Bulletin du Cercle juif /, 1 avril 1955, Avril - Mai
[" du Cercle Huit Avril-Mai 1955 Président d'honneur: S.D.COHEN Président : M.H.MYERSON Secrétaire: N.KATTAN Première Année Lire dans ce numéro: Le soulèvement du ghetto de Varsovie.par Saul Hayes.Le Canada, pays bilingue et de double culture.Conférence de M.Jean Bruchési.Le Mouvement Cuvrier au Canada.Conférence de M.Gérard Pelletier.Chroniques sur la revue, le théâtre.Des nouvelles.ete.CE BULLETIN EST PUBLIE TOUS LES MOIS PAR LE: Cercle Huit de Langue Française 493 OUEST.RUE SHERBROOKE.MONTREAL Tér.: BErcair 8621 (LocaL 295) = \u2014\u2014 I _ \u2014_\u2014 pre Eo = me POSE EME EE EMI a Sa bn a RE LE SOULEVEMENT DU GHETTO DE VARSOVIE - Un thème pascal, Pourquoi la communauté juive doit-elle célébrer la mémoire des martyrs du ghetto de Varsovie?On risque certes d'être entraîné par une sorte de masochisme ou par une complaisance pour la nécrophilie.L'insigne de souffrance dont parle Shakespeare, est poli en quelque sorte par la récitation constante et fréquente de la manière dont les flèches d'une destinée outrageuse atteint et détermine notre existence, Nous parlons si souvent des souffrances que nous avons subies à travers les âges, évoquant le souvenir et les méfaits des Pharaon, Haman, Torguemada, Pobiedonostzevs, Hitler,.que nous risquons de ressentir un plaisir pervers à raconter nos malheurs, nos tribulations et nos souffrances.On dit que les juifs sont des hommes comme les autres, Ils le sont certes, mais un peu plus que les autres peut-être.Pas dans ce cas pourtant.Les peuples racontent généralement leurs exploits de courage et de conquête, On peut se demander si l'épopée du ghetto de Varsovie ne représente pas autre chose qu'une histoire de désespoir, de malheur, de carnage et de destruction.En vérité, pour un grand nombre de juifs canadiens, la signification profonde du soulèvement du ghetto de Varsovie et l'ampleur de la terreur nazie, demeurent inconnues ou sans grand retentissement.Ils ont été élevés dans un milieu culturel canadien.L'histoire de la Haggada, l'auto-da-fe du 15 et 16ême siëcles en Espagne et au Portugal, ou même les pogroms de Chelminitzki de 1648 sont pourtant plus éloignés que le soulèvement de Varsovie.Nos sentiments ne peuvent pourtant avoir la même intensité que ceux des combattants qui ont pris part à la lutte ou y ont laissé des membres de leur famille, Ce que nous célébrons n'est point un épisode du martyre juif mais le symbole d'un dessein vaste et unique.Je ne veux pas donner l'impression d'impiété et de perversion dans la lecture de l'histoire, Pourtant, quand Mofse conduit son peuple de la terre de l'oppression et de tyrannie il a, en effet, si nous croyons l'énoncé littéral du Pentateuque, regu une grande aide de Dieu, Les dix plaies qui ont frappé les Egyptiens ont rendu possible la tâche de Motse.Dans le dessein divin de la vie, aucun miracle semblable n'est survenu pour venir à la rescousse du chef juif qui aurait conduit les Juifs de l'holocauste de Varsovie à la Terre Promise.N'étant pas théologien, je ne peux découvrir le but divin du martyre du Ghetto de Varsovie, Nous devons en chercher le sens sur un plan plus séculier: dans la noblesse des héros du Ghetto, la vilenie des traîtres du ghetto de Varsovie, l'indifférence de ceux qui se sont résignés à leur destin et le courage du mouvement clandestin. Ce soulèvement doît constituer un chapitre de l'histoire juive.Peut-être les générations qui nous suivront, l'ajouteront-elles a la Haggada.Si elles ne le font pas, nous devons au moins amener le peuple juif à sentir l\u2019inmense signification de ce soulèvement.Le soulèvement du ghetto de Varsovie, ainsi que des soulèvements semblables dans d'autres ghettos, ont joué le rôle d\u2018\u2019agent catalyseur dans la naissance de l\u2018Etat d'Israël, On retrouve lâ, l\u2019énormité des crimes perpétrés contre le peuple juif, son combat désespéré et unilatéral, son manque de Foyer et la résignation de considérer cette partie de l'Europe comme une page tournée dans l\u2019histoire juive.Tout cela a exercé un effet quasi magique sur ceux qui luttaient pour obtenir un Etat Juif.Le prix en a été élevé, Le ghetto de Varsovie symbolise les centaines de milliers de Juifs incarcérés et morts.Sans la guerre sainte qu'îls ont menée, le livre de la vie n'aurait pu être écrit.La raison véritable n'est rien d'autre que cela, Nous ne devons pas être trop préoccupés si c\u2019est historiquement précis ou non, Il n'y a pas un élément unique qui est à la base du salut du peuple juif, mais 11 existe des éléments séparés et importants et la révolte des Juifs de Varsovie en est un.Quelle est notre propre intention?Achad Haam a raison quand 11 dit \"Quand un pays est détruit, un Nehamiah ou un Zerubabel se lèveront pour le reconstruire : mais quand un peuple est détruit qui apportera le salut ?\" Les héros du ghetto de Varsovie n'ont pas, par leurs sacrifices, reconstruit un pays, mais ont empêché la destruction du peuple juif et ont ainsi contribué à son salut.Notre mission est celle de tous les hommes : la conservation de soi, Nous avons constamment besoin de nous inspirer de tels exploits et de tels actes d'hé- roîsme, pour savoir que nous avons raison.L'anniversaire du ghetto de Varsovie est un nouveau chapitre dans le livre des traditions et des valeurs que nous voulons communiquer aux générations oui viennent et constitue un exemple glorieux de la quête des Juifs du sens de la mort et du but de la vie. LE CANADA, PAYS BILINGUE ET DE DOUBLE CULTURE.Conférence par M.Jean Bruchesi.\"Ia force du Canada réside dans la diversité de sa culture\u201d a déclaré M.Jean Bruchesi à la réunion du mois de mars, du Cercle Juif de Langue Française.Le conférencier, qui est sous-secrétaire d'Etat de la Province de Québec, rend tout d'abord hommage au Cercle Juif de Langue Française qui permet à deux groupes de citoyens canadiens de se mieux connaître pour mieux se comprendre.Le fait même qu'il existe un Cercle de cette nature à Montréal témoigne de l'importance que les Juifs de la Métropole attachent à la langue et à la culture dont se réclament les Canadiens français.Il n'est pas certain que le problème des relations entre Canadiens français et Canadiens anglais, posé il y a près de deux siècles, soit résolu.ÀA bien des signes, on peut se demander si l'historien A.R.M.Lower n'a pas raison de dire que la Bataille des Plaines d'Abraham se poursuit toujours.Qu'en le veuille ou non, comme il y a, au Canada, un fait anglais incontestable, il y a aussi un fait français que les évènements survenus depuis 1760 ont plutôt élargi que diminué.La lutte que la Province de Québec mêne pour la reconnaissance de ses droits constitutionnels et contre toutes les tendances centralisatrices, n'est pas inspirée par l'unique souci d'argent.Au surplus, l'accord serait plus facile si, d'un bout à l'autre du Canada, la majorité des citoyens était acquise définitivement & la dualité ethnique et linguistique du peuple canadien.Pour un trop grand nombre de Canadiens anglais, les droits des Canadiens français, sauf le libre exercice de la religion, N'ont pas un caractère national.Il suffit d'évoquer à l'appui de cette affirmation, le problème scolaire tel qu'il existe dans les provinces en majorité anglaise et de comparer, au traîtement que la minorité anglo-protestante reçoit dans la Province de Québec, le traitement que la majorité accorde à la minorité française et catholique des autres provinces.Dans un pays où le français est officiel, cette langue n'est cependant pas enseignée dans les écoles publiques des provinces anglaises avant la sixième, quand ce n'est pas avant la huitième année du cours primaire. On peut reprocher au Canadien français du Québec d'avoir une conception étroite de la vie, d'enfermer la patrie dans les bornes restreintes de sa Province, voire de sa ville ou de son village natal, Mais, s'il en est ainsi, n'est-ce pas parce que, seule, la Province de Québec donne au Canadien français l'impression profonde d'être chez soi?En réalité le Canada français ne doit pas se limiter 8 la seule Province de Québec puisque, sur les 4,500,00C Canadiens français que compte la population totale du Canada, plus d'un million sont domiciliés hors de la Province de Québec.Tous les autres citoyens du Canada ne sont pas d'origine britannique, car plus de trois millions appartiennent au groupe des Néo-Canadiens, dont les traditions et les coutumes ne doivent rien & l'Angleterre.Appliqué au Canada, le mot \"nation\" a un sens politique plutôt que sociologique; et c'est, jusqu'ici, dans le Seul sens politique qu'on peut parler d'une nation canadienne.Or, cette nation se compose essentiellement de deux groupes principaux: L'anglo-canadien et le franco-canadien.Ce qui la caractérise est donc la dualité de langue et de culture.Cela pose évidemment le problème compliqué de la co-existence, mais cela signifie d'autre part, pour le Canada, si l'on sait en tirer tout le parti possible, une richesse indéniable et une force.M.Bruchesi s'attache surtout À découvrir le groupement canadien-français qui physiquement et moralement, est resté compact, grâce aux trois facteurs: religion, langue et natalité.Il insiste particuliërement sur l'état de l'esprit français et de la langue française, dans la population francophone du Canada.Comme le Canada lui-même, le Canada français connaît présentement une crise de croissance qui se double d'une crise de conscience, Invoquant plusieurs témoignages d\u2018'observateurs impartiaux, M.Bruchesi démontre que le Canadien français dans l'ensemble a, plus que les autres Canadiens, le respect de certaines valeurs d'ordre spirituel, intellectuel ou social, valeurs qu'un nombre de plus en plus grand de Canadiens anglais commencent à apprécier et qu'il faut défendre contre les abus d'une civilisation technique.Le problème qui se pose aujourd'hui dans le monde est précisément d'assurer le salut de la civilisation dite occidentale.Sur le plan canadien, ce problème n'est pas celui des Te seuls Canadiens frangais, mais de tous ceux qui se réclament de cette civilisation et ne veulent pas y renoncer.De même qu'il importe de procéder, par dessus les frontières, à l'union de tous ceux qui doivent à la civilisation occidentale d'être ce qu'ils sont, il est urgent d'opérer dans un cadre moins vaste, comme celui du Canada, le groupement de tous ceux qui se réclament de cette même civilisation.Rejetant la distinction que certains voudraient faire entre Canadien et Canadian, M.Bruchesi croit en la possibilité d'une co-existence pacifique entre les représentants des deux cultures anglaise et française au Canada.Une réelle unité canadienne n'est pas conditionnée par la fusion des deux races; elle ne saurait exister sans le respect intégral des droits de chacune, pour assurer l'exercice des devoirs communs, et sans la reconnaissance du Canada comme pays bilingue et de double culture, Un long débat suivit la conférence de M.Bruchesi, qui fut présenté par M.S.D.Cohen et remercié par M.Michael Rubinstein.LE MOUVEMENT OUVRIER AU CANADA.Conférence de M.Gérard Pelletier à la dernière réunion du Cercle Juif.\"L'unité syndicale, qui est en voie de réalisation aux Etats-Unis et qui est amorcée au Canada, pose de nombreux problèmes qui sont loin d'être résolus\" a déclaré M.Gérard Pelletier à la derniëre réunion du Cercle Juif de Langue Fran- gaise, Le conférencier, qui est le directeur de l'hebdomadaire \"Le Travail*, a tout d'abord retracé briëvement l'histoire du mouvement ouvrier au Canada.\"On a tort, déclara- t-il, de négliger l'histoire ouvrière au Canada, L'influence du monde ouvrier ne cesse de s'accroltre et il sera bientôt impossible de comprendre l'histoire canadienne sans avoir une connaissance précise et solide de l'histoire du syndicalisme.\" Comment expliquer, par exemple, le retard du syndicalisme canadien, la faiblesse relative de ses effectifs jusqu'à la dernière guerre, son înefficacité sur le plan politique?Pourquoi notre mouvement ouvrier diffère-t-il du mouvement européen?On aurait tort de croire que les développements syndicaux doivent leur lenteur à l'absence de la misère ouvrière.Les conditions de travail et de salaires, par exemple dans l'industrie textile, vers la fin du siêcle dernier, ne le cé&dent en rien au plus noir de la misère ouvrière frangaise ou allemande.Mais notre industrie n'a connu de développements rapides et spectaculaires gu'au XXé&., siècle.Jusqu'à la toute fin du XIX&, le potentiel du mouvement ouvrier restait assez restreint, C'est sans doute la cause principale de notre retard, Il faut mentionner aussi l'existence de lois anti-syndicales au sens fort, des lois qui interdisaient formellement la formation d'un syndicalisme véritable et qui interdisaient aussi la grève, arme indispensable à toute action ouvrière.Enfin, mentionnons le fait que le syndicalisme canadien, jusqu'à 1875, s'inspirait surtout du trade- unionisme britannique et que les distances jouaient contre lui, aidées d'ailleurs par l'inertie de la population, de sa résistance instinctive à cette \"nouveauté\" de l'action ouvrière.C'est sous l'action des initiatives américaines, Knights of Labor et Fédération Américaine du Travail, que le syndicalisme s'implantera chez nous de façon définitive.Mais ce syndicalisme sera tout de suîte très diffé- rent du mouvement ouvrier européen.Il aura une tendance au pragmatisme et ne revêtira presque jamais le caractère révolutionnaire, voire anarchiste, du syndicalisme européen continental; il n'adoptera même pas les objectifs politiques du trade-unionisme britannique.Pourquoi?Pourquoi l'American Federation of Labor proclamera-t-eile par la voix de Strasser: \u201cNous avançons au jour le jour, nous n'avons pas de fins der- nidres.Nous sommes des hommes pratiques,\" à la même époque où les syndicalistes français se font tuer sur les barricades?Il faut voir de près la différance profonde qui marque les deux contextes politiques: 1'européen et le nord-américain.Le travailleur d'Amérique du Nord obtient par exemple le suffrage universel, quelque quatre-vingts ans avant son camarade européen.De plus, au Canada comme aux Etats-Unis, des Etats fédérés opposent la multiplicité de leurs juridictions à tout effort politique ouvrier, tandis & ilies pu cA di cités ai di iit 3 hi : A a Gr a 3 OX XD 4 Ce NS gf 2 vi - i 5 2 a el a a ?2 a f 2 fg | 3 fit a sl ih ex gl ¢ i} ; ; > ; ir i M.Jean Bruchési parle du \"Canada, pays bilingue fii ue 5 et de double culture .\u2026.\u2026.\u2026.3 a 4 dr i ; iy +.devant l'auditoire du Cercle Juif i i i W en yi prmasac es 8 di hi S Perea 0 Ey os + ye = Vu « Se EX em da INE \"x = se ke is ae S = = à iy Sn : 3h ces Sa eons = pit RY 4 es 5 Bs 5 - > i x ik A Er ou Le Nf iy i cs = No § i! + Ge Ge) | u + S35 = a he 2 es his i EJ Ld à Le =.A il LS = 3 of Net i : oN 4 NE at D = ty i SN - à | 3 > 5 di ey a oN 3 J 2 3 és a Q : it.SE 4 it, RA i 5 5.Ai ih a Bs = ve, + \u201c3 t a aa er sé 22 i ag \u20ac ste Ld A Eh A ES 2 ! & 3 4 2s = 3 Ny 0 % Es it tht 3% a i sei) ok SE i Fe Li > oie LF \u201cRS 2 .ë ih 25 i Ro cy Ts RE i : ë fi i i .Et iH : 3 x À \u20ac 3 PS a Hi i .ss li | I | i : .5 : à iy j ù ÿ 5 2 à | À = i i i S \u201c| IN < > x i les 5 L M.Gérard Pelletier prononçant sa causerie sur % $ = le \"Mouvement ouvrier au Canada\u201d x SA J BN i He jo 73 = pa 5 ; | : 5 a i oS: Sie i is in td a de 1 RÉ RNR = i te Ls SRR e 8 8 À NON EN NR RRNA oN STON 18 ATR A vit RR pa 4 qu'au contraire, le centralisme des Etats européens favorise la constitution rapide de partis à base ouvrière.Autant, toutefois, que le passé, l'avenir du syndicalisme canadien, nous pose des questions auxquelles 11 faut essayer de répondre.L'unité syndicale, dont on parle beaucoup ces jours-ci, se réalisera-t-elle ?Nous aurons sans doute l'unité syndicale, qui semble îns- crite dans les exigences de l'Action ouvrière; 11 est permis de penser toutefois, qu'elle se fera à gauche des positions sociales actuelles de l'A.F.L.et dans une indépendance plus marquée du syndicalisme canadien, par rapport aux centrales américaines.LETTRE DE M, PIERRE MENDES-FRANCE A M.SAMUEL BRONFMAN.M.Samuel Bronfman, président national du Congrès Canadien Juif a reçu le mois dernier, une lettre de M, Pierre Mendès-France, dans laquelle l'ancien président du Conseil français remercie M.Bronfman de l'hommage qui lui a été rendu par le Congrès Canadien Juif lors de sa visite à Montréal, Nous avons le plaisir 4° en reproduire le texte intégral ci-dessous :- Monsieur le Président National, C'est avec un grand retard que j'accuse réception du Message flatteur que vous m'avez adressé à l' occasion de ma visite au Canada en Novembre 1954, J'ai été três touché par le témoignage d'estime et de solidarité que vous m'avez adressé en termes trop élogieux et je vous prie de transmettre aux membres du Congrès Canadien Juif tous mes remerciements les plus sin- cêres et les plus émus, J'ai regretté de ne pouvoir m\u2019entretenir plus longuement à Montréal, en raison d\u2019un emploi du temps qui a été, vous le savez, extrêmement lourd, Mais je suis heureux que vous ayez pensé à m'exprimer votre amitié dans cette circonstance et à me donner tous vos encouragements.Veuillez croire, Monsieur le Président National, à l'expression de mes sentiments les meilleurs et les plus dévoués.Pierre MENDES-FRANCE Député de l'Eure Ancien Président du Conseil. LES REVUES A propos de quelques revues canadiennes.Le foisonnement des revues et périodîques liîtté- raîres et le mouvement de l'édition, sont intimement et directement liés, On le remarquaît en France encore, voi=- 12 deux ans quand la crise de l'édition devenait de plus en plus grave, Les grandes maïîsons d'édition publiaient elles= mêmes des revues littéraires qui étaient le plus souvent déficitaires., C\u2019est que la revue littéraire remplit une fonction très importante et très précieuse, Elle est le laboratoire des lettres nouvelles où les noms inconnus surgissent de l'ombre et sont inserits sur les sommaires, Les jeunes écrivains prennent leur premier contact avec le public, Au Canada, l'édition littéraire n'ayant jamais connu un rayonnement comparable à celui de l'édition française (sauf, peut-être pendant la guerre, les liens avec la France étant coupés), les revues littéraires, y compris celles qui ont disparu après une vie plus ou moins longue, ont joué et jouant encore, un rôle primordial dans la vie culturelle du pays.Au premier rang de ces revues il faut citer \"Amérique Française\", qui, comme l'écrit Madame Andrée Maillet, directrice de la revue (No,5 Vol XII) \".est la première dans toute l'histoire de nos lettres, à promouvoir la création littéraire, les oeuvres d'imagination, la recherche dans le domaine de la chose écrite.Blle fait office de laboratoire; elle est le banc d'essai de la toute jeune littérature.® Les deux derniers numéros de cette revue (Nos.5 & 6) contiennent des poèmes, des contes, des extraîts de romans, des récits, des chroniques, dont plusieurs sont d'une qualité certaine, On y trouve les signatures de Roland Gi- guère, Andrée Maillet, Carmen Lavoie, Jacques Ferron etc.On chercherait en vain, un esprit qui unit de loin ou de près les collaborateurs de cette revue, Leur jeunesse et leur sincérité sont leurs seuls liens, On ne peut pourtant s'empêcher de regretter que le manque d'homogénéité la rend semble-t-il, un peu moîns vivante, Dans les \"Ecrits du Canada Français\" on peut lire des oeuvres de plus longue haleine, Une nouvelle de Jean-Louis Gagnon, \"La fin des haricots\", est la première oeuvre au sommaire de ce recueil, On connaît Jean-Louis Gagnon, le journa- = 10 = liste, le commentateur de la radio.Nous découvrons maïn- tenant l'écrivain, un écrivain en pleine possession de ses moyens, d'un souffle fort et três personnel, d'un style très incisif.Il s\u2019agit d'un conte fantastique qui reconstitue avec force détails, un plan pour faire sauter la ville de New York.La ressemblance avec Kafka paraît trop évidente au premier abord.Ce n'est qu'apparent, En vérité, Gagnon se place sur un plan tout 8 fait différent, Ce n'est pas la condition humaine qui est en question, mais la condition de l'homme dans une certaine société.On se rend vite compte qu'il s'agit d'une satire sociale.On songe davantage & Swift qu'à Kafka.On peut dire qu'avec \"La fin des haricots\", J.-L.Gagnon se place parmi les meilleurs écrivains canadiens-français.- On lit dans ce même recueil, une pièce de Robert Elie, Il est très difficile de parler d'une pièce qu'on ne voit pas jouer.Pourtant, les caractères de cette piêce semblent nager dans le vague.C'est peut-être voulu, on peut se demander si cela passera à la scène.Le critique dramatique Louis-Msrcel Raymond, est parmi les auteurs de ce recueil.Il y écrit une longue étude sur Tchekov, C'est une excellente introduction à l'oeuvre du grand dramaturge russe.La revue \"Cité Libre\", est toujours intéressante, elle est souvent passionnante, Elle exprime une pensée engagée, Ses rédacteurs ont fait leurs jeux, Ils ont choisi.Élle s'apparente à la revue française \"Esprit\", Elle est plus modeste dans son language et son contenu.Quelques esprits chagrins et mal-informés pourraient taxer \"Cité Libre\" d'extrémisme, Ce serait aller trop loin, \"Cité Libre\" est une revue de gauche; une gauche catholique, Son catholicisme est généreux et militant, comme l'est celui d'\"Esprit\".Dans le dernier numéro de cette revue nous avons lu avec un intérêt très vif, le \"Dialogue sur un suicide\" de Gérard Pelletier, qui pose en termes nets et lucides, le problème de l'incroyant au Canada.Reginald Boisvert s'occupe d'un autre problème : \"La justice des hommes\", et évoque ses souvenirs de juré aux assises.Evidemment, on peut être en accord ou en désaccord avec \"Cité Libre\", On est obligé de reconnaître qu'elle ex- ; prime un courant de pensée ou'on ne doit pas négliger.Signalons enfin le dernier recueil des \"Cahiers des Dix\", Ce recueil paraît une fois par an et contient des études historiques sur le Canada français.Comme son titre l'indique, ce recueil comprend dix chapitres, Pour donner une idée de la variété des sujets qui y sont traités, il nous suffit de citer les titres de plusieurs de ces chapitres: \"Le Journal de François Baillagé\" de Jean Bruchési, \"Les Indiennes de Chateaubriand\" par Antoine Roy; \"La Bibliothèque Acadienn\" par Gérard Malchelosse, Mgr.Olivier Maurault P.A., P.S.S.écrit la préface du recueil ainsi qu'une étude sur Louis Hippolyte La Fontaine.NoK. - 11 - LE THEATRE.\"Un nommé Judas\",par Claude-André Puget et Pierre Bost, au Théâtre de l'Arcade.La dernière pièce présentée par le Théâtre de Paris à l'Arcade, est peut-être celle qui est susceptible de fournir la plus grande matière à discussions Un nommé Judas.Les auteurs, Claude-André Puget et Pierre Bost, tentent de donner une explication du caractére de Judas et des raisons pour sa trahison, Ils essaient de sortir l'acte de Judas du cadre étroit du fait-divers, pour lui donner un caractère dramatique ample et profond, Judas, selon eux, est un esprit inquiet et tourmenté dont l'intention est de sauver l'humanité et d'aider Jésus à accomplir sa tâche sur terre.Il se prend pour un instrument irremplagable de la Providence.Il est amené à commettre sa trahison par une logique implacable, fruit de sa propre imagination.Nous n'avons aucune intention de discuter Ia validité de cette explication, du point de vue théologique.L'effet dramatique est d'une puissance et d'une intensité indisceuta- bles, Quel serait le sentiment du spectateur juif sur cette pièce?Pour ma part, je dois avouer que le côté religieux d' \"Un nommé Judas\" m'a laissé tout à fait indifférent.Tout au long de la pièce, jamais le mot \"juif\" n'a été prononcé.On ne peut en être surpris, car tous les protagonistes de ce drame sont juifs.On est à se demander si les auteurs n'ont pas évité délibérément de faire allusion à tout ce qui peut faire penser aux Juifs, même de loin, Le résultat est parfois discutable, car les faits les plus connus ne sont pas toujours respectés, Avant de suivre Jésus, Judas était juif, comme l\" étaient tous les compagnons du Christ & ce moment 14.Or, on le voit tonner et s'en prendre \"aux dieux\" et à leurs luttes intestines menées au détriment des pauvres humains, comme si sa voix s'élevait du haut de l'Acropole, Jésus est né et a prêché dans un milieu monothéiste et ses premiers disciples n'étaient pas des pallens, Il faut dire que l'intention des auteurs étsit sans aucun doute, de soustraire le drame psychologique de Judas à toutes les contingences temporelles et spirituelles.Le drame est humain et la religion ne semble y jouer le rôle que d'un simple prétexte, Jean Chevrier s'est três bien acquitté de son interprétation de Judas, Lila Kedrova était trés touchante dans le rôle de Léa.Tous les autres étaient convaincants dans leurs rôles respectifs.La troupe a eu l'heureuse idée de faire appel au concours de plusieurs acteurs canadiens. = 12 = \"Le Chandelier\" d'Alfred de Musset, au d\u2018'Arcy McGee.Le Théatre-Club présente au d'Arcy McGee l'un des meilleurs spectacles de cette saison : \"Le Chandelier\" d' Alfred de Musset, Voilä Musset réhabilité.IL l'a été depuis longtemps en France où l\u2019un des meilleurs dramaturges français contemporains, Armand Salacrou, le place au premier rang des dramaturges français.Le théâtre de Musset, qui a longtemps subi la dépréciation que sa poésie souvent jugée miêvre et sucrée par les lecteurs de Baudelaire et de Rimbaud, est assurément supérieur à sa poésie.\"Le Chandelier\" est un réel enchantement.Cette rivalité entre Clavaroche, l'officier prétentieux beau et vulgaire, et le jeune, l'idéaliste, le poète Fortunio, prêt à tous les sacrifices pour son amour, est bien dans la veine romantique et on soupçonne Musset de velléité autobiographique.C'est évidemment le poète qui triomphe et conquiert ce coeur de femme où l'amour voisine avec la méchanceté et la gentillesse va de pair avec la mesquinerie et la cruauté presque inconsciente.Monique Lepage est admirable dans ce rôle de Jacqueline, rôle difficile dont elle fait ressortir toutes les nuances, Jean-Paul Degas nous offre une belle interprétation de Fortunio et Gilles Pelletier nous fait presque croire que Clavaroche est un personnage consistant.La mise en scène est de Jean Doat qu\u2019on ne saurait trop louer pour avoir si bien servi Musset.Les décors ingénieux de Michel Ambrogi, parent aux difficultés de la mise en scène de cette pièce.Les activités de l\u2018Union Culturelle Française.Les membres du Conseil National de l'Union Culturelle Française se sont réunis le 23 avril à l°\u2019Hôtel de Ville de Mon- réal./ M, Jean Bruchesi, président de 1'U.,C.F.fit un rapport détaillé sur les activités et le progrès de l'U.C.F.au Canada, ainsi que dans tous les pays de langue française.M.Jean-Marc Léger, secrétaire de l'organisation, le suivit.Il donna des = QE - 13 - renseignements sur le Congrès International de l'U.C.F.qui aura lieu à Versailles le 23 juin prochain, avec la participation d'une importante délégation canadienne.Le Cercle Juif fut invité à envoyer un délégué à ce congrès.A l'issue de la réunion, S.H.Jean Drapeau, Maire de Montréal, reçut dans son bureau les membres du Conseil National de l'U.C.F.Un représentant du Cercle Juif a pris part à cette réunion.SOUSCRIPTION PUBLIQUE DU COLLEGE JEAN DE BREBEUF.Le Collège Jean de Brébeuf lance une grande campagne de souscription, du 15 au 30 mai prochain, qui permettra la construction d'un nouveau pavillon groupant les classes de philosophie et de sciences ainsi que les laboratoires, la bibliothèque, un auditorium et divers locaux pour l'activité extrascolaire et le sport intérieur.Cette campagne de souscription publique, est la pre- miëre que fait le collège depuis sa fondation.La construction du pavillon commencera le printemps prochain.Le coût total du projet est d'environ $2,000,000 et les plans prévoient la construction par étapes, à mesure que les fonds le permettront.L'objectif de la campagne sera annoncé plus tard.Hh i! jr.fr HA R a BE pu = TE a, < < cu Qu i 72 ol 5 \u201c0 org ~ ; rl wo ee a are ee PR a ion iil ol = Le ES Fe RE me a A oe 2er ET Mr 5, > WY 3 pe Ra ee TI ro = ges REE RRR FRET 2a TERRY PLL > "]
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