Le Quartier latin, 2 février 1967, Le nouveau cahier
[" VOL.HI.No 15 Le 2 Février 1967 Le Nouveau Cahier, journal d'art, lance un numéro spécial sur la sexualité.Certains s'étonneront du fait que l'art soit soudainement si intéressant.D'autres, avec art sans doute, nous accuseront.Le fait que Le Nouveau Cahier soit le premier journal étudiant, et selon nos renseignements le premier journal québécois, qui tente l'expérience d'un numéro spécial consacré à la sexualité, suffit à notre mérite.Nous tenions à poser en public certains problèmes d'une façon sérieuse.Nous croyons assez à la maturité de notre public.Nous croyons que sa maturité vaut les risques que nous prenons pour elle.Yvon MORNARD SOMMAIRE André Bertrand \u2014 Après ski Lise Bissonnette \u2014 L'Institut de sexologie Nicole Brossard \u2014 L'érotisme Michel Dufour \u2014 L'adolescent doit-il se castrer Martin Dufresne \u2014 Le comment et le pourquoi pas Colette Duhaime \u2014 Création Louis Falardeau \u2014 Les minorités sexuelles Louis Fournier - La pilule Luc Latour - Mariage et divorce Yves Mongeau \u2014 Québés exétude Yvan Momard - L'onanisme Yvan Mormard \u2014 Légalisons l'avortement André Poirier - Test psycho-sexuel Claude Savoie \u2014 La mère québécoise ! | | 2° LE QUARTIER LATIid - 2 FEVRIER 1967 Création VIRGINITÉ Un soleil d'acier a déchiré mon ventre, lentement il a dévoré mes entrailles une à une, et je me suis retrouvée après vingt ans d'absence, le front collé à ma terre, cette terre trahie, déracinée jusque dans ses plus profondes valeurs.Mon corps se crispe à la vue de la \u201cMERE\u201d.Elle est 1a, immuable, fantome angoissant de moi-même.Vierge et pudique, amorale et sans âme.Elle se multiplie, devient cent, mille, se tient par la main, se tord dans une danse infernale, puis meurl lentement, sans un cri, comme toutes les femmes de chez nous.Je suis là, elle est là, démasquée.Nous sommes toutes les deux, femme contre femme, se disputant une mort commune.Je retrouve malgré moi devant cette femme inconnue, les gestes érotiques de ma première enfance.Elle souffre, et je ressens sa souffrance jusque dans mon ventre.Elle tortille ses jambes.pose ses seins trop lourds sur ses genoux, ferme lentement les veux, comme si ce geste lui ferait retrouver le pays aride de ses plaisirs imaginaires.Je penche mon corps en avant lentement et je salue cette aphrodite déchue.J'attends sans un guste, cette naissance de moi- même.J'attends l'amant qui au sortir du ventre de ma mère me prendra là sur ce lit d'épines.d'attends que mon corps se courbe sous les caresses.J'attends sans aucune présence, l'ultime instant de ma véritable naissance.Je sens son membre pénétrer lentement, glisser tout au long des parois humides de mon corps.traverser sans brusquerie un petit mur de souffrances.Tout mon corps vibre.se convulse, dessine sur les draps des arabesques de feu, et c'est l'incendie.Les flammes éclatent dans mon corps, des flammes de plaisir et de douleur.Il a reposé son corps sur le mien, sa sueur se mêle à la mienne, pour former une rivière débordante de plaisir à la naissance de nos désirs.Enfin c'est le repos.No: deux corps se touchent encore et forment sur le lit une immense sculpture immobile.Nicolas redevient lentement chair et homme.Les grosses veines bleues de ses mains se gonflent comme pour répondre à l'appel de la terre.L'amant m'a glissé des doigts sans que je ne puisse le retenir.Je continue à gravir seule les rochers abruptes de l\u2019apprentissage de mes noces.De la fenêtre, monte le chant brutale des moissons.La terre enfante des parcelles de solcil, pendant que j'enfante mes premiers désirs.L'amant est sorti de mon corps.Je savoure encore un peu cette lente montée de la fatigue en moi.Je ne suis plus qu\u2019une petite fille perdue dans une trop grande forêt.Mon corps ressent jusque dans ses extrémités le poids du pays et des traditions.Habillée de mes douze mille forêts, de mes cent montagnes ct de mes quatre- vingt mille lacs, j'entreprends silencieusement le long voyage des peuples déracinés.Mon corps lacéré de frissons s'offre en holocauste à l'amant de glace, je ne suis plus qu'un automne au seuil de l'hiver.Là-bas, plus loin que le vent, les clochers entonnent une marche funèbre.Les noirs serviteurs d'un Dieu sans nom.cnterrent sans apparat les restes épars d'une virginité mythique.Un chant de femme monte de la terre ct cette longue prière du midi, ressemble à des hurlements de loups.L'amant a brisé une fille blanche, prions pour effacer ce qui reste de joie.COLETTE DUNAIME CINE-CAMPUS LE SOUPIRANT PIERRE ETAIX \u2014 Fr., 1963 \u2014 85 min.Malgré certaines lacunes, Pierre Etaix s'affirme comme un auteur-interprète comique de premier ordre dans cette oeuvre (so première de long métrage) qui unit le burlesque au comique satirique et d'observation.CHARADE STANLEY DONEN \u2014 E.-U., 1963 \u2014 120 min., coul.avec Audrey Hepburn et Cary Gron* \u2018C\u2019est drôle, mais sans vulgarité.C\u2019est léger, c'est vif, c'est aisé.(.) Du suspense tempéré par l\u2019humour.Un Cary Grant toujours jeune.Une Audrey Hepburn toujours gracieuse.Une mise en scène qui ne se pique de rien.(.) On songe à un Hitchcock plus fragile, plus frivole.\"* (Jean- Louis Bory).ET DEUX \u201cCARTOONS: Gerald McBoing 5%, Magoo makes News {27s LE SAMEDI 4 FEVRIER A 8 H.00 P.M.À L'AUDITORIUM DE L'UNIVERSITE GRATUIT POUR LES MEMBRES DE L'AGEUM Ir altimbanques coin bonsecours/st-paul L'AIR DU LARGE ET LE COSMONAUTE AGRICOLE René de 861-7568 de Obaldie 17h a22h.\u201cVOTRE NIVEAU PSYCHO-SEXUEL: POINTAGE Méttez-vous un point chaque fois que vous avez:répondu oui =aux questions suivantes: 1), 3)b), 4)a), 5)b),6)58)*9)b).i \u201c-Si-vous obtenez: 7 points: excellente À IB 6 \" : très bien CoE 5 : bien A 4 : passable 4 3 \u201d : insuffisante co 4 2.\u201d : frigide Cd À 4,\" :-réligleuse .SL 3 .500 A = So Le Nouveau Cahier est sous la direction de Yvan MORNARD.En plus des auteurs des textes, le Nouveau Cahier fut monté par René D\u2019Ostie (caricatures), Jean-Pierre Urbain (maquette), et les photographies sont extraites des plus grands maîtres de la photographie. \u201cEt ce plaisir n'était pas que char nel, car.si j'ase dire, je faisais l'amour de toute mon âme\u201d.Philippe Sollers L'EROTISME CONNAISSANCE Par érotisme, je n'entends pas la représentation symbolique des sexes.pras plus qu'un \u201cgoût maladif pour tout ce qui concerne l'amour\u201d.(1) Si l'érotisme est marginal, il l'est au même titre que l'art, C'est avant tout une intuition.un geste de récupération qui débouche sur la connaissance immédiate de soi, des autres.des choses.Entre le vertige et le délire.la vie prend des proportions qui tiennent du rituel, rare, inout.Mole de connaissance.l'érotisme appelle.recrée l'espace en même temps que les frontières, la Iumière où le noir.l'oeil ouvert ou les veux fermés.I est en quelque sorte l'affirmation épisodique d'une identité, le geste qui nous somme d'être.Le plaisir confond (tout.nivelle jusqu'au vide total, au sentiment d'êter- nité.de néant \u2014 \u201ctu me tues.tu me fais du bien\u201d \u2014 il engage au-delà de la conscience.I procède de la conti nuité, récupère l'homme, là où ce dernier allait inopérant de jour en jour.ne connaissant de lui qu\u2019une ombre dont lds mille arabesques l'amusaient, le distrayaient sans jamais le convoquer à la propre réalité, le rallier à lui-même.Pour une société, une telle force de mande à être constamment surveillée.La société et l'individu s'y prennent de deux façons pour atténuer les dégâts.La première refusant le \u201cphénomène\u201d \u2014 tout mode de connaissance ayant un lien dircet avec la lucidité \u2014 le réduit à une fonction hélas nécessaire et lui donne un sens utilitaire (la famille.la tribu, cte.).La seconde l'acceptant pour aussitôt l'alièner par une clause mondaine.Ainsi aux Etats-Unis, on pratique avec fureur la sexualité \u201csportive\u201d tout en ne répondant qu'occasionnellement aux valeurs éclairantes de l'érotisme.INOUV.{ SSom !AS LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 * 3 L\u2019ÉROTISME L'EROTISME INEDIT Si l'érotisme est un mode de connais sance, il ny à qu'un pas à faire pour admettre quil est une porle ouverte à PINEDIT.Du vertige au délire.l'oeil intérieur retient au passage des images neuves, des paysages inimaginables.Nous entrons dans le monde de l'inédit par la violence, le tremblement démentiel de la volupté: la déroute.L'inconnu transforme, il fait éclore une affirmation originale du monde, il en détermine l'acceptation ou le refus.\u201cl'être que je suis, qui attend d'être encore.dont le sens même, plutôt que d'être est d'attendre d'être (comme si je n'étais pas la présence que je suis, mais l'avenir que j'attends.que cependant je ne suis pas.\u201d (2) L'acceptation ou le refus se fera en regard de l'homme total et non pas en fonction de l'honune-raison où de l'hom- me-sexe: cette dissociation préexiste à l'érotisme qui unifie le désir et le geste.de là son (pressivité harmonieuse.Temps privilégié, temps créateur.l\u2019éro- tisme-inédit apprivoise le monde au-delà de la connaissance quotidienne.par Nicole BROSSARD LEROTISME SOLITUDE Comme toute expérience vitale, l'éra- tisme est solitude.certes solitude à partir des autres, de l'autre, mais avant tout solitude de l'espace intérieur qui s'anime ou se refuse selon l'importance consentie au désir.L'exubérance com mune, le délire d\u2019un seul temps, ne sont pas suffisant pour fusionner deux cons- cicnces, deux identités \u2014 chaque individu étant aussi unique qu'une empreinte digitale.Un moment vécu intensément et qui nous arrache à nous-mêmes tend à rompre les frontières -\u2014 comment définir ces frontières?Elles sont justement ce qui nous empêche de comprendre les grandes intuitions Clart, l'érotisme, sans doute le mysticisme) et le seul fait de sentir l'existence de telles frontières nous confirme dans la solitude, l'épuisante solitude d'être deux.des milliers a se dire seuls.En tant que mode de connaissance, l'érotisme est aussi solitude: si on apprend à deux.on connait seul.A la fois témoin et témoignage l'individu reçoit la couleur, la ligne, le son nouveau appropriés à ses facultés de disponibilité.1 -\u2014 Larousse.2 -\u2014 Georges Bataille, L'érotisme, 10-18, \\ Quand parurent en librairie les premiers volumes de Roger Fournier, Inutile et adorable en particulier, les lecteurs se récrièrent: \u201cMais c'est de la pornographie, c'est honteux!\u201d Ils faisaient bon marché du souffle qui les traverse, \u2018du verbe, du style, et ne s'attardaient qu'aux descriptions scabreuses, aux mains qui-fouillent.Je veux bien, d\u2019une part, que ces ouvrages ne soient pas les meilleurs; mais il y en a de pires, l'Après-ski de Philippe Blanchont par exemple, un livre qui sent mauvais, où la chose littéraire est si peu importante que le nom de l'auteur n'apparaît même pas sur la page couverture.Que ce roman tire à plus de 25,000 exemplaires indique assez de quels déchets se nourrissent aujour- d'hui ceux qui naguère [euil- letaient les évangiles.Le week-end à Saint-Adèle a remplacé l'office divin.Et la bibliothèque du Canadien français s'agrandit: aux ma- nucls de catéchisme des Frères des Ecoles Chrétiennes viennent s'ajouter les dictionnaires de sexologie et le Kama Sutra.Quel progrès! XXX Le roman pornographique est un genre qui a ses lois.Le plus souvent, le personnage central est une jeune fille chaste et pure que corrompent des libertins.Ainsi Fanny Hill naît dans un petit village près de Liverpool et débarque à Londres, et finit dans un bordel tenu par Mrs.Cole.L'auteur prétend faire oeuvre de moraliste en dénonçant l'ordure.Ainsi l'Eugénie de Sade est une fillette de quinze ans dont Madame de Saint-Ange et Dolmancé parfont l'éducation.\u201cDans quelque état que se trouve une lemme, ma chère, soit lille, soit femme, soit veuve, elle ne doit jamais avoir d'autre but, d\u2019autre occupation, d'autre désir que de se faire foutre du matin au soir: c'est pour cette unique fin que l\u2019a créée la nature\u201d, On le voit done: Cleland ct Sade sont avant tout des philosophes et la matière de leurs livres n'est que l'illustration des lois générales qui, selon eux, régissent l'univers.Pour Sade, la nature est la raison suffisante, la règle, Or la nature est mauvaise et donc, tout en accordant son action sur elle, \u2018on ne peut pas toujours faire le mal.Privés du plaisir qu'il donne, équivalons au moins cette sensation par la petite méchanceté piquante de ne jamais faire le bien.\u201d Rien de tel chez Blan- chont.Au lieu de principes, des effets.Si au moins ils étaient nouveaux.S\u2019il y avail la quelque originalité, quelques scènes qui renouvellent le genre.Mais non, d\u2019une page à l'autre, rien qui dépasse la moyenne: les personnages nagent dans l'alcool, se roulent dans la neige et s'accouplent à deux, à trois, par devant, par derrière.Aucune pensée ne soutient leurs actes, ils sont tout agir.Ce sont des sportifs et ce ne sont pas des libertins.Des sportifs qui font l'amour comme ils font du ski, sans jamais voir quelle pente ils descendent et pourquoi.Ils culbutent et rient.(Le style n'arrange rien, à preuve cette citation liminaire: \u201cI y a des hommes qui sont montagnards de métier de par leur hérédité; parce qu'ils sont nés dans les flancs de glacier, conçus sur l'herbe frai- che d'un alpage réchauffe par le soleil de printemps.Alors, on peut dire de ces hommes que leur chair provient d\u2019une source sortant du roc et du granit des sommets éternels\u201d).Après-ski ne vaut que dans la mesure où il se conforme aux lois du genre, par exemple, au début, en mettant en scène un jeune homme naïf: \u201cJ'étais un jeune moniteur de ski sentimental prêt à conter fleurette à une jeunc fille par un clair de lune comme je l'avais fait chez moi aux jeunes filles bien sages de mon quartier, ces filles aux horizons limités, qui ne ré- vent que d'une seule aventure, le mariage.\u201d Ailleurs c'est de la foutaise.I n'y a qu\u2019Henri Miller aujourd\u2019hui, et Lawrence, qui sachent raconter une histoire osée sans expressément l'appuyer sur unc morale ou une philosophic.Qu'on se souvienne des premières phrases du Tropique du Cancer: \u201cLa baluci- ne avec sa verge de six pieds, au repos.\u201d André BERTRAND xxx P.S.\u2014 Les éditions du Bélier ont aussi donné, du marquis de Sade, la Philosophie dans le boudoir ct Justine.Auteur d'une autre envergure que les Blanchont mais trahi par de nombreuses coquilles.Exemples tirés du prospectus: Sade \u201cnous force à examiner de nouveau les conceptes du.bien et du mal\u201d; ou, \u201cPAS UN MOT A ETE OMIS\u201d du texte original (sauf la particule et l'apostrophe).M.Quintal s'enrichit sur le dos de gens qui ne savent pas le Français, ct ne le sait'pas davantage. 4\u2018 LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 Louis FOURNIER miers sinon le premier nisme struturé (non confessionnel l'APF dir qui était encore récemment étud organisation communautaire à | des Sciences sociales de l'Univ ersité.LE QUARTIER LATIN fut Fun des pre: des journaux de langue française au Québec à consacrer un article détaillé et sympathique à un mouvement qui est apparu comme tabou, voire mênie proscrit, durant les premiers temps de son existence chez nous: l'ASSOCIATION POUR LA PLANIFICATION FAMILIALE DE MONTRÉAL.L'AILE, à cté fondée en novembre 1864.Elle constitue le premier orga- bilingue) qui peut fournir des renseignements sur TOUTES les méthodes de régulation des naissances.Aujourd'hui, est devenue un groupe d'infor- nation, d'éducation populaire et même de pression articulé.Elle est de plus en plus \u201cacceptée\u201d par le milieu québécois.Son president actuel est un jeune médecin, le Dr, Serge Mongeau, qui fut teur des Chantiers de Montréal et Dès le 23 mars 1965 done, LE QUARTIER LATIN consacrait un document de 2 pages (en centrales) à la première assemblée publique française de l'Association pour la planification familiale.Le texte était signé Louis FOURNIER, ex-éditorialiste au Q.L.et étudiant en maîtrise au Département de Science politique de l'Université.Dans son édition du 2 novembre 1965, le QI.récidivait avee un autre article.du même auteur, sur la projection d'un premier film par APE.a l'Université, à l'occasion du ler anniversaire de fondation du mouvement.Ce sont de larges extraits de ces deux articles que nous reproduisons dans ces pages.Hs reflètent fidélement une époque, pas tellement lointaine cncore, où LE QUARTIER LATIN était le seul journal a traiter de sujets dont on se demande souvent pourquoi ils ont pu être tabous à ce point\u2026 NDLR PILULE QUARTIER LATIN, 2 novembre 1963 A peine bombardé ministre de la Sécurité sociale et de la famille, M.René Lévesque doit essuyer un premier coup de canon de l\u2019Association pour la planification familiale de Montréal.Le Dr Maurice Jobin, vice-président de l'Association a soutenu à l'Université de Montréal, récemment, lors d'une réunion publique du mouvement, que le ministre devra mettre en oeuvre Une politique \u201cfamiliale\u201d dynamique au Québec.Un des premiers objectifs de cette politique.selon le médecin, sera de mettre à la disposition des familles dans te besoin un Service d'information sur la régulation des naissances, Un Service de diffusion des méthodes contraceptives.Cette politique pourrait se résumer par le slogan simple et expressif de Asso ciation française de Planning familial: \u201cMadame.vous qui faites votre lessive le lundi ot votre grand marché le vendredi, pendant combien de temps encore ferez-vous vos enfants n'importe quand?.(NDLR) UN FILM SUR LA PILULE.Le docteur Jobin, médecin de pratique générale, âgé de ans, parlait devant une asseinblée de 250 personnes, qui remplissait à craquer la salle M-415 de l'Université.Tout ce beau monde, des étudiants en médecine et en sciences sociales, mais aussi des couples de partout, s'était donné rendez-vous pour la projection d'un film exclusif sur \u201cLes pilu les anticonceptionnelles et la régulation des naissances\u201d.Film médical.passablement technique il va sans dire, mais qui a provoqué un déluge de questions de la part d'un auditoire extrêmement attentif.C'est en répondant à une des questions que le Dr Johin a souligné que le nouveau ministre de la Famille et de la sécurité sociale devrait pouvoir comprendre ra- pidenient les besoins québécois en matière de planification familiale.Le médecin répondait aux interrogations parfois cocasses.parfois dramatiques des membres de l\u2019asseniblée en compagnie du Dr Serge Mongeau, un des nouveaux directeurs de l'A.P.F.LE BCT DE LA LIBERTE DE CONSCIENCE L'association pour la planification familiale est non-confessionnelle.Le Dr Jobin a bien précisé à ce sujet qu\u2019elle peut fournir des renseignements, voire des adresses, en ce qui concerne TOUTES les méthodes de régulation des naissances.\u201cMais, ajoute-t-il, il y a un principe ré auquel nous croyons: c'est la liberté de conscience de chacun.\u201d \u201cM ne s'agit pas pour nous, n-t-il continue, de se faire, par exemple, les champions de ta pilule, même si \u2014 vous l'avez vu par le film - cette méthode est la plus efficace.C'est aux époux à déterminer conjointement les moyens à utiliser, en fonction du nombre et de l'espacement des naissances qu'ils désirent.\u201d DES CLINIQUES Les deux médecins ont insisté sur la nécessité de STRUCTURES grâce auxquelles Une politique de planification familiale pourrait vraiment s'inplanter au Québec.Le Dr Mongeau a des idées précises lü-dessus, IE écrivait dans la revue MAINTENANT: \u201cDes cliniques de planning familial offriraient la possibilité aux jeunes famil- tes de consulter des travailleurs sociaux, médecins et psychologues et de prévoir ainsi la progéniture qu'humainement ils sont en mesure d'accepter.Les exigences de notre société moderne ne permettent plus, sauf en de rares exceptions, les naissances aux deux ans se terminant avec la ménopause.Tous sont conscients de ce fait, mais les moyens pour réaliser cette prévention des naissances ne sont malheureusement à la portée que de quelques-uns seulement.\u201d Le Dr Mongeau a travaillé à St-Henri.U n'a pas caché la disparité de situation entre ce quartier et Westmount: \u201cC\u2019est une question de moyen, a-t-il dit avec aigreur.A Westmount, on a résolu le problème.Ne vous inquiétez pas pour eux: les moyens, ils les ont trouvés, Il faut dire qu'ils avaient les moyens\u201d d'avoir les moyens.\u201d Le Dr Mongeatu n\u2019a pas poursuivi cette \u201csortie\u201d qui, manifestement.le passionnait.M a conclu en disant qu'on a trop longtemps invité les gens d'ici à \u2018\u2019empé- cher la famille\u201d mais qu\u2019on ne leur à pas donné les moyens de ne pas \u201cpartir pour la famille\u201d.Des cliniques gouver- uementales où municipales de planning familial seraient un élément important de solution.23 MARS 1965 © \"J'ai lu les dépliants qu'a produits le Service de Préparation au Mariage.On n'y donne méme pas objectivement les deux tendances qui s'affrontent à l'intérieur de l'Eglise catholique sur la régulation des naissances.On adopte la position la plus traditionnaliste qui soit.Comment croire après cela que certains catholiques veulent vraiment engager le dialogue?Quand je pense que les autres Eglises chrétiennes ont depuis longtemps réglé ce problème et donné au couple le libre choix des méthodes anticonceptionnelles.\u201d (Mme CARISSE) ® \u2018Je suis persuadé que la position actuelle de l'Eglise catholique est une de celles qui, encore une fois, la lie aux forces possédantes d'une société, Car s'il est un groupe à qui la plus grande diffusion des moyens anticonceptionnels rendrait service, par exemple, c'est bien la classe Jaborieuse, A Détroit, je sais que le Service du Bien-Etre Sociat fournit gratuitement les pilules contraceptives aux femmes qui sont inscrites sur ses listes et qui acceptent volontairement cette aide.Voilà une attitude foncièrement sociale.\u201d (M.MERTENS) Ld * * Mme Colette Beaudet-Carisse et M.W.L.Mertens, tous deux chargés de cours et de recherches à la Faculté des sciences sociales, ont clairement exprimé leurs convictions mercredi soir dernier, à l'Université de Montréal.Ils prenaient la parole dans le cadre d'une rencontre d'information organisée .par VASSOCIATION POUR LA PLANIFICATION FAMILIALE (The Family Planning Association).section de Montréal.Il s'agissait de la première réunion publique française de ce nouveau mouvement fondé en 1964.LIBERTE DE CONSCIENCE DU COUPLE Mme Carisse est l'auteur d'une thèse de doctorat réussie en juin 1964 et publiée aux Presses de l'Université de Montréal.sur \u201cLA PLANIFICATION DES NAISSANCES EN MILIEU CANA- DIEN-FRANÇAIS\".M.Mertens prépare un doctorat en sociologie à l'Université de Chicago et il est collaborateur de M.Jacques Hen- vipin.à l'Institut d'études démographiques de l'Université de Montréal.Les deux professeurs ont carrément pris position pour la liberté de conscience dut couple face aux méthodes de régulation des naissances utilisables.Is ont rejeté le point de vue (officiel) catholique selon lequel le choix des méthodes n\u2019appartiendrait pas aux époux mais à l\u2019Eglise, Ts ont affirmé que non seulement comme indication médicale mais comme moyen habituel de contrôle, on pouvait utiliser les techniques contraceptives autres que la méthode OGI- NO et la méthode sympto-thermique, les seules actuellement tolérées par l'enseignement officiel de l'Eglise.TOUTES LES TECHNIQUES.Selon les deux universitaires.toutes les techniques (sauf l'avortement et la stérilisation faits sans indication médi- cule) sont acceptables, du moment qu'elles sont adaptées au couple, qu\u2019elles sont moralement agréées par les deux conjoints, selon leur conscience.Et acceptables encore \u2014 la nuance est importante -\u2014 du moment qu'elles n\u2019entravent pas la libre expression de l'amour des époux et leur désir toujours sous-jacent de générosité et de disponibilité.Ce qui n'équivaut pas à la seule procréation.Toutes les techniques sont permises: cela veut done dire les préservatifs de type mécanique (diaphragme, condom, pessaire, ete): les anticonceptionnels par voie buccale (Enovid, etc.): les spermicides chimiques (gelées et crèmes) et enfin les contraceptifs intra-utérins (I.U.C.D.).CONTRADICTION DE L'EGLISE C'est Mme Carisse qui a stimulé la discussion qui allait suivre, entre les participants (peu nombreux).en donnant un clarifiant exposé de caractère sociologique sur le sujet.Mme Carisse a débuté par une assez sévère agression\u201d contre la position catholique.\u201cOn n'est plus dans le climat de restrictions qui existait sous Pie XII.Mais les positions officielles de l'Eglise n'ont guère changé.Ce qui a changé, c'est la pastorale concrète.I] y a des prêtres avant-gardistes qui suggèrent à leurs \u2018\u2018patients\u201d d'utiliser les méthodes de planning qu\u2019ils veulent bien.I] y a là un ajustement qui se fait, alors que la doctrine garde comme une officialité hypocrite.\u201d Il est peut-être bon de signaler que Mme Carisse a signé une lettre adressée au Concile occuménique par des laïcs catholiques et demandant qu\u2019on reconsidère, à la lumière de la science moderne, l'interdietion de l'Eglise sur les moyens dits artificiels de régulation des naissances. SOCIOLOGIE DE LA FERTILITE Mme Carisse a ensuite abordé la question de la fertilité au Canada français.\u201cNous sortons d'une période intense de quasi-natalisme.M y a à peine deux ans, le \u201cStar Weekly\" publiait un reportage, une image-type du Québec français moderne: c'était illustré par une famille de 15 enfants.Aujourd'hui.on compare Montréal et Toronto et le taux de fécondité est presque identique.Les familles nombreuses diminuent.Et puis tout cela est relatif: en France, la sécurité sociale définit la famille nombreuse à partir de trois enfants.\u201d LA PLANIFICATION: LES OBJECTIFS 11 y a en ce domaine des positions extrêmes, là comme ailleurs: d'une part Eu [$3 SE Be a l'absence complète de contrôle, qui conduit au lapinisme le plus primaire: d'autre part, le refus absolu de procréer.qui ne se défend pas d'un injustifiable égoïsme à deux.Cette dernière attitude peut caractériser certains couples introvertis aux si habiles techniques qu\u2019ils n'ont certes guère besoin d'avoir recours à des prières frondeuses du genre \u201cVierge Marie, vous qui conçûtes sans péché.faites-nous la grâce de pécher sans concevoir\u201d.Les époux responsables, explique Mme Carise, déterminent conjointement les objectifs de la planification des naissances quant au nombre et à l'espacement.Si on décide; par exemple, d'avoir un nombre considéré comme élevé d'enfants, il faut le décider avec lucidité.2 FEVRIER 1967 - LE QUARTIER LATIN * 5 1 faut dépasser la mentalité \u201cd'imprévoyance\u201d.qui n'est certes pas un de voif en l'occurence.Il faut s'arracher au vivre-dans-le-preseat, à l'absence de contrôle de la nature et apprendre ce que les psychologues appellent la \u201csatisfaction différée\u201d.GROSSE ET PETITE FAMILLE.Ce peut être un objectif légitime que d\u2019avoir plusieurs enfants.C'est un phénomène de \u201cvalorisation de la vie de famille comme source intrinsèque de satisfaction sociale\u201d mentionne en passant le docteur en sociologie.Cette conception familialiste s'oppose (plus ou moins radicalement) à celle du couple qui se donne aussi des objectifs extra-familiaun pendant et après edu: cation d'une progéniture moins nombreuse.Cette dernicre conception valorise le modèle de la \u201cpetite famille*.Mme Ca- risse signale combien, au Québec, les femmes ont surtout tendance à considérer ce modèle comme une honteuse déviation.\u201cLes femmes que j'interro- Heuis au cours du sondage en vue de ma thèse s'empressaient de s'exetsser, de se justifier, si elles avaient une petite famille.Elles se considéraient comme déviantes\u2026.Déviation quant à la norme so- eisle de la famille plutôt nombreuse.Et déviation quant aux valeurs de la sociélé globale québécoise qui privilé Hie cette société nucléaire qu'est da fa mile.\u201d , : a Denis au LA Twisvne, § jAwviea 1767 L archovêque cs Sherbrooke contre POUR L: L as ee She uA CONTRE cb des wane OU bare audit wc Mar Cabana se (rouvait dans celle pa i midi à l\u2019occasion de Ja «ce de la Saiule Famille sous la protection de qui celle paroisse à été placée, Gueout \u201ccoptionnelles SHERBROOKE.\u2014 Ltavcheveque de Shechrooke, 8.EE.Mae Georges Cabana, s'est proacnedé hier contre Putili- xs anticonceplionuelles comme moyen de th tl I HASAN, aux fiucies de Le paroisse Ste-Famille de la wm à déclaré esse de bob, 39 a.l'archevèque 5 des pilules anticonceptionnel- vines personnes le cancer, des troukies nerveux o4 méme le suicide.pisse hier avant L'archevêque de Sherbraoke a invité les gens à pratiquer la conlinence, par é Carème, s'ils veulent limiter le ] plutot que d'utiliser les pilules anticonceptionnelles.liérement durant Avent et le wbre de leurs enfants.LA PLANIFICATION: LES MOYENS Mme Carisse étudie ensuite les méthodes de régulation des naissances, une fois que les objectifs sont déterminés.Comme on s'en doutait un peu, elle signale que la première naissance est rarement contrôlée.Exceptions: les Juifs Américains et\u2026 les couples étudiants.À compter de la troisième naissance, le contrôle s'exerce déjà à 85%.Avec ou sans succès.Ici interviennent les méthodes utilisées.Mme Carisse décrit une attitude assez courante au Qué- bee.LE \u201cBEBE-THERMOMETRE\".\u201cLes couples jouent du calendrier ou du thermomètre.Parfois ils jouent de malchance.Hs décident d'attendre \u201cl\u2019accident\u201d, le \u201cpetit Ogino\u201d, le \u201cbébé: thermomètre\u201d.cet d'accident en accident, ils parviennent au nombre idéal.je veux dire au nombre qu'ils s'étaient fixés.\u201d Nous avons vu que Mme Carisse croit à la liberté de conscience du couple relativement au choix de méthodes.Elle mentionne par ailleurs que l'efficacité objective des méthodes ne doit pas être le seul critère de choix.H y a toutes les attitudes mentales, affectives.la signification qu'on veut donner à la régulation.Et puis, dit-elle, les progrès actuels de la médecine ne permettent pas de conclure à l'existence de méthodes valables pour tous.S'il est certainement très clair que la méthode du \u201crythme\u201d est loin de convenir à une forte proportion de femmes.il demeure vrai aussi que la pilule ne peut étre prescrite a toutes.pouvez l'aider en devenant: \u2014 ou membre bienfaiteur, au coût Mieux encore, vous pouvez participe 1) Je désire devenir membre de l'Assoc Montréal.Ci-joint, vous trouverez ma NOM: ADRESSE: , 2) Je voudrais participer au travail de | MON TEMPS si oui, laquelle Adresser au secrétariat français: L'Association pour la planification familiale de Montréal a besoin de vous.Vous \u2014 membre ordinaire, au coût de $2.00, ce qui donne droit de vote aux élections annuelles et qui permet de recevoir le Bulletin; minimum de $10.00.r au travail que l'Association accomplit.Vous n'avez qu'à remplir la formule suivante: iation pour la planification familiale de cotisation au montant de .TEL: LL Association.Je mets à votre disposition: et/ou MA COMPETENCE PROFESSIONNELLE 5285 Auréle, St-Hubert 1, Qué.Tél.: 676-8521 UNE CLINIQUE Mme Carisse à conclu son exposé en pointant la nécessité, voire J'urgence de la création d'une CLINIQUE, \u2018à Montréal, qui scrait un Centre de Consultation sur TOUTES les méthodes de planification familiale.M est scandaleux.a dit Mme Carisse, qu\u2019il n'existe pas encore au Québec une seule clinique de ce genre.C'est alors qu\u2019en remerciant la conférencière, Mme Monique Guthrie, directrice du Secrétariat de l'A.F.P., a fait savoir que le mouvement avait dans ses objectifs: a) soit d'ouvrir des cliniques associées aux hôpitaux; b) soit de créer des unités mobiles: c) soit d'organiser un service de planning familial via les services de santé publics: d) soit les trois ensembles.MAIS LA LOI.Elle a avoué que jusqu'ici, il avait été impossible d'obtenir la collaboration de quelque hôpital que ce soit.\u201cLes médecins hospitaliers n\u2019acceptent pas de s'engager ouvertement dans ce travail.Le voudraient-ils que les conscils d'administration des hôpitaux interviendraient.Cela pour une seule raison: la loi, le fameux article 150 du Code criminel qui prohibe la diffusion d'informations relatives à la contraception.\u201d Mme GUTHRIE devait toutefois ajouter que le mouvement a organisé un \u201csystème de références\u201d: \u201cIl y a des médecins de pratique privée qui ont accepté de travailler avec nous.\u201d L\u2019APF.AU DEBUT DE 1963.L'Association pour la planification familiale de Montréal a maintenant une place reconnue dans notre société.Cela ne signifie pas cependant que sa tâche soit terminée, bien au contraire; car de plus en plus on exige de l'Association.Aussi doit-on s'aitendre à un rapide développement.Immédiatement: Il faut que l\u2018Association puisse compter sur plus de membres, pour augmenter sa force de pression, et surtout sur plus de compétences dans les domaines des sciences humaines et médicales.Les taches qui s'imposent ne pourront s\u2019accomplir sans une augmentation considérable du nombre de ceux qui travaillent activement dans le domaine.A court terme: Nous devons continuer à répandre de l'information, en tentant de rejoindre plus spécialement les groupes défuvori- sés, soit en milieu urbaff soit en milieu rural, Les médecins ont une position idéale pour assister tous les secteurs de la population: nous devrons mettre à leur disposition les renseignements techniques qui leur manquent pour Une connaissance plus adéquate des diverses méthodes.À moyen terme: L'ouverture d'un secrétariat permanent, avec bibliothèque spécialisée, al- dera au progrès de l'Association.En méê- me temps, au même endroit ou ailleurs, l'ouverture d'un dispensuire-type permettra de suppléer à l'insuffisance des structures actuelles, ct surtout d'\u201cexpérimenter\u201d en vue d'arriver à la formule qui convient à notre milileu, A long terme: Nous connaissons trop peu les implications de Ja décision d'un couple de planifier ses naissances.Une foule d\u2019autres aspects nous échappent également: des recherches nombreuses sont nêces- saires, que nous devons tenter de provoquer ou conduire nous-mêmes, Un dispensaire même excellent, ne suffira pas à Montréal et surtout à la province.Seul le gouvernement peut être.en mesure de répondre à tous les besoins, de ce côté.Aussi tenterons-nous de l'y amoner.(Serge Mongeau, M.D.) 6 \u2018LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 L'avortement est actuellement l'un des problèmes les plus épineux de la sexualité.Selon certaines enquêtes, il se ferait environ 100,000 avortements par année dans le Québec.Les journaux, spécialement les hebdomadaires populaires, moussent régulitrement leur vente par des articles sur ce sujet.L\u2019avortement y est traité, selon nous, d\u2019une façon irréaliste.On y accuse les avorteurs de tuer les gens.Mais bien qu\u2019on y note que ces avorteurs ne sont que des avorteurs improvisés, on oublie curieusement de parler des gynécologues-obstétriciens qui pratiquent l'avortement dans le Québec.Ces médecins connaissent le corps humain et peuvent, en cas d'hémorragie, éviter la mort de l\u2019avortée.Une bonne propagande à LEGALISONS L'AVORTEMENT UN \u201cRÉSEAUX D'AVORTEURS À L'OEUVRE DEUX JEUNES FEMMES =a : in LE NOUVEAU SAMECI SONT VICTIMES leur sujet pourrait changer l'opinion publique.D'autre part, l\u2019avortement légalisé pourrait faire baisser les prix minimum, qui, actuellement, se situent à $400.L'an DE QUELQUES JOURS! NSE dernier, avant l'affaire Larivière, les prix n'étaient que de $200.Les publications, méme favorables à l'avortement, se croient obligées de coiffer leurs articles de photographies sado-masochistes relevant des films d'horreur plus que de la réalité médicale.Nous avons interrogé unc étudiante de l'Université de Montréal, qui, l\u2019an dernier, s\u2019est fait avorter.Elle est évidemment favorable à l'avortement; elle nous en parle, calmement, sans emportement.Yvan MORNARD Que représentait pour vous l'avortement, au moment où vous avez décidé de vous fai re avorter?\u2014 J'étais certaine de me faire avorter.J'avais pris connaissance de l'expérience de d'autres {il- les, et je trouvais que c'était un moyen plus honnête que les autres de sortir du problème.Le père de l'enfant, avec qui vous avez toujours des relations, que pensail-ll de l'avortement?\u2014 V1 était favorable à condition que ce suit fait d'une façon médicale, assez certaine.Avant votre avortement, à partir des photographies et des reportages parus dans les journaux, que pensiez-vous de l'avortement?-\u2014 L'influence des journaux était importante, mais l'expérience vêcue, dans mon cas, fut plus concluante.J'ai connue une fille qui s'était [ait avorter, et pour elle ça n'a été vraiment rien: elle est revenue au travail le lendemain.J'avais peur, mais en autant que l'avortement serait fait par un médecin, je me sentais en sécurité.Par qui avez-vous réussi à avoir l'adresse de l'avorteur?\u2014 Par un ami, d'ailleurs très gentil, Alors j'ai appelé chez le médecin, et j'ai tout simplement pris un rendez-vous pour un examen général, Qu'est-il arrivé rendez-vous?\u2014 J'ai expliqué ma situation au médecin, je lui ai dit que nous êtions deux étudiants et qu'avoir lors de votre un enfant pour nous était inconcevable dans la situation sociale où nous étions, Il m'a examiné.M m'a dit que j'avais la santé nécessaire pour avoir un enfant.Je lui ai répété que je n'en voulais pas.Alors il m'a donné une série de pilules à prendre; on m'a dit de ne pas manger avant l'avortement, Il a fixé le rendez-vous pour l'avortement, Combien de temps avez-vous attendu avant de vous faire avorter?\u2014 Environ deux semaines.Chaque jour, je prenais certaines pilules.Le médecin m'en avait donné deux où trois séries.Combien cela vous a-t-il coûté, tout compris?\u2014 S210.00 tout compris.J'ai dû paver comptant.Aucun chèque.Lors de votre rendez-vous, que s'est-il passé?\u2014 Je suis arrivée chez le médecin.On m'a encore donné des pilules.On m'a fait attendre un petit peu.FH y avait une garde- malade, elle m'a fait entrer dans la salle d'opération, et elle m'a rusé le sexe, Elle a été bien gentile, Elle na rassurée.Ensuite, je me suis déshabiltée, je me \u201csuis mise en tenue d'hôpital.On n'a couchée sur une table d'opération.Vous a-t-on endormie?\u2014 Non.Mais on m'a donné des pilules qui m'ont enlevé la nervosité, Avez-vous demandé à être endor- mic?\u2014 Non.D'ailleurs, je ne crois pas que c\u2019eût été nécessaire.Que s'est-il passé sur la table d'opération?\u2014 Le médecin a commencé avec certains instruments.En fait, je n'ai pas pu voir ce qui se passait vraiment, étant couchée.J'ai remarqué qu'ils ont des bassins.Ils m'ont lavée souvent.J'ai essayé de voir ce qui se passait par le miroitement d'une vitre à côté de moi: j'ai essayé de regarder ce qui se passait, ce qui sortait.J'étais très confiante, mais j'étais bien curieuse de voir ce qu'il me faisait.Avez-vous souffert?\u2014 Ça fait mal à deux reprises.Mais ça n\u2019a pas fait plus mal que lorsque j'ai mes menstruations.Le coeur m'a levé, mais étant donné que j'étais à jeun, ça s\u2019est arrêté là, Ça fait mal à peu près l'espace de dix secondes, je sentais évidemment que ça me travaillait un peu, mais cela ne faisait pas mal.Ça ne fait pas plus mal que de se faire arracher une dent.L'avortement a duré combien de temps?\u2014 Peut-être une demi-heure, Après l'avortement, que s\u2019est-il passé?\u2014Quand je suis descendue de la table, j'étais assez faible, Mais j'étais très heureuse, vraiment très contente.J'aurais pu sauter au coup du médecin.Ensuite, on m'a amenée dans une salle pour me coucher.Avez-vous dû vous habiller tout de suite?\u2014 Non.Quelle preuve aviez-vous pouvant vous faire croire que vous aviez réellement été avortée?\u2014 Je n\u2019avais aucune preuve.Je faisais confiance.J'avais cru voir qu'il sortait des choses en regardant dans la vitre.Vous êtes-vous endormie?\u2014 Oui, je me suis reposée.Je me suis endormie immédiatement.Mais je n'ai pas dû dormir très longtemps.Car mon ami est venu me chercher.En sortant de chez le médecin, qu'arrive-t-il?\u2014 Je me suis habillée.Je suis sortie avec mon ami.J'ai conduit ma voiture.Nous sommes allés chez une amie.Elle nous a fait un repus, J'ai téléphoné à des amis pour les rassurer.Et puis j'ai dormi un peu.C'était l'après-midi.Le soir, mon ami et moi, sommes sortis.Nous sommes allés manger au restaurant.Mais je n'avais pas le goût de marcher trop.Je suis allée me coucher chez moi.Le lendemain, j'étais très bien.Avez-vous pris d'autres médicaments?\u2014 On m'avait donné d'autres pilules pour prendre après l'avortement.Maintenant, prenez-vous des pi lules anticonceptionnelles?\u2014 Oui! À qui avlez-vous parlé de votre avortement?\u2014 À quelques amis.A vos parents?\u2014 Non.Ils ignorent même que je fais l'amour.Je ne suis donc pas un cas très particulier.le sadisme de MACLEAN Que pensez-vous de la légalisation de l'avortement?\u2014 Tout le problème vient, à mon sens, du fait que l'avortement ne soit pas légalisé.Si l'avortement était légalisé, il ne pourrait y avoir de charlatans, Le problème de l'avortement, ce n'est pas l\u2019avortement en tant que tel.Cela vient plutôt du fait que l'avortement est toléré par la justice, sans étre légalisé.Légalisé, l'avortement ne ferait pas de tort aux personnes étant donné qu'un curetage normal n'est pas dangereux.Il s\u2019agit que ce soit fait par des gens compétents.Je crois que le gouvernement et les religions ne prennent pas leurs responsabilités.Is défendent officiellement ce qu'ils laissent faire officieusement.Dans certains milieux, il semble qu'on connaisse les avorteurs aussi bien que nous.Que pensez-vous de la responsabilité des journaux devant le problème?\u2014 Les journaux font une publicité malsaine, soit par leurs textes, soit par les photographies qui accompagnent les textes, mêmes favorables.Une publicité d'ailleurs bien inutile.On veut mettre cn garde les gens contre l'avortement, mais l'avortement en tant que non légalisé est justement ce qu'il y a de dangereux.parce qu'il peut être fait par des charlatans.SI l'avortement était à recommencer, pour vous, le recommen- cerlez-vous?\u2014 Oui. UN MÉDECIN SE PRONONCE 1\u2014@Q.Que signifie \u201cavortement\u201d pour le médecin?R.Le mot \u2018\u2018avortement\u201d signifie l'expulsion spontanée ou provoquée hors de l'utérus du produit de conception de poids inférieur à 500 grammes.En pratique, il s\u2019agit alors d'une grossesse d'une durée de une à vingt semaines.2\u2014Q.Si l'avortement est provoqué, ne doit-il pas se faire dans les trois premiers mois?R.Pas nécessairement.Les risques sont les mêmes que l'avortement soit fait à 4 ou à 20 semaines de grossesse.3\u2014Q.Position du Collège des médecins (loi, article).R.La loi du College des médecins du Québec interdit actuellement toute manoeuvre directe ayant pour but la provocation d\u2019un avortement.4\u2014Q.Que pensez-vous de cette loi?Est-elle dépassée ou.au contraire, répond-elle aux exigences du monde moderne?R.La loi date depuis longtemps et demande certainement une révision.5\u2014Q.Quels sont les risques que prend la femme qui se fait avorter ?R.Les risques sont minimes à condition que l'avortement soit pratiqué par un obstétricien-gynécolo- gue qualifié.Si il est fait par une personne non qualifiée, il y a risque d'infection et d'hémorragie.Si l\u2019un des deux précédents se manifeste, un \u201cshock\u201d secondaire est possible,.c'est-à-dire un état de dépression des forces vitales de l'organisme caractérisée par une chute rapide de la pression.6\u2014Q.Le nombre de femmes qui doivent être hospitalisées après un avortement fait par un gynécologue ou par une personne non qualifiée ?R.En pratique, ce sont les femmes dont l\u2019avortement a été provoqué par des non-médecins qui doivent être hospitalisées.8\u2014Q.L'avortement LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 * 7 7\u2014Q.Pour la femme déjà avortée, quelles sont les possibilités de fausses couches ou les complications durant ses futures grossesses ?R.Une femme dont l'avortement a été provoqué dans des conditions non idéales, est sûrement susceptible d\u2019avortements spontanés ul- téricurs, et sans doute de travail prématuré possible si elle devient enceinte, du fait d'infections chroniques possibles ou de lésions acquises.étant illégal au pays, quelles précautions prendra l'avorteur vis-à-vis sa cliente ?R.L\u2019avortement provoqué, sauf l\u2019avortement thérapeutique pratiqué par le gynécologue-obstétricien qualifié, chez les non-catholiques, est illégal; ce qui explique la précaution du huis-clos.9\u2014Q.Si l'avortement était légalisé, le Collège des médecins changerait- il de position ?R.À supposer, par hypothèse, que l'avortement provoqué serait légalisé au Québec, le College des médecins de la Province serait dans l\u2019obligation de réétudier le problème dans ses nombreuses implications scientifiques et morales.Le médecin par ailleurs est toujours sujet aux règlements du Collège.APPAREIL NO 1 DE TOUT AVORTEUR Mariage civil et divorce Au Québec, les lois, comme dans tous les domaines, sont bétement arriérées, surtout quant à ce qui a trait à la sexualité et au mariage.(N.B.: ici, au Québec, sexualité ct mariage sont deux synonymes).Encore en 1967, nous devons endurer la parodie du mélange religion-mariage.On n'ose penser à l'absurdité criante qui vient du fait d'\u2019ae- complir (ou réaliser) un acte, certes le plus important dans notre vie \u2014 par l'intermédiaire presque forcée d'un représentant d'une religion que l\u2019on renie, la plupart d'entre nous.Certains verront un rapport normal entre le \u201cfait\u201d anglais, qui nous impose les lois, la langue et la religion catholique, du moins le cléricalisme, l\u2019appareil ecclé- siastique mélé à des actes qui relèvent ou devraient relever des options absolument personnelles de l\u2019homme, dont on ne cesse de proclamer la liberté, d\u2019ailleurs.Evidemment, au moment d'accomplir cet acte, on ferme les yeux sur bien des choses et encore une fois, on s\u2019aliène.D'aucuns diront que ce n\u2019est pas bien grave ct qu'il y a d'autres moyens (oui.aller en Ontario.) Nous nous demandons ainsi si cette prise de position \u2014 aucunement originale, il est vrai, mais ici, au pays du Québec, il faut répéter, constamment réveiller les consciences \u2014 si cette prise de position done rejoint la pensée de quelques uns, ceux qui, par exemple, n'aiment pas respecter \u2018l\u2019ordre établi\u201d.Mais nous pensons qu'il est grandement temps que ces lois périmées et d\u2019ailleurs tout à fait.soient changées: on en parle, on en parle, mais rien de concret ne se fait; que la séparation de l'Eglise et de l'Etat se fasse totalement, laissant partant aux autres la liberté de vivre comme ils l\u2019entendent, dans une société où malheureusement ils sont incorporés et dont ils ne cessent de dénoncer les pitoyables faiblesses, au point de vue administration gouvernementale.H y a aussi la question du mariage indissoluble et encore une fois en 1967, nous ne pouvons que maudire l\u2019inflexibilité des lois, peut-être les plus anti- liberté personnelle de l'individu démocratique.Encore une fois l'influence perverse du cléricalisme catholique y est pour beaucoup.Perverse, en ce sens qu\u2019elle nic complètement l'existence de la notion de responsabilité, de lucidité chez deux personnes adultes qui se rendant compte de la désormais impossibilité de vie commune, acceptent librement de se quitter, au lieu de continuer à être \u201cl'enfer mutuel\u201d l'un vis-à-vis l\u2019autre, et pour ceux qui deviennent injustement les victimes de ce triste état de choses, Obtenir une simple séparation légale est un acte dont la longueur même résidant dans sa réalisation peut décourager les intéressés, du moins ceux qui sont assez riches pour défrayer le coût des procédures lonques ct compliquées.(Quant au divorce, vaut mieux ne pas en parler).T1 est vrai que la prudence est nécessaire, que la femme cest menteuse et instable, que l\u2019homme est mé- chant et égoïste, mais pour tous ceux qui sont honnêtes, qui veulent recommencer (femme souvent abandonnée totalement par son mari et dans l\u2019impossibilité de se remarier légalement, etc.) la situation est par trop injuste.N'est-il pas temps de faciliter enfin l'annulation totale d'un mariage, au point de vue civil?Quant au point de vue religieux, un catholique marié et qui veut obtenir l\u2019autorisation de \u201cRome\u201d pour le divorce peut aussi bien tenter de déplacer ou traverser un mur de béton armé: aussi Impossible (pratiquement) l\u2019un que l\u2019autre.Car chose certaine et déjà ressentie: tout aujourd\u2019hui agit contre l'union durable et perpétuelle d'un couple: libéralisation des moeurs, disparition (?) des tabous, indépendance financière de la femme, prise de conscience chez elle qu\u2019elle n\u2019est pas une esclave soumise, augmentation des loisirs (\u201con sort du foyer\u201d): et: \u201cLe génie de l'homme est de se lasser par habitude\u201d.(Montherlant, Le démon du bien).Ainsi done, qu'est ce que les \u201clois attendent\u201d pour suivre la volonté et le rythme actuel de notre civilisation en décadence?(Justement: un peu plus ou un peu moins, quelle importance désormais?) Mais par satan! Qu'est ce qu\u2019il faudrait faire?LUC LATOUR Mademoiselle, Voir en page douche ?2) Dans le film de Varda, \u201cLe Bonheur\u201d.la femme s'est-clle suicidée ?3) Le terme sex-appcal signifie: a) l'appel du sexe ?b) du sexe à la pelle ?4) Le sexe est un organe: a) producteur ?b) reproducteur ?5) On vous montre unc photo d'un chien faisant l'amour avec une chatte: a) vous trouvez ça irréel et con ?b) ca vous plait ?6) Est-ce qu\u2019un homme de six pieds vous attire deux fois plus qu\u2019un homme de trois pieds ?7) Un soulien-gorge vaut mieux que deux tu l'auras ?8) Vous aimeriez être sujet d\u2019une opération tonnerre par James Bond ?9) Le voile du temple de Jérusalem s'est déchiré: a) verticalement ?b) horizontalement ?10) Est-ce que l'auteur de cc test est un ~ ~~ (Test de : André Poirier) Quel est votre niveau psycho-sexuel?Répondez aux questions par un oui ou par un non.comment obtenir le pointage de votre niveau.1) Est-ce que vous décidez parfois d\u2019uriner sur vos jambes en prenant votre con?Réponses page: 2. 8 * LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 L'Université donnera-t-elle bientôt des diplômes en sexo'ogie ?Ce serait sûrement un département qui déborderait d'étudiants dès le départ, puisque l'Institut de Sexologie, fondé ii y a deux ans, ot fonctionnant depuis avec le minimum de publicilé possible, a déjà recu plus de demandes d'inscriptions aux cours qu'il ne peut en prendre.Le grand public ignore donc l'existence de cet Institut qui est sans doute appelé à prendre un essor considérable d'ici quelques années.Pour ie moment il en est à établir ses bases, à formuler ses projets, à recruter son personnel.Parti d'initiatives privées, l'Insti- tu! a comme promoteurs des médecins, psychologues, animateurs sociaux, qui, jusqu'à maintenant ont défini les projets suivants: \u2014 l'Institut à son siège social à Montréal mais son centre d'études sera situé à Vankleed Hili, Ontario {l'Institut à une charte provinciale) \u2014 Des sessions d'études pilotes seront probablement mises sur pied dés le printemps prochain, en vue de préparer définitivement des cycles d'études sexologiques à la suite desquels seront décernés des diplômes.\u2014 La priorité sera donc accordée à l'aspect Ecole de l'Institut, mais on n'en écarte pas l'aspect Clinique.\u2014 On prévoit enfin pour bientôt l'affiliation de l'Institut! à une faculté universitaire, qu'on ne peut préciser pour le moment, Les cours commenceront donc bientôt.On en a concu le plan selon daux sections, l'une didactique (en vue de l'obtention da dipiômes), l'autre dynamique (portant sur le couple et la famille}.Le projet prévoit aussi que l'on pourra y prendre des cours de formation générale et d'autres plus avancés de formation spécialisée, dépendant de la formation antérieure et conduisant à des diplômes particuliers: membre de l'Institut, membre agréé, membre agrégé, ces deux derniers correspondant à peu près à la licence et au doctorat en sexologie.Les promoteurs de l'Institut doivent annoncer leurs projets définitifs vers la fin de février, mais dons le cadre de ce numéro spécial, M.F.Manouvrier, médecin et directeur de l'Ins- litut, à bien vou'u nous entretenir un peu de l'état actuel des travaux, et des principes qui guident actuellement les recherches.du neuf \u2018l'Institut de Sexologie à été créé par des gens qui travaillaient en particulier au niveau des cours de préparation ou mariage, des SPM, des gens des Foyers Notre-Dame, d'autres qui s'occupaient des problèmes de planification familiale, de Serena.C'est de celle équipe qu'est née l'idée de former une association traitant de ia plupart des problèmes auxquels cha- cun travaillait déjà.L'Institut est né aussi d'expériences médicales vécues par différentes personnes, psychiatres, médecins, psychologues et aussi d'avocats qui rencontraient chaque jour des problèmes familiaux, conjugaux et qui réalisaient de plus en plus que ia sexualité ctait tellement mal comprise ou mal intégrée par la plupart des couples actuellement qu'il fallait absolument qu'un organisme soit créé pour traiter de ces problèmes afin de ne plus les laisser au hasard de solutions fortuites trouvées par la société.\u201d \u2018Un des précédents à une telle entreprise a été ia fondation en 1961, de l'Institut de Sexologie de Louvain.Avec celui de Liile, ce sont les deux seuls Instituis du genre existant ac- tus!lement, au niveau universitaire.À Louvain on peut obtenir maintenant une licence en sciences sexologiques et familiales.C\u2019est un peu notre but de centrer la sexologie, qui étudie le couple, aussi sur la famille, pas nécessairement en terme d'enfants mais en terme de coup:e, l'unité couple\u2018.\u201cMais l'idé> de forme: ici même un Institut cst née, comme nous le disions tout à l'heure, au niveau d'individus qui voulurent d'abord former une association, un genre de Corporation.La charte permet de décerner des diplé- mes.Actuellement, l'I.S.E.F.n'est pas encore affilié à une université puisque les universités ne se sont pas encore préoccupées des problèmes de sexologie mais nous croyons que I'Eco- le, dons la mesure où elle déterminera des critères d'admission sérieux et des cours de qualité pourra rapidement être reconnue par les universités et le ministère de l'Education.D'ailleurs ou ministère, on approuve déjà l'idée sans vouloir participe: directement à l'é\u2018a- boration du projet pour le moment et on considère qu'il est excellent de préparer déjà des enseignants en ce sens.\u2018 la genitalité notre problème \u201cMais le rôle de l'Institut, je ie répète, n'est pas conçu uniquement en fonction de l'éducation à la sexologie mois aussi à la famille.Car on a centré \u2018es problèmes de io famille autour de la maternité; même actuellement, dans la régionale de l'Estrie, on donne un cours où l'on définit le rô'e de ia femme dans la société comme étant la maternité.Nous considérons que c'est donner à la femme dans la société une dimension très restreinte el que c'est mettre de côté plusieurs femmes qui peuvent jouer un rôle très valable.\" \u2018le probième central auquel nous voulons nous intéresser est celui du couple: le couple en général et le couple chrétien en particulier n'a pas encore trouvé ses voies d'épanouissement.Certains critères que l'on considérait comme des critères en soi, des critères de nature ont sûrement été à l'origine d2 ia ma'formation du couple, malformation qui nous apparait avjour- d'hui comme *\u2018congénitale\u201d\u2019, c'est-a-di- re que les gens ont une aptitude con- génitale à la sexualité et qu'elle se développe à travers tant de défenses ou de tabous qu'ele arrive rarement à maturité.Et cela explique en partie non seulement dans la province de Québec mais dans toute société, ce phénomène de masse, de couples, qui n'ont jamais pris conscience de leur sexualité, de la force qu'elle peut représenter.Quand on dit qu'i\u2019 y a environ 40% de femmes frigides dans la population nord-américaine, on a l'impression d'être parfaitement au-dessous de la réalité; on pourrait peut-être aller jusqu'à 80%.Les gens ont fait de leur valeur sexuelle des valeurs avant tout génitales; ils n'ont jamais considéré leur sexualité autrement que sous un aspect de génitalité et alors, ils recherchent au niveau de la génitalité des recettes, un peu partout dans différents livres et revues qui leur promettent \u2018l'amour parfait\u201d.Ces recettes, au plan génital, peuvent provoquer certains plaisirs, mais qui s'affadissent très vite et ne sont pas centrées sur quelque chose de plus profond chez l'humain.En effet, si l'expression de soi-même devient uniquement génitale, elle devient rapidement mécanique et s'offadit avec l'âge et l'habitude.C'est surtout chez la femme que les conséquences sont plus grandes car elle passe plus facilement du domaine \u2018\u201caffadi\u2019\u2019, ou domaine \u2018écoeurement\u2019\u2019.S'il y a très peu de jeunes femmes qui sont frigides au début de leur mariage, cela se comprend, mais qu'il y en ait beaucoup qui le deviennent après cinq à huit ans de mariage, dans les circonstances actuelles, cela se comprend encore mieux.Quelles sont les raisons qui causent cette dégénérescence du couple après le mariage au lieu d'un épanouissement?ll nous a semblé qu'il y avait là des facteurs culturels et aussi religieux; ainsi on a interprété de façon très négative toutes les manifestations sensibles de l'amour.Et par réaction le couple chrétien a centré tout ce qui regardait l'amour sur la génitalité.Les gens recherchent aussi des techniques amoureuses en ayant comme but de satisfaire leurs besoins profonds, mais après les premières découvertes, ils retombent à zéro.On retrouve aussi des couples qui s'acharnent à des relations sexuelles répétées, sans songer que ia répétition même est pour eux l'expression d'une insatisfaction profonde.Tant qu'ils pousseront lo recherche de ce seul côté des techniques ils ne trouveront jamais !a solution car elle se trouve du côté d'un mode intérieur: d'être.Le dialogue avzc l\u2019autre, qui va jusqu'au niveau de l'instinct sexuel, présuppose un contrôle positif de soi.Beaucoup de couples mariés fonctionnent aujourd'hui à un niveau ado :scent, c'est-à-dire qu'ils se recherchent eux-mêmes.À partir du moment où cette recherche conduit à lo simple génita'ité, la femme se dirige nel- tement vers la frigidité, à plus ou moins longue échéance, et l'homme s'en va presqu\u2019infailiiblement vers une forme d'impuissance, à savoir que so sotis- faction sera très minimisée, selon le vieil adage: post coitum, omne animal triste.Ce sentiment de dépression pourrait difficilement s'expliauer si la relation était une véritable relation d'amour.\u201cNous ne voulons pos à l'Institut poser la sexualité sur un plan moral, mois sur le plan de l'épanouissement de la personne, Ainsi l'amour \u2018libre\u2019 ne nous apparaît pas comme condamnable mais comme aux antipodes de l'amour.\u201d l'art d'aimer un balbutiement \u2018La raison pour laquelle nous parlons surtout du couple et du couple chré- tien en particulier, c'est qu'ils forment la majorité des couples dans le Québec et aussi à cause des difficultés inouïes qu'ils rencontrent pour s'épanouir; ils n'ont pas une vue positive de leur capacité d'aimer ni de leur génitalité.Tout ce qu'ils reçoivent passe par un tamis de différents schèmes de valeur qu'ils acceptent ou non mais qui les empêche de voir lucidement la situation.Plusieurs couples nous ont posé le problème suivant: ce qui leur importait vraiment, c'était d'apprendre l'art d'aimer; et ils se rendaient compte après dix ou quinze ans de mariage, qu'ils n'avaient jamais su aimer; et pourtant il s'agissait le plus souvent de couples chrétiens ou de couples engagés, d'animateurs sociaux, souvent de gens qui travaillaient dans les SPM.On voit par là que ce probième de l'art d'aimer en est actuellement à son balbutiement et que c'est une question qu'il faut revoir entièrement, de fond en comble, détachés de toutes contraintes pour pouvoir vraiment, sur le plan des sciences humaines, rejoindre le fondement de l'homme; car toute morale est valable dans lo mesure où elle respecte les sciences humaines.- Or actuellement on aboutit à un système extrêmement controversé: certaines personnes disent respecter l'homme en enseignant des choses qui vont contre l'homme; certaines autres disent respecter la morale de la même fausse façon.Comment peut-on respecter la morale en ne favorisant pos l'épanouissement de l'homme ?Quand je parle de l'homme, j'entends le couple, car l'homme complet c'est la couple; les deux êtres qui le composent sont complémentaires ou point de nous amener o les définir comme un.C'est ainsi que le but premier de lo sexologie va toujours être de parler du couple et que l'éducation à l'amour sera toujours centrée sur l'épanouissement du couple.\" Prévenir avant - de guérir \u201cLe projet de l'Institut de Sexologie veut que nous nous adressions à deux catégories de personnes, à savoir celles qui par intérêt ou par goût travaillent au niveau de l'éducation, que ce soit des professionnels ou des animateurs sociaux, L'Institut veut ainsi mettre sur pied des équipes de personnes qui pourront non seulement ensei- LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 * 9 gner la sexologie mais éduquer en sexologie, ceci au niveau populaire et au niveau des écoles.L'Institut ne veut pas ignorer aussi le très grand nombre de couples qui présentent des problèmes sur le plan conjugal et sur le plan marital et qui pourraient retrouver, à partir d'une notion mieux comprise de lo sexologie et de la famille, des bases pour restructurer leur amour.Voilà pourquoi nous songeons à organiser deux sortes de sessions d'études.L'une qui va préparer des individus à éduquer en sexoiogie et l'autre pour les couples dans l'optique que nous venons de définir.\" \u201cNotre attitude est avant tout une attitude de recherches; mais nous avons l'impression d'ovoir rejoint un facteur fondamental dans l'épanouissement de l'être humain et c'est sur ce'ui-là que nous vou'ons travailler.\u201d \u2018La première tenlation de l'Institut a été d'ouvrir une clinique de sexologie; mais c'était aussi la plus facile, elle pouvait être réalisée à moins de frais.Mais nous cvons pensé par la suite que dans la province, nous avions besoin surtout de préparer la jeunesse d'aujourd'hui à être mieux capabe d'un épanouissement sur ce pion.Nous pensons donc ouvrir l'Ecole d'abord et ensuite une Clinique.Nous voulons être aussi un centre de renseignements et dans ce but, nous allons, à Vankleek Hill, formr une bibliothèque de sexologie, ce qui n'existe pas encore dans la province, ni dans aucun centre d'information; ce sera notre première préoccupation dans les mois qui viennent.D'ailleurs nous sommes actuellement en communication avec plusieurs associations et les autres instituis de sexologie dans le monde et nous avons l'intention d'intensifier ces relations car la sexo'o- gie est un problème qui préoccupe actueliement fortement beaucoup d'autres pays.\u201d un système D\u201d pour dangereux \u201cJusqu'à maintenant nous avons travaillé surtout à mettre sur pied ces différents projets; mais une de nos principales réalisations a été, à la Commission scolaire de Montréal, d'orga- nisor des cours de sexologie dans le cadre des cours d'éducation populaire, pour adultes.L'Institut a fourni les professeurs capables d'entreprendre une telle tâche.Après une publicité minimum, plus de mille demandes ont été reçues du public et évidemment, lo Commission scolaire a dû restreindre le nombre de personnes pouvant assister aux cours et aussi donner deux sessions de ces cours.Cela ne répond cependant qu'à une partie des demandes qui ont élé faites.La commission scolaire nous a demandé aussi de préparer encore des enseignants pour enseigner la sexologie à ce niveau.Il ne serait pas surprenant que la commission scolaire songe sérieusement à organiser des cours d'éducation sexuol- le dans ses écoles, cours qui n'existent à proprement dit dans aucune école actuellement et qui ne sont pas prévus au programme, sinon même défendus.D'ailleurs nous nous demandons, compte tenu des gens qui enseignent actuellement au secondaire si cela ne serait pas plus dangereux que la situation actuelle.Nous ne ne croyons pas, dans ce domaine, aux formules du système ''D\"; cet enseignement risquerait d'être plus nocif qu'utile; il pourrait soit déboucher sur une éducation sexueile basée uniquement sur des facteurs physiologiques et anatomiques, soit sur une moralité étroite, Nous croyons qu'il s'agit d'un cours très sérieux qui doit tenir compte du développement de l'enfant et qui ne peut pas se bâtir en un jour.Et actuellement, nous sommes au courant de certains essais en ce sens dans quelques régionales et nous sommes portés, tout en louant les motifs qui ont porté ces gens à organiser ces cours, à douter de leur valeur et nous nous inscrivons à faux contre ce système qui tisque de paralyser d'autres efforts et de faire plus de tort que de bien, à cause du manque de préparation des enseignants, malgré leurs qualités personnelles.\u2019 \u2018Nous n'avons eu jusqu'ici, dans la province et ailleurs, aucun accueil défavorable et n'avons pas rencontré de résistances hostiles.Nous avons senti quelques hésitations qui s'expliquent bien, mais aucune réaction de rejet.Mais au contraire nous avons constaté, dans toutes les couches de la population un immense besoin d'en connaître davantage et je pense que ce besoin rejoint les problèmes soulevés, à savoir que s'il est vrai que l'épanouissement du couple actuellement est un épanouissement réservé à une minorité de privilégiés, s'il est vrai que plus de 60% des femmes canadiennes-fran- çaises sont frigides, parler d'épanouissement sexuel répond à un besoin fondamental.\u201d question de sous \u2018Reste le problème de la recherche.Il est assez angoissant pour nous car il faut évidemment des fonds; nous avons i'intenlion de demander uu gouvernement et à des organismes qui pourraient peut-être nous aider, de nous octroyer des fonds qui serviraient à un double but: d'abord, cela nous permeitrait d'envoyer des gens se spécialiser en sexologie à l'étranger et finalement cela nous donnerait les moyens d'organiser dans la province de véritables programmes de recherches.L'état de la recherche en sexologie est plus ou moins avoncé; dans certains endroits on a fait des recherches assez sérieuses, mais il faut toujours tenir compte du fail que ls premier véritable Institui de sexologie n'existe que depuis 1961 et que c'est donc une science relativement neuve, Beuucoup de gens se sont posé des-problèmes en sexologie mais peu s'y sont allaqués comme étant une recherche en soi.\u201d 10 * LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 La sexualité est un problème, d\u2019une part, pour le psychologue.en tant qu'il doit analyser ses manifestations, au cours de son évolution, et tâcher d'établir la normalité du comportement sexuel.C\u2019est un problème aussi pour l'adolescent, en tant qu\u2019il découvre soudain en lui ane puissance peu commune et qu'il ne sait pas toujours quoi en faire: comme le souligne M.Deguy: \u201cLa sexualité est physiologiquement développée cinq ou six ans avant que la société et la morale convenue lui reconnaissent le droit de \u201cservir\u201d.Qu'en faire?\u201d (1) Comment psychologue, psychiatre et psychanalyste pourront-ils déceler dans le comportement sexuel ce qui spécifiquement est sexuel, par opposition aux pulsions purement sociales ou religieuses?Peut-on méme songer à isoler la pulsion sexuelle, sans risquer de se mouvoir dans l'abstraction?Et, si on le peut.dans quelle mesure un lien peut-il s'établir entre le psycho-biologique et l'éthique?C'est ici qu\u2019on rejoint le problème de l'adolescent: est-ce qu\u2019il peut simplement conformer son comportement sexuel aux directives du scientifique, comme il le fait habituellement en ce qui concerne son alimentation ou son hygiène?Le comportement sexuel n\u2019est- il pas plutôt signifiant seulement à l'intérieur d'une conception du monde et de l'autre, c\u2019est-à-dire par rapport à une ontologie et à une philosophie de l'inter- personnalité?L CE QU\u2019OBSERVE LE PSYCHOLOGUE Les psychologues et psychanalystes qui se penchent sur le comportement affectif de l'enfant et de l'adolescent distinguent certaines constances: on à ainst remarqué que, en gros, enfant et l'adolescent passaient par des phases de dépendance et d'indépendance vis- vis des parents ou de la société, sui ant leur conscience de conflits (de 2 à 6 ans et de 12 à 20 ans), ou leur fusion affective avec leur mère (de O à 2 ans) et avec un certain monde ima- ginaive (de 6 à 12 ans).Le conflit n'éclate vraiment comme tel à la cons vience claire qu'aux environs de la dou- ième année: auparavant, le monde ne se présentait pas vraiment comme un problème pour l'enfant: les notions de choix et de responsabilité étaient, pour- le moins, inconscientes.L'enfant ze confond avec son besoin de sécurité et de protection, conséquence probable du conflit de la phase phallique (complexe d'Oedipe).Cette altitude se manifeste clairement dans ses rapports interpersonnels: \u201cL'objet n\u2019est pas aimé pour son originalité personnelle, mais pour la fonction qu\u2019il assume (fonction de sécurité, de valorisation, d'apaisement)\u201d.(2) Les phénomènes biologiques qui se manifestent à la puberté (croissance et développement typique du jeune homme et de la jeune fille, éjaculation et menstruation) contribuent à imposer la réalité au jeune adolescent, et particulièrement la réalité des conflits d\u2019intérêts dans ses relations interpersonnelles: prise de conscience de l'autorité parentale et scolaire qui s'oppose souvent À ses quatre volontés; prise de conscience de l'autre du même sexe qui apparaît souvent comme un rival; prise de conscience de l'autre du sexe opposé, en tant que cet autre peut lui apporter certaines satisfactions qui souvent s'obfiendront seulement par ruse, plus ou moins consciente, à cause justement des intérêts divergents du jeune homme cet de la jeune fille.S'il tend encore À se dérober à la réalité, la société se charge bien de la lui replacer devant les yeux: on lui dit qu\u2019il doit jouer un rôle dans la famille: qu'il doit aller en classe; qu\u2019il doit payer pour ubtenir quelque chose: qu\u2019il doit travailler pour avoir de l'argent.Sur le \"plan sexuel, on ne lui dit rien (ce qui est encore trop fréquent) ou on le contraint à adopter telle ou telle attitude.1 adolescent par Michel DUFOUR En entreprenant, cependant, sa lutte pour l'autonomie, l'adolescent secoue la plupart du temps le joug des conseils des \u201cgrandes personnes\u201d, de la retigion, de la société en général: \u201cDans la lutte pour l'autonomie, le\u2019 rejet précède toujours l'acceptation\u201d.(3) Que ce rejet se caractérise par l'isolement, la critique ou la révolte ouverte, il n'est moins vrai que l'adolescent est en train de chercher un fondement à son action.L'identification à un héros.le pseudo- intellectualisme (identification plus raffinée) on le pseudo-ascétisme sont des phases transitoires, encore (ributaires du souci de fuir la réalité: mais, dans la plupart des cas.l'adolescent finit par regarder la réalité en face: il n'évite plus, dans la mesure du possible, les questions fondamentales: quelle est la valeur de telle religion?de tel parti politique?quelle est la valeur de la personne humaine?et, pour insister davantage sur le problème qui nous intéresse dans cette étude: qu'est-ce que je vaux?que vaut l'autre?L'usage qu'il fera de sa sexualité est fonction de ses réponses.puisque la sexualité est, entre autre, une manière d'être présent à l'autre.Précisément, la puissance sexuelle n\u2019existe-t-elle pas spécialement pour réaliser une finalité biologique bien définie: la procréation?Dans cette optique, 1e plaisir qui découle du coït serait une sorte de récompense pour avoir bien accompli sa mission.Ou bien: Doit- on attacher plus d'importance à cette eupareunie qui lie les deux êtres accouplés, et doit-on croire que toute personne désirant s'épanouir au maximum, nequérir maturité de l'adulte, y parviendra seulement en accomplissant le coït?Dès lors, dans quelle mesure l\u2019adolescent ne se détériore-t-il pas en pratiquant une sorte d'érotisme incomplet, homosexuel ou solitaire?Nous ne parlons pas ici des traumatismes purement psychologiques, comme les névroses dues au refoulement (sentiment de culpabilité, par exemple), car ces conflits névrotiques proviennent de l'écart entre le comportement de l'individu et \u2018sa conception plus ou moins consciente de la signification de son comportement.Or, nous nous situons en deçà de ces conceptions du comportement sexuel et essayons de voir s\u2019il en est un que nous dicterait nécessairement notre structure biologique.Ou bien, notre dynamisme sexuel doit se manifester selon un type de comportement en particulier, sans quoi il risque de nous mutiler, comme un coeur qui battrait 120 coups à la minute où un foie incapable d'assurer la constance glycémique: ou bien, le comportement sexuel n'est signifiant que par rapport à une conception du monde, de l'autre et du moi.© POUR UNE SCIENCE DE LA MORALE SEXUELLE CONFORME À LA \"CONDITION\" HUMAINE ACTUELLE © COLLER L\u2019EXISTENCE HUMAINE A UNE SEXUALITE SANS TABOUS I LA NORMALITE AFFECTIVE On sent bien, cependant, qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans notre comparaison: c'est seulement par analogie qu'on peut rapprocher comporté ment cardiaque et comportement sexuel.Celui-ci est lié à l'ensemble de l'affce- tivité et la question qu'il faudrait poser.c'est: qu'est-ce que la normalité affective?Le problème est de taille et les conséquences importantes: \u201cBien des moralistes et éducateurs, tant chrétiens que laïques, se donnent trop facilement une éthique, en la démarquant d'une soi-disant normalité affective.(4) Le danger, en effet, est de tomber dans ce cercle vicieux: la normalité affective se définit par tel type de comportement, parce que seul ce comportement assure à l\u2019homme sa maturité.Et on peut dire que l'homme acquiert sa maturité en accomplissant ce type de comportement, qui seul est conforme à la normalité affective.C'est avec beaucoup de prudence que Freud a échappé à ce cercle: la psychanalyse, comme la psychiatrie, s'applique à soulager le souffrant plutôt qu'à guérir l'anormal.C'est pourquoi on tend de nos jours à poser le problème de la sexualité en termes de responsabilité - irresponsabilité plutôt qu'en termes de normalité-anormalité.Chauchard, toutefois, est peut-être celui qui manifeste le plus sérieusement sa croyance en une norme psycho-biologi- que.\u201cL'éthique sexuelle n'est pas relativiste et ne repose pas sur le social et le politique.Elle se fonde sur la recherche toujours en progrès de ce qui est normal.c'est-à-dire conforme à la nature humaine, et doit donc nous obli- fer, c'est-à-dire déclencher notre assentiment rationnel.La biologie confirme la norme du mariage monogamique permanent basé sur l'amour\u201d.(5) It pense, en effet, que la neurophysiologie du cerveau précise suffisamment les conditions cérébrales de la liberté, en montrant que le cerveau peut maîtriser les déterminismes; il dit, ensuite.que non seulement l'homme le peut, mais qu'il le doit.car: \u201cOn n'est libre de faire que ce qui est normal et humain\u201d.(6) Mais, d\u2019une part, Chauchard ne se préoccupe guère de fonder ses assertions et, d'autre part.son type d'argumentation nous incite plutôt à croire qu\u2019il se meut dans le cercle dont nous parlions: si on n'est libre de faire que ce qui est normal et que le normal est objet de recherche, on ne sait plus trés bien que faire! Ricoeur non plus ne semble pas avoir été convaincu et tendrait plutôt à partager l'opinion du psychanalyste et abbe Oraison: \u201cLa connaissance de l'évolution affective, telle qu'elle ressort de la psychologie dite des profondeurs, me parail être un apport inestimable pour une rééquilibration de la réflexion éthique sur la sexualité.Elle montre sans discussion possible que la normalité coïncide avec la possibilité psychologique de la relation interpersonnelle.Mais le comportement dans cette relation est affaire de consentement spirituel personnel à la signification ultime de la sexualité que la révélation chrétienne seule nous apporte\u201d.(7) Ce texte nous semble capital: il fait sans doute le point sur cet aspect du problème, celui de la normalité affective.Nous tâcherons plus loin d'en dégager toute la richesse.SOMBRONS- NOUS ? LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 * 11 doit-il se castrer?III ETHIQUE PERSONNELLE ET SOCIALE Si on ne peut déduire.intrinsèquement, Une normativité éthique d'une \u201cnormalité\u201d biologique, et qu\u2019on risque de trouver d'éthique dans le biologique seulement ce qu'on y a n comme le pensent la plupart des spécialistes consultés par la Revue Esprit, comment se fait-il que Von parle souvent d'une attitude sexuelle normale ou anormale?D'où nous vient cette idée, d'ailleurs confuse, de norme\u201d?Ne serait-ce pas les mots qui nous abusent, en nous invitant à confondre une éthique personnelle avec une éthique sociale?On croit com munément, par exemple, que l'instite- tion du mariage chrétien est conforme à la nature humaine.alors qu'on oublie l'origine de cette institution: il suffisait, au Moyen Age.du consentement des époux, sans plus de cérémonie.Comme le remarque le sociologue Andrée Vicil- le-Michel: \u201cL\u2019Eglise n'instaura la bénédiction nuptiale que sous la pression du pouvoir royal qui.pour sauver Ja famille patriarcale et l'intérêt du patrimoine, exigea la publicité du maria- Ke\u201d.(8) Et, tandis qu\u2019elle réduit morales et religions à des créations masculines \u201célaborées par l'homme pour s'aménager un monde à son avantage\" (9), le Dr Leboviei se demande si les notions de masochisme, de passivité et de revendication phallique chez la femme expriment le \u201cstalus\u201d biologique ct psychologique de la femme ou si elles sont.au contraire, le produit de notre culture (10).En résumé, on ne sait plus très bien ce qui est \u201cnaturel\u201d et ce qui est social, surtout après les travaux des sociologues contemporains.Pourquoi accorde-t-on tant d'importance à la recherche de ce qui est purement naturel et de ce qui cest purement social dans l'homme?Cette attitude dissimule un postulat qu\u2019il convient peut- être d'examiner: le social scrait plus ou moins arbitraire, tandis que le naturel serait nécessaire ct normatif.On peut dire que le social est plus ou moins arbitraire, parce que la monarchie de droit divin ne nous obséde plus et qu'on ne voit plus dans la politique la manifestation du surnaturel; les deux dernières Guerres suffiraient à les dissocier.Si.par contre, on croit encore au \u201cnaturel nécessaire\u201d, c'est probablement parce qu'on voit encore l'action de Dieu dans la Nature cet dans l\u2019avènement de l'homme.Nombreux, en effet, sont ceux qui partagent la foi de Rousseau: l'homme est bon par nature, c\u2019est la société qui le déprave.Sur quoi se fonde ce postulat?IV ESSENCE ET EXISTENCE Oraison disait plus haut que seule la révélation chrétienne apporte à la sexualité sa signification ultime.Nous avans jusqu'ici retenu dans cette affirmation le fait qu'on ne pouvait pas fonder une éthique sexuelle sur une norme psycho-biologique que le scientifique n\u2019a pas encore déterminée.Mais Oraison signifie également que la sexualité acquiert une signification ultime à l\u2019intérieur d'une croyance, c'est-à-dire d'une adhésion de tout notre être à quelque chose ou à quelqu'un.Les tabous donnaient un sens sacré à la sexualité chez les primitifs, de même que le christianisme donne un sens spécial à la sexualité des chrétiens.Si l'adolescent est profondément croyant, sa question ne sera pas le \u201cque faire?\u201d qu'il sait trop bien, mais le \u201ccomment le faire?\u201d.Comment observer la chasteté avant le mariage?Comment ne pas divorcer?\u2026.Les problèmes soulevés ne portent plus sur la finalité qu'en aura acceptée, La question à laquelle nous essayons de répondre, celle du \u201cqu'en faire?\u201d semble en un sens plus importante et plus fondamentale que celle du comment, particulic.rement pour trois raisons: d'abord, parce qu'il arrive souvent que l'adolescent, lors de cette crise, ait perdu ou perde la foi; aussi, parce que l\u2019éthique religieuse (chrétienne ou autre) ne prétend habituellement pas se substituer, en bloe, à une éthique humaine ou humaniste, mais la nuancer et la compléter: enfin ct surtout, parce qu'il nous semble plus juste de choisir les valeurs humaines avant les valeurs chrétiennes (par exemple), étant donné qu'on adhère à une religion non par habitude ou par conformisme (il ne s'agirait pas alors d'une adhésion au sens fort et précis que nous donnons à ce terme).mais parce qu'on l'estime taillée à la mesure de l'homme qu'on est.Nous ne prétendons pas qu'il existe une nature humaine ou une normalité affective; nous estimons simplement que ceux qui se posent la question du \u201cqu\u2019en faire?\u201d ne connaissent pas la signification humaine de la sexualité, et que ceux qui adhérent à une religion ont, au contraire, conscience d'avoir découvert ce qui leur convenait, à eux personnellement (comment, en effet, oser induire que, puisque tel comportement leur convient, il devrait convenir à tout le monde?), puisqu'ils acceptent de conformer leur comportement sexuel aux exigences de cette religion.Nous escamotons donc la question posée plus haut: PAS DE NATURE HUMAINE sur quoi se fonde le postulat qu'il y a, a priori, et de toute éternité, une norme ou une essence de l'homme?Ce postulat, comme la plupart des morales es- sentialistes, découle sans doute de la conception de l\u2019homme comme imago Dei.Or, sans nier cette conception, nous estimons seulement qu'elle ne doit pas s'imposer à nous, à priori, de manière à échapper à la réflexion, mais qu'elle doit, au contraire, répondre (ou non) au choix que nous auront dicté nos ré- | i i { flexions.La liberté ne consiste pas à dire oui à la grâce (si grâce il y a), mais \u201cc\u2019est, sans doute, essentiellement l\u2019acquiescement ou le refus qu\u2019il nous appartient de marquer par rapport à la grâce\u201d.(11) Sans nous étendre sur cette question de la liberté, soulignons simplement, avec Paul Fraisse, qu'elle n\u2019est pas incompatible avec la pensée scientifique: \u201cL'homme n'est pas le chien de Pavlov.Il peut dans unc certaine mesure choisir ses signaux, ou plus exactement il peut choisir de se placer dans des situations où il rencontrera telle ou telle catégorie d'impulsions.Cette première possibilité lui permet de contrôler indirectement ses motivations.En outre.l'homme peut changer la signification même d'un signal donné en l\u2019insérant dans un autre contexte.La chasteté et l'érotisme sont des conquêtes humaines\u201d.(12) V LE CHOIX ANGOISSANT Que faire de ma sexualité?se dernan- dait l'adolescent.L'interrogation, après radicalisation, devient: que vais-je faire de ma sexualité, si je veux réaliser le maximum de mon épanouissement?Et s'il ne veut pas s'épanouir?Si cette attitude s'adopte facilement en théorie, elle se présente rarement en réalité.Il s\u2019agit probablement, dans ce cas, d'un reliquat de la tendre adolescence: autre manifestation de la fuite de la réalité conflictuctle.Habituellement, ce qu'on à appelé l'instinet de conservation prévaut, et la plupart des gens paraissent souhaiter un épanouissement maximum.Ce qu'ont mis en relief les philosophes de l'existence, c'est que l\u2019homme est existence avant d'être quoi que ce soit te déterminé L'homme est plus ce qu\u2019il veut être que ce qu'it est, C'est ce que Jacques Maillet exprime tres simplement: \u201cA quoi sert de se connaître, puisque nous sommes davantage ce que nous voulons être demain que ce que nous sommes aujourd'hui\u201d.(13) Cette insistance sûr le vouloir-être n'est pas une échappatoire, un laisser-aller déguisé.Plus le choix est important et plus on est responsable de ce choix.Oraison parlait de consentement personnel: ce consentement n\u2019est pas un saut injustifié, mais un pas en avant longuement réfléchi et profondément engageant vis-à-vis de soi-même.Si l'homme a le choix, c'est que plusieurs opportunités s'offrent à lui: son souci n'est plus de rechercher un type idéal et absolu de comportement, qu'il ne s'imaginerait avoir trouvé qu'après avoir refoulé dans l'inconscient le saut qu\u2019il viendrait d'effectuer, mais d'assurer le pas qu'il vient de risquer, le comportement qu'il a choisi.Ce choix est relatif, en ce sens qu\u2019il dépend seulement de sa volonté, réflexion et expérience concrète.mais aussi absolu, en ce sens qu'on ne le lui à pas imposé et qu'il en est donc totalement responsable.D'où la nécessité de se considérer comme un chercheur et de rester ouvert au dialogue et à la remise en question.Au niveau pratique, qu'est-ce que cela signifie?Que le choix est indissociable de la disponibilité.Les psychologues s'entendent pour dire, par exemple, que l'homme à habituellement l'impression de se transformer pour le mieux quand il devient capable d'aimer l'autre comme autre, et non plus seulement en fonction de soi.L'adolescent qui se soucie de choisir authentiquement, c'est-à-dire le moins arbitrairement possible, devra donc parvenir à la possibilité de sortir de soi et d'acceptation de l'autre comme tel.Quand vient le moment du choix, cependant, Il se retrouve irrérnédiablé- ment seul: voeu de chasteté?mariage chrétien?vers une perfection de l\u2019eupa- reunie dans la dimension de la tendresse et en dehors de celle de la procréation?(14).Dans tous ces cas, la maxime de Kant est observée: ne jamais considérer l\u2019autre comme moyen, mais comme fin.En tant que cette maxime exprime un impératif catégorique et formel, nous ne saurions l'endosser.11 semble, cependant, que l\u2019homme choisit rarement d'être foncièrement égoïste (ce qui ne l'empêche pas de l'être assez souvent, car peu ont vraiment l\u2019occasion de choisir).Comme le seul fondement originaire de l'éthique personnelle que nous proposons est de choisir en connaissance de cause ce qui est susceptible de contribuer à notre réalisation optima, nous ne condamnerions peut-être pas le choix de l'égoïsme, s'il s'effectuait conformé- 12 * LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 sutte de la page |! ment aux exigences de tout choix.C'est cependant un fait actuel que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes et que nous avons souvent l'impression d'être plus complets.d'être plus nous mêmes.comme si ce mythe platonicien de l'androgyne disait vrai.quand nous nous dlnissons à autrui d'une maniêr spontanée et totale: \u201cLe pouvair magi que de l'érotisme est mort.Dans cette ere de conscience.son seul salut me parait être.non un ressourcement des forces instinetives, mais une redécouverte de la tendresse comme mobile essentiel de La sexualité.La tendresse peut s'allier avec la conscience, la réciprocité.la lutte en commun de nos êtres rationnels; elle peut faire communiquer nos solitudes™ (15) Cet essai s'était proposé une lourde tâche.Le problème de la sexualité à été tongtemps entouré de tabous de toutes sortes, de préjugés sociaux et religieux: à travers ces dédales, nous avons voulu chercher ce qu'il y avait de spécifiquement humain dans le comportement sexuel.Pour cela, il convenait de voir Jusqu'où allait la science et où elle s'ar- rétait.Devant l'impossibilité d'établir une normalité affective qui aurait fondé une normativité éthique.nous avons emprunté une autre voie: non plus celle de l'essence traditionnelle de l'homme ne nous apprenant rien d'autre que des hypothèses, mais celle de son existence vécue où son être semble s'identifier au vouloir-être.Ce qui semble caractériser l'homme adéquatement, c\u2019est son imprévisibilité, sa liberté ontologique.Cette liberté se manifeste concrètement dans le choix, terriblement engageant, qu'il peut faire au cours de sa vie.Répondre \u201cchoisir!* au \u201cqu'en faire?\u201d de l'adolescent serait toutefois un peu court.La solution que propose le docteur Kou- pernik nous semble très valable: \u201cProposer une sorte d'attente raisonnable, is sans condamnation en sot de l'acte sexuel.informer les adolescents de tous les aspeets du problème sexuel.et, à partir d'un certain point, les rendre libres de 1n décision qu\u2019ils prendront\u201d.(16) REFERENCES (D) M.Deguy: Enquête p.1941.Revue Esprit No.289 (11/1960) La plupart de nos citations seront tirées de cette revue: nous nous contenterons d'indiquer chapitre et page.(2) Dr.C.Nodet: Sexualité et Situation.p.1735.(3) Mme T.Gouin-Décarie: De l'adolescence à la maturité.P.68 Fides Ottawa 1955.(4) P.Ricocur: Enquéte, P.1839.(5) or Chauchard: Enquête.P.1840- (6) Dr.Chauchard: Enquête.P.1693.(7) Dr.Oraison: Enquête.P.1841.(8) A.Vieille-Michel: Famille, société industriclle ct démocratie.P.1761.(9) A.Vieille Michel: opus cité p.1770.(10) Dr.S.Lebovici: Enquête.P.1684.(11) G.Marcel: L'homme Problématique.P.71.Aubier.Montaigne.Coll: Philosophie de l'esprit, Paris (12) P.Fraisse: Les deux sources de la sexualité.Esprit P.1730.(13) J.Maillet: Lettres à sa fiancée.6/6/1943.(14) cf.P.Ricocur: La Merveille, l'errance, l'énigme.Esprit P.1671: \u201cL'art d'aimer édifié sur la culture du plaisir sexuel.est encore un aspect de la tendresse, aussi longtemps que le souci de réciprocité, de la gratification mutuel- e, du don, l'emporte sur l'égoïsme et le narcissisme de la jouissance.\" (15) F.Dumas: Enquête, P.1690 (15) Dr.C.Koupernik: Enquête.P.1940 L\u2019onanisme, un fait de culture nous enseignait, dans ce ins au-dessus des couvertures\u201d: c'est ainsi qu\u2019on ains collèges, le sens de la pureté.Nous sivons maintenant que la pureté ne peut être l\u2019asexualité dont on 1 nous parlaits mais une façon de proscrire.Un cert la pratiquer plutôt que de la catholique, en ce sens, péche par exces; il pretend tirer de la bible une morale qui n'y est pas, D'autre part, il apparait impossible de fier pour tous un critère objectif de pureté.Ce qui, pour certains, représente un équilibre, pour d'autres, correspond a l'excès.De tout ceci, retenons un fait: la pureté corres pond le plus souvent au contraire de ce que l'on nous en a dit.Les praticiens de l'onanis.ne.Selon certaines enquêtes.97% des adolescents se masturbent en moyenne deux ou trois fois par semaine.Les moralistes conven: tionnels, se laissant aller à la fa.citité, parlent d'impureté.L'adolescent qui se masturbe, se voit relayé dans les rangs d'une minorité en voie de perdition.Sa santé, paraît-il, s'en ressen tira.11 est clair que les moralistes conventionnels jouent de facilité.L'opinion publique, tout en Hi- sant \u201cLe Sieur\u201d, ne (ait que les approuver.Nos revues \u201cimpures\u201d, en ce sens prônent, par le contraire, la vérité des morales conventionnelles.Les moralistes conventionnels jouissent dans la société d\u2019un cercle vicieux leur donnant l'impression de la vérité.D'autre part, l'adolescent.dépassé par une culture morale qu'il ne peut véritablement re mettre en question, après cha que pratique onanistique, se laisse aller au remords.S'il est croyant, il parle de son pêché; sinon il craint pour sa santé.L'adolescent souffre donc dans notre société d'une aliénation de sa sexualité normale.Car l'onanisme n'est ni un mal, ni un poi son physique.Sans l'onanisme, selon Stekel (1), certains individus tendraient vers le suicide.Stekel donne aussi l'exemple d'un homme qui se masturbe six fois par jour, ct trouve dans cet te pratique, une sérénité.Tout essai d'arrêt le jette dans des crises de désespoir.H est clair que les moralistes conventionnels parlent dans I'abstrait, et que la vérité de l'individu se moque bien de leur grandiloquence.La sexualité, dans nos morales, manque carrément de réalisme.Les ascètes établissent des morales en tenant pour évident que le monde doit se plier à leur rythme de vie.L'intolérance est un danger qui menace depuis longtemps l\u2019épanouissement sexuel.En plus des adolescents, certains adultes jusqu'à des âges très avancés, pratiquent l'onanisme.Il ne peut donc être réduit à n'être qu'un phénomène de la sexualité de l\u2019adalescent, bien que sa plus grande fréquence soit chez l'adolescent.Les adultes qui pratiquent l\u2019onanisme sont le plus souvent des individus ayant connu, dans leur jeunesse, des expériences LES sAYGLOS Loh DES Voton Dé L'AuToran ce Stee thon Cogur dunt Lonbufur MenoTont psychologiques différentes de celles de la majorité qui, elle, délaisse l'onanisme dès qu'elle trouve un débouché altéro-seuxe* ou homosexuel à sa sexualité.Ces individus pratiquent dans l\u2018onanisme une forme de sexua- té imaginaire, comportant le plus souvent une forme de sadisme avancée.La sexualité imaginaire.L'onanisme permettant ainsi à certaines formes de sexualité de se libérer, joue dans la société un rôle d'amortisseur.Si les ré ves sexuels des onanistes se réalisaient dans une action sociale.les crimes sexuels se multiptie- raient à un rythme effroyable.Le jour où l'on pourra changer les désirs de l'onaniste, ce jour- là il sera peut-être permis de refuser l\u2019onanisme.Mais rien, d'ici là, ne nous permet de rejeter l'onanisme en tant que la voie la plus sociale de réaliser certains individus.Les onanistes répétent leur action un peu comme cértaines tribus d'Afrique effectuent sur des statuettes ce qu\u2019elles voudraient infliger à certains ennemis.D'autre part.l'onanisme adulte se développe a partir d'une certaine lassitude conjugale.C'est en quelque sorte la ré-évaluation du rêve d'amour (idéal) qui trouve sa satisfaction dans l\u2019acte ona- nistique.L'onaniste adulte.refusant de risquer une situation conjugale par l'infidélité ou craignant le jugement social sur Fin fidélité, ou ne pouvant pratiquer l'infidélité, recherche la sécurité par Uonanisme.La majorité des individus avons-nous dit.abandonneat l'onanisme dès qu\u2019un autre dé bouché sexuel se présente à eux.Mais l'onanisme ne doit pas pour autant être suivi de remords et être qualifié de perversion morale.L'onanisme nous semble une façon, pour certains individus, de réaliser leur équilibre.compte tenu de leurs expériences psychologiques particulières et de leurs situations sociales immédiates.L'onanisme est si fort chez le véritable onaniste.que la présence d'une autre personne, bien que pouvant lui apporter un dé sir et une certaine satisfaction sexuelle, le laisse sur sa faim.Après le coït, il aura besoin de pratiquer l\u2019onanisme afin d\u2019apaiser sa tension sexuelle d'une façon définitive.Une référence, Nous n'avons fait qu'effieurer le problème de l\u2019onanisme.Il serait utile, surtout pour les praticiens de l\u2019onanisme, dde compléter leurs réflexions sur ce sujet, par la lecture de \u201cOnanisme et homosexualité\u201d de Wilhelm Stekel.Ce livre accumule une quantité d'exemple intéressants; mais plusieurs démonstrations idéologiques.à notre sens, ne sont pas assez poussées.À lire.C'est une base excellente.Yvan MORNARD Les minorités sexuelles et la societé On parle souvent, dans le do maine de la sexualité, de perversions sexuelles, de déviations sexuelles et de minorités sexuelles.Ces termes sont employés un peu à toutes les sauces et n\u2019ont pas la même signification dans la bouche d'un psychologue ou d'un sexologue que dans celle de l'homme de la rue ou d'un journaliste spécialisé dans la description d'affaires scabreuses.Je donnerai donc deux définitions de ces termes, la première que jJ'appellerai médicale et la deuxié- me qu'on pourrait qualifier de populaire ou \u201csociale\u201d.Définition médicale.Disons d'abord que même les psychologues confondent souvent minorité\u201d, \u201cperversion\u201d et \u201cdéviation\u201d.En gros on peut dire que les déviés et les pervers forment les minorités sexuelles.Les pervers, d'autre part seraient ceux dont le comportement sexuel serait criminel et entrame- rait la réprobation.Mais les psychologues avouent que le terme est fort mal choisi car il implique un certatin aspect de moralité, qui ne doit pas entrer en ligne de compte en psychologie.En fait la tendance est de plus en plus à appeler les gens qui ont un comportement sexuel anormal, les minorités sexuelles, et ecla me semble plus heureux.Pour bien comprendre ce qu'on entend par un comportement sexuel anormal, il faut d\u2019abord définir ce qu'est un comportement sexuel normal.Selon les spécialistes dans ce domaine, la manifestation normale de l'instinct sexuel est le coït et l'objet du désir sexuel doit être une personne pubère, du sexe opposé.Mais si loute manifestation normale de l'instinet sexuel doit aboutir à un coîït, cela ne veut pus dire que tous les actes sexuels préliminaires sont anormaux.Bien au contraire.Il faut aussi comprendre que le terme \u201cnormal\u201d n'a pas ici un sens moral ou péjoratif.Et si les psychologues considèrent tous les déviés comme des malades ils constatent que tous les hommes sont malades jusqu\u2019à un certain point.Au fond on définit \u201cl\u2019anormal\u201d par rapport à un absolu (le normal) qui en fait n\u2019existe pas et ne serait pas nécessairement souhaitable.Définition sociologique.Pour la société, le dévié ou le pervers (ce terme étant plus sévère) est celui qui, sur le plan sexuel se comporte différemment de la majorité, ou manifeste son instinet sexuel d'une manière que la majorité n'approuve pas.La définition de l\u2019anormal sexuel varie donc d\u2019un siècle à l\u2019autre et d'un peuple à l\u2019autre.On sait que dans certaines tribus l'homosexualité est admise et même encouragée chez l\u2019homme a Va ge de la puberté.On sait aussi par: Louis FALARDEAU qu'à un certain moment, chez les Grecs et les Romains.l'homme.en plus de rechercher le plaisir sexuel chez sa femme.le trouait aussi auprès d'un éphèhe.jeune homme impubère, ou ia Va ge de la puberté, J'ai dit que.pour la société l'anormal sexuel est celui dont le comportement est minoritaire et réprouvé par la majorité.Le mot anormal prend done ici un sens moral; il est le fruit d'un jugement de la société.Car la société trouvera peut être anormal un comportement mino ritaire mais l'acceptera tant qu\u2019il ne lui paraîtra pas mauvais.Alors elle le condamnera et sé verement.Car il n'est pas exagéré de dire que les minorités sexuelles font très souvent l\u2019objet d'une véritable persécution.Morale et sexualité.Peut-on juger le comportement sexuel comme bon ou mauvais?Existe-t-il une morale de la sexualité?J'avoue que j'éprouve un très grand scepticisme à l'é fard de la morale.Je ne crois pas que la morale, considérée comme une règle absolue puisse exister.Elle m'apparaît plutôt comme une invention nécessaire de la société dans le but de se protéger.dans le but d'assurer sa sécurité.C'est pourquoi je pense qu'un comportement sexuel ne peut être bon ou mauvais en soi.mais est bon ou mauvais pour une société donnée.C'est en ce ce sens seulement qu'il mappa rait acceptable que la société 16 glemente le comportement sexuel de ses membres.Par exemple il m'apparaît comme normal qu\u2019on défende le viol, parce qu'il s\u2019agit là d'une grave atteinte à la liberté de individu et qu'il s'accompagne le plus souvent de voies de fait Le sadisme peut aussi être très dangereux, car il mène assez souvent au meurtre.Particulièrement le sadisme infantosexue'.Et il y aurait d'autres exemples.Mais il faut constater que la société ne s'en tient pas à cette règle.Elle condamne aussi des comportements sexuels absolument inoffensifs, - prétextant qu\u2019ils comportent de graves atteintes à la morale.L'influence de la religion chrétienne est ici très grande.Elle a créé une morale sexuelle très stricte, dont la société s'est fortement inspirée pour construire sa loi criminelle.Même si le droit pénal ne doit pas tenir compte des questions de morale, il l'a fait chez nous et il est bien difficile de distinguer dans les dispositions de notre code criminel relatives à la sexualité, ce qui est prohibé pour des raisons morales et ce qui l'est pour des motifs d'ordre public.Le droit et la sexualité.Notre droit pénal fait preuve d'une très grande sévérité à l'égard des déviés sexuels.l'ho mosexualité par exemple est pro hibée et rend les coupables pas sibles d'un emprisonnement de 5 ans.Meme chose pour la fel lation et le cunnilingus (mene entre mari et femme), si on les pratique \u2018en publie\u201d où si elles ne mènent pas au coit.La sodo mie «t la bestialité sont encore plus durement punis, rendant leurs auteurs passibles de 14 ans d'emprisonnement.Le sadique peut étre aceusé de voies de [ait même si le parteniure est consentant.De plus.peuvent être accusée de grossière indécence ou d'action indécente et être condamnés à des peines variant de G mois à 5 ans de prison les dé viés suivants: exhibitionnistes, voyeurs homosexuels, ete.Enfin, les hommes qui ont des rela tions sexuelles normales et complètes avec des jeunes filles de moins de 16 ans ou de moins de 18 ans peuvent aussi étre con 2 FEVRIER 1967 - LE QUARTIER LATIN * 13 7.Shichi s'ils ne sont pas persécutés sa daptent très bien à la société.Et plusieurs grands hommes étaient des homosexuels: Oscar Wilde, Proust, Gide, Tchaikovsky, Diaghileff, ete.II en est de mé- me pour la sodomic,le cunnilingus et la fellation.Quand un actes de cruauté.la souffrance.Quand elle est un animal.actes sexucls.Définition de quelques déviations sexuelles.HOMOSEXUALITE: Attraction sexuelle pour une personne du même sexe.On donne aussi à l'homosexualité féminine le nom de Lesbianisme.SADISME: Recherche du plaisir sexuel dans les MASOCHISME: Recherche du plaisir sexuel dans SODOMIE: Coït anal.Se rencontre sous forme homosexuelle ou hétérosexuclle.FELLATION: Le fait de tirer un plaisir sexuel de l'application de la bouche aux organes sexuels.la bouche est appliquée aux organes sexuels féminins on parle de Cunnilingus.FETICHISME: Le fait d'obtenir une excitation sexuelle de la vue ou du toucher d\u2019un objet anormal ou inadéquat.EXHIBITIONNISME: Le fait de tirer un plaisir sexuel de l'exhibition de ses organes génitaux.INFANTOSEXUALITE: Le fait de chercher à avoir un coft avec une personne impubère.BESTIOSEXUALITE: L'objet de l'attraction sexu- AUTOSEXUALITE: Le fait de rechercher le plaisir sexuel sur sa propre personne.VOYEUR: Celui qui prend plaisir à regarder les TRANS-SEXUALISME: Désir de changer de sexe.TRAVESTISME: Le fait de porter, pour des motfis sexuels, les vêtements du sexc opposé.damnés à des peines de prison.Car le terme de dévié sexuel s'applique ici à des personnes qui médicalement ont un comportement sexuel normal.Cette sévérité est absolument inacceptable.Pourquoi par exemple punit-on des comportements sexuels absolument inoffensifs.L'homosexualité, par exemple, pratiqué par des partenaires consentants, ne trouble en aucune façon l'ordre social.On sait au contraire que les homosexuels comportement ne porte pas atteinte à l'ordre social, la société en le réprouvant fait de la discrimination.On m'objectera que ces déviés risquent d\u2019avoir une mauvaise in- fiuence sur des personnes normales.C'est pourquoi j'ai dit qu'on devrait permettre ces pratiques entre personnes consentantes.J'ajoute qu\u2019il faudrait Aussi protéger les enfants et les jeunes adolescents.Mais cela n'est pas une raison pour défen- hontosexuels de dre aux mani fester publiquement leurs ten: dances.Il faut que la liberté sexuelle existe et fa toi devrait 1a protéger.Le choix d'un comportement sexuel est quelque chose de personnel qui ne regarde pas le reste de la société.Je répèle en core une fois que In morale ne doit pas entrer en ligne de comp te ici.Je me demande de quel droit on peut se permettre de priver de liberté pendant 15 ans un homme qui s'amuse à masturber les animaux.De quel droit aussi on peut défendre l'inceste entre personnes adultes et con sentantes.Mais j'ai avoué plus haut qu\u2019il y avait certains comportements sexuels que la société devait prohiber afin de protéger ses membres.Mais on n'a pas le droit de se protéger de n'importe quelle façon.Les psychologues traitent les déviations sexuelles comme étant des maladies.Il serait alors plus opportun de soigner les déviés que de les punir.Il ne faut pas enfermer un homosexuel qui s'en est pris à un jeune garçon; il faut d'abord le soigner et si pendant le traitement on limite un peu sa liberté, il ne faut pas pour autant l\u2019enfermer 24 heures par jour dans une prison.Mais voilà: cela coûte cher et la société n\u2019est pas prête à l'accepter.Quand on voit qu'encore de nos jours les gens ne peuvent s\u2019empécher de rire des homosexuels et de les perséecuter on peut croire que le jour est loin où l\u2019on agira humainement avec eux, Tout ça c\u2019est encore un problème d'éducation.Tant que le sexe sera aussi tabou, tant que les jeunes apprendront à faire l\u2019amour dans le courrier de Janette Bertrand et non à l'école tant qu'on punira les enfants qui se masturbent et les couples qui s'aiment avant de passer à l'Eglise, on ne pourra espérer que la liberté sexuelle existe. > 14 \u201c LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 La mère québécoise par: Claude SAVOIE son double visage Pourquoi l'amour ne dure til pas?I serait impossible de répondre à cette question d'une façon définitive et radicale: mais on peut dégager certaines grandes lignes.Notre société est une société colonisée et aliénée.Les géné rations précédentes ont été complexées par des tabous de toutes sortes: reli- Hleux, social, économique, sexuel, politique, ete, Et ce sont ces générations qui nous ont formés dans Vhumiliation et dans la peur.Nous sommes done les résultats cle toute cette boue.Les luttes que mêne notre génération pour s'affranchir de tous ces tabous est une preuve que non seulement le problème n'est pas dépassé, mais qu'il est présent en nous, à l\u2019intérieur de notre personnalité.L'amour est aussi condi tionné par la situation nationale, car ce qu'on appelle pompeusement liberté humaine n\u2019est en fait qu'une réaction variable à des stimulus sociaux variables.L'amour se détruit peut-être Ge lui- même: je n'en sais rien, il serait trop long d'en chercher toutes lus causes.Retenons-en une entre autres: la mater nité.Une grande partie de notre littérature est une charge contre la mère québécoise, et un sentiment envers le père qui va du mépris à l'admiration: (mais rarement de la haine).On l'a écrit, \u2014 je l'ai fait aussi \u2014 et on l'a dit: mais on ne l'aura jamais assez dit et écrit: la mère canadienne française est une sous-prolétaire ignorante et aliénée.La femme chez nous a été mise à un rang inférieur \u2014 très inférieur \u2014 Pourquoi?Les hommes étaient déjà infériorisés sur le plan économique, politique et social.Ils ont eu le besoin de trouver un être à dominer, comme le fait tout être inférieur.De la femme.ils ont fait la mère.C'est-à-dire qu'ils ont établi le mythe de la mère gardienne du foyer, cuisinière cte.Et ce qui est plus triste.la femme a joué le jeu \u2014 de toute façon elle n'avait pas le choix \u2014 elle est devenue la conservatrice de ces valeurs qui l'aliènent.Comme le révolté, l'aliéné a soin de maintenir ce qui l'aliène.Depuis quelques années, la femme du Québec réagit à ces mythes ct fait un effort d'affranchissement, En somme c'est très bien.Mais trop longtemps dominée elle n\u2019a pas la force de faire la révolution des structures: elle se contente d'être révoltée: elle est une mère révoltée plutôt qu'une mère soumise.mais elle est une mere, rien n'est changé.Elle est comme sa mère.La maternité tue l'amour à court ou à long lerme.Il arrive un moment où la femme refuse la maternité.Parfois par principe, parfois UNE maternité (la 3e, la 18e, peu importe).Mais ce refus qui pour certaines peut être une occasion de libération, pour d'autres est une aliénation supplémentaire.Car elle devient une frustrée révoltée.Par mère j'entends un être dominateur, mais un dominateur minable; car il s'agit de la domination d\u2019une dominée par des domines.Cette domination s'exerce sur des plans sans importance seulement, et sur la personne du père et des enfants.Le père a déjà consciemment ou non un comportement de colonisé.S'il en est conscient, il veut s'affranchir sur les plans supérieurs et s\u2019efface de la lutte sur le plan inférieur.Si d'autre part, le père n'est pas conscient de son état de colonisé il va vouloir dominer sur le plan inférieur (familial): car absent de la lutte sur le plan supérieur (politique, social et économique) c'est pour lui la seule valorisation de son rôle.De toute façon les deux comportements sont faux, et le résultat est le suivant.Dans le dernier cas on a des pères ivrognes ou tyranniques, car frustrés dans leur milien de travail ils se défrustrent sur le plan familial.La mère alors prend son parti ou le quitte.Dans le premier cas, la mère prend plus de place à mesure que le père s'efface et c'est elle qui devient tvrannique.Les psychologues ont dit.et on sail à quel point ils ont raison, que le père doit jouer son rôle \u2014 le père ne s\u2019effacerait pas au point que la situation devienne critique si la mesquinerie et la basesse de la mère ne l'écocuraient pas tant.Or la mere devant la non-présence du père devient de plus en plus dominatrice.car elle satisfait alors une double défrustration.La mère devient de plus en plus aigre, froide et sèche.Et l'amour qui unissait un homme ct une femme se transforme en patience qui permet au père de supporter l\u2019insignifiance de la mère.Je comprends la situation de la femme mystifiée dans son rôle de mère.Je comprends et j'approuve une révolution complète sur ce plan.L'affranchissement de la femme, comme il se fait en URSS ou en Israël, je suis d'accord.Mais la façon avec laquelle la femme secoue son joug peut aussi être une autre chose qui éloigne l'amour.La femme plus intelligente où plus instruite se mettra sur le méme pied que l'homme sans éveiller de conflits qui n'existent pas, elle sera médecin.sociologue, femme de lettres.Elle aura sa valeur comme personne et ne se sentira même pas inférieure, par conséquent elle n\u2019aura pas à faire de luttes pour obtenir l'égalité.Elle sera l\u2019égale.Le problème est tout autre si on a affaire à une femme moins intelligente.En effet celle-ci est diminuée en fait par son manque d'intelligence ou de.capacité: elle fait un lien entre cette infériorité personnelle et le rôle de femme qu'elle joue, son rôle de mère.N'ayant pas la possibilité de s'affranchir sur le plan professionnel, elle s\u2019affranchira sur le plan sexuel, puisque ce domaine est le seul sur lequel elle ne se sente pas inférieur.La littérature colonisée nous donne d\u2019ailleurs l\u2019image de la femme affran- chic: une jeune fille, qui ne se pose que superficiellement des questions fondamentales, ct qui fait l'amour à peu près tout le temps.Regardez le rôle que Renaud.Major.ou Kerouack aux Etats-Unis donnent à la femme qu\u2019ils veulent affranchic.Et c'est normal quand on songe que ces écrivains sont ceux de la révolte et non ceux de la révolution, et que c\u2019est sur le plan sexuel que s'effrite le problème d'affranchissement des peuples.Car alors les superstructures ne sont pas dérangées.La personne qui valorise à ce point la sexualité se sent décomplexée et affranchie, et en fait elle l\u2019est sous un angle.L'angle historique, on l'évite. QUEBESEXETU Une véritable étude de la sexualité, et particulièrement de la sexualité québécoise, ne saurait être valable et intéressan te.d'un point de vue scientifi que ct pratique, que dans les ca dres d'une investigation sociolo vique et anthropologique, c'est à-dire impliquant tous ses as pects (biologique, économique.juridique .).et surtout une analyse en profondeur (critique.comparée) de la culture québé coise.(A date, on a beaucoup écrit sur ce sujet, mais il manque un travail d\u2019ensemble, de synthèse, qui nous donnerait une vision globale du phénomène.Il faut reconnaître que les efforts en ce sens sont tout à fait récents).Le problème de meure cependant.dans ce domaine comme dans bien d\u2019autres: il est question de valeurs.de choix.que même une ana lyse scientifique ne peut éviter.De plus.la confrontation de la théorie et de la pratique \u2014 mé me chez d'ardents défenseurs attitudes ou de comportements \u2014 laisse voir de grandes différences.Bref, c'est la totalité qui est impliquée, totalité de la person ne et de la société.et les temps de changements culturels accélérés rendent la tâche plus dif ficile, mais aussi plus intéres sante.À cet idéal d'analyse, dont on ne peut prétendre ici à la moin dre approche, nous allons pré senter plutôt l'inverse.c'est-à dire le témoignage (rapporté mot pour mot) d'une personne et ce.à simple titre de maté riau, de canevas.où il serait pos sible de discerner certains traits eulturels qu'ils soient normaux ou pas, qui ont pu marquer cer tains québécois.IFSTOIRE D'I, UN QUEBECOIS \u201cJe suis issu, comme tout Québécois qui se respecte, d'une famille honnête et cléricalisée.c\u2019est-à-dire, honne.(rafiquant avec le bien sous l\u2019ocil douanier de Dieu le politique (Dieu le Père ressemblait étrangement à Duplessis, on était dans sa gang ou pas).frappée du sceau de la grâce et de la précarité (signe de l'amour de Dieu).On avait nos comptes chez l'épicier et le curé.à régler à la semaine ou au mois, c\u2019était selon.D'ailleurs je me demande encore comment on s'en tirait si bien, sans l'aide de comptable agréé, dans cette économie dialectique cle In grâce ct du péché (le fond de tout est économique, comme me disait mon ami Karl): faut dire que les comptes, c'était pour la forme, le gouvernement céleste n'ayant d'autres apparences et exigences que celles de ses représentants, peu agréés d'\u2019ailleurs.dans l'analyse quantitative du budget de l'âme, le sceau de la contrition hebdomadaire ou mensuelle remontant le déficit à \u201cbalance\u201d, automatiquement.Ainsi donc, comme on le sait, ces familles étaient jansénistes, puritaines.Les \u201cchoses\u201d étaient honteuses \u2014 à la vue, au toucher, au désir, etc.et je connais des familles où l'on transmet encore une fausse pudeur que l\u2019on dit \u201cnaturelle\u201d.Quand j'y repense et remonte dans le temps, je m'aperçois que les tendances avaient commencé à se manifester.Je me rappelle que vers l'âge de cinq ou six ans.j'ai emmené ma petite socur dans la chambre de bain pour lui voir les fesses.Ma mère, salvatrice, survint à temps.Un peu plus tard, une petite fille de ma rue m'emmena dans un champ où, contre le paiement d\u2019une brique.elle voulait voir mon zizi.Encore une fois.ma mere sal vatrice, avertie par je ne sais quelle commère providence, survint encore à temps pour sauver son fils des plus grands péchés.Bref, j'étais normal.Vers onze ou douze ans, je suis amoureux de la petite fille d'en face Celle s'appelait Lorraine).de ma cou sinc.Il n'y a pas à douter tout va bien.je vais connaître bien tôt les délices de l'amour.Ce pendant.c'est au pare du coin que j'apprends comment se font les enfants.Or donc, comme j'étais brillant et servais la messe, Un jésuite m'entreprit pour.me faire en trer dans un séminaire.jésuite évidemment.Voilà la calastro phe! J'étais un ferrain d\u2019élits j'étais bien préparé par mon m° lieu: mes petites tendances, on les ferait rapidement, facile ment passer.On me met entre les pattes d'un moine névrosé: je veux devenir moine.pape l'amour.Car dans le domaine de l'amour comme ailleurs, il n'y a pas de génération spontanée.Il faut apprendre pour bien faire.C\u2019est toujours mieux, plutôt que d'avoir toujours à découvrir tout seul.A dix-huit ans, je suis encore \u201cpur\u201d: et il a fallu qu\u2019un copain me conte ses troubles psycholo giques à la suite de masturbations pour que j'essaie \u201c\u201cl'affai re\u201d.(Il est très certain que tout ceci est une question de milieu.puisqu'en d'autres milieux, ouvriers par exemple, les phénome nes sexuels sont trouvés et expérimentés beaucoup plus tôt, et dans un tout autre esprit).A dix-neuf ans, au collège, un professeur me donne des cours.Je suis intéressé à sa spécialité il m'invite chez lui, et avant de partir il m'embrasse sur la jour en me confiant qu'il aimerait bien coucher avec moi.Je trem ble, J'ai mal au ventre.Les ho mosexuels.ca peut vous tombe {Il me court encore mais poliment, en discutant beaucoup de sexe, en disant par exemple \u201cSi Von couchait ensemble.) Le premier es Ma soeur à une amie, évidem ment.qui manifeste des idées originales, correspondant, paraît il.aux miennes.(On voil mes ÉDUCATION - 5£ YoELLE 6SO60 O0 0.0 \u2014 QUI PEUT ME DIE.saint.ete.Je fais la guerre au péché, je suis apôtre, je passe mon temps à la chapelle (Dieu le père et moi), bref, je suis littéralement châtré; je n\u2019ai plus aucun désir; les jeunes filles, connait pas\u2026 comme lavage de cerveau (et.d'autres choses), les communistes ne font pas mieux.Done je suis eunuque d\u2019esprit, et presque autant de corps.Ma mère ne m'a pas appris ce qu\u2019est la femme, l'homme, l\u2019amour.Mon père ne m'a pas appris ce qu\u2019est l'homme, la femme besoins, unc femme me ferait du bien, et puis s'il y avait l\u2019amour!).Je la rencontre, elle ne me plait guère physiquement.Mais je suis un frustré qui s'ignore, je veux probablement goû ter aux choses de l'amour.Je suis peut être sincère aussi, C'est fort confus.Premier baiser.Et puis, un soir, première poitrine (l'occidental à l'obsession des seins, c'est connu), première tentative.Elle a peur de mon zizi.et la Providence pousse la famille à arriver À temps.LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 * 15 Tout ou rien: deux maîtres s.Ainsi donc, à dix-neuf ans je suis se hypothétiques que je gobe logique: j'ai retrouvé mes hon nes tendances, perdues depuis cinq ans, mais je n'ai pas d\u2019initiative réelle, tout en ayant tes idées.Mais depuis quelque temps.une fille (je néglige les détait \u2014 j'ai la manie du respect des autres \u2014 elle va se marier bien tôt} me tourne autour.Elle ne me plait pas physiquement non plus, mais tout de même, à la fin, je semble avoir inconsciemment envie de\u2026 De sorte qu'un soir, après quatre à cinq mois d'approche, sans but précis, je ne me rappelle plus comment c'est arrivé, nous finissons par nous dépuceler mutuellement.Precqu'en même temps, une autre fille (une rousse celle ia.le dicton ne se démentit pas, je vous l\u2019assure) me fombe dans les bras, el dans le lit.Mais cette fois, quelles délices, elle me plait beaucoup, physiquement.Mais me voilà pris, j'ai peine à fournir.je suis assailli.Un soir, elles sont là toutes les deux.el qui veulent.Bougre! Je ne le sais pas, mais une sait que je couche avec elle et avec l'autre en même temps.Et je prends une marche avec mes deux mai- tresses, ahuri, ne sachant que faire, ni où placer mes mains.Elles sont aussi chaudes toutes les deux.Et plusieurs fois je me trouve pris ainsi seul avec elles.Pourtant, je ne suis pas Don Juan.Je rencontre un ancien confrère de Collège.Il me demande quelles sont mes activités sexuel les.Je lui réponds franchement: j'ai deux maîtresses.Lui, ça lui claque une gifle: il n'a d'autre préoccupation que le sexe, et il dort mal, le pauvre, sur sa faim et sur sa petite masturbation quotidienne.I me conte une ro- mâanec, trop humilié, m'invente des histoires sur certaine maîtresse hypothétiques que je gobe beau naïf.C'était assez beau, ça pouvait durer, quoique ma première maîtresse ne m'\u2019intéressait plus, sexuellement s'entend.J'étais mal pris: elle continuait à venir s'étendre près de moi, je ne savais que faire: je finissais par me résoudre à accomplir mes devoirs de mâle, sans plaisir, alors qu'elle jouissait comme une bonne.Elle finit cependant par apprendre d'une tierce personne que j'étais infidèle, ce qui, ajouté à mon indifférence, me libéra de mes lourdes tâches épuisantes.Mails la seconde savait tout depuis le début, sans que je sache qu'elle le savait.Et elle avait un corps.formidable.Et c\u2019était plaisir quotidien.Malheureusement sans pilule, angoisse mensuelle.Et nous avons fait l\u2019a mour partout, dans les champs.les fossés, dans le bois, dans un pare.Environ aux mêmes jours, une autre jeune fille très bien roulée, avec une voix et un corps d'une lasciveté\u2026 m'intéressait au plus haut point.Je courais après elle avec.des enncepts de phi losophie, des images, des idées.Ca lui coulait sur la beauté.Vi siblement.je ne lui plaisais pas (J'ai ultérieurement su qu\u2019elle pensait ane je voulais strictement coucher avec elle, elle s\u2019amusait à me voir pataucer).Bref, je la présente à Un ami.qui désirait aussi.Mais le salaud, quel que temps après, lui fait un enfant, et se pousse sur place, sans donner aucune aide, rien.(Je suis presque assuré que ses parents ne savent même pas qu\u2019ils ont un petit-fils).Monsieur s'oc cupe de sa petite personne.Ensuite.s'il en reste, peut étre, i! pourra peut-être penser que\u2026 I à le plus beau petit garçon, ef la fille l'attend encore.Puis.puis.je ne vais pas continuer, il y en a eu d\u2019autres.La première, je l\u2019ai dit, va se marier.La troisième devient une femme libre, la quatrième s'est trouvé un homme, de son âge.La cinquième est toute mêlée, incapable de bien baiser.La n\u2019iè me.NON-CONCI.USION Je n\u2019ai fait que rapporter les propos d\u2019une personne que je connais, et qui a bien voulu que je livre son expérience, sous l\u2019anonymat.Je ne veux rien conclure.Je présente des faits, J'ignore jusqu'à quel point ils sont significatifs, révélateurs, j'ignore quelle valeur d\u2019échantillonnage cela peut représenter.C'est un cas précis, certes.Mais, à mon avis, il offre.malgré le peu de détails psycho logiques, un ensemble concret de ce qui peut arriver, à un certain individu, produit par un certain milieu.Bien des questions, des problé- mes sont posés par cet exemple: l'effet de la culture à travers un milieu qui la vit selon un mode particulier (jansénisme, purata- nisme), le mode d'éducation qui s'ensuit, l'effet des incidences trop personnelles; mais aussi et surtout, des questions positives pour l'avenir, des réponses à donner aux jeunes, aux vieux, ct aussi aux autres.Donner quelque chose, une vision, un exemple relativiste de comportement.A-t-on appris, a-ton connu l'amour.Qu'est-ce que l'amour (pas des idées, mais des faits, des expériences).Je l'ai dit, je ne veux pas conclure, mais le domaine est ouvert ct à réinventer, Yves MONGEAU da NEW Em oT Tm mm eue.1¢ * LE QUARTIER LATIN - 2 FEVRIER 1967 On ne le redira jamais assez: l'éducation sexuelle de nos jeunes est d'une mncomplétude qui frise le ridicule.Oui, bien sûr, nous avons tous à Un moment ou Un autre écumé les dictionnaires et lexiques médicaux pour apaiser une sou d'information que les euphémismes souriants de Jeannette Bertrand n'arrivaient plus à satis » Quelques mois plus tard.repus de trompes fallopiennes el de corps caverneux, nous nous sommes adjupés la quiétude heureuse de l\u2019érudit.Erreur, funeste erreur ! Cur lorsque vint la minute de vérité, plus d'un s'aperçut que, s\u2019il pouvait «is- serter à loisir sur les subtils mécanismes électrochimiques de la fécondation de l\u2019ovule par le spermatozoïde, les mouvements physiques associés à la joute amoureuse lui étaient totalement étrangers.Qu'il est difficile en un moment pareil de décrocher le récepteur pour consulter tristement un vieil ami alors que l'élue se rhabille et s'en va pour toujours quand elle ne se tord pas de rire sur le divan.C'est pour éviter ce traumatisme à certains de nos confrères que nous mettons pensivement la main à la plume.Puisse ce trop court texte les aider dans leur quête acharnée de \u201cla méthode\u201d.L'APPROCHE On n'est jamais trop prudent.J'avais un ami malingre qui était amoureux d'une sportive.Alors il l'approchait.Lentement.IP m'expliquait l\u2019autre jour qu'il prévoyait l'emmener chez lui dans une cinquantaine d'années.\u201cA ce mo- t-là, mon vieux, continuait-il les yeux \u2026, elle aura 70 ans et sera bien moins musclée qu'aujourd'hui\u201d.Je lui fis remarquer qu'à 70 ans il serait bien plus décrépit qu'elle et qu'elle aurait encore l'avantage.Mon ami s'est ouvert les veines; n'envoyez pas de fleurs.y à plusieurs tactiques d'approche.D'aueuns choisiront des habits peu vovanls, se noirciront la figure avec du liège brûlé et ramperont sans bruit entre les tables du bar.Cette tactique est habituellement mal interprétée par les poids-lourds pacificateurs de l'endroit.Aussi est-il préférable de la réserver pour Ia jeune-fille
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