Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, 1 janvier 1893, 1893-1897
[" «MMH» S.ELH3RS D\u2019ART FRAKÇAJSE ksmû =gH9)4 a n - - # BIBLIOTHEQVE MINT-SVTPTPF JM rX7¥\t# 'JliiUtOUUUUUBUUUàIÊtiUUUiiliiUUUIliUUUlUlUUilUUmUtUiMIMUliiàUii P v £ UM/ \u2022 - .Hr Ml KrïrpUl mm 19 MANDEMENTS DES ÉVÊQUES DE QUÉBEC 69814 MANDEMENTS LETTRES PASTORALES ET CIRCULAIRES DES ÉVÊQUES DE .(IXTouvoll© série) SON ÉMINENCE LE CARDINAL TASCHEREAU Volume Quatrième ; ;\t*,\t\u2022;\t\u2022 v ° ^ ;\t3 '>^0\t'\t)\t3 3 3 3 3\t* 3\t_\t3 J * ** ' ¦> ° > * ^ J >3 d ) 5333 * ¦>\t3\t3-5\t1)\t3\t3v33 ;\t5 J 3 )\t3\t?\t> > » iO ) \u2019 >\t> te 3 0\t) } ¦3\t3 ^\t3 3 ï\t° 3\t3 0\t3 3\t3 3 3 3\t> QUÉBEC IMPRIMERIE GÉNÉRALE A.COTÉ ET Cie 1893 4440 C i* c t c / < t l > < ( C l < « i c i S i c t ( c.< ^ < < « \u2022V c t t ( ( < i ( c < t.c < < c r 1 [fhJi ,iM- vt .\\,i 7 / / \u2014 91 (N° 222) CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 24 janvier 1894.Monsieur le Curé, J\u2019attire votre attention sur une lettre circulaire du Syndicat des Cultivateurs de la Province de Québec, que vous avez dû recevoir dernièrement.Il me paraît très avantageux pour la classe agricole que tous les membres des Cercles s\u2019unissent, par l\u2019intermédiaire du Syndicat, pour faire leurs achats de graines; les meilleures qualités leur seront vendues au plus bas prix possible.Durant ma dernière visite pastorale et depuis lors, j\u2019ai constaté avec regret que quelques membres du clergé ne comprenaient pas parfaitement l\u2019importance de l\u2019oeuvre du Syndicat des Cultivateurs et les services réels qu\u2019elle est appelée à rendre à nos populations rurales.La qualité excellente, le prix réduit, et par suite la quantité plus considérable qu\u2019on peut se procurer de graines fourragères et de grains : voilà autant d\u2019avantages précieux que le Syndicat donne aux cultivateurs.La môme remarque peut être faite au sujet de l\u2019achat des engrais chimiques, des animaux de race, des instruments aratoires, etc.N\u2019oubliez pas que ce Syndicat des Cultivateurs de la Province de Québec n\u2019a en vue, dans l\u2019oeuvre qu\u2019il poursuit, que les intérêts véritables de la classe agricole; il n\u2019a rien à gagner ni pour lui-même, ni pour ses membres en particulier.Le but de cette association n\u2019est pas de faire un commerce plus ou moins lucratif, mais uniquement de protéger et d\u2019aider nos cultivateurs. \u2014 92 \u2014 Que le Syndicat disparaisse maintenant, les membres de son conseil d\u2019administration n\u2019en seront ni plus pauvres, ni plus riches; mais sa disparition priverait les cultivateurs d\u2019un secours puissant et efficace qu\u2019il ne leur serait pas possible de trouver ailleurs.Vous rendriez donc, ce me semble, un service réel à vos paroissiens, en leur faisant connaître et apprécier les avantages qu\u2019ils peuvent retirer de ce Syndicat.Profitons de l\u2019heureuse impulsion qui a été donnée depuis quelque temps à notre agriculture pour l\u2019améliorer de plus en plus : nous connaissons déjà les bienfaisants résultats qui en découleront pour toute notre province.Veuillez agréer, Monsieur, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f L.N., Arch, de Cyrène, Coadjuteur de S.E.le Card.Taschereau. \u2014 93 \u2014 (No 223) CIRCULAIRE AU CLERGÉ J Archevêché de Québec, {\t12 février 1894.I.Livres de choix pour les bibliothèques paroissiales.IL Clôture des fêtes jubilaires de Léon XIII.III.\tQuêtes ou souscriptions non approuvées.IV.\tQuête annuelle pour les sourds-muets.Monsieur, I Les Pères du deuxième Concile Provincial de Québec, voulant fournir à la jeunesse les moyens, non seulement de conserver mais encore d\u2019étendre les connaissances acquises à l\u2019école primaire, déclaraient en 1854, que rien ne contribuerait plus efficacement à atteindre ce but que la création de bonnes bibliothèques paroissiales.« Beaucoup de paroisses, disaient-ils, jouissent déjà de l\u2019avantage de posséder quelque établissement de ce genre ; partout où des bibliothèques paroissiales ont été organisées sur des bases catholiques, elles ont produit les fruits les plus heureux, non seulement par les connaissances utiles qu\u2019elles répandent, mais encore parce qu\u2019elles offrent une source toujours nouvelle d\u2019amusements innocents et variés pour les personnes de tous les âges.Le temps employé à des lectures utiles et agréables serait proba- \u2014 94 \u2014 blement perdu en divertissements grossiers et dangereux, propres à dépraver le cœur et à affaiblir l\u2019esprit.Vous pourrez recourir en sûreté à ces bibliothèques : car vous ne serez pas exposés à y trouver des ouvrages contre la foi et les mœurs, que la licence et l\u2019irréligion répandent avec tant d\u2019abondance.Dans la vue de porter plus sûrement la désolaLion au sein de l\u2019Eglise de Dieu, l\u2019esprit de ténèbres s\u2019est efforcé d\u2019empoisonner les sources de la science; et ses tentatives ont malheureusement eu tant de succès, qu\u2019un grand nombre de chrétiens trouvent la mort spirituelle dans un des plus beaux dons que Dieu ait accordés à l\u2019homme, après celui de la parole.Livres immoraux et obscènes, feuilletons chargés d\u2019immondices et de blasphèmes, journaux insultant à la religion et aux principes les plus sacrés : voilà ce que le démon arrache à l\u2019art si noble de l\u2019imprimerie, pour le verser au milieu des villes et au sein des populations de la campagne.Nous avons certainement à louer et à remercier le Seigneur de ce que, dans notre pays, dont une grande partie est si éminemment catholique, les tentatives de l\u2019esprit de mensonge ont généralement échoué.» Ces paroles, écrites, il y a quarante ans, par les Evêques de la Province de Québec, ont encore toute leur opportunité première.La mauvaise presse a continué à travers le monde son œuvre désastreuse ; plus qu\u2019à cette époque reculée elle exerce au milieu de nous sa néfaste influence, ébranlant la foi des uns, corrompant les mœurs des autres.Nous devons donc travailler à enrayer les progrès du mal, en multipliant sur tous les points du diocèse des bibliothèques remplies d\u2019excellents livres, d\u2019ouvrages bien écrits et bien pensés, propres à répandre l\u2019instruction dans le peuple et à lui faire aimer la religion et la vertu.Quelques curés m\u2019ont demandé, à diverses reprises, de vouloir-bien leur donner une liste d'ouvrages de choix dont ils pourraient faire peu à peu l\u2019acquisition pour leurs bibliothèques de paroisse, .le suis heureux de répondre aujourd\u2019hui à leur désir.Cette liste ne peut être que fort incomplète ; cependant, telle qu\u2019elle est, elle pourra être utile.Chacun connaissant les besoins, les aptitudes, le degré de science de ses ouailles, fera venir les ouvrages qu\u2019il jugera devoir leur être le plus utiles. \u2014 95 II L\u2019année jubilaire de N.S.Père le Pape Léon XIII se terminera le 19 février.Nous ne manquerons pas de remercier le bon Dieu des grâces qu\u2019il a accordées au Chef de l\u2019Église et par son intermédiaire à tous les fidèles durant l\u2019année qui va bientôt finir En conséquence, un Te Deum solennel sera chanté à la suite de la grand\u2019messe, dimanche prochain, 18 février, dans toutes les églises du diocèse.Conformément au vœu de la commission des fêtes du cinquantenaire de Sa Sainteté, je désire aussi que lundi, le 19, tous les prêtres célèbrent la saint sacrifice à l\u2019intention du Souverain Pontife.Dans les communautés religieuses, on pourra offrir ce jour-là la sainte communion à la même intention.Dominus conservet eum, et vivi/icet eum et beatum faciat in terra ! III Il me paraît opportun de vous rappeler la ligne de conduite tracée au clergé de l\u2019archidiocèse, en 1883, relativement aux quêtes ou souscriptions non approuvées.« Il nous arrive de temps en temps des demandes de souscriptions pour les bonnes œuvres en dehors du diocèse et quelquefois même pour d\u2019autres pays.Je vous donne pour règle générale .de ne point favoriser ces souscriptions, à moins qu\u2019elles n'aient été approuvées, par écrit par votre Ordinaire, car il est arrivé plus d\u2019une fois qu\u2019on a été trompé.» IV Vous voudrez bien vous rappeler que c\u2019est pendant le carême que doit être faite la quête pour les sourds-muets.S\u2019il est une œuvre diocésaine qui mérite d\u2019être soutenue, c\u2019est bien celle-là, et je vous engage à la recommander le plus fortement possible à vos charitables paroissiens.Agréez, Monsieur, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.-J- L.N., Arch, de Gyrène, Coadjuteur de S.E.le cardinal Taschereau.« \u2014 (N°224) CIRCULAIRE AU CLERGÉ * J Archevêché de Québec, 1\t10 mars 1894.IL Visite, pastorale^ II.Traité dogmatique.Ile cxeatiane de.M, l\u2019abbé.L.A.PâqueL.Monsieur, T Vousj recevrez avec, la présente, l\u2019itinéraire de la visite pour 1894.Dans son premier Concile provincial, saint Charles Borromée met la visite: pastorale au premier rang des devoirs du ministère de l\u2019évêque et des moyens nécessaires au salut du peuple : «inter episcopalis officii muni a, præcipua est, cl ad salulcm grcgis maxime necessaria,.visilalio.» Le saint Concile de Trente (1) en fait une obligation rigoureuse et.en indique le but.dans les termes suivants : «\u2022.sanam ortJiodoxamque doctrinam.induce re, bonos mores tueri, pravos- que corrigerez popnïum cohortalionibuseladmonilionibus ad reli* gianem, paeem innocentiamque accendere ; cœtera, prout locus, tempus et occasio feret, ex visitanlium prudentia, ad Medium frucr tum consliluere.» (1) Sess.XXIV, cap.3 de Reform. Mais pour atteindre ce but de la visite pastorale, il faut préparer votre peuple à en recueillir les fruits.Le Souverain Pontife accorde, en cette solennelle circonstance, une indulgence plénière aux fidèles, aux conditions ordinaires de la confession, delà communion et d\u2019une prière à son intention: faites en sorte que tous vos paroissiens profitent de cette grande grâce.L\u2019empressement que nos populations, si profondément religieuses, mettent d'ordinaire à s\u2019approcher alors du tribunal de la pénitence et de la sainte table, leur assiduité aux divers offices de l\u2019église, le respect avec lequel ils reçoivent les conseils de l\u2019évêque, le désir sincère qu\u2019i-ls manifestent de mener une vie plus parfaite et d\u2019accroite leur fortune spirituelle, ont toujours été\u2019pour notre vénéré Cardinal-Archevêque, comme pour moi, un sujet de grande satisfaction et ont répandu dans nos âmes celte joie sereine qui fait oublier les fatigues pour ne songer qu\u2019au bien produit.C\u2019est dans ces circonstances que se révèlent au grand jour les sentiments de foi vive qui sont-gravés dans le cœur de notre excellent peuple, sentiments que les grâces abondantes de la visite rendent encore plus vivaces et plus pratiques.Dans nos campagnes, la visite pastorale revêt, pour ainsi dire, le caractère d\u2019une grande retraite ; elle est, pour les pécheurs, l\u2019occasion d\u2019un retour sincère au bon Dieu ; elle donne aux âmes justes une nouvelle impulsion dans la vertu, à tous un regain de zèle et de bonne volonté dans l\u2019accomplissement des devoirs du vrai chrétien.Je tiens beaucoup à ce que la visite conserve ce précieux cachet de religion profonde, de retour sur soi-même, et à ce qu\u2019elle contribue à fortifier le respect pour l\u2019autorité et à cimenter l\u2019union intime qui doit exister entre le pasteur et le troupeau.Travaillons à imiter le Prince des pasteurs, celui qui a pu dire avec une vérité infinie : « Ego sum paslor bonus, et cognosco oves mcas et cognoscunt me mcæ.Et animam me dm pono pro ovibus meis.El alias oves habco quæ non sunt ex hoc ovili: et illas opor-lel me adducerc, et vocem mcam audicnt, et fict unum ovile et.unus paslor.» (1 ) \u2014 99 \u2014 t L\u2019objet principal de la visite pastorale de l\u2019évêque n\u2019est donc pas d\u2019administrer le sacrement de confirmation, auquel cependant vous devez préparer les enfants avec grand soin, mais, comme le veut le Concile de Trente, de maintenir l\u2019intégrité de la foi, de propager les bonnes mœurs, de corriger les abus, d\u2019affermir le peuple dans la pratique de la religion, dans la paix, dans l\u2019innocence de la vie.\u2014 L\u2019expérience m\u2019a démontré que les fruits d\u2019une visite bien préparée par le curé et faite avec grand zèle par l\u2019évêque sont inappréciables : cherchons à les réaliser aussi parfaitement que possible.Damandons à Notre Seigneur que la visite que je ferai encore cette année, au nom de notre Éminentissime Cardinal, tourne à la gloire du Très-Haut, à l\u2019avantage de l\u2019archidiocèse et au salut des âmes.II Monsieur l\u2019abbé L.-A.Paquet, Docteur en théologie et profes-fesseur de dogme à l\u2019Université Laval, vient de publier un excellent traité de théologie dogmatique De crealionc.Je ne saurais trop vous recommander l\u2019étude de cet ouvrage, qui est fait avec un soin minutieux, d\u2019après la doctrine du Docteur Angélique, saint Thomas d\u2019Aquin, et qui est d\u2019une clarté remarquable.L\u2019auteur, avec grande raison, n\u2019a pas négligé d\u2019aborder les questions plus modernes de l\u2019hypnotisme et du transformisme, qui se rattachent au traité de la création, et il l\u2019a fait avec un grand sens théologique.Mon vœu le plus ardent, c\u2019est que les autres traités de dogme viennent successivement s\u2019ajouter à ce premier et nous donnent enfin, grâce au travail assidu du savant professeur, une excellente Theologia Qucbecensis.Laissez-moi vous faire la recommandation de saint François de Sales à son clergé: «Je vous conjure, mes très chers Frères, de vaquer sérieusement à l\u2019étude; car la science à un prêtre, c\u2019est le huitième sacrement de la hiérarchie de l\u2019Église.» Agréez, Monsieur, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.\u2022j- L.N., Arch, de Cyrène, Coadjuteur {Ig S.É-\tcard.,T.aschereau.\u2022 ': u 1 ' f > i > ê>j > \u201d \u201d\u201d\t> ?>u,ù;v\\y 3 > )''')) > 3i )\t) \", 5\t3 y y > 35 > y > ^\t, 3 3 i\t, y o S 3 > ) 3 J > 3 > 3 y y î .< < ) \u2014 lot \u2014 (No 225) LETTRE PASTORALE DE NOS SEIGNEURS LES ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DES PROVINCES ECCLÉSIASTIQUES DE QUÉBEC, DE MONTRÉAL, ET D\u2019OTTAWA, SUR L\u2019ÉDUCATION.NOUS, PAR LA GRACE DE DlEU ET DU SlÈGE APOSTOLIQUE, Archevêques et Évêques des Provinces Ecclésiastiques de Québec, de Montréal et d\u2019Ottawa, 6 Au Clergé Séculier cl Régulier et à tous les Fidèles de Nos diocèses respectifs, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.ilb Nos Très Chers Frères, iiov Notre siècle se proclame avec fierté le siècle des lumières ; il vante la douceur de ses mœurs, l\u2019éclat de sa civilisation ; il exalte ses progrès qui semblent jeter dans l\u2019ombre toutes les merveilles du passé.Nous ne voulons pas certes lui contester ce qui fait justement son principal titre de gloire ; Nous Nous plàiP sons même à reconnaître que, au point de vue matériel, dans le1 domaine des sciences naturelles, de l\u2019industrie, de la mécanique, il a réellement fait des pas de géant et acquis des droits à notre admiration.J.'V'- d !1 Cependant les observateurs judicieux, ceux qui ne se laissent pas éblouir par un mirage trompeur, mais qui étudient à fond la marche des sociétés, constatent et déplorent, au milieu des splendeurs de notre âge, l\u2019abaissement des caractères, la corruption des mœurs, la soif insatiable du bien-être et des jouissances,; 7\t.\t.\t,\t.\t,\t\" IlU'llcUIm uD une recrudescence d\u2019insubordination vis-a-vis de toutes les auto- \u2014 102 \u2014 rites, dans la famille, dans l\u2019État, dans l\u2019Église.Nous voudrions pouvoir proclamer ici que notre pays a échappé complètement au courant d\u2019idées malsaines qui désolent la plupart des contrées de l\u2019Europe ; malheureusement bien des symptômes alarmants, bien des faits qui se déroulent encore sous nos yeux, nous prouvent que ces idées subversives ont fait, depuis quelque temps, leur apparition au milieu de nous.Pourquoi donc sommes-nous obligés de reconnaître, à côté d\u2019un incontestable progrès matériel, une certaine déchéance au point de vue spirituel et moral ?Gomment expliquer cette espèce d\u2019opposition, ou plutôt cette progression ascendante d\u2019un côté et descendante de l\u2019autre ?Ah ! c\u2019est que, dans l\u2019Ancien Monde encore plus que dans le Nouveau, les saines croyances religieuses, minées peu à peu par une presse hostile ou par une société dépravée, vont s\u2019affaiblissant dans les esprits; c\u2019est que la tolérance de l\u2019erreur et du vice devient cle plus en plus grande, c\u2019est que l\u2019ignorance religieuse est souvent très profonde, c\u2019est que les mœurs s\u2019altèrent au contact de mille éléments de corruption, c\u2019est qu\u2019on ne reconnaît plus autant aux diverses autorités l\u2019origine surnaturelle et divine qui seule peut les rendre dignes de notre respect et de notre soumission.La cause de cette déchéance, Nous la trouvons en grande partie, pour ce qui concerne notre pays, dans la mauvaise éducation de la famille : les enfants ne sont plus élevés suffisamment dans l\u2019obéissance, dans l\u2019amour du devoir, dans la fuite des occasions dangereuses, dans la pratique des principes de l\u2019Évangile.C\u2019est pourquoi, voulant conjurer autant que possible les dangers qui menacent notre peuple, et appliquer un remède efficace au mal dont nous souffrons déjà trop et qui alarme à juste titre les bons catholiques, Nous venons aujourd\u2019hui, Nos Très Chers Frères, vous entretenir de l\u2019éducation chrétienne de la jeunesse au sein de la famille d'abord, et ensuite dans les écoles.Les devoirs réciproques des pasteurs et des fidèles, les dangers que font courir à la foi et aux mœurs les mauvaises lectures, les funestes divisions que des ennemis de l\u2019Église tentent de semer au milieu de nous pour amoindrir nos forces et saper nos croyances : voilà autant de questions fondamentales qui ne seront qu\u2019effleurées ici, mais \u2014 108 \u2014 qui pourraient être plus tard traitées avec beaucoup plus de détails.Ce sujet de l\u2019éducation, Nos Très Chers Frères, n\u2019est pas de ceux qui n\u2019ont qu\u2019une importance relative, temporaire, et dont un bon citoyen peut se désintéresser sans inconvénient ; il est, au contraire, d\u2019un intérêt capital et constant pour toutes les classes de la société.Les parents, à qui Dieu a donné des enfants, et qu\u2019il a revêtus de son autorité pour les bien élever; les pasteurs chargés d\u2019enseigner et de faire observer exactement la loi divine; les chefs de l\u2019État qui ont à seconder avec intelligence et efficacité les parents et les pasteurs; les éducateurs de l\u2019enfance qui reçoivent la mission de compléter dans les écoles l\u2019œuvre des parents : tous ceux qui aiment l\u2019Église et la patrie ont à cœur de voir se donner partout une éducation saine, propre à former d\u2019excellents chrétiens, des citoyens intègres, vertueux, instruits, dévoués à leur pays.I ÉDUCATION DANS LA FAMILLE Saint Grégoire de Nazianze, dans un langage admirable (1), nous représente l\u2019homme créé par Dieu et pour Dieu, comme le lien nécessaire de tous les êtres corporels, comme leur fin immédiate; c\u2019est par lui qu\u2019ils doivent retourner à Dieu, leur principe, comme c\u2019est pour lui qu\u2019ils ont été faits.Il appelle l\u2019homme l\u2019abrégé de l\u2019univers, un ange d\u2019un ordre nouveau qui tient au ciel et à la terre, un pontife placé entre les choses visibles et invisibles, le roi du monde corporel, roi qui n\u2019a au-dessus de lui que Dieu seul.Par son corps, par son esprit, par-son cœur, l\u2019homme est le résumé de toute la création et il possède en lui même une triple vie physique, intellectuelle et morale, que l\u2019éducation bien entendue a pour mission de développer.La nature elle-même, Nos Très Chers Frères, commande et inspire aux parents le soin d\u2019élever leurs enfants, de leur donner I\u2019éducation physique.La mère connaît la faiblesse corporelle du (1) Orat.XXXVIII et XLIII. 104 \u2014 petit être à qui elle a donné le jour; elle lui prodigue les trésors de son affection, elle veille sur lui avec une sollicitude constante, infatigable, elle guide ses premiers pas, elle lui fait bégayer ses premières paroles, elle n\u2019épargne rien pour développer ses forces, pour affermir sa santé ; le père prend une part active et directe à cette formation par son travail et par le prestige de son autorité plus grande; spectacle merveilleux qui met bien en relief les lois si pleines de sagesse que le Créateur a gravées dans le cœur des parents ! L\u2019éducation corporelle ne suffit pas cependant à la créature raisonnable.L\u2019enfant a une âme créée à\u2018l\u2019image et à la ressemblance de Dieu, mais elle a été viciée par le péché originel; il a des germes d\u2019intelligence, mais ce sont comme des étincelles cachées dans la pierre; son cœur, semblable au morceau d\u2019or natif, est encore recouvert- de matières brutes ; son imagination, sa mémoire, sa volonté demandent une culture intelligente ; son caractère, quelque heureux qu\u2019il puisse être, a besoin d\u2019etre assoupli et de recevoir, par une direction prudente et ferme, le poli et le brillant qui sont les fruits d\u2019une éducation soignée.Il faut donner à cette âme l\u2019éducation intellectuelle et morale ; si elle lui est refusée ou si elle ne lui est octroyée qu\u2019avec une espèce de parcimonie et d\u2019une manière incomplète, elle demeurera dans son ignorance première, elle gardera tous ses défauts, elle deviendra souvent le réceptacle de tous les vices, elle ne produira jamais cette efflorescence de vertus qui caractérisent le vrai chrétien.L\u2019expérience des siècles est là pour démontrer que le manque d\u2019éducation morale entraîne avec lui la dépravation des individus, la honte et la ruine des familles, le dépérissement continu et la chute des Etats.Pour produire de salutaires effets, l\u2019éducation doit être chrétienne, c\u2019est-à-dire que la doctrine de salut enseignée par Notre Seigneur Jésus-Christ aux hommes doit en être la base.Élever chrétiennement un enfant, c\u2019est développer ses facultés intellectuelles et morales d\u2019après les principes de la raison et de la foi, en dirigeant ses pensées et ses affections vers le but assigné à son existence en ce monde et vers la fin dernière pour laquelle il a été créé.Les parents, éducateurs de leur famille, remplissent une mission sublime, mais fort difficile ; ils méconnaîtraient la 105 \u2014 grandeur, la noblesse de leur tâche s\u2019ils procédaient au hasard, sans règle fixe ; la lumière d\u2019en haut leur est nécessaire ; il leur faut, pour guider leur marche, la boussole divine de la vérité révélée.Ils doivent travailler non seulement à développer les forces physiques de l\u2019enfant et à orner son esprit de connaissances utiles, mais encore et surtout à faire régner Jésus-Christ dans son âme, à le former sur ce parfait modèle, à lui faire reproduire dans sa conduite les vertus du Sauveur.N\u2019est-il pas nécessaire, en effet, que l\u2019homme créé à.l\u2019image de Dieu, par les facultés qui lui ont été octroyées, en devienne la ressemblance aussi exacte que possible par sa vie morale ?N\u2019est-ce pas à cette imitation que nous invite Notre Seigneur, lorsqu\u2019il nous dit : «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (2) ?» Des parents chrétiens pourraient-ils oublier que Dieu leur a donné dans son Divin Fils l\u2019idéal sensible de la vie morale, le type accompli de toutes les vertus qu\u2019ils doivent pratiquer eux-mêmes et faire pratiquer au sein de leur famille ?Il est essentiel d\u2019initier l\u2019enfant, encore jeune, à la connaissance de ses devoirs envers Dieu, envers ses semblables, envers lui-même, ainsi qu\u2019aux vérités dogmatiques sur lesquelles repose la loi morale.Mais ce n\u2019est pas tout : il faut former sa volonté, la diriger dans ses actes, l\u2019habituer à respecter les dictées de la conscience et à s\u2019éclairer des lumières que l\u2019intelligence a reçues de la nature et de l\u2019éducation chrétienne.Cette œuvre de formation doit commencer dès I\u2019age le plus tendre.En effet, les actes matériellement bons ou mauvais du petit enfant engendrent avec le temps des habitudes de même nature, et si ces habitudes sont pernicieuses, il faudra nécessairement les réprimer.Qui pourrait dire les inquiétudes, les ennuis de tout genre, les tourments qu\u2019en éprouveront alors les parents ! que de larmes elles feront verser aux malheureux enfants! Il est donc important de les accoutumer tout jeunes à remplir fidèlement leurs devoirs.La pratique de la vertu leur deviendra ainsi plus facile; elle sera leur plus bel ornement, leur gloire la plus pure, comme aussi l\u2019élément le plus précieux de leur bonheur.L\u2019éducation qu\u2019on donne dans un grand nombre de nos fa-(2) Matth.V,.48. \u2014 106 \u2014 milles, surtout dans les villes, est viciée par le défaut d\u2019autorité chez les parents, par une mollesse excessive qui accorde tout, qui cède tout aux caprices de l\u2019enfant, qui ne s\u2019applique qu\u2019à lui éviter les plus légers sacrifices, les moindres contrariétés et qui en fait inévitablement l\u2019esclave de mille prétendus besoins.Dans bien des cas, on pourrait dire en toute vérité que ce ne sont pas les parents qui élèvent leurs enfants, mais les enfants qui s\u2019élèvent eux-mêmes au gré de leurs inclinations.On a grandement tort: ce qui paraît être de prime abord un acte de bonté est réellement un acte de faiblesse coupable, un acte de cruauté.Nous ne saurions trop vous recommander, Nos Très Chers Frères, de former de bonne heure vos enfants à I\u2019obéissance ; qu\u2019ils respectent toujours votre volonté ; qu\u2019ils sachent que vous avez la main assez ferme pour réprimer leurs caprices.Si, tout en subvenant à leurs besoins, à leurs légitimes demandes, vous vous faites une règle inviolable de résister à ce qui n\u2019est que sensualité, indolence, mollesse, désobéissance, vous aurez bientôt redressé les premiers écarts de la nature, vous aurez commencé sagement leur éducation.Dès qu\u2019ils sont capables de comprendre vos ordres, dès qu\u2019ils sont en état de les saisir dans vos gestes, dans le ton de votre voix, commandez-leur avec gravité et faites-vous obéir.Défiez-vous de vous-mêmes, craignez pardessus tout les faiblesses dangereuses qu\u2019engendre une trop grande affection ; ne vous aveuglez pas sur les talents, sur les qualités extérieures, sur l\u2019intelligence, sur le mérite de vos enfants; cette disposition d\u2019esprit vous les ferait conduire aux abîmes.Ne révoquez jamais un ordre que vous leur avez donné avec réflexion ; ne revenez pas par inconstance sur un refus que la raison vous a dicté.Que leurs prières, que leurs caresses vous trouvent inflexibles, et ne tolérez chez eux ni les murmures, ni la mauvaise humeur.Que votre autorité soit empreinte de fermeté et de douceur ; qu\u2019elle s\u2019exerce sans déviation, sans soubresauts, avec un grand esprit de justice tempéré par une affection raisonnable et bien entendue.La mère de famille surtout doit mettre en pratique ces salutaires conseils; elle ne saurait prendre trop tôt sur l\u2019esprit de ses enfants cet ascendant dont elle aura tant besoin plus tard pour 107 \u2014- se faire obéir.Que fera une mère sans autorité, elle, la gardienne assidue du foyer, elle, la première éducatrice de la famille, elle, presque toujours seule au milieu de ses enfants ! Si elle n\u2019a pas le secret de s\u2019en faire obéir, ils deviendront de plus en plus turbulents, raisonneurs, insubordonnés : ils feront son désespoir, et il ne lui restera qu\u2019à contempler, dans une profonde affliction, l\u2019anarchie qui règne autour d\u2019elle.Vos enfants ont grandi, parents chrétiens, dans la soumission, dans la fidélité au devoir ; vous avez réprimé les mauvais penchants de leur nature ; vous avez suivi d\u2019un regard affectueux et vigilant cette première formation ; ils ont atteint l\u2019âge de 1\u2019adolescence.N\u2019abdiquez pas encore votre autorité sur eux ; conservez-la soigneusement : ils en auront un immense besoin pour se préserver des graves dangers qui les attendent dans ce second âge de la vie.Ils vous obéiront, ils vous respecteront comme auparavant, si vous vous respectez mutuellement et si vous ne cessez jamais de leur donner l\u2019exemple de toutes les vertus.Que le père et la mère ne se contredisent jamais l\u2019un l\u2019autre dans l\u2019exercice de leur autorité ; I\u2019unité d\u2019action est absolument nécessaire à son efficacité.Vos divergences d\u2019opinion, s\u2019il en existe entre vous, sur la manière d\u2019élever vos enfants, sur les corrections à leur infliger, sur les faveurs à leur accorder ou à leur refuser, ne doivent jamais se manifester en leur présence : s\u2019abandonner, sous leurs yeux, à des reproches violents, blâmer, censurer avec amertune les punitions que le père ou la mère a cru devoir infliger\u2019 prendre ouvertement parti pour l\u2019enfant qui a été châtié, c\u2019est faire un acte de démence, c\u2019est se rendre gravement coupable, c\u2019est ruiner volontairement l\u2019autorité dont Dieu a revêtu les parents, c\u2019est abdiquer pratiquement la direction des enfants, c\u2019est les encourager à l\u2019insubordination.Si vous êtes parfaitement unis, si votre conduite est chrétienne, à l\u2019abri de tout reproche, si vous n\u2019êtes ni faibles, ni tracassiers, ni soupçonneux, vous posséderez toute leur confiance ; votre fermeté les contiendra dans le devoir et le leur fera chérir ; votre esprit de justice, joint à une bonté affectueuse, vous gagnera leur cœur.Aimez beaucoup vos enfants ; mais aimez-les également, aimez-les avec dignité ; gardez vis-à-vis d\u2019eux une sage et prudente 108 \u2014 réserve ; ne descendez jamais avec eux jusqu\u2019à la familiarité : elle nuirait au respect et à la confiance dont ils doivent vous entourer.Arrivés meme à Page de la jeunesse, à cette saison des tempêtes si tristement féconde en naufrages, vos enfants, ainsi élevés chrétiennement, habitués à une direction ferme et suivie, ne songeront guère à s'émanciper.Ils ne fuiront pas votre compagnie ; ils aimeront, au contraire, à demeurer auprès de vous, parce qu\u2019ils trouveront sous le toit paternel plus de bonheur véritable que dans les réunions mondaines.D\u2019ailleurs vous conservez encore le droit d\u2019être obéis; vous ne pouvez pas même y renoncer, parce que vous ne pouvez pas vous soustraire au devoir de gouverner votre famille.Mais ne l\u2019oubliez pas, Nos Très Chers Frères, si vous avez le droit et le devoir de faire respecter votre autorité, parce qu\u2019elle vient de Dieu, vous n\u2019êtes pas moins obligés de faire respecter l\u2019autorité de Dieu même, d\u2019établir et de maintenir son règne parmi ceux qui vous sont unis étroitement par les liens du sang.Vous êtes chrétiens; vous adressez tous les jours à Dieu vos humbles supplications ; vous avez enseigné à vos enfants à connaître et à prier Notre Seigneur et Père qui règne dans les deux et qui veut regner dans nos âmes par sa grace, vous leur avez appris la grandeur, l\u2019étendue de léurs devoirs envers Dieu : il \u2022\t,\t,r\t, vous reste encore a les leur faire pratiquer.Vous leur avez montré le but assigné par la divine Providence à leur vietèrres- -il ivAoii im r îrroirrd ce, eien eJ mm efjqiJmHa oiy/lTorGrR tre.jen meme temps que les recompenses ou les châtiments de la \u2022 vl t \u2022 i\tjjtbq.Inomd-iovim.fwbnsjmTies vie future: dirigez-les sans cesse vers ce but supreme, tournez leurs pensees, leurs désirs, leurs affections vers cette fin dermere.Dès leurs plus tendres années, faites-les prier Dieu tous les jours; conduisez-les a l eglise ; exphquez leur le sens des tou- chantes ceremonies qui se déroulent sous leursveux.Plus tard, ou ncun r .onnoiioTifoJe sJ uh«o % toy ja ^siruj jriom mcnez-les avez vous au tribunal de la penitence, au banquet xrjofinoQquoa ur .g'ioiaaEomJ in .aslaici m-ebJoji enpv.K MjTaaa eucharistique, a la messe et aux instructions paroissiales.Faites de votre maison un sanctuaire ou tout respire la foi, la piete, l\u2019amour de Dieu, de son Église et des saints.Faites-vous inscrire avec vos enfants au nombre des membres de la pieuse Association de la Sainte Famille, si chaleureusement recommandée par Notre Saint Père le Pape Léon XIII ; faites toujours la prière - 109 \u2014 en famille et Dieu sera au milieu de vous, pour vous exaucer et vous bénir.Obligés plus tard de s\u2019éloigner de la maison paternelle, vos enfants emporteront avec eux et garderont toute leur vie la sainte habitude de faire régulièrement et religieusement leurs exercices de piété le matin et 'le soir.Ne permettez jamais, Nos Très Chers Frères, qu\u2019on tienne sous votre toit un langage peu chrétien, des conversations peu conformes à l\u2019esprit de l\u2019Évangile; que vos enfants entendent toute autre chose que des discours où l\u2019on s\u2019enthousiasme pour les biens périssables de la terre, pour les plaisirs du monde, pour les folies du luxe et pour la bonne chère.Bannissez à jamais de votre demeure ces entretiens dangereux, criminels, dans lesquels le prochain est odieusement maltraité, les prêtres du Seigneur vilipendés, les principes les plus sacrés méconnus, les questions les plus délicates traitées avec passion ; ne tolérez jamais chez vous les parules blasphématoires, les jurements, les chansons obscènes, les discours libres, contraires à la foi ou aux mœurs.Quel esprit religieux pourrait résister à d\u2019aussi pernicieux exemples?Peut on accorder le nom d\u2019éducation chrétienne à celle qui se donne dans des conditions aussi déplorables ?Évidemment non, car tous les principes fondamentaux de cette éducation y sont violés et méconnus.La correction est également nécessaire à la bonne formation de l\u2019enfant.S\u2019il a de fortes inclinations au mal, et que rien ne vienne enrayer leur marche progressive, il contractera des habitudes funestes qui ne feront que se fortifier avec l\u2019âge et finiront par causer sa perte étemelle.Même avec un heureux penchant au bien, comme il n\u2019est pas impeccable, il pourra lui arriver de faire tlés çhutes,.qt s\u2019il n\u2019y a personne pour le remettre dans la bonne voie, il se familiarisera avec le mal et son salutsera com- nmi ¦ .ni: -.eof uip on \u2022 e uGette correction, pour être efficace, doit être faite avec une \u2022 extrême prudence et de bonne heure, c\u2019est-à-dire avant que le mal ne se soit enraciné et ne soit devenu incurable.Ne corrigez jamais lorsque vous êtes sous l\u2019empire d\u2019une violente émotion vous seriez peut-être trop sévères, cruels, injustes ; vous ne feriez qu\u2019exaspérer votre enfant ; votre réprimande ne produirait aucun effet salutaire.Agissez toujours avec calme et sang-froid pqué \u2014110 \u2014 votre tendresse paternelle apparaisse comme un rayon de soleil au milieu môme de vos rigueurs.Les caractères diffèrent comme les talents et les qualités des individus ; si l\u2019on veut réussir à les améliorer, il faut absolument les connaître et les traiter diversement : sans cela, on risque de tout gâter, de tout compromettre.La correction corporelle est la moins efficace de toutes.Si un grand nombre de parents sont trop faibles, trop indulgents, il y en a d\u2019autres que leur excessive sévérité rend blâmables.Ils grondent, ils maltraitent pour des riens ; ils punissent d\u2019un égal châtiment une maladresse et une faute réelle, une désobéissance irréfléchie et une audacieuse insubordination ; iis ontpourle caractère doux, timide, qu\u2019une parole affectueuse ramènerait au devoir, les mômes rigueurs que pour le caractère insolent, opiniâtre, que les meilleures raisons ne sauraient faire fléchir.Cette manière de corriger est généralement funeste ; souvent elle étouffe toutes nobles sentiments, elle fait dévier du droit chemin, elle exass père, elle éteint dans les cœurs le respect et l\u2019amour filial.On conçoit facilement que l\u2019affection ne se concilie guère avec la terreur inspirée par les mauvais traitements.Cherchez à prévenir les fautes : cela vaut mieux que d\u2019avoir à les réprimer ensuite : on y réussit par une surveillance active, par les bons conseils, par des encouragements donnés à propos, par le stimulant des récompenses.Ces moyens naturels, unis à la grâce divine, sont généralement d\u2019une puissante efficacité.Ne permettez jamais à vos enfants de fréquenter des compagnies suspectes ou mauvaises.Que de jeunes gens qui donnaient les plus belles espérances au début de leur carrière, qui semblaient devoir être la joie de leur famille, l\u2019honneur de l\u2019Église, un rempart pour la société, et qui ont fait fausse route ! Au lieu d\u2019édifipr, ils n\u2019ont amoncelé quodes ruines sur leur passage ; leur existence a été malheureuse ; ils sont devenus l\u2019opprobre de ceux dont ils devaient être la gloire.Vertueux tout d\u2019abord, sincèrement religieux et honnêtes, ils ont eu le malheur de rencontrer sur le chemin de la vie un ami gâté, corrompu ; leurs habitudes de piété, de régularité parfaite les ont retenus quelque temps dans le sentier du devoir ; mais peu à peu ils se sont familiarisés avec le mal, avec les sarcasmes de l\u2019irréligion, avec \u2014 lil- ies souillures du vice : ils habitaient naguère les régions sereines de la vertu, la pureté de leur âme rayonnait sur leurs fronts et dans leurs regards ; ils sont descendus peu à peu jusqu\u2019au fond des abîmes, ils sont devenus aussi pervers qu\u2019ils étaient édifiants auparavant.Si les parents avaient eu l\u2019œil ouvert sur eux, s\u2019ils avaient suivi de près toutes leurs démarches, s\u2019ils les avaient tenus éloignés de ces dangereux amis, si leur autorité avait été assez puissante pour empêcher ces désastreuses relations, ils n\u2019auraient pas à verser tant de larmes sur un malheur devenu presque irrémédiable.La plus grande partie des jeunes gens qui font fausse route, commencent à se perdre dans les mauvaises compagnies, dans des liaisons trop familières, dans des rapports trop fréquents en dehors de la surveillance des parents, dans ces rassemblements pernicieux où Dieu est souvent oublié et où le démon fait son œuvre.Vos enfants deviendront semblables à ceux qu\u2019ils fréquentent ordinairement ; s\u2019ils ont pour amis des blasphémateurs, des débauchés, des habitués de cabarets, des ivrognes, ils contracteront peu à peu les vices de leurs compagnons; vous aurez à gémir de leurs égarements, mais le mal sera sans remède ; ils feront votre désespoir, votre déshonneur, en attendant qu\u2019ils fassent plus tard celui de leur femme et de leurs enfants.Veillez également sur les lectures que font vos enfants.Les mauvais livres, les mauvais journaux, des publications hostiles à notre foi, des romans licencieux, obscènes, commencent à se répandre dans nos villes, et jusque dans nos religieuses campagnes ; ces productions immorales, qui devraient être bannies de tout pays chrétien et dont les auteurs méritent les plus sévères châtiments, font ici, comme partout ailleurs, leur œuvre néfaste ; elles innoculent le virus qui cause inévitablement la mort des sociétés.Ces livres dangereux se vendent dans les convois de chemins de fer et sur les bateaux à vapeur ; des libraires, qui se disent catholiques, mais qui n\u2019en ont que le nom, étalent dans leurs vitrines des ouvrages dont le titre seul est une provocation au crime et un danger pour la morale publique.Que de jeunes personnes vont puiser dans ces lectures malsaines un poison mortel pour leur âme ! Elles cherchent une distraction, un passe-temps, la formation littéraire, et elles y * trouvent la ruine ou du moins un affaiblissement considérable de leur foi, une atteinte grave à la pureté de leur cœur.C\u2019est dans ces livres infâmes, dans ces impurs feuilletons de journaux, dans ces récits éhontés de tous les crimes les plus affreux, que de pauvres enfants vont se familiariser avec le vice, surexciter et souiller leur imagination, corrompre, leur cœur jusque-là innocent et pur, contracter des habitudes criminelles qu\u2019ils traîneront jusqu\u2019à la tombe.Et il y a des parents assez peu soucieux de leurs devoirs pour ne pas s\u2019occuper de ce que lisent leurs enfants ! Et il y a des libraires qui sont assez pervers pour faire venir de l\u2019Europe de ces publications immondes, romans et journaux, qui vont meme jusqu\u2019à les vendre au premier venu, aux jeunes filles, à des enfants de quatorze on quinze ans, et qui empoisonnent ainsi nos populations ! Véritables assassins des âmes, malfaiteurs publics, ils ne songent qu\u2019à acquérir une fortune périssable et ne rougissent pas de leur infâme négoce ! « Le mal de la presse est immense, disait naguère Léon XIII ; il faut en arrêter les ravages ; les ruines qu\u2019elle a accumulées sont visibles pour tout le monde: ruines intellectuelles de la foi perdue et de la raison obscurcie ; ruines morales du cœur corrompu ; ruines sociales du principe même de l\u2019autorité qui a -ombré et de la vraie liberté qui est détruite.» «Dans le domaine des idées, écrivait l\u2019illustre cardinal Pie, que voyons-nous?Lhi seul esprit médiocre peut, au moyen du journal, faire plus de mal dans une demi-heure que cent intelligences d\u2019élite ne sauraient en réparer dans un an.Embusquées dans le journal, l\u2019envie, la calomnie, la haine, la vengeance, l\u2019impiété, la luxure, lancent leurs traits empoisonnés sur les réputations les plus pures, sur les caractères les plus nobles, sur les institutions les plus respectables, sur les choses les plus saintes.Insinuations malveillantes, fails divers perfides, correspondances mensongères, articles diffamatoires, voilà les armes redoutables que le journal met à la disposition des méchants.» Les Pères du Quatrième Concile Provincial de Québec avaient déjà signalé le danger de ces mauvais journaux, «dont les éditeurs et les collaborateurs ont appris sur les genoux d\u2019une mère cbyp^ie.ixpe et sur les bancs d\u2019une école catholique, les dogmes et les prp.çeplejs.clq la sainte Église, et qui maintenant sont en - 113 \u2014 révolte contre elle.Ces hommes, ennemis de la vraie foi et oublieux de leur propre salut, insinuent continuellement dans leurs écrits l'indifférentisme.Ils louent facilement tout ce qui se fait en dehors de l\u2019Église catholique, ou meme contre elle.Ils répètent avec complaisance les calomnies de l\u2019hérésie et de l\u2019incrédulité, et trop souvent ils en inventent eux-mêmes.Ils se font les échos de toutes les accusations mensongères portées contre le clergé catholique ; mais ils n\u2019accueillent pas, ou dénaturent les défenses des accusés.Le silence affecté que ces hommes gardent dans bien des circonstances où un enfant de l\u2019Église ne peut se taire, trahit encore la tendance anti-religieuse des feuilles qu\u2019ils publient.» C\u2019est donc pour Nous un grave devoir de conscience de vous signaler ce danger de la mauvaise presse, comme c\u2019est une obligation pour vous, Nos Très Chers Frères,\u2014si vous voulez protéger la foi et les mœurs de votre famille,\u2014d\u2019interdire absolument sous votre toit, sans considération de partis politiques, la lecture des journaux et des revues soit ouvertement, soit hypocritement hostiles aux enseignements de la foi catholique ou au clergé, ainsi que celle des mauvais livres et des romans dangereux.Vous ne voudriez pas attenter à la vie corporelle de vos enfants, ni même préjudicier tant soit peu gravement à leur santé ; et n\u2019est-il pas mille fois plus important pour vous et pour eux de prendre soin de leur âme, de leur salut, de la conservation de leur vie surnaturelle?Le corps n\u2019est qu\u2019un peu de boue qui sera bientôt dans le tombeau ; mais l\u2019âme est spirituelle, immortelle, rachetée par le sang d\u2019un Dieu, elle est la partie la plus noble de nous-mêmes ; elle doit donc être protégée avec un soin minutieux contre les influences délétères d\u2019écrits empoisonnés.C\u2019est pourquoi vous devez établir un cordon sanitaire autour de votre maison et n\u2019y jamais laisser pénétrer aucun livre ou journal qui puisse exercer une pernicieuse influence au sein de votre famille.Les conseils que Nous venons de vous donner pour le bonheur de vos enfants, vous font assez comprendre notre désir de vous voir encourager les bons journaux, les revues sérieuses et orthodoxes, les ouvrages bien pensés et bien écrits.La bonne presse est un élément puissant pour la diffusion de la vérité ; elle est \u2014 114 \u2014 une grande force pour le bien ; elle combat l\u2019erreur et le vice, elle répand partout l\u2019amour du dévouement, le respect de l\u2019autorité religieuse et civile, les principes d\u2019ordre social, de justice, d\u2019honnêteté dans la vie publique comme dans la vie privée ; elle traite les adversaires avec charité, avec modération, avec impartialité ; elle évite la raillerie, le sarcasme, les accusations mal fondées : bref, elle est une lumière pour l\u2019intelligence, un aliment sain pour l\u2019âme.Vous ne devez donc pas ménager votre concours aux catholiques qui mettent leur science et leur talent littéraire au service de la vérité ; ils exercent une mission salutaire pour la société, ils sont des apôtres du bien auprès de vos enfants ; ceux qui, dans ces derniers temps, ont fait noblement leur devoir, et ont vaillamment combattu, ont droit aux encouragements et aux félicitations de tous les vrais enfants de l\u2019Église.Par votre exemple, encore plus que par vos paroles, Nos Très Chers Frères, inculquez sans cesse à vos enfants le respect le plus profond pour l\u2019autorité.Notre siècle est tourmenté par la fièvre de l\u2019indépendance, par le désir d\u2019une liberté mal entendue ; toutes les autorités lui sont à charge, il en secoue le joug et tombe dans un état voisin de l\u2019anarchie.L\u2019Europe ne réussit guère à contrôler ces peuples indociles ; elle est comme sur un volcan toujours en ébullition.Ces idées d\u2019insubordination se sont frayé un chemin jusqu\u2019à nous ; et nous avons eu tout récemment la profonde douleur de voir l\u2019autorité épiscopale méconnue dans l\u2019exercice d\u2019un de ses droits les plus inviolables, les plus sacrés : celui de protéger les fidèles contre le grave danger des mauvaises doctrines.L\u2019esprit du mal fait donc des progrès au milieu de nous ; il insinue perfidement des idées de révolte contre l\u2019autorité, il sème des défiances injustes, il travaille à briser les liens qui unissent les fidèles aux pasteurs, il s\u2019érige en juge de l\u2019Épiscopat et de ses enseignements, il répudie ses condamnations, il conteste ses droits, il cherche à détruire le règne de Dieu dans les âmes et dans la société.Le nombre de ces libres-penseurs, de ces faux-frères, de ces libertins de la presse est encore fort restreint; leur influence ne se fait guère sentir en dehors des grandes villes ; toutefois leurs idées malsaines, semblables à l\u2019eau qui s\u2019infiltre à travers les couches du sol, font peu à peu invasion dans les esprits et finiront, si nous n\u2019y faisons sérieusement attention, par exercer de terribles ravages.Ne manquez pas d\u2019élever vos enfants dans les idées d\u2019ordre, de justice, de respect pour toutes les autorités.Rappelez-leur en particulier que c\u2019est VEsprit-Saint qui a établi les Evêques pour gouverner l'Église de Dieu (3) ; que c\u2019est aux Apôtres et à leurs successeurs, les Évêques, que Jésus-Christ a dit :\t« Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre ; allez donc, enseignez toutes les nations, baplisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé, et voila que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (4) Celui qui vous écoute, m'écoute ; celui qui vous méprise, me méprise, et celui qui me méprise, méprise mon Père qui m'a envoyé (5).Si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit regardé comme un païen et un publicain (6).C\u2019est à l\u2019Évêque des Évêques, au Souverain Pontife, au successeur de saint Pierre qu\u2019a été confiée, avec le suprême pouvoir des clefs, la mission de paître tout le troupeau, de gouverner l\u2019Église universelle, de confirmer infailliblement ses frères dans la foi ; c\u2019est lui qui est la pierre fondamentale sur laquelle Jésus-Christ a bâti son Église et contre laquelle les portes de l\u2019enfer ne prévaudront jamais.Ces vérités ont besoin d'être gravées profondément dans l\u2019âme de vos enfants, afin qu\u2019elles soient la régie de leur conduite, le flambeau qui servira à éclairer leur marche.Rappelez-leur que l\u2019Évêque catholique est le chef et le père de son diocèse, le pasteur de ses ouailles, qu\u2019il est revêtu d\u2019un pouvoir divin, qu\u2019il a le droit de commander, de gouverner, d\u2019administrer et d\u2019être obéi ; que, semblable à la sentinelle qui veille sur les remparts, il doit avoir l\u2019œil toujours ouvert et signaler l\u2019approche de l\u2019ennemi.Faites-leur aimer la sainte Église, leur mère,et inspirez-leur une confiance inébranlable dans sa sage direction.Qu\u2019ils mettent en pratique toute leur vie ces belles paroles de saint Ignace martyr : Respectez tous l'Évêque comme Jésus-Christ.Que tous (3)\tAct.XX, 28.(4)\tMatth.XXVIII, 19, 20.(5)\tLuc X, 16.(6)\tMatth.XVIII, 17. 116 \u2014 obéissent à l'Évêque, comme Jésus-Christ à son Père.Que dans les choses ecclésiastiques personne ne fasse rien sans l'Evêque (7) ; et ces autres de saint Gyprien : Les schismes et les hérésies viennent de ce que l'Evêque qui préside seul à l'Eglise est méprisé par l'orgueilleuse présomption de plusieurs (8).II ÉDUCATION DANS L\u2019ÉCOLE Jusqu\u2019ici, Nos Très Chers Frères, Nous vous avons parlé de l\u2019éducation des enfants telle qu\u2019elle doit se faire au sein de la famille par les soins assidus de ceux que la nature a investis de ce droit auguste, et qui ne sauraient se soustraire à un si grave devoir sans se rendre coupables envers Dieu, envers eux-mêmes et envers la société.Mais, on le comprend sans peine, il est impossible, sauf de rares exceptions, que les parents, quelque instruits et dévoués qu\u2019on les suppose, accomplissent par eux-mêmes dans toute sa plénitude cette grande œuvre de l\u2019éducation ; mille soucis, mille distractions extérieures les en empêchent.Force leur est d'avoir recours, conformément aux décrets de Nos Conciles, à des auxiliaires choisis par eux, qui donneront en leur nom cette éducation foncièrement religieuse et morale que tout père doit à ses enfants.C\u2019est ici qu\u2019entre en scène l\u2019Église de Jésus-Christ, dont la mission essentiellement éducatrice et civilisatrice inspire une si haute confiance.Dans ce siècle d\u2019abaissement moral et de décadence religieuse, où les notions les plus claires et les plus essentielles s\u2019obscurcissent et s\u2019effacent si rapidement dans les esprits, Nous croyons opportun, Nos Très Chers Frères, de rappeler à votre mémoire les principes fondamentaux sur lesquels reposent les droits sacrés de l\u2019Église en matière d\u2019éducation, de signaler en même temps l\u2019influence bienfaisante de son action sur les âmes, comme aussi les moyens et les méthodes qu\u2019elle se plaît à mettre en œuvre pour mieux remplir sa mission d\u2019institutrice des chrétiens.(7)\tEp.ad Trallian, c.IL 3 j ad Smyrn.c.VIII.(8)\tEp.69 ad Florent. L\u2019Église, de par la volonté de son divin Fondateur, est un pouvoir essentiellement enseignant.Le droit d\u2019enseigner, que l\u2019Église possède d\u2019une manière exclusive et immédiate, quand il s\u2019agit d\u2019éducation religieuse et morale, elle l\u2019a aussi d\u2019une manière médiate, quand il s\u2019agit des sciences naturelles ou profanes.Établie en effet pour conduire l\u2019homme et la société vers leur fin dernière qui est le bonheur du ciel, l\u2019Église a le droit de prendre les moyens les plus aptes à la poursuite et à l\u2019obtention de cette fin.C\u2019est dire qu\u2019elle peut fonder, ouvrir elle-même des écoles, des foyers d\u2019enseignement, non seulement pour la formation de ses ministres et l\u2019étude des sciences divines, mais encore pour le bien commun des fidèles et l\u2019étude des sciences profanes.Car la vérité est une ; toutes les connaissances humaines s\u2019enchaînent les unes aux autres par des liens d\u2019étroite parenté, et le moyen le plus sûr, la méthode la plus efficace dont dispose l\u2019Église pour imprégner les esprits des saines notions religieuses qu\u2019elle est chargée de répandre, c\u2019est bien de prendre elle-même en main l\u2019œuvre générale de l\u2019éducation, de la confier à ses prêtres, à ses pieuses Congrégations d\u2019hommes et de femmes, à des personnes d\u2019une vertu éprouvée et d\u2019une science reconnue, et de mener ainsi de front, par un harmonieux développement, l\u2019instruction religieuse et l\u2019instruction purement civile.Quant-aux écoles qui se fondent par l\u2019initiative des parents et des particuliers,\u2014ou que l\u2019État lui-même établit, dans les circonstances qui nécessitent son action,\u2014c\u2019est le devoir de l\u2019Église d\u2019oxercer sur ces institutions une surveillance attentive, pour en proscrire un enseignement qui serait contraire à la doctrine catholique.Bien plus, l\u2019éducation religieuse et morale devant marcher de pair avec la culture intellectuelle, l\u2019autorité ecclésiastique peut et doit exiger qu\u2019aucun maître destiné à enseigner la doctrine chrétienne, ne soit choisi et nommé sans une ratification ou une approbation préalable de la part de ceux que Jésus-Christ a chargés de maintenir intact le dépôt sacré de la foi.Conformément à ces principes.Nos Très Chers Frères, et selon les dispositions de la loi civile elle-même, Nous voyons dans cette Province le Curé de chaque paroisse visiter, inspecter les écoles placées dans le rayon de sa juridiction.C\u2019est là une sau- 4\u2014 118 \u2014 * vegarde, mie garantie salutaire pour le bien et le progrès moral des enfants; et, certes, l\u2019Église Canadienne ne saurait trop se féliciter de pouvoir ainsi, par l\u2019entremise de ses ministres ; suivre \u2022d\u2019un œil maternel la formation première de ceux en qui réside l\u2019espoir de la religion et de la patrie.C\u2019est pour elle une joie légitime de voir fonctionner ici un système d\u2019éducation, qui, sans être absolument parfait et sans réunir peut-être toutes les conditions désirables, repose cependant sur une entente cordiale entre l\u2019autorité civile et l\u2019autorité ecclésiastique, et ménage à cette dernière, dans l\u2019approbation des maîtres et des méthodes, une part d\u2019influence propre à sauvegarder les intérêts sacrés de la famille, de la conscience et de la foi.Puisse cette influence grandir encore, au lieu de s\u2019affaiblir ! Que tous les vrais catholiques, au lieu d\u2019en paralyser l\u2019action, l\u2019étendent et la favorisent ! Et notre peuple n\u2019aura pas à se repentir d\u2019avoir aidé,en protégeant les droits augustes et inaliénables de l\u2019Église dans la formation des âmes, des intelligences et des cœurs, au maintien et à la diffusion de cet esprit chrétien, sans lequel les sociétés se corrompent et tombent en ruine.Ces droits sacrés de l\u2019Église, Nous avons le devoir et la volonté bien arrêtée de les conserver dans toute leur intégrité.Sans doute, Nos Très Chers Frères, dans une société mixte comme la nôtre, c\u2019est-à-dire composée d\u2019éléments religieux tout à fait disparates, il serait peut-être difficile d\u2019espérer qu\u2019on reconnaisse à l\u2019Église Romaine certaines prérogatives dont elle pourrait jouir en un pays exclusivement catholique.Mais une chose nous paraît claire et au-dessus de toute discussion: c\u2019est que, l\u2019Église Catholique, dont les origines sur ce continent remontent au berceau même de la civilisation américaine, et qui n\u2019a cessé depuis près de trois siècles, par ses apôtres et ses missionnaires, de promener sur toutes ces contrées le flambeau du christianisme, peut légitimement prétendre, sans se voir pour cela condamnée à porter le poids d\u2019une double charge scolaire, au droit, d\u2019élever les enfants qui lui sont confiés, dans la foi de leürs pères, et de donner à ces enfants une éducation conforme aux principes religieux qu\u2019ils professent.Il y a là, Nous le proclamons, une question de justice, d\u2019équité naturelle, de prudence et d\u2019économie sociale, intimement liée aux intérêts fondamentaux de ce pays.L\u2019épiscopat canadien n\u2019hésita jamais, on le sait, à prêcher en \u2014 119 \u2014 toutes circonstances la paix, la concorde, la confiance mutuelle, une sincère fidélité à la couronne britannique, et il entretient l\u2019espoir que, grâce à la sage et ferme intervention de nos législateurs, grâce aussi à la droiture et à l\u2019esprit de conciliation des divers éléments dont se compose la population du Canada, le malaise qui règne maintenant dans certaines provinces fera bientôt place à un sentiment de satisfaction générale.Après vous avoir rappelé, Nos Très Chers Frères, les droits sacrés et imprescriptibles de l\u2019Église dans l\u2019éducation de la jeunesse, Nous aurions jugé inutile de Nous attarder à faire ressortir l\u2019influence, l\u2019efficacité merveilleuse de son action sur les intelligences et les cœurs, si ce pouvoir et cette influence n\u2019avaient été de nos jours si souvent niés, dénaturés ou révoqués en doute.Comment nier, Nos Très Chers Frères, l\u2019influence de l\u2019Église en matière d\u2019éducation ?C\u2019est la religion qui donne à l\u2019éducation sa force, sa vertu et les lumières d\u2019une sage direction.A ne considérer la religion que dans le domaine des choses divines, n\u2019est-elle pas déjà par elle-même un puissant moyen de formation pour l\u2019enfance et la jeunesse ?Quelle influence n\u2019exerce-t-elle pas sur les diverses facultés de l\u2019âme par les vérités qu\u2019elle enseigne, par sa morale si belle et si pure, par les modèles de vertu qu\u2019elle propose, par les splendeurs de son culte, le chant de ses hymnes saintes et l\u2019auguste caractère de ses cérémonies ! L\u2019enfant grandit dans cette atmosphère de piété et de grâce ; il y puise graduellement, avec des notions de justice, de vertu et de devoir, un aliment qui nourrit son esprit, élève son caractère, pénètre et vivifie son cœur.C\u2019est beaucoup, mais ce n\u2019est pas tout L\u2019influence religieuse étend plus loin son action ; elle domine et embrasse en quelque sorte l\u2019œuvre entière de la formation de la jeunesse.C'est la religion, Nos Très Chers Frères, qui donne à vos enfants ces instituteurs et ces institutrices dont le savoir et la compétence ont pour garant les études assidues, les recherches longues et patientes auxquelles ils se livrent et par goût et par devoir.Leur vie est un exemple, leur habit-si ce sont des religieux\u2014une autorité qui commande l\u2019obéissance et impose le respect.C\u2019est la religion qui révèle, mieux que ne pourraient le faire toutes les sciences humaines, le prix, la valeur d\u2019une âme, la grandeur de ses des- \u2014 120 \u2014 tinées, l\u2019importance de ses progrès et de son développement.Aussi quels prodiges de dévouement et de zèle, de charité et de patience ne fait-elle pas accomplir cà l\u2019humble Frère, à la timide vierge, aux instituteurs et institutrices chrétiens de nos villes et de nos campagnes, qui voient dans l\u2019œuvre sacrée de l\u2019éducation de l\u2019enfance l\u2019exercice d\u2019un sublime apostolat! Il ne leur suffit pas de polir l\u2019esprit; c\u2019est à l\u2019âme entière qu\u2019ils s\u2019adressent en la formant et la façonnant à l\u2019image de son créateur.*en y jetant ces nobles semences de foi et de probité, de justice et d\u2019honneur chrétien dont l\u2019Église et la société recueilleront un jour les fruits.C\u2019est pour Nous un devoir et un bonheur de reconnaître ici les éminents services que rendent à nos populations des villes et des campagnes même les plus reculées, tant d\u2019institutrices et d\u2019instituteurs laïques vraiment catholiques, qui se dévouent à l\u2019instruction des enfants avec un zèle et une habileté dignes des plus grands éloges.Nous formons des vœux ardents pour que leurs travaux, à la fois si pénibles et si méritoires, soient mieux appréciés de tout le monde et plus généreusement rémunérés à l\u2019avenir.Nous n\u2019entreprendrons pas de démontrer dans le détail tout ce qu\u2019a fait le clergé, ce qu\u2019ont fait les Ordres Religieux, à l\u2019exemple de la Papauté elle-même, soit pour l\u2019avancement des sciences et des lettres, soit pour l\u2019instruction et l\u2019éducation des classes populaires.Cette thèse serait trop longue ; elle est de celles qui se confondent avec l\u2019histoire même des sociétés chrétiennes.Laissons plutôt la parole à Notre bien aimé Pontife Léon XIII, cet insigne promoteur des sciences divines et humaines, qui, dans un de ses immortels documents (9), retrace comme en un tableau les bienfaits innombrables de l\u2019action éducatrice de l\u2019Église.«Soucieuse d\u2019encourager tout ce qui est noble, tout ce qui est beau, tout ce qui est louable, l\u2019Église catholique, dit-il, pénétrée de l\u2019utilité des lettres humaines, n\u2019a jamais cessé d\u2019en promouvoir l\u2019étude dans la mesure convenable et de consacrer à cette œuvre une grande partie de ses soins.De fait, tous les Saints Pères étaient des hommes de lettres, autant que le comportait leur époque, et il en est même parmi eux dont le (9) Bref Plane quidem. \u2014 m.\u2014 talent et la culture ne le cèdent guère aux plus hautes célébrités grecques et romaines.àGlest à.l\u2019Église que le monde doit ce bien, fait inestimable : la conservation presque intégrale des ouvrages des anciens poètes, orateurs et historiens de la Grèce et de Rome.Et, chose bien connue, alors que par toute l\u2019Europe, les belles-lettres, abandonnées, négligées, ou en quelque sorte étouffées par le bruit des armes, allaient tomber dans l\u2019oubli, seuls, au milieu de cette bruyante barbarie, les moines et le clergé leur ouvrirent un asile.Dans la longuesérie des Souverains Pon- tifes, pourrait-on en trouver un seul qui n\u2019ait rendu quelque service à la cause des lettres?Grâce à leur sollicitude et à leur munificence, des écoles et des collèges ont surgi et ouvert leurs portes à la jeunesse studieuse ; des bibliothèques ont été fondées pour alimenter les études ; les Évêques, sur leurs demandes, ont créé dans leurs diocèses, des cercles littéraires ; les savants et les érudits ont été comblés de faveurs et encouragés dans leurs travaux par de glorieuses récompenses.» Ce n\u2019est pas seulement dans la sphère des hautes études et des sciences les plus élevées que l\u2019Église catholique a joué un rôle prépondérant ; son action dans l\u2019éducation populaire n\u2019a été ni moins visible, ni moins réelle, ni moins bienfaisante.N\u2019eut-elle fait qu\u2019apprendre aux peuples les doctrines de la foi, les préceptes de la morale et les devoirs de la vie, ce serait déjà une .oeuvre éminemment civilisatrice.Mais l\u2019histoire de toutes les époques nous la fait voir, en outre, se mêlant au mouvement général de la société, adoucissant les mœurs des barbares, organisant des écoles soit dans les évêchés et les cloîtres, soit dans les bourgs et les campagnes (10), créant même, pour répondre aux besoins d\u2019instruction plus nombreux et plus pressants de l\u2019époque moderne, d\u2019admirables congrégations d\u2019instituteurs et d\u2019institutrices spécialement chargées de répandre dans le peuple les notions les plus nécessaires au travail et au gouvernement de la vie.Cette influence de l\u2019Église sur l\u2019éducation nationale, et par suite sur le progrès social, est particulièrement visible et singulièrement remarquable dans les annales du peuple canadien.Qui pourrait l\u2019ignorer ?C\u2019est au zèle et à la charité des fils de (10) Rohrbacher, XI, 278; XVI, 53. saint François comme de ceux de saint Ignace, c\u2019est au dévouement sans bornes des filles de la Vénérable Mère Marie de l\u2019Incarnation comme de celles de la Vénérable Mère Marguerite Bourgeoys, c\u2019est à la science et aux vertus des disciples de M.Olier, comme aussi aux héritiers de la foi, du courage et du désintéressement du Vénérable François de Laval, que notre peuple doit sa formation première, cette forte éducation qui non seulement l\u2019a fait ce qu\u2019il est, c\u2019est-à-dire un peuple religieux et foncièrement chrétien, mais encore lui a conservé, par une instruction solide, éclairée et patriotique, sa langue, ses traditions, son amour des choses de l\u2019esprit, son attachement invincible à sa nationalité.Cette action bienfaisante et illumi-natrice de l\u2019Église n\u2019a fait que grandir avec le développement de notre société, grâce au concours puissant de congrégations religieuses d\u2019origine récente, et l\u2019on peut dire qu\u2019elle a été comme l\u2019arche tutélaire et directrice de nos destinées.Malheur à qui, par une erreur fatale ou une odieuse ingratitude, oserait aujourd\u2019hui y porter atteinte et lever sur ce palladium religieux et national une main téméraire ! C\u2019en serait fait de la gloire et de l\u2019avenir de notre race.Suivant la sage recommandation des Pères du Troisième Concile Provincial de Québec, ne permettez jamais à vos enfants de fréqenter «des institutions où l\u2019on met de côté les principes catholiques, si l\u2019on ne fait pas profession de les combattre, et où, par , conséquent, leur foi serait en péril.Le danger serait surtout imminent, si vous les placiez dans certaines maisons, qui, de l\u2019aveu de tout le monde, n\u2019ont été érigées que pour la perversion des catholiques.La prétendue charité qui leur ouvre de pareils asiles, où ils sont nourris, habillés et instruits gratuitement, n\u2019a d\u2019autre but que de leur ravir le don précieux de la foi.A quels jugements terribles s\u2019exposeraient les parents cou* pables qui y enverraient leurs enfants et qui oublieraient jusqu\u2019à ce point leur devoir envers ceux dont le salut éternel doit leur être si cher.» 4 Il en est, Nos Très Chers Frè:es, qui, sans nier les droits de l\u2019Église en matière d\u2019éduea lion, sans non plus méconnaître l\u2019efïi-çacité de son action, au moins dans le passé, lui reprochent cependant de ne pas savoir adapter ses méthodes aux besoins des \u2014 123 temps actuels, de marcher avec trop de persistance dans les sentiers battus, et de ne pas tenir compte des progrès du siècle.Ces reproches peuvent être inspirés par de bonnes intentions, mais à coup sûr on ne saurait y trouver l\u2019écho d\u2019idées saines et judicieuses sur la nature propre et le caractère de l\u2019éducation.L\u2019éducation, Nos Très Chers Frères, dans l\u2019acception la plus étendue de ce terme, peut être physique et morale : physique, en tant qu\u2019elle concerne l\u2019état et les conditions du corps ; morale, en tant qu\u2019elle regarde l\u2019âme.Sans doute, il est nécessaire pour la formation de l\u2019homme que le corps reçoive tous les soins que requiert cette partie essentielle de notre nature.Des exercices et des jeux, propres à développer les forces musculaires, à entretenir la santé et à activer la vie, sont de mise dans une école ou un collège sagement dirigé.Mais il 11e faudrait pas pour cela tomber dans l\u2019excès de ceux qui semblent faire consister la partie principale d\u2019un bon système d\u2019éducation dans l\u2019art gymnastique et les succès athlétiques.Autant l\u2019esprit l\u2019emporte sur le corps, autant l\u2019éducation intellectuelle et morale l'emporte sur l\u2019éducation purement physique.Néanmoins, tout en ne cherchant pas à former des athlètes, il nous faut donner à la patrie des hommes qui soient à la fois forts et sains, en même temps qu\u2019instruits, vertueux, capables de soutenir les luttes de la vie.Or, pour bien former l\u2019homme et le conduire, s\u2019il estabesoin, par différentes étapes jusqu\u2019aux sommets de l\u2019instruction supérieure, il importe tout d\u2019abord d\u2019asseoir sur une base solide l\u2019édifice de ses connaissances.Cette base, c\u2019est l\u2019instruction primaire dispensée indistinctement à tous les enfants, parce que tous, à quelque état de vie que la Providence les destine, peuvent avoir besoin, surtout dans les conditions économiques de l\u2019âge moderne, des premiers éléments des connaissances humaines.C\u2019est pourquoi, Nos Très Chers Frères, Nous ne saurions trop vous exhorter à prendre tous les moyens et à faire tous les sacrifices possibles pour assurer à vos enfants cette première éducation qui peut leur être si utile et pour laquelle ils vous garderont une éternelle reconnaissance.«Sans doute, écrivaient les Pères du Quatrième Concile de Québec, vous n\u2019êtes pas tenus à ce qui serait au-dessus de vos moyens; mais prenez \u2014124 \u2014 # garde d\u2019exagérer à vos veux votre propre indigence, et d\u2019avoir un jour, mais trop tard, à gémir sur la négligence d\u2019un devoir aussi important que celui de l\u2019instruction de vos enfants.» Nous considérons que c\u2019est pour les parents une obligation essentielle qu\u2019ils doivent avoir à cœur de remplir.D\u2019autre part, Nous engageons les instituteurs et institutrices à déployer dans les humbles mais importantes fonctions de leur art, ou plutôt de leur ministère, cette constance et ce dévouement que la société .-attend de leur zèle.Donner à l\u2019instruction religieuse la première place, inculquer aux enfants les idées d\u2019obéissance, de devoir, de travail, d\u2019honneur chrétien, de répulsion pour le vice, ne pas surcharger leur mémoire et leur intelligence encore faibles par une trop grande multiplicité de matières : voilà ce qu\u2019il faut ne jamais perdre de vue dans cette œuvre capitale.Parmi les enfants qui sortent de l\u2019école primaire, les uns (et c\u2019est le grand nombre) s\u2019en vont de suite grossir l\u2019armée des travailleurs.D\u2019autres prennent le chemin de l\u2019école spéciale, consacrée à la science de l\u2019industrie ou du commerce ; d\u2019autres enfin, appelés par Dieu à une plus haute mission sociale, viennent se ranger sur les bancs du collège classique.Dans laypensée de l\u2019Église, Nos Très Chers Frères, le collège classique n\u2019est donc pas une institution destinée à former des spécialistes pour telle ou telle branche particulière de l\u2019activité humaine.Non, c\u2019est une maison d\u2019un caractère plus général, un établissement qui a pour but de donner au jeune homme, futur ministre de l\u2019Évangile ou futur membre des classes dirigeantes de la société, cette formation élevée de l\u2019intelligence et du cœur, ^laquelle se surajoutent les études professionnelles et sur laquelle celles-ci reposent comme sur leur fondement naturel.Pour cela, sans exclure l\u2019enseignement des matières qu\u2019on est convenu d\u2019appeler pratiques et qui appartiennent plutôt soit à l'école primaire, soit à l\u2019école spéciale, l\u2019Église veut surtout qu\u2019on y développe l\u2019esprit des jeunes gens par l\u2019étude des langues et des modèles classiques, qui, d\u2019après une expérience répétée de plusieurs siècles, sont et seront toujours les instruments les plus efficaces de la formation intellectuelle.Non seulement, en effet, le commerce des auteurs anciens fait passer sous nos yeux ce que le génie littéraire a produit de plus magnifique dans le do- - 125 \u2014 4 maine du beau et du vrai, mais encore l\u2019analyse et l\u2019étude de leurs ouvrages, tout en développant les facultés de l\u2019esprit, servent admirablement à mieux faire comprendre les langues modernes elles-mêmes.Nous ajouterons que l\u2019Église attache, non sans raison, une importance souveraine à l\u2019étude approfondie des sciences philosophiques, lesquelles ont une portée et une utilité si générale.N\u2019est-ce pas, en effet, à la philosophie que les sciences inférieures empruntent leurs principes ?N\u2019est-ce pas sur ses conclusions si sures, si lumineuses que se fondent en particulier et la science du droit et la science de l\u2019homme ?Aussi est-il désirable que tous ceux que leur vocation destine aux études professionnelles n\u2019entreprennent ces dernières qu\u2019après avoir puisé aux sources vivifiantes de la philosophie ces principes et ces connaissances qui font les esprits bien pensants, judicieux, capables de résister aux sophismes de l\u2019erreur et de jouer un rôle sérieux dans le gouvernement des États.li convient aussi de rendre à nos institutions classiques et autres le témoignage bien mérité qu\u2019elles enseignent les sciences pratiques avec un succès toujours croissant et selon les besoins du pays, et qu\u2019elles ne négligent rien pour développer les études qui peuvent être utiles dans le commerce de la vie.Du reste, Nos Très Chers Frères, cette haute culture classique, littéraire et philosophique que Nous vous recommandons, est en parfaite harmonie avec le tempérament, le génie propre et les aptitudes de notre race et des peuples catholiques en général.L\u2019amour du vrai et du beau dans la religion et les lettres a été, dès le principe, le signe caractéristique de la civilisation canadienne, et ce serait une faute grave, une sorte de déchéance et d\u2019abdication nationale que de renoncer sciemment et délibérément à un si juste titre de gloire.Bénissons, Nos Très Chers Frères, la divine Providence d\u2019avoir permis et voulu que la religion en cette Province, exerçât jusqu\u2019à ce jour un contrôle si efficace sur l\u2019œuvre de l\u2019éducation, et prions le Dieu tout-puissant de maintenir toujours parmi nous un ordre de choses si consolant.C\u2019est une grande sauvegarde pour la foi et les bonnes mœurs ; c\u2019est aussi, disons-le, un motif de ferme confiance dans l\u2019avenir intellectuel de notre patrie. \u2014 126 \u2014 L\u2019Église catholique n\u2019est pas opposée au vrai progrès ; elle le désire au contraire, elle l\u2019appelle de tous ses voeux non seulement dans les sciences et les lettres, mais encore dans l\u2019industrie, le commerce, l\u2019agriculture, en tout ce qui peut améliorer le sort de l\u2019homme.Elle voit d\u2019un oeil favorable la fondation d\u2019écoles spéciales destinées à promouvoir nos intérêts matériels ; elle fait même tout ce qu\u2019elle peut pour perfectionner ce genre d\u2019études, pourvu que ce ne soit pas au détriment d\u2019études supérieures plus importantes et plus nécessaires; elle bénit le savant, chercheur infatigable, qui, après avoir arraché à la nature ses secrets et ses trésors de fécondité, les fait servir à son avantage et à celui de ses semblables.Entendez sur ce sujet l\u2019éloquente et poétique parole du cardinal Pecci, devenu le grand Pape Léon XIII.« Combien l\u2019homme apparaît majestueux et beau, alors qu\u2019il commande à la foudre et la fait tomber impuissante à ses pieds ; alors qu\u2019il appelle l\u2019étincelle électrique et l\u2019envoie, messagère de ses volontés, à travers les abîmes de l\u2019océan, par delà les montagnes abruptes et les déserts sans fin ! Comme il se montre dans toute sa gloire, alors qu\u2019il ordonne à la vapeur d\u2019attacher en quelque sorte des ailes à ses épaules et de le conduire avec la rapidité de l\u2019éclair à travers la terre et les mers ! Comme il est puissant lorsque, par des procédés ingénieux, il développe cette force elle-même, l\u2019emprisonne et la conduit, par des sentiers merveilleusement combinés, pour donner le mouvement et pour ainsi dire l\u2019intelligence à la matière brute, laquelle ainsi remplace l\u2019homme et lui épargne les plus dures fatigues ! Dites-moi s\u2019il n\u2019y a pas en lui comme une étincelle de son Créateur, lorsqu\u2019il évoque la lumière pour lui faire dissiper les ténèbres de la nuit et orner de ses splendeurs les vastes salles et les palais.L\u2019Église, cette mère affectueuse, qui connaît tous ces progrès, est si loin de vouloir y apporter des obstacles, qu\u2019à cette vue, au contraire, elle tressaille de joie et d\u2019allégresse.D\u2019autre part, quelle raison pour- rait-il y avoir pour que l\u2019Église fût jalouse des progrès merveilleux que notre âge a réalisés parses études et ses découvertes ?Y a-t-il en eux quelque chose qui, même de loin, puisse nuire aux notions de Dieu et de la foi (11) ?» (11) Lettre pastorale sur l\u2019Eglise et la civilisation, 1877.¦ Ë \u2014 12t \u2014 Ces remarquables paroles ne sont que le développement de la doctrine du Concile du Vatican au sujet de l\u2019accord de la raison et de la foi.« Bien loin que l\u2019Église, disent les Pères de ce Concile, soit opposée à l\u2019étude des arts et des sciences humaines, elle la favorise et la propage de mille manières.Car elle n\u2019ignore ni ne méprise les avantages qui en résultent pour les hommes ; bien plus, elle reconnaît que comme les arts et les sciences viennent de Dieu, le maître des sciences, s\u2019ils sont dirigés convenablement, ils doivent de môme conduire à Dieu avec l\u2019aide de sa grâce (12).» « O sainte Église catholique, pouvons-nous nous écrier avec saint Augustin, mère véritable des chrétiens, c\u2019est vous qui formez l\u2019éducation du genre humain; vous vous faites enfant avec les enfants, forte avec les jeunes gens, tranquille avec les vieillards, en suivant ainsi les progrès non seulement du corps, mais de l\u2019âme (13) ! » Voilà, Nos Très Chers Frères, la direction que Nous croyons devoir vous donner, pour assurer le bonheur et le salut éternel de vos enfants.Veillez sur eux; éloignez-les des mauvaises compagnies ; ne leur permettez jamais des lectures dangereuses.Que votre vie vraiment chrétienne leur prêche constamment l\u2019amour du devoir, l\u2019esprit de sacrifice, la fidélité aux pratiques religieuses, la plus haute probité, le respect de l\u2019autorité.Profitez des secours que l\u2019Église de Dieu vous offre pour développer l\u2019intelligence de vos enfants et former leur cœur.Pour y mieux réussir, respectez l\u2019influence légitime de l\u2019Église en matière d\u2019éducation, et ne perdez jamais de vue qu\u2019elle est de droit divin la gardienne de l\u2019âme de vos enfants.Que le Bon Dieu répande sur vous et sur vos familles ses plus précieuses bénédictions ! Puissent vos chers enfants faire votre joie et votre consolation sur la terre et être plus tard votre couronne dans le ciel ! Sera notre présente lettre pastorale lue et publiée au prône de toutes les églises ou chapelles paroissiales de nos diocèses respectifs, aussitôt après sa réception, en une ou plusieurs fois.(12)\tCone.Vatic- Gap.IV, De Fide et Ratione.(13)\tS.Augustin, De moribua Eccl. Fait et signé par Nous, le dix-neuvième jour de mars, fête de saint Joseph le glorieux Patron du Canada, en l\u2019année mil huit cent quatre-vingt-quatorze.E.A.Card.TASCHEREAU, Arch, de Québec.-j- Édouard-Chs, Archev.de Montréal.f J.-Thomas, Archev.d\u2019Ottawa.\u2022j* L.-N., Archev.de Cyrène, Coadjuteur de S.E.le Card.Taschereau.-j- L.-F., Év.de Trois-Rivières.-f* L.-Z, Év.de Saint-Hyacinthe.-j- N.-Zéphirin, Vie.Apost.de Pontiac.-j- Elphège, Év.de Nicolet.-j- André-Albert, Év.de Saint-Germain de Rimouski.-j- Michel-Thomas, Év.de Chicoutimi.-j- Joseph-Médard, Év.de Valleylield.f Maxime, Év.de Drozipara, Coadjuteur de S.G.Mgr l\u2019Évêque de Saint-Hyacinthe.-j- Paul, Év.de Sherbrooke.Par mandement de Son Éminence et de Nos Seigneurs, B.-Ph.Garneau, Ptre, Secrétaire de l\u2019Archevêché de Québec. \u2014 129 \u2014 (No 226) \\ CIRCULAIRE AU CLERGÉ j Archevêché de Québec, (\t22 mars 1894.I.\tMandement collectif sur l\u2019Education.II.\tInstitutrices non diplômées.* III.\tMémoire de Mgr Taché sur la question des Ecoles du Nord-Ouest.IV.\tDépart pour l\u2019Europe.Monsieur, I Vous recevrez, avec la présente circulaire, un Mandement collectif de NN.SS.les Evêques des trois provinces ecclésiastiques de Québec, de Montréal et d\u2019Ottawa sur l\u2019Éducation.Vous comprendrez facilement l\u2019importance capitale de ce document : le sujet qui y est traité est actuellement et sera toujours du plus haut intérêt pour le bonheur et la prospérité de notre pays.Vous le lirez en plusieurs fois et de manière qu\u2019il soit bien compris de tout le monde; vous y ferez les commentaires que vous jugerez nécessaires ou utiles à votre peuple.Je vous recommande d\u2019insister fortement, en chaire, et même dans les entretiens intimes que vous avez quelquefois avec certains pères de famille, sur les points suivants : 1° Former les enfants, dès tout jeunes, à la piété, à la connaissance de la religion, à la pratique de leurs devoirs envers Dieu, envers leurs parents, envers leurs frères et sœurs.2° Ne pas en faire de petites idoles, en flattant leur vanité naturelle, leur prodiguant louanges et caresses, adulant même \u2014* 130 leurs défauts au lieu de les réprimer ; ne pas déférer à leurs goûts et à leurs caprices, dont plus tard ils seraient eux-mêmes les esclaves; ne pas croire que la meilleure manière de bien élever les enfants est de ne leur rien refuser et de ne jamais les contrarier en quoi que ce soit.3° Garder soigneusement leur autorité, l\u2019exercer avec dignité et prudence, sans raideur comme sans mollesse, la faire constamment respecter, ne jamais la compromettre par une faiblesse coupable, par d\u2019imprudentes concessions; ne pas souffrir que la famille devienne une espèce de république où le suffrage des enfants s\u2019impose et s\u2019exerce au grand préjudice de l\u2019autorité paternelle.4° Leur faire comprendre que l\u2019éducation doit être considérée comme une œuvre commune au père et à la mère et qui exige d\u2019eux une entente parfaite, de telle sorte que l\u2019un n\u2019entrave ni ne blâme l\u2019action de l\u2019autre, surtout en présence de l\u2019enfant.5° Ne pas prêter l\u2019oreille trop facilement aux doléances de l\u2019écolier contre le maître, ne pas l\u2019appuyer dans ses résistances à l\u2019autorité, mais plutôt reprendre sévèrement les fautes contre le respect et l\u2019obéissance.6° Ne pas accoutumer les enfants à la paresse, à une vie d\u2019amusements stériles, à la recherche du bien-être, du confort matériel.Les envoyer à l\u2019école aussi longtemps que possible, les faire étudier, les occuper à quelque chose d\u2019utile, leur donner des habitudes d\u2019ordre, de propreté, de bonne tenue, de travail réglé.Les former à une vie sérieuse, un peu rude, bien différente de ce sybaritisme qui règne dans bon nombre de nos familles bourgeoises et qui ne produit que des cœurs énervés, incapables de résolutions viriles, énergiques.7° Veiller avec un soin scrupuleux sur les enfants et sur les compagnies qu\u2019ils fréquentent; ne jamais permettre que jeunes filles et jeunes gens sortent seuls ou demeurent seuls même dans la maison paternelle.8° Réagir contre le luxe, contre les dépenses inutiles, contre la funeste habitude qu\u2019on a en certains endroits de donner aux enfants chevaux et voitures et de leur permettre d\u2019aller seuls passer les dimanches dans des paroisses étrangères : c\u2019est par là qu\u2019on débute souvent dans la voie de l\u2019ivrognerie et des vices qui en sont l\u2019accompagnement ordinaire. 131 \u2014 9° Faire en sorte que tous les jeunes gens qui partent chaque année pour aller travailler dans les fabriques ou ailleurs, s\u2019approchent des sacrements avant de quitter leurs paroisses respectives.Leur recommander de se confesser et de communier souvent là où ils se trouveront, de sanctifier le dimanche, d\u2019éviter le blasphème et l\u2019intempérance, d\u2019être en garde contre les mauvais amis, de ne jamais mettre les pieds dans les auberges, de se conduire partout et toujours en hommes bien élevés, sages, économes, profondément chrétiens.Ce mandement collectif sera, selon le désir de NN.SS.les Evêques, publié en une brochure d\u2019une centaine de pages, petit format, laquelle se vendra à prix réduit, deux piastres le cent.Le but'des Évêques, en faisant cette édition spéciale, est que ce mandement soit répandu dans toutes les familles et y opère un bien durable.Vous pourrez vous en procurer en vous adressant à n'importe quel prêtre de l\u2019archevêché.II Le comité catholique du conseil de l\u2019Instruction publique a décidé qu\u2019à l\u2019avenir les Commissaires d\u2019Écoles qui, pour des raisons graves, voudraient engager des instituteurs et des institu-* trices non diplômés, devront adresser leur demande à l\u2019Inspecteur d\u2019Écoies de leur district, lui exposer les raisons à l\u2019appui de leur supplique et lui transmettre en même temps un certificat de bonne conduite qu\u2019aura donné le curé de la paroisse à celui ou à celle dont on désire avoir les services.L\u2019Inspecteur d\u2019Écoles, muni de ces documents et agissant aussi d\u2019après la connaissance qu\u2019il a déjà des personnes et des besoins des localités, demandera l\u2019autorisation requise en pareil cas à l\u2019Honorable Surintendant de l\u2019Instruction publique.On ne devra donc plus désormais s\u2019adresser à l\u2019archevêché pour obtenir cette sorte de recommandations et de permissions qui sont maintenant du ressort de l\u2019Inspecteur d\u2019Écoles et du Surintendant III Sa Grandeur, Monseigneur Taché, archevêque de Saint-Boni-face, vient de publier un excellent et important Mémoire sur la question des Écoles du Nord-Ouest, en réponse au rapport du Conseil Privé sur cet le question.Je vous engage à acheter cette brochure.Elle vous fera connaître les légitimes revendications de la minorité catholique et les injustices flagrantes dont elle est actuellement victime.Il est bon que vous soyez au fait de cette question qui passionne tant les esprits et de la solution de laquelle dépend en bonne partie l\u2019avenir religieux et national de nos compatriotes du Nord-Ouest.IV Diver ses affaires qui concernent l\u2019archidiocèse me pressent de me rendre en Europe.Je partirai de Québec, jeudi prochain, le 29 mars, pour m\u2019embarquer à New-York, samedi, le 31, sur un des paquebots de la compagnie transatlantique française.D\u2019après mes prévisions, ce voyage ne devra être que de quelques semaines.Je serai de retour, Dieu aidant, pour commencer la visite pastorale à l\u2019époque fixée dans mon itinéraire.Je me rendrai encore une fois jusqu\u2019à Rome pour déposer aux pieds du Saint-Père les hommages respectueux et dévoués de notre vénéré Cardinal-Archevêque, du clergé et des fidèles de l\u2019archidioeèse de Québec, et pour lui demander de nous accorder à tous une de ces précieuses bénédictions pontificales qui portent avec elles des fruits de salut, des grâces de lumière et de force pour soutenir les bons combats.Pour toutes les affaires qui pourraient survenir durant mon absence vous vous adresserez à Mgr le Grand-Vicaire Marois.Je me recommande à vos prières et à celles de vos excellents fidèles.Vous voudrez bien dire à toutes vos messes, quand la rubrique le permet, l\u2019oraison Pro peregrinanlibus, qui se trouve dans la messe votive qui porte ce titre.Je demeure bien sincèrement Votre tout dévoué en N.S., f L.N., Arch, de Cyrène, Coadjuteur de S.E.le Gard.Taschereau. \u2014133 \u2014 (No 227) CIRCULAIRE AU CLERGÉ j Archevêché de Québec, (\t31 mai 1894.I.\tRetour de Rome.II.\tRetraites pastorales.III.\tTravail du dimanche dans les fromageries.IV.\tLettre collective sur l\u2019éducation.Monsieur, I Je m\u2019empresse de vous remercier bien cordialement des prières que vous avez adressées au Ciel pour le succès de mon voyage en Europe.C\u2019est un bonheur pour moi de vous apprendre que les affaires importantes, qui m\u2019ont appelé en France et en Italie, ont toutes reçu une solution des plus satisfaisantes, pour l\u2019avantage du diocèse et la plus grande gloire de Dieu.Dans la longue audience que Notre Saint-Père le Pape a daigné m\u2019accorder, j\u2019ai pu le féliciter de son état de santé qui m\u2019a paru être aussi florissant qu\u2019en 1884 où je Le voyais pour la première fois.Je me suis plu à entretenir Sa Sainteté des consolations que nous procure la foi de nos fidèles, leur esprit de soumission à l\u2019Église, leur amour pour son Chef bien-aimé et leur attachement aux pratiques de la religion.En Lui remettant le denier de Saint-Pierre, j\u2019ai signalé la charité qui anime nos populations et les aumônes considérables qu\u2019elles donnent tous les jours pour alimenter les bonnes oeuvres, non seulement m \u2014 dans le diocèse, mais encore à l\u2019étranger.Sa Sainteté en a été vivement touchée et consolée et a profité de l\u2019occasion pour me parler longuement de l\u2019œuvre qu\u2019Elle protège de toute son âme, celle du Séminaire des Indes, pour laquelle Elle a demandé une quête annuelle et qui est destinée à former un clergé indigène pour ces pauvres contrées de l\u2019Orient.En me remerciant du concours que nous donnons à ces grandes et belles œuvres, le Saint-Père nous a accordé à tous, avec une affection vraiment paternelle, sa bénédiction apostolique.Lorsque je Lui ai signalé les justes appréhensions que nous inspire l\u2019invasion récente de certaines idées malsaines, le Souverain Pontife a loué l\u2019action collective des Évêques de la Province civile de Québec dans leur mandement sur l\u2019Éducation e.t a insisté sur la grave obligation qu\u2019ont les pasteurs de revenir souvent sur ces enseignements si propres à sauvegarder l\u2019avenir religieux de notre pays.Vous voudrez bien, à la suite de la première messe que vous direz, après la réception de cette lettre, réciter le Te Deum pour remercier Dieu des grâces qu\u2019il m\u2019a accordées durant mon voyage.II La première retraite pastorale s\u2019ouvrira au Séminaire lemardi, 7 août, pour se terminer le mardi suivant, 14 août.Celle de Messieurs les vicaires commencera le mardi, 21 août, pour finir le 28.Tous les prêtres du diocèse devront, à moins de raisons très graves, jugées suffisantes par l\u2019Ordinaire, suivre les exercices de l\u2019une onde l\u2019autre de ces retraites.Les jeunes prêtres qui n\u2019ont pas encore subi les quatre examens requis par nos Conciles, devront être rendus au Séminaire pour le 21 au matin.Ces examens, qui se font maintenant par écrit, commenceront à 9 heures précises.Que chacun prenne les mesures nécessaires pour ne pas arriver en retard et se tienne prêt pour la date fixée.Il faudra remettre en même temps les deux sermons dont les sujets ont été donnés l\u2019automne dernier. \u2014 135 \u2014 Je demande à tous les prêtres du diocèse de faire chaque jour une petite prière à la sainte Vierge, afin d\u2019obtenir par son intercession la grâce de bien profiter des jours si précieux de la retraite.III On demande quelquefois si les fromagers peuvent travailler les dimanches et les fêtes d\u2019obligation.Voici la règle à laquelle on deyra'se conformer :\t« Je permets que les personnes emplo- yées dans les fromageries travaillent sur les jours de dimanches ou de fêtes d\u2019obligation, le temps voulu pour achever le fromage commencé dans la soirée du samedi ou de la vigile de la fête, à la condition toutefois qu\u2019elles satisfassent au précepte de l\u2019audition de la messe et de la sanctification de ces jours.» IV Je vous prie de propager le plus possible dans vos paroisses la lettre collective de Nos Seigneurs les Archevêques et Évêques de la province civile de Québec, sur l\u2019éducation dans la famille et dans les écoles.Faites vous les apôtres de cette belle œuvre.Vous pourrez vous procurer au Secrétariat le nombre d\u2019exemplaires que vous désirez.Agréez, Monsieur, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.F L.N., Arch, de Cyrène, Coadjuteur de S.E.le Card.Taschereau. m (No 228) CIRCULAIRE AU CLERGÉ J Archevêché de Québec, 1\t17 août 1894.I.\tEncyclique Præciara adressée aux princes et aux peuples.II.\tNouveaux missionnaires agricoles.III.\tPrêtres-Adorateurs.Monsieur, I Le Saint-Père a publié, le 20 juin dernier, une nouvelle encyclique que je me fais un devoir de porter à votre connaissance et, par votre intermédiaire, à celle de vos paroissiens.Les circonstances particulièrement touchantes dans lesquelles s\u2019est produit ce document pontifical, lui donnent un parfum suave, et ce cachet de bonté, de charité, d\u2019affectueuse tendresse qu\u2019on ne trouve que dans l\u2019âme des saints, dans les cœurs d\u2019apôtres.Léon XTTI vient de célébrer le cinquantième anniversaire de sa consécration épiscopale.L\u2019univers catholique s\u2019est associé à ces incomparables fêtes jubilaires : princes et peuples sont venus offrir au grand Pape le tribut de leurs hommages respectueux, de leur affection filiale et de leur inaltérable dévouement; tous les cœurs catholiques ont battu à l\u2019unisson à la vue du vénérable Pontife que Dieu protège visiblement et dans la personne duquel il unit la vigueur de l\u2019intelligence à la majesté de la vieillesse. \u2014 138 \u2014 Au milieu du concert de félicitations qui s\u2019élève de tous les coins du globe, Léon XIII n\u2019oublie pas que « le déclin de l\u2019âge et les amertumes de ses sollicitudes le rapprochent de ce qui est le dénouement de toute vie humaine»; il n\u2019oublie pas surtout qu\u2019il est le pasteur de l\u2019Église universelle, chargé par le Divin Maître de ramener au bercail les brebis égarées.C\u2019est pourquoi, promenant ses regards sur le monde, il invite, il presse les schismatiques et les hérétiques de s\u2019unir dans la meme foi et la meme charité.A l\u2019exemple de Notre Seigneur, il s\u2019écrie: «J\u2019ai encore d\u2019autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, et il faut que je les amène.Elles entendront ma voix, et il n\u2019y aura qu\u2019un troupeau et qu\u2019un pasteur.» Unissons nos prières à celles du Chef de l'Église pour obtenir de Dieu la réalisation de cette promesse de Jésus-Christ.Soyons plus que jamais dociles aux enseignements du Souverain Pontife: l\u2019unité parfaite qui existe dans l\u2019Église catholique lui donne la puissance d\u2019une armée rangée en bataille, elle fait sa force, elle commande l\u2019admiration et le respect de ses plus fiers ennemis.TI M.l\u2019abbé Emile Poirier a exercé, durant l\u2019année dernière, les fonctions de missionnaire agricole avec un zèle et un succès qui lui font honneur et qui méritent la reconnaissance de tous les vrais amis de l\u2019agriculture.Par son dévouement, par son savoir et son travail persévérant, il a fait un grand bien et contribué pour beaucoup au progrès dont nous sommes les heureux témoins.Mais il est évident qu\u2019un seul homme ne pouvait suffire à la tâche de parcourir tous les ans un diocèse aussi vaste que celui de Québec et d\u2019y donner des conférences.Afin de maintenir l\u2019heureuse impulsion donnée à l\u2019amélioration de notre agriculture, il a donc fallu songer à augmenter le nombre des missionnaires agricoles.J\u2019ai choisi dans chaque comté un ou deux des prêtres qui m\u2019ont paru, par leur position, leurs connaissances et leurs aptitudes, le plus en état de remplir les fonctions de missionnaires.En voici les noms : Portneuf.\u2014Rév.Aug.Gauthier.Québec.\u2014Rév.H.Fréchette. \u2014139 \u2014 Montmorency.\u2014Révds G.McCrea et L.Mayrand.Lotbinière.\u2014Révds H.Gagnon et S.Garon.Lévis.\u2014Révds J.Marquis et F.-X.Méthot.Mégantic.\u2014Rév.L.Gagné.Dorchester.\u2014Révds W.Contnre et J.O\u2019Farrell.Beauce.\u2014Révds T.Montminy et N.Proulx.Bellechasse.\u2014Révds G.Richard et O.Bronssean.Montmagny.\u2014Rév.Jos.Galerneau.Islet.\u2014Révds G Bacon et A.Michaud.Kamouraska et Témiscouata.\u2014Révds L.Tremblay et F.Bégin.On pourra également utiliser les services de M.l\u2019abbé Em.Poirier, qui est appelé temporairement à enseigner au Séminaire de Chicoutimi.J\u2019enverrai aussitôt que possible aux missionnaires agricoles quelques notes sur leurs attributions et sur les principaux sujets à traiter dans leurs conférences.III Je désire que notre clergé s\u2019agrège,\u2014lorsqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019obstacles trop grands\u2014à l\u2019association des Prêtres-Adorateurs qui a déjà fait tant de bien et qui est appelée à en faire encore davantage à l\u2019avenir.On ne doit pas oublier que les Prêtres-Adorateurs peuvent varier chaque semaine le jour et l\u2019heure d\u2019adoration.Une petite notice destinée à faire connaître cette admirable association sera bientôt adressée cà tous les prêtres de l\u2019archi-diocèse.Veuillez agréer, Monsieur, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.-j- L.N., Arch, de Gyrène, Coadjuteur de S.E.le card.Taschereau. \u2014 141 \u2014 LETTRE APOSTOLIQUE AUX PRINCES ET AUX PEUPLES DE L\u2019UNIVERS LÉON XIII PAPE SALUT ET PAIX DANS LE SEIGNEUR Le concert de félicitations publiques, qui a marqué d\u2019une manière si éclatante, l\u2019année tout entière de Notre jubilé épiscopal, et qui vient de recevoir son couronnement de l\u2019insigne piété des Espagnols, a eu principalement ce fruit, sujet de grande joie pour Notre âme, de faire briller dans l\u2019union des volontés et l\u2019accord des sentiments, l\u2019unité de l\u2019Église et son admirable cohésion avec le Pontife Suprême.On eût dit, en ces jours, que perdant tout autre souvenir, l\u2019univers catholique n\u2019avait plus de pensées et de regards que pour le Vatican.Ambassades de Princes, affluence de pèlerins, lettres empreintes d\u2019amour filial, cérémonies augustes, tout proclamait hautement que Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019honorer le Siège Apostolique, il n\u2019y a plus dans l\u2019Église qu\u2019un cœur et qu\u2019une âme.Et ces manifestations Nous ont d\u2019autant plus agréé, qu\u2019elles rentraient parfaitement dans Nos vues, et répondaient pleinement à Nos efforts.Car, guidé par la connaissance des temps et la conscience de Notre devoir, ce que Nous nous sommes constamment proposé, ce que Nous avons infatigablement poursuivi, par Nos enseignements et Nos actes, dans tout le cours de Notre pontificat, ça été de Nous rattacher plus étroitement les peuples, et de mettre en évidence cette vérité, que l\u2019influence du Pontificat romain est salutaire à tous égards.C\u2019est pourquoi, Nous rendons de très vives actions de grâces, d\u2019abord à la bonté divine, de qui Nous tenons ce bienfait d\u2019être arrivé sain et sauf à un âge si \u2014 14 S avancé ; ensuite aux princes, aux évêques, au clergé, aux simples fidèles, à tous ceux enfin qui, par les démonstrations nombreuses de leur piété et de leur dévouement, ont prodigué des marques d\u2019honneur à Notre caractère et à Notre dignité, à Notre personne une consolation vivement agréée.Ce n\u2019est certes pas qu\u2019il n\u2019ait rien manqué à la joie de Notre âme.Au cours même de ces manifestations populaires, parmi ces démonstrations d\u2019allégresse et de piété filiale, une pensée poursuivait Notre esprit: Nous songions aux multitudes immenses qui vivent en dehors de ces grands mouvements catholiques, les unes ignorant complètement l\u2019évangile, les autres initiées, il est vrai, au christianisme, mais en rupture avec notre foi.Et cette pensée Nous causait, comme elle Nous cause encore, une douloureuse émotion.Nous ne pouvons, en effet, Nous défendre d\u2019une affliction profonde, en voyant une portion si vaste du genre humain s\u2019en aller loin de Nous sur une voie détournée.\u2014Or, comme Nous tenons ici-bas la place de Dieu, de ce Dieu tout-puissant qui veut sauver tous les hommes et les amener à la vérité; comme, d\u2019ailleurs, le déclin de Notre âge et les amertumes Nous l'approchent de ce qui est le dénouement de toute vie humaine, Nous avons cru devoir imiter l\u2019exemple de notre Sauveur et Maître, Jésus-Christ, qui, près de retourner au ciel, demanda à Dieu, son Père, dans l\u2019effusion d\u2019une ardente prière, que ses disciples et ses fidèles fussent un d\u2019esprit et de cœur : Je prie.qu'ils soient tous un, comme vous mon Père en moi, et moi en vous, afin qu\u2019eux aussi soient un en nous (1).Et parce que cette prière n\u2019embrassait pas seulement tous ceux qui professaient alors la foi de Jésus-Christ, mais tous ceux encore qui la devaient professer dans la suite des temps, elle Nous est une juste raison de manifester avec assurance les vœux de Notre cœur, et d\u2019user de tous les moyens en Notre pouvoir, pour appeler et convier tous les hommes, sans distinction de nation ni de race, à l\u2019unité de la foi divine.Sous l\u2019aiguillon de la charité, laquelle accourt plus rapide là où le besoin est plus pressant, Notre cœur vole, tout d\u2019abord, vers les nations qui n\u2019ont jamais reçu le flambeau de l'évangile, (1) loan, XVII, 21. \u2014 143 \u2014 vers celles encore qui n\u2019ont pas su l\u2019abriter contre leur propre incurie, ou contre les vicissitudes du temps : nations, malheureuses entre toutes, qui ne connaissent pas Dieu, et vivent au sein d\u2019une profonde erreur.Puisque tout salut vient de Jésus-Christ, et qu'il n'est point sous le Ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous puissions être sauvés (2), c\u2019est Notre vœu le plus ardent que le très saint nom de Jésus se répande rapidement sur toutes les plages, et les pénètre de sa bienfaisante vertu.A cet égard, l\u2019Église n'a jamais failli à sa mission divine.Où dépense-t-elle plus d\u2019efforts, depuis vingt siècles, où déploie-t-elle plus d\u2019ardeur et de constance, que dans la diffusion de la vérité et des institutions chrétiennes ?Aujourd\u2019hui encore, c\u2019est bien souvent que l\u2019on voit des hérauts de l\u2019évangile franchir les mers, par Notre autorité, et s\u2019en aller jusqu\u2019aux extrémités, de la terre ; et, tous les jours, Nous supplions la bonté divine, de vouloir multiplier les ministres sacrés, vraiment dignes de l\u2019apostolat, c\u2019est-à-dire dévoués à l\u2019extension du règne de Jésus-Christ, jusqu\u2019au sacrifice de leur bien-être et de leur santé, et, s\u2019il le faut même, jusqu\u2019à l\u2019immolation de leur vie.Et vous, Christ Jésus, sauveur et père du genre humain, hâtez-vous de tenir la promesse que vous fi tes jadis, qu\u2019une fois élevé de terre, vous attireriez à vous toutes choses.Descendez donc enfin, et montrez-vous à cette infinie multitude, qui n\u2019a pas encore goûté vos bienfaits, fruits précieux de votre sang divin.Réveillez ceux qui dorment dans les ténèbres et dans les ombres de la mort, afin qu\u2019éclairés de votre sagesse et pénétrés de votre vertu, en vous et par vous, ils soient consommés dans l'unité.Et maintenant, voici que la pensée de cette unité mystérieuse évoque à Nos regards tous ces peuples, que la bonté divine a transférés, depuis longtemps, d\u2019erreurs plusieurs fois séculaires aux clartés de la sagesse évangélique.Rien assurément de plus doux au souvenir, rien qui prête plus beau sujet aux louanges de la Providence, que ces temps antiques, où la foi divine était regardée comme un patrimoine commun, au-dessus de toutes les divisions : alors que les nations civilisées, de génie, de mœurs, de climats si divers, se divisaient souvent et se combattaient sur (2) Act.IV, 12. d\u2019autres terrains, mais se rencontraient toujours, unies et compactes, sur celui de la Toi.C\u2019est pour l\u2019âme un cruel désenchantement d\u2019avoir à se trouver, dans la suite, en face d\u2019une époque malheureuse, où de funestes conjonctures, trop bien servies par des suspicions et des ferments d\u2019inimitiés, arrachèrent du sein de l\u2019église romaine de grandes et florissantes nations.Quoiqu\u2019il en soit, confiant dans la grâce et la miséricorde de ce Dieu tout-puissant, qui sait seul quand les temps sont mûrs pour ses largesses, qui seul aussi tient en sa main toutes les volontés humaines pour les incliner où il lui plait, Nous nous tournons vers ces peuples, et, avec une charité toute paternelle, Nous les prions et les conjurons d\u2019effacer toute trace de division, et de revenir à l\u2019unité.Et tout d\u2019abord, Nous portons affectueusement Nos regards vers l\u2019Orient, berceau du salut pour le genre humain.Sous l\u2019empire d\u2019un ardent désir, Nous ne pouvons Nous défendre de cette douce espérance que le temps n\u2019est pas éloigné, où elles reviendront à leur point de départ, ces Églises d\u2019Orient, si illustres par la foi des aïeux et les gloires antiques, Aussi bien, entre elles et nous, la ligne de démarcation n\u2019est elle pas très accentuée: bien plus, quelques points mis à part, l\u2019accord sur le reste est si complet, que souvent, pour l\u2019apologie de la foi catholique, nous empruntons des autorités et des raisons aux doctrines, aux mœurs, aux rites des Églises Orientales.Le point capital de la dissidence, c\u2019est la primauté du Pontife romain.Mais, qu\u2019elles remontent à nos origines communes, qu\u2019elles considèrent les sentiments de leurs ancêtres, qu\u2019elles interrogent les traditions les plus voisines des commencements du christianisme, et elles trouveront là de quoi se convaincre jusqu\u2019à l\u2019évidence, que c\u2019est bien au Pontife romain que s\u2019applique cette parole de Jésus-Christ : Tu es Pierre, et sur celle pierre je bâtirai mon Église.Et dans la série de ces Pontifes romains, l\u2019antiquité en vit plusieurs que les suffrages étaient allés chercher en Orient : au premier rang Anaclet, Evariste, Anicot, Éleuthère, Zosime, Agathon, qui, pour la plupart, eurent cette gloire de consacrer de leur sang un gouvernement tout empreint de sagesse et de sainteté.\u2014On n\u2019ignore pas d\u2019ailleurs l'époque, le mobile, les auteurs de cette fatale discorde.Avant le jour où l\u2019homme sépara ce que Dieu avait uni, le nom du Siège Apos- \u2014 145 \u2014 tolique était sacré pour toutes les nations de l\u2019univers chrétien ; et à ce Pontife romain, qu\u2019ils s\u2019accordaient à reconnaître comme le légitime successeur de saint Pierre, et, partant, comme le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, ni l\u2019Orient, ni l\u2019Occident ne songeaient à contester le tribut de leur obéissance.\u2014Aussi, si l\u2019on remonte jusqu\u2019aux origines de la dissidence, on y voit que Photius lui-même a soin de députer à Rome des défenseurs de sa cause ; on y voit, d\u2019autre part, que le Pape, Nicolas I, peut, sans soulever d\u2019objection, envoyer des légats de R.ome à Constantinople avec mission cl'instruire la cause du Patriarche Ignace, de recuillir d'amples et sûres informations, et de référer du tout au Siège Apostolique.De sorte que toute l\u2019histoire d'une affaire qui devait aboutir à la rupture avec le Siège de Rome, fournit à celui-ci une éclatante confirmation de sa primauté.\u2014 Enfin, nul n\u2019ignore que dans deux grands Conciles, le second de Lyon, et celui de Florence, Latins et Grecs, d\u2019un accord spontané et d\u2019une commune voix, proclamèrent comme dogme, la Suprématie du Pontife romain, C\u2019est à dessein que Nous avons retracé ces événements, parce qu\u2019ils portent en eux-mêmes, un appel à la réconciliation et à la paix.D\u2019autant plus qu\u2019il Nous a semblé reconnaîlre chez les Orientaux de nos jours, des dispositions plus conciliantes à l\u2019égard des catholiques, et même une certaine propension à la bienveillance.Ces sentiments se sont déclarés naguère, dans une circonstance notable, quand ceux des nôtres, que la piété avait portés en Orient, se sont vus prodiguer les bons offices et toutes les marques d\u2019une cordiale sympathie.\u2014C\u2019est pourquoi Notre cœur s'ouvre à vous, qui que vous soyez, de rite grec ou de tout autre rite Oriental, qui êtes séparés de l\u2019Église catholique.Nous souhaitons vivement que vous méditiez en vous-mêmes ces graves et tendres paroles que Bessarion adressait à vos Pères: Qu'aurons nous cl répondre à Dieu, quand il nous demandera compte de celte rupture avec nos frères, lui qui, pour nous assembler dans l'unité d'un même bercail, est descendu du ciel, s'est incarné, a été crucifix ?El quelle sera notre excuse auprès de notre postérité ?Oh ! Ne souffrons pas cela, n'y donnons pas notre assentiment, n'embrassons pas un parti si funeste pour nous et pour les nôtres.\u2014 Considérez bien ce que Nous demandons, et pesez-le mûrement devant Dieu.Sous l\u2019empire, non pas certes de quelque motii humain, \u2014 146 \u2014 mais de la charité divine, et du zèle du salut commun, Nous vous demandons le rapprochement et l\u2019union : nous entendons une union parfaite et sans réserve: car telle ne saurait être aucunement, celle qui n\u2019impliquerait pas autre chose qu\u2019une certaine communauté de dogmes et un certain échange de charité fraternelle.L\u2019union véritable entre les chrétiens est celle qu\u2019a voulue et instituée Jésus-Christ, et qui consiste dans l\u2019unité de foi et de gouvernement.Il n\u2019est rien, d\u2019ailleurs, qui soit de nature à vous faire craindre, comme conséquence de ce retour, une diminution quelconque de vos droits, des privilèges de vos patriarcats, des rites et coutumes de vos Églises respectives Car il fut et il sera toujours dans les intentions du Siège Apostolique, comme dans ses traditions les plus constantes, d\u2019user avec chaque peuple d\u2019un grand esprit de condescendance, et d\u2019avoir égard, dans une large mesure, à ses origines et à ses coutumes.\u2014Tout au contraire, que l\u2019union vienne à se rétablir; et il sera certainement merveilleux, le surcroît de lustre et de grandeur, qui, sous l\u2019action de la grâce divine, en réjaillira sur vos Églises.Que Dieu daigne entendre cette supplication que vous lui adressez vous-mêmes: Abolissez toute division entre les Eglises ; et cette autre : Rassemblez les dispersés, ramenez les égarés, et réunissez-les à votre sainte Eglise catholique et apostolique (3).Qu\u2019il daigne vous ramener à cette foi une et sainte, qui, par le canal d\u2019une tradition constante, nous vient, et à vous et à nous, de l\u2019antiquité la plus reculée, à cette foi dont vos ancêtres gardèrent inviolablement le dépôt, qu\u2019illustrèrent à l\u2019envi, par l\u2019éclat de leurs vertus, la sublimité de leur génie, l\u2019excellence de leur doctrine, les Athanase, les Basile, les Grégoire de Nazianze, les Jean Chrysostôme, les deux Cyrille et tant d\u2019autres grands docteurs, dont la gloire appartient à l'Orient et à l\u2019Occident, comme un héritage commun.Qu'il Nous soit permis de vous adresser un appel spécial, à vous, nations Slaves, dont les monuments historiques attestent la gloire.Vous n\u2019ignorez pas les grands biens dont vous êtes redevables aux saints Cyrille et Méthode, vos Pères dans la foi, si dignes des honneurs que Nous avons Nous-même, il y a quelques années, décernés à leur mémoire.Leurs vertus et leur (3) De la liturgie de saint Basile. \u2014 14T \u2014 laborieux apostolat furent pour plusieurs des peuples de votre race la source de la civilisation et du salut.C\u2019est là, l\u2019origine de l\u2019admirable réciprocité, de bienfaits d\u2019une part, de piété filiale de l\u2019autre, qui régna, de longs siècles, entre la Slavonie et les Pontifes romains.Que si le malheur des temps a pu ravir à la foi catholique un grand nombre de vos ancêtres, vous, considérez combien serait précieux votre retour à l\u2019unité.Vous aussi, l\u2019Église ne cesse de vous rappeler entre ses bras, pour vous y prodiguer de nouveaux gages de salut, de prospérité et de grandeur.* C\u2019est avec une charité non moins ardente, que Nous nous tournons maintenant vers ces peuples, qui, à une époque plus récente, sous le coup d\u2019insolites renversements et des temps et des choses, quittèrent le giron de l'Église romaine.Reléguant dans l\u2019oubli les vicissitudes du passé, qu\u2019ils élèvent leur esprit au-dessus des choses humaines, et qu\u2019avides uniquement de vérité et de salut, ils considèrent l\u2019Église fondée par Jésus Christ.Si avec cette Église ils veulent ensuite confronter leurs églises particulières, et voir à quelles conditions la religion s\u2019y trouve réduite, ils avoueront sans peine, qu\u2019étant venus à oublier les traditions primitives su r plusieurs points, et des plus importants, le flux et le reflux des variations les a fait glisser dans la nouveauté.Et ils ne disconviendront pas que de ce patrimoine de vérité que les auteurs du nouvel état de choses, avaient emporté avec eux, lors de la sécession, il ne leur reste plus guère aucune formule certaine et de quelque autorité Bien plus, on en est venu à ce point, que beaucoup ne craignent pas de saper le fondement même, sur lequel reposent exclusivement la religion et toutes les espérances des humains, à savoir, la divinité de Jésus-Christ, notre Sauveur.Pareillement, l\u2019autorité qu\u2019ils attribuaient autrefois aux livres de l\u2019ancien et du nouveau Testament, comme à des ouvrages d\u2019inspiration divine, ils la leur dénient aujourd\u2019hui: conséquence inévitable du droit conféré à chacun de les interpréter au gré de son jugement propre.\u2014De là, la conscience individuelle, seul guide de la conduite et seule règle de vie, à l\u2019exclusion de toute autre; de là, des opinions contradictoires et des fractionnements multiples, aboutissant trop souvent aux erreurs du naturalisme ou du rationalisme.Aussi, désespérant d\u2019un accord quelconque dans les doctrines, \u2014 148 * prêchent-ils maintenant et prônent-ils l\u2019union dans la charité fraternelle.Ajuste titre, assurément: car nous devons tous être unis des liens de la charité, et ce que Jésus-Christ a commandé par dessus tout, ce qu\u2019il a donné comme la marque de ses disciples, c\u2019est de s\u2019aimer les uns les autres.Mais comment une charité parfaite pourrait-elle cimenter les cœurs, si la foi ne met l\u2019unité dans les esprits ?\u2014C\u2019est pourquoi, il s\u2019est rencontré des hommes, parmi ceux dont nous parlons, esprits judicieux et cœurs avides de vérité, qui sont venus chercher dans l\u2019Église catholique la voie qui conduit sûrement au salut.Ils avaient compris.qu\u2019ils ne pouvaient adhérer à la tête de l\u2019Église, qui est Jésus-Christ, s\u2019ils n\u2019appartenaient au corps de Jésus-Christ, qui est l\u2019Église ; ni aspirer à posséder jamais dans toute sa pureté la foi de Jésus Christ, s\u2019ils en répudiaient le magistère légitime, confié à Pierre et à ses successeurs.Ils avaient compris, d\u2019autre part, que dans la seule Église romaine se trouve réalisée l\u2019idée, reproduit le type de la véritable Église, laquelle est d\u2019ailleurs visible à tous les yeux, par les marques extérieures dont Dieu, son auteur, a eu soin de la revêtir.Et plusieurs d\u2019entre eux, doués d\u2019un jugement pénétrant, et d\u2019une sagacité merveilleuse pour scruter l\u2019antiquité, surent mettre en lumière, par de remarquables écrits, l\u2019apostolicité non interrompue de l\u2019Église romaine, l\u2019intégrité de ses dogmes, la constante uniformité de sa discipline.Devant l\u2019exemple de ces hommes, c\u2019est Notre cœur plus encore que Notre voix qui vous fait appel, frères bien-aimés, qui, depuis trois siècles déjà, êtes en dissidence avec Nous sur la Foi chrétienne; et vous tous, qui que vous soyez, qui, pour une raison ou pour une autre, vous êtes séparés de Nous: Rallions-nous tous clans runité de la foi et cle la connaissance du Fils de Dieu (4) Souffrez que Nous vous tendions affectueusement ia main, et que Nous vous conviions à celte unité qui ne fit jamais défaut à l\u2019Église catholique, et que rien ne lui pourra jamais ravir.Depuis longtemps, cette commune mère vous l'appelle sur son sein ; depuis longtemps, tous les catholiques de l\u2019univers vous attendent, avec les anxiétés de l\u2019amour fraternel, afin que vous serviez Dieu avec nous, dans l\u2019unité d\u2019un même Évangile, d\u2019une même foi, d\u2019une même espérance, dans les liens d\u2019une parfaite charité.(4) Éph.IV, 1ù. \u2014 149 \u2014 Pour clore l\u2019expression de Nos vœux au sujet de l\u2019unité, il Nous reste à adresser la parole à tous ceux, sur quelque point de la terre qu\u2019ils se trouvent, qui tiennent si constamment en éveil Nos pensées et Nos sollicitudes : Nous voulons parler des catholiques, que la profession de la foi romaine assujettit au Siège Apostolique, comme elle les tient unis à Jésus-Christ.Ceux-là, Nous n\u2019avons pas besoin de les exhorter à l\u2019unité de la sainte et véritable Église ; car la bonté divine les en a déjà rendus participants.Cependant, Nous devons les avertir de redouter les périls qui s\u2019aggravent de toutes parts, et de veiller à ne point perdre, par négligence et inertie, ce suprême bienfait de Dieu.\u2014Pour cela, qu\u2019ils s\u2019inspirent des enseignements que Nous avons Nous-même adressés aux nations catholiques, et en général'et en particulier ; et qu\u2019ils y puisent, selon les circonstances, des principes pour leurs sentiments et des règles pour leur conduite.Par-dessus tout, -qu\u2019ils se fassent une loi souveraine de se plier, sans réserve et sans défiance, de grand cœur et d\u2019une volonté prompte, à tous les enseignements et à toutes les prescriptions de l\u2019Église.\u2014A ce sujet, qu\u2019ils comprennent combien il a été funeste à l\u2019unité chrétienne, que des idées fausses, en si grand nombre, aient pu obscurcir et effacer même, dans r\tr beaucoup d\u2019esprits, la véritable notion de l\u2019Eglise.L\u2019Eglise, de par la volonté et l\u2019ordre de Dieu, son fondateur, est une société, parfaite en son genre : société, dont la mission et le rôle sont de pénétrer le genre humain des préceptes et des institutions évangéliques, de sauvegarder l\u2019intégrité des mœurs et l\u2019exercice des vertus chrétiennes, et, par là, de conduire tous les hommes à cette félicité céleste qui leur est proposée.Et parce qu\u2019elle est une société parfaite, ainsi que Nous l\u2019avons dit, elle est douée d\u2019un principe de vie qui ne lui vient pas du dehors, mais qui a été déposé en elle par le même acte de volonté qui lui donnait sa nature.Pour la même raison, elle est investie du pouvoir de faire des lois, et, dans l\u2019exercice de ce pouvoir, il est juste qu\u2019elle soit libre : comme cela est juste, d\u2019ailleurs, pour tout ce qui peut, à quelque titre, relever de son autorité.Cette liberté, toutefois, n\u2019est pas de nature à susciter des rivalités et de l\u2019antagonisme : car l\u2019Église ne brigue pas la puissance, n\u2019obéit à aucune ambition : mais ce qu\u2019elle veut, ce qu'elle poursuit uniquement, c\u2019est de sauvegarder parmi les hommes l\u2019exercice de \u2014150 \u2014 la vertli, et, par eemoÿen,d\u2019'asSUrllr IbUrSa'tetëternél.Àtfssi,: est-il dan s son * tièBtféVBtët ü*tisér ' rte » ©éiiU®^ic{8«flïyàçè; §î$Éë procédés toüt'îmaternéls.b Bien pMs,; faisant 'la part des vidissitudds ; fde 'fé&dher .de Fusagë * \u2014 240 \u2014 m La Sacrée Congrégation des Rites, par un décret Urbi et Orbi, a élevé au rite de première classe la fête de l\u2019Annonciation de la Sainte Vierge.Vous trouverez le texte de ce décret à la fin delà présente circulaire.IV A mon retour du Mexique, où j\u2019ai assisté aux grandes fêtes du couronnement de l\u2019image miraculeuse de Notre-Dame de la Guadeloupe, j\u2019ai constaté avec bonheur que Mgr le Grand Vicaire avait recommandé à votre zèle et au zèle de vos paroissiens l\u2019OEuvre de l\u2019Adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement déjà établie à Québec dans la chapelle actuelle des Religieuses Franciscaines.Il est assurément bien désirable que Québec, le berceau de la foi catholique dans l\u2019Amérique du Nord, possède une église où Notre Seigneur soit adoré nuit et jour dans le Sacrement de son amour.De ce sanctuaire jaillira une source inépuisable de grâces pour le diocèse tout entier.Aussi est ce mon désir que l\u2019église destinée à l\u2019Adoration perpétuelle\u2014laquelle sera sous le vocable de Saint Antoine de Padoue\u2014soit construite aussi rapidement que les circonstances le permettront.Les dons particuliers, les souscriptions déjà commencées m\u2019aideront beaucoup à réaliser ce pieux projet ; mais je compte également sur la dévotion bien connue des fidèles du diocèse de Québec à la Sainte Eucharistie.Dans l\u2019ordre des œuvres spirituelles, celle du Très Saint Sacrement est la plus belle et la plus féconde en fruits de salut ; les autres en découlent comme dhin foyer commun.Non seulement il n\u2019y a pas à craindre qu\u2019elle nuise aux autres ; elle ne peut, au contraire, que les stimuler et les encourager, en développant dans les âmes l\u2019amour du bien, la pratique des vertus chrétiennes, la charité pour tous les membres souffrants de Jésus-Christ.Je vous remercie donc de ce que vous avez déjà fait pour cette œuvre et je vous prie de continuer à y intéresser vos ouailles, afin qu\u2019avec la grâce de Dieu nous puissions voir \u2014 241 \u2014 bientôt les hauteurs de Québec couronnées par un temple digne d\u2019être un centre populaire de piété et de dévotion au Saint Sacrement.Plusieurs personnes, prêtres et laïques, dévouées à cette œuvre, ont exprimé la pensée que Québec devrait donner l\u2019exemple d\u2019un premier congrès eucharistique dans notre Canada.Il m\u2019a fait plaisir de voir que la Semaine Religieuse s\u2019est faite l\u2019écho de cette pieuse idée.Elle mérite assurément d\u2019être méditée.Un pareil congrès, si, comme je le crois, il est possible de l\u2019organiser, ne saurait être tenu dans des circonstances plus fav orables qu\u2019à l\u2019occasion de l\u2019inauguration solennelle d\u2019une église consacrée au Très Saint Sacrement.Nous allons donc travailler ensemble à l\u2019érection de cette église et nous prierons le Dieu de l\u2019Eucharistie, inspirateur de toute bonne pensée, de tout élan généreux, de nous accorder la lumière et la force nécessaires pour contribuer efficacement à sa gloire.Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur.DECRETUM.Jure sane ac merito Festum B.Mariæ Virgmis Deiparæ ab Angelo salutatæ, ab antiquissimis temporibus institutum, et penes Lalinam Ecclesiam etGræcam pari solemnitate celebratum est : siquidem Dominicæ Incarnationis Mysterium tanquam cæterorum fundamentum Sacra Liturgia profitetur.Hinc Apos-tolicæ Sedi supplicia vota baud semel porrecta sunt, ut Festum ipsum Annuntiationis B.M.V.ad maximum ritum in universa Ecclesia eveheretur.Itaque Sacra Rituum Congregatio in pecu-liari Cœtu pro nova Decretorum authentica Collectione evul-ganda, ad Vaticanum subsignafa die habito, omnibus mature perpensis, rescribendum censuit : Fes turn Annuntiationis B.M.V.die 25 Martii occurrens, in universa Ecclesia ritu duplici primæ classis amodo recolendum esse, cum omnibus juribus celebriorum festorum propriis; etsi octava carens ob temporis Quadragesimalis rationem.Geterum, quotiescumque vel Feria VI in Parasceve, vel Sabbato Sancto hoc Festum impediatur, toties, Feria II post Dominicam in Albis, tanquam in sede propria, ut antea, reponatur; in qua cum integra solemnitate ac feriatione et sine octava, prouti die 25 Martii, celebrabitur.Quando vero illius tantummodo impediatur Ofïi-cium, ad enuntiatam pariter Feriam II amandetur, ac nonnisi Festo primario ejusdem Ritus occurrente valeat impediri : quo in casu, in sequentem diem pariter non impeditam transferatur.Die 23 aprilis 1895.Facta postmodum Sanctissimo Domino Nostro Leoni Papæ XIII per infraseriptum Gardinalem Sacrorum Ritnum Gongre-gationis præfectum de hisce omnibus relatione ; Sanctitas Sua sententiam ejusdem Gongregationis ratam habere et confirmare dignata est.Die 27 Maii eodem anno.G.Gard.Aloisi-Masella, S.R.C.Præfeclus.Aloisius Tripepi, S.R.C.Secretarius. CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 5 décembre 1895.Bien chers Collaborateurs, Le 8 décembre 1870, le Souverain Pontife, Pie IX, de douce et sainte mémoire, justement alarmé des persécutions que l\u2019Italie révolutionnaire faisait subir au Saint Siège et contraint de suspendre les travaux du Concile du Vatican, eut l\u2019heureuse pensée de placer la Sainte Eglise sous la protection spéciale de celui qui fut choisi de Dieu pour être le gardien de son divin Fils sur la terre : il proclama le grand Patriarche, saint Joseph, Patron de l'Eglise universelle.Cette nouvelle fut accueillie avec grande joie dans le monde entier ; la dévotion envers ce puissant protecteur prit un accroissement merveilleux et les fidèles ressentirent bientôt, par les nombreuses grâces obtenues, combien est grand et efficace le pouvoir de saint Joseph au ciel.Notre Canada s\u2019honore à bon droit d\u2019avoir toujours eu la plus grande dévotion au Patron de l\u2019Église Catholique.En effet, dès l\u2019origine de la colonie, en 1624, saint Joseph a été élu canoniquement patron de la Nouvelle-France, protecteur de notre Église naissante.Chose remarquable! les dévotions les plus chères aux fondateurs de notre pays ont été proposées plus tard à l\u2019univers catholique par les Souverains Pontifes.Le 8 décembre prochain, il y aura vingt-cinq ans que l\u2019Église Catholique a été placée sous la protection de saint Joseph.Il convient de célébrer ce joyeux anniversaire avec un redoublement de piété et de confiance envers ce grand saint.C\u2019est dans le but de favoriser celte dévotion que Notre Saint Père le Pape, Léon XIII, vient d\u2019accorder à toutes les Églises de l\u2019univers \u2014 244 \u2014 catholique l\u2019autorisation, pour cette année seulement, de célébrer une messe votive et solennelle en l\u2019honneur de saint Joseph, le troisième dimanche de l\u2019Avent.Pour jouir de ce privilège, il faut que dans les églises où se chantera cette messe, on la fasse précéder de pieux exercices publics en l\u2019honneur de notre grand saint.Gomme la nouvelle de ces faveurs pontificales nous arrive trop tard pour qu\u2019on puisse donner à cette solennité tout l\u2019éclat désirable, on pourra se contenter d\u2019un triduum préparatoire à la fêle qui nous est accordée.Ces exercices co ' \u2019ont dans l\u2019exposition du Saint-Sacrement depuis la première messe jus- dà la dernière, les jeudi, vendredi et samedi qui précéderont -1 te 15 de ce mois, et, le soir de ces mêmes jours, on pourra donner, à l\u2019heure la plus convenable, la hénédiction du Saint-Sacrement.A chacune des messes basses célébrées à l\u2019autel de l\u2019exposition, ainsi qu\u2019à la bénédiction, le soir, on récitera, avec les litanies de la Sainte Vierge, la prière à saint Joseph ordonnée par Notre Saint Père le Pape pour le mois d\u2019octobre, aux exercices du Très Saint Rosaire.Le jour de la solennité, à la suite de la grand\u2019messe, on chantera le Te Dcum, pour remercier Dieu de la protection accordée à l\u2019Église par l\u2019intercession de saint Joseph, et pour conjurer ce grand saint de veiller sur elle et de lui obtenir des jours meilleurs.Prions-le en particulier pour nos frères catholiques du Manitoba, afin que justice leur soit rendue le plus tôt possible.De plus, tous les prêtres devront, en ce même dimanche, faire mémoire de saint Joseph aux messçs privées, servalis rubricis.Cette mémoire se fera par les oraisons de la messe du Patronage de saint Joseph.Vous trouverez, à la suite de cette circulaire, le texte du décret pontifical qui nous accorde ces faveurs.Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur.WW 245 \u2014 Decretum.SSmus Dominus Noster, has preces ab infrascripto Sacroruiti Ritunm Congregations Secretario relatas, et amplissimo com-mendationis officio Emi et Rmi Domini Cardinalis in Urbe Vicarii communitas peramanter excipiens, benigne indulgere dignatus est.I.\tUt Dominica tertia sacri adventus, hoc anno tantum, in cunctis Urbis et Orbis Ecclesiis, ubi pia exercitia in precibus enuntiata peragentur, unica Missa votiva solemnis de Patrocinio S.Joseph, Deiparæ Virginis Sponsi, cum Gloria et Credo cantari valeat; dummodo non occurrat Duplex primæ chassis, jque omittatur Missa conventualis ant parochialis, officio dieires^ u-dens, ubi onus adsit earn celebrandi ; II.\tUt memorata Dominica in singulis Missis lectis ubique terrarum, non occurrente Duplici primæ classis, addatur com-memoratio ejusdem S.Joseph per orationes ex Missa Patrocinii desumptas; servatis rubricis.Gontrariis non obstantibus qui-buscumque.Die 12 Augusti 1895.Caj.Gard.Aloisi-Masella, S.R C.Præf.Aloisius Tripepi, S.R.C.Secret.1 I \u2014 241 \u2014 (N° 240) CIRCULAIRE AU CLERGÉ ( Archevêché de Québec, {\t22 janvier 1896.I.\tPouvoir de bénir et d\u2019indulgencier les chapelets.II.\tEnvoi des collectes faites pour la Chapelle du Saint-Sacrement.III.\tQuêtes commandées par l\u2019Évêque.IV.\tLitanies non approuvées.V.\tMesse que doit célébrer un prêtre dans une église étrangère.VI.\tExposition privée du Saint-Sacrement.Bien chers Collaborateurs, I Je m\u2019empresse de vous communiquer la nouvelle que le Saint-Siège, par une lettre du 21 décembre dernier, nous a autorisé à renouveler, pour cinq ans, en faveur des prêtres dont les noms se trouvent sur le Catalogue des prêtres de l'archidiocèse (Souvenir des retraites pastorales de 1895), le pouvoir de bénir et d\u2019indulgencier les chapelets.En vertu de cette autorisation, j\u2019accorde pour cinq ans le susdit pouvoir aux prêtres inscrits sur le catalogue ci-dessus.L:s prêtres qui ont déjà obtenu cette faveur par écrit feront bien d\u2019indiquer sur leur feuille la date du renouvellement et de l\u2019expiration de la faculté qui leur est présentement accordée.Ceux qui reçoivent ce pouvoir pour la première fois pourront se procurer au secrétariat une feuille imprimée, qui contient le catalogue officiel des Indulgences dites apostoliques. ¦\u2014 248 \u2014 II L\u2019appel fait à votre piété en faveur de la Chapelle de l\u2019Adoration du Très Saint Sacrement a été entendu et compris.Je constate avec satisfaction qu\u2019un bon nombre de curés ont déjà fait parvenir à l\u2019archevêché le produit des quêtes qu\u2019ils ont organisées à cet effet.Les résultats connus jusqu\u2019à présent sont, dans l\u2019ensemble, bien encourageants et j\u2019ai lieu de me réjouir du zèle qu\u2019on a déployé pour cette belle œuvre.Que toutes les paroisses sans exception apportent leur pierre à l\u2019édifice; leur contribution, si petite qu\u2019elle puisse être, attirera la bénédiction du Ciel et assurera le succès de l\u2019entreprise.Notre Seigneur est méconnu et insulté dans le monde des indifférents, des impies et des méchants ; faisons tous quelque chose pour une œuvre d\u2019adoration, d\u2019amende honorable et de réparation envers Jésus dans le sacrement de son amour.III Vous verrez par les comptes-rendus que vous allez recevoir, qu\u2019un grand nombre de paroisses ne donnent rien ou presque rien pour les œuvres diocésaines.Ces collectes ordonnées par l\u2019évêque sont obligatoires et doivent être faites chaque année.Si quelque raison grave nécessite leur omission, il faut en avertir l\u2019Évêque et s\u2019en faire dispenser.Je remarque en particulier que plus de cinquante paroisses se sont abstenues d\u2019envoyer leur obole pour les sourds-muets; c\u2019est pourtant l\u2019une des œuvres que l\u2019on devrait favoriser davantage.Plusieurs se plaignent, avec raison peut-être, du grand nombre de quêtes; mais souvent ceux qui se plaignent le plus sont ceux qui donnent le moins.Quand on considère le montant que chaque paroisse se trouve à fournir annuellement pour les œuvres recommandées par le Saint-Père ou par l\u2019Évêque, on ne voit pas que la somme soit exorbitante et au-dessus des moyens de la paroisse.Je comprends que dans certaines paroisses l\u2019on donne peu, mais je ne me rends pas bien compte des raisons pour lesquelles on s\u2019autorise d\u2019omettre toutes les quêtes ou quelques-unes d\u2019entre elles. \u2014 249 \u2014 IV Par un décret du 28 novembre 1895, la Sacrée Congrégation des Rites a proscrit toute récitation publique, meme en dehors des offices liturgiques, des litanies qui ne sont pas approuvées par le Saint-Siège.Il faut donc s\u2019abstenir de chanter ou de réciter dans les églises les litanies du Sacré-Cœur de Jésus, de la Sainte-Face, et toutes les autres qui ne se trouvent ni dans le bréviaire, ni dans les dernières éditions du Rituel Romain.V Voici le dispositif d\u2019un décret de la Sacrée-Congrégation des Rites, approuvé par le Saint-Père le 9 décembre 1895 : « Omnes et singuli sacerdotes, tam Sæculares quam Regula-» res, ad Ecclesiam confluentes, vel ad Oratorium publicum, » missas quum Sanctorum turn Beatorum, etsi Regularium » proprias, omnino celebrent Officio ejusdem Ecclesiæ vel Ora-» torii conformes, sive illæ in Romano, sive in Regularium » Missali contineantur ; exclusis tamen peculiaribus ritibus Or-» dinum propriis.» » Si vero in dicta Ecclesia, vel Oratorio, Ofïicium ritus duplici » inferioris agatur, unicuique ex celebrantibus liberum sit » Missam de requie peragere, vel votivam, vel etiam de occur-& renti feria ; iis tamen exceptis diebus, in quibus præfatas » Missas Rubricæ Missalis Romani, vel S.R.C.Décréta prohi-» bent.» Donc tout prêtre qui célèbre dans une église étrangère, soit chez les réguliers, soit dans une église paroissiale, soit dans un oratoire public, dans les fêtes doubles et au-dessus, doit dire la messe que l\u2019on dit dans cette église, même en vertu d\u2019un induit spécial, et non celle qui correspond à son office personnel.Dans les semi-doubles et au-dessous, il peut dire la messe qu\u2019il veut, d\u2019après les rubriques générales sur les diverses messes permises dans les semi-doubles. \u2014 250 \u2014 VI Je crois devoir attirer l\u2019attention des nombreux prêtres-adorateurs du diocèse, sur ce que nous lisons dans le numéro de décembre des Ephemerides lilurgicæ.« On lit dans une revue française que tout prêtre peut, afin de » satisfaire sa dévotion privée, ouvrir le tabernacle pour adorer » le Saint-Sacrement, réciter des prières ad libitum, puis le refer-» mer.C\u2019est, dit-on, en vertu d\u2019une déduction logique de certains » décrets de la S.Congrégation des Rites.Au nom et par l\u2019auto-» rité de ce tribunal, nous avertissons tous nos lecteurs que l\u2019en-» seignement de la revue française est tout simplement faux et » ses déductions tout à fait illégitimes.)) « Il y a entre l\u2019exposition privée et la solennelle cette différence » que la première se fait avec le ciboire et la seconde avec l\u2019os-» tensoir, mais toutes deux sont ordonnées vers le bien public, et » non pour satisfaire la dévotion des particuliers.» Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.-}- L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur. \u2014 251 \u2014 (No 241) CIRCULAIRE AU CLERGÉ j Archevêché de Québec, {\t22 février 1896.I.\tItinéraire de la visite pastorale.II.\tFanfares aus pèlerinages.III.\tLéon XIII et les devoirs des écrivains catholiques.Bien chers Collaborateurs, I Vous recevrez avec la présente l\u2019itinéraire de la visite pastorale pour l\u2019année 1896.Veuillez relire à ce sujet la « Discipline», page 252 et «l\u2019Appendice au Rituel», page 140, afin de vous conformer en tous points à ce qui y est prescrit.Préparez non seulement les enfants de votre paroisse à recevoir la confirmation, mais encore tout votre peuple à gagner l\u2019indulgence plénière de la visite en s\u2019approchant des sacrements.Ces années dernières j\u2019ai eu la consolation de voir les paroisses entières, hommes, femmes et enfants, interrompre leurs travaux des champs pour assister aux instructions et s\u2019unir à Notre Seigneur dans la sainte communion.J\u2019espère que cette année le môme édifiant spectacle se reproduira partout avec les mêmes fruits de salut pour nos excellentes familles catholiques.II Afin de conserver aux pèlerinages le caractère religieux qui les a distingués jusqu\u2019à ce jour et d\u2019éviter tout ce qui pourrait \u2014 252 \u2014 troubler la piété et le recueillement des fidèles, les directeurs des pèlerinages veilleront à ce que les sociétés de fanfares qui les accompagnent ne fassent aucune exécution musicale en dehors des exercices du pèlerinage.III Plurima sapientissime de subordinatione cleri scriptorumque catholicorum a Summo Pontifice Leone XIII tradita sunt quæ opportunum videtur præ oculis ponere et ad memoriam eorum, ad quosspectat, revocare.« Goncordiæ idem est in re Christiana, atque in omni bene constituta republica fundamentum; nimirum obtemperatio légitimée potestati, quæ jubendo, vetando, regendo, varios hominum animos concordes et congruentes efficit.Quam ad rem nota omnibus atque explorata commemoramus : verumtamen talia, ut non cogitatione solum tenenda, sed moribus et usu quotidiano, tanquam officii régula, servanda sint.\u2014Scilicet sicut Pontifex Romanus totius est Ecclesiæ magister et princeps, ita Episcopi rectores et capita sunt Ecclesiarum, quas rite siuguli ad regen-dum acceperunt.Eos in sua quemque ditione jus est præesse, corrigere, generatimque de iis, quæ e re Christiana esse vide-antur, decernere.Participes enim sunt sacræ potestatis, quam Christus Dominus a Pâtre acceptam Ecclesiæ suæ reliquit ; eamque ob causam Gregorius IX Decessor Noster : Episcopos, inquit n in partem sollicitudinis vocatos vices Dei gerere minime dubitamus » (1).Atque hujusmodi potestas Episcopis est summa cum utilitate eorum, in quos exercetur, data : spectat enim natura sua ad ædificcitionem corporis Christi.perflcitque ut Epis-copus quisque, cnjusdam instar vinculi, christianos, quibus præest, et inter se et cum Pontifice maximo, tanquam cumcapite membra, fidei caritatisque communione consociet.In quo généré gravis est ea sancti Cypriani sententia: « Illi sunt Ecclesia, plebs sacerdoli adunata, et Pastori suo grex adhærens » (2) : et gravior altera : « Scire debes, Episcopum in Ecclesia esse, et Eccle-siam in Episcopo, et si guis cum Episcopo non sit, in Ecclesia non (1)\tEpist.198, lib.13.(2)\tEpist.69, ad Pupianum. \u2014 253 \u2014 esse » (3).Talis est christianæ reipnblicæ constitutio, eaque immu-tabilis ac perpétua ; quæ nisi sancte servetur, summa jurium et officiorum perturbatio consequatur necesse est.Ex quibus apparet, adhibendam esse adversus Episcopos reverentiam præs-tantiæ muneris consentaneam, in iisque rebus, quæ ipsorum potestatis sunt, obtemperari oportere.» (Ex Encyclica Cum multa sint, 8 dec.1882).« In primis vero sanctum sit apud catholicos scriptores Epis-coporum nomen ; quibus in excelso auctoritatisgradu collocatis dignus officio ipsorum et munere habendus est honos.Neque licere sibi homines privati putent in ea, quæ sacri Pastores pro potestate decreverint, inquirere ; ex quo sane magna perturbatio ordinis consequeretur et non ferenda confusio.Atque istam reverentiam, quam prætermittere licet nemini, maxime in catho-licis auctoribus ephemeridum luculentam esse et velut expositam ad exemplum necesse est.Ephemerides enim, ad longe lateque pervagandum natæ, in obvii cujusque manus veniunt, et in opinionibus moribusque multitudinis non parum possunt.» (Ex Epist.Pontif.Cognita nobis, 25 jan.1882.) « Sancta sit apud sacerdotes Antistitum suorum auctoritas : pro certo habeant sacerdotale munus, nisi sub magisterio Epis-coporum exerceatur, neque sanctum, nec satis utile, neque honestum futurum.\u2014Deinde necesse est in patrocinio religionis multum elaborare lectos viros laicos, quibus cara est communis omnium mater Ecclesia, et quorum dicta turn scripta Luendis catholici nominis juribus magno usui esse possunt.Ad optatos autem fructus maxime est conspiratio voluntatum etagendorum similitudo necessaria.Profecto nihil magis inimici cupiunt, quam ut dissideant catholici inter se : hi vero nihil magis quam dissidia fugiendum putent, memores divini verbi, omne regnum in seipsum divisum clesolabitur.Quod si, concordiæ gratia, necesse est, quemquam de sua sementia judicioque desistere, faciat non invitus, sperata utilitate communi.Qui scribendo dant operam, magnopere studeant hanc in omnibus rebus animorum concor-diam conservare; iidem præterea quod in commune expedit, malint, quam quod sibi : communia cœpta tueantur ; disciplinæ (3) Ibid. ft \u2014 254 \u2014 eorum, quos Spiritus Sanctus posuit Episcopos regere Ecclesiam Dei, libenti animo pareant, auctoritatemque vereantur ; nec suscipiant quicquam prseter eorumdem voluntatem, quos, quando pro religione dimicatur, sequi necesse est tanquam duces.» (Ex Encyclica Nobilissima Gallorum gens, 8 febr.1884.) o Quod officium (obedientiæ) si generatim ad omnes, multo magis ad ephemeridum spectat auctores : qui nisi hoc animo affecti sint ad obtemperandum prompto, et ad disciplinam docili, in catholicis singulis tantopere necessario, facile illuc evasuri sunt, ut mala, de quibus conquerimur, ipsimet spargant atque adaugeant.In omnibus rebus, quæ religionem actionemque Ecclesiæ in societate attingant, illorum est, non secus ac cetero-rum christianorum, mente ac voluntate Episcopis suis romanoque Pontifici prorsus subesse ; horum imperata facere et nuntiare ; incoeptis toto pectore adhærescere, decretis parère, et ut ceteri pareant curare.Si qui secus faceret eorum adjuturus consilia et voluntatem, quorum propositum et studia his litteris impro-bavimus, laberetur in munere nobili, et hac se ratione nequic-quam speraret Ecclesiæ servire, perinde ac qui veritatem catholicam ant diminutam dimidiatamve mallet, aut timidius adamaret.» (Ex Epist.Pontif.Epistola tua, 17 jun.1885).Si circumstantiæ id exigere videantur, vobis et ûdelibus litteras pastorales hac de re mittam.Interea oremus Deum ut mentes illuminet cordaque inclinet ad justitiam veritatemque amplec-tendam.Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.-J- L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur. \u2014 255 \u2014 (N° 242) CIRCULAIRE AU CLERGÉ f Archevêché de Québec, {\t13 mars 1896.Bien chers Collaborateurs, Le 19 mars courant, fête de saint Joseph, sera le vingt-cinquième anniversaire de la consécration épiscopale de Son Éminence le cardinal Taschereau, Archevêque de Québec.« Il est vrai que la sainte Écriture semble défendre de louer un homme avant sa mort : ante mortem ne laudes hominem quem-quam.Mais n\u2019est-il pas possible de pressentir, dès maintenant, quelle sera sur l\u2019administration du cardinal Taschereau le jugement de l\u2019Histoire?Elle l\u2019assimilera à celles des Laval, des Briand et des Plessis ; elle redira l\u2019œuvre d\u2019apaisement dans les esprits à laquelle il a tant contribué ; elle rappellera les institutions qu\u2019il a fondées, celles qu\u2019il a encouragées ou retirées du naufrage; elle montrera cette longue liste de mandements, de lettres pastorales, de circulaires sur une foule de questions de discipline ou autres, un ordre merveilleux répandu partout, la lumière faite sur un grand nombre de sujets, beaucoup d\u2019abus réprimés et de sages règlements établis pour le plus grand bien de tous ; elle louera surtout cef esprit d\u2019union qui anime le Clergé de Québec, comme du temps de Mgr de Laval : cor unum et anima una.» * Donc si nous n\u2019écoutions que les sentiments de notre grande vénération pour Son Éminence, nous vous annoncerions des fêtes jubilaires propres à éclipser toutes celles qui ont déjà été célébrées à Québec.Mais comme, déjà en 1892, lors du Jubilé Sacerdotal de Son Éminence, il fallait avoir égard à son état de faiblesse, à plus forte raison cette année doit-on lui éviter toute * Jubilé sacerdotal de S.E.le Cardinal Taschereau. \u2014 256 \u2014 émotion et toute fatigue.Les forces de notre vénéré Cardinal ¦diminuent de jour en jour sensiblement, malgré les ferventes prières qui s\u2019élèvent de tous côtés pour la conservation d\u2019une existence si précieuse.La vieillesse de ce Pasteur bien-aimé s\u2019écoule, vous le savez, loin des bruits de ce monde, dans le recueillement et la prière ; nous croyons, en conséquence, entrer dans ses vues, en faisant de son jubilé épiscopal une fêle de prières Vous prierez donc et ferez prier vos paroissiens aux intentions de Son Eminence.qui tous les jours passe de longues heures en tête à tête avec Notre Seigneur au tabernacle.Que Dieu accorde à ce vénérable vétéran du sanctuaire, qui a été pour nous un Père aimant et chéri, tous les secours spirituels et temporels dont il a besoin! En même temps remercions Dieu d\u2019avoir conservé si longtemps à notre estime, à notre vénération et à notre amour celui qui a tant fait pour la religion en ce pays, et dont la seule présence est encore pour nous tous un gage précieux de la protection divine.Nous qui avons le bonheur de vivre à ses côtés et de nous édifier continuellement à son contact, nous ne manquerons pas d\u2019implorer de Son Eminence pour ses prêtres, ses communautés religieuses et tous ses diocésains, une bénédiction toute particulière.Voici ce que nous réglons: 1° Le 19 mars, l\u2019on exposera le Saint Sacrement pendant la.messe, à laquelle seront invités les paroissiens.2° Après la messe l\u2019on chantera ou récitera le Te Deum, pour remercier Dieu des grâces accordées à Son Eminence et au diocèse pendant ces vingt-cinq années d\u2019épiscopat.3° Dans les paroisses où, à cause l\u2019empêchements, l\u2019exposition du Saint Sacrement n\u2019aura pas eu lieu le 19, le Te Deum sera chanté le dimanche suivant après la grend\u2019messe.Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur. \u2014 251 (N° 243) CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 25 avril 1896.I.\tQuête pour les victimes de l\u2019inondation.II.\tBibles protestantes.III.\tInhumation dans les églises.IV.\tVisites de l\u2019Inspecteur du Conseil d\u2019Hygiène au sujet de cimetières.Bien chers Collaborateurs, I En présence des désastres causés parles inondations dans plusieurs localités de ce diocèse, et en particulier sur les bords de la rivière Chaudière, nous ne pouvons demeurer insensibles, et c\u2019est un devoir pour nous de venir en aide à nos frères si cruellement éprouvés.Je désire qu\u2019une quête soit faite en leur faveur, dimanche le 10 mai, dans toutes les églises du diocèse.Je ne connais pas encore toute l\u2019étendue des ravages de l\u2019inondation, mais j\u2019apprends ce matin que le village de Saint-George de Beauce, n\u2019est plus guère qu\u2019une ruine ; soixante-quatorze maisons ont été emportées, brisées ou renversées.Il n\u2019y a plus un seul pont pour relier les deux parties de la paroisse que sépare la rivière.A Saint-Martin, dans le même district, sans compter les maisons et les granges emportées ou brisées, il y a à peu près un mille de chemin public couvert d\u2019une moyenne de vingt pieds de glace.Les deux ponts des rivières Coudée et à la Truite sont 258 \u2014 détruits.Les colons y sont très pauvres, n\u2019ont pas de provisions et sont obligés de transporter sur leur dos à sept, huit et neuf milles de distance tout ce dont ils ont besoin pour leurs nombreuses familles.La misère sera grande partout ; la récolte de sucre a manqué cette année encore et les grains ne se sont guère vendus.Vous voudrez bien annoncer cette quête du haut de la chaire dimanche prochain, et par le navrant spectacle du malheur de nos braves Canadiens, vous inciterez vos ouailles, toujours si charitables en pareilles circonstances, à ne point leur refuser une aumône.Vous profiterez de l\u2019occasion présente pour faire remarquer à vos fidèles les enseignements que Dieu nous donne par ces épreuves : la vanité des biens de ce monde qui peuvent nous être enlevés à chaque instant, la nécessité d\u2019éviter le péché pour détourner de nous la colère de Dieu et par conséquent l\u2019à-propos de joindre nos prières à nos aumônes.Si nous avons beaucoup, donnons beaucoup ; si nous avons peu, donnons peu, mais que ce soit de bon cœur : hilarem dato-rem diligit Deus.C\u2019est l\u2019aumône que Notre Seigneur préfère et qu\u2019il récompense éternellement.Faisons aux autres ce que nous voudrions qu\u2019on nous fit à nous-mêmes en pareil cas.Le produit de cette quête sera envoyé à Mgr Têtu.II Mettez vos paroissiens en garde contre les Bibles protestantes qu\u2019on commence à colporter partout, jusqu\u2019au fond des campagnes les plus éloignées.Même recommandation à suivre au sujet des opuscules ou tracts protestants qu\u2019on distribue gratuitement dans les familles.III A l\u2019avenir, « aucune inhumation ne pourra avoir lieu dans une église ou chapelle servant aux exercices du culte, sans une autorisation spéciale accordée par l\u2019autorité ecclésiastique supérieure ou diocésaine.» \u2014 259 \u2014 IV Quand vous pourrez prévoir que, dans le cours de l\u2019année, vous aurez besoin de faire venir un Inspecteur du Conseil d\u2019Hygiène, au sujet de cimetière, vous voudrez bien en donner avis à l\u2019Archevêché au plus tard dans les premiers jours de mai.Ce qui précède ne s\u2019applique qu\u2019aux cas prévus et connus; car s\u2019il arrivait qu\u2019il fût nécessaire et urgent de faire, au cours de l\u2019été, une inspection qui n\u2019aurait pas été prévue avant le mois de mai, il serait toujours possible de l\u2019obtenir.Ce règlement a pour but d\u2019éviter les déplacements et les dépenses inutiles qu\u2019occasionneraient des voyages répétés à de courts intervalles et quelquefois à de grandes distances dans le même district.Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur. 261 \u2014 (No 244) CIRCULAIRE AU CLERGÉ f Archevêché de Québec, \\\t12 mai 1896.I.\tRetraites pastorales.II.\tExamen des jeunes prêtres.III.\t75e anniversaire de la première communion de N.S.P.le Pape Léon XIII.IV.\tPatronage d\u2019Youville de Montréal.Bien chers Collaborateurs, I La première retraite pastorale aura lieu du 11 au 18 d\u2019août, et la seconde, du 25 août au premier septembre.Autant que possible les curés assisteront à la première de ces retraites.Tous les prêtres de l\u2019archidiocèse sont tenus,\u2014à moins d\u2019une exemption spéciale obtenue de l\u2019Ordinaire pour raisons graves\u2014de suivre les exercices de l\u2019une ou de l\u2019autre de ces retraites.Parate viam Domini; rectas facile semilas ejus.Omnis vallis implebilur, et omnis mons et collis humiliabitur : el erunt prava in direct a et aspera in vias planas.Joan.Ill, 4.5.Venite.in desertum locum, el requiescite pusillum.Mr.VI, 31.II L\u2019examen annuel des jeunes prêtres aura lieu à la salle du Grand Séminaire, mardi, le 25 août, à neuf heures du matin.Il se fera par écrit, comme les années dernières.Ceux qui n\u2019ont pas encore subi les quatre examens requis par nos Conciles, devront tous être présents au jour et à l\u2019heure fixés. \u2014 262 Les réponses aux questions posées devront être plus développées que l\u2019année dernière; trop de laconisme laisse un travail incomplet et ne permet pas à son auteur de conserver le nombre de points auquel il aurait pu prétendre en faisant ressortir avec plus de détails les principes sur lesquels il appuie sa thèse.Cette remarque s\u2019applique à toutes les matières qui font l\u2019objet de cette épreuve écrite.On remettra en môme temps au surveillant de l\u2019examen les deux sermons qui sont exigés chaque année.J\u2019aurai à ce sujet quelques observations à faire aux jeunes prêtres.III Le 21 juin prochain, il y aura soixante-quinze ans que Sa Sainteté Léon XIII a fait sa première communion.Plus le Souverain Pontife avance en âge, plus ses enfants doivent l\u2019entourer d\u2019une filiale affection.A mesure que les années s'accumulent sur le Vicaire de Jésus-Christ, les anniversaires des grands événements de sa vie deviennent de plus en plus propres à captiver nos cœurs.Cet anniversaire de la première communion de Sa Sainteté, sera donc pour nous l\u2019occasion d\u2019un regain de piété filiale envers le Père de nos âmes.Qu\u2019elle dût être suave cette première visite de Notre Seigneur à l\u2019âme de l\u2019angélique Joachim Pecci ! Le Bon Dieu, qui proportionne toujours ses grâces au rôle qu\u2019il veut nous faire jouer dans son Église, l\u2019avait comblé de ses dons.C\u2019était déjà pour Notre Seigneur un privilégié, un élu, un autre lui-même, à qui un jour il confierait les clefs de son royaume sur la terre.Qui pourra jamais nous dire les célestes jouissances dont le Dieu Eucharistique gratifia alors cet enfant béni! Le jour de cet anniversaire mémorable, le Saint-Père sera très heureux, si, dans tout l\u2019univers catholique, les enfants, qui sont la partie chérie de son troupeau, joignent leurs actions de grâces aux siennes, et lèvent vers Dieu leurs petites mains suppliantes en faveur du Prisonnier du Vatican.Ces grâces dont Léon XIII fut comblé au jour de sa première communion, c\u2019est pour ainsi dire notre patrimoine, puisque celui qui les a reçues est notre \u2014 263 \u2014 Père, et qu\u2019un père n\u2019a rien qui n\u2019appartienne à ses enfants.C\u2019est donc pour nous en cette circonstance un devoir de remercier Dieu.Et qui pourra Le remercier mieux que les enfants, surtout ceux qui ont fait récemment leur première communion ! Leur cœur, encore tout rempli de vives émotions, battra plus fort, à l\u2019unisson de celui du Saint-Père.Je désire donc que, partout où la chose est possible, l\u2019on fasse une communion d\u2019enfants, le 21 juin prochain.Dans bien des paroisses, on trouvera moyen de fixer ce jour pour la première communion des enfants, ou au moins pour la deuxième ou la troisième, suivant les circonstances.Les enfants des écoles en général pourraient être invités à prendre part à ce banquet eucharistique.Pour plusieurs de ces jeunes gens, ce cera l\u2019occasion de faire revivre les souvenirs de leur première communion et de retrouver la ferveur de ce beau jour.Il serait bien à propos que, ce jour-là, - l\u2019on fît une petite allocution pour attacher de plus en plus au Saint-Père le cœur de ces enfants, pour les accoutumer à partager ses douleurs et à prier pour sa délivrance.IV Voici le temps où un grand nombre de jeunes filles des campagnes de Québec vont à Montréal, pour s'engager dans les familles comme servantes.Afin de protéger ces jeunes filles contre certains agents qu\u2019elles pourraient rencontrer, veuillez donc faire connaître dans votre paroisse le Patronage d\u2019Youville de Montréal, coin des rues Lagauchetière et Saint-Urbain.Cette maison est précisément destinée à recevoir les jeunes filles qui n\u2019ont pas de protection, et désirent se placer, comme servantes, dans des familles honorables.C\u2019est là que les jeunes filles devraient aller, dès leur arrivée à Montréal ; elles y seraient en parfaite sûreté et y recevraient les plus utiles conseils.Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.-j- L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur. jvi)* \u2014 265 \u2014 (N° 245) CIRCULAIRE AU CLERGÉ C Sainte-Justine, ^ (en tournée pastorale), ( le 1.8 juillet 1896.Bien Chers Collaborateurs, h'Union Antimaçonnique, fondée à Rome il y a déjà quelques mois, a eu l'heureuse idée d\u2019un Congrès Antimaçonnique International, qui se tiendra du 26 au 30 septembre prochain, à Trente, dans le Tyrol Autrichien.Le Souverain Pontife a daigné bénir et approuver ce projet.Ce Congrès Antimaçonnique International a deux buts : « 1° Montrer au monde entier, avec preuves à l\u2019appui et jus-« qu\u2019à l\u2019évidence, l\u2019immensité des maux et des ruines dont la « franc-maçonnerie a été le principe pour les hommes en général « et pour l\u2019Église catholique en particulier ; « 2° Trouver un remède à son action désastreuse et consti-« tuer, avec toutes les forces vives qui veulent bien s\u2019y consa-« crer, une organisation durable contre cette société infernale.» L\u2019organisation générale du Congrès est confiée au Comité central exécutif de Y Union Antimaçonnique, dont les membres résident à Rome et qui a pour président honoraire Son Éminenc e la cardinal Parocchi.Le président actif de ce comité d\u2019organi sation, Monsieur le commandeur Guillaume Alliata, a écrit à Son Éminence le cardinal Taschereau pour lui demander un mot d\u2019encouragement dans cette difficile entreprise et pour le supplier de daigner établir dans son diocèse un comité spécial.Au nom de Son Éminence et en ma qualité d\u2019Administrateur du diocèse de Québec, je me suis empressé de féliciter Y Union Antimaçonnique de cette belle et heureuse idée d\u2019inviter les catholiques du Canada à prendre part à cette croisade d\u2019un nouveau genre entreprise contre la franc-maçonnerie.De plus, j\u2019ai formé un comité diocésain, composé de cinq laïques et de trois ecclésiastiques, tous personnages distingués par leurs vertus, par leur position sociale, tous désireux de répondre aux désirs du Vicaire de Jésus-Christ.Ce comité s\u2019est mis aussitôt en communication avec le comité exécutif de Rome et lui prête main forte dans la mesure de ses moyens.Il y a quelques semaines le président de notre comité diocésain, a reçu du comité central exécutif de Rome la nouvelle que notre comité est constitué en Comité National Canadien.Nous ne pouvons pas, Mes Chers Collaborateurs, rester étrangers à ce mouvement, dont le Saint-Père attend de si bons résultats.Comme le disait naguère Son Éminence le cardinal Parocchi, « il faut organiser la défense logique et sociale « de notre foi contre les envahissements de la franc-maçon-« nerie.Les francs-maçons disent: Il faut que Satan règne, « Oportct ilium regnare.Nous, catholiques, disons: Oportet Chris-« turn regnare; il faut que le Christ règne.Ne donnons pas de a trêve à nos armes et à nos combats, jusqu\u2019à ce que Jésus-« Christ soit vainqueur de l\u2019enfer.» Ici au Canada, les Évêques ont toujours eu l\u2019oeil ouvert pour empêcher le loup ravisseur d\u2019entrer dans leur bergerie.Presque tous les Conciles provinciaux de Québec ont mis les fidèles en garde contre ces «sociétés ténébreuses dans lesquelles ne peuvent « entrer les membres de Jésus-Christ.» (1) Malgré cette grande sollicitude de la part des pasteurs, l\u2019ennemi a pu se pratiquer quelques brèches dans nos murs, et l\u2019on a vu un trop « grand « nombre de catholiques entrer dans ces sociétés sous différents «prétextes.» (2) Il ne peut échapper à personne que la franc- (1)\tLettre Pastorale des Pères du premier Concile.(2)\tLettre Pastorale des Pères du quatrième Concile. \u2014 26*7 \u2014 maçonnerie, sous les diverses formes qu\u2019elle prend pour mieux tromper, exerce une certaine iufluence sur notre pays : influence ténébreuse, voilée, déguisée, hypocrite, qui s\u2019infiltre, comme un poison subtil, dans des associations en apparence bien in offensives.C\u2019est pour cela que les catholiques doivent tant se défier de leur propre jugement et s\u2019en rapporter tout à fait au cri de la sentinelle que l\u2019Église a placée dans chaque diocèse.Dans leur Lettre Pastorale sur la franc-maçonnerie, les Pères du Septième Concile de Québec terminent en demandant « qn\u2019on « encourage les congrès et les académies catholiques auxquels « prendront part des laïques bien instruits et bien disposés, avec « l\u2019assentiment de leur Ordinaire et le concours de quelques «prêtres zélés.» C\u2019est par conséquent pour nous un devoir de faire bon accueil à l\u2019idée d\u2019un congrès Antimaçonnique International et d\u2019en favoriser l\u2019exécution de tout notre pouvoir.Non seulement nous faisons-ainsi une œuvre agréable au Saint-Père, mais nous nous trouvons à répondre au vœu émis par les Pères du Septième Concile de Québec.Je viens donc, Mes Chers Collaborateurs, vous demander votre concours, pour que le diocèse de Québec, fidèle cà son passé glorieux, réponde aux grandes espérances que l\u2019on fonde sur lui dans l\u2019exécution de ce beau projet d\u2019un Congrès Antimaçonnique International.1° Je vous invite à prier vous-mêmes et à faire prier les âmes qui vous sont confiées, pour le plein succès de cette guerre ouverte déclarée à la franc-maçonnerie.En invitant vos paroissiens à prier, vous aurez l\u2019occasion de les mettre en garde contre cette secte infernale qui s\u2019attache à leurs pas pour les perdre et qu\u2019ils retrouveront partout où l\u2019amour ou la nécessité des voyages les portera.Quand les jeunes gens partent pour les États-Unis, pourquoi ne leur feriez-vous pas prendre un engagement solennel d\u2019éviter avec le plus grand soin tout ce qui sent la franc maçonnerie de près ou de loin ?2° Parmi les travaux que nos délégués présenteront au congrès, viendra en première ligne un état du diocèse sous le rapport de la franc-maçonnerie.En 1883, Son Éminence le cardinal Taschereau avait adressé à tous les membres du clergé une série de questions auxquelles on devait répondre par écrit. \u2014 268 \u2014 C\u2019est ce qui fui fait avec soin et permit à Son Éminence d\u2019adresser au Saint-Siège un remarquable mémoire, dont la conclusion se lit ainsi : « Liceat mihi votum exprimere ut Summus Pontiff fex Encyclicam edat de hac materia, ita ut vox apostolica « ubique resonans et ab omnibus audita draconen ilium mail gnum et serpentem, qui seducit universum orbem, projiciat in « terram et interficiat.» A l\u2019exemple de Son Éminence en 1883, je vais dans le cas présent vous poser quelques questions, auxquelles voudront bien répondre le plus tôt possible Messieurs les Curés des paroisses où il y a lieu de le faire, a) Dans votre paroisse y a-t-il des catholiques enrôlés dans la franc-macon-nerie?è) Fait-on des efforts pour enrôler de vos paroissiens dans la franc-maçonnerie ?c) Depuis 1883 y a-t il eu ralentissement chez les sectaires dans leurs tentatives de perversion auprès des catholiques ?cl) L\u2019influence de la franc-maçonnerie se fait-elle sentir de quelque manière sur le territoire.de votre paroisse ?e) Pourriez-vous donner des renseignements sur les sociétés plus ou moins secrètes qui sous différents noms et sous divers prétextes, particulièrement sous le prétexte de bienfaisance et de secours mutuel, s\u2019introduisent dans notre pays?f) Le spiritisme, les médiums, les planchettes ont-ils des adeptes dans votre paroisse ?g) Quel moyen vous paraît le plus efficace pour arriver à donner le coup de mort à cette organisation diabolique ?3° Le Comité Central Exécutif de Rome aura à encourir pour le Congrès lui-même des frais assez considérables.De plus il faudra aider pécuniairement, au moins dans une certaine mesure, ceux qui seront choisis pour nous représenter au Congrès: les hommes les plus qualifiés pour remplir cette mission, ne sont pas toujours les plus favorisés par la fortune.\u2014Je vous prie donc de tenir à honneur de vous faire inscrire comme membres adhérents du Congrès, et d\u2019engager quelques-uns de vos principaux paroissiens à se faire inscrire eux-mêmes, en versant la somme de deux dollars ; en retour ils recevront le volume donnant le compte-rendu des travaux du Congrès.Vous pourriez même suggérer aux âmes charitables, qui ont de la fortune, de faire, en faveur de cette œuvre de défense catholique et sociale, une offrande plus considérable.Les réponses aux questions posées, ainsi que l\u2019argent des I \u2014 269 \u2014 offrandes et des cotisations à deux dollars, seront transmis le plus tôt possible à Mgr Gagnon, membre du Comité National Canadien.Agréez, Bien Chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.-J- L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur.N.B.\u2014La présente Circulaire ne sera lue en chaire que dans es paroisses où Messieurs les Curés le jugeront à propos. 3noitÊS il inoi D S'-b l;sd ; :i n\" o l o n 3t> pt* .t U \\7 jiifeo K.ïh-H ÛjLuiO G\u2019jn .tjsüji r\"\u2022) « ; ¦ ' t li.3 > .1 li J À 4.».l .1 «7 F ¦ '> ^ o.fiOHI \u2014\t' ' r3*i ¦:\t¦» -S'.', t.r O *.- i .V K,-\t* «./ ÎT'W.«i «-\u2022.v * » a- p * e.Kstasi *:>p 3Ti£f qo uj & juc 271 \u2014 (N° 246) CIRCULAIRE AU CLERGÉ ( AnCHEVÈCHÉ DE QüÉBEC, (\t4 septembre 1896.I.\tQuête en faveur de l\u2019église du Très Saint Sacrement.II,\tL\u2019Encyclique \u201cSatis Cognitum vobis est III.\tSujets d\u2019examen des jeunes prêtres pour 1897.IV.\tPremière communion des enfants à 10 ans seulement.V.\tDépart pour l\u2019Europe.Bien Chers Collaborateurs, I Je viens de permettre que les travaux de construction de l\u2019Eglise de l\u2019Adoration Perpétuelle soient commencés incessamment, afin de profiter du bon marché exceptionnel de la main d\u2019œuvre en ce moment.J\u2019ai besoin de connaître le montant sur lequel je pourrai compter pour mener à bonne fin l\u2019œuvre que j\u2019ai entreprise à la gloire de la sainte Eucharistie.En conséquence les paroisses où n\u2019a pas encore été faite la collecte déjà demandée à cet effet, devront la faire d\u2019ici à Noël et en transmettre le produit à Mgr Têtu, Procureur de l\u2019Archevêché.Notre Saint Père le Pape Léon XIII, effrayé des progrès de l\u2019impiété et des attaques contre la foi, s\u2019est plu à bénir en ces derniers temps les efforts faits pour réveiller dans les âmes chrétiennes l\u2019amour dû à Jésus-Hostie.Sous son haut patronage, des congrès eucharistiques ont été tenus en maints endroits de la catholicité ; l\u2019œuvre de l\u2019Adoration réparatrice, tant parmi les laïques que dans le clergé et les communautés religieuses, s\u2019est ê 1 \u2014 272 \u2014 .développée d'une façon admirable; des églises ont été élevées ert l\u2019honneur de Notre Seigneur qui réside jour et nuit dans nos tabernacles.C\u2019est pour entrer dans ce pieux mouvement, qui caractérise et honore notre époque, que j\u2019ai voulu établir à Québec môme l\u2019Adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement.Cette œuvre ne date que d\u2019hier, mais, grâce à son caractère exceptionnellement sacré, grâce à la piété des fidèles, elle a déjà pris racine parmi nous et produira de consolants résultats.Mon intention est d\u2019en faire une œuvre vraiment diocésaine, une œuvre commune d\u2019adoration, de réparation et de prières, un centre de piété croissante envers Notre Seigneur, un rempart protecteur et une source de grâces pour le pays tout entier.J\u2019espère que la collecte ordonnée aujourd'hui sera accueillie partout avec toute la faveur que mérite une œuvre de ce caractère et de cette importance.Que Notre Seigneur veuille bien rendre aux âmes charitables le centuple de ce qu'elles auront fait pour sa gloire dans le sacrement de son amour.II Durant les exercices de la retraite pastorale, j\u2019ai eu l\u2019occasion de vous parler de la dernière Encyclique du Saint-Père sur l\u2019Unité de l\u2019Eglise.Je vous la transmets avec la présente Circulaire.Elle vous sera précieuse pour les instructions que vous aurez à donner cette année à votre peuple sur l\u2019Eglise et le Souverain Pontife.C\u2019est tout un traité dans lequel le Pape, Docteur infaillible, Pasteur universel et suprême, nous enseigne que notre divin Sauveur n\u2019a fondé qu\u2019une seule Eglise et que dans cette unique Eglise il y a unité parfaite, de telle sorte qu\u2019elle apparaît aux regards de tous comme une armée rangée en bataille, lanquam aries ordinata.Les Eglises particulières doivent être comme de véritables phalanges, compactes, serrées, impénétrables aux traits de l\u2019ennemi, complètement subordonnées d\u2019esprit et de cœur aux volontés, aux enseignements, à la direclion du Chef suprême de l\u2019Eglise Universelle, du Vicaire de Jésus-Christ.C\u2019est cette union parfaite des fidèles et des pasteurs entre eux, en même temps que leur entière soumission au Sou \u2014 273 \u2014 verain Pontife, qui a toujours fait et qui fera toujours de l\u2019Eglise catholique une puissance invincible, contre laquelle viendront se briser tous les efforts de l\u2019enfer.III Voici les sujets sur lesquels les jeunes prêtres auront à subir leur examen annuel au mois d\u2019août 1897 : Theologia dogmatica : De vera religione \u2014 De régula fidei.Theologia moralis : De omnibus-sacramentis, excepto matrimonio.Historia ecclesiaslica : Inde aConcilio Tridentino inclusive usque ad Pontificatum Leonis XIII.Sujets de sermons : La constitution de l\u2019Eglise de Jésus-Christ \u2014 La médisance.IV En règle générale, on ne devra désormais, ni dans les communautés religieuses, ni dans les paroisses, admettre les enfants à la première communion avant l\u2019âge de dix ans.La plupart des enfants n\u2019ont jusqu\u2019à cet âge qu\u2019une connaissance très superficielle de la religion, ils savent les mots du catéchisme plutôt que les choses elles-mêmes ; très souvent ils cessent de fréquenter les écoles et les catéchismes aussitôt après avoir fait leur première communion.Il résulte de là que ces enfants oublient bientôt les quelques notions religieuses qu\u2019ils ont acquises et demeurent ignorants toute leur vie.On ne devra déroger à cette règle que dans des cas bien graves.V Comme vous le savez déjà, je dois aller représenter notre vénéré Cardinal aux grandes fêtes religieuses qui auront lieu à Reims, en France, à l\u2019occasion du XI Ve centenaire du baptême de Clovis.Le Saint Père, à la demande de l\u2019Eminentissime Cardinal-Archevêque de Reims, a accordé à la France pour cette circonstance extraordinaire, la faveur d\u2019un jubilé national.Dans la lettre admirable qu\u2019il lui adresse il exprime le désir que le baptême de Clovis et de ses guerriers reproduise à quatorze siècles de distance les fruits merveilleux d\u2019autrefois : l\u2019union sociale \u2014 274 \u2014 sous un pouvoir sage, respecté, et la fidélité sincère envers l\u2019Eglise Catholique.Puis il ajoute ces paroles que nous pourrions appliquer à nos chers compatriotes: «Que tous les fils de la patrie française, de plus en plus dociles à écouter nos conseils, s\u2019unissent dans la vérité, dans la justice, dans le respect mutuel et dans la charité fraternelle, comme les enfants d\u2019un même Père ; qu\u2019ils se persuadent que l\u2019oubli des principes qui ont fait leur grandeur, les conduirait infailliblement à la décadence, et que l'abandon d\u2019une religion qui est leur force les laisserait sans défense contre les ennemis de la propriété, de la famille, de la société.Qu\u2019ils se rallient donc pour lutter ensemble contre les périls qui les menacent et que le cri de la Loi salique s\u2019échappe de leur poitrine plus puissant que jamais : Vive le Christ qui aime la France ! \u201d Je partirai de Québec jeudi prochain, 10 septembre.Durant mon absence, Monseigneur le Grand Vicaire Marois sera administrateur du diocèse.Vous voudrez bien, jusqu\u2019à mon retour, dire aux messes basses, lorsque les rubriques le permettent, l\u2019oraison delà messe Pro peregrinantibus Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon dévouement bien sincère en N.-S.\u2022J* L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur. - 275 \u2014 LETTRE ENCYCLIQUE DE NOTRE TRÈS SAINT PÈRE LÉON XIH, PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE, AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES, EVEQUES ET AUTRES ORDINAIRES, EN GRACE ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE.SUR L\u2019UNITÉ DE L\u2019EGLISE A nos.Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres Ordinaires, en grâce et communion avec le Siège Apostolique, LÉON XIII, PAPE.Vénérables Frères, Salut et bénédiction apostolique.Vous savez assez qu\u2019une part, considérable de nos pensées et de nos préoccupations est dirigée vers ce but : Nous efforcer de ramener les égarés au bercail que gouverne le Souverain Pasteur des âmes, Jésus-Christ.L'âme appliquée à cet objet, Nous avons pensé qu\u2019il serait grandement utile à ce dessein et à cette entreprise de salut de tracer l\u2019image de l'Eglise, de dessiner pour ainsi dire ses traits principaux, et de \"hiettre en relief, comme le trait le plus digne d\u2019une attention capitale, l'unité : caractère insigne de vérité et d\u2019invincible puissance, que l\u2019auteur divin de l\u2019Eglise a imprimé pour toujours à son œuvre.Considérée dans sa forme et dans sa beauté native, l\u2019Eglise doit avoir une action très puissante sur les âmes : ce n\u2019est pas s\u2019éloigner do la vérité de dire que ce spectacle peut dissiper l\u2019ignorance, redresser les idées fausses et les préjugés, surtout chez ceux dont l\u2019erreur ne vient point de leur propre faute.Il peut meme exci- ter dans les hommes l\u2019amour de l\u2019Eglise : un amour semblable à cette charité sous l\u2019impulsion de laquelle Jésus-Christ a choisi l\u2019Eglise pour son épouse, en la rachetant de son sang divin.Car « Jésus Christ a aimé i\u2019Eglise et s\u2019est livré lui-même pour elle (1).» Si pour revenir à cette mère très aimante, ceux qui ne la connaissent pas bien encore ou qui ont eu le tort de la quitter, doivent acheter ce retour, tout d\u2019abord ce ne sera point sans doute au prix de leur sang (et pourtant c\u2019est d\u2019un tel prix que Jésus-Christ l\u2019a payée) : mais s\u2019il leur en doit coûter quelques efforts, quelques peines bien plus légères à supporter, du moins ils verront clairement que ces conditions onéreuses n\u2019ont pas été imposées aux hommes par une volonté humaine, mais par l\u2019ordre et la volonté de Dieu : et par suite, avec l\u2019aide de la giâce céleste, ils expérimenteront facilement par eux-mêmes la vérité de cette divine parole : « Mon joug est doux et mon fardeau léger (2).» C\u2019est pourquoi, mettant Notre principale espérance dans « le Père des lumières, de qui descend toute grâce excellente et tout don parfait » v(3), en Celui qui seul « donne la croissance » (4), Nous lui demandons instamment de daigner mettre en Nous la puissance de persuader.Dieu sans doute peut opérer, par lui-même et par sa seule vertu, tout ce qu\u2019effectuent les êtres créés ; néanmoins, par un conseil miséricordieux de sa Providence, il a préféré, pour aider les hommes, se servir des hommes eux-mêmes.C\u2019est par l\u2019intermédiaire et le ministère des hommes qu\u2019il donne habituellement à chacun, dans l\u2019ordre purement naturel, la perfection qui lui est due : il en use de même dans l\u2019ordre surnaturel pour leur conférer la sainteté et le saint.Mais il est évident que nulle communication entre les hommes ne peut se faire que par le moyen des choses extérieures et sensibles.C\u2019est pour cela que le Fils de Dieu a pris la nature 1.\tChristus dilexit Ecclesiam, et seipsum tradidit pro ea (Ephes., V, 25).2.\tJugum enim meum suave est, et onus meum leve (Matt., XI, 30).3.\tOmne datum optimum et omne donum perfeetum.descendens a l\u2019atre luminum (Ep.Jac., I, 17).4.\tQui incrementum dat ( I Corinth., Ill, 6). humaine, Lui qui « étant dans la forme de Dieu.s'est anéanti lui-même, prenant la forme d\u2019esclave, ayant été fait semblable aux homines » (2) ; et, ainsi, tandis qu\u2019il vivait sur la terre, il a révélé aux hommes, en conversant avec eux, sa doctrine et ses lois.Mais comme sa mission divine devait être durable et perpétuelle, il s\u2019est adjoint des disciples auxquels il a fait part de sa puissance, et ayant fait descendre sur eux du haut du ciel \u2018\u2018l\u2019Esprit de vérité \u201d, il leur a ordonné de parcourir la terre entière et de prêcher fidèlement à toutes les nations ce que lui-même avait enseigné et prescrit : afin qu\u2019en professant sa doctrine et en obéissant à ses lois, le genre humain pût acquérir la sainteté sur la terre et, dans le ciel l\u2019éternel bonheur.Tel est le plan d\u2019après lequel l\u2019Eglise a été constituée, tels sont les principes qui ont présidé à sa naissance.Si nous regardons en elle le but dernier qu\u2019elle poursuit, et les causes immédiates par lesquelles elle produit la sainteté dans les âmes, assurément l'Eglise est spirituelle ; mais si nous considérons les membres dont elle se compose et les moyens mêmes par lesquels les dons spirituels arrivent jusqu\u2019à nous, l\u2019Eglise est extérieure et nécessairement visible.C\u2019est par des signes qui frappaient les yeux et les oreilles que les Apôtres ont reçu la mission d\u2019enseigner; et cette mission, ils ne l\u2019ont point accomplie autrement que par des paroles et des actes également sensibles.Ainsi, leur voix, entrant par l\u2019ouïe extérieure, engendrait la foi dans les âmes : « La foi vient par l\u2019audition et l\u2019audition par la parole du Christ (2).» Et la foi elle-même, c\u2019est-à-dire, l\u2019assentiment à la première et souveraine vérité, de sa nature sans doute est renfermée dans l\u2019esprit, mais elle doit cependant éclater au dehors par l\u2019évidente profession qu\u2019on en fait : « Car on croit de cœur pour la justice, mais on confesse de bouche pour le salut (2).» De même, rien n\u2019est plus intime à l\u2019homme que la grâce céleste, qui pro- 1.\tQui, cum in forma Dei esset.semetipsum exinanivit, formam servi accipiens, in similitudinem hominum factus (Philippens., II, 6-7.2.\tFides ex auditu, auditus autem per verbum Christi (Rom., X.17).3.\tCorde enim creditur ad justitiam : ore autem eonfessio fit ad salutem (Rom, X.10). \u2014 278 duit en lui la sainteté, mais extérieurs sont les instruments ordinaires et principaux par lesquels la grâce nous est communiquée : nous voulons parler des sacrements, qui sont administrés, avec des rites spéciaux, par des hommes nommément choisis pour cette fonction.Jésus-Christ a ordonné aux Apôtres et aux successeurs perpétuels des Apôtres d\u2019instruire et de gouverner les peuples: il a ordonné aux peuples de recevoir leur doctrine et de se soumettre docilement à leur autorité.Mais ces relations mutuelles de droits et de devoirs dans la société chrétienne, non seulement n\u2019auraient pas pu durer, mais n\u2019auraient môme pas pu s\u2019établir sans l\u2019intermédiaire des sens, interprètes et messagers des choses.C\u2019est pour toutes ces raisons que l\u2019Eglise, dans les saintes Lettres, est si souvent appelée un corps, et aussi le corps du Christ : « Vous ôtes le corps du Christ (1 ) ».Parce que l\u2019Eglise est un corps, elle est visible aux yeux ; parce qu\u2019elle est le corps du Christ, elle est un corps vivant, actif, plein de sève, soutenu qu\u2019il est et animé par Jésus-Christ qui le pénètre de sa vertu, à peu près comme le tronc de la vigne nourrit et rend fertiles les rameaux qui lui sont unis.Dans les êtres animés, le principe vital est invisible et caché au plus profond de l\u2019être, mais il se trahit et se manifeste par le mouvement et l\u2019action des membres : ainsi le principe de vie surnaturelle qui anime l\u2019Eglise apparaît à tous les yeux par les actes qu\u2019elle produit.Il s\u2019ensuit que ceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur, qui, façonnant l\u2019Eglise au gré de leur fantaisie, se l\u2019imaginent comme cachée et nullement visible, et ceux-là aussi, qui la regardent comme une institution humaine, munie d\u2019une organisation, d\u2019une discipline, de rites extérieurs, mais sans aucune communication permanente des dons de la grâce divine, sans rien qui atteste, par une manifestation quotidienne et évidente, la vie surnaturelle puisée en Dieu.L\u2019une et l\u2019autre de ces deux conceptions sont tout aussi incompatibles avec l'Eglise de Jésus-Christ, que le corps seul ou l\u2019âme seule est incapable de constituer l\u2019homme.L\u2019ensemble, l\u2019union de ces deux éléments, est absolument nécessaire à la véritable 1.Vos autem estis corpus Christi (I.Cor., XII, 27). \u2014 279 \u2014 Eglise, à peu près comme l\u2019intime union de l\u2019âme et du corps est indispensable à la nature humaine.L\u2019Eglise n\u2019est point une sorte de cadavre : elle est le corps du Christ, animé de sa vie surnaturelle.Le Christ lui-même, chef et modèle de l\u2019Eglise, n\u2019est pas entier, si on regarde en lui, soit exclusivement la nature humaine et visible, comme font les partisans de Photin et de Nestorius, soit uniquement la nature divine et invisible comme font les Monophysites ; mais le Christ est un par l\u2019union des deux natures, visible et invisible, et il est un dans toutes les deux ; de la même façon, son corps mystique n\u2019est la véritable Eglise qu\u2019à cette condition, que ses parties visibles tirent leur force et leur vie des dons surnaturels et des autres éléments invisibles ; et c\u2019est de cette union que résulte la nature propre des parties extérieures elles-mêmes.Mais comme l\u2019Eglise est telle par la volonté et par l\u2019ordre de Dieu, elle doit rester telle sans aucune interruption jusqu\u2019à la fin des temps, sans quoi elle n\u2019aurait évidemment pas été fondée pour toujours, et la fin même à laquelle elle tend serait limitée à un certain terme dans le temps et dans l\u2019espace: double conclusion contraire à la vérité.Il est donc certain que cette réunion d\u2019éléments visibles et invisibles étant, par la volonté de Dieu, dans la nature et la constitution intime de l\u2019Eglise, doit nécessairement durer autant que durera l\u2019Eglise elle-même.C\u2019est pourquoi saint Jean-Chysostôme nous dit: «Ne te sépare point de l\u2019Eglise ; rien n\u2019est plus fort que l\u2019Eglise.Ton espérance, c\u2019est l\u2019Eglise ; ton salut, c\u2019est l\u2019Eglise ; ton refuge, c\u2019est l\u2019Eglise.Elle est plus haute que le ciel et plus large que la terre.Elle ne vieillit jamais, sa vigueur est éternelle.Aussi l\u2019Ecriture, pour nous montrer sa solidité inébranlable, l\u2019appelle une montagne (l).» Saint Augustin ajoute : « Les infidèles croient que la religion chrétienne doit durer un certain temps dans le monde, puis disparaître.Elle durera donc autant que le soleil : tant que le soleil continuera à se lever et à se coucher, c\u2019est-à-dire, tant que 1.Ab Ecclesia ne abstineas : nihil enim fortius Ecclesia.Spes tua Ecclesia, salus tua Ecclesia, refugium tuum Ecclesia.Coelo excelsior et terra latior est ilia.Nuin-quam senescit, seel semper viget.Quamobiem ejus firmitatem stabilitatemquç deroonstrans, Sçriptpra monter ülam yocat (Hom.Ve çapto Eutropio, n.6), \u2014 280 \u2014 durera le cours même des temps, l\u2019Eglise de Dieu, c\u2019est-à-dire le corps du Chris), ue disparaîtra point du monde (I).» Et le meme Père dit ailleurs : «L\u2019Eglise chancellera, si son fondement chancelle ; mais comment pourrait chanceler le Christ ?Tant que le Christ ne chancellera point, l\u2019Eglise ne fléchira jamais jusqu\u2019à la fin des temps.Où sont ceux qui disent: « L\u2019Eglise a disparu du monde, » puisqu\u2019elle 11e peut pas même fléchir (2) ?» Tels sont les fondements sur lesquels doit s\u2019appuyer celui qui cherche la vérité.L'Eglise a été fondée et constituée par Jésus-Christ Notre Seigneur ; par conséquent, lorsque nous nous enquérons de la nature de l\u2019Eglise, l\u2019essentiel est de savoir ce que Jésus-Christ a voulu faire et ce qu'il a fait en réalité.C\u2019est d\u2019après cette règle qu\u2019il faut traiter surtout de l\u2019unité de l\u2019Eglise, dont il nous a paru hou, dans l\u2019intérêt commun, de toucher quelque chose dans ces Lettres.Oui, certes, la vraie Eglise de Jésus-Christ est une : les témoignages évidents et multipliés des saintes Lettres ont si bien établi ce point dans tous les esprits, que pas un chrétien n\u2019oserait y contredire.Mais quand il s\u2019agit de déterminer et d\u2019établir la nature de cette unité, plusieurs se laissent égarer par diverses erreurs.Non seulement l\u2019origine de l\u2019Eglise, mais tous les traits de sa constitution appartiennent à l'ordre des choses qui procèdent] d\u2019une volonté libre: toute la question consiste donc à savoir ce qui en réalité a eu lieu, et il faut rechercher non pas de quelle façon l\u2019Eglise pourrait être une, mais quelle unité a voulu lui donner son fondateur.Or, si nous examinons les faits, nous constaterons que Jésus-Christ n\u2019a point conçu ni institué une Eglise formée de plusieurs communautés qui se ressembleraient par certains traits généraux, mais seraient distinctes les unes des autres, et non rattachées entre elles par ces liens qui seuls peuvent donner à 1.\tPutant religionem nominis christiani ad certum tempus in hoc sæculo victurain, et postea non futuram.Permanebit ergo cum sole, quamdiu sol oritur et ocoidit ; hoc est quamdiu tempora ista volvuntur, non deerit Ecolesia Dei, id est Christi corpus in terris (In Psalm.LXXI, n.8).2.\tNutabit Ecclesia, si nutaverit fundamentum : sed unde nutabit Christus?.Non nutante Christo, non inclinabitur in sæculum sæculi.Ubi sunt qui.dicunt, periisse r}e mundo Eccjesiam, quando nçc jnçlinari potegt (Enarmt, in Pu- ÇIII, serm- II, n.5) ? \u2014 281 \u2014 l\u2019Eglise l\u2019individualité et l\u2019unité dont nous faisons profession dans le symbole de la foi : « Je crois à l\u2019Eglise.une.» « L\u2019Eglise est constituée dans l\u2019unité par sa nature môme : elle est une, quoique les hérésies essaient de la déchirer en plu' sieurs sectes.Nous disons donc que l\u2019antique et catholique Eglise est une : elle a l\u2019unité de nature, de sentiment, de principe, d\u2019excellence.Au reste, le sommet de la perfection de l\u2019Eglise, comme le fondement de sa construction, consiste dans l\u2019unité : c\u2019est par là qu\u2019elle surpasse tout au monde, qu\u2019elle n\u2019a rien d\u2019égal ni de semblable à elle (1).» Aussi bien, quand Jésus-Christ parle de cet édifice mystique, il ne mentionne qu\u2019une seule Eglise, qu\u2019il appelle sienne : « Je bâtirai mon Eglise.» Toute autre qu\u2019on voudrait imaginer, en dehors de celle-là, n\u2019étant point fondée par Jésus-Christ, ne peut être la véritable Eglise de Jésus-Christ.Cela est plus évident encore, si l\u2019on considère le dessein du divin auteur de l\u2019Eglise.Qu\u2019a cherché, qu\u2019a voulu Jésus-Christ Notre-Seigneur dans l\u2019établissement et le maintien de son Eglise ?Une seule chose : transmettre à l\u2019Eglise la continuation de la même mission, du même mandat qu\u2019il avait reçu lui-même de son Père.C\u2019est là ce qu\u2019il avait décrété de faire, et c\u2019est ce qu\u2019il a réellement fait.« Comme mon Père m\u2019a envoyé, ainsi, moi, je vous envoie (2).Comme vous m\u2019avez envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde (3).» Or, il est dans la mission du Christ de racheter de la mort et de sauver « ce qui avait péri, » c\u2019est-à-dire, non pas seulemeut quelques nations ou quelques cités, mais l\u2019universalité du genre humain tout entier, sans aucune distinction dans l\u2019espace ni dans le temps- « Le fils de l\u2019homme est venu.pour que le monde soit sauvé par lui (4).Car nul autre nom n\u2019a été donné sous le ciel aux hommes, par lequel nous devions être sauvés (5).» La mission 1.\tIn unius naturæ sortem cooptatur Ecclesia quæ est una, quam conantur hæreses in multas diseindere.Et essentia ergo et opinione, et principio, et excellentia, unicam esse dicimus antiquam et catholicam Ecolesiam.Ceterum Ecclesiæ quoque eminentia, sicut principium constructionis, est ex imitate, omnia alia superans, et nihil habens sibi simile vel æquale (Clemens Alexandrinus, Stromatuvi, lib.VII, cap.XVII).2.\tSicut misit me Pater, et ego mitto vos (Joan., XX, 21).3.\tSicut tu me misisti in mundum, et ego inisi eos in mundum (Joan., XVII, 18).4.\tFilius bominis.ut salvetur mundus per ipsum (Joan., Ill, 17).5.\tNec enim aliud nopieb est §ub oœlo datum iiominiljus, in quo oporteat nos gai vos fieri (Act,, IV, 12), \u2014 282 - de l\u2019Eglise est donc de répandre an loin parmi les hommes et d\u2019élendre à tous les âges le saint opéré par Jésus-Christ, et tous les bienfaits qui en découlent.C\u2019est pourquoi, d\u2019après la volonté de son fondateur, il est nécessaire qu\u2019elle soit unique dans toute l\u2019étendue du inonde, dans toute la durée des temps.Pour qu\u2019elle pût avoir une unité plus grande, il faudrait sortir des limites de la terre et imaginer un genre humain nouveau et inconnu.Cette Eglise unique, qui devait embrasser tous les hommes en tous temps et en tous lieux, Isaïe l\u2019avait aperçue et l\u2019avait désignée d\u2019avance, lorsque son regard, pénétrant l\u2019avenir, avait la vision d\u2019une montagne dont le sommet élevé au-dessus de tous les autres était visible à tous les yeux, et qui était l\u2019image de la maison du Seigneur, c\u2019est-à-dire, de l\u2019Eglise : « Dans les derniers temps, la montagne qui est la maison du Seigneur sera préparée sur le sommet des montagnes ( 1 ).» Or, cette montagne placée sur le sommet des montagnes est unique : unique est cette maison du Seigneur, vers laquelle toutes les nations doivent un jour affluer ensemble, pour y trouver la règle de leur vie : « Et toutes les nations afflueront vers elle.et diront : Venez, gra- vissons la montagne du Seigneur, allons à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses voies et nous marcherons dans ses sentiers (2).» Optât de Mi lève dit à propos de ce passage : « Il est écrit dans le prophète Isaïe : « La loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de Jérusalem ».Ce n\u2019est donc pas dans la montagne matérielle de Sion qu\u2019Isaïe aperçoit la vallée, mais dans la montagne sainte qui est l\u2019Eglise et qui, remplissant le monde romain tout entier, élève son sommet jusqu\u2019au ciel.La véritable Sion spirituelle est donc l\u2019Eglise, dans laquelle Jésus-Christ, a été établi roi par Dieu, le Père, et qui est dans le monde tout entier, ce qui n\u2019est vrai que de la seule Eglise catholique (3) ».Et voici ce que dit saint Augustin : « Qu'y a-t-il de plus visible qu\u2019une montagne ?Et cependant il y a des montagnes inconnues, celles qui sont situées dans un coin écarté du 1.\tEt erit in novissimis diebus præparatus mons domus Domini in vertice montium (Isaias, II, 2).2.\tEt fluent ad earn omnes gentes.et dicent : Venite et ascendamus ad montem Domini, et ad domum Dei Jacob, et docebit nos vias suas, et ambulabimus in semitis < ejus (ib., 2-3).3.\tSriptum est in Isaia propheta : ex Sion prodiet lex, et verbum Domini de Hieru-salem- Non ergo in iJIo monte Sion Jsaias aspiçit rallem, sed in monte sançto, qui est \u2014 283 \u2014 globe.Mais il n\u2019en est pas ainsi de cette montagne, puisqu\u2019elle remplit toute la surface de la terre, et il est écrit d\u2019elle qu\u2019elle a été préparée sur le sommet des montagnes (1) ».Il faut ajouter que le Fils de Dieu a décrété que l\u2019Eglise serait son propre corps mystique, auquel il s\u2019unirait pour en être la tête, de même que, dans le corps humain qu\u2019il a pris par l\u2019Incarnation, la tête tient aux membres par une union nécessaire et naturelle.De même donc qu\u2019il a pris lui-même un corps mortel unique, qu\u2019il a voué aux tourments et à la mort pour payer la rançon des hommes, de la même façon il a un corps mystique unique, dans-lequel et par le moyen duquel il fait participer les hommes à la sainteté et au salut éternel.«Dieu l\u2019a établi (le Christ) chef sur toute l\u2019Eglise qui est son corps (2) ».Des membres séparés et dispersés ne peuvent point se réunir à une seule et même tête pour former un seul corps.Or, saint Paul nous dit :\t«Tons les membres du corps, quoique nom- breux, ne sont cependant qu\u2019un seul corps : ainsi est le Christ (3)».C\u2019est pourquoi ce corps mystique, nous dit-il encore, est uni et lié.«Le Christ est le chef : en vertu duquel tout le corps, uni et lié par toutes les jointures, qui se prêtent un mutuel secours, d\u2019après une opération proportionnée à chaque membre, reçoit son accroissement pour être édifié dans la charité (4)».Ainsi donc, si quelques membres restent séparés et éloignés des autres membres, ils ne sauraient appartenir à la même tête que le reste du corps.« Il y a, dit saint Cyprien, un seul Dieu, un seul Christ, Eeclesia, qui per omnem orbem roinanum caput tulit sub toto cœlo.Est ergo spiri-talis Sion Eeclesia, in qua a Deo Pâtre rex constitutus est Christus, quæ est in toto orbe terrarum, in quo est una Eeclesia catholica (De Schism.Donat., lib.Ill, n.2).1.Quid tam inanifestum quam mons ?Sed sunt et montes ignoti, quia in una parte terrarum positi sunt.Ille autem mons non sic, quia implevit universam faciem terras ; et de illo dicitur : paratus in cacumine montium (/to Epist.Joan., tract.I, n.13).2\tIpsum (Christum) dedit (Deus) caput supra omnem Ecolesiam, quæ est corpus ipsius (Ephes., I, 22-23).3\tOmnia autem membra corporis, cum sint multa, unum tamen corpus sunt : ita et Christus (I Cor., XII, 12).4\tCaput Christus : ex quo totum corpus compactum et connexum per omnem junc-turam subministrationis, secundum operationenq in njensuram uniuscujusque membri (Ephes., IV, 15-16). 284 \u2014 une seule Eglise du Christ, une seule foi, un seul peuple, qui par le lien de la concorde est établi dans l\u2019unité solide d\u2019un môme corps.L\u2019unité ne peut pas être scindée : un corps restant unique ne peut pas se diviser par le fractionnement de son organisme (1).» Pour mieux montrer l\u2019unité de son Eglise, Dieu nous la présente sous l'image d\u2019un corps animé, dont les membres ne peuvent vivre qu\u2019à la condition d\u2019être unis avec la tête et d\u2019emprunter sans cesse à la tête elle-même leur force vitale : séparés, il faut qu\u2019ils meurent.« Elle ne peut pas (l\u2019Eglise) être dispersée en lambeaux par le déchirement de ses membres et de ses entrailles.Tout ce qui sera séparé du centre de la vie ne pourra plus vivre à part ni respirer (2).» Or, en quoi un cadavre ressemble-t-il à un être vivant ?\t« Personne n\u2019a jamais haï sa chair, mais il la nourrit et la soigne, comme le Christ l\u2019Eglise, parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os (3) » .Qu\u2019on cherche donc une autre tête pareille au Christ, qu\u2019on cherche un autre Christ, si l\u2019on veut imaginer une autre Eglise en dehors de celle qui est son corps, «Voyez à quoi vous devez prendre garde, voyez à quoi vous devez veiller, voyez ce que vous devez craindre.Parfois on coupe un membre dans le corps humain, ou plutôt on le sépare du corps : une main, un doigt, un pied.L\u2019âme suit-elle le membre coupé?Quand il était dans le corps, il vivait : coupé, il perd la vie.Ainsi l\u2019homme, tant qu\u2019il vit dans le corps de l'Eglise, il est chrétien catholique; séparé, il est devenu hérétique.L\u2019âme ne suit point le membre amputé (4) ».1\tUnus Deus est, et Ckristus unus, et una Ecclesia ejus, et tides una, et plebs una in solidam corporis unitatem concordiæ glutino copulata.Scindi unitas non potest, nee corpus unum discidio compaginis separari (S.Cyprianus, De cath.Eccl.Unitate, n.23).2\tNon potest (ecclesia).divulsis laceratione visceribus in frusta discerpi.Quid-quid a matrice discesserit, seorsum vivere et spirare non poterit (Id., loc.cit.').3\tNemo enim unquam carnem suam odio habuit ; sed nutrit et fovet earn, sicut et Christus Ecclesiam : quia membra sumus corporis ejus, de carne ejus et de ossibus ejus (Ephes., V.29-30).4\tVidete quid caveatis, videte quid observers, videte ïquid timeatis.Contingit, ut in corpore humano, imo de corpore aliquod præcidatur membrum, manus, digitus, pes : numquid præcisum sequitur anima?Cum in corpore esset, vivebat : præcisum \u2014 285 \u2014 L\u2019Eglise da Christ est donc unique et, de plus, perpétuelle : quiconque se sépare d\u2019elle, s\u2019éloigne de la volonté et de l\u2019ordre de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, il quitte le chemin du salut, il va à sa perte.«Quiconque se sépare de l\u2019Eglise pour s\u2019unir à une épouse adultère, abdique aussi les promesses faites à l\u2019Eglise.Quiconque abandonne l\u2019Eglise du Christ, ne parviendra point aux récompenses du Christ.Quiconque ne garde pas cette unité, ne garde pas la loi de Dieu, il ne garde pas la.foi du Père et du Fils, il ne garde pas la vie ni le salut (1).» Mais celui qui a institué l\u2019Eglise unique l\u2019a aussi instituée une : c\u2019est à dire de telle nature que tous ceux qui devaient être ses membres fussent unis par les liens d\u2019une société très étroite, de façon à ne former tous ensemble qu\u2019un seul peuple, un seul royaume, un seul corps.« Soyez un seul corps et un seul esprit, comme vous avez été appelés à une seule espérance dans votre vocation ( 2 ).» Aux approches de sa mort, Jésus-Christ a sanctionné et consacré de la façon la plus auguste sa volonté sur ce point, dans cette prière qu\u2019il fit à son Père : « Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui par leur parole croiront en moi.afin qu\u2019eux aussi, ils soient une seule chose en nous.afin qu\u2019ils soient consommés dans l\u2019unité (3)» Il a même voulu que le lien de l\u2019unité entre ses disciples fût si intime, si parfait, qu\u2019il imitât en quelque façon sa propre union avec son Père :\t«Je vous demande.qu\u2019ils soient une même chose, comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous (4) ».amittit vitam.Sic et homo christianus catholieus est, dum in corpore vivit : præcisus, hæreticus factus est : membrum amputatum non sequitur spiritus (S.Augustinus, Sermo CCLXV1I, n 4).1.\tQuisquis ab Bcclesia segregatus adulteræ jungitur, a promissis Ecclesiæ sepaïa-tur, nec perveniet ad Christi præmia qui reliquit Ecclesiam Christi.Hanc unitatem qui non tenet, non tenet Dei legem, non tenet Patris et Filii fidem, vitam non tenet et salutem (S.Cyprianus, De cath.Eccl.unilate, n.6).2.\tUnum corpus, et unus spiritus, sicut vocati estis in una spe vocationis vestræ (Ephes., IV, 4).3.\tNon pro eis rogo tantum, sed et pro eis, qui credituri sunt per vsrbum eorum in me.ut et ipsi in nobis unum sint.ut sint consummati in unum (Joan., XVII, 20-21-23).4- Rogo., ut opines uuunTsint, sicut tu, Pater, in rue, et ego in te (Ib., 21). \u2014 286 Or, une si grande, une si absolue concorde entre les hommes doit avoir pour fondement nécessaire l\u2019entente et l\u2019union des intelligences : d\u2019où suivra naturellement l\u2019harmonie des volontés et l\u2019accord dans les actions.C\u2019est pourquoi, selon son plan divin, Jésus a voulu que l\u2019unité de foi existât dans son Eglise ; car la foi est le premier de tous les liens qui unissent l\u2019homme à Dieu, et c\u2019est à elle que nous devons le nom de fidèles.« Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême (1)» : c\u2019est à dire, de même qu\u2019ils n\u2019ont qu\u2019un seul Seigneur et qu\u2019un seul baptême, ainsi tous les chrétiens, dans le monde entier, ne doivent avoir qu\u2019une seule foi.C\u2019est pourquoi l\u2019apôtre saint Paul ne prie pas seulement les chrétiens d\u2019avoir tous les mêmes sentiments et de fuir le désaccord des opinions, mais il les en conjure par les motifs les plus sacrés : « Je vous conjure, mes frères, par le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de n\u2019avoir tous qu\u2019un même langage et de ne pas souffrir de schismes parmi vous ; mais d\u2019être tous parfaitement unis dans le même esprit et dans les mêmes sentiments ( 2 )» Ces paroles, assurément, n\u2019ont pas besoin d\u2019explication : elles sont assez éloquentes par elles-mêmes.D\u2019ailleurs, ceux qui font profession de christanisme reconnaissent d\u2019ordinaire que la foi doit être une.Le point le plus important et absolument indispensable, celui où beaucoup tombent dans l\u2019erreur, c\u2019est de discerner de quelle nature, de quelle espèce, est cette unité.Or, ici, comme nous l\u2019avons fait plus haut dans une question semblable, il ne faut point juger par opinion on par conjecture, mais d\u2019après la science des faits : il faut rechercher et constater quelle est l\u2019unité de foi que Jésus-Christ a imposée à son Eglise.La doctrine céleste de Jésus-Christ, quoiqu\u2019elle soit en grande partie consignée dans les livres inspirés de Dieu, si elle eût été livrée aux pensées des hommes, ne pouvait par elle-même unir les esprits.Il devait aisément arriver, en effet, qn\u2019elle tombât sous le coup d\u2019interprétations variées et différentes entre elles, et cela non seulement à cause de la profondeur et des mystères 1.\tUnus Dominus, una fides, unum baptisma (Ephes., IV, 5).2.\tObsécro autem vos, fratres, per nomen Domini nostri Jesu Christi : ut idipsum dicatis omnes, et non sint in vobis schismata : sitis autem perfecti in eodem sensu, et in eadem sententia (I Cor., I, 10). 281 \u2014 de cette doctrine, mais aussi à cause de la diversité des esprits des hommes, et du trouble qui devait naître du jeu et de la lutte des passions contraires.Des différences d\u2019interprétation naît nécessairement la diversité des sentiments : de là des controverses, des dissensions, des querelles, telles qu\u2019on en a vu éclater dans l\u2019Eglise dès l\u2019époque la plus rapprochée de son origine.Voici ce qu\u2019écrit saint Irénée, en parlant des hérétiques : \u20ac Ils confessent les Ecritures, mais ils en pervertissent l\u2019interprétation (1) ».Et saint Augustin : « L\u2019origine des hérésies et de ces dogmes pervers qui prennent les âmes au piège et les précipitent dans l\u2019abîme, c\u2019est uniquement que les Ecritures, qui sont bonnes, sont comprises d\u2019une façon qui n\u2019est pas bonne (2).» Pour unir les esprits, pour créer et conserver l\u2019accord des sentiments, il fallait donc nécessairement, malgré l\u2019existence des Ecritures divines, un autre principe.La sagesse divine l\u2019exige ; car Dieu n\u2019a pu vouloir l\u2019unité de la foi, sans pourvoir d\u2019une façon convenable à la conservation de cette unité, et les saintes Lettres elle-memes indiquent clairement qu\u2019il l\u2019a fait, comme nous le dirons tout à l\u2019heure.Certes, l\u2019infinie puissance de Dieu n'est liée ni astreinte à aucun moyen, et toute créature lui obéit comme un instrument docile.Il faut donc rechercher, entre tous les moyens qui étaient au pouvoir de Jésus-Christ, quel est ce principe extérieur d\u2019unité dans la foi, qu\u2019il a voulu établir.Pour cela, il faut remonter par la pensée aux premières origines du christianisme.Les faits que nous allons rappeler sont attestés par les saintes Lettres et connus de tous.Jésus-Christ prouve, par la vertu de ses miracles, sa divinité et sa mission divine ; il s\u2019emploie à parler au peuple pour l\u2019ins.truire des choses du ciel, et il exige absolument qu\u2019on ajoute une foi entière à son enseignement ; il l\u2019exige sous la sanction de récompenses ou de peines éternelles.«Si je ne fais pas les œuvres 1.\tScripturas quidem confitentur, interpretations yero convertunt (Lib.Ill, cap.XII, n.12).2.\tNeque enim natæ sunt hæreses et quædam dogmata perversitatis illaqueantia animas et in profundum precipitantia, nisi dum scripturæ bonæ intleliguntur non ben© (In Evang.Joan., tract.XVIII, cap.V, n.i). \u2014 288 \u2014 de mon Père, ne me croyez pas (1).Si je n\u2019eusse point fait parmi eux des œuvres qu\u2019aucun autre n\u2019a faites, ils n\u2019auraient point de péché (2).Mais si je fais de telles œuvres, et si vous ne voulez pas me croire moi-même, croyez à mes œuvres (3).» Tout ce qu\u2019il ordonne, il l\u2019ordonne avec la même autorité ; dans l\u2019assentiment d\u2019esprit qu\u2019il exige, il n\u2019excepte rien, il ne distingue rien.Ceux donc qui écoutaient Jésus, s\u2019ils voulaient arriver au salut, avaient le devoir, non seulement d\u2019accepter en général toute sa doctrine, mais de donner un plein assentiment de l\u2019âme à chacune des choses qu\u2019il enseignait.Refuser, en effet, de croire, ne fut-ce qu\u2019en un seul point, à Dieu qui parle, est contraire à la raison.Sur le point de retourner au ciel, il envoie ses apôtres en les revêtant de la même puissance avec laquelle son Père l\u2019a envoyé lui-même, et il leur ordonne de répandre et de semer partout sa doctrine.«Toute puissance m\u2019a été donnée dans le ciel et sur la terre.Allez donc et enseignez toutes les nations.leur enseignant à observer tout ce que je vous ai ordonné (4).» Seront sauvés tous ceux qui obéiront aux Apôtres ; ceux qui n\u2019obéiront pas, périront.«Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira point sera condamné (5).» Et comme il convient souverainement à la Providence divine de ne point charger quelqu\u2019un d\u2019une mission, surtout si elle est importante et d\u2019une haute valeur, sans lui donner en même temps de quoi s\u2019en acquitter comme il faut, Jésus-Christ promet d\u2019envoyer à ses disciples l\u2019Esprit de vérité, qui demeurera en eux éternellement.«Si je m\u2019en vais, je vous l\u2019enverrai (le Paraclet), et quand cet 1.\tSi non facio opera Patris mei, nolite credere mihi (Joan., X, 37).2.\tSi opera non fecissem in eis, quæ nemo alius fecit, peccatum non haberent (Joan., XV, 24).3.\tSi autem facio (opera), et si mihi non vultis credere, operibns crédité (Joan., X, 38).4.\tData est mihi omnis potestas in cœlo et in terra.Euntes ergo docete omnes gentes.Docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis (Matth., XXVIII, 18-19-20).5.\tQui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit : qui vero non crediderit, condem-nabitur (Marc., XVI, 16). P1 k \u2014 289 \u2014 Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité (l).Et je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu\u2019il demeure toujours avec vous : ce sera l\u2019Esprit de vérité (2).C\u2019est lui qui rendra témoignage de moi ; et vous aussi vous rendrez témoignage (3).» Par suite, il ordonne d\u2019accepter religieusement et d\u2019observer saintement la doctrine des Apôtres comme la sienne propre «Qui vous écoute, m\u2019écoute ; qui vous méprise, me méprise (4).« Les Apôtres sont donc envoyés par Jésus-Christ de la même façon que lui-même est envoyé par son Père: «Comme mon Père m\u2019a envoyé, ainsi moi je vous envoie (5).» Par conséquent, de même que les Apôtres et les disciples étaient obligés de se soumettre à la parole du Christ, la même foi devait être pareillement accordée à la parole des Apôtres par tous ceux que les Apôtres instruisaient en vertu de leur mandat divin.11 n\u2019était donc pas plus permis de répudier un seul précepte de la doctrine des Apôtres, que de rejeter quoi que ce fût de la doctrine de Jésus-Christ- lui-même.Assurément la parole des Apôtres, après la descente du Saint-Esprit en eux, a retenti jusqu\u2019aux lieux les plus éloignés.Partout où ils posent le pied, ils se présentent comme les envoyés de Jésus lui-même.« C\u2019est par lui (Jésus-Christ) que nous avons reçu la grâce et l\u2019apostolat pour faire obéir à la foi toutes les nations en son nom (6).» Et partout sur leurs pas, Dieu fait éclater la divinité de leur mission par des prodiges.«Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux 1.\tSi autem abiero, mittam eum (Paraclitum) ad vos.Cum autem venerit ille Spiritus veritatis, docebit vos omnem veritatem (Joan., XVI, 7-13).2.\tEt ego rogabo Patrem, et alium Paraclitum dabit vobis, ut maneat Yobiscum in æternum, Spiritum veritatis.(Joan., XIV, 16-17).3.\tIlle testimonium perbibebit de me : et vos testimonium perbibebitis (Joan., XV, 26-27).4.\tQui vos audit, me audit : qui vos spernit, me spernit (Luc., X, 16).6.Sicut misit me Pater, et ego mitto vos (Joan., XX, 21).6.Per quern (Jesum Christum') accepimus gratiam, et apostolatum ad obediendum fidei in omnibus gentibus pro nomine ejus (Kom., I, 5). \u2014 290 \u2014 et confirmant leur parole par les miracles qui l\u2019accompagnaient (1).# De quelle parole s\u2019agit-il ?De celle, évidemment, qui embrasse tout ce qu\u2019ils avaient eux-mêmes appris de leur Maître : car ils attestent publiquement et au grand jour, qu\u2019il leur est impossible de taire quoi que ce soit de tout ce qu\u2019ils ont vu et entendu.Mais, Nous l\u2019avons dit ailleurs, la mission des Apôtres n\u2019était point de nature à pouvoir périr avec la personne même des Apôtres, ou disparaître avec le temps, car c\u2019était, une mission publique et instituée pour le salut'du genre humain.Jésus-Christ, en effet, a ordonné aux Apôtres de prêcher « l\u2019Evangile à toute créature », et « de porter son nom devant les peuples et les rois, » et de « lui servir de témoins jusqu\u2019aux extrémités de la terre.» Et, dans l\u2019accomplissement de cette grande mission, il a promis d\u2019être avec eux, et cela non pas pour quelques années, ou quelques périodes d\u2019années, mais pour tous les temps, « jusqu\u2019à la consommation du siècle » .Sur quoi saint Jérôme écrit : «Celui qui promet d\u2019être avec ses disciples jusqu\u2019à la consommation du siècle montre par là, et que ses disciples vivront toujours, et que lui-même ne cessera jamais d\u2019être avec les croyants (2).» Comment tout cela eût-il pu se réaliser dans les seuls Apôtres, que leur condition d\u2019hommes assujettissait à la loi suprême de la mort ?La Providence divine avait donc réglé que le magistère institué paT Jésus-Christ ne serait point restreint aux limites de la vie même des Apôtres, mais qu\u2019il durerait toujours.De fait, nous voyons qu\u2019il s\u2019est transmis et qu\u2019il a passé comme de main en main dans la suite des temps.Les Apôtres, en effet, consacrèrent des évêques et désignèrent nominativement ceux qui devaient être leurs successeurs immédiats dans le « ministère de la parole Mais ce n\u2019est pas tout : ils ordonnèrent encore à leurs successeurs, de choisir eux-mêmes des hommes propres à cette fonction, de les revêtir de la même 1.\tIlli autem profecti prædicaverunt ubique, Domino coopérante, et sermonem confirmante, sequentibus signis (Marc., XYI, 20).2.\tQui usque ad consummationem sæculi cum discipulis se futurum esse promittit, et illos ostendit semper esse victuros et se nunquam a credentibus recessurum (in Matth., lib.IV, cap.XXVIII, v.20). autorité, et de leur confier à leur tour la charge et la mission d\u2019enseigner.« Toi donc, ô mon fils, fortifie-toi dans la grâce qui est en Jésus Christ: et ce que tu as entendu de moi devant un grand nombre de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient eux-mêmes capables d\u2019en instruire les autres (l).» Il est donc vrai que de meme que Jésus-Christ a été envoyé par Dieu, et les Apôtres par Jésus-Christ, de môme les évêques et tous-' ceux qui ont succédé aux Apôtres, ont été envoyés par les Apôtres.« Les Apôtres nous ont prêché l\u2019Evangile, envoyés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et Jésus-Christ a été envoyé par Dieu.La mission du Christ est donc de Dieu, celle des Apôtres est du Christ, et toutes les deux ont été instituées selon l\u2019ordre par la volonté de Dieu.Les apôtres prêchaient donc l\u2019Evangile à travers les nations et les villes ; et après avoir éprouvé selon l\u2019esprit de Dieu ceux qui étaient les prémices de ces chrétientés, ils établirent des évêques et des diacres pour gouverner ceux qui croiraient dans la suite.Ils insiituèrent ceux que nous venons de dire, et plus tard iis prirent des dispositions pour que, ceux-là venant à mourir, d\u2019autres hommes éprouvés leur succédassent dans leur ministère ('2).» Il est donc nécessaire que d\u2019une façon permanente subsiste d\u2019une part, la mission constante et immuable d\u2019enseigner tout ce que Jésus-Christ a enseigné lui-même ; d\u2019autre part, l\u2019obligation constante et immuable d\u2019accepter et de professer toute la doctrine ainsi enseignée.C\u2019est ce que saint Cyprien exprime excellemment en ces termes : « Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans son Evangile, déclare que ceux qui ne sont pas avec lui sont ses ennemis, il ne désigne pas une hérésie en particulier5 mais il dénonce comme ses adversaires tous ceux qui ne sont pas.1.\tTu ergo, fili mi, confortare in gratia, quæ est in Christo Jesu : et quæ audisti a me per multos testes, hæc commenda fidelibus hominibus, qui idonei erunt et adiojj docere (II Tim , II, 1-2).2.\tApostoli nobis Evangelii prædicatores facti sunt a Domino Jesu Christo, Jesus Christus missus est a Deo.Cbristus igitur a Deo, et Apostoli a Christo, et factum est utrumque ordinatim ex voluntate Dei.Per regiones igitur et urbes verbum prædi-cantes, primitias earum spiritu cum probassent, constituerunt episcopos et diaconos eorum qui crediturî erant.Constituerunt prædictos, et deinceps ordinationem dade*-runt, ut quum illi decessissent, ministerium eorum alii viri probati excipereot (S.Clemens Rom., JEpist.I ad Corinth., capp.XLII, XLIV). \u2014 292 \u2014 entièrement avec lui et qui, ne recueillant pas avec lui, mettent la dispersion daus son troupeau : Celui qui n\u2019est pas avec moi, dit-il, est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi disperse (1) » .Pénétrée à fond de ces principes et soucieuse de son devoir, l\u2019Eglise n\u2019a jamais rien eu plus à cœur, rien poursuivi avec plus d\u2019effort, que de conserver de la façon la plus parfaite l\u2019intégrité de la foi.C\u2019est pourquoi elle a regardé comme des rebelles déclarés, et chassé loin d\u2019elle tous ceux qui ne pensaient pas comme elle sur n\u2019importe quel point de sa doctrine.Les Ariens, les Montanistes, les Novatiens, les Quartodécimans, les Euty-chiens n\u2019avaient certainement pas abandonné la doctrine catholique tout entière, mais seulement telle ou telle partie: et pourtant, qui ne sait qu\u2019ils ont été déclarés hérétiques et rejetés du sein de l\u2019Eglise ?Et un jugement semblable a condamné tous les fauteurs de doctrines erronées qui ont apparu dans la suite aux différentes époques de l\u2019histoire.« Rien ne saurait être plus dangereux que ces hérétiques qui, conservant en tout le reste l\u2019intégrité de la doctrine, par un seul mot, comme par une goutte de venin, corrompent la pureté et la simplicité de la foi que nous avons reçue de la tradition dominicale, puis apostolique (2) >,.Telle a été toujours la coutume de l\u2019Eglise, appuyée par le jugement unanime des saints Pères, lesquels ont toujours regardé comme exclu de la communion catholique et hors de l\u2019Eglise, quiconque se sépare le moins du monde delà doctrine enseignée par le magistère authentique.Epiphane, Augustin, Théodoret ont mentionné chacun un grand nombre des hérésies de leur temps.Saint Augustin remarque que d\u2019autres espèces d\u2019hérésies peuvent se développer, et que, si quelqu\u2019un adhère à une seule d\u2019entre elles, par le fait même il se sépare de l\u2019unité catholique.1.\tNeque enim Dominus noster Jesus Christus, cum in Evangelio suo testaretur inimieos suos esse eos, qui secum non essent, aliquam speciem hæreseos designavit : sed omnes omnino qui secum non essent et secum non eolligente=, gregem suum spar-gerent adversaries esse ostendit, dicens : Qui non est mecum adversus me est ; et qui non mecum colligit, spargit (Epist.LXIX, ad Magnum, n.i).2.\tNihil periculosius his hæreticis esse potest, qui cum intégré per omnia decurrant uno tamen verbo, ac si veneni gutta, meram illam ac simplicem fidem Dominicæ et exinde apostolicæ traditionis inficiunt (Àuctor Tractatus de Fide orthodoxa contra Aria nos). « De ce que quelqu\u2019un, dit-il, ne croit point ces erreurs (à savoir les hérésies qu\u2019il vient d\u2019énumérer), il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019il doive se croire, et se dire chrétien catholique.Car il peut y avoir, il peut surgir d\u2019autres hérésies qui ne sont point mentionnées dans cet ouvrage, et quiconque embrasserait l\u2019une d\u2019entre elles, cesserait d\u2019être chrétien catholique (l) » .Ce moyen institué par Dieu pour conserver l\u2019unité de foi dont nous parlons, est exposé avec insistance par saint Paul dans son épître aux Ephésiens.Il les exhorte d\u2019abord à conserver avec grand soin l\u2019harmonie des cœurs : « Appliquez-vous à conserver l\u2019unité d\u2019esprit par le lien de^la paix (2) ; » et, comme les cœurs ne peuvent être pleinement unis par la charité, si les esprits ne sont point d\u2019accord dans la foi, il veut qu\u2019il n\u2019y ait chez tous qu\u2019une même foi : « Un seul Seigneur, une seule foi.» Et il veut une unité si parfaite, qu\u2019elle exclue tout danger d\u2019erreur : « afin que nous ne soyons plus comme de petits enfants qui flottent, ni emportés çà et là à tout vent de doctrine, par la méchanceté des hommes, par l\u2019astuce qui entraîne dans le piège de l\u2019erreur.» Et il enseigne que cette règle doit être observée, non point pour un temps, mais « jusqu\u2019à ce que nous parvenions tous à l\u2019unité de la foi, à la mesure de l\u2019âge de la plénitude du Christ.» Mais, où Jésus-Christ a-t-il mis le principe qui doit établir cette unité, et le secours qui doit la conserver?Le voici : «Il a établi les uns apôtres,.d\u2019autres pasteurs et docteurs, pour la perfection des saints, pour l\u2019œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ » .Aussi c\u2019est cette même règle que, depuis l\u2019antiquité la plus reculée, les Pères et les Docteurs ont toujours suivie et unaniment défendue.Ecoutez Origène : « Tontes les fois que les hérétiques nous montrent les Ecritures canoniques, auxquelles tout chrétien donne son assentiment et sa foi, ils semblent dire : C\u2019est chez nous qu\u2019est la parole de vérité.Mais nous ne devons point les 1.\tNon omnis, qui ista (numeratas videlicet hæreses) non crçdit, consequenter debet se christianum catholicum jam putare vel dicere.Possunt enim et hæreses aliæ, quæ in hoc opéré nostro commemoratæ non sunt, vel esse vel fieri, quarum aliquam quisquis tenuerit, christianus catholicus non erit ([De Hæresibus, n.88).2.\tSolliciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis (IV, 3 et seqq.). Croire, ni nous écarter de la primitive tradition ecclésiastique, ni croire autre chose que ce que les Eglises de Dieu nous ont enseigné par la tradition successive (l) ».Ecoutez saint Irénée : « La véritable sagesse est la doctrine des Apôtres.qui est arrivée jusqu\u2019à nous par la succession des évêques,.en nous transmettant la connaissance très complète des Ecritures, conservée sans altération (2) a .Voici ce que dit Tertullien : « Il est constant que toute doctrine conforme à celle des Eglises catholiques, mères et sources primitives de la foi, doit être déclarée vraie puisqu\u2019elle garde sans aucun doute ce que les Eglises ont reçu des Apôtres, les Apôtres du Christ, le Christ de Dieu.Nous sommes en com munion avec les Eglises apostoliques; nul n\u2019a une doctrine différente : c\u2019est là le témoignage de la vérité (3) a .Et saint Hilaire: « Le Christ, se tenant dans la barque pour enseigner, nous fait entendre que ceux qui sont hors de l\u2019Eglise ne peuvent avoir aucune intelligence de la parole divine.Car la barque représente l\u2019Eglise, dans laquelle seule le Verbe de vie réside et se fait entendre, et ceux qui sont en dehors, et qui restent là, stériles et inutiles comme le sable du rivage, ne peuvent point le comprendre (4) » .1.\tQuoties autem (hæretici) canonicas proferunt Scripturas, in quibus omnis chris-tianus consentit et credit, videntur dicere : Ecce in domibus verburn est veritatis.Sed nos illis credere non debemus, ncc exire a prima et ecclesiastica traditione, nec aliter credere, nisi quemadmodum per successionem Ecclesiæ Dei tradiderunt nobis (Fétu* interpretatio Commentariorum in Matth., n.46).2.\tAgnitio vera est Apostolorum doctrina.secundum successiones episcoporum.quæ pervenit usque ad nos custoditione sine fictione Scripturarum tractatio plenissima (Contra Hæreses, lib.IV, cap.33, n.8).3.\tConstat proinde, omnem doctrinam, quæ cum illis Ecclesiis apostolicis matri-cibus et originalibus fidei conspiret, veritati deputandam, sine dubio tenentem quod Ecclesiæ ab Apostolis, Apostoli a Christo, Christus a Deo accepit.Communicamus cum Ecclcsiis Apostolicis, quod nulli doctrina diversa : hoc est testimonium veritatis (De Prsescrip., cap.XXI).4.\tSignifient (Christus e navi docens) eos, qui extra Ecelesiam positi sunt, nullam divini sermonis capere posse intelligentiam.Navis enim Ecclesiæ typum præfert, intra quam Verburn vitæ positum et prædicatum hi qui extra sunt et arenæ modo stériles atque inutiles adjacent, intelligero non possunt((7cmme7it.in Matth, n.1). Rufin loue saint Grégoire de Nazianze et saint Basile de ce « qu\u2019ils s\u2019adonnaient uniquement à l\u2019étude des livres de l\u2019Ecriture sainte, et de ce qu\u2019ils n\u2019avaient point la présomption d\u2019en demander l\u2019intelligence à leurs propres pensées, mais de ce qu\u2019ils la cherchaient dans les écrits et l\u2019autorité des anciens, qui eux-mêmes, ainsi qu\u2019il était constant, avaient reçu de la succession apostolique la règle de leur interprétation (1) » .Il est donc évident, d\u2019après tout ce qui vient d\u2019être dit, que Jésus-Christ a institué dans l\u2019Eglise un magistère vivant authentique et, de plus, perpétuel, qu\u2019il a investi de sa propre autorité, revêtu de l\u2019esprit de vérité, confirmé par des miracles, et il a voulu et très sévèrement ordonné que les enseignements doctrinaux de ce magistère fussent reçus comme les siens propres.Toutes les fois donc que ce magistère déclare que telle et telle vérité fait partie de l\u2019ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s\u2019ensuivrait ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l\u2019auteur de l\u2019erreur des hommes.'(Seigneur, si nous sommes dans l\u2019erreur, c\u2019est vous-même qui nous avez trompés (2).» Tout motif de doute étant ainsi écarté, peut-il être permis à qui que ce soit de repousser aucune de ces vérités, sans se précipiter ouvertement dans l\u2019hérésie, sans se séparer de l\u2019Eglise, et sans répudier en bloc toute la doctrine chrétienne ?Car telle est la nature de la foi, que rien n\u2019est plus impossible que de croire ceci et de rejeter cela.L\u2019Eglise professe en effet que la foi est « une vertu surnaturelle par laquelle, sous l\u2019inspiration et avec le secours de la grâce de Dieu, nous croyons que ce qui nous a été révélé par lui est véritable : nous le croyons, non point à cause de la vérité intrinsèque des choses vue dans la lumière naturelle de notre raison, mais à cause de l\u2019autorité de Dieu lui-même qui nous révèle ces vérités, et qui ne peut ni se 1.\tSolis divinæ Scripturæ voluminibus operam dabant, earumque intelligentiam non ex propria præsumptione, sed ex majorum scriptis et auctoritate soquebantur quos et ipsos ex apostolica successione intelligendi regulam suscejnsse constabat {Hist, eccl., lib.II, cap.IX).2.\tDomine, si error est, a $eeepti suorns (Richardug de g.Viçtore, J)e l'rin., lib, I, cap.II), \u2014 296 \u2014 tromper ni nous tromper (1).» Si donc il y a un point qui ait été évidemment révélé par Dieu et que nous refusions de le croire, nous ne croyons absolument rien de foi divine.Car le jugement que porte saint Jacques au sujet des fautes dans l\u2019ordre moral, il faut l\u2019appliquer aux erreurs de pensée dans l\u2019ordre de la foi.« Quiconque se rend coupable en un seul point, devient transgresseur de tous (2).» Cela est môme beaucoup plus vrai des erreurs de la pensée.Ce n\u2019est pas, en effet, au sens le plus propre, qu\u2019on peut appeler transgresseur de toute la loi, celui qui a commis une seule faute morale; car s\u2019il peut sembler avoir mépriser la majesté de Dieu, auteur de toute la loi, ce mépris n\u2019apparaît que par une sorte d\u2019interprétation de la volonté du pécheur.Au contraire, celui qui, môme sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi, puisqu\u2019il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu\u2019il est la souveraine vérité et le motif propre de la foi.« En beaucoup de points ils sont avec moi, en quelques-uns seulement ils ne sont pas avec moi ; mais à cause de ces quelques points dans lesquels ils se séparent de moi, il ne leur sert de rien d\u2019être avec moi en tout le reste (3).» Rien n\u2019est plus juste : car ceux qui ne prennent de la doctrine chrétienne que ce qu\u2019ils veulent, s\u2019appuient sur leur propre jugement et non sur la foi ; et refusant de «réduire en servitude toute intelligence sous l\u2019obéissance du Christ (4)», ils obéissent en réalité à eux-mêmes plutôt qu\u2019à Dieu.«Vous qui dans l\u2019Evangile croyez ce qui vous plaît et refusez de croire ce qui vous déplaît, vous croyez à vous-mêmes beaucoup plus qu\u2019à l\u2019Evangile (5) ».1.\tVirtutem supernaturalem, qua, Dei adjuvante et aspirante gratia, ab eo revelata vera esse credimus, non propter intrinsecam rerum veritatem naturali rationis lumine perspeetam, sed propter auctoritatem ipsius Dei revelantis, qui neo falli nec fallere potest (Cone.Vatic., sess.Ill, cap.III).2.\tQuicumque.offendat.in uno, factus est omnium reus (II, 10).3.\tIn multis mecum, in paucis non mecum : sed in bis paucis, in quibus non mecum, non eis prosunt multa in quibus mecum (S.Augustinus, in Fsal.LIV, n.19).4.\tIn captivitatem redigentes omnem intellectum in obsequium Christi (II Corinth., X, 5).5.\tQui in Evangelio quod vultis, creditis, vobis potius quam Evangetio creclitis (S.August., lib.XVIr, oqntra Faustum Manichtewmt cap.III). Les Pères du concile du Vatican n\u2019ont donc rien édicté de nouveau, mais ils n\u2019ont fait que se conformer à l\u2019institution divine, à l\u2019antique et constante doctrine de l\u2019Eglise et à la nature même de la foi, quand ils ont formulé ce décret :\t« On doit croire, de foi divine et catholique, toutes les vérités qui sont contenues dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, et que l\u2019Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose comme divinement révélées (1).» Pour conclure, puisqu\u2019il est évident que Dieu veut absolument dans son Eglise l\u2019unité de foi, puisqu\u2019il a été démontré de quelle nature il a voulu que fût cette unité et par quel principe il a décrété d'en assurer la conservation, qu\u2019il Nous soit permis de Nous adresser à tous ceux qui n\u2019ont point résolu de fermer l\u2019oreille à la vérité et de leur dire avec saint Augustin :\t«Puis- que nous voyons là un si grand secours de Dieu, tant de profit et d\u2019utilité, hésiterons-nous à nous jeter dans le sein de cette Eglise, qui, de l\u2019aveu du genre humain tout entier, tient du Siège Apostolique et a gardé, par la succession de ses évêques, l\u2019autorité suprême, en dépit des clameurs des hérétiques qui l\u2019assiègent, et qui ont été condamnés soit par le jugement du peuple, soit par les solennelles décisions des conciles, soit par la majesté des miracles ?Ne pas vouloir lui donner la première place, c\u2019est assurément le fait ou d\u2019une souveraine impiété, ou d\u2019une arrogance désespérée.Et si toute science, même la plus humble et la plus facile, exige, pour être acquise, le secours d\u2019un docteur ou d\u2019un maître, peut-on imaginer un plus téméraire orgueil, lorsqu\u2019il s\u2019agit des livres des divins mystères, que de refuser d\u2019en recevoir la connaissance de la bouche de leurs interprètes, et, sans les connaître, de vouloir les condamner (2) » ?1.\tFide divina et eatholica ea omnia eredenda sunt, quæ in verbo Dei scripto vel tradito continentur, et ab Ecclesia sive solemni judieio, sive ordinario et universali magisterio tanquam divinitus revelata proponuntur(Sess.Ill, cap.III).2.\tCum igitur tantum auxilium Dei, tantum profectum fructumque videamns, dubi-tabimus nos ejus Ecclesiæ condere gremio, quæ usque ad confessionem generis humani ab apostolica Sede per successiones episcoporum, frustra bæreticis circumlatrantibus, et partira plebis ipsius judieio, partira Conciliorum gravitate, partira etinm miracu-lorum majestate damnatis, culmen auctoritatis obtinuit ?Cui nolle primas dare, vel gummæ profecto impietatis est, vel præcipitis nrrogantiæ,,.Et sj unaquæcjue disciplina, 298 \u2014 C\u2019est donc sans aucun doute le devoir de l\u2019Eglise de conserver et de propager la doctrine chrétienne dans toute son intégrité et sa pureté.Mais son rôle ne se borne point là.et la fin môme pour laquelle l\u2019Eglise est instituée n\u2019est pas épuisée par cette première obligation.En effet, c\u2019est pour le salut du genre humain que Jésus-Christ s\u2019est sacrifié, c\u2019est à cette fin qu\u2019il a rapporté tous ses enseignements et tous ses préceptes ; et ce qu\u2019il ordonne à l\u2019Eglise de rechercher dans la vérité de la doctrine, c\u2019est de sanctifier et de sauver les hommes.Mais ce dessein si grand, si excellent, la foi, à elle seule, ne peut aucunement le réaliser ; il faut y ajouter le culte rendu à Dieu en esprit de justice et de piété, et qui comprend surtout le sacrifice divin et la participation aux sacrements; puis encore la sainteté des lois morales et de la discipline.Tout cela doit donc se rencontrer dans l\u2019Eglise, puisqu\u2019elle est chargée de continuer jusqu\u2019à la fin des temps les fonctions du Sauveur : la religion qui, par la volonté de Dieu, a en quelque sorte pris corps en elle, c\u2019est l\u2019Eglise seule qui l\u2019offre au genre humain dans toute sa plénitude et sa perfection ; et de môme tons les moyens de salut qui, dans le plan ordinaire de la Providence, sont nécessaires aux hommes, c\u2019est elle seule qui les leur procure.Mais de môme que la doctrine céleste n\u2019a jamais été abandonnée au caprice ou au jugement individuel des hommes, mais qu\u2019elle a été d\u2019abord enseignée par Jésus-Christ, puis confiée exclusivement au magistère dont il a été question, de môme ce n\u2019est point aux premiers venus parmi le peuple chrétien, mais à certains hommes choisis qu\u2019a été donnée par Dieu la faculté d'accomplir et d\u2019administrer les divins mystères, et aussi le pouvoir de commander et de gouverner.Ce n\u2019est, en effet, qu\u2019aux Apôtres et à leurs légitimes successeurs que s\u2019adressent ces paroles de Jésus-Christ : « Allez dans le monde tout entier, prêchez-y l\u2019Evangile.baptisez les hommes.faites cela en mémoire de moi.Les péchés seront remis à ceux à qui vous les aurez remis.» De la môme façon, ce n\u2019est qu\u2019aux Apôtres et à leurs légitimes successeurs qu'il a quamquam vilis et facilis, ut percipi possit, doctorem aut magistrum requirit ; quid temerariæ superbiæ plenius, quam divinorum sacramentorum libros et ab interpretibus suis nolle eognoscere, et incognitos velle datante (De JJtilitqte çredendi, cap.XYIIj n.35-) \u2014 299 \u2014 ordonné de paître le troupeau, c\u2019est-à-dire, de gouverner avec autorité tout le peuple chrétien, lequel est en conséquence obligé par le fait môme à leur être soumis et obéissant.Tout l\u2019ensemble de ces fonctions du ministère apostolique est compris dans ces paroles de saint Paul : «Que les hommes nous regardent comme ministres du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu ( 1 ).» Ainsi, Jésus-Christ a appelé tous les hommes sans exception, ceux qui existaient de son temps et ceux qui devaient exister dans l\u2019avenir, à le suivre comme chef et comme Sauveur, non seulement chacun séparément, mais tous ensemble unis par une telle association des personnes et des cœurs, que de cette multitude résultât un seul peuple, légitimement constitué en société : un peuple vraiment un par la communauté de foi, de but, de moyens appropriés au but, un peuple soumis à un seul et même pouvoir.Parle fait même, tous les principes naturels, qui parmi les hommes créent spontanément la société, destinée à leur faire atteindre la perfection dont leur nature est capable, ont été établis par Jésus-Christ dans l\u2019Eglise, de façon que, dans son sein, tous ceux qui veulent être les enfants adoptifs de Dieu pussent atteindre et conserver la perfection convenable à leur dignité et ainsi faire leur salut.L\u2019Eglise donc, comme nous l\u2019avons indiqué ailleurs, doit servir aux hommes de guide vers le ciel, et Dieu lui a donné la.mission de juger et de décider par elle-même de tout ce qui touche la religion, et d\u2019administrer à son gré, librement et sans entraves, les intérêts chrétiens.C\u2019est donc ou ne pas la bien connaître ou la calomnier injustement que de l\u2019accuser de vouloir envahir le domaine propre de la société civile, ou empiéter sur les droiLs des souverains.Bien plus, Dieu a fait de l\u2019Eglise la plus excellente, à beaucoup près, de toutes les sociétés ; car la fin qu\u2019elle poursuit i\u2019emporte en noblesse sur la fin que poursuivent les autres sociétés, autant que la grâce divine l\u2019emporte sur la nature, et que les biens immortels sont supérieurs aux choses périssables.Par son origine, l\u2019Eglise est donc une société divine ; par sa fm et par les moyens immédiats qui y conduisent, elle est surnaturelle ; par les membres dont elle se compose et qui sont des 1.Sic nos existimet homo ut ministros Chvisti, et dispensâmes mysteriorum De; (I Corinth., IV, 1), \u2014 300 \u2014 hommes, elle est une société humaine.C\u2019est pourquoi nous la voyons désignée dans les saintes Lettres par des noms qui conviennent à une société parfaite.Elle est appelée non seulement la Maison de Dieu la Cité placée sur la montagne, et où toutes les nations doivent se réunir, mais encore le Bercail, que doit gouverner un seul pasteur, et où doivent se réfugier toutes les brebis du Christ; elle est appelée le Royaume suscité par Dieu et qui durera éternellement) enfin, le Corps du Christ, corps mystique sans doute, mais vivant toutefois, parfaitemement conformé et composé d\u2019un grand nombre de'membres, et ces membres n\u2019ont pas tous la même fonction, mais ils sont liés entre eux et unis sous l\u2019empire de la tête qui dirige tout.Or, il est impossible d\u2019imaginer une société humaine véritable et parfaite, qui ne soit gouvernée par une puissance souveraine quelconque.Jésus-Christ doit donc avoir mis à la tête de l\u2019Eglise un chef suprême, à qui toute la multitude des Chrétiens fût soumise et obéissante.C\u2019est pourquoi, de même que l'Eglise, pour être une en tant qu'elle est la réunion des fidèles, requiert nécessairement l\u2019unité de foi ; ainsi pour être une en tant qu\u2019elle est une société divinement constituée, elle requiert de droit divin {'unité du gouvernement, laquelle produit et comprend l'unité de communion.« L\u2019unité de l\u2019Eglise doit être considérée sous deux aspects : d\u2019abord dans la connexion mutuelle des membres de l\u2019Eglise ou la communication qu\u2019ils ont entre eux; et, en second lieu, dans l\u2019ordre qui relie tous les membres de l\u2019Eglise a un seul chef ( 1 ) ».Par où l\u2019on peut comprendre que les hommes ne se séparent pas moins de l\u2019unité de l\u2019Eglise par le schisme que par l\u2019hérésie.« On met cette différence entre l\u2019hérésie et le schisme, que l\u2019hérésie professe un dogme corrompu ; le schisme, par suite d\u2019une dissension dans l\u2019épiscopat, se sépare de l\u2019Eglise (2).» Ces paroles concordent avec celles de saint Jean Chrysostôme sur le même sujet : « Je dis et je proteste que diviser l\u2019Eglise n\u2019est pas un 1.\tEcclesiæ autem unitas in duobus attenditur : scilicet in connectione membrorum Ecclesiæ ad invieem seu communicatione, et iterum in ordine omnium membrorum Ecclesiæ ad unum caput (S Thomas, 2a 2æ q.XXXIX, a.1).2.\tInter hæresim et schisma hoc esse arbitrantur, quod hæresis perversum dogma habeat : schisma propter episcopalem dissensionem ab Ecclesia separatur (S, IJiero» pymus, Commentar, in Epist.ad Titum, cap.III, v.10-11). \u2014 801 \u2014 moindre mal que de tomber dans l\u2019hérésie (1) » C\u2019est pourquoi, si nulle hérésie ne peut être légitime, de la môme façon il n\u2019y a pas de schisme qu\u2019on puisse regarder comme fait à bon droit.« Ii n\u2019est rien de plus grave que le sacrilège du schisme : il n\u2019y a point de nécessité légitime de rompre l\u2019unité (2).» Quelle est cette souveraine puissance à laquelle tous les chrétiens doivent obéir ; de quelle nature est-elle ?On ne peut le déterminer qu\u2019en constatant et en connaissant bien quelle a été sur ce point la volonté du Christ.Assurément le Christ est le roi éternel, et éternellement du haut du ciel il continue à diriger et à protéger invisiblement son royaume ; mais puisqu\u2019il a voulu que ce royaume fût visible, il a dû désigner quelqu\u2019un pour tenir sa place sur la terre, après qu\u2019il serait lui-même remonté au ciel.« Si quelqu\u2019un dit que l\u2019unique chef et l\u2019unique pasteur est Jésus-Christ, qui est l\u2019unique époux de l\u2019Eglise unique, cette réponse n\u2019est pas suffisante.11 est évident en effet que c\u2019est Jésus Christ lui-même qui opère les sacrements dans l\u2019Eglise; c\u2019est lui qui baptise, c\u2019est lui qui remet les péchés ; il est le véritable prêtre qui s\u2019est offert sur l\u2019autel de la croix, et par la vertu duquel son corps est consacré tous les jours sur l'autel ; et cependant comme il ne devait pas rester avec tous les fidèles par sa présence corporelle, il a choisi des ministres par le moyen desquels il pût dispenser aux fidèles les sacrements dont nous venons de parler, ainsi que nous l\u2019avons dit plus haut (chap.74).De la même façon, parce qu\u2019il devait soustraire à l\u2019Eglise sa présence corporelle, il a donc fallu qu\u2019il désignât quelqu\u2019un pour prendre à sa place le soin de l\u2019Eglise universelle.C\u2019est pour cela qu\u2019il a dit à Pierre avant son ascension :\tc Pais mes brebis (3) ».1.\tDico et protestor, Eeclesiam scindere non minus esse malum, quam incidere in hæresim (Horn.XI, in Epist.ad Ephea., n.5).2.\tXon est quicquam gravius sacrilegio schismatis.; præeidendæ unitatis nulla est justa nécessitas (S.August., contra Epist.Parmeniani, lib.II, cap.XI, n.25).3.\tSi quis autem dicat quod unum caput et unus pastor est Cbristus, qui est unius Ecclesiæ sponsus, non sufficienter respondet.Manifestum est enim, quod ecclesiastica sacramenta ipse Cbristus perficit : ipse enim est qui baptizat, ipse est qui peccata renjittit, ipse est yerug saçej-dos, qui se obtulit in ara crucis, et eujus virtute corpus \u2014 302 \u2014 Jésus-Christ a donc donné Pierre à l\u2019Eglise pour souverain chef, et il a établi que cette puissance instituée jusqu\u2019à la fin des temps pour le salut de tous, passerait par héritage aux successeurs de Pierre, dans lesquels Pierre lui-même se survivrait perpétuellement par son'autorité.Assurément, c\u2019est au bienheureux Pierre, et en dehors de lui à aucun autre, qu\u2019il a fait cette promesse insigne :\t« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise (1) ».\t« C\u2019est à Pierre que le Seigneur a parlé : à un seul, afin de fonder l\u2019unité par un seul (2) ».\u2014 « En effet, sans aucun autre préambule, il désigne par son nom et le père de l\u2019Apôtre et l\u2019Apôtre lui-même (Tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas), et il ne permet plus qu\u2019on l\u2019appelle Simon, le revendiquant désormais comme sien en vertu de sa puissance ; puis, par une image très appropriée, il veut qu\u2019on l\u2019appelle Pierre, parce qu\u2019il est la pierre sur laquelle il devait fonder son Eglise (3) » .D\u2019après cet oracle, il est évident que, de par la volonté et l\u2019ordre de Dieu, l\u2019Eglise est établie sur le bienheureux Pierre, comme l\u2019édifice sur son fondement.Or, la nature et la vertu propre du fondement, c\u2019est de donner la cohésion à l\u2019édifice par la connexion intime de ses différentes parties ; c\u2019est encore d\u2019être le lien nécessaire de la sécurité et de la solidité de l\u2019œuvre tout entière : si le fondement disparaît, tout l\u2019édifice s\u2019écroule.Le rôle de Pierre est donc de supporter l\u2019Eglise et de maintenir en elle la connexion, la solidité d\u2019une cohésion indissoluble.Or, comment pourrait-il remplir un pareil rôle, s\u2019il n\u2019avait la puis- ejus in altari quotidie consecratur ; et tamen quia corporaliter non eum omnibus fideiibus præsentialiter erat futurus, elegit ministres, per quos prædicta fidelibus dispensaret, ut supra (cap.74) dictum est.Eadem igitur ratione, quia præsentiam corporalem erat Ecclosiæ subtracturus, oportuit ut alicui committeret qui loco sui universalis Ecclesiæ gereret curam.Hinc est quod Petro dixit ante ascensionem : Pasce oves meas (S.Thomas, cont.Cent., lib.IY, cap.76).1.\tTu es Pètrus, et super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam (Matth., XVI, 18).2.\tAd Petrum locutus est Dominus : Ad unum, ideo ut unitatem fundaret ex uno (S.Pacianus, ad Sempronium., Ep.III, n.il).3.Nulla siquidem oratione præmissa.tain patrem ejus, quam ipsum nomine appellat (beatus es Simon Bar Jona), et Simonem eum non jam vocari patitur, eum sibi pro sua potestate jam turn ut suum vindicans, sed congrua similitudine Petrum a petra vocari placuit, puta super quem fundaturus erat suam Ecclesiam (S.Cyril, Alex,, in Evang.Joan., lib.II, in cap.i, v.42). 308 \u2014 sance de commander, de défendre, de juger, en un mot un pouvoir de juridiction propre et véritable ?Il est évident que les Etats et les sociétés ne peuvent subsister que grâce à un pouvoir de juridiction.Une primauté d\u2019honneur, ou encore le pouvoir si modeste de conseiller et d\u2019avertir, qu\u2019on appelle pouvoir de direction, sont incapables de prêter à aucune société humaine un élément bien efficace d\u2019unité et de solidité.Au contraire, ce véritable pouvoir dont nous parlons est déclaré et affirmé dans ces paroles : « Et les portes de l\u2019enfer ne prévaudront point contre elle ».\u2014 « Qu\u2019est ce à dire, contre elle ?Est-ce contre la pierre sur laquelle le Christ bâtit l\u2019Eglise ?Est-ce contre l\u2019Eglise ?La phrase reste ambiguë ; serait-ce pour signifier que la pierre et l\u2019Eglise ne sont qu\u2019une seule et même chose ?Oui c\u2019est là je crois, la vérité : car les portes de l\u2019enfer ne prévaudront point ni contre la pierre sur laquelle le Christ bâtit l\u2019Eglise, ni contre l\u2019Eglise elle-même (1).» Voici la portée de cette divine parole : L\u2019Eglise appuyée sur Pierre, quelle que soit la violence, quelle que soit l\u2019habileté que déploient ses ennemis visibles et invisibles, ne pourra jamais succomber ni défaillir en quoi que ce soit.« L\u2019Eglise étant l'édifice du Christ, lequel a sagement bâti « sa maison sur la pierre», ne peut être soumise aux portes de l\u2019enfer; celles-ci peuvent prévaloir contre quiconque se trouvera en dehors de l\u2019Eglise, mais elles sont impuissantes contre elle (2).» Si Dieu a confié son Eglise à Pierre, c\u2019est donc afin que ce soutien invisible la conservât toujours dans toute son intégrité.Il l\u2019a donc investi de l\u2019autorité nécessaire ; car, pour soutenir réellement et efficacement une société humaine, le droit de commander est indispensable à celui qui la soutient.1.\tEt portæ inferi non prævalebunt adversus eam.\u2014Quam autem earn ?an enim petram supra quam Christus ædifioat Ecclesiam ?an Ecclesiam ?Ambigua quippe locutio est ; an quasi unam eamdemque rem, petram et Ecclesiam ?Hoc ego verum esse existimo, nec enim adversus petram, super quam Christus Ecclesiam ædificat, nec adversus Ecclesiam portæ inferi prævalebunt (Origan., Com.in Matlh., tom.XII, n.II).2.\tEcclesia vero tamquam Christi ædificium, qui sapienter ædificavit \u201c domum suam supra petram \u201d, portarum inferi capax non est, prævalentium quidem adversus quem-cumque hominem, qui extra petram et Ecclesiam fuerit, sed invalidarum adversus illam (Origen., Com.in Matth., tom.XII, n.II). 304 \u2014 Jésus a ajouté encore : « Et je te donnerai les clés du royaume des deux.» Il est clair qu\u2019il continue à parler de l\u2019Eglise, de cette Eglise qu\u2019il vient d\u2019appeler sienne, et qu\u2019il a déclaré vouloir bâtir sur Pierre, comme sur son fondement.L\u2019Eglise offre, en effet, l\u2019image non seulement d\u2019un édifice mais d\u2019un royaume ; au reste, nul n\u2019ignore que les clés sont l\u2019insigne ordinaire de l\u2019autorité.Ainsi, quand Jésus promet de lui donner le pouvoir et l\u2019autorité sur l\u2019Eglise.« Le fils lui a donné (à Pierre) la mission de répandre dans le monde tout entier, la connaissance du Père et du Fils lui-même, et il a donné à un homme mortel toute la puissance céleste, quand il a confié les clés à Pierre, qui a étendu l\u2019Eglise jusqu\u2019aux extrémités du monde et qui l\u2019a montrée plus inébranlable que le ciel (1) ».Ce qui suit a encore le même sens : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aussi dans le ciel.» Cette expression figurée : lier et délier, désigne le pouvoir d\u2019établir des lois, et aussi celui de juger et de punir.Et Jésus-Christ affirme que ce pouvoir aura une telle étendue, une telle efficacité, que tous les décrets rendus par Pierre seront ratifiés par Dieu.Ce pouvoir est donc souverain et tout à fait indépendant, puisqu\u2019il n\u2019a sur la terre aucun pouvoir au-dessus de lui, et qu\u2019il embrasse l\u2019Eglise tout entière et tout ce qui est confié à l\u2019Eglise.La promesse faite à Pierre a été accomplie, au temps où Jésus-Christ Notre Seigneur, après sa résurrection, ayant demandé par trois fois à Pierre s\u2019il l\u2019aimait plus que les autres, lui dit sous une forme impérative :\t« Pais mes agneaux,.pais mes brebis (2).» C\u2019est-à-dire, que tous ceux qui doivent être un jour dans sa bergerie, il les remet à Pierre comme à leur vrai pasteur.« Si le Seigneur interroge, ce n\u2019est pas qu\u2019il doute : il ne veut pas s\u2019instruire, mais instruire au contraire celui que, sur le point de remonter au ciel, il nous laissait comme le vicaire de son amour.Et parce que, seul entre tous, Pierre professe cet amour, 1.\tFilius vero et Patris et sui ipsius cognitionem per totum orbem illi (Petro) disse-minare commisit, ac mortali homini omnem in coelo potestatem dédit, dum claves illi tradidit, qui Ecclesiam per totum orbem terrnrum extondit, et cœlis firmiorem mons-travit (S.Joan-Cnrysost., Horn.LIV, in Matth., n.2).2.\tPasoe agnos meos.pasce oves meas (Joan., XXI, 16-17). \u2014 305 \u2014 il est mis à la tête de tous les autres., à la tête des plus parfaits, pour les gouverner, étant plus parfait lui-même (1).» Or, le devoir et le rôle du pasteur, c\u2019est de guider le troupeau, de veiller à son salut en lui procurant des pâturages salutaires, en écartant les dangers, en démasquant les pièges, en repoussant les attaques violentes : bref, en exerçant l\u2019autorité du gouvernement.Donc, puisque Pierre a été préposé comme pasteur au troupeau des fidèles, il a reçu le pouvoir de gouverner tous les hommes pour le salut desquels Jésus-Christ a répandu son sang.« Pourquoi a-t-il versé son sang ?Pour racheter ces brebis, qu\u2019il a confiées à Pierre et à ses successeurs (2) 2» .Et, parce qu\u2019il est nécessaire que tous les chrétiens soient liés entre eux par la communauté d\u2019une foi immuable, c\u2019est pour cela que par la vertu de ses prières, Jésus-Christ Notre-Seigneur a obtenu à Pierre que, dans l\u2019exercice de son pouvoir, sa foi ne défaillit jamais.«J\u2019ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point (3).» Il lui a ordonné, en outre, toutes les fois que les circonstances le demanderaient, de communiquer lui-même à ses frères la lumière et l\u2019énergie de son âme : « Confirme tes frères (4).» Celui donc qu\u2019il avait désigné comme le fondement de l\u2019Eglise, il veut qu\u2019il soit la colonne de la foi.« Puisque de sa propre autorité il lui donnait le royaume, ne pouvait-il pas affermir sa foi, d\u2019autant que, en l\u2019appelant Pierre, il le désignait comme le fondement qui devait affermir l\u2019Eglise (5) ?» De là vient que certains noms, qui désignent de très grandes choses, et « qui appartiennent en propre à Jésus-Christ en vertu de sa puissance, Jésus lui-même a voulu les rendre communs à 1.\tDominus non dubitat, qui interrogate non ut disceret, sed ut doceret, quem elevandus in cœlum amoris sui nobis velut yicarium relinquebat.Et ideo quia solus profitetur ex omnibus, omnibus antefertur.perfectiores ut perfectior gubernaret (S.Ambros., Expos, in Evang.sec.Luc., lib.X, n.175-176).2.\tCur sanguinem effudit ?Ut bas emeret oves, quas Petro et successoribus ejus tradidit (S.Joan.Chrysostômus, cle Sacerdotio, lib.II).3.\tEgo autem rogavi pro te, ut non deficiat fides tua (Luc., XXII, 32).4.\tConfirma fratres tuos (Luc., XXII, 32).5.\tCui propria auctoritate regnum dabat, bujus fidem firmare non poterat, quem cum petram dicit, firmamentum Ecclesiæ indicayit (S.Ambr., de Fide, lib.IV, n.56) ? \u2014 306 \u2014 lui et à Pierre par participation » (1), afin que la communauté des titres manifestât la communauté du pouvoir.Ainsi, lui qui est « la pierre principale de l\u2019angle, sur laquelle tout l\u2019édifice construit s\u2019élève comme un temple sacré dans le Seigneur » (2), il a établi Pierre comme la pierre, sur laquelle devait être appuyée son Eglise.« Quand Jésus lui dit : « Tu es la pierre, » cette parole lui conféra un beau titre de noblesse.Et pourtant il est la pierre, non pas comme le Christ est la pierre, mais comme Pierre peut être la pierre.Car le Christ est essentiellement la pierre inébranlable, et c\u2019est par elle que Pierre est la pierre.Car Jésus communique ses dignités sans s\u2019appauvrir.Il est le prêtre, il fait des prêtres.Il est la pierre, et il fait de son apôtre la pierre (3) ».Il est encore le roi de l\u2019Eglise, « qni possède la clé de David ; il ferme et personne ne peut ouvrir ; il ouvre et personne ne peut fermer » (4) : or, en donnant les clés à Pierre, il le déclare le chef de la société chrétienne.Il est encore le pasteur suprême qui s\u2019appelle lui-même bon pasteur » (5) ; or il a établi Pierre comme pasteur de ses agneaux et de ses brebis.C\u2019est pourquoi saint Chrysostôme a dit : « il était le principal entre les apôtres, il était comme la bouche des autres disciples et la tête du corps apostolique.Jésus, lui montrant qu\u2019il doit désormais avoir confiance, parce que toute trace de son reniement est effacée, lui confie le gouvernement de ses frères.Il lui dit : Si tu m\u2019aimes, sois le chef de tes frères (6).» Enfin, celui qui confirme « en 1.\t(Quæ) sibi potestato sunt propria, voluit esse Petro seeum participatione communia (S.Leo.Mag., Serm.IV, cap.II).2.\tLapis est angularis, in quo omnis ædificatio constructa crescit in templum sano-tum in Domino (Epbes., II, 21).3.\tCum audisset \u201c petra es,\u201d præconio nobilitatus est.Quamquam autem petra est, non ut Christus petra, sed ut Petrus petra.Christus enim essentialiter petra inconcussa ; Petrus vero per petram.Nam Jesus dignitates suas largitur, nec exhau-ritur.Sacerdos est, facit sacerdotes.petra est, petram facit (Horn, de Pœmtentia, n.4, in append, opp.S.Basilii).4.\tQui babet clavem David ; qui aperit et nemo claudit : claudit et nemo aperit (Apocal., III, 7).5.\tJoan., X, II.6.\tEximius erat inter Apostolos, et os discipuloruin et coetus illius caput.Simul ostendens ei, oportere deinceps fidere, quasi abolita negatione, fratrum ei præfectu-ram committit.Dicit autem : Si amas me, fratribus præesto (Horn.LXXXVIII, in Joan,, n.I). \u2014 sot \u2014 toute bonne œuvre et toute bonne parole » (1), c\u2019est lui qui commande à Pierre de confirmer ses frères.Saint Léon le Grand a donc bien raison de dire : a Du sein du monde tout entier, Pierre seul est élu pour être mis à la tête de toutes les nations appelées, de tous les Apôtres, de tous les Pères de l\u2019Eglise; de telle sorte que, bien qu\u2019il y ait dans le peuple de Dieu beaucoup de pasteurs, cependant Pierre régit proprement tous ceux qui sont aussi principalement régis par le Christ (2).» De même, saint Grégoire le Grand écrit à l\u2019empereur Maurice Auguste : « Pour tous ceux qui connaissent l\u2019Evangile, il est évident que, par la parole du Seigneur, le soin de toute l\u2019Eglise a été confié au saint apôtre Pierre, chef de tous les apôtres.Il a reçu les clés du royaume du ciel, la puissance de lier et de délier lui est attribuée, et le soin et le gouvernement de toute l\u2019Eglise lui est confié (3) » .Or, cette autorité faisant partie de la constitution et de l\u2019organisation de l\u2019Eglise comme son élément principal, puisqu\u2019elle est le principe de l\u2019unité, le fondement de la sécurité et de la durée perpétuelle, il s\u2019ensuit qu\u2019elle ne pouvait en aucune façon disparaître avec le bienheureux Pierre, mais qu\u2019elle devait nécessairement passer à ses successeurs et être transmise de l\u2019un à l\u2019autre.« La disposition de la vérité demeure donc, et le bienheureux Pierre, persévérant dans la fermeté de la pierre, dont il a reçu la vertu, n\u2019a point quitté le gouvernail de l\u2019Eglise, mis dans sa main (4) » .C\u2019est pourquoi les Pontifes qui succèdent à Pierre dans l\u2019épiscopat romain possèdent de droit divin le suprême pouvoir dans 1.\tIn omni opéré et sermone bono (II Thessal., II, 16).2.\tDe toto mundo unus Petrus eligitur, qui et uni'versarum gentium vocationi et omnibus Apostolis, cunctisque Ecclesiœ patribus præponatur : ut quamvis in populo Dei multi saeerdotes sint multique pastores, omnes tamen proprie regat Petrus, quos principaliter régit et Christus (Serm.IV, cap.II).3.\tCunctis evangelium scientibus liquet, quod voce dominica sancto et omnium Apostolorum Petro principi apostolo totius Ecclesiæ cura commissa est.Ecce claves regni cælestis accepit, potestas ei ligandi ac solvendi tribuitur, et cura ei totius Ecclesiæ et principatus committitur (Epistolarum, lib.V, ep.XX).\t\u2022 4.\tManet ergo dispositio veritatis, et beatus Petrus in accepta fortitudine petræ perseverans, suscepta Ecclesiæ gubernacula non reliquit (S.Leo Mag., Serm.III, cap.III). - 308 - l\u2019Ëglise.« Nous définissons que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain possèdent la primauté sur le monde entier, et que le Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, et qu\u2019il est le véritable vicaire de Jésus-Christ, le chef de toute l\u2019Eglise, le Père et le docteur de tous les chrétiens, et qu\u2019à lui dans la personne du bienheureux Pierre a été donné par Notre Seignenr Jésus-Christ le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l\u2019Eglise universelle ; ainsi que cela est contenu aussi dans les actes des conciles œcuméniques et dans les sacrés canons (1).» Le quatrième concile de Latran dit de même : « L\u2019Eglise romaine.par la disposition du Seigneur, possède le principat de la puissance ordinaire sur toutes les autres Eglises, en sa qualité de mère et de maîtresse de tous les fidèles du Christ » .Tel était déjà auparavant le sentiment unanime de l\u2019antiquité qui, sans la moindre hésitation, a toujours regardé et vénéré les évêques de Rome, comme les successeurs légitimes du bienheureux Pierre.Qui pourrait ignorer combien nombreux, combien clairs sont sur ce point les témoignages des saints Pères ?Bien éclatant est celui d-e saint Irénée, qui parle ainsi de l\u2019Eglise romaine : « C\u2019est à cette Eglise que, à cause de sa prééminence supérieure, toute l\u2019Eglise doit nécessairement se réunir (2) » .Saint Cyprien affirme, lui aussi, de l\u2019Eglise romaine, qu\u2019elle est la « racine et la mère de l\u2019Eglise catholique (3), la chaire de Pierre et l\u2019Eglise principale, d\u2019où est née l\u2019unité sacerdotale (4i.» 11 l\u2019appelle la « chaire de Pierre, » parce qu\u2019elle est occupée par 1.\tDefinimus, sanctam Apostolicam Sedem et Romanum Pontificem in universum orbem tenere primatum, et ipsum Pontificem Romanum successorem esse beati Pétri, principis Apostolorum, et verum Christi vicarium totiusque Ecclesiæ caput, et omnium christianorum patrem ac doctorem existere, et ipsi in beato Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalem Ecclesiam a Domino nostro Jesu Christo plenam potesta-tem traditam esse ; quemadmodum etiam in gestis oecumenicorum conciliorum et in sacris canonibus continetur (Conc.Florent.).2.\tAd hanc enim Ecclesiam propter potiorem principalitatem necesse est omnem convenire Ecclesiam ( Contra Hæreses, lib.Ill, c.III, n.2).« 3.\tEcclesiæ catholicæ radicem et matricem (Epist.XLVIll, ad Corn., n.3).4.\tPetri Cathedram atque Ecclesiam principalem, undè unitas sacerdotalis exorta est (Epiai.LIX, ad eumd., n.14). 309 le successeur (le Pierre; « l\u2019Eglise principale, » à cause du principal conféré à Pierre et à ses légitimes successeurs ; « celle d\u2019où est née l\u2019unité, » parce que, dans la société chrétienne, la cause efficiente de l\u2019unité est l\u2019Eglise romaine.C\u2019est pourquoi saint Jérôme écrit en ces termes à Damase : « Je parle au successeur du pêcheur et au disciple de la croix.Je suis lié par la communion à Votre Béatitude,.c\u2019est-à-dire, à la chaire de Pierre.Je sais que sur cette pierre est bâtie l\u2019Eglise (1).» La méthode habituelle de saint Jérôme, pour reconnaître si un homme est catholique, c\u2019est de savoir s\u2019il est uni à la chaire romaine de Pierre.« Si quelqu\u2019un est uni à la chaire de Pierre, c\u2019est mon homme (2) » .Par une méthode analogue, saint Augustin, qui déclare ouvertement que « dans l\u2019Eglise romaine s\u2019est toujours maintenu le principat de la chaire apostolique, » affirme que quiconque se sépare de la foi romaine n\u2019est point catholique.« On ne peut croire que vous gardiez la véritable foi catholique, vous qui n'enseignez pas qu\u2019on doit garder la foi romaine (3).» De mtgne saint Cyprien : « Etre en communion avec Corneille, c\u2019est être en communion avec l\u2019Eglise catholique (4) » .L\u2019abbé Maxime enseigne également que la marque de la vraie foi et de la vraie communion, c\u2019est d\u2019être soumis au Pontife romain.« Si quelqu\u2019un veut n\u2019être point hérétique et ne point passer pour tel, qu\u2019il ne cherche pas à satisfaire celui-ci ou celui-là .Qu\u2019il se hâte de satisfaire en tout le siège de Rome.Le siège de Rome satisfait, tous partout et d\u2019une seule voix le proclameront pieux et orthodoxe.Car si l\u2019on veut persuader ceux qui me ressemblent.c\u2019est en vain qu\u2019on se contenterait de parler, si l\u2019on ne satisfait et si l\u2019on n\u2019implore le bienheureux Pape de la très sainte 1.\tCum successore piscatoris et discipulo crucis loquor., Beatitudini tuæ, id est Cathedræ Petri communione consocior.Super Clam petram ædificatam Ecclesiam scio ('Epist.XV, ad Damas-, n.2).2.\tSi quis Cathedræ Petri jungitur, meus est (.Epist.XVI, ad Damas., n, 2)- 3.\tIn romana Ecclesia semper Apostolicæ cathedræ viguisse principatum {Epist.XLIII, n.7).\u2014Non crederis veram fidem tenere cathoticam, qui fideru non doces esse servandam romanam (Serm.CXX, n.13).4.\tHoc est cum catholica Ecclesia communicare {Epist.LV, n.I). \u2014 310 - Eglise des Romains, c\u2019est-à-dire, le siège apostolique ».Et voici, d\u2019après lui, la cause et l\u2019explication de ce fait.C\u2019est que l\u2019Eglise romaine « a reçu du Verbe de Dieu incarné lui-même, et, d\u2019après les saints conciles, selon les saints canons et les définitions, elle possède, sur l\u2019universalité des saintes Eglises de Dieu qui existent sur toute la surface de la terre, l\u2019empire et l\u2019autorité en tout et pour tout, et pour le pouvoir de lier et de délier.Car lorsqu\u2019elle lie ou délie, le Verbe, qui commande aux vertus célestes, lie ou délie aussi dans le ciel (I).» C\u2019était donc un article de foi chrétienne, c\u2019était un point reconnu et observé constamment, non par une nation ou par un siècle, mais par tous les siècles et par l\u2019Orient non moins que par l\u2019Occident, que rappelait au synode d\u2019Ephèse, sans soulever aucune contradiction, le prêtre Philippe, légat du Pontife romain : « Il n'est douteux pour personne, et c\u2019est une chose connue de tous les temps, que le saint et bienheureux Pierre, prince et chef des Apôtres, colonne de la foi et fondement de l\u2019Eglise catholique, a reçu de Notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain, les clés du royaume, et que le pouvoir de lier et de délier les péchés a été donné à ce même Apôtre, qui, jusqu\u2019au moment présent et toujours, vit dans ses successeurs et exerce en eux son autorité (2) ».Tout le monde connaît la sentence du concile de Chalcédoine sur le même sujet: «Pierre a parlé.par la bouche de Léon (3),» sentence à laquelle la voix du troisième concile de Constantinople répond comme un écho : « Le souverain prince des Apôtres combattait avec nous, car nous avons eu en notre faveur sou imitateur et son successeur dans son Siège.On ne voyait 1.\tAb ipso incarnato Dei Verbo, sed et omnibus sanctis synodis, secundum sacros canones et terminos, universarum quæ in toto terrarum orbe sunt sanctarum Dei Ecclesiarum in omnibus et per omnia percepit et habet imperium, auctoritatem et potestatem ligandi et solvendi.Cum hoc enim ligat et solvit, etiam in cælo Verbum, quod cælestibus virtutibus principatur (Dejloratio ex Epist.ad Petrum illustrent).2.\tNulli dubium est, imo sæculis omnibus notum, quod sanctus beatissimusque Petrus, Apostolorum princeps et caput, fideique columna et Ecclesiæ catholicæ fun-damentum, a Domino nostro Jesu Christo, Salvatore humani generis ac redemptore, claves regni accepit, solvendique ac ligandi peccata potestas ipsi data est, qui ad hoc usque tempus et semper in suis successoribus vivit et judicium exercet (Actio III), 3.\tPetrus per Leonem.loquutus est (Actio II). 311 \u2014 au dehors (pendant qu\u2019on lisait la lettre du Pontife romain) que du papier et de l\u2019encre, et c\u2019était Pierre qui parlait par la bouche d\u2019Agathon (1).» Dans la formule de profession de foi catholique, proposée en termes exprès par Hormidas au commencement du sixième siècle, et souscrite par l\u2019empereur Justinien et aussi par les patriarches Epiphane, Jean et Mennas, la môme pensée est exprimée avec une grande vigueur : « Gomme la sentence de Notre Seigneur Jésus-Christ qui a dit : «Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, » ne peut être négligée., ce qui a été dit est confirmé par la réalité des faits, puisque dans le Siège apostolique la religion catholique a toujours été conservée sans aucune tache [2) » .Nous ne voulons point énumérer tous les témoignages : il Nous plaît néanmoins de rappeler la formule selon laquelle Michel Paléologue a professé la foi au deuxième concile de Lyon :\t« La sainte Eglise romaine possède aussi la souveraine et pleine primauté et principauté sur l\u2019Eglise catholique universelle, et elle reconnaît, avec vérité et humilité, avoir reçu cette primauté et principauté, avec la plénitude de la puissance, du Seigneur lui-même, dans la personne du bienheureux Pierre, prince ou chef des Apôtres, dont le Pontife romain est le successeur.Et de même qu\u2019elle est tenue de défendre, avant tous les autres, la vérité de la foi, de même, si des difficultés s\u2019élèvent au sujet de la foi, c\u2019est par son jugement qu\u2019elles doivent être tranchées (3) ».Si la puissance de Pierre et de ses successeurs est pleine et.souveraine, il ne faudrait cependant pas croire qn\u2019il n\u2019y en a 1.\tSummns nobiscuui concertabat Apostolorum princeps : illius enim imitatorem et Sedis successorem habuimus fautorem.Charta et atramentum videbatur, et per Agathonem Petrus loquebatur (Actio XVIII).2.\tQuia non potest Domini nostri Jesu Christi prætermitti sententia dieentis :\tTa es Petrus et super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam.hæc, quæ dicta sunt, rerum probantur effectibus, quia in Sede Apostolica citra maculam semper est catholica ser-vata religio (Post epist.XXVI ad omnes ep.IIisp., n.4).3.\tIpsa quoque sancta romana Ecclesia summum et plenum primatum et principa-tum super universam Ecclesiam catboiicam obtinet, quem se ab ipso Domino in beato Petro, Apostolorum principe sive vertice, cujus romanus Pontifex est successor, cum potestatis plenitudine récépissé veraciter et humiliter recognoscit.Et sicut præ ceteris tenetur fidei veritatem defendere, sic et si quæ de fide subortæ fuerint (juæstionqs, guo debent judicio fiefinifi (AçQo IV). \u2014 312 \u2014 point d\u2019autre dans l\u2019Eglise.Celui qui a établi Pierre comme fondement de l\u2019Eglise, a aussi « choisi douze de ses disciples, auxquels il a donné le nom d\u2019Apôtres (1).» De môme que l'autorité de Pierre est nécessairement permanente et p rpétuelle dans le Pontife romain, ainsi les évêques, en leur qualité de Successeurs des Apôtres, sont les héritiers du pouvoir ordinaire des Apôtres, de telle sorte que l\u2019ordre épiscopal fait nécessairement partie de la constitution intime de l\u2019Eglise.Et quoique l\u2019autorité des évêques ne soit ni pleine, ni universelle, ni souveraine, on ne doit pas cependant les regarder comme de simples vicaires des Pontifes romains, car ils possèdent une autorité qui leur est propre, et ils portent en toute vérité le nom de prélats ordinaires des peuples qu\u2019ils gouvernent.Mais comme le successeur de Pierre est unique, tandis que ceux des Apôtres sont très nombreux, il convient d\u2019étudier quels liens d\u2019après la constitution divine, unissent ces derniers au Pontife romain.Et d\u2019abord, l\u2019union des évêques avec le suces-seur de Pierre est d\u2019une nécessité évidente et qui ne peut faire le moindre doute ; car, si ce lien se dénoue, le peuple chrétien lui-même n\u2019est plus qu\u2019une multitude qui se dissout et se désagrège, et ne peut plus, en aucune façon, former un seul corps et un seul troupeau.« Le salut de l\u2019Eglise dépend de la dignité du souverain prêtre : si on.n\u2019attribue point à celui-ci une puissance à part et élevée au-dessus de toute autre, il y aura dans l\u2019Eglise autant de schismes que de prêtres (2) » .C\u2019est pourquoi il faut faire ici une remarque importante.Rien n\u2019a été conféré aux Apôtres indépendamment de Pierre ; plusieurs choses ont été conférées à Pierre isolément et indépendamment des Apôtres.Saint Jean Chrysoslôme, expliquant les paroles de Jésus-Christ (S.Jean, XXI, 15,) se demande « pourquoi, laissant de côté les autres, le Christ s\u2019adresse ici à Pierre », et il répond formellement : «C\u2019est qu\u2019il était le principal entre les Apôtres, comme la bouche des autres disciples et le chef du 1.\tElegit duodecim.quos et apostolos nominavit (Luc., VI, 13).2.\tEcclesiæ salus in summi sacerdotis dignitate pendet, cui si non exsors qurndnm et ab omnibus eminens detur potestas, tot in Ecclesia efficientur schismata, quotsacer-ç[otes (S.Hieron., Dio,l, çont, Lucif., n, 9).? corps apostolique (1).» Lui seul, eu effet, a été désigné par le Christ comme fondement de l\u2019Eglise.C\u2019est à lui qu\u2019a été donné tout pouvoir de lier et de délier, à lui seul également a été confié le pouvoir de paître le troupeau.Au contraire, tout ce que les Apôtres ont reçu, en fait de fonctions et d\u2019autorité, ils l\u2019ont reçu conjointement avec Pierre.«Si la divine Bonté a voulu que les autres princes de l\u2019Eglise eussent quelque chose en commun avec Pierre, ce qu\u2019elle n\u2019a pas refusé aux autres, elle ne leur a jamais donné que par lui (2).Il a reçu seul beaucoup de choses, mais rien n\u2019a été accordé à qui que ce soit sans sa participation (3) )) .Par où l\u2019on voit clairement que les évêques perdraient le droit et le pouvoir de gouverner, s\u2019ils se séparaient sciemment de Pierre ou de ses successeurs.Car, par cette séparation, ils s\u2019arrachent eux-mêmes du fondement sur_lequel doit reposer tout l\u2019édifice, et ils sont ainsi mis en dehors de l\u2019édifice lui-même ; pour la même raison, ils se trouvent exclus du bercail que gouverne le pasteur suprême, et bannis du royaume dont les clés ont été données par Dieu à Pierre seul.Ces considérations nous font comprendre le plan et le dessein de Dieu dans la constitution de la société chrétienne.Ce plan, le voici : l\u2019auteur divin de l\u2019Eglise, ayant décrété de lui donner l\u2019unité de foi, de gouvernement, de communion, a choisi Pierre et ses successors pour établir en eux le principe et comme le centre de l\u2019unité.C\u2019est pourquoi saint Cyprien écrit : « Il y a, pour arriver à la foi, une démonstration facile, qui résume la vérité.Le Seigneur s\u2019adresse à Pierre en ces termes : Je te dis que tu es Pierre.» C\u2019est sur un seul qu\u2019il bâtit l\u2019Eglise.Et quoique, après sa résurrection, il confère à tous les Apôtres une puissance égale et leur dise : «Comme mon père m\u2019a envoyé.» ; 1.\tCur, aliis prætermissis, de his Christus Petrum alloquitur ?\u2014 Eximius erat inter Apostolos, et os disoipulorum, et cœtus illius caput (Horn.LXXXVIII, in Joan., n.1.).2.\tDivina dignatio si quid cum eo commune ceteris voluit esse principibus, nun-quam nisi per ipsum dédit, quidquid aliis non negavit (S.Leo Mag., Serm.IV, cap.II).3.\tUt cum multa solus acceperit, nihil in quemquam sine ipsius participations transient (S.Leo Mag., Serm./F, cap.II), 314 \u2014 cependant, pour mettre l\u2019unité en pleine lumière, c\u2019est en un seul qu\u2019il établit, par son autorité, l\u2019origine et le poinl de départ de cette même unité (1 ).» Et saint Optât de Milève : « Tu sais fort bien, écrit-il, tu ne peux le nier, que c\u2019est à Pierre le premier qu\u2019a été conférée la chaire épiscopale dans^la ville de Rome: c\u2019est là que s\u2019est assis le chef des Apôtres, Pierre, qui, par suite, a été appelé Céphas.C\u2019est dans ceLte chaire unique que tous devaient garder l\u2019unité, afin que les autres Apôtres ne [tussent se retrancher chacun isolément dans son siège, et que celui-là fût désormais schismatique et prévaricateur, qui élèverait une autre chaire contre cette chaire unique (2).» De là vient cette sentence du même saint Cyprien, que l\u2019hérésie et le schisme se produisent et naissent l\u2019une et l\u2019autre de ce fait, que l\u2019on refuse à la puissance suprême l\u2019obéissance qui lui est due.« L\u2019unique source d\u2019où ont surgi les hérésies et d\u2019où sont nés les schismes, c\u2019est que l\u2019on n\u2019obéit point au Pontife de Dieu et que l\u2019on ne veut pas reconnaître dans l\u2019Eglise en même temps un seul pontife et un seul juge qui tient la place du Christ (31 » .Nul ne peut donc avoir part à l\u2019autorité s\u2019il n\u2019est uni à Pierre, car il serait absurde de prétendre qu\u2019un homme exclu de l\u2019Eglise a l\u2019autorité dans l\u2019Eglise.C\u2019est à ce titre qu\u2019Optat de Milève reprenait les Donatistes : « C\u2019est contre les portes de l\u2019enfer que Pierre, comme nous le lisons dans l\u2019Evangile, a reçu les clés du salut ; Pierre, c\u2019est-à-dire, notre chef, à qui Jésus-Christ a dit : « Je te donnerai les clés du royaume des cieux, et les portes de 1.\tProbatio est ad fidem facilis compendio veritatis.Loquitur Dominus ad Petrum : Ego tibi dico, inquit, quia tu es Petrus.Super unum ædificat Ecelesiatn.Et quamvis Apostolis omnibus post resurrectionem suarn parem potestatem tribuat, et dioat : Sicut misit me Pater., tamen ut unitatem manifestaret, unitatis ejusdem originem ab uno incipientem sua auctoritate disposuit (De Unit.Eccl., n.4).2.\tNegare non poteS, scire te in urbe Roma Petro primo Cathedram episcopalem 63se collatam, in qua sederit omnium Apostolorum 'caput Petrus, unde et Cephas appellatus est : in qua una Cathedra unitas ab omnibus servaretur : ne ceteri Apostoli singulas sibi quisque defenderent, ut jam schismaticus et peccator esset, qui contra singularem Cathedram alteram collocaret (De schism.Donat., lib II).3.\tNeque enim aliunde hæreses obortæ sunt ant nata sunt schismata, quam inde quod sacerdoti Dei non obtemperatur, nee unus in Ecclesia ad tempus sacerdo?et ad [empus judex viçe Çbrigtj cogitatur (E^isf.£11, ad Corn., n.5). \u2014 315 \u2014 l\u2019enfer ne triompheront jamais d\u2019elles.» Gomment donc osez-vous essayer de vous attribuer les clés du royaume des deux, vous qui combattez contre la chaire de Pierre (1) « .Mais l\u2019ordre des évêques ne peut être regardé comme vraiment uni à Pierre, de la façon que le Christ l\u2019a voulu, que s\u2019il est soumis et s\u2019il obéit à Pierre : sans quoi il se disperse nécessairement en une multitude où régnent la confusion et le désordre.Pour conserver l\u2019unité de foi et de communion telle qu\u2019il la faut, ni une primauté d\u2019honneur ni un pouvoir de direction ne suffisent ; il faut absolument une autorité véritable et en même temps souveraine à laquelle obéisse toute la communauté.Qu\u2019a voulu en effet le Fils de Dieu, quand il a promis les clés du royaume des deux au seul Pierre ?Que les clés désignent ici la puissance suprême, l'usage biblique et le consentement unanime des Pères ne permettent point d\u2019en douter.Et on ne peut interpréter autrement les pouvoirs qui ont été conférés, soit à Pierre séparément, soit aux autres apôtres conjointement avec Pierre.Si la faculté de lier, de délier, de paître le troupeau, donne aux évêques, successeurs des Apôtres, le droit de gouverner avec une autorité véritable le peuple confié à chacun d\u2019eux, assurément cette même faculté doit produire le même effet dans celui à qui a été assigné par Dieu lui-même le rôle de paître les agneaux et les brebis.« Pierre n\u2019a pas seulement été établi pasteur par le Christ, mais pasteur des pasteurs.Pierre donc paît les agneaux, et il paît les brebis ; il paît les petits et il paît les mères ; il gouverne les sujets, il gouverne aussi les prélats : car dans l\u2019Eglise, en dehors des agneaux et des brebis, il n\u2019v a rien (2) » .De là viennent chez les anciens Pères ces expressions tout à fait à part, qui désignent le bienheureux Pierre, et qui le montrent évidemment comme placé au degré suprême de la dignité 1.\tContra quas portas (inferi) claves salutares accepisse legimus Petrum, principem scilicet nostrum, cui a Christo dictum est : Tibi dabo claves regni cælorum, et portæ inferi non Vincent eas.Unde est ergo, quod claves regni coelorum vobis usurpare con-tenditis, qui contra cathedram Petri.militatis (Lib.II, n.4, 5) ?2.\tNon solum pastorem (Petrum), sed pastorum pastorem (Christus) constituit : pascit igitur Petrus agnos, pascit et oves, pascit filios, pascit et matres : régit subditos, régir, et prælatos, quia præter agnos et oves in Ecelesia nihil egt (S.Brunonis, ep, Signiensis, Corn-in Joan,, part.Ill, cap.XXI, n.§5). 316 \u2014 et du pouvoir.Ils l\u2019appellent fréquemment « le chef de l\u2019assemblée des disciples ; le prince des saints Apôtres ; le coryphée du chœur apostolique ; la bouche de tous les Apôtres : le chef de cette famille ; celui qui commande au monde entier ; le premier parmi les Apôtres ; la colonne de l\u2019Eglise » .La conclusion de tout ce qui précède semble se trouver dans ces paroles de saint Bernard au pape Eugène : « Qui êtes-vous ?Vous êtes le grand-prêtre, le pontife souverain.Vous êtes le prince des évêques, vous êtes l\u2019héritier des Apôtres.Vous êtes celui à qui les clés ont été données, à qui les brebis ont été confiées.D\u2019autres que vous sont aussi portiers du ciel et pasteurs de troupeaux; mais ce double titre est en vous d\u2019du tarit plus glorieux, que vous l\u2019avez reçu en héritage dans un sens plus particulier que tous les autres.Ils ont, eux, leurs troupeaux qui leur ont été assignés : chacun a le sien ; à vous, tous les troupeaux ensemble ont été confiés ; à vous seul, un seul troupeau formé non pas seulement des brebis, mais aussi des pasteurs : vous êtes l\u2019unique pasteur de tous.Vous me demandez comment je le prouve.Par la parole du Seigneur.A qui en effet, je ne dis pas entre les évêques, mais même entre les Apôtres, ont été confiées ainsi absolument et indistinctement toutes les brebis?Si tu m\u2019aimes, Pierre, pais mes brebis.\u2014Lesquelles?les peuples de telle ou telle cité, de telle contrée, de tel royaume ?\u2014Mes brebis, dit-il.Qui ne voit qu\u2019il n\u2019en désigne point quelques-unes, mais qu\u2019il les assigne toutes à Pierre?Nulle distinction, donc nulle exception (1) h.Mais ce serait s\u2019éloigner de la vérité, et contredire ouvertement à la constitution divine de l\u2019Eglise, que de prétendre que 1.Quis es?Sacerdos magnus, suminus pontifex.Tu princeps episcoporum, tu heres Apostolorum.Tu es, oui claves traditæ, oui oves creditæ sunt.Sunt quidem et alii cæli janitores et gregum pastores ; sed tu tanto gloriosius, quanto et differentius utrumque præ ceteris nomen hereditasti.Habent illi sibi assignatos greges, singuli singulos, tibi universi erediti, uni unus, nec modo ovium, sed et pastorum, tu unus omnium pastor.Unde id probem quæris.Ex verbo Domini.Oui enim, non dico episcoporum, sed etiam Apostolorum, sic absolute et indiscrete totæ commissæ sunt oves ?Si me amas, Petre, pasce oves meas.Quas?illius vel illius populos civitatis aut regionis, aut certi regni ?Oves meas, inquit : cui non planum, non désignasse aliquas, sed assignasse omnes ?Nihil excipitur, ubi distinguitur nihil (De Çonsid-, lib.II, Cap.VIII). \u2014 su \u2014 chacun des évêques pris isolément doit être soumis à la juridiction des Pontifes romains, mais que tous les évêques pris ensemble ne le doivent point.Quelle est en effet toute la raison d\u2019être et la nature du fondement ?c\u2019est de sauvegarder l\u2019unité et la solidité, bien plus encore de l\u2019édificè tout entier que de chacune de ses parties.Et cela est beaucoup plus vrai dans le sujet dont nous parlons, car Jésus-Christ Notre Seigneur a voulu, parla solidité du fondement de son Eglise, obtenir ce résultat que les portes de l\u2019enfer ne puissent prévaloir contre elle.Or, tout le monde convient que cette promesse divine doit s\u2019entendre de l\u2019Eglise universelle et non de ses parties prises isolément, car celles-ci peuvent en réalité être vaincues par l\u2019effort des enfers, et il est arrivé à plusieurs d\u2019entre elles, prises séparément, d\u2019être en effet vaincues.De plus, celui qui a été mis à la tête du troupeau tout entier, doil avoir nécessairement l\u2019autorité non seulement sur les brebis dispersées, mais, sur tout l\u2019ensemble des brebis réunies.Est-ce que par hasard l\u2019ensemble des brebis gouverne et conduit le pasteur ?Les successeurs des Apôtres, réunis ensemble, seraient-ils le fondement sur lequel le successeur de Pierre devrait s\u2019appuyer pour trouver la solidité ?Celui qui possède les clés du royaume a évidemment droit et autorité non seulement sur les provinces isolées, mais sur toutes à la fois ; et de même que les évêques, chacun dans son territoire, commandent avec une véritable autorité non seulement à chaque particulier, mais à la communauté entière, de même les Pontifes romains, dont la juridiction embrasse toute la société chrétienne, ont toutes les parties de cette société, même réunies ensemble, soumises et obéissantes à leur pouvoir.Jésus-Christ Notre Seigneur, Nous l\u2019avons déjà assez dit, a donné à Pierre et à ses successeurs la charge d\u2019être ses vicaires, et d\u2019exercer perpétuellement dans l\u2019Eglise le même pouvoir qu\u2019il a exercé lui-même « durant sa vie mortelle.Or, dira-t-ori que le collège des Apôtres l\u2019emportait en autorité sur son Maître ?Cette puissance, dont nous parlons, sur le collège même des Evêques, puissance que les saintes Lettres énoncent si ouvertement, l\u2019Eglise n\u2019à jamais cessé de la reconnaître et de l\u2019attester, \u2014 318 \u2014 Voici sur ce point les déclarations des conciles : « Nous lisons que le Pontife romain a jugé les prélats de toutes les Eglises ; mais nous ne lisons point qu\u2019il ait été jugé par qui que ce soit (1).» Et la raison de ce fait est indiquée, c\u2019est qu\u2019«il n\u2019y a point d\u2019autorité supérieure à l\u2019autorité du Siège apostolique (2) ».C\u2019est pourquoi Gélase parle ainsi des décrets des conciles : « De même que ce que le premier Siège n\u2019a point approuvé n\u2019a pu rester en vigueur, ainsi au contraire ce qu\u2019il a confirmé par son jugement a été reçu par toute l\u2019Eglise (3)».En effet, ratifier ou infirmer les sentences et les décrets des conciles a toujours été le propre des Pontifes romains.Léon le Grand annula les actes du conciliabule d\u2019Ephèse ; Damase rejeta celui de Rimini ; Adrien 1er, celui de Constantinople ; et le vingt-huitième canon du concile de Chalcédoine, parce qu\u2019il est dépourvu de l\u2019approbation et de l\u2019autorité du siège apostolique, est resté, on le sait, sans vigueur efsans effet.C\u2019est donc avec raison que dans le cinquième concile de Latran, Léon X a porté ce décret ; « Il conste manifestement, non seulement des témoignages de l\u2019Ecriture sainte, des paroles des Pères et des autres Pontifes romains, et des décrets des saints canons, mais encore de l\u2019aveu formel des conciles eux-mêmes, que le seul Pontife romain, selon le temps où il est en charge, a plein droit et pouvoir, comme ayant autorité sur tous les conciles, pour convoquer, transférer et dissoudre les conciles (4).» Les saintes Lettres attestent bien que les clés du royaume des deux ont été confiées à Pierre seul, et aussi que le pouvoir de lier et de délier a été conféré aux apôtres conjointement avec Pierre : mais de qui les apôtres auraient-ils reçu le souverain pouvoir sans Pierre et contre Pierre ?Aucun témoignage ne nous le dit.Assurément ce n\u2019est point de Jésus-Christ qu\u2019il l\u2019ont reçu.1.\tRomanum pontifieem de omnium Eeclesiarum præsulibus judieasse legimus : de eo vero quemquam judicasse, non legimus (Hadrian.II, in Alloc.Ill ad Syn.Rom., an.869.\u2014 Cf.Actionem VII Cone.Constantinop.IV).2.\tNicolai Ep.LXXXVI ad Michael.Imp.: Patet profecto Sedis apostolicæ, cujus auctoritate major non est, judicium a nemine fore retractanduiry neque cuiquam de ejus liceat judicare judicio.3.\tSicut id quod prima Sedes non probaverat, constare non potuit, sic quod ilia censuit judicandum, Ecclesia tota suscepit (Ep.XXVI ad Ep.Eardaniæ, n.5).i.Sess.IV, cap.III, \u2014 319 \u2014 C\u2019est pourquoi le décret du concile du Vatican, qui a défini la nature et la portée de la primauté du Pontife romain, n\u2019a point introduit une opinion nouvelle, mais a affirmé l\u2019antique et constante foi de tous les siècles.Et il ne faut pas croire que la soumission des mômes sujets à deux autorités entraine la confusion de l\u2019administration.Un tel soupçon nous est interdit tout d\u2019abord par la sagesse de Dieu, qui a lui-même conçu et établi l\u2019organisation de ce gouvernement.De plus, il faut remarquer que ce qui troublerait l\u2019ordre et les relations mutuelles, ce serait la coexistence, dans une société, de deux autorités du même degré, dont aucune ne serait soumise à l\u2019autre.Mais l\u2019autorité du Pontife romain est souveraine, universelle, et pleinement indépendante : celle des évêques est limitée d\u2019une façon précise et n\u2019est pas pleinement indépendante.« L\u2019inconvénient serait que deux pasteurs fussent établis avec un degré égal d\u2019autorité sur le même troupeau.Mais que deux supérieurs, dont l\u2019un est au-dessus de l\u2019autre, soient établis sur les mêmes sujets, ce n\u2019est pas un inconvénient ; et c\u2019est de la sorte que le même peuple est gouverné immédiatement par le prêtre de la paroisse, par l\u2019évêque et parle Pape(l).» D\u2019ailleurs, les Pontifes romains, sachant leur devoir, veulent plus que personne la conservation de tout ce qui a été divinement institué dans l\u2019Eglise : c\u2019est pourquoi, de même qu\u2019ils défendent les droits de leur propre pouvoir avec le zèle et la vigilance nécessaire, ainsi ils ont mis et mettront constamment tous leurs soins à sauvegarder l\u2019autorité propre des évêques.Bien plus, tout ce qui est rendu aux évêques d\u2019honneur et d\u2019obéissance, ils le regarde comme leur étant rendu à eux-mêmes.« Mon honneur, c\u2019est l\u2019honneur de l\u2019Eglise universelle.Mon honneur, c\u2019est- la pleine vigueur de l\u2019autorité de mes frères.Je ne me sens vraiment honoré, que lorsqu\u2019on rend à chacun d\u2019eux l\u2019honneur qui lui est dû (2) ».1.\tInconveniens est, quod duo æqualiter super eumdem gregem constituantur.Sed quod duo, quorum unus alio prineipalior est, super eamdem plebem constituantur, non est inconveniens ; et secundum hoc super eamdem plebem immediate sunt et Sa-oerdos parochialis et Bpiscopus et Papa (S.Thomas, in IVsent., dist.XVII, a.4, ad q.4, ad 3).2.\tMeus honor est honor universalis Ecclesiæ.Meus honor est fratrum meorum ¦olidus vigor.Tunc ego vere honoratus sum, cum singulis quibusque honor debitus non negatur (S.Greg.M., Ep.lib.VIII, ep.XXX, ad Eulogium). 320 \u2014 Dans tout ce qui précède, Nous avons fidèlement tracé l\u2019image et exprimé les traits de l\u2019Eglise d\u2019après sa divine constitution.Nous avons insisté sur son unité ; Nous avons assez montré quelle en est la nature et par quel principe son divin auteur a voulu en assurer le maintien.Tous ceux qui, par un insigne bienfait de Dieu, ont le bonheur d\u2019être nés dans le sein de l\u2019Eglise catholique et d\u2019y vivre, entendront\u2014Nous n\u2019avons aucune raison d\u2019en douter\u2014Notre voix apostolique.« Mes brebis entendent ma voix (1) ».Ils auront trouvé dans cette lettre de quoi s\u2019instruire plus pleinement et s\u2019attacher avec un amour plus ardent, chacun à leurs propres pasteurs, et par eux au pasteur suprême, afin de pouvoir plus sûrement demeurer dans le bercail unique, et recueillir une plus grande abondance de fruits salutaires.Mais, en « fixant Nos regards sur fauteur et le consommateur de la foi, sur Jésus (2) », dont Nous tenons la place et dont Nous exerçons la puissance, tout faible que Nous sommes pour le poids de cette dignité et de cette charge, Nous sentons sa charité enflammer Notre âme, et ces paroles que Jésus-Christ disait de lui-même, Nous Nous les approprions, non sans raison : « J\u2019ai d\u2019autres brebis qui ne sont point de ce bercail ; il faut aussi que je les amène, et elles entendront ma voix (3) ».Qu\u2019ils ne refusent donc point de Nous écouter et de se montrer dociles à Notre amour paternel, tous ceux qui détestent l\u2019impiété aujourd\u2019hui si répandue, qui reconnaissent Jésus-Christ, qui le confessent Fils de Dieu et Sauveur du genre humain, mais qui pourtant vivent errants et éloignés de son épouse.Ceux qui prennent le Christ, il faut qu\u2019ils le prennent tout entier.« Le Christ tout entier, c\u2019est une tête et un corps : la tête, c\u2019est le Fils unique de Dieu ; le corps, c\u2019est son Eglise : c\u2019est l\u2019époux et l\u2019épouse, deux en une seule chair.Tous ceux qui ont à l\u2019égard de la tête un sentiment différent de celui des Ecritures saintes ont beau se trouver dans tous les lieux où est établie l\u2019Eglise, ils ne sont point dans l\u2019Eglise.Et de même, tous ceux qui pensent comme 1.\tOves meæ vocem meam audiunt (Joan., X, 27).2.\tIn auctorem fidei et consummatorem Jesum (Hebr., XII, 2).3.\tAlias oves habeo, quæ non sunt ex hoc ovili : et illas oportet me adducere, et Yocem meam audient (Joan., X, 16). \u2014 321 \u2014 l\u2019Ecriture sainte au sujet de la tête, mais qui ne vivent point en communion avec l\u2019unité de l\u2019Eglise, fils ne sont point dans l\u2019Eglise (1).» Et c\u2019est aussi avec une égale ardeur que Notre cœur s\u2019élance vers ceux que le souffle contagieux de l\u2019impiété n\u2019a point encore entièrement empoisonnés, et qui ont au moins le désir d\u2019avoir pour père le Dieu véritable, créateur de la terre et du ciel.Qu\u2019ils réfléchissent et qu\u2019ils comprennent bien qu\u2019ils ne peuvent en aucune façon être au nombre des enfants de Dieu, s\u2019ils n\u2019en viennent à reconnaître pour frère Jésus-Christ et pour mère l\u2019Eglise.C\u2019est donc à tous que Nous adressons, avec un grand amour, ces paroles que nous empruntons à saint Augustin : «Aimons le Seigneur notre Dieu, aimons son Eglise : lui comme un père, elle comme une mère.Que personne ne dise : Oui, je vais encore aux idoles : je consulte les possédés et les sorciers, mais cependant je ne quitte pas l\u2019Eglise de Dieu : je suis catholique.Vous restez attaché à la mère, mais vous offensez le père.Un autre dit pareillement : A Dieu ne plaise ; je ne consulte point les sorciers, je n\u2019interroge point les possédés, je ne pratique point de divinations sacrilèges, je ne vais- point adorer les démons, je ne sers point des dieux*de pierre, mais je suis du parti de Donat.Que vous sert de ne point offenser le père, qui vengera, lui, la mère que vous offensez?Que vous sert de confesser le Seigneur, d\u2019honorer Dieu, de le louer, de reconnaître son Fils, de proclamer qu\u2019il est assis à la droite du Père, si vous blasphémez son Eglise ?Si vous aviez un protecteur, auquel vous rendiez tous les jours vos devoirs, et si vous veniez à outrager son épouse par une accusation grave, oseriez-vous encore entrer dans la maison de cet homme?Tenez-vous donc, mes bien-aimés, tenez-vous tous unanimement attachés à Dieu votre père, et à votre mère l\u2019Eglise (2) » .1.\tTotus christus caput et corpus est ; caput Unigenitus Filius Dei, corpus ejus Ecclesia : sponsus et sponsa, duo in carne una.Quicumque de ipso capite a Scripturis sanctis dissentiunt, etiamsi in omnibus locis inveniantur in quibus Ecclesia designata est, non sunt in Ecclesia.Et rursus, quicumque de ipso capite Scripturis sanctis con-sentiunt, et unitati Ecclesiæ non communicant, non sunt in Ecclesia (S.August., Contra Donat, epistola, sive De Unit.Eccl., cap.IV, n.7).2.\tAmemus Dominum Deum nostrum, amemus Ecclesiam ejus : ilium sicut patrem, istam sicut matrem.Nemo dicat : ad idola quidem yado, arreptitios et sortilegos con- \u2014 322 \u2014 Nous confiant grandement dans la miséricorde de Dieu, qui peut loucher très puissamment les coeurs des hommes et forcer les volontés, môme rebelles, à venir à lui, Nous recommandons très instamment à sa bonté tous ceux qu\u2019a visés Notre perole.Et comme gage des dons célestes et en témoignage de Notre bienveillance, Nous vous accordons avec grand amour dans le Seigneur, à vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à votre peuple, la bénédiction apostolique.Donné à Rome, près Saint-Pierre, le vingt-neuvième jour de juin, l\u2019an 1896, de Notre Pontificat le dix-neuvième.LÉON XIII, Pape.% sulo, sed tamen Dei Ecclesiam non relinquo : eatholicus sum.Tenens matrem, offen-disti patrem.Alius item dicit : absit a me, non consulo sortilegum, non quæro arreptitium, non quæro divinationes sacrilegas, non eo ad adoranda dæmonia, non servio lapîdibus : sed tamen in parte Donati sum.Quid tibi prodest non offensus pater, qui offensam vindicat matrem ?Quid prodest si Dominum confiteris, Deum honoras, ipsum prædicas, Filium ejus agnoscis, sedentem ad Patris dexteram confiteris, et blasphémas Ecclesiam ejus ?.Si haberes aliquem patronum, cui quotidie obseque-reris ; si unum crimen de ejus conjuge diceres, numquid domum ejusintrares ?Tenete ergo, carissimi, tenete omnes unanimiter Deum patrem et matrem Ecclesiam (Enarr.in Psal.LXXXVIII, serm.II, n.14). \u2014 323 \u2014 (No 247) CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 22 octobre 1896.I.Encyclique sur le Saint Rosaire.II.Offices nouveaux.Monsieur le Curé, I Le retour du mois d\u2019octobre donne occasion chaque année à un redoublement de ferveur, de piété et de dévotion envers l\u2019auguste Mère de Dieu, la Reine bénie du Très Saint Rosaire ! C\u2019est avec une consolation profonde et avec les plus douces espérances que nous voyons, chaque soil*, la foule pieuse des fidèles envahir nos sanctuaires pour dire à la Très Sainte Vierge son amour, lui adresser ses prières, la conjurer d\u2019avoir pitié de l\u2019Eglise, de l\u2019assister de sa puissante protection au milieu des orages qu\u2019elle subit dans les jours troublés qu\u2019elle traverse ! Ce concert universel de prières nous pénètre de la confiance la plus ferme que le Seigneur se laissant toucher par les cris et les supplications de ses enfants et sur les instances de Notre Dame du Saint Rosaire, commandera de nouveau à la mer agitée de ce monde et calmera la fureur de ses flots menaçants.Notre Très Saint Père le Pape, Léon XIII, qui a adressé à l\u2019Univers catholique de si nombreuses et si touchantes lettres pour encourager la dévotion du Très Saint Rosaire et introduire dans le cœur des fidèles les sentiments de tendre piété et de confiance sans bornes qu\u2019il a toujours professés envers la Très Sainte Vierge Marie, n\u2019a pas voulu laisser passer ce nouveau (=~ 324 \u2014 mois d\u2019octobre sans permettre à son âme de faire entendre les accents de son brûlant amour envers Notre Dame du Saint Rosaire.Le 20 septembre dernier, comme pour se consoler des douleurs que ravive cette date néfaste de la perte de son pouvoir temporel, dans une encyclique pleine d\u2019onction, Sa Sainteté a rappelé en termes émus la puissance de la prière publique adresséeà l\u2019auguste Reine des Cieux; il nous engage à conjurer cette Mère de bonté d\u2019intercéder auprès de son Divin Fils, le médiateur par excellence entre le ciel et la terre, pour en obtenir les grâces qui doivent nous aider à parvenir au milieu des vicissitudes de la vie, jusqu\u2019à la véritable patrie, le ciel ! Je me fais un bonheur de vous transmettre cette encyclique du Saint Père, nouveau gage de sa piété filiale envers la Très Sainte Vierge.Que la réception de cette lettre pontificale soit pour vous l\u2019occasion d\u2019un redoublement de ferveur et profitez-en pour faire un appel chaleureux aux fidèles confiés à vos soins, et développer dans leurs coeurs cette dévotion pleine de confiance qui honore Marie et qui est un signe de prédestination suivant l\u2019expression de l\u2019un des plus pieux serviteurs de la Très Sainte Vierge, saint Bernard.Méditez avec eux les mystères du Rosaire, afin qu\u2019ils imitent les vertus qui y sont contenues et atteignent la béatitude promise aux dévots serviteurs de Marie.II Dans le nouveau < Propre des offices pour Bréviaire et Missel dans les trois provinces de Québec, Montréal et Ottawa, » approuvé par Sa Sainteté Léon XIII, le 28 avril 1890, les offices de saint Pierre Claver et de saint Léonard de Port Maurice se trouvent changés.\u2014 9 septembre.Saint Pierre Claver\u2014Messe propre : introït Saliavil Dcminus.\u2014oraison Deus qui abreplos.\u2014Pour le bréviaire il y a une addition à la fin de la sixième leçon.\u201427 novembre Saint Léonard de Port Maurice.Messe propre : introït Dominus implebit.\u2014oraison Deus qui in obstinatis.\u2014 Pour le bréviaire les leçons du deuxième nocturne sont entièrement revues et celles du troisième nocturne sont maintenant propres. \u2014 325 \u2014 Ces deux nouveaux offices se trouvent dans les missels et les bréviaires imprimés après l\u2019année 1884, ainsi que dans la dernière édition (1896) du graduel et du vespéral, à l\u2019usage de la province ecclésiastique de Québec.Ces nouveaux offices seront expédiés, dans les premiers jours de novembre, à ceux qui en auront fait la demande à Mgr Gagnon.Agréez, Monsieur le Curé, l\u2019expression demon entier dévouement.C.A.Marois, V.G., Adminisir ateur. et 327 \u2014 LETTRE ENCYCLIQUE DE NOTRE TRÈS SAINT PÈRE LÉON Xllf, PAPE PA Pi LA DIVINE PROVIDENCE, AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES, EVEQUES ET AUTRES ORDINAIRES, EN PAIX ET EN COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE.A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres Ordinaires, en paix et en communion avec le Siège Apostolique, LÉON XIII, PAPE.Salut et bénédiction apostolique.Souvent déjà, dans le cours de Notre Pontificat suprême, il Nous a été donné de témoigner publiquement Notre confiance et Noire piété envers la 'Près Bienheureuse Vierge, sentiments que Nous avons conçus dès Notre enlance, que, pendant toute Notre vie, Nous Nous sommes appliqué à entretenir et à développer dans Notre âme.Traversant des circonstances également funestes pour la religion chrétienne et périlleuses pour les peuples eux-mêmes, Nous avons reconnu combien il importait à Notre sollicitude de recommander très puissamment ce secours de paix et de salut que Dieu, dans sa très grande bienveillance, a donné au genre humain, en la personne de sou auguste Mère, et qui s\u2019est toujours manifesté d\u2019une façon évidente dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.Le zèle des nations catholiques a, de toutes parts, répondu à Nos exhortations et à Nos vœux ; la dévotion du Très Saint Rosaire s\u2019est surtout répandue, et une abondance de fruits excel- \u2014 §28 \u2014 lents n\u2019a pas manqué de se produire.Cependant, Nous rie pouvons Nous lasser de célébrer la divine Mère qui est vraiment très cligne de toutes louanges, de recommander aux fidèles le zèle et l\u2019amour envers cette Mère des hommes qui est pleine de miséricorde, pleine de grâces.Bien plus, notre âme, accablée de soucis apostoliques, à mesure qu\u2019elle sent davantage s\u2019approcher pour Nous le moment de quitter cette vie, regarde avec une plus joyeuse confiance vers Celle de qui, comme d\u2019une aurore bénie, est venu le jour du bonheur sans fin.Que si, Vénérables Frères, il Nous est doux de Nous souvenir que, par d\u2019autres Lettres publiées à intervalles réguliers, Nous avons loué le Rosaire, prière qui, sous tous les rapports, est agréable à Celle qu\u2019il s\u2019agit d\u2019honorer et très utile à ceux qui la récitent comme il faut, il Nous est doux aussi de pouvoir insister sur Nos instructions et les confirmer.Une excellente occasion se présente ainsi à Nous d\u2019exhorter paternellement les esprits et les cœurs à croître en piété et de ranimer en eux l\u2019espoir des immortelles récompenses.La prière dont Nous parlons a reçu spécialement le nom de Rosaire, comme si elle imitait le suave parfum des roses et la grâce de guirlandes fleuries.De même qu\u2019elle est très propre à honorer la Vierge qui, à juste titre, est saluée comme la Rose mystique du Paradis, et qui y est couronnée d'un étincelant diadème, comme étant la Reine de l\u2019univers, ainsi, grâce à son nom, elle semble présager la couronne de joies célestes que Marie offrira à ses serviteurs.C\u2019est ce qui apparaît clairement à celui qui considère l\u2019essence du Rosaire ; il n\u2019est rien en effet qui nous soit conseillé davantage par les préceptes et par les exemples de Notre Seigneur Jésus-Christ et des apôtres que d\u2019invoquer Dieu et de lui deman.der son secours.Dans la suite, les Pères et les docteurs nous avertirent de la nécessité de la prière, nécessité si grande que les hommes qui négligeraient ce devoir compteraient en vain sur le salut éternel.Mais si la prière, par sa nature même et suivant la promesse du Christ, est la voie qui conduit à l\u2019obtention des grâces, deux éléments surtout, personne ne l\u2019ignore, lui donnent une très grande efficacité : l\u2019assiduité et la réunion de plusieurs fidèles. \u2014 329 \u2014 La première est indiquée par l\u2019invitation pleine de bonté que nous adresse le Christ : « Demandez, cherchez, frappez » (Matth., VII, 7).Dieu est semblable à un père excellent qui veut certes satis-faiie les désirs de ses enfants, mais aussi qui aime à être invoqué longuement par eux, et comme importuné par leurs prières, de sorte qu\u2019il s\u2019attache leur âme par des liens plus étroits.Notre Seigneur a, plus d\u2019une fois aussi, parlé de la prière commune : « Si deux d\u2019entre vous s\u2019accordent sur la terre, quelque chose qu\u2019ils demandent, elle leur sera donnée par mon Père qui est dans les Cieux ; car, là où se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis au milieu d\u2019elles» [Matth., XVIII, 19-20).C\u2019est à ce sujet que Tertullien a dit avec force : « Nous nous réunissons pour entourer Dieu de nos prières, comme en nous tenant la main ; cette violence est agréable à Dieu.» De même, saint Thomas d\u2019Aquin a dit cette parole mémorable : « Il est impossible que les prières de beaucoup d\u2019hommes ne soient pas exaucées, si ces nombreuses prières en forment pour ainsi dire une seule.» Ces deux recommandations se trouvent parfaitement appliquées dans le Rosaire.Dans cette prière, en effet, pour ne pas Nous étendre davantage, nous redoublons nos supplications afin d\u2019implorer du Père céleste le règne de sa grâce et de sa gloire.Nouu invoquons assidûment la Vierge Mère pour que, par son intercession, elle veuille bien nous secourir, nous qui sommes exposés au péché, soit pendant toute notre vie, soit à la dernière heure qui est la porte de l\u2019éternité.Ce même Rosaire est tout à fait approprié à la prière commune, et ce n\u2019est pas sans raison qu\u2019on l\u2019a appelé le Psautier cle Marie.Et il faut garder religieusement ou faire renaître cette coutume qui était en vigueur chez nos ancêtres : dans les familles chrétiennes, à la ville comme aux champs, c\u2019était un usage sacré, à la chute du jour, après le dur labeur, de se réunir devant l\u2019image de la Vierge et d\u2019alterner les parties du Rosaire.Vivement touchée par cette piété fidèle et commune, Marie protégeait la famille ainsi qu\u2019une mère protège ses fils, lui accor- \u2014 330\u2014 dant les bienfaits d\u2019une paix domestique qui était comme le présage de la paix céleste.Considérant cette vertu de la prière commune, parmi les décisions qu\u2019à diverses époques Nous avons prises concernant le Rosaire, Nous avons édicté ceci : « Nous souhaitons qu\u2019il soit récité quotidiennement dans la cathédrale de chaque diocèse, et tous les jours de fêtes dans les paroisses » (Lettre apostolique Salulciris ille, datée du 24 décembre 1883).Que cette pratique soit observée avec constance et avec zèle.Nous voyons d\u2019ailleurs avec joie qu\u2019elle est suivie et qu\u2019elle se répand dans d\u2019autres manifestations solennelles de la piété publique, et dans les pèlerinages aux sanctuaires célèbres dont il est à souhaiter que le nombre aille croissant.Cette association de prières et de louanges à Marie a quelque chose de très doux et de salutaire pour les âmes.Nous-même, Nous l\u2019avons ressenti surtout\u2014et Notre reconnaissance Nous anime à le rappeler\u2014alors que, dans certaines circonstances solennelles de Notre Pontificat, Nous Nous trouvions dans la basilique vaticane entouré d\u2019un grand nombre d'hommes de toutes conditions qui, unissant leurs cœurs, leurs voix et leur confiance aux Nôtres suppliaient avec ardeur, par les mystères et par les oraisons du Rosaire, la très bienveillante protectrice de la religion catholique.Et, qui pourrait penser et dire que la vive confiance que Nous avons placée dans le secours de la Vierge était excessive ?Assurément le nom et le rôle de parfait Conciliateur ne conviennent à nul autre qu\u2019au Christ, car c\u2019est Lui seul qui, Dieu et homme en même temps, a rétabli le genre humain en grâce avec le Père suprême.«Il n\u2019y a qu'un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s\u2019est livré Lui-même pour la rédemption de tous » (I Tim., Il, 5, 6).Mais si, comme l\u2019enseigne le Docteur Angélique, « rien n\u2019empêche que quelques autres soient appelés secundum quid, médiateurs entre Dieu et les hommes, en tant qu\u2019ils collaborent à l\u2019union de l\u2019homme avec Dieu, dispositive et minislerialiter » (III, Q.XXVI, art.1), tels que les Anges et les Saints, les Prophètes et les Prêtres des deux testaments, la même gloire convient pleinement à la sainte Vierge.t \u2014 381 \u2014 Il est impossible de concevoir personne qui, pour concilier Dieu et les hommes, ait pu dans la suite ou puisse dans l\u2019avenir agir aussi efficacement que Marie.Aux hommes qui couraient à la perte éternelle, elle a amené un Sauveur lorsqu\u2019elle a reçu la nouvelle d\u2019un sacrement pacifique, apportée par l\u2019Ange sur la terre, y donnant un consentement admirable, au nom de tout le genre humain (S.Th, III, q.XXX, art.i).Elle est celle de qui est né Jésus, sa vraie Mère, et, pour ce motif, une cligne et très agréable Médiatrice auprès du Médiateur.Gomme ces mystères sont, dans le Rosaire, proposés successivement au souvenir et à la méditation des pieux fidèles, on voit par là meme le rôle de Marie dans l\u2019oeuvre de notre réconciliation et de notre salut.Nul ne peut se défendre d\u2019une très douce émotion, en considérant Marie soit lorsque dans la maison d\u2019Elizabeth elle apparaît comme l\u2019instrument des grâces divines, soit lorsqu\u2019elle présente son Fils aux bergers, aux rois, à Siméon.Mais, quels sentiments on éprouve en songeant que le sang du Christ répandu pour nous, et les membres sur lesquels II montre à son Père les blessures reçues comme prix de notre liberté, ne sont autre chose que le corps et le sang de la Vierge ?En effet, \u201cla chair de Jésus est la chair de Marie, et quoiqu\u2019elle ait été exaltée par la gloire de la résurrection, la nature de cette chair est restée cependant et demeure la môme qui a été prise à Marie \u201d (S.Aug.) Le Rosaire a encore un autre fruit remarquable, tout à fait en rapport avec les nécessités des temps.Ce fruit, Nous l\u2019avons rappelé ailleurs.Il consiste en ce que, lorsque la vertu de la foi divine se trouve exposée à tant d\u2019attaques et à tant de périls, le Rosaire fournit au chrétien de quoi la nourrir et de quoi la fortifier efficacement.Les divines Ecritures appellent le Christ \u201c auteur et consommateur de la foi \u201d (Hébr., XII, 2) : auteur de la foi, parce qu\u2019il a lui-même enseigné aux hommes un grand nombre de vérités qu\u2019ils devaient croire, surtout celles qui le concernent, lui en qui u habite toute la plénitude de la Divinité \u201d (Co/., II, 9), et parce que, par sa grâce et en quelque sorte par l\u2019onction de l\u2019Esprit Saint, il leur donne affectueusement les moyens de croire ;\u2014consommateur de cette môme foi, parce que p\u2019gst lui qui rend claires dans le ciel les choses que l\u2019homme ne \u2014 332 \u2014 perçoit dans sa vie mortelle qu\u2019à travers un voile, et y changera la foi présente en illumination glorieuse.Très certainement, dans l\u2019institution du Rosaire, l\u2019action do Christ se fait puissamment sentir.C\u2019est sa vie que nous considérons en méditant, sa vie privée dans les mystères joyeux, sa vie publique jusqu\u2019à la mort au milieu des plus grands travaux et des plus grandes douleurs, enfin sa vie glorieuse qui, après sa résurrection triomphante, se trouve transportée dans l\u2019éternité, où il siège à la droite du Père.Et puisque la foi, pour être pleine et digne, doit nécessairement se manifester, u car on croit dans son coeur poor la justice, mais on confesse la foi par la bouche pour son salut\u201d (Rom., X, 10), nous trouvons précisément dans le Rosaire un excellent moyen de la confesser.En effet, par les prières vocales qui en forment la trame, nous pouvons exprimer et confesser notre foi en Dieu, notre Père plein de providence, en la vie de l\u2019éternité future, en la rémission des péchés, et aussi notre foi en les mystères de la sainte Trinité, du Verbe fait homme, de la maternité divine, et en d\u2019autres mystères.Or, personne n\u2019ignore quel est le prix et le mérite de la foi.La foi n\u2019est autre que le germe choisi d\u2019où naissent actuellement les fleurs de toute vertu, par lesquelles nous nous rendons agréables à'Dieu, et d\u2019où naîtront plus tard les fruits qui doivent durer toujours.uTe connaître toi-même est en effet la consommation de la justice, et connaître ta justice et ta vertu est la racine de l\u2019immortalité \u201d (Sap., XV, 3 Il est bon, à ce propos, d\u2019ajouter ici quelque chose, en disant un mot des devoirs de vertu que la foi réclame nécessairement Parmi ces vertus se trouve la pénitence, qui comprend elle-même Y abstinence, vertu nécessaire et salutaire sous plus d\u2019un nom.Si l\u2019Eglise, sur ce chapitre, agit de jour en jour d\u2019une façon plus clémente avec ses enfants, que ceux-ci, en retour4 comprennent le devoir qu\u2019ils ont de compenser par d\u2019autres œuvres cette maternelle indulgence.Il Nous plaît de joindre ce motif à ceux qui Nous ont déjà porté à recommander le Rosaire, qui peut également produire de bons fruits de pénitence, surtout grâce à la méditation des souffrances du Christ et de sa Mère.Donc, dans les efforts que nous faisons pour arriver au souverain bien, avec quelle sage providence le Rosaire nous a été \u2014 333 \u2014 indiqué comme secours, secours Jsi apte à convenir à tous et si facile à utiliser qu\u2019il ne souffre la comparaison sous ce rapport avec aucun autre.Le premier venu, en effet, môme médiocrement instruit de la religion, peut s\u2019en servir aisément et avec profit, et le Rosaire ne prend pas assez de temps pour nuire aux ccupations de qui que ce soit.Les annales sacrées abondent en exemples opportuns et célèbres ; et l\u2019on sait assez que beaucoup de personnes, soit chargées de lourdes fonctions, soit absorbées par des occupations laborieuses, n\u2019ont jamais interrompu un seul jour cette habitude de piété.La dévotion au Rosaire s\u2019accorde suavement avec cette affection intime de religion que nous professons à l\u2019égard de la couronne sacrée, affection qui porte ceux qui l\u2019éprouvent à l\u2019aimer comme la compagne inséparable de leur vie et leur fidèle protectrice, à l\u2019embrasser dans leur suprême agonie, où elles la considèrent comme le doux présage de Y a incorruptible couronne de gloire\u201d.Ce présage est grandement appuyé par ie bienfait des indulgences sacrées, pourvu qu\u2019on soit disposé à les recevoir.De ces indulgences, la dévotion au Rosaire a été enrichie, d\u2019une façon croissante, par Nos prédécesseurs et par Nous-même.Ces indulgences, octroyées en quelque sorte par les mains mômes de la Vierge miséricordieuse, doivent profiter grandement aux mourants et aux défunts, de façon à les faire jouir plus tôt des consolations de la paix tant désirée et de la lumière éternelle.Ces raisons, Vénérables Frères, Nous engagent à ne pas cesser de louer et de recommander aux nations catholiques une forme si excellente de la piété, une dévotion si utile pour conduire l\u2019homme au port du salut.Mais Nous y sommes encore engagé par un autre motif très grave au sujet duquel, plusieurs fois déjà, dans Nos lettres et dans Nos allocutions, Nous avons ouvert Notre âme.Nos actions, en effet, s\u2019inspirent plus ardemment chaque jour du désir\u2014conçu dans le divin coeur de Jésus\u2014de favoriser le mouvement de réconciliation qui se dessine parmi les dissidents.Or, Nous comprenons que cette admirable unité ne peut être préparée et réalisée par aucun meilleur moyen que par la vertu des saintes prières.Nous avons présent à l\u2019esprit l\u2019exemple du Christ, qui, dans une prière adressée à son Père, lui demanda que ses disciples fussent « un » dans la foi et dans la charité.Que sa très Sainte Mère ait fait avec ferveur la même prière, nous en avons une illustre preuve dans l\u2019histoire apostolique \u2022 Cette histoire nous représente la première assemblée des apôtres, implorant et attendant, avec une grande espérance, l\u2019effusion promise de l\u2019Esprit-Saint, et en même temps Marie présente au milieu d'eux et priant spécialement.« Tous persévéraient ensemble dans la prière avec Marie, mère de Jésus » (Act., I, 14).C\u2019est pourquoi, de même que l\u2019Eglise à son berceau s\u2019est justement unie à Marie dans la prière, comme à la promotrice et à la gardienne excellente de l\u2019unité ; de même, dans notre temps, il est très opportun d\u2019agir ainsi dans tout l\u2019univers catholique, surtout durant le mois d\u2019octobre, que depuis longtemps, en raison des temps affligés que traverse l\u2019Eglise, Nous avons voulu dédier et consacrer à la divine Marie, invoquée par le rite solennel du Rosaire.Par conséquent, que la dévotion à cette prière redouble partout d\u2019ardeur, surtout en vue d\u2019obtenir la sainte unité.Rien ne peut être plus doux et plus agréable à Marie, qui, unie au plus haut point avec le Christ, désire et souhaite grandement que tous les hommes gratifiés du même et unique baptême du Christ soient aussi unis à Lui et entre eux par la même foi et une parfaite charité.Que les mystères augustes de cette foi, par le culte du Rosaire, pénètrent plus profondément dans les âmes, en vue de cette très heureuse conséquence « que nous imitions ce qu\u2019ils contiennent et que nous obtenions ce qu\u2019ils promettent ».En attendant, comme gage des bienfaits divins et comme témoignage de Notre affection, Nous vous accordons de bon coeur, à chacun de vous, à votre clergé et à votre peuple, la bénédiction apostolique.Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le vingtième jour de septembre de l\u2019année mil huit cent quatre-vingt-seize, de Notre Pontificat la dix-neuvième.LÉON xril, PAPE. \u2014 335 \u2014 (N» 248) LETTRE PASTORALE DES ARCHEVÊQUE ET ÉVÊQUES DE LA PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE DE QUÉBEC AU SUJET DU JOURNAL \u201c L\u2019ÉLECTEUR \u201d NOUS, paii la grace de Dieu et du Siège Apostolique, Archevêque et Evêquls de la Province Ecclésiastique de Québec, Au Clergé Séculur et Régulier et à tous les Fidèles de cette Province, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.Nos Très Chers Frères, r* Les évêques catholiques préposés par Jésus-Christ lui-même à la garde des saines doctrines et de la morale chrétienne, n\u2019ont pas seulement le droit, mais aussi le devoir de prémunir les fidèles contre loutc publication dangereuse et d\u2019interdire même la lecture des journaux qu\u2019ils jugent dommageables aux intérêts de la foi et de l\u2019Eglise.C\u2019est pouiquoi Nous venons aujourd\u2019hui dénoncer publiquement aux fidèles confiés à notre charge pastorale, le journal L'Électeur publié à Québec, dont les idées malsaines et les articles perfides, surtout depuis quelque temps, constituent un vrai péril religieux et social. 336 \u2014 Ce journal, en dale du 28 janvier dernier, contenait à l\u2019adresse d\u2019un membre de la hiérarchie catholique de cette Province, un article faux, scandaleux et subversif de l\u2019autorité ecclésiastique, que sou directeur fut plus tard obligé de désavouer.Deux semaines après, le dit journal, sous le couvert de l\u2019autorité d\u2019un prétendu théologien, émettait les mêmes principes d\u2019insubordination vis-à-vis des chefs de l\u2019Église et d\u2019insoumission à leurs enseignements, et allait jusqu\u2019à nier à l\u2019épiscopat canadien le droit d\u2019intervenir juridiquement dans laques-lion d\u2019une législation réparatrice alors soumise à la discussion des Chambres Fédérales.Ces doctrines de L'Électeur, à la demande même et avec l\u2019appro'bation formelle de l\u2019autorité diocésaine.furent censurées par un théologien de PUniversité-Laval ; ce qui n\u2019empêcha pas le susdit journal de continuer, par voie d\u2019injures, de persiflage et de raisonnements fallacieux, cette croisade entreprise contre la direction de l\u2019épiscopat dans la question des écoles catholiques du Manitoba.A cela vinrent s\u2019ajouter de nouvelles injures, des récriminations et des invectives contre quelques évêques qui, usant de leur droit, jugèrent à propos de commenter du haut de la chaire la dernière lettre collective publiée par l\u2019épiscopat à l\u2019occasion des élections fédérales.L\u2019autorité diocésaine dut de nouveau intervenir et protester publiquement contre cette conduite indigne du journal québecquois.Malgré ces censures réitérées, que d\u2019insinuations perfides, que de mensonges, que de dépêches à sensation, lancés dans le public pour tromper l\u2019opinion des lecteurs et neutraliser l\u2019effet des directions épiscopales.De plus, L'Électeur a reproduit avec complaisance, sans aucune rectification, les pages d\u2019un pamphlet où l\u2019on enseigne ouvertement 1° le droit d\u2019agression et de révolte à main armée des sujets contre le pouvoir légitimement constitué, mais qu\u2019ils jugent tyrannique dans son exercice, doctrine que l\u2019Eglise réprouve ; 2° qu\u2019un catholique peut et doit quelquefois en matière de législation politico-religieuse ne tenir aucun compte de la direction des évêques pour suivre plutôt l\u2019avis d\u2019un légiste et d\u2019un politicien de profession, doctrine manifestement contraire aux enseignements de Léon XIII. - 837 \u2014 Enfin, le 27 novembre, paraissait dans le même journal un article écrit après tant d\u2019antres pour masquer aux yeux du peuple, la violation des promesses faites à l\u2019électorat, article dans lequel, reproduisant des doctrines déjà condamnées par l\u2019Episcopat, particulièrement dans la dernière lettre collective, on nie à l\u2019autorité ecclésiastique 1° le droit de déterminer la nature, le mode et la suffisance de renseignement religieux qui doit être donné aux enfants catholiques; 2° le droit de rien exiger ni commander pour assurer l\u2019efficacité de cet enseignement ; 3° le droit d\u2019interdire aux enfants catholiques les écoles mixtes, athées ou protestantes, du moment que le pouvoir civil concède une demi-heure d\u2019enseignement religieux en dehors des heures de classe : toutes prétentions aussi contraires aux droits sacrés de l\u2019Eglise que préjudiciables aux intérêts des âmes.C\u2019en est assez, N -T.-G.F , et Nous jugeons, après mûr examen, que c\u2019est pour Nous un impérieux devoir de protéger, par un acte définitif, vos consciences de chrétiens et de catholiques contre les écrits d\u2019une feuille aussi dangereuse.C\u2019est pourquoi, le Saint Nom de Dieu invoqué, et usant des pouvoirs formellement reconnus à Notre autorité épiscopale par la dixième des règles de l\u2019Index publiées par ordre du Concile de Trente, Nous, Archevêque et Evêques de la Province ecclésiastique de Québec, interdisons formellement et sous peine de faute grave et de refus des sacrements de lire le journal L\u2019Electeur., de s\u2019y abonner, d\u2019y collaborer, de le vendre ou de l\u2019encourager d\u2019une manière quelconque.Nous faisons les mêmes défenses à tous les ecclésiastiques sans exception, même ceux ayant une permission de l\u2019Index, sous peine de suspense ipso facto.Et parce que, par cette condamnation, Nous désirons atteindre non pas seulement le titre de L\u2019Electeur, mais surtout les doctrines pernicieuses que ce journal répand dans l\u2019esprit de nos populations, Nous conjurons en même temps les fidèles de cesser de recevoir tout journal qui osera émettre les mêmes idées malsaines et manifester le même esprit d\u2019insoumission à l\u2019autorité religieuse.Vous avez soin d\u2019éloigner de vos foyers tout ce qui pourrait compromettre la santé de vos familles ; soyez plus vigilants encore lorsqu\u2019il s\u2019agit de vous protéger, vous et vos enfants, \u2014 338 contre la pire des maladies contagieuses, celle qui s'attaque à l\u2019âme pour en amoindrir et quelquefois même pour en éteindre totalement la foi.Sera la présente lettre pastorale lue au prône de toutes les églises paroissiales et chapelles où se fait l\u2019office public le premier dimanche après sa réception.Donné à Québec, sous nos signatures, le sceau de l\u2019archidio-cèse et le contre-seing du secrétaire de l\u2019Archevêché, ce 22« décembre 1896.i*l QDWS -j- L.-N., Arch, de Gyrène, Administrateur du diocèse de Québec.-f- L.-F., Ev des Trois-Rivières.-j- Elphège, Ev.de Nicolet.-f- André-Albert, Ev.de Rimouski.-j- M.-T., Ev.de Chicoutimi. \u2014 339 (N° 249) CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 12 janvier, 1897.I.\tErreur typographique à corriger.II.\tLe Saint-Siège valide l\u2019admission des membres de l\u2019Apostolat de la Prière.III.\tL\u2019Œuvre de la Sainte Enfance recommandée.IV.\tOraisons et prose dans la messe de Requiem.V.\tAumône du clergé et des communautés en faveur des Ecoles Catholiques du Manitoba.VI.\tMgr C.-O.Gagnon nommé Directeur diocésain des Prêtres-Adorateurs.VII.\tPromulgation delà condamnation de la brochure de L.-O.David.VIII.\tOde latine de S.S.Léon XIII à l\u2019occasion du 14e Centenaire du baptême de Clovis et de la nation franque.Bien Chers Collaborateurs, I Dans le cas de la conférence ecclésiastique du mois de mai 1897, il s\u2019est glissé une erreur typographique propre à rendre obscure la question qui doit être traitée.A la page 160, à la 2e question, 3e ligne, au lieu de « liber late ordinaria gaudeant » lisez : « potestale ordinaria gaudeant.» La pieuse association de l\u2019Apostolat de la Prière existe à peu près dans toutes les paroisses du diocèse et produit beaucoup de bien par la sanctification des actions de la journée que les associés offrent au Cœur Sacré de Jésus tous les matins.Quelques curés ont omis de livrer aux associés leur billet d\u2019admission, et ce défaut rend nulle l\u2019agrégation des membres.Pour obvier à cet inconvénient et donner à tous ceux qui se sont fait inscrire le droit de participer aux faveurs accordées aux membres de l\u2019Apostolat de la Prière, le Saint-Siège a accordé un Induit pour valider l\u2019admission des membres, jusqu\u2019à ce jour.A l\u2019avenir on devra observer scrupuleusement les conditions d\u2019une admission régulière, savoir : 1° se présenter à une personne autorisée à recevoir dans le dit Apostolat de la Prière ; 2° se faire inscrire dans le registre de l\u2019Apostolat ; 3° recevoir un billet d\u2019admission.Voici l\u2019induit dont il est question ci-dessus : Bme Pater, Pia fœderatio SSmi Cordis Jesu, cui nomen Apostolatus Ora-tionis, in plerisque Archidiœcesis Quebecensis parœciis existit ab anno 1803.A pastoribus uti medium efïicax adstruitur ad Christifidelium fidem augendam pietatemque fovendam.Ad validam in hac pia fcederatione admissionom tria a postulante requiruntur, nempe : 1° ut a persona talem facultatem habente admittatur; 2° ut nomen suum in codice inscribatur; 3° ut libellum admissionis ipsi tradatur.Jamvero quidam parochi hujus archidiœcesis libellum mem-bris Lradere omiserunt : unde invalida istorum admissio.Quia autem perdifficile esset hanc irregularitatem patefacere absque miratione et præjudicio, infrascriptus ad pedes Sanctita-tis Vestræ provolutus humillime supplicat pro sanatione iuvali-darum admissionum prædictarum.Pro R.-P.-D.Archiepo Cyreuen.Administratore absente, (sign.) C.-A.Marois, Vicarius Generalis. - 341 \u2014 Ex Audientia SSmi habita die 10 novembres 1896.SSmus Dnus Noster Leo Div.Prov.PP.XIJT, referente me infrascripto S.C.de Prop Fide Secrio, benigne adnuere digna-tus est pro gratia sanalionis, in omnibus juxta preces : Contra* riis quibuscumque non obstautibns.Datum Romæ ex Ædibus ejusdem S.Gongnis die et anno ut supra.(L.-f S.) (sign.) A.Archiep.Larissen.Seer.Ill Le Directeur de l\u2019Œuvre de la Sainte Enfance à Paris fait observer aux Evêques Missionnaires qui bénéficient des secours de cette association vraiement catholique, que ses recettes diminuent à raison de la persécution en France et des crises monétaires qui se font sentir plus ou moins un peu partout.Le diocèse de Québec a toujours fait généreusement sa part dans cette œuvre du rachat des enfants infidèles ; mais, en louant la charité de notre peuple, je vous prie de lui recommander de nouveau cette œuvre si éminemment chère au cœur de l\u2019Eglise et agréable à Dieu.IV Voici un décret assez clair par lui-même, je me contente de le reproduire.Deere tu m.Ut omne tollatur dubium super Orationibus et Sequentia dicen-dis is Missis Defunetorum, S.R.Congregatio déclarât : I.Unam tantum esse dicendam Orationem in Missis omnibus, quæ celebrantur in Commemoratione Omnium Fidelium Defunc-torum, die et pro die obitus seu depositionis, atque etiam in Missis cantatis, vel lectis permittente ri tu diebus III,VII,XXX, et die anniversaria, nec non quandocumque pro defunctis Missa solemniter celebratur, nempe sub ritu qui duplici respondeat, uti in officio quod recitatur post acceptum nuntium de alicujus obitu, et in Anniversariis late sumptis. \u2014 342a\u2014 il, In Missis quotidianis quibuscumque, sive lectis sive cum cantu, plures esse dicendas Orationes, quarum prima sit pro defuncto vel defunctis certo designatis, pro quibus Sacrificium offertur, ex iis quæ inscribuntur in Missali, seconda ad libitum, ultima pro omnibus defunctis.III.\tSi vero pro defunctis in genere Missa celebratur, Orationes esse dicendas, quæ pro Missis quotidianis in Missali prostant, eodemque ordine quo sunt inscriptæ.IV.\tQuod si in iisdem quotidianis Missis plures addere Orationes celebranti placuerit, uti rubricæ potestatem faciunt, id fieri posse tantum in Missis lectis, impari cum aliis præscriptis ser-vato numéro, et Orationi pro omnibus defunctis postremo loco assignato.V.\tQuod denique ad Sequentiam attinet, semper illam esse dicendam in quibusvis cantatis Missis, uti etiam iu lectis quæ diebus ut supra privilegiatis fiunt; in reliquis, vel recitari posse vel omitti ad libitum celebrantis juxta rubricas.Contrariis non obstantibus quibuscumque.Die 30junii 1896.G.Gard.Aloisi-Masella, S.-R.-G.Praef.(L.f S.) A.Tripepi, S.-R.-G.Secretarius.V Je viens aujourd\u2019hui faire appel à votre charité en faveur des malheureux catholiques du Manitoba.Aucun évêque ne veut ni ne peut approuver le soi-disant Règlement de la question scolaire Manitobaine, qui ne repose en définitive, que sur un abandon injustifiable des droits les mieux établis et les plus sacrés de la minorité catholique.Monseigneur l\u2019archevêque de St-Boniface a fait entendre de suite une protes- tation énergique contre ce Règlement ; il n\u2019a fait, en cela, qu\u2019accomplir son devoir de pasteur et suivre la direction du St-Siège.Il était tenu de défendre ses ouailles ; il a réclamé non pas des privilèges ou des faveurs mais des droits qui sont méconnus et foulés aux pieds.Ce n\u2019est pas le temps aujourd\u2019hui d\u2019examiner ce règlement dans ses divers articles; mais ce que j\u2019ai dit et écrit est déjà suffisant pour vous faire conclure que je le réprouve absolument.C\u2019est dans ce sens que vous devrez parler à vos gens, lorsqu\u2019ils viendront vous consulter.Dans son Encyclique à la nation française, Léon XIII disait : «Ecclesia vero, integritatis fidei custos et vindex, quæ, delata sibi a Deo Conditore suo auctoritate, debet ad sapientiam Chris-tianam universas vocare gentes, itemque sedulo videre quibus excolatur præceptis institutisque juventus quæ in ipsius potestate sit, semper scholas quas appellant mixtas vel neutras aperte damnavit, monitis etiam atque etiam patribusfamilias, ut in re tanti momenti animum attenderent ad cavendum.» La position très pénible qui est faite actuellement aux catholiques du Manitoba les met dans la nécessité d\u2019avoir des écoles à eux, des écoles où les parents puissent envoyer leurs enfants sans danger.Mais comment soutenir ces écoles à leurs frais, lorsqu\u2019ils sont déjà forcés de payer des taxes pour les écoles publiques que leurs enfants ne peuvent en conscience fréquenter ?La population catholique du Manitoba est pauvre ; le clergé ne peut guère offrir que son inaltérable dévouement à la jeunesse : quelques prêtres se sont mis à faire eux-mêmes la classe, d\u2019autres vont les imiter.Mais évidemment les ressources pécuniaires et le personnel seront insuffisants pour répondre aux besoins.C\u2019est pourquoi, à l\u2019exemple d\u2019autres évêques du Dominion, je demande\u2014en attendant que justice soit rendue ou qu\u2019on organise les secours d\u2019une manière régulière \u2014à chaque curé 5 piasties ; à chaque pauvre missionnaire, à chaque vicaire et professeur de collège, 2 piastres ;àchaque communauté religieuse, 10 piastres.Faisons aux autres ce que nous voudrions qu\u2019on nous fit à nous-mêmes.Ces braves gens sont nos frères par le sang et par la religion ; ils ont besoin de secours pour avoir des écoles catholiques ; aidons-leg pour l\u2019amour du bon Dieu, pour le salut dé 344 \u2014 leurs enfants : ce sacrifice attirera, sans aucun doute, sur les travaux de votre saint ministère les |plus précieuses bénédictions du ciel.Ces aumônes devront m\u2019être adressées à l\u2019archevêché, autant que possible avant le carême.V! L\u2019Association des Prêtres-Adorateurs ne peut manquer d'être chère au cœur d\u2019un Evêque.Dès 1891, alors que j\u2019étais évêque de Chicoutimi, je recommandais chaleureusement cette œuvre à mon clergé, persuadé qu\u2019il devait en résulter un grand bien pour la sanctification des âmes sacerdotales.« La dévotion au Très Saint Sacrement.« disais-je, est la première, la plus sublime et la plus fortifiante « de toutes les dévotions ; elle doit être le centre vers lequel « convergent toutes les autres.A nous donc de la faire passer, « pour ainsi dire, dans nos habitudes journalières, afin qu\u2019elle « soit une source féconde de grâces et de bénédictions.» En arrivant à Québec, en 1892, j\u2019ai trouvé cette association très florissante.Chaque fois que l\u2019occasion s\u2019en est présentée, surtout aux retraites annuelles du clergé, je me suis fait un devoir de recommander une œuvre aussi agréable à Notre Seigneur.Et je crois que de fait il y a tous les ans une recrue assez considérable.De sorte qu\u2019actuellement il y a dans le diocèse de Québec au delà de deux cents Prêtres-Adorateurs, c\u2019est-à-dire plus de la moitié du nombre total des prêtres séculiers.C\u2019est à l\u2019Association des Prêtres-Adorateurs que l\u2019on doit l\u2019exposition diurne et nocturne du Très Saint Sacrement qui se fait maintenant chaque année, le dernier jour de chacune des deux retraites.Au pied de Notre Seigneur les retraitants prennent de généreuses résolutions pour l\u2019avenir et s\u2019abreuvent à la source de toutes grâces.Quel grand bonheur c\u2019est pour moi alors, d\u2019assister à cette heure d\u2019adoration en commun, qu\u2019organisent les Prêtres-Adorateurs et à laquelle ils convoquent tous les prêtres en retraite ! Le spectacle est des plus impression nants et fait du bien à tous ceux qui en sont ténioins, Je suis donc heureux aujourd\u2019hui de pourvoir au bon fonctionnement de l\u2019Association des Prêtres-Adorateurs et d'en compléter l\u2019organisation, en lui donnant un directeur diocésain dans la personne de Mgr G-O.Gagnon, qui est un des premiers membres de l\u2019association dans le diocèse, et qui saura, j\u2019en suis sûr, y mettre beaucoup de zèle.Voici en quoi se résument les fonctions du directeur diocésain :\u2014il est le principal zélateur pour le recrutement de l\u2019œuvre parmi les prêtres du diocèse ;\u2014il perçoit les cotisations ou contributions de chaque associé, et les envoie de temps en temps au directeur central;\u2014il reçoit tous les trois mois du directeur central un compte rendu des adorations faites par les associés du diocèse, afin de pouvoir à l\u2019occasion avertir discrètement et charitablement ceux qui se montreraient infidèles ; \u2014enfin il fait connaître au directeur central les changements d\u2019adresse et les décès, ainsi que les nouvelles de l\u2019œuvre, les manifestations eucharistiques ou les exemples édifiants dont il aurait connaissance dans le diocèse.Puisse cette belle œuvre prospérer de plus en plus au milieu de nous et établir entre tous les prêtres du diocèse ce lien de charité dont parle l\u2019apôtre saint Paul, sollicili servare unilalem spirilus in vinculo pads ! VII C\u2019est un devoir pour moi de porter à la connaissance des fidèles les décrets des Congrégations de l\u2019Index et du Saint-Office, condamnant une brochure intitulée : « Le Clergé canadien, sa mission, son œuvre» par L-O.David.Ces deux Congrégations sont des tribunaux souverains de l\u2019Eglise, composés de Cardinaux et d\u2019hommes éminents choisis, nommés et présidés par le Souverain Pontife lui même pour juger officiellement et sans appel les écrits et les doctrines référés aux jugements du Saint-Siège.Leurs décisions ont la même autorité que celle du Chef même de l\u2019Eglise, bien qu\u2019elles ne soient pas des définitions dogmatiques, et elles obligent tous les catholiques à une entière soumission et à un souverain res- pect.Tenter de s\u2019y soustraire ou de les combattre serait se révolter contre l'autorité suprême de l\u2019Eglise.A l\u2019apparition de ce pamphlet, qui vient d\u2019être condamné, une juste indignation s\u2019empara de toutes lésâmes sincèrement catholiques.Sous le couvert du patriotisme et de la religion se trouvaient agglomérés des principes erronés, des appels aux préjugés et aux passions, des interprétations abusives de documents, des faits historiques travestis, des insinuations perfides, des irrévérences graves envers l\u2019autorité et la personne des évêques.La Providence a permis que justice exemplaire fût faite déjà de cette œuvre déplorable en tous points.Sans parler des journaux honnêtes et chrétiens qui l\u2019ont flétrie comme elle le méritait, personne n\u2019ignore avec quelle sûreté de doctrine, quelle vigueur de raisonnement et quel bon sens chrétien un écrivain s\u2019est chargé de réfuter tant d\u2019erreurs et d\u2019inexactitudes et de rétablir pour toujours les faits et la doctrine.Que Dieu récompense et bénisse le fidèle enfant de l\u2019Eglise qui a vengé avec tant de zèle et d\u2019amour l\u2019honneur de sa sainte mère ! Mais comme, dans le susdit pamphlet, la personne des évêques était mise en cause non moins que leur autorité, comme on en appelait contre eux surtout aux passions, comme l\u2019on insinuait même que l\u2019on ne trouverait un jugement parfaitement équitable qu\u2019anprès du Siège Apostolique, il a été jugé nécessaire, pour couper court à toute récrimination, de déférer l\u2019ouvrage et la doctrine de l\u2019école dont il s\u2019inspire à la Sacrée Congrégation de l\u2019Index et à celle du Saint-Office.Le jugement formulé dans le décret du Saint-Office, en date du 9 décembre 1896 et dans celui de l\u2019Index, en date du 18 décembre de la même année, est la réponse du Saint-Siège, de l\u2019autorité suprême sur cette question.A raison même des erreurs condamnées par le Saint-Office et du scandale donné aux fidèles par le mépris de la divine autorité des évêques, la Sacrée Congrégation de l\u2019Index, de l\u2019avis et avec la confirmation du Souverain Pontife, interdit à tous les fidèles de lire, prêter, acheter, vendre, garder en sa possession le pamphlet intitulé: « Le Clergé canadien, sa mission, sonceuvre^ par L.-O.David ;> 34t \u2014 En promulguant par la présente ce décret de l\u2019Index dans les .imites de notre juridiction, comme il l\u2019est, de fait dans tout le monde catholique, sachez que tout fidèle est tenu par le fait même, sous peine de désobéissance grave au Saint-Siège, de détruire aussitôt ce livre condamné ou le remettre aux mains de son confesseur qui le détruira immédiatement.Refuser de se soumettre constituerait une faute grave dont l\u2019absolution est réservée à l\u2019Ordinaire.Qu\u2019on n\u2019oublie pas que personne dans l\u2019Eglise n\u2019a mission ni autorité pour juger, condamner on approuver authentiquement des doctrines ou des écrits quelconques, que les évêques pour leurs diocèses et le Souverain Pontife (jugeant par lui-même ou par ses congrégations de l\u2019Index et du Saint-Office) pour toute l\u2019Eglise.C\u2019est un abus que de chercher à couvrir de l\u2019autorité de certains personnages des erreurs ou des écrits dangereux.C\u2019est par vos évêques et les prêtres qui leur sont unis que vous devez recevoir les enseignements et les directions du Saint-Siège.Que chacun ait assez de sens chrétien pour bannir de sa maison tout homme et tout écrit qui lui enseignerait au nom d\u2019un dignitaire quelconque, à ne pas respecter et à ne pas écouter les évêques que le Pape lui-même vous donne pour vous gouverner et auxquels il vous ordonne d\u2019obéir comme à Jésus-Christ.C\u2019est le cas pour tous de vous rappeler la parole de l\u2019Apôtre saint Paul : « Quand même un ange du ciel vous annoncerait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé qu\u2019il soit anathème.» Gal.I, 9.Les lois du gouvernement de l\u2019Eglise ne se changent pas comme les gouvernements parlementaires au gré des passions ou des caprices populaires ; et aujourd\u2019hui comme toujours pour être avec le Pape il ne faut point se mettre en opposition avec les évêques, tant qu\u2019ils sont en communion avec lui.En terminant, il nous fait plaisir de constater que monsieur L-O.David, en apprenant la condamnation portée contre son ouvrage par les Congrégations romaines, s'est empressé de se soumettre publiquement et sans réserve à cette décision.Cette conduite est celle d\u2019un chrétien qui croit à l\u2019autorité de l\u2019Eglise; elle lui fait honneur et nous l\u2019en félicitons bien cordialement. 348 DÉCRET ?(Traduction) La Sacrée Congrégation des Eminentissimes et Révérendissi-mes Cardinaux nommés et délégués par Notre Saint Père le Pape Léon XIÎI et le Saint-Siège pour examiner les ouvrages de doctrines malsaines, pour leur infliger la prohibition de l\u2019Index ou les permettre dans tout l\u2019univers catholique, dans une îéunion tenue au Palais Apostolique du Vatican le 18 décembre 1896, a condamné et condamne, a frappé et frappe d\u2019interdiction, ou, s\u2019il avait été déjà condamné et proscrit ailleurs, a ordonné et ordonne d\u2019inscrire à l\u2019Index des livres défendus l\u2019ouvrage suivant: « David, L.-O.; le Clergé Canadien, sa mission, son œuvre, Montréal, 1896 », ouvrage déjà condamné par un décret du Saint-Office le 9 décembre 1896.C\u2019est pourquoi, qu\u2019aucune personne d\u2019aucun rang ou condition n\u2019ose en quelque lieu et en quelque langue que ce soit, rééditer ou lire et conserver le susdit ouvrage condamné et défendu ; mais qu\u2019on sache que l\u2019on est tenu, sous les peines indiquées dans l\u2019Index des livres prohibés, de le remettre à l\u2019Ordinaire du lieu ou aux Inquisiteurs des doctrines hérétiques.Nous, soussigné, secrétaire de la Sacrée Congrégation de l\u2019Index, ayant fait part de cette condamnation à Notre Très Saint Père le Pape Léon XIII, Sa Sainteté a approuvé ce décret et en a ordonné la promulgation.En foi de Quoi, etc.Donné à Rome le 19 décembre 1896.André Card.Steinhuber, Préfet.Fr.Marcolinus Cicognani, O.P., Secrétaire N.B.\u2014Cet article VII devra être lu en chaire. \u2014 349 \u2014 VIII Vous lirez sans doute avec grand plaisir et légitime admiration la superbe ode latine que Sa Sainteté le Pape Léon XIII vient de composer à l'occasion du quatorzième centenaire du baptême de Clovis et de ses Francs.Non seulement la ville de Reims où l\u2019évêque saint Rémi baptisa le roi barbare et ses guerriers, mais la France entière a pris part aux imposantes, aux inoubliables solennités religieuses par lesquelles on a tenu à célébrer, en octobre dernier surtout, ce grand fait historique.Les pèlerins\u2014cardinaux, évêques, prêtres, laïques\u2014ont accouru de tous côtés auprès de la châsse de saint Rémi et du fameux baptistère qui fut le berceau de la France Chrétienne.Dans la première audience que le Saint Père a daigné m\u2019accorder, il me parla longuement dans les termes les plus affectueux de sa chère France et du Canada qu\u2019il appela le Fils de la Fille ainéc de l'Eglise.Le Saint Père, sachant que - j\u2019avais assisté aux fêtes de Reims, me demanda de lui en faire le récit qu\u2019il écouta avec beaucoup d\u2019attention.Il m\u2019apprit qu\u2019il avait écrit tout récemment une lettre adressée aux Cardinaux et aux évêques ^qui avaient pris part aux solennités du centenaire et me dit, avec un sourire de satisfaction : « Le bon Cardinal Langénieux (archevêque de Reims) m\u2019a demandé de vouloir bien composer une hymne ou ode en vers latins, destinée à commémorer dans les âges futurs la grande démonstration religieuse dont la France a voulu entourer l\u2019anniversaire quatorze fois séculaire de son baptême.Je n\u2019oublie pas que j\u2019ai 87 ans; cependant, peut-être, peut-être je ferai cette ode latine !» Ce peut-être est devenu une réalité et je suis bien certain de vous faire plaisir en vous communiquant cette magnifique poésie lyrique dans laquelle il chante les exploits religieux de la France, manifeste à ce noble pays ses craintes, ses espérances, les conditions de son bonheur futur et révèle en même temps jusque sous les glaces de sa grande vieillesse son admirable talent de littérateur et de poète. 350 \u2014 Vivat Christ us qui diligit Francos.OB MEMORIAM AVSP1CATISSIMI EVENTYS QVVM FRANCORVM NATIO PRÆEVNTE CLODOVEO REGE SE CHRISTO ADDIXIT ODE Gentium custos Deus est.Repente Sternit insignes humilesque promit : Exitu3 rerum tenet atque nutu Temperat aequo.Teutonum pressus Clodoveus armis, Ut suos vidit trepidos pericli, Fertur has voces itérasse, ad astra Lumina tendens : Dive, quem supplex mea sæpe coniux Nuncupat Iesum, mihi dexter adsis ; Si iuves promptus validusque, totum Me tibi dedam.Illico excussus pavor : acriores Excitât virtus animos ; resurgit Erancus in pugnam ; ruit, et cruentos Disiicit hostes.Victor i, voti Clodovee compos, Sub iugo Christi caput obligatum Pone ; te Remis manet infulata Pronte sacerdos. Ludor ?en signis positis ad aram Ipse rex sacris renovatu'f nndis, Et cohors omnis populusque dio Tingitur amne.* Roma ter felix, caput o renatæ Stirpis humanæ, tua pande régna : Namque victricgs tibi sponte lauros Erancia defert.Te colet matrem ; tua maior esse Gestiet natu : potiore vita Crescet, ac summo benefida Petro Clara feretur.Ut mibi longum libet intueri Agmen beroum ! Domitor fsrocis Eulget Astolfi, pius ille sacri Iuris amator, Remque Romanam populantis ultor Bis per abruptas metuendus alpes Irruit, summoque Petro yolentes Asserit urbes.Lætus admiror Solymis potitas Yindices sancti tumuli phalanges : Me Palæstinis renovata campis Prœlia tangnnt.0 novum robur Celebris puellæ Castra perrumpens inimica ! turpem Galliæ cladem repulit Ioanna Numine fréta. \u2014 352 \u2014 0 quot illustres animas nefanda Monstra Calvini domuere, gentem Labo tam dira prohibere fortes Sceptraque regni ! v»\t, Quo feror ?tempus redit auspicatum Prisca quo virtus animis ealescat.Ecoe, Remensis ciet atque adurget Corda triumphus.Gallicæ gentes, iubaris vetusti Ne quid obscuret radios, cavete ; Neve suffundat malesuadus error Mentibus umbras.Vos regat Christus, sibi quos revinxit : Obsequi sectis pudeat probrosis ; Occidat livor, sociasque in unum Cogite vires.Sæcla bis septem calor actuosæ Perstitit vitæ, renuens perire : Currite ad Veslam (1) : novus æstuabit Pectore fervor.Dissitis floret magis usque terris Gallicum nomen : populis vel ipsis Adsit eois, Fideique sanctæ Vota secundet.Nil Fide Christi prius : hac adempta Nil diu felix.Stetit unde priscæ Summa laus genti, manet inde iugis Gloria Gallos.LEO XIII Flumen alluens Remos, ubi rei Christianas apud Francos dedicata .n i t initia. 353 \u2014 ¥ Ne laissons jamais passer un jour sans prier pour l\u2019auguste chef de l\u2019Eglise qui porte un si vif intérêt à notre Canada : Do-minus conservet eum, et vivificet eum et beatum faciat eurn in terra et non tradat eum in animam inimicorum ejus ! Agréez, bien chers collaborateurs, l'assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.-j- Louis-Nazaire, Archevêque de Cyrène, Administrateur ¦¦I mmm \u2014 86fr\u2014 (N° ^50) CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 1er mars, 1897.L Recommandations du Bureau d\u2019Hygiène au sujet des maladies contagieuses.U., Itinéraire de la visite pastorale.III.Le Carême et la grippe.IV.Comptes-rendus des quêtes de 1896.; V.Vin de messes.VI.Départ pour l\u2019Europe.Bien chers Collaborateurs, I Le Bureau d\u2019Hygiène recommande avec raison qu\u2019on prenne tons les mpyens que suggère la prudence humaine pour éviter de propager lqs maladies contagieuses.Ainsi, quand une de ces maladies existe dans une famille, les membres de cette famille doivent s\u2019abstenir de prendre part aux réunions publiques, dans les églises, dans les écoles^ etc.Vous voudrez bien faire cette recommandation à votre peuple chaque fois que vous le jugerez opportun dans l\u2019intérêt de la santé publique.II Je vous envoie aujourd\u2019hui l\u2019Itinéraire de la visite pastorale.Disposez votre peuple à bien profiter des grandes grâces qui sont attachées à la visite de l\u2019Évêque^ ' \u2014 356 \u2014 Jusqu\u2019à présent cette tournée pastorale a eu le caractère édifiant et consolant d\u2019une retraite, d\u2019une mission; tout le monde tient alors à se confesser, à communier, à suivre les instructions et à gagner l\u2019indulgence plénière que le Souverain Pontife accorde en celle circonstance.Je désire beaucoup que vous vous efforciez de conserver à cette visite du premier Pasteur du diocèse, ce cachet de piété sincère et de religion profonde qui fait tant de bien à notre peuple et qui ravive dans les âmes les sentiments de foi, de respect pour l\u2019autorité religieuse et d\u2019attachement à la Sainte Église.Comme par le passé, si le[bon Dieu me donne assez de forces, à part les autres instructions, je ferai le catéchisme aux enfants et à toute la paroisse le second jour de la visite, donnant de petites récompenses à ceux qui sauront bien répondre aux questions qui leur seront posées.Je tiens à faire comprendre aux enfants et à tous les fidèles combien il est important de connaître parfaitement la religion dont le résumé se trouve dans le catéchisme.Je donnerai, également, comme ces années dernières, des conférences pédagogiques aux instituteurs et institutrices des paroisses que je visiterai.La formation de l'enfance à l\u2019instruction et aux vertus chrétiennes est d\u2019une si grande importance que je n\u2019hésite pas à m\u2019imposer ce surcroît de fatigues pour imprimer au corps enseignant une vigoureuse impulsion et une direction sage et éclairée.11 faut que la science, la piété, le dévouement et le savoir-faire des maîtres, inspirent une confiance légitime, bien méritée, aux parents qui leur confient leurs enfants.Nos adversaires des autres provinces sont portés à nous déni-greretà accuser notre peuple d\u2019ignorance et d\u2019inférioriflé au point de vue du développement intellectuel.Je serais heureux que chaque curé pût constater, par lui-même ou par son vicaire, le nombre d\u2019enfants qui, assistant aux catéchismes préparatoires à la première communion, ne savent ni lire ni écrire.On nous combat à coup de statistiques, souvent fausses, exagérées ; n\u2019est-il pas de bonne guerre de faire connaître au moins ce que nous sommes sous le rapport de ces connaissances élémentaires qui se donnent dans nos écoles ? \u2014 357 \u2014 III La grippe 'et autres maladies ont exercé leurs ravages dans certaines paroisses; quelques familles ont eu beaucoup à en souffrir.Gomme le carême approche et que les saintes lois de l\u2019Église concernant le jeûne et l\u2019abstinence ne peuvent pas dans bien des cas, être facilement observées, je recommande aux curés et aux confesseurs de se montrer indulgents envers ces individus et ces familles affligées et d\u2019exempter facilement des rigueurs du carême, ayant soin cependant de prescrire, en compensation, certains actes de piété ou de charité, certains devoirs de religion propres à maintenir chez les fidèles les sentiments absolument nécessaires de pénitence et de mortification chrétiennes.IV Les comptes-rendus des diverses quêtes faites dans le diocèse pour différentes bonnes oeuvres, me sont une preuve éclatante que la charité chrétienne, ici comme en France, est intarissable.Rendons-en grâce à Dieu ; c\u2019est ce qui sauvera notre pays.La charité n\u2019est pas ce qui appauvrit, un peuple ; elle lui attire, au contraire, les plus abondantes bénédictions de Dieu dans l\u2019ordre temporel comme dans l\u2019ordre spirituel.Les paroisses qui donnent le plus pour les œuvres de charité\u2014malgré la pauvreté du sol et le manque de ressources matérielles\u2014sont généralement celles qui réussissent le mieux et où les gens sont les plus heureux.Continuez à maintenir au milieu de vos ouailles ces belles traditions de charité qui sont le plus précieux héritage de nos ancêtres.V Il y a déjà assez longtemps que je m\u2019occupe de la question des vins dont on se sert dans notre pays pour le saint sacrifice de la Messe.J\u2019en suis venu à la conclusion que les vins fabriqués au Canada sont, après tout, ceux qui nous donnent le plus de garantie.Les vins importés, même avec les meilleures recommandations, ne nous mettront jamais à l\u2019abri de toute inquiétude. \u2014 358 \u2014 C\u2019est pour cela que j\u2019ai vu avec plaisir les Pères Trappistes d\u2019Oka, se mettre à fabriquer du vin de messe, et je n\u2019ai pas manqué de les encourager chaque fois que l\u2019occasion s\u2019en est présentée.A leur exemple Messieurs Toussaint & Cie ont établi à Québec une fabrique spéciale de vin de messe.Comme témoignage de ma satisfaction et pour assurer le succès d\u2019une entreprise si importante pour le clergé, j'ai chargé un de mes prêtres de surveiller la fabrication des vins liturgiques de cette maison : sur le rapport très favorable de cet ecclésiastique, je n\u2019hésite pas à les recommander de nouveau à Messieurs les curés du diocèse.Si nous arrivons à fabriquer au pays tout notre vin de messe, ce sera un grand soulagement pour tous les prêtres.VI Diverses affaires m\u2019appellent de nouveau en Europe.Je serai de retour pour la visite pastorale.Durant mon absence, Mgr Marois sera encore administrateur de l\u2019archidiocèse.Vous voudrez bien dire tous les jours à la Messe, lorsque les rubriques le permettent, l\u2019oraison pro quacumque necessitate.Agréez, bien chers Collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f L.-N.Arch, de Cyrène, Administrateur. (N» 251) LETTRE PASTORALE de monseigneur l\u2019archevêque de cyrène, administrateur de l\u2019archidiocèse de QUÉBEC, SUR LES DEVOIRS DES ÉLECTEURS PENDANT LES ÉLECTIONS.LüftlS-NAZAlRE BÉGIN, PAR LA GRACE DE DlEU ET DU Siège Apostolique, Archevêque de Cyrène, Administrateur DE L\u2019ARCHIDIOCÈSE DE QüÉBEC, Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés religieuses et à tous les Fidèles du dit Archicliocèse, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.Nos Très Chers Frères, La loi de votre pays qui est juste et sage et à laquelle vous devez obéir comme à Dieu vous donne le droit et vous impose le devoir de choisir vous-mêmes les hommes qui devront faire toutes les lois nécessaires au bon gouvernement de la société civile et administrer les affaires publiques.C\u2019est pourquoi vous êtes appelés à prendre part aux élections politiques et municipales au temps déterminé par les autorités civiles conformément aux lois.Nous voulons vous expliquer aujourd\u2019hui brièvement et clairement comment vous devez vous conduire dans ces circon- \u2014 360 \u2014 stances pour que votre conscience ne vous reproche rien devant Dieu.Ce que nous vous dirons s\u2019appliquera principalement aux élections politiques pour le Parlement et la Législature, mais aussi, proportion gardée, aux élections municipales et autres auxquelles vous serez appelés à prendre part.I Avant tout, Nos Très Chers Frères.Nous devons vous mettre en garde contre deux erreurs souverainement pernicieuses qui tendent à s\u2019accréditer parmi vous et qui vous conduiraient bientôt à l'apostasie de la foi et de la morale catholique.La première, c\u2019est que vous devez être chrétiens et catholiques dans votre vie privée, mais que vous n\u2019êtes pas tenus de l\u2019être dans votre vie publique, chaque fois que vous faites acte de vie politique et civile.La deuxième, qui n\u2019est que la conséquence de la première, c\u2019est que les crimes et les fautes défendus par la loi de Dieu, ne sont plus des fautes ni des crimes, lorsqu\u2019il s\u2019agit pour vous d\u2019exercer vos droits civils et politiques.La première de ces erreurs nous aurait bientôt conduits à l\u2019état de ces pays où dans les institutions et les lois on ne tient nul compte ni des principes de la foi chrétienne ni de la morale révélée de Dieu.La deuxième serait la justification de tous les parjures, de toutes les fourberies, de toutes les injustices et les violences qui ne sont pas moins contraires à l\u2019ordre et au bien de la société qu\u2019à la morale elle-même.Ceux qui vous les prêchent de parole et d\u2019exemple dans leurs discours et leurs journaux ne se rendent pas toujours compte des conséquences de leur doctrine ; ce sont le plus souvent des hommes aveuglés par leurs intérêts et leurs passions, qui oublient tout pour arriver à leur but, rarement désintéressé.C\u2019est le cas de dire, comme le Sauveur des Pharisiens : Cæci saut el duces cæcorum.Ce sont des aveugles ; ét non moins aveugles sont ceux qui les suivent ; car ils vont tous également à la perdition.Pourriez-vous être excusables, Nos Très Chers Frères, de vous laisser tromper par de si monstrueuses erreurs ?N\u2019avons-nous pas été constitués paiT\u2019Esprit-Saint vos Pasteurs et vos Docteurs pour vous enseigner au nom de Dieu et de son Église tout ce \u2014 361 \u2014 quo vous devez faire, comme tout ce que vous devez croire ?Comment vous mettriez-vous un jour à couvert de la justice de Dieu eu invoquant les enseignements de maîtres qu\u2019il n\u2019a point chargés de vous enseigner et d\u2019éclairer votre conscience ?Assurément, Nos Très Chers Frères, nous ne prétendons point que vos devoirs de vie publique, comme citoyen, ne diffèrent en rien de certains autres devoirs que vous devez remplir dans votre vie privée.Mais tous les actes de votre vie privée eux-mêmes sont loin de se ressembler : travailler, dormir, manger et prier sont des opérations bien différentes les unes des autres.Et cependant, au témoignage de l\u2019Apôtre, toutes importent à la gloire de Dieu et à votre sanctification et doivent procéder d\u2019un même principe surnaturel qui en fait des œuvres saintes et méritoires de la vie éternelle.Ainsi, les devoirs de votre vie publique sont bien différents de ceux de votre vie privée ; mais ils ne vous sont pas moins imposés par la même volonté de Dieu et ils ne doivent pas moins être accomplis eu vue de la vie éternelle.Non seulement la foi, mais le simple bon sens vous fait comprendre que, si vous devez faire chrétiennement les moindres actions et celles qui semblent les plus étrangères à la religion, vous devez aussi faire chrétiennement les actions les plus importantes de votre vie publique et civile.Il n\u2019y a pas en effet en chacun de vous deux hommes, l\u2019un qui est chrétien et l\u2019autre qui ne l\u2019est pas, l\u2019un qui est catholique et l\u2019autre qui ne l\u2019est pas; il n\u2019y a en chacun de vous qu\u2019un seul et même homme qui doit être chrétien et catholique dans toutes ses pensées, dans toutes ses paroles et toutes ses actions.Or, si partout où vous êtes, vous êtes catholiques, en tout ce que vous faites vous devez agir en catholiques.Ne serait-il pas souverainement déraisonnable de dire, par exemple, qu\u2019un marchand doit agir en chrétien et catholique quand il est à l\u2019Eglise et fait des actes de religion, mais qu\u2019il n\u2019est plus chrétien et catholique quand il fait des transactions commerciales et vaque à ses affaires et qu\u2019en sa qualité de marchand il ne relève que de sa propre volonté et n\u2019a plus à tenir compte d\u2019aucun principe de foi et de morale catholiques?Vous mêmes, que diriez vous d\u2019un père de famille qui ne veillerait pas sur sa maison et y laisserait entrer des scandales et \u2014 862 -y régner le désordre ?Qu\u2019il est mauvais chrétien et mauvais catholique.Vous le jugeriez comme le juge l\u2019Apôtre : « Si quelqu\u2019un n\u2019a pas soin des siens surtout de ceux qui vivent dans sa maison, il a renié sa foi et il est pire qu\u2019un infidèle.» (I Tim.5.8.).Et si cet homme prétendait pour s\u2019excuser, que ce n\u2019est pas comme chrétien et catholique qu\u2019il agit ainsi, mais comme père de famille, vous lui répondriez avec raison qu\u2019il n\u2019y a pas en lui deux hommes, l\u2019un qui est catholique et l\u2019autre qui est père de famille, mais un seul et même homme qui doit être père de famille chrétien et catholique.Ce que vous dites des marchands et des pères de famille, nous le disons des citoyens et des hommes politiques, quels que soient leur rang et leur position.Vous croirez donc, Nos Très Chers Frères, que tous vos actes de vie civile et politique doivent comme ceux de votre vie privée être inspirés et réglés par une conscience catholique.Et cette conscience catholique qui doit être la vôtre, vous savez qu\u2019elle se forme par l\u2019enseignement et l\u2019autorité de l\u2019Église.C\u2019est de l\u2019Église que, nous catholiques, nous devons apprendre et les vérités que nous devons croire et les devoirs que nous devons pratiquer.C\u2019est son enseignement qui est la règle suprême des mœurs comme il est la règle de notre foi.Si vous avez compris que vous devez rester chrétiens et catholiques dans votre vie publique comme dans votre vie privée, vous comprenez également que votre conscience y reste soumise à l\u2019autorité de l\u2019Église et à la loi de Dieu comme dans le reste de de votre vie.Assurément, Nos Très Chers Frères, personne n\u2019aura l\u2019audace d\u2019enseigner publiquement que la loi de Dieu n\u2019oblige plus en temps d\u2019élection ni les candidats ni les électeurs ; et que les hommes politiques peuvent facilement sVn dispenser.Il vaudrait mieux pour vous qu\u2019on l\u2019enseignât plutôt par la parole et moins par les actes.Il nous est plus facile de censurer la doctrine que la vie de ceux qui vous scandalisent et perdent les mœurs publiques.Le grand malheur, Nos Très Chers Frères, c\u2019est qu\u2019un grand nombre de ceux qui devraient vous donner l\u2019exemple se conduisent comme s\u2019il n\u2019y avait aucune morale en politique, \u2014 863 \u2014 Personne ne condamne les hommes politiques qui critiquent et combattent publiquement par des discours ou dans des journaux un ministère qu\u2019ils veulent renverser ou des hommes qu\u2019ils veulent tenir éloignés du pouvoir, pourvu que dans cette guerre de parti inévitable dans un pays soumis au régime parlementaire, ils ne se rendent coupables d\u2019aucune faute contre Dieu, contre le prochain et contre la société elle-même.Mais dans ces luttes politiques, comme dans les autres, les armes loyales et honnêtes seules sont permises : et c\u2019est le bien public que l\u2019on doit avoir en vue.Pas plus en temps d\u2019élection qu\u2019en autre temps, il n\u2019est permis à personne de se soustraire à la loi de Dieu et à sa sainte volonté.Pas plus en matière politique et civile qu\u2019en aucune autre, la constitulion qui vous ordonne de donner librement votre suffrage aux hommes de votre choix ne vous permet aucun moyen injuste ou déshonnête d\u2019assurer leur triomphe et celui de vos propres opinions.\u2014Quand elle le voudrait, elle ne le pourrait pas.Elle peut bien ajouter aux obligations que Dieu vous a imposées ou par la loi naturelle ou par ses commandements ou par la loi de l\u2019Eglise, mais elle ne saurait en aucun cas vous en affranchir.La loi civile ne vous excusera donc pas, au jugement de Dieu, des transgressions de la loi divine que vous aurez commises, elle vous accusera au contraire et rendra plus terrible votre condamnation ; car ces fautes commises dans votre vie publique entraînent toujours plus ou moins de scandale et ne nuisent pas seulement à quelques particuliers, mais à la société tout entière.i II Faut-il, Nos Très Chers Frères, vous mettre en garde contre les fautes où vous pouvez être entraînés plus facilement en temps d\u2019élection ?L\u2019une des plus graves assurément c\u2019est le parjure.Vous êtes coupables de ce crime énorme contre Dieu et la société, non seulement lorsque vous dites un mensonge et déguisez la vérité étant sous serment, mais chaque fois que vous êtes volontairement la cause d\u2019un parjure.* \u2014 864 \u2014 Prenez donc garde, en violant les lois justes faites pour assurer l\u2019honnêteté des élections, de vous mettre vous-mêmes ou de mettre les autres dans l\u2019occasion du parjure.Respectez la sainteté du serment en ne le demandant et ne l\u2019exigeant que lorsqu\u2019il est absolument nécessaire pour sauver des intérêts sérieux et protéger efficacement la justice: car si c\u2019est un crime honteux et abominable de commettre ou de causer un parjure, c'est aussi une faute contre Dieu et la société de discréditer le serment et de l\u2019amoindrir aux yeux des peuples en l\u2019exigeant sans discernement pour des raisons qui ne sont ni graves ni sérieuses, dans l\u2019unique but de vexer un adversaire et défaire naître contre quelqu\u2019un des soupçons que rien ne justifie.Rappelez-vous aussi que, si la justice 11e vous défend pas d\u2019apprécier et de condamner les actes publics des hommes politiques, elle ne vous permet cependant jamais de le faire injustement.S\u2019il est nécessaire au bien public que l\u2019on discute devant vous les avantages et les inconvénients de certaines mesures légales et administratives, afin que vous jugiez en connaissance de cause les hommes qui méritent votre confiance et votre suffrage, il ne l\u2019est jamais de faire des médisances, moins encore des calomnies, sur le compte des candidats et des hommes politiques.Or il y a médisance, et médisance grave, chaque fois que l\u2019on fait connaître d\u2019un homme politique des fautes ou défauts graves de la vie privée qui n\u2019ont rien à faire avec ses devoirs et ses fonctions civiles et politiques.Ces médisances en matière grave sont sûrement des péchés mortels pour ceux qui les mettent en circulation et ceux qui les colportenl.Plus graves encore et moins pardonnables sont les calomnies que par passion et par esprit de parti l\u2019on invente contre la vie privée ou la vie publique des candidats et autres hommes politiques.Or il y a calomnie chaque fois que l\u2019on attribue au prochain une faute qu\u2019il n\u2019a pas commise ou dont on ne peut pas faire la preuve; car tout homme a droit à sa réputation tant qu\u2019on ne peut pas prouver qu\u2019il est coupable.Jugez par là combien sont coupables devant Dieu et combien devraient être méprisables et flétris par tous les chrétiens et les citoyens justes et honnêtes ces écrivains et ces parleurs qui in- \u2014 365 ventent pour le besoin de leur cause des faits qui n\u2019ont jamais existé, qui prêtent gratuitement à leurs adversaires des intentions qu\u2019ils n'ont jamais eues, travestissent et dénaturent à dessein leurs actes publics, montrant partout des crimes et des scandales où souvent il peut n\u2019y avoir eu qu\u2019inhabileté et imprévoyance ou même honnêteté et prudence parfaite.Ces calomnies deviennent facilement des injustices très graves et, comme les autres injustices, elles doivent être réparées.Non seulement il faut s\u2019en accuser au tribunal de la pénitence, mais l\u2019accusation de ces fautes et le regret qu\u2019on en peut avoir, n\u2019en obtiendront jamais le pardon si l\u2019on ne répare, autant qu\u2019on le peut, tout le tort qu\u2019elles ont fait à la réputation et aux légitimes intérêts du prochain.Respectez la justice non seulement en évitant soigneusement tout ce qui porterait une injuste atteinte à la réputation du prochain, mais en vous conformant aux lois justes et sages faites pour assurer l\u2019honnêteté des élections C\u2019est manquer à la fois au prochain et à la société que de les enfreindre.Tous vos concitoyens qualifiés par la loi ont le droit de briguer vos suffrages pour les fonctions publiques, et c\u2019est une iniquité de les dépouiller d\u2019un droit qui leur est garanti par la constitution, ou d\u2019en empêcher l\u2019exercice par des moyens que la conscience défend et condamne justement comme contraires à l\u2019équité naturelle et au bien public.C\u2019est donc une iniquité de ; gagner une élection ou même un seul suffrage par un mensonge, par une fraude, par l\u2019intempérance, par des promesses injustes et illicites, par toute influence qui, au lieu d\u2019éclairer les électeurs, les passionne en les aveuglant à dessein pour les empêcher de juger avec justice et de suivre librement le jugement de leur conscience bien formée et bien éclairée.Les lois ne vous défendent pas\u2014et ne peuvent pas vous défendre\u2014d\u2019influencer le vote de vos concitoyens.Au contraire, c\u2019est pour vous un droit et parfois un devoir de vous servir de l\u2019influence que vous pouvez exercer sur eux, pour les aider et les diriger dans l\u2019accomplissement de leurs devoirs de citoyens ; c\u2019est un devoir de charité envers vos frères, c\u2019est un devoir de vrai patriotisme envers votre pays.Elles vous défendent seulement de les influencer par des moyens injustes et immoraux que condamne la justice naturelle et que réprouve la morale chrétienne.Travaillez au bien de votre pays, non en passionnant et préjugeant vos concitoyens, mais en formant en toute justice leur jugement et faisant ce qui est en vous pour éclairer leur conscience.III Il nous reste un point plus difficile et plus délicat à traiter.Nous vous parlerons avec la môme franchise et la môme clarté, parce que nous n\u2019avons en vue que les intérêts de Dieu et ceux de vos âmes, sûr que de votre côté vous écouterez nos conseils comme venant de Dieu môme : Tanquam Dco exhortante per nos.(II Cor.5.20.) Ce n\u2019est pas tout d\u2019éviter les parjures, les médisances, les injustices de toutes sortes, tout ce que réprouvent enfin la loi de Dieu et l\u2019honnêteté naturelle ; ce n\u2019est pas tout de ne pas faire le mal, il faut faire le bien.Or, pour faire le bien il faut agir non seulement avec des intentions pures et droites, mais avec prudence, sagesse et discernement.Quelles sont donc les règles que vous devez suivre pour agir sagement et chrétiennement dans l\u2019exercice de vos droits de citoyens, particulièrement en temps d\u2019élection ?Ces règles, Nos Très Chers Frères, elles peuvent se résumer dans ces paroles du Pasteur de vos âmes qu\u2019on vous a relues depuis vingt ans à la veille de toutes les élections.Nous vous les répétons aujourd\u2019hui.En même temps que la Constitution vous donne le droit et la liberté de choisir celui qui vous représentera en Parlement, Dieu vous fait une obligation de n\u2019user de cette liberté et de ce droit, que dans la vue du plus grand bien du pays ; car c\u2019est à ce plus grand bien que doit tendre toute politique et, par conséquent, toute élection. 367 Vous devez donc ne donner votre suffrage qu\u2019à des hommes que vous jugez capables de le procurer, et sincèrement disposés à le faire.Ce que vous devez avoir en vue dans les élections, c\u2019est le plus grand bien du pays.Or, Nos Très Chers Frères, le plus grand bien du pays, c\u2019est le règne de Dieu par la foi et les mœurs chrétiennes.La devise des peuples chrétiens, comme celle des individus, est dans cette parole du Sauveur : (Cherchez d\u2019abord le règne de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît» (Matt.6.33.) C\u2019est le premier mot de la sagesse chrétienne pour chacun de nous et c\u2019est aussi le premier mot de la sagesse politique.C\u2019est la justice qui fait les peuples grands et forts, c\u2019est l\u2019impiété qui les ruine et les perd.Le premier bien d\u2019un peuple, c\u2019est donc la foi chrétienne, base et fondement des mœurs publiques et privées : et c\u2019est ce bien que vous devez vouloir, désirer et assurer autant qu\u2019il est en vous aux générations futures, comme vos pères vous l\u2019ont assuré.C\u2019est vous dire, Nos Très Chers Frères, que vous seriez grandement coupables de donne]- vos suffrages dans les élections à des hommes qui sont hostiles ou indifférents aux idées chrétiennes et affectent de ne s\u2019occuper que des intérêts matériels, fussent-ils quelquefois en opposition avec les intérêts religieux et moraux de votre pays Pour apprécier l\u2019esprit religieux d\u2019un homme, vous avez une règle sûre qui ne peut vous tromper: comparez ses principes à ceux que vous donne la Sainte Église par l\u2019enseignement de ses pasteurs.Car il n\u2019y a de religion sincère et véritable que* dans la soumission parfaite d\u2019esprit, du cœur et de conduite à l\u2019autorité des Pasteurs légitimes institués de Dieu pour veiller sur les vrais intérêts de la religion.Après la foi et les mœurs chrétiennes, le premier bidn d\u2019un pays, c\u2019est la paix dans l\u2019ordre.Deux choses surtout favorisent et garantissent la paix et l\u2019ordre dans la société civile; la stabilité des institutions et des lois, et le respect de la justice.Sans doute les lois et les institutions humaines sont essentiellement variables parce qu\u2019elles sont imparfaites, et peuvent être modifiées avec le temps et les circonstances.Mais d\u2019autre part rien n\u2019est plus contraire au bon ordre et à la paix de la société que l\u2019instabilité des institutions et des lois qui la régissent, C\u2019est vous dire, Nos Très Chers Frères, que dans les circonstances ordinaires, si vous voulez le bien de votre pays, vous donnerez vos suffrages à des hommes sages et prudents qui gouverneront en s'inspirant des traditions et de l\u2019expérience acquise, plutôt qu\u2019à des esprits téméraires et aventureux qui croient et disent volontiers qu\u2019il faut toujours tout bouleverser et tout changer pour améliorer.Il importe donc à l\u2019ordre et à la paix publique que vous donniez vos suffrages à des hommes qui ont l\u2019amour, le respect et l\u2019expérience des institutions du pays et qui s\u2019appliqueront à les rendre plus parfaites plutôt qu\u2019à les changer et à les détruire.Il n\u2019importe pas moins que vous choisissiez pour gouverner votre pays des hommes dont le désintéressement et le dévouement vous soient connus, ainsi que leur inaltérable amour du droit et leur profond respect pour la justice.Car l\u2019ordre n\u2019existe dans une société, et avec l\u2019ordre la paix et l\u2019union de tous les citoyens, que par le respect et la protection des droits de tous.Celui-là n\u2019est pas digne de prendre part au gouverne ment de son pays qui ne saurait pas mettre l\u2019intérêt public avant son intérêt particulier ou qui sacrifierait volontiers les droits de ses concitoyens, sous le faux prétexte de sagesse politique.La seule sagesse politique qui puisse faire le bonheur d\u2019un peuple, c\u2019est celle qui protège tous les droits autant qu\u2019ils peuvent être protégés et qui réprime toutes les injustices autant qu\u2019elles peuveut être réprimées.Enfin, Nos Très Chers Frères, le dernier bien et encore très important, d\u2019un pays, c\u2019est la prospérité temporelle.C'est la fin propre de la société civile.Trois qualités sont nécessaires à vos représentants pour travailler efficacement au bien temporel de votre pays: l\u2019honnêteté, l\u2019intelligence et l'expérience des affaires.Ue ces trois qualités la plus importante et la plus nécessaire, c\u2019est l\u2019honnêteté si elle est accompagnée d\u2019un jugement ferme et sain.Car sans l\u2019honnêteté, l\u2019intelligence et l\u2019expérience ne serviront qu\u2019à vous mieux trahir et à mieux dissimuler la trahison de vos véritables intérêts.Mais dans bien des circonstances, si l\u2019honnêteté suffit pour ne pas trahir vos véritables intérêts, elle ne suffit pas pour les protéger et les servir efficacement.C\u2019est pourquoi vbus ferez sagement de choisir parmi les plus droits et les plus honnêtes ceux qui ont le plus d\u2019expérience et d\u2019intelligence.Mais quels moyens pratiques prendrez-vous pour ne point faire erreur dans votre choix?Vous chercherez à connaître les hommes qui briguent vos suffrages.«Vous seriez bien imprudents (en effet,) si vous donniez votre voix au premier venu qui se présente avec de belles paroles et de grandes promesses, sans vous mettre en peine de sa capacité et surtout de ses principes.Examinez avec soin jusqu\u2019à quel point vous pouvez compter sur chaque candidat pour la protection de vos intérêts religieux, aussi bien que de vos intérêts temporels».(Mandement, de Mgr Taschereau, 25 mai 1876).Examinez donc vous-mêmes, pour connaître la personne, la conduite, les principes d\u2019un candidat.Ecoutez ses discours et pesez ses raisons en les soumettant au besoin à l\u2019appréciation d\u2019hommes instruits qui sachent les approuver ou y répondre.Voyez quels hommes le recommandent à votre confiance, quels sont ses amis et quels sont ses adversaires.Et dans le cas où il appartiendrait à un parti politique déterminé, tâchez de comprendre les principes et le programme de ce parti et en quoi ils vous semblent avantageux ou contraires au bien moral et temporel du pays.Écoutez avec attention et sans parti pris les discussions des questions politiques sur lesquelles vous aurez à former votre jugement.Ne donnez pas une confiance aveugle à un journal de parti qui souvent dénature les faits et ne cherche qu\u2019à vous illusionner sur les chefs qu\u2019il sert et à vous prévenir contre ceux qu\u2019il combat.C\u2019est souvent en comparant les jugements et affirmations contradictoires que vous trouverez la vérité.Enfin, Nos Très Chers Frères, pour agir prudemment vous devez dans ces circonstances vous renseigner auprès de plus sage que vous.S\u2019il y a dans votre paroisse un homme sage, instruit, consciencieux que vous aimeriez à consulter dans toute affaire qui intéresserait gravement l\u2019honneur et l\u2019avenir de votre famille, si surtout cet homme est religieux et craignant Dieu et ne vous semble point passionné ni engagé dans des intrigues de \u2014 870 \u2014 partis politiques, c\u2019est auprès de lui que vous trouverez les explications ou renseignements dont vous avez besoin pour former votre jugement.Rien n\u2019empêche que, si vous ne pouvez autrement former sérieusement votre conscience, vous exposiez vos doutes et demandiez un conseil à celui qui, devant répondre de votre âme au tribunal de Dieu, doit plus que personne vous aider à remplir parfaitement tous vos devoirs de citoyens et de chrétiens.Vous méditerez devant Dieu, Nos Très Chers Frères, ces graves enseignements.Vous lui demanderez la grâce de les bien comprendre et de les bien mettre en pratique, sûrs qu\u2019ils vous apprendront à être de bons citoyens en restant de vrais chrétiens.Sera la présente lettre pastorale lue et publiée, le premier dimanche après sa réception, au prône de toutes les églises et chapelles où se fait l\u2019office public, et en chapitre dans les communautés religieuses.Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de l\u2019archidiocèse et le contreseing de notre secrétaire, le premier mars, mil huit cent quatre-vingt-dix-sept.-j- L.-N., Arch, de Cyrène, Administrateur.Par Mandement de Mer l\u2019Administrateur.B.Ph.Garneau, Ptre, Secrétaire.wtm*.s t, N.B.\u2014Ce mandement remplacera celui du 25 mai 1876 dont on suspendra la lecture jusqu\u2019à nouvel ordre. \u2014 371 \u2014 (N°252) CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 21 mai 1897.I.\tRetraites pastorales et examens des jeunes prêtres.II.\tNoces de diamant du règne de S.M.la reine Victoria.III.\tHygiène.Bien Chers Collaborateurs, I Les deux prochaines retraites pastorales se feront, comme de coutume, au Séminaire.La première, destinée surtout à MM.les Curés, commencera le soir du 10 août pour se terminer le 17 au matin ; la seconde aura lieu du 24 au 31 du même mois.Tous les prêtres de l\u2019Archidiocèse devront prendre part à l\u2019une ou à l\u2019autre de ces retraites, à moins de raisons graves approuvées par l\u2019Ordinaire.Afin que le ministère paroissial essentiel ne soit pas en souffrance durant ces pieux exercices, les prêtres devront alterner comme gardiens des paroisses, selon l\u2019ordre déterminé sur la liste spéciale que je vous ai déjà transmise.Je vous invite à vous disposer à la retraite par une vie de recueillement et de prière fervente.Plus votre préparation sera excellente, plus les fruits que vous en retirerez seront abondants et précieux, pour vous d\u2019abord, et ensuite pour les âmes dont vous portez la responsabilité devant Dieu. Les examens auxquels sont tenus les jeunes prêtres auront lieu au Grand Séminaire le 24 août, à 9 heures du matin.Il y a obligation stricte de les subir.Prière de relire l\u2019article de la « Discipline » sur ce sujet.II Sa Majesté, la reine Victoria, notre gracieuse souveraine, célébrera bientôt le soixantième anniversaire de son accession au trône d\u2019Angleterre.Ce règne est l\u2019un des plus longs et des plus glorieux dont les annales de l\u2019histoire fassent mention-C\u2019est une grande grâce de Dieu que nous ayons pu jouir si longtemps des bienfaits inappréciables de la paix, de la justice et de la liberté ; aussi tous les catholiques de ce pays seront-ils heureux d\u2019en témoigner à Dieu leur profonde et sincère gratitude.Les évêques ont cru devoir se faire les interprètes des sentiments de loyauté et de respect de tons les catholiques de notre Province en présentant à Sa Majesté une adresse qui, en même temps qu\u2019elle retrace ses grandes vertus, fait ressortir les gloires et les bénédictions que ce long règne a procurées à tout l\u2019Empire Britannique et en particulier à notre Canada.Afin de remercier, comme il convient, le Dieu Tout-Puissant des faveurs qu\u2019il a répandues sur nous durant ces soixante dernières années, un Tc-Deum solennel sera chanté le 20 juin, dans toutes les églises de l\u2019Archidiocèse après la grand\u2019messe, et dans la basilique de Québec après l\u2019office des vêpres du même jour.III Dans son dernier rapport annuel, le Conseil d\u2019Hygiène de cette Province signale la persistance et la propagation, à l\u2019état épidémique, de certaines maladies contagieuses graves dans un bon nombre de paroisses où l\u2019on ne paraît pas s\u2019en alarmer suffisamment.Si l\u2019on recherche la cause de ce mal, on la trouve souvent dans la négligence des particuliers et des autorités municipales à prendre les précautions qui ont déjà été prescrites pour les cas de diphtérie, de fièvre typhoïde, de scarlatine, de rougeole et de variole. \u2014 373 \u2014 Fai Les comprendre à vos paroissiens qu\u2019ils devraient tout d\u2019abord, comme le médecin, faire la déclaration à un bureau de santé local de chaque cas de ces maladies graves.Il est vrai que cette démarche entraîne comme conséquence ordinaire l\u2019isolement du malade ou même de la famille à domicile; mais ne doit-elle pas être considérée comme nécessaire dans l\u2019intérêt du public ?Puis la présence d\u2019un médecin et le secours des autorités sanitaires dès le début de ces redoutables maladies n\u2019offrent-elles pas toutes les chances d\u2019une guérison plus sûre et plus prompte pour le malade lui-même et une plus grande sauvegarde pour les autres membres de la famille ?Il est défendu aux familles affectées de l\u2019une de ces maladies, de laisser ceux de leurs enfants qui n\u2019en sont pas encore atteints, fréquenter les écoles jusqu\u2019à ce qu\u2019on ait pratiqué la désinfection à domicile et fait disparaître tout danger.Si j\u2019insiste sur ce sujet, c\u2019est parce que, l\u2019année dernière, plusieurs paroisses ont eu énormément à souffrir des ravages de ces maladies et parce que le plus souvent on a mis de côté les règles les plus élémentaires de la prudence et de l\u2019hygiène.Agréez, bien chers collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f Louis-Nazaire, Archevêque de Gyrène, Administrateur. \u2014 375 \u2014 (Nü 253) CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 30 août 1897.I.\tEncyclique Divinvm illud munus de Léon XIII sur la Dévotion au Saint-Esprit.II.\tEncyclique Militantis Ecclesix de Léon XIII à l\u2019occasion du troisième cente- naire de la mort du Bienheureux Pierre Canisius.III.\tMatière d\u2019examens et de sermons des jeunes prêtres pour 1898.IV.\tDécisions du Saint Siège sur la célébration des messes de requiem.Bien chers Collaborateurs, I Les travaux de la visite pastorale et des deux retraites du clergé diocésain m\u2019ont empêché jusqu\u2019à présent de vous faire parvenir l\u2019Encyclique « Divinum illucl munus » de Notre Saint Père le Pape Léon XIII sur le Saint-Esprit.Les œuvres que notre grand Pontife a entreprises durant son règne de près de vingt ans ont eu, avant tout, le double but de restaurer la vie chrétienne dans la société civile et domestique, tant chez les princes que chez les peuples, et de ne former qu\u2019un seul bercail sous un seul pasteur, en ramenant dans le giron de l\u2019Eglise ceux que l\u2019hérésie et le schisme en ont séparés. Arrivé au terme de sa carrière, le Vicaire de Jésus-Christ « éprouve plus®vivement que jamais le besoin de recommander a l\u2019Esprit-Saint l\u2019œuvre de son apostolat, afin qu\u2019il la rende féconde et en fasse mûrir les fruits.» Après avoir exposé la doctrine chrétienne de la Sainte Trinité, il fait connaître la vertu du Saint-Esprit dans l\u2019Incarnation du Verbe, dans l\u2019Eglise et dans les âmes.Il recommande aux prédicateurs de rappeler aux peuples « les nombreux et grands bienfaits qui, de cette source divine, ont découlé et découlent encore sans cesse sur nous, afin que l\u2019erreur et l\u2019ignorance relatives à de telles grâces et indignes des « fils de lumière, » soient entièrement dissipées ; » il veut que nous demandions assidûment et avec confiance à l\u2019Espnt-Saint de nous éclairer de plus en plus vivement de sa lumière et de nous embraser, pour ainsi dire, des feux de son amour, afin qu\u2019appuyés sur la foi et sur la charité, nous marchions avec ardeur vers les récompenses éternelles.Les pasteurs des-âmes ne devront pas manquer de faire deux ou trois instructions sur ce sujet que le Pape traite avec tant d\u2019ampleur et de majesté dans son admirable Encyclique.Le Saint Père ordonne de faire désormais chaque année une neuvaine préparatoire à la fête de la Pentecôte, neuvaine à laquelle il a attaché de précieuses indulgences applicables aux âmes du purgatoire.En conséquence, vous aurez le soin d\u2019insérer immédiatement dans votre Appendice au Rituel l\u2019annonce suivante qui devra être lue le jour de l\u2019Ascension au prône des églises paroissiales et des autres églises où se fait l\u2019office public.Annonce de la Neuvaine préparatoire à la Fêle de la Pentecôte à placer dans C appendice du Rituel, et à lire le jour de T Ascension, chaque année.Pour nous conformer à la direction qui nous est donnée par Sa Sainteté Léon XIII dans son Encyclique «Divinum illud mu-nus i, nous commencerons, demain, en cette église, une neuvaine préparatoire à la Pentecôte et qui se terminera la veille de cette grande fête.Notre Très Saint Père le Pape, pour encourager les fidèles à faire avec ferveur et piété les exercices de \u2014 377 \u2014 cette neuvaine a ouvert, en leur faveur, les trésors de l\u2019Eglise et a accordé les précieuses indulgences suivantes, applicables aux âmes du purgatoire, (a) à ceux qui feront les prières publiques de la Neuvaine ou qui ne pouvant les faire, y suppléeront au moins en leur particulier ; (b) à ceux qui, en public ou en particulier, réciteront chaque jour, suivant leur piété, des prières au Saint-Esprit, à partir du jour de la Pentecôte à la fête de la Très Sainte Trinité.Ces indulgences sont : 1° Une indulgence de sept ans et de sept quarantaines pour chaque jour de la neuvaine qui précède la Pentecôte ; 2« Une indulgence plenière pour (a) l\u2019un des jours de la neuvaine* (b) la fête même de la Pentecôte, (c) ou l\u2019un des jours de l\u2019octave.Les exercices publics de la neuvaine préparatoire à la Pentecôte auront lieu tous les jours, à la suite de la messe, le matin, et le soir à l\u2019heure choisie par chaque curé pour la plus grande facilité des paroissiens à y assister.En conséquence, Nous déterminons que cet office du soir aura lieu à hrs.Nous vous exhortons, N.T.G.F., à faire tout en votre possible pour bien profiter de ces saints exercices destinés à vous faire mieux connaître, aimer et prier l\u2019Esprit-Saint, et à vous faire profiter des avantages spirituels attachés à cette neuvaine.Efforçons-nous de réaliser les aspirations du Chef de l\u2019Eglise en priant avec ferveur le Saint-Esprit de nous combler de ses dons ; supplions-le d\u2019être la lumière de nos cœurs, notre consolateur par excellence, de ne jamais cesser d\u2019être l\u2019hôte bien-aimé de nos âmes et notre refuge dans tous nos besoins.Conjuronsde de nous purifier de nos péchés, de nous aider à pratiquer la vertu, de nous accorder une heureuse mort et de nous faire marcher avec ardeur vers les récompenses éternelles.N.B.\u2014Aux exercices publics de la Neuvaine, le matin, à la messe, on lira les considérations et la prière qui se trouvent dans la « Neuvaine au Saint-Esprit » préparée, sur notre demande par le Rev.Père Frédéric de Ghyvelde, O.S.F., et dont vous trouverez un exemplaire ci-joint pour lequel vous aurez cà verser 378 \u2014 au secrétariat cinq centins.On ajoutera cinq Pater et Ave et Gloria Patri en l\u2019honneur de l\u2019Esprit-Saint.Le soir, les exercices consisteront : 1° Dans un cantique au Saint-Esprit ; 2° Dans une courte instruction ou dans une lecture pieuse destinée à faire mieux connaître, aimer et prier cette troisième Personne de l\u2019auguste et adorable Trinité ; 3° Dans la bénédiction du Saint Sacrement au cours de laquelle on chantera un motet au Saint-Esprit ou au moins deux strophes du « Veni, Creator ».MM.les Curés se feront un devoir* de répandre au sein des familles de leur paroisse la petite «Neuvaine au Saint-Esprit)) dont il est parlé plus haut afin que tous ceux qui seront empêchés d\u2019assister aux exercices publics puissent plus facilement y suppléer en leur particulier.Cette petite brochure se vend cinq centins l\u2019exemplaire.48 centins la douzaine, et on peut se la procurer en adressant sa demande à monsieur l\u2019abbé L.-H.Paquet, à l\u2019archevêchç.II Sa Sainteté Léon XIII vient d\u2019adresser aux archevêques et évêques d\u2019Autriche, d\u2019Allemagne et de Suisse, l\u2019Encyclique « Militantis Ecclesiæn à l\u2019occasion du troisième centenaire de la mort du Bienheureux Pierre Canisius, l\u2019une des nombreuses gloires de la Compagnie de Jésus.Compagnon de saint Ignace de Loyola, il partagea ses travaux apostoliques, ses luttes contre l\u2019hérésie protestante et la corruption des mœurs, son zèle infatigable pour faire donner à la jeunesse un enseignement vraiment chrétien.L\u2019influence qu\u2019il exerça sur ses contemporains fut considérable.«Il ne dédaigna pas de descendre du faîte de la science jusqu\u2019aux éléments des lettres, et de se charger de l\u2019instruction des enfants, écrivant même à leur usage des alphabets et des grammaires.Après avoir écrit sur de graves sujets, sur les controverses dogmatiques ou sur la morale, il travaillait ensuite à la composition de petits livres destinés à fortifier la foi du peuple, à exciter et à \u2014 379 \u2014 nourrir sa piété.» Bel exemple que le Saint Père met en relief, afin de nous faire comprendre l\u2019importance qu\u2019il y a de s\u2019emparer de la jeunesse, de l\u2019instruire de sa religion et de ses devoirs, de la prémunir et de la fortifier contre les dangers de l\u2019erreur et du vice.La partie la plus intéressante de cette Encyclique est celle où le Souverain Pontife prie les Archevêques'et les Evêques de veiller attentivement à maintenir les écoles dans l\u2019intégrité de la foi et où il exhorte les laïques à faire en sorte, au prix des plus grands efforts, que dans l\u2019enseignement de la jeunesse, les droits des parents, comme ceux de l\u2019Eglise, soient restaurés et défendus.Puis il détermine les règles à observer en pareille matière\u2019 La première, c\u2019est que « les catholiques ne doivent pas, surtout pour les enfants, adopter des écoles mixtes (fréquentées par des élèves catholiques et protestants), mais avoir des écoles particulières et choisir des maîtres très bons et très éprouvés.» Dans les écoles mixtes, la religion est altérée ou nulle, ce qui rend l\u2019éducation très périlleuse.La seconde règle à observer, c\u2019est qu\u2019il faut non seulement que la religion soit enseignée à certaines heures, mais que tout le reste de l'enseignement exhale comme une odeur de piété chrétienne, un arôme sacré qui pénètre et ranime l\u2019esprit des maîtres et des élèves : autrement l\u2019instruction ne produira que peu de fruits et souvent, au contraire, des inconvénients fort graves.Vous lirez avec attention cette magnifique Encyclique qu\u2019on dirait avoir été écrite pour notre Canada ; elle devrait être l\u2019objet des méditations et du clergé et de tous nos hommes publics\u2019 leur boussole directrice au milieu du dédale obscur des opinions certainement et gravement erronées qui se sont produites concernant la question scolaire.III Les matières d\u2019examen des jeunes prêtres pour 1898 seront les suivantes : r Dogme : De Verbo Dei Incarnato.Morale : De Sacramento Matrimonii. \u2014 380 \u2014 Histoire de l'Eglise : Inde a nativitate Christi usque ad regnum Gonstantini Magni.Ecriture sainte : De diversis auctoribus librorum Veteris Testa-menti.Sermons : 1° L\u2019action de l\u2019Esprit-Saint dans l\u2019Eglise et dans les âmes.2° La fuite des occasions du péché.IV Je vous ai déjà donné le texte du décret de la Sacrée Congré-gation des Eites par lequel le Saint Siège introduit des modifications importantes dans les règles pratiques qui concernent la célébration des messes de Requiem.Pour répondre aux désirs de plusieurs je vous donne-ci-des-sous la traduction du décret suivie de quelques commentaires propres à en déterminer le sens véritable.Décret général.\u2014Pour faire disparaître tout doute relativement à la récitation des oraisons et de la prose pour les messes de requiem, la Sacrée Congrégation déclare : I.\u2014On ne doit dire qu\u2019une oraison aux messes qui se célèbrent : 1.\u2014pour la Commémoration de tous les fidèles défunts ; 2.\u2014le jour et pour le jour de la mort et de l\u2019enterrement ; 3.\u2014 le 3e, le 7e, le 30e jour et le jour anniversaire ; 4.\u2014et aussi toutes les fois qu\u2019on célèbre la messe pour les défunts solennellement, c\u2019est-à-dire, sous un rite qui équivaut au rite double, comme à l\u2019office que l\u2019on récite après avoir appris la mort de quelqu\u2019un et aux anniversaires entendus dans le sens large.IL\u2014Dans les messes dites quotidiennes, soit basses, soit chantées, on doit dire plusieurs oraisons dont la première sera pour le défunt ou les défunts en particulier, pour lesquels on offre le saint sacrifice, et prise dans les oraisons qui sont inscrites au.Missel ; la seconde ad libitum ; la dernière pour tous les défunts III.\u2014Si on célèbre la messe pour les défunts en général, on doit dire les oraisons telles qu\u2019elles sont au missel pro missis quotidianis, et dans le même ordre où elles se trouvent. 381 - IV.\t\u2014Que si, dans les messes quotidiennes, il plaît au célébrant d\u2019ajouter plusieurs oraisons, comme la Rubrique le permet, il pourra le faire seulement aux messes basses, en conservant le nombre impair, et en plaçant en dernier lieu l\u2019oraison pro omnibus defunctis.V.\t\u2014Enfin, pour ce qui a rapport à la Prose, on doit la dire à toutes les messes chantées, de même qu\u2019aux messes basses qui se célèbrent aux jours privilégiés plus haut indiqué.Pour les autres messes, la Prose peut se réciter ou s\u2019omettre à la volonté du célébrant, selon les rubriques.Nonobstant toutes choses contraires.Le 30 juin 1896.Cajetan, Gard.Aloisi-Masella, Préf.de la S.G.des Rites.Louis Tripepi, Secrétaire.Commentaire.\u2014 I.On doit dire la prose Dies iræ à toutes les messes chantées et aux messes basses où l\u2019on ne dit qu\u2019une seule oraison ; on est libre de la dire ou de l\u2019omettre aux messes basses qui comportent plusieurs oraisons.IL On ne doit dire qu\u2019une seule oraison : 1.\t\u2014A toutes les messes, hautes ou basses, le jour de la Commémoration des morts.2.\t\u2014A toutes les messes de funérailles, hautes ou basses ; ces messes sont de deux sortes : « in die» et « pro die obitus seu de-positionis.» Le dies obitus est le jour de la mort ; le dies depositions est le jour de la sépulture.Liturgiquement, ces deux jours sont absolument équivalents : ainsi, la S.Congrégation a répondu qu\u2019on pouvait indifféremment compter le troisième, le septième et le trentième jour, et même les anniversaires, à partir du jour de la mort ou de celui de l\u2019enterrement.Les messes «die obitus seu dépositions » sont donc celles qui se disent au lieu où se font les funérailles, le jour de la mort ou celui de l\u2019enterrement.Mais si l\u2019inhumation n\u2019a pas lieu au jour où l\u2019on célèbre la messe des funérailles, quelle que soit d\u2019ailleurs la cause de l\u2019anticipation ou du retard, la messe des funérailles est dite « pro die obitus seu depositionis », au lieu du jour de la mort on do l\u2019inhumation.Ces jours sont: soit ceux qui s\u2019écoulent entre le décès et la sépulture, soit les deux jours qui suivent celle-ci.3.\t\u2014Aux messes, hautes et basses, des trois jours privilégiés après la mort ou la sépulture, à savoir : les troisième, septième et trentième jours.4.\t\u2014Aux messes, hautes et basses, des anniversaires des défunts.5.\t\u2014A tous les services solennels, chantés \u2018ou non, pour les défunts.Il faut entendre par là toutes les messes, autres que celles énumérées plus haut, célébrées cependant avec quelque solennité, comme, par exemple, des annonces, des invitations.Le décret nous donne en exemple le service tait pour un défunt dont on vient d\u2019apprendre la mort, par suite, ailleurs qu\u2019au lieu du décès.Tels sont aussi les services faits par les associations, les confréries, les corps moraux, etc., pour certains de leurs membres, quelques jours après l\u2019inhumation.6\u2014Enfin, aux messes hautes et basses des anniversaires au sens large du mot.Il faut entendre par cette expression les services annuels que font célébrer pour les défunts de l\u2019année, ou en général pour leurs défunts, les confréries, associations, etc III.Toutes les autres messes de requiem sont appelées quotidiennes, et on doit toujours y dire trois oraisons au moins, que les messes soient basses ou chantées.1.\t\u2014S\u2019il s\u2019agit de messes pour les défunts en général, comme la plupart des messes privées que l\u2019on dit en noir les jours de rite semi-double et au-dessous, ces trois oraisons seront celles marquées au missel pour la messe quotidienne, et dans le môme ordre.2.\t\u2014Si ces messes quotidiennes sont dites pour un défunt ou pour des défunts déterminés d\u2019une manière certaine, il y aura bien trois oraisons, mais la première sera pour ce ou ces défunts: on choisira pour cela l\u2019oraison convenable parmi celles qui figurent au missel, par exemple, « pro uno defuncto, pro plu.ribus defunctis, pro pâtre et matre sacerdotis,» etc ; la seconde sera ad libitum, par exemple, «pro defunctis episcopis vel sacer- dotibus, pro defunctis congregationis vel familiæ » ; la troisième sera toujours pour tous les défunts.3.\u2014Aux messes quotidiennes non chantées, le prêtre peut ajouter d\u2019autres oraisons à celles qui sont prescrites.La ^eule chose qu\u2019il doive observer, c\u2019est que le nombre total soit impair, l\u2019oraison pour tous les défunts gardant toujours la dernièreplac-e.Agréez, bien chers collaborateurs, l\u2019expression de mon entier dévouement en N.S.j- L.-N.Arch, dk Cyrène, Ad uinistrateur. LETTRE ENCYCLIQUE DE NOTRE TRÈS SAINT PÈRE LÉON XIII, PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE, AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES, ÉVÊQUES ET AUTRES ORDINAIRES, EN PAIX ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE.A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, ' Evêques et autres Ordinaires, en paix et communion avec le Siège Apostolique.LÉON XIII, PAPE.Vénérables Frères, Salut et bénédiction apostolique.Préambule (i) La mission divine que, pour le bien du genre humain, Jésus-Christ a reçue de son Père et très saintement acquittée, a pour fin dernière la béatitude des hommes au sein de la gloire éternelle ; mais elle a pour fin prochaine, dans cette vie, la possession et l\u2019entretien par les hommes de la grâce divine, destinée à s\u2019épanouir en vie éternelle dans le ciel.C\u2019est pourquoi le Rédempteur lui-même ne cesse d\u2019inviter, avec une extrême tendresse, les hommes de toute langue et de toute nation à se réunir dans le sein de son Eglise : « Venez à moi, tous ; Je suis la vie ; Je suis le bon pasteur».Toutefois Jésus-Christ, dans la profondeur de ses desseins, n\u2019a pas voulu terminer et achever (i) Les titres et sous-titres qui partagent ici l\u2019encyclique ne se trouvent point dans le texte.Ils sont placés dans cette traduction, pour faciliter l\u2019étude du document. \u2014 386 par lui-même celte mission dans tous les endroits de la terre : mais, après l\u2019avoir reçue de son Père, il l\u2019a transmise au Saint-Esprit pour que celui-ci la couronnât.Il fait bon se rappeler les paroles que le Christ, sur le point de quitter la terre, prononçait au milieu de ses disciples : « Il vous est utile que je m\u2019en aille ; si en effet je ne m\u2019en vais pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; si au contraire je m\u2019en vais, je vous l\u2019enverrai» (Joann., XVI, 7).En parlant ainsi, le Christ a donné la meilleure raison possible de son départ et de son retour vers son Père, à savoir les avantages qui devaient résulter pour ses disciples de l\u2019avènement du Saint-Esprit.Il a montré en même temps que cet Espiit-Saint était envoyé par Lui comme par son Père, qu\u2019il procédait de Lui comme du Père, et qu\u2019il terminerait, comme invocateur, consolateur, précepteur, l'ouvrage accompli par le Fils dans sa vie mortelle.C\u2019est en effet à la multiple vertu de cet Esprit qui, lors de la création du monde, « orna les cieux » (Job, XXVI, 13) et « remplit la sphère du monde» (Sap., I, 7),que la conclusion de l\u2019œuvre rédemptrice était providentiellement réservée.Nous Nous sommes continuellement efforcé, avec le secours du Christ Sauveur, prince des pasteurs et évêque de nos âmes, d\u2019imiter les exemples qu\u2019il nous a donnés.Nous Nous sommes religieusement attaché à la fonction qu\u2019il a confiée aux apôtres, et principalement à Pierre, « dont la dignité, même dans un héritier indigne, ne défaillit pas » (Leo M., Serin.II, in anniv.ass.suæ).Pénétré de ce dessein, Nous avons voulu que tous les travaux entrepris et poursuivis par Nous durant Notre pontificat déjà prolongé, conspirassent à deux fins principales : en premier lieu, la restauration de la vie chrétienne dans la société civile et domestique, tant chez les princes que chez les peuples, parce que, pour personne, il ne peut y avoir de véritable vie qui ne découle du Christ ; en second lieu, la réconciliation de tous ceux qui, par la foi ou par l'obédience, se trouvent séparés de l\u2019Eglise catholique : puisque très certainement l\u2019intention du Christ est de les réunir tous dans un seul bercail sous un seul Pasteur.Aujourd\u2019hui que Nous voyons s\u2019approcher le terme de Notre vie, Nous éprouvons, plus vivement que jamais, le désir de \u2014 387 \u2014 recommander à l\u2019Esprit-Saint, qui est Amour vivifiant, l\u2019œuvre de Notre Apostolat, telle que Nous l\u2019avons accomplie jusqu\u2019ici, afin qu\u2019il la rende féconde et en fasse mûrir les fruits.\u2014Nous avons résolu, pour réaliser mieux ce dessein, de vous entretenir, à l\u2019occasion des solennités prochaines de la Pentecôte, de la présence et de la vertu merveilleuse de l\u2019Esprit-Saint ; et de vous rappeler combien, soit dans l\u2019Eglise en général, soit dans chaque âme, il agit et exerce d\u2019heureuses influences, grâce à l\u2019admirable abondance de ses dons célestes.De là vient,\u2014et c\u2019est Notre ardent désir,\u2014que la foi touchant le mystère de l\u2019auguste Trinité se ranime et se fortifie dans les esprits, et surtout que la piété grandisse et s\u2019embrase envers le divin Esprit à qui principalement chacun doit rendre grâce de tout ce qu\u2019il lui est donné de pratiquer de vérité et de justice.Car, comme l\u2019a dit saint Basile, « qui niera que les dons faits à l\u2019homme par notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ selon la bonté de Dieu, reçoivent leur accomplissement par la grâce de l\u2019Esprit » (De Spiritu Sancto, c.XVI, n.39) ?I.Très Sainte Trinité Avant d\u2019entrer dans Notre sujet, il Nous plaît et il sera utile de dire, en passant, quelques mots de la très sainte Trinité.Ce mystère, en effet, est appelé parles saints docteurs la «substance du nouveau testament », c\u2019est-à-dire, le plus grand de tous les mystères, la source et le fondement de tous les autres.C\u2019est pour le connaître et le contempler que les anges ont été créés dans le ciel et les hommes sur la terre.C\u2019est pour le manifester plus clairement, alors qu\u2019il restait encore caché sous les voiles de l\u2019ancien testament, que Dieu lui-même est descendu vers les hommes «Personne n\u2019a jamais vu Dieu.Le fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Père, l\u2019a révélé lui-même» (Joann., I, 18).Quiconque donc parle ou écrit de la Trinité, doit avoir devant les yeux le conseil piudent du docteur Angélique.«Lorsque nous parlons de la Trinité, il faut être prudent et modeste, parce que, comme le dit saint Augustin, il n\u2019y a pas de matière où l\u2019erreur soit plus dangereuse ; il n\u2019y en a pas où les investigations soient plus laborieuses, où les vérités trouvées soient plus fructueuses » (Summ.th., la, q.XXXI, a.2\u2014De Trin., 388j\u2014 D.I, c.3).Le danger est que, dans la foi ou dans le culte, on ne confonde entre elles les Personnes divines, ou qu\u2019on n\u2019in.troduise la variété dans leur unique nature ; car, « la foi catholique est celle-ci : que nous vénérons un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l\u2019unité » C\u2019est pourquoi Innocent XII, Notre prédécesseur, refusa d\u2019autoriser certaines solennités qu\u2019on demandait la permission d\u2019instituer en l\u2019honneur spécial du Père.Que si l\u2019on célèbre en certaines fêtes les mystères particuliers du Verbe Incarné, le Verbe n\u2019est cependant célébré par aucune fête spéciale en raison seulement de sa nature divine ¦ et la fête de la Pentecôte elle même n\u2019a pas été fondée, dès les premiers temps, pour honorer l\u2019Esprit Saint tout seul, en lui-même, mais pour commémorer son avènement ou sa mission extérieure.Ces dispositions étaient sages, en empêchant que, en distinguant les personnes, on n\u2019en vînt à distinguer aussi leur divine essence.En outre l\u2019Eglise, pour maintenir ses enfants dans l\u2019intégrité de la foi, a institué la fête de la très sainte Trinité, que Jean XXII ordonna plus tard de célébrer partout.Elle permit de dédier à la Trinité des autels et des temples, et ce n\u2019est pas sans la volonté d\u2019en haut qu\u2019elle approuva régulièrement un ordre religieux fondé pour la délivrance des captifs, ordre entièrement dévoué à la Trinité, dont il se glorifie de porter le nom.Beaucoup de choses confirment ce qui précède.En effet, le culte voué aux saints du ciel, aux anges, à la Vierge mère de Dieu, au Christ, retourne et se termine à la Trinité elle-même Dans les prières adressées à l\u2019une des trois personnes, mention est faite des autres.Dans les supplications où une seule est invoquée expressément, on introduit une invocation commune à toutes les trois.A tous les psaumes et à toutes les hymnes s\u2019ajoute une louange en l\u2019honneur du Père, du Fils et du Saint-Esprit.Les bénédictions, les cérémonies rituelles, les sacrements sont accompagnés ou terminés par une prière à la sainte Trinité.Et ces pratiques étaient depuis longtemps contenues en germe dans la parole de l\u2019Apôtre :\t«Car tout est de Lui, par Lui et en Lui ; gloire à Lui dans les siècles» (Rom., XI 36), signifiant d\u2019une part la trinité des personnes, affirmant d\u2019autre part l\u2019unité de nature.Et c\u2019est parce que cette nature est une et commune à chaque personne, que l\u2019on doit à chacune, comme \u2014 389 à un seul et môme Dieu, la gloire éternelle due à la majesté de Dieu.Saint Augustin, citant ce témoignage, ajoute : « I! ne faut pas prendre dans un sens vague ces mots de l\u2019Apôtre : De lui-même, par lui-même et en lui-même.Il dit «de lui-même» à cause du Père, «par lui-même» à cause du Fils, « en lui-mème » à cause du Saint-Esprit» [De TrinL.VI, c.10; L.I, c.6).L\u2019Eglise, avec beaucoup de justesse, a pris l\u2019habitude d\u2019attribuer au Père les œuvres divines où éclate la puissance, au Fils celles où éclate la sagesse, au Saint-Esprit celles où éclate l\u2019amour.Non que toutes les perfections et que toutes les œuvres extérieures ne soient communes aux personnes divines ; en effet, « indivises sont les œuvres de la Trinité, comme l\u2019essence de la Trinité est elle-même indivise » (S.Aug., De Trin., L, I, c.4 et 5), parce que, « de même que les trois Personnes divines sont inséparables, de même elles agissent inséparablement » (S.Aug.ib.) \u2014mais parce que, en vertu d\u2019une certaine comparaison et, pour ainsi dire, d\u2019une certaine affinité qui se remarque entre les œuvres elles-mêmes et les propriétés des Personnes, les premières peu.vent être attribuées, ou comme l\u2019on dit, « appropriées » cà telle Personne plutôt qu\u2019aux autres.« De même que, pour la repré.sentation des Personnes divines, nous usons de similitudes d'impressions et d\u2019images fournies par les créatures, de même nous les représentons par leurs attributs essentiels; et cette manifes tation des Personnes par leurs attributs essentiels s\u2019appelle « appropriation » (S.Th., la, 9.XXXIX, a.7).De cette manière, le Père, qui est « le principe de toute divinité » (S.Aug., De Trin., L.IV, c.20), est en même temps la cause effective de l\u2019ensemble des êtres, de l\u2019incarnation du Verbe et de la sanctification des âmes : De Lui, sont toutes choses, « De Lui,» à cause du Père.Le Fis, de son côté, Verbe, reflet de Dieu, est en même temps la cause exemplaire d\u2019où tous les êtres tirent leur forme, leur beauté, leur ordre et leur harmonie ; il est pour nous la voie, la vérité et la vie, le réconciliateur de l'homme avec Dieu : Par Lui sont toutes choses, « Par Lui, » à cause du Fils.Quant au Saint-Esprit, il est la cause finale de tous les êtres, parce que, de même que la volonté (et généralement toute chose) se repose dans l\u2019accomplissement de sa fin, de même l\u2019Esprit-Saint qui est la bonté divine et l\u2019amour mutuel du Père et du 390 Fils, opérant les actes mystérieux qui accomplissent le salut éternel de l\u2019homme, les termine et les achève par une sorte d\u2019impulsion forte et douce : En Lui.sont toutes choses, «En Lui, » à cause du Saint-Esprit.C\u2019est donc en respectant le culte inviolable que la religion doit \u2022à la bienheureuse Trinité tout entière, et qu\u2019il importe de faire pénétrer de plus en plus profondément dans le peuple chrétien, que Nous en venons maintenant à exposer la vertu de l\u2019Esprit-Saint.II.Vertu du Saint-Esprit dans l\u2019incarnation du Verbe.Tout d\u2019abord, il faut élever nos regards vers le Christ, fondateur de l\u2019Eglise et Rédempteur du genre humain.Certes, dans les œuvres extérieures de Dieu, ce mystère du Verbe incarné éclate plus que tout le reste.Là apparaît si lumineusement la splendeur des perfections divines, que rien de plus grand ne peut môme être imaginé et que rien ne pouvait être plus salutaire à l\u2019humanité.Cette œuvre si grande, bien qu'elle appartienne à toute la Trinité, est toutefois attribuée au Saint-Esprit comme lui ôtant propre; tellement, que les Evangélistes, parlant de la Vierge, disent : « Il se trouva qu\u2019elle avait conçu du Saint-Esprit», et: «Ce qui est né d\u2019elle, est du Saint Esprit» (Matth., I, 18, \"20).Et cette œuvre est attribuée à bon droit à Celui qui est l\u2019amour du Père et du Fils.En effet, ce « grand témoignage d\u2019amour » (I Tim., III, 16) provient de l\u2019infinie bonté de Dieu pour les hommes, comme nous en avertit saint Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu\u2019il lui a donné son Fils unique » (III, 16).Ajoutons que, par là, la nature humaine a été élevée au point d\u2019être unie personnellement au Verbe : dignité qui ne lui était accordée aucunement par suite de ses mérites, mais uniquement par un effet de la grâce, c\u2019est-à-dire par un bienfait spontané de l\u2019Esprit-Saint.Saint Augustin dit fort justement à ce propos : « La manière dont le Christ s\u2019est incarné par la vertu de l\u2019Esprit-Saint, insinue en nous la grâce de Dieu, par laquelle l\u2019homme, sans aucun mérite préalable de sa part, dès le premier instant où l\u2019être humain commença d\u2019exister, s\u2019est trouvé uni au Verbe de Dieu dans une si grande unité de personne, que le Lis de Dieu devint le înêpe être que le Fils de l\u2019homme, et le \u2014 391 > Fils de l\u2019homme le môme être que le Fils de Dieu » (Enchir., c.XL\u2014S.Th., 3a, q.XXXII, a.1).Or, par la vertu du Saint-Esprit, s\u2019est opérée, non seulement la conception du Christ, mais aussi la sanctification de son âme, laquelle est appelée « onction » dans les livres saints (Actor., X, 38), et c\u2019est ainsi que le Christ « n\u2019agissait jamais que sous l\u2019influence de l\u2019Esprit » (S.Basil., De Sp.S., c.XVI), et principalement quand il s\u2019offriL en sacrifice : « 11 s\u2019est offert à Dieu, victime immaculée, par l\u2019Esprit-Saint », (Hebr., IX, 14).Si l\u2019on considère ces choses, rien d\u2019étonnant que tous les dons du Saint-Esprit aient afflué dans l\u2019âme du Christ.En lui, en effet, a résidé une abondance toute particulière de grâces, la plus grande et la plus efficace qu\u2019il puisse y avoir.En lui se trouvaient tous les trésors de la sagesse et de la science, les grâces gratuites, les vertus, et en un mot tous les dons annoncés d\u2019abord par les prophéties d\u2019Isaïe (IV, 1 ; XI, 2, 3), et signifiés ensuite par cette merveilleuse colombe du Jourdain, alors que le Christ sanctifia les eaux de ce fleuve par son baptême en vue de créer un nouveau sacrement.A ce fait se rapportent justement ces autres paroles de saint-Augustin : « Il est très absurde de dire que le Christ, déjà âgé de trente ans, reçut le Saint-Esprit.Il vint au baptême avec l\u2019Esprit-Saint, de même qu\u2019il y vint sans péché.Alors donc,\u2014 c\u2019est à dire dans le baptême,\u2014il daigna représenter par son corps l\u2019Eglise même, dans laquelle généralement les fidèles baptisés reçoivent le Saint-Esprit » (De Trin., L.XV, c.2G).C\u2019est pourquoi l\u2019apparition visible du Saint-Esprit au-dessus du Christ et sa vertu intime dans l\u2019âme du Christ, représentent la double mission de ce même Esprit : celle qui se manifeste visiblement dans l\u2019Eglise,^t celle qui s\u2019exerce secrètement par son insinuation dans les âmes justes.III.Vertu du Saint-Esprit dans l\u2019Eglise.L\u2019Eglise, déjà conçue, et qui était née pour ainsi dire des flancs du nouvel Adam dormant sur la Croix, se manifesta pour la première fois aux hommes, d\u2019une manière éclatante, le jour très solennel de la Pentecôte.C\u2019est ce jour-là que le Saint-Esprit commença à prodiguer ses bienfaits dans le corps mystique du Christ, par cette admirable effusion que le prophète Joël avait 1 - 392 \u2014 vue longtemps à l\u2019avance (II, 28, 29) : car le Paraclet « siégea au-dessus des apôtres afin que, sous forme de langues de feu, de nouvelles couronnes spirituelles fussent placées sur leurs têtes» (Cyr.Hierosol., Catech , 17).Alors les apôtres « descendirent de la montagne, comme l\u2019écrit Chrysostôme, non point portant des tables de pierre dans leurs mains, à la manière de Moïse, mais portant l\u2019Esprit dans leur âme, et répandant comme un trésor et un fleuve de vérités et de grâces » [In Matlh , Horn.I; II Cor., TII, 3).Ainsi s\u2019accomplissait à la lettre cette dernière parole du Christ à ses apôtres, promettant de leur envoyer l\u2019Esprit-Saint qui devait donner le complément de sa doctrine et en quelque sorte mettre le sceau à son enseignement: «J\u2019ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas encore les porter.Lorsque sera venu cet Esprit de vérité, Il vous enseignera toute vérité » (Joan., XVI, 12, 13).En effet, Celui qui est l\u2019Esprit de vérité, en tant qu\u2019il procède en même temps du Père qui est la Vérité éternelle, et du Fils qui est la vérité substantielle, tire de l\u2019un et de l\u2019autre, en même temps que leur divine essence, la plus parfaite amplitude de la vérité.Cette vérité, il la donne à l\u2019Eglise, veillant, par son appui sans cesse présent, à ce qu\u2019elle ne soit jamais exposée à aucune erreur et à ce qu\u2019elle puisse, de jour en jour, nourrir plus généreusement les germes de la doctrine divine et les faire fructifier pour le salut des peuples.Et parce que ce salut des peuples, qui est la mission de l\u2019Eglise, demande absolument qn\u2019elle poursuive jusqu\u2019à la fin des temps sa tâche, l\u2019Esprit-Saint doit donner à l\u2019Eglise, pour l\u2019accroître et la conserver, une vie et une force éternelle : « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet pour qu\u2019il demeure avec vous toujours, l\u2019Esprit de vérité » (Joan., XIV, 16, 17).C\u2019est par Lui que sont constitués les évêques, dont le ministère engendre non seulement des fils, mais encore des pères, à savoir les prêtres, pour gouverner l\u2019Eglise et la nourrir de ce même sang du Christ par lequel elle a été rachetée : «L\u2019Esprit-Saint a établi les évêques pour gouverner l\u2019Eglise de Dieu, qu\u2019il a acquise par son sang » )Act., XX, 28). 393 Or, les uns et les autres, les évêques et les prêtres, par une grâce insigne du Saint-Esprit, ont le pouvoir d\u2019effacer les péchés, selon cette parole du Christ aux apôtres : « Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Joan., XX, 22, 23).La divinité de l\u2019Eglise n\u2019est démontrée par aucune autre preuve plus clairement que par l\u2019éclat et la gloire dont elle est revêtue, et qu\u2019elle doit à l\u2019Esprit-Saint.Qu\u2019il Nous suffise d\u2019affirmer que, si le Christ est la tête de l\u2019Eglise, l\u2019Esprit-Saint en est l\u2019âme : « Ce qu\u2019est l\u2019âme dans notre corps, l\u2019Esprit-Saint l\u2019est dans le corps du Christ, qui est, l\u2019Eglise » (S.Aug., Serm.CLXXXVII de temp.).Puisqu\u2019il en est ainsi, on ne saurait imaginer et attendre une autre manifestation plus vaste et plus féconde de l\u2019Esprit divin : celle que nous voyons, en effet, makitenant, dans l\u2019Eglise, est la plus grande qu\u2019on puisse voir, et elle durera jusqu\u2019à ce que l\u2019Eglise, ayant achevé sa carrière militante, aille jouir de ses triomphes au ciel.IV.Vertu du Saint-Esprit dans les âmes.Comment et à quel degré l\u2019Esprit-Saint agit dans les âmes, c\u2019est là une chose non moins admirable, quoiqu\u2019elle soit un peu plus difficile à comprendre, par cela même que nos yeux ne la peuvent pas saisir.\u2014Cette effusion du Saint-Esprit est si généreuse, que le Christ lui-même, qui nous en a mérité le bienfait, l\u2019a comparée,à un fleuve très abondant, comme on le voit dans saint Jean : « Celui qui croit en moi, dit l\u2019Ecriture, verra des fleuves d\u2019eau vive couler de son sein.» Le même évangéliste a expliqué cette parole : « Il dit cela de l\u2019Esprit-Saint que devaient recevoir ceux qui croyaient en lui » (VII, 38, 39).I.Régénération Il est d\u2019ailleurs certain que l\u2019Esprit-Saint a résidé par la grâce dans les justes qui vécurent avant le Christ, comme les Ecritures nous le disent des prophètes, de Zacharie, de Jean-Baptiste, de Siméon et d\u2019Anne.En effet, dans la Pentecôte, « l\u2019Esprit-Saint n\u2019est pas venu pour commencer à habiter l\u2019âme des saints, mais \u2014 394 \u2014 pour la pénétrer davantage, la comblant de ses dons, mais ne commençant pas à les lui accorder.Il ne faisait pas une œuvre nouvelle: il étendait celle qu\u2019il avait commencée» (S.Leo M, Horn.Ill cle Pentec.).Mais, si ces hommes eux-mêmes étaient comptés parmi les fils de Dieu, cependant ils étaient par leur condition semblables à des esclaves ; car le fils « ne diffère en rien de l\u2019esclave tant qu\u2019il est dans la main des tuteurs et des curateurs» (Gal., IV, 1 2)-Outre qu\u2019il n\u2019y avait pas en eux de justice, si ce n\u2019est celle qui provenait des mérites du Christ qui allait venir, l\u2019Esprit-Saint, après la venue du Christ, lut communiqué d\u2019une façon bien plus abondante, à tel point que la récolte fut presque trop riche pour l\u2019aire qui devait la recevoir, et que la vérité dépassa de beaucoup la figure.C\u2019est pourquoi saint Jean a affirmé :« L\u2019Esprit-Saint n\u2019avait pas encore été donné, parce que Jésus n\u2019avait pas encore été glorifié » (VIL 39).Aussitôt donc que le Christ, montant au ciel, eut pris posses, sion de la gloire de son royaume qu\u2019il avait si chèrement ache.'tée, Il répandit généreusement les richesses de l\u2019Esprit-Saint et « fit part de ses dons aux hommes» (Eph., IV, 8).Car, « ce don, cet envoi du Saint-Esprit après la glorification du Christ, devait être tel qu\u2019il n\u2019y en avait jamais eu auparavant : non qu\u2019il n\u2019y en ait eu aucun auparavant, mais il n\u2019y en avait pas eu de tel» (S.Aug., De Trin., L.IV, c.20).Certes, la nature humaine est nécessairement la servante de Dieu.« La créature est esclave, nous sommes les serviteurs de Dieu selon la nature» (S.Cyr.Alex., Thesaur., L.V, c.5).Bien plus, à cause de la faute commune, notre nature est tombée dans un tel abîme de honte et de péché, que nous étions en outre les ennemis de Dieu : «Nous étions par notre nature des fils de colère» (Eph., II, 3).\u2014 Nulle puissance n\u2019était capable de nous délivrer d\u2019une telle ruine et de nous sauver de la perte éternelle.Dans sa souveraine miséricorde, Dieu, auteur de la nature humaine, a accompli cette œuvre de salut par son Fils unique, grâce auquel l\u2019homme a été rétabli dans sa dignité primitive, avec une abondance de dons plus grande que jamais.Il est impossible d\u2019exprimer la grandeur de ce travail de la grâce divine dans l\u2019âme des hommes, qui, à cause de cette régénéra- \u2014 395 tion, sont très justement appelés dans les saintes Lettres et chez les Pères de l\u2019Eglise, des créatures revivifiées, renouvelées, participant à la nature divine, fils de Dieu, déifiées, etc.Or, ces dons si riches sont avec raison regardés comme propres au Saint-Esprit.C\u2019est lui, en effet, «l\u2019Esprit de l\u2019adoption des fils, dans lequel nous crions : Père ! Père ! » c\u2019est lui qui pénètre les cœurs de la suavité de l\u2019amour paternel : « Ce même Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes les fils de Dieu » (Rom., VIII, 15, 16).Pour l\u2019expliquer, rien ne convient mieux que la similitude constatée par le docteur Angélique entre les deux œuvres de l\u2019Esprit-Saint: Par lui «le Christ a été conçu dans la sainteté pour être le Fils naturel de Dieu, et les autres sont sanctifiés afin qu\u2019ils soient les fils adoptifs de Dieu » (S.Th., 3a, q.XXXII, a.i).Ainsi l\u2019amour, l\u2019Amour incréé, produit une régénération spirituelle bien supérieure à ce qui pourrait se faire dans la nature des choses.Les prémices de cette régénération et de cette rénovation sont données à l\u2019homme par le baptême.Dans ce sacrement, l\u2019âme se dépouille de l\u2019esprit impur; pour la première fois l\u2019Esprit-Saint la pénètre et la rend semblable à lui :\t«Ce qui est né de l\u2019Esprit est Esprit » (Joann., III, 7).Le même Esprit se donne par la confirmation, d\u2019une façon plus féconde, pour assurer la constance et la vigueur de la vie chrétienne ; c\u2019est à lui que les martyrs et les vierges durent leur triomphe sur les séductions du mal.L\u2019Esprit-Saint, disons-nous, se donne lui-même : « L\u2019amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l\u2019Esprit-Saint qui nous a été donné» (Rom., V, 5).Non seulement, en effet, Il nous apporte les grâces divines, mais II en est l\u2019auteur et Il est Lui-même le don suprême ; procédant du mutuel amour du Père et du Fils, Il est appelé à juste titre : «le Don du Dieu Très Haut ».2.Inhabitation Pour mieux mettre en lumière la nature et la force de ce don il convient de rappeler les'enseignements donnés par les saints docteurs d\u2019après les Lettres sacrées, à savoir, que «Dieu se trouve - 396 en tontes choses, par sa puissance, en tant que tout est soumis à son pouvoir ; par sa présence, en tant que tout est à découvert devant ses yeux ; par son essence, en tant qu\u2019il est pour tous les êtres la cause de leur existence».(S.Th, la, q.VIII, a.3).Mais Dieu n\u2019est pas seulement dans l\u2019homme comme dans les êtres inanimés ; il est de plus connu et aimé par l\u2019homme ; notre nature elle-même nous fait aimer, désirer, chercher le bien.En outre, Dieu, par la grâce, réside dans l\u2019âme juste comme dans un temple, d\u2019une façon intime et spéciale.De là résultent ces liens d\u2019amour par lesquels l\u2019âme est unie très intimement à Dieu, bien plus intimement qu\u2019un ami ne peut l\u2019être à son meilleur ami, et jouit de lui d\u2019une manière absolue et pleine de suavité.Cette admirable union, que l\u2019on appelle inhabitation, différant seulement par la condition ou par l\u2019état de celle par laquelle Dieu embrasse les habitants du ciel en les comblant de béatitude, est en réalité produite par la présence de toute la Trinité: «Nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure» (Joann., XIV, 23).Cependant elle est regardée comme le propre de l\u2019Esprit Saint.En effet, des traces de la puissance et de la sagesse divine se manifestent même chez un homme corrompu ; mais personne, s\u2019il n\u2019est juste, ne participe à l\u2019amour qui est comme la marque propre de d\u2019Esprit-Saint.Et remarquons ici en effet que le même Esprit est.appelé Saint, parce qu\u2019étant le premier et le suprême Amour, il dirige les âmes vers la sainteté qui consiste justement dans l\u2019amour envers Dieu.Aussi, l\u2019Apôtre, lorsqu\u2019il appelle les justes le temple de Dieu, ne les nomme pas expressément le temple du Père ou du Fils, mais du Saint-Esprit.«Ne savez-vous pas que vos membres sont les temples du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu» (I Cor., VI, 19)?3.Manifestation clc la présence du Saint-Esprit dans les âmes L\u2019abondance des grâces célestes, résultant de la présence du Saint-Esprit dans les âmes pieuses, se manifeste de beaucoup de manières.\u2014Telle est en effet la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin : «Puisque l\u2019Esprit-Saint procède comme amour, il procède en qualité de premier don ; c\u2019est pourquoi Augustin dit \u2014 391 \u2014 que, par le Don qui est l\u2019Esprit-Saint, beaucoup de dons particuliers sont apportés aux membres du Christ» (Summ.Th., la, q.XXXVIII, a.2.\u2014 S.Aug., De Trim, L.XV, c.19).Parmi ces dons, se trouvent ces secrets avertissements, ces mystérieuses invitations qui, par un mouvement de l\u2019Esprit-Saint, sont donnés aux âmes et aux esprits, et sans lesquels on ne peut ni s\u2019engager dans la voie de la vertu, ni y progresser, ni parvenir à l\u2019heureux terme du salut éternel.Puisque ces paroles et ces instigations se manifestent secrètement aux âmes, elles sont à juste titre comparées quelquefois dans les saints Livres au souffle delà brise ; et le docteur Angélique les assimile avec raison aux mouvements du cœur dont toute la puissance réside dans un principe caché.« Le cœur exerce une influence secrète, et c\u2019est pourquoi on lui compare l\u2019Esprit-Saint, qui d\u2019une façon invisible vivifie et unit l\u2019Eglise » [Summ.Th., 3a, q.VIII, a.1, ad.3).Telle est surtout l\u2019œuvre des sept dons, que l\u2019on appelle proprement les dons du Saint-Esprit, dans l\u2019homme juste qui vit de la vie de la grâce et agit par les vertus convenables à son état comme par de nouvelles facultés.Grâce à ces dons, l\u2019âme est fortifiée et disposée à obéir plus facilement et plus promptement aux inspirations et aux impulsions de l\u2019Esprit-Saint ; aussi, ces dons sont-ils si efficaces qu\u2019ils conduisent l\u2019homme au faîte de la sainteté, et si excellents qu\u2019ils subsisteront jusque dans le royaume des deux, mais avec une perfection plus grande.Par leur secours, l\u2019âme est invitée et conduite à désirer et à conquérir les béatitudes évangéliques qui, de meme que des fleurs qui éclosent au printemps, sont les marques et les messagères de l\u2019éternelle félicité.Ils sont enfin bénis, les fruits que l\u2019Apôtre énumère (Gal., V, 22), et qu\u2019apporte l\u2019Esprit-Saint aux hommes justes même dans cette vie périssable ; ils sont pleins de douceur et de joie, et ils doivent être tels puisqu\u2019ils proviennent de l\u2019Esprit « qui est dans la Trinité la suavité du Père et du Fils, et qui remplit de dons généreux et féconds todtes les créatures » (S.Aug., De Trin., L.VI, c.9). \u2014 398\" Aussi, le divin Esprit procédant du Père et du Verbe, dans l\u2019éternelle lumière de la sainteté, et qui est à la fois Amour et Dou, après s\u2019être montré dans l\u2019ancien testament sous le voile des figures, s\u2019est manifesté avec plénitude dans le Christ et dans son corps mystique qui est l\u2019Eglise.Il a, d\u2019une façon si salutaire transformé par sa présence et par sa grâce les hommes plongés dans la corruption et le vice que, n\u2019étant déjà plus terrestres tout en restant sur la terre, ils aient des notions et des désirs allant bien au-delà de ce monde, et deviennent comme des habitants du ciel.V.Dévotion a l\u2019Esprit-Saint Puisque tous ces dons sont si grands et qu\u2019ils montrent abondamment l\u2019immense bonté de l\u2019Esprit-Saint envers nous, ils nous pressent de Lui témoigner le plus possible d\u2019hommages et de piété.C\u2019est ce que feront parfaitement les chrétiens, s\u2019ils s\u2019appliquent avec un zèle sans cesse croissant à connaître, à aimer et à prier ce même Esprit : puisse-t-elle les y animer, cette exhortation qui découle de Notre cœur paternel.Peut-être aujourd\u2019hui encore, y a-t-il des chrétiens qui, interrogés comme ceux auxquels jadis l\u2019apôtre Paul demandait s\u2019ils avaient reçu le Saint-Esprit, répondraient comme eux : «Mais nous n\u2019avons pas même entendu dire qu\u2019il y ait un Esprit-Saint» (Act., XIX, 2).S\u2019il n\u2019en est pas ainsi, du moins beaucoup ne connaissent pas suffisamment cet Esprit; ils en prononcent souvent le nom dans l\u2019accomplissement des actes religieux, mais avec une foi enveloppée de ténèbres.Aussi, tous les orateurs de la chaire sacrée et tous ceux auxquels est confiée la direction des âmes, devront-ils se souvenir qu\u2019il leur appartient de distribuer avec plus de zèle et plus d\u2019abondance au peuple les enseignements relatifs à l\u2019Esprit-Samt de telle sorte cependant que soient écartées les controverses pénibles et subtiles, et que soient évitées les vaines entreprises de ceux qui s\u2019efforcent imprudemment de scruter tous les mystères divins.Il importe plutôt de rappeler et d\u2019exposer largement les nombreux et grands bienfaits qui, de cette source divine, ont découlé et découlent encore sans cesse sur nous, afin que l\u2019erreur et \u2014 399 \u2014 l\u2019ignorance relatives à de telles grâces, erreur et ignorance qui sont indignes des « fils de la lumière, » soient entièrement dissipées.Si Nous Nous montrons si pressant sur ce point, ce n\u2019est pas seulement parcequ\u2019il s\u2019agit d\u2019un mystère qui nous conduit directement à la vie éternelle et par conséquent auquel nous devons fermement croire mais encore parce que plus le bien est connu clairement et complètement, plus il est aimé avec ardeur.En effet,\u2014et Nous avons déjà dit que c\u2019est un de nos devoirs à son égard,\u2014on doit aimer l\u2019Esprit-Saint, parce qu\u2019il est Dieu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces.» (Deut., VI, 5).Il doit aussi être aimé parce qu\u2019il est l\u2019amour substantiel, éternel, le premier amour ; or, rien n\u2019est plus aimable que l\u2019amour.Il doit être aimé d\u2019autant plus qu\u2019il nous a comblés des plus grands bienfaits, lesquels témoignent de sa munificence et appellent notre gratitude.i.Conséquences de cette dévotion.\u2014Ses caractères.Cet amour offre un double fruit bien appréciable certes.Il nous animera à connaître de mieux en mieux l\u2019Esprit-Saint : « Celui qui aime, en effet, comme dit le docteur Angélique, ne se contente pas d\u2019un aperçu superficiel de l\u2019objet aimé, mais il s\u2019efforce de rechercher tout ce qui touche l\u2019intime de celui-ci, et il pénètre tellement dans son être que de l\u2019Esprit-Saint, qui est l\u2019amour de Dieu, on dit qu\u2019il scrute même les profondeurs de Dieu )) (I Cor, II, 10.\u2014 Summa Th., la 2æ, q.XXVIII, a.2).Il nous gratifiera aussi des dons célestes d\u2019autant plus abondamment que nous lui témoignerons,plus de gratitude : car si la-froideur de celui qui reçoit resserre la main de celui qui donne, par contre l\u2019amour et la reconnaissance élargissent cette main.Il faü't cependant bien prendre garde que cet amour ne consiste pas dans une aride connaissance et dans des hommages purement extérieurs, mais qu\u2019il soit prompt à agir, qu\u2019il évite surtout le péché, lequel outrage particulièrement l\u2019Esprit-Saint, Tous tant que nous sommes, eu effet, nous devons tout à la bonté divine, laquelle est principalement attribuée au Saint-Esprit : celui qui pèche offense cet Esprit bienfaiteur ; abusant de ses dons et de sa bonté,\u2019 il devient chaque jour plus auda. \u2014 400 \u2014 deux.\u2014Ajoutez à cela que cet Esprit étant l\u2019Esprit de vérité, si quelqu\u2019un pèche par faiblesse ou par ignorance.il aura peut-être une excuse aux yeux de Dieu ; mais celui qui par malice s\u2019oppose à la vérité ou se détourne d\u2019elle, pèche très gravement contre le Saint-Esprit.Or, ce vice a pris de notre temps des développements tels qu\u2019elle semble arrivée cette époque lamentable prédite par saint Paul, où les hommes, aveuglés par le très juste jugement de Dieu, regarderont ce qui est faux comme la vérité, et croiront\u2014comme s\u2019il était le maître du vrai\u2014au « prince de ce monde », qui est menteur et le père du mensonge : « Dieu leur enverra des artisans d\u2019erreur afin qn\u2019ils croient au mensonge » (II Thess, II, 10).«Dans les temps qui viendront, certains s\u2019éloigneront de la foi, s\u2019attachant à l\u2019esprit d\u2019erreur et aux doctrines des démons » (I Tim., IV, 1).Mais puisque l\u2019Esprit-Saint, comme Nous l\u2019avons dit plus haut, habite en nous ainsi que dans son temple, il y a lieu de rappeler ce conseil de l\u2019Apôtre : « Ne contristez pas le Saint-Esprit de Dieu en qui vous avez été marqués » (Eph., IV, 30).Et cela ne suffit pas de fuir le mal : le chrétien doit en outre briller de l\u2019éclat de toutes les vertus, afin de plaire à un hôte si puissant et si bienfaisant ; parmi ces vertus, doivent tenir le premier rang la pureté et la sainteté, qui sont les caractères convenant à un temple.C\u2019est pourquoi le même apôtre a dit : «Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l\u2019Esprit de Dieu habite en vous ?Or, si quelqu\u2019un viole le temple de Dieu, Dieu le perdra ; le temple de Dieu est saint, en effet, et c\u2019est ce que vous êtes » (1 Cor., III, 16.17).Menaces terribles, certes, mais parfaitement justes.Enfin, il faut prier et supplier l\u2019Esprit-Saint, car il n\u2019est personne qui n\u2019ait le plus grand besoin de son aide.Chacun^ en effet est dépourvu de sagesse, de forces, accablé d\u2019épreuves, porté au mal; chacun par conséquent doit chercher un refuge près de Celui qui est la source éternelle de la lumière, de la force, de la consolation, de la sainteté.Et la rémission des péchés, ce bien entre tous nécessaire aux hommes, c\u2019est à Lui surtout qu\u2019il faut le demander : « Le propre du Saint-Esprit, c\u2019est qu\u2019il est le don du Père et du Fils; et la \u2014 401 \u2014 rémission des pêchés se fait par l\u2019Esprit-Saint comme par un don de Dieu » (Summ.Tlip 3a, q.III, a 8, ad 3.).Cet esprit est l\u2019objet d\u2019une assertion encore plus explicite dans les prières du rite sacré: «Il est la rémission des péchés» (In Miss.Rom., fer.III post Pent.).De quelle manière il faut Le prier, l\u2019Eglise nous l\u2019enseigne très parfaitement.Elle le supplie et l\u2019adjure par les noms les plus doux : « Venez, père des pauvres ; venez, distributeur des grâces ; venez, lumière des cœurs, consolateur excellent, doux hôte de l\u2019âme, notre doux refuge».Elle le conjure de laver, de purifier, de baigner nos esprits et nos cœurs, de donner à ceux qui ont confiance en lui.«le mérite de la vertu, une heureuse mort et la joie éternelle».Et l\u2019on ne peut douter qu\u2019il entendra ces prières, Celui qui a inspiré cette parole de l\u2019Ecriture : « L\u2019Esprit lui-même supplie pour nous avec des gémissements inénarrables» (Rom.VIII, 26).Enfin, il faut lui demander assidûment et avec confiance de nous éclairer de plus en plus vivement de sa lumière, et de nous brûler pour ainsi dire des feux de son amour, afin qu\u2019appuyés sur la foi et sur la charité, nous marchions avec ardeur vers les récompenses éternelles, car 11 «est le gage de notre héritage » (Eph., I, 14).2.Neuvaine annuelle préparatoire à la Pentecôte.\u2014 Indulgences accordées.Vous connaissez maintenant, Vénérables Frères, les avis et les exhortations qu\u2019il Nous a plu de publier pour promouvoir le culte de l\u2019Esprit-Saint.Nous n\u2019en doutons pas, ces conseils, avec le secours de votre zèle, porteront des fruits excellents parmi le peuple chrétien.Pour parvenir à ce but si important, Nous ne négligerons de Notre côté aucun effort, et Nous Nous proposons de nourrir et faire progresser cette dévotion par tous les moyens qui Nous paraîtront favorables.Cependant, puisqu\u2019il y a deux ans, par Notre lettre « Provida-matrisg> Nous avons recommandé aux catholiques, dans les solennités de la Pentecôte, des prières propres à hâter l\u2019accomplissement de l\u2019unité chrétienne, Nous désirons prendre à ce sujet quelques décisions plus étendues. \u2014 402 \u2014 Nous décrétons donc et Nous ordonnons que dans tout le monde catholique, cette année et toutes celles qui suivront, une neuvaine soit faite avant la Pentecôte dans toutes les églises paroissiales et, \u2014 si l\u2019Ordinaire le juge utile,\u2014 dans les autres églises et sanctuaires.A tous ceux qui auront pris part à cette neuvaine et prié à Nos intentions, Nous accordons en Dieu une indulgence de sept ans et de sept quarantaines pour chaque jour ; puis une indulgence plénière, pour l\u2019un de ces jours, ou la fête môme de la Pentecôte ou l\u2019un des huit jours suivants, à tous ceux qui, s\u2019étant confessé et ayant fait la sainte communion, prieront pieusement à Nos intentions.Nous voulons faire participer également à ces avantages ceux qui, pour un motif légitime, seront empêchés de prendre part à ces prières publiques, et à ceux dans l\u2019Eglise desquels ces prières ne pourraient être faites, d\u2019après le jugement de l\u2019Ordinaire : pourvu toutefois qu\u2019ils fassent la neuvaine en leur particulier et remplissent les autres conditions prescrites.En outre, il Nous plaît d\u2019attribuer à perpétuité, du trésor de l\u2019Eglise, à ceux qui, en public ou en particulier, réciteront chaque jour suivant leur piété des prières au Saint-Esprit, pendant l\u2019octave de la Pentecôte, jusqu\u2019à la fête de la sainte Trinité inclusivement, et qui satisferont aux autres conditions, la faculté de gagner les deux susdites indulgences.\u2014Nous accordons de plus que le bienfait de ces indulgences puisse être attribué par suffrage aux âmes du Purgatoire.Exhortation Maintenant, Notre esprit et Notre cœur se reportent aux vœux que nous avons exprimés au début.Nous demandons et demanderons encore leur réalisation à l\u2019Esprit-Saint, en d\u2019ardentes prières.Associez-vous, Vénérables Frères, à Nos supplications ; et qu\u2019à vos exhortations, toutes les nations catholiques joignent leur voix à la Nôtre par l\u2019intercession efficace de la très puissante et bienheureuse Vierge.Vous savez quels liens intimes et admirables l\u2019unissent au Saint-Esprit, dont elle est justement appelée l\u2019Epouse immaculée.Sa prière a été très efficace pour le mystère de l\u2019Incarnation et pour la descente du Saint-Esprit sur l\u2019assemblée des apôtres. \u2014 403 \u2014 Qu\u2019Elle fortifie Nos communes prières de son bienveillant suffrage, afin que partout, dans les nations si profondément souffrantes, le divin Esprit reproduise les merveilles qui ont été célébrées dans la prophétie de David : «Vous enverrez votre Esprit-Saint et tout sera créé, et Vous renouvellerez la face de la terre » (Ps.GIII, 30).Gomme gage des faveurs célestes, et en témoignage de Notre bienveillance, recevez,Vénérables Frères, pour vous, pour votre clergé et pour votre peuple, la bénédiction apostolique que Nous accordons très affectueusement dans le Seigneur.Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 9 mai 1897, vingtième année de Notre Pontificat.LEON XIII, PAPE. « hi h} ft \\ \u2014 405 \u2014 » LETTRE ENCYCLIQUE DE NOTRE TRÈS SAINT PÈRE LÉON XIII, PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE, AUX ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES D\u2019AUTRICHE, D\u2019ALLEMAGNE ET DE SUISSE, AU SUJET DU CENTENAIRE DU RIENHEUREUX PIERRE CANISIUS.A Nos .Vénérables Frères les archevêques et évêques cFAutriche, cVAllemagne et de Suisse, LÉON XIII, PAPE.Vénérables Frères, saint et bénédiction apostolique.L\u2019intérêt de l\u2019Eglise militante, non moins que le souci de son honneur, doit engager ses membres à célébrer fréquemment par des cérémonies solennelles la mémoire des hommes que leur vertu et leur piété éminentes ont conduits à une haute gloire dans l\u2019Eglise triomphante.Ces fêtes, en effet, font revivre le souvenir de l\u2019antique sainteté, souvenir qu\u2019il est toujours avantageux de rappeler, mais dont l\u2019évocation est surtout très salutaire dans les époques hostiles à la vertu et à la foi.En cette année-ci, où il Nous est permis, par un bienfait de la divine Providence, de fêter le troisième centenaire de la mort de Pierre Canisius, homme d\u2019une grande sainteté, Nous n\u2019avons rien plus à cœur que de voir les hommes de bien ranimés par les moyens d\u2019action, grâce auxquels cet homme rendit de si heureux services à la société chrétienne. \u2014 406 \u2014 Notre siècle en effet présente certains rapports avec l\u2019époque où vécut Canisius, et où un désir immodéré d\u2019innovations et l\u2019invasion de doctrines trop libres engendrèrent de grands dommages pour la foi et aussi la perversion des mœurs.Celui qui fut, après Boniface, l\u2019apôtre de la Germanie entreprit d\u2019arracher à ces deux fléaux toutes les classes de la société, mais surtout la jeunesse ; il les combattit non seulement par des discours publics très opportuns ou par de subtiles discussions, mais encore et principalement par la fondation d\u2019écoles et par la publication d\u2019excellents ouvrages.A son exemple, de nombreux citoyens de votre nation, déployant beaucoup d\u2019activité et se servant des mômes armes contre des ennemis qui n\u2019étaient nullement ignorants, ne cessèrent, pour la défense et l\u2019éclat de la religion, d\u2019étudier les plus nobles sciences et de cultiver avec ardeur tous les arts libéraux.Ils étaient soutenus par l\u2019approbation déclarée des pontifes romains, qui se sont toujours appliqués avec beaucoup de soin à maintenir l\u2019antique splendeur des lettres et à faire progresser toutes les branches de la civilisation.Vous n\u2019ignorez pas, Vénérables Frères, que Nous-même avons toujours eu à cœur, pardessus tout, de veiller à la bonne et saine éducation de la jeunesse, et que Nous l\u2019avons assurée partout, autant que Nous avons pu le faire.Nous profitons très volontiers de l\u2019occasion actuelle pour proposer l\u2019exemple de ce chef courageux que fut Pierre Canisius à ceux qui, dans le camp de l\u2019Eglise, combattent pour le Christ, afin qu\u2019ils se persuadent qu\u2019à la justice de la cause il faut unir les armes de la science, et que de la sorte ils puissent défendre la religion d\u2019une façon plus vigoureuse et plus efficace.Combien fut grande la tâche que cet homme très attaché à la foi catholique entreprit dans l\u2019intérêt de l\u2019Eglise et de la société, c\u2019est ce que comprendront facilement tous ceux qui considéreront l\u2019état de l\u2019Allemagne an commencement de la révolte luthérienne.La corruption des mœurs, devenant de jour en jour plus profonde, ouvrit à l\u2019erreur une entrée facile à franchir, et d\u2019autre part l'erreur mit le comble à cette corruption des mœurs.Le nombre de ceux qui s\u2019écartaient de la foi catholique allait toujours croissant ; bientôt le venin de l\u2019hérésie envahit presque toutes les provinces ; il infesta les hommes de toute condition, si bien que beaucoup de gens crurent que la cause de la religion dans cet empire était extrêmement compromise et qu\u2019il restait à peine un remède à opposer au fléau.Et en effet la situation était désespérée si Dieu n\u2019était intervenu par un secours opportun.Certes il restait encore en Allemagne des hommes à la foi solide, remarquables par leur science et par leur connaissance de la, religion ; il y restait les princes de la maison de Bavière et de la maison d\u2019Autriche, en premier lieu le roi des Romains, Ferdinand, premier du nom, qui étaient résolus à conserver et à défendre de toutes leurs forces la religion catholique.Mais Dieu envoya à l\u2019Allemagne en péril un appui nouveau et de beaucoup le plus puissant: c\u2019est à fcette époque en effet que naquit la société de Loyala, dont le premier représentant parmi les Germains fut Pierre Canisius.Assurément, Nous n\u2019avons pas à rappeler ici dans tous ses détails la vie de cet homme d\u2019une éminente sainteté : le zèle avec lequel il entreprit de ramener à l'ancienne concorde et à l\u2019union des esprits sa patrie déchirée par les dissensions et par les révoltes.l\u2019ardeur qu\u2019il déploya pour discuter publiquement avec les maîtres de l\u2019erreur.les discours par lesquels il ranima les cœurs, les persécutions qui le frappèrent, les pays qu\u2019il parcourut, les grandes missions dont il se chargea dans l\u2019intérêt de la foi.Mais pour appliquer de nouveau notre attention à ces armes de la science, avec quelle constance, quelle habileté, quelle sagesse, quel à-propos il les mania toujours ! Après son retour de Messine, où il était devenu maître en éloquence, il se consacra à l\u2019enseignement de la science sacrée dans les académies de Cologne, d\u2019Ingolstadt, de Vienne, où, suivant la route royale tracée par les docteurs les mieux éprouvés de l\u2019école chrétienne, il ouvrit au profit des Germains les trésors de la philosophie scolastique.Comme les ennemis de la foi avaient alors une profonde horreur pour cette doctrine, convaincus qu\u2019elle met très vivement en lumière la vérité catholique, il prit soin que cette philosophie fût enseignée publiquement dans les lycées et dans les collèges de la société de Jésus, à la fondation desquels il avait consacré tant de zèle et de labeurs, 408 Il ne dédaigna pas de descendre du faîte [de la science jusqu\u2019aux éléments des lettres, et de se charger de l\u2019instruction des enfants, écrivant môme à leur usage des alphabets et des grammaires.De môme que, quittant la cour des princes avec lesquels il avait eu des entretiens, il allait souvent adresser la parole au peuple, ainsi, après avoir écrit sur de graves sujets, sur les controverses dogmatiques ou sur la morale, il travaillait ensuite à la composition de petits livres destinés à fortifier la foi du peuple, à exciter et à nourrir sa piété.Il obtint d\u2019admirables résultats dans cette grande mission qui consiste à empêcher que les ignorants soient pris dans les filets de l\u2019erreur.A cette fin, il publia une Somme cle la doctrine catholique, ouvrage compact et serré, écrit dans une langue brillante, et dont le style n\u2019est pas indigne des Pères de l\u2019Eglise.Cet ouvrage remarquable fut accueilli avec de grandes louanges dans presque tous les pays de l\u2019Europe.Moins volumineux, mais non moins utiles ont été les deux Catéchismes très célèbres que le bienheureux écrivit à l\u2019usage des intelligences peu cultivées; l\u2019un pour inculquer la religion aux enfants, l\u2019autre pour instruire les adolescents déjà appliqués à l\u2019étude des lettres.Ces deux ouvrages, aussitôt publiés, obtinrent une telle faveur auprès des catholiques qu\u2019ils s\u2019usèrent dans les mains des hommes chargés d\u2019enseigner les éléments de la vérité.Non seulement on les employait dans les écoles pour faire sucer le lait de la doctrine, mais encore ils étaient expliqués publiquement dans les temples pour le bien commun.Aussi, pendant trois siècles, Canisius fut regardé comme le maître des catholiques d\u2019Allemagne et, dans le langage populaire, « connaître Canisius» et «conserver la vérité chrétienne» étaient deux locutions synonymes.Ces exemples donnés par un homme si saint indiquent assez la voie dans laquelle doivent s\u2019engager tous les gens de bien.Nous savons, certes, Vénérables Frères, que l\u2019un des plus beaux titres de gloire de votre nation, c\u2019est que vous utilisez avec sagesse et avec fruit votre talent et vos travaux pour accroître la grandeur de votre patrie, la prospérité du public et des particuliers.Mais il importe surtout que tout ce qu\u2019il y a parmi vous d\u2019hommes sages et vertueux fassent de vigoureux efforts pour 409 \u2014 assurer le bien de la religion, qu\u2019ils consacrent à sa gloire et à sa défense toutes les lumières de leur esprit, toutes les forces de leur parole, qu\u2019à cette même fin ils se mettent aussitôt au courant, avec détails, de tous les progrès des arts et des sciences.En effet, s\u2019il y eut jamais une époque qui dut demander à la science et à l\u2019érudition des armes pour défendre la foi catholique, c\u2019est assurément notre époque, où des progrès rapides dans toutes les branches de la civilisation fournissent souvent aux ennemis de la foi chrétienne l\u2019occasion de l\u2019attaquer.Ce sont les mêmes forces qu\u2019il faut consacrer à repousser leur choc; il faut occuper avant eux la place, leur arracher les armes avec lesquelles iis s\u2019efforcent de briser tout lien entre Dieu et l\u2019homme.Les catholiques, ayant ainsi fortifié leur esprit et s\u2019étant éclairés comme il convient, pourront montrer par des faits que la foi non seulement n\u2019est en rien hostile à la science, mais encore en est comme le sommet ; que, même sur les points qui paraissent .d\u2019abord opposés ou contradictoires, elle peut si bien s\u2019accorder et s\u2019unir avec la philosophie que les lumières de l\u2019une et de l\u2019autre se fortifient mutuellement de plus en plus ; que la nature n\u2019est pas l\u2019ennemie, mais la compagne et l\u2019auxiliaire de la religion ; enfin que les inspirations de celle-ci, non seulement enrichissent tous les genres de connaissances, mais encore fortifient et vivifient les lettres et les autres arts.Quant à l\u2019éclat que les sciences sacrées retirent des sciences profanes, il est facile à concevoir pour ceux qui connaissent la nature humaine, toujours inelmée vers ce4 qui flatte les sens.Aussi, parmi les peuples qui l\u2019emportent sur les autres par le degré de civilisation, c\u2019est à peine si l\u2019on accorde quelque confiance à une sagesse rude, et les doctes surtout laissent de côté tout ce qui n\u2019est pas empreint d\u2019une certaine beauté, d\u2019un certain charme.Or nous sommes les débiteurs des sages non moins que des ignorants, si bien que nous devons prendre rang à côté des premiers, et, s'ils s\u2019égarent, les relever et les affermir.De ce côté, certes, un vaste champ s\u2019est offert à l\u2019Eglise.Dès qu\u2019aprèsde longs carnages elle eut reprit des forces, des hommes très savants illustrèrent par leur talent et par leur science cette même foi que des hommes très courageux avaient scellée de leur sang.En première ligne, les artisans de cette éclat littéraire furent les Pères de l\u2019Eglise, dont les bras méritaient la palme de la vaillance, dont la parole était le plus souvent érudite et digne d\u2019être entendue par les Grecs et par les Romains.Excités pour ainsi dire par l\u2019aiguillon de leur doctrine et de leur éloquence, de nombreux fidèles consacrèrent tout leur zèle aux études sacrées, et constituèrent un si riche patrimoine de sagesse chrétienne qu\u2019en tout temps les serviteurs de l\u2019Eglise ont pu y puiser des armes pour détruire les anciennes superstitions ou anéantir les nouveaux fantômes suscités par l\u2019hérésie.Mais les trésors légués par les savants, plusieurs siècles les ont dissipés, et ce qu\u2019il y avait de plus précieux parmi ces richesses, exposé à l\u2019avidité des barbares, risquait de tomber dans l\u2019oubli.Si les antiques monuments du génie et de l\u2019habileté de l\u2019homme, si les objets qui jadis étaient les plus en honneur chez les Grecs eL chez les Romains n\u2019ont par, entièrement péri, c\u2019est uniquement aux labeurs et au zèle de l\u2019Eglise que doit être attribué ce résultat.Si la lumière qui émane des arts et des sciences rejaillit à un tel point sur la religion, ceux qui se sont voués à ces études doivent déployer non seulement toute leur puissance intellectuelle, mais encore toute leur activité pour que la connaissance qu\u2019ils ont eux-mêmes 11e demeure pas solitaire et stérile.Que les doctes sachent donc faire fructifier leurs études au profit de la république chrétienne, et consacrent leurs loisirs privés à l\u2019utilité commune, afin que cette connaissance qu\u2019ils ont eux mêmes 11e demeure*pas à l\u2019état d\u2019ébauche, pour ainsi dire, mais descende sur le terrain de l\u2019action pratique.Or, cette action se révèle surtout dans l\u2019enseignement de la jeunesse, œuvre si importante qu\u2019elle réclame la plus grande part de leurs travaux et de leurs soins.C\u2019est pourquoi, entre tous, Nous vous exhortons vivement, Vénérables Frères, vous priant de veiller attentivement à maintenir les écoles dans l\u2019intégrité de la foi, ou même, si besoin est, à y restaurer cette foi et à prodiguer ces soins, tant aux écoles fondées par les générations précédentes qu\u2019à celles qui ont été établies plus récemment, et non seulement aux écoles enfantines, mais encore à celles qu\u2019on appelle secondaires ou académiques.Quant aux autres catholiques de votre pays, ils doivent faire en sorte, aux prix des plus grands efforts, que dans l\u2019enseignement de la jeunesse les droits des parents, comme ceux de l\u2019Eglise, soient restaurés et défendus.Voici, dans cette matière, les principales règles à observer.En premier lieu, les catholiques ne doivent pas, surtout pour les enfants, adopter des écoles mixtes, mais avoir des écoles particulières, et ils doivent choisir des maîtres très bons et très éprouvés.C\u2019est une éducation très périlleuse que celle où la religion est altérée ou nulle; or Nous voyons que, dans les écoles appelées mixtes, l\u2019un de ces cas se produit souvent.Et il ne faut pas qu\u2019on puisse se laisser aller facilement à la persuasion que l\u2019instruction et la piété peuvent se trouver séparées impunément.S\u2019il est vrai que nulle partie de la vie, soit privée, soit publique, ne peut être exempte du devoir de religion, il n\u2019est pas d\u2019âge où ce devoir doive être moins écarté que ce premier âge où la sagesse fait défaut, où l\u2019esprit est ardent et où le cœur se trouve exposé à tant d\u2019attrayantes causes de corruption.Organiser l\u2019enseignement de manière à lui enlever tout point de contact avec la religion, c\u2019est corrompre dans l\u2019âme les germes memes du beau et de l\u2019honnête, c\u2019est préparer non point des défenseurs de la patrie, mais une peste et un fléau pour le genre humain.Quelle considération\u2014Dieu supprimé\u2014pourrait en effet retenir les jeunesgens dans le devoir, ou les y rappeler, lorsqu\u2019ils se sont écartés du droit sentier de la vertu et descendent vers les abimes du vice ?En second lieu, il faut non seulement que la religion soit enseignée aux enfants à certaines heures, mais que tout le reste de l\u2019enseignement exhale comme une odeur de piété chrétienne.Si cela n\u2019est pas, si cet arôme sacré ne pénètre pas et ne ranime pas l\u2019esprit des maîtres et des élèves, l\u2019instruction, quelle qu\u2019elle soit, ne produira que peu de fruits, et aura souvent, au contraire, des inconvénients fort graves.Presque toute science, en effet porte avec elle ses périls, et des jeunes gens ne sauraient y échapper si des freins divins ne retenaient leur intelligence et leur cœur.Il faut donc prendre garde, avec un très grand soin, que la pratique de la justice et de la piété, choses essentielles, ne soit reléguée au second rang ; que la jeunesse, frappée seulement par les choses qui tombent sous les yeux, ne laisse s\u2019affai- \u2014 412 \u2014 blir en elle les ressorts\"\u201dde la vertu; que, tandis que leurs maîtres épluchent laborieusement devant eux le mot-à-mot de quelque science ennuyeuse, les jeunes gens ne conçoivent aucun souci de cette véritable sagesse dont «le commencement est la crainte du seigneur» et aux préceptes de laquelle ils doivent conformer tous les instants de leur vie.Que la transmission des multiples connaissances humaines demeure donc jointe à la culture de l\u2019âme, Que tout ordre d\u2019enseignement, quel qu\u2019il soit en définitive, soit pénétré et dominé par la religion, et que celle-ci, par sa 'majesté et sa douceur, l\u2019emporte tellement qu\u2019elle laisse dans l\u2019âme des jeunes gens, pour ainsi dire, de bienfaisants aiguillons.D\u2019autre part, puisque l\u2019intention de l\u2019Église a toujours\u2019été que tous les genres d\u2019études servissent principalement à la formation religieuse de la jeunesse, il est nécesssaire non seulement que cette branche d\u2019enseignement ait sa place, et que cette place soit la principale, mais encore que nul ne puisse exercer des fonctions aussi graves sans y avoir été jugé apte par le jugement de l\u2019Eglise et confirmé dans cet emploi par l\u2019autorité religieuse.Mais ce n\u2019est pas seulemeut dans l\u2019instruction de l\u2019enfance que la religion réclame ses droits.Il fut un temps où le règlement de toute université, et principalement de celle de Paris, veillait à si bien subordonner tous les ordres d\u2019enseignement à la science théologique, que nul n\u2019était jugé digne des plus hauts titres scientifiques s\u2019il n\u2019avait obtenu un grade en théologie.Léon X, restaurateur de l\u2019ère augustale, et, depuis lui, les autres pontifes, Nos prédécesseurs, voulurentque l\u2019Athénée romain et les autres établissements d\u2019instruction appelés « universités», à un moment où des guerres impies se déchaînaient contre l\u2019Eglise, fussent comme les fortes citadelles où, sous la conduite et les inspirations de la sagesse chrétienne, la jeunesse reçût son enseignement.Ce système d\u2019études, qui accordait le premier rang à Dieu et aux choses sacrées, a produit des fruits non médiocres.On a obtenu par là, tout au moins, que les jeunes gens ainsi élevés demeurassent plus fidèles à leurs devoirs.Ces heureux résultats se renouvelleront chez vous, si vous consacrez tous vos efforts à obtenir que dans les écoles dites secondaires, dans les gymnases, lycées, académies, les droits de la religion soient respectés.Puissent vos \u2014 41S \u2014 efforts ne jamais se heurter à l\u2019obstacle qui rend vaines les meilleures intentions et inutiles tous les travaux: à savoir la dissension dans les avis et le manque de concorde dans l\u2019action.Que pourront les forces divisées des gens de bien contre l\u2019assaut de leurs ennemis coalisés ?A quoi servira le mérite des individus, s\u2019il n\u2019y a pas de ligne de conduite commune?C\u2019est pourquoi Nous vous exhortons vivement à écarLer toute controverse importune, toute contention de partis, choses qui peuvent facilement diviser les âmes, de sorte que tous les fidèles n\u2019aient qu\u2019une seule voix pour défendre l\u2019Eglise, que tous concentrent leurs forces pour les diriger vers un seul but, en y apportant la môme bonne volonté, soucieux de garder l\u2019unité de l\u2019esprit dans le lien de la paix (1).» Ces considérations Nous ont invité à rappeler et à évoquer la mémoire d\u2019un homme très saint.Puissent ses illustres exemples se graver dans les esprits et y exciter cet amour de la sagesse qui le possédait lui-même, et puisse cette sagesse travailler, sans jamais fléchir, au salut des hommes et à la défense de la divinité de l\u2019Eglise.Nous espérons, Vénérables Frères, vous qui plus que tous les autres déployez en cette matière votre sollicitude, que vous trouverez parmi les hommes les plus instruits beaucoup d\u2019hommes jaloux de partager la gloire et les labeurs de Canisius.Mais ce sont surtout ceux à qui la Providence de Dieu a dévolu la belle mission d\u2019enseigner la jeunesse qui pourront vous prêter leur noble concours, lequel, par la nature de leur œuvre, vous est naturellement acquis.S\u2019ils se rappellent que la science\u2014comme disaient les anciens\u2014mérite plutôt, lorsqu\u2019elle est séparée de la justice, le nom d\u2019« habileté » que celui de sagesse, ou mieux s\u2019ils méditent la parole de l\u2019Ecriture : « Ils sont vains.tous les hommes chez qui n\u2019est pas la science de Dieu» (2), ils apprendront à se servir des armes de la science, non point tant pour leur utilité personnelle que dans l\u2019intérêt général.Ils pourront attendre de leur travail et de leurs efforts les mêmes fruits qu\u2019obtint jadis Pierre Canisius dans ses collèges et dans ses établissements d\u2019éducation, c\u2019est-à-dire des jeunes gens dociles, de bonnes mœurs, ornés de vertus, détestant les exemples des hommes impies, trouvant un égal attrait à la (1)\tAd Ephes., IV.3.(2)\tSap., XIII.1. science et à la vertu.Lorsque la piété aura jeté dans leurs âmes de profondes racines, il n\u2019y aura plus à craindre que ces âmes ne soient envahies par l\u2019erreur ou détournées de la vertu.C\u2019est en eux que l\u2019Eglise, c\u2019est en eux que la société civile fonderont leurs meilleures espérances de voir s\u2019élever des citoyenshonnêtes dont la sagesse, la prudence et la science contribueront au salut de l\u2019ordre social et à la tranquillité de la vie domestique.Pour terminer, Nous élevons Nos prières vers le Dieu très bon et très grand, qui est « le maître des sciences», vers la Vierge sa Mère, et nous les prions, par l\u2019intercession de Pierre Canisius, dont la science mérita si bien de l\u2019Eglise catholique, d\u2019exaucer les vœux que forme l\u2019Eglise pour son propre accroissement et pour le bien de la jeunesse.Plein 'de cette espérance, Nous accordons de tout Notre cœur à chacun de vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à tout votre peuple, comme gage des célestes faveurs et comme témoignage de Notre paternelle bienveillance, la bénédiction apostolique.Donné à Rome, auprès de Saint Pierre, le 1er août 1897, la vingtième année de Notre Pontificat.LEON XIII, PAPE. CIRCULAIRE AU CLERGÉ Archevêché de Québec, 15 octobre 1897.« I.Encyclique Augustissimæ Virginia, sur le Saint Rosaire.II.\tConférences ecclésiastiques.III.\tMonsieur l\u2019abbé C.Arsenault, Directeur diocésain de l\u2019Apostolat de la Prière.IV.\tConfesseurs des religieuses.Bien chers Collaborateurs, I Notre Saint Père le Pape Léon XIII a, comme les années précédentes, donné un éclatant témoignage de sa dévotion envers la Bienheureuse Vierge Marie et de son zèle à la propager, en publiant une nouvelle Encyclique sur le Saint Rosaire.Il rappelle tout d\u2019abord que Marie, Mère du Sauveur des hommes, est aussi notre Mère selon la grâce.Et après avoir constaté chez les catholiques de notre temps une inclination plus forte que jamais a se grouper dans des associations pieuses, à s\u2019unir par les liens de la charité chrétienne et à paraître vraiment frères, il les exhorte à entrer dans la Confrérie du Très Saint Rosaire qui occupe, entre toutes les autres, une place d\u2019honneur et par son ancienneté et par les innombrables privi lèges dont elle a élé enrichie par la munificence des Souverains Pontifes.Cette confrérie qu\u2019on a appelée « la milice priante enrôlée par Saint Dominique sous l\u2019étendard de la Mère de Dieu » unit intimement tous ses membres comme des frères ; elle les groupe sous le drapeau de la sainte Vierge, elle en fait autant de soldats qui constituent une espèce d\u2019armée régulièrement organisée et dressée, capable de repousser \u2018facilement tous nos ennemis.Réciter les prières du Rosaire publiquement, avec persévérance, avec union, c\u2019est honorer Marie, c\u2019est l\u2019intéresser à nos besoins, c\u2019est acquérir une nouvelle et heureuse influence sur son cœur et par suite sur le coeur adorable de Jésus, source de tous les biens ; c\u2019est exercer en quelque sorte, la sainte fonction des anges qui nous ont révélé les mystères de notre salut et qui y ont joué un rôle important dans une attitude tour a tour joyeuse, douloureuse et triomphante.C\u2019est pour cette raison que le Souverain Pontife exhorte ceux qui ont charge d\u2019âmes à entourer d\u2019une sollicitude particulière cette milice sacrée et à accroître chaque jour le nombre de ses membres.Ce que vous avez déjà fait, avec un zèle qui vous honore grandement, pour établir dans nos maisons d\u2019éducation, dans nos paroisses, la Confrérie du Saint Rosaire ou encore le Rosaire perpétuel, et ce que vous faites durant tout le mois d\u2019octobre dans nos églises au milieu de nombreux fidèles, m\u2019est un gage certain et consolant que, pour répondre dignement aux désirs du Vicaire de Jésus-Christ qui sont les nôtres, vous continuerez à maintenir, à développer autour de vous ces pieuses associations si fécondes en fruits de salut.II La très grande importance que j\u2019attache à l\u2019étude delà science sacrée m\u2019engage à revenir sur la question des conférences ecclésiastiques.Je tiens beaucoup 1° à ce que ces conférences se fassent, autant que possible, à des époques à peu près fixes, sans trop de \u2014 4:11 \u2014 retard, et que les rapports soient expédiés immédiatement à l\u2019archevêché ;'2° à ce que tous les prêtres étudient et préparent sérieusement les questions proposées, de manière a pouvoir les traiter, les discuter, au besoin, d\u2019une manière tout a fait satisfaisante ; 3° à ce que tous assistent aux conférences, à moins de raisons extrêmement graves : il faut tout prévoir, autant que possible, et disposer tout de telle sorte qu\u2019on puisse être présent.A l\u2019avenir les absents devront envoyer par écrit au Sécrétaire de leur Conférence les travaux convenablement développés qu\u2019ils auront dû faire sur les questions ou cas soumis à l\u2019étude.Ce ne sera que la mise a exécution du treizième Décret du Premier Concile de Québec : « Ab absentibus exigatur ut scripto quæstionibus respondeant.» Les conférences, bien préparées par tout le clergé, seront extrêmement avantageuses ; si elles se font sans étude sérieuse préalable, elles n\u2019auront toujoursque peu de bons résultats.III Pour tout ce qui concerne l\u2019Apostolat de la Prière, vous devrez vous adresser à l\u2019avenir à Monsieur l\u2019abbé C.Arsenault que j\u2019ai nommé Directeur diocésain de cette pieuse Association, comme je vous l\u2019ai annoncé lors de la retraite pastorale.Un très grand nombre de nos catholiques du diocèse sont membres de cet Apostolat qui est une source de bénédictions pour les familles; efforcez-vous de le maintenir et de le propager dans vos paroisses.On vous a déjà sagement recommandé de profiter de la première communion des enfants pour les y aggréger ; vous ferez bien de mettre en pratique ce bon conseil.IV Tous les ans j\u2019envoie aux diverses Communautés du diocèse la liste des prêtres qu\u2019elles peuvent appeler comme confesseurs extraordinaires à l\u2019époque des Quatre-Temps.Je prie instamment ceux qui seront invités à remplir cette fonction d\u2019accepter généreusement ce surcroît de labeurs, disant avec \u2014 418 \u2014 saint Martin : Non recuso laborem.Ils feront en cela un acte de charité qui attirera les bénédictions du Ciel sur les travaux de leur saint ministère.Agréez, bien chers collaborateurs, l\u2019assurance de mon entier dévouement en Notre Seigneur.f Lotjis-Nazaire, Arch, de Cyrène, Administrateur. \u2014 419 \u2014 LETTRE ENCYCLIQUE DE NOTRE TRÈS SAINT PÈRE LÉON XIII, PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE, AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES, ÉVÊQUES ET AUTRES ORDINAIRES, EN PAIX ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE.DU ROSAIRE DE MARIE A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres Ordinaires, en paix et communion avec le Siège Apostolique.LÉON XIII, PAPE Vénérables Frères, Salut et bénédiction apostolique.Combien il importe aux intérêts publics ou privés que le culte de la Très Auguste Vierge Marie soit entretenu assidûment, et étendu avec un zèle croissant de jour en jour, c\u2019est là ce'que comprendra facilement tout homme qui réfléchira au degré éminent de dignité et de gloire où Dieu a placé Marie.De toute éternité II L\u2019a choisie pour qu\u2019Elle devint la Mère du Verbe qui devait se revêtir de la chair humaine.Aussi L\u2019a t-il tellement distinguée parmi tout ce qu\u2019il y avait de plus beau dans les trois ordres de la nature, delà grâce et de la gloire, qun l\u2019Eglise à juste titre attribue à cette Vierge les paroles suivantes : « Je suis sortie de la bouche du Très Haut la première avant toute créature » (1).Puis, lorsque eut commencé le cours (l) Eccl, xxiv. \u2014 420 \u2014 des siècles, lorsque les auteurs du genre humain furent tombés dans le péché et lorsque toute leur postérité fut marquée de la meme tache, Marie fut constituée le gage du rétablisse -sement de la paix et du salut.Le Fils unique de Dieu combla Sa Très Sainte Mère d\u2019écla-tantes marques d\u2019honneur.Au cours de Sa vie cachée, 11 prit la Vierge comme auxiliaire dans les deux premiers miracles qu\u2019il accomplit : un [miracle de la grâce, par lequel l\u2019enfant d\u2019Elizabeth tressaillit dans son sein quand Marie la salua; \u2014 et un miracle de la nature, par lequel Jésus changea l\u2019eau en vin aux noces de Cana.Puis lorsqu\u2019à la fin de sa vie publique le Christ établit le Nouveau Testament qui devait être signé de Son sang divin, Il confia la sainte Vierge à l\u2019Apôtre bien aimé par ces paroles très douces : « Voici ta Mère ».(Jean, XIX, 27) Nous donc, qui, quoique indigne, représentons ici bas le Fils de Dieu, Nous ne cesserons jamais- de célébrer les louanges d\u2019une telle Mère, tant que la lumière brillera pour Nous.Sen - , tant bien que cette période ne sera pas longue, à cause de Notre âge avancé, Nous ne pouvons Nous empêcher de redire à tous Nos frères en Jésus-Christ et à chacun d\u2019entre eux ces dernières paroles que Lui-même, attaché à la croix, nous laissait comme son testament: «Voici votre Mère».Nous estimerons que Nos vœux sont comblés si Nos exhortations ont pour résultat que tout fidèle n\u2019ait rien de [dus à cœur, rien de plus cher que le culte de Marie, et s\u2019il est permis à chaque chrétien de s\u2019attribuer les paroles de Jean, qui a écrit de lui-même : « Le disciple La reçut dans sa maison ».(Jean, XIX, 27).A l\u2019approche du mois d\u2019octobre, Vénérables Frères, Nous n\u2019avons pas voulu cette année encore manquer de vous écrire; Nous vous exhortons de nouveau avec toute l\u2019ardeur possible à ce que chacun de vous s\u2019applique à mériter, par la récitation du Rosaire, des grâces pour lui-même et pour l\u2019Eglise militante.Ce genre de prière semble avoir, par la providence de D
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.