Possibles, 1 janvier 1979, Automne
[" , | ossibles] Vol.4,No 1 automne 1979 i DES FEMMES ET DES LUTTES e L'imaginaire et le quotidien En marge de l'histoire G&G Le travail comme création DOCUMENT L'Acadie terroriste fi - _ _ oo Re pe EE) \u2014 er rm xd Ry ars = __ ee Rey 2 tr ire Face co ee NSS es cg = 5 Cte YX 2 cesse ery cr ALITY aly ppt ee] Ge oR Gi A = = et cos Tar Lr corr cs Te or on ay rer eo cr H H - possibles Vol.4, No 1 automne 1979 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec Comité de rédaction : Muriel Garon-Audy, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gau- vin, Roland Giguère, Gilles Hénault, Roger Lenoir, Gaston Miron, Marc Renaud, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction : Robert Laplante ; É.SOMMAIRE page E ÉDITORIAL 4 Muriel Garon-Audy, Lise Gauvin 7 i ANTECEDENTS by fil Histoire des luttes féministes au Québec a Michèle Jean 17 ; La femme et le Code civil : fondements et évolution 33 Une lecture féministe des romans du terroir canadien-francais de 1860 a 1960 Janine Boynard-Frot 41 ECRITURES Veille 4 Anne-Marie Alonzo 57 i L'union fondamentale Be Louky Bersianik 61 5 Mauvais rêve A Monique Bosco 67 g L'ignée L'intégrale Er Nicole Brossard 71 hi Sur l'écriture d\u2019une femme ou De l\u2019écrevisse écrivant Francine Déry 77 3 pe \\ 3 i A à i eu L'infante immémoriale (fragments) Madeleine Gagnon 83 Telles Suzanne Jacob 93 La guerrière France Théoret QUOTIDIENNETÉS ET MOUVEMENTS D'où vient et où va le regroupement des femmes québécoises Collectif 109 La librairie des femmes d'ici : un lieu qu\u2019on s\u2019est donné Collectif Le comité Laure-Gaudreault : les femmes dans l'enseignement Marie Gagnon 115 La Boulange \u2014 Entrevue avec Solange Courvas_ _.123 Etre femme et autonome : le défi de l'AFEAS Louise Picard-Pilon 131 Ne payer que le prix que ça vaut | Louise Picard-Thiboutot 137 Un bonjour du CRIF Collectif 143 Les défis d'être une femme religieuse Monique Dumais 147 Le RAIF et le changement social Marie Savard 155 D'une coopérative artistique : Powerhouse Viviane Prost Comment lutter au bas de l'échelle Collectif Petite histoire.Pol Pelletier DOCUMENT Le conte du parc ensorcelé Herménégilde Chiasson a _ or a _ a _ est een pp re > james AOS pt LA be 2 Fier pe 67) y = ao cou es ei a oe = en de ces Brera Rr ae cos CS Ft = hd cs en C5 ve CL és 8 ote i a Ro 4 7 BO array) gs as bg ee.ces 2.ea cle & Sra ce ees Ne > ; Ee ER Pr Pe Pe PT EDITORIAL En octobre 1976 paraissait le premier numéro de la revue Possibles.La revue voyait le jour dans une période de profond pessimisme, période où le champ intellectuel paraissait résister difficilement à un vacuum dont seul un purisme radical nourri ailleurs, sans racines québécoises, semblait profiter.Le souci d\u2019une approche constructive véhiculée par la revue Possibles \u2014 dans sa recherche de voies spécifiques à la réalité socio-historique et culturelle du Québec pour la construction d\u2019une société socialiste auto-gestion- naire \u2014 venait ainsi occuper une place laissée dangereusement libre.Un mois à peine après la sortie de son premier numéro, l\u2019élection du Parti québécois venait modifier considérablement situation et climat : attente des preuves, chances au coureur, objectifs partagés, moyens parfois contestés, le cheminement à côté du pouvoir était semé d\u2019embûches, le défi à la fois plus réel mais peut-être plus périlleux.En novembre 1979, Possibles aborde une quatrième année de route avec cette fois la certitude de se trouver au tournant du chemin : moment d\u2019effervescence ou la définition des modes de prise en charge de l\u2019identité québécoise reprend le premier plan.L\u2019année de la revue sera centrée sur cette quête d\u20191- dentité : quête qui implique la mise en forme de moyens concrets tout autant que le développement d\u2019utopies; 7 recherche qui implique également une réflexion sur la portée, les conséquences et la concordance de ces moyens et utopies.On ne saurait s\u2019étonner que dans cette perspective le premier numéro porte sur les femmes.Les questions posées par elles ont suffisamment ébranlé de constructions bien rodées pour qu\u2019il puisse paraître essentiel de passer par elles en premier (pour une fois !) quand il s\u2019agit de repenser l\u2019architecture de l\u2019édifice.Le deuxième numéro s\u2019arrêtera à une autre étape également souvent escamotée dans les échafaudages politiques : celle du rêve, du travail sur l\u2019utopie.Le Québec dont rêvent ceux qui se donnent encore le temps de rêver, quel est-il ?Nous tenterons d\u2019en faire le tour, d\u2019en tâter l\u2019étendue, d\u2019en examiner la surface.Enfin, dans un troisième numéro, nous relèverons les manches, une fois l\u2019étape du référendum passée, pour mieux poursuivre le travail dans l\u2019optique qui est la nôtre : comment les diverses expériences, les divers projets présentés ici depuis quatre ans, préfigurent-ils ce que pourrait être un Québec vraiment autogéré ?Comment pourrions-nous contribuer à les faire converger en un mouvement social plus puissant ?Dans cette perspective, les luttes des femmes ne viennent ni après ni avant la lutte de libération nationale ou l\u2019avènement du socialisme autogestionnaire les multiples luttes qui s\u2019articulent sur ces trois grands mouvements sociaux s\u2019entrecroisent et posent toutes \u2014 chacune à sa manière \u2014 le problème que nous avons en tant que peuple : celui de devoir faire face, pour exister librement, à la nécessité d\u2019inventer non seulement de nouveaux mécanismes de pouvoir mais encore, et plus largement, une nouvelle politique.Parler de l\u2019interdépendance de ces mouvements, c\u2019est évidemment soulever un problème auquel nous avaient habitués les déchirements du nationalisme face au socialisme, et inversement; mais le développement du féminisme, par la mise en évidence d\u2019une pléiade de facettes oubliées (!), vient maintenant exacerber les tiraillements que pose la nécessité d\u2019une construction harmonieuse.Car le dévoilement de cette autre dépendance qu\u2019il s\u2019agit de contrer, remet en cause les solutions pensées antérieurement, solutions qui, toutes cohérentes qu\u2019elles aient été, avaient négligé de considérer les besoins spécifiques de la moitié de l\u2019humanité et les barrières qui entravaient leur accomplissement.Ce numéro ne veut pas reprendre la genèse de la prise de conscience et de la prise de parole des femmes, ni analyser les conditions historiques de cette émergence et la turbulence qu\u2019elle a causée.Les antécédents du féminisme au Québec sont ici rappelés brièvement, soit pour marquer une continuité (\u201cHistoire des luttes féministes au Québec\u201d) ou, au contraire, une rupture avec ce qui se produit maintenant (cf.l\u2019étude sur la femme dans le roman du terroir).Mais s\u2019agit-il vraiment de rupture ?A ce niveau des représentations, toute une étude reste à faire sur les images archétypa- les véhiculées par une bonne partie de la littérature québécoise récente (celle écrite par les hommes, principalement), images qui nous renvoient le plus souvent aux trois rôles-types donnés dans les Fées ont soif, c\u2019est-à- dire la mère, la vierge et la putain.Pour être plus discrète, la caricature n\u2019en est pas moins présente.Des écrivains interrogés à ce sujet s\u2019accordent facilement un brevet d\u2019irresponsabilité, voire d\u2019impuissance, en se disant de simples porte-parole (quelle soudaine modestie !) d\u2019une société et en remettant aux femmes seules le soin de changer les modèles sociaux et leurs formes de représentation.Quant à l\u2019effervescence causée par les débats féministes, elle aurait pu à elle seule, également, faire l\u2019objet d\u2019un numéro.Le féminisme est encore, dans bien des milieux, une forme de discours indécent, suscitant les mêmes réactions gênées, les clins d\u2019oeil entendus, les blagues paillardes que provoquait l\u2019arrivée d\u2019une revue pornographique dans le Québec clérical d\u2019avant 1960.Quand il n\u2019est pas tout simplement objet d\u2019ostracisme 9 et de censure, comme l\u2019anticléricalisme de jadis : ce fut le cas encore l\u2019an dernier avec la pièce de Denise Boucher, où la conjonction du féminisme, du joual et de l\u2019impertinence religieuse, donnait bonne prise aux attaques.Mais de plus en plus les femmes se disent et s\u2019écrivent.S\u2019inventent.S\u2019inter-disent.En même temps qu\u2019elles créent de nouvelles fictions, elles découvrent de nouveaux types d\u2019écriture, de nouveaux modes du dire.Les textes publiés ici témoignent de cette parole différente, comme une mémoire insoumise arrachée aux belles certitudes de jadis.Nous avons mis de côté également les discussions théoriques visant à définir le(s) féminisme(s), ou à déterminer les rapports entre le féminisme actuel et les mouvements qui, depuis la Grèce et Lysistrata, hantent périodiquement l\u2019histoire des civilisations.Conformément à notre approche, il s\u2019agit ici de témoigner d\u2019unesérie d\u2019actions et de dilemmes face à l\u2019action, de contributions a une prise en charge et a une transformation de la société.Nous avons voulu nous arréter a ce que les femmes font plutôt que de répondre à la question faussement naïve de ce qu\u2019elles veulent, question qui en rappelle une autre tout aussi révélatrice d\u2019une incompréhension fondamentale : \u201cWhat does Quebec want ?\u201d En effet, ne sommes-nous pas rendues, après une première phase centrée sur une tentative de dénonciation et d\u2019explication, à cette étape où, comme pour le Québec, la seule réponse valable se situe au niveau de la construction d\u2019une nouvelle réalité alimentée à une nouvelle utopie ?Or la réalité à laquelle nous renvoient ces actions, c\u2019est non seulement la multiplicité des lieux mais également des formes d\u2019intervention.Si une certaine unité avait pu paraître possible à un premier niveau de prise de conscience, la nécessité des actions concrètes a vite fait éclater les différences, tant au niveau idéologique qu\u2019à celui de leur traduction dans le quotidien.10 Tn Car c\u2019est sans doute ce qu\u2019il y a de plus déroutant dans l\u2019émergence du féminisme : une fois mise en question l\u2019exclusion de la femme que les sociétés industrielles dites avancées ont fait ressortir avec une particulière agressivité, c\u2019est l\u2019édifice tout entier qui se fissure.Le travail de reconstruction est immense.Tous les secteurs de la vie sont touchés, et cela non seulement dans leur organisation mais dans la façon même de les concevoir.En cela, le féminisme n\u2019est pas radicalement diffé- rent des autres courants idéologiques qui eux aussi font appel à des modèles à partir desquels la société doit être repensée.Et pourtant, ainsi que le notait Janine Boynard-Frot dans une communication à l\u2019AC- FAS (reproduite en partie dans ce numéro), le Larousse refuse à cette approche son caractère de système; elle est définie comme une tendance \u2018\u2018qui se dit pour désigner certains instincts\u201d alors que marxisme, racisme, de même que colonialisme et impérialisme \u201cont en commun, pour les décrire, certains termes dont : théorie, doctrine, politique, analyse, ce qui signifie structure, cohérence, organisation, rationalisation\u201d.Le féminisme ne se distingue qu\u2019en ce que, peut-être pour la première fois, les transformations qui sont appelées rejoignent les individus jusque dans leurs rapports les plus étroits avec l\u2019autre, jusque dans ce qui avait pu jusque- là être tenu pour le domaine du privé.La quotidienneté des rapports, aussi bien en dehors que dans la production économique, est à réinventer.C\u2019est à tous les niveaux que doit être débusquée la domination du mâle que même l\u2019approche égalitariste proposée par le socialisme ou les théories plus radicalement révolutionnaires a échoué à faire éclater quand elle ne l\u2019a pas tout simplement renforcée.L\u2019inquiétude que suscite le mouvement se rattache bien à l\u2019inconnu dans lequel plonge sur remise en question aussi fondamentale.Une logique nouvelle basée sur des critères étrangers à la logique dominante met toujours du temps à être reconnue comme logique.Et la difficulté de la mutation est ressentie par les femmes 11 elles-mêmes qui doivent apprendre \u2018\u2018à agir de façon féministe dans leur vie personnelle et professionnelle\u201d.Devant l\u2019édifice qui se fissure, il faut choisir ses modes d\u2019intervention : alors resurgit l\u2019éternelle question de savoir si l\u2019on peut travailler à l\u2019intérieur des structures existantes ou si la seule voie de succès réside dans une construction à côté, un recommencement à neuf.En même temps se pose la question des partenaires de cette entreprise : le mâle, produit de l\u2019histoire des sociétés actuelles, peut-il apporter au mouvement ces forces vives dont il a besoin ou ne fait-il que reproduire cette domination devenue intolérable ?D\u2019où pour certaines, la nécessité d\u2019une exclusion qui devra durer aussi longtemps que les femmes n\u2019auront pas refait leurs forces.Devant ces différentes orientations, les choix sont multiples.Il devient de plus en plus évident qu\u2019on ne peut considérer la lutte des femmes comme une lutte homogène où les femmes ont nécessairement les mêmes intérêts et par conséquent en appellent toutes à une solution unique.La lutte est femmes est plurielle et il faut éviter de la penser dans les termes du changement à sens unique : une seule voie pour l\u2019avancement de l\u2019histoire, une seule forme de changement valable, un seul groupe définisseur.Une fois de plus, c\u2019est en replaçant ces changements par rapport aux modèles de société auxquels ils renvoient de façon explicite ou implicite que les différences deviennent davantage sensibles.Ainsi certaines revendications peuvent sembler s\u2019insérer dans une approche libérale d\u2019égalité des chances conçue dans un système qui maintient de profondes inégalités.D\u2019autres pratiques féministes au contraire reposent sur des mises en question plus totales, cherchent à inventer des rapports sociaux à partir de bases entièrement nouvelles.Mais outre qu\u2019il soit tout à la fois absurde de tenter de mesurer les approches et pratiques féministes à l\u2019aulne d\u2019autres systèmes théoriques \u2014 le socialisme et le nationalisme en particulier \u2014 on ne saurait exiger d\u2019un 12 mouvement qui implique un profond changement de mentalité, même pour les premières concernées, qu\u2019il apporte, dès le départ, une solution à l\u2019ensemble des problèmes afférents à l\u2019identité et aux inégalités.Les transformations impliquées paraissent en fait à ce point lourdes à porter qu\u2019il n\u2019est pas étonnant de consta- pi ter périodiquement des signes d\u2019essoufflement.Et cette question qui revient sans cesse : sommes-nous trop débordées pour agir ?Et cette autre : jusqu\u2019où nos actions ne sont-elles pas récupérées au profit du système en | place ?Ni Malgré tout on ne peut éviter de poser la question du 3 mode de fonctionnement de la nouvelle société a cons- i truire.Si le mouvement féministe réactive des interroga- E tions anciennes communes au socialisme et au nationalisme, entre autres celle de la demande d\u2019intervention | de l\u2019Etat, il renouvelle les perspectives quant a une autre pr série d\u2019interrogations, celle relative en particulier a la 4 création de communautés intermédiaires entre la famille i nucléaire et l\u2019Etat tout autant que celle de la rénovation hei des noyaux de base.À Il va sans dire que ces questions qui reposent le problème du pouvoir dans le sens de l\u2019autogestion intéressent au premier chef le groupe de travail réuni autour de la revue Possibles.Il est clair que c\u2019est par le renouveau qu\u2019apportent à la conception d\u2019un socialisme autogestionnaire les questionnements et les utopies issus du mouvement féministe que ce dernier nous touche davantage en nous obligeant à aller au-delà des mots vers ce qui constitue la réalité profonde du quotidien.Eee A ÿ À I} H tH Ar tal, LG i A BN ah Rt Lan 4 Muriel Garon-Audy et Lise Gauvin pour le comité de rédaction 13 \u2014- repérer \u2014 PP RES PS PEER Pr PA GGT = 5 = ve \u2014ÉÉLEES = an a es re il - is ox = ed BE ORE Beats be pe I Res Radic 3 2 es Rpts \u2014 ae oon SRR ee Sere dents 7 7 ece Ant er amer or\u2014) mc rot.RR EEE SSS A SEE Ce Lo Ce Michèle Jean* Histoire des luttes féministes au Québec \u201cNous sommes responsables du désespoir de chaque femme seule enfermée dans l\u2019impuissance.\u201d Manifeste des femmes québécoises, 9.L\u2019expérience historique des femmes québécoises s\u2019inscrit dans un système où la relation entre les deux sexes en est une de domination de l\u2019un par rapport à l\u2019autre, dans le privé et le public.Ce système alimenté entre autres aux courants idéologiques grecs, romains, et judéo-chrétiens a nom patriarcat.Du monde grec, il nous a légué, par l\u2019entremise d\u2019Aristote, l\u2019idée que la femme est un mâle manqué; du monde romain, nous avons repris quelques lois transmises via le code Napoléon qui ont assuré la sujétion légale de la femme; du monde judaïque nous avons recueilli une vision mysogi- ne de l\u2019univers et enfin pour clore le tableau, le christianisme nous a laissé une image de la femme oscillant entre la vierge et la putain.Ce système en conjonction avec l\u2019évolution du capitalisme, a défini, de plus en plus exclusiment, les sphères de fonctionnement propres à chaque sexe.Pour les femmes ce fut le privé et pour les hommes le public.On peut aussi dire qu\u2019en général, les femmes ont été porteuses du pouvoir d\u2019influence et que le pouvoir de décision a été assumé par les hommes.Cette relation entre les deux sexes, la plupart le reconnaissent maintenant, n\u2019est pas innée, biologique ou naturel- * Historienne, auteur de Quebécoises du XXe siècle, Montréal, Editions du Jour, 1974 et Quinze, 1977.17 le.Elle est une construction sociale, donc modifiable.L'histoire des luttes féministes au Québec, comme dans les autres pays où des manifestations de même type ont eu lieu, s\u2019inscrit à l\u2019intérieur de l\u2019histoire du mouvement des femmes (1).C\u2019est en somme une facette de l\u2019histoire de la lente prise de conscience individuelle ou collective, de la part des femmes, de cette possible modification de leur rapport à l\u2019autre sexe.Retracer les étapes de cette prise de conscience n\u2019est pas faire dans sa totalité l\u2019histoire des femmes québécoises, mais bien celle de leur protestation face à leur mode d\u2019être dans l\u2019histoire écrite du Québec.A partir d\u2019un tel postulat on peut définir le féminisme comme \u201ctoute analyse, toute action, tout geste individuel ou collectif posant comme conflictuels les rapports entre les deux sexes et visant à en comprendre la nature ou à en modifier les termes.(2).L'histoire de cette prise de conscience des Québécoises peut se diviser en quatre phases : 1.Organisation collective pour la conquête des droits fondamentaux : le féminisme social chrétien (1893- 1940).9.Le mouvement des femmes et les travailleuses.De- marches individuelles et féminisme caché (1940- 1960).3.Floraison de l\u2019idéologie égalitaire et renaissance du féminisme organisé (1960-1969).4.La nouvelle vague féministe : le privé est politique.(1969-1979).Nous allons dans les pages qui suivent tenter de retracer brièvement les étapes principales de chacune de ces périodes plus à partir des contenus idéologiques qui les ont définies que des multiples événements qui en ont été la manifestation.1.Le mouvement des femmes est un courant social exprimant de multiples tendances et le féminisme en est une parmi d\u2019autres.2.Maité Albistur et Daniel Armogathe, Histoire du féminisme français , Paris, Editions des femmes, 7.18 Organisation collective pour la conquête des drotts fondamentaux : le féminisme social chrétien (1893- 1940).Le développement du capitalisme dans le monde occidental génère avec lui la mauvaise conscience du capitalisme porteuse de préoccupations sociales telles que la santé publique, l\u2019assainissement de la vie politique, les mouvements de tempérance et les questions concernant le travail des femmes et des enfants.Les mouvements accélérés d\u2019urbanisation et d\u2019industrialisation qu\u2019on observe, fin XIXème siècle, de même que le contexte idéolog!- que réformiste et libéral prônant des droits égaux pour tous ne sont pas sans influer sur la pensée des femmes de l\u2019époque, celles évidemment qui ont le loisir de lire et de se questionner, soit les bourgeoises.On retrouve aussi à la même époque un courant de regroupement dans les associations de femmes.Ainsi en 1888, se fonde aux Etats-Unis le Washington International Council of Woman.Dans la même veine s\u2019organise au Canada en 1893 le Conseil national des femmes du Canada \u2018\u201c pour le plus grand avantage de la Famille et de l\u2019Etat\u201d (3).Ce conseil veut regrouper toutes les associations féminines canadiennes.On y retrouve des québécoises dont mesdames Thibodeau, Routhier, Gérin-Lajoie et Béique.Elles exerceront leur action dans le Conseil local des femmes de Montréal fondé aussi en 1893.Ces femmes croient que leur vocation traditionnelle d\u2019épouses et de mères justifie leur intervention dans le social.À l\u2019intérieur de la section montréalaise du conseil, des Canadiennes fran- 3.Comtesse Isabel d\u2019Aberdeen, \u201cLe Conseil National des femmes du Canada : ce qu\u2019il signifie et ce qu\u2019il fait\u201d, Les Femmes du Canada, leur vie et leurs oeuvres, Ouvrage colligé par le Conseil national des femmes du Canada, Ottawa, 1900, 263.Cité par Michèle Jean, Québécoises du XXe siecle, Montréal, Editions du Jour 1974, 18.19 çaises lutteront, entre autres, pour l\u2019élection des femmes au poste de commissaires d\u2019école et pour l\u2019éligibilité des femmes au scrutin municipal (4).Le Québec de cette époque vit en pleine idéologie traditionnelle qui définit pour les femmes un rôle de gardienne de la langue et de la foi.Encore imbus de la vision d\u2019un peuple francophone rural et catholique à vocation messianique en terre d\u2019Amérique, les porte- parole religieux et politiques de notre société sont des hommes nourris de l\u2019idéologie patriarcale et de l\u2019idéologie nationalo-religieuse canadienne-frangaise.D\u2019où la violence de leur réaction face a une modification possible du role \u201cofficiel\u201d des femmes.Car la réalité contredit souvent le discours idéologique puisque, a Montréal, les femmes constituent déja en 1911 21,6 pour cent de la main d\u2019oeuvre active, chiffre qui passe a 25,4 pour cent en 1931 (5).Mais le Conseil national est une organisation non confessionnelle et anglophone et les francophones y prennent conscience de la nécessité d\u2019organiser leur propre mouvement.Certaines d\u2019entre elles font a la méme époque partie d\u2019un groupe de dames patronesses de la Société Saint-Jean-Baptiste qui amasse des fonds pour la construction du Monument national.Ce groupe sera à l\u2019origine de la fondation de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, section des dames de l\u2019Association du même nom.Cette fédération se définissait comme \u2018la réunion dans une institution nationale, de toutes 4, On pourra lire à ce sujet : Yolande Pinard, \u2018\u201cLes débuts du mouvements des femmes\u2019\u2019 dans Marie Lavigne et Yolande Pinard, Les femmes dans la société québécoise, Montréal, Les éditions du Boréal express, 1977, 61-87.5.Ces données sont tirées d\u2019un article de Marie Lavigne et Jeanine Stoddart, \u2018\u2018Ouvrières et travailleuses montréalai- ses 1900-1940\u201d dans Marie Lavigne et Yolande Pinard, op.cit., 127.20 les associations de femmes qui comptent dans leurs rangs des Canadiennes françaises catholiques\u201d(6).Elle voulait offrir aux \u2018\u201cCanadiennes françaises\u201d le milieu qui leur permettra de communiquer ensemble pour s\u2019aider dans la vie, se développer et progresser sans cesse (7).Le féminisme québécois organisé était né.Le congrès de fondation eut lieu du 26 au 30 mai 1907 à Montréal et la première présidente, Caroline Béique y déclarait : C\u2019est la première fois que les Canadiennes françaises se réunissent pour discuter d\u2019une manière sérieuse de tout ce qui a rapport à leurs intérêts, aux progrès qu\u2019elles pourraient faire, à l\u2019action sociale qu\u2019elles peuvent et doivent exercer.Jusqu\u2019à une époque assez récente nous nous étions contentées de nous occuper d\u2019oeuvres de bienfaisance pure, sans porter nos regards plus loin que les besoins immédiats des malheureux, et les questions d\u2019utilité générale nous étaient restées à peu près indifférentes et étrangères.(.) Tout cela, me dira-t-on, c\u2019est du féminisme ! En effet c\u2019est du féminisme mais il faut s\u2019entendre sur la signification qu\u2019on peut attacher a ce mot (8).Et la présidente poursuit en distinguant le féminisme révolutionnaire du féminisme chrétien qui a pour devise l\u2019amour du prochain.Ces Québécoises posaient un geste inhabituel aux femmes d\u2019ici : elles disaient vouloir communiquer ensemble, s\u2019aider dans la vie et exer- 6.\u201cNotes explicatives\u2019\u2019, \u2018Premier congrès de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste\u201d\u201d, Montréal, Paradis, Vincent et cie, 1907 : 6.Cité par Michèle Jean, op.cit, 19.7.Ibid, 8.\u201cDiscours de bienvenue de Madame Béique, fondatrice de la Section des Dames de l\u2019association Saint-Jean-Baptiste\u2019*, \u201cPremier congrès de la Fédération nationale Saint-Jean- Baptiste\u2019, 17-18.Cité par Michèle Jean, op.cit., 21.21 8 Bi \\ Re each RE pr SST TT Rrra voy Zee w 3 in A gi a Wit RQ cer une action sociale.Elles voulaient s\u2019occuper d\u2019oeuvres de charité, mais aussi d\u2019oeuvres économiques et d\u2019éducation.D'ailleurs l\u2019évêque de Montreal qu\u2019elles avaient pris soin d\u2019inviter à ce congrès se chargera de récupérer le terme de féminisme en disant \u201cPuisque le mot de féminisme a été introduit dans notre langue, je l\u2019accepte, mais Je réclame pour lui un sens chrétien et je demande la permission de le définir ainsi : le zèle de la femme pour toutes les nobles causes dans la sphère que la Providence lui a assignée.\u201d (9) L\u2019évêque de Montréal, agissant à ce sujet comme en bien d\u2019autres domaines, récupérait ainsi un terme menaçant pour la catholique province.Aussitôt qu\u2019enfermé, le féminisme québécois allait poursuivre une difficile carrière.Ostracisé ou récupéré le mot féminisme ne sera jamais accepté et celles qui s\u2019en réclameront se verront tour à tour traitées de plaies de la société, de putains, de mauvaises mères ou de frustrées.Pour les militantes de la Fédération nationale Saint- Jean-Baptiste les choses n\u2019étaient pas faciles.Elles voulaient à la fois combattre pour que les femmes obtiennent des droits élargis sur le plan juridique et démocratique de même qu\u2019en éducation et demeurer fidèles au discours nationaliste et religieux véhiculé par les porte- parole officiels de \u201cla race\u201d.Associée en 1922 ala fondation du Comité provincial du suffrage féminin par l\u2019entremise de Marie Gérin-Lajoie qui en assume la co-présidence et au premier pèlerinage à Québec pour obtenir le droit de vote, la Fédération à la suite de pressions du clergé se retirera de ce champ d\u2019action.C\u2019est aussi Marie Gérin-Lajoie qui mènera la lutte pour que les filles puissent faire des études classiques.En 1908, devant la menace de l\u2019ouverture d\u2019un lycée laïque à Montréal elle obtiendra la fondation de l\u2019Ecole d\u2019enseigne- 9.\u201cAllocution de Sa Grandeur Monseigneur Bruchési\u201d \u201cPremier congrès\u2026\u2019\u2019 123.Cité par Michèle Jean, op.cit, 21 22 ment supérieure pour jeune fille, futur collège Marguerite-Bourgeois.Les écoles ménagères demeureront quand même encore longtemps le lot de milliers de jeunes filles.Les premières féministes québécoises travailleront aussi à l\u2019amélioration de la condition juridique de la femme mariée.Le mariage, dont le régime légal était alors la communauté de biens signifiait, à toutes fins pratiques, la mort légale de la femme qui devenait une incapable.\u201cLes privilèges, les bienfaits de la vie civile dont jouissent les majeurs sans distinction de sexes, elle défend à la femme mariée d\u2019en user\u201d.(10) écrivait Marie Gérin-Lajoie.En 1929, le gouvernement Taschereau accepte de créer une Commission des droits civils de la femme (commission Dorion) et en 1931 un certain nombre de recommandations de la commission sont adoptées, entre autres celle qui permet aux femmes mariées d\u2019avoir \u2018\u2018l\u2019entière administration\u201d du produit de son travail personnel.Cette commission refusa toutefois d\u2019abolir le double standard qui permettait au mari de \u2018\u201cdemander la séparation de corps pour cause d\u2019adultère de la femme\u201d et a la femme d\u2019exiger la même chose seulement lorsque le mari \u2018\u201ctient sa concubine dans la maison commune\u201d.Le double standard sera aboli en 1954-1955.En 1928 le Comité provincial pour le suffrage féminin est réorganisé et incorporé en 1929 sous le nom de Ligue des droits de la femme.Thérèse Casgrain en assume la présidence et mène la lutte pour le droit de vote jusqu\u2019en 1940 de pair avec l\u2019Alliance canadienne pour -le vote des femmes du Québec fondée en 1927 par Idola Saint-Jean.Cette dernière sera aussi la première Québécoise à se présenter aux élections fédérales.En 1930, elle obtient 3,000 voix dans le comté de Dorion.10.Marie Gerin-Lajoie, \u201cEtude sur la condition légale des femmes de la province de Québec\u201d, Les femmes du Canada, leur vie et leurs oeuvres, 44-53.23 A la même époque, dans la veine du mouvement des femmes, mentionnons le regroupement des institutrices rurales en Association en 1936 à l\u2019instigation de Laure Gaudreault qui leur disait : \u201cLe meilleur avocat dans sa propre cause, c\u2019est soi-même\u201d et l\u2019action des travailleuses dans le textile et l\u2019industrie du vêtement où elles participeront activement aux grèves.Ces actions ne sont pas à proprement parler l\u2019oeuvre de mouvements féministes mais elles s\u2019inscrivent dans la prise de conscience des femmes de leur oppression spécifique dans la société.Les premières féministes québécoises qui ont oeuvré dans le Conseil national des femmes du Canada, dans la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste ou dans les mouvements suffragistes croyaient essentiellement que les rôles des hommes et des femmes étaient complémentaires, mais elles croyaient aussi que tous les êtres humains avaient des droits égaux.Elles ne remettaient pas en question leur rôle dans la famille et ne considéraient pas le travail des femmes à l\u2019extérieur du foyer comme une chose \u201cnormale\u201d.Par exemple a cette époque on ne verra pas de revendications pour un partage des taches a l\u2019intérieur du foyer.C\u2019est plutôt au nom même de ce rô- le qu\u2019elles revendiquent l\u2019élargissement de leurs droits alléguant que leur fonction d\u2019épouses et de mères leur permettraient de donner une meilleure orientation à la société.Idola Saint-Jean, que la position subalterne dans la société indignait, écrivait en 1931 : Pourquoi, je vous le demande, Messieurs, n\u2019appor- terions-nous pas nos qualités d\u2019éducatrices quand se discute une loi sur nos écoles ?Pourquoi les mères n\u2019auraient-elles pas le droit de donner un vote quand la Chambre étudie une loi concernant le bien-être de l\u2019enfant, de la famille etc.Ne sont- ce pas là des problèmes que la femme comprendra toujours mieux que l\u2019homme ?(11) 11.Idola Saint-Jean, Discours radiodiffusé sous les auspices de L'Alliance Canadienne pour le Vote des Femmes du Québec, 24 Dès 1933, avec le retrait de Marie Gérin-Lajoie, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste se réfugie dans le conservatisme et en 1940 avec l\u2019obtention du droit de vote on peut dire que le féminisme organisé marque un temps d\u2019arrêt.On peut conclure que la période 1893- 1940 est dominée par un désir de certaines femmes (féministes bourgeoises) de transgresser leur zone d\u2019influence.Le patriarcat se sent ébranlé et réagit violemment, sans pour autant avoir totalement conscience que c\u2019est à une remise en question totale du rapport homme- femme qu\u2019il est convié dans la longue durée.Sa réaction est bien illustrée par une phrase du sénateur Laurent- Olivier David \u201cReine et ange gardien du foyer, la femme doit demeurer dans les limites imposées par la Providence\u201d (12).Le mouvement des femmes et les travailleuses Démarches individuelles et féminisme caché (1940- 1960).La période que nous abordons verra les travailleuses poursuivre les luttes des femmes.Du côté des féministes on peut à la fois dire que leurs luttes collectives sont à peu près inexistantes au cours de la période mais qu\u2019il se fait tout de même une prise de conscience et des démarches individuelles que les Américaines ont qualifiées de \u2018hidden feminism\u201d (féminisme caché).Pour les travailleuses, la période mettra en évidence l\u2019ambivalence du capitalisme devant la nécessité d\u2019utiliser la force de travail des femmes pour maintenir la la veille de la présentation du projet de loi du suffrage féminin.Dans Michèle Jean, op.cit., 222.12.Laurent-Olivier David, \u201cLe Féminisme\u201d, Melanges bistori- ques et littéraires, Montréal, Beauchemin, 1917, 328.25 REESE EL production, surtout en temps de guerre, tout en ne voulant pas remettre en question leur rôle traditionnel dans la reproduction des enfants.La guerre voit la participation des femmes au marché du travail passer de 27,19 pour cent en 1941 à 28,07 pour cent en 1945 avec un sommet de 29,32 pour cent en 1944 année de recrutement intensif des forces armées (13).On voit le nombre des employées de bureau s\u2019accroître et le nombre de femmes mariées augmenter dans la population active.La guerre amène aussi une évolution dans la technologie ménagère et un léger prolongement de la scolarité des filles.Durant cette période et particulièrement durant la guerre, les femmes ont demandé de meilleures conditions de travail, spécifiques aux femmes, en matière d\u2019hygiène, de sécurité et de durée du travail de même qu\u2019au niveau des conditions morales.Enfin, elles ont lutté contre la discrimination salariale, pour les chances d\u2019avancement et l\u2019accès à la formation.\u2018\u201c\u2018Pénétrant, grâce à la guerre, des secteurs industriels à haute productivité et à fort taux de syndicalisation, les femmes s\u2019illustrèrent dans beaucoup d\u2019endroits comme d\u2019ardentes militantes.Une lignée de militantes s\u2019inscrit dans la tradition du syndicalisme communiste et oeuvra à l\u2019intérieur de syndicats d\u2019origine américaine\u201d(14), écrit Mona-Josée Gagnon en ajoutant que \u2018\u2018le départ des femmes se fit de façon quasi \u2018\u2018naturelle\u201d\u2019 : les hommes, de retour du front ou de l\u2019armée, réoccupèrent les places laissées vacantes sur le marché du travail ainsi que dans les structures syndicales\u201d\u2019(15).La décennie 50-60 sera marquée par une mise en veilleuse des problèmes du travail féminin.Mais les ac- 13.Sur cette période on pourra lire : Francine Barry, Le travail de la femme au Québec : l\u2019évolution de 1940 a 1970.Montréal, PUQ, 1977.14.Mona-Josée Gagnon.\u2018\u2018Les femmes dans le mouvement syndical québécois\u201d, dans Marie Lavigne et Yolande Pinard, op.cit, 163.15.Ibid.26 tions des travailleuses dans la décennie précédente ont marqué un pas en avant dans la prise de conscience de leur oppression spécifique.Nous avons mentionné un temps d\u2019arrêt pour le féminisme organisé au cours de la période 40-60.Il faut cependant souligner l\u2019implication des femmes au niveau des organisations bénévoles qui encadrèrent la participation du Canada à l\u2019effort de guerre.La Croix Rouge aussi bien que La Commission des prix et du commerce en temps de guerre ainsi que bien d\u2019autres regroupements sollicitèrent les énergies féminines, tout à coup, comme en toute époque de bouleversement social, devenues nécessaires et fort appréciées pour faire fonctionner la société.Cette utilisation de leurs potentiels physique et intellectuel dans l\u2019effort de guerre contribua peut-être à une baisse du militantisme féministe, les femmes croyant qu\u2019enfin on leur laisserait élargir leur aire d\u2019activités sociales.L\u2019après-guerre allait démentir cette éventualité.Cette période est aussi marquée par l\u2019entrée des femmes dans les professions, par un accroissement du nombre de filles faisant leurs études classiques et entrant à l\u2019université et par la construction de certaines organisations non féministes en apparence mais demandant un statut amélioré pour les femmes en éducation et dans les affaires.De plus, la lente modification des mentalités concernant le travail et l\u2019éducation des filles se répercute dans les familles où un plus grand nombre de femmes élèvent leurs filles en leur disant qu\u2019elles doivent \u201cs\u2019équiper pour la vie\u201d et être capables de gagner leur croûte.En ce sens on peut parler de féminisme caché.L\u2019étiquette féministe ayant tellement été ostracisée dans la première phase des luttes, les femmes ne semblent guère enclines à l\u2019utiliser.C\u2019est donc une période où les événements plus que la réflexion sont moteurs de remises en question pour les femmes.L\u2019ouverture des professions amène aussi le début d\u2019une idéologie égalitaire qui atteindra son apogée 27 {Ee 8 î 8 dans la période suivante.Les femmes commencent a dire qu\u2019elles peuvent être en tout les égales de l\u2019homme et qu\u2019il n\u2019y a pas de différence entre les deux sexes.Ceci non pas pour remettre en question leur rôle dans le privé, mais pour prouver qu \u2018elles peuvent travailler aussi bien que les hommes, ceci leur permettant d\u2019obtenir les mêmes salaires et les mêmes postes.Floraison de l'idéologie égalitaire et renaissance du féminisme organisé (1960-1971) En 1957, le féminisme organisé fait sa réapparition avec la Ligue des femmes du Québec.Ce mouvement de type réformiste sympathise avec le mouvement ouvrier québécois et se situe, encore à l\u2019heure actuelle à la gauche du féminisme réformiste.La fin du duplessisme et la révolution tranquille amène au pouvoir avec les Libéraux une nouvelle classe d\u2019intellectuels \u2018\u2018éclairés\u201d\u2019 Pour la première fois une femme, Claire Kirkland-Cas- grain entre au parlement québécois.Elle pilote en 1964 le projet de loi numéro 16 qui, adopté, marquera la fin de l\u2019incapacité juridique de la femme mariée.En 1966, naissent deux grandes associations féministes réformistes : l\u2019Association féminine d\u2019éducation et d\u2019action sociale (AFEAS) et la Fédération des femmes du Québec (FFQ) organisée à la suite de la célébration du 25e anniversaire du droit de vote des femmes.A cette occasion, le 28 avril 1965, Renaude Lapointe signait dans La Presse un éditorial intitulé \u201cUne nouvelle force de frappe\u201d et écrivait : \u201cIl (le colloque du 25e anniversaire) nous a permis également, et cette découverte est significative pour l\u2019avenir, de prendre contact avec une génération de jeunes femmes beaucoup plus \u201cmatter of fact\u201d que leurs ainées, une génération à qui les hom- 28 mes auront à rendre des comptes plus rigoureux que par le passé.Tout en admettant que l\u2019évolution féminine a atteint son troisième stade, qui est pour ainsi dire celui de \u201cI\u2019homogénéisation\u201d, de I'intégration non seulement théorique mais pratique des femmes dans la société avec droits et devoirs égaux a ceux des hommes, elles reconnaissent comme immédiate la nécessité de former d\u2019abord un groupe de pression très puissant.\u201d (16) La Fédération en voie de formation réclamait une enquête gouvernementale sur les conditions de travail des femmes; l\u2019application de la loi du salaire égal pour un travail à valeur égale; la création de garderies d\u2019Etat; l\u2019abolition des termes \u2018\u2018ménageres\u201d et \u201cmère nécessiteuse\u201d.Le premier conseil d\u2019administration formé lors du congrès de fondation en 1966 regroupait des femmes comme Monique Bégin, Colette Beauchamp, Simone Chartrand, Rita Cadieux, etc, Les années soixante seront aussi marquées par la réforme de l\u2019enseignement et l\u2019ouverture des polyvalentes et des cegeps mixtes où, en principe, on devra donner la même éducation aux filles et aux garçons.Mais rapidement les féministes se rendent compte que les choses n\u2019avancent pas vite et réclament une enquête sur la situation de la femme.Créée le 16 février 1967, la Commission Bird (Commission royale d\u2019enquête sur la situation de la femme au Canada) en réclamant des mémoires de tous les groupements intéressés suscita une analyse en profondeur de la condition féminime et confirma aux lectrices de Betty Friedan qu\u2019il y avait aussi des Québécoises mystifiées, même si elles contrôlaient mieux leur fertilité et avaient en bien des domaines des droits égaux à ceux des hommes.16.Michele Jean, \u201cLa fédération des femmes du Québec du 25e anniversaire du droit de vote au congres de fondation\u201d Bulletin de la FFQ, vol.6, no 4 (mars 1976) : 3.29 La nouvelle vague féministe : le privé est politique (1969-1979) Tout compte fait, la conquête de l\u2019égalité formelle n\u2019avait pas changé grand\u2019chose et le Rapport Bird publié en 1970, même s\u2019il fut taxé de \u2018\u201c\u2018constat de situations connues\u201d n\u2019en révéla pas moins l\u2019ampleur du sexisme de la société canadienne : la femme était partout en situation d\u2019infériorité par rapport aux hommes.Moins instruites et plus pauvres que la moyenne des hommes, elle n\u2019avait que très peu de moyens pour améliorer sa situation et les 167 recommandations de la Commission ne suscitèrent guère d\u2019enthousiasme du Québec.Ce rapport est en quelque sorte la somme du féminisme égalitaire qui demande pour la femme les mêmes droits que ceux des hommes sans remettre fondamentalement en question le rapport homme-femme.Déjà, cet esprit égalitaire avait amené la disparition de certains comités féminins politiques ou syndicaux comme celui de la CSN en 1966, dissous sous prétexte que les membres féminins et masculins n\u2019étaient pas fondamentalement différents.La participation des femmes aux mouvements de libération nationale comme le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN), le Mouvement souveraineté- association (MAS), le Parti québécois et pour les plus à gauche le Front de libération du Québec allait politiser la prise de conscience individuelle.De plus, les nouvelles problématiques issues des mouvements étudiants, des mouvements de libération et de décolonisation de la fin des années soixante amèneront le développement du féminisme marxiste et du féminisme radical.Les féministes marxistes sont souvent issues de groupes de gauche (17).Elles ont essayé de travailler à l\u2019intérieur de 17.On pourra lire à ce sujet : Marie Beaulne, \u2018\u2018Où en est le mouvement des femmes à Montréal ?\u2019\u2019 dans Chroniques, no 26 (février 1977), 12-16; Nadia Eid, Contre l\u2019anti- féminisme d\u2019une certaine gauche, Le Devoir (15 mars 1978), 5.30 ces groupes et s\u2019y sont souvent senties marginalisées.Elles essaient de concilier luttes de classes et luttes des femmes et d\u2019inclure la problématique des femmes comme une des composantes de la révolution prolétarienne.Le féminisme radical identifie le système patriarcal et la famille patriarcale comme les institutions qui organisent et maintiennent la suprématie masculine.Les féministes radicales croient que les femmes doivent travailler ensemble à articuler leur propre analyse.Au Québec, le journal Les Têtes de Pioche (1976-1979) qui se réclamait de cette tendance a eu, même si son tirage a été restreint, une importance certaine dans la pénétration de ce courant de pensée.Le courant marxiste a été particulièrement porté par le Front de libération des femmes du Québec, le Centre des femmes et le journal Québécoises deboutte! En lançant le slogan le privé est politique, et en permettant l\u2019expression de la subjectivité des femmes et de leurs expériences personnelles le féminisme radical les a amenées à préciser les sources de leur oppression et à retrouver la spécificité de la condition féminine.Les lieux de femmes : librairies, maison d\u2019éditions, maisons de femmes battues, violées ou abandonnées se sont organisées.Des romans féministes comme /\u2019Eugué- lionne (1976), des pièces de théâtres féministes comme La Nef des Sorcières (1976) ou Les Fées ont soif (1979), des vidéos et des films féministes ont vu le jour et ont fait couler beaucoup d\u2019encre.Au nom du droit d\u2019être propriétaires de leurs corps, des Québécoises ont créé des centres d\u2019auto-santé et ont appris à se défendre (wen-do).Enfin, deux nouvelles associations féministes sont nées.En 1973, le Réseau d\u2019action et d\u2019information des femmes (RAIF) ne s\u2019associant à aucune idéologie précise et le Regroupement des femmes québécoises (RFQ) en 1978 qui se définit comme un mouvement politique de pression de masse féministe et autonome.Le RFQ a mis sur pied le 5 juin 1979 un tribunal populaire sur le viol auquel 750 femmes ont assisté.31 Hin A Rox : N + i a Que les féministes choisissent de travailler a améliorer la situation de la femme à l\u2019intérieur du système ou de s\u2019unir entre elles pour arriver à subsister en marge de celui-ci, elles devront, si elles veulent continuer de marquer des points, développer des stratégies de solidarité leur permettant de réagir comme groupe lorsqu\u2019il faudra poser des actions d\u2019envergure.Au cours de la dernière décennie, les femmes ont commencé, aidées en cela par les analyses des féministes américaines (Millet, Firestone) à nommer les rapports de force et à identifier les lieux de pouvoir.Elles ont aussi appris à parler en tant que femmes et à revendiquer le droit à leur spécificité dans l\u2019agir et le discours.Les féministes ont dépassé la phase d\u2019égalitarisme.Elles ont amené la société à reconnaître son sexisme dans l\u2019éducation, le travail, là culture et la pratique du pouvoir.Le rapport Pour les Québécoises : égalité et indépendance paru à l\u2019automne 1978 a mis le gouvernement péquiste, qui avait demandé cette étude au Conseil du statut de la femme (créé en 1973), en face du portrait pas très \u2018\u201crose\u2019\u2019 de la femme québécoise.Les enjeux sont maintenant clairement identifiés comme politiques par les associations féministes de toutes les tendances idéologiques et les partis comme les syndicats le savent.La moitié du ciel sait maintenant qu\u2019on veut donner l\u2019impression de la comprendre, mais peut difficilement évaluer jusqu\u2019à quel point on veut la récupérer.Campagne référendaire vantant son importance; colloques sur la situation des femmes de la FTQ et Etats généraux de la CSN et de la CEQ aussi bien que la création d\u2019un ministère d\u2019état à la condition féminine sont reçus avec un brin d\u2019espoir et beaucoup de scepticisme.Cette longue et patiente lutte des femmes québécoises qui passe de l\u2019identification de l\u2019injustice à la dénonciation de l\u2019oppression spécifique se retrouve à l\u2019aube des années quatre-vingts à un autre tournant de son évolution.32 La femme et le Code civil : fondements et évolution I FONDEMENTS \u2014 1895 (1) Des droits et des devoirs particuliers à chaque époux \u201cLe mari doit protection à sa femme; la femme obéissance à son mari (art.174).Le mari doit protéger sa femme, parce qu\u2019il est le plus fort; sa femme est tenue de lui obéir, parce que, si elle était absolument maîtresse de ses actions, la protection que lui doit son mari serait souvent inutile et quelquefois même impossible.Du devoir d\u2019obéissance naît pour la femme l\u2019obligation d\u2019habiter avec son mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider, même à l\u2019étranger.Réciproquement, le mari est tenu de recevoir sa femme chez lui et de l\u2019y traiter convenablement, selon ses facultés et son état (art.175).Quelle est la sanction de ces obligations ?Le refus que ferait la femme d\u2019habiter avec son mari, ou que celui- ci ferait de la recevoir, constituerait évidemment une injure grave qui pourrait servir de fondement à une demande de séparation de corps.L\u2019époux coupable perdrait même le droit d\u2019exiger des secours alimentaires.1.Selon P.-B.Mignault, Le Droit civil canadien, tome ler, Whi- teford et Théorêt, eds, Montreal, 1895.33 À i ; 5 3 3 a +149 ft: f= A Mais cette double sanction peut être inefficace ou ne pas convenir à l\u2019époux qui demande à l\u2019autre l\u2019accomplissement direct de son devoir.Peut-il alors recourir à la force armée ?Ainsi, lorsque la femme refuse obstinément d\u2019habiter avec son mari, peut-elle y être contrainte manu militari ?L\u2019affirmation est généralement admise.Toute obligation, par cela seul qu\u2019elle est écrite dans la loi, doit avoir une sanction efficace : autrement, elle n\u2019existerait point ! Or, il n\u2019y a qu\u2019un seul moyen de contraindre directement la femme à habiter avec son mari; ce moyen, c\u2019est l\u2019emploi de la force publique.Donc.etc.\u201d (pp.497-498).De l\u2019incapacité de la femme : autorisation maritale \u2018\u201c\u201cL\u2019incapacité de la femme a pour fondement : 1.L\u2019obligation d\u2019obéissance dont elle est tenue envers son mari.La puissance maritale, c\u2019est-à-dire le droit de discipline intérieure et de gouvernement domestique qu\u2019on accorde au mari, ne serait qu\u2019un vain mot, si, à son insu et même contre son gré, la femme pouvait légitimement se mettre en relation d\u2019affaires avec autrui, et disposer ainsi de sa fortune selon son bon plaisir.Voilà l\u2019idée principale, fondamentale.2.La faiblesse et l\u2019inexpérience naturelles de la femme.C\u2019est l\u2019idée accessoire.La femme majeure qui ne se marie point estime elle- même qu\u2019elle est assez forte, assez expérimentée, pour se passer d\u2019un protecteur : de là la liberté dont elle jouit de gérer sa fortune comme elle l\u2019entend.Celle, au contraire, qui se marie, cherche une protection dans le mariage, un guide dans l\u2019_époux qu\u2019elle se donne.Elle marque par là même qu\u2019elle ne se sent ni assez forte ni assez expérimentée pour se charger seule du maniement de ses affaires.De là l\u2019incapacité qui la protège contre elle-même.\u201d (p.506).34 x? De l'incapacité de la femme en matière d\u2019actes extrajudiciaires.\u201cL\u2019incapacité de la femme en général est énoncée aux : paragraphes 176 et 177 qui se lisent comme suit : ; 176.\u201cLa femme ne peut ester en jugement sans l\u2019autorisation ou l'assistance de son mari, quand même elle serait non commune ou marchande publique.Celle qui est séparée de biens ne le peut faire non plus si ce n\u2019est dans le cas ou il s\u2019agit de simple administration.\u201d 177.\u201cLa femme, même non commune, ne peut don- ; ner ou accepter, aliéner ou disposer entre-vifs, ni autrement contracter, ni s\u2019obliger, sans le concours du k mari dans l\u2019acte, ou son consentement par écrit, E sauf les dispositions contenues dans l\u2019acte de la 25 Vic., chap.66.\u201cSi cependant elle est séparée de biens, elle peut faire seule tous les actes et contrats qui concernent l\u2019administration de ses biens.\u201d (p.508).PB RY i Des actes judiciatres.\u201cLa femme ne peut point, sans autorisation, ester en Justice (stare in judicio), c\u2019est-à-dire plaider, figurer comme partie dans un procès.| La nécessité de l\u2019autorisation du mari ou de la justice | n\u2019est pas requise : \u2014 aux actes d\u2019administration lorsque la femme s\u2019est, par son contrat de mariage, réservé le droit d\u2019administrer sa fortune en tout ou en partie.\u2014 au testament.\u2014 aux droits que la loi lui confère directement et par une disposition formelle.\u2014 aux actes conservatoires de sa fortune acquise.\u201d (p.514) 35 II EVOLUTION Le Code civil de la Province de Québec, 1937 (2) Les articles 174 a 177 demeurent inchangés (voir 1895).La capacité d\u2019agir civilement est toutefois précisée aux articles 210 et 1422.Art.183.Le défaut d\u2019autorisation du mari, dans les cas ou elle est requise, comporte une nullité que rien ne peut couvrir et dont se peuvent prévaloir tous ceux qui y ont un intérét né et actuel.Art.187.Le mari peut demander la séparation de corps pour cause d\u2019adultere de sa femme.Art.188.La femme peut demander la séparation de corps pour cause d\u2019adultere de son mari, lorsqu\u2019il tient sa concubine dans la maison commune.Art.243.Il (l\u2019enfant) reste sous leur autorité jusqu\u2019à sa majorité ou son émancipation, mais c\u2019est le père seul qui exerce cette autorité durant le mariage, sauf les dispositions contenues dans l\u2019acte de la 25ième Vict., chap.66.Art.986.Sont incapables de contracter : Les mineurs, dans les cas et suivant les dispositions contenues dans ce Code; Les interdits; Les femmes mariées, excepté dans les cas spécifiés par la loi; \u2026 Les personnes aliénées ou souffrant d\u2019une aberration temporaire causée par maladie, accident, ivresse ou autre cause, ou qui, à raison de la faiblesse de leur esprit, sont incapables de donner un consentement valable; Ceux qui sont frappés de dégradation civique.Art.1259.Ainsi les époux ne peuvent déroger ni aux droits résultant de la puissance maritale sur la personne de la femme et des enfants, ou appartenant au mari 2.L.J.de la Durantaye, Petit Code civil annote de la Province de Québec, J.D.de Lamirande et Co., Montréal, 1937.36 Là comme chef de l\u2019association conjugale, ni aux droits conférés aux époux par le titre \u2018De la Puissance Paternelle\u201d, et par le titre \u201cDe la Minorité, de la Tutelle et de I\u2019Emancipation\u201d au présent code.Art.1292.Le mari administre seul les biens de la communauté.Il peut les vendre, aliéner et hypothéquer sans le concours de sa femme.Le Code civil de la province de Québec, 1978 (3) Art.83.La femme non séparée de corps n\u2019a pas d\u2019autre domicile que celui de son mari.Art.175.La femme est obligée d\u2019habiter avec le mari, qu\u2019elle doit suivre pour demeurer partout ou il fixe la résidence de la famille.Le mari est tenu de l\u2019y recevoir.Lorsque la résidence choisie par le mari présente pour la famille des dangers d\u2019ordre physique ou d\u2019ordre moral, la femme peut, par exception, être autorisée à avoir pour elle et ses enfants une autre résidence fixée par le juge.\u2026 Art.176.Le mari est obligé de fournir à sa femme tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie selon ses facultés et son état.Art.177.(Rempl.1969).3) La capacité juridique de chacun des époux n\u2019est pas diminuée par le mariage; seuls leurs pouvoirs peuvent être limités par le régime matrimonial.Art.180.La femme mariée a, sous tous les régimes, le pouvoir de représenter le mari pour les besoins courants du ménage et l\u2019entretien des enfants y compris les soins médicaux et chirurgicaux.\u2026 Art.244 (Rempl.1977).Les pères et mères exercent ensemble l\u2019autorité parentale, sauf disposition contraire du présent code.3.Code civil de la Province de Quebec, Wilson et Lafleur Ltée, Montréal, 1978.37 Si l\u2019un d\u2019eux décède ou est incapable de manifester sa volonté, l\u2019autorité est exercée par l\u2019autre.Art.1292.Le mari administre seul les biens de la communauté sous réserve des dispositions de l\u2019article 1293 et des articles 1425a et suivants.\u2026 La charte québécoise de la personne, 1976 Art.47.Les époux ont, dans le mariage, les mêmes droits, obligations et responsabilités.Propositions de révision du Code civil du Quebec, 1977 (4) \u2014 Du nom et de l\u2019identité physique : 33.L\u2019enfant porte le nom patronymique de son père.Toutefois, lorsque seule la filiation maternelle est établie, il porte le nom de sa mère.52.Les époux conservent, en mariage, leur nom, ainsi que leurs prénoms respectifs.\u2014 De la famille : 41.Les époux ont, en mariage, les mêmes droits et les mémes obligations.42.Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille et l\u2019éducation de leurs enfants communs.45.Chacun des époux peut donner à l\u2019autre mandat de le représenter, même dans l\u2019exercice des droits et pouvoirs que le régime matrimonial lui attribue.4.Rapport sur le Code civil du Québec, volume I, Projet de Code civil, 1977, Ed.Officiel du Québec, 1978.38 4d 47.Les époux contribuent aux charges du mariage en proportion de leurs facultés respectives.Chaque époux peut s\u2019acquitter de sa contribution par son activité au foyer.48.L\u2019époux qui contracte pour les besoins courants du mariage s\u2019engage seul pour le tout.49.Les règles des articles 47 et 48 s\u2019appliquent également aux époux de fait.Dans ce Code, sont époux de fait ceux qui, sans être mariés l\u2019un avec l\u2019autre, vivent ensemble ouvertement comme mari et femme, d\u2019une façon continue et stable.53.Les époux choisissent de concert la résidence principale de la famille.54.Un époux ne peut, sans le consentement de l\u2019autre, aliéner, grever d\u2019un droit réel ou transporter hors de la résidence principale de la famille les meubles qui lui appartiennent et qui y sont affectés à l\u2019usage du ménage.Toutefois, cette disposition n\u2019est pas applicable à l\u2019époux abandonné par son conjoint.150.Les époux peuvent convenir que l\u2019un d\u2019eux sera l\u2019administrateur de la communauté.Ils sont présumés avoir choisi le mari comme administrateur de la communauté, à défaut de stipulation expresse dans le contrat de mariage. La LEO a3 ENS x os Le oo oo mpc sae meen ape a = Lo Xx ha RT = Eri XE a CE = oT poe erp Br ear py 20 eee ai ces Rin rae Fri RFs ve oe 2, = FLEET x cé ake es oo i SR ors dé pce aie A Re PC eee x» eer ee Janine Boynard-Frot* Une lecture féministe des romans du terroir canadien-français de 1860 a 1960 L\u2019émergence du roman dit du terroir coïncide, au Canada français, avec d\u2019importantes modifications des structures de la société canadienne-française.A la faveur des Insurrections de 1837-1838 puis de la Confédération, une élite ecclésiastique, aidée du colonisateur, va se structurer et dominer toute la société canadienne- française.L\u2019idéologie unitaire du Canada français correspond à la soudure du national, du patriotique et du social au religieux.Dans le domaine économique, dès 1860, le peuple sera exhorté au retour à la terre.Le retour à la terre signifie, selon Marx, \u2018\u2018éparpillement de la population dans l\u2019espace\u201d et \u201cmentalité bornée\u201d\u2019; ce sont là des facteurs favorables à l\u2019exercice d\u2019un pouvoir, ce qui n\u2019est pas le cas en milieu urbain où il y a \u201cconcentration de la population, des instruments de production, du capital, des jouissances et des besoins\u201d.Pendant un siècle, à partir de 1860, toute une série de romans, dits du terroir, ont glorifié la terre et la vie à la campagne.C\u2019est précisément sur cette série que va porter notre analyse.Après 1960, la dissociation officielle du temporel et du spirituel réalisée par la Révolu- * Extrait d\u2019une communication présentée à l\u2019ACFAS, à Montréal en 1979.41 tion tranquille, entraîne des modifications structurelles de la société québécoise fondées sur de nouvelles idéolo- gles et, nécessairement, l\u2019extinction du roman du terroir.Nous allons ici dégager les structures de ce type de roman (1) que nous expliquerons en cherchant à établir des rapports d\u2019homologie avec celles de la société cana- dienne-française dans laquelle il est né.Par ailleurs, nous adoptons une perspective féministe, ce qui signifie que nous procédons à la dissociation du masculin et du féminin dans le regard que nous portons sur les textes quand il s\u2019agit d\u2019analyser les rapports des individus avec la nature ou avec leurs semblables.Les appareils idéologiques d\u2019Etat génèrent des habitudes mentales qui sont des forces de résistance aux changements.Ainsi, avant 1960, on ne concevait pas, à part certaines élites, de lecture autre que celle qui se pratiquait dans une perspective catholique; or maintenant c\u2019est chose faite, la notion de \u201clectures plurielles\u201d est entrée dans les moeurs, on lit dans une perspective marxiste, psychanalytique, etc., et féministe ! Les mécanismes du récit Les romans du terroir analysés (1860 à 1940) présentent une histoire dont les mécanismes de fonctionnement sont communs : un héros insatisfait de son sort à la campagne quitte la terre familiale et erre à l\u2019aventure en ville ou ailleurs.Répondant aux attentes de sa famille, il peut revenir, se marier, fonder une famille et devenir un habitant heureux.Il peut aussi ne pas revenir et mourir d\u2019un accident en ville ou encore vouloir revenir mais ne pas pouvoir à cause d\u2019une opposition d\u2019un conjoint avec lequel un mariage a été contracté en ville, ou encore à cause d\u2019un manque d'argent.Une 1.Pour une analyse plus détaillée, se référer à la thèse de doctorat \u20acs lettres de l\u2019auteur : Espace de la femme, espace de l'bomme dans le roman du terroir canadien-français de 1860 à 1960, Université de Sherbrooke, 1978.42 3 4 \u2014\u2014-_\u2014 analyse du nombre de personnages qui quittent ainsi la campagne révèle que c\u2019est le cas de 59 hommes contre 12 femmes, que 62,7 pour cent d'hommes reviennent contre 16,6 pour cent de femmes et que 15,2 pour cent d\u2019hommes meurent \u2014 ce qui est à interpréter en termes de punition \u2014 contre 41,6 pour cent de femmes.La répression frappe donc plus sévèrement la femme qui part.De 1940 à 1960, nous observons dans le roman une structure différente.Bien que le phénomène d\u2019urbanisation et de dépeuplement des campagnes s\u2019accélère au Québec, le roman présente une image inversée de cette réalité, d\u2019où sa fonction idéologique, puisque l\u2019histoire se transforme et présente un citadin insatisfait de ses conditions de vie en ville qui désire vivre à la campagne.L'histoire est donc celle de son adaptation ou non aux valeurs de la campagne.Les résultats démontrent que parmi les arrivants, 53,3 pour cent sont des femmes et que parmi elles, 50 pour cent vont s\u2019adapter à la terre, tandis que 28,5 pour cent d'hommes seulement s\u2019y fixent.Une conclusion se dégage : la mobilité de la femme citadine est légèrement supérieure à celle de l\u2019homme quand il s\u2019agit de revenir à la campagne, elle est inférieure quand il s\u2019agit d\u2019en repartir et elle est quasiment nulle quand cette femme est une paysanne et qu\u2019il s\u2019agit de quitter la campagne.Or, bien que la structure révèle que parmi les déserteurs, 81,6 pour cent sont des hommes, le discours camoufle cette réalité en créant, au niveau de surface du texte, des liens inexistants en structure profonde, entre la terre et l\u2019homme : la terre personnalisée est l\u2019amante généreuse, la maîtresse fidèle, la grande, la douce amie fidèle, etc.mais jamais il n\u2019y a de champs amants prolifiques de la femme, de fidèles bien-aimés et doux amis qui attesteraient la conjonction vérifiée de la femme à la terre.Quatre-vingt quatre pour cent des héros qui contestent l\u2019ordre social de leur univers ont un père qui figu- 43 TT. re le seigneur tandis qu\u2019eux sont de la catégorie des enfants, de sexe masculin et virtuellement propriétaires.À leur retour correspond un statut d\u2019adulte, de propriétaire (le père disparaissant de la scène : mort, rentier, etc.) et la fonction noces, parfois suivie de procréation, s\u2019inscrit sur leur parcours de sorte que de dominés et contestataires, ces héros deviennent dominants et supports de l\u2019ordre social.Ils sont alors désignés par des expressions de roi, chef, maître, seigneur.Cette qualification vise une classe spécifique constituée d\u2019individus de sexe masculin, propriétaires d\u2019une terre, mariés et pères de famille.Par homologie, c\u2019est l\u2019image féodale du seigneur propriétaire de ses terres et de ses sujets qui se dégage.Or, jamais nous ne rencontrons de reine, de chef \u2014 mot sans féminin \u2014 de maîtresse, de seigneuresse.Le passage de dominé à dominant ne s\u2019effectue jamais quand il s\u2019agit d\u2019un être de sexe féminin.La domination implique la possession de richesses matérielles acquises par le travail (lutte du colon contre la nature).La concentration maximale d\u2019un potentiel énergétique entre les mains d\u2019un seul individu accroft donc sa possibilité d\u2019accumuler des richesses matérielles.Par ailleurs, la quantité de richesses accumulables par chaque individu varie en fonction du nombre de prétendants aux richesses.Il importe donc, du point de vue de la classe des possédants, de contrôler l\u2019accessibilité aux richesses et en même temps de détourner le potentiel énergétique de certains individus à son profit.L\u2019exclusion économique de la femme En l\u2019espace campagne l\u2019acquisition des richesses peut être fondée sur la compétence des individus ou découler d\u2019un ordre arbitraire par la voie de l\u2019héritage.Les femmes, dans le roman, sont exclues de l\u2019héritage.Reste donc la compétence.L\u2019espace campagne est structuré sur la base de l\u2019avoir, la possession de la terre s\u2019opposant à la dépossession.Il y a donc les lieux où sont les propriétaires \u2014 ce sont les rangs \u2014 qui s\u2019opposent au lieu 44 > village où se concentrent ceux qui n\u2019ont pas, ou plus, de terre (rentiers, marchands, \u2026).Il y a les chantiers, sortes de petites collectivités, lieux clos qui s'opposent aux lieux ouverts que sont les routes, eaux, forêts que fréquentent les journaliers, navigateurs, coureurs de bois, soit un ensemble de lieux où l\u2019on gagne de l\u2019argent que l\u2019on peut échanger contre une terre.Le chantier est un lieu d\u2019accueil pour le dominé révolté qui peut ainsi survivre et même acquérir des richesses en vue d\u2019accéder au statut de propriétaire.Par le système des \u2018\u201ccorvées\u201d, les habitants aident ensuite le nouveau colon à démarrer (construction du camp, des bâtiments, etc.).Ce système, qui reçoit la qualification de \u2018\u2018solidarité\u201d\u2019, répond à des intérêts de tlasse car jamais la \u201csolidarité\u201d ne se manifeste à l\u2019égard d\u2019un non- propriétaire.Or la femme est exclue du chantier, c\u2019est un lieu économiquement structuré pour l\u2019homme.Pas de femme non plus dans les lieux ouverts : routes, eaux, forêts, si ce n\u2019est une Irlandaise dans La Scouine ou une Blanche Varieur dans Marie-Didace laquelle avait été capitaine de bateau autrefois, mais dans le présent du roman, elle est pauvre, quand Didace l\u2019épouse.Maintenues hors des richesses sous l\u2019effet de conditions matérielles qui les empêchent de manifester leur compétence, les femmes sont éliminées de la course aux richesses.Dès lors un potentiel énergétique considérable et équivalent à 50 pour cent du potentiel énergétique total, se trouve libéré, disponible et sujet à exploitation.Domination et exploitation de la femme par l\u2019homme La femme ne peut accéder aux richesses qu\u2019indirectement, par le truchement de l\u2019homme au moyen du mariage.La non-soumission à cet ordre signifie la mort puisque l\u2019univers n\u2019est pas structuré, sur le plan économique, pour permettre aux femmes de survivre.C\u2019est d\u2019ailleurs le sort de près de 21,6 pour cent des femmes qui refusent cet ordre; tandis que parmi 75 personnages féminins célibataires en séquence initiale, 50 se retrouvent mariées (mariage spirituel inclu) en séquence fi- 45 See LE nale; c\u2019est donc dire que 70,4 pour cent se soumettent.Un résidu de 8 pour cent de célibataires demeure, mais le célibat d\u2019une Angélina Desmarais dans Le Survenant ou d\u2019une Josephte Auray dans Nord-Sud n\u2019est pas l\u2019effet d\u2019une contestation d\u2019un ordre social mais bien celui d\u2019un échec personnel.Parallèlement, 87,2 pour cent des personnages masculins qui reviennent à la terre se marient, le résidu n\u2019infirmant aucunement la nécessité de la fonction noces et quand il s\u2019agit de citadins, s\u2019ils sont mariés, c\u2019est la fonction procréation (64,3 pour cent des cas), qui marque l\u2019adaptation et la transformation d\u2019un citadin en petit roi seigneur et maître.Par la procréation, le seigneur se constitue un lot de sujets et manifeste, en même temps, sa domination par la libre disposition qu\u2019il a du corps de sa femme.Dans cet ordre, le corps de la femme doit être exploité au maximum en vue de la reproduction.Aucune limite maximale n\u2019est tolérée quelles qu\u2019en puissent être les conséquences pour l\u2019objet d\u2019exploitation.\u201c\u201cIl fallait qu\u2019Alphonsine eût son nombre.s\u2019il devait en venir 10, il en viendrait 10; 15, ce serait 15; comme chez les autres\u201d pense Euchariste Moisan dans Trente Arpents.C\u2019est le dominant, dans l\u2019ordre spirituel (le curé), présent dans tous les romans et adjuvant du dominant dans l\u2019ordre matériel (le père), qui préserve cet ordre.C\u2019est dans les statistiques que se lit cette exploitation de la femme : 34 femmes mariées, mères ou non, sont mortes à l\u2019ouverture du roman où domine le père qui ne disparaît, en général, qu\u2019en séquence finale.Et parmi les femmes mariées, au nombre de 25 en séquence initiale, 45 pour cent disparaissent encore avant la séquence finale, à l\u2019exemple d\u2019Alphonsine dans Trente Arpents.Cette exploitation se manifeste encore au niveau du physique qui apparaît dégradé : les femmes mariées sont fatiguées, épuisées par les tâches, ridées, âgées, yeux cernés.L\u2019oppression dont la femme est victime se déduit de sa situation dans l\u2019espace et des rapports qu\u2019elle en- 46 tretient avec les dominants.Les femmes mariées se concentrent dans les lieux clos, sombres, non peuplés cuisines, églises, derrière les portes, etc.Elles sont znvz- sibilisées dans des vêtements sombres, solides et couvrants.Elles n\u2019ont pas accès à la parole.Le jour où Blanche Varieur se mit à parler en public de son Varieur, Didace perdit \u201ctout sentiment pour elle\u201d (dans Marie- Didace); le jour où Dame Ouellet émit une opinion personnelle, son mari ouvrit toute grande la porte en lui jetant \u201c\u2018allez-vous-en tous\u201d (Boeufs roux).La femme mariée ne peut que répéter le discours du dominant, \u2018\u2018saisir son point de vue et approuver\u201d dit le narrateur dans Campagne canadienne ou encore répéter indéfiniment une parole stéréotypée, la prière, parole du dominant spirituel.Toutes les femmes mariées prient, ainsi elles ont l\u2019esprit mobilisé, elles ne rêvent pas, elles ne pensent pas, elles se reconnaissent seulement sans savoir, sans pouvoir, puisque c\u2019est le Dieu qu\u2019elles implorent en silence qui est chargé de réaliser leurs désirs.Un ensemble de prescriptions et de prohibitions sous-tend les rapports que la jeune fille entretient avec les objets et les êtres de la nature.Nous observons que, contrairement à la femme mariée, la jeune fille célibataire se tient dans des espaces ouverts : bois, champs, eaux, et qu\u2019elle semble y circuler librement car elle y rencontre, sinon des, au moins un personnage de sexe masculin.En règle générale, c\u2019est le futur mari; aussi devient-elle rapidement sa promise, ce qui correspond, dans le système des alliances, à un statut de non-céliba- taire conjoint à non-mariée.Dès cet instant tous ses déplacements, en lieux ouverts ou clos, peuplés ou non peuplés, sont proscrits.Elle n\u2019apparaît que chaperonnée par ses frères et soeurs, père ou mère ou autres personnes.Il semble donc qu\u2019il soit prescrit à la célibataire de s\u2019exhiber dans l\u2019espace ouvert, assimilable à un marché, où elle est susceptible de trouver acquéreur, et c\u2019est effectivement ce qui se passe.Une fois promise, la célibataire est l\u2019objet d\u2019une étroite surveillance.47 Le vêtement a, dans ce système, une fonction particulière.S\u2019il invisibilise les femmes mariées et tout particulièrement les religieuses, il met en relief les célibataires dont un fort pourcentage est vêtu de robes couvrantes et en tissus solides, comme c\u2019est le cas pour les femmes mariées, mais de teintes claires, les tons de bleu, rose et surtout blanc dominent.La fonction du blanc, réputé symbole de virginité, est à analyser en rapport avec la fonction de surveillance qu\u2019exerce la société sur la promise.La qualité du blanc est d\u2019être un révélateur.La robe blanche amidonnée révélera tout contact avec le sol, l\u2019herbe ou les mains entreprenantes.La robe blanche garde donc la femme éloignée de l\u2019homme; en cela, le blanc est le gardien de la virginité.Le réseau de surveillance joue donc la même fonction que le blanc : c\u2019est la virginité de la femme qui est l\u2019objet de protection.La virginité est donc la valeur fondamentale de la femme.Fonction du savoir Le savoir, dans cet univers, est attribué à 38 femmes contre 29 hommes.Si l\u2019on considère le savoir comme l\u2019attribution d\u2019un pouvoir en vue d\u2019une performance, le fait surprend.L\u2019analyse révèle que les garçons sont orientés vers les professions de prêtres, avocats, médecins, journalistes et autres tandis que l\u2019unique débouché pour la femme est la profession d\u2019institutrice.Or aucune femme ne pratique son métier dans le roman et pis, Alphonsine Ladouceur, qui a un diplôme d\u2019institutrice, s'engage comme domestique, c\u2019est là un indice de la basse rentabilité de cette profession, ce que confirme le fait que certains personnages féminins aient abandonné cette profession pour épouser de misérables colons.Nous pouvons donc avancer que le savoir n\u2019est pas dispensé à la femme en vue de la rendre économiquement autonome.Il a une double fonction, analogue à celle de la robe blanche qui participe à la mise en relief de la jeune fille mais aussi à sa répression.La présence d\u2019au moins deux prétendants \u201c\u2018à la main\u201d de la jeune 48 Le fille instruite atteste de la fonction de prestige du savoir donc de l\u2019accroissement de la valeur d\u2019échange de la femme.Quant à la fonction de répression, c\u2019est contre le \u201csujet\u201d féminin, contre le je volontaire, qu\u2019elle s\u2019exerce, de sorte que c\u2019est un instrument de l\u2019ordre social qui sort du couvent et non une femme autonome.Tous ces objets, modèles \u2018\u201cbien éduqués\u201d ou \u2018\u2018Joliment instruits\u201d, selon les expressions du roman, sont assimilés aux idées de la classe dominante masculine : la performance ne se réalise, dans leur conception, que par le don de soi, le sacrifice, la générosité, le dévouement; c\u2019est là leur idéal de vie, ce que prouvent toutes leurs actions.Toute cette structure oppressive et répressive n\u2019existe qu\u2019en fonction du mariage de la jeune fille qui se trouve réduite à l\u2019état d\u2019objet, état d\u2019infériorité qui justifie la présence de protecteurs forts, impavides, rationnels.L\u2019évacuation du sujet qu\u2019opère ce système se lit encore dans les comparaisons et métaphores, ensemble fortement articulé, qui assimilent la femme aux objets du règne minéral (perle, marbre, or, etc.) ou du règne végétal (la rose, le lys, etc.) ou du règne animal (la chatte, la jument) ou encore aux objets fictifs du monde inhumain (la fée, la déesse, la sorcière, etc.).Assimilée aux ressources, la femme a une valeur marchande non basée sur ses qualités physiques, intellectuelles et morales mais sur son état de vierge.Les femmes sont classées en deux grandes catégories : les vierges et les non vierges, ce qui correspond à la définition de objet neuf vs objet usagé, les vierges étant réservées à l\u2019usage personnel d\u2019un seul homme tandis que les non vierges sont d\u2019usage public.Toute fille abandonnée par son promis perd sa valeur dans cet univers; c\u2019est \u2018\u201cune honte\u201d dit Marie Beaudry (La Terre vivante) \u2018\u201cd\u2019être abandonnée\u201d a la campagne car elle est soupçonnée d\u2019être devenue un objet usagé.L\u2019innocence, qui consiste à ne rien savoir sur soi, qualité essentielle de la fille, déclenche des mécanismes instinctifs de protection; ainsi, Alphon- sine Branchaud qui savait \u2014 dit le texte \u2014 \u2018qu\u2019on n\u2019a- 49 chète pas volontiers par la suite ce qu\u2019on a eu gratis la première fois\u201d (Trente Arpents) se méfiait de son entreprenant cavalier qui \u2018\u2018ne l\u2019eût peut-être pas épousée si elle avait voulu\u201d dit encore le texte.Le père \u2014 à qui on demande la main de sa fille \u2014 tire toujours profit de l\u2019échange de sa fille : son statut social peut s\u2019accroître en prestige, son statut économique peut s\u2019accroitre par l\u2019apport du travail d\u2019un gendre; son statut de dominant se trouve confirmé dans tous les cas, ce qu\u2019au niveau de surface du texte nous observons dans une présence quantitativement importante du père sur la scène romanesque jointe à sa monopolisation du discours et à la manifestation de son savoir et de son pouvoir dans toutes ses actions, tandis que l\u2019objet d\u2019échange est absent, ou présent mais silencieux, et dans tous les cas sans savoir ni pouvoir.Le système de répression de la femme Vingt-deux pour cent des femmes ne se marient pas et contestent l\u2019ordre patriarcal : elles manifestent un vouloir être et un vouloir faire.On les reconnaît à leur tenue vestimentaire : vêtements découvrants, fragiles ou solides, teintes claires ou foncées, et à leur présence dans tous les lieux, clos, ouverts, peuplés ou non peuplés, à leurs gestes, attitudes, paroles qui les opposent au groupe précédent car ce n\u2019est pas le don de soi qui les caractérise mais l\u2019affirmation de soi, non pas la dépossession mais l\u2019acquisition.L\u2019espace campagne n\u2019étant pas structuré sur le plan économique ni culturel pour leur permettre de survivre, elles s\u2019orientent vers la ville.Tous ces personnages sont alors victimes de séducteurs qui les exploitent et les abandonnent, ou de maladies qui les conduisent à la mort ou dans des lieux d\u2019incarcération.Alors que les personnages masculins révoltés sont confrontés à l\u2019appareil répressif d\u2019Etat (armée ou police) lorsqu\u2019ils sont cause de désordre (cas qui se produisent lorsque les jeunes gens fuient la conscription ou 50 [SL 12 20 encore lorsqu\u2019ils occasionnent des bagarres dans les tavernes en ville, etc.), les femmes, elles, n\u2019ont affaire qu\u2019à des individus répressifs : les maris brutaux, les séducteurs.Individus qui ne sont pas punis par la société pour ces méfaits dans le roman.Leur présence, ni prescrite, ni proscrite, n\u2019est pas interdite non plus.C\u2019est donc un appareil répressif qui fonctionne au sein de l\u2019appareil patriarcal qui maintient 50 pour cent de la population sous la domination masculine : il complète le travail des appareils non répressifs (éducation familiale, couvent, éducation religieuse) quand ceux-ci échouent dans leur fonctionnement idéologique.Conclusion Le point de vue féministe permet de mettre en évidence, sur le plan romanesque, la condition économique et sociale des femmes dans une société autarcique dont la structure économique et sociale présente un rapport d\u2019homologie avec celle de la société féodale.C\u2019est l\u2019alliance entre les dominants de l\u2019ordre spirituel et matériel (l\u2019Eglise et le pouvoir seigneurial) qui caractérise ce type d\u2019économie fermée.Dans le roman du terroir les figures du prêtre et du père dominent la vie sociale et économique de la sphère campagne.La ville est l\u2019univers contesté par tous les personnages : habitants qui reviennent à la campagne, citadins qui vont vers la campagne.Tous ces personnages souffrent de dépossession en ce lieu (manque d\u2019air, d\u2019espace, maladies, chômage, exploitation, etc.).L\u2019ensemble des rapports entre êtres et objets de la nature présente une structure homologue à celle de l\u2019économie de marché dans la société capitaliste.Les structures romanesques permettent d\u2019établir un parallélisme entre la position sociale et économique de l'habitant canadien-français en ville et celle de la femme a la campagne.Si le Canadien francais est l\u2019objet d\u2019exploitation du capital anglo- américain, la femme est l\u2019objet d\u2019exploitation du capital canadien-français masculin.Tous deux subissent une 51 dépossession qualitative au niveau de l\u2019être.La seule différence réside dans le fait que l\u2019homme a le pouvoir de modifier son statut par un retour à la terre tandis que la femme n\u2019a aucun pouvoir.Le roman, nous l\u2019avons signalé, valorise un ordre qui n\u2019est plus.Dans une société dominée par le capitalisme, la classe dominante, par le biais du roman, rêve d\u2019un ordre moyen-âgeux où l\u2019Eglise était une grande puissance tandis qu\u2019est discrédité le \u2018\u201cmatérialisme\u201d\u2019.Or les assises de cet ordre, que l\u2019idéologie affirme naturel et idéal, reposent, dans le roman, sur une structure d\u2019oppression et d\u2019exploitation économique et sociale.Les structures du roman apparaissent, à cet égard, et tout particulièrement en ce qui regarde les femmes, dans un étroit rapport d\u2019homologie avec celles de la société québécoise qui fut la dernière province à accorder les droits politiques aux femmes, qui fut la dernière à leur ouvrir le champ des professions lucratives, qui ne subventionna les collèges classiques féminins qu\u2019en 1961 et qui ne devait modifier le statut juridique de la femme mariée assimilée à une imbécile dans le Code civil qu\u2019en 1964.Même homologie encore au niveau des structures répressives.Subordonné à l\u2019appareil répressif d\u2019Etat, fonctionne un appareil répressif du système patriarcal.Les femmes qui manifestent leurs désirs d\u2019autonomie ou qui se révoltent ont affaire, dans la société, aux brutaux, aux violeurs, aux souteneurs.Cet appareil répressif, non prescrit, n\u2019est pas interdit non plus puisque son fonctionnement n\u2019est ni paralysé ni même enrayé par un système de sanctions bien établi.L'efficacité de cet appareil tient au fait qu\u2019appliqué en chaque point de la masse féminine, il supplée aux appareils idéologiques d\u2019Etat (famille, école, église.) quand ceux-ci sont impuissants à détourner les femmes des champs du pouvoir.L'alliance de la coercition et de la persuasion a permis, pendant très longtemps, au système patriarcal d\u2019afficher sa grossière domination jusqu\u2019à oser pro- 52 clamer \u2018\u2018universel\u2019\u201d\u2019 un suffrage qui excluait systématiquement la moitié de la population, et fonder son édifice sur des notions de liberté, égalité, etc.tout autant viciées.Le langage et les textes sont donc fortement marqués par cette domination.Lire un texte, c\u2019est percevoir ces empreintes, mettre à jour les contradictions profondes et spécifiques, les interroger et les élucider. ag pose x Xs Oper iy oc a Ecce EX =o pen A Éeracez ot TALE x RoR cs eres Aki ES a fs Ecritures eee _ - PP Hoyos - = hr re Se cg =, Ex es =.PES = Rac pz pra os pcs Rey y= (Aber Serr = - ES BEE a Gig Ee SA Ali EA ee AOE SES EAA fo i ps aver CSSS SOLE \u2014 fiery rca Ace eee ea cecEz ve cs froin a mp pr LR Perse rr = 3 0e ras = .LS ce cons a ep ces 5 PR A = , jo cs ETES ee RS as as cé D eres 2 5 A = A FAT i A - SES RES RL 3 ee Le it als Le =o Be LL Anne-Marie Alonzo Veille Toutes ces heures tous les jours t\u2019attendre.Quand tu viens et tu viens je dis reste ne pars pas.Regarde-moi.Explique.De mère en fille mère.Un long nuage ma vie.Ni toi ni moi pourtant.M\u2019aimes-tu ?Je sais bien sûr je sais ne sais plus.Touche prends- moi ! Ton odeur parfum toi.Je n\u2019ai que la tête et ton corps en moi.Ne ferons qu\u2019une.Monstre à deux têtes mais sacrées.T'es bras sous mes bras tes pieds sous mes pieds calqués moulés.Je parle si tu bouges et tu bouges si.mais je ne dis pas ce qui est.Si je perds ta trace que reste-t-il ?Le goût l\u2019ouie l\u2019odorat je te suis du regard ne te perds pas de vue.Tout s\u2019oublie mais pas toi.Tu me reprends immobile.Tu m\u2019enceintes nourris- moi.Recommençons puisque sortie je ne marche pas.57 Amour amère tu ne me quitteras ne partiras jamais ni malade ni je dis morte.Même endormie nulle ne peut t\u2019enlever.Tu es mère mienne et quiconque te touche ! Jalouse oui en folle possession.Les autres mentent.Mais tout importe de ce qui est dit.Tout ce qui est dit je répète.Il n\u2019y a que toi moi toi et je dis que cette vie tombe.Touche-moi mère et retiens ramasse-moi.Si tous les muscles fondent regarde mes doigts et les jambes molles tu me laves me peigne m\u2019habille ne me laisse ne m\u2019abandonne pas.Aujourd\u2019hui je demande es-tu prisonnière ?Toutes ces années et jamais le moindre mal.Ne te plains ne gémis pas pourquoi ?Où va la crainte chez toi que caches-tu et je cherche à travers les siècles et.Je pleure et toi rien je pleure vois-tu et tu tiens retiens le monde s\u2019écoule royale je dis tu ne tomberas pas.Tu es forte et je ne trouve pas ce qui (me) tue.Alors ! De toi à moi retourne encore sept fois cette langue avant de parler suis-je contagieuse héréditaire crois-tu crois-tu ?Les mots s\u2019éteignent jamais le mal et tout te dire ne suffirait.Touche prends-moi attends qu\u2019il pleuve ou fasse beau.Alors ensemble puisque jamais autrement ensemble nous sortons tu marches et je roule et roule encore.Tu dis lève la tête tiens-toi droite si les autres regardent alors regarde aussi.Je suis droite même courbe à présent je suis droite le serai.Lorsqu\u2019ensemble je me redresse surtout.Telle mère telle fille mère il me faut trop de temps tu comprends vite j'attends.58 Je ne te laisse d\u2019une semelle même partie je te cherche.Les heures s\u2019éreintent et si tu tardes le soufle manque et si tu tardes alors.mais tu sais et \u2019heure vient a temps.Ne m\u2019effraie pas téléphone je t\u2019amuse dis-tu nos roles s\u2019inversent s\u2019échangent où vas-tu quand rentres-tu avec qui et passe une bonne soirée je suis là.Je veille te rends libre il est temps occupe-toi de toi moi j'écris et ensemble toujours ensemble qu\u2019il pleuve ou fasse beau tu marches et je roule et roule à côté.Quand tu t\u2019assois et je dis assieds-toi là nous parlons tu racontes et parfois moi mais je parle peu tu racontes et j'écoute nos sourires se ressemblent.Je demande encore m\u2019aimes-tu combien de fois et pour toujours moi je le jure le temps presse et rien ne dure.Le soir dort et nous dehors je dis rentrons cette fois tu pousses et marches et je roule encore et roule toute la nuit même en rêve.59 cr St ny os Race socc ex rasa Fel cc.com eee 6 raion RARE eur SES Een REN - a SANS Is \u2014 Gens SE cota wens aa a pe ERR ok A = FA KAR OAS ot ASIAN, FEN SSA 3 TE Louky Bersianik L\u2019union fondamentale Rien désormais ne les sépare depuis que leur chair est séparée Pouvoir s\u2019adonner à l\u2019absolu de la confiance l\u2019une à l\u2019autre abandonnées Pouvoir fermer les paupières quatre à quatre Pouvoir ne pas laisser ouvert l\u2019oeil de vigie Poings refermés sur la vie reçue donnée pouvoir tomber de sommeil Penser que l\u2019attente est achevée ainsi que l\u2019oeuvre de naissance Et penser que l\u2019on sait de quel sexe de bois et d\u2019où Assurance, sereine assurance d\u2019elles Car naître vient d\u2019avoir lieu quelque part en l\u2019île l\u2019une de l\u2019autre Image jaillissante apparue au fond du golfe Et naître a eu lieu l\u2019une à l\u2019autre Là où se joignent aux flancs les deux jetées des iles originels 61 sx a I$ By 62 2 Il s\u2019agissait d\u2019en sortir une de l\u2019asphyxie première et pour une autre d\u2019éviter la syncope ultime Il était question d\u2019établir la respiration pulmonaire apres des jours entiers passés sous l\u2019eau Il s\u2019agissait de n\u2019être que naissance de part et d\u2019autre Il était question d\u2019une menace inévitable de part en part Le risque était grand de passer à côté de l\u2019existence L\u2019attente avait été longue en Ortygie 3 Bercée sur ce grand bâtiment que le berceau me va Que périscope du néant j'ai risqué un oeil sur la mer Que sous-marin de poche j'ai risqué une voile à la surface Que sur ce corps mémorable doublure en relief du berceau d\u2019hier je continue à naviguer à découvert Que sur cet océan de chair essorée encore humide les vagues se font muettes Que l\u2019eau se fait envolée Que la mouette suit le bateau en plein vol Et qu\u2019à la brasse je continue d\u2019avancer en amont du monde vers ton visage 4 Lors elles gravitent l\u2019une autour de l\u2019autre Pour l\u2019autre ce poids léger sur elle lui rappelle qu\u2019hier encore elle était lourde Qu'elle était paroi suintante entre pierre inanimée et gent humaine entre néant et vie au suprême degré esquisse pariétale de tous les devenirs tués dans les interstices La lente gravitation des êtres vers la terre entre dans la chair naissante Entre elles se produit pesant l\u2019une sur l\u2019autre Comme une ère nouvelle pesant sur l\u2019ancienne 5 Ma mère est ce page vert médiéval (cheveux châtains roux aux épaules tournés vers l\u2019intérieur) et cette page i blanche où jJ\u2019aborde au moyen de l\u2019âge nul Ë.La ligne de flottaison est blason féminin sur la coque de l\u2019eautre ou lune devient i apparente de la barre du jour a la bande de È l\u2019écu Je te donne ce jour-ci en plein dans son milieu et voici à l\u2019autre bout le jour suivant incorporé aux milliers d\u2019autres ajoutés comme soustraction de vie jusqu\u2019au dernier Avec le jour vienne un soleil déterré de A l\u2019horizon 5 Et avec la terre ensoleillée je te remets en mains propres les journées et les nuitées quotidiennes bien ordonnées dans les prochains calendriers et lointains je te donne a respirer sans compter 63 6 Comment naît ma presqu\u2019ile Comment devient visible ce submersible Avancez cette pointe de terre et faites- la danser sur la mer Je me suis couchée et j'ai créé un horizon Pour qu\u2019à l\u2019horizon de mon corps pointe la nouvelle-née Je suis chambardée mise à sac violentée dans ma charpente je suis détruite pendant des heures et trente-six coloris de crépuscule Quand viendras-tu poindre à l\u2019horizon 7 L\u2019isthme de naissance est langue de chair ombilicale qui claque à la sortie LARGUEZ LES AMARRES L\u2019ombilic appartient à l\u2019enfant jetée à la mer au bout d\u2019un filin L\u2019flot et son avidité L\u2019ile et sa gravidité Je te donne a boire les mots de ma langue Je te donne une langue chair et maternelle Même centre de gravité même attirance même point de chute Ton corps en chute libre hors de sa carlingue vivant de son propre sang hors de son enclos 64 Et mon corps forclos dans sa délivrance et dans son errance Jerre ile encore plus déserte J\u2019erre cri encore plus déserté M\u2019enfoncer dans la nuit délivrée de mes attaches et de mes attirances Je te donne la vie et tu me rends ma liberté 9 Libre je rayonne de ton existence Couchée sur mon corps tu respires la tendresse en liberté Quant au rayonnement des plexus solaires en étroite liaison il serait dû à la rencontre du double réseau tressé de nerfs et de vaisseaux à brûler pour ne plus revenir en arrière Ou serait-il fait d\u2019embouchures sans fin où s\u2019entrelacent la bouche et le sein 10 Complicité instinctive des chairs semblables Alliance profonde des profondeurs et des formes Plénitude des formes dans leur âge et dans leur commencement Transfusion lente par les pores de la joie Long ensemencement de la puissante Joie et pour longtemps Pulsation pulsation lente recommencée de la jouissance Pulsation pulsation accélérée incessante de la jouissance recommencée C\u2019EST L\u2019UNION FONDAMENTALE 65 11 Tu es mon intérieur qui environnait ton dehors dedans je suis ton corps et ton sang et qui maintenant t\u2019environne au-dehors Je suis ton dieu ton origine et ton signe fondamental Je suis ton désir méprise inextinguibles et ta Grande Déesse renaissante Je te donne visage reconnaissable et prison d\u2019os Je te donne chair environnementale pour loger tes organes toi coeur et toi cerveau dont tu ne pourras te défaire de ton vivant Toi utérus de mon utérus toi ma vivante Tu es mon corps et mon sang toi ma terrible vivante 12 Dont le bras tout petit entoure ma taille monumentale Dont le dos minuscule repose dans ma main grande Dont les pieds lilliputiens séjournent entre mes cuisses capitales enluminées Je te propose un bras long comme un bastingage en guise de garde-fou (Pour le moment) 66 Monique Bosco Mauvais rêve Et je rêve.Je rêve que je rêve.Et je tombe dans ce cauchemar mauvais que vous avez tissé tout au long de cette journée pour que j\u2019y tombe, justement.Voila.J\u2019y coule, comme dans une eau glacée, noire et mortelle.Quelques secondes encore et j'aurai atteint le fond.Juste un rond, en surface, puis plus aucune trace.Et ma voix.Plus de voix.J\u2019ai fini de crier, de m\u2019indigner.À quoi bon.J\u2019erre dans les dédales de cette antichambre de la mort où circulent d\u2019horribles cadavres ambulants car certains se traînent encore.Les autres ne cherchent même plus à se mouvoir \u2014 ni à émouvoir ces étranges gardiens qui se tiennent raides comme des piquets.Qui garde qui?Et quoi?Malgré ma terreur, je cherche à voir, à déceler quelques traces de ceux qui furent, jadis, dans ma vie, précieux.Je vais, je vais encore, en trébuchant.C\u2019est un étrange théâtre comme des peintres en ont déjà gravé le souvenir pour nos mémoires.Des caméras horribles ont déjà, aussi, filmé ces morts en sursis.Je jure que je les ai vus, un peu partout, depuis des années.Pauvres victimes décharnées, dénudées jusqu\u2019à l\u2019os.67 5 4 Ri Bi: A A Et je cherche à fuir.Pourtant, malgré moi, tout en courant, j'entends.Tous ces discours qui soudain s\u2019élèvent.Rumeurs.Chants de la calomnie.Discours.Tant de discours.Tous les mots les plus beaux traînés dans des poubelles, magnifiés par des hauts-parleurs.Cela me crève le tympan.Tous ces mots.Même des mots d\u2019amour s\u2019y glissent furtivement.Quelle horreur.Rendez-moi sourde, 6 dieux, plutôt que de les entendre à neuf.Tant de mensonges.Tant de songes creux.Vous en avez bercé nos enfances.Berné nos jeunesses.Tous les clichés.Litanies profanées, devenues obscènes.Amour.Fraternité.Justice.Egalité.Liberté.Je vous entends crier et hurler dans toutes les langues.Dans la mienne aussi, hélas.Je suis muette.L\u2019auriez-vous voulu ainsi?Tous ces mensonges et personne ne les réfute.Et vous continuez à les semer un peu partout, partout où cela parle et crie et s\u2019écrit encore.Et vous avez le nombre.Et vous brandissez l\u2019ordre et la loi et le règne imbécile d\u2019un faux roi après l\u2019autre.Et vous vous bercez de mots de vengeance, de proverbes vieux comme charbonnier est maître chez soi.Les autres chez eux.Chacun pour soi.Que d\u2019horreurs.Tant de slogans martelés de vos hurlements.Il faut bien que vous vous berciez vous- mêmes maintenant que vos mères ont renoncé à chanter ou à rythmer vos chants du départ, vos hymnes funèbres, vos refrains paillards.Tant de Madelons, tant de Lilis Marlene, tant de refrains imbéciles aux accompagnements du canon.On en fera de la chair à pâté, Je vous le jure.Je jure de m\u2019éveiller, de me secouer.De sortir de là, de cet enfer qui ne m\u2019est pas destiné.Je ne crois pas à vos décors d\u2019opéra.Vous m\u2019y traînez malgré moi.Cartes postales.Bayreuth.Nuremberg.Le Colisée de Québec.Et vous me poussez à l\u2019avant de la scène car vous me savez aphone et blessée.Je perds mon sang.Et j'ai vu, tout en courant, tous les hommes 68 de mon passé réduits à n\u2019être plus que des reflets, et, dans ces miroirs déformants, devenus minuscules comme les gnomes de mes contes d\u2019enfants.Et je ne suis plus l\u2019enfant que vous prétendiez aimer mais une femme qui s\u2019entête à grandir et à n\u2019en faire qu\u2019à sa tête.Et je ne peux que pleurer d\u2019impuissance devant votre cruauté.Et je voudrais vous émouvoir.Et je pleure de grosses larmes rondes et brillantes.Tant de perles à vos pieds.Mes larmes ne vous touchent pas.Et un oiseau s\u2019est pris dans les plis du rideau de velours rouge fané.Et il bat des ailes.Et j'essaie, malgré ma terreur, de vous rappeler les douceurs et les promesses du joli mois de mai.Mais vous êtes sans mémoire comme sans coeur.Et l\u2019oiseau s\u2019élance.C\u2019est une colombe blanche.Elle roucoule avec amour et bonheur avant de s\u2019enfuir.Et je la suis.Et je m\u2019envole hors de votre champ funèbre.Et mon chant s\u2019élève enfin, timide mais juste, et je rejoins Mouchette au fond, au plus profond de la terre et de l\u2019eau de l\u2019étang.Pour un temps très long, très court, avant de m\u2019éveiller de ce mauvais rêve où vous m'avez plongée comme dans les grands cimetières sous la lune.(8 septembre 1979) cree os éme sm Te ar Nicole Brossard L\u2019ignée L\u2019intégrale l\u2019autobiographie ou l\u2019apparence des faits quelques voix, j\u2019'emprunte au dictionnaire certains fous rires peu à peu, dispersée dans le survécu des choses du réel c\u2019est concentrée à vif sur la vie dans l\u2019intégrale peau de pensée que manifeste 71 RR RN ERIC RR RI HT rien ne sombre (pourtant) la nuit s\u2019en va donner de la tête dans la réalité telle une écriture compatible, ses encres dispersée / multiple saveur des lucidités (pcq) la seule réalité en corps la (fiction) or cette fois l\u2019espace mental du mot femmes dans l\u2019encre appelle l\u2019inédit des mythes et tourment tournant de l\u2019imaginaire des formes d\u2019aises (c-a-d) un spin dans les corps de docilité spirale lesbiennes de concentration (nuque) et si les biographies de feu avançaient avalanche (comme mémoire déployant ses vertiges) l\u2019identité basculée dans le ravissement A b) de la rumeur des voix à la colère la mémoire veille dans les sons comme une incitation à tendre sur les brumes cette expression des yeux de larmes qui ont traversé l\u2019émotion laborieuse du quotidien de la connivence j'ai pensé avec profil et face a face que rien ne pourrait mettre un terme à cette peau d\u2019origine que nous savons avec splendeur dans nos territoires que cette peau de combat lame de fond \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 les yeux de rupture et tournure ont des phrases amoureuses qui s\u2019adressent (lettres) à celles dont les courbes scintillent 73 iii 74 ce sommeil (par où tout a commencé) l\u2019éveil à celle qui jongle dans l\u2019abfme et le blanc sommeil du déchiffrement (par où passe la chaleur) des peaux de surface dans les plis et replis et reprise des patiences chaque patience de nos corps est inédite dans son rythme invente l\u2019attrait traverse nos poings comme une écriture un signal ouvert car les veines ouvertes des biographies à toute allure dans nos vies (car) à côté de la souffrance des folles failles de défaillance la rigueur de l\u2019à côté de toute faim qui comme amour fou cette probable imagination : (la crise) pour ma part liée aux mots (la machine à deviner les symboles) à la douceur des lèvres, des eaux-de-vie dans l\u2019angle des dérives neurologiques la mémoire esquisse de feuilles et veines avec l\u2019eau toute l\u2019eau un lundi matin de spirale en septembre entre le réel et ce qui en coule la nuit s\u2019en va me mener dans la chimie des eaux que des femmes traversent car les villes sont des cirques de songe auxquels nous pensons puis .SE .oblique des brumes dans cette expression que nous disons, intégrale, dans la brume des avalanches, ma femme pour qu\u2019aucun cliché ne nous sépare 75 I ne IPs Lo oo Francine Déry Sur l\u2019écriture d\u2019une femme ou De l\u2019écrevisse écrivant Sofia, Bulgarie, 8 août 1979 Mon rêve a bouilli.Une bombe a sifflé, j'ai versé le café fumant dans le filtre idéalisé.Me suis reconnue dans l\u2019écrevisse écrivant que le hasard situait en épaisse mouture au fond de mon vouloir absorbé.J\u2019existe en pont reliant l\u2019Amérique goulue, décaféinée et l\u2019Europe subitement imprécise que je m\u2019applique à redécouvrir.Les fascinations m\u2019habitent au plus éloigné de ma réalité.D\u2019étranges beautés marquent le geste et la parole de concrètes supervisions.J'ai donc la tâche de caractériser l\u2019être en ballant que je suis devenue par la force de troublantes émanations.Par une rivale magie, celle de l\u2019écriture, je deviens l\u2019archéologue de ma propre pensée.Le 15 juillet j'avais entrepris le texte très différemment.J\u2019écrivais C\u2019est la tête en roses éclatées, les pieds noyés dans les fleurs de trèfle, mes sens contractant les baumes des poiriers, citronniers, cerisiers bulgares, que j'écris que mon corps est hanté.J\u2019ai dans mon esprit la meute des visages bleus personnifiant la totalité, le point d\u2019unicité d\u2019un univers à déballer.Ma peur sarclée par un vide à combler a décousu mes ponts, déroutant mes aventures.À tout prendre, à créer.77 J\u2019ajoutais n\u2019éprouver aucune hésitation en affirmant le vide à combler et que la cause de cet état m\u2019entraînerait loin sur la piste des analyses psycho-sociologiques au tournant d\u2019un pays naissant et en relation définie avec la libération de mon sexe et de ma culture.C\u2019était le 15 juillet dans la banlieue sud de Sofia, dans les jupes d\u2019une montagne appelée Vitucha.Aujourd\u2019hui 8 août la montagne a remonté ses jupes, laissant voir sa peau rude et brune comme la peau brûlée de paysannes aux moissons que les charettes renvoient, tableau sans sourire, à la tombée du jour, et que des touristes immortaliseront de leurs caméras, pour la simple possession d\u2019exotisme, sans rappel élémentaire de perspectives idéologiques.Vingt-trois jours ont passé.Quinze juillet, l\u2019effervescence.Huit août, l\u2019inquiétude.Détournement d\u2019écriture ?Ne suis-je qu\u2019un pirate des nombres entiers ?(Suite de ce que j\u2019écrivis le 15 juillet dans les jupes de Vitucha) Voila la lutte des femmes intrinsequement reliée a celle de mon pays.La-bas dans une Amérique touffue, comblée, débordante, obèse et \u201ca saigner\u201d\u2019, tandis que je rentre d\u2019une promenade bucolique, aérante dans un chemin de Vitucha.Très haut sur la montagne les roses projettent une éclatante euphorie sur les framboisiers impudiquement allongés.Et puis Je m\u2019interroge et voila que je m\u2019avise d\u2019une neuve corrélation.Je me lève un matin.Je bois du café au lait.Les rues de Montréal s\u2019animent et se regroupent dans une économie qu\u2019il faut maintenir et qu\u2019inopi- nément dans l\u2019absence du choix j\u2019endosserai.Je dine, agite les événements, l\u2019information.Je travaille et je ris.Ma pression sanguine me colore et l\u2019espoir parfois luit.Mais je rêve et m\u2019ennuie.Je me réactive et rembarque.Je rentre et désespère dressée dans mon stress.Et mon tempérament colérique maquillé pour la circonstance du travail relâche enfin ses articu- tions.Je suis un fait divers.Or j'ai décidé de m\u2019extraire de la diversité en pénétrant de plein-pied dans l\u2019identité.Pour ce.affirmation constante et femme-pays.Au centre précis de ma réflexion, voilà que l\u2019écriture s\u2019empare de ma disponibilité, de ma hantisse.Ou angoisse.Me menant brusquement dans l\u2019activité créatrice.D\u2019où, élargissement des frontières, brisure des cénacles, cassure des glaces du mouvement.J'irai parler à toutes les différences qui entourent.Peu après le 15 juillet je m\u2019embarque pour Istambul et, je n\u2019ai écrit ces jours-ci que des cartes postales à mes amis.Epivardée, entraînée dans le tourbillon de l\u2019étrangeté, Je me laisse bercer par une insupportable moiteur chaude que ni le Bosphore ni ma mer Noire ne réussiront à apaiser.Je décompose la femme et la bête avance et broute dans les rumeurs d\u2019Istanbul que je viens à peine d\u2019effleurer.Je me rappelle pourtant avoir élaboré des fresques semblables à celles avidement apprises dans les monastères bulgares magnifiés d\u2019anciens rites, et de cette vieille monaquina, moniale de 91 ans dont les tremblements, doucement, se réfugialent sur une canne de berger.Dans sa fleur de vie creusée j'ai vu la tige renaissante apprétée pour la belle histoire mystère et femme, à écrire.Et de l\u2019eau fraîche du puits de l\u2019enceinte du monas- tere de Kapinovo, et de la chorale d\u2019oisillons bleus 79 célébrant la savante brûlure perchée au secret d\u2019une montagne balkanique.Monaquina je t\u2019écrirai jusque dans mon café (omniprésence du café) à Montréal enneigé, souffleté, dont tu ignoreras la grisaille des bétons et \u2026l\u2019ampleur des salles de bain.Je fus alluvion.Je suis un fleuve et je poursuis mon cours au-delà des fles immenses de mon appétit de tout.Je suis le fleuve et l\u2019écrevisse, en avant ou marche arrière, mais percevant dans les signes tracés le rêve animé du monde en son entier appartenant à chacun des êtres qui l\u2019habitent.Je suis une femme et son droit.À la conquête de l\u2019élan perpétuel.Ma seule muse, liberté.L\u2019opposition me situerait dans un carré de l\u2019échiquier, constamment ballotée par le jeu et la danse d\u2019une quadrature de cercle devenu vicieux.Et je voguais vers Istanbul sur un bateau blanc parcheminant mon excitation, lorgner le voile noir des femmes turques, et iraniennes de passage, que je ne comprendrai point.Grouillement d\u2019Istanbul.Quatre millions de bipèdes se marchent sur les pieds.Des Buick et des Chevrolet vieilles de vingt ans emboîtent le pas.C\u2019est la mêlée soudaine des marchands ambulants de raisins, de pistaches, de livres polyglottes, de bijoux et d\u2019or effrontément jaune et pissant, que le \u2018\u201c\u201cbazar\u2019\u201d\u2019 me signale en désarroi.Des gamins de douze ans s\u2019accrochent et supplient.Vous lâchent et haïssent.Pour que dans l\u2019étourdissement du moment vous conserviez dans votre mémoire les nattes d\u2019une fillette apportant l\u2019eau de la fontaine.Droite, impassible, obéissant au silence de son sexe.A douze ans, avec un sexe d\u2019homme, ils déambulent dans Istanbul et touchent pour leur plaisir des femmes blondes au langage inconnu.De- 80 aEaratarass IA SEAMS ME SIMONI Ia Shit bai LPL vant la mosquée bleue, plus bleue que le bleu des yeux de la fillette muette et sombre comme l\u2019ours enchafné qu\u2019un amuseur turc épuise pour quelques sauts gratifiés de lires et d\u2019inconsciences touristiques.Un ours a hurlé en se dressant et son cri plus pur que celui jailli du minaret porte sur le grouillant Istanbul le chant d\u2019une fillette quatrième épousée du maître arrivé.J\u2019écrivis peu entre le 15 juillet et le 8 août 1979.Je poursuis en affirmant subitement que mon écriture est un acte névrotique.Le seul lieu pouvant unir mon Être extérieur au véritable pouvoir intérieur.Sublime touche traduisant la vision du moi et du monde.Signes tracés m\u2019enfantent.Creusant, modelant, définissant.À peine.Créer pour me re-créer.Exprimant la bouillonnante angoisse en quête de.Mon rapport à l\u2019écriture en est un d\u2019identification.Le matériau acquis me projette dans une cosmologie nouvelle.En ayant pourtant qu\u2019une certitude.Celle de l\u2019absurde entendu.Puisque l\u2019écriture, en geste constant n\u2019atteint aucune fin.Merveilleuse mutation.Ma jouissance accaparante au plaisir exigeant.Au plus exaltant des signes tracés, la puissance s\u2019affirme.(Il n\u2019y a pas qu\u2019un plaisir spirituel à écrire.Egalement un plaisir physique.Léautaud.) Acte névrotique né d\u2019un malaise situé entre le sexe femelle et l\u2019esprit maintes fois contraint à la déroute.Couvé, épineux, mais d\u2019un pollen féroce et giclant comme semence en abondance de.Ecrire en ce pays que je suis.Ma névrose au moment précis de l\u2019acte s\u2019efface.Ce tremblement cérébral éprouvé puis projeté en pleine face des visages qui m\u2019interrogent.Le refus des mo- noxydes et des canons.La duperie des gras durs et la douceur des suicidés.Telle aiguille me cousait aux fixations.Je l\u2019ai sculptée.En pointe modifiée par moi, elle m'\u2019anime.Et j'écris.D'autres jours je ne suis rien.Qu\u2019un amas d\u2019organes que mon ignorance amplifie au rythme de nouveaux es- 81 paces.Des réflexions de savants étrangers, d\u2019artistes illimités que j\u2019entendrai en mesurant les différences des approches et des matières transformables.Enfin, je suis une branche courbée dans l'arbre sept fois centenaire.Ma parole croît en bourgeon dans l\u2019entrelacement des signes qui ombragent.Mais j\u2019existe au point de RENAITRE A CHAQUE SAISON DANS L\u2019ENORME PAPYRUS DES BRUTALES NEVROSES.De I\u2019écrevisse et de arbre.La basilique Alexandre Nevski se détache en abeille blonde sur la fleur noire qu\u2019est devenue a minuit la sage Sofia.Demain l\u2019Amérique, et je répète mes dernières leçons apprises aux familles bulgares rassemblées.La rédactrice en chef d\u2019une revue à Sofia me demande le texte que j\u2019écrirai demain.Traduction.L\u2019écrevisse écrivant, avance prudemment, abondamment, dans les biospheres des désirs les plus secrets des alphabets de femmes bulgares.Les domes d\u2019or d\u2019Alexandre Nevski continuent de flamber pendant qu\u2019un insolite rayon m\u2019indique un débordement d\u2019ondes aux couleurs d\u2019écriture.Et je songe aux instantanés de l\u2019écrevisse nageant dans un café québécois.J\u2019entrevois des rivières de complicités de paroles, des transports, des migrations, perpétuant nos gestes.Mon départ ne fut que simulacre de fin.Par toutes les magies de l\u2019écriture mon affirmation résiste et revient.Ici, ailleurs, et constamment.Sans lait ni sucre.Merci.82 Madeleine Gagnon L\u2019infante immémoriale (fragments) \u2018\u201c\u201cEt je serai seule à savoir si la fêlure était nécessaire.\u201d Je suis sortie et ne suis pas revenue.Je n\u2019ai pas d'ailes, mon corps vole.D\u2019où est-ce que je viens et reviendrai-je, suis-je perdue et qui je suis, on ne sait pas encore très bien répondre à toutes ces questions.Les mots se retirent à ce seuil.Je reviendrai au lieu d\u2019où les paroles s\u2019échappent, c\u2019est une constance, un défi, là où la lettre se forge, c\u2019est un pari.Pour l\u2019instant je continue ma trajectoire.Au-dessus de la ville brûlante, c\u2019est juillet, une fin de soirée d\u2019été, c\u2019est la fête qui me happe, me remue dans son cyclône.Et les pieds dansent, s\u2019imprègnent, collent sur l\u2019asphalte gluante, je détourne la vue, me reprends et vole vers la mer pacifique.Bientôt j'aurai franchi les bornes de Montréal, je poursuivrai vers les hauteurs du Nord, je traverserai la forêt noire d\u2019Abitibi, puis ce qu\u2019il adviendra c\u2019est toute une histoire.J'ai mon plan.Un blanc de mémoire pourtant n\u2019arrête pas de me laisser sans suite.Je pourrais inventer; seule la levée de ce blanc m'intéresse.Ce qu\u2019il cache que je ne sais nommer.Je suis dans la matière qui s\u2019annule à mesure que je m\u2019y enfonce, pierre spongieuse 83 se liquéfiant, je suis dans le liquide, je vole dans l\u2019eau des airs.C\u2019est dans le banc de neige que pour la première fois je renouai avec les gestes du vol.Ca s\u2019enfonçait si doucement, la neige molle un vrai nuage, le temps d\u2019y songer je fus happée, il y avait un trou aussi long que mon corps, l\u2019antre blanche et folle où le temps d\u2019y penser ça ne respirait plus.Contre la mort qui vient ne jamais se débattre.Le corps inerte, une pierre, un oiseau.Il ne faut donc que de légers mouvements, au rythme régulier les mains comme des palmes, pour m\u2019en sortir je dus voler, c\u2019est là que je l\u2019appris, hisser son corps vers le haut, voler dans un nuage, liquéfier la matière opaque et meurtrière, par mon respir.Voler dans l\u2019eau des airs.\u201cAlors, avant que j'aie compris, mon coeur blanchit comme blanchissent les cheveux.\u201d Pendant tous ces longs mois d\u2019hiver, parlant à son enfant, je parlais de mon enfant, dedans, me remémorant d\u2019où je venais et d\u2019où les premières lettres, sur le corps- livre, s\u2019étaient gravées.Cette lecture avait accouché d\u2019un enfant étrange, avait donné l\u2019étrangeté à un enfant, étrange comme tout désir, comme tout enfant heureux, je ne veux pas étouffer l\u2019étrangeté de mon infante immémoriale, c\u2019est pourquoi elle vole, je est une autre, mon enfant, lui enfante, l\u2019étrange bonheur nous infante.J'avais volé.Nous traversions les rues une a une, coupions en filant le trafic, prenions les raccourcis par- delà les ruelles, enjambions les clôtures, filions à travers les maisons voyant les regards médusés au passage, les bouches bées à ne plus pouvoir crier elle est folle, corps morfondus des femmes atterrées enfants aux ventres douloureux, cuisines grouillantes, couloirs éteints, portes verrouillées que nous voulions forcer pour nous retrouver, haletants jusqu\u2019à l\u2019autre rue de leur malheur sans nom de crimes et d\u2019aveux.Nous repartions.Vous n\u2019êtes pas venus à ma rescousse, le parc était désert et nous ne savions plus si nous devions hanter ceux-là qui nous chassaient.Nous avons attendu.84 Combien de temps, peu m\u2019importait, j'avais compté que le temps des heures ne se mesurait plus, se volait lui aussi; j'ai voulu me saisir d\u2019une démesure, une figure sans calcul, une loi que j\u2019aurais inventée sans ordonnance, un vol parfait sans objet, des semblables qui me le reprochaient, sans comprendre, absolument, que nous n\u2019y fimes pour rien de leur seul projet, à nous détruire.\u201c\u201cje savais qu\u2019il me fallait admettre que j'étais en danger, tout en étant consciente que c\u2019était folie de croire à un danger totalement inexistant.Mais je devais croire en moi-même \u2014 toute ma vie J'avais été, comme tout le monde, en danger \u2014 mais maintenant, pour pouvoir sortir, j'avais la responsabilité délirante d\u2019avoir à le savoir.\u201d Les jambes battantes, la pluie tombe, le banc du parc est trop haut, je respire quand même, ils sont partis, pendant que là quelqu\u2019un passe, je n\u2019ai pas peur, c\u2019est l\u2019après-midi.Elle pousse son enfant, parapluie sur le carosse, elle sautille dans les flaques, se dépêche, je lis l\u2019angoisse de celle qui ne peut voler, ne veut pas que son enfant soit mouillé, attrape une bronchite, une grippe ou bien la pneumonie, dedans ça pleure, infante ou enfant qui n\u2019aime pas ce rythme, cet essoufflement.Et qui sent l\u2019inquiétude.Tout autour ça se précipite, la pluie grandit l\u2019orage grise, le sac d\u2019épicerie de la vieille s\u2019éventre, je ramasse ses pommes et souris, je retourne au banc de pierre, bientôt je quitterai le parc, plus personne et j'aurai peur.Elle se faufile, anonyme, dans les petites histoires inédites et sans façons de la mémoire insoumise, rue Rachel.Dans le milieu du blanc, m\u2019y perdant, j'inventerai le reste, pour avoir à produire tant d\u2019adieux chaque fois que je croise quelqu\u2019un pour la première et la dernière fois.En conséquence, l\u2019histoire ici la plus étrange ne se raconte pas, voilà pourquoi l\u2019écrit, le vol.Et, je ne me suis pas aperçue que la pluie cessait, l\u2019orage les pommes la vieille et le cri du bébé de 85 la mère à l\u2019angoisse, le parc se vidait, quelque chose s\u2019éventrait, désert d\u2019eau, la nuit tombe, nous partons.Je ne me suis pas aperçue.\u201cCar \u201cJe\u201d n\u2019est qu\u2019un des spasmes momentanés du monde.\u201d Une auto dérape, quelqu\u2019un s\u2019y déchire, j'avais cru pourtant que tout dormait, je voulais entrer dans le coeur du bruit, ne plus entendre et ne pas définir la suite du trajet.Je m\u2019avance, il saigne, il est blanc, elle tient le bébé dans ses bras qui hurle, muette et sans regard, tout son corps fixe l\u2019homme allongé, ça ne bougera plus, jamais, elle le sait, absente à tout le reste mais sert entre ses bras le cri du bébé, touche à l\u2019image non permise, ne connaît plus, l\u2019inceste c\u2019est la mort, l\u2019aime sans plus savoir et c\u2019est inutile.C\u2019est de l\u2019amour parce qu\u2019inutile.\u201cLe monde se regarde en moi.Tout regarde tout, tout vit l\u2019autre; en ce désert, les choses savent les choses.\u201d Berce l\u2019enfant qui vient d\u2019endormir son cri, une mère peut-elle donner à l\u2019homme mort ce sanglot et l\u2019univers les engloutirait tous les trois ?\u201cLa vie, mon amour, est une immense séduction où tout ce qui existe se séduit.\u201d Se berce à son tour dans les cris endormis de l\u2019homme et de l\u2019enfant.Vole son propre désir et s\u2019aime.\u201cMon pied s\u2019est posé sur l\u2019air, et je suis entrée au paradis ou en enfer : dans le noyau.\u201d Voilà pourquoi ni ramper ni voler ne me sont interdits.L\u2019instant d\u2019avant l\u2019homme se mouvait, l\u2019enfant avait parlé, risqué un mot.Un nom.\u201cMais c\u2019est à moi qu\u2019il incombera de m\u2019empécher de donner un nom à la chose.Le nom est une redondance et empêche le contact avec la chose.Le nom de la chose est une intervalle pour la chose.La tentation de redondance est grande \u2014 car la chose nue est tellement ennuyeuse.\u201d Qui Est-Je ?Qui est-Elle ?Qui suis-je ?C\u2019est une femme que je jure avoir connue vivante.\u201cRester au-dedans de la chose, c\u2019est de la folie.\u201d Elle glisse, l\u2019amour me fuit 86 pore du dedans, me disparaît, de partout, me désaisit, me découd, décourage, déprend, file, et je te regarde mourir, je n\u2019y peux rien.Elle glisse ça à mon oreille.Faisant mine de n\u2019en rien saisir, ne pas m\u2019appartenir, je lui souris.Je elle sanglote, c\u2019est lui, c\u2019est elle, je lui parle, je elle parle; \u2018\u201cdevine-moi, devine-moi.Réchauffe-moi en me devinant, comprends-moi car je ne me comprends pas moi-même.\u201d Ne viens plus, n\u2019écris plus, se referme, arpège déliant les doigts de la matrice close, en accords dièses, antérieurs, elle remue le bien et le mal d\u2019antan, chante le son, you pays les misères, ne parler plus, dit au-delà danser voler, mais dans l\u2019opacité qui peut se muer, le vide est dans ce que je pense et alors le reste est plein.Elle le regarde mourir.\u201cQue l\u2019on ne réveille pas celui qui semble absent, celui qui est absorbé est en train de sentir le poids des choses.Une des preuves de la chose est son poids : ne vole que ce qui a du poids.Et ne tombe \u2014 la météorite céleste \u2014 que ce qui a du poids.\u201d Va changer racine-là.Soli maïo tous les jours asteure, l\u2019écriture, elle seule, traverse toutes les langues.Un couple, des groupes, puis, une solitude.\u201cUtilise-moi, au moins utilise-moi comme un tunnel obscur \u2014 et lorsque tu auras traversé mon obscurité, tu te retrouveras à l\u2019autre bout du tunnel avec toi-même.\u201d Tu penses que tu vas loin ainsi?Pas aussi loin que sa mort, c\u2019est tout ce qui compte pour moi.Tu l\u2019as pleuré et, dedans, tu pleurais ton impuissance qui était la nôtre à tous.Nous nous reconnaissions dans votre accident d\u2019amour.Nous nous tenions muets \u2018\u201ccomme nous regretterons un jour ceux qui sont morts du cancer sans que nous ayons utilisé le remède qui existe.Sans doute n\u2019avons-nous pas encore besoin de ne pas mourir du cancer.Tout existe.\u201d Oui, mon amour, tout existait, \u201cLe minerai qui est dans la terre n\u2019est pas responsable de ne pas être utilisé,\u201d et tu le plaças dans la terre d\u2019ocre ton bébé endormi dans son cri \u2018\u201c\u2018ah, mon amour, n\u2019aie 87 pas peur de la carence; elle est notre plus grand destin.\u201d C\u2019était là, tu savais, dans cette fosse, que nous allions trouver.Une vérité à la mesure du trou.Jamais dans le deuil le plaisir ne s\u2019éprouve mais tu découvrais l\u2019intensité de la jouissance.Tu séjournais dans le four du sens et votre vérité enfin n\u2019était pas démesurée parce que plus vaste que toi.\u201cSi la \u2018\u2018vérité\u2019\u2019 était de celles que je peux comprendre \u2014 cela finirait par n\u2019être qu\u2019une petite vérité, à ma taille.\u201d Je ne pouvais pas, justement, comprendre cette jouissance, ni la crier, et je nous remis à voler.\u201cJ\u2019étais maintenant tellement plus grande que je ne me voyais plus.Aussi grande qu\u2019un paysage lointain.\u201d Nous avons voulu aussi loin qu\u2019elle vole.Nous allons aussi loin qu\u2019elle vole.Volions savoir.Vous, je t\u2019ordonne de disparaître et voila que tu surgis, toi, entre vous et moi, je m\u2019étais posée sur un champ de luzerne et tu t\u2019étais envolé de ta mere accoucheuse, lorsqu\u2019entre les falaises elle te donnait la vie, dans l\u2019enfantement tué, en plein essor, pourquoi le suicide en plein vol, et son infante géniale, son aile sacrifiée, naissait d\u2019elle qui se devait de s\u2019enfouir dans la disparition opaque de l\u2019espace translucide des moëlleuses nuits bleues.\u201cLa vie est une mission secrète.\u201d Tu n\u2019arrives plus de me venir dans ton enfantement.Je l\u2019écrirai, l\u2019épuiserai, le mourrai, jusqu\u2019au dernier souffle de nos beautés planantes entre les anfractuosités roses, je n\u2019aimerai plus que toi suspendu dans ton vol, ta naissance, \u2018\u2018si tu veux savoir par moi, sans avoir besoin d\u2019étre torturé avant, sans avoir besoin, avant, d\u2019être coupé en deux\u201d, si tu veux devenir l\u2019in-coupable, si tu veux savoir de moi pourquoi l\u2019enfantement suicidé, comprendre tu vois, je n\u2019ai, et n\u2019ai jamais commis de meurtre, j'ai volé et pourquoi ?j'ai voulu te capter au passage.\u201cComment parlerai-je maintenant d\u2019un amour qui n\u2019est pas ce qu\u2019il ressent, et devant lequel le mot \u201camour\u201d n\u2019est qu\u2019un objet poussiéreux.\u201d 88 Et tous les mots, depuis que j'ai appris à même la démesure du rien, dans l\u2019incroyance, toi la mère à l\u2019enfant au cri bloqué et ce père allongé, ton amant, dans l\u2019accident des routes d\u2019ocre du désert cancéreux.L\u2019effort fut si grand pour parler de cela qui n\u2019avait pas de mots, et sans cette parole et son rapt de mots, la mort qui rôdait comme vautour se fut substituée à l\u2019amour.Alors éros n\u2019est ni du même ni de l\u2018autre, c\u2019est l\u2019inceste.Un tel effort, que je n\u2019ai pas trouvé la réponse à l\u2019énigme, \u201c\u201cj\u2019avais trouvé l\u2019énigme elle-même.\u201d Je n\u2019avais plus besoin de prétendre, virginale, avoir accouché d\u2019un dieu, il n\u2019y aurait jamais plus de dieu, ni violeur ni castré, son géniteur oiseau-témoin rencontré en plein vol.Ça n\u2019est pas un dieu que j\u2019y déchiffre.C\u2019est le corps d\u2019une femme rivée à sa jouissance, en plein deuil d\u2019histoire privée de son plaisir, son corps manuel sa terre productrice, sa matrice close en pleine gestation, ce jeune homme bandé parti on ne sait où, venu de nulle part, son vagin dentelle canyon d\u2019arpèges, pour l\u2019infante à venir, sous la langue un clitoris qu\u2019elle découvre avant que ne s\u2019enfuient les doigts caressants de l\u2019homme étranger venu on ne sait d\u2019où, c\u2019est le frère, on l\u2019a fait lointain lorsqu\u2019il fut si proche, son enfantement, sa maternité castrée.Jamais une femme n\u2019aurait rédigé cette fable.Dieu lentement s\u2019éclipse des écritures.Allaitais-tu ce monstre ?Comment soustraire nos fils à leur destin divin ?Par l\u2019énigme enfin mise à jour en pleine expulsion de petit d\u2019homme.Avoir désiré l\u2019enfant, tout enfant toute infante, comme \u201c\u2018avoir désiré son père ou sa mère est tellement fatal que cela doit avoir été notre fondement.\u201d Je ne me suis pas écroulée en plein vol et n\u2019ai pas pour autant pénétré au coeur de la chose.Elle se comprenait sans que je ne la sache.Elle s\u2019était vue sans mon regard.A ce seuil de la chose, chacun venait humblement s\u2019agenouiller, baiser le sol d\u2019ocre de mon amant ressuscité, à ce seuil l\u2019analyse s\u2019inclinait, hors le trans- a 4 4 a ETA jeden eg r fert inventé seulement pour protéger l\u2019inceste du viol.Car sans le viol, jamais divinité ne fut inventée, de mémoire d\u2019homme.\u201cVivre m\u2019impressionne tellement.Vivre m\u2019enleve le sommeil.\u201d \u201cQuand le mot manque le corps se multiplie\u201d (Ma- ren Sell, Mourir d\u2019Absence).Le mot de l\u2019utopie me manque, m\u2019a toujours manquée, et dans cette carence le corps retrouvé d\u2019autres vocables surgissent, les disparus, les enfouis, ceux qui avaient dû déjà mourir et se renoncer.Ils n\u2019avaient pu alors se frayer une voie dans la grammaire lucide de la conscience, avaient résisté, s\u2019étaient éclipsés de l\u2019avant-scène des paroles, ne s\u2019étaient pas rendus jusqu\u2019à la bouche, s\u2019étaient entassés pêle-mêle en plein corps, dans les guillemets des choses en suspens, dans la noirceur de la mémoire organique, s\u2019étaient suicidés des apparences, des programmes, ne s\u2019étaient pas pulvérisés pour autant, veillaient dormants, jusqu\u2019à ce que de la syntaxe plurielle aimante sans frontières, en plein vol, viennent les toucher, les frôler, descende les habiter dans l\u2019enceinte heureuse et étrange de ce qui avait fui la loi.L\u2019inceste est une gestation, un enfantement, une copulation, entre les guillemets du désir.\u201cDeux minutes apres ma naissance j\u2019avais déja perdu mes origines\u201d.Je ne possédais plus mes références.Et là, dans l\u2019illumination soudaine de l\u2019irréférence, du savoir lointain se laissait attendre, caresser et comprendre, en état de jouissance différée, et aucune théorie aucune science n\u2019en résulterait, une suite d\u2019approximations fictives en découlerait, qui ne tiendraient pas ensemble comme une architecture fixée, qui couleraient, s\u2019insinueraient partout vers d\u2019autres fictions qui reçoivent, les parent et les enchantent, partout où le mot manque, partout où le corps s\u2019offre.90 Devenait-elle tangible ?sa douleur en suspens, le père qui ne respire plus, l\u2019amant, et l\u2019enfant dont le cri bloque ?je les considérais.Un rayon diffus qui barre le regard, une lettre, un geste, sa main tendue, la texture effritée d\u2019une encre sèche sur une femme au qui vive, sans parole, dans une trajectoire où tout le sens m\u2019échappe.\u201cMon amour, n\u2019aie pas peur de la carence : elle est notre plus grand destin.\u201d Comme en plein désert où le sens des trajets fuit.Sans traces de quelque chose, mot, qui aurait précédé.Alors je peindrai ce qui manque.Un geste impulsif pour rendre l\u2019irréférence.Ce qui n\u2019a pas encore été dessiné.Et mon dessin préce- de la pensée.Il s\u2019est tracé dans les blancs du temps.Là où il n\u2019y avait pas de conditionnel.Rien d\u2019hypothétique.Que du possible parce que se formant de la larve de l\u2019in-mot, dans la chose même de l\u2019incertitude où l\u2019on ne peut toutefois séjourner à la considérer.Les questions crues, le vertige sur tous les garde-fous du langage, le vide, le mur des temps fluctuants, toujours, comme dans un futur antérieur qui se réalise du seul mouvement de mes ailes, au-dessus de la ville et de ses inscriptions fluctuantes, quittées les grilles syntaxiques quand l\u2019oiseau- témoin, l\u2019infante immémoriale, revient de son avortement, me chanter sur tous les tons les choses de l\u2019amour en venue.Dans l\u2019interstice, dans l\u2019entre-deux, dans son antre nouvelle, se meurt ce qui me réfère.Dans les délires élaborés que nous quittons sans regret, la métaphore tenait lieu de jouissance.Des histoires d\u2019O théoriques, des petites et grandes intelligences crucifiées, nous avions été grandis dans leurs orgasmes, de Platon à la truite sauvage, de Kant aux billots, de Sartre à ma guitare et parfois dans la nuit des bruits de bombarde me prévenaient de tuer l\u2019ouir, et le souffle, aux heures ultimes quand nous étions agenouillés, contemplant les bûchers de nos corps sacrifiés au savoir mortifère.Je suis passée.Maintenant, conduis-moi non pas où tu veux que j'aille, de là je reviens.Conduis-moi là où 91 je veux aller sans savoir.Je suis le désir de partir, à partir de toi.Tu m\u2019es distant.C\u2019est là que d\u2019ailes je t\u2019approche.Enfin je vole.Enfin je te quitte.Enfin tu es là.Quelque chose, un, une, s\u2019aime.Jamais ne se trouvera- t-il le temps pour dire, là, cet espace, où sans plus vouloir ça se rencontrait.C\u2019était.Tabula rasa.Une caverne où ça vole et se fixe et nul n\u2019osait venir en altérer l\u2019ombrage.Hors l\u2019ombre tu.\u201cL\u2019un est le silence de l\u2019autre.Des tueurs qui se rencontrent : le monde est extrêmement réciproque.\u201d Entre guillemets, une lecture de cette écriture : La Passion selon G.H., de Clarice Lispector, traduction Clelia Pisa, éd.des Femmes, Paris 1977.Janvier-juillet 1979.92 Suzanne Jacob Telles \u2014 Ici, personne ne pourra vous voir.Ni vous entendre.Elle cherche son souffle.Ma belle-mère.Elle tourne sur elle-même.Elle vérifie.\u2014 Et si quelqu\u2019un venait ?Elle fouille les dunes et le fossé de ses yeux rougis.\u2014 Et si quelqu\u2019un avait oublié quelque chose, ou perdu quelque chose, il reviendrait, forcément.\u2014 Personne ne viendra.Ils marchent tous la main sur leur porte-monnaie.Ils n\u2019oublient pas.Personne ne viendra.Nous sommes seules, toutes seules.Je tiens votre main déformée et nous avançons encore un peu.\u2014 Et si quelqu\u2019un était pris de doute au sujet de nos identités ?.\u2026.On viendrait.Et on exigerait nos identités.Elle est comme ça.Méfiante.Elle balayait la galerie, puis les marches, puis le trottoir municipal, sa portion de trottoir municipal.Elle étendait à l\u2019heure et elle n\u2019étendait jamais ce qu\u2019elle n\u2019avait pas réussi à détacher.Un sens aigu de la tache.De l\u2019honneur.Je la fatigue souvent parce que je tache beaucoup.Et je ne lave guère.93 Puis son homme est mort.Plus de miettes sur la nappe.Plus de gouttes sous le siège.Puis jai quitté son fils.C\u2019est pour dire, mais elle a cru que c\u2019était elle que j'avais quittée.C\u2019est pour dire.Elle a dit que ça faisait deux morts.Deux.Deux de trop.Et elle a continué à pleurer.Elle pleurait déjà bien avant, bien avant que j'arrive dans cette histoire, cette petite histoire, petit village, grosse fanfare, grosses voitures, petits souliers.Tout en pleurant, elle a transformé toute la maison.Tout a été repeint, recouvert, refait, dans un autre style.Tout a été nouveau.Il suffisait de s\u2019asseoir, là, dans le sofa or antique, il suffisait d\u2019allumer la lampe sur pied, il suffisait de bouger doucement un soulier pour rester en contact avec la nouvelle épaisseur du tapis, et tout était nouveau.Elle me tend une tasse de thé.Nous ne levons pas les yeux.Les nouvelles tasses, jolies, très, oui, elles me plaisent beaucoup.\u2014 Vous êtes sûre que vous n\u2019aimeriez pas une liqueur fine ?Il y en a.Pourvu que nos regards ne se croisent pas.Aussi longtemps que nos regards ne se croisent pas, tout reste nouveau et nous explorons les formes, le style, le style du changement.Mais nos regards se sont touchés.Et voici qu\u2019elle sanglote.Et ce regard affolé qui volette d\u2019un objet neuf à un autre objet neuf est beurré de larmes, de deuils, de chagrins, l\u2019ancien, les anciens deuils, du premier au dernier, c\u2019était toujours des deuils, même au sujet de la tarte au citron.Ce corps qui s\u2019agrippe au fait que l\u2019eau bout, ce corps qui s\u2019acharne au fait qu\u2019il faut bien avaler le thé, avaler, avaler, et ce corps secoué, fini, usé, malade, écrasé, ce corps pleure.C\u2019est tout.Autour d\u2019elle on dit : \u201cIl n\u2019y a rien a faire.\u201d A elle, ils disent : \u201cComment veux-tu que nous ayons envie de 94 te rendre visite ?\u2019\u201d A elle, ils disent : \u201cRefais ta vie, vas-y, serre les dents, va danser, sors, mange du chinois, achète-toi un manteau, abonne-toi, voyage, fais quelque chose !\u201d Ils disent ça.Ils lisent en gérontologie.Ils répètent ça.Ils font des farces, des grosses farces de petits villages : \u201cAllez la mère, fais-toi souigner un peu.Gar- roche-toi.Profites-en, de ta liberté !\u201d Ils lui disent comment voter.Ils l\u2019'emmènent en voiture, ils la font voter.Maudite misère.Elle a mal aux jambes.Elle pleure.I] n\u2019y a rien à faire.Elle ne parle plus.Il n\u2019y a rien à faire.Très bien.Salut.Je l\u2019emmène.Je t\u2019emmène de force, mamie, ma chérie, ma belle-mère.Il n\u2019y a rien à faire.Alors profitez-en.Allez-y vous autres.Changez-le, le gouvernement, changez-les, les maudites faces sur les timbres, sur les piasses, sur les cennes, changez-les, les maudits drapeaux, changez le changement changez les couvertes et le droit de passage des cordes à linge, et faites des codes et faites-en d\u2019autres, des plus, des moins lisibles, faites des sports, inventez-en d\u2019autres, et des commentateurs avec des gueules et d\u2019autres changements de programme à tous les canaux, mettez-en, des faces de femmes, plus, encore plus, changez les marques des sortes, les sortes des marques et tout, les boutons, les bottines, les emplacements, les coussins, les aéroports, changez tout au plus sacrament puisque ça vous démange tellement.Et laissez- moi tranquille avec ma belle-mère.On reste ensemble on est pareilles et on n\u2019ira plus mettre notre croix sur vos merdes de bouts de papier plié dans le sens des lois électorales, ma belle-mère et moi, non, il n\u2019y a rien à faire.Elle pleure.Non plus.On n\u2019en veut plus.Ni d\u2019aspirateur, ni de bon pour aller manger dans les restaurants, ni de démonstration, ni de vietnamien, ni rien.Lâchez-le, notre téléphone, lâchez-la, notre sonnette, le pot de 95 café est vide, plus de crème, plus de sucre, plus de savon, plus de récurant, allez vous laver ailleurs, plus rien, on a barré les toilettes.Quand on n\u2019en pourra plus, bientôt, on va chier par terre et je vais nous essuyer moi-même, laissez-moi faire.Elle pleure.Lächez-la.L\u2019âge d\u2019or, l\u2019âge de bronze, l\u2019âge de cuir tanné, l\u2019âge de sacoche troué, l\u2019âge, lâchez-la.Les découvreuses de clitoris, lâchez-la ma belle-mère, je vais essayer de la sucer moi- même, toute seule, avec ma langue, pour des raisons que vous ne serez jamais en mesure d\u2019inventer.Lachez- nous.Viens.Doucement.Mets ta jambe dans le trou ici.Ton autre jambe, passe-la.Ça va tenir.Je vais te porter.Comme les esquimaudes.Je suis capable, aie pas peur, tiens-toi après mon cou.Après mon front si tu veux.Tiens-moi.Je vais marcher.Tiens.Mouche-toi un peu.Avec ma chemise si tu veux, c\u2019est la grande chemise, on peut se moucher avec.Elle dit : \u201cOn a I\u2019air de quoi !\u201d\u2019 Je demande : \u201cCa ne vous fait pas trop mal ?\u201d Elle renifle : \u201cQuoi ?\u201d Je dis : \u201cAvoir Pair de quoi.\u201d Elle rit un petit coup et repleure.Ici, personne ne pourra nous voir.Ou nous entendre.Elle soupire, et elle rote dans mon cou, sur ma nuque.\u2014 Vous ne m\u2019avez pas fait tomber dans un piege de psiques toujours ?\u2014Vous savez bien que je serais la dernière à.\u2014 Ni dans une ruche a femmes a.Vous n\u2019étes pas une femme aux.\u201d Elle rit dans mon cou.Je sens sa bouche.Je l\u2019embrasse, sa bouche.En pensée.Je n\u2019oserais pas maintenant.Ses lèvres blanchies, molles, qui tremblent et qui s\u2019affaissent, qui tombent en bas du visage, ses lèvres qui ont tenu le coup comme tous ses sphincters.96 \u2014 Tiens-toi après moi.Serre fort.On avance.Je te sens.Ta gaine dure et tes attelages intimes, je les sens dans mon dos, sur mes reins.Ne te fâche pas si je jure et si je sacre, ça fait partie du défrichage.J\u2019ai les pieds en forme de soc.Tu vois, on avance.On oublie Copernic hein ?On oublie tout ça, mamie, mamie chérie.Il n\u2019y a rien à faire.Elle ne veut rien savoir.Ses hommes sont morts.Il n\u2019y a plus de miettes sur la nappe.Il n\u2019y a plus de gouttes sous le siège.\u2014 Des fois, ils ne rabaissaient pas le couvercle sur le siège et ils oubliaient de tirer la chaîne.C\u2019est elle qui a dit ça.Elle rit dans mon cou.Ça l\u2019allège de rire.On rit pour des riens, des riens comme ça, les riens qui ont duré cinquante ans.Puis, elle se crispe.\u2014 Vous n\u2019étes jamais venue ici vous non plus ?\u2014 Non.Jamais.Mais souvent, comme ça, entrer dans des endroits vraiment noirs, vraiment inconnus, ça fait rire.Ça allège.Vous me comprenez ?\u2014 Non.Mais j'aime ça.Personne ne m\u2019a jamais transportée comme vous le faites.J'aime ça.Il n\u2019y a rien à faire.Je sais.Je ne ferai pas quelque chose.\u2014 Vous êtes bien bonne, vous, et courageuse, pour moi.\u2014 Ce n\u2019est pas pour vous.Aussi bien vous le dire tout de suite.Elle rit dans mon cou.Elle rebraille.Elle niaise.Elle dit que tout le monde lui a menti avant.Bien sûr.C'était la loi de l\u2019élection.Ici, personne ne pourra voir.Ni entendre.On aura toute l\u2019intimité.\u2014 On est entre nous, dis-je.\u2014 Alors, le lit ne craquera pas.Vous comprenez ?\u2014 Je comprends.Il craquait toujours, n\u2019est-ce pas, le lit ?Elle pleure.Je dis : \u201cOn va se coucher dans le sable ici.C\u2019est 97 MNT EE EE EN I a BL PLL SESE Mo PE EEE EEE RES CARE SEE NL HI CN EH EHH EAM SE REN doux.Descends.Descends doucement.Retire ta jambe.Ton autre jambe.Attends, je te tiens.Voila.\u201d Elle dit : \u201cC\u2019est pour mourir n\u2019est-ce pas ?\u201d Je dis : \u201cOui, c\u2019est pour mourir.\u201d Elle rit : \u201cSans que ça craque et que tout le monde entende, maudit village.\u201d Le sable est blanc et bouillant.Le soleil est fixe à midi.Ma belle-mère est abattue dans le sable blanc et bouillant.Elle dit qu\u2019on est bien sans les transistors.Elle dit que c\u2019était encore tellement de travail, la musique de vacances, à la radio.Elle dit qu\u2019elle ne pense pas à Marilyn Munroe.C\u2019était bon pour les journaux.Elle pleure.Il n\u2019y a rien à faire.Je la dételle doucement, elle est cassée.Elle est trouée.Je dételle ses seins.Je dételle son ventre.Je dételle ses reins.Sa colonne vertébrale est cassée.Elle est là, ma belle-mère, et nue et rien ne craque.\u2014 Je hais le soleil, je hais le soleil, Julie, le soleil, je le hais.\u2014 Mamie, ma chérie, regarde-moi s\u2019il te reste un espace, une fente, une fissure, pour me voir, regarde-moi.Fais un effort.Je suis nue.Comme toi.Mes seins sont flasques comme les tiens.Mon ventre est mou, comme le tien.Mes reins sont troués, comme les tiens.Je pleure comme toi.Je tiens ta main déformée dans ma main déformée.Et le soleil va nous sécher telles.\u2014 Tu es folle.\u2014 Je suis folle.Ca ne nous regarde pas ni toi ni mol, que nous soyons folles.Puisque nous ne voterons plus.Tu comprends ?Nous ne voterons plus.Elle rit.Elle ouvre ses cuisses.C\u2019est la premiere fois qu\u2019elle ouvre ses cuisses.Le soleil la plante.Le sable est blanc et bouillant.98 aus mettait rie Il n\u2019y a rien à faire.Elle est abandonnée au noir et tombée.Lourdement tombée.Tous les oiseaux et tous les avions sont tombés.Il fait noir dans tous les ventres et dans tous les intestins.Elle est couchée sur le côté, abandonnée au noir, elle qui a tout fait pour que tout reluise, pour que tout illumine et elle qui a frotté les miroirs, tous les miroirs, et toute l\u2019argenterie.Elle est jetée sur son côté.Elle est lourdement retournée sur le dos et ses cuisses se sont écartées l\u2019une de l\u2019autre.Nous sommes ensemble.Telles. J RA ee \u2014 France Théoret La guerrière Eveiller la face agissante.Quand il n\u2019y a plus de sons laisser surgir l\u2019indéfinissable force aveugle de mettre au jour.Brute.Les rudiments.Faire comme si.Des tas de choses se valent pour qu\u2019elles se vaillent en effet.Les traits élémentaires.Face de l\u2019idiot d\u2019où sortent balbutiements et paraphrases d\u2019envies grosses et tristes.La frontière est une porte battante.Je vois des plafonnements.Du seuil aux points limites distances infinitésimales parfois.Certains jours, l\u2019oubli.D\u2019autres fois, les colères abruptes, mentales et chimériques.L\u2019accusation claire du début versant aux mille raisons d\u2019excuser comprendre comme on dit voir à la place de l\u2019autre les motifs et tisser le voile imaginaire figures ouvertes sur la fuite.Marche arrriè- re.Je suis une boîte fermée.Préservatif.Préserve.La mort pliée entre les dents.101 À la frontière, feu de toutes parts.Au réveil, des morceaux de verres et du sang.Tous les récits nocturnes possibles.La place envahie par les restes violents.La petite bonne troublée ramasse lave javellise.La face ailleurs.Détournée pour ne pas savoir qui pourquoi qu\u2019on ne dira pas car est-elle trop jeune suppose-t-on qu\u2019elle ne comprendrait pas ou n\u2019est-elle pas concernée ?Constamment des mains ici des yeux ailleurs où ?A la frontière, des sables mouvants.Les mots premiers de l\u2019obéissance.Rester enfant à force de sages réponses.Monde brutal.Sous tous rapports.Ne pas naître.Ne pas gêner.Ne'pas savoir ce que Ton sait.Ne pas exiger sans fin.Ne pas prendre place sinon la bonne pointée du doigt.Dieu est un père et j'aurai à trouver seule cette voie tracée échos que je te châtie car je t\u2019aime que je te chie dessus au nom du père À la frontière du singulier qui n\u2019existe pas.Emerge la religieuse.A dix-sept ans, l\u2019Imitation.On est responsable de sa santé.Il y a des normes à suivre au-delà desquelles pas de pardon.Fuir pour trouver la paix et le salut.Il n\u2019y a ni paix ni salut nulle part.Il y a la guerre.La religieuse éperdue de sa fuite en avant.Le giron familial sur le retour.Ne rien défier en déifiant.En appel d\u2019un charme indéfinissable marge marche pousse fuit femme de personne À la frontière, le gardien.Une seule parole, un geste minime direct violent d\u2019emporte-pièce voilà ce que veut le tyran.La barbarie.L\u2019obscène, c\u2019est l\u2019envahissement mental par le gardien fantoche simulation d\u2019une scène antérieure engendrement d\u2019une lutte ponctuelle.Qui diffère mourra.Mise à mort absurde doucement disgracieuse.Il veut sa claque faut que tu comprennes ça.Il se nourrit et pourrit énorme.103 RI ES A la frontière, l\u2019argent.Monnaie brillante.Là où ça ferme.Ne pas voir la queue.Prier le Seigneur.Les jours en-deça des jours se jeter en bas des escaliers pleurer et ne pas pleurer rigoler nerveusement quelque part dans le même temps des bras serviables des bras ouverts gestes automatiques le sommeil des reins la vie éternelle en attendant il viendra bien le jour où de cette mort de ma mort voudra naître armée dure et nette Aux frontières de l\u2019argent, les figures.L\u2019interchangeable.Les mouvements, les regards, la minutie mesquine des petits pas grignotement des je l\u2019aurai à l\u2019usure le temps fera l\u2019affaire des il n\u2019en tient qu\u2019à moi de ne pas lâcher.Le combat de l\u2019arrière- garde, les petits secrets maudits sur fond d\u2019argent.Les yeux vides de mon frère vide à qui je ressemble dit-il, dit-elle.En lui, la brûlure.Souffle caricatural.Fusionner et faire place nette.104 A la frontière, l\u2019impossible séduction.Il arrive le moment fatal où la demande rime avec sexe.De la servante qu\u2019on se garde d\u2019appeler ainsi, l\u2019ultime service.Elle est murée, forteresse de cet oiseau ridicule et blanc.Tous les chemins mènent au viol.Ils ont tous deux trois quatre fois son âge et sortent chaque fin d\u2019après-midi des bois.Ils viennent à la croisée des chemins où la fille du bar aveugle et sourde à l\u2019infini répète le service de la bière.À la frontière, la juste dépense.Celle de se maintenir en vie.Entretenir et persister.Durer.Funèbre, l\u2019envie de plaire.Ça cache son nom.Demain, ailleurs, autrement.Elle aurait les moyens de séduire mais elle est séduite.Marchandage constant et guerre des nerfs.Elle charme, il abuse.D\u2019un souffle unis.L\u2019horizon sans faille, l\u2019obéissance, le jour après jour à différer si lente là où s\u2019affolle et se perd l\u2019impossible séduction 105 Voir des volcans.Comme s\u2019exprimer.Ni soi, ni rien, seulement quelques forces vives.Poursuivie férocement.Les mots ne me sont plus donnés.L\u2019imagination morte depuis toujours.Que reste-t-il ?Des lignes d\u2019impossible fuite.Il n\u2019y a plus d\u2019issue sinon peut-être à venir de la vigilante guerrière.Ah ! Naître armée ! Un jour, je raconterai patiemment l\u2019histoire de la jeune servante endormie devenue guerrière par la force des choses.106 Quotidiennetés et mouvements RIRE oy A pa LL I RRR Eh MRE A EA ER HS SRE CECH CRRA HHH RR Sa |] Collectif D\u2019ou vient et ou va le regroupement des femmes québécoises En novembre 1976, lors de la semaine anniversaire de la Librairie des femmes d\u2019ici, quelques femmes discutèrent entre elles de la nécessité d\u2019un mouvement politique de pression de masse centré sur des actions plus que sur des revendications et basé sur un féminisme radical et révolutionnaire \u2014 un féminisme dont l\u2019objectif premier est la lutte contre l\u2019oppression des femmes parce que femmes et qui vise à instaurer un nouveau type de société où seraient abolies toutes les oppressions et toutes les exploitations et à laquelle les femmes pourraient participer à titre de citoyennes à part entière, en pleine coopération avec les hommes.Un an plus tard, ce noyau d\u2019une dizaine de femmes organisait un colloque pour savoir si d\u2019autres femmes partageaient leur désir.Deux cents femmes y assistaient.En juin 1978, lors du premier congrès d\u2019orientation du RFQ, ses membres votaient à l\u2019unanimité une plate- forme et des priorités pour l\u2019année à venir.Cette plate- forme a comme objectif la lutte contre l\u2019oppression de la femme en tant que femme; oppression qui existe quel que soit le type de société connue, quel que soit 109 le type de gouvernement et de système économique; oppression sexuelle qui se manifeste à l\u2019endroit de la femme tant contre sa personne et son corps que contre sa force de travail au foyer et à l\u2019extérieur du foyer.La lutte contre la violence faite aux corps des femmes fut la première priorité choisie parce qu\u2019elle était susceptible de rejoindre toutes les femmes.Le premier moyen d'action retenu fut la mise sur pied d\u2019un tribunal populaire et de comités de vigilance et d\u2019action, sans exclure pour autant d\u2019autres actions conformes aux objectifs du mouvement.Un mouvement de masse féministe et autonome Lors de ce premier congrès, le RFQ s\u2019est défini comme un mouvement politique de pression de masse féministe et autonome : un mouvement libre de toutes attaches politiques autres que celles qu\u2019il se donnerait; favorisant l\u2019autonomie des femmes par rapport à l\u2019Etat, aux institutions, au pouvoir et à son exercice; prenant en charge ses propres luttes; organisant son autofinancement et refusant toute subvention de quelque nature qu\u2019elle soit.Les femmes du RFQ se donnaient aussi des structures horizontales, comme on dit, et non hiérarchisées, c\u2019est- à-dire reposant essentiellement sur le regroupement en comités autonomes de travail et d\u2019action : comités de base dans les différentes régions, comités ad hoc pour mener des actions spécifiques, un comité de coordination devant assurer le lien entre ces divers comités et administrer les affaires courantes et un conseil général, la plus haute instance entre les assemblées générales, devant statuer au besoin sur des changements d\u2019orientation commandés, par exemple, par la conjoncture politique.Un an et demi plus tard, quel est le bilan ?Le RFQ a participé activement à des actions communes avec d\u2019autres groupes féministes : comité pour la 110 défense de Dalila Maschino, comité pour les Fées ont soif.Dans un double but de conscientisation des femmes et de sensibilisation du public, il a mis sur pied le Tribunal populaire et la première séance publique de ce tribunal qui portait sur le viol et à laquelle ont participé quelque 750 femmes s\u2019est tenue en juin dernier.Le comité de l\u2019éducation a mené une enquête auprès des membres pour les mieux connaître.Mais la première tâche dans le temps fut l\u2019organisation des comités de travail.Le RFQ compte près de 500 membres.Une quarantaine tout au plus ont travaillé activement au cours de cette première année.Outre les comités d\u2019action \u2014 Tribunal populaire et éducation \u2014 et les comités permanents de fonctionnement (secrétariat, information, liaison, autofinancement, etc.), chacun formé de quatre ou cinq femmes tout au plus, seuls deux à trois comités de base fonctionnent.Constatation étonnante, vu l\u2019enthousiasme des membres au premier congrès d\u2019orientation et l\u2019autonomie des comités permettant aux femmes de choisir les formes d\u2019action qui les intéressent le plus et leur conviennent le mieux.Quant au comité de coordination, vu le nombre restreint de comités qui fonctionnent et leurs faibles ressources, il a été plus un comité de travail faisant de la suppléance qu\u2019un comité de lien.Prises de positions publiques pour dénoncer divers aspects et manifestations de l\u2019oppression des femmes, actions de vigilance, solidarisation avec les autres groupes féministes, autant d\u2019actions au programme du futur.Que se passe-t-il ?Est-il trop tôt pour un mouvement politique de pression de masse au Québec ?Les femmes ne sont-elles pas prêtes à s\u2019engager dans l\u2019action de groupe ou ne le veulent-elles pas ?Serait-ce nos vieux réflexes de peur et d\u2019incapacité qui nous poursuivent ?Débordées de tous côtés, maison, enfants, conjoint, travail, études, en sommes-nous à ne trouver ni le temps ni l\u2019énergie de nous occuper de nous-mêmes et de notre sort collectif ?Autant de questions à poser 111 ETE os el rman et de réponses a trouver pour les membres du Regroupement des femmes québécoises, lors de leur prochaine assemblée générale annuelle, les 17 et 18 novembre 1979, a Montréal, si elles veulent entrevoir les possibles du mouvement.i | 112 Collectif La Librairie des femmes d\u2019ici : un lieu qu\u2019on s\u2019est donné 15 octobre 1979, quatrième anniversaire de la librairie des femmes.En ouvrant cette librairie, nous souhaitions offrir à toutes la possibilité de découvrir par le biais des livres une culture trop longtemps négligée : celle des femmes.Nous voulions aussi offrir aux femmes un endroit bien à elles.Nous voulions également être un centre d\u2019information accessible à toutes.Que la parole des femmes y trouve la place qui lui revient.Un petit monde à nous.Quatre ans plus tard, où en sommes-nous ?Nos désirs sont les mêmes.Notre engagement quotidien aussi exigeant et les difficultés de parcours très supportables grâce aux femmes qui croient avec nous jour après jour.Depuis bientôt un an nous avons quitté la rue Rachel pour la rue Saint-Denis, l\u2019espace étant devenu nettement insuffisant.Nous avons ouvert le café de la librairie, croyant à l\u2019importance et au besoin des femmes de se retrouver entre elles.Des femmes amies de la librairie y viennent régulièrement, de nouvelles femmes chaque jour s\u2019arrêtent, certaines par hasard, d\u2019autres cherchant des informa- 113 - Ty tions précises, certaines autres sachant que nous sommes là pour elles et pour l\u2019unique plaisir de bouquiner ou se reposer en présence de soeurs.Nous nous interrogeons fréquemment sur les moyens à prendre afin de rejoindre le plus grand nombre de femmes possible.Depuis un an et à regret, nous avons cessé, faute de temps, la publication \u201cDes livres et des femmes\u201d que nous faisions parvenir a travers la province a toute femme ayant déja visité la librairie.La demande nous en est faite souvent mais la situation présente ne nous permet pas de poursuivre.Nos moyens financiers limités nous obligent souvent à acheter en petite quantité, nous empéchant parfois de répondre adéquatement à certaines demandes.Les femmes sont en général très patientes avec nous et comprennent notre situation.Nous avons quelquefois lancé un appel à la solidarité.Nous aimerions que les femmes de Montréal se fassent un devoir d\u2019acheter leurs livres chez nous.Ainsi pourrions-nous consacrer plus d\u2019énergie et de temps à la vie du café et aux besoins réels.Dès ce mois-ci nous avons prévu des activités : expositions, lancement, atelier du collectif d\u2019auto-santé, présentation de vidéo, soirée de discussion, rencontre avec des femmes du monde de l\u2019écriture.Il suffit de téléphoner ou venir régulièrement nous voir pour savoir ce qui s\u2019y passe.Nous sommes trois femmes à y travailler, à y vivre avec et pour nos soeurs.Nous croyons avec acharnement à la quotidienneté de notre engagement.Nous souhaitons qu\u2019un plus grand nombre de femmes y crolent avec nous.P.S.La librairie et le café ouvrent leurs portes tous les lundi, mardi, mercredi de 10h00 à 18h00 jeudi, vendredi de 10h00 à 21h00 samedi de 10h00 à 17h00 3954 rue Saint-Denis, Montréal \u2014 tél.: 843-6273 114 Marie Gagnon Le comité Laure-Gaudreault : les femmes dans l\u2019enseignement Je ne pense pas qu\u2019il y ait jamais eu d\u2019autre exemple dans l\u2019espace et le temps que celui des femmes constituant toujours au moins la moitié des populations et toujours considérées comme un groupe minoritaire, obligées par le fait même d\u2019avoir recours aux armes des minorités.Que nous totalisions à l\u2019intérieur d\u2019une structure, un peu plus, ou beaucoup plus que la moitié ne change pas grand-chose à l\u2019affaire sinon qu\u2019à partir d\u2019un fort pourcentage, une situation précise, la nôtre en l\u2019occurrence, devient encore plus révélatrice.Il s\u2019agit en quelque sorte d\u2019appliquer aux faits une sorte de lentille grossissante.La Centrale de l\u2019enseignement du Québec est composée pour les 2/3 ou à peu près de femmes, surtout enseignantes, parfois professionnelles, employées de soutien, éducatrices.Alors que chez nous deux membres sur trois sont des femmes nous avons quand même un comité particulier chargé de veiller aux intérêts spécifiques de la majorité.Cela serait cocasse si du même coup nous ne révélions quelque chose de parfaitement 115 tragique c\u2019est-à-dire que dans notre société, à notre époque, la condition spécifique des femmes est une chose ignorée dans toutes les structures sociales.Ignorée soit, mais maintenue, existante, et a elle seule capable d\u2019expliquer toutes les absences aux hauts niveaux de décisions, toutes les difficultés d\u2019être dans un monde qui ne saurait la considérer et l\u2019admettre sans du même coup, ou bien renoncer à son discours théoriquement égalitaire, ou bien la transformer et se transformer.Du même coup nous avons posé les jalons de notre propre existence comme comité.Nous sommes là pour faire reconnaître la situation particulière des femmes, pour transformer les conditions absurdes qui leur sont faites.Nous poursuivons un double objectif qui est pour nous davantage qu\u2019un slogan : que se confondent un jour véritablement la lutte des femmes et celle des travailleurs.Nous pourrons cesser d\u2019exister le jour où cette fusion sera réalisée, le jour où seront prises en considération les femmes autrement que comme des abstractions, le jour où tous auront compris que nous avons ensemble, bien des sujets de mécontentement et des transformations à opérer et que ce qui touche la condition des femmes n\u2019est en rien négligeable.Avant.Les femmes ont toujours été a la CEQ bien avant qu\u2019elle soit ainsi nommée; c\u2019est même une femme qui a créé la CEQ.Laure Gaudreault, en syndicalisant les institutrices rurales, fondait le syndicalisme enseignant.Un peu après, d\u2019une fusion avec les instituteurs des cités et villes naissait la Corporation des instituteurs catholiques.Alors, ce qui ne surprendra personne, Laure Gaudreault devint vice-présidente.Une femme à la vice-présidence, c\u2019est une tradition qui s\u2019est à peu près maintenue chez nous.A la base, aux assemblées générales, sur les lignes de piquetage, les femmes sont là.Plus on monte dans la hié- 116 rarchie, dans la pyramide, plus elles ont tendance à se raréfier un peu comme l\u2019air en montagne.Il y a lieu de se demander pourquoi.Sous l\u2019influence extérieure, sous la pression des années 70 à ce moment où le discours des femmes, à peu près toujours le même depuis un siècle, prenait de l\u2019importance et de l\u2019audience, touchées par le mouvement, les femmes de la CEQ se sont posées toutes les questions qu\u2019il fallait; c\u2019était en 1972; il y eut des résolutions de congrès et la mise sur pied d\u2019un comité qu\u2019on appela Laure Gaudreault; on lui devait bien ça.Les femmes qui firent partie des premières formations remuèrent beaucoup, les choses et les gens.Elles remettaient en question suffisamment de choses pour renoncer à tout espoir de gagner un concours de popularité.Le travail n\u2019était pas facile et elles savaient bien qu\u2019il n\u2019y avait pas qu\u2019à dénoncer pour que les choses cessent, ni à souhaiter pour qu\u2019elles arrivent.Sagesse et tradition, elles s\u2019empressèrent de monter un réseau de femmes pour faire écho à ce qui était dit au niveau national, pour que d\u2019autres puissent dans tous les milieux, faire un même remue-ménage.De quoi s\u2019agissait-il ?Hier comme aujourd\u2019hui le mé- me discours.Les femmes n\u2019ont pas la place qui leur revient pour une foule de raisons, appartenant croyait-on à l\u2019ordre immuable des choses.Elles occuperont cette place si et seulement si nous transformons cet ordre des choses.Nous ne sous-estimons pas l\u2019importance des changement encourus.Nous affirmons qu\u2019il vaut la peine que cela change et que tous bénéficieront de ces nouveaux rapports.Mais comment expliquer que cela vienne si tard ?Comment puisque même peu nombreuses au sommet, il s\u2019y est toujours trouvé quelques femmes et qu\u2019elles étaient plus que largement présentes à la base.Comment expliquer un tel silence chez une si large majorité.Il faut bien se rappeler alors que ni la spécificité ni le féminisme n\u2019étaient très portés avant la 117 dernière décennie; je pense à cette phrase de Simone de Beauvoir tirée d\u2019un collectif qu\u2019elle préfaçait (1) : \u201cL\u2019oppression des femmes, c\u2019est un fait auquel la société est tellement habituée que, même ceux d\u2019entre nous qui la condamnent en gros, au nom de principes démocratiques abstraits, en prennent pour amender beaucoup d\u2019aspects.Moi-méme du fait que j\u2019ai plus ou moins joué un role de femme- alibi, il m\u2019a longtemps semblé que certains inconvénients inhérents a la condition féminine, devraient être simplement négligés ou surmontés, qu\u2019il n\u2019y avait pas besoin de s\u2019y attaquer.Ce que m\u2019a fait comprendre la nouvelle génération de femmes en révolte, c\u2019est qu\u2019il entrait de la complicité dans cette désinvolture.\u201d Cela peut, il me semble, être une sorte d\u2019explication.Chez nous comme ailleurs trois types de femmes.Celles qui subissaient intégralement la condition des femmes sans même songer qu\u2019il puisse en être autrement.Celles qui échappaient aux aspects les plus coercitifs de cette condition en n\u2019ayant pas d\u2019enfants.Les autres qui prétendaient l\u2019assumer en la taisant ou en la tenant pour négligeable.Qu\u2019on comprenne bien que ni les unes ni les autres n\u2019étaient coupables de quoi que ce soit, ça n\u2019est que bien plus tard que cette réflexion vint à madame de Beauvoir elle-même, alors qu\u2019aucune d\u2019entre nos membres n\u2019avait écrit le Deuxième Sexe.Mais les femmes des comités Laure-Gaudreault successifs poursuivaient et poursuivent encore un autre objectif.Elles savaient que la conscience d\u2019une oppression, d\u2019une exploitation particulières n\u2019entame pas et au contraire renforce la conscience de toutes les oppressions et de toutes les exploitations.Elles savent que jamais les femmes ne seront libres dans un monde 1.Les femmes s\u2019entétent, Idées, Gallimard, Paris, 1975, préface de Simone de Beauvoir, p.12.118 qui ne l\u2019est pas et que jamais l\u2019exploitation des femmes ne cessera dans un monde où la règle est l\u2019exploitation et l\u2019oppression.Le combat des femmes est désormais lié à celui de tous les démunis, ostracisés et oubliés.Elles s\u2019inscrivent toutes les fois où c\u2019est possible, dans tous les combats qui de près ou de loin ressemblent au leur, en même temps qu\u2019elles mènent quotidiennement leur combat de travailleuses salariées syndiquées.Si jarrétais ici on n\u2019aurait plus qu\u2019à pavoiser et voyant une si belle intégration et un si beau discours on serait en droit de dire que le travail est fait et qu\u2019on peut faire reposer en paix le Comité de la condition des femmes CEQ.Nous pourrions le faire si cela était partagé par les 80,000.Nous pourrions le dire si nous avions décidé de ne montrer qu\u2019un seul côté des choses.Cela ne serait ni très honnête ni de nature à nous faire progresser.Maintenant Notre travail quotidien, nos efforts permanents, nous les employons à convaincre, à expliquer et nous rencontrons encore bien des résistances.Le temps a changé, la violence a disparu, l\u2019humour se fait plus subtil.Une certaine partie du discours est intégrée.Le climat est à peu près calme et serein, beaucoup de choses sont acquises ou donnent l\u2019impression de l\u2019être mais nos gains réels sont minces.Plus encore, nous sommes menacées par l\u2019indifférence et la politesse.Au chapitre des gains réels : toujours pas de congé de maternité payé ni de garderie ni d\u2019avortement libre et gratuit.Le sexisme encore et toujours dans les manuels scolaires, dans tous les véhicules culturels, aussi bien que dans les conversations quotidiennes même si nous sommes éloignées des plaisanteries grossières et de l'humour pesant.Pour le reste nous ne sous-estimons pas la difficulté pour nos collègues de bonne foi, et pour nous aussi, d\u2019intégrer un discours qui vient souvent en contradiction avec nos existences.Quand on est un militant syndical honnête, qu\u2019on est marié et père, on sait 119 trés bien que tout ça est possible grâce au fait qu\u2019on a une femme à la maison qui s\u2019occupe de tout; quand on est une militante syndicale sensibilisée aux problèmes des femmes et qu\u2019on doit quitter une réunion importante pour récupérer les enfants et préparer le souper, on distorsionne un peu beaucoup avec le discours admis.Ca crée des déséquilibres, des problèmes.Ca invente des limites au discours.Vieille nostalgie que celle de vouloir des changements qui ne changent pas trop, vieille difficulté que de vivre selon ses idées.Vieille habitude que de sacrifier le discours à des conforts momentanés qui n\u2019en valent pas toujours la peine.Ces réticences à un second niveau, doublées de toutes celles d\u2019une large proportion de nos membres mais cette fois-ci à un premier niveau font que tous nos acquis sont fragiles et que parfois nous marquons le pas.Nous avons, comme tous ceux qui veulent voir changer les choses parce qu\u2019ils sont convaincus que ça sera mieux, des alternances d\u2019euphorie et de désespoir et la même tentation de trouver le temps long.Pourtant la lutte des femmes est finalement bien jeune.Ca n\u2019est pas parce qu\u2019il y a un siècle ou un peu plus Flora Tristan disait à peu près la même chose ou qu\u2019à la Révolution française, Olympe de Gouge pilotait une déclaration des droits de la citoyenne qu\u2019il nous faut désespérer.La lutte des femmes est peut-être vieille comme le monde mais son expression moderne, sa percée réelle est extrêmement jeune et une décennie à l\u2019échelle de l\u2019histoire est une période minuscule principalement quand elle préconise des changements de l\u2019ordre de ceux-là.Nous ne pensons pas que cela est facile mais seulement que cela est souhaitable.Nous ne disons pas que les hommes et les enfants ont tout à y gagner dans l\u2019immédiat, nous savons que ça n\u2019est que plus tard que pour tous le bilan sera favorable.On ne peut militer ni syndicalement, ni politiquement ni féministement ni autrement sans penser à des lendemains qui chantent.120 Après C\u2019est un après théorique.Nous savons que nous ne sommes pas et nous ne voulons pas être une structure permanente, autrement nous nierions précisément que les lendemains peuvent chanter.Après, un jour il n\u2019y aura plus de comité de condition des femmes parce qu\u2019il n\u2019y en aura plus besoin, parce que la condition des femmes sera équivalente à la condition des hommes et que la condition des deux sera différente et meilleure.On peut se dire que ça n\u2019est pas demain la veille, on peut se dire aussi que ça va venir.Ca dépend du désir et de l\u2019énergie qu\u2019on y mettra; ça dépend aussi des résistances qu\u2019on rencontrera.Ca dépend des luttes que nous mènerons et ce \u2018\u201cnous\u201d n\u2019est pas que féminin.C\u2019est un combat singulier et collectif.Singulier parce qu\u2019il se mène dans nos propres vies mais aussi parce qu\u2019il remet le monde en question, collectif parce qu\u2019il intéresse les deux moitiés de la population.C\u2019est un combat à finir parce que nous n\u2019en resterons pas là.C\u2019est un combat difficile et long pour les mêmes raisons.C\u2019est aussi un combat joyeux parce qu\u2019à travers lui nous apprenons que nous valons infiniment mieux que le sort qui nous est fait.121 A A ht a 1 bh us pe LL en ps PROS CL gy Pop La Boulange \u2014 Entrevue avec Solange Courval* La Boulange, qu\u2019est-ce que c\u2019est ?Rk La Boulange est une boulangerie naturelle qui est aus- Ë si pourvue d\u2019un comptoir où l\u2019on sert les choses que l\u2019on fait.L\u2019idée de base de La Boulange est vraiment de faire du pain, de retourner aux sources dans une société où personnellement j'ai beaucoup souffert de l\u2019isolement, de ne pas travailler avec d\u2019autres.J\u2019ai enseigné dans de grosses écoles, de grosses polyvalentes où je me sentais comme perdue, où je ne savais pas comment établir des contacts.C\u2019est en voyageant que j'ai compris comment dans les petits villages, dans les petites entreprises, on pouvait être plus proche du monde.Ici La Boulange, ä c\u2019est un village.Je connais à peu près 80 pour cent des È clients.On s\u2019est connu en se voyant et en se parlant tous les jours.Au point de vue social, cela représente un espoir de changer les superstructures de la ville et de les remplacer par de petites entreprises, plus personnelles où on peut établir de vrais contacts.C\u2019est pour cela * Co-fondatrice de la Boulange, sur St-Denis, Montréal.123 qu\u2019une fenêtre ouvre sur la cuisine : tous ceux qui viennent chercher leur pain nous voient pétrir le pain.Nous, nous avons visité des boulangeries où on ne voulait pas nous faire entrer dans les cuisines : elles étaient cachées, secrètes.Nous, nous avons voulu ouvrir les cuisines parce que c\u2019est l\u2019endroit où, traditionnellement, dans les campagnes, on se retrouve.Ici, elle est belle, éclairée., grande.On fait le pain dans le fond de la cuisine et des amis arrivent.On n\u2019a pas toujours le temps de faire de grandes conversations mais on peut se parler et on nous voit.Aussi, au niveau de l\u2019alimentation naturelle, La Boulange se veut une reprise de la qualité de la vie.On commence par ce qu\u2019on mange, ce qu\u2019on met dans son corps.J'ai découvert toutes les céréales, et j'ai à peu près abandonné la viande, pas par idéologie mais parce que les céréales m\u2019ont apporté tous les éléments nutritifs dont j'avais besoin.La viande est devenue secondaire.On explique d\u2019ailleurs dans un livre, Sans viande et sans regret, comment l\u2019idée de la viande est liée à une idée de virilité, de force, de pays riche, d\u2019argent.Le pain a été la nourriture de tous les peuples depuis tous les âges.On retourne donc vraiment à des choses simples, vraies, solides, comme le pain de blé entier.C\u2019est un peu l\u2019esprit qui nous anime à La Boulange.Et c\u2019est pour cela qu\u2019on reste, parce qu\u2019il y a tellement d\u2019embûches sur le chemin que ce désir de changer la qualité de la vie doit être bien fort.La Boulange, comment est-ce que cela a commencé ?Tout a commencé par un groupe d\u2019amis.En fait, l\u2019idée est venue alors que j'étais en voyage avec un garçon.Et puis, mes amies-femmes se sont jointes à nous dès le début, spontanément, pour nous donner un coup de main.On a donc commencé à travailler ensemble : elles étaient employées d\u2019abord puis sont devenues associées plus tard.Tranquillement, les rapports ont changé entre nous.Lui est parti parce qu\u2019il sentait qu\u2019on faisait 124 vraiment un groupe.C\u2019était des amies de longue date.L\u2019une d\u2019elles est ma soeur.\u201d Il s\u2019est comme senti exclu.A ce moment-là, on a décidé de s\u2019associer toutes les trois et Michel est venu se joindre à nous.On était donc trois femmes et un homme et on a fonctionné de cette façon jusqu\u2019à la semaine passée, alors que deux des filles ont décidé de quitter La Boulange et de passer à autre chose dans leur vie.Pour partir un projet comme le vôtre, qu\u2019est-ce qu\u2019il vous a fallu comme compétence ?Ou comment les avez-vous acquises, ces compétences ?Moi, je faisais de la gravure et j\u2019enseignais les arts plastiques.Alors je n\u2019étais pas du tout dans le même domaine.Le garçon avec qui j'étais était administrateur.Pour lui, c\u2019était un choix beaucoup plus intellectuel : il avait décidé qu\u2019il changerait de secteur de l\u2019économie et qu\u2019au lieu d\u2019être dans les services, il serait dans la production.Pour moi, l\u2019essentiel était de quitter les grosses écoles et les gros ensembles.J\u2019ai alors tout laissé et nous sommes partis en voyage.Aux Etats-Unis, J'ai vu plusieurs petites boulangeries.Puis, je suis revenue à Montréal seule et j'ai essayé de faire du pain (il faut dire que j'ai toujours beaucoup aimé cuisiner et recevoir du monde).L'idée nous est ainsi venue d\u2019acheter une boulangerie.On a trouvé celle-ci pas trop coûteuse.Tout s\u2019est fait très vite.Je me suis embarquée là-dedans sans vraiment considérer tous les aspects de la chose.Je ne me lançais pas en affaire, mais je m\u2019en allais faire du pain pour le monde.J'avais jamais fait de pain commercialement.J\u2019étais allée aussi dans un Festival du Bread and Puppet en Allemagne et j'avais trouvé bien extraordinaire de voir Peter Schumann faire et offrir son gros pain allemand au début de chaque spectacle.A Newport, dans le Vermont, on a rencontré deux femmes qui étaient boulangères et qui nous ont hébergé et appris leurs recettes pendant deux jours.On a vu ce que c\u2019était que l\u2019organisation d\u2019une boulangerie, d\u2019une petite bou- 125 4 i: langerie de campagne, adorable.Moi, je souhaitais d\u2019abord m\u2019établir à la campagne, mais en revenant à Montréal, on a trouvé ceci, et tout s\u2019est décidé très vite.En achetant une boulangerie, est-ce que vous achetiez aussi une clientèle ?Non, c\u2019était une pâtisserie française qui était fermée depuis six mois, quand on l\u2019a prise.On est parti à zéro.Mais pendant un mois et demi, on a fait des rénovations et on a écrit un grand papier avec des dessins indiquant qu\u2019une boulangerie naturelle ouvrirait bientôt.Les gens pouvaient aussi voir les travaux qu\u2019on faisait.Le premier jour, quand on a ouvert la porte, c\u2019était plein.C\u2019est toujours resté comme ça.Je pense qu\u2019il y avait un besoin.Peux-tu nous décrire un peu les tâches et la répartition de ces tâches ?Jusqu\u2019à tout récemment, nous avions un collectif de travail où, idéalement, les tâches étaient partagées.L\u2019organisation générale de La Boulange suppose cependant des tâches spécifiques.Moi, par exemple, je m\u2019occupais de la comptabilité et des \u2018\u2018relations publiques\u201d.Michel s\u2019occupait surtout des rénovations physiques.Katia s\u2019est occupée des comptes courants et Geneviève des commandes.Pour le reste, on faisait une rotation des tâches entre cuisiner et servir.Mais à un moment donné, on s\u2019est rendu compte que certains préféraient s\u2019occuper du service, d\u2019autres de la cuisine; l\u2019un de nous devint ainsi plus directement responsable du service.Chaque matin, l\u2019un de nous rentre vers quatre ou cinq heures du matin, fait les 150 pains de la journée, les muffins et prépare un peu autre chose.Un autre arrive à huit heures et prépare le café.Un autre à dix heures et prépare le dîner.Parce qu\u2019on sert aussi des quiches, des sandwichs, des salades.Le lundi est une journée de production : on fait des choses comme les compotes de fruits qui vont durer toute la semaine.On a appris à organiser le travail de façon à perdre le moins de temps possible.Tout le temps que j\u2019étais avec le premier asso- 126 cié, on ne s\u2019est pas payé.Après, on s\u2019est payé $100.00 par semaine pour des journées de dix ou douze heures.On est devenu plus productif.I] faut absolument trouver des trucs de travail qui nous permettront de survivre.Parce qu\u2019il s\u2019agirait de presque rien pour qu\u2019on disparaisse complètement.La ville de Montréal nous a obligés à faire faire toutes sortes de travaux que nous ne jugions pas indispensables.Un plombier nous a monté un très gros compte pour peu de choses.On se retrouve avec $10,000.00 de frais de rénovations.Il faut en vendre des pains pour ce prix-là ! Ce serait facile de mourir.C\u2019est pourquoi il faut s\u2019organiser de façon plus rationnelle et plus fonctionnelle.C\u2019est aussi un peu la raison pour laquelle les deux autres sont parties : elles ne pensaient pas à l\u2019aspect rentabilité de l\u2019affaire.Ça les ennuyait d\u2019en entendre parler.Mais il fallait bien que quelqu\u2019un y pense, sinon on aurait été obligé de fermer.Est-ce que cette activité que vous avez choisie, celle de faire du pain, n\u2019est pas un simple retour au rôle traditionnel dévolu aux femmes ?Moi, je me sens a l\u2019aise dans ce rôle.Faire la nourriture, la couture, ou m\u2019occuper des enfants sont des tâches que j'aime.Je sais que ce n\u2019est pas l\u2019idéal que toutes les femmes soient contraintes de jouer ce rôle-là, mais personnellement, je le fais par choix et mon ami Michel, qui est un garçon, aime également ça aussi.Peut-être est-ce la tradition qui m\u2019a influencée, mais ce n\u2019est pas seulement cela.Il y a aussi le côté femme d\u2019affaires dans mon métier qui est intéressant.Ce côté-là du métier n\u2019est vraiment pas traditionnel.La femme d\u2019affaires jeune, un peu hippie paraît un peu marginale par rapport aux administrateurs ordinaires.Cela suscite la méfiance et surtout la curiosité.Quand un monsieur arrive et qu\u2019il veut voir \u201cle patron\u201d, il blague, m\u2019appelle \u201cMadame la patronne\u201d, il ne sait plus quoi dire.Il y en a qui ne veulent pas l\u2019accepter, qui demandent toujours à voir Michel.Celui-ci me les renvoie puisque c\u2019est à moi que revient le rôle d\u2019administrateur.Certaines per- 127 D ic It i Ri Rt ge Rk ferret hs Ce, EIT frais PERE sonnes ont mis du temps à comprendre que ce n\u2019était pas \u201cle gars\u201d seul qui prenait toutes les décisions.Un jour, quelqu\u2019un m\u2019appelle qui ne voulait pas croire que nous étions trois boulangères.Votre boulanger, lui, doit être un vrai boulanger, a-t-il dit.Qui étaient ces personnes qui cherchaient \u2018l\u2019homme de la maison\u201d > Des inspecteurs de la ville, le propriétaire, d\u2019autres boulangers, etc.Des hommes dans la quarantaine en général.Mais, les difficultés qu\u2019on a eues, de la part des inspecteurs de la ville, par exemple, venaient beaucoup plus du fait qu\u2019on était marginal que du fait qu\u2019on était des femmes.Aussi parce que l\u2019idée des aliments naturels suscitait beaucoup de mépris.Qui vient ici, des jeunes surtout ?Oui, des jeunes entre vingt-cinq et quarante ans, des gens de théâtre, des groupes de danse et aussi un peu tout le monde, des gens du quartier.Michel a fait un événement sur l\u2019eau à la Place Desjardins et moi je faisais du pain là-bas et cela nous a amené toutes sortes de gens.Mais je me suis aperçu que les gens sont tellement loin de l\u2019alimentation naturelle, ceux qui sont habitués au pain Weston, qu\u2019il est bien difficile de les convaincre.On préfère finalement s\u2019adresser à ceux qui ont déjà fait un bout de chemin et pour qui le pain est un élément important.Ainsi, votre problème de survie est essentiellement lié à la question de maintenir un certain tythme de production ?Oui, mais il y a aussi tant de choses à penser que parfois, lorsque je passe deux jours dans les paperasses, je suis un peu découragée.Plusieurs problèmes surgissent en même temps : les gens partent, la machine à laver la vaisselle ne fonctionne plus, etc.Il faut constamment ranimer le feu sacré.Michel et moi nous vivons ensemble maintenant.Si je sentais que j'étais seule à avoir ce feu sacré, avec du monde qu\u2019il faut toujours 128 convaincre et a qui il faut donner de l\u2019énergie, je crois que je ne tiendrais pas le coup.C\u2019est très dur physiquement et nerveusement.C\u2019est le côté \u2018responsabilités\u2019 qui est le plus difficile à supporter.Ce serait beaucoup plus facile de faire mes heures et de m\u2019en aller après.En tant que femme, je sens que j'ai peur aussi de ces responsabilités.Depuis longremps, c\u2019est en moi.Je dois lutter contre cette peur.Il y a quelque chose à changer dans l\u2019éducation des filles.Et pour revenir à l\u2019idée même du collectif, croyez- vous toujours dans la possibilité de sa réalisation ?Dans l\u2019idéal, c\u2019est encore ce que je voudrais vivre et j'aimerais trouver une implication égale mais dans le quotidien, dans le vécu, c\u2019est difficile de trouver des gens qui ont le même idéal.Parce qu\u2019il faut avoir le même objectif et mettre de son coeur et de son temps également dans l\u2019entreprise.Si tu en mets plus que les autres, tu te sens frustrée.Ou bien tu prends des décisions et les autres te reprochent de prendre le leadership, d\u2019être le \u2018boss\u2019.Mais quand les décisions traînent un mois ou deux avant de se prendre, il faut que quel- qu\u2019un réagisse.Avec Michel, présentement, cela marche parce que nous avons le même but, et chacun notre spécialité.Avant de recommencer à quatre, jJ\u2019y penserai.Une des raisons pour lesquelles le collectif n\u2019a pas marché, c\u2019est aussi qu\u2019on ne s\u2019est pas assez suivi.On devait avoir une réunion par semaine, puis on a laissé tomber.Les choses humaines, on n\u2019a pas su se les dire au jour le jour.On a laissé traîner des situations.Le fossé s\u2019est élargi.Une des grandes raisons pour laquelle je reste, c\u2019est que La Boulange correspond à quelque chose d\u2019important au niveau de ma vie.Mais je sens aussi que je voudrai faire autre chose plus tard, que j'aimerais revenir à la gravure, ou avoir des enfants.J'espère seulement qu\u2019il y aura une relève\u2026 REAR EAA CoE LIA) EE PSS PERS CR i ¢ 1 pis ao ery AS EEE TT CES) dearer ry rr 222 = Cray once es; LCi ec Louise Picard-Pilon Etre femme et autonome : le défi de \u2019AFEAS L\u2019Association Féminine d\u2019Education et d\u2019Action Sociale (AFEAS) tenait son congrès annuel, en août dernier, sur ce thème.Depuis 1966, l\u2019AFEAS regroupe des femmes intéressées à la promotion féminine et à l\u2019amélioration de la société.L\u2019Association entend atteindre ces buts par l\u2019éducation et l\u2019action sociale.Les quelque trente-cinq mille (35,000) membres de l\u2019AFEAS, à travers la province, sont groupées en unités locales ou cercles dans près de six cents (600) villes et municipalités.Il existe aussi treize (13) unités régionales pour assurer le lien entre le palier provincial et le niveau local.La région offre de plus un certain nombre de services sur le plan du fonctionnement.Les femmes de l\u2019AFEAS sont comme toutes celles que l\u2019on rencontre chaque jour.Nous retrouvons des cercles locaux dans toutes les catégories de municipalités, de la plus petite à la plus grande.Plus de soixante pour cent des membres sont des mères au foyer, d\u2019autres 131 travaillent à l\u2019extérieur, à temps plein ou partiel, une autre partie enfin est formée des femmes collaboratrices de leur mani dans l\u2019entreprise familiale.Nous avons aussi à l\u2019'AFEAS des femmes de tous les âges, dont les deux tiers ont moins de cinquante ans.De plus en plus, les mères de famille croient à l\u2019importance de déborder le cadre familial pour agir dans le milieu.Se prendre en main L\u2019éducation, pour nous, se divise en deux volets l\u2019information et la formation.Nous nous efforçons de trouver et de fournir à nos membres toute l\u2019information nécessaire sur les sujets d\u2019étude.Les sujets que nous proposons viennent des suggestions des membres.Une recherchiste bâtit alors un dossier qui permet de fournir aux responsables locales tous les renseignements utiles sur le thème étudié.Les membres sont aussi invitées à compléter ce dossier par toute la documentation qu\u2019elles peuvent se procurer : articles de journaux ou de revues, livres, films, etc.Pour discuter de façon éclairée, il faut connaître les données générales.Il faut ensuite situer le sujet dans le contexte local : les situations varient d\u2019une région à l\u2019autre, d\u2019une localité à l\u2019autre.Il est donc très important de réunir toute l\u2019information pertinente, avant de porter un jugement sur une situation réelle et vérifiable.Il importe enfin de savoir comment la situation est vécue et ressentie par les membres du groupe.Cette notion de groupe nous amène au deuxième aspect : celui de la formation.Pour fonctionner en groupe, il faut accepter et pratiquer une certaine discipline.Pour qu\u2019une réunion soit intéressante, elle doit être préparée avec soin et se dérouler selon un ordre bien établi.Cependant, la réussite tient dans une large mesure à la participation des membres.En ce sens, TAFEAS peut étre considérée comme une école de vie de groupe.Apprendre à respecter l\u2019ordre du jour, à intervenir à son tour, à laisser aux autres la chance de s\u2019exprimer, 132 à écouter, à être objective et à rester sur le plan des idées; voilà des éléments qu\u2019il faut arriver à maîtriser.Chaque femme a l\u2019occasion, non seulement de comprendre que la vie de groupe a ses exigences, mais surtout de mettre tout cela en pratique lors des réunions mensuelles.L\u2019AFEAS met de plus a la disposition de ses membres qui le désirent, des sessions de fonctionnement et d\u2019animation, pour permettre d\u2019approfondir ces notions et d\u2019acquérir certaines techniques.La région assume l\u2019organisation de ce type de services.Agir dans son milieu Peu à peu, chaque femme en arrive à se prendre en main.Elle réalise qu\u2019elle est une personne et qu\u2019à ce titre, elle a des droits mais aussi des devoirs, face à la société dans laquelle elle évolue.Chacune prend conscience de sa valeur et de l\u2019importance de réagir dans les situations qui la confrontent : elle en vient à agir dans son milieu.Le fait d\u2019agir en groupe permet d\u2019exercer une pression plus forte.Les actions posées par les cercles AFEAS sont nombreuses et variées : démarches entreprises auprès d\u2019un CLSC pour l\u2019obtention d\u2019une clinique permanente de cytologie vaginale; pression exercée pour obtenir les services d\u2019un dentiste ou d\u2019un médecin dans une localité; demandes faites auprès des épiciers pour assurer la livraison gratuite des marchandises aux personnes seules, âgées ou handicapées; rencontres avec les autorités municipales pour que des locaux soient mis à la disposition des associations, pour que des rues et des places publiques portent le nom des pionnières; projet mis sur pied pour pourvoir à l\u2019hébergement des personnes âgées dans leur milieu; représentations auprès des commissions scolaires pour l\u2019amélioration du transport des étudiants.Ce ne sont que quelques exemples des réalisations multiples des cercles de l\u2019'AFEAS.Nous pourrions citer des actions similaires accomplies aux niveaux régional et provincial.À ces niveaux, les actions prennent surtout la forme de représentations auprès des organismes et des gouvernements.Chaque année, après l\u2019assemblée générale, nous réunissons, soit par sujet, soit globalement, les résolutions adoptées et nous rédigeons un ou plusieurs mémoires qui sont présentés aux autorités concernées, par le conseil exécutif provincial.Le conseil exécutif régional se charge de remettre copie de ces mémoires aux députés de sa région, afin que chaque membre du gouvernement connaisse les positions du mouvement.Vivre en harmonie Pour un membre de l\u2019AFEAS, il s\u2019agit d\u2019être prête à relever le défi d\u2019assumer sa condition de femme autonome.Selon le thème de cette année, il faut vouloir \u201cOccuper toute sa place\u201d.En faisant sa propre promotion, chaque femme pose sa pierre dans l\u2019édifice de la promotion féminine.Chacune prend conscience des autres et, peu a peu, un réseau de solidarité se tisse.Certaines trouvent que les choses n\u2019avancent pas vite, mais il faut réaliser l\u2019énormité de la tâche.Le fait, pour des femmes qui ont toujours vécu isolées, de prendre conscience des besoins des autres et de se sentir concernées par leurs problèmes, exige un long cheminement.La tâche est d\u2019autant plus ardue que la famille ne considère pas toujours la femme comme une personne à part entière.Consciemment ou inconsciemment, on estime que la femme est au service de la famille et le fait qu\u2019elle étende son activité en dehors du cadre familial, amêne des remaniements internes.Les femmes qui veulent prendre leur place dans la société aussi, doivent établir des rapports nouveaux avec mari et enfants.Est-ce un mal ?Au contraire, une femme épanouie sur le monde représente une richesse de plus pour la famille.C\u2019est une personne intéressante, avec laquelle on peut parler de plusieurs sujets et qui apporte chez elle une prénitude nouvelle.Toute la qualité de vie au sein de la cellule familiale s\u2019en trouve améliorée.Cela vaut bien quelques petits inconvénients matériels ! 134 S\u2019engager Tout ce phénomene de prise de conscience, de développement de l\u2019autonomie et d\u2019intervention dans le milieu conduit plusieurs de nos membres a un engagement personnel plus poussé.Pour celles qui veulent vivre l\u2019expérience, plusieurs possibilités sont offertes.Le premier pas de l\u2019engagement consiste très souvent à accepter une responsabilité dans le fonctionnement du cercle, comme membre du conseil ou responsable d\u2019un comité.Selon les goûts et les disponibilités de chacune, le prolongement peut se faire à l\u2019intérieur de l\u2019association ou à l\u2019extérieur.Pour quelques-unes, l\u2019engagement se situe dans l\u2019acceptation d\u2019un poste au niveau régional ou provincial.Pour d\u2019autres, l\u2019engagement se traduira par des responsabilités acceptées dans un conseil municipal, une commission scolaire, un conseil d\u2019administration d\u2019un établissement de santé, une caisse populaire, une fabrique, etc.Il y a deux ans, en entreprenant une étude sur quelques aspects de la condition féminine, nous nous étions fixé comme objectif, qu\u2019en 1980, un membre par cercle occupe un poste décisionnel.D\u2019après les dernières nouvelles, l\u2019objectif sera atteint et peut-être dépassé.Il semble donc acquis que les femmes ont la capacité de jouer un rôle social.Il apparaît aussi de plus en plus clairement qu\u2019elles sont prêtes à investir des énergies, non seulement dans le bénévolat pour que leur association puisse continuer à travailler à la promotion féminine, mais aussi dans plusieurs secteurs de la vie sociale pour que tous ensemble, nous en arrivions à l\u2019amélioration de la société.135 LL Louise Picard Thiboutot Ne payer que le prix que ça vaut Pourquoi les femmes ne sont-elles pas, à quelques exceptions près, présentes dans les structures et les institutions de la société dans laquelle elles vivent ?Pourquoi leur absence quasi totale de la politique, qui est l\u2019organisation de cette société dont elles sont pourtant une composante majoritaire ?La politique est un métier difficile, mais c\u2019est aussi un travail emballant dont l\u2019apprentissage s\u2019acquiert autant \u2018\u201c\u2018sur le terrain\u201d que dans les livres.Les exigences en sont grandes, mais elles le sont dans la plupart des aspects, tout autant pour les hommes que pour les femmes.Alors pourquoi si peu de femmes ?Les femmes ne sont pas plus présentes en politique qu\u2019elles ne le sont dans beaucoup d\u2019autres domaines parce qu\u2019elles sont ailleurs : à la maison ! \u201cMaman travaille pas, a trop d\u2019ouvrage\u2019\u2019 nous résume Yvon Des- champs.Le rôle que la société assigne aux femmes, la responsabilité physique de la cellule familiale, ne s\u2019allie pas facilement avec toute tâche dont l\u2019une des principales exigences sera d\u2019être à l\u2019extérieur de la maison.137 I a suffi pour cela qu\u2019elle soit irremplaçable à la maison, que la qualité de son affection soit reliée à son entière disponibilité et bien sûr qu\u2019elle soit conditionnée dès son plus jeune âge.Il lui est dès lors très difficile d\u2019aller à contre-courant des idées reçues.La femme est conditionnée, mais elle n\u2019est pas la seule; l\u2019homme aussi.L\u2019un et l\u2019autre se voient répartir un certain nombre de fonctions par la société, qui sous des apparences anodines, jouent un rôle déterminant dans l\u2019approche de leur relation avec le temps et l\u2019espace.La femme s\u2019est vue confinée presque uniquement à des tâches quotidiennes, à court terme et dans un lieu physique relativement restreint : la maison.À l\u2019homme incombait la responsabilité du long terme, des synthèses et comme limite physique à ses aspirations : le monde.Ce qui est triste, ce n\u2019est pas qu\u2019il y ait des tâches et qu\u2019il faille les partager, non, c\u2019est qu\u2019elles soient irréversiblement attribuées et que l\u2019on ait utilisé la maternité comme prétexte à cette discrimination.On a fait de la maternité un ghetto.L\u2019intervention politique a joué contre nous avec toutes ses mesures incitatives, dans le but à peine dissimulé de garder la femme à la maison.Autant les allocations graduées, les primes à la naissance que le manque de garderies ou l\u2019absence de congé de maternité.La politique peut tout autant contribuer à donner le coup de pouce nécessaire à une société en train de changer.Alors il n\u2019y a pas d\u2019autre solution que l\u2019intervention des femmes elles-mêmes en politique.Beaucoup de femmes.Mais c\u2019est un cercle vicieux.Comment y arriver ?A court terme pas d\u2019autre issue : beaucoup de peines.Cumuler double et parfois triple tâche dans l\u2019espoir de n\u2019avoir plus à l\u2019avenir à choisir entre être mère ou avoir un métier, entre être aimée ou être autonome.Il ne faut pas oublier que quand on parle d\u2019un travail au sein d\u2019un parti, principalement quand on occupe un poste électif, il ne s\u2019agit pas d\u2019un travail rémunéré.Pouvoir se permettre cette contribution sous forme de 138 bénévolat, cela implique pour la femme qui doit travailler à l\u2019extérieur, qu\u2019elle ait déjà réussi à accomplir ses deux autres rôles : travail et responsabilité de la cellule familiale.Or la politique, c\u2019est en soi difficile pour les hommes et pour les femmes.C\u2019est un genre de travail qui demande une disponibilité trés grande, une attention continuelle.Ca oblige à suivre l\u2019actualité, à être aux aguets de tout ce qui se passe au niveau d\u2019une société.Ce n\u2019est pas peu dire : le bulletin de nouvelles a son importance, les journaux ont leur importance.et cela ne constitue que le travail de base pour pouvoir commencer à réfléchir et envisager des actions.De l\u2019autre côté, il y a tout le problème de la sensibilisation à ceux dont on est le porte-parole.Aussi peut-on dire que comme femme, à la condition qu\u2019on connaisse bien la mécanique, qu\u2019on soit capable de l\u2019utiliser aussi bien que ceux qui en font leur métier de tous les jours, on a jusqu\u2019à un certain point réglé beaucoup de ses difficultés ! Et il ne faut pas oublier qu\u2019on est plus dur vis-à-vis d\u2019une femme qui ne sait pas s\u2019y prendre que vis-à-vis d\u2019un homme dans la même situation : l\u2019apprentissage, les premiers gestes à poser sont donc vraiment difficiles.Ce n\u2019est qu\u2019une fois qu\u2019on est rode \u2014 à quel prix ?\u2014 que tout devient possible.Mais l\u2019un de nos plus importants handicaps est notre absence de référence.Notre difficulté d\u2019évaluer ce que nous pouvons apporter comme contribution, ce dont nous sommes capables.Tout ce qui n\u2019est pas le cadre familier de la maison est inquiétant.Et pourtant tout ce qui est important à la maison et que nous connaissons si bien, est une réplique, en petit, des besoins à l\u2019échelle mondiale.Se loger, se nourrir, se vêtir, se soigner, lire, écrire, ne pas oublier qu\u2019il faut partager et qu\u2019il faut une justice.La politique, c\u2019est la coordination à différents niveaux de tous les besoins des êtres humains.II m\u2019a été plutôt surprenant de constater que nous pouvions compter avec la curiosité.J\u2019y ai découvert le plus merveilleux des défauts, le nôtre depuis toujours.139 à + a 1 6 BR 1 + s p : OR SRNR PE 4.es - Il avait pourtant contribué à créer les savants, les chercheurs, fait faire de grandes enjambées à la science.Pourquoi était-ce un défaut quand on la disait féminine cette curiosité ?Surprise aussi de me rendre compte que l\u2019absence de connaissances des règles du jeu pouvait permettre d\u2019inventer, de bousculer l\u2019ordre établi et donner à l\u2019occasion des résultats intéressants.Combien souvent les gestes sont-ils retenus, les questions non posées, parce qu\u2019il est établi que cela ne se fait pas.* x Ce que j'aimerais qu\u2019il ressorte, qu\u2019il se dégage de ces quelques lignes, c\u2019est que la société de demain devrait pouvoir offrir à l\u2019enfant des services qui lui soient propres.Cesser de concevoir que les besoins de enfant se résument en l\u2019amour exclusif d\u2019une mère.Il lui faut l\u2019amour d\u2019une mère et d\u2019un père ou, à défaut, de quel- qu\u2019un qui les remplace, il lui faut aussi des amis, des activités, des lieux extérieurs à la maison, conçus pour lui.La femme n\u2019est pas irresponsable quand elle demande des réaménagements à la maison et dans la société.Toutes les femmes ne veulent peut-être pas demain Être ailleurs qu\u2019à la maison, mais tous les enfants ont quand même besoin des différents éléments énumérés plus haut.Pour moi, la maternité, c\u2019est extrêmement important.Je n\u2019imagine pas ma vie sans enfants.Et, à partir du moment où l\u2019on a des enfants, on n\u2019envisage pas non plus d\u2019hypothéquer leur propre vie parce qu\u2019on veut défendre sa situation et ses droits.Alors c\u2019est le dilemme : on veut en même temps faire ce qu\u2019on considère qu\u2019on peut faire et qu\u2019on doit faire.C\u2019est impératif : quand on le fait contre tout, c\u2019est que c\u2019est vraiment impératif.Mais en même temps, on ne veut absolument pas que, du seul fait qu\u2019une société est mal organisée, les enfants fassent les frais d\u2019une démarche personnelle.La femme ne demande aucun statut particulier, aucun privilège, mais elle ne veut plus payer de supplé- 140 But - noce te AO SR AT er ct LT ME A ES AO EE M EE EME EME EEE ment en temps, en énergie, en sueurs, en talent ou en argent, pour pouvoir exercer un rôle dans la société, quel qu\u2019il soit.C\u2019est déjà suffisamment difficile pour tout le monde pour que cela ne continue plus d\u2019être tout simplement impossible pour une femme.Pourtant il n\u2019y a pas de barrieres, pas de \u201cdéfense d\u2019entrer\u201d, seulement des difficultés.On peut méme ajouter du méme souffle sans se contredire, que pour une femme tout est possible, mais voila, a quel prix ?A lui seul le prix fait la différence entre le possible et impossible.141 708 Rp A RES - \u2014 en pa \u2014_ PPI -.Re = La ee 8 pi Po A PROD PA Er 2 PS PA pe EU Ll eS Rr fo Co EN 27 ix ss I AAP Le cas gery A EE za TA = Collectif Un bonjour du CRIF * L'histoire du CRIF, c\u2019est l\u2019histoire de la détermination de plusieurs femmes ! Déterminations multiples visant, d\u2019une part, une réappropriation des lieux et des espaces de parole et de vie, de l\u2019autre, une nouvelle politisation de notre quotidienneté par des pratiques de création.L'histoire du CRIF, son passé, son présent et son avenir se cristallisent dans les divers cheminements et volontés de ses membres; c\u2019est d\u2019abord et avant tout un engagement politique contre l\u2019oppression des femmes, à partir de l\u2019université et du travail que nous y effectuons en tant que femmes refusant l\u2019ordre patriarcal.Il est clair pour nous que l\u2019absence actuelle des droits des femmes, leur enfermement et leur manque d\u2019autonomie, leurs prérogatives limités au sein de la famille, du couple et de la société ne sont nullement des attributs innés propres a la \u201cnature féminine\u201d, mais un résultat socio-historique qu\u2019il s\u2019agit alors de maîtriser dans toute sa complexité.* Collectif de Recherche et d\u2019Intervention Féministes.143 Comme femmes scientifiques nous visons une situation spécifique qu\u2019il s\u2019agit de préciser en temps et lieux.Soulignons toutefois que le champ scientifique dans lequel nous évoluons, en tant que construit socio-histo- rique, est régi par des lois internes et externes qui relèvent, comme le prétendent certains auteurs, de l\u2019ordre idéologique.En un mot les femmes scientifiques se situeraient au carrefour d\u2019une double idéologie : l\u2019idéologie scientiste et l\u2019idéologie sexiste.Quel leurre ! Comme le souligne Liliane : \u201cLe scientisme et le sexisme ne sont-ils pas deux formes de la même idéologie, gouvernée par un code fondamentalement masculin ?\u201d Par ailleurs, les facteurs explicatifs sont reliés principalement à notre rapport à la production dans sa totalité, le reste n\u2019est que conséquences.Ainsi, l\u2019entreprise scientifique devient pour nous un des lieux multiples où doivent s\u2019effectuer nos luttes contre le système patriarcal dans ses fondements mêmes.Mais il ne faut pas se tromper; notre insertion dans le champ scientifique a permis à certaines d\u2019entre nous de s\u2019approprier une place; mais nous ne nous lerrons pas et avec Liliane nous comprenons bien que : \u2018\u201cles portes dorées de l\u2019entreprise scientifique sont ouvertes aux femmes, mais ce ne sont que les portes de son antichambre.\u201d II faut noter que l\u2019idée de lier intervention et recherche est au centre même de l\u2019ensemble des activités du CRIF et s\u2019actualise au travers de démarches complémentaires.D\u2019abord une démarche épistémologique selon laquelle s\u2019effectuera une articulation critique de notre rapport au savoir : une idée de changement supporte cette dernière afin de ne point reproduire toute forme de dichotomie entretenue entre recherche et pratique au sein de l\u2019institution scientifique.Ensuite une démarche qui se veut politique visant à une remise en cause de l\u2019organisation socio-économique prenant en ligne de compte le lien existant entre individu-société-espèce : ce qui nous amènerait alors à une redéfinition du pouvoir.Enfin un troisième volet nous amènera à questionner la 144 relation savoir-vécu et nos recherches-interventions intégreront désirs, incertitudes, besoins, inquiétudes, etc, afin de \u2018\u2018vivifier\u2019\u2019 en quelque sorte l\u2019image sclérosée du fameux \u2018\u2018sujet historique\u201d dont nous avons de toute façon été exclues en tant que femmes par des théories toutes aussi sclérosées.Les femmes du CRIF ne se proposent toutefois pas de \u2018\u2018chercher\u201d\u2019 et réfléchir en petite chapelle du haut de leur tour propre; elles défendront leurs positions en prenant le plus souvent possible la parole, organiseront débats, conférences et cours dans des perspectives pluridisciplinaires et participeront aux luttes et recherches d\u2019autres groupes de femmes, leur contribution au mouvement étant jugée prioritaire.C\u2019est dans cette optique qu\u2019une journée de réflexion a déjà été organisée en octobre et que les membres du CRIF prévoient dans les mois qui viennent se donner une revue et organiser un colloque de façon à diffuser le plus largement possible les résultats de leurs différentes démarches.145 A Ry FES = i Hy es 33 gil.Ri! gi ; Rat os Zor PRE IP A A Be A see.Con PO 5 PA RET 2.Pn = En pe Pape [RT ae Ge EEE ur ie Pr ee ES a oa po 00 rar 2 PARAS Fog rr es PEAR aa TS 6 PE oT Px Pry persos es ARES Den me Exe v +48 Monique Dumais Les défis d\u2019être une femme religieuse Je suis entrée en communauté en 1961.J'ai dû revêtir une blouse, une jupe longue et un voile noirs semblables à ceux de mes compagnes postulantes; j'ai franchi les portes d\u2019un cloître où vivaient au-delà de cent moniales.En 1979, je m\u2019habille comme toutes les femmes du Québec, je demeure dans une maison ordinaire avec sept autres compagnes religieuses, j\u2019enseigne à l\u2019Université, je participe a différentes activités sociales.Je pourrais élaborer sur ces changements extérieurs qui indiquent un nouveau climat social québécois, une évolution des mentalités à l\u2019intérieur des communautés religieuses et de l\u2019Eglise universelle.Cependant, ce qui m'intéresse plus particulièrement, c\u2019est d\u2019exprimer quelles sont les possibilités pour les femmes de réaliser le plus pleinement leurs potentialités dans un projet continu de vie religieuse.Plus j\u2019y réfléchis, plus je découvre des défis étonnants qui m\u2019apparaissent à prime abord être des dilemmes.Je tenterai donc de vous livrer les ambiguïtés que je constate, les questions qui surgissent.147 : qi. Affirmation de son être-femme Un premier dilemme : les communautés religieuses féminines sont des institutions pour les femmes où l\u2019être-femme peut avoir des difficultés à émerger.Une rétrospective rapide sur un passé récent montre que l\u2019orientation de ces institutions n\u2019était pas axée sur la valorisation de la personne (1).L\u2019habillement uniforme tendait à faire paraître les religieuses comme des êtres humains sans sexe, des anges, quoi ! D'ailleurs les hommes autant que les femmes qui étaient engagés dans le domaine religieux portaient la robe ! La spiritualité reposait sur le renoncement à soi pour une meilleure appréciation de l\u2019Autre; le symbole du petit grain de blé qui meurt en terre était très utilisé.De plus, l\u2019autonomie et la liberté personnelles semblaient menacées par les trois voeux d\u2019obéissance, de pauvreté, de chasteté.La sécularisation de la société québécoise avec la Révolution tranquille, le souffle nouveau apporté par le Concile Vatican II allaient entraîner des changements notables dans les apparences extérieures et la spiritualité des communautés des religieuses actives.D\u2019une grande visibilité extérieure marginalisante, les religieuses sont passées à une étape d\u2019intégration dans la vie quotidienne des villes et des campagnes.La spiritualité s\u2019est aussi inscrite dans la reconnaissance de la valeur de chaque personne et de la \u2018\u2018juste autonomie des réalités terrestres\u201d\u2019, telle qu\u2019exposée par la constitution pastorale de Vatican II, \u201cL\u2019Eglise dans le monde de ce temps\u201d.Les changements vécus dans la plupart des communautés religieuses féminines depuis 1965 ont facilité l\u2019affirmation de chaque religieuse dans son individualité.Cependant, la vie communautaire de par la nature de la vie en groupe n\u2019est pas sans soulever des conflits 1.Cf.Monique Dumais, \u201cLes religieuses, des femmes spéciales !\u201d\u201d Communauté chrétienne, no 95 (septembre-octobre 1977), pp.385-490.148 entre la réalisation personnelle où s\u2019inscrit la créativité de chacune et le projet de vie communautaire qui exige un consensus, un partage des ressources de toutes sortes.Plus les capacités des personnes sont variées et multiples, plus les difficultés de conciliation peuvent s\u2019accroître.Des femmes qui deviennent de plus en plus autonomes, conscientes de leurs responsabilités personnelles et collectives, risquent plus d\u2019affrontements que des femmes conditionnées à l\u2019acquiescement.Les trois voeux peuvent apparaître comme des obstacles à l\u2019autonomie et à l\u2019indépendance, revendications majeures du féminisme.Pourtant, une compréhension approfondie, lucide, de ces trois engagements nous situe dans un processus de libération de l\u2019être humain, autant dans ses énergies affectives et créatrices que dans ses possessions matérielles.C\u2019est sûrement là un bon défi qui traverse la vie entière d\u2019une religieuse, la libération consistant à répondre de la façon la plus satisfaisante aux requêtes les plus profondes de la personne.Engagement pour les femmes Un deuxième dilemme : les communautés fondées par des femmes (parfois elles l\u2019ont été par des hommes !) et pour des femmes n\u2019ont pas toujours un parti- pris pour les femmes.Depuis trois ans, je suis engagée activement dans des groupes de femmes, tout particulièrement celui de L'autre Parole regroupant des féministes chrétiennes du Québec et La Marée montante rassemblant des femmes impliquées dans la société rimouskoise.Je m\u2019identifie aussi comme religieuse féministe, ce qui semble pour plusieurs une désignation provocante.Les religieuses ont beaucoup oeuvré dans le domaine éducatif, hospitalier, du service social et tout particulièrement auprès des fillettes et des jeunes filles (2).2.Micheline Dumont-Johnson, \u201cLes communautés religieuses et la conditions féminine\u201d, Recherches sociographiques, XIX, 1, (janvier-avril 1978), pp.79-102.149 Rs e Dat FAS, Sr Sarr, EE RIA CEE ey ies 4.Nt 8 À 3 p I tH 1 a A Certains institutions ont même été à l\u2019avant-garde de l\u2019accès des filles aux études supérieures.Dans ce climat d\u2019ouverture, les religieuses ont pourtant transmis une image très traditionnelle de la femme et la voyaient principalement comme épouse et mère de famille.C\u2019est pourquoi bien des diplômées des cours classiques, des écoles normales, aussitôt qu\u2019elles se sont mariées, se sont retirées de la vie sociale pour se dédier uniquement et entièrement à la vie familiale.Aujourd\u2019hui encore, peu de religieuses ont une vision polyvalente des femmes, et leur travail en pastorale entre autres est marqué par une conception très restreinte du rôle des femmes dans la société.Leur intérêt est très faible pour prendre connaissance de toute l\u2019information sur les conditions et les possibilités des femmes d\u2019aujourd\u2019hui.De plus, j'en connais seulement quelques-unes qui s\u2019impliquent pour appuyer les revendications des femmes et encore elles n\u2019osent pas s\u2019afficher publiquement.Cette attitude désengagée vis-a-vis des femmes m\u2019ap- parait d\u2019autant plus étonnante que les religieuses sont des femmes qui ont poursuivi, grâce à la vie religieuse, des activités multiples que des femmes mariées n\u2019auraient pu entreprendre parce que la société leur en interdit la possibilité, à cause soit de la persistance des modèles culturels sexistes soit de la lourdeur des tâches familiales.Elles traduisent ainsi une hiérarchie que l\u2019Eglise institutionnelle laisse voir dans ses interventions officielles et quotidiennes : d\u2019abord, les femmes religieuses, puis les femmes mariées, enfin les laïques célibataires.L'Eglise s\u2019affirme alors comme un système clos qui ne reconnaît une valeur particulière qu\u2019à ce qu\u2019elle a elle-même sacralisé : les religieuses sont des \u2018\u2018femmes consacrées\u201d.Contestation de la sociéte Un troisième dilemme : les communautés religieuses qui s\u2019inscrivent dans un processus de contestation de la société, n\u2019offrent souvent pas aujourd\u2019hui de sources 150 nouvelles et sont devenues des bastions de conservatisme.Un François d\u2019Assise, une Thérèse de Calcutta, protestent ouvertement contre l\u2019embourgeoisement, l\u2019injustice d\u2019une société et même de l\u2019Eglise.Les communautés religieuses sont devenues des institutions assez lourdes, affaiblies par le départ de nombreux membres souvent très intéressants et l\u2019absence de nouveaux membres qui apporteraient des forces neuves et vivifiantes.Si bien que les religieuses les plus jeunes au début de la quarantaine constatent qu\u2019elles auront un héritage assez onéreux à porter : assurer le bon fonctionnement administratif des institutions et protéger les dernières années des religieuses âgées, pour se retrouver seules au bout du compte au moment de leur propre vieillesse.II est dangereux que les énergies qui sont encore bien vivantes s\u2019enlisent dans les derniers sursauts de vie de nos grandes communautés qui semblent vouées à la disparition, après avoir répondu à des besoins spécifiques de la société québécoise (3).Quels sont les nouveaux regroupements que l\u2019esprit de communion qui anime l\u2019Eglise fera surgir ?Les communautés religieuses sont des institutions dans l\u2019Eglise, elles ne sont pas nécessairement d\u2019Eglise, dans le sens qu\u2019elles seraient essentielles à la vie de l\u2019Eglise, même si elles ont été presque toujours présentes dans l\u2019Eglise à partir du IVe siècle.Les utopies à la base des fondations religieuses ne sont pas disparues.Elles sont appelées à renaître, à se 3.Bernard Denault, \u201cSociographie générale des communautés religieuses au Québec (1837-1970)\u201d dans Eléments pour une sociologie des communautés religieuses au Québec.Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal et Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 1975, p.106.\u201cA la limite, notre hypothe- se suggérerait donc que, dans un type de société comme celui de la société québécoise de cette époque, la fondation des communautés religieuses féminines était un besoin surgi de l\u2019organisation sociale elle-même.\u201d 151 revivifier (4).En ce qui me concerne, je fais partie d\u2019une communauté qui a pris naissance en 1535 en Italie sous la forme d\u2019un institut laïc, qui a dû se changer au cours des siècles en un ordre avec vie cloftrée sous la force des pressions ecclésiales.Angèle Mérici, poussée par l\u2019Esprit, fondatrice des Ursulines, voulait changer la société de son temps en pleine décadence en invitant d\u2019autres femmes à se consacrer à l\u2019éducation des jeunes filles.En 1979, je me retrouve très impliquée dans ce processus de libération des femmes, je me sens ainsi à ma manière en relation étroite avec ma fondatrice et également avec beaucoup d\u2019autres femmes.Dépassement du cléricalisme male Un quatrieme dilemme : des communautés de femmes qui paraissent a maints égards auto-suffisantes sont contrôlées par une hiérarchie mâle.Un sociologue a dégagé six variables qui revenaient avec une certaine constance parmi les fondatrices des communautés religieuses du Québec : \u201cveuve, santé précaire, refus d\u2019une communauté établie, désir explicite de fonder, relation avec un membre du clergé, besoin social à combler\u201d (5).La variable \u201crelation avec un membre du clergé\u201d\u2019 manifeste que \u2018\u2018les communautés québécoises ont surgi d\u2019un type de société dont la volonté de cohésion nécessitait en quelque sorte leur émergence, par la médiation intégrale du prêtre\u201d (6).Marguerite Jean (7) a par ailleurs signalé que certaines constitutions ont été rédigées par des prêtres.De toutes 4.Jean Ségur, \u2018\u201cLes sociétés imaginées : monachisme et utopie\u201d, Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, no 2 (mars-avril 1971), p.336.5.B.Denault, op.cit., p.104.Ibid, p.115.7.Marguerite Jean, s.c.i.m., Evolution des communautés religieuses de femmes au Canada de 1639 a nos jours, Montréal, Fides, 1977.O 152 façons, toutes les constitutions doivent être approuvées par des clercs des instances romaines.De plus, les religieuses sont encore en minorité comme membres de la Commission Pontificale des religieux, alors que les reli- gleuses sont beaucoup plus nombreuses que les religieux dans l\u2019Eglise universelle.Ces quelques faits suffisent à signaler que les religieuses n\u2019ont pas encore acquis l\u2019égalité et l\u2019indépendance dans l\u2019Eglise.Leur esprit de foi, leurs compétences, leur dévouement inlassable sont pratiquement ignorés quand il s\u2019agit de prendre des décisions qui les concement, alors que les mêmes clercs ne cessent de réclamer leurs services.Le film de Diane Létourneau, \u201cLes Servantes du bon Dieu\u201d, en est une illustration évidente.Quand les femmes osent dire qu\u2019elles désireraient participer dans l\u2019Eglise aux différentes formes et aux divers niveaux de décision, certains clercs leur rétorquent qu\u2019il n'y a pas de pouvoir dans l\u2019Eglise et que le pape, les évêques et les prêtres sont en état de service.C\u2019est dénier le contrôle persistant qui est exercé dans l\u2019Eglise par les clercs mâles, un contrôle parfois bien subtil que la plupart des religieuses ne détectent pas.Les communautés religieuses doivent sans cesse recourir à un prêtre pour leurs célébrations eucharistiques quotidiennes, leurs retraites, l\u2019animation de sessions.Le potentiel des femmes est presque ignoré; les supérieures ne voient que très peu à la préparation et à l\u2019utilisation des compétences des femmes dans le domaine de la prédication des retraites et d\u2019animation de sessions spirituelles.Un défi de taille se présente ici pour les religieuses : comment se réaliser pleinement comme femmes dans une institution supervisée par une hiérarchie mâle ?L'orientation définitivement masculine de l\u2019Eglise ne cesse de marquer ses institutions.Une conception et surtout une pratique plus démocratique de l\u2019Eglise, définie comme Peuple de Dieu, donnera de plus grandes chances aux femmes, en leur permettant de livrer leurs expériences, celles qui sont vécues a la base.153 Post-scriptum Cet article semble très simple dans sa structuration et son déroulement.Je dois avouer que j'ai eu bien des difficultés intellectuelles et viscérales à regrouper mes idées qui fusaient de toutes parts et qui n\u2019étaient pas encore suffisamment claires pour moi.Je n\u2019en suis encore qu\u2019au début de mon approfondissement sur la situation nouvelle de la condition féminine dans les communautés religieuses, mais je me sens de plus en plus intéressée à le poursuivre puisqu\u2019il y va de ma vie ! Marie Savoie Le RAIF et le changement social Les objectifs premiers du RAIF sont compris dans son appellation de Réseau d\u2019action et d\u2019information pour les femmes.Avant d\u2019aborder la \u2018\u2018philosophie\u2019 du RAIF face au changement social, il convient d\u2019expliciter ce que signifie chacune des quatre initiales de notre sigle.Le mot réseau indique que le mouvement n\u2019est pas limité a un seul point de la carte du Québec.Il y a des noyaux actifs du RAIF sur la Côte-Nord, à Québec, dans la Mauricie et à Montréal; il y en a également un en formation dans la région du Saguenay.Le mot réseau implique le désir de s\u2019étendre et de toucher de plus en plus de régions.La dernière lettre du sigle exprime que nous sommes essentiellement féministe.Beaucoup de femmes se sont engagées dans le passé dans des organismes visant à défendre des catégories de personnes autres qu\u2019elles- mémes (Noirs, enfants, ex-détenus, etc.); d\u2019autres se sont consacrées a des partis politiques pour lesquels l\u2019amélioration de la condition féminine n\u2019était pas une priorité, même si on reconnaissait théoriquement qu\u2019elle était souhaitable (voeux pieux).Mais le RAIF est un groupe de femmes dont le but exclusif est d\u2019améliorer les conditions de vie des femmes et de défendre leurs droits.Le RAIF n\u2019est pas partisan.Il est pour les mesures qui favorisent l\u2019égalité des femmes et contre celles 155 ee CEE aile REA RS TY es qui maintiennent l\u2019injustice, quels que soient les partis politiques qui les proposent.Autrement dit, nous travaillons (enfin !) à notre propre compte.Les deux lettres centrales de notre sigle représentent les deux pôles du mouvement, action et information.Le RAIF est avant tout orienté vers l\u2019action.Nous posons des gestes concrets (pétitions, lettres ouvertes, rencontres avec des personnalités politiques, télégrammes, etc.) et nous voulons des résultats également tangibles et immédiats.Les membres du RAIF sont, règle générale, beaucoup plus pragmatiques que théoriciennes.Nous critiquons, exigeons, protestons, au risque de passer pour d\u2019éternelles insatisfaites aux yeux d\u2019une certaine partie de la population, notre mode d\u2019action contredisant le stéréotype de la femme soumise, infiniment polie et patiente dans ses requétes.Nous ne nous contentons pas de peu, et nous ne quémandons jamais.L\u2019intransigeance de notre attitude provient autant de la force de nos convictions que de la constatation de l\u2019inutilité des détours lorsqu\u2019on revendique un droit.Mais nos actions sont toujours basées sur une remise en question de la société et de ses structures sexistes (violence, rapports dominant/dominé, appât du gain, etc.).Il faut bien sûr être enseignée (s) pour agir efficacement; c\u2019est pourquoi l\u2019information constitue l\u2019autre pôle du RAIF.Nous allons puiser l\u2019information sur ce qui touche la condition des femmes dans les ministères, les hôpitaux, les lois, etc.Nous publions régulièrement une revue qui renseigné sur nos actions et nos critiques tout en étant une source d\u2019information sur l\u2019actualité du Québec, côté femmes.On trouve dans cette revue, forgée dans le feu de l\u2019action depuis six ans, un fidèle reflet des luttes féministes récentes au Québec.La revue est elle-même un instrument d\u2019action féministe : elle vise à rendre les femmes conscientes de leurs droits tout en les incitant à critiquer individuellement ou collectivement les institutions qui les défavorisent et à agir de façon féministe dans leur vie personnelle et professionnelle.156 A la lueur de ce qui précède il est aisé de voir que le RAIF privilégie l\u2019implication dans le milieu social, dans l\u2019environnement législatif et politique, comme moyen d\u2019améliorer nos conditions d\u2019existence.Nous dénonçons le patriarcat et ses corollaires législatifs et combattons les préjugés sexistes enracinés dans les mentalités.Mais nous ne désespérons pas des moyens d\u2019action que nous offre le système relativement démocratique dans lequel nous vivons.Ces instruments se sont avéré efficaces dans bien des cas et nous croyons qu\u2019il faut apprendre à les utiliser pleinement.Nous sommes convaincues de la stérilité des récriminations en vase clos.C\u2019est donc sur la place publique que s\u2019effectuent la plupart de nos actions.Un bref aperçu des actions menées par le RAIF illustrera ce que nous appelons moyens ou outils démocratiques pour transformer la société.C\u2019est le RAIF (né en 1973) qui a fait inclure dans la Charte des droits et libertés de la personne l\u2019article 47 consacrant l\u2019égalité des droits et des obligations des époux dans le mariage et la famille.Conséquence de cet article : la notion d\u2019autorité paternelle, présente jusqu\u2019ici dans nos lois, a dû être remplacée par celle d'autorité parentale.Il n\u2019est donc plus légal d\u2019exiger la signature du père d\u2019un(e) enfant pour une opération, par exemple; il faut demander l\u2019autorisation de la mère ou du père.Ce même article de la Charte a servi de base à l\u2019abolition de la notion de chef de famille, par exemple dans la loi de l\u2019assurance-automobile ou la loi de l\u2019aide sociale.Nous croyons que les systèmes législatif et fiscal sont des sources d\u2019oppression pour les femmes.C\u2019est pourquoi nous scrutons les projets de loi avec une loupe féministe.Dans les cas (et c\u2019est malheureusement la majorité) où nous constatons que les droits des femmes ne sont pas respectés, nous soumettons un mémoire au gouvernement, mémoire que nous défendons en commission parlementaire s\u2019il y a lieu.Ailleurs, nous envoyons des télégrammes et publions des communiqués 157 de presse.Des comités composés de cinq à six femmes assument généralement la responsabilité d\u2019un dossier.Un exemple de cette façon de procéder est la présentation de notre Mémoire sur un livre vert négligent à M.Jacques-Yvan Morin, ministre de l\u2019Education, lors des auditions publiques relatives au Livre vert sur l\u2019enseignement primaire et secondaire au Québec.Au mois de mars dernier, un groupe de femmes du RAIF a présenté un mémoire à la commission parlementaire chargée d\u2019étudier le rapport de l\u2019Office de révision du Code civil (ORCC).Nos critiques visaient surtout le chapitre sur la famille, très discriminatoire envers les femmes et les enfants.D\u2019autre part, le RAIF est sur le point de soumettre au Conseil du statut de la femme une critique exhaustive du rapport Pour les Québécoises : égalité et indépendance.Chacune des grandes divisions du rapport (la santé, le travail, la famille, la socialisation, les loisirs) a été confiée à un groupe régional du RAIF qui en a élaboré la critique.C\u2019est à Québec que se fait la coordination générale du réseau.Etant dans la capitale, il nous est plus facile de suivre l\u2019évolution des projets de loi, de nous rendre à l\u2019Assemblée nationale ou en commission parlementaire, de communiquer avec les ministères, etc.La question de l\u2019identité, surtout celle de la femme mariée, nous a toujours semblé fondamentale.Nous voulons que soit reconnu dans les lois le statut d\u2019indi- vidue autonome de la femme mariée; elle doit être perçue comme une entité distincte de son mari et nous n\u2019acceptons pas qu\u2019elle soit dissoute dans la famille, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une enfant de plus sous la tutelle du pater familias.Nous avons présenté un mémoire pour faire valoir que l\u2019unité individuelle, et non l\u2019unité familiale comme c\u2019est le cas présentement, devrait être à la base de nos systèmes fiscal et légal.Plus concrètement, nous avons fait circuler une pétition adressée au ministre des Affaires sociales, M.Denis Lazure, pour demander que le chèque d\u2019aide sociale soit fait au nom des deux conjoints, ou qu\u2019il y ait deux chèques individuels.C\u2019est une demi-victoire, puisque 158 dans la politique globale le Conseil du statut de la femme a proposé qu\u2019on laisse aux époux le libre choix du nom auquel serait fait le chèque : c\u2019est cette solution qui a été retenue (le RAIF croit que le véritable libre choix n\u2019est possible que dans une situation d\u2019égalité entre les parties, ce qui est loin d\u2019être le cas pour l\u2019instant).Il n\u2019est pas facile, cependant, d\u2019évaluer la portée précise de chacun des gestes que nous posons.Par exemple, le supplément au revenu de travail, institué récemment, sera versé conjointement au nom des deux époux.Nous considérons que nos pressions concernant le chèque d\u2019aide sociale n\u2019ont pas été étrangères à ce règlement.En ce qui concerne les droits des femmes, notamment le droit à une identité personnelle, nous ne nous contentons pas d\u2019actions au niveau législatif ou administratif.Nous faisons campagne depuis 1973 en faveur de l\u2019utilisation exclusive du nom de naissance pour toutes les femmes, mariées ou pas.Pour nous, l\u2019accession des femmes à un statut d\u2019adultes autonomes passe par l\u2019affirmation de leur individualité, de leur nom personnel.C\u2019est une coutume on ne peut plus sexiste et clairement patriarcale qui porte la femme mariée à abdiquer son nom pour adopter celui du mari, ou encore à joindre le nom de l\u2019homme au sien.Il y a, à l\u2019origine de cette coutume, un lien de propriété qu\u2019il faut reconnaître et rejeter en s\u2019affirmant comme personne \u201csouveraine\u201d.D'autre part, la différence de statut entre la femme mariée et la célibataire est concrétisée dans la langue par l\u2019existence de deux titres, madame et mademoiselle (le statut marital d\u2019un homme n\u2019influence aucunement la façon dont on le désigne).Comme moyen d\u2019action immédiat, le RAIF préconise l\u2019emploi du terme unique de Mad., valable pour toutes les femmes.Parallélement aux réformes législatives et économiques que nous revendiquons, nous travaillons à la dé- sexisation de la langue, notamment à la féminisation des titres.La langue française ne reconnaît à peu près pas de féminin aux titres et occupations qui impliquent 159 Py 1 ERR A Bats i} A ; 13 À fl A i H A H \u2018 un certain prestige : président de l\u2019assemblée, premier ministre, ingénieur, chef, couturier.Quand on sait que notre pensée et nos valeurs sont conditionnées par les structures de la langue que nous parlons, de telles lacunes revétent beaucoup d\u2019importance.Nous utilisons donc le féminin quand il existe, quitte à lui donner un sens plus \u201ccontemporain\u201d (i.e.en accord avec la réalité sociale) que celui de l\u2019Académie.Ainsi, une mairesse est une femme élue à la mairie, pas l\u2019_épouse d\u2019un maire.(Songerait-on à appeler maire l\u2019époux d\u2019une mairesse ?) Au besoin, nous n\u2019hésitons pas à innover; nous avons toujours désigné Mad.Payette comme la ministre, et avons été ravies de la voir insister sur le féminin lors d\u2019une interview récente sur les ondes de Radio-Québec.La position de Mad.Payette à ce sujet est d\u2019ailleurs partagée par les femmes qui siègent avec elle à l\u2019Assemblée nationale.Il est impossible de décrire toutes nos actions en quelques pages; celles que nous venons de résumer en sont des exemples représentatifs.Le RAIF s\u2019est donné la tâche de suivre le gouvernement provincial et fédéral pas à pas.C\u2019est exténuant dans le contexte politique actuel étant donné nos effectifs restreints; les femmes du RAIF voient leur disponibilité limitée par d\u2019autres activités (travail, éducation des enfants, études, etc.).Nous préservons notre entière autonomie en ne recevant aucune subvention.Le RAIF s\u2019autofinance avec les abonnements à sa revue, la vente des documents produits et les dons des membres ou sympathisants(es).Le prix de la revue et des documents est toujours réduit au minimum pour les rendre accessibles à toutes les femmes du Québec.Bien qu\u2019il soit impossible d\u2019évaluer la portée d\u2019une action isolée, à long terme une certaine évolution vers une plus grande justice pour les femmes se dessine dans les mentalités et les lois du Québec.En six ans, les Québécoises sont devenues beaucoup plus conscientes des injustices qui leur sont faites et elles ont réussi à en corriger plusieurs.On ne peut plus les berner et les faiseurs de loi ne peuvent plus se payer le luxe de les ou- 160 blier ou de les négliger.Il est de plus en plus difficile de minimiser l\u2019importance de leurs besoins spécifiques tels que des congés de maternité, des garderies saines et accessibles ou l\u2019interruption de grossesses non désirées.Il s\u2019agit maintenant de droit reconnus par l\u2019ensemble de la population, même s\u2019ils sont encore contestés par une minorité de moins en moins importante de gens.Nous du Réseau d\u2019action et d\u2019information pour les femmes croyons avoir contribué à amener de tels changements, à les accélérer.Nous avons tenté, à notre façon, de faire servir tout ce qui pouvait être un levier démocratique dans le but d\u2019améliorer le sort qui nous est fait en tant que femmes.Et nous continuerons dans cette voie tant que la société dans laquelle nous vivons ne sera pas devenue juste envers les femmes.161 = ee LL = mo oa PA Viviane Prost * D\u2019une coopérative artistique : Powerhouse Les objectifs de la galerie Powerhouse sont finalement assez simples; il s\u2019agit de procurer aux femmes- artistes un espace pour exposer.Cet espace est double; il comporte une petite galerie, en général réservée aux membres \u2014 mais pas obligatoirement \u2014 et une plus grande, disponible à toutes propositions.Il suffit, pour devenir membre de la coopérative Powerhouse, d\u2019être une femme et d\u2019avoir une \u2018\u2018activité\u2019\u2019 artistique; ces deux éléments offrent la possibilité d\u2019être en contact avec d\u2019autres femmes d\u2019origines, d\u2019antécédents et d\u2019âges différents.Etre membre de Powerhouse signifie donc avoir accès à des possibles, s\u2019en servir, et en proposer d\u2019autres.Cela implique également certaines obligations assister à des réunions où se discutent des problèmes tels que l\u2019organisation générale de la galerie, la recherche * Membre de la galarie Powerhouse.Voir note explicative en annexe.163 Ets bi Te a, Phas ns ru ey Ls: Ns = RA are Te de supports financiers \u2014 il est difficile de survivre \u2014, la mise sur pied d\u2019expositions, la proposition de nouvelles activités et quelques contraintes : la disponibilité des membres pour garder la galerie, pour nettoyer les locaux.Tout cela requiert beaucoup d\u2019énergie et de dévouement, bénévole, bien entendu.Il s\u2019agit d\u2019une coopérative.Chaque membre a la possibilité de donner son avis et de ce fait, d\u2019influer sur la marche de la galerie.Seules deux femmes reçoivent un salaire et ont ainsi la fonction de coordonnatrices; elles servent en quelque sorte de points de référence à tout le groupe; elles sont les médiatrices entre les différentes personnalités.Elles n\u2019ont et ne désirent pas avoir plus de pouvoir que n\u2019importe laquelle d\u2019entre nous.L\u2019énergie souffle sur ce lieu, c\u2019est évident, et cela grâce au fait que nous choisissons, décidons puis travaillons ensemble.Il peut arriver cependant qu\u2019un climat de malaise soit créé; par exemple, lorsqu\u2019un projet devient celui d\u2019une personne en particulier et non plus celui du groupe, l\u2019objectif à atteindre souffre de n\u2019avoir pas impliqué toutes les énergies \u2014 disponibles et potentielles.Par notre désir d\u2019échapper à toute forme de \u2018\u2018prise de pouvoir\u201d \u2014 celle-ci relevant habituellement du domaine masculin \u2014 se fait sentir en contre-partie comme un flottement dans les choix artistiques, une réticence peut-être à regarder en face l\u2019image extérieure que la galerie projette.Quel public atteignons-nous ?Quelle est notre présence dans les media ?Que signifient sur une année ou plus, les expositions que nous avons proposées ?Qu\u2019est-ce qu\u2019elles veulent dire ?Qu\u2019est-ce qu\u2019elles nous disent ?Si l\u2019on jette un coup d\u2019oeil sur le passé \u2014 passif ?\u2014 de Powerhouse, l\u2019acquis en regard d\u2019une situation donnée \u2014 une meilleure reconnaissance de l\u2019art au féminin \u2014 est indéniable.Cependant, il semble que la galerie n\u2019exerce pas l\u2019attraction souhaitée dans le milieu artistique féminin de Montréal : le groupe des femmes- membres est relativement réduit, une vingtaine environ.Toutes les femmes ayant été impliquées à l\u2019origine ont quitté la galerie; avec elles, sans doute aus- 164 si des éléments de critiques, de remises en question par rapport à des nécessités très fortes, à des exigences.Il serait intéressant que la question surgisse maintenant entre nous, de savoir si les problèmes rencontrés dans le passé sont toujours les mêmes.Si nous sommes féministes, en quoi le sommes-nous ?Est-ce être exclusives que de n\u2019exposer que le travail des femmes ?Est-ce suffisant ?Tout se passe maintenant comme si Powerhouse était en fait une institution.D\u2019où le danger de se laisser prendre par la routine.Comment créer différemment s\u2019il existe un manque de communication réelle entre nous, en tant que femmes ou individualités ?Se définiront alors sans doute notre implication, nos motifs réels d\u2019être à Powerhouse.Cette définition nous aidera à rencontrer les objectifs de Powerhouse, à voir si elle nous aide à nous affirmer en tant qu\u2019artiste, en tant que femme.Il y a ala galerie de nombreux points de divergence qu\u2019on pourrait utiliser comme une dynamique alors que ceux-ci se manifestent par une certaine indécision lors du choix des expositions.S\u2019il y a un art au féminin, quels en sont les critères ?Quelles en sont les analyses possibles ?Cette situation est peut-être un facteur déterminant dans la qualité des expositions que monte la galerie.Ses positions ne sont plus aussi extrêmes que dans le passé.Traditionnellement, la première exposition de l\u2019année \u2014 celle de septembre souvent centrée autour d\u2019un thème \u2014 est réservée aux membres impliquées de Powerhouse.Cette exposition fournirait un moment idéal pour se questionner, se remettre en cause sur le plan artistique et pour confronter nos différences.En quelque sorte, ce serait le temps d\u2019un espace critique où l\u2019on s\u2019identifierait à une forme d\u2019art quelconque.À quelle forme d\u2019art s\u2019identifie la galerie ?A toutes ces questions posées, je ne désire pas proposer de réponses mais je pense qu\u2019il est déjà important qu\u2019elles soient formulées.R 4 Rs: Cif Ht i of i IRAE SR CLARE ee Je sens également la difficulté qu\u2019il y a à définir le travail au féminin.La galerie Powerhouse en elle-même en est un : en faire partie, essayer d\u2019exister en tant que 3 femme et artiste également.Peut-être est-ce justement ; une tendance des femmes de ne pas vouloir se définir, se mettre dans un cadre facile à cerner ?Cela pourrait être vécu aussi dans une attitude de questionnement, de ; mouvement de l\u2019une à l\u2019autre, de l\u2019une au groupe et du i groupe a tout le contexte environnant.I ANNEXE Powerhouse est une galerie parallèle à but non lucratif située au 3738 rue St-Dominique, Montréal.Rappelons à son sujet le texte de Nell Tenhaaf dans la brochure Powerkhouse publiée par la galerie en janvier 1979 : \u201cPowerhouse vise à une plus grande reconnaissance des femmes-artistes.Les femmes sont sous-représentées.Bien qu\u2019elles soient en majorité dans les écoles d\u2019art, on en retrouve seulement 20 pour cent dans les expositions et les collections des galeries et des musées canadiens.La galerie a été fondée d\u2019une part, en réaction contre cette situation d\u2019inégalité que rencontrent trop souvent les femmes mais aussi parce que les femmes démontrent de plus en plus d'intérêt à voir ce que d\u2019autres femmes font.Incorporée offi- : ciellement en 1974, la galerie existait déjà depuis un an.À pari: tir d\u2019une organisation d\u2019artisanat et d\u2019art, appelée The Flam- 4 ing Apron, neuf femmes se regroupent pour regarder et discuter mutuellement de leur art.Stimulées par ces rencontres, elles décident d\u2019organiser leur propre exposition.Elle a lieu dans un petit espace de l\u2019avenue Green.Powerhouse venait de naître.Grâce à l\u2019expansion du groupe et à l\u2019obtention d\u2019un projet P.I.L., la galerie peut démarrer.Son local n\u2019était, en fait, qu\u2019un vieux logement que les femmes rénovèrent avec enthousiasme.En juillet 1974, la galerie déménage sur la rue St-Domi- nique, son adresse actuelle.\u201d Eros py yrs 166 Collectif Comment lutter au bas de l\u2019échelle Le groupe \u201cAu bas de l\u2019échelle\u201d\u2019 est né en 1975 de l\u2019initiative de trois animatrices communautaires : dans l\u2019exercice de leur travail, elles avaient pris conscience d\u2019un besoin articulé, en mal d\u2019un lieu pour se structurer et ainsi atteindre un impact social.Ce groupe réunissait au départ trois associations : une association de personnel domestique, une association d\u2019employées de bureau, et une association de salariés au salaire minimum.La première a réussi à développer ses propres structures et à devenir une association autonome forte.Les deux autres poursuivent leur travail en commun et constituent actuellement le corps d\u2019\u2018\u201cAu bas de l\u2019échelle\u201d.Ensemble, elles visent à promouvoir les droits des non syndiqué(e)s au Québec, dont 70 pour cent sont des femmes.Il s\u2019agit de 1,800,000 travailleurs (euses) : des serveurs et serveuses, des secrétaires, opératrices de Keypunch, et d\u2019autres employées de bureau, des vendeurs et vendeuses, des employé(e)s d\u2019usine, des concierges, etc, qui n\u2019ont pas de protection syndicale et qui se regroupent difficilement.Dès son début en 1975, \u201cAu bas de l\u2019Echelle\u201d se préoccupe des problèmes vécus par les travailleuses en tant que femmes et de ceux qu\u2019elles partagent avec tous les non syndiqués.D\u2019une part, nous encourageons les personnes qui se servent du groupe à s\u2019informer de leurs droits actuels et à les faire valoir; et, selon les possibilités, à se regrouper avec leurs collègues au travail pour élargir ces droits.Ainsi, 167 nous essayons de contribuer à l\u2019autonomie d\u2019action des non syndiqué(e)s.D\u2019autre part, nous faisons pression sur le gouvernement du Québec au nom des travailleurs et travailleuses non syndiqué(e)s en vue de promouvoir A de meilleures conditions de travail, un congé de mater- Li nité accessible a toutes les travailleuses sans perte de i revenu, l\u2019accès réel à la syndicalisation, et une politique bien appliquée du salaire égal pour travail de valeur égale.Les problèmes les plus répandus chez les femmes non syndiquées se rapportent à leur manque complet de sécurité d\u2019emploi.EL CN 3 Hi i i 3 i) Hy A Les travailleuses dans la restauration Des serveuses sont parfois obligées de payer l\u2019uniforme, les factures des cartes de crédit mal signées, la vaisselle cassée, etc.Légalement, les patrons peuvent les payer $2.85 de l\u2019heure, c\u2019est-à-dire $0.62 de moins qu\u2019un salarié qui ne gagne pas de pourboire.Mais il existe aussi des patrons qui ne paient aucun salaire, et des serveuses qui doivent vivre des seuls pourboires.(Le Québec est le seul endroit en Amérique du Nord qui permet un salaire minimum inférieur pour ceux qui reçoivent des pourboires.) Les cotisations pour l\u2019assuran- 3 ce-chômage ne sont calculées que sur le salaire; par } conséquent, les serveuses à temps partiel je sont souvent pas admissibles aux prestations d\u2019assurance-chômage.En plus, on peut se faire congédier selon les caprices patronaux : si le patron ne te trouve pas à son goût, si tu essaies de contester la politique illégale de partage des pourboires avec le busboy, le gérant, le boss, ou d\u2019autres infractions à la Loi du salaire minimum, le patron te met à la porte.Souvent, les serveuses portent des plaintes après avoir été congédiées.oe Les travailleuses dans la manufacture Pour les femmes non syndiquées qui travaillent en manufacture, le \u201cbobo\u201d demeure toujours la sécurité d\u2019emploi.Il y a des presseuses, par exemple, qui sont 168 obligées de travailler 60 heures par semaine.Selon la Loi du salaire minimum, si on refuse de travailler en temps supplémentaire et ensuite on est congédié, on n\u2019a aucun recours légal pour être réintégré.Le droit patronal de congédier les employé(e)s arbitrairement reste presque absolu.Il est limité seulement dans le cas des travailleurs qui ont des activités syndicales, qui portent plainte à la Commission du salaire minimum, et en ce qui concerne les travailleuses enceintes.Malgré cela, les patrons congédient tout de même, mais les personnes congédiées peuvent être réintégrées avec indemnisation en cas de congédiement \u2018\u201c\u2018abusif\u201d.Toujours en manufacture, les femmes québécoises et immigrantes subissent des pressions constantes à cause des cadences maximum.Parfois, il est interdit d\u2019aller à la toilette sauf le midi; si on est enceinte, on doit se retenir pendant des heures, sous peine d\u2019être congédiée.Les femmes qui travaillent au rendement doivent atteindre un certain niveau de productivité pour garder la job (et payer le loyer).Si une personne, travaillant au rendement, n\u2019arrive pas à gagner le salaire minimum ($3.47 de l\u2019heure actuellement), le patron doit légalement le lui payer quand même.Mais il n\u2019est pas obligé de la garder à son emploi.Les employés de bureau Les femmes qui travaillent dans les bureaux comme secrétaires, réceptionnistes, caissières de banque, agents de voyage, comptables, opératrices de Keypunch, etc., vivent une situation semblable mais de façon plus subtile.Souvent les injustices dues à la discrimination sexiste sont plus évidentes que le manque de sécurité.Là (comme dans les usines ou les hommes et les femmes font un travail semblable), elles se retrouvent dans les \u2018\u201cghettos d\u2019emplois féminins\u201d.Elles sont canalisées par les agences de placement et les bureaux de personnel vers les postes dits \u201cféminins\u201d\u2019.Leurs salaires sont inférieurs à ceux des hommes qui font un travail de même 169 valeur.Leurs programmes de bénéfices marginaux et de pensions sont également inférieurs.Elles n\u2019ont pas de description de tâches précise, et souvent elles sont obligées de faire le travail de deux personnes pendant qu\u2019une collègue est absente.Elle connaissent peu les congés de maladie : comme les femmes dans l\u2019industrie ou dans la restauration, elles ne peuvent pas se permettre une maladie sans risquer de perdre leur emploi ou de souffrir une perte de revenu.En plus, dans certains petits bureaux surtout, elles sont traitées comme servantes personnelles du patron : la description de tâches implique tacitement qu\u2019elles doivent faire son café, faire nettoyer ses complets, mentir à sa femme, arranger ses affaires personnelles.Il est évident que les employées de bureau, comme les serveuses, investissent une partie de leur salaire pour payer leur \u2018\u2018uniforme\u201d obligatoire.Et, comme les serveuses et travailleuses dans les manufactures, elles subissent parfois les avances sexuelles de leurs supérieurs.Les mauvaises conditions de travail ne se limitent pas aux usines \u2014elles impliquent aussi l\u2019atmosphère d\u2019insécurité, de menace, de paternalisme.Quels sont les recours des femmes non syndiquées ?Les femmes non syndiquées ont certains droits selon la Loi 126 (Les Normes du travail) (1), le Code du travail et les Chartes des droits de la personne (fédérale et provinciale).Les Charte des droits de la personne Les femmes à qui on refuse un emploi ou une promotion, ou qui reçoivent un salaire inférieur à celui des hommes dans la même entreprise pour un travail équivalent (2) peuvent porter plainte à la Commission des droits de la personne.Pour les employées des entrepri- 2.La Loi 126 sera en vigueur bientôt, remplaçant la Loi du salaire minimum.1.La Charle fédérale calcule l\u2019équivalence selon \u201cles qualifications, les cfforts, et les responsabilités\u201d nécessaires pour exécuter le travail.170 ses ayant une charte fédérale (ex.: les banques, Canadien Pacifique, Canadien National, Bell Canada, Air Canada), elles portent plainte a la Commission canadienne des droits.Il faut dire que l\u2019enquête peut traîner très longtemps.Mais une employée congédiée pour avoir porté plainte peut être réintégrée à son poste avec une indemnisation.La Loi 126 La Loi des normes du travail règle toutes les conditions de travail pour les personnes non syndiquées.Pourtant, elle ne s\u2019applique pas aux travailleurs(euses) suivant(e)s : \u2014 les employé(e)s de ferme; \u2014 le mari, la femme, le père, la mère ou l\u2019enfant du patron, s\u2019il y a moins de 4 employé(e)s dans l\u2019entreprise; \u2014 une personne dont la fonction principale est de garder un enfant, un malade, une personne handicapée ou une personne âgée, si l\u2019employeur ne poursuit pas, au moyen de ces travaux, des fins lucratives; \u2014 les étudiant(e)s en stage.Pour la première fois au Québec et ailleurs au Canada, la loi va inclure les employé(e)s en service domestique, dont 95 pour cent sont des femmes.Mais, avec les exclusions mentionnées ci-haut, le droit de jouir de certaines conditions minimales de travail ne touchent pas tous les travailleurs.Les femmes congédiées pour les raisons suivantes peuvent fixer un rendez-vous avec un inspecteur de la Commission des normes du travail pour porter plainte : \u2014 grossesse; \u2014 refus de partager ses pourboires avec un busboy, gérant, etc.; \u2014 refus de payer un uniforme; \u2014 réclamation du taux minimal, du temps et demi pour les heures supplémentaires (calculées après 44 heures/semaine), du 4 pour cent de vacances, 171 du temps double ou d\u2019un congé supplémentaire payé pour avoir travaillé un jour férié; \u2014 respect d\u2019un jour de repos hebdomadaire, d\u2019une demi-heure de repas après avoir travaillé 5 heures consécutives; \u2014 respect d\u2019un jour de congé payé pour leur mariage, pour le décès d\u2019un membre de famille immédiate ou d\u2019une personne avec laquelle on vit maritalement; \u2014 respect de toutes autres dispositions de la Loi des normes du travail.Elles ont le droit d\u2019être réintégrées, avec tout leur salaire rétroactif pendant qu\u2019elles étaient en chômage.Si elles sont congédiées pour d\u2019autres motifs après avoir travaillé au moins trois mois, elles ont droit à un avis de congédiement en temps ou en argent selon leur ancienneté.Sans convention collective, elles n\u2019ont aucune sécurité d\u2019emploi (3).Selon la Loi des normes du travail, les femmes non syndiquées ont droit à un congé de maternité pour une période de 18 semaines.Cependant, les conditions d\u2019admissibilité excluent plusieurs catégories de travailleuses : celles mentionnées ci-haut qui sont exclues de la Loi, et celles qui ne sont pas éligibles à l\u2019assurance-chômage : la femme enceinte doit avoir travaillé au moins 20 semaines pour le même employeur dans les 12 mois qui précèdent sa demande de congé.Les femmes qui ont travaillé moins de 20 semaines, ou qui ont changé d\u2019emploi au cours de ces 20 semaines, n\u2019ont pas droit à un congé de maternité et peuvent perdre leur emploi si elles sont enceintes.Le Code du travail Selon le Code du travail, les personnes non syndiquées ont le droit de se syndiquer sans intervention patronale.Mais le droit ne s\u2019applique pas a tous : les 3.Cependant, une ancienneté de 5 ans dans une méme entreprise donne le droit de contester un congédiement sans cause suffisante et d\u2019être réintégré.Mais la grande majorité de femmes non syndiquées n\u2019ont pas d\u2019ancienneté de 5 ans.172 employé(e)s domestiques, agricoles, ou travaillant dans d\u2019autres \u2018entreprises familiales\u201d sont exclu(e)s.En plus, souvent les employeurs utilisent un faux prétexte afin de congédier des employé(e)s pour activités syndicales.Comme en cas de discrimination ou de grossesse, des femmes congédiées pour activités syndicales ont le droit d\u2019être réintégrées et payées pour leur période de chômage.Elles portent plainte, grâce à leur syndicat, au ministère du Travail.Quelques commentaires en résumé i Les femmes non syndiquées se retrouvent souvent isolées, sans droits effectifs.La nouvelle Loi des normes du travail n\u2019améliore pas vraiment cette situation.Face aux recours faibles de cette loi, les travailleuses non syndiquées n\u2019ont pas le choix que de se regrouper et se i syndiquer pour gagner de meilleures conditions de tra- E vail.Mais le Code du travail actuel ne permet pas la syn- E dicalisation dans plusieurs secteurs (où se trouvent beaucoup de femmes), ou la rend très difficile.Donc, il faut aussi se regrouper pour revendiquer des changements au Code du travail.\u201cAu Bas de l\u2019Echelle\u201d\u2019 offre des sessions d\u2019information et de formation sur les droits et recours au travail.gE En plus, nous avons un service de conseil et de réfé- i rence pour tous les non syndiqué(e)s qui ont des pro- | blèmes au travail.Nous tentons donc d\u2019aider les travailleurs et travailleuses non syndiqué(e)s à se prendre en iE charge et à élargir leurs droits au travail.Notre groupe, È constitué majoritairement de femmes, est très conscient 1 des problemes vécus spécifiquement par les travailleuses; et les solutions possibles de ces problemes-la sont | toujours au centre de nos préoccupations.rel 173 _ \u2014 -_ Pp Ere Pr MCE SE EE EE AE EE CE EE ET SOL Os Pol Pelletier Petite histoire.Note aux lectrices et lecteurs : Je ne prétends a aucune objectivité et à aucune exhaustivité.L\u2019analyse que je pre- sente ici est colorée par mes connaissances et mes ignorances.J\u2019ai sans doute omis des phénomènes et des personnes importantes (je ne parlerai pas, par exemple, du théâtre amateur et je commettrai sûrement des erreurs de faits ou d\u2019interprétation) et je m\u2019en excuse d\u2019avance.Ceci dit, je parlerai beaucoup de moi, parce que finalement, c\u2019est ce que je connais le mieux.Ma définition de départ de \u2018théâtre de femmes\u201d est simplement celle-ci : un théâtre créé par des femmes, c\u2019est-à-dire sans participation masculine ou à peu près.(Je raffinerai ma définition par la suite).Il s\u2019agit d\u2019une chose révolutionnaire en soi, parce que jusqu\u2019à très récemment (et c\u2019est encore vrai pour beaucoup de monde), il était impensable que des femmes seules puissent faire quoi que ce soit.Le phénomène semble démarrer vers les années 1974-75-76 (avec Un prince, mon jour viendra, le Théâtre des cuisines, La Nef der Sorcières, mon travail dans le cadre du Théâtre expérimental de Montréal).Les activités sont peu nombreuses, mais elles créent des 175 précédents.A partir de 1977, le phénomène s\u2019amplifie et on peut voir se dessiner des directions plus claires.Voici ma version de l\u2019évolution de ce phénomène.Un prince, mon jour viendra A ma connaissance, le premier spectacle de femmes au Québec a été Un prince, mon jour viendra créé et joué en janvier 1974 par Paule Baillargeon, Suzanne Garceau et Luce Guilbeault.Présenté dans un petit théâtre (le Patriote sur Sainte-Catherine) avec beaucoup de succès, ce spectacle regroupe deux comédiennes (Paule et Suzanne) du Grand Cirque ordinaire, qui est un groupe de théâtre mixte (hommes et femmes) très important au début des années 70.Il fait partie du phénomène \u201cjeune théâtre\u201d ou \u201cnouveau théâtre\u201d fondé sur l\u2019improvisation et la création collective.Fait très intéressant à noter, le Grand Cirque passait alors une période difficile (les problèmes entre gars et filles commençaient à pointer à l\u2019horizon) et les seules deux personnes intéressées à continuer à travailler ensemble étaient les deux femmes du groupe.Elles se sont retrouvées avec Luce Guilbeault, comédienne d\u2019une autre génération (plus près de la quarantaine) qui avait le désir de se ressourcer et aussi de travailler plus spécifiquement avec les femmes.Luce est d\u2019ailleurs une personne très importante dans la naissance du théâtre de femmes.C\u2019est une des premières comédiennes \u2018\u201c\u201cconnues\u201d\u2019 à se déclarer féministe publiquement dans un métier que je considère pour le moins prudent, sinon carrément réactionnaire.Leur spectacle, sans être d\u2019une audace fulgurante, montrait pour la première fois sur scène un univers spécifiquement féminin, vu par des femmes, surtout dans la première partie : relations mère-enfants, amie- amie, voisine-belle soeur-madame d\u2019à côté.Et dans la deuxième partie, il dénonçait (assez gentiment) certains stéréotypes sexuels.176 Le spectacle a été sans lendemain (en ce que les trois femmes n\u2019ont pas retravaillé ensemble).Luce cependant a continué sa démarche féministe puisqu\u2019elle est à l\u2019origine de La Nef des Sorcières (et Paule a fait depuis un film très important).Le Théâtre des Cuisines Egalement en 1974 est né le Théâtre des Cuisines, qui a présenté deux spectacles, un sur l\u2019avortement le 8 mars 1974 à Montréal (Nous aurons les enfants que nous voulons) et un autre sur le travail ménager en mars 1975 (Môman a travaille pas, a trop d\u2019ouvrage) à Montréal et aussi en tournée en province.Ce groupe malheureusement n\u2019est pas très connu du milieu théâtral \u201cnormal\u201d, justement parce qu\u2019il se situe totalement en marge de celui-ci.Il s\u2019agit d\u2019un théâtre féministe carrément militant fondé sur une analyse rigoureuse de l\u2019oppression féminine et orienté vers des objectifs précis de conscien- tisation et de transformation concrète de la société.Les fondatrices de ce groupe étaient d\u2019ailleurs toutes des militantes engagées dans les luttes spécifiques de femmes et se refusaient à devenir des \u2018\u2018professionnelles\u201d du théatre.Elles ne jouaient d\u2019ailleurs pas dans des théatres, mais plutôt dans les quartiers, salles paroissiales, cegeps.Je considère que leur livre \u201cMoOman a travaille pas, a trop d\u2019ouvrage (Editions du remue-ménage, 1976) est un document capital dans l\u2019évolution du théâtre de femmes au Québec.Le théâtre des cuisines ne produira pas de troisième spectacle.En 1976, il cesse d\u2019exister.La Nef des Sorcières Mars 1977.La Nef des Sorcières au Théâtre du Nouveau Monde conçu et mis en scène par Luce Guilbeault, regroupant uniquement des femmes (Luce Guilbeault, Marthe Blackbum, France Théorêt, Odette Gagnon, Marie-Claire Blais, Pol Pelletier, Nicole Brossard, pour l\u2019écriture, et Luce Guilbeault, Françoise Berd, Michelle Craig, Louisette Dussault, Pol Pelletier et Michelle 177 Magny comme comédiennes).C\u2019est le premier grand spectacle de femmes au Québec.(Je dirais aussi spectacle féministe.Les participantes étaient en grande partie des féministes avouées et celles qui ne l\u2019étaient pas le sont devenues pour la plupart).Je qualifierais l\u2019importance de ce spectacle en quatre points : 1.Son audace.Il montrait et disait des choses étonnantes.(Entre autres, sur la femme ménopausée, la fille \u201clibre\u201d, la lesbienne, la femme écrivain).Certaines d\u2019entre elles n\u2019ont pas été dépassées (loin de là) par Les fées ont soif.2.Son succès et sa diffusion.Présenté dans le plus grand théâtre \u201c\u2018établi\u201d de Montréal, il a touché 25,000 personnes.3.Le précédent qu\u2019il a créé.Spectacle de femmes audacieux et quand même populaire, il a permis que des spectacles comme Les fées ont soif et Célébrations se produisent dans le même lieu.4.Le rôle de catalyseur \u2018entre femmes\u201d.Moi, entre autres, je dois beaucoup a Luce et a La Nef.L\u2019expérience m\u2019a redonné foi en un théatre de femmes et surtout m\u2019a donné foi en ma capacité d\u2019écrire pour le théatre.Je ne crois pas que ceci se serait produit dans un théâtre mixte.Il y a aussi Nicole Brossard qui, à partir de La Nef, a eu le goût d\u2019écrire pour un théâtre de femmes.Il y a Michelle Magny qui est à l\u2019origine du projet qui a abouti à Les fées ont soif.Et aussi peut-être Louisette Dus- sault qui a présenté son one-woman show, Môman, l\u2019année dernière.Dans la lignée des gros shows de femmes, je citerai brièvement Les fées ont soif joué à l\u2019automne 78 au TNM (il est inutile que j\u2019explique de quoi il s\u2019agissait tout le monde le sait), et Célébrations, un collage de textes conçus par Nicole Brossard et Jovette Marches- sault, monté par Pol Pelletier et joué par Lise Cuerrier (percussions), Pauline Harvey, Louise Laplante , Pol Pelletier et Yolande Villemaire le 5 mars 1979 au TNM.178 Il est important de souligner l\u2019énorme succès populaire de ces évènements.C\u2019est signe que les femmes (puisqu\u2019il s\u2019agit en grande partie d\u2019un public féminin) ont besoin d\u2019entendre parler de leur condition.Le Théâtre expérimental de Montréal et le Théâtre expérimental des femmes Je reviens en arrière pour parler de mon travail et de l\u2019activité \u201cfemme\u201d au sein du Théâtre expérimental de Montréal.En mai 1975, je fonde avec Jean-Pierre Ronfard et Robert Gravel le TEM, un petit théâtre de 100 places ou il est question de faire des choses nouvelles et ou, grace a moi, on parle beaucoup des relations hommes-femmes et de l\u2019oppression féminine.(Ce théâtre est à l\u2019origine de l\u2019actuel Théâtre expén- mental des femmes).Déja féministe convaincue, je croyais à l\u2019époque qu\u2019il était possible de concilier un travail théâtral avec des hommes et une recherche axée sur les femmes.En septembre 75, j'anime un atelier de recherche sur le personnage féminin au Théâtre dans le but de \u2018\u2018casser\u2019\u2019 les stéréotypes sexuels et d\u2019inventer de nouveaux personnages.C\u2019est l\u2019époque noire du féminisme, dans le milieu théâtral tout au moins.(La grande époque de l\u2019impuissance et du défaitisme féminins).Les femmes que j'avais regroupées ne sont absolument pas intéressées à explorer les thèmes que je propose, et l\u2019atelier, après trois mois, se termine en queue de poisson.(Certains de ces thèmes ne seront repris que dans À ma mère, en 1978).En septembre 1976, il y a eu ce que nous appelons le premier spectacle de femmes au TEM : Essai en trois mouvements pour trois voix de femmes, création collective de Nicole Lecavalier, Luce Guilbeault, Pol Pelletier, Alice Ronfard et Jean-Pierre Ronfard.(Eh oui ! Il y avait un homme !) Ce spectacle a brassé des thèmes très profondément et très douloureusement 179 féminins (par exemple, le fait de l\u2019étouffement, étouffement physique).En juin 77, c\u2019est finalement, création collective de Nicole Lecavalier, Anne-Marie Pro- vencher et Alice Ronfard, un spectacle qui se laissait aller à une merveilleuse rêverie surréaliste, mais qui se refuse à toute analyse ou toute prise de position.(Pour les trois femmes, il était simplement question \u201cd\u2019avoir envie de travailler ensemble\u201d\u2019.) En mai 78, c\u2019est A ma mère, à ma mère, à ma mère, à ma voisine (sur les relations mère-fille), une création collective nettement féministe de Pol Pelletier, Nicole Lecavalier, Louise et Dominique Gagnon.En décembre 78, les femmes ayant participé aux spectacles de femmes du TEM produisent Trac femmes, une publication spéciale sur les réflexions suscitées par toute cette activité.(Cette publication est très importante parce que, à part le Manifeste du Théâtre des Cuisines, c\u2019est la seule fois où des femmes analysent publiquement leurs démarches théâtrales.J\u2019accorde beaucoup d\u2019importance aux écrits, parce que, sans eux, tout notre travail sera récupéré par les \u201ccritiques\u201d officiels).Pour ceux que ça intéresse, voir Trac femmes distribué par les éditions du Remue-ménage.En février 1979, à la suite de conflits concernant (surtout) mon féminisme et mon désir de travailler uniquement avec des femmes (je veux découvrir qui je suis, dans tous les sens, et dans le sens théâtral en particulier, et, pour le moment, je ne peux le faire qu\u2019avec des femmes), il y a scission à l\u2019intérieur du TEM.Je demande alors à Nicole Lecavalier et à Louise Laprade de venir former avec moi la nouvelle cellule de direction du nouveau Théâtre expérimental des femmes.Ce théâtre a déjà produit un spectacle, La peur surtout (sur le thème de la peur chez les femmes), une création collective de Markita Boies, Nicole Lecavalier, Jeanne Melanson, Hélène Mercier, Pol Pelletier, Anne-Marie Provencher, mise en scène par Pol Pelletier, et jouée en juillet et septembre 1979.Il prépare 180 RER RO RCE OO CE ER RE HR ec actuellement toute une série de spectacles et d\u2019activités pour l\u2019année 1979-80, où on peut déjà dire que le texte écrit aura plus d'importance qu\u2019auparavant.(A date, tous nos spectacles ont été des créations collectives.) La Commune a Marie A partir de 1977, il y a eu aussi d\u2019autres phénomenes de création tres importants.A Québec, Léo Munger fonde le Centre d\u2019essai des femmes de Québec (ou il y avait cependant des hommes à l\u2019origine) qui, en 1978, deviendra La Commune à Marie.Ce groupe a présenté quatre créations collectives et un spectacle en reprise : Le fleuve au coeur en 1977 (spectacle sur la violence que les hommes font subir aux femmes, qui a eu un gros succès et a été repris plusieurs fois) de Léo Munger et Danielle Bissonnette; Mascarade en 1978, de Manon Vallée et Micheline Bernard; Mademoiselle de la Turandale a Roland du Tourbillon incessant en 1978 (Claudine Raymond, comédienne et Léo Munger, mise en scène); reprise de Les Célébrations de Michel Garneau (spectacle sur le couple); La mer à botre de Danielle Bissonnette, Denise Dubois et Léo Munger (l\u2019inventaire de trois vies de femmes) en 1979.Actuellement, ce groupe, selon l\u2019expression de Danielle Bissonnette est \u201cmoins féministe qu\u2019au début\u201d et s\u2019intéresse davantage à \u201cl\u2019individu\u201d.Il présente en ce moment un spectacle sur le couple: Equation à deux inconnus de Marcel Dubé.(Notons encore une fois la résurgence du texte écrit.) Il n\u2019en demeure pas moins que ce groupe est dirigé par trois femmes : Danielle Bissonnette, Janine Angers, Denise Dubois.3 et 7 le numéro magique En 1977, également, est né 3 et 7 le numéro magique, fondé par Catherine Brunelle et Marie Ouelette, qui sont issues du théâtre amateur.Ce groupe a produit trois créations collectives : 3 et 7 le numéro magique en 77, L\u2019éternelle incertitude ou la douce apprivoisée en 78 et 181 Alice a la peau rouge et ne se met pas de fond de teint en 79.Ce théâtre, assez \u2018\u2018rose\u2019\u2019 finalement, se radicalise de plus en plus (le dernier spectacle a été joué uniquement pour un public féminin).Dans son inspiration et sa forme, je dirais qu\u2019il se rattache au mouvement contre culture, hippies, \u2018\u201cpeace-love\u201d, c\u2019est-à-dire qu\u2019il refuse la rationalité, l\u2019analyse, les méthodes de travail, et qu\u2019il accorde beaucoup d\u2019importance à la musique, au \u201cjam\u201d spontané.Production très anarchique (assez floue aussi) fondée sur le \u201c\u201cfeeling\u2019\u2019, les \u2018\u201c\u2018vib\u2019s\u201d, et aussi de plus en plus sur l\u2019unicité, la marginalité de l\u2019expérience féminine \u201cpure\u201d.Organisation O Il y a eu aussi en 78 et 79 deux créations collectives d\u2019un groupe de femmes de l\u2019Organisation O, une troupe de théâtre mixte : E (Joanne Fontaine, France Labrie, Danielle Proulx) qui apportait une certaine critique de I\u2019éducation \u2018\u201cféminine\u2019\u2019, mais demeurait très branchée sur le rapport avec l\u2019homme et De force, je déchire ma camisole qui était un spectacle plus ambigu mais très intéressant dans son imagerie inusitée et même \u2018\u201cosée\u201d\u2019 dans les rapports entre femmes.(Le travail de ces femmes est un très bon exemple du désarroi que vivent les jeunes femmes entre 22 et 28 ans.) Ce groupe ne semble pas savoir exactement ce qu\u2019est le féminisme (tout en étant très préocccupé) et a très peur de toute pensée claire ou arrêtée.De toutes façons, elles font partie d\u2019un groupe mixte et continuent à travailler avec des hommes.Elles préparent actuellement un spectacle où il est question, entre autres, du couple (et c\u2019est encore un texte écrit).Il n\u2019en demeure pas moins que les femmes de Organisation O sont probablement les éléments les plus dynamiques du groupe.Il me reste à mentionner deux autres créations Ou en est le miroir ?, spectacle écrit et joué par Marie- Louise Dion et Louise Portal en 1978 (où il est beau- 182 coup question des relations amoureuses avec les hommes) et Môman (1979), le merveilleux one-woman show de Louisette Dussault sur le personnage de la mère revue et corrigée.Quelques réflexions L'historique que je viens de présenter m\u2019inspire les réflexions suivantes : \u2014 Concernant les origines.Très souvent, les expériences de femmes naissent d\u2019un vague malaise, ou d\u2019un vague désir, plutôt que d\u2019un souci idéoligique précis (ce qui, de toutes façons, est très significatif).Il devient difficile de travailler avec des hommes pour toutes sortes de raisons (je me souviens qu\u2019au début de leur travail, Catherine Brunelle et Marie Ouelette cherchaient des hommes avec qui travailler, mais il n\u2019y en a eu aucun qui était prêt à embarquer) ou alors \u2018\u201c\u201cça adonne pas\u201d, ou alors simplement on a \u2018\u201c\u2018envie de travailler les unes avec les autres\u201d, ce qui est également révélateur.(C\u2019est toutes une révolution quand les femmes commencent à se diriger librement vers d\u2019autres femmes, plutôt que vers des hommes.) \u2014 Au point de vue formel, il est clair que le théâtre de femmes est issu de près ou de loin du phénomène \u2018\u2018jeune théâtre\u201d fondé sur le travail collectif et l\u2019improvisation, où hommes et femmes sont \u201cégaux\u2019\u2019 et collaborent en toute fraternité ( ! ).Nous avons toutes été formées et nous sommes toutes nées dans des théâtres mixtes, ce qui, pour moi, signifie des théâtres menés par des hommes (sauf le Théâtre des Cuisines qui est issu plus directement du militantisme).Certains groupes n\u2019ont jamais quitté tout à fait ce monde (comme Organisation O) et certains semblent y retourner (comme la Commune à Marie ?).Je note aussi un certain retour vers le texte écrit (par opposition à la création 183 collective qui semble un peu essoufflée en ce moment).La création collective demeure toutefois un outil très intéressant et elle renaîtra sûrement un de ces jours.\u2014 Au point de vue \u2018contenu\u2019 (même si je déteste la fausse dichotomie entre fond et forme).Il est temps que je définisse plus clairement la différence (qu\u2019il peut y avoir) entre \u201cthéâtre de femmes\u201d et \u2018théâtre féministe\u201d.Pour moi, un spectacle féministe est sous-tendu par une conscience et une analyse de l\u2019oppression féminine.Cette analyse trans paraît dans le spectacle au moyen des images que les femmes donnent d\u2019elles-mêmes, soit en critiquant leur condition, soit en offrant de nouvelles images de femmes.Théâtre féministe ne signifie pas nécessairement théâtre dogmatique.Théâtre féministe signifie plutôt \u201cvouloir changer le monde\u201d.(Le féminisme est d\u2019ailleurs un phénomene en évolution constante.) Il s\u2019agit donc d\u2019un concept large qui peut englober différents styles de théâtre et qui ne garantit absolument pas la qualité artistique.Remarquons qu\u2019il pourrait exister un théâtre féministe fait avec des hommes, mais ce n\u2019est pas mon propos d\u2019en parler ici.D\u2019autre part, il peut exister un théâtre fait par des femmes qui n\u2019est pas du tout féministe.(Par exemple, le spectacle Où en est le miroir ?Des femmes qui se regroupent pour présenter l\u2019éternelle amoureuse, l\u2019éternelle bobonne ou l\u2019éternelle mère nourricière ne font rien de tres révolutionnaire.(Ceci dit, certains spectacles peuvent étre tres ambigus, tres a cheval entre \u201cthéa- tre de femmes\u201d et \u2018\u2018théatre féministe\u201d\u2019, comme Organisation o par exemple.) Dans l\u2019ensemble, et c\u2019est malheureux à dire, le féminisme fait encore très peur dans le milieu des comédiennes.Il est très difficile de trouver des actrices qui sont prêtes à s\u2019engager.Ceci est dû en grande partie à l\u2019ignorance effroyable de ces femmes concernant leur condi- 184 tion et leur histoire.(Evidemment c\u2019est pas étonnant, étant donné les institutions où elles ont été formées.) Mais c\u2019est dû aussi, il faut bien le dire, au refus de voir certaines réalités.Je cherche, dans mon travail, à combler ces lacunes, à exalter la curiosité et la fierté des femmes.Ÿ a rien à faire, c\u2019est encore l\u2019époque des pionnières.Les forces actuelles J'aimerais maintenant cerner plus précisément les différentes forces qui animent le théâtre de femmes actuel.\u2014 Il y a eu et il y aura encore des spectacles féministes populaires au TNM.(Et peut-être dans d\u2019autres grands théâtres ?) A date, ces spectacles sont de forme assez traditionnelle et tournent autour du monologue.(On semble avoir beaucoup de difficulté à établir des relations nouvelles, vivantes et intéressantes entre personnages féminins.Dans le cas de Les fées ont soif, c\u2019est même très lourd et maladroit.) Il est grand temps de dépasser le témoignage un peu braillard.Je crois qu\u2019il est très important et très possible de diffuser des choses fortes, sans compromis, à travers les institutions établies (au TNM en tout cas), même si la véritable innovation ne peut venir que de l\u2019extérieur.L\u2019un n\u2019empêche pas l\u2019autre.Au contraire, ce sont les forces de l\u2019extérieur qui permettent le changement (lent mais réel) des vieilles structures.Il existe actuellement un théâtre permanent de femmes à Montréal qui a justement pour but d\u2019innover : le Théâtre expérimental des femmes.Ce théâtre a ceci de particulier qu\u2019il concilie une analyse féministe rigoureuse (et une volonté de cons- cientiser) avec une recherche théâtrale et esthétique.En d\u2019autres mots, il veut illustrer et combattre l\u2019oppression féminime, il veut redonner aux fem- 185 mes une histoire, en créant de nouvelles formes et de nouveaux personnages féminins.Il fait appel à l\u2019imaginaire, au mythe, à l\u2019inconnu.(Nous utilisons beaucoup l\u2019inconscient dans nos méthodes de travail et aussi un entraînement physique très poussé : notre théâtre est très physique et très peu sermonneux.) 3 et 7 le numéro magique continuera sûrement ses activités, et ceci très probablement dans le sens que j'ai indiqué plus tôt.Forte dose de sacralisation de l\u2019émotif qui représente un aspect particulier du féminisme actuel.La ligne représentée par le Théâtre des cuisines m'intéresse tout particulièrement (quoiqu\u2019elle est très différente de la mienne).Théâtre d\u2019intervention, théâtre didactique et réaliste, il peut avoir des effets importants sur un public.Je suis très heureuse d\u2019annoncer que, cette année, le Théâtre des cuisines renaît de ses cendres.Il y a des groupes dont l\u2019orientation me semble moins claire (mais je ne veux pas juger ici de leur évolution à venir) : La Commune à Marie et l\u2019Organisation O qui semblent, entre autres, s\u2019orienter vers le thème du couple.Petite parenthèse sur \u2018le couple\u201d : Serait-ce l\u2019année du couple ?Il y a de nombreux groupes de théâtres mixtes qui ont fait l\u2019année dernière (et ça continue cette année) des spectacles sur le problème du couple.(Cest tout un sujet d\u2019étude en soi.J'y vois beaucoup de récupération du problème féminin.) Dans l\u2019ensemble, ce thème m\u2019ennuie profondément.Il est plein de redites et de complaisance et de peurs et de psychologisme à deux sous (et aussi il n\u2019arrête pas de flatter le mâle, pauvre petit qui chie dans ses culottes).Bref, ça sent le mort.Ca m\u2019emmène pas ailleurs.Je veux aller ailleurs.Fin de la parenthese.186 sac ee ti rs rase EEE LCA FE AD LEE A A AEM Tate \u2014 Il y a eu et il y aura encore, de plus en plus, des spectacles de femmes qui naftront spontanément en dehors des groupes constitués.Pour l\u2019année qui vient, je sais qu\u2019il y en a plusieurs en préparation.Et ils pourront prendre toutes les couleurs imaginables.Ca grossit, ça grossit.À suivre.\u2014 Dernière note d\u2019encouragement et d\u2019optimisme de plus en plus de femmes commencent à écrire pour le théâtre.Je cite, entre autres.Nicole Bros- sard et Jovette Marchessault.En guise d\u2019épilogue J'ai horreur des carcans.Je ne voudrais surtout pas imposer de sens rigides à quoi que ce soit, surtout pas au fi théatre, qui est une chose vivante et sans cesse chan- 3 geante.Veuillez considérer tout ce qui précede comme le point de départ d\u2019une réflexion et aucunement comme E le point d\u2019arrivée d\u2019un jugement définitif.pb 187 .- .- A CO 2 ry [oe ee ae PN fee CS om es fons SPIN [RR PET Re Pete à er 2 PE) gpa.as a PS as ce ARR LL = pe PL Le Pry por ere 2 AN pA rE Sh 26 precis pare [IRS] & IE PTE a o PREETI aa RE = pr.ory - - en Lo = ras ie Lo es p a - aed Cone Le ac ao ne ae pee, ,.Lean, mes PET, Sl po eu omen ex eu Lo ea et nO bed Ce ez rary = > os or A pa Gs = oy ol = oo 24 FES co LES vs es coco SR ST Arr alate RAE ix Re are rt GORD Si Anon Pouce EEN allie preity A Ex 2 ET oa 2.ee Re SS ASA de Afar > oo fr Es (RES a cou Be = I DE ue 2 Je Document = pre pr eee ee CL pe VE en Pe: = CN SAAN MEE AM SE TR SRI NA ERC EMEP CS SLOPE ELIS ECE Lr dE Herménégilde Chiasson Le conte du parc ensorcelé Communiqué 2 Cellule Beaubassin Ce soir le bureau de Léonide Cyr a été victime d\u2019une attaque de notre cellule Pour cette rapace de Cyr et tous les autres personnes d'autres qui ont les mains sales dans l'affaire Kouchi- bouguac ce n\u2019est qu\u2019une menace Aussi longtemps que les expropriés n'auront pas leurs terres notre cellule va faire des actes de plus en plus souvent et de plus en plus violents Le public n\u2019a pas à craindre Les personnes d\u2019autorité ont à craindre Si les autorités décident de sortir les expropriés qui occupent leurs terres dans le parc avec de la violence nous promettons de répondre avec violence en doublant les victimes du côté du gouvernement Vive Kouchibouguac libre Vive l\u2019Acadie libre Ce message trouvé vers 23h00, mercredi, le 29 août 1979, annonce le début d\u2019une certaine violence en Acadie.Une sorte de riposte.Il a été posé sous une boîte télé- 191 phonique située près de l\u2019édifice Taillon sur le campus de l\u2019Université de Moncton.Il fait suite à un message de cette même cellule, trouvé en février dernier dans une boîte téléphonique, à l\u2019angle des rues Mountain Road et Archibald, à Moncton également.Me Léonide Cyr, avocat de Moncton, est devenu récemment procureur de la couronne dans l\u2019affaire qui oppose le gouvernement fédéral (Parcs Canada) aux expropriés de Kouchibouguac qui réclament leurs terres.Ceux qui ont vu le film l\u2019Acadie, l\u2019Acadie de Pierre Perrault et Michel Brault se rappeleront sans doute de la séquence dans laquelle l\u2019on voit de jeunes Acadiens présenter au maire Jones (alors maire de Moncton) une pétition lui demandant d\u2019accroître la qualité des services bilingues de sa municipalité.Dans cette même séquence l\u2019on voit l\u2019avocat Cyr qui, au départ, s\u2019oppose à prêter serment d\u2019office (en rapport avec sa fonction de conseiller municipal) mais qui finit par se rallier à la majorité des conseillers pour prononcer en anglais le serment d\u2019allégeance à la reine.Dans la soirée du 29 août, suite à l\u2019incendie qui venait de ravager son bureau, Me Cyr devait déclarer à un journaliste de l\u2019Evangéline (le seul quotidien français aux Maritimes) qu\u2019il était là pour défendre les riches aussi bien que les pauves.\u201cCe sont de gens humains (les expropriés) et j'ai voulu que ces gens soient traités comme les autres citoyens.\u201d Durant la semaine qui avait précédé cet incident, l\u2019on avait beaucoup parlé de violence et certaines déclarations de la part du porte-parole des expropriés, Jackie Vautour, laissaient croire qu\u2019il se passerait quelque chose.On était loin de croire que la cellule Beaubassin se manifesterait une seconde fois.Ceci laisse également supposer une prise de position dans le public qui voudrait voir l\u2019affaire se règler, enfin.Mais la cellule Beaubassin n\u2019aurait sans doute pas lieu d\u2019être si ce n\u2019était d\u2019un drame qui dure déjà depuis dix ans et qui risque de s\u2019allonger sans espoir de solution, le drame de Kouchi- bouguac dans lequel il est fait mention de l\u2019ardeur du gouvernement fédéral en vue de déloger quelque 235 familles, propriétaires d\u2019un espace où, paraît-il, la faune et la flore, seraient parmi les plus intéressantes au pays.En passant vous remarquerez que ceci rappelle étrangement un drame ayant pris place en Acadie vers le milieu du dix-huitième siècle alors que la quasi totalité des habitants durent céder leurs terres fertiles aux Loyalistes en provenance des colonies américaines.C\u2019est ce qu\u2019on appellera plus tard la déportation des Acadiens, mouvement qui semble persister.C\u2019est ici donc que l\u2019histoire commence.Une déportation, et même, dans certains cas, deux ou trois évènements du genre, ça ne favorise pas tellement l\u2019effervescence d\u2019une littérature.C\u2019est pourquoi les Acadiens se sont tournés vers le conte dont la structure s\u2019accomode mieux de l\u2019oral que de l\u2019écrit.C\u2019est ce que je voudrais tenter de faire ici; un conte quiressemblerait à un communiqué de presse.Les contes Acadiens ne commencent pas par \u2018\u201cil était un fois\u201d rnais plutôt par \u2018\u2018une fois y avait\u201d.Alors, une fois y avait c\u2019te pays icitte qu\u2019était habité par des géants, toutes sortes de géants, des géants fédéraux, des géants GRC, des géants provinciaux, des géants Acadiens, toutes sortes de géants.C\u2019était aussi le pays ou vivait Ti-Jean, l\u2019homme le plus têtu au monde, exploité et déporté depuis toujours par les géants et qui un beau jour avait décidé de s\u2019accrocher à son morceau de terre.C\u2019est aussi ce conte que m\u2019a raconté au magnétophone Rhéal Drisdelle, un conte d\u2019une poésie terrible, le conte du parc ensorcelé, et à la suite duquel on peut se demander de quel côté se situe la vraie violence (celle qui vise à bulldozer l\u2019identité d\u2019un peuple) et de quel côté elle a effectué le plus de ravages.Qu'est-ce qu\u2019un cocktail Molotov lançé par la cellule Beaubassin dans le bureau d\u2019un fonctionnaire comparé aux dix ans de tortures de toutes sortes qu\u2019ont eu à subir les expropriés du parc national Kouchibouguac.C\u2019était en 1965.Quelqu\u2019un eût l\u2019idée merveilleuse de faire un parc national.Aussi saugrenu que cela puisse paraître, l\u2019idée fit son chemin.Qui sont ces personnes ?193 Mystère.Personne ne le saura mais leur détermination sera grande et l\u2019idée prendra ferme car en 1968 Jean Chrétien, alors ministre des Affaires Indiennes, et Louis J.Robichaud, alors premier ministre du Nouveau-Bruns- wick, apposent leur signature à une entente visant à créer un parc national à développement touristique.Ceci devait, par après, donner lieu à l\u2019un des problèmes majeurs à Kouchibouguac.Le parc qui devait apporter une développement accru à l\u2019économie de cette région du sud-est du Nouveau-Brunswick se transformera vite en éléphant blanc quand on apprendra que le gouvernement fédéral a décidé d\u2019en faire un parc de conservation en raison des richesses écologiques qu\u2019il contient.Huit villages se partageaient alors l\u2019espace compris aujourd\u2019hui par le parc.Les habitants sont en majorité des pêcheurs, des gens qui vivent de la terre, la moyenne de scolarité se situe autour de la troisième année.Majorité d\u2019illétrés donc, proies faciles pour les fonctionnaires.Le gouvernement du Nouveau-Brunswick se chargera de l\u2019expropriation des terres.Les indemnisations pour la perte des droits de pêche seront réglées, elles, par le gouvernement fédéral.Il a été décidé que la couleur du sapin La saison du coquillage pouvaient s\u2019acheter Il a été décidé qu\u2019un touriste Avait le sens du soleil Et les capitalistes Le goût du hareng fumé Il a été décidé par un fonctionnaire Par des machines Il a été décidé qu\u2019un Acadien sa femme ses enfants Sa maison Obstruaient les paysages 194 Il a été décidé qu\u2019une vie près de la mer Pouvait être déraciné comme un bouleau Sans commentaires Sauf Il a été décidé Guy Letendre (L\u2019Evangéline, 30/11/72) Dès 69-70, les évaluateurs sont sur le terrain, un bureau est installé dans le parc même.Les évaluateurs témoigneront plus tard, en 1977, devant la cour des indemnisations foncières, de leur incompétence lors de leur activité en vue d\u2019exproprier les résidents durant ces années là.Il diront que les montants leur avaient été fixés par le gourvernement de Fredericton et que la plupart des évaluations ont été faites du haut des airs (en survolant les terrains dans un avion).Une fois les \u201cévaluations\u201d effectuées, l\u2019on envoie les préposés à l\u2019expropriation.On embauche également des psychologues afin de pouvoir étudier comment aborder chaque cas.Trouver, par exemple, la faille dans le fonctionnement interne du couple, etc.La plupart des offres sont faites sur des feuilles volantes, il n\u2019y a pas de papiers légaux en provenance du gouvernement.On faisait une proposition.C\u2019était à prendre et non à laisser puisqu\u2019on faisait savoir, en même temps, qu\u2019en cas de refus on procéderait quand même à l\u2019expropriation.Le pire c\u2019est qu\u2019il n\u2019y avait pas de véritable cour d\u2019appel.L\u2019acte d\u2019expropriation du Nouveau-Bruns- wick, qui datait de temps immémoriaux, n\u2019avait jamais Été révisé et permettait au gouvernement et même à des compagnies privées d\u2019exproprier comme bon leur semblait.C\u2019est ainsi que l\u2019industriel K.C.Irving a pu se rendre propriétaire de la dune de Bouctouche, de terrains à St-Jean, etc\u2026 Cet acte devait être modifié en 1974, un peu trop tard, évidemment, pour que les expropriés puissent en bénéficier.Le document sur lequel on s\u2019appuiera pour procéder à l\u2019expropriation 195 avait été conçu pour s\u2019appliquer lors de l\u2019exécution de travaux publics, il devenait absurde de s\u2019en servir pour l\u2019e xpropriation de huit villages avec tous les problèmes légaux, économiques et humains que cela comporte.C\u2019est en 1971 que le secours arrive.CRASE.En fait, et cela peut paraître un peu abrupt aux yeux de certains, J'ai nettement l\u2019impression qu\u2019une seule agence à réellement travaillé avec et pour les gens du parc : c\u2019est le Conseil Régional d\u2019Aménagement du Sud-Est.À côté de toutes les autres agences identifiées au gouvernement, a travers les multiples programmes de counseling et de recyclage et d\u2019information, c\u2019est véritablement CRASE qui a écouté et organisé les gens, qui a pressenti et investi de responsabilités des leaders locaux requis par la situation (non pas les plus à l\u2019aise financièrement, qui pouvaient en temps normal conseiller et obtenir des faveurs, mais les batailleurs, les harangueurs, les chiens de garde), qui a fourni des appuis tangibles (locaux, personnel, informations utiles, etc.) et qui les a aidés à obtenir des gens contrets.(1) L\u2019expropriation devait se faire en trois phases, la phase un et deux étaient déjà terminées en 1971 quand les an imateurs de CRASE arrivèrent sur les lieux.La troisième tranche de l\u2019expropriation devait toucher les villages de Fontaine et de Claire Fontaine.Pour moi le parc ne m\u2019a rien donné seulement que de la misère Quand jai vu ma maison brûler j'avais le coeur comme une grosse arc-en-ciel qui brillait dans le temps à la Fontaine Et c\u2019était vraiment che-nous I] en a qui ne comprend pas .Allain, Greg, La Crise de Kouchibouguac et ses retombées a St-Louis de Kent, dans la Revue de l\u2019université de Moncton, vol.8, n.1, janvier 1975.196 l\u2019argent donne rien pou moi sur la terre j'ai été malade de tous côtés je suis guérie en grand miracle et je pourrais en dire plus mais faut que je finisse ma composition car ceci est un grand souvenir pour moi jamais j\u2019oublierai Fontaine (2) C\u2019est autour de ces deux villages que la résistance devait s\u2019organiser; quarante familles qui refusent les offres du gouvernement.Ils n\u2019ont aucune organisation que ce soit sous forme de comité de citoyens, comité de lutte ou autre.Lorsque les animateurs arrivent ils prennent vite conscience de la désorganisation de ces personnes qui n\u2019ont aucune notion de ce peut être une assemblée publique et encore bien moins de son fonctionnement.Paul Leger, un franco-manitobain, alors assistant au premier ministre Richarch Hatfield, dira dans un rapport que si les Acadiens sont considérés comme marginaux par rapport au reste du pays, 1l faut voir chex les expropriés une marginalité qui s\u2019affirme par rapport aux Acadiens.Leur mode de regroupement est celui du clan, attitude qui est la leur depuis des centaines d\u2019années.Si bien que lors des premières réunions publiques organisées, chaque clan discute de ses déboires.Il faudra six mois aux animateurs avant de faire comprendre aux différents groupes que la situation qui les menace est globale et que l\u2019action à entreprendre doit être collective.Après plusieurs réunions, quand ils réalisent leur cohésion et la conscience de leur pouvoir, ils décident de faire parvenir une lettre au ministère de la justice pour l\u2019informer de l\u2019injustice dont ils sont victimes.La notion qu\u2019ils ont du problème leur apparaît si abstraite qu\u2019ils n\u2019arrivent pas à concevoir les proportions qu\u2019il est en train de prendre.Autre handicap, la lenteur avec laquelle les expropriés se politisent.Pendant ce temps 2.Poème de Délima Doucet, expropriée du pare, retranscrit d\u2019après une séquence du film de l'ONF Kouchibouguac.197 le gouvernement se presse et règle les choses à la hâte.Ils finissent donc par déménager après avoir pris la maigre pitance qui leur est accordée en échange de leurs biens.De cinq à dix milles dollars, pour les très chanceux.Le gouvernement libéral fédéral adopte alors une tactique qui consiste à \u201c\u201cgraisser\u201d\u2019 les organisateurs de son parti dans les villages.Ces organisateurs jouaient en même temps le rôle de leader populaire.Une fois ces derniers envolés (les curés avaient aussi vendus leurs églises) le reste des résidents de la communauté se retrouvent démunis et sans chefs.En 1971, deux comités de citoyens, un à Cap St-Louis et l\u2019autre à Claire-Fontaine, seront formés pour pallier à cette carence de leadership.Jackie Vautour présidera à Claire-Fontaine; Oscar Doucet présidera à Cap St-Louis.En 1976 ces deux comités se réuniront en un seul.Suite à leur élection, les deux présidents sont embauchés par CRASE à titre d\u2019animateurs.À partir de ce moment la lutte s\u2019organise sérieusement.Voix de Rhéal Drisdelle, ex-animateur de CRASE.Jackie Vautour, auparavant, c\u2019était un gars qui boivait beaucoup, c\u2019était un gars qui s\u2019battait surtout beaucoup, qu\u2019avait grade deux d\u2019éducation, qu\u2019avait jamais rien essayé.qu\u2019avait jamais rien fait dans sa communauté.Lorsqu\u2019il a entendu dire que le parc venait, Jackie a été à l\u2019Institut de Memramcook suivre un cours de recyclage.Pi j'ai parlé à son professeur, son professeur a dit que dans une espace de six mois y avait jamais vu quelqu\u2019un avoir une soif d\u2019apprendre, dans six mois y dépassait toute sa classe\u2026 pi y a fait jusqu\u2019au grade neuf.(3).Du côté du gouvernement fédéral, les compensations prévues pour les pêcheurs ayant perdu leurs droits de 3.Conversation avec l\u2019auteur dans le but de préparer cet article.Transcription intégrale.198 pêche ne semblent guère plus promettantes que les indemnités accordées aux expropriations de terrains.La pêche constitue la plus importante activité à l\u2019intérieur du parc.En 1971 les pêcheurs se voient informés par le fédéral, de cesser leurs activités à intérieur du parc.Non seulement ce n\u2019est pas possible, pour eux, ils n\u2019arrivent tout simplement pas à se rendre à l\u2019évidence.Après enquête du fédéral, on apprend qu\u2019environ 70 pêcheurs seront éligibles aux compensations \u2018\u2018improbables\u201d du gouvernement qui semble émettre l\u2019idée qu\u2019avec ou sans compensations il prodèdera au retrait des droits de pêche.La lutte se mène donc sur deux fronts.D\u2019une part 235 familles sont sans foyer, incapables de se procurer terre ou logement avec le peu d\u2019argent qu\u2019ils ont réussi à négocier en échange de leur propriété.Les maisons qu\u2019ils habitaient dans le parc étant souvent trop fragiles pour subir un déménagement, ils ont dû se reloger mais la spéculation à laquelle a donné naissance le zonage du parc a fait monter la valeur des terrains dans les environs.Si bien qu\u2019avec leur indemnisation, certains ne trouveront même pas de quoi s\u2019acheter un lot de terre.À ceci l\u2019on doit également ajouter l\u2019ostracisme dont ils sont souvent victimes de la part de leur nouvel entourage.Il est bien malaisé d\u2019effectuer des prédictions a ce moment-ci.D\u2019un côté on nous assure que l\u2019intégration des gens du parc à la communauté de Saint- Louis s\u2019est faite par la base, à travers les cours d\u2019artisanat, de couture et de cuisine donnés par le centre culturel à l\u2019occasion de rencontres informelles, lors de l\u2019utilisation commune de services publics.Par ailleurs des jugements négatifs globaux sont souvent encore entendus à l\u2019égard des citoyens du parc par des résidents de Saint-Louis; on établit pas de distinctions entre les chefs et les \u2018\u2018fidèles\u2019\u2019, entre les \u2018\u201cpacifiques\u201d\u2019 et les \u2018\u2018agressifs\u2019\u2019 \u2014 tous sont catalogués sous la même étiquette; comme le disait un ancien de St-Louis 199 \u201cC\u2019est toute un gang de maudits chidleux qui ont eu la chance de gagner des sweepstakes et qui se plaignent encore, nous autres qui avons travaillé fort toute notre vie, on a jamais rien eu du gouvernement.On commence à être tanné de toutes ces chicanes-là.\u201d (4) Par ailleurs le gouvernement fédéral refuse de compenser les pécheurs pour la perte de leurs droits de pêche.Le problème s\u2019aggrave au point où, en mai 1972, les expropriés décident d'occuper les bureaux des administrateurs du parc.L\u2019occupation qui devait durer 18 jours se termina dans la violence provoquée surtout par la découverte et la lecture des dossiers montés par Parcs Canada en vue de s\u2019approprier les terres.Parmi les documents se trouvaient les fameuses enquêtes des psychologues auprès des familles.Conscients de l\u2019exploitation dont ils ont été l\u2019objet de la part des gouvernements, ils démoliront complètement les bureaux qu\u2019ils occupaient.Les gouvernements réalisent qu\u2019il existe peut-être un problème et ils demandent aux expropriés de se réunir en assemblée et de faire connaître leurs plaintes aux fonctionnaires qu\u2019ils y délèguent.Le premier ministre Richard Hatfield décide alors d\u2019instaurer son comité inter-ministériel composé de représentants de six ministères et nanti d\u2019un pouvoir suffisant à règler l\u2019affaire.Le comité s\u2019entend pour entreprendre un programme de relogement en vertu de quoi chaque famille recevrait un bungalow.Toutefois le problème était encore plus complexe.Certaines personnes, même si elle avaient vécu toute leur vie à l\u2019intérieur des limites du parc, ne possédaient pas leurs terres ou leurs maisons, elle n\u2019étaient donc pas légalement éligibles à l\u2019obtention d\u2019une nouvelle habitation.Par contre d\u2019autres personnes qui étaient propriétaires mais n\u2019avaient jamais vécu dans le parc se voyaient soudain devenus propriétaire d\u2019une maison.Ceci donnera lieu à de nombreuses guer- 4.Allain, Greg, op.cit., p.37.200 res entre les clans et à des rivalités personnelles.Evidem- ment le gouvernement profite de la situation et le tout se règle à son avantage.Un dernier facteur qui a sûrement contribué à la confusion générale est le nombre incroyable d\u2019agences impliquées de près ou de loin dans toute l\u2019affaire du parc : on y trouvait pas moins de 9 ministères provinciaux, 4% ministères fédéraux, 5 agences du gouvernement du Nouveau-Brunswick et 4 autres insitu- tions gouvernamentales\u2026 On peut aisément comprendre l\u2019impression de \u201c\u2018fouillis total\u201d ressentie par les gens, malgré l\u2019existence d\u2019un agent d\u2019information sur place pour éclaircir les choses.Deux comités devaient assurer la coordination de toutes ces agences, un comité provincial constitué principalement de hauts fonctionnaires des ministères impliqués, et un comité régional chargé d\u2019effectuer la liaison avec les bureaux locaux.(5) De 1971 à 1977, la lutte se concentre surtout à trouver des compensations pour les expropriés qui, n\u2019ayant ni biens des métiers, trouvent difficile de faire face à un nouveau mode de vie et à un nouvel environnement.De nombreux rapports sont alors envoyés aux gouvernements, à la suite desquels, parfois, quelques centaines de dollars sont perçus en guise de dédommagement de toutes sortes tels que : perte de la ceuillette des bleuets, perte de la ceuillette des \u201cpomme de pré\u201d, perte des revenus de son épicerie, perte de la tenu du bureau de poste, etc.; activités qu\u2019ils ne peuvent plus faire ou exercer.Toutefois, ces sommes, parfois dérisoires, en servent souvent qu\u2019à renflouer les dettes les plus alarmantes.Il en sera de même du bungalow accordé par le gouvernement provincial.Cette habitation étant chauffée au mazout et non au bois, elle entraîne des frais supplémentaires; le terrain sur lequel elle est 5.Allain, Greg, op.cit., p.29.201 Des Cp rr I A rasa construite est de dimensions si réduites qu\u2019il est impossible d\u2019y faire un jardin.Il faut dire que la creation du parc n\u2019affecte pas seulement les expropriés.La région nord du comté de Kent n\u2019est absolument pas industrialisée et les gens dépendent des resources naturelles, bois et péche, pour leur survie.Or le parc prive un grand nombre de personnes de l\u2019utilisation de 85 miles carrés de ressources naturelles pour la perte de quoi elles ne recevront aucune compensation si symbolique soit-elle.Le gouvernement fédéral décide alors de s\u2019occuper des compensations aux pêcheurs.Après consultation avec Jackie Vautour, on s\u2019entend sur le choix d\u2019un médiateur, Camille-Antoine Richard, un sociologue bien connu pour ses prises de position relatives à l\u2019Acadie et qui jouit d\u2019une certaine réputation auprès de la jeune gauche acadienne.On apprendra par après que durant son travail en tant que médiateur, il perçoit également son salaire du Ministère de I\u2019Expansion Economique Reé- gional.On peut prévoir la suite sans difficultés.Paralèle- ment à Camille-Antoine, Parcs Canada a retenu les services d\u2019un dénommé Louis-Philippe Cormier, animateur pro- fessionel dont le bureau est situé à Montréal.En arrivant sur les lieux, Cormier ne tarde pas à faire savoir sa descendance acadienne et finit par engeôler tout le monde (même Jackie Vautour) et à gagner leur confiance.Richard rend public son rapport de même que les prix que le gouvernement a décidé de fixer en compensation aux différentes pêches.Les pêcheurs refusent ces offres qu\u2019ils qualifient de ridicules.Exemple, un pêcheur d\u2019homard recevrait une somme de trois milles dollars pour la perte de son droit.C\u2019est alors qu\u2019entre en scène Louis-Philippe Cormier.Lors d\u2019une assemblée, convoquée par ses soins, un certain nombre de pêcheurs de la région ayant perdu leur droit de pêche, mais qui ne sont pas des expropriés, appuient à main levée les indemnités proposées par Camille-Antoine Richard pour le compte du gouvernement fédéral.La presse est présente, des 202 photos témoignent, les journaux titrent, Louis-Philippe décampe le lendemain même.pour tout le monde l\u2019affaire de Kouchibouguac est close.Nous sommes alors en 1974.Tous les résidents du parc s\u2019en vont sauf Jackie et son comité qui poursuivent la lutte.De 1974 à 1976, Jackie Vautour va devenir le symbole de la lutte des expropriés pour reprendre leurs droits.C\u2019est lui qu\u2019on cite dans la presse, qui accorde les entrevues, qui présente les mémoires.Toutefois les autres expropriés continuent de l\u2019appuyer ferme et c\u2019est par centaines qu\u2019ils se rendent aux réunions qu\u2019il convoque.En 1976, Vautour décide de changer de tactique.Albert Lévi, chef Indien de la réserve Micmac de Big Cove lui fait part de l\u2019existence d\u2019un traité signé en 1793 et en vertu duquel les Indiens ont droit de chasse et de pêche dans la zone maintenant comprise par le parc.Jackie convoque une réunion pour le premier novembre.Albert Lévi déclare alors qu\u2019au printemps 1977 les Indiens iront avec les expropriés chasser et pêcher sur les terres qui leur appartiennent.Quatre jours plus tard, les bulldozers rasent la maison de Jackie Vautour.Ceci en guise de réprésaille, à la veille d\u2019une nouvelle confrontation que les gouvernements auraient eu de la difficulté à controler, Lévi ayant eu la permission du ministre Jean Chrétien de chasser sur les terres du parc Kouchibouguac.À nouveau Rhéal Drisdelle : \u2026 la maison de Jackie y l\u2019ont fait ben sournoisement, y l\u2019ont fait pendant qui y était au bureau.Y est revenu du bureau.non y avait été travailler la police a été, y ont sorti ses enfants de l\u2019école, y les ont amenés à la motel de Richibouctou, y ont été chercher Jackie au bureau, y ont dit \u201con va bulldozer ta maison là, va chercher ta femme pi tes garçons\u201d.Jackie a été là, y ont sorti pi y ont bulldozé la maison, y ont enlevé tout son linge, son meuble, son manger qui y 203 avait sauvé pour l'hiver, tout ça, y l\u2019avont enlevé pi y l\u2019avont mis dans un entrepôt à Newcastle, ça y l\u2019a jamais back eu\u2026 Ca fait l\u2019homme pi sa femme étaient pris au mois de novembre, dans un motel à Richi- bouctou avec le linge qui y avaient sus l\u2019dos, avec l\u2019opinion publique contre eux-autres.Ca fait là les Resources Naturelles du Nouveau-Brunswick ont envoyé une lettre à Jackie y offrant vingt-trois milles pour sa maison pensant qui l\u2019avions de battu.Jackie refuse en disant \u2018\u2018J\u2019accepte pas\u2026 moi j\u2019sors pas d\u2019icitte, j\u2019accepte pas.\u201d Ca fait que la Resources Naturelles on dit, bon, on paye yinque ta motel jusqu\u2019au 23 dé- embre\u2026 deux jours avant Noël.Ca fait, ben, Jackie dit \u201cOK, payé ou pas payé, moi ça fait rien vous défait ma maison, vous m\u2019avez placé icitte, moi j\u2019reste icitte.\u201d Ca fait que là Resources Naturelles a plus ou moins mis le propriétaire de la motel dans un pétrin parceque lui y avait quatre chambres qu\u2019étaient pris, savait pas trop quoi faire avec.Ca fait que lui y a été chercher un mandat d\u2019la cour pi le 21 mars, premier jour du printemps, à six heures du matin, la police arrivait avec les haches pi les gaz lacrimogènes pi les matraques pi les menottes pi y ont défoncé dans les chambres de la motel.Jackie, lui, y l\u2019ont pris dans le lit, tandis que les garçons, les jeunes filles ont résisté violemment à la police\u2026 Pi y ont été emenés à Moncton, au poste de police.La mère, madame Vautour, Yvonne, pi les p\u2019tits enfants, c\u2019avait deux ans allé jusqu\u2019à l\u2019âge de sept, huit ans étaient sus I\u2019ch\u2019min.Y ont appelé l\u2019bien-être.\u2026 Bien-être a dit qui pouvaient absolument rien faire.pi Jackie, les garçons étaient en prison.C\u2019t\u2019à peu pres le plus bas que l\u2019affaire de Kouchibouguac a pu aller ça.(6) Ceci se passait au printemps \u201977.Jackie Vautour est en prison attendant son procès.Une manifestation s'organise à Moncton.Quelques centaines de personnes y participent, quelques escarmouches avec la force policière qui 6.Drisdelle, Rhéal, ibid.204 CIE ES assure, comme chacun sait, le maintien de l\u2019ordre.Jackie est libéré, son procès est prévu pour juin, mais le juge se montre sympathique à leur cause et le procès est remis au mois d\u2019août puis au mois d\u2019octobre.Les 19 chefs d\u2019accusation retenus contre lui et sa famille seront alors annulés, mais, entre temps, l\u2019affaire a eu le temps de se dégonfler dans l\u2019opinion publique.Au mois d\u2019octobre \u201978, un an plus tard, Jackie demande à tous les expropriés intéressés à reprendre leurs terres de se rendre à son bureau pour y signer une pétition en ce sens.Des 235 familles ayant quitté le parc, 213 se prononceront en faveur de ce retour.Il fait parvenir le document à Hatfield pour qui, sans doute, il ne s\u2019agit là que d\u2019une autre des nombreuses plaintes accumulées depuis les neuf ans que dure l\u2019affaire.Immédiatement après cette pétition, la famille Vautour ainsi que neuf autres familles expropriées du parc décident de retourner occuper leurs terres.C\u2019est ici que commence le drame dont le dénouement devait avoir lieu durant les dernières semaines du mois d\u2019août ?79.A la suite de plusieurs altercations judiciaires, les expropriés reçoivent l\u2019ordre, le 20 août dernier, en cour provinciale, de quitter les lieux immédiatement.La sentence les reconnaît coupables d\u2019être illégalement campés sur les terres de la couronne.Suite à cette condamnation Jackie Vautour déclare, le lendemain, que lui, sa famille et les expropriés qui l\u2019accompagnent à l\u2019intérieur des limites du parc, sont prêts à \u2018\u201cverser jusqu\u2019à la dernière goutte de notre sang\u201d plutôt que de sortir.Il affirme que sa lutte s\u2019identifie avec \u201cla défense des petits Acadiens pour leurs droits et l\u2019honneur de leur drapeau\u201d et que \u201cLes armes sont prêtes afin d\u2019empêcher une nouvelle déportation en 1979\u201d, Le 22 août l\u2019on apprenait que le shérif du comté n\u2019attendait plus que le mot de Me Léonide Cyr afin d\u2019appliquer la sentence émise à l\u2019endroit des expropriés.La veille, un groupe d\u2019étudiants et d\u2019instructions de l\u2019Université de Moncton qui campaient dans le parc, avaient été réveillés aux cris de \u2018\u2018Sortez tout de suite de sur 205 notre terre\u2019.Puis cinq coups de feu dont un perfora une tente\u2026 d\u2019entreposage.Le lendemain, la police effectue une fouille en vue de vérifier si effectivement, Vautour et les siens sont armés.Ils ne trouveront rien ce qui n\u2019empêchera pas Jackie d\u2019être accusé du délit, son procès devant avoir lieu le 30 octobre prochain.Le mardi, 28 août, le parti Acadien, par la voix de son chef, Donatien Gaudet, demande la tenue d\u2019une commission royale d\u2019enquête ou, sinon, la redistribution des terres aux expropriés.Le lendemain soir la cellule Beaubassin revendique l\u2019incendie ayant ravagé le bureau du solliciteur Me Léonide Cyr.Le jour suivant Jackie Vautour nie toute participation aux activités de cette cellule, \u201cnous sommes tous du petit monde.Je me dissocie complètement de cet évènement qui ne peut avoir été causé que par des personnes expérimentées.\u201d Suite aux déclarations de Vautour et aux menaces de la cellule Beaubassin, les choses devaient se mettre à bouger à un rhytme considérablement accéléré.Plusieurs organismes font connaître ou réitèrent leurs positions dans le conflit.Pour une fois la balance semble pencher en faveur des expropriés, du moins en ce qui a trait au grand public.Le chef du parti libéral du Nouveau- Brunswick, Joseph Daigle, demande, lui aussi, la tenue d\u2019une commission royale d\u2019enquête.L\u2019archevêque de Moncton, Mgr.Donat Chiasson, accorde son appui aux expropriés.Une journée de solidarité a lieu le 16 septembre, organisée par le CRASE.Plusieurs personnalités acadiennes y assistent de même que les porte- paroles d\u2019organismes venus, avec 2,000 autres personnes, manifester leur appui à la cause.Mathilda Blanchard, parlant au nom de son syndicat devait alors déclarer que l\u2019incendie allumé par la cellule Beaubassin dans le bureau de Me Cyr était dû au fait qu\u2019il s\u2019agissait là du \u2018comble de la chaleur en Acadie\u201d.Cette année, l\u2019Acadie fête son 375e anniversaire de fondation.Nul n\u2019aura su mieux que Jackie Vautour mettre en évidence le slogan des fêtes à savoir que si \u2018\u201c\u2018on est venus c\u2019est pour rester\u201d.206 Halifax, Nouvelle-Ecosse, 1756 Je suis bien informé à l\u2019effet que plusieurs habitants français, transportés l\u2019an dernier, hors de cette province et distribués parmi les différentes colonies sur le continent, se sont procurés de petits vaisseaux et se sont embarqués afin de revenir en longeant la côte de colonie en colonie, et que plusieurs seraient présentement en route.Et, comme le succès de cette entreprise aurait non seulement pour effet de frustrer les plans du gouvernement en les explusant à un coût | si élevé, mais mettrait également en danger la sécurité i de cette province, spécialement dans cette conjoncture, 3 je crois de mon indispensable devoir d\u2019enjoindre votre ; Excellence, le gourverneur, de porter toute son attention afin de prévenir l\u2019accomplissement d\u2019un plan si si prernicieux en détruisant de tels vaisseaux qui dans votre colonie se prépareraient à un tel but ainsi que de tout ce qui pourrait tenter de passer sur une partie i quelconque de votre gouvernement que ce soit par voie de terre ou de mer.Je n\u2019aurai aucunement donné cet } ennui à votre Excellence si n\u2019était convaincu à quel | point le retour de ces personnes peut s\u2019avérer fatal aux intéréts de sa majesté dans cette partie du monde.Je suis monsieur, le très humble et très obéissant serviteur de votre Excellence, Lawrence.(7) 7.cité dans Evangeline, Henry Wadsworth Longfellow with version in prose by Carolyn Sherwin Bailey.C\u2019est cette dernière qui fait mention de cette lettre.On sait que Lawrence fut l\u2019un des principaux sinon le principal organisateur de la déportation des Acadiens.207 a oo = SOOSEEOCEE Ren x spas oT 530 pK ARE SE EAE TE oN CEE SEER RP Ei rz or AR SOT Sa Sn Le Abonnez-vous a POSSIBLES Dans les prochains numéros : L\u2019utopie Le référendum Bilan de l\u2019autogestion Bulletin d\u2019abonnement Adresse .120202 200004444444 ae 4 a ae ae eee 6 Ville.112211200421 2 Code postal .Province .ALL 4 LL La Le Le LL eee Occupation .200 400140 LL LL A La eee ci-joint un cheque.mandat-poste.au montant de $15.00 pour un abonnement à quatre numéros à compter du numeéro.Abonnement institutionnel : $25.00 Abonnement de soutien : $25.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3s 254 Dépôt légal Bibliotheque Nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada = = ae) a sd Loo a RARE a POC fin 5 Akal As ER acer x phe ci JAAR GE AG a ee \u2014 pee \u2014 _ ree A Le pa ca tn fa) rT 5 a ah acai > ea oy co cz a co.ce né = - Br _ 2 Jp.is secs = .rm 25 rite cs RR x TE exo Tu AA Cm Sn > co ce recente AE 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