Laval médical, 1 octobre 1954, Octobre
[" LAVAL MÉDICAL VOL.19 N° 8 OCTOBRE 1954 COMMUNICATIONS LA SYPHILIS A QUÉBEC EN 1952 Évolution depuis dix ans * par Émile GAUMOND Professeur de clinique dermatologique et Mildred CHARLTON t assistante médico-sociale, division des maladies vénériennes, l\u2019Hôtel-Dieu de Québec.« La lutte à la syphilis n\u2019aura de fin que lorsque le dernier syphilitique aura été traité et guéri.» Il yadix ans, l\u2019un de nous! donnait un aperçu de la situation qui prévalait à ce moment dans la ville de Québec au point de vue des maladies vénériennes.Après ces dix ans de lutte, il nous a paru intéressant de faire [e point.* Présenté à la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, le 22 janvier 1954.t Infirmière licenciée, diplômée en hygiène publique.1.Émile Gaumonp, « La syphilis à Québec en 1942 », Laval méd., 8 : 461-480, 1943.(5) 1022 Lavar.MÉDicaL Octobre 1954 Disons tout de suite que si les cas récents de syphilis (primaire et secondaire) ont dimmué, la syphilis n\u2019est pas encore disparue.Il y a moins de syphilitiques contagieux, mais le nombre des syphilitiques anciens est encore assez Important.La syphilis constitue toujours une maladie sociale contre laquelle on ne possède pas de moyens d\u2019immunisation ou de vaccination.Même ceux qui, après l\u2019avoir contractée, en ont été guéris ne sont pas immunisés et peuvent se réinfecter.De plus, les conséquences lointaines d\u2019une syphilis non traitée restent toujours graves et sérieuses.Enfin l\u2019aspect économique et social de cette maladie est et demeure très vaste tant au point de vue individuel qu\u2019au pommt de vue de la société.Dans ce travail, une étude comparative entre 1942 et 1952 sera faite.Nous essaierons, en plus, de faire voir l\u2019évolution qui s\u2019est produite et les divers aspects sous lesquels se présentent actuellement les maladies yg .ee vénériennes, plus spécialement la syphilis.EVOLUTION DE LA LUTTE ANTIVÉNÉRIENNE Dans ses grandes lignes, la lutte antivénérienne dans la ville de Québec s\u2019est continuée depuis dix ans sans changements très importants.Nous répétons que dans la lutte antivénérienne à Québec, la cité bénéficie de tout un Service spécialisé au point de vue hygiène publique sans débourser un sou.En effet, aujourd\u2019hui comme il y a dix ans, toutes les sommes dépensées à cette fin proviennent des ministères de la Santé, de la province et du gouvernement fédéral.Nous ne ferons que mentionner les diverses étapes de la lutte anti- vénérienne.1783-85.\u2014 À ce moment, c\u2019est le mal de la Baie et la première tentative d\u2019organisation sanitaire dans le pays.1920.\u2014 On vient de vivre la première grande guerre.Les cas de syphilis sont trés nombreux.Des dispensaires sont ouverts à Montréal et à Québec.Le traitement y est gratuit.Les médecins attachés à ces dispensaires sont rétribués pendant quelques années, mais, rapidement, toute rémunération cesse, le médecin fournissant ses soms gratuitement.On ne voit pas de Service médico-social à Québec en aucun hôpital ni en aucun autre endroit. Octobre 1954 LavaL.MÉDicaL 1023 En 1940.\u2014 Réorganisation complète de la lutte antivénérienne dans la province.Des centres antivénériens sont établis à Québec et à Montréal et sont placés sous la direction des professeurs respectifs de dermatologie et syphiligraphie aux universités Laval, Montréal et McGill.Les soins y sont toujours gratuits mais, cette fois, les médecius sont rémunérés.Sur les Instances de l\u2019un de nous, le Service médico- social est rénové ou institué là où 1l n\u2019existait pas.Les activités des centres comprennent presque tous les hôpitaux et s\u2019étendent aux Maisons de détention.Ce Service médico-social, il nous tarde de le dire et nous le répéterons, a été la cheville ouvrière qui a permis de mener à bien, croyons-nous, la lutte antivénérienne.De 1940 à 1946.\u2014 La propagande et l\u2019éducation antivénériennes furent actives.De nombreuses conférences et entretiens furent donnés alors que le personnel du centre était peu nombreux.L\u2019un de nous a encore souvenir de ces entretiens familrers, mais combien fructueux, qu\u2019il eut avcc des groupes de soldats et d\u2019officiers de l\u2019armée du Canada de même qu\u2019avec les membres des organismes auxiliaires de l\u2019armée.Il arriva même une fois, lors d\u2019un grand ralliement à cette fm, qu\u2019il eut à entretenir un auditoire d\u2019au moms 3,500 militaires.Cette campagne intensive a porté des fruits car, aujourd\u2019hui, 1! y a changement, sans aucun doute, dans l\u2019éducation sexuelle des jeunes.S\u2019ils ne sont pas plus prudents ni meilleurs que leurs aînés, ils sont du moins mieux renseignés et plus conscients des dangers qui les guettent.A une réunion de parents de louveteaux, 11 y a quelques années, réunion convoquée par l\u2019aumônier de la Meute, celui-ci, en expliquant le but de la convocation, dit aux parents que le seul but du rassemblement était de les inciter à instruire leurs enfants des questions sexuelles.Il reste, disait l\u2019aumônier, que les renseignements à donner ne doivent l\u2019être qu\u2019à bon escient et en fonction des facultés de compréhension de l\u2019enfant.Cette réunion, à laquelle l\u2019un de nous assistait, étant le père de deux des louveteaux, produisit une profonde impression car ceux qui sont au courant du scoutisme savent que les louveteaux dépassent rarement douze ans d\u2019âge.L'éducation antivénérienne étant aujourd\u2019hui mieux faite, il semble moins nécessaire qu\u2019autrefois de se lancer dans la grande propagande. 1024 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 Il faudra peut-être changer d\u2019idée mais 1l est vraisemblable de croire que l\u2019éducation donnée aux parents doive se transmettre à leurs enfants, du moms dans une certaine mesure ! La sérologie : Les examens sérologiques pour la syphilis se font toujours aux laboratoires du ministère de la Santé, à Montréal.Le docteur Jules Ar- chambault en a la direction et M.Benoît Rousseau en est le sérologiste en charge.Nous désirons signaler de nouveau que nous faisons toujours confiance aux résultats qui nous parviennent du laboratoire de sérologie de Montréal.Nous aimerions mieux, et les sérologistes le savent bien, que pour chaque examen sérologique pratiqué on fasse toujours le Bordet-Wasser- mann et le Kahn.Nous comprenons toutefois que si le syphiligraphe a un Idéal, le sérologiste doit pouvoir répondre à toutes les demandes d\u2019examen en utilisant une technique qui soit en rapport avec les fonds, le temps et le personnel dont il dispose.Tous les médecins de Québec et d\u2019ailleurs doivent envoyer les échantillons de sang à Montréal.Ceci cause, de temps à autre, de petits ennuis : le sang est hémolysé, Ie tube est brisé, le résultat retarde, etc.Ces ennuis sont toutefois compensés par la valeur que l\u2019on se doit d\u2019accorder aux résultats de l\u2019examen demandé.Peut-être, un jour, sera-t-il toutefois nécessaire de décentraliser mais on devrait s\u2019assurer les services d\u2019une équipe bien entraînée, ce qui, nous le savons, ne se fabrique pas en un jour.L\u2019évolution du côté sérologique a consisté depuis quelques années à fournir aux médecins un résultat qui se lit en chiffres plutôt qu\u2019en signes.Autrefois on disait : la sérologie est positive pour la syphilis à ++++, +++ ou ++.Aujourd\u2019hui, le médecin reçoit un résultat qui se lit positif à '/4, Ve» 16» 752: ete.Depuis quelque temps, en plus, le laboratoire interprète pour le médecin le résultat de l\u2019hémolyse ou de Ia non- hémolyse.Il répond : négatif, positif ou douteux selon les cas.La méthode syphilimétrique n\u2019est pas nouvelle.Elle était déjà en faveur Il y a près de vingt-cinq ans au moment où l\u2019un de nous (G) poursuivait des études spécialisées en France.Quoiqu\u2019il en soit, la syphili- Octobre 1954 LavaL MEDICAL 1025 mêtrie fournit, comme autrefois, un intérêt nouveau à l\u2019étude sérologique de la syphilis.L\u2019épreuve d\u2019immobilisation du tréponème ou Nelson test, utile dans les cas où la sérologie est douteuse est venue s\u2019ajouter depuis quelque temps à l\u2019arsenal sérologique ; jusqu\u2019à ce jour, cet examen n\u2019est fait qu\u2019à Toronto.Le traitement : Le traitement de la syphilis a radicalement changé depuis les dernières années.La pénicillme a remplacé les arsenicaux et, pour certains syphiligraphes, elle constitue le seul et unique traitement de la syphilis.Nous sommes toutefois restés plus éclectiques.Nous ne donnons plus que rarement d\u2019arsenic (914 et Mapharsen, Stovarsol) depuis quelques années.Nous avons cru que la pénicilline, si elle avait des propriétés tréponémieides, et nous le croyons encore, devait remplacer les arsenicaux.Non pas que ces derniers ne donnaient pas de résultat, bien au contraire.Nous sommes encore convaincus que les arsenicaux trivalents sont aussi actifs dans le traitement de la syphilis récente que la pénicilline mais, devant les ennuis et les dangers qu\u2019ils présentent quelquefois, à action équivalente on doit plutôt employer la pénicilline.Nous présentons, en appendice (appendice I), un schéma de la conduite du traitement actuel de la syphilis.Nous tenons à faire remarquer que nous utilisons encore régulièrement le bismuth dans presque tous les cas, sauf dans la syphilis primaire séro-négative.Les résultats d\u2019une telle thérapeutique sont très encourageants.Soulignons toutefois que, dans le traitement de la syphilis cardio-vasculaire, malgré ce que certains thérapeutes des États-Unis prétendent, il faut se montrer très prudent.Il vaut toujours mieux commencer le traitement soit par le mercure, soit par le bismuth afin d\u2019éviter des réactions désagréables et même mortelles.Les hôpitaux : Il est tout naturel aujourd\u2019hui, pour un malade hospitalisé, d\u2019avoir un examen sérologique.Le patient serait étonné, quand il est informé 1026 LavaL.MÉDICAL Octobre 1954 que cet examen est absolument gratuit et facile, qu\u2019il ne soit pas fait.Dans certains milieux hospitaliers, nous savons que cet examen du Bordet- Wassermann systématique a suscité des objections.Des médecins, peu nombreux il est vrai, s\u2019y sont opposés et quelques-uns ne l\u2019ont accepté qu\u2019à contre-cœur et parce que la majorité, heureusement, n\u2019y voyait que des avantages.Les « objecteurs de conscience » se font de plus en plus rares.Nous ne croyons pas que ce soit attenter à la liberté du malade que de l\u2019examiner puisqu\u2019il se présente à l\u2019hôpital dans cette intention.Nous savons, par ailleurs, qu\u2019un examen systématique de cet ordre n\u2019est pas facile à réaliser.Quand Il n\u2019est pas pratiqué, la raison la plus fréquente de cette abstention est l\u2019oubli ; c\u2019est ce que l\u2019on peut constater à la lecture des figures 1 et 2.Tous les hôpitaux de la ville auxquels nous avons demandé des renseignements, se sont empressés de nous les fournir et nous désirons les en remercier.On constatera à la lecture du tableau I que le nombre de syphilitiques a suivi le méme déclin général mais on constatera aussi qu\u2019aucun hôpital ne signale n\u2019avoir trouvé aucun cas de syphilis.C\u2019est donc que l\u2019examen sérologique n\u2019est pas fait mutilement.Nous désirons féliciter les hôpitaux qui font cet examen sérologique à tous leurs patients et nous les incitons à continuer.Les cliniques : Constatons ici que même dans la nomenclature des endroits où se font les traitements il y eut changement à l\u2019Hôtel-Dieu de Québec, du moins.Depuis quelque temps, en effet on ne dit plus dispensaire mais clinique antivénérienne.Il nous à paru que le mot dispensaire prenait de plus en plus un sens péjoratif ; à l\u2019exception du nom, rien d\u2019autre n\u2019a changé.Les tableaux II et III font voir les activités des cliniques antivé- nériennes de deux hôpitaux : l\u2019Hôtel-Dieu de Québec et l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement.On constate que, depuis dix ans, le nombre de malades a dimmué, mais qu\u2019il est lom d\u2019être négligeable.Les figures 3 et 4 sont des plus démonstratives.En effet [es résultats bons ou mauvais mais immédiats de la lutte antisyphilitique se constatent par la diminution du nombre de cas de syphilis primaire et secondaire.A ce point de vue ce tableau est trés mstructif.© Nombre de patients hospitalisés 1944 (7,606) - 195 : 7,401 Houbre de B.Ÿ.pratiqués (3,768) 6,142 Sembee BY.positife (118) B.¥e de contrêle Patients privés Syphilis connue Syphilis inconnue (28) 28 (9) 3» (26) 14 (55) 35 Figure 1.\u2014 Le Bordet-Wassermann de routine à l\u2019Hôtel-Dieu de Québec.a) Les valeurs pour l\u2019année 1944 sont entre parenthèses ; b) Les nouveau-nés, les cas d\u2019oto-rhino-laryngologie, de phimosis, de carie dentaire et les rétrécissements de l\u2019æsophage par caustiques sont exclus pour l\u2019année 1952.7961 2190350 \u2014 > < > r Pa \u2014 [Tis O \u2014 © > = 8C01 Nombre de malades hospitalisés 634 Nombre de B.W.pratiqués 41 TVOIAQIN TVAVT] A Cas erclens Fausses réactions 2 = Figure 2.\u2014 Le Bordet-Wassermann de routine à l\u2019Hôpital de la Miséricorde de Québec, en 1952 7461 2190100 \\ \u2014 TasrLeau Î = ot MINISTÈRE DE LA SANTÉ DE LA PROVINCE DE QuésEc \u2014 CENTRE ANTIVENERIEN DE QUEBEC = + Malades traités dans les hôpitaux et les prisons de la ville ® == z 1952 1943 Syphilis Syphilis Syphilis Syphilis récente ancienne Total récente ancienne Total Clinique Roy-Rousseau.0 18 18 6 56 62 Créche Saint-Vincent-de-Paul.0 0 0 0 35 35 Hopital de PEnfant-Jésus.1 11 12 18 38 56 \u2014 Hépital Jeffery Hale.2 14 16 21 24 45 z Hépital Laval.ool.2 2 4 1 6 7 > Hôpital de la Miséricorde.0 2 2 16 0 16 c Hépital du Parc Savard.2 0 2 23 I 24 = Hôpital Saint-François-d\u2019Assise.2 16 18 13 20 33 = Hépital Saint-Michel-Archange.0 14 14 3 29 32 a Hépital du Saint-Sacrement.9 12 21 57 153 210 > L\u2019Hétel-Dieu de Québec.12 4 16 286 201 487 Prison des hommes de Québec.3 9 12 16 2 18 Refuge Notre-Dame-de-la-Mercr.1 0 1 88 24 112 Hépital des Anciens Combattants.2 40 42 L\u2019Assistance maternelle.0 4 4 36 146 182 548 589 1,137 ee Syphilis latente, de plus de quatre ans Syphilis primaire J yphi nte, Syphilis récente | Syphilis secondaire Syphilis ancienne Syphilis tertiaire | Syphilis nerveuse Syphilis latente, de moins de quatre ans | Syphilis congénitale 6C0T 1030 LavaL MEbicaL Octobre 1954 TaBrLeau II MINISTÈRE DE LA SANTÉ DE LA PROVINCE DE QUÉBEC DIVISION DES MALADIES VÉNÉRIENNES L\u2019Hôtel-Dieu de Québec 1943 1952 SYPHILIS : Nombre de consultations.10,350 3,755 Patients diagnostiqués pour la premiére fois.114 17 Réadmissions : patients traités antérieurement.251 229 TRAITEMENTS : Arsenicaux.Co 6,218 15 Bismuth .LL 3,734 1,324 Cyanurede Hg.Co 47 0 Pénicilline procaînique.LL LL 0 1,424 Bordet-Wassermann - Kahn.1112112220 906 835 Tapreau III MINISTÈRE DE LA SANTÉ DE LA PROVINCE DE QUÉBEC DIVISION DES MALADIES VÉNÉRIENNES Hôpital Saint-Sacrement 1943 1952 SYPHILIS : Nombre de consultations.3,983 1,245 Patients diagnostiqués pour la première fois.46 21 Réadmissions : patients traités antérieurement.140 92 TRAITEMENTS : Arsenicaux.LL LL 1,742 0 Bismuth.112211111 0101 LA LA LL 1,858 433 CyanuredeHg.0 0 Pénicilline procainique., .Co 0 433 Bordet-Wassermann - Kahn.LL 358 226 13 10 16 1945 $6561 2190100 61 23 10 14 - 22 27 54 26 13 TVOICAIN TVAYT = 14 61 10 87 35 89 1941 I : Syphilis primaire IT : Syphilis secondaire L 4+ 4 : Latente de plus de 4 ans L-4 : Latente de moins de 4 ans IH : Syphilis tertiaire N : Syphilis nerveuse 1\u20ac01 C : Syphilis congénitale Figure 3.\u2014 Cas de syphilis admis a la Clinique externe antivénérienne de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec, de 1941 à 1946. =] a] C I : Syphilis primaire L + : Latente de plus de 4 ans 11 : Syphilis secondaire IIT : Syphilis tertiaire L-4 : Latente de moins de 4 ans N : Syphilis nerveuse C : Syphilis congénitale Figure 4.- Cas de syphilis admis à la Clinique externe antivénérienne de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec, de 1947 à 1952.mers.- \u2014\u2014m-eme C£OT TIVOIGAN IVAYT] 7461 21G0WO alee CTClimlguse extersieae MAIRIE Can de my philia adie EE bg rave \u201cA.Octobre 1954 Lavar MEbpicaL 1033 Alors qu\u2019en 1941, à la clinique antivénérienne de l\u2019Hôtel-Dieu, 115 cas de syphilis récente (syphilis primaire et syphilis secondaire) furent diagnostiqués, en 1948, le nombre est réduit à 4, en 1949 à 10, en 1950 à 13, en 1951 à 29 et en 1952 de nouveau à 10.Le chiffre de l\u2019année 1951 doit retenir l\u2019attention.En effet, malgré la lutte constante qui se fait, le nombre de syphilitiques primo-secondaires, c\u2019est-à-dire contagieux, voisine celui de 1944.Par contre, en 1946, 1947, 1948, 1949 et 1950 le nombre de syphilitiques contagieux est peu élevé soit : 25, 20, 4, 10 et 13.En 1951, il y eut, si on peut dire, une petite épidémie de syphilis récente : plus du double de l\u2019année précédente.Durant l\u2019année 1945, quelques malades seulement furent traités à la pénicilline et en 1951 1ls le furent tous comme ceux des années intermédiaires.On peut en déduire que la pénicilline n\u2019est pas la cause unique de la diminution de la syphilis.En effet, les années qui précèdent et suivent 1951 (1950 et 1952) ne fournissent qu\u2019un nombre de 13 et 10 syphilitiques récents par rapport à 29 en 1951.Nous signalons dans nos conclusions qu\u2019elles sont, à notre avis, les autres causes de la diminution de la syphilis.Les maisons de détention : Au refuge Notre-Dame-de-la-Merci, ou prison des femmes, un Service médico-social a été mstitué dès 1941.L\u2019une de nous (C) en fut la première assistante médico-sociale.Toutes les détenues sont soumises à un examen sérologique et, selon les cas, ont en plus un prélèvement vagmal pour la recherche du gonocoque.Cette façon de procéder a rendu des services mappréciables.Il n\u2019y a qu\u2019à Jeter un coup d\u2019œil sur le tableau IV pour s\u2019en rendre compte.Il faut bien tenir compte que la « qualité » des détenues n\u2019a pas beaucoup changé depuis dix ans car il s\u2019agit toujours, dans [a majorité des cas, de femmes détenues pour vagabondage ou prostitution.Même là, le nombre des syphilitiques a grandement diminué.Alors qu\u2019en 1943, 51,6 pour cent des détenues étaient atteintes de syphilis dont la mortié de syphilis récente et contagieuse, en 1952, on n\u2019en retrouve plus que 4,24 pour cent et aucune n\u2019est atteinte de syphilis primaire ou secondaire. 1034 Lava.MÉpicar TaApLeau IV Octobre 1954 MINISTÈRE DE LA SANTÉ DE LA PROVINCE DE QUÉBEC Prison de Québec Section féminine 1943 1952 NOMBRE DE DETENUES.217 118 Indemnes de maladies vénériennes.57 (26,27%) 97 (82,2%) Atteintesde syphilis.72 (33,18%) 5 ( 4,24%) Atteintes de gonorrhée.1112200 48 (21,8%) 15 (12,7%) Atteintes de syphilis et de gonorrhée.\u2026.40 (18,43%) 1 ( 0,857) SYPHILIS.«o.oo 112 (51,6%) 5 (4,24%) Primaire.111111111100 4 ( 3,5%) 0 ( 0,0%) Secondaire.29 (25,9%) 0 ( 0,0%) Latente (moins de quatre ans).55 (50,0%) 1 (20,0%) Latente (plus de quatre ans).23 (20,5%) 4 (80,0%) Nerveuse.121010100 001 1 ( 0,9%) 0 ( 0,0%) Ces chiffres sont suffisamment éloquents par eux-mêmes sans qu\u2019il soit nécessaire de faire de longs commentaires.À la prison des hommes, le Service médico-social ne fonctionna effectivement qu\u2019en 1944.Notons dans le tableau V qu\u2019en 1944 pour 1,100 détenus, seulement 135 prises de sang furent faites alors qu\u2019en 1952, sur 1,560 détenus, on en fit 745.Si le nombre de prises de sang n\u2019est pas plus considérable, c\u2019est que cet examen n\u2019est obligatoire, dans ce lieu de détention, que si le détenu est mcarcéré pour offense contre les mœurs.Tous les détenus ne sont pas incarcérés évidemment pour ce délit, de sorte que le nombre des « obligés » est plutôt restreint.Dans la majorité des cas, l\u2019examen sérologique est pratiqué parce que le détenu a été convaincu de son importance.Nous nous devons de remercier, 1ci, les autorités religieuses, d\u2019une part, et laïques, d\u2019autre part, des deux prisons pour leur bon esprit de compréhension et de collaboration en ce qui concerne cette question.Nous ne désespérons pas de pouvoir, un jour, convaincre tous Octobre 1954 Prison de Québec LavaL MeEbicaL TABLEAU V MINISTERE DE LA SANTE DE LA PROVINCE DE QUEBEC Section masculine NOMBRE DE DÉTENUS.CONSULTATIONS Trouvés indemnes.Atteints de syphilis.Atteints de blennorragie SYPHILIS Classés comme suit : BLENNORRAGIE Examinés pour syphilis et blennorragie.Syphilis et blennorragie .Atteints de syphilis et de blennorragie.\u2026 Bordet-Wassermann et Kahn, pour diagnostic Cas de syphilis diagnostiqués Primaire.Secondaire.Latente (moins de quatre ans) Latente (plus de quatre ans) Patients traités pour blennorragie clinique.ORDRE D\u2019ISOLEMENT.Contacts déclarés par les patients « pour contrdle.« négatifs.« positifs.Contacts retracés et amenés au traitement Contacts retracés examinés et trouvés indemnes.Contacts référés à la Division des maladies vénériennes.558 105 20 10 120 15 125 Jd oN = b= NN Ub 1,253 726 21 745 35 726 \u2014_ oN = OD 1036 Lavar MÉDicar Octobre 1954 les détenus de l\u2019importance de la prise de sang.Nous savons très bien, toutefois, que, dans un tel milieu, la conviction par le raisonnement n\u2019est pas chose facile.1500 [= 1400 |= 1300 |- 1200 |- 1100 |- 1000 |- 500 | .ê / 400 + LA FT LEGENDE 300 _ A / \u2014 *\u2014\u2014.-\u2014 B.W.K./ = - Q a KE 2 > > |#8 >% £x A Syphilis I.Syphilis II.Syphilis de moinsde 4 ans.1 1 0,4 2 Syphilis de plusde 4 ans.1 1 3 1,0 1 J 4 1 1 1 1 1 Syphilis nerveuse.1 0,2 1 Syphilis congénitale.1 0,2 3c 1 1 1 Pourcentage .0,8 0,2 0,8 1,8 SEOT TVOICAIN IVAYTI ¥S61 2140100 TasLeau VII PrisoN DE QUEBEC 1950 Nombre de Bordet-Wassermann 839 Négatifs.765 91,29, Nombre de détenus : 1,411 Diagnostic t.10 1,29% Diagnostic (pos).17 20% Controle.47 5,6% vV © § 0 £ £ 9 $ #2 8 8 7 v 2 = 9 g aL 2 1 BV.posi tifs 3 Figure 8.\u2014 Le Bordet-Wassermann de routine au Centre médico-social pour enfants, au cours de l\u2019année 1952.A noter que sur le nombre des Bordet-Wassermann pratiqués, il est arrivé que, dans quelques cas, la prise de sang a été faite à la mère ou au père plutôt qu\u2019à l\u2019enfant, quand l\u2019examen n\u2019a pu être fait chez ce dernier.VvOI IVOICA}N TVAYT v461 2190190 Octobre 1954 LavaL MÉDICAL 1045 dans les deux cas, des femmes, chez les personnes qui se présentent à l\u2019examen pour l\u2019obtention d\u2019un visa du consulat des États-Unis (figure 9).L\u2019une de ces malades était en syphilis récente ! Le Service médico-social : Le Service médico-social, par définition, c\u2019est le travail social accompli auprès d\u2019individus physiquement diminués par la maladie Nombre de B.W.pratiqués 78 Nombre de B.W.positifs 2 Nombre de B.W.douteux 3 Figure 9.\u2014 Bordet-Wassermann pratiqués à l\u2019Hôtel-Dieu de Québec en vue de l\u2019obtention d\u2019un visa pour les États-Unis d\u2019Amérique au cours de l\u2019année 1953 (8 mois).et dont le psychisme et la personnalité se trouvent quelquefois du même coup altérés.La lutte contre les maladies vénériennes dans la province de Québec est pour l\u2019infirmière hygièniste un domaine relativement nouveau, puisque la législation et la réorganisation des cliniques datent de 1940 et que c\u2019est à ce moment-là que les infirmières abordèrent ce genre de travail.Antérieurement à cette date, les malades recevasent bien un traitement adéquat dans les hôpitaux où ils se rendarent pour consulter mais il n\u2019y avait pas de Service médico-social proprement dit chargé de 1046 Lavar MÉDicar Octobre 1954 surveiller la régularité du traitement, de répérer [es contacts, d\u2019interpréter les conseils donnés par le médecm.Dans ce genre de travail plusieurs se sont demandés s\u2019il valait mieux avoir recours soit à des mfirmières, soit à des assistantes sociales uniquement.Beaucoup de cliniques antivénériennes n\u2019emploient que des infirmières, d\u2019autres utilisent les assistances sociales, un certain nombre, cependant, emploient les deux.A Philadelphie t, par exemple, où nous avons étudié (C), ce dernier système est employé et semble donner d\u2019excellents résultats, le travail étant réparti de telle manière que la besogne de chacune possède un côté constructif et mtéressant lequel ne relègue pas 'infirmiére « aux soins proprement dits».Quoiqu\u2019il en soit on peut dire que la lutte antivénérienne telle que conçue et menée dans Ie Québec a donné des résultats satisfaisants.Dix ans de travail soutenu, effectué par des personnes dont la compétence a égalé le dévouement, ont suffi pour modifier la situation et la présenter sous un aspect bien différent de ce qu\u2019elle était alors.Les questions relatives aux maladies vénériennes ne sont plus, fort heureusement, cachées sous un voile de silence et non plus considérées uniquement comme la juste punition du péché ; au contraire, une conception plus exacte et plus saine fait place petit à petit aux préjugés désuets.Tout en abandonnant à ceux que cela regarde le rôle de moralisateur, rien n\u2019empêche ceux et celles qui approchent cette catégorie de malades de s\u2019intéresser tout naturellement à ce qui peut améliorer la vie collective et élever la moralité publique.Les fonctions de l\u2019imfirmière assistante médico-sociale dans une clinique antivénérienne sont multiples et variées.Elles ne sont plus tout à fait ce qu\u2019elles étaient à la période d\u2019organisation ; au cours de l\u2019évolution normale elles se sont, elles aussi, légèrement modifiées : les cas récents contagieux sur lesquels doivent toujours se concentrer tous les efforts de tout le personnel, ayant dimmué considérablement, ces mêmes cas sont l\u2019objet de notre attention soutenue même s\u2019ils appartiennent à la catégorie des malades « sous observation » : tout en s\u2019acheminant vers la guérison ils doivent demeurer sous surveillance médicale et cela pendant très longtemps.t University Hospital, University of Pennsylvania, Phila., U.S.A. Octobre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 1047 A ce nombre, s\u2019ajoutent aussi les cas découverts par hasard, assez tard dans la vie d\u2019un individu, souvent à un moment où rien ne pouvait laisser soupçonner la présence d\u2019une infection latente, infection qui, à la lumière des différents examens, révèle quelquefois une syphilis nerveuse, cardiovasculaire ou congénitale.Ce groupe de patients a besom également d\u2019être entouré avec sollicitude.À ceux-là on ne peut pas assurer la guérison à brève échéance même s\u2019ils se conforment au traitement prescrit par le médecin.Dans certains cas, le plus qu\u2019on peut espérez, c\u2019est de voir la maladie cesser de progresser sous l\u2019effet de la médication.Les malades accordent, en général, une très grande importance à la sérologie.Dans les cas anciens on ne peut pas prévoir que la sérologie se négativera rapidement.II faut donc expliquer le fait au malade et [ui faire accepter l\u2019idée qu\u2019il peut se très bien porter tout en conservant dans son sang quelques « petites croix (++++) ».Le malade atteint de syphilis congénitale est peut-être, de tous nos patients, le plus à plaindre, premièrement, parce qu\u2019il est irresponsable de ce qui lui arrive et qu\u2019il subit tout le poids de l\u2019hérédité ; deuxièmement, parce que de toutes les formes de syphilis, la syphilis congénitale est souvent celle qui résiste davantage aux meilleurs traitements.L\u2019infirmière qui comprend son devoir doit prodiguer à ce groupe beaucoup d\u2019encouragement, de sympathie, et doit par tous les moyens à sa portée, tenter d\u2019atténuer Ie choc émotionnel qui se produit souvent à la suite d\u2019un tel diagnostic.Tant que la syphilis congénitale existera la bataille engagée contre les maladies vénériennes n\u2019est pas gagnée.L\u2019issue de cette bataille est chère à tous ceux qui s\u2019intéressent de loin ou de près au problème vénérien.La solution de ce problème est entre les mains non seulement des spécialistes mais beaucoup plus entre les mains des méde- cms de famille lorsque ceux-ci conseillent l\u2019examen prémarital des futurs conjoints et, plus tard, pratiquent le Bordet-Wassermann de routine chez toute femme encemte au début de la gestation.L\u2019infirmière assistante médico-sociale, si elle veut bien s\u2019acquitter de sa tâche, ne doit pas considérer son travail termmé lorsque tous les contacts familiaux, extrafamiliaux ont été examinés.Bien au contraire, les cas diagnostiqués, il faut les maintenir sous traitement puis sous 1048 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 observation aussi longtemps que la chose cest jugée nécessaire.Ce point de vue très important n\u2019est pas toujours le plus facile à réaliser.Les malades, des humains, une fois les symptômes disparus et souventes fois les symptômes apparents étant absents, ont peine à croire qu\u2019ils sont encore malades et doivent se soumettre à un traitement aussi prolongé.Les méthodes employées généralement sont d\u2019abord les entrevues à la clinique ayant pour but d\u2019éclairer Je patient puis de le convaincre, les avis par lettres, les appels téléphoniques et, en dernier ressort, les visites a domicile.D\u2019une manière générale on peut dire, sans exagérer, que le traitement est suivi régulièrement au début, qu\u2019il y a des périodes de relâchement après un certain temps et que plusieurs patients ramenés à la clinique pour plus ou moins longtemps par nos démarches, retombent dans l\u2019indifférence et sont rappelés à nouveau plusieurs fois, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient reçu un traitement jugé suffisant pour leur état, par le médecin traitant.Si le succès de la lutte antivénérienne réalisé après dix ans est attribuable, pour une part, à l\u2019avènement dela pénicilline, l\u2019épidémiologie est, à juste titre, un des grands facteurs qui en ont influencé la réussite.En effet, pour un cas de syphilis récente combien de contacts, de sources présumées d\u2019infection ont été ravis très tôt aux ravages de la maladie grâce à l\u2019épidémiologie, grâce au Service médico-social ; et nous avons présents à l\u2019esprit maints cas que le patient mitial par sa coopération bien comprise nous a permis de rejoindre très tôt, d\u2019amener à l\u2019examen puis au traitement lorsqu\u2019il y avait lieu.De compliqué qu\u2019il était au début, ce travail, au cours de l\u2019évolution, s\u2019est quelque peu simplifié : le public, mieux renseigné, mieux disposé, apporte maintenant son aide là où autrefois 1l la refusait.Il nous est donc donné d\u2019observer et d\u2019apprécier les effets bienfaisants de l\u2019éducation du public en matière vénéréo- logique.Mais cette éducation doit se poursuivre sans relâche si l\u2019on veut continuer à en constater les heureux résultats, et nous sommes convaincus que la cessation brusque de tout contrôle aurait vite fait d\u2019amener la rétrogradation.À l\u2019apur de cette affirmation, permettez-nous de citer un des grands auteurs américains en matière de syphiligraphie, le docteur Evan W.Thomas! : « Bringing all those with the disease to early treatment 1.Syphilis : its courses and management, Evan W.THomas, M.p., N.Y., p.302. Octobre 1954 Lavar.MÉDICAL 1049 depends on the continued interest and co-operation of the public \u2014 continued determination of the people to fight syphilis relentlessly, unremittingly, until the last case has been found and treated.Success depends on the skill, the courage, the hard work, and the faith of the physician in private practice, and in the health department, of the nurse, the health educator, the contact investigator, and all the others in a disciplined army of men and women who are devoting part or all of their professional careers to the fight against syphilis.» Nous faisons nôtres ces observations d\u2019un grand spécialiste, et c\u2019est dans cet esprit et avec la même détermination qu\u2019Il nous faut continuer la lutte antivénérienne si nous voulons déloger cette maladie où qu\u2019elle se trouve.La prostitution : En décembre 1943, la prostitution, non légalisée mais tolérée, fut abolie à Québec.Les « maisons de passe » établies dans certain quartier furent fermées et à notre connaissance la prostitution telle qu\u2019elle existait avant décembre 1943 n\u2019existe plus.Loin de nous la prétention de croire que la prostitution soit complètement disparue et qu\u2019il n\u2019y ait plus de prostituées.Prostitution et prostituées existent encore mais forcément le tout n\u2019est plus ce qu\u2019il était.On nous croira peut-être difficilement, malgré que ce soit bien la vérité, mais, depuis la fermeture des « maisons » nous avons assisté à la réhabilitation complète de certames femmes qui n\u2019avaïent pour tout domicile que ces « maisons » et pour toute occupation celle de se prostituer.Nous revoyons, par exemple, de temps à autre une femme que nous avons traitée pendant quelques années pour syphilis, et guérie.Elle est mariée depuis plusieurs années maintenant ; le mari ignore tout de sa vie antérieure ; elle a deux enfants en bonne santé, habite une région éloignée et ne passe pas à Québec sans venir nous faire une visite .de reconnaissance, dit-elle ! Une autre qui, pendant vingt ans a « fait la vie » et qui a accouché au moins trois fois, mène depuis 1944, une vie très respectable.Traitée et guérie de la syphilis, elle vient demander à l\u2019un de nous si elle doit avouer sa vie antérieure à un « parti ) sérieux et honnête qui la demande en mariage. 1050 Lavar.MÉDicaL Octobre 1954 Nous en connaissons quelques autres encore pour qui la réhabilitation n\u2019a pas été aussi complète mais qui se conduisent de façon très convenable.Dans un domaine strictement médical et pour les quelques prostituées « régulières » qui persistent, tout a bien évolué aussi.Depuis quelques années, après entente avec le chef de police Lemire, nous examinons à la clinique antivénérienne de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec toutes les femmes qui nous sont amenées par le Service de la moralité.À l\u2019examen, qui consiste toujours en un prélèvement vaginal et au col utérin comme en un examen sérologique en plus de l\u2019examen clinique, à l\u2019examen, quelques-unes sont atteintes de blennorragie, rarement de syphilis et encore plus rarement de syphilis contagieuse.Ceci constitue par rapport à la situation de 1943 non seulement une évolution mais une révolution ! Nous désirons souligner ici cette collaboration médicale et policière et il nous fait plaisir d\u2019ajouter que les deux juges de la Cour municipale, les honorables Morin et DeBlois y apportent une compréhension précieuse.Le personnel : L\u2019un de nous (G) s\u2019occupe du traitement des maladies vénériennes depuis près de vingt-cinq ans maintenant.Si les cliniques antivéné- riennes étaient organisées d\u2019une façon active autrefois, ce n\u2019est que depuis l\u2019adjonction d\u2019un Service médico-social, en 1940, qu\u2019une véritable lutte de prévention a pu se faire.Ce Service médico-social a été institué à la demande de l\u2019un de nous (G) et fonctionne à Hôpital du Samnt-Sacrement depuis le 15 juillet 1940.Dès le 15 octobre 1941, il s\u2019étendait à l\u2019Hôtel-Dieu de Québcc.A cette même date, il était établi au Refuge Notre-Dame-de-la-Merci ou prison des femmes.Au cours de l\u2019été 1942, le dit Service se prolongeait à l\u2019Hôpital de l\u2019Enfant-Jésus et au Jeffery Hale\u2019s Hospital.En janvier 1943, il se ramifiait jusqu\u2019à l\u2019Hôpital Saimnt-François-d\u2019Assise et à la prison des hommes.Le personnel médical se compose actuellement de quatre médecms spécialisés en syphiligraphie : les docteurs Émile Gaumond, Maurice Beaudry, Jean Grandbois et Richard Therrien. Octobre 1954 LavaL MEbicaL 1051 Au début de 1953, en janvier, un médecin qui, depuis de nombreuses années, prodiguait ses soins et ses connaissances aux malades des cliniques de l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement et de la prison des hommes, le docteur Maurice St-Amand, décédait.Assidu à son travail, très affable et compréhensif, le docteur St-Amand fut d\u2019un grand secours dans la lutte entreprise et son souvenir surViVra longtemps à son départ prématuré.Le personnel des assistantes médico-sociales se compose, lui aussi, de quatre infirmières, qui se partagent le travail dans les différents hôpitaux et les maisons de détention.Ce sont : Mlle Mildred Charlton, inf.hyg.g.et assistante médico-sociale à l\u2019Hôtel-Dieu, M\" M.-P.-R.Couture, inf.hyg., assistante médico-sociale à \"Hopital du Saint-Sacre- ment, au Refuge Notre-Dame-de-la-Merci et à l\u2019Assistance maternelle, M\" M.-R.Audet faisant le mème travail à l\u2019Hôpital Jeffery Hale et à la prison des hommes et MÎle Claire Paré, inf.hyg.à l\u2019Hôpital de l\u2019Enfant- Jésus et Saint-François-d\u2019Assise.Ces quatre infirmières connaissent bien leur travail et l\u2019accomplissent avec intérêt et assiduité.Le centre antivénérien bénéficie des services indispensables d\u2019une sténo-dactylo qui fait fonction de secrétaire pour tout le personnel : Mlle Thérèse Robert qui, en plus d\u2019être très habile dans son travail, y Joint un dévouement qui ne se dément pas.Nous désirons rappeler le souvenir de trois autres infirmières qui ont fait fonction d\u2019assistantes médico-sociales : Mlle Alice Ruel, depuis plusieurs années, M™¢ Soucy, Mlle Juliette Francceur, décédée en 1947.Garde Francœur avait inauguré le Service à la prison des hommes et était attachée à la clinique de Saint-Sacrement.Mlle Francœur n\u2019a été que deux ans au centre antivénérien.Son calme, sa bonté et son dévouement l\u2019ont fait apprécier et regretter tant par le personnel médical que par les malades, « ses malades », comme elle disait.Mlle Marguerite Hébert, garde Hébert pour les nombreux patients qui l\u2019ont connue, fut la première assistante médico-sociale étant entrée en fonction en juillet 1940.C\u2019est avec son concours que l\u2019un de nous (G) a travaillé à la réorganisation des cliniques.Ensemble nous avons connu les difficultés du début, en pleine guerre, difficultés qui croissaient avec le nombre de malades.D\u2019abord à Saint-Sacrement, puis raprde- ment, en 1941, à l\u2019Hôtel-Dieu, garde Hébert a donné à la lutte antivé- 1052 Lava\u2026 MÉDICAL Octobre 1954 nérienne le meilleur d\u2019elle-méme.Les malades, même les récalcitrants qui devaient quelquefois être rudoyés ont conservé d\u2019elle le meilleur souvenir et le personnel médical regrette encore la décision qu\u2019elle a prise Il y a quelques années d\u2019occuper un autre poste dans une industrie, même sJ nous avons compris que des raisons sérieuses l\u2019appelaient ailleurs.En 1942, en se basant sur des statistiques identiques à celles qui sont présentées aujourd\u2019hui on pouvait établir à 1,618 le nombre de syphilitiques sous traitement à Québec, soit dans les cliniques des hôpitaux ou des prisons, soit chez les médecins en clientèle privée.En 1952, par contre, le nombre de syphilitiques sous traitement à Québec est de 405.En 1942, le nombre de syphilitiques récents s\u2019établissait à 882 alors, qu\u2019en 1952, 1l n\u2019est plus que de 85, pour toute la ville.La situation a bien changé depuis dix ans mais qu\u2019il y ait encore 83 syphilitiques récents sur 405 au total, le chiffre est encore assez élevé.Plusieurs fois on nous a posé la question : Est-ce que la dimmution du nombre de cas de syphilis n\u2019est pas en rapport avec l\u2019emploi de la pénicilline dans le traitement?Nous ne croyons pas que ce soit l\u2019emploi de la pénicilline qui ait été la raison principale de la diminution des cas.La pénicilline a rendu le traitement plus facile, c\u2019est certain mais la baisse dans l\u2019incidence syphilitique à Québec a commencé avant son emploi.On n\u2019a qu\u2019à consulter la figure 3 pour s\u2019en rendre compte.En effet, la pénicilline n\u2019a été d\u2019emploi courant qu\u2019à compter de 1946 et, déjà, en 1945, le nombre de cas de syphilis récente avait grandement diminué.Par ailleurs, en 1951, alors que tous les malades étaient traités à la pénicilline le chiffre des cas récents est supérieur à celui de 1945.À notre avis, la grande raison de la baisse des cas de syphilis, c\u2019est le Service médico-social tel qu\u2019organisé actuellement.Avec le Service médico-social non seulement les malades sont traités, suivis, rappelés à l\u2019ordre à l\u2019occasion, dans toutes les clmiques, les hôpitaux et les maisons de détention, mais les sources de contagion sont recherchées dans chaque cas, lorsque la chose est possible.Les malades viennent peut-être un peu plus régulièrement à leur traitement mais il est bon de rappeler qu\u2019avant la pénicilline, à l\u2019Hôtel-Dieu Octobre 1954 Lavar MEbicaL 1053 et à Samt-Sacrement, la régularité au traitement s\u2019établissait à 92 et 90 pour cent.Le Service médico-social, en plus, apporte sa grande contribution à l\u2019éducation des malades, éducation qui est très souvent déficiente sinon absente, en ce qui concerne les maladies vénériennes.La lutte antivénérienne doit se poursuivre ; il faut que chaque médecin, dans sa sphère propre, se montre toujours vigilant.La syphilis n\u2019est pas la seule cause des malaises ressentis par un malade, c\u2019est entendu, mais la syphilis, ne l\u2019oublions pas, peut simuler toutes les maladies.La prise de sang systématique est un gros appoint dans la découverte de certaines syphilis ignorées.Le Bordet-Wassermann devrait être fait à toutes les femmes enceintes et à chaque malade hospitalisé quelle que soit sa condition sociale.Même si la loi n\u2019oblige pas encore les futurs mariés, les parents devraient exiger toujours le certificat prénuptial de bonne santé avec Bordet-Wassermann systématique.S1 tous les médecmns connaissaient tout ce qu\u2019il y a de pénible et de grave dans une syphilis congénitale, ils n\u2019hésiteraient jamais à demander cet examen, à l\u2019exiger même lorsqu\u2019il s\u2019agit de leurs clients ou de leurs proches.Le syphiligraphe ne peut que conseiller, le médecin praticien lui, peut ordonner.\u2018 La syphilis se transmet toujours par les rapports sexuels, rarement autrement.La prostituée occasionnelle ou régulière en est dans la majorité des cas la source de contagion.Malgré toute la bonne volonté des forces policières et administratives il y aura toujours quelques prostituées.La jeunesse doit être prévenue des dangers des maladies vénériennes ; l\u2019éducation sexuelle doit être faite en temps voulu, par les parents le plus possible, afin, nous le répétons, que les enfants n\u2019apprennent pas le vice avant de connaître les fonctions sexuelles normales.Nous ne voudrions pas poser au moraliste, mais il n\u2019est pas défendu d\u2019apprendre au jeune homme le respect de la femme, de celle qui sera éventuellement son épouse demain.Même si la chose n\u2019est pas de notre domaine, disons que la plus belle et la meilleure leçon de morale vient de l\u2019exemple donné, ce qui est beaucoup plus efficace que toute leçon de morale apprise par cœur.(7) 1054 LavaL MEpicaL Octobre 1954 Répétons en terminant que la lutte 4 la syphilis n\u2019aura de fin que lorsque le dernier syphilitique aura été traité et guéri, car la syphilis reste un fléau redoutable quand elle n\u2019a pas été diagnostiquée précocement et traitée activement.Que chacun balaie le devant de sa maison et toute la rue sera propre ! APPENDICE 1 METHODE SUGGEREE POUR LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS ET APPROUVEE PAR LA DIVISION DES MALADIES VENERIENNES Une étroite coopération entre les médecins et Ja Division des maladies vénériennes est indispensable au traitement adéquat des malades quant à la forme de la médication employée, la quantité administrée et l\u2019interprétation des analyses sérologiques de contrôle.Il a été démontré que plusieurs mois, même un an et plus peuvent s\u2019écouler, et cela même si le traitement a été efficace, avant que les résultats sérologiques, pratiqués chez les patients atteints de syphilis récente, se révèlent négatifs.Dans la syphilis ancienne, acquise ou congénitale, un tiers seulement des malades suffisamment traités, présenteront une sérologie négative, en moins de cinq ans.Les schémas suivants sont recommandés : 1° Dans la syphilis récente : primaire, secondaire, latente, de moins de deux ans.Dose totale.Dix millions d\u2019unités de pénicilline procainique huileuse (dans 2 pour cent de monostéarate d\u2019alumine) en dix injections de 600,000 unités chacune à des intervalles de un à deux jours.Chimiothérapie.Seuls les cas de syphilis primaire séro-négative, peuvent y être soustraits.Tous les autres cas de syphilis récente doivent recevoir du bismuth.La dose totale ne doit pas excéder vingt injections, administrées à raison de deux par semaine avec quinze jours de repos entre l\u2019admmistration de la pénicilline et ce dernier traitement.Les examens sérologiques quantitatifs sont exigés à des périodes régulières.A cet effet, un tube contenant cinq cm* de sang doit être Octobre 1954 Lavar MÉDICAL 1055 envoyé à la Division des maladies vénériennes avant de commencer le traitement par la pénrcilline.Après le traitement, l\u2019examen doit être pratiqué à tous les mois pour la première année, à tous les trois mois pour la deuxième année, puis deux fois par année durant trois autres années.Les résultats de ces analyses, accompagnés de l\u2019identification du malade doivent être adressés à la Division des maladies vénériennes, pour fins d\u2019étude et de statistiques.Ceux-ci sont, par la suite, retournés à l\u2019envoyeur.Dans les cas récents, un second traitement par la pénicilline est indiqué dans les cas suivants : a) Chez les patients dont le titrage après neuf mois dépasse :4 ; b) Chez les patients qui conservent un titrage identique trois mois après le traitement ritial ; c) Chez les patients où l\u2019on a d\u2019abord observé un titrage décroissant pouvant aller jusqu\u2019à la négativité, pour ensuite redevenir plus ou moins positif accompagné ou non d\u2019une récidive clinique.Dosage pour le second traitement, neuf à douze millions d\u2019unités de pénicilline procainique huileuse, a raison de trois injections par semaine, contenant 900,000 unités chacune.Ce traitement doit être suivi d\u2019une série d\u2019injections de bismuth.2° La syphilis de la femme enceinte n\u2019ayant pas reçu antérieurement à la grossesse un traitement jugé suffisant.Quantité.Six millions d\u2019unités de pénicilline procainique huileuse en dix injections comprenant 600,000 unités chacune, à tous les deux jours.Le bismuth n\u2019est pas à conseiller.Les analyses sérologiques doivent être pratiquées à tous les mois.Dans les cas récents d\u2019infection, le titrage décroit ; dans les cas anciens, celui-ci demeure le mème.Un second traitement au cours de la gestation est presque toujours indiqué, surtout si le titrage augmente.Également, au huitième ou neuvième mois toutes les fois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un cas d\u2019infection récente chez une femme enceinte.3° La syphilis congénitale diagnostiquée au moyen des symptômes climiques, accompagnés ou non d\u2019une sérologie positive laquelle, si elle 1056 Lavar MEbpicaL Octobre 1954 existe, ne régresse pas spontanément sous l\u2019influence du traitement apres trois mois.Traitement de la syphilis congénitale, 200,000 unités de pénicilline procaïnique huileuse par livre de poids du corps, la dose totale devant être divisée en dix injectiors, adm inistrées à tous les jours ou à tous les deux Jours.Chez le nouveau-né chaque injection comprend généralement 0,5 cm°.Un bébé dont le poids excède trente livres est soumis au traitement d\u2019un adulte.L\u2019enfant hérédo-syphilitique doit recevoir une cure par la pénicilline (6,000,000 d\u2019unités) annuellement pendant plusieurs années.4° Syphilis nerveuse diagnostiquée au moyen des symptômes cliniques et de l\u2019examen du liquide céphalo-rachidien.Traitement.Neuf millions d\u2019unités de pénicilline procainique huileuse, soit quinze injections comprenant 600,000 unités chacune à tous les jours ou à tous les deux jours.Ce traitement doit étre administré deux fois au cours de la premiére année qui suit le diagnostic.Examen du liquide céphalo-rachidien.Doit être pratiqué avant le traitement, et répété par la suite entre le neuvième et le douzième mois, ainsi qu\u2019un an plus tard à moms d\u2019une contre-imdication.Traitement ultérieur.L'évaluation des résultats des analyses de laboratoire indiquera si un traitement ultérieur et une quantité augmentée sont nécessaires.De toute façon, une série d\u2019injections jusqu\u2019à concurrence de six à neuf millions d\u2019unités à chaque année, est indiquée Jusqu\u2019à la complète négativité du liquide céphalo-rachidien.5° Syphilis cardio-vasculaire : Au traitement spécifique doit s\u2019ajouter le traitement symptômatique.Traitement.Il est préférable de donner d\u2019abord un traitement par le bismuth ou le cyanure de mercure afin d\u2019éviter la réaction de Herxheimer ou le paradoxe thérapeutique.Vient ensuite la pénicilline administrée avec prudence : 300,000 unités pour les doses initiales, ensuite 600,000 unités jusqu\u2019a six ou neuf millions d\u2019unités.Le traitement doit étre répété au moins une fois par année. _ TE; ~NEW.FY FTE: Octobre 1954 Lavar MÉDICAL 1057 6° Syphilis ancienne latente : Les méthodes de traitement applicables dans ces cas, le sont seulemert lorsque la possibilité de la présence d\u2019une syphilis nerveuse a été éliminée par l\u2019examen du liquide céphalo- rachidien ; c\u2019est pourquoi la Division des maladies vénériennes insiste à bon droit sur l\u2019examen du liquide céphalo-rachidien chez tous les sujets atteints de syphilis ancienne latente et pour lesquels une réquisition en vue d\u2019obtenir la pénicilline est adressée.Les données suivantes sont généralement acceptées aujourd\u2019hui.Celles-ci ont grandement amélioré le pronostic, et dimmué la longueur du traitement des malades atteints de syphilis ancienne asymptômatique.a) Le but du traitement est de détruire les tréponèmes et d\u2019arrêter le progrès de la maladie, non pas d\u2019obtenir la séro-négativité ; b) Les réagmes ou anticorps, lesquels réagissent dans les analyses sérologiques, demeurent présents dans le sang longtemps après la destruction des tréponèmes ; quelquefois ceux-ci ne disparaissent Jamais et l\u2019on se trouve en face des cas séro-résistants, irréversibles ; c) Le traitement de la syphilis ancienne asymptômatique ne doit pas être prolongé dans le seul but d\u2019obtenir la réversibilité de la sérologie.Traitement de la syphilis ancienne asymptômatique.Six à neuf millions d\u2019unités de pénicilline procaïnique huileuse : dix injections de 600,000 unités trois fois par semaine, ou 900,000 unités deux fois par semaine.Chimiothérapie.Deux à trois séries de bismuth (dix mjections par série) interrompues par des périodes de quatre semaines de repos et après la pénicilline et entre chaque série de bismuth.Le traitement ultérieur des patients ayant reçu un traitement raisonnable est conditionné par la diminution ou l\u2019augmentation du titrage dans le sérum sanguim.Les examens doivent être répétés et cette augmentation atteindre un taux quatre fois plus élevé que le plus bas titrage déjà enregistré.Une courbe sérologique n\u2019ayant pas fléchi après un premier traitement ne le fait généralement pas non plus à la faveur d\u2019un second traitement par la pénicilline.Au contraire une telle courbe a tendance à décroître d\u2019elle-même si le traitement est suspendu. 1058 LavaL.MéÉDicaL Octobre 1954 Il est très important de considérer chaque patient comme un cas particulier avant d\u2019instituer une thérapeutique ; quelquefois, il est à conseiller de répéter le traitement par la pénicilline et Ie bismuth huit à douze mois après le traitement initial.Il est bien entendu que ni le médecin ni le patient ne doivent s\u2019attendre à voir la sérologie se négativer même après le second traitement.APPENDICE Il RAPPORT ET STATISTIQUES DE LA CLINIQUE ANTIVÉNÉRIENNE, PRISON DES HOMMES \u2014 QUÉBEC (par M\u201d* Marie-R.Audet, assistante médico-sociale.) Ce rapport présente (figures 4 et 5, tableaux VI, VII et VIII) l\u2019activité de notre clinique antivénérienne depuis 1943.On y retrouve des statistiques concernant le nombre de détenus, Ie nombre des prises de sang faites annuellement, le degré d\u2019infection et son pourcentage, l\u2019état civil des détenus, la sentence encourue, et la mention de leur transfert vers la maison de santé ou de détention.Ce relevé, nous l\u2019espérons, aidera à poursuivre le dépistage en montrant la marche ascendante de nos cliniques vers un progrès certain, de A .A : x même qu\u2019il pourra peut-être servir à quelque chercheur.I.But de l\u2019organisation de la clinique antivénérienne : Lorsque le professeur Émile Gaumond, du Service de dermatologie à l\u2019Hôtel-Dieu, jeta les bases de l\u2019organisation du Service médico-social dans Ie Québec (1°\" juillet 1940), sans doute prévoyait-il que, dans un avenir rapproché, le champ des activités deviendrait beaucoup plus vaste, que chaque hôpital serait doté d\u2019une clmique et que des infirmières, assistantes médico-sociales, viendraient collaborer avec des médecins qualifiés, apportant ainsi une aide efficace au clinicien qui serait chargé de la direction générale.Le peuple est une masse merte et il n\u2019est pas facile de lui inculquer le sens de la justice sociale.Par ailleurs, obstacle a franchir n\u2019était pas une raison de ne rien faire.Le docteur Gaumond désirait éveiller chez les contaminés, le sens de la justice envers eux ct envers la société, encou- Lavar MÉDicaL 1059 Octobre 1954 rager l\u2019effort personnel du patient, enseigner le devoir aux uns, sauvegarder les droits des autres, en un mot, tout tenter pour soulager la misère et enrayer dans la mesure du possible le fléau social que sont les maladies vénériennes.Connaître un ennemi, c\u2019est déjà posséder des armes contre lui.Dépister le péril vénérien, c\u2019est essayer qu\u2019il ne soit plus nuisible ou fatal aux infortunés qui en sont atteints.Aujourd\u2019hui, nous pénétrerons dans une clinique tenue en arrière des barreaux où nous aurons à coudoyer la misère dans ce qu\u2019elle a de moins sympathique.Que ces misérables en soient là par vice, carence ou hérédité, un fait reste acquis, c\u2019est que la vie leur sourit peu ou pas du tout.Plusieurs parmi ces malheureux délinquants sont des ignorants, des inadaptés à la société, des mstinctifs, des esprits déficients, des faibles.Quelques autres sont des dégénérés, assoiffés de plaisir sexuels, des entêtés qui tournent toujours dans le même cercle vicieux, croyant ainsi contrebalancer un sort défavorable.Puis, il y a les infidèles qui seront peut-être un jour la cause d\u2019un drame familsal et à qui 1l faut d\u2019abord inculquer le sens de leurs responsabilités.Tous ces sujets deviennent des «cas » particuliers que l\u2019inffrmière doit apprendre à reconnaître et à aider.Quelle que soit la cause de la détention, ces êtres demeurent des malades à qui il faut toujours enseigner quelque chose et qu\u2019il faut fermement diriger vers la guérison.II.Organisation : Notre clinique antivénérienne fut modestement organisée en 1943.La première infirmière, Mlle J.Francœur, se vit confier la tâche toujours lourde et difficile des débuts, mais ses belles qualités de cœur, son tact, sa compréhension remarquable du malheur firent qu\u2019en 1948, lorsque je fus assignée à la clinique, je trouval un terrain très bien préparé par la sollicitude de cette admirable infirmière qui avait su gagner la confiance de tous.La clmique hebdomadaire, sous l\u2019habile direction du regretté docteur Maurice Saint-Amand, a permis de déceler le mal caché, de procurer à chaque patient le traitement approprié et de prévenir ainsi sûrement une contamination dangereuse, et même inévitable. 1060 Lava.MÉDicaL Octobre 1954 La médecine et le Service social conjuguérent leurs efforts pour assurer la protection intégrale des détenus et de la société par l\u2019éducation sociale des patients confiés à leurs soins.Nous comptons des succès.Ceux-ci sont dus, sans doute, aux gouvernants qui ont préconisé et soutenu le mouvement sous l\u2019administration de directeurs éclairés, et la bonne organisation de la clinique.Nous les devons aussi au savoir, au jugement du clinicien, à l\u2019initiative de l\u2019infirmière, au dévouement intelligent de ceux qui ont charge d\u2019aider et le devoir d\u2019enseigner.Le sujet malade est soigné, c\u2019est entendu, mais là ne s\u2019arrête pas le travail de la clinique.L'organisation du Service médico-social (Division des maladies vénériennes) étend ses ramifications jusqu\u2019au foyer où l\u2019assistante sociale, dans les limites de sa compétence, apporte des conseils d\u2019ordre moral ou religieux qui sont parfois écoutés.Cette part active et bienfaisante, hors de la clinique, n\u2019est pas la moindre.Le détenu est un homme qui cache toujours une misère ; parfois, 1l lui suffit de trouver auprès de lui une bonté compréhensive pour qu\u2019il glisse de lui-même aux confidences qui le soulagent et préparent le chemia de sa réhabilitation physique et morale.Le conquérir entièrement est difficile ; obtenir de lui l\u2019effort personnel l\u2019est plus encore, car éduquer la volonté chez un adulte est une tâche pénible, et pour le directeur, et pour le sujet, la force de caractère n\u2019étant pas la qualité dominante de ces misérables.Enfin, ce voleur, cet alcoolique, cet infidèle, ce flineur qui refuse de s\u2019armer pour la lutte et garde une nonchalance secrète qui n\u2019est souvent qu\u2019un profond découragement devant la nécessité de gagner le pain quotidien, témoigne de la fragilité de nos liens sociaux.Il est donc très important que l\u2019auxiliaire féminme répète aux patients les conseils et directives donnés par le médecin, qu\u2019elle leur remette constamment sous les yeux les dangers de cette redoutable infection, et qu\u2019elle arrive à les convaincre qu\u2019ils tiennent eux-mêmes leur sort entre leurs mains.L\u2019assistante sociale doit user de psychologie.Le caractère assez spécial et délicat de sa mission lui impose de préparer minutieusement son questionnaire de façon à ne pas heurter les susceptibilités.Ces Octobre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 1061 faiblesses humaines, ces vilaines actions, ces éducations manquées, ces existences perverses et risquées, ces conceptions médiocres aux vues courtes doivent être mises à jour avec circonspection pour ne pas effaroucher la confidence libératrice et pour obtenir l\u2019adhésion du sujet.L\u2019infirmière doit justifier son rôle social en poursuivant discrètement son enquête jusque dans la famille et la société, afin de protéger de risques individuels ceux qui déperdent du malade en cause.Protéger la famille de la contagion toujours possible est primordial.Rien ne doit être négligé pour atteindre ce résultat.III.Explication des tableaux : L\u2019ignorance n\u2019a jamais été une sauvegarde.L\u2019analyse des figures et tableaux nous démontre que, d\u2019année en année, avec l\u2019augmentation des prises de sang chez nos détenus, le dépistage a subi une marche ascendante malgré le nombre accru de prisonniers.Le pourcentage de cas est momdre, ce qui prouve le bien-fondé de la clinique.Les explications données sur l\u2019état civil, l\u2019âge, le degré d\u2019infection, nous font voir les dangers de cette redoutable maladie et la nécessité, pour ceux qui en sont atteints, de se faire soigner avant qu\u2019elle ne devienne mcurable.Chez les délinquants, la syphilis est un facteur qu\u2019il ne faut pas négliger, car le tableau démontre que dans plusieurs cas, l\u2019intervention tardive a conduit le sujet à la maison de santé, voire aux travaux forcés.IV.Conclusions : Cette vue d\u2019ensemble assez succincte repose cependant sur les principes fondamentaux du Service social : conscience, charité, compréhension, Justice, dévouement ; sur les devoirs professionnels : science, technique, action.Chaque patient étant un cas particulier, chacun reçut l\u2019application de ces principes dans la mesure du possible.La question morale qui ne se raisonne pas aussi bien que la question physique reste cependant un facteur important pour l\u2019assistante médico-sociale, car c\u2019est souvent le point de départ de la misère physique et c\u2019est toujours celle-là, en fin de compte, qu\u2019on retrouve au fond de presque toutes les déchéances. 1062 Lavar.MÉDicaL Octobre 1954 Enfin, l\u2019étude comparative des tableaux, avec le nombre de personnes traitées, leurs divers penchants, la diminution du pourcentage obtenue par l\u2019organisation médicale, reste encore une belle page d\u2019éloquence.Le détenu, si peu sympathique qu\u2019il puisse être, fait tout de même partie de l\u2019humanité et doit avoir sa place dans nos préoccupations d\u2019avancement civilisateur et dans l\u2019ordre des sociétés humaines.Reformer son esprit, affermir sa volonté, le rendre meilleur, si possible, est une tâche difficile, mais ces mdividus ont d\u2019autant plus besoin de l\u2019organisation du Service social qu\u2019ils sont plus démunis, plus malheureux et moins bien partagés que quiconque.RÉSUMÉ Ce travail présente une compilation statistique des cas de syphilis récente, ancienne et congénitale dans Ia ville de Québec, de 1942 à 1952.La diminution du nombre total de syphilitiques est soulignée et plus particulièrement celle des syphilitiques récents.Les raisons de cette diminution sont doubles : a) la facilité plus grande et la rapidité du traitement par la pénicilline ; b) un Service médico-social bien organisé et efficace.C\u2019est à ce dernier moyen que nous attribuons surtout les bons résultats obtenus.La lutte à la syphilis ne doit pas être considérée comme terminée ; une vigilante surveillance est nécessaire et doit se poursuivre au risque de voir la syphilis réapparaître aussi menaçante qu\u2019autrefois.Le Bordet-Wassermann devrait être fait à tout malade hospitalisé.La meilleure prophylaxie de la syphilis congénitale consiste à faire un Bordet-Wassermann à toutes les femmes enceintes et à exiger le certificat prénuptial avec examen sérologique de tous les futurs époux.Le résultat obtenu est le fruit d\u2019une collaboration bien comprise entre les médecins des cliniques antivénériennes, les médecins praticiens et Ies infirmières attachées aux cliniques, d\u2019une part, les autorités judiciaires, gouvernementales, administratives et policières, d\u2019autre part.Cette « coopérative » de bonnes volontés, alimentée par un effort constant, a permis de rendre la syphilis récente, une maladie qui devient peu fréquente. Octobre 1954 Lavar MÉDicaL 1063 Discussion Le docteur C.-A.Painchaud demande si tous les examens séro- logiques ont été faits à Montréal.Le docteur Sylvio Caron voudrait savoir comment procéder pour obtenir des arsenicaux quand on veut en employer pour le traitement de certains syphilitiques.Le docteur P.-A.Poliquin s\u2019informe de l\u2019influence possible de la dernière guerre sur la diminution de la syphilis.Le docteur Gaumond répond : 1° Au docteur Painchaud : a) que tous les examens sérologiques mentionnés ont été faits au laboratoire provincial du ministère de la Santé, à Montréal, dirigé par M.Rousseau ; b) qu\u2019en ce qui le concerne, il s\u2019est toujours agi non d\u2019un simple Kline, mais d\u2019un Wassermann et d\u2019un Kahn ; c) que les inconvénients du transport des échantillons est largement compensé par la valeur des réactions auxquelles on peut se fier entièrement ; d) qu\u2019en cas de doute, on peut faire faire à Toronto le Nelson Test d\u2019immobilisation du tréponème.2° Au docteur Caron, que les arsenicaux sont encore employés en France ; que le novar et le stovarsol ne sont plus fabriqués au Canada, que si la demande l\u2019exigeait, le fabricant en fournirait probablement, qu\u2019on peut encore se procurer du mapharsan, qu\u2019on utilise avec ménagement à l\u2019Hôtel-Dieu, les restes d\u2019une provision de novar.3° Au docteur Poliqum, le docteur Gaumond répond que les résultats de la campagne antisyphilitique ont commencé à se manifester en 1944, avant la fin de la guerre et avant la thérapeutique massive par la pénicilline.Il attribue le résultat obtenu surtout à la campagne médico- sociale de dépistage des sources de contamination, campagne qui a été difficile au début, mais qui a fini par rencontrer la collaboration de la plupart des Services sociaux et des malades eux-mêmes.En décembre 1953, 1l y avait six mois qu\u2019aucun cas de syphilis primaire ou secondaire n\u2019avait été signalé à Québec.Le docteur André Lizotte, de l\u2019Hôpital de Valcartier, signale qu\u2019au moment de la petite recrudescence de 1951, le mouvement des troupes au camp Valcartier avait quadruplé. COMMENTAIRES GÉNÉRAUX SUR LA COARCTATION DE L\u2019AORTE ET PRÉSENTATION DE CAS * par Joffre-André GRAVEL, F.R.C.S.(C), F.C.C.P.Chirurgien thoracique et Richard LESSARD, F.R.C.P.(C), F.A.C.P.Professeur de patbologie médicale Université Laval Le rétrécissement de l\u2019isthme de l\u2019aorte ou coarctation de l\u2019aorte, quoique rare, n\u2019est pas exceptionnel.L\u2019observation que nous vous présentons aujourd\u2019hui est la troisième que nous avons retrouvée dans les archives de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec.Les docteurs Maurice Giroux et J.-B.Jobin ont publié, dans le Bulletin de la Société médicale des Hôpitaux universitaires, de septembre 1933, un cas d\u2019oblitération de l\u2019aorte, avec autopsie, chez une patiente de 20 ans, morte d\u2019une endocardite végétante de la mitrale ; il y avait, en plus, une persistance du trou de Botal.* Présenté à la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, le 22 janvier 1954, Octobre 1954 LavaL MEbpicaL 1065 Une seconde malade a été dirigée à l\u2019Hôpital Notre-Dame de Montréal, traitée par le docteur Paul David et opérée avec succès par Ie docteur Édouard Gagnon.Nous avons, en plus, le souvenir d\u2019un enfant de 8 ans que nous avions examiné 11 y a quelques années à notre cabinet de consultation et qui était porteur de cette anomalie congénitale, dont il a été chirur- gicalement guéri depuis.Sur une série de 1,000 cas de malformations congénitales, Maude Abbott a retrouvé 142 fois cette anomalie plus souvent isolée ou parfois associée à d\u2019autres lésions anatomiques.Les facilités mieux connues du diagnostic clmique ont permis de reconnaître un plus grand nombre de cas.Gilles Lorange et Paul David ont eu l\u2019occasion d\u2019observer onze malades de 1948 à 1952.On note, sans tenter de l\u2019expliquer, la prédommance masculine dans les observations rapportées.DÉFINITION L\u2019isthme aortique, selon Froment, est ce segment de calibre normalement réduit qui, unissant crosse et descendante, se place entre l\u2019origine de la sous-clavière gauche et la zone d\u2019insertion du canal artériel.Il y a deux types de sténose ou de coarctation : le type infantile, rare, le plus souvent associé à d\u2019autres ancmalies, comporte une sténose isthmique au-dessus du canal de Botal resté perméable, où on retrouve fréquemment une sorte de bicuspide (observation de Louis Berger).Le type adulte ou type habituel de la coarctation siège au-dessous ou au niveau même du canal artériel oblitéré.Le type infantile entraîne presque toujours la mort dans la première année.SYMPTOMES FONCTIONNELS C\u2019est au début de l\u2019adolescence que les parents consulteront pour des épistaxis, de la dyspnée d\u2019effort, des vertiges, de vagues troubles digestifs, parfois des sensations d\u2019engourdissements aux membres infé- .a \\ Co Le .\\ rieurs ou même de la lenteur à la cicatrisation des plaies ou a la consolidation des fractures à ce niveau. 1066 Lava\u2026.MÉDICAL Octobre 1954 SIGNES PHYSIQUES Trois grands signes : l\u2019hypertension artérielle aux membres supérieurs, l\u2019hypotension artérielle aux membres inférieurs, l\u2019absence des pouls fémoraux.On constate une discordance nette entre le régime circulatoire des membres supérieurs et inférieurs, en moyenne, on note une tension de 22/9 avec indice oscillométrique de 7 à l\u2019avant-bras, pour une pression de 15/8,5 et indice de 1 à la jambe (Froment).Les pouls pédieux, poplités et fémoraux ne peuvent pas être perçus.Il existe habituellement un souffle systolique précordial que l\u2019on entend également au niveau de la région paravertébrale gauche.On peut constater la pulsatilité anormale des artères imtercostales, mammaires ou périscapulaires.SIGNES RADIOLOGIQUES On note sur les films la disparition de l\u2019image normale du début de l\u2019aorte descendante, l\u2019image de l\u2019aorte paraît plus petite.Les érosions costales Irmitées au bord inférieur des côtes sont caractéristiques.Elles sont multiples et prédomment de la cinquième à la neuvième côtes, elles apparaissent entre 10 et 20 ans, mais elles sont mconstantes, même chez l\u2019adulte.L\u2019axe électrique du tracé électrocardiographique est généralement dévié vers la gauche ; 1l peut être normal.PRONOSTIC D\u2019après Maude Abbott, 7 cas sur 10 meurent entre 10 et 40 ans, avec une moyenne de vie de 35 ans.Les complications à craindre sont la greffe bactérienne (observation de M.Giroux et J.-B.Jobin), les accidents neurologiques, la rupture de l\u2019aorte, l\u2019anévrysme disséquant (observation de R.Johnson), la défaillance cardiaque.Comme l\u2019ont écrit Di Matteo et Degeorges : par leur fréquence et leur haute gravité, ces complications constituent un danger constant Octobre 1954 LavaL MEDICAL 1067 pour le malade atteint de coarctation.Elles légitiment la discussion de l\u2019intervention chirurgicale chaque fois que, chez un sujet jeune encore, on découvre un rétrécissement de l\u2019isthme de l\u2019aorte.INTERET CHIRURGICAL Qu\u2019il nous soit permis de dire clairement qu\u2019il n\u2019y à qu\u2019un traitement rationnel de la coarctation de l\u2019aorte, et c\u2019est le traitement chirurgical.Figure 1.\u2014 Photo prise en cours d\u2019intervention.Elle fait voir la grosseur des vaisseaux collatéraux.Crafoord fut le premier à pratiquer cette intervention en 1944 à l\u2019Hôpital de Sabbatsbergs de Stockholm.Très peu de temps après, Gross, de Boston, opérait les premiers cas en Amérique.Trois genres d\u2019intervention sont possibles : 1° La résection de la partie sténosée avec anastomose bout à bout.C\u2019est l\u2019opération de choix. 1068 LavaL MEbicaL Octobre 1954 2° L\u2019anastomose de la sous-clavière gauche de l\u2019aorte, au delà de la sténose.C\u2019est l\u2019opération préconisée par Blalock.Nous croyons qu\u2019elle doit être utilisée seulement si l\u2019autre est impossible.3° Dans les cas d\u2019un sténose trop longue pour permettre une anastomose bout à bout, le segment sténosé est remplacé par une homogreffe conservée selon l\u2019une des méthodes acceptées.Dans notre banque de vaisseaux de l\u2019Hôtel-Dieu, nous les conservons, lorsque nous Figure 2.\u2014 Photo prise en cours d\u2019intervention montrant l\u2019aorte qui est .* ~ * » ~ pincée en haut et en bas, et la partie sténosée en train d\u2019étre réséquée aux ciseaux.pouvons en obtenir, dans la solution de Gross, maintenue aux environs de plus de 4 et de moms de 4 degrés centigrade.TECHNIQUE Sous anesthésie endotrachéale ou endobronchique, le malade étant en position latérale, la cinquiéme côte gauche est réséquée.L\u2019ouverture du thorax chez ces gens présente un problème sérieux d\u2019hémostase.La vascularisation y est intense et les artères sont de cinq fois leur vo- TT ST SE CR Octobre 1954 Lavar.MÉDICAL 1069 lume normal.Toutefois, en procédant avec précaution, le thorax peut être ouvert avec une perte de sang raisonnable.Les intercostales sont les artères les plus grosses, il est sage de ne pas les léser à cause de leur rôle dans la circulation collatérale.Elles sont recroquevillées, ce qui témoigne de leur haute pression, et sont souvent de la grosseur du petit doigt.Figure 3.\u2014 Encoches costales, gros cœur, peu de proéminence de la crosse aortique.Une fois le thorax ouvert, la lésion apparaît immédiatement sous la plèvre médiastinale.La crosse de l\u2019aorte est attirée en dedans dans la région du canal artériel et, habituellement, c\u2019est à ce niveau que siège le rétrécissement.La sous-clavière gauche est quasi aussi grosse que l\u2019aorte quand le rétréeissement lui est distal.La plèvre est ouverte et l\u2019aorte libérée de son lit au niveau de la sténose, en haut et en bas.(8) 1070 LavaL.MÉDicAL Octobre 1954 Les intercostales peuvent être ligaturées ou épargnées.Leur friabilité est notoire.Elles présentent souvent des dilatations anévrys- males.Une attention toute particulière doit être portée à la région du canal artériel où la plupart du temps le ligament artériel, fibreux, retient Figure 4.\u2014 Agrandissement des encoches costales bien visibles.Courtoisie du docteur Léo Tremblay, radiologiste à l\u2019Hôpital Laval.l\u2019aorte et empêche la mobilisation nécessaire à l\u2019anastomose.Une fois la région bien disséquée et préparée, l\u2019aorte est pincée en haut et en bas de la sténose, et la partie sténosée réséquée.Maintenant l\u2019anastomose est commencée.Elle sera faite de points éversants afin que les deux imtima soient en contact à la ligne d\u2019anastomose.On se sert habituellement de soie n° 0000 ou 00000.Une fois l\u2019anastomose terminée, le clamp imférieur est le premier enlevé.L\u2019ana- Octobre 1954 Lavar MEpicaL 1071 stomose est renforcie si nécessaire, puis le clamp supérieur enlevé avec précaution.ll faut souvent ajouter quelques points pour assurer l\u2019étanchéité de l\u2019anastomose.Puis la plèvre est renfermée sur l\u2019anastomose, et le thorax fermé, habituellement avec un drainage sous eau.ve Figure 5.\u2014 L\u2019anastomose terminée.HISTOIRE DU CAS M.J.-P.G., jeune homme de 31 ans, vient consulter pour céphalée.étourdissements, froideur aux pieds et engourdissements au bras gauche, Son histoire familiale et personnelle est sans aucun intérêt.Sa mère ne se souvient d\u2019aucun épisode particulier lorsqu\u2019elle le portait.Depuis toujours le malade dit qu\u2019il est sujet aux maux de tête qui, par moment, deviennent intolérables.Il éprouve souvent des étourdissements et des engourdissements. 1072 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 I a toujours manqué de force dans les jambes, au point de ne pouvoir suivre ses Jeunes camarades au jeu, cette faiblesse s\u2019accompagnait de froideur.Un an avant de se présenter à l\u2019Hôtel-Dieu, il eut une première perte de connaissance de quelques secondes.Examiné, à ce moment, on lui trouva une tension artérielle de 190mm de Hg aux bras, et il fut traité pour hypertension.Durant les derniers six mois, rl éprouve des palpitations à l\u2019effort, avec des sensations de battements dans la tête, au cou, à la région sus-claviculaire.Deux mois avant son wo NES.Bolden Figure 6.\u2014 Le segment d\u2019aorte réséqué.L\u2019ouverture centrale n\u2019a que 4mm de diamètre.entrée, nouvelle perte de connaissance.Cette fois, après examen plus complet par le docteur Jacques Pettigrew (Rivière-du-Loup), le diagnostic de coarctation de l\u2019aorte fut porté.Admis à l\u2019Hôtel-Dieu, le 21 septembre 1953, il fut exammé par le docteur Richard Lessard qui confirma le diagnostic de coarctation de l\u2019aorte et, comme cardiologue, jugea son état satisfaisant pour subir une intervention.L\u2019examen physique à ce moment révélait une tension artérielle de 190/90 aux deux bras.Il était Impossible de la prendre aux jambes.I! n\u2019existait Octobre 1954 Lavar MÉDicaL 1073 pas de pulsations fémorales, ni poplitées, ni pédieuses.On notait la présence d\u2019un souffle aortique, on entendait très nettement un souffle à la région interscapulaire.Un électrocardiogramme inscrit le 187 septembre 1953 a fourni les renseignements suivants : rythme sinusal régulier à 75 par minute.; Figure 7.\u2014 Radiographie récente.Légère diminution du volume cardiaque.Réexpansion pulmonaire convenable.Espace PR allongé à 0,24 sec.S1Q3, Qr en AVR : rotation horaire.AQRS : + 10, AT :0.Bloc incomplet de la branche gauche du faisceau de His.La radiographie pulmonaire révéla la présence des encoches costales pathognomoniques de coarctation, un cœur augmenté de volume et une crosse aortique peu proéminente.La figure 4 nous fait voir sur un agrandissement l\u2019aspect des encoches. 1074 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 Le 25 septembre, le malade est opéré.Nous trouvons une sténose courte, siégeant au delà de la sous-clavière gauche.Fort bien assisté par les docteurs Jacques Turcot et Paul L\u2019Espérance, nous réséquons la sténose et effectuons une anastomose bout à bout.Dès que les clamps sont enlevés, la tension artérielle tombe à 140, et les pouls fémoraux apparaissent.Les suites opératoires furent normales.Le lendemain de l\u2019intervention, la tension artérielle était à 135/80 et les pulsations artérielles étaient palpables aux deux jambes.Le malade se leva la huitième Journée et quitta l\u2019Hôpital le dix- huitième jour.Il fut revu deux mois plus tard, son état général était excellent.La tension artérielle était de 135/80.Tous les malaises que ressentait le malade autrefois étaient disparus.Pour la première fois de sa vie, il dit se sentir très bien.Les souffles auscultatoires étaient alors disparus.Il fut revu ces Jours derniers, sa tension artérielle était encore de 135/80, le malade se sentait très bien et songeait à retourner au travail.CONCLUSION Nous croyons que ce cas fut un succès ; succès dû en grande partie à l\u2019étroite collaboration des médecins, chirurgiens et anesthésistes de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec, et à la compétence du personnel hospitalier.BIBLIOGRAPHIE 1.Apams, H.D., RuTHuLEDGE, D.I, 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Octobre 1954 LAavAL MÉDICAL 1077 32.SALEN, E.F., et WixLuNp, Th, Angiocardiography in coarctation of the aorta, Acta Radiologica, 30 : fasc.4-5, 1948.33.SaNTY, P., et al., Rétrécissement de l\u2019isthme de l\u2019aorte, Lyon chirurg., 44 : 236, 1940.34.SEaLy, W.C., DEMARIA, W., et Harris, J., Studies of the development and nature of the hypertension in experimental coarctation of the aorta, Surg., Gynec.¢= Obst., 90 : 193, 1950.35.SeEary, W.C., et McSwain, G.H., A method for producing coarctation of the thoracic aorta in dogs, Surg., 25 : 451, 1949.36.SouLre, P., et al.,, Cardiopathies congénitales.L\u2019expansion scientifique française.37.STAUFFER, H.M,, et RiGLER, L.G., Dilatation and pulsation of the left subclavian artery in the reentgen ray diagnosis of coarctation of the aorta.Rœntgenkymographic studies in 13 cases, Circulation, 1 : 294, 1950.38.STrepHENs, H.B., et Crimes, O.F., Coarctation of the aorta, J.Thorac.Surg., 18 : 804, (déc.) 1949.39.Tayror, B.E., et al, Patent ductus arteriosus associated with coarctation of the aorta : report of two cases studied before and after surgical treatment, Proc.Staff M.Mayo CL, 25 : 62, 1950.Discussion Le docteur Guy Drouin a observe, il y a trois ans, un enfant de 11 ans, atteint de cette malformation et qui a été opéré avec succés par le docteur Blalock, de Baltimore, à cause d\u2019insuffisance ventriculaire gauche.Il mentionne l\u2019intérêt qu\u2019il y aurait de mesurer systématiquement la pression artérielle aux membres inférieurs, parce que l\u2019hypotension à cet endroit peut être relative à une tension normale aux membres supérieurs.On pourrait probablement aussi identifier un plus grand nombre de cas et les opérer avant une complication infectieuse ou une insuffisance ventriculaire gauche.Le docteur Beaudet mentionne qu\u2019il a vu dernièrement deux cas de cette maladie rare, en Pennsylvanie, chez qui l\u2019opération a donné d\u2019excellents résultats.Il en a vu un autre cas à l\u2019Hôpital de l\u2019Enfant- 1078 Lava\u2026 MÉDICAL Octobre 1954 Jésus, un garçon de 16 ans, arrivé à l\u2019Hôpital pour une appendicite subaiguë et qui sera opéré bientôt pour coarctation de l\u2019aorte.Le docteur Sylvio Leblond croit que si on pensait à la coarctation de l\u2019aorte en présence de tous les cas d\u2019hypertension chez les Jeunes, on en découvrirait davantage.Il rapporte le cas d\u2019une femme de Chicou- timi, dans la trentaine, qui, malgré cette affection, a donné naissance à deux ou trois enfants, et qui refuse l\u2019opération.Le docteur Gaumond demande l\u2019avis des anatomopathologistes sur la fréquence de cette maladie.Le docteur Carlton Auger considère que c\u2019est une des rares malformations cardiaques et qu\u2019on la rencontre une fois sur environ 800 autopsies.Le docteur Maurice Beaulieu mentionne que l\u2019anastomose est difficile à réaliser chez les sujets âgés et que des difficultés opératoires peuvent survenir lors de la section du ligament artériel qui, parfois, est patent.II faut prêter une attention spéciale au nerf récurrent et aux artères intercostales.Le docteur Maurice Giroux demande si l\u2019artériographie est employée pour vérifier le diagnostic.Le docteur Gravel répond au docteur Leblond, qu\u2019à 31 ans, sa malade est rendue à la [imite de l\u2019opérabilité et, au docteur Giroux, qu\u2019on fait des artériographies.Il est à noter que, sur la radiographie, la sténose peut paraître plus longue qu\u2019en réalité et que ceci ne doit pas être considéré comme une contre-indication de l\u2019opération.Il est prudent en pareil cas de tout préparer pour faire une greffe artérielle s\u2019il y a lieu. ÉPREUVE DU LARGACTIL EN PSYCHIATRIE * t par Charles-A.MARTIN Professeur agrégé, assistant à la Clinique Roy-Rousseau Le 4560 RP, ou Largactil, dit encore chlorpromazine, a été expérimenté en thérapeutique psychiatrique, à partir des derniers mois de 1951.Nous avons pris connaissance de ses effets sur les troubles mentaux, à la lecture des premiers rapports des psychiatres français, parus en juin et juillet 1952.Dès le début, l\u2019expérimentation a été entreprise dans deux directions différentes.Laborit, Huguenard et Deschamps ont utilisé le largactil en association avec divers calmants du système nerveux, pour réaliser de façon plus pratique une cure de sommeil prolongée, qu\u2019ils ont assimilée à une hibernation artificielle.Les indications et les effets de cette technique deviennent alors ceux de toute cure de sommeil et la valeur thérapeutique du largactil dans cette association se mesure à son effet poten- tialisateur sur les autres substances employées en même temps, ce qui rend la cure plus facilement maniable.* Présenté à la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, le 5 février 1954.{ Ce rapport est basé sur une compilation de résultats fournis par les docteurs D.Bédard, M.Bouchard, M.Coulombe, J.Delâge, M.Gervais, L.Lambert, G.Paradis, R.Pion, Y.Rouleau, J.Tellier. 1080 Lavar MépicaL Octobre 1954 Au contraire, Delay, Deniker et Harl ont choisi d\u2019expérimenter sur la valeur thérapeutique du largactil employé seul.Ils ont rapporté de brillants résultats dans le traitement des psychoses maniaques-dépres- sives, surtout de forme maniaque, et des états confusionnels de toute étiologie.On a imterprété d\u2019abord l\u2019effet du largactil comme une sédation diencéphalique, opposée à l\u2019action excitatrice des traitements de choc, puis on a mis cette explication en doute en considérant la guérison des états confusionnels.L\u2019action du largacti] a été assimilée ensuite à une lobotomie chim:- que, à cause de l\u2019état mental particulier de ralentissement et d\u2019indifférence observé durant la cure.Ceci n\u2019est encore qu\u2019un raisonnement par analogie.Paul Abely, se basant sur d\u2019autres notions théoriques, a préconisé diverses associations de la sédation par le 4560 RP et de l\u2019excitation par l\u2019électrochoc pour dépanner les mécanismes diencéphaliques.Ces notions ne semblent pas avoir été prises au sérieux.Nous croyons personnellement qu\u2019il est encore prématuré de théoriser à propos du mécanisme d\u2019action d\u2019un médicament dont l\u2019étude pharmacologique n\u2019est pas terminée, sur des mécanismes neurologiques encore moins connus, dans des perturbations mentales dont la pathogénie n\u2019est pas encore établie.Après avoir pris connaissance de cette littérature initiale, nous avons obtenu le médicament lui-même au printemps 1953, quand la maison Poulenc nous en confia une quantité suffisante pour essai clinique.Pour évaluer l\u2019activité propre du largactil, nous avons choisi de l\u2019employer seul, à la façon de Delay et de ses collaborateurs.Pour débuter, nous avons choisi deux dames atteintes de psychose grave, en instance d\u2019internement, à cause de leur résistance à toute médication.Je mentionne qu\u2019elles ont reçu leurs premières injections le 1°\u201d juin 1953, pour ceux que la date pourrait intéresser.L\u2019une d\u2019elles, Madame L.L., 29 ans, avait déjà été hospitalisée à la Clmique Roy-Rousseau, durant deux mois et demi, pour une mélancolie.Après avoir reçu 27 électrochocs, elle quittait la Clinique, améliorée, présentant encore des troubles du caractère.ame 510 0 Fa mi Octobre 1954 LavaL MEDICAL 1081 Elle fut réadmise le 5 avril 1953, pour une psychose intermittente de forme mixte.Après 18 électrochocs et six injections de métrazol, son état d\u2019agitation, loin de s\u2019améliorer, nécessitait un isolement continuel.Dès les premières injections de largactil, elle devint calme.Après qu\u2019elle eut reçu durant 17 jours, trois injections quotidiennes de 25 milligrammes de largactil dans les muscles, nous pouvions la libérer très améliorée et nous n\u2019en avons pas eu de nouvelles depuis.L\u2019autre malade, M\"\"® A.P., 43 ans, fut admise le 29 juillet 1952, avec une psychose maniaque pour laquelle elle reçut, en diverses périodes, à cause de rechutes multipliées, 108 électrochocs, une cure à l\u2019msulme précoma et huit injections de métrazol.Il a suffi de douze injections intramusculaires de 25 milligrammes de largactil, à raison de trois par jour, pour la stabiliser définitivement et permettre de la libérer parfaitement calme, le 28 juin 1953, considérée par précaution, comme seulement très améliorée.Convaincu par là de l\u2019activité favorable certame du médicament, nous avons continué de l\u2019utiliser encore, dans des cas semblables, après la faillite des autres médications et nous avons obtenu d\u2019autres résultats parfois spectaculaires.Quand, l\u2019automne dernier, le largactil fut lancé sur le marché canadien, nous avons étendu notre champ d\u2019expérimentation clinique a tous nos départements de traitement actif, 3 \"Hopital Saint-Michel-Archan- ge, à la Clinique Roy-Rousseau et dans les cliniques psychiatriques des hôpitaux généraux.Quand nous avons commencé au début de janvier 1954 la compilation des cas où le largactil avait été employé dans ces différents milieux, 362 malades en avaient reçu assez pour entrer dans cette statistique.Assez, ne veut pas dire que tous ces malades en avaient reçu suffisamment pour donner toujours justice à la valeur du médicament.Cette étude a donc mis à contribution tout le personnel de nos institutions psychiatriques.Ce rapport est la synthèse des rapports particuliers fournis par chaque collaborateur.Ce travail fait dans un esprit empirique, dans des milieux très divers, auprès de malades nécessairement assez différents, n\u2019a pu être systématisé.Chacun y est allé de sa propre initiative dans le choix des 1082 Lava\u2026 MÉDicAL Octobre 1954 cas, dans le dosage et le mode d\u2019emploi du largactil et dans son association avec d\u2019autres moyens thérapeutiques.De plus, les résultats obtenus et le souci pratique de faire bénéficier le plus grand nombre possible de nos malades des bienfaits espérés ont modifié en cours de route notre ligne de conduite, qui, en cette matière, devait comporter pas mal d\u2019empirisme.La mise en vedette des cas les plus favorables créerait sûrement une forte impression en faveur du largactil, mais cette sélection induirait en erreur.Nous avons préféré faire mention de tous les cas traités, même si certams échecs sont peut-être attribuables à un dosage insuffisant ou à une cure trop courte, faute de coopération ou à cause de sortie prématurée, ou à d\u2019autres facteurs incontrôlables.Nous n\u2019ignorons pas qu\u2019une pareille compilation d\u2019actions et de résultats disparates, sans considération pour les facteurs extrinsèques, mérite des critiques sérieuses.Mais ce n\u2019est pas notre intention de présenter une statistique réelle et contrôlée, Nous attachons moins d\u2019importance à la valeur absolue des chiffres qu\u2019à l\u2019impression globale qu\u2019ils peuvent fournir pour représenter comment nous avons utilisé le largactil et quels résultats pratiques nous en avons obtenus en l\u2019ajoutant à la routine clinique.Nous n\u2019avons pas voulu répéter les excellents travaux qui ont déjà été publiés pour 1llustrer les points particuliers.Les résultats obtenus étant nettement différents suivant les diverses catégories de maladies mentales, une statistique globale ne voudrait plus rien dire.Une statistique sériée par diagnostics soulève la question de la cohérence nosographique des étiquettes posées par les différents médecins qui ont contribué à cette recherche.L\u2019heureuse homogénéité d\u2019esprit de notre école psychiatrique minimise beaucoup cette difficulté.Mais on rencontre souvent des cas où pour un seul et même psychiatre, la catégorisation diagnostique est un problème compliqué.Le même facteur personnel intervient dans l\u2019appréciation des résultats, l\u2019optimisme ou le pessimisme foncier de l\u2019observateur pouvant faire porter l\u2019accent sur des critères différents, au moment de l\u2019appré- Octobre 1954 LavaL MEbpicaL 1083 ciation du résultat, les résultats rapportés concernent l\u2019état du malade au moment de la libération, ou son état actuel si le traitement est encore en cours.Enfin dans chaque catégorie nosographique on a nécessairement dû grouper des cas de gravité bien différente.Nous avons tout de même été favorablement impressionnés par la cohérence des rapports fournis par les différents services.Quant au mode d\u2019emploi, le plus souvent le largactil a été utilisé en injection intramusculaire de 25 milligrammes, trois ou quatre fois par Jour, rarement 50 milligrammes trois fois par jour.Généralement la cure a été continuée par voie buccale à la dose de six comprimés de 25 milligrammes par jour.Dans un plus petit nombre de cas, le médicament n\u2019a été employé que par voie buccale à des doses variant de trois à six comprimés par jour.Sous chaque étiquette nosologique nous avons distingué quatre groupes de cas : 1°\" groupe.\u2014 Ceux où le largactil a été utilisé seul, après l\u2019échec des autres thérapeutiques biologiques telles que l\u2019électrochoc, l\u2019électro- stimulation, le métrazol, l\u2019insuline, le barbottage rachidien.Dans ces cas les résultats comparatifs du largactil sont faciles à évaluer.2° groupe.\u2014 Les cas où le largactil a été l\u2019unique thérapeutique médicale employée, abstraction faite de la psychothérapie qui a été appliquée chaque fois qu\u2019elle était indiquée, applicable ou nécessitée.Les calmants usuels, l\u2019insuline à petite dose, ou les thérapeutiques étrangères à la psychiatrie n\u2019ont pas été considérés.3° groupe.\u2014 Les cas, où, après l\u2019inefficacité absolue ou relative du largactil, une autre thérapeutique biologique a été mise en œuvre.Tous ces sujets seraient classés avec les résultats négatifs du groupe précédent, si une autre thérapeutique n\u2019avait pas été employée par après.Il s\u2019est toujours agi de l\u2019électrochoc, excepté dans un cas guéri par l\u2019insuline.4° groupe.\u2014 Enfin, les cas où le traitement par le largactil a été associé à d\u2019autres thérapeutiques actives, surtout l\u2019électrochoc, quelquefois le métrazol ou l\u2019insuline. 1084 Lavar.MÉDICAL Octobre 1954 L'association n\u2019a pas nécessairement toujours été concomitente.On a considéré comme thérapeutique associée la succession rapprochée de thérapeutiques diverses, dont chacune a pu contribuer au résultat final.C\u2019est la constatation de l\u2019efficacité du largactil dans les deux premiers groupes, de même que la réalisation de son insuffisance dans d\u2019autres cas, qui nous ont amenés à tenter cette association.Quand 1l s\u2019agit de maladies qui ont une tendance naturelle à guérir et quand l\u2019association se fait avec une thérapeutique dysapte à procurer seule un résultat favorable, la guérison n\u2019est pas en elle-même un critère de l\u2019efficacité de l\u2019addition du largactil.Celle-ci se juge par une réduction appréciable de la durée du traitement, par la sédation rapide de l\u2019agitation et de la turbulence des patients, par leur meilleure acceptation des traitements électriques ce qui permet de poursuivre la cure dans un calme appréciable et apprécié.Le plus grand nombre de malades traités souffraient de psychose maniaque dépressive, soit 184 sur 362.57 maniaques, 99 mélancoliques et 28 psychoses mixtes.TaBLEaU Î Manie N Guê- Très Amé- Peu Non Groupe Technique suivie Cas .Amé- liores amé- amé- ris .iorés 1° Se liorés liorés liorés fer Largactil après échec.\u2026.8 3 1 2 \u2014 2 2\u20ac Largactil seul.16 4 5 3 3 1 3\u20ac Largactil suivi d\u2019autre thérapeutique.6 3 \u2014 2 \u2014 1 4° Largactil associé à autre thérapeutique.| 27 18 7 2 \u2014 \u2014 Total .LL LL 57 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 Dans le premier groupe, deux n\u2019ont pas bénéficié du passage au traitement par le largactil, l\u2019un des deux n\u2019a été traité que par la bouche Octobre 1954 Lavar MÉDicaL 1085 et l\u2019autre est morte rapidement de délire suraigu en fin de semaine, alors que toute médication avait été discontinuée à cause de l\u2019amélioration déjà obtenue.Du deuxième groupe, celui qui n\u2019a retiré aucun bénéfice du largactil employé seul n\u2019a pris le médicament que par voie buccale.Six autres maniaques qui n\u2019avaient pas été améliorés par le lar- gactil ont bénéficié par après des traitements électriques, sauf dans un cas.Si le plus grand nombre des maniaques traités tombent dans le quatrième groupe, c\u2019est parce que les résultats des thérapeutiques associées ont été plus heureux.Tous en ont bénéficié et considérablement en règle générale.L\u2019effet bienfaisant du largactil dans cette amélioration s\u2019est manifesté par une réduction appréciable de la durée du traitement, par comparaison avec la durée moyenne habituelle qui est généralement assez longue dans la manie et par comparaison avec la durée du traitement des accès antérieurs quand le malade avait déjà été traité auparavant par l\u2019électrochoc seul.Certains sujets sont sortis guéris de façon stable, après 10, 14, 15, 18, 21 et 24 Jours d\u2019hospitalisation.Même si la cure se prolonge davantage, l\u2019agitation du malade cède rapidement dès le début du traitement.Les résultats obtenus dans Îles mélancolies fonctionnelles de diverses natures : affectives, réactionnelles, involutionnelles, se répartissent comme suit : TapLEaU Il Mélancolie P T Amé- eu N on amé- améliorés liorés Technique suivie Liorés Largactil après échec.Largactil seul Largactil suivi d\u2019autres thérapeutiques Largactil associé. 1086 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 Ici, l\u2019effet du largactil après échec des autres traitements est sensIblement le même que dans la manie, quoique moins saisissant.Les résultats du largactil employé seul sont encore une fois dispersés et un peu moins favorables.Quand le médicament a été efficace 1l l\u2019a été rapidement règle générale : 10, 14, 15, 16, 17, 18 et 22 Jours d\u2019hospitalisation.Par contre en cas d\u2019échec, le passage à l\u2019électrochoc a donné de plus brillants résultats et souvent très rapidement.L'association à l\u2019électrochoc a été employée relativement moins souvent et a donné de plus sobres résultats.La durée du traitement a été écourtée mais comparativement moins que dans la manie, soit 15, 16, 17, 19, 25, 26, 28 et 30 Jours, etc.Les psychoses mixtes sont généralement plus rebelles à la thérapeutique par l\u2019électrochoc.L\u2019élément confusionnel surajouté y tient souvent plus de place et les rechutes sont plus fréquentes.Dans cette catégorie de psychoses affectives les résultats fournis par le largactil ont été en général plus démonstratifs.TaApLEAU III Psychoses mixtes ; Très , Non c Techni .c Gué- 7 Amé- i Troupe echnique suivie as ris amé- liorés améliorés liorés 1\u20ac7 Largactil aprés échec.15 6 4 5 \u2014 2e Largactil seul.5 3 1 \u2014 1 3e Largactil suivi d\u2019autres thérapeutiques.1 1 \u2014 \u2014 \u2014 4e Largactil associé.7 7 \u2014 \u2014 \u2014 Total.LL LL LL Lee .| 28 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 Le premier groupe qui comprend les cas les plus rebelles a réagi favorablement.Une malade est guérie dès la deuxième Journée au Octobre 1954 Lavar.MÉDicAL 1087 largactil.Une a guéri après cinq séries d\u2019électrochocs pour autant de rechutes.Une autre avait reçu 108 traitements électriques à part d\u2019autres traitements.D\u2019autres étaient empirés par l\u2019électroplexie.Une malade présentait un délire mystique et hypochondriaque avec des troubles cénesthésiques si bizarres qu\u2019elle fut soupçonnée de schizophrénie.Dès la deuxième Journée du traitement par le largactil, tous ses troubles étaient définitivement disparus.Le largactil employé seul a donné des guérisons rapides, soit neuf et douze jours.Celle qui n\u2019a pas bénéficié du traitement avait été traitée ailleurs sans résultat et s\u2019est pressée de se pendre avant qu\u2019elle puisse être traitée adéquatement.Dans le cas où l\u2019électrochoc a guéri une malade qui avait reçu du largactil, celui-ci avait donné un excellent résultat, suivi d\u2019une rechute qui peut-être aurait guéri avec la reprise du largactil.Dans les diverses formes de schizophrénies traitées pour la première fois, les résultats ont été à peu près nuls.TaBLEau IV Schizopbrénies Le Ame.Pew Non Groupe Technique suivie Cas liorés @mé- améliorés liorés 1êr Largactil après échec.1121 221112200000 4 1 \u2014 3 Qe Largactil seul.LL LL LL 0 9 2 2 5 3e Largactil suivi d\u2019autres thérapeutiques.(Traitement en cours) 4\u20ac Largactil associé.1.112120 0 00 LL Le 2 2 \u2014 \u2014 Total.LL LL LL LL LL 15 \u2014 \u2014 \u2014 Les améliorations mentionnées sont relatives à la gravité des symptômes antérieurs.Une seule de ces malades a quitté l\u2019hôpital après traitement par le largactil seul et elle n\u2019est pas guérie. 1088 LavaL MEbpicaL Octobre 1954 Dans six cas d\u2019état paranoiaque et de psychose hallucinatoire chronique, les résultats sont du même genre et difficiles à coter.Par contre, dans les états confusionnels de diverses origines les résultats ont été des plus encourageants : TaBLEAU V États confusionnels Guë Très Non .ué- ; , Groupe Technique suivie Cas ris amé- améliorés liorés 1¢r Largactil aprés échec._.2 1 \u2014 1 2\u20ac Largactilseul._.11 7 3 Î Total.AR AA aa 13 \u2014 \u2014 \u2014 Dans le premier groupe, une malade avait reçu sans succès, pour oniroïdie dix-sept électrochocs et deux métrazols.Son délire l\u2019a quittée dès la première Journée où elle reçut du largactil.Dans l\u2019autre cas, il s\u2019agissait d\u2019une confusion post-traumatique qui a nécessité l\u2019internement.Dans le deuxième groupe, chez les guéris il s\u2019agissait de confusion réactionnelle, de confusion chez un épileptique, d\u2019hallucination chez un néphritique hypertendu, d\u2019hallucinations récentes chez un débile, de confusion chez une cardiaque et chez une hypertendue.Enfin un autre malade présentait un état confusionnel secondaire à l\u2019électrochoc pour névrose.Chez les très améliorés, la confusion était disparue, mais 1l persistait quelques troubles mentaux d\u2019une autre nature.Une tuberculeuse s\u2019est remise assez bien pour être transférée dans un sanatorium.Chez un autre, des hallucinations récentes d\u2019origine indéterminée sont disparues rapidement.L\u2019autre cas qui n\u2019a pas réagi favorablement est celui d\u2019une femme qui présentait une encéphalite aiguë probablement secondaire à un trai- = ft.eee AO.SE Octobre 1954 Lavar.MÉDICAL 1089 tement de son rhumatisme par la cortisone.Le largactil l\u2019a calmée, mais ne l\u2019a pas empêchée de mourir.La confusion est par essence un phénomène transitoire, mais l\u2019amélioration semble bien avoir été plus rapide que habituellement.Les hallucinations disparaissent remarquablement vite.On aurait pu inclure dans le même groupe trois cas de delirium tremens, dont l\u2019un était porteur d\u2019une fracture récente de la base du crâne et qui tous ont été immédiatement calmés par le largactil, qui ont vu leur fièvre baisser tout de suite et qui se sont désintoxiqués plus vite et plus facilement que d\u2019habitude.La désintoxication d\u2019un morphinomane de 37 ans a été facilitée et accélérée en douze jours de la même façon.Ceci laisse entrevoir que l\u2019action favorable du largactil pourrait pour une part être attribuée à un effet détoxifiant.Dans le cas de psychoses artérioscléreuses, dans une psychose sénile, dans deux cas de psychoses des arriérés, à part la sédation momentanée, le largactil n\u2019a rien donné.De deux psychopathes traités par le largactil seul, un alcoolique a été très amélioré et un anxieux caractériel a quitté l\u2019hôpital amélioré.Une sédation temporaire a été le seul résultat obtenu, chez 57 malades internés turbulents, atteints de diverses psychoses chroniques de longue évolution.Ce résultat est quand même appréciable et se compare avantageusement par sa facilité d\u2019application aux traitements de chocs employés comme sédatif.Un médicament, actif par la bouche, ou en injection, pour le traitement ambulatoire des psyvchonévroses assez gravement malades pour exiger plus ou autre chose que la psychothérapie serait très bien venu.Malheureusement, le vice réactionnel de ces individus s\u2019accommode mal des sensations provoquées chez eux par le largactil et on peut dire que l\u2019essai de cette médication dans 63 cas de psychonévroses a été plutôt décevant dans l\u2019ensemble.Certains malades ont paru même empires.Deux neurasthéniques seulement ont été traités par le largactil seul et le résultat a été 100 pour cent négatif. 1090 LavAaL MÉDicaL TaABLEAaU VI Octobre 1954 Psychasthénie Groupe Technique suivie Cas ame ae ot liorés liorés 1êr Largactil aprés échec.; Le 1 \u2014 1 _\u2014 2e Largactil seul._.11 2 2 7 3e Largactil associe EST.1 \u2014 \u2014 0 Total.co 1 ALL LL RL 13 \u2014 \u2014 \u2014 TapLEaU VII Hypochondrie Groupe Technique suivie Cas ame pe ot liorés liorés 1\u20acr Largactil aprés échec.1 \u2014 1 \u2014 2e Largactil seul .1.1111110 010110 LL 8 1 \u2014 7 3\u20ac Largactil associé.2 \u2014 \u2014 2 Total.LL LL LL LL LL 11 \u2014 \u2014 \u2014 TaBLeau VIII Anxiété N Guë- Très Amêé- Peu Non Groupe Technique suivie Cas ris amê- liorés amé- amê- liorés liorés liorés 2\u20ac Largactil seul.26 2 6 3 11 4 3e Largactil associé.4 \u2014 \u2014 4 \u2014 \u2014 Total.110120 00 a as ea Le 30 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 Octobre 1954 LavAL.MÉDICAL TaBLEAU IX Anxiété bystérique Très Peu Non amé- amé- améliorés liorés liorés Gué- Technique suivie qu ris Largactil après échec.Largactil seul.Largactil associé En somme, on a noté certains encouragements dans les formes anxieuses, mais les résultats ont été très dispersés.Ceci s\u2019accorde avec ce qu\u2019on observe avec les autres traitements et dépend probablement du fait que cette catégorie groupe des cas très disparates.Les uns sont des anxieux chroniques, sensibles même aux situations usuelles et aussi aux traitements employés.Leur cas s\u2019apparente à celui des autres psychonévrosés chroniques, neurasthéniques, psychasthéniques ou hypochondriaques et ils sont aussi résistants aux traitements.Les autres sont des anxieux réactionnels qui répondent à une situation exceptionnelle ou spécifique et qui sont généralement faciles à guérir.Les anxieux hystériques qui s\u2019apparentent à cette dernière catégorie ont eux aussi réagi favorablement.Il reste neuf cas, classés sous la rubrique divers et qui se détaillent comme suit : Une jeune fille atteinte d\u2019hypomanie d\u2019allure hystérique avec un comportement normal a reçu deux injections par Jour durant dix-sept jours et son état n\u2019a pas été modifié.Une femme présentant des vomissements incoercibles de la grossesse a guéri en six jours en prenant 900 milligrammes de largactil en injection. 1092 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 Dans deux autres cas de vomissements irréductibles chez des an- xiIeuses suspectes d\u2019hystérie, les vomissements ont été contrôlés par le largactil seul.Dans un cas d\u2019épilepsie temporale se manifestant par des crises anxieuses et de la dépression, l\u2019amélioration a été minime.L\u2019asthme chez une débile émotive a été calmé momentanément par le largactil et l\u2019électrostimulation.Dans un cas de parkinson postencéphalitique le largactil a calmé l\u2019anxiété, mais n\u2019a pas modifié sensiblement le syndrome extrapyramidal.Un jeune homme souffrant de troubles circulatoires d\u2019origine sympathique aux membres inférieurs n\u2019a pas été soulagé par le largactil.Un cas de névralgie pelvienne chronique et très rebelle, non amélioré par diverses interventions chirurgicales et peu modifié par les infiltrations épidurales a été très amélioré par les injections de largactil pendant la durée du traitement seulement.En résumé, le largactil s\u2019est montré plus actif chez les grands malades aigus, traités dans les institutions psychiatriques, que chez les clients des dispensaires psychiatriques des hôpitaux généraux.Dans certains cas, il a donné des résultats spectaculaires, après l\u2019êchec de traitement pourtant très actif.Dans d\u2019autres cas, il a fourni à lui seul des résultats rapides et très favorables qu\u2019aucun autre médicament n\u2019avait pu réaliser à date.Mais assez souvent, la médication doit être supplémentée par un traitement de choc et l\u2019association des deux techniques a, semble-t-il, fourni les résultats les plus constants.De plus l\u2019usage du largactil a transformé favorablement l\u2019atmosphère des départements où sont traités les agités tapageurs.Le personnel de ces salles apprécie hautement le fait que les cris et les chants se sont tus, que les mesures de contention et d\u2019isolement ne sont plus nécessaires, que les nuits sont calmes et mieux dormies.En général le traitement par la bouche s\u2019est montré nettement moins efficace que les injections.Le dosage optimum n\u2019est pas encore nettement défini.L\u2019augmentation des doses a parfois amélioré les résultats, parfois pas.Il semble qu\u2019il y ait intérêt à frapper fort dès le 1093 Lavar\u2026 MÉDicaL Octobre 1954 début et à ne pas suspendre brusquement la médication, mais plutôt la continuer par la bouche à dose décroissante.Après une rechute, la reprise du traitement peut ramener et consolider la guérison.Le traitement doit être surveillé de près et se prête mal à une cure ambulatoire intensive.L\u2019hypotension provoquée est variable et se rencontre surtout au début de la cure.Elle peut s\u2019accompagner de palpitations, de malaises circulatoires et si le malade ne reste pas alité après l\u2019injection peut aboutir à une perte de connaissance.Ceci a été observé deux fois dans cette série.Un insuffisant cardiaque a vu son insuffisance augmentée.Un certain nombre de malades ont fait de la diarrhée, d\u2019autres se sont plaints de constipation ou de troubles gastriques.Un diabète a été augmenté, avec accentuation d\u2019une furonculose.Une malade a fait une éruption généralisée non prurigineuse.Une garde-malade prédisposée aux réactions allergiques a fait une réaction cutanée après avoir manipulé du largactil.Nous avons pu soupçonner des troubles hépatiques dans de rares cas, mais nous n\u2019avons pas observé d\u2019ictère comme en ont signalé des observateurs qui avaient utilisé le médicament à forte dose.Le malaise dont le plus grand nombre de patients se sont plaints siège aux fesses.Les injections doivent être faites très profondément et bien dans le muscle.Même ainsi le médicament se résorbe mal.L\u2019addition de novocaïne n\u2019a pas été favorable.L\u2019addition d\u2019hialu- ronidase dans deux cas a donné de bien meilleurs résultats.Malgré que nos gardes-malades soient spécialement averties, nous avons observé dans quatre cas des abcès stériles qui se sont résorbés sans s\u2019ouvrir.Ils ont été découverts par ponction lors d\u2019injections subséquentes.On peut dire que, dans l\u2019ensemble, les complications ont été minimes et que, sous surveillance hospitalière, le traitement par le largactil est relativement anodin.Nous devons dire en terminant que si le largactil est une acquisition importante pour la thérapeutique psychiatrique, ce n\u2019est pas une panacée.Il ne remplace aucune des thérapeutiques existantes et 1l doit être 1094 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 utilisé de façon éclectique en son lieu et en son temps comme tous les autres traitements eflicaces.Discussion Le docteur Sylvio Caron félicite son élève d\u2019avoir eu la franchise de ne pas présenter le largactil comme une panacée, comme d\u2019autres l\u2019ont fait récemment.Le docteur Gaumond rapporte plus en détail les améliorations rapides qu\u2019il a obtenues dans le traitement de deux cas de psoriasis par le largactil.Il ne s\u2019agit pas de guérison, mais d\u2019une décongestion des plaques, avec une disparition du prurit dont les malades sont particulièrement satisfaits.Au docteur Roland Desmeules qui lui demande si la médication orale serait suffisante, le docteur Gaumond répond que son premier malade a été traité par voie intramusculaire, mais que le second traité seulement oralement par l\u2019association de largactil et de phènergan a obtenu la même sédation bienfaisante. MOUVEMENT MÉDICAL LA MÉDECINE ET LE RESPECT DE L\u2019INDIVIDU SELON LE DOCTEUR RENÉ BIOT par Abbé J.-P.SCHALLER, s.T.D.* Depuis quelques années on insiste étrangement, dans les sciences et les disciplines les plus diverses, sur la nécessité de respecter les droits de la personne et de ne pas mépriser la dignité de l\u2019individu.Les théologiens, les philosophes, les sociologues, les gens de lettres sentent l\u2019impérieux devoir d\u2019affirmer à nouveau, chacun dans son domaine, tout ce qui caractérise l\u2019homme comme « substance individuelle d\u2019une nature rationnelle », selon les termes de Boèce définissant la personne.Ce zèle de tous ceux dont l\u2019influence guide quelque peu le monde, et qui ne veulent pas que l\u2019individu soit noyé dans la masse, prouve le danger actuel d\u2019oublier les droits et les devoirs de la personne humaine.Nous vivons au siècle de l\u2019organisation, des groupements, des sociétés et des communautés.Il serait pour autant condamnable de transformer l\u2019homme en un numéro perdu dans la foule, en un être anonyme absorbé par l\u2019ensemble.Il serait condamnable de juger l\u2019homme et de le traiter non point comme un microcosme mais comme une partie quelconque d\u2019un vaste corps régi par des principes semblables à des automates.* Cf.Laval Médical, 19 : 551, (avril) 1954. 1096 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 La médecine, elle aussi, a senti cette pressante nécessité de réagir contre une périlleuse évolution d\u2019un art qui atteint l\u2019homme essentiellement dans sa nature mdividuelle.Cette évolution consiste à traiter le patient comme une chose ou comme un animal, mais non plus comme un être humain en qui agissent de multiples facteurs échappant à des règles immuables.La maladie de l\u2019homme doit être comprise en fonction de son passé, de son hérédité, de ses conditions de vie, de son entourage, de ses préoccupations, de ses soucis, de sa volonté de guérir, bref en fonction de nombreuses influences que ni le laboratoire ni le bistouri ne sont à même de déceler.Et voilà pourquoi le docteur René Biot, le médecin [yonnais, dont les ouvrages sont aussi connus qu\u2019estimés, assume constamment la mission de prôner le devoir qu\u2019a chaque médecin de refaire pour chaque patient sa médecine, c\u2019est-à-dire d\u2019appliquer les principes généraux, étudiés à la Faculté, d\u2019une manière humaine qui ne veut point ignorer la valeur individuelle du malade traité.LA MÉDECINE AU SERVICE DE L\u2019HOMME Le docteur R.Biot répond à sa vocation d\u2019une manière large et profonde.Pour lui la médecine humaine qu\u2019il préconise est « l\u2019art d\u2019utiliser toutes les sciences de la vie au profit de la santé de l\u2019homme » 1.On sent ainsi, de suite, que le médecin de Lyon n\u2019accepte pas une thérapeutique où le patient serait considéré comme un ensemble mécanique de divers organes mais non comme une synthèse compliquée où les relations du psychisme et du physique créent des conflits qu\u2019il faut patiemment résoudre.La médecine, dit l\u2019auteur, refusera « de considérer un homme schématique et isolé de tout contact, aussi bien avec l\u2019univers qu\u2019avec sa famille et avec ses semblables.Pour être intégralement humaine, elle devra être familiale et sociale, tout autant que servante des fins spirituelles ».2 Partant de pareils principes la nécessité se fera immédiatement sentir, pour le praticien, de rester au chevet du malade non seulement comme un 1.Docteur René BioT, Le corps et l\u2019âme, Paris, Plon (Présences), 1938, p.240.2.Docteur René BioT, Santé humaine, Paris, Plon (Présences), 1942, p.238. Octobre 1954 Lava.MÉDIcAaL 1097 homme de science mais encore comme un être bienveillant et compréhensif qui se penche sur un de ses semblables dans la peine.La médecine, ainsi comprise, «redonne à la relation entre médecin et malade le caractère d\u2019un contact direct entre deux personnes, au lieu de cet affreux dessèchement du cœur à quoi aboutit une médecine en série.La médecine humaine va se faire accueillante à ces récits des souffrances, des épreuves, à ce qui établit d\u2019emblée un contact direct entre les deux hommes qui sont là dans le recueillement du cabinet ».3 Il faut apprécier à leur juste valeur ces termes du docteur R.Biot : J « médecine accueillante » et « contact direct ».Immédiatement on devinera l\u2019influence que va exercer un pareil médecin sur ses patients.Le pasteur d\u2019Ame ne peut que se réjouir de sentir, chez des praticiens consciencieux ce désir profondément sincère d\u2019aller à la rencontre du malade.Le docteur R.Biot n\u2019entend aucunement que la médecine humaine remplisse tous les offices même ceux du prêtre ou du directeur d\u2019âme.Certes l\u2019auteur reconnaît au médecin le droit de pénétrer très avant dans la vie privée du patient, afin de déceler tout ce qui pourrait jouer un rôle dans l\u2019origine ou l\u2019évolution du mal.Toujours, cependant, le respect du sujet devra diriger les questions du praticien ou même Îles limiter.« Il est incontestable, écrit le docteur R.Biot, que le médecin a le droit de pousser son Investigation psychologique extrêmement loin, car dans cette pénétration il peut lui manquer des éléments indispensables pour soigner efficacement son malade.Mais s\u2019il a le droit de savoir, c\u2019est parce que, ainsi, Il sert.Mais il sert quoi ?1?ou mieux qui?la personne.II peut donc y avoir des cas ou son savoir n\u2019est plus licite » (Pour une médecine du corps et de esprit, p.26).Cette dernière remarque restreint l\u2019office du médecin.Car le docteur R.Biot sait parfaitement qu\u2019actuellement la médecine dépasse souvent le cadre où elle doit se mouvoir, en pénétrant dans des sphères que seul le prêtre aurait le droit de sonder.C\u2019est ce qui faisait écrire à l\u2019auteur : «Il y a au fond de \"ame des sanctuaires que seul le prétre a qualité pour ouvrir » (Le corps et l\u2019âme p.235).3.Docteur René Bior, La médecine au service de la personne.Dans Pour une médecine du corps et de l\u2019esprit.Chronique sociale de France, Lyon, p.21 et p.17. 1098 Lava\u2026.MÉDicaL Octobre 1954 Ainsi, parce qu\u2019elle veut demeurer humaine, cette médecine respecte la hiérarchie des valeurs.Le docteur R.Biot sait que non seulement certaines interventions chirurgicales peuvent aller contre les droits de la saine morale (pensons à l\u2019avortement ou à la stérilisation), mais qu\u2019encore certaines méthodes psychiatriques risquent de détourner le patient de principes que lui rappelle ou enseigne sa religion.Et c\u2019est sans doute cela qui explique une légère méfiance, de la part de l\u2019auteur, à l\u2019endroit des pro- cédès modernes de psychothérapie.Non pas que le docteur R.Biot nie la nécessité d\u2019étudier à fond, pour autant que faire se peut, la nature psychosomatique de l\u2019homme.L'auteur écrit même que la médecine humaine «sera d\u2019abord une science des relations du physique et du moral.Le problème des relations du physique et du moral est vieux comme le monde, mais Il n\u2019est pas exagéré de dire qu\u2019il a été entièrement rénové ces dernières années » (Pour une médecine du corps et de l\u2019esprit, p.15).Ceci établi, le médecin lyonnais tient à relever l\u2019autre aspect du problème, à savoir le danger que représente pour la vie spirituelle un abus de théories médicales à base de psychothérapie.Car véritablement le surnaturel est d\u2019un autre ordre que celui des corps ou que celui de l\u2019esprit : il est de l\u2019ordre de la grâce.Cette distinction de Pascal 4 a encore et toujours sa valeur fondamentale.Voilà pourquoi la plus extrême réserve s\u2019impose lorsque l\u2019Âme est traitée par un praticien dans le but de soigner l\u2019état général du malade.N'oublions pas que cette âme, selon le langage scolastique, est forme du corps mais aussi siège de la grâce.C\u2019est là une double dignité.Mais entre ces propriétés existe une distance immense qui ne nuit cependant aucunement à l\u2019harmonie des ordres.Seulement il faut de la part du médecin un tel respect de cette âme que pour faire sienne la médecine humaine 1l importe que le praticien soit sincèrement désireux de ne jamais dépasser ces attributions.Ce n\u2019est pas le pessimisme mais la prudence qui dicte au docteur R.Biot cette remarque lourde de sens : « Notre époque va voir se généraliser la pratique de la psychia- : : , 4 ; .- trie; peut-étre jamais pareil fléau n\u2019aura-t-il menacé les ames.» > 4.Blaise PascaL, Pensées.Paris, Librairie Rombaldi, édition Victor Giraud, 1943, pp.371-372 : « La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle.» 5.Docteur René Bror, Médecin et prêtre.Revue Apologétique, Paris, février 1935, t.Lx, p.192. Octobre 1954 Lavar MÉDicaL 1099 L'auteur s\u2019empresse cependant d\u2019ajouter : « mais Jamais aussi les chrétiens n\u2019auront-ils meilleure occasion d\u2019instaurer dans le Christ la médecine elle aussi ».LA MÉDECINE AU SERVICE DE L\u2019ESPRIT Dans la pensée du docteur R.Biot la médecine se range ainsi parmi les sciences et les arts qui servent à élever l\u2019homme spirituellement.On s\u2019éloigne de la sorte considérablement d\u2019un idéal médical où le patient serait traité uniquement à l\u2019aide du microscope, des analyses de sang et d\u2019urine, des courbes de température ou des interventions chirurgicales.Le docteur R.Biot est d\u2019ailleurs par là l\u2019écho de nombreux autres médecins qui se déclarent défenseurs de la clinique en face du laboratoire, sans nier pour autant la bienfaisance de ce dernier.Pasteur Vallery- Radot, observant qu\u2019« une épreuve de laboratoire n\u2019a de valeur qu\u2019associée à la clinique qu\u2019elle doit étayer », écrivait : « Cette foi dans le laboratoire, au détriment de la clinique, a conduit à une méconnaissance de la vraie médecine qui consiste à examiner d\u2019abord le malade et à demander ensuite au laboratoire soit une confirmation du diagnostic, soit une orientation quand l\u2019examen a été sans résultat.» 6 L\u2019académicien ajoutait aussi qu\u2019un médecin qui a le respect et l\u2019amour de son art et qui comprend ce que signifie la personnalité humaine, «se refusera à considérer le malade qui se confie à lui comme un robot dont les ficelles sont tirées par des collectivités anonymes, qui ne connaissent que les statistiques ; 1l verra en ce malade un malheureux qui souffre, qui lui demande secours et qui, par cela même, est son ami» (ibidem, p.159).Certes la médecine n\u2019est pas au service de robots : elle veut au contraire se mettre au service de l\u2019esprit.Le docteur R.Biot partage l\u2019opinion de Pasteur Vallery-Radot, puisqu\u2019il écrivait : 6.Pasteur VALLERY-RADOT, Héros de l\u2019esprit français.Paris, Amiot-Dumont, 1952, p.147.(Médecin d\u2019bier et d\u2019aujourd\u2019hui).On consultera aussi avec profit un article du même auteur paru dans la Revue des Deux-Mondes : Clinique ou laboratoire ?15 février 1937, pp.889-895. 1100 LavaL MEbicaL Octobre 1954 « Selon qu\u2019elle gardera comme idéal de mettre la santé au service de l\u2019esprit qui anime l\u2019homme, ou qu\u2019elle acceptera de le traiter comme un mdividu interchangeable dans la communauté, la médecine de demain contribuera soit à la libération effective de l\u2019homme, soit à son rabaissement au rang de robot.» 7 Le théologien et le pasteur d\u2019Ame, le moraliste et le directeur de conscience doivent applaudir en entendant exposer une pareille doctrine.C\u2019est fréquemment que l\u2019on retrouve, dans l\u2019œuvre du médecin de Lyon, cette expression « au service de 'esprit ».Il y a de l\u2019enthousiasme et de la conviction dans cette exclamation de l\u2019auteur écrivant : « De quelle grandeur la médecine ne sera-t-elle pas revétue, lorsqu\u2019elle saura retrouver le respect des fins spirituelles de l\u2019homme, et sans négliger en rien le souci du corps qui est son domaine propre, trouvera son illumination dernière dans le service de l\u2019esprit.» 8 Une fois encore le théologien salue ce respect des fins spirituelles de l\u2019homme avec une Joie profonde et une grande reconnaissance.Car véritablement pour tenir tête à une civilisation où le spirituel et le surnaturel sont souvent sapés dans leurs bases par de multiples penseurs, il faut que les élites s\u2019unissent pour conserver les vieilles valeurs qui, seules, peuvent sauver la dignité humaine.On sait précisément que le docteur R.Biot dirige la publication d\u2019ouvrages paraissant en France dans la collection Convergences où théologiens, médecins, juristes et biologistes présentent leurs opinions sur des sujets actuels, divers et capitaux°.Dans une conférence donnée à Zurich, en février 1951, Georges Duhamel rappelait ce mot qu\u2019il avait prononcé lors de sa réception à l\u2019Académie française : « Dans le désordre actuel du monde, conserver c\u2019est créer.» Cet écrivain, qui est médecin également, indique par là le programme que doivent suivre ceux qui mfluencent les autres par leurs doctrines, qu\u2019ils soient prêtres ou médecins, philosophes ou pédagogues.Conserver 7.Docteur René BroT, Mer propos au volume de la collection Convergences : Médecine sociale et médecine individue Paris, Spes, 1949, p.9.8.Docteur René Bror, La Médecine au service de la personne, dans Pour une médecine du corps et de \u2019esprit, p.4.Dans Santé bumaine le médecin de Lyon écrit également : « Ainsi, c\u2019est bien au service des fins spirituelles de la personne humaine que la médecine va mettre la santé, si elle veut prendre ce terme dans son acceptation totale et en épuiser toutes les exigences », p.129.9.Ces ouvrages proviennent du Groupe lyonnais d\u2019études médicales, philosophiques et biologiques (Paris, Spes) et traitent des sujets comme Médecine et \u2018sexualité, Le coupable est-il un malade ou un pécheur ?, Où commence la maladie ?, Où finit la santé ?, etc.Ces études fouillées devraient être connues de tous les « responsables » modernes. Octobre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 1101 l\u2019espérance, face à un monde révolté, conserver la charité, face à un monde haineux, conserver la foi, face à un monde « désacralisé », cela n\u2019est pas la tâche uniquement des ministres de la religion.Un médecin, indirectement, sans gérer le surnaturel qui n\u2019est pas son domaine, peut favoriser, par son influence sur les malades, une vie morale et un équilibre physique et psychique qui permettent à la nature de recevoir la grâce et les dons d\u2019en haut.Si l\u2019on est animé de mauvaise volonté, on accusera peut-être le médecin soucieux des fins spirituelles du malade d\u2019être un praticien peu versé dans sa science et qui préfère recourir à l\u2019argument facile du secours divin, plutôt que d\u2019acquérir une connaissance approfondie de la thérapeutique.Le docteur R.Biot a prévu cette remarque déloyale : 11 y répond avec une simplicité convaincante : « Se savoir un Instrument entre les mains du T'out-Puissant stimule l\u2019effort.De dire : « je le pansai, Dieu le guarit» n\u2019em- chait pas le vieil Ambroise Paré d\u2019être le plus savant et le plus entreprenant des chirurgiens de son temps.Bien loin de dispenser le médecin de l\u2019effort, la croyance en la Providence est un encouragement à la recherche scientifique.Car le chrétien qui sait que c\u2019est Dieu le maître de toutes choses, et de la vie et de la guérison, sait aussi que la volonté de Dieu, pour s\u2019accomplir sur la terre tout autant qu\u2019au ciel, se sert de notre travail et de notre charité.» 10 Ainsi la croyance en la Providence ne fait pas éviter l\u2019effort, au contraire elle le stimule.La théologie ne peut que ratifier les lignes du docteur R.Biot car le vieux dicton « aide-toi, le Ciel t\u2019aidera » conseille de ne pas tenter Dieu, mais d\u2019apporter sa contribution à l\u2019œuvre que Dieu demande que nous accomplissions.Fénelon, qui conseillait à ses dirigés de « parler naïvement au médecin » afin qu\u2019il puisse sagement décider ce qui est à entreprendre, savait tempérer le zèle excessif de certaines pénitentes qui, précisément, n\u2019accordaient pas assez de soin à leur santé.C\u2019est ainsi que le 7 octobre 1708, l\u2019archevêque écrivait à la comtesse de Montberon : «Vous garderez tout aujourd\u2019hui le grand jeûne de messe, d\u2019office, et de toute entrée à l\u2019église.Votre santé le demande, et par conséquent Dieu le demande aussi.Il faut le servir à sa mode et non à la vôtre.» 11 Dans Médecine officielle et 10.Docteur René Bior, Vers l\u2019unité de la médecine.médecines bérétiques, Paris, Plon (Présences), 1945, p.342.11.FÉNELON, Correspondance, Paris, Ferra Jeune, 1827, t.v, pp.518-519.(10) 1102 LavaL MÉDICAL Octobre 1954 Le médecin, en soignant le patient, sert Dieu, lui aussi, pour autant qu\u2019il respecte dans le malade l\u2019image du Créateur et l\u2019enfant du Père.Le médecin chrétien ne perdra jamais courage devant des échecs éventuels.Il n\u2019y a aucun ton désabué, aucune lassitude, dans les observations du docteur R.Biot lorsqu\u2019il constate que «les médecins ne se font guère d\u2019illusions sur l\u2019imperfection de leurs connaissances » (Vers l\u2019unité de la médecine, art.cit, p.334), ou lorsqu\u2019il écrit que « l\u2019ambition de l\u2019art médical qui est d\u2019aider le malade à guérir, aura souvent la sagesse de se borner à aider les hommes à s\u2019accommoder le moms mal possible de leurs insuffisances de santé ».12 Chaque médecin sait bien que sa science n\u2019est pas une science exacte.Le clinicien comme le chirurgien n\u2019ignorent point quelles surprises réserve parfois le déroulement d\u2019une maladie ou d\u2019une opération même apparemment bénignes.Dès lors le médecin respectueux précisément des fins spirituelles du malade se souviendra de la hiérachie des valeurs et ne résumera pas le bien de l\u2019homme à sa seule santé.«Ouverte vers la sagesse, la médecine humaine saura aller Jusqu\u2019à accepter que le bien du corps soit compromis, voire immolé pour l\u2019ascension de l\u2019âme » (La Médecine au service de la personne, p.25).Ces lignes du docteur R.Biot trouvent un écho dans un autre texte de l\u2019auteur, paru en 1951 : « Pour qui saurait voir ce qui se passe vraiment dans Ame, la névrose du saint, si elle subsiste encore, au lieu d\u2019étre uniquement paralysante devient occasion de sacrifice et d\u2019acceptation rédemptrice et tout est changé, dans la réalité profonde, la vraie, celle qui importe en définitive.» 13 Ces lignes merveilleuses montrent exactement combien le médecin se doit de conserver un grand respect pour la vie spirituelle du malade.12.Docteur René Bior, Introduction à l\u2019ouvrage de la collection Convergences, intitulé : Où commence la maladie ?, Où finit la santé ?, Paris, Spes, 1953, p.13.13.Docteur René BioT, Esquisse d\u2019attitudes pratiques du médecin et du confesseur.Dans Le coupable est-il un malade ou un pêcheur ?, Paris, Spes, Convergences, 1951, p.220. Octobre 1954 LavaL.MÉDICAL 1103 Il n\u2019a pas à la diriger mais il peut se souvenir que dans l\u2019homme il y a d\u2019autres valeurs que des glandes endocrines, un système nerveux ou un équilibre mental.Certes, pour tendre à la sainteté il faut un minimum de santé physique et psychique.Le professeur H.Baruk écrit, par exemple, que « certaines substances hormonales semblent avoir une action très marquée sur le caractère et sur la conscience morale » 14, Cette influence du physique et du psychique sur la vie morale est un thème fréquemment traité aujourd\u2019hui dans la littérature médicale.Les théologiens et les directeurs d\u2019âme auront tout avantage à connaître les conclusions de pareilles études et de ces recherches.Mais cependant aussi longtemps qu\u2019un brin de liberté demeure, le malade est toujours placé devant le choix qui peut faire de lui un saint et un élu.C\u2019est ce qui faisait dire au R.Père E.Tesson, professeur à la Faculté de théologie de Paris : « L\u2019attitude foncière de l\u2019homme en face de l\u2019Absolu n\u2019est jamais conditionnée par une cure médicale, à moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019un être totalement aliéné et dont, par hypothèse, on pourrait envisager la guérison.» 15 LA MÉDECINE AU SERVICE DE L\u2019INDIVIDU Si l\u2019on est un peu habitué à consulter les récents travaux que publient des médecins de France, d\u2019Allemagne, de Suisse et d\u2019ailleurs, on découvrira promptement chez ces auteurs, d\u2019une part une certame méfiance à l\u2019égard de la spécialisation outrée en médecine, d\u2019autre part un regret profond de voir disparaître peu à peu le médecin de famille.Le docteur R.Biot se range également parmi ceux qui s\u2019opposent à pratiquer la médecine de manière impersonnelle.On multiplie les analyses et on ignore la synthèse.On étudie un organe malade séparé du reste du corps, oubliant les phénomènes d\u2019« interférence » de l\u2019organisme humain.Le médecin de Lyon, dans ce domaine, fait des remarques où règne un bon sens que l\u2019on regrette de ne pas découvrir chez tous les praticiens.« L\u2019être n\u2019est pas une addition d\u2019 organes et de systèmes, il n\u2019est pas le fruit d\u2019une construction par pièces successives, comme une 14.Professeur H.BArux, Psychiatrie morale expérimentale, individuelle et sociale.Presses universitaires de France, Paris, 1945, p.171.15.R.Père F.TEsson, ss, Sexualité, morale et mystique.Dans Mystique et Continence, Les études carmélitaines, Desclée de Brouwer, Bruges, 1952, p.374. 1104 Lava\u2026 MÉDicaL Octobre 1954 machme dont on monte les rouages les uns après les autres.Jamais l\u2019on ne rencontre deux individus semblables.Leur passé conditionne si étroitement leur présent que même si à l\u2019origine deux êtres avaient pu être identiques, la série des circonstances qui ont agi sur eux en ont fait deux hommes différents » (Le corps et l\u2019âme, p.3 et p.8).Seul, dès lors, le médecin de famille sera capable de comprendre le patient, et comprendre un malade est sans doute le premier effort nécessaire dans l\u2019art de guérir.Le médecin de famille ne se limitait pas à diverses analyses isolées du tout, car « qui dit analyse dit nécessairement, par définition, fractionnement, mise en morceaux » (ibidem, p.14).Il veillait à réaliser la synthèse entre les causes lointaines et prochaines qui avaient conduit le malade à son état actuel.Hëlas ! aujourd\u2019hui dans certaines clmiques ou lors de certaines consultations médicales, le patient devient parfois un sujet quelconque, un « cas » avec dans ce mot une note très impersonnelle, un numéro, enfin, qu\u2019il faut ranger dans telle ou telle catégorie et qui a besoin, de ce fait, de telle injection, de tel traitement ou de telle opération.C\u2019est peut-être en songeant à cet état de choses que le docteur R.Dumesnil avait écrit : «Le jour où le médecin n\u2019aurait plus qu\u2019à mettre en mouvement des rouages et des machines, la médecine serait plus dangereuse qu\u2019utile.» 16 Une fois encore le médecin sert la cause de l\u2019humanité moderne lorsqu\u2019il entend demeurer individuel dans sa manière d\u2019agir, et ceci parce que le malade est une personne et non un élément anonyme.Le prêtre lui-même doit trouver là une source de leçons et d\u2019indications.Ce ne va pas être en vain que le professeur M.Sendrail constatera que « notre chimie nous est strictement personnelle » 17.Cette remarque a son importance pour le prêtre en tant que médecin des âmes puisque saint Thomas d\u2019Aquin aime à rappeler que le corps est l\u2019instrument de \"Ame a1 16.Docteur René DumesniL, L\u2019dme du médecin, Paris, Plon (Présences), 1938, p.81.17.Professeur Marcel SENDRAIL, La biologie du moi.Dans Médecine sociale et médecine individuelle, Spes, Paris, Convergences, 1949, p.83. Octobre 1954 Lavar.MÉDicaL 1105 (instrumentum animæ) 18.Le moyen âge n\u2019oubliait pas le caractère individuel du microcosme qu\u2019est l\u2019homme.Aujourd\u2019hui, dans le ministère, existe certainement un piège qui consiste à donner trop de soins aux groupements et plus assez à chaque fidèle pris en particulier.Il y a chez de nombreux ecclésiastiques un zèle tel pour les « mouvements d\u2019action » qu\u2019on pourrait dire aussi que le « prêtre de famille ») est en train de disparaître, ou du moins risque de perdre son importance.Toute ardeur poussée à l\u2019excès abandonne son caractère vertueux.Médecin et prêtre doivent rester ou redevenir d\u2019abord ceux qui entretiennent avec le malade du corps ou de l\u2019âÂme un colloque particulier qui ne ressemble à aucun autre.C\u2019est avec raison que le docteur P.Fournier, dont nous parlions dans un article précédent, regrette le temps où le médecin de famille allait faire ses visites, paisiblement, en fiacre, méditant sur ses malades, pensant à leurs soucis, à leurs préoccupations, à leur famille.Ce praticien savait que (nos problèmes de vie jouent un rôle considérable aussi dans les maladies organiques » 19, Certes ce n\u2019est pas qu\u2019il faille radicalement condamner le spécialiste : ses lumières sont d\u2019un précieux secours pour la thérapeutique.Mais 1l ne faut jamais perdre de vue la synthèse.Le docteur R.Biot révèle ses craintes lorsqu\u2019il doit constater : « Notre savoir risque de périr étouffé sous l\u2019abus des sciences.Même à l\u2019intérieur d\u2019une science, ses serviteurs arrivent a s\u2019ignorer : tel qui consacre sa vie à la physiologie du foie ou celle du rein, ne peut suivre que de loin les travaux du cardiologue, il s\u2019expose un jour à ne plus en comprendre le langage.» 20 Il importe donc de revenir à l\u2019«homme total».Et sans nier la nécessité du savoir il vaut mieux peut-être passer une demi-heure de plus au chevet du patient pour écouter ses plaintes et gagner sa confiance que 18.Summa contra Gentiles : « quia vero corpus est anima instrumentum », lib, IV, cap.73, Summa theologica : « ipsumque corpus est propter animam, sicut materia propter formam, et instrumenta propter motorem, ut per ea suas actiones exerceat », I 11, q.2, a.5,c.Voir encore I II, q.56, a.4, ad 3.19.Docteur Paul TourniER, Médecine de la Personne, Neuchâtel (Suisse), Dela- chaux et Niestlé, 1945, 8\u20ac édition, p.13.20.Docteur R.BioT, Avant-propos à Médecine et sexualité, Paris, Spes, Convergences, 1950, p.9 1106 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 de passer ce temps à son bureau pour y apprendre les résultats qu\u2019éventuellement le laboratoire espère bientôt obtenir.Le médecin de famille devra user des découvertes faites par les spécialistes, mais il ne saurait négliger la sollicitude qui appartient à son art, car « tout ce que l\u2019homme concret offre à notre observation réelle est toujours, en même temps et du même coup, corps et Ame, esprit et matière.C\u2019est en cela et par cela que l\u2019homme est homme » 21, Cette situation très particulière de l\u2019être humain impose aux sciences et aux arts qui le servent le devoir de ne pas oublier que chez chacun et chacune 1l y a des réactions à nulles autres pareilles et qui font précisément de chaque homme un monde particulier.Le prêtre et le médecin sont peut-être aujourd\u2019hui les gardiens les plus indiqués des valeurs individuelles.Ils doivent donc éviter la contagion du collectivisme et demeurer penchés sur un être, quel qu\u2019il soit, avec toute la disponibilité voulue pour comprendre son cas qui n\u2019est pas et ne sera Jamais celui du voisin.« Oublierait-on, \u2014 écrit le docteur R.Biot \u2014 que chaque malade individualise tellement les symptômes qu\u2019il présente que Jamais deux cas ne sont absolument comparables?Tout différe : le tempérament Initial et l\u2019hérédité, [es conditions habituelles de vie, le passé pathologique, les maladies antérieures et les traces qu\u2019elles ont laissées » ( Vers l\u2019unité de la médecine, p.336, art.cit.).Tout diffère : c\u2019est à cela aussi que doivent songer le directeur d\u2019âÂme, le confesseur et l\u2019aumônier des malades.C\u2019est cette différence, fondement de la variété, qui permet aux valeurs humaines de rester attachantes, car un monde où chacun deviendrait un simple engrenage dans une machine immense serait un monde sans vie, sans attrait et sans tradition.Le médecin est le gardien de la cité, lui aussi, d\u2019une cité où l\u2019harmonie entre la matière et l\u2019esprit, entre le corps et l\u2019âme, subsiste sans relâche parce que le corps y est estimé et l\u2019âme respectée.La médecine peut jouer un rôle capital dans la défense de la civilisation.Mais le jour où elle deviendra une pure spécialisation, ignorante de l\u2019ensemble, 21.Docteur René BroT, Le corps et l\u2019âme, p.103.L\u2019auteur écrit ailleurs: « La médecine doit considérer non seulement tel ou tel organe, mais encore l\u2019homme total fait d\u2019un corps et d\u2019une âme, en un mot elle doit être vraiment une médecine humaine » (La médecine au service de la personne, art.cit, p.31).Dans Santé bumaine le docteur René Biot constatait : « quand 1l s\u2019agit de médecine, il y va de l\u2019homme tout entier », p.206. Octobre 1954 Lavar MEbpicaL 1107 c\u2019est qu\u2019elle abandonnera sa mission, c\u2019est que le médecin reniera sa vocation.Le professeur E.Sergent disait que la spécialisation ne doit être qu\u2019un surcroît ajouté à une solide formation médicale 22.Le docteur R.Biot, de son côté, conseille au spécialiste de « rester universaliste dans la spécialité » simon l\u2019unité foncière de l\u2019être humain sera morcellée.Pareilles directives se retrouvent tout au cours de l\u2019œuvre du médecin de Lyon 23.CONCLUSION LA VRAIE MÉDECINE FAVORISE LA SAGESSE ET LA VERTU Tout en n\u2019étant pas partisan des doctrines cartésiennes on doit > aujourd\u2019hui encore songer à la remarque du Discours de la méthode : « S\u2019il est possible de trouver quelque moyen qui rende commu- nement les hommes plus sages et plus habiles qu\u2019ils n\u2019ont été jusqu\u2019ici, Je crois que c\u2019est dans la médecine qu\u2019on doit le chercher.» 24 Ce que Descartes disait à son époque, nous pouvons le redire en pensant à la médecine humaine telle que la conçoit le docteur R.Biot.Cette médecine certes s\u2019inspire beaucoup plus des principes hylé- morphistes d\u2019Aristote et de Thomas d\u2019Aquin que de ceux qui fondent le dualisme cartésien.Et voilà encore une raison pour recommander vivement la lecture des ouvrages du médecin de Lyon.Il se base sur une saine philosophie et demeure en des limites exactes.L\u2019auteur sait que la sagesse n\u2019est pas qu\u2019un don du Saint-Esprit : elle est aussi une vertu intellectuelle.Le médecin doit rendre le corps un réceptacle favorable pour le don et un instrument souple pour la pratique de la vertu.22.Docteur E.SERGENT, Profession médicale : La conscience du médecin.Revue des Deux-Mondes, 12\" mai 1939 et L\u2019 Avenir de la Clinique française, ibidem, 15 novembre 1933.23.A ce propos on consultera avec profit un extrait de la Vie intellectuelle (25 novembre et 10 décembre 1936) intitulé L\u2019évolution des mœurs médicales au regard de la morale chrétienne traditionnelle.Ce texte du docteur R.Biot souligne combien 1l faut sauvegarder le côté humain de la médecine contre le danger du fonctionnarisme ou de la spécialisation outrée.Une fois de plus l\u2019auteur rappelle que la médecine, en veillant sur la santé humaine, « doit fournir à l\u2019homme le moyen de faire servir son corps à ses fins spirituelles » (p.28).24.Descartes, Discours de la méthode.Éditions de Cluny, Paris, 1943, p.166. 1108 LAavaL\u2026 MÉDICAL Octobre 1954 « Est-ce à dire \u2014 demande le docteur R.Biot \u2014 que la médecine soit directement chargée de faire régner la sagesse ?non point, la médecine humaine se garde de confondre le rôle du moraliste et celui du médecin, le rôle du directeur de la santé et du directeur de la conscience.Mais la fonction du médecin est de mettre l\u2019organisme vivant dans des dispositions telles que la sagesse soit possible.Il devra donc s\u2019abstenir de tout ce qui, apparemment utile au corps, pourrait compromettre la sagesse » (La médecine au service de la personne, p.24).On saisit par là toute la noblesse de la tâche médicale.Le praticien rend possible la sagesse sans pour autant la diriger.On ne saurait mieux indiquer la hiérarchie des ordres.Et si le docteur R.Biot respecte pareillement l\u2019échelle des valeurs, c\u2019est qu\u2019il sait bien que «la dignité de l\u2019homme ne réside pas en un effort pour rendre plus lâche la liaison avec le corps, comme si l\u2019idéal était de rompre ce llen.La vertu est vertu de tout l\u2019homme : l\u2019âme du vertueux ne s\u2019est pas détachée du corps, elle en est maîtresse et elle en fait son irstrument pour le bien » (Le corps et l\u2019âme, p.125).Voilà encore le but des efforts du médecin : rendre la vertu plus facile, on pourrait dire plus aimable.Chacun sait qu\u2019un traitement hormonal est capable d\u2019aider ce gourmand, ce luxurieux, ce colérique à gouverner plus sûrement ses passions.On sait également que les soins du neurologue ou les directives du psychiatre peuvent calmer l\u2019angoisse et l\u2019anxiété pathologique de tel ou tel patient.Un traitement des glandes endocrines ou des nerfs peut donc grandement contribuer à la réalisation d\u2019un programme de sagesse et d\u2019une vie vertueuse.Cela n\u2019empêche aucunement, au contraire, de maintenir très nettes les distinctions fondamentales entre l\u2019office du médecin et celui du vétérinaire.Nous avons déjà relevé que certaines méthodes trop réservées à l\u2019unique laboratoire ont fait craindre à plus d\u2019un médecin une périlleuse transformation du malade en un sujet animal.C\u2019est ce qui explique le zèle avec lequel le docteur R.Biot se plait à répéter combien la maladie diffère chez l\u2019homme et chez la bête.« Chez l\u2019animal tout se borne à des phénomènes physiologiques, tandis que chez l\u2019homme, faut-il le redire encore, 1l y a constamment intrication des phénomènes physiologiques et des activités psychiques et spirituelles.La maladie reste chez l\u2019animal un désordre somatique ; elle est immédiatement chez l\u2019homme un malheur, une épreuve Individuelle et familiale » (Le corps et l\u2019âme, p.239). Octobre 1954 Lavar MÉDicaL 1109 La même idée est développée ailleurs par l\u2019auteur, avec non moins de perspicacité : « Les activités spirituelles, les dispositions d\u2019esprit, les sentiments, les vouloirs ont une efficacité physiologique et pathologique de premier ordre.Non pas qu\u2019il faille les concevoir comme existant par eux- mêmes et agissant sur le corps comme s\u2019ils étaient des agents extérieurs a lui ; mais, en une union substantielle, âme et corps, esprit et matière réalisent le composé humain de telle sorte que souvent la clef des problèmes patholog'ques ou thérapeutiques est spirituelle.» 25 Il est facile, alors, de comprendre que le médecin, face au malade, doit devenir un ami.C\u2019est déjà ce qu\u2019affirmait Pasteur Vallery-Radot, c\u2019est aussi ce qu\u2019écrit le docteur P.Merle : « Au médecin d\u2019être l\u2019ami modeste, patient, lucide, ferme, bon, loyal, plein de tact, qui sait écouter, compatir et comprendre, qui respecte dans son malade la souveraine dignité de la personne humaine.» 26 I! faut se réjouir de sentir ainsi des praticiens, et Ils sont nombreux, réagir contre une médecine impersonnelle, contre une science qui, en place d\u2019avoir la souplesse d\u2019adaptation nécessaire pour chaque patient, deviendrait un procédé automatique, oubliant qu\u2019il n\u2019existe pas un malade type mais que chacun présente, avec son mal, des réactions particulières.Le docteur R.Biot laisse apparaître son cœur d\u2019homme compatissant et non seulement son savoir de praticien consciencieux, lorsqu\u2019il écrit : «Il n\u2019y a pas de médecine sans une disponibilité foncière, une patience inlassable, une vraie sympathie pour celui qui souffre » (Esquisses d\u2019attitudes pratiques du médecin et du confesseur, art.cit, p.214).Pareil principe est applicable à l\u2019art de diriger les âmes et le prêtre doit faire siennes ces paroles de médecin.Le juge également, tout en 25.Docteur R.Bror, L'évolution des mœurs médicales au regard de la morale chrétienne traditionnelle, pp.24-25, Voilà pourquoi aussi l\u2019auteur écrit, au sujet de la mêde- cine : « C\u2019est au bon fonctionnement total du corps qu\u2019elle doit tendre, non pas de telle fonction en particulier, mais de l\u2019ensemble » (ibidem, p.28).Ces lignes s\u2019accordent avec ce que le docteur R.Biot disait ailleurs : « La maladie n\u2019est plus caractérisée par baa tion en nous d\u2019un agent étranger et hostile, et les ravages qu\u2019il détermine ; avantage par les réactions de notre organisme, mais constamment par l\u2019intrication discernable des deux » (Santé bumaine, p.217).26.Docteur P.MERLE, La formation morale et sociale du médecin.Dans Pour une médecine du corps et de l\u2019esprit, Chronique sociale de France, Lyon, pp.36-37. 1110 Lava\u2026.MÉDicaL Octobre 1954 désirant demeurer impartial, doit user de cette disponibilité foncière pour bien saisir le dilemme qu\u2019il a comme mission de trancher.Le maître encore ne saurait ignorer cette méthode s\u2019il veut atteindre l\u2019intelligence et la volonté de ses élèves.De la sorte nous voyons donc bien que la médecine comprise à la manière du docteur R.Biot se range véritablement parmi ces moyens qui doivent ennoblir l\u2019humanité, la rendre plus sage et plus vertueuse.A l\u2019ècole du médecin de Lyon chacun va s\u2019enrichir : le malade d\u2019abord, mais le prêtre aussi comme nous l\u2019indiquions, et le Juge, le pédagogue, le moraliste.Si une certaine littérature tendancieuse a dénigré parfois la médecine et les médecins, 1l suffit de relire l\u2019œuvre du docteur R.Biot pour s\u2019assurer qu\u2019au contraire aujourd\u2019hui comme jadis il faut répéter, à la suite du fils de Sirach, le mot de l\u2019Écriture (Eccli., xxxVviI1, 1 et 3) : « Rends au médecin Ies honneurs qui lui sont dus ; car, lui aussi, c\u2019est le Seigneur qui l\u2019a créé.Sa science élève sa tête et Il est admiré en présence des grands.» PROPOS MÉDICO-PSYCHOLOGIQUES LE GÉNIE ET LA FOLIE / par le docteur CAFFIAUX (Lille) * C.Avis médico-psychologiques : Lombroso, dans son œuvre touffue et enthousiaste, semble sacrifier au préjugé et considérer le génie, la folie et la crimmalité comme des modalités d\u2019un même processus de névrose para-épileptique.« Le lien, dit-il, qui rattache la génialité à la névrose et à la folie, chez les peuples et chez les individus, fait présager que l\u2019une ne se manifeste pas sans l\u2019autre et que l\u2019évolution, cause et effet de la névrose, s\u2019y associe toujours 40.» Ceci ne l\u2019empêche d\u2019ailleurs pas de présenter çà et là la folie comme un état de régression à des stades ancestraux et « la génialité (comme) l\u2019expression la plus pure de l\u2019évolution », génialité qu\u2019il trouve dans les races nordiques, parallèle à la néophilie vraie et non à l\u2019imstabilité en réalité conservatrice des latins.#! Il oppose, comme tant de savants, t Cf.Laval Médical, 19 : 978, (septembre) 1954.* Chargé de cours à la Faculté de médecine de Lille, France.,, 40.Lombroso semble oublier ici un moment que la situation révélatrice met en évidence les uns comme les autres sans les lier entre eux.Ainsi un concours met en évidence le candidat de valeur comme le fruit sec.41.« La France, l\u2019Espagne, l\u2019Amérique du sud, séditieux, ont peu de créateurs \u2019 pagne, q > .de vraies révolutions politiques et scientifiques.» Lomsroso et LascH1, in : Le crime politique et les révolutions. 1112 Lavar.MÉDICAL Octobre 1954 le germain génial et révolutionnaire au latin séditieux mais conservateur.Les juifs, regardés comme doués de peu de génialité, de même que les autres peuples sémitiques, sont parfois considérés comme ayant beaucoup de génies et, proportionnellement, d\u2019aliénés.42?(Lombroso reconnait que ces névroses concomitantes sont presque toujours dégénératives.) Si l\u2019école sociologique a tendance à ne voir guère dans le génie que l\u2019effet d\u2019un concours de circonstances sociologiques, Lombroso est accusé parfois ne ne pas tenir un compte suffisant de ces données, de négliger le milieu.Il pressent tout de même que des situations nouvelles mettent en mouvement des facultés jusque-là mertes.Les juifs, en Allemagne, constate-t-il, sont devenus savants, 43 Et pourtant, c\u2019est la race peut-être la plus réfractaire à toute assimIlation, la plus « raciste », la plus figée, qui est ici choisie comme exemple, Lombroso trouve dans le croisement 44 des races l\u2019occasion d\u2019un accroissement momentané de la production de génies.Il donne, entre autres exemples, celui du Japon dont 1l attribue les qualités évolutives aux grands mélanges avec les races malaises, celui de la Franche-Comté dont 1l attribue les grands hommes au mélange de sang allemand, celui de l\u2019Angleterre avec ses mélanges de races .La « greffe climatique » peut tenir lieu d\u2019ailleurs de ces croisements favorables.Lombroso lie volontiers génie et aptitudes révolutionnaires puis signale les névroses et psychoses des révolutions.Nous pourrions lui donner raison dans les conditions suivantes : le génie contribue à provoquer la révolution et celle-ci contribue à l\u2019éclosion des diverses formes de folie et à leur mise en valeur.Il se demande aussi s\u2019il n\u2019est pas une fréquente crimmalité du génie et il cite Renan : « C\u2019est l\u2019imposture qui vamquit la violence des premiers 42.ll est aisé de répondre que l\u2019épreuve qui sélectionne trie celui qui s\u2019adapte et le sépare de celui qui succombe et dégénère.C\u2019est le revers de la médaille.43.Nous établirions volontiers une étude comparée montrant comment la pensée juive nourrie de la science germanique et dotée de l\u2019instrument de la langue allemande, a pu donner un Freud, alors que, parallèlement, la langue et les données sociologiques françaises ont rendu possible au monde 1sraélite un Bergson.44.Pour des raisons biologiques, des raisons de nécessité que Lombroso illustre de l\u2019exemple des pasteurs sémitiques poussés au phonétisme par la nécessité de transcrire des noms sémitiques en égyptien (non de les traduire, comme d\u2019autres peuples auraient fait), et par synthèse de plusieurs civilisations, ajouterons-nous \u2014 (Le phoné- tisme a été un jeu « payant ».) Octobre 1954 LavaL MEbicaL 1113 hommes .L\u2019ordre fut imposé par des brigands qui s\u2019étaient transformés en gendarmes, » 45 Il considère que le génie est exceptionnel chez la femme mais omet de préciser s\u2019il juge la folie également rare au sein du beau sexe.Lombroso est touffu, riche en faits, mais ceux-ci ne sont pas toujours parfaitement et définitivement classés.Il passe d\u2019une mtuition à une autre sans compléter ses analyses.Nous avons voulu donner quelque 1dée de son appréciation.Il ne parvient pas à convaincre de la parenté du génie, de la folie et du crime politique et des exemples comme ceux de : Luther, Loyola, Savonarole, Lazzaretti .ne parviennent pas à rendre cette thèse bien convaincante.La notion du demi-génie mattoïde est plus acceptable.Il n\u2019y a guère qu\u2019à propos de Dostoïevski qu\u2019un rapprochement intime entre génie et tendances morbides du tempérament se trouve tenté avec quelque succès : « Altruistes hystéro-épileptiques.Si comme il semble certain, Dostoïevski s\u2019est dépemt lui-même dans l\u2019Idiot, nous avons une autre variété d\u2019aliénés qui, pendant toute leur vie, portent l\u2019empreimte de la psychologie spéciale à l\u2019épileptique : impulsivité, double personnalité, enfantillage, et en même temps pénétration prophétique accompagnée d\u2019une véritable sainteté, altruisme exagéré ; c\u2019est pourquoi ils se font auteurs de révolutions religieuses et sociales.Ce dernier fait est très Important, attendu que la constante immoralité de l\u2019éprleptique nous interdirait de rapprocher ce dernier de la figure si délicate du saint ; mais du reste, cette objection a été éliminée par les observations de Bianchi, de Tonnini, de Filippi.« L\u2019hystérisme, qui est le frère jumeau de l\u2019épileptique, nous montre, encore plus souvent, à côté de l\u2019égoïsme exagéré d\u2019autres tendances d\u2019altruisme excessif, ce qui nous prouve que celui-ci n\u2019est souvent qu\u2019une variante de la folte morale.» 45.Ce génie nous paraît quelque peu équivoque, plus encore que celui de criminels regardés presque universellement comme des génies tels Jules César (son génie s\u2019il existe est-il indissociable de sa criminalité ?).Plus intelligible est le lien entre la criminalité antérograde ou rétrograde, au sens de Maxwell, et le génie.Si la criminalité croft dans les grands centres ainsi que le génie, comme l\u2019affrrme Lombroso nous sommes tentés de n\u2019y voir comme pour la folie, que le revers de la médaille, la situation permettant de mieux distinguer la valeur de divers individus.Le danger de statistiques mal interprétées est ici très grand. 1114 Lava\u2026 MéÉpicaL Octobre 1954 Mais est-ce le génie qui a su peindre le trait de psychologie éprouvé ou le génie a-t-il consisté à éprouver l\u2019attirance morbide?Dans le cas d\u2019une auto-observation, de mal perforant par exemple, le génie consis- terait-il dans la clairvoyance de la description ou bien surtout dans le fait d\u2019avoir contracté le mal?Encore, lorsqu\u2019il s\u2019agit de tendances, conviendrait-il de démontrer leur caractère réellement pathologique.Le pathologique se réfugie-t-il dans l\u2019appétit d\u2019écrire?Mais l\u2019éducation, l\u2019utilitarisme, l\u2019écriture sans enthousiasme .ont aussi leur mot à dire.Lombroso parle encore de génies passionnés, mais ne trouve à citer que : Garibaldi, Lassalle et Cavour.Combien nous préférons le voir adopter cette vue de Flaubert : « Les génies résument en un seul type un grand nombre de personnalités éparses et apportent à la conscience du genre humain des individualités nouvelles.» Donc le génie s\u2019oppose à l\u2019étroitesse, à la monomanie, il est univers et synthèse 46 et plénitude.Il lui faut pour cela plus de vigueur que de passion.Aussi Max Nordau dénie-t-il aux masses tout génie et toute aptitude révolutionnaire : « La masse est toujours conservatrice .car elle n\u2019agit pas d\u2019après des concepts nouveaux et individuels ; parce qu\u2019en conséquence elle ne sait pas s\u2019orienter dans des situations nouvelles et ne se sent bien que dans le milieu habituel, connu.Toute révolution est l\u2019œuvre de la minorité dont l\u2019individualiste ne pouvait se conformer à des conditions qui n\u2019avaient été ni calculées ni créées pour elle.La majorité ne suit qu\u2019à contre-cœur si elle n\u2019a pas êté disposée, et depuis plusieurs siècles, préparée à considérer comme impossibles et par consèquent destinées à la décadence les institutions présentes.» De véritables novateurs ?Frédéric de Prusse, Joseph II d\u2019Autriche .ou Pythagore.Voilà non des séditieux, mais de grands génies révolutionnaires.Mais Lombroso nous présente Cromwell, décrit par Guizot, parle de ses accès de folie, « anomalies du génie », et oublie ses meilleures pages.Il pense avoir démontré que la folre et la folie morale, ou la criminalité et 46.Lombroso reconnaît d\u2019ailleurs : « Cependant l\u2019œuvre des génies, elle-même ne peut être qu\u2019une synthèse, une accélération rapide d\u2019idées et de sentiments déjà mûrs et prêts à se développer dans le sein d\u2019un peuple.Voilà en quoi consiste véritablement l\u2019œuvre de génie.» Peut-être n\u2019étudie-t-il pas toujours suffisamment le génie à travers ses œuvres?. Octobre 1954 Lavar MÉDICAL 1115 l\u2019épilepsie, sont les compagnes constantes du génie, de telle sorte que le génie semble être une névrose résultant de la fusion de ces affections « plus ou moins invétérées ou larvées » ; nous ne devons donc pas nous étonner si nous trouvons le génie mélé à ces névroses chez Napoléon, chez Pierre le Grand, César, Cromwell, Mahomet .47 Le rôle des civilisations est résumé par Lombroso et Laschi de la manière suivante : « La civilisation n\u2019est pas la cause exclusive des génies et des découvertes, mais elle en détermine l\u2019éclosion, le développement, ou, mieux encore, elle en détermine l\u2019acceptation.» On peut admettre que des génies alent pu surgir à toutes les époques, dans tous les pays mais de même que dans la lutte pour l\u2019existence une quantrté d\u2019êtres ne naît que pour succomber et devenir la proie des plus forts, de mème aussi un grand nombre de génies, quand 1ls ne surgissent pas à une époque relativement favorable, restent ignorés ou méconnus ou sont persécutés.Et s\u2019il y a des civilisations qui favorisent le développement des génies, il y en a aussi qui lui nuisent .Le public qui voit la coïncidence entre une civilisation donnée et la manifestation du génie, croit que l\u2019une dépend de l\u2019autre ; il confond la légère influence qui a déterminé l\u2019éclosion du poussin avec la fécondation qui remonte, au contraire, à la race, aux météores, à la nutrition, etc.Tout âge est également prématuré pour les découvertes qui n\u2019avaient pas ou qui avaient peu de précédent et quand il est prématuré, il est incapable de s\u2019apercevoir de sa propre inaptitude à les adopter .quand la puissance intellectuelle des génies surpasse celle de leur époque, elle finit par être chèrement payée .48 (ainsi le génie doit-il beaucoup moins à la société [ou à la classe] que celle-ci ne lui doit.Son mérite est plutôt de s\u2019en dégager.Mais existe-t-il des génies «réactionnaires» ?Lombroso répond affirmativement et cite comme exemples : Savonarole, saint Ignace, saint 47.Les génies politiques sont parmi les plus difficiles à analyser et à déterminer avec objectivité, ce sont les plus indémontrables, et par là souvent les plus fallacieux., L'\u2019aisance relative avec laquelle ils sont suivis de la masse est une particularité bien originale des « génies » qui viennent d\u2019être cités.Ne seraient-ils pas souvent de simples porte-drapeaux de la conviction populaire ?voire de la névrose populaire ?de sa criminalité ?48.Le sort normal du génie est la persécution et le triomphe posthume éventuel un nombre variable de générations plus tard. 1116 Lavar MÉpicarL Octobre 1954 Dom'nique, Metternich, Chateaubriand, Schopenhauer, Bismark.Mais 1l découvre à l\u2019analyse de chacun de ces cas particuliers une originalité évolutive qui ne manque jamais.Et, de fait, on voit peu parler de génie à propos d\u2019hommes qui ne se signaleraient que par un conformisme intégral.II peut être quelque nouveauté, fut-ce dans la découverte du passé.La théorie du génie-synthèse des aspirations populaires est rejetée par Lombroso, avec raison, croyons-nous, si le mot synthèse est employé de manière quelque peu abusive.Des chefs médiocres, tels que Washmgton ne font que résumer, dit-il, en une synthèse ou un acte énergique, ce qui était la pensée et le désir dominants.« II faut ajouter que les peuples choisissent presque toujours des esprits médiocres, mattoïdes ou crimmels, de préférence aux talents et aux génies qui ne soient pas des hommes d\u2019action 4° ; et ainsi ces derniers n\u2019arrivent au pouvoir qu\u2019en surprenant la majorité, en l\u2019enfouchant pour ainsi dire, comme le cavalier qui dompte un cheval sauvage.» S1 «le génie est une révolution », il est avant tout une révolution mentale.(Il convient surtout de ne pas confondre révolution et sédition.) \u2014 Ce génie, Lombroso souhaite que les institutions, pédagogiques 50 notamment, prennent un moindre som pour l\u2019étouffer dans l\u2019œuf.(Mais peut-on ne confier le génie qu\u2019au génie ?) Quoi qu\u2019il en soit, 1l faut souhaiter avec l\u2019auteur un respect des véritables valeurs ou mieux un renversement de l\u2019échelle des valeurs.« Rappelons-nous que désormais l\u2019unique aristocratie est celle du mérite et du talent et que si nous ne savons pas faire prévaloir au moms celui-ci, maintenant que les autres aristocraties ont perdu le prestige de leur 49.Nous insistons volontiers sur le vice effroyablement répandu qu\u2019est l\u2019action pour l\u2019action.Combien de fois a-t-il fait triompher la déraison et conduit à l\u2019abîme, mais l\u2019bomo combien sapiens préfère tout au doute et tout à l\u2019immobilisme.C\u2019est le grand drame de l\u2019Occident.Dans notre profession, combien de fois un interventionnisme intempestif est préjudiciable au malade, cependant ce que le malade, la famille, l\u2019infirmière et Ie reste du public clament à grands cris, c\u2019est qu\u2019 « il faut faire quelque chose ».Le criminel (César ou autre) est disposé lui, à faire quelque chose.Mais quel médecin identifierait l\u2019action au génie ?50.« Stériles analyses de froides règles grammaticales, qui émoussent et faussent le goût esthétique chez ceux-là même qui en sont le plus richement pourvus et précisément sous le prétexte de le mieux former.Telles sont encore les écoles supérieures de musique et de sculpture .qui sont présidées naturellement par les plus médiocres et par les ennemis naturels du génie et de l\u2019originalité, école que l\u2019on pourrait transformer en établissements industriels, mais qui n\u2019ont rien de commun avec la profession artistique.» Lava\u2026 MÉDiIcaL 1117 Octobre 1954 autorité, l\u2019édifice du gouvernement ne reposerait plus sur aucune base solide.» >! Pour Jung, c\u2019est le renoncement à la grande œuvre, où la libido reflue vers l\u2019imago maternelle, qui entraîne la folie et où le héros, comme Héraklès, assassine ses propres enfants.(« Tu quitteras ton père et ta mère ) dit inspiration.) « La libido qui domine la conscience du fils, dit Jung, libido ardente, avide de progrès, exige la séparation de la mère ; mais à elle s\u2019oppose l\u2019aspiration de l\u2019enfant vers sa mère sous la forme d\u2019une résistance psychologique qui, dans la névrose, s\u2019exprime par toutes sortes de craintes, c\u2019est-à-dire par l\u2019angoisse de la vie.Moms l\u2019homme s\u2019adapte à la réalité .plus l\u2019accable l\u2019entrave, l\u2019étrangle l\u2019angoisse.» « Tout affaiblissement de l\u2019adulte permet aux désirs de l\u2019inconscient de se faire entendre .Il y a encore une autre source de réanimation de l\u2019imago maternelle, 2 Nous l\u2019avons déjà rencontrée dans la scène des Mères de Faust : c\u2019est l\u2019introversion voulue d\u2019un esprit créateur, qui, reculant devant ses propres problèmes et rassemblant intrmement ses forces, plonge, pour un instant du moins aux sources de vie afin d\u2019arracher à la mère le surcroît de force dont il a besoin pour parfaire son œuvre.» Narcissisme momentané, à l\u2019achèvement douloureux : « Toi le sage savant, connaisseur de toi-même, Tu cherchais Ie fardeau le plus pesant qui soit : Tu ne trouvas que toi, pauvre Zarathoustra ! » Dans une telle conception, le génie apparaît comme éminemment conscient.Le témoignage, la description de phénomènes non compris, 51.Les valeurs telles que l\u2019intelligence, la beauté et la force ou le courage sont extrêmement dépréciées ou même non cotées.La ruse est déjà plus appréciée, mais ce sont surtout les phénomènes extrinsèques et chiffrables qui constituent la base de l\u2019échelle actuelle des valeurs : la fortune apparente, le nombre .(certaines appartenances.) Mais souhaiter qu\u2019il soit fait au génie la place à laquelle 1l a droit, ce n\u2019est pas l\u2019espérer.Képler devra encore faire de l\u2019astrologie pour vivre.Dans la mesure où il apparaît comme le doute, la négation de la « vérité » établie, dans la mesure où 1l semble procéder d\u2019une philosophie du Non, le génie risque d\u2019entraîner nombre de réactions hostiles.II est bien difficile, d\u2019autre part, de satisfaire un besoin s\u2019il n\u2019est perçu comme tel par les intéressés.52.C\u2019est ici seulement que l\u2019on pourrait confondre, par une erreur d\u2019ailleurs grossière, folie et génie, en confondant exploration voulue et régression.an 1118 Lava\u2026 MépicaL Octobre 1954 peuvent comporter quelque talent, non le génie.Le génie s\u2019est détaché de quelque chose avant de s\u2019attacher, avant de voir.Quiconque n\u2019a pas eu la force ou la maturité suffisante pour cela, s\u2019engage dans la voie de la névrose qui pour collective ou répandue qu\u2019elle soit n\u2019en constitue pas moins l\u2019anomalie, la signature de l\u2019échec dans la marche vers l\u2019humanité.Le génie passe par une certaine mort °* en s\u2019affranchissant (métamorphose, mutation) de l\u2019inconscient collectif.Il lui faut une force singulière pour supporter cet effort puis, à un second stade, redescendre avec de la lumière dans cet inconscient.54 Tel est encore le non-conformisme de la destinée individuelle qu: veut se réaliser et que Nietzsche a si bien décrit.La rupture avec l\u2019enfance et les risques de cette rupture, de cet isolement, si vivement éprouvés par le génie de Nietzsche, voilà la métamorphose douloureuse qui a fait reculer la plupart des hommes ou ne s\u2019est que monstrueusement ébauchée chez ces.infirmes?Et encore n\u2019est-ce qu\u2019un premier obstacle.Comme Bouddha renonce à toute la bonne vie du foyer pour parcourir le monde et vivre entièrement sa destmée, le génie renonce et ose, cet aventurier intellectuel, ce wanderer.(Cette freischwebende Intel- ligenz, dirait Mannheim.) Si le monstre avale le héros, ce dernier le transforme ou le tue.Le génie est souvent tueur de dragons, de monstres, tout comme Hercule.Hécate, par contre, représentant l\u2019infantilisme, rend fou.C\u2019est donc bien celui qui ne s\u2019affranchit pas, ni génie ni héros, qui n\u2019imite pas Apollon anéantissant Python, qui devient fou .5 qui, tout au 53.« Une vaste culture vécue est utile, celle-là même que l\u2019on a obtenue et assimilée en brisant en soi quelque chose, à différentes reprises.Ce n\u2019est qu\u2019ensuite qu\u2019il est permis de regarder le monde avec des yeux neufs.Le jugement personnel est alors suffisamment formé.On peut aller observer directement la réalité avec la prudence impartiale de Phumanité.» avons-nous écrit ailleurs, recommandant une ascése analogue.(« L\u2019esprit qui toujours nie » n\u2019est pas pur mérite et courage en sa philosophie du Non.) 54.On peut entendre en ce sens la formule de Gerhardt Hauptmann, selon qui « être poète c\u2019est savoir faire entendre le verbe originel derrière ses propres mots ».55.« Le névrosé sent vivre en lui l\u2019âme d\u2019un enfant qui supporte mal les restrictions dont le sens lui échappe .[Les symptômes mévrotiques] ne prennent naissance que lorsque le sujet ne parvient pas à voir l\u2019autre côté de son être et l\u2019urgence des problèmes qu\u2019il entraîne.» dit Jung, parlant de la doctrine de Freud.Certes la tension qui règne entre les contraires est nécessaire au génie comme à la névrose mais dans le premier cas elle est instrument transitoire et domestiqué, succès et non échec, force et non impuissance.Et le génie trouve dans ses œuvres un moyen d\u2019éviter la névrose. Lava\u2026.MÉDpicaL 1119 Octobre 1954 moins, ne peut accéder à une vie nouvelle, meilleure utilisation de la libido.« Dépouille-toi de ce que tu as et alors tu recevras.» L\u2019appel à la conscience repose sur « l\u2019hypothèse que l\u2019homme est capable d\u2019attemdre à sa totalité, en d\u2019autres termes qu\u2019il est, de façon tout à fait générale capable de santé (de génie, pourrait-on dire).Il est hors de doute qu\u2019il existe des mdividus qui, au fond, ne sont pas pleinement adaptés à la vie et qui sombrent rapidement quand Ils se heurtent pour quelque motif, à leur totalité et à ses problèmes.Sicet incident cependant ne se produit pas, ces sujets peuvent vivre jusqu\u2019à un âge avancé mais seulement sous forme de fragments psychiques ou de personnalités parcellaires qui puiseront les appuis dont ils ont besoin, grâce à un parasitisme psychique ou social.De pareils sujets sont, pour le plus grand malheur surtout des êtres qu\u2019ils croisent dans la vie, souvent des flambards qui donnent le change.dans de pareils cas, seul le maintien des belles apparences peut « aider » ; la vérité serait « insupportable et mutile ».Un degré supérieur de prise de conscience ne peut étre atteint que par les êtres qui, par nature, sont appelés à un degré élevé de différenciation.Les hommes sont très dissemblables à ce point de vue, comme les espèces animales, dont il est de conservatives et d\u2019évolutives.Le génie et le normal seraient amsi en quelque mesure apparentés à une certaine «ligne » évolutive, en même temps que suffisamment robustes et conscients pour échapper aux psycho-névroses tant latentes (Jung insiste sur ces cas) que patentes et aux personnalités partielles, (Importance donc de la fonction de synthése), ainsi qu\u2019aux instincts de Mort.Mais normal et génie apparaissent surtout comme une notion de degré et d\u2019ordre statistique.Il est des centres de convergence de l\u2019énergie psychique que l\u2019on cherche à développer en vue de l\u2019obtention des spécialistes par défaut.Il y a là un risque évident pour l\u2019équilibre psychique, risque connu par le très grand nombre mais secret de bien des succès.C\u2019est la culture de la monomanie (« on en fait un monde ! »).Là n\u2019est que l\u2019homme moyen, 1120 Lava\u2026.MÉDicaL Octobre 1954 le technicien ou l\u2019homme d\u2019une chapelle, ou, comme on dit aujourd\u2019hui : d\u2019une « organisation », 20 La conscience apparaît comme la thérapeutique convenable et offre encore un abri relatif à la fois contre l\u2019énantiodromie et contre la pétrification par laquelle on résiste de coutume à celle-ci.C\u2019est la « fonction transcendante » qui dort bâtir un pont de l\u2019inconscient au conscient et l\u2019auteur pense que de rendre consciente cette fonction est Ie fondement d\u2019une méthode thérapeutique.37 Cette méthode thérapeutique s\u2019adresse au malade.Elle s\u2019adresse aussi à l\u2019homme moyen qui projette sur autrui ce que son inconscient comporte d\u2019inquiétant.Par là, elle serait susceptible de jouer un rôle social particulièrement émment.L'\u2019archétype (et son angoisse) peut être en effet plus ou moms conscient (science, génie théorique), refoulé (névrose), projeté (faux bruits, préjugés, névrose, expliquant l\u2019homme ordinaire ou d\u2019à peu près, le criminel).La projection littéraire est une forme moins systématisée 58.C\u2019est le génie dramatique (Faust).« Ce dont 1l s\u2019agit c\u2019est d\u2019établir et d\u2019épanouir la totalité potentielle originelle ., processus d\u2019individuation .°9 Cette façon de procéder repose naturellement sur l\u2019hypothèse que l\u2019homme est capable d\u2019atteindre À sa totalité, 59 bis en d\u2019autres termes qu\u2019il est, de façon tout à fait générale, capable de santé.» Et ce n\u2019est pas le cas de tous.Si, selon Jung, « l\u2019homme hérite de tendances à penser selon certaines lignes et ces tendances héritées sont inconscientes », Kretschmer, sans trop décider si le génie est dû à l\u2019hérédité ou aux conditions environ- hantes, tend à penser qu\u2019il peut naître là où il y a croisement de races, 60 56, On va donc du génie à l\u2019aliéné en passant par le technicien, par des degrés de plus en bas de synthèse, de conscience, de volonté et d'attention, d\u2019unité de la personne, d\u2019intégrité perceptive.57.L\u2019inconscient échappe à la critique, à la correction, à la lumière.II doit être regardé en face.Le 4v&06{ oeavroy devenant alors thérapeutique et ascése.58.Ainsi l\u2019archétype du magicien sera figuré notamment par le coyotte-docteur pour le californien, par Hitler pour le vulgaire, par Faust pour un Gœthe.La notion, peu systématisée chez le primitif, s\u2019est systématisée au maximum chez le français moyen, abstraite chez le génie.59.Condition du génie que la société rationaliste contrecarre.59 bis.La thèse de la névrose, conséquence, tout au moins, du génie, a trouvé à s\u2019exprimer.Nous y reviendrons plus loin.60.II observe que dans un certain nombre de cas, des génies naissent dans des familles comportant des psychopathes.Les croisements ne donnent-ils pas à côté de particulières réussites nombre de déchets?L'apport de facteurs multiples accroît le Octobre 1954 Lavar MEDICAL 1121 C\u2019est mettre l\u2019accent sur les facteurs héréditaires plus encore que sur les culturels.Pour Kretschmer, le génie est lié à une psychologie masculme.Allen lui oppose des exemples de génie masculins homosexuels tels dit-on Michel-Ange, Léonard de Vinci, Benvenuto Cellini.ou Platon.Allen en tire la conclusion que les racines du génie poussent plutôt dans la sexualité anormale que dans la masculinité.Nous préférons voir dans le génie une vitalité, une énergie débordantes, caractérisées par la polyvalence, l\u2019universalité de l\u2019humanisme.Le génie doit naître, pense Kretschmer, de la rencontre de dépôts de talents antérieurs mnés, par le croisement d\u2019individus doués, de classes sociales différentes, ou par le mélange de caractères schizoïdes et cycliques prononcés dû à l\u2019union d\u2019un cycloïde et d\u2019une schizoïde.(Soit, une véritable synthèse biologique et culturelle, pourrait-on dire, multipliant les états de tension, mais permettant à certains sujets de dominer l\u2019épreuve avec l\u2019élan de toutes ces énergies accumulées en un ensemble original).Pourquoi faut-il qu\u2019après vous avoir procuré une recette pour la production du génie, on le considère comme la mantfesta- nombre des formules possibles.La synthèse réussie donnerait le génie, la synthèse manquée le monstre.Ainsi un travail d\u2019art suppose-t-il davantage de manqués, rançon de la réussite, qu\u2019un travail grossier.Pourtant de telles vues ne sont pas sans soulever d\u2019objections en ce sens notamment que les régions les plus riches en aliénés ne donnent pas un grand nombre de génies.Il convient d\u2019ailleurs de distinguer parmi les psychopathes les névrosés des oligo- phrènes et d\u2019autres catégories de malades.Le problème de leur apparentement éventuel au génie est différent suivant les cas.Le problème des croisements de races est différent aussi suivant les cas : parfois il s\u2019agit de races apparentées, de variétés d\u2019une même race.Parfois, au contraire, de races si différentes que l\u2019on pourrait presque parler de pluralité d\u2019espèces .Les recherches, dans ces domaines, ne semblent encore qu\u2019ébauchées.Enfin, de toute évidence, il convient d\u2019examiner si le génie artistique, le génie scientifique, le génie politique (plus artistique à notre époque que scientifique) ne posent pas le problème sous des jours un peu différents malgré leur parenté indiscutable.La dissemblance des enfants d\u2019une même famille est d\u2019observation courante.L\u2019utilisation des gènes et l\u2019inventaire de ce matériel même ne sont pas identiques chez tous.Les lois de l\u2019hérédité comportent un nombre considérable de formules possibles.Tous les ascendants ne fournissent pas également un apport également favorable.Quoi d\u2019étonnant à ce que ces avants-coureurs d\u2019une humanité supérieure qui devraient être des génies si l\u2019humanité inférieure ne s\u2019appliquait tant à les détruire ou à les neutra- Iiser, apparaissent sporadiquement et dans des conditions biologiques parfois malaisées à définir et surtout à généraliser, encore que les facteurs raciaux, dans leurs grandes lignes, permettent de dégager certaines indications.Allen se demande si génie et folie, qu\u2019il estime souvent liés, ont une cause commune ou bien si le génie n\u2019est pas d\u2019un voisinage dangereux par l\u2019ambiance qu\u2019il crée. 1122 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 tion d\u2019un trouble mental?C\u2019est pourtant l\u2019attitude qu\u2019Allen prête à Kretschmer qui écrit cependant : « Par génie nous entendons le don de créer dans le domaine spirituel et intellectuel des idées et des formes d\u2019expression qui, telles quelles, n\u2019ont encore jamais été pensées ni éprouvées, ainsi que le don d\u2019inaugurer des époques historiques nouvelles.» .« Il naît très souvent à la suite d\u2019une hybridation de familles dans lesquelles des talents ont été obtenus grâce à la sélection, par exemple à la suite de croisements entre nations et groupes ethniques que ne rapprochent pas de trop grandes ressemblances (Beethoven), ou de croisements entre des talents appartenant à des classes sociales différentes, par exemple entre un membre d\u2019une famille de savants et un membre d\u2019une famille noble (Bismarck) ou encore entre des tempéraments schizothymiques et des tempéraments cyclothymiques accusés (Gœthe) .Le génie survient souvent au moment où des familles hautement douées commencent a subir la dégénérescense.La proportion des nerveux, des psychopathes et des individus atteints de troubles mentaux est beaucoup plus grande parmi les hommes moyens, » 61 Allen force la note et manque de génie lorsqu\u2019il fait un monstre du génie.Sa pensée ne peut se détacher d\u2019Hitler et de Mussolini à l\u2019égard desquels 1l nourrit des sentiments ambivalents que la psychanalyse eut soulagés.62 II n\u2019est pas le seul auteur « scientifique » à laisser percer dans ses écrits, après tant d\u2019années, les émotions populaires diverses collectivement ressenties, sans avoir songé à en tenter la plus grossière analyse.Pour lui, le génie semblerait caractérisé par l\u2019idée prévalente.I! prêche l\u2019eugénisme tout en recommandant d\u2019en différer les applications pratiques.Tout, chez cet auteur, décéle le manque de synthèse, le prématuré de l\u2019œuvre.Il eut mieux valu laisser passer cette période de trouble et d\u2019incertitude intellectuelle et ajourner la publication de notes insuffisamment personnelles et insuffisamment mûries.63 61.Il est certain que dans le règne animal les croisements entre individus à moindre consanguinité semblent régénérer biologiquement les familles sénescentes.Entre races plus éloignées, on obtient soit des êtres magnifiques, soit des intermédiaires stériles.Quoiqu\u2019il en soit, on voit bien que le point de vue de Kretschmer est le désir d\u2019une application appropriée des diverses lois de la sélection et de la régénérescence des familles sénescentes lorsque la différenciation comporte trop d\u2019aspects négatifs.62.Allen ne nous communique pas ses observations psychiatriques concernant Hitler et Mussolini.63.C\u2019est avec raison que cet auteur dénonce comme maléfique « [a démangeaison de faire quelque chose ». Octobre 1954 Lavar MEbicaL 1123 Si le génie est pour Allen synonyme de trouble mental, il n\u2019en affirme pas moins, après samt Thomas et après Shakespeare, que la maladie mentale est liée à un physique faible, que les maigres deviennent plus facilement la proie de l\u2019aliénation mentale.Malheureusement, l\u2019auteur omet de nous fournir des statistiques ou des exemples tendant à démontrer la maigreur et la faiblesse physique de la presque totalité des personnages de génie.Peut-être Hitler et Mussolini l\u2019ont-ils, une fois de plus, rendu perplexe .D.Essai d\u2019une prise de position.Une revue, évidemment mcomplète, mais, croyons-nous, assez caractéristique, des diverses opinions autorisées, nous montre une forte prédominance de l\u2019attitude indulgente et confiante à l\u2019égard du génee.L\u2019attitude vulgaire de défrance, d\u2019envie, de dénigrement, qui tend a humilier le génie, trouve chez Allen son porte-parole le plus audacieux.Le confrère britannique ne va-t-il pas jusqu\u2019à offrir au génie une surveillance policière de tous les instants?Heureusement, la majorité des hommes de réflexion adopte une attitude différente et les arguments penchent en faveur du génie.Certams doutes sont émis plutôt par les auteurs qui n\u2019ont pas étudié la question directement pour elle-même et n\u2019ont pas cru devoir réfléchir aux contradictions de leurs boutades.Ils ne se sont pas laissés entraîner totalement par le point de vue populaire explicable par l\u2019envie, les jugements terre à terre ou encore par des intérêts plus personnels : tel défenseur de la pathologie du génre étart fils d\u2019aliénés et recherchait peut-être une voie d\u2019accès à quelque consolation.Certes, le génie est homme plus que citoyen et par là, pour le groupe, coupable ou fou.La société sauvegarde sa bassesse, sa sclérose et ses principes d\u2019organisation en le rejetant d\u2019une manière ou d\u2019une autre selon l\u2019utilité qu\u2019elle escompte ou non tirer encore de sa présence, ou selon la crainte qu\u2019elle en a.Génie qui sert la névrose populaire?génie qui s\u2019en dégage?Le nombre ne se renie pas, surtout après un long exercice du suffrage universel et l\u2019extension des systèmes d\u2019idées qu: s\u2019y rapportent.L\u2019esprit populaire français se refuse à admettre la normalité du génie (qui est le petit nombre) dans la mesure où il est sollicité par cette idéologie fonda- 1124 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 mentale, de même que l\u2019esprit soviétique minimise la part de l\u2019hérédité et considère avant tout l\u2019action du milieu social.Tout ce qui peut conduire à une conception aristocratique de la valeur humaine est envisagé avec suspicion 64 dans de telles collectivités.64 bis Parfois enfin, l\u2019 « inexplicable » du génie demeure expliqué par la possession non plus de la muse nt du double (inconscient) mais du démon au sens étymologique du terme.Pourtant, certams faits ne paraissent-ils pas étayer semblable conception?Le génie serait bien excusable de sombrer dans l\u2019alrénation mentale en raison des difficultés qui lui sont propres.N\u2019est-il pas plus que tout autre victime de l\u2019injustice, de l\u2019incompréhension ambiantes, déjà séparé de la société par une sorte de mutation et vivant en quelque sorte dans un autre monde, obéissant à une autre hiérarchie des valeurs, plus sensible aussi et plus clairvoyant et par là plus fragile, en un certain sens, parce que plus différencié ?On a pu avancer que, d\u2019une manière tout à fait générale, le génie constituait une névrose ou tout au moins la catharsis destinée à en protéger.La nécessité de la production géniale serait, si l\u2019on veut bien y regarder de près, le seul symptôme constant de cette « névrose », son symptôme fondamental, mais il apparaît aussitôt que cette production n\u2019a rien de constamment nécessaire, fatal et contraint.65 Le génie peut renoncer momentanément à se manifester sans se trouver condamné pour autant à une crise d\u2019hystérie.66 Il semble pouvoir juger de haut ses productions, y renoncer (et demeurer inconnu) ou les faire connaître pour des motifs raisonnés (génie-métier, génie-distraction, etc.).Voyant 64.Son caractère trop « individualiste » est présenté comme un motif essentiel de la condamnation de la psychoanalyse, comme méthode de traitement, en Union soviétique.Son principe de libération des contraintes sociales indique aussi trop de défiance à l\u2019égard des influences sociales.64 bis.On y fait mine parfois d\u2019oublier que l\u2019on rationalise les données d\u2019un pis-aller quelquefois proclamé provisoire.Ce n\u2019est pas sous-estimer ces régimes que de les .\u2019 JR 4 croire perfectibles ni sous-estimer les intéréts des masses que de rechercher la vérité, la justice et la première condition de leur progrès.65.Que dire de Buffon ?66.Si l\u2019on compare génie, rêve, névrose, on voit que le génie, quand il explore l\u2019inconscient, le ramène à la conscience, sauf peut-être dans, le cas de quelques rares poèmes.Mais ceux qui demeurent inconscients dans leur totalité sont incompréhensibles et ne marquent guère les grands génies.Les expériences de Pavlov le conduisent à définir la névrose comme une impossibilité de discrimination aboutissant à un conflit entre les processus inhibiteurs et les processus d\u2019exécution, oserait-on considérer le génie comme un échec aussi lamentable ? Octobre 1954 Lavar MÉDICAL 1125 de plus haut et plus clairement ce qu\u2019est la vie, il n\u2019est pas tenu toutefois à la mépriser au pomt de se surcider, 1! peut accepter la vie et la forger en y marquant l\u2019empreinte de sa connaissance et de ses dons.La statistique eut pu être de nature, non pas à fournir une solution du problème, mais tout au moins une vue de ses données.Que nous apprendrait-elle sur Pythagore, Archimède ou Socrate?LeBon trouve plus d\u2019hommes supérieurs chez les Chinois et les Hindous que chez nous.Nous sommes prêts à admettre le bien-fondé de cette assertion, encore ne s\u2019agit-il là que d\u2019une affirmation plus que d\u2019une démonstration.Que savons-nous des génies et surtout des maladies mentales dans ces populations, du point de vue numérique?Laignel insiste sur l\u2019ampleur des sociopathies chez les Russes.Rencontre-t-on parmi eux de nombreux génies?Nous manquons d\u2019une mesure-étalon pour apprécier.Encore faudrait-il tenir compte des difficultés particulières à telle nation ou telle époque pour l\u2019éclosion du génie.Et si nous supposons toutes ces embûches vamcues, nons n\u2019en sommes pas davantage en droit de transposer la concomitance en identité.Car la même épreuve qui met en relief le sujet doué, met en évidence l\u2019mcapable mais n\u2019identifie pas dons et incapacités.La statistique est d\u2019ailleurs rendue d\u2019autant plus délicate que le nombre des génies est plus restremt.Elle ne s\u2019applique qu\u2019aux grands nombres.Elle n\u2019est valable que pour les maladies mentales.Il est d\u2019ailleurs surprenant que parmi les millions de malades mentaux qui règnent à la surface de notre malheureux globe, le diagnostic de génie ne soit pas plus fréquemment posé ! Si l\u2019on en fait une psychopathie, il faut avouer que cette forme est rare.Quant aux contradictions des auteurs qui n\u2019ont pas réagi contre l\u2019invraisemblance d\u2019une telle assimilation, nous ne pouvons les citer toutes.Lombroso, par exemple, part de ce postulat que le génie est novateur et que le novateur est neurotique mais il ne trouve guére la nevrose que chez les peuples qu\u2019il reconnaît séditieux mais sans génie.67 67.Il distingue la révolution (qui peut être purement intellectuelle) profonde et durable, qu\u2019il apparente au génie et rencontre chez les Germains, de la sédition, capricieuse, instable, allant de pair avec un conservatisme profond et qu\u2019il observe notamment chez les Latins.H reconnaît la difficulté parfois de les distinguer l\u2019une de l\u2019autre, à chaud, de distinguer ce qui est progrès de ce qui est décadence ou régression ou mode superficielle. 1126 Lavar MÉpicaL Octobre 1954 L\u2019étude de la pathologie familiale de l\u2019homme de génie ne nous apporte que des mdications le plus souvent fragmentaires et de seconde main, pour ne pas dire plus.Elle est plus conjecturale encore que ses antécédents pathologiques personnels lorsque le diagnostic en est rétrospectif.Les témoignages recueillis sont souvent imprécis, exprimés en termes de signification vague.Ce tableau clinique familial ne peut être esquissé que pour une faible partie d\u2019entre eux et nous avons déjà formulé à ce sujet les réserves qui nous paraissaient convenables.x Nous ne songeons pas à nier pour autant que de grands hommes alent présenté des tares psychiques à tel ou tel moment de leur existence.Qu\u2019on veuille bien cependant nous dispenser de nous précipiter dans des généralisations hâtives ou des conclusions puériles.Qu\u2019un homme célèbre, qu\u2019un homme de talent mème, qu\u2019un génie le cas échéant, ait été malade, nous n\u2019en écartons certes pas la possibilité.Encore faut-il distinguer s\u2019il a été génie malgré sa maladie, à cause d\u2019elle (par surcompensation °8 par exemple), avant ou après elle.On peut se représenter un athlète ayant à tel stade de son développement présenté une certaine infériorité d\u2019ordre musculaire, on peut se le représenter victime d\u2019un accident (et dire avec nos gens que sans fracture, il n\u2019y aurait pas développement puissant de la musculature et que celle-ci est une forme de fracture !), on peut encore se le figurer achevant sa vie dans un état cachectique .Encore faut-il aussi ébaucher quelque classification des « génies ».Nous pouvons, et telle est semble-t-il la pensée d\u2019Érasme, distinguer génie de pensée et génie d\u2019action.69 Le grand homme d\u2019action, s\u2019il n\u2019est un véritable génie, présente volontiers des tares mentales : convoitise, passions diverses, aveuglement, démesure, fanatisme.Parmi eux se trouvent la plupart des faux génies et génies de situation, seulement tels en apparence aux yeux du naïf.Parfois cependant, ce peuvent être des génies au moins partiels c\u2019est-à-dire avoir du talent tout au moins.68.La surcompensation n\u2019est pas triomphe mais échec du morbide.69.« Si la prudence consiste dans l\u2019usage des choses, lequel mérite mieux d\u2019être honoré du surnom de Prudent, ou le sage qui moitié modeste moitié timide, n\u2019entreprend rien, on bien le fou que ni la pudeur (car il n\u2019en a point) ni le péril (car il n\u2019a pas l\u2019esprit de le connaître) ne détournent jamais d\u2019aucun dessin ?«.combien il est utile pour faire fortune de ne rougir jamais ou de hasarder tout.» (L\u2019Eloge de la folie.) 1127 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 C\u2019est dans leurs rangs que nous trouvons surtout les « génies » politiques 70 et militaires.On distingue aussi les génies littéraires et artistiques des génies scientifiques et philosophiques.On peut distinguer des génies visuels, auditifs (sensoriels) et des génies de raison, cherchant tous cependant, par-delà le rationnel et l\u2019irrationnel, le vrai, faisant tous preuves ainsi d\u2019adaptation.Ceux-ci pourront heurter la société par leurs manières de penser, ceux-là par leurs façons de sentir.Le gênre militaire nous retiendra peu.Nous en avons parlé déja.Rappelons seulement qu\u2019il est apparenté au génie politique et que l\u2019un et l\u2019autre de ces deux arts sont en passe de devenir un Jour des sciences.La lutte s\u2019ouvrira alors entre scientifiques et empiristes.Le génie politico-militaire n\u2019est pas toujours d\u2019un diagnostic aisé.Pour un Mar- cel Brion, il comporte : grandes vues, réussite, corrélation avec l\u2019idéo- logie moderne, comme st: cette dernière avait été prévue et partagée.Nous sommes d\u2019accord en ce qui concerne les grandes vues et reconnais- sons que la réussite est un facteur à peu près indispensable à la révélation du génie.Quant au troisième poimt, nous ne pouvons partager l\u2019enthou- siasme d\u2019un esprit d\u2019ailleurs distingué et qui ne peut pas ne pas en avoir envisagé les risques.Quoi qu\u2019il en soit, nous savons, quant à nous, relativement peu de chose sur la pathologie psycho-somatique d\u2019Alexandre, d\u2019Alaric ou d\u2019Attila.De nos jours les grandes tâches militaires comportent des facteurs d\u2019un caractère collectif accru.Là où la responsabilité personnelle se dégage assez nettement, l\u2019on ne remarque pas que les décisions heureuses soïent plus spécialement le fait d\u2019individus à tares psychiques et physiques particulièrement évidentes.On sait davantage, et pour cause /1, sur la pathologie du grand homme politique ! Redirons-nous que le désaccord est ici porté au maximum entre le savant et l\u2019homme de [a rue, du point de vue du 70.Combien de fois s\u2019agit-il uniquement d\u2019un certain degré de ruse allié à l\u2019absence de sens moral ou au fanatisme niais.71.L\u2019action militaire comporte une vie souvent plus saine, des objectifs plus précis et limités.Elle ne nécessite pas toujours du génie mais supporte moins bien le mépris des réalités et le délire que l\u2019action politique.L'erreur, chez le militaire, reçoit un salaire plus immédiat. 1128 Lavar MÉDicArL Octobre 1954 diagnostic.Certains intérêts peuvent avoir un besom immédiat d\u2019un nom a jeter au public.Une place de grand homme, ou bien une place de bouc émissaire, est déclarée vacante : n\u2019importe quelle candidature avancée peut à ces heures-là être agréée.S\u2019agit-il toujours d\u2019un génie authentique?Nous n\u2019oserions l\u2019affrrmer.D\u2019où la distinction entre l\u2019homme célèbre, le grand homme, le génie.D\u2019où encore la nécessité, de ne recevoir sans examen aucun des « génies politiques » proposés, d\u2019analyser si leur succès momentané n\u2019a pas expliqué l\u2019échec injustifié de leurs successeurs, etc, de faire œuvre en un mot d\u2019historien et de philosophe.Le génie de situation, le faux génie politique, doivent être expliqués en fonction des facteurs sociaux qui sont ici particulièrement apparents.La popularité peut être en fonction inverse du degré de gênre lorsque l\u2019accord se fait comme il est de règle, sur les notions les plus sommaires et simplistes.L'histoire et la littérature fournissent une abondante documentation à qui veut étudier les milieux politiques et leurs grands hommes.Les dieux ont soif, d\u2019Anatole France peuvent, entre mille, servir d\u2019introduction à une telle prospection.Les empereurs romains ont compté parmi les plus populaires des « grands hommes », on en fit non seulement des génies mais des dieux.Ils présidérent a tous les raffinements que Rome sut cultiver dans l\u2019art culinaire, dans celui du confort, dans celui de la torture et de la mise à mort, dans celui de tous les vices démontrant la loï du triomphe du pire.Aujourd\u2019hui encore, nous parlons avec respect des empereurs romains.Lisons tel manuel à l\u2019usage de l\u2019enseignement secondaire : « César était un homme de génie.Sa volonté de réussir à tout prix le rendait inaccessible à la pitié : Il détruisait les moissons, enlevait les troupeaux, brûlait les villes, faisait passer au fil de l\u2019épée des populations entières sans excepter les femmes et les enfants ; 1l faïsait massacrer des prisonniers ou les mutilait.» Si l\u2019on accepte une telle conception du génie, on peut évidemment admettre la notion du génie psychopathe et fournir nombre d\u2019exemples pour l\u2019illustrer : Caligula, Néron 72.72.Rome demeurait fidèle à ses origines, un repaire de brigands.L\u2019égalité des hommes et des peuples devant l\u2019esclavage et la mort était d\u2019un grand enseignement. Octobre 1954 Lava\u2026.MÉDicaL 1129 On peut encore, dans cette perspective, accepter les déclarations de Lombroso et Laschi : « La folie et la folie morale ou la crimmalité et l\u2019épilepsie, celle-ci surtout, sont les compagnes constantes du génie.Nous ne devons pas nous étonner si nous trouvons le génie mêlé à ces névroses chez Napoléon, Pierre le Grand, César, Cromwell, Mahomet ; et Ramos Meija établit l\u2019existence de la névrose et de la folie chez presque tous les chefs révolutionnaires de l\u2019Amérique du sud.» 73 Mahomet est-il épileptique, Cromwell halluciné ?nous n\u2019en discuterons pas.La conviction inébranlable, fanatique du fou, impressionne toujours les masses.\u2019 Que dire d\u2019un Carrier, d\u2019un Robespierre que l\u2019on cite quelquefois comme des génies ?Le premier disait, et sa phrase célèbre a été reprise à l\u2019époque contemporame : « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière.» Carrier était souvent la proie d\u2019hallucinations.Robespierre est de l\u2019aveu même de Lombroso et Laschi le type du grand homme créé par les circonstances (par élimination, dirions-nous, si ce terme ne pouvait être interprété comme une sinistre plaisanterie).Ces auteurs citent Taine : « Chez Robespierre il y a un esprit vide et gonflé, qui, parce qu\u2019il est plein de parole, se croit plein d\u2019idées ; 1l jouit de ses propres phrases et il se trompe lui-même pour dominer les autres.» Ils ajoutent que sous les circonstances, Il n\u2019eut Jamais été qu\u2019un avocat médiocre.Sa vanité, son absence de sens moral, son obstination et ses tares intellectuelles, son homosexualité n\u2019ont pas, de l\u2019aveu de Lombroso et Laschi, fait de lui un authentique génie ! 74 x 73.Nous ne cachons pas, quant à nous, notre répugnance à appeler génie tout oppresseur ou tout révolté notoire.« L\u2019unique marque des hommes de génie, a écrit Richet, est l\u2019originalité, ils créent mieux, plus, et surtout autrement que le commun des hommes.» L\u2019oppression et la révolte ne sont pas toujours marquées de cette originalité de génie ! «Ce qui distingue les grands génies c\u2019est la généralisation et la création.» écrit Flaubert, apportant lui aussi une autre définition comme de Lombroso et Laschi, qui la citent.74.Tout est trait de génie, cependant, chez l\u2019homme populaire.Nous lisons quelque part l\u2019anecdote suivante : « Esprit bien français, lors d\u2019un voyage aux Indes, Clemenceau est reçu par un sultan très fier de la progéniture de 102 enfants.« Et vous, M.le Président, combien avez-vous d\u2019enfants ?» demande le prince.\u2014 103, répond Clemenceau.La réplique jeta un froid et le séjour oriental fut écourté.» Ce trait est présenté comme admirable.Même si le chiffre de 103 correspondait à la réalité, n\u2019eut-il pas été plus diplomatique et plus spirituel de dire 101 ? 1130 Lavar MéÉDicaL Octobre 1954 L\u2019auto-mutilation de Gambetta ne saurait davantage embarrasser, pas plus que la paralysie générale d\u2019un Wilson ou les ictus d\u2019un Lénine, d\u2019un Stalme, d\u2019un W.Churchill ou d\u2019un Thorez .Metternich, Bismarck.semblent bien avoir été d\u2019authentiques génies politiques.Quoiqu\u2019il en soit, le génie véritable, en politique, est plus encore qu\u2019ailleurs peut-être l\u2019exception.Lombroso et Laschi l\u2019écrivent : « Entre le mattoïde et le génie, le vulgaire n\u2019hésite jamais à sacrifier ce dernier.Encore ne s\u2019agit-il que du mattoïde, avec son art d\u2019entrevoir quelque rayon du vrai, sans cependant le suivre d\u2019assez près pour s\u2019éloigner de la foule, qui s\u2019écarte de ceux qui ne partagent pas sa vulgarité.» 7° La démonstration de la constance d\u2019un syndrome mental chez le savant et dans sa famille serait autrement convaincante.Cette démonstration n\u2019est pas fait accompli.Il reste à démontrer ce qu\u2019il y avait de morbide, d\u2019madéquat à la réalité dans ce qui a fait le mérite d\u2019Arch1- mède, de Koch, de Pasteur, de Pavlov.W.Stekel nous explique l\u2019orientation du talent ou du génie, il ne prétend pas établir le caractère pathologique de leur nature.Que Pythagore se soit laissé entraîner hors des données de la raison par des conceptions mystiques, prouve que cet explorateur pouvait s\u2019égarer hors des chemins qu\u2019il avait tracés, que l\u2019étendue de la connaissance et la puissance du génie ne dispensent pas de la prudence dans les questions conjecturales.Mais qui affirme que la croyance en la métempsychose soit symptôme pathognomonique d\u2019aliénation mentale?Ne croyons pas que si le génie est accusé de folie, ce soit pour ses faiblesses, certes non, mais bien pour ses merveilles.Un génie pur, mfaillible universellement, est une construction de l\u2019esprit.Le génie peut toujours être entaché de quelque degré d\u2019erreur, plus ou moms négligeable.Celle-ci n\u2019est pas le génie, faut-il y insister ?75.Il faut lire les pages consacrées au mattoïde, au sens moral non aboli, non délirant, aux phrases stéréotypées, répétées sans lassitude des milliers de fois, avec des détails inutiles, de paroles soulignées, un étrange abus de chiffres, ce que l\u2019on Temarque aussi chez les paralytiques, avec d\u2019étranges absurdités .« mais cela précisément qui excite le dégoût chez les hommes instruits, a la vertu d\u2019attirer et de secouer le peuple et les hommes vulgaires qui ont horreur des génies ».(Lomsroso et LascHi.) Octobre 1954 Lavar.MÉDICAL 1131 Voir en lui un illuminé, un fakir, une sorte de « guérisseur », de voyant, de radiesthésiste, c\u2019est par trop I'injurier et humilier le travail, la raison, la pensée.Le génie n\u2019est pas un déchet humain.Sans doute demeure-t-on à l\u2019affut des défaillances de l\u2019intellectuel de quelque notoriété.Le suicide de de Clérambault, interprété parfois avec quelque malignité, a été présenté par des psychiatres comme le type même de suicide logique, comparable en quelque sorte à celui qui, selon certaines versions, nous est rapporté d\u2019Aristote.76 Le cas des philosophes est le plus voisin de celui des savants.Certes, on peut ici encore, s\u2019appuyant sur Spahn ou Bergson, opposer l\u2019instinct, social à l\u2019intelligence, antisociale.77 Voyons plutôt si nous n\u2019observons pas chez eux quelque autre symptôme plus pathognomonique ! Parmi les sept sages, Épiménide apparaît un peu comme une sorte de fakir, soucieux de conquérir les suffrages de ses contemporains.Il eut sa récompense.Mais qu\u2019observe-t-on d\u2019anormal chez le grand Thalès ?SI vie studieuse et retirée?L'accident survenu au cours de ses travaux scientifiques et qui inspira au Bonhomme champenois, oublieux de ses propres bévues et maladresse, une médiocre fable ?78 De Socrate, on nous dit qu\u2019il collabora avec Euripide, qu\u2019il sculpta les grâces vêtues de l\u2019Acropole, qu\u2019il était orateur, physicien, sportif vigoureux et courageux soldat, qu\u2019il était mari et père.Pour lui, un seul bien : la connaissance, un seul mal : l\u2019Ignorance.Son esprit critique est sans cesse en éveil.Son caractère est indomptable.« Quel terriblehomme ! Même mourant de faim il n\u2019a jamais pu flatter, » dit de Jur Ameipsias.Il ne boit jamais de vin.Il se comporte en original.Ses concitoyens le mettent à mort, puis sans perdre de temps, lui élèvent 76.Suicides dus aux circonstances, soigneusement pesées, des anciens romains, par ordre impérial, ou du maréchal Hermann Gæring.77.D\u2019attitudes philosophiques app: conclure à la folie de l\u2019activité philosophique de même que l\u2019on condamne la médecine pour les attitudes de certains médecins.On peut aussi condamner la pensée pour avoir rencontré des fous.Le consensus universel n\u2019est pas le critère de la vérité.78.« Pauvre bête.Tandis qu\u2019à peine à tes pieds tu peux voir, Penses-tu lire au-dessus de ta tête ?» , .L\u2019injure est commune, pauvre bête Ie chercheur ou le sage, pauvre bête aussi dirait Paul Sucher, le deutscher Jungling dont les grands yeux bleus réflètent le ciel mais les pieds trébuchent sur la terre inhospitalière.On peut voler haut dans le ciel et être maladroit, comme l\u2019oiseau de mer, dans la fange.aremment très variées on croit parfois pouvoir 1132 Lavar MéÉDicaL Octobre 1954 une statue de bronze.Il nous apparaît plus comme un être jouissant d\u2019une grande santé physique et morale que comme chargé de tares neuro-psychiques.Platon est un poète et auteur dramatique autant que philosophe et homme politique.Il offre une synthèse originale de la pensée de son temps.Qu\u2019il ne soit pas toujours demeuré identique à lui-même au cours de sa longue carrière (il mourut à plus de 80 ans), il n\u2019y a rien là de très surprenant.Travailleur infatigable, grand voyageur, cet homme trapu aurait péché par des excès de mysticisme.Il semble qu\u2019il se soit livré d\u2019autre part à des pratiques homosexuelles.Les deux reproches concernent l\u2019époque et le lieu plus que Platon 79.N\u2019oublions pas d\u2019ailleurs que nous parlons d\u2019hommes de génie mais non du « génie » imtégral.Aristote était un peu bègue, maigre de jambes, nous enseigne Diogène Laërce.\u2019l'Imon l\u2019accusait de légèreté et de sottise et certaines aventures le font ressortir comme quelque peu imprudent en effet.Il se serait donné la mort pour échapper à la fin infàmante qu\u2019on cherchait à lui ménager.80 Voilà des indications qui font bien apparaître çà et là quelque faiblesse humame telle l\u2019orgueil (encore qu\u2019il constitue bien plutôt un instmet fondamental) mais avant tout l\u2019extraordmaire santé, physique et psychique, du génie.Ce qui frappe chez le philosophe de génie (et chez bien d\u2019autres génies), malgré les fatigues, les travaux et les dangers d\u2019existences le plus souvent mouvementées, c\u2019est une extraordinaire vigueur du corps et de l\u2019esprit.C\u2019est Socrate, savant et artiste mais vigoureux sportif et imperturbable soldat.C\u2019est Pyrrhon traversant l\u2019Alphée à la nage pour échapper à des importuns .Ce que l\u2019on constate le plus généralement c\u2019est l\u2019ampleur, l\u2019origmalité, la polyvalence du génie, sa précocité, l\u2019adresse, P g poly g P la vigueur physique, alliant volonté et dynamisme, qui permet les fatigues des voyages et rend possible une longue vieillesse malgré la multi- 79.Le lien entre le comportement de Platon et l\u2019orientation de ce qui lui est le plus personnel dans sa doctrine est intéressant à établir.Ce développement, toutefois, ne semble pas indispensable dans le cadre du présent travail.Peut-être aurons-nous l\u2019occasion d\u2019y revenir ailleurs.80.Pythagore, vieillard, aurait été massacré, lui, par des envieux. Lavar MÉDiIcaL 1133 Octobre 1954 plicité des épreuves que l\u2019existence ne leur a pas épargnées.Platon meurt à plus de 70 ans, Socrate, Pythagore 81 n\u2019ont pas la faculté d\u2019établir avec tout le loisir nécessaire des records de longévité cependant prévi- sibles.Descartes parcourt, sous les armes ou sans elles, toutes les nations germaniques.Ce philosophe-soldat, juriste et mathématicien, est lui aussi un exemple de santé en même temps qu\u2019un explorateur, un aventurier de Ia connaissance.Voltaire attemt 84 ans, Montesquieu bénéficie lui aussi du don de longévité, Kant 82 atteint 80 ans, Schelling 79, Malebranche, difforme et faible de constitution, dit-on, ne vit que 77 ans.Encore attribue-t-on sa mort à une discussion trop vive avec Ber- keley 83.(Celui-ci ne devait mourir qu\u2019à 68 ans.) Intermédiaires aux penseurs scientifiques et philosophiques d\u2019une part et aux artistes d\u2019autre part, nous rencontrons les littérateurs, dont il a déjà été question dans notre exposé.L'expression de la vérité porte ici, comme toujours, la marque de la polyactivité de l\u2019auteur, elle-même conditionnée plus ou momns par le milieu.Le caractère pathologique du génie ne paraît toutefois pas davantage fondé.Sans doute, il ne serait pas convenable que le fait d\u2019avoir écrit un volume quelconque mette totalement à l\u2019abrr de toute affection somatopsychique.Parfois l\u2019accusation porte sur le caractère.Le beau Racme 84 a certainement teinté ses œuvres à l\u2019aide de ce dernier.Le timide Corneille est différent et génie lui aussi, ce n\u2019est pas ce qu\u2019il y a de particulier à l\u2019un d\u2019eux qui constitue le génie (ou la tare) c\u2019est toute expression nouvelle et originale qu\u2019il faut donc condamner?85 Parfois la maladie joue un rôle évident pour caractériser l\u2019œuvre.Le pessimisme de Leopardi n\u2019est-Il pas expliqué lorsque l\u2019autopsie de ce poète de 39 ans révèle une 81.Historien, physicien, mathématicien, médecin, philosophe .Nous verrons plus loin que les autres sortes de génies ont présenté la même poly- valence, la même santé physique dont la longévité est un indice des plus contrôlables et d\u2019une réelle valeur du point de vue statistique.82.Lui n\u2019est guère voyageur.83.Ce n\u2019est pas l\u2019opinion de Fraser.84.Il serait long de dire comment ce caractère lui-même fut conditionné.Quant à la psychanalyse de l\u2019œuvre qui peut tenter peut-être Jean Giraudoux, c\u2019est une méthode que Freud lui-même a réprouvée.Plusieurs s\u2019y aventurent toutefois après le précédent tout particulier de Jung.85.Et la chose est de règle.(12) 1134 Lavar MépicaL Octobre 1954 péricardite?86 (D\u2019autres y verront le mal du siècle : Leopardi mourut en 1837.) Le pessimisme trouve une explication, mais le génie trouve la même autre part.On sent bien a quel point la surdité survenue chez Ronsard et celle de J.du Bellay pourrait étayer un système interprétatif.L\u2019isolement conduirait à la littérature, la poésie qui s\u2019apparente à la musique serait imposée par un mécanisme de surcompensation, de rançon du déficit sensoriel.Il ne resterait plus qu\u2019à affirmer que le don poétique est engendré dans tous les cas par la surdité et à dédutre que tous les poètes sont sourds.87 Horace est pyknique, il présente des troubles digestifs, des troubles oculaires.Tentera-t-on mème construction et même généralisation ?ou bien cherchera-t-on l\u2019explication du génie dans l\u2019action de la toxine tuberculmique?Sénèque, Spinoza, Hôlty, serviront à la démonstration et, si l\u2019on veut, van der Meersch 88.Nous voici peut-être mieux préparés à constater sans trouble les rares cas de désordres mentaux relevés chez des lrttérateurs parfors célèbres, parfois, comme Nietzsche, d\u2019incontestables génies.On est frappé de leur rareté lorsque l\u2019on veut bien se représenter la vive sensibilité de ces hommes et les incompréhensions et persécutions qui sont presque la règle vis-à-vis d\u2019eux.Hôlderlin finit comme Nietzsche mais meurt à Bau.Comte se désavoue et passe du positivisme au lyrisme, car la valeur intellectuelle comme la valeur biologique suivent une courbe à travers l\u2019existence.Ce ne sont pas des constantes, et la fragilité des choses humaines ne respecte aucune valeur.Le vieillard agonisant que vous voyez sur ce grabat n\u2019est plus le fier et robuste jeune homme que vous avez connu jadis.Pensez-vous qu\u2019il ait conservé ses conceptions, ses goûts d\u2019alors.Il a 86.Nous pensons aux malades anxieux, atteints d\u2019affections cardiaques (infarctus ou autres) et à l\u2019électro-choc si largement pratiqué sans études suffisante préalable du patient, qu\u2019avec Baruk, nous réprouvons.(On a vu probe: dans un Service hospitalier spécialisé des séries d\u2019électro-chocs chez une malade, pour céphalées dues en réalité à une sinusite frontale diagnostiquée après sortie de I\u2019 hôpital N 87.La cause première est souvent confondue avec l\u2019effet, elle l\u2019est aussi fréquemment avec toute cause occasionnelle.88.Encore que dans les écrits de cet homme, se retrouve bien la psychologie de certains tuberculeux : égoïsme aigri et amoral, besoin de développer son moi en toute hâte pour s\u2019assurer quelque possibilité de vie et de survie, etc. Octobre 1954 Lava\u2026.MÉDicaL 1135 simplement forcé la caricature de certains d\u2019entre eux.Ce vieillard explique peu le jeune homme qu\u2019il a été, pour qui ne l\u2019a connu à cette époque.Encore pourrait-on dire que l\u2019accentuation de certames tendances conduira le génie à la démence?Il n\u2019en est rien.Son extraordinaire vigueur intellectuelle exclue très généralement ces déchéances même tardives si fréquentes au contraire chez le vulgaire.L\u2019anecdote de Sophocle prouvant 8° l\u2019intégrité de ses fonctions mentales, malgré son grand âge, par la récitation ou la lecture d\u2019une de ses œuvres pourrait constituer un symbole assez valable malgré l\u2019authenticité douteuse du fait.(Un tout autre symbole, très expressif d\u2019ailleurs, nous est procuré par le récit selon lequel Homère aurait été condamné à une amende de cinquante drachmes pour folie.) La paralysie générale peut atteindre le littérateur de talent et 1l est inutile d\u2019accompagner de longs commentaires une telle proposition %.On cite comme exemples : Lenau, Guy de Maupassant .Maupassant fut interné à la suite de sa tentative de suicide de Cannes (période de début, dépressive, de la paralysie générale).D\u2019autres auteurs ont tenté de se suicider ou cramt de le tenter (obsession phobique, platonique comme chez G.Sand ou Tolstoï).Le suicide manqué de Chateaubriand (cf.Mémoires d\u2019Outre-tombe) est un suicide d\u2019enfant incompris, isolé, triste et désœuvré.Il n\u2019est pas sûr que le terme de « dysgénérique » s\u2019applique ici et que l\u2019on puisse parler d\u2019 « atrophie de l\u2019instimet de conservation ».Cette expression semble révéler une insuffisante compréhension de la psychologie de bien des jeunes, moins économes de leur vie que les vieillards, 9! 89.Ceci ne prouve en réalité absolument rien, si ce n\u2019est aux yeux d\u2019un jury populaire.90.11 en va naturellement de même pour le tabès par exemple d\u2019Henri Heine.91.Vigny a expliqué magistralement ce que pourrait être un suicide d\u2019homme de génie : « Vous ne cessez de vanter l\u2019intelligence et vous tuez les plus intelligents.» Au-dessus de l\u2019homme de lettres, il y a le grand écrivain : « Son génie c\u2019est l\u2019attention portée au degré le plus élevé, c\u2019est le bon sens à sa plus magnifique expression.» , Il place au-dessus encore le poète : « L\u2019imagination le possède par-dessus tout.Puissamment construite, son âme retient et juge toute chose avec une large mémoire et un sens droit et pénétrant ; mais l\u2019imagination emporte ses facultés vers le ciel .Dès lors, plus de rapports avec les hommes qui ne soient altérés et rompus sur quelques points, La sensibilité .ce qui ne fait qu\u2019effleurer les autres la blesse jusqu\u2019au sang. 1136 : Lavar MÉDICAL Octobre 1954 Celui de Gérard de Nerval semble représenter l\u2019une des formes de suicide de l\u2019épileptique (ni par impulsion mconsciente ni en état du confusion, d\u2019ailleurs, de toute évidence).Certams travaux littéraires ont un caractère nettement morbide et révèlent beaucoup de choses touchant les dégénérés (Dostoïevsky 92, de Sade .).Documents également les auto-observations d\u2019hallucinations comme celles de l\u2019éthylique Edgar Poë ou de Gérard de Nerval 93 ou celle si importante de Standenmaier.L\u2019hallucination 94 est utilisée comme matière première de l\u2019œuvre d\u2019art, chez l\u2019extraordimnaire poète qu\u2019est le génial et durement éprouvé conteur Hoffmann.Mais il cherchait ailleurs qu\u2019en lui-même des observations.Ce sont elles, plus que l\u2019alcool, qui lui permirent de faire son miel.Notons la rareté de l\u2019écrivain malade mental, c\u2019est-à-dire mentalement plus malade que la moyenne du public.Notons que dans les cas les plus défavorables même, la rédaction eut lieu toujours au cours des P J phases de rémission, de guérison, qu\u2019il est impossible de démontrer que le génie se manifeste grâce à la tare plutôt que malgré elle (un aviateur g g p q g Ses sympathies sont trop vraies.» Brilé par tous ses contacts, le poète peut se tuer comme le scorpion torturé se suicide.Pour le poète, pour le grand homme, A.de Vigny demande du pain et du temps.Mais qu\u2019offre John Bell?qu\u2019offre Bale?Ceux-ci qui, aujourd\u2019hui encore, gouvernent le monde?Que peuvent-ils offrir ?A.Chénijer écrit : « Las du mépris des sots qui suit la pauvreté, Je regarde Ia tombe, asile souhaité.» et les sots le prirent au mot.C'était tout ce qu\u2019ils pouvaient faire en pays où l\u2019on craint particulièrement l\u2019épanouissement de la personnalité lorsqu'elle risque de s'avérer supérieure.\u2014 L'homme de génie est dans la société celui qui a le moins de droits.Qu\u2019il n\u2019oublie pas, au surplus, que l\u2019homme semble mettre souvent à plus haut prix le meurtre de l\u2019homme, ou du surhomme, que sa propre conservation.92.C.Lombroso et R.Laschi écrivent : « Si, comme il semble certain Dostoiewsky s\u2019est dépeint lui-même dans I\u2019 Idiot, nous avons une autre variété d\u2019aliénés qui, pendant toute leur vie, portent l\u2019empreinte de la psychologie spéciale à l\u2019épileptique : impulsivité, double personnalité, enfantillage et, en même temps, pénétration prophétique.(Nous avons rapporté plus haut cet intéressant passage, dans le chapitre consacré au point de vue de Lombroso.) 93.Le romantisme semblerait-il pouvoir mieux conduire au suicide que le classicisme?En réalité le suicide est aussi rare chez les uns que chez les autres et le suicide de de Nerval s\u2019explique sans cette hypothèse.94.On connaît les études sur les troubles sensoriels dans le mécanisme des hallucinations.(Rouschevski, Kuravitski [diminution de l\u2019acuité visuelle et de la sensibilité tactile de la face].) Octobre 1954 Lavar MeEbicaL 1137 peut être précis dans sa manœuvre malgré l\u2019alcool plutôt que grâce à lui), qu\u2019enfin auteur n\u2019est pas fatalement synonyme de génie.Les particularités des tendances sexuelles des écrivams et des artistes sont assez fréquemment relevées.C\u2019est le fétichisme de la fourrure chez Masoch, du pied chez Restif de la Bretonne, G.d\u2019Annunzio, du strabisme chez Descartes, c\u2019est celui de Baudelaire à propos duquel von Krafft-Ebing cite Lombroso : « Chez l\u2019écrivaim français Charles Baudelaire, qui mourut atteint d\u2019aliénation mentale, se trouvent aussi des éléments de masochisme (et de sadisme).Il sortait d\u2019une famille de fous et d\u2019exaltés et il était psychiquement anormal depuis sa jeunesse.Sa vie sexuelle était nettement morbide.Il avait des relations amoureuses avec des personnes laides et antipathiques, des négresses, des naines, des géantes.Envers une très belle femme, il exprimait le désir de la voir pendue par les mains et de pouvoir lui baïser les pieds.Dans un de ses poèmes brûlant de fièvre, cette exaltation pour le pied nu apparaît comme un équivalent de la jouissance sexuelle.II déclarait que les femmes étaient des animaux qu\u2019il fallait enfermer, battre et bien nourrir.Cette personnalité trahissant des penchants masochistes et sadiques sombra dans la démence paralytique.» C\u2019est le masochisme, chez Masoch naturellement, chez Aristote Jouant (dit-on) le rôle d\u2019equus eroticus .Kraft-Ebmg le décèle dans les écrits de Gœthe, de Zola.Rousseau est classiquement cité à cet égard.Mobius, Châtelain, Binet, Krafft-Ebmg ont êté suivis à ce sujet de nombreux autres.Chacun rappelle le fameux passage des Confessions où Jean-Jacques avoue son algolagnie lors des corrections mfligées par Mlle Lambercier, de même que la phrase célèbre : « Être aux genoux d\u2019une maîtresse impérieuse .» Les fonctions de laquais exercées à Turin par le poète (1l est aussi légitime de compter Rousseau au nombre des poètes qu\u2019Alfred de Vigny au rang des philosophes), son comportement vis-à-vis de M\"\"° de Warens, n\u2019infirment pas ses aveux.°° Le fétichisme peut teinter la poésie en rendant vie à certains symboles et en lui fournissant le concret dont elle s\u2019accommode, qui en fait la saveur et la naïveté (épithète homérique) ou la vie (dans le cas présent).95.On peut voir en lui, d\u2019autre part, un naïf ou, comme Sérieux et Capgras, un interprétant. 1138 LavaL MEbpicaL Octobre 1954 Le masochisme peut, dans certains cas particuliers, comme l\u2019exhibr- tionnisme latent, pousser à la rédaction de « Confessions ».L\u2019homosexualité, nous l\u2019avons signalé plus haut, s\u2019observe chez un certain nombre d\u2019auteurs littéraires et surtout d\u2019artistes.Nous avons déjà signalé sa fréquence dans tous les milieux de la société grecque antique : Platon, Anacréon, la poètesse Sapho en sont des bons exemples entre cent.Les Romams n\u2019avaïent d\u2019ailleurs guère à leur envier sur ce point, à qui nulle perversion n\u2019était étrangère.César, le crapuleux et vénéré César, ne se vantait-il pas d\u2019être le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris?Horace n\u2019avait donc rien à nous dissimuler de telles pratiques pleines d\u2019orientalisme.Cette particularité peut laisser des traces dans les ouvrages écrits et correspondre à une psychologie un peu spéciale.Y verra-t-on une chance de plus large universalité et un surcroît de vitalité ou une marque de dégénérescence ou admettra-t-on quelque autre point de vue plus scientifique sur la nature du phénomène?Y verra-t-on une étape, déracinement de l\u2019amour devenu sans objet valable et infécond, vers une certaine libération de la pensée vis-à-vis de la matière.Quelle que soit la bonne volonté que nous puissions mettre à trouver là l\u2019essence, la marque du génie ou d'un génie, nous n\u2019aboutissons à rien dans cette voie.Nous pouvons lui trouver des conséquences sociales qui ne soient pas toutes aussi défavorables.Nous ne pouvons en science ou en littérature l\u2019apparenter au génie.Si Pétrone a du génie nous ne pouvons voir dans une déviation sexuelle qu\u2019il dépemt trop longuement la source de ce génie.Supprimons ces scènes homosexuelles et qu\u2019avons-nous perdu qu\u2019un autre texte, dont l\u2019auteur était bien capable, n\u2019eut remplacé avec avantage?Le type de brodequins portés, ni même la claudication ne sont l\u2019essence de la marche.On voit suffisamment à quelles bases fragiles physiques ou mentales, l\u2019assimilation du génie à la folie doit renoncer à faire appel.Les conditions sociales, à elles seules, ne suffirarent d\u2019ailleurs pas davantage à le détermmer.Certains grands hommes ont été riches, d\u2019autres plongés dans le dénuement.Chateaubriand est le dernier de 96.Pétrone parle très « librement » de l\u2019ambiance de la société romaine en ce qui concerne l\u2019homosexualité, Octobre 1954 Lavar MÉDicaL 1139 dix enfants, mais Léopardi l\u2019aîné de douze.Tel est choyé, tel autre élevé durement.Pascal, Racine, Boileau, J.-J.Rousseau, G.de Nerval.ont perdu de bonne heure leur mère mais tant d\u2019autres, non.L'époque et les circonstances matérielles, non plus, ne suffisent pas à le détermmer.II faut en revenir à un plan biologique plus étroit mais d\u2019une manière bien différente de celle de tout à l\u2019heure.Ce qui apparait dès lors c\u2019est l\u2019extrême vitalité de l\u2019homme de génie, la polyvalence et l\u2019aisance de ses activités, envisagées avec détachement et à la manière souvent d\u2019exercice.Parfois il le déplore, comme Vigny ou Chateaubriand qui déclare : « Je serais meilleur si je pouvais me prendre à quelque chose.» Il sent ce qu\u2019il y a de ludique dans l\u2019activité humaine au sem d\u2019un monde où 1l n\u2019est que probabilité.Voyez Chateaubriand, doué pour les mathématiques, explorateur lointain, militaire, émigré, politique, et sa robuste constitution.I[ meurt a 80 ans.Voyez Lamartime soldat, voyageur, politicien, mourant à 79 ans.Voyez Hugo, poète, dessmateur, voyageur et politicien, est-ce un génie 97?C\u2019est certainement un homme bien portant bien que trop « épanour en vanité comme un bourgeois » (Facuer).Il atteint 83 ans.Voyez Saint-Simon, qui est au moins un talent, artiste et militaire.Cet être passionné attemt 80 ans.Voyez la vitalité d\u2019un Rabelais, archéologue, médecin, philosophe, voyageur ; considérez la longévité d\u2019un Boileau (75 ans), d\u2019un Corneille (78 ans, et son frère Thomas (84), d\u2019un Bossuet (77 ans).Leconte de Lisle atteint 76 ans, Anatole France 80 et Viaud (Loti), malgré la morphine, 73 ans.Il n\u2019est guère qu\u2019un Pascal pour faire exception à la règle.Aussi bien, soyons généreux, prenons un manuel de littérature de langue française et calculons les âges de tous les écrrvams cités (génies, talents ou simples notoriétés).Prenons la moyenne des âges de ces 160 écrivams relevés.Nous trouvons 62 ans 5.Rappelons que dans ces chiffres l\u2019âge d\u2019un A.Chénier, guillotimé à 32 ans, entre en ligne de compte.Voilà qui contredit peut-être certames affirmations a priori, populaires?Mais, poursuivons notre enquête.97.C\u2019est un voyant.Sa compréhension et son interprétation du romantisme sont à elles seules dejà géniales, mais 1l ne s\u2019est pas toujours suffisamment raturé. 1140 Lava\u2026 MÉDicAL Octobre 1954 Prenons, si vous le voulez bien, l\u2019exemple de la littérature de langue germanique.Que voyons-nous?Klopstock atteignant 79 ans, Wie- Jand 80, Voss 75, Geethe 83, Klinger 79, de maler Müller 76, Hœlderlin 73, Tiesk 80, mais, il est vrai : Schiller 46 de méme qu\u2019Hoffmann, et Novalis 29 ; Chanisso 58, Anrdt 91, Laube 78, Wagner 80, Spielhagen 82, G.Freytag 79, Theodor Fontane 79, 98 C.F.Meyer 73, P.Heyse 84, Th.Storm 71, Rosegger 75, G.Keller, 71, Lurse von François 76, Maria von Ebner-Eschenbach 86, C.Spitteler 79, Frederik van Eeden 72, Andersen 70.Procédons comme précédemment et recueillons les âges de tous les personnages cités dans un manuel de littérature allemande, soit 82 écrivains, génies ou talents.Calculons l\u2019âge moyen nous trouvons 61 ans 14.% Prenons à présent en considération la littérature latme.Relevons les auteurs dont l\u2019âge de la mort a été bien ou assez bien établi : Nevius 70 ans au minimum Ovide 60 Ennius 65 Tite-Live 76 Plaute 70 ans environ Sénéque 69 (suicide sur ordre) Terence 25 Perse 28 Lucilius 77 Lucaimn 26 (par ordre) Catulle 33 Quintilien 60 Cicéron, assassiné à 63 ans Tacite 66 (?) César, assassiné à 56 ans Martial 64 ( ?) Salluste 53 Juvénal 70 (?) Varron 90 Suétone 85 (?) Virgile 51 (insolation acciden- Ausone 85 (?) telle, en voyage) Saint Jérôme 80 (?) Horace 57 Samt Augustin 76 Tibule 35 (?) Prudence 62 (?) Properce 35 (?) Nous trouvons en moyenne 60 ans, malgré les assassinats, nous voulons dire : les vies artificiellement abrégées._ 98.Génie tardif contrairement 4 la plupart, qui se recommandent par leur précocité.99.Nous avons fait entrer en ligne de compte : Novalis, mort à 29 ans, Holty mort phtisique à 38 ans et deux jeunes gens morts à 22 et 24 ans. Octobre 1954 Lavar.MÉDicaL Passons à la littérature chmoise, nous avons les âges suivants : Tcheng-Hruan 73 ans Lieon Hiang 74 Lieon Yu-S1 70 Wang Ngan Che 65 Ssan Ma Kouang 67 Tchou Hi 70 Tch\u2019eng Y1 74 Ngeou Yang Lieon 65 Son Che 65 Tcheon pang Yen 65 Kouang K\u2019ouee 80 Lou Yeou 85 Tang Hien Tsou 67 Kou yen Won 63 Yen Jo Kin 68 Hon Wer 81 Ts\u2019ouer Chou 76 Jouan Yuan 85 Wang Sien K\u2019ien 76 Kang Yeon-Wer 69 Yuan Mer 81 Wang Che Tchen 77 Mao K\u2019i-Ling 93 Pou Song Ling 85 Et, parmi les plus récents : Yen Fou 69 ans (qui traduit Huxley, Spencer et Stuart Mill) et Lin Chou 72 ans.Une statistique portant sur 72 écrivains permet d\u2019établir un âge moyen de 62 ans.Vingt ont dépassé 70 ans.Trente-sept ont dépassé l\u2019âge de 60 ans.Six n\u2019ont pas dépassé 40 ans, au nombre desquels on relève Sie-Ho, mort à 23 ans (479-502) qui établit les six règles de la peinture.Renouvelons, une fois encore, l\u2019expérience avec les grecs : Solon 82 ans Pindare 81 Hérodote 79 Eschyle 70 le beau Sophocle 90 Euripide 74 (mort mystérieuse.) Aristophane 65 Thucydide 65 (descendant de Miltiade) le beau Xénophon 75 Socrate 70 (ciguë) Platon 81 ou 84 Aristote 62 (ciguë) Démosthène 61 (suicide) Pyrrhon 90 Timon 90 Carnéade 85 d\u2019aprés Apollo- dore, 90 d\u2019après Cicéron Plutarque 74 Théophraste 40 Polybe 85 ( ?) Lucien 75 (?) Origène 69 Eusèbe 75 (?) Saint Athanase 78 (?) La moyenne, pour ces 23 personnages, est sensiblement de 75 ans. 1142 LavarL MEbpicaL Octobre 1954 (Nous nous en tiendrons à ces chiffres bien qu\u2019il soit évidemment possible de les multiplrer à l\u2019infini en choisissant des exemples dans toutes les nations, toutes les époques et toutes les professions.Nous verrions que Galien vécut environ 70 ans, Paracelse 98, Paul Zacchias 77, Pinel 81, Esquirol 68, Pétrarque 70, Cervantes 69, saint Vincent de Paul 84, Frédéric II 76 ans, Bismarck 83 ans.) Si tout vieillard n\u2019est pas un génie ou un ancien génie, l\u2019on voit que le génie est rarement un malade (comme Molière 100 ou Pascal) et résiste souvent longtemps à une existence plus d\u2019une fois pénible.La lame n\u2019use pas toujours très vite le fourreau.SI certains états pathologiques peuvent créer une excitation momentanée invitant à produire, c\u2019est l\u2019exception.Les statistiques le démontrent.Le génie a pour base la santé.De même que le meilleur cheval n\u2019est pas une rosse que l\u2019on doperait sans cesse.Nous devons encore dire quelques mots des artistes.Ici encore 1l y a recherche du vrai, en un certain sens, mais au travers d\u2019une personnalité, d\u2019une subjectivité plus libre.La science, la philosophie, s\u2019adressaient à la raison impersonnelle et abstraite.La littérature, l\u2019art, font appel aux sens bien davantage.Le contrôle de la valeur de l\u2019œuvre se fait plus malaisé.L\u2019individualisme s\u2019aventure en terrain plus périlleux.Le gênie ne consistera-t-il pas toutefois dans la réalisation de quelque chose d\u2019assez origmal pour sortir du cadre de la production industrielle ou artisanale mais cependant de communicable ?Il existe des artistes, de génie ou non, au nombre des aliénés.Le fait est indiscutable.Mais outre que la nature du génie est Ici différente et surtout sensorielle, ce n\u2019est pas dans les périodes de crise que la production valable se manifeste et si par exemple un aliéné peignait un tableau mspiré d\u2019une hallucination éprouvée, cette hallucination ne serait pas cause de son « génie » mais modèle, matière première et vraie en tant que réellement perçue, ou mieux : en tant, qu\u2019imterprétation vêcue.Que si l\u2019on veut dire qu\u2019en tant que rationnel le génie d\u2019un artiste est dû à l\u2019aliénation, c\u2019est nous orienter de nouveau en direction de l\u2019iomtelligible.100.La maladie lui a-t-elle valu des thèmes ?\u2014 C\u2019est certain.Lui a-t-elle valu son génie ?C\u2019est moins certain. Octobre 1954 Lavar MÉDicaL 1143 L\u2019originalité par défaut ne doit pas être confondue avec celle par surcroît ni la dissociation avec l\u2019harmonie.Thèse classique?Non pourtant, si l\u2019on veut bien y regarder de près.Une chose est certaine, l\u2019art n\u2019exige pas (et il s\u2019apparente la encore à la politique telle qu\u2019elle est encore conçue) une absolue maîtrise de pensée comparable à celle de la science ou de la philosophie.Il n\u2019a pas la mème signification prospective.II peut ne pas respecter entièrement la réalité objective comme sont contraintes de le faire ces dernières disciplines.On pourra certes faire de l\u2019imterprétation psychanalytique ou simplement psychiatrique d\u2019un tableau.Ce sera contribuer à l\u2019expliquer et enrichir et complêter les méthodes de la critique.On pourra relever les effets de tel trouble.L\u2019aura-t-on pour autant assimilé au génie?Michel-Ange, L.da Vinci, Benvenuto Cellini .reposent la question de l\u2019homosexualité.D\u2019autres celle de la drogue, de l\u2019alcool.Certes, ils n\u2019explorent plus ici le monde extérieur ou celui de la logique mais celur de la sensibilité.Pourtant 1l apparaît aussi peu profitable de rechercher la tare comme primum movens du génie que de rechercher le génie chez tout morphinomane, tout alcoolique ou tout homosexuel.Et dans la mesure ou il y a perte de la maîtrise de la conception et des moyens, dans la mesure où il y a, dans ces anomalies, une démission, nous voyons bien plutôt avec l\u2019exercice du génie une incompatibilité totale ou partielle.N\u2019oublions pas non plus que l\u2019atellane, que Tabarm, ce n\u2019est pas le génie comique ; que de Sade ce n\u2019est pas le génie de l\u2019amour .Van Gogh, aîné de six enfants, fils de pasteur, est sans doute le plus typique exemple de misère et d\u2019aliénation que puisse nous offrir un artiste.Mystique, il finit par l\u2019automutilation (de l\u2019oreille) puis le suicide (arme à feu) à l\u2019âge de 36 ans.Divers auteurs ont écrit sur la « schizophrénie de van Gogh (Jaspers) de van Gogh, l\u2019homme qui n\u2019aurait vendu qu\u2019une seule toile de son vivant, comme Tännies (et bien d\u2019autres) n\u2019avaiïent qu\u2019un auditeur.Ceci ne lui a pas interdit, à l\u2019msatis- fait, désespéré mais fraternel néerlandais, d\u2019étudier la peinture aussi bien orientale qu\u2019occidentale et d\u2019apporter dans ses œuvres, l\u2019amour et le sens des couleurs mais encore réalisme et synthèse, J\u2019allais dire panthéiste cosmique.Cet être vivant de couleur et de lumière appartenait à une 1144 LAavAL MÉDICAL Octobre 1954 autre ère et n\u2019avait pas place en la nôtre.La société ne se frappe pas le sem de n\u2019avoir pas découvert, réconforté et nourri cet artiste, ce flamand.La société a-t-elle un but?J\u2019ajouterai que ce cas particulier rappelle étrangement celui de Robert Mayer qui découvrit le principe de la conservation de l\u2019énergie et dont l\u2019évolution clinique fut tout à fait comparable.Sa guérison aurait été en relation avec la reconnaïssance finalement du caractère valable de sa découverte.Il est donc une thérapeutique propre à appliquer aux rares génies dont la force psychique parfois chancelle.!00bis Mais faut-il rappeler que toute activité même d\u2019un malade n\u2019est pas morbide ?L'interprétation doit se défrer de méconnaître l\u2019histoire.Voilà un autre écueil dont 1l convient de se garder avec vigilance.Le négliger aboutirait à des erreurs aussi monumentales que d\u2019interpréter les motifs décoratifs géométriques des musulmans sans tenir compte des interdictions religieuses dont ils sont tenus de respecter les régles.Ce serait rechercher l\u2019iconographie de l\u2019hallucination dans La tentation de saint Antoine ou Le jardin des délices de Jheronimus Bosch, œuvres pleines de vie dont on ne saït quelle qualité admirer davantage et qui doivent leur singularité à la symbolique de l\u2019alchimie et autres symboliques qu\u2019elles renferment, mais symboliques conscientes.S\u2019exposer de la sorte serait légitimer cette œuvre malicieuse du même pemtre : La cure de la folie (Madrid, Prado) ou un médecin fou, coiffé d\u2019un entonnoir s\u2019applique à extraire du crâne de son patient la Pierre de folie.L\u2019âge moyen de la mort, calculé sur 32 peintres de l\u2019école flamande, est de 59 ans 14, 101 soit légèrement inférieur à celui que nous avons relevé chez les littérateurs en général et les philosophes en particulier.Il est curieux de relever que celui dont les œuvres revêtent le caractère le plus fougueux (qu\u2019on pense à son joyeux buveur que l\u2019on croirait 100 bis.Cette « rançon » est loin d\u2019être inévitable, ni d\u2019ailleurs la seule rançon possible du génie.101.Thierry Bouts 60, Gérard David 63, J.van Eyck 66, Hugo van der Goes 42, Hans Hemmling 52, Roger van der Weyden 65, J.Bosch 56, P.Breughel 44, J.Gosaert 70, Lucas van Leiden 39, Quentin Metsys 64, J.Mostaert 75, A.Brouwer 33, Van Dyck 53, Jordaens 85, Rubens 63, Teniers 80, Cuyp 71, G.Dou 62, van Goyen 60, Fr.Hals 86, Meindert Hobbema 71, Piéter de Hooch 47, G.Metsu 38, A van Ostade 75, P.Potter 29, Rembrandt 63, J.van Ruysdael 53, S.van Ruysdael 70, J.Steen 53, G.ter Boch 64, Vermeer de Delft 43. Octobre 1954 LavarL MÉDICAL 1145 Cas 60k 50 k- LO 30H 20 be 10$- i | ] i 1 1 1 ue, a 30 40 50 60 70 8 90 100 ans Figure 1.\u2014 Littérateurs français.Ces 40 I= PF 20 pF 10 1 i 1 1 1 D ® 0 80 100 ans LH D & © Figure 2.\u2014 Ettérateurs allemands. Ë 1146 Lavar.MépicaL Octobre 1954 Cas 20 10 20 30 40 50 0 80 100 ans Figure 3.\u2014 Littérateurs romains.Cas 20 10 ] i ] 1 i i À 20 30 40 50 60 70 80 90 100 ans Figure 4.\u2014 Littérateurs chinois.\u201838 1 0 30 40 50 00 8 0 90 100 ans Figure 5.\u2014 Littérateurs grecs.Cas 20 10 ee i \u2014 20 30 70 50 5 7 #0 35100 ans Figure 6.\u2014 Peintres flamands. Octobre 1954 LavaL MEbpicaL 1147 sorti de nos estaminets contemporains) est aussi celui qui atteignit l\u2019âge le plus avancé : Frans Hals ($ à 86 ans).Chez l\u2019artiste aussi, la vitalité se traduit plus d\u2019une fois par la poly- valence.Que l\u2019on songe, par exemple, à Leonardo da Viner inventant l\u2019écluse.Observation, imagination, énergie vitale, adaptation se retrouvent donc ici encore.Les malades mentaux sont exactement l\u2019inverse : désimtérêt, inadaptation au milieu, au milieu social tout au moins .Dans les arts également, le génie précoce.C\u2019est à 26 ans que Raphaël est chargé de la réalisation des fresques du Vatican.C\u2019est à 33 ans que Michel-Ange accepte de peindre la voûte de la chapelle Sixtine.(Ce fougueux sculpteur, peintre et poète vivra, lui, jusqu\u2019à 89 ans.) (À suivre.) ANALYSES Camille LIAN et Maurice GRINFEDER.Diagnostic et traitement par les ultrasons de l\u2019angine de poitrine et des douleurs thora- co-brachiales gauches non angineuses.La Presse médicale, (8 août) 1953.MÉCANISME D'ACTION DES ULTRASONS Les ultrasons agissent par plusieurs mécanismes : la chaleur, la pression des radiations, l\u2019action par microvibrations sur les terminaisons nerveuses sensitives.Ces phénomènes produisent chez l\u2019homme des effets analgésiques sur le tissu nerveux, des effets de vaso-dilatations sur le système circulatoire, des effets anti-mflammatoires par activation de la fonction cellulaire, des effets sclérolytiques, des effets sur le sympathique avec déclenchement de phénomènes à distance.L'énergie ultrasonore traversant l\u2019organisme se transforme en partie en chaleur.Mais les tissus ne s\u2019échauffent pas d\u2019une manière uniforme.R.Pohlman et E.Parrow, étudiant la répartition de la chaleur dans la région fessière au moyen d\u2019une aiguille thermo-électrique, ont montré que la chaleur et l\u2019énergie décroissent assez vite dans les tissus avec la profondeur, de sorte qu\u2019il n\u2019en reste plus que dix pour cent environ à dix centimètres de profondeur.L'action calorique des ultrasons est donc différente selon les tissus, selon leur profondeur et selon la puissance des radiations (Dognon et Biancani).La pression des radiations et l\u2019action des vagues de micro-ondes ultrasonores ont certainement une action très importante qui se fait sentir sur les récepteurs nerveux sensibles et les termmaisons du système nerveux végétatif.II s\u2019agit, non seulement d\u2019une action locale, mais aussi d\u2019une action réflexe à travers le système nerveux central déclenchant une série de phénomènes dans des zones distantes du point d\u2019irritation.CONCLUSIONS Les ultrasons maniés prudemment n\u2019entraînent ni Incidents ni accidents.Pour cela, 1l faut : 1149 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 1° Bien imprégner la peau d\u2019huile de vaseline ou de glycérine ; 2° Un contact intime entre la tête émettrice d\u2019ultrasons et la peau ; 3° Arrêter l\u2019application en cas de légère sensation de brûlure ou de douleur profonde.Dans un but de diagnostic entre l\u2019origme coronarienne ou névralgique des douleurs thoraco-brachiales gauches, nous avons, de parti pris, appliqué les ultrasons toujours aux mêmes points : un point cervical situé dans la région du ganglion stellaire ; un point juxtasternal, sur le bord gauche du sternum au niveau du deuxième et du troisième espace intercostal ; un point paravertébral, sur le côté gauche de l\u2019apophyse épineuse de la première ou de la deuxième vertèbre dorsale.Les douleurs coronariennes sont caractérisées par ce fait que 'application juxtasternale provoque, en plus de la douleur locale, les rrra- diations habituelles des crises angmeuses chez le malade, ou encore par ce fait que l\u2019application paravertébrale provoque, en plus de la douleur locale, une douleur rétrosternale à distance.Ces détails caractéristiques s\u2019observent chez les deux tiers environ des angmeux.Au contraire, dans les douleurs thoraco-brachiales non angineuses, l\u2019application juxtasternale donne exclusivement une douleur locale.Quant à l\u2019application cervicale, elle donne la douleur dans toute la zone brachiale douloureuse, mais elle n\u2019entraîne pas de douleur rétrosternale.Dans le traitement des douleurs angmeuses, les applications d\u2019ultrasons faites sur les points qui ont servi au diagnostic entraînent une dimr- nution plus ou moins marquée des phénomènes douloureux mais ne les font pas disparaître.Cette amélioration se fait surtout sentir dans les angors légers et porte sur les irradiations plutdt que sur la douleur rétrosternale.Les ultrasons amènent également une réduction importante de la péri-arthrite scapulo-humérale qui vient assez souvent compliquer les angors coronariens.Ce sont les douleurs thoraco-brachiales gauches non angmeuses qui sont le champ de prédilection pour les ultrasons.En effet, la guérison par une séance hebdomadaire s\u2019observe en général en quelques semaines dans les deux tiers des cas, et on note une amélioration importante dans le tiers restant.Pierre JoBIN Maurice DEBRA Y, M.GIBELIN, B.MALAPERT et CI.ROVILLAIN.Traitement de la maladie de Bouillaud et de la périarthrite chronique évolutive par les injections intra-artérielles d\u2019un anavaccin streptococcique.La Presse médicale, 62 : 183, (6 février) 1954.De nombreux faits d\u2019observation permettent actuellement de consr- dérer la maladie de Bouillard comme une maladie du système artériel.(13) 1150 Lava.MépicaL Octobre 1954 En effet, les nodules d\u2019Aschoff se développent toujours au contact d\u2019un élément artériel, d\u2019un capillaire artériel ; de même, les lésions cardiaques rhumatismales atteignent électivement le cœur gauche, le cœur artériel.Les lésions rhumatismales apparaissent, le plus habituellement, dans les formations dérivant du mésenchyme ; elles prennent les caractères de manifestations allergiques, allergie créée par les métabolites issus de l\u2019action d\u2019un streptocoque sur le tissu vasculo-conjonctif, de l\u2019amygdale, des voies respiratoires ou digestives supérieures.Les médications salicylées et hormonales ne s\u2019adressent qu\u2019à la crise rhumatismale ; elles ne font qu\u2019arrêter momentanément la marche de l\u2019affection ; 1l ne s\u2019agit pas là du traitement de la maladie elle-même.Ces considérations ont mocité les auteurs à essayer la désensibilisation du tissu artériel pour, ainsi, le rendre réfractaire à l\u2019action de l\u2019allergène producteur des accidents.A cet effet, ils préconisent des injections à doses progressivement croissantes, dans l\u2019artère fémorale, de lysat d\u2019une culture de streptocoque provenant d\u2019hémoculture et contenant des endotoxmnes et des exotoxines, des protides à molécules de dimensions moyennes, et cela, à l\u2019exclusion de toute médication salicylée.Cette nouvelle méthode de traitement semble avoir donné de bons résultats dans la maladie de Bouillaud.Chez 34 malades traités de janvier 1947 à décembre 1949 il n\u2019a été constaté aucune récidive après deux ans d\u2019observation, bien que certains malades aient été très sérieusement atteints.Un traitement identique a été appliqué à la polyarthrite chronique évolutive dont la physiopathologie se rapprochesingulère- ment de celle de la maladie de Bouillaud.Une proportion importante de ces malades tirent grand bénéfice de ce traitement.Les injections intra- artérielles d\u2019anavacein sont habituellement très bien supportées.Les signes physiques, la formule sanguine, les modifications de la fibrinémie, de la vitesse de sédimentation, renseignent d\u2019une façon suffisante sur l\u2019évolution de la maladie et sur les effets du traitement.Les injections mtra-artérielles d\u2019anavacem sont habituellement suivies de réactions thermiques, jamais très importantes, de l\u2019ordre de 1 à 2 degrées par rapport à la température des jours précédents ; de plus, ces réactions sont de courte durée, elles s\u2019éteignent après douze à vingt-quatre heures.L\u2019absence de réaction thermique ne signifie aucunement que le traitement est inefficace ; même dans ces cas, il est souvent très favorable.Assez souvent, au début du traitement, le mouvement thermique est plus accusé, les douleurs articulaires sont plus vives ; après deux à trois semaines de traitement, 1l y a ordinairement régression nette et, vers la fin du traitement, les douleurs disparaissent, les gonflements articulaires s\u2019affaissent, le jeu des jointures se fait plus étendu, n\u2019étant Irmité que par les lésions ostéo-articulaires qui persistent.Chez 33 femmes atteintes de polyarthrite chronique évolutive on enrégistra 24 résultats bons ou très bons et 9 échecs partiels ou totaux ; chez 13 hommes, on obtmt 9 résultats bons ou très bons et 4 échecs partiels ou totaux.Les échecs ont été enregistrés principalement chez des rhumatisants anciens chez qui le jeu des articulations atteintes était depuis longtemps limité.Les injections intra-artérielles sont pratiquées dans l\u2019artère fémorale à la racine de la cuisse.On conseille de placer un garrot serré afin de Octobre 1954 Lavar MÉDICAL 1151 bloquer la circulation veineuse et de ralentir la circulation artérielle, ce qui permet un contact plus prolongé de l\u2019anavaccin avec la paroi artérielle.Il importe de s\u2019assurer que l\u2019aiguille est bien en place dans la lumière artérielle avant de pousser lentement l\u2019injection.Dans la périarthrite chronique évolutive, on fait habituellement 25 à 30 injections.Les doses sont progressivement croissantes : la première est de 9,25 cm3 ; les deuxième et troisième de 0,50 cm3 ; les quatrième et cinquième de 0,75 cm3 ; on augmente de 0,25 cm3 après deux injections de la même dose jusqu\u2019à un maximum de 2 cm3 par injection.Les premières injections sont faites tous les trois à cinq jours ; à partir de 1 cm3, les injections sont données tous les six à huit jours.Pour éviter les récidives et assurer la permanence des résultats, il est conseillé de faire des injections de rappel, au nombre de quatre à cing, après un à deux ans.Il semble que ce nouveau procédé de traitement ne puisse être assimilé au traitement de choc banal ; on connaît depuis longtemps les effets nuls ou transitoires des médications de chocs habituelles dans le traitement des manifestations rhumatismales.Il y a plus.II semble bien plutôt que la régularité et la durée des résultats soient dues au lieu d\u2019application et à l\u2019action directe du contact de l\u2019anavacem sur le tissu artériel le plus souvent touché dans la maladie rhumatismale, maladie du système artériel.Honoré NADEAU Wendell H.HALL et Sydney FINEGOLD.A study of twenty-three cases of Reiter\u2019s syndrome.(Une étude de vingt-trois cas de syndrome de Reiter.) Ann.Int.Med., 38 : 533, (mars) 1953.Les auteurs ont observé vingt-trois patients de 21 à 41 ans souffrant du syndrome de Reiter.Chez la plupart d\u2019entre eux, des symptômes d\u2019urétrite et de conjonctivité étaient présents, ainsi que des lésions de la peau et des muqueuses.Une température peu élevée et intermittente accompagnait ces manifestations._ Tous ces patients présentaient des signes objectifs d\u2019arthrite.Les articulations, les plus fréquemment touchées, étaient les genoux, les chevilles, les poignets, les épaules et les hanches.Des lésions de la peau et des muqueuses furent observées chez tous.La lésion, la plus fréquemment rencontrée, consistait en une papule rouge surmontée fréquemment d\u2019une vésicule.Quelques-unes de ces lésions étaient situées sur les organes génitaux ou aux régions inguinales.Dans d\u2019autres cas la muqueuse buccale était affectée.Les auteurs ont noté chez cinq patients des lésions cutanées, qui ne pouvaient pas être distinguées morphologiquement de la kératodermie blenorragique.Des symptômes généraux, tels que l\u2019anorexie, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, de la perte de poids furent aussi notés dans ces cas.Une enquête épidémiologique suggère que le syndrome de Reiter serait * f , ° .- .une maladie vénérienne, l\u2019urètre étant la voie d\u2019introduction. 1152 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 En effet dans quatorze cas, il y avait eu un rapport sexuel extramarital ; l\u2019intervalle entre ce contact et le début des symptômes variait entre deux et quarante et un Jour.Cependant le fait que huit patients nient tout contact extramarital permet de douter de l\u2019étiologie vénérienne de ce syndrome.Dans les vingt-trois cas, sauf cinq, la leucocytose dépassait 10,000.L\u2019examen des urines a montré une albuminurie modérée chez neuf.Une pyurie était présente chez vingt-deux patients.De l\u2019hématurie a êté retrouvée dans trois cas.Chez tous, une culture de l\u2019écoulement urétral et prostatique fut faite.Une seule fois le gonocoque a pu être Identifié.La pénicilline, la sulfadiazine et lauréomycine furent employees sans succès.La streptomycine, 4 la dose de un 4 trois grammes par jour, a été suivie chez quatre d\u2019entre six patients par une diminution de la température et des douleurs articulaires.L\u2019ACTH ou la cortisone ont entraîné une rémission temporaire de l\u2019arthrite et une diminution de la fièvre chez plusieurs.La colchicine, le mapharsen et le vaccin typhique furent inefficaces.Le repos au lit, les salicylates et la physiothérapie furent utiles pour soulager les patients.Enfin, les auteurs insistent sur la fréquence de lésions vésiculeuses de la peau et des muqueuses chez leurs patients et suggèrent la possiblité d\u2019une étiologie virale.Jean GRANDBOIS Maxwell L.GELFAND.Treatment of herpes zoster with cortisone.(Traitement de l\u2019herpès zoster par la cortisone).J.A.M.A., 154 : 13 mars 1954.Les premiers essais de la cortisone pour le traitement des maladies furent faits dans l\u2019arthrite rhumatoïde.Depuis ce temps, ce produit hormonal a été employé dans un nombre considérable d\u2019affections, avec des résultats variables.L\u2019auteur, pour sa part, a traité cing patients : quatre femmes et un homme dont l\u2019âge variait de trente-deux a soixante-douze ans, pour du zona, la cortisone étant administrée par la bouche.Le premier jour, les malades prirent 200 milligrammes ; pendant les sept jours suivants, 100 milligrammes de cortisone par jour.Par la suite, la dose fut réduite à 25 milligrammes, ceux fois par jour, pendant quatre jours.Pour les deux patients qui avaient une atteinte de I\u2019ceil à cause d\u2019un zona ophtalmique, la cortisone fut, en plus, utilisée localement.Les résultats furent manifestes sur la douleur qui disparut chez quatre patients, entre vingt-quatre et trente-six heures.Le cmquième, qui souffrait, en même temps, de leucémie lymphoide, n\u2019a pas répondu à la thérapeutique.L\u2019éruption cutanée fut nettement arrêtée dans son cours chez tous les patients et on n\u2019assista 4 aucune infection secondaire. Octobre 1954 Lavar MÉDICAL 1153 La guérison des lésions cutanées se fit dans le temps habituel, c\u2019est-à-dire entre une et trois semaines.Chez un de ces malades, la douleur, qui avait cessé, réapparut, une semame après la fin du traitement ; la reprise de la cortisone la fit de nouveau cesser.L\u2019auteur n\u2019a remarqué durant le traitement aucun trouble métabolique ou physiologique en rapport avec \"administration de la cortisone.Le zona est considéré comme une infection à virus du système nerveux et 1l est intéressant de constater que, dans ce cas particulier, la cortisone, a eu au moins sur une des manifestations de cette infection a virus \u2014 la douleur, un effet rapide et intéressant.Emile GAUMOND Jean COTTET, J.VIGNALOU, J.REDEL et COLAS-BELCOUR.Propriétés hypocholestérolémiantes des acides phényl-éthyl- acétique (22TH) et phényl-méthyl-acétique (4082TH).Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 69 : 803, 1953.Chez le sujet normal, dans des conditions physiologiques, le cholesté- rmémie ne présente que des variations insignifiantes.Par contre, elle serait plus instable chez certains malades, comme les artério-scléreux, les coronariens.L\u2019alimentation n\u2019a que peu d\u2019influence sur le taux du cholestérol sanguin ; il semble bien qu\u2019il n\u2019existe aucun rapport entre la cholestéri- némie et le régime normal et varié.Un régime très strict (riz, fruits) et prolongé peut amener une baisse notable du cholestérol sanguin.Le cholestérol alimentaire n\u2019agit sur le taux sanguin qu\u2019à doses élevées, de l\u2019ordre de 8 grammes par jour, et seulement en présence de lécithine ; celle-ci émulsionne le cholestérol et favorise ainsi son absorption intestinale.La cholestérmémie demeure ordinairement stable chez un individu donné ; elle varie cèpendant dans un groupe d\u2019individus vivant dans les mêmes conditions.Les chiffres du cholestérol sanguin varieraient en rapport avec le type morphologique : le « pycnique » aurait un taux plus élevé que « l\u2019asthénique ».De nombreux corps ont été proposés en thérapeutique dans le but de dimmuer le taux du cholestérol sanguin.En dehors des extraits thyroïdien, de la thyroxime, aucun d\u2019entre eux n\u2019a été reconnu unanimement.Les cholérétiques, le cynara scolymus, l\u2019iode, l\u2019iodure de potassium, ont très peu d\u2019efficacité.Les substances lipotropes: choline, mo- sitol, méthionine, hormone lipocaïque, etc., mobilisent bien le cholestérol de la glande hépatique, mais n\u2019ont pas d\u2019action dégnie sur la chole- stérinémie.Récemment, le polyscorbate 80-méthionine-inositol aurait donné des abaissements du cholestérol sanguin chez des sujets hyper- cholestérinémiques; de même, certains phytostérols paraissent donner des résultats plus fermes. 1154 LavaL MEpbicaL Octobre 1954 Les auteurs rapportent les résultats qu\u2019ils ont obtenus avec certains corps jamais utilisés auparavant en thérapeutique : le phényl-éthyl- acétate de sodium et le phényl-méthyl-acétate de sodium.Ces produits seraient trois fois plus cholérétiques chez le rat que l\u2019acide déhydro- cholique.L\u2019expérimentation de ces deux produits chez le rat a donné des résultats statistiquement significatifs.En clinique, le phényl-éthyl-acétate de sodium a été employé chez 135 malades, dont 91 avaient, au départ, une cholestérmémie supérieure à 1,50 g pour mille.Chez 25 malades dont le taux initial de cholestérol était de 2,50 à 4,10 g pour mille, il y a eu une baisse notable dans 92 pour cent des cas ; chez 50 malades dont la cholestérinémie mitiale était de 2,00 à 2,50 g pour mille, on constate une baisse appréciable dans 80 pour cent des cas ; enfin, chez 15 malades dont le cholestérol initial était au taux de 1,50 à 1,90 g pour mille, il y a eu baisse dans 53 pour cent des cas.L\u2019abaissement est d\u2019autant plus marqué que le taux initial est plus élevé et que le traitement est plus long.La baisse se fait déjà sentir après une semaine de traitement, mais les chiffres les plus bas ont été constatés après la septième et la huitième semaine.Cette dimmution a pu atteindre le chiffre de 50 pour cent dans certains cas ; 1l s\u2019agit d\u2019un abaissement qui ne semble jamais avoir été obtenu avec toute autre médication.La posologie du médicament est de l\u2019ordre de deux à trois grammes par jour, administré en doses fractionnées d\u2019un gramme à chaque repas pendant quatre à douze semaines.La médication est habituellement très bien tolérée, tout au plus, est-il survenu quelques gastralgies banales dans 7 à 8 pour cent des cas.Il n\u2019a jamais été constaté d\u2019érythème, d\u2019albuminurie, de modification de l\u2019azotémie ou de la formule sanguine.Le phényl-méthyl-acétate de sodium, employé dans les mêmes conditions, a donné des résultats identiques.En guise de conclusion, les auteurs émettent les assertions suiVantes : le phényl-éthyl-acétate et le phényl-méthyl-acétate de sodium se comportent comme des substances hypocholestérolémiantes, donant des abaissements du cholestérol sanguin de l\u2019ordre de 7 pour cent à 50 pour cent chez 86 pour cent des 91 malades soumis au traitement et ayant une cholestérmémie supérieure, à 1,50 g pour mille.Honoré NADEAU REVUE DES LIVRES Électrocardiographie clinique, par J.LENÈGRE, professeur à la Faculté de médecine de Paris, médecin des Hôpitaux de Paris, G.CAROUSO, chef du laboratoire d\u2019électrocardiographie, et H.CHEVALIER, ancien chef de clinique à la Faculté de médecine de Paris, 810 pages: 16.5 X 24 cm.Masson et Cie, Paris, France, 1954.L\u2019Électrocardiographie clinique, que vient de publier le professeur Jean Lenègre, avec ses élèves Carouso et Chevalier, est une œuvre impressionnante et remarquable.Préfacé par le professeur Charles Lau- bry qui insiste, à Juste titre, sur la valeur de l\u2019ouvrage, ce volume de 810 pages représente une somme de travail et de recherches énormes.Le texte est précédé d\u2019un avant-propos où les auteurs expliquent brièvement le plan général du volume qui est divisé en six sections.Voici ce que le professeur Lenègre et ses collaborateurs écrivent : Il comporte, après une première partie de technique électro- cardiographique, une deuxième partie purement théorique d\u2019électrophysiologie, réduite au minimum nécessaire, mais conçue d\u2019une manière telle qu\u2019elle se suffise à elle-même sans exiger du lecteur aucune notion particulière.Une troisième partie concerne l\u2019électrocardiogramme normal, ses principales caractéristiques, et ses limites.Une quatrième partie, analytique, expose la sémiologie des principaux syndromes électriques : hypertrophies auriculaires et ventriculaires, blocs de branche, insuffisance coronarienne (y compris l\u2019infarctus du myocarde).Une cinquième partie, synthétique, groupe pour chacune des principales variétés étiologiques de cardiopathies ou de souffrance cardiaque, ses signes électriques fondamentaux.La sixième et dernière partie est consacrée aux troubles du rythme.L\u2019iconographie, la bibliographie ont été particulièrement soignées ; la première 1llustre fort bien avec l\u2019aide de 54 schémas et de 446 tracés les détails toujours abstraits d\u2019un texte qui traite de l\u2019électrocardio- 1156 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 graphie ; quant à la seconde, elle permet de recourir, si on le désire, aux travaux originaux -\u2014 près de 700 -\u2014 tous lus, digérés et éventuellement critiqués, comme l\u2019écrit le professeur Laubry.Des renseignements hémodynamiques, biologiques et anatomiques complètent l\u2019étude analytique des tracés électrocardiographiques.On remarquera que les troubles du rythme ne sont étudiés qu\u2019en dernier lieu, alors que dans les temps héroïques de l\u2019électrocardiographie, ils tenaient la première place.Chaque chapitre débute par l\u2019énumération des critères électro- cardiographiques admis \u2014 leurs explications électrophysiologiques.Suivent une série de tracés, étayes pour beaucoup de constatations anatomiques minutieuses et précises.L\u2019étude du rapport pondéral V.G./V.D.préconisé par Hermann et Wilson en 1922 et reprise par les auteurs avec une technique rigoureuse vient établir une corrélation anatomique et électrique palpable.Les tracés consacrés aux blocs de branche comportent pour plusieurs, l\u2019étude de 4,000 coupes sériées des voies de conduction \u2014 travail imposant qui constituera un apport important dans l\u2019avancement de nos connaissances sur cette question discutée et complexe des images dites de « bloc de branche ».On ne saurait trop louer le professeur Lenègre et ses collaborateurs de leur œuvre magnifique.Le but qu\u2019ils s'étaient proposé de faire comprendre Pélectrocardiographie et de permettre a tout medecin une lecture des tracés a été entièrement atteint.L\u2019Electrocardiographie clinique est digne de l\u2019école que le professeur Lenègre dirige avec tant d\u2019application et de mæstria.Le grand mérite de l\u2019ouvrage, c\u2019est d\u2019être demeuré dans le domaine anatomo-clinique.Les spéculations théoriques et les notions électro- physiologiques ont été réduites au strict minimum indispensable à la compréhension des tracés.Entre les mains des auteurs, l\u2019électrocardiographie devient une science que l\u2019électrophysiologie explique et que les constatations anatomiques supportent.Nous sommes heureux de recommander ce volume à tous : cardiologues, internistes, étudiants qu\u2019intéresse cette science d\u2019abord difficile qu\u2019est l\u2019 électrocardiographie.L\u2019Electrocardiographie clinique du professeur Lenègre constituera pour eux une véritable bible qu\u2019ils pourront consulter à loisir et avec un plaisir toujours accru.Richard LEssARD Kenneth L.KRABBENHOFT.Radio-active gold (Au!'°8) in the treatment of cancer.(L\u2019or radio-actif dans le traitement du cancer.) Am.J.of Ræntgenology, radium therapy and nuclear medicine, 71 : 704-706, (avril) 1954.Des isotopes engendrés par les piles nucléaires, Por radio-actif apporte beaucoup d\u2019espoir.Grâce à son inertie chimique, à son extraction Octobre 1954 Lavar.MÉDicar 1157 à l\u2019état pur et à sa demi période de 2,69 jours, cet agent radio-actif peut être employé Intracavitairement et interstitiellement.Son emploi sous forme colloïdale lui donne des propriétés désirables que n\u2019ont pas les rayons X, le radium ni les autres corps radio-actifs.Son effet Jocal dans les tissus est bien délimité puisque 95 pour cent des radiations émises sont des radiations 3, n\u2019agissant que sur un rayon de 3,8 mm dans un fantôme d\u2019eau.L\u2019effet principal du rayonnement ne se fait donc sentir que dans les premiers millimétres de tissu.L\u2019indication principale de l\u2019or radio-actif est le traitement palliatif des épanchements péritonéaux et pleuraux d\u2019origine métastatique.Dans les épanchements péritoneaux, l\u2019or radio-actif produit moms le mal des rayons que les rayons X et 1l est moins délétère pour l\u2019intestin.Une condition générale assez bonne, l\u2019indication de paracenthèses fréquentes et même la présence de masses tumorales seraient une bonne indication de l\u2019emploi de l\u2019or radio-actif.Les épanchements pleuraux sont encore mieux contrôlés que les péritonéaux par l\u2019or radio-actif.L\u2019effet des rayons B reste limité aux plèvres et le poumon sousjacent n\u2019est point endommagé.Il ne faut cependant pas oublier que les épanchements cloisonnés peuvent être le siège d\u2019une surdose sérieuse s\u2019ils ne sont pas reconnus.Les réactions générales ne sont jamais très sévères et le système hémopoïétique n\u2019est jamais sérieusement touché.Le mécanisme d\u2019action de l\u2019or colloidal radio-actif n\u2019est pas encore très compris en ce qui concerne le contrôle des épanchements.Andrews, Root et Kinsely suggèrent les propriétés suivantes : 1° Fibrose des surfaces tumorales ; 2° Diminution du drainage lymphatique par irradiation des ganglions lymphatiques ; 3° Oblitération inflammatoire partielle de la cavité séreuse ; 4° Action inconnue sur les portions saines des surfaces cavitaires.On a proposé l\u2019emploi prophylactique de l\u2019or colloïdal radio-actif dans le cancer ovarien, dans les cas de rupture du kyste au moment de l\u2019intervention ou encore en présence de métastases.Kerr, Flochs, Elkin et Culp ont introduit l\u2019application interstitielle d\u2019or radio-actif dans le traitement du cancer modérément avancé de la prostate.On attend beaucoup de cette méthode dans les cas de cancer de la prostate lorsqu\u2019 on ne peut tout enlever chirurgicalement et Jorsqu\u2019 Il n\u2019v a pas de métastases à distance.Les auteurs rapportent une régression rapide dans le volume de la tumeur et un ramollissement dans 98 pour cent des cas, trois semaines après l\u2019injection.Aujourd\u2019hui on peut dire que des résultats satisfaisants ont été obtenus par l\u2019or radio-actif dans le traitement des épanchements péritonéaux et pleuraux et dans le cancer de la prostate.D\u2019autres expériences sont nécessaires avant d\u2019établir la véritable valeur de cet agent radio-actif.Robert LEssARD 1158 Lavar.MÉDicaL Octobre 1954 Atlas d\u2019hématologie, par MM.Prosper MERKLEN f, professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg, médecin des Hôpitaux de Paris, et Robert WAITZ, professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg, directeur du Centre régional de transfusion sanguine.Un volume 18,5 x 25 de 283 pages avec 70 planches en 6 couleurs.Broché : 6,000 fr.; cartonné : 6,600 fr.Librairie Maloine, éditeurs, 27, rue de l\u2019École de Médecine, Paris (VI®), France.On sait que, depuis quelques années, l\u2019iconographie a conquis un développement justifié dans toutes les branches de la médecine.L\u2019hématologie, en particulier devait bénéficier de cette tendance : le diagnostic y est en grande partie basé sur l\u2019examen cytologique du sang et des organes hématopoïétiques, moelle osseuse, rate, etc.Le besoin s\u2019imposait en France d\u2019un ouvrage où seraient groupées les reproductions des diverses cellules sanguines.Cette lacune a été comblée par l\u2019Atlas d\u2019hématologie qu\u2019ont fait paraître MM.les professeurs P.Merklen et R.Waitz.On y trouvera les images en couleurs de la grande majorité des cellules qu\u2019on a coutume de rencontrer dans le sang et les organes de l\u2019hématopoïèse à l\u2019état normal et pathologique.Elles ont été dessinées d\u2019après des préparations toutes traitées par la technique de May- Grunwald-Giemsa.L\u2019ensemble est réuni en planches très soignées, qui permettent de prendre une connaissance exacte de la morphologie et de la coloration des variétés de leucocytes d\u2019hématies et de diverses cellules en cause.La 3° édition s\u2019est enrichie de 12 nouvelles planches, celles-ci concernant, pour la plupart, la cytologie de la moelle osseuse.L\u2019attention apportée aux choix des préparations et à la qualité de leur reproduction fait de cet atlas un recueil de documents de haute valeur, égal ou supérieur aux meilleurs atlas étrangers.Au cours de pages très claires, placées en tête de l\u2019ouvrage, sont exposés les caractères différentiels des éléments cellulaires du sang et de la mælle osseuse, à comprendre et à interpréter la lecture des planches qui suivent.Si l\u2019Atlas d\u2019hématologie de MM.Prosper Merklen et Robert Waitz, s\u2019adresse avant tout aux hématologistes et aux histologistes, 1l se montre aussi d\u2019une réelle utilité pour les praticiens de médecine générale et les spécialistes ; tout médecin a de plus en plus l\u2019occasion de s\u2019intéresser aux questions dont l\u2019ouvrage fournit la solution iconographique.DIVISIONS DE L\u2019OUVRAGE Introduction.\u2014 TECHNIQUE.\u2014 Les cellules sanguines : remarques générales ; la lignée myéloïde ; les lymphocytes ; les monocytes ; les histiocytes ; les cellules endothéliales ; les moyens mononucléaires ; les plasmocytes ; les hématies ; les cellules souches ; les globulins ; les mégacaryocytes ; les cellules réticulaires ; les artéfacts.\u2014 Iconographie : Octobre 1954 Lavar.MÉDICAL 1159 les lignées ; les cellules myéloïdes ; les cellules lymphoïdes ; les monocytes ; les cellules à tendance plasmocytaire et les plasmocytes ; les hématies ; les mégacaryocytes ; les cellules réticulaires.\u2014 OBSERVATIONS.\u2014 INDEX DES CELLULES.Clinique et pathologie de la neurosyphilis, par J.ALVES GARCIA, professeur de psychiatrie à l\u2019École de médecine et chirurgie, médecin de l\u2019Hôpital de neurosyphilis (Rio de Janeiro).Un volume 16 x 24,5 de 160 pages avec 36 figures.1,000 fr.Masson et Cie, éditeurs, 120, boulevard Saint-Germain, Paris (VI\u20ac), France.La thérapeutique moderne de la syphilis a profondément modifié la physionomie de cette maladie.Tous les spécialistes qui travaillent sur un matériel clinique et anatomopathologique abondant, sont à même de vérifier aujourd\u2019hui que les formes autrefois florissantes de la lues tendent à devenir de plus en plus rares.Les cadres que l\u2019on rencontre désormais dans les Services médicaux modernes ne correspondent plus guère aux descriptions des auteurs classiques.Les conditions actuelles de la prophylaxie et de la thérapeutique de la lues ont apporté des modifications profondes aux formes de la syphilis nerveuse, qui étaient si riches en symptémes et si variées il y a encore quelque vingt ou trente ans.L\u2019auteur de cet ouvrage a senti peut-être davantage que quelques autres spécialistes la métamorphose qu\u2019a subie la neurosyphilis, pour avoir vécu cette époque de transition dans l\u2019histoire de la lues ; 1l a eu, en outre, l\u2019avantage de disposer du matériel mépuisable fourni par un centre des plus importants : l\u2019Hôpital de neurosyphilis de Rio de Janeiro.Ce petit livre traduit l\u2019expérience clinique qu\u2019il lui a été ainsi donné d\u2019accumuler, dans ce Service entièrement spécialisé, sur le diagnostic et le traitement de la syphilis dans le système nerveux.Chemin faisant, l\u2019auteur y confronte les résultats de ses recherches personnelles avec ce qu\u2019il à eu l'occasion de voir récemment dans les grands centres nord-américains et européens.L\u2019ouvrage intéresse les neurologues, les psychiatres et les syphiligraphes, ainsi que tous les médecms : 1ls y trouveront une mise au point de cette question, qui présente encore une grande importance sociale.DIVISIONS DE L\u2019OUVRAGE Introduction.\u2014 Méningite syphilitique.\u2014 Syphilis spmale.\u2014 Syphilis cérébrale.\u2014 Tabes dorsalis.\u2014 Paralysie générale.\u2014 Formes cliniques terminales de la paralysie générale traitée.\u2014 Pathogénie de la neurosyphilis parenchymateuse.\u2014 Nouvelles recherches sur la malaria- thérapie.\u2014 Nouvelles recherches sur l\u2019histopathologie de la neuro- syphilis parenchymateuse.\u2014 L\u2019atrophie primaire des nerfs optiques.\u2014 Névrites et polynévrites syphilitiques.\u2014 La neurosyphilis congénitale.\u2014 Règles générales de thérapeutiques de la neurosyphilis. 1160 Lavar MÉDICAL Octobre 1954 Nouvelle pratique chirurgicale illustrée, sous la direction de Jean QUÉNU.Fascicule vi.\u2014 Un volume grand-in-8° de 294 pages avec 251 figures dessinées d\u2019après nature par S.DupreT (1953).2,300 fr.G.Doin et Cie, éditeurs, 8 place de l\u2019Odéon, Paris (VIE), France.Sommaire du fascicule VII : Amputation du sein pour cancer (J.Quénu).\u2014 Phrénoplastie par filet de nylon pour éventration diaphragmatique gauche (J.Quénu et P.HERLEMONT).\u2014 Technique d\u2019un cas de néphrectomie partielle (B.Fey).\u2014 Hystérectomie totale pour fibrome (J.Quénu).\u2014 Colpo- hystérectomie vaginale pour prolapsus utérin.Technique de Roubier (J.PERROTIN).\u2014 Sympathectomie lombaire, splanchnicectomie et médullo-surrénalectomie associées dans le traitement des artérites juvéniles (maladie de Buerger), (N.Œconomos).\u2014 Ostéosynthése des fractures trochantériennes.Technique du « clou-plaque » (J.TEINTURIER).\u2014 Greffe d\u2019une pseudarthrose du tibia par simple onlay.Opération de Phemister (M.Arsac).\u2014 Résection de la veine saphène interne (G.THOMERET).Rappel : Fascicule 1 : 274 pages, 239 figures.1947.1,200 fr.\u2014 Fascicule 2 : 272 pages, 235 figures.1948.1,400 fr.\u2014 Fascicule 3 : 290 pages, 252 figures.1949.1,500 fr.\u2014 Fascicules 4 : 288 pages, 255 figures.1950.1,500 fr.\u2014 Fascicule 5 : 254 pages, 228 figures.1951.1,650 fr.\u2014 Fascicule 6 : 270 pages, 249 figures.1952.2,250 fr. CHRONIQUE, VARIÉTÉS ET NOUVELLES Le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec Avis concernant les spécialités Les Comités des spécialistes chargés de considérer les demandes de certification se réuniront au cours du mois de décembre 1954.Les médecms dont les études et l\u2019entraînement postscolaires sont terminés, voudront bien présenter leurs requêtes avant le 15 novembre, ceci permettant aux Comités concernés d\u2019obtenir les renseignements Jugés nécessaires.Tout aspirant au certificat voudra bien noter que, conformément à nos règlements, des certificats sans examen pourront être émis jusqu\u2019au ler jum 1955.Pour fins d\u2019octroyer des certificats de compétence, le Bureau provincial de médecine du Québec reconnaît les spécialités suivantes : 1.\u2014 Anesthésie.13.\u2014 Urologie.2.\u2014 Dermatologie et syphiligra- 14.\u2014 Chirurgie orthopédique.phe.15.\u2014 Otorbinolaryngologie.3.\u2014 Chirurgie générale.16.\u2014 Pédiatrie.4, \u2014 Médecine interne.17.\u2014 Pathologie clinique, bactério- 5.\u2014 Allergie.logie et anatomie pathologique.6.\u2014 Cardiologie.18.\u2014 Médecine physique.7.\u2014 Maladies pulmonaires & T.B.19.\u2014 Chirurgie plastique et recons- 8.\u2014 Gastro-entérologie.tructive.9, \u2014 Neurologie et/ou psychiatrie.20.\u2014 Radiologie : diagnostique et/ou 10.\u2014 Neuro-chirurgne.thérapeutique.11.\u2014 Obstétrique et/ou gynécologie.21.\u2014 Chirurgie thoracique.12.\u2014 Ophtalmologie.22.\u2014 Hygiène. 1162 Lavar MÉDicaL Octobre 1954 Copie des Règlements et normes de formation postuniversitaire ainsi que des formules de demande peuvent être obtenues en s\u2019adressant au Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, 1896 ouest, rue Dorchester, Montréal, P.Q.\u2014 FI : 5205 Etude sur le vaccin contre l\u2019influenza Le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social, nous informe que le gouvernement fédéral accorde une subvention de $5,020 à l\u2019Institut de microbiologie et d\u2019hygiène, de Montréal, afin d\u2019aider celui-ci à poursuivre des études sur l\u2019efficacité du vaccin contre l\u2019influenza.Les études poursuivies à cet institut, s\u2019occuperont d\u2019une manière spéciale de l\u2019admimnistration, par le nez, de doses de rappel sous forme d\u2019aérosols.L\u2019utilisation de vaccins administrés sous forme d\u2019aérosols représente, fait-on remarquer, un nouveau moyen et un moyen pratique de vacciner un grand nombre de personnes.On s\u2019efforcera, entre autres choses, de comparer les effets des vaccinations administrées au moyen de doses de rappel sous forme d\u2019aérosols avec les vaccinations ordinaires.Les travaux de recherche seront sous la direction du docteur Armand Frappier, directeur de l\u2019Institut de microbiologie et d\u2019hygiène, à l\u2019université de Montréal, et se poursuivront avec la coopération d\u2019un groupe de volontaires.Les fonds fédéraux proviennent de la subvention aux recherches sur l\u2019hygiène publique, prévue par le programme national d\u2019hygiène.Congrès du Collège international des chirurgiens (Genève, 23-26 mar 1953) A l\u2019occasion du vingtième anniversaire de la fondation à Genève en 1935 par le professeur Max Thorek, du Collège international des chirurgiens, dont le président actuel est le professeur R.Nissen, directeur de la Clinique universitaire de chirurgie de Bâle, un congrès sera organisé à Genève du 23 au 26 mai 1955.Un des fondateurs, le professeur A.Jentzer, directeur de la Clinique universitaire de Genève, a êté nommé président de ce congrès ; les vice-présidents en sont les docteurs J.-H.Oltramare (Genève) et À.Nicolet (Berne).Les thèmes des rapports ainsi que les noms des rapporteurs et conférenciers seront annoncés dans un procham communiqué.Pour les demandes de rensei- Octobre 1954 LavaL MEbpicaL 1163 gnements et les inscriptions, s\u2019adresser au secrétariat du congrès : rue de la Confédération 6-8, Genève.Conférenciers à Laval Le docteur Serge Lebovici, psychiatre et psychanalyste de Paris a présenté à l'Hôpital Saint-Michel-Archange une conférence sur les indications de la psychanalyse.Le professeur Georges Heuyer, titulaire de la chaire de psychiatrie infantile à la Faculté de médecine de Paris a présenté, au cours du mois d\u2019août, 5 conférences au personnel médical de Québec, à l\u2019hôpital Saint- Michel-Archange : les buts et méthodes de la psychiatrie infantile ; la notion d\u2019opposition dans le développement du caractère de l\u2019enfant ; les grandes lignes du développement psychologique de l\u2019enfant ; la délinquence juvénile, et enfin Les déséquilibres affechfs.De plus, il a présenté aux membres du Club Richelieu une causerie sur l\u2019enfant et le milieu social.Le professeur E.Velter, ophtalmologiste de l\u2019Hôtel-Dieu de Paris, a fait un séjour à Québec en fin de septembre et début d\u2019octobre pendant lequel il a prononcé des conférences médicales à la Faculté et dans les hôpitaux.À la Faculté, 1l à parlé des rapports de l\u2019ophtalmologie avec la neurochirurgie puis du diagnostic des tumeurs intra-oculaires et des tumeurs cérébrales par les radio-isotopes.De plus, le professeur Velter a présenté dans trois de nos hôpitaux des cliniques à onze heures le matin, soit à l\u2019hôpital du Saint-Sacrement, à lPHôtel-Dieu et à l\u2019hôpital de l\u2019Enfant-Jésus.Le professeur Cachera, représentant officiel de la France au Congrès des Médecins de Langue française du Canada à Ottawa, est venu à Québec au début d\u2019octobre où 1l a présenté des conférences médicales devant un auditoire composé de médecins, de professeurs et d\u2019étudiants.Canadian Pædiatric Society Le docteur de la Broquerie Fortier, directeur du Service de pédiatrie de l\u2019Hôpital de l\u2019Enfant-Jésus de Québec et professeur de pé- 1164 Lavar MÉDrcaL Octobre 1954 diatrie à l\u2019université Laval, a été élu directeur du Comité exécutif national de la Canadian Pædiatric Societv.Société canadienne d\u2019ophtalmologie Au cours du dernier congrès de la Société canadienne d\u2019ophtalmologie tenu à Montréal en septembre dernier, les élections ont donné les résultats suivants : Président : le docteur Percy MacFarlane, de Hamilton Vice-président : le docteur Henri Pichette, de Québec Trésorier : le docteur John V.V.Nicholls, de Montréal.Pierre JoBIN INFORMATIONS PHARMACEUTIQUES LA TERRAMYCINE EMPECHE LE DEVELOPPEMENT DES BACILLES DE LA TUBERCULOSE RESISTANT AUX MEDICATIONS L\u2019antibiotique, la terramycine, a apporté « une contribution réellement notable » au traitement de la tuberculose en retardant ou en empêchant totalement le développement de bacilles tuberculeux résistant à la streptomycine, selon un rapport du Conseil de pharmacie et de chimie de \"Association médicale américaine.Dans une étude approfondie faisant le point sur la question du traitement de la tuberculose, le Conseil a souligné le fait que \"apparition chez certains malades de bactéries résistant à l\u2019action de substances telles que la streptomycine et l\u2019isoniazide après que celles-ci arent été utilisées s\u2019est trouvée représenter un obstacle majeur à une victoire totale sur la maladie.Au cours d\u2019une expérience citée par le Conseil et effectuée à l\u2019hôpital militaire Fitzsimons, à Denver (Colorado), 15 malades s\u2019étaient vus administrer cinq grammes de terramycimne par jour et deux grammes de streptomycine tous les trois jours, pendant une période de 120 jours.A la fin de celle-ci, il a été noté que chez chacun des malades encore porteurs de bacilles de la tuberculose, ces microbes étaient restés sensibles à la streptomyemne.Des résultats semblables ont été signalés par l\u2019hôpital pour anciens combattants de Dayton (Ohio) et, selon des expériences plus récentes, 1l semble possible qu\u2019un seul gramme de terramycine soit éventuellement suffisant pour produire le résultat cherché.Les médecins qui avaient effectué l\u2019expérience de Dayton, les docteurs Emil Rothstein et Maurice Johnson, ont noté que la thérapeutique à la terramycine et à la streptomycine était préférée par les malades au traitement classique de la streptomycine avec PAS (acide para-amino- slicylique).Le PAS, grandement utilisé au cours de ces dernières années pour contrevenir à la formation d\u2019une capacité de résistance aux médi- (15) 1166 Lavar.MÉDICAL Octobre 1954 cations chez les bacilles de la tuberculose, cause parfois des réactions physiques déplaisantes.Cependant, la terramycine utilisée en faibles doses, tout en étant aussi efficace que le PAS dans la lutte contre la maladie, ne produit que des réactions connexes « insignifiantes ».« Un degré élevé de tolérance de la part des malades », en ce qui concerne la terramycine, avait été noté par les médecins de l\u2019hôpital Fitz- simons qui, au cours d\u2019une expérience, avaient administré cinq grammes de l\u2019antibiotique par jour \u2014 soit plusieurs fois la dose habituelle \u2014 à 66 malades pendant 120 jours.Quatre malades, en plus de ceux-ci, n\u2019avalent pu supporter cette dose ; chez les autres, les effets accessoires n\u2019avaient pas été suffisamment marqués pour entraîner l\u2019arrêt de l\u2019administration de la médication, et ces effets d\u2019ailleurs avaient eu tendance à disparaître après les premières semaines de traitement, selon ce qu\u2019ont déclaré les médecins.Un rapport qui souligne l\u2019effrcacité de la terramycine contre la tuberculose, qu\u2019elle soit prise à ses débuts ou qu\u2019elle soit à l\u2019état chronique, a été publié par trois médecins du Centre de phtisiologie d\u2019Angers (France) qui avaient combiné cet antibiotique avec la dihydrostreptomycine et le PAS.Ce traitement, selon leurs conclusions, avait agi « rapidement et avec une constance notable », coupant la fièvre et arrêtant les progrès rapides de la maladie, état souvent typique des débuts de la tuberculose.Dans le cas de tuberculose chronique, les médecins français avaient trouvé que la thérapeutique en question entraînait une diminution de la fièvre et une amélioration symptomatique avec une rapidité qui semblait « tout à fait spectaculaire ».Ils n\u2019ont noté aucune réaction accessoire d'aucune sorte, même chez des malades dont l\u2019état général était très mauvais.UN NOUVEL ANTIBIOTIQUE A LARGE SPECTRE D'ACTION PREMIÈRES EXPÉRIENCES CLINIQUES ÉTENDUES Selon un rapport sur les premières expériences cliniques étendues effectuées avec le nouvel antibiotique à large spectre d\u2019action, la tétracycline, celui-ci aurait des effets certains dans la lutte contre plusieurs maladies et serait bien supporté par les malades.La médication a été nommée tétracyne par les laboratoires Chas.Pfizer & Co., Inc., où elle a été découverte a la suite des recherches qui aboutirent à l\u2019identification de la structure moléculaire de la terramycine.Se fondant sur le traitement de 179 malades à la tétracycline, dont la majorité souffrait d\u2019infections des voies respiratoires et urinaires, le docteur Maxwell Finland et un groupe de médecins de Boston, écrivait Octobre 1954 LavaL MégEbicaL 1167 dans un récent numéro du Journal de l\u2019Association médicale américaine : « Les effets antibactériens de la tétracycline ressemblent de très près à ceux de l\u2019oxytétracycline (terramycine) et de la chlortétracycline (auréomycine) et, pour la plupart, sont presque identiques à ceux-ci.» En outre de leurs conclusions relatives aux effets de la nouvelle médication, le docteur Finland et ses adjoints notent que celle-ci ne semble provoquer que peu de réactions gastro-intestinales.Ils ajoutent que « ces résultats font ressortir l\u2019importance de pousser de nouvelles expériences cliniques avec la tétracycline ».Selon les Services d\u2019études cliniques de Pfizer, des recherches étendues sur les effets thérapeutiques de la tétracyne sont en cours en Europe, en Extrême-Orient et dans les Amériques en vue d\u2019établir les possibilités d\u2019utilisation de cet antibiotique pour le traitement de maladies diverses.D\u2019après les premiers résultats obtenus, il serait efficace, entre autres, contre la péritonite, la pneumonie et les infections des voles urinaires.C\u2019est dans un rapport scientifique publié en octobre 1952 que la tétracyne avait été décrite pour la première fois sur le plan chimique.À cette époque, il avait été annoncé, qu\u2019elle possédait un « squelette » chimique de base commun avec la terramycine et l\u2019auréomycine.NOUVELLES MÉDICATIONS POUR LE TRAITEMENT RAPIDE DES ULCÈRES DIFFICILES A GUÉRIR De diverses régions du monde parviennent des rapports concluants sur l\u2019efficacité rapide de médications nouvelles qui ont été essayées récemment dans la lutte contre les ulcères persistants, qui depuis si Iong- temps mettent au défi les efforts de la médecine et de la chirurgie.Quoique le mot « ulcère » ne s\u2019entende généralement au \u2019en ce qui concerne l'estomac ou les intestins, 11 s\u2019applique de fait à toute plaie ouverte autre qu\u2019une blessure.Les ulcères se forment dans diverses parties du corps et proviennent de causes variées.Les ulcères gastriques par exemple sont apparemment causés-par une sensibilité anormale des muqueuses stomacales ou intestinales aux acides contenus dans les sucs digestifs.Une irritation chronique causée par des corps étrangers, tels que les vers parasites, peut former des ulcères de la peau.Une pression prolongée sur certaines parties du corps peut avoir le même effet.Dans cet ordre d\u2019idée, on note les plaies qui se forment sur le dos et sur les jambes des malades longtemps alités.Cependant, les genres d\u2019ulcères les plus répandus sont ceux d\u2019origine infectieuse.Parmi ceux-ci, on compte les ulcérations de la cornée, (17) Lavar MÉDICAL Octobre 1954 1168 la « fenêtre » de l\u2019œil, ceux de la bouche et autres muqueuses, les ulcères « tropicaux » de la peau et les ulcères de divers organes internes.Les travaux du docteur Garnett Cheney, de l\u2019université Stanford, en Californie, sont typiques des recherches qui se poursuivent actuellement dans la lutte contre les ulcères.Le docteur a rapporté à une réunion de l\u2019Association gastro-entérologique des Etats-Unis avoir fait usage de petites doses quotidiennes de jus corcentré de choux cru dans le traitement d\u2019ulcères gastriques.Sur 100 cas traités de cette façon, a-t-il dit, les douleurs ont disparu en l\u2019espace de cinq jours et les lésions elles-mêmes se sont refermées en moyenne en moins de deux semaines.Il ressort d'expériences précédentes que le jus de choux contient une substance appelée vitamine U qui, apparemment, protège les tissus tapissant les voies digestives contre l\u2019action des acides contenus dans les sucs digestifs.Les ulcères d\u2019origine infectieuse, comme la plupart des maladies infectieuses, peuvent être traités avec succès grâce aux antibiotiques les plus récents.Parmi les plus dangereux des ulcères dans cette catégorie, on.compte ceux qui s\u2019attaquent à la cornée : 1ls sont l\u2019une des causes principales de cécité.Les progrès des ulcères de la cornée causés par le bacille pyocyanique peuvent être enrayés par l\u2019emploi de l\u2019antibiotique, la polymyxine B, selon le docteur R.K.Williams et le groupe médical qu\u2019il dirige à la Faculté de médecine de l\u2019université de Virginie.Écrivant dans l\u2019American Journal of Ophthalmology, ces médecins déclarent que, se fondant sur l\u2019expérience, la polymyxme B « semble être l\u2019antibiotique de choix dans les cas d\u2019ulcères de la cornée humaine dus au bacille pyocyanique ».Des études antérieures, effectuées à l\u2019université Kumamoto, au Japon, soulignent l\u2019efficacité de l\u2019antibiotique à large spectre d\u2019action, la terramycine, dans la lutte contre une autre espèce de plaie infectieuse de la cornée, appelée « l\u2019ulcère du serpent ».Ecrivant dans le journal médical Ganka Rinsho-ibo et dans la publication scientifique américaine Antibiotics and Chemotherapy, les savants Japonais rapportent que la plupart des ulcères du serpent rencontrés au cours de leurs études ont été guéris entièrement grâce à la terramycine en sept Jours ou moins.L'efficacité du même antibiotique dans le cas de deux malades qui avaient souffert pendant plus de 20 ans d\u2019ulcères chroniques de la bouche, a été décrite devant une réunion de la section britanique de l\u2019Association internationale de Recherche dentaire par le docteur John A.Pedler, de Londres.Des résultats semblables et également encourageants ont été enregistrés par des médecins américains.L\u2019utilisation de la terramycine, administrée simultanément à deux autres médications, a été couronnée de succès dans le traitement d\u2019ulcères chroniques des Jambes, affection qui atteint de nombreuses personnes de plus de 50 ans.Les docteurs I.Robert Spier et Eugene E.Cliffton, de New-York, affirment dans la revue médicale Surgery, Gynecology and Obstetrics que cette combinaison de médications « a réussi dans de nombreux cas où les méthodes habituelles de notre clinique avaient échoué », apportant un rapide soulagement de la douleur et provoquant la cicatrisation des plaies."]
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