La petite revue de philosophie, 1 janvier 1983, Automne
[" LA PETITE REVUE IDE PHILOSOPHIE SOMMAIRE Automne 1983 Vol.5, no 1 Liminaire.coi ea aa a ea nana ane p.HI De la neurologie sans âme et de la psychologie sans tête à la neuropsychologie Mario Bunge .\u2026.\u2026.02020000 ae aan p.1 Les traditions morales devant le pouvoir scientifique David J.Roy .02020a aan ana ane p.47 Introduction a la sociobiologie Jacques G.Ruelland .p.59 L'équivoque de la psychosomatique ou le psychisme inexistant Philippe Thiriart .p.83 L'émergence de la vie sur une planète nommée «Terre» Serge-André Créte.p.95 La conception de l'homme dans la médecine traditionnelle chinoise Denise Hébert .p.119 TEMOIGNAGES La médecine familiale d\u2019antan Régis Tougas .coi.p.143 Triste scénario des adolescentes filles-meres, version d\u2019aujourd\u2019hui Claire Nadeau .coun.p.153 Le rôle du nutritionniste dans le domaine de la santé Monique Phaneuf-Letellier .p.163 Emergence et espoir des psychotechniques Jean Blouin .ooo p.171 Médecine expérimentale: la thérapie insulino-cellulaire Jean-Claude Paquette .p.179 College Edouard-Montpetit, Longueuil, Québec. Ce neuvième numéro de La petite revue de philosophie est subventionné par les Services de l\u2019édition du Collège Édouard- Montpetit.Comité de rédaction: Co-direction: Pierre Aubry Claude Gagnon Louise B.Guérin Claude Giasson Brigitte Purkhardt Réal Rodrigue Administrateur déléguée: Danielle Garcia Dactylographie des manuscrits: Anny Vossen Maquette: Philippe Coté Composition et montage: Les Industries Graphiques London 4375, rue Iberville Montréal (Québec) H2H 2L7 Impression: Imprimerie Rive-Sud 1218, chemin Chambly Longueuil (Québec) J4J 3W6 Distribution: En abonnements: Sylvie Lemay Services de l\u2019édition Collège Édouard-Montpetit (adresse ci-dessous) En librairies: Diffusion Parallèle Inc.1667, rue Amherst Montréal (Québec) H2L 3L4 Correspondance: Madame Agathe Larose Secrétariat général 945, chemin Chambly Longueuil (Québec) J4H 3M6 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 3e trimestre de 1983 Bibliothèque nationale du Canada: ISSN 0709-4469 Périodique semestriel: prix du numéro 3,5C$ (3,00$ étudiants) abonnement institutionnel annuel 12,00$ Vol.5, no 1, automne 1983. eue id nues uy ae fay 2 o- [a Lo SS en x ce pes = E A - ps : de philosophie La petite revue a ; v Ton H a ee \u2014 \u2014\"\u2014\u2014# a Les Be = & oc rs a pari 2 pus 0 ce pere ee .ry .ey ai a a ae a ps see a ac PT ris abs _ TE Bris a Re pce GS ét ca & 538 se és ne = or ce, ori ARK ms _ Loos Ceo a.Jett ex Sy mes ex pr FN 2 a H eed - i pede = pertes rent a - EX por = Rss i = Hs A = hii À Si À a Le I i Ë À : rs FARIA ; 5 on - A LIMINAIRE En un temps où la société est bousculée de toutes parts par les progrès fulgurants de la science et de la technique, qu\u2019il nous soit permis d'apporter par ce numéro spécial quelques réflexions de spécialistes de compétences diverses.Depuis fort longtemps la philosophie s'est intéressée, entre autres choses, aux sciences mathématiques et physiques et depuis quelques décennies cet intérêt s\u2019est accentué a un tel point que d\u2019aucuns ont cru voir une invasion de ces sciences dans la philosophie.En effet, l'intérêt s'est porté de l\u2019infiniment petit a l'infiniment grand sans oublier d\u2019autres domaines comme la théorie des systèmes et de l\u2019information, la cybernétique et aussi la biologie.Ce sont toutefois les développements récents de la médecine sous l'impulsion des sciences et technologies de la vie et les possibilités nouvelles offertes par les sciences génétiques qui semblent avoir aiguisé l'attention de la philosophie vers ce que nous appellerons les sciences de la vie et de la santé.Il est tout de même surprenant de constater que cette partie importante de la science, les sciences de la vie et de la santé, nous dirions même les sciences de la biosphère, aient été si négligées des philosophes.Il semble bien en effet que depuis toujours l'homme soit la derrière chose étudiée par l'homme.Et pourtant que de problèmes surgissent et menacent notre vie quotidienne et l'avenir même de l'humanité.Que l\u2019on pense à certains cris d\u2019alarme de gens bien avisés sur les conditions actuelles de la vie et de l'environnement et sur A R BE BA i dr a Re RH: R: Ki 3 RE A ol Ki A: a Rh va ce qu'elles seront plus tard si on n\u2019y prend garde.Il y a tout lieu d\u2019être inquiets! Qu'il nous soit permis ici d\u2019évoquer un seul exemple où la science engendre des problèmes d\u2019envergure.Nous savons que l'étude de l\u2019essence de l'information génétique est d'une importance primordiale pour certains problèmes de la biologie, que d'autre part l\u2019eugénisme est omniprésent chez plusieurs chercheurs et que par ailleurs il ne faut pas remonter trop loin dans l\u2019histoire pour rencontrer un épisode sinistre de l\u2019usage de l\u2019'eugénisme et de la théorie raciale.Nous croyons donc que c\u2019est avec réalisme et détermination que la philosophie doit s'impliquer de plus en plus dans tout ce qui concerne la vie et la biosphère, non dans un but étroit de dirigisme dogmatique mais d\u2019une façon éclairée: c\u2019est-à-dire critique et éthique devant le nombre croissant de problèmes colossaux qui surgissent des nouvelles découvertes et théories marquant d\u2019une façon aigue l'interaction de la société et de la nature.D'autant plus que les principes philosophiques sur lesquels s'appuie toute construction conceptuelle et méthodologique d'une science en déterminent de façon organique le contenu, l'orientation et le dynamisme.Aussi, comme le dit le professeur Bunge dans son .livre récent Épistémologie: «II existe une action réciproque intense entre la science et la philosophie\u2019.» C\u2019est donc dans cette perspective que La petite revue de philosophie vous présente son numéro spécial: Les sciences de la vie.Contribution bien modeste, nous 1.Mario Bunge, Épistémologie, Paris, Maloine S.A., 1983, p.145. en sommes conscients, mais qui, nous l\u2019espérons, sera une incitation pour certains et une indication d\u2019appré- i ciation et d\u2019encouragement pour d'autres.Puisse-t-il le en étre ainsi! di Pierre Aubry it [Hy yt [ie | }! i Hh dl IRR Fe A ag oie = Ces .2x eee ao RR iy = por ee TS RENE EXE ès a en oc mere ee dE me Ha Sox = Se gh pi 20 Ear rs oe es x os RN Ga - a 5 2 gi?2 58 À ie \u2014 \u2014\u2014\" Le J a \u2014 \u2014 \u2014_\u2014 EE RT jy ii (1 il De la neurologie sans ame et de la psychologie sans téte a la neuropsychologie gi Mario Bunge Foundations and Philosophy of Science Unit fi McGill University i Traduit par Philippe Thiriart, professeur au département de psychologie du collège Édouard-Montpetit, avec la collaboration de Michel Legault, pigiste.A PIC EEN mare ne Les ~ os ore ed pre = ae = Qu = Sa ES ORT Sk ace oe ex pose Esra ps => _ a.be re) ry a cs EE exe Re ve x = Lt El EX dors prs: pias = Tm at ce th 2 ere Ë À RN À \u2014 \u2014 \u2014 0 re ÈS À la mémoire de Dalbir Bindra (1922-1980), eminent neuro- psychologue et ami très cher Le docteur Dreyfus m'a confié une tâche ardue!.Cette tâche me paraît d'autant plus difficile que l'auditoire ici présent est convaincu que la philosophie correspond à la phase finale de la sénilité.Cette hypothèse est peut-être vraie pour les neurologues, mais elle reste à être démontrée dans les autres disciplines du savoir.Ma tâche consiste à capter votre attention avec un peu de philosophie, alors que vous avez consacré votre journée à vous épuiser sur les pentes de ski, derrière 1.Ce texte correspond originellement à une conférence qui fut présentée lors d'un congrès: The Whiting Lecture: Winter Conference on Brain Research.Keystone.Colorado.Ce congrès eut lieu du 24 au 31 janvier 1981.La traduction de P.Thiriart a été revue par le conférencier. RSTRRES CT TPNEET un projecteur de diapositives, au bar et que, de plus, vous venez de dîner.Mais, ce qui est pire, le docteur Dreyfus m'a rappelé que, puisque vous constituez un auditoire raffiné, bien que physiquement épuisé, ma causerie devrait être aussi profonde qu\u2019amusante.Je ne prétends pas être George Bernard Shaw ou même Art Buchwald et ne peux donc vous garantir la récréation en plus de l\u2019ilumination, mais je vous promets de faire de mon mieux pour vous tenir éveillés.Lorsque j'ai assisté pour la première fois il y a quatre ans à la Conférence d'hiver sur la recherche cérébrale, je me suis interrogé au sujet du chaînon mystérieux qui unit la neurologie et le ski.Non, ce n\u2019est pas ce que certaines personnes malintentionnées pensent.J'ai approfondi la question et, en tant que scientifique nord- américain, la première chose que jai faite consista a obtenir une subvention de recherche.Aujourd\u2019hui, je suis heureux de vous annoncer que j'ai trouvé le chainon manquant: Les neurologues et les skieurs risquent de commettre des erreurs de mémes types.Les deux occupations ne sont pas unies autour d'un méme objet d\u2019étude, excepté lorsqu\u2019il s'agit de blessures cervicales entrainées par des accidents de ski; ces deux activités ne partagent pas non plus une méthode commune, quoique toutes les deux répugnent aux théories.Leur affinité profonde réside dans le fait que les mêmes erreurs courantes peuvent être commises au moyen de la microélectrode ou du bâton de ski: 1.L'erreur de la mauvaise chaîne de montagne, ou se tromper de discipline pour traiter d\u2019un problème.Par exemple, choisir la théologie pour expliquer la conscience. 2.L'erreur de la mauvaise pente, ou se tromper de problème; par exemple, chercher l\u2019endroit ou le mécanisme qui unit le cerveau à la pensée.3.L'erreur de la mauvaise piste, ou élaborer un projet défectueux de recherche; par exemple, essayer de mesurer le délai séparant une pensée du processus cérébral correspondant.4.L'erreur des mauvaises bottes ou de la mauvaise cire, ou se tromper de méthode; par exemple s'efforcer de comprendre la pensée en étudiant des ordinateurs plutôt que des cerveaux.5.L'erreur du mauvais skieur, ou se tromper d'investigateur; par exemple, engager un mauvais conférencier pour un banquet.Je crois bien avoir apaisé votre conscience morale.Si ce n\u2019est pas le cas, peut-être pourriez-vous demander une subvention pour étudier le problème.Il m'appartient maintenant d\u2019essayer de tranquilliser ma conscience morale en effectuant le travail pour lequel j'ai été engagé.* La psychologie consiste en l'étude scientifique du comportement et du mental (mentation).Elle étudie les mouvements du corps, la sensation, la perception et l'imagination; l\u2019émotion, la motivation et l'attention; l\u2019apprentissage, la mémoire et l'oubli; l'intuition, le raisonnement et la créativité intellectuelle; ainsi qu\u2019une quantité d\u2019autres états et processus mentaux.Il existe plusieurs approches pour étudier les problèmes comportementaux et mentaux.Ces approches peuvent être regroupées en trois catégories prin- Ni ki A il ' cipales: le béhaviorisme, le mentalisme et la psychobiologie.Le béhaviorisme est sans âme et sans cerveau, en ce qu'il ignore le système nerveux (excepté comme transmetteur de stimuli) et il n\u2019est pas intéressé aux événements mentaux.Le béhaviorisme limite son attention aux comportements manifestes et observables.Le mentalisme, par contre, est «animé» mais sans cerveau; il affronte les questions éternelles soulevées par la psychologie, mais il n'utilise nullement la neurologie parce qu'il explique tout facilement en termes de psychisme, de mental ou d'esprit, c\u2019est-à-dire de principes immatériels et parfois même immortels.Finalement, la psychobiologie (ou la neuropsychologie) tient compte du cerveau et de l'âme, car elle entreprend de traduire les événements mentaux en évé- nements cérébraux.La psychobiologie étudie le développement du psychisme en tant qu\u2019aspect du développement du système nerveux, considérant en outre l\u2019évolution du système nerveux et de ses capacités comme un aspect de l\u2019évolution biologique (et sociale).Dans cet exposé, j'examinerai ces trois approches: béhaviorisme, mentalisme et psychobiologie, après avoir clarifié la notion quelque peu nébuleuse d'approche ou de stratégie et après avoir débrouillé le concept plus spécial de l'approche scientifique.Puis, j'essaierai de régler nos comptes avec le béhaviorisme et le menta- lisme.Ensuite, j'esquisserai les idées maîtresses de l'approche psychobiologique.Et, finalement, je répondrai à la question suivante: «La psychobiologie réduit-elle la psychologie à la neurophysiologie, ou bien intègre-t- elle la biologie et la psychologie? aan Le concept d\u2019approche La façon de concevoir et de traiter un type de problèmes constitue une approche à ce type de problé- mes.Nous pouvons parler d\u2019une stratégie de résolution de problèmes.Un même problème peut souvent être approché de différentes manières, qui ne sont pas toutes également efficaces.De même, une telle approche peut souvent être appliquée à plusieurs types de problèmes.Prenons le problème de la nature de la conscience (mind) qui peut être abordé théologiquement, philosophiquement, à la manière de la psychologie traditionnelle (men- talisme) ou à la façon de la neurobiologie.Réciproquement, l\u2019approche neurobiologique, comme toute autre stratégie, peut être appliquée à une variété de questions impliquant la conscience, depuis l'origine du mental jusqu'aux effets des événements mentaux sur les autres processus corporels.Une approche suggère un genre d'hypothèses et de théories (sans se prononcer pour l\u2019une en particulier).Ce faisant, elle refuse de considérer d\u2019autres genres de théories.Par exemple, l'approche théologique de la conscience n\u2019est pas compatible avec une science du mental.En effet, l'approche théologique postule a priori que la conscience relève d\u2019une substance immatérielle et immortelle détachable du cerveau et que cette conscience est inaccessible à l\u2019expérimentation matérielle.Nous pouvons distinguer quatre dimensions dans une approche.Celle-ci implique d'abord une perspective générale qui est aussi un cadre conceptuel.En second lieu, l'approche implique une problématique qui détermine quels problèmes peuvent être soulevés.Troisièmement, elle implique la détermination d'objectifs ou de HR s \"14 ioe 1B ie 8 tH buts.Finalement, elle utilise des méthodes constituées par l\u2019ensemble des démarches servant à découvrir et démontrer la vérité.Considérons maintenant l\u2019approche dite scientifique à la lumière de ces quatre dimensions que nous venons d'évoquer.1.La perspective générale de l'approche scientifique suppose (a) une ontologie naturaliste selon laquelle le monde est composé d'objets concrets et en mouvement, et non pas de fantômes; (b) une épistémologie réaliste selon laquelle nous pouvons concevoir des représentations assez exactes des objets et de leur mouvement au moyen de l'expérience et de la raison, et non pas au moyen de capacités cognitives surnaturelles ou paranormales; (c) une position éthique qui soutient le libre examen de la vérité et qui, par conséquent, cherche à écarter la confiance en l\u2019argument d'autorité, la tricherie et la monopolisation de l'information.2.La problématique de l'approche scientifique suppose que n'importe quelle question d\u2019ordre cognitif peut être soulevée.Aucune question n\u2019est hors de propos si elle est formulée en accord avec la perspective générale présentée ci-dessus.3.Les objectifs de l'approche scientifique consistent en la description, l\u2019explication et la prédiction?des faits en utilisant les lois et les données disponibles.L'approche scientifique veut ainsi dépasser la simple description; de plus, elle refuse les explications arbitraires.4.Les méthodes de l'approche scientifique incluent naturellement la méthode scientifique classique, 2.L'auteur juge non pertinent d'inclure la maîtrise ou l'action sur les faits parmi les objectifs de l'approche scientifique.Il juge que l'action en vue de buts utilitaires est du ressort de la technique.(N.D.T.) mais aussi toute technique ou tactique de recherche pourvu qu\u2019elle soit examinable, contrôlable et justifiable, ce qui exclut les boules de cristal et les tests de taches d'encre.Le spécialiste scientifique peut regimber lorsque jaffirme que l'approche scientifique implique une encombrante dimension philosophique constituée d'une vision du monde, d\u2019une théorie de la connaissance et d\u2019un code de conduite.Néanmoins, cette perspective philosophique générale oriente le choix des problèmes étudiés, les objectifs poursuivis et les moyens ou les méthodes utilisés pour étudier ces problèmes.Nous ne le percevons pas spontanément parce que nous considérons cette perspective générale comme allant de soi.Nous nous en sommes imbibés durant notre apprentissage scientifique.Pour illustrer l'importance de cette perspective scientifique générale, sous-jacente et envahissante, je vais faire appel à des exemples hypothétiques qui s\u2019y opposent.(a) Que ferait un scientifique adhérant à une vision surnaturelle du monde?|! ferait appel à des agents surnaturels au lieu de limiter ses théories et ses expérimentations à des entités\u201c certifiées ou supposées réelles.(b) Que ferait un scientifique dont l\u2019'épistémologie est subjectiviste ou conventionnaliste?Il ne se préoccuperait guère d\u2019évaluer ses théories au moyen de tests expérimentaux.Et si ce scientifique croyait en des moyens paranormaux de cognition \u2014 comme la révélation, l\u2019intuition, la télépathie ou la prémonition \u2014 il y ferait appel au lieu de tester ses hypothèses.(c) Finalement, imaginez un scientifique qui n'adopterait pas le 3.L'auteur identifie les concepts d'entité réelle et d'objet matériel.; Ri ji code d'éthique de la science.Il pourrait se sentir libre d\u2019ignorer les faits contredisant ses théories; ou il pourrait maquiller ses données, cacher de l'information ou tricher dans la démonstration d\u2019un théorème; il pourrait plagier les idées d\u2019autrui et il ne serait guère intéressé à essayer de savoir s\u2019il s\u2019est trompé.En d\u2019autres mots, cette perspective générale ou cet arrière-plan philosophique constitue une composante essentielle de l\u2019approche scientifique.Dans le cas de la psychologie, l'arrière-plan philosophique tient un rôle particulièrement évident.En effet, la psychologie ne partage pas la perspective générale adoptée par les sciences rigoureuses et bien établies, de sorte que la psychologie est en grande partie non scientifique ou protoscientifique.Faisant suite à la perspective générale, nous avons la problématique, les objectifs et les méthodes qui constituent les trois autres composantes du concept d'approche scientifique.Ces trois autres composantes paraissent «normales» pour un auditoire scientifique, même si la discussion de chacune peut donner naissance à de longs débats agités (voir par exemple Bunge, 1967).Ces composantes paraissent normales parce que nous acceptons volontiers qu\u2019une recherche scientifique soit caractérisée par un ensemble particulier de problèmes, d\u2019objectifs et de méthodes.Néanmoins, je tiens à souligner que ce sont des techniciens, et non pas des scientifiques, qui se limitent à l'apprentissage de méthodes particulières pour résoudre des problèmes bien définis et pour atteindre des objectifs limités.Le scientifique, quant à lui, finit toujours par considérer la perspective générale et philosophique dans laquelle il oeuvre.10 Nous pouvons maintenant considérer les approches qui caractérisent le béhaviorisme, le mentalisme et la psychobiologie.Nous verrons dans quelle mesure elles peuvent être jugées scientifiques.Le béhaviorisme Permettez-moi de commencer en relevant l\u2019erreur fréquente qui consiste à confondre le béhaviorisme et l'étude du comportement.Les comportements peuvent être étudiés de diverses façons: béhavioriste, mentaliste ou biologique.Mais à partir de Watson (1925) jusqu\u2019à Skinner (1938) et leurs disciples, le béhaviorisme au sens strict n\u2019a pas été simplement l'étude du comportement.L'approche béhavioriste au sens strict se distingue par ce qu\u2019elle a choisi de négliger.Elle néglige de tenir compte de ce qu\u2019on appelle le substrat neural ou les correspondances biologiques des comportements.L'approche béhavioriste au sens strict néglige aussi l'étude de toute expérience subjective ou de tout vécu.En fait, pour le dire positivement, le béhaviorisme étudie les réponses des organismes à des ensembles variés de stimuli, les organismes étant considérés comme des boîtes noires.Ainsi la perspective générale de l'approche béhavioriste repose sur une ontologie naturaliste mais limitée.Elle est naturaliste parce qu\u2019elle refuse de considérer des entités incorporelles, mais elle est limitée parce qu\u2019elle fait peu de cas des phénomènes\u201c non comportementaux tels que l'émotion, l'imagination et l'idéation.En second lieu, le béhaviorisme adopte une épistémologie réaliste, mais primitive.Il tâche de rendre 4.Pour l\u2019auteur, un phénomène non comportemental ne serait néanmoins ni immatériel, ni incorpore! (N.D.T ).11 A À ) B H! n compte d\u2019un aspect de la réalité que nous pouvons appeler les apparences puisqu\u2019il ne s\u2019agit que de comportements manifestes observables.De plus, ces apparences doivent être considérées comme existant réellement parce que le béhaviorisme soutient que sa recherche est objective et non pas subjective.Donc, l\u2019épistémologie du béhaviorisme est bien réaliste et non pas subjectiviste.Néanmoins, cette épistémologie est primitive parce qu'elle fuit les construits hypothétiques tels que le «désir» et le «raisonnement», de sorte qu\u2019il devient impossible de se demander si de tels construits représentent des propriétés objectives, des états ou des processus de l'organisme.En fuyant les construits hypothétiques, le béhaviorisme évite de devoir formuler des hypothèses et des théories profondes ou non phénoménalesS.Il contourne ainsi les problèmes les plus ardus de la théorie de la connaissance.Typiquement, un modèle d\u2019apprentissage béhavioriste évolue autour du concept de probabilité: quelle est la probabilité qu\u2019un organisme émette une réponse donnée à la nième présentation d\u2019un stimulus d\u2019un certain type?Le béhaviorisme s\u2019occupe d\u2019évé- nements pris en tant que tels (whole events) et il ne fait pas appel à des états mentaux; il feint que ceux-ci n\u2019ont pas d'importance, sinon pour l\u2019individu, du moins pour la science.En troisième lieu, le béhaviorisme suit un code strict de conduite scientifique.En fait, nous pouvons 5.Une hypothèse profonde porterait sur la nature de l'être ou du noumène.Le béhaviorisme serait phénoméniste en ce sens qu'il investigue les événements extérieurs et les phénomènes matériels tels qu\u2019ils apparaissent assez directement au vu et au su de l'observateur.Celui-ci ne cherche pas à les interpréter pour trouver une signification cachée, une essence ou un noumene (N.D.T.).12 exprimer de la gratitude aux béhavioristes pour avoir introduit ce code dans le domaine de la psychologie, où l\u2019illusion et la duperie (accidentelle ou délibérée) ne sont pas rares.En résumé, nous venons de voir que la perspective générale du béhaviorisme est scientifique mais étroite.La problématique du béhaviorisme est aussi très étroite parce qu'il se débarrasse des problèmes les plus intéressants de la psychologie, nommément tous ceux impliquant des états et des processus mentaux, ainsi que ce qu'on appelle leur base neurale ou leurs correspondances biologiques.Une telle élimination nous laisse insatisfaits.Non seulement nous désirons tous savoir comment agit un être qui souffre, qui aime ou qui pense, mais nous voulons aussi savoir ce qu\u2019est la douleur, l'amour ou la pensée; autrement dit, nous voulons identifier les processus neuraux appelés «douleur», \u201camour et «pensée».Lorsque nous observons deux boxeurs qui échangent des coups, ou deux psychologues qui échangent leurs opinions, nous restons insatisfaits si on nous dit que chacun répond aux coups de son adversaire ou au comportement verbal de son interlocuteur.Nous voulons savoir ce qui les motive à commencer le combat ou la discussion et ce qui les fait continuer ou arrêter.De même, lorsque nous observons un neurologue insérer ses électrodes dans le cerveau d\u2019un rat et lire ses instruments, nous voulons savoir quels sont ses problèmes, ses hypothèses et ses buts, sans parler de ses doutes et de ses espoirs.En écartant la motivation, l\u2019affect et l\u2019idéation, le béhavioriste fournit un compte rendu superficiel et par conséquent non éclaircissant du comportement: c'est 13 ll i | Ri [i ji i I RB comme un film muet sans texte d'appoint.Dans son extrême ascétisme ontologique, épistémologique et méthodologique, le béhavioriste nie que les problèmes les plus intéressants soient accessibles à l\u2019approche scientifique.|| abandonne ainsi le terrain au mentaliste et à ses spéculations fantaisistes.L\u2019abnégation du scientifique laisse le champ libre au sybaritisme intellectuel du pseudo-scientifique.L'objectif du béhaviorisme est scientifique mais, à nouveau, étroit.Il est scientifique parce qu'il se propose de décrire et de prédireô le comportement.Mais en fait, il ne décrit que superficiellement le comportement parce qu'il ignore les états internes de l'animal, et, par conséquent, il ne peut pas prédire le comportement avec toute l'exactitude souhaitée.Le béhaviorisme est étroit parce qu'il ne réussit pas à tenir compte des faits qui ne sont pas manifestement observables.De plus, il s\u2019abstient d'expliquer.Ces restrictions sont paralysantes, car nous ne pouvons pas décrire le comportement de manière satisfaisante sans concevoir des hypothèses au sujet des processus neuraux sous-jacents.Après tout, c\u2019est le cerveau qui permet au processus stimulus-réponse- renforcement d\u2019avoir lieu (Pribram, 1971).Chercher à comprendre le comportement seulement au moyen de l'observation ressemble à vouloir comprendre le mouvement sans considérer les masses, les forces et les tensions, ou la radio sans étudier les électrons et les ondes électromagnétiques.6.L'auteur ne juge pas que la modification du comportement soit un but du béhaviorisme en tant que discipline du savoir.Il considère que la modification du comportement appartient à la psychologie clinique et la psychiatrie.(N.D.T.) 14 Finalement, les méthodes du béhaviorisme sont elles aussi scientifiques mais étroites.Quoiqu'il emploie l'observation, la mesure et l'expérimentation contrôlée, le béhaviorisme n'utilise pas pleinement ses découvertes empiriques.En effet, il minimise et parfois même nie le rôle des théories en général et des modèles mathématiques en particulier; par conséquent, il néglige de les tester expérimentalement.Parce que le béhaviorisme ignore la neurologie, il s'évite le problème intrigant d\u2019évaluer ses hypothèses (reliant les stimuli aux réponses) à la lumière des données et des hypothèses neurologiques.!! existe quelques modèles béhavioristes, notamment dans le domaine de l'apprentissage (voir Luce et autres, 1963-1965).Néanmoins ces modèles sont phénoménaux, en ce sens qu'ils portent sur les phénomènes apparents et externes; par conséquent, ces modèles sont superficiels.En effet, ces modèles ne s'occupent pas des processus neuraux et ils ignorent la cognition et la motivation.De plus, ils reprennent le concept de changement propre à Aristote, selon lequel la cause (l'entrée) détermine seule l'effet (la réponse ou la sortie) sans qu'il faille tenir compte de l\u2019organisation interne et de l\u2019état du système qui reçoit la stimulation et qui émet la réponse.Cette conception aristotélicienne est erronée.Elle est en désaccord avec la physique moderne, la chimie et la biologie, qui ne considérent pas seulement les circonstances externes mais qui étudient aussi les structures et les processus internes.Que l\u2019objet d'étude soit un atome ou une personne, l'effet du stimulus (que ce soit un photon ou un mot) dépend non seulement de la sorte et de la force du stimulus, mais aussi de l'état interne de l\u2019objet \u2014 un état qui doit être présumé puisqu'il ne peut pas être observé 15 directement.De plus, ce qui se passe à l\u2019intérieur du système (le processus qui a entraîné l\u2019état interne existant au moment où le stimulus a frappé le système) est juste aussi important et intéressant que les échanges du système avec son environnement.Chaque système concret possède quelque activité interne spontanée.Celle-ci peut donner naissance à des modifications (la décomposition radioactive spontanée, l\u2019auto-formation spontanée, la composition spontanée d\u2019une mélodie) et cela sans stimulation de l'environnement.Toute «sortie» n\u2019est pas nécessairement une réponse à une «entrée», malgré le béhaviorisme qui affirme que toutes nos actions sont des réponses à des stimuli extérieurs.En bref, les restrictions méthodologiques du béhaviorisme, bien que d\u2019apparence moderne, font de lui une science désuète.(Pour plus de critiques, voir Bandura, 1974.) L'approche scientifique étroite du béhaviorisme en fait plus une protoscience qu'une science arrivée à maturité.À cause de son étroitesse, le béhaviorisme est resté scientifiquement stagnant depuis 1955 environ\u201d.Pour la même raison, il a été incapable d\u2019endiguer la marée mentaliste; en fait, le béhaviorisme a partiellement provoqué cette marée mentaliste par son abandon des problèmes les plus intéressants en psychologie.Historiquement, le béhaviorisme peut être considéré comme le père de la psychologie scientifique.Mais il s'agit d'un père célibataire qui a refusé d'épouser la mère, en l\u2019occurrence, la neurobiologie.Comme tout autre père, 7.Cette stagnation peut exister pour le béhaviorisme théorique et expérimental, mais depuis une quinzaine d'années, nombreux sont les auteurs parabéhavioristes qui se font entendre en psychologie appliquée.Voir Michael Mahoney, Se changer, Éditions de l\u2019homme, 1982; et H.J.Eysenck, La névrose et vous, Mardaga, 1979 (N.D.T.).16 le béhaviorisme mérite notre amour, mais il faut l\u2019empêcher de nuire au développement de sa progéniture.Lorsque nous soulevons les limitations du béhaviorisme, nous ne devons pas oublier qu'il s\u2019agit de l'apparition d'une science.Enfin, nos critiques n\u2019excusent pas la ranimation du mentalisme, lequel est certainement préscientifique plutôt que protoscientifique.Poetic Intermezzo | Behaviorism is Heartless8 \u201cWhat are you responding to, dear?\u201d Asked the behaviorist his pet.\u201cI'm corresponding to your love,\u201d Replied she with adoring gaze.\u201cThat\u2019s quite impossible, you know.You may respond, not correspond.\u201d \u201cBut | do, I do feel in me A deep spontaneous love for thee! \"\u2014 She insisted with bitter tears.\u201cNow, that\u2019s responding to my terms.I'll reiniforce this tearful response By repeating that we never Do but respond to stimuli.\u201d \u201cIn that case we may as well part,\u201d Answered with dignity the rat.\u201cI may be nothing but a lab Animal but I've got my pride.\u201d Because our man misbehaved, He lost his star pupil and grant.Moral: Don\u2019t ignore what goes on 8.Adaptation française des poèmes en appendice.17 at 8 A I ji i RE 5 a i Bt RS Ni hi Bi 6 CACTI LAT 1 Ds: Di Mi i Bt J A hi ci i Between stimulus and response.Cultivate the neuroscience To learn why and how to behave.Le mentalisme Le mentalisme est l\u2019approche qui se concentre principalement sur les événements mentaux et secondairement sur les comportements.De plus, ses explications reposent sur ces mêmes événements mentaux.L'introspection, c\u2019est-à-dire l\u2019intuition ordinaire, constitue sa méthode privilégiée.Ainsi le mentaliste soutient qu'il sent, perçoit, pense et veut avec son psychisme (esprit ou âme) et non pas avec son cerveau.|| souligne que le mental est immatériel et autonome par rapport à la matière.Finalement, il considère sa propre perspective comme une réfutation suffisante du naturalisme et du matérialisme®.Deux principales variantes du mentalisme sont populaires de nos jours.L'une est la vieille idée banale que le mental correspond à une substance spéciale immatérielle et peut-être même immortelle.Tel que conçu, le mental échappe à l'approche scientifique qui est matérialiste.Néanmoins, ce mental immatériel peut interagir de façon mystérieuse avec le cerveau matériel (Popper et Eccles, 1977; Eccles, 1980).Comment de telles interactions entre une entité matérielle et une non-entité peuvent avoir lieu reste inexpliqué.La seconde variante du mentalisme est populaire chez les philosophes et chez les porte-parole d\u2019une 9.Ce qui est logique puisque l\u2019introspection et l\u2019intuition constituent la méthode qui lui permet d'affirmer ce qui est vrai ou réel (N.D.T.).18 science de la cognition (en particulier les praticiens de l\u2019intelligence artificielle).Selon cette seconde variante, le mental est un ensemble de formes ou de programmes.Il est structure, organisation, logiciel ou information; il n'est pas matiére, substance ou quincaillerie (hardware) (voir Fodor, 1975; Putman, 1975; Pylyshyn, 1978; MacKay, 1978).La premiere variante du mentalisme était substantialiste, alors que nous pouvons appeler la seconde variante fonctionnaliste.Le mentalisme substantialiste correspond au savoir commun et fossile.I! bénéficie de la bénédiction de la théologie.Il est une vision plutôt qu\u2019une théorie et il ne contient aucun concept technique ou mathématique, de sorte que n'importe qui peut le comprendre.En fait, le mentalisme substantialiste n'a jamais été formulé en termes précis et nous pouvons douter qu'il donne naissance un jour à une théorie testable.Considérez par exemple l'hypothèse, formulée par Saint Thomas d\u2019Aquin et adoptée par Eccles (1980, p.240), selon laquelle le psychisme ou l'âme d'un individu est insufflé en lui par Dieu à un moment donné entre la conception et la naissance, de sorte que tout mariage fécond est un ménage à trois!°.Ou considérez la prétention d'Eccles (1980, p.44-45) que l'esprit immatériel conscient de lui-même examine et fait la lecture de l'activité des modules ou colonnes corticales.Considérez finalement son postulat (1980) de \u2018l'existence de certaines expériences conscientes préalablement à l'apparition des contreparties biologiques dans l'organisation modulaire spécifique du néocortex .Essayez de reformuler ces trois spéculations fantasmatiques en termes réels; essayez 10.En français dans le texte.19 D es De! AE BN Rt ly ei ht i i R 8 d\u2019échafauder des expérimentations pour les vérifier ou essayez de les rendre compatibles avec la neurophysiologie, la psychologie du développement ou la biologie de l\u2019évolution.L'\u2019échec d'un de ces essais suffit à placer le mentalisme substantialiste en dehors de la science.La variante fonctionnaliste du mentalisme est légèrement plus raffinée que le mentalisme substantialiste.On l\u2019appelle aussi mentalisme structuraliste, ou de la théorie de l'information, ou cognitiviste (computational).|| s'affiche comme soutenant une position neutre entre le spiritualisme et le matérialisme, mais c\u2019est en fait du mentalisme substantialiste dans un nouvel emballage, parce qu'il soutient que la forme ou l\u2019organisation est primordiale alors que la matière ou le corps sont au mieux les supports passifs de la forme \u2014 oh! fantômes de Platon! Pour un mentalisme fonctionna- liste, presque tout, des ordinateurs aux personnes et aux esprits désincarnés, peut posséder ou acquérir un psychisme: «Nous pourrions consister en du fromage suisse et cela ne ferait pas de différence» (Putnam, 1975, p.291).De ce point de vue, une théorie psychologique n'est qu\u2019«un programme pour une machine de Turing''» (Fodor, 1981, p.120).Aussi pourquoi se préoccuper d'étudier le cerveau?Et pourquoi se préoccuper d\u2019étudier les particularités et les interrelations de la perception, de la motivation et de la cognition, puisqu'on dispose déjà d\u2019une théorie générale, englobante et indépendante des constituants matériels: la théorie des automates?La psychologie n\u2019aurait rien à apprendre 11.De ce point de vue, une théorie psychologique ne serait que le programme d\u2019une machine pensante (N.D.T.).20 de la neurologie et elle ne pourrait en attendre aucune percée théorique.Les mentalistes fonctionnalistes ou cognitivis- tes (computationalist) critiquent volontiers le béhaviorisme, néanmoins ils ignorent pareillement le fonctionnement du système nerveux.Ces mentalistes sont autant «externalistes» que les béhavioristes.En fait, nous pouvons avancer que le mentalisme est le complément du béhaviorisme plutôt que son contraire'\u201d.Considérons, par exemple, le critère utilisé par Turing pour distinguer un être humain d\u2019un ordinateur.Il nous suggère d'enregistrer et d'analyser en tant que telles les réponses des deux entités sans nous occuper de la façon dont elles ont traité l'information, c'est-à- dire sans nous occuper de la matière qui les constitue (Turing, 1950).Un tel critère est autant béhavioriste que fonctionnaliste.Cependant, ce critère séduisant est spécieux.Il s'oppose aux théories mathématiques des machines, y compris celle de Turing, qui contiennent toutes le théorème suivant: si le comportement peut être inféré de la structure, la réciproque est fausse.La similitude de la structure implique la similitude du comportement, mais la similitude du comportement n\u2019implique pas la similitude de la structure.C'est une évidence pour tout psychologue ou éthologue.Par exemple, l'abeille fourrageuse, l'hirondelle migratrice et le navigateur humain s\u2019orientent tous efficacement, néanmoins chacun calcule son itinéraire en utilisant des procédés différents et tous sont dignes d'étude.12.Eneffet, le courant béhavioriste, dominant actuellementen psychologie appliquée, s'appelle béhaviorisme cognitiviste (N.D T ).21 Ji Bi Ir Bi RANE RI A ili = 5 La recherche de similitudes et la construction conséquente de métaphores sont utiles, mais elles ne peuvent pas remplacer l\u2019investigation des particularités.Il est toujours possible de trouver des similitudes et des dissimilitudes entre deux objets quelconques.C\u2019est banal.Le défi consiste plutôt à évaluer si les similitudes l\u2019emportent sur les différences afin de pouvoir grouper les deux objets dans une même catégorie.Les mentalis- tes fonctionnalistes soutiennent que les personnes, les ordinateurs et les esprits désincarnés peuvent être groupés ensemble.Cette prétention syncrétique n\u2019est pas seulement choquante pour les parents humains, elle est de plus erronée et fallacieuse.Voilà les raisons pour lesquelles ce syncrétisme est fallacieux.En premier lieu, la théorie mathématique des machines élaborée par Turing est bien trop pauvre pour rendre compte d'un système réel, ne serait-ce que parce que la théorie n\u2019identifie qu\u2019un ensemble dénombrable d'états, tandis que les états d\u2019un système réel forment un ensemble innombrable.Même le neutrino et l\u2019électron, parmi les objets les plus humbles de l\u2019univers, sont plus complexes que les machines de Turing.En effet, une machine de Turing peut se décrire par un tableau représentant les propriétés fonctionnelles de chaque état subséquent, alors que pour décrire des neutrinos et des électrons il faut faire appel à des systèmes compliqués d'équations différentielles et partielles ainsi qu'à d\u2019autres formules complexes.La prétention syncrétique des mentalistes est fallacieuse pour une deuxième raison: le système nerveux humain est bien plus compliqué qu\u2019un ordinateur, ne serait-ce que parce qu\u2019il inclut des composants varia- bles susceptibles d'activité spontanée et de créativité, ce qui est le moins désiré chez un ordinateur actuel.En troisième lieu, les ordinateurs sont des artefacts et non des organismes résultant d'une longue histoire évolu- tionnaire.Quatrièmement, les ordinateurs actuels sont conçus, construits et programmés pour résoudre des problèmes et non pour en trouver; pour traiter des idées et non pour en faire apparaître de nouvelles; pour prolonger le cerveau humain et non pour le remplacer; pour obéir et non pour commander.|| s'ensuit que la cybernétique peut progresser dans la mesure où elle bénéficie des progrès de la neurologie, tandis que la neurologie piétinerait sur place si elle était à la remorque de la cybernétique.Les ordinateurs imitent le cerveau et non l'inverse.En somme, il est fallacieux d'assimiler des entités l\u2019une à l\u2019autre uniquement parce qu'elles produisent le même comportement ou remplissent la même fonction extérieure.C\u2019est cet \u2018externalisme- qui entraîne le menta- lisme, autant fonctionnaliste que substantialiste, ainsi que le béhaviorisme à considérer que la neurologie est hors de propos pour la psychologie.Dans le cas du mentalisme substantialiste, les problèmes psychologiques sont prétendument résolus en faisant appel à l'antique dogme philosophico-théologique du dualisme corps-esprit (ou dualisme psychoneural).Quant au mentalisme fonctionnaliste, il considère la neurologie comme non pertinente parce que les problèmes psychologiques seraient résolus en décrétant (mais non en prouvant) que nous sommes des machines de Turing ou, en tout cas, des transformateurs d'information et rien d'autre.Pour les deux sortes de mentalisme, les solutions sont posées à priori et ne sont pas vérifiées 23 MERCI 5) RE I i Lt i i M: TR expérimentalement.Dans les deux cas le cerveau semble inutile, sinon pour tenir occupés les neurologues.Les seuls problèmes essentiels s'avérent parfois être la télépathie, la télékinésie, la réincarnation et la résurrection'3.Le mentalisme peut-il être considéré comme une science?Comparons son arrière-plan philosophique à celui de l'approche scientifique proprement dite.Son ontologie autorise l'intervention matérielle de programmes immatériels, d\u2019esprits désincarnés (âme, ego, superego, etc.), d'informations libres de toute énergie, et même parfois aussi d\u2019êtres surnaturels.En conséquence, la psychologie devient la recherche des phénomènes anormaux et imprévisibles!4.Dans ce champ de recherche, les états ou les manières d'être ne se réfèrent plus à des choses concrètes et les événements ne sont plus des changements affectant des entités matérielles.Qu\u2019en est-il de l\u2019épistémologie du mentalisme?Elle s'appuie uniquement sur les idées apportées par l'intuition et la métaphore sans vouloir examiner leur validité de manière expérimentale et rationnelle.Les scientifiques utilisent aussi l'intuition et la métaphore pour formuler leurs hypothèses, mais par la suite une grande partie de leurs efforts est consacrée à l\u2019examen critique de ces hypothèses au moyen de l\u2019expérimenta- 13.En s'occupant de ces sujets populaires et rentables, le mentalisme assure sa survie économique (N.D.T.).14.Rappelons qu'un des buts de la science est de prédire les faits.Une discipline qui déclarerait étudier des faits essentiellement imprévisibles ou impondérables serait mal venue de se prétendre scientifique (N.D.T.). tion et de la logique.Nous pouvons conclure que l'épistémologie du mentalisme est un non-criticisme.Le men- talisme n'examine pas sérieusement la validité de ses connaissances!'s.L\u2019éthique du mentalisme est louche parce qu'il fait effrontément appel aux arguments d'autorité!é.De plus, le mentalisme ignore allègrement les nouvelles = données apportées par la psychophysiologie, la psychologie du développement et la psychologie de l\u2019évolution.Mais où réside alors la popularité du mentalisme?È Ce sont les problèmes auxquels il cherche à répondre i qui constituent son point fort.En effet, il s'adresse à la plupart des problèmes classiques de la psychologie, et en cela il satisfait \u2014 hélas de manière provisoire \u2014 notre désir ardent de comprendre notre expérience subjective ou notre vie mentale.Le mentalisme cherche à répondre E à l'ensemble des problèmes soulevés par la psychologie.by Quelle pitié qu\u2019il ne le fasse pas scientifiquement! | Les objectifs du mentalisme sont mixtes.I! cherche à comprendre des phénomènes qui sont réels et : concrets au moyen de lois qui se veulent scientifiques.E Les lois scientifiques sont soumises a la matiére, parce RE gue ces lois ne sont rien d\u2019autre que les régulations (invariant patterns) de l'existence et du devenir d'objets concrets.Mais, par contre, le mentalisme fonctionnaliste 15.Ce qui explique le grand nombre de théories mentalistes diverses et contradictoires, basées sur les intuitions d'autant de promoteurs.Ces Rt théories se juxtaposent l'une à côté de l'autre, passent de mode et Ry reviennent à la mode, sans qu'on puisse constater de progrès (N.D.T.).| 16.«Mon idée est vraie simplement parce qu'elle est en accord avec ce que le grand Freud a écrit» (N.D.T.).il 25 émet des lois du mental qu\u2019il prétend être indépendantes de toute détermination matérielle.Il affirme que tout psychisme, qu\u2019il soit engendré par un humain ou un ordinateur, est une machine de Turing c\u2019est-à-dire une structure autonome et transcendantale par rapport aux existants matériels.Ce dogme transcendantaliste met le psychisme à part des existants matériels.Les vérifications expérimentales matérielles ne sont plus vraiment pertinentes puisque le but fondamental devient la connaissance du psychisme immatériel et transcendantal.Par conséquent, les explications mentalistes refusent de relier des variables observables et mesurables entre elles.Les agissements capricieux du psychisme immatériel échappent aux instruments scientifiques.Seule l\u2019introspection ou l'intuition nous permettent d'appréhender le fonctionnement d\u2019un tel psychisme.En somme, pour rendre compte du fonctionnement psychologique, le mentalisme ne veut pas l'aide de la matière.C'est en ce sens que ses objectifs ne sont finalement pas scientifiques.[[ nous reste à discuter les méthodes de l\u2019approche mentaliste.Ces méthodes sont clairement non scientifiques.En fait, le mentalisme est typiquement spéculatif, métaphorique, dogmatique et non expérimental.Il n\u2019y a rien de mal avec la spéculation en autant qu'elle soit fertile et testable, mais les spéculations men- talistes ne sont pas testables parce qu'elles impliquent des entités désincarnées, c\u2019est-à-dire des non-entités.Les métaphores du mentalisme, «l\u2019âÂme est semblable au pilote poussa les gens dans l'impasse de la théologie; programme d'ordinateur», ne sont pas formulées de manière à être testées et elles ne constituent pas des hypothèses scientifiques.Ces analogies superficielles 26 sont semblables au vrai; mais où nous mèênent-elles, quelle est leur valeur heuristique?La métaphore du pilote pussa les gens dans l'impasse de la théologie; la métaphore de l'ordinateur nous incite à étudier des ordinateurs plutôt que des cerveaux.Naturellement, on peut décider d\u2019étudier seulement ce que tous les systèmes traitant de l\u2019information ont en commun.Cependant, cette décision arbitraire ne prouve pas que les systèmes nerveux ne soient rien que des processeurs d\u2019information et, par conséquent, explicables seulement en termes de cybernétique.On peut se consacrer à l'étude de l'information plutôt que, disons, aux processus neurobiologiques complexes par lesquels l'information est engendrée, transmise et détruite.Mais ceci ne prouve pas que l'information puisse être transférée sans énergie: tout signal doit être transporté par un processus physique quelconque.La théorie de l'information s'intéresse seulement à la forme des signaux et ainsi néglige la matière et ses propriétés notamment énergétiques.Tout ceci nous montre simplement que la théorie de l'information est trop générale pour expliquer!\u201d tout fait particulier.Nous concluons donc que les méthodes du mentalisme ne sont pas scientifiques.Le résultat de notre examen du mentalisme est clair.Des quatre composantes de l\u2019approche mentaliste, seule sa problématique est acceptable et seulement si nous supposons charitablement que les mentalistes 17.L\u2019auteur ne présente pas ici une définition précise de ce qu'il entend par «expliquer» (N.D.T.).Voir ses ouvrages: Scientific Research, vol.2, New York, Springer-Verlag, 1967, ou Treatise on Basic Philosophy, vol, 6, Boston, Reidel, 1983.27 FERN) Pr) ht \u20ac Bi yo id i : A \\ fi Rl i + i Da i ¢ | i É formulent leurs problèmes de façon à permettre un traitement scientifique.Les trois autres composantes du mentalisme ne sont pas compatibles avec la science.Finalement, le mentalisme n\u2019est pas scientifique.Il s'agit simplement de psychologie philosophique, même s'il utilise parfois des termes à la mode tels que «logiciel», «programme» et «information».(Pour plus de critiques, voir Bindra, 1981).Poetic Intermezzo I] Dualism is Naughty \u201cAll | care for is the meat,\u201d burped the brute.\u201cYou can\u2019t touch my soul,\u201d said the prostitute.\u201cBless your souls, my children,\u201d the curate made.\u201cGood dualists,\u201d the philosopher said.And yet Wr shows that meat without the feel Is chops or pot roast, not what walks on heels.WF also teaches that disembodied Desires, dreams, and smiles are nobody's.La neuropsychologie La thése centrale de la neuropsychologie consiste a avancer que le psychisme (mind) est une collection de fonctions cérébrales particulières (Hebb, 1949: Bindra, 1976; Bunge, 1980).D'après cette thèse, le psychisme ne relève pas d\u2019une substance distincte (mentalisme substantialiste).Il n'est pas plus un programme immatériel (mentalisme fonctionnaliste).Au lieu de cela, le psychisme est constitué par un ensemble d'activités particulières ou par un ensemble de fonctionnements de systèmes matériels, parce que composés d\u2019un grand nombre de neurones (ou de leurs homologues chez les extraterrestres doués de conscience).Cette conception neurobiologique du psychisme n\u2019est pas une opinion philosophique arbitraire, ni un dogme retranché à l\u2019abri de la théologie, mais elle est partie intégrante de toute vision naturaliste (matérialiste) du monde.Aussi, elle est détestée par tous ceux qui veulent expliquer le matériel en termes d'immatériel ou le temporel en termes d'éternel.La conception neuro- biologique du psychisme transforme le mystère de l\u2019esprit en un ensemble de problèmes (une problématique) qui peuvent être approchés scientifiquement.Cette thèse nie l'autonomie de la vie mentale ainsi que l\u2019indépendance de la psychologie.Elle ramène notre vie intérieure au niveau de notre vie ordinaire.Elle fait de la psychologie une branche de la biologie, notamment de la neurologie.En d'autres mots, d\u2019un point de vue neurobiolo- gique, la psychologie est la branche de la neurologie qui investigue les fonctionnements particuliers ou les activités d'assemblage de neurones.Ce sont ces fonctionnements et ces activités que nous appelons ordinairement percevoir, sentir, apprendre, imaginer, vouloir, évaluer, raisonner et ainsi de suite.La neuropsychologie est révolutionnaire, mais elle n'ignore pas les apports des autres courants psychologiques.Elle adopte la rigueur méthodologique du béhaviorisme.Elle accepte d'affronter les problèmes véritables posés par le mentalisme.La neuropsychologie retient ainsi ce qui est valable dans ces deux approches en les dépassant réanmoins de beaucoup.La perspective générale ou l\u2019arrière-plan philosophique de la neuropsychologie correspond à une 29 PE ontologie naturaliste (matérialiste) libre de contraintes ou de restrictions non scientifiques (notamment théologiques).Cette ontologie est naturaliste parce qu\u2019elle s\u2019occupe d'organismes et qu'elle ne suppose pas des esprits désincarnés ou des flux immatériels et «anergé- tiques» d\u2019information.L'épistémologie de la neuropsychologie est réaliste et évoluée.Elle est réaliste parce qu\u2019elle entreprend de rendre compte de la réalité mentale et comportementale et non pas seulement des apparences introspectives ou extérieures.Et elle est évoluée parce qu\u2019en acceptant les construits théoriques, elle accepte aussi de chercher à déterminer dans quelle mesure ils correspondent à la réalité.Finalement, l\u2019éthique de la recherche neuropsychologique correspond à celle de la science en général: elle évite les arguments d\u2019autorité, elle ne cache pas son savoir et elle ne recule pas devant les problèmes, les méthodes ou les hypothèses qui pourraient vexer certaines idéologies.La problématique de la neuropsychologie englobe le domaine complet du comportement et de la conscience.Elle s'intéresse à tout problème qui peut en principe être investigué scientifiquement, y compris celui de la conscience, qu'on peut considérer comme un système d\u2019'autorégulation du cerveau ou, mieux encore, la régulation de l\u2019activité d'une partie du cerveau par une autre partie.Les problématiques de la neuropsychologie et du mentalisme se recouvrent.Cependant, la neuropsychologie abandonne certains des problèmes mentalistes, en reformule d\u2019autres et en ajoute certains que le mentalisme ne peut pas concevoir.Par exemple, la neuropsychologie rejette comme non scientifique la question de savoir où se rend l'esprit lors d\u2019un profond sommeil, d\u2019un coma ou de la mort.Elle reformule la 30 question de savoir à quel moment du développement l\u2019âme est insufflée dans l'embryon humain.Elle se demande plutôt si le cerveau d\u2019un embryon peut avoir des états mentaux et, si oui, à partir de quel stade.Enfin, la neuropsychologie ajoute toute la problématique de l'évolution biologique: à partir de quel niveau d'évolution pouvons-nous parler de psychisme, quelles ont pu être les capacités mentales des hominidés, quelle est l'origine et la fonction de la latéralisation, et quand le langage s'est-il développé?En somme, la problématique de la neuropsychologie est bien plus riche que celle du béhaviorisme et beaucoup plus précise et stimulante que celle du mentalisme.Les objectifs de la neuropsychologie sont pleinement scientifiques.Elle ne se contente pas seulement de décrire des comportements manifestes ou d'accumuler des comptes rendus d\u2019'introspection (et elle ne se soucie pas des contes de bon mari sur les fantômes).La neuropsychologie vise aussi l'explication et si possible la prédiction du comportement et du fonctionnement mental d\u2019après les lois de la neurologie.Le rôle des théories est de première importance.Les données sont recueillies au moyen de l\u2019observation, de la mesure et de l\u2019expérimentation, néanmoins elles sont superficielles et même hors de propos en l'absence de théories.Le but de la recherche scientifique est l\u2019explication, qui est accomplie seulement à l\u2019aide de modèles et de théories \u2014 pas seulement des théories descriptives résumant et généralisant les données, mais plutôt des théories les expliquant'® en termes de mécanismes comme les processus neuraux.18.Pourrions-nous penser que l'explication d\u2019un comportement ou d'un processus mental consiste en la description de processus biologiques?(N.D.T.) 31 En somme, l'approche neuropsychologique du mental est la seule approche pleinement scientifique.La naissance de la neuropsychologie, ces dernières années, constitue une révolution scientifique pour plusieurs raisons.La neuropsychologie adopte une nouvelle approche pour répondre à une problématique ancienne; elle engendre une expansion remarquable de cette même problématique; elle est tenue de réussir la où les approches alternatives ont échoué et elle encourage la fusion de disciplines précédemment séparées: de la neurophysiologie, neuroendocrinologie et neurologie jusqu'à la psychologie, l\u2019éthologie et la psychiatrie.Comparez cette révolution avec le tarissement du béhaviorisme et la contre-révolution menta- liste.Certaines particularités stratégiques de la recherche neuropsychologique valent la peine d\u2019être notées.En premier lieu, elle étudie le comportement en procédant de manière centrifuge: du système nerveux au comportement manifeste.Par exemple, elle essaie d\u2019expliquer les mouvements volontaires en termes d'activités spécifiques de certains modules neuronaux qu\u2019on suppose situés dans le lobe \u2018frontal et connectés avec le cortex moteur.Par contre, certains chercheurs essaient de lire à distance les processus cérébraux à partir du comportement, par exemple à partir du langage ou à partir de données électrophysiologiques globales comme les traces d'électro-encéphalogrammes.Cette stratégie centripéte ne sera probablement pas fructueuse parce que le méme type apparent de comportement peut être produit par plusieurs mécanismes neuraux différents.La seule stratégie qui peut réussir est d\u2019expliquer les données globales en termes d'hypothèses 32 neurophysiologiques consistantes avec nos connaissances actuelles du cerveau.En second lieu, la neuropsychologie ne considère plus le système nerveux comme un traiteur d'information qui se contente de traduire et d\u2019encoder des stimuli externes.Le système nerveux des vertébrés supérieurs est constamment actif et cette activité est largement spontanée.En d\u2019autres mots, l'activité du système nerveux est modulée par les stimuli de l'environnement au lieu d\u2019être uniquement déterminée par eux.Dorénavant, nous devons parler de la production et de la destruction d\u2019information en plus de la transmission d\u2019information.En troisième lieu, la neuropsychologie ne se restreint pas a parler de traitement d'information car cette notion est bien trop générique.La neuropsychologie essaie de comprendre les propriétés particulières de la production, de la destruction et de la transmission de l\u2019information neurale.Personne ne tient rancune au théoricien de l'information pour sa prérogative de discuter de l'information en général, mais il ne peut pas expliquer le fonctionnement du cerveau en termes de théorie de l'information, pas plus qu'il ne peut expliquer la production, la propagation et la détection des ondes électromagnétiques.De même, l\u2019adepte de la théorie générale des systèmes a le droit de théoriser au sujet des systèmes en général, sans tenir compte de leur composition matérielle et par conséquent sans tenir compte de leurs lois particulières.Mais ce n\u2019est pas le cas du spécialiste du système nerveux des vertébrés supérieurs; il s'occupe d\u2019un système possédant des propriétés uniques telles l\u2019inhibition latérale, la plasticité synaptique, l\u2019activité spontanée et la possibilité de la connaissance de soi.33 Quatrièmement, la neuropsychologie dispose d'une théorie englobante du comportement et des processus mentaux!'9 qui sert de canevas pour la construction de théories partielles ou de modèles consacrés à un genre particulier de comportement ou de processus mental.Ce cadre général fournit une base et un guide pour les théories spéciales, de manière fort analogue à la mécanique générale qui constitue la base des théories spéciales des ressorts, des mouvements planétaires et ainsi de suite.Remarquez que ces théories sont de plus en plus formulées en termes mathématiques qui seuls apportent la précision dans la prédiction, le pouvoir déductif et l'unité conceptuelle.Cinquièmement, en élaborant des théories neuro- psychologiques, nous pouvons choisir parmi trois styles de théories: holistique (portant sur le cerveau global), descendante (réduisant aux composants cellulaires) ou ascendante (synthétisant à partir des composants).Nous avons des théories portant sur chaque niveau et des théories reliant les divers niveaux, car le système nerveux est un système à niveaux multiples, c\u2019est-à-dire composé de sous-systèmes qui sont d\u2019autant plus nombreux que le niveau est bas.Quoiqu'il insiste pour dire que le tout possède des propriétés émergentes qui sont absentes dans les parties, l\u2019'holisme est imparfait parce qu'il est réticent à essayer d'expliquer l\u2019émergence en terme de composition et de structure.Quant à la microréduction (les théories descendantes), elle souligne correctement l'importance de la composition d\u2019un système mais elle est aveugle aux propriétés systé- 19.Rappelons qu'un processus mental est un processus cérébral considéré subjectivement (N.D.T.). osssetrte nat miques émergentes, comme la capacité de former une image ou un concept.Conséquemment, cette approche purement analytique est condamnée à l\u2019échec dans sa tentative d'expliquer le mental qui résulte sans doute d\u2019activités collectives et massives et d\u2019interactions entre des myriades de neurones.Il nous reste la méthode synthétique ou ascendante, qui entreprend de reconstruire un système à partir de ses composants, de leurs interactions réciproques et de leurs interactions avec l'environnement.Cette troisième stratégie possède les vertus des deux premières: elle s'attache aux touts émergents et à leur composition.De plus, elle échappe aux déficiences de ses rivales: elle ne rejette pas l\u2019analyse et elle n'ignore pas les niveaux multiples de la réalité du système nerveux.Pour ces raisons, elle est la plus ambitieuse, la plus difficile et la plus prometteuse des trois stratégies.C'est aussi la raison pour laquelle elle est rarement entreprise; jusqu'à présent nous n'avons eu accès qu'à quelques modèles ascendants des activités du système nerveux, modèles qui soient précis et raisonnablement réalistes.(Voir par exemple Cooper, 1973; Malsburg, 1973; Pérez, Glass et Shlaer, 1975; Wilson 1975; Bindra, 1976; Pellio- nisz et Llinas, 1979; Cowan et Ermentrout, 1979).La stratégie de la modélisation ascendante est systémique et intégrante, de sorte qu\u2019elle puisse rendre compte des propriétés systémiques et intégrantes des divers systèmes neuraux.De plus, c\u2019est la stratégie capable de réunir toutes les recherches en neurologie et en psychologie.Cette stratégie a déjà fait ses preuves en physique et en chimie.Ainsi le physicien de l\u2019état solide construit un modèle de la structure cristalline d\u2019un morceau de matériau conducteur afin d'expliquer 35 son comportement molaire.Et le chimiste quantique cherche à comprendre les propriétés et les réactions des corps composés avec l\u2019aide d\u2019hypothèses et de données concernant leur composition atomique.(Dans les deux cas, le scientifique a besoin de connaître quelques propriétés globales et d'ajouter un ensemble de nouvelies hypothèses à la physique atomique.) Semblablement, le neurologue qui étudie un système neural particulier comme le tronc cérébral (brainstem), est supposé contribuer à notre compréhension des fonctions émergentes propres à ce système en termes de sa composition particulière, de sa structure et de son environnement; par exemple, d'être en charge de l'éveil et de l'activation.J'ai présenté suffisamment de traits saillants de la neuropsychologie par rapport au béhaviorisme et au mentalisme.J'ai établi sa valeur scientifique.Cherchons maintenant la place exacte de la neuropsychologie parmi les sciences.Réduction ou intégration?Parmi les trois approches de la psychologie que nous avons examinées, seulement la troisième est prometteuse et intéressante aux yeux des neurologues parce qu'elle s'intègre dans la perspective générale de la neurologie.Non seulement la neuropsychologie tient-elle compte de la neurologie, mais elle en fait partie, parce qu'elle reformule chaque problème psychologique en termes neurobiologiques.Par exemple, le neuro- psychologue ne va pas se limiter à décrire le comportement d'un animal qui résout un problème.Le neuro- psychologue va entreprendre d'identifier les processus 36 neuraux qui consistent à résoudre le problème; il va chercher à retracer le lignage évolutif et l\u2019'ontogénèse d\u2019un tel schéma comportemental.En somme, il identifie le mental à certains fonctionnements neuraux, et de ce point de vue il effectue une réduction.Cependant, une telle réduction du mental au neurophysiologique ne transforme pas la neuropsychologie en un chapitre de la neurophysiologie, et cela pour plusieurs raisons.En premier lieu, la neuropsychologie (ou la psychobiologie, ou la biopsychologie) n\u2019inclut pas seulement la neurophysiologie du comportement et du fonctionnement mental; elle inclut aussi I'étude du développement et de l\u2019évolution des systèmes neuraux, et par conséquent l\u2019investigation des déterminants génétiques et environnementaux du comportement et du fonctionnement mental.En bref, la neuropsychologie appartient à la neurologie au sens large, c'est-à-dire à l\u2019étude scientifique de tous les \u2018aspects du système nerveux.En second lieu, la neurophysiologie elle-même est guidée par les découvertes de la psychologie, souvent même de la psychologie traditionnelle, lorsqu'elle étudie les mécanismes des phénomènes comportementaux et mentaux.Ainsi l\u2019étude d'un système percep- tuel implique de savoir quelles sont ses fonctionnements particuliers, de quelle manière cette activité est reliée aux centres moteurs, et de quelles façons cette activité sert ou nuit à l'organisme complet.En troisième lieu, la neuropsychologie n\u2019est pas que de la neurophysiologie.Elle implique aussi la psychobiologie développementale et évolutive, ou 37 [RII NIA EE MS A l'étude de l\u2019'ontogénèse et de la phylogénèse du comportement et du fonctionnement mental.Cet aspect demande d'être souligné parce que la neuropsychologie développementale est encore jeune et la neuropsychologie évolutive demeure embryonnaire.En fait, la plupart des neurologues et des psychologues n'arrivent pas à penser de façon évolutionniste même lorsqu'ils font mention de la biologie évolutive.En conséquence, ils peuvent aussi bien exagérer les sauts évolutifs au détriment des gradations progressives qu'\u2019exagérer la progression graduelle au détriment de la nouveauté qualitative.En résumé, la neuropsychologie identifie les évé- nements mentaux aux événements neuraux, mais elle n'est pas une branche de la neurologie.Au lieu de cela, la neuropsychologie résulte de la fusion de la neurologie et de la psychologie.Cette nouvelle synthèse possède, comme toute synthèse,des propriétés à elle qui ne se trouvaient pas dans ses composantes prises séparément.La caractéristique principale de la synthèse neuropsy- chologique consiste à pouvoir s'attaquer au plus ardu de tous les problèmes scientifico-philosophiques, nommément l'éternel problème corps-esprit, au lieu soit de l'ignorer, soit de lui supposer une solution animiste.Et le principal avantage de la nouvelle synthèse consiste à dépasser la division des disciplines traitant du comportement et du fonctionnement mental.Cette dissociation apparaissait parfois inévitable (Koch, 1978).Les frontières entre les sciences variées du comportement et du fonctionnement mental sont artificielles et seront nécessairement effacées. Poetic Colophon The Psychojabberwocky\" \u2018Twas brillig, and the slithy toves Did gyre and gimble in the wabe: All mimsy were the borogoves, And the mome raths outgrabe.\u201cBeware the Dualist, my son! The metaphors that clamp and catch! Beware the Spirit bird and shun The frumious Sciencesnatch!\u201d He took his sharp lancet in hand: Long time the manxome foe he sought\u2014 He rested by Philosophy, And stood a long while in deep thought.And, as in uffish thought he stood, The Dualist, with eyes of flame, Came whiffling through the tulgey wood, And said his prayers as he came! One, two! One, two! And through and through The lancet split the brain in two! He took the unscientific half And went galumphing back.\u201cAnd has thou split the Dualist?Come to my arms, my neurish boy! A neural day! Calloh! Callay!\u201d He chortled in his joy.CR Br RAL RA (hates \u2018Twas brillig, and the slithy toves Did gyre and gimble in the wabe All mimsy were the borogoves, And the mome raths outgrabe.ÿ M *With apologies to Lewis Carroll i 3 n dl 40 i 4h i sl EP) Références bibliographiques Bandura, A.(1974): Behavior theory and the models of man.American Psychologist, 29:859-869.Bindra, D.(1976): A Theory of Intelligent Behavior.New York: Wiley Interscience.Bindra, D.(1981): Cognitivism: Its origin and future in psychology.(to be published) Bunge, M.(1967): Scientific Research, 2 volumes.New York: Springer-Verlag.Bunge, M.(1980): The Mind-Body Problem.Oxford: Pergamon Press.Cooper, L.(1973): A possible organization of animal memory and learning.In: B.Lundqvist and S.Lundqg- vist, Eds., Collective Properties of Physical Systems.New York: Academic Press.Cowan, J.D., and Ermentrout, G.B.(1979): A mathematical theory of visual hallucination patterns.Biological Cybernetics, 34:137-150.Eccles, J.C.(1980): The Human Psyche.New York: Springer International.Fodor, J.A.(1975): The Language of Thought.New York: Thomas Y.Crowell.Fodor, J.A.(1981): The mind-body problem.Scientific American, 244 (1): 114-123.Hebb, D.O.(1949): The Organization of Behavior.New York: Wiley.Koch, S.(1978): Psychology and the future.American Psychologist, 33:631-647.Luce, R.D., Bush, R.R., and Galanter, E., Eds.(1963-65): Handbook of Mathematical Psychology, 3 volumes.New York: Wiley. À 0 IBS \u2018He NE ih i i te 8 Nl Fr TH if te nia MacKay, D.M.(1978): Selves and brains.Neuroscience, 3:599-606.Malsburg, C.von der (1973): Self-organization of orientation sensitive cells in the striate cortex.Kybernetik, 14:85-100.Pellionisz, A., Llinas, R.(1979): Brain modeling by tensor network theory and computer simulation.Neuro- science, 4:323-348.Pérez, R., Glass, L., and Shlaer, R.(1975): Development of specificity in the cat visual cortex.Journal of Mathematical Biology, 1:275-288.Popper, K.R., and Eccles, J.C.(1977): The Self and Its Brain.New York: Springer International.Pribram, K.(1971): Languages of the Brain.Englewood Cliffs, N.J.: Prentice-Hall.Putnam, H.(1975): Mind, Language and Reality.Cambridge: Cambridge University Press.Pylyshyn, Z.W.(1978): Computational models and empirical constraints.Behavioral and Brain Sciences, 1:93-99.Skinner, B.F.(1938): The Behavior of Organisms.An Experimental Analysis.New York: Appleton-Century- Crofts.Turing, A.A.(1950): Can a machine think?Mind NS, 59:433-460.Watson, J.B.(1925): Behaviorism.New York: The People\u2019s Institute.Wilson, H.R.(1975): À synaptic model for spatial frequency adaptation.J.Theoret, Biol., 50: 327-352.42 NTR NARI ITN IRAN Appendice Intermède poétique ! Le béhaviorisme est sans coeur\u201d À quoi réagissez-vous mon petit?Demande le béhavioriste à son rat favori.«Je réponds à votre amour, =, Répliqua-t-il avec un regard d\u2019adoration.F «C\u2019est tout à fait impossible, vous le savez, = Vous pouvez réagir mais non répondre, ni ressentir.» «Mais c\u2019est justement ce qui m'arrive; je sens Jaillir en moi un amour spontané pour vous!» Insista-t-il des larmes amères lui brûlant les yeux.«Vos larmes sont un phénomène plus orthodoxe pour Ao Un béhavioriste bon teint.p Je renforcerai donc cette réaction observable En répétant que nous n'agissons qu'en réagissant à des stimuli.» «Si tel est le cas, aussi bien nous séparer», 5 Laissa tomber le petit rat avec dignité.«Je ne suis peut-être qu\u2019un cobaye mais J'ai aussi ma fierté et mon orgueil.» O ironie, à cause d'un comportement inacceptable Notre psychologue du comportement perdit Et son brillant élève et \u2026 sa subvention.Morale: Ne négligez pas ce qui se passe dans La «boîte noire».Cultivez la neuroscience Elle guidera votre comportement.*Adaptation française de Danielle Garcia, administrateur déléguée à La petite revue de philosophie.43 j Lo Interméde poétique Il Le dualisme est coquin* «Tout ce qui m'intéresse, c\u2019est la viande», rugit la brute; «Vous ne pouvez toucher mon âme» déclara la prostituée; «Paix à vos âmes, mes enfants» fit le curé; «Bons dualistes!» s'exclama le philosophe.Et pourtant, = montre que la viande sans émotion, c'est des côtelettes ou du rôti, pas ce qui marche sur des talons! WP enseigne aussi que les désirs, rêves et sourires, même désincarnés, ne sont pas le lot de fantômes.*Adaptation française de Michel Legault.Colophon poétique Le psychopersifleur* Le ciel pur du soir scintillait sur les toits saillants Des chaumiéres a battants, sibilantes dans le vent.Sur la plaine frémissaient les buissons à l\u2019unisson Comme apeurés par la plainte stridente de la bise entre leurs chardons.«Gare au Dualiste, mon enfant! gronda le vieillard: Ses métaphores frappent et attrapent! Gare à cet esprit fumeux qui brille, orgueilleux, De tous ses feux: ce trompe-science est dangereux!» L'enfant silencieux empoigna sa tranchante lancette et partit.Longtemps en vain il chercha son ennemi juré.À la fin il se reposa contre la Philosophie Et, en pleine réflexion, resta longuement prostré.44 Tout à coup, un persiflage familier Retentit à ses oreilles et il fut sur ses pieds: À la clairière arrivait le Dualiste ténébreux, La prière aux lèvres et la tête en feu! L'enfant bondit sur lui et, en moins de deux, Lui sépara sans coup férir le cerveau en deux.Puis il ôta la moitié non-scientifique Et s'en retourna avec son butin empirique.«Tu as donc divisé le Dualiste! s'écria le vieillard.Viens dans mes bras, mon neural moutard! Oh! quel jour neurologique! Quelle joie!» Gloussa-t-il, tout en émoi.Le ciel pur du soir scintillait sur les toits saillants Des chaumiéres a battants, sibilantes dans le vent.Sur la plaine frémissaient les buissons à l'unisson, Comme apeurés par la plainte stridente de la bise entre leurs chardons.*Mille excuses à Lewis Carroll.(Adaptation française de Michel Legault).45 REA RE BR 6 t A Bt ti Ri i: i rm 5 a PUF 2 me He se Li EF, A 2 Pa Hi or is se es = Lol Lin Le iN Le Lx i JL 2, = a {of rr Te SORE, pestis ss = 20 3S ry Pr en re poste 2 2 Ten ce Lone = 5 2 eee TER oi 1 races FE FR TEE, igs ari WR Ed 55 [2% = Fite geri ER = = ian Fa EIS En aS Ps ae Ps, vas SA SS fe i eu ss BK Ix By It = R EEE I 3H À 2 3 E ge 3 BE 5 ; Ë Les traditions morales devant le pouvoir scientifique David J.Roy Directeur du Centre de bioéthique Institut de recherches cliniques de Montréal HH] A \u201c feet A PR DER IC CE NA | «Tu vois cet oeuf?Avec lui tu pourras renverser toutes les écoles de théologie, toutes les Églises de la terre.» Diderot! «Nous n'avons pas encore vu ce que l\u2019homme pourra faire de l'homme.» B.F.Skinner?La technologie et le pouvoir, plutôt que l'avancée inexorable de nos connaissances scientifiques vers de nouvelles perspectives, constituent de nos jours le champ de bataille décisif pour les morales de l'Occident.1.D.Diderot, Rêve de d'Alembert, Paris, Jean Varloot, 1962.Cité ici d'après F.Jacob, The Logic of Life, New York, Pantheon Books, 1973, page v.2.B.F.Skinner, cité d'après Vance Packard, The People Shapers, Boston, Little, Brown et Cie, 1977, p.3.48 Ce ne sont pas seulement les vues du monde, historique- Af ment et culturellement conditionnées et plus ou moins 8 passées de mode, qui seront mises à l'épreuve au cours i des années a venir, mais les croyances fondamentales a la moralité occidentale, et cela d'une manière encore | jamais vue jusqu'ici.Car c'est l'éthique, etnon la science, b qui lance le défi le plus décisif a toute croyance fonda- i mentale.Et de nos jours l\u2019éthique est en crise à cause de l'association de «la puissance apocalyptique de l\u2019homme contemporain avec l\u2019anarchie qui règne dans les É choix humains: la rencontre d'une puissance quasi- i universelle et d\u2019un vide quasi-total3.» \u2018 On peut maintenir une croyance fondamentale i en même temps qu\u2019une succession historique de vues du monde complémentaires ou même contradictoires se développe, et au fur et à mesure que l'intelligence hu- i maine avance vers une compréhension scientifique de i l\u2019homme et du monde toujours plus consistante, plus assurée et davantage intégrée philosophiquement.Une nouvelle théorie ou un nouveau modèle scientifique i ne peut lancer qu\u2019un défi provisoire à une croyance qui est vraiment fondamentale.À condition que la science, la philosophie et la théologie conservent le rapport avec la méthode transcendantale de l'intelligence humaine, la somme des résultats d\u2019une recherche rigoureusement critique finira par démontrer que la croyance ou l\u2019hypo- E thèse scientifique ne peut se défendre, ou bien qu\u2019on peut .affirmer simultanément et sans problème l\u2019une et l\u2019autre.i Les croyances fondamentales essuientdes échecs et des contradictions et sont éventuellement renversées 3.H.Jonas, «Contemporary Problems in Ethics from a Jewish Pers- i pective», in H.Jonas, Philosophical Essays, Englewood Cliffs, N.J., Prentice-Hall, 1974, p.176.49 [ ROR sur le terrain de l'action et de la vie.C\u2019est que leur fonction n\u2019est pas de répondre à la curiosité humaine, mais de donner aux hommes des raisons de vivre.Elles fournissent des réponses aux questions que les hommes se posent depuis les temps reculés: comment devons- nous vivre et nous comporter les uns envers les autres?De nos jours nous sommes incertains quant à la conduite à adopter, même dans les affaires de la plus grande importance.Le défi critique lancé de nos jours à nos fondations morales provient de ce que nous sommes sûrs de notre pouvoir et incertains quant aux normes morales à observer pour nous en servir.Tel Prométhée, nous possédons avec le nucléaire une puissance capable de détruire la vie sur cette planète, mais pour nous guider et nous restreindre dans l'emploi de cette puissance il n\u2019existe pas de macroéthique globale, seulement une politique de l'équilibre des pouvoirs, aussi peu fiable que les Etats opposés qui l\u2019ont établie.Les dernières découvertes dans le domaine des sciences de la vie, particulièrement dans la biologie moléculaire et la génétique, nous ont amenés au seuil d\u2019un pouvoir qu\u2019on croyait irréalisable sur le cours de l\u2019évolution biologique.On ne peut douter de la vérité de l'affirmation suivante: «Le pouvoir de décrire la vie en termes de molécules nous fournit les bases d'une technologie capable de reconstruire le monde des vivants en fonction d\u2019un objectif humain: de renouveler toutes les formes de la vie (sans nous exclure nous-mêmes de ce dessein) pour en faire des projets de la volonté humaine*.» 4.Robert L.Sinsheimer, «The Galilean Imperative», in La recombi- naison de l'ADN, sous la direction de John Richards.New York, Academic Press, 1978, p.21.50 On a osé dire des Grecs de l\u2019Antiquité: «Les autres nations on fait des dieux, des rois, des esprits; seuls les Grecs ont fait des hommess.» «Faire» ici signifie l\u2019éducation transcendantale, l\u2019entreprise grecque, appelée «paideia», de conduire des êtres humains vers la réalisation de l\u2019authentique nature humaine.Les Grecs concevaient la «nature» comme une force dynamique, un «logos», un modèle universel orienté vers un objectif immanent, qui serviraient à distinguer tous les êtres d\u2019un même genre partout dans l'univers.La nature humaine était considérée dans les cultures antérieures pendant des siècles comme le principe conducteur et la source des normes pour l\u2019action des hommes.Pour la culture contemporaine elle est devenue une question \u2026 encore sans réponse.Nous avons pris la voie de la recherche scientifique, cependant /a connaissance de la nature humaine n\u2019occupe plus l'intelligence de l'homme a plein temps.La technologie s\u2019est affirmée.On considère «la vocation de l'homme» et «la pleine réalisation de son destin» de plus en plus en fonction de «sa maîtrise maximale des choses et de lui-mêmeôS.» De nos jours, grâce à la biomé- decine, «l'homme lui-même est devenu un nouvel objet de la technologie: homo faber s'exerce sur lui-même et se prépare à remodeler celui qui a fait tout le reste7\u201d.» Autrefois, la nature humaine était le principe conducteur de l\u2019activité humaine; elle en est maintenant devenue le projet.5.W.Jaeger, Paideia: The Ideals of Greek Culture New York, Oxford University Press, 1945, vol.|, p.xxiii.6.H.Jonas, «Technology and Responsibility: Reflections on the New Tasks of Ethics», op.cit, p.11.7.Ibid.51 Au fur et à mesure que le pouvoir technologique, et surtout le pouvoir biomédical, atteint des niveaux prométhéens et utopiques, les normes morales traditionnelles semblent avoir perdu de leur autorité.Nous trou- vonstrès difficile, parfois même impossible, de distinguer le bien du mal.Le sens même de l'autorité a changé dans la culture occidentale, et cette évolution continue.Déjà, ceux qui savaient le «pourquoi» des efforts humains \u2014 ou du moins faisaient croire qu\u2019ils savaient \u2014 jouissaient de l'autorité morale.De nos jours, et de plus en plus, l'autorité est exercée par ceux qui savent comment faire réaliser leurs projets.Le pouvoir est en voie de devenir la source de l\u2019autorité morale.L'éthique subit une crise fondamentale parce que les paradigmes d'intelligence, qui exerçaient autrefois leur influence sur nos esprits et constituaient une communauté morale, ont déjà disparu ou sont en pleine désintégration.Un nouvel ordre intelligible n\u2019est pas encore arrivé, ni une théorie éthique unifiée.Dans l\u2019espace libéré par la disparition des ordres moraux intelligibles qui jouissaient de l'autorité, s'élève un nouveau volontarisme plein de vigueur.La norme c\u2019est le choix, et le choix devient «un acte de la volonté qui ne doit répondre qu'à elle-mêmeS».Si on part de ce principe, il n\u2019y a aucune limite à ce que nous pourrons essayer, aucune borne dont on ne pourra justifier le dépassement, car il n\u2019y a pas de limites inhérentes au désir humain.Ainsi, le pouvoir a trouvé la théorie morale qui lui convient.Et de fait, à cette époque de l\u2019histoire, le défi majeur lancé aux morales de l'Occident apparaît au niveau de la volonté plutôt qu\u2019à celui de l'intelligence.8.Brand Blanshard, Reason and Goodness, New York, Humanities Press, 1967, p.254. Bernard Lonergan, un théologien canadien très connu, a dit: «La forme suprême de la puissance s'exerce sur les hommes, et elle est à la portée de celui qui sait créer et imposer des mythes®.» Ceux qui créent nos nouvelles biotechnologies sont maîtres d'un ensemble de connaissances et de compétences qui font penser à un nouveau mythe et leur donnent le pouvoir pour le réaliser.Il est probablement vrai que nous n'avons pas encore vu tout ce que nous pourrons faire de l'homme.Le diagnostic prénatal et le pouvoir eugénique Quatre techniques du diagnostic prénatal deviennent de plus en plus puissantes: l\u2019amniocentèse, l\u2019ultrasonographie, le dépistage de l\u2019alpha-foetoprotéine (AFP) et la foetoscopie.Le diagnostic prénatal nous donne de l\u2019information précise sur le foetus.Le volume de cette information augmente continuellement.On peut dès maintenant déceler près de 200 anomalies, certaines se retrouvent aux niveaux génétique, chromosomique, métabolique et structural.Grâce aux nouvelles techniques, basées sur la recombinaison de l'ADN, nous pourrons un jour déceler chacune des trois mille déficiences génétiques que nous connaissons actuellement.L'information prénatale c\u2019est le pouvoir, la possibilité de faire un certain nombre de choses.Ce qu'il faudrait faire, c\u2019est guérir le foetus ou le nouveau-né.Mais 9.Bernard Lonergan, Insight: A Study of Human Understanding, New York, Longman, 1958, p.543.53 A A \u2018 p Ni y A i ly BE \u2018à 4 i A 3 Nous ne savons pas encore comment guérir la majorité des déficiences que nous sommes actuellement capables de diagnostiquer.Lorsqu'il s\u2019agit des maladies génétiques, nous n'avons pas encore la puissance thérapeutique.Mais le diagnostic prénatal nous permet de sélectionner les foetus dont nous acceptons la naissance.Le diagnostic prénatal, complété par l\u2019avortement sélectif, nous accorde le pouvoir d\u2019éliminer de la population les enfants handicapés.Dans les communautés cypriotes de certaines régions du monde, ces méthodes ont déjà conduit à une diminution considérable des cas de béta-thalassémie, une maladie héréditaire du sang.Ce pouvoir de sélection est un pouvoir eugénique.L'exercer, c'est affirmer le droit de tuer lorsque nous ne pouvons guérir.Notre objectif, en l\u2019exerçant, est de reconstruire la communauté, purifiée par l\u2019élimination d'êtres humains que nous ne pouvons tolérer à cause de leurs défauts génétiques.Ces pratiques, tout comme le non-traitement sélectif de certains nouveau-nés handicapés que nous aurions pu sauver, proclament la thèse que les êtres humains ne sont pas moralement égaux.La contre-thèse affirmant l\u2019égalité des êtres humains est la fondation de notre système de droits humains.Le pouvoir eugénique exercé au nom de la perfection de la collectivité ou de la famille remet en question cette fondation de la moralité traditionnelle.La biologie moléculaire: le pouvoir sur la vie À la suite du développement de la technologie de la recombinaison de l\u2019ADN, au début des années 70, quelques hommes de science ont prétendu que la biologie moléculaire «avait maintenant le pouvoir de modifier la vie à une échelle que les chercheurs antérieurs ne 54 croyaient pas possible'°».Au cours d\u2019une brève période de douze ans, les savants ont développé un ensemble de techniques permettant de pénétrer et de manipuler, avec une précision toujours plus grande, les parties constituantes de la vie.Les techniques de la recombinai- son de l'ADN, le clonage moléculaire, l\u2019établissement des cartes de gènes et l'étude de leurs séquences, la synthèse et le transfert des gènes rendent maintenant possible une nouvelle organisation des composantes moléculaires de la vie.En perfectionnant leurs compétences en vue de lire les messages déjà inscrits par la nature dans le code génétique, les savants apprennent non seulement comment recopier la nature, mais également comment en remanier les compositions génétiques.Robert Sinsheimer reconnaît que la maîtrise de ces technologies équivaut à l'acquisition d\u2019un pouvoir d'intervention dans le processus d\u2019évolution.Et je cite: «Jusqu'à quel point voulons-nous développer l'ingénierie génétique?Désirons-nous assumer la responsabilité fondamentale de la vie sur cette planète \u2014 et développer des formes vivantes nouvelles pour nos propres objectifs?Prendrons-nous notre propre évolution en main?» À la lumière des découvertes des chercheurs au cours des deux dernières années, il est difficile de soutenir que ces questions sont exagérées.On a réussi à transplanter les gènes de la globine du lapin dans des ovules fertilisés de souris, on les a intégrés dans les cellules du germe et ils ont été transmis à de futures générations de souris; on a transformé la couleur des yeux des dro- 10.James D.Watson et John Tooze, L'histoire de l'ADN: A Documentary History of Gene Cloning, San Francisco, W.H.Freeman and Co., 1981, p.539.55 i BR a Ri i of Rt ot A 5 a i a i! 5 sophiles en altérant un embryon par I'ingénierie génétique.L'effet a dépassé l'embryon qui fut l\u2019objet de l\u2019intervention pour se communiquer à toutes les générations ultérieures de drosophiles.Finalement, l\u2019implantation dans un ovule de souris déjà fertilisé de l'hormone de croissance d'un rat a produit une souris beaucoup plus grande que les autres souris de la même espèce, et capable de grandir plus rapidement qu\u2019elles.Selon les tendances actuelles, il est à craindre que la science atteindra bientôt une compréhension presque totale des photocalques génétiques de la vie humaine acquérant ainsi la possibilité de les remanier.- Un chercheur estime qu\u2019on devrait pouvoir établir la carte complète des gènes humains au cours des dix prochaines années'!.Il serait illusoire de penser qu'on s'abstiendra alors de développer les technologies correspondantes qui permettront de manipuler les caractéristiques spécifiquement humaines, d\u2019abord les traits simples, mais éventuellement ceux qui sont beaucoup plus complexes.Des expériences récentes utilisant le transfert de gènes d'une espèce à l\u2019autre ont démontré que les gènes sont permutables.Le concept selon lequel les 11.Bob Williamson, «Gene Therapy», in Nature, vol.298, no.5873, 29 juillet - 4 août 1982, p.418.56 constituants génétiques de la vie humaine peuvent, au niveau élémentaire, s'échanger contre ceux de toute autre vie a poussé un savant à se demander «s\u2019il existe réellement quelque chose de spécifiquement humain'2.>.Comment donc, sur les sables mouvants d\u2019une «image de l\u2019homme» qui n\u2019inspire plus de respect, construire un code moral qui jouisse d\u2019une autorité suffisante pour accompagner le pouvoir des technologies nouvelles?Le pouvoir scientifique et technologique permettra à certains non seulement de dominer les autres de façon considérable, mais également de dominer les générations futures.N\u2019est-il pas possible que ce qui est considéré comme «spécifiquement humain» sera de plus en plus réduit au domaine, en rétrécissement perpétuel, des éléments qu\u2019on ne maîtrise pas encore scientifiquement, ou qu'on ne peut encore changer avec la technologie dont on dispose?La présence de Dieu, telle que conçue par les esprits religieux les plus simples, s\u2019est retirée de l\u2019univers au furet à mesure des développements scientifiques.Ne serait-il pas possible que la science, en perçant le mystère des origines génétiques de la vie, nous fournisse une démonstration ironique de l\u2019affirmation biblique que l'homme est fait à l'image de Dieu?Tel était le point de réductionisme de Diderot: Dieu disparaîtra si l'homme, fait à l'image de Dieu, n'est pas autre chose qu\u2019une quantité de matière organisée.La théorie des systèmes peut répondre à un réductio- nisme de ce genre.Mais depuis lors nous avons pénétré 12.Constance Holden, «Ethics Panel Looks at Human Gene Splicing», in Science, vol.217, 6 août 1982, p.517.57 | i: Ni Ri \u201c8 Bt: it 3 A! A; a i jusqu'au coeur du processus qui a lieu dans «l\u2019oeuf de Diderot».Nous sommes en train d\u2019acquérir le pouvoir de maîtrise extraordinaire sur ce processus.Soutien- drons-nous toujours cette croyance fondamentale du judéo-christianisme, en affirmant que l\u2019homme est créé «a l'image et à la ressemblance de Dieu», lorsqu\u2019éventuellement nous verrons ce que l'homme pourra faire de l\u2019homme? pi Re ff: i! I$! i Introduction a la th sociobiologie Jacques G.Ruelland | Professeur au département de philosophie 3 Ih if! he [RI .Bn ET NE PAT 1.1.Introduction.Définition de la sociobiologie La sociobiologie étudie les fondements biologiques des rapports sociaux.Telle que la définit Edward O.Wilson, elle est «l'étude systématique de la base biologique de tous les comportements sociaux'».Discipline pourtant récente, elle a déjà donné naissance à deux catégories de sociobiologistes: des «extrémistes» \u2014 parmi lesquels il faut ranger Edward O.Wilson \u2014 qui prônent l\u2019idée que tous les comportements animaux et humains sont génétiquement déterminés et qui négligent l'influence de la culture ou de l\u2019environnement; et des «modérés», qui considèrent que tous les comportements n\u2019ont pas nécessairement une base génétique qui les commande inéluctablement, et pour lesquels l\u2019envi- Edward O.Wilson, Sociobiology: A New Synthesis, Cambridge, Harvard University Press, 1975, p.4. ronnement est un facteur important.Parmi ces derniers sociobiologistes, il convient de ranger les professeurs Pierre Philippe (médecine sociale et préventive, Université de Montréal) et Cyrille Barette (biologie, Université Laval), que nous avons eu le plaisir de rencontrer et d'écouter lors d\u2019un panel sur la sociobiologie tenu le 6 décembre 1982 à l\u2019Université de Montréal.Nos sources bibliographiques seront de deux ordres: d\u2019une part, des lectures personnelles sur la sociobiologie et le débat qu\u2019elle suscite, de même que sur la biologie et les diverses théories de l'évolution, en particulier la théorie darwinienne de l\u2019évolution par voie de sélection naturelle; d'autre part, les déclarations des professeurs Philippe et Barette.2.Historique de la sociobiologie Il n\u2019y a rien de nouveau dans l'idée selon laquelle le comportement humain devrait être aussi stable et prévisible que le comportement biologiquement déterminé des animaux.De la Callipolis de Platon au meilleur des mondes d\u2019Aldous Huxley, c\u2019est le même rêve utopique qui se poursuit: contrôler le comportement humain, diriger la pensée aussi bien que le corps.Ce rêve confus, qui s'est exprimé à travers divers modèles de sociétés parfaites, a cherché ses fondements tantôt dans la foi (La Cité de Dieu de saint Augustin), tantôt dans la raison humaine (L'Utopie de Thomas More) et parfois dans le contrôle de certains aspects de la nature biologique de l'être humain (l\u2019élimination des enfants difformes dans La République de Platon), dans le contrôle de la pensée par la terreur physique ou psychologique (71984 de George Orwell), ou dans l\u2019élimination des races «impures» (l'univers concentrationnaire nazi).61 Pourquoi ce rêve insensé s\u2019impose-t-il, tel un archétype, à la raison humaine depuis des millénaires?Parce que, depuis fort longtemps, les hommes savent qu'ils partagent avec le règne animal certaines caractéristiques qui les empêchent de devenir de purs esprits; parce que les hommes ne sont pas capables de définir objectivement la nature humaine et la vie, d'en comprendre les caractéristiques et d\u2019en accepter les limites; parce que, enfin, les hommes sont incapables de distinguer un état de différence (entre les règnes, les races, les sexes) sans élaborer, sur cette différence, un rapport de domination.L'origine de la vie a préoccupé les hommes depuis fort longtemps.Thalés de Milet (640-546 av.J.-C.) disait déjà que toute vie vient de l\u2019eau?et Anaximandre de Milet (610-547 av.J.-C.) déclarait que le principe de l\u2019univers est l'infini3 alors qu\u2019Anaximéne de Milet (586-526 av.J.-C.) pensait pour sa part que ce principe est l\u2019air*.De la même façon, les origines animales de l\u2019être humain sont connues depuis fort longtemps.Lucrèce, un poète romain (99-55 av.J.-C.) écrivait dans le De rerum natura (De la nature des choses): Aucun organe de notre corps n\u2019a été créé pour notre usage, mais c\u2019est l'organe qui crée l'usage.Ni la vision n'existait avant la naissance des yeux, ni la parole avant la création de la langue.C\u2019est bien plutôt la naissance de la langue qui a précédé de loin celle de la parole; les oreilles existaient bien avant l\u2019audition du premier son; bref, tous les organes, à mon avis, sont antérieurs à l'usage qu\u2019on en a pu faire.Ils n\u2019ontdonc 2.Expliqué in Jean Voilquin, Les Penseurs grecs avant Socrate, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, coll.«GF» #31, p.46.3.Ibid., p.49.4.Ibid., p.54. pu être créés en vue de nos besoins.[.] Il faut le concours de bien des circonstances pour que les espèces puissent, en se reproduisant, se propager; d\u2019abord, des moyens de se nourrir.Nombreuses furent les espèces qui durent disparaître et qui ne purent en se reproduisant se créer une descendance.Car toutes celles que tu vois jouir de l'air vivifiant possèdent ou la ruse, ou la force, ou enfin la vitesse, qui, dès leur origine, ont assuré leur protection et leur salut.À une époque plus récente, Buffon (1707-1788) écrivait, dans sa Nomenclature des singes (1749), à propos de l\u2019orang-outang: Si l'on ne faisait attention qu'à la figure, on pourrait également regarder cet animal comme le premier des singes ou le dernier des hommes, parce qu'à l'exception de l'âme il ne lui manque rien de tout ce que nous avons, et parce qu'il diffère moins de l'homme pour le corps qu'il ne diffère des autres animaux auxquels on a donné le nom de singes.[.] Les deux cents espèces dont nous donnons l\u2019histoire peuvent se réduire à un assez petit nombre de familles ou souches principales desquelles il n\u2019est pas impossible que toutes les autres soient issues [.]6.Les travaux de Lamarck (1744-1829) sont au fondement de la biologie moderne.Dans sa Philosophie zoologique (1809), il prétendait que la fonction crée l'organe, c'est-à-dire que les changements comportementaux sont précédés de changements dans l\u2019environnement et suivis par des changements biologiques individuels.Mais la biologie moderne a démontré que les caractères acquis sont rarement transmissibles aux générations suivantes.C'est sur la base des travaux de Charles Darwin (1809-1882), en particulier L'origine des 5.Lucrèce.De rerum natura, 823.6.Cité in René Taton, Histoire générale des sciences, Paris, P.U.F., 1969, tome 2, p.600.63 A A fi UE 14 8 A espèces par voie de sélection naturelle ou la lutte pour l'existence dans la nature (1859), et les travaux de Gregor Mendel (1822-1884) sur les lois de l\u2019hérédité, que les généticiens modernes ont démontré qu\u2019un comportement nouveau ne pouvait apparaître que si le code génétique le permettait, c'est-à-dire s\u2019il existait, dans l\u2019organisme, une prédisposition génétique potentielle favorable à l\u2019'accomplissement de ce comportement et antérieure à ce comportement, la notion de «favorable» impliquant l\u2019adaptation de l\u2019espèce et la sélection naturelle de ce comportement parmi d'autres possibles afin de favoriser cette adaptation.Lorsque parut la première édition de L'origine des espèces (le 25 novembre 1859), un des lecteurs de cette oeuvre fut Friedrich Engels, le collaborateur de Karl Marx.Engels écrivit à Marx pour lui signaler l\u2019oeuvre: (Manchester, le 11 ou 12 décembre 1859) Au demeurant ce Darwin, que je suis en train de lire, est tout à fait sensationnel.Il y avait encore un côté par lequel la téléologie n'avit pas été démolie: c'est maintenant chose faite.En outre, on n'avait jamais fait une tentative d\u2019une telle envergure pour démontrer qu'il y a un développement historique dans la nature, du moins jamais avec pareil bonheur.Bien sûr, il faut prendre son parti d'une certaine lourdeur bien anglaise dans la méthode\u2019.Marx et Engels virent dans l\u2019oeuvre de Darwin le fondement naturel de ce qu'ils pensaient au niveau social: La société progresse historiquement comme la nature, par la domination des forts sur les faibles.Marx proposa même à Darwin de lui dédicacer Le Capital, dont le pre- 7.Karl Marx et Friedrich Engels, Lettres sur les sciences de la nature, Paris, Éd.sociales, 1973, p.19.8.Gertrude Himmelfarb, Darwinism and the Darwinian Revolution, New York, Norton, 1968, p.383.4 64 mier tome parut en 1867, mais Darwin refusa pour des raisons familiales et religieuses8.Plus tard, Marx et Engels comprirent qu\u2019ils ne pourraient prôner un changement social \u2014 l\u2019éclatement des classes \u2014 s'ils reconnaissaient par ailleurs le fondement naturel de l\u2019existence des classes sociales, et ils abandonnèrent cette idée de trouver dans la théorie darwinienne de la sélection naturelle le fondement du moteur de l\u2019histoire des sociétés®.Mais l\u2019idée était lancée.Elle a grandi, s\u2019est transformée et est devenue la sociobiologie.3.La sociobiologie animale Selon Cyrille Barette, la thèse fondamentale de la théorie darwinienne de l\u2019évolution est que «animal qui fait tout ce qu'il peut pour survivre et se reproduire a plus de chances d\u2019avoir une descendance que celui qui ne fait aucun effort».Selon Darwin lui-même, la théorie de l\u2019évolution et le concept de sélection naturelle n\u2019étaient pas capables de rendre compte de tous les phénomènes des règnes animal et végétal.Un de ces cas-problèmes était l'existence des insectes sociaux: chez certains insectes, il existe des castes où certains individus semblent se «sacrifier» pour que d\u2019autres puissent se reproduire.Le comportement altruiste de ces insectes semble aller à l'encontre de la thèse principale de la théorie de l'évolution: la survie.Ce comportement altruiste restera sans explication de la part de Darwin'°.L'altruisme des 9.Marx et Engels, op.cit., p.85-87.10.On ne peut passer ici sous silence les études faites par le poète et naturaliste belge Maurice Maeterlinck (1862-1949): La Vie des abeilles (1901).La Vie des termites (1926) et La Vie des fourmis (1931).65 animaux \u2014 des fourmis et des abeilles en particulier \u2014 est un des principaux comportements étudiés par la socio- biologie.Les animaux ne se sacrifient pas par amour, mais pour sauvegarder l'héritage génétique de leur espèce.En 1964, le biologiste Hamilton va réconcilier ce cas-problème \u2014 les insectes sociaux \u2014 avec la théorie darwinienne'!; il se trouve ainsi à l\u2019origine de cette discipline moderne qu\u2019est la sociobiologie.Edward O.Wilson, professeur a Harvard, auteur de deux ouvrages capitaux (Sociobiology: A New Synthesis paru en 1975 et On Human Nature paru en 1978), considère que l\u2019altruisme est le problème central de la sociobiologie.L\u2019explication de Hamilton est la suivante: Puisque ce sont des gènes qui sont transmis à la descendance, et non des comportements, le comportement altruiste doit s'interpréter en termes de transmission de gènes Selon Hamilton, le comportement altruiste aura lieu s\u2019il correspond effectivement à la formule B/C 3 1/r où B = le bénéfice reçu par l'individu aidé, C = le coût de l'acte altruiste, r = le lien de parenté ou la proportion de gènes communs.Un exemple: Si je saute à l'eau pour sauver mes trois frères, et que je me noie, je fais preuve d\u2019'altruisme, mais je suis néanmoins «égoïste» d\u2019un point de vue génétique; partageant 50% de mes gènes avec mes frères, en en sauvant trois je sauve 150% de gènes, et je 11.W.D.Hamilton, «The Genetical Theory of Social Behavior», Journal of Theoretical Biology, vol.7 (1964), parts 1 and 2, p.1-51.Voir aussi, du même auteur, «The Genetical Evolution of Social Behavior».Arthur L.Caplan, ed., The Sociobiology Debate, Readings on the Ethical and Scientific Issues Concerning Sociobiology, New York, Harper and Row, 1978, p.191-209. perds tous les miens (100%); cette proportion (150/100) est plus grande que la proportion de gènes communs (1/50) ou 150/100 > 1/50.Le comportement altruiste irait donc dans le sens d\u2019une économie génétique similaire à l\u2019économie naturelle de la théorie de Darwin'?.Chez les insectes altruistes, les mâles sont haploi- des \u2014 ils se développent à partir d\u2019un oeuf non fécondé \u2014 et la femelle est diploïde \u2014 elle se développe à partir d'un oeuf fécondé; ces insectes sont qualifiés d'haplo-diploi- des.Le mâle n\u2019a qu'un ensemble de chromosomes AB, alors que la femelle reproductrice, la reine, reçoit la moitié de ses gènes de son père et l\u2019autre moitié de sa mère.La reine possède donc un double ensemble de chromosomes (CDEF).Les rejetons de l'union du mâle et de la reine posséderont donc tous la moitié de leurs gènes venant de leur père (AB) et l'autre moitié venant de leur mère (CD, DE, CF, EF, DF ou CE); ces rejetons seront tous des femelles (ouvrières), puisqu'ils possèdent un double ensemble de chromosomes (ABCD, ABDE, ABEF, ABCF, ABCE ou ABDF).Ce qui est remarquable ici, c\u2019est que les «soeurs» ont en commun 75% de leurs gènes (AB + Cou Dou EouF)alors qu'elles n\u2019ont avec leur père ou leur mère que 50% de gènes communs (AB et CD ou CE ou DE ou EF ou CF ou DF), comme le 12.Cet exemple est reprisin Marshall Salhins, Critique de la sociobiolo- gie, Aspects anthropologiques, Paris, Gallimard, 1980, p.53.Cet ouvrage traduit de l'anglais par Jean-François Roberts (titre original: The Use and Abuse of Biology, An Anthropological Critique of Socio- biology, Detroit, The University of Michigan Press, 1976) est une mauvaise traduction de l'original.Il contient, outre de nombreuses fautes d'orthographe, de syntaxe et de typographie, des erreurs bibliographiques et des contresens qui induisent en erreur le lecteur non averti.67 montre le diagramme suivant: Mâle AB Femelle CDEF ABCD ABCE ABCF ABDE ABDF ABEF Les ouvrières sont plus proches de leurs soeurs que de leur mère ou de leurs enfants, si elles en avaient; c\u2019est pourquoi elles semblent «renoncer» à une descendance avec laquelle elle n\u2019auraient que peu de liens, au profit d\u2019une «association» plus solide avec leurs soeurs.Les ouvrières semblent donc n\u2019avoir d\u2019intérêt que pour la coopération sociale, et être des adversaires du mariage, même «open»! Dans ces conditions, une femelle qui accepte de ne pas se reproduire pour aider ses soeurs à élever des jeunes est «égoïste» d'un point de vue génétique parce qu\u2019elle contribue ainsi davantage à sa survie (la conservation de 75% de ses gènes) dans la génération suivante, alors que si elle avait elle-même des enfants, cette survie serait mise en péril puisqu'elle ne partagerait que 50% de ses genes avec ses enfants\u2019s.4.La sociobiologie humaine Dans le dernier chapitre de Sociobiology: A New Synthesis, Edward O.Wilson affirme que les comportements humains sont semblables aux comportements 13.Cet exemple nous a été expliqué par le Professeur Cyrille Barette dans sa conférence du 6 décembre 1982, a laquelle nous faisions allusion au début de notre texte. animaux.Il commet ainsi une hérésie contre laquelle les scientifiques luttent depuis fort longtemps: L'homme est un animal, oui, mais pas comme les autres, disent la plupart des hommes de science.L'homme est réduit par Wilson à l\u2019état de robot porteur de gènes qui lui dictent ses comportements.Wilson est à la fois réduc- tionniste puisqu'il réduit l'homme à des formules quasi- mathématiques et déterministe puisqu'il nie l'existence du libre arbitre.Arthur Koestler s'est élevé contre cette théorie, mais avant lui, Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) voyait déjà dans l\u2019esprit humain la première manifestation du passage de la matière à l'esprit'*.Avant Teilhard de Chardin, Alfred Russell Wallace, qui formula en même temps que Charles Darwin ce que l\u2019on appelle la théorie «darwinienne» de l\u2019évolution, était d'accord avec Darwin sur bien des points, sauf sur un point particulier: il voyait dans l\u2019esprit humain (l'intelligence, la conscience, l'âme) la preuve de l'intervention divine!S.On n'a aucune difficulté à concevoir le lien entre le niveau génétique et le niveau comportemental chez les animaux, mais cela est beaucoup plus compliqué chez l'homme.Konrad Lorenz a montré, en 1971, que les comportements humains sont des adaptations, le produit de la sélection naturelle, comme la longueur des pattes, la longueur du bec, etc., chez les animaux.14.Expliqué in Pierre Thuillier, Les biologistes vont-ils prendre le pouvoir?, Bruxelles, Éd.Complexe, 1981, p.282, note 269.15.A.R.Wallace, Darwinism, London, MacMillan, 1889.16.Konrad Lorenz, L'agression, Une histoire naturelle du mal, Paris, Flammarion, 1969.Traduit de l\u2019allemand (titre original: Das sogenannte Bose, Zur Naturgeschichte der Agression, Verlag Dr.G.Boratha- Schoeler, 1963).69 Pour le démontrer, Lorenz a tenté de reconstituer la phylogénie de certains animaux à partir de leurs comportements sociaux.I! arrive ainsi à reconstruire un arbre phylogénétique presque identique à celui que l\u2019on construit à partir des caractères morphologiques, sanguins, etc.Les comportements évoluent donc par sélection naturelle, et ils sont liés au «bagage» génétique de l\u2019animal.Mais les problèmes naissent lorsque l\u2019on veut appliquer le même raisonnement à l'être humain, c\u2019est-à- dire opposé l\u2019acquis à l\u2019inné.Le Professeur Pierre Philippe, dans sa conférence du 6 décembre 1982, a présenté la controverse à propos des thèses sociobiologiques relatives à l'homme sous la forme de deux questions principales: «Y a-t-il des gènes à l\u2019origine du comportement humain?L'homme, s\u2019il est déterminé à la fois génétiquement et culturellement, est-il néanmoins libre?» À partir de ces deux questions, on peut se poser quatre sous-questions: 1.Y a-t-il des observations par lesquelles on a décelé des gènes à l\u2019origine des comportements dans les pathologies à fondement génétique?Quels principes peut-on dégager de ces observations?2.Y a-t-il des observations par lesquelles on a décelé des gènes à l\u2019origine du comportement dit «normal»?3.Dispose-t-on maintenant d\u2019un modèle global d\u2019explication du comportement normal, capable d'intégrer à la fois le substrat génétique et les dispositions culturelles ou environnementales\u201d?4.Les thèses des sociobiologistes sont-elles vraisemblables\u201d Première question: le comportement pathologique Oui, il y a des observations qui confirment l\u2019origine génétique de certaines pathologies.Il y a une série d\u2019enzymes et de protéines codées génétiquement qui 70 ARSE attestée ice a casse ii apparaissent sur la carte eugénique de l'individu.Actuellement, nous en connaissons à peu près 300.Par ailleurs il y a environ 3,000 maladies héréditaires connues.Enfin, il y a environ 30,000 emplacements possibles sur les chromosomes où peuvent se loger des enzymes ou des protéines impliqués d\u2019une façon ou d\u2019une autre dans des réactions psysiologiques, métaboliques ou comportementales.La proportion des enzymes ou des protéines responsables du comportement est inconnue à ce jour.Mais on sait qu\u2019il existe une série de gènes qui varient d'espèce à espèce et d\u2019individu à individu, mais on ne peut dire combien de ces gènes sont en rapport avec le comportement.Le professeur Philippe a donné quelques exemples de comportements génétiquement déterminés.Nous en avons retenu sept.(a) Les femmes ont 23 paires de chromosomes x, et les hommes ont 23 x et 23 y.Chez certains individus, des hommes en général, un chromosome x peut être «fragile», une portion de sa base ayant subi une certaine constriction.Les porteurs de ce x «fragile» vont manifester un certain type de retard mental.Cela signifie que les chromosomes x peuvent être impliqués dans ce type de retard mental.(b) Certains individus ont trois chromosomes sur la 21ème paire: il ont un x en trop (filles:xxx; garçons: xxy): c\u2019est la trisomie x-21, qui provoque le mongolisme.Les porteurs accusent un retard mental important et sont d\u2019une sociabilité excessive, ils ont un très grand besoin d'affection.Le retard mental dû à la trisomie x-21 est différent de celui de l\u2019exemple (a).(c) Les individus atteints du syndrome de Kline-Felter sont des hommes qui possèdent 2 x et 1 y quelque part sur une des 23 paires de chromosomes, mais pas sur la 21ème.Ils ont une morphologie différente de la moyenne, ils sont grands, efféminés, timides, insécures, leur pilosité est restreinte et ils sont souvent homosexuels.(d) Les hommes porteurs de 2 y et 1 x se retrouvent principalement dans les prisons.Ce sont des individus très grands, qui ont un comportement agressif, voire criminel: incendies, vols, viols, etc.(e) Certains gènes, lorsqu'ils se retrouvent sur la 6ème paire de chromosomes, mènent à la dépression nerveuse.(f) Lorsque l\u2019on consomme de l\u2019alcool, le métabolisme met un certain temps avant de transformer l\u2019alcool (substance toxique) en substance neutre et de l'intégrer a l\u2019organisme.L\u2019alcoolisme est-il lié au niveau génétique?Est-il héréditaire?Des expériences ont été faites avec des enfants (n'ayant jamais consommé d'alcool) à qui on a donné de l'alcool à boire; les enfants de parents alcooliques avaient un taux de métabolisme (capacité de transformation d\u2019une substance toxique en substance neutre) beaucoup plus élevé que les enfants de parents non-alcooliques.Les enfants de parents alcooliques devaient prendre beaucoup plus d'alcool que les autres pour ressentir les mêmes effets.Or, ce que les parents transmettent à leurs enfants, ce sont des gènes, non des comportements.Il y a donc une base génétique au comportement d'alcoolisme, et cette base peut devenir héréditaire, même si elle est acquise par les parents.Voilà une constatation qui ferait plaisir à Lamarck! (g) Certains alcooliques souffrent par ailleurs de psychoses diverses qui se traduisent par des symptômes tels que perte de mémoire, problèmes de coordination, affabulation, perte de contact avec la réalité.Ces personnes, qui souffrent du syndrome de Wernicke-Korsakoff, présentent une déficience génétique au niveau des enzymes 72 qui métabolisent le substrat bio-génétique de l\u2019alcool.Autrement dit, ces personnes ne digèrent pas l'alcool comme elles le devraient, et cela les rend malades.Quels principes peut-on dégager de ces sept exemples?1.Les gènes agissent tantôt comme déterminants, tantôt comme facteurs de prédisposition capables de limiter l\u2019éventail possible des comportements, sans toutefois obliger l'individu à adopter tel comportement plutôt que tel autre.Par exemple, rien n\u2019oblige un alcoolique à boire.|| est fort probable qu\u2019il existe des porteurs de 2 yet 1 xen dehors des prisons, qui ont réussi à s'adapter socialement en trouvant un dérivatif à leur agressivité (des activités sportives, par exemple).Dans leur cas, la culture leur a donné une solution.2.Malheureusement, dans certains cas, la culture n'a pas encore trouvé de dérivatif à des déterminismes graves comme la trisomie x-21, qui est encore considérée comme irréversible et incurable.Deux questions se posent: Pourra-t-on trouver un jour ce dérivatif?Où se situe la limite entre un déterminisme grave et un déterminisme bénin?La première question est sans réponse.La deuxième rappelle la différence qui existe entre une névrose et une psychose: la névrose est bénigne et elle n'empêche pas l'individu de fonctionner socialement, la psychose est grave et provoque des pertes de contact avec la réalité qui rendent l'individu qui en est atteint dangereux pour la société et pour lui-même.Le déterminisme est grave s\u2019il ne peut être contrôlé par l'individu qui en est atteint.Mais on remarquera que cette classification n\u2019est pas scientifique, elle est quasi subjective et varie selon les individus.3.Dans certains cas, le milieu social et culturel a pu pren- 73 dre avantage de certaines caractéristiques bio-géné- tiques, indépendamment de leur fondement génétique.Par exemple, il est possible que les caractéristiques morphologiques des porteurs de 2 x et 1 y de l\u2019exemple (c) puissent faire en sorte que, dans notre culture, ces individus aient été amenés à des comportements homosexuels qu'ils n'auraient pas eus dans une autre culture où l'homosexualité n\u2019est pas tolérée, car, dans notre culture, les individus ayant la morphologie des porteurs de 2 x et 1 y sont «classés» par l\u2019opinion publique comme homosexuels \u2014 à tort ou à raison mais, de toute façon, indépendamment du fondement génétique en question.Le fait d\u2019être ainsi «classés» peut inciter les porteurs de 2 x et 1 y, dans notre culture, à adopter des comportements homosexuels.On ignore donc si l'homosexualité a un fondement génétique \u2014 d'autant plus qu'il existe des homosexuels qui ont délibérément choisi leur orientation sexuelle \u2014 mais on sait que parmi les homosexuels il yen a qui sont porteurs de 2 x et 1 y; par ailleurs, il est possible qu'il y ait des porteurs de 2 x et 1 y qui ne deviennent pas homosexuels, même dans notre culture.Voilà tout le sens de la question centrale de l\u2019'homosexualité: Naît-on homosexuel ou le devient-on?Les socio- biologistes «modérés» répondront dans le sens du premier principe mentionné plus haut.4.Les effets déterminants ou non des gènes peuvent être modifiés par la création d\u2019environnements appropriés.Par exemple, en donnant aux porteurs d'un x «fragile» dans l'exemple (a) de grandes quantités d\u2019acide folique (vitamine B9), on améliore leur concentration, leur langage, etc.Leur retard mental est ainsi diminué.De grandes doses de thiamine (vitamine B1) accélèrent le métabolisme de ceux qui sont atteints du syndrome de Wernicke-Korsakoff; leur condition sera ainsi améliorée._ Deuxième question: le comportement normal Certaines observations génétiques et épidémio- i logiques permettent d'affirmer qu'il existe un compor- E.tement «normal» déterminé par des génes'\u2019.Quels 5 principes peut-on dégager de ces observations?1.L\u2019action de certains génes est vraisemblablement 3 indirecte.On retrouve ici le méme principe que celui i énoncé ci-dessus, à propos de l'homosexualité.Par exemple, on pense que certains gènes déterminent la condition physique, offrent à l'organisme une résistance à l\u2019artériosclérose et aux maladies cardio-vasculaires.Les porteurs de ces gènes vont se sentir «en forme» et vont avoir tendance à choisir des activités sportives.Les choix culturels vont donc dépendre, chez ces individus, des prédispositions physiques que leur offrent leurs gènes, mais aussi des possibilités de choix offertes par la culture dans laquelle ils vivent.Les gènes ne déterminent pas nécessairement l'individu, mais orientent ses choix culturels.2.L'action directe de certains gènes est contaminée i par des effets culturels majeurs.Prenons l'intelligence comme exemple, au sujet de laquelle beaucoup de choses \u2014 souvent stupides! \u2014 ont été dites.On sait au- jourd'hui que l'intelligence a un fondement génétique, mais que son développement dépend essentiellement des effets culturels.Selon le modèle mathématique que l\u2019on choisira pour mesurer le quotient intellectuel, on accordera plus d'importance tantôt aux facteurs génétiques, 17.Pour une analyse du concept de normalité, voir Georges Can- 8 guilhem, Le normal et le pathologique, Paris, P.U.F., 1966.75 i tantôt aux facteurs culturels.Mais il ressort des études sur l'intelligence que celle-ci dépend directement de facteurs génétiques qui peuvent être améliorés ou réduits par les limites de la culture dans laquelle vit l\u2019individu.Troisième question: Le modèle multifactoriel Le modèle multifactoriel est un modèle global d'explication du comportement normal capable d\u2019intégrer à la fois le substrat génétique et les dispositions culturelles ou environnementales.Selon ce modèle, chaque individu est caractérisé par une série de gènes responsables de certains comportements; ces gènes déterminent une sorte de norme de réaction dans des limites à l'intérieur desquelles les individus vont pouvoir exprimer leur comportement.Par exemple, certains gènes déterminent la condition physique, mais cette condition physique a des limites à l\u2019intérieur desquelles certaines activités sportives demeurent possibles (courir le marathon), mais au-delà desquelles ces activités sont impossibles (courir la distance Halifax-Vancouver).Peut-on reculer ces limites?Oui, mais en dépassant le cadre des gènes considérés initialement, c\u2019est-à-dire en faisant intervenir d\u2019autres facteurs susceptibles de développer certains gènes jusqu'alors inactifs, ou en «forçant», ce qui est dangereux, l\u2019action des gènes connus.Mais, de toute façon, et c\u2019est là le drame de toute la condition humaine, il y aura toujours une limite à ce que le corps peut faire.Les limites de la norme de réaction dépendent aussi des effets culturels.À l'intérieur d\u2019une même culture, les individus vont tous avoir des normes de réaction à peu près semblables.Les individus qui ne bénéficieront pas de la norme moyenne de réaction seront ceux qui ont un déterminisme génétique les empêchant d'atteindre cette norme, les mongoliens par exemple.Déterminisme qui est tel que, même en milieu favorable, ils sont incapables d'améliorer sensiblement leur norme de réaction, alors qu\u2019un milieu approprié permet d'améliorer sensiblement la condition de ceux qui sont atteints du syndrome de Wernicke-Korsakoff.S'il est possible de faire passer une norme de réaction déficiente à une norme de réaction normale, est-il possible, et souhaitable, de faire passer une norme de réaction normale à une norme de réaction supra-normale?Oui, sans doute, mais en respectant les limites de la condition humaine.Quatrième question: Les thèses sociobiologiques Certains comportements élémentaires de l\u2019espèce, dévolus à la survie, semblent avoir un fondement génétique.(a) Le maternage, c'est-à-dire la propension à donner au nouveau-né des soins maternels.Ce comportement est-il fixé génétiquement?Étant donné que c\u2019est la femme qui porte en elle le bébé et qui possède ce qui est nécessaire à son allaitement, il est fort probable qu'une sélection ait eu lieu favorisant les enfants des femmes adoptant un comportement de maternage, qui ont pu se reproduire et transmettre le gène responsable de ce comportement, alors que les femmes n'ayant pas ce gène, ne prenant pas le même soin de leur progéniture, n'ont pu se reproduire et ontété éliminées par sélection naturelle\u2019s.18.Il ne faut pas confondre le maternage avec l'amour maternel, dont les fondements sont analysés par Elisabeth Badinter dans L'amour en plus, Paris, Flammarion, 1980, coll.«Le livre de poche» # 5636.77 (b) La monogamie.La femme n\u2019a pas de période de rut, elle est féconde toute l\u2019année, ou presque.Le fait que la femme soit «disponible» toute l\u2019année pour la reproduction a pu avoir pour effet de stabiliser les couples primitifs, l'homme n\u2019ayant aucun besoin de chercher ailleurs que chez lui la satisfaction de son besoin de reproduction.La monogamie a ainsi favorisé la stabilité de la société et a été encouragée par les dirigeants.Si par ailleurs certaines femmes, au début de l\u2019évolution humaine, ont pu avoir une période de rut, elles ont été éliminées par les pressions sociales.(c) L'agression.La capacité d'agression est importante en certaines circonstances, dans le cas où le territoire nourricier doit être protégé, par exemple.La capacité d'agression favorise la vie en bande et la collaboration; les individus vivant en bande ont pu mieux se reproduire et se protéger des dangers extérieurs.Par sélection naturelle, la capacité d\u2019agression s\u2019est ainsi fixée dans l'espèce, les individus ne possédant pas cette capacité ayant été éliminés.Quels principes peut-on dégager de ces observations?1.Les comportements dévolus à la survie ont fort probablement un fondement génétique; ies darwinistes assurent que les gènes fixés dans l\u2019espèce ont connu, à un moment de leur évolution, un avantage spécifique.2.Nonobstant la thèse précédente, certaines caractéristiques peuvent être récupérées et magnifiées par la culture, par exemple la force musculaire, la taille, les canons grecs de la beauté masculine et féminine dans notre culture.Par ailleurs, l\u2019agressivité primitive de l'exemple (c) a pu être récupérée par la culture et dirigée vers des comportements comme la domination de la femme par l'homme et l'esclavage qui, en eux-mêmes, n\u2019ont aucun fondement génétique.On peut également voir dans la guerre ou les rituels guerriers des comportements dont l\u2019origine est cette agressivité primitive.Par la culture, les individus peuvent à leur gré modifier la sélection primitive pour donner naissance à un type 5 de société mieux adapté à leurs besoins.Le maternage E, n\u2019est peut-être plus un comportement nécessaire à la E survie de notre société.Aussi les revendications féminis- E tes, le divorce, les moyens contraceptifs sont autant BE de moyens pris par les sociétés modernes pour dévelop- i per un type de société mieux adapté aux besoins actuels, | même si ces moyens vont à l\u2019encontre de la sélection naturelle initiale.De la même façon, l'éradication des épidémies va à l\u2019encontre de la sélection naturelle des individus, c\u2019est-à-dire dans un sens disgénique, contre l'évolution biologique naturelle.Le fait de pouvoir expliquer certains comportements par des caractéristiques génétiques ne justifie pas la conservation de cet état de chose; rien n\u2019oblige l\u2019homme à laisser la sélection naturelle opérer ses propres choix.La culture est un mécanisme d'adaptation privilégié parce que ce mécanisme permet une adaptation très rapide de l'individu à ses nouvelles conditions naturelles d'existence, et qu'il lui permet de faire face à de nouveaux défis dans la liberté et la pleine connaissance de ses moyens.La socio- biologie, en tant que discipline scientifique, devrait faire partie intégralement de ce type de culture.5.Les enjeux de la sociobiologie Les thèses sociobiologiques ont déjà justifié des y entreprises et des comportements dangereux et dégradants comme l\u2019eugénisme, le racisme, le sexisme, la stérilisation de certains individus, l\u2019avortement sélectif, 79 E l\u2019invocation de certains traits génétiques comme circonstance atténuante dans des procès criminels.Il est très important et très urgent de définir ce que l\u2019on entend par «déterminisme génétique».Les définitions que l\u2019on en donne varient d\u2019un auteur à l\u2019autre et manquent souvent de rigueur.Ce concept est devenu une sorte de mythe que chacun utilise à sa guise, ce qui empêche la socio- biologie de jouer le rôle positif qui devrait être le sien: comprendre l\u2019être humain.La sociobiologie considère les comportements sociaux d\u2019un point de vue biologique.Ces comportements sont donc des adaptations.Une adaptation est essentiellement un caractère qui contribue au succès reproducteur d\u2019un individu, donc à sa survie.Le processus d'acquisition des adaptations est la sélection naturelle.Pour qu'une adaptation puisse se transmettre héréditairement, il faut qu\u2019elle soit génétiquement déterminée, qu'elle ait une base génétique, puisque les parents ne transmettent que des gènes et rien d'autre.Si l\u2019on s'intéresse à la biologie des comportements, on s\u2019intéresse aussi à la sélection naturelle.Or, celle-ci n\u2019est rien d'autre que la survie de certains gènes.L'évolution des comportements par sélection naturelle implique qu\u2019il existe une certaine variabilité génétique de ce comportement dans le groupe considéré.Pour parler de la biologie d\u2019un comportement, il faut supposer que ce comportement a une base génétique et qu'il contribue au succès reproducteur de l\u2019espèce.Ces deux conditions sont celles qui permettent de décrire la sélection naturelle.Selon le Professeur Barette, les problèmes naissent lorsque l\u2019on prend cette description de la sélection naturelle pour décrire un processus de développement, c\u2019est ce qu\u2019on nomme le déterminisme génétique.Richard Dawkins a été le premier à parler avec trop de désinvolture du déterminisme génétique et a le confondre avec le lien génétique tel que décrit par la sélection : naturelle.Mais entre le zygote (oeuf fécondé) et la per- A formance du caractére ou le comportement, il yaun long et lent développement.Le géne porte une instruction, un programme, qui ne se réalise pas dans le vide, mais | toujours dans un environnement.Deux programmes identiques ne donnent pas lieu à deux caractères identiques, sauf s\u2019ils se développent exactement dans le \u2018à même environnement, ce qui est impossible.Il y a une interaction constante entre l'environnement et le programme.Comment justifier les thèses des sociobiologistes extrémistes sur la base de cette interaction?Fonder des comportements comme le sexisme, l\u2019esclavage, l\u2019eugénisme, l'avortement sélectif, etc, sur la génétique, c\u2019est commettre une méprise, une monstrueuse méprise, dont les enjeux politiques, sociaux, économiques, dépassent certainement la sociobio- ; logie elle-méme.«Derriére les énoncés scientifiques de Darwin'°, se cache une conception de l'homme et de la société», note I'épistémologue Serge Robert?°.Cette conception n\u2019est en rien génétiquement déterminée, elle n\u2019est que le produit de notre culture.Comme toutes les connaissances humaines, la biologie n'a que le sens qu\u2019on veut bien lui donner.Rien, dans le code génétique, n'indique le sens de la vie ni la valeur de cette dernière; ; rien n\u2019y indique non plus ce que sera la société de de- 3 main, ni ce qu\u2019elle devrait être aujourd\u2019hui.L\u2019enjeu de la 19.Nous ajouterions: et des sociobiologistes.20.Cité in Hélène Archambault, «Vers un nouveau Darwin», Réseau, Magazine de l'Université du Québec, vol.14, no.6 (février 1983), p.18-19.R 81 sociobiologie serait-elle de diriger la destinée de tous les hommes en niant ce qui fait leur spécificité, la culture?Si c\u2019est cela, la sociobiologie se nie elle-même, car elle n\u2019est que le fruit de notre culture et de notre civilisation2!.21.Au moment où nous écrivions ce texte (juillet 1983), nous apprenions la parution prochaine d\u2019un autre livre sur la sociobiologie: Claude Lagadec, Dominance, Pour une sociobiologie de I'inégalité et de la tromperie, Longueuil, Éd.du Préambule (à paraître à l\u2019automne 1983).Le lecteur intéressé trouvera de bonnes bibliographies dans les ouvrages de Pierre Thuillier (voir note 14) et de Arthur L.Caplan (voir note 11), ainsi que dans Michael Ruse, Sociobiology: Sense or Nonsense?Dordrecht, Reidel, 1979. L\u2019équivoque de la psychosomatique ou le psychisme inexistant Philippe Thiriart Professeur au département de psychologie Michel Legault Pigiste Dans le cadre de cetarticle, nous nous attacherons à démythifier la psychosomatique traditionnelle et à débusquer ses origines, ainsi que les causes de son succès social.Au fur et à mesure que nous progresserons dans notre démonstration, il deviendra clair au lecteur (du moins nous l\u2019espérons) que cette conception traditionnelle et ionienne, c\u2019est-à-dire béhavioriste et biolo- intuitive et éléatique.La conclusion que nous désirons faire ressortir est que seule une approche moniste, rationnelle et ionienne, c\u2019est-à-dire béhavioriste et biologique, peut nous garantir contre la myopie médicale et idéologique traditionnelle.Une culture dualiste À première vue, notre culture occidentale moderne tend à être perçue comme technocratique et matérialiste.Pourtant, lorsqu'on jette un coup d'oeil sur les valeurs qui sont le lot de la population, on entend un tout autre son de cloche.Ainsi, grâce à de récents sondages d\u2019envergure internationale (Cousineau, Gallup), on apprenait récemment que la population, en général, a confiance en ses institutions (l\u2019Église, la police, la fonction publique, etc.); que la majorité des habitants des pays industrialisés croit à un dieu (bien qu'une minorité seulement croit au diable); que la vie familiale est toujours aujourd\u2019hui celle qui apporte les plus grandes satisfactions de l\u2019existence.Pourtant, cela n'empêche pas la plupart des gens de souhaiter du même souffle une plus grande industrialisation.Cette apparente contradiction nous amène à penser que, puisque l\u2019industrialisation apporte avec elle divers bouleversements sociaux qui viennent ébranler le temple des convictions populaires, il est normal que des problèmes d'adaptation surgissent, nombreux, du choc de la rencontre de ces deux systèmes de valeurs souvent antagonistes que sont Dieu et les Églises d\u2019une part, l\u2019industrialisation et le rationalisme scientifique d'autre part.Une des manifestations du conflit interne que peut vivre un individu est la maladie dite «psychosomatique».Selon le dictionnaire Robert, la psychosomatique est la partie de la médecine qui étudie les maladies physiques liées à des causes psychiques ou à des conflits psychologiques.Cette spécialité, d\u2019origine récente, a fait la fortune de plusieurs psychologues ou psychothérapeutes qui se sont vu référer ces cas par des médecins complaisants, incapables de trouver une cause physique à un symptôme observé, et de toute façon non préparés pour faire face à de tels cas.L'approche médicale et l\u2019approche psychologique se complètent donc 85 à merveille, plutôt que de s\u2019opposer comme on le croit souvent.La psychosomatique est-elle efficace?À présent, attardons-nous à tâcher d'évaluer si les approches psychologiques traditionnelles soulagent ces troubles psychosomatiques.Nous verrons qu\u2019il n\u2019en est rien.Suite à des informations recueillies et compilées auprès des clients partout à travers le pays, des psychiatres représentant la tendance dominante de la discipline aux États-Unis ont conclu ce qui suit au sujet du traitement psychologique des troubles somatiques (J.H.Greist et autres): Les informations recueillies suggèrent que la psychothérapie individuelle est inefficace (p.271).L'utilité particulière de la psychanalyse et de la psychothérapie d'orientation psychanalytique n\u2019a pas été bien établie (p.277).Les patients qui ont des préoccupations somatiques tendent à ne guère répondre à la psychothérapie traditionnelle par prise de conscience (p.291).I! revient aux spécialistes des États-Unis d\u2019avoir eu le tardif mais tout de même salutaire réflexe de faire les premiers leur autocritique et de reconnaître qu\u2019une approche utilisée avec profit financier par la majorité des membres de cette profession bien établie est vraisemblablement inefficace.Au Québec, tout dernièrement, un groupe de psychologues et de travailleurs sociaux publiait un ouvrage autocritique intitulé Psychothérapies, attention! aux Presses de l'Université du Québec.Cette oeuvre collective remet fortement en question l'efficacité des psychothérapies.Bien sûr, de spectaculaires cas de guérison peuvent survenir, éblouissant le public au point de l\u2019aveugler.86 Nous pensons par exemple à Marie Cardinal qui, dans Les mots pour pour le dire, raconte que la psychanalyse a été efficace pour guérir sa maladie psychosomatique: une dysménorrhée et des crises d'angoisse très physiquement ressenties.Mais ce cas isolé, si sympathique qu\u2019il soit, reste personnel, comme l\u2019a d\u2019ailleurs avoué l\u2019intéressée elle-même dans un entretien télévisé.Malgré cela, nombreux sont les volumes en psychologie traditionnelle qui s'appuient sur de telles histoires de cas.Le psychologue ou le psychiatre moyen qui écrit un livre ou un article n\u2019a ainsi qu\u2019à choisir parmi le, disons, 5% de sa clientèle qui satisfait les besoins de sa démonstration.C\u2019est de cette façon qu\u2019on entretient un optimisme illusoire chez le public général ou cultivé.L\u2019origine du problème Mais revenons à l\u2019essentiel.En effet, une question vient naturellement à l\u2019esprit: pourquoi l\u2019approche psy- chothérapique traditionnelle, dans son ensemble, ne fonctionne-t-elle pas pour soulager les troubles psychosomatiques\u201d?Afin de répondre à cette question, il faut rétablir la psychosomatique dans le contexte idéologique et culturel qui l\u2019a vu naître.Selon nous, la psychosomatique participe d\u2019une vision dualiste, essentialiste et éléatique du monde.Les philosophes de l\u2019École d\u2019Elée postulaient l\u2019immuabilité de l'être.Leurs successeurs spirituels résolurent le paradoxe de I'immuabilité de l\u2019être et du mouvement en distinguant deux niveaux de réalité: l'essence et l\u2019existence pour Platon, la forme et la matière pour Aristote, le nou- mêne et le phénomène chez Kant, la psyché et le somatique chez les psychosomaticiens.87 Dès lors, la tentation sera grande de délaisser la complexité et la diversité des phénomènes sensibles, trop longues et trop décourageantes à connaître, pour leur préférer une nature secrète, accessible néanmoins au philosophe.(Jean-François Revel, p.63).Le poids des mots En conséquence, l\u2019existence, la matière, le phénomène et le somatique ne deviennent intelligibles que si l'on se réfère à l\u2019essence, la forme, le noumène et la psyché, qui sont autant de natures secrètes.Les comportements intelligents ne peuvent plus être causés que par une intelligence; les comportements inconscients, que par un inconscient; et les comportements en général que par un psychisme.Le corps doit avoir un esprit qui l'anime.Cette conception dualiste, essentialiste et éléatique fut reprise par le christianisme et elle façonna malheureusement le langage que nous utilisons.Or, depuis Sapir et Whorf, nous savons que: Les apparences physiques ne sont pas les mêmes pour tous les observateurs, qui de ce fait n'aboutissent pas à la même représentation de l'univers, à moins que leurs infrastructures linguistiques soient analogues ou qu'elles puissent être en quelque sorte normalisées (Whorf, p.130).Ainsi notre langage quotidien imprègre fortement notre représentation de l\u2019univers, faisant de notions abstraites telles foi, courage, esprit, imagination, mémoire, personnalité, etc., des entités très «réelles».Comme le soulignent fort à propos Watzlawick, Beavin et Jackson dans Une logique de la communication, «une fois le terme ainsi réifié, on perd de vue qu'il n\u2019est qu\u2019une expression raccourcie pour désigner une forme particulière de relation en cours».88 Analysons un exemple.Les jambes et leurs mouvements existent.Nous posons cette existence dès E le départ.De même, lorsque les jambes bougent d\u2019une certaine manière, nous parlons de marche, comme nous parlerons de course ou de danse si les jambes effectuent un autre type de mouvement.La marche, la course E ou la danse représentent des processus que nous qua- El lifions de diverses maniéres.Néanmoins, nous utilisons 3 des substantifs pour designer ces processus; ce qui nous i induit a en parler comme des entités, pour finir par les gi considérer comme des entéléchies autonomes, douées en quelque sorte de leur propre vie.E Ainsi notre langage quotidien imprégne fortement E favorise le développement des jambes.» Ou encore, un artiste pourra affirmer: «La danse s'est emparée de moi.» Tandis qu'un critique écrira, par exemple: «Ce spectacle a prétendu nous montrer de la danse, mais la danse n\u2019était pas au rendez-vous.» Toutes ces métaphores b ont ceci en commun qu\u2019elles laissent croire que la danse Ë est une entité, un être immatériel agissant, alors qu\u2019elle n\u2019est que l'appellation d\u2019un processus.La danse, bien sûr, n\u2019existe pas en soi, transcendantalement à l\u2019organisme et à son fonctionnement.Ces personnifications ; (Ou animismes) sont une conséquence de notre façon habituelle de dire le monde, donc de le voir et de le codifier.Nous venons de voir que les mots que nous utili- ; sons nous portent à croire que des concepts immaté- ; riels, comme l\u2019intelligence, la personnalité, etc, transcendent les existants matériels.Selon cette logique, | il est donc tout à fait normal de croire qu\u2019il existe une 4 entéléchie telle que le psychisme, et que ce psychisme À puisse agir sur le corps.Là réside tout le leurre., iN i; : 3 ; i 89 L\u2019influence de l\u2019effet placebo On pourrait même, malicieusement, relier ce phénomène culturel à l'effet placebo, lequel, comme on le sait, agit sur une importante minorité de gens.Or l\u2019effet placebo ne permet pas seulement d\u2019endormir une sensation de douleur; il a aussi une valeur thérapeutique.Il est ainsi démontré expérimentalement depuis quelques années que notre système immunitaire réagit aux stimulations de l\u2019environnement et que ces réactions peuvent être conditionnées.Alan Anderson expose les résultats de ces recherches dans le très intéressant article How the Mind Heals.Tout comme l'effet placebo, le psychisme, construction du cerveau humain, semble avoir malgré tout son utilité.En effet, il semble possible de soutenir, sorte de preuve par l'absurde, qu'une certaine capacité d\u2019illusion et de mythification favorise la survie biologique, but uitime de l'outil biologique que constitue notre cerveau (Thiriart, 1981).En conclusion, l'approche psychosomatique traditionnelle, pas mauvaise en soi dans la mesure où elle tente de s'attaquer à des problèmes d'adaptation de l\u2019individu à son environnement, est toutefois vouée à un échec dans l\u2019ensemble, tel que nous l\u2019avons vu, car elle s'attaque à des «entités psychiques» inexistantes.Seul un effet placebo involontaire lui apporte quelques succès pratiques.Tel un Don Quichotte, bien assis sur la monture du destrier fatigué de la tradition médicale, le psychosomaticien s'attaque, bravement mais en vain, au moulin à vent d\u2019un psychisme illusoire, d\u2019une entéléchie impalpable. Une conception moderne ; À présent que nous croyons avoir établi le fondement aberrant de I'approche psychosomatique, il sera rassurant de constater que nous nous trouvons en ex- il cellente compagnie.En effet, Henri Laborit, chercheur Ë de premier plan dans le domaine de la psychophysiologie, dans son ouvrage L'Inhibition de l'action, affirme ce qui suit: 5 La séparation entre l\u2019esprit et le corps est sans doute un des concepts les plus difficiles à détruire car fondé sur une appa- gh rente évidence |.|.C\u2019est la barrière qui persiste entre la patho- gE logie cortico-viscérale et psychosomatique (p.3).i Ce faisant, Laborit nous indique la voie toute tracée vers laquelle orienter nos efforts dans la recher- E che de la compréhension des nébuleux problèmes psychosomatiques.Pour utiliser sa terminologie, ce que .nous appelons couramment «psychosomatique» devrait | plutôt s'appeler «cortico-viscéral».Voici maintenant pourquoi: les fonctions viscérales ne dépendent pas directement de l'action du cortex et du système nerveux volontaire.Nous ne pouvons pas directement maîtriser par exemple notre pression artérielle comme nous maîtrisons les mouvements de nos mains.Néanmoins, des informations traitées par le cortex cérébral peuvent entraîner indirectement des augmentations de la pres- 5 sion artérielle et, à la longue, celle-ci peut se fixer à un i niveau trop élevé.Il ne s'agit donc plus de l'influence d\u2019un psychisme sur un soma, mais de la transmission d'informations d\u2019un système biologique (cortical) a un autre (viscéral) qui ne sont pas directement reliés.Cette approche biologique est de plus en plus répandue (chez les neuropsychologues, du moins), 91 au détriment de l'approche psychosomatique traditionnelle.Nous en voulons pour preuve supplémentaire le fait que le terme «psychisme» soit carrément en train de disparaître du langage scientifique.En fait, on ne le retrouve dans aucun des ouvrages suivants: le Vocabulaire de la psychologie de Henri Piéron; le Dictionnaire général des sciences humaines de G.Thinès et A.Lempe- reur; La psychologie moderne de A a Z: A Dictionary of the Social Sciences; The Encyclopedia of Human Behavior; International Encyclopedia of the Social Sciences.De plus en plus, pour remplacer «psychosomatique», on parle de médecine béhaviorale (D.A.Bakal), de réactions cérébroviscérales (Laborit), de psychoneu- roimmunologie (Anderson).En outre, il n\u2019est pas impossible que le terme «psychologie» disparaisse un jour a son tour, au profit de «éthologie» ou «biologie comportementale», démontrant ainsi la parenté étroite qui existe entre les disciplines scientifiques ayant l'homme comme objet.Épilogue Or, pendant ce temps-là, le ministère de l\u2019Éducation du Québec élabore parmi ses scénarios un programme de sciences humaines dans lequel les cégépiens n'auraient pas à suivre de cours de biologie et de mathématique.Au moment où les sciences humaines progressent scientifiquement, le Québec, à contre-courant, produirait ainsi toute une population de diplômés com- pletement déconnectés de la science et de la technologie.De quoi faire frémir! Pourtant, comme l\u2019a brillamment démontré Isaac Asimov dans son article « ) et l'adénine ( \u2014{___) ) sont des anneaux doubles appelés «purines».«amine» ( TSN).On connaît une trentaine d'acides I | Les biomonomères s'accumulent dans les eaux des mers et des océans.Pendant ce temps, divers facteurs d\u2019érosion comme les pluies, les vents, etc.désagrègent les sels minéraux de l'écorce terrestre qui sont entraînés par l\u2019eau de ruissellement, les rivières et j les fleuves vers ces mêmes océans où ils se dissolvent } pour en constituer graduellement la salinité.Ces sels Ë minéraux contiennent les autres éléments qui, bien qu\u2019en ! proportions minimes, d\u2019où leur nom d\u2019oligo-eléments, i entrent dans la composition du vivant: phosphore, potassium, soufre, sodium, magnésium, calcium, chlore et fer.Les monomères sont dynamiquement stables, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils ont tendance à se maintenir et à s'unir i entre eux en présence d\u2019énergie, ou a se polymeriser.105 EN RÉSUMÉ Forma) dényde cyanhydrique } +E +E zlycérine acides glucose ribose et acides bases gras désoxyribose aminés azotées La polymérisation ou la synthèse des constituants du vivant Un polymère est un composé chimique complexe constitué de monomères unis entre eux par un processus appelé «liaison peptidique».Si on libère un lien chimique à l\u2019extrémité d\u2019un monomère en enlevant un atome H et qu\u2019on fasse de même à l\u2019extrémité d\u2019un autre en enlevant une molécule OH, les extrémités ainsi activées peuvent s'unir et créer un nouveau lien entre les deux monomères: H | L x\u201d Cette union entre deux monomères, par élimination d\u2019une molécule d\u2019eau constitue une liaison pep- tidique.On peut de la même façon ajouter à la chaîne ainsi amorcée d'autres monomères pour former un poly- mère.Les graisses ou lipides sont constitués d\u2019un acide gras uni a une glycérine par une liaison peptidique; de même, l\u2019union de centaines de molécules de sucres simples forme des polysaccharides, comme l\u2019amidon par exemple.Les protéines Les protéines sont des molécules complexes constituées de centaines d'acides aminés reliés entre eux, comme les wagons d\u2019un train, par des liaisons pep- tidiques.On sait que vingt A.A.différents entrent dans la composition des protéines du vivant; de méme que les mêmes vingt-six lettres de l\u2019alphabet, en les combinant différemment, permettent d\u2019écrire une infinité de mots et de phrases significativement différents, la séquence ou l\u2019ordre des A.A.engendre une infinie variété de protéines.Cette variabilité est telle que chaque individu aura des protéines qui lui sont particulières.En fait, plus la proximité biologique entre des individus, ou des taxons, est grande, plus ils partagent de protéines semblables.C\u2019est donc la variabilité des protéines, engendrée par I'infinie variabilité des séquences d\u2019acides aminés qui les composent, qui détermine la variabilité des groupes biologiques et même l\u2019infinie variabilité des individus.Les protéines jouent deux rôles essentiels dans le vivant.D'abord, ce sont les matériaux de base de la structure de toutes les parties de la cellule.Ensuite, elles sont les catalyseurs qui accélèrent les processus chimi- 107 ER re a 3x ES cn = Ress 5 passes ho ere = a = Ex = gate cu 38 TSI Ek = a = ETE A ee .A J; : we CY ~-X m\u20140\u2014x \u2014 \\ m\u20140\u2014x me nN \u20ac | H\u2014=C rt PROTEINE LO LIPIDE = © | 0 POLYSACCHARIDE n &\u2014 H20 \u2014_\u2014 ks m\u20140\u20140\u2014 \u2014_ = x\u2014-o\u2014-o\u2014x \u2014_ CHAINE D'ACIDE NUCLEIQUE > H\u2014A0\u20140\u2014X R= C3 1% 108 ACIDE DESOXYRIBONUCLEIQUE (A.D.N.) AN LES BIOPOLYMERES - .TRS 1 ee Q wm N v FA Q=\u20140 ] d IN 4 \\ NUCLEOTIDE m-\u2014o\u2014wx ADENINE GUANINE \u20ac cyrosINE {7 THYMINE XO) PHOSPHATE 7 1 D'ADENOSINE D'ADENOSINE DIPHOSPHATE TRIPHOSPHATE NUCLEOTIDE DESOXYRIBOSE HOY == O ub a EEE D ee ee ques qui assurent d\u2019une part la réalisation des fonctions du vivant et d'autre part la synthèse des constituants organiques.Ainsi, dans les océans primitifs, à partir du moment où les liaisons peptidiques entre A.A.ont synthétisé des protéines, tous les mécanismes de formation de matières organiques, qui avant se réalisaient au hasard des rencontres des molécules appropriées, ont été grandement accélérés par la fonction enzymatique des protéines.Phosphate d\u2019adénosine Le phosphate d\u2019adénosine est un polymère formé de liaisons peptidiques entre une adénine (base azotée), un ribose (sucre simple à cinq carbones) et deux (diphos- phate d\u2019adénosine) ou trois (triphosphate d\u2019adénosine) molécules d\u2019acide phosphorique.Les liaisons entre les acides phosphoriques, appelées «liens phosphates», absorbent beaucoup d'énergie.Le triphosphate d\u2019adénosine (ATP) en brisant un lien phosphate, libérant une grande quantité d'énergie, peut se dégrader en diphos- phate d'adénosine (ADP).L'inverse peut se réaliser en emmagasinant de l'énergie.Cette relation réversible fait du phosphate d\u2019adénosine le réservoir d'énergie du vivant.Acide désoxyribonucléique (A.D.N.) Un deésoxyribose (C,H,,0,) uni par liaisons pep- tidiques d'une part a une base azotée (thymine, cytosine, guanine ou adénine) et d\u2019'autre part a un acide phosphorique constitue un nucléotide.On aura donc quatre types de nucléotides, selon les quatre bases azotées qui entrent dans leur formation: five 1g \u2014 « ! H \\_ =] 0 A leur tour, les nucléotides peuvent s'unir entre eux et ce de deux façons, disons horizontalement et verticalement.À la base, chaque nucléotide est terminé par un H du désoxyribose et un OH de l\u2019acide phosphorique.On peut donc unir horizontalement deux nucléotides par une liaison peptidique et poursuivre indéfiniment la chaîne ainsi amorcée.Des milliers de nucléotides de cette façon réunis constituent une chaîne d'acide nucléique.Verticalement, deux nucléotides peuvent s'unir par leur base azotée, mais toujours de la façon suivante: thymine avec adénine et cytosine avec guanine.On peut donc doubler une chaîne d'acide nucléique en superposant à chaque nucléotide son complémentaire pour former une nouvelle série de peptidiques.On peut ainsi former comme une échelle dont les montants seraient les deux séries de liaisons phosphates articulées par des désoxyriboses aux barreaux de nucléotides.Cette double chaîne d\u2019acides nucléiques réunis par leurs bases azotées s'appelle «acide désoxyribonucléiques» ou «A.D.N.» L\u2019A.D.N.a le pouvoir d\u2019autoreproduction.Lorsque par l'alimentation et l\u2019assimilation une cellule devient saturée des nucléotides nécessaires, les deux chaînes d'acide nucléique se séparent en brisant les faibles liens chimiques entre les bases azotées; de part et d'autre, chaque nucléotide appelle et fixe son correspondant dédoublant ainsi l\u2019A.D.N.original.L'A.D.N.préside à la synthèse des protéines: lorsqu'il se dédouble, chaque triplet de nucléotides, selon un mécanisme complexe que nous ne détaillerons pas ici, appelle un acide aminé particulier et le place de façon telle qu'il puisse s'unir à l\u2019acide aminé appelé par le triplet suivant, et ainsi de suite.C\u2019est donc la séquence ou l\u2019ordre des nucléotides de l'A.D.N.qui détermine la séquence ou l'ordre des acides aminés des protéines propres à chaque espèce et à chaque individu.Ainsi, l'acide désoxyribonucléique qui compose les gènes constitue le code génétique transmissible et modifiable de tout vivant.Toute sorte de radiations, par exemple émises par le soleil ou par la matière terrestre elle-même, bombardent continuellement l'atmosphère, la biosphère et la surface terrestre.Lors du processus de duplication de l\u2019'A.D.N., ces radiations peuvent briser les chaînes d'acides nucléiques, y insérer d\u2019autres nucléotides, ou encore en enlever.I! peut donc y avoir des accidents ou des erreurs dans la reproduction de l\u2019'A.D.N.qui modifient la séquence des nucléotides.Or puisque c\u2019est cet ordre qui préside à la synthèse des protéines, ces modifications entraînent la formation de protéines différentes et conséquemment l'expression de caractéristiques biologiques différentes et héréditaires, puisque les -erreurs- seront recopiées lors des duplications subséquentes de I'A.D.N.Ce sont ces modifications de la séquence des nucléotides lors de la duplication de l'acide désoxyribonucléique que l\u2019on appelle -mutations-.111 ET 2 | ue » (terme de la genèse)?8.E L\u2019humanité divisée arriva au couple mythique que for- i ment Fou Hi et Niu-Koua, sa soeur et son épouse à la fois.if En union et complémentarité, ces deux personnages sont représentés enlacés, l'un tenant l\u2019équerre et l\u2019autre le compas (voir tableau 2).TABLEAU 2 Le couple mythique Fou Hi et Niu-Koua V EP AIN Max Kaltenmark, Lao Tseu et le Taoïsme, A Paris, Seuil, 1965, p.34.EH 25.Ibid.26.Ibid., p.64.131 Après avoir écouté les récits des origines, et avoir compris que nous vivons la fin du cycle de l\u2019humanité, jetons de nouveau les regards sur le schéma du symbole de l'homme La tradition considère l'homme entre Ciel y et Sol JF.ll faut considérer en lui trois plans: le plan supérieur correspondant au Ciel, le plan inférieur correspondant au Sol et le plan intermédiaire correspondant à l'homme lui-même.TABLEAU 3 ANALOGIE ATTRIBUTIONS FONCTIONS Etfecteur \\_ intellectuelles homme Transmetteur émotionnelles Récepteur J corporelles Lavier, op.cit., p.66 et adaptation personnelie Le plan supérieur a une forme ronde, symbole du Ciel, répond à la qualité, il n'est pas mesurable, il reçoit des influx du Ciel.Les Protochinois mentionnent que «les idées sont un don reçu du Ciel».Il n\u2019est pas possible d'aborder logiquement les phénomènes supérieurs de la physiologie sans référence à la métaphysique.Ciel puis Sol, telle est la clef de la compréhension de l'homme total.Le plan inférieur s'ouvre vers le bas (Sol) et le plan moyen reste horizontal, en relation avec l\u2019homme.On comprendra mieux maintenant les étapes de la chute de l'homme.Après son contact avec le Ciel, les idéogènes°\u201d non employés vont descendre de plan, l\u2019homme a commencé une involution, il est devenu peu à peu sentimental, (les religions sont devenues de simples morales) pour finir au point le plus bas, dans la matière et la quantité, unique fondement du scientisme moderne.Au cours de cette chute, les pouvoirs qu'il possédait se sont peu à peu atténués, pour finalement disparaître et être remplacés par des prothèses?8.L'homme intellectuel, par le fait même qu'il n\u2019a presque plus de contact avec le Ciel, se fabrique des idéogènes en prélevant des forces dans le Sol (la quantité) et les fait remonter jusqu\u2019au centre de son plan supérieur.Cette voie est possible mais subversive, car c\u2019est prétendre que le Sol forme le Ciel.Nous savons déjà que l\u2019homme s'ouvre normalement vers le Ciel où il trouve l'agent primordial de sa physiologie, l\u2019idéogène (Yi) (voir tableau 4).La spiritualité est une fonction intégrée à la physiologie normale.Ce dont je veux parler, c\u2019est la notion de cause première, l\u2019EST, au sens hébraïque du «iod-hé-waw-hé» ou du «Tai Yi» des Protochinois.Pour que l'homme reçoive les idéogènes de l\u2019Effecteur, il faut qu\u2019il prenne conscience que quelque chose lui vient d\u2019en haut, en permanence, comme une permanente création?°.27.Terme employé par Lavier pour expliquer ce qui engendre l'idée.28.Lavier, op.cit, p.93-94.29.Ibid., p.111.133 TABLEAU 4 INTUITION PRECO! MEMOIRES POSTCONSCIENT AUTOMATISME RAPPEL Les fonctions intellectuelles Jacques André Lavier Les fonctions intellectuelles répondent chez l'homme au Ciel, à l'effecteur et est d'ordre surtout qualitatif, et donc non mesu- op.cit, p.69 = rable.Le centre du schéma illustre ce qui engendre les idées, c\u2019est-à- dire les «idéogènes» le Yi en Chinois. Mais il faut aussi recevoir les influx du Sol.La tradition nous apprend que le plan quantitatif (soma) est nourri par le Sol.La qualité (Ciel) vient donner vie à la quantité (Sol).De plus, les agent extérieurs vont agir sur différents plans de l'être humain: les couleurs qui sont plus qualitatives que quantitatives iront à l'intellect, les sons, autant qualitatifs par la fréquence que quantitatifs par l'intensité, iront à l\u2019émotivité, etc.°°.Les différents plans sont aussi plus ou moins réceptifs selon les saisons.Par exemple, au printemps la mémoire est plus active qu'en automne, le coeur bat plus vite en été qu\u2019en hiver, etc.Seule l\u2019analogie avec l\u2019ensemble doctrinal de la tradition permet d\u2019avoir une vue générale de ces variations saisonnières de la physiologie.Pour la médecine occidentale, il y a deux façons d'observer un phénomène et de considérer un symptôme.Celle qui consiste à analyser chaque élément d\u2019un ensemble pour remonter à la synthèse.Cette façon est nécessairement incomplète et doit toujours être révisée en fonction des nouvelles découvertes.La deuxième est celle de l'analyse succédant à une synthèse préalable.Cette dernière façon sera définitive puisqu\u2019elle tient compte de tout l\u2019ensemble.Pour la médecine traditionnelle chinoise, la méthode de découpage analytique en spécialités est inconcevable.C\u2019est pourquoi on ne trouve pas de «spécialiste» chez elle.Suivant la méthode synthétique, elle étudie l'homme, non seulement dans son entier, tenant compte de tous ses plans, aussi bien qualitatifs (du Ciel), 30.Ibid., p.112.135 que quantitatifs (du Sol), mais, en élargissant son champ de vision, elle le situe dans son milieu, dans tous ses rapports avec la manifestation et voit en lui «l\u2019homme total3!».L'homme a cinq organes et transforme cinq souffles pour engendrer joie, colère, tristesse, chagrin, peur.Su Wen, ch.5 Il semble bien que ce soit les conditions affectives qui vont déterminer les déséquilibres organique du corps.La médecine chinoise est psychosomatique et greffée sur l\u2019environnement cosmique.Cette conception globale de l'homme, permet au médecin formé à l\u2019école de la tradition de prévoir certaines maladies avant leur apparition clinique.Le dérèglement qualitatif est décelé par l\u2019observation de signes presqu\u2019imperceptibles à un esprit non formé.Cette médecine est d\u2019abord préventive et individualisée.Le fait de rétablir un équilibre rompu évitera la maladie et selon l'expression traditionnelle: «Le malade sera guéri avant de l\u2019avoir été32_» 31.Ibid., p.122.32.Ibid., p.135. Références bibliographiques Jean Bossarello, Abrégé d\u2019acupuncture, New York, Masson, 1979.Jacques André Lavier, Médecine chinoise, Médecine totale, Montréal, Presses Select Ltée, 1982.Max Kaltenmark, Lao Tseu et le Taoïsme, Paris, Seuil, 1965.Jean Schatz, Claude Larre, Elisabeth Rochat de la Vallée, Aperçus de médecine chinoise traditionnelle, Marseille, Maisonneuve.George Soulié de Morant, L\u2019Acupuncture chinoise, La tradition chinoise classifiée, précisée, Paris, Maloine, 1972.Nguyen Van Nghi, Pathogénie et Pathologie énergétiques en médecine chinoise, Traitement par acupuncture et massages, Marseille, Typo-offset Don Bosco, 1977.137 Appendice: l'acupuncture L\u2019acupuncture (du latin: ACU - pointe et PUNCTURE - piqûre) est une médecine chinoise qui consiste à introduire en des points précis du corps humain des aiguilles métalliques selon les dérèglements énergétiques en cause.Originaire de Chine, l'acupuncture y était pratiquée 2 500 ans avant Jésus-Christ.Des écrits de cette époque témoignent de la connaissance de l\u2019acupuncture ainsi que des principes de la médecine chinoise encore utilisés de nos jours.Selon la théorie du Tao précédemment exposée, l\u2019univers est fait de Yanj et de Inn, tout comme le jour et la nuit, le tout s'harmonisant de façon alternative et continue.I! en est de même pour l'Homme, considéré comme un tout et régi selon des cycles naturels indissociables.La médecine chinoise étant la médecine de l\u2019énergétique humaine, celle-ci étudie donc la circulation de l'énergie selon la règle du Inn-Yanj.Les organes étant Inn et les entrailles Yanj, l'énergie vitale les parcourt selon une loi d\u2019alternance déterminée de façon précise.Chacun des organes et chaque partie des entrailles ont un trajet superficiel défini, appelé méridien principal, parcouru par des points à action spécifique.Il existe en plus un système d\u2019'interrelation assuré par des méridiens secondaires.On compte au total près de 2 000 points répartis sur tout le corps, dont 365 appartenant aux méridiens principaux.Il est donc possible pour l\u2019acupuncteur de suivre et de prévoir l\u2019évolution d'énergies pathologiques selon la symptomatologie générale et la réaction locale des 138 points atteints.En effet, un point en plénitude d'énergie pathologique devient très douloureux au toucher.Selon le rôle du point douloureux, il est possible d\u2019en conclure soit à une affection locale, une affection du méridien ou à un trouble interne.Il faut de plus prendre en considération la localisation de l'énergie pathologique selon la loi de l\u2019alternance énergétique ainsi que du niveau de pénétration dans les différentes couches du corps, chacun de ces niveaux ayant une symptomatologie particulière.De plus, l'agent responsable du déséquilibre énergétique intervient aussi dans cette symptomatologie.L'acupuncteur peut donc par la «puncture» de points déterminés enrayer la progression de cette énergie pathologique et l'éliminer en faisant appel à l'énergie vitale du corps et en rétablissant l\u2019équilibre énergétique.L'acupuncture est une médecine douce et naturelle qui fait appel a nos forces vitales.Loin d\u2019agresser le corps, elle l\u2019aide au contraire à rétablir son équilibre et à vivre en harmonie avec son environnement.L\u2019acupuncture puise son fondement dans la philosophie chinoise qui est globale et considère l'Homme comme un tout dans l\u2019univers.Or, chaque partie du corps est intimement reliée à l\u2019autre.C\u2019est ainsi qu'une simple «puncture» du petit orteil peut guérir d\u2019un mal de tête puisque les pieds et la tête sont directement reliés par un méridien.N\u2019allez pas croire à des histoires de grand-mère.Tous ces trajets ont été localisés scientifiquement et 139 RRA l'effet thérapeutique vérifié expérimentalement, notamment en France, aux États-Unis et en Russie.L\u2019acupuncture gagne beaucoup à se faire connaître parce que c\u2019est une médecine complète en soi et qui agit bien au-delà du simple soulagement de la douleur.La médecine chinoise est complexe et difficilement accessible au monde occidental.Notre besoin de tout doser et décortiquer nous éloigne du sens même de la vie qui est un tout énergétique.Tout comme le courant électrique, l'énergie du corps est une force invisible mais réelle qui se manifeste de diverses façons et à des endroits déterminés.C\u2019est ainsi que l\u2019acupuncteur, en maîtrisant ce «courant énergétique», réussit à rétablir l'harmonie du corps.Vivons donc avec nos ressources naturelles! eu ver an oe es So te 2e Sasa BS = a EX BRAT a = TI Lr Arr aT = = La \u2014.ES be 5 ro Peay as = x SIE Ech Tt QE =r \u2014\u2014 ce ces ces IS ood Lo EE PR.LE os I = Era) Est oF Ped es cts ES Xie CL Be rare Prt ris ne on es = es oe 2 or ocre = Da _ = pu es = es BA TITRES BOO as ar = ces Bs REIT bry Fe pats ea ry re = Copa! er 5 3 BEE = pi Ë - TEMOIGNAGES E Lao = en a oe ve Son .ee ce ca = 2e seu, em io oo ris 0 is op > =} ve ee = oe 2; pren Res ol > a Ry AOS = Sa 3 Tr.2 2am ps 8 2e pe Press tran oe GES oh Lo Can ARR: Ey RE SoHE oe PA Es Sr SE acces Geeks x fxd po 5 i RAS < 2 x pes ne > NE EY TI Rd RE SER x BH ci =\" = fg £3 ERE: Lee Be 1 J = x EN ser Gi SAN ; 5 A K GENE y = c A Ë B A pg LL wi 2 BS 3 aN = E 3 3 i mn a _._.\u2014 Co Eee = pe La médecine familiale d\u2019antan Entrevue avec le docteur Régis Tougas Médecin de famille retraité SE La petite revue!: Parlez-nous donc un peu de la vie sociale qui prévalait pendant votre formation.L'Université de Montréal étant encore rue Saint-Denis en ce temps-là, dites-nous si, pour vous, les alentours ont changé?Dr Tougas: J'ai fait mon cours de médecine sur la rue Saint-Denis.J'ai fait mon internat à l\u2019Hôpital de la Miséricorde sur la rue Saint-Hubert.La Polytechnique était un peu plus haut, de l\u2019autre côté de la rue; c\u2019est en 1932.Puis, 30 finissants en 1939, c\u2019est encore la crise.Tellement peu nombreux, nous avions alors le luxe du choix pour l\u2019internat.On choisissait notre hôpital.Un an auparavant, j'avais complété une année comme bénévole à l'hôpital Saint-Luc.PR: Le célèbre hôpital Saint-Luc situé au coin de Saint- Denis et Dorchester.Vous pouviez observer de là, tout le social composant le comté de Saint-Jacques.1.Claude Gagnon a interviewé le docteur Tougas pour La petite revue de philosophie.144 se Dr Tougas: C'était plus que ça.Une sorte d'hôpital pour toute la basse-ville; ça couvrait le «red light» (Zone des marginaux) et ses nombreux cas de police.Comme interne, bénévole ou non, on y faisait de tout.On faisait de l\u2019ambulance, de la garde à l'urgence, l'assistance a l\u2019opération.Saint-Luc avait, conséquemment à cette situation particulière, le droit de dissection.Notre fonction d'aide médical à-tout-faire se doublait d'une résidence partagée en commun.Ça faisait une vie d\u2019internat bien intense.Aujourd\u2019hui, dans les conditions récentes d\u2019internat, cette intensité est perdue.Chacun a sa petite place, s\u2019en retourne chez-soi.À Saint-Luc, on faisait de tout, on vivait ensemble on s'encourageait, on se remplaçait, on mangeait au même restaurant Kherulu, on prenait un coup quand on avait eu une nuit particulièrement dure.PR: À la Miséricorde, hôpital situé dans le même quartier que Saint-Luc, avez-vous rencontré les mêmes maladies et les mêmes misères?Dr Tougas: C\u2019est tout de même différent.L'Hôpital de la Miséricorde est spécialisé dans les accouchements dits «naturels» (enfants illégitimes) à l\u2019époque.La clientèle venait de plusieurs villes de la province et se répartissait sur toutes les classes sociales.On pourrait parler longtemps de tout ce système; il y avait bien sûr la fameuse double identité et pour les mères et pour les enfants afin de se protéger, disait-on, des enquêtes gouvernementales.Mais cela n'effaçait pas toutes les inégalités sociales.On pouvait reconnaître les patientes riches précisément par le fait qu\u2019elles portaient un voile sur leur visage et avaient leurs appartements, sortes de chambres privées, dans l'hôpital.145 PR: Cet Hôpital de la Miséricorde portait-il aussi bien son nom pour les filles pauvres?Dr Tougas: Des filles-mères qui n'avaient pas d'argent pour payer leur hospitalisation étaient assignées pour une période de six mois aux travaux ménagers.D\u2019autres se donnaient àla Communauté.On les appelait les Samaritaines.Elles se réintégraient de cette façon en adoptant l\u2019hôpital.PR: Mais il y avait probablement davantage de désintégration sociale.Une infirmière-recherchiste, Claire Nadeau, parle aujourd\u2019hui d\u2019un triste scénario pour les filles-mères dont l'issue est trop souvent.Dr Tougas: \u2026 un second enfant illégitime.PR: Vous l'avez deviné! Dr Tougas: Rien n\u2019a changé là-dessus.Sauf le secret peut-être: les mères anonymes, les jumeaux et triplets non-annoncés afin de ne pas les séparer à l\u2019adoption.Je me rappelle d\u2019une fille qui n\u2019a pas voulu voir ses triplets.PR: Pensez-vous que tous ces secrets valaient mieux qu'aujourd'hui\u201d?Dr Tougas: C\u2019est mauvais le secret.Si ces filles-là avaient su.Voilà pourquoi j'ai toujours été en faveur de la pilule anticonceptionnelle.J'ai trop accouché de 13, 14 et 15 ans d'âge.Mais la pilule ne change rien au fond.lly a d'autres facteurs que celui de la technique.Les femmes sont biologiquement des femelles, elles ont toujours voulu et voudront toujours, tant que l'instinct n\u2019aura pas été détruit, des enfants! La nature ne change pas d\u2019un médecin à l\u2019autre.Cet aspect de la médecine, dialoguant 146 avec la nature, ne change pas.L'accouchement est un acte naturel, douleurs comprises.PR: Ce n\u2019est pas une punition, comme nous l'ont enseigné les Juifs.Dr Tougas: On peut même affirmer qu'une césarienne empêche une maternité complète.II ne s'agit pas d\u2019être contre les césariennes nécessaires mais bien de comprendre la complexité de l'acte qui consiste à donner la naissance.PR: Le vécu d\u2019antan avait-il tout de même des aspects différents?Dr Tougas: Les maladies qu\u2019on soignait n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui.Il y a évolution dans les maladies d\u2019une société.L'acte médical était lui aussi organisé d\u2019une façon toute différente.Les bronchites partageaient la vedette avec les épidémies.Il y avait aussi des dépressifs: 6 000 malades à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, c'est beaucoup.Ça c'est pour le malade.Pour le médecin, il n\u2019y avait pas d'antibiotiques.Les maladies étaient soignées à la maison, les accidents à l'hôpital; seuls les grands malades étaient admis à l'hôpital.Riches comme pauvres.Nous les médecins devions soigner bénévolement les malades de l'assistance publique au rythme de 2 salles de 8 patients par jour/semaine.Les maladies étant soignées à la maison, il fallait faire des visites de nuit; c\u2019était l\u2019urgence du temps: $1,00 plutôt que 0,50\u20ac.Plus de la moitié ne payaient pas.On préférait changer de médecin, ou même s'en passer, mais on payait les infirmières.La population n\u2019en était pas venue à penser de cette façon toute seule.Le premier ministre Alexandre Taschereau avait dit: «Ceux qui ne verront pas de médecins n\u2019empireront pas!» 147 PR: La vieille critique de confiance qu\u2019on a toujours faite à l\u2019acte médical.Dr Tougas: La médecine progresse.Les techniques se perfectionnent.Mais ni la nature, ni l\u2019être humain! Et peut-être pas la maladie! Ce qui fait qu\u2019on peut changer l\u2019acte médical et qui serait valable à la fois pour hier chose.Aujourd'hui il n\u2019y a plus de médecins de famille à proprement parler.Le cas de la personne est dans son dossier: tous les médecins prescrivent la même chose ou presque.On ne soigne plus un malade mais une maladie.On soigne mieux la maladie qu'avant.La pharmacie a évolué.Mais on voit moins les causes puisque la personne du malade n\u2019est plus prise en considération.On fait la médecine qu\u2019on veut faire.Il y a toujours eu et il y aura toujours des médecins qui soignent des personnes.Le système d\u2019avant était peut-être mieux pour certains aspects de la personne.Les chirurgiens évaluaient à domicile; toutes les opérations étaient urgentes.Sans antibiotique, une péritonite était mortelle.On passait vite de la purgation pour mal de ventre à l\u2019ambulance.PR: Auriez-vous une bonne définition a nous donner de l\u2019acté médical et qui serait valable a la fois pour hier et aujourd\u2019hui?Dr Tougas: C\u2019est la vie qui me l\u2019a apprise.J\u2019ai arrêté de pratiquer en 1980, forcé par une opération à la colonne cervicale.J'ai été 4 mois sans pouvoir bouger un doigt.C\u2019est ma femme et ma famille qui m\u2019ont sauvé.lis se sont succédé jour et nuit à mon chevet.C\u2019était médicalement le seul moyen, car dans une telle paralysie le malade meurt si la vigilance sur sa personne n\u2019est pas totale.C\u2019est ma définition d\u2019un bon acte médical.Ma famille m\u2019a prodigué une sorte de soins intensifs dont on ne parle jamais dans la nouvelle technologie médicale.Je n'aurais pas fait 15 jours avec la seule quincaillerie de l'institution.Ma famille et leurs proches m\u2019ont ressuscité.Reprenant tranquillement vie et mobilité, j'ai pu observer la qualité des soins dispensés par l\u2019appareil institutionnel.Sans vouloir mettre la bonne volonté des personnels en cause, je dois dire que le fait d\u2019être moi-même médecin m'a permis de rectifier plusieurs interventions post-opéra- toires.Il faudrait presque que les malades possèdent tous une formation médicale s'ils voulaient être bien protégés contre les aléas du système moderne.PR: L'appareil institutionnel pèse-t-il à ce point dans la qualité de la fonction médicale?Dr Tougas: Je me rappelle quand notre adhésion au Collège des médecins coûtait $5,00 par année et qu\u2019on a augmenté notre cotisation à $8,00.Ce fut un scandale public.Aujourd\u2019hui ça coute $300,00 par année et personne ne se plaint.PR: Les médecins feraient-ils davantage d'argent qu\u2019auparavant?Dr Tougas: Beau dommage.Par la fragmentation de l\u2019acte médical en de multiples opérations manuelles supposément distinctes les unes des autres.On a compliqué l\u2019acte médical, on a renchéri les médecins, on a assuré les malades.Ça c\u2019est le progrès du gouvernement de l\u2019acte.La médecine, c'est pas seulement cela.PR: 1l y a d'autres modèles qui ont joué?Dr Tougas: Prenons l\u2019exemple des manuels de médecine qu\u2019on nous faisait acheter dans le temps.Encore une fois on achetait ça rue Saint-Denis, Chez Dean.Ça coûtait 149 EEE Pr ee EEE ed Vo EE CER A oo Tr hi te SES $150,00.Et ça ne servait jamais.Car ces manuels étaient français d\u2019origine, avaient 30 ans d'âge.Ils nous étaient difficilement parvenus à travers le transport maritime en temps de guerre et d\u2019aprés-guerre.On étudiait donc en anglais, sauf pour l'anatomie, dans des manuels américains.La médecine américaine nous a beaucoup influencés, son esprit aussi.Dans le manuel français la description de la pneumonie s\u2019étendait sur 12 pages alors que le manuel anglais la résumait en une seule page.PR: C'était plus expéditif.Mais le modèle américain s\u2019est-il révélé, à la longue, plus efficace?Dr Tougas: Je le disais, il y a un instant: la technologie a progressé mais pas le reste nécessairement.Prenons l'exemple de l'accouchement, acte naturel entre tous.Avant ça se faisait entre voisins.Ce n\u2019était pas du tout clinique et c'était très hautement socialisé.Aujourd\u2019hui l\u2019acte n\u2019est plus social mais supposément scientifique.Personne n\u2019a plus le droit de se tromper.La technologie entoure le médecin d\u2019un faux halo d\u2019infaillibilité.Car se tromper est devenu un luxe trop cher.Pourquoi?Parce que la faiblesse de la regénération de la population s'impose.On ne doit plus perdre de bébés parce qu\u2019il y en a déjà très insuffisamment.!! faut donc sauver tous les bébés et tout le monde.PR: Le rapport entre la vie et la mort est donc passablement modifié?Dr Tougas: Sur ce point, il n\u2019y a plus rien de pareil.Tu pourrais raconter des histoires et des anecdotes qui aujourd'hui paraîïtraient horribles et qui, dans le temps, faisaient tout bonnement partie du quotidien.Les gens alors étaient différents, dans leurs gestes et dans leurs 150 paroles.Tout le contexte, déjà, différait.Je voyais la chatte de la maison venir manger les suites d\u2019un accouchement que je venais d'assister.Des filles-mères ne se gênaient aucunement pour exprimer le peu de mater- nalisme qui les animait devant leur enfant illégitime.La vie était plus verte.La mort aussi.Inimaginable aujourd\u2019hui.À titre d'exemple, quand nous étions assignés à l'ambulance nous savions, par coutume, que nous ne devions pas rapporter de morts à l'hôpital sous peine de payer un verre à tous les internes en service.Cette coutume, loin d\u2019être locale, était répandue dans la vie quotidienne des hôpitaux du Canada et des États-Unis.PR: C'était un rituel pour vous motiver davantage à l'urgence.De telles coutumes se sont probablement perdues dans la vie médicale actuelle plus compartimentée et autrement anonyme.Dr Tougas: On oublie que les médecins sont des êtres humains avec leurs faiblesses, leurs erreurs et leurs défauts.Ils nous le rappellent souvent! 151 û 1 A .h A gd 3! H Ry = Le Se re _ ERAT _ =n Lo os a A oc oo ee aa oy og i zu i ro Gos ei Sr tos 2 cons AR RK po pales oi 35 riz I ys as pc ï = = ht fae farsa i SETA R ace Prandtl =: craie 5 esse TO poser di ser = _\u2014 ou Calas isi) yo Cotes pi ur dés A RE aa he = pe ER a a + cest 5x Ra ne pe = EAR SA .RE .ds est i.4 ; 24 E.A RX 5 aE.A x ue ; A 3 H ee bt = \u2026 ta en A BN oe - a 3 2 Ex = fi?\u201c .= 2 El 3 z : A = i.ps _ oe ee en eS CE ae eos = ee \u2014\u2014\u2014 Ee coter Triste scénario des adolescentes filles-mères Version d\u2019aujourd\u2019hui Claire Nadeau Infirmiére au centre Rosalie-Jetté C\u2019est par le biais de mon expérience d'infirmière au niveau d\u2019un centre d'accueil de réadaptation et d\u2019assistance maternité qu\u2019a commencé ma sensibilisation à la problématique de la grossesse chez les adolescentes.Cette problématique est à composantes multiples.Elle est d'ordre bio-médical, politique, sociologique et psychologique.Pour vous en donner un aperçu je m'\u2019inspire grandement des données de Susan Phipps-Yonas.L\u2019ampleur statistique D\u2019après une étude réalisée par Pierre Foucault, conseiller aux services professionnels de l\u2019Association des centres d'accueil du Québec, Huguette Roberge écrit un article dans La Presse ou elle dit que le nombre des mères célibataires dans les centres d\u2019accueil a triplé en huit ans.Celles-ci sont non seulement plus nombreuses, mais elles sont aussi de plus en plus jeunes.154 Les deux tiers d\u2019entre elles ont moins de vingt ans.Sept à dix pour cent des naissances hors mariage impliquent une demande d\u2019aide aux services qu\u2019offrent ces centres d\u2019accueil.Pour répondre aux besoins qui ne cessent de croître, les quatre centres d'accueil du Québec, soit Rosalie-Jetté à Montréal, la Clairière à Québec, la Villa Marie-Claire à Sherbrooke et la Villa Joly a Trois-Rivie- res, ont donné une extension à leurs services.Aussi depuis quelques années, ces centres offrent des services externes.Mais en fait qu\u2019en est-il de la grossesse chez les adolescentes?Dans sa thèse sur la problématique de la grossesse et des naissances à l'adolescence, Serge Bouchard, sexologue, nous dit que «selon les données démographiques et cliniques, de cinq à dix pour cent des adolescentes québécoises deviennent enceintes chaque année'».Certaines études vont jusqu'à dire que, d'ici quelques années, une jeune fille sur sept donnera naissance à un enfant avant d\u2019avoir atteint l'âge de dix-huit ans.Et ce malgré le fait que depuis quelques années les contraceptifs soient de plus en plus disponibles, l\u2019avortement plus facile d\u2019accès et que le nombre de grossesses chez les femmes plus âgées soient en diminution.Au niveau médical des différences existent entre la grossesse des adolescentes et celle des femmes plus âgées.D'un point de vue obstétrical, on situe le groupe des adolescentes parmi les «groupes à risque élevé».1.Serge Bouchard, La problématique de la grossesse et des naissances à l'adolescence, Thèse de maîtrise, École de service social de I'Université de Montréal, 1982, p.4.155 RN EN IPR PE Même si la jeune fille américaine a atteint la maturité gynécologique à l\u2019âge de quinze ans et que biologi- quement elle semble prête pour la conception, des recherches médicales rapportent un grand nombre de complications médicales chez les dix-huit ans et moins°.«La grossesse à l'adolescence pose des problèmes de mortalités foetales et périnatales importants» (Juhosz, 1974, Santé et Bien être Canada, 1975).Susan Phipps- Yonas dit que le taux d\u2019anémie, de toxémie, d'infections des voies urinaires, de troubles utérins, de disproportions céphalopelviennes, de prématurité et d\u2019autres complications durant le travail et l'accouchement sont décroissants en fonction de l\u2019âge.Par contre, l'hygiène de la grossesse, soit la qualité des soins pré-nataux et de l\u2019alimentation, joue un rôle déterminant sur le résultat d\u2019une grossesse.Si bien que certaines données ont démontré que les femmes enceintes de moins de vingt ans n\u2019étaient pas en danger en raison de leur âge mais en fonction de leur situation d\u2019illégitimité.C\u2019est que les soins de santé inadéquats sont souvent en relation avec l'ilégitimité d\u2019une grossesse et une origine de classe défavorisée.En ce sens l'appartenance de classe est un meilleur indicateur du pronostic d'une grossesse que l\u2019âge.Ceci dit, les adolescentes de quinze ans et plus qui reçoivent des soins prénataux satisfaisants.et une bonne alimentation ne rencontrent pas de difficulté au point de vue obstétrical.C\u2019est ainsi que les quatre centres d'accueil du Québec en assistance maternité trouvent leur légitimité.Ils fournissent les conditions nécessaires pour amoindrir les effets négatifs de l'illégitimité et de la pauvreté.2.Ibid., p.5. th AMAL Lente La cause Plusieurs facteurs peuvent contribuer au fait qu\u2019une jeune fille devienne enceinte, mais il n\u2019y a qu'un facteur universel qui puisse expliquer la situation, c\u2019est une relation sexuelle.Par contre 'appartenance a une classe sociale défavorisée, un dossier académique pauvre et accompagné d\u2019un désintéressement scolaire sont autant de facteurs qui prédisposent à une grossesse.Plusieurs données confirment que l\u2019adolescente qui est devenue enceinte dans les années 60 et au début des années 70 provenait de foyers caractérisés par des relations familiales pauvres.Si l\u2019on soustrait la minorité des jeunes filles qui deviennent enceintes par pure ignorance sexuelle ou par une mauvaise utilisation des contraceptifs, les autres peuvent être classées en deux catégories au niveau de leurs motivations.Un faible pourcentage d\u2019entre elles cherche activement à concevoir.Puis il y a celles qui conçoivent par défaut ou par manque.Une variété de motifs se cachent derrière le désir d\u2019avoir un enfant.Ce peut être un moyen de capturer un mâle particulier ou encore de se dédommager d'une perte émotionnelle récente.La grossesse peut aussi servir d\u2019alibi pour échapper à une vie familiale malheureuse.Elle peut être la réponse à un manque d'affection ou à une trop grande dépendance.Enfin plusieurs jeunes filles voient la grossesse comme une source d'estime et d\u2019accomplissement personnel.I! demeure encore que socialement le rôle maternel est vu comme acceptable ou comme très désirable.Ceci explique en partie que les jeunes filles les plus actives sexuellement n\u2019utilisent pas ou presque pas les contraceptifs.Une recherche faite au centre Rosalie-Jetté démontre que 80% des mineures admises entre 1978 et 1982 n\u2019utilisaient pas de contra- 157 ception et que seulement 15% d\u2019entre elles en utilisaient régulièrement.Les raisons les plus évoquées pour ne pas utiliser de méthode contraceptive sont «ça ne peut m\u2019arriver à moi» (pensée magique) et la culpabilité que certaines ressentent face aux relations sexuelles.«Dans le contexte actuel, les jeunes filles ont de la difficulté à accepter leur sexualité, à la vivre de façon satisfaisante et à faire des choix responsables quant au fait d\u2019avoir ou de ne pas avoir d'enfants.» Le monde adulte en général n'accepte pas que les jeunes aient une vie sexuelle active hors mariage.Le silence qui plane autour de la sexualité maintient les jeunes dans l'ignorance et amène chez eux «en plus d\u2019un sentiment de culpabilité de nombreuses difficultés psychologiques et physiologiques*».C\u2019est ainsi que plusieurs jeunes filles en viennent à préférer le risque d'une grossesse possible au risque de perdre leur réputation.Ne pas utiliser de contraception, c\u2019est pour elles se donner l'impression qu\u2019elles n\u2019ont pas de vécu sexuel (déni).Selon certaines études, celles qui ont intégré des rôles sexuels opprimés deviennent enceintes sans le désirer et prennent la décision de ne pas se faire avorter.Par contre les jeunes filles qui ont intégré des attitudes féministes semblent avoir un meilleur contrôle sur l\u2019organisation de leur sexualité.On a remarqué chez plusieurs candidates enceintes que celles qui décident de se faire avorter ont des aspirations à l\u2019étude et au travail plus élevées que celles qui poursuivent leur grossesse.3.Michel Guay et collaborateurs, Manuel guide en planification des naissances, Ministère des affaires sociales, Gouvernement du Québec, 1981, tome 1, p.94.4.Ibid, p.95.158 = À cette expérience de la grossesse chez les adolescentes se greffent de multiples conséquences.La grossesse «est considérée comme une situation de crise chargée émotivement d'un stress psychologique intense» (Borglow, 1968; Prew, 1965; Wayner et Slembos- ki, 1968).La plupart abandonnent l\u2019école au secondaire.Elles ont en moyenne neuf ans de scolarité.Le peu de scolarité les dirige vers des emplois monotones, peu rémunérés et non gratifiants.Tôt ou tard, elles deviennent dépendantes des prestations d'aide sociale.Ces prestations n\u2019ont pour rôle que d'assurer la survie des individus.C'est donc dire que ces jeunes mères vivent dans une grande pauvreté, dans la solitude et l'isolement.Cinquante pour cent d'entre elles se marient.La plupart de ces mariages se terminent par une séparation ou un divorce.Cinquante pour cent des adolescentes redeviennent enceintes dans les premières années qui suivent leur première grossesse.En ce qui concerne l\u2019adoption, elle est beaucoup moins répandue qu'il y a trente ans.Au centre Rosalie-Jetté, si on se réfère aux études de Pierre Beaubien, sur deux cent vingt-quatre cas étudiés, nous constatons qu'une bénificiaire sur six confie son enfant pour adoption.Plutôt que de choisir l\u2019adoption, la tendance actuelle est de placer les enfants en foyer d'accueil, bien que la majorité choisissent maintenant de garder leur enfant.Des images de déficit ressortent chez les enfants des jeunes mères.On a remarqué qu'ils ont plus de handicaps physiques, émotionnels et intellectuels.Conclusion L\u2019ampleur du problème laisse perplexe.Par quoi commencer?Que doit-on faire à titre préventif?Cinq a 5.Serge Bouchard, op.cit, p.6.159 dix pour cent des adolescentes deviennent enceintes alors qu\u2019il n'y a pas à proprement parler de véritables programmes d'éducation sexuelle à l\u2019école.Plus de la moitié des jeunes ont leur première relation sexuelle sans aucune protection contraceptive et le silence continue de planer autour de la question sexuelle.Cette absence de communication autour du vécu sexuel fait en sorte que les jeuñes tardent à acquérir une autonomie et à développer ce qu\u2019on pourrait appeler une sexualité responsable.Il ne faut pas se surprendre du fait que les jeunes adolescents ne se préoccupent pas ou peu de la contraception.Ils sont mentalement mal préparés en ce qui concerne les décisions et actions autour de l\u2019emploi des contraceptifs.On n\u2019est pas sans savoir que la plupart des parents se préoccupent de la virginité de leur fille pendant qu'ils adoptent des attitudes relativement plus permissives avec leur garçon.Dans ce contexte la contraception devient une affaire de filles.Alors qu'en Ontario on fait des descentes dans les cliniques d\u2019avortements, certaines jeunes filles vivent une grossesse en rose (teintée de romantisme et de rêve).Pourtant la plupart d\u2019entre elles se préparent au triste scénario des filles-mères.Sans parler de la vie misérable qu\u2019auront à vivre plusieurs de leurs enfants.Quelle sorte de société nous préparons-nous?Qui veut commencer à résoudre ces contradictions? Références bibliographiques Pierre Beaubien, Recherches sur les bénéficiaires du centre Rosalie-Jetté, Document, 1982.Serge Bouchard, La problématique de la grossesse et des naissances à l'adolescence, Thèse de maîtrise, École de service social de l\u2019Université de Montréal, 1982.Michel Gay et collaborateurs, Manuel guide en planification des naissances, 3 vol., Ministère des Affaires sociales, Gouvernement du Québec, 1981.Susan Phipps-Yonas, «Teenage Pregnancy and Motherhood, A Review of the Litérature», American Journal of Orthopsychiatry, vol.50, no 3, Juillet 1980.Huguette Roberge, «Le nombre des mères célibataires dans les centres d'accueil a triplé en huit ans», La Presse, 10 septembre 1982.161 RR IRI IIR __ SU pe PE TE a S = ps E PES -.= ey os i =.RAR re re pe oe A 5 lai oe pu Pere PESTO TE TE pere th en & 5 Serle IN gr 20e RY oy Ce =.pes he x Bt 0 or Ss To Fo po Eh: PRY fs Le re Dee Lies er = EdD ry pol + re Eu pre = os i es oy phos kh => > tee == a arity ft EVN PAT ee A jos TE Se Fogel) = a fas carie Fu! 3, me ces BA Le rôle du nutritionniste dans le domaine de la santé Monique Phaneuf-Letellier Diététiste Professeur au département de techniques infirmières Aujourd\u2019hui, on parle beaucoup de nutrition.C\u2019est actuellement un sujet très en vogue sur lequel tout le monde a ses petites idées.Comme la nutrition est étroitement reliée à l'aliment, et que l\u2019on doit manger tous les jours, il n\u2019est pas surprenant d'entendre toutes sortes de théories plus ou moins farfelues sur le sujet.Qu'est-ce que la nutrition?Pour certains, c\u2019est un ensemble de petits trucs ou le calcul de calories pour atteindre le poids idéal.Pour d\u2019autres, c'est de ne pas trop manger de sucre pour éviter le diabète ou de gras pour prévenir les maladies cardiaques.Plusieurs donnent une importance capitale aux vitamines, d\u2019autres aux produits naturels.Plusieurs ont une phobie des additifs chimiques.Bien sûr, il ne s'agit là que d'exemples que l\u2019on pourrait multiplier. Évidemment, la nutrition, c\u2019est connaître les nutriments qui composent les aliments, c\u2019est savoir équilibrer ces substances pour donner à l'organisme une diète adéquate; Mais est-ce suffisant?Non, c\u2019est évidemment beaucoup plus que cela.D'abord, pour bien comprendre la nutrition, il faut posséder des notions importantes de sciences appliquées comme l'anatomie, la chimie organique et inorganique, la psysiologie et la biochimie, la microbiologie, la technologie alimentaire, etc, ainsi que les sciences humaines comme la sociologie, la psychologie et l'économie.Pourquoi?Parce que la nutrition, c\u2019est la connaissance des aliments à partir de leur formation, de leur conservation, de leur utilisation jusqu'à leur transformation par l\u2019organisme.Dans chaque cas, il faut connaître les propriétés chimiques, physiques et orga- noleptiques des aliments.Comme l\u2019alimentation est très variable selon les pays, les cultures, les revenus, etc, ainsi que selon les habitudes alimentaires profondément ancrées chez les individus, il n\u2019est pas tout de posséder les connaissances scientifiques mentionnées précédemment.!! faut, pour les mettre en application, la connaissance des gens, de leurs us et coutumes, de leur environnement, des facteurs économiques et socio-culturels, des facteurs psycho-affectifs, des besoins de l\u2019organisme durant les différentes étapes de la vie.Comme le nutritionniste est également appelé à participer au traitement d\u2019individus malades dont les besoins sont très différents, il aura donc besoin de connaissances en pathologie et pharmacologie.165 MICRO TER STE M I ASTON RECETTES ER RCRERT Enfin, la nutrition peut se définir comme étant l'ensemble des phénomènes d'échanges entre l\u2019organisme et le milieu.Ces échanges permettent à l\u2019être vivant l'assimilation de substances qui lui sont étrangères et la production d'énergie vitale.Ainsi pour bien comprendre ces étapes, il faut faire appel aux diverses sciences fondamentales mentionnées précédemment.Comme les champs d\u2019application de la nutrition sont nombreux, il y a donc place pour l'exploitation.Cette discipline devient donc vulnérable et sujette aux interprétations que la publicité ou le marketing veulent bien lui attribuer.Devant une telle situation, le nutritionniste a donc un rôle social important, et celui-ci sera d'autant mieux vécu que les connaissances de base des sciences fondamentales mentionnées précédemment seront bien intégrées et bien véhiculées.Donc toutes ces connaissances scientifiques de base devront être vulgarisées afin de les rendre accessibles à toutes les collectivités.La nutrition et les habitudes alimentaires ont également évolué au rythme de notre société.Pendant des décennies, il y a eu peu de changements dans la façon de se nourrir, mais durant les trente dernières années, les habitudes alimentaires ont plus évolué que durant un siècle.Quelles sont les causes de ces changements?1) /ndustrialisation.Il y a d'abord l\u2019industrialisation alimentaire qui a pris une très grande expansion.Environ 50% des denrées alimentaires subissent au- jourd\u2019hui une transformation avant de parvenir au consommateur, comparativement à 10% en 1951.Plusieurs produits alimentaires sont fabriqués à 100% en industries, donc constitués en totalité de «produits chimi- 166 ques.» En outre, on ajoute de plus en plus d\u2019additifs chimiques et biologiques pour améliorer la qualité, l\u2019apparence, la conservation, etc.Ces changements technologiques inquiètent beaucoup de consommateurs qui se posent de nombreuses questions sur les interactions de ces produits avec l'organisme.2) Consommation et publicité.Un autre point très important touche l\u2019achat des aliments.On sait que le consommateur doit consacrer un très grand pourcentage de son budget à son alimentation.Il doit faire face a une gamme très abondante de produits alimentaires sur le marché (environ 20 000 produits alimentaires différents) et à une publicité très bien structurée et souvent trompeuse, qui va, de plus, fréquemment à l'encontre de ses besoins nutritifs et de ses ressources matérielles.Il est donc très important que le consommateur apprenne à faire un choix judicieux pour répondre à ses besoins nutritifs tout en équilibrant son budget.Ceci est d\u2019autant plus vrai actuellement, compte tenu de la détérioration des conditions économiques.Le diététiste nutritionniste doit donc développer chez les individus un esprit très pratique, en donnant des conseils judicieux et en suggérant des aliments moins coûteux.3) Nutrition et santé.Les habitudes alimentaires des dernières années ont amené une détérioration de l\u2019état de santé d\u2019une partie importante de la population.Certains groupes en sont plus atteints (ex.adolescents et personnes âgées).Environ la moitié de notre population souffre d\u2019'embonpoint et un bon pourcentage d\u2019obésité.On sait que ceci entraîne plusieurs maladies dont le diabète, les maladies cardio-vasculaires, l\u2019hypertension, etc.Un fait à souligner, les enfants québé- 167 cois ont également un des taux de caries dentaires les plus élevés au monde.|| y a quelques années, le ministère des Affaires sociales du Québec consacrait annuellement $200 millions à l\u2019hospitalisation de patients souffrant de maladies directement attribuables ou étroitement associées à notre mode d'alimentation.Ce chiffre n\u2019inclut ni les frais dentaires ni les frais d\u2019absentéisme.Depuis une couple d'années, les gouvernements ont diminué considérablement les budgets consacrés à la maladie.Ceci a eu l\u2019avantage de rendre la population plus consciente de sa responsabilité face à la santé.De plus, les gouvernements, les professionnels de la santé et les médias d\u2019in- formatior\u2018ont suggéré les moyens nécessaires pour éviter les maladies, entre autres celles associées à l\u2019alimentation.Une bonne alimentation est certainement un des facteurs les plus importants de prévention.Malheureusement un nouveau problème est apparu ces dernières années.Il est provoqué par la publicité et par une mode vestimentaire qui créent un certain type de femme (grande, mince, etc.).Ainsi beaucoup de jeunes filles suivent des diètes amaigrissantes miracles et atteignent un degré de maigreur dommageable à leur santé.C\u2019est le syndrome de l\u2019anorexie mentale, si fréquemment rencontré chez nos étudiantes.En plus d'aider celles qui en sont atteintes, on doit faire de la prévention en vue de reconnaître les jeunes filles qui sont sur cette pente et surtout faire en sorte qu\u2019elles se reconnaissent.Ceci est donc un problème relativement nouveau sur lequel il faut se pencher.4) Nutrition et exploitation.La nutrition ayant pris une expansion et devenant de plus en plus popu- 168 laire, beaucoup de gens se croient aptes à exercer cette sciences et de la technologie alimentaires devront côto- qui possèdent quelques connaissances rudimentaires de nutrition et qui se permettent des incursions dans ce domaine.Il y a certainement quelques conseils de base qu\u2019ils peuvent donner, mais ils doivent être très prudents dans l'interprétation de cette science.Il y a également des individus qui profitent de la popularité de la nutrition pour faire de l'exploitation.Ils n\u2019ont, comme c\u2019est le cas des naturistes et des naturo- pathes, généralement aucune formation scientifique.Ils ont envahi les médias d\u2019information et véhiculent des erreurs fondamentales.On trouve également beaucoup de magasins dits d'alimentation naturelle qui exploitent leur clientèle avec leurs suppléments vitaminiques et leurs supposés produits sans additifs chimiques.On doit également combattre les exploiteurs des obèses qui ouvrent des cliniques et utilisent des diètes amaigrissantes miracles qui généralement nuisent à la santé.* * * Le nutritionniste doit donc faire face a tous ces problémes, répondre adéquatement a toutes les questions posées, réfuter toutes les erreurs véhiculées.Il doit également se tenir au courant de tous les changements scientifiques et technologiques dans le domaine de l'alimentation.Si cette profession a beaucoup évolué depuis quelques années, son rôle est loin d\u2019être achevé.En effet, de plus en plus l\u2019inter-disciplinarité dans le domaine de la nutrition est l\u2019apanage des années à venir.C\u2019est ainsi que les scientifiques oeuvrant dans les secteurs des 169 RTE REA ANS KR 3 3 a i a E sciences et de la technologie alimentaires devront cotô- yer les nutritionnistes ayant reçu une formation complète en nutrition humaine.Ensemble, ils devront assurer une véritable cohérence dans le secteur de l\u2019agro-alimentaire qui comprend: agriculture, industries, transformation et commerce de l\u2019alimentation.Alors ensemble, il faudra s'assurer que les producteurs de denrées alimentaires pour l'homme ainsi que ceux qui font les lois et principes qui régissent l\u2019alimentation de l'homme sauront le respecter.| arrive trop souvent que la qualité des denrées alimentaires ne réponde pas aux besoins nutritionnels de l'homme mais plutôt aux attentes économiques des producteurs.C\u2019est donc le rôle du nutritionniste de se soucier du devenir des aliments dans l\u2019organisme ou du devenir du consommateur qui les reçoit.170 == Émergence et espoir des psychotechniques Jean Blouin Médecin au C.L.S.C.Richelieu } ll h à On associe souvent santé à progrès de la médecine.Si, lors d'un examen médical périodique, tout s'avère normal, on se dit en santé.Transplantations de toute sorte, coeur en aluminium et en plastique, nouvel appareil chirurgical à rayon laser, nouveau produit chimique contre le cancer, emploi d'ordinateurs pour établir les diagnostics et les traitements, enfin toute une technologie éblouissante semble nous garantir un avenir où nous pourrons faire face à la maladie.Mais si nous visons la santé, c\u2019est-à-dire un bien- être physique, mental et social, et non l\u2019absence de maladie, c\u2019est sur un autre plan que devront porter nos efforts.De toute façon, même pour le traitement des maladies, il faudra ajouter à la panoplie de techniques médicales une utilisation des approches non officielles comme la musicothérapie, l\u2019électro-médecine, l\u2019acu- 172 puncture, le biofeedback, la méditation, l'homéopathie, le yoga.Oui, pour viser la santé, l\u2019air de notre environnement devra s\u2019'assainir, nos habitudes de vie devront changer.Comment notre civilisation peut-elle espérer atteindre un état de santé minimal alors que l'air respiré ; est chargé de toxiques de tout genre, ou de fumée de | cigarette, alors que l\u2019eau que nous buvons est pleine E de produits chimiques dommageables neutralisés par d\u2019autres substances chimiques.Ou alors qu'on ne peut pratiquement plus pêcher de truites à l\u2019état naturel dans un rayon de soixante kilomètres de Montréal, tellement les forêts ont été rasées sans souci de protection de Br l\u2019environnement et tellement nous sommes irrespectueux de la nature?E Comment un individu peut-il espérer être en santé si ses repas consistent, la majeure partie du temps, à en viande et desserts riches, précédés, bien sûr de quelques apéritifs alcoolisés, suivis de l'inévitable café dont la saveur estaugmentée par quelques bonnes cigarettes\u201d Préoccupé par son travail ou son divorce, notre individu n\u2019a pas le temps d\u2019avoir d\u2019autres loisirs que celui E de regarder confortablement la télévision.Il ne prend ; naturellement jamais le temps de se mettre en contact avec lui-même.Devant ses dix kilos supplémentaires, il réagit en s\u2019achetant a l\u2019occasion quelque potion pseudo-amaigrissante.Son régime de vie est bien loin de 3 celui qu\u2019exigerait sa physiologie naturelle.Comment une femme peut-elle espérer être en santé alors que depuis quatre ans la majeure partie de 173 É E son temps consiste à faire les repas, le ménage et à attendre le retour de I'époux, ayant comme seule distraction un téléphone de belle-maman et un autre de sa soeur?Il est bien naturel qu\u2019elle ait le goût de boire ou de fumer pour se distraire ou encore de grignoter pour calmer son anxiété.Bien sûr que l\u2019on peut, lors d\u2019une opération à coeur ouvert, faire un pontage dans les cas d\u2019obstruction des artères coronaires.Cette technique rend de grands services à ceux qui souffrent d'angine même si elle ne prolonge pas leur vie.Bien sûr que l\u2019on peut faire des miracles pour traiter des polytraumatisés victimes de la route.Mais une artère, si bien opérée soit-elle, ne vaudra jamais une artère saine.Et un corps reconstruit même avec les meilleures techniques ne vaudra jamais un corps qui n'aurait pas eu d'accidents d\u2019auto.Bien sûr aussi que l\u2019on peut donner du «valium» à l\u2019anxieux pour que, comme on le voit souvent sur les dépliants publicitaires, notre individu devienne rentable pour la société en fonctionnant mieux comme dans Le Meilleur des Mondes.Mais n\u2019aurait-il pas été préférable que notre homme trouve la paix d\u2019une autre manière et évite ainsi une cure de désintoxication du «valium> quatre à cinq ans après le début de sa consommation?Aujourd'hui et demain, la recherche de la santé consistera pour la civilisation occidentale en un effort important vers un assainissement du milieu environnant.Dépollution de l'air et de l\u2019eau, humanisation des conditions de travail, harmonisation de la vie dans les grandes villes.Le défi consistera aussi en une modification profonde des habitudes de vie néfastes des membres de notre société telles que le tabagisme, la malnutrition, 174 le sédentarisme, l\u2019alcoolisme.Et ce défi pourra être relevé uniquement si ce travail de changement se fait dès l\u2019enfance tant dans la famille qu\u2019à l\u2019école.La santé, c\u2019est aussi un bien-être psychologique.L\u2019influence de l\u2019esprit sur le corps n\u2019est plus à démontrer.En médecine psychosomatique, on tend de plus en plus à lier certaines caractéristiques psychiques au développement d\u2019un cancer comme la tendance à intérioriser les sentiments ou la difficulté à se souvenir des rêves.On s\u2019aperçoit qu\u2019un état dépressif diminuera la réponse immunitaire d\u2019un individu, d\u2019où augmentation des maladies bactériennes et virales, ou qu'un état d\u2019esprit positif favorisera la guérison ou la cicatrisation.De plus, l\u2019effet placebo d\u2019un médicament compte pour au moins le quart de l\u2019efficacité de celui-ci.La croyance donc que nous avons en un produit influence la valeur de celui-ci.C\u2019est comme si le cerveau créait lui-même les situations dans lesquelles nous nous trouvons.Les différentes psychotechniques, en plein développement en Amérique du Nord, ne sont pas qu'une mode mais une constatation de la nécessité de contrôles des différentes facultés psychiques pour arriver à un état d\u2019équilibre, à un état de santé.On constate l\u2019échec de la science rationnelle et expérimentale traditionnelle à nous conduire à cet équilibre.Les médicaments, auxquels nous avions une confiance immense, ne règlent rien et souvent ne font que camoufler le véritable mal.La pilule est en train de perdre ses vertus magiques.On constate aussi que, dès que l\u2019on approfonditune science, on arrive à des dimensions où l\u2019on ne peut plus très bien faire la différence entre matière etesprit.On parle d\u2019éner- 175 gie.On parle de désordre qui mène à l\u2019ordre?Où s\u2019arrête l'esprit et où commence la matière?Devant ce flou évident, ou veut agir sur le corps par l'esprit, par le cerveau, par l\u2019inconscient ou le subconscient.On essaie tout ce qui existe sur le marché des psychotechniques, du yoga au biofeedback.Nous retrouvons ce que bien des civilisations savaient déjà il y a des millénaires, déçus que nous sommes des résultats de la science technologique qui semblait si prometteuse.La notion de santé ne peut pas faire abstraction du bien-être mental.Et nous sommes tellement en retard dans ce domaine qu\u2019il faudra évaluer toutes les forces psychiques.Que ce soit la télépathie, la pensée positive, la croyance, l'intuition, la création artistique, la prière ou le rêve, il faudra évaluer toutes les techniques cherchant à aborder et développer ces forces.La neurophysiologie ignore encore les fonctions d'une bonne partie du cerveau.La logique représente un instrument ou un moyen d\u2019approcher la réalité.Mais C'est un moyen parmi tant d\u2019autres qui sont peut-être beaucoup plus complets et efficaces.Mais, depuis plusieurs siècles, nous n\u2019exploitons que la logique et regardons souvent avec mépris ce qui n\u2019est pas elle.Même certains membres du corps médical officiel commencent à lorgner vers les psychotechniques et commencent à comprendre que la santé est autre chose que d'avoir des résultats de laboratoire ou de radiographie normaux.Mais ils ne font pas trop de bruit pour ne pas être écrasés par la majorité traditionnelle.176 OR Ces notions de santé globale, de prévention, de bien-être mental seront répandues par différents mouvements naissant de la population plutôt que par les organismes officiels de santé.Liés à des contraintes curatives et politiques, ceux-ci ne peuvent vraisemblablement pas être guides dans cette recherche de la santé véritable, de la même façon que les églises ne peuvent être les guides d\u2019une véritable recherche spirituelle.177 eus Sp .an a ce fes Ep \u2014 ™ oper _ SET PY KOs Rog rie ox Bra) Rep am Aes x = ex = Raa Sa = ox es et pes tea a a SE oe se) Ey nm em yo a oR = Dey as FRc te EE nt So hh = re = vez = Rd Be i casse, To 2 = x) ES prices Res ENS pes pe as pcs id pe RE a Si + = A = bi R Q = pl = 3 N i [HRN] H.Médecine expérimentale: la thérapie insulino-cellulaire Entrevue avec le docteur Jean-Claude Paquette Directeur de la clinique de Pétion-Ville, Haïti APE RR i i + Dans la science, il n\u2019y a qu'un chemin, c\u2019est la méthode expérimentale.Rémy Chauvin, professeur de biologie à la Sorbonne.\u2018La pratique médicale, même s'il est parfois préférable de ne pas le souligner aux patients, a un aspect expérimental.Cet aspect est non seulement nécessaire mais il constitue le nerf de son évolution.En médecine, rien n\u2019est concevable sans expérimentation.La lecture de l'histoire de la médecine achève de nous convaincre.Le docteur Jean-Claude Paquette, de Ferme- Neuve, vient de publier une brochure sur une thérapie toute nouvelle qu\u2019il pratique depuis 8 ans.La qualité de sa démarche et la philosophie de la personne humaine qui l'accompagne valent une recension dans notre questionnement sur les sciences de la vie.L\u2019entrevue qui suit a pour objectif de nous sensibiliser au cheminement et au travail scientifique des docteurs Perez et Paquette.180 [On La petite revue': Expliquez-nous succinctement, docteur Paquette, les bases de cette thérapie que vous pratiquez à votre clinique et ce qu\u2019elle apporte de nouveau dans le domaine de la médecine.Dr Paquette: D\u2019abord il s\u2019agit d\u2019une technique avant tout qui donne trois avantages marqués sur la médecine conventionnelle: À) Elle traite la totalité du corps humain à la fois, au lieu de s'attaquer au corps partie par partie.B) Elle ne traite pas seulement des effets, mais s'attaque logiquement aux causes.C) Elle ne traite pas des maladies, mais des être humains qui souffrent de maladies, car chacun est malade à sa façon et peut guérir à sa façon.C\u2019est une technique pas tout à fait nouvelle puisqu'elle a été découverte par le docteur Donato Perez Garcia Sr, il y a une cinquantaine d'années.Cette technique utilise l'insuline, découverte elle-même en 1928 par les Canadiens Best et Banting.Or, la médecine n\u2019a utilisé jusqu\u2019à ce jour l\u2019insuline qu\u2019à titre d\u2019hormone pour combattre l\u2019hyperglycémie causée par une déficience du pancréas.Le docteur Perez a eu l'idée d\u2019utiliser l'insuline non comme hormone mais comme médicament.Car, comme je l\u2019ai résumé dans mon livre, l'insuline a deux propriétés: d'abord augmenter la perméabilité de la membrane cellulaire; puis le docteur Perez a pensé que cet état exceptionnel de la cellule permettait peut-être de potentialiser, de renforcer l'effet des médicaments?.D'où le second terme, «cellulaire», qualifiant la thérapie expérimentée 1.Claude Gagnon a rencontré le docteur Paquette pour La petite revue de philosophie.2.J.C.Paquette, La Thérapie insulino-cellulaire, Éditions de Mortagne, C.P.280, Ferme-Neuve, JOW 1C0 p.15.181 HR ji on 8 A par le docteur Perez, car c\u2019est au niveau de la cellule, unité basale du corps humain, que se font les modifications bio-physicochimiques de l\u2019organisme.PR: Et quels sont les avantages de cette perméabilité cellulaire accrue provoquée par l'insuline?Dr Paquette: Elle produit deux phénomènes synergiques et thérapeutiquement positifs: la désintoxication et la potentialisation des médicaments.L'hypoglycémie temporaire, c\u2019est-à-dire la baisse transitoire du sucre sanguin, permet d\u2019une part de diminuer considérablement les doses de médicaments à utiliser pour soigner le malade.Cela permet aussi d'en injecter et d'en utiliser plusieurs afin de traiter plusieurs maladies simultanément.Les résultats sont des plus révélateurs.Nous attendons le «moment thérapeutique» déclenché par l\u2019insuline pour soigner non plus le diabète, mais l\u2019asthme, la bronchite chronique, l\u2019arthrite, la sclérose en plaques, le psoriasis, les migraines, certains cancers, les états allergiques, certains cas d\u2019hernie discale et d'hémiplégie.PR: Cette intervention sur l\u2019ensemble du corps humain pour transformer tout le métabolisme avant de commencer à soigner me fait penser à certaines médecines alchimiques.Dr Paquette: Vous avez raison de souligner cette mise en éveil de toutes les cellules du corps comme étant une nouvelle façon de procéder avec des outils déjà connus.C\u2019est, pour moir, une sorte de devise: «Non nova sed novae.» «Rien de nouveau, mais d\u2019une façon nouvelle.» L\u2019insuline nous ouvre la porte des cellules.Nous avons là une plate-forme de travail extraordinaire.Nous pouvons diminuer ainsi les doses médicamenteuses parfois au quart ou même au cinquième.Nous pouvons aussi, l\u2019ob- 182 servation nous l\u2019a confirmé, soigner simultanément plusieurs états pathologiques chez le malade.PR: Sans risque d'interaction médicamenteuse?Dr Paquette: Sil s\u2019agissait d'une simple technique, il y aurait lieu de s\u2019interroger.Mais c\u2019estla qu'entre en ligne de compte l\u2019aspect théorique de la thérapie.En effet, cette dernière n\u2019est pas qu'une technique mais elle est une médecine en son sens le plus propre.La thérapie insuli- no-cellulaire se définit comme une médecine holistique.I! s\u2019agit d\u2019un anglicisme définissant une médecine qui traite la personne humaine dans sa totalité.Nous n'avons eu aucun, absolument aucun cas d'interaction médicamenteuse, d'\u2019allergies, d\u2019intolérance ou autres effets secondaires, car nous nous efforçons de traiter non pas une maladie ou plusieurs, mais bien une personne malade, souffrant de maladies.Tout le cheminement thérapeutique repose sur cette base: nous élaborons notre fiche thérapeutique composée de trois éléments: un questionnaire des plus serrés (couvrant les habitudes de vie et autres ascendants et antécédents personnels), un examen physique objectif, des résultats de laboratoire, des consultations obtenues auprès de spécialistes.Dès le départ, nous essayons de ne jamais perdre de vue la globalité de la personne malade.Ce cheminement holistique s\u2019approfondit alors en une recherche des causes plutôt que des soulagements des symptômes.Nous composons ensuite une fiche thérapeutique personnalisée de médicaments multiples, procédé rendu possible du fait des doses minimes utilisées.Nous ouvrons la porte des cellules de notre malade avec l\u2019insuline, puis nous le soignons avec une médication faite sur mesure.Les résultats obtenus au Mexique par les 183 CHANT CR A SOS OO OC docteurs Perez, père et fils, et par moi-même au Québec constituent la preuve suffisante que cette médecine est un événement.PR: Qu'en dit le collège des médecins?Dr Paquette: J'ai prévenu et j'ai rencontré deux comités nommés par le collège, car je n\u2019ai rien à cacher.De plus, il est du devoir de tout médecin de faire part à ses confrères de tout nouveau traitement dont il est au courant.Cette médecine que je pratique est pure.Mes diagnostics sont construits sur le modèle de tous les autres, mes médicaments sont ceux des laboratoires officiels.Cependant, on me dit que cette thérapie n\u2019a pas été suffisamment éprouvée.Aussi, nous n\u2019utilisons pour soulager le patient aucune drogue (morphine, codéine, anxiolitiques).On ne me reproche rien, mais on reste sceptique sur cette façon nouvelle d\u2019utiliser des outils déjà connus.Je continue, pour ma part, de traiter des malades fortement atteints.Je conserve toutes les histoires de cas.J\u2019avance prudemment et scientifiquement.C\u2019est à la fois une médecine orthodoxe et non pas révolutionnaire, mais bien évolutionnaire.Devant le refus du collège de m\u2019autoriser à poursuivre mes recherches et mes traitements, je me suis posé la question suivante: Quand la conscience et les connaissances d'un médecin lui recommandent un traitement spécifique dont il connaît l'efficacité pour traiter telle Ou telle maladie, doit-il suivre la voix de sa conscience ou obéir tout simplement aux ordres du collège et refuser au patient ce traitement qui peut le soulager, le prolonger et parfois le guérir?PR: Vous faites ce que tous les médecins de tous les temps on dû faire: chercher progressivement les moyens de guérir les maladies du corps.184 Dr Paquette: Je dis bravo à toutes les expérimentations 4 sur les transplantations cardiaques.Mais il est tout autant souhaitable que la médecine se penche sur les causes de i.tant de malaises cardiaques.Souvant I'expérimentation i médicale travaille à réparer les effets, mais j'ai pour Be opinion qu\u2019un travail sur les causes est davantage profitable pour le patient.Si j'ai parfait la thérapie du doc- i teur Perez, c\u2019est sans doute que, comme lui, j'avais en tête le bien-être de toute la personne.La cause ultime est là: l\u2019individu auréolé de son genre de vie propre.Ailleurs le corps de cet individu est fragmenté; il rencontre un spécialiste du foie, un autre pour l'estomac, : un spécialiste du tube digestif, de la téte, du poumon, Ë du rein, du coeur.Le corps est fragmenté.Elle peut être | la aussi, interaction néfaste non pas seulement des pr médicaments mais aussi des médecins.PR: Mais vous arrivez après la maladie, vous aussi?Comment pouvez-vous remonter empiriquement jusqu'aux causes qui sont forcément antécédentes?Dr Paquette: Nous avons trois traitements.Un traitement primaire pour désintoxiquer tout le corps globalement, i un traitement secondaire pour soigner une ou des mala- i dies spécifiques et nous avons aussi un traitement dit ä tertiaire et qui consiste essentiellement en prévention.Le traitement primaire s'identifie à une désintoxication de tout l\u2019organisme en s'attaquant aux organes émonc- | toires qui sont responsables de tous les troubles chroni- Ë ques, le traitement secondaire soigne une ou des mala- i dies spécifiques, le traitement tertiaire ajoute une diète E accompagnée de recommandations pour le régime de vie | en général.Le traitement tertiaire a un objectif essentiellement préventif, il tente de régulariser les causes 185 des malaises possibles afin de ne pas intoxiquer le corps à nouveau.|| modifie le régime de vie et le régime alimentaire qui ont conduit à un état pathologique.PR: La popularité croissante de votre clinique doit vous amener de plus en plus de cas nouveaux ou dits inguérissables, etc.Dr Paquette: Nous ne faisons pas de miracle chez nous.Nous ne traitons pas par la confiance, mais dans un climat de confiance.Il faut être à la fois rationnel et empirique.Lorsqu'un malade arrive, je lui demande d'abord pourquoi il vient me consulter.C\u2019est la souffrance et la peur qui conduisent le malade à consulter, je le sais.Mais peur + souffrance sont des effets.Je ne veux pas faire une médecine conventionnelle au point de me contenter d'enrayer cette souffrance et cette peur.J'essaie de voir les causes derrière les effets et la personne humaine derrière les maladies.Les performances technologiques ne m'intéressent pas.Je peux avoir découvert, avec la possibilité des doses médicamenteuses fractionnées, une médication plus douce au service d\u2019une médecine qui respecte davantage les lois complexes de la vie.C\u2019est la totalité du corps qui est simultanément en jeu.La thérapie insulino-cellulaire travaille donc simultanément en pénétrant chaque cellule composant cette totalité.L'intervention sumultanée est la méthode que je propose pour parvenir jusqu\u2019à la globalité constitutive de la personne humaine.La simultanéité thérapeutique que permet l'insuline est peut-être une porte ouvrant directement sur l'essence même de notre individualité biologique souffrante.186 TABLE DES MATIÈRES Liminaire.11201010000 0000 L Aa a 0 aa a ea nan 0 De la neurologie sans âme et de la psychologie sans tête à la neuropsychologie Mario Bunge .0220000000 00000.Les traditions morales devant le pouvoir scientifique David J.Roy .0200002 0e ana ae Introduction à la sociobiologie Jacques G.Ruelland.L\u2019équivoque de la psychosomatique ou le psychisme inexistant Philippe Thiriart .L\u2019émergence de la vie sur une planète nommée «Terre» Serge-André Créte.La conception de l'homme dans la médecine traditionnelle chinoise Denise Hébert .cui.TEMOIGNAGES La médecine familiale d\u2019antan Régis Tougas .00000000 0e anne Triste scénario des adolescentes filles-mères, version d'aujourd'hui Claire Nadeau .1.00000000 Le rôle du nutritionniste dans le domaine de la santé Monique Phaneuf-Letellier .Emergence et espoir des psychotechniques Jean Blouin .Médecine expérimentale: la thérapie insulino-cellulaire Jean-Claude Paquette .di HR ithe ; cut: HN Hifédeits i {iz [Hist Ht ae iE tHHENER IY aH ENE HI RH BT fA ts RMA DNA TU RE A BRUHN lH IR \u2026.\u2026.p.HI \u2026.p.1 .p.47 .p.59 .p.83 .p.95 .p.119 .p.143 .p.153 .-p.163 cep 171 :-P- 179 mas pz pe 2 _, = rer pu os = cr en 2x Sr So pi oo Lu ape Sa bay pari oy Corti ces 55 a3 EX ÿ ès EA Ted ero +: CE i Sars RY cys Ce Rs ge fot Lit 2 ihe Zs (pas on REE Pa ia =.a ar ere = Dt De 3 ax a x A mins = REP; RR CARS Ch Kid 7 rey poe en 7 i 2; po RAK ERE, ex - RE hd} CA = i i Es =F 5 Bo 5 a Le D: 5 De Li \u2014 cs PS vu .a = Coe es Er ES fies = cs 5 fron TERRI - 2x = Lo \u2014 a Es En od = eu a pete = ess PSC béta ac - re Le A T2 es ar Ea KE x = 5 cb ed = Sprain Ears as Coy aisés a oo = N a = a ca 6 pr re 0 cz cr res es ol me 72 AS Sl PR az = 5 ) ae RS A NE - 3 i ie ae Le x we.- Pgs = 4 2 + a E = É = A A A A 3 A D A Li INA 3 na a fe ; - 3 3 ps en ; a rE AS ee es ~.en = a ee oe J - ow fo ye os 2 ps neil Eons Shr rs WR cs tn oN \u201cen a = TON a fae ; us Ce ve ne, pete
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.