Laval médical, 1 octobre 1952, Octobre
[" VoL.17 \u2014 No 8 Quésec, OcTOBRE 1952 LAVAL MÉDICAL BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX UNIVERSITAIRES DE QUÉBEC DIRECTION \u2014 Faculté de Médecine, Université Laval, Québec \u201cBÉMOTINIC\" Liquide N° 940 Le \u2018\u201cBémotinic\u201d liquide est une préparation aromalisée à l\u2019orange, non alcoolisée, et consli- lue un tonique sanguin pour les nourrissons, les convalescents el les vieillards.Il est également utilisé au cours de la puberté et de la grossesse.Chaque cuillerée à thé (5 cc.) contient: Citrate de fer ammoniacal Vitamine B12 5 microg.Acide folique Thiamine Riboflavine Niacinamide Pyridoxine d-Panthénol Flacons de 4, 8 et 16 onces Dose conseillée.\u2014Enfants: une cuillerée à thé, trois fois par jour.Adultes: deux fois la dose enfants.AYERST, McKENNA & HARRISON LIMITEE Biologistes et Pharmaciens + MONTREAL, CANADA F828 pui étais iain T USINES CHIMIQUES DU CANADA, INC.1338, Lagauchetière est (87 Station C), Montréal.LES PRODUITS «VALOR » Solution stérile stabilisée à 5%, HYPOSULFITE DE SOUDE 10% et 20% tats de sensibilisation.Salicylate, Iodure et Colchicine, am- SAL-IOD UM « VALOR » poules intraveineuses, 10 et 20 c.c.Rhumatisme, Arthritisme.2 Ampoules 1 c.c., 2 c.c.\u2026, 5 c.c., 10 c.c., SERUM PHYSIOLOGIQUE 20 c.c., 50 c.c., 125 c.c., 250 c.c., 500 c.c.Solution isotonique ou « VALOR » hypertonique.Rachitisme, Anémie, Croissance, VITAVAL «VALOR» Appétit.Sels minéraux et Vitamines ABDG.Préventif du rachitisme et de la ca- L ACTOV AL « V ALOR » rie dentaire durant la grossesse.Calcium-Vitamines À et D.CHLORURE D'ÉTHYLE Anesthésie.« VALOR » PANCREAVAL « VALOR» Constipation d\u2019origine hépatique. #5 #$ +3 Hal ) 5\u201d \u201cty, fg is M.le Professeur ALBERT JOBIN 1867-1952 Professeur émérite ; ancien professeur titulaire de pédiatrie et de clinique pédiatrique.(5) LAVAL MÉDICAL VOL.17 N°8 OCTOBRE 1952 NÉCROLOGIE LE PROFESSEUR ALBERT JOBIN La mort d\u2019un médecin, \u2014 et d\u2019un médecin octogénaire \u2014, prend une haute signification ; car ces deux mots évoquent dans leur concision, une qualité et une durée de vie exceptionnelles.Aux étrangers et aux imdifférents, l\u2019exercice de la médecine pendant plus d\u2019un demi-siècle commande déjà l\u2019attention et le respect, voire une subconsciente reconnaissance pour tout ce qu\u2019une telle existence suppose de constance et d\u2019altruisme.Mais chez les confrères, collègues et amis, chez la famille, ces sentiments prennent une intensité particulière ; car seuls des témoins immédiats et compréhensifs peuvent apprécier les éléments d\u2019une vie, les mobiles qui l\u2019ont inspirée et soutenue.Pareille carrière, chargée d\u2019œuvres et d\u2019exemples est à la fois une directive et une leçon ; et celles-ci, même posthumes, ne perdent rien de leur force et de leur actualité.C\u2019est pourquoi l\u2019épreuve de la séparation est adoucie, chez les proches, par un souvenir toujours vivant et un témoignage qui persiste.Sa carrière achevée et sa tâche remplie, le docteur Albert Jobin s\u2019est donc éteint dans la sérénité d\u2019une vieillesse paisible, couronnement d\u2019un long labeur.Et il est mort comme il avait vécu, fidèle à une logique intime.Car tout comme la vie, la mort avait pour lui un sens bien précis qu\u2019il n\u2019aurait voulu trahir. LavarL MÉDicaL Octobre 1952 1026 Aussi des témoignages spontanés ont-ils traduit très tôt les sentiments de ses concitoyens, confrères et amis.Les journaux ont déjà publié ce qu\u2019on pensait du docteur Jobin, mais qu\u2019on ne dit pas, de leur vivant, aux méritants et aux modestes.La longue carrière du docteur Jobin, ses multiples activités, sa probité professionnelle, son concept du devoir, sa vie de famille, ses convictions de croyant et sa foi vécue ont déjà été soulignés et le seront davantage.Leur développement adéquat dépasse les cadres du bref hommage que veulent être ces quelques lignes.Comme si les exigences de sa clientèle ne l\u2019avaient pas accaparé, le docteur Jobin a trouvé le temps de se donner à tant de mouvements médicaux, sociaux et religieux qu\u2019il serait impossible et injuste de les apprécier en bloc.Aussi convient-il plutôt de dégager certaines facettes et de souligner les caractéristiques d\u2019un riche ensemble.Pour les médecins de clientèle, d'hôpital et d\u2019université sa vie fournit ample matière à réflexions.Ils voudront retenir, pour leur profit et gouverne, les traits particuliers qui leur seront un encouragement et une inspiration.Né en 1867 d\u2019une famille laborieuse, Albert Jobin devait en hériter l\u2019amour du travail et la persévérance dans l\u2019effort.Sur les assises immuables d\u2019une formation chrétienne, 11 appuilera sa conduite de citoyen, de médecin et de chef de famille.Docteur en médecine en 1893, 1l se donna immédiatement, avec son ardeur innée, à l'exercice de la médecine générale.Dès ses débuts, il est le médecin de famille au sens intégral ; son choix d\u2019une clientèle d\u2019ouvriers et de petites gens indique déjà l\u2019orientation de sa mentalité médicale.Dans ce milieu d\u2019humbles et de modestes, voire de frustes et de déshérités, 1l trouva ce qu\u2019il attendait : des ennuis et des sacrifices, mais aussi beaucoup de bien à faire, et des satisfactions que connaissent moins les médecins pour les riches.Il aimait à citer certains traits de délicatesse et de reconnaissance dont la gaucherie même soulignait la sincérité.De plus en plus, médecine et médecins sont en butte aux critiques inspirées par l\u2019ignorance ou la mauvaise foi, quand ce n\u2019est pas, hélas, par la trahison de quelques égarés ou inconscients.Mais par contre, combien de médecins savent encore, à l\u2019instar du docteur Jobin, maintenir les traditions de générosité et de désintéressement ! Octobre 1952 Lavar.MÉDICAL 1027 Une brève incursion dans la politique municipale et provinciale le convainquit que sa voie était ailleurs ; son désir intense de servir et de faire du bien devait le conduire vers des réalisations moins mgrates et de valeur indiscutée.Aussi se donna-t-il dès lors et sans retour à des causes plus elevées et plus sereines.Agrégé a la Faculté en 1915, puis titulaire en 1924, 1l participa à l\u2019enseignement de la pathologie générale et de l\u2019hygiène.Mais son thème favori fut la pédiatrie qu\u2019il avait étudiée à Paris en 1908.Le professeur René Fortier, pédiatre inoubliable, le prit comme assistant, et avec l\u2019amour de son art, lui légua la Clmique pédiatrique à la Crèche.La limite d\u2019âge l\u2019atteignit en 1937, mais ne marqua pas la fin de son enseignement qu\u2019il continua au Dispensaire des pauvres de l\u2019Hôtel-Dieu.Pendant 30 ans, il y fut le consultant et le confident jamais lassé des malheureux et des déshérités.Jamais il n\u2019aurait voulu renoncer au contact des malades ou des élèves.Avec quelle ferveur 1l voulait leur mculquer, outre des notions de médecine, celle du sens social qui en est le complément obligé.Des médecins, anciens élèves, ont tenu à témoigner du sens pratique et de la haute portée de ses leçons ; car elles étaient mûries par une longue expérience personnelle et appuyées par un sens clinique sceptique aux diagnostics par\u2018 procuration.À travers les fatigues de la clientèle, les devoirs du professeur et du chef de famille, 1l trouva toujours le temps de se donner à de multiples mouvements patriotiques, médicaux, sociaux et religieux.La Société Saint-Jean-Baptiste, les Caisses populaires, la Goutte de lait, le Collège des médecins, l\u2019Association des médecins de langue francaise dont il fut le co-fondateur, etc, ont fait appel à sa collaboration toujours prête.Pendant de nombreuses années, il fut en outre le rédacteur et l\u2019animateur du Bulletin médical, précurseur du Laval médical.C\u2019était A cette épodire une tâche ingrate, et rien moins que lucrative, que d\u2019alimenter et de soutenir notre périodique médical ; les collaborateurs ne s\u2019y sont jamais.disputé le droit de priorité .| Plume alerte et vivant conférencier, le docteur Jobin a prété sa parole et ses écrits à toutes les grandes causes.Il lui eût été facile de devenir un Journaliste de haute classe, et les rédacteurs de la presse le considéraient comme un confrère.Ils ont justement souligné sa contribution 1028 Lavar MÉDiIcaL Octobre 1952 active et convaincue à la cause de la tempérance et de l\u2019Action sociale.Nombreuses ont été ses publications touchant l\u2019hygiène, la Goutte de lait, la pédiatrie, la médecine générale.I! a même trouvé le temps, dans son extrême vieillesse, d\u2019écrire des livres d\u2019histoire locale richement documentés et dans un style resté Jeune.Ils sont les ultimes témoins d\u2019une activité et d\u2019une curiosité intellectuelles inlassables, prolongeant la Jeunesse et la maturité.Nul doute que la piété filiale voudra colliger cette masse étonnante de documents, talents qui n\u2019ont pas été enfouis et leçons à ceux qui prétextent n\u2019avoir pas de loisirs ! pP Avec le docteur Jobin, disparait un des derniers représentants d\u2019une génération médicale étroitement associée à l\u2019évolution de la médecine depuis la fin du dernier siècle.Il aura été, avec plusieurs de ses confrères et collègues disparus, le trait d\u2019union entre deux mentalités médicales ; il aura marqué la transition entre l\u2019exercice de la médecine au mode ancien et celui de la médecine modernisée.La découverte et le perfectionnement de techniques nouvelles, les procédés de laboratoire, l\u2019évolution des théories semblent à première vue élargir le fossé entre les médecins d\u2019autrefois et ceux d\u2019aujourd\u2019hui.Mais par un détour dont elle se devait d\u2019explorer les possibilités, la médecine dite scientifique, hautement spécialisée et pulvérisée en secteurs trop circonscrits, en revient et reviendra aux concepts de base qui ont fait les médecins et les cliniciens du passé.Sans bouder aucune des acquisitions nouvelles, le docteur Jobin était de ceux qui donnent la primauté de leur attention non au cas, mais au malade, non à la finesse du diagnostic mais à l\u2019efficacité de la thérapeutique.Pour ces médecins, les indispensables spécialités ne sont pas un but en soi, mais un moyen d\u2019atteindre la fin médicale : cette fin demeurera inchangée tant que le malade sera ce qu\u2019ont été ses ancêtres millénaires : une âme angoissée dans un corps qui souffre.Le professeur Albert Jobin laisse donc à la jeune génération un témoignage, et des leçons d\u2019autant plus éloquentes qu\u2019elles ont été discrètes et vécues.Son sens de la déontologie et de la hiérarchie des valeurs ; sa droiture que d\u2019aucuns ont feint de trouver trop rigide, sont quelques- unes des leçons qu\u2019il aura données à ses contemporains et à ses successeurs.Chacun sert sa société et sa profession avec ses talents et ses qualités, même avec des défauts qui n\u2019en sont que l\u2019exagération.Aussi le profes- Octobre 1952 LavAaL MÉDICAL 1029 seur Jobin aura-t-il fait servir au bien de sa famille, de ses patients, de l\u2019hôpital et de l\u2019université ses dons innés et cultivés.Sa place est déjà dans l\u2019équipe qui a vécu avec l\u2019université médicale, les deux-tiers de son premier centenaire.Puisse-t-elle, dans son second siècle de progrès, s\u2019appuver certes sur des méthodes modernisées et des moyens matériels plus adéquats ; mais puisse-t-elle, surtout, compter de ces médecins et de ces professeurs pour qui la médecine reste encore un sacerdoce, \u2014 quoi qu\u2019en disent l\u2019arrivisme et l\u2019intérêt.On ne fait rien de grand ni de beau sans une mystique appropriée ; la mystique de l\u2019argent, de la gloire ou du pouvoir ne produit que des ersatz.D\u2019aucuns choisissent d\u2019emblée la mystique du devoir bien accompli ; et leurs réalisations forcent le dépit des critiques au silence et au respect.II n\u2019est que de découvrir les ressorts intimes de certaines vies pour en comprendre le rendement : 1l n\u2019est en définitive, que l\u2019extériorisation d\u2019une mentalité.A.-R.Porvin COMMUNICATIONS CÉPHALÉES RHINOGÈNES par Alphonse MOREAU Assistant dans le Service d\u2019oto-rhino-laryngologie de l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement S\u2019il existe un symptôme qui puisse être attribué à divers états pathologiques : infections, dysfonctionnements physiologiques ou autres, l\u2019un des plus fréquents et, sans aucun doute, l\u2019un des plus difficiles à rattacher à sa véritable cause est la céphalée.En effet, nombre de patients viennent consulter et leur unique raison est «le mal de tête ».Je ne veux pas, ici, vous énumérer la liste par trop longue et fastidieuse de tous les états morbides où la céphalée frontale ou péri-orbitaire est grande vedette : d\u2019ailleurs un bon examen général permet assez souvent d\u2019expliquer la céphalée par des troubles vasculaires (hypertension artérielle), hépatiques, gastro-intestinaux, glandulaires ou autres.De plus, les examens spécialisés permettent également de rattacher bon nor bre de céphalées à des défauts de réfraction oculaire, à une tumeur cérébrale ou, encore, à des infections oculaires ou naso-sinusales.Nous ne parlerons, dans ce travail, que de trois causes.Elles sont malheureusement très souvent ignorées.Nous traiterons donc des céphalées dues : Octobre 1952 LavarL MÉDicaL 1031 1° au vacuum sinus, c\u2019est-à-dire, lorsque l\u2019obstruction du méat du sinus frontal empêche celui-ci de respirer ; 2° au contact muco-muqueux septo-turbinal moyen, c\u2019est-à-dire, lorsque le cornet moyen vient en contact avec le septum, soit que le premier soit hypertrophié, soit que la cloison soit déviée ; 3° aux manifestations purement congestives au niveau de l\u2019etbmoïde antérieur.Nous avons, au cours des derniers mois, traité huit cas de céphalée persistante et rebelle à tout traitement.Ces patients présentaient tous un seul symptôme : une céphalée tantôt sus-orbitaire, tantôt temporo-frontale.Ces maux de tête se sont révélés dus à l\u2019une des trois causes qui font l\u2019objet de notre étude.Nous allons donc étudier séparément chacune d\u2019elles.Le « vacuum sinus » : Ce syndrome, qui a été étudié plus spécialement par Canuyt et Terracol, est déterminé par l\u2019obstruction du canal naso-frontal : ce qui entraîne la résorption de l\u2019air contenu dans le sinus et des modifications plus ou moins importantes dans le volume circulatoire de sa muqueuse.Cette obstruction du canal naso-frontal (véritable drverticule d\u2019une cellule ethmoïdale) peut être produite par la présence d\u2019un septum très épais ou dévié, d\u2019un cornet moyen hypertrophié ou bulleux, d\u2019une dilatation de la bulle ou de l\u2019agger nasi, enfin d\u2019un contact muco-muqueux entre le cornet moyen et la paroi latérale du nez.Subjectivement, ce syndrome se traduit par une céphalée occipito- frontale ou sus-orbitaire avec pomt douloureux maximum à la pression de l\u2019angle supéro-interne de l\u2019orbite.Exacerbée par tout travail intellectuel ou par efforts d\u2019accommodation oculaire, cette migraine disparaît à la décongestion du canal naso-frontal par application de mèches adrénalino-cocaïnées ou autre vaso-constricteurs.La suppression de l\u2019agent causal permet une aération meilleure de la cavité du sinus frontal, rend le régime circulatoire normal de la muqueuse pituitaire, et guérit momentanément le malade. 1032 Lavar.MÉDicar Octobre 1952 Le contact muco-muqueux septo-turbinal moyen : Ce contact muco-muqueux peut se réaliser à la faveur de nombreuses anomalies anatomiques : un cornet moyen dont la tête est très hypertrophiée ou même bulleuse, une très forte déviation de la cloison qui annihile l\u2019espace septo-turbinal moyen normal, la présence de crêtes chondro-vomériennes ou ethmoïdo-chondrales (comme l\u2019a fait remarquer Didier) accolées à une partie quelconque du corps du cornet moyen détermment une congestion nasale marquée qui s\u2019exagère en cas d\u2019infection ou d\u2019irritation.Cette hyperémie de la muqueuse nasale occasionne des troubles de la circulation veineuse et lymphatique et augmenterait ainsi, d\u2019après Lermoyez, la tension intracrânienne.D'autre part, l\u2019irritation et la compression des terminaisons nerveuses de la cinquième paire, dans la zone pituitaire, intriquées assez souvent avec les filets du sympathique, sont causes de l\u2019élément intermittent qui est la névralgie.Objectivement, cette congestion se traduit par une muqueuse lisse, luisante, vernissée, hyperémiée, Dans l\u2019intervalle des crises, cet aspect vermillon fait place à une muqueuse violacée, quelquefois ecchymotique ; mais presque toujours délavée.Congestion de l\u2019ethmoïde antérieur : Bouchet et Soulas ont décrit les « céphalées du cornet moyen » qui trouvent leur explication dans des manifestations purement congestives, sans suppuration, siégeant au niveau de l\u2019ethmoïde antérieur.Toujours note-t-on un élément congestif très net entraînant un manque d\u2019aération de la région fronto-ethmoïdale antérieure d\u2019autant plus que, dans la très grande majorité des cas, il y a étroitesse et sécheresse nasales.La radiographie elle-même ne peut donner aucun renseignement, aucune Indication.Cette congestion d\u2019origine mécanique disparaît au contact de vaso-constricteurs, et avec elle une céphalée jusque-là continue et réfractaire à tout traitement purement anti-infectieux.Description : En général, le tableau clinique est le suivant, quelle que soit [a cause parmi les trois que nous avons décrites. Octobre 1952 Lavar.MÉDICAL 1033 Il s\u2019agit habituellement de femmes.La céphalée, qui peut durer depuis de nombreuses années, est presque constante.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une lourdeur de la tête, constante, continue, avec exacerbations intermittentes, névralgiques.Le siège de la douleur est à la racine du nez avec irradiations sus- orbitaires, généralement d\u2019un seul côté ou temporo-frontales s\u2019étendant jusqu\u2019aux nerfs du cou et de la nuque.Les différentes variations de température (l\u2019humidité et la chaleur humide surtout) augmentent l\u2019intensité du symptôme.Subjectivement, il y a des périodes de bien-être variables quant a leur apparition et leur durée.Habituellement la période pré-menstruelle est plus douloureuse ; mais au moment des menstruations, la congestion, et partant la céphalée, diminue mais sans toutefois complètement disparaître.L\u2019obstruction nasale intermittente est de règle de même que les éternuements ; on peut même observer des crises de larmorement, d\u2019hydrorrhée nasale et de sudation d\u2019après Sargnon.Dans les antécédents personnels, rien de particulier sauf peut-être une tendance à des poussées de rhinites banales.L\u2019examen objectif est aussi très éloquent : généralement étroit, le nez présente une muqueuse quelquefois sèche, mais le plus souvent hyperé- miée, luisante, vernissée.L\u2019attouchement au stylet peut amener un léger suintement sanguin et infailliblement une douleur trés vive.Aucune sécrétion purulente ne sourd des méats, & moins d\u2019infection secondaire surajoutée.Mais ce qui attire le plus l\u2019attention, ce sont les diverses anomalies anatomiques que l\u2019on peut rencontrer : une déviation nasale très marquée, un septum épaissi semblant se souder au corps hypertrophié ou à la tête bulleuse d\u2019un cornet moyen, un méat moyen excessivement réduit dans ses dimensions et parfois même oblitéré lorsqu\u2019il existe un contact muco-muqueux entre le cornet moyen et la paroi latérale du nez favorisé par une tête de cornet hypertrophiée ou lorsqu'il existe une bulle ethmoïdale très augmentée de volume.Toutefois la muqueuse prend un aspect tout à fait différent si l\u2019examen a lieu pendant une période de bien-être : elle apparaît alors, pâle, dépolie tout comme si l\u2019on était en face d\u2019un processus bacillaire ou de dégénérescence polypoïde (surtout au niveau de la tête du ou des cornets moyens). 1034 Lava.MépicaAL Octobre 1952 La diaphanoscopie et la radiographie sont négatives : il n\u2019y a pas de diminution de transparence, ni d\u2019opacité ni même de voile ou de flou sur la pellicule.Diagnostic : Les céphalées rhinogènes sont d\u2019un diagnostic délicat.Parfois il est rendu facile par des anomalies structurales évidentes, mais dans un nombre assez Important de cas 1l faut user de beaucoup de circonspection : car un rein déficient, un foie insuffisant, des ovaires scléro-kystiques ou déséquilibrés peuvent entraîner des troubles nasaux qu\u2019un traitement approprié fait disparaître.Cependant un examen méticuleux du nez et des cavités connexes, la disparition complète ou la persistance des éléments douleur et névralgie par l\u2019application de cocaïne adrénalinée, les signes subjectifs et objectifs précis aideront le rhinologiste à confirmer ou Infirmer l\u2019étiologie nasale.Avant toute intervention chirurgicale, chimique ou électrique sur un appareil turbmmal, sinusal ou dentaire 1l faut, de toute nécessité, avoir éliminé une algie de la cinquième paire.Le traitement : Quelques céphalées peuvent disparaître aux simples traitements décongestifs : pulvérisation ou applications endo-nasales de cocaïne adrénalinée ou éphédrinée.Les cornets moyens très hypertrophiés ou bulleux ainsi que les déviations marquées de la cloison seront réséqués chirurgicalement.Les cautérisations chimiques ou électriques des cornets moyens ont parfois de très heureux résultats.| On a également préconisé des badigeonnages de la région sphéno- palatine avec le mélange de Bonain, des injections de novocaine en utilisant les voies endo-nasale, zygomatique ou la voie du canal palatin postérieur.De plus, la diathermie, la rœntgenthérapie et la kinésithérapie ont êté employées avec succes.Enfin, la luxation ou la fracture du cornet moyen par en-dedans ou par en-dehors ont été utilisées avec d\u2019excellents résultats, du moins dans quelques-uns de nos cas personnels. Octobre 1952 LavaL.MÉDicaL 1035 Nous avons dit, qu\u2019au cours des derniers mois, nous avions traité et guéri 8 patients de leur céphalée indubitablement rhinogène.Nous allons rapidement les passer en revue : a) Mlle I.S., domestique de 32 ans, vient consulter le 2 décembre 1950, pour une céphalée frontale qui dure depuis un an et demi.La rhinoscopie antérieure nous fait voir un cornet moyen droit en contact intime avec le septum.Après quelques séances de décollement à l\u2019aide de cocaïne et d\u2019adrénaline à 1 pour 1,000 nous procédons à une cautérisation électrique.Deux jours après l\u2019intervention, la malade se sent beaucoup mieux.Le 23 du même mois, elle revient pour un examen de contrôle : le cornet est absolument libre : il n\u2019existe aucun signe objectif ni subjectif.Cette céphalée, qui était due au contact muco-muqueux septo-turbinal moyen droit est complètement disparue.Nous avons revu notre malade le 3 novembre 1951 : elle se portait très bien.x b) Mlle G.B., 20 ans, étudiante garde-malade se présente à notre consultation le 22 novembre 1950.Depuis 3 ans elle souffre de céphalée continuelle, non ou peu calmée par les analgésiques.Une radiographie des sinus n\u2019avait révélé rien d\u2019anormal il y a un an alors qu\u2019elle avait consulté ailleurs.A cette époque elle avait reçu une série d\u2019injections de novocaine au niveau du nerf sus-orbitaire droit mais sans aucune amélioration.La rhinoscopie antérieure nous révèle un accollement marqué entre le cornet moyen droit et le septum.Le 29 Janvier 1951, nous pratiquons une luxation en dehors de son cornet moyen droit.Nous avons eu l\u2019occasion de revoir la malade à plusieurs reprises depuis cette date : elle est, depuis lors, parfaitement guêrie.C\u2019est un autre exemple de céphalée due au contact muco-muqueux septo-turbinal moyen.c) Mlle C.L., 24 ans, sténographe, vient en septembre 1950, consulter pour maux de téte continuels qui durent depuis au dela de six mois.Cette céphalée est apparue à la suite d\u2019un coryza sub-aigu.Tous les examens usuels sont parfaitement négatifs, sauf une hypertrophie de la tête du cornet moyen gauche marquée au point qu\u2019elle est accollée à la muqueuse septale.Les agents décongestionnants sont efficaces momentanément seulement.Le 22 du même mois une cautérisation électrique 1036 LavaL.MÉDicaL Octobre 1952 est pratiquée : les suites postopératoires sont sans histoire et la patiente est délivrée définitivement de son mal, dû, une fois de plus, au contact muco-muqueux septo-turbinal moyen.d) Mle H.T., 19 ans, étudiante, se présente à nous en août 1951 avec une céphalée fronto-orbitaire tenace.Sa vision est excellente et sa réfraction oculaire est normale.Les sinus frontaux et maxillaires sont transparents de même que les cavités ethmoïdales : d\u2019ailleurs aucune sécrétion purulente ne sourd des méats.L'examen rhinologique révèle toutefois l\u2019accollement du cornet moyen gauche avec la cloison.Dans ce cas particulier nous avons dû procéder à deux électro-coagulations successives car le tiers antérieur du corps de ce cornet était également en contact avec le septum, dévié précisément à ce niveau.À la première séance nous nous sommes attaqué à la tête du cornet ; une semaine plus tard nous avons électro-coagulé une partie du corps du cornet.Comme Il n\u2019existait pas d\u2019insuffisance respiratoire nasale, nous n\u2019avons pas cru bon de pratiquer une sous-muqueuse.Cette céphalée est maintenant disparue, le contact muco-muqueux ayant été enlevée) Mme L.G., 33 ans, vient consulter Ie 17 novembre 1949 pour maux de tête intermittents.Opérée pour sous-muqueuse en 1944, 1l existe une vaste communication internarinaire sur les éperons de laquelle viennent s\u2019accoller des sécrétions nasales plus ou moins épaisses parfois difficiles à moucher.Au moment de l\u2019examen, il n\u2019y a cependant aucune sécrétion naso- sinusale.On note toutefois une congestion assez marquée de toute la muqueuse nasale.Ses cornets sont absolument libres et ne touchent pas à la cloison (absente d\u2019ailleurs à ce niveau).De plus ses méats sont largement ouverts et respirent normalement.Des pulvérisations à l\u2019aide de cocaïne adrénalimnée font disparaître la céphalée, qui était uniquement due à la congestion de l\u2019ethmoïde antérieur.Lorsque des poussées congestives surviennent, la malade fait elle-même quelques vaporisations dégongestionnantes et la céphalée disparaît.f) M.G.L., 68 ans, vient consulter, soit disant, pour faire traiter sa sinusite le 10 octobre 1950.La diaphanoscopie et l\u2019examen clinique ne révèlent aucun signe de sinusite.À la requête du malade, nous de- Octobre 1952 Lava\u2026 MéÉDprcaL 1037 mandons une radiographie des smus : celle-ci est absolument négative.L'examen de son nez nous fait voir un cornet moyen gauche appuyé sur la muqueuse septale ; c\u2019est là le seul signe objectif.Au point de vue subjectif, le malade n\u2019accuse qu\u2019une céphalée tenace et très douloureuse.À l\u2019aide de porte-cotons adrénalino cocaïnés nous décollons, à cinq reprises différentes, le cornet congestionné.A la suite du cinquième traitement, l\u2019espace septo-turbinal moyen gauche est redevenu normal et la céphalée complètement disparue.g) M.J.-L.L., 22 ans.Souffre de maux de tête depuis un mois lorsque nous le voyons pour la première fois le 15 janvier 1951.L\u2019examen systématique du nez et des cavités accessoires ne nous permet pas de conclure à une infection naso-sinusienne.Nous notons, cependant, une étroitesse narinaire très marquée.Les cornets inférieurs et moyens droits et gauches ne nous apparaissent pas congestionnés et il n\u2019existe pas de contact muco-muqueux entre un cornet quelconque et la cloison.Le méat moyen droit, toutefois, est si petit qu\u2019il nous est impossible de l\u2019explorer.Nous pensons alors au vacuum sinus et notre diagnostic est confirmé puisque le malade se sent parfaitement guéri après luxation vers l\u2019intérieur de son cornet moyen droit.Depuis l\u2019intervention, le malade ne s\u2019est jamais plaint de nouveau de céphalée : ses cellules ethmoïdales et son sinus frontal droit respirant normalement.b) Mlle G.B., 43 ans, vient consulter le 10 mars 1952 pour céphalée permanente depuis de très nombreuses années.Dans ses antécédents, on relève un accident d\u2019automobile il y a 8 ans ; depuis lors, ses maux de tête sont plus douloureux.A cette époque de nombreuses radiographies ont été prises, mais rien d\u2019anormal n\u2019a été décelé.Pour améliorer son sort, la patiente prend régulièrement une énorme quantité d\u2019analgésiques de toutes sortes (et ce à tous les jours).Au moment de la consultation le nombre de comprimés analgésiques qu\u2019elle prend quotidiennement (sans beaucoup de soulagement) est presque effarant.L\u2019examen de son nez nous fait voir deux cornets moyens, droit et gauche, en contact excessivement serré avec la muqueuse septale.Les décongestions médicamenteuses, à l\u2019aide de porte-cotons ou de vaporisations, sont absolument inefficaces. 1038 Lavar MEbpicaL Octobre 1952 Nous faisons hospitaliser notre malade et le 29 mars 1952 nous fracturons vers l\u2019extérieur les deux cornets moyens (l\u2019étroitesse narinaire et le contact muco-muqueux si intime nous ayant empêché de réaliser une double luxation).Les suites de l\u2019intervention sont absolument sans histoire.Au cours de la première journée nous avons cru bon de donner à deux reprises un léger analgésique, mais depuis cette date, la patiente n\u2019en n\u2019a pris aucun et sa céphalée n\u2019est jamais réapparue.CONCLUSION Il ressort de notre étude que les céphalées rhinogènes, quoique rares, existent indubitablement.Les quelques cas que nous avons traités en sont un témoignage éloquent.Pour peu fréquentes ou exceptionnelles qu\u2019elles soient, il ne faut toutefois pas ignorer complètement ces céphalées en concluant tout bonnement qu\u2019elles ne sont que des vues de l\u2019esprit et en étiquetant de psychasténiques les malades qui en sont atteints.Il convient, ce me semble, d\u2019insister sur un examen rhinologique complet et minutieux dans les cas de « maux de tête » sus-orbitaires ou temporo-frontaux tenaces et réfractaires aux traitements rhmologiques usuels.BIBLIOGRAPHIE .PORTMANN, Communication personnelle, (2 février) 1951.TErRrACOL, Les maladies des fosses nasales, 1936.Wour, Ear, Nose and Throat, 1947.SARGNON, Les céphalées d\u2019origine nasale, Revue d\u2019oto-ophtalmologie et de neuro-chirurgie, fasc.1, vol.X, 1933, XI.WiLsoN, Headache of nasal origin, Irish J.M.Sc., 1: 38-42 (jan.) 1940.Brown, E.H., Etiology of headache, Dis.Eve, Ear, Nose ¢# Throat, 1 : 203-233 (août) 1941.PORTMANN, Exploration clinique en oto-rhino-laryngologie, 1948.AuBry et LAMARIEY, Précis d\u2019oto-rhino-laryngologie, 1949. SYNDROME DE LŒFFLER ! par Maurice RICHARD assistant hospitalier A notre connaissance et dans [a mesure ou il nous a été possible de le vérifier, c\u2019est la premiére fois que, dans nos milieux, ce syndrome est signalé, smon rencontré.Voici l\u2019observation : G.T., âgée de deux ans, est admise dans le Service, le 5 janvier 1952, pour une tuméfaction apparue, il y a un mois, à la région cervico-auricu- laire gauche, à la suite d\u2019une infection de l\u2019appareil respiratoire supérieur.En outre, au cours de la même période, serait apparue sur tout le corps une éruption cutanée maculo-papuleuse de type urticarien et accompagnée d\u2019érythème ; ce phénomène est disparu quelques heures après l\u2019absorption de comprimés dont il nous a été impossible de connaître la teneur.Dans les antécédents familiaux, on note que la mère aurait fait déjà quelques crises d\u2019asthme.L\u2019examen physique ne révèle rien d\u2019autre qu\u2019une légère pâleur du visage.A l\u2019examen, nous nous rendons compte qu\u2019il existe une tuméfaction ; elle est rouge, douloureuse à la palpation et a les dimensions d\u2019une olive.Le diagnostic provisoire d\u2019adénite inflammatoire est posé.L\u2019auscultation décèle de la rudesse respiratoire sur toute l\u2019étendue du champ respiratoire.1.Travail du Service de pédiatrie de l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement présenté à la Société médicale des Hôpitaux universitaires de Québec, séance du 15 février 1952 tenue à l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement.(6) 1040 Lavar MÉDiCAaL Octobre 1952 Une première formule sanguine retient notre attention par une eosinophilie à 55 pour cent et une leucocytose à 19,650.Le taux de sédimentation globulaire est, à ce moment, de 35 millimètres.Le rapport de l\u2019examen radiologique des poumons effectué par le docteur J.Gosselin se lit comme suit : « Une très forte accentuation du dessin broncho-vasculaire avec quelques franges opaques à la région hilaire supérieure gauche.» Un deuxième examen radiologique des poumons, fait sept jours après, donne les mêmes résultats.Une troisième radiographie pulmonaire, le 29 janvier 1952, a démontré une restitution ad integrum.Une deuxième formule sanguine, le 10 Janvier 1952, montre une augmentation de l\u2019éosinophilie à 61 pour cent, la leucocytose étant de 14,850.Une éosinophilie à 58 pour cent est encore constatée dans un troisième examen du sang, le 13 janvier 1952.À cette même date, le taux de sédimentation globulaire n\u2019est plus que de 8 millimètres.Une avant-dernière formule effectuée le 30 janvier donne 51 pour cent d\u2019éosinophiles et un dernier décompte globulaire, quatre jours plus tard, donne 38.5 pour cent d\u2019éosinophiles.Une première fois, nous avons fait rechercher les œufs de parasites dans les matières fécales, le 10 janvier, sans résultat.Le même examen a été répété, quinze jours plus tard, et, cette fois, on nous signale de «très nombreux kystes d\u2019Endolimax nana », amibes non pathogènes de l\u2019intestin (docteur L.Gauvreau).L\u2019unique myélogramme qui a été pratiqué a démontré une éosinophilie très marquée.Les réactions biologiques à la tuberculine ont consisté en une cuti- réaction (Vollmer) négative, le 14 janvier 1952, et en une intradermo- réaction de Mantoux, le 31 janvier 1952, qui a donné une réponse négative.Plusieurs examens d\u2019urine n\u2019ont Jamais rien ajouté aux autres renseignements.La température a oscillé aux environs de 99°-100°F.pendant toute la durée de son séjour, malgré un traitement prolongé à la pénicilline combiné aux sulfamidés et qui n\u2019a pas semblé affecter l\u2019appétit, le sommeil et Je comportement de l\u2019enfant.La tuméfaction a diminué progressivement pour disparaître en quinze jours et n\u2019étre plus perceptible que sous la forme d\u2019un nodule gros comme un haricot.L\u2019enfant, considéré guéri, quitte l\u2019hôpital le 4 février 1952. Octobre 1952 Lava\u2026.MÉDICAL 1041 L\u2019intérêt de cette observation nous parait être dû, non seulement à sa rareté relative, mais aussi à certaines réactions paradoxales.À ce propos, il faut insister sur une radiographie pulmonaire aussi chargée et qui contraste avec la discrétion ou le quasi-silence des signes stéthacous- tiques.I] faut mentionner aussi la discordance entre cette image et la faible intensité de la réaction fébrile et le peu d\u2019altération de l\u2019état général.D'ailleurs, est-ce qu\u2019un nettoyage radiologique aussi rapide n\u2019est pas à lui seul suffisamment suggestif ?Du côté de la formule sanguine, nous ne pouvions pas rester indiffé- rent à une éosinophilie aussi élevée et qui fait rarement partie de l\u2019image infectieuse aiguë.Nous devons en dire autant à propos de la sédimentation globulaire, si nous considérons la rapidité de son retour à un taux normal et en complète discordance avec la persistance d\u2019une hyperleuco- cytose évidente.Une dernière question s\u2019est posée, à savoir si les constatations faites pendant l\u2019hospitalisation étaient en relation avec l\u2019épisode urticarien qui l\u2019a précédé.En présence de ces faits saillants et discordants, le cadre diagnostique se rétrécissait pour s\u2019apparenter, par plusieurs éléments, à une manifestation de caractère allergique.Il nous a paru facile d\u2019éliminer le groupe des maladies leucémiques, y compris la leucémie éosinophilique, à cause de l\u2019absence dans le myélo- gramme de cellules jeunes en voie de transformation en même temps que le silence hépatosplénomégalique et ganglionnaire généralisé.Un diagnostic d\u2019éosinophilie familiale a été éliminé par une formule sanguine normale chez les parents.C\u2019est avec moins de certitude, cependant, que nous avons pu mettre de côté l\u2019hypothèse d\u2019une invasion tuberculeuse ; cependant, si cette hypothèse avait dû être retenue, 1] aurait fallu penser à une granulie de primo-infection, comme en faisait foi le silence stéthacoustique, le caractère de l\u2019image radiologique et l\u2019état d\u2019anergie dans lequel se serait trouvé l\u2019enfant.D'autre part, la granulie, dans ces conditions, aurait donné une courbe fébrile tout autre, une sédimentation globulaire à peine touchée et un état général, s\u2019altérant progressivement.La pneumonie infantile à virus est suffisamment connue pour qu\u2019elle se présente à notre attention.L\u2019image radiologique qu\u2019elle donne est nullement comparable à celle que nous avons observée.L\u2019éosinophilie 1042 Lava\u2026 MÉDICAL Octobre 1952 y est rarement aussi élevée.À l\u2019exception de l\u2019agglutination froide, que nous aurions dû faire, cette hypothèse diagnostique pouvait être mise de côté.Il ne nous restait plus qu\u2019à rechercher du côté de certaines réactions allergiques à manifestations pulmonaires prédomimnantes qui sont de description relativement récente.Aussi, dans le même ordre d\u2019idées, 1! ne nous a pas été possible de mettre de côté le diagnostic de syndrome de Loeffler.En clinique, le syndrome décrit par Leeffler en 1932 est difficile a caractériser, puisque ses signes cliniques d\u2019hyperthermie légère, de toux paroxystique et de faible dyspnée ne comportent aucun élément particulièrement spécifique.Tout au plus, peut-on s\u2019mspirer de la bénignité et de la brièveté relative de l\u2019évolution.Au pomt de vue radiologique, l\u2019image ressemble à la tuberculose miliaire, à cause des infiltrations fugaces d\u2019éosinophiles dans le parenchyme pulmonaire.C\u2019est la formule sanguine qui renseigne davantage par l\u2019augmentation importante d\u2019une éosinophilie variant entre 40 et 70 pour cent.L'augmentation légère de la leucocytose est aussi d'importance.Le taux augmenté de la sédimentation globulaire a quelque valeur, si l\u2019on veut bien tenir compte de la rapidité avec laquelle il retourne à la normale.En somme, un diagnostic positif de syndrome de Leeftler peut être posé chaque fois que les signes sanguins et radiologiques existent en l\u2019absence d\u2019une atteinte proportionnelle de l\u2019état général.Jadis, l\u2019on croyait que le syndrome de Læffler était une entité d\u2019origine bactérienne ou virale, mais, depuis quelques années, l\u2019opinion semble s\u2019orienter vers une causalité allergique.En effet, Wright et Gold ont rapporté vingt-six cas de syndrome de Læffler compliqué d\u2019éruption cutanée extensive.Cette éruption cutanée ressemblait à l\u2019urticaire, Aussi, ces auteurs considérent-ils ce syndrome comme unc réaction hyperallergique du tissu pulmonaire ou de Ja peau vis-à-vis d\u2019un antigène quelconque : ascaris, pollens, médicaments et agents infectieux.Pour prouver cette théorie allergique, ils purent reproduire des infiltrations pulmonaires par l\u2019injection intradermique d\u2019antigènes d\u2019asca- ris ou de trichine. Octobre 1952 LavaL MEbicaL 1043 Dans le même ordre d\u2019idées, Zuelzer et Apt ajoutent que cette réaction allergique, non seulement se produit dans le tissu pulmonaire, mais aussi au niveau du foie.Dans quatre cas, l\u2019autopsie a révélé des foyers de nécrose, une formation de granulomes accompagnés d\u2019histio- cytes et de cellules géantes et une mfiltration éosinophilique très étendue.Méme plus, cette infiltration peut se produire exclusivement dans le foie.Besançon, Jacquelin, Joly et Monchamont apparentent ce syndrome à l\u2019asthme, car, pour eux, le syndrome de Læffler serait une manifestation allergique se produisant, non au niveau de la bronchiole, comme dans l\u2019asthme ordinaire, mais au niveau des terminaisons alvéolaires.Quant à l\u2019allergène en cause, il est impossible de conclure à un seul en particulier.L\u2019allergie due au pollen peut être éliminée, car le syndrome peut survenir en hiver tout aussi bien qu\u2019en été.Quant aux ascaris, nombre d\u2019auteurs ont rapporté des cas de ce syndrome sans pouvoir mettre en évidence le parasite.La sensibilité aux bactéries ou à leurs toxines semble être le facteur étiologique le plus certain, car, dans la plupart des cas, il s\u2019agit d\u2019enfants présentant des infections répétées.Dans notre observation, l\u2019enfant a présenté de nombreux épisodes fébriles associés à des symptômes respiratoires supérieurs.Ces infections chroniques ou répétées agiraient comme agents déclenchants, de la même manière que le streptocoque dans la production de la fièvre rhumatismale.Le traitement est purement symptomatique, puisque la régression spontanée s\u2019opère dans quelques semaines.Nous croyons que ces faits sont amplement suffisants pour nous permettre d\u2019ajouter cette observation à la liste de celles qui ont été déjà publiées.CONCLUSION Il s\u2019agit d\u2019une observation de syndrome de Læffler.Les faits présentés, les examens sanguins et radiologiques et l\u2019évolution clmique ont paru motiver cette façon de voir.Ce syndrome, quoique de description récente, ne saurait être diagnostiqué à moins d\u2019avoir recours à des formules sanguines répétées et au cliché radiologique. 1044 Lavar MÉbpricar Octobre 1952 Quoiqu'\u2019encore discutable, la pathogénie qui semble rallier la plupart des opinions est d\u2019ordre allergique y compris une allergie possible aux agents infectieux ou à leur toxines.SUMMARY The case reported has been considered as Loeffler\u2019s syndrome.The author felt authorized to report such a case on account of the facts exposed of the radiological signs, of the blood tests performed and of the evolution.Such a syndrome, although recently described, cannot be diagnosed unless repeated X-rays are obtainable with repeated blood counts.If no unanimous opinion as to the cause is readily available, more than one author seems to recognize an allergic phenomenon, even to germs or their toxins, BIBLIOGRAPHIE I.BARKER, C.S., et Fownes, Difficulties in diagnosis between tuberculosis and Læffler syndrome, Can.Med.Ass.Journal, 59 : 472 (novembre) 1948.2.BESANÇON, F., L\u2019hypersécrétion mucineuse et l\u2019éosinophilie dans l\u2019asthme, La Biologie médicale, 1-22, 1942.3.CABAIL, J., Polymorphisme du syndrome de Læffler, J.Med.et chir.prat., 120 : 303, (décembre) 1940.4.EpiToriAL, Lœffler\u2019s syndrome, Int.M.Digest, 38 : 382, 1941.5.JonEs, A.M,, et OGLE, E.B., Leefller\u2019s syndrome with skin manifestations, J.Pediat., 36 : 505, (avril) 1950.6.SCHEER, E.H., Læffler\u2019s syndrome, Arch.Pediat., 68 : 407, (septembre) 1951.7.Woorr, V.F., et GouLp, W.J., Transitory infiltrates in lungs with eosinophilia, (Lceffler\u2019s syndrome review with report of case), Am.Rev.Tuberc., 59 : 679, (janvier) 1949.8.ZUELZER, W., et Apt, Disseminated visceral lesions associated with extreme eosinophilia, Am.J.Dis.Children, 78 : 153, 1949. OSTÉOME ETHMOÏDO-FRONTO-ORBITAIRE * par Louis ROYER de l\u2019Hôtel-Dieu Même si, d\u2019après Eggston et Wolff (1), les ostéomes forment environ 50 pour cent des tumeurs du nez et des cavités sinusales périfaciales, tous les auteurs semblent admettre que c\u2019est une affection assez rare et que les cas d\u2019ostéome nécessitant l\u2019intervention sont très peu nombreux.En effet, parmi les 458 cas réunis par Malan (2) dans la littérature, beaucoup sont des découvertes que l\u2019on a faites en réexaminant des clichés radiographiques ou des dossiers d\u2019hôpitaux ou sont des trouvailles d\u2019autopsie.DÉFINITION Les ostéomes sont des tumeurs osseuses histologiquement bénignes, bien encapsulées, dont les dimensions et la rapidité de développement varient énormément.Cette évolution capricieuse rend la date de leur apparition impossible à déterminer, puisque l\u2019accroissement semble être plus rapide chez les jeunes sujets.La dimension de ces tumeurs peut aussi varier de la grosseur d\u2019un pois à celle d\u2019une orange.* Reçu pour publication le 6 mai 1952. 1046 Lavar MÉDICAL Octobre 1952 SIÈGE ET FRÉQUENCE Dans les deux tiers des cas, les sinus frontaux et ethmoïdaux sont intéressés ; l\u2019homme est plus souvent atteint que la femme, et il semble que c\u2019est surtout dans la trentaine que les ostéomes ont été le plus fréquemment observés.PATHOLOGIE La classification pathologique (3) est basée sur le fait qu\u2019un ostéome peut prendre naissance sur un os donné à n\u2019importe quel stade de son évolution osseuse et sa consistance varie donc avec celle de l\u2019os en voie de formation, au moment où la tumeur apparaît.Nous avons ainsi trois sortes d\u2019ostéomes : le fibrome ossifiant, qui se développe rapidement ; l\u2019ostéome spongieux, d\u2019évolution plus lente, et, enfin, l\u2019ostéome compact.ÉTIOLOGIE L\u2019étiologie est des plus obscures.Certains croient que l\u2019ostéome serait le résultat d\u2019une nouvelle prolifération d\u2019un vestige embryonnaire d\u2019origine périostée ; d\u2019autres attribuent au traumatisme un effet stimulant sur la rapidité de développement de la tumeur, tandis que plusieurs invoquent un processus infectieux, à cause de la coexistence fréquente d\u2019une sinusite purulente, mais ils ne peuvent cependant, affirmer si l\u2019infection a suivi ou précédé l\u2019apparition de la tumeur.PP SIÈGE D\u2019ORIGINE On ne peut déterminer le point d\u2019origine de l\u2019ostéome que si celui-ci est petit ou pédiculé et il semble, d\u2019après les statistiques, que la ligne de jonction entre l\u2019os ethmoïdal et le sinus frontal soit le point de prédilection.Cependant, il faut admettre que l\u2019ostéome peut se développer partout dans les sinus, c\u2019est-à-dire sur toutes ses parois (on a même rencontré des ostéomes flottant, si l\u2019on peut dire, dans le sinus, sans aucune attache).Ce caprice d\u2019origine et d\u2019évolution des ostéomes nous fera comprendre qu\u2019une tumeur essentiellement bénigne devienne clini- auement maligne en raison des territoires très importants qu\u2019elle peut Octobre 1952 Lavar MÉDiIcaL 1047 envahir et détruire, ce qui aura pour effet de faire varier grandement les symptômes.SYMPTOMES ET COMPLICATIONS En effet, comme nous l\u2019avons mentionné au début, la grande majorité de ces tumeurs passent inaperçues, et sont une découverte radiologique.Mais, en général, des symptômes en rapport avec la localisation apparaîtront tôt ou tard ; ainsi, un ostéome siégeant dans le sinus frontal et nuisant à la ventilation et au drainage normal de ce sinus donnera des signes de sinusite frontale ordinaire.S1, d\u2019autre part, la tumeur s\u2019est développée vers la corticale postérieure et l\u2019a détruite en partie, on peut observer des signes de complications, tels que méningite, abcès cérébral, mucocèle, pneumocéphale, etc.Par contre, si la paroi antérieure du sinus frontal est intéressée, on assiste à des phénomènes de névralgie sus-orbitaire mexplicables (4) ou, plus tardivement, à des déformations esthétiques.Un ostéome se développant vers la paroi orbitaire produit des troubles oculaires, tels que diplopie, exophtalmie, une voussure au niveau du canthus interne, etc, tout cela variant avec la direction de la poussée ostéomateuse.Les auteurs ont rapporté des cas de morts soudaines qu\u2019on ne put expliquer qu\u2019à l\u2019autopsie et qui étaient causées par des abcès cérébraux résultant d\u2019ostéomes.Cette tumeur, dans 12 pour cent des cas, va s\u2019accompagner d\u2019une mucocèle et celle-ci, en augmentant de volume, va elle aussi concourir à la destruction des tissus avoisinants.Nous pouvons donc conclure qu\u2019il existe une grande variété de symptômes et qu\u2019il n\u2019y a pas de signe pathognomonique, et ce n\u2019est que grâce à l\u2019opacité ivorine que donne la masse ostéomateuse sur les clichés radiographiques que nous en faisons un diagnostic certain et de plus en plus fréquent.F VOLUTION ET PRONOSTIC Quels sont l\u2019évolution et Ie pronostic de ces formations tumorales ?Evidemment, comme toutes les tumeurs, elles vont évoluer vers un 1048 Lavar MÉDICAL Octobre 1952 accroissement de volume et celui-ci sera nettement irrégulier, tant au point de vue de son apparence extérieure tourmentée et bosselée qu\u2019au point de vue histologique (5).Cependant, il faut considérer que certains ostéomes ont été observés pendant des années, sans qu\u2019aucun changement de volume appréciable n\u2019ait pu être noté, tandis que d\u2019autres ont récidivé après leur exérèse.En général, on peut tout de même affirmer que la plupart vont augmenter de volume et s\u2019accroître en repoussant ou en détruisant les tissus voisins, s\u2019il y a lieu ; c\u2019est alors que, selon le territoire qu\u2019elles envahissent, ces tumeurs bénignes peuvent se comporter comme des tumeurs malignes.CONSIDÉRATIONS SUR LE TRAITEMENT Le seul traitement de ces ostéomes est l\u2019exérèse chirurgicale et c\u2019est là un sujet de controverse depuis qu\u2019on en a fait le diagnostic.Partant du fait que certaines de ces tumeurs progressent souvent très lentement ou même demeurent stationnaires, les auteurs sont, aujourd\u2019hui, divisés en deux camps : l\u2019école française conseille fortement l\u2019intervention aussitôt que le néoplasme est découvert, tandis que les écoles américaine et anglaise préfèrent retarder l\u2019opération jusqu\u2019à ce que les symptômes soient évidents.Rappelons ici que, si, autrefois, le taux de mortalité était de l\u2019ordre de 25 pour cent, chez les opérés, l\u2019avènement des antibiotiques a diminué énormément les risques opératoires et les blessures de la dure-mère que peuvent être dues à des manœuvres opératoires comportent, aujourd\u2019hui un risque beaucoup moindre et un pronostic presque bénin.C\u2019est pourquoi il semble qu\u2019il ne faut pas être trop catégorique dans le choix du temps de l\u2019opération et qu\u2019il peut y avoir un juste milieu à suivre.Nous ne croyons pas qu\u2019il faille s\u2019alarmer et recourir tout de suite au bistouri si l\u2019on découvre à la radiographie un petit ostéome, par ailleurs silencieux, qui siège sur une des parois d\u2019un sinus frontal en un point qui ne gêne pas le drainage normal des sécrétions sinusales et qui, d\u2019autre part, ne donne pas de signes d\u2019envahissement des tissus voisins importants, comme l'orbite ou la cavité crânienne.Au contraire, lorsque nous sommes en présence d\u2019un ostéome qui siège au niveau de la paroi orbitaire ou qui semble progresser vers le cer- Octobre 1952 Lavar\u2026 MÉDICAL 1049 veau ou qui a déjà causé une déformation inesthétique, 1l parait logique et prudent de faire l\u2019éradication de la tumeur, même quand les symptômes subjectifs sont absents ou presque, sans attendre l\u2019arrivée de phénomènes plus sérieux ou la présence de dégâts plus considérables, à moins que des radiographies antérieures répétées montrent que la tumeur est stationnaire et ne cause aucun trouble.Le traitement d\u2019un ostéome qui donne des symptômes névralgiques, orbitaires ou cérébraux, ne comporte aucune hésitation, c\u2019est l\u2019intervention immédiate.VOIES D\u2019aCCÈS La voie d\u2019accès devrait être rhinologique, c\u2019est-à-dire la voie du sinus intéressé, car il ne faut pas oublier que nous travaillons dans un milieu septique et qu\u2019une infection purulente chronique accompagne souvent ces ostéomes.Il y a donc indication de drainer les cavités d\u2019exérèse, chose qu\u2019on ne peut pas faire en utilisant les voies d'accès transcräâniennes des neuro-chirurgiens.A moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019un énorme ostéome, les résultats esthétiques, grâce aux incisions sourcilières, sont très satisfaisants, mais comme le dit Portman (6), le souci exclusif de l\u2019esthétique est un luxe que l\u2019on ne peut se payer que lorsqu'on a satisfait à toutes les règles de la prudence chirurgicale.PRÉSENTATION D'UN CAS OPERE Cela nous amène à rapporter un cas d\u2019ostéome ethmoïdo-fronto- orbitaire que nous avons opéré, 1l y a quelques mois.Le malade en question entre à l\u2019hôpital, le 18 septembre 1951.C\u2019est un jeune homme de vingt-six ans, bien constitué et d\u2019apparence normale.Quelques semaines auparavant, il est allé consulter son médecin pour un petit gonflement dur siégeant au niveau de l\u2019angle interne de l\u2019œil gauche.Le patient avait remarqué cette anomalie en décembre 1950, après un rhume de quelques jours.Il affirme que, depuis ce temps, la masse n\u2019a pas beaucoup changé de volume ou de consistance.Il ne se plaint pas d\u2019obstruction nasale, ni de troubles de l'odorat, mais il dit que, depuis 1050 Lava\u2026 MÉDicaL Octobre 1952 deux ans environ, Il sent une lourdeur frontale qui ne le quitte pas et qui se fait sentir davantage pendant son travail ou lorsque le malade penche sa tête en avant.En mars 1950, il aurait fait une crise convulsive de courte durée et, au dire de ses compagnons de travail, accompagnée de dyspnée intense ; le malade ne se souvient pas du tout de cet incident.Au point de vue psychique, il se plaint, depuis le printemps 1951 d\u2019une somnolence et d\u2019une sorte d\u2019engourdissement cérébral.Il a perdu le goût de tout, il n\u2019est plus enjoué comme auparavant, son travail ne Figures 1 et 1\u2019.\u2014 No 4092, dossier X-36£90.\u2014 26 ans.\u2014 Le 18 septembre 1951.l\u2019intéresse guère, de même que les rencontres sociales ou les distractions ; il est devenu solitaire et taciturne.De temps en temps, 1l se plaint d\u2019étourdissements et de scotomes lumimeux qui ne durent que quelques minutes.Rien de spécial du côté des antécédents héréditaires et personnels.Pas d\u2019histoire de traumatisme.Pas de passé oto-rhino-laryngologique.À l\u2019examen, on note un petit gonflement (fig.1 et 1\u2019) de la grosseur d\u2019une amande, à l\u2019angle interne de l\u2019orbite gauche.Les mouvements oculaires sont normaux.A la palpation, on sent sous la peau mobile l\u2019existence d\u2019une masse très dure, indolore, faisant corps avec le squelette environnant et qui semble se diriger vers la profondeur de l\u2019orbite. Octobre 1952 Lavar\u2026 MÉDICAL 1051 L\u2019examen oto-rhino-laryngologique est, par ailleurs, totalement négatif.L\u2019examen ophtalmologique montre un fond d\u2019œil normal, une vision normale.Les examens de laboratoire, ainsi que la réaction de Bordet-Wassermann, sont aussi négatifs.La radiographie (fig.2) nous révèle la présence d\u2019un volummeux ostéome envahissant la presque totalité des sinus frontaux et le sinus ethmoïdal gauche.En profil, la masse opaque déborde le sinus frontal vers l\u2019étage antérieur du crâne (fig.3).Les sinus maxillaires et sphénoi- daux sont normaux.Frappé par l\u2019énormité de la tumeur et par son extension vers la fosse cérébrale supérieure et l\u2019orbite, nous jugeons qu\u2019il y a indication d\u2019intervenir avant que des troubles nerveux ou oculaires sérieux ne fassent leur apparition.Le docteur Jean Sirois évalue l\u2019état neurologique du patient et ne trouve aucun signe pathologique bien défini, tout au plus, des signes frustres d\u2019hypertension crânienne et confirme l\u2019indication opératoire.Il est aussi d\u2019avis que la voie d\u2019accès doit être sinusienne et non transcrânienne aseptique, car, ici, l\u2019ostéome est localisé dans les sinus et, par conséquent, dans un milieu infecté.Le 26 septembre 1951, nous pratiquons l\u2019exérèse de l\u2019ostéome sous anesthésie générale, au pentothal et flaxédil.Incisions (fig.4) partant des deux canthus internes (plus basse à gauche) et se prolongeant, le long des sourcils, jusqu\u2019à la queue et se joignant au niveau de la racine du nez par une autre incision.L\u2019élévation de la peau et du périoste de la région frontale à la rugine nous permet de voir la tumeur osseuse faisant hernie à travers la corticale externe réduite à l\u2019épaisseur d\u2019une coquille d\u2019œuf et même détruite, à certains endroits.Trépanation à la gouge de la paroi antérieure des sinus frontaux Jusqu\u2019à ses limites externes, et aspiration d\u2019un liquide muco-purulent visqueux, jJaunâtre, qui comble les cavités sinusales.On doit aussi sacrifier la racine du nez et la région antérieure de la face interne de l\u2019orbite gauche pour mettre à nu l\u2019ostéome sur ses faces extérieures ou superficielles. 1052 Lavar MÉDICAL Octobre 1952 ¥ Hy 3 4 Figure 2.\u2014 No 4092.Se ®, res AY ATA eb wih * a Figure 3.\u2014 No 4092. Octobre 1952 Lavar MÉDiCAL 1053 7 sik ?æ æ % # À Hy \u201c% i Figure 4.\u2014 No 4094, \u2014 29 septembre 1951.: os _ = \u201ca ; a -\u2014 whe Figure 5.\u2014 No 4094, dossier X-36890.\u2014 26 ans.\u2014 Le 29 septembre 1951. 1054 Lavar MÉDiCaL Octobre 1952 i (#5 È 4 Ba + + \u201cPc >, TR e- | Figures 6 et 6\u2019.-\u2014 No 4099.\u2014 Après opération, le 15 octobre 1951.SRE à ~ A oe ne - - oie * gn \u201c> or & ; PS \u2014 a as ; ASS ; / 4 sot « # « ¥ 7 Fs ds a .} ; fé sod : fp om Fe #4 * = J ER en J * < * ei =k Figure 7.\u2014 Ostéome.x 255 Octobre 1952 Lavar MÉDiCAI 1055 A cause de l\u2019impossibilité d\u2019enlever la masse in toto, on fait un morcellement de façon à en réduire le volume.Elle semble ancrée en profondeur dans le labyrinthe ethmoïdal gauche et au niveau de la table interne des sinus frontaux.Avec des mouvements de latéralité et de pulsion, on réussit enfin à décoller la tumeur qui est très irrégulière et bosselée et à l\u2019extraire de son lit, en bloc (fig.5).Aussitôt s\u2019échappe un liquide (environ 30 c.c.) clair, ambré, semblant venir de la paroi postérieure du sinus frontal gau- Figures 8 et 8\u2019.\u2014 No 4092.che.Nous réalisons bientôt, à notre grand soulagement et aussi à notre surprise, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mucocèle rupturée qui s\u2019était développée vers l\u2019endocrâne, après avoir détruit la corticale interne du sinus frontal gauche sur un diamètre d\u2019environ 2 centimètres.En arrière des méninges Intactes, nous devinons l\u2019hémilobe frontal gauche.Après irrigation et nettoyage de la cavité d\u2019exérèse, nous faisons un tamponnement à la gaze absorbable et nous plaçons un drain de caoutchouc en « T », dont la portion verticale est introduite dans le canal naso-frontal gauche jusqu\u2019à la fosse nasale.Fermeture de l\u2019incision en deux plans avec catgut et soie.(7) 1056 Lavar MEpicaL Octobre 1952 Au cours de l\u2019opération, qui a été très longue (huit heures) et très laborieuse, le malade a reçu 400 c.c.de sang et du soluté physiologique mtraveineux.En aucun temps, la pression artérielle et le pouls ne sont descendus en bas de la normale.Les suites opératoires sont absolument normales.Au bout de dix jours, on voit se dessiner un enfoncement de la paroi antérieure cutanée des sinus frontaux.Cette dépression est la seule trace de l\u2019opération, car la cicatrice opératoire est à peu près invisible (figs 6 et 6°).Le rapport anatomo-pathologique indique que nous avons affaire à du tissu osseux compact de néo-formation (fig.7).Le poids de la tumeur s\u2019élève à 45 grammes.Une radiographie de contrôle (fig.8), prise une semaine après l\u2019intervention, montre que l\u2019ostéome décrit antérieurement a été complètement enlevé et permet de voir la brèche correspondant à la partie postérieure de l\u2019ostéome qui débordait vers l\u2019endocrâne et où siégeait le kyste liquidien (fig.8).Le malade quitte l\u2019hôpital en très bonne condition, le 16 octobre 1951.Il se porte très bien.Nous devons faire, plus tard, une correction esthétique de l\u2019enfoncement frontal qu\u2019il présente.BIBLIOGRAPHIE 1.Eccston et WOLFF, Histopathology of the ear, nose and throat, Williams and Wilkins Company, Baltimore, 1947, 750.2.MALAN, cité par SALVADORI, G., Osteoma of the frontal sinus, Archives of Otolaryngology, 35 : 671, (avril) 1942.3.Novick, Osteoma of the frontal sinus, Archives of Otolaryngologv, 46 : 654, (novembre) 1947.4.WiLp, Ch., et HEIMENDIGER, E., Les ostéomes frontaux et ethmoïdaux: leur symptomagologie de début, Rerue d\u2019oto-neuro-ophtalmologie, 23 : 26, (octobre) 1951.BRUNNER-SPIESMAN, Osteoma of the frontal and ethmoid sinuses, Annals of Otolaryngology, 57 : 714, (septembre) 1948.6.PORTMANN, G., MEsNaGE, J.et PORTMANN, M., À propos des ostéomes du sinus frontal, Revue d\u2019oto-neuro-ophtalmologie, 23 : 444, (octobre) 1951.Vi LE CANCER DE LA THYROÏDE par E.PAQUET Post-Graduate School of Medicine, université de Pennsylvanie, Section de médecine interne.Le cancer de la thyroïde est un sujet qui, par ses aspects pathologique, clinique et thérapeutique mérite de retenir l\u2019attention et l\u2019intérêt.En effet, son origine est fréquemment liée à l\u2019existence d\u2019une tumeur bénigne dont l\u2019ablation précoce offre toutes les chances d\u2019une cure radicale.PATHOLOGIE Certaines lois générales de la cancérologie telles que : «la non différentiation d\u2019une tumeur est directement proportionnelle à sa malignité » ne s\u2019appliquent pas toujours au cours de l\u2019évolution du cancer de la thyroide.De plus, le comportement de ses potentialités métastatiques paraît souvent bizarre.L\u2019on sait que, moins une tumeur est différentiée plus elle donne rapidement des métastases.Cette loi ne se réalise pas toujours, lorsqu\u2019il s\u2019agit de la thyroïde.Les statistiques démontrent que 80 p.cent de ses cancers se développent à partir d\u2019un adénome préexistant.On le rencontre en effet dix fois plus souvent dans les régions où le goître existe à l\u2019état endémique.On a suggéré l\u2019hypothèse, sans pouvoir encore la démontrer, que l\u2019emploi 1058 LavaL MEbicaL Octobre 1952 du thiouracil et de ses dérivés ou de l\u2019iode radio-actif dans le traitement de l\u2019hyperthyroïdie peut être associé avec le développement éventuel du cancer.Un grand nombre de classifications ont été proposées.Celle de Warren (1940) est souvent employée, en raison de sa clarté et de sa précision.Celui-ci divise les cancers de la thyroïde en trois groupes : I.Tumeurs potentiellement ou peu malignes : 1.Adénome avec envahissement circulatoire ; 2.Adénome kystique papillaire avec envahissement circulatoire.II.Tumeurs modérément malignes : 1.Epithélioma papillaire ; 2.Epithélioma alvéolaire ; 3.Épithélioma à cellules de Hurthle.[IT.Tumeurs hautement malignes : 1.Épithélioma à petites cellules : a) type compact, b) type diffus ; Épithélioma à cellules géantes ; Épithélioma pavimenteux ; .Fibrosarcome ; V1 5 VIN Lymphome.I.Tumeurs potentiellement ou peu malignes : | Une des plus importantes contributions à l\u2019étude de ce cancer réside dans la signification de l\u2019envahissement circulatoire.Ce phénomène que l\u2019on retrouve fréquemment dans le cancer de la thyroïde représente un critère diagnostique à la fois histologique et biologique indiquant que les cellules néoplasiques sont disséminées à travers Porganisme.Lahey (1940) rapporte qu\u2019environ 3 p.cent des adénomes \u2018 thvroïdiens s\u2019accompagnent d\u2019une telle invasion et que seulement 10 p. Octobre 1952 LLavaL MEDICAL 1059 cent des cas où ce facteur est présent montrent des caractères cliniques évidents de malignité.Dans ce groupe particulier de tumeurs, les métastases se font surtout dans le tissu osseux, les ganglions régionaux et les poumons.I].Tumeurs modérément malignes : 1.L\u2019épithélioma papillaire, le plus fréquent des cancers thyroïdiens, survient ordinairement entre vingt et quarante ans.On le différentie de l\u2019adénome kystique papillaire du premier groupe par son plus haut degré d\u2019anaplasie et son défaut d\u2019encapsulation.Il envahit à la fois la glande elle-même, les tissus adjacents et particulièrement Jes gangliens du voisinage.On a longtemps considéré ces ganglions métastatiques comme des thyroïdes aberrantes latérales et l\u2019on supposait qu\u2019elles s\u2019étaient développées à partir des formations ultimo-branchiales dérivées du quatrième bourgeon pharyngien.On a cependant réalisé par la suite que ces pseudo-thyroïdes aberrantes étaient des métastases de l\u2019épithélioma papillaire.Ce type de cancer ne se généralise que rarement par la voie sanguine et même après l\u2019envahissement ganglionnaire, 1l peut évoluer très lentement.Histologiquement, il se compose d\u2019un réseau complexe de stroma vasculaire encerclant les alvéoles dans lesquelles on trouve un grand nombre de projections papillaires.Les cellules sont de dimension et de forme variables.2.L\u2019épithélioma alvéolaire se place au second rang dans la fréquence des cancers de la thyroïde.On le rencontre surtout chez les sujets d\u2019âÂge moyen ou avancé.Son degré de malignité l\u2019emporte sur celui du type papillaire.Son incidence est remarquablement plus grande dans les régions goitreuses.Il présente des caractères histo-pathologiques pouvant faire penser soit à un adénome soit à un épithélioma hautement indifférentié.Les cellules sont irrégulières, claires et les noyaux de dimension et de coloration variables.Il se propage moins souvent aux ganglions régionaux mais donne surtout par voie sanguine des métastases pulmonaires, osseuses ou cérébrales.3.L\u2019épithélioma à cellules de Hurthle, type plutôt rare, apparait ordinairement dans l\u2019âge moyen.Il est formé de grosses cellules acidophiles disposées en amas irréguliers.Il envahit plus ou moins 1060 Lavar.MÉDICAL Octobre 1952 les tissus voisins, se propageant lentement aux ganglions adjacents et rarement par voie sanguine.III.Tumeurs très malignes : Celles-c1 forment un groupe hétérogène rappelant plus ou moins l\u2019aspect du tissu thyroïdien.Histologiquement, elles se composent de cellules relativement anaplastiques, croissant rapidement et se propageant à la fois aux tissus voisins et éloignés.1.L\u2019épithélioma à petites cellules, aussi appelé épithélioma simplex, constitue heureusement une des formes les plus rares et apparait après la cinquantaine.Complètement indifférentié, il peut se présenter sous deux formes.Dans le type compact, on trouve des amas de petites cellules cubiques a noyaux hyperchromatiques présentant beaucoup de mitoses.Dans la forme diffuse, l\u2019aspect histologique est beaucoup plus complexe.À première vue, on pourrait prendre le tissu néoplasique pour une thyroïdite chronique, surtout du type Hashimoto.Parfois, il peut ressembler à un lymphome.Cependant, après un examen attentif, on s\u2019aperçoit que la tumeur est faite de petites cellules épithéliales, irrégulières, contenant peu de protoplasme.Elles sont réparties un peu partout à travers un stroma dense ayant remplacé la plus grande partie de la structure thyroïdienne normale.On voit ici et là des lymphocytes et mononucléaires infiltrant le stroma.Les métastases peuvent se rencontrer partout dans l\u2019organisme.2.L\u2019épithélioma à cellules géantes représente la plus maligne des tumeurs de la thyroïde.Il manque également de différentiation.Son tableau clinique et histologique est tout à fait caractéristique.Survenant chez la femme après cinquante ans, il croit très rapidement à partir d\u2019un adénome de longue durée.I! arrive fréquemment que l\u2019envahissement des tissus cervicaux est si rapide qu\u2019il entraine la mort à brève échéance, avant que les métastases n\u2019aient eu le temps d\u2019appa- raitre.Macroscopiquement, ce sont des tumeurs charnues, homogènes et remarquablement envahissantes.Microscopiquement, on peut avoir les images les plus bizarres en ce sens que toutes les formes de cellules géantes peuvent se rencontrer. Octobre 1952 Lavar MÉDicaL 1061 3.L\u2019épithélioma pavimenteux est une autre tumeur hautement maligne mais heureusement très rare.1! possède la structure de tout autre épithélioma pavimenteux et peut se développer à partir des vestiges du canal thyréoglosse ou d\u2019une métaplasie de l\u2019épithélium thyroïdien.Son très grand pouvoir d\u2019invasion le rend pratiquement impossible à enlever.Ses métastases se retrouvent dans les ganglions régionaux, la trachée, le médiastin et les poumons.4, Le fibrosarcome primitif peut se développer aux dépens du stroma thyroïdien, quoiqu\u2019il soit très rare.Le seul critère pouvant permettre de poser ce diagnostic repose sur l\u2019existence d\u2019un sarcome typique du tissu thyroïdien dont les cellules contiennent du collagène ou des fibrilles fibrogliales.5.Le lymphome primitif de la thyroïde est également très rare et doit être différentié de l\u2019épithélioma simplex (type diffus) et du struma lymphomatosum de Hashimoto.Les critères histologiques du lymphome sont les mêmes que pour les autres tissus.Cependant, dans la majorité des cas, l\u2019envahissement de la thyroïde est secondaire à une autre tumeur.6.La maladie de Hodgkin peut aussi se développer dans la thyroïde.Ses caractères et son pronostic sont les mêmes que dans d\u2019autres organes.7.Enfin, les métastases d\u2019autres cancers peuvent se localiser dans la thyroïde, quoique cette éventualité soit très rare.DiAGNOSTIC Le cancer de la thyroïde est plus fréquent dans l\u2019âge moyen et avancé.Toutefois, comme le souligne Lahey, on le rencontre maintenant si souvent chez les jeunes adultes, porteurs d\u2019un adénome thyroïdien, que le facteur âge ne peut constituer un critère sûr d\u2019élimination.La femme est plus souvent atteinte que l\u2019homme, dans un rapport de 3 pour 1.De plus, l\u2019hyperthyroïdie se trouve peu souvent associée au cancer.Cependant, les plus récentes statistiques démontrent que 15 p.cent environ des cancers de la thyroïde s\u2019accompagnent de signes d\u2019hyper- fonctionnement thyroïdien.En vue d\u2019étudier les caractères fonctionnels des tumeurs de la thyroïde, on a réussi à déterminer la capacité de 1062 LavarL MEbicaL Octobre 1952 telles tumeurs à retenir l\u2019iode radio-actif, en comparant ensuite ce pouvoir d\u2019absorption avec celui du tissu thyroïdien normal.Se servant de techniques autoradiographiques, les différents chercheurs ont démontré que l\u2019isotope ne se dépose pratiquement pas dans le tissu cancéreux, sauf pour les 15 p.cent de tumeurs malignes fonctionnelles.L\u2019iode collecté par le tissu normal se dépose dans la substance colloide.Les tumeurs bénignes possédent généralement des degrés variables de concentration.On a remarqué de plus que les métastases de ces cancers montrent assez souvent une hausse significative dans l\u2019avidité vis-à-vis de Piode radio-actif.Les points essentiels du diagnostic reposent sur les altérations observées au niveau du cou : la croissance d\u2019un adénome préexistant, demeuré jusque-là asymptomatique, sa dureté et sa fixation.Ces signes doivent être considérés comme suspects de malignité jusqu\u2019à preuve du contraire.Toutefois, 11 est important d\u2019ajouter qu\u2019aucun d\u2019entre eux n\u2019est pathognomonique.Un changement dans la consistance d\u2019une tumeur doit être envisagé comme un signe possible de transformation maligne.Les deux causes les plus fréquentes de ce changement sont l\u2019apparition d\u2019une tumeur maligne ou d\u2019une hémorragie au sein d\u2019un adénome.Dans le premier cas, la croissance est progressive et ne s\u2019accompagne pas de douleur ni de sensibilité à la palpation.Dans le cas d\u2019une hémorragie, la tumeur s\u2019accroît rapidement, est douloureuse et sensible au palper.La dimension d\u2019une tumeur n\u2019est pas une preuve de sa malignité.L\u2019amaigrissement est un signe assez fréquent qui prend une valeur diagnostique dans les cas de goître non toxique.D\u2019autres symptômes peuvent se rencontrer quoique moins fréquents.Ce sont les signes de compression : raucité de la voix, dyspnée, dysphagie et toux.Les caractères les plus typiques à l\u2019examen physique sont la présence d\u2019une masse nodulaire, irrégulière, d\u2019une dureté ligneuse et fixée aux tissus voisins.La coexistence d\u2019une hypothyroidie est beaucoup plus en faveur d\u2019une thyroïdite.Dans la thvroïdite, la symétrie et le contour anatomique de la glande demeurent généralement dans les limites de la normale.Les caractères cliniques de la thyroïdite s\u2019opposent nettement à ceux du cancer.Ce dernier se développe d\u2019abord localement ; Octobre 1952 Lavar MEDICAL 1063 ce qui fait perdre à la glande sa symétrie normale.De plus, existence d\u2019adénopathies cervicales se voit surtout en présence du cancer.Enfin, le diagnostic doit être établi par la biopsie.Il est recommandé même dans les cas avancés de recourir à la biopsie, puisque le degré de radiosensibilité varie beaucoup avec les différents types.Les critères histo-pathologiques servant à étayer le diagnostic sont : a) la présence et la distribution atypique de cellules anormales et manquant de différentiation ; b) l\u2019existence de nombreuses mitoses ; et, c) le caractère envahissant de ces cellules, indiqué par l\u2019invasion de la capsule néoplasique, des vaisseaux sanguins, des ganglions et de la capsule thyroïdienne.La radiologie nous renseigne peu, à moins qu\u2019il n\u2019y ait une propagation du processus à la trachée où des métastases pulmonaires.La fréquence relative de ces métastases est assez grande pour nécessiter une radiographie pulmonaire dans tous les cas où l\u2019on soupçonne l\u2019existence d\u2019un cancer de la thyroïde, avant de décider du traitement.TRAITEMENT Le traitement le plus satisfaisant consiste dans une association de la ch rurgie et de la radiothérapie.La chirurgie trouve sa meilleure indication dans l\u2019ablation prophylactique d\u2019un adénome, alors qu\u2019il est encore bénin.Pfahler, de Philadelphie, fut le premier à rapporter la valeur de la radiothérapie.Celle-ci, à doses appropriées, constitue un apport précieux, dans les cas où le chirurgien ne peut enlever totalement la tumeur.Toutefois, on a constaté que, dans un certain nombre de cas, cette thérapeutique s\u2019est avérée inefficace.On doit donner des doses de 4,000 à 6,000 r, réparties sur les deux lobes, l\u2019isthme et les ganglions adjacents.On commence la radiothérapie aussitôt que la condition postopératoire du patient le permet, c\u2019est-à-dire en dedans d\u2019une semaine.Les tumeurs radio-sensibles appartiennent au groupe des cancers peu malins et à l\u2019épithélioma papillaire.Les types alvéolaire, à cellules géantes et le fibrosarcome se montrent tout-à-fait résistants.Les épithéliomas à petites cellules et pavimenteux répondent plus ou moins bien.Enfin, la rœntgenthérapie est un traitement per se des cancers inopérables. 1064 Lavar MEbpicaL Octobre 1952 La nature des radiations de [isotope l'3! (ainsi appelé en raison de son poids atomique) le rend utilisable comme une source radiante Interne pour les tissus qui absorbent sélectivement l\u2019iode.Bien qu\u2019il émet à la fois des rayons bêta et gamma, la plus grande partie de son activité biologique est due aux particules bêta qui sont entièrement absorbées dans une distance de 2 mms, au niveau du tissu thyroïdien normal.La moitié de la vie de l\u2019isotope est de 8 jours ; conséquemment, le pouvoir radio-actif se limite à une période de temps relativement courte.On l\u2019emploie cliniquement sous forme d\u2019iodure de sodium, dans une solution légèrement alcaline devant être administrée par la bouche.En raison de sa brève efficacité radiante et de la possibilité que certaines zones de la tumeur deviennent fonctionnelles, on donne des doses relativement fréquentes : 35 millicuries aux deux semaines.Toutefois, le mode de dosage doit être ajusté pour chaque cas particulier.Si la tumeur se révèle iodophile, on administre l\u2019isotope jusqu\u2019à ce qu\u2019il ne soit plus détectable par l\u2019appareil de Geiger-Müller.D'autre part, si la tumeur n\u2019absorbe que peu ou pas d\u2019iode, on applique la radio- lodothérapie sur une période de six mois, dans l\u2019espoir qu\u2019une absorption appréciable puisse se produire.La thyroïdectomie ou la ræntgenthérapie peuvent accroître sensiblement le degré d\u2019absorption de 113! par le tissu cancéreux.De plus, administration de 'hormone thyréotrope ou du propylthiouracil produit le même effet sur les métastases.Au cours du traitement, on fait des examens répétés de la formule sanguine et de la moelle sternale, afin de déterminer les effets secondaires possibles sur les tissus hémopoïétiques.Dans le cas où les éléments figurés du sang viennent à diminuer, on doit interrompre le traitement.L\u2019évolution clinique durant la thérapeutique est suivie par des examens radio- graphiques et des études traçantes avec le Geiger-Müller.Si possible, on fait des biopsies pour examens histo-pathologiques et radio-autogra- phiques.Il faut aussi ajouter que ce mode de traitement est souvent ambulatoire.Durant le traitement, on doit s\u2019abstenir de donner l\u2019extrait thyroïdien.Ce dernier ne doit être administré qu\u2019après la cessation de l\u2019[!3!, afin de contrôler l\u2019hypothyroïdie résultant de la thyroïdectomie.Crile recommande de donner avant l\u2019intervention, dans les cas suspects de cancer, une dose traçante de 0.5 m.c.Après Cctobre 1952 Lava\u2026 MéÉpicaL 1065 la thyroïdectomie, des études radio-autographiques sont faites au niveau de la tumeur en vue de déterminer l\u2019absence ou le degré d\u2019absorption jodée.Malheureusement, comme il a été souligné antérieurement, 15 p.cent seulement des cancers thyroïdiens peuvent accumuler des quantités suffisantes de l\u2019isotope pour justifier cette thérapeutique et ce sont les cancers les moins malins, ordinairement curables par l\u2019acte chirurgical, sans autres mesures thérapeutiques.En présence de cas inopérables ou de récidives, on peut essayer la radioiodothérapie, même à hautes doses.Actuellement, l\u2019expérience de cette thérapeutique est si limitée et les résultats si incertains que l\u2019on doit soumettre à la chirurgie les cas opérables, tout en réservant l\u2019iode radio-actif à ceux qui ne le sont pas.Enfin, on peut essayer l\u2019iode radio-actif dans le traitement des métastases des cancers thyroïdiens.Quoique les pathologistes indiquent une hausse dans sa fréquence, le taux de mortalité tel que rapporté dans les statistiques vitales demeure bas.En effet, il cause seulement 0.4 p.cent de toutes les morts par cancer.[I semble que l\u2019['3! entretienne quelques espoirs d\u2019une réponse thérapeutique satisfaisante chez le patient dont la tumeur possède une tendance à la différentiation.On sait que dans plusieurs cas de cancers thyroïdiens, le malade peut vivre, cinq, dix ans ou plus, même en présence de métastases.C\u2019est pourquoi, il faudra attendre plusieurs années encore avant d\u2019évaluer pleinement les résultats de la radioiodothérapie dans le traitement du cancer de la thyroïde.BIBLIOGRAPHIE [.BEaHrs.Diagnosis and treatment of thyroid cancer, Surg.Clin.North Am., (août) 1951, p.1169.2.BERTELSEN, Thyroid carcinoma, Acta Chir.Scand., 99 : 205, 1940.3.CLARK, D.E., Tripper H.O., et SHELINE G.E., Diagnostic and therapeutic use of radioactive iodine, Arch.Int.Med., 87 : 17, 1951. 1066 LavaL MEDICAL Octobre 1952 4.Vi 10.11.12.13.14.15.-16.17.18.19.20.Core, W.R,, Masaraxkis, J.D., et SLAUGHTER, D.P., Incidence of carcinoma of the thyroid in nodular goiter, J.Clin.Endocr., 9 : 1007, 1949.Crirt, G., Jr., Cancer of the thyroid, J.Clin.Endocr., 10 : 1152, 1950.CRILE G., jr., Treatment of tumors of thyroid with divided doses of radioactive iodine, Am.J.Reetgen., 65 : 415, 1951.FrrzGEraLD, P.J., Foore, F.W., Jr, et Hir1, R.F., Concentration of 13! in thyroid cancer showed in radio-autography cancer, 3 : 86, 1950.Frantz, Thyroid carcinoma with metastases studied by radioactive iodine, Ann.Surg., 119 : 668, 1944.FRANTZ, V.K., Quimby, E.H., et Evans, T.C., Radioactive iodine studies of functional thyroid carcinoma, Radiol., 51 : 532, 1948.FRANTZ, V.K., Evaluation of radioactive iodine therapy in metastatic thyroid cancer, J.Clin.Endocr., 10 : 1084, 1950.FREEDBERG, Treatment of thyroid carcinoma with 131, Am.J.Med., 11 : 44, 1951.Goup, Radioactive 10dine in treatment of thvroid disease, Canad.M.Ass.J., 64 : 536, 1951.GRAHAM, À., Malignant epithelial tumors of the tyroid, Surg., Gun.¢= Obstr., 39 : 781, 1924.GREEN, Some observations and problems of treatment with radioactive 1odine, Brit.J.Radiol., 24 : 148, 1951.H AmirTon, J.C., et Lawrence, J.H., Recent clinical developments in the therapeutic applications of radio-phosphorus and radio- iodine, J.Chin.Investig.21 : 624, 1942.Hare, Cancer of the thyroid, Surg.Clin.North Am., (juin) 1947.KAAE et PETERSENT, Treatment of thyroid carcinoma with radio active iodine, Acta Radtol., 33 : 539, 1950.Kriss, Uptake of radioactive iodine after intravenous administration of tracer doses, J.Clin.Endocr., 11 : 289, 1951.Laney, Hare et Warren, Carcinoma of the thyroid, Ann.Surg, vol.112, n° 6, 1940.Laney, Carcinoma of the thvroid, Am.J.Rœntgen., 46 : 469, 1941. Octobre 1952 Lavar.MÉDicaL 1067 21.MARINELLI, Radiation dosimetry in the treatment of functional thyroid carcinoma with 1'3!, Radiol., 55 : 494, 1950.22.MARINELLI, L.D., Foore, F.W., Hiri, R.F., et Hooker, A.R., Retention of radioactive iodine in thyroid carcinoma : histo- pathologic and radio-autographic studies, Am.J.Rœntgen., 58 : 17, 1947.23.Means, Thyroid and its diseases, 2° éd., p.128.24.Moore, Textbook of pathology, 2° éd.25.PEMBERTON, Malignant lesions of the thyroid : review of 774 cases, Surg., Gyn.er Obstr., 69 : 417, 1939.26.Pocurn, E.E., Radioiddine treatment of thyroid carcinoma, Br.J.Radiol., 24 : 461, 1951.27.RiEnHorr, Diseases of the thyroid, Lewis\u2019 Practice of Surgery, VI, 1 : 1948, Hagerstown.28.Rocers, W.F., Asper, S.P., WiLriams, R.H., Clinical significance of malignant neoplasms of the thyroid gland, New Eng.J.Med., 237 : 569, 1947.29.SEmpLIN, S.M., Rossman, J., Osury, E., et SIiEGE1, E., Radioiodine therapy of metastases from carcinoma of the thyroid : a 6 vear progress report, J.Clin.Endocr., 9 : 1122, 1949.30.SeipLiN, S.M., Yarow, A.A., SieceL, E., Irradiation produced rise in blood radioiodine concentration following ingested therapeutic dose for metastatic thyroid carcinoma, Proc.Soc.Exp.Biol., 76 : 711, 1951.31.Warp, Thyroid carcinoma, Ann.Surg., 131, 473, 1950.32.WARREN, S., Significance of invasion of blood vessel in adenoma of the thyroid., Arch.Pathol., 11 : 255, 1931.33.WARREN, Classification of tumors of the thyroid, Am.J.Rræntgen., 46 : 447, 1941.34.WirLiams : Textbook of Endocrinology. MÉDECINE EXPÉRIMENTALE EFFETS DE L\u2019ACIDE ASCORBIQUE SUR L\u2019ACTIVITÉ DE LA CORTICO-SURRÉNALE * par Jacques LEBLANC Bachelier ès arts et bachelier ès sciences de l\u2019Université Laval Des travaux intensifs exécutés sur le fonctionnement de l\u2019organisme au froid sont justifiés, d\u2019abord, par I'intérét incontestable que suscite la solution de ce problème pour les populations civiles et militaires.En second lieu, le froid étant un des divers agents occasionnant le syndrome général d\u2019adaptation, une connaissance plus approfondie de ses effets sur l\u2019organisme est susceptible de nous renseigner davantage sur le mécanisme impliqué dans la résistance au stress.Nous résumerons d\u2019abord nos connaissances sur le comportement de l\u2019organisme soumis aux basses températures, puis nous rapporterons nos propres expériences dans la deuxième partie de ce travail.Première partie LE PROBLÈME (REVUE) Tout agent endommageant, en plus de provoquer des réactions x adaptatives spécifiques (e.g.réactions sérologiques à un antigène spéci- * Faculté de médecine, Thèse présentée à l\u2019École des gradués de l\u2019université Laval pour obtenir le grade de docteur ès sciences biologiques.Novembre 1951. Octobre 1952 LavaL MÉDICAL 1069 fique, hypertrophie musculaire subséquente à un travail musculaire, etc.), déclenche certains mécanismes physiologiques qui contribuent à augmenter la résistance en tant que telle.Nous verrons donc d\u2019abord : 1° les réactions spécifiques occasionnées par le froid ; et, 2° celles non spécifiques dont l\u2019ensemble est connu sous le nom de « syndrome général d\u2019adaptation ».RÉACTIONS SPÉCIFIQUES A L\u2019ADAPTATION AU FROID Lorsqu\u2019un animal homéotherme est exposé au froid, les activités principales de l\u2019organisme tendent à maintenir la température des tissus en dedans de certaines limites.Ceci s\u2019accomplit de trois façons : 1° par une vasoconstriction périphérique contribuant à éloigner autant de sang que possible des zones cutanées où il se refroidit.Ce processus implique une réaction nerveuse.En effet la sensation de froid se transmet des récepteurs thermiques cutanés au système nerveux végétatif et, finalement, au centre thermique de l\u2019hypothalamus qui déclenche une vasoconstriction périphérique.Cette vasoconstriction qui diminue le volume sanguin (58), est accompagnée d\u2019une augmentation d\u2019eau dans le foie et les espaces intercellulaires (6) et d\u2019une élévation du volume urinaire (1).Notons cependant que cette vasoconstriction est suivie d\u2019une vasodilatation qui contribue sans doute à réchauffer la peau et à supprimer ainsi les effets nocifs d\u2019une trop grande privation de sang au niveau des tissus cutanés (14).Puis 1l y a alternance de constriction et de dilatation des vaisseaux sanguins périphériques.2° par la formation chimique de chaleur interne qui naît des muscles, du foie et probablement d\u2019autres organes glandulaires.Divers travaux portent à croire que ce surcroît de chaleur, produit par l\u2019organisme au froid, est régularisé par les sécrétions des glandes endocrines.Thyroïde : Thérien, dans un travail récent, nous semble avoir bien résumé la question.L'auteur rapporte divers travaux récents faits dans ce domaine et conclut d\u2019après ceux-ci à une hyperactivité évidente ce la 1070 LavaL MEDICAL Octobre 1952 thyroide au froid, hyperactivité ayant pour effet d\u2019élever le métabolisme et d\u2019empêcher ainsi l\u2019hypothermie (64).Surrénale : La surrénale semble nécessaire pour la résistance au froid puique la surrénalectomie diminue la production de chaleur (24 et 27).Mais ses deux parties, la médullaire et le cortex, sont-elles également intéressées dans la régulation chimique de la température?Thibault (66) croit que c\u2019est surtout la médullo-surrénale qui est impliquée et souligne que personne n\u2019a pu mettre en évidence une action hypermétabolisante attribuable aux corticoïdes.Cependant, comme nous le verrons plus loin, la cortico-surrénale a un rôle de première importance dans la résistance à tout endommageant y compris le froid.Hypophyse : On peut dire que le pouvoir thermorégulateur d\u2019un organisme exposé au froid est contrôlé plus ou moins directement par cette glande.En effet toute baisse de température extérieure au dessous de 35°C.provoque une chute de la température centrale des rats hypophysectomisés (66).Ce rôle de la pituitaire lui revient indirectement par son action sur la thyroïde et les surrénales, et directement d\u2019une hormone non identifiée que les travaux de O\u2019Donavan et Collip permettent de localiser dans la pars intermedia (42).3° Notons finalement les travaux récents de Scholander et Irving (69).Ces auteurs ont démontré que certains animaux s\u2019adaptent d\u2019une façon spécifique au froid en développant une fourrure plus abondante.Il se produit donc, chez ces animaux, une isolation comparable a celle que les humains acquièrent artificiellement en se revêtant davantage durant l\u2019hiver.Ceci a pour effet d\u2019augmenter la zone de thermoneutralité et de permettre ainsi à ces animaux de résister à un froid plus intense.Nous avons donc affaire à une réaction très spécifique au froid.Les modifications circulatoires, l\u2019augmentation du métabolisme et le développement d\u2019une fourrure plus abondante constituent les réactions spécifiques principales par lesquelles un organisme peut résister et s\u2019acclimater au froid. Octobre 1952 Lava\u2026 MÉDICAL 1071 Il RÉACTIONS NON SPÉCIFIQUES A L\u2019ADAPTATION AU FROID I! ressort donc, de ce que nous venons de dire, que la réaction principale d\u2019un organisme vis-à-vis le froid est de produire plus de chaleur et de la conserver.Cette réaction spécifique au froid dépend de l\u2019action réciproque du métabolisme, de la circulation et du système nerveux.En plus, lorsqu\u2019on soumet un organisme à un agent endommageant, il se produit des phénomènes non spécifiques dont l\u2019ensemble constitue la réaction d\u2019alarme à laquelle fait suite un stage de résistance ou d\u2019épuisement suivant que l\u2019organisme s'adapte ou non au stress auquel il est soumis.Parmi les phénomènes que l\u2019on rencontre durant la réaction d\u2019alarme, certains sont passifs et ne sont d\u2019après Selye (55) que des manifestations nocives du shock (e.g.hypothermie, hypotension, hémo- concentration, augmentation de la perméabilité capillaire, hypochlorémie, dépression du système nerveux), tandis que d\u2019autres sont des manifestations de défense active de l\u2019organisme comme c\u2019est le cas pour l\u2019hyper- activité de la cortico-surrénale.1° L\u2019hyperactivité de cette dernière au cours du stress a été prouvée de plusieurs façons : a) D\u2019abord, étant donné la quantité relativement grande de cholestérol et d\u2019acide ascorbique dans le cortex, on a étudié le comportement de ces deux substances dans les cas d\u2019hyperactivité du cortex.La cor- ticotrophine ou corticostimuline (ACTH) qui active la surrénale, comme nous le verrons plus loin, amène une diminution du cholestérol et de l\u2019acide ascorbique des surrénales (53).Comme différents agents endom- mageants causent aussi une diminution de ces deux variables (33, 39, 47 et 40), nous pouvons dire que, durant le choc, 1l y a hyperactivité des corticosurrénales.b) L\u2019excrétion urinaire accrue de cortine et de 17-cétostéroïdes durant le shock (44) indique aussi une hyperactivité du cortex.c) Enfin le poids des surrénales, qui augmente durant le shock, témoigne de l\u2019hyperactivité de cette glande.En plus de ces preuves (8) 1072 Lavar MEbicaL Octobre 1952 directes, notons aussi que certaines réactions (atrophie du thymus, augmentation du glycogène du foie, rétention d\u2019eau et du sodium ainsi qu\u2019élimination du potassium, etc.,) viennent confirmer cet énoncé.De plus, plusieurs travaux, dont ceux de l'sylowitz, prouvent d\u2019une façon plus directe le rôle de la cortico-surrénale dans la lutte contre le froid (68).Cet auteur a fait des expériences sur des rats placés au froid à 0°C.durant des périodes variant de 1 à 14 jours.Il a constaté que les animaux hypophysectomisés ne résistaient pas au froid et que, par contre, si à des rats opérés de la même façon on injectait de l\u2019'ACTH, la résistance était bonne.Le même auteur montre aussi que l\u2019injection d\u2019ACTH à des animaux hypophysectomisés, auxquels on a enlevé les surrénales, n\u2019améliore en rien la résistance diminuée que l\u2019on observe normalement chez les animaux sans surrénale.On est donc en droit de conclure que la surrénale est nécessaire à la résistance au froid.2° Les effets des hormones corticales sur l\u2019organisme sont nombreux.Notons d\u2019abord qu\u2019on a isolé du cortex surrénal quelques vingt-huit stéroïdes dont six seulement ont une fonction physiologique connue (tableau 1).Ces six hormones, contrairement aux autres stéroïdes connus du cortex, ont un groupement cétone en position 20.Les composés À, B, E et F ont un atome d\u2019oxygène en position 11, et ont un rôle différent des deux autres (11-désoxycorticostérone et 11-désoxy 17-hydroxy- corticostérone) qui n\u2019ont pas d\u2019oxygène en position 11 (45 et 59).Les composés À, B, E et F seraient fabriqués par la zone fasciculée du cortex (13) et ont un rôle plus ou moins marqué dans la transformation en sucre de matières protéiques venant, en partie du moins, des tissus lymphoides et dans le storage du glycogène dans le foie (26).Dougherty et White (16) ont en effet constaté que des souris soumises au jeûne pendant 48 heures (ce qui déclenche un shock et amène par conséquent une plus grande activité du cortex de la surrénale) perdent 50% de leur tissu lymphoïde.Ces mêmes auteurs ont démontré en plus que si l\u2019on fait Jeûner un animal surrénalectomisé pour une même période, le tissu lymphoïde reste normal et son taux d\u2019azote n\u2019est pas diminué.Donc la 17-hydroxy 11-déhydrocorticostérone, la 11-hydroxy 17- hydroxycorticostérone, la 11-déhydrocorticostérone et la corticostérone contribuent à augmenter le glycogène du foie, non pas en agissant direc- Octobre 1952 LavaL MEpbicaL 1073 TasLEAU | Corticostéroïdes qui ont une fonction physiologique connue.H20H O HO F 11-hydroxy 17-hydro- i xycorticosté E (cortisone) y ostérone 17-hydroxy 11-déhy- drocorticostérone H20H 0 H20H 0 CH3- O 3 A 11-déhydrocor- B corticostérone ticostérone oO O 11-désoxy 17- hydroxycorti- costérone 11-désoxycorti- costérone (DCA) O Partie amorphe ? 1074 LavaL MÉDICAL Octobre 1952 tement sur la transformation de matières protéiques en glucides, mais pas leur capacité à fournir au sang des matières protéiques.Voyons maintenant quel est le rôle de l\u2019acétate de désoxycorticoxté- rone (DCA) que l\u2019on croit sécrété par la zone glomérulée du cortex (13).Cette hormone a une fonction importante en tant que régulateur de l\u2019eau et des électrolytes.On constate en effet, après injection de DCA, une diminution du potassium dans les muscles suivie d\u2019une augmentation dans l\u2019urine (26), et une rétention du sodium, des chlorures et de l\u2019eau (67).Mentionnons enfin que le prégnénolone est aussi un régulateur des électrolytes (26 et 43).Cette substance a une structure chimique analogue 4 la DCA.Plusieurs travaux rapportés par Sayers (53) portent à croire que la cortisone a, elle aussi, un effet sur les électrolytes.Contrairement à la DCA qui agit toujours dans le méme sens, la cortisone provoquerait une rétention ou une excretion du Na, du K ou du Cl suivant les besoins de l\u2019organisme.Si l\u2019organisme manque de Na, de K ou de CI, la cortisone amènerait une rétention de ces substances et provoquerait r * .une excrétion dans le cas contraire.3° Voyons maintenant les relations qui existent entre l\u2019hypophyse et les surrénales : A.\u2014 Le rôle régulateur de l\u2019hypophyse sur les surrénales a été établi pour la première fois par les expériences classiques de P.FE.Smith (57) qui démontra que l\u2019hypophysectomie entraîne une atrophie du cortex de la surrénale.Peu de temps après 1! a été démontré que des extraits de Phypophyse (11, 19 et 28) avaient un effet stimulateur sur la cortico- surrénale d\u2019animaux hypophysectomisés.Récemment, enfin, on a 1solé de la pituitaire l\u2019hormone adrénocorticotrope (ACTH) qui stimule d\u2019une façon spécifique le cortex de la surrénale (35 et 51).Il ne fait donc plus de doute que le cortex de la surrénale est sous le contrôle de l\u2019hypophyse par l\u2019intermédiaire de l'ACTH.B.\u2014 Un problème intéressant se pose à savoir de quelle façon l\u2019'ACTH est libérée du lobe antérieur de l\u2019hypophyse.Il y a deux modes d\u2019activation possible de la pituitaire qui sont : a) le changement dans la constitution du sang ; et, b) le contrôle nerveux. Octobre 1952 Lavar MÉDicAL 1075 a) Sayers a émis dans ce sens une hypothèse qu\u2019il énonce ainsi (53) : « La quantité d\u2019ACTH sécrétée est en rapport inverse avec le taux de glucocorticoides dans le sang », 1.e.qu\u2019une augmentation des hormones corticales dans le sang amène une diminution de sécrétion d\u2019ACTH et vice versa.L\u2019auteur ayant placé des rats à 4°C.pendant une heure, constata une diminution de 33% de l\u2019acide ascorbique dans les surrénales ; ce qui indique une hypersécrétion d\u2019hormones corticales.Puis, à des rats maintenus à la même température, pendant la même période, il a injecté du 17-hydroxy 11-déhydrocorticostérone et de la cortisone séparément.Avec le premier stéroïde mentionné 1l n\u2019y eût aucune diminution de l\u2019acide ascorbique dans les surrénales, par conséquent aucune hypersécrétion du cortex.Le composé E inhibe donc la sécrétion d\u2019ACTH.En se servant du méme critére d\u2019activité des surrénales il constata que la cortisone peut aussi inhiber la sécrétion d\u2019ACTH ; cette inhibition cependant est de quatre fois moins grande qu\u2019avec le composé -E.La DCA a un effet deux fois moins marqué que la cortisone.Il est intéressant de noter que la progestérone, que l\u2019on trouve dans le cortex surrénal inhibe la production d\u2019ACTH ; son potentiel d\u2019inhibition est de !/s9 Toutes ces hormones inhibent complètement la production d\u2019ACTH si elles sont injectées en quantité suffisante.L'\u2019injection de testostérone, comme il a été démontré tout récemment par Venning (70), amêne elle aussi une diminution dans l\u2019urine des hormones glycogéniques de la surrénale.On sait que la surrénale peut sécréter des hormones testiculaires.Sachant que ces hormones ont une activité physiologique différente, on a supposé qu\u2019il existait plusieurs hormones stimulantes du cortex.Cette hypothèse émise par Kendall (30), Selye et plusieurs autres n\u2019a pas été définitivement prouvée.Nous reviendrons sur ce sujet dans la partie expérimentale de ce travail.b) Voyons maintenant la théorie du contrôle nerveux de l\u2019hypophyse énoncée par Long (37).Tenant compte du fait que les agents endom- mageants excitent le sytème nerveux autonome et amènent conséquemment une décharge d\u2019adrénaline, 1l a donné des injections de cette hormone à raison de 0.5 ml/100 gm/heure.Il constata une chute du taux de l\u2019acide ascorbique et du cholestérol dans le cortex ; ceci n\u2019a pas lieu 1076 LAvAL MÉpicar Octobre 1952 après hypophysectomie.En plus, Vogt avait trouvé en 1944 (72) une augmentation d\u2019hormones corticales de 5 à 10 fois dans le plasma de la veine surrénale du chien après injection d\u2019adrénaline.Long conclut pour ces raisons que l\u2019épinéphrine est la substance activatrice la plus probable de la pituitaire pour la production d\u2019ACTH.Vogt a fait antérieurement (71) des expériences qui portent à douter de la théorie de Long.A des rats normaux elle a injecté de l\u2019insuline à raison de 0.3 U.1./gm.du poids de l\u2019animal et constata par la méthode histologique une diminution de 90%7 des hormones du cortex.Chez des rats dont les surrénales ont été dénervées (1l n\u2019y a donc pas de sécrétion d\u2019adrénaline) la même dose d\u2019insuline amène une diminution d\u2019environ 65% des hormones corticales.Chez les rats normaux la sécrétion d\u2019adrénaline provoquée par injection d\u2019insuline a été suffisante pour empêcher une baisse du taux du sucre dans le sang.Chez les rats dont les surrénales ont été dénervées, 1] y eut une hvpoglycémie marquée et l\u2019on ne constata aucune diminution de l\u2019adrénaline dans la médullaire.Donc l\u2019insuline peut amener un hyperfonctionnement du cortex sans l\u2019aide de l\u2019adrénaline.Cependant comme cet hyperfonctionnement du cortex est moins grand quand les surrénales sont dénervées, Vogt conclut que l\u2019adrénaline est un facteur contribuant à l\u2019hypersécrétion du cortex.4° Nous avons déjà souligné que la diminution du cholestérol et de l\u2019acide ascorbique dans les surrénales est parallèle à l\u2019hypersécrétion des hormones corticales.On s\u2019est demandé pour cette raison quel est le role de ces deux substances au niveau des surrénales.a) Le cholestérol a une parenté chimique avec les corticostéroides de la surrénale.En plus Bloch (9), après administration de cholestérol radioactif à une femelle enceinte, a trouvé dans l\u2019urine du prégnanédiol contenant l\u2019isotope.On conclut que cette substance provient du cholestérol.On sait aussi que le prégnanédiol vient de la progestérone, substance que l\u2019on trouve non seulement dans les ovaires, mais aussi dans le cortex de la surrénale.Plus récemment Pincus, en perfusant des surrénales de bœuf avec du cholestérol marqué, a retrouvé, dans le perfusat, de la corticostérone et du 17-hydroxycorticostérone radioactifs (74).Notons en plus que les glandes qui sécrètent des stéroïdes telles que la surrénale, Octobre 1952 Lava\u2026.MÉDICAL 1077 le testicule et l\u2019ovaire ont toutes un taux élevé en cholestérol.Mentionnons enfin la diminution du cholestérol des surrénales et des testicules dans les cas d\u2019hyperactivité de ces glandes.C\u2019est pour ces raisons que l\u2019on présume que le cholestérol est un précurseur des stéroïdes.b) Par contre, l\u2019acide ascorbique n\u2019a aucune parenté chimique avec les stéroïdes de la surrénale.Läwenstein et Zweiner (38) ont prétendu avoir isolé de la surrénale un complexe protéique équivalent à l\u2019hormone corticale et constitué en partie de vitamine C.Cette dernière serait donc, d\u2019après eux, un constituant de l\u2019hormone corticale.Nous n\u2019avons pu trouver dans la littérature aucune référence indiquant que ces résultats aient pu être reproduits.Long (37), après avoir carancé des cobayes en vitamine C pendant 14 jours, constate une diminution de 90% de l\u2019acide ascorbique des surrénales et une hausse de 20% du cholestérol.Il injecta alors de l'ACTH qui amena une chute du cholestérol dans le surrénales et des globules blancs dans le sang.A ce moment il n\u2019y a plus d\u2019acide ascorbique dans les surrénales et c\u2019est pour cette raison que Long croit que l\u2019acide ascorbique n\u2019est pas indispensable à la production d\u2019hormones corticales.Vogt (73) après avoir fait des déterminations de vitamine C dans le plasma du sang venant des surrénales, dans des conditions d\u2019hypersécrétion de ces dernières, conclut également qu\u2019il n\u2019y a pas de rapport entre la quantité de vitamme C et celle des hormones corticales dans le sang sortant des surrénales.Par contre Giroux souligne que la symptomatologie du scorbut ressemble en plusieurs points à celle d\u2019une insuffisance de la cortico-sur- rénale.Ceci indique peut-être qu\u2019un manque de vitamine C empêche la fabrication d\u2019hormones corticales.Donc, comme le souligne Ratsima- manga (48), certains auteurs, dont Deane et Giroux, pensent que la présence d\u2019acide ascorbique dans les cellules corticales semble liée à Ia propriété de produire des hormones corticales tandis que Vogt et Sayers n\u2019acceptent pas encore cette interprétation.De toutes façons une chose reste certaine : c\u2019est que la diminution de l\u2019acide ascorbique que l\u2019on observe dans les surrénales n\u2019est pas due à une conversion de la forme réduite de cette vitamine à sa forme oxydée (53).En effet, 11 a été démontré que les variations de la vitamine C que l\u2019on observe au niveau des surrénales, restent les mêmes que l\u2019on se 1078 LavaL.MÉDicaL Octobre 1952 serve de la méthode de Bessy (8) qui détermine l\u2019acide ascorbique réduit ou de celle de Roe et Keuther (49) qui décèle l\u2019acide ascorbique total (oxydé et réduit).Malgré le grand nombre de travaux faits sur les mécanismes impliqués dans le syndrome général d\u2019adaptation, plusieurs aspects du problème restent donc irrésolus.5° Les expériences que nous rapporterons dans le présent travail ont été entreprises dans le but de préciser davantage les relations qui existent entre l\u2019acide ascorbique et les hormones de la cortico-surrénale.Deuxième partie TRAVAIL EXPÉRIMENTAL LE CHOLESTÉROL DES SURRÉNALES D\u2019ANIMAUX EXPOSES AU FROID ET TRAITÉS A L\u2019ACIDE ASCORBIQUE Introduction Il y a quelques années Dugal et Thérien (18) ont prouvé que « la résistance et l\u2019adaptation du cobaye au froid dépendent, en partie du moins, de la quantité de vitamine C admmnistrée chaque Jour (les animaux recevant plus d\u2019acide ascorbique maigrissant moins ou engraissant plus facilement) et qu\u2019un plus grand besoin de cette substance se fait sentir à mesure que la température baisse ».Depuis ce temps toute une série d\u2019expériences ont été effectuées dans notre laboratoire afin de préciser le rôle de la vitamine C dans la résistance et l\u2019acclimatation au froid (63).C\u2019est ainsi qu\u2019on a pu constater qu\u2019au froid, l\u2019acide ascorbique : 1° inhibe l\u2019hypertrophie de la surrénale ; 2° empêche partiellement l\u2019atrophie du thymus, très marquée chez les témoins ; 3° cause une augmentation du poids de la rate, contrairement à ce qui arrive chez les témoins qui montrent une diminution ; Octobre 1952 Lavar.MÉDICAL 1079 4° diminue la concentration d\u2019histamine dans les surrénales et les reins ; 5° diminue de façon très significative l\u2019hypotension caractéristique des premières heures ou des premiers jours (suivant les conditions) d\u2019exposition au froid.Ces résultats démontrent l\u2019effet bienfaisant de l\u2019acide ascorbique sur la résistance au froid.Sachant, d\u2019une part, l\u2019importance des surrénales dans la résistance au stress et, d\u2019autre part, la relation qui semble exister entre la cortico-surrénale et l\u2019acide ascorbique, nous avons cru logique de chercher s1 l\u2019acide ascorbique modifiait l\u2019activité des surrénales au froid.Bien qu\u2019il ait été démontré que cette vitamine empêche au froid l\u2019hypertrophie des surrénales, ce résultat cependant ne nous disait pas si on bloquait ou non en même temps l\u2019activité du cortex de cette glande.C\u2019est ce problème théorique que nous avons voulu résoudre en étudiant les variations du cholestérol des surrénales d\u2019animaux exposés au froid et recevant de fortes doses d\u2019acide ascorbique.Dans les conditions où nous opérons, le cholestérol était évidemment le seul témoin possible de l\u2019activité surrénale.Les résultats que nous avons obtenus par la méthode de dosage chimique du cholestérol nous ont amené, comme nous le verrons plus loin, à nous servir par la suite de la méthode histologique.A.\u2014 COURTES EXPOSITIONS AU FROID.a) Variations du cholestérol observées par la méthode chimique de dosage : Technique : Tous les animaux furent anesthésiés à l\u2019éther.Les surrénales ont êté prélevées, dégagées, complètement séchées et pesées sur une balance Roller-Smith.Immédiatement avant de peser les surrénales, nous les avons séchées à la température de la chambre, sur un papier filtre, afin d\u2019enlever toute trace de sang.Les dosages de cholestérol furent faits sur une seule surrénale, c\u2019est-à-dire la gauche ; la droite a été conservée pour les coupes histologiques que nous étudierons plus loin.Comme nous voulions faire des 1080 LavaL MEbpicaL Octobre 1952 dosages de cholestérol de chaque surrénale pour nous rendre compte si nos résultats étaient statistiquement significatifs ou non, nous nous sommes heurté à deux difficultés.D\u2019abord, puisque nous ne pouvions faire qu\u2019environ six dosages de cholestérol par jour, il nous a fallu conserver les surrénales.Nous les avons mises dans la formaline à 5% comme l\u2019a fait Nicols (41) en se fiant au travail de Rogers (50).De plus, étant donnée la petite quantité de cholestérol dans une surrénale de rat, nous ne pouvions faire de détermination précise sur une seule de ces glandes à la fois.Nous avons donc ajouté une quantité connue de cholestérol, opération qui n\u2019altère en rien les résultats comme nous avons pu nous en rendre compte nous-même : en effet nous avons extrait le cholestérol de six surrénales ensemble, et nous avons divisé l\u2019extrait en trois parties.Nous avons ensuite fait des déterminations sur : a) une de ces parties ; b) une autre à laquelle nous avions ajouté auparavant 0.1 mg de cholestérol ; et, enfin, c) la troisième où 0.2 mg de cholestérol avait êté ajoutés.Nos résultats nous ont montré qu\u2019en enlevant 0.1 mg à b) et 0.2 mg à c), nous retrouvons la valeur obtenue en a).Donc le fait d\u2019ajouter une quantité connue de cholestérol à un aliquot de concentration inconnue n\u2019altère en rien les résultats.La méthode employée pour le dosage de cholestérol est celle de Schœnheimer et Sperry, modifiée par Sperry (54).En voici le principe : on extrait le cholestérol avec un mélange acétone-alcool qui précipite en même temps les matières protéiques et les phospholipides.Puis, comme on veut connaître le cholestérol total (libre et estérifié), on saponifie avec un alcali l\u2019ester de cholestérol.Enfin le cholestérol, qui est précipité par la digitonine, est mesuré par l\u2019intensité de couleur bleu- verdâtre qui se forme lorsqu\u2019on le traite avec un mélange d\u2019anhydride acétique et d\u2019acide sulfurique.Nous n\u2019avons pas fait de déterminations séparées du cholestérol libre et estérifié parce qu\u2019il est admis que dans les surrénales 90% du cholestérol est estérifié et que les variations possibles du cholestérol des surrénales, lorsque ces dernières sécrètent plus ou moins d\u2019hormones, ne concernent que la phase estérifiée (46).Résultats : I.Rats.Nous avons fait trois expériences où des rats exposés à un froid de 2°C.y demeuraient 24, 48, et 72 heures. Octobre 1952 Lavar.MÉDicaL 1081 1.Expérience de 24 beures : Nous avons employé deux groupes de dix animaux de 100 à 150 grammes qui furent exposés pendant 24 heures à un froid de 2°C.L\u2019un de ces groupes recevait 150 mgs d\u2019ascorbate de sodium en 24 heures, à raison de trois injections intrapéritonéales de 0.5 c.c.chacune et l\u2019autre du succinate de sodium en trois injections de même volume total et de même concentration en sodium que celles du premier groupe.La solution d\u2019acide ascorbique contenait 38 grammes de succinate de sodium et 50 grs d\u2019acide ascorbique dissous dans 500 c.c.d\u2019eau bidistillée.Chaque groupe de rats exposés au froid avait un groupe témoin à température normale.Le tableau 2 résume les résultats que nous avons obtenus lors de cette première expérience.Si l\u2019on compare le groupe traité à l\u2019acide ascorbique au froid à son témoin à température normale on constate une chute très marquée et statistiquement significative du cholestérol des surrénales.Il n\u2019y a aucune diminution chez le groupe traité au succinate de sodium.Donc, après une exposition de 24 heures au froid les surrénales du groupe recevant l\u2019acide ascorbique montrent une grande diminution de cholestérol, significative, témoignant d\u2019une activité accrue par rapport aux témoins.2.Expérience de 48 beures : Nous nous sommes servi d\u2019animaux d\u2019environ 200 grammes que nous avons exposés à un {roid de 2°C.pendant 48 heures.Les solutions injectées étaient différentes de celles de l\u2019expérience précédente.Celle d\u2019ascorbate de sodium contient 100 mgs d\u2019ascorbate de sodium par c.c.d\u2019eau bidistillée, ce qui fait 150 mgs par jour (3 mjections de 0.5 c.c.).Celle de bicarbonate de sodium contient 47.5 grs de bicarbonate de sodium dans 1 litre d\u2019eau bidistillée, ce qui fait 71.25 mgs par Jour (3 injections de 0.5 c.c.).Ces deux groupes, comprenant environ 20 animaux chacun, rece- valent donc des injections de même concentration en sodium.Nous avons ajouté en plus, dans cette expérience, un troisième groupe témoin, composé de 9 animaux, qui ne recevait aucune injection. TABLEAU 2 Influence de l\u2019acide ascorbique sur la teneur en cholestérol des surrénales de rats exposés à un froid de 2°C.pendant 24 beures.Cholestérol Cholestérol Choles- total | Nombre corel Cholesté- Différence 7 ota Traitement de rats % rol entre les = total groupes Diff.t Diff.t Ascorbate au froid.10 1.55 0.279 \u201436.8 3.86 \u201431.5 3.28 +0.2* * +0.014 Ascorbate 3 T° normale.8 2.45 0.406 +0.1 +0.036 Succinate au froid.10 1.67 0.270 41.83 0.30 \u20144.3 0.1 +0.19 +0.035 Succinate A T° normale.10 1.64 0.282 +0.26 40.035 * Écart type ** Cholestérol % : indique la quantité de cholestérol (mgs) contenu dans 100 mgs de poids humide de surrénale.¢801 TVOICAN TVAYT] 7561 21G0PO Octobre 1952 LLavar MEbicaL 1083 Chaque groupe au froid avait son groupe témoin à température normale.Le tableau 3 résume les résultats que nous avons obtenus dans cette deuxième expérience.En comparant le groupe traité à l\u2019acide ascorbique à son témoin à température normale on constate une chute très marquée du cholestérol des surrénales qui est significative pour les valeurs de cholestérol exprimées en pourcentage.Cette différence s\u2019explique ainsi : lorsqu\u2019on exprime nos résultats en valeur absolues, les variations dans un même groupe sont plus grandes que lorsqu\u2019on les exprime en pourcentage.En d\u2019autres termes, si nous avons par exemple des surrénales de 15, 20, 25, 30 et 35 mgs contenant chacune 4% de cholestérol, nous aurons en exprimant nos résultats en cholestérol total des valeurs de 0.6, 0.8, 1.0, 1.2 et 14 mgs.Comme on peut le voir les variations des valeurs de cholestérol total sont plus grandes que celles du cholestérol %.C\u2019est pourquoi la différence de 26%, mentionnée au tableau 3, que l\u2019on observe en exprimant nos valeurs en cholestérol % est statistiquement significative, tandis que cette même différence ne l\u2019est pas si l\u2019on exprime nos résultats en cholestérol total.Il n\u2019y à pas de diminution significative du cholestérol chez le groupe qui reçoit du bicarbonate de sodium et chez celui qui ne reçoit rien.Dans ces deux expériences, on constate donc chez les animaux qui reçoivent de l\u2019ascorbate au froid une chute marquée du cholestérol des surrénales.Ceci n\u2019a pas lieu chez les animaux qui reçoivent du succinate ou du bicarbonate.3.Expérience de 72 beures : Sauf le temps d\u2019exposition au froid qui est ici de 72 heures, les conditions d\u2019expérience sont identiques à celles de l\u2019expérience précédente.Chaque groupe était formé d\u2019environ 25 animaux.Le tableau 4 résume les résultats que nous y avons obtenus.Nous avons donc pour le groupe qui reçoit de l\u2019ascorbate les mème résultats dans cette troisième expérience que dans les deux précédentes.Nous constatons en effet une chute marquée et significative du cholestérol des surrénales de rats exposés au froid.Cependant, le groupe qui ne reçoit rien réagit de la même façon que le groupe qui reçoit de l\u2019acide ascorbique. TABLEAU 3 Influence de l\u2019acide ascorbique sur la teneur en cholestérol des surrénales de rats exposés à un froid de 2°C.pendant 46 beures.Cholestérol Cholestérol | Nombre Choles- Cholesté- Différence So (re eal Traitement d térol rol entre les e rats - % total groupes Diff.t Diff.t Ascorbate au froid.19 2.25 0.410 \u201426.95 2.55 \u201426.26 1.84 +0.32 +0.054 Ascorbate à T° normale.23 3.08 0.556 +0.229 +0.058 Bicarbonate au froid.21 2.83 0.530 \u20149.00 0.62 \u20147.20 0.48 +0.327 +0.064 Bicarbonate à T° normale.\u2026.23 3.11 0.573 +0.290 40.063 Témoins au froid.9 2.93 0.548 \u2014 19.87 1.52 \u2014 21.04 1.24 +0.34 +0.073 Témoins à T° normale.11 3.65 0.694 40.33 +0.092 7801 TVOIQI]y TVAVT] 61 21G0WO cs TABLEAU 4 Influence de l\u2019acide ascorbique sur la teneur en cholestérol des surrénales de rats exposés à un froid de 2°C.pendant 72 beures.CS61 21qo10 TVOICF]N TVAVT] holestérol Cholestérol Choles- Cholesté- Différence Cholestéro olestero .Nombre , % total Traitement d térol rol entre les e rats ) % total groupes - \u2014 Diff.t Diff.t Ascorbate au froid.25 2.24 0.395 \u2014 29.56 3.67 \u2014 27.65 4.38 +0.167 +0.031 AT Ascorbate à T° normale.| 26 3.18 0546 _\u2014 +0.195 +0.015 Bicarbonate au froid.22 2.77 0.525 \u2014\u2014\u2014\u2014 \u2014 10.04 0.68 \u20141.50 0.10 +0.354 +0.076 Bicarbonate 4 T° normale.24 3.10 0.533 _ +0.329 10.033 Témoins au froid.26 2.09 0.411 - \u20143343 3.27 \u2014 21.26 1.43 +0.173 10.042 Témoins à T° normale.25 3.14 0.522 +0.271 +0.065 , A po Pe TR pT, = fa Neal?+ kamen \u2014 dame> mil i de: ary Ni &.L\u2019ancien Pavillon de médecine de l\u2019Université Laval (Québec) 1108 Lavar Mépicar Octobre 1952 complets de l\u2019Amérique du nord.Des herbiers nombreux et bien choisis permettent d\u2019excellentes études de botanique.C\u2019est le 25 septembre 1854 que le docteur Jean Blanchet, doyen de la jeune Faculté, inaugure les cours par un discours dans lequel 1l brosse un tableau des sciences médicales de son temps et des diverses matières qui seront enseignées par les premiers professeurs.Les connaissances prémédicales que doit posséder un candidat à l\u2019étude de la médecine, le programme dressé par la Faculté, la conduite exigible d\u2019un étudiant en médecine et les avantages que comporte l\u2019étude de la médecine pour l\u2019individu et pour la société, tels sont les sujets que le doyen développe dans son discours d\u2019inauguration 2.Le médecin doit posséder une bonne connaissance des humanités gréco-latines ; il Tur faut savoir la langue anglaise et la langue française, véhicules des sciences contemporaires.Les mathématiques per- JEAN BLANCHET | mettent à l'esprit d'acquérir «une méthode 1854-1856 rigide et stricte de raisonner ».Les lois physiques sont indispensables au praticien Premier doyen puisque les différents organes de l\u2019homme de Ia Faculté de médecine, Den sont que application : \"optique, I'acoustique, la circulation du sang, la respiration « sont indubitablement des fonctions vitales aussi bien que des fonctions mécaniques ;.méme les parties les plus simples de ces fonctions, les mécaniques, ne peuvent étre comprises sans la connais- 2.Journal de Québec, 28 septembre 1854.« La science médicale est d\u2019une vaste étendue, de même qu\u2019elle est d\u2019une importance suprême et pour I\u2019 acquisition des connaissances multiplices qu\u2019elle embrasse, l\u2019esprit de l\u2019étudiant doit être originairement bien constitué, précédemment instruit \u2018dans certaines branches préparatoires de connaissance, et propre à une étude prolongée.La médecine est une profession et savante et honorable ; les sujets qu\u2019elle embrasse sont plus nombreux et diversifiés que ceux d'aucune autre profession, et l\u2019investigation de tels sujets tend à un degré éminent, à élever et à développer l'esprit.De toutes les sciences la médecine est la moins isolée ; elle est incorporée et alliée avec presque tous les autres départements des sciences naturelles ; et plus l\u2019étudiant en médecine est instruit dans les autres branches des connaissances humaines, moins de difficulté 11 éprouve en poursuivant ses études médicales, et il est probable aussi qu\u2019il est celui qui doit promouvoir et les intérêts et étendre les bornes de la science.» Octobre 1952 Lavar MÉDICAL 1109 sance de l\u2019hydraulique et de la pneumatique.les mouvements ordinaires de nos corps même, quoiqu\u2019ils paraissent faciles à comprendre, ne peuvent être compris, ou philosophiquement expliqués, sans la connaissance de ce que l\u2019on appelle, dans la philosophie naturelle, les puissances mécaniques ».Le doyen de la Faculté de médecine ne s\u2019en tient pas à ces renseignements.Il expose en outre que la minéralogie, la botanique et la zoologie fournissent quantité « d\u2019agents thérapeutiques » et que, par conséquent, ce sont des sciences que le médecin doit posséder.3 Serviteur indispensable de l\u2019humanité, le médecin doit d\u2019abord apprendre la chimie et l\u2019anatomie, ces deux branches fondamentales de la médecine sans lesquelles l\u2019étudiant ne saurait comprendre les autres : l\u2019anatomie, déclare le docteur Blanchet, est d\u2019une importance primordiale, car « sans elle toutes vos autres connaissances médicales sont presque sans utilité.Le mot anatomie, dans son acception la plus étendue, signifie la science de l\u2019organisation ».Vous étudierez, tour à tour, dit-il, « l\u2019anatomie comparée et humaine, l\u2019anatomie générale et spéciale, l\u2019anatomie descriptive et chirurgicale, et l\u2019anatomie philosophique ou transcendante » 4.3.« Dans vos études préparatoires, je comprendrai aussi la minéralogie, la botanique et la zoologie.Ces sciences sont très alliées à la médecine : presque tous nos agents thérapeutiques sont dérivés des objets dont elles traitent.La géologie jette une lumière étendue sur la statistique médicale, département intéressant de la jurisprudence médicale ; et la connaissance de la zoologie indispensable à l\u2019étude de l\u2019anatomic comparée, et conséquemment est utile à l\u2019étude de l\u2019anatomie humaine, car ces deux sujets sont seulement différentes branches de la même science.Je suis aussi fortement disposé à comprendre dans vos études préparatoires l\u2019art du dessin ; art d'agrément en lui-même, et d\u2019une grande importance pratique à l\u2019étudiant en médecine.Dans chaque département des sciences médicales, vous serez appelés à étudier la forme, le volume, et la situation relative des existences matérielles, et quelle langue orale ou {crite peut être comparée aux délinéations du pinceau pour exprimer telles qualités ou telles relations des choses : d\u2019ailleurs la pratique de cet art fait naître une exactitude d\u2019observation utile dans chaque département des sciences de même que dans la mêde- cine.» 4.« L\u2019anatomie humaine repose sur la base de toutes vos investigations dans les sciences médicales ; elle est la fondation sur laquelle toutes vos connaissances médicales sont appuyées \u2014 elle est l\u2019étoile polaire à laquelle vous devez vous confier dans l\u2019obscurité des difficultés et des dangers pratiques.Comme département primaire de la médecine, la chimie demande votre prompte considération ; et heureusement pour le jeune étudiant, un cours de chimie est entouré d\u2019attraits toujours nouveaux, toujours constants.La chimie est la science des parties constituantes et Clémentaires des corps ; c\u2019est pourquoi elle conduit à la connaissance intime de tous les objets qui sc trouvent dans la nature.Non seulement elle communique une connaissance réelle de tous ces objets ; mais, ce qui est plus encore, elle nous fournit le pouvoir presque illimité de les modifier et de les changer, et de les faire servir à l\u2019avantage des hommes dans les affaires ordinaires de la vie, dans les arts et dans les sciences ; 1! est juste de dire que celui qui 1110 Lavar.MÉDICAL Octobre 1952 Évidemment, le premier doyen entend créer une école de médecine aussi progressive que l\u2019état des sciences médicales, en 1853, le permet.On ne saurait s\u2019en étonner.Il connaît parfaitement la médecine de son temps, l\u2019ayant étudiée à Londres et à Paris.Il a suivi les cours de Dupuytren à l\u2019Hôtel-Dieu et la clinique chirurgicale de Larrey à l\u2019Hôpital du Gros Caillou *, vers 1818.Il avait alors vingt-deux ans, étant né le 17 mai 1795 a Saint-Pierre-de-la-Riviére-du-Sud du mariage de Joseph Blanchet, cultivateur, avec Marie-Pélagie Cloutier.A dix-sept ans, il quittait le séminaire où il venait de faire ses études et commençait de s\u2019initier à la médecine sous la direction de son oncle, le célèbre docteur François Blanchet.A Londres, il bénéficia des leçons de quatre médecins célèbres : Astly Cooper, William Blizard, Curry et Blundell.En 1820, après un examen sévère, 1l obtenait le diplôme du Collège royal des chirurgiens de Londres.On ne saurait donc être surpris de l\u2019entendre expliquer ce que doit comprendre le programme d\u2019étude d\u2019une Faculté de médecine.Après avoir insisté sur la chimie et l\u2019anatomie, il attire l\u2019attention de ses auditeurs sur les autres branches de l\u2019enseignement médical : physiologie, chirurgie, pathologie, obstétrique, matière médicale, pratique de la médecine, médecine forensique.Le discours d\u2019inauguration du docteur Blanchet constitue un excellent résumé de la manière dont on enseignait la médecine au milieu du XIX\u201c siècle.Il n\u2019insiste guère sur les devoirs du médecin envers la collectivité.Cependant, il en avait le droit, car nul plus que lui ne mérita entend parfaitement la chimie, bien qu\u2019il ne connaisse rien de plus, ne peut passer ni pour un homme ignorant, ni pour un membre inutile dans la société.Comme une branche de la médecine, la chimie ne peut être trop hautement estimée.Sans la connaissance de la chimie, vous ne pouvez comprendre la nature de quelques fonctions animales, la composition de nos agents thérapeutiques les plus actifs, la nature des produits morbides engendrés par les maladies, ni voir votre route dans les difficultés de la médecine forensique (sic).Si l\u2019anatomie grandit, et est incorporée avec toutes les autres branches de la médecine ; si, en particulier, elle est le punctum saliens de la physiologie, la clef de la chirurgie, de la pathologie et de l\u2019art obstétrique ; la chimie se répand de même, dans toutes les branches, et se lie et s\u2019entremêle plus particulièrement avec la matière médicale, la pratique de Ja médecine et la jurisprudence médicale.Si la pyramide des sciences médicales a sa base déployée au loin sur les fondations stables de l\u2019anatomie, la chimie cimente les différentes espèces dont la pyramide est composée, et donne de la solidité et de la durabilité à la structure entière.» 5.Journal de l\u2019Instruction publique, juin 1957.Biographie de Jean Blanchet, par J.-C.TacHÉ. Octobre 1952 LavaL MEDICAL 1111 mieux le beau titre de Médecin des pauvres que la population de Québec.à l\u2019unanimité, lui avait donné.De retour d\u2019Europe, Jean Blanchet exerça son art en société avec son oncle et professa l\u2019anatomie à l\u2019Hôpital des émigrés, alors situé à l\u2019endroit où l\u2019on a construit depuis lors l\u2019église Saint-Jean-Baptiste de Québec.A la mort de François Blanchet, son neveu s\u2019installa dans sa résidence à l\u2019angle des rues du Palais et des Pauvres et y demeura le reste de ses jours.Pendant l\u2019épidémie de choléra, en 1832, 11 se dévoua sans crainte aux soins des pestiférés : « Il serait impossible de dire à combien de fatigues et de dangers il {ut exposé pendant les plusieurs mois que dura le fléau : nuit et jour il était sur pied, et, tombant de lassitude, il se relevait pour courir à qui demandait son secours, sans voir dans ceux qui l\u2019appelaient, pauvres ou riches, autre chose que des frères et des concitoyens.» Député de Québec de 1834 à 1837, 1l renonça à la politique lors de l\u2019insurrection et se consacra entièrement à la pratique de son art : « tenant le sceptre de la chirurgie à Québec, médecin hors ligne, accoucheur célèbre, il avait la clientèle la plus vaste qu\u2019il soit possible à un praticien de servir, et tout le monde et ses confrères plus que tous les autres s\u2019étonnaient qu\u2019il] put y suffire ».Jean-Charles Taché, dans sa Biographie de Blanclet, après avoir rappelé le dévouement dont fit preuve ce médecin durant les épidémies de choléra, raconte un incident qui illustre bien la haute conception que Blanchet se faisait de ses devoirs de médecin.Un jour, écrit-il, Cun carosse attelé à deux chevaux échauffés par une course rapide, s\u2019arrète à la porte d\u2019une pauvre maison, sise à l\u2019extrémité de l\u2019un des faubourgs, et l\u2019un de nos plus riches citadins en descend et frappe à la porte de l\u2019humble logis ».Il est agité, visiblement très inquiet.Dans la maison git sur un lit de souffrance une malheureuse femme, atteinte de choléra, et sur le point d\u2019accoucher.Le docteur Jean Blanchet est à son chevet.En entendant les coups à la porte, le pauvre malade s\u2019écrie : «\u20ac On vient vous chercher, Docteur ! Ah ! par pitié, ne m\u2019abandonnez pas .Non, mon amie, répond le médecin des pauvres.Pour aucune raison, je ne vous abandonnerai. 1112 LavarL MéDicau Octobre 1952 La porte s\u2019entrebaille : \u2014 Mon cher docteur, dit une voix, hâtez-vous de monter dans ma voiture : mon père est bien malade.\u2014 Impossible, mon cher monsieur, réplique Jean Blanchet.J'ar ct une pauvre malade qui requiert tous mes soins.\u2014 Mais je vais envoyer mon domestique en toute häte chercher un autre médecin pour votre malade, et alors, n\u2019est-ce pas, vous viendrez voir mon père?Vous savez qu\u2019il a confiance en vous.Vous êtes notre médecin.\u2014 Je suis aussi le médecin de cette pauvre femme, de répondre le praticien.Impossible de la laisser ; après, je serai à vos ordres.Et Tachë de conclure : « Le brave citoyen s\u2019inclina devant cette fermeté du devoir ; et Dieu récompensant son respect pour cette vertu publique et son amour pour son père, sauva celui-ci dont Jean Blanchet est demeuré le médecin.» Tel est l\u2019homme qui devint le premier doyen de la Faculté de médecine de Laval.Il allait en diriger les débuts avec autant de zèle, de générosité et d\u2019esprit public que de science.Les règlements universitaires 6 spécifient que « la conduite des Professeurs tant ordinaires qu'\u2019extraordinaires doit être exemplaire et leur enseignement ne renfermer rien d\u2019opposé à la morale et à la foi de l\u2019Église catholique ».Le nouveau doyen était tout désigné pour veiller au respect de ces règlements.Si chaque Faculté relève d\u2019un conseil composé de ses professeurs ordinaires, il appartient au doyen désigné par le conseil universitaire d\u2019exercer une surveillance constante, non seulement sur l\u2019enseignement scientifique de sa Faculté, mais aussi de réprimer les désordres et les abus qui peuvent survenir.S\u2019il n\u2019y parvient pas, il doit les dénoncer au conseil qu\u2019il préside et si le redressement qui s\u2019impose n\u2019a pas lieu, il doit référer ses constatations au conseil général de l\u2019université.D'autre part, le conseil général est tenu de soumettre au conseil de la Faculté « toutes les affaires qui I'intéressent » 7.Le conseil de la Faculté de médecine, au moment de son entrée en fonction comprend les docteurs Jean Blanchet, Charles Frémont, James 6.Décision du 13 décembre 1853 (Conseil universitaire).7.Registre du conseil universitaire, 13 décembre 1853. Octobre 1952 Lavar MÉDiCAL 1113 Sewell, Zéphirin Nault, Etienne Landry.Praticiens éminents, ils avaient une vraie noblesse de caractère et du savoir-vivre.Lorsqu\u2019il fut question de leur entrée à la Faculté de médecine, tout en se déclarant flatté « d\u2019être appelés à remplir des chaires dans une institution » universitaire, institution « que nous désirons voir naître, grandir et prospérer », écrivent-ils 8, ils font immédiatement « observer que depuis plusieurs années ils travaillent de concert avec d\u2019autres collègues », ajoutant que les mêmes intérêts les unissent ensemble.«Il nous serait pénible de voir ces liens se rompre sans de bien graves raisons », poursuit la lettre collective.« En supposant que chacun de nous doive occuper dans l\u2019université la même chaire qu\u2019à l\u2019École de médecine de Québec, les chaires de tocologie et de jurisprudence médicale restent vacantes.Le docteur Painchaud en remplit avec zèle la première depuis que nous existons comme institution.Nous croirions nous rendre coupables de désertion si nous n\u2019élevions pas la voix pour réclamer en sa faveur une place dans l\u2019université, libre a lui d\u2019en refuser l\u2019honneur s\u2019il voit que l\u2019heure de se reposer est enfin venue pour lui.» Les cinq médecins déclarent qu\u2019ils ne sauraient se soustraire à ce devoir de bienséance et d\u2019amitié.Ils proposent ensuite le docteur Alfred Jackson comme professeur de jurisprudence médicale : « .nous sommes intimement convaincus que personne à Québec ne pourrait y faire plus d\u2019honneur que notre collègue », affirment les auteurs de la lettre 9.Le dix décembre 18533, cette question se trouve réglée et les professeurs désignés transmettent leur adhésion au recteur.Le docteur Nault écrit : «J\u2019ai l\u2019honneur d\u2019accuser réception de la vôtre lettre de ce Jour relativement à l\u2019université Laval et m\u2019invitant à y prendre part.J\u2019apprécie grandement l\u2019honneur que me fait l\u2019Université et Je me rends avec plaisir à sa demande.Je puis ajouter que je me considère heureux de pouvoir contribuer dès son commencement à l\u2019exécution d\u2019un projet que j'ai eu à cœur de voir réussir, persuadé que ce sera un honneur et un bonheur pour le pays.Sans entrer 8.Lettre collective des docteurs Frémont, Sewell, Nault, Blanchet et Landry au au recteur, 15 octobre 1853.Archives du Séminaire, 100-CG.9.« Nous vous somettons respectueusement Notre prière ; vous comprendrez sans peine les motifs qui nous engagent à vous l\u2019adresser et de notre côté nous espérons qu\u2019à moins de raisons bien puissantes vous voudrez bien nous l\u2019accorder et nous associer à ces deux collègues » (100-CG). 1114 LavaL MEDICAL Octobre 1952 dans d\u2019autres considérations en la considérant seulement sous le point de vue National, on prévoit tout de suite le grand bien qu\u2019elle va procurer à nos Jeunes compatriotes qui se destinent aux professions libérales, des avantages qu\u2019ils étaient obligés d\u2019aller chercher à l\u2019étranger, bien des fois, comme l\u2019expérience l\u2019a prouvé, à leur grand détriment.Un second bien, Elle servira, Je l\u2019espère, à démontrer les ressources intellectuelles du Canada et à prouver que l\u2019enseignement sous la direction du clergé catholique peut marcher de pair avec celui des autres pays » 10.Les autres professeurs désignés acceptent avec autant d\u2019empressement, sinon plus.Ils savent tous cependant que les émoluements ne seront guère considérables.Dans sa lettre d\u2019invitation !!, le recteur a bien précisé que « durant les quatre années qui suivront immédiatement la première ouverture des cours, le Séminaire ne pourra accorder aucun traitement aux professeurs de la Faculté de médecine, .il leur abandonnera entièrement les sommes payées par les élèves pour leur instruction médicale » 12.En ce temps-là, l\u2019inscription coûte une piastre et cinquante et son renouvellement cinquante sous.La Faculté de médecine exige seize piastres par terme strictement payable à l\u2019avance, l\u2019étudiant n\u2019étant admis aux cours que sur présentation d\u2019un reçu acquitté.L\u2019Hôpital de la Marine réclame trois piastres.Chacun doit débourser quatre dollars pour la salle de dissection 13 et verser le tarif suivant : un cadavre complet, huit piastres ; © un sujet ouvert », cinq piastres ; un fœtus, cinq chelins 14.Il y a trois termes par an.Ainsi se trouve résolu un problème qui avait inquiété grandement M8\" Flavien Turgeon.La Faculté de médecine, « devant nécessiter de grandes dépenses dès son début, écrivait l\u2019évêque de Québec à Auguste- Norbert Morin, secrétaire provincial du temps, ce sera une raison de n\u2019en pas presser l\u2019établissement.Une autre raison de la différer est qu\u2019il existe dans cette ville une école de médecine à laquelle le Séminaire ne voudrait pas faire compétition.Cependant, s\u2019il arrive qu\u2019elle cesse, le 10.Nault à Casault, 10 décembre 1853, ASQ, 100-CN.11.Casault à Nault, ASQ, 100-CM.12.Ibid., « Je joins à cette lettre, écrit le recteur, une copie de notre charte et une autre d\u2019un règlement adopté l\u2019été dernier par le Conseil.J'espère que, avec ces deux pièces et la connaissance que vous avez prise de divers projets de règlements qui vous ont été communiqués, vous pourrez facilement apprécier les conséquences de votre nomination ».13.Annuaire de Laval, 1858-59, p.40.14.Registre du conseil général, 13 mars 1854. Octobre 1952 Lavar.MÉDICAL 1115 Séminaire devra être préparé à la remplacer » 1°.Moins de deux ans plus tard, on l\u2019a vu, la solution est trouvée et appliquée.Si les professeurs « ont la générosité de consentir à ne recevoir aucun salaire pendant quatre ans » 16, le Séminaire a quand même de grandes dépenses à rencontrer.La construction des nouveaux édifices et l\u2019achat du matériel indispensable à l\u2019enseignement dans les diverses Facultés exigent des déboursés substantiels.Étienne Landry, l\u2019un des professeurs de la Faculté de médecine, vient de se voir confier la « mission d\u2019acheter en Europe pour ladite Faculté des livres, des instruments et des modèles, et aussi de recueillir, dans les principaux établissements scientifiques de l\u2019Angleterre, de la France et de la Belgique, tous les renseignements dont la dite Faculté ou l\u2019Université pourrait retirer quelque utilité » !7.Landry est «autorisé à employer huit mille piastres pour ces divers objets » !8.Toutefois, il ne doit acheter que les instruments de chirurgie « qu\u2019on ne trouve pas ordinairement ici chez les praticiens » 19, Landry se fait fort de rapporter « la plus belle collection d\u2019instruments qui soit en Amérique, et aussi pratique, si je puis dire le mot, que celle que posséde la Faculté de médecine de Paris, qui renferme dans sa collection un grand nombre d\u2019instruments bons a rien » 20.Quant aux livres, l\u2019envoyé de Laval plaide en faveur d\u2019achats massifs : « Plus l\u2019achat sera considérable, plus vous aurez atteint sûrement le but sur lequel vous tendez, plus nous aurons de la satisfaction et des moyens à notre disposition, et moins mon voyage sera senti par le Séminaire.Quant à moi, la satisfaction de me montrer en Canada avec une jolie collection de livres, d\u2019instruments et de pièces pathologiques, me fera oublier mes ennuis, mes fatigues et mes veilles.Ce sera ma récompense.» 15.Turgeon à Morin, ASQ, 100-AH.16.ASQ, 101-AA.17.Lettre de recommandation du docteur Landry partant pour l\u2019Europe, 17 décembre 1853, ASQ, 100-CT.« C\u2019est pourquoi, Nous, Recteur de la dite université Laval, prions toutes les personnes bienveillantes dont le dit Jean- Étienne Landry, Écuyer, croirait l\u2019aide ou les conseils utiles à l'accomplissement de sa mission, de vouloir bien, dans l\u2019intérêt de la science et de l\u2019humanité, l\u2019assister par tous les moyens que peuvent leur fournir leurs lumières, leur autorité et leur influence dans la société ; ; promettant, en retour, la reconnaissance profonde de tout le corps Universitaire et, dans l\u2019occasion, les bons office de chacun des membres qui le composent.» On voit que Laval traitait bien M.Landry.18.ASQ, 101-AA.19.ASQ, 101-J.Casault à Landry, 24 février 1854.20.J.-E.Landry à L.-J.Casault, 1 février 1854, ASQ, 101-E. 1116 Lavar MéÉDicar Octobre 1932 Le choix des « pièces qui doivent composer le Musée » lui donne beaucoup de soucis.Il hésite entre la cire et le carton-pâte.La première lui « semble, apparemment mieux se prêter à la reproduction fidèle des maladies cutanées ; mais elle a un inconvénient, elle jaunit en vieillissant et les couleurs rouges ou roses perdent et leur fraîcheur et pâlissent.Les pièces en plâtre ou en papier mâché n\u2019ont peut être pas cet inconvénient, mais elles lui paraissent bien loin de la nature et .laissent beaucoup a désirer » 21, Le sort de la bibliothèque scientifique de l\u2019École de médecine le préoccupe d\u2019autant plus qu\u2019elle contient « des ouvrages très dispendieux » qu\u2019il est mutile d\u2019acheter en Europe s1 l\u2019université hérite de cette collection 22.Landry dont le séjour à Paris commence alors d\u2019être connu reçoit un jour «la visite de Mr- Hudelo chimiste, préparateur en chef du lycée Louis-le-Grand.Il avait entendu dire que l\u2019Université avait besoin d\u2019un professeur de toxicologie » 23.Landry parait avoir carte blanche : «nous devons tout laisser à votre prudence, écrit le recteur, et nous y comptons assez pour être persuadés que vous ne voudrez pas payer la collection au dessus de sa :> 21.« Dans ma perplexité, j\u2019ai consulté plusieurs médecins, même de la Faculté et comme toujours ils ont été partagés dans leurs opinions ; les uns préfèrent la cire, les autres le carton ou le plètre, d\u2019autres enfin ne voudraient ni de l\u2019un ni de l\u2019autre, mais préféreraient, d\u2019après nature, toutes les maladies que ces pièces sont destinées à reproduire.Je ne suis pas encore moi-même arrêté dans mon choix.Je vais observer davantage.Je puis d\u2019autant plus le faire qu\u2019un grand nombre, la plupart même des pièces que l\u2019on fabrique ainsi se trouvent aujourd\u2019hui toutes faites.« Quant aux pièces pathologiques naturelles dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre, j'ai eu occasion, dans un diner de Médecins de demander à quelques-uns d\u2019eux s\u2019ils la connaissaient ; on m\u2019a répondu affirmativement et on m\u2019en a parlé favorablement.Cependant on a trouvé que le prix que Mr.Guy demandait était élevé.Si J\u2019avais la faculté d\u2019employer une somme additionnelle pour des pièces naturelles, je voudrais faire un examen très minutieux de cette collection et la faire estimer par des juges compétents.Ces pièces sont principalement et presque exclusivement des pièces osseuses.Si, au contraire, le Séminaire ne peut point faire cette dépense, nous pour- tions prendre des arrangements avec le chef des travaux anatomiques ici qui pourrait nous faire l\u2019envoi, de temps à autre, de pièces pathologiques qu\u2019il se chargerait de recueillir et de nous expédier après leur avoir fait subir une première préparation dans l\u2019alcool.Elles nous seraient envoyées dans un baril bien fermé.On a déjà adopté ce mode pour un établissement des États-Unis, et je vois que chaque pièce ainsi préparée revenait à une vingtaine de francs » (Landry à Casault, 1 février 1854, ASQ 101-E).22.« Vous m\u2019aviez dit que $600 étaient [a somme que lon devait d\u2019abord dépenser en achat de livres ; dois-je compter $600.ici ou dois-je faire la part sterling, et compter alors un chiffre moins haut ce qui devra nécessairement encore me faire modifier ma liste.Jai calculé sur $600 sterling et j\u2019en ai fait ainsi avec les autres sommes.En un mot, j'ai calculé pour dépenser ici 8600.en livres, par exemple, ce qui ferait plus de cette somme en Canada, comme de raison.» (ASQ 101-E).23.ASQ 101-E. \u2014 3 POSSESS ee a, aw { sug RT | i à Gans ra 3 : # NY tJ SI rai 1 + EN 3 .è : = 4 pe ed EN - Le docteur ÉTIENNE LANDRY, l\u2019un des organisateurs de la Faculté de médecine.En 1852, chargé de se rendre en Europe afin d\u2019v recueillir [es livres et les instruments indispensables, 1l jeta les bases de l\u2019organisation matérielle de l\u2019enseignement médical. 1118 Lavar MÉDicaL Octobre 1952 valeur » 24, Dans la même lettre, il lui annonce que mille louis ($1,000.) seront mis à sa disposition dont sept cents à Paris et trois cents à New- York.En même temps, le recteur adresse à Landry «une lettre de change de la valeur de cinq cent soixante et douze louis, quatorze shelings et six deniers sterlin » 25, A ce moment, le Séminaire a des dépenses considérables à rencontrer, mais les directeurs de la maison entendent bien faire les choses et n\u2019hésitent Jamais : « Les trois cents louis qui resteront pour complêter deux mille cing cents, le nec plus ultra de la somme qui vous est allouée pour voyage et achats de toutes espèces, ajoute le recteur, ne devront être payés qu\u2019au printemps et même plus tard, si vous pouvez obtenir du crédit soit pour la collection de préparations pathologiques, soit pour les livres.» 26 En même temps, Casault annonce à Landry que l\u2019université hérite de la bibliothèque de l\u2019ancienne école de médecine.Le voyage de Landry s\u2019avéra satisfaisant.Il acheta les livres requis, « des collections d\u2019ostéologie, ainsi qu\u2019une magnifique collection d\u2019instruments de chirurgie fabriqués tout exprès pour l\u2019établissement » 27.L\u2019essor de la Faculté de médecine se trouva bientôt endeuillé par la disparition de son premier doyen.Déjà, dans sa lettre du 24 février 1854, le recteur annonçait à Landry la maladie du docteur Jean Blanchet : « Votre Doyen .est bien malade et même en danger, dit-on.» L\u2019ém:- nent médecin venait de subir « une attaque de fièvre typhoïde y 28.II en « ressentit les effets pendant six mois », nous dit son biographe, ce qui n\u2019empêcha pas Blanchet de participer cette année-là à une campagne électorale à la fin de laquelle il fut élu député de Québec à la Chambre d\u2019Assemblée.En septembre, 11 prononçait le discours d\u2019inauguration de la Faculté de médecine, mais « au printemps de 1855, 11 commença à ressentir les atteintes de la terrible maladie de la pierre, qui le forcèrent d\u2019interrompre presque entièrement l\u2019exercice des fonctions multiples dont il était investi » 29.24.Casault à Landry, 24 février 1854, ASQ 101-J.25.Apparement Casault emploie indifféremment les mots louis ou piastres, leur accordant la même valeur.Cf.Lettres des premier et 17 février 1852 ASQ 101-G et 26.ASOQ 101-J.27.ASQ 102-B.28.Jean-Charles TacHE, ibid.29.Ibid. Octobre 1952 LavarL MEDpicaL 1119 Landry, revenu de Paris, devint le médecin de Blanchet.En mai 1856, il dut opérer son client et doyen.C\u2019était une opération que le docteur Blanchet avait lui-méme pratiquée une quinzainede fois.Aussi, au moment où Landry allait l\u2019ouvrir, 1l entendit son patient lui dire d\u2019une voix calme et sûre : « Mon cher docteur, la sûreté avant la célérité.» Blanchet avait toujours suivi cette maxime dans les différentes opérations qu\u2019il avait faites.A cette devise du bon chirurgien, 1l devait probablement une grande partie de ses succès dans les cas les plus diffr- ciles : il avait « pratiqué plus de cinquante fois les différentes opérations de la hernie, et nous avons nous-même assisté à une ablation du maxillaire supérieur faite par lui avec parfaite réussite sur une dame dans un cas d\u2019ostéosarcome » 30.Le 22 avril 1857, à l\u2019âge de soixante-deux ans, Jean Blanchet, célibataire, s\u2019éteignait après avoir reçu les derniers sacrements des mains de son évêque.« Comme médecin, écrit Taché, Jean Blanchet se place parmi les hommes les plus distingués qu\u2019ait produits le Canada Son immense pratique en obstétrique lui a fourni un champ d\u2019observation qui s\u2019étendait au chiffre considérable de 12,000 cas.C\u2019est surtout comme chirurgien qu\u2019il était connu ; son aphorisme de prédilection était : sat cito si sat bene, « c\u2019est assez tôt fait, quand c\u2019est bien fait ».IV EVOLUTION DE L\u2019ENSEIGNEMENT SOUS FREMONT ET TASCHEREAU ondée dans l\u2019intention d\u2019élever le niveau des études professionnelles F et de protéger, pendant leur cléricature, la for et les mœurs des élèves qui 30.« Jean Blanchet est mort garçon ; sa famille, c\u2019étaient les enfants de ses frères qu\u2019il a comblés de bienfaits, ses pauvres et ses élèves, dont deux sont ses neveux, et l\u2019un, M.Hilarion Blanchet, est son successeur dans la pratique.« Les funérailles du docteur Blanchet ont eu lieu à Québec : les dépouilles (sic) mortelles du défunt ont été accompagnées d\u2019abord de sa demeure à la cathédrale, puis, de l\u2019église au cimetière Saint-Charles, à la suite du service, par un concours immense de citoyens.Les professeurs et élèves de l\u2019Université Laval et du Séminaire de Québec, au nombre d\u2019à peu près trois cents personnes, suivaient le corps ; les coins du poële (taient tenus par MM.les docteurs Painchaud, Morin, Bardy, Sewell, Nault et Landry.Le service funèbre auquel assistait Sa Grâce Monseigneur l\u2019archevêque avec toute sa maison, a été chanté par M.le curé de Québec.» (Biographie de Jean Blanchet, par J.-C.TACHÉ).(11) 1120 Lava\u2026 MÉDICAL Octobre 1952 se destinent aux études professionnelles !, l\u2019université Laval progresse rapidement.Déjà, les premiers règlements, rédigés par le recteur, Louis-Jacques Casault, s\u2019avèrent excellents.Il suffira d\u2019y faire, de temps à autres, les modifications exigées par l\u2019évolution des circonstances pour qu\u2019ils répondent aux besoins de l\u2019enseignement et de la collectivité.Au moment où Charles-Jacques Frémont succède à Jean Blanchet, soit le 9 septembre 1856, la Faculté de médecine compte six professeurs ordinaires et un professeur extraordinaire, Hubert Larue, appelé à jouer un grand rôle dans le développement des sciences au Canada.Les nouveaux venus sont les docteurs Alfred Jackson et Charles-Eusèbe Lemieux, le premier enseigne la tocologie ou art des accouchements, le second la pathologie générale et la physiologie, Hubert Larue la médecine légale et l\u2019hygiène.Frémont est un médecin en vue de son temps.N& le 17 octobre 1806 à Québec, 1l étudie la médecine à Montréal sous le docteur Stevenson / ; sitôt qu\u2019il est admis à l\u2019exercice de son art, il s\u2019établit à la Pointe-Lévis.Ni les querelles, ni « les jalousies qui ravalent si souvent la pro- CHARLES FREMONT 1856-1863 fession médicale », observe le docteur Sewell 3, ne l\u2019atteignent.I! n\u2019y participe pas et sa conduite impose le respect et l\u2019estime.Tout jeune médecin, Frémont, qui jouit de l\u2019amitié de Gosford, est nommé assistant de James Douglas à l\u2019Hôpital de la marine et des émigrés 4, celui-ci devant diviser son salaire avec son second.Quand il apprend le nom et l\u2019âge de Frémont, le vieux médecin proteste ct Gosford revient sur sa décision, désignant Painchaud qui avait plus d\u2019expérience.Douglas, qui préférait expliquer lui-même ses paroles et ses gestes, alla exposer ses vues à Frémont qui ne s\u2019en émut point, répliquant que la situation [ui avait été offerte à la demande d\u2019un ami.Annuaire de l\u2019U.L., N° 6, 1862-62, p.35.Ibid, N° 2, 1858-59.Laval médical, septembre 1944, p.462.Ibid., p.463.Baw bo = Octobre 1952 LavarL MEbicaL 1121 «A compter de ce moment, et jusqu\u2019à sa mort, mes relations avec Frémont furent très intimes », écrit Douglas.«C'était un homme honnête, droit, très intelligent, un gentilhomme qui possédait une connaissance approfondie de son art.» > Frémont devient en effet l\u2019assistant régulier de Douglas qui ne fait plus d\u2019opération sans l\u2019avoir à ses côtés.A l\u2019hôpital, on ne goûte guère cette façon de procéder 6.Les critiques n\u2019empêchent pas Douglas d\u2019utiliser Frémont.Il se déclare plus sûr de lui avec ce jeune médecin et n\u2019emploie même pas le tourniquet, convameu qu\u2019il épargne ainsi le sang des malades.A qui le blime, Douglas jure devant Dieu qu\u2019il doit à Frémont le succès de ses nombreuses opérations.Il lui attribue également plusieurs cures qui, dit-il, n\u2019auraïent jamais réussi sans lui.La promptitude du jeune praticien dépasse de beaucoup celle de la majorité des chirurgiens de son temps.Le nouveau doyen apporte à la Faculté de médecine une expérience considérable.Il jouit d\u2019un prestige et d\u2019une autorité remarquables, ce qui va lui permettre d\u2019orienter le travail scientifique vers un niveau encore plus élevé et de faire respecter les règlements.L\u2019une des premières mesures adoptées durant son décanat porte sur les cliniques chirurgicales.Jusqu\u2019à cette date, les étudiants en médecine fréquentent l\u2019Hôtel-Dieu.Désormais, ils iront à l\u2019Hôpital de la marine.L\u2019été, cette institution « offre, durant la navigation, une grande variété de maladies et d\u2019opérations chirurgicales les plus propres à initier les élèves dans l\u2019art si difficile de la médecine » 7.Pendant cette période, le conseil universitaire s\u2019occupe de régler les conditions d\u2019admission aux Facultés.Il le fait avec beaucoup de tact et de précautions, tenant compte, et des circonstances particulières d\u2019un début d'enseignement supérieur, et des exigences de la science : « L\u2019Uni- 5.Journal and Reminiscences of James Douglas, pp.146 et 147.6.« One of the witnesses criticized him because \u2014 as was claimed \u2014 he « slighted and insulted the whole staff of visiting physicians by bringing Dr.Frémont, not connected with the Hospital, to assist at operations».He replied : « It is perfectly true that not « sometimes », but always I got Dr.Frémont to assist me in operations as well in Hospital as in private practice.He has invariably assisted me for the last sixteen or seventeen years.I never had other assistance than his.I never use a tourniquet, and in my operations felt unbounded reliance that with his cooperation no unnecessary Joss of blood would occur.» (Doucras, tbid., p.172.) z ASQ 102-B.Pour la liste des élèves allant à l\u2019École de la marine, voir Mss.U.° 6, T78. 1122 Lavar MÉpicar Octobre 1952 versité Laval tient et tiendra toujours plutôt à la qualité qu\u2019à la quantité des diplômes qu\u2019elle accorde.C\u2019est le seul moyen de conserver au titre de gradué la valeur morale qu\u2019il tire uniquement de l\u2019opinion qu\u2019a le public des qualifications requises pour l\u2019obtenir.» $ Jusqu\u2019à janvier 1859, le degré de bachelier ès arts n\u2019est pas requis des étudiants en médecine 9.A compter du 16 juin 1858, « les jeunes gens qui désirent étudier la médecine pourront être admis à l\u2019inscription lors même qu\u2019ils n\u2019auraient fait au collège qu\u2019un an de philosophie pourvu qu\u2019ils aient suivi des cours de Logique, de Métaphysique, de Morale et de cette partie des mathématiques requise » par un règlement antérieur : arithmétique, algèbre, géométrie, trigonométrie 10.Jusqu\u2019en 1863, licenciés et docteurs peuvent obtenir leurs titres «sans baccalauréat ès arts pourvu qu\u2019ils aient conservé les deux tiers des points à l\u2019un des deux examens pour le dit baccalauréat ès arts, soit dans le premier pour les étudiants en droit, soit dans le second pour les étudiants en médecine ».Sous le décanat de Frémont, les programmes d\u2019études sont revisés, améliorés et complétés.Le 19 décembre 1860, création d\u2019un cours d'anatomie microscopique !!, établissement d\u2019un cours de manipulations cliniques confié au docteur Hubert Larue 12) le 4 décembre 1850, enregistrement de la charte royale de l\u2019université Laval dans les archives de la province (Bas-Canada), le 9 avril 1862, création du poste de vice- recteur de l\u2019université, telles sont quelques-unes des mesures adoptées durant cette période.Entre temps Louis-Alfred Simard obtient sa licence en médecine avec grande distinction 13.et Alfred Lachaine avec distinction 14.Au début de l\u2019université, les élèves de la Faculté de médecine doivent suivre, à la Faculté des arts, les cours suivants : philosophie et 8.Elzéar-Alexandre Taschereau, ASO 102-B.9.Registre du Conseil universitaire à la date indiquée.10.De nouveaux règlements sont inscrits dans l\u2019Annuarre de 1859.11.ASQ 101-CE.«Le Séminaire est disposé à payer pour le cours d\u2019anatomie microscopique un terme tous les deux ans ou un demi-terme, chaque année.» (9 sept.1860, S.M.) Le 8 janvier 1861, le cours est créé (CI).12.« Les cliniques du docteur Larue seront payées à raison de cinq dollars par an.» (10 mai 1867 S.M.E.) 13.CU, 8 octobre 1860.14.CU, 8 juillet 1861. Octobre 1952 Lavar.MÉDICAL 1123 sciences physiques (2°, 3° et 4° année), chimie et botanique (1° année), physique, astronomie, minéralogie et géologie (pour les élèves n\u2019ayant pas terminé leurs études collège) 15.C\u2019est l\u2019un des savants les plus réputés de l\u2019Amérique du nord en ce temps-là qui professe la chimie et les sciences secondaires.Dès mars 1855, alors qu\u2019il étudie en Europe, le Séminaire retient Thomas Sterry Hunt et lui offre les conditions suivantes : cent livres pour ses cours de chimie 16 et pension gratuite au pensionnat de l\u2019université 17.Géologue et chimiste, né à Norwich, Connecticut le 5 septembre 1826, Thomas Sterrv Hunt fit ses études à Yale et, en 1846, devint membre du Geological Survey of Canada dont il fit partie jusqu\u2019en 187218.Professeur de chimie à Laval jusqu\u2019en 1862 et à McGill jusqu\u2019en 1868, il enseigne ensuite la géologie au Massachusetts Institute of Technology de Boston, puis revient en Canada et se consacre aux recherches : chimie et géologie l\u2019occupent constamment.Membre de plusieurs sociétés savantes, président de l\u2019American Institute of Mining Engineers (1877) et de l\u2019American Chemical Societv (1880), 11 publie un grand nombre d\u2019ouvrages scientifiques 19.Sterry Hunt a été, dès les débuts, un ami de l\u2019université.A sa mort, il lui lègue huit mille dollars 2.Pendant son séjour à Boston, il reste en correspondance avec M&' Thomas-Étienne Hamel et répète souvent qu\u2019il n\u2019aime guère la capitale du Massachusetts.A son avis, l\u2019Institut bostonnais de technologie est fort mal dirigé.Aussi l\u2019aban- donne-t-il après avoir refusé la chaire de professeur de géologie et de minéralogie 21.Hunt et Hubert Larue ont assuré le développement scientifique de Laval.15.Annuaire, n° 2, 1858-59, p.32.16.SM, 17 décembre 1858.17.S.M.E., 5 mai 1856.18.W.WALLACE, Dictionary of Canadian Biographies ; J.DoucLas, Memoir of Sterry Hunt, Philadelphie, 1898.Cf.Mémoires Soc.royale 1892 ou Rose, Cy.Can.19.Ses principaux ouvrages sont : À new basis for chemistry, Boston, 1887 ; Chemical and geological essays (1875) ; Mineral physiology and pbysiogrepby, 1886 ; Systematic mineralogy, 1891.Hunt a fait autorité en son temps.Voir dans \u2019 Annuaire de Laval le jugement que porte sur lui Mer J.-C.-K.Laflamme, année 1892-93 ou n° 36.20.Journal Séminaire, vol.iv, p.141, 23 février 1892.Deux ans plus tôt, soit le 22 mai 1890, il avait demandé à Mer Hamel s\u2019il pouvait « léguer à l\u2019Université Laval une portion de sa petite fortune, soit $3,000.00 ou $4,000.00.» Cf.Testament de Hunt (ASQ 154).21.Université, 84, n° 76, 18 mars 1875. 1124 Lavar.MÉDicaL Octobre 1952 Ce sont les cours de Hunt que les premiers médecins formés par la Faculté de médecine de Laval ont suivis.C\u2019est lui qui les a initiés à la chimie.Son successeur a été Hubert Larue.Celui-ci avait étudié à Louvain « la jurisprudence médicale et la chimie aux frais du Séminaire, à condition qu\u2019il rembourserait ces frais plus tard sur ses gages comme professeur » 22, L\u2019aménagement du pavillon de médecine a eu lieu au temps de Sterry Hunt et de Larue.Dès les débuts, des tapis recouvrent les parquets des chambres des professeurs de médecine et de droit, un paratonnerre protège le pavillon que surveille un gardien 23.En 1860, l\u2019École de médecine est pourvue d\u2019une glacière 24.Trois ans plus tard, on installe une pompe qui dessert à la fois le pavillon de médecine et le pensionnat 25.Enfin, en 1864, la Faculté acquiert un mannequin orthopédique d\u2019une valeur de six cents francs 26.Quant au pensionnat, il est meublé de tables, de sofas et de chaises 27.Le salon est décoré de rideaux que l\u2019on achète « à la condition qu\u2019ils ne demeureront pas toujours pendus » 28.Il y a un billard « pour les élèves du pensionnat », billard «installé temporairement dans la salle supplémentaire pour les cours à l\u2019École de médecine à la condition expresse que les directeurs y seront autant que possible lorsque la salle sera ouverte et que les élèves n'y fumeront pas » 29.Le pavillon de la Faculté accueille, a cette époque, les différentes associations qui se cherchent une salle.I! donne l\u2019hospitalité à la Société littéraire 3%.En 1861, le Père Cornillau y préche une retraire 31.Il est vrai que le docteur Hubert Larue est l\u2019animateur de tous les mouvements intellectuels : il participe à toutes les organisations universitaires.En décembre 1860, il « demande aux professeurs de la Faculté des arts de se 22.S.M.4 juin 1855.23.S.M.29 janvier 1856.24, S.M.2 décembre 1860.25.S.M.E.30 décembre 1863.26.S.M.E.2 septembre 1864.27.S.M.13 juillet 1855.28.S.M.2 décembre 1860.29.S.M.E.4 octobre 1863.« Le diner du Pensionnat aura Lieu à l\u2019avenir à midi ; {e souper à 6 hrs.» 30.S.M.13 novembre 1859.31.Journal, Séminaire, vol.1, 27 mars 1861. Octobre 1952 LavaL\u2026 MEDICAL 1125 joindre aux professeurs de la Faculté de médecine, afin d\u2019aller présenter leurs souhaits du nouvel an à \u2019abbé Elzéar-Alexandre Taschereau, recteur de l\u2019université Laval » 32.Quelques années plus tard, on l\u2019autorise à « mettre sa chambre à la disposition des membres de la Société des médecins, comme chambre de Jecture, une fois par semaine de midi à sept heures » 33.Le recteur, à qui Larue conduit ses confrères de l\u2019université à la fin de 1860, est un éducateur émérite, un véritable chef.Rien de ce qui touche aux Facultés, à l\u2019enseignement universitaire durant son rectorat, ne laisse Elzéar-Alexandre Taschereau indifférent.Longtemps secrétaire de Laval, il en connait parfaitement l\u2019administration et veille avec beaucoup de soin au développement de chacune des écoles.Avec Frémont, il a joué un rôle important dans le remaniement du programme.Le 7 mars 1861, il écrit à la Faculté ce qui suit : « La fin du second terme approchant, je crois devoir appeler l\u2019attention de la Faculté sur les graves inconvénients qui résultent d\u2019un examen commencé trop tôt.Le nombre des leçons s\u2019y trouve diminué et les élèves, libres avant le temps, perdent de précieux instants et sont exposés à tous les dangers de l\u2019oisiveté.« Il semble qu\u2019avec huit professeurs 1l devrait être possible de former deux jurys complets qui, siégeant en même temps, pourraient facilement terminer l\u2019examen dans les trois jours assignés sur I\u2019annuaire, les 25, 26 et 27 mars.Il est aussi grandement à désirer que la liste des élèves soit faite d\u2019avance et coordonnée de manière que les élèves soient libres le plus tard possible.La Faculté ne pourrait-elle pas fixer d\u2019avance les heures des séances afin qu\u2019elles puissent être affichées, amsi que la liste des élèves dans l\u2019ordre où ils devront se présenter devant chaque jury ?» Probablement afin de réfuter d\u2019avance les objections possibles, Taschereau ajoute : La Faculté de droit a résolu de siéger les trois jours de 8 à 9 du matin et de 7 à 9% le soir, lundi et mardi, et 4 2 heures p.m.mercredi » 34.Méthodique et réfléchi, Taschereau insiste ensuite sur la nécessité de « coordonner les différents cours de manière qu\u2019il n\u2019y ait pas de répé- 32.Université, 77, n° 97, 31 décembre 1860.33.S.M.E.11 juin 1865.34.ASQ 101-CG. 1126 Lavar.MÉDicaL Octobre 1952 tition et de double emploi.Il y a bien, ajoute le recteur, certaines matières liées étroitement à plusieurs cours : maintenant que chaque professeur a fait son cours une ou plusieurs fois, 1l est facile à chacun d\u2019en présenter à la Faculté un sommaire afin que les parties communes à plusieurs cours soient attribuées à un seul avec les instructions nécessaires pour que celui-là les développe suffisamment pour les autres cours ».Si le recteur fait ces observations, c\u2019est que, déjà, certains élèves ont reproché à leurs professeurs de se répéter.Ils ont constaté « que les mêmes matières leur étaient enseignées dans plusieurs cours, tandis que certaines autres matières ne trouvaient pas de place ) dans le programme régulier 35, ll est vrai que les cours de la Faculté de médecine augmentent alors d\u2019année en année.Dans un mémoire qu\u2019il rédige avant son départ pour l\u2019Europe, en 1862, Taschereau rappelle que « le nombre des cours fut fixé à ce que la loi exige rigoureusement, et que bientôt on l\u2019augmenta considérablement » 36.Dès cette époque, l\u2019hygiène attire l\u2019attention de Laval qui institue un cours de 72 leçons portant sur la médecine préventive.Le nouveau cours d\u2019anatomie microscopique ou histologie comprend autant de leçons, de sorte que les étudiants en médecine reçoivent, à compter de cette époque, deux mille quarante-huit leçons, soit plus du « double de ce qu\u2019exige la loi » 36.En ce temps-là, « les cours de clinique se font Phiver à l\u2019Hôtel-Dieu et l\u2019été à l\u2019Hôpital de la Marine .les étudiants sont aussi exercés aux manipulations pharmaceutiques, soit par un professeur, soit par un pharmacien habile ».Apparemment, la médecine est alors la seule profession pour laquelle «la loi exige Impérieusement que les médecins aient suivi certains cours déterminés, sans lesquels 1l leur est impossible d\u2019obtenir la permission de pratiquer comme médecin dans cette province.ll fallait donc absolument que les étudiants non inscrits allassent dans une autre institution suivre les cours qui n\u2019avaient pu leur être donnés durant les deux années qu\u2019ils avaient passées Ici.On crut qu\u2019il valait encore mieux paraître favoriser ces jeunes gens qui n\u2019avaient point fait d\u2019études classiques, 35.7 mars 1861.36.ASQ 102-B.Il s\u2019agit d\u2019un Mémoire sur l\u2019université Laval commencé en mars et avril 1862 par Taschereau avant son départ pour Rome et non terminé.Il a été remplacé par le mémoire imprimé rédigé principalement par MM.Hamel et Légar. Octobre 1952 Lavar MÉDicaAL 1127 que de les exposer aux dangers que leur foi et leurs mœurs courrent quand ils ne sont soumis à aucune surveillance » 37.En d\u2019autres termes, un étudiant en médecine qui n\u2019a pas « fait un cours complet et régulier d\u2019études classiques » ne saurait s\u2019inscrire à la Faculté.Il peut, toutefois, obtenir l\u2019autorisation de poursuivre ses études médicales, mais il ne peut « prétendre à aucun diplôme universitaire.En cela, on ne leur fait aucune injustice puisqu\u2019en subissant les examens devant le bureau provincial, ils peuvent parvenir également à pratiquer la médecine ».Que fallait-il entendre alors par un cours classique?La loi était muette à cet égard : « Supposez un Collège incorporé où les langues anciennes dites classiques tiennent un rang bien humble ; cependant, aux yeux de la loi, les élèves de cette institution auront absolument le même privilège que ceux d\u2019une autre institution où l\u2019on suit un plan d\u2019études beaucoup plus étendu et plus conforme à l\u2019idée que l\u2019on attache à ce mot de classique.» 38 On retrouve des lacunes de ce genre dans la loi de l\u2019admission à l\u2019exercice de la médecine qui prescrit « quatre années d\u2019études et la fréquentation de certains cours déterminés quant à leur objet et quant au nombre de leçons.Or, comme la loi ne dit rien de plus, ajoute le recteur, il peut se faire que l\u2019on suive tous ces cours en deux sessions de six mois chacune, y compris une petite vacance et quelques semaines consacrées aux examens.On suit jusqu\u2019à six cours par jour, tout en fréquentant les hôpitaux et donnant journellement deux ou trois heures à la dissection.A part ces deux sessions, les élèves passent le reste des quatre années légales au sein de leur famille sous la direction souvent nominale d\u2019un médecin patron avec lequel ils sont censés étudier.De cette manière, l\u2019étude de la médecine ne coûte pas beaucoup d\u2019étude, ni d\u2019argent.Reste à savoir si elle vaut même ce qu\u2019elle coûte ! » 38.37.« Un peu plus tard, 1l fut question de prolonger cette permission de suivre les cours au delà de deux ans et de suivre le cours entier de Droit ou de Médecine.La demande fut refusée par rapport aux étudiants en droit, de peur que le certificat de cours complet et régulier de Droit suivi dans la faculté ne leur procurät un avantage que l\u2019on voulait réserver à ceux-là seuls qui auraient fait un cours complet d\u2019études classiques et pris une inscription régulière.Cette détermination ne renfermait aucune injustice envers ces jeunes gens qui, en suivant l\u2019ordre voulu par la loi, peuvent toujours parvenir à la profession d\u2019avocat ou de notaire sans même suivre le cours.D'autre part, on trouvait juste et convenable et tout à fait conforme au but de l\u2019Uté, de réserver tous les privilèges à ces jeunes gens qui auraient cultivé plus longtemps leur intelligence dans un collège et se seraient conformés à toutes les règles pour se faire inscrire.» (ASQ 102-B.) 38.ASQ 102-B. 1128 Lava\u2026 MÉDICAL Octobre 1952 La Faculté de médecine, par ailleurs, donne alors un cours de quatre ans (dix mois chacun), ce qui équivaut à trente-sept mois.On a vu plus haut que « le nombre des leçons y est plus que double de celui que la loi exige ».Il va de soi qu\u2019un tel « régime ne convient qu\u2019aux Jeunes gens studieux ou dont les parents ont assez d\u2019empire et de bonne volonté pour y obliger leurs enfants ».Et le recteur de conclure par ces mots : « n\u2019est-il pas déplorable que la loi confie la vie des citoyens à des jeunes gens dont les études n\u2019ont été que superficielles ?».A cette époque, le nombre des médecins augmente assez rapidement.Alors que le Bas-Canada compte en 1851 quatre cent dix médecins et chirurgiens ; en 1871, ce chiffre a presque doublé, car 1l est de 780.La cité de Québec en compte 33 seulement au recensement de 1851 et plus du double lors de celui de 1871.1851 1861 1871 Bas-Canada.410 603 780 Cité de Montréal.49 92 134 Cité de Québec.33 49 72 Le compte-rendu de ces dénombrements ne donne la répartition territoriale des médecins et chirurgiens que par district de recensement ou district électoral.« Pour fins du recensement, les villes de Montréal et Québec s\u2019étendaient à tout le territoire compris dans les limites de la municipalité et ne comprenaient pas, par conséquent, les agglomérations environnantes.» * Devant l\u2019augmentation rapide des membres de la profession médicale, l\u2019Université se trouve justifiée d\u2019exiger des connaissances de plus en plus vastes de la part des étudiants.Elle favorise les élèves qui ont fait leur cours classique en leur permettant « de faire coïncider la première année du cours avec la dernière année de philosophie, privilège qui est accordé par la loi, mais qui offre bien peu d\u2019avantages et beaucoup * Communiqué à l\u2019auteur par M.Omer Lemieux, directeur du recensement, à Ottawa.On trouvera ci-après un tableau de la répartition des médecins et chirurgiens au cours des trois décennies 1851, 1861, 1871. Octobre 1952 Lavar MÉDpicaL 1129 d\u2019inconvénients » 39.L\u2019Université entend que ses degrés soient « la récompense d\u2019un travail quotidien, soutenu et fait avec un succes suffisant pour que, aux examens partiels de chacun des trois termes de l\u2019année académique, l\u2019élève ait mérité la note bien ou très bien.Nommer un bachelier en droit ou en médecine, c\u2019est donc nommer un élève qui s\u2019est constamment bien appliqué à l\u2019étude successive de chacun de ses traités, pendant la plus grande partie du temps consacré à l\u2019étude de chaque spécialité » 40.Quant à la licence, elle constitue le couronnement de l\u2019enseignement universitaire : « Pour y parvenir, il ne suffit pas d\u2019avoir possédé successivement chacune des parties de l\u2019enseignement de la Faculté : il faut aussi prouver que l\u2019on a des idées claires et précises sur tout l\u2019ensemble aussi bien que sur tous les détails de cet enseignement.» 4! Différant de la licence, le doctorat n\u2019exige ni la fréquentation des cours ni « un examen sur l\u2019ensemble des connaissances d\u2019une faculté ; c\u2019est la récompense d\u2019un travail spécial, élaboré dans le silence du cabinet, laissé au choix du candidat et dont la matière peut être fort restreinte .ce travail doit être fort sérieux, fertile en enseignements théoriques et pratiques .».Lorsque l\u2019université décerne le doctorat, elle « annonce solennellement et avec confiance à tout le pays, qu\u2019il peut compter, non plus sur un élève qui connait ce que les autres ont produit, mais sur un homme qui a conduit à maturité ses propres travaux » 42, 39.Mémoires sur l\u2019Université Laval avec pièces justificatives, pp.xj et xji, Québec, Typographie d\u2019Augustin Côté et Cie, 1862.40.Ibid., p.XV., 41.Ibid.« Le licencié n\u2019a plus de leçons à recevoir de l\u2019Université.Il est venu [ui demander une direction et une méthode capables de le diriger dans ses travaux subséquents : il peut donc s\u2019y livrer à loisir et se mettre bientôt au niveau de la science actuelle dans la spécialité à laquelle il s\u2019estlivré.Bien plus, le Licencié, en conquérant son grade avec honneur, a fait preuve de talents suffisants pour que la patrie puisse attendre de lui des travaux originaux.» (Mémoire ., p.xvj.) _ 42.« En 1855, après plus de deux années d\u2019attente, l\u2019Université Laval vit bien qu\u2019il s\u2019écoulerait probablement encore un temps assez long, avant d\u2019arriver à une entente avec la majorité des collèges ; mais, pour ne pas priver leurs élèves de l\u2019avantage de suivre les cours, elle accorda provisoirement l\u2019inscription, sans examen, à tous ceux qui présenteraient un certificat d\u2019études complètes, faites avec succès, dans un collège classique.Mais quels sont les collèges classiques?L\u2019Université n\u2019a pas voulu elle- même faire cette démarcation ; elle prit, sans en approfondir le mérite, la liste adoptée par M.le surintendant de l\u2019Instruction publique, en y ajoutant le Collège de Montréal.Ainsi les élèves des collèges de Montréal, de Nicolet, de Saint-Hyacinthe, de Sainte- Thérèse, de Sainte-Anne, de Sainte-Marie de Montréal, et de l\u2019Assomption, peuvent obtenir l\u2019Inscription sur un simple certificat de leurs supérieurs respectifs.» (Mémoire.p.xxxvj.) Vide supra n.37. Rccensements de 1871, 1861 et 1851, Québec.1871 1861 1851 District Médecins Médecins Médecins et et et chirurgiens chirurgiens chirurgiens 1.Argenteuil.112200 7 5 \u2014 2.Arthabaska.1.111224, 7 2 \u2014 3.Bagot.11 9 \u2014 4.Beauce, E.7 \\ 7 | _ 5.Beauce, W.-O.2 f / 6.Beauharnois.7 7 19 7.Bellechasse, N.6 | _ 1 7 8.Bellechasse,S.\u2014 J 9.Berthter.15 11 21 10.Bonaventure.4 \u2014 \u2014 11.Brome.7 8 \u2014 12.Chambly.15 16 12 13.Champlain, N.2 J 21 \\ 6 14.Champlain S.9 - j 15.Charlevoix.8 6 \u2014 16.Châteauguay.12 13 \u2014 17.Chicoutimi.4 2 \u2014 18.Compton.11 6 \u2014 19.Deux-Montagnes.12 13 2 20.Dorchester, E.2 | _ \\ 15 21.Dorchester, W.-O.2 22.Drummond.7 6 6 23.Gaspé, Centre.1 \\ ) 24.Gaspé, S.1 \u2014 b 2 25.Gaspé, W.\u2014-O.\u2014 J J 26.Hochelaga.17 9 \u2014 27.Huntingdon, E.4 \\ 6 14 28.Huntingdon, W.-O.3 f 29.Iberville.| 7 9 \u2014 30.Iles de la Madeleine.1 \u2014 \u2014 31.Jacques-Cartier.11 11 \u2014 32.Joliette.15 9 \u2014 33.Kamouraska.6 10 16 34.Labrador.\u2014 \u2014 \u2014 35.Laprairie.9 6 \u2014 36.L\u2019Assomption.14 13 \u2014 37.Laval.7 3 \u2014 *38.Lévis.112121 1100000 7 ' 9 \\ _ 39.Lévis.5 / f 40, L\u2019Islet.6 3 7 41.Lotbiniére.8 5 4 42.Maskinongé.\u2014 \u2014 \u2014 * Leinster 1951, 14. Recensements de 1871, 1861 et 1851, Québec.1871 1861 1851 Districts Médecins Médecins Médecins et et et chirurgiens chirurgiens chirurgiens 43.Mégantic.11 5 5 44.Missisquol.22 25 14 45.Montcalm.5 4 \u2014 46.Montmagny.8 4 \u2014 47.Montmorency .6 4 **48.Montréal, Centre.14 | | 49.Montréal, E.52 92 fi 49 50.Montréal, W.-O.68 J / 51.Naperville.5 8 \u2014 52.Nicolet.18 11 4 53.Ottawa, Centre.3 ! ,Ç 54.Ottawa, E.\u2014 : 9 L 7 55.Ottawa, W.-O.10 J ! 56.Pontiac, N.\u2014 5 | __ 57.Pontiac, S.6 - ! 58.Portneuf.10 7 5 59.Comté de Québec.4 7 4 60.Québec, Centre.46 ) 61.Québec, E.17 19 33 62.Québec, W.-0O.9 63.Richelieu.13 11 22 64.Richmond.9 7 \u2014 65.Rimouski, E.2 ) __ 7 66.Rimouski, W.-O.4 ( 67.Rouville.11 11 12 68.Saguenay.\u2014 \u2014 14 69.Shefford.14 12 5 70.Sherbrooke.10 3 17 71.Soulanges.6 7 \u2014 72.Stanstead.22 14 21 73.Saint-Hyacinthe.17 14 13 74.Saint-Jean.9 10 \u2014 75.Saint-Maurice, N.\u2026.\u2014 4 ) 5 76.Saint-Maurice, S.8 f | 77.Témiscouata.8 7 \u2014 78.Terrebonne.14 11 14 79.Frois-Rivières.5 7 \u2014 80.Vaudreuil.7 7 10 81.Verchéres.17 14 8 82.Wolfe.2 1 \u2014 83.Yamaska.11 11 9 Toran.780 603 412 ** Montréal 1951, 5. 1132 Lava\u2026 MÉDicaL Octobre 1952 Ainsi, dès ses débuts, Laval prend toutes les précautions requises pour assurer, non seulement le respect de ses titres, mais le prestige de son enseignement.Dans certains quartiers, on trouve l\u2019Université sévère.Cependant, elle ouvre ses portes à tous les jeunes gens qui, voulant étudier la médecine ou le droit, lui présentent un certificat d\u2019études classiques portant la signature du supérieur de leur collège.Le nombre des élèves s\u2019accroit lentement.«.Quelques élèves de Sainte- Anne, de Saint-Hyacinthe, de Sainte-Marie de Montréal et de Sainte- Thérèse, se présentèrent aux examens, la plupart avec un succès qui aurait dû en encourager d\u2019autres ; mais le nombre en diminua, au lieu d\u2019augmenter.» 43 Évidemment, le coût des études universitaires paraît prohibitif à certains « parents, qui, après avoir sacrifié une partie de leurs revenus à donner l\u2019éducation classique à leurs enfants, trouvent bien pénible de payer encore une pension assez élevée, durant trois ou quatre longues années » #4.Serviteur bénévole et généreux de la collectivité, le Séminaire de Québec fonde un certain nombre de demi-bourses qu\u2019il offre aux bacheliers ès arts, aux élèves inscrits après examen ou en vertu d\u2019un certificat du supérieur de l\u2019institution dans laquelle ils ont complété leurs études classiques.De plus, les bacheliers és arts, « qui conservent les quatre- cinquièmes de la somme totale de leurs points, .peuvent : 1° concourir pour le prix du Prince de Galles (au moins £12 donnés en argent) ; 2° suivre gratuitement les cours d\u2019une des Facultés, tant qu\u2019ils obtiennent la note très-bien aux examens qui se font à la fin de chaque terme.Les candidats, de quelque collège ou de quelque partie du pays qu\u2019ils viennent, peuvent aspirer a ces lucratifs honneurs » 49.D'ailleurs, le Séminaire avait accordé, outre les vingt demi-bourses dont 1l est question plus haut, « trente-trois autres à des élèves peu fortunés » 46.Il avait dépensé, de 1852 à 1860, la jolie somme de $292,361.57, ce qui, pour l'époque, représente un montant très considérable.Les édifices avaient 43.Mémoires ., p.xxxv).44.Ibid, p.xxxviij.45.Mémoire ., p.xxxviIJ.46.Tous les chiffres reproduits ici proviennent du Mémoire de 1862. Octobre 1952 LavaL MEbpicaL 1133 coûté $208,421.90, le seul musée de médecine $8,120.Au cours de l\u2019année académique 1860-61, les professeurs de la Faculté de médecine reçurent $5,233,33.En regard du total des dépenses encourues durant cette seule année ($14,626.81), les recettes de Laval n\u2019atteignent que $3,083.33.Devant des chiffres aussi éloquents, l\u2019érudit peut oublier la frigidité de la méthode historique et proclamer que le Séminaire de Québec avait bien mérité de la Nation canadienne.C\u2019était là l\u2019œuvre d\u2019une institution qui comprend ses devoirs et ne lésine pas.Vv LARUE, PREMIER DOCTEUR DE LAVAL Le 15 juin 1859, François-Hubert-Alexandre Larue obtient le titre de docteur en médecine ; un mois plus tard, à l\u2019occasion d\u2019une imposante cérémonie destinée à commémorer le bi-centenaire de l\u2019arrivée à Québec de Mgr François de Montmorency Laval, l'Université lui confère solennellement le degré qu\u2019il vient de mériter.« Le Jour choisi pour la cérémonie actuelle, déclare le docteur James Sewell qui remplace le doyen Frémont, est un Jour admirablement adapté ; étant le deux centième anniversaire de l\u2019arrivée dans ce pays du Prélat dont cette université porte le nom, du prélat qui fut le fondateur du Séminaire de Québec, la plus ancienne institution collégiale de ce continent, du prélat aux successeurs duquel, dans la personne des Messieurs du Séminaire, la ville de Québec, la province et ne peut-on pas dire le monde, sont redevables de établissement et du maintien de cette Université, dont nos descendants pourront être fiers.» ! Né le 25 mars 1833 a Saint-Jean, ile d\u2019Orléans, Hubert Larue fait ses études au Séminaire de Québec, sa médecine à Laval, sa chimie à 1.Journal de l\u2019Instruction publique, Montréal, Bas-Canada, juillet 1859.« Ceux qui, le 15 juin 1859, ont vu recevoir le premier docteur de l\u2019Université Laval, M.H.Larue, ont conçu une haute idée de la capacité et de la science exigées puur arriver à l\u2019honneur suprême conféré par cette institution.» (Mémoire ., p.xviij. 1134 Lavar.MEbpicaL Octobre 1952 Louvain et à Paris\u201c.Il devait également étudier la médecine légale en Belgique.Dès sa première lettre, 1l se montre mécontent et l\u2019écrit tout de go à l\u2019abbé Thomas-Étienne Hamel : « II me semble qu\u2019on aurait bien dû prendre de meilleures informations à Québec avant de m\u2019envoyer étudier la Médecine légale dans une université où on ne traite cette branche que comme une branche secondaire.Je croyais en arrivant Ici qu\u2019on allait me mettre immédiatement dans un laboratoire pour tripoter et manipuler ; mais pas du tout.Bien qu\u2019il y ait un cours de manipulations chimiques indiqué sur leur programme néanmoins il n\u2019est pas donné.Quant à la Médecine légale, on en donne un cours de trois mois, quant à la toxicologie qui est la partie la plus importante de la Médecine légale, elle est donnée aussi durant ces trois mois d\u2019une manière toute superficielle 2.» Aimant son pays de toute son âme, convaincu que l\u2019univers devait le connaître, Larue, constatant que le recteur et les professeurs de Lou- vain, devaient « chercher dans leurs souvenirs pour se rappeler ce qu\u2019est Québec et l\u2019Université Laval », en conçut un tel dépit qu\u2019il vit tout en noir : les élèves, bien qu\u2019ils communient tous les matins, sont canailles 4, ivrognes, habitués des estaminets ; « un élève ne se gêne pas de rentrer à la Pédagogie ivre et de gambader devant le Président » >.Quant aux mœurs, Il en fait un tel tableau qu\u2019on peut se demander s\u2019il ne veut pas tout simplement obtenir l\u2019autorisation d\u2019aller étudier à Paris.A le lire, on jurerait que le recteur de Louvain lui-même lui conseille de se rendre en France 6 : « Monsieur, je vous dirai franchement que vous ne trouve- 3 2.LARUE, François-Alexandre-Hubert (1833-1881).Médecin, écrivain, l\u2019un des fondateurs des Soirées canadiennes (1861-65), auteur de divers ouvrages dont il faut mentionner : Les chansons historiques du Canada (1863), Mélanges historiques, littéraires et d\u2019économie politique (2 vols, Québec, 1870-71) ; Histoire populaire du Canada, 1875 ; De la manière d\u2019élever les jeunes enfants du Canada, 1876 ; Petit manuel d\u2019agriculture, d\u2019borticulture et d\u2019arboriculture, Québec, 1878 ; Voyage sentimental sur la rue Saint-Jean, Québec, 1879.Cf.WaLrLacg, Can.Biog., Jean du Sor, Le Docteur Hubert Larue, Québec, 1912 ; Nouvelles Soirées canadiennes, janvier 1882 ; Dom.Ann.Reg., 1880-81.Bull.Rech.bist., 1906.3.Université 80, n° 88, Larue à Hamel, 4 décembre 1855.4.Larue à Hamel, 4 décembre 1855, Université 80, n° 88.5.Le même au même, U.80, n° 91.6.Même au même, U.80, n° 88.« J\u2019ai été envoyé en Europe pour un but ; or je ne puis le remplir à Louvain, or, je puis le remplir à Paris; donc il faut que j\u2019y retourne.N\u2019allez pas vous imaginer que je fais de la blague, et que je veux retourner à Paris, parce que je m\u2019ennuie à Louvain, au contraire, je me plais bien ici ; je compte déjà quatre ou cing amis et les cours, surtout ceux de Clinique, sont au-dessus de tout éloge.Mais encore une fois, je n\u2019ai pas été envoyé ici pour étudier la Chimie.» (Larue à Hamel, 4 déc.1855, U.80, n° 88.) 4 Y à \\ d HUBERT LARUE, premier docteur de l\u2019université Laval, élève des universités de Louvain et de Paris, humaniste, chimiste et écrivain.(12) 1136 Lavar MéÉpicaL Octobre 1952 rez pas à Louvain, ni en Belgique, ce que vous cherchez ; c\u2019est à Paris qu\u2019il faudra aller pour se préparer à n\u2019importe quelle espèce de Professorat et, icl même, on envoie les gens à Paris, pour s\u2019y préparer.» Quelques jours plus tard, Larue est réconcilié avec la Belgique : il a reçu de l\u2019argent et oublié qu\u2019il avait fallu, en arrivant, « acheter poêle, bois, bassin, lit, etc.» 7.En désespoir de cause, Larue annonce au recteur de Louvain qu\u2019il doit quitter cette université 8.En conséquence, on s\u2019occupe de lui.Le 7 décembre 1855, il peut écrire : « En vertu de mon coup d\u2019état de l\u2019autre jour, j\u2019ai passé deux heures au laboratoire cet après-midi, et une heure ce matin, de sorte qu\u2019à présent, en comptant lPheure et demie que dure le cours, je passerai trois à quatre heures par jour au laboratoire, ce qui, joint à quatre ou cinq heures consacrées à l\u2019étude de la chimie spécialement tous les jours, porte à huit ou neuf heures le temps que je pourrai y consacrer.» 9 Non seulement Larue est satisfait de la nouvelle tournure des évé- nements, mais Il éprouve maintenant une certaine admiration à l\u2019égard de ceux qu\u2019il dénonçait à son arrivée à Louvain : « Les Professeurs sont des savants, dans la force du terme ; et les élèves feraient baisser le nez à tout ce qu\u2019il y a de Professeurs et d\u2019élèves à Québec », écrit-il 10.« Aussi, malgré la bonne opinion que jJ\u2019eusse de moi, en venant ici, je leur suis grandement inférieur, mais avec du travail, ça viendra.Ils consacrent à l\u2019étude onze heures par jour bien comptées, quelquefois douze.C\u2019est la longueur d\u2019études ordinaire des élèves qui passent pour ne pas perdre leur temps ici.J\u2019en connais quatre ou cing qui se lèvent à quatre heures du matin.Il est bon de vous dire que je n\u2019ai pas encore poussé l\u2019exagératon si loin.» 7.Ind.8.U.80, n° 89.9.U.80, n° 90.« Cet après-midi, j'ai préparé plusieurs préparations avec le Préparateur, entre autres de l\u2019oxygène et du Protoxy de l\u2019Azote.J'espère de plus qu\u2019avec le temps, je les importunerai assez, qu\u2019ils me laisseront pénétrer au laboratoire, quand je voudrai, ce que je n\u2019ai pu encore obtenir.» Les soulignés sont de Larue.10.U.80,n° 90.Dès janvier 1856, la colère le reprend : « Je voudrais bien voir une fois les élèves du Pensionnat de Québec transportés à ma place.Je voudrais les voir manger dans des assiettes de plomb, avoir des domestiques pour les servir à table qui ont un doigt de crasse sur les doigts.Je voudrais les voir manger toujours les mêmes mets pendant neuf mois de l\u2019année ; voir leurs chambres balayées une fois par semaine, l\u2019école une fois par année ; je voudrais les voir s\u2019éclairer à l\u2019huile, manger du pain noir.» (U.80, n° 91.) Octobre 1952 Lava\u2026.MÉDICAL 1137 \u2019étude requiert tout son temps.Il doit même renoncer aux cours pratiques, « l\u2019enseignement théorique de la chimie étant, affirme-t-il 1, tellement bon, tellement complet, que je n\u2019emploie pas moms de cinq ou six heures tous les jours, rien que pour copier mes notes prises au cours ; et comme il me faut ensuite étudier mes cliniques, il ne me resterait'pas assez de temps ».Quoiqu\u2019il en soit, vers la fin d\u2019avril, Larue s\u2019installe à Paris, à l\u2019École de médecine et ne tarit pas d\u2019éloges au sujet du laboratoire.Il v travaille de dix heures du matin à cinq heures du soir en compagnie de trois ou quatre élèves, « tous américains » 12.Bien accueilli par le professeur de manipulations qui lui a garanti un cours de médecine légale suffisant pour lui permettre d\u2019aller enseigner la Chimie partout, Larue est plein d\u2019espérance d\u2019autant plus qu\u2019il pourra bientôt suivre, pendant six semaines, des leçons « d\u2019anatomie microscopique ».Le séjour de Larue dans les universités de Louvain et de Paris est un bienfait pour la médecine canadienne puisqu\u2019il apporte à Québec les notions scientifiques les plus récentes ; c\u2019est aussi un acheminement puisque, dès son retour, il assume une place prépondérante dans les conseils de la Faculté Le 15 juin 1859, il soutient avec éclat sa thèse de doctorat en médecine devant les sommités médicales de l\u2019époque !3.« L\u2019examen des différentes espèces de suicides », ses causes, les divers « moyens proposés par les écrivains les plus respectables pour établir le diagnostic du suicide », un relevé « statistique de tous les cas de suicide, commis 11.U.80, n° 91.«Ce cours de manipulations est surtout en rapport avec la médecine légale ; et sur la représentation que je lui (au professeur) ai faite que je me destinais non seulement a professer la médecine légale, mais aussi la Chimie, il m\u2019a répondu que quand j'aurai fait toutes les manipulations nécessaires pour la Médecine légale que je pourrais quitter l\u2019Europe, et aller enseigner la Chimie partout.» (3 avril 1856 U.80, n° 92.) 12.Ibid.13.« Aujourd\u2019hui, le quinzième jour du mois de juin de l\u2019annce 1859, en présence de MM.les docteurs et professeurs de la Faculté de médecine, Charles Frémont, doyen, James Arthur Sewell, Jean-Étienne Landry, Alfred Jackson, Charles-Eusèbe Lemieux, Monsieur François-Alexandre-Hubert LaRue, licencié en médecine, après avoir subi un examen en deux séances, d\u2019une heure et demie chacune, sur une Thèse présentée par lui, ainsi que sur des questions ayant trait aux différentes tranches de la Médecine, et après s\u2019être conformé, en tous points aux Règlements de l\u2019Université, a été jugé à l\u2019unanimité digne d\u2019être promu aux honneurs du Doctorat.» (ASQ 101-BK.) 1138 Lavar MÉDICAL Octobre 1952 dans le Bas-Canada » de 1847 à 1857, telles sont les trois parties de la thèse développée par Hubert Larue devant les professeurs de la Faculté de médecine 14.L'auteur définit d\u2019abord son sujet : « Le suicide (se occidere), écrit-il, est l\u2019acte par lequel un individu met fin à sa propre existence ; quelque soit l\u2019état d\u2019esprit ou il se trouve au moment de cet acte, quels que soient les moyens auxquels il a recours pour l\u2019accomplir.» Larue reconnait trois sortes de suicides : le premier, volontaire et criminel, dit-il, est celui que le suicidé commet en pleine connaissance ; le deuxième relève de l\u2019aliénation mentale ; Larue considère comme suicide volontaire excusable celui de « ces veuves de l\u2019Orient qui se font consumer toutes vivantes sur le bûcher de leur mar: ».Enfin, 1l recon- nait que le suicide peut être involontaire et accidentel.Cela arrive « quand la volonté n\u2019a nullement présidé à la mort, comme chez certains aliénés, et que cette dernière est plutôt le résultat d\u2019une impulsion purement mécanique.C\u2019est cette dernière espèce qui n\u2019existe pas pour le philosophe, mais exclusivement pour le médecin » 15.Larue trouve dans le fait que l\u2019Église range le suicide « dans la catégorie des crimes » la preuve qu\u2019il peut être volontaire, partant criminel et sans folie.Selon lui, ©les souffrances physiques, les revers de fortune, les humiliations de l\u2019amour-propre, les chagrins domestiques » n'en sont que le mobile occasionnel.L'absence de véritables principes religieux et philosophiques en est la cause véritable, écrit-il.Néanmoins, Larue est « loin de croire, .que la volonté, libre et indépendante préside le plus ordinairement à cette funeste détermination ».L\u2019aliénation mentale lui paraît la cause la plus fréquente des suicides.L\u2019influence des saisons et des climats, le rôle de l\u2019âge : puberté et maturité, les progrès de la civilisation, la contagion mentale permettent ensuite à Larue d\u2019examiner, dans autant de chapitres, les différentes impulsions psychologiques qui peuvent aboutir au suicide.Il conclut .» A fr par ces paroles : « La religion seule a le pouvoir d\u2019enchaîner la volonté, ; 14.Université Laval, Thèse pour le doctorat en médecine, présentée et soutenue le 15 juin 1859, par F.-A.-H.LaRue, licenci¢ en médecine, Du suicide.Québec, de l\u2019'Imprimerie de Saint-Michel et Darveau, 11, rue Lamontagne, basse-ville, 1859.Epigraphe : « Le sentiment religieux, en général, est le préservatif Ie plus efficace du suicide.» (E.LisLE.) 15.LARUE, Du Suicide, p.15. Octobre 1952 Lavar MÉDICAL 1139 parce qu\u2019elle commande aux passions ; sa voix parle assez haut, même au milieu des tempêtes de l\u2019Âme, pour en apaiser les soulèvements.» 16 Dans le second chapitre de sa thèse, Larue décrit les différents moyens utilisés par les malheureux qui se suicident : suspension, submersion, blessures, asphyxie, empoisonnements, ete.Dans le troisième chapitre, 1l examine les statistiques du Bas-Canada touchant les suicides.En 1850, dit-il la population totale était de 890,261 âmes, dont 669,528 d\u2019origine française et 220,733 d\u2019origine britannique.Il y avait 746,866 catholiques et 143,395 protestants de diverses dénominations.De 1846 à 1858, 1l y a eu dans le Bas-Canada 153 suicides dont 90 à Montréal, 49 à Québec, 11 à Trois-Rivières et 3 à Samt-François, soit 78 catholiques et 35 protestants ou 81 britanniques et 72 canadiens.Comparant ces chiffres avec ceux de certaines villes étrangères, Larue arrive à la conclusion suivante : à Québec, il y a un suicidé pour 28,392 personnes ; à Montréal, un par 19,788 ; à Boston, un par 12,500, à Londres, un par 5,000 ; à Paris, un par 2,178.Seuls les chiffres de Québec et Montréal représentent l\u2019année 1857, les autres varient entre 1827 pour Boston et 1838 pour Londres et Paris.Quelle est la part des circonstances locales?Larue ne le dit pas.En somme, la thèse du docteur Larue présente toutes les caractéristiques d\u2019un travail véritablement scientifique fondé sur des documents authentiques et véridiques.Aussi, reçut-il des compliments de toutes parts.Bien plus l\u2019Université décida de l\u2019associer à la célébration du bicentenaire du Séminaire de Québec.«Ce fut presque un événement, par la nouveauté du fait, par la force, par le brillant de la soutenance.Et Québec apprit avec joie qu\u2019un de ses fils lui arrivait outillé supérieurement pour lui faire grand honneur ; du coup aux yeux d\u2019un bon nombre, il fut un homme quasi célébre : le Dr Larue.» 17 Adressant la parole au nom de la Faculté de médecine, le docteur James-Arthur Sewell rend d\u2019abord hommage au Séminaire de Québec et à son fondateur.Grâce à ce prélat et à son œuvre, dit-il, « notre jeunesse 16.Paroles de Chauveau et Hélie citées par Larue.17.Jean du Sor, Le docteur Hubert Larue, p.5. 1140 Lavar MépicaL Octobre 1952 n\u2019est plus dans la nécessité de laisser le toit paternel, pour aller, à grands frais, chercher hors de son pays la haute instruction .nos enfants trouvent aujourd\u2019hui à la porte de la maison de leur père les avantages que, naguère, ils étaient obligés d\u2019aller demander à l\u2019étranger ».L\u2019Université Laval complète le Séminaire : « J\u2019ai déjà eu, dans une autre circonstance et parlant à la Faculté de médecine, l\u2019occasion d\u2019insister sur l\u2019importance qu\u2019il y a d\u2019exiger une éducation classique complète de ceux qui se destinent à l\u2019étude des sciences médicales 18.«Les noms honorés des Bœrrhave, des Heller, des Harvey, des Sauvage, des Cullen, des Broussais, des Hunter, des Corvisart, des Munro, des Richardson, des Graves, des Cruvilhier, des Cooper, des Dupuytren, des Alison, des Laënnec, des Stockes, des Abercrombie et d\u2019une foule d\u2019autres, furent alors mis devant les yeux des élèves, pour leur faire voir que ces grands hommes se sont distingués par leur science et par la culture des lettres, et j\u2019en ai conclu que le succès éminent dans l'étude et la pratique de la profession est nécessairement lié, dans une grande mesure, avec une éducation classique du premier ordre.» La qualité prime la quantité.C\u2019est pourquoi l\u2019Université Laval exige de ses élèves un bagage considérable de connaissances : « Il n\u2019y a pas sur ce continent, proclame le docteur Sewell en cette année 1859, un seul collège, ni une seule université qui ait pour l\u2019admission, soit à l\u2019étude, soit à la licence, soit au doctorat, des exigences aussi sévères que celles de notre université.Ce serait même une question de savoir si les anciennes universités de la Grande-Bretagne (si on en excepte l\u2019université de Londres) demandent autant que nous à leurs élèves .« L\u2019examen qui précède l\u2019Inscription, qui correspond à l\u2019Immatriculation des collèges anglais : \u2014 Cette épreuve se fait au moyen de deux examens distincts, l\u2019un portant sur les études littéraires, l\u2019autre sur les études scientifiques.\u2014 Le premier comprend le latin, le grec, l\u2019histoire et la géographie, la littérature proprement dite, la rhétorique, le français et l\u2019anglais : \u2014\u2014 Le second comprend les mathématiques, l\u2019histoire naturelle, la philosophie, l\u2019astronomie et la chimie.» À cette époque, le titre de bachelier ès arts n\u2019est pas indispensable.On peut acquérir le titre de docteur sans posséder celui de bachelier, 18.Journal de l\u2019Instruction publique, juillet 1859. Octobre 1952 Lava\u2026 MÉDICAL 1141 « mais cet état de chose doit finir à une période déterminée par les statuts de l\u2019Université, après quoi 1l sera de rigueur de passer successivement tous les degrés intermédiaires pour arriver au plus élevé.En cela l\u2019Université a devancé toutes les institutions de ce continent et elle peut, à bon droit, se sentir fière de cette initiative ».Dans certains milieux, on blämait alors Laval de cette sévérité.A ce sujet, le docteur Sewell nous apprend que le conseil universitaire estime qu\u2019il vaut mieux « n\u2019admettre qu\u2019un seul gradué par année, lequel puisse dans le monde faire honneur à Laval, que d\u2019en recevoir cinquante, pour courir le risque d\u2019avoir à rougir de plusieurs » et Sewell de citer les paroles du recteur : « Laval, dans ses gradués, ne regarde pas à la quantité, mais à la qualité.» A Laval, en 1859, l\u2019année universitaire « comprend une période de dix mois de labeurs, tandis que dans les autres institutions de ce genre sur ce continent, elle ne dépasse pas six mois et que, pour plusieurs universités des États-Unis, cette année n\u2019a qu\u2019une durée de quatre mois.Il est facile de comprendre et d\u2019apprécier la différence dans l\u2019intérêt des études et de l\u2019élève » 19.Le titre de docteur que l\u2019on confère à François-Hubert-Alexandre Larue en cette fête ne s\u2019obtient que deux ans après l\u2019octroi de la licence.Tout candidat au doctorat « doit soutenir publiquement une thèse dont le sujet reste à son choix, puis il est soumis à un examen général sur les diverses branches de la science.Bien que cet examen soit très sévère, il n\u2019est cependant pas aussi minutieux que celui qui précède l\u2019octroi de la licence ; l\u2019objet étant plus particulièrement de s\u2019assurer que le candidat depuis sa sortie de l\u2019Université n\u2019a pas discontinué l\u2019étude de sa profession ».Ces conditions, Larue les a remplies et voici qu\u2019il vient en remercier son alma mater : 19.Discours de Sewell.« On compte dans cette université (Laval) trois degrés en médecine, savoir le Baccalauréat, la Licence et Ie Doctorat.Le premier de ces degrés s\u2019obtient à la suite de deux années d\u2019études et l\u2019épreuve réussie de six examens ; mais il est question d'exiger dorénavent trois années d\u2019études et neuf examens, un à la suite de chaque terme universitaire.Pour obtenir ce degré, il faut avoir conquis à chaque examen et sur chaque branche des connaissances médicales, les notes très bien ou bien.On voit par là que celui qui obtient ce degré ne le possède qu\u2019après l\u2019avoir noblement gagné.Qu\u2019on me permette de faire remarquer combien est sûr ce moyen de surveiller les progrès de l\u2019élève et quel sujet d\u2019émulation les étudiants trouvent dans la pratique de ces examens de chaque terme.Le degré de licencié en médecine s\u2019obtient à la suite de quatre années d\u2019études universitaires.» 1142 LavarL MÉpicaL Octobre 1952 « Premier élève gradué de l\u2019Université Laval, Je me sens aujour- d\u2019hui doublement heureux : d\u2019abord par la manière si flatteuse dont vous venez couronner mes humbles efforts, et en second lieu, par l\u2019heureuse coïncidence de mon admission au doctorat en médecine, avec une époque si remarquable, à tous égards, puisque nous célébrons le 200\u20ac anniversaire de l\u2019arrivée en Canada de l\u2019un des plus grands bienfaiteurs de ce pays, M8\" de Montmorency Laval.« Et, en effet, cette Université, qu\u2019est-elle?.N\u2019est-elle pas la continuation de cette même œuvre, commencée Il y a deux siècles, par les travaux et par le dévouement de cet homme, tant illustre déjà par sa noble origine, mais devenu cent fois plus illustre encore, non moins par le vif éclat de ses qualités personnelles que par les titres si nombreux qu \u2019il s\u2019est acquis à la reconnaissance éternelle de tous ceux qui s\u2019intéressent réellement au bien-être de ce pays, à quel qu\u2019origine qu\u2019ils appartiennent.« Ces édifices si grandioses, que nous envierait plus d\u2019une ville européenne, et où Je vois réunis aujourd\u2019hui, et l\u2019élite de notre société canadienne, et tans d\u2019hommes si recommandables pour Pétendue de leurs connaissances, et par les services signalés qu\u2019ils rendent encore tous les jours à leur pays ; cette salle splendide, où je constate avec bonheur la présence d\u2019un digne prélat, que l\u2019Université réclame avec orgueil, comme l\u2019un de ses premiers et 1llustres fondateurs ; ces musées dont la richesse et la variété ne le cèdent à ceux d\u2019aucune autre institution sur ce continent américain ; ces bibliothèques si précieuses et si considérables tout cela, dis-j -je, n\u2019est-ce pas encore, n \u2019est-ce pas toujours la continuation de l\u2019œuvre commencée, il y a deux siècles par M8\" de Laval ; quand, faisant abattre le premier de ces arbres qui couronnaient alors l\u2019endroit où nous sommes à l\u2019instant même, 1l se dit : « Là Je bâtirai un collège, là jJ\u2019élèverai un monument destiné à l\u2019éducation de la Jeunesse de ma patrie adoptive ; là, renouvelant cet adieu éternel que j'ai déjà fait à tous ces honneurs auxquels me donnent droit les titres de ma naissance, là je veux vivre et mourir.» Le nouveau docteur rend hommage à la Faculté de médecine de Laval et à ses professeurs « qui, il y a quinze ans, ont fondé la première École de médecine de Québec, .qui, pendant dix années consécutives, l\u2019ont si courageusement soutenue et supportée, et cela sans autre remuné- ration que la conscience d\u2019avoir servi leur pays et d\u2019avoir contribué à rehausser l\u2019éclat de cette noble carrière médicale qu\u2019ils poursuivent encore avec tant d\u2019honneur ».Et le jeune docteur termine par un appel à ses jeunes compatriotes, appel dans lequel 1! brosse un tableau précis de l\u2019enseignement supérieur à cette époque dans les villes de Québec et de Montréal : « Jeunes du Canada, voilà ce qu\u2019on a fait pour nous.Combien ne devons-nous pas nous sentir glorieux, en songeant qu\u2019il n\u2019est pas Octobre 1952 Lavar MÉDicaL 1143 besoin maintenant d\u2019aller mendier à l\u2019étranger le pain de l\u2019intelligence, mais que notre Jeune patrie, qui ne compte encore pourtant que quelques milliers d\u2019habrtants, nous offre elle-même, tous les moyens possibles et désirables de nous instrurre ! Voyons plutôt : Montréal a ses collèges, son école normale, ses sociétés littéraires, son École de médecine canadienne, son université McGill ; Québec a aussi son collège, son école normale, ses instituts, son université.Un champ vaste et fertile est donc ouvert devant nous ; la mine précieuse est là, qui n\u2019attend plus que le travail du travailleur ; ne négligeons donc pas de si précieux avantages.Mais aussi rappe- lons-nous toujours que la science et le savoir sont des armes également bienfaisantes et dangereuses : bienfaisantes quand elles sont dirigées par une éducation religieuse, morale et véritablement philosophique ; dangereuses, au contraire, quand cette éducation ne nous a pas enseigné la manière de nous en servir pour le bien.« A l\u2019œuvre donc ; n\u2019épargnons ni temps, ni peines, ni sueurs, ni fatigues, et que notre devise soit toujours : Religion, Honneur et Patrie.» VI LA QUERELLE DE L\u2019HoPITAL DE LA MARINE Le cinq mai 1857, par une décision du conseil de la Faculté de médecine, l\u2019Hôptal de la marine devient un centre d\u2019enseignement clinique, interne et externe.Deux professeurs de Laval ont mission de donner ces cours au rythme de trois leçons chacun par semaine « en alternant l\u2019un avec l\u2019autre pour chaque leçon, de manière que les élèves en aient une tous les jours, dimanches et fêtes exceptés » !.Ces cours se donnent « depuis le mois de Mai inclusivement jusqu\u2019au mois d\u2019Octobre aussi inclusivement, les vacances non comprises ».Déjà, l\u2019influence de l\u2019université de Louvain se fait sentir et le nouveau règlement spécifie ceci : « Les Professeurs se conformeront entièrement dans leurs leçons à la méthode en usage pour les cliniques de l\u2019université de Louvain, et les leçons ne dureront pas moins d\u2019une heure et demie ou plus.» La Faculté fixe en outre le salaire des professeurs à « cent louis pour les deux, toute la durée des cliniques, pourvu qu\u2019il ne soit pas donné moins de quatre-vingt-cinq leçons chaque été.Ce salaire sera considéré comme fixe et ne devra pas être augmenté après l\u2019année académique 1.ASQ 101-AN. 1144 Lavar MÉDICAL Octobre 195?1857-58 » 2.Les élèves de Laval, moyennant trois dollars par an, reçoivent l\u2019autorisation d\u2019assister à la visite des malades par les chirur- glens et médecins de l\u2019Hôpital de la Marine, d\u2019écouter leurs commentaires sur chaque cas et de procéder à l\u2019examen du patient 3.Institution destinée aux soins des malades et des blessés 4, l\u2019Hôpital de la marine offre une si grande variété de cas de toutes sortes que les étudiants en médecine de Montréal veulent en profiter et, chaque été, viennent y suivre des cours cliniques.En 1862, trois professeurs de Laval, Landry, Sewell et Jackson, enseignent l\u2019art de guérir les malades et les blessés au lit même des patients.Depuis quelque temps, les Jeunes gens de McGill suivent les cliniques de l'Hôpital de la marine en même temps que les élèves de Laval.Rien dans les règlements de l\u2019Hôpital de la marine ne prescrit aux médecins cliniques > de donner des leçons.La carte d\u2019admission donne à l\u2019étudiant le privilège d\u2019accompagner ces médecins, d\u2019assister à tous les examens, à toutes les opérations et aux autopsies.Les règlements de l\u2019institution stipulent que l\u2019étudiant ne peut rester dans les salles que le temps de la visite ; en l\u2019absence du médecin clinique, il leur faut une autorisation expresse du chirurgien de la maison.Dûment autorisée par les administrateurs de l\u2019institution, l\u2019université Laval confie l\u2019enseignement clinique à deux de ses médecins déjà 2.Ibid.3.ASQ 102-AN.Toute la querelle s\u2019est déroulée dans les journaux du temps.Les différentes lettres adressées par deux étudiants de McGill au Morning Chronicle et les réponses du secrétaire de Hôpital, de l\u2019étudiant C.-A.Delage et du docteur Etienne Landry se trouvent dans le carton 102 aux archives du Séminaire collées sur de grands feuillets.« It happens that several of the Government salaries officials of that Hospital (Marine), are unfortunately also salaried Professors of Laval, viz : Drs.Landry, Sewell and Jackson », écrivent les étudiants de McGill.La carte d\u2019admission se lisait comme suit : « Mr.has entered as a pupil to attend the medical and surgical practice of this hospital for the period of .months.» 4.L'hôpital, selon Littré, est un Établissement où l\u2019on reçoit gratuitement des pauvres, des infirmes, des enfants, des malades.En terme de marine, c\u2019est une infirmerie.Particulièrement, dans le langage administratif, dit en outre Littré, maison de charité établie pour donner des soins gratuits aux malades indigents, par opposition à bospice où on ne reçoit pas les malades.Dans le Concise Oxford Dictionary of Current English, 3rd Edition, au mot Hospital on lit ceci : Institution for care of the sick and wounded.C\u2019est l\u2019acceptation actuelle dans la province de Québec.5.« Médecin clinique, celui qui visite les malades par opposition à celui qui donne des consultations.» (L1TTRE.) ae.sé VF #4 A EF Gok PX bois 2 \"+ Le A Ë \u2018> rely SORE ny bh he i) Nebo ok ok % + Ÿ £ =i t ; a .Ne J- '* 4 Pis © ; à 8% > | y 5 .IVErnois.S 0 L i ~ PE We .it wl, À \u20acr mé 2 Vy So I ; =] RY +, hi.No : Pd Ne Le \u20ac; \u201cek ® ; çE + ES i = \u201c ae \u201cA NH 2 LR La Fa V2 & ge = ° + liché de Jules Benoit d Te a RY PS PR >.a SE be Le) x + Dit 1 a * ly apres un c¢ as as - i AS) CE \u201c8 \u201c1 > Là + \u2018 H $ A Re A RN a 5 3 EN Fo | \" £a 3 5 v3 3 TE Li 4 J & 3 A SS Ia aR = fF , vers l\u2019année 1858, d\u2019 oe a & - .= JE i: x4 À.7 EVIS eu i * J Pa 5 .~ ia¥h a D AR ds -! .\u2026 7 3 % > * Ls 7 x qe i .iq | Las + ¥ ed NYS Québec vu de L 3 * 2 vey > if 1146 LavaLr MEbpicaL Octobre 1952 attachés à l\u2019Hôpital de la marine et tolère que les étudiants en médecine qui le désirent profitent des leçons ainsi données.Les cliniques se tiennent auprès des lits : le professeur désigne un étudiant qu\u2019il charge de examen du patient sous sa propre direction, veillant à ce que l\u2019élève procède d\u2019une façon méthodique.L\u2019éléve indique le traitement & suivre et doit exposer les motifs de son diagnostic et de ses prescriptions.Le malade devient alors son patient et, chaque jour, cet étudiant doit noter l\u2019évolution de la maladie et prescrire les modifications de traitement requises.Il doit rédiger l\u2019histoire de la maladie, soumettre ses observations au professeur qui les vérifie, rectifie, s\u2019il y a lieu, et discute avec l\u2019élève.La mise au point étant faite, on inscrit la dernière version dans le registre destiné à cette fin.Deux étudiants de McGill, durant l\u2019été de 1862, convaincus que les médecins de l\u2019Hôpital de la marine dépendent du gouvernement, par conséquent des contribuables, protestent contre ce système et refusent de se pourvoir d\u2019une carte d\u2019admission aux cliniques 6.A cela, les pro- {fesseurs répondent qu\u2019ils font la visite des salles à titre de médecins de l\u2019institution, mais qu\u2019ils commentent les différents cas en qualité de professeurs de la Faculté.Voulant défendre les deux étudiants de McGill, le docteur Marsden fit observer que Douglas avait donné pendant trente ans des leçons cliniques sans exiger un sou.C.-A.Delage, étudiant en médecine, lui répliqua immédiatement qu\u2019il se fourvoyait.Pendant trente ans, Douglas agit comme médecin clinique de l\u2019Hôpital de la marine, mais ne donna jamais de cours réguliers au chevet des malades.À certains intervalles, Douglas enseigna la médecine dans l\u2019amphithéâtre de l\u2019imstitution donnant des conférences sur la pratique chirurgicale et même sur la théorie ; 1l exigeait dix dollars par an et nul étudiant ne pouvait suivre les cours sans avoir, au préalable, acquitté son dû.7 Il y a une grande différence entre la visite des patients et des cours cliniques.Le programme imposé à ses professeurs cliniques par Laval comporte une leçon quotidienne sur la théorie et la pratique de la mêde- 6.Morning Chronicle, 13 juin 1863, 16 juin 1862.7.« If Dr.Marsden be any way timid in receiving these assertions, | shall furnish him with the names of several who fulfilled the conditions aforesaid.Dr.Marsden cannot surely but be aware that there is a wide difference between a visit to the patients and a course of clinical lectures.» (DELaGE, ibid.) aa HH
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.