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Titre :
La petite revue de philosophie
Éditeur :
  • Longueuil :Collège Edouard-Montpetit,1979-1990
Contenu spécifique :
Automne
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Horizons philosophiques
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La petite revue de philosophie, 1986, Collections de BAnQ.

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[" Ng cl Co : \\ i PER | _ + a petite revue le philosophie on SOMMAIRE | Automne 1986, vol.8, no 1 Liminaire.ui .Il Les philosophes à la triste figure MarcChabot .1 Les débuts de l\u2019économie politique et la question du libre-échange André Vidricaire .23 Le libéralisme: 1848-1851 HarelMalouin.59 Une trace allemande insoupçonnée au cœur de notre XIX° siècle DanielleLeclerc .103 Les «lectures» d\u2019Étienne Parent: une lecture AlainCadet .125 Foi et raison chez T.A.Chandonnet (le problème d\u2019une traversée) Maurice Langlois .2044000 143 Marc Sauvalle, un journaliste rebelle Claude Elizabeth Perreault .161 Dominique-Ceslas Gonthier, 0.p., 1853-1917: perception et réception RolandHoude .191 \u201cfA ASAIN.ED EEE Tale a Collége Edouard-Montpetit, Longueuil, Québec Ce quinzième numéro de La petite revue de philosophie est subventionné par les Services de l'édition du Collège Edouard-Montpetit.Direction: Claude Gagnon, dép.de philosophie Claude Giasson, dép.de philosophie Comité de rédaction: Pierre Aubry, dép.de physique Marc Chabot, dép.de philosophie (Cégep F.-X.Garneau) Louisa Defoy, bibl.(Collège Notre-Dame) Ghyslaine Guertin, dép.de philosophie Brigitte Purkhardt, dép.de français Philippe Thiriart, dép.de psychologie Administrateur délégué: Composition et mise en pages: Danielle Garcia Helvetigraf, Québec Dactylographie des manuscrits: Impression: Anny Vossen Imprimerie Veilleux 203, Chemin des pionniers, Maquette: Cap St-Ignace, GOR 1H0 Philippe Côté Correcteurs d\u2019épreuves: François D\u2019Apollonia Brigitte Purkhardt Jacques Ruelland Distribution: En librairies: En abonnements: Diffusion Parallèle Inc.Sylvie Lemay 815, Ontario est, Services de l\u2019édition Montréal, Qc H2L 1P1 Collèges Édouard-Montpetit (adresse ci-dessous) Correspondance: Madame Linda Lépine Secrétariat général 945, chemin de Chambly Longueuil, Qc J4H 3M6 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 4° trimestre de 1986 Bibliothèque nationale du Canada: ISSN 0708-4469 Périodique semestriel: prix du numéro 5,00 $ (4,50 $ étudiants) abonnement institutionnel annuel 15,00 $ Vol.8, n° 1, automne 1986 Ao ES a JO _.4, ces 2 5 = £9 = + dc ae Es pes ne ot = 2 pese ae pr ee eo RS a er OE x = 5 pa or EX Ti déve a usés =, a= 2 sey sabi ey gipat as Sos Tee 2 3 2 ee de philosophie La petite revue x oli Bro case ue feo ro 2053 cm A ee on aa aies = Gra REC HS = \u2014_\u2014_\u2014 \u2014_ _ Liminaire Voici des travaux d\u2019un groupe de recherche sur l\u2019«histoire de la philosophie québécoise», constitué notamment de Jean Chassé, Alain Séfriou, Maurice Langlois, Alain Cadet, Marc Chabot, André Vidricaire, Harel Malouin, Christian Aubry, Danielle Leclerc, Jean Schmouth, Luc Cournoyer.Depuis trois ans, avec l\u2019appui de subventions de l'UQTR et de l'UQAM, des séminaires et un cours offert dans le cadre du programme de baccalauréat en philsosophie de l'UQAM ont donné lieu à la participation de Messieurs Nive Voisine, André Vachet, Elzéar Lavoie, Roland Houde ainsi qu\u2019à la publication d'instruments de recherche.Cette histoire porte notamment sur la période 1840-1879, soit apres les troubles de 1837 jusqu\u2019au moment de la proclamation du thomisme comme doctrine officielle qui, comme l\u2019a montré Marc Chabot, loin d\u2019apparaitre comme un simple moment de cette histoire philosophique québécoise, se présente comme ayant toujours existé et occupé tout l\u2019espace de la réflexion théorique et pratique.Mais les faits contredisent cette construction mythique.En effet, la philosophie que les clercs ont enseignée après 1840 dans les collèges et les séminaires de Québec, St-Hyacinthe, Nicolet et Montréal a consisté à réconcilier ou à faire s\u2019affronter les principes de la philosophie des lumières avec les dogmes chrétiens.Pour ce faire, ils se référaient à De Maistre, Dupanloup, Montalembert, Lacordaire, Veuillot, Gaume, etc., avec lesquels ils se trouvaient très souvent en contact étroit.Ces débats théoriques entre ultramontains et catholiques libéraux peuvent laisser croire à de simples querelles «académiques» entre professeurs de philosophie.Mais là encore, ces âpres disputes de clercs qui impliquaient souvent l'anonymat pour éviter le pire, plongeaient directement dans la pratique sociale du Canada français alors en crise totale.En effet, après l\u2019échec de 37, non seulement le clergé mais encore tous les groupes sociaux se sont mis à réviser les grandes orientations de cette collectivité francophone et donc à réfléchir sur les notions les plus fondamentales comme les libertés individuelles en regard de l'autorité civile et religieuse, le progrès, les inégalités sociales, etc.Ainsi, petit à petit, une bourgeoisie plus proche du commerce et de l\u2019industrie et partisane de l\u2019économie politique s\u2019est mise à critiquer le régime de la propriété terrienne.Mais comme ces laïcs étaient exclus du réseau de l\u2019enseignement, ils ont propagé leurs idées par les journaux et les instituts.Ainsi, à côté de ce que nous pourrions appeler les philosophies des professeurs de collèges et de séminaires \u2014 lesquelles, encore une fois, n\u2019avaient rien d\u2019«abstrait» \u2014 les recherches que nous publions ci-après font apparaître une multiplicité de thèses philosophiques qui, tout en se déclarant respectueuses de la religion, cherchaient à développer divers modèles sociaux fondés sur la raison.En un mot, à côté des philosophies enseignées dans les collèges se dressent d\u2019autres philosophies qui en sont la contrepartie organique. Du coup, le tableau philosophique d'ensemble cesse d\u2019être uniforme, homogène, répétitif et abstrait.Le lecteur se trouve plutôt devant un foisonnement de savoirs qui se combattent les uns les autres.Dans un pays où tous les groupes sociaux s'interrogent sur les orientations à donner à leur société, les idées s\u2019entrechoquent et engendrent des luttes épiques.Mais le lecteur y découvre que leur enjeu est éminemment concret\u2026 Marc Chabot André Vidricaire asser ae - _.7 So mo aay Gear cz came ps co a Les philosophes à la triste figure Marc Chabot Professeur au département de philosophie du CEGEP F.-X.Garneau | \u2014 ŸY a-t-il ici quelqu\u2019un qui prétende s\u2019appeler Don Quichotte de la Mancha?S\u2019il ose supporter le poids de mon regard qu\u2019il avance.\u2014 Je suis Don Quichotte de la Mancha, chevalier à la triste figure.\u2014 Ecoute-moi, charlatan, tu n\u2019est pas un chevalier mais un dérisoire imposteur.Tes jeux ne sont que des jeux d'enfants et tes principes ne valent guère mieux que la poussière qui rampe sous mes pieds.\u2014 Manque de courtoisie, fausse chevalerie, donne- moi ton nom avant que je te châtie.\u2014 Arrête, Don Quichotte! Tu voulais mon nom, je vais te le dire, je m'appelle le Chevalier au Miroir.Regarde, Don Quichotte, regarde dans le Miroir de la réalité, regarde, que vois-tu, rien qu\u2019un vieux fou.Regarde, regarde.Plonge, Don Qui- chotte, plonge, viens te noyer en lui, et il est l\u2019heure de couler, la mascarade est terminée, avoue que ta noble Dame n\u2019est qu\u2019une putain et que ton rêve n\u2019est que le cauchemar de l\u2019esprit qui s\u2019égare.\u2014 Je suis Don Quichotte, chevalier errant de la Mancha, et ma noble Dame est Dulcinea.Jacques Brel L\u2019Homme de la Mancha. Toute la pensée d\u2019Alexis Pelletier est contenue dans une phrase de Joseph de Maistre: «J\u2019ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important que ce que nous devons savoir.» Ainsi, le drame des penseurs libéraux n\u2019est peut-être pas celui que l\u2019on croit.On a dit qu\u2019ils ont combattu les idées ultramontaines, qu\u2019ils ont cherché à «rationaliser» le politique, qu\u2019ils se sont donnés tout entiers à des valeurs comme la liberté de conscience, la liberté de penser, de parler et d\u2019écrire.Tout cela n\u2019est pas faux, mais ils ne savaient pas qu\u2019on ne combat pas l\u2019ignorance par le savoir.Ils ne savaient pas que la raison seule ne peut rien contre un corps de vérités constituées, qu\u2019on n\u2019ébranle pas une doctrine providentielle par des raisonnements, de la logique et de la philosophie.Autrement dit, la philosophie est une arme très faible contre la théologie.Elle n\u2019offre pas assez de sécurité pour convaincre.Essayez d\u2019imaginer Don Quichotte rencontrant son double.Le moulin vers lequel le chevalier fonce, n\u2019est pas un moulin, mais un autre chevalier ite) RE.KT E fi: i! Hl Re. 3 a i errant, combattant lui aussi pour sa Dulcinée.La noble Dame de Pelletier se nomme Providence ou Autorité.L\u2019autre Don Quichotte, c\u2019est Dessaulles et sa noble Dame se nomme «raison» et «liberté».Alexis Pelletier a écrit un texte d\u2019une violence inouïe contre Dessaulles.Un texte intitulé Le Don Quichotte montréalais sur sa rossinante ou M.Dessaulles et la grande guerre ecclésiastique.Dessaulles y est décrit comme un malade: «Le pauvre homme souffre d\u2019une furieuse indigestion, si l\u2019on en juge par la masse informe et putride qu\u2019il a vomie ln» L\u2019image de Don Quichotte nous est suggérée par Pelletier lui-même.Nous n\u2019avons pas besoin de l\u2019inventer.Tant et aussi longtemps que nous avons un seul Don Quichotte, tout va bien.Si on aime les rêveurs, on se met de leur côté et on essaie de les défendre.C\u2019est souvent ce que nous faisons lorsque nous analysons le débat idéologique entre les libéraux et les ultramontains de la fin du XIX° siècle.Toute notre sympathie va à Dessaulles.On a beau essayer d\u2019être objectif, nos choix sont faits.On peut les lire entre les lignes.Dès lors une question s'impose: comment parler d\u2019Alexis Pelletier sans faire surgir un monstre?inévitablement ce penseur doit être classé dans une galerie spéciale de notre musée philosophique.Direction sous-sol, section horreurs.Dans cette perspective, il est facile de reprendre une idée de Cioran dans son livre sur Joseph de Mais- tre, Essai sur la pensée réactionnaire: 1.Publié sous le nom de Luigi, Montréal, La Société des Écrivains catholiques, 1873, p.1. Vers la fin du siècle dernier, au plus fort de l\u2019illusion libérale, on pouvait s\u2019offrir le luxe de l\u2019appeler [il parle bien sûr de Joseph de Maistre] «prophète du passé», de le considérer comme une survivance ou un phénomène aberrant.Mais nous d\u2019une époque autrement détrompée, nous savons qu\u2019il est nôtre dans la mesure même où il fut un «monstre» et que c\u2019est précisément par le côté odieux de ses doctrines qu\u2019il est vivant, qu\u2019il est actuel.Serait-il du reste dépassé, qu\u2019il n\u2019appartient pas moins à cette famille d\u2019esprits qui datent en beauté\u201d.Cette citation mérite à mon avis un commentaire précis, que j\u2019appliquerai cette fois à Pelletier et qui devrait servir de référence à tout ce que j'essaierai de développer par la suite.1) Notre littérature philosophique n'est pas étudiée et lue justement parce qu\u2019elle nous apparaît monstrueuse.En utilisant de la sorte le texte de Cioran, je ne fais finalement qu\u2019enfoncer encore plus profondément les pieux dans le cœur de nos philosophes.Détrompez-vous.On peut penser que nous nageons de nouveau depuis quelques années dans «l\u2019illusion libérale» comme le dit Cioran.Un penseur comme Dessaulles ne peut être compris sérieusement qu\u2019en vérifiant dans les textes ce à quoi il s'oppose.Or, Pelletier est l\u2019un de ses adversaires principaux.2) Je ne vois aucune raison justifiant le fait que nous continuons à craindre les monstres.Nous devons au contraire nous placer devant eux et nous offrir le luxe de relire leurs textes afin de mieux saisir le débat idéologique qui nous occupe.À bien des égards, la pensée libérale est tout aussi monstrueuse.Nous sommes devant deux machi- 2.Paris, Fata Morgana, 1977, p.12. nes textuelles qui essaient de s\u2019annuler, de se détruire mutuellement.3) De Joseph de Maistre à Alexis Pelletier, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Pelletier est un monstre, mais il est aussi un Don Quichotte.Nous n'aimons pas sa Dulcinée, mais qu\u2019est-ce que cela change?Nous faisons de la philosophie, il ne s\u2019agit pas simplement de «faire aimer», mais de comprendre.Cioran nous dit un peu plus loin dans son livre: «La justification de la Providence, c\u2019est le Don Quichottisme de la théologie*» On pourrait avancer qu\u2019il y a chez Des- saulles quelque chose de monstrueux, comme il y a du Don Quichottisme chez Pelletier.Alors, l\u2019affrontement est inévitable.Le penseur libéral s\u2019arme de concepts et le théologien sort de sa poche les dogmes et la tradition.Le présent sert de lieu de combat.Le passé et l'avenir sont convoqués sur la place publique et c\u2019est à coups de plumes qu\u2019on va se battre.4) Dernière remarque sur cette citation.Toute pensée a quelque chose de monstrueux.Toute affirmation contient sa dose d\u2019horreur.Pour ma part, les textes de Pelletier me semblent bien moins monstrueux que l\u2019idée qui veut que nos philosophes ne méritent pas d\u2019être lus parce qu\u2019ils étaient des réactionnaires ou des curés.Les avertissements étant faits, il ne reste plus entre mes mains que les textes.II ne reste plus qu\u2019à indiquer comment l\u2019une des deux machines textuelles se met en branle.Les quelques thèses que je poserai ne visent rien d\u2019autre qu\u2019une compréhension de la machine textuelle, puis une mise en 3.Ibid, p.18. question aussi de ce que sont les essais dans la production littéraire générale.Tout ne pourra pas être dit, mais tout ce qui est dit a un but clair: montrer que philosopher aujourd\u2019hui, c\u2019est encore et toujours tenter de comprendre ce pourquoi un acte est posé, sera posé ou a été posé.Inévitablement, «une histoire de la vérité» dans le sens où Foucault l\u2019a faite, c\u2019est-à-dire: «une histoire qui ne serait pas celle de ce qu\u2019il peut y avoir de vrai dans les connaissances; mais une analyse des «jeux de vérités», des jeux du vrai et du faux à travers lesquels l\u2019être se constitue historiquement comme expérience, c\u2019est-à-dire comme pouvant et devant être pensé.» Et Foucault poursuivait son texte en demandant: «A travers quels jeux de vérité l\u2019homme se donne-t-il à penser son être propre quand il se perçoit comme fou, malade, criminel ou homme de désir\u2018?» Je me permets d\u2019ajouter: quels sont les jeux de vérité de celui qui se perçoit comme monstre ou comme Don Quichotte?Maintenant allons-y.1.L\u2019idolâtrie des commencements Dans l\u2019essai Le libéralisme dans la province de Québec, publié vers 1875 et signé par Eugène Normand (pseudonyme d\u2019Alexis Pelletier), on peut lire a la première page l\u2019affirmation suivante: Il y a cinquante ans, et même moins, le Canada-français, qui s'appelle aujourd\u2019hui la Province de Québec, était partout cité, et avec raison, comme le pays le plus sincèrement catholique du monde.À bon droit, nous étions fiers de voir notre jeune pays resplendir de cette gloire, et nous disions qu\u2019elle lui avait été méritée par ces preux, 4.Michel, Foucault, L\u2019usage des plaisirs, Paris, Gallimard, 1984, p.12-13. nos Ancêtres, qui furent des hommes à la Foi robuste et au cœur noble et très vaillant.[.] Tout fut consacré à solidement établir sur ce sol de la Nouvelle-France, le règne de Jésus-Christ et de sa sainte Eglise®.Le propre de la pensée réactionnaire comme de la pensée libérale, c\u2019est d\u2019abord de construire le réel, de fabriquer un espace et un temps dans lesquels il deviendra possible de parler, d'inventer un cadre de référence pouvant servir aux lecteurs.Cette mise en situation est importante, les êtres pour qui on écrit vivent dans un espace-temps bien défini, ils ont une faible mémoire de ce qui fut avant et de ce qui se prépare.Le présent seul semble les occuper.Le philosophe, comme tout producteur textuel, situe son lecteur.Pelletier écrit: «ll y a cinquante ans et même moins» \u2014 n'oublions pas que nous sommes en 1875 \u2014 «il y avait ici l\u2019âge d\u2019or du règne de Jésus- Christ et de sa sainte Eglise.» Ce qui revient à dire: le règne de Jésus-Christ et de sa sainte Eglise au Canada français survient juste un peu avant ou exactement pendant les troubles de 1837.C\u2019est-à- dire pendant l\u2019une des périodes les plus troubles de notre histoire.Ici, il suffit de faire une simple soustraction pour vérifier que quelque chose ne va pas dans l\u2019affirmation.Et comment ne pas réciter alors la phrase de Joseph de Maistre: «J'ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important que ce que nous devons savoir.» Ce qu\u2019il faut surtout comprendre, c'est qu'un penseur réactionnaire n\u2019est pas en soi intéressé par les faits de l\u2019histoire réelle d\u2019un peuple.Ce qui, par contre, l\u2019intéresse au plus haut point, c'est 5.P.5. l\u2019histoire qu\u2019il imagine, c\u2019est-à-dire les faits qui sont de sa fabrication et qu\u2019il peut contrôler.Ce qu'il faut savoir, c\u2019est ce que je vous apprends, jamais, au grand jamais, ce qui est.Toute pensée réactionnaire vit non pas dans le passé, mais par le passé qu\u2019elle construit.Elle est nostalgie des origines et idolâtrie des commencements.Le présent n\u2019est qu\u2019une réalité difforme, une déchéance, une dégradation du passé.Mais il y a pire, puisque le passé est lui aussi complètement déformé, il faut le refaire.Le passé, pour Pelletier, c\u2019est davantage l\u2019idée qu\u2019il s\u2019en fait que ce qu\u2019il fut.L\u2019impureté est tout entière un effet du présent.D\u2019où l\u2019importance de l\u2019ignorance.Tout ce qui pourrait obstruer l\u2019idéal doit être ignoré.Don Quichotte, on le sait, ne veut pas voir |a réalité.Elle ne l\u2019intéresse pas.Là, où tous les autres voient un plat à barbe, Don Quichotte voit un casque d\u2019or.Au moment même où les faits sont en train de devenir ce par quoi le savoir vaut quelque chose, Pelletier s\u2019évertue, à son tour, à les ignorer.Car les faits, en cette fin du XIXe siècle, n\u2019est-ce pas justement ce qui semble nous ouvrir pour la première fois à la vérité?Une vérité qui sera autre chose qu\u2019une révélation divine, une vérité qu\u2019on nommera «naturelle», les faits donnant accès à la prise de connaissance elle-même?Pendant ce temps, le penseur libéral cherche par tous les moyens à se mettre à l\u2019écoute des faits.|| se refuse à négliger ce qui se montre.Il n\u2019est plus question pour lui d\u2019ignorer.Ce qu\u2019il veut savoir, c\u2019est ce qu\u2019il ignore, et si pour atteindre son but il doit ignorer la tradition, le passé, les dogmes, les ancêtres, les fabulations, l\u2019autorité et même parfois le Divin, il le fera. A i 3 i 3 1 D, À = A i On ne nous impose qu\u2019un Credo, le Credo de l\u2019absurde! On ne nous impose qu\u2019une posture: l\u2019agenouillement! On ne nous impose qu\u2019une science: le psautier de David! On ne nous laisse qu\u2019une arme: le chapelet.C\u2019est le croupissement d\u2019une race dans l\u2019accroupissement.Il nous faut abandonner définitivement l\u2019idée que les penseurs libéraux sont des individus prudents, respectueux des institutions, ménageant la chèvre et le chou afin de ne pas blesser leur adversaire.Bien au contraire, il s\u2019agit d\u2019une guerre à finir.Tous les coups sont permis.Les couteaux volent bas.L'ensemble des textes de Pelletier sont écrits sous le mode de l\u2019affolement.|! craint pour l\u2019avenir.|| craint l\u2019avenir tout court.Que le penseur ultramontain entretienne avec le passé une relation douteuse, dans la mesure où il construit son passé et ne cherche nullement à rendre compte fidèlement d\u2019un état de fait, c\u2019est une hypothèse qui demeure à vérifier.Mais il est certain que dans le cas d\u2019Alexis Pelletier, l\u2019hypothèse tient.Est-ce là le propre d\u2019une pensée réactionnaire, de toute pensée réactionnaire?C\u2019est ce qui reste à travailler.Mais alors, il faudrait aussi vérifier comment les penseurs libéraux fonctionnent avec les notions de «passé» et «d\u2019avenir».Car, il se peut bien que Dessaulles fabrique à son tour une histoire qui lui convient, qui convient a ses thèses et a sa philosophie.2.Une question de principes Les thèses du libéralisme politique du XIXe siècle s\u2019articulent toutes autour d\u2019un principe très simple et archi-connu: tout est politique, même les questions religieuses.De ce principe tout le reste 10 \u2014 LEE suit, c\u2019est-à-dire la petite armée du «Don Quichotte libéral»: la démocratie le suffrage universel la souveraineté l\u2019Etat la liberté de parole la liberté de conscience la loi la sécularisation des institutions l\u2019égalitarisme la neutralité la liberté de presse .l\u2019individu C\u2019est justement à cette armée-là que Pelletier s'attaque dans Coup d'œil sur le libéralisme européen et sur le libéralisme canadien.Démonstration de leur parfaite identité®.L\u2019abomination du principe libéral tient dans le fait que pour l\u2019ultramontain «au fond de toute question politique se trouve toujours la question religieuse\u201d».Les soldats de Pelletier se mettent en rang à leur tour et ils se nomment: \u2014 \u2014_ \u2014À PVHOOONOAIBON- Dieu = l\u2019autorité EP la hiérarchie A l\u2019ancienneté les privilèges les droits acquis id la famille E NOHTRON- 6.Montréal, Le Franc Parleur, 1876, 79 pages (brochure non-signée).7.Ibid., p.6.11 8.la propriété 9.le caractère religieux de toute institution 10.la fortune 11.le Pape 12.l\u2019Eglise Si le nombre de concepts est égal, il ne faut pas croire que le rapport de forces entre ultramontains et libéraux est tout aussi égal dans la réalité sociale.Les concepts des uns et des autres constituent tout au plus l\u2019armée des airs.À cette guerre des mots est rattachée une guerre des pouvoirs.Pratiquement, on le sait, les libéraux du XIXe siècle n\u2019ont jamais eu la chance et les moyens de diffuser, d'informer et d\u2019influencer comme les ultramontains.Cette guerre a plusieurs fronts, et ce qui nous intéresse ici c\u2019est le terrain philosophique.La thèse que je veux soutenir maintenant s\u2019articule ainsi: je ne crois pas qu\u2019il soit vraiment important de prendre parti pour l\u2019une ou l\u2019autre des forces en jeu.Ce n\u2019est pas important parce que c\u2019est déjà fait, le XXe siècle philosophique n\u2019étant finalement qu\u2019une réaffirmation à l\u2019infini des principes libéraux.Est-il vraiment intéressant de le répéter: nous pensons que Dessaulles a raison contre Pelletier.Or, majoritairement, le Québec de la fin du XIX° siècle en avait décidé autrement.Mais il est strictement inutile de démontrer qu\u2019il avait tort.Nous l\u2019avons fait trop souvent, ce qui a pour résultat de disqualifier l\u2019ensemble de notre discours philosophique.Ce qui nous oblige aussi à commenter notre histoire philosophique à peu près comme on commente un match de hockey.Il y a une équipe gagnante et une équipe perdante, et mieux vaut oublier que l\u2019adversaire a déjà remporté quelques victoires. Philosopher aujourd\u2019hui, c\u2019est agir autrement.Philosopher ce n\u2019est pas s\u2019appliquer a disqualifier ou ignorer le contenu d\u2019un discours ou le résultat d\u2019une bataille idéologique, mais penser à partir d\u2019eux.Nous n'avons pas encore d\u2019histoire de la philosophie parce que nous nous évertuons à fonctionner comme Pelletier lui-même fonctionnait: le passé ne fait pas mon affaire, je le reconstruis pour faire triompher ma thèse.Le passé philosophique du XIXe siècle ne fait pas notre affaire, nous l\u2019ignorons en faisant semblant que Pelletier n\u2019a pas existé, que la philosophie même n\u2019a pas existé.Et nous rêvons d\u2019un avenir différent.Les principes qui sont en jeu dans la pensée libérale et que Pelletier s\u2019acharne à détruire, ils sont les nôtres aujourd\u2019hui, mais ce qui m\u2019intéresse avant tout lorsque je lis Pelletier, ce n\u2019est pas de dire: il a raison, il a tort, c\u2019est d'essayer de cerner comment il tente de se défaire de la pensée de l\u2019autre?Comment inévitablement il se doit d\u2019user d\u2019une forme de mimétisme pour y échapper, comment l\u2019autorité qui est pour lui un concept clé intervient comme une police théologique?Au XIIle siècle, saint Thomas avait écrit: «L\u2019étude de la philosophie n\u2019est pas destinée à nous faire savoir ce que les hommes ont pensé, mais ce qu\u2019il en est réellement de la vérité» (| De Caelo et Mundo, i, 22, n° 8).|| a fallu attendre 1880 pour que Léon XIIl fasse publier une première édition critique de ses œuvres.Alexis Pelletier entretient avec la vérité un rapport tout à fait particulier.Nos penseurs d\u2019ici se rangent indiscutablement du côté de Léon XIII.Saint Thomas va vaincre à la fin du XIXe siècle grâce à l'intervention de Rome.13 Mais nous qui nous contentons le plus souvent de savoir ce que les hommes ont pensé, nous ne nous soucions que fort peu de l\u2019effet de vérité des textes.Des vérités thomistes aux jeux de vérité de Foucault, il y a un monde.Quand saint Thomas gagne sur les autres penseurs de son époque, les autres penseurs disparaissent.Ainsi, pour prendre un exemple, Boèce de Dacie, qui écrivait entre 1260-1270: «Au moment même où quelqu\u2019un abandonne les raisons il cesse d\u2019être philosophe et la philosophie ne se fonde pas sur des révélations et des miracles» (De Aeternitate Mundi).Faire disparaître Alexis Pelletier de notre histoire de la philosophie, c\u2019est aussi faire disparaître Dessaulles.Une histoire en cache toujours une autre.L'écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti a écrit dans un petit roman intitulé Le puits: On dit qu\u2019il y a plusieurs façons de mentir; mais la plus répugnante de toutes est de dire la vérité, toute la vérité, en cachant l\u2019âme des faits.Parce que les faits sont toujours vides, ce sont des récipients qui prennent |a forme du sentiment qui les remplit®.Alexis Pelletier est un fait de notre histoire, Dessaulles est un fait de notre histoire.Ce qui m\u2019attire chez eux, ce n\u2019est pas simplement comment ils ont produit ou non «toute la vérité», mais davantage ce que la vérité qu\u2019ils croyaient produire les a obligés à cacher.Si Pelletier est répugnant parce qu\u2019il ment, nous le serions encore davantage en essayant de continuer de faire croire qu\u2019il n\u2019y a rien à penser de leur production.Pire, qu\u2019il n\u2019y a rien à penser sur ce que nous avons été.8.Voir à ce sujet: Philosophes médiévaux des XIII® et XIV® siècles, 10/18, n° 1760, Paris, 1986.9.Paris, Christian Bourgois, 1985, p.73.14 Notre rapport à la vérité en philosophie s\u2019est transformé du tout au tout depuis un siècle.On peut même penser que nous avons été obligés de refaire le procès entamé au XIIe entre saint Thomas et Boèce.Maintenant qu\u2019il ne s\u2019agit plus de déterminer un vainqueur mais de travailler sur la multiplicité des pensées et les différences entre les philosophies, peut-être est-il possible d\u2019allonger nos réflexions sur l\u2019histoire de la pensée en catégorisant nos productions tout autrement.3.Mais qu\u2019est-ce donc qu\u2019un essai?On a tendance à l\u2019oublier et il faut le rappeler: un essai est une production littéraire où un «je» se débat avec les idées des autres et les siennes.Un essai n\u2019est jamais tout à fait désincarné.Un essai n\u2019est jamais une simple somme d'idées.Un individu cherche à se dire avec et contre les autres.Un individu tente de s\u2019expliquer avec et contre tous.Le philosophe a beau fabriquer des exposés, jouer avec des abstractions, mutiler son «je» pour qu\u2019il ne prenne pas toute la place dans son écriture, il ne réussira jamais à s\u2019abstraire tout à fait de son texte.Une fiction pure des idées n\u2019existe pas.Dans le Don Quichotte sur sa rossinante, Pelletier écrit en parlant de Dessaulles: Je vous méprise souverainement [.].Quand on est ce que vous êtes et qu\u2019on fait profession de l\u2019être, on ne mérite pas plus d\u2019égards que le gamin qui vous insuite dans la rue'°\u2026 Ce «je» qu\u2019on a tendance à considérer comme insignifiant en philosophie, doit pourtant être 10.Op.cit., p.6.15 EE pensé par nous qui sommes tous des producteurs de textes et d'essais.On ne peut pas reprocher à Pelletier d'avoir caché son «je» dans ce texte.Mais il ne faut pas oublier que très concrètement, Pelletier a été dans l\u2019obligation toute sa vie de faire fi de son propre «je».L\u2019autorité de l\u2019Eglise, qu\u2019il a portée si haut dans tous ses textes, cette autorité-là ne lui a jamais reconnu le droit de signer Alexis Pelletier.D\u2019une certaine manière, il ne fut pas seulement un homme de réaction, mais un écrivain qui toute sa vie a subi les foudres de la réaction.Alexis Pelletier fut probablement l\u2019ultramontain le plus pur de notre histoire.|| a aimé jusqu\u2019à l\u2019aveuglement ce qui le haïssait profondément.Son projet d\u2019écriture fut nié par ceux-là mêmes qui devaient le défendre: les autorités ecclésiastiques.On ne lui a jamais laissé la chance d\u2019articuler devant tous son propre «je».Il a utilisé pas moins de huit pseudonymes durant sa carrière d'écrivain.Un essai, donc, c\u2019est une sorte d\u2019autobiographie de nos idées.Un essai ne sera jamais une sim- pile thèse.Toute philosophie est donc en train de se nier lorsqu'elle laisse croire qu\u2019il est possible de ne produire que des idées.Je ne suis pas un spécialiste de Dessaulles, mais je fais l\u2019hypothèse que dans ses textes aussi il y a un «je» qui se débat; dans La grande guerre ecclésiastique on peut lire: Eh bien! j\u2019ai cru qu\u2019il devait se trouver au moins un homme dans un pays qui ne craindrait pas de maintenir le droit national contre l\u2019usurpation ultramontaine; qui ne craindrait pas de dire tout haut ce que tant de gens 16 pensent tout bas mais craignent d\u2019exprimer en face d\u2019un clergé puissant.|| arrive que l\u2019écriture soit le seul moyen qui reste pour se tenir debout.Soudain le «je» s\u2019éveille.Il en a assez du silence, il en a assez de la tourmente intérieure qui l\u2019envahit.Le «je» part en campagne, à cheval sur des mots.|! fonce tête baissée dans les idées des autres, éclabousse le langage de l\u2019autre.| n\u2019y aura toujours qu\u2019un moyen de faire cette histoire de la philosophie québécoise; d\u2019abord et avant tout considérer sérieusement la proposition suivante: nos philosophes sont des écrivains, des essayistes.Ils ne peuvent continuer à vivre que par les textes qu\u2019ils ont produits.L\u2019essai est une tentative pour se dire et pour vivre.Les essayistes du XIXe siècle essaient justement de se dire.De sortir de l\u2019étouffement.L\u2019essai, c'est le «je» qui se cache derrière des idées, c\u2019est aussi le «je» qui s\u2019avance avec des idées.Quand autour de soi l\u2019espace se rétrécit, quand la parole n\u2019est pas possible, on prend sa plume, on s\u2019ouvre à l'espace en traçant des mots sur du papier.En 1843, un philosophe allemand, fort peu lu aujourd\u2019hui, écrivait dans un manifeste intitulé La philosophie de l\u2019avenir* C\u2019est par la distinction des lieux [.] que commence la nature organisante.C\u2019est dans l\u2019espace seul que s'oriente la raison.Où suis-je?Telle est la question de la 11.L-A.Dessaulles, La grande guerre ecclésiastique, A.Doutre, 1873, p.Il.12.L.Feuerbach, Manifestes philosophiques, 10/18, Paris, U.G.E., 1973, p.248.17 conscience qui s\u2019éveille, la première question de la sagesse profane [.].L'homme inculte ne se soucie pas du lieu; il fait n'importe quoi, n'importe où, sans distinction; le fou également.Notre plus grande erreur actuellement c'est d\u2019essayer à tout prix de classer Pelletier comme un ultramontain, d\u2019essayer à tout prix de faire de Des- saulles un défenseur du libéralisme.Erreur parce qu\u2019alors on s\u2019empêche de voir une individualité apparaître et s'emparer d\u2019un lieu.Une individualité qui tente de faire sa place avec une œuvre.Pelletier et Dessaulles ont été cela.Mais jamais au grand jamais les textes ne font apparaître cela.Dessaulles n\u2019écrit pas: «J'ai cru qu\u2019il devait se trouver au moins un libéral dans le pays qui ne craindrait pas.etc.», il parle dun homme.Point a la ligne.|! fait profession d\u2019être, comme le lui rappelle Pelletier d\u2019ailleurs.C\u2019est de là qu\u2019il nous faut partir pour comprendre la période que nous travaillons.Nous avons devant nous des textes à prendre au sérieux.Peu m'importe que ces textes soient contre mes idées, contre l\u2019idéologie dominante, pour le clergé, pour la liberté.Il y avait alors si peu d\u2019espace pour dire les choses, si peu d\u2019idées qui pouvaient s\u2019avancer en toute liberté, si peu de «je» qu\u2019on écoutait.Il ne faudrait pas répéter cette erreur.Faire de soi-même un personnage, c\u2019est aussi l\u2019une des caractéristiques de l\u2019essai.Les philosophes et les penseurs du XIX®° siècle tentent tous d\u2019une certaine manière de se déprendre des griffes de l\u2019autorité.Ils ne réussissent pas toujours.Certains comme Pelletier s\u2019en défont d\u2019une main et s\u2019accrochent de l\u2019autre.Son «je» se promène d\u2019une main à l\u2019autre.C\u2019est tout simplement invivable, 18 mais Dessaulles n\u2019agit-il pas ainsi lui aussi?S\u2019affichant catholique pour la forme et s\u2019affichant comme libéral impie aussi.Que faisons-nous maintenant?D\u2019abord penser le «je» des autres?S\u2019en servir comme figure, comme exemple, comme preuve, comme alibi a nos propres boulimies d\u2019idées.Car Pelletier, s\u2019il était vivant, nous répondrait.Il dirait: «Diable, on me pense.On se sert de moi, on me cite, on parle à ma place.» En 1867, Alexis Pelletier écrit à Mgr Baillar- geon, qui vient de faire saisir ses brochures sur la question des classiques: Si je comprends bien la dernière partie de votre circulaire, Monseigneur, il faut que l\u2019écrivain catholique ait une mission spéciale pour écrire en faveur de la vérité et pour la défendre.Ce que j'ai dit et allégué dans les précédents articles prouve assez clairement qu\u2019on peut enseigner et défendre la vérité, sans être de ceux à qui il a été expressément dit: Ite, docete omnes gentes.Et plus loin il cite Mgr Parisi, de l\u2019épiscopat français, qui écrivait: Il n\u2019est donc nullement besoin d\u2019une mission spéciale pour avoir le droit d\u2019écrire ou d'agir en faveur de la religion.il suffit de bien connaître la Sainte Cause que l\u2019on doit défendre\"*.Voilà bien un «je» catholique qui veut s\u2019octroyer le droit de dire, qui veut prendre sa place et qui n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019en demander la permission.Même à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise, il y a quelque 13.Georges St-Aimé, Lettre à Mgr Baillargeon, évêque de Tloa, sur la question des classiques et commentaire sur la lettre du Cardinal Patrizi, 1867, p.10-11.19 ER chose qui ne va plus.Même là, on se demande «où suis-je?» Ni héros, ni martyr, ni mythe, ni niaiserie dans tout cela.Tout simplement l\u2019idée que les mots forment sens dans un texte comme dans une institution.Les mots sont des actes.Les textes des armes.Les idées, des morceaux de vie et les écrivains, des hommes qui s\u2019avancent devant les autres pour produire un discours dans l'Eglise et hors de l'Eglise.Reconnaître à tout ce petit monde le droit d\u2019être et d\u2019avoir dit, c\u2019est le minimum acceptable pour qu\u2019une philosophie québécoise existe.Ce droit-là, il nous faudra l\u2019arracher, il nous faudra le revendiquer.On nous demandera de produire des preuves, puis après on nous dira que cela ne prouve rien.On nous obligera à produire la liste des «je» penseurs, puis après, on dira que ce n\u2019est pas sérieux parce que les «je» ne pensent pas comme nous.Je reviens, en terminant, à Cioran.Il a écrit: «Le penseur épuise la définition de l\u2019homme incomplet.» J'ajoute: le penseur le sait, c\u2019est pour cette raison qu\u2019il continue d\u2019écrire et c\u2019est pour cette raison qu\u2019on peut dire de lui: voilà un penseur.La plupart du temps, il meurt en sachant qu\u2019il n\u2019a pas atteint son but.Alors survient un autre penseur qui s'imagine pouvoir en finir avec l\u2019homme incomplet.Il reprend l\u2019histoire de l\u2019autre en essayant de la mener au bout.Il s\u2019acharne pendant un certain temps à montrer que son échec tient dans le fait qu\u2019il n\u2019a pas choisi la bonne route.I! en ouvre une autre, défriche le terrain, pose des panneaux de signalisation et ne termine pas son chemin.20 Cioran écrivait aussi: «Vouloir disséquer la prose d\u2019un penseur réactionnaire, autant analyser une tempête.» «Chaque doctrine contient en germe des possibilités infinies de désastres: l\u2019esprit n\u2019étant constructif que par inadvertance, la rencontre de l\u2019homme et de l\u2019idée comporte presque toujours une suite funeste.» Si cette proposition est vraie ou a tout simplement du sens, il faut dire que Pelletier n\u2019est pas simplement un homme de doctrine; c\u2019est par lui que viennent la tempête, les suites funestes et le désastre.Un Don Quichotte, ai-je dit au tout début.Oui et donc un «je» qui rêve tout haut, Un «je» qui fait des cauchemars.Un «je» inquiet, Un «je» qui dort mal.Donc un penseur.L\u2019ABBÉ ALEXIS PELLETIER 21 fare bere poy peer ere, a ean I.es ee pe 0 res Le Tes ee ea Pr SA ce > eu se ptr qu rs cena ere ares SE ES TIEN 222 ae 2e os rn Re = ce a vez Ep TY BEN > CS = Liz 3 Cro ry 23 ci EN tory 2 Le Lu ans = eee sas Rt x A = A = a a Fat Les débuts de l\u2019économie politique et la question du libre-échange André Vidricaire Professeur au département de philosophie de l'UQAM i 19 J a Hi LE EN a À Fo] ii ol go - dd : 1 RY SES y Thi ) WN Joi 0 {/ ei A A = 5 ik = 5 27 : 2 77 2 7 vy = CTY 2 2 7 7 Z 72 20% 7% Oy br oy TRIE ri zs; 73 FRA A es a: 7 Blt Lit 2 oY yx Has.72 PE A, 2 VL Pr 5 _ 7 a = === == 4 I L.DESAULNIERS à Depuis une dizaine d\u2019années, nos recherches bibliographiques ont définitivement détruit le mythe de notre improductivité en philosophie.En effet, au fur et à mesure que nos travaux se poursuivent, surgissent des figures qui ont légué, durant tout le XIXe siècle, dans des brochures et des journaux, de nombreux textes philosophiques.Certes, il ne s\u2019agit pas de livres, mais dans «un pays jeune et pauvre», les intellectuels du temps ont largement répondu à l\u2019appel qui conviait «tout ami de son pays, tout philanthrope, tout philosophe\u2026 (à) s'enrôler missionnaire de la presse \u2018» périodique.Le problème maintenant est de réviser le statut de ces écrits considérés par nos contemporains comme sans valeur.En effet, combien de fois avons-nous entendu dire que pour qui veut philoso- 1.Revue Canadienne, 1845, vol.1, n° 9, p.72.25 pher aujourd'hui, il est inutile de lire Isaac Desaul- niers, Joseph Sabin Raymond, Thomas Chandon- net ou Louis Antoine Dessaulles.Pour plusieurs, ces auteurs du XIX° siècle, loin de s\u2019adonner à la théorie, n'ont produit que des discours strictement idéologiques qui servaient à défendre des intérêts de classe.Considérant que cette société a été, de 1850 à 1960, un état religieux quasi totalitaire, on dit que le contrôle sur la population a empêché toute réflexion.Langue essentiellement de pouvoir, au lieu de communiquer une information, voire une pensée en gestation, le discours serait purement incitatif.Bref, ces textes ne seraient qu\u2019une répétition infinie d\u2019un déjà-dit définitif qui a cessé d\u2019être fécondé par la réalité.Mais pour la période qui nous occupe, soit de 1840 à 1879, quand nous mettons côte à côte L.A.Morin, Louis Antoine Dessaulles, Etienne Parent, Médéric Lanctôt, A.Beaudry et Isaac Desaulniers, ce monolithisme de la pensée apparaît comme un véritable mythe.Ces gens-là se trouvent au cœur d\u2019une société en profonde mutation tant sur les plans politique, économique que social.En effet, après 37, c\u2019est l\u2019Union, puis la Confédération.D\u2019autre part, le protectionnisme de l\u2019Angleterre met en place un marché commercial du bois, des blés, des navires, etc, qui engendre l\u2019ouverture de banques à charte.Puis avec le libre-échange et le traité de réciprocité avec les E.U.(1854), le Bas-Canada s\u2019industrialise en complétant ses voies de transport par bateau et par train.De plus, les nouveaux produits fabriqués sur place modifient le marché des importations.Enfin, sur le plan social, tout ce commerce et cette industrie drainent une population d\u2019ouvriers qui s\u2019établissent dans les quartiers et les faubourgs.RENE Dans ce contexte, les intellectuels, qu\u2019ils soient clercs ou laïcs, n\u2019ont fait rien d\u2019autre que penser et réfléchir cette société et les individus qui la composent, à travers et par des discours comme l\u2019histoire, la poésie et le roman, le droit et la philosophie.C\u2019est ainsi qu\u2019au Québec nous nous trouvons devant de multiples visions du monde qui comportent des définitions très différentes, voire même contradictoires, de concepts comme travail, capital, propriété, inégalité, etc.Mais pour saisir que ces débats conceptuels s\u2019inscrivent néanmoins dans une volonté, chez tous les intellectuels, de produire un discours de savoir qui soit vrai, il m'est apparu opérationnel d'analyser le discours de l\u2019économie politique qui, on le sait, n\u2019était pas à cette époque une discipline reconnue et institutionnalisée.Pour illustrer cet enjeu, je montrerai dans un premier temps qu\u2019en France il a fallu une cinquantaine d\u2019années de lutte avant que l\u2019économie politique pénètre officiellement dans le milieu de l\u2019enseignement et possède une légitimité scientifique.Cette lutte me permettra de faire voir qu\u2019à la même époque, au Québec, des intellectuels se sont, eux aussi, intéressés à l\u2019économie politique et à son institutionnalisation.Puis, opposant discours profane à discours religieux développé notamment par des clercs comme |.Desaulniers, j'espère établir que ce dernier discours est aussi une entreprise de réflexion théorique qui se veut dans la vérité.27 PRES Bu i \u201ca L\u2019implantation de l\u2019économie politique en France?Avant d\u2019être un savoir «reconnu» dans l\u2019enseignement officiel, l\u2019économie politique en France a d\u2019abord été considérée comme une matière subversive au plan politique et religieux tout comme au plan économique.En effet, en liaison avec les philosophes du XVIIIe siècle et donc coupé de toute interprétation morale et religieuse, ce savoir a été longtemps considéré suspect par les milieux politiques de Napoléon | et de Louis XVIII.Partisan du libre-échange, cette science se trouvait à contester une France agricole plus massivement favorable au protectionnisme.Bref, ce sont des milieux intellectuels, avec à leur tête J.B.Say, alors en lutte contre ces régimes, qui ont diffusé cette matière.Par exemple, J.B.Say, de retour d\u2019Angleterre, donne en 1816-1819, dans une école pratique de science, un cours d\u2019économie politique fort apprécié des milieux libéraux.Puis, lors de la fondation d\u2019une «haute école d\u2019application de connaissances scientifiques au commerce et à l\u2019industrie», Say propose la création d\u2019un cours d\u2019économie politique qu\u2019il définit de la manière suivante: Matière indispensable au développement de la production dans la mesure où elle apprend à combiner de façon rentable le travail, le capital avec les ressources naturelles.Ainsi, l\u2019économie politique sera un moyen de réaliser le bonheur d\u2019une société fondée sur les droits de l\u2019homme: l\u2019aisance obtenue grâce à la 2.Lucette LeVan Lemele, «La promotion de l\u2019économie politique en France au XIX° siècle, jusqu\u2019à son introduction dans les facultés (1815-1881)», Revue d\u2019Histoire moderne et contemporaine, 27 juin 1980, p.270-292. connaissance des lois économiques rendra les hommes «plus vertueux», plus aisés à gouverner librement.Mais, en 1816, ce cours, au lieu d'être considéré comme une véritable théorie économique, apparaissait davantage comme une science pratique des affaires destinée à un public de praticiens.Aussi de 1830 à 1848, on cherchera à prouver que cette matière n\u2019est pas subversive et possède une légitimité scientifique.Ainsi on la sort de l\u2019enseignement technique grâce à la création d\u2019une chaire d'économie politique au Collège de France, attribuée à J.B.Say, puis à Rossi (jusqu\u2019en 1840), qui apporte une réflexion critique aux concepts fondamentaux comme la valeur, la terre, la liberté, l\u2019industrie, le capital, le salaire.De son côté, la section d'économie politique de l\u2019Académie des Sciences Morales et Politiques qui réunit en 1842 Rossi, H.Passy, Duchatel, Villermé, Blanqui, Ch.Dupin, fait un travail de recherche fort actif.Ainsi, Passy fait l\u2019apologie de l\u2019inégalité sociale comme source de progrès et de dépassement.Ces travaux font entrer l\u2019économie politique dans le champ des connaissances du temps.Divers milieux, à partir de 1846, commencent à penser qu\u2019elle est la connaissance fondamentale, la seule qui explique toute la société et tous les progrès économiques, donc sociaux.De leur côté, les économistes fondent un journal (1841) et une société savante (1842) qui veut développer une «science d\u2019observation [qui s'applique] à l\u2019amélioration du sort des producteurs, ouvriers ou maîtres».À partir de 1848 et pendant une grande période du règne de Napoléon Ill, les partisans de cette discipline sont forcés de se défendre.En l\u2019absence 29 d\u2019école pour former les économistes, l\u2019Académie lance des concours (mémoires).Les lauréats trouvent des postes d'enseignement au Collège de France, aux arts et métiers, à la chaire de la Faculté de droit de Paris, tout en procédant à une révision du schéma économique libéral.A partir de 1871, c\u2019est l\u2019entrée en force de l'économie politique dans l\u2019enseignement supérieur d\u2019abord par la création de l\u2019Ecole libre des Sciences politiques, puis a la Faculté de droit de Paris où on remet en cause le rôle régulateur des mécanismes spontanés pour prôner l\u2019intervention de l\u2019état comme arbitre entre les intérêts des salaires et ceux des patrons.La pensée économique dans le Bas-Canada?Or, ce problème de la diffusion, puis de l\u2019implantation de l\u2019économie politique en France qui va des années 1815 à 1880 semble avoir suivi un cheminement analogue du côté des Canadiens français.En effet, au début du XX° siècle, nous avons un point d\u2019aboutissement officiel avec Edouard Montpetit qui en 1907 a enseigné un premier cours regulier d\u2019économie politique a la Faculté de droit de I\u2019Université de Montréal.De méme en 1913, le philosophe Stanislas Lortie fonde a Québec la Société d\u2019économie sociale et politique.Dès lors si nous remontons le cours du temps, nous devrions découvrir un intérêt certain pour les 3.Ce jalon permettra éventuellement de compléter le livre de Michel Leclerc intitulé La Science politique au Québec, (L'Hexagone, 1982).D'autre part, Claude Gagnon poursuit une recherche importante sur Édouard Montpetit qui devrait expliciter ces données historiques.30 RSR NON PT RE PETITE questions d\u2019économie politique durant tout le XIX° siècle.Mais cette hypothèse va à l\u2019encontre de l\u2019idée largement répandue que le peuple canadien français dominé parles Anglo-Saxons qui monopolisaient le commerce et l\u2019industrie, avait fait sien l'idéologie «agriculturiste» de l\u2019Eglise au détriment de l\u2019industrialisation et de l\u2019urbanisation.En résumé, cette interprétation donne à penser que les Canadiens français n\u2019ont pas développé de pensée économique, du moins jusqu\u2019au tournant du XX° siècle.Mais F.A.Angers\u201c fait remarquer que, même si cette société a été majoritairement rurale après 1760, ce n\u2019est pas nécessairement à cause de l\u2019agriculturisme, mais bien à cause d\u2019un régime politique défavorable.De son côté, Noël Vallerand, plus affirmatif écrit: Imputer l\u2019impuissance de la bourgeoisie autochtone à l\u2019omnipuissance des agriculturistes\u2026 c\u2019est simultanément accorder aux agriculturistes une emprise sur le réel qu\u2019ils n\u2019ont jamais eue, méconnaître les exigences d\u2019une véritable révolution industrielle, nier les vices d\u2019un climat compétitif qui condamnait la bourgeoisie autochtone à des prouesses isolées®.Bref, le mot d\u2019ordre clérical n\u2019a pas eu l\u2019efficacité qu\u2019on a toujours présumée.Par ailleurs, il importe maintenant de vérifier si, tant au niveau des faits que de la pensée économique, une partie de la bourgeoisie canadienne-française a favorisé 4.F.A.Angers, «Naissance de la pensée économique au Canada français», R.H.A.F., vol.XV, n° 2, sept.1961, p.204-229.5.N.Vallerand, «Agriculturisme, industrialisation et triste destin de la bourgeoisie canadienne-française (1700-1920): quelques éléments de réflexion», Economie québécoise, Ed.par R.Comeau, P.U.Q., 1969, p.325-341.31 l\u2019avènement de l\u2019industrialisation du Bas-Canada.De même, il faut montrer si cette classe a œuvré, sans doute à armes inégales, dans les secteurs du commerce, de l'industrie et de l\u2019entreprise bancaires.Un commerce privilégié avec l\u2019Angleterre A partir de 1800, le Canada est en plein changement économique.Il passe du commerce des fourrures au commerce du bois et des navires, puis du blé, en partie stimulé par le protectionnisme de l'Angleterre.Cette nouvelle forme d'activité économique entraîne l\u2019implantation de scieries, de chantiers maritimes et de quais.D'autre part, le blé du Haut-Canada est acheminé au port de Québec pour être exporté en Angleterre qui, de son côté, est le seul fournisseur des produits manufacturés.Ce commerce d\u2019export- Import contrôlé en partie par les marchands de Québec a exigé l'aménagement de voies navigables sur le St-Laurent que viennent appuyer financièrement les pouvoirs publics.Ainsi, les travaux du canal Lachine qui débutent en 1821 font naître le «Committee of Trade» attentif à défendre les intérêts commerciaux de Montréal.De son côté, l'Etat en 1830 constitue la Commission du Havre qui devient le maître d\u2019œuvre de l\u2019expansion portuaire de Montréal.C\u2019est dans ce contexte que les premières banques sont fondées: la Banque de Montréal, en 1817, la Banque de Québec et la Banque du Canada en 1818.Ce sont d\u2019abord des ban- 6.C\u2019est la question que posent F.A.Angers et aussi P.A.Linteau.«Quelques réflexions autour de la bourgeoisie québécoise.1850-1914», R.H.A.F., vol.30, n° 1, juin 1976, p.55-66.32 ques en commandite qui reçoivent leur charte en 1822.Elles servent à émettre et à échanger les billets de banque aux porteurs et donc à faciliter les transactions commerciales.Les Canadiens français sont peu présents dans ces banques, comme d\u2019ailleurs dans le grand commerce qui se fait avec l\u2019Angleterre.Rudin, dans son récent livre intitulé Banking en français (Toronto, 1985), compte un tiers de directeurs francophones à la Banque de Québec (L.Massue, L.Langevin, P.Aubert de Gaspé, E.Lagueux, B.Tre- maine), 20% à la Banque du Canada et 10% à la Banque de Montréal (A.Cuvillier, J.Masson).De plus, la plupart du temps, ces francophones sont des professionnels qui ont leur entrée au gouvernement.!| faut préciser que les Canadiens français intéressés aux affaires considèrent que le grand marché commercial est «réservé» aux anglophones.Mais à côté de ce commerce d\u2019exportation, il y a un marché intérieur en expansion.C\u2019est au niveau du marché régional qu\u2019apparaît une bourgeoisie intermédiaire constituée de francophones fort actifs.En 1835, ils fondent la Banque du Peuple (L.Roy, L.M.Viger, J.deWitt, G.Vallée, etc.), investissent dans le commerce du transport, se lancent dans la spéculation fonciére, ouvrent divers commerces en gros et de détail tout en s\u2019occupant de politique.Le libre-échange en 1846 Vers les années 1840, l\u2019Angleterre émet l\u2019idée de laisser tomber ses barrières tarifaires au profit du libre-échange pour obtenir à meilleur marché les grains et les matières premières dont elle a besoin.En 1843, il y a une trève grâce au Canada 33 Corn Act qui force les E.U.à envoyer son blé au Canada pour être transformé en farine avant d\u2019être exporté.Mais en 1846, l\u2019Angleterre abolit les «Corn Laws».C\u2019est la panique.Jusqu\u2019en 1850, plusieurs groupes tant anglophones que francophones proposent l'annexion pure et simple aux E.U.Par contre, plusieurs autres se font les défenseurs du libre- échange et donc de la libre circulation des produits et des navires.Aussi, ils réclament qu\u2019on abaisse le coût du transport en abrogeant les lois de navigation.C\u2019est pourquoi, ils veulent le parachèvement des canaux et la construction d\u2019un chemin de fer qui permettrait durant l\u2019hiver la circulation des produits de Longueuil à Portland, en Nouvelle Angleterre, via St-Hyacinthe (1848), et qui est achevé par la compagnie du Grand Tronc en 1853.En 1843, on procède aux travaux d\u2019agrandissement du canal Lachine et au creusage du canal de Cornwall (1842), de Chambly (1843) et de Beauhar- nois (1845).Ainsi, 13 sections du canal embauchent plus de 2000 journaliers qui travaillent de 12 à 14 heures par jour (de 5 hres à 19 hres en moyenne!) pour un maigre salaire payé irrégulièrement et souvent sous forme de bons encaissables au magasin de l\u2019entrepreneur\u201d.La construction de ces canaux fournit aux manufactures une nouvelle source d\u2019énergie pour actionner les machines.Ainsi, à partir de 1846, les commissaires aux travaux publics louent des espaces aux usines le long du canal Lachine 7.Raymond Boily, Les Irlandais et le Canal Lachine: La grève de 1843, Montréal, Leméac, 1980. financé, notons-le, par l\u2019EtatS.C\u2019est l\u2019avènement massif des premières manufactures gérées parles anglophones qui constituent la grande bourgeoisie®.Ainsi, la zone du canal Lachine devient le cœur industriel du Canada qui tend à remplacer les importations, notamment dans les secteurs du cuir, minoterie, fer, bois, distilleries.Du coup, a travers le Board of Trade, ces industriels adoptent a partir de 1852 la théorie du libre-échange interprété dans une perspective nationale.Ainsi, ils réclament d'imposer des tarifs sur les produits importés qui sont fabriqués ici; d\u2019autre part, ils cherchent à établir des traités commerciaux d\u2019abord avec les Maritimes (viande, grain, farine, poisson, bois), puis avec les E.U.(réciprocité de 1854)\".Bref, ce qui était possibilité de faillite commerciale devient expansion.Cette nouvelle structure économique accélère la critique du régime seigneurial perçu comme un obstacle au commerce et à l\u2019industrie.Drum- 8.«Mr.Ira Gould settled here about that time and leased the first water power canceled on the new canal for his flouring mill».«The next obtained was $ 400 per annum for each lot and water for four runs of stones».«After the water power of the canal basin was operated up to the public use, Mr.Bigelow removed there», dans Montréal in 1856.A sketch prepared for the celebration of the opening of the Grand Trunk Railway of Canada, Montréal, Lovell, 1856.9.P.A.Linteau, «Quelques réflexions autour de la bourgeoisie québécoise 1850-1914», R.H.A.F., vol, 30, n°.1, juin, 1976, p.55-56.10.Semi Centennial Report of the Montreal Board of Trade, with sketches of the growth of the city of Montreal from its foundation including President\u2019s address, Montréal, 1893.11.Jean-Guy Latulippe, «Le traité de réciprocité», Actualité économique, 52, 1976, p.432-457.PENNS SRL AT ATR: mond, en 1853, signale que ce système est sans doute adapté à une population rurale, mais qu\u2019il est inadéquat pour une société commerciale.Chauveau corrobore cet avis: I n\u2019y a pas non plus à se dissimuler que dans un grand nombre d\u2019endroits, principalement dans les villes et les localités où le commerce et l\u2019industrie ont fait de grands progrès, il y a une incompatibilité qui s\u2019accroît chaque jour entre la tenure seigneuriale et le bien-être de la société.Si elle est mieux calculée, encore à l'heure qu\u2019il est pour assurer le bonheur de celles de nos populations rurales qui sont encore dans un état pour bien dire primitif elle est diamétralement opposée à la prospérité de beaucoup d'autres 2.Qu\u2019il s\u2019agisse de la construction d\u2019un réseau de voies ferrées, dit J.C.Taché (1854), qui doit traverser le sol seigneurial ou encore de la fondation ou de l\u2019agrandissement des villes ou de l'établissement d\u2019usines ou de manufactures, ce n\u2019est pas le censitaire actuel de la propriété rurale qui souffre le mal le plus grand mais l\u2019industriel, mais le capitaliste, et par contre-coup la société tout entière dont les progrès peuvent se trouver retardés, paralysés même\".Etienne Parent '\u201c partage cette opinion, sauf pour le seigneur Joliette qui a mis sur pied des moulins, des fabriques et une fonderie.Ces critiques vont accélérer un processus d'expropriation en échange d\u2019une compensation financière.Par ailleurs, ce changement illustre le fait qu'une large partie de la population francophone 12.Texte cité par F.Ouellet.Éléments d'histoire sociale du Bas- Canada, HMH, 1972, p.301-302.13./bid., p.300.Voir aussi de F.Ouellet, Histoire économique et sociale du Québec, 1760-1850, Montréal, Fides, p.463.14.Voir à la page 240 de l'édition Falardeau: Étienne Parent, 1802- 1874, Montréal, La Presse, 1975.36 se trouve maintenant à travailler comme journa- tiers, manœuvres, ouvriers dans les nouveaux secteurs commerciaux et industriels.Aussi, à côté des banques à charte, est fondée une banque d\u2019épargne qui a pour but d\u2019inciter la population aux «habitudes de travail, d\u2019ordre et d\u2019économien».Ainsi, Mgr Bourget, le 26 mai 1846, fonde avec 60 directeurs honoraires la Banque d'épargne \u201c.La tradition rapporte que c'est Alfred Larocque (1819- 1890) qui a communiqué à Mgr Bourget l\u2019idée de fonder cette banque.Durant ses études aux E.U.(1830-1836), il aurait découvert et étudié divers systèmes bancaires dont notamment ce système d'épargne.De même, à Québec, le 11 mai 1848, des conférences de la St-Vincent de Paul sont conviées à choisir 12 membres pour fonder la caisse d\u2019économie de Notre-Dame, Celle-ci, pendant plusieurs années, place ses dépôts à la Banque de Québec, majoritairement anglophone.Puis douze ans plus tard, voici qu\u2019une majorité d\u2019administrateurs de la Caisse fonde avec d'autres Canadiens français de Québec la Banque nationale (1860) 7 qui recueille les dépôts accumulés à la Banque de Québec tout en offrant un nouveau débouché à cette bourgeoisie.Dans la décennie qui suit, cette implantation de banques francophones s\u2019étend dans plusieurs villes importantes du Québec 8 15.La Minerve, 28 mai 1846; La Ruche, vol.8, n° 7, sept.1946.16.François Vézina, Récit historique de la progression financière de la Caisse d\u2019économie de Notre-Dame de Québec, Québec, 1878.17.Auguste Béchard, Histoire de la banque nationale, 1878.18.Ronald Rudin, Banking en français, Toronto, 1985.37 PRE CEE Banque Jacques-Cartier \u2014 1862 \u2014 Montréal Banque Ville Marie \u2014 1872 \u2014 Montréal Banque de St-Jean \u2014 1873 \u2014 St-Jean Banque d\u2019Hochelaga \u2014 1874 \u2014 Montréal Banque de St-Hyacinthe \u2014 1874 \u2014 St-Hyacinthe Evidemment, la fondation de ces banques révèle un accroissement des affaires tant dans le commerce que dans l\u2019industrie.En 1847, J.B.Dorion fonde la «Société Mercantile d'Economie» qui a pour but «d\u2019encourager les commis- marchands canadiens a économiser leurs salaires et a faire tous les efforts pour répandre les connaissances mercantiles parmi la classe de jeunes gens dans le commerce \u2018%».Puis, le 14 juin 1866, 23 commis-marchands fondent une société «dans un but d'union, d\u2019instruction mutuelle, de progrès général, de secours mutuel et de bienfaisance».Explicitement distincts des marchands qui ne sont que des membres honoraires, les commis- marchands de Montréal qui appartiennent «a la classe mercantile» trouvent dans cette société, outre les services d'éducation commerciale parles conférences, les échanges et la bibliothèque, les services médicaux de même que des fonds pour l'enterrement et l'indemnisation de la veuve et des enfants.|| serait intéressant de poursuivre cette investigation 2.Mais ces données suffisent pour 19.Société des Commis-Marchands de Montréal, Société des commis-marchands de Montréal fondée le 14 juin 1866 par 22 commis- marchands, Montréal, La Minerve, 1868.20.Dans le DBC, il y a des données sur C.S.Rodier, R.Trudeau, L.A.Sénécal, G.E.Chinic, J.L.Beaudry, etc., qui mériteraient d\u2019étre étudiées dans la perspective que nous suggérons.38 établir qu\u2019une classe bourgeoise francophone partage dans les années 1840-1860 les idées du capitalisme industriel alors en effervescence.Les journaux et l\u2019enseignement Cette toile de fond économique que nous venons de reconstituer a vivement interpellé les intellectuels du temps et ce, qu\u2019ils soient laïcs ou clercs.Les journaux et les revues du temps se sont intéressés aux questions commerciales et industrielles, voire même ont été les porte-parole des intérêts financiers francophones.La Gazette du commerce et de l'industrie (2 mai-20 juillet 1866), éditée par J.N.Duquet, présente les commerçants de Québec.Le Négociant canadien (12 oct.1871 \u2014 avril 1874) dirigé par L.E.Morin et F.Beausoleil tout comme le Bien public (20 avril 1874 \u2014 20 mai 1976) sont consacrés aux questions commerciales, industrieiles et financières.En 1877, T.A.Chandon- net fonde la Revue de Montréal qui vise à couvrir l\u2019ensemble des connaissances humaines, dont l\u2019économie sociale et politique.Cette science, à son dire, est jeune mais elle a pris un essor.«Dans notre pays, l'économie politique n\u2019est pas même dans l\u2019enfance, elle est encore à naître.» Mais comme nous avons des problèmes d'économie sociale à résoudre (émigration, industrie, agriculture, colonisation), Chandonnet ajoute: Nous exprimerions ici un souhait: celui de voir se former à Montréal, la capitale commerciale du Canada, entre les hommes intelligents dévoués à la patrie quelque association d\u2019économie sociale pratique, à l\u2019instar de celles qui fleurissent déjà en France, en Angleterre, en Allemagne et ailleurs. De même, dans l\u2019enseignement, le collège de St-Hyacinthe a, dès les années 1845, donné un cours d'économie politique auquel était rattaché un prix: Une science de très haute importance pratique qui peut être considérée comme un complément nécessaire de toute éducation politique, industrielle ou commerciale qui pourtant n'avait encore jamais été dans nos collèges, nous voulons dire l\u2019Economie Politique, piqua vivement la curiosité de tous ceux qui savaient ou ne savaient pas la nature de cette branche d\u2019enseignement [.] M.Des- saulles qui était l\u2019interrogateur témoigna hautement son approbation et exprima les sentiments de toute l\u2019assemblée dans les termes suivants: «La Science, messieurs, sur laquelle vous venez de répondre est encore plus importante par son utilité et son application pratique que toutes celles que nous avons entendues jusqu'ici.Cette science vous apprend comment les richesses, les fruits du travail et de l\u2019intelligence humaine appliquée à la vie sociale se produisent, se distribuent, se consomment.Vous semblez avoir bien compris toute l\u2019importance d\u2019une telle science et vous l\u2019avez étudiée avec un plein succès»°!.Étienne Parent salue avec enthousiasme cette initiative tout en priant les gouvernants de voter de l'argent pour l\u2019érection de chaires d\u2019économie politique.En 1852, il récidive en réclamant i gue dans le cours classique les langues savantes i ne commencent qu\u2019avec les Belles-Lettres et qu\u2019à 3 la place l\u2019enseignement consiste en I'étude des langues anglaise et française, la géographie, «l\u2019économie politique en y mettant la tenue de 3 livres 2», etc.21.Revue Canadienne, vol.1, n° 32, 9 août 1845.22.P.241-242 de l'édition de Falardeau.40 Les réflexions sur l\u2019économie politique Quant aux écrits eux-mêmes qui traitent de l\u2019économie politique et des questions connexes, même si cette recherche pour les années 1840-1879 n\u2019est pas exhaustive, il est possible de dégager les traits suivants.Il existe une position que je qualifierais de «profane» des questions économiques en regard de laquelle s\u2019est développée une position religieuse.Certes, ces deux positions s\u2019accordent sur l\u2019idée que le Bas-Canada doit développer son industrie et établir des traités commerciaux avec tous les autres pays.Mais comme sous ce régime capitaliste, il existe des problèmes comme le paupérisme, l'inégalité, etc, des clercs, notamment, |.Desaulniers, H.Beaudry, L.Colin, chercheront à montrer que l\u2019économie politique ne peut être une science autonome, une fin en soi, mais qu'au contraire elle doit s'inspirer des principes moraux chrétiens.De leur côté, les «profanes» diront que l\u2019économie politique réalise justement les valeurs de justice, de liberté et de paix sociale.|| faut souligner qu\u2019à partir des années 1840, une fraction importante des laïcs francophones voit dans l\u2019économie politique une véritable panacée.Par exemple, Amédée Papineau, qui considère J.B.Say comme celui qui a, à la fois, surpassé le père de la science économique, Adam Smith, et éclipsé Stewart, Ricardo, Malthus, Bentham, Sismondi, présente l\u2019économie politique 23.Dans la Revue Canadienne, A.Papineau, dans une série de plus de 15 articles, fait l\u2019analyse-résumé du Traité d\u2019économie politique de Say. comme une «science admirable» par ses vérités et ses bienfaits humanitaires: L'économie politique, en enseignant la véritable théorie des richesses: comment elles se forment au sein de la société; comment elles se distribuent parmi les individus et les nations; comment elles se consomment, soit en produisant de nouvelles richesses soit en détruisant et disparaissant pour toujours; et en dissipant une foule de préjugés, cancers hideux qui dévorent de toutes parts les sociétés humaines; cette science, messieurs, multiplie à l'infini les productions de nos trois grandes sources de richesses, l\u2019agriculture, les manufactures et le commerce; augmente le bien être des particuliers, des familles et des peuples; développe leur intelligence et leur éducation; leur fait voir la vérité plus à nu; détruit de mauvaises mœurs et de mauvaises lois; centuple les populations, les répand par torrents sur la surface si mal habitée et si peu cultivée, de notre planète: les y envoie en armées innombrables, non pour s'y déchirer comme brutes avides de sang, mais avec une voix, une presse, une charte pour fonder des empires nouveaux \u2014 chrétiens, civilisés et libres.Elle démontre aux hommes qu\u2019individuellement et collectivement, leurs intérêts sont identiques et solidaires.Qu'il n\u2019est qu\u2019une famille humaine, qu'un intérêt, qu\u2019une morale, qu\u2019une justice, qu\u2019une vérité, comme il n\u2019est qu\u2019un Dieu.Et elle nous guide ainsi à marche accélérée dans les voies de la Providence, vers ce centre et ce but de toutes choses l\u2019Unité Universelle**.Cet intérêt, voire cet engouement pour cette nouvelle science mal connue au Bas-Canada s\u2019explique, me semble-t-il, par le fait que l\u2019Angleterre se propose d\u2019abolir les droits protectionnistes de ses colonies comme le Canada.«Cette question d\u2019économie politique si grave, sur laquelle roule la destinée prospère ou malheureuse du pays, demande notre plus sérieuse attention .» Doit-on préférer le 24.Revue Canadienne, vol.1, n° 9, 1845.25.Revue Canadienne, vol.3, n° 25, 24 avril 1846.42 système libre-échangiste au système protectionniste?Puis, quelles sont les conséquences du «commerce libre» sur le Bas-Canada?Pour Étienne Parent, le commerce libre permet d'aller chercher les produits au plus bas prix et de les échanger avec ceux que nous produisons aux mêmes conditions.De cette manière, il n\u2019y aura plus rien d\u2019artificiel, de forcé dans l\u2019industrie des peuples, les fluctuations ruineuses cesseront, la production se balancera avec la demande, le travail de l\u2019homme dans chaque pays s\u2019exercera sur ce qu\u2019il y a de plus assuré et des millions d\u2019ouvriers ne seront plus livrés aux horreurs de la famine par un tarif inopinément passé à mille lieux d\u2019eux°.[Le nouveau système] fera ainsi disparaître la cause des guerres fréquentes et ruineuses follement entreprises pour de prétendus intérêts commerciaux, qui n\u2019existaient que dans les théories erronées du temps\u201d\u201d.Pour les conséquences du «commerce libre» sur le Bas-Canada, la Revue Canadienne\u201d répond que les grains en nature et manufacturés de même que le bois vendu sur le marché anglais recevront le même prix quel que soit le pays exportateur.Or, comme le prix de grains et du bois est inférieur aux E.U., tout comme le coût du transport, le Bas Canada ne peut compter pour son exportation sur ces deux produits naturels comme moyens de richesse et de prospérité.Que faire?Le Bas-Canada doit mettre sur pied des manufactures et des usines et ce, en abolissant les obs- 26.E.Parent, «De l'importance et des devoirs du commerce», p.234 de l\u2019édition Falardeau.27.E.Parent, «Importance de l\u2019étude de l\u2019économie politique», p.137 de l\u2019édition Falardeau.28.Revue Canadienne, vol.3, n° 25, 24 avril 1846. tacles comme «les restrictions seigneuriales».D'autre part, ce pays, «essentiellement destiné à devenir un pays manufacturier», doit dans un premier temps, à l'exemple de l'Angleterre, se faire «protectionniste».Lowell (Mass.), qui pourtant ne possède qu\u2019«un simple pouvoir d\u2019eau factice de un demi mille de long sur 60 pieds de large», entre en compétition maintenant avec l\u2019Angleterre parce qu'au début cette ville américaine a protégé ses fabriques avec un système de tarif.Le Bas-Canada doit s'orienter dans le même sens: Nous devons laisser entrer, //bres de droits tous les produits bruts que nous n\u2019avons pas et imposer des droits sur tous les articles que nous pourrions fabriquer afin que le capitaliste et l'homme industrieux puissent trouver un avantage dans l'érection de fabriques et d'usines\u201d.Ces manufactures, par ailleurs, vont susciter une marine marchande active pour répondre à la demande d'importation de matières premières et pour exporter les produits manufacturés.L\u2019Angleterre ne saurait s'opposer à ces mesures qui lui permettront de transiger avec un pays prospère comme le sont maintenant les E.U.Enfin, au dire de Parent, cette liberté commerciale qui a une fonction civilisatrice, va rapprocher les hommes et les pays dans une grande fraternité universelle.Cette apologie du système du libre-échange s'étend aussi sur l\u2019industrie comme forme appropriée d'accélération de la production et de l\u2019accumulation de la richesse.Par exemple, le journal L\u2019Avenir donne en 1851 la traduction d\u2019un texte inti- 29.E.Parent qui s\u2019affiche comme un conditionnel du libre-échange partage cet avis.44 tulé «L\u2019Économie politique» qui vient corroborer l\u2019orientation économique que ces intellectuels proposent au Bas-Canada.Dans un état, le plus important est l\u2019emploi qui est une source d\u2019enrichissement pour le pays.Si toutes les classes ont du travail, il n\u2019y a pas de pauvres, peu de prisonniers, peu de procès, peu de personnes incapables de payer leurs dettes, si toutefois elles en ont.Par ailleurs, c\u2019est un grand avantage pour un pays d\u2019avoir des artisans et des ouvriers capables de construire des machines qui, utilisant l\u2019eau et la vapeur, sauvent temps et travail.La réduction du coût de production fera abaisser le prix du marché et les bas prix multiplieront les transactions dans un commerce qui deviendra de plus en plus étendu.En résumé, pour cet auteur, à côté de l\u2019agriculture et du commerce, il y a la nécessité pour un état de développer l\u2019industrie et donc des manufactures qui transforment sur place les matières premié- res comme le bois, la laine et le minerai.Ces produits fabriqués ici sont peut-être un peu plus chers qu'ailleurs.Mais l\u2019important n\u2019est pas de chercher un produit à meilleur marché, mais plutôt d\u2019offrir un produit à un prix que tous peuvent payer.Or cela suppose nécessairement du travail pour tous.La manufacture vient répondre à cette nécessité dans la mesure où elle est, elle-même, une très grande consommatrice de travail et de main-d\u2019œuvre qui ne songe plus à émigrer aux E.U.Ce plein emploi aura pour conséquence que les cultivateurs vont trouver sur place de nouveaux acheteurs et ainsi épargner les frais de transport, la commission, la douane, les profits des trafi- 45 quants, les pertes, etc.Enfin, ces manufactures vont entrer en compétition avec les manufactures étrangères et ainsi briser les monopoles et donc empêcher les fluctuations des prix.En résumé, ces réflexions sur l\u2019industrie dans un cadre économique protectionniste ou libre ne conduit pas à une remise en question de la production capitaliste.Tout au plus, elles visent à remplacer le régime de la rente des tenures seigneuriales par celui du profit aux industries dans le but de développer une économie nationale prospère.Il est intéressant de souligner que Marx en 1848 fait un Discours surla question du libre-échange ® pour établir que le système du libre-échange est une lutte entre propriétaires fonciers et capitalistes industriels.Ainsi, au lieu de croire que la liberté du commerce va profiter à l\u2019ouvrier, engendrer dans chaque pays «une production en harmonie avec ses avantages naturels» et inaugurer la fraternité universelle, Marx démontre que le libre-échange qui n'est que «la liberté du capital» va conduire à la baisse du prix des marchandises et donc du travail qui est aussi une marchandise.De même, des pays vont s'enrichir sur le dos d\u2019autres pays.Ce type de réflexion critique est inexistant dans les journaux francophones du Bas-Canada.Tout au plus, il faut signaler comme une véritable anomalie, la reproduction dans le journal L\u2019Avenir d\u2019un texte d\u2019un ouvrier-typographe sur «La Propriété» basée sur le travail, qui avait été publié dans La Ruche Populaire: 30.Voir dans Misére de la Philosophie, Ed.Sociales, app.Ill, p.197- 213.RNA La propriété est et ne peut être que le résultat d\u2019un travail accompli, d\u2019un travail personnel.Tel est le principe profondément honnête de la propriété, de la propriété légitimée par le travail, et qui doit remplacer la fausse propriété qu\u2019on acquiert par le travail d\u2019autrui, ou l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, à l\u2019aide de divers moyens très ingénieux sans doute, mais très injustes**.Ce n\u2019est qu\u2019avec Médéric Lanctôt \u2014 donc 20 ans plus tard, soit en 1872 \u2014 qu\u2019il y a explicitement une remise en cause du rapport du capital et du travail.Avant cette date, les intellectuels économistes du Bas-Canada n\u2019adoptent pas cette perspective.Désireux de procurer le bien-être matériel à toute la collectivité francophone, ils cessent plutôt d\u2019appuyer les seigneurs pour se tourner du côté de la nouvelle bourgeoisie commerçante et penser avec celle-ci un régime économique «profitable» à toute la nation.Certes, ils sont conscients des inégalités sociales et matérielles.Mais comme Etienne Parent l\u2019écrit, ils partagent l\u2019idée que [Dieu] a réparti diversement et inégalement entre les hommes, l'intelligence, les aptitudes et les goûts et par là désigné à chacun sa place, dont chacun doit se contenter s\u2019il ne veut se constituer en état de révolte contre Dieu même\u201c.D\u2019autre part, suite à H.Passy, ils font leur l\u2019idée que cette inégalité de nature est le moteur de tout progrès.Voici un résumé de l\u2019article de H.Passy que le journal L\u2019Ami de la Religion et de la Patrie® publiait.31.Contant, ouv.typo, «La propriété» (De La Ruche Populaire), L\u2019Avenir, 11 nov.1848, p.1.32.Étienne Parent, p.310 de l\u2019édition Falardeau.33.H.Passy, «Économie politique», L\u2019Ami de la religion et de la patrie, sept.1848, p.638, 650, 658, 692, 699, 706.47 Pour Passy, il y a des faits qui demeurent les mêmes sous toutes les formes et à tous les âges de la civilisation.Par exemple, sont des phénomènes naturels /'inégalité des richesses comme l\u2019inégalité de la santé et l'inégalité dans l\u2019ordre affectif et moral: «Jamais, en aucun lieu, ni à aucune époque, les hommes n\u2019ont eu la même part aux biens de ce monde» parce que les causes qui occasionnent cette disparité échappent finalement au pouvoir de l'homme.Parmi ces causes, il y a la disparité des qualités natives.La nature produit des forts et des faibles, des insensés et des sages, des idiots et des génies.Or, des hommes dissemblables ne sont capables ni des mêmes efforts ni des mêmes succès.D'autre part, /a vie humaine est sujette à des accidents comme les infirmités, la mort du chef de famille, l\u2019inégale fécondité des mariages qui sont autant de causes qui contribuent à créer des inégalités de fortunes.Enfin, /es entreprises mêmes de l\u2019homme, ses affaires, ses spéculations industrielles ou mercantiles ne sont jamais assurées d\u2019un succès.Par exemple, un climat atmosphérique peut conduire à une abondante récolte ou encore à une perte totale.De même sur la mer, un vent fort peut profiter à tel vaisseau tandis qu\u2019il fait échouer l\u2019autre.En résumé, l'inégalité est la condition d\u2019existence de l'humanité: il faut s\u2019y résigner.Le mal est dans le plan de ce monde dans l\u2019ordre physique et moral et dans l\u2019état social et individuel.Par ailleurs, ce mal n\u2019existe que comme condition d\u2019un bien qui le surpasse.En d\u2019autres termes, l'inégalité des richesses contient sa portion de mal, mais d\u2019autre part, cette même inégale répartition des richesses détermine la production et l\u2019ac- 48 croissement indéfinis des richesses.C\u2019est l\u2019existence des inégalités diverses qui donnent lieu à ce dépassement.On le voit: l\u2019inégalité des fortunes n\u2019est ni un accident dans la vie de l\u2019humanité, ni l'effet d\u2019une rigueur providentielle dont elle ait droit de se plaindre.Loin de là: c\u2019est une nécessité qui ne lui a été imposée que dans son propre intérêt; c\u2019est le moyen dont le Créateur s\u2019est servi pour la mettre à même de déployer toute la puissance de ses facultés et de croître progressivement en intelligence, en bien-être.En effet, pour Passy, «l\u2019homme est arrivé sur la terre, nu, affamé, ignorant, sans autre moyen de subsistance que les fruits d\u2019un sol inculte».Mais des efforts contre cette indigence ont produit et procuré un bien-être à toute l'humanité.En effet, ayant une conscience, une raison et surtout une intelligence perfectible «l\u2019homme a cherché à découvrir les moyens d\u2019approprier à ses besoins les dons spontanés de la nature».Comment se sont faites ces conquêtes?Grâce au savoir et au capital.À chaque découverte, à chaque invention du génie de l\u2019homme, répond tantôt l\u2019emploi de matières dont l\u2019utilité était ignorée, tantôt, dans les procédés du travail, des améliorations qui en atténuent les frais ou en multiplient le produit, et il n\u2019est pas une augmentation de la richesse qui n\u2019ait exigé préalablement une conquête de l\u2019intelligence.D'autre part, de tout temps, les nations n\u2019ont pu utiliser ces grandes découvertes que si elles possédaient les capitaux.Bref, connaissance et argent sont les éléments de toute fraternité humaine, les instruments du progrès.Pour chaque époque, l\u2019acquisition de ces deux biens fixe le degré de bien-être réservé aux populations.Or, ces 49 savoirs et ces argents qui donnent le bien-être sont inégalement répartis.Mais comme je l\u2019écrivais plus haut, cette disparité naturelle et fondamentale a servi de moteur au dépassement.En effet, au niveau cognitif, la dissemblance des aptitudes et des forces intellectuelles a mené les hommes a suivre de multiples voies et à faire la découverte de vérités en arts, lettres, sciences, industries, etc.De même sur le plan financier, la disparité des fortunes a suscité l\u2019acquisition, puis l\u2019accumulation d\u2019un très grand capital.En effet, là où les revenus ont surpassé les besoins est apparue la possibilité de leur reproduction et donc l\u2019incitation à agrandir des fortunes.|| s\u2019en est suivi dans le passé comme de nos jours une accumulation du capital qui dans le cadre du développement de l\u2019aisance générale a servi à entreprendre de vastes travaux industriels.Mais le savoir et le capital n\u2019auraient pas pu procurer un tel bien-être à la société sans l\u2019établissement de la propriété qui est née avec la société elle-même.[Comme] le travail a ses peines.les hommes ne s\u2019y résignent que dans l\u2019espoir d\u2019en recueillir les fruits.Quiconque craint d\u2019être dépouillé du produit de ses œuvres, se borne à rechercher les moyens de ne pas succomber à la faim et renferme son activité dans les plus étroites limites.Aussi fallait-il pour imprimer à l\u2019industrie un essor rapide et continu que l\u2019existence du droit de propriété vint garantir à chacun la rémunération de ses efforts.Ce fait fut décisif.En effet, pouvant disposer librement du produit de son travail, l\u2019homme a cherché à accumuler des biens, à amasser des ressources, à agrandir son appropriation du sol et de ses produits qu\u2019il a par la suite, grace a la transmission héréditaire, 50 érigé en un vaste patrimoine cumulatif de moyens et d\u2019instruments de civilisation.Ainsi sont apparues ces classes riches qui ont développé les savoirs, les moyens de production et par l\u2019industrie et parle commerce, favorisé les échanges entre les pays.Ces considérations suffisent pour montrer combien sont réels les avantages attachés à la formation et à l\u2019existence de classes où l\u2019opulence est héréditaire.À prendre ces classes sous leur véritable jour, ce sont des laboratoires, des ateliers où se préparent les armes à l\u2019aide desquelles les sociétés humaines étendent leur documentation dans le monde matériel.Les capitaux sont ce qui permet aux populations d\u2019écarter leurs misères, d\u2019augmenter leurs moyens de bien-être et de prospérité, de trouver dans leur sein des conditions et des motifs de multiplication et de développement qui manquent ailleurs, et la civilisation n\u2019avance que parce qu\u2019elles trouvent et préparent les voies où s\u2019accomplit sa marche progressive.Certes, le bien produit par cette inégalité des richesses a donné lieu aussi à de grands malheurs.Ainsi, il est arrivé que la classe riche à qui était échue la double supériorité des richesses et des savoirs s\u2019est attribnué tous les avantages et a asservi les masses.Ainsi, l\u2019inégalité a pu perdre son action civilisatrice à cause de castes qui se réservaient tous les avantages attachés à l\u2019opulence.Mais ce joug a finalement été renversé quand des rangs de classes assujetties ont surgi des gens qui ont redonné à la population des droits dont elle était privée.Le souvenir de ces violences et de ces injustices du passé ont amené des théoriciens à penser que l'inégalité des richesses repose sur l\u2019existence de privilèges accordés à un petit nombre.Certes, la richesses doit profiter à toute la société, mais il existera toujours des classes par le fait que 51 certains possèdent des biens et d\u2019autres non.En outre, la cause de la formation d\u2019une classe de propriétaires ne découle pas d\u2019actes de violence et d\u2019oppression mais bien du fait que ces hommes ont accepté des salaires en échange d\u2019un travail pour des maîtres qui étaient soit grands propriétaires terriens soit industriels: Ainsi, s\u2019accomplit, au milieu d\u2019accidents nombreux et divers le classement des populations.Si tous n\u2019obtiennent pas les jouissances de la propriété, ce ne fut assurément ni faute de liberté d\u2019actions, ni faute d\u2019espace dont chacun avait droit de se saisir.Ce fut par l'impossibilité où se trouvaient beaucoup de familles de suffire aux frais d\u2019un établissement agricole ou industriel; hors d\u2019état de cultiver avec succès, elles offrirent leurs services à ceux qui pouvaient les utiliser et vécurent du prix qu\u2019elles en reçurent.Cette position théorique que j'ai qualifiée de «profane», même si elle ne contredit pas, comme le répète Etienne Parent, les grandes valeurs religieuses, est rapidement critiquée par des membres du clergé comme |.L.Desaulniers, H.Beaudry et L.Colin.Pour ceux-ci, une économie politique qui ne s'inspire pas de la religion catholique court à la désolation et à la ruine des peuples.Considérons Desaulniers qui a été prêtre et professeur de philosophie pendant plus de 20 ans au collège de St-Hyacinthe.On peut dire que ce prêtre- professeur connaît sinon toutes les œuvres, du moins les idées principales de la tradition économiste: Hume, Adam, Smith, Stuart Mill, Turgot, les socialistes tels que Louis Blanc et Proudhon, St-Simon, A.Thierry, Auguste Comte, Pierre Leroux, Charles Fourier, l\u2019anglais Robert Owen, Cabet et aussi Lamennais.Certes, on peut ne pas être d\u2019accord avec l\u2019interprétation qu\u2019il en donne, mais néanmoins on ne peut que constater que 52 Desaulniers est très au courant de ce qui se produit et se fait dans le domaine de l\u2019économie politique.À ce niveau, je dirais que sa réputation de «philosophe» et «d\u2019illustre savant» n\u2019est pas surfaite.Entre 1855 et 1868, Desaulniers est certainement au Québec un des experts en la matière.Par ailleurs, dans le cheminement intellectuel de ce clerc et donc de ce catholique convaincu \u2014 à sa mort, on parlait d\u2019un «saint prêtre» \u2014, il y a deux phases dont la seconde se présente comme une rupture radicale par rapport a la première qualifiée de temps de l\u2019erreur et de l\u2019errement.De quoi s\u2019agit-il?Dans la première phase, je dirais que Desaulniers a philosophé comme tous les cartésiens qui, tout en étant chrétiens, ont réfléchi à partir des seules lumières de la raison naturelle: L\u2019on ne savait pas alors ou du moins l\u2019on feignait d\u2019ignorer que les théologiens puissent être des philosophes et ceux de ces derniers qui n'étaient pas théologiens jouissaient d\u2019une bien plus licite autorité dans les questions purement philosophiques\u201c.Or, pour une grande majorité de catholiques du XIXe siècle, ce fut une erreur de philosopher de cette façon.En effet, ce type de réflexion a donné lieu à une vision purement profane du monde qui \u2014 on le sait \u2014 a justifié la séparation de l\u2019 Église et de l\u2019État et plus généralement, la mainmise par l\u2019État sur des «œuvres» comme l'éducation autrefois dévolue à l\u2019Eglise.C\u2019est pourquoi la seconde période de cet enseignement est toute différente de la première.L\u2019on s\u2019est enfin convaincu que le Théologien devait nécessairement posséder la science 34.|.L.Desaulniers, Papiers manuscrits (notes), Archives du collège de St-Hyacinthe. philosophique et que les guides de l\u2019esprit humain dans les sentiers des connaissances révélées devaient être éminemment qualifiés pour jeter de la lumière sur les vérités purement philosophiques.Partant de cette considération, il était rigoureusement logique de considérer les Docteurs de l\u2019Église comme les plus grands philosophes du Monde, en particulier S.Augustin et S.Thomas, Certes, cette position vient contredire celle des «profanes», mais on voit aussi qu\u2019elle est cohérente et rationnelle.Ainsi, postulant un ordre spirituel comme origine et fin de l\u2019homme, Desaulniers ne peut pas ne pas penser un ordre économique qui s'insère dans ce plan divin.C\u2019est pourquoi, sa recherche sur l\u2019économie politique s\u2019intitule «Du principe catholique dans l\u2019ordre économique».Dans cette doctrine chrétienne les hommes sont tous égaux entre eux par le droit naturel, en ce sens qu\u2019ils ont tous, la même nature, la même origine et la même destination.Ainsi, les hommes ont un même corps et une même âme et ils sont tous destinés à la vie éternelle\u201c.Mais à côté de cette égalité de l\u2019être existe une inégalité des conditions sociales qui est meilleure et préférable à l\u2019état de pure nature soumise uniquement à la loi du plus fort.En effet, dans la société les individus peuvent profiter à chacune des étapes de leur vie, de l\u2019éducation, de l\u2019instruction, du travail et enfin de la nourriture et de la protection.En somme, pourvu que l\u2019homme obéisse à «la loi du sacrifice et du renoncement à soi-même que méconnaissent les Economistes naturalis- 35.Ibid.36.Ibid. tes», il jouit dans la société de la liberté et de la pleine sécurité.Mais qu\u2019en est-il du paupérisme?Quelle est sa cause?Que doit-on faire?Pour H.Beaudry 7, il faut distinguer la pauvreté qui est un «manque de choses nécessaires» du paupérisme qui est un «état d\u2019indigence permanent dans une partie de la population».La pauvreté ne disparaîtra jamais totalement; le paupérisme est une maladie sociale dont la cause est non pas matérielle mais morale.Le mal physique n'est que la conséquence d'un mal moral plus profond.De plus, «tout mal est un châtiment [qui] suppose une faute d\u2019ordre moral».Cela posé, la cause morale du paupérisme pour la classe ouvrière est la paresse, l'ivrognerie, le désordre et le gaspillage et pour la classe industrielle, la cupidité et l\u2019égoïsme\u201c®.Ces passions naturelles agissent quand les principes chrétiens sont bannis: Toutes les fois que les principes religieux ont été affaiblis chez un peuple, que les masses ont été livrées à leurs instincts grossiers, que les classes élevées n\u2019ont connu d\u2019autres inspirations que celles de l\u2019égoïsme et de la cupidité, on a vu ce peuple tomber languissant, victime du paupérisme.Que faire?L\u2019Etat n\u2019a pas pour fonction directe de secourir la misère, mais plutôt d'assurer la conservation des citoyens en protégeant la vie et la propriété.D'ailleurs, l\u2019Etat est insuffisant à répri- 37.H.Beaudry, «Le paupérisme», L'Ordre, 26 juin, 30 juin et 4 juillet 1862.38.L.Colin, sans nier ces passions naturelles, dit que des doctrines philosophiques sont aussi la cause des troubles sociaux.Cf.«L'ouvrier», ECLP, XI, 1869, p.333. mer des passions: il faut seulement contrôler les actes qui découlent de ces passions qui viennent troubler l\u2019ordre social.Ce faisant, même par la taxe des pauvres, les Work Houses, les travaux publics, l\u2019état ne corrige pas la cause du mal.Ce sont plutôt les ordres religieux, les instituts de charité et les associations de bienfaisance comme la St-Vincent-de-Paul qui sont le véritable antidote au paupérisme.En effet, dans les ordres par exemple qui réunissent les riches et les pauvres, les premiers y laissent leur fortune pour se dévouer et pratiquer la charité.Ce sacrifice volontaire sert d'exemple à la classe riche tout en soutenant le pauvre qui reprend le goût au travail.Ainsi, tout en soulageant des misères matérielles, ces organismes agissent sur les causes morales.Et l\u2019Etat dans ce cadre vient seconder ces gestes de bienfaisance en finançant ces instituts.Les Mélanges Religieux dès 1841, font la même lecture, en opposant le système protestant au système catholique.Le système protestant s'inspirant de Malthus considère que les problèmes de production et de répartition des biens viennent du fait que «la population s\u2019accroît dans une proportion plus grande que les ressources».Le remède est d'arrêter cet accroissement de la population.C\u2019est pourquoi, le système protestant envoie les pauvres dans les 600 maisons de travail qui sont à toute fin pratique une véritable prison: le mari est séparé de sa femme, les enfants de la mère, puis comme des esclaves, on les fait travail- 39.«La charité catholique, l'aumône protestante», à l\u2019occasion d\u2019une leçon d'économie politique, dans Mélanges Religieux, 11 juin 1841, vol.1, n° 21, p.331-334. ler à la roue (tread-mill).L\u2019enjeu est de faire trembler le pauvre devant le secours cruel qu'on lui offre pour arrêter de force cette population qui progresse en proportion géométrique.D'un mot, on rend le pauvre responsable des problèmes économiques.Le système catholique, au dire de Blanqui, a une position inverse.Certes, un pauvre est peut- être un fripon, un paresseux, un homme qui se conduit mal, mais néanmoins il faut pratiquer l\u2019aumône et la charité cordiale.Pour les Mé/anges Religieux, l'exposé que fait Blanqui de la position catholique est incomplète.I! n\u2019y a pas de pratique d\u2019aumône qui se fait sans discernement et tendresse.D'autre part, la revue se déclare d'accord avec Blanqui qui voit dans le clergé qui s\u2019est détourné de l\u2019ambition, des richesses et des abus de l\u2019ancien régime, un moyen de solution du paupérisme, des salaires et de la concurrence.En effet, le clergé étant le peuple élevé par son sacerdoce au niveau du riche, peut devenir le conciliateur et l\u2019arbitre entre le salaire et le capital, entre l\u2019entrepreneur d\u2019ouvrage et l\u2019ouvrier.«Le prêtre organe de la charité et de la justice est le défenseur naturel du pauvre.» Aussi, au lieu de faire entrer le clergé dans la vie politique qui l\u2019a trop longtemps compromis, on aurait avantage à l\u2019insérer dans la vie sociale.Ce faisant, concluent les Mé/anges, la religion aurait une large part dans l\u2019économie politique et se trouverait à pénétrer d\u2019un esprit chrétien ce qu\u2019il y a de plus matériel dans les classes sociales. Notes sous forme de conclusion || est difficile à cette étape de la recherche d'aboutir à des conclusions définitives.Mais il semble qu\u2019à partir des années 1840 notamment, des commerçants, des industriels et des intellectuels francophones ont endossé la théorie du libre- échange pour stimuler l'expansion du peuple canadien-français.Se détournant des propriétaires terriens, ils ont partagé avec la bourgeoisie anglophone du Bas-Canada les principes généraux du capitalisme industriel comme gage de prospérité, d\u2019ordre et de paix sociale.C\u2019est davantage du côté des clercs qu\u2019émerge une critique de l\u2019économie politique qui ne s'inspire pas de la doctrine catholique.Mais encore là, il ne s\u2019agit pas tellement de critiquer le système capitaliste \u2014 loi de l'offre et de la demande, libre concurrence, capital et travail, profit \u2014 que d'assurer que l'Eglise sera le maître d\u2019œuvre des institutions de charité et de bienfaisance que viendra seconder l\u2019état politique.Ainsi, se développe un nouvel ordre chrétien de la société dont les jalons vont conduire à la doctrine sociale catholique qui sera fort active au début du XXe siecle, notamment avec L.A.Paquet et Stanislas Lortie.D'autre part, l\u2019implantation de cette pensée sociale catholique aura comporté une lutte féroce contre les visions dite profanes développées par E.Parent, Dessaulles, Morin.Bref, comme en France, les réalités économiques auront canalisé au Bas-Canada des énergies intellectuelles nombreuses et diversifiées. Le libéralisme: 1848-1851 Harel Malouin = \u2014 Professeur au département de philosophie de l'UQAM i A - \u2014_\u2014 es = mm _ JOSEPH DOUTRE J.-B.-ERIC DORION ae 2 5 D RS GO ï 5 65 20 oo 4 i \u201c4 5 = ES (2 PE Rs fs ce we gon - AN A LL 2 Be SEY CE be NS % 2% De Se a $ \u201ces SA 5 FAX \u201cx = 2 BCE à 5, Ey oh a sh 4 i G 5 NF ge 8 $0E + A & LE % 4 5 a.; et Ê 4 « = = Gn Ne 1: A £ 7A SY 3 de 5 \u201c 4 = + ve \u20ac ce Say .x, A ét, & = oN Ja MES Ne 2 Pree Ta & # Re 5 So = Là, ve is 7 pa 3s oa, Alas ce 7 x His i Ba 8) SE ol 5 2 Ne nai i 8 Hi $, A JL 5 oy 2 au) ; i Sen ie un ven A se Ph 2) Sk à a J A #4 23 RE # = S HR SE pen CR ES Pe PPS eT i non 5 VER or - + s oo Pra ERT, gs C\u2019est lorsque chaque homme cherche avant tout l\u2019utile i qui est le sien que les hommes sont le plus utiles les uns : aux autres.Car plus chacun cherche l\u2019utile qui est le sien et s\u2019efforce de se conserver, plus il est doué de vertu, ou, ce qui revient au même, plus grande est la puissance dont il est doué pour agir selon les lois de la nature, c\u2019est- EE à-dire pour vivre sous la conduite de la Raison.Or c'est 7 lorsque les hommes vivent sous la conduite de la Raison ee qu\u2019ils s'accordent le mieux par nature.Donc les hommes gk sont le plus utiles les uns aux autres, lorsque chacun if cherche avant tout l\u2019utile qui est le sien.LS ; Spinoza \u201cA Ethique, Quatrième Partie, 5 Proposition XXXV, Corollaire Il.È Dès son apparition au Canada français, au début du XIXe siècle, le libéralisme a été l\u2019objet de multiples controverses quant à son existence, sa réalité et sa signification.Depuis ce moment, il a i toujours fait probléme et il en est de méme aujour- A d\u2019hui.On s\u2019apergoit a la lecture des travaux EF récents sur le sujet, que les auteurs soutiennent, | non seulement des positions différentes, mais contradictoires.4 id \u201cA + =} Li.ti 61 Rappelons brièvement les thèses principales.Jean-Paul Bernard dans des études connues *, montre l'existence d\u2019une force sociale, pas nécessairement dominante: le libéralisme comme partie intégrante du spectre politique au XIXe siècle.À l'inverse, André Vachet?doute de l\u2019authenticité du libéralisme dans la pensée québécoise.Il affirme que «l'idéologie libérale entendue dans son sens précis a toujours été absente de la pensée québécoise».Il voit dans lesdits discours libéraux, beaucoup plus les affirmations et les revendications de la théorie démocratique que l\u2019authentique libéralisme.D'autre part, dans leur Histoire du Québec contemporain, les auteurs* déclarent qu\u2019entre 1867 et 1896, on est témoin de la montée du libéralisme économique et qu\u2019au tournant du siècle on assiste à son triomphe complet.En 1984, lors d\u2019un colloque sur «les relations culturelles entre le Québec et les Etats-Unis», Bernard\u201c analyse dans une perspective continenta- liste les deux positions extrêmes et conclut qu\u2019il 1.J.-P.Bernard, Les Rouges.Libéralisme, nationalisme et anticléricalisme au milieu du XIX® siècle, Montréal, Boréal Express, 1973.Les Rébellions de 1837-1838 dans le Bas-Canada.Les Patriotes dans la mémoire collective et chez les historiens, Montréal, Boréal Express, 1983.2.A.Vachet, «L'idéologie libérale et la pensée sociale au Québec», C.Panaccio et P-A.Quintin, Philosophie au Québec, Montréal, Bellar- min, 1976.3.P.A.Linteau, R.Durocher et J.-C.Robert, Histoire du Québec contemporain.De la Confédération a la crise (1867-1929), Montréal, Boreal Express, 1979.4.J.-P.Bernard, Les idéologies québécoises et américaines au 19° siècle.Les rapports culturels entre le Québec et les États-Unis, Québec, IQRC, 1984.62 serait illusoire de tenter la conciliation.«Si on prenait le libéralisme modéré de la problématique de Histoire du Québec contemporain pour le placer dans celle de Vachet, peut-être verrait-on dans la modération plus qu\u2019une affaire de ton et de capacité de compromis: une différence d'horizon, une limite à la logique libérale de s'emparer, au-delà de l\u2019économique, aussi du politique et de la culture®.» L\u2019opposition entre les deux thèses demeure entière et Bernard de souhaiter, pour ce qui concerne l'hypothèse lancée par Vachet, qu'on rele- vera le défi en questionnant de nouveau la documentation elle-même, puisque la place de l\u2019idéologie libérale canadienne-française au siècle dernier n\u2019est pas résolue.Notre travail s\u2019inscrit dans cette problématique.Il se veut, pour une faible part, une contribution et un enrichissement au débat, en fournissant des éléments qui permettront de mieux statuer sur la question du libéralisme, même si la période étudiée est relativement courte et la frontière localisée.Toutefois, nous ne pensons pas que le découpage temporel et territorial présente des difficultés particulières au point d\u2019altérer les conclusions d\u2019une réflexion sur le libéralisme.Nous ne cherchons pas les idéologies ou les forces sociales en présence, pour des individus ou des groupes spécifiques à ce moment-là, mais plutôt à vérifier si une doctrine déterminée se retrouve avec ses particularités et ses exigences dans les énoncés de ceux qui la revendiquent.En effet, tout discours qui se réclame du libéralisme doit contenir les éléments, les caractéristiques, les thèmes et les thèses que 5.Ibid., p.56.63 j la tradition historique et le savoir philosophique reconnaissent comme le constituant.Pour y répondre, la démarche consiste à cerner l'ensemble des principes et des éléments constitutifs du libéralisme en sachant que son unité théorique ne se retrouve pas telle quelle dans le réel et qu'avec le temps il y a nécessairement transformation.En second lieu, il faut préciser cette notion de «l\u2019individualisme propriétaire» que Vachet utilise dans la citation suivante: «Si le libéralisme trouve son essence dans «l\u2019individualisme propriétaire» (possessive individualism) selon la belle expression de C.B.Macpherson \u2014 ce qui qualifie le principe de liberté, d'égalité et de raison, etc., et ce qui pose la règle de l\u2019Etat minimal, passif dans tout ce qui n\u2019est pas déterminé par la propriété \u2014 toute forme qui ne contiendra pas cette détermination spécifique sera autre chose que le libéralisme auquel elle ne pourra pas être rapportée légitimement.» Ensuite, il s\u2019agit d\u2019examiner quelques articles parus dans le journal L\u2019Avenir durant les années 1848-1851, afin de constater la présence ou l\u2019absence des principales thèses de la pensée libérale.ll en est de même pour la détermination spécifique que Vachet emploie pour authentifier le libéralisme.Le libéralisme La littérature\u2019 présente le libéralisme comme un mouvement de pensée, une doctrine basée sur 6.A.Vachet, Post-scriptum à Jean-Paul Bernard, «Libéralisme ou pas».Les rapports culturels entre le Québec et les États-Unis, Québec, IQRC, 1984, p.67.7.À titre indicatif: \u2014 L.T.Hobhouse, Liberalism, New York, 1911.\u2014 64 une conception de la liberté individuelle et de son organisation sociale.Le libéralisme exige pour l\u2019individu une liberté maximale qui se manifeste dans la liberté de pensée, d\u2019exprimer des idées et des opinions, de s'associer, d'acheter et de vendre des biens (le travail compris), de choisir la forme de gouvernement et les dirigeants.Cette proclamation trouve son fondement dans la nature.En effet, la nature même de l'homme est d\u2019être libre et raisonnable, c\u2019est dire qu\u2019il a des droits enracinés dans la nature et la loi naturelle.Pour le libéralisme, la priorité accordée à la liberté la rend inaliénable, en droit, en essence et en fait.Dès lors, le propre des gouvernements est de reconnaître et de protéger cette liberté et l\u2019ensemble des droits naturels.Certes, l'homme ne vit pas au sein de la nature, mais dans une culture, œuvre et témoignage de sa liberté et de sa raison.La liberté se révèle ainsi le principe organisateur de la société.Cette dernière, phénomène naturel, née sans aucune contrainte du libre épanouissement de la nature humaine, fait de l\u2019homme un être éminemment social.Puisque le droit naturel établit les règles principales de la vie en société, la liberté politique surgit de la liberté individuelle, valeur morale et politique suprême, dans l\u2019organisation H.K.Girvetz, From Wealth to Welfare: the Evolution of Liberalism, 1950.\u2014 H.J.Laski, Le libéralisme européen du Moyen Age a nos jours, 1950.\u2014 E.Mireaux, Philosophie du libéralisme, Paris, 1950.\u2014 R.Polin, La Politique morale de John Locke, 1960.\u2014 C.B.Macpher- son, The Political Theory of Possessive Individualism, Hobbes to Locke, 1962.\u2014 F.P.Benoit, La démocratie libérale, Paris, 1978.\u2014 M.Flamant, Le libéralisme, Paris, 1979.\u2014 S.C.Kolm, Le contrat social Le Paris, 1985.\u2014 A.Jardin, Histoire du libéralisme politique, 65 sociale de la liberté.C\u2019est pourquoi, le droit libéral se déclare naturel au même titre et de la même manière que la société elle-même.Il s\u2019en suit que la politique libérale a pour finalité les individus eux-mêmes et leurs conditions d'existence.Aussi, elle repoussera les interventions de l\u2019État et ses contrôles à un minimum.Car, depuis toujours, le libéralisme est associé au combat pour la liberté.Il est de sa nature de lutter contre les pouvoirs et les régimes qui soumettent à leurs propres fins l\u2019épanouissement de l\u2019individu, ses droits et ses valeurs.I! est entendu que les combats ont pris des configurations différentes selon les époques et les groupes sociaux.D'autre part, à l'exemple de Newton et de sa théorie rationnelle de l\u2019univers selon les lois de la nature, la doctrine libérale met l\u2019emphase sur la raison.Elle ne veut opérer que par décisions raisonnables.Bref, la doctrine libérale croit en la personne comme être libre avec la conviction que la source du progrès réside dans l\u2019exercice de sa force rationnelle.I! y a plus qu\u2019une simple coïncidence dans l\u2019association du libéralisme au rationalisme et à l'idée de progrès.En somme, le libéralisme propose à l\u2019individu et à la collectivité de vivre d\u2019une certaine manière.Bien entendu, le vécu n\u2019atteindra jamais la perfection de son modèle idéal.Quant à la dimension économique, acceptons I\u2019affirmation de Flamant8 que le libéralisme économique est né dans le méme milieu que le libéra- 8.M.Flamant, op.cit., p.24.66 lisme politique; il a été revendiqué par les mêmes catégories sociales.C\u2019est entre 1830 et 1850, après une longue évolution parallèle, que s\u2019effectua la conjonction de la liberté politique et de la liberté économique qui désormais porteront un seul et même nom: le libéralisme.Le développement du libéralisme économique a toujours été lié au sort de la propriété.Au nombre des droits de l\u2019état de nature, Locke n'avait-il pas placé la propriété privée?Sa justification était naturelle, au même titre que la liberté dans l\u2019ordre naturel.Considérant que la plupart des difficultés sont dues aux interventions humaines dans cet ordre naturel, on en souhaite le moins possible.D\u2019où les demandes économiques pour un marché libre, pour la suppression des entraves, pour l'abolition des restrictions, afin de mieux garantir le régime des échanges qui rend possible I'accumulation de la propriété et de la richesse.II est impossible de poursuivre, dans un travail aussi court, l\u2019étude de l\u2019évolution et des transformations du «laisser faire» ou encore, de ses relations et ses ramifications avec le système capitaliste par exemple.On se limitera donc au seul concept de propriété pour les besoins de la cause.L\u2019individualisme propriétaire La catégorie de Macpherson° se présente sous la forme de sept propositions que nous résumons de la façon suivante: la liberté rend l\u2019individu «humain» indépendant de la volonté des autres.Elle trouve sa limite à la frontière de la liberté d'autrui.Propriétaire de sa personne et de ses capaci- 9.C.B.Macpherson, op.cit.67 tés, pour lesquelles il ne doit rien à la société, l\u2019individu organise ses relations personnelles selon sa volonté et ses intérêts.S\u2019il peut aliéner sa capacité de travail, il ne peut s\u2019aliéner lui-même.La société consiste en un ensemble de relations marchandes entre propriétaires; sa fonction est de protéger la personne et ses biens, de maintenir l\u2019ordre qui permet les échanges entre les individus, propriétaires d'eux-mêmes.Cette thèse de Macpherson implique que l\u2019individualité se réalise dans l\u2019accumulation de la propriété.Elle suit l\u2019enseignement de Locke pour qui la propriété est l\u2019élément, le fait social primordial.Pour sa part, Vachet fait l'hypothèse que la propriété entendue dans son sens libéral est absente de la pensée québécoise, c\u2019est-à-dire la propriété capitaliste qui se reproduit et se multiplie par son usage.C\u2019est pourquoi il se demande « si ce qu\u2019on a pris l\u2019habitude d\u2019attribuer au libéralisme n'appartient pas plutôt à une certaine vision de la démocratie qui s'\u2019accole peut-être au libéralisme, mais tardivement et avec des modifications significatives 10.» L'étude de quelques textes du journal L\u2019Avenir devrait nous permettre de mieux statuer sur le libéralisme d\u2019ici.L\u2019Avenir Le 26 août 1848\u2018, une cinquante de convives sont venus célébrer le premier anniversaire du jour- 10.A.Vachet, 1984, op.cit, p.67.11.L'Avenir, 30 août et 2 septembre 1848.68 nal L\u2019Avenir, dans la vaste salle du restaurant Com- pain.Après le repas on proposa plusieurs santés.Un examen des propos tenus ce soir-là nous renseignera sur les préoccupations des «libéraux» de l\u2019époque.Après avoir célébré le peuple canadien, principe et fin du pouvoir, l\u2019orateur dénonça ce gouvernement étranger, injuste et malhonnête, imposé à la province de Québec, dont le seul but est l\u2019anéantissement et la destruction de la nationalité canadienne-française.|| réclame le rappel de l\u2019Union, en reprenant les arguments d'un texte paru trois mois plus tôt sur |a question de l\u2019Union et la Nationalité\u2018?L\u2019auteur de l\u2019article considère cet acte d\u2019Union comme un meurtre social, il n'a qu'un seul but, celui d\u2019écraser la race canadienne- française.Aussi, est-il urgent d\u2019obtenir les mêmes droits et libertés que ceux accordés aux compatriotes d\u2019origine étrangère.De telles demandes sont considérées par l\u2019adversaire comme des prétentions absurdes, qualifiées de «libéralisme» et d\u2019«exclusivisme».Le journaliste se dit qu\u2019il serait temps de s'entendre sur ce mot de «libéralisme».Il écrit: «C\u2019est la justice universelle, les droits égaux pour tous, au plein midi de la civilisation annon- cant aux hommes.qu\u2019ils sont tous frères et tous membres de la grande famille humaine et qu\u2019ils doivent se réunir sous la bannière des principes et des opinions plutôt que sous celle des langues et des limites territoriales \u201c.» Si les invités du restaurant Compain s\u2019entendent sur cette définition du libéralisme, leur priorité demeure cependant le rappel de l\u2019Union, puisque c\u2019est la condition pour le 12.L'Avenir, 20 mai 1848.L'article est probablement de Joseph Papin.13.C\u2019est nous qui soulignons.69 pays d'avoir ses institutions, ses lois et sa langue.Tout cela n\u2019est pas sans rappeler les principes énoncés dans «Le manifeste de la réforme et du progres» 4, D\u2019autre part, on encourage le peuple a lutter contre la proscription de ses droits, contre les injustices faites à la Majorité du pays, mais surtout il faut poursuivre, au nom de la presse libre, la diffusion des connaissances et des idées libérales comme le font les collaborateurs de L'Avenir, malgré les oppositions et les dénonciations.Pour un Joseph Doutre, la presse libre est la presse du peuple, car la charte du droit naturel, au nom de la liperté, est celle de tous les peuples, aussi les lois de la nature sont-elles également les lois de la presse libre.Prenant la parole, Jean-Baptiste-Éric Dorion se félicite de la création de la Société Mercantile d'Economie et de son succès après seulement dix mois d'existence.Cette société vient combler une lacune importante dans le commerce de Montréal.Celui-ci est vu comme le civilisateur des nations, le grand mobile des progrès de tout genre.N\u2019est-ce pas le commerce qui fait les grandes villes remplies de propriétés, d\u2019édifices, de banques et d\u2019institutions monétaires qui témoignent de la richesse des pays.Si le commerce est la clef pour l\u2019avancement des peuples civilisés, Dorion lui accorde en plus un rôle incident, celui d\u2019ouvrir les frontières et de permettre aux peuples de se connaître.Le commerce a remplacé la guerre comme médiateur 14, Nous reviendrons plus loin sur le manifeste.Disons pour le moment qu'il est diffusé par toute la presse libérale du pays et qu'il reflète le programme du parti.70 entre les nations.En effet, autrefois on se rencontrait sur les champs de bataille ou dans les ambassades pour signer les traités de paix, aujourd\u2019hui on se rencontre pour échanger; l\u2019homme n'est plus un étranger, sa marchandise le rend citoyen du monde.On ne parle plus du coût de l\u2019armée sur pied, mais du montant de la dette nationale.C\u2019est le passage de l\u2019âge de fer à l\u2019âge d\u2019or, de l\u2019état militaire à l\u2019état moderne.|| ajoute: «La guerre se passe de mode à mesure que la propriété augmente.La grande peur aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas la guerre, elle est renfermée dans ces deux mots: Banqueroute et Paupérisme.» Bref, le négociant et le commerce ont remplacé le guerrier et la guerre.S\u2019adressant plus particulièrement à la jeunesse, il lui demande de lutter et de travailler à régénérer notre commerce tenu en échec par les monopoleurs du bureau colonial.Comme le commerce exige plus d'instruction et de connaissances pratiques, il importe de l\u2019encourager à s'instruire et surtout lui apprendre les connaissances commerciales.La Société Mercantile comble justement ces besoins, tout en cherchant à relever la dignité et le caractère du marchand canadien.À titre de curiosité, mentionnons les santés qui suivirent: à la France républicaine, à la malheureuse Irlande, aux victimes de l\u2019Insurrection, à la réforme de la tenure seigneuriale.On se quitta sur les mots d\u2019ordre de L.J.Papineau que le journal avait adoptés: Nationalité canadienne, Réforme électorale, Rappel de l\u2019Union.Les discours tenus lors du dîner des amis de L\u2019Avenir montrent les préoccupations et les positions des libéraux de l\u2019époque.Le problème majeur concerne le statut politique du pays.Cette situa- 71 tion semble conditionner l\u2019ensemble du vécu culturel, social et économique.L'étude des textes qui suivent confirmera cet état de choses et permettra une meilleure compréhension des difficultés sous- jacentes et des solutions proposées.* * * En 1847, quelques individus d\u2019allégeance libérale avaient créé un comité dont le but explicite était l'élaboration d\u2019une stratégie pour lutter plus efficacement contre l\u2019Union.C\u2019est ainsi que le Comité constitutionnel de la réforme et du progrès vit le jour et reçut le mandat de justifier |a demande de la représentation proportionnelle basée sur la population.On croit que l\u2019adoption d\u2019une telle mesure conduira éventuellement au rappel de l'Union.À son assemblée du 5 novembre 1847, le Comité adopta un manifeste, rédigé par Napoléon Aubin et Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, adressé au peuple du Canada.Le manifeste est un plaidoyer qui étoffe la thèse de la représentation proportionnelle.Dans L\u2019Avenir du 10 juin 1848, un chroniqueur'S reprend les arguments du manifeste, mais il ne se contente pas de les répéter simplement.Au contraire, il s'engage dans une réflexion philosophique sur le politique, doublée de considérations morales.Selon la loi naturelle, l\u2019homme est né pour vivre en société, elle lui donne la force que procure l'association; il en résulte des bénéfices comme la sûreté, le pouvoir, etc.Cependant, si l\u2019homme vit en société, les biens ne sauraient être en commun, 15.It s\u2019agit probablement de C.H.Lamontagne.72 \u2014 _\u2014\u2014\u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 oo pr EE EE l'expérience et le bon sens l\u2019indiquent.D'autre part, le fait de vivre en société exige des règles applicables à tous et pour tous, afin d'assurer l\u2019ordre, la liberté et l\u2019égalité.Les principes donnés par «la loi de nature» garantissent, non seulement la sûreté individuelle et générale, mais aussi celle de la propriété.Puisque tous les citoyens ne peuvent exercer le pouvoir en même temps, certains le reçoivent afin de faire respecter les principes édictés que sont les lois; c\u2019est la naissance des gouvernements.Alors que ceux-ci étaient aussi perfectibles que les hommes et les institutions sociales, ils se révélèrent pour l\u2019ensemble des masses une tragédie malheureuse.La majorité étant exploitée et réduite en esclavage au profit d\u2019une classe minoritaire.Cette déchéance n\u2019est pas le résultat des conditions de la nature humaine, mais la manifestation d'un défaut de l\u2019organisation sociale.Les hommes perdirent le contrôle de l'autorité légale parce qu\u2019ils se soumirent volontairement, se confièrent trop librement aux détenteurs du pouvoir.Le gouvernement dévia de son but et devint vite un désordre social, oubliant le bien-être général et ne garantissant plus à chacun la jouissance de ses droits à la liberté, à la propriété et à la sûreté.|| faut retirer cette puissance illimitée des mains des mandataires usurpateurs, abattre les oligarchies et les régimes tyranniques.On n\u2019y laissera que le minimum nécessaire pour assurer le respect des droits, l'excédent devant retourner à la société et servir de frein aux tentatives d\u2019usurpation du pouvoir par les gouvernements.Le système représentatif rendra ces actions possibles.C'est une façon un peu gauche, sans doute, de réfléchir 73 sur les rapports du législatif et de l\u2019exécutif; toutefois l\u2019attaque contre l\u2019impérialisme britannique n\u2019en est pas moins claire.Le collaborateur de L\u2019Avenir poursuit en affirmant que si la représentation est faussée et mauvaise, de magnifiques constitutions ne pourront sauver le peuple, elles profiteront toujours à une aristocratie au détriment du peuple.On avait sous les yeux l\u2019exemple de la France qui avait dû subir la longue tyrannie de Louis-Philippe, mais enfin il venait de tomber sous la colère du peuple.Depuis quelques mois, l\u2019ensemble de la presse canadien- ne-française se réjouit de cet événement et croit que le changement de régime évoluera et prendra la forme d\u2019une république.Ce qui avait permis à Denis Emery Papineau d'espérer que le Canada pourrait connaître un moment historique semblable.On sera très étonné à la fin du mois de juin, lorsque Louis-Napoléon Bonaparte posera sa candidature aux élections complémentaires à la Constituante.Ce fait conduira la presse de la province à annoncer le rétablissement de l'empire en France.I! ne faut pas trop s'étonner de cette fausse prédiction, lorsque l\u2019on sait que les nouvelles concernant la France étaient filtrées et déformées par le Royaume-Uni.Néanmoins, Papineau a souhaité que les représentants, chargés de l'exécution des lois, soient véritablement «responsables» et non de simples fonctionnaires.Ce gouvernement «responsable» qui est offert à la colonie et dont on parle beaucoup depuis plusieurs mois, n\u2019est qu\u2019un paravent, 16.Voir à ce sujet Le Canadien du juillet, Les Mé/anges Religieux du 4 juillet et La Minerve du juillet pour l\u2019année 1848.74 qu\u2019une supercherie.|| rappelle les promesses au lendemain de la conquête, à savoir que les vaincus seraient traités avec honneur, égard et justice, or le contraire se produit, on cherche à les faire disparaître, à les faire mourir.Au bord de la colère il écrit: «On nous tue; et il n\u2019est pas plus permis à une nation de se laisser ruiner, de se laisser tuer, qu'il n\u2019est permis à l'individu de se suicider ou de se laisser assassiner\u2018\u2019.» La solution se trouve dans une bonne représentation, qui seule peut garantir la justice et permettre la jouissance entière «des droits, de la sûreté, de la liberté, de l\u2019égalité comme le veut la loi de nature».Ce retour à la loi naturelle est le système démocratique.Mais Papineau veut plus qu\u2019un gouvernement responsable, il réclame le commerce libre (Free Trade), ce qui signifie l\u2019abolition du protectionnisme britannique.Sa justification est la suivante: la liberté est à l\u2019origine, elle est source de l'égalité parmi les hommes.Puisque l\u2019homme est maître de sa pensée et de ses actions, il l\u2019est tout autant de ses biens.Car l\u2019origine véritable et indestructible du droit de propriété réside dans la pensée et l\u2019action.Parlant de certains pays d\u2019Europe, il écrit: «lls ont vu que tout homme devait être maître absolu de sa propriété, de ses biens, de ses richesses, et ils ont exigé le droit de n\u2019en être dépouillés d\u2019aucune partie, même pour le soutien de l\u2019état, de la société, sans leur consentement librement et volontairement donné par la voix de représentants de leurs choix.» 17.L\u2019Avenir, 29 avril 1848.75 Le journal La Minerve, en date du 6 novembre 1866, annonce la mort de J.B.E.Dorion.La direction désire lui rendre hommage, malgré qu\u2019il fût un «démocrate social» et un adversaire du journal.On souligne en particulier son rôle comme directeur général de L\u2019Avenir et le programme politique qu'il défendit.Ce qui est curieux, c\u2019est que La Minerve se contente de reproduire treize articles du programme sur la trentaine qui étaient connus du public depuis une vingtaine d'années.Ce programme '$ traduit non seulement la foi politique du rédacteur Dorion, mais aussi du parti libéral qui l\u2019'endossa.Grosso modo il comprend cinq catégories: les réformes, les Canadiens français, l\u2019administration publique, les droits, les libertés.Les deux dernières intéressent plus particulièrement notre sujet; malheureusement Dorion n\u2019est pas très explicite sur les droits démocratiques et les libertés.Il se contente de mentionner le suffrage universel, l'égalité de la justice pour tous les citoyens des deux provinces et la représentation électorale.Il réclame pour l\u2019individu «la plus grande somme de liberté et d'égalité possible dans les limites de l\u2019ordre et de la paix».Mais aussi, s'il y a nécessité d\u2019une presse libre, alors il y a obligation pour le peuple de lire et de s\u2019instruire.Au plan économique, il est a peine plus loquace lorsqu\u2019il demande «la liberté des échanges aussi entière que possible» et la suppression des réserves pour la navigation du St-Laurent.Toutefois, son désir de la liberté économique le con- 18.Nous avons comparé plusieurs versions du programme parues dans L'Avenir (5 août 1848; 4 janvier 1850; 21 mai, 19 septembre et 28 novembre 1851) pour nous rendre compte que les modifications sont mineures. duit à prôner la thèse annexionniste.Candidat républicain et partisan de la démocratie lors d'une élection en novembre 1851\u201d, il s'explique à ce sujet devant les électeurs du comté de Champlain.La nécessité d\u2019étendre les relations commerciales et industrielles en dehors des limites territoriales du pays, handicapé qu\u2019il est par sa faible population, impose le changement de régime.Et Dorion de faire sienne la formulation de M.Chiniquy, qui avait trouvé au sud «de l\u2019espace, du pain et de la liberté».De plus, les citoyens payeront moins d\u2019impôts et auront la liberté de faire eux-mêmes les lois.Convaincu du bien-fondé de sa thèse, c'est avec un grand mépris qu\u2019il fustige les opposants à l\u2019annexion qui sont «des êtres qui s'engraissent au râtelier du régime colonial».On s'aperçoit que la plupart des textes écrits par les libéraux convergent vers une seule réalité, celle créée par l\u2019Acte d'Union.Ils constatent que la situation unioniste produit des résultats néfastes.Et cela, non seulement à cause des injustices de l\u2019Angleterre qui brime directement le peuple en supprimant ses droits et ses libertés, mais aussi par le fait que la province est à la merci du Haut- Canada au plan politique et que la population doit rembourser les dettes contractées par l'Ontario.La situation actuelle ne pouvant durer, après les revendications d'usage qui ne donnent aucun résultat, on passe aux stratégies susceptibles de modifier le statut politique.À la demande d\u2019une représentation proportionnelle qui serait un commencement de justice pour le peuple du Bas- Canada, on répond par la parodie du «gouverne- 19.L\u2019Avenir, 28 novembre 1851.77 ment responsable».Ce sera pour plusieurs, la confirmation de la nécessité de briser définitivement les liens de dépendance.Ils travailleront à l\u2019éclatement du cadre politique et économique dans lequel ils sont enfermés.Si quelques-uns iront jusqu\u2019à proposer l\u2019annexion pure et simple aux Etats- Unis, le consensus libéral se résume plutôt à mettre fin à l\u2019infamie de la dépendance.Nous avons examiné jusqu\u2019à maintenant des textes politiques dont les contenus oscillent entre les réflexions théoriques et les prescriptions.Nous enchaînons avec des articles qui traitent de questions pratiques et économiques, afin d\u2019évaluer si les solutions proposées sont conformes ou non aux demandes politiques.Après une attente prolongée, trois cents marchands mécontents réitèrent leur requête d\u2019abolir la loi de banqueroute.On ignore dans quelle direction s\u2019orientera la nouvelle législation et les ministériels ne semblent pas pressés de la faire connai- tre.En août 1848, Joseph Doutre ® donne son point de vue afin d\u2019influencer la décision qui aura des répercussions considérables sur le commerce de la colonie.La présente loi de banqueroute, calquée sur le modèle anglais, fut sanctionnée par le Conseil spécial, créé après les troubles de 1837.Toutefois, si cette loi donne les résultats escomptés en Angleterre, ici elle ne produit pas les mêmes effets.L\u2019application aveugle d\u2019une juridiction anglaise, alors que les conditons matérielles entre les deux pays sont si différentes, démontre encore une fois, selon Doutre, la nécessité d\u2019avoir un statut propre.20.L'Avenir, 5 août et 13 septembre 1848.78 Voyons son argumentation.En Angleterre, les marchands fournisseurs sont peu nombreux; ce sont surtout des manufacturiers qui possédent de larges capitaux et qui font directement commerce avec les détaillants.Et puisque le commerce de détail se fait au comptant, le détailleur ne peut se lancer en affaires sans un certain capital.Le crédit ne concerne finalement qu\u2019un nombre restreint d\u2019individus et il y a peu à craindre qu\u2019ils soient poussés à la banqueroute.Certes, on peut comprendre la nécessité d\u2019une loi concernant le crédit pour se protéger des «coups du malheur».Au Canada, les résultats de la loi de banqueroute sont désastreux, les difficultés proviennent de l\u2019organisation du commerce, de la production et de la circulation des marchandises.Les manufacturiers anglais ne deviennent véritablement fournisseurs qu\u2019auprès des marchands en gros du Canada.À leur tour, ces marchands deviennent fournisseurs pour des détailleurs et doivent leur faire crédit, c\u2019est une vieille pratique.|| s\u2019en suit que le crédit qui repose beaucoup plus sur la libéralité des termes que sur le prix le plus bas, est lié à l\u2019ensemble de la vie commerciale; il en augmente la vitalité et l'étendue.Si ce mode d'agir existe depuis toujours, Dou- tre reconnaît qu\u2019il y a eu relâchement dans l\u2019exigence des garanties personnelles et collatérales ces dernières années.Néanmoins c\u2019est grâce au crédit que les plus grosses fortunes furent amassées et que les grands capitalistes ont pu le devenir.Jusqu\u2019en 1839, personne n\u2019avait à se plaindre, pourquoi ne pas revenir à la manière française de commercer qui repose entièrement sur un code d\u2019honneur, sur la parole donnée! Dans les cas liti- 79 i i 4 gieux on avait recours à la vieille loi française, dite «contrat d\u2019atermoiement» (c\u2019est un délai que l\u2019on accorde à un débiteur).Alors pourquoi avoir substitué en 1839 la loi de banqueroute à la pratique habituelle?Selon Doutre le but de cette loi était de favoriser des débiteurs haut placés qui autrement auraient été ruinés.Quant à lui son opinion est faite, il pense que «la cour de banqueroute est une sentine de vols, de rapines, d\u2019escroqueries raffinées, légalisées».Le gouvernement américain confronté à la même situation fut plus prudent et prévoyant.Il vota une loi similaire a celle du Canada, mais limita sa durée à celle d\u2019un Congrès, soit quatre années.Le Congrès suivant la rappela, aussi en 1848 il n\u2019y a plus de loi de banqueroute aux Etats-Unis.Selon Doutre, il faut revenir a la pratique qui a donne satisfaction.De plus, le changement dans les règles du jeu implique des sommes énormes que les commerçants ne possèdent pas.En définitive, le commerce canadien basé sur le crédit, repose entièrement sur la libéralité des termes, tout dépend donc de l\u2019attitude des créanciers et des débiteurs.Lorsque le commerce, «siège de la vie matérielle des peuples», ne fonctionne pas, les relations individuelles et sociales sont compromises: «Le marchand fournisseur n\u2019ouvre plus ses voûtes qu\u2019au son de l\u2019or, le marchand détailleur ne pouvant se fournir, ne vend pas: l\u2019un et l\u2019autre ne vendant pas, n\u2019achètent que le nécessaire de la vie.Dès lors toutes les entreprises publiques ou particulières s'arrêtent; la classe ouvrière languit au chômage et le résultat le plus frappant que produise la crise actuelle est le départ de milliers de compatriotes qui vont en ce moment loin de leur 80 pays, aux mines du Lac Supérieur et aux Etats-Unis chercher la subsistance de leurs familles.» On pourrait facilement objecter à Doutre que les règles concernant le commerce et l'industrie dans une économie d'échange peuvent difficilement reposer sur un code d'honneur ou sur des préceptes éthiques.Certes, sa vision du monde des affaires est rétrograde et ne prend pas en considération les progrès, les développements et les transformations économiques de son époque; mais ce qu\u2019il faut surtout retenir, c\u2019est son effort de chercher une solution qui favorise le commerce canadien et non celui de l\u2019Angleterre.* * * Si la loi de banqueroute ne visait qu'un groupe restreint de commerçants malgré ses incidences, il n\u2019en est pas de même du débat de la tenure seigneuriale qui dure depuis des années.Tous se sentent concernés par ce problème qui touche de nombreux aspects de la vie sociale.Nous choisissons parmi l\u2019abondante littérature sur la question, un texte de L.A.Dessaulles?, parce qu\u2019il adopte un point de vue juridique.De but en blanc l\u2019auteur se déclare pour l\u2019abolition des droits seigneuriaux, lui seigneur de St-Hyacinthe.Il y a de quoi être étonné! Cependant, il désire faire la part des choses dans les accusations portées contre les seigneurs.On les croit responsables des lenteurs dans le développement économique, de s\u2019opposer au progrès et d\u2019empêcher la prospérité du pays.Sans doute certains seigneurs ont com- 21.L\u2019Avenir, 13, 20 et 27 avril 1850.81 mis des abus, des injustices, mais l\u2019abus n\u2019est pas le système.D'ailleurs, pourquoi blâmer si violemment aujourd'hui ce système et n\u2019avoir rien fait pour la répression des abus depuis vingt ans.Il ne pense pas que le régime seigneurial nuise aux intérêts généraux comme on le prétend et qu\u2019il soit si nuisible au progrès industriel.Au lieu de protester contrer l\u2019état seigneurial, on devrait s\u2019attaquer au vrai responsable, le mauvais gouvernement qui trompe le peuple et le pays au profit d\u2019une puissance étrangère.Pour Dessaulles, il faut poser la question de la tenure seigneuriale dans son rapport avec la loi de commutation.Cette loi oblige le censitaire a payer une redevance au seigneur s\u2019il désire vendre ses terres; par contre il ne paye pas s\u2019il les cède à ses enfants.Donc, seuls les censitaires qui veulent vendre ont des motifs de se plaindre.Or les cinq sixièmes des censitaires se délestent en faveur de leurs enfants.Néanmoins, si la population juge ce système odieux, nuisible et contraire à ses intérêts, on doit y mettre fin.Mais en vertu de quelle autorité?Celle du droit naturel et politique.Le droit naturel établit que la propriété privée est le plus sacré de tous les droits après celui de l\u2019indépendance de la pensée, par conséquent on ne peut dépouiller quelqu'un de sa propriété; si on le fait on viole un droit fondamental.En contrepartie, le droit du peuple de modifier ses institutions est indéniable.Les deux positions étant contradictoires peut- on les concilier?Dessaulles écrit: «Il ne s'agit nullement ici d\u2019une lutte de parti.On doit chercher à s\u2019éclairer mutuellement et non à se contredire; car dans la question qui nous occupe, il ne faut pas voir que de simples antagonismes individuels; 82 c\u2019est le droit de propriété qui se trouve en présence de la conscience publique.» Voici la solution qu\u2019il propose: la société «violera» la liberté individuelle, si dans l\u2019intérêt public elle considère avoir une raison suffisante qui justifie son action.Aussi est-ce seulement dans des circonstances exceptionnelles qu\u2019elle aura recours à l\u2019expropriation forcée moyennant indemnité.C\u2019est dire qu\u2019on pourra modifier ce genre de propriété foncière, à condition de reconnaître que la minorité a des droits.Les propriétaires devront être dédommagés pleinement dans ce qu\u2019on leur fera perdre, et encore dans l\u2019unique cas où la société agit collectivement, autrement il s\u2019agit d\u2019un vol.t| n'y a aucun droit qui autorise de déposséder des propriétaires indistinctement, aussi la propriété qui ne fait pas obstacle, qui ne gêne en rien la liberté individuelle, qui ne freine aucunement l\u2019essor de l\u2019activité sociale, est inviolable en droit naturel; s\u2019y autoriser est un abus de pouvoir.Dessaulles fait remarquer que les gouvernements qui parlent au nom de la majorité, n\u2019ont reçu qu\u2019une délégation d\u2019autorité, révocable de sa nature; alors que les propriétaires eux, ont reçu une garantie de la société en regard du droit de propriété.Il y a donc obligation pour elle de le protéger.I! en profite pour éclaircir un autre point.L'opinion publique est convaincue de l\u2019existence d\u2019une loi qui fixe les taux de concession que les seigneurs ne peuvent dépasser.Le comité chargé de cette question recommande donc l\u2019application du taux fixé.Or, Dessaulles a la certitude qu\u2019une telle loi n\u2019a jamais existé.C\u2019est pourquoi en commençant par l\u2019arrêt du 21 mars 1663, il refait l\u2019histoire des lois concernant les seigneuries.Cette recher- 83 ibid che lui apporte la preuve qu\u2019il n\u2019existe aucune loi à cet effet.Alors il s\u2019interroge sur la pertinence du comité chargé du problème de la tenure seigneuriale.Bref, Dessaulles n\u2019aime pas le processus enclenché pour régler cette question.Nonobstant, abolissons ce régime et on verra rapidement qu\u2019il n\u2019est pas responsable des maux de la société.Le gouvernement ne pourra plus s'en servir comme bouc émissaire, c\u2019est sa propre corruption et sa soumission à un pouvoir étranger qui apparaîtront comme les vraies causes de toutes les difficultés.|| espère qu\u2019un jour nous aurons un gouvernement vraiment libre pour régler les problèmes de ce genre.Les six lectures sur l\u2019annexion de Dessaul- les?expriment ce souhait.Elles sont des conférences prononcées à l\u2019Institut Canadien et représentent l\u2019étude la plus complète sur la question par un témoin oculaire.Dans son travail Dessaulles veut faire le procès de l\u2019impérialisme anglais, responsable de l\u2019état lamentable de la colonie et celui de l\u2019Acte d'Union, qualifié de prescription à un génocide.Il proposera comme solution logique aux difficultés du pays l\u2019annexion aux Etats-Unis.Si Dessaulles cherche à convaincre les opposants à la thèse annexionniste, il a aussi un souci pédagogique, celui d\u2019informer ceux qui manquent de connaissances en la matière.Joseph Doutre, dans 22.L.A.Dessaulles, Six lectures sur I\u2019annexion du Canada aux Etats- Unis, Montréal, P.Gendron, 1851.Voir également L\u2019Avenir, 23 avril, 18 mai 1850; 31 octobre 1851; 6 et 11 novembre 1856.84 la préface, rappelle que Tocqueville reconnaît trois éléments qui constituent la richesse des peuples: la population, les fonds immobiliers, les biens mobiliers.Or l\u2019auteur de La démocratie en Amérique n\u2019a couvert que le premier point dans son ouvrage, n\u2019ayant pas les informations et les données nécessaires pour traiter d\u2019une façon complète son sujet.Mais puisque Dessaulles, grâce aux publications gouvernementales, au Hunt's Merchant\u2019s Magazine de New York et à l\u2019'Almanach américain, possède l'information pertinente, il sera en mesure de compléter le travail de Tocqueville, dira Doutre.On peut résumer en gros les conférences de la façon suivante: les deux premières portent sur le statut colonial du pays; la troisième énonce les thèses en faveur du mouvement annexionniste.La suivante est une étude comparative de la richesse et de l\u2019endettement des deux pays.La cinquième aborde le problème des taxes et les politiques des cours d\u2019eau.La dernière reprend l'analyse des taxes directes et indirectes, pour se terminer par un court résumé qui renomme les thèses essentielles.On comprendra mieux l\u2019option annexionniste de Dessaulles si on connaît les prémisses de sa philosophie politique.La nature humaine édicte un droit, le droit naturel qui prescrit des lois (les lois naturelles).Le droit naturel établit la souveraineté individuelle et l'indépendance morale.I! découle de la reconnaissance de cette souveraineté, l\u2019égalité native.Or la souveraineté individuelle n\u2019est finalement que la liberté qui trouve son assise dans la Raison, elle-même fait de nature évidemment.De plus les fondements des libertés politi- 85 2 ques et civiles qui président à l\u2019organisation sociale reposent sur les droits de la Raison (il utilise indistinctement droits de la raison et droits naturels).Dessaulles soutient que la confirmation des droits individuels constitue la fin de la société et que le droit politique n'existe que pour garantir le droit naturel.Par conséquent, la souveraineté collective découle de la souveraineté individuelle.Au plan politique, le peuple est donc le véritable souverain et cette souveraineté est inaliénable.Ainsi, «de même qu\u2019un homme ne pouvait être la propriété d\u2019un autre homme, de même un peuple ne pouvait jamais être la propriété politique d\u2019un autre peuple», Il est inadmissible que le pays soit la propriété politique, sociale et économique de l\u2019Angleterre tandis qu\u2019elle revendique de droit sa propre souveraineté.Proclamant la sienne, comment peut-elle dénier celle de l\u2019autre?Le peuple britannique impose au Canada sa volonté par un soi-disant droit de conquête, maintenu par la force physique, violant de ce fait le droit naturel et le droit politique.Le Canada est une colonie, non par choix ou en vertu d'une alliance, mais par une usurpation.Alors dira Dessaulles, si on reconnait I'indépendance individuelle, si on a le respect de soi-méme et le sentiment de ladignité nationale, le colonisé a une obligation juridique et morale de mettre fin au régime actuel.Mais à l\u2019argument que la colonie jouit déjà de la souveraineté investie dans le «gouvernement responsable», Dessaulles rétorque qu'il 23.Six lectures, op.cit., p.14.86 ne faut pas se laisser prendre par l\u2019octroi anglais.«|| y a donc pour le passé, certitude, preuve irréfragable que l\u2019Angleterre a toujours été hostile à la population canadienne! Pour l'avenir quelles sont nos garanties, si nous restons colonie anglaise\u201d Dans nos dominateurs, nous voyons nos ennemis; dans nos juges en dernier ressort, nous voyons les organisateurs du système actuel, qui de l\u2019aveu même de tous les journaux ministériels actuels, avait été conçu dans le but de nous écraser! \u2014 On n\u2019y a pas réussi, chantent-ils en chœur au moindre signe.\u2014 Eh bien, cela serait-il vrai, vous admettez toujours que l\u2019intention était telle! serait-il résulté du bien du gouvernement responsable, \u2014 ce que je nie absolument, il est donc certain que l\u2019Angleterre ne nous l\u2019a donné qu'avec l\u2019intention qu\u2019il nous fût fatal?!» Le même jugement s'applique aux institutions politiques, déclarées libres et indépendantes, ne reposent-elles pas sur des lois anglaises?Le peuple canadien doit briser cette tutelle et obtenir son indépendance; il n\u2019a pas le choix.Mais le parlement anglais acceptera-t-il pacifiquement la séparation?Dessaulles le croit, il pense même que les autorités anglaises |a souhaitent.«On nous dit qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019exemple d\u2019une séparation pacifique et réciproquement volontaire entre deux peuples dont l\u2019un était soumis à l\u2019autre! Et pourquoi cela, Messieurs, sinon parce que le droit naturel n'avait jamais été clairement compris ni défini avant les révolutions Américaine et Française; sinon parce qu\u2019à peine a-t-il commencé, même aujourd\u2019hui à recevoir la consécration de l\u2019opinion 24.Ibid, p.172.87 publique; sinon parce que de tout temps latyrannie a été intraitable, aveugle, inepte?Essayez donc de raisonner avec le despotisme: il se réfugie de suite dans le droit divin.Et qu'est-ce que le droit divin tel qu\u2019il est entendu et pratiqué aujourd\u2019hui par les rois absolus de l\u2019Europe?C\u2019est, en fait, Messieurs, la négation du droit, la négation du libre arbitre, la négation de la morale, la négation de la justice, la négation de la vérité; c\u2019est donc, en dernière analyse, la négation de Dieu.» L'indépendance réalisée, il ne reste plus qu\u2019à se joindre aux Etats-Unis.Alors, le peuple canadien pourra vivre une vraie démocratie.Si plusieurs éléments militent en faveur de cette union, comme la situation géographique, les tendances sociales, les intérêts politiques, commerciaux et industriels, le facteur déterminant, c\u2019est la constitution américaine.Car, elle plane au-dessus des gouvernements et des institutions, contrairement au système anglais où le gouvernement détient toute la puissance.Dessaulles porte une admiration sans borne aux institutions américaines; il souligne en particulier le rôle du Congrès, qui protège l\u2019exercice des droits individuels dans la société comme le droit de parole et celui d\u2019une presse libre.De plus, le citoyen a toujours le recours d\u2019en appeler à la Cour Suprême dans les cas litigieux.Pour la province il ne voit que des bénéfices et des avantages pour son organisation intérieure, son administration locale et la structuration de ses institutions.Mais il y a plus, la langue, la nationalité, la religion et les mœurs seront mieux protégées puisque la constitution américaine offre de meilleures 25.Ibid., p.38.88 garanties que les législations anglaises, toujours favorables à une petite clique au détriment du peuple.«Non, Messieurs, après l\u2019annexion, nous n\u2019aurons que la douleur d\u2019être journellement témoins du plus démoralisateur de tous les spectacles, celui d\u2019un vrai steeplechase à plat ventre de valets d\u2019antichambre, dans lequel celui qui rampe le mieux est toujours sûr d'obtenir la prise.» Si les arguments politiques qui militent en faveur de l\u2019annexion n\u2019arrivent pas à convaincre totalement, le dossier économique préparé par Dessaulles devrait enlever les dernières résistances.En 1850 les finances canadiennes sont dans un état déplorable, le commerce agonise et l\u2019industrie, encore dans la première phase de son développement, ne peut combler tous les besoins matériels.On manque de capitaux, de débouchés pour les quelques produits disponibles, alors que la propriété dépréciée connaît sa valeur la plus basse.La situation ne cesse d\u2019empirer depuis 1848, alors que l\u2019Angleterre mit fin au protectionnisme, maigre concession commerciale que la colonie possédait pour l'écoulement de ses marchandises.Néanmoins, Dessaulles approuve cette décision, c\u2019est un pas dans la bonne direction du point de vue de l\u2019économie politique.Mais si l'Angleterre adopte un «système de libéralité le plus étendu possible envers les autres nations #», pourquoi se montre-t-elle si tyrannique envers ses colonies?Puisqu\u2019elle accorde la priorité à ses propres intérêts, n'est-ce pas une invitation à faire de même?D'autre part, grâce aux nouveaux échanges com- 26.Ibid., p.141.89 merciaux entre la France et l\u2019Angleterre, les relations et les intérêts communs sont resserrés, diminuant d'autant les chances de guerre.Soulignons que c\u2019est la deuxième fois que nous rencontrons cette idée que le commerce entre pays sert de modérateur à l\u2019action guerrière.Sa dénonciation du régime colonial terminée, Dessaulles entreprend une analyse comparée de différents secteurs économiques comme les chemins de fer, les banques, les compagnies d'assurances entre le Canada et certains états américains (New York, Massachusetts, Rhode Island, Vermont, Connecticut).Le tableau qu\u2019il dresse a l\u2019aide de chiffres, de statistiques, en tenant compte de facteurs comme la population, les voies de transport, etc., montre un écart considérable tout à l\u2019avantage des Etats-Unis.I| accorde une importance aux problèmes des voies d\u2019eau, du tonnage de la marine marchande, des revenus des canaux et de la construction navale.On s'aperçoit rapidement de la richesse américaine dans ce domaine, alors que le Canada traîne loin derrière dans le développement de ses propres «pouvoirs d\u2019eau» comme les forces motrices des rivières, le système des canaux et l'exploitation du St-Laurent.|| arrive au même constat pour ce qui regarde les valeurs des propriétés mobilières et immobilières; il est convaincu que l\u2019annexion engendrera une augmentation de la valeur de la propriété canadienne et que les terres se défricheront plus rapidement.Finalement, son étude révéle la suprématie des Etats-Unis, méme sur les pays d'Europe, pour ce qui est des investissements de capitaux, des obligations, des taux de l\u2019intérêt.Quelle chance pour les capitalistes, dira Dessaulles, de pouvoir investir aux Etats-Unis, ils y réalisent des bénéfices énormes.Le résultat global indique pour le Canada un degré d\u2019appauvrissement général; et pour comble les Canadiens doivent payer trois fois plus que les habitants de New York pour l\u2019administration gouvernementale.«Quoi! le régime colonial nous coûte, au point de vue gouvernemental, le double de ce que l\u2019indépendance nous coûtera; il nous écrase et nous nullifie au point de vue politique; il nous appauvrit au point de vue commercial, il ne nous offre aucune de ces garanties absolues, infaillibles, de sécurité civile, de bonne administration, d'économie publique, de libre arbitre politique, de prospérité générale, de développement moral et industriel, d\u2019importance nationale que nous sommes sûrs de trouver au sein de la liberté Américaine, et nous allons réfléchir, discuter, hésiter pendant des années, avant de nous hasarder à penser que, pour un peuple, l\u2019état colonial soit le pire état possible?!» En somme, Dessaulles a présenté un dossier impressionnant en faveur de l\u2019annexion dont les bénéfices immédiats pour le pays seraient le développement industriel, l'augmentation des activités commerciales avec des fournisseurs naturels, l\u2019accroissement de la valeur de la propriété, l\u2019ouverture des marchés pour les grains et les denrées.Mais l\u2019avantage le plus marquant pour le Canada serait l'égalité économique avec les plus puissantes nations de l\u2019Europe.Joseph Doutre souligne dans la préface que le colon canadien n\u2019a rien à perdre puisque l\u2019annexion c\u2019est la liberté indivi- 27.Ibid, p.114.91 Ent duelle et la prospérité sociale, sans parler de la liberté politique.I! y voit pour sa part «un mariage de convenance et d\u2019intérêts 28».Conclusion Selon la problématique énoncée plus haut, pouvons-nous conclure à l\u2019existence du libéralisme ou du moins à une pensée libérale structurée, nonobstant que la période étudiée soit relativement courte?Nous pensons que oui.Si d\u2019une part, on reconnaît que le libéralisme est essentiellement une doctrine de la liberté individuelle et de son organisation sociale et que d\u2019autre part, on s\u2019en réclame pour dénoncer et limiter l'arbitraire du pouvoir au nom de la souveraineté de l'individu concret, alors les discours des Canadiens français que nous avons examinés se rattachent au grand mouvement libéral.Le peuple, assujetti par les conquêtes, se voit déposséder de ses droits et de ses libertés, l\u2019Acte d\u2019Union ne fait que confirmer cette dépendance.Au nom du droit et de la justice, des individus regroupés dans une formation politique combattent les absolutismes de leur société.Pour mener ces luttes, ils recourent à la doctrine reconnue historiquement pour son opposition au pouvoir absolu \u2014 le libéralisme.Ce pouvoir se matérialise dans la société sous la forme autoritaire des modèles de l\u2019ordre.Le premier combat est dirigé contre l'impérialisme britannique, alors que le second, différent quant à son but, s'attaque à l\u2019absolutisme religieux de l\u2019Eglise de Rome.Dans les affronte- 28.!bid., p.VIII.92 ments pour l\u2019obtention du pouvoir, il s'agit d'abord d'\u2019écraser le système politique, qui leur dénie la souveraineté et s'avère incapable de défendre leurs intérêts.On souhaite le remplacer par un Etat de droit qui confirmera les droits et les libertés réclamés.Toutefois, les oppositions à l\u2019autoritarisme de l\u2019Eglise se déroulent à l\u2019arrière-plan du combat principal, car pour les libéraux il ne s'agit pas d\u2019annihilerl\u2019institution, mais bien de contester et de résister aux empiétements du pouvoir spirituel dans l\u2019ordre temporel.On désire abolir les droits politiques que les ecclésiastiques revendiquent et repousser l\u2019Eglise dans sa juridiction légitime.En somme, on questionne à la fois les systé- mes eux-mêmes et les pratiques abusives que l\u2019on retrouve dans la vie quotidienne.Aussi, les écrits libéraux font apparaître la signification des modèles autoritaires et leurs prétentions à un droit absolu, éternel, le plus souvent d\u2019origine divine, tout en poursuivant la dénonciation des abus.Nous ne reviendrons pas sur ces derniers, les textes présentés dans la première partie parlent d'eux-mêmes.Cependant, il importe de retenir que la dénonciation des pratiques abusives ne réussira que si on s'attaque au pouvoir, à l'Etat lui-même., On reproche souvent aux libéraux d\u2019utiliser l\u2019Etat et ses instruments ou d\u2019avoir recours à l\u2019Etat comme moyen de promotion et que cet usage s\u2019oppose a la tradition libérale.Certes, il est vrai que le libéralisme établit, exige I'Etat minimal, cependant dans sa phase d'implantation, il doit contester les pouvoirs absolus et les régimes totalitaires, s\u2019il veut les remplacer.On ne voit pas comment un regime potentiel pourrait éviter les confrontations 93 avec l\u2019État et ses institutions ou encore l\u2019ignorer simplement! Le libéralisme soutient comme doctrine que les tendances absolutistes du pouvoir contredisent le droit naturel, fondement du droit politique; il est impérieux de les remplacer par la souveraineté du peuple où l'Etat, limité par la loi, voit son rôle restreint de ce qu\u2019il était.Ainsi, lorsque les libéraux du Canada français dénoncent le «gouvernement dit responsable», c\u2019est la souveraineté britannique qui est visée et non l'institution administrative canadienne qui transmet au peuple les lois et les décisions venues d\u2019ailleurs.Se contenter de la scène locale permettrait difficilement la fondation d\u2019un Etat de droit qui est l\u2019innovation du libéralisme.Comme nous l\u2019avons dit plus tôt, les libéraux ont eu recours à la doctrine libérale pour s'opposer à latyrannie, ils l\u2019utilisent comme philosophie critique en quelque sorte.Mais il y a plus, le libéralisme leur donne un corps politique et doctrinal, un modèle d'action, des plans et des objectifs stratégiques; il leur fournit des armes théoriques et politiques.Elles servent non seulement comme base opérationnelle dans les rapports de force, mais aussi comme principe dans la compréhension et la représentation du monde.En opposant au modèle d\u2019autorité un modèle de liberté, les libéraux adoptent pour eux-mêmes et pour le peuple les prémisses de la liberté individuelle, de l\u2019indépendance souveraine, de l\u2019égalité, de l\u2019individualisme, de la propriété au nom du droit naturel.Cette configuration d\u2019éléments en relation les uns avec les autres visent la valorisation de l\u2019individu et de sa propriété.Or, à première vue au plan 94 théorique et conceptuel, la spécificité du libéralisme canadien-français n'apparaît pas.Dans l\u2019ensemble, nos auteurs parlent des mêmes choses, utilisent les mêmes formules, ont les mêmes arguments que les libéraux européens et américains.En ce sens les textes étudiés regorgent de thèmes libéraux.En somme, nos libéraux ne différent en rien des autres lorsqu\u2019ils parlent de la liberté ou encore du droit naturel.ls participent âàla réflexion qui vise soit à implanter le libéralisme, soit à le faire évoluer, dépendant du moment historique vécu par des sociétés occidentales.|| est entendu que le libéralisme ne se développe pas d\u2019une manière linéaire, certains pays sont plus avancés dans sa reconnaissance et son établissement que d\u2019autres; et cela en théorie et en pratique.C\u2019est pourquoi nos libéraux puisent à des sources éclectiques pour alimenter leur doctrine.On peut mentionner quelques grands textes du libéralisme comme le Bil/ des droits d'Angleterre en 1689, pour la France La déclaration des droits de l\u2019homme et du citoyen en 1789 et 1793 et La constitution des Etats-Unis en 1787.Nous avons dit que le discours libéral des Canadiens français est conforme au libéralisme théorique et que sa spécificité ne ressort pas facilement; par contre au plan pratique c\u2019est une autre histoire.Les auteurs ont vécu le libéralisme d'une façon particulière en raison des conditions et des contradictions imposées au pays.Certes, les libéraux ont milité et travaillé en faveur du libéralisme; ils Pont conceptualisé en espérant un jour le voir s'implanter.Cependant, ils n\u2019ont pas réussi à le concrétiser, à le faire vivre dans la réalité.C\u2019est dire qu\u2019il n\u2019a pas triomphé, et il faudra des années, 95 RES non pas pour qu'il soit dominant, mais simplement pour que des aspects de son programme soient reconnus et servent à des pratiques sociales.Nous pensons que le libéralisme canadien- français pour la période que nous avons étudiée est un libéralisme virtuel.Si on se réfère à une philosophie libérale, si on s\u2019en inspire, la pratique, la matérialité demeure en devenir.La réalité reste au niveau de la pensée, au niveau doctrinal, à titre de projet dans la transformation sociale.Cette incapacité à réaliser même le premier précepte, à savoir la liberté et l\u2019indépendance de l\u2019individu, s'explique par la nature du «contrat social» qui les interdit.D'autre part, les autorités civiles et religieuses exercent un contrôle absolu sur le pouvoir, les politiciens libéraux eux-mêmes n\u2019arrivent pas à faire progresser la cause du libéralisme.Ajoutons que les libéraux ne possèdent pas l\u2019organisation matérielle et leurs institutions sont toujours menacées par des lendemains incertains.Les maisons d'enseignement leur sont fermées, donc ils doivent recourir aux journaux, aux pamphlets, aux conférences publiques pour diffuser la bonne parole.Lorsqu\u2019on connait I'importance que les libéraux accordent à l\u2019éducation.\u2026., ils ne partent pas gagnants.Par ailleurs, le libéralisme des Canadiens français n\u2019a pas réussi à imposer son modèle d\u2019organisation de l\u2019homme et de la société; il n'arrive pas à rallier la majorité, alors il demeure impuissant à vaincre le modèle d'autorité et d\u2019ordre sanctifié par l\u2019Eglise pour le salut des âmes.À l\u2019épanouissement, à la laïcisation, à la tolérance, la majorité préfère l\u2019obéissance, le dogme et le silence. Qu\u2019en est-il de l\u2019individualisme propriétaire comme détermination spécifique du libéralisme?On se rappelle que l\u2019individualisme propriétaire signifie que l\u2019individu est propriétaire de lui-même, qu\u2019il est libre, qu\u2019il ne dépend pas de la volonté de l\u2019autre, qu\u2019il est indépendant.Nous retrouvons cette détermination dans les textes étudiés sous la notion de nature humaine qui engendre liberté et souveraineté pour l\u2019individu.Dès lors, si des concepts comme liberté individuelle, droit naturel, indépendance souveraine, l\u2019individu comme propriétaire de biens, se réfèrent à cette détermination, alors le libéralisme existe en théorie du moins.Sans doute les formules, les mots utilisés sont différents mais ils visent la même réalité; par exemple ce que Dessaulles appelle l\u2019indépendance individuelle contient les principales caractéristiques de l\u2019individualisme propriétaire.La liberté de l\u2019individu est l\u2019unité de référence qui permet la souveraineté collective.Or cette priorité de l\u2019individu sur la société est bien dans la tradition libérale.De plus le fondement du collectif est dans l\u2019individu concret, mais l\u2019autonomie individuelle n\u2019est possible qu'avec la souveraineté des citoyens.«Le droit individuel à l\u2019autonomie exige la souveraineté des citoyens» Or cette souveraineté collective n\u2019existe pas, ce qui compromet encore une fois l\u2019actualisation du libéralisme.En ce qui concerne la catégorie de la propriété productive et reproductive, posée par Vachet pour certifier le libéralisme, nous pensons qu\u2019on la retrouve dans la pensée libérale d\u2019ici.Lorsque les 29.S.Dion, «Libéralisme et démocratie: plaidoyer pour l'idéologie dominante», dans «Démocratie et libéralisme», Politique 9, Montréal, Revue de la Société québécoise de science politique, 1986, p.17.97 libéraux se scandalisent des injustices et des inégalités dans les échanges économiques, toujours en faveur de l\u2019Angleterre, ils pensent la propriété dans les termes capitalistes de production et de reproduction.Il en est de même lorsqu\u2019ils discutent et exigent l'indépendance du pays et son annexion.Evidemment les débats sur l\u2019annexion ont entraîné de nombreuses polémiques autant politiques qu'économiques sur les avantages de joindre les Américains.De plus, contrairement à ce que l\u2019on pourrait penser, cette idée d\u2019annexion dura plusieurs décennies, on la retrouve même après la Confédération.Dessaulles, pour un, n\u2019a pas abandonné cette thèse.|| écrit le 7 février 1870% au Général Schurz, un Américain qui lui demandait quels étaient les sentiments du peuple canadien en faveur de I\u2019'annexion: «Well 31| can tell you truly, and | know that | am right, that feeling is universal, but we are not yet, in my opinion, up to that point where it would be safe to start some public manifestations of that feeling.Of course some manifestations could be had, but they could not be, at the present moment, as general or imposing as they would be in a very few months were some proper means taken at once to awaken public opinion, which is still too much under the control of the governing party and of its powerful allies, the clergies of almost all denominations.» Il poursuit en rappelant que la lutte dure depuis 25 ans, aussi les forces sont-elles démobilisées; de plus le parti libéral est faible depuis la derniére élection et ne possède pas les finances nécessai- 30.Archives Nationales du Québec, A.P.G.60, L.A.Dessaulles, Penn Letter Book, p.130.31.Cette citation reproduit l\u2019orthographe de Dessaulles.98 res permettant de relancer le mouvement.Toutefois on pourrait réanimer l\u2019idée d\u2019annexion dans un délai assez court, 6 mois environ, le temps de créer des journaux libéraux sur l\u2019ensemble du territoire de la province; la somme nécessaire est de $ 50 000.Dessaulles pense sincèrement que l\u2019idée peut triompher.«.We sea clearly that the people are now ready to adopt the idea of annexation provided it is presented to them in proper shape.» Plus loin dans sa lettre il ajoute: «.The annexation of this country is a mere question of money and skilful management.» D'autre part, le commerce, l\u2019industrie et «les affaires» sont tributaires de lois et de structures dictées par l\u2019Angleterre et il existe au sud un puissant voisin en pleine expansion économique.Aussi les commerçants, les marchands prospères n\u2019avaient aucun intérêt à se lancer dans des discours théoriques sur le libre-échange, les marchés, etc, et compromettre ainsi des conditions qui leur étaient favorables.La nécessité les oblige à travailler à l\u2019intérieur d\u2019un cadre défini par d\u2019autres, sinon ils étaient éliminés.Mais c\u2019est une erreur de croire que la réalité économique, le commerce, etc, étaient exclusivement entre les mains des anglophones; de même il faut refuser cette idée que le pays produit des libéraux politiques, mais que ceux-ci ne seraient pas de «vrais libéraux», puisque la dimension économique est absente de leurs réflexions.Au sujet de la «problématique démocratique», nous pensons que plusieurs éléments rencontrés appartiennent effectivement au régime démocratique.Cependant, cette problématique n\u2019est pas 99 suffisante pour recouvrir toute la réalité décrite.Bien sûr les libéraux veulent le régime démocratique et ils l\u2019'entendaient comme la théorie l\u2019enseigne: \u2014 exercice du pouvoir par le peuple (direct ou par délégation), suffrage universel, égalité des citoyens, etc.Toutefois, elle demeure une aspiration politique parmi d'autres, car les libéraux discutent de la démocratie à l\u2019intérieur du schème libéral.Les libéraux veulent plus que la démocratie, ils veulent une nouvelle société, non pas seulement que le régime politique existant soit plus démocratique.Puisque les grands débats sur le projet libéral de société viendront plus tard (raison et foi \u2014 droit naturel et droit divin) soit entre 1858 et 1875, il serait intéressant de les voir dans cette perspective afin de mieux préciser le problème.On peut dire ceci, les pouvoirs absolus de l\u2019Europe, par exemple, ont combattu durant tout le XIXe siècle, les thèses libérales et l\u2019enjeu dépassait la seule question de la démocratie.En résumé, il est entendu qu\u2019au plan théorique, le libéralisme est utopique, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un modèle abstrait et intemporel, mais nous pensons que le modèle libéral canadien, dans son aspect conceptuel, se réfère à l\u2019idéal, au même titre que les autres.Sans doute son application pratique viendra beaucoup plus tard et la progression sera lente par rapport à l\u2019Europe et aux Etats-Unis.Bref, nos libéraux ne créent rien de neuf, mais ils essaient de développer un libéralisme authentique, le manque d'originalité ne veut pas nécessairement dire absence.En terminant, si la reconnaissance du libéralisme n\u2019est possible que dans l\u2019actualisation réelle 100 de la personne libre (propriétaire de lui-même et de ses biens), dans une organisation sociale où le gouvernement garantit ces libertés, alors il n'y a pas de libéralisme au Canada, mais il n'y en a pas en France non plus, et celui de l\u2019Angleterre devient drôlement suspect.Reste celui des Etats-Unis.Celui de Jefferson ou celui de Hamilton?ih 101 re s + 5 = = st Cre dea aon ian 2022 cu ss ec 3 fa.pe = = or SR IR ps pe Ce es Sets 2 us ud BES rT: pes go id en gon ait IR pic so _\u2014 EE A = Cpe ar code mr xy 2 3 Se a 2 Be Ry eue ec a pee EX Fae EX te cars Ress ae ARs Pesage a = acces ia 2 cr Bs \u2014 \u2014\u2014\u2014 em \u2014 \u2014 I: Une trace allemande insoupçonnée au coeur de notre XIX siecle* Danielle Leclerc Etudiante en philosophie à l'UQAM Ht * Je tiens à remercier Marc Chabot et Sylvie Chaput pour la re-lecture de mon texte. L.-A.DESSAULLES 2 22 & = A ova a gs, PSE GE $ ie Se se 3 on se ose ms es ns a Co = ie VE A se = S = ee = 5 i = RS ; 2 5 GE 25d os a se 2 i Ge Ne Ce Li Yo we Zs 2 a 5 = i RE % e = $ 4 à 2 Se \u201c i AoE (2% ce = A A A \u2019 a mon INI = pe PE SP en a= De ES ar as STi C3 PEO gts sis ee, ae Pongo Er A RE Ps py por ES Tr aly oy LE oo A ma =.EN Saal rey Pas J.ry J as a = = = re = x pepe Re = ENN SoA pr x Ty pada = £5 ty = me Pa ttes es es ER aid 2a ete os pana ee = ps = BOS in 27 = Se a Ne = TR Ser 2 Es TOUS II Try pe, In >; INL phat, + eT za *.== ë = = se = TE = ES A = = ss ey Ty a = 5 = frre > sais ES Re + Se pourrait-il que Louis-Antoine Dessaulles, dernier seigneur de Saint-Hyacinthe et libéral du XIXe siècle, ait été influencé par le philosophe allemand Hegel?Un passage dans lequel il parle de l\u2019évolution des races, par exemple, nous amène à le supposer.Rien pour l\u2019instant ne nous indique que Dessaulles lisait l'allemand, et Hegel n\u2019était pas encore traduit en français à l\u2019époque.Peut-être Dessaulles le connaissait-il par l\u2019intermédiaire des écrits de Victor Cousin, philosophe et politicien français, fidèle lecteur et ami de Hegel?Indépendamment de la façon dont le contact s\u2019est peut-être fait, il est fructueux de se pencher sur les rapports théoriques entre ces deux penseurs.Nous tentons une première exploration de la question, dans l\u2019espoir que d\u2019autres la poursuivront.C\u2019est là pour nous une manière de démystifier notre héritage, qui n\u2019est pas que thomiste, et de savoir qui étaient nos ancêtres.Les connaître vraiment nous rendra notre vraie identité.Un trou noir est derrière nous, tâchons d\u2019en extirper les secrets. FP INE Sans avoir la certitude que Dessaulles ait lu l\u2019œuvre de Hegel, nous pouvons tout de même croire qu\u2019il connaissait ses livres.Ainsi, dans son Discours sur l\u2019Institut-Canadien, il prend la défense des livres présumés immoraux qui garnissaient les rayons de l\u2019Institut en répondant aux détracteurs que «des œuvres philosophiques de Cousin, de Jouffroy, de Hegel, de La Mennais*, de Locke, de Jules Simon [.] ne se trouvent pas dans la bibliothéque de I'lInstitut! IIs sont tous dans celle du Parlement.De plus, dans ce même Discours, Dessaulles nous révèle ce qu\u2019il pense des œuvres philosophiques contemporaines.«Supposons qu\u2019il s\u2019agisse de l'étude de la philosophie.Peut-on l\u2019étudier avec fruit sans lire quelques-uns des ouvrages modernes?Peut-on laisser de côté Royer-Collard, Dugald-Stewart, Jouffroy, Cousin et quelques-uns des philosophes allemands?Ce serait une assez singulière manière d\u2019étudier une branche quelconque de sciences humaines que de laisser de côté un aussi grand nombre de ceux qui l\u2019ont le plus approfondie3.» 1.Lamennais fut le maître à penser de Dessaulles et il est intéressant de noter que Hegel le cite avec respect dans une annotation en bas de page dans son livre La raison dans l\u2019histoire, en disant: «Avec éloquence et autorité l'abbé Lamennais a mis au nombre des critères de la vraie religion qu\u2019elle doit être universelle, c\u2019est-à-dire catholique, et la plus ancienne, et en France la Congrégation a travaillé avec zèle et application à ce que de telles affirmations ne soient plus traitées comme autrefois de tirades du haut de la chaire et d\u2019affirmations d\u2019autorité» (G.W.F.Hegel La raison dans l\u2019histoire, Paris, U.G.E.1965, p.189).2.Louis-Antoine Dessaulles, Discours sur l\u2019Institut-Canadien, 28 janvier 1862, p.19.3.Ibid., p.10. D\u2019autre part, Isaac Stanislas Lesieur Désaul- niers, cure, philosophe et ami de Dessaulles jusqu\u2019en 1847-1848 environ, critique, dans un texte consacré à sa rencontre avec l\u2019œuvre de saint Thomas d\u2019Aquin, toutes les autres philosophies, sans ménager la philosophie allemande.Le curé philosophe écrit: «En donnant à la science philosophique un but qu\u2019elle n'avait pas eu jusqu'alors, la méthode cartésienne a ouvert un abime sans fond où l\u2019esprit a développé les pires erreurs telles que le matérialisme et l\u2019organicisme ou encore le subjectivisme des panthéistes allemands: Fichte, Schelling, Hegel, et le rationalisme.(.) Descartes pourrait être trop, et j'aime à le croire, trop chrétien pour déduire toutes les conséquences de ces principes, (qu\u2019il ne voyait pas lui-même), mais ses disciples à l\u2019œuvre n\u2019ont pas reculé comme nous I\u2019avons vu.N.Malebranche, I\u2019Ontologiste Berkeley, I'ldéaliste Spinoza, le Pantheisme, et puis la philosophie Allemande, puis enfin l\u2019Eclectisme français*.» Ces extraits convainquent immédiatement qu'il y avait une certaine connaissance de la philosophie hégélienne et allemande dans notre milieu philosophique d'alors.Mais qu\u2019en était-il précisément de la relation Dessaulles-Hegel?Dans un premier temps, nous comparerons la notion du travail chez nos deux auteurs, ce qui nous amènera à parler de leurs notions respectives de Providence et de liberté.La liberté étant pour eux la condition nécessaire du progrès, nous ver- 4.André Vidricaire et autres, coll.Recherches et théories, n° 29, Figures de la philosophie québécoise après les troubles de 1837, Montréal, UQAM, 1985, p.454. rons ensuite comment ils conçoivent le progrès.Nous terminerons par les notions d'origine et d'évolution des races afin de voir s'il n'y a pas une correspondance entre Dessaulles, Lamarck et Etienne Geoffroi Saint-Hilaire®.Pourquoi cette interrogation?Parce qu'on accuse Dessaulles d\u2019être lamarckien en ce qui concerne sa notion d'évolution des races et que pour s\u2019en défendre, il prétend s\u2019être inspiré de Saint-Hilaire.Or, comme nous pourrons le constater grâce à quelques extraits, sa pensée sur ce point n\u2019est en fait ni celle de Lamarck, ni celle de Saint-Hilaire, mais celle de Hegel.Le travail, la providence et la liberté Dans son Discours sur l'Institut-canadien en 1862, Louis-Antoine Dessaulles nous explique que «la devise qu\u2019ils (200 jeunes gens) adoptèrent prouve qu\u2019ils comprirent parfaitement le principe fondamental de l\u2019existence de l'homme en société.Le travail triomphe de tout! Se dirent-ils.En effet, quel que soit son état social et sa position de fortune, l'homme ne peut se suffire à lui-même, ni porter la vie avec satisfaction, sans un travail quelconque qui le rende au moins utile à autrui, utile à son pays, s\u2019il n\u2019est pas nécessaire à sa propre exis- 5, «Naturaliste francais (1772-1844).II formula le principe des connexions, c\u2019est-à-dire de la situation topographique constante des organes.[.] Il est le premier à avoir souligné l'importance des organes rudimentaires et la possibilité d'utiliser l\u2019embryogénie pour étudier l\u2019anatomie.Défenseur d\u2019un transformisme hérité de Lamarck, il tenta, à partir de nombreuses expériences sur des embryons de poulet, d\u2019induire des modifications héréditaires; il obtint dans certains cas des monstruosités et peut donc être considéré comme l\u2019initiateur de la tératologie.» (A/pha encyclopédie, tome 7, Editions tout connai- tre Inc., Montréal, 1970, p.2826). tence.Le travail est la condition de l'homme quel qu\u2019il soit.Il faut que socialement, moralement ou industriellement, il produise quelque chose, sous peine d\u2019inutilité et conséquemment de déchéance personnelle®».Cette citation nous dévoile que Dessaulles est conscient de l'importance du travail pour les gens.En disant que le travail est la condition fondamentale de l\u2019existence humaine, il affirme que sans lui l\u2019être humain ne serait pas vraiment homme.De même, poser que l'homme, s\u2019il ne produisait rien, serait voué à la déchéance, revient à dire qu\u2019il se fait par une production, quelle qu\u2019elle soit.Le travail pour Dessaulles est donc d\u2019une importance capitale; voyons maintenant, en nous servant au besoin des spécialistes, ce que dit Hegel.Dans sa dialectique du maître et de l\u2019esclave, Hegel nous expose sa pensée dans les termes suivants: «Si la crainte du maître est le commencement de la sagesse, en cela la conscience est bien pour elle-même, mais elle n\u2019est pas encore l\u2019être- pour-soi; mais c\u2019est par la médiation du travail (de l\u2019esclave) qu\u2019elle vient à soi-même.[.] Cet être- pour-soi (l\u2019esclave), dans le travail, s\u2019extériorise lui- même et passe dans l\u2019élément de la permanence; la conscience travaillante en vient ainsi à l\u2019intuition de l\u2019être indépendant, comme intuition de soi- même /.» 6.Louis-Antoine Dessaulles, op.cit, p.3-4.7.G.W.F., Hegel, La phénoménologie de l\u2019esprit, tome 1, Paris, Éditions Montaigne, 1941, p.164-165.Ajoutons deux éléments complémentaires.Kostas Papaioannou dans son introduction à la Raison 109 La notion de travail chez Dessaulles et Hegel n\u2019est pas identique: il y a différence dans la profondeur du raisonnement.Ainsi, pour le philosophe allemand, l\u2019homme singulier avec son travail singulier accomplit un travail universel sans en avoir conscience.De cette manière, le travail universel devient son propre objet, ce dont l'individu est conscient; le tout devient son œuvre et il est fait lui- même à partir de ce tout.Dessaulles ne va pas aussi loin.Certes, l\u2019homme crée son pour-soi par son travail et trouve la satisfaction de ses besoins grâce au travail des autres, mais Dessaulles ne va pas penser l\u2019œuvre comme un universel créant l\u2019être humain.Avant d'aborder la notion de progrès et afin d\u2019éviter toute confusion, nous devons préciser l\u2019acception du terme de Providence d\u2019abord chez Des- saulles puis chez Hegel.Pour Dessaulles, l\u2019utilisation du mot Providence tire son origine de la pensée chrétienne et implique la vision d\u2019un Dieu transcendant.En conséquence, cette Providence est la main de Dieu dirigeant ses enfants vers le but final que Lui seul dans l\u2019histoire, nous mentionne que pour Hegel «la première définition de l\u2019homme c\u2019est qu\u2019il est essentiellement travailleur et technicien» (G.W.F., Hegel La Raison dans l\u2019histoire, Paris, Union Générale d\u2019Editions, 1965, p.12).D'autre part, Jean Hyppolite nous explique dans son livre Genèse et structure de la philosophie de l\u2019esprit de Hegel, que «c\u2019est par le travail que se transforme la servitude en mai- trise [.].!! [esclave] ne pouvait que transformer le monde et le rendre ainsi adéquat au désir humain.Mais précisément, dans cette opération qui paraît inessentielle, l\u2019esclave devient capable de donner à son être-pour-soi; non seulement, en formant les choses, l\u2019esclave se forme lui-même, mais encore il imprime cette forme qui est celle de la conscience de soi dans l'être, et ce qu\u2019il trouve ainsi dans son œuvre c'est lui-même» (Jean Hyppolite, Genèse et Structure de la philosophie de l'esprit de Hegel, tome |, Paris, Gallimard, 1946, p.169-170).110 connaît.Dans son Discours sur l'Institut- Canadien, Dessaulles énonce que l'Institut «fut formé dans un but d\u2019étude, de travail associé, de perfectionnement intellectuel et de progrès moral.(.\u2026) Le travail, c\u2019est le moyen, mais le progrès, c'est le but! Or le progrès est indéfini, lent peut-être quelquefois, mais irrésistible comme le temps.Quelque progrès que nous réalisions, soit au point de vue social, soit au point de vue individuel, nous devons toujours nous écrier: Altius tendimus (nous tendons plus haut); car c\u2019est là le mot essentiel soufflé par la Providence à l\u2019oreille de l\u2019humanité quand elle lui a donné le monde pour empires.» Par contre, Hegel ne conçoit pas la transcendance: tout est une question d\u2019immanence.La Raison est immanente et n\u2019a pas de projet prédéterminé: elle se développe à la manière d\u2019un embryon à mesure qu'elle progresse.Ainsi, Hegel favorise la notion de destin plutôt que celle de Providence.La destinée est celle de l\u2019Absolu.Cette quête du savoir absolu est la vérité de toute l\u2019histoire humaine.Il écrit, dans un passage visant à introduire son concept de Raison dans l\u2019histoire: «La Raison gouverne et a gouverné le monde, peut donc s\u2019énoncer sous une forme religieuse et signifier que la Providence divine domine le monde°.» Cependant, il conclut: «Lorsqu'on dit de la Raison qu\u2019elle règne sur le monde, on la réduit à un mot aussi vague que la Providence \"°.» 8.Louis-Antoine Dessaulles, op.cit., p.4.9.G.W.F.Hegel, La raison dans l\u2019histoire, op.cit, p.60.10./bid., p.69. Abordons maintenant la notion de liberté par le truchement de la devise inscrite sur la bannière de l\u2019Institut-Canadien: «Travail et Progrès! tolérance et liberté de penser''.» Bien sûr, une devise n\u2019est pas une pensée, mais Dessaulles s\u2019approprie cette devise pour alimenter son discours quand il dit par exemple que «le travail, c\u2019est le moyen, mais le progrès, c\u2019est le but'\u2018» et aussi quand il lance: «Nous a t-on vus faire de la persécution contre autrui?Notre code n\u2019est-il pas: tolérance envers les autres ¥?» Et encore, dans cet autre passage qui parle non seulement de tolérance mais de liberté de penser: «Que tout en évitant soigneusement d\u2019empiéter jamais sur le domaine de qui que ce soit, nous savons néanmoins défendre l\u2019intégrité du nôtre: Qu\u2019il y a une section importante de la population de cette ville qui tient à faire triompher l'esprit de tolérance, la liberté de penser, d'étudier, de discuter et de s\u2019instruire; et qui veut conserver un asile à l\u2019inviolabilité de la raison humaine '\u201c[.] » D'ailleurs, son discours se termine par cette tirade fort à propos: «Qu\u2019enfin l\u2019idée grande et féconde qui a présidé à la fondation de l\u2019Institut reste tout à la fois notre guide et notre but; et gu\u2019aujourd\u2019hui comme il y a dix-huit ans, forts de nos convictions et de nos principes, de notre union et de notre succès, nous pouvons continuer d\u2019inscrire sur la bannière de l\u2019Institut-Canadien cette devise qui a fait sa force: Travail et Progrès! Tolé- 11.Louis-Antoine, Dessaulles, op.cit., p.21.12.Ibid., p.4.13./bid., p.17.14.Louis-Antoine Dessaulles, op.cit, p.21.112 rance et liberté de penser\u201c! » Cette devise permet à Dessaulles de mettre en place toutes ses notions importantes.Il s\u2019en sert avec joie, là où il faut.C\u2019est avec passion qu\u2019il s\u2019exclame, en parlant des réactionnaires: «Voyez-les, ces Pharisiens du siècle, toujours disposés à faire la nuit sur le genre humain, regarder la science comme une hérésie, la civilisation comme un danger, le progres comme un malheur, [.] et crier Anathéme sur toutes les libertés; la liberté politique, la liberté de conscience, et même la liberté civile 6.» Pour Hegel aussi la liberté est une notion importante, car il nous dit qu\u2019«une des propriétés de l\u2019Esprit est la liberté » et que «le meilleur Etat est celui dans lequel règne le plus de liberté '#.» La liberté étant ce qui conduit au progrès, nous pouvons croire que Dessaulles et Hegel vouent un culte à celui-ci.C\u2019est ce qui nous amène encore à chercher leurs ressemblances.Le progrès L'article intitulé «M.Dessaulles en face de ses calomniateurs», paru dans Le Pays du 14 novembre 1863, est un texte que, d\u2019après les spécialistes, nous pouvons attribuer a Dessaulles.Il s\u2019agit en fait d\u2019un écrit à propos de la notion de progrès chez Dessaulles impliquant les critiques de ses détracteurs et de ses défenseurs.15./bid., p.21.16./bid., p.10-11.17.G.W.F.Hegel, La raison dans l\u2019histoire, op.cit., p.75.18./bid., p.169. Dessaulles y définit le progrès comme étant «le perfectionnement social, c\u2019est la civilisation améliorant le monde, c\u2019est la vie de la raison collective du genre humain, exactement comme le développement physique est la vie de l\u2019individu °.» De son côté, Hegel énonce que «la définition générale du progrès est que celui-ci constitue une succession d'étapes (Stufenfolge) de la conscience.L'homme commence par être un enfant avec une conscience obscure du monde et de lui- même.Nous savons qu\u2019en partant de cette conscience empirique, il doit parcourir plusieurs étapes avant d'arriver au savoir de ce qu\u2019il est en soi et pour soi.L\u2019enfant commence par la perception sensible; en partant de là, l\u2019homme passe à l\u2019étape de la représentation générale, puis à celle de la conception rationnelle et parvient enfin à connaître l\u2019âme des choses, leur véritable nature.[.] Une autre étape est celle de l\u2019adolescence; son signe distinctif est que l\u2019homme cherche en lui-même son indépendance, qu\u2019il s'appuie sur lui-même et apprend que ce qui est juste et éthique (sittlich), que ce qu'il doit essentiellement faire et accomplir, existe dans sa conscience@[.]».Pour nos deux philosophes, la raison ne peut que progresser.Quand Hegel dit que le progrès consiste en une succession d\u2019étapes de la conscience et qu\u2019il explique cette progression métaphoriquement en prenant l\u2019exemple du développement de l\u2019être humain à partir de l\u2019enfance, on ne peut que constater la similitude avec l\u2019explication 19.André Vidricaire et autres, op.cit., p.371.20.G.W.F.Hegel, La raison dans l\u2019histoire, op.cit, p.183-184.114 de Dessaulles sur le progrès.Dessaulles, dans un langage plus simple, affirme que le progrès c'est la vie de la raison collective et que cette raison évolue comme le corps humain se développe.Bien sûr Dessaulles n\u2019a pas le verbe de Hegel, mais il s\u2019adresse à la masse, au non-érudit et doit parler dans un langage familier.De plus, il n\u2019a pas reçu la même éducation que Hegel.Ils sont dans des contextes différents.En Allemagne, la philosophie officielle est celle de Hegel tandis qu\u2019au Québec on le traite de vulgaire panthéiste.L'Eglise jette son œil de tigre sur tout ce qui pense et quand les propos ne correspondent pas à son idéal, sa pupille se dilate et elle rugit.Dessaulles freine donc ses élans par crainte des représailles ou encore, son éducation étant surtout basée sur la religion, il ne conserve de la théorie hégélienne que certains aspects.Dessaulles dit en outre que «le progrès, est la manifestation immédiate de la raison humaine appliquée à l\u2019amélioration de la condition générale et l\u2019humanité.Orle progrès étant le résultat de l\u2019action continue de la raison humaine sur les moyens de développement moral et physique que la Providence a départie a I\u2019humanité, il suit de là que le progrès est la condition fondamentale de l\u2019existence des sociétés».Hegel, de son côté, nous 21.Pour résumer l\u2019idée de Hegel, nous dirons que «l'adolescence de l\u2019Esprit (.)» correspond au monde grec et l\u2019âge viril au monde romain.La Raison dans l\u2019histoire, op.cit., p.185-186.Ici encore, nous pouvons constater les mêmes idées chez Dessaulles dans une interprétation modulée que voici: «La législation romaine a été une amélioration, ee un progrès, sur la législation grecque» (Le Pays, 7 mai 22.André Vidricaire, et autres.op.cit., p.370.115 révèle que «le rationnel est ce qui existe de soi et pour-soi, ce dont provient tout ce qui a une valeur.|! se donne des formes différentes; mais sa nature, qui est d\u2019être but, se manifeste et s\u2019explicite avec le plus de clarté dans ces figures multiformes que nous nommons les Peuples», ci encore, nos deux philosophes expliquent que la raison est tournée vers un but.Pour Dessaul- les, il s'agit de l'amélioration de la condition générale de l'humanité, progrès qui est la condition fondamentale de l\u2019existence des sociétés.Pour Hegel, la destinée est celle de l\u2019Absolu et se manifeste dans les Peuples.Dans les deux cas, c\u2019est la quête de la perfection que seules les sociétés (peuples) peuvent mettre en marche car, pour Hegel comme pour Dessaulles, la raison se réalise comme esprit à travers les raisons individuelles.Ce progrès réalisé par les raisons humaines nous amène à réfléchir sur la notion de l\u2019évolution des races.L\u2019origine et l\u2019évolution des races En ce qui concerne l\u2019origine de la race humaine, Dessaulles nous dit: «On serait tenté de croire que quelques races nègres soient comme une transition des grandes espèces de singes à l'humanité.Tant par leur conformation physique, que par leur infériorité morale, ces races, n\u2019était le fait qu\u2019elles sont douées de raisons, paraîtraient plus voisine du singe que de l\u2019homme civilisé.Mais ce qui est incontestable, c\u2019est qu\u2019à partir des races nègres les plus inférieures par leur conformation 23.G.W.F.Hegel, La raison dans l\u2019histoire, op.cit, p.48.116 RERO ETS physique et les plus dégradées conséquemment dans l\u2019échelle de l'humanité, il existe plusieurs degrés différents pour arriver jusqu\u2019à la race à laquelle nous appartenons?.» Evidemment, nous croyons raciste l\u2019idée que les races noires forment le chaînon manquant, mais Dessaulles parle de l\u2019origine en termes hégéliens, ce qui ne l'empêche pas de croire profondément à une égalité native.Pour lui comme pour Hegel d\u2019ailleurs, l\u2019un n\u2019empêche pas l\u2019autre: tous deux pensent que les premiers êtres humains étaient de race noire et, qui dit premier, dit second, gradation qui implique nécessairement une évolution donc un progres.Un extrait de Hegel nous montre encore une fois le jeu de miroirs entre la philosophie de Des- saulles et celle de Hegel, et toujours dans une écriture plus élégante: «L\u2019homme en tant qu\u2019homme s'oppose à la nature et c\u2019est ainsi qu\u2019il devient homme.Mais, en tant qu\u2019il se distingue seulement de la nature, il n\u2019en est qu\u2019au premier stade, et est dominé par les passions.[.] Le nègre représente l\u2019homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline.» Voyons maintenant s\u2019il y a autant de similitude entre leurs conceptions de l\u2019évolution des races.Dessaulles nous dit que les races dites dégradées «n\u2019ont pas reçu la force d'intelligence nécessaire pour s\u2019élever jusqu\u2019aux races supérieures.(Selon lui) il y aurait donc des degrés dans les races humaines comme dans les espèces animales.Chez chaque race, il semble y avoir une limite 24.André Vidricaire et autres, op.cit, p.376.25.G.W.F.Hegel, La raison dans l\u2019histoire, op.cit., p.251.117 qu'elle n\u2019est pas appelée à dépasser.Toutes néanmoins sont perfectibles, mais elles ne le sont sûrement pas toutes au même degré.Le Niam-Niam est inférieur à l'habitant de la Nouvelle-Guinée: le Gui- néen est inférieur au Hottentot; le Hottentot est inférieur au Caffre; le Caffre est inférieur à l\u2019Ethio- pien; celui-ci est inférieur à l\u2019Egyptien; celui-ci l\u2019est au Malai; le Malai est inférieur au Chinois; celui-ci l\u2019est au Thibétain, et enfin le Thibétain est inférieur au Teuton ou au Celte, souches de la race arrivée aujourd\u2019hui au plus haut degré de civilisation.Les races primitives du continent américain offraient des différences génériques et une gradation analogue ?».De son côté, Hegel raconte qu\u2019après le nègre, est apparue une race lui étant supérieure: l\u2019Asiatique.Chez «le nègre, explique-t-il, la volonté naturelle singulière n\u2019est pas encore niée, et pourtant c'est seulement de cette négation que dérive la conscience de l\u2019être en soi et pour soi.Cette conscience s'entrouve dans le monde oriental».| poursuit en disant que «l\u2019Asie est, par excellence, le continent du commencement [.] c\u2019est là qu\u2019est apparue la lumière de l\u2019esprit, la conscience d\u2019un élément universel, et par là même, l\u2019histoire du monde.[.] Ce qui lui est surtout particulier est son rapport avec l\u2019Europe.Tout ce qui s\u2019y est produit, ce pays ne l\u2019a pas gardé pour lui, mais l\u2019a transmis en Europe.Des principes y virent le jour, dont le processus de formation et de perfectionnement n\u2019eut pas lieu sur place, mais seulement en Europe.Ce pays nous représente la genèse de tous 26.André Vidricaire et autres, op.cit., p.376-377.27.G.W.F.Hegel, La raison dans l\u2019histoire, op.cit, p.269.118 Rei RR.les principes religieux et politiques, mais ce n'est qu'en Europe qu\u2019ils se développèrent 8».L'évolution des races chez Dessaulles est sans l\u2019ombre d\u2019un doute une autre notion hégé- Ë lienne.L\u2018énumération des grades diffère mais sa E notion procède du même principe.L'évolution i étant un progrès, Dessaulles conclut que le fait de «dire que le progrès n\u2019est pas la loi fondamentale de l'humanité c\u2019est dire que l'amélioration morale, k le perfectionnement rationnel ne sont pas la fin ÿ obligée, nécessaire, de l'individu».«La société, E.dit-il encore, doit être progressive parce que la rai- E son humaine doit se révéler activement d'une A manière ou d\u2019une autre, doit avoir un moyen quel- É conque de manifestation actuelle, évidente.Or B cette manifestation, cette révélation voulue, inévi- E table de son existence, la raison la donne par le perfectionnement graduel, continu, de l'espèce et de l\u2019individu tout ensemble qui lui est dG.» Du progrès qu\u2019engendre l\u2019évolution des races, Hegel nous dit que «dans l'existence, la succession apparaît comme une progression de l\u2019imparfait vers le plus parfait, et l\u2019imparfait ne doit pas être saisi abstraitement comme seulement impar- i fait, mais comme ce qui contient également en soi, comme germe et comme tendance (trieb), le contraire de soi-même, à savoir ce qu\u2019on nomme le parfait».|| pose également que «la détermination Ei qui apparaît chez l\u2019homme, est une véritable apti- Er; 28.Ibid., p.269-275.E 29.André Vidricaire et autres, op.cit., p.371.ji 30./bid., p.371.31.G.W.F.Hegel, La raison dans l\u2019histoire, op.cit., p.186-187.1 | 119 4 tude au changement et plus précisément, comme il a été dit, une aptitude de devenir meilleur, plus parfait, une impulsion vers la perfectibilité ».En ce temps, la notion de l\u2019évolution des races suscite un vif débat parmi les Québécois.Dessaul- les se fait traiter de lamarckien et riposte que sa «lecture» sur le progrès, prononcée à l\u2019Institut canadien le 22 février 1858 était conçue à partir du «système de Geoffroy Saint-Hilaire\u201c».II est douteux que sa théorie soit tirée de celle de Saint- Hilaire, puisque cette dernière n\u2019est pas directement axée sur l\u2019évolution de la race humaine, mais plutôt «sur l'hérédité de l\u2019acquis et sur une action directe du milieu au cours du développement des animaux 3.Lamarck a aussi travaillé sur la question de l'évolution mais n\u2019a pas parlé non plus du progrès des races humaines.Quand Dessaulles écrit sur l'évolution de la nature et des animaux, nous pourrions tenter un rapprochement avec ces naturalistes, mais non lorsqu\u2019il parle de l\u2019évolution de l\u2019être humain.Par ailleurs, le prêtre érudit Désaulnier, dans sa série d'articles du séminaire de St-Hyacinthe, du mois d\u2019avril 1867, fait une critique de la conférence que Dessaulles a prononcée cinq ans plus tôt sur le progrès et essaie de faire la lumière sur cette épineuse notion.L'enjeu est très important puisque cette idée n\u2019est pas tombée dans l\u2019oubli 32.Ibid, p.177.33.André Vidricaire et autres, op.cit, p.186-187.34.Encyclopaedia Universalis, vol.9, Paris, Éditions Encyclopaedia Universalis France, 1968, p.752. après toutes ces années.«J\u2019entre donc en matière, nous dit Désaulniers, et je vais donner, en toute franchise et en toute liberté, ma pensée sur la valeur de cette lecture autant que je puis en juger, du moins, par les extraits présentés dans le temps comme pièces justificatives.» Après avoir fait part de son projet, il nous explique: «Lamarck prétend, dans sa théorie sur l\u2019organisation des corps vivants, que les espèces inférieures, soit végétales, soit animales, se transforment, selon les circonstances, en espèces supérieures: c\u2019est là précisément le système du progrès dont ce savant est à juste titre regardé comme le père.D\u2019après Lamarck, le singe, type le plus rapproché de l'homme, devient, selon les circonstances, un individu de l\u2019espèce humaine.L'auteur de ce système prétend même prouver que la faculté intellectuelle de l\u2019homme ne diffère de l\u2019instinct du singe que du plus au moins: ce qui veut dire que les facultés de connaître, dans l\u2019un et l'autre, ne sont pas essentiellement différentes \u201c.» Il ajoute ensuite: «M.Etienne Geoffroi Saint-Hilaire, tout comme de Lamarck, nie aussi l\u2019immutabilité des espèces: c\u2019est même lui qui, le premier, a soutenu le principe de /\u2019unité de composition organique, admis dans cette école¥.» Cette révélation nous démontre que Saint-Hilaire ne parle pas non plus de l\u2019évolution des races humaines; d\u2019ailleurs, un résumé un peu plus complet de son œuvre apparaît dans l\u2019introduction de cet ouvrage et corrobore cette thèse.Enfin, Désaulnier, après avoir réfléchi 35.André Vidricaire et autres, op.cit., p.483.36, /bid., p.490.37.!bid., p.491. Ww sur la notion de progrés chez Dessaulles, conclut que «ce n'est pas le progrès dont il (Dessaulles) veut nous démontrer l\u2019existence; ce n\u2019est pas le progrès enseigné et soutenu par les naturalistes de Lamarck et Etienne Geoffroi de Saint-Hilaire 38».Dessaulles ne s\u2019est donc pas inspiré de Lamarck ni de Saint-Hilaire, et un dernier indice nous amène encore à croire qu\u2019il s\u2019est inspiré de Hegel.Toujours à l\u2019intérieur de sa série d\u2019articles, Désaulnier accuse Dessaulles de cacher un matérialisme en germe (ce qui n\u2019est pas un compliment à cette époque) sous sa notion de progrès en énon- cant que «le progres est la condition fondamentale de I\u2019'existence des sociétés*».Dessaulles, affirme Désaulnier, devrait dire logiquement que «c\u2019est l'existence de la société qui est la condition fondamentale du progrès, plutôt que le progrès celle de la société\u201c.Il serait exact de qualifier Dessaulles de matérialiste en herbe s\u2019il s\u2019était exprimé selon le dire de Désaulnier, mais tel n\u2019est pas le cas.En disant que le progrès préside à l\u2019existence des sociétés, Dessaulles nous semble davantage près de la philosophie hégélienne.Conclusion Comme nous l\u2019avons vu, le travail pour Des- saulles est indispensable à l\u2019être humain; il épanouit l'individu; il crée son pour-soi.Le travail est utile a la société, au pays car les gens trouvent la satisfaction de leurs besoins grâce au travail des autres.Tous profitent des objets fabriqués par 38./bid., p.505.39.Ibid., p.485.40.Ibid., p.486. autrui.C\u2019est alors que nous comprenons que pour Dessaulles sans le travail, l'être humain serait voué à l\u2019inutilité et même à la déchéance, terme bien sûr antonyme au mot progrès.Pour Hegel, l\u2019être-pour-soi se forme par la médiation du travail; c\u2019est donc par le travail que l'individu accède à l\u2019intuition de soi-même.De plus, par son travail, l'individu accomplit inconsciemment un travail universel; autrement dit, son travail sert à autrui et celui des autres lui sert.Aussi, c\u2019est à partir du travail des autres qu'il peut lui-même produire autre chose; de cette manière on peut dire que le tout devient son œuvre et que lui-même est fait à partir de ce tout, ou encore qu'il y a progrès.Par ailleurs, la notion de liberté chez les deux philosophes sert de tremplin à un progrès dans la société.Qu'il s'agisse du progrès découlant du travail industriel et de l'économie ou des rapports entre les individus ou les nations, pour Hegel tous ces signifiants sont des incarnations de l'esprit absolu.La marche de l\u2019Esprit est un progrès, c'est le progrès qui nous dirige vers le savoir absolu.Pour Dessaulles, ces mêmes figures du progrès sont les fondations à la construction ou plutôt le fil conducteur à l'émancipation d'un pays jeune\u201c.41.Un témoignage dans un journal de l\u2019époque nous résume bien la théorie du philosophe québécois.Ce contemporain de Dessaulles nous dit: «Pour démontrer sa thèse que le progrès est une loi de notre nature morale et la condition d\u2019existence de l\u2019humanité, il déroula aux yeux des auditeurs attentifs le vaste tableau des événements qui ont marqué la vie des peuples, depuis l\u2019époque la plus reculée jusqu'à nos jours, désignant les progrès successifs qui se sont manifestés dans les arts, dans les sciences, dans la littérature, dans les notions morales, dans la législation et dans la politique, dégageant les faits isolés, les causes et les effets passagers, pour faire apparaître partout et toujours l\u2019unité, la continuité du progrès» (Le pays, 25 février 1852, p.2).123 Et Enfin, ce progrès se manifeste depuis les premiers âges de l'humanité, et il est intéressant de constater que les deux philosophes donnent une même version de l'origine des êtres humains, version malheureusement raciste mais sans doute plus naïve que méchante.Donc, nous avons vu que Dessaulles a des notions apparentées à celles de Hegel.Tout n\u2019est pas identique, mais les grandes lignes de pensée sont assez similaires pour croire à une influence du philosophe allemand sur le philosophe québécois.Comme Dessaulles dit, ainsi que nous l\u2019avons relevé ci-dessus, qu\u2019il est nécessaire de lire les ouvrages des penseurs modernes pour étudier sérieusement la philosophie et comme nous savons que la philosophie hégélienne était à cette époque la philosophie privilégiée en Allemagne, il paraît tout à fait plausible que Dessaulles se soit très normalement intéressé à Hegel. Les «lectures» d\u2019Étienne Parent une lecture Alain Cadet Étudiant en philosophie à l'UQAM \u2014 I | ~ ETIENNE PARENT Ze A 7 77 PE 4 7.AE 4 CG 5 Fe (AE, % APs «A A 4 7; (5 a G A 7 2 £3 A A 8 DE A A pe pid ls A 2 a A 2 a 7 0 La AA KA (a A n Le A Ny, - D Les 33 5 y A aL y +7 vs Ya 4 A Cua OF a yet °°, 2 vo py 14 i SAE 5 Le Tex E en 5 pe ws es a = PTS cop ES See PRE = = PTI nN vi Tai es 2 AA AE AT i os Fogo, = + =.So = Le 22 janvier 1846, les jeunes membres de l\u2019Institut canadien reçoivent un «lectureur» prestigieux: Etienne Parent.L'orateur est connu: c\u2019est lui qui a défendu pendant près de quinze ans la célèbre devise du journal Le Canadien: «Nos Institutions, notre Langue et nos Lois.» Il est maintenant Greffier du Conseil exécutif du Canada-Uni et conseiller de Lafontaine.Pour l\u2019Institut canadien de Montréal, «qui souhaite mobiliser toute la jeunesse afin de créer un foyer de pur patriotisme et de culture'», Etienne Parent est un conférencier attendu.On a toutes les raisons de croire que l\u2019ancien rédacteur en chef du Canadien proposera des thèses qui coïncideront avec les objectifs de la nouvelle société.Leur attente ne sera pas déçue: il sera invité de nouveau, il prononcera six autres conférences devant l\u2019Institut canadien, quatre à 1.J.R.Rioux, L'Institut canadien, thèse de maîtrise en histoire, Québec, Université Laval, 1967.127 Montréal, et les deux dernières à Québec, les 22 janvier et 7 février 18522.Cette série de conférences constitue la partie la plus substantielle de l\u2019œuvre d\u2019Etienne Parent, et cela, même si ses écrits journalistiques s\u2019étendent sur une période de plus de vingt ans.En effet, les thèmes qu'il aborde dans ses lectures ne sont plus directement liés aux questions de l\u2019actualité; ils portent maintenant sur des problèmes généraux auxquels, selon Parent, la nation canadienne- française doit faire face.La perspective s\u2019élargit, et c\u2019est là que la pensée de Parent reçoit ses développements les plus fins.Les titres de ses conférences sont d\u2019ailleurs révélateurs de ce changement d'optique.Le 22 janvier 1846 il entretient son auditoire de L'industrie considérée comme moyen de conserver notre nationalité; le 19 novembre 1846, de l\u2019Importance de l'étude de l'économie politique; le 23 septembre 1847, Du travail chez l\u2019homme; le 19 février 1848, des Considérations sur notre système d\u2019éducation populaire, sur l'éducation en général et sur les moyens législatifs d\u2019y pourvoir; le 17 décembre 1848, Du prêtre et du spiritualisme dans leurs rapports avec la Société; et les 22 janvier et 7 février 1852, De l'intelligence dans ses rapports avec la Société.Après les événements douloureux de la décennie précédente, ce sont maintenant, comme on le voit, les problèmes sociaux des Canadiens qui le préoccupent.L\u2019industrialisation et le travail, 2.|! faut ajouter à cette série trois autres conférences.Pour une bibliographie la plus complète possible, on consultera le cahier Recherches et Théories, n° 29, intitulé Figures de la philosophie québécoise après les troubles de 1837, Montréal, UQAM, 1985.128 l'éducation, le rôle du prêtre, le spiritualisme et l\u2019intelligence dans ses rapports avec la société, autant de thèmes qui prennent la place des revendications politiques du journaliste.Ce qui l\u2019intéresse présentement, c\u2019est l\u2019organisation sociale de la nation, son développement et le bonheur de chacun des membres de la société.Celle-ci, écrit Jean-Charles Falardeau, est considéré «comme un homme collectif au service de l\u2019homme individuel, animé par la fraternité et dont le progrès est au prix d\u2019un équilibre qui respecte le double principe, matériel et spirituel, de la nature humaine.En somme, ajoute-t-il, la pensée (modérée) de Parent cherche une harmonie, qui n\u2019est pas sans analogie avec celle de la sociologie comtienne et de plusieurs philosophies de l\u2019époque, entre l'ordre et le progrès*».Prêchant un libéralisme modéré, Etienne Parent, dans ses conférences, élabore morceau par morceau, si je puis dire, une pensée sociale globale, un idéal de la société canadienne- française dans toutes ses composantes.|| s\u2019agirait donc de rassembler ces morceaux pour reconstruire ce qu'on pourrait nommer la philosophie sociale d\u2019Etienne Parent.Bien que cette tâche soit légitime, je ne tenterai pas de reconstituer, point par point, cette pensée sociale: les limites de cet article I'interdisent.ll m\u2019apparaît cependant qu\u2019une telle démarche rencontrerait un certain nombre d'obstacles, notamment lorsque se posera la question du statut d'une telle pensée: s\u2019agit-il d\u2019idéologie, de philosophie 3.J.C.Falardeau, Étienne Parent 1802-1874, Montréal, Éditions La Presse, 1975, p.30.Nous citerons les textes d\u2019Étienne Parent à partir de cet ouvrage.Il contient, outre quelques articles de Parent, les neuf conférences qui constituent ici notre corpus.129 ou d\u2019autre chose encore?\u201d Si pour l\u2019historien ou le sociologue cette question est secondaire, pour celui qui se met en peine de réfléchir sur ce qu\u2019on appelle la philosophie québécoise cette question devient primordiale.Je n\u2019ai pas l\u2019intention ici de la résoudre.Toutefois, dans le but, peut-être, d\u2019alimenter le débat ou de donner quelques points de repère pour le (re) situer, je voudrais, par une lecture centrée sur les procédés démonstratifs et rhétoriques qu\u2019utilise Etienne Parent plutôt que sur ses thèses proprement dites, faire ressortir quelques traits caractéristiques de ses discours.On ne peut évidemment pas isolerles thèses et les principes d\u2019une pensée de l\u2019argumentation et des procédés rhétoriques qui les mettent en place.Ils sont liés.En ayant en vue la manière dont Étienne Parent présente, défend et justifie ses thèses, je tenterai justement de montrer en quoi elles sont liées à l\u2019argumentation qui les étaie.Le penseur et son milieu Étienne Parent est un penseur profond, articulé, et un orateur convaincant.Ses «lectures» à l\u2019Institut canadien attirent une foule toujours nombreuse: «Il a un je ne sais quoi de grand, d\u2019attrayant dans le nom [.], ce soir la salle est comble, le quorum immense» lit-on, le 6 octobre 1847, dans Le Canadien qui présente le compte rendu de la conférence Du travail chez l'homme prononcée quelques jours plus tôt.Les commentaires des journaux de l\u2019époque sont d\u2019ailleurs toujours élogieux à l\u2019endroit d\u2019Étienne Parent et on sent qu\u2019il était un homme influent\u201c Ses discours le reflètent.C\u2019est 4.On trouvera dans les journaux suivants des commentaires sur les conférences d\u2019Étienne Parent: ainsi que, même s\u2019il demande à son auditoire «le soin de suppléer aux lacunes qui se trouvent dans sa (ses) lecture(s) comme [.] celui de corriger les imperfections qui s\u2019y rencontrent®, il peut se permettre, par ailleurs, de s\u2019adresser directement a ses jeunes auditeurs pour leur donner «des avis amicauxS» ou encore pour «les mettre en garde contre (certains) dangers.On peut, en effet, étre surpris de l\u2019attitude paternaliste d\u2019Etienne Parent et de son ton parfois carrément autoritaire mais, outre la prestance de l\u2019orateur, cette attitude peut trouver son explication dans les objectifs mêmes que poursuit l\u2019Institut canadien: En dehors des collèges et des écoles élémentaires il n\u2019existe aucune institution [.] où la jeunesse puisse se former soit pour les professions libérales, soit pour les arts, soit pour le commerce, soit pour les métiers®.Si la jeunesse s\u2019unit, forme des sociétés, lance des journaux et fonde des bibliothèques [.] c\u2019est pour former une école mutuelle où elle puisse puiser des connaissances pratiques qui lui seront utiles quand elle aura grandi®.\u2014 L'Avenir, 20 décembre 1848.\u2014 Le Canadien, 6 octobre 1847.\u2014 Journal de Québec, 7 octobre 1847.\u2014 Mélanges Religieux, vol.XI, n° 47; vol.XII n°° 34, 35, 37.\u2014 La Minerve, 23 novembre 1846, 27 septembre 1847, 28 février 1848 et 18 décembre 1848.5.E.Parent, «L'industrie considérée comme moyen de conserver notre nationalité» dans J.C.Falardeau, op.cit., p.122.6.E.Parent, «Considérations sur notre système d'éducation populaire, sur l\u2019éducation en général et sur les moyens législatifs d\u2019y pourvoir», op.cit, p.197.7.E.Parent, «Du prêtre et du spiritualisme dans leurs rapports avec la Société», op.cit., p.202.8.L\u2019Avenir, 21 août 1847.9.L\u2019Avenir, 11 décembre 1847.Sur le rôle de l\u2019Institut canadien, cf.L.A.Dessaulles, Discours sur l\u2019Institut canadien, 1862.131 cedsseits Etienne Parent est parfaitement conscient de son rôle de «lectureur»: il lui faut être utile à la jeunesse, la former et la conseiller.Aussi, commence- t-il sa toute première lecture à l\u2019Institut canadien par ces mots: «Si j'ai bien compris le but de cet Institut, il est tout national.Il a été formé pour offrir, au sein de la nouvelle capitale (il s\u2019agit de la ville de Montreal), aux hommes actifs et intelligents de notre origine, un point de réunion, un foyer de lumière, un centre d'action, au profit de ce que, faute d\u2019un autre mot, nous sommes convenus d\u2019appeler notre nationalité, la nationalité canadienne- française» L'Institut canadien est pour la jeunesse, écrit-il ailleurs, «une école de haut enseignement mutuel, elle y trouve de beaux exemples à suivre et le sujet d\u2019une noble émulation, et le pays une pépinière de grands et utiles citoyens».En lisant les conférences d\u2019Etienne Parent, on n\u2019a guère de peine à se rendre compte de la nature du rapport qui le lie à ses auditeurs.I! s'apparente à la fois au rapport maître/élève et au rapport père/fils.ll ades thèses à défendre, mais ses discours visent avant tout à définir des modèles de comportements et à encourager ses auditeurs à les imiter.À quoi vous servira votre intelligence, si vous la laissez Oisive, ou si vous vous jetez dans une carrière déjà encombrée'?.Hâtez-vous de vous rendre maîtres de la science qui traite de la richesse des nations'®.Hâtez- vous de vous mettre au niveau des nouveaux venus [.]; .Parent, «L\u2019industrie.», op.cit., p.113-114.Parent, «Du travail chez l\u2019homme», op.cit., p.168.Parent, «L'Industrie.», op.cit., p.119.Parent, «Importance de l\u2019étude de l'économie politique», op.142. hâtez-vous de faire instruire vos enfants'\u201c.Oui, messieurs, de bonne heure habituez-vous à un travail continuel et régulier'°.Flétrissons l\u2019oisiveté'®.Messieurs, encore une fois, travaillons, il n\u2019y a que le travail qui regé- nère les peuples\u2018.À l\u2019œuvre donc mes jeunes amis [.]; en avant donc! Avec un pays comme le nôtre, on court plus de risque en allant trop doucement qu\u2019en allant trop vite'8.Toutes ses conférences accueillent comme cela une série d\u2019impératifs.Parent dit ce qu\u2019il faut penser, mais surtout ce qu\u2019il faut faire.Manifestement, il veut secouer l\u2019apathie de la jeune élite canadienne-française encore sous le choc de l\u2019échec de 1837.L\u2019Acte d\u2019Union, en dépossédant les Canadiens français de la tribune privilégiée où pendant près de cinquante ans ils avaient revendiqué leurs droits, découragea bon nombre d'intellectuels.Restaient les professions libérales.Mais elles «sont encombrées de sujets, et [.] la division infinie de la clientèle fait perdre aux professions savantes la considération dont elles devraient jouir'».|| faut donc encourager «une partie de notre jeunesse instruite à se jeter dans la voie large et féconde de l\u2019industrie», «cette force de nations modernes?'».Les tribunes qu\u2019il se verra offrir 14.E.Parent, «Du travail», op.cit, p.148.15.Ibid., p.157.16./bid., p.161.17.Ibid., p.169.18.E.Parent, «Du prétre.», op.cit., p.242-243.19.E.Parent, «L\u2019industrie.», op.cit., p.118.20.E.Parent, «Importance.», op.cit., p.128.21.E.Parent, «L\u2019industrie.», op.cit., p.118.133 Rue seront toujours l\u2019occasion pour lui de poursuivre cet objectif.C\u2019est en outre, l'objectif explicite de trois des six conférences qu'il a données à l\u2019Institut canadien, La pensée et son milieu Si les Canadiens francais «sont inférieurs [aux Canadiens anglais] et sous le rapport de l\u2019instruction et sous celui des capitaux employés [.]», c\u2019est «parce que ceux des nôtres qui auraient pu soutenir cette concurrence avec avantage ont dédaigné de se livrer âtelle outelle industrie, préférant végéter avec un maigre parchemin dans leur poche, ou dissiper dans l\u2019oisiveté un patrimoine qu\u2019ils auraient pu faire fructifier à leur profit et à celui de leur pays».L'état d\u2019infériorité des Canadiens français trouve ici sa cause, non pas dans le fait de la domination anglaise, mais dans l\u2019absence de volonté et le manque de clairvoyance de l'élite canadienne française.C\u2019est fort de ce diagnostic qu\u2019Etienne Parent se met en quête d\u2019éclairer la jeunesse sur les moyens à prendre pour sauvegarder «notre» nationalité.Les solutions existent: la prospérité de l'Amérique et de l'Angleterre en sont des preuves tangibles.L'obstacle ici, ce sont «les préjugés, les préventions, les idées fausses et erronées qui nous viennent des temps où l\u2019on ignorait les principes de la science qui préside 22.Il s\u2019agit des titres suivants: «De l\u2019industrie considérée comme moyen de conserver notre nationalité», de l\u2019«Importance de l'étude de l\u2019économie politique» et «Du travail chez l\u2019homme».Pour Parent, comme pour tous les penseurs libéraux de l\u2019époque, la survivance de la nation canadienne-française dépend de l'émergence d\u2019une bourgeoisie nationale.23.E.Parent, «L\u2019industrie\u2026», op.cit, p.120.134 à tous ces grands intérêts sociaux».Parent ne cherche pas tant à démontrer la validité de ses thèses sur l\u2019importance de l\u2019industrie, de l\u2019instruction ou du commerce, il cherche plutôt et en premier lieu à combattre les erreurs et à détruire les préjugés qui expliquent cet état d\u2019infériorité: Si, de fait, il (le Canadien français) se trouve dans une position inférieure sous le rapport de l\u2019industrie, cela est dû en grande partie à un préjugé que mon objet, ce soir, est d\u2019aider à détruire; qu\u2019il est de notre intérêt comme peuple de déraciner d\u2019au milieu de nous: il y va de notre nationalité messieurs\u201d.Ce soir-là, il vise le préjugé qui «ravale le travail des mains et l\u2019industrie en général».Dans l\u2019Importance de l'étude de l'économie politique, il s\u2019attardera à «secouer [.] l\u2019extrême indifférence, que l\u2019on paraît avoir eue parmi nous, jusqu\u2019à présent, pour l\u2019étude de l\u2019économie politique?7».Dans Du travail chez l'homme, il s'attaque «à cet esprit stationnaire et routinier qui embrasse encore la marche de notre industrie, et qui l'empêche de progresser à l\u2019égal de celle de nos voisins et des nouveaux arrivés au milieu de nous» et «à l\u2019erreur qui n\u2019est pas moins funeste et qu'il n'importe pas moins de combattre; je veux parler de cette notion absurde, injurieuse à la divinité autant qu\u2019elle est pernicieuse a I\u2019humanité, selon laquelle le travail serait une peine à laquelle le Créateur aurait con- 24.E.Parent, «Importance\u2026», op.cit., p.120.25.E.Parent, «l\u2019industrie\u2026», op.cit, p.118.26.Ibid., p.119.27.E.Parent, «Importance.», op.cit., p.132.28.E.Parent, «Du travail.», op.cit., p.147.135 damné l'homme».Dans Du prêtre et du spiritualisme dans leurs rapports avec la Société, il «a voulu protester contre la doctrine funeste à (son) avis, que la religion ou le sacerdoce, et par suite l\u2019âme humaine, devraient se tenir à l\u2019écart dans la société politique, rester impassibles et inactifs au milieu du mouvement social\u201c».Dans De l\u2019intelligence dans ses rapports avec la Société il s\u2019en prend à «cette immense confusion dans les idées, qui rappelle celle de la Tour de Babel, [.où] les uns prêchent le culte des idées surannées, et veulent nous refouler vers un passé impossible; les autres veulent faire halte au milieu de la confusion universelle, ou espèrent endormir une société fiévreuse dans une politique d\u2019expédience et du jour au jour; d\u2019autres enfin, l'imagination échauffée d\u2019espérances insensées, nous poussent vers un avenir irréalisable='».Une fois les préjugés débusqués, il ne lui reste plus qu\u2019à indiquer la voie à suivre.Cette voie, c\u2019est celle qu\u2019ont suivie l\u2019Angleterre et l'Amérique ou, en d'autres mots, celle de l\u2019industrie et du commerce.Et, pour inviter ses auditeurs à la suivre, il recourra constamment à l\u2019histoire des peuples, principalement celle des nations modernes.Ces dernières seront présentées comme des exemples à imiter., La structure argumentative des conférences d\u2019Etienne Parent ressortit donc à un modèle uni- 29.Ibid., p.155.30.E.Parent, «De l\u2019intelligence dans ses rapports avec la Société», op.cit, p.245.Sur le catholicisme social d\u2019Etienne Parent, cf.«Etienne Parent et le mouvement du catholicisme social», par Fernand Ouellet, Le Bulletin des recherches historiques, vol.61, 1955.31.E.Parent, «De l\u2019intelligence\u2026», op.cit, p.249.136 que, modèle à trois temps forts: l'identification des erreurs et des préjugés qui bloquent ou entravent le processus naturel du progrès historique; le recours à l\u2019histoire des peuples pour illustrer, d\u2019un côté, les conséquences de ces erreurs ou de ces préjugés (chute de l\u2019Empire romain, défaite de Napoléon et affaiblissement de l'Espagne coloniale, etc.), de l\u2019autre, les bienfaits multiples qu'ont apportés à l'humanité les nations industrieuses (télégraphe, chemin de fer, bateau à vapeur, etc.) et enfin l\u2019énoncé des divers mots d\u2019ordre.On l\u2019a dit, Parent veut modifier des comportements et à cette fin il utilise une rhétorique appropriée.|| loue davantage qu'il ne prouve: «Pour vous encourager à entrer dans cette voie, et à y persévérer, je vais vous entretenir de ce qu\u2019il y a de beau, de grand, d\u2019humanitaire dans le commerce.Tout ce que je veux et puis faire, c\u2019est de vous présenter quelques considérations propres à rehausser le travail, à le faire aimer et honorer et à en montrer l\u2019obligation pour tout le monde 33.» Si Parent exalte les vertus du libéralisme plutét qu\u2019il n\u2019en expose les régles de fonctionnement, c\u2019est que ses conférences ont pour but de combattre des préjugés et des erreurs et non d\u2019enseigner une doctrine.Ses discours ont une portée pratique.De même, le recours à l\u2019histoire des peuples comme procédés argumentatifs vise non pas à élargir le champ des connaissances de ses auditeurs mais à montrer que le déroulement de l\u2019histoire est soumis à un progrès indéfini et ainsi montrer sa route obligée: 242.33.E.Parent, «Du travail.», op.cit., p.248.137 32.E.Parent, «De l\u2019importance et des devoirs du commerce», ibid., p. Les nations lâches et abruties étaient autrefois la proie des nations guerrières; maintenant les peuples indolents et ignorants seront exploités par les peuples industrieux et intelligents.C\u2019est la loi de l'humanité, ou plutôt c\u2019est la loi de la création entière appliquée à l\u2019humanité*.La thèse selon laquelle le déroulement de l\u2019histoire est soumis à un progrès indéfini ne résulte pas ici d\u2019une analyse épistémologique ni d'une quelconque théorie de la connaissance.Etienne Parent constate le progrès dans l\u2019histoire; c\u2019est pour lui une évidence, en quelque sorte un axiome de sa pensée: «Vous y croyez, messieurs, comme moi à ce progrès.Vous n\u2019êtes pas de ceux qui regardent l'humanité comme tournant sans cesse dans le même cercle.» Parent ne démontre pas sa thèse, il l\u2019illustre et il le fait abondamment.Aussi, c\u2019est sur le fond de cet acte de foi que son argumentation se développe.Elle procède d'une interprétation du procès de l\u2019histoire.Celui-ci a un sens, une vérité qu\u2019il importe à une nation de reconnaître sous peine d\u2019anéantissement.Pour Parent, la vérité du procès historique se révèle, et ce au sens le plus strict de ce mot.Le salut des peuples dépend d\u2019une juste interprétation de ce procès: Dieu a voulu, par ces grandes péripéties de l\u2019histoire, montrer à l\u2019'humanité que, s\u2019il a donné à l\u2019âme des aspirations sublimes vers un monde meilleur, ce n\u2019est pas sans dessein non plus qu\u2019il nous a donné une organisation qui nous met en rapport avec le monde matériel: religion, intelligence, industrie, voilà les signes dont il marque les peuples destinés à l\u2019empire du monde\u201c.34.E.Parent, « 00 = 2 RA ve TI x a AN a - pr a 3 = 2 BN Bh K 3 B ] - K = a = K I\u201d i\u201d a Ne La petite revue de philosophie a > TA TENT \u20140 en Fs 18 BI NL ERED I ar A 27 fs x Qui SUR drive Pas a igh Loups à MEN ne DOC! 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