parer des formes harmonieuses de couleurs appropriées.Il s'engage tout entier dans son œuvre.C\u2019est lui-même qu\u2019il offre au monde en fixant sur la toile un instant de sa vision intérieure.Cet art dépouillé et qui relègue le sujet au second rang est un retour en tradition essentielle et non pas une œuvre.PAGE I © CANADIENNE Présentation La peinture au Canada est sans contredit la plus vivante, la plus originale de nos activités Ce cahier affirme: notre volonté de grouper les éléments les plus caractéristiques qui constituent Pesprit de ce mouvement, de démêler ce qui est vivant de ce qui est mort afin de prolonger l\u2019action de la vie.Nous n\u2019avons pas voulu opposer les tendances différentes qui existent au sein de ce large mouvement, mais confronter ces différences mêmes, afin de sauvegarder les valeurs - Ce cahier veut donc être un hommage aux artistes qui ont donné à la peinture canadienne tur essor définitif.Pour ce, nous avons fait appel à des collaborateurs dont la pensée et l\u2019action ont le plus favorisé cet essor, et dont la seule réunion vaut tous les témoignages.Ce cahier est leur Ce cahier est avant tout dédié à la jeune génération qui, devant l\u2019art vivant, se fait de plus en plus compréhensive.rupture, ni une révolution.Les artistes contemporains tendent la main par-dessus les siècles aux grands primitifs de toutes les époques.S'il m'est permis de prophétiser, j'irai jusqu\u2019à dire que l\u2019art contemporain ira de plus en plus s\u2019éloignant du tableau de chevaiet, de l\u2019œuvre d\u2019art cherchée vers la grande déco- Guy VIAU PLAIDOYER POUR L'ART CONTEMPORAIN ration murale, restituant à l\u2019art pictural sa signification ct sa destination primitive qui sont, si je ne m'abuse, de compléter l\u2019architecture en faisant de l\u2019habitation un lieu de beauté.Vive donc la vie jaillissante et l\u2019art sans connivences! François HERTEL Collection At Vivant sous la direction de MAURICE GAGNON attaché honoraire des Musées nationaux de France PELLAN par Maurice Gagnon BORDUAS par Robert Elie ROBERTS par Jacques G.de Tunnancour LYMAN par Paul Dumas MANIFESTE sur la peinture au Canada par Henri Girard MORRICE par John Lyman PRIMITIFS canadiens par Gilles Hénault La Jeune peinture au Canada par Charles Doyon Avenir de l'architecture canadienne par Marcel Parizeau BEAUGRAND, orfèvre montréalais par Mamice Gagnon Aux éditions de l'ARBRE.19431944 tr ____________________________ PAGE II.Je rapporte ici la substance d'un entretien sur Morrice que Monsieur John Lyman a eu la bonté de m'accorder, et qu\u2019il m'a demandé de complêter en me référant à la biographie de Morrice par Donald W.Buchanan (The Ryerson Press, Toronto, 1936.) Guy VIAU Morrice est né à Montréal, en 1865.Son père était un écossais, un riche marchand et un austère calviniste.Morrice fit ses études secondaires, entreprit ensuite l\u2019étude du - droit où le destinait son père.C'était à l\u2019université de Toronto.Ses camarades ne lui connaissaient alors qu\u2019un talent: il jouait de la flûte.Ce qu'ils ignoraient, c\u2019est que Mor- rice faisait aussi de l\u2019aquarelle.Eux savaient apprécier le whiskey infiniment mieux que la bonne peinture; Morrice commençait alors d\u2019éprouver un goût très marqué pour l\u2019un et l\u2019autre.Les travaux qu'il a laissés de ses débuts sont banals, sans talent et sans personnalité, fortement influencés par les paysagistes hollandais et ceux de l'école de Barbizon.Rien ne laissait prévoir l\u2019avenir, sinon la simplicité de sa méthode et un sens inné du tableau.Sitôt terminé son cours d'avocat, Morrice décide de devenir un artiste et d'aller à Paris, ce qui bouleversa M.Morrice, père, qui était pourtant un amateur d\u2019art, ayant été souscripteur a la R.C.A.et bienfaiteur de la Montreal Art Association.Sir William Van Horne, le riche collectionneur, qui avait acheté, au cout de dix piastres, une composition de Morrice pour l\u2019encourager, aurait persuadé le père de le laisser partir.La vie de Morrice commence vraiment à Paris; et cette vie, c\u2019est son œuvre de peintre.Il entre d\u2019abord à l'académie Julian.Julian, qui n\u2019était ni un peintre, ni un amateur d'art, avait ouvert un atelier où pouvaient travailler des élèves, et retenu des \u2018maitres\u2019 comme Bouguereau, par exemple, pour faire la revue hebdomadaire.Outré par la brutalité des élèves, Morrice quitte aussitôt l\u2019atelier et le terrible Bouguereau.Il entre alors chez Je père Harpi- gnies, le dernier des peintres de I\u2019école de Barbizon.Henri Harpi- gnies était un peintre de second ordre, net et froid, moins sentimental que ses compères de Barbizon, et honnête, et solide.Morrice, suivant en cela l\u2019habitude qu'ont les Français de se ranger par écoles, se réclame dès lors de l\u2019école d\u2019Harpignies.L'influence d\u2019Harpignies ne pouvait certes pas être mauvaise; elle dura peu.Morrice fait un voyage en Hollande.Si l\u2019on en juge par l\u2019amour déréglé que les montréalais portaient alors à la peinture hollandaise \u2014- authentique ou non \u2014 il est fort possible que Morrice ait pu croire un mornent que Dordrecth fût un centre de peinture aussi important que Paris.Mais il revint à Paris.Il y fréquentait surtout les jeunes artistes et écrivains américains et anglais, d\u2019abord dans Montmartre où était son atelier, rue St-Georges, et ensuite sur la rive gauche où il se transporta plus tard, Quai des Grands Augustins.Le charme de sa personne, la finesse de ses goûts autant en poésie qu\u2019en peinture, fit bientôt très apprécié des cercles littéraires qui se réunissaient dans les cafés de Montmartre.Il était un des rares peintres de ce milieu avec qui les écrivains pouvaient s\u2019entendre et prenaient intérêt à causer.Il rencontrait particulièrement Arnold Bennett, Somerset Maugham, Clive Bell et même Oscar Wilde, qui professait un esthétique assez douteux, mais non sans valeur, et qui réagissait contre les tendances réalistes, en sympathie avec le symbolisme et l\u2019impressionnisme français.Mais son meilleur ami fut Charles Conder, peintre comme lui, et qui partageait à peu près la même philosophie et les mêmes admirations, d\u2019abord pour Whistler, puis pour Puvis de Cha vannes.L'influence de Whistler fut la plus durable chez Morrice.Ses compositions ont toujours gardé les arrangements à la Whistler.Mais il n\u2019a rien des procédés frappants de celui-ci.Morrice goûtait aussi beaucoup Manet, et davantage encore Bonnard.Bien qu'il adopta certaines méthodes impressionnistes et plus tard pointillistes, Morrice cependant ne fut jamais un impressionniste d\u2019esprit.Il tendait plutôt vers la synthèse.Paris lui apportait l\u2019amour de l\u2019indépendance en art, l\u2019horreur de tout académisme.Sa haute conscience artistique le défendait contre aucun choix arbitraire et son évolution, bien que très lente, s\u2019accomplit de la façon la plus logique et la plus sûre.Morrice revenait souvent au Canada où il a peint un grand nombre de paysages d\u2019hiver.Il fait aussi de fréquents voyages en Bretagne, en Normandie, à Venise.La lumière de Venise, ajoutée aux méthodes impressionnistes, nettoie sa palette, lui fait laisser les tons sombres, grisaillés.Mais la facture de ses toiles reste moélleuse, avec des quantités de surface seulement, des empa- tements qui viennent amortir la vigueur de son expression.LE QUARTIER LATIN MORRICE Cliché gracieuseté \u201cArt Association\u201d de Montréal PLAGE ST-MALO C'est en 1905 que Morrice se libère enfin des influences par le développement naturel de ses dons.I] se met à peindre directement, sans repentir.Il prend confiance en lui- même.La synthèse s'opère.Morrice ne fut certes jamais un doctrinaire, mais sa compréhension de l\u2019art devenait à ce moment plus profonde, sa connaissance des écoles plus complète.Autant il détestait les théories esthétiques, autant ses observations sur les œuvres étaient sûres et lucides.Dans son atelier du Quai des Grands Augustins, saleet pauvrement meublé, il avait accroché un croquis de Picasso, un dessin de Modigliani, des dessins de Prendergast, peintre américain de ses amis, un éventail peint par Conder.Il y travaillait surtout le matin à des compositions pour lesquelles il s'inspirait des pochades qu\u2019il peignait d\u2019après le motif.Mais jamais, faut-il le dire, ses compositions n'étaient des agrandissements de ses pochades.Faire des pochades était son plus grand bonheur et une nécessité quotidienne.Il les faisait l\u2019après-midi au hasard de ses promenades dans Paris, et de préférence sur la terrasse d\u2019un café, où un verre ou deux le mettaient en verve.En France, Morrice était déjà à cette époque l'artiste anglo-saxon le mieux connu et apprécié du milieu d\u2019ar.vivant.Le gouvernement français lui achète des toiles: Quai des Grands \u2018Augustins et Bords de Seine, pour le Jeu de Paume.Effets de Neige, Canada, pour le musée de Lyon.Jacques Rouché, directeur de l\u2019Opéra de Paris, achète aussi des Morrice pour sa collection particulière, de même que Charles Masson, chef du département de la peinture au Louvres, Charles Pac- quement, président de la Société des Amis du musée du Luxembourg et Frantz Jourdain, président du Salon d'Automne.Les critiques lui font le meilleur accueil.I est l\u2019ami d\u2019Albert Marquet, avec qui il va en Algérie, du critique Louis Vauxcelles qui le considére un des meilleurs peintres de son temps.Au Canada, on persistait à l\u2019ignorer.Morrice souffrait de l\u2019incompréhension des siens, et ses visites ici se faisaient de plus en plus rares.A la mort de ses parents, il ne revint à peu près plus.A l\u2019occasion du schisme qui se produisit au sein de la Société Nationale des Beaux-Arts, Morrice avait pris parti avec les peintres qui quittaient cette société rendue pres- qu\u2019aussi officielle que le Salon des Artistes français, et était devenu sociétaire du Salon d\u2019Automne.Mor- rice épouvait une grande admiration pour Matisse qui était aussi de ce groupe.Ils se lièrent d\u2019amitié et passèrent ensemble deux hivers à Tanger.On a dit que Matisse a fortement influencé la dernière période de Morrice.M.Lyman n\u2019y voit pas d'influence spécifique: ce sont les tendances générales du mouvement.A la rétrospective de la Galerie Nationale d'Ottawa consacrée à Morrice, on exposait une toile dont le titre était: Vue d\u2019une fenêtre à Cagnes.M.Lyman, à qui ce tableau rappelait avec insistance autre chose, vint à lui découvrir une certaine parenté avec une toile de Matisse intitulée: Vue d\u2019une fenêtre à Tanger.Or, en comparant les reproductions des deux tableaux, il se rendit compte qu\u2019ils avaient exactement le même sujet: dans les deux cas, un bouquet de fleurs devant une fenêtre, par laquelle on aperçoit la ville de Tanger, les mêmes maisons, le même chemin, puis la mer.Les deux œuvres ont donc été exécutées alors que Matisse et Morrice étaient tous deux a Tanger, et c'est par erreur que celle de Morrice a été située à Cagnes.Néanmoins, on n\u2019y retrouve aucune espèce d'influence matissienne.Morrice voyagea beaucoup.Il disait qu\u2019un peintre doit voyager dans le sud pour nettoyer sa palette.C'est en Afrique et surtout aux Antilles qu\u2019il fit ses plus belles toiles.Petite anse, Trinité, qui est de cette époque, a été achetée par Ottawa.Pendant la guerre, Morrice devint peintre officiel des armées canadiennes.Mais la peinture sur commande lui convenait mal.Du reste, il n\u2019a laissé que de très rares tableaux de guerre, dont Canadian Troops at the Front qui appartient à la Galerie des Arts, Montréal.Un agrandissement de ce dernier tableau a été commandé à Morrice pour le musée de la guerre: c\u2019est une œuvre froide, sans valeur.Il laisse aussi un certain nombre de pochades charmantes de scènes de guerre, de villages dévastés sous un soleil éblouissant.Le Paris d\u2019aprés-guerre avait perdu beaucoup de son charme pour Mor- bel 17\u2018DECEMBRE 19,7 rice.Il s\u2019isolait de plus en plus son paisible repaire de la rive gauche mais préférait encore chercher un.retraite aux Antilles.Son évolution dura jusqu\u2019à la fin.Il se dirigea sans cesse et sans jamais vers une synthèse de plus en plus grande Vers la fin de sa vie, ses études sont à l\u2019aquarelle et demandent une transposition considérable.Mais l\u2019intempérance aggrave dé pérément l\u2019état de sa santé, ge croyait obligé de boire pour calmer ses nerfs et comme un remède à l\u2019angoisse.Les médecins s\u2019en inquig.tent, lui recommandent les eaux Morrice par la suite- a toujour, attribué sa mauvaise santé à Cette cure.Il meurt à Tunis, en janvier 1924, Dunoyer de Segonzac, qui s'était toujours intéressé à l\u2019œuvre de Mo.rice organise à Paris sa première rétrospective, la même année.D\u2019autres lui sont aussi consacrées à Paris puis à Ottawa et à Montréal.Durant toute sa vie, Morrice fut à peu près complètement ignoré au Canada, et surtout par les critiques qui ne connaissaient la peinture guère davantage que le public qui ne la connaissait pas du tout.Au Salon du Printemps de 1913 notamment, sa présence et celle de John Lyman avaient] provoqué un véritable scandale.Buchanan leur attribue le renouveau qui commença de se dessiner un peu après la guerre, à Montréai.Morrice fut toutefois nommé membre honoraire de la Royal Canadian Academy, ce qui, dans tous les cas, ne saurait être un grand honneur, et ne l\u2019était surtout pas dans le cas de Morrice à qui l\u2019on conféra ce titre à cause de sa naissance seulement.Ce n\u2019est qu'après sa mort qu'on prit conscience de sa valeur.Il fut le premier grand peintre canadien.Son influence au Canada a été considérable autant par sa haute conscience artistique que par ses œuvres, Il fut le premier à rapporter de Paris la liberté d\u2019être soi.C\u2019est son don à ses successeurs canadiens.M.Lyman affirme avec plaisir que Morrice a été un exemple pour lui, qu\u2019il a été très impressionné par son art.D\u2019autres ont été influencés plus indirectement: Roberts, de Tonnan- cour.Morrice ne fut certes pas un grand découvreur comme Matisse et Bon- nard, par exemple.M.Lyman le compare plutôt à Vuillard.Il ne possède pas le sens plastique des grands français: d\u2019aucune façon, \u2018il n\u2019est de la lignée de Cézanne, de Renoir.Il fut tout de même un poète authentique, un grand peintre.Guy VIAU LA QUESTION DU PRIMITIVISME Pas d'ordre spirituel sans un minimum matériel, c'est l'évidence.Mais pas d'ordre total sans une aoumission organique du matériel au spirituel.C'est encore là une évidence, et qui n\u2019est pas moins actuelle.Denis de Rougermoan® Les primitifs posent d\u2019une façon irrévocable le problème fondamental des arts plastiques, et, plus profondément, celui de la création artistique: il s'agit de savoir quels sont les éléments qui, dans une œuvre, engagent l\u2019homme d\u2019une façon essentielle et quelles sont les plus fécondes disciplines pour l'artiste.Les œuvres des primitifs soulèvent, d\u2019une façon non moins péremptoire, la question complémentaire de l'éducation artistique.Il faut d\u2019abord, pour éviter toute confusion, s'entendre sur les termes.Notre propos n\u2019est pas de mettre en cause le primitivisme des artistes du moyen-âge dont la technique, très rigoureuse et très savante, s\u2019insérait dans une tradition aux dogmes formulés.Nous voulons parler du pri- visme qui ne correspond pas à une époque historique, mais à une époque artistique, à un stage d\u2019évolution.Ces quelques notes sont inspirées par les tableaux véritablemenu miraculeux d\u2019une Mary Bouchard et par la sculpture austère d'un Gérard Fortin.Des étres aussi dégagés de tout systéme, aussi spontanés sont nés pour le scandale de ceux qui ont conservé la religion des diplômes, des médailles et des distinctions, des honneurs officiels, de tout ce fétichisme de haute civilisation.Et ce qui est plus grave encore que le scandale et la réprobation, c'est le refus, la fin de non recevoir qu\u2019on oppose à ces manifestations où sont résolues dans le sens de la vérité et de la vie, des questions d\u2019un intérêt toujours actuel.Quand on sait de quel prestige jouit, dans les esprits conformistes, le seul mot d'instruction, et dans quelle estime ces mêmes esprits peuvent tenir le dernier cancre venu, s\u2019il a fait de longues études, personne premier tort des primitifs, aux yeux de ces messieurs, c\u2019est d'être des autodidactes.Devant une objection de cette nature, on ne saurait éviter de se poser deux questions: l\u2019art est-il du domaine de l'instruction, et dans quelle mesure peut-il s\u2019enseigner.Nous voudrions nous excuser de mettre en question des prémisses aussi élémentaires, mais il est inutile de songer a placer le débat sur un autre plan aussi longtemps qu\u2019on entendra (comme ce plaisir m\u2019a été donné) des hommes intelligents comparer la peinture à l\u2019orthographe.Il faut bien commencer par établir une distinction entre'art et science, et montrer ensuite que de stous les arts, les arts plastiques sont certainement les plus naturels, les plus instinctifs, ceux qui nécessitent l\u2019intervention du plus mince appareil technique, parce qu\u2019ils contiennent une moindre part d\u2019arbitraire.Les sciences relèvent ou bien de l\u2019arbitraire, c\u2019est-à-dire de l'usage, comme l\u2019orthographe; ou bien de Photo André de Tonnancour MARY BOUCHARD large, c\u2019est-à-dire des moyens matériels nécessaires à la réalisation d'une œuvre.Au contraire.En affirmant ie fait indéniable que des primitifs comme Mary Bouchard ou Fortin ont produit des œuvres d\u2019une qualité authentique, nous disons implicitement que les valeurs essentielles transcendent le métier et nous réclamons pour chaque artiste le droit à une technique parfaitement adaptée à son tempérament particulier.Et cela se soustrait à l\u2019enseignement.Un autre malentendu consiste à infirmer la valeur artistique des ceuvres des primitifs en arguant que cela est facile, comme si la fidélité envers soi-même n\u2019était pas d'une rigueur et d\u2019une difficulté supérieures à tous les trucs de métier.Cette question se rattache d\u2019ailleurs étroitement à l\u2019enseignement du dessin aux enfants.Nous disions, tout à l\u2019heure, que les arts plastiques sont peut-être la manifestation artistique de l'homme qui répond le plus spontanément à ses exigences.C\u2019est son premier moyen d\u2019expression.Aussi loin qu\u2019on remonte dans la préhistoire, on en retrouve d\u2019étonnants témoignages et les enfants savent représenter leur monde intérieur avec une fraicheur, suite à la page V Lt .as ye ; , os ne Disons que ce sont les valeurs les in mitivisme contemporain, du primiti- ne s\u2019étonnera d'apprendre que le I'érudition, comme les langues, l\u2019his- plus indéterminées, les plus libres pe Lo ou bien de l'expérience Com.dans le sens de foncièrement vivantes 8 murée, comme \u2018a physique.Com- et personnelles, les valeurs de créa- Pl ment rattacher l\u2019art, et surtout les tion ci EN DU STRI EL V arts plastiques, à l\u2019une ou l\u2019autre \u2019 Lo.5: AN part He d' catégorie ?La science progresse; l\u2019art Le reste est métier, et quand le ; \"A, lu v .© ne fait qu\u2019évoluer, non pas vers une Métier usurpe la fonction créatrice, NE m os pates étiquettes et Fa plus haute signification, mais vers y fausse tout le Jed M transforme Saar mI Rr ex ein, A I\" 2 : un achèvement plus conscient, plus art en science, il fige la fantaisie > et à dre lustrés Pour complet.Dans son grand livre sur dans des formules.Le peintre .O.Gl ROUX-0/7 OMETR re le Moyen-Age, l'éminent historien de apprend son métier, il n\u2019apprend pas Me a d l\u2019art, Henri Focillon, ne dit-il pas: son art., Cette constatation nous assisté de si \u201cDès les premiers temps de son permet d'énoncer le paradoxe sui- MM.A.PHILIE J.-A.ALLAIRE G.LAURIER 4 te évolution, l\u2019art semble en possession vant: tout artiste véritable est.un ror +r» OPTOMETRISTES OPTICIENS DIDLOMES ; d .i.À de ses valeurs essentielles.Il n'ira autodidacte puisqu'il n\u2019a pu trouver REE NY st R- jamais plus loin dans la représenta- qu'en lui-même la source des valeurs A pl NL TA tion de la vie animale\u201d.essentielles.ÿ Nat LID ut, eo sb A Quelles sont justement ces valeurs Qu'on se garde d\u2019interpréter ce qui N 282 OUEST RUE ONTARIO PARES DLEURY = MOMYREAL essentielles?Tout le reste ne nous précède comme une condamnation Montreal p intéresse qu\u2019en fonction de cela.© de l\u2019enseignement du métier au sens + cl 17 DECEMBRE -1948.Il y a quelques années, peu après une absence prolongée hors du pays, mes yeux tombèrent par hasard sur une chronique d\u2019art perdue dans un périodique mondain.L\u2019article était signé John Lyman et débutait par une note d'humour touchant Montréal, \u2018\u2018la plus grande petite ville de l\u2019univers\u201d.Cette boutade sharmonisait fort bien avec un sentiment de dépaysement que nous éprouvions alors et nous incita a lire l'article entier.Nous recherchâmes d\u2019autres écrits du même auteur, et dans tous nous retrou- vames une compréhension intelligente des problèmes artistiques ainsi que des jugements très pertinents formulés dans une langue alerte et limpide.J'avouerai que je ressentis quelque fierté à découvrir au Canada un écrivain d'art dont les propos n\u2019eussent pas déparé les meilleures publications d'Europe.A quelque temps de 13, je causais peinture avec un collégue chez le coiffeur.Nous ne portions guére attention aux autres clients.L'un d\u2019eux était John Lyman qui prêta une oreille attentive à notre conversation.Rentré chez lui, il s\u2019empressa de relater à sa femme l'incident insolite dont il venait d\u2019être témoin: deux inconnus s\u2019entretenant de Renoir et de Gauguin \u2014 chez le coiffeur! \u2018John Lyman en était aussi stupéfié qu\u2019heureux.En effet, peu d'hommes se sont mieux employés que lui à former le goût du public canadien et à servir dans notre milieu la cause de l\u2019art vivant, c\u2019est-à-dire de l\u2019art tout court.Il y avait donc quelque chose de changé au Canada pour que l\u2019on osât parler d\u2019art jusque dans le salon de Figaro.Nous aurons prochainement l\u2019oc- tasion d'analyser l\u2019œuvre de Lyman et d\u2019en définir les caractères.Nous voudrions ici rendre hommage à son action intelligente et désintéressée qui lui assure, au méme titre que la Qualité très fine de sa peinture, une place de premier plan dans l'histoire de l\u2019art au Canada.Issu d\u2019une famille anglo-cana- dienne dont les quartiers de noblesse remontent aux origines de la Nou- velle-Angleterre, John Lyman reçoit ses premières leçons à Paris en 1907, dans l\u2019atelier d\u2019un peintre obscur, Marcel Béronneau, élève de Gustave Moreau.Cet artiste oublié Imposait à ses élèves une règle pédagogique inusitée: il les astreignait à dessiner le modèle dans le \u2018Plus bref délai possible et à raccour- ar de jour en jour leur temps d'exécution.Cette méthode d\u2019allure plutôt sportive présentait au Moins un avantage: elle obligeait l'élève à saisir l\u2019essentiel des formes et à négliger le détail superflu.Pa- feillement on reconnaitra plus tard dans l\u2019œuvre de Lyman un souci de Simplification formelle en vue d'atteindre à une plus grande intensité d'expression.Nous retrouvons en- Suite Lyman au Royal College of Arts de South Kensington ou il Sinscrit au cours d'architecture.ais l\u2019attrait de la peinture est le Plus fort et il suit de préférence la classe de modèle vivant.Il-retourne Appartient à la \u201cArt Association\u201d.Montréal PAYSAGE à Paris en 1908 où il fréquente d\u2019abord l\u2019atelier de Jean-Paul Lau- rens, à l\u2019académie Jullian, puis en 1909-1910 l\u2019atelier d\u2019Henri Matisse, dans l\u2019ancien couvent des Oiseaux.La, il se lie d\u2019amitié avec Per Krohg et Matthew Smith.Mais si John Lyman a gardé de son éducation patricienne le tact et la distinction d\u2019esprit de l\u2019honnête homme, s\u2019il a acquis au cours de ses séjours prolongés dans le vieux monde une culture étendue et le sens des nuances et de l\u2019équilibre, qui sont la marque des civilisés, il n\u2019en est pas mioins un révolutionnaire dans l\u2019âme.Non pas un anarchiste qui donne des coups de poing sur la table des brasseries, couvre les murs de graffiti et voudrait substituer un beau désordre à un ordre établi sur l\u2019erreur, mais un homme épris de vérité et déterminé à remplacer les poncifs régnants par un art fondé sur la transfiguration poétique et personnelle de la réalité sensible.La réserve discrète qu'il tient de ses origines et de sa formation ont retenu John Lyman de se faire connaître de la masse.Il importe de préciser ici qu'il a été le premier pionnier de l\u2019art indépendant au Canada.PIONNIER DE L\u2019ART INDEPENDANT - En 1913 \u2014 l\u2019année où Walt Kuhn, Arthur B.Davies et Walter Pach révèlent aux amateurs américains l\u2019existence de la peinture dite moderne à l\u2019Armory Show de New- \u2018York \u2014 John Lyman expose au public canadien les premiers tableaux \u2018\u2018avancés\u2019\u2019 qu\u2019il lui a été donné de voir.) Ses envois au Salon du printemps font scandale tout comme ceux de A.Y.Jackson et de Randolph S.Hewton.Quand il présente peu après un ensemble de toiles et de dessins dans une exposition particulière à la Art Association, ce fût un déchainement dans la presse et le public.Jamais dans l\u2019histoire du journalisme canadien les critiques ne s\u2019étaient livrés à un\u2018 pareil jeu de massacre, à un tel débordement verbal.On s'en prit d\u2019abord aux titres de ses tableaux: \u201cFrench Essay\u201d, \u201cSwiss Impromptu\u201d, \u201cFloral Caprice\u201d, \u201cNovelette in \u2018pink and yellow\u201d, \u2018Humoresque\u201d, \u2018Nude Girl Scherzo\u201d, etc.Ces vocables musicaux exprimaient assez bien la conscience qu'avait l\u2019artiste de livrer\u2019 une interprétation personnelle de la réalité transposée par le jeu de sa sensibilité et de sa raison.Ils reflétaient une préoccupation analogue à celle qui avait inspiré à Whistler ses \u201cNocturnes\u201d et à Rimbaud, le fameux sonnet des \u201cCorrespondances\u201d.L'on conçoit facilement qu\u2019ils aient dérouté un public habitué aux bergeries hollandaises du XIXe siècle et aux portraits sentimentaux de gardeuses d'oies et de pêcheurs napolitains.Mais la substance, et la facture des tableaux causèrent plus d\u2019indigna- tiën encore.L'on n\u2019y retrouvait plus a LE QUARTIER LATIN Y MAN PORTRAIT ll y a déjà quelques mois, mon ami Jobn Lyman me promettait de faire mon portrait.Il ne l'a pas encore fait.J'ai toujours espoir, cependant, qu'il finira par le faire: c'est peut-être là ma senle chance de devenir célèbre! En tont cas, il arrive que j'ai l'occasion de faire le sien avant qu'il fasse le mien.C'est la première fois qu'on me demande de faire le portrait d'un artiste.J'en suis très flatté: mais j'atoue que j'en suis aussi un peu embarrassé.Faut- il décrire sa physionomie, son habillement, sa stature?Tout cela, àl l'a déjà fait mieux que je ne pourrais le faire, Hnya gud aller voir chez lui le portrait de l'artiste par lui-même.Du reste, c'est une de ses meilleures oeuvres.Ce qui frappe d'abord chez Lyman, c'est la finesse de son esprit, de son intelligence, c'est un des hommes les mieux renseignés que je connaisse.Sa culture ne s'étend pas qu'au domaine des arts.Il est tout aussi versé en littérature el en politique.H faut causer avec lui pour ponvoir s'en rendre compte.Et son point de vue est personnel, original, ses instincts, ses sympathies sont justes.Si Lyman ne croit pas que la peinture doive être de la propagande, ce n'est pas qu'il soit indifférent aux grands mouvements sociaux de notre temps.Loin de là.Lyman est foncièrement latin.En disant cela, j'ai à peu près tout dit.Contrairement à tant de gens de notre siècle qui n'ont pas le temps de vivre tant ils sont occupés à faire leur vie, il sait réserver son énergie pour les choses importantes.C'est peut-être parce qu'il est latin qu'il saisit si bien le problème cana dien.Parafaitement bilingue, àl est tout aussi à l'aise dans les milieux français que dans les milieux anglais.Et parce qu'il comprend à fond les deux cultures, À sait qu'elles n'ont vien d'incompatible.La [essibilisé de leur synthèse éventuelle dans une culture vraiment canadienne est prouvée par sa propre vie.N y a malbenrensement trop peu d'hommes comme Jobn Lyman at Canada.Jobn P.HUMPHREY l\u2019anecdote et le sujet familiers, l\u2019on fut choqué de la liberté du métier, de la simplification des plans et de l\u2019émancipation du dessin.Montréal avait perçu quelques échos de l\u2019émoi provoqué par les \u2018\u2018Fauves\u201d\u2019 à Paris et s\u2019en donna à cœur joie pour fustiger l'impudent qui avait osé troubler son seuil austère.\u2018\u2018Barbarie, atrocités, sauvagerie, \u201cinfanticisme\u201d, académisme primaire, art dégoûtant\u2019, \u2014 tout le vocabulaire de l\u2019invective y passa.L'on nous permettra de citer ici textuellement quelques extraits de ces \u2018\u2018critiques\u201d\u2019 de l\u2019époque.D'abord au sujet des quatre envois de l'artiste au salon du printemps: Du Witness du 26 mars 1913: Mr.John Lyman\u2019s Weird Creations \u201cThe other chief offender in the Post Impressionist line is Mr.John G.Lyman.Mr.Lyman exhibits in \u201cA Brunette\u2019 a picture of a woman that would disgrace a common signpainter on the street.It reminds one of the crude attempt of an amateur to depict a beauty in a signboard advertisement for cigars.The picture is purposely crude, the poss purposely stiff and unnatural, the coloring designedly raw.But the picture is supposed to represent something in the art line, so it finds its way in.\u201d Du Herald, même jour: \u2018\u2019It must be remembered that Mr.Lyman's pictures do not possess, and do not profess to possess, any merits according to the accepted canons of any existing school of painting.They are as contemptuous of all precedent as the most advanced of the futurist creations.In their anxicty to get bzhind all conventions except those of the four-year-old child with a box of crayons they may be d- \u2026ibed as establishing an Infanticist School.\" Voici maintenant quelques commentaires en marge de l\u2019exposition particulière du peintre.De la Gazette du 21 mai 1913: \u201cMr.Lyman\u2019s product of 1908 and 1909 show promise, a few of the eight pictures of this period being characterized by pleasing color and a comprehensive simulation of the objects the artist intended to represent.With this little group of canvases, the restful and pleasing note ends.Immediately following this section comes the product of 1911, 1912 and 1913, and as they are all painted in the same lifeless tones and the same disregard for form, there is little to choose between them\u201d, etc.Du Star du 23 mai 1913 sous le titre: \u2018Extraordinary Display of Crudities and Offensive Things at the Art Gallery\u201d, une mercuriale comique de S.Morgan Powell: \u201cMr.Lyman dabbles mostly in greens of offensive hues.His colors are smeared on the canvas.His drawing would shame a schoolboy.His composition would disgrace an artist of the stone age \u2014 the paving-stone age.Crudity, infelicitous combinations of shades, unharmonious juxtaposition of tints, ugly distortion of line, wretched perspective, and an atrocious disregard for every known canon of sane art, are here, They leap out of the frames and smite you between the eye-brows.They.simply ruin the neutral tint of the Art Gallery's well-kept walls.They make the very frames that hold them groan in desolation of spirit.\u201d \u201cThe Swiss \u201cEssays\u201d and \u201cImpromptus\u201d have no more resemblance of Swiss scenery than the bottom of the Lachine Canal.\u201d Etc.\u201cThe period 1911 is a sad one.But the succeeding period of 1912 is sadder.It is infinitely sad.It is more than sorrowful.It positively reeks with pain, \u2014 the pain that any sane, well.balanced person gets from a contemplation of the insane, the grotesque, the idiotic, the silly, the sensual, the hideous and the vulgar.\u201d \u201c\u201c.The drawing would drive Mr.Brymner frantic if any one of his pupils dared to show it to him as drawing.The coloring is wilder, more blatant, more ghastly, more disgusting in its utter absence of any sense of decency or restraint, than the coloring of the 1911 period.In short, 1912 is a period of very obvious insanity in canvas spoliation.*\u2019 \u201c.\u2018Golden Scnsation\u201d is an abominably drawn distorted ghastly grotesque figure of a woman .seated in a chair.Her face, bosom, and hands are a revolting yellow.Her eyes arc dabs of paint jabbed into the yellow.Her hands are clawlike, uncanny.There is nothing that approaches harmony in the coloring.The various smears of paint form one appalling discordant screech on the canvas.The face lcers.The lace collar looks as if it were thoroughly ashamed to be there.If this be a portrait, or anything else save a splashing of paint, then truth is a lie and lying the only virtue.\u201c.But when the Art Gallery management permits the exhibition of the array of \u2018\u2018drawings\u2019\u201d Mr.Lyman has sent in, then it seems to me that something worse than a grave crror has been allowed.For these \u2018\u2018drawings\u2019\u2019 are disgusting.For the most part, they are cruditics in outline of nude studies in every possible form of distortion.Some are frankly bestial; others are simply ugly; others revolting; others grotesque.\u201d \u2014 Disons cependant, pour l'hon neur du public canadien, \u2018que ces vitupérations ne restèrent pas sans réponse.Le peintre précisa lui- même pour des esprits mal informés la position de l\u2019artiste et le sens réel de l\u2019œuvre d\u2019art.Dans une lettre écrite au Star, M.S.Mortimer Lamb, ingénieur et homme de goût, se permit même de discuter la compétence des critiques en cause.\u2018\u201c\u2026JIf we must have art criticism, let us be sure that it is competent, and let us remember, as history teaches, that at best it is very fallible and woefully unreliable; nor is this surprising, from a profession where self- assurance is commonly of greater account than scholarly accomplishment.\" Quant à S.Morgan Powell, il croira se \u2018sauver la face\u201d, comme disent les Orientaux, quand il fera l\u2019éloge de Lyman en 1927, alléguant que depuis 1913, l\u2019artiste a appris à peindre et à dessiner et que lui, Morgan Powell, se réjouit de son succès.Or, n\u2019en déplaise à ce critique instable, il existe une filiation directe entre les toiles de 1913 et de 1927 et l\u2019on retrouve dans les unes et les autres, le même sens de la composi- tiôn et du coloris.* »\u201d Après avoir provoqué ,pareille \u2018tempête -dans l\u2019enêrier \u2018des critiques PORTRAIT DE JORI SMITH indigènes, John Lyman reprend une vie nomade aux Antilles et aux Etats-Unis.Pendant la guerre, il sert dans les ambulances de la Croix- Rouge en France.De 1919 à 1931, date de son retour au Canada, il habite tour à tour la France et la Tunisie et fait de fréquents séjours en Espagne.Il nous a rapporté de tous ces pays de soleil des paysages d\u2019une luminosité et d\u2019une rigueur de composition dignes des classiques: La Plage à Biarritz, Le Caballero, Le Philosophe arabe, La Lecture et ses vues radieuses de Cagnes, d\u2019Almeria et d'Hamammet.De 1920 à 1931, il expose régulièrement aux salons d'Automne et des Indépendants.Dès la fondation du Salon des Tuileries, il est invité à exposer à la section rose de ce salon qui groupe la plupart des grands contemporains: Matisse, Derain, Utrillo, Dufy, Segonzac, Laprade, Friesz, Vlaminck, etc.Il continuera d\u2019y figurer chaque année jusqu\u2019à son départ de France.Au cours de sa vie européenne, John Lyman a fréquenté les milieux artistiques et littéraires où il a noué de solides liens d\u2019amitié avec des artistes, J.W.Morrice, Simon Lévy, Gimmi, les frères Perret, Othon Friesz, Foujita, Zadkine, Matthew Smith, etc, et des écrivains, James Joyce, Jules Romains, Léon-Paul Fargue, Charles Vildrac, Gertrude Stein, etc.Dans son propre pays, on l\u2019a accusé de s'être européanisé, de ne pas faire œuvre candienne.Pourtant, à son retour dans sa patrie, il se retrouve chez lui devant le paysage canadien et n\u2019a plus le sentiment qu\u2019il a toujours eu en Europe d\u2019être un étranger.Aussi, entre-t-il dans une période fertile en œuvres de qualité : Lassitude, Détresse, \u201cHitch Hikers\u2019\u2019, des portraits, des compositions, des paysages, etc.FONDATEUR DE LA SOCIETE D'ART CONTEMPORAIN Dès son arrivée au Canada, Lyman présente une exposition de tableaux récents à la galerie Scott, qui pendant de nombreuses années s\u2019efforça de promouvoir la cause de l\u2019art indépendant à Montréal.Il organise également avec d\u2019autres artistes un atelier d'art libre dans l\u2019ancien studio du Montreal Repertory Theatre où, entre autres élèves, il formera Eldon Grier et Allan Harrison.C\u2019est à lui également que revient le mérite de nous avoir révélé le talent remarquable de Goodridge Roberts.Il expose successivement avec le groupe de l\u2019Atelier en 1932 et 1933; à la Valentine Gallery de New-York en 1936 (exvosition particulière); de nouveau chez Scott en 1937; à l\u2019exposition \u201cArt of the Americas\u201d de Dallas, E.-U.où il est le seul représentant du Canada; au Salon : du Printemps, où certaines de ses toiles sont refusées; à la Tate Gallery.de Londres dans l'exposition \u2018Century of Canadian Art\u201d; à la World\u2019s Fair de New-York, avec la Society.\u201cof Canadian Painting and Water-Color et-avec-\"le-_ Canadian: \u2018Groupig'of- 818 5, \u2018avecéle-groupeïde.l'Est et la Société d\u2019Art Contemporain.Cette dernière société a vu le jour en 1939, sous l\u2019impulsion personnelle de John Lyman auquel se sont joints les défenseurs de l'art vivant au Canada et des amateurs éclairés; il en est resté jusqu'à ce jour l\u2019animateur dévoué autant que désintéressé.Cette société s'est consacrée à faire connaître et goûter du public canadien, la peinture indépendante qui, fidèle aux traditions du passé, trouve son inspiration dans le cœur et l\u2019esprit même de l'artiste et non dans une pauvre copie de la réalité.Si, dans les milieux officiels, l\u2019académisme est devenu suspect à cause même de la vitalité grandissante de la peinture libre, c\u2019est à la société d\u2019art contemporain, et plus particu- lidrement à son président, John Lyman, que nous devons cette évolution salutaire.Entre temps, John Lyman prêta sa collaboration à divers périodiques où il publia des critiques étayées sur une vaste culture et qui s\u2019imposent par leur clairvoyance et leur objectivité.L'espace nous manque pour examiner plus longuement cet aspect de son talent.Il serait à souhaiter que ces pages soient réunies un jour en volume afin qu'elles obtiennent la diffusion à laquelle elles ont droit, car elles révèlent un écrivain d'art de grande classe, le plus judicieux peut- être du Canada.LA PEINTURE DE JOHN LYMAN L'art du peintre est essentiellement une source d'émotion esthétique fondée sur une délectation visuelle.Aussi les textes les plus éloquents ne sauraient-ils remplacer Ja contemplation des œuvres elles- mêmes.La critique apprécie des qualités de métier, des raffinements techniques, elle s\u2019efforce de dégager la portée poétique des tableaux \u2014 sans toujours y parvenir, hélas! \u2014 mais son rôle se borne somme toute à diriger les amateurs vers les œuvres qui sauront leur parler mieux que tous les commentaires.La peinture de John Lyman est trop peu connue du public canadien.Elle fait, il est vrai, la joie de nombreux collectionneurs des deux mondes mais il semble que l'artiste ait toujours éprouvé une sorte de pudeur instinctive à en faire étalage ou à la présenter à ses amis, voire même suile à la page VIII (1) En dehors d'un cercle restreint .de connaisseurs et d'amis, l\u2019œuvre de JW: Morrice était alors peu goûtée au Canada et laissait le public indifférent.Cette indifférence chagrinait beaucoup Morrice.Les toiles'de sa première manière, peintes dans une gamme subtile de tons sourds qui l'appareste parfois & Whistler, n\u2019avaient - pas plus scandalisé les amateurs qu'clles nc les avaient frappés.Apréstla rencontre\u2019 de Matisse en 1913, il brossera largement des tableaux plus chantants®de couleur et d\u2019un métier plus libre.Ceux-ci constituent sans doute le meilleur de son œuvre.Ceux qu'il en exposera au Canada après la guerre ayant reçu un accueil.défavorable, il \"cessera: dèa \u2018lors, :et jusqu'à- per aux \u2018expositions'canai sa\u2019 moft/de, partici diénnes.\u2026 \"= af PAGH/IV La peinture est d\u2019essence plastique.Je n\u2019y toucherai pas.Il n\u2019y a place qu\u2019à la contemplation et à l'ivresse de vibrer au rythme universel de la géométrie sensible.La vie est sa loi.L\u2019homme s\u2019y révèle vif ou mort.Joie ou désenchantement.Ceux qui, sans préjugé, ont suivi Borduas depuis quelques années, ont participé à la Joie.Ils ont senti l'axe de vie d\u2019un homme se confondre avec l\u2019axe des lois de l'univers.Harmonie! Beauté! Joie! Leur sensibilité a été captée, leur intelligence ravie et une grande ivresse a conquis tout leur être.Borduas, peintre vivant! Borduas: plénitude dans la Joie de Vivre épousant les contours mêmes de la rigueur dans la discipline jusqu'à l\u2019austérité.Ici, rien de facile, rien d\u2019obtenu: une parfaite unité d\u2019intention a présidé à l\u2019évolution d\u2019un problème bien défini qui s\u2019est révélé à la seule intensité du désir, une volonté extrême soutenue par une attention sagace a tout ordonné, tout équilibré, pendant qu\u2019une intention plus haute et désintéressée, débordant les données du problème, et s\u2019évadant bien au delà des recherches conscientes et mesquines de la matière ou de la forme, a réchauffé l'organisme puis l\u2019a fixé en des rapports harmonieux; l'émotion jaillit.Borduas, un plasti- ticen.La peinture, un outil à émotion.Tant pis si le fait de l\u2019art sensible, de l\u2019art, facteur d\u2019émotion, heurte les conceptions d\u2019une jeune génération, (je ne parle pas de l\u2019élément semblable de la vieille génération; laissons les morts ensevelir les morts) pourtant désabusée par les mensonges d\u2019Ecole, et en quête de pureté.Il en coûte aux plus doués, et même aux mieux intentionnés, de renoncer au préjugé de l\u2019art, entité distincte de toutes les autres formes de l\u2019intelligence humaine, puisant uniquement dans l\u2019imagination fantaisiste et capricieuse; ils ont peur des missions nobles où l\u2019homme, le savant, et l'artiste, confondus dans la même personne, atteignent au lyrisme.Tant pis et tant mieux si l\u2019Art est d\u2019essence hautaine! En peinture, il y a les créateurs: ceux qui construisent, qui ordonnent par le dedans, dans le sens de la vie.Eux seuls sont peintres.Il y a aussi les amateurs de styles, de systèmes, les assembleurs de matières précieuses, de formes étonnantes; ceux-là aussi aspirent au but, ils édifient des façades privées de leur cause; ce sont les ingénieurs- peintres, ni ingénieurs ni peintres.Bordtæs, un créateur! Son art est un fruit mir, bien rond, bien ferme.La maturité seule l\u2019a détaché de arbre.Epanouissement de la vie .Avant d\u2019étre tableau la peinture a été homme.La vie a circulé dans les racines, envahi les chairs, réchauffé le coeur, activé l\u2019esprit, quand tout dans l\u2019homme a été accordé au rythme universel, la vie a débordé à l'extérieur, s\u2019est ramifiée, s\u2019est étalée, puis cristallisée en des contours sensibles; elle a pris une figure, un caractère, un aspect.La matière a jailli abondante, souple, variée, transparente, la couleur a éclaté en sonorités chaudes, pure et subtile, un rythme large et profond s\u2019est insinué: la joie de vivre a pris corps.L'aspect résulte.Il est contenant, le contenu seul importe.L'aspect ea ABSTRACTION (Gouache) souvent chaotique des toiles de Borduas, comme toute la nature d\u2019ailleurs, recèle l\u2019ordre fondamental de l\u2019homme, par conséquent du monde.La vie y circule ardente, généreuse, fière.La forme a peine à la contenir toute, elle se présente gauchement, presque impudente dans sa grossesse, mais toujours digne, altière, concise parfois jusqu\u2019à la brutalité Ce qui nous froisse est cette brutalité apparente avec laquelle s\u2019inscrivent en contours indéniables, vérité et vie; défi de gavroche, affirmation crâne d\u2019une certitude.Notre dévotion du doute, de la peur, regimbe au spectacle de la foi toute nue, sans oripeaux ni cortège.L\u2019inquiétude seule, toute l'inquiétude du monde a donné et donne chaque fois la poussée initiale à la puissance créatrice qui se manifeste en peinture.Rien n\u2019a été prévu pour plaire ou flatter la vanité, rien d'objectif ni de symbolique; c\u2019est un art de sacrifice où tout a été retranché jusqu'au moment où plus rien ne pouvait être retranché, pour laisser resplendir l\u2019ordre, la proportion, l'équilibre, la nuance, tout cet infiniment perceptible par l\u2019infiniment puissant qu\u2019est la sensibilité, L\u2019intention anparait dans son éclatante pureté, l'activité intellectuelle est écrite en lignes concises et la règle du jeu s'offre sans ambiguité.Tout se comprend qui doit être compris.Vie d'abord, tableau vivant ensuite, machine à émouvoir.Ceux à qui il faut les mots, révolution, école et tous les \u2018ismes\u201d pour définir l\u2019seuvre de Borduas, n\u2019ont rien compris à l\u2019art ni à la vie.S'il est vrai que le normal appartient à la majorité, alors vous avez raison, messieurs les Morts, la vie est révolution.Borduas n\u2019a rien brisé, il a tout continué.La vie dérange les morts; il a peut-être aussi réveillé des assoupis, est-ce bien mal?Son art est le prolongement de l\u2019art vivant des siècles accumulés, c\u2019est l\u2019art d\u2019un homme vivant en \u201c43\u201d tendu de toute la puissance de ses énergies vers \u2018\u201844\u201d\u2019.Faire l\u2019aujourd\u2019hui, préparer demain, voilà l\u2019anormal pour une partie de la jeune génération.Ce n\u2019est plus un secret que nous sommes anémiques.On a tout juste la force d\u2019abriter son dernier souffle sous les accusations fallacieuses de partialité, d\u2019emballement, de fanatisme; autant nous reprocher d\u2019avoir la foi.Laissons à leurs gémissements les agonisants.Il ne s\u2019agit pas de clan, de parti- sannerie d'esprit de clocher ou d\u2019école, ce qui nous occupe est question de vie ou de mort.Nous ne jugeons pas un homme, nous jugeons un principe révélé par un homme.Nous réclamons la vie, non seulement dans les manifestations les plus évoluées de la maturité, mais la vie, de la marche titubante de l\u2019enfant jusqu'aux pas décidés de trentes pouces de l\u2019âge mûr, toute la vie en marche! Il n\u2019est donc pas question de faire valoir un homme plutôt qu\u2019un autre, le temps se charge de cette sélection.Ce dont nous sommes sûrs, c\u2019est que l\u2019unanimité se ralliera autour des oeuvres de vie uniquement.La génération montante n\u2019a plus le droit d'ignorer qu\u2019elle possède un peintre vrai, un peintre vivant, un créateur, et que son art est avant tout manifestation de vie.Cette même génération a pris conscience d\u2019un esprit nouveau; le temps est LE QUARTIER LATIN BORDUAS révolu d\u2019enfermer son cœur dans une cassolette, il faut nous ranger pour ou contre la vie, pas d\u2019alternative.Notre inertie ne peut que retarder l\u2019avènement du jour qui doit venir où de gré ou de force, nous assisterons à l\u2019effondrement des ombres- piliers, que nous nous obstinons a confondre avec les maitresses-pou- tres.N\u2019hésitons plus, renoncons dés maintenant au culte cher des momies, du falsifié et de l\u2019emphase.La vie réclame ses droits; accordons nos cœurs et nos vies à la cadence des lois du monde, de toute la vie de l\u2019univers.Fernand LEDUC Certains artistes généreux ont enfin tourné le dos à un passé que l'on ne pourra jamais ressusciter dans toute sa fraîcheur.Ils ont pris place aux côtés des créateurs qui poursuivent l'exploration de la réalité humaine.Certes, il aurait été plus facile et plus rassurant d\u2019exploiter les terres que les maîtres du passé ont défrichées, de les exploiter, mais aussi de les saccager.Les acadé- mistes sont en effet des vandales.Voyons ces poètes médiocres qui pataugent dans les jardins de Racine et de La Fontaine, ces peintres sans tempérament qui viennent mettre de l'ordre dans les domaines de Rembrandt, de Rubens et de Cézanne.Borduas aimait trop les œuvres des créateurs pour les imiter et les défigurer.Il s'en est nourri, mais dès qu\u2019il eut des muscles solides, le regard clair, il se tourna vers l\u2019inconnu sans se demander s\u2019il continuait l\u2019œuvre d'un maître.Il ne pouvait le faire, car il pénétrait dans un monde nouveau qui exigeait de lui, et de lui seul, une réponse nouvelle.Borduas se place au tout premier rang des novateurs.Son message a d\u2019autant plus d\u2019importance qu\u2019il l\u2019a formulé ici même, dans un milieu où l\u2019on en était arrivé à croire que tout avait été dit.Il lui a fallu livrer un long et pénible combat, percer cette masse opaque, ces nuages de plomb des préjugés, de la paresse, de la crainte de tout ce que la vérité et la beauté ont d'imprévisible.Plutôt que de faire fructifier notre héritage, nous préférons trop souvent enfouir nos deniers sous terre et réduire en formules l\u2019œuvre de saint Thomas comme les révélations des créateurs.Une grande richesse reste inexploitée par la faute des faux maîtres Si j'étais Jésus-Christ, et si Borduas était juif, je dirais de lui: \"Voici un véritable israélite, en qui il west point de ruse.\u201d Borduas n'est pas savant dans l\u2019art d'être simple.Sa simplicité lui est spon tanée parce qu'elle se rapproche des sources de son art, Je me souviens de ma première visite chez Ini.['avais peur de recontrer un de ces peintres de littérature, un de ces rats installés dans la peinture comme dans un fromage.Or j'ai rencontré, jai aimé un homme et un poè- le.Une vie orientée vers la sincérité de l'émotion, travaillée par la bardiesse de l'inquiétude, laisse toujours percer quelque splendeur.L'âme, dépouillée des Jeux de l'amour-propre, s'y révèle recueillie dans sa vie intérieure.Borduas semble toujours offrir son âme avec sa main.L'art qui absorbe l'activité de l\u2019homme est inbumain.Les clartés spirituelles de la personne s'y perdent dans une man- raise synthèse.Le peintre ne doit pas s'assujétir à sa vision; À ne faut pas que la personne se dissolve dans l'art, comme une conclusion dans ses prémisses, mais que l'art croisse dans la personne comme le plus beau fruit de l'inquiétude humaine.L'exercice normal des facultés, que nourrit la sensibilité et que guide l'intelligence, doit suffire à expliquer une vie d'homme.L'artiste W'échappe pas à celle exigence.Borduas est l'exemple de l'homme lucide poussé par sa sensibilité, qui in- tégre tout l'humain dans son activité Photo Jacques de Tonnancour de peintre et dont la peinture communique au monde une résonance buntai- ne.Ce n'est pas sa peinture qui justifie Bordnas.C'est Borduas qui justifie sa peinture.Tel est le véritable artiste.On ne dira pas de Ini qu'il peint \u2018crofitre que croûte\u201d.S'il faut absolument parler crofite d'un si bon peintre, c\u2019est en faisant allusion à la croûte du bon pain qui protège l'intime chaleur de sa saveur.Borduas est an petit homme que trat- ne le cortège de ses rêves.Jacques DUBUC ABSTRACTION (Peinture) et des moralistes qui ont peur du risque, mais l\u2019affranchissement qui vient de se produire aura une portée incalculable.Nous avons pu le constater à chacune des expositions de travaux d\u2019enfants qui découvrent dans la joie, loin de toute imitation, les exigences essentielles de l\u2019art en même temps que celles de la création.Les jeunes peintres du groupe des Sagittaires, qui doivent tant à Borduas, nous ont ensuite démontré que les plus doués sortaient enrichis de cette période d'apprentissage sans contraintes extérieures et que les maitres modernes, inimitables parce que trop prés de nous, contribuent a la formation de V'intelligence de la sensibilité.L'enseignement de Borduas, fait de sympathie vigilante, a permis à la personnalité de ses jeunes amis de s\u2019épanouir, mais lui-même s\u2019est engagé sur la voie périlleuse et remplie de promesses.Après s\u2019être longuement penché sur la nature, il s\u2019en est détourné, mais sans la renier.Seulement, pour lui, la réalité ne saurait se réduire à ce que l'œil voit.Cette révolution dans l\u2019œuvre de Borduas, dont les premiers signes apparaissent avant 1940, a été longuement préparée.Il constate tout d\u2019abord que toutes les œuvres vivantes offrent une matière pure, mais il se rend compte par la suite qu\u2019on ne peut rechercher pour elle- même cette pureté de la matière.Elle ne peut être que le résultat d\u2019une recherche personnelle et sincère.L'artiste authentique, s\u2019il pénètre sans complaisance dans le monde qu\u2019il porte en lui, y touchera à la réalité essentielle; s\u2019il est assez généreux pour repousser tout narcissisme et pour dépasser le moi, qui n\u2019est que la création artificielle de notre réalité, il aura chance d\u2019accéder à un lieu où viennent se rencontrer le fini et l\u2019infini.Borduas s\u2019est placé dans ce lieu et, avec une attention désintéressée, il a écouté les voix innombrables qui s\u2019y font entendre.Le message de Borduas est avant tout d'ordre spirituel.Nous ne sommes plus à une époque où une découverte technique peut prendre autant d'importance que l\u2019expression d\u2019une forte personnalité.Bernard Berenson a pu écrire une forte étude sur /es peintres italiens de la Renaissance en suivant l\u2019évolution de la manière de peindre et de la conquête de la réalité objective.De Giotto, le maître de la forme impassible, à Michel-Ange, le maître de la forme en mouvement, il note un progrès, mais ce progrès est- il synonyme d\u2019approfondissement ?Berenson lui-même parait en douter.Il y a certainement moins de rigueur chez Michel-Ange que chez Giotto et, partant, une pensée moins vigoureuse.Cependant, il était nécessaire que se poursuivit cette reconnaissance du monde extérieur.Au Moyen-Age, l\u2019artiste ne demandait que fort peu de choses à la nature, mais sa pensée plongeait sans effort dans le vaste mende intérieur que lui révélait le christia- - nisme.Avec la Renaissance, l\u2019homme découvre la terre et cette découverte le ravit à un tel point qu\u2019il tourne rarement son regard vers l\u2019intérieur.Mais, dans l\u2019enthousiasme des premières reconnaissances, il se manifestait une énergie spirituelle, des sentiments neufs et purs encore qui animaient tout.Ce lyrisme puissant de Michel-Ange prend sa source dans les profondeurs de l\u2019âme et, s\u2019il ne se purifie pas en s'exprimant comme chez Giotto, du moins ne perd-il rien de sa vigueur au contact de la matière et finit-il par donner un sens spirituel à ce monde de géants.Sitôt que les artistes se contentèrent d'exploiter ce que d\u2019autres avaient découvert, aucun enthousiasme ne venait corriger ce que peut avoir de vain toute copie de la réalité, Un sens exceptionnel des rapports entre le monde de l'esprit et celui des formes permet à un Poussin d'échapper à cette décadence, une grande fraîcheur sauve le Lorrain, mais combien d\u2019autres y ont perdu leur âme.Il a fallu remonter la pente et tous les grands maîtres des XVIIIe et XIXe siècles y ont réussi d\u2019une manière ou d\u2019une autre.La vie intérieure n\u2019a cependant plus l\u2019attrait irrésistible qu\u2019elle avait pour l'artiste du Moyen-Âge et c\u2019est un paradis perdu qu'évoquent les maîtres modernes.17 DECEMBKR 19g Après Delacroix, de grands peintres redécouvrent la nature dans toute sa fraicheur, tandis que d'autres s\u2019en éloignent toujours plus pour se retrancher dans \u201cla réalité ing.rieure\u201d\u2019, comme le signale Stépl Bourgeois.Van Gogh est allé try loin dans ce sens, mais Céz toujours penché sur son pays, découvre un vaste espace spirituel.Au XXe siècle, les artistes de la lignée de Cézanne et de Van G ne se préoccupent que d\u2019explorer cette réalité intérieure.Ils ne procèdent plus par analogie, car ils ne demandent à la nature que de formes et des couleurs pures et non pas des images complètes.La matière de leurs œuvres peut être somptueuse, mais le tableau a perdu sa fonction d\u2019image pour ne conserver que sa fonction essentielle qui est de faire passer le spectateur du monde visible au monde invisible, ou, plutôt, de l\u2019introduire d\u2019un coup dans l\u2019au-delà des choses.Telle est, nous semble-t-il, la mission que se donne Borduas.Cet artiste vigoureux s\u2019est détourné de la nature au moment où il atteignait à la maturité.Il lui aurait été facile de développer les thèmes que la nature fournit et son œuvre aurait eu, sans aucun doute, une grande valeur.Mais, il lui fallait se lancer dans un espace libre.Une semblable tentative exige un don total.L'artiste n\u2019a plus de points de repère et ce monde intérieur qu\u2019il veut exprimer n\u2019a pas de contours précis.Les œuvres vivantes que Borduas nous a données témoignent qu\u2019il a réussi à se retrancher dans la réalité intérieure sans s perdre.Ses gouaches et ses dernières compositions se présentent comme des organismes parfaitement constitués dont tous les éléments sont nécessaires.Un tableau de Borduas ne contient pas de ces failles que certains artistes cachent avec habileté.Ces toiles sont franches et les mille formes et couleurs qui en comblent l\u2019espace nous font penser à ces nuages illuminés qui remplissent parfaitement le ciel à la tombée du jour.Ici, le jeu obéit aux exigences de la nature; là, il obéit aux exigences de la personnalité humaine et il doit ravir comme l\u2019autre parce qu\u2019il est l\u2019expression de la réalité, mais d\u2019une réalité qui est aussi spirituclle.Robert ELIE Le Quartier latin organe officiel des étudiants de l'Université de Montréal 2900, blvd du Mont-Royal \u2014 EX.1573 DIRECTION Directeur : GASTON POULIOT Directeur-edjoint : FERNAND SEGUIN RÉDACTION Rédacteur en chef: CHARLES A.LUSSIER Secrétaire de le rédaction : GUY BEAUGRAND-CHAMPAGNE Rédacteurs : Louis-Philippe DUPUY Eloi de GRANDMONT Sarto QUELLET Maurice RIEL Yvon NORMANDIN Pierre TROTTIER Marcel THEORET Raymond G.DÉCARY Guy VIAU Georges DUFRESNE Guy GENEST Paul ARNOLD! Arthur DANSEREAU Blaise TRUBIANO Roger ROLLAND Pierre-Edouard DURANCEAU ADMINISTRATION Administrateur : PIERRE VAILLANCOURT Le \u2018Quartier Latin\u2019* n\u2019est responsable que des seuls articles de la Direction.® _ IMPRIMÉ PAR LA CIE DE PUBLICATION LA PATRIE 180 est, rue Ste-Catherine MONTRÉAL INSTITUTION CANADIENNE-FRANCAISE LABORATOIRE NADEAV LIMITÉE PHARMACIE EN GROS \\ 11 DECEMBRE 1948 Avec les progrès récents de 1'édi- .tion à Montréal sans oublier les i.journaux-revues, presque tout a été x dit sur Pellan (réservons l'avenir qui ¢.s'annonce brillant sur l'autre face); m \u2014 des mots ont été prononcés, sensi- 4 ples, enthousiastes, presqu'un délire.e, La jeunesse, elle, s\u2019est dressée et lui fait un pavois par-dessus les mines renfrognées des âges-mûrs.\u2014 .Ainsi il arrive qu\u2019un artiste à son aurore, sans attendre, reçoive des siens, c'est-à-dire de vous qui êtes l'espoir, cette reconnaissance a laquelle il a droit comme vivre.Cela est assez suivant la tradition, là-bas de l'autre côté de la grande mare, du reste, de la bonne manière.Tab a * * * Je crois, Ô jeunesse que tu te reconnais en lui.N\u2019est-il pas de la sorte de projection spirituelle qu\u2019un rève pour soi-même\u2014lorsqu'à travers la fumée de la cigarette\u2014il s\u2019enveloppe dans sa future gloire: la Grande Publicité, les Expositions qui font courir la foule, les discussions enragées; Paris-New-York-Rio et le vaste monde; la liberté de soi; les liens rompus, sa vérité particulière distribuée à tous, proclamée sans pudeur et dans le geste, cet esprit de fronde fondamental avant la trentaine.be =e 0 = 7 0 OW oT Tr mE RF rE RF Fe 0 Oublions un instant cette vibration, ce jet du projecteur illuminant la saillie, sous l'éclat le fond est dur et sans rémission comme le roc.Voilà.Peut-être n\u2019y aviez-vous pas pensé vous qui ambitionnez d\u2019étonner et de retenir, et de forcer l\u2019adhésion.Ce n'est ni le souhait, ni l'intention, ni le désir éperdu qui vous conduira facilement où vous allez mais le ferme propos, la qualité de votre désir, et la persévérance que rien n'arrête, ne détourne, n\u2019abat et n\u2019éparpille.Ce n\u2019est pas le \u201cwishing tought\" qui l\u2019heure venue, donnera à la forme de votre pensée, cher ami, cette fermeté et cet accent final, cette allure de vérité indiscutable qui fait plier la tête, et détermine l\u2019assentiment, humble comme un genou touchant le sol.* * * 8 Puisqu\u2019il faut qu\u2019on apprenne tout sur lui, Pellan a beaucoup tra- # vaillé, très tôt, par goût, avec passion, comme il faut d\u2019ailleurs n\u2019est-ce R pas?dans la joie et la peine et plus Mtard la découverte parfaitement # libre de la joie de vivre, inséparable N de cette époque où naît et se forme R d'après les hasards et les coinciden- # ces l'homme définitif qu\u2019il sera jusqu'à la fin, amplifié non différent.Tout Jeune à Québec, il dessinait avec application, peignait ingénument, se perdait un peu plus profondément d'un jour a l'autre en des chemins sans ironies, aux mains de guides maladroits quoique dévoués, choisis peut-être pour des motifs étranges et comme on dit \u2018\u2019à cause des mouches\u2019, On lui apprenait avec soin à peindre et le dessin.C'est-à-dire quoi ?des principes?Des procédés et quelques préjugés.On lui offrait des Grands Anciens, sans l\u2019âme, avec leur petit système D.individuel, leurs jeux de muscles de lutteurs de foire, leurs petits secrets de réussite.Ce sont naturellement des choses qu'il faut savoir reconnaître au passage et disséquer.Car il faut apprendre à parler, à se servir élégamment de la fourchette et du couteau.Une fois l\u2019éducation faite, on n\u2019y pensera plus: on s\u2019en servirait les yeux fermés.N'était-ce pas le grain de folie de cette époque, dans sa poursuite fiévreuse du succès, d\u2019être ohnibulée par la technique au point d'intervertir l'ordre d\u2019importance, oubliant l\u2019unique raison de départ qui est de pouvoir justifier sa pensée et de manger agréablement sans se tacher les doigts.* * * Le moment vint où on le jugea bon à montrer au vieux Continent.Dès son arrivée, Pellan connut la réalité plutôt tragique et la pauvreté en vitamines de cette nourriture à lui bienveillamment dispensée.Il surmonte après un temps, énergiquement, avec une recrudescence d\u2019activité, en multipliant les exercices d\u2019assouplissement, dessinant pendant des mois et des mois, recommençant au bas de l'échelle, car c\u2019était l\u2019esprit qu\u2019il fallait revivifier.Et c'était vivre en son temps qu\u2019il lui fallait.Créer pour l\u2019avenir, en somme être digne de ses anciens et comme eux suivant cette magnifique pensée de Jaurès, recueillir la flamme, non les cendres.Une curiosité intense l\u2019animait.Il dévorait avec l'appétit de l\u2019animal en santé toutes les nourritures fortifiantes, la chair crue des classiques, indiscutablement guidé par son instinct, allant au Louvre, s\u2019arréêtant au chef-d\u2019œuvre, à l\u2019affut, s\u2019en retournant peut-être sans regarder la signature, peu curieux des renseignements touristiques et comme dit Montaigne en ses essais: \u201cnon pour en rapporter seulement à la mode de notre noblesse françoise, combien de L'ÉTUDIANT AMÈNE SES PETITES AMIES CHEZ GERACIMO 412 est, rue Ste-Catherine AIR CLIMATISÉ LA QUESTION DU PRIMITIVISME suite de la page II une fantaisie, une vérité qui ont le don de choquer la logique sage, la logique stérile des grandes personnes.Alors, nous nous empressons de leur enseigner nos formules simplistes, tellement ingénieuses, tellement bé- tes! La règle et le compas, mon ami, et fais de beaux cercles, de beaux carrés; découpe, colle, copie, décalque, mais n\u2019invente rien.Autrement, tu auras du bâton.C'est ainsi que nous.préservons les valeurs essentielles dont ils sont les dépositaires.Et cette fois encore, on ne craint pas d'affirmer que cet enseignement est difficile, et qu'il est formateur.Difficiles, des trucs mécaniques; formateurs, des pensums abrutissants! La portée d'une telle pédagogie de refoulement peut avoir des conséquences plus graves que des esprits circulaires ou quadrangulaires n'auraient la puissance de l\u2019imaginer.Il n\u2019est pas étonnant que si peu de peintres ou de sculpteurs arrivent à redécouvrir le gisement si bien recouvert et scellé de leur richesse intérieure, à retrouver leur jeune et neuve sensibilité.Pour mettre fin à ces notes trop hâtives, nous dirons que l'attitude la plus large, la plus humaine aussi a observer devant ces divers phénomènes, est une attitude d'attente, l\u2019attitude de celui qui écoute et qui veut comprendre.Gilles HÉNAULT PELLAN pas a Santa Rotonda ou la richesse des calessons de la signora Livia\u201d.Tout cela dans la plus grande liberté des allées et venues, faisant son chemin dans la foule, eesayant ses forces et regardant constamment autour de lui; se mesurant avec ses ainés, leur empruntant ou se plaçant à leur place, retrouvant leur aisance, leurs gestes familiers, ce que l'on appelle ici plagiat et qui est une sorte de création temporaire tant elle n'est de cette façon, accessible qu'aux vigoureux qu'elle n\u2019écrase pas mais qu\u2019elle renforcit.C\u2019est ainsi que sa maturité, se dégage peu à peu et qu\u2019il remporte avec aisance la palme dans le concours de peinture murale contre des centaines de concurrents dans ce Paris bondé de ces grands sportifs de l'art qui portent sa gloire aux quatre coins du monde.Donc, par un effort constant mais sans contrainte.Pellan, cas exceptionnel, dans la peinture canadienne est aujourd'hui peintre-hom- me; il sort de notre catégorie peintre- enfant-doué puéril qui traine ses promesses, souvent séduisantes, avec lui jusqu'à la fin de ses jours ou qui ne réalise qu\u2019en partie, sur des points de détail ou sur des-à-côtés: qui promettait de rapporter la lune avec ses dents et qui n'en a capté que le pâle reflet d'un faible rayon, à cause de tous les soins maternels, des appréhensions, des craintes de ceux qui autour de lui étaient chargés de le lancer vigoureusement vers l\u2019aventure de sa vie.a LE QUARTIER LATIN PAGE V.Pellan revenu au Canada est soumis aux vents contraires; mais il réussira dans sa marche; il entrai- nera dans son sillage: maintenant qu'il enseigne officiellement, heureux sont ceux qui recevront l'élan de sa pensée énergique et mature.Marcel PARIZEAU Photo André de Tonnancour Vous êtes absolument certain de n'avoir jamais rencontré an type de sa carrure et de son allant, et pourtant, dès les premiers mots échangés, vous avez l'impression de la connaître depuis déjà très longtemps.Les tentures pompeusement drapées de la convention sont déchirées en nn sec.Vous êtes face à face avec Pellan, Vous êtes placé directement devant Pellan.Vous échangez, sans détours et familièrement, de vives paroles I wy a qu'une courte enjambée à la tape dans le dos et au \u201cmon vieux\u201d et pourtant non, vous ne la faites pas.Pen de personnes ont un tel débordement intérieur, un semblable surplus.Il est bien celui qui livre à ses oeuvres ce qui se perdrait de sa nature, l'excès de plénitude, le non nécessaire de lni- même, le gratuit.= NEP mas.ét III CS Lu La parenté est très proche entre la spontanéité de sa peinture et de sa personne.L'une ne peut pas exister sans l'autre.L'une alimente l'autre.L'une vient de l\u2019autre.Et l'autre ne vit que pour l'une.H faut avoir entendu Pellan éclairer en pen de mots le problème de l'abstraction \u201cjeu des formes dans l'espace\u201d et découvert et senti tout ce que sa conversation, ses gestes, ses ressources les plus imprévues de bruits, de sons, de grimaces impliquent de lumière à ses démonstrations simplifiées, cocasses et claires.Ceux qui imaginent Pellan style \u201cgrand maitre\u201d devront déchanter.C'est d'ailleurs en cela qu'il déplaira aux gens bien.Le sérieux ne plait qu'aux Dommes sérieux.Et les hommes sérieux sont les plus déplaisants qui soient.Notre éducation britannique nous empêche de le leur dire.Pellan est bien français.C\u2019est en cela qu'il est un Canadien de quelque intérêt.Il a la franchise, l'intransigeance et le culot français.I n'a même pas peur des mots.Ce qui, on l'avonera, est en ce pays un objet de luxe, Il n'a pas plus peur des choses que des mots.Sa peinture est là pour montrer qu'il a maîtrisé celles qu'il a approchées.Pellan frirle comme il marche.En ce sens qu'il marche d'une façon trés libre, très dégagée, sans contention ni ostentation.A Pour condenser, disons que Pellan est l'homme de la joie dans la liberté, le travail et la ferveur.Eloi de GRANDMONT ay Photo André de Tonnancour LA GUERRE SOUS TERRE Cliché gracieuseté \u201cL' Arbre PELLAN INGENU Ingénu: Né libre.Qui laisse voir librement ses aæntirents, qui est naturel, simple.Dr.rom.Condition de celui qui n'avait jamais été esclave.Larousse Le réel ingénu est homme libre.L'artiste est homme libre.Pellan est ingénu.Sa force inventive, sa puissance de renouvellement tient fermement à son ingénuité, à ce qui, en lui, est demeuré marqué d\u2019une éternelle fraicheur.Magnifique personnalité aux impérieuses, fermes, brutales ou mêmes atroces exigean- ces: Pellan est inconnu à l'esclavage.La liberté ne s\u2019achète pas; elle se paie.Elle exige: sacrifice du médiocre, de ce qui pèse sur l'individu, de tout ce qui distrait du but réel, de tout ce qui, au fond, le rapprocherait du bourgeois, ct qu\u2019il ne peut consentir.La liberté ne s\u2019achète point: moitié de sacrifice ne lui importe point; le don total d'un seul instant lui est même indifférent, car la liberté exige d\u2019heure en heure, Lena- cement.La liberté permet l\u2019œuvre supérieure; elle en est la raison d\u2019être (et combien peu pour qui s\u2019impose cette nécessité).La liberté est le signe de la grandeur d\u2019un homme comme elle cst le garant de l\u2019enver- Eure d'un peuple qui s\u2019est dégagé du contingent et de l'accessoire pour tenter l\u2019universel.Il est des hommes qui sont nés pour la liberté, comme il en est d'autres qui sont faits pour les esclavages.Il est des hommes qui ne sont heureux que libres, qui ne dorment bien que sous les ponts, Qui ne vivent bien que de rien, pourvu qu'aucune entrave ne gène leur monde intérieur et son expression spontanée.Péguy admirablement le sait: \u201cQuand une fois on a connu d'être aimé librement, les soumissions n'ont plus aucun goût.Quand on a connu d'être aimé par des hommes libres, les prostorne- ments d'esclaves ne vous disent plus rien.\u201d La liberté permet toutes les audaces, i.e.l\u2019authentique expression de soi, permet le choix réel, celui qui est sans amoindrissement.C\u2019est dans la conscience d\u2019une haute liberté que les actes humains se fondent.Combien la liberté n\u2019est pas le laisser- faire.Rigueur de chaque moment, j'y tiens et j'insiste, rigueur de tous les instants de la vie, cela qui se paie perpétuellement, rigueur qui est vigueur.La liberté exige, exige, exige.Pellan a pour lui toutes les maturations; cet affranchissement.Mais l'ingénuité lui serait-elle naturelle ?N'a-t-il pas cédé, lui comme d\u2019autres, ses années de jeunesse à la férule de l'enseignement?A-t-il mystérieusement échappé aux diminutions systématiques, à la douche froide, glaciale, à la déception ?Comment son être s'est-il libéré, comment est-il sorti des préjugés, de l'impasse du tout fait?Comment est-il demeuré ingénu malgré tous les esclavages faciles à sa portée, et imposés?\u2026 De là, je crois, l\u2019ingénuité grave de Pellan sans aucune porte ouverte à la passivité jamais.L'ingénu est libre, il est naturel aussi.Pour l\u2019artiste, c\u2019est toute sa vie, la vie qu'il exprime.Produire \u201ccomme l\u2019amandier fleurit\u201d disait Cézanne, noble ambition.Si l\u2019ingénu ne pousse pas comme l'arbre, il produit comme l'arbre, est naturel comme l'arbre.Car il fabrique comme la nature créé.Naturel, pense Venturi: \u201cparalléle à la nature\u201d.Combien tout cela est loin de l\u2019imitation textuelle de la nature ou de la simple harmonic imitative.Autant la poétique des choses naturelles est grande, autant l'artiste doit se surpasser pour fabriquer la sienne qui rendra un son parallèle à celle-là.Naturel, donc, parce que sans fausseté et sans fadeur, naturel parce que grand et énigmatique, naturel parce que profond, méme insondable comme la nature.L'ingénu est simple: don des plus grands accordé à l'être humain.Il est jugé pauvreté par plusieurs tant il est ample.Chez les maitres, il dépasse cn expressivité tout ce que ces pauvres-là peuvent imaginer.Il leur est aisé d'être compliqué et d'y croire, il leur est loisible, facile et agréable d'établir des accords avec toutes les occasions offertes.Pcilan, lui, est riche de la plus vaste simplicité.Plus l'artiste est grand plus ces données essentielles du mystère de l'univers et du domaine propre de l\u2019artiste sont immédiatement révélées.Car la simplicité est une qualité d\u2019'ingénu également.Elle appelle aussi ses renoncements.Tout est tellement en nous étrangement étranger à nous-mêmes et compliqué.On prend plaisir, dirait-on, a se rendre étranger à soi-même, à être tout autre que nous sommes.On s'ingénie, dans le mauvais sens, à enfouir son être réel sous des dehors mensongers: rançon de la civilisation.Pire: on imagine tout pour se nuire à soi- même; on placarde son intérieur, on le pare de tout ce qui ne le regarde même pas, pour échapper misérablement à la vie elle-même, et terriblement.Il est vrai que la simplicité est une virginité donnée.Elle est la vertu des forts, des grands, des hommes mûrs, des hommes sûrs d'eux-mêmes.La femme ne saurait quoi faire de tant d\u2019austérité, de tant de dépourvu: elle masque sa faiblesse comme ses charmes, se trompe sur les deux.La simplicité est le fait des êtres sans superficialité.L'homme libre est simple, il est ingénu.Pellan sait bien le prix de cette qualité également, voit simple parce que sa force mâle et vitale peut empoigner un problème et le réduire splendidement à sa plus simple expression, selon le mot populaire, i.e.à sa plus grande expression, à son expression la plus élevée.Lui est élevé et nous nous sommes trop communs, trop dans l\u2019ordre des mortelles choses.C\u2019est nous qui sommes banals, c\u2019est nous qui n'avons pas le nécessaire pour être tout simplement, pour être tout ,bonnement humains, pour être vivants.Pellan est le plus simple des hommes; le plus facile d'accès pour lui en lui-même.Jamais de fard qui le leurre, qui enveloppe et sépare son âme de son corps, qui le dérobe à lui-même.Comment n'être pas simple quand toute sa vie il a répondu par l\u2019essentiel à tous les problèmes Qu'il s\u2019est posés ?Croyez-vous que Pellan soit prêt à aliéner son ingénuité profonde, si patiemment conquise, pour la gloire d'un instant, pour la satisfaction d\u2019un moment, pour servir sous des dogmes qu\u2019il ne peut pas vivre, qu\u2019il ne saurait- perpétuer ?$ Maurice GAGNON PAGE VI Roberts et les autres peintres vivants deviennent des peintres populaires.Le fait est là.Mais cela ne signifie pas que le public déserte Coburn, Clarence Gagnon, Jongers et toute l\u2019Académie Royale.Ce public ne perd pas sa foi.Nous le savons bien et nous la lui laissons aussi.Le phénomène actuel est autre chose qu\u2019une désertion massive.Nous n'avons pas tiré la couverte de notre côté et l\u2019Académie n\u2019a pas les pieds nus.Nous avons créé notre public, le public réel et définitif, celui qui vit et qui fait vivre et, conséquemment, qui a la faculté d'évoluer, de s'adapter, d\u2019être contemporain toujours.Car s\u2019il comprend ce qui se fait aujourd'hui il remontera dans le passé et s'y retrouvera contemporain, humanité vivante devant des œuvres qui vivent encore.Elle fut longue la conquête; longue dans sa préparation.Mais de fait elle s\u2019est accomplie subitement.Ces toutes dernières années elle amena à des peintres parfois diamétralement opposés, ce public nouveau qui, sensible et judicieux plus que l\u2019autre, sut reconnaître et discerner leurs qualités respectives et les situer sur le plan commun des possibles picturaux.Ce public vint à Roberts et son mérite n\u2019en est pas moins grand que dans le cas d'autres peintres.Roberts n\u2019a pas dans ses œuvres les faiblesses qui rendent l'accès gratuit à l'amateur et même s\u2019il garde toujours un rapport avec le monde extérieur, il n\u2019en est pas moins un peintre magnifiquement évolué.Il offre - non, il n'offre pas, il fait exister une surface picturale dense, unie, sans ouverture impudente, sans attrait insolent qu'il faut pénétrer et simultanément dans son entité sensible et logique.Roberts n'essaie de convaincre personne.L'amateur est toujours seul à devoir se convaincre des qualités de son tableau qui ne se donne pas, seul à les découvrir.Il ne l\u2019aide par aucun déploiement, aucune indication routiére.Je me rappelle ma propre connaissance de ses tablcaux.J'en avais d'abord remarqué l'extraordinaire simplicité de moyens.J'y vis plus après un retour aux mêmes œuvres.Dans un cirque aussi ridicule que le Salon du Printemps, la noblesse et la gravité de l'attitude de Roberts me parut la plus brutale condamnation de ce qui l\u2019entourait.Le silence et le calme ont de ces pouvoirs, parfois.! Mais je comprends que l'amateur puisse n'avoir pour toute réaction ROBERTS première devant ses toiles les plus représentatives qu\u2019un haussement d\u2019épaules.Qu'il revienne et persiste à chercher l\u2019accord entre l\u2019œuvre et lui-même, qu\u2019il le croie possible.Si je le puis ici, je réferrerai le lecteur à l'exposition de Roberts présentement en cours au Collège Jean-de-Brébeuf, jusqu'au 27 décembre.En quelque sorte c'est une rétrospective qui décèle toute l\u2019évolution du peintre depuis 1931 jusqu\u2019à l\u2019été 1942.De ses débuts, quelques dessins au pinceau; rien de saillant, sauf une aquarelle, une vue d\u2019Ottawa, qui, par la construction de sa couleur, peut rappeler certains principes cézanniens.L'œuvre date de 1933 et nous montre un Roberts manifestement imprégné de l'esprit français et de ses traditions.Plus tard, en 38, il peignit à l\u2019huile cet âpre paysage dont il prit le \u201cmotif\u201d quelque part aux environs de la Gatineau.Quelle puissance élémentaire!\u2026.C\u2019est sombre et c\u2019est terreux, plus, c\u2019est terricn, devrais-je dire, et d\u2019une charnalité puissante où l\u2019homme libre dans la nature la sent comme une bête et la comprend comme un homme.Il produisit cette année-là et la suivante des œuvres que ne dépassèrent jamais en spontanéité et en rigueur, en complexité les plus fortes toiles ultérieures.C\u2019est d'alors que date le nu que possède Maurice Gagnon, (malheureusement pas exposé et que je crois être la réussite supréme de Roberts) et cette grande nature-morte à la bouteille verte (une autre semblable n\u2019est pas exposée) composée par tons plats très rapprochés de valeur ct d\u2019une impeccable distribution.Elle est savante, mais il n\u2019y parait pas de tension.Ces objets sans modelé restent dans l\u2019espace, chacun a sa place et chacun, en relation avec l'autre opère la perspective et la profondeur de cette tcile aux matières si précieuses, triturées et cultivées comme celles de Modigliani.D\u2019autres œuvres très importantes et nombreuses de cette période ne figurent pas à cette exposition mais cet intérieur à la table ronde devant une fenêtre ouverte, cette petite nature-morte au pot bleu, ce portrait de \u2018\u2018Marion\u201d (Mme Roberts) et cette espèce de grand monde infiniment profond qu'est le paysage de Marcel Théoret, une vue de la \u201cDiable\u2019\u201d à St-Jovite, suffisent a représenter Roberts à son mieux.Il peignit encore à St-Jovite en 1940 et revint à la fin de l\u2019été avec assez d\u2019aquarelles pour occuper les Appartient au Dr Raymond Boyer FEMME AUX MANCHES BARREES LE QUARTIER LATIN murs d\u2019une salle de la Galerie des Arts de Montréal.Exposées, il reste à Brébeuf quatre pièces de cette exposition où Roberts se montrait le premier aquarelliste canadien qui fut peintre et qui se servit de l\u2019aquarelle a de grandes fins.\u2018\u201cLe Quartier Latin\u201d publiait alors le premier article sur lui écrit en français.J'y remarquais que ce peintre avait une forme de pensée vraiment picturale, et, chose également rare, qu\u2019il savait la peindre.Je renouvelle aujour- d\u2019hui cette affirmation devant ses paysages de St-Jovite, de Mont- Rolland et de St-Alphonse, où Roberts a peint, non des \u201c\u2018jolis coins\u2019\u2019, mais les éléments: la terre et ce qu\u2019elle enfante, le ciel et l\u2019eau qu'il incorpore dans un tout plastique équilibré, humain, où se mêle une vie charnelle avec une autre, spirituelle, une vie sensible avec l\u2019autre intellectuelle qui régit, ordonne et organise.Il faut une force pour concilier et maintenir dans une forme aussi simple que la sienne ces éléments opposés.Et lorsque ces oppositions ont la dignité de celles que Roberts harmonise, l\u2019art est pur et grand.Les propriétés de ses œuvres, pour cachées et si peu démonstratives qu\u2019elles soient n\u2019en existent pas moins activement dans les dessous de celles-ci.Je n\u2019ai pu rendre ici à Roberts qu'un peu de ce que personnellement, à titre de peintre, je lui dois.Et j'adresse cet hommage de quelques mots, non d\u2019abord à l\u2019ami que je trouve en lui, mais au peintre.J'ai profité et je profite encore de son influence directe et avant tout, sensible.Ma dette est profonde parce que je crois avoir pris chez lui une leçon de santé picturale en plus d\u2019avoir assimilé certaines découvertes sensibles, certaines attitudes devant le monde visuel.Les premiers tableaux vivants que j'ai senti et vu vivre devant moi furent les siens, et c\u2019est en eux, dépouiliés comme ils le sont d\u2019éléments extra et donc anti-picturaux que j'ai puisé des principes de pureté que je crois essentiels.Jacques G.de TONNANCOUR Goodridge Roberts est l'un des types les plus gentils que j'aie connus.La première fois que je l'ai rencontré, c'était (permettez-mor une liberté) dans un dessin qu'il avait fait, et qu'il exposait chez Morgan en 1931.Ne pouvant pas séparer Roberts de ses oeuvres, j'insiste que je l'ai rencontré de cette mua- nière.C'était le dessin d\u2019uvie tête énorme, peut-être de vingt-quatre pouces de bauteur, une figure franche et noble.Photo Allen Harrison J'étais fort impressionné des qualités personnelles de son travail, encore plus heureux de savoir que l'auteur était canadien.Quelque cing ans plus tard, j'allais avoir l'occasion de le rencontrer en personne, à la galerie Scott où j'étais commis.Depuis lors, je n'ai cessé d'ad- nirer ses qualités humaines à l'égal de sa peinture.Roberts est extrêmement sensible.est si simple et si modeste qu'il nous étonne toujours par la force et la bardiesse de ses opinions et la profondeur de sa philosophie personnelle.Son sens de l'humour viche et original animait les belles soirées chez Jui, tantôt par une caricature, tantôt par un conte de son enfance, Goodridge Roberts est un maître de la peinture.La grande comprébension de la tradition classique est évidente dans ses oeuvres.I aime la nature, les choses qui l'entourent, les comprend comme si c'était ses enfants a lui.Les tons, l'organisation et la construction plastique des objets qu'il ntilise dans une composition sont d'un peintre au- Ibentique de la grande tradition.Maintenant il est en Angleterre.H duva vécu, an plein coeur du drame, la plus importante période de l'histoire.J'attends avec bâte le jour où il reviendra parmi nous pour nous enrichir de sa vision renouvelée.Bonne chance, Goody! Allen HARRISON PROPOS SUR ROBERTS L'art n\u2019est pas un passe-temps; c\u2019est pourquoi l\u2019expression \u2018\u2018faire de la peinture\u2019 est ridicule.Elle dit les dispositions d\u2019un homme de trop bonne volonté qui ferait tout aussi bien autre chose, sans se compromettre ni s\u2019engager ; elle exprime l\u2019attitude de celui qui considère l\u2019art comme un agrément, et confond art et artifice.Au contraire, \u2018\u2018être peintre\u201d signifie une personnalité donnée à la peinture, exprime l'intimité entre l\u2019art et l'homme, entre la vie et l\u2019art.: Certains hommes du Moyen-Âge, redoutant leur distraction, cherchant l'essentiel et voulant y conformer leur vie, se dépouillaient de leurs habitudes et devenaient mendiants, pélerins.Alors la solitude les enveloppait et, par sa rigoureuse exigence, redisposait les éléments de l\u2019homme; celui-ci, comme une solution libre et saturée qui cristallise en un ordre défini, s\u2019orientait vers un état plus harmonieux.Ces gens devenaient des \u201cilluminés'\u2019; car, peu a peu leur âme imprégnait leur corps et l\u2019éclairait; l\u2019âÂme ne demeurait plus close en un corps mais se montrait en surface et \u2018voyait avec leurs yeux\".Ils étaient d\u2019une grande sensibilité; la nature les faisait exulter, et peut- être que les cathédrales de France n\u2019ont jamais été mieux comprises.Sans le savoir ces hommes réalisaient une synthèse humaine plus parfaite, un équilibre plus intime.L'âme activait le corps; elle s\u2019avançait jusqu\u2019aux limites du sensible et y résonnait directement; la sensibilité devenait fonction de l\u2019âme, S'ils étaient des créateurs, le spirituel constituait un élément de leur art.C\u2019est le principe de la splendeur de l\u2019art.Ceux qui l\u2019ont méconnu ont vu leur art dégénérer et mourir.Car le spirituel, dans l\u2019homme et dans l'art, est principe de vie.Quelques artistes sont aussi des mendiants sur la route, enveloppés de leur solitude, hors de la ville et des valeurs reconnues.Ils ont ordonné leur vie à l'essentiel.Ils sont en pèlerinage.Ils n\u2019atteindront jamais le repos et seront toujours sur la route.Ils sont en offrande au monde.Roberts est le peintre que l\u2019on rencontre le premier sur ce chemin il va lentement comme un pensif; il cherche une direction; il est inconstant.Il comprend qu\u2019il est un vrai peintre, qu\u2019il possède un monde particulier et la force de le créer.Mais il hésite et n'aime pas sa peinture et doute de ses réussites.T1 craint de redire et ainsi d\u2019immobiliser sa vie et son rêve.Son œuvre est donc complexe et même disparate; elle peut être décevante; car elle comporte plusieurs toiles \u2018\u2018fausses\u201d.Roberts est très inquiet de son art et fait parfois des tentatives sur les chemins des autres peintres; mais il y piétine et revient.Il a ainsi produit quelques tableaux qui sont de \u201cfaux\u2019 Roberts, des enfants illégitimes.(Ses natures mortes en demi-teintes sont des jeux où le peintre n\u2019a rien engagé de lui-même; le dessin, qui est la vie et l'expression d\u2019une peinture, y est tout à fait absent; elles sont donc pauvres; c\u2019est un timide essai.) L'impression générale est troublée par ces choses impersonnelles qui semblent des concessions pour plaire.Roberts cherche A ppartient au Dr Albert Jutres NATURE-MORTE AUX PINCEAUX un changement, un point tournant; mais il le cherche hors de lui, et ses pas ne s\u2019ajustent pas à ceux des autres; il va trébucher et revient.Sa direction, son rythme naturel, il ne les trouvera qu\u2019en lui-même, dans sa solitude.Roberts n'a pas eu de maître; il ne relève que de lui seul.La grande œuvre de Roberts est celle des paysages en vert et gris, où ne paraît aucun trouble insolite, mais la sensibilité et la pensée personnelle de l\u2019artiste.Elles reticunent l\u2019œil qui s\u2019y pose; elles n\u2019attirent pas le regard, mais celui qui passe, sur elles comme sur tant d\u2019autres, s\u2019arrête et attend, malgré lui; car un chant très discret, voix d\u2019un humble et grand désir, les recouvre et les protège.Elles sont des ouvertures dans l\u2019âme et la vie de Roberts.Soudain l\u2019on comprend, par l\u2019intimité qui pénètre ces toiles, qu\u2019elles ont été \u201c\u2018peintes dans le silence\u201d.Pourquoi ces paysages sont-ils si attachants.J'ai scruté ces toiles pour en trouver le secret technique; je les ai mises en accusation; je leur ai supposé des trucs, des \u2018effets prévus\u201d.J'ai risqué Roberts, sachant bien que si le \u2018\u2018jeu\u201d\u2019 paraissait l\u2019œuvre me serait perdue, détruite comme un jouet démonté.J'ai examiné le détail, le \u201cfini\u201d, et j'ai réalisé qu\u2019il n\u2019y a pas de \u201cfini\u201d, c\u2019est-a-dire de contentement d\u2019artiste, de satisfaction.C\u2019est un tableau de première heure où rien n\u2019a été renchéri ; chaque détail agit humblement et purement, il faudrait dire que chaque détail est le dénûment même; mais l\u2019ensemble chante une même note, u: même désir, comme un homme seul au désert, le merveilleux désert, qui a supprimé les fleurs inutiles et redonné aux choses leurs proportions justes.Roberts ne cherche pas le nouveau; son problème n\u2019est pas sur la toile, mais se tient entre son âme et son pinceau.Ses moyens sont rudimentaires; la matière employée est sobre et soumise.Il n\u2019est pas habile; une seule voie était alors possible: la sincérité; elle éclaire ses toiles.Roberts est un \u2018\u201c\u2018illuminé\u2019\u201d de sincérité; il ne cache pas de secrets; son art est sans magie.Les derniers paysages ont perdu la simplicité du détail.Les traits de pinceau isolés et ne faisant pas masse, la fuite et la vitesse de ces traits, leur grand nombre, indiquent chez ce peintre une nervosité, une recherche, une supplication vers l'inconnu; le peintre, ayant formé un volume, inquiet de sa passivité, tout à coup le hachure de traits grouillants poussant racines dans le tableau; passionnément il veut l\u2019animer.Ses dernières toiles sont vivantes de ces traits; mais la pensée n\u2019est plus aussi concentrée; le poète a perdu le calme; ces dernières œuvres sont transitoires.Ce dénument de technique, cette sincérité ardente, cet ascétisme, représentent Roberts.Les pures formes, les moments des paysages créés, sont la sagesse d\u2019un cénobite, son renoncement, sa simplicité de pensée.Le spectateur, ayant vu ces toiles, ces paysages, et se reportant par analogie à la nature, comprend que celle-ci n\u2019est pas seulement œuvre d\u2019abondance, de perfection, de minutie, mais qu\u2019elle contient la pensée de Dieu même.Roberts est un peintre religieux, parce que ses toiles sont le reflet d\u2019une simplification mystique, de la concentration d\u2019une seule pensée sur un monde.Roberts a levé le voile des détails, a recréé son monde sous son regard et sa propre pensée.Denis NOISEUX N.B.\u2014 Une exposition de Roberts se continue au coliège Jran-de-Brébeuf.Elle est vraiment disparate.Je signale quelques exemples de \u2018\u2018vrais\u2019\u2019 Roberts: \u2018Paysage vert et gris\u201d No 17, appartenant à Jacques de Tonnancour.Pins sur un Rocher._.Paysage No 32, prêté par la Dominion Art Gallery.L'Ile aux pins.Et voici, sans contredit de \u201cfaux\u201d Roberts, qui sont, de plus,\\de bien maigres peintures: Les deux \u2018\u2018nature morte\u201d.Intérieur.Chemin sur le Mont-Royal.\u2018\u2018Portrait\u201d\u2019 en rouge et vert.D.N.Paletots et Casques de FOURRURE Vous ne pouvez trouver de plus beau choix que celui que nous offrons, À des prix tout-à-fait avantageux pour vous.Conditions conformes aux règlements sur les prix et le commerce en temps de guerre.FRS.DESJARDINS Président.\u2014 Si At gmp Dd Sg Py (emg vt 17 DECEMBRE 1948 Je songeais à une manière d'introduire l\u2019œuvre d\u2019un peintre, en l'occurrence celle de Jacques de Tonnan- cour.Mais l\u2019inconvenance de la critique ordinaire (et par conséquent son inefficacité, son inutilité, sa vanité) me réduisait à poser d'abord et à préciser certaines conditions propres à la critique.De telles conditions qu\u2019en les observant je puisse m\u2019assurer de dire d\u2019un peintre cela même qui ne puisse pas être dit d\u2019un autre.Ainsi parlant de Jacques de Tonnancour, ce que je dirais ne serait pas vrai de Matisse, de Van Gogh ni de Cézanne.Cela me semblait être la part de la critique.Tandis que parler d'art en général serait bien autre chose.Je souhaitais que la critique se préoccupât moins de plaire ou de déplaire, qu\u2019elle évitat les flatteries, les phrases savantes, enfin les mots insensés que lui suggère cette petite littérature facilement reconnaissable à l\u2019envie de rire qu\u2019elle nous laisse.Il serait déplorable en effet qu\u2019un critique, pendant l\u2019\u201c\u201cintermittence\u2019\u2019 que lui laissent deux accès de fièvre, écrive de Jacques de Tonnancour qu'\u2018\u2018i! est un fils de l\u2019Amour occupé à baiser la Lune\u2019; comme si la poésie devait étre tirée de l\u2019absurdité.D'abord pas ça; ensuite si l\u2019on veut dire quelque chose, donner une explication qui dispose à voir ce qui doit être vu, une explication qui soit une invitation à bien voir, je me demandais si l'explication, fut-elie précise, touchait la réalité.L'art de Jacques de Tonnancour ne saurait être sans emprunts, sans acquisitions de l'extérieur, sans influences.Il ne saurait se soustraire à cet enrichissement qu\u2019est la fré- Quentation des peintres de tous les temps, l'initiation aux formes d\u2019art les plus élevées et les plus diverses, il sait qu'il doit s'exercer aux techniques, aux métiers et même aux \u2018\u2019trucs\u2019\u2019 les plus douteux ne fusse que pour savoir ce qu'il ne faut pas faire.Mais est-il ainsi déterminé par son environnement sans qu\u2019il n\u2019y puisse Ten comme le tournesol rougit ?N'a-t-il rien à faire, rien à dire qui Ne lui vienne pas des autres?L'absence totale d\u2019influences le maintiendrait dans un sommeil qui serait la conscience de son inutilité.Mais il est cette fenêtre ouverte sur le monde.Le reflux de ce qui I'envi- Nous invitons les professeurs, les étudiants et leurs amis à visiter nos expositions des vieux maîtres et des modernes.DOMINION GALLERY 1448 ouest, rue Ste-Catherine HA.7471 a DE TONNANCOUR Photo André de Tonnancour FILLETTE (1942) Apphartient à M.Gérald Rhéaume DE TONNANCOUR ET LA CRITIQUE ronne le pose quelque part avec quelque chose à dire.C\u2019est sa position.Toutes les influences, c\u2019est-à- dire tout ce qui l\u2019entoure, n\u2019entrent pas chez lui au hasard: il choisit, il contrôle, il s\u2019avise.Ce qu'il choisit il faut bien qu\u2019il le prenne en fonction d\u2019une certaine détermination intérieure, qui est comme un parti pris ou un préjugé, toujours le même, mais qui se précise et s\u2019affirme à mesure qu\u2019il s'exerce.Disons une intuition, un sens ou une parole intérieure toujours présente qui plane sur toute sa personnalité motivant ses actions.C\u2019est ce que le peintre a à dire et c\u2019est aussi ce qui le pousse à le dire.Le monde extérieur est comme un appel, une question à laquelle il est seul à pouvoir répondre.Mieux la question se pose, c\u2019est-a- dire mieux il communique avec l'extérieur, mieux il pourra répondre ce qu\u2019il a à dire.Les façons de l\u2019exprimer, les techniques, pourront être proportionnées et semblables à d\u2019autres, mais ce qu\u2019elles apportent est neuf.Phidias eût-il vécu en un autre temps et en un autre lieu; l\u2019architecture n'en eût pas souffert, elle aurait ailleurs l'équivalent du Parthénon.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il était grec ni parce qu\u2019il vivait au Ve siècle qu\u2019i) l\u2019a construit; mais parce qu\u2019il était Phidias.Aussi plus la critique donnera d'importance au milieu, à la situation, à tout ce qui influence un peintre, plus elle risquera de lui enlever sa valeur d\u2019originalité; plus elle insistera sur la provenance des matériaux empruntés, plus elle dissimulera l'esprit qui s\u2019approprie ces matériaux et l\u2019intention qu'il a en les réunissant.On a vite fait d'inscrire Jacques de Tonnancour: fils du mariage morganatique Matisse-Roberts, ajoutant quelques cousinages, veuvages.Nous savons que de Tonnancour eut pour Roberts une juste admiration; ses écrits en témoignent plus que sa peinture.Nous savons aussi que son attitude vis-à-vis l\u2019art contemporain devait être confirmée par l\u2019arrivée de Pellan, du P.Couturier.Nous ne pouvons pas ignorer surtout l\u2019apport des maîtres les plus grands et les plus pauvres; de Cézanne à Dali.Mais comment ordonner toutes ces influences qui se compénètrent indéfiniment?Comment n'en pas oublier ?Ne faudrait-il pas dire pourquoi certaines n\u2019existent pas (de Tonnan- cour ne doit rien à Borduas, par exemple)?Vouloir expliquer une personnalité par ce qui l\u2019a faite, chercher à reconnaître en elle des éléments étrangers, chercher selon quel précédent ces éléments ont été modifiés, c\u2019est vouloir reconstruire mécaniquement avec du connu le modèle fictif d\u2019une personnalité dont l'originalité nous échappe.Cette expérience en vase clos montée en quelques heures explique-t-elle l'expérience vécue en quelques années ?Multiplions les recherches, poussons l\u2019analyse jusqu'aux détails les plus débiles, recomposons avec plus de C\u2019est probablement à cause de notre brusque réveil à la peinture qu'il y a actuellement parmi nous certaines conceptions esthétiques différentes sur des questions qui nous semblent constituer tout ce qui est en somme à la base d\u2019une création artistique de valeur.Et c'est, assez curieusement il faut l'avouer, à remarquer que ces différences d'\u2019opinion s\u2019accentuent de plus en plus a mesure qu\u2019elles s'éloignent de ceux- là qui peignent d'une façon sérieuse.Pour ma part dans ces petites disputes, j'offre l'exemple que peut nous donner Jacques de Tonnart- cour; surtout pour fixer de mes-idées - propres (évidemment parce que je ne pas critiquer un peintre indépendamment de mes idées), et, ensuite, comme simple prière de précaution à ceux-là qui sont portés à faire du premier coup des chefs-d\u2019œuvre.Et parce que l\u2019œuvre de Jacques de Tonnanccur me semble révéler un esprit prudent et solide parmi d\u2019autres écartés, on dirait (très) bien, des plus simples principes naturels, je parlerai de cet esprit qui se dégage de l\u2019œuvre, plutôt que d'elle seule; car certes il faut attacher beaucoup d'importance à la véracité de l'esprit qui crée la forme, puisque c\u2019est de ce dernier que la peinture est l\u2019expression; double importance quand les premiers enthousiasmes risquent de nous entrainer dans des travers.Cependant, et il faut le dire d'avance, il serait bien possible de détacher les dernières œuvres de Jacques de Tonnancour du peintre lui-même et des influences étrangères, pour en parler directement.Je n'ai pas l'intention de le faire: préférant écrire de l'esprit de de Tonnancour, je penserai naturellement aux œuvres qui me le trahissent le plus, c\u2019est-à-dire à ces toiles qui marquent pour moi l'évolution du peintre.+ * * Il y a peu longtemps, si I'on n\u2019avait pas su ainsi séparer l'œuvre d\u2019avec des influences, d'avec des maîtres imposés et subis, d'avec un calcul parfois pénible, et en somme d'avec des promesses qu\u2019elle faisait, il eût quand même fallu louer toute la franchise et la sagesse de notre - peintre: sachant choisir avec justesse les maîtres qui lui convenaient, il les comprenait profondément et cherchait à se bien imprégner du véritable esprit de la peinture et des formes.Je crois qu\u2019il en a tiré des leçons qu'il gardera.Ce serait, par exemple, de cette étude compréhensive qu'il apprit à craindre le grand éclat, ce succès vif et théâtral qui va à la tête: à craindre aussi les effets ni voulus ni attendus de la part du peintre; à se méfier de l\u2019œuvre trop intellectuelle autant que de celle où la sensibilité effrénée et indépendante du problème intérieur conduit dans ce cul-de-sac où les moyens de peindre deviennent une fin, et où l\u2019on est condamné à recommencer indéfiniment mais d\u2019une façon différente le même tableau; là également il prit cette honnêteté qui consiste à n\u2019ériger ni théories ni prétextes à la défense de l\u2019œuvre facile; et autant d\u2019autres principes premiers.Ainsi donc de l'esprit des maîtres, de l\u2019esprit des formes chez ces mai- 1 ne porte sur lui ni ses pinceaux, ni ses conleurs.À l'atelier tout cela.Ni barbe épouvantable ni étonnants oripanux, Il porte son foulard autour du cou, comme tout le monde, non pas au vent derrière lui, et il se garde \u2018d'oublier\u201d de se peigner.I ne se croit pas tenu, pour signaler à la rue sa personnalité, d'user d'aucun de ces trucs vieux comme la perte du Paradis.H se paye par contre, la luxueuse originalité de se dire avec une sorte de fatalisme très raisonnable et très charmant que s'il ne se trouve pas quelqu'autre moyen de s'imposer à l'attention de ses semblables, ça ne vaut vraiment pas le coup.De Tonnancour pourtant, n'est pas un vieux maître, ni un bourgeois, ni un casé.C'est au contraire, un être merveilleusement jeune, gai, enthousiaste.Ce qui rend encore plus attachante sa personnalité, plus précieuse son amitié, c'est qu\u2019il porte presqu\u2019a l'état de vertr, la plus parfaite simplicité, la plus dérontante modestie.|'ad- mive par-dessus tout comme il sait accorder une confiance quasi illimitée à chacun de ceux avec qui il est en contact et je pense que c'est le fait d'une peu commune générosité.De Tonnanconr n'est pas pour tout cela un \u2018peintre pour plaire\u201d selon l\u2019expression d'un autre jeune rapin.Pas un peintre pour arriver non plus.Cocteau dit de tel grand peintre: \u201cIl travaille comme les autres vivent.\u201d ll me vient là-dessus d'ajouter: de Tonnancour aussi, De Tonnancour est un peintre pour peindre.Rue Ste-Catherine, dans un banal édifice où il a son atelier, il n\u2019a cessé depuis trois ans, de peindre, de travailler, sévère, exigeant pour lui-même, jamais satisfait de son oeuvre, même si la critique venait de te consacrer.Toujours à la recherche de perfectionnements entrevus, de moyens nouveaux, plus vigoureux d'exprimer ce qu\u2019il sent intensément, à la recherche aussi d'une voie par où dégager sa peinture des influences diverses qui se beurtent en lui, de Tonnanconr, artiste an très riche tempérament et d\u2019une rave probité, mérite pleinement la faveur que ses oeuvres lui ont valse.Parmi nos peintres, de Tonnancour occupe une place un peu à part.Pellan, Borduas, Roberts sont pour lui des aînés.Pour un autre groupe, celui de la jeune peinture canadienne, il pent dé- ja prendre place avec ces trois maîtres.I ne se tient cependant à l'écart d\u2019an- can groupe el chacun de ces artistes peut témoigner du bienveillant et large esprit de solidarité qui l'anime.Tout récemment, pendant que quel- ques-nnes de ses oeuvres s'achbeminent Photo André de Tonnancour vers le Brésil où elles seront présentées par Son Excellence Jean Désy, ministre du Canada à Rio, de Tonnancour a consacré tout son temps à organise! une exposition des oeuvres de Roberts, maintenant en Angleterre avec le C.A.R.C.On peut encore voir celle exposition an Collége [ean de Brébenf ou elle gronpe en une rétrospective qui va de 1937 à 1942, le meilleur et le plus significatif de l'oeuvre de Roberts.De Tonnancour a débuté et s'est fait connaître d'abord comme critique d'art, I sait encore devant l'oeuvre de tel ou tel artiste onblier qu'il est peintre et revenir dans un domaine où son jugement, grâce à sa connaissance du métier et à un goût très sûr, fait justement autorité.Modeste ou malin, comment peut-il sans forller de rire, s'informer parfois du sentiment d\u2019un très vulgaire et malheureux profane comme Marcel THEORET rigueur vérifiant soigneusement tous les liens, recommençons cent fois l\u2019expérience: qu\u2019aurons-nous sinon plus de cohérence, plus de vraisemblance.\u2018Tout ce travail est une reconstruction artificielle et l\u2019hypothèse que nous obtenons ne nous donnerait rien: si nous nous y arrêtions la critique n'aurait pas sa raison d'être.Elle serait pure bavardage si l\u2019œuvre elle-même nous échappait et nous restait inconnue.La critique honnête est celle qui s'efface devant l\u2019œuvre, celle qui avoue son insuffisance.Pourtant plus elle aura été établie conformément aux faits plus nous aurons de chances de saisir ce qui anime l\u2019œuvre.Elle deviendra alors utile, nécessaire pour dépasser les interminables considérations dans l\u2019ordre des apparences et pour arriver à connaître d\u2019une certaine façon: ce i les dépasse.qu a Julien HÉBERT tres, peu a peu s'est dégagé le sien, petit à petit s\u2019est développé un esprit pictural personnel qu\u2019on peut reconnaître définitivement aujour- d'hui.Il ne devait cependant jamais mépriser ses maîtres choisis, également canadiens et français: à preuve cette influence si évidemment permise de Roberts qui dégage une franchise, une droiture un peu sans détours, un peu simple et très canadienne, et d'autre part cette autre grande influence, celle de Matisse, qui a apporté cette subtilité définitive qu'amène la grande finesse française.Encore moins devait-il trahir des lois devenues siennes: il n'a jamais joué au peintre qui fait de grands sauts sans préparer d'abord un terrain de départ et un pied solide, ou à tout le moins, une route de retour vers ce qu'il a laissé: en l'occurrence, ses propres œuvres ou idées.Et il a été sage de garder toujours cette voie qu\u2019il a cru sienne ct qui lui convenait.Ainsi, la venue même de Pellan ne l'a pas bouleversé tant il s\u2019était préparé: aussi, à l\u2019encontre d\u2019autres, ce n\u2019est pas non plus cette arrivée qui du seul coup l\u2019a fait un peintre moderne des plus avancés.Et pourtant Pellan! Quelle joie profonde, quel enthousiasme appor- tait-il à celui qui si jeune encore avait longtemps lutté seul pour se dégager de l'Ecole, et pour choisir ses mai- tres.Quelles tentations! Mais de nouveau, de Tonnancour sut choisir ce qu\u2019il lui fallait: de ce Pelilan qui nous offrait à pleins bras toute la fraîcheur, toute la joie de l\u2019art vivant du jour, il emprunte un nouvel enthousiasme, un nouveau point d\u2019appui solide; dans cet homme qui enfin et seul au pays fait de la peinture franche et fraiche comme de l\u2019eau qui jaillit d\u2019une source, il puise une joie.Grâce donc à l\u2019habitude de regarder sérieusement et clairement l\u2019évolution générale et particulière de la peinture moderne, ni Pellan, ni plus tard Borduas, ne l'étonnèrent: il était celui qui avait le plus de plomb dans la tête parmi ceux-là qui peignaient hors les voies académiques.Mais la prudence de Jacques de Tonnancour n\u2019a pas excepté l'enthousiasme et si Jacques n'a pas sauté à l\u2019eau, il a mieux appris à nager; il s\u2019est engagé plus confiant que jamais dans sa propre voie: on n\u2019est ni décadent ni académique parce qu'on ne cherche pas à se noyer, ou encore parce qu'on ne fait pas des toiles qui ne ressemblent à rien.Jacques de Tonnancour, je l'ai dit, fait aujourd\u2019hui de la peinture indépendante.Déjà, au temps où il fabriquait ses toiles à force de les détruire, à force de critique destructive, cela lui est arrivé de se reculer pour s\u2019essayer à cette peinture de lui seul, où, mettant de côté tout souci de lois autres que celles qui À \u2014 LE QUARTIER LATIN PAGE: vi lui étaient devenues naturelles, il observait quel pouvait être le résultat de ce nombre infini de petites additions acquises, conquises, à force de volonté, de patience, de découragements.Se permettre cette petite perspective n\u2019était pas surtout se reposer ct se récompenser un peu du labeur dur et constant; c\u2019était plutôt se garantir contre le risque de perdre, de laisser éteindre en lui, ce qu'il y avait de puéril, de spontané; c'était plutôt regarder quelle ligne il menait, quelle ligne il prévoyait pouvoir mener À force d\u2019études dures et de contraintes qui risquaient à la longue de le refroidir, de le renfermer.D'ailleurs, cette lutte de deux extrêmes qu\u2019on revoit chez presque tous les peintres, opposition du tableau craché et du tableau fabriqué, indique assez nettement une indécision qu'il peut y avoir chez de Tonnancour: le danger de cracher entrainant le sacrifice de l\u2019œuvre polie: il faut toujours avoir quelque chose à mettre sur le métier, et la peinture pure étant dorénavant ct toujours une hypothèse il ne suffit pas de dire que la peinture c'est de la peinture, et que c\u2019est comme de la musique ou autre chose; c'est A croire que c\u2019est plus compliqué que ça: car celui qui peint sa seule spontanéité ne contrôle pas ses écarts de goûts tandis qu'on peut dire que du contact des maîtres Jacques a acquis une maîtrise de l\u2019esprit des formes et de lui-même qui permet d\u2019éviter tout ce qui est mauvais goût.Et l'autre danger, celui de l'œuvre fabriquée, c\u2019est la froideur, la mort qui se glisse lentement avec le calcul dans l\u2019œuvre.Récemment donc, grâce à un nouveau recul du dit genre, nous avons vu que Jacques de Tonnancour était devenu assez subitement (apparence, puisqu'il additionne toujours très lentement) un peintre dégagé; il y a eu une espèce de révolution ct le peintre se tient maintenant sur ses propres pattes.Il est enfin libre de se défaire une fois pour toutes de la contrainte choisie des maitres, pour se mettre à sa propre conquête et à celle de sa propre peinture: il est propre à devenir enfin un individu.Certes qu\u2019il recommencera à fabriquer, mais ce sera maintenant lui- même qu\u2019il additionnera et lui-même qu'il effacera.Il a appris que c\u2019est ce travail patient et régulier qui lui a valu jusqu'ici l\u2019inspiration brusque et surprenante, preuve que ce n\u2019est que l'addition lente qui est en fin de compte la révolution.La solution d\u2019un problème n\u2019a l'air d'une révolution que lorsque celui qui regarde ne voit que la seule réponse, et non chaque détail de la lutte vers la solution; et le seul sans doute à le voir c\u2019est l\u2019artiste lui-même qui, nc pouvant travailler que contre un obstacle, ne saurait que faire d\u2019une pleine liberté.Et parmi les libertés dont les artistes se réclament le droit, la plus dure à vaincre c\u2019est celle de -savoir se poser les bons obstacles.Charles ELLIOTT-TRUDEAU Pholo André de Tonnencour - PAGE VIII LOUISE GADBOIS \u2014 NATURE MORTE LA PEINTURE FÉMININE Depuis ces cinquante dernières années, la femme s'est fait valoir dans des activités jusqu'alors jugées hors de son domaine.Elle a secoué le joug de siècles de préjugés, elle a découvert de nouveaux moyens de s'exprimer sans entraver sa fémi- néité.L'art, plus que toute autre chose, devait la séduire.La peinture, sous son doigt de fée, se trouve transformée; on est loin de la peinture masculine, son art est de sensibilité différente; et c\u2019est art véritable.Car la profondeur de l'expression n'est pas inhérente à la masculinité seule.Rien d\u2019essentiellement fondamental ne peut empêcher la femme de créer une œuvre vivante.Faut-il citer quelques pionniers: Suzanne Valadon, Berthe Morisot, Mary Cassatt, Louise Hervieux, et plus près de nous Jacqueline Marval, Lucie Couturier et Marie Laurencin.Enfin, chez nous, entr\u2019autres Louise Gadbois, Jori Smith, Prudence Hewarth, Marion Scott, Denyse Gadbois, Sibyl Kennedy, Mary Bou- chard, Jeanne Rhéaume, Yvonne Roy, Louise Renaud, Mary Moniate, pour ne citer que celles-là, qui toutes nous font prévoir un brillant avenir pour la peinture au Canada.Louise Gadbois.avec sa douceur féminine, son raffinement tout personnel.Son art diaphane, léger.délicat, est sans afféterie et toujours sain.Si Prudence \"Hewarth n\u2019est pas appréciée a sa valeur, cela est di peut-être à l'aspect américain de ses peintures.(Quand donc serons-nous invulnérables à l'aspect?) De ses toiles émanent une poésie intense, une saveur à part par ses formes évoluantes et ses compositions dont les objets très simples sont toujours disposés d'une façon imprévue.On trouve en Marion Scott des qualités de netteté et d'intelligence que n\u2019obnubilent point ses tendres vertus féminines.On remarque un sculpteur, Sibyl Kennedy, qui modèle des formes allongées à la ligne sinueuse.Chez Denyse Gadbois, on aime le trait résolu, le coloris nuancé, si féminin.Les dernières toiles de Jeanne Rhéaume affirment une prise de possession de plus en plus grande.Il faut citer tout particulièrement Mary Bouchard, peut-être la plus puissante de nos femmes peintres.Son art primitif rappelle le douanier Rousseau.Cette jeune fille naïve peint, avec une coquetterie paysanne si charmante, des scènes de chez elle.Voici, au moins, un bon peintre pour les amateurs de \u2018\u2018peintures canadiennes\u201d.Chez elle tout est généreux, lumière, dessin, couleur.Elle idéalise.Elle touche l'essentiel et nous émeut profondément.Un mot de quelques jeunes filles moins connues du public, et douées d\u2019un réel talent: Yvonne Roy, artiste réelle, bien que l\u2019on sente chez elle encore unc influence mélée de Matisse et de Roberts.Louise Renaud est merveilleuse de hardiesse, de virilité et de grâce féminine.Ses travaux sont déjà d\u2019une grande rigueur et d\u2019une ingénuité exquise.Chez Mary Maniate, le raffinement extrême n\u2019est peut-être qu\u2019un aboutissement de la coquetterie féminine la plus physiologique.Grecque d\u2019origine, mais orientale par le souci de la ligne et du détail, sa peinture est pure, profondément personnelle.La femme a déjà fait de grands progrès dans la peinture, et l\u2019avenir s\u2019annonce brillant pour elle.Françoise SULLIVAN LE QUARTIER LATIN LA JEUNE GÉNÉRATION Présenter un groupe de jeunes et parmi ceux-ci, faire une sélection à l\u2019avantage des plus doués ou exercer une certaine exclusion qui pourrait nuire à des talents contenus, est la tâche périlleuse qui m'incombe.Parmi le groupe qui l'an dernier affrontait le public à l\u2019enseigne des Sagittaires, quelques-uns ont retenu d\u2019emblée l'attention avec des réalisations qui sont plus que des promesses.Nous signalerons ici les plus évidentes! Depuis, ces jeunes ont travaillé à parfaire leur art ou à se contraindre.Une visite à quelques-uns d\u2019entre eux membres du C.A.S.a dans l\u2019ensemble accentué une première impression.En temps opportun les autres ne seront pas ignorés.Pour le moment je souligne qu\u2019à l\u2019origine Les Sagittaires alignaient les noms suivants: Guy Viau, Charles Daudelin, Fernand Bonin, Lucien Morin, Denyse Gadbois, Fernand Leduc, André Jasmin, Gabriel Filion, Julien Hébert, Pierre Gauvreau, Léon Bellefleur, Yvonne Roy, Jeanne Rhéaume, Adrien Villandré, Françoise Sullivan et Louise Renaud.À ceux-là il conviendrait d'ajouter Mousseau.La peinture canadienne n\u2019a plus le droit d\u2019être ignorée.Morrice, Gagnon ont prévenu le public européen.Les ainés ont accompli leur tâche, Pellan et Borduas ont ouvert magnifiquement la voie à la peinture libérée.Aux jeunes maintenant, d'en poursuivre l\u2019affrmation selon leurs affinités et les conditions immanentes d\u2019une époque troublée.Puisque nos jeunes se recommandent de la peinture moderne, une revision ou une explication serait- elle souhaitable?Non! Le fait s'impose, impératif et bien ancré à une heure décisive, un miroir l\u2019accompagne.Ces jeunes n\u2019ont pas cherché leur métier ailleurs.Des guides sûrs ne leur ont-ils pas conduit la main.Ainsi l'expérience aidant ils réussiront car la grâce est en eux.C\u2019est pourquoi ils laissent voir de belles possibilités.Ils se comportent selon l\u2019expression de leur choix.Il faut que ce soit ainsi! Un métier s'acquiert, le don jamais! Ces jeunes en savent le fonctionnement.Leur vocation ignore le rappel.Cette intention votive qui est leur choix doit être maintenue, mais elle ne doit pas s\u2019exercer en un circuit fermé.Qu'ils s'absorbent dans une méditation jusqu\u2019au moment de l'éclat.Ils ignorent la minutie et la recherche.Qu'ils tendent à l\u2019idéal.L'artiste a ce sentiment inné et qui selon ses aptitudes lui impose un mode d'expression personnel.Pour avoir causé longuement avec plusieurs d\u2019entre eux et connu leurs intentions, j\u2019ai la certitude qu\u2019ils feront leur marque.Ils craignent l\u2019abus et le coup d'éclat, ils mûrissent un projet.S'ils nous livrent des échantillons d'adresse et posent quelques jalons indicateurs; ils se veulent pour un temps encore, hésitants.En attendant ils se complaisent aux recettes actuelles de la peinture.Il est difficile d'établir la norme exacte de chacun.Pour la plupart ils offrent des possibilités.Chacun a sa touche délibérée, ses intentions colorées, ses délinéations favorites.Guy Viau prépare lentement, presque méticuleusement ses aventures avec des toiles aux solutions réduites, des séjours équilibrés et des accords substantiels.Après un début méritoire, Daudelin se laisse prendre au charme des couleurs.C'est dans l\u2019ordre, après un merveilleux départ, il nous laisse dans l\u2019expectative.Malgré des tendances au déploiement, ce sensitif nous réserve d\u2019autres diversions.Un Fernand Bonin peut rêver à sa guise dans chacune de ses toiles.Par un emploi imprévu de teintes imprécises exprimant un état d\u2019âme inquiet, il n\u2019en est que plus poète.Lucien Morin travaille à séduire une forme toujours fuyante, avec des compositions qu'il veut neutres de tons.Trouvera-t-il cet aspect impondérable qui est le secret de l\u2019abstraction.Il a toutes les dispositions pour y réussir.En est-il ainsi de Belle- fleur qui improvise sur un canevas identique.Fernand Leduc nous a donné des dessins accomplis où s\u2019exerçait une imagination débordante de fantaisie.D\u2019un bel élan cette mise en scéne oblique avec ses trouées jaunes exprimant la profondeur.Ainsi que je le mentionnais au récent salon de C.A.S., Gauvreau s\u2019attaque à des variations plutôt assourdies sur une couleur.Denyse Gadbois se trouve à l\u2019aise avec des teintes délicates créant une atmosphère tendre où baignent des dispositions attendries.C\u2019est avec une richesse de tons et quelques ressources de clair- obscur surmontées d\u2019un liséré lumineux qu\u2019André Jasmin ourle ses natures-mortes\u2026 Quant à Jeanne Rhéaume, délaissant ses paysages aux teintes fanées, elle nous présente maintenant des sites que l\u2019on croit reconnaître, faits de touches indépendantes, d'ardoises mates taillées en paysage.JOHN LYMAN suite de la page 111 les plus intimes.Le public francais du Canada, qui manifeste depuis quelques années une curiosité de plus en plus vive pour les arts, n\u2019a pas eu souvent le privilège de l\u2019admirer.Une exposition rétrospective lui en fournira prochainement l'occasion.On nous permettra pour l\u2019instant d\u2019esquisser une introduction à l\u2019œuvre de Lyman.Quels sont donc les caractères de cette œuvre?Ressemble-t-elle par la facture et l\u2019apparence à celle de Borduas, de Brandtner, de Muhl- stock, de Pellan, de Roberts ou de Jori Smith?Lyman, peintre indépendant parvenu a sa pleine maturité posséde un style qui lui est propre, autrement dit un mode personnel d'expression.Il se rattache par là à la tradition des maitres anciens ct modernes, de même qu'aux peintres vivants de son pays.Il n\u2019utilise pas comme certains d\u2019entre eux le vocabulaire non-figuratif, mais son art, bien que réaliste, fascine l'intelligence aussi bien que les abstractions les plus pures: c'est un art éminemment intellectuel.Pour Lyman, le tableau est un petit univers, mais un univers bien Joyeux Noël ra THE ROYAL BANK OF CANADA différent du nétre et auquel s\u2019appliquent merveilleusement les vers mémorables de l\u2019Invitation au voyage: Là tout n\u2019est qu\u2019ordre et beauté Luxe, calme et volupté.On n'y retrouve donc pas les visions tragiques de Rouault ou la morbi- desse de Picasso, mais bien la sérénité classique de Corot et comme chez Bonnard et Laprade la nostalgie des paradis perdus.Les formes y sont réduites à leurs éléments essentiels, mais elles n\u2019ont pas la sécheresse des polyèdres cubistes, car l'artiste, en les dégageant de l'accessoire et de l'inutile, a su respecter la grâce de leurs contours et l'harmonie de leurs volumes.Ces formes, il les dispose, il les organise de façon à créer un ordre plastique rigoureusement équilibré qui possède un pouvoir de séduction incomparable pour l'esprit.Lyman ne partage pas la conception de son maître Matisse qui, avec Gauguin, considère le tableau comme une surface peinte en vue d\u2019un effet décoratif.Il a admirablement compris la leçon de Cézanne et il utilise la couleur pour construire de l\u2019espace et définir les masses structurales qui délimitent cet espace.Par souci de mesure et de logique, il se garde des débordements lyriques du coloris et se complait plutôt dans les subtilités des demi-teintes qui restituent à la forme son éclat et sa signification profonde.Son registre coloré est infiniment nuancé et varie avec chaque tableau.Lyman ne se répète jamais, chaque œuvre comporte pour lui une solution inédite à laquelle il applique un sens remarquable de la forme, de la composition et de la couleur.L'on connaît surtout ses paysages.Visions méditerranéennes d'Espagne, de Tunisie ou de France, valonne- ments onduleux du pays basque ou horizons plus mystérieux du Canada, \u2014 tous manifestent la même ordonnance heureuse, la même finesse de tons, et possèdent une étonnante luminosité.Dans les scènes tunisiennes ou espagnoles l'intensité de la lumière tue la couleur et la pulvérise en une profusion de demi- teintes que l'artiste s\u2019est plu à recueillir, alors que le ciel du Nord éclaire d\u2019un jour plus cru et souligne d\u2019un trait plus dur la terre canadienne.L'artiste nous confiait un jour, que le visage humanisé des vieux pays avait offert à son esprit épris de logique un nombre infini de motifs, tandis que chez nous il lui fallait en quelque sorte grouper les éléments épars d\u2019un chaos primitif que l'homme n\u2019a pas encore modelé à l\u2019image de sa raison.Le paysage occupe cependant une place secondaire dans son œuvre.Lyman est avant tout un poète de la forme et de son incarnation la plus parfaite, le corps humain.Dans le portrait, le nu ou la composition il excelle à saisir les vibrations et les rythmes de la vie, source de beauté plastique.Une lumière d\u2019une qualité très pure émane de la chair qu'il spiritualise.Il atteint ainsi à une sérénité d'expression et à une plénitude sculpturale digne des maîtres.*« * * De l'art de John Lyman se dégage un charme exquis comparable à celui de la musique de chambre.Il se garde des accords bruyants et des sonorités ronflantes mais nous touche et nous émeut au contraire par la délicatesse de sa mélodie et la splendeur classique de son architecture.Sur la harpe des couleurs, Lyman module un chant radieux pour le ravissement de nos esprits.Paul DUMAS Certes ces jeunes n\u2019ont pas suffisamment produit pour qu\u2019on en vienne à des conclusions probantes.Leur travail n\u2019est qu\u2019un prélude, chez certains il révèle de généreuses dispositions.L'invention, ce feu intérieur, couve sous la cendre et le cadre s'organise où se dérouleront des incidents divers et des instants d\u2019émotion.Ils n\u2019auront pas à s\u2019éver- .tuer pour se dépouiller de notions périmées et d'accommodantes rengaines.Cela est fait.L'obstacle est disparu! Il faudra les revoir le printemps prochain, alors que de nouvelles productions viendront sûrement influencer ces considérations qui sont loin d\u2019être décisives.S'il est difficile quelquefois de trouver un sens catégorique ou d'éprouver une préférence spontanée pour une toile hermétique, déterminer une orientation est plus compliqué, surtout s'il s\u2019agit de peintres qui ont peu réalisé et qui se réservent.D'autre part à ce stage il serait téméraire de les assimiler à un groupe ou de leur accorder un Photo André de Tonnancour S.MARY BOUCHARD \u2014 BOUQUET DE FLEURS mandat.D'ailleurs ce n\u2019est pas leur intention.Pour manifestes que puissent être certaines productions, elles sont un préliminaire de bel augure, le cri spontané d\u2019un éveil.Apri une initiation propice et un débu prometteur, combien de débutants sont tombés au médiocre, parce que le souffle ne les animait plus.Les conditions de vie et les conséquences de la politique de l\u2019après.guerre seront-ils d\u2019une grave décision sur la direction de l\u2019art.L'influence des peintures des pays opprimés et l\u2019art soviétique y apporteront-ils un élément prépondérant?Chose certaine, l'art véritable aura un visage d'actualité et il aura de réactions crues, selon que l\u2019on se dirigera vers un age d'or probiéma.tique ou vers des bouleversements ou d'autres sursauts d\u2019indignation.De 1a sa condition de vérité! Quant aux jeunes qui sortiront vivants de 1'hécatombe, quel sera leur apport à ce concert visuel de haute spiritualité qu'est la peinture.Cela est le secret des dieux! Charles DOYON de Aux professeurs et aux étudiants l'Université de Montréal, nos meilleurs pour l'an 1944.\u201cT.EATON Cuneo DE MONTREAL voeux \u201cNN Tm OD Cm tm om aA ee a\u201d a YY (CY TV (Or ™ SN ee wm om a cle WV erm MN OCC CTY NANTES TP SSP AA "]
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