Possibles, 1 janvier 1977, Automne
[" \u201cpssibles| VOLUME 2 ¢ NUMERO 1 * AUTOMNE 77 | icofil ça continue or et Titane mythe et des poussières e roman québécois e nouvelles perspectives a politique et le corps a sociobiologie : buvelle conception du social 4 elle de Jacques Brossard lyémes de Michel Beaulieu Robert Laplante ee Mur ble Set Le Mi Ti Hi Le Ly la % In à Ro Ma Ar le fi la Ga Lo la i x i a ma i possibles VOLUME 2\u2014 NUMÉRO 1 AUTOMNE 77 B.P.114, SUCCURSALE COTE-DES-NEIGES MONTREAL, QUEBEC.Comité de rédaction: Muriel Garon-Audy, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Roland Giguère, Gilles Hénault, Gaston Miron, Marc Renaud, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction: Robert Laplante.SOMMAIRE page Les possibles et les enjeux Muriel Garon-Audy Tricofil\u2026 à suivre .22002 4044000 a ae 0e se se ee ss eee 000 0 Michel Beaulieu Le cercle de justice (poèmes) .00000000000 20 eue Luc Racine La sociobiologie: nouvelle conception du social .Serge Proulx Information et pouvoir dans la société d\u2019appareils .coi iii Robert Laplante Marchures (poèmes) .000500 0000 aa es aa ne ea 00 se 6 Arlène Steiger Le roman québécois : considérations sociologiques .\u2026.Jacques Brossard La clôture (nouvelle) .440000000 sa ee s a sas a use» Gabriel Gagnon Loin comme Angleterre.co iii, Laurence Ramsey Fer et Titane: un mythe et des poussières .Courtepointes et pointes sèches \".+000 00 0 8 0 00 0 0 06 0000000 | f Ë ml in (él 9 si In bi §! al Gil de in y de In h If (al de i M lo in lo él Les possibles et les enjeux Le questionnement est-il encore possible, devant le dur parti pris des êtres et des choses ?Douter, remettre en question, faire enquête, interroger la réalité, tout cela peut-il avoir un sens dans un monde voué à l\u2019enferme- ment théorique et pratique ?Peut-on se contenter de faire émerger des « possibles » sans glisser vers un simple réformisme velléitaire, vers les sables mouvants des bonnes intentions ?Dans la conjoncture actuelle, le grand lessivage des cerveaux mis en oeuvre par la pensée dominante, fait apparaître comme «naturelles» et indépassables des situations et des pratiques absolument aberrantes : chômage, inflation, pollution, crises monétaires et dirigisme économique à la petite semaine dans les pays industrialises avancés, qui monopolisent technologies et richesses : alors que les pays dits en voie de développement s\u2019enfoncent dans des problèmes de pénurie alimentaire et d\u2019endettement de plus en plus graves.Dans l\u2019affrontement entre les deux grandes puissances pour se partager des sphères d\u2019influence, dans le monde, les petits peuples sont des pions dont la marge de manoeuvre est de plus en plus limitée.Dans ce contexte, la lutte pour l\u2019indépendance et la souveraineté prend un sens progressiste, dans la mesure où elle tient compte des intérêts populaires.Au Québec, toutes ces contradictions sont présentes, car nous partageons à la fois les conditions d\u2019existence des pays industrialisés et, dans certaines zones, celles des pays sous-développés, tout en réclamant, en tant que nation dominée, un droit historique à l\u2019autodétermination.Cette situation (et les contradictions qui en découlent) informent l\u2019imaginaire social, orientent les luttes économiques et politiques des travailleurs, colorent l\u2019action de tous les groupes contestataires, qu\u2019il s'agisse des étudiants ou des femmes, des écologistes ou des agents culturels, des minorités autochtones ou des artistes.« A A A cf \"8 i Ri UN «i uh Bi DT h In Rl M2: Be: Is ps IH JERE Or, si les hommes font eux-mêmes leur histoire, ils la font dans des conditions réelles qui leur échoient en héritage, à tous les niveaux de l\u2019activité humaine.C\u2019est donc ce terrain qu\u2019il faut d\u2019abord arpenter.Notre attitude, c\u2019est de faire enquête, d\u2019interroger la pratique d\u2019une façon critique, de nous mettre à l\u2019écoute du peuple, de donner à voir ce qui est en mutation, ici, au Québec, sans occulter pour autant les informations qui nous viennent d\u2019ailleurs.Notre laboratoire, c\u2019est le Québec, parce que c\u2019est ici que nous vivons et que nous agissons.Dans le noeud des contradictions, au Québec, 1l se peut que la question nationale agisse comme catalyseur, à condition que ce terrain de lutte ne soit pas stupidement abandonné par les forces progressistes à une classe qui pourrait en faire le lieu de son confort politique, et pourvu que l\u2019indépendance soit l\u2019amorce d\u2019une véritable libération socio-économique pour la grande majorité du peuple \u2018québécois, ainsi que pour tous les groupes qui réclament une émancipation.La critique des pratiques d\u2019une société implique une orientation théorique, nous ne l\u2019ignorons pas.Cependant, si cette théorie peut englober, englobe, une démarche conduisant à la souveraineté et au socialisme démocratique, il ne s\u2019agit pas d\u2019une théorie toute faite.Nous savons seulement que ces termes de souveraineté et de socialisme devront acquérir un contenu de plus en plus révolutionnaire.C\u2019est leur contenu qui sera garant de leur réalité.Autrement dit, l\u2019équipe de « Possibles » ne prétend pas détenir, à priori, le monopole théorique de la vérité.Elle souhaite donc (et c\u2019est peut-être là ce qui fait son originalité) que la revue fasse état d\u2019expériences et de pratiques diverses, à condition qu\u2019elles s\u2019insèrent dans notre projet global de transformation des structures de la société, et qu\u2019elles n\u2019apporte pas seulement de l\u2019eau à des moulins scolastiques, tournant à vide.Le comité de rédaction se réserve donc le droit de rejeter tout débat sectaire, dogmatique, brassant seulement des paroles en l\u2019air ! Dès le départ, la revue se proposait un projet à la fois modeste et ambitieux : faire émerger les « possibles » dans 4 \\ fa char ie (ol don d'or it ol (ha tes var ln pro con i dar Gl su no fi ah Qu pr pas Elle im qu Tot t,t uns ns dog ; fol Jans l\u2019aire de la société québécoise, en particulier, et dans le champ de la connaissance, en général.Les quatre premiers numéros de « Possibles» sont un échantillon de cette volonté de mettre en lumière des réalités nouvelles, dont le dynamisme convergent donne raison au mot d\u2019ordre de Rimbaud: «Il faut changer la vie».Si cela n\u2019était qu\u2019un rêve de poète ou une lubie de sociologue, notre tâche serait illusoire.Mais les rapports des forces changent rapidement dans notre société.L\u2019aliénation des travailleurs se répercute à toutes sortes de niveaux, elle s\u2019insinue parmi les classes intermédiaires qui se prolétarisent, elle se manifeste sous des formes variées, subtiles et d\u2019autant plus corrosives.C\u2019est tout l\u2019énorme système qui se détraque, en multipliant ses propres contradictions.Si l\u2019aliénation n\u2019avait pas pour complément nécessaire et contradictoire, la révolte, la «révolution », nous aurions lieu de désespérer.D'ailleurs, ce pessimisme en incite quelques-uns à regarder l\u2019avenir dans des rétroviseurs ! Dans un esprit de prospection et de prospective englobant plusieurs domaines, nous poserons la question suivante : pouvons-nous trouver des formes originales (adaptées à nos besoins) de lutte, d\u2019organisation, de dépassement, de mutation, tout en tenant compte des exemples valables fournis par l\u2019histoire et par d\u2019autres pays ?C\u2019est à cette question que nous tenterons de répondre, dans les prochains numéros, en privilégiant les phénomènes de rupture, eten soulignant également des expériences qui pourront paraître marginales, au premier abord.Nous préparerons donc des dossiers sur EST du Québec, le syndicalisme, l\u2019économie, l\u2019urbanisation (les problèmes de Montréal, en particulier), l\u2019éducation, la culture, etc.À ces grands thèmes viendront se greffer d\u2019autres recherches dans divers domaines.C\u2019est dans le champ clos de notre vie quotidienne, de notre existence, de nos réalités que se Joue la dialectique de l\u2019impossible et du possible, ce champ étant plus ou moins déterminé (selon la conjoncture) par de nombreux facteurs extérieurs. Mais les possibles ne sont pas innocents, ils ne sont pas neutres.La société bureaucratique et technocratique capitaliste en génère d\u2019innombrables à son profit (pour maximiser les profits de la classe dominante).Ces possibles, nous devrons les dénoncer pour montrer, dans la pratique, les possibles qui favoriseraient, au contraire, la prise en charge de leur destin par les producteurs et les consommateurs, au moyen d\u2019une large démocratisation, non seulement politique, mais également socio-économique, des instruments de décision.C\u2019est une première étape possible.GILLES HÉNAULT pour le comité de rédaction 1 Muriel Garon-Audy Tricofil \u2026 à suivre \u2026 Tricofil a été et demeure un moment fort de la pratique de renouvellement de la société québécoise.Moment fort parce que cette expérience d\u2019autogestion rejoint un vaste courant de recherche et d\u2019expérimentation : courant qui pose la nécessité de l\u2019élaboration d\u2019un nouveau mode d\u2019organisation du travail susceptible de sortir les travailleurs du cercle vicieux de l\u2019exploitation et de l\u2019aliénation.Mais également, moment fort parce qu\u2019il a permis de révéler l\u2019ingéniosité et la tenacité d'hommes et de femmes imaginatifs qui ont tiré de leur expérience et de leur pratique, plus encore que de la théorie, une force créatrice étonnante ; qui ont su durer malgré les obstacles, se mettre en question et se réajuster sans cesse ; qui, en un mot, sont demeurés conscients et portent témoignage de ce que «la vie est perpétuelle révolution ».Et de la persévérance il en a fallu, puisque depuis la grande corvée de l\u2019automne 1974 qui marquait leur première prise en charge comme équipe autodirigée, les travailleurs de Tricofil n\u2019ont jamais pu vivre dans la sécurité.L\u2019automne dernier la revue Possibles faisait de l\u2019expérience de Tricofil le dossier central de son premier numéro.Marcel Simard retraçait l\u2019historique du mouvement et décrivait la structure de l\u2019organisation du travail que le groupe s\u2019est donnée.Robert Laplante et Muriel Garon-Audy montraient comment l\u2019autogestion décons- truit les rapports traditionnels et le sens de la compétence et de la division du travail, de l\u2019autorité et de la motivation.Enfin, Gabriel Gagnon abordait la question plus générale du sens de l\u2019autogestion dans la situation sociale et politique du Québec actuel.Depuis des changements importants se sont produits au Québec \u2026 et à Tricofil, les deux n\u2019étant pas sans lien.Le Québec a élu un nouveau gouvernement qui a placé à la tête de son ministère des Consommateurs et des Coopératives et Institutions Financières un ancien supporteur de l\u2019expérience Tricofil.L'équipe gouvernementale ne semblait cependant pas porter un verdict unanime sur la jeune entreprise ; mais on a accepté de lui donner un sursis, de reculer l\u2019échéance, de lui permettre de faire ses preuves une fois pour toutes \u2026 Dans ce ciel qui paraissait désormais quelque peu éclairci, malgré que l\u2019insécurité n\u2019en était pas vraiment disparue, l\u2019orage n\u2019allait toutefois pas mettre longtemps à éclater de nouveau.Un rapport préparé par la compagnie P.S.Ross à qui on avait confié l\u2019épineux problème de la distribution des vêtements produits à Tricofil, était « victime» d\u2019une «fuite»; son contenu dévoilé prématurément plongeait l\u2019entreprise et le gouvernement dans l'embarras (les secrets de l\u2019entreprise privée sont pourtant d'ordinaire très bien gardés!) En effet, ce rapport attribuait au mode de gestion de l\u2019entreprise ses insuccès et recommandait la nomination de cinq gestionnaires professionnels à sa tête ; il sonnait ainsi le glas de l\u2019autogestion rappelant que les affaires sont d\u2019abord liées à la productivité et la rentabilité \u2026 C'était un bel os pour les différentes formes d\u2019opposition au gouvernement : elles ne le laissèrent pas passer sans y mettre les dents.Puis on apprend que les gens de Tricofil se sont réunis et ont soumis au gouvernement un projet de ré-orienta- tion à la suite de quoi le gouvernement leur concède une nouvelle subvention de $250,000 et une augmentation de la marge de crédit de $100,000.Que s\u2019est-il passé ?Le projet d\u2019autogestion est-il sérieusement compromis, mis en veilleuse par la tutelle de l'Etat?En quoi d\u2019autre part cette expérience est-elle menacée par la situation critique du textile actuellement au Québec?Comment ces problèmes sont-ils vécus par les principaux intéressés et quels genres de solutions ont- ils à proposer?Ces hommes et ces femmes qui ont réinventé pour leur compte l\u2019autogestion dans tous les détails de la quotidienneté (que la théorie oublie parfois), ont-ils encore assez de souffle, d\u2019énergie et d\u2019esprit d'invention pour franchir les nouveaux obstacles qui se présentent à eux: ceux que les événements extérieurs apportent, mais aussi et surtout ceux que suscite, chaque jour, la poursuite des objectifs dans l\u2019esprit qu\u2019on s\u2019est donné au départ ?Voilà le genre de questions que nous nous sommes posés.Et pour y répondre nous avons voulu laisser la parole à des acteurs qui animent actuellement l\u2019expérience, chercher ce qui guide leur pratique et ce que leur pratique leur a enseigné.Nous avons rencontré Laurette Bonami et Paul-André Boucher qui forment tandem à la présidence de la compagnie.Le résultat en est un exposé moins linéaire que celui que peut fournir l\u2019analyse, mais tellement plus riche en enseignements sur l\u2019expérience vécue dans la quotidienneté.Nous avons regroupé leurs propos en trois sections : dans la première, sont rappelés les événements les plus récents et leur signification en terme d\u2019autogestion.La deuxième décrit dans quel climat d\u2019insécurité se sont vécues les premières années de l\u2019entreprise.Enfin, dans la dernière section sont regroupés un ensemble de propos qui permettent de situer les défis que se donne l\u2019équipe, en d\u2019autres termes le sens de l\u2019oeuvre à réaliser.CE QUI S\u2019EST PASSE «Le 13 juin il y a eu une assemblée spéciale des travailleurs-actionnaires de Tricofil.À cette occasion, l\u2019ensemble des travailleurs se sont donné une nouvelle orientation.Le 14 juin, on rencontrait le ministre avec le dossier et il était accepté.» La direction «Il y a eu une nouvelle direction générale en la personne de M.Van Kohoa qui n\u2019a pas été imposé par le gouvernement : c\u2019est nous qui l\u2019avons suggéré au gouvernement.Il était ici auparavant comme directeur général adjoint.Ils n\u2019ont même pas demandé un observateur de plus sur le conseil d'administration ; c\u2019est très clair.Ce qui est clair aussi c\u2019est que c\u2019est une intervention finale.Si on n\u2019avait pas réussi à amener ce dossier qui donnait une image très différente de ce que P.S.Ross leur avait demandé, déjà là ils fermaient le dossier.Avec cette image nouvelle ils s\u2019attendent qu\u2019on va faire nos preuves défini- nves.» En La production « Cette nouvelle orientation que les travailleurs se sont donnée concentre la production dans la section du tissu pour sacrifier le vêtement à 90% : on a gardé une ligne, le chandail.Il a du y avoir des mises a pied et je tiens bien à souligner qu'elles se sont faites collectivement.Le vote a été pris par l\u2019ensemble des travailleurs et travailleuses et celles qui étaient mises à pied avaient à voter (je dis celles parce que c\u2019était surtout des couturières) au même titre que n'importe qui.Et le résultat du vote montre que même celles qui étaient concernées par la mise à pied, après avoir vu le programme de ré-orienta- tion qu'on prenait, ont finalement voté elles aussi pour ce programme-là.Mais ce n\u2019est pas fini pour ces travailleurs et ces travailleuses.Ils ont espoir de revenir.Is n\u2019ont pas dit: «on s\u2019en va et on ne veut plus entendre parler de rien».Quand tu dis que tu laisses ton ouvrage, ça te fait mal au coeur ; ils ont participé autant, ils ont travaillé \u2026 tu laisses les autres parce que tu sais que c\u2019est le seul moyen qu'ils avaient de continuer, sans ça ça fermait probablement.C\u2019est la raison pour laquelle ils ont dit : «on vote pour».«Ainsi au niveau de la production, on s\u2019est orienté vers les points forts qu'on avait ; on n\u2019a pas dit adieu, le vêtement n\u2019est pas rentable.Mais notre réseau de vente de vêtements n\u2019est pas bâti.Et là-dessus on peut dire que P.S.Ross, il nous ont fourrés royalement : leur mandat était de bâtir ça et ils ne l'ont pas bâti.C\u2019est ça qui nous a mis en arrière.Alors que le tissu, ils n\u2019y ont pas touché du tout, c'est nous qui l\u2019avons continué et c\u2019est notre ligne forte.Tu vas chercher des consultants à gros prix, ils ont été chèrement payés par le gouvernement, et t\u2019avances pas du tout.» « Aussi indépendamment de la demande d\u2019intervention gouvernementale, il aurait sans doute fallu réduire, vu que le marché on ne l'avait pas.On l\u2019a fait peut-être plus vite\u2026 Tu as un magasin et tu te rends compte qu\u2019un rayon ne marche pas, tu ne vas pas fermer le magasin et te dire, il est là, il faut qu\u2019il continue.Ici, ça été la même chose.On pourrait dire qu\u2019on a reculé si ça avait été imposé par le gouvernement, si en contrepartie on avait 10 i; 0s de ai ul ai eu de très gros espoirs, de très grosses perspectives de vente\u2026 Ça n\u2019était pas ça du tout.On s\u2019est mis devant les faits.On avait un secteur fort, c\u2019était le tissu : on a dit on s\u2019en va là-dedans.On a les preuves actuellement : le carnet de commandes est encore très bien garni.On prévoyait que septembre serait dur.Finalement, il va être moins dur que prévu.» « Prinatel (des tissus Pinatel de Joliette) a dit à la télé : « Si on a réussi à survivre c\u2019est que nos banquiers sont très compréhensifs.» Donc, ça veut dire qu\u2019il ne rentre pas dans ses engagements bancaires, mais qu\u2019ils lui font confiance.Il ne paye pas ses intérêts \u2026 ses fournisseurs aussi sont très compréhensifs, l'huile, tout ça, ils acceptent de faire du crédit.Il a ajouté : « Sans ça, ça ferait longtemps qu\u2019on serait fermé.Mais on ne va pas fermer parce que quand la situation va se normaliser on va être là pour reprendre la production et pour fonctionner normalement et donc rembourser» \u2026 Il a dit aussi que le gouvernement était compréhensif, entre guillemets.on n\u2019a jamais su ce que ça voulait dire \u2026 mais on s\u2019en doute : les lettres de garantie bancaires gouvernementales et tout ça.J'ai trouvé ça comique.T'entends parler tout le monde : « C\u2019est effrayant comme le gouvernement se saigne pour Tricofil».Mais t\u2019entends jamais parler des autres.Et nous on est contrôlé de près.Si le gouvernement mettait le contrôle partout comme il l\u2019a fait ici, on serait prospère au Québec quelque chose de rare ! \u2026 Parce que ça n\u2019a pas été une mauvaise chose en soi.» Le marché « On va aussi se réorienter au sujet du marché, mais pour le vêtement seulement : au niveau du tissu, on ne va pas direct au consommateur.On va à d\u2019autres manufacturiers qui font le vêtement.» « Une des grosses décisions qui se sont prises depuis deux mois, c\u2019est qu\u2019on ouvre un magasin à Montréal, direct « Tricofil».On va se tester avec ça: il est possible que ce soit une orientation qu\u2019on prenne, qu'on aille directement au consommateur.Les points de vente qu'on avait n\u2019étaient pas à nous.On était chez Dupuis notam- 11 3 I a RE IR! Bi ment, on peut le dire et là-dessus on a les preuves à l\u2019appui, on a eu de très mauvais services \u2026 Ça n\u2019était pas pour aider, loin de là \u2026 » « Notre magasin, c\u2019est un magasin qui n\u2019aura pas ce côté luxueux que tu payes au bout de la ligne.Ça c\u2019est clair.il va être mis à l\u2019image de Tricofil.Il va y avoir un diaporama sur la façon dont on fonctionne à Tricofil qui sera diffusé à période régulière.On n\u2019a pas l\u2019intention de tenir une image traditionnelle dans le sens que tu achètes une demi-page de journal pour annoncer une vente.Au contraire, c\u2019est dans le sens d\u2019une expérience pour tout ce qui est militant, qui est créateur au Québec, qui veut créer une nouvelle société vraiment québécoise, que Tricofil doit continuer à s\u2019identifier plus que jamais.Nous, une grande partie de notre clientèle est une clientèle sympathique autour d'un projet collectif.D'autre part, de plus en plus, ça on le ressent partout où on va, on entend dire que les gens veulent acheter québécois.Le magasin ouvre le 15 septembre.On a pris un bail d\u2019un an pour commencer \u2026 » Le rôle de l\u2019État «En somme, quand on parle d\u2019un programme de réorientation ça ne veut pas dire que l'autogestion c\u2019est fini, bien au contraire.Je peux dire une chose, et là-dessus je suis très convaincu : le gouvernement ne se serait pas à nouveau intéressé au dossier, si l'autogestion avait été mise de côté.Parce que les usines de textile qui ont un paquet de problèmes actuellement au Québec, c\u2019est pratiquement toutes, à part des géants comme Dominion Textile.Le gouvernement ne peut pas toutes les renflouer.C\u2019est à cause de l'expérience d'autogestion qui s\u2019y vivait qu\u2019il s\u2019est intéressé à nous.» «J'ai l'impression qu\u2019il y a deux formes de rentabilité et il y en a probablement une qui intéresse plus de ministres qu'on pense : la rentabilité de l\u2019autogestion.Idéalement, pour eux, ils voudraient qu\u2019au bout d'un an ou deux on arrive vraiment avec quelque chose de positif à offrir.D\u2019après des rumeurs qu\u2019on entend, ils s\u2019en viennent, à peu près dans un an, avec la loi cadre des usines autogérées au Québec.De là justement, on va siéger cette 12 RSS RIT PER RR FIT PILI FE A WO GUO IT THT RT REAR A \u2014\u2014 ee 20m em.Cpe ES CR Es semaine sur un comité d'usines autogérées et de coopératives de production.C\u2019est la première fois au Québec que ça se fait un regroupement semblable pour étudier les problèmes auxquels on a eu à faire face et les solutions possibles ; on va commencer à dégager des grandes lignes pour faire réfléchir le gouvernement sur une politique globale a adopter face a I'autogestion, aux coopératives de production.» COMMENT ON A TENU LE COUP Ces difficultés dont ils veulent faire état, elles ont marqué tout le climat dans lequel l\u2019expérience a «survécu».Les gens de Tricofil voudraient éviter que ceux qui emprunteront la voie qu\u2019ils ont contribué à tracer s\u2019y retrouvent plongés.Ces difficultés suffiraient à en décourager plusieurs; ils le savent parce qu\u2019ils ont rencontré de tels cas \u2026 « La grande leçon qu\u2019on a à tirer de notre expérience c\u2019est que quand une sécurité de travail n'est pas créée, il n\u2019y a pas gros d'avancement qui peut se faire; ça c'est senti grandement.Depuis deux mois, on commence a sentir une sécurité et le climat n\u2019est plus le même dans l\u2019usine : ça c\u2019est positif.» « Quand on a commencé, si on avait eu de l'argent, ça n\u2019aurait pas pris deux ans pour en arriver au point où on en est en ce moment.Parce qu\u2019on a toujours attendu après tout.Il n\u2019y a pas eu de sécurité dans l'usine.C\u2019est bien difficile de partir dans ces conditions ; tu dois faire venir ta matière première et tu n\u2019as pas d'argent ; ça a été un de nos plus gros problèmes.» «Il y a eu aussi le besoin de connaissances techniques.L'idéal c\u2019est que les travailleurs viennent à contrôler pleinement la technique : production, planification, vente.En attendant il faut que tu ailles chercher du monde \u2026 des cadres techniques.Là-dessus, il y en a qui sont venus avec de la bonne volonté, d\u2019autres avec de la moins bonne volonté.Mais quelle que soit la volonté, ils avaient à travailler dans un contexte avec lequel ils n\u2019étaient pas habitués.Comme l\u2019un disait : « Je n\u2019ai jamais eu de problème à me tirer les cheveux pour savoir sion allait payer la paye le jeudi suivant \u2026 si on était rendu à ce point-là, il 13 5 A 83 j I ii J ii MT Bi By a 3 i i eopabe say pil! était temps de fermer l'usine, on ne s\u2019interrogeait pas.» C'est froid, mais c\u2019est ça, on sait très bien que le système est bâti de même.Ils savaient que la première des choses c'était de trouver de l\u2019argent pour donner le minimum de Paye pour permettre de continuer le projet.» « Pendant des semaines on n\u2019a pas eu notre paye.On attendait, on l\u2019avait quinze jour après.Les gens mariés, quand ils gagnent 83.55 de l\u2019heure, tu l\u2019attends ta paye \u2026 Combien il y a de payes qu\u2019on a réglées le mercredi soir parce que des congrégations religieuses ont avancé de l'argent.Du moment que St-Pierre a dit qu\u2019il fermait le dossier au mois de février, jusqu'à ce qu\u2019on obtienne notre marge de crédit au mois de juillet, tout le monde se demandait comment on vivait.C\u2019étaient les communautés religieuses.Sans elles on aurait fermé.L'autre étape, c'est quand le PQ a pris le pouvoir: s\u2019il ne prenait le pouvoir, au mois de décembre, on déclarait faillite.Mets- toi dans l\u2019idée que dans l\u2019ensemble, les travailleurs suivaient le dossier suffisamment pour connaître tous ces problèmes-là.Imagine toute l'insécurité que ça créait à ce moment.C'est beau de dire : j'ai confiance \u2026 D\u2019un autre côté ne pas leur dire\u2026 quand v'arrivais et qu'il n\u2019y avait pas de paye \u2026 On a passé des moments \u2026 On va en parler avec le comité qui s\u2019est formé avec le gouvernement.Il ne faut pas partir du principe de dire : on est passé par là, que les autres fassent la même chose.Si tu travailles sur une machine et que tu t'es fait arracher un doigt, tu ne dis pas : que l\u2019autre se fasse arracher un doigt pour apprendre le métier \u2026 Quand tu as développé une habilité, les autres qui sont arrivés après ont eu moins de misère ou ont eu des misères différentes, mais au moins ils avaient l\u2019essentiel.Nous on n'avait même pas l'essentiel.Faudrait à l'avenir que ce soit différent \u2026 Sans ça ça va être facile de dire : l\u2019autogestion, les gens n\u2019en veulent pas au Québec.Je crois bien.Il n\u2019y a personne qui va vouloir l\u2019avoir.Le groupe de Louiseville, avec toutes les misères qu'on avait eues, quand ils sont venus nous rencontrer, ça les a découragés.Je ne les blâme pas, il faut que tu sois vraiment \u2026 Nous autres on était tous assez vieux, et il y avait bien des célibataires.Ça faisait vingt ans, vingt-cinq ans qu\u2019on travaillait ici.Ona tenu \u2026 Les célibataires on ne comptait pas notre temps.Les gens mariés devaient faire vivre leur famille.Ailleurs, il n\u2019y avait pas d'ouvrage.» 14 pi RI io 5 J « On oublie comment ça se bâtit quotidiennement, on oublie ceux qui la bâtissent (l\u2019autogestion).Les grands théoriciens portent des jugements, mais il faut savoir ce que c\u2019est que d'attendre sa paye.le jeudi soir t'as ton loyer à payer, ton huile à payer, tu dois acheter ta nourriture, puis tu apprends le mercredi : « Ecoutez, les gars, on n\u2019est pas capable, on fait l\u2019impossible pour vendredi».Le gars il arrive chez lui et il dit à sa femme : «11 n\u2019y à pas de paye ce soir, on est supposé l\u2019avoir demain».La, la femme lui chante le diable toute la veillée : « Quand est-ce que tu vas changer de place et que tu vas travailler pour une autre compagnie?» Mais il y a tout un travail qui se fait dans le milieu, un travail souterrain: les gens se rencontrent dans différents comités, que ce soit à l\u2019église ou n\u2019importe où.C\u2019est des personnes qui sont convaincues de Tricofil et qui rencontrent parfois des femmes de travailleurs.Elles peuvent sensibiliser les gens à leur façon, par exemple ces femmes qui comprennent plus leur mari quand il arrive chez lui le soir.C'est toute une collectivité qui en vient à travailler.C'est profond ça.» LES DÉFIS : LE PRÉSENT ET L\u2019AVENIR Voilà donc l\u2019atmosphère dans laquelle les travailleurs de Tricofil ont fait leurs premiers pas comme entreprise autogérée ; voilà également comment c\u2019est en s'appuyant sur une collectivité qu\u2019ils ont pu survivre et faire de leur démarche une démarche «totalisante».Mais les jeux ne sont pas faits une fois pour toutes.C\u2019est quand l\u2019objectif parait atteint que parfois il échappe.Et l\u2019autogestion est un de ces objectifs qu\u2019il ne paraît possible de réaliser que dans un équilibre toujours instable.« Faut pas s\u2019imaginer qu\u2019il n\u2019y a pas de problèmes parce que c\u2019est Tricofil, au contraire.Une des choses qui est caractéristique de nous autres, c\u2019est peut être qu'on les voit plus.Donc on essaie de trouver des solutions quand c\u2019est possible, et ça c\u2019est important.Le plus difficile c\u2019est d'aller au rythme auquel les individus sont prêts à aller.» La situation extérieure « Au niveau de l\u2019extérieur, il y a l'identification de notre situation de textile.De moins en moins je crois 15 qu\u2019on puisse fonctionner dans un régime traditionnel de distribution.Si une expérience peut être vouée à l'échec, sans que jamais on puisse identifier le problème, c'est justement par des éléments extérieurs qui sont en dehors de notre contrôle et en dehors du contrôle du gouvernement provincial et fédéral.Si tu regardes l\u2019ensemble du textile tu sais bien par qui il est contrôlé actuellement.Il est contrôlé par des clans, des collectivités.Auparavant, il y avait uniquement la collectivité juive, mais actuellement les Syriens et les Libanais se sont rajoutés à ça.Ce sont les trois grandes collectivités qui contrôlent l\u2019ensemble du textile et du vêtement.Et même si tu n\u2019es pas autogéré comme tel, je me demande jusqu'à quel point, nous étant francophones d'une part et les autres n\u2019étant pas habitués à nous voir contrôler notre situation, on peut arriver à pénétrer \u2026 Aussi c\u2019est à nous autres d'être assez clairvoyants pour commencer à tirer des leçons de ça et commencer à se réorienter ».Cette situation est décrite brièvement.La sobriété des propos ne lui enlèvent toutefois pas sa gravité.De l\u2019intérieur, ces problèmes se traduisent, au niveau de la production, dans les termes d\u2019une recherche de la rentabilité.La rentabilité « Notre défi actuel c\u2019est de prouver qu'on va être rentable; rentrer dans nos dépenses, c'est ce qui nous intéresse pour commencer.Quand on pourra dire dans nos départements : « t\u2019es rentable ; aujourd\u2019hui ta paye et tout, tu payes toutes les dépenses ».C\u2019est ça qu\u2019on attend tous.On ne demande pas plus pour commencer ».« C\u2019est un élément aussi qu\u2019il est important de souligner.Ceux qui disent : « Ah ! c\u2019est de l'assistance publique déguisée, le gouvernement les aide tout le temps», ils ne savent pas\u2026 Que tu parles à n\u2019importe qui ici, même parmi les jeunes, tu sens qu\u2019ils veulent devenir rentables.Pas rentables dans l\u2019idée de s'acheter une auto, voyons ; un individu peut penser ça, mais pas quand t\u2019es 124.Mais rentable dans l\u2019idée qu'on va recevoir notre paye et ça va être à nous».16 «Il y en a plus qu\u2019on pense dans l'usine qui pensent de même.Ily en a un qui a 64 ans \u2026 il travaille sur son petit pic, puis il est heureux comme un roi.Il a rencontré un gars qui travaillait du temps des Grovers et qui est parti quand l\u2019usine a fermé.C'était compréhensible, il avait sa pension.Mais seulement il se battait la gueule dans St- Jérôme que ça ne marcherait jamais.Un matin ce type-là est venu faire son tour ; il est venu parler à ses anciens camarades de travail.Après l\u2019autre m\u2019a rapporté qu\u2019il lui avait dit : « En tout cas nos affaires vont bien mieux que ça allait ; c\u2019est encourageant et ça va fermer la gueule à ceux qui pensaient qu'on était pour fermer.» Et là on voyait toute sa fierté de dire: «Ils vont arrêter de dire qu\u2019on se fait vivre par l\u2019État».C\u2019est ça la fierté du travailleur qui est au bout de la ligne, qui est oubliée dans notre système.On a pensé que la fierté du travailleur aujourd\u2019hui c'était d\u2019avoir une grosse auto, sa roulotte, sa maison puis tout ça\u2026 Alors que c\u2019est bien plus profond que ¢a.» «Ici c\u2019est notre affaire, on le sait.Quant ils arrivent avec les commandes, je te dis qu\u2019on travaille, on veut arriver dans nos commandes.On est motivé et quand on en a fait plus une semaine on est content.» « Aussi, on le sait, notre objectif de productivité on va l\u2019atteindre, puis après ce sera un autre chapitre\u2026 Si on n\u2019avait pas cru y arriver à cette rentabilité, on ne serait pas ici.Pour montrer qu\u2019on ne parle pas dans les nuages on peut le dire: le mois d'août on a sorti en vente, vendu, livré, facture, 8218,000.Dans le mois de septembre, d'après les prévisions qui sont faites, conservatrices, on va atteindre $225,000 a $230,000.Puis notre seuil de rentabilité se situe autour de $250,000 a $275,000.A part cela, a partir du mois de septembre, faut pas oublier qu\u2019on aura notre magasin à Montréal.Au même moment Pinatel dit qu\u2019il marche sa productivité à 55% ; nous on a une productivité dans certains départements qui est rendue à 70%.À ce moment, on va arrêter de crier \u2026 » «Il y a des gens qui s\u2019imaginent que si on n\u2019en parle pas c\u2019est parce que les affaires vont trop mal, alors que c\u2019est le contraire.En fait, les gens de l\u2019intérieur avaient besoin de moins se dire et de moins se voir à la télévision 17 pour prendre un certain recul, pour s\u2019analyser davantage\u2026».Voilà donc deux séries de problèmes définis bien clairement : ceux qui placent l\u2019entreprise dans un marché entièrement contrôlé par des groupes extérieurs et ceux qui polarisent la production autour du problème de la rentabilité dont dépend la survie de l\u2019expérience.On doit noter toutefois que ces problèmes et spécialement le deuxième prennent une couleur toute particulière à Tricofil : ils renvoient au sens de l\u2019oeuvre commune, à la fierté qui anime l\u2019activité du producteur.Ainsi, quelle que soit leur omniprésence ces problèmes de production et de mise en marché ramènent nécessairement et indissociablement à l\u2019ensemble des problèmes d\u2019organisation du travail qui sont au coeur même de l\u2019expérience d\u2019autogestion, et aux problèmes d\u2019information et de formation qui y sont liés.L\u2019information, la formation, le partage des pouvoirs «Il y a eu un autre réalignement.Et de ça il faut en parler au niveau du public, des milieux qui nous appuient.On a toujours parlé de l\u2019autogestion comme s\u2019il s'agissait d'un fait acquis alors que c\u2019est à bâtir».« Qu'on se promène à l\u2019intérieur de l\u2019usine et qu'on demande aux travailleurs pour eux ce que c\u2019est que l\u2019'autogestion ; il va même y en avoir, je regrette de le dire, non pas qu'ils sont innocents, qui vont dire: c\u2019est quoi l\u2019autogestion?La moitié des travailleurs sont là depuis moins d\u2019un an.À prime abord c\u2019est du monde qui veulent avoir leur salaire à la fin de la semaine.Il y en a peut-être qui vont nous taxer de capitalistes, mais tout le monde a besoin de son salaire.C\u2019est du monde aussi qui veulent vivre dans un contexte différent d\u2019une autre usine traditionnelle.Ça on le sent.Ce sont des gens responsables dans l\u2019ensemble et qui veulent prendre des responsabilités.Mais d\u2019un autre côté il faut apprendre à prendre des responsabilités ».«Même nous, avec les problèmes qu\u2019on a eu, on n\u2019a pas eu le temps de la bâtir l\u2019autogestion.On en fait et on ne se rend pas compte.on est trop dedans aussi.On a 18 TU à PARLERA 81 CTP POTERIE pris bien des responsabilités et quand on regarde en arrière, on se dit: on a fait tout ça, et on est tout surpris.».« Le mandat qu\u2019on a cette année c\u2019est la formation et information pour les travailleurs.Un des principaux objectifs qu\u2019on prend cette année c\u2019est de contacter plus les travailleurs, savoir ce qu\u2019ils veulent vraiment.On fait des visites dans les départements.Les ouvriers ont bien des choses à dire.Des fois ils auraient pu le dire, mais on n\u2019avait pas le temps de s\u2019occuper de ça ; c\u2019est un côté qu'on veut développer, pour qu\u2019ils comprennent ce que c'est qu'une usine autogérée, le conseil d\u2019administration, le conseil des travailleurs.On n\u2019a pas eu le temps de se former nous-mêmes.C\u2019est pour ça qu\u2019on trouve que c'est bien important la formation et qu\u2019on va commencer par là.Tout va s\u2019enchainer ».« Le gouvernement a accepté de nous donner des cours.Ça va commencer au conseil d\u2019administration, au conseil des travailleurs, ensuite ça va être les premiers hommes, premières femmes ; la deuxième étape, ça va être tous les travailleurs.Les cours vont être préparés autour des besoins qu\u2019on a dans le moment, et qu'on n\u2019a jamais eu la chance de voir» .«On travaille sur deux plans d'abord: les relations humaines et l\u2019administration de l'entreprise.On veut former plus de gens pour participer à l'administration pour assurer une rotation aux postes de responsabilité ».« Le plus difficile c\u2019est surtout d'apprendre le partage des pouvoirs et le respect des pouvoirs qu'on donne.Ça c'est une des grosses étapes qu\u2019on a eu à franchir depuis six mois.C\u2019est aussi le refus de vouloir prendre le pouvoir \u2026 On sait rien, on veut tout savoir, mais il ne faut pas faire des réunions trop longues \u2026 ».« Un des gros défis que va avoir Tricofil ça va être de ramener à des dimensions égales l\u2019administration et la production \u2026 Passer des tâches de l\u2019administration à la production ça permet de faire un équilibre, ça permet aussi aux travailleurs de la production de sentir que leur travail est aussi important sinon plus important que 19 l'administration.Moi je dis qu\u2019il est plus important : s\u2019il n\u2019y a pas de production il n\u2019y a pas d\u2019administration.Tandis qu\u2019autrement, au pis-aller, si l'administration est un peu chancelante, tu peux toujours aller chercher des conseillers temporaires qui vont te dépanner, et là tu te réorganises autrement ; alors que tu n\u2019iras pas chercher des consultants pour travailler sur les cardes, pour travailler à la teinturerie \u2026 C\u2019est un cheminement de pensée qu'il faut faire.D'un autre côté, il faut aussi que la production admette qu\u2019ils ont besoin d\u2019une administration en autant qu'ils ne se sentent pas isolés de l\u2019administration, qu'ils se sentent participants actifs.Plutôt que la conception d\u2019un haut et d\u2019un bas, il faudrait en venir sur une base horizontale \u2026 Un des moyens c\u2019est d'assurer qu'il y a une circulation constante du personnel aux différents niveaux».La réforme de l\u2019approche syndicale Dans cette situation, la transformation du rôle traditionnel du syndicalisme paraît aussi importante.«Il y a un gros problème actuellement au niveau des syndicats et là ce n\u2019est pas un reproche que je veux faire aux syndicats globalement, parce que si on n'avait pas eu les syndicats on ne serait pas avancé le diable.Mais dans les difficultés qu\u2019on vit aujourd\u2019hui, le gros problème c\u2019est que les syndicats sont trop accaparés par la convention collective, griefs, puis ces choses-la, politique salariale, etc, d'une part.Et d'autre part les syndicats qui sont engagés, le sont peut-être trop politiquement et oublient ce que les travailleurs ont besoin d'apprendre.Par exemple, on aurait besoin d\u2019un programme massif en place pour expliquer les programmes en cours dans d\u2019autres pays, voir comment ils s'organisent ailleurs, pour que nos membres commencent à voir des possibilités.Ça ne veut pas dire qu'on va les copier demain matin.Mais t\u2019arrives pas à une assemblée pour faire voter une résolution pour créer des ateliers de travail, quand ça révolutionne tout l'être humain au complet.C\u2019est une question d'années pour expliquer les bienfaits, mais les mauvais côtés aussi : par exemple, Volvo expérimente et ça leur coûte cher d'expérimentation.La production a baissé et c\u2019est à cause de l'intervention massive du gouvernement qu'ils ont continué leur projet \u2026 eux aussi ont à tenir compte de la 20 (0 compétition ; ils ont à se battre contre des géants».« Et il y a le syndicat qui doit se réformer dans toute cette expérience.Est-ce qu\u2019il l\u2019a fait ?je ne sais'pas, on est loin de la Suède.Peut-être que les travailleurs sont plus épanouis et qu\u2019étant plus épanouis ils exigent pius de leur syndicat.Ils exigent une réforme sur le plan syndical: ils ne peuvent avoir le même syndicat que ceux qui sont à la chaîne.C\u2019est comme ici actuellement.Je pense qu\u2019il y a beaucoup de syndicats qui nous appuient moralement et plus efficacement que cela aussi : financièrement aussi on a été appuyé.Mais on croit aussi ressentir une certaine crainte, à savoir : si ça devient de même partout, il n\u2019y a plus de syndicat \u2026 parce que le syndicat est identifié à la politique salariale, la défense des travailleurs contre les patrons.Le permanent syndical, on lui dit : on ne te voit jamais.Et il répond: je ne peux pas me tenir chez vous quand j'ai tant d'autres griefs à régler partout, puis des grèves; vous ça va toujours bien.Nous on a notre politique salariale à bâtir, mais c\u2019est une politique salariale que lui n\u2019est pas habitué à bâtir \u2026 C\u2019est pour ça que notre expérience amène des réflexions très profondes et que de plus en plus ça va amener de nouveaux genres de relations de travail».« Bien plus, il y a beaucoup de choses qui se font dans les entreprises autogérées et les coopératives de production et on ne viendra pas me faire croire que ça ne peut pas se faire dans une usine traditionnelle.Si on en vient avec une loi globale, une réelle participation des travailleurs \u2026 Si on pense que l\u2019autogestion est un nouveau système de vie sociale global, moi je ne pense pas.Mais ce qui est à retenir là-dedans, c\u2019est que des gens se prennent en main.Le jour où à la GM les travailleurs vont se battre pour avoir des ateliers de travail pour casser le maudit système en chaîne où ils deviennent des robots, cette bataille-là ils peuvent la gagner ».« Ce n\u2019est pas une affaire de technique.La technique est au service de l'homme.Le computer il ne me fait pas peur du tout.C\u2019est l'homme qui fait la carte pour la mettre dedans.S\u2019il y a une erreur c\u2019est l'homme qui va la corriger.Mais là où dans notre société les choses sont déplacées, c\u2019est qu\u2019on parle rien que du computer, pas de 21 l'homme, alors qu\u2019en réalité c\u2019est l'homme qui le fait marcher.Dans une usine c\u2019est la même chose.On ne peut revenir à l'état où on n\u2019avait pas de machinerie sous prétexte que l'homme deviendrait trop abruti à cause de ça.C\u2019est qu'un moment donné, il y a des capitaux qui se sont investis et sont restés dans les mains d\u2019une même minorité qui ont axé leurs efforts sur leur machinerie et qui ont oublié l\u2019être humain en arrière\u2026 C'était comme ça au temps de Grovers ; il ne voulait pas, par exemple, tenir compte des suggestions des travailleurs : tu produisais et c\u2019était tout, on ne te demandait jamais plus.Actuellement, il y a des premiers hommes dans les départements et combien il y a de choses qu\u2019ils règlent eux-mêmes ; les gars prennent leur initiative, la production sort et la qualité est bonne, et ça vient de finir là \u2026 Dans le temps de Grovers, le gars se serait quasiment fait mettre dehors ».Le rayonnement dans le milieu Enfin, pour compléter ce tableau de défis et orientations de Tricofil s'ajoute la question concrète du rayonnement dans le milieu: celle-ci se traduit entre autres par l\u2019installation, dans les murs mêmes de l\u2019usine, d\u2019une série d\u2019organisations à caractère social.«Il faut mentionner tout ce qui vient se greffer à Tricofil.Les bureaux locaux qui sont ici, ils ne viennent pas pour le luxe de l'usine ».«Il y a d'abord l\u2019Institut du cancer.Ça n\u2019est pas insignifiant.D'abord ce sont des gens de classe moyenne qui s'occupent de ça.Et pour eux le fait de rentrer iciçaa fait l\u2019objet d\u2019un débat au niveau de l'exécutif parce qu\u2019il y en avait qui trouvaient que ce n\u2019était pas pensable.Là, finalement, ils viennent et ils découvrent des choses et ils n'en reviennent pas.Ensuite il y a la coopérative alimentaire.Ça marche sur des roulettes au-delà de tout espoir possible.Enfin, il y a l\u2019ouvroir : ils ramassent le linge puis ils le vendent, ils le donnent quasiment.Ils sont aussi dans les locaux de Tricofil ».«lls se mêlent à Tricofil.Ces gens l\u2019après-midi ils viennent à la cafétéria; ils viennent prendre un café, ça 22 jase avec les autres.Ça crée des liens humains.» .LE SENS DE LA DURÉE Ce qui étonne toujours et rassure à la fois quand on rencontre les gens de Tricofil, c\u2019est leur incroyable capacité de référer continuellement à l\u2019expérience dans sa totalité ; de ne jamais perdre de vue sa dynamique interne tout autant que son enracinement profond dans le milieu et de poser comme vitale la capacité de dynamisation réciproque de ces deux poles.De garder, d'autre part, bien en conscience le danger de l\u2019illusion de l\u2019oeuvre accomplie, illusion qui ne peut que ramener en arrière, aux anciennes divisions entre paliers d\u2019autorité, aux anciens cloisonnements.Cela signifie en pratique, mobilité du personnel, continuelle remise à jour avec les anciens et perpétuel recommencement avec les nouveaux venus pour éviter que ne s\u2019instaure une nouvelle division, plus insidieuse cette fois, puisqu'elle s\u2019établirait en termes de rapport de paternité face à l\u2019oeuvre à construire.Le sens de cette dynamique en est donc essentiellement un de rupture avec les structures « établies» tout autant qu\u2019avec les anciennes structures.Comment dès lors entrevoir l\u2019éventualité d\u2019une fermeture de l\u2019usine ou si l\u2019on veut comment situer l\u2019oeuvre dans une perspective de durée ?Ce qui est déjà réalisé n\u2019a-t-il pas en soi valeur de témoignage ?La réponse en dit long \u2026 « Moi, je me refuse totalement à regarder les choses sous cet angle-là.Je vais donner un exemple.J'ai un livre ici, c\u2019est une grosse compagnie de laine mondiale : «250 ans, Simonius, Vischer et Co., 1719-1969».Ce sont des Belges.Ça fait 250 ans qui existent et à l\u2019occasion de cet anniversaire ils ont fait un beau petit livre.Moi je l'ai lu.Je ne l\u2019ai pas lu dans le sens de la laine qu\u2019ils font : ça évidemment c\u2019est intéressant, mais c\u2019est dans le sens plutôt de voir une compagnie qui est en affaire depuis 250 ans.Is ont commencé une année, puis ils ont fait deux ans, puis ils ont fait dix ans, puis ils ont fait vingt ans.C\u2019est dans ce sens là que je pense qu\u2019un projet doit se bâtir les deux pieds sur la terre\u2026 mais avec un idéal».« Quand il y a eu les colons qui ont développé le Nord, il y avait un idéal de développement.Ils savaient très bien 23 i qu'ils ne verraient pas le Nord comme il est aujour- d'hui.Ils savaient qu\u2019il y en aurait d\u2019autres qui le prendraient et qui continueraient leur bout de chemin et que les autres feraient encore mieux et que ça se continuerait.Tricofil, à mon point de vue, c\u2019est un projet qui doit se continuer dans ce sens là.Pour prouver à l'ensemble québécois qu'on a passé le tournant\u2026 On bâtissait quelque chose et tout à coup, ça craquait : on a eu Québec-Presse, on a eu ci, on a eu ça\u2026 on a tout eu\u2026».« Mais ce dont les Québécois ont besoin actuellement, c\u2019est de choses qui se continuent ; qu\u2019ils se prouvent que d'année en année ça se répète, puis ça se fait, ça se réalise et qu'il y a des hommes et des femmes qui vivent là- dedans, qu\u2019ils ont leurs joies et leurs peines comme tout le monde, qu\u2019ils vivent leur vie.Et Tricofil c'était jusqu\u2019à maintenant, au niveau de l\u2019ensemble du public, ce qu\u2019il y avait de plus encourageant.C\u2019est que nous avons duré en opposition de toutes les forces gigantesques qu\u2019on a eu contre nous autres, faut pas le nier, des forces sournoises, en-dessous de la table, qui sont là et sont très puissantes, et qui étaient sûres de nous casser les reins rapidement \u2026 Aujourd\u2019hui sûrement il y en a qui s'interrogent et qui disent :« comment ça se fait qu\u2019ils sont encore en affaire »\u2026 Et le jour qu\u2019on va annoncer qu\u2019on a atteint notre seuil de rentabilité, là ils ne comprendront plus rien.«il y a quelque chose qui ne marche plus en quelque part au Québec !» D'autre part toutes les forces progressives, les forces vraiment québécoises qui veulent travailler dans leur langue, qui veulent vivre, qui veulent maintenir leur culture, s'épanouir, qui veulent devenir un véritable peuple parmi tous les peuples du monde, eux vont dire : ça se fait là, ça se fait au gouvernement ça va se faire dans les mines, ça se fait dans l'électricité, ça se fait partout \u2026 C\u2019est ça quand tu bâtis quelque chose .Mais il Jaut que tu le bâtisses aussi au niveau des travailleurs, que tu donnes espoir aux travailleurs.Les travailleurs, on n\u2019a pas à s'interroger ici au Québec à savoir si on va avoir du pain à manger comme dans d'autres pays \u2026 On sait qu\u2019on va l'avoir \u2026 la consommation, on a tout à la main ; on n\u2019a plus besoin de rien faire à tel point qu\u2019on devient malhabile de nos mains à cause de ça\u2026 Mais le travailleur il a besoin de s\u2019identifier dans des projets pour dire 24 if f que lui aussi il va avoir sa place dans la société, qu'il va s\u2019épanouir, qu\u2019il va prendre du poil de la bête \u2026 qu'il va le prendre sa vraie place».0 Ji \"à Tricofil \u2026 à suivre \u2026 h i: 0 di i it bo 25 Pa Michel Beaulieu* Le cercle de justice 16.où que me porte mon errance le Québec me suit je suis le Québec il souffre en moi de cette souffrance latente que les mots recouvrent mal dans leur conceptuelle géographie cet ennui profond d\u2019être ce vague à l\u2019âÂme cette irrépressible envie de rentrer quand pour un temps si bref je tâte d\u2019autres frontières mais où que j'aille jamais je n\u2019oublie de quoi fut tannée cette peau depuis les entrailles qui l\u2019ont forgée du plus profond de leur ténacité du plus fécond de leur attente avec ce sang qui est le mien maintenant * L'auteur nous offre ici quelques extraits d\u2019un recueil de poèmes à paraître sous peu aux Éditions de l\u2019Hexagone.26 PROPRES MI 24.dans le cercle où chacun dépose ses offrandes les plus nobles et les plus païennes sans qu\u2019un jugement d\u2019ordre moral ne vienne les couvrir de ses sceaux étanches la chair saigne parfois jusque dans le sable et c\u2019est icl mon ami que tout commence il suffit de bien peu pour troquer son destin de bien peu pour le traquer le vêtement neuf sera tellement plus chaud de la laine du pays même si l\u2019hiver met plus d\u2019ardeur qu\u2019il ne convient à nous fouiller la peau 27 26.tu me dis que tu ne me reconnais plus dans la rue mais est-il possible qu\u2019en si peu de jours quelques heures à peine on change tant sans être mutilé Je sens bien que je ne marche pas tout à fait les pieds sur terre en ce moment que mes genoux jouissent d\u2019un autre frémissement mais quand même sais-tu sans blessure aucune et les cheveux aussi noirs que jadis toi aussi tu as changé 28 27.faut-il tantôt mon ami tout oublier de ce qui nous fait être ce que nous sommes que tant et tant d\u2019hivers ont passé sur nous sans trop laisser de traces et sans que nous en connaissions jamais malgré les apparences la fatigue baptême quand monte une clameur si profonde un si profond désir de le dire enfin ce souci de vivre en notre temps la liberté 32.on prend de ces détours des fois tiens par exemple il arrive que toute beauté disparaisse en toi quand je te regarde avec les yeux d\u2019autrui de qui ne perçoit pas à travers le masque ce qui moi me fait frémir et me fait faillir à l\u2019idée même de te l\u2019avouer ce phénomène de transposition cette alchimie des corps qui palpitent l\u2019un pour l\u2019autre en cet instant précis que le plaisir engloûtit en sachant que jamais plus tu ne me croirais par la suite si de nouveau je te disais Ô combien tu es belle depuis l\u2019âÂme entrevue jusqu\u2019au cul 30 33.chaque jour lève au levain des nouvelles ô peuple réparateur peuple mien je me retrouve en cette obscure ténacité de ceux qui n\u2019abandonnent pas sur le cours du temps le fil de leur unique rêve Ôô malaxeur de pulpe peuple des mines le minerai de tes os ne s\u2019est pas effrité malgré l\u2019étal où l\u2019on nous hachurait menu jusque dans notre foi la lampe-tempéte ne nie pas l\u2019irradiante pénombre et la bouche parle de roc aujourd\u2019hui comme hier il n\u2019a pas suffi de se taire et comme demain nous révélera 44.nous nageons encore dans une grandeur incertaine peuple oublieux quelque peu de soi-même et qui soudain s\u2019est souvenu tout au long du jour d\u2019un jour de novembre ou la langue rêche léchait ses propres plaies je me souviens comme toi comme chacun d\u2019entre nous tous les semblables les frères d\u2019un même combat les épines dans le sang nous conviaient à plus de vigilance et nous avons su même en tournoyant encagés dans nos têtes avec un remugle de douleur à la place des membres même dans nos gestes les mieux forfaits solidaires et désaccordés dans nos balbutiements dans cette illusion de vivre ailleurs qu\u2019en soi-même et celle-là de pouvoir sans cesse à soi-même échapper jusque dans notre âme ravalée par quelque tour de passe-passe ou la vertu de l\u2019humour le plus noir 32 \u2014»° = 64.je veux la liberté celle du désir multiplié jusque dans ses renoncements quand l\u2019homme d\u2019ici ne savait plus pendant ce siècle de carcans qui se termine à peine dans la poussière d\u2019amiante d\u2019où lui venait cette âpreté sans cesse endiguée je veux ouvrir le feu comme on casse une orange en allongeant le temps qu\u2019il faut pour y mordre en l\u2019allégeant de tout ce qui l\u2019éprouve avec le sentiment de nourrir les papilles d\u2019un peu de ce qui les fait grailler de quoi parle-t-il donc celui qui parle et de quel ordre est donc son entendement sinon de la nécessaire conjonction de la seule vie qui nous soit à charge à chacun d\u2019entre nous non?et de quelle croix repaît-il ses sens quand il perçoit la rumeur habitée par le trécarré de notre imagination (pour pierre bourgault) 73.qui que ce soit qui cogne des clous laissons-le marteler les peines rentrées qui l\u2019étouffent l\u2019âge à lui seul ne nous blesse pas quand les rides tracent leur chemin de vérité je mourrai n\u2019importe quand je mourrai peut-être en ce moment même où j'écris qui suis-je comme chacun depuis son premier geste son premier mouvement comme chacun dans sa propre gestation les montres n\u2019agissent pas sur le temps qu\u2019il faut pour défaire tes chevelures compagne propice d\u2019un repas que retiens-tu de tant de paroles je t\u2019écoute en décembre mil neuf cent soixante-seize nous sommes les précurseurs de l\u2019immortalité 34 81.au revoir mon ami dans cette vie d\u2019autres que moi poursuivront avec cette hantise dont nous étreint quelques minutes après le souper la montante monotonie du soir qui va paître en soi quelque amertume jugulée à cette monotonie qui croît depuis la naissance l\u2019abrasive nécessité tandis que la nuit apprête ses ombres au revoir mon ami dans cette vie la prochaine vaudra-t-elle tellement mieux je n\u2019irai plus qu\u2019à la conquête de moi-même de la géographie réfractaire du pays qu\u2019il ne m\u2019appartient pas encore de nommer l\u2019âÂme sereine et tourmentée dans notre droit désir de vivre nourris que nous sommes de tant et tant de sévices et de notre propre négation adieu dans cette vie mon ami la page est tournée je fais place nette à l\u2019histoire de notre rendez-vous avec l\u2019histoire Luc Racine* La sociobiologie: nouvelle conception du social Depuis quelque temps, deux disciplines d\u2019inspiration biologique, la sociobiologie et l\u2019éthologie, sont en train d\u2019accumuler des connaissances susceptibles de modifier profondément la conception traditionnelle que les sciences humaines se font de l\u2019homme et de la société, et de leurs rapports avec le reste du monde vivant.Dans l\u2019article qui suit, nous allons présenter les contributions essentielles de ces deux disciplines à une nouvelle connaissance de l\u2019homme et de la société.En ce qui concerne les rapports sociaux chez l\u2019homme, les travaux socio- biologiques et éthologiques ont surtout porté sur les enfants : c\u2019est pour cette raison qu\u2019une bonne partie de l\u2019article traitera de la vie sociale enfantine, de son développement, et des conséquences pédagogiques possibles des découvertes de l\u2019éthologie humaine.En conclusion, nous indiquerons les principales convergences entre l\u2019éthologie, la sociobiologie, la parapsychologie et la philosophie critique de la société, du point de vue de l\u2019émergence d\u2019une nouvelle science de l\u2019homme.LA SOCIOBIOLOGIE Ce sont les travaux de Wilson (Wilson, 1975), de Morin (Morin, 1973 et 1977) et de Moscovici (Moscovici, 1974) qui ont sans doute contribué le plus à faire connaître cette discipline nouvelle qui se situe à la jonction des sciences biologiques et des sciences sociales traditionnelles.* Professeur au Département de sociologie de l\u2019Université de Montréal.36 Le propre de la sociobiologie est de considérer le phénomène social comme une dimension majeure du monde vivant tout entier, et de considérer l\u2019évolution socio-culturelle comme partie intégrante de l\u2019évolution biologie (Meyer, 1974; Ruffié, 1976).L'étude des diverses formes de la vie sociale, dans un très grand nombre d\u2019espèces différentes \u2014 allant des insectes aux primates \u2014, permet aujourd\u2019hui de comprendre qu\u2019une qu\u2019une forme donnée d\u2019organisation sociale représente ion un moyen que choisissent fréquemment les espèces pour ain s\u2019adapter à leur milieu et pour y survivre.Les comporte- ler ments sociaux sont soumis à la sélection naturelle et sont êl- donc ainsi intégrés à la dynamique générale de l\u2019évolution de biologique.Ce seront les comportements sociaux qui ont la plus grande valeur adaptative, pour une espèce donnée, qui auront tendance à se maintenir.ie L\u2019étude du phénomène social, dans des espèces très I diverses, permet également de se faire une idée moins les provinciale de la nature de ce phènomène : il s\u2019agit d\u2019une out organisation des rapports entre les individus d\u2019une même ne espèce, et des rapports de ces individus avec leur milieu, de organisation qui suppose toujours: a) un système de w Ë communication interindividuel, et b) un partage plus ou moins poussé des tâches et des fonctions entre les individus et les groupes sociaux.ks § Il n\u2019est plus possible de considérer le social comme RE lo § étant le propre de l\u2019espèce humaine exclusivement.Même à ÿ si l\u2019on ne connait pas encore aujourd\u2019hui de système de Ek ¢ § communication permettant un aussi haut degré d\u2019abs- : traction et de généralisation que le langage humain, on sait que la structure de base de ce langage peut étre maîtrisée par un chimpanzé, et aussi que le langage des i abeilles et celui des dauphins atteignent un niveau de E.&H complexité suffisant pour que nous ayons encore du mal «ÿ à les déchiffrer complètement.(Premack, 1977; Marler, i- § 1973; Liley, 1975).Par ailleurs, la division des tâches et ki § des fonctions dans les grandes sociétés d\u2019insectes (abeil- + § les, termites, fourmis) atteint un niveau de complexité ; énorme (Wilson, 1975).On ne peut même plus se rassu- | rer en affirmant que, dans les sociétés animales, la divi- E.sion des tâches serait mécaniquement déterminée par des F facteurs génétiques, tandis qu\u2019elle serait une affaire d\u2019é- bi 37 fr ducation chez l\u2019homme : dans les sociétés d\u2019insectes, c\u2019est souvent une alimentation différentielle des larves et du couvain qui assure la distribution des individus dans les diverses tâches, sans que joue directement le facteur génétique (Wilson, 1975).Même la culture n\u2019apparaît plus comme une caractéristique spécifiquement humaine.Si on considère la culture comme un système de comportements et de symboles transmis par des voies non-génétiques (éducation et apprentissage), on s'aperçoit que certaines sociétés pri- matiques connaissent la tradition et l\u2019innovation culturelle (Kummer, 1971).Quant à la technique, qui consiste en l\u2019utilisation d\u2019outils pour entrer en relation avec le milieu, elle ne tranche pas aussi nettement qu\u2019on l\u2019avait cru la supposée ligne de démarcation entre l\u2019homme et l\u2019animal: plusieurs espèces de primates utilisent occasionnellement des outils pour se battre ou pour se procurer de la nourriture, et aussi certaines espèces d\u2019oiseaux ( Richard, 1975).De plus, les gigantesques constructions des termites et des fourmis, pour ne pas parler des abeilles et des castors, supposent une utilisation systématique des membres propres et parfois du corps des congénères, comme outils (von Frisch, 1975).C\u2019est en considérant l\u2019évolution humaine qu\u2019on voit le mieux la place spécifique de l\u2019espèce humaine au sein du monde vivant.Dès les premières sociétés de chasseurs- ceuilleurs, l\u2019espèce humaine développe systématiquement deux phénomènes déjà latents dans les sociétés pri- matiques : le langage et la technique.Le développement de ces deux caractéristiques dépend de l\u2019augmentation du volume du cerveau et de la libération des mains par rapport à la locomotion, que permet l\u2019acquisition progressive de la station et de la marche bipéde (Leroi-Gourhan, 1964 et 1965).Il est important de constater que le développement systématique du langage et de la technique, deux phénomènes qui se dégagent de plus en plus des lois de la transmission génétique, n\u2019est possible que grâce aux processus génétiques qui ont permis la croissance du cerveau et le bipédisme.La technique et le langage se modifient à un rythme beaucoup plus rapide que les traits anatomiques et phy- 38 Ii is hole Te el li le siologiques directement liés aux lois de la transmission génétique : c\u2019est ce qui explique pourquoi, contrairement à la plupart des autres sociétés animales, les sociétés humaines se diversifient énormément sur le plan culturel, s\u2019adaptent a presque tous les milieux terrestres, et modifient de plus en plus radicalement l\u2019environnement.Comme l\u2019a montré Meyer (Meyer, 1974), l\u2019évolution sociale de l\u2019homme poursuit l\u2019évolution biologique, mais à un rythme beaucoup plus rapide, que permet le relai du code génétique par le code socio-culturel.La crise écologique qui confronte aujourd\u2019hui la plupart des sociétés humaines est ainsi un résultat spécifique de l\u2019évolution sociale de l\u2019homme : l\u2019épuisement des ressources et la perturbation des grands éco-systémes ( Commoner, 1972) sont inconcevables sans la prise en considération d\u2019une technique de plus en plus efficace et, par conséquent, de plus en plus à même de modifier, pour le meilleur ou pour le pire, l\u2019éco-système planétaire.À toutes les étapes principales de l\u2019évolution humaine, un certain état de la technique a correspondu à une certaine forme d\u2019organisation socio-culturelle.Assez remarquablement, ce ne sont pas les sociétés de chasseurs- ceuilleurs, qui ignorent l\u2019inégalité socio-économique, qui ont développé une technologie capable de perturber sérieusement l\u2019éco-système planétaire : ce sont les sociétés de classes, fondées sur l\u2019inégalité économique, la production d\u2019un surplus agricole, le centralisme politique et le rationalisme.Maintenant que nous connaissons les dangers de ce type d\u2019organisation socio-culturelle, du point de vue de la survie de l\u2019espèce humaine, il faut envisager le développement d\u2019une organisation sociale ayant une meilleure valeur adaptative que celle dont nous dépendons encore aujourd\u2019hui.(Fabre, Moukhtar et Racine, 1917).L\u2019ÉTHOLOGIE HUMAINE Une grande partie des connaissances que la sociobio- logie nous fournit sur la nature et l\u2019évolution du phénomène social provient d\u2019une science spécialisée dans l'étude du comportement animal sous ses divers aspects : l\u2019éthologie.Les éthologues décrivent et classent les com- 39 portements tout comme les zoologues décrivent et classent les particularités anatomo-physiologiques des diverses espèces.Bien souvent, d\u2019ailleurs, ce sont des schèmes de comportement, plus que des traits anatomo- physiologiques, qui permettent de distinguer des espèces trés rapprochées (Tinbergen, 1969 ; Eibl- Eibesfeld, 1972).L\u2019éthologie se caractérise par l\u2019importance extrême qu\u2019elle donne à la démarche descriptive.La description se fait à partir de l\u2019observation d\u2019une espèce dans son milieu naturel, l\u2019expérimentation ne venant qu\u2019à partir du moment où la description des comportements a été suffisamment poussée pour que la formulation et la vérification d\u2019hypothèses ne s\u2019effectuent pas à partir de spéculations.Dans la description des comportements, de plus, on évite le plus possible de faire appel aux états subjectifs de l\u2019individu (ce qui est d\u2019ailleurs à peu près impossible, puisqu\u2019un animal n\u2019émet pas d\u2019opinion que nous puissions saisir \u2026).Les comportements que l\u2019on décrit et que l\u2019on explique sont retenus en fonction de leur valeur adaptative pour l\u2019espèce considérée.Les comportements d\u2019une espèce sont toujours décrits et expliqués de manière à pouvoir retracer leur évolution d\u2019une espèce à une autre, et comparer les comportements d\u2019une espèce à ceux des autres.tres.Ces caractéristiques de l\u2019éthologie animale se retrouve en éthologie humaine.Jusqu\u2019à maintenant, cette dernière s\u2019occupe beaucoup de l\u2019étude des rapports entre la mère et le nourisson, des communications non-verbales, des rapports de dominance entre enfants.Certains de ces phénomènes ont une valeur adaptative évidente (communications non-verbales dans les rapports mère / enfants), d\u2019autres se prêtent bien à la comparaison avec les autres sociétés primatiques (rapports de dominance, d\u2019affiliation et d\u2019altruisme entre enfants).(Eibl-Eibesfeld, 1976 ; Smith, 1974; Blurton-Jones, 1972; Mc Grew, 1972; Strayer et Strayer, 1976).En général, on privilégie l\u2019étude des enfants parce que leur comportement est moins complexe que celui des adultes et moins difficile à observer.Malgré cela, toute- 40 > se \u2014> => To \u2014__\u2014\u2014- \u2014\u2014es sers \u2014_\u2014\u2014 = \u2014 \u2014\u2014\u2014 \u2014; _\u2014 CD Cre \u2014\u20261 rm wi gm em em ss m3.Ce \u2014 \u2014\u2014 = = = 8 2 I ms fois, la communication non-verbale et les rites d\u2019accueil et d\u2019association ont été étudiés chez les adultes de diverses cultures (Eibl-Eibesfeld, 1975).Contrairement a ce que laissent croire certains étholo- gues classiques (Lorenz, 1973) et plusieurs vulgarisateurs a la mode (Morris, 1968 ; Ardrey, 1971), il n\u2019est pas vrai que l\u2019éthologie contemporaine se soucie avant tout d\u2019établir l\u2019existence du plus grand nombre possible de comportements innés chez l\u2019homme.Dans la plupart des sociétés animales, les comportements sociaux résultent toujours de la combinaison de facteurs génétiques et de facteurs dûs à l\u2019environnement : il est très rare que l\u2019on puisse affirmer qu\u2019un comportement est déterminé exclusivement par l\u2019hérédité.Ce qui intéresse les éthologues de ce point de vue, chez l\u2019homme, c\u2019est d\u2019étudier le jeu des facteurs génétiques et des facteurs culturels dans l\u2019explication du comportement social (Hinde, 1974; Eibl-Eibes- feld, 1976).LE DÉVELOPPEMENT DES RAPPORTS SOCIAUX CHEZ L\u2019'ENFANT La meilleure façon de comprendre l\u2019apport de la sociobiologie aux sciences humaines est d\u2019examiner les découvertes de l\u2019éthologie en ce qui concerne le développement des relations sociales chez l\u2019enfant.Ces découvertes permettent une meilleure compréhension des tendances hiérarchiques existant chez l\u2019homme, du rôle de la dépendance du jeune enfant par rapport à sa mère, et des rapports de coopération et d\u2019entraide entre enfants.Les résultats des travaux éthologiques dans ces domaines ont des conséquences pédagogiques importantes, qui peuvent nous conduire à modifier les pratiques pédagogiques novatrices visant à l\u2019établissement d\u2019une société égalitaire (Fabre, Moukhtar et Racine, 1977).Dans ce qui suit, nous allons examiner les résultats les plus importants des travaux éthologiques concernant l\u2019attachement de l\u2019enfant à sa mère, les rapports coopératifs et hiérarchiques entre enfants, tout en confrontant l\u2019apport éthologique aux conceptions plus anciennes de la psychanalyse et de la psychologie génétique. La relation mère-enfant : attachement et dépendance Depuis Freud, les études d'inspiration psychanalytique ont grandement insisté sur la longue période où le jeune enfant dépend presque exclusivement des adultes, et surtout de sa mère, pour la satisfaction de ses besoins vitaux.Freud a soutenu que la formation de la conscience morale (surmoi) \u20141.e.l\u2019intériorisation par l\u2019enfant des préceptes moraux des parents \u2014 ne pouvait s\u2019expliquer sans tenir compte de la dépendance de l\u2019enfant par rapport à l\u2019adulte (Freud, 1959).Pour Reich, c\u2019est la dépendance infantile qui permet la répression de la sexualité pré-génitale et prépare l\u2019enfant à se soumettre aux structures hiérarchiques des sociétés de classe (Reich, 1972).Mendel a élargi cette proposition de Reich en affirmant que ce n\u2019est pas seulement par les interdits sexuels, mais aussi par les interdits concernant le sommeil, la nourriture, etc.que les parents dominent les enfants et les préparent à s\u2019insérer dans le fonctionnement d\u2019une société hiérarchique (Mendel, 1971).Toutefois, les thèses psychanalytiques, orthodoxes ou pas, ne se fondent presque jamais sur l\u2019étude concrète de la relation entre parents et enfants, préférant fournir des tentatives d\u2019explication à partir du matériel symbolique présenté par les patients.Une des seules études psychanalytiques d\u2019importance concrète sur la relation mère- enfant est due à Spitz (Spitz, 1968).Cet auteur a pu démontrer que la séparation précoce entre le jeune enfant et sa mère entraîne chez le nourisson un état de marasme psychique prononcé.Les résultats du travail de Spitz mettent bien en évidence l\u2019importance cruciale que la mère a pour le nourisson, du point de vue psycho-affectif (les enfants étudiés par Spitz étaient pris en charge par un milieu hospitalier, qui assurait la satisfaction de leurs besoins biologiques : nourriture, abri, etc.).Toutefois, les études de Spitz ne démontrent pas clairement de quoi souffrent tant les nourrissons privés de leur mère et élevés en milieu hospitalier.Il est tentant de croire que c\u2019est la personne même de la mère qui est l\u2019objet du manque et la cause directe du marasme, mais 42 cette interprétation est contredite par l\u2019expérience éducative des kibbutzim en Israël.Dans les kibbutzim, les jeunes enfants sont sevrés très tôt, ils ne voient presque pas leur mère et sont pris en charge (nourriture, toilettage, etc.) par des adultes qui varient presqu\u2019à chaque jour.Le tout-petit doit donc très tôt se tourner vers ses camarades du même âge que lui pour la satisfaction de ses principaux besoins affectifs.Un tel système éducatif ne provoque pas de marasme ou de déséquilibre psychique, ce qui montre clairement que ce qui manque aux enfants étudiés par Spitz, ce n\u2019est pas la personne même de la mère : c\u2019est la présence d\u2019autres êtres humains, adultes ou enfants, qui assurent la satisfaction des besoins affectifs fondamentaux (Bettelheim, 1970).C\u2019est aux travaux directement inspirés par l\u2019éthologie, cependant, que nous devons une connaissance détaillée des mécanismes de dépendance et d\u2019attachement au sein de la relation mère-enfant.Chez les primates non-humains, on a pu établir expérimentalement que le fondement du lien mère-enfant et de la dépendance infantile ne saurait en aucune façon être réduit au besoin de nourriture, contrairement, à ce que laisse supposer la théorie psychanalytique, pour laquelle toute relation d\u2019objet et toute relation sociale dérivent de la pulsion sexuelle orale ancrée dans le besoin alimentaire (Zazzo, 1974).En efet, les expériences de Harlow (Harlow, 1958; Harlow et Harlow, 1965) ont montré qu\u2019un jeune primate préfère, comme substitut à sa mère, Un mannequin doté de fourrure et de chaleur à un mannequin métallique mais pourvu d\u2019un biberon plein de lait : le jeune primate passe beaucoup plus de temps avec le premier substitut qu\u2019avec le second.De plus, les mêmes travaux ont mis en évidence que des jeunes primates séparés de leur mère, mais élevés ensemble, arrivent à une vie sexuelle et sociale normale, ce qui n\u2019est pas le cas de jeunes primates isolés de leurs semblables.L\u2019attachement affectif semble ainsi reposer autant sur le besoin de chaleur et de contact que sur le besoin alimentaire, et la mère n\u2019est pas absolument indispensable pour la satisfaction de ces besoins.43 Par ailleurs, les travaux de Bowlby ont permis graduellement de mieux comprendre la nature et la fonction de l\u2019attachement chez l\u2019homme.D\u2019après cet auteur, les mécanismes d\u2019attachement existant entre la mère et l\u2019enfant \u2014 échanges sonores (babillages) et visuels (regards, sourires), peur de l\u2019étranger, contacts physiques, éloignements et rapprochements, etc.\u2014 ont pour fonction d\u2019assurer la protection, et indirectement la survie, du tout- petit.Le comportement d\u2019attachement aurait ainsi une valeur adaptative certaine, en assurant les conditions les meilleures pour la survie de la progéniture et de l\u2019espèce.La rupture progressive des liens d\u2019attachement, à mesure que l\u2019enfant grandit, aurait une valeur tout aussi adaptative, en permettant l\u2019apprentissage de l\u2019autonomie indispensable à la vie adulte et à la reproduction (Bow/by, 1969 et 1973).Ce qui donne à la mère une position dominante au sein de la relation mère-enfant, c\u2019est que le nourrisson ne peut se passer d\u2019un certain nombre de soins pour survivre, tandis que la survie de la mère ne dépend évidemment pas de celle de son petit.Cela ne veut pas dire, toutefois, que le comportement de l\u2019enfant soit univoquement déterminé et contrôlé par celui de la mère: un enfant qui a besoin d\u2019être nourri possède les moyens nécessaires pour orienter le comportement de la mère dans le sens voulu, et il en est de même d\u2019un enfant qui a besoin d\u2019aide ou de protection.C\u2019est seulement jusqu\u2019à un certain point que la mère peut contrôler le comportement de l\u2019enfant : elle peut, par exemple, l\u2019empêcher de trop s\u2019éloigner d\u2019elle, mais elle doit le secourir s\u2019il se trouve en danger ; elle peut le forcer à manger à un moment plutôt qu\u2019à un autre, mais elle ne peut faire cela qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019un cadre temporel déterminé par l\u2019organisme de l\u2019enfant.D\u2019autre part, comme nous l\u2019avons déjà montionné, l\u2019expérience éducative des kibbutzim d\u2019Israël montre qu\u2019il est possible, sans conséquence néfaste, de réduire la dépendance du tout-petit par rapport à sa mère: a) la plupart des soins matériels peuvent être pris en charge par des adultes qui varient constamment, ce qui affaiblit la 44 | ; dépendance de l\u2019enfant face à un adulte déterminé ; b) les besoins afectifs sont satisfaits par des enfants du même âge, ce qui dès le départ enlève toute base psycho-affecti- ve à la domination de l\u2019adulte sur l\u2019enfant.Enfin, la maturation de l\u2019enfant lui permet de se détacher graduellement de l\u2019adulte pour la satisfaction d\u2019un membre de plus en plus grand de besoins matériels (lever et coucher, toilette, nourriture, etc.).Si l\u2019adulte ne résiste pas à la dissolution du phénomène d\u2019attachement, l\u2019enfant pourra accéder de lui-même à une autonomie matérielle et affective beaucoup plus rapidement.Le développement des relations sociales : dominance et coopération Le développement de la vie sociale enfantine a été étudié dans deux perspectives principales: a) Piaget et ses collaborateurs ont étudié la genèse des rapports de coopération dans le jeu, en des travaux déjà classiques ; b) plus récemment, les éthologues se sont penchés sur le phénomène des hiérarchies enfantines.A) Les rapports coopératifs En ce qui concerne la vie sociale de l\u2019enfant, les premières études de Piaget ont porté sur l\u2019utilisation du langage dans le jeu (Piaget, 1968).Ces études ont montré que ce n\u2019est pas avant l\u2019âge de 7-8 ans que le langage remplit adéquatement une fonction de communication dans les activités ludiques.Avant cet âge, la conversation entre enfants est faite surtout de monologues à deux ou à trois, beaucoup de propos ne recevant pas de réponses de la part des partenaires.De plus, ce n\u2019est pas avant l\u2019âge de 7-8 ans en moyenne que les enfants réussissent à se fournir l\u2019un à l\u2019autre des explications verbales assez précises pour être compréhensibles par celui auquel elles sont destinées.Ce type d\u2019utilisation du langage caractérise assez bien, selon Piaget, la vie sociale de l\u2019enfant de 2 à 7 ans environ : égocentrisme, c\u2019est-à-dire confusion entre le point de vue propre et celui d\u2019autrui, activités individuelles qui se mêlent et s\u2019entrechoquent sans parvenir à un véritable partage des tâches et à une véritable coopération.45 C\u2019est pour éclairer la genèse des rapports de coopération \u2014 qui supposent la distinction entre le point de vue propre et celui de l\u2019autre, qui suppose le dialogue et non plus le monologue collectif, qui suppose des explications verbales compréhensibles \u2014 que Piaget a entrepris une étude systématique du jeu de billes (Piaget, 1932).Faites avec des enfants des milieux populaires de Genève et de Neuchâtel, les observations se sont déroulées de la manière suivante : l\u2019expérimentateur demandait à chaque enfant de lui expliquer les règles du jeu de billes pratiquées par lui (le jeu a plusieurs variantes) ; l\u2019expérimentateur jouait ensuite quelques parties avec l\u2019enfant, selon les règles définies par ce dernier, ce qui permettait de voir comment et jusqu\u2019à quel point le sujet appliquait les règles qu\u2019il avait énoncées.L\u2019expérimentateur demandait enfin à l\u2019enfant de créer une nouvelle règle, et de lui dire qui avait inventé le jeu de billes.À partir de là, Piaget a pu établir l\u2019existence des étapes suivantes dans l\u2019évolution du comportement social relié au jeu: Un ssade moteur, allant environ de 2 à 4 ans, où les enfants manipulent les billes de toutes les manières possibles (lancer, rouler, mettre en tas, etc.), tout en leur conférant des connotations symboliques variées (oeufs, pierres, etc.).Aucune règle du jeu de bille n\u2019est appliquée, les manipulations et associations symboliques restent individuelles.Un stade dit égocentrique, allant de 5 à 7 ans environ, où commence l\u2019apprentissage des règles du jeu.L'enfant peut parvenir pendant un certain temps à appliquer de lui-même certaines des règles les plus simples (comme ne tirer qu\u2019une bille à la fois, jouer à tour de rôle, etc.), mais il oublie souvent de continuer à appliquer la règle si l\u2019adulte ne le lui rappelle pas.La plupart des enfants de ce stade ne maîtrisent pas les règles essentielles.Ils sont incapables de créer une nouvelle règle et croit que le jeu de billes a été inventé par les adultes, les grands, Dieu, etc \u2026 Vient ensuite, de 7 à 9 ans environ, le stade opératoire concret.Les enfants de ce stade maîtrisent maintenant les 46 règles essentielles et les appliquent d\u2019eux-mêmes tout au long de la partie.La plupart d\u2019entre eux se refuse toutefois à créer une nouvelle règle.Jusqu\u2019à la fin de la première moitié de ce stade environ, les enfants croient encore que les règles sont d\u2019origine divine, parentale, adulte.Dans la seconde moitié de ce stade, les enfants commencent à affirmer l\u2019origine des règles comme immanente à la société enfantine, sans toutefois consentir à formuler des règles nouvelles.Cette évolution s\u2019achève au stade opératoire abstrait, entre 10 et 12 ans.Les enfants prennent alors grand plaisir à discuter des règles et de leur application, élaborent toute une jurisprudence du jeu.Ils créent facilement de nouvelles règles qui sont appliquées si elles sont acceptées par la majorité des joueurs.Piaget résume l\u2019ensemble de cette évolution en parlant d\u2019un passage de l\u2019hétéronomie à l\u2019autonomie.La morale hétéronome correspond aux deux premiers stades, où le comportement des enfants dépend de celui des adultes (croyance en l\u2019origine parentale des règles, impossibilité d\u2019appliquer systématiquement ces dernières sans l\u2019aide de l\u2019adulte).La morale autonome correspond aux deux derniers stades, où les enfants ne croient plus en l\u2019origine parentale des règles, savent en créer de nouvelles et n\u2019ont plus besoin du support de l\u2019adulte pour assurer la continuité du jeu.D\u2019après Piaget, le passage de la morale hétéronome à la morale autonome se fait par l\u2019établissement de rapports de coopération entre les enfants, cette coopération leur permettant de se soustraire à l\u2019influence adulte (Piaget, 1932 et 1965).Du point de vue qui nous occupe ici, il est très important de souligner que les rapports de coopération, bien qu\u2019ils contribuent à réduire et éventuellement à annuler la domination des adultes sur les enfants, n\u2019impliquent pas du tout l\u2019absence de relations hiérarchiques entre les enfants qui coopèrent.Dans les observations de Piaget, en effet, la coopération se définit par la possibilité de jouer ensemble, c\u2019est-à-dire d\u2019appliquer collectivement les mêmes règles.47 Mais la coopération n\u2019implique pas, définie de cette manière, l\u2019existence de rapports égalitaires entre ceux qui coopèrent.Dans un jeu compétitif comme le jeu de billes, les enfants se mettent précisément d\u2019accord sur un ensemble de règles dont l\u2019application provoquera un partage hiérarchique des joueurs entre vainqueurs et vaincus (avec répartition inégalitaire des billes à la fin du jeu, et parfois même au commencement).On peut agir ensemble, et appliquer les mêmes règles de comportement, aussi bien dans une structure hiérarchique que dans une structure égalitaire.Les observations de Piaget établissent bien que la coopération est un moyen important de prise d\u2019autonomie de l\u2019enfant par rapport à l\u2019adulte, elles n\u2019établissent nullement que l\u2019autonomie en question s\u2019acquière par une coopération à structure égalitaire.Les membres d\u2019un groupe peuvent appliquer la même règle parce qu\u2019ils l\u2019ont chacun librement décidé, mais aussi parce qu\u2019elle leur est imposé par un chef ou par une minorité.C\u2019est dans l\u2019analyse du dernier stade, en particulier, que Piaget tend à confondre la coopération (application d\u2019une même règle) et le fonctionnement démocratique (modification et adoption d\u2019une règle nouvelle par consensus ou par règle de la majorité).Or il est clair que l\u2019unanimité peut se faire, dans un groupe, sur une règle hiérarchique (dans les jeux compétitifs), et aussi qu\u2019une majorité peut imposer une règle égalitaire.Pour qu\u2019il y ait coopération, il est bien sûr indispensable que chaque membre du groupe accepte d\u2019appliquer une même règle commune, ce qui ne veut pas dire que la création ou l\u2019adoption d\u2019une telle règle soit toujours le résultat d\u2019un processus égalitaire.Enfin, dans le rapport hétéronome entre l\u2019adulte et l\u2019enfant, il faut souligner que la relation hiérarchique entre les deux partenaires est due au fait que l\u2019enfant dépend de l\u2019adulte pour apprendre et maîtriser la règle, et que cela ne suppose nullement que le contenu même de cette dernière soit hiérarchique.On le voit bien dans le cas fréquent où l\u2019adulte doit sans cesse rappeler à l\u2019enfant d\u2019attendre son tour pour jouer.Des travaux ultérieurs ont confirmé l\u2019essentiel du résultat des études de Piaget sur le développement social.48 He En étudiant le dessin chez des groupes d\u2019enfants d\u2019âge ha scolaire, Nielsen (Nielsen, 1951) a montré que ce n\u2019est pas 4 avant le stade opératoire concret (7-8 ans) que les enfants parviennent à se partager les tâches et à réaliser une * oeuvre commune, les plus jeunes se limitant a des dessins individuels juxtaposés (et qui souvent se ressemblent = beaucoup).A 5 Une série d\u2019expériences, où l\u2019on présente à des enfants A entre 4 et 10 ans un choix de jeux coopératifs et compé- a titifs a établi que la coopération croit avec l\u2019âge, et que la it culture a un effet certain sur la tendance a coopérer (les & enfants mexicains coopèrent plus que les enfants améri- = cains).7 ne Il semble enfin que la tendance au partage égalitaire re croisse aussi avec l\u2019âge, les enfants du stade opératoire i abstrait étant les plus avancés de ce point de vue (Streater et Chertkoff, 1976).2 SUITE PAGE 51 1 NEXT TAPE 1 B) Les rapports hiérarchiques ; Depuis une vingtaine d\u2019années, les travaux éthologi- i ques ont peu à peu mis à jour l\u2019existence très précoce et * très répandu des structures hiérarchiques dans les i sociétés enfantines (Blurton Jones, 1972 ; Eibl-Eibesfeld, \u2019 1975 et 1976; Mc Grew, 1972; Smith, 1974; Strayer et Srayer, 1976).Dans tout groupe enfantin, quelque soit la culture, on peut constater que certains membres polarisent l\u2019atten- 5 tion et règlent les conflits et les disputes (Æib/- Eibesfeld, \u201c 1976).; Divers travaux (Eibl-Fibesfeld, 1976) ont établi que | les enfants qui font le plus fréquemment l\u2019objet de l\u2019attention des autres sont également ceux qui prennent le plus d\u2019initiatives.Ces enfants dominants dirigent les activités et se montrent légèrement plus agressifs que les autres ; ils protègent les enfants dominés et arbitrent les querelles, ce * sont eux qui jouent avec le plus d\u2019enfants différents, qui 49 prennent le plus part aux jeux d\u2019équipes et se déplacent davantage que les autres.Ce sont également ces enfants qui provoquent le plus de contacts physiques (avec les mains).Si on leur donne des friandises à partager, les enfants dominants effectuent ce partage sans perdre le contrôle sur les autres enfants, tandis que, dans la même situation, les dominés perdent très vite ce contrôle.Les enfants dominés imitent les dominants et leur obéissent, ils cherchent leur contact et leur offrent des cadeaux, de l\u2019aide, ils leur montrent souvent des objets et leur racontent des histoires.Certains dominés, cependant, préfèrent éviter les autres enfants, cherchant plutôt le contact de l\u2019adulte où bien la solitude.La place dans la hiérarchie semble déterminée surtout par la familiarité avec les lieux, les enfants qui sont depuis le plus longtemps dans la garderie étant en général les dominants.Entre enfants, la hiérarchie peut aussi concerner l\u2019accès préférentiel au matériel de jeu.Montagner (Montagner, 1974) a montré qu\u2019une certaine posture, dite de sollicitation (main tendue, tête penchée), est très efficace pour obtenir un objet détenu par un autre enfant.Dans une garderie, les enfants qui maîtrisent le mieux cette posture ont de fait un accès préférentiel au matériel de jeu.Montagner a également établi l\u2019instabilité d\u2019une telle hiérarchie: les enfants dominants abandonnent la posture de sollicitation après un certain temps, prenant alors le matériel d\u2019autorité, ce qui les fait vite rétrograder au bas de la hiérarchie.Tout enfant, en effet, défend énergiquement un objet qu\u2019il détient, ce qui conduit souvent à des combats où l\u2019utilisation de la technique de la bousculade et de la culbute est répandue.Cette technique de combat est liée à des réactions spécifiquement humaines, n\u2019ayant pu être élaborée avant l\u2019acquisition de la station debout (Æib/- Eibesfeld, 1976 ; Blurton-Jones, 1967).On a noté enfin qu\u2019un autre aspect sur lequel pouvait s\u2019établir une hiérarchie entre enfants était l\u2019accès préférentiel à l\u2019attention et aux soins des adultes (Eibl/- Eibesfeld, 1976).50 fa uit aide faut cho lg ll nou fion chi une elf lac pe tra de él \u201ca ly L\u2019existence de hiérarchie au sein des groupes d\u2019enfants semble donc bien établie, de même que les divers critères permettant d\u2019établir ces hiérarchies : attention, aide, leadership, accès aux objets et au territoire, etc \u2026 Il faut toutefois noter que l\u2019on ne sait pas encore grand- chose : (a) de l\u2019évolution des rapports hiérarchiques avec l\u2019âge ; (b) du lien entre les rapports hiérarchiques et les rapports de coopération.C) Hiérarchie et coopération C\u2019est pour étudier plus en détail les deux points que nous venons de mentionner \u2014 rapports entre la coopération et la hiérarchie, développement des rapports hiérarchiques \u2014 que nous avons entrepris une recherche* dans une école « nouvelle » de Montréal.Nous y avons observé et filmé au magnétoscope quinze groupes d\u2019enfants dont l\u2019activité était de «faire un dessin ensemble » .Chaque groupe comprenait trois enfants, qui s\u2019étaient choisis entre eux et avaient librement consentis à être filmés en train de dessiner ensemble.Cinq groupes étaient constitués d\u2019enfants entre 5 et 6 ans, cinq autres groupes d\u2019enfants entre 7 et 9 ans, et enfin cinq groupes d\u2019enfants ayant entre 10 et 12 ans, en accord avec les stades égocentrique, opératoire concret et opératoire abstrait de Piaget (Piaget, 1949).Comme les enfants se choisissaient entre eux, la proportion de garçons et de filles variait beaucoup d\u2019un groupe à l\u2019autre.Les enfants dessinaient sur une grande feuille de papier, installée sur une table située dans un local isolé et tranquille ; ils disposaient de quatre gros crayons feutres de couleurs différentes, ce nombre limité favorisant leur échange entre les trois enfants.La seule consigne que nous donnions aux enfants était de faire un dessin sur la feuille de papier: ils choisissaient de faire des dessins individuels, en se partageant l\u2019espace, ou de faire un dessin collectif.Il n\u2019y avait pas de limite de temps: nous filmions jusqu\u2019à ce que tous les membres du groupe aient fini de dessiner.Un dessin durait en moyenne quarante-cinq minutes, et les plus * Recherche subventionnée par l\u2019Université de Montréal et effectuée à l\u2019École Nouvelle Querbes de Montréal, de janvier à mai 1977.Diane Moukhtar était assistante pour cete recherche.51 à \"4 jeunes avaient tendance à dessiner moins longtemps.Dessins individuels et dessins collectifs Une première analyse de nos observations nous a permis de confirmer les principaux résultats des études antérieures de Nielsen (Nielsen, 1951), quant à l\u2019évolution des rapports de coopération dans le dessin d\u2019enfant.Aucun des cinq groupes appartenant au stade égocentrique n\u2019a fait de dessin collectif.Dans quatre cas, les enfants se sont partagé la feuille pour y faire trois dessins individuels, assez semblables l\u2019un à l\u2019autre (variations sur le thème de la maison).Le cinquième cas est intéressant, car il montre ce qui peut arriver lorsqu\u2019un enfant est plus avancé que les deux autres.Dans cette observation, l\u2019enfant le plus avancé (A) a sans cesse tenter de coopérer avec l\u2019un des deux autres (B), le troisième travaillant seul (C).Après une phase initiale de travail individuel de la part des trois enfants, À a commencé à dessiner sur le dessin de B et à lui prodiguer toutes sortes de suggestions, ce que B a d\u2019abord accepté, pour ensuite se fâcher des intrusions de A et finalement cesser de dessiner.Quant aux groupes appartenant au second stade, un seul a fonctionné par dessins individuels, les quatre autres groupes faisant des dessins collectifs : paysages de ville ou de campagne, où chaque enfant contribue à réaliser une partie bien intégrée à la thématique générale du groupe.Chaque membre peut retoucher, corriger ou compléter ce que les autres ont commencé, mais cela suscite parfois des contestations : quand un enfant s\u2019oppose à ce qu\u2019un autre retouche à ce qu\u2019il a fait, il obtient généralement satisfaction.La règle est donc qu\u2019il faut le consentement tacite de celui dont on veut modifier le travail.Pour ce qui est des groupes du troisième stade, un seul encore a fonctionné par dessins individuels.Deux groupes ont fait des dessins collectifs en suivant la règle de libre intervention sur le travail des autres.Deux autres groupes, toutefois, ont présenté un fonctionnement absent chez les enfants du stade précédent : bien que dessinant un même paysage, les enfants ne repassent jamais, 52 \u2014_ \u2014\u2014 ou presque, sur le travail d\u2019un autre.Ce fonctionnement plus individualiste, au sein du travail de groupe, rappelle la légère régression des rapports coopératifs au début de la puberté, phénomène déjà noté par Nielsen (Nielsen, 1951).Le comportement de sollicitation Pour approfondir l\u2019étude de la coopération et de ses rapports avec la hiérarchie, nous avons analysé les demandes de crayons que les enfants se faisaient les uns aux autres.Dans un groupe, l\u2019individu qui obtient plus facilement et plus fréquemment que les autres une réponse positive à ses demandes de crayons détient alors du même coup une position privilégiée quant à l\u2019utilisation de ces derniers.L\u2019accès privilégié aux ressources (nourriture, abri, etc.) étant un des aspects principaux des hiérarchies sociobiologiques (Wilson, 1975), nous avons examiné de ce point de vue les relations entre les membres de chacun des groupes que nous avons observé.Les résultats de cette analyse nous ont permis de constater que, la plupart du temps, et indépendamment de l\u2019âge des enfants, les relations entre les trois membres d\u2019un groupe sont inégales quant à l\u2019accès aux crayons.Que le dessin soit individuel ou pas, qu\u2019il y ait coopération ou non, on constate l\u2019existence de la hiérarchie.Le fonctionnement hiérarchique et le fonctionnement coopératif paraissent donc compatibles l\u2019un avec l\u2019autre.Il n\u2019est plus possible, à la lumière de ces résultats, de confondre coopération et égalitarisme.Que l\u2019enfant participe ou non à un dessin collectif, il se trouve toujours dans une position hiérarchique définie, en ce qui concerne l\u2019accès au matériel de jeu détenu par ses partenaires.Conséquences pédagogiques Contrairement à ce que laissaient supposer les travaux de Piaget, l\u2019accès à la coopération et à l\u2019autonomie n\u2019entraîne pas nécessairement l\u2019établissement de rapports égalitaires.Il faut donc insister sur le fait que toute tentative éducative qui vise à favoriser le développement de rapports égalitaire chez les enfants ne peut s\u2019appuyer exclusivement sur la tendance à la coopération, bien qu\u2019aient oeuvré dans ce sens un grand nombre de 53 VUE psychologues et de pédagogues liés à l\u2019éducation nouvelle (Claparède, 1950; Cousinet, 1950; Ferrière, 1946; Freinet, 1974) et à la pédagogie libertaire (Neil, 1970; Schmid, 1936).Force nous est bien de constater aujourd\u2019hui qu\u2019un fonctionnement égalitaire ne se développe pas nécessairement avec le travail de groupe (Cousinet, 1950 ; Vasquez et Oury, 1976) ou avec l\u2019apprentissage de la liberté (Graubard, 1972; Skidelsky, 1972).Cet échec n\u2019a rien de vraiment étonnant si, comme le montre l\u2019éthologie, coopération et hiérarchie peuvent aller de pair.La tendance à la coopération ne s\u2019oppose pas directement aux tendances hiérarchiques et compétitives, mais bien plutôt à la dépendance de l\u2019enfant face à l\u2019adulte.L\u2019éducation nouvelle favorise bien la dissolution de cette dépendance infantile en utilisant l\u2019accès à la coopération comme levier principal, et cela constitue l\u2019une de ses plus éminentes réussites ; mais elle ne peut transformer les tendances coopératives en rapports égalitaires.Si l\u2019on veut développer une pédagogie qui favorise le développement des rapports égalitaires dans la vie sociale enfantine, il faudra trouver un levier plus puissant que la seule tendance à la coopération.UNE NOUVELLE SCIENCE DE L\u2019HOMME?Dans leur démarche générale, la sociobiologie et l\u2019éthologie humaine présentent une conception nouvelle de l\u2019homme et du social qui se rapproche, sur plusieurs points importants, de la conception élaborée par la parapsychologie et par la philosophie critique de la société.Nous allons examiner rapidement, pour conclure, les principales concordances entre ces différentes approches.La philosophie critique de la société En tant que telle, la pensée critique n\u2019est pas une discipline nouvelle.Depuis le début du siècle, les théoriciens critiques ont mis en évidence le rôle répressif de la raison et le rapport intime qui existe entre raison, autorité, État et technologie (Schroyer, 1973).Ils n\u2019ont jamais toutefois dépassé l\u2019étape critique pour examiner comment pourraient être dépassées les sociétés rationa- 54 listes et autoritaires.Ce qui est nouveau, par contre, au sein de la pensée critique, ce sont les démarches récentes qui visent à poser les fondements de ce que pourrait être une société non-rationaliste, et à préciser les divers moyens de résistance contre l\u2019emprise croissante de la raison et du pouvoir d\u2019État.Dans cette perspective, le concept d\u2019institution imaginaire de la société, développé par Castoriadis (Castoriadis, 1975), revét une importance toute particulière.Castoriadis considère en effet que l\u2019imaginaire social et individuel est essentiellement autonome par rapport à la raison et au pouvoir d\u2019État.C\u2019est au niveau de l\u2019imaginaire social et individuel, et de la créativité, que se forment les fondements d\u2019une société nouvelle.Par ailleurs, les travaux de Lefort (Lefort, 1977) et de Glucksmann (Glucksmann, 1977), et aussi jusqu\u2019à un certain point de Foucault (Foucault, 1976), montrent l\u2019existence en Occident de divers moyens de résistance à l\u2019oppression rationaliste et étatique : nouvelle culture et lutte contre la guerre du Vietnam aux U.S.A., évènements de mai 1968 en France, résistance au Goulag en U.R.S.S., sans compter les traditions plus anciennes de résistance des minorités ethniques et sexuelles.Il y a diverses concordances intéressantes entre la pensée critique et la sociobiologie.D\u2019une part, en effet, la théorie critique a montré les liens existant entre la domination de la nature et le rationalisme, tandis que la sociobiologie insiste sur le fait qu\u2019une organisation socioculturelle a un rôle adaptatif par rapport au milieu.Le rationalisme étant lié à la domination de la nature, qui entraîne la crise écologique actuelle, il est facile de voir qu\u2019une nouvelle organisation sociale et culturelle de l'humanité devra, pour survivre, renoncer au primat de la raison, de la technique et du pouvoir d\u2019État.Par ailleurs, des auteurs comme Clastres (Clastres, 1972) et Foucault (Foucault, 1975) ont beaucoup insisté sur le fait que le pouvoir social et l\u2019autorité ne peuvent en aucun cas être identifiés exclusivement à l\u2019État, que toutes les relations sociales en sont empreintes à divers niveaux.Or c\u2019est essentiellement ce phénomène de 55 hiérarchies interindividuelles qu\u2019étudie, entre autres, l\u2019éthologie, et qui permet de comprendre comment l\u2019État n\u2019est nullement nécessaire au fonctionnement social.La parapsychologie Depuis un certain temps déjà, les travaux de Rhine (Rhine, 1955) ont donné à la parapsychologie sa respectabilité scientifique.Aujourd\u2019hui, les travaux ne cessent de se multiplier dans ce domaine (Ostrander et Schroeder, 1977; Mitchell et White, 1974).Ces études portent sur trois grands types de phénomènes: (a) la télépathie et la clairvoyance (ou clairaudience), qui représentent des moyens de communication utilisant des voies qui n\u2019obéissent pas aux lois connues de la physique (Damien et Louis, 1976); (b) la psychokinésie, qui suppose une action directe de l\u2019esprit sur la matière, au moyen d\u2019une énergie encore inconnue (Taylor, 1975; Stelter, 1975); (c) les extériorisations (« out-of-the-body experiences »), qui supposent la possibilité pour la conscience d\u2019un individu de se détacher du corps pour des périodes plus ou moins longues ( Mitchell et White, 1974).La parapsychologie étudie ces phénomènes selon des conditions très strictes d\u2019observation et d\u2019expérimentation, visant à exclure toute fumisterie et toute illusion : seuls les phénomènes qui passent ce test sont ensuite examinés dans le but d\u2019en expliquer le fonctionnement et d\u2019en étudier les possibilités d\u2019apprentissage (Bender, 1977).La parapsychologie a ainsi mis en évidence certains aspects particulièrement intéressants des capacités psychiques de l\u2019homme.On constate en effet que la plupart des pouvoirs psychiques supposent, pour se manifester, l\u2019apparition de ce que l\u2019on nomme «les états altérés de la conscience» (Tart, 1969 et 1975).Ces états vont de la transe hypnotique légère à la méditation profonde, ils peuvent se produire spontanément ou bien avec l\u2019aide de certaines techniques: hypnose, bio-feed- back, drogues psychotropes (L.S.D.et mescaline, etc.), méditation, etc.Ces états ne s\u2019accompagnent pas toujours de manifestations psi, mais il semble bien que ces dernières présupposent toujours une altération plus ou moins profonde de la conscience habituelle.56 Ce qui est encore plus intéressant, c\u2019est que certaines caractéristiques sont communes à tous les états altérés de la conscience.En particulier, on sait maintenant que l\u2019altération de la conscience est toujours accompagnée d\u2019une mise en veilleuse des fonctions rationnelles (logique, abstraction, déduction, etc.), au profit de l\u2019intuition, de la sensation, de l\u2019imagination et de la communication non- verbale.Il n\u2019est donc pas impossible que le primat du fonctionnement rationnel nuise au développement des pouvoirs psychiques, que la généralisation et la croissance de ces derniers ne puissent s\u2019effectuer pleinement qu\u2019au sein d\u2019une société où le primat du rationnel n\u2019existerait plus.Les principaux pouvoirs psychiques représentent des moyens de communication et des moyens d\u2019action sur la matière qui, s\u2019ils se développaient systématiquement, pourraient se présenter comme remplacement possible par rapport à l\u2019immense appareil technologique et bureaucratique qui précipite les sociétés actuelles vers la désintégration.De plus, du point de vue de l\u2019adaptation de la société humaine a son milieu, il se pourrait que le rapport technique soit plus ou moins remplacé par un rapport plus direct, que laissent seulement soupgonner aujourd\u2019hui les capacités de certains individus isolés (déplacer des objets a distance, tordre du métal et impressionner des plaques photographiques sans contact physique, guérisons psi, etc.).(Racine, 1977).Une nouvelle science de l\u2019homme ?Il est bien entendu que la sociobiologie, l\u2019éthologie humaine, la philosophie critique de la société et la parapsychologie ne constituent pas des démarches intégrées l\u2019une à l\u2019autre.Mais ces approches concordent sur un assez grand nombre de points pour qu\u2019il soit dès maintenant possible de voir se dessiner les contours encore un peu flous d\u2019une nouvelle science de l\u2019homme.Les principaux traits de cette science nous semblent être les suivants : 1) l\u2019organisation sociale est un phénomène très répandu dans l\u2019ensemble du monde vivant, et possède une valeur adaptative dans l\u2019évolution ; le social n\u2019est donc 57 2) 3) 4) pas le propre de l\u2019homme (sociobiologie).Une grande partie des rapports sociaux, chez l\u2019homme, se situe en marge du langage articulé et rationnel (éthologie humaine).le pouvoir social ne s\u2019identifie pas à l\u2019État, il est présent dans l\u2019ensemble des relations interindividuelles ; l\u2019État n\u2019est pas nécessaire au fonctionnement social (philosophie critique, éthologie humaine, sociobiolo- gie).la domination de la nature, qui a pour conséquence la crise écologique actuelle, est liée au rationalisme et au pouvoir d\u2019Etat.Pour survivre a la crise écologique, l'espèce humaine devra adopter une organisation sociale qui ne soit plus fondée sur la prééminence de la raison, de la technique et du pouvoir d\u2019État (socio- biologie, philosophie critique).5) existe chez l\u2019homme des facultés non-rationnelles (imaginaire, symbolique, etc.) et des capacités psychiques (télépathie, télékinésie, etc.) qui pourraient éventuellement permettre une organisation sociale non-rationnelle et un rapport non-technique à la nature (philosophie critique, parapsychologie).58 BIBLIOGRAPHIE Ardrey, R.: La loi naturelle, Stock, Paris, 1971.Bender, H.: L\u2019'univers de la parapsychologie, Dangles, Paris, 1977.Bettelheim, B.: The Children of the Dream, Avon Books, New York, 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Serge Proulx* | Information et pouvoir 3 dans la société d\u2019appareils [ Dans une «société d\u2019appareils» (Touraine), le pouvoir est détenu par ceux qui contrôlent les appareils sociaux (d'Etat ou du Capital).Ce sont les technocrates.Ils sont technocrates dans la mesure où ils n\u2019ont pas l\u2019expérience immédiate du territoire, ils n\u2019ont pas de .contact direct avec la collectivité qu\u2019ils contrôlent.Ils a gèrent les ressources du territoire suivant certaines orien- il tations, et au nom de diverses idéologies.| Leur temps et leur énergie individuels sont utilisés en grande partie pour faire fonctionner l\u2019appareil, pour maintenir le pouvoir de l\u2019appareil sur la collectivité et le territoire.L'importance de la présence des technocrates s\u2019accroit dans la mesure où la nature du travail social se modifie : on passe d\u2019une dominance d\u2019activités thermodynamiques (énergétiques) à une dominance d\u2019activités informationnelles (organisationnelles).Les échanges de signes se multiplient.Le développement des technologies de l\u2019information (radiotélévision, informatique, télécommunications), nous conduit dans une phase de production d\u2019un surplus d\u2019information.Tout cela pour permettre un ajustement écologique du Capital au nouvel environnement, au nouveau territoire dont les ressources premières ont été détruites à un rythme «explosif» (Attali) par le Capital, depuis la révolution industrielle.La particularité du système social d\u2019information de la société d'appareils consiste dans la division entre deux (2) circuits : d\u2019un côté, l\u2019information technique, produite au nom d\u2019une raison scientifique et technologique ; de l\u2019autre, l\u2019information de masse, narcotique des masses.* Professeur au Département des communications, UQAM.61 ; C\u2019est précisément ce double système qui favorise le maintien du pouvoir des appareils dans la société.On éloigne la collectivité de l\u2019information technique.Or le pouvoir professionnel, fondé sur l\u2019appropriation de l\u2019information technique est précisément ce qui est accumulé par les technocrates.Les technocrates compétitionnent par un jeu narcissique de manipulation de signes dont sont construites les conduites individuelles.Ils intériorisent ainsi le principe de hiérarchie nécessaire au maintien de l\u2019Ordre de la société d\u2019appareils (Brachet, 1972).Nos conduites corporelles traduisent l\u2019intériorisation du principe de hiérarchie qui est code de domination.Travail, jeu, amour, sexualité, connaissance, alimentation, hygiène, mort: partout le corps est porteur de messages.«On ne peut pas ne pas communiquer » (Watzlawick, 1972).Ce qui veut dire: on ne peut pas ne pas intervenir sur la perception de l\u2019autre.La moindre posture, un silence ou l\u2019absence de gestes, sont des messages qui affectent la construction que l\u2019autre se fait de la réalité.Tout corps est porteur d\u2019un message de pouvoir.Les conduites corporelles se lisent donc au travers un code de domination.La culture \u2014 dont la finalité est de légitimer le mode d\u2019économie (Habermas, 1975, Dreitzel, 1976) et les pouvoirs \u2014 la culture, donc, passe par le corps.Les pouvoirs se légitiment dans les rapports corporels.On peut faire ainsi l\u2019hypothèse qu\u2019un travail de dé-program- mation du principe de hiérarchie dans les conduites corporelles, serait susceptible de transformer Ordre de \u2019 la société d\u2019appareils.Ce travail de déprogrammation corporelle serait reprogrammation de l\u2019idée de pouvoir, création d\u2019une autre idée de société, d\u2019une autre utopie \u2026 Pour déprogrammer l\u2019idée de pouvoir, il faut donc ébranler les codes qui régissent les rapports corporels dans le travail et dans le jeu, dans nos rapports amoureux et sexuels, dans nos rapports aux enfants, dans notre alimentation, dans la mort \u2026 62 LA DIVISION DE L'INFORMATION DANS UNE SOCIÉTÉ D\u2019APPAREILS L'apparition des moyens modernes et industriels de diffusion, \u2014 de la grande presse aux télécommunications \u2014, a transformé en profondeur le système des conduites d\u2019information.Devenant davantage publici- sée, l\u2019information publique s\u2019accroit au détriment de l\u2019information privée.En même temps, la distance sociale s\u2019amplifie entre la vie privée des individus qui concerne leur expérience concrète vécue, et la vie publique qui concerne les centres de décision politique d\u2019où sont exclus la majorité des citoyens (Touraine, 1977).L\u2019industrialisation et l\u2019amplification de l\u2019information publique dans le territoire se traduit par une perte d\u2019initiative et de responsabilité politique réelle pour la majorité des membres de la collectivité.Une division se fait chaque jour plus profonde dans le système d\u2019information publique, entre d\u2019un côté le circuit de l\u2019information rechnique, clef du pouvoir politique des appareils (Laborit, 1973, 1974), et de l\u2019autre côté, l\u2019information de culture de masse, narcotique des citoyens sans pouvoir.La différence essentielle entre ces deux types d\u2019information tient en ce que c\u2019est uniquement la première qui est opératoire et conduit à l\u2019action effective d\u2019intervention dans l\u2019environnement (De Certeau, 1973).Même s1 l\u2019information de culture de masse est construite partiellement à partir de contenus de « culture cultivée », même si elle est fécondée par les mouvements culturels marginaux (Morin, 1975), ces nouveaux contenus seront récupérés sous forme de «mode» et n\u2019affecteront pas la structure profonde marchande du système de communication de masse (Baudrillard, 1970) où ce qui est consommé par la majorité est une information en miettes.Tout se passe comme si les rapports sociaux, naguère médiatisés par une référence dominante à la tradition et à la religion, le seraient aujourd\u2019hui par une référence à la rationalité technologique et scientifique (Illich, 1971).Et l\u2019image de cette rationalité nous parvient en discontinu, 63 fragmentée, disparate : les publics sont arrosés et saturés de messages «en mosaïque » (Moles) sans lien apparent les uns avec les autres ou même parfois, en contradiction flagrante entre eux.Traduite en information de masse, «vulgarisée », l\u2019information technique scientifique apparaît comme un savoir fragmenté et difficile à décoder : ce mécanisme même contribue à maintenir la division dans la distribution de l\u2019information dans le territoire.L\u2019industrialisation de la diffusion sociale de l\u2019information, sous les apparences d\u2019un mouvement de démocratisation, consacre en profondeur une division qui maintient le pouvoir des appareils sur les collectivités.Le développement des réseaux d\u2019information constitue l\u2019organisation sociale des collectivités dans le territoire.Membres des territoires et membres d\u2019appareils (technocrates) entrent en rapport dialectique de double opposition: à un mouvement de contestation / conservatisme s\u2019oppose un mouvement de domination / création (Touraine, 1976).Dans ces conditions, le contrôle de l\u2019information dans le territoire, devient l\u2019enjeu d\u2019affrontements sociopolitiques importants.La saturation des collectivités par l\u2019information de masse n\u2019est-elle pas l\u2019ultime mécanisme reproducteur des pouvoirs d\u2019appareils ?Pouvoir des banques et des multinationales, pouvoir d\u2019État, pouvoir des groupes de pression : on assiste en fait, et sans qu\u2019il y ait de véritable pouvoir au niveau de la masse des usagers, à un jeu complexe de rapports de force et de hiérarchisation entre appareils et entre groupes d\u2019hommes qui contrôlent les sources et les flux de circulation de l\u2019information technique produite par chacun des appareils.Un pouvoir d\u2019appareil peut s\u2019acquérir et se maintenir par la production d\u2019une information technique originale ou par l\u2019appropriation d\u2019information technique concurrente.DE L\u2019ÉNERGIE À L\u2019INFORMATION Qu'ils le sachent ou non, qu\u2019ils le veulent ou pas, les individus vivant présentement dans les agglomérations urbaines des sociétés industrielles avancées, vont connaître d\u2019ici quinze (15) ans un changement radical de leur organisation de société et conséquemment, de leur style de vie.64 Cette transformation s\u2019explique par l\u2019évolution du mode de production économique : le capitalisme de croissance \u2014 tout autant d\u2019ailleurs que le socialisme de croissance (Bosquet, 1977) \u2014 a produit de telles altérations dans l\u2019environnement (destruction des ressources et pollution du territoire) que ce mode d\u2019organisation sociale doit se transformer radicalement si les individus veulent survivre.La croissance incontrôlée de la population planétaire, l\u2019épuisement des ressources naturelles, l\u2019accroissement des activités auto-destructives (guerres, conflits, répression), les retombées polluantes des activités industrielles et militaires, la poursuite du processus d\u2019urbanisation, conduisant à un cul-de-sac civilisationnel à moins d\u2019un changement en profondeur de notre organisation de société (Racine et Sarrazin, 1973).Rosnay (1975, p.167).Toutefois on ne peut réduire un terme dans l\u2019autre, chacun étant l\u2019objet d\u2019un processus de production spécifique.La production matérielle, en économie classique, consiste dans la transformation énergétique de ressources premières par du travail humain loué au capital, en vue de l\u2019obtention de produits ayant valeur d\u2019usage et d\u2019échange dans le marché.Dans la production informationnelle, la différence majeure réside dans le fait que contrairement à l\u2019objet matériel fabriqué en économie classique, l\u2019information signifiante n\u2019est pas quantifiable (Attali, 1975).On peut mesurer précisément la quantité d\u2019énergie requise pour assurer la transmission technique des messages.On ne peut traduire quantitativement l\u2019effet de sens du message 1.e.la modification de la conscience et / ou des actions des individus qui reçoivent et décodent le message.La théorie critique de la société doit intégrer l\u2019idée d\u2019information.Le travail humain de transformation de la nature est informationnel autant qu\u2019énergétique (Labo- rit).Le développement des technologies de l\u2019information, non seulement réduit la part du travail humain nécessaire dans la production économique en même temps qu\u2019il y accroît le besoin d\u2019accumulation de capital: plus, il transforme la nature même du travail humain.« Toute information se paie en énergie.Tout surcroît d\u2019énergie se paie en information ».Ainsi s\u2019exprime J.de 65 NE RE Là réside la puissance du processus d\u2019information comme mode d\u2019intervention sur I'individu.Le processus d\u2019information atteint le niveau des règles d\u2019organisation perceptuelle des phénomènes (niveau structural et générateur de forme : cf.Morin, 1977, p.131).Ce jeu organisationnel dans la perception des individus, des groupes, des collectifs, introduit une reconstruction de la réalité elle-même.L\u2019auto-ré-organisation de la conscience peut certainement provoquer l\u2019invention de nouvelles formes d\u2019action sociale susceptibles de modifier la réalité naturelle et provoquer de nouveaux modèles de gestion de société.Le jeu de manipulation des signes ne peut jamais être totalement sous contrôle d\u2019un Pouvoir.Des signifiés échappent aux producteurs des messages.Ces signifiés hors contrôle peuvent même rebondir \u2014 «effet boomerang» \u2014 et contribuer ainsi à détruire la crédibilité de la source émettrice.L'information renferme potentiellement son propre désordre, son entropie virtuelle.CODE DE DOMINATION, POUVOIR PROFESSIONNEL, SOCIÉTÉ D\u2019APPAREILS Tout corps informe l\u2019autre de son pouvoir et de sa puissance, de son état de domination et de sa capacité de résistance.Le dominant impose à l\u2019autre sa « manière de voir » la réalité, sa manière « d\u2019informer » l'expérience, sa manière de dire et de croire, sa manière d\u2019être dans son corps, sa manière de construire symboliquement l\u2019environnement.La « perception » qu\u2019impose le dominant c\u2019est un code qui régit les conduites intellectuelles et corporelles.En deça du niveau des relations inter-personnelles et des conduites individuelles, se découvre une « certaine manière de voir les choses et d\u2019agir » qui impose le rapport social de pouvoir.Dans le contact interpersonnel, il y a ainsi, avouée et inavouée, consciente et inconsciente, apparente et imperceptible, transmission effective d\u2019un code.Et comme le dit Foucault, il n\u2019y a pas que le discours du pouvoir dans le code, il y a aussi l\u2019autre terme de la relation, il y a le 66 discours de la résistance.Le code de domination est l\u2019affaire du résistant comme du dominant.Dialectiques maître / esclave, dominant résistant: ordre et désordre, compromis et conflits, création et contrôle se retrouvent dans la production d\u2019un même code de pouvoir.Chacun est dominant et/ ou résistant, suivant le jeu des rôles et le moment vécu.Mais le résistant refuse l\u2019état de dominé, refuse le pouvoir imposé dans son corps.Le résistant ébranle l\u2019information dominante qui cherche à organiser ses conduites corporelles et mentales pour imposer le rapport social de pouvoir.Partout le pouvoir se dissémine, partout dans les lieux chauds où le code de domination s\u2019affirme, des luttes sociales nouvelles éclatent qui mettent à jour de nouveaux enjeux concernant l\u2019exercice du pouvoir et la nécessité d\u2019une résistance.Le pouvoir s\u2019inscrit dans le corps dominé de la femme, dans le corps brimé de l\u2019enfant, corps puni du prisonnier, dans le corps du fou qu\u2019on enferme.Toujours des exclus, toujours des privilégiés dans la hiérarchie de dominance.Et cela, que le pouvoir s\u2019exerce au nom d\u2019une idéologie ou d\u2019une autre.Mais comment nous déprogrammer de cette idée dominante de pouvoir, comment reconstruire une nouvelle idée du pouvoir qui serait plutôt puissance de vie?Comment le pouvoir politique du mode d\u2019organisation de société peut-il rejoindre la puissance orgasmique et la puissance de l\u2019être-là (Xavière Gauthier)?Ce qui caractérise fondamentalement le programme actuel du code de domination, qui est intériorisé dans nos conduites corporelles et mentales, c\u2019est qu\u2019il est fondé essentiellement sur la valorisation de l'accumulation de pouvoir (Baudrillard, 1976, Laplantine, 1973).Ce qui est le mécanisme fondamental par lequel se maintient le mode d\u2019organisation hiérarchique.Cela entraîne les individus dans la compétition plutôt que dans la coopération.S\u2019instaure un jeu de manipulation narcissique des signes: chaque individu modèle sa personnalité flottante d\u2019après les signes qu\u2019il sélectionne \u2014 consciemment ou non \u2014 dans l\u2019environnement.L\u2019individu pratique cette sélection pour se construire une image narcissique de lui-même dans son environnement, 67 Li . image rassurante pour lui-même et pour les autres.La crise d\u2019identité n\u2019est-elle pas précisément la traduction dans les conduites individuelles, de la crise de légitimité des pouvoirs de notre société d\u2019appareils (Touraine, Dreitzel, Sennett, 1976)?Le pouvoir accumulé dans l\u2019organisation hiérarchique et bureaucratique de notre société d'appareils, est un pouvoir professionnel.Pour Laborit (1974, p.183), le pouvoir professionnel se fonde sur l\u2019appropriation de l\u2019information technique que le commun des mortels ne possède pas.Plus l\u2019information technique est abstraite, plus le pouvoir professionnel de l\u2019individu est important.Il y a ainsi une échelle hiérarchique dans le degré d\u2019abstraction de l\u2019information professionnelle.Le pouvoir politique que détient l\u2019individu dans l\u2019organisation, est en rapport avec sa place dans l\u2019échelle d\u2019abstraction de l\u2019information professionnelle qu\u2019il possède.Toutefois, ce n\u2019est pas simple: l\u2019indispensabilité de la fonction pour l\u2019ensemble humain considéré, entre également en ligne de compte.Ainsi en est-il pour reprendre l\u2019exemple donné par Laborit, de l\u2019éboueur de New York qui possède un fort pouvoir de chantage (pouvoir politique) du fait de l\u2019indispensabilité de sa fonction dans la ville.Le cas du médecin est un cas de cumul dans les deux échelles, d\u2019où son très grand pouvoir politique.Le programme du code de domination, consiste à valoriser l\u2019accumulation de pouvoir professionnel ; c\u2019est cela qui entraîne des conduites individuelles de compétition sociale par le jeu narcissique des signes.Ces jeux manipulatoires technocratiques individuels sont supportés par l\u2019information de masse qui circule dans le territoire.Ainsi le discours publicitaire prendra en charge la recherche d\u2019identité dont souffre le plus grand nombre : en associant le besoin insatiable d\u2019identité à des produits artificiels, on crée la dépendance à la consommation.Le programme est intériorisé par l\u2019individu qui s\u2019hominise \u2014 l\u2019expression est employée par Althusser \u2014 au travers sa famille, l\u2019école, les mass-média, l\u2019État, etc.Ce programme (socio-culturel) est ainsi progressivement et fondamentalement intériorisé dans le système nerveux (La- borit, 1974) tout autant que dans les conduites corporelles (Keleman, 1971) de l'individu.PA A em opm es my my LE CORPS DIVISE Dans l\u2019organisation hiérarchique de la société d\u2019appareils, les corps se rigidifient.Les corps tendus reçoivent mieux les signes hiérarchiques qui s'imposent d\u2019autant plus facilement qu\u2019ils sont binaires et immédiats.Ainsi la télévision \u2014 narcotique qui rend le québécois dépendant de son écoute pendant quatre heures et demie (4/4) par jour en moyenne \u2014est source de pollution corporelle (corps inactif sans contact direct à la réalité) et de pollution mentale (la capacité à rêver est atrophiée par les signes qui s'imposent au téléspectateur dans leur immédiateté binaire).À chaque fraction de seconde, l\u2019oeil du téléspectateur est forcé de voir l\u2019image, d\u2019entendre le son.L\u2019accoutumance à la télévision se fonde sur le besoin d\u2019immédiateté que recherchent les individus.Le corps soumis massivement à des flux d\u2019information binaire, se cuirasse (Reich), devient incapable de contacter l\u2019émotion et les sentiments d\u2019amour, de haine, de peur.Le corps se contracte, incapable de s\u2019abandonner: énergie métabolique \u2014 i.e.transformée par le corps humain (Illich, 1973) \u2014 circule mal.La respiration est bloquée.Le cycle contraction / détente boucle mal.Et toujours ce besoin insatiable d\u2019immédiateté dans le contact qui coupe paradoxalement l\u2019émergence des émotions profondes.Dans l\u2019organisation hiérarchique, le pouvoir s'impose dans les corps en s\u2019appropriant le temps disponible des individus.Le temps du citoyen est déjà largement utilisé pour un travail dont il a perdu le contrôle : la télévision s\u2019accapare la majorité du temps résiduel.Notre organisation de société est marquée par la diminution des conduites en temps réel et l\u2019accroissement d\u2019actes passifs de consommation de messages télécommuniqués en temps différé.Paradoxe de la soi-disant abondance : alors que les objets techniques se font valoir, par la publicité, comme objets du plaisir immédiat, c\u2019est la capacité même de vivre son plaisir en temps réel qui s\u2019évanouit.Et les plaisirs en consommation différée se transforment en ennui \u2026 C\u2019est le règne du mythe industriel \u2014 urbain (publicitaire), de l\u2019intensité continuelle nécessaire pour rendre la vie 69 «heureuse ».Le bonheur en différé, offert par le discours de la consommation, est une représentation qui désamorce la capacité au désir vital dans les interactions proches et en temps réel.Dans la société d\u2019appareils, le corps est divisé par l\u2019information en miettes qui le pénètre sans se laisser digérer, et par le temps fragmenté dont il a perdu le contrôle.Crise de la culture, crise de l\u2019organisation : cri du corps résistant qui refuse le jeu de la consommation narcissique des signes.Nécessité de sortir de la dépendance des appareils pour territorialiser son espace et libérer son temps.Nécessité de reprogrammer l\u2019idée de pouvoir pour que circule librement l\u2019énergie, l\u2019information, les corps qui s\u2019organisent dans le territoire.REPROGRAMMER L\u2019IDÉE DE POUVOIR L\u2019hypothèse que je voudrais avancer ici est la suivante: le travail de déconstruction des habitudes corporelles et de reprogrammation des conduites entrepris par certains «thérapeutes» \u2014 notamment S.Keleman (1971) \u2014, dans la suite des travaux de W.Reich, peut devenir un travail politique dans la mesure où il conduit les individus à questionner radicalement l\u2019idée de pouvoir ancrée dans leurs corps.La démarche de reprogramma- tion des conduites corporelles que propose S.Keleman est d\u2019accroître la capacité du corps à contacter le symbolique.Que tout le corps participe et prenne plaisir à l\u2019acte de parole.L'approche bio-énergétique de Keleman est à l\u2019approche psychanalitique de Lacan, ce que la parole du corps est au verbe.Contacter les métaphores et les métonymies dans le langage de mon propre corps au travers lequel l\u2019inconscient (me) parle.La valorisation de l\u2019accumulation de pouvoir professionnel ne peut exister que dans la mesure où l\u2019individu cherche son identité dans l\u2019image du semblable.Le technocrate de la société hiérarchique d'appareils, n\u2019arrive pas à trouver son identité en lui-même, à constituer ses désirs dans sa propre « hallucination primitive » (Freud).Toujours de nouveaux signes affluent, toujours ils s\u2019imposent dans leur immédiateté binaire à ces personnalités flottantes et narcissiques.70 Pour devenir politique, un travail corporel de rupture et de reprogrammation pourrait se fonder sur: a) le développement d\u2019une capacité à résister à l\u2019occupation de son temps libre par les appareils ; une capacité à «territorialiser» son espace vital ; b) l\u2019abandon de la valorisation de l\u2019accumulation de pouvoir professionnel et l\u2019abandon du sentiment de compétition ; c) l\u2019apprentissage à la dissémination active dans la base, du pouvoir déjà accumulé, pour l\u2019autogestion des groupes de la collectivité dans le territoire.La reprogrammation de l\u2019idée de pouvoir consiste dans le remplacement de la valorisation du pouvoir professionnel par une centration sur sa propre puissance orgasmique, sur son propre pouvoir vital de création.Survient ici la question de la critique politique de la psychothérapie.Attendu l\u2019interchangeabilité des technocrates dans les appareils, comment un travail corporel de déprogrammation individuelle peut-il conduire à un changement structurel au sein de l\u2019organisation même de la collectivité ?Le travail corporel individuel sera politique dans la mesure où l\u2019acquisition du pouvoir à contacter l\u2019autre, ne sera pas en soi un travail de masquage du rapport social de domination existant sous la relation.Le travail corporel sera politique dans la mesure où il conduira l\u2019individu à la lutte sociale là où la survivance de l\u2019individu et de la collectivité l\u2019exige.La libération du plaisir et de l\u2019agressivité, jusque là retenus dans les corps, devient politique quand elle dépasse le geste cathartique de la délivrance en lieu clos (Keleman, 1973).La libération corporelle devient politique quand elle se prolonge dans des gestes de lutte institutionnelle (Lapassade, 1975).Si les rapports de classes sont partout présents, simultanément, dans la société d\u2019appareils, la lutte de classes est partout systématiquement évitée (Laplantine, 1973).D\u2019où la nécessité pour transformer le mode d'organisation, de libérer la vie dans le territoire.71 ar A ee ES Li LA ji Bil iH, i in Bi} i i POUR UN NOUVEAU RADICALISME Depuis dix (10) ans, une profonde division dans la «gauche» est apparue, déchirante: d\u2019un côté, 1l y a les « politiques» qui pensent en termes de «collectif», de changement de structure économique comme déclencheur de révolution, qui formulent le voeu que s\u2019organise un parti des travailleurs, etc.De l\u2019autre côté, il y a les «culturels » qui parlent de qualité de vie, de la nécessité de modifier individuellement en profondeur notre manière de vivre le quotidien: travail, communication, sexualité, etc.Tant que cette différence dans les analyses, sera perçue d\u2019abord en termes d\u2019oppositions, ce sont les technocrates en place qui tireront avantage et profit du maintien de ce débat au sein des forces de changement.Tant que la différence dans les analyses, ne sera pas perçue d\u2019abord comme différence, l\u2019opposition binaire « politique vs culture» va se renforcer et accentuer ainsi la confusion qui est stérile pour l\u2019action efficace.C\u2019est en traitant la différence entre les deux discours, d\u2019abord comme différence, qu\u2019il sera logiquement possible de produire un dépassement de l\u2019opposition apparente dans une nouvelle prise de position radicale (Wilden, 1972).Au-delà les luttes politiques actuelles concernant la gestion de l\u2019utilisation de nos ressources et le destin de notre collectivité sur le territoire québécois, au-delà les luttes idéologiques entre groupes sociaux au sein et entre les appareils, se profile une lutte entre utopies antagonistes.Si cette lutte est annonciatrice d\u2019une ré-organisation en profondeur de notre société (Touraine, 1976), il apparaît nécessaire d\u2019interroger le dépassement possible de cette lutte.Si la solution à la crise est de la penser en termes de mutation, le dépassement de la lutte entre utopies antagonistes est possible par le dépassement de l\u2019idée même d\u2019antagonisme.Et cela est peut-être nécessaire pour éviter l\u2019auto-destruction des forces progressistes et pour assurer notre survivance comme collectivité.72 de nid Te Al our Il y a d\u2019un côté l\u2019utopie naturaliste de Rousseau, masque d\u2019un mysticisme nostalgique d\u2019anthropologue ; de l\u2019autre côté, c\u2019est l\u2019utopie communiste de Marx dont la réversibilité ne produit que l\u2019utopie technocratique \u2014 autoritaire de l\u2019Etat-roi.L\u2019euphorisme naïf du retour à l\u2019état sauvage affronte, tel David devant Goliath, l\u2019État hiérarchique dominant.La tierce utopie, celle du nouveau radicalisme, se construit sur l\u2019extermination de l\u2019idée de pouvoir hiérarchique.C\u2019est l\u2019utopie hétérarchique: une idée de société organisée en réseaux informationnels d\u2019êtres où le pouvoir est mobile, vital, fluide et fluctue selon les savoirs, les savoirs-faire, les fonctions et les besoins d\u2019information.RÉFÉRENCES ATTALI, J., 1975, La Parole et l\u2019outil, PUF, Paris.BAUDRILLARD, J., 1970, La société de consommation, SGPP, Paris.BAUDRILLARD, J., 1976, L\u2019échange symbolique et la mort, Gallimard, Paris.BOSQUET, M., 1977, Écologie et Liberté, Galilée, Paris.BRACHET, P., 1972, « La hiérarchie comme rapport entre travail et pouvoir », dans: Epistémologie sociologique, no 14, pp.107-119, Paris.CERTEAU, M.de, 1973, « La culture dans la société » , dans : L\u2019Éducation, novembre, pp.24-28, Paris.FOUCAULT, M., 1976, Histoire de la sexualité: tome I, Gallimard, Paris.HABERMAS, J., 1975, Legitimation Crisis, Beacon Press, Boston.ILLICH, Y., 1971, Une société sans école, Seuil, Paris.ILLICH, Y., 1973, Énergie et Équité, 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puis tu t\u2019en souviens j'en suis sûr ce fut la guerre et il nous vint comme un hiver du dedans une rafale de mort à petit feu de grands pans de temps à rabattre dans le désert de vivre somnambule comme s\u2019il n\u2019était d\u2019amour qu\u2019à vivre funambule entre hier et demain pour demain comme s\u2019il n\u2019était de lumière qu\u2019à l\u2019ombre du trajet 74 a ee LE SILENCE AU JARDIN de plus loin que le mutisme de l\u2019envers de nos pas la gerbe et la geste toujours et à nouveau le chant des glaïeuls et le silence de l\u2019offrande le beau silence celui-là qui ne conjure rien et qu\u2019on habite comme une maison où/ /Pon entre de plain-pied parfois pour sonder le retour si simple du soir parfois pour mûrir le tracé de nouveaux sentiers le beau silence de l\u2019heure bleue quand janvier s\u2019élève comme une parole immobile pour renchausser le trajet de naguère et jauger l\u2019été qui fleurira certes sur d\u2019autres plages mais des deux côtés du monde les deux premiers 75 POÈME POUR CONTINUER pêle-mêle à rebours à vau-l\u2019eau devant derrière à l\u2019envi dehors dedans à l\u2019envers et tout le tour dans la chair et jusqu\u2019aux os la blancheur éparse du partir la raideur jaune des tourmentes dans le délabré des souvenances et la longue laize d\u2019absence qui vous chaulent la mémoire à même ce qu\u2019il reste de lin au dévidoir des jours sombres et pourtant parfois au détour des veilles quelque part du côté des advenances dans le plus flèché des quotidiens de très beaux signes au dos de la falaise et même des oiseaux qui viennent nicher dans le pleur des saules AU RANG DES LOUBARDIERS il est minuit sur la plaine pas la moindre trace de vent dans l\u2019ombre aucune bête à l\u2019affût des songes très peu d\u2019oiseaux dans le fané des pivoines le temps louvoie entre les promesses du labour et l\u2019argile sous mes pas déjà présage du fardeau de l\u2019aube au front des pierres 77 UNE LETTRE QUI PORTE UNE MALADRESSE puisque les jours dérivent au fil sombre du soir blanc puisque c\u2019est encore comme étrange lunaison une manière d\u2019épisode mitigé des appartenances j'écris comme on parle à l\u2019écho pour s\u2019assurer de sa propre voix quand le cri le plus dur jaillit des cavernes du silence je t\u2019écris comme on part pour ne plus revenir J'écris pour te dire je t\u2019écris pour te le dire et battre la campagne il y a un chemin dans nos pas mais tu t\u2019égares ou n\u2019en sais rien car tu me lis comme on passe en passant 78 ÉLÉGIE POUR L\u2019ENFIROUÂPÉE le cri la plainte l\u2019outrage l\u2019outarde au loin très haut en octobre à nouveau son regard s\u2019abime aux versants des collines du rêve elle a dans la poitrine le silence du socle des siècles de cendres et sa main ne porte guère le geste au-delà des braises des gerçures de l\u2019hiver voilà venu le temps du pas dans l\u2019ombre le temps troué des fruits amers aux branches des amants le temps tracé de la fureur aveugle de n\u2019être pas et elle n\u2019a que les signes et de très beaux yeux bleus voilà venu le temps du fard elle ne le sait pas encore et pourtant l\u2019amour l\u2019empêche et la heurte et la perd les barges sont rompues sous les aulnes et le jour croupit dans les méandres du partage 79 POUR LA ROUTE si d\u2019aventure les mots me manquent te brusquent ou nous retiennent il ne faudra point t'en inquiéter il y a si longtemps sous les mots la parole étrangère et l\u2019_épaisseur d\u2019oublier qu\u2019il vaut mieux laisser se dire le silence quand c\u2019est dans nos pas le secret du monde et sous ta main la geste des origines il ne faudra point non plus craindre du nord dans ce qu\u2019il reste d\u2019ombre dans l\u2019aube quand l\u2019errance redit de naguère le long brame en l\u2019âge de l\u2019arbre car il y a de plus fort que l\u2019obscur notre partage comme une mémoire quand les oublis sameutent à notre heure et comme une manière de trame dans le creux des blancheurs que nos corps débusquent lorsque le jour s\u2019éteint dans le feu d\u2019être nous Arlène Steiger* Le roman québécois : considérations sociologiques INTRODUCTION: Depuis quelques années, les études qui tentent d\u2019analyser les structures et les processus de la société québécoise en les insérant dans le contexte de sa situation coloniale ont suscité une attention, et gagné une légitimité qui reflètent une prise de conscience plus générale.Les études que j'ai menées sur la littérature font partie de ce mouvement plus large et sont marquées par cette nouvelle sensibilité.Dans cette optique, la littérature québécoise devient l\u2019expression de nos propres expériences ; elles sont de plus en plus rares d\u2019ailleurs les études qui ne tiennent pas compte de la dimension coloniale de ces expériences.Pourtant, même si l\u2019on a reconnu que le statut colonial de la société québécoise est un élément important, sinon le facteur déterminant, pour expliquer le contenu de nos romans, poèmes et pièces de théâtre, j'ai l\u2019impression qu\u2019on n\u2019est pas encore allé au bout de toutes les implications qui découlent de cette perspective.Ainsi, quand on se trouve, comme moi, dans une aire de recherche dont le souci principal est de mettre en relation l\u2019expression littéraire et l\u2019expérience sociale, on risque de plonger dans plusieurs contradictions, qui sont elles-mêmes les produits de la situation coloniale.Même si l\u2019on affirme, d\u2019une part et justement, 11 me semble, la particularité de notre histoire, de nos expériences et de nos créations, nous avons tendance, d\u2019autre part, à accepter les définitions de formes littéraires qui ont été élaborées dans des contextes tout à fait différents.De plus, on n\u2019a pas encore abordé, d\u2019une façon systématique, la question de savoir si les théories sur la genèse et le développement des formes littéraires, enracinées presque sans * Arlène Steiger est montréalaise et vient d\u2019obtenir son doctorat à The University of Sussex, Brighton, Angleterre, avec une thèse : « The Québécois Novel: À Collective Voice».81 ECO exception dans la littérature européenne, peuvent s \u2018appliquer à la littérature québécoise.C\u2019est ce problème que j'aimerais explorer dans les pages suivants, en partant de mes propres recherches : le développement du roman québécois.Dès le début, il faut préciser que ma recherche s\u2019inspire de la sociologie de la littérature.Prenant comme but l\u2019examen des relations entre la littérature et le développement socio-économique d\u2019une société donnée, mon travail se fonde sur l\u2019hypothèse que la littérature replacée dans le contexte de la société globale, peut être envisagée et étudiée comme expression collective.Pour moi, donc, le roman québécois devient une transposition, au niveau de l\u2019imagination, d\u2019expériences sociales concrètes, la représentation (et non pas le reflet) des forces qui sont à l\u2019oeuvre dans cette société.Il faut chercher à repérer et à comprendre les liens qui s\u2019établissent entre ces forces et la conscience des créateurs.LE ROMAN VU PAR LA SOCIOLOGIE L'histoire de l\u2019évolution du roman au Québec fait voir que c\u2019est à partir de 1925 environ! que sont apparues les conditions favorables au développement de ce genre littéraire et plusieurs auteurs soutiennent que la période de la Deuxième Guerre Mondiale est décisive à cet égard.Gilles Marcotte, par exemple, écrit « \u2026 l\u2019époque d\u2019après- guerre a favorisé le roman au Canada francais.a cause de l\u2019industrialisation, de la concentration urbaine, de la multiplication des liens avec l\u2019étranger, et cetera ».?Son «et cetera » témoigne de la complexité de ces processus dont la guerre est devenue le symbole.De plus, je pense que son « et cetera » laisse aussi voir comment le développement du roman comme genre est devenu tellement associé intimement a une configuration spécifique de circonstances historiques, qu\u2019un examen détaillé de cette relation peut paraître superflu.En effet, l\u2019idée dominante dans la sociologie de la littérature \u2014 l\u2019idée qui est devenue un modèle dans l\u2019étude du roman d\u2019ailleurs \u2014 est que la montée de ce genre est intimement liée à une conjonction spécifique des forces 82 économiques, politiques, et culturelles, qui produiraient une forme moderne d\u2019individualisme.Ici, au Québec, on a tendance à travailler dans l\u2019ombre de ces «grandes théories»; à voir dans notre roman un cas particulier d\u2019une règle générale.Mais en cherchant à comprendre le roman d\u2019ici comme une expression d\u2019individualisme, il me semble qu\u2019on se limite.Certes, on peut voir dans le roman québécois, dans certains développements thématiques, dans les aspirations des personnages etc, l\u2019intérêt porté à des individus, mais le sens de notre roman n\u2019est pas là.L\u2019épopée bourgeoise, cette forme littéraire qu\u2019il nous convient d\u2019appeler roman, nous aide à peine à comprendre la signification historique de nos propres romans.Si le roman européen est la forme littéraire qui manifeste le développement d\u2019une société qui appuie la conscience que l\u2019individu a de sa propre existence ; qui soutient une confiance dans le pouvoir qu\u2019a l\u2019individu d\u2019exercer un contrôle sur son destin ; qui laisse croire que le monde est peuplé par des individus semblables, chacun vivant au centre de ses propres projets ; le développement du roman québécois vu à travers l\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation de cette société, suggère, au contraire, que les réalités de l\u2019existence au Québec se meuvent pour préserver une orientation communautaire.Dans l\u2019étude du sens et de la signification du roman québécois, des comparaisons avec l\u2019épopée héroïque sont souvent plus fructueuses et cela autant pour une analyse de nos romans dits «réalistes» que pour l\u2019analyse d\u2019un roman comme Menaud, maitre-draveur.LA SITUATION COLONIALE Pour comprendre et la forme et le contenu des romans qui datent de l\u2019après-guerre, il faut d\u2019abord avoir recours aux origines coloniales de la société québécoise où se trouvent les racines de l\u2019idée, sinon le fait, d\u2019une communauté.Il faut se rappeler que dès 1763, la défense et la survivance des Québécois comme groupe ont entraîné la construction d\u2019une société fermée, et que la volonté de préserver leur identité ethnique a voulu dire un combat rendu doublement difficile à cause des circonstances spé- 83 cifiques de la situation coloniale québécoise : celles d\u2019une population d\u2019origine française, isolée de la France et entourée d\u2019anglophones en Amérique du Nord.Graduellement réduits au statut de groupe minoritaire, dépendants politiquement et économiquement des anglophones, les Québécois ont historiquement exprimé une conscience de soi dominée par l\u2019image d\u2019une solidarité collective, dédiée aux intérêts de la survivance nationale et suscitée en opposition avec le monde anglais.Dans la situation coloniale du Québec où la distinction entre les Anglais et les Québécois reproduit les divisions du pouvoir dans la société, la division ethnique devient centrale dans les expériences des membres de cette société.Il s\u2019ensuit que le roman québécois relève d\u2019une vision du monde qui trouve sa cohérence quand elle est placée dans ce contexte global.Pour s\u2019en rendre compte, on n\u2019a qu\u2019à se reporter à des romans comme Un homme et son péché, Menaud maître-draveur, ou Trente Arpents: même si les conflits et les divisions de ces.romans sont ceux du mal contre le bien, des « nous » contre les «autres », du rural contre l\u2019urbain, ils correspondent a la division première de la situation coloniale.On ne peut pas surestimer l\u2019importance de l\u2019expérience coloniale dans la structuration de la vision littéraire, et il faut souligner qu\u2019une dimension importante de cette expérience s\u2019exprime dans la confrontation entre un monde individualiste et compétitif (capitaliste) et un ordre social et une vision du monde axée sur l\u2019idée de communauté.Au Québec, l\u2019industrialisation et plus particulièrement l\u2019urbanisation ont suscité des contacts de plus en plus fréquents et traumatisants entre les Québécois et les Anglais.Les divisions fondamentales des premiers romans, façonnés par l\u2019expérience urbaine, sont des aboutissants logiques d\u2019un roman qui a toujours représenté la division première de la situation coloniale ; c\u2019est la rencontre entre une société orientée vers la communauté et l\u2019autre orientée vers l\u2019individu qui structure des romans comme Bonheur d'occasion, Au pied de la pente douce et Les Plouffe.Il arrive cependant que le conflit entre ces deux mondes baigne de plus en plus dans l\u2019ambivalence.D\u2019un côté, 84 la communauté traditionnelle est devenue une entité ambiguë, quelquefois réconfortante, mais étouffante aussi : de l\u2019autre côté, le monde en dehors de cette vie étroite, lui, est amorphe, plein de mystères, à la fois attirants et repoussants.Rester dans la communauté c\u2019est abdiquer comme individu ; mais en sortir est chargé de dangers : la guerre, la mort, ou la perte de toutes les valeurs humaines.L\u2019ambivalence s\u2019épaissit.Elle est partout.Dans les romans de cette époque, le passé est devenu un temps flou, altéré et fait d\u2019amertume et de regrets.Le présent est déjà dégradé.On a déjà bien compris que la migration à la ville représente une rupture profonde, non seulement au sens d\u2019une séparation de la communauté agricole, mais plus profondément encore comme fragmentation dans la communauté québécoise globale.Les changements qu\u2019entraînent l\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation sont enregistrés au niveau de la conscience, et le roman exprime l\u2019affaiblissement du pouvoir exercé par les valeurs traditionnelles sur l\u2019imaginaire social.Faut-il indiquer qu\u2019à partir de Trente arpents, les héros de nos romans, dépourvus de valeurs qui pourraient guider leurs actions, deviennent de plus en plus nombreux?L'évolution du roman québécois ressemble, par certains côtés, à celle de l\u2019épopée bourgeoise.On n\u2019a qu\u2019à penser à des personnages, comme ceux de Denis Boucher ou de Florentine Lacasse pour trouver des exemples de héros à qui les valeurs ne sont pas données toutes cuites.De plus, il faut affirmer que tous les romans de cette époque reflètent un climat culturel et psychologique qui est nouveau et qui provient de la rencontre avec l\u2019ordre individualisant d\u2019une société industrielle et capitaliste.Les aspirations à une autonomie personnelle d\u2019un héros comme Denis Boucher, ses désirs d\u2019affirmation de soi sont les expressions littéraires d\u2019une préoccupation qui était relativement absente des romans précédents: la possibilité pour l\u2019individu de se réaliser lui- même en réalisant ses projets.Mais même si l\u2019on peut trouver des indices nombreux de la désintégration de la communauté traditionnelle et 85 du développement d\u2019une société dite « moderne » dans les romans de cette époque, il reste que l\u2019aspect le plus frappant de cette vision littéraire, c\u2019est la persistance d\u2019un sens donné à l\u2019existence collective, d\u2019un sens qui s'exprime de plusieurs façons et qui finit par donner au roman sa structure.LA REPRÉSENTATION DE L'EXPÉRIENCE COLLECTIVE DANS LE ROMAN QUÉBÉCOIS Ce sont les relations entre les Québécois et les Anglais qui restent au centre de la vision romanesque et qui en constituent la structure invisible.Pendant les années quarante et plus encore dans les années cinquante, le roman doit être interprété comme la représentation imaginaire d\u2019un peuple menacé.Aussi l\u2019incertitude atteint-elle la dernière citadelle de cette société, la nature elle-même.Dans une littérature où la forêt et les pays-d\u2019en-haut ont traditionnellement symbolisé la possibilité de la redécouverte de l\u2019homme intégral ainsi que de la vertu perdue d\u2019une vie sans compromis, on trouve que même dans ce monde-là, rien n\u2019est plus assuré.Dans Alexandre Chene- vert de Gabrielle Roy, le héros revient de son pélerinage dans les Laurentides avec le même malaise dont il souffrait à son départ.Gabrielle Roy, parlant de son héros, dit qu\u2019il souffre parce que ça marche pas bien dans le monde ;* pourtant, il est significatif que Chenevert meure d\u2019un cancer, d\u2019une tumeur qui pousse du dedans mais qui est mystérieusement étrangère et destructive, un symbole dont la signification relève de l\u2019expérience québécoise.Dans Le temps des hommes d\u2019André Langevin, l\u2019ambivalence centrale dans cette société, la co-existence de la vie et de la mort à l\u2019intérieur de ses frontières, envahit les chantiers du dernier refuge du mythe collectif, les pays-d\u2019en-haut.Il faut souligner que la désintégration de la communauté doit être examinée en se reportant continuellement à la dualité de la vision du monde et aux divisions de la société globale.Dans ce contexte, on ne peut pas ne pas remarquer que la vie collective est représentée de plus en plus comme une existence dévalorisée.En suivant le développement du roman depuis la 86 Deuxième Guerre Mondiale, on trouve que sa nature ambiguë évolue vers l\u2019image d\u2019une communauté qui est dégénérée moralement (e.g.Agaguk) et qui, enfin, devient le Mal lui-même (e.g.La Belle Bête).Enfin, l\u2019expression la plus importante de la différence entre les Anglais et les Québécois dans le roman, est le sens d\u2019une existence collective, d\u2019un «nous» qui est le produit dynamique d\u2019une opposition soutenue à «l\u2019autre » ; et plus, du sens d\u2019une communauté qui évolue en opposition avec l\u2019orientation individualiste de la société de cet «autre».C\u2019est là où réside la cohérence de nos romans et les romans réalistes des années quarante illustrent bien la structure fondamentale de la vision québécoise.Commençons avec le développement de l\u2019action dans des romans tels que Bonheur d'occasion et certaines oeuvres de Lemelin.Contrairement à l\u2019épopée bourgeoise dans laquelle l\u2019individu est au centre de l\u2019univers romanesque, dans le roman québécois, l\u2019image de l\u2019individu isolé et autonome est continuellement perdue dans celle de la vie communautaire.Cela est vrai non seulement parce que le message du roman se dégage d\u2019une impression commune des destins de tous les membres d\u2019une famille et non seulement parce que ces romans se dénouent habituellement avec le retour du héros à la communauté.Le sens d\u2019une existence collective façonne la structure même de ces romans ; des chapitres complets sont consacrés à la description de scènes de vie communautaire et sont partie intégrante de la narration de l\u2019aventure même du héros.Il est intéressant de noter que les critiques qui ont tendance à vanter l\u2019habileté de Lemelin à créer des scènes collectives l\u2019accusent aussi de faiblesse dans la création des personnages.Si c\u2019est là un défaut dans l\u2019art de Leme- lin, c\u2019est un défaut qui n\u2019est ni forfuit ni unique.Les imperfections qu\u2019on trouve chez lui dans la façon de faire évoluer ses personnages sont au contraire directement liés au sens fondamental du roman québécois.Bien que le roman québécois de cette époque raconte l\u2019histoire d\u2019individus, il n\u2019accorde que peu d\u2019importance à 87 ces vies particulières.Au contraire, c\u2019est la vie collective qui se trouve au centre de cette vision et le héros romanesque est lié, son destin subordonné, aux projets et aux possibilités de sa communauté.La problèmatique de l\u2019existence individuelle c\u2019est, pour le héros, la possibilité de quitter son milieu clos pour se retrouver dans un univers plus ouvert.Mais aussitôt posé, la problèmati- que de l\u2019individu devient entremélée avec celle de la vie collective et plus spécifiquement de la survivance collective.À cet égard, un roman comme Au pied de la pente douce est un exemple instructif ; comment, en effet, distinguer entre l\u2019ambivalence d\u2019un Denis Boucher devant deux mondes (La Haute-Ville et La Basse-Ville de Québec) qui se révèlent comme des solutions également inacceptables, et la représentation d\u2019une ambivalence collective face à une expérience de modernisation qu\u2019on ne peut ni accepter ni refuser, la représentation des forces, autrefois étrangères et imposées, mais qui se développent maintenant à l\u2019intérieur de la communauté elle- même?En bref, les héros comme Denis Boucher, quoiqu\u2019ils aient des traits physiques et psychologiques qui les identifient, sont également des représentants de la communauté québécoise ; c\u2019est ainsi que les romans tels Bonheur d'occasion, Les Plouffe et Au pied de la pente douce gardent les proportions de l\u2019épopée héroïque.On pourrait ajouter que même les romans qui sont construits avec des formes d\u2019expression personnelle \u2014 les confessions, les journaux, les lettres et la narration à la première personne \u2014 sont néanmoins structurés par la conscience d\u2019une existence collective.L\u2019étude de Masao Miyoshi sur le roman japonais nous fournit là-dessus des comparaisons intéressantes.Il démontre que le roman japonais, le produit d\u2019une société qui, elle aussi, favorise peu l\u2019individualisation, adopte des formes personnelles qui reflètent «a still present belief in a communal storytelling persona», et il suggère que l\u2019indice de cette croyance est la présence de ce qu\u2019il décrit comme «a free shift in point of view».6 Le roman québécois manifeste précisément cette disposition.Les processus qui renforcent la conscience d\u2019une existence collective et qui militent contre la création des personnages individualisés 88 trouvent exemple dans La fin des songes, où Elie interrompt une narration à la troisième personne et au présent pour se lancer dans une longue narration à la première personne, tirée du journal de Marcel.Le même phénomène apparaît dans Une saison dans la vie d'Emmanuel, et, encore, avec la confession du Dupras qui coupe l\u2019action du Temps des hommes.Ce va-et-vient décrit par Miyoshi, est le fondement de la structure d\u2019Au-delà des visages où chaque chapitre coïncide avec un autre point de vue.LA SIGNIFICATION PARTICULIÈRE DU ROMAN QUÉBÉCOIS À un niveau d\u2019interprétation, il faut noter que ces romans, au cours desquels commence l\u2019exploration de la vie problèmatique de l\u2019individu, sont marqués par une vision qui représente l\u2019absence d\u2019appuis concrets pour l\u2019actualisation des projets individuels.Un mouvement circulaire caractérise les voyages dans ce monde romanesque : les jeunes Plouffe, Florentine Lacasse ainsi que Denis Boucher reviennent à leurs points de départ pour s\u2019identifier à la communauté dont ils ont cherché à s\u2019échapper.Certes, il y a une relation entre les voyages de nos héros et le voyage de l\u2019individu qui donne à l\u2019épopée bourgeoise son contenu et sa forme,\u201d mais ce qui caractérise le héros de l\u2019épopée québécoise est que ce dernier a une conscience aiguë de sa séparation du monde dans lequel il vit, même quand il y retourne.De plus, les projets de nos héros sont plutôt des espoirs et des rêves et leur sentiment de pouvoir au niveau de l'imagination s\u2019oppose à leur incapacité de s\u2019exprimer dans la réalité.Ainsi leurs projets restent toujours des rêves et ils sont plus profondément vécus dans leur vie intérieure.Ces affabulations romanesques sont des indices d\u2019une société qui offre objectivement peu de moyens qui permettent aux individus de se réaliser et d\u2019extérioriser leurs sentiments et leurs pensées dans le monde réel.Dans le roman québécois, nous sommes devant la représentation d\u2019une expérience collective, celle d\u2019une société dans laquelle il n\u2019y a pas d\u2019institutions et de structures qui 89 soutiennent la possibilité pour l\u2019individu de se réaliser pleinement.Les traits qui se révèlent dans les romans de cette époque sont au centre du sens du roman québécois.La conscience d\u2019un éloignement du monde, qu\u2019on trouve déjà chez Denis Boucher, doit être considérée comme une étape dans un roman qui évolue vers une évasion, de plus en plus consciente, hors du monde concret des objets et des évènements.L'importance qu\u2019a la vie imaginée pour un Denis Boucher fait également partie de la tendance à l\u2019intériorisation de l\u2019action et du conflit dans nos romans, une tendance qui est déployée avec toute sa force dans nos romans les plus récents, ceux qui prennent comme sujet l\u2019acte d\u2019écrire lui-même.À tout cela, il faut ajouter une autre dimension.Aussi longtemps que les projets du héros du roman sont liés à ceux de la communauté, leur non-réalisation ont aussi une signification épique héroïque.À cet égard, l\u2019impuissance du héros de notre roman exprime, directement, les aspirations entravées et étouffées de la communauté québécoise.De ce point de vue, il y a une relation structurelle entre l\u2019éloignement d\u2019un personnage comme Denis Boucher et l\u2019aliénation des personnages des romans qu\u2019on a tendance à classifier séparément, sous la rubrique des «romans psychologiques », ceux de Robert Charbon- neau par exemple: un tel système de classification masque le fait que ces deux types de héros expriment une même expérience collective.Il me semble qu\u2019il faut conclure que la signification de l\u2019action épique dans le roman québécois relève d\u2019un mélange, particulier sinon unique, de significations épiques bourgeoises et épiques héroïques.Si ce roman tend à cristalliser la dicho mie entre l\u2019existence individuelle et celle de la communauté, il reste quand même enraciné dans une vision qui est façonnée par le sens d\u2019une relation entre ces deux existences et, en fin de compte, sa structure rend les deux problématiques.L\u2019épopée québécoise est sans doute l\u2019expression d\u2019une communauté en train de subir la fragmentation, mais de l\u2019intérieur de cette désintégration, le destin de son héros continue à signifier «something which is fraught with more meaning than his 90 own curious particularity ».8 UNE EPOPEE HEROIQUE DANS UNE SOCIETE INDUSTRIELLE?La persistance d\u2019une orientation communautaire, qui fait partie d\u2019une conscience active de l\u2019existence collective dans le roman québécois, ne s\u2019explique pas en termes d\u2019un «retard ».La dimension épique héroïque, qui frappe dans les romans de l\u2019époque d\u2019après-guerre, ne se comprend pas comme un anachronisme que le passage du temps va faire disparaître.Le sens de la communauté fait partie intégrante de la vision littéraire au Québec et si ce sens a des racines dans l\u2019histoire coloniale de cette société, il est soutenu par la structure sociale de cette société, une Structure qui reproduit continuellement la réalité de sa situation coloniale.L\u2019industrialisation au Québec a suscité, ici comme ailleurs, une différenciation sociale parmi les Québécois, mais ce qu\u2019il faut souligner, c\u2019est que cette différenciation se produit à l\u2019intérieur d\u2019une réalité coloniale.Les investissements étrangers et la domination économique des anglophones expliquent pourquoi la bourgeoisie francophone est relativement faible et les francophones sous- représentés aux échelons supérieurs de la structure sociale.Des statistiques comme celles qui ont été rassemblées par la Commission d\u2019enquéte sur le Bilinguisme et le Biculturalisme illustrent bien comment les divisions de classes sociales au Québec reproduisent la division ethnique, de sorte que les Québécois francophones, pris globalement, forment une classe ethnique.De plus, le Rapport de cette Commission indique que dans toutes les occupations, les possibilités de mobilité sociale sont moins nombreuses, le statut et le revenu moins élevés pour le Québécois francophone que pour l\u2019anglophone qui a une scolarité équivalente.La structure des classes ethniques sert à illustrer la différence entre francophones et anglophones avec une saisissante clarté ; la classe ouvrière et les classes moyennes francophones sont aussi à même d\u2019éprouver un sentiment de désavantage, vis-à- vis les anglophones.Cette division ethnique, traditionnellement renforcée par le monopole exercé par les anglophones dans l\u2019industrie et le commerce, se perpétue dans 91 a8 one WINN > i BHR la structure sociale d\u2019un Québec industrialisé.C\u2019est au niveau de la conscience que la structure de classe, celle des privilèges et des revenus, celle aussi et surtout de la division ethnique trouve son expression ; la persistance de la nostalgie de la vie collective, exprimée dans le roman lui-même, est un indice puissant de distinction nationale, distinction enracinée dans la réalité coloniale de cette société et renforcée par sa structure sociale et qui est un facteur déterminant dans la formation de cette conscience collective.Bien que l\u2019urbanisation du Québec ait sans doute contribué à la destruction de la communauté traditionnelle ainsi qu\u2019à l\u2019érosion des valeurs traditionnelles, la structure sociale même est devenue plus visible et les contacts plus fréquents avec des Anglais ont servi en même temps à renforcer la perception d\u2019une différence fondamentale entre les deux groupes et à exacerber le sentiment d\u2019impuissance inhérent à la situation coloniale.Je veux souligner qu\u2019au Québec les possibilités d\u2019avancement pour un francophone sont circonscrites du fait de son identité nationale.Dans une structure de classe ethnique, le destin individuel est lié très intimement à celui de la collectivité et au Québec cette règle générale s\u2019applique avec encore plus de force à cause de notre système d\u2019institutions parallèles.Pour pouvoir travailler en français, maintenir et vivre sa propre culture, le Québécois dépend largement de la possibilité qu\u2019a sa collectivité de construire et de maintenir son propre réseau d\u2019institutions.De plus, le contrôle général de l\u2019économie par les Anglais, et le fait que les grandes entreprises'appartiennent aux intérêts anglophones, ont rendu les Québécois scolarisés et les professionnels doublement dépendants de ce système institutionnel, et pour s\u2019employer et pour s'assurer une certaine mobilité sociale.Ici, le sort de chacun est limité par la condition collective et l\u2019individu dépend d\u2019un système d\u2019institutions qui est lui-même une expression institutionnelle de la division ethnique ; cette situation empêche le dévelop- 92 pement d\u2019une conception poussée de l\u2019individu lui-même.Les exigences de la survivance collective, une structure sociale qui renforce continuellement la conscience de cette existence collective et une structure institutionnelle dont l\u2019individu dépend ne présentent pas de conditions favorables à la création de personnages individualisés dans le roman.En bref, les traits qui caractérisent le roman québécois \u2014 le sentiment puissant de la vie collective et la faiblesse des traits bien individualisés \u2014 sont les représentations d\u2019une réalité globale, les expressions littéraires de la situation coloniale.L\u2019IDÉOLOGIE DE CITÉ LIBRE: UNE STRUCTURE HOMOLOGUE Il est intéressant de constater que le roman transpose en d\u2019autres termes les idéologies dominantes de l\u2019époque d\u2019après-guerre et, à cet égard, l\u2019idéologie du groupe qui se réunissait autour de la revue Cité Libre est particulièrement instructive.Du point de vue de nos considérations actuelles, il me semble d\u2019une importance capitale que même la vision du monde qui est à la base de l\u2019idéologie libérale au Québec soit enracinée dans l\u2019existence collective.Même si l\u2019«idéologie de rattrapage »° se différencie du nationalisme conservateur des années précédentes, elle retient quand même la structure essentielle de ce dernier.C\u2019est-à-dire que la distinction entre les Anglais et les Québécois, tempérée parfois par les accents modernistes de Cité Libre, continue à exercer une influence profonde sur les revendications et les analyses de cette revue.L'interprétation que donnent les « Citélibristes » de la grève de l\u2019amiante illustre bien que c\u2019est encore l\u2019image de la collectivité qui reste au centre de leur vision.Bien qu\u2019ils reconnaissent la présence des classes différentes dans la société québécoise, il est significatif que ce qui était essentiellement un conflit de classe fût considéré avant tout comme une révolte contre la tradition.Pour les intellectuels de la Cité Libre, la classe ouvrière est le symbole d\u2019une impuissance collective mais elle est aussi le modèle d\u2019une société nouvelle opposée au conservatisme et à l\u2019idéalisme de la génération précédente.Les conflits de classe, présentés comme des conflits de générations, deviennent, par conséquent, des affaires de famille.Alors 93 i 3 R] Te 32 + RY i! A It H + J A que le concept de classe implique des divisions fondamentales et irréconciliables dans la collectivité, le concept de génération exprime une expérience du changement, vécue comme phénomène collectif, et cela, faut-il le dire, est très évident dans le roman aussi.Même l\u2019expérience de la modernisation au Québec est ambivalente parce qu\u2019elle est associée par ces intellectuels, qui en reconnaissent la nécessité, à l\u2019existence et à l\u2019importance de la survivance collective.Leurs écrits sont caractérisés par un mélange étrange mais très significatif.Un respect du pragmatisme, de la rationalité et de la modération, l\u2019aspiration à une vie démocratique (des valeurs qui sont elles-mêmes des indices de modernité selon Weinstein et Platt)!° coexistent à côté des valeurs d'inspiration catholique.L\u2019idéologie de la démocratie libérale, normalement associée à la valorisation de l\u2019individu, se trouve incorporée dans une vision qui est celle d\u2019un groupe intellectuel qui parle pour la collectivité québécoise.L\u2019idéologie de Cité Libre vise à une synthèse des valeurs individualistes de la modernisation québécoise avec celles de la communauté traditionnelle \u2014 un désir qui sert à indiquer cette puissante ambivalence qui est développée plus avant dans le roman, où le côté sombre de la séparation d\u2019avec la communauté traditionnelle trouve sa représentation.Le roman s\u2019adonne aussi à explorer la crise collective que fait naître le contact avec le monde anglais des villes.De la recherche de Menaud sur sa montagne et de la confusion que vit Euchariste, le roman passe vers une présentation de plus en plus violente de la rencontre entre les Québécois et les Anglais, tandis la modernisation devient fréquemment mutilation physique.Il me semble qu\u2019on ne peut pas ignorer à quel point l'idéologie de Cité Libre représente aussi une réponse à ces crises.En effet, la recherche idéologique d\u2019un rapprochement entre la modernisation et les valeurs de la culture traditionnelle caractérise une étape dans le développement des idéologies populistes.C\u2019est une étape où ce que Stewart a appelé «the Janus quality of populism»!! devient très prononcée ; et c\u2019est une étape qui doit être comprise comme une réponse aux « develop- 94 ment crises ».!2?Dans l\u2019idéologie de Cité Libre, 'ambivalence qui est à la base de leur projet de synthèse, se résoud dans la confiance qu\u2019ils ont (qui est aussi caractéristique du populisme) qu\u2019il est possible de contrôler collectivement la modernisation.Leurs tendances populistes s\u2019expriment aussi dans la nature de l\u2019identification que ces intellectuels recherchent avec la classe ouvrière.Pour eux, l\u2019ouvrier est le prototype d\u2019une société qui vit dans un état de pauvreté et d\u2019impuissance ; cette classe prend une grande importance parce qu\u2019on a confiance qu\u2019elle puisse représenter les intérêts de la nation, conçue comme collectivité ethnique.Plusieurs chercheurs ont remarqué, avec justesse me semble-t-il, que I'idéologie de Cité Libre se formule en opposition avec l\u2019idéologie traditionnelle du Québec.Mais je pense qu\u2019on n\u2019a pas insisté assez sur le fait que les tendances populistes de l\u2019idéologie conservatrice, quoique transformées, restent encore assez fortes dans cette idéologie libérale.Pourtant, ce sont les tendances populistes qui témoignent du rôle déterminant que joue la situation coloniale dans le développement de la vision du monde des intellectuels québécois.Le populisme est la marque, le signe par excellence d\u2019une société qui se développe à la périphérie des centres du pouvoir et la signification de l\u2019idéologie de Cité Libre doit être comprise ainsi: il est l\u2019expression de la situation coloniale du Québec, c\u2019est-à-dire de celle d\u2019une société qui se trouve dans une situation minoritaire, privée des moyens de s\u2019exprimer politiquement et dépossédée du pouvoir économique.Vue globalement, l\u2019idéologie de Cité Libre est une formulation politique qui confirme l\u2019importance capitale des considérations auxquelles est arrivée notre exploration du développement du roman et on ne peut pas ignorer combien la structure de cette idéologie est homologue à celle du roman d\u2019après-guerre.Anti-autoritaire et anti-traditionnel, ce «nationalisme libéral», comme l\u2019appelle Léon Dion,!* est une forme de libéralisme assez particulière, puisqu\u2019ici la participation collective dans la prise des décisions a préséance sur l\u2019idée de l\u2019autonomie individuelle ; sa confiance en la démocratie 95 PE n\u2019est pas le fruit de l\u2019individualisme associé avec le libéralisme européen mais elle est, au contraire, absorbée par une vision qui représente le sentiment évolué d\u2019une existence collective et qui promeut des valeurs communautaires.Néanmoins, de toutes les idéologies que les intellectuels québécois ont produites, celle de Cité Libre se rapproche le plus de la forme européenne du libéralisme et, vu ainsi, le destin de ce courant de pensée est très significatif.Le mouvement, centré autour de la revue, n\u2019a jamais été capable de trouver des moyens pratiques pour s\u2019exprimer politiquement et à partir des années soixante, les intellectuels du Québec se sont tournés vers des idéologies sociales-démocrates et socialistes, \u2014 des idéologies qui sont, étant donnée l\u2019importance qu\u2019a la collectivité dans la vision québécoise, mieux adaptées à la situation d\u2019ici que la doctrine libérale qui, avant tout, met l\u2019emphase sur l\u2019individu.Ainsi le développement et le destin de l\u2019idéologie de Cité Libre sont marqués par les mêmes processus que ceux qui ont exercé une influence déterminante sur la vision littéraire.Pas plus que le nationalisme libéral, la tradition réaliste au Québec, elle-même assez particulière, ne représente l\u2019orientation dominante dans le développement du roman.Les descriptions détaillées d\u2019un temps et d\u2019une espace précis sont abandonnées ou elles sont prises en charge, comme elles l\u2019ont toujours été par un type de roman dans lequel les personnages, malgré la particularité du milieu évoqué, sont plutôt représentatifs des groupes, des forces et des orientations qui font partie de l\u2019existence collective.LA REPRÉSENTATION DE L\u2019IMPUISSANCE L\u2019expérience du colonialisme dans toutes ses dimensions est la source de la cohérence des romans et des idéologies québécois.La conscience d\u2019une distance de la source du pouvoir que le populisme de Cité Libre exprime est reprise dans l\u2019idéologie néo-nationaliste, dans laquelle le monde est divisé entre les puissants et les impuissants.En fin de compte, une distance de la source du pouvoir se traduit comme l\u2019incapacité à se diriger et au 96 fur et à mesure que les Québécois entrent dans un monde industriel et anglais, ce fait s\u2019impose à l\u2019individu ainsi qu\u2019à la collectivité avec de plus en plus de clarté.Au niveau idéologique, la conscience d\u2019impuissance est surmontée par la confiance de Cité Libre dans la possibilité de contrôler la modernisation ; dans le mouvement néo-nationaliste, par l\u2019affirmation qu\u2019existent des fondements historiques qui justifient un Etat québécois.Au niveau de l\u2019imagination, ces solutions s\u2019imposent moins facilement.Façonnée par les mêmes processus, la vision littéraire continue à approfondir ces contradictions tandis que la vision idéologique doit se préparer pour l\u2019action.Le roman problématise l\u2019existence individuelle et l\u2019existence communautaire ; ce faisant, il regorge de perceptions au sujet d\u2019un monde hors de contrôle.C\u2019est là la signification du fait que la figure centrale de l\u2019épopée héroïque, le héros lui-même, a tendance à devenir un gage dans le jeu des forces de la société ; le héros romanesque est le représentatif de la communauté québécoise et son développement est borné par la situation de sa communauté.Alors il est rarement l\u2019auteur de l\u2019action dans le roman.Alors, on le voit souvent subordonné au développement des forces (représentées par d\u2019autres personnages) qui sont à l\u2019extérieur de lui et il est fréquemment masqué par les personnages qui l'entourent.Ce phénomène est déjà apparent dans le premier roman de Lemelin, Au pied de la pente douce.Dans Les Plouffe il n\u2019y a aucun personnage qui maintient le monopole du rôle héroïque.Cette tendance évolue vers la disparition du héros ou même de l\u2019anti-héros, et une oeuvre comme La guerre, Yes Sir ! doit être située dans cette ligne de développement.De l\u2019intérieur d\u2019une vision littéraire qui transpose la situation coloniale et qui est d\u2019ailleurs elle-même structurée par cette situation, le roman québécois exprime maintes fois l\u2019aspiration d\u2019une collectivité qui lutte pour maintenir son identité contre une société à la fois plus nombreuse et plus forte qu\u2019elle.Le peu d\u2019espoir qu\u2019on trouve dans le roman québécois vient du fait qu\u2019il n\u2019est pas certain que la collectivité québécoise pourra assimiler la valorisation de l\u2019affirmation individuelle (qui est 97 SHE RTC ee ee ire ce Les oe ; ; - associée à la société des Autres) et renouveler la forme originale qui exprimera la vie collective, celle de la communauté.Cependant des héros tels Didace Beauche- min du Survenant et Agaguk s\u2019affirment et même se réalisent et dans leurs histoires personnelles il faut voir un projet collectif.Aussi, la forme que prennent leurs réalisations de soi est-elle la fondation de familles, symboles d\u2019une renaissance communautaire.Le sentiment d\u2019impuissance qui est inhérent à la situation coloniale et l\u2019assimilation progressive des Québécois à un système industriel capitaliste se traduisent dans le roman par la disparition graduelle de la communauté traditionnelle comme entité séparée de la société environnante.Il ne faut cependant pas confondre cette communauté historique avec l\u2019idée de communauté ; car c\u2019est plutôt l\u2019idée de communauté qui est 9 commune a des romans qui sont, a d\u2019autres égards, assez a différents les uns des autres.Par exemple, il me semble i que dans le contexte de la situation coloniale, la défense des valeurs chrétiennes par des auteurs tels que Giroux, Elie et Langevin a essentiellement la méme signification que l\u2019aspiration à un renouvellement de la communauté chez Guèvremont et Thériault.Dans les romans de ces g derniers écrivains, le renouvellement de la communauté ü construite sur le modèle familial représente la valorisai tion d\u2019une forme de solidarité humaine qui est une critique implicite d\u2019une société dans laquelle les relations se forment par l\u2019entremise du marché.Il faut observer } aussi que ce renouvellement prend place dans des à relations personnelles (Didace Beauchemin et l\u2019Acayen- 5 ne; Agaguk et Iriook) qui se distinguent du système i rigide d\u2019obligations, devoirs, et de rôles associés avec la réalité contemporaine, mais qui restent conformes à l\u2019idée de la communauté traditionnelle.Il en va de même pour la fraternité chrétienne, l\u2019amitié et la pitié qui représentent des formes de solidarité où on est lié à l\u2019autre et où l\u2019on valorise l\u2019autre, comme s\u2019il était un membre de la même famille, une famille de frères et de soeurs.c Les études sur le populisme montrent que la vision = populiste, qui, comme la vision du roman québécois, i: relève d\u2019une conscience de distanciation de la source du pouvoir, valorise la fraternité avant tout.Dans la vision C= wr EV: ee a =a Co I 1 littéraire du Québec, le héros représente une forme familiale et communautaire de solidarité, même si elle est exprimée en termes symboliques ou universels.Cette solidarité est l\u2019une des seules images positives de l\u2019existence collective que le roman peut projeter et l\u2019impossibilité d\u2019implanter cette forme de vie dans la société que le Québec est devenu devient la matière première de nos tragédies.La tragédie d\u2019un homme comme Dupras du Temps des hommes est essentiellement celle du destin d\u2019un héros qui vit dans une société qui n\u2019admet pas son héroïsme, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de place dans cette société pour un projet qui cherche à joindre l\u2019existence individuelle à une existence communautaire.À l\u2019intérieur de cette vision, quand il ne reste plus d\u2019espoir pour la solidarité communautaire, il ne reste plus rien.L\u2019absence qui comble l\u2019univers d\u2019un roman comme La Belle Bête est l\u2019expression d\u2019une collectivité orientée vers des valeurs communautaires mais qui ne peut plus trouver ces valeurs dans le monde contemporain.UN MOT SUR LES ROMANS RÉCENTS Un des traits les plus frappants de l\u2019évolution du roman québécois c\u2019est que malgré le pessimisme qui l\u2019envahit avec le passage des années, l\u2019orientation communautaire ne disparaît pas de cette vision littéraire.Quoique l\u2019espace ne me permette pas une analyse des romans plus récents, je voudrais au moins mentionner que le héros qui représente un projet humain empreint d\u2019une conscience communautaire, en même temps qu\u2019il pose le problème de l\u2019existence individuelle, reste un personnage typique dans les romans des années soixante.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut comprendre et la forme et le contenu de romans tels que Pleure pas, Germaine et Ethel et le terrosiste.La vision d\u2019un écrivain comme Claude Jasmin trouve sa cohérence quand elle est envisagée comme la problématique de l\u2019aspiration pour les individus à se réaliser aux deux niveaux d\u2019existence.Le caractère central de Jean-le-maigre dans Une saison dans la vie d'Emmanuel relève du fait que sa vie, ou plus précisément ses écrits, représente un projet qui englobe la 99 HH \\: [3 in conscience de la communauté et l\u2019identification avec elle ainsi que la conscience et la défense de l\u2019autonomie individuelle.EN CONCLUSION J'ai commencé cet article en suggérant que l\u2019analyse de la situation coloniale pose des problèmes particuliers, et, en terminant, il faut revenir à ce point de départ.Alors que le développement du roman au Québec remet en question la validité des postulats de la sociologie de la littérature quant à la signification historique du roman, il me semble que le cas québécois remet également en question l\u2019utilité des analyses de classe dans l\u2019étude des productions intellectuelles et littéraires dans les sociétés coloniales.On ne peut évidemment pas ignorer l\u2019existence des classes dans ces sociétés ni leur importance déterminante sur la qualité de vie des individus d\u2019une telle société.Dans une situation comme celle des Québécois, toutefois, où la division ethnique et les distinctions de classe se croisent constamment, la seule notion de classe ne suffit pas à expliquer le contenu et la structure des visions intellectuelles.Le cas québécois suggère que dans la situation coloniale en général existent des relations particulières entre la structure sociale et les processus sociaux que les théories, élaborées dans une situation non-coloniale, minimisent parce qu\u2019elles ne tiennent pas compte des forces propres à la société coloniale et dominée.Plusieurs études confirment la nécessité de théories spécifiques pour analyser la situation coloniale ; Peter Worsley a suggéré, par exemple, que dans le Tiers- monde « socio-economic classes are not the crucial social entities that they are in developed countries ».!4 Ces exemples illustrent le fait que dans certains contextes, des circonstances particulières interviennent pour subordonner les solidarités de classe à une conscience communautaire; ce qui me semble être le cas au Québec où la domination économique, politique et sociale des anglophones ainsi que la situation minoritaire des Québécois en Amérique du Nord, sont des facteurs déterminants dans la formation de la conscience intellectuelle.100 PP PP oe \u2014 \u2014 ry te + ey my Tom J 22e \u2014 De plus, dans la situation coloniale, partiellement à cause de la faiblesse des autres classes, l\u2019intellectuel a tendance à assumer le rôle de définisseur de la société totale.Ainsi, le roman de la société coloniale s\u2019encadre dans une motivation intellectuelle qui est elle-même assez différente de celle du genre traditionnellement associé avec l'expression de l\u2019individualisme.Perry a suggéré ue : a «(w)hat signals the birth of the genuine novel more than anything else, is.a transvaluation of narrative values.A much greater premium than before is put upon the close-up description of persons and events as such, so that these representations, being prolonged, magnified and multiplied out of proportion to their total significance, become an artistic end in themselves \u2014 the main part of the entertainment » 13 I] n\u2019y a pas beaucoup de romans au Québec qui font montre de telles valeurs.Au contraire, le roman québécois est beaucoup plus étroitement lié aux formes épiques et dramatiques du monde classique.La narration de la vie individuelle chez nous est inspirée et motivée par la représentation, l\u2019exploration et la problématisation des aspirations et des significations de l\u2019existence collective.Même un sondage superficiel sur l\u2019interprétation que les écrivains québécois donnent de leurs propres oeuvres, ferait voir qu\u2019il y a très peu de romanciers qui ne considèrent pas consciemment le rôle que leurs écrits jouent dans les représentations que les Québécois se font d\u2019eux-mêmes.Au-delà de ces considérations, il faut reconnaître que les motivations humaines sont les produits de réalités historiques ; que le romancier québécois, qui se veut représentatif de la collectivité donne forme à une vision qui est caractérisée par une identification avec la communauté québécoise et enracinée à un niveau plus profond qu\u2019aucun engagement conscient.La volonté de représenter la collectivité qui est exprimée dans les écrits des intellectuels québécois est enracinée dans une situation qui renforce constamment la conscience d\u2019une existence collective et qui donne, 101 alors, une dimension unique au rôle de l\u2019intellectuel en le liant à sa société d\u2019une façon particulière.Vivant sous la menace d\u2019une assimilation totale, les intellectuels du Québec, malgré la situation coloniale et à cause même de cette situation, ont produit une vision marquée d\u2019une identification avec leur communauté en même temps qu\u2019ils ont développé une conscience de l\u2019individu.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut lire les aspirations qui sont exprimées au niveau idéologique dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et c\u2019est aussi dans cette perspective qu\u2019il faut placer le roman québécois contemporain pour comprendre son désespoir.1.Voir par exemple la discussion de l\u2019évolution du roman québécois dans Jean-Charles Falardeau, Imaginaire social et littérature, Hurtubise HMH, Montréal, 1974, pp.30-34.2.Une entrevue avec Gilles Marcotte qui apparaît dans Paul Wyczinski.Le roman canadien-français : évolution* témoignages* bibliographie, Tome II, Fides, Ottawa, 1974, p.370.3.D'une entrevue avec Judith Jasmin qui apparaît dans l\u2019article par Michel- Lucien Gaulin, «Le monde romanesque de Roger Lemelin et Gabrielle Roy», dans Paul Wyczinski, op.cit, p.144.Ibid., p.141.Masao Miyoshi, Accomplices of Silence: The Modern Japanese Novel, University of California Press, Berkeley, 1974, p.xi.Ibid., p.x.Lukacs a décrit ce mouvement dans l\u2019épopée bourgeoise comme l\u2019histoire «of the problematic individuals journeying toward himself », dans The Theory of the Novel: A historico-philosophical essay on the forms of great epic literature.Translated by Anna Bostock, the M.1.T.Press, Cambridge, Mass., 1971, p.80.8.Ben Edwin Perry, The Ancient Romances: A Literary Historical Account of Their Origins, University of California Press, Berkeley et Los Angeles, 1967, p.48.9.C\u2019est ainsi que Marcel Rioux classifie I'idéologie de Cité Libre dans son livre La Question du Québec, Éditions Seghers, Paris, 1969.10.Voir F.Weinstein et G.Platt, The Wish To Be Free : Society, Psyche and Value Change, University of California Press, Berkeley et Los Angeles, 1969.11.Angus Stewart, «The Social Roots» dans G.Ionescu et E.Gellner, Populism: Its Meanings and National Characteristics, Weindenfeld and Nicolson, London, 1969, p.187.12.Ibid., pp.186-187.13.Léon Dion, Nationalismes et politique au Québec, Hurtubise HMH, Montréal, 1975.14.Peter Worsley, « The Concept of Populism» dans G.Ionescu et E.Gellner, op.cit., p.229.15.Ben Edwin Perry, op.cit, p.66.~~ A Ln A 102 nt Il Wir Tre Hil GE.Jacques Brossard* La clôture On le mit en prison dès l\u2019âge de sept ans ; mais c\u2019était une prison modèle où les parents pouvaient garder leurs enfants.Elle s\u2019entourait d\u2019une cour immense et chacun des nombreux bâtiments comptait plusieurs salles de belle ampleur, les unes remplies de pupitres jumeaux, de très longues tables, de bancs d\u2019église ou de rangées de lits, les autres pleines de chaises, de juke-box, de billards, de douches, de fourneaux et d\u2019urinoirs.C\u2019était de l\u2019excellent matériel, très moderne pour l\u2019époque.(De tout cela, je me souviens cependant beaucoup mieux que toi.) Il n\u2019avait jamais connu le crime de ses parents, ni la cause de leur arrestation, ni celle de leur condamnation, ni celle de leur emprisonnement, ni même la cause précise de leur exécution, de leur incinération et de la dispersion de leurs cendres le matin même de ses quatorze ans.En fait, il n\u2019a jamais très bien connu son père ni sa mère puisqu\u2019on les emprisonna séparément tous les trois : en effet, dans cette prison modèle, les hommes, les femmes, les garçons et les filles disposaient chacun de leurs propres salles et de leurs propres bâtiments.Ils n\u2019avaient le droit de se réunir, par familles, qu\u2019en quatre circonstances : durant la première semaine, pour mieux s\u2019acclimater ; le premier jour de chaque année, pour ne pas trop s\u2019oublier; une fois tous les sept ans, le jour anniversaire du fils aîné ; et l\u2019avant-veille de l\u2019exécution et de l\u2019incinération des parents.Après leur arrestation, il ne revit donc son père et sa mère qu\u2019à sept reprises.Normalement, il aurait dû les voir huit fois, mais la fâcheuse coïncidence de son quatorzième anniversaire et de leur exécution le priva forcément de l\u2019une de ces rencontres.(Il s\u2019agissait bien d\u2019une coïncidence: on ne l\u2019avait pas fait exprès.Il est vrai qu\u2019on avait omis de consulter sa fiche.) * Ce texte fait partie d\u2019un ensemble de cinq «contes» à paraître dans les Écrits du Canada français.L'auteur a publié dernièrement un roman intitulé « Le sang du souvenir » ainsi qu\u2019un ouvrage moins fictif sur « L\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec».103 Ces réunions périodiques causaient chaque fois un certain branle-bas dans le camp, surtout le premier jour de l\u2019année.C\u2019était d\u2019ailleurs l\u2019une des rares occasions pour les pensionnaires de prendre un peu d\u2019exercice en circulant d\u2019un bâtiment à l\u2019autre: les enfants et leurs parents avaient en effet l\u2019autorisation, cet après-midi-là, de déambuler ensemble en dessinant un grand cercle depuis le bâtiment des hommes jusqu\u2019à celui des femmes, jusqu\u2019à celui des filles, jusqu\u2019à celui des garçons, jusqu\u2019à celui des hommes \u2014 et ainsi de suite.Le père était, dans chaque famille, le premier à sortir dans la cour et le dernier à retourner dans son dortoir.Seuls les orphelins célibataires pouvaient jouir, le premier jour de l\u2019an, d\u2019une salle commune où on leur permettait de s\u2019entretenir par petits groupes, à la seule condition que ce fut debout, vu l\u2019exiguité de la salle ; mais il arrivait aux pensionnaires qui circulaient dans la cour d\u2019y côtoyer par hasard d\u2019autres détenus.Certes, 1ls n\u2019avaient pas le droit de se parler mais on ne pouvait tout de même pas les empêcher de se voir (à moins de leur crever les yeux).C\u2019était d\u2019ailleurs ce que voulait la direction.Il avait environ neuf ans quand il l\u2019aperçut pour la première fois.Il en fut aussitôt ébloui.Elle avait le même âge que lui, mais elle était encore plus blonde qu\u2019il était noir et ses grands yeux verts étaient presque aussi limpides que les siens pouvaient être sombres.Elle était tout à fait mignonne.Chaque fois qu\u2019ils s\u2019apercevaient dans la cour, le premier jour de l\u2019an, ils se regardaient timidement et se souriaient à la dérobée.Ils apprirent à se faire des signes.Elle devint pour lui sa ration annuelle de soleil, sa raison de vivre et d\u2019attendre jusqu\u2019à l\u2019année suivante.Dans ce camp modèle, on mangeait assez bien; on mangeait même surabondamment tous les dimanches afin de mieux travailler durant la semaine, car le travail libère et ennoblit l\u2019homme.À vrai dire, il aimait son travail.Celui-ci, en effet, lui fournissait une autre occasion, quotidienne celle-là, de prendre un peu d\u2019exercice et de rencontrer des camarades 104 ICHAT Ee rb rhstoblin bad aH Eat AEM arid bE) en travaillant dehors dans la cour, chaque fois que la température de ce pays nordique le leur permettait.Au fil des années, on leur fit même construire de plus en plus d\u2019abris : des toitures de tôle fixées à des colonnettes de fer Er leur permettaient ainsi de travailler dehors en dépit des E averses et des tempêtes de neige, sauf par les jours de eu k grandes rafales.Les colonnettes s\u2019enfonçaient profondé- E à ment dans la terre: personne ne pouvait les arracher.EL .Même le plus fort n\u2019y parviendrait pas.E.cs Jusqu\u2019à sa quatorzième année, son travail consista à i dérouler d\u2019énormes pelotes de fil de fer: ce fil de fer, lui i ke expliqua-t-on, serait ensuite tressé par d\u2019autres pension- fi I naires et servirait plus tard a la nouvelle clôture que l\u2019on It se proposait d\u2019implanter autour du camp, beaucoup plus a is loin que les anciennes clôtures.La population, en effet, ne E ur cessait pas de s\u2019accroître, soit à cause des réunions i ls périodiques du jour de l\u2019an, soit par suite des nouvelles ! it arrivées.À la direction, cela convenait.| ur i h Malgré sa longueur, sa maigreur, sa fragilité, notre ih ami n\u2019eut jamais à se plaindre de son travail : il avait les mains puissantes, les doigts durs, la poigne solide.Il ii devint ainsi l\u2019un des travailleurs les plus respectés de h l\u2019endroit.| Le lendemain de son quatorzième anniversaire, on lui # donna congé pour la semaine.Il passa les deux premiers if jours a errer dans les salles de billard ; mais tout le monde ; riait de lui, tout le monde lui tapait dans le dos chaque i fois qu\u2019il avait les yeux humides ou les joues luisantes a force de penser a ses parents morts la veille.Cela contrevenait, disait-on, a sa bonne réputation de i travailleur.Il aurait pu se servir de ses poings, certes, ki quoique ce ne fût pas tellement dans son caractère, mais il 5 préféra abréger son congé et se remettre immédiatement gt n au travail.I] continua durant la fin de semaine.Il en prit hs l\u2019habitude.Et son taux de production augmenta dès lors ji val considérablement.ht Cela lui valut d\u2019étre distingué par la haute direction x du camp: en récompense, il se vit bientdt confier une 8 nouvelle tâche, beaucoup plus intéressante que la sf première ; et surtout, beaucoup plus gratifiante. Pt On l\u2019affecta cette fois au tressage des fils de fer et on lui expliqua qu\u2019ils serviraient un jour à fabriquer la clôture du nord.Ce fut pour lui une importante promotion.Il se réjouit de pouvoir être utile à la communauté et de savoir quel serait son rôle personnel dans la vie du camp ; mais son plus vif plaisir, en vérité, fut de se découvrir un talent tout spécial dans l\u2019art de tresser les fils de fer barbelé avec élégance et souplesse en même temps qu\u2019avec une solidité à toute épreuve.Du point de vue du travail, ce fut sans doute le plus beau moment de sa jeunesse.Il en ressentit même une certaine exaltation.Mais tout cela, hélas, cessa bientôt de lui suffire : il lui arrivait de plus en plus souvent de rêver à la petite blonde des premiers jours de l\u2019année.Elle aussi commençait à grandir : ne pourrait-elle pas, un jour, devenir sa femme ?Après la mort de ses parents, il avait souhaité la rencontrer plus librement dans la salle commune des orphelins célibataires, chaque premier jour de l\u2019an; mais pour cela, il l\u2019avait oublié, il lui faudrait d\u2019abord attendre qu\u2019elle devint elle aussi une orpheline.Or ses parents étaient encore très jeunes.Il avait à peine remarqué les autres filles; la petite blonde devint son idée fixe.Pour célébrer son dix-huitième anniversaire, la direction du camp lui causa la plus grande joie de sa vie.En effet, ce jour-là, tous les pensionnaires étaient dans l\u2019obligation ou recevaient la permission d\u2019apprendre à faire l\u2019amour avec la personne de leur choix.Bien sûr, le but réel de cette opération, c\u2019était d\u2019augmenter et de renouveler la population du camp; mais ce motif utilitaire, faut-il le dire, fut trés loin de son esprit le jour où on lui donna si libéralement l\u2019occasion de connaître enfin son amie.Elle accepta avec joie et pudeur d\u2019être sa partenaire.En dépit de son jeune âge, elle était presque belle, déjà fascinante ; il y avait des lueurs secrètes tout au fond de son regard et il tardait au jeune homme d\u2019en pénétrer la source.106 Cette année-là, il en soupçonna à peine la profondeur.Ils se jurèrent pourtant fidélité.Ils auraient toute la vie, n\u2019est-ce pas, pour se connaître ?Comment prévoir qu\u2019il la reverrait une seule fois : le jour de l\u2019an suivant?Pour des motifs qu\u2019il ne voulut jamais comprendre, son amie fut expulsée du camp après cette seconde rencontre, trois mois plus tard, « pour cause de stérilité».Plus que jamais, il se replongea dans le travail.Cela lui réussit : le matin même de son vingt et unième anniversaire, on l\u2019affecta à l\u2019érection de la nouvelle clôture, aux confins du camp.Finis les travaux d\u2019approche ; ce serait maintenant du vrai travail d'homme.De plus, sa nouvelle tâche lui vaudrait désormais, chaque matin et chaque soir, deux bonnes heures de promenade au grand air, dont la moitié en jeep et la moitié à pied.Cela, surtout, lui permit d\u2019apercevoir pour la première fois, de l\u2019autre côté du fossé extrêmement large et profond qui entourait la cour, aux confins du camp, une pente escarpée, rocailleuse, mais entièrement couverte de broussaille et d\u2019herbe rousse.Il n\u2019avait jamais vu pareille végétation, ce fut un choc.Il sentit que cette découverte pourrait avoir de graves conséquences.Il n\u2019avait pas encore oublié sa compagne de deux nuits : les regards qu\u2019ils avaient échangés pendant neuf ans, le premier jour de chaque année, les avaient unis bien avant leur rencontre.Il lui arrivait encore de se demander ce qu\u2019elle avait pu devenir depuis son départ du camp ; mais il était incapable d\u2019imaginer sa vie nouvelle, son milieu de travail, ses amis, lui qui ne connaissait rien du monde extérieur : ses rares souvenirs d\u2019avant la prison, les vagues allusions que ses parents avaient pu faire, jadis, à leur vie d'avant, deux ou trois vieilles photos entrevues en cachette, tout cela commençait à peine à lui suggérer de brèves et pâles images de son passé.La vue de la pente rousse fit germer en lui l\u2019horrible tentation qui, peu à peu, devait s\u2019enraciner dans son esprit : celle de découvrir un jour ce que ce remblai, pour l\u2019instant, lui cachait du monde.107 Or son travail même le lui permettrait.Sa tâche, en effet, ne serait-elle pas d\u2019élever avec des camarades la nouvelle clôture de fer barbelé qui devait entourer le camp?et les travailleurs d\u2019élite affectés à ce travail étant assez peu nombreux, ne seraient-ils pas suffisamment éloignés les uns des autres?Quant aux gardiens, il leur arriverait certainement d\u2019avoir des distractions, ou du moins des besoins.La clôture étant tissée de fils de fer entrecroisés, horizontaux et verticaux, solidement tendus et disposés à environ trois pouces les uns des autres, chaque fil horizontal ne pourrait-il pas un jour se transformer en degré d\u2019échelle \u2014 du moins pendant les heures de travail, lorsqu\u2019on cessait d\u2019électrifier la clôture ?Tout se conjugait ainsi pour l\u2019aider.Toutefois, vu les nouvelles dimensions du camp, la circonférence à clôturer serait d\u2019environ cinq cents milles.Or, la direction aimait l\u2019ordre : la clôture devait s'élever avec régularité.Vu d\u2019autre part la hauteur du remblai, cela prendrait combien d\u2019années avant que la clôture fût suffisamment élevée pour lui permettre de voir par dessus ?L'avenir le lui apprendrait.Malgré le ralentissement graduel de son rythme de travail, comme de celui de la plupart de ses compagnons (qu\u2019il ne voyait presque jamais), il parvint à son objectif plus tôt que prévu: 1l n\u2019avait pas encore vingt-huit ans quand la clôture circulaire atteignit la hauteur de dix pieds.Il travaillait alors au nord du camp.Quelques jours plus tard, profitant d\u2019une absence du gardien, le coeur battant, il escalada rapidement la moitié des quarante échelons de sa clôture.Certes, il érafla ses semelles de feutre, déchira ses pantalons, s\u2019écorcha les paumes sur les pointes du barbelé.En rentrant au camp, il réussit à faire passer tout cela sur le compte du travail.Quant aux plaies de ses mains, il avait dû en nettoyer le sang avec sa langue.(Il avait pourtant pris soin de poser les doigts entre les griffes.) Mais quelle ne fut pas sa récompense ! Grâce à son élévation, et malgré le remblai du fossé, son regard put s'étendre cette fois jusqu\u2019à pres de huit milles du camp sur des buttes et sur des collines abondamment couvertes de mousse, de broussaille, d\u2019herbe rousse et de plantes sauvages ; il aperçut même 108 x quelques arbustes et deux ou trois buissons.Il ne pouvait évidemment pas nommer des plantes ni les arbustes, et le ciel était toujours morne et gris de ce côté-là du camp, mais il admira la bouche ouverte tout ce qu\u2019il put voir au delà du fossé et de la pente rousse.Comme le monde était beau ! Il lui fallut redescendre en vitesse de sa clôture \u2014 mais trop tard: le mal, déjà, germait en lui.Il commença dès lors à se souvenir de son enfance et d\u2019un village à jamais perdu.Et il décida qu\u2019un jour, il monterait encore plus haut, pour voir encore plus loin.Il devint ainsi le travailleur modèle de cet établissement modèle.Le soir, à la cantine ou au dortoir, il se mélait encore à ses compagnons, mais personne ne lui parlait plus.Il s\u2019efforçait parfois de leur décrire tout ce qu\u2019il avait pu apercevoir de l\u2019autre côté du fossé.Il tentait de leur faire imaginer, de leur faire admirer la beauté des plantes et des arbrisseaux, de leur faire contempler comme lui tous les mirages de l\u2019horizon sous le vaste ciel gris du nord.Mais l\u2019oeil vide, ennuyé, farouche, ils le regardaient sans comprendre et se moquaient de lui.Il grimpait alors sur sa couchette et s\u2019étendait sur le matelas de paille, les mains sous la nuque.Il devint taciturne, renfermé.Son regard noir se perdait souvent dans l\u2019espace infini des murs et des plafonds, mais 1l lui arrivait de brûler quelquefois de la même petite flamme obscure que celui de sa compagne de jadis, qu\u2019il commençait pourtant à oublier.(Il regrettait souvent de ne pas savoir lire.Mais à quoi bon ?I1 n\u2019y avait plus aucun livre au camp.) Un jour, quand il eut trente-cinq ans, la clôture atteignit vingt pieds.Le soir venu, tandis que son gardien allait uriner à l\u2019écart, il escalada aussi rapidement que possible soixante de ses quatre-vingts échelons.Cette fois, pour ne pas se blesser, il avait mis des gants et des bottes de cuir (soi- 109 disant pour le travail: c\u2019était la seconde fois qu\u2019il mentait).Il eut tout juste le temps de jeter un coup d\u2019oeil par dessus la clôture ; cela suffit à l\u2019éblouir.Là-bas, au loin, à l\u2019horizon, un soleil blafard mais bien réel se couchait derrière une immense forêt de bouleaux et de conifères qui s\u2019étendait à perte de vue, jusqu\u2019à plus de quarante milles du camp, de l\u2019ouest au nord et du nord à l\u2019est.C\u2019était encore plus beau que la première fois ! Il entendit tousser.Le gardien revenait.Il dût redescendre en vitesse de son observatoire et sauter les derniers échelons.Il se fit une entorse à la cheville, ce qui l\u2019obligea à mentir pour la troisième fois.Mais le mal fut définitif : c\u2019est à partir de cette nuit-là, surtout, que mûrit en secret, fatalement, inexorablement, tout au fond de lui-même, le déplorable désir de s\u2019évader.* Sa cellule individuelle est aujourd\u2019hui l\u2019une des plus confortables de ce camp modèle.Il a quarante-neuf ans ; son front se creuse et se dégarnit, ses tempes grisonnent, ses mains calleuses se couvrent de croûtes jaunâtres ; mais il est heureux : il sait qu\u2019un jour, non satisfait d\u2019admirer par dessus la clôture les beaux pays qui l\u2019entourent, profitant d\u2019une absence plus prolongée de son gardien, le coeur léger, il escaladera la clôture et l\u2019enjambera.Il se retrouvera enfin de l\u2019autre côté.Si le garde revient plus vite que prévu, qu\u2019à cela ne tienne ! il sautera tout au creux du fossé: il est encore suffisamment vigoureux et agile pour le faire et pour escalader aussitôt la pente abrupte qui le séparera du haut du remblai.Et lorsqu\u2019il sera parvenu là, nul coup de feu ne pourra plus jamais l\u2019atteindre.Pour l\u2019instant, il est de plus en plus fier de la clôture qu\u2019il érige de ses propres mains, librement, volontairement, du mieux qu\u2019il peut, cependant que ses camarades moins privilégiés, les pauvres, doivent peiner à l\u2019intérieur et s\u2019épuiser en des travaux modestes, mornement ennuyeux, et tellement plus ingrats que le sien.Il lui arrive même d\u2019en parler avec ostentation.110 LPO Er EE A CE rer Tr er ere detre HR te CE EI ER EN HE CE ET BR AG AR a M Et puis, parce qu\u2019il n\u2019a pas donné d\u2019enfant, jadis, a sa compagne de deux nuits, il a eu la chance d\u2019échapper a l\u2019exécution définitive et au four crématoire où la direction convie à périodes fixes la plupart des parents de cette institution modèle.Il est de ceux qu\u2019on laisse plutôt crever de leur belle mort, tout fin seuls dans leur coin, en vantant leur force, leur courage, leur indépendance, mais lui, il sait qu\u2019il ne mourra pas comme les autres, qu\u2019il ne mourra pas au camp : s\u2019il lui faut mourir, ce sera très loin, près d\u2019une rivière, en plein soleil.Mais il n\u2019est pas sûr du tout qu\u2019il lui faille mourir.Le seul vrai malheur de sa vie, c\u2019est de ne jamais pouvoir répondre à l\u2019unique personne qui vienne le visiter de l\u2019extérieur du camp.Les travailleurs modèles, en effet, ont le droit de recevoir une ou deux visites par année, le soir de leur anniversaire, à condition seulement que leurs ; visiteurs aient bénéficié du même traitement lorsqu\u2019ils étaient eux-mêmes prisonniers.C\u2019est ainsi que ce jour-là, chaque année, par le haut-parleur de sa cellule, il entend le gardien-chef l\u2019appeler par son nom.Il entend quelquefois la voix sourde et un peu tremblante d\u2019une femme qui demande à le voir.On répond à cette femme qu\u2019il n\u2019habite plus au camp.Elle insiste.On lui fait croire qu\u2019il est malade.Il se met alors à crier, à frapper sur les murs, à leur donner des coups de pieds, il sépoumonne, il se brise les poings, la tête lui fend, mais les murs sont capitonnés et insonorisés, personne ne peut l\u2019entendre, et la visiteuse finit toujours par s\u2019en aller.Puis l\u2019année passe.D\u2019une visite à l\u2019autre, la voix de l\u2019inconnue se fait plus sourde.Mais elle revient toujours.Cependant, la clôture s'élève.Elle aura bientôt plus de trente pieds de hauteur.Il pourra voir les vallées et les montagnes qui s\u2019étendent au delà de la toundra, au delà des prairies, au delà des forêts de conifères et des arbustes qu\u2019il aimerait tant pouvoir nommer.Il le sait désormais : à un jour, il s\u2019évadera.; Ainsi, jour après jour, mois après mois, il ajoutera à sa clôture une maille de plus, puis une maille encore.Il travaillera de plus en plus lentement, mais sa clôture finira par atteindre une hauteur de plus de trente pieds, de plus de cent vingt échelons.Et le premier jour de sa soixante-troisième année, on pourra enfin le féliciter du travail accompli et lui offrir une nouvelle fonction beaucoup plus facile et plus agréable que la précédente : celle de peindre un large secteur de sa clôture avec de la peinture d\u2019aluminium ou d\u2019argent.Il s\u2019en teindra aussi la tête.Ce travail lui plaira ; il prendra quatorze ans pour le terminer.Quand il aura atteint soixante-dix-sept ans, il aura bien mérité du camp et de sa haute direction et reçu l\u2019accolade d\u2019un quelconque sous-lieutenant, on pourra lui confier sa dernière tâche : celle de peindre en noir un tout petit coin de sa clôture, mesurant deux pieds de largeur par six de hauteur, comme une porte sur l\u2019inconnu.Il acceptera cette corvée sans mot dire, mais il trompera de la sorte la confiance qu\u2019on aura si longtemps mise en lui.Car il aura décidé, le traître, d\u2019en profiter pour s\u2019évader.Avec son application coutumière, il aura tout planifié, tout prévu dans le moindre détail.Ce jour-là, il aura peint en noir le dernier fil de fer de la surface prescrite.Au cours du mois, il aura endormi la confiance de son vieux gardien : celui-ci le prendra encore pour un bon bourgeois, pour un sage, brave et excellent vieillard inoffensif et sans défense.À midi, au moment de casser la croûte ensemble, le bon vieillard jettera à la figure de son gardien, à plein seau, tout le reste de sa peinture noire à laquelle il aura mélangé de la chaux vive et de l\u2019acide sulfhydrique dérobés à l\u2019atelier.Tandis que le gardien aveuglé, suffoqué, hurlera de douleur en se déchirant la peau du visage et en vomissant, le vieux prisonnier lui arrachera son fusil, lui fracassera la tête et lui défoncera le crâne, Joyeusement, a coups de crosse de bois.Puis il reprendra souffle.En s\u2019agrippant avec peine aux fils de fer barbelé, il en escaladera lentement plus de cent échelons.Il s\u2019arrêtera 112 de nouveau pour reprendre souffle.Du haut de sa clôture, par delà l\u2019immense forêt de conifères, par delà le feuillage à demi épanoui d\u2019un bois d\u2019érables encore plus lointain, il devinera à l\u2019horizon les hauts toits bleus d\u2019un village, les pommiers blancs qui les entoureront et les pentes vallonneuses et verdoyantes d\u2019une montagne voilée par la brume.Il verra s\u2019élever au dessus des toits, comme dans les contes de fée, de lentes fumées roses qui seront aussitôt dispersées par le vent.Il sentira le soleil resplendir derrière lui, tout en haut, dans une éclaircie du ciel dont il verra l\u2019azur pour la première fois.Il se hâtera d\u2019escalader les derniers échelons de la clôture ; à trente pieds du sol, il s\u2019arrêtera et se retournera un instant pour contempler au loin, à quelque cinquante milles de là, les bâtiments, les baraques et les hautes cheminées du camp.Il s\u2019apprêtera à redescendre de l\u2019autre côté de la clôture, sans regarder le fossé, quand 1l verra surgir devant lui, la gueule écumante, baveuse, six dobermann retenus à grand peine par leurs trois gardiens.Le vent s\u2019élèvera soudain et l\u2019écrasera contre la clôture.Il entendra gronder les chiens.Il regrettera de ne pas s\u2019être évadé plus tôt, de ne pas avoir enjambé plus tôt cette clôture, quand elle était moins haute et qu\u2019il était plus jeune et plus agile.Les gardiens feront feu sur lui, des balles siffleront à travers la clôture, mais rien ne pourra plus l\u2019atteindre.Un coup de vent d\u2019une extrême puissance l\u2019arrachera soudain à la clôture, le fera tourbillonner dans l\u2019espace au dessus du fossé et du remblai, \u2014 la bourrasque l\u2019emportera aussitôt comme un cerf-volant par dessus les côteaux et les collines, par dessus les buissons et les bosquets, \u2014 elle lui fera survoler d\u2019immenses forêts de sapins, de bouleaux et d\u2019érables jusqu\u2019aux bâtiments de ferme, jusqu\u2019aux champs d\u2019avoine, jusqu\u2019aux maisons du village baignés depuis des siècles par le grand lac de son enfance, \u2014 et les tourbillons du vent le soulèveront au dessus des toits en pente, au dessus des vagues moutonnantes du lac, au dessus des montagnes et de leurs plus 113 EIRE a PRE hauts arbres, \u2014 et la tempête le portera ainsi comme un oiseau affolé jusqu\u2019aux nuages où nous le verrons disparaître en traînant à sa suite de longues banderoles en spirales tressées de fils de fer et d\u2019argent, et nous verrons bientôt la clôture se dérouler interminablement derrière lui et disparaître à son tour au plus profond des nuages, aspirée par l\u2019ouragan, cependant que des rafales de coups de feu éclateront au loin dans la cour ouverte de la prison modèle et que des hurlements de joie rempliront l\u2019espace et parviendront ainsi jusqu\u2019à nous.Alors, si tu veux bien, nous cesserons de graver des paroles inutiles sur l\u2019écorce déjà blessées des bouleaux.Nous quitterons notre chalet d\u2019hiver enfoui au fond des bois.Nous pourrons sortir de cette forêt que nous aimons trop; nous pourrons retrouver la route.Nous pourrons regarder la terre et les feuilles trempées sous nos pieds.Nous marcherons d\u2019un pas rapide, droit devant nous, dans la lumière du soleil de midi, en direction de ces vergers en fleurs où nous pourrons précéder, pour les accueillir, tous les évadés volontaires de la cité modèle, tous ceux qui auront pu, comme nous, s\u2019échapper de leur vivant.Puis nous partirons tous ensemble à la recherche du village entrevu, à la découverte de son lac, de ses fermes, de ses fumées, de ses bêtes, de ses rues, de ses places, de ses fontaines, de ses maisons, de leurs toits, de leurs portes, de leurs fenêtres, et de tous ses jardins abandonnés du rêve et du réveil, du dernier soir et du premier matin.16-17 novembre 1973 P.S.11/77 Novembre \u201d73: trois ans après ; trois ans avant.Même dans les camps les mieux entretenus, 1l arrive qu\u2019on aime faire chanter la lime et les ciseaux sur les mailles des clôtures (au milieu des aboiements) et qu\u2019on préfère se découper des portes plutôt que s'envoler Dieu-sait-où ! 7e 5 x Gabriel Gagnon Loin comme l\u2019Angleterre Partir pour l\u2019Angleterre le 17 novembre 1976, encore sous le choc de la soirée du 15, m\u2019apparaissait comme un exil au moment où il allait enfin se passer quelque chose après les dernières déprimantes années du régime Bourassa.C\u2019est pourtant aux perpléxités québécoises que m\u2019ont renvoyé les problèmes d\u2019une société en proie plus que les autres à la crise du capitalisme et de la social- démocratie.De retour au pays et à Possibles cet automne, je sens le besoin de faire le point sur cette expérience.UNE SORTE DE SOUVERAINETÉ ASSOCIATION: LA DEVOLUTION.On ne parlait pas des Anglais en Grande-Bretagne mais surtout des Irlandais du Nord, des Gallois et des Ecossais, tous à la recherche d\u2019une certaine autonomie et dont les derniers risquent de conquérir l\u2019indépendance avant même les Québécois.Mais, étrange paradoxe, dans ces régions dominées, la montée séparatiste ne s\u2019appuie pas sur de fortes traditions culturelles et linguistiques, l\u2019anglicisation ayant partout presque terminé son oeuvre, sauf peut-être dans le cas du Pays de Galles.À première vue, d\u2019ailleurs, les différences entre l\u2019Angleterre et ses provinces intégrées ne semblent pas dépasser beaucoup celles qu\u2019on peut observer ici entre Terre-Neuve, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique.Oublions pour le moment l\u2019Irlande où les Protestants veulent l\u2019indépendance pour mieux brimer la minorité catholique; oublions aussi le Pays de Galles où la pauvreté nuit au mouvement indépendantiste.C\u2019est surtout l\u2019Écosse qui m\u2019a intéressé, où la découverte du pétrole en Mer du Nord accélère de beaucoup le mouvement vers la souveraineté.Il s\u2019agit en effet d\u2019un indépendantisme de riches, un peu comme si Alberta décidait de se séparer pour mieux profiter de 115 son pétrole.Cette indépendance, elle risque pourtant de se faire sans soulever la hargne et la grogne que le même processus amène ICI.Le Parti Nationaliste Écossais (SNP) disposait déjà de 31% des voix dans sa région aux élections nationales d\u2019octobre 1974.C\u2019est à peu près ce que le PQ avait obtenu ici en 1973.Mais, contrairement au P.Q., le SNP ne se place ni à droite ni à gauche de l\u2019échiquier politique britannique actuel, peut-être en dehors ou au delà.Il combat en effet à la fois les conservateurs mal implantés au nord du mur d\u2019Hadrien mais surtout les travaillistes dont l\u2019Écosse constitue un bastion historique.Ceci permet au SNP de chercher les solutions originales permises à ceux qui ont déjà assez goûté aux avatars de la social-démocratie pour en connaître les limites.Autre paradoxe, le fait qu\u2019il n'existe aucun organisme électif spécifiquement écossais, au dessus de vastes conseils de comté sans pouvoir réel, renforce la cause des Nationalistes qui ont dû choisir comme principal champ de bataille un parlement britannique où, du fait de l\u2019infime majorité travailliste, ils détiennent souvent la balance du pouvoir.Cette situation a amené le gouvernement à inventer l\u2019année dernière une politique dite de dévolution qui accorderait aux Écossais et aux Gallois des assemblées élues qui n\u2019auraient cependant pas de pouvoirs propres de taxation.Les travaillistes espèrent ainsi enrayer la montée nationaliste qui risque de saper leur base électorale dans ces deux régions, les rejetant définitivement dans l\u2019opposition au sein d\u2019une Grande Bretagne réduite à l\u2019Angleterre conservatrice.Les travaillistes n\u2019ont pas encore réussi à faire passer leur loi de dévolution: elle ne satisfaisait ni les nationalistes écossais ni certains travaillistes centralisateurs.Le projet reviendra cet automne mais son avenir n\u2019est pas plus assuré, les partenaires libéraux du gouvernement voulant régionaliser aussi l'Angleterre, ce qui pose encore plus de problèmes.Si la situation ne change pas, il est très probable que les nationalistes obtiennent la majorité de sièges écossais aux élections nationales de 1978, amorçant ainsi le 116 processus d\u2019accès à l\u2019indépendance.Pourquoi cette éventualité est-elle envisagée là-bas calmement et sans émotivité ?Serait-ce que l\u2019Angleterre n\u2019aurait pas d\u2019objection à s\u2019associer à l\u2019Ecosse, le pétrole aidant ?Serait-ce que ce qui se conçoit bien entre anglophones ne peut s\u2019appliquer à des latins francophones?A moins que Trudeau, Lalonde et Chrétien soient plus Rhodésiens que lan Smith, le sénateur Forsey ou Madame Thatcher.Pourquoi le mouvement indépendantiste n\u2019a-t-il pas songé ici, comme Irlandais, Gallois et Écossais l\u2019ont fait à tour de rôle au cours de l\u2019histoire britannique, à essayer d\u2019investir un parlement fédéral ou détenir la balance du pouvoir pourrait faire avancer plus la cause de la souveraineté association que les engueulades à longue distance entre partenaires qui refusent de partager le même champ de bataille ?VERS LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE : LE RAPPORT BULLOCK.À peine sorti du dossier Tricofil, l\u2019effervescence soulevée en janvier par la présentation au Parlement britannique du rapport de Lord Bullock sur la démocratie industrielle me confirme dans l\u2019hypothèse que nous ne sommes pas les seuls à chercher la voie de cette révolution sociale, potentiellement aussi importante que le suffrage universel au siècle dernier selon les auteurs du Rapport.La Commission Bullock était composée de représentants des syndicats et du patronat et d\u2019un tiers d\u2019universitaires et de fonctionnaires : la majorité de ses membres, à l\u2019exception des représentants du patronat, se sont entendus pour suggérer l\u2019extension à la Grande- Bretagne, dans toutes les entreprises privées employant plus de 2000 travailleurs (environ 1800 regroupant près de 7 millions de personnes), des structures de cogestion ouvrière déjà implantées en Allemagne et dans les pays scandinaves.Une des grandes objections de la gauche à ce rapport consiste à dire qu\u2019il ne suffit pas de placer des travailleurs 117 An: sur les conseils d\u2019administration des entreprises (il s'agirait ici d\u2019un nombre égal de représentants des actionnaires et des travailleurs plus un nombre impair de personnalités désignées conjointement par les deux premiers groupes) pour leur donner l\u2019influence prépondérante sur leurs politiques qui ne pourrait venir que de structures décisionnelles paritaires instituées à tous les niveaux, de la base au sommet.Il faut dire qu\u2019en Grande- Bretagne les «shop stewards» (délégués d\u2019atelier), très contestataires, jouent un rôle particulièrement dynamique, allant fréquemment à l\u2019encontre des décisions des bureaucraties syndicales.La cogestion au sommet ne pourrait-elle pas servir d\u2019éteignoir aux initiatives de cette base ouvrière ?Alors qu\u2019en Allemagne, la gestion des entreprises est confiée à deux organismes principaux, le conseil de surveillance où la moitié des sièges appartient aux travailleurs et le conseil d\u2019administration qui est le seul fait des « managers » professionnels, le Rapport Bullock opte pour un organisme unique puisque, selon lui, la structure à deux niveaux risquerait de rendre purement symbolique la représentation ouvrière.Le rapport minoritaire des trois représentants patronaux choisit la solution allemande ; à leur avis, un conseil d\u2019administration unique obligerait les travailleurs à trop s\u2019impliquer dans les détails de la gestion des entreprises, au détriment de l\u2019efficacité et de la rapidité.Les plus grandes objections soulevées par le rapport concernent cependant les modalités prévues pour la désignation des délégués ouvriers aux nouveaux conseils d\u2019administration.Les travailleurs de chaque entreprise concernée devront se prononcer majoritairement sur l\u2019opportunité d\u2019y appliquer le schème Bullock: il ne s\u2019agira donc pas d\u2019une loi contraignante pour tous comme en Allemagne ou en Suède.Une fois la décision de principe prise, ce sont les syndicats de l\u2019entreprise qui désignent eux-mêmes les représentants ouvriers.On a vu là un accroc à la démocratie, même si 70% des travailleurs appartenant à des entreprises de plus de 2000 employés sont syndiqués.N\u2019aurait-il pas été préférable de laisser l\u2019ensemble des travailleurs décider eux-mêmes par élection de l\u2019identité de leurs représentants, syndiqués ou non?118 ss \u2014 my e\u2026s \u2014 ee cam Soulignons enfin que le Rapport Bullock suggère l\u2019extension de son schéma aux filiales des sociétés transnationales, qu\u2019il propose un vaste plan de formation des gestionnaires ouvriers aux frais de l\u2019État mais qu\u2019il ne discute pas du tout des secteurs public et para-public, qui ne faisaient pas partie de son mandat.Croit-on encore en Angleterre que nationalisation équivaut à pouvoir ouvrier ?Encore ici, la faiblesse actuelle du parti travailliste n\u2019a pas permis l\u2019adoption des recommandations du rapport, qui ne font d\u2019ailleurs pas l\u2019unanimité au sein même du mouvement syndical.I] n\u2019est même pas certain qu\u2019il soit soumis au parlement avant les élections de 1978.La crise économique non encore résorbée oblige la social- démocratie anglaise à plus de conservatisme que ses adversaires qui arborent carrément cette étiquette.Pourquoi ici le NPD, le PQ et les centrales ouvrières n\u2019ont-ils encore jamais abordé sérieusement le problème de la démocratie industrielle ?Il s\u2019agit pourtant de la seule grande innovation que la social-démocratie européenne ait encore à proposer.Serions-nous déjà entrés dans l\u2019ère de l\u2019autogestion ?ou aurions-nous plutôt peur des capitalistes américains qui tolèreraient difficilement une telle initiative de la part des Québécois ?Les conflits actuels au Soleil et à La Presse s\u2019orientent cependant dans ce sens et devraient fournir matière aux réflexions du premier ministre Lévesque qui affirmait récemment s\u2019intéresser à la question.LE TRAVAILLISME A-T-IL UN AVENIR?L\u2019an dernier, l\u2019accélération de la crise économique suivie de l\u2019intervention du Fonds Monétaire International, du blocage des salaires et de la stagnation du niveau de vie, amenait les travaillistes à s\u2019interroger davantage sur l\u2019avenir de leur parti et de la social-démocratie face aux problèmes du capitalisme mondial.La situation précaire du parti comme la retenue britannique rendent cependant le débat plus feutré qu'ailleurs.Depuis la dernière guerre, les travaillistes ont gouverné à droite, revenant généralement à gauche 119 lorsqu\u2019ils se retrouvaient dans l\u2019opposition.Le parti a quand même toujours toléré dans son sein, avec plus ou moins de tiraillements, une aile gauche importante regroupée autour d\u2019Aneurin Bevan, de Michael Foot et maintenant de Tony Benn.Cette gauche s\u2019est manifestée de façon spectaculaire en s\u2019opposant à la majorité du parti sur l\u2019armement nucléaire autour des années soixante puis sur l\u2019entrée de la Grande-Bretagne au Marché Commun lors du référendum de 1975.Elle domine actuellement l\u2019exécutif du parti travailliste, obligeant ainsi le gouvernement à tenir compte de ses idées.Acceptant une certaine inspiration marxiste venue du continent, cette gauche n\u2019est pour le moment pas très innovatrice puisqu\u2019elle se contente de défendre les acquis de la politique sociale et de prôner une extension des nationalisations et un contrôle des importations.Elle s\u2019oppose aussi aux élections à l\u2019Assemblée européenne.C\u2019est bien peu pour résoudre la crise des sociétés occidentales.Seule une cure d\u2019opposition, moins probable avec l\u2019atténuation de la récession cet automne, pourrait amener les travaillistes à des revisions plus fondamentales.La confrontation constante entre le parti et le gouvernement constitue cependant un facteur de dynamisme incontestable, si on la compare à la soumission actuelle du PQ face au gouvernement Lévesque, semblable à celle de la Fédération libérale à Lesage en 1960.Y a-t-il au PQ une vraie gauche, autre que celle regroupée autour d\u2019indépendantistes irréductibles comme Bourgault?Si elle existe, qu\u2019attend-elle pour se manifester autrement qu\u2019en organisant un référendum qui, à lui seul, risque de ne pas nous avancer beaucoup.LA VIE QUOTIDIENNE Apprécier la vie quotidienne d\u2019un pays où l\u2019on séjourne moins d\u2019un an est affaire essentiellement subjective, souvent aussi liée à nos humeurs et à nos amours qu\u2019à la réalité ambiante.C\u2019est surtout d\u2019Oxford, ville universitaire et industrielle de 100,000 habitants, que j'ai vu l\u2019Angleterre : mais aussi de Londres, de Brighton, de Birmingham et de bien d\u2019autres lieux.120 a \u2014 2e _\u2014 ee Tey Tf em a gum uD a TNT TCS Ny vt = mm \u2014\u2014 gn mm et Cwm peep tems = pm mm ey ea Malgré l\u2019obstacle d\u2019une langue que je possède mal, je m\u2019y suis senti à l\u2019aise, souvent plus qu\u2019en France, même si J'avais très peu fréquenté Westmount, Toronto et New- York ces dernières années.Moins qu\u2019ailleurs les relations quotidiennes y semblent empreintes d\u2019aggressivité: la gentillesse et le souci des autres, superficiels peut-être, s\u2019y allient à une certaine nonchalance surtout aux heures du thé.Des enquêtes récentes ne montrent-elles pas qu\u2019après avoir été les plus riches de l\u2019Europe, les Britanniques accordent maintenant plus d\u2019importance à la stabilité de l'emploi qu\u2019aux heures supplémentaires, à la qualité de la vie qu\u2019à l\u2019argent.Par rapport au Québec, médecins et professeurs d\u2019université, pour prendre des exemples, gagnent relativement peu (rarement plus de $15,000.par année) sans vraiment sembler s\u2019en porter plus mal.Pour tous, les heures de travail sont plus courtes qu\u2019ailleurs, les jours de congé nombreux.L'\u2019absentéisme ouvrier est important et la productivité faible mais seuls les patrons semblent s\u2019en soucier vraiment.Une ombre au tableau : un certain racisme mais contrôlé par une législation sévère.Dans les principales rues d\u2019Oxford, des couloirs spéciaux sont réservés aux autobus et aux cyclistes qui, de 7 à 77 ans, semblent toujours plus nombreux que les automobilistes (il est vrai qu\u2019il n\u2019y a eu que trois ou quatre jours de neige l\u2019hiver dernier).De grands parkings aux principales entrées de la ville sont reliés au centre par un service rapide d\u2019autobus.Une ceinture verte de parcs, de rivières et de terrains de sport entoure complètement la cité, à dix minutes de marche au plus de chaque maison.On retrouve ce modèle urbain dans beaucoup de villes anglaises et même dans certains quartiers de Londres où le «smog» et la pollution de la Tamise semblent définitivement éliminés.À l\u2019Université, une certaine gratuité intellectuelle dans l\u2019enseignement et la recherche, qu\u2019à Montréal on imagine souvent disparue depuis le Moyen Age, fascine et surprend.Les cours et séminaires des professeurs sont fréquentés par des étudiants pour lesquels ils ne sont généralement ni crédités ni sanctionnés par des examens et par des collègues animés surtout par la curiosité intellectuelle.Un groupe de trente étudiants apparaît là 121 bas énorme.Grâce aux collèges qui composent l\u2019université et comportent tous salle à manger collective et «common room», professeurs et étudiants se côtoyent quotidiennement ailleurs que dans d\u2019immenses cafétérias ou le long de corridors aveugles : ils parlent parfois de la pluie mais aussi de la science, de la vie et du reste.Système élitiste, peut-être ?Intellectuellement, sûrement ; économiquement, beaucoup moins qu\u2019avant.La majorité des universités anglaises se rapprochent d\u2019ailleurs de ce modèle ce qui confirme que la « multiversité » bureaucratique et individualiste qu\u2019on nous a imposée ici n\u2019est peut- être pas la seule compatible avec l\u2019éducation de masse.Voilà donc quelques-uns des possibles qu\u2019une vieille société post-industrielle appauvrie propose encore à notre effervescence ou à notre résignation.122 by es = Co ce Tan =\u2014_ \u2014 I Laurence Ramsay* Fer et titane : un mythe et des poussières DES SAVANES, DES CANARDS ET DES HOMMES SAUVAGES Il y a des trous jusqu\u2019à une profondeur de 300 pieds, selon des sondages effectués, dans les savanes du pays d\u2019en haut de Havre St-Pierre, depuis que la compagnie minière « Quebec Iron & Titanium» y exploite les 100 millions de tonnes du gisement d\u2019ilménite (minerai contenant 82% d\u2019oxydes de fer et de titane combinés) qui lui a été concédé dans la région du Lac Allard.Il paraît qu\u2019il y a encore des canards sauvages au Chenail du Moine, sur les battures de Sorel et de Tracy, à l\u2019automne.Il faut que les canards aient la vie aussi dure que des fourmis, des rats ou des hommes, pour pouvoir encore fréquenter ces parages-là.Entre autres pollueurs, la compagnie métallurgique «Fer et Titane» (alias «Quebec Iron & Titanium») de Tracy déverse dans le fleuve, au dire du président du syndicat, environ 600,000 tonnes de rebut de minerai et de produits chimiques divers.Mais l\u2019Hydro, nationale et québécoise à 100%, vient de se débarrasser presque d\u2019un coup, dans le même fleuve, des 175,000 tonnes d\u2019ammoniaque utilisées pour refroidir d\u2019urgence son réacteur nucléaire de Gentilly qui avait failli ! De fer et titane, 1l y a 10 ans, Vigneault nous chantait la «promesse du plus brillant avenir ».« Les petits vieux silencieux » sont partis: ce fut tout ! Il est douteux que les Montagnais de Moisie et de Malioténam fassent encore les 300 milles de chemin de fer, de Sept-Iles à Noble Lake, se laissant glisser du train dans les savanes et n\u2019apportant avec eux que de la farine, * L'auteur est travailleur intellectuel artisan du canton d\u2019Irlande-Sud ; il est présentement agent de recherche pour l'UQT-R.123 \"148 gi du suif, du sel, du thé et du sucre, pour aller chasser le caribou.C\u2019est comme la banique de Madame Vollant, cuite sous la cendre brûlante dans le sable gris de la baie de Sept-Îles : il n\u2019y en a plus ! Mais on a « les corroyeurs et les hauts-fourneaux, la dynamite et les dynamos » \u2026 \u2014 Et on a bien « miné, tracé, passé, creusé, coupé, cassé» \u2026 FER ET TIANE, oui ! rien qu\u2019une chanson composée pour un congrès oublié de la C.S.N.en 1968 mais que l\u2019on écoutait pour la première fois avec ferveur, Pierre Vadeboncoeur, André l\u2019Heureux et quelques autres, là, au 1001, St-Denis.Dix ans après, on croit moins à cette forme-là de progrès ; et on croit peut-être un peu plus aux sapins, aux animaux, aux rivières, aux p'tits vieux, au pays et aux hommes.Mais le temps presse à nouveau \u2026 DEVELOPPEMENT: STRESS ET CANCER Le pays est malade.Et les Québécois, selon le ministère canadien de la santé nationale et du bien-être social, sont, parmi les peuples de la terre, l\u2019un de ceux dont la forme physique et la santé sont les plus déficientes.Comme l\u2019a écrit Yannik Villedieu dans son bon livre Demain la santé : « Les maladies cardiovasculaires, les cancers et les accidents \u2014 autrement dit notre civilisation du stress, de la pollution et de la vitesse \u2014 expliquent 4 décès sur 5».Il ajoute que les grosses structures gouvernementales, les techniques médicales sans cesse plus poussées et les milliards investis dans la santé depuis une quinzaine d\u2019années n\u2019ont pas réussi à améliorer l\u2019état de santé de la population.En ce qui touche au cancer seulement, les chiffres avancés par le journaliste de Québec-Science sont corroborés et même amplifiés, pour les pays industrialisés, par le docteur Richard Doll, un épidémiologiste mondialement reconnu, et par le « National Cancer Institute » américain : pour le premier, 80% et pour se second, 90% des cancers humains sont causés par des facteurs de l\u2019environnement où l\u2019on vit.Si on se préoccupe de ceci sérieusement, il faut remonter aux causes.Ici, ce qui apparaît alors malsain et néfaste, c\u2019est le type même de développement industriel et urbain global, comme le mode de civilisation qui l\u2019accompagne, que nous avons adoptés au Québec, surtout depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.1949, tout autant que 1960, 1970 et 1976, est une 124 + \u2014 Te et es rm ge ee \u201cev \u2014F «Tr _ = fT a de dE CE SR année fatidique dans l\u2019histoire du pays.L\u2019homo quebe- censis standard des statistiques et son aire d\u2019habitation se dégradent depuis une pleine génération.Ça c\u2019est produit d\u2019abord tout doucement, puis ça s\u2019est accéléré et c\u2019est devenu un galop depuis cette année-là, 1967, où on a osé pour la première fois s\u2019exposer au monde.Des groupes humains, des spécialistes et des chercheurs se sont éveillés à certaines facettes de ce phénomène et ils ont tenté d\u2019y remédier.Mais ces connaissances nouvellement acquises et les quelques interventions timidement tentées demeurent à ce jour très parcellaires et guère efficaces en pratique.C\u2019est seulement par rapport à quelques maladies industrielles, plus dramatiques et plus coûteuses, que cet effort commence à être concerté et de quelque profondeur.En effet, les travailleurs québécois du primaire,mais encore plus ceux du début du secondaire, qui, comme les ouvriers des fonderies, opèrent les premières transformations des matières brutes extraites du sol, sont au point maximum d\u2019impact du stress, de la pollution et de la vitesse qui caractérisent négativement notre civilisation présente.Ils vivent également ces conditions sous tous leurs aspects à la fois : physiques et biologiques, mentaux, sociaux, économiques, culturels et politiques.Leur travail est dur et dangereux.Une sélection naturelle brutale s'opère là.Il semble que la société va en assumer maintenant une partie \u2014 les conséquences \u2014 c\u2019est-à-dire payer comme d'habitude pour les pots cassés.Mais on pourrait faire en sorte qu\u2019il n\u2019y ait plus de sélection, plus de risque.COMME AU CHILI, COMME À L\u2019ARMÉE En juillet 1977, la chanson de Gilles toujours en tête, Je visitais l\u2019usine occupée de « Fer et Titane » en compagnie du président du syndicat, M.Gilles Lamoureux.Les plus gros Caterpillar de la flotte de la compagnie bloquaient toutes les issues du terrain de l\u2019usine ; il y avait à l'entrée principale un poste de garde et de contrôle du syndicat, en communication-radio avec des patrouilles mobiles surveillant les lieux 24 heures sur 24 ; les principaux systèmes d\u2019entretien et de sécurité des appareils étaient en état de fonctionnement ; l\u2019immense bâtisse noire de la fonderie ronflait et vibrait sourdement comme quelque cargo en partance ; en ce moment, l\u2019ingénieur de 125 la Fédération de la Métallurgie (CSN) et des comités de travailleurs faisaient l\u2019inventaire des équipements et des lieux insalubres et dangereux, tout en effectuant les réparations d\u2019urgence qu\u2019ils pouvaient réaliser avec les moyens du bord \u2026 Tout ceci était très bien organisé.Et la pluie grise qui tombait sur les tas de scories sales dans la cour en arrière, au bord de l\u2019eau, rappelait soudainement le Chili bien-aimé de Neruda et d\u2019Allende.C\u2019était une belle occupation, différente des autres.Pour la première fois au Québec, des travailleurs occupaient leur usine, ayant comme premier objectif de garantir leur sécurité et de protéger leur santé.D\u2019ordinaire, ces buts sont rapidement troqués, à la première ronde de négociations, contre des avantages salariaux, d\u2019ancienneté ou de sécurité d\u2019emploi, et ils n\u2019ont plus qu\u2019une importance secondaire, au mieux, lorsque la convention est enfin signée.En temps normal, l\u2019usine « Fer et Titane » compte en moyenne 1,600 employés : 1,100 sont ouvriers à l\u2019usine et dans la cour, les 500 autres travaillent dans les laboratoires et les bureaux.C\u2019est la plus grosse fonderie du Québec ; la deuxième industrie de la région, suivant de près « Marine » de Sorel.Au début, 1949, c\u2019était une sorte d\u2019expérience pour la «Kennecott Cooper Mine», principale actionnaire de «Fer et Titane du Québec ».Elle s\u2019avéra très rapidement rentable et la fonderie fut agrandie du dedans, au fur et à mesure des besoins de production.Ces agrandissements successifs et non planifiés expliquent en bonne partie l\u2019absence remarquée de «design » et d\u2019aménagement industriel.Il s\u2019ensuit des risques sérieux pour la sécurité et certains services essentiels ne peuvent être créés, ou développés, faute d\u2019espace.Par exemple, les wagons de scories illustrés au schéma doivent circuler dans un passage très étroit et le conducteur du train ne jouit que d\u2019une vision très limitée devant lui.Un homme fut heurté à mort, de dos, l\u2019an dernier : il n\u2019avait pas entendu le signal sonore annonçant le passage des wagons \u2014 le bruit à cet endroit, lorsque l\u2019usine est en pleine opération, est de 104 à 108 décibels, alors que la norme maximale est de 90 décibels.De même, le convoyeur principal (pont roulant dans le schéma ) a une capacité de 90 tonnes, qui est 126 = = = = ee souvent dépassée en pratique m\u2019a-t-on dit.Une fois, une poche de coulée de fonte est tombée, tuant des contremaîtres.Enfin, la seule salle de récupération de toute l\u2019usine est réservée aux opérateurs de coulée qui, dans une chaleur de 175° F à 180° F Pl\u2019été, font 8 coulées, qui durent environ trois-quart d\u2019heure chacune, en 12 heures de travail, au fours électriques à arc.Cette salle n\u2019a que 20\u2019 - 20\" environ.C\u2019est un espace nu, hormis une table à cartes et quelques chaises, sans service, ni équipement.C\u2019est aux fours d\u2019habitude que sont affectés les nouveaux employés.Là, dit M.Lamoureux, «ils les gardent longtemps»! \u2014 I] y a 9 fours.À chacun de ces endroits, le 28 Janvier 1976 et le 3 mars 1976, les « Services de protection de l\u2019environnement du Québec » prélevaient de 2 à 3 échantillonnages de poussière à la demande de la « Commission des accidents du travail ».D\u2019après les résultats de cette enquête, la poussière totale en suspension dans les 19 points d\u2019échantillonnage aux fours variait de 4.59 à 28.0mg/m°.Or la limite ou T.L.V.(«Threshold Limit Values») acceptée comme norme industrielle pour la poussière totale se situe entre 3.75 et 5.0mg/ m3.Il y avait également excès du taux de monoxyde de carbone, à un four au moins qui était en ce moment en opération : 65 p.p.m.pour un prélèvement d\u2019une durée de 15 minutes, alors que la limite permise est de 50 p.p.m.pour une exposition de 8 heures.En plus de constater «qu\u2019il y avait une multitude de sources d\u2019émission de contaminants », les techniciens gouvernementaux notaient qu\u2019à cela s\u2019ajoutait «la remise en suspension dans l\u2019air de la poussière déposée » par les ventilateurs portatifs, les portes de garage et les fenêtres ouvertes.Par contre, la concentration de silice libre dans la poussière, cause de silicose, ne put être mesurée.Faisant l\u2019inventaire de la pollution rencontrée dans ce milieu de travail, lors d\u2019une visite qu\u2019il y effectuait le 3 mars 1977, le docteur Michel Vézina, chef du Département de santé communautaire de l\u2019Hôpital St-Joseph de Rimouski, rangeait les agents agresseurs dans l\u2019ordre suivant : 1° les poussières et les fumées, abondantes et importantes accompagnant le transfert et la chute du minerai, les opérations de coulée de fonte ou 127 de scorie, l\u2019injection et le moulage de la fonte ; 2° le bruit pouvant dépasser 90 décibels ; 3° les gaz toxiques: CO, H,S et SO,, rencontrés principalement dans la fonderie et aux fours de séchage du charbon et du minerai.Pour pouvoir travailler et être embauché dans ce milieu, comme à l\u2019armée, il faut être en parfaite santé au départ.L\u2019examen de pré-embauchage effectué par la compagnie comprend un questionnaire de santé détaillé, un examen physique complet, un examen d\u2019urine et des tests sanguins, une radiographie pulmonaire, une audiométrie (examen de l\u2019audition), une orthométrie (examen de la vue), un électrocardiogramme (pour les personnes âgées de plus de 40 ans) et des tests de fonction respiratoire, selon le rapport du docteur Vézina déjà cité.Un homme arrive généralement jeune: 40.5% des ouvriers ont moins de 30 ans.Au début, il est d\u2019ordinaire affecté aux fours.Là, commence la sélection.Seuls les plus forts réussiront à s\u2019adapter aux conditions de travail et à persister.Avec le temps, comme le note Muriel Garon-Audy, sociologue du travail qui a consacré une étude sur la santé des travailleurs de « Fer et Titane » en juin 1976, les symptômes de malaise et de maladie diminuent du tiers: «Il semble qu'on s \u2019endurcisse .on n\u2019est pas en meilleure santé, mais on sent moins les \u2018effets de mauvaises conditions ou on arrive à mieux vivre avec ses poisons: on est tout autant menacé, mais on s\u2019en rend moins compte, ou on résiste mieux », écrit-elle.Et, n\u2019étant pas encore «adaptés », ce sont évidemment les plus jeunes qui sont le plus touchés.Plus du tiers des travailleurs de moins de 30 ans souffrent des symptômes suivants : e goût métallique dans la bouche e soif excessive + nez bouché e transpiration excessive « étourdissements «Tout symptôme doit être vu dans son contexte », certes, comme l\u2019affirme le docteur Francine Hébert, citée par Muriel Garon-Audy.Ainsi les symptômes qui précèdent peuvent être rattachés soit à la fatigue nerveu- 128 se, réaction globale de l\u2019individu au stress de l\u2019environnement \u2014 transpiration excessive, étourdissements ; à des maladies du métabolisme, en général ou par intoxication \u2014 soif excessive, transpiration excessive: et a des maladies pulmonaires, allant des infections des voies respiratoires supérieures au cancer des poumons \u2014 nez bouché, transpiration excessive.Mais ceci ne représente qu\u2019une partie seulement des travailleurs, des postes de travail, des symptômes et des maladies qui y sont reliées.UNE « QUESTION DE SOUFFLE ET DE VIE» (Muriel Garon-Audy) Il y a une génération, quand le Québec s\u2019est industrialisé, on ignorait ces choses, ou, quand on les connaissait, on préférait les garder sous silence.Dans ce temps-là, il faut dire qu\u2019un bûcheron (qui était aussi souvent cultivateur et parfois même pêcheur, comme en Gaspésie) était considéré comme «fini» à 35 ans.Alors, comme le disait Michel Chartrand lors d\u2019une conférence sur les maladies industrielles à Trois-Rivières : « Quand le père frappait une job, il ne demandait pas: Combien ça paie?Comment d\u2019heures ?Et c\u2019est-y propre icitte ?» \u2014 Maintenant on pose ces questions et on commence aussi à en connaître les réponses.Globalement, les conditions de travail rencontrées par l\u2019ouvrier tout au long de son adaptation, des fours aux autres secteurs, pour terminer dans la « maintenance», paraissent entraîner d\u2019abord des troubles aux yeux, aux oreilles et à la peau.Ces derniers seraient surtout causés par le graphite qui est mélangé au métal, ou qui est présent dans les électrodes de 600 Volts des fours électriques à arc (lesquels sont changés à la main une fois par jour), ou qui circule à l\u2019état de poussière dans l\u2019air ambiant.Ces premiers dérangements sont suivis, par ordre d'importance, de divers symptômes reliées à des intoxications : symptomes de maladies pulmonaires, des fibres nerveuses et du métabolisme.Viennent enfin les symptômes d\u2019affections digestives reliées au stress, d\u2019anémie et certains indices de troubles cardiaques qui affectent en tout premier lieu les travailleurs des fours.129 D'autre part, les accidents de travail y sont aussi très nombreux : 20% des ouvriers des fours ont subi au moins un accident sérieux et 25% de l\u2019ensemble des travailleurs disent avoir souffert de blessures ou de malaises causés par un équipement de sécurité inadéquat ou malajusté.Il peut s\u2019agir de blessures aux yeux (de 38% à 42% de l\u2019ensemble des blessures à fer et scorie, à l\u2019entretien et aux fours) ; au nez, aux oreilles, à la bouche et à la tête (de 4% à 21% de l\u2019ensemble des blessures à fer et scories et aux fours) ; aux muscles des bras, aux mains et aux jambes (de 10% à 31% de l\u2019ensemble des blessures à l\u2019entretien, à fer et scories et aux fours), aux doigts (de 15% à 43% de l\u2019ensemble des blessures dans la cour, au laboratoire, à fer et scories, à l\u2019enrichissement et aux fours).La relation entre un mauvais état de santé et les accidents de travail y est de plus très forte.Comme le conclut le rapport de Muriel Garon-Audy dont ces chiffres sont extraits : «\u2026 le travailleur est pris dans une sorte de cercle vicieux ou les désavantages se multiplient les uns les autres.Les conditions insalubres amènent le développement de toute une série de symptômes de maladie plus ou moins graves.Or les individus les plus touchés sont ainsi affaiblis dans leur organisme et sont aussi plus souvent victimes d\u2019accidents.Le sens de la relation serait évidemment à établir.De toute façon, il est clair que leur degré de vulnérabilité ne fait que croître».De 1949 au milieu de 1976, il n\u2019y avait en permanence à «Fer et Titane» qu\u2019un seul médecin de jour, une infirmière en poste de 4 heures a 8 heures, et un infirmier la nuit.En 1976 seulement, il y eut 1,012 cas de premiers soins à la clinique, ceci pour un personnel total de 1,600 environ.Cette situation ne pouvait pas durer.Elle explosa lorsque, à la suite de plaintes, on soumit 10 travailleurs à des tests approfondis : 8 d\u2019entre eux avaient la silicose! les évènements se précipitèrent alors: la compagnie mit d\u2019abord sur pied une clinique médicale maintenant composée de 8 médecins, 4 infirmières de jour et 1 infirmière de nuit, ayant à leur disposition différentes salles d\u2019examens et les appareils appropriés ; en juillet 1976, elle demandait également à « Envirobec Inc.» , une firme de consultants en environnement industriel constituée de professeurs de l\u2019Université Laval, de 130 faire une étude complète et détaillée sur l\u2019hygiène industrielle à son usine et de proposer les correctifs nécessaires ; le 12 novembre 1976, une entente était signée avec le ministère des Affaires sociales pour qu\u2019une recherche épidémiologique scientifique soit faite pour établir le bilan de santé de tous les employés syndiqués ; puis le «lock-out» de l\u2019usine était décrété par la direction le 2 juin 1977 et l\u2019occupation commençait au même moment, à 4 heures du matin.Depuis, comme on sait, une nouvelle convention collective fut signée.Mais, ses droits à la vie, à la santé et à la sécurité, cela se négocie mal, de la façon que les conventions sont faites.Ce sont des questions globales, communautaires et de vie quotidienne qu\u2019il est difficile de diviser en parties et de négocier pièce par pièce.Puis, qu\u2019arrive-t-il durant tout le temps qui se passe entre les conventions ?et pour les travailleurs qui n\u2019ont même pas de contrat de travail?LA SANTÉ DES GROS ET DES PETITS A «Fer et Titane», il y a: un syndicat très fort, bien documenté et organisé ; deux des multinationales les plus puissantes au monde.Cette conjoncture est particulière.Les gains minimaux acquis ici, à la suite d\u2019une grève longue et dure, sont loin d\u2019être garantis pour l\u2019ensemble des travailleurs des fonderies québécoises.« Fer et Titane » ou « Quebec Iron & Titanium », c\u2019est un consortium possédé, selon Moody, à 67% par la «Kennecott Copper Mine » de New-York, à 33% par la « New Jersey Zinc », laquelle est une filiale à part entière de la « Gulf & Western Industries », également de New- York.En 1972, selon la même source, « Fer et Titane » a traité 2,016,500 tonnes de minerai pour une production de 572,800 tonnes de fer et 821,800 tonnes de scories de titane.Mais ceci, bien qu\u2019important à notre échelle, n\u2019est qu\u2019une partie des opérations des deux compagnies-mères.Selon Moody et Fortune, ces deux multinationales ressemblent à ceci: 131 er tn one ee AE KENNECOTT GULF & WESTERN INDUSTRIES Rang dans le monde - 1976 257 57 - 1975 234 69 Valeur des ventes (1976) $ 956,265,000 $3,395,596,000 Valeur de l\u2019actif (1976) $2,308,846,000 $3,480,304,000 Rang dans le monde selon l\u2019actif 65 44 Profit net (1976) $ 8,803,000 $ 200,169,000 Rang dans le monde selon le profit 445 45 Nombre moyen d\u2019employés (1976) 16,200 110,000 Rang dans le monde selon le nombre d\u2019employés 243 19 Taux de croissance 1966-1976 (rendement des actions) 23.2% Rang dans le monde pour le même secteur industriel 17 Si on veut parler de multinationales, en voici des vraies! Ayant l\u2019expérience et des moyens financiers, technologiques et de gestion amplement suffisants et raffinés pour réaliser leurs politiques, ces firmes peuvent facilement établir un régime de santé et de sécurité plus adéquat dans leurs usines et leurs mines du Québec, si tel est leur bon vouloir et si cette décision leur apparaît rentable.Les coûts additionnels seront de toute façon répartis sur le marché mondial qu\u2019elles contrôlent.Dans le contexte économique et politique québécois, il peut être également significatif que la « Kennecott Copper » ait été propriétaire par une autre de ses filiales, la « Branden Copper Mine» achetée en 1914, de la « EL TENIEN- TE », la mine souterraine la plus grande au monde, située à 300 mètres d\u2019altitude dans la Cordillière des Andes, à 150 kilomètres de Santiago du Chili.Cette mine devint entreprise mixte de l\u2019État (519) et de la « Kennecott » (499) en 1965, puis elle fut nationalisée en 1971 par Allende.La « Kennecott» organisa alors le boycottage mondial du cuivre chilien, il y eut le coup d\u2019état des colonels et on connait la suite.La « Gulf & Western», quant à elle, fait l\u2019objet d\u2019une enquête financière et comp- 132 table, depuis 18 mois, de la part de la «Commission de contrôle des opérations de bourse (S.E.C.)» du gouvernement américain, mais cette enquête ne met pas en question la solidité et la solvabilité de la compagnie.La plupart des quelques 107 autres fonderies québécoises n\u2019atteignent même pas le début de l\u2019ombre de ces géants de l\u2019industrie et de la finance.Petites et moyennes entreprises, souvent vétustes, elles n\u2019ont pas le capital pour défrayer les coûts \u2014 de 15% à 30% de la valeur de l\u2019entreprise \u2014 des programmes et des échéanciers minimaux proposés par les « Services de protection de l\u2019environnement » pour améliorer les conditions de travail dans ce secteur.Mais ce sont souvent par ailleurs des employeurs importants dans un village ou une petite ville de chez nous, comme à St-Valérien de Shefford, à Magog, à St-Ours, à Ste-Croix de Lotbinière, à Lyster \u2026 Là, les travailleurs sont rarement syndiqués et peu organisés ; ils gagnent à peine plus que le salaire minimum et ils ont peu de sécurité ; et la « shoppe », c\u2019est presque toute leur vie ! Dans 50 de ces fonderies étudiées en 1969 par les « Services de protection de l\u2019environnement », leur vie se déroulait dans \u2014 des niveaux de bruit dépassant les normes industrielles : 55% des cas \u2014 un taux de monoxyde de carbone dépassant la limite tolérable de 50 p.p.m.: 45% des cas \u2014 une concentration de poussière de silicone de 10,000,000 particules par pied cube d\u2019air, bien au-delà du niveau permis: 25% des cas \u2014 un système de ventilation inexistant ou en deça des normes : 80% des cas.Il a fallu huit ans aux Services de protection de l\u2019environnement pour visiter la moitié des fonderies et pour faire rapport de leurs prélèvements et de leurs analyses.De plus, ceux-ci sont incomplets puisque la cueillette des données relatives aux empoisonnements relève du Ministère des affaires sociales.Manque de personnel, de moyens et d\u2019autorité, dit-on aux S.P.E.pour rendre compte de cette lenteur.Peut-être ! mais ceci au fond n\u2019excuse rien \u2026 133 et ais ee ie ES Au rythme actuel, quelques personnes connaîtront un peu la situation en 1984, au gouvernement et à la tête des entreprises.Car aux termes de la loi, les travailleurs ne sont pas impliqués, même dans ces enquêtes limitées et partielles.Ils peuvent obtenir quelques informations cependant, s\u2019ils en font la demande expresse et si celle-ci est soutenue par un syndicat fort.Nous sommes loin ici d\u2019une cogestion, même minimale, des conditions de travail les plus élémentaires.Globalement, au plan politique, il est aussi impossible pour la population de savoir comment ces conditions ont évolué durant ces huit ans dans l\u2019ensemble des usines.Est-ce maintenant pire ou mieux qu\u2019en 1969 ?Il est étonnant qu\u2019on ait autant de difficultés à obtenir des statistiques complètes et précises sur ces faits, pour tout le secteur industriel, pour chaque usine, sur une base chronologique.Par ailleurs, Michel Gauquelin, dans une rubrique du numéro d\u2019octobre de Québec-Science consacrée à l\u2019enquête des S.P.E., soulève nombre de questions techniques et scientifiques auxquelles on ne saurait apporter de réponses maintenant.Si le gouvernement décide ici de faire de meilleures enquêtes et surtout d\u2019agir \u2014 « Ça fait depuis le temps de la Commission Montpetit dans les années 30 qu\u2019on connait la situation» disait le juge Beaudry, à Montréal, au colloque du « Conseil du patronat » sur la question \u2014 il devra alors choisir entre les objectifs contradictoires qu\u2019il nous a proposés jusqu'ici.On ne peut pas à la fois promouvoir la santé des travailleurs, développer la petite et moyenne entreprise et protéger l\u2019environnement de surcroît sans changer quelque chose au mélange de capitalisme et de néo-capitalis- me, autochtones et étrangers, qui domine présentement notre économie.Selon les experts en médecine du travail et en hygiène et sécurité industriels, la situation présente ne pourra être modifiée que par une approche globale, tant préventive que thérapeutique, collective et individuelle, où se trouveront réunies des actions systématiques de SANTÉ PUBLIQUE, de CLINIQUE INDIVIDUEL - LE vis-à-vis toutes les personnes en cause (tant les rési- 134 dents que les travailleurs), et de recherche/développement technique en vue d\u2019améliorer et de développer les ÉQUIPEMENTS et les PROCÉDÉS DE SÉCURITE.Les milieux de travail déficients devraient être rénovés ou fermés, les nouvelles fonderies construites selon des normes strictes de sécurité et d\u2019hygiène.Même ceci qui constitue le minimum nécessaire au plan technique est rejeté ou remis à plus tard dans la conjoncture présente : profits non réinvestis, retard technologique des équipements et des procédés de nos industries, chômage \u2026 On sait que le Gouvernement du Québec annonce un projet de loi sur la santé au travail pour l\u2019automne ou l\u2019hiver de cette année, mais on en ignore encore la portée.Face à cette situation, que feront les entreprises dans ce secteur ?Que fera l\u2019État vis-a-vis d\u2019elles?Des stratégies se dessinent.Certaines, parmi les plus puissantes, demandent et obtiennent des subventions pour améliorer leurs conditions de travail et diminuer la pollution qu\u2019elles occasionnent.D\u2019autres, comme la «Domtar» de East-Angus et la «Gulf» de Shawinigan, qui continuent les formes industrielles et de gestion des années 1930 et qui agissent en conséquence, exercent une forme de chantage à la fermeture, vis-à-vis jeurs employés, les collectivités locales et le gouvernement, afin d\u2019être exemptés même des lois et des règlements de protection de l\u2019environnement, de sécurité et de salubrité qui les touchent, tout en voulant également geler les salaires et obtenir quelques autres privilèges, en dégrèvements de taxes ou autrement.Si les uns et les autres cèdent à ces pressions \u2014 comme les « Services de protection de l\u2019environnement » s\u2019apprêtent à le faire, semble-t-il, vis-à-vis la « Gulf » de Shawinigan, ou comme ça s\u2019est déjà réalisé pour les ouvriers de la «Canron» à Trois-Rivières et ceux de la «Domtar » à Donnaconna et à Fast-Angus, ce sera une première grande bataille perdue de notre décolonisation.« Ça ne sert pas à grand\u2019chose de sauver la langue comme disait Michel Chartrand, si on laisse crever ceux qui la parlent!» \u2026 Et le pays où on la parle.Des changements technologiques, des règlements de sécurité plus sévères et mieux appliqués, un meilleur système d\u2019hygiéne industriel et du milieu .ce que semble 135 vouloir proposer Pierre Marois, ministre d\u2019état au Développement social.(Le Jour, 1: 34, 11-12), tout ceci, si c\u2019est fait, améliorera QUANTITATIVEMENT la situation.En partie seulement ! Et sûrement pas en qualité de vie et de travail.On traitera quelques effets et non pas les causes.Ce qui importe en fait, comme l\u2019écrit Grand\u2019Maison (Des milieux de travail à réinventer, 190) c\u2019est que les travailleurs fassent entrer /eurs valeurs, leurs normes et leurs critiques dans le processus même de production : son contenu, son contrôle et ses objectifs.Pour les uns, la vie des hommes, c\u2019est un moyen, une marchandise ; pratiquement ce qui a le moins de valeur.Pour les hommes mêmes, la vie, c\u2019est une fin. COURTEPOINTES ET POINTES SÈCHES Rapport sur l\u2019état de mes illusions y Le poète acadien Herminégilde Chiasson nous a déjà offert un très beau Mourir à Scoudouc qui se livre dans une flambée véhémente de l'outrage que le poète endosse pour tous et en chacun des siens avec les pauvres mots qu'on lui enfonce dans la gorge à coup de bilinguisme et de maire Jones, de millions de maires Jones.Et pourtant \u2026 Et pourtant, sitôt lâché, le cri, fût-il articulé, structuré, poétisé lui revient comme l'écho même des paroles du maître et le poète découvre dans le langage même qu\u2019il utilise le lien ultime du broyage des humiliés et des minorités.Et c\u2019est alors qu'il nous offre ce terrible Rapport sur l\u2019état de mes illusions qu\u2019il consent encore à écrire pour qu'«il faut dénoncer le langage même qui nous affirme» (p.9).Un rapport insoutenable, une poésie du geste fou dans un verbe éperdu qui tranche dans la rumeur flasque du parler des publicistes et dans l\u2019asepsie des discours des savants et des gouvernants.Une parole qui s\u2019assume jusque dans la méfiance et l'ironie de son propre langage parce que le poète sait trop bien la lâcheté de rêver si l\u2019on n\u2019a pas le courage d\u2019être à la hauteur de sa rêverie.Un texte à vivre parce qu'il assume le péril d'écrire dans l'urgence de subvertir les rêves qui nous affirment et les symboles qu\u2019on nous revend.Une des plus hautes manifestations de la générosité de l'Acadie qui commence de s\u2019assumer jusque dans les illusions qu\u2019elle se fait sur elle-même et que le poète offre aux siens et aux autres (nous-mêmes) comme à autant de victimes d\u2019un même piège.Une parole qui nous redit sans cesse que l'intransigeance seule peut rendre le désespoir a la portée de toutes les victoires.Et à l\u2019abri de tous les comptables \u2026 L'intransigeance folle et constante comme une subversion totale de tous les signes et du moindre geste.Une poésie d\u2019une absolue nécessité parce qu\u2019elle démonte les illusions des rimeurs, parce qu'elle souffre 137 trop du mutisme et des baillons qu\u2019on lui impose pour se donner à elle-même l\u2019illusion que la poésie se paie de beaux mots et d'avant-garde \u2026 Un livre qu\u2019il faut lire à tout prix parce que son auteur nous entraîne de force (la force têtue du silence des plages de Miscou) à traquer l'innocence de la lecture: si les vrais poètes ne le sont jamais, les lecteurs, eux, sont hélas trop souvent des irresponsables (c\u2019est-à-dire qu'ils lisent pour ne pas se faire prendre au mot) et cela lui rend son propre travail intolérable.Un témoignage à vivre et partager pour éviter de sombrer dans le dérisoire des symboles de bière et des étendards du pittoresque.Un long cri qui redit après tant et tant en larmes que la dépossession ne se revise pas plus qu\u2019elle ne se négocie: il y a la dignité ou la mort.Une envie folle de bâtir et réinventer la vie qui sait aussi dans son sang que la mort c\u2019est autant la quête enchanteresse de la belle vie de banlieue dans un cottage colonial meublé style espagnol que la prétention révolutionnaire atiffée d\u2019une tuque d'Incas et d\u2019un poncho colombien pour mieux chanter chinois.Une poésie qui refuse les symboles \u2026 qui donnent à vivre dans le langage des autres.RL Un référendum \u2026 pour rien ?La campagne du référendum est lancée.Sera-t-elle le combat final entre fédéralistes et indépendantistes que les media cherchent à nous présenter?Ou plutôt une opération de diversion de «chefs» plus soucieux de s\u2019engueuler de loin que de se combattre sur le même terrain ?Les élections fédérales auront certainement lieu avant le référendum.À moins d'événements absolument imprévisibles, elles reporteront Trudeau au pouvoir avec une majorité accrue, surtout au Québec.Les conservateurs n\u2019ont ni chef ni politiques.Le NPD n'a pas encore compris que la gauche québécoise sent depuis longtemps que socialisme ne rime plus avec centralisation.Sans offrir de véritable solution de rechange, les créditistes, deux fois décapités, continueront à recueillir une partie du vote de protestation que le PQ ne se risque- 138 _\u2014 cn om rv om me Es M EE FE EE LE Es sr Es un \u2014 & De = > à © se > ra pas à aller organiser sur le terrain fédéral, par crainte d\u2019y rencontrer directement son adversaire principal.Donc, grande victoire fédéraliste prévue au Québec en 1978.Peu de temps après, le PQ devrait décider de la date du référendum constitutionnel.Malgré le mystère qui en entoure encore la formulation, c\u2019est un secret de polichinelle que la question sera très probablement unique et rédigée à peu près dans les termes suivants « Nous donnez-vous le pouvoir de négocier la souveraineté association avec le reste du Canada ?» Une telle question devrait facilement recueillir une majorité de oui.Elle n'implique pas d\u2019engagement définitif puisque la souveraineté association ne peut se décréter unilatéralement comme l'indépendance: elle doit se négocier et sa ratification nécessiterait un nouveau référendum.Par ailleurs les indépendantistes convaincus, désireux d'obtenir rapidement un non définitif du partenaire canadien, viendront mêler leurs votes affirmatifs à ceux des partisans d\u2019une nouvelle « Confédération», au moins aussi nombreux qu\u2019eux dans l\u2019électorat : seule l'addition de ces deux groupes peut donner la majorité au PQ.Finalement, les adversaires fédéralistes divisés, ne pouvant choisir de combattre pour un «statu quo» dévalorisé, devront choisir d\u2019opposer une sorte d\u2019« association souveraineté » à la « souveraineté association ».Dans ces conditions qui devraient assurer une victoire facile au PQ, il est peu probable que Trudeau s'engage directement dans une bataille dont il pourra toujours présenter les résultats comme ni définitifs ni significatifs.Nous pouvons donc aussi prévoir une grande victoire souverai- niste au Québec en 1979.Il nous avancera à quoi, alors, ce référendum ?Ne serait-il pas plus simple de le tenir plus tôt, d\u2019amorcer tout de suite un projet de «confédération nouvelle » satisfaisant pour une majorité de Québécois et d\u2019aller l\u2019opposer à celui de Trudeau sur son propre terrain, aux prochaines élections fédérales.L'opération, difficile au départ, est la seule susceptible de permettre rapidement une défaite libérale, une restructuration des partis politiques canadiens et l'avènement d'une véritable souveraineté association.À moins que le PQ préfère se garder un ennemi intouchable pour mieux endiguer les conflits internes ?À moins qu'on préfère occuper les gens au référendum 139 TARRY LT EL pendant que les ministres gouvernent ?On oubliera peut- être alors ce que disait un certain programme sur l\u2019assurance-automobile, sur l'amiante, sur l'avortement, sur la fiscalité, sur l\u2019autogestion et la cogestion et sur tant d\u2019autres petites choses.ALORS, IL SERA PEUT-ÊTRE UTILE QUAND-MÊME CE RÉFÉRENDUM.MAIS À QUI ?G.C VLB, don Quichotte du dimanche Qui aurait pu imaginer que l'équipe gouvernementale actuelle ait pu être critiquée, dans ses politiques culturelles, par des écrivains et des artistes ?|| s\u2019agit en effet d\u2019une équipe fort «cultivée», c'est-à-dire composée de députés et de ministres qui en plus d\u2019être dotés de beaux diplômes et d\u2019avoir occupé des postes dans les institutions d'enseignement supérieur, ont souvent manifesté, en poésie, en histoire ou en sciences humaines, un certain talent littéraire.Plusieurs ont pu rêver d'obtenir le poste de Ministre des Affaires culturelles et de jouer au « Malraux».Les candidats étaient d\u2019ailleurs tellement nombreux, qu'il fallut créer deux postes, celui de super- ministre du Développement culturel, que s'attribua Camille Laurin et celui, plus modeste, de Ministre des Affaires culturelles qui fut attribué à Louis O'Neil.Pourquoi ce dernier choix?Mais, qui mieux que cet homme cultivé, distingué et raffiné qui avait participé à la résistance (contre Duplessis) pouvait être en mesure à la fois d\u2019être respecté par les « petits» écrivains et les artistes « pouilleux» et de faire bonne figure dans les salons littéraires de la Vieille Capitale?Qui mieux que cet universitaire spécialiste de la théologie pouvait être en mesure d\u2019écouter les grands fonctionnaires dont allait s\u2019entourer Camille Laurin \u2026 et de les comprendre ?Qui mieux que cet ancien «libéral» devenu péquiste pouvait prendre la relève du précédent ministre, qui avant de devenir membre du Parti libéral avait côtoyé le R.I.LN.?etc.Il y avaitdonc un secteur dans lequel le gouvernement péquiste apparaissait inattaquable : c'était bien celui des politiques culturelles.Or, voilà que moins d\u2019un an après la « grande» élection, non seulement l'honorable ministre des Affaires culturelles mais aussi le gouvernement québécois dans son ensemble sont attaqués et discrédités en matière de politiques culturelles.Sous le regard probablement bienveillant du rédacteur en chef, Victor- 140 Levy Beaulieu déclare en effet dans le Devoir (17 septembre 1977) que «le gouvernement québécois actuel est celui qui, de tous les gouvernements québécois contem- Es porains a la conception la plus étroite de la culture, que ti cette conception est absolument dépassée, ne tient pas & compte et ne veut pas tenir compte de ce qui ne cadre pas Ek avec son moralisme.C\u2019est un gouvernement qui fonc- Bi tionne dangereusement par exclusion parce qu\u2019il est 1 celui d\u2019une génération déjà vieille».S'agit-il là des fabulations d\u2019un intellectuel, par surcroit romancier, qui se laisse emporter par les mots ou tout simplement des propos malveillants d\u2019un éditeur malheureux ?Depuis quelques années, V-L Beaulieu est bien connu pour ses grandes « sorties»: en plus de cumuler les tâches d'écrivain et d\u2019éditeur, il s\u2019est donné la « mission » d\u2019être la « mauvaise conscience » du Ministre des Affaires culturelles et de ses fonctionnaires, surveillant leurs paroles et leurs gestes, les interpellant dans le Devoir ou sur les ondes de Radio-Canada, etc.Jusqu\u2019a date, cet écrivain- éditeur qui les dimanche matin se transforme en Don Quichotte et poursuit les ministres du culte devenus ministres de la Culture (et vice versa, v.g.Jean-Noël Tremblay), parvenait à formuler, à travers ses longs bavardages décousus, confus et quelque peu délirants, des critiques relativement justes.En tant qu\u2019écrivain, V.-L.Beaulieu a probablement encore raison d\u2019être quelque peu inquiet des futures politiques qu\u2019entendent élaborer les nouveaux responsables des Affaires culturelles et du Développement culturel.Il s\u2019agit là d\u2019une réaction prévisible chez celui qui a toujours revendiqué que l\u2019État subventionne le plus ; possible les activités de l\u2019écrivain (dépendance économi- 4 que) sans que soit mise en question sa totale autonomie 1 intellectuelle, c\u2019est-à-dire la possibilité d'écrire ce qu'il veut, comme il le veut, pour qui il le veut, etc.La conception que V.-L.Beaulieu semble se faire de l\u2019intervention politique en matières culturelles apparaît ainsi très libérale (et pluraliste) : un peu à tout le monde selon les disciplines, les arts, les styles, les tendances, etc.Dès E.lors, mieux vaut des politiciens ou des fonctionnaires 8 incompétents ou qui donnent l'impression de l\u2019être, car ils sont obligés de respecter la « liberté » des intellectuels- Écrivains-artistes, de consulter ces derniers, voire même de se soumettre à leur autorité \u2026 Le malheur de l\u2019actuel gouvernement serait de réunir, F dans le domaine des affaires culturelles comme d\u2019ailleurs gE 141 dans d'autres domaines, beaucoup trop des « compétences»: On y trouverait en effet des intellectuels qui auraient le défaut non seulement d\u2019être bien informés des productions intellectuelles et artistiques mais aussi d'avoir «une ou deux idées».I! y aurait dès lors menace d\u2019ingérence, de discrimination, etc., menace d'autant plus grande que les « nouveaux » responsables des politiques culturelles, semblent partager une même problématique du développement culturel \u2026 La «tentation » de l\u2019intervention politique est effectivement manifeste, elle est de fait commandée par la problématique même du développement culturel que ces responsables partagent: cette problématique, qui a été élaborée au cours des années 1960 principalement autour de la revue Maintenant et dans certains milieux de « gauche », identifie deux éléments ou mécanismes fondamentaux de tout développement culturel, à savoir, la planification par en haut (l\u2019État) et la participation par en bas (le peuple) et semble faire perdre à l\u2019écrivain ou à l\u2019artiste son rôle de médiateur entre la culture et le Peuple.Une fois le « populisme » si cher à nombre d\u2019intellectuels récupéré par l\u2019État, que leur reste-t-il comme idéologie ?Les craintes de V.-L.Beaulieu ne sont pas totalement injustifiées: elles sont celles de tout petit entrepreneur indépendant (non-monopoliste!).Et il y a de fortes chances qu\u2019à trop parler trop souvent de « liberté » \u2014 on retrouve ce terme dix fois dans son article \u2014 celui-ci ne parle que de « sa » liberté.À plusieurs égards, V.-L.Beau- lieu apparaît beaucoup plus proche, idéologiquement parlant, du Conseil des Arts du Canada que de l'actuel Ministère des Affaires Culturelles.Aussi ne faudrait-il pas se surprendre que dans quelques années il aille remplacer Naïm Kattam à Ottawa \u2026 Un intellectuel vieillit toujours plus vite qu\u2019il ne le pense! M.F.142 escorte era es sic LAL CEE TES Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada ; Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros: L\u2019est du Québec: des plans des technocrates aux choix des citoyens.Le J.A.L., l\u2019autogestion et l\u2019avenir bâti à même le pays, les épinettes et le courage.Les syndicats \u2014 l\u2019heure de vérité : unification des forces ou multiplication des cadres : stratégie ouvrière et conjoncture nationale.Bulletin d\u2019abonnement ci-joint un chèque .mandat-poste .au montant de $10.pour un abonnement à quatre numéros à compter du numéro.Abonnement de soutien $15.00 Revue Possibles B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 144 CF, rn ot, TE hm ~~ a \u2014\u2014 "]
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