Chroniques de la Maison Théâtre, 1 janvier 2001, Décembre 2001, vol. 2, no 2
[" PE nn M-1028 4 r CON Sommaire Dans le but de faire écho aux trois débats publics que la Maison Théâtre animera durant la saison 2001-2002, avec Les Rendez-vous de la Maison Théâtre, les Chroniques de cette année les suivront de près, de très près.Ce numéro d'automne casse donc la glace en reconstituant Une espèce rare en voie d'extinction ?Des huit compagnies de création en direction des adolescents qui existaient dans les années 1980, n\u2019en reste plus que deux : le Théâtre Le Clou et le Théâtre Bluff.Avec le Théâtre de La Cohue, qui a vu le jour en avril 1999, trois doigts d\u2019une petite main suffisent pour faire le tour du jardin.Si l\u2019on en juge par les difficultés que ces compagnies rencontrent, il n\u2019est pas certain qu\u2019elles puissent survivre encore bien longtemps, à moins d\u2019un sérieux coup de barre du côté de la diffusion.Voyons voir En dehors de Montréal et de quelques points de chute, dont l\u2019incontournable Théâtre Denise- Pelletier, il est devenu très difficile de rejoindre les adolescents là où ils passent une bonne partie de leur temps : à l\u2019école.Leur faire franchir les portes d\u2019une salle de théâtre ne va pas non plus de soi, même si la Maison Théâtre programme au moins e nighes dl1s0I Le monde est un théâtre, mais le théâtre est aussi le monde.(W.Shakespeare) Era Mare de Mécombre GAA le parcours d\u2019une réflexion menée à plusieurs, lors du Rendez-vous théâtre ados, le 20 octobre dernier, sur l\u2019avenir du théâtre de création en direction du public adolescent.Au sommaire de ces Chroniques automnales, un compte rendu du débat du matin, animé par le chroniqueur Jean Fugère, qui donnait la parole à trois représentants des compagnies de théâtre pour adolescents ainsi qu\u2019à d\u2019autres artistes de théâtre, de danse, de télévision et de littérature jeunesse.Histoire de remuer les sillons d\u2019un terreau encore tout chaud, le journaliste Raymond Bertin relançait au téléphone, quelques jours plus tard, trois personnes qui avaient assisté au débat.Pour préparer le Rendez-vous théâtre ados, la Maison Théâtre avait demandé à Monique Gosselin du Théâtre Le Clou, Sarto Gendron du Théâtre Bluff, et Guylaine Laliberté du Théâtre de La Cohue de réfléchir par écrit à la question suivante : « Quels sont les plaisirs et les contraintes de la création en direction du public adolescent ?» Leurs témoignages rendent très sensibles la passion et la ténacité qui les animent, en dépit d\u2019une situation jugée critique.Ce dont fait état l\u2019éditorial, en évoquant la un spectacle pour adolescents par année, des compagnies comme le Théâtre Bluff à la Maison même si des Arts de Laval, avec ses Rencontres ados, et l\u2019Arrière-Scène de Belœil, avec son Festival de théâtre adolescents, travaillent à tisser des liens entre l\u2019école et le théâtre et, plus particulièrement, Théâtre possibilité que le théâtre de création pour adolescents soit une espèce rare en voie d\u2019extinction, à moins de mesures énergiques et de solutions imaginatives, à l'exemple de celles que la directrice de la Maison Théâtre, Nicole Doucet, met de l\u2019avant.Autre point chaud dans ce Rendez-vous théâtre ados, la conférence donnée en fin de journée par le psychanalyste Guy Corneau pour nous aider à mieux comprendre qui sont les adolescents aujourd\u2019hui et comment les accompagner.Troublante dérive au cœur de l\u2019adolescence dont on pouvait étirer le cours en assistant à la représentation du Royaume des Chus, la dernière création du Théâtre Bluff à l\u2019affiche de la Maison Théâtre.Certes, la vie de la Maison Théâtre ne s'arrête pas là, rayonne dans toutes sortes de directions, et va de mieux en mieux.Les nouvelles que nous avons colligées, dans la rubrique du même nom, sont encourageantes, pour ne pas dire excitantes.Elles sont à vous.Bonne lecture ! Lorraine Hébert Rédactrice en chef Rendez-vous théâtre ados, 20 octobre 2001 entre le théâtre fait par des adolescents et celui que des artistes professionnels créent à leur intention.À Montréal, le circuit se resserre et, pour empécher qu\u2019il s\u2019étiole davantage, il semble qu\u2019il faille développer des stratégies de développement Photo François Desaulniers Chroniques de publics de plus en plus sophistiquées : stages et ateliers dans les écoles, assortis de concours, soutenus par des subventions spéciales ou des commanditaires.Non pas que les créateurs soient contre la recherche de nouvelles façons d'entrer en relation avec les adolescents par le moyen de l\u2019art, à l'exemple de ce que Le Clou, en collaboration avec le Théâtre Denise-Pelletier, a développé il y a quelques années : les Contes Zurbains, écrits par des adolescents, interprétés par les comédiens de la troupe et présentés devant les élèves de l\u2019école impliquée dans l'aventure.Mais si ce genre d'approche devait se substituer à l\u2019accueil de compagnies de théâtre de création dans les écoles ou remplacer la fréquentation des théâtres, il n\u2019est pas certain que les adolescents n\u2019y perdraient pas au change.De la poussière dans le rétroviseur Si beaucoup trop d\u2019écoles secondaires au Québec ne répondent plus à l\u2019appel des compagnies de création, c'est qu\u2019elles n'ont plus les moyens de les accueillir à domicile, que plus personne n\u2019est responsable d'organiser les activités eulturelles et que, dans plusieurs écoles, les budgets alloués aux sorties culturelles évaluent à un dollar par tête d'étudiant ce qui lui en coûtera durant toute une année pour se cultiver.Chose certaine, la lutte au déficit zéro y est pour quelque chose dans le démantèlement du circuit de diffusion en milieu scolaire et dans la réduction des budgets affectés aux activités et aux sorties culturelles.À titre d\u2019exemple, en 1985, le Théâtre Le Clou donnait =\u201c À propos de la situation du théâtre ados et des ados Autour de la table, pour en discuter, des représentants des trois compagnies Monique Gosselin du Théâtre Le Clou, Sarto Gendron du Théâtre Bluff et Guylaine Laliberté du Théâtre de La Cohue, ainsi que Louis- Dominique Lavigne, auteur dramatique, Pierre-Yves Bernard, scénariste à la existantes : télévision, Paul-André Fortier, chorégraphe, et Charlotte Gingras, écrivaine.Avec l\u2019aisance qu\u2019on lui connaît, Jean Fugère animait le débat.Les horizons de la création D'\u2019entrée de jeu, Charlotte Gingras, lauréate, en 1999 et en 2000, du Prix du Gouverneur général pour ses romans jeunesse La Liberté ?Connais pas et Un été de jade, explique qu\u2019elle a d\u2019abord écrit pour les tout-petits.Les thèmes de son écriture \u2014 solitude, mal-être, goût du changement, questions d'identité et quête de sens \u2014, proches des préoccupations des adolescents, l\u2019ont amenée tout naturellement à s'adresser à cette catégorie d'âge en moyenne 75 représentations dans les écoles secondaires.En 1995, il frappait un plafond de 45 représentations et, depuis, la situation n\u2019a cessé de se dégrader.La mise en branle d\u2019une réforme en profondeur du système scolaire et des programmes pédagogiques au secondaire contribuera-t-elle à affaiblir davantage ce réseau de diffusion ou, au contraire, favorisera-t-elle de nouvelles alliances entre les artistes, les enseignants et les diffuseurs ?Feu rouge ou feux verts ?Ce qu'il faut espérer, c\u2019est que les changements en vue ne rendent pas inextricables pour les enseignants l\u2019organisation des sorties culturelles et l'accueil de spectacles dans leurs écoles, et que les comités d'établissements soient convaincus de importance de ces activités dans la formation générale des jeunes.Or, en l\u2019an 2001, non seulement un très grand nombre d'écoles n\u2019accueillent plus de spectacles de création mais, au fur et à mesure que les enfants grandissent, ils sortent de moins en moins.L'âge bête pour couper les sorties tournerait autour des 14 ans et plus.Avant de tirer la conclusion que les arts et le théâtre de création ne les intéressent plus, encore faudrait-il leur fournir l\u2019occasion de juger par eux-mêmes.Quelques lueurs dans la lunette avant De toute évidence, des mesures énergiques s'imposent, si l\u2019on veut préserver un pan essentiel du théâtre de création au Québec et assurer la continuité du travail de développement de publics qu'elle situe entre 14 et 15 ans.« Après, on les perd, dit-elle, parce qu\u2019ils ne lisent plus.» En télévision comme en littérature, les groupes d'âge sont très segmentés, selon Pierre-Yves Bernard, qui fut directeur artistique du Théâtre Bluff de 1990 à 1995, avant d'écrire pour Wätatatow à Radio- Canada, puis pour Vrak-tv où il conçoit et réalise, en collaboration avec Claude Legault, la série Paul-André Fortier accompli par les compagnies de théâtre jeunes publics depuis plus de vingt-cinq ans.C\u2019est dans cet esprit que la Maison Théâtre organisait son Rendez-vous théâtre ados, auquel étaient conviés des enseignants, des diffuseurs, des animateurs culturels, des artistes et des journalistes.Parmi les pistes de solution à creuser, selon la directrice de la Maison Théâtre, Nicole Doucet, l\u2019idée d\u2019une Série pour adolescents, élaborée avec d\u2019autres lieux de diffusion, et qui leur offrirait la possibilité de voir durant l\u2019année des spectacles de théâtre, de danse, de musique et d'art interdisciplinaire.Peut- être faut-il explorer plus avant l\u2019hypothèse d\u2019un lieu auquel les adolescents pourraient s'identifier, à l'exemple du Gesù et du Patriote pour toute une génération de jeunes dans les années 1970 ou, plus près de nous dans le temps, du Spectrum et du Café-Campus.Toujours selon Nicole Doucet, le contexte actuel semble on ne peut plus propice à la création de nouvelles alliances entre le milieu de l\u2019éducation, le monde des arts et celui de la diffusion.La survie du théâtre de création en direction du public adolescent et, au-delà, l\u2019accès des adolescents à des spectacles et à des manifestations artistiques et culturelles qui cultivent en eux la capacité d'imaginer un mieux-vivre collectif, sont un réel enjeu de société.Enjeu qui ne concerne pas seulement les créateurs et les diffuseurs, mais les enseignants, les parents et tous ceux qui partagent l'urgence des jeunes : trouver une place dans une société qui n\u2019écoute plus, ne pense plus, ne réve plus.Lorraine Hébert Dans une galaxie près de chez vous, récipiendaire du prix Gémeaux du meilleur texte série jeunesse en 2000-2001.« II faut respecter les groupes d'âge cibles, explique-t-il, et surtout ne pas les dépasser vers le bas, le pire étant que le téléspectateur trouve ça bébé ! » S'il est vrai que le public adolescent semble moins choyé à la télé, c'est aussi, selon lui, Theatre OS Photo François Desaulniers 2 que « c'est tellement plus cool d\u2019écouter des émissions pour adultes », comme La Ptite Vie ou 4 et demi.Ceci dit, l'adolescence présente « une explosion de contradictions très riche pour les créateurs » qui peuvent y puiser des personnages complexes qui ne sont pas encore pris dans une carapace d\u2019adulte.« En création pour ados, on est condamné à la vérité », conclut-il.Le chorégraphe Paul-André Fortier rencontrait pour la première fois ce public avec Jeux de fous, une commande de l\u2019Agora de la danse pour ses matinées scolaires.Il explique que son choix de travailler avec de jeunes danseurs, « encore près de leur adolescence », lui a permis d'atteindre les jeunes plus directement.Avouant que « la jeunesse est un tout nouveau créneau en danse », il se lancera bientôt dans une nouvelle aventure en s'encourant d\u2019une équipe de jeunes interprètes.L'auteur Louis-Dominique Lavigne trouve, au contraire, intéressant que des acteurs de quarante ans jouent des personnages d\u2019enfants ou d'adolescents.Lui qui a écrit de nombreux textes pour adultes, pour enfants et pour ados, ne croit pas que l'écriture pour les adolescents soit un genre en soi : « Quand j'ai écrit Où est-ce qu'elle est ma gang ?\u2014 en 1979 ! \u2014, on était nous-mêmes à peine sortis de l'adolescence.On quittait l\u2019école, alors on parlait de l\u2019école, des parents.» Pendant quinze ans, les créateurs de sa génération ont fait du « chéâtre pour ados », une formule qui, récupérée par la télévision, a fait disparaître l'urgence.« Mais, dit-il, cette urgence m'est revenue quand mes enfants sont devenus des adolescents.» Un réseau scolaire démembré Du côté des compagnies, un seul et même constat : lorsqu'on arrive à présenter nos créations aux jeunes, l'accueil est formidable.« Notre défi, rappelle Sarto Gendron, est de présenter des spectacles qui leur fassent vivre une véritable Le monde est un théâtre, mais le théâtre est aussi le monde.(W Shakespeare) expérience théâtrale.Et notre théâtre est bien accueilli, quand on arrive à le diffuser, puisque ces dernières années le réseau de diffusion dans le milieu scolaire s\u2019est dangereusement effrité.» Guylaine Laliberté, du Théâtre de La Cohue, renchérit : « Nous avons eu la chance de jouer dans des écoles devant des élèves en difficulté d\u2019apprentissage, qui ont aimé le spectacle.Si on ne peut plus entrer dans écoles, les les comment rejoindre ?» Pour Monique T Gosselin, du Théâtre Le Clou, «les diffuseurs ont développé un réseau de théâtre pour l'enfance, mais pour nous, ça se passe dans les écoles et c'est là que ça bloque : on se heurte à des problèmes de compréhension.ou de budget.Quand elles ont des budgets, elles le mettent sur un Molière plutôt que sur une création contemporaine, Le statut de créateur fait encore peur ; le théâtre contemporain a la réputation d\u2019être plus hermétique qu\u2019une pièce de répertoire classique jugée, à tort ou à raison, plus accessible.» Pierre-Yves Bernard lance : « Les ados veulent voir la vie, c\u2019est tout.» « Il est vrai que l\u2019art contemporain fait peur, confirme Paul-André Fortier, qu\u2019il s'agisse de musique, de théâtre ou de danse.Pourtant, les jeunes aiment le mouvement, l'énergie.Les problèmes de censure viennent toujours des adultes.» Le mot est lâché censure.Alors que Charlotte Gingras dit envier les créateurs de théâtre et de télévision pour leur apparente liberté de création, ceux qui sont autour de la table doivent bien admettre qu\u2019ils rencontrent plusieurs obstacles.Que ce soit dans les thèmes, le choix de la langue ou les attitudes adoptées par les comédiens sur scène, la censure agit.À propos de la table ronde du matin Isabelle Cauchy, Josée Saint-Pierre et Jean Fugère, tous trois présents au Rendez-vous théâtre ados, relancent en différé le débat du matin.Chacun reprend au vol quelques idées lancées dans le feu roulant des échanges et leur font faire d\u2019autres bonds.Isabelle Cauchy : animateur ou artiste ?Auteure, metteure en scène, animatrice, Isabelle Cauchy est codirectrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke, dont l\u2019une des prochaines créations, sur un texte de Michel Garneau, \u201c s'adresse à de jeunes adolescents.« Essentiellement, ce que je retiens de la table ronde, dit-elle, c\u2019est la nécessité de donner une chance à ce théâtre, qui est une voie de développement du spectateur tout à fait valable et accessible.Je manquerais la présence d\u2019un théâtre de création pour un public jeune, qui n\u2019est plus enfant mais qui a sa culture propre, et qui, avant de faire le pont avec la société at large, a bien le goût et bien le droit d\u2019être rencontré dans ce qu\u2019il est.» Louis-Dominique Lavigne Un publie convoité « Le public adolescent est extraordinaire, il intéresse tous les créateurs, note Louis- Dominique Lavigne.Et les choses ont changé au cours des dernières années avec le passage de la tournée à la sortie au théâtre.Aujourd\u2019hui, les écoles emmènent les jeunes au TNM voir L'Odyssée, ou au Théâtre Denise-Pelletier, ou à la Maison Théâtre.» Il ressort du débat que, non seulement les mêmes contraintes persistent depuis dix ans, mais que d'autres s\u2019y sont ajoutées.Le boycott des activités culturelles par les syndicats d'enseignants et les coupures en éducation ont fragilisé le réseau de diffusion.Le jeu de la concurrence, la réforme qui encourage le « faire », et l\u2019absence de lieux de diffusion pour accueillir spécifiquement la création pour adolescents, comme il en existe en théâtre jeunes publics, complexifient le portrait.Contrairement aux tout-petits et aux enfants qui constituent des publics captifs, les adolescents resteront difficiles à rejoindre si les différents intervenants auprès d'eux ne parviennent pas à créer ensemble de nouvelles alliances.Raymond Bertin Comme d'autres, elle croit qu\u2019il faut élargir le débat: « On a dit que la diffusion du théâtre jeunes publics allait bien.Ça va bien à Montréal parce qu\u2019il y a la Maison Théâtre et toute son énergie, mais je m'excuse, il y a beaucoup d'enfants au Québec qui n'ont jamais vu et ne verront pas de théâtre.Et ce n\u2019est pas leur choix personnel, ni le choix de leurs parents.C\u2019est un des municipales et gouvernementales ; il n'y a pas de réelle volonté, désintérêt structures et le théâtre pour ados est celui qui souffre le plus de ce désintérét.C\u2019est comme si on présumait que l\u2019adolescent allait au théâtre par lui-même.Si ça arrive, c'est l'exception.Il ne faut pas se le cacher, l\u2019habitude de la fréquentation des arts dans notre 3 Photo François Desaulniers Chroniques aison Théâtre société n\u2019est pas très développée.Ça se traduit dans les programmes scolaires où l\u2019initiation à la pratique des arts tend à remplacer la sortie au théâtre.» Isabelle Cauchy ne voit pas la censure comme un élément essentiel du débat tout en convenant que « le défi est de préserver la liberté de création dans un contexte où on est presque sous haute surveillance.Cependant, le problème de diffusion ne me semble pas lié au contenu mais au temps qu\u2019on peut consacrer aux arts dans les programmes scolaires alors qu\u2019il faut rencontrer les objectifs du \u201cfaire\u201d, du \u201cvoir\u201d, et des rencontres avec les artistes.Et ça coûte beaucoup moins cher de faire un festival de théâtre avec des spectacles étudiants que de faire venir des compagnies.Je parlerais plus de sabotage que de censure de contenu : on reproche aux artistes de vouloir prendre une place autre que celle d\u2019animateur.Lartiste, dans la société, est là pour créer une œuvre artistique et si on ne lui donne pas cet espace-là, on a un gros problème.» Propos recueillis par Raymond Bertin \u2014 Jean Fugère : une parole non entendue Pour l'animateur Jean Fugère, qui avait une connaissance réduite de la problématique, une évidence s'impose : « La table ronde, pour moi, était une façon de prendre le pouls.Or, j'ai été frappé très rapidement par les énormes problèmes liés à la diffusion.Ce qui a été dit de part et d'autre me semblait assez pertinent, je ne crois pas que ça tenait de la complainte ; il y a de réelles difficultés avec la diffusion en milieu scolaire.» Il ajoute avoir beaucoup aimé « Fondamentalement, dit-il, ce que ça questionne, c\u2019est le rapport qu\u2019on a, comme société, à la création.Il y a un problème de reconnaissance de ce théâtre.Comment se fait-il qu'on soit si frileux par rapport à la création, qu'il faille absolument qu'elle soit enrobée de trois tonnes de marketing, de deux tonnes de publicité, de légitimité gouvernementale, ou scolaire, ou autre ?Ça veut dire que comme créateur, je passe au moins la moitié de mon temps à légitimer ce que je fais.Quelqu'un disait : nous sommes devenus de très bons animateurs mais, pendant ce temps-là, la création en souffre.Ces troupes de création ne sont pas écoutées pour ce qu\u2019elles sont, ce qu'elles font, et on ne fait rien pour les écouter.C\u2019est là que c'est piégé.» Jean Fugère se réjouit que les jeunes aillent davantage dans les grands théâtres voir des pièces de répertoire.« C\u2019est un public extrêmement courtisé, note-t-il ; les théâtres institutionnels sont en train, de toute façon, de penser leur marketing en fonction d\u2019eux.Ce sont eux qui vont aller au théâtre plus tard.Mais pourquoi le TNM ou le Théâtre d'Aujourd'hui, qui est un théâtre de création, n'accueilleraient pas des compagnies de création ?Peut-être que ça devrait faire partie de leur mandat », lance-t-il, en conclusion.Propos recueillis par Raymond Bertin Josée Saint-Pierre : la complexité de l\u2019art Venue du milieu de la danse et du théâtre, Josée Saint-Pierre se définit intervenant dans le milieu de l\u2019éducation.Arrivée dans l\u2019enseignement un peu par hasard, elle en a fait son choix.Elle travaille à comme une artiste l\u2019intervention de Pierre-Yves l\u2019école Curé Antoine-Labelle de Laval, une école à vocation Bernard qui référait à des statistiques montrant que les adolescents préfèrent regarder des émissions pour adultes.« [ \u2026 la censure ] se manifeste dans l\u2019obligation d'aborder des thématiques propices à la discussion dans artistique, « mais pas exclusivement, précise-t-elle.Sur 2 300 élèves, un certain « Cela mériterait d\u2019être fouillé, car ça pose la question des perceptions, des goûts et des le cadre scolaire.» nombre sont inscrits dans un programme de concentration : \u2014 Jean Fugère ex el J 5 théâtre, danse\u2026 » Ces élèves de choix de l\u2019adolescent.Et puis, qui sont les ados, quel âge ont-ils ?Est-ce qu\u2019on parle d\u2019une période de six mois ou de six, sept ans ?», s'interroge l'animateur.La censure, qui prend toutes les formes, lui est apparue omniprésente : « Elle se manifeste dans l\u2019obligation d'aborder des thématiques propices à la discussion dans le cadre scolaire ; la fantaisie pure de la création n'est pas encouragée comme telle ; on fonctionne toujours à l\u2019intérieur de paramètres très précis et ça me paraît assez alarmant, c'est plutôt brimant.» Le chroniqueur croit que la crise actuelle du théâtre de création pour ados cache un malaise plus large secondaire III, IV et V ont 14, 15, 16 ans.Ils ont l\u2019occasion non seulement de monter et de voir des spectacles, huit à douze sorties par année, de rencontrer et d'échanger avec des artistes professionnels, mais ils assistent aussi à des expositions d\u2019art contemporain, voient du cinéma d'auteur, des spectacles de danse contemporaine.« Le but, dit Josée Saint-Pierre, c\u2019est d\u2019en faire des personnes qui pensent et qui sont critiques.Mon médium pour faire cheminer les jeunes, c'est l\u2019art.» Cette école fait-elle exception ?« C\u2019est carrément dans l'esprit de la réforme scolaire, ça n\u2019a rien d\u2019exceptionnel, croit- elle.Si on regarde les programmes actuels en art, on est censé faire ça, on devrait le faire.» Elle considère que l\u2019art dans toute sa complexité doit être montré et expliqué aux jeunes : « On devrait préparer les jeunes avant une représentation au théâtre et poursuivre la réflexion après.Je ne suis pas de ceux qui croient qu'un spectacle parle de lui-même.Plus l\u2019école investit dans le travail de réflexion à faire avant le spectacle, plus les jeunes sont en mesure d'apprécier des spectacles complexes.» Selon elle, l\u2019un des pièges des créateurs en théâtre pour adolescents a été, au cours des dix ou quinze années passées, de trop s'adapter aux besoins et attentes des écoles en créant des spectacles thématiques et en simplifiant à outrance le langage théâtral.Ce à quoi le théâtre pour enfants a pu échapper.« Aux plus créatifs la poche ! » « On reproche au milieu scolaire de ne pas s'investir, poursuit Josée Saint-Pierre.Le but de l\u2019enseignant, c\u2019est d'enseigner.Mais on en est tous à redéfinir notre fonction sociale.Si l'artiste ne fait pas son bout et dit : moi, mon but dans la vie, c\u2019est de faire des spectacles et rien d'autre, quelque chose ne va pas.Écoutez la réforme s\u2019en vient au secondaire dans trois ans.Il y a mille écoles au Québec qui vont ouvrir toutes grandes leurs portes aux organismes culturels.Je ne parle pas que des théâtres : il y a la culture scientifique, l'informatique, le sport ; tout le monde est à revendiquer une place pour sa culture.La muséologie est très dynamique, avec ses sites Internet et ses activités d'animation.La visite n\u2019est qu'un élément.C\u2019est très excitant, ils ont encore beaucoup d\u2019autres propositions extraordinaires à nous faire.» Voit-elle des solutions pour la survie des troupes de création pour ados ?« Malgré les difficultés qu\u2019elles rencontrent, les compagnies sont vachement bien placées, dit-elle.Elles sont encore vivantes, elles ont des productions de qualité, elles ont déjà des rapports privilégiés avec des écoles.De façon générale, on a à revoir la façon de soutenir ce type de compagnies, ça c'est certain ; on devrait pouvoir soutenir les compagnies et les artistes individuels qui veulent faire une démarche de création avec une école ou un groupe d'écoles.Et on devrait bien les payer, sur une base hebdomadaire, pour faire ce travail.» Josée Saint-Pierre tient à préciser : « La réforme effraie les écoles.Mais si les artistes viennent s'offrir comme partenaires culturels, on les accueillera.À condition qu'ils n'aient pas comme agenda caché de vendre un spectacle et de s\u2019en aller.Les créateurs doivent créer avec nous ces nouveaux rapports.Ce sera aux plus créatifs la poche » Propos recueillis par Raymond Bertin 4 Le monde est un théâtre, mais le théâtre est aussi le monde.(W.De plaisirs et de contraintes en théâtre pour ados Sarto Gendron, du Théâtre Bluff, Monique Gosselin, du Théâtre Le Clou et Guylaine Laliberté, du Théâtre de La Cohue, nous ouvrent les coulisses de leurs théâtres, nous font partager leurs passions pour leur art et le public pour qui ils écrivent, jouent, créent des spectacles.Aux entournures, craquent les frustrations, les lassitudes, les questions qui ne trouvent pas aisément leurs réponses.Leur situation, comme la passion qui les anime encore, rappelle celles des adolescents qu'ils cherchent à rejoindre.Mon expérience avec le public adolescent C\u2019est un peu par hasard que je me suis retrouvé à jouer pour les adolescents.Au début de ma carrière, mon désir premier était de faire du théâtre et sans penser à une catégorie de public en particulier.Ce n\u2019est qu'au terme d\u2019une longue tournée du premier spectacle créé par le Théâtre Bluff, Le rock du grand méchant loup, dans ; .; .les cégeps puis les écoles ç arto Gendron secondaires, quavec mes camarades j'ai interrogé la pertinence de poursuivre une démarche de création en direction du public adolescent.Pour en arriver à la conclusion que le langage théâtral avait ses propres exigences de forme et de contenu, qu'il n\u2019était pas plus contraignant de s'adresser à un public adolescent qu\u2019à un public adulte et, qui plus est, que les adolescents constituaient un public des plus stimulants.Certains collègues du milieu théâtral me renvoyaient l\u2019image du missionnaire qui se sacrifie pour un public ingrat alors que moi je vivais et continue de vivre chaque nouveau projet de création et chaque représentation comme un jeu d'aventure où il y a un territoire à conquérir.Il m'arrive de me sentir comme un mercenaire qui, devant une meute exigeante, doit déployer coute ébranler son \\ son artillerie pour réussir à scepticisme, chambouler ses idées reçues, remuer sa perception du monde.Dans chaque adolescent, il y a un adulte.Qu'il soit petit, caché en boule sous une carapace enfantine, ou déjà assis sur des convictions immuables, ou révolté, peu importe, c'est à cet adulte-là que je veux m'adresser quand je suis en création.Quand je joue devant des jeunes adultes regroupés dans une même salle, assis de gré ou de force ensemble, toutes natures et intérêts confondus, ils sont face à eux-mêmes, face à leur condition d\u2019adolescent qu\u2019ils tentent de fuir désespérément.D'où l\u2019énergie survoltée et parfois désordonnée qui règne dans une salle remplie d\u2019adolescents.Une fois qu\u2019on a compris cela, on trouve plus facilement les armes pour désamorcer la situation et les faire entrer dans le jeu du théâtre.Depuis maintenant onze ans et plusieurs créations, toutes plus stimulantes les unes que les autres, c\u2019est dans cet état d'esprit que je développe mon talent et aiguise mon sens créateur.Et je puis Photo : François Desaulniers aujourd\u2019hui affirmer que cette pratique a su combler tout ce qu'un artiste souhaite faire : s'amuser à transformer le monde.Sarto Gendron Les hauts et les bas de la création pour adolescents C\u2019est toujours un plaisir que de replonger dans cet état de fébrilité passionnée qui nous animait a adolescence, que de revivre cette intensité avec laquelle nous vivions chaque nouvelle expérience.Tout cela nourrit la pulsion créatrice et, à l\u2019encontre de l\u2019image que les médias nous renvoient de cette génération, ce qui nous intéresse c'est de mettre en scène des adolescents intelligents et sensibles, à l\u2019âge des révélations, des grandes passions et qui, malgré les tourments de la vie, sont encore pleins d\u2019énergie et d'espoir.De plus, c\u2019est un public très ouvert, sans attente préconçue par rapport à ce que doit être la représentation théâtrale mais qui, cela dit, ne pardonne pas si le comédien ne donne pas le meilleur de lui-même.Monique Gosselin Même si la diffusion de nos spectacles reste difficile, il nous tient à cœur de présenter aux jeunes une forme d\u2019expression différente de celle à laquelle ils ont l\u2019habitude, un théâtre dont la facture esthétique, au croisement de plusieurs disciplines, puisse faire écho à leurs préoccupations profondes.Un autre plaisir non négligeable est de savoir que nos spectacles auront vraisemblablement une plus longue vie que la plupart des créations présentées en salles fixes à Montréal.Du côté des désagréments, car il y en a, il est frustrant de voir qu'encore aujourd\u2019hui il se trouve des enseignants pour douter de la portée bénéfique d\u2019une représentation théâtrale si celle-ci n\u2019est pas au service d\u2019une thématique très précise, comme la lutte contre la drogue, le décrochage scolaire, le suicide, etc.Lors des États généraux sur l'éducation, il était recommandé que l\u2019enseignement des arts réunisse le « faire » et le « voir », la pratique et la fréquentation des arts.Certains enseignants ont donc décidé d'investir tout leur budget dans la réalisation de productions étudiantes \u2014 voilà pour la pratique \u2014, et de les présenter à tous les étudiants de leur école \u2014 voilà pour la fréquentation !! C\u2019est sans parler de ceux qui préfèrent des pièces de répertoire classique plutôt que des créations, sous prétexte que c'est plus sûr\u2026 Parlons aussi de nos négociations incessantes avec les diverses instances de subventions, étant donné notre réalité singulière comme compagnie de production et de diffusion d'un théâtre de création pour adolescents, et de toutes ces demandes de dérogations qu\u2019il nous faut obtenir compte tenu des conditions particulières dans lesquelles nous avons à travailler.Parlons enfin de notre surprise de constater que Le Clou a une excellente réputation, malgré que bien peu de gens du milieu théâtral aient vu nos spectacles.Comme quoi il est difficile de faire bouger le préjugé selon lequel le théâtre pour l\u2019enfance et la jeunesse ne concernerait et n\u2019intéresserait Photo : François Desaulniers que les enfants et les jeunes.Quoi qu\u2019il en soit, nous gardons l\u2019espoir que le théâtre puisse poursuivre son œuvre et que les jeunes ne fassent pas trop les frais de toutes ces réformes qui visent pourtant à une meilleure intégration de la culture et des arts dans les programmes scolaires.Monique Gosselin 5 ChEORIANES thesn me Bulletin de santé Nous avions demandé au psychanalyste Guy Corneau de nous parler des adolescents d\u2019aujourd\u2019hui, de nous aider à savoir comment les accompagner dans cette étape de vie cruciale et si difficile à franchir, pour peu qu\u2019on s\u2019en souvienne.Une question vaste que le temps dont il disposait, trente petites minutes, ne lui permettait pas d\u2019aborder d\u2019un point de vue sociologique.Après avoir identifié quelques pistes à creuser dans cette perspective, Photo François Desau Guylaine Laliberté 7 .«7 J'aime mais j'en rage J'aime l\u2019univers des ados Leurs grandes peurs refoulées Leurs tempêtes Leurs volcans en éruption qu'ils regardent couler sans savoir quoi en faire Leurs grandes idées, leur grande révolte érouffée trop souvent.a, LL, A Écrire pour les faire réagir, pour qu'ils explosent.Pouvoir leur dire que la vie n\u2019est pas juste plate Leur ouvrir des horizons.Faire vibrer leurs émotions, fébriles, indociles Les surprendre pour les faire rire ou les faire crier.Les faire rêver, même s'ils disent que c\u2019est con, que c\u2019est « fiffe ».Sentir dans leurs grands yeux ronds ou à demi-fermés Qu'il s\u2019est passé quelque chose Mais que ça leur appartient.Ça me fait vibrer de savoir qu\u2019ils ont ri Qu'ils ont réagi.Ils sont directs, et ils sont vrais\u2026 Et de pouvoir espérer que ça les portera plus loin, juste ça, ça vaut tout l\u2019or du monde ! La porte à percer est épaisse.Amener le théâtre à l\u2019ado, car c\u2019est dur d\u2019aller au théâtre ! Pas de budget dans les écoles secondaires.Créer oui, mais si c\u2019est pour jouer dans son garage ça vaut pas la peine.Ce qui m'énerve le plus, c\u2019est que le public est là Et qu\u2019on est incapable d'y accéder\u2026 Numéro invalide.Jouer pour les petits ou pour les adultes ?On s'adapte en attendant.On espère, mais en attendant Jen rage.Et on fait autre chose !!! Guylaine Laliberté il nous invitait à emprunter une voie plus directe ; celle de la mémoire du cœur.« Au fond, la manière la plus intéressante de réfléchir à cette question n'est-elle pas de la poser directement à l\u2019adolescent que nous avons été et qu'on porte toujours en soi ?» Guy Corneau nous propose donc de fermer les yeux et de laisser venir les images de notre adolescence, dans le désordre, sans les discuter.Après ces quelques minutes d\u2019introspection silencieuse, il entre dans le vif du sujet.« De quoi est faite cette pulsion de vie qui arrive à maturité à l'adolescence, au moment où la sexualité émerge, autour de 14 ans ?Pulsion de vie, comme énergie pure, vague de fond, élan créateur, vitalité d\u2019étre.» Et de nous rappeler ce besoin impérieux d\u2019exister dans son individualité, sa singularité, de s'affranchir du noyau familial, d\u2019avoir des amis, d\u2019appartenir à un groupe, de transformer les choses, la vie, de changer le monde.Autant de désirs poussés par des forces incroyables et essentielles, mais si faciles à étouffer ou à détourner sous la pression d\u2019un environnement peu enclin à faire une place à l\u2019adolescence dans tout ce que cela veut dire.L'adolescent dérange, inquiète, bouscule, animé d\u2019une très grande réceptivité qui le fait naviguer dans plusieurs mondes à la fois, s'intéresser à toutes sortes d\u2019idées, de personnes, de mouvements de pensée qui s'opposent parfois radicalement.Allez donc comprendre où il loge cet adolescent si perméable à tout ce qui bouge ! Serait-il trop ou dangereusement influençable ?Et puis, à l'adolescence, on imagine, rêve, se laisse aisément prendre au jeu des dérives imaginaires, porté par cet élan créateur en pleine puissance.À cet âge, on détient aussi un pouvoir de conviction qui nous pousse à mener à bout les projets les plus fous, force qu\u2019on aimerait bien retrouver, parfois différentes circonstances de la vie adulte pour continuer à ou souvent, c\u2019est selon, dans croire, espérer, résister aux chants des sirènes.Que dire de cette capacité d\u2019idéaliser, de s'engager corps et âme dans des quêtes amoureuses, héroïques, voire mystiques ?On veut changer le monde, et ça presse de toutes parts.On est exalté\u2026 De l\u2019exaltation à la désillusion « L'énergie de l\u2019adolescence s'exprime sans stratégie », dira Guy Corneau, contrairement à l\u2019adulte qui a appris à se défendre, à faire son chemin, à calculer ses coups pour faire sa place, atteindre ses objectifs.Mais pas facile de se mettre au monde dans son individualité d\u2019être, quand tout autour conspire à retarder le moment où prendre en main la responsabilité de sa vie.Difficile d'admettre comme parents et, plus largement comme adultes qui avons à transiger avec des adolescents, que les êtres qui s'affirment devant nous, rageusement, contradictoirement, d'un monde meilleur, d\u2019une vie différente de celle que nous leur offrons, de celle que nous finissons par accepter ou subir pour toutes sortes de raisons.Lhyperindividualisme, la rêvent surconsommation, la richesse et le cynisme sont, parmi d\u2019autres, les grands passeports de la réussite sociale en Occident.Beaucoup d\u2019appelés pour peu d'élus du cœur en vérité\u2026 Pas étonnant que nombre d'adolescents soient désillusionnés, s\u2019écroulent littéralement devant un échec scolaire, une peine d\u2019amour, un divorce, développent des comportements de rupture par rapport à la société et leur environnement immédiat.À trop vouloir les dompter ou les domestiquer, ces forces de l\u2019adolescence trouvent rapidement des voies d\u2019évitement, des chemins de traverse, s\u2019étiolent ou, au contraire, peuvent conduire à des gestes ultimes d\u2019affranchissement, comme le suicide.« Derrière ces comportements de rupture, dont l'isolement, l\u2019égocentrisme, ta dépendance et la dépression en sont d\u2019autres moins radicaux, se cachent toujours de grandes souffrances de l\u2019être, dira Guy Corneau.Il faut pouvoir les décoder, savoir les écouter et les appréhender comme des leviers possibles de guérison, de croissance personnelle.» Qu\u2019avons-nous fait de notre adolescence ?Et si nous avions à faire un bulletin de santé de ces forces qui nous animaient à l\u2019adolescence et dont on a besoin pour faire toute une vie debout, quel serait le diagnostic ?Autre bonne question que nous retournait Guy Corneau, passé maître dans l'art du boomerang.Peut-étre avons-nous fait I'impasse sur notre adolescence ou mis quelque peu sous embargo cette part sublime, sauvage, unique et indomptable de nous-mêmes : cette vitalité de fond, cet élan créateur qui donne à imaginer des solutions ou, à tout le moins, le courage de réagir contre ce qui est inadmissible ?Sommes-nous encore capables de dire non quand notre intégrité est menacée, de dire oui quand elle est sollicitée ?Photo : François Desaulniers Guy Corneau Dans des sociétés qui prennent la proie pour l'ombre et qui, sous des dehors de libéralisme échevelé, devenues très comment préserver le noyau dur de son individualité ?Chose certaine, les adolescents d'aujourd'hui ont besoin de trouver autour d\u2019eux des guides éclairés, surtout pas des adultes figés dans des personnages, dans des convictions inébranlables, dans la peur d\u2019égratigner leur image, de jeter les masques.De déranger et d\u2019être sont contrôlantes, dérangés.Dans les propos de Guy Corneau, on entendait réfléchir un adolescent qui s\u2019est aguerri dans le passage à la vie adulte.L'homme disait juste, humblement, calmement, directement branché sur son adolescent qui lui servait d\u2019exemple à l\u2019occasion.Le psychanalyste savait comment lancer sa petite pierre d\u2019expérience et de savoir humains pour qu\u2019elle fasse des ronds dans l\u2019eau.Jeu d'adresse, comme petits gestes répétitifs pour tenter d\u2019apprivoiser le cours infini d\u2019une rivière.Lorraine Hébert Le monde est un théâtre, mais le théâtre est aussi le monde.(W.Shakespeare) Nouvelles Les rendez-vous de la Maison Théâtre Avec son Rendez-vous théâtre ados, la Maison Théâtre réalisait l\u2019un de ses grands rêves : animer des débats publics sur des questions de première importance en théâtre jeunes publics en invitant des praticiens et des intervenants de la scène culturelle à réfléchir ensemble à des solutions d'avenir.Si l'on en juge par la réponse à ce premier Rendez-vous théâtre ados, les deux autres à venir promettent.Celui du 27 mars prochain abordera la question de la relève en théâtre jeunes publics en liant étroitement la pratique et la réflexion et, du même coup, trois organismes : la Maison Théâtre, le Centre des auteurs dramatiques et l\u2019Option-Théâtre du Collège Lionel-Groulx.En clôture aux débats et aux conférences prévues sera présentée une nouvelle pièce d'Olivier Choinière, Léa-Pu deSonlaté (la télé n\u2019a plus de son), écrite pour les enfants de 8 à 11 ans et une classe de douze finissants en interprétation de l\u2019Option-Théâtre du Collège Lionel-Groulx.Pour que la rencontre entre un auteur et de jeunes comédiens, puis entre eux et le jeune public, se produise, encore fallait-il réunir un certain nombre de conditions : financières, bien sûr, mais aussi pédagogiques et artistiques.Ce à quoi les trois organismes ont répondu, d\u2019une part, en mettant sur pied un concours accompagné dune bourse d\u2019écriture de 5 000 $ provenant de la campagne de financement de la Maison Théâtre et attribuée à l\u2019auteur remportant la palme d'honneur auprès des membres du jury et, d'autre part, en offrant à l\u2019auteur un encadrement de première main en création et en diffusion.Avis aux auteurs qui ont moins de dix ans d'expérience et que le jeune public intéresse, un deuxième concours sera lancé au printemps 2002.Lors du dernier Rendez-vous de la saison, fin mai 2002, des artistes, des programmateurs, des enseignants et des intervenants culturels en milieu scolaire tenteront d'imaginer de nouveaux rapports entre l\u2019art, la culture et l'éducation.Tour un débat en perspective à l\u2019heure des réformes et des bilans.À suivre en direct ou par l\u2019entremise de nos prochaines Chroniques.Le Théâtre devant soi Le 8 septembre dernier, la Maison Théâtre ouvrait grand ses portes aux enfants et aux parents des Habitations Jeanne-Mance.On les invitait à venir s'inscrire à l\u2019activité Le Théâtre devant soi, un projet initié l\u2019an dernier et qui a permis à un groupe d\u2019enfants de voir trois spectacles précédés de rencontres de préparation et suivis d\u2019une p discussion sur la représentation autour d\u2019une collation.Cette année, une vingtaine d'enfants se sont inscrits au Théâtre devant soi et selon deux groupes d'âge : les 4 à 6 ans et les 7 à 13 ans.Pour les accompagner, Nicolas Cormier et Anne Nadeau, deux nouveaux venus dans l\u2019équipe d\u2019animateurs de la Maison Théâtre.Ceux-ci seront aussi appelés à travailler avec la troupe de théâtre des Loisirs Saint-Jacques, organisme responsable des activités culturelles au sein des Habitations Jeanne-Mance.Les jeunes de la troupe auront donc accès à des ateliers de jeu dramatique et au savoir-faire de ces deux animateurs pendant la création de deux courts spectacles, dont le premier sera présenté en décembre, aux Habitations Jeanne-Mance, et le deuxième, en mai, à la Maison Théâtre.Si Le Théâtre devant soi a pu, cette année, prendre véritablement son envol, c'est que rout avait été mis en œuvre pour que les enfants et leurs parents traversent la rue\u2026 Le Théâtre devant soi Photo : François Desaulniers Nouvelles Le monde est un théâtre, mais le théâtre est aussi le monde.(W.Shakespeare) Du jamais vu à la Maison Théâtre En moins de dix ans la Maison Théâtre a réussi à doubler son assistance.Si l\u2019on examine bien le tableau des statistiques, l\u2019on remarque qu\u2019à partir de 1996, les chiffres font des bonds prodigieux de près de 10 000 nouveaux spectateurs chaque année, excluant la saison 1999-2000 alors que le boycott des enseignants donnait un sérieux coup de revers dans la courbe.Le taux de fréquentation pour la saison 2001- 2002 dépasse toute attente.Déjà, en novembre, la Maison Théâtre sait qu\u2019elle accueillera 76 000 spectateurs, dont près de 53 000 élèves et enseignants et au-delà de 23 000 abonnés en public familial.Ces résultats donnent des frissons de plaisir, surtout quand on les compare à ceux de 1994 où lon n\u2019enregistrait que 36 170 spectateurs.Les Lundis de la profession Cette année, deux Lundis de la profession sont à l\u2019agenda de la Maison Théâtre.Lors de ces 5 à 7, les praticiens seront invités à débattre des sujets suivants : « Écrire pour la petite enfance, une veine qui s\u2019épuise ?» et « Faut-il s'inquiéter de la prolifération des activités d'éducation artistique autour du spectacle, ou offertes en parallèle ?» Bonnes questions et beaux débats à l'horizon ! Photo François Desaulniers La Maison Théâtre au Salon du livre de Montréal Au Salon du livre de Montréal, dix auteurs tiennent salon Du 15 au 19 novembre dernier, dix auteurs de théâtre jeunes publics rencontraient, Place Grafitti, les enfants et les jeunes pour qui ils écrivent des pièces de théâtre.C'était l\u2019occasion d'entendre des extraits des pièces à l\u2019affiche de la Maison Théâtre et, comme ils étaient lus par les auteurs eux-mêmes, les enfants et les adolescents pouvaient enfin mettre des voix et des visages sur des noms : Claire Voisard, Lise Vaillancourt, Reynald Robinson, Boudreau, Benoit Jetté et Sarto Gendron, Esther Beauchemin, Louise Bombardier, Joël da Silva le trio Jean-François et Jasmine Dubé.Les Enfants d\u2019abord En trois ans, la Maison Théâtre s\u2019est trouvé de nombreux parrains pour voir au développement des projets d\u2019éducation artistique et à l\u2019entretien de la salle.La preuve en est, les derniers résultats de la campagne de financement qui, initiée en octobre 1999 et se terminant le 30 novembre dernier, comptabilise 1,3 million en argent et en services.Coup de chapeau bien mérité au président de cette campagne de financement, Monsieur Claude Séguin, président d'honneur de CDP Participations, pour son engagement indéfectible et l\u2019enthousiasme qu'il a su communiquer un peu partout autour de lui.Merci à tous ceux et celles qui ont répondu généreusement à son appel, au nom des enfants, des artistes, des parents et des enseignants qui fréquentent la Maison Théâtre, belle oasis de rêves et d\u2019espoirs en plein centre-ville.+ Merci aux donateurs Campagne de financement Les Enfants d'abord Object aneint: 1 300 000 $ La Maron Th Clôture de la campagne de financement Les Enfants d\u2019abord, 30 novembre 2001 Programmation Hiver 2002 18 janvier au 10 février 2002 Tempête dans un verre de lait (4 à 7 ans) Lillusion, Théâtre de marionnettes 13 février au 3 mars 2002 Le Pingouin (7 à 12 ans) Théâtre Bouches Décousues 7 au 23 mars 2002 Maita (8 212 ans) Théâtre de la Vieille 17 et Théâtre de Sable 30 mars au 21 avril 2002 Contes-Gouttes (4 à 8 ans) Théâtre des Confettis 24 avril au 12 mai 2002 Lili (7 à 12 ans) DynamO Théâtre [fasion La Maison québécoise du théâtre pour l\u2019enfance et la jeunesse 245, rue Ontario Est Chroniques re Rédactrice en chef : Lorraine Hébert Montréal (Québec) Collaborateurs : ISSN : 1496-5682 bi Ve H2X 3Y6 Raymond Bertin Dépôt légal : : +: Téléphone: (514) 288-7211 Sarto Gendron Bibliothèque nationale du Québec, 2001 LA ean id AN MESSE Télécopieur : (514) 288-5724 Monique Gosselin Bibliothèque nationale du Canada, 2001 * P : Guylaine Laliberté info@maisontheatre.qc.ca www.maisontheatre.qc.ca Photo François Desaulniers "]
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