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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Printemps - Été
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1980, Collections de BAnQ.

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[" CME CEM I EMA PLAS MCh Sct i Def AR AES - Issibles| VOLUME 4 > NUMÉRO 3 4 - PRINTEMPS-ÉTÉ 1980 iii 2\" AIRE L'AUTOGESTION Réalités et défis aston Miron: Femme sans fin A A EEE Xe - Derouin: Images du fleuve SF S > AOD 3 ST S © RS L ON & TY is I HN 3 BY 3 4H + i René Derouin, graveur Né à Montréal en 1936, l\u2019auteur nous présente ici Images du fleuve, une suite de 4 gravures sur bois réalisées en 1967.Ces gravures n\u2019ont jamais été exposées.Un dessin à la plume faisant partie de la Suite nordique ainsi qu\u2019un des modules de la murale SUITE NORDIQUE qui a été sélectionnée par le World Print Council III et exposée au Musée d\u2019Art Moderne de San Francisco au mois de juin 1980 complètent en page de garde et à l\u2019endos sa contribution au numéro.L\u2019auteur s\u2019exprime ainsi sur sa démarche : \u201cAprès avoir expérimenté les techniques audiovisuelles, après avoir pratiqué la sérigraphie, j'ai eu envie de revenir au moyen d\u2019expression le plus ancien et le plus simple, celui qui permet le moins de camouflages.Et, suite à mon installation à la campagne où je mène une vie simple, j'ai eu envie d\u2019un procédé qui, excluant tout travail chimique, requiert un effort purement physique.En fait, je sens que j'ai besoin actuellement de l\u2019austérité et de l\u2019ascèse qu\u2019implique la gravure sur bois.\u201d On peut communiquer avec René Derouin son atelier du 1303 Montée Gagnon, Val David, Qu tél.: (819) 322-7167.à é. IDE CIPO MEO LIL HSC IN SL EMA Ot Ls EH ie Lo ie i gan Na Fer a on amas ARE TH em a Ne, = msn im = > sign rte on FRI, oe I~ = SCIE créer pe # A a Mas fa 3 as AZ \u2014x LR od a\" VS Ep Sr A | = j f Seite i ive ee F À AE LA sa Jo | ; - ta ï BY = A Lx En Le, pp 5 Wo Fy dB sat 3 2 it i SAY \u201c2 \\ A = IR] A mon 1%) FA 14 ha WHA h Tl NE mi \u2014 i ES Ts i of A PETE f \u201cyy Cy pp Pri onde, x 3 iat \u20ac = a Ih - XK 4 2 ENS À, FY I$ Qu) D + ET Bl IR: Pas à My OS dub is A i Ne) Ae pd wo REA 1h AN A SON CANNES AFS wd ji A | ms ps) À 4 Li LILIES Rd A RS Et PET Ra Eu Fe A Pr SAN \\ NJ TA pm pes EN, CS y Eh a à SAS A as A ED RB Uwe nN Wk yh Ave Re A LCS j : i René Derouin, extrait de Suite nordique.Plume i Kl LA or PYRE a Cao PE possibles VOLUME 4 NUMÉRO 3-4 PRINTEMPS-ÉTÉ 1980 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec Comité de rédaction : Muriel Garon-Audy, Andrée Fortin, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Roland Giguère, Gilles Hénault, Roger Lenoir, Gaston Miron, Marc Renaud, Marcel Rioux.Secrétaire de ia rédaction : Robert Laplante SOMMAIRE page ÉDITORIAL : Libérer les possibles Gabriel Gagnon.020401000 00022 aa aa aa a aa à 7 21 mai Robert Laplante .13 L\u2019autogestion, c\u2019est plus que l\u2019autogestion Marcel Rioux.c.0 unin.15 Chant de l\u2019éclusé Yvan Dubuc .0.0.23 LE VECU L\u2019ouvrier-patron des années 80 Pierre J.G.Vennat.33 OSE.mais pas trop Jean-Pierre Dupuis.c.uuuuuui.57 Le mouvement Desjardins : et si le boeuf devenait grenouille ?Claude Ouellet.71 Les coopératives d\u2019habitation : une solution d\u2019avenir ?Carmen Quintin et Claire Denis.85 Un modèle \u2018\u2018léger\u201d de changement social : les coopératives de consommation Clément Mercier 110000000000 0.109 Les médias communautaires Carl Thériault .oni.127 Un domaine multiforme : le Rézo des coopératives d\u2019alimentation Marc Voinson .141 Collectifs de production et autogestion Claude Lariviere .uu.151 Exorcisme Suzanne Jacob.169 LE POSSIBLE Une nouvelle fagon de concevoir le monde Andrée Fortin.ccc.uuuuuun.179 La région retrouvée Jean-Jacques Simard .193 Mouvements de femmes et autogestion Muriel Garon-Audy .209 La question des ages Robert Laplante .ccc.u.217 Projet de création d\u2019entreprises autogérées : extraits d\u2019un document de travail Paul-André Boucher et Roger Lenoir.227 Choisir la vie plutôt que les livres Andrée Fortin et Robert Laplante.237 D\u2019Esdras à Jean-Jacques, ou la recherche d\u2019une troisième voie Marcel Fournier.00100202000 00 4140 a 0 0 0 00 + 251 FEMME SANS FIN Femme sans fin Gaston Miron .12024210100 00 4424 a a 0 0 8 a 0 a a a 0 0 + 273 F BA 8 ; Libérer les possibles Au Québec, les revues politiques s\u2019essoufflent vite, surtout lorsqu\u2019une équipe homogène y expose une idéologie trop bien définie à l\u2019avance.Pourtant, POSSIBLES, après quatre années d\u2019existence, nous semble avoir réussi plutôt bien que mal à éviter l\u2019auto-satisfac- tion permanente comme les turbulences idéologiques stériles.Sans doute est-ce parce que nous nous sommes largement ouverts vers l\u2019extérieur, donnant la parole à ceux et celles qui nous paraissaient, par leurs actions ou leurs écrits, participer à la lente et profonde reprise en main du Québec par ses Habitants et ses Travaillants, dont parle si bien Jean-Jacques Simard dans ce numéro.La conjoncture actuelle, avec les incertitudes politiques qu\u2019elle porte, nous amène à tenter ici un nouveau pas en avant : un premier bilan provisoire des expériences autogestionnaires en cours au Québec, réalisé essentiellement par des collaborateurs extérieurs à la revue, et quelques jalons pour une prospective, issus eux presque exclusivement des réflexions du comité de rédaction au cours de l\u2019année écoulée.Nous ne voulons plus que notre travail demeure en vase clos.Nous voulons que nos lecteurs anonymes deviennent des amis et des collaborateurs éventuels.Nous voulons que POSSIBLES soit un outil de réflexion qui rejoigne mieux ceux qui cherchent comme nous à tâtons les voies de l\u2019autogestion.Voilà pourquoi ECO EE RY A x ce numéro est d\u2019abord conçu comme un document de travail préparatoire au colloque (Faire l\u2019autogestion.Réalités et défis) que nous tiendrons les 2, 3 et 4 octobre, en collaboration avec la Faculté d\u2019Education Permanente de l\u2019Université de Montréal.Nous espérons y rencontrer d\u2019abord les militants des organismes autogestionnaires et coopératifs mais aussi les Québécois et Québécoises, de plus en plus nombreux, quoi qu\u2019on dise, qui veulent refaçonner la culture, la politique et l\u2019économie de leur pays.Si la section consacrée au vécu fait une si large place aux diverses facettes du mouvement coopératif c\u2019est que nous croyons que l\u2019histoire de sa tenace implantation au Québec est aussi la préhistoire de l\u2019autogestion, comme le fait remarquer Marcel Fournier.L\u2019affrontement entre la tentation technocratique, venue avec la croissance accélérée, et le retour à la base, prôné par les petites coopératives issues de la nouvelle culture, est partout présent dans notre dossier, qu\u2019il s\u2019agisse de production, de consommation, de communication, d\u2019alimentation naturelle, d\u2019habitation ou méme d\u2019épargne et de crédit.C\u2019est là la contradiction où s\u2019enracinent les réflexions des meilleurs promoteurs de l\u2019autogestion, dont Pierre Rosanvallon que nous avons invité à participer aux activités de notre colloque.Si nous Insistons davantage sur les tentatives faites pour dépasser les structures aliénantes du travail, c\u2019est à la fois parce qu\u2019il s\u2019agit du secteur le plus négligé actuellement et parce que c\u2019est là-dessus que tout véritable mouvement autogestionnaire devra être jugé, aussi longtemps que la plupart des gens devront consacrer l\u2019essentiel de leurs journées au maintien de l\u2019économie capitaliste.Quant à l\u2019autogestion dans le domaine de la culture, assez mal couverte ici, nous songeons à y consacrer un numéro entier au cours de la prochaine année.Le vécu bien arpenté, l\u2019autogestion devient, dans la seconde partie, ce projet global, cette utopie concrète et possible où convergent les cheminements de multiples mouvements sociaux québécois.Sans éviter la cri- tique lorsqu\u2019elle nous paraissait nécessaire, nous avons essayé de cerner ces rapprochements demeurés souvent implicites et inexprimés dans le discours des acteurs sociaux, à qui le colloque d\u2019octobre pourrait peut-être servir de catalyseur.Nous espérons en effet en voir émerger ce réseau souple d\u2019entraide, de réflexion et de coordination souhaité par Claude Larivière et dont POSSIBLES pourrait être, avec d\u2019autres, un des animateurs.Il nous apparaît important de relier de façon in- Ë formelle, en dehors des appareils politiques, coopéra- E tifs et syndicaux, ceux et celles qui bâtissent l\u2019autoges- § tion dans leur pratique quotidienne ou dans leur poésie.r Si notre colloque amorçait ce processus, il nous permettrait de mieux situer la revue par rapport à ces mouve- È ments autogestionnaires québécois dont la présence 1 devrait s\u2019affirmer dans les débats politiques de l\u2019heure.E Les résultats du référendum, loin de susciter ces i réactions de repli exclusif vers le privé et le communautaire où, selon Marcel Fournier, le Québécois a tou- W jours tendance à aller panser ses blessures, ne pour- A raient-ils pas au contraire mieux permettre la participation des travailleurs et des autogestionnaires aux \u201cpro- ji jets du pays qui vient\u201d.E Par une profonde intuition, les organisateurs de la i campagne du OUI se sont appuyés surtout sur de multi- it ples regroupements a la base des forces actives de la E société québécoise, réunies la plupart du temps en fonction du milieu de travail.Ces manifestations essentielle- i: ment symboliques jusqu\u2019a maintenant ont cependant a indiqué significativement au P.Q.ou, a partir de main- ä tenant, il devrait aller surtout chercher ses alliances E et ses appuis.On a trop souvent eu l\u2019impression depuis le 15 novembre 1976 que la plupart des attitudes du gouvernement et du parti n\u2019échappaient pas à cette in- i sensible mentalité technocratique qui caractérisa les dernières années de la \u2018\u2018révolution tranquille\u201d.Le gouvernement Lévesque n\u2019a-t-il pas souvent été \u201ctrop instruit\u201d et trop \u201c\u201cpetteur de bretelles\u2019 face aux revendications populaires qui ne pouvaient profiter des canaux de la scolarité ou du syndicalisme.Comme l\u2019indiquent bien les résultats détaillés du vote du 20 mai, tout un pan du pays s\u2019est défilé face à un projet où il ne se sentait pas encore partie prenante.Pour beaucoup de Québécois, avouons-le maintenant, la souveraineté- association est demeurée une construction abstraite, peu ancrée dans les difficultés de la vie quotidienne.Ne serait-il pas temps, si nous voulons vraiment continuer à bâtir un pays, de \u201cchoisir la vie plutôt que les livres\u201d comme nous invitent à le faire Andrée Fortin et Robert Laplante, de mieux connaître les multiples visages de ceux et celles avec qui nous prétendons lutter.À travers des critiques un peu vives, c\u2019est d\u2019abord le syndicalisme québécois que nous convions à cette tâche : nous savons en effet quel instrument de défense, de conscientisation et d\u2019espoir il continue à être pour un si grand nombre de travailleurs et de travailleuses.Nous craignons cependant que ses divisions et les bases restreintes de son recrutement ne l\u2019aient trop souvent amené récemment, dans le feu des luttes à court terme, à calquer ses structures, ses comportements et ses revendications sur le visage même de la société qu\u2019il prétendait détruire et qu\u2019il pourrait plus modestement songer à transformer.Les chefs syndicaux ont peut-être trop exclusivement parlé d'exploitation capitaliste et pas assez de cette aliénation techno-bureaucratique qui devient de plus en plus, dans le secteur public comme dans la grande entreprise privée, la couleur de nos travaux quotidiens.Ne fau- drait-il pas plutôt essayer d\u2019inverser, avec la technologie, l\u2019essentiel du processus actuel de travail au lieu de nous contenter de négocier son maintien contre de meilleurs salaires, après les imprécations symboliques habituelles contre le système.Pour aller plus loin, il faut aller aussi plus profond.10 Au Québec, les meilleures critiques fondamentales de la société industrielle avancée dans laquelle nous entrons viennent actuellement des pratiques de ces expérimentateurs sociaux (mouvements de femmes, groupes écologiques, entreprises communautaires autogérées, poètes et écrivains), auxquels nous avons fait large place dans POSSIBLES et dont la présence est prépondérante dans ce numéro.Cet ensemble multiforme, ouvert et innovateur, constitue pour nous le mouvement autogestionnaire québécois en formation.Comme ces prophètes de la solidarité, de l\u2019égalité et de la qualité de la vie choisissent bien souvent, à la suite des prolétaires européens du siècle dernier, la formule coopérative pour donner forme concrète à leurs expériences, c\u2019est au mouvement coopératif organisé qu\u2019il revient d\u2019abord de répondre à leurs attentes.Une première rencontre s\u2019est faite en février dernier, au sommet économique sur les coopératives organisé par le gouvernement québécois.Des petites coopératives de travail, d\u2019habitation et d\u2019alimentation naturelle ont alors posé des questions fondamentales aux géants de l\u2019agriculture et du crédit : malgré les barrages d\u2019ordre juridique posés par certains représentants du Conseil de la Coopération du Québec, le message semble avoir porté, du moins si l\u2019on en croit l\u2019accueil chaleureux aux idées nouvelles manifesté alors par le président du Mouvement Desjardins.Encore faut-il que les coopératives nouvelles puissent éviter les querelles intestines et développer leurs différences en dehors de tout paternalisme, si bienveillant soit-il.Dans cette conjoncture, notre colloque se veut donc d\u2019abord une nouvelle occasion de rencontre entre ceux et celles pour qui le mot autogestion, même s\u2019ils ne le prononcent jamais tout haut eux-mêmes, suscite une résonance profonde dans leur vie quotidienne.Nous voulons entre nous, en dehors de toute récupération 11 idéologique ou organisationnelle, mieux saisir ce qui nous unit pour mieux élaborer les possibles communs à réaliser ensemble.Nous aimerions aussi, dans les deux soirées ouvertes au grand public, convier au dialogue ou à la confrontation tous ces militants qui, sans participer eux-mêmes à des expériences de type autogestionnaire, aspirent à une nouvelle société, dans leurs CE- GEPs et universités, dans leurs syndicats, leurs coopératives ou ailleurs.Nous espérons méme que les échos de cette rencontre pourront aussi atteindre, au moment ou ils devront effectuer des choix plus ou moins déchirants, ceux qui au sein du gouvernement et du Parti québécois, insufflent un contenu social à leur nationalisme.Partant du pays réel qu\u2019ont à bâtir et à rêver ensemble poètes, intellectuels, \u201cHabitants\u201d et \u201cTravaillants\u2019\u2019 nous vous invitons donc à venir avec nous en octobre libérer ces possibles sans lesquels toute nouvelle constitution demeurerait une structure vide et le Grand Soir sans lendemains.Gabriel Gagnon pour le comité de rédaction 12 Robert Laplante 21 MAI ne prendrons de l\u2019aube de l\u2019automne que le murmure et la rosée et peut-être aussi ce qui restera de la nuit nous partirons vent devant ta main dans la mienne et nos coeurs au dos de la falaise il y aura le cri de l\u2019arbre et le silence de l\u2019oiseau il y aura la glaise et l\u2019écorce la braise et l\u2019élan il y aura la trace et le pas pas de gigue pas de deux pas troué dans l\u2019ombre des ruelles il y aura des doutes dans le regard des enfants et des chambres vides aux projets des amants il y aura des panaches rompus sous l\u2019outrage il y aura des remords pendus dans les granges il y aura des verchères éventrées sur les battures des filets pourriront sur les phares il y aura l\u2019exil et nous-mêmes comme une dernière bouteille à la mer il y aura la tiédeur et notre démesure il y aura des sapins fous sous la hache étrangère et d\u2019autres des nôtres qui n\u2019en retiendront rien mais nous irons mon amour nous irons jusqu\u2019à l\u2019envers de nos pas s\u2019il le faut ronger la pierre blanche de l\u2019oubli pour qu\u2019un jour peut-être nos enfants sachent que l\u2019espoir finira bien par avoir un visage 13 Marcel Rioux L\u2019autogestion, c\u2019est plus que l\u2019autogestion Le Petit Robert qui définit l\u2019autogestion comme \u201cla gestion d\u2019une entreprise par le personnel (direction et conseil de gestion)\u201d donne raison à ceux qui confinent l\u2019autogestion à l\u2019entreprise.Il arrive aussi que l\u2019attention que la Revue \u2018\u2018Possibles\u201d a accordée à l\u2019entreprise autogérée \u2018\u2018\u201cTricofil\u201d, et ce dès son premier numéro, a contribué, au Québec même, à accréditer l\u2019idée que l\u2019autogestion concerne d\u2019abord la gestion d\u2019une entreprise, et singulièrement le pouvoir et les mécanismes de décision à l\u2019intérieur de l\u2019entreprise.Or nous soutenons que l\u2019autogestion est et doit être un nouveau projet de société, au même titre que l\u2019ont été le capitalisme et le socialisme et que le sont toujours le capitalisme et le socialisme \u201c\u2018réellement existants\u201d aujourd\u2019hui; autrement les institutions autogérées parasiteront les systèmes plus globaux dans lesquels ils s\u2019insèrent et seront récupérés.Le cas de la Yougoslavie mis à part, qui a connu et connaît toujours d\u2019importantes vicissitudes, il appert que depuis les idées de démocratie directe exposées par Rousseau dans son Contrat social, les entreprises autogestionnaires ont été finalement recouvertes par les bureaucraties et les technocraties qui se sont développées dans les sociétés capitalistes et socialistes.Alors pourquoi aujourd\u2019hui ressusciter l\u2019utopie autogestionnaire alors que l\u2019histoire des deux derniers siècles montre le succès très limité qu\u2019ont remporté les tentatives d\u2019implantation d\u2019entreprises autogérées ?Nous 15 répondrions en paraphrasant Georges Gurvitch \u2014 qui toute sa vie a oscillé entre Proudhon et Marx \u2014 que, pour s\u2019actualiser, l\u2019idée d\u2019autogestion doit sortir de la sphère de la production économique; justement parce que si nous la cantonnons dans cette sphère nous renforçons le privilège qui dans les deux systèmes dominants est accordé à l\u2019instance économique; le \u2018\u201c\u2018développement des forces de production\u201d est autant \u2018\u2018la loi et les prophètes\u201d dans le capitalisme que dans le socialisme \u201créellement existant\u201d (Bahro).Il ne s\u2019agit pas, bien sûr, de nier l\u2019économie, mais de la subsumer au politique, de passer de la \u2018\u201cscience\u2019\u2019 économique à l\u2019économie politique.Que s\u2019est-il donc passé depuis deux décennies, que se passe-t-il aujourd\u2019hui pour que l\u2019on puisse penser réussir, là où ont achoppé tous ceux, ouvriers et intellectuels, qui ont, à travers les années et les années, gardé vivante l\u2019idée d\u2019autogestion ?Nous empruntons à Francis Jean- son (L\u2019Action culturelle dans la cité) les quelques phrases suivantes qui nous semblent rendre compte de la mutation la plus importante des dernières années \u201c.qu\u2019un nombre croissant d\u2019hommes et de femmes soient mis en mesure de prendre parti pour des structures qu\u2019ils auront eux-mêmes conçues.Telle est à mes yeux l\u2019unique fin d\u2019une \u201c\u2018action culturelle\u201d : fournir aux hommes le maximum de moyens d\u2019inventer ensemble leurs propres fins.Il s\u2019agit en somme de réveiller, au coeur de nos cités, la fonction civilisatrice : celle qui postule, dans le plus simple habitant de chaque village ou quartier que ce soit, un citoyen à part entière\u2026 capable de contribuer personnellement à la gestion de la collectivité et à la création de ses valeurs.Si l\u2019action culturelle m\u2019intéresse, c\u2019est dans la mesure où elle tente de proposer aux différents membres d\u2019une population concrète la double image de nos aliénations présentes et de nos éventuels pouvoirs.\u201d Qu\u2019est-ce a dire ?Si nous nous accordons avec le ton normatif des remarques de Jeanson, nous voudrions, en revanche, faire état des faits qui justifient Jeanson de 16 l\u2019adopter.Il nous semble, en effet, que c\u2019est parce que, dans le social historique, se sont produites et se produisent des mutations culturelles d\u2019une importance exceptionnelle qu\u2019il est possible d\u2019adopter une attitude volontariste et normative qui tentera de les diffuser et de les renforcer.En effet, si, en gros depuis deux décennies, les idées et les valeurs qui sous-tendaient et sous-tendent toujours certaines instances des sociétés industriellement avancées, qu\u2019elles soient fondées sur le capitalisme privé ou d\u2019Etat, ne s\u2019étaient pas érodées, il y aurait peu de chance pour que les hommes et les femmes qui désirent voir s\u2019actualiser cette société autogestionnaire puissent espérer réussir.Il semble bien que ce n\u2019est pas au niveau économique que les plus importantes contradictions soient apparues dans les sociétés contemporaines mais dans la partie qui justement avait tendance a étre exclue de la vulgate révolutionnaire : la vie quotidienne.En effet, on avait surtout cru que de contradiction en contradiction, l\u2019économie, envisagée comme système clos, allait s\u2019effondrer.Depuis pas mal d\u2019années, on s\u2019est rendu compte que le capitalisme, surmontant les crises qu\u2019il engendre, savait trouver les parades pour procéder à son redéploiement.Il est bien sûr que les grandes hécatombes que l\u2019humanité a connues à travers les nombreuses décennies passées font partie de sa panoplie de défenses.Du côté des pays socialistes réellement existants, la dictature, les Goulags, les hôpitaux psychiatriques et les occupations militaires, comme en Hongrie, en Tchéchoslovaquie et plus récemment en Afghanistan, ont maintenu en l\u2019état les régimes fondés sur le capitalisme d\u2019Etat.Non ! les contradictions les plus exacerbées sont venues, non des structures, mais du vécu des hommes et des femmes, réellement existants, de l\u2019instance culturelle et plus particulièrement de la conscience qu\u2019ont prise certaines couches de populations de l\u2019aliénation galopante des sociétés et de leur propre aliénation, l\u2019aspect objectif s\u2019imbriquant inextricablement avec la conscience de l\u2019émiettement et de la séparation généralisée du social historique contemporain.Il est arrivé donc que le sujet historique, dé- 17 fini à partir de considérations et de contradictions économiques, s\u2019est éclaté et que sont apparus divers groupes de contestation \u2014 dont le plus important est celui des femmes, cette moitié de l\u2019humanité \u2014 qui ont pris conscience de leur hétéronomie; c\u2019est-à-dire que de plus en plus d\u2019individus et de groupes ont pris conscience qu\u2019ils recevaient de l\u2019extérieur la loi qui les gouverne et qu\u2019ils étaient menés par des forces qui échappent à leur libre vouloir.C\u2019est donc pour contrer cette hétéro- nomie, instituée et vécue, que le désir d\u2019autonomie est apparu; ces mutations culturelles pointent vers de nouvelles façons d\u2019être dans la société, vers de nouvelles conceptions de la bonne vie et de la bonne société, autour desquelles s\u2019organisent des luttes et des combats pour l\u2019avènement d\u2019un type de société qui les actualisera.Revenant à la notion d\u2019autogestion, il était normal, comme ce le fut pour celle d\u2019aliénation par Marx au XIXe siècle, qu\u2019elle fût d\u2019abord utilisée par rapport au travail; Marx parle dans ses manuscrits de 1844 de l\u2019aliénation du travail et les premiers autogestionnaires de l\u2019autonomie de l\u2019entreprise, comme lieu de production et de décision.Il se passe, aujourd\u2019hui, pour les notions d\u2019autogestion et d\u2019autonomie la même chose dont parlait Marx, en 1857, pour celle de travail.Pour théoriser sur le travail, notion qui paraît toute simple à l\u2019abord, il faut analyser ce qu\u2019il est devenu dans la société la plus développée.\u201cCet état de chose, dit-il, s\u2019est mieux développé dans le type le plus moderne de la société bourgeoise, aux Etats-Unis.C\u2019est là que la catégorie abstraite, \u201ctravail\u201d, \u201ctravail en général\u201d, travail sans phrase (en fr.), le point de départ de l\u2019économie moderne devient pratiquement vrai.Aussi l\u2019abstraction la plus simple que l\u2019économie moderne place au premier rang et qui exprime un phénomène ancestral, valable pour toutes les formes de société n\u2019apparaît pourtant comme pratiquement vrai, dans cette abstraction, qu\u2019en tant que catégorie la plus moderne\u201d (1).C\u2019est quand l\u2019alié- 1.\u201cIntroduction générale à la critique de l\u2019économie politique\u201d, in Pléiade, p.259.18 nation et l\u2019hétéronomie se sont généralisées, dans \u2018\u201cle type le plus moderne de la société bourgeoise, aux Etats- Unis\u201d, quand elles ont déployé tous leurs effets, qu\u2019il faut passer de l\u2019aliénation du travail et de l\u2019autogestion de l\u2019entreprise à celles d\u2019aliénation généralisée, d\u2019autonomie individuelle et collective et de société autogestionnaire.Il est intéressant de constater que ce que certains sociologues et psychiatres \u2014 entre autres David Reisman et Eric Fromm \u2014 appellent caractère social et qui est, en gros, le type de personnalité qui prévaut dans un type donné de société, devrait, selon eux, évoluer vers une personnalité autonome; ce caractère social succéderait, dans la terminologie de Reisman, aux types traditionnel, intéro-dirigé et extéro-dirigé.La personnalité autonome est justement celle qui crée ses propres normes, au lieu de les recevoir de la tradition, de ses proches ou de ses pairs; le biologiste Kurt Goldstein dira qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un être normatif \u2014 qui crée et assume ses normes \u2014 et devrait remplacer l\u2019être normal, celui qui suit la norme statistique de son milieu.Pour employer un autre terme, on peut dire qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019autogestion de sa personnalité.On remarquera que dans les dernières décennies, ce ne sont pas seulement les spécialistes qui ont parlé d\u2019autonomie mais que de plus en plus de citoyens \u2014 des femmes et des jeunes surtout \u2014 luttent d\u2019arrache-pied pour la réaliser.On voit ici que contrairement aux révolutionnaires classiques qui ne rêvent que de nouvelles structures sociales, les nouveaux expérimentateurs luttent sur les deux plans : celui de la vie quotidienne et celui de la cité.On voit aussi que du côté de l\u2019autogestion collective \u2014 de mèche avec ou à côté de celle de sa propre vie \u2014 ce n\u2019est plus seulement celle de l\u2019entreprise proprement dite qui a été visée mais c\u2019est dans d\u2019autres lieux de vie que le désir et l\u2019expérimentation autogestionnaires se sont exercés.On a vu naître dans des domaines aussi variés que ceux du loisir, de l\u2019éducation, de l\u2019habitation, des arts, de l\u2019exploitation forestière, des collectifs de travail, de création et de gestion qui posent autant de 19 jalons vers un nouveau mode de production.Il est d\u2019ailleurs probable et peut-être même souhaitable que sur un même territoire national, co-existent indéfiniment des modes de productions variés, autant pour des raisons de concurrence économique que de saine émulation.C\u2019est ainsi qu\u2019au Québec depuis longtemps co-existent des entreprises coopératives capitalistes et nationalisées.Il arrive cependant qu\u2019à cause de la domination du système capitaliste, avec tout ce qu\u2019il charroie de représentations et de valeurs qui lui sont propres, les institutions qui se veulent parallèles sont souvent recouvertes ou récupérées par le mode de production dominant.En sera-t-il toujours ainsi ?Il arrive que dans les sociétés dites industriellement avancées et particulièrement aux Etats-Unis, les mêmes mutations culturelles qui se traduisent par l\u2019apparition d\u2019un type de caractère social autonome dont nous venons de parler, sont en train de miner les postulats mé- mes qui sous-tendent le mode de production capitaliste.Dans son livre qui porte sur \u201cLes contradictions culturelles du capitalisme\u201d, Daniel Bell écrit : \u201cMais l\u2019éthique protestante ne fut pas minée par le modernisme mais par le capitalisme lui-même.Le plus grand engin de destruction de l\u2019éthique protestante fut l\u2019invention du paiement différé, du crédit instantané (.), de la gratification instantanée (.); l\u2019éthique protestante avait servi à limiter l\u2019accumulation des dépenses mais non l\u2019accumulation du capital.\u201d (2) Selon cet auteur, ce n\u2019est que dans l\u2019instance économique que prévalent encore les idées et les valeurs du capitalisme; dans des pans entiers de la société américaine, et de plus en plus dans la vie quotidienne, sont apparues d\u2019autres idées et d\u2019autres valeurs qui sont à l\u2019opposé de celles qui légitimaient l\u2019ordre capitaliste.Or, il apparaît que cette nouvelle culture qui émerge \u2014 \u201ccommunitarisme\u201d\u2019, participation, besoins communautaires, globalisme, entre autres traits \u2014 sont beaucoup plus compatibles que l\u2019ancienne avec 2.P.21, version originale en langue anglaise.20 un mode de production autogestionnaire (3).Bell ajoute encore : \u201c\u201cCe que nous constatons aujourd\u2019hui c\u2019est que la disjonction radicale entre structure sociale et culture et ce sont de telles disjonctions qui historiquement ont pavé la voie à des révolutions sociales.\u2019 (pp.33-34).Ajoutons que c\u2019est parce que la culture, envisagée comme praxis, comme création, comme dépassement de ce qui, à un moment donné est institué, joue un rôle prédominant dans l\u2019avènement de nouvelles sociétés, il faut être extrêmement attentif aux ruptures culturelles qui se produisent à un moment donné.Tout se passe comme si apparaissait chez de plus en plus de citoyens le désir de se ré-approprier pour eux-mêmes et leurs milieux de vie, des pouvoirs et des savoirs qu\u2019ils avaient délégués à des classes sociales et des pays dominants, à des bureaucraties ou à des entreprises transnationales.L\u2019autogestion, c\u2019est plus que l\u2019autogestion, c\u2019est en premier lieu et en dernier lieu, l\u2019autocréation, l\u2019auto- création de soi-même, de la culture et de la société.Et c\u2019est pour cette raison que dès la première livraison de \u201cPossibles\u2019 en octobre 1976, nous avons tenu à associer à nos essais sur nos choix idéologiques \u2014 indépendance du Québec et société autogestionnaire \u2014 des oeuvres de création littéraire.Nous croyons que pour qu\u2019advienne au Québec le type de société que nous souhaitons, il faut que notre imaginaire s\u2019élargisse pour qu\u2019y apparaissent de nouveaux désirs et de nouveaux possibles, qui pointeront vers la ré-appropriation de nous-mêmes, de la société et du pays.Dans ce cheminement vers plus d\u2019autonomie et de créativité, les poètes et les artistes ont toujours joué un rôle capital : celui de prêcher d\u2019exemple et d\u2019entrainer les autres.Il en a été ainsi au Québec et il faut qu\u2019il en soit toujours ainsi si nous voulons réaliser nos désirs et nos rêves.Une société autogestionnaire, c\u2019est finalement une société qui est en permanence lieu d\u2019expérimentation et de création.3.Rioux, Marcel : Essai de sociologie critique, HMH, Montréal, 1978, pp.143-174. Et nous rejoignons ainsi Marx qui voyait qu\u2019en dernier ressort l'émancipation de l\u2019homme consiste dans l\u2019appropriation de sa propre nature; jusqu\u2019ici c\u2019est l\u2019appropriation de la nature qui l\u2019a emporté.La société autogestionnaire privilégiera celle de l\u2019homme.Et il est heureux que depuis un certain nombre d\u2019années nos relations avec la nature ont commencé à changer, passant de son exploitation sauvage au respect et à l\u2019harmonie.C\u2019est là le changement le plus important et le plus prometteur car, de proche en proche, il se répercute sur l\u2019idée que les hommes se font de la bonne vie et de la bonne société. Yvan Dubuc Chant de l\u2019éclusé \u2018l\u2019homme qui me concerne comme une tache sur la table parmi les débris des chemins parcourus et les miettes de l\u2019espérance.\u201d Pierre Perrault, Gélivures Ceci bien avant le regard et l\u2019écriture avant le libraire et sa caisse besogneuse bien avant les rayons fraternels dans la patiente hibernation des livres et bien avant celui qui enfante le silence défait de cette page dans le bruit de ses yeux cecl oul ceci dans la gueule des imprimeries Ceci avant mes mots et mes phrases fut les mains et les coeurs de tous ceux-là fut pâte pulpe et peuple fut eau et kaolin fut semaine et salaire et avant qu\u2019il ne fût marchandise fut le fruit de l\u2019homme dans les vergers de l\u2019ouvrage où il glana sa vie Ici il accueillit le labeur avec des chansons et des rires des blagues et des blasphèmes des douleurs et des morsures des espoirs et des combats Mais rien de cela ne parut le travail fut impeccable il publia sa vie dans les choses les choses insignifiantes de la vie que nul ne lit ou ne constate Et ceci ne fut plus que l\u2019empreinte d\u2019un seul Et ceci ne fut plus que signe syntagme segment écrin de syllabes et coffret de voyelles Et nul n\u2019entendit les blasphèmes sous le baillon 24 Et nul ne sut qu\u2019ici il repoussa la faim de ses mains familières jusqu\u2019au lendemain Et ainsi de fibre en fibre de jour en jour lettre après lettre d\u2019heure en heure jusqu\u2019à la fin De lui nulle trace que dans la vie De lui nulle trace que dans le ventre car il posa ses lèvres sur la chair murmurante éleva sous le feuillage et dans les membres le fils et la fille parmi les machines éparses et les cadences démentes Ainsi de lange en linceul dans la délignée et la morfondure il fut famille race tribu il fut voix du sang dans l\u2019ouvrage il fut histoire il fut classe Ainsi tu naquis classe ouvrière des étreintes de la terre et de l\u2019outil Ainsi naquirent les mots pour le dire Car ceci est la demeure voici le lieu 25 Ici tant et tant de pas et de traces ici ont cheminés le draveur et la secrétaire le papetier et l\u2019imprimeur pas à pas comme mes mots page après page comme les livres ils ont imprimé cette édition dans les remous de l\u2019eau blanche sur la rotative des billots à la tête des rivières dans les hauts de l\u2019âge où furent paraphrasés nos destins car nous sus-signés ne reconnaissons point nous être engagés de notre libre volonté car point libres de la chair points libres de la faim dans nos panses humaines mais libres des poux qui nous djompaient tant étions à maigre de sang quand nous vendions notre peau dans les hauts de l\u2019homme et de l\u2019ouvrage\u2026 COLLOQUE POSSIBLES \u2014 F.EP.* FAIRE L\u2019AUTOGESTION REALITES ET DEFIS Université de Montréal, 2, 3, 4 octobre 1980 Coopératives et autogestion : 2 octobre, 20 heures L'avenir de l\u2019autogestion : 3 octobre, 20 heures Ateliers : 3 et 4 octobre, 9 hres 30 a 17 heures (vers un mouvement autogestionnaire québécois) Participations prévues : Olivier Corpet, Michel Doray, Jean-Guy Frenette, Gabriel Gagnon, Muriel Garon- Audy, Yvan Gauthier, Jacques Grand\u2019Maison, Michel Rocard, Pierre Rosanvallon, Huguette Rioux, Marcel Rioux et les rédacteurs de Possibles.L\u2019inscription aux ateliers étant limitée, elle devra absolument se faire avant le 15 septembre.La priorité sera donnée aux représentant(e)s d\u2019organismes coopératifs, communautaires ou autogestionnaires.Frais d\u2019inscription (ateliers et plénières) : 15.00 rr Nom .oi a ee 0 | | Adresse .020204 004542 ee 2 64 a 80 0 a a ea es a ea ae 0 | | Organisation .20440 2242144 aa aa ee La as a a 00 6 | avant le 15 septembre à : Gabriel Gagnon, aux soins de Possibles, B.P.114, Succ.Côte-des-Neiges, Montréal, Québec.Tél.: 343-5889 | Retourner cette formule avec les frais ae sois | * Faculté d\u2019éducation permanente de l\u2019Université de Montréal.27 Sas 4 he \u2014 sa ces rrr cz .= 00075 _ y PRE jrs rie A roy ace ou » 643 Il y est bien écrit, en noir sur blanc, qu\u2019 \u2018il n\u2019est pas question, dans l\u2019esprit de ce rapport, de cogestion ou de modification des structures de l\u2019entreprise, par exemple sous la forme d\u2019une représentation syndicale au sein du conseil d\u2019administration.Ces sujets, d\u2019ailleurs, n\u2019entrent 7.\u201cRelations du travail : nouvelles relations\u2019, Centre des dirigeants d\u2019entreprise, Les Editions Quinze, 1978.43 généralement pas dans le champ de revendication des syndicats québécois, portés davantage à provoquer le régime qu\u2019à le modifier de l\u2019intérieur.\u201d Pour le C.D.E., donc, il s\u2019agit non de cogestion et encore moins d\u2019autogestion, mais uniquement de participation, bien que, comme on peut lire plus bas, le C.D.E.ne voit que des vertus dans la participation : \u201cLa participation n\u2019est pas \"abandon mais un réamé- nagement de l\u2019autorité.\u201cAppliquée honnêtement et efficacement, la participation fera rapidement la preuve de sa validité, en termes de satisfaction pour les travailleurs aussi bien que de résultats concrets.Ils ne manqueront pas d\u2019y prendre goût, de chercher à élargir constamment le champ ouvert à leur capacité d\u2019innovation et à leur initiative.\u201cDe telles réactions, confirmées par des expériences précises, renferment des perspectives très encourageantes sur les possibilités de la participation.Mais elles soulèvent une inconnue : jusqu\u2019où se développera, ou faut-il laisser développer l\u2019autonomie des individus et des équipes de travail ?À cette question, des entreprises engagées dans ce genre de réforme font la réponse suivante : la participation se nourrit de ses propres succès.Dès qu\u2019ils ont pu toucher du doigt les avantages qu\u2019elle procure, les employés développent une volonté de rendement et des disponibilités étonnantes qui se reflètent d\u2019une manière positive sur le climat de travail et sur la rentabilité de l\u2019entreprise.Cependant, la participation porte son dynamisme propre auquel on peut assigner des étapes successives mais dont il est impossible de prévoir les aboutissements lointains.\u201cOn ne peut donc rejeter l\u2019hypothèse que la participation évolue, après une phase de collaboration intense, vers des réclamations touchant par exemple aux structures de l\u2019entreprise, au partage des profits.Devant des perspectives semblables, les dirigeants engagés dans des expériences concrètes ne s\u2019effraient pas, estiment que leur principale préoccupation doit consister à démontrer 44 le fait que la convergence des volontés, une fois mise en mouvement, rehausse continuellement le degré de satisfaction attaché au travail et resserre les liens entre l\u2019entreprise et ceux qui y oeuvrent.Il suffit de consulter les nombreuses monographies réalisées aux Etats-Unis, en Europe et ici même au Canada, pour constater que le partage de l\u2019autorité et le partage des profits, qui peut en être une conséquence, loin de sonner le glas de l\u2019entreprise privée, indiquent la voie d\u2019une expansion considérable et d\u2019une faveur inattendue de l\u2019entreprise privée auprès des travailleurs et de la population.\u201d Le non du Conseil du patronat Si les membres du C.D.E.constituent l\u2019aile a \u201cconscience sociale\u201d\u2019 du patronat, il n\u2019en demeure pas moins que c\u2019est le Conseil du patronat du Québec qui constitue le porte-parole officiel du patronat québécois et qui représente la grosse entreprise chez nous.Comme je l\u2019écrivais dans la Gazette du travail de juin 1977 en résumant le congrès des relations industrielles de Laval du printemps 1977, \u2018le patronat dit non aux formules importées de l\u2019extérieur et notamment à la cogestion paritaire de style allemand et, par conséquent, le patronat détenant \u201cle bon bout du bâton\u201d, on perdrait son temps à en parler si le patronat n\u2019en veut pas.\u201cLe principe même de la cogestion paritaire, de dire M.Dufour, va à l\u2019encontre d\u2019autres principes que le patronat canadien n\u2019est sûrement pas disposé à renier : par exemple le droit de propriété, droit de gérance, nécessité pour une entreprise, dans une économie de marché, de préserver son adaptabilité.\u201cD'ailleurs M.Dufour a clairement indiqué que le patronat ne voulait pas non plus de formules imposées par une législation générale.\u201cC\u2019est ainsi que le C.P.Q.s\u2019oppose, par exemple, au programme du Parti québécois, actuellement au pouvoir 45 au Québec, et qui propose une intervention de l\u2019Etat dans le but de \u2018\u2018favoriser en droit et en fait le développement des formes démocratiques de gestion de manière à ce que les travailleurs exercent une juridiction partielle ou complète pour la marche de leur entreprise, par des formules variables selon les secteurs.\u201d Bref, comme je l\u2019ai écrit dans la Gazette du travail à l\u2019été 1977 après le congrès des relations industrielles sur la participation, tout ce que le patronat, comme corps constitué \u2014 et en faisant abstraction de ses quelques exceptions à conscience sociale plus développée que les autres \u2014 est prêt à consentir, c\u2019est une participation individuelle, chez un employeur donné, qui aura été arrachée par convention collective.Les réticences syndicales Il faut dire que le mouvement syndical québécois, lui aussi, règle générale, est fort réticent face à la participation.Bien sûr, il y a eu Tembec, il y a Tricofil, et la F.T.Q., avec Jean-Guy Frenette a appuyé fortement ses membres qui ont voulu essayer l\u2019aventure.À Métalbec, la F.T.Q.a déclaré au début de 1980 qu\u2019elle était prête, là aussi, \u201cà y mettre le paquet\u201d.Force est d\u2019admettre qu\u2019il s\u2019agit toutefois d\u2019initiatives bien marginales dans l\u2019action syndicale en général.La C.S.N., pourtant quelque peu parente idéologi- quement avec la C.F.D.T.française qui a été le principal porte-étendard de l\u2019idéal autogestionnaire en France, ne s\u2019est jamais engagée à fond dans cette voie.Quant à la Centrale des syndicats démocratiques (C.S.D.), si elle a publié un fort intéressant document intitulé \u201cLa réorganisation des méthodes de travail dans l\u2019entreprise\u201d\u2019 et entrepris des initiatives en ce sens, on y dit que si la démarche de la C.S.D.s\u2019inscrit résolument vers l\u2019avenir dans un présent à transformer et qu\u2019elle veut redéfinir un nouveau projet collectif impli- 46 quant directement la quotidienneté des travailleurs, \u201csl ne s\u2019agit pas de prendre parti pour la cogestion ou l\u2019autogestion, ni de faire des débats sur des systèmes à instaurer dans l\u2019entreprise.Il s\u2019agit de s\u2019engager dans une voie qui élargit les droits du travailleur dans l\u2019entreprise et de soutenir concrètement les syndicats qui ont déjà creusé le sillon et les autres qui sont prêts à surmonter ce défi.\u201d (8) D\u2019où viennent ces réticences syndicales ?Le mouvement syndical québécois s\u2019étant livré à bien peu d\u2019analyses sur les expériences de participation, c\u2019est dans un ouvrage de Louis Gill, professeur de sciences économiques à l\u2019Université du Québec à Montréal, et orateur écouté avec attention lors de nombreux conseils confédéraux et congrès de la C.S.N.où il a souvent été délégué bien qu\u2019on le sache d\u2019orientation trotkyste, qu\u2019on arrive à comprendre la réponse (9) : \u201cUn premier coup d\u2019oeil sur ces expérences permet de constater : 1.qu\u2019elles reposent invariablement sur l\u2019imposition aux travailleurs de conditions de travail inférieures à celles qui prévalent en général dans le secteur d\u2019activité industrielle où se trouve l\u2019entreprise; 2.qu\u2019elles amènent les travailleurs à financer de leurs poches, le plus souvent sans garanties, des opérations apportant des profits éphémères (lorsqu\u2019il y en a) dont ils ne retirent que les miettes, dans des aventures dont la plupart, jusqu\u2019à maintenant, se sont tôt ou tard avérées un échec; 3.qu\u2019elles amènent les travailleurs à renoncer volontairement à des droits acquis, gagnés de haute lutte et même dans certains cas, jusqu\u2019à leur regroupement en 8.\u201cLa réorganisation des méthodes de travail dans l\u2019entreprise\u2019\u2019, Centrale des syndicats démocratiques, 1979.9.\u201cL\u2019économie capitaliste : une analyse marxiste\u201d, Louis Gill, Presses Socialistes Internationales, 1976.47 4 4 te al Ri: fl ' syndicat, au nom d\u2019une soi-disant nécessaire collaboration avec la direction en vue de la relance de l\u2019entreprise, sur la base \u2018\u201cd\u2019intérêts communs\u201d; 4.qu\u2019elles entretiennent aussi le mythe d\u2019une émancipation possible des travailleurs par le biais de ces aventures de \u2018conquête du pouvoir au niveau de l\u2019entreprise\u201d\u2019, considérées comme des moyens de combattre le capitalisme sans remise en question de la structure d\u2019ensemble du régime, sans faire porter le combat là où il doit nécessairement être porté, c\u2019est-à-dire au niveau politique, au niveau du pouvoir central.\u201cDans les faits, toutes ces expériences ont signifié pour les travailleurs des conditions de travail inférieures à celles du reste de l\u2019industrie, la perception sur leur salaire d\u2019un montant prévu pour l\u2019achat de parts, l\u2019obligation de détenir de telles parts, donc de participer au financement de l\u2019entreprise et le plus souvent sans garantie pour leur mise de fond, alors que celle des capitalistes obtient une telle garantie.\u201cIl n\u2019appartient pas aux travailleurs d\u2019assumer les frais (dans tous les sens du terme) de la relance de leur usine, de s\u2019imposer au nom de cet objectif, des sacrifices et une détérioration de leurs conditions de travail.La voie de la cogestion et de l\u2019autogestion n\u2019est pas la voie de l\u2019émancipation des travailleurs.Au refus des capitalistes de continuer ses opérations, la solution qui s\u2019impose aux travailleurs n\u2019est pas de se transformer en capitalistes et d\u2019assurer la poursuite des opérations en en assumant les coûts, mais bien de combattre pour forcer les capitalistes et les gouvernements bourgeois à assumer seuls les responsabilités qui leur incombent et à relancer ces activités ou, en dernière limite, à réorienter les travailleurs vers d\u2019autres emplois sans perte de salaires et sans diminution des conditions de travail.La \u201ccorvée\u201d et la mortification n\u2019ont rien à voir avec l\u2019émancipation des travailleurs.\u201d Si la charge de M.Gill paraîtra outrancière à plusieurs, les tenants de l\u2019autogestion eux-mêmes n\u2019ont pas 48 tenté de camoufler les difficultés qu\u2019auront à rencontrer ceux qui voudraient s\u2019y essayer.Dans sa série sur les ouvriers-patrons, Mario Fontaine écrivait dans La Presse du 21 mars 1977 sur le cas plus précis des Industries Saguenay, un des cas étudiés, qu\u2019 \u2018\u2018en un sens, le syndicat (C.S.N.) a été le grand perdant de l\u2019arrivée des travailleurs au conseil d\u2019administration.En place depuis une vingtaine d\u2019années, il n\u2019a pas encore su s\u2019adapter à la situation nouvelle, reformuler ses objectifs.Bien que son président qualifie \u201cd\u2019assez bonnes\u201d ses relations avec la direction de la firme, il se plaint de certaines tactiques de ces mêmes dirigeants.\u201cQuand on ne s\u2019entend pas avec les patrons, ils convoquent une assemblée des actionnaires, pour expliquer leur point de vue.Ca ne facilite pas notre rôle.\u201d L'évaluation de Jean-Guy Frenette Le propre président du conseil d\u2019administration actuel de Tricofil, Jean-Guy Frenette, avait profité du colloque de l\u2019Université Laval sur la participation pour émettre un verdict quelque peu sombre mais réaliste sur le sujet.\u201cUne expérience ouvrière de production du genre de Tricofil représente actuellement un risque trop grand pour les travailleurs\u201d, d\u2019expliquer Frenette, qui a ajouté qu\u2019il lui apparaît \u2018\u201chumainement impensable\u201d\u2019 que d\u2019autres travailleurs puissent refaire le chemin qu\u2019ont dû et que doivent encore défricher les ouvriers de Tricofil.\u201cSeul un groupe exceptionnel de travailleurs a pu affronter autant d\u2019obstacles et d\u2019opposition sans renoncer à leur aspiration de se créer un emploi rentable et sous leur contrôle.\u201d L\u2019idéologie de la participation des travailleurs n\u2019a jamais franchi, au Québec, explique M.Frenette, l\u2019étape de la réflexion sérieuse dans les milieux patronaux et gouvernementaux.Bien au contraire, même si on avoue 49 du bout des lèvres ne pas être opposé à ce genre d\u2019expérience, il n\u2019y a jamais eu d\u2019approches pragmatiques ni de mécanismes permanents de soutien mis à la disposition des travailleurs pour construire un nouveau milieu de travail à l\u2019exception de quelques interventions gouvernementales à Tricofil.\u201cLes mécanismes traditionnels des services gouvernementaux d'aide à l\u2019entreprise, même s\u2019ils sont théoriquement accessibles aux travailleurs, sont inadéquats, insuffisants et surtout figés dans des concepts traditionnels d\u2019organisation de l\u2019entreprise.Si le hasard nous est favorable, on peut dénicher un fonctionnaire plus ouvert et plus compréhensif à de nouvelles conceptions sur le milieu de travail mais ce ne sont généralement pas ces derniers qui sont affectés aux dossiers dits politiques de participation des travailleurs à leur entreprise.\u201cLes projets de participation des travailleurs comme Tembec, Tricofil et Cabano ont été arrachés au pouvoir politique et marqués au départ du stigmate de l\u2019opposition plutôt que du signe de la coopération avec les pouvoirs publics et les milieux patronaux et financiers.Ce n\u2019est pas caricaturer que d\u2019affirmer que les projets des travailleurs de prise en main de leur milieu de travail ont été identifiés par les hommes en place, à une opposition politique et à une lutte d\u2019intérêts économiques et donc, sujets à être combattus plutôt que soutenus et encouragés.\u201d M.Frenette conclut en disant qu\u2019il lui apparaît que ces interventions ponctuelles et de \u2018\u2018style pompier\u201d demeureront toujours marginales par rapport à la nécessité qui nous confronte de redéfinir le rôle et la place du travailleur dans son milieu de travail ainsi que le sens et la valeur du travail dans notre société.L'\u2019utopre des coopératives ouvrières de production Tous ces propos pessimistes n\u2019empêchent pas les partisans de l\u2019idéal autogestionnaire de rêver.50 Le 15 mars dernier, on pouvait lire dans Perspectz- ves (10) qu\u2019 \u201con n\u2019est jamais totalement satisfait de ses réalisations; par contre, ce qu\u2019on a créé est toujours plus que ce qui existait avant.Et puis, la réalité d\u2019une entreprise humaine, quelle qu\u2019elle soit, n\u2019existerait pas si l\u2019utopie ne l\u2019avait pas précédée\u201d.Cette \u201c\u2018utopie\u201d, c\u2019est celle d\u2019un phénomène qui est né, au Québec, au cours des années 70 et dans lequel l\u2019expérience de Manseau a joué un rôle de pionnier : les coopératives ouvrières de production.Le mouvement coopératif traditionnel s\u2019est développé et consolidé chez nous dans le secteur des services, commercialisation, mise en marché, épargne, prêt.Pour sa part, même si elle s\u2019identifie à la même idéologie de base qu\u2019est la coopération, la coopérative de production possède une philosophie différente, comme l\u2019explique Pierre Allard, vice-président de la Coop Tomate de Manseau.\u2018\u201cL\u2019entreprise coopérative de services, dit-il, vise à l\u2019intégration verticale, et c\u2019est normal à mon avis.L\u2019objectif fondamental de la coopérative de production est tout autre : cet objectif, c\u2019est la libération du travail.Nous visons des entreprises plus petites, plus humaines, où les relations de travail sont différentes, où les gens se parlent davantage, où les moyens de production sont la propriété collective des travailleurs et où les travailleurs contrôlent eux-mêmes la gestion.En ce sens, c\u2019est peut- être le type d\u2019entreprise qui répond le mieux aux aspirations actuelles des travailleurs et en particulier des jeunes.\u2018\u201c\u2018Graduellement, la formule de la coopérative de production prend de l\u2019ampleur, tandis qu\u2019on parle de plus en plus de gestion par objectifs, de participation des travailleurs aux prises de décision.Les revendications ouvrières ont débordé les cadres de la simple négociation salariale, et elles s\u2019attaquent aujourd\u2019hui aux conditions 10.\u201cLa Coop Tomate Manseau : Une primeur qui a germé en serre chaude\u201d, Serge Viau, PERSPECTIVES 15 mars 1980.51 de travail et aux problèmes de la qualité de la vie.Tout ça fait partie de l\u2019idéologie de la coop de production.Autant en agriculture que dans les autres domaines, ce n\u2019est pas une formule qui révolutionnera le Québec à court terme, mais c\u2019est une idée qui fait son chemin, et qui fait pas mal plus de petits qu\u2019on pense ! Nous sommes actuellement en négociation avec la Société de développement coopératif et une entente devrait se signer sous peu, faisant de la Coop de tomates de Manseau un projet pilote dans le domaine des coopératives ouvrières de production et se traduisant par un encadrement de quelques années, comprenant aide administrative, aide technique et investissement de capital de risque.\u201d Les miettes offertes par Québec Face, donc, à tous ceux qui placent de l\u2019espoir dans la formule autogestionnaire ou une de ses variantes, que promet le gouvernement ?\u201cBâtir le Québec\u201d déclare à ce sujet qu\u2019il est évident que le Québec ne se prête pas à la transplantation artificielle d\u2019expériences étrangères issues d\u2019un contexte socio-économique fort différent.Il n\u2019est donc pas question que le gouvernement, par législation ou autrement, impose des modèles de participation qui se sont développés ailleurs.Un tel exercice serait d\u2019ailleurs voué à l\u2019échec puisqu\u2019une véritable participation doit nécessairement reposer sur une volonté commune des partenaires.Le gouvernement, par contre, ne demande pas mieux que d'appuyer les initiatives des dirigeants d\u2019entreprise et des travailleurs.Pour ce faire, le gouvernement s\u2019engage à participer financièrement au coût d\u2019études et de la mise en place d\u2019expériences de participation réclamées \u201cconjointement\u201d par les patrons et les travailleurs d\u2019une entreprise.52 Ce dernier mot, qu\u2019on retrouve dans \u201c\u2018Bâtir le Québec\u201d, est des plus importants.Le gouvernement ne l\u2019a pas mis pour rien.Les seules études qu\u2019il s\u2019engage à défrayer sont celles qui auront été demandées conjointement par travailleurs et patronat.Comme celui-ci, règle générale, est réticent devant ces formules, tout groupe de travailleurs voulant se tirer d\u2019affaires seul devra ne compter que sur ses propres moyens.Il n\u2019est pas non plus dans l\u2019intention du gouvernement, nous apprend \u2018\u201cBitir le Québec\u201d, d\u2019instituer un régime québécois de partage des profits, pas plus qu\u2019une formule obligatoire de participation des travailleurs à l\u2019équité des entreprises.Le gouvernement demeure cependant convaincu qu\u2019il y a lieu d\u2019améliorer les mesures fiscales existantes visant à encourager les plans de participation des travailleurs aux profits et à l\u2019équité des entreprises.Le régime d\u2019épargnes-actions, annoncé dans le budget de 1979, encourage les Québécois à investir leurs épargnes dans l\u2019achat d\u2019affaires au Québec.D\u2019autres formules fiscales peuvent être envisagées notamment pour favoriser la participation des travailleurs à l\u2019équité des entreprises ou des corporations qui les emploient et pour couvrir les entreprises qui ne répondent pas aux critères d\u2019entreprises publiques et qui sont présentement exclues du programme d\u2019épargne-actions.Cependant aucune formule nouvelle n\u2019a été annoncée dans le budget de 1980.Enfin, il va sans dire que ces dernières mesures ne seront qu\u2019incitatives et que leur efficacité dépendra toujours du désir et de la volonté des patrons et des travailleurs de s\u2019en prévaloir.On en est là.Le changement commence à la base Comme l\u2019écrivait Jacques Grand\u2019Maison, en 1975, dans son livre Une tentative d\u2019autogestion, portant 53 sur Tricofil (11), on en est encore au stade expérimental dans des aires circonscrites.De telles expériences ne peuvent être fécondes sans un concensus net des diverses parties : dirigeants, syndicats, travailleurs de base et experts.Il s\u2019agit d\u2019expériences pilotes encore en période de rodage.\u201cComment parler de grande politique, ou même de révolution, si on craint que les travailleurs se laissent berner par la moindre politique de changement dans leur travail quotidien ?A force de mettre en garde contre les dangers de la participation ou de la collaboration, on cultive la stérilité et la passivité sur le terrain quotidien.Celui-ci est autrement plus décisif que les rencontres épisodiques où l\u2019on tente de les mobiliser artificiellement.Qui sait si des milieux de travail plus éveillés, plus créateurs, moins aliénants ne sont pas des appuis naturels plus féconds pour de plus larges engagements dont nous savons l'importance pour le monde ouvrier.D\u2019ailleurs, nous sommes convaincus que même les formes les plus poussées de cogestion, d\u2019autogestion, d\u2019autoorgani- sation du travail de base ne liquideront pas les aliénations inhérentes à un certain travail industriel.On ne peut trouver un grand intérêt dans certains travaux mécaniques nécessaires.Mais ce n\u2019est pas une raison pour ne pas chercher à imaginer des tâches appelant une créativité plus spontanée, plus libre, plus intelligente et plus solidaire.\u201cNous soupçonnons que bien des hommes d\u2019ici sentent le besoin de donner cohérence et dynamisme aux milieux concrets où ils vivent la majeure partie de leur existence.On ne leur offre souvent que des scènes pour jouer de grands jeux, loin des modestes requêtes de la vie.Le deuxième étage craque sous le poids de ses énormes structures.Et le premier étage s\u2019aplatit ou s\u2019en- 11.\u201cUne tentative d\u2019autogestion\u201d, Jacques Grand\u2019Maison, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1975. fonce dans le sous-sol.Alors, on cherche des sécurités dans un Ordre sans contenu ou dans des compensations, dans des utopies ou des mystiques folles.Revenir aux solidarités du pain et du travail, c\u2019est refaire une base sociale qui pourra réinventer des milieux vraiment humains dans la vie réelle.\u201d Le comité de travail du ministre Joron Selon Le Soleil du 8 février dernier, le ministre Guy Joron, des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, s\u2019est dit favorable à la mise sur pied d\u2019un comité de travail afin de trouver un cadre juridique permettant de reconnaître un nouveau type d\u2019entreprise qui, présentement, ne répond ni aux définitions précises de compagnies à capital-actions ni à celles de coopératives (12).Il ne faudrait pas que cette idée de comité dorme sur les tablettes trop longtemps.Il ne faudrait pas non plus que ledit comité, une fois formé, tarde à trouver une solution à ce problème.Il faut opter pour une révolution du travail Parce que, comme l\u2019écrit Grand\u2019Maison dans un autre de ses ouvrages, intitulé Des milieux de travail à réinventer (13), en Amérique du Nord, après la révolution technologique, il faut opter pour une révolution du travail qui assume les aspirations culturelles nouvelles.Et chez nous au Québec, ce sera une composante essentielle du tournant historique que nous avons à prendre.Le travail autogéré n\u2019est pas étranger à l\u2019indépendance 12.\u201cMétalbec : la F.T.Q.prête à y mettre le paquet\u2019, Pierre Martel, LE SOLEIL, 8 février 1980.13.\u201cDes milieux de travail à réinventer\u201d, Jacques Grand\u2019Maison, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1975.55 dynamique de notre société politique, et aux luttes contre des pouvoirs économiques colonisateurs.\u201cTrop d\u2019intellectuels, de politiciens, de technocrates, de leaders de tous horizons, maintiennent, inconsciemment ou non, une sorte de réflexe aristocratique et individualiste, dès qu\u2019il s\u2019agit de démarches de création ou de décision, d\u2019évaluation ou de contrôle.À vrai dire, plusieurs de ceux-ci ne croient pas vraiment à la création collective.À l\u2019homme ordinaire, ils assignent les tâches d\u2019appoint, les démarches d\u2019exécution, la cuisine sociale, économique ou autre de la société.A eux-mêmes, ils réservent les grandes oeuvres et manoeuvres de critique et d\u2019innovation, de gestion et de pouvoir.On se fait taxer de populisme, de démagogie ou d\u2019idéalisme quand on met en lumière les virtualités aliénées des hommes ordinaires et solidaires.Mais qui sait si l\u2019émergence historique de la démocratie socio- économique, culturelle et politique n\u2019en est qu\u2019à son commencement ?\u201d Jean-Pierre Dupuis* OSE.mais pas trop En 1977, dans le cadre du programme de stimulation, de relance économique et de soutien a l\u2019emploi (OSE- SE) du gouvernement du Québec apparaissait un programme prometteur, le programme expérimental de création d\u2019emplois communautaires (PECEC), qui devait favoriser la création d\u2019entreprises collectives, d\u2019entreprises à caractère communautaire.De plus, ce programme favorisait l\u2019embauche d\u2019assistés sociaux et de chômeurs et était administré de façon décentralisée.(Un programme prometteur parce qu\u2019il donnait la possibilité à des expériences autogestionnaires de naître, mais aussi un programme intéressant à analyser du point de vue de la théorie de l\u2019autogestion parce que c\u2019est justement l\u2019Etat, ennemi juré de l\u2019autogestion selon plusieurs auteurs, qui permet ces expérimentations.) Quelque deux ans plus tard une évaluation du programme faite par un universitaire et un membre de l\u2019O.P.D.Q.pour le compte de cette dernière conclut que seulement 27 pour cent des 225 projets analysés (sur une possibilité de 236 projets) peuvent être considérés comme ayant un caractère communautaire significatif.Que s\u2019est-il passé pour en arriver à d\u2019aussi faibles résultats ?Comment se fait-il qu\u2019un programme aussi prometteur n\u2019ait pas atteint d\u2019une façon satisfaisante * Département de sociologie, Université de Montréal.57 son objectif de créer des entreprises communautaires (car, hors de tout doute et quoi qu\u2019on en dise maintenant au gouvernement, il s\u2019agissait bien de l\u2019essence même du programme; on le verra plus loin) ?Questions auxquelles cet article tentera de répondre.La structure administrative et l\u2019esprit du programme L'idée originale du programme émane de Pierre Ma- rois, ministre d\u2019Etat au développement social.Cette idée fut cependant structurée, mise en forme par des fonctionnaires, tous intéressés à la formule communautaire (les aspects communautaire et participatif que l\u2019on veut donner au programme), à la demande du ministre d\u2019Etat au développement social.La première particularité de ce programme novateur est la façon dont on a procédé pour constituer l\u2019équipe chargée d\u2019administrer le programme.D'abord, et contrairement à l\u2019habitude, on n\u2019a pas procédé par concours pour trouver les fonctionnaires aptes à administrer ce programme.Le recrutement s\u2019est plutôt fait en fonction des activités passées des fonctionnaires dans le domaine du développement communautaire et social.On a ainsi sollicité les fonctionnaires ayant déjà manifesté leurs intérêts pour les formules prônées par le programme.C\u2019est donc sur une base volontaire que ces fonctionnaires ont accepté de travailler au programme.La structure administrative mise en place est principalement composée d\u2019un Comité directeur qui relève du ministre d\u2019Etat au développement social.Le rôle de ce Comité directeur composé de haut-fonctionnaires provenant de divers ministères est de susciter, coordonner, évaluer et approuver les projets de création d\u2019emplois soumis par les promoteurs.De plus, il supporte l'administration du programme.Il voit à ce que les ressources humaines et financières soient disponibles pour les réaliser.De plus, le Comité directeur assure un 58 suivi de tous les projets pour mesurer le degré d\u2019atteinte de leur objectif et de leur impact (1).Le Comité directeur est assisté d\u2019un Secrétariat (groupe de travail opérationnel) qui assure la gestion quotidienne du programme.En réalité, le Comité directeur laisse l\u2019initiative et le gros de la tâche au Secrétariat, son rôle est plutôt décisionnel.Etant donné la décentralisation de l\u2019administration du programme, et c\u2019est là une autre des particularités intéressantes de ce programme, il revient aux Conférences administratives régionales (CAR) de l\u2019OPDQ d\u2019administrer régionalement le programme.Elle a l\u2019entière responsabilité des projets demandant des subventions de 75 000 $ et moins et recommande au Comité directeur ceux de plus de 75 000 $.A cette fin, chaque CAR doit mettre sur pied un Comité d\u2019approbation composé d\u2019au moins trois membres.L\u2019aspect le plus intéressant de cette décentralisation tient au fait que le Comité d\u2019approbation dispose, pour l\u2019attribution des subventions de 75 000 $ et moins, de sommes d\u2019argent placées en fiducie dans sa région.Cette procédure permet aux promoteurs d\u2019obtenir rapidement la subvention (chéque émis et signé par deux membres du Comité d\u2019approbation) et évite ainsi les longues et interminables procédures bureaucratiques que tout le monde connaît si bien.Avant la mise en place définitive de cette structure administrative quelques fonctionnaires ont préparé le guide d\u2019opérations qui, après l\u2019approbation du ministre d\u2019Etat au développement social, devient le document officiel auquel doivent se référer les fonctionnaires chargés d\u2019administrer le programme (2).Ce guide d\u2019usage interne définit les objectifs du programme (ici du PECEC) et le rôle de chacun, c\u2019est-à-dire le rôle du Comité directeur, de la CAR et du Comité d\u2019approba- 1.Pp.12-13 dans \u201cGuide d\u2019opérations à l\u2019usage des CAR\u201d.2.Référence du document : \u201cGuide d\u2019opérations à l\u2019usage des Conférences administratives régionales\u2019, Québec, novembre 1977.59 tion ainsi que des autres intervenants.Il est donc le document de base auquel tous et chacun doivent se référer.Pour mieux comprendre les objectifs du programme Jetons un rapide coup d\u2019oeil sur ce guide.On y lit : \u201cle Gouvernement du Québec entend donc profiter de son programme de stimulation de l\u2019économie et de soutien de l\u2019emploi pour mettre à l\u2019essai un programme expérimental donnant aux populations locales les moyens de créer des entreprises collectives propres à canaliser l\u2019esprit d\u2019initiative et les ressources du milieu puis, par voie de conséquence, de créer un certain nombre d\u2019emplois (3)\u201d.De plus, \u201cle gouvernement a aussi voulu débarrasser ce programme des contraintes et des carcans que constituent les traditionnels critères d\u2019admissibilité : on cherchera donc surtout à encourager l'initiative du milieu pourvu que les projets soumis soient générateurs d\u2019emplois pour des sans-travail, qu\u2019ils aient un caractère de permanence et qu\u2019ils offrent des perspectives d\u2019auto-suffisance à plus ou moins court terme.De plus, on donnera, dans l\u2019attribution de fonds, la priorité aux projets donnant la préférence d\u2019embauche à des chômeurs chroniques, à des handicapés et à des bénéficiaires de l\u2019aide sociale (4)\u201d.Il s\u2019agit donc d\u2019un programme qui veut développer les ressources du milieu en aidant à mettre sur pied des entreprises collectives viables qui généreront de l\u2019emploi permanent et ce particulièrement auprès de groupes défavorisés tels les chômeurs, les handicapés et les assistés sociaux en favorisant prioritairement leur embauche.On peut ainsi dégager les principaux objectifs du programme; on en dénote quatre : créer des emplois permanents, créer de petites entreprises viables, favoriser l'embauche d\u2019assistés sociaux et de chômeurs et finalement l\u2019objectif communautaire.Cependant il y a quelque chose qui ne \u201cclique\u201d pas lorsqu'on examine les critères d\u2019admissibilité au pro- 3.Ibid, p.4.4.Ibid., p.5.60 gramme.Ces derniers sont effectivement très souples mais cette souplesse ne donne d\u2019aucune façon l\u2019assurance que les objectifs 3 et 4 (embauche prioritaire de chômeurs et d\u2019assistés sociaux et le caractère communautaire des projets) seront atteints.En effet, les deux seuls critères retenus : 1) que les projets créent des emplois permanents et 2) qu\u2019ils offrent des chances sérieuses de s\u2019autofinancer dans les deux années qui suivent la date de la réalisation de cesdits projets) permettent d\u2019atteindre les deux premiers objectifs, mais comment s\u2019assurer qu\u2019avec de tels critères les projets présentés et acceptés favorisent l\u2019embauche d\u2019assistés sociaux et de chômeurs et qu\u2019ils contiennent une dimension communautaire ?Ce flottement certain entre les objectifs visés et les moyens utilisés pour les atteindre permet \u2018\u201cthéoriquement\u201d\u2019 à des projets sans embauche de chômeurs et d\u2019assistés sociaux et/ou sans valeur communautaire d\u2019être subventionnés par le programme.De plus, étant donné la décentralisation de l\u2019administration du programme, ce flottement laisse place à l\u2019arbitraire.Ainsi dans une région où le Comité d\u2019approbation de la CAR a bien en tête l\u2019esprit du programme, il verra à ce que les projets aient une dimension communautaire, alors que, dans une autre région, le Comité d\u2019approbation peut s\u2019en tenir à la lettre du programme et ainsi subventionner, s\u2019il le veut, une majorité de projets n\u2019ayant aucune valeur communautaire.On verra plus loin les conséquences d\u2019une telle politique.Pourtant il semble bien que la dimension communautaire du programme soit un objectif prioritaire et privilégié, bien que les autres objectifs soient toujours très importants.En effet, le Secrétariat souligne, dans un texte intitulé \u201cSmall is beautiful : avoir accès aux décisions qui nous affectent\u201d, que la spécificité du programme est la dimension communautaire qu\u2019il comporte et qu\u2019il vise finalement un changement social.En effet, \u201cméme si le programme a été mis sur pied à l\u2019occasion d\u2019une conjoncture particulière (fort taux de chômage), il dépasse largement cette dimension conjoncturelle et 61 à R I 4 A 3 \u201c9 à h # vise un changement structurel.Les notions d\u2019entreprise collective, d\u2019entreprise communautaire et de création d'emplois, sont indissociables dans l\u2019application du programme (5)\u201d.A La lecture rapide qui vient d\u2019être faite du guide d\u2019opérations et de Small is beautiful, textes officiels du programme, montre hors de tout doute que le programme PECEC dans sa version première devait prioritairement favoriser la dimension communautaire des projets.Cette conviction est d\u2019autant renforcée quand on sait qu\u2019au départ l\u2019équipe chargée d\u2019administrer le programme l\u2019a été pour l\u2019affinité des fonctionnaires qui la composent avec le développement communautaire.Il reste bien sûr l\u2019entorse majeure à la réalisation de cet objectif qu\u2019est le flottement entre l\u2019objectif communautaire et les moyens utilisés.Cela peut s\u2019expliquer en partie par le très grand désir du gouvernement et des fonctionnaires de ne pas \u201cemmerder\u201d le monde avec de multiples critères qui empéchent souvent d\u2019excellents projets d\u2019être acceptés et réalisés.Toute l\u2019équipe (le Comité directeur et le Secrétariat) était bien sûr consciente du problème mais ne pouvait prévoir à l\u2019avance son ampleur.On choisit donc une solution axée sur l\u2019expérimentation : mettre de l\u2019avant le programme, le regarder aller, puis en cours de route, s\u2019il le fallait, apporter les correctifs nécessaires.Les deux évaluations du programme Jusqu'ici deux évaluations ont été faites sur l\u2019ensemble des projets du programme; elles contiennent de nombreuses informations fort intéressantes mais pour les fins de cet article on s\u2019intéressera surtout aux parties concernant la dimension communautaire des projets.La première évaluation fut faite par le Secrétariat et porta sur les 80 premiers projets, acceptés pour la majo- 5.P.2 dans \u2018\u2018Small is beautifull.\u201d.62 rité avant le mois de mai 1978.Cette évaluation révèle que seulement 37,5 pour cent des projets ont une dimension communautaire significative (6).La répartition régionale indique que la plupart des régions ont suivi cette tendance, c\u2019est-à-dire qu\u2019elles ont subventionné en majorité des projets non communautaires.La deuxième évaluation n\u2019a pas été faite par le Secrétariat mais par un fonctionnaire et un universitaire assistés de l\u2019équipe de la Direction des études et synthèses socio-économiques de l\u2019OPDQ.Soulignons cependant que le Secrétariat a fourni la grille d\u2019analyse qui a permis de classer et d\u2019analyser les projets en regard du caractère communautaire des projets.Elle porte sur 230 des 236 projets subventionnés au 31 mars 1979.Les auteurs évaluent principalement le degré d\u2019atteinte des quatre objectifs que s\u2019était fixé le programme.Dans cette évaluation on constate que des quatre objectifs du programme, deux seuls semblent avoir été atteints avec satisfaction : la création d\u2019entreprises viables (un taux d\u2019échec de 10 pour cent seulement) et la création d\u2019emplois permanents (plus de 1 036 emplois permanents créés).Curieusement ce sont les deux objectifs les plus novateurs et qui distinguent le plus le PECEC des programmes conventionnels d\u2019aide à l\u2019entreprise et de création d\u2019emplois qui n\u2019ont pas été atteints.L\u2019embauche des chômeurs chroniques (seulement 38 pour cent de l\u2019ensemble des participants au programme) et des assistés sociaux (seulement 8 pour cent de l\u2019ensemble des participants au programme) est un échec relatif de même que le peu de projets ayant une dimension communautaire significative (seulement 27 pour cent de l\u2019ensemble des projets).Dans ce dernier cas, les auteurs constatent avec regret que les projets qui n\u2019ont pas sû se donner une dimension communautaire sont pour la 6.Le Secrétariat entend par dimension communautaire significative : des entreprises (projets) où il y a soit une véritable participation des travailleurs à la gestion et à la propriété de l\u2019entreprise, soit une véritable implication du milieu dans le projet.63 majorité des sociétés à capital-actions.(Regardez le tableau ci-dessous pour voir la répartition des projets selon le statut de l\u2019entreprise.) À la suite de ces résultats il semble donc que ce type d\u2019organisation ne favorise pas la participation des travailleurs et du milieu.Répartition des projets selon le statut de l\u2019entreprise Statut Nombre de projets En p.c.Coopérative de production 15 6.7 Coopérative de services 23 10.2 Société à capital-actions 163 72.4 Société sans but lucratif 24 10.7 Total 295 100.0 source : \u201cEvaluation du programme expérimental de création d\u2019emplois communautaires\u201d, OPDQ, Direction des études et synthèses socio- économiques, novembre 1979, 97 p.La crise Suite à ces deux évaluations (particulièrement la première) le Secrétariat se propose d\u2019apporter des correctifs au programme conformément à sa philosophie de départ.Ces évaluations démontrent hors de tout doute qu\u2019une majorité de projets ne respectent pas l\u2019esprit du 64 programme, c\u2019est-à-dire qu\u2019il s\u2019agit de projets n'ayant pas une dimension communautaire significative.Ainsi, avec l\u2019appui du Comité directeur, le Secrétariat cherche une solution.Celle-ci réside, semble-t-il, dans des normes et règles plus strictes d\u2019éligibilité au programme.Comme on l\u2019a vu au départ, les conditions très souples d\u2019admissibilité au programme permettaient de prévoir pareils résultats.C\u2019est donc en corrigeant cette faiblesse, ce flottement entre les objectifs qu\u2019on veut atteindre et les moyens utilisés, qu\u2019on croit résoudre le problème.Partant surtout de son évaluation critique (la première) qui lui a permis d\u2019identifier les projets les plus valables et les plus prometteurs, le Secrétariat a, dans une proposition d\u2019orientation présentée au Comité directeur, tenté d\u2019articuler conceptuellement les différents aspects qui rendent un projet à la fois valable et prometteur du point de vue communautaire.Dans cette proposition d\u2019orientation du programme, approuvée par le Comité directeur, il est donc traité de la dimension communautaire que devrait avoir tout projet, de même il contient des discussions sur les différents types d\u2019organisation aptes à favoriser cette dimension communautaire.Les auteurs de ce document d\u2019orientation veulent qu\u2019il devienne \u201c\u2018l\u2019outil pour tous ceux qui doivent recevoir, évaluer et éventuellement approuver les projets soumis\u201d.Le Secrétariat veut donc que son document devienne le guide officiel des fonctionnaires qui administrent le programme.Que propose ce document ?Pour respecter la dimension communautaire du programme il donne priorité aux entreprises participatives, c\u2019est-à-dire les organisations ou les travailleurs participent à la gestion et à la propriété de l\u2019entreprise sur une base collective, avec collectif de travailleurs (entité juridique).Il propose que la subvention de l\u2019Etat soit versée directement à ce collectif des travailleurs, et non plus aux promoteurs du projet, sous forme de capital-actions en vue de son réinvestissement dans l\u2019entreprise.Cela 65 favoriserait et justifierait davantage, croit le Secrétariat, la participation des travailleurs à la gestion et à la propriété dans l\u2019entreprise.Mentionnons ici que le Secrétariat ne propose pas un modèle unique mais plutôt un cadre général, entreprise participative avec collectif des travailleurs, dans lequel plusieurs modèles pourraient naître.Les modalités internes (les structures internes comme le comité d\u2019entreprise, les commissions \u201c\u2018ad hoc\u201d, etc.) seraient discutées et négociées entre les diverses parties : gouvernement, promoteurs et travailleurs.Voilà donc résumé, trop brièvement hélas, ce que propose le Secrétariat pour permettre au programme de conserver ou plutôt d\u2019avoir enfin l\u2019aspect communautaire dont on le croyait doté au début.Ce document, comme on l\u2019a dit précédemment, fut accepté par le Comité directeur mais ne fut jamais appliqué parce que Pierre Marois, ministre d\u2019Etat au développement social, le rejeta.Il opta pour le laissez-aller du début prétextant qu\u2019on ne peut \u201créglementer\u201d la dimension communautaire des projets.Pour lui, \u201cla notion de communautaire est aussi large que les Québécois peuvent être patenteux (7)\u201d.C\u2019est à la suite du rejet de leurs propositions mais aussi à la suite du refus systématique de Pierre Marois d\u2019apporter des correctifs au programme que les six fonctionnaires du Secrétariat décidèrent de démissionner en bloc, en août 1979, pour protester contre l\u2019orientation actuelle du programme.Selon eux, il était devenu impossible d\u2019administrer le programme selon l\u2019esprit original.Le conflit entre les membres du Secrétariat et le ministre d\u2019Etat au développement social semble donc provenir de l\u2019interprétation différente donnée à la notion de communautaire par les deux parties.On l\u2019a vu pour Pierre Marois, la définition de communautaire est très large, c\u2019est qu\u2019il croit \u201cque le plus grand danger qui nous 7.P.24 dans la revue OSE, septembre 1979.Une entrevue avec le ministre Marois.66 guette en voulant resserrer les critères à partir de schémas théoriques, en voulant imposer des modèles de gestion, c\u2019est de tuer une série d\u2019initiatives du milieu qui, pour la première fois, peut-être, ont la chance d\u2019aboutir à quelque chose de concret (7)\u201d.C\u2019est pourtant dans cet état d\u2019esprit qu\u2019est parti le Secrétariat, cependant suite aux premières évaluations des expériences en cours il a trouvé peu d\u2019initiatives nouvelles, seulement des vieux schémas, c\u2019est-à-dire une grande majorité de projets où la participation du milieu Ë et des travailleurs est inexistante en réalité.Devant cette situation il fallait bien faire quelque chose selon le E Secrétariat.Ce programme était de plus en plus utilisé comme un programme d\u2019aide à la PME et, de plus, d\u2019un 3 programme qui devait favoriser l\u2019entreprise collective il fi: était devenu un programme qui se contentait de ne pas i bloquer ce type d\u2019organisation; il fallait donc lui donner le caractère communautaire qu\u2019il avait annoncé.C\u2019est E.ainsi qu\u2019en faisant sa proposition d\u2019orientation du PECEC le Secrétariat voulait vraiment favoriser l\u2019entreprise à caractère communautaire.# Les modèles proposés dans ce document ne sont pas uniquement et principalement dérivés de schémas théo- E.riques comme veut le laisser croire le ministre, ils sont E.issus avant tout de l\u2019expérience des premiers projets (particulièrement des 80 projets de la première évaluation).C\u2019est l\u2019analyse de ces projets qui a permis de constater que certaines formes d\u2019entreprise, de gestion, etc.E favorisaient davantage la participation des travailleurs et rr du milieu.C\u2019est a partir de ces exemples mais aussi d\u2019ex- # emples européens que le Secrétariat en est arrivé à ces propositions.De plus, selon lui, ces propositions ne sont E pas coulées dans le ciment et, comme au départ, on E désire se placer sous le règne de l\u2019expérimentation\u2026 | À première vue, l\u2019observateur semble devant un choix impossible; d\u2019un côté le laissez-faire du ministre qui sans favoriser les entreprises à caractère communautaire ne les bloque pas et de l\u2019autre une certaine forme de 67 réglementation-vérité de la dimension communautaire.Pourtant ce n\u2019est pas ce que désire le Secrétariat, sem- ble-t-il; ce qu\u2019il souhaite ce n\u2019est pas tant de figer le programme à tout jamais dans des règles immuables garantissant un certain développement communautaire mais plutôt le droit d\u2019expérimenter de nouvelles formes d'organisation communautaire.La position du ministre Marois l\u2019a emportée bien sûr, ministre oblige, et le Secrétariat démissionnaire a été remplacé par une équipe plus technocrate et moins revendicatrice.Cependant il ne faut pas voir là la seule cause qui expliquerait l\u2019échec relatif du programme au niveau de la dimension communautaire.On verra maintenant les autres causes qui ont contribué à rendre moins communautaires les projets de ce programme.* *x* + Examinons d\u2019abord les autres raisons qui ont pu concourir à rendre le programme moins communautaire qu\u2019il ne devait l\u2019être.On a déjà discuté de l\u2019absence de critères permettant d\u2019accepter ou de refuser les projets en regard de la dimension communautaire.On a vu que le Secrétariat et le Comité directeur ont proposé des mesures qui auraient pu corriger cette situation; ces mesures furent refusées par le ministre Marois.On peut cependant soupçonner le Cabinet des ministres d\u2019être derrière cette décision.En effet, on peut supposer aisément que les ministres \u201céconomiques\u201d auraient vu d\u2019un mauvais oeil que les entreprises traditionnelles ne puissent avoir accès à ce programme généreux.Car il ne faut pas oublier qu\u2019il s\u2019agit du seul programme gouvernemental qui donne si largement, sans d\u2019interminables délais et restrictions, des subventions de démarrage et de fonctionnement aux entreprises.Même à la Banque fédérale de développement ou à la Société de développement industriel, les deux principaux organismes gouvernementaux d'aide à l\u2019entreprise, on n\u2019a pas d\u2019équivalent à ce programme.D\u2019où l\u2019intérêt pour les ministères 68 économiques d\u2019avoir accès à ce programme.On soup- conne même certains ministères (le ministère du Travail entre autres) de vouloir l\u2019accaparer.On comprend mieux alors la prise de position du ministre Marois et l\u2019on voit bien aussi la fragilité du programme.Une autre raison explique également, en partie du moins, l\u2019absence de la dimension communautaire de nombreux projets.Il s\u2019agit d\u2019une raison purement bureaucratique, voire technocratique, que l\u2019on pourrait appeler \u201c\u201cl\u2019efficacité technocratique\u201d\u2019.Le trop gros budget (sic !), environ 15 millions de dollars par année, accordé à ce type de programme aurait eu comme conséquence d\u2019obliger les fonctionnaires (les Comités d\u2019approbation de chaque CAR) à accepter le plus grand nombre de projets possibles pour dépenser le budget.Car, en effet, l\u2019efficacité des fonctionnaires est jugée par leur réalisation : mettre sur pied le plus grand nombre de projets et ainsi créer de l\u2019emploi (car, semble-t-il, ce qui intéressait le plus les ministres du Cabinet dans le programme OSE au moment de sa mise sur pied c\u2019est la création d\u2019emplois; c\u2019est qu\u2019il ne faut pas oublier qu\u2019à l\u2019époque où fut créé le programme, le chômage était relativement élevé au Québec).C\u2019est ainsi que devant l\u2019absence d\u2019entrée assez rapide de projets vraiment communautaires, on peut supposer que dans la plupart des régions on aurait accepté, faute de mieux, tout projet qui apparaissait viable et créateur d\u2019emplois.Abracadabrant, n\u2019est-ce pas ?Quoi qu\u2019il en soit de ces raisons, il semble bien évident que pour l\u2019instant ce programme ne favorise pas le développement d\u2019entreprises communautaires; au plus, il ne les bloque pas systématiquement.Car, en effet, depuis la crise en août 1979 et la mise en place du nouveau Secrétariat, rien de nouveau ne s\u2019est produit qui pourrait laisser croire à un changement d\u2019orientation.Selon des sources officieuses, la prochaine évaluation (projets acceptés au 31 mars 1980) devrait confirmer cette tendance à la minorisation des projets vraiment communautaires dans le programme.69 GT, Cela soulève des tas de questions sur la capacité de l\u2019Etat, sur sa volonté de soutenir le développement des entreprises communautaires.La façon dont était structuré le programme (qualité communautaire de l\u2019équipe de départ, décentralisation administrative, \u2026) semble montrer que l\u2019État avait les ressources financières et humaines pour soutenir le développement communautaire; cependant, la volonté politique n\u2019y est pas, si l\u2019on se fie au refus du ministre Marois d\u2019apporter les correctifs au programme visant à donner la priorité réelle aux entreprises à caractère communautaire.Cela est d\u2019autant plus étonnant que c\u2019est grâce à une décision politique que le programme avait d\u2019abord vu le jour; il faut croire que tous n\u2019ont pas interprété le programme de la même façon.Ces contradictions apparentes ne cachent-elles pas un conflit plus fondamental qui dans notre société oppose les groupes de base et les appareils ?Dans le conflit qui, au sein de l\u2019Etat, a entouré l\u2019application du programme OSE, ne peut-on déceler de façon évidente une lutte entre technocrates interprétant le programme avant tout comme un facteur de création d\u2019emplois, et fonctionnaires autogestionnaires voulant s\u2019en servir pour favoriser le développement d\u2019entreprises à caractère communautaire ?Hypothèse séduisante à explorer, mais ailleurs, une autre fois.70 Claude Ouellet * Le mouvement Desjardins: et si le boeuf devenait grenouille ?Quel peut être l\u2019intérêt d\u2019un article sur le Mouvement des Caisses Populaires Desjardins (MCPD) dans un numéro comme celui-ci qui se veut une réflexion sur les expériences dites autogestionnaires ?À priori, il est permis de se le demander car en général, le MCPD est catalogué \u201cnon récupérable\u201d par bon nombre d\u2019individus qui croient à l\u2019autogestion, c\u2019est-à-dire à la reprise en main, par les populations concernées elles-mêmes, des divers secteurs de la vie collective.Auprès de ces gens, le MCPD a \u201cmauvaise presse\u201d : on en parle volontiers comme d\u2019une organisation dirigée \u2018\u201c\u2018d\u2019en haut\u201d, une organisation sous la coupe des technocrates et des notables locaux, une organisation sur laquelle les membres n\u2019ont donc qu\u2019une emprise dérisoire, une organisation dont la taille est devenue telle, qu\u2019elle constitue un frein majeur quant à la possibilité d\u2019une véritable vie démocratique.Pour reprendre la fable de Lafontaine, c\u2019est un peu l\u2019histoire de la grenouille qui a voulu se faire aussi grosse que le boeuf, avec les conséquences qu\u2019implique cette métamorphose.Alors, pourquoi en parler puisque tout semble avoir été dit au sujet du MCPD ?Il s\u2019agit pourtant d\u2019être un peu incrédule, en se disant que le MCPD n\u2019est peut-être pas vraiment ce qu\u2019on en dit; naïf (utopiste suggéreront certains), en pensant que de toute façon rien n\u2019empêche l\u2019inversion de la fable et que ce * Chercheur au Centre de Gestion des Coopératives, H.E.C.71 soit le boeuf qui veuille devenir grenouille.Dans le présent texte, je serai d\u2019abord incrédule puisque je m\u2019attarde à brosser un tableau du MCPD alors qu\u2019ensuite, je ferai appel à ma naïveté pour imaginer de possibles avenues de changement.Les réflexions que je présente Ici sont un condensé d\u2019un travail de plus grande envergure dont l\u2019un des objectifs était de cerner une partie de la réalité du MCPD.A plus forte raison, cet article n\u2019est-il qu\u2019un rapide survol.Le MCPD : un complexe organisationnel Le MCPD oeuvre dans les domaines suivants : épargne et crédit, assurances générales, assurance sur la vie, services fiduciaires, fonds mutuels, investissements, prêts industriels et commerciaux, éducation et formation, activités internationales.Le Mouvement Desjardins, c\u2019est un ensemble d\u2019organisations liées entre elles cependant que chacune possède une spécificité qui lui est propre.Il est chapeauté par la Fédération de Québec des Caisses Populaires Desjardins qui regroupe les quelque 1 250 caisses locales disséminées sur l\u2019ensemble du territoire québécois (quelque 3 800 000 membres), les dix Unions régionales de même que les autres institutions qui lui sont affiliées ou rattachées (comme la Fi- ducie du Québec, la Société d\u2019investissement Desjardins, etc.).Le MCPD est régi par la Loi des Caisses d\u2019épargne et de crédit qui détermine les pouvoirs appartenant aux caisses, aux Unions régionales ainsi qu\u2019à la Fédération.La loi reconnaît l\u2019autonomie des caisses locales quant à leurs politiques financières, sauf qu\u2019il leur est interdit d\u2019acheter des actions d\u2019entreprises commerciales et industrielles.Ce droit est par ailleurs reconnu aux Unions régionales qui sont définies comme des entités fournissant un support aux caisses locales, grâce à des services opérationnels (l\u2019administration des dépôts par exemple) et des services de consultation (dans les domaines juridiques, techniques, etc.).Quant 72 à la Fédération, elle est dotée, de par la loi, de pouvoirs de contrôle.Notamment, c\u2019est elle qui est responsable de l\u2019inspection des livres des caisses et des Unions.Le MCPD, c\u2019est aussi une structure décisionnelle à trois paliers qui procède suivant une ligne verticale, du bas vers le haut.Au niveau de la caisse locale, l\u2019assemblée générale des membres est souveraine (un membre égale un vote).Elle procède à l\u2019élection des personnes qui vont constituer les trois autres instances de la caisse: conseil d\u2019administration, conseil de surveillance, commission de crédit.Les mêmes instances décisionnelles se retrouvent au niveau de l\u2019Union, l\u2019assemblée générale étant formée des délégués de l\u2019ensemble des caisses situées sur le territoire desservi par l\u2019Union (une caisse égale un vote).L\u2019assemblée générale de la Fédération est composée des membres des conseils d\u2019administration des dix Unions régionales et des institutions affiliées, des commissaires de crédit et de surveillance des Unions ainsi que des directeurs généraux des institutions.Le conseil d\u2019administration comprend 30 personnes plus le président.L'Union régionale de Montréal nomme cinq administrateurs, celle de Québec en élit quatre, les huit autres Unions, deux chacune alors que les institutions en nomment cinq (le principe une Union égale un vote ne joue pas).Quelques décisions stratégiques Pour tracer le portrait du Mouvement Desjardins, j'ai choisi d\u2019examiner un certain nombre de décisions stratégiques.Pourquoi avoir choisi ce filon ?Parce que les décisions dites stratégiques sont des décisions qui amènent une réorganisation des activités et des structures et par là rendent nécessaire une réflexion sur la nature et les finalités des organisations qui les prennent.La décision qui m'intéresse particulièrement, c\u2019est l\u2019implantation, en 1970, du système de télétraitement à l\u2019intérieur du MCPD.Cette décision, je la situe sur un \u2018continuum 73 historique\u201d.Donc, avant de l\u2019aborder comme telle, je fais un rapide retour en arrière.À leurs débuts, au tournant du siècle, les caisses populaires répondent aux besoins des individus à qui les banques à charte refusaient de prêter de petits montants puisqu\u2019elles ne s\u2019occupaient que des prêts industriels et commerciaux.En plus, les caisses collectent les petites sommes d\u2019épargne et versent des taux d\u2019intérêt avantageux.Par rapport aux banques, elles sont donc marginales; originales aussi puisque chaque caisse, dans son milieu paroissial, est autonome, et puisque l\u2019informel prime sur le formel pour ce qui est des relations em- ployés-sociétaires.Avec la dépression de 1929, les caisses connaissent une crise majeure qui donne lieu à une décision stratégique d\u2019importance : la création, en 1932, sous l\u2019instigation gouvernementale, de la Fédération (les premières Unions régionales avaient déjà été fondées).Celle-ci devait normaliser les activités des unités locales dans le but de créer davantage d\u2019homogénéité à l\u2019intérieur de l\u2019ensemble des caisses.Décision stratégique dont les répercussions furent les suivantes : modification dans la \u2018\u2018façon de faire\u201d, une certaine formalisation par des règles et procédures faisant son apparition; modification de la structure décisionnelle, le pouvoir de contrôle s\u2019en allant au palier supérieur.Après la seconde Guerre Mondiale, le Mouvement Desjardins connaît une croissance rapide en même temps que la concurrence (banques et compagnies de finance) s\u2019accroit.Durant cette période, les Unions régionales et la Fédération haussent leur influence : la Fédération, en tablant sur ses pouvoirs formels (juridiquement reconnus) de surveillance et de contrôle, tout en élargissant sa \u201cpersuasion informelle\u201d; les Unions régionales, par la décision de créer des \u201cpools\u201d régionaux d\u2019investissement leur ayant permis l\u2019achat et la gestion des activités financières de trusts et entreprises d\u2019assurances.C\u2019est le début de l\u2019ère de \u201c\u2018l\u2019assistance technique\u201d auprès des unités de base qui augmente le poids des deux échelons supérieurs du complexe organisationnel.74 La compétition des banques s\u2019accentue dans les années 60 et atteint un somment en 1967-68 avec les amendements apportés à la Loi des Banques qui permettent à ces dernières de mettre sur pied de nouveaux comptes d\u2019épargne (épargne stable ou véritable) portant un taux d\u2019intérêt plus élevé que celui des comptes ordinaires.Les caisses sont touchées, leur taux de croissance sur les dépôts est à la baisse.C\u2019est \u2018\u2018la crise de 1967\u201d à laquelle les caisses ont réagi par le biais d\u2019une décision stratégique : elles décident elles aussi de se doter de comptes d\u2019épargne stable.A priori, il semble que cette décision découle uniquement des aléas de la concurrence.Cet élément fut certes déterminant mais il ne peut être considéré comme le seul facteur explicatif.La dynamique des relations de pouvoir à l\u2019intérieur du complexe organisationnel doit également être prise en considération.Car la \u2018\u2018crise\u2019\u201d\u201d a mis en lumière deux aspects forts importants.Un, le poids de certaines caisses par rapport à d\u2019autres (entre autres choses, ce sont celles qui ont un actif important et qui sont situées en milieu urbain) : ces caisses qui, les premières, adoptent la mesure de l\u2019épargne stable sont moins frappées par la \u201ccrise\u201d que certaines autres.Deux, le rôle prépondérant joué par les Unions régionales dans la résolution de la \u2018\u201ccrise\u201d : les pressions qu\u2019elles ont exercées pour que les autres caisses établissent à leur tour les comptes d\u2019épargne mis de l\u2019avant par les \u2018\u2018grosses\u2019\u2019 caisses.Les deux aspects mis en évidence par la \u201ccrise\u201d sont liés entre eux : en haussant leur influence, les Unions régionales ont par le fait même accru celle des caisses \u2018\u2018innovatrices\u201d\u2019 qui ainsi renforçaient leur \u201cposition de commande\u201d au sein des conseils d\u2019administration des Unions.Les quelques décisions stratégiques que je viens de traiter brièvement présentent un même dénominateur : elles ont opéré un déplacement du pouvoir (le pouvoir étant une relation d\u2019influence) vers le haut de la pyramide décisionnelle.Mais attention, cela ne veut nullement dire qu\u2019il faille considérer que l\u2019ensemble des dé- 75 cisions à l\u2019intérieur du MCPD sont unilatéralement prises \u201cd\u2019en haut\u201d.La réalité est certainement plus complexe.Formellement, le pouvoir appartient aux entités locales et, ne serait-ce qu\u2019à cause de l\u2019aspect juridique, la décentralisation des décisions constitue un élément inhérent au Mouvement Desjardins, un élément qui existe et qui doit exister pour que l\u2019organisation conserve sa légitimité d\u2019entreprise coopérative.Cependant, ce que j'ai voulu faire ressortir c\u2019est qu\u2019au fil des années le phénomène de décentralisation a connu une importante érosion quant à son ampleur.Dans la théorie administrative sur la prise de décision, la capacité d\u2019avoir accès aux ressources permettant de prendre une décision, est reconnue comme principe fondamental.Ce qu\u2019il faut voir, c\u2019est la position prise par les Unions régionales et la Fédération par rapport aux ressources, fondement des décisions.L\u2019information et l\u2019expertise technique constituent des ressources primordiales et sont de ce fait source de pouvoir.Voilà pourquoi la persuasion informelle de ces deux paliers s\u2019est accrue avec le temps.Le Mouvement Desjardins tend donc vers une plus grande \u201ccentralisation\u201d des décisions, celle-ci étant par ailleurs freinée par le fait que le pouvoir formel est détenu par les caisses locales.Elle serait sans aucun doute plus accentuée si ce n\u2019était de ces \u201crésistances\u201d qui forcent à une certaine forme d\u2019arbitrage entre pouvoir formel d\u2019une part et pouvoir informel d\u2019autre part.L\u2019examen des décisions stratégiques précédentes mis en relation avec la structure coopérative du MCPS fait que je me sens plus à l\u2019aise en parlant non pas de \u2018\u2018véritable centralisation\u201d mais plutôt de \u2018\u2018tangente\u201d\u2019 prise par l\u2019organisation vers une plus grande centralisation des décisions.Par ailleurs, on pourrait différencier entre processus décisionnel et contenu des décisions et se poser la question suivante même si les décisions sont prises de manière plus centralisée (processus décisionnel), est-ce qu\u2019elles n\u2019en contribuent pas moins à satisfaire les besoins des membres en tant que bénéficiaires de services financiers (contenu des décisions) ?Etant donné la nature même du secteur 76 d\u2019activité (financier), l\u2019individu est-il réellement enclin à s\u2019impliquer dans des décisions qui peuvent apparaître comme complexes ?Je serais porté à croire qu\u2019une personne va investir davantage d\u2019elle-même dans des décisions la touchant plus dans sa vie quotidienne (son travail par exemple).Mais ceci ne justifie aucunement que le pouvoir décisionnel tende à s\u2019éloigner des groupes de base.À mes yeux, la perspective autogestionnaire ne doit pas devenir \u2018\u201csectorielle\u2019\u2019, ce qui serait un prétexte beaucoup trop facile en même temps qu\u2019insidieux, pour justifier des situations de dépendance.Le télétraitement La décisions d\u2019informatiser les caisses populaires Desjardins a été officiellement confirmée en 1969.Cependant, avant d\u2019en arriver a la décision finale, un long cheminement a eu cours, dont le début remonte à 1965.Au mois de novembre de cette année, est fondé un Comité provincial d\u2019étude des besoins de mécanisation des opérations des caisses populaires, des Unions régionales et de la Fédération.Ce Comité se composait de représentants venant des trois paliers décisionnels et avait pour mandat la recherche de solutions quant au problème de la mécanisation.Le principal motif à l\u2019origine de la formation du Comité provincial est le fait que les caisses avaient plus de $2.5 millions qui étaient investis dans des machines comptables de toutes sortes et ce, sans compter l\u2019équipement des Unions et de la Fédération.La volonté de se démarquer par rapport aux concurrents et ainsi maintenir ou accroître la \u2018\u201cpart de marché\u201d est également une raison importante.La mise en place d\u2019un système informatique pouvait rencontrer à la fois les intérêts des caisses, des Unions et de la Fédération.Pour celle-ci, l\u2019informatisation, en normalisant équipement et procédures, facilitait sa tâche essentielle d\u2019inspection et de contrôle de la comptabilité des unités locales.Pour les Unions, le système informatique permettait de résoudre leur problème de conseiller au- 77 près des caisses qui leur demandaient de les aider dans le choix des équipements.Pour les unités locales, l\u2019informatisation signifiait une diminution de temps relié au travail opérationnel, possiblement au projet d\u2019une hausse de temps dévolu à la gestion elle-même.Il n\u2019est pas facile de dire avec exactitude qui a été le maître-d\u2019oeuvre de la décision, les trois niveaux ayant des intérêts à voir s\u2019implanter un système informatique.Le \u201c\u201cpattern\u201d suivant peut être établi : l\u2019initiative est venue de certaines caisses de moyenne ou de grande taille (la caisse populaire d\u2019Anjou est considérée comme l\u2019initiatrice du projet), les Unions et la Fédération ont ensuite emboîté le pas.L\u2019implantation du système de télétraitement, le système intégré des caisses populaires (SIC), s\u2019est faite de façon progressive, touchant d\u2019abord les caisses de taille plus imposante.Ainsi, les 625 caisses qui utilisaient en mai 1977 le télétraitement représentaient 84 pour cent de l\u2019actif de la Fédération.De prime abord, il n\u2019apparaît guère surprenant de constater que les \u2018\u201cgrosses\u201d\u2019 caisses aient été les premières à s\u2019informatiser, compte tenu de leur volume plus élevé d\u2019opérations.Mais au fait, qu\u2019est-ce que c\u2019est que le système intégré des caisses populaires ?SIC s\u2019inscrit dans les cadres de la science relativement nouvelle de l\u2019informatique, la science du traitement de information.L\u2019outil \u2018\u201cprivilégié\u201d de l\u2019informatique, c\u2019est l\u2019ordinateur.Dans le cas de SIC, il s\u2019agit d\u2019un ordinateur central qui assure le traitement des données.Le traitement est direct par opposition à différé où le renseignement n\u2019arrive à l\u2019ordinateur qu\u2019après un certain laps de temps.Les caisses locales sont reliées à l\u2019ordinateur par un terminal.Elles peuvent communiquer simultanément avec lui sans qu\u2019il se produise d\u2019interférences.En outre, l\u2019ordinateur ne retransmet les renseignements demandés qu\u2019à la caisse concernée.SIC peut être qualifié d\u2019innovation, car au moment de sa mise sur pied, il constituait le premier système entièrement 78 intégré de télégestion dans le monde des transactions financières.Innovation dans le sens où il n\u2019y a pas eu adaptation des besoins aux machines existantes mais l\u2019inverse, soit l\u2019élaboration d\u2019un système s\u2019adaptant aux besoins définis par l\u2019organisation.Je pourrais parler encore longtemps de SIC.Cependant on peut le résumer de la façon suivante : le système informatique du MCPD peut être vu comme un ensemble d\u2019outils classi- fiables selon trois grandes catégories à savoir, outils de traitement des activités, outils de gestion et outils de développement.La première catégorie comprend l\u2019ensemble des opérations informatisées qui découlent des transactions entre les membres et leur caisse : dépôts, prêts, cycle comptable.SIC est donc un outil technique automatisé de traitement des opérations qui permet une rapidité accrue, une diminution des risques d\u2019erreur ainsi qu\u2019une élimination de certains travaux fastidieux, précédemment faits \u2018\u2018à la mitaine\u201d.De plus, il produit des rapports en relation avec les opérations transactions quotidiennes, balances de vérification, etc.Les outils opérationnels sont le premier \u2018niveau\u2019 du télétraitement.Depuis l\u2019avènement de SIC, les services offerts par la caisse populaire se sont diversifiés, certains étant une conséquence directe de l\u2019avènement du système informatique, d\u2019autres y sont reliés de façon plus indirecte.À titre d\u2019exemples, je mentionne le service Inter-Caisses, la diversification des services de l\u2019épargne et l\u2019augmentation des heures d\u2019ouverture.D\u2019autre part, SIC a la possibilité de produire des outils de gestion et de développement adaptés aux problèmes particuliers des caisses locales.Mais qu\u2019entend-on exactement lorsqu\u2019on parle d\u2019outils de gestion et d\u2019outils de développement ?Le système informatique des caisses est en mesure de regrouper et d\u2019analyser les informations pour ensuite produire des rapports de gestion pouvant permettre d\u2019améliorer la situation de la caisse au plan de sa gestion quotidienne, l\u2019information peut aussi être employée pour décrire, classer et grouper les membres d\u2019une caisse en regard des besoins du milieu, une façon d\u2019établir des priorités, des orientations.Les rapports 79 sur les caractéristiques des membres peuvent être appelés outils de développement en ce qu\u2019ils permettent de connaître les besoins des propriétaires-usagers et de là, améliorer ou créer des services destinés à satisfaire leurs besoins.C\u2019est en connaissant bien les outils disponibles que chaque caisse locale pourra imaginer des manières de s\u2019en servir d\u2019une façon créatrice, des manières correspondant à ses particularités propres.Jusqu\u2019à présent, les efforts ont presque uniquement porté sur les seuls outils de traitement des activités.Ce type d\u2019outil n\u2019est d\u2019ailleurs pas encore parfaitement mai- trisé (de toute façon aucun système n\u2019est jamais totalement maîtrisé).Actuellement, peu de gens ont une connaissance approfondie du système informatique.Ceux qui la possèdent sont des spécialistes de la Fédération qui s\u2019est donc appropriée une autre source de pouvoir potentiel : l\u2019expertise technique en ce qui a trait à SIC.Les Unions régionales participent elles aussi à la mise en place du système et il est permis de croire qu\u2019elles seront en mesure de gruger un peu de cette expertise technique qui actuellement est l\u2019apanage des spécialistes de la Fédération, à mesure qu\u2019elles se familiariseront avec SIC.Mais, même si on assiste à un quelconque déplacement de ce pouvoir technique entre les mains de quelques spécialistes de plus, le problème de base demeure inchangé.En effet, l\u2019implantation du télétraitement, en plus de la centralisation mécanique, entraîne la formation d\u2019une technostructure.Par \u201cnature\u201d même, l\u2019informatique est un élément centralisateur.Cependant, dans le cas du MCPD, le système informatique a été conçu de façon à être décentralisé.Mais encore faut-il le vouloir ! Il faudrait que les unités locales le connaissent bien pour en exploiter toutes les potentialités; donc, décentralisation de l\u2019expertise technique.Et aussi faudrait-il que l\u2019accent soit mis sur les outils \u201cdécentralisateurs\u201d, de gestion et de développement.Actuellement, en ce qui concerne les premiers, certains rapports, peu nombreux, existent mais ils ont été conçus par les spécialistes de la Fédéra- 80 tion, ce qui n\u2019est certes pas le moyen d\u2019adapter les outils aux particularités des caisses.Dans le cas des seconds, l\u2019effort jusqu\u2019à présent consenti est pratiquement nul.La question du télétraitement (décision stratégique) constitue un excellent point d\u2019ancrage pour juger de la finalité du MCPD.Tient-on à ce que SIC devienne effectivement un élément décentralisateur ou préfère-t-on qu\u2019il reste ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui, c\u2019est-à-dire un outil dont le potentiel innovateur quant à la conception d\u2019un système informatique n\u2019est pas pleinement mis à contribution ?Et si le boeuf devenait grenouille.Le MCPD est présentement une organisation qui emprunte moult éléments à l\u2019entreprise bureaucratique, l\u2019idéal-type de l\u2019efficacité capitaliste tel que défini par Weber : existence de règles et procédures, hiérarchisation des relations gestionnaires-travailleurs, séparation conception/exécution, etc.En outre, à l\u2019instar de l\u2019organisation bureaucratique, le pouvoir informel tend à se concentrer dans les échelons supérieurs de la hiérarchie, pouvoir informel qui vient, entre autres sources, du contrôle de l\u2019information ainsi que de l\u2019expertise technique.Mais, parce que le MCPD est une organisation coopérative où le pouvoir formel suit une ligne verticale ascendante au lieu de descendante, elle doit procéder à une forme d\u2019arbitrage différente de celle qui peut se retrouver dans une entreprise bureaucratique.Chose certaine, le MCPD est une organisation qui, au fil des années, s\u2019est bureaucratisée, ce qui fait qu\u2019elle est plus proche du boeuf de la fable que de la grenouille.Alors, ne pourrait-on pas imaginer un renversement de la vapeur, c\u2019est-à-dire un retour vers une plus grande décentralisation ?Le système de télétraitement peut contribuer à ce retour vers la base.Une condition sine qua non doit cependant être respectée : les caisses doivent connaître 81 Im Rs RH ¢ i Ri fie Te À le système avec lequel elles sont appelées à travailler.On pourrait ainsi imaginer des gens de la technostructure comme personnes-ressources auprès des unités de base, jusqu\u2019à ce qu\u2019elles l\u2019aient assimilé de façon à pouvoir être capable d\u2019en exploiter les potentialités à un niveau \u201cacceptable\u201d.Il n\u2019est pas interdit de penser a un technicien travaillant avec un certain nombre de caisses d\u2019un même secteur, caisses dont les particularismes seraient assez semblables.A partir du moment où les caisses possèdent l\u2019information requise, elles sont en mesure de penser à des outils permettant d\u2019améliorer leur situation, les techniciens pouvant demeurer à leur disposition, en leur qualité de personnes-conseil.En 1970, au moment où les caisses lançaient SIC, les mini-ordinateurs n\u2019étaient pas encore sur le marché.Ceux-ci constituent un moyen de résoudre le problème lié à la centralisation mécanique; ils sont donc empreints d\u2019une \u201cessence\u201d décentralisatrice.Cependant, dans l\u2019immédiat, leur utilisation apparaît incertaine, compte tenu qu\u2019ils remettraient en question plusieurs aspects inhérents au système actuel.La question des coûts indirects viendrait donc s\u2019ajouter à celle des coûts directs, c\u2019est- à-dire le coût de mise en place d\u2019une telle innovation.Cette piste est bien sûr intéressante mais par ailleurs, il faut voir que le potentiel du présent système n\u2019a pas encore été pleinement exploité.Avec la décentralisation technologique, suivrait par ricochet celle de l\u2019information, permettant ainsi aux caisses locales d\u2019être plus à même de se développer selon leur vouloir, d\u2019être plus proches de leur milieu parce que moins dépendantes des décisions à saveur technocratique venant \u2018\u201cd\u2019en haut\u201d.Un second pas pourrait Être franchi dans cette veine de \u201crenégociation du pouvoir\u201d.Il s\u2019agirait en effet de restructurer, dans une certaine mesure, le \u2018\u2018quadrilatère\u201d\u2019 coopératif traditionnel : membres, administrateurs, gestionnaires, travailleurs.Tout comme dans une entreprise autogérée où le pouvoir, parce que non statutaire, doit constamment être négocié, il pourrait en être de même dans une entreprise 82 coopérative comme la caisse, décentralisée, généralement de taille permettant un contact plus \u2018\u201cpersonnalisé\u201d.Les travailleurs pourraient être associés à la gestion, faisant partie d\u2019une sorte de Conseil avec le gérant par exemple et les délégués des membres.Rien ne peut faire supposer que les membres auraient à subir des \u201cpertes\u201d quant aux services reçus, sans compter que ceci constituerait un pas dans le sens d\u2019une nouvelle forme de gestion que certaines entreprises capitalistes ont déjà commencé à expérimenter.Pour ce faire, il faudrait amender la présente loi qui interdit aux travailleurs de faire partie du Conseil d\u2019administration de la caisse.Au sujet des travailleurs, mentionnons que SIC constitue, pour eux, un outil potentiel de développement, dans le sens où il les libère de travaux fastidieux et routiniers.L\u2019automation s\u2019inscrit dans la perspective de l\u2019amélioration de la qualité de la vie au travail et peut dès lors être perçue comme une étape pouvant mener vers d\u2019autres : voies, celles ou le travail strictement mécanique peut être accouplé avec l\u2019apprentissage de nouveaux rôles.i La sempiternelle coupure entre exécution et concep- i tion peut ainsi en venir a étre progressivement éliminée, F les deux dimensions étant réassociées.Après tout, elles 8 n\u2019ont pas toujours été dichotomiques; c\u2019est plutôt notre i: capitalisme sauvage de production qui en a décidé ainsi.ER Apprentissage de nouveaux rôles pour les travailleurs, E oui, mais sans oublier que les membres eux-mêmes se- k raient revalorisés dans leur rôle de propriétaires (donc i d\u2019agents prenant les décisions concernant leur entreprise), si le pouvoir revient davantage au niveau local et si toutes les instances concernées par la vie de l\u2019entreprise se trouvent réunies dans la négociation des enjeux.Mais comment parvenir à une redéfinition de ce type car, il faut bien le dire, le MCPD n\u2019en est pas là aujourd\u2019hui.Bien sûr, l\u2019expérimentation progressive de solutions allant dans la direction mentionnée constitue un moyen de changement.Cependant, le MCPD est actuellement | empreint d\u2019éléments à caractère bureaucratique.La hp \u201clogique\u201d propre de la structure bureaucratique est sa x 83 À tendance à préserver le statu quo.Nombre de théoriciens (Merton, Gouldner, Selznick, Crozier), ont déjà fait ressortir ce point.C\u2019est ce qui m\u2019amène à penser que pour briser le \u201ccercle vicieux bureaucratique\u201d, l\u2019idéologie constitue une variable nécessaire, un \u201c\u2018accélérateur\u201d du changement.Je serais tenté de conclure en disant que c\u2019est dans la mesure où l\u2019idéologie \u201c\u2018autogestionnaire\u201d infiltrera les structures du Mouvement Desjardins que celui-ci pourra vraiment quitter son corps de boeuf pour se redéfinir, non pas en une seule, mais en une série de grenouilles, heureuses de retrouver une peau qui leur sied bien.Et comme les grenouilles possèdent le pouvoir magique de se transformer en Princes, ceux-ci fourmilleraient partout.Pas besoin d\u2019avoir de Roi quand existe une multitude de Petits Princes ! 84 Carmen Quintin et Claire Denis* Les coopératives d\u2019habitation : une solution d\u2019avenir ?\u201cBen.une coopérative d'habitation pour moi.c\u2019est pour aider au monde à payer moins cher de loyer.et leur montrer comment faire la gestion d\u2019un bloc puis leur montrer à prendre leurs responsabilités aussi !\u201d (un coopérateur de Pointe Saint-Charles) Au Québec, le droit d\u2019accessibilité à un logement convenable pour tous est loin d\u2019être assuré ! L\u2019inflation et le contrôle peu efficace des hausses de loyers, dans des immeubles appartenant à une minorité de la population, en sont les causes les plus apparentes.Le quasi-monopole du logement locatif exercé par l\u2019entreprise privée est alarmant.Selon le Livre Blanc sur les relations entre locateurs et locataires au Québec, 97,8 pour cent de ces logements appartiennent à l\u2019entreprise privée, 2,1 pour cent au logement public et 0,22 pour cent seulement aux coopératives.Malgré sa faiblesse, le secteur coopératif apparaît actuellement pour beaucoup de gens, la meilleure façon de briser ce monopole de l\u2019entreprise privée.Parmi les promoteurs des coopératives d\u2019habitation, les intérêts sont diversifiés.Certains croient qu\u2019elles * Etudiantes au Département de sociologie, Université de Montréal.85 représentent surtout une façon de résoudre les problèmes de logement des groupes défavorisés en milieu urbain.Plus préoccupés d\u2019idéologie, d\u2019autres y voient un instrument de transformation de la société dans le sens de l\u2019autogestion.Plus récemment, la S.D.C.(Société de développement coopératif) a décidé de faire de l\u2019habitation une de ses priorités mais en insistant davantage que les autres intervenants sur l\u2019accès à ce mode de propriété pour la classe moyenne.En effet, la formation de coopératives d\u2019habitation avec capitalisation, selon le modèle suédois (HBS), permettrait aux membres de s\u2019assurer l\u2019accumulation d\u2019un certain capital tout en leur procurant les avantages de la coopérative strictement locative.Ce modèle avait déjà été suggéré à quelques reprises mais les petites coopératives à but non lucratif s\u2019y sont toujours formellement opposées, croyant qu\u2019il fallait donner la priorité aux milieux plus défavorisés.Jusqu\u2019à maintenant, elles ont réussi à contrecarrer ces tentatives.La création de S.D.C.Habitation (qui comporte deux volets, un à but lucratif et un autre à but non lucratif) annoncerait-elle le retour en force d\u2019un projet avorté qui semble toujours tenir à coeur à plusieurs milieux gouvernementaux et coopératifs ?On ne peut comprendre la situation actuelle des coopératives d\u2019habitation sans se référer quelque peu à leur histoire plutôt mouvementée.C\u2019est en 1937, à Thetford Mines, que la première coopérative d\u2019habitation s\u2019est créée.Il s\u2019agissait d\u2019une coopérative de construction qui associait pour un certain temps, selon le vieux principe de la corvée, des membres dont le but final était la construction de maisons unifamiliales au meilleur coût possible, pour chacun d\u2019eux.L'association était normalement dissoute dès le parachèvement des travaux.De 1937 à 1965, au Québec, environ 198 coopératives de ce type ont vu le jour.Ce n\u2019est qu\u2019en 1968, avec la création de la Fédération Coop-Habitat, qu\u2019on assistera à une première réorientation.Ce fut un projet 86 de grande envergure, aux tendances centralisatrices.Il se terminera par un échec dès 1971.Cependant, il marquera une étape importante en ce qui concerne l\u2019évolution des coopératives d\u2019habitation au Québec : par con- Ë tre, son échec provoquera une certaine stagnation dans E ce secteur.Pourtant, depuis 1972 on assiste à la mise sur pied, dans diverses régions du Québec, de coopératives plus autonomes, de dimension restreinte.La formation d\u2019associations de locataires, combattant l\u2019ascension vertigineuse du coût des loyers, aura sûrement favorisé ce nouveau départ de l\u2019idée coopérative en matière d\u2019habitation.Au Québec, la formation de ces coopératives d\u2019habitation se fera presque exclusivement à partir de l\u2019achat de constructions anciennes demandant souvent beaucoup de rénovations; elles conviennent mieux aux besoins des individus à revenus modestes en leur fournissant, une fois rénovées, des logements propres, solides | et \u201cfonctionnels\u201d.E La pénurie de logements qu\u2019on a connue, il y a quelques années, est maintenant chose du passé.En effet, E la construction neuve qu\u2019on a vu surgir de tous côtés, avec ses gratte-ciel et ses appartements ultra modernes, i a donné comme résultat une quantité de logements vacants ne répondant pas aux besoins des familles, dont les revenus sont nettement insuffisants pour se payer Er un tel luxe, \u2018 Face à cette situation, les gouvernements n\u2019avaient gh donc plus le choix : ils se devaient nécessairement E d\u2019intervenir en matière de logement.Déjà, les résultats i des H.L.M.n\u2019étaient pas tellement encourageants.Il El fallait penser a une structure qui favoriserait plus le E développement d\u2019une politique stable en matière d\u2019habitation.La formation de la majorité des coopératives d\u2019habitation que l\u2019on connaît aujourd\u2019hui s\u2019est faite sous l\u2019an- gE cien programme de la S.C.H.L.(Société canadienne E d\u2019hypothèques et de logement), datant de 1973.Cette E 87 RK société fournissait elle-même, à l\u2019époque, la totalité des capitaux nécessaires à la création des coopératives, sous forme de prêts à 8 pour cent pour une période pouvant s\u2019échelonner jusqu\u2019à 50 ans.Depuis 1977, les coopératives peuvent aussi faire appel à d\u2019autres sources.En effet, la S.H.Q.(Société d\u2019Habitation du Québec) avec son programme Logipop accorde de l\u2019aide à trois niveaux : un fonds de démarrage de cinq cents dollars ($500), une subvention de mille cinq cents dollars ($1,500) pour chaque unité de logement et finalement des subventions annuelles, pouvant atteindre jusqu\u2019à cinquante mille dollars ($50,000), aux Groupes de Ressources Techniques (G.R.T.).Plusieurs municipalités donnent aussi accès à des subventions dans le cadre d\u2019ententes fédérales-provin- ciales-municipales.En plus d\u2019aider les coopératives, ces ententes favorisent l\u2019amélioration de l\u2019environnement par la récupération des vieux immeubles; les hausses de taxes qui s\u2019ensuivent ne sont pas à dédaigner non plus ! Pour compléter ces sources souvent insuffisantes, il faut aussi quelquefois s\u2019adresser à des fondations privées pour un don supplémentaire qui aide à \u2018boucler le budget\u201d.Malgré les démarches longues et difficiles provenant des lenteurs administratives, les coopératives d\u2019habitation s\u2019étaient adaptées au système.La S.C.H.L.n\u2019avait pas non plus à se plaindre : pas de faillite, pas de reprise ! Alors qu\u2019on ne faisait que commencer à bien se servir du programme, la S.C.H.L.décide de le remplacer par un nouveau, dès janvier 1979.L\u2019entrée en vigueur de ce nouveau programme ralentit considérablement le processus de développement des coopératives.du moins à Montréal.L\u2019absence d\u2019une politique stable et rigoureuse en matière d\u2019habitation pourrait bien expliquer ce piétinement, même si la situation du logement au Québec 88 semble préoccuper beaucoup nos gouvernements.Les querelles de prestige entre le fédéral et le provincial retarderont-elles encore longtemps toute solution globale ?Présentement, s\u2019ils veulent réussir, les membres d\u2019une coopérative d\u2019habitation en formation doivent s\u2019armer de courage.Chaque palier de notre système a ses exigences ! Vouloir former une coopérative c\u2019est tout un contrat\u2026 encore faut-il plaire à la S.C.H.L., à la S.H.Q,, aux municipalités et maintenant à un nouvel intervenant\u2026 le prêteur agréé (caisses populaires, banques) ! Au Québec, l\u2019espoir de voir disparaître la S.C.H.L.incite la S.D.C.à s\u2019impliquer dans l\u2019achat massif d\u2019immeubles en vue de former une banque de logements, qui seraient ensuite revendus aux coopératives.Peut-on voir là une démarche positive ?Le manque de consultation de cette Société auprès des coopératives déjà en place ne laisse présager rien de très prometteur.Celles- ci y voient surtout un intervenant technocratique qui, encore une fois, oublie de consulter la base.Se pourrait-il que l\u2019absence d\u2019une Fédération bien organisée dans ce secteur soit à l\u2019origine de cette intervention ?Pourtant, depuis les débuts des coopératives d\u2019habitation à but non lucratif, on a tenté plusieurs fois de former cette fameuse Fédération.Pourquoi tant d\u2019échecs ?Il apparaît de plus en plus que la présence de deux modèles partageant les quelque 105 coopératives d\u2019habitation du Québec les explique en bonne partie.Le premier modèle préconise surtout des grosses coopératives auxquelles se greffent d\u2019autres services tels garderies, garages, fonds de dépannage.L\u2019achat des bâtiments se fait plus rapidement grâce à une structure plus centralisée sans qu\u2019il soit nécessaire de convaincre d\u2019abord les locataires de la maison intégrée.En effet, la coopérative peut procéder à l\u2019achat d\u2019un immeuble à condition que ses occupants soient parrainés par un comité de propriété déjà existant.Ce modèle 89 vise d\u2019abord l\u2019efficacité économique pour arriver le plus tôt possible à l\u2019autosuffisance face à l\u2019intervention de l\u2019Etat, sans négliger la dimension sociale toutefois.L'autre modèle regroupe majoritairement des petites coopératives de dix à trente logements.Tout en voulant favoriser l\u2019accès des membres à un logement à prix modique, il cherche prioritairement le développement des individus par la coopération.Ses promotteurs ont peur des structures trop complexes tendant à démobiliser les gens de la base.Par ailleurs, cette attitude les fait dépendre beaucoup plus de l\u2019extérieur (G.R.T., Etat), ce qui crée souvent des découragements vu la complexité des programmes et les lenteurs administratives qui en découlent.Nous basant sur deux recherches dont l\u2019une, effectuée à Sherbrooke (Claire Denis), correspond plutôt au premier modèle et l\u2019autre, faite à Montréal (Carmen Quin- tin), représente davantage le second, nous allons essayer de décrire de façon un peu détaillée ces expériences avec les avantages et les difficultés qu\u2019elles comportent.Quoi qu\u2019on en dise, pour nous, le modèle parfait n\u2019existe pas encore.I Une communauté de base : La coopérative \u201cLE PROGRES\u201d de Pointe-Saint-Charles Les données préliminaires présentées ici sont tirées d\u2019une recherche effectuée dans la région de Montréal, région où se retrouvent surtout des petites coopératives.L\u2019étude cherche à analyser, selon les quartiers, les transformations sociales amenées par l\u2019implantation de ces institutions nouvelles.90 Ici, il sera question du quartier de Pointe-Saint-Char- les.Présentement, huit coopératives y sont bien établies; deux autres sont en formation.L\u2019analyse portera plus précisément sur la coopérative \u2018\u201cLe Progrès\u201d.\u201cLa Société d\u2019Amélioration des rues Grand Trunk et Ropery\u201d (aujourd\u2019hui coopérative Le Progrès) a été formée en août 1975 : à cette époque, il s\u2019agissait d\u2019une corporation autogérée sans but lucratif.Il faudra attendre décembre 1977 pour qu\u2019elle obtienne sa charte de coopérative.L\u2019ancienneté relative de cette coopérative permettra de mesurer en quoi les coopératives d\u2019habitation constituent ou non un facteur de changement social plus vaste dans le sens d\u2019une reprise en main de la société par les citoyens.Quoiqu\u2019embryonnaires, ces changements sont déjà perceptibles.La volonté des coopérateurs de changer leurs conditions de logement demeure un des éléments fondamentaux pour tout projet collectif plus vaste.Il est bien entendu que chaque coopérative de la région de Montréal est autonome : les structures varient donc selon les règlements que les membres se donnent.Par ailleurs, le fait qu\u2019elles soient petites et qu\u2019elles prennent totalement en main leur gestion, après un certain temps, oblige à tenir compte des diversités de quartier pour arriver à une analyse complète du modèle montréa- lais.Si je dis \u2018qu\u2019elles prennent totalement en main leur gestion, après un certain temps\u201d c\u2019est qu\u2019au début de leur formation les petites coopératives ont généralement l\u2019aide des G.R.T.(groupes de ressources techniques).Formés de personnes compétentes surtout dans les domaines de l\u2019architecture et de l\u2019animation, ces groupes offrent leurs services à tous ceux qui s\u2019intéressent à la formule coopérative en matière d\u2019habitation.Leur assistance, souvent nécessaire au début, doit normalement disparaître dès que les coopérateurs se sentent aptes à continuer seuls le travail.91 pu NN 1 i N A EO RR La coopérative Le Progrès possède trois bâtiments regroupant onze membres actifs dans autant d\u2019unités de logement; une trentaine de résidants y vivent.Ceux- ci se partagent à peu près également entre familles mo- no-parentales d\u2019assistées-sociales et de petits salariés.On y parle présentement d\u2019expansion mais la coopérative ne devrait pas dépasser cinq bâtiments totalisant environ dix-neuf unités de logement.Cette volonté des membres de garder leur coopérative petite et ainsi, selon eux, plus accessible à tout le monde, indique déjà une des différences qui séparent nos deux modèles.\u201cSi tu prends ça trop gros.ben ! la charge est trop grosse pis ça pèse sur tout l\u2019monde ! Tandis que là, chacun va avoir sa p\u2019tite besogne a faire.\u201d \u201cQuand c\u2019est trop gros.tu viens que ça prend trop d\u2019monde pour s\u2019occuper de ça\u2026 pis le monde se tanne\u2026 pis ça vient que ça marche plus !\u201d (1) Apprendre à coopérer, apprendre à s\u2019unir pour accéder à un certain pouvoir visant à long terme la transformation de la société.demande tout un apprentissage ! La compréhension de ce qu\u2019est vraiment une coopérative d\u2019habitation et de ce qu\u2019elle peut apporter à ses membres se fait lentement, chaque jour.Au début, les avantages sont assez flous : les membres semblent plutôt se protéger contre une société de plus en plus envahissante et incontrôlable.\u201cUne coopérative d\u2019habitation\u2026 un paquet d\u2019gens qui se regroupent pour garder ce qu\u2019ils ont !\u201d L\u2019ascension vertigineuse des prix des loyers, l\u2019insécurité face aux propriétaires de plus en plus assoiffés de 1.Tous les témoignages proviennent d\u2019entrevues effectuées par Carmen Quintin auprès des membres de la coopérative \u2018Le Progrès\u201d au début de l\u2019année 1980.92 profits ont été, pour plusieurs, le début d\u2019une prise de conscience.Ce sont d\u2019abord des raisons d\u2019ordre pécuniaire qui les ont attirés; la sécurité de logement aussi ! Ce n\u2019est que plus tard que viendront se greffer tous les autres aspects positifs que procurent la création de ces petites coopératives d\u2019habitation.Ce sont ces autres dimensions, dont les membres ne prennent pas toujours totalement conscience, qu\u2019il est intéressant d\u2019explorer.D'abord venus régler des problèmes économiques.que trouveront les membres à long terme ?\u201cOui ! nous autres c\u2019était pour essayer de garder les loyers le plus bas possible.essayer d\u2019aider au monde qui ont pas les moyens de payer des gros loyers.\u201d Déjà cinq ans d\u2019existence bientôt.Pour chacun, cette expérience a été différente.Chez quelques-uns presque rien n\u2019a changé.sinon l\u2019acquisition d\u2019un logement confortable et solide qui n\u2019aura été qu\u2019un bien de consommation de plus à leur actif.La reproduction de notre société capitaliste, quoi ! À d\u2019autres, par contre, la coopérative d\u2019habitation apporte beaucoup.La vie de tous les jours a été transformée, la monotonie rompue.Pourquoi des différences si accentuées d\u2019un membre à l\u2019autre ?La participation La participation.la fameuse participation ! Un problème à l\u2019échelle du Québec ! C\u2019est la participation quotidienne aux activités de la coopérative qui semble faire toute la différence.Tous ceux et celles qui jouent un rôle actif dans la gestion de 93 M: i BY RY: Di.BR: KR I i i Pre EEE leur coopérative affirment que le fait d\u2019appartenir à celle-ci a beaucoup transformé leur vie, surtout dans le sens de l\u2019épanouissement personnel : \u201cCa ouvre ta personnalité ! T\u2019as pas l\u2019choix parce que sans ça tu restes là pis tu t\u2019dis\u2026 j'ai tu l\u2019air niaiseuse ! Là, un moment donné tu t\u2019dis\u2026 j'ai d\u2019quoi a dire.faut que je le dise.faut que je m\u2019informe.1a, ¢a sort !\u201d\u2019 La structure coopérative affecte aussi les liens interpersonnels : \u201cSi mon fils est heureux pis mon mari est heureux.pourquoi moi j\u2019serais pas heureuse !\u201d\u2019 Elle en crée de nouveaux.\u201cOn aime une personne surtout.qui peut coopérer.C\u2019est tout ce qu\u2019on demande.L\u2019argent ç\u2019a pas d\u2019importance !\u201d \u201cPlus tu coopères, plus t\u2019es connu.plus ça donne des débouchés sur bien des choses.\u201d Malgré ces aspects positifs, la participation n\u2019est pas égale chez tous les membres : \u201cY faut avoir la coopération du monde.mais on l\u2019a pas beaucoup !\u201d \u201cCa dépend des membres.y en a qui ont pas le temps, y en a qui trouvent des moyens de pas avoir le temps !\u201d Il est cependant plus facile d\u2019y remédier dans une petite structure.Les gens qui font toujours tout s\u2019impatientent.parce que les coopératives d\u2019habitation c\u2019est un contrat a long terme ! 94 \u201cC\u2019est toujours les mêmes mais ça s\u2019ra pas toujours les mêmes ! On veut distribuer des tâches.juste pour dire qu\u2019ils coopèrent\u2026\u201d \u201cToute personne peut faire quelque chose.méme si t\u2019es pas instruit pis que t\u2019es pas capable de faire rien de tes mains\u2026 tu peux toujours signaler un téléphone !\u201d Qu\u2019arrivera-t-il ?L'avenir nous le dira mais gare aux négligents.une relation de propriétaire à locataire pourrait bien en être le résultat ! Surtout une affaire de femmes.\u201cPis j\u2019al eu peur d\u2019embarquer.chus comme tout I\u2019'monde j\u2019ai eu tres peur !\u201d \u201cPas assez d\u2019confiance.c\u2019est ça que j'te dis que J'ai retrouvé quand chus rentré dedans !\u201d \u201cQue j'ai retrouvé\u201d ! Pour les femmes, qui depuis longtemps se consacraient à leurs familles, la coopérative semble créer un lieu favorable, très adapté à leur épanouissement personnel.Pour celles qui se sont beaucoup impliquées surtout ! Il est vrai que, règle générale, au Québec, ce sont les femmes qui se sont toujours préoccupées de faire fonctionner la maison : régler les comptes, planifier le budget.Les assemblées de cuisine.elles connaissent bien ça aussi ! Finalement, peut-être que la formule coopérative a pris pied en pays de connaissance.Au cours des entrevues, ce sont les femmes qui ont reconnu le plus que la coopérative était pour elles un facteur de changement.95 ple ee Toor Tet Be rte H it Pour les hommes, elle l\u2019est aussi mais de façon moins perceptible.Disons qu\u2019eux n\u2019y voient pas de changement : il faut creuser.et souvent ce sont leurs femmes qui vous livrent le secret ! L\u2019entraide mutuelle : un bon moyen pour les femmes de réussir à sortir d\u2019elles-mêmes ! Parfois, il ne s\u2019agit que d\u2019un peu de patience et de compréhension.Une sorte de tuteur dans lequel on a confiance.\u201cY a certaines affaires que je comprenais pas.j\u2019avais peur d\u2019y demander parce que j\u2019étais pas gênée avec elle !\u201d Avez-vous déjà connu ce que c\u2019est que d\u2019avoir le trac quand on vous demande votre opinion, quand vous avez la conviction de ne rien connaître ?La confiance en soi s\u2019acquiert lentement et ne doit vraiment s\u2019exprimer qu\u2019au moment où la personne concernée le voudra bien.\u201cQuand j'ai rentrée là pis que je les ai tout vus moi.ca m\u2019a impressionnée ! J'me disais.je serai ble de fai !P \u2019dans la.j\u2019avai jamais capable de faire ça ! Par en\u2019dans la.j\u2019avais une géne.j\u2019avais un complexe.ben ! j\u2019étais pas capable !\u201d Souvent traumatisée par l\u2019idée qu\u2019on ne sait rien comparée aux autres.le soir des réunions arrivé, ça ne prend pas grand-chose pour vous convaincre de ne pas y assister.Il faut parfois beaucoup de courage pour y arriver et si la structure favorise votre participation, les chances sont meilleures (2).2.La dernière assemblée générale du 29 février 1980 a élu un conseil d\u2019administration composé exclusivement de femmes.96 Un espoir : les enfants ! La coopérative d\u2019habitation permet aux membres de se sentir plus heureux, plus en sécurité aussi.ils ont plus d\u2019espoir en l\u2019avenir, pour leurs enfants surtout.\u201cC\u2019est comme si ça serait à moi.plus tard, ça sera mon fils qui me remplacera et prendra le logement.\u201d Les enfants ! Eux aussi représentent un espoir pour l\u2019avenir.Pour les adultes, la transition à un système de pensée différent peut être longue et difficile.Le conservatisme est tenace ! Chez les enfants, on note un intérêt particulier pour la formule coopérative surtout lorsque leurs parents sont très engagés.Les résultats concrets sont difficilement vérifiables pour le moment mais représentent sûrement un apport non négligeable.Certains d\u2019entre eux ont d\u2019ailleurs noté les transformations qui s\u2019opèrent chez leurs parents : \u201cJ\u2019trouve que c\u2019est une bonne affaire.ça donne les moyens à tout le monde d\u2019avoir une maison convenable quand même.pis ça leur donne.comme elle.tsé a s\u2019était jamais occupé de grand- chose.1a est un peu plus importante tsé j\u2019la trouve un p\u2019tit peu plus importante.\u201d Les nouveaux contacts sociaux semblent très importants aussi pour les enfants.ils agrandissent leur vision du monde et suscitent beaucoup d\u2019intérét.Chez les plus vieux la curiosité est excitée.déja l\u2019avenir se dessine devant eux.\u201cSupposons que je serais sur le point de me marier.j\u2019m\u2019en irais dans une coopérative.Un particulier pis une coopérative.c\u2019est pas pareil !\u201d 97 Ri Ri: ss gt + ; LME RE Res Gi ER: fi: ie in ?i Il semblerait que les assemblées de cuisine organisées par l'exécutif de la coopérative aient eu beaucoup d'influence chez les enfants.Il faudrait déjà leur permettre d\u2019aller plus loin par d\u2019autres moyens.L\u2019adhésion a la coopérative favorise-t-elle l\u2019engagement du citoyen ?Ses membres participent-ils davantage aux autres organisations communautaires ?Sans exception, toutes les personnes avec lesquelles J'ai discuté sont très attachées au quartier de Pointe Saint-Charles.Déjà, cet enracinement présume d\u2019une volonté de se créer là un milieu viable et agréable.Il existe plusieurs organisations communautaires telles la pharmacie, le comptoir alimentaire, le centre communautaire.pour n\u2019en citer que quelques-uns.Toutefois, leur utilisation et leur impact semble assez faible parmi les membres de la coopérative du Progrès.Bientôt dix coopératives d\u2019habitation dans le quartier et aucun véritable regroupement entre elles.Au Progrès, on connaît à peine leur existence.On est heureux qu\u2019elles soient là, sans plus.Pourtant quel potentiel elles pourraient représenter au niveau du quartier ! Serait-il encore trop tôt ?Jusqu\u2019à maintenant, à Montréal, on n\u2019a pas senti le besoin de se fédérer.Les G.R.T.ont suffi à la tâche en répondant de leur mieux aux demandes des différentes coopératives d\u2019habitation de la région.Il faudrait pourtant se demander pourquoi, présentement, les coopératives de la région de Montréal tendent à se refermer sur elles-mêmes au lieu de susciter d\u2019autres structures qui pourraient répondre davantage aux besoins de la communauté toute entière ?98 IT Sherbrooke : vers l\u2019autogestion ?A Sherbrooke, l\u2019expérience coopérative se mène de façon originale.En raison de sa taille, un mode de gestion et d\u2019organisation communautaire singulier y prévaut.Toutefois, la dimension n\u2019est certes pas l\u2019unique paramètre selon lequel des différences peuvent être discernées.En effet, un embryon de réseau coopératif s\u2019articule autour de la \u201cCoopérative d\u2019habitation des Cantons de l\u2019Est\u201d.De plus, son rapport au G.R.T.s\u2019empreint d\u2019une volonté de contrôle des services venus de l\u2019extérieur.La coopérative préfère, quand c\u2019est réalisable, se donner elle-même les services désirés, optant ainsi pour l\u2019autonomie la plus grande possible.L'histoire En février 1975, les onze membres fondateurs obtiennent enfin leur accréditation de coopérative après deux ans de vie commune dans \u2019immeuble du \u201cCarrefour\u201d : les objectifs visés sont qualité et bas prix des logements ainsi qu\u2019une intégration au quotidien des habitudes de coopération.Déjà, le groupe se propose d\u2019accroître les effectifs de la coopérative à une centaine de familles en l\u2019espace de deux à cinq ans.Il prévoit aussi une administration en deux paliers, local (maison par maison) et global.En 76, des problèmes se posent quant aux orientations futures.On craint l\u2019essoufflement, on s\u2019interroge sur la désirabilité d\u2019une expansion plus poussée.Un congrès est venu trancher la question et une période plus calme s\u2019ensuit.Toutefois, au bilan annuel se retrouvent un total de huit maisons (40 logements) et 30 membres, répartis en trois comités de propriété (niveau administratif local).99 BC: al: i 8.tb tH È He TERRA Sy CBr re a RE BG L'ensemble des achats réalisés jusqu\u2019en 1977 l\u2019ont été grâce à la S.C.H.L.Cependant, à cette époque, il deviendra possible de diversifier les sources de financement.En plus de l\u2019entrée en vigueur des programmes Logipop, la coopérative peut désormais trouver des capitaux sur le marché comme à la Caisse d\u2019économie des Cantons.Elle sera d\u2019ailleurs capable de s\u2019offrir une maison comptant, en partie avec son propre argent, et, pour la différence, à l\u2019aide du capital social privilégié (parts sociales émises au nom de l\u2019association, distinctes de la part de membre mais n\u2019affectant pas le rapport un membre un vote.).1978 amène de nouveau un questionnement sur les problèmes d\u2019implication des membres, de participation, d\u2019information et surtout d\u2019expansion.Les divergences se résoudront derechef à l\u2019occasion d\u2019un congrès d\u2019où seront dégagés le gros des actuels règlements de régie interne; ce qui ramènera la paix pour un temps tout en affirmant clairement le choix vers l\u2019expansion.C\u2019est au cours de l\u2019été que naîtra la garderie.Au sommaire de 1979, l\u2019avènement de la Fédération Régionale des Cantons de l\u2019Est des Coopératives d\u2019Habitation est à signaler.Par ailleurs, les objectifs initiaux d\u2019expansion fixés par les fondateurs ont été largement atteints puisque, après cinq ans, la coopérative est propriétaire de 163 unités de logement et compte 200 membres dont 115 résidants répartis en 14 comités de propriété.Les structures Les nombreux comités qui composent la coopérative peuvent être regroupés en trois catégories (3) : les indispensables, les nécessaires pour une saine vie coopérative et les \u2018\u201cde luxe\u201d.Place est donc faite pour la participa- 3.En fait, c\u2019est en deux qu\u2019ils sont classés par les règlements, soit les comités de propriété et les comités généraux. tion de qui le désire.Les mandats, tâches et responsabilités de tous les comités sont définis à l\u2019intérieur de leurs règlements.Si l\u2019on se devait de hiérarchiser les comités du premier groupe c\u2019est sans aucun doute aux comités de propriété (C.P.) que reviendrait la primauté.À ce qu\u2019on en dit dans les Cantons, ils s\u2019apparentent de par leurs fonctions aux petites coopératives.Ces 14 unités locales (d\u2019un minimum de 3 logements) gèrent respectivement leur part du budget, projètent des réparations/rénovations, discutent d\u2019à peu près tout ce qui concerne les maisons sous leur responsabilité.Cependant, comme dans toute organisation, certains fonctionnent mieux que d\u2019autres.Le rôle joué par le conseil d\u2019administration central (C.A.) en est un de coordination.Les actions menées à ce niveau relèvent de la souveraine Assemblée Générale (4).Le C.A.voit à la mise en oeuvre de ses décisions.Il possède théoriquement plein contrôle mais procède en pratique par délégation de pouvoirs.Entre autres, c\u2019est au comité d\u2019autogestion que sont étudiés les budgets produits par les C.P.(La définition donnée à autogestion dans la littérature circulant dans la coopérative est : membres qui collectivement assument la gestion de l\u2019entreprise commune.) Ce comité est formé des responsables de chacun des C.P.Il sert de liaison entre C.A.et C.P., c\u2019est aussi le lieu de mise en commun des différents acquis de chaque unité.Un seul autre comité m\u2019apparaît organiquement indispensable, dont le mandat est de trouver les ressources financières pour l\u2019achat des immeubles qu\u2019il a prospectés.Il en négocie les prix avec les propriétaires et voit au financement des projets de rénovations/réparations provenant des C.P.Il s\u2019assure que chaque nouvelle maison achetée est parrainée par un C.P.C\u2019est en raison de ses relations avec les C.P.qu\u2019on peut assimiler ce comité d\u2019investissement aux comités vitaux.4.Elle a lieu deux fois l\u2019an.Toutefois, l\u2019ordre du jour étant chargé, des ajournements sont souvent nécessaires, augmentant le nombre de ces rencontres annuelles.101 Tr EAR A0 PER pe OS Re The rs Patty Sh le a ee Aer rs «; mena Un deuxième groupe de comités est nécessaire à la coopérative; ces comités forment le réseau informationnel interne et externe.Le plus important d\u2019entre eux est sans contredit le comité de formation.Ce dernier vise, d\u2019une part, à susciter une participation accrue à tous les niveaux (5), et, d\u2019autre part, à offrir aux membres des activités formatrices à l\u2019intérieur de leurs tâches régulières ou dans le cadre de rencontres spécialement programmées à cet effet.Ce comité utilise prioritairement les ressources humaines et techniques disponibles à l\u2019intérieur de la coopérative (6).Il voit à offrir aux membres intéressés une formation en coopération ou en toute matière jugée utile.Enfin, il fait rapport à l\u2019assemblée générale sur l\u2019état de la participation des membres aux activités internes.Les autres comités de ce groupe sont ceux du journal, de comptabilité, de recrutement et d\u2019attribution des logements : ce dernier comité est fort utile aux membres aspirant à résider dans la coopérative.Toutefois, le meilleur moyen pour eux de s\u2019informer du va-et-vient interne est une intégration immédiate aux comités généraux.Les comités mis en place afin de matérialiser les services \u201c\u201cde luxe\u201d que la coopérative a choisi de se donner forment une catégorie distincte : ils ne viennent qu\u2019ajouter à l\u2019attrait et aux avantages de la vie en coopérative.La garderie qui n\u2019aurait probablement pas survécu aux longues attentes de subventions étatiques sans le support de la coop, est un de ces accomplissements.Il existe aussi quatre types de fonds spéciaux de dépannage : un fond.pour prêts à court terme et à taux très bas pour membres dans le besoin; un fond pour garantir le droit au logement aux membres ayant des 3.Surtout aux assemblées générales et aux comités de propriété puisque ce sont là les points stratégiques pour l\u2019exercice des droits démocratiques du membre.6.Ainsi un menuisier a monté un atelier de menuiserie et offre des cours aux membres intéressés.102 dificultés à rencontrer les fins de mois; un fond pour venir en aide aux petites coopératives en formation; un fond de développement industriel pour acquérir en totalité ou en partie actions et parts sociales de personne, société ou corporation poursuivant des fins connexes à celles de la coopérative.Ce dernier fond ne doit pas excéder vingt mille dollars (20,000).Comme vous avez pu le constater, la coopérative voit grand.Aussi, quelques petites coopératives ou organismes sans but lucratif s\u2019articulent déjà autour de la coop-mère.C\u2019est le cas d\u2019une coopérative de production spécialisée en rénovation, de la garderie, d\u2019un terrain écologique et d\u2019un projet de garage.Les usagers de ces services sont évidemment les membres de la coopérative des Cantons et parfois des autres coops d'habitation de la région.Cette pratique amorce une intercoopération réelle.La taille de la coop et le type de gestion qu\u2019elle pratique lui ont sans contredit conféré une autonomie importante.C\u2019est sans l\u2019aide de ressources techniques qu\u2019elle a pris forme et vigueur.Au moment où le programme Logipop et ses G.R.T.a été mis en place par l\u2019Etat, elle a redouté son ingérence.Aujourd\u2019hui, les G.R.T.sont bien intégrés au réseau des coops d\u2019habitation du coin pour qui ils constituent une sorte de permanence.Le voeu de non dépendance face aux G.R.T.caractérisant la coop des Cantons n\u2019a d\u2019égal que sa volonté d\u2019émancipation face aux deniers de l\u2019Etat.En ce sens la coop prend l\u2019allure d\u2019une entreprise.Il ne faudrait pas croire que ce soit là son unique préoccupation, la formation et la vie communautaire y étant considérées avec autant de sérieux par les membres impliqués.Pour finir Deux difficultés que l\u2019on peut considérer comme les deux faces d\u2019un problème unique sont propres à notre coopérative.Il y existe de nombreux locataires non 103 DEEE ne el p ei 0 4 +: Ha ; - io + \u201ci +H i ; bi: st eee AEE membres (64) ainsi qu\u2019une quantité substantielle de membres non résidants (ils sont actuellement environ 85).Les politiques déterminants l\u2019admissibilité à la coopérative sont donc assez particulières.Du côté des locataires non membres, l\u2019on est en droit de s\u2019interroger sur les motifs de leur dissidence.Il est possible qu\u2019on ait affaire à un sérieux problème d\u2019intégration, laissant entrevoir d\u2019éventuelles distinctions d\u2019ordre sociologique entre membres et locataires de la coopérative.Quant aux membres non résidants, ils ont un impact certain sur la marche de la coopérative, à qui ils apportent une source d\u2019énergie additionnelle.Cependant, comme ils ne prennent part qu\u2019aux décisions de nature \u201csuperstructurelle\u201d par le biais des comités généraux, l\u2019on pourrait supposer de façon plausible être face à une source de déséquilibre interne de nature technocratique.Les membres résidants n\u2019apprécient guère d\u2019ailleurs la situation actuelle.Les anciens préfèrent nettement des membres à des locataires ou à des non résidants.Cependant, ils ne pratiquent aucune politique d\u2019éviction face aux premiers et, dans la mesure du possible, s\u2019abstiennent de faire miroiter une place aux membres aspirants, quand la banque de logements est vide ! Cette situation n\u2019est sûrement pas sans influence sur l\u2019expansion rapide marquant cette coopérative.Néanmoins, comme ce sont des questions dont les membres sont bien conscients on peut penser qu\u2019ils trouveront à pallier à ces problèmes.Pour nous, conclure après cette exposition sommaire de ce qui constitue le cadre de vie des individus impliqués, n\u2019est pas sans poser de problèmes.D\u2019autant plus 104 Dies ememe memes ces qu\u2019il règne dans le mouvement des coopératives d\u2019habitation toute une controverse loin d\u2019être résolue.Manifestement, la taille des coopératives pose le problème ! Vaut-il mieux être petit et superdémocratique que vaste et surperstructuré ?Il est difficile de trancher la question.Pour nous, chaque modèle comporte tares et vertus.L\u2019exemple montréalais tend à nous démontrer que les petites unités favorisent les échanges, les prises de responsabilité ainsi qu\u2019un épanouissement qui ne serait peut-être pas possible en d\u2019autres lieux.Leur volonté d\u2019assumer la gestion en totalité permet une autonomie non négligeable.Par contre, ce souci de démocratie amène une lenteur dans l\u2019expansion des petites coopératives.La dépendance vis-à-vis de l\u2019Etat et de ses subventions pose un pro- bléme d\u2019efficacité, du moins a long terme, puisqu\u2019elles demeurent toujours a la merci de celui-ci.Enfin, le risque pour les coopératives de se replier sur elles-mémes, une fois bien rodées, complique la situation.Comment alors envisager un sain développement du secteur coopératif ?Concernant le modèle de Sherbrooke, l\u2019avantage de la grande coopérative est sans aucun doute sa capacité de générer des surplus.A long terme, cette faculté permet non seulement la création de services, mais l\u2019accès à la coopérative d\u2019un plus grand nombre de familles de revenus modestes.Par contre, la coopérative d\u2019envergure présente un centralisme menaçant.La dépendance face aux membres les plus impliqués tend à provoquer une démobilisation à long terme.C\u2019est uniquement par le maintien d\u2019une décentralisation ferme que l\u2019épanouissement de la vie communautaire sera encouragé.Il existe cependant une carence inhérente aux deux modèles : la nécessité d\u2019une formation coopérative plus poussée.L\u2019autoformation relative, présente chez les 105 H  3 ; 5 a BE: Be B: 1 RE a Te petites coopératives, demeure toutefois embryonnaire, en partie a cause du manque de concertation entre les divers G.R.T.Dans une grande coopérative, étant donné les problèmes de participation rencontrés parfois à l\u2019intérieur des comités de propriété, la formation nécessitera aussi toujours beaucoup d\u2019énergie.En conclusion, selon nous, les deux tendances présentent toutes deux des aspects positifs et négatifs mais, chose étrange, les qualités de l\u2019une deviennent souvent les défauts de l\u2019autre, selon le point de vue adopté.De plus, il est possible que chacun des modèles soit mieux adapté à l\u2019environnement dans lequel il se situe.En effet, la densité de population des grandes concentrations comme Québec et Montréal prédispose à un anonymat certain.Dans ces cas, on peut donc présumer qu\u2019un développement des petites coopératives convient mieux.Il est quand même évident que, malgré les dissensions, la formule coopérative, quelle qu\u2019elle soit, demeure un instrument privilégié pour la société.Le déficit récent des H.L.M.confirme leur inefficacité face aux problèmes que connaissent les classes démunies.Ainsi, l\u2019Etat n\u2019apparaît plus avoir de raison de favoriser cette formule, en dehors du fait qu\u2019il la contrôle.D\u2019autre part, par rapport au ghetto que sont les H.L.M,, la coopérative favorise davantage le développement personnel de l\u2019individu, la prise en charge, par celui-ci, de son milieu de vie.De plus, la diversité des relations sociales, désormais possible, permettra une meilleure intégration de l\u2019individu à la communauté.Les coopératives étant encore fort jeunes, leur dépendance face à l\u2019Etat est encore bien grande.Il est évident que la coopérative des Cantons et quelques autres coopératives du Québec s\u2019acheminent vers un sevrage.Toutefois, I\u2019effet d\u2019entrainement ne se fait point sentir.de nombreuses petites coopératives ne se sentant pas prétes a franchir cette étape.106 Ce fait a été mis en évidence lors de l\u2019assemblée des coopératives d\u2019habitation à Aylmer, début mai.Pourtant la Fédération nationale, déjà amorcée par certaines coopératives, ne pourra plus se faire attendre bien longtemps.D\u2019une part, l\u2019Etat se doit de trouver un interlocuteur valable; d\u2019autre part, les coopératives qui, actuellement, auraient le plus besoin de se donner des services mutuels à l\u2019aide d\u2019une Fédération, tardent à poser le geste.Laquelle des deux tendances se révélera la plus favorable à l\u2019éclosion d\u2019une nouvelle culture politique ?Seul le temps nous éclairera là-dessus.Il est évident que penser en termes d\u2019autogestion nécessite une décentralisation réelle du pouvoir.En ce sens, une des coopératives étudiées est en danger d\u2019être dirigée par un noyau de spécialistes, ce qui correspond selon Meister à la phase de consolidation économique d\u2019une entreprise.Toutefois, dans la mesure où l\u2019expérimentation continuera de primer pour trouver des façons d\u2019échapper à ce dilemme, la coopérative se sera engagée sur la voie autogestionnaire.Par ailleurs, lorsqu\u2019on a affaire à des unités autonomes, il devient nécessaire de les articuler entre elles.Pour l\u2019instant, la tendance au repli caractérisant les petites coopératives devra se résorber car l\u2019autogestion ne se réalisera pas de façon isolée.En attendant, les deux modèles étudiés sont intéressants mais aucun ne réalise encore l\u2019autogestion.Somme toute, l\u2019Etat a beau jeu actuellement.Les coopératives sont divisées entre elles et les spéculateurs fonciers continuent toujours à prospérer.Jusqu\u2019à maintenant, on peut se demander qui a profité le plus de cette nouvelle forme de propriété ?Et pourtant, 0,22 pour cent de coopératives dans l\u2019habitation locative ne représente pas un \u201cpossible\u201d tres fort.Il y a encore de la place.a condition d\u2019être persévérant ! 107 eo ex = Len = ts PP ROU RS sensor 5 B au x Cas NS a A prs 7 _ = \u2014\u2014\u2014 no EC XA Ka oa EE Ade Bio Loco RES B : Bic Era Rm SRK SUE Nk PA ss iS RE = ARAMA ce SORES OSES VERE ARASH ie - eee = Clément Mercier* Un modèle \u2018\u2018léger\u201d\u2019 de changement social : les coopératives de consommation La consommation est-elle un domaine d\u2019où peuvent naître des événements et situations susceptibles d\u2019entraîner des changements de type autogestionnaire ?Les coopératives de consommation sont-elles des outils valables en regard de ce processus autogestionnaire et en quoi le sont-elles ?C\u2019est à la discussion de ces questions que je veux m\u2019employer dans le présent texte, en présentant d\u2019abord un tableau sommaire des différents types de coopératives existant présentement au Québec, ensuite les perspectives de changement et de développement que chaque type me semble présenter, et enfin quelques réflexions conséquentes sur la relation consom- mation-changement autogestionnaire.1.Les coopératives de consommation au Québec Il y aurait présentement quelque 250 coopératives dont la fonction principale, sinon unique, est de distribuer des biens de consommation, en particulier les produits alimentaires.Notre calcul exclut donc les coopératives d\u2019habitation (environ une centaine), les coopératives funéraires (28), les coopératives Inuit et Indiennes (14) et les coopératives étudiantes (37); toutes ces coopératives touchent à la consommation, mais dans des * Département de sociologie, Université de Montréal.109 Re Be Re Rt: M Bit: \u201c+i Bist 4 \u2018A Mit i Bi Rs LEE Bo Re: At Mi: Hs At secteurs et pour des populations si particuliers qu\u2019elles modifient sensiblement le modèle plus traditionnel et général de la société de consommation de masse.Le chiffre d\u2019affaires de ces coopératives serait de l\u2019ordre de $200 millions, représentant moins de 5 pour cent du marché de l\u2019alimentation au détail.On peut les classifier en 4 grands types : les magasins CO-OP conventionnels (112), les COOP-Prix (13), les clubs de consommation (100) et les coopératives d\u2019alimentation naturelle (25).Chaque type correspond à un contexte historique, politique et organisationnel particulier qu\u2019il est utile de dégager rapidement avant d\u2019amorcer par la suite une analyse critique.1.1 Les magasins CO-OP Il s\u2019agit certainement du type le plus ancien, son ancêtre officiel étant la Familiale, fondée à Montréal en 1937.Celle-ci avait cependant été précédée dans les années 1920 de la création par les coopératives agricoles de sections consacrées à la vente des biens de consommation.Avec la Familiale commence par contre le développement accéléré de la formule type conventionnelle connue encore aujourd\u2019hui.Combiné avec l\u2019action des cercles d\u2019études de l\u2019U.C.C.et du \u201cMouvement Anti- gonish\u201d de l\u2019Ecole d\u2019Agriculture de La Pocatière, ce mouvement n\u2019aura des effets qu\u2019à peu près exclusivement en milieu rural et semi-urbain.Il aura son apogée dans les années 1940, devenant à peu près stagnant à partir de 1950.La Fédération des magasins CO-OP sera créée en 1942; son rôle se limitera à celui de grossiste jusque dans le milieu des années 1960.La formule du magasin CO-OP conventionnel est bien connue de la plupart des Québécois d\u2019origine rurale.Il s\u2019agit d\u2019un magasin concentré plus ou moins complètement dans l\u2019alimentation (23 sont encore opérés par des coopératives agricoles) vendant au public en général 110 suivant une politique de prix plus ou moins compétitifs et une pratique de mise en marché peu sophistiquée, s\u2019adressant à une clientèle stable, fidèle par tradition ou captive par l\u2019absence relative d\u2019alternative.Son coopératisme est à la même image : outil de promotion collective des sociétaires, la politique de prix permet des surplus accrus réalisés a même les ventes aux non- membres, qui iront enrichir la réserve générale, non sans avoir permis indirectement au passage de hausser la ristourne aux membres.La participation des membres sera en correspondance avec ces pratiques démocratiques où la dimension entreprise prime l\u2019association dès lors qu\u2019une stabilité financière est acquise.Autrefois institution traditionnelle de base de bien des milieux, au même titre que la Caisse Populaire et la coopérative agricole, le magasin CO-OP l\u2019est encore aujourd\u2019hui à bien des égards, réussissant cependant peu à résister à l\u2019agressivité de l\u2019entreprise privée moderne regroupée, et même aux autres formules coopératives nées après lui.C\u2019est d\u2019ailleurs par la transformation de certains d\u2019entre eux, grâce à l\u2019intervention de la Fédération des magasins CO-OP, que sont nés les COOP-PRIX vers la fin des années 1960.1.2 Les COOP-PRIX Conçus pour conquérir le marché urbain déjà fortement dominé par les grandes chaînes, les COOP-PRIX se distinguaient au départ du magasin conventionnel par une beaucoup plus grande surface de vente (au moins 20,000 pieds carrés) et une approche de bas prix, de services réduits, en particulier sur la manutention, l\u2019étalage, l\u2019aménagement, la publicité et les spéciaux, de même que l'exclusivité de ventes aux membres (1).Il faut dire que la part sociale était plutôt faible (à $1.00), ce qui a permis à ces magasins de recruter un nombre con- 1.Pour une présentation récente et détaillée du cheminement COOP-PRIX, voir le Temps Fou, vol.1, no 2, 1978.111 sidérable de membres.en titre.Les magasins étaient soit propriété de la Fédération (les membres étant rattachés directement à la Fédération), soit associés à celle-ci, sous sa surveillance étroite, malgré le fait qu\u2019ils soient implantés comme coopératives autonomes.Vers 1975, pour des raisons de relations difficiles entre les délégués de Montréal et l\u2019administration de la Fédération, les magasins COOP-PRIX de la région métropolitaine sont vendus à la Coopérative de Consommateurs de Montréal, laquelle garde sensiblement la même formule tout en haussant la part sociale à $25.00.Par la suite, la Fédération tentera d\u2019étendre la formule COOP-PRIX en la modifiant pour en faire un vaste projet de pénétration du marché.En association avec le mouvement Desjardins, il s\u2019agit de promouvoir des coopératives régionales de consommateurs dont les 2 instances feront partie tant que le financement apporté par Desjardins le requiert, de même qu\u2019une certaine stabilité administrative.Le contrôle \u2018\u2018technique\u201d du Conseil d\u2019administration (9 sur 15) appartient cependant à un membership local qui est recherché moyennant une part sociale de $25 (dans certains cas, on est allé jusqu\u2019à $100).Dans une perspective d\u2019accroissement de son marché, chaque COOP-PRIX nouveau genre doit abandonner sa politique de vente aux seuls membres (2) et l\u2019approche services réduits et bas prix.On revient en somme à la formule conventionnelle, politique de vente agressive en plus, entrant sur le grand marché suivant les méthodes classiques de la compétition capitaliste.L'image marketing est toutefois maintenue : la protection du consommateur par l\u2019information et la fiabilité de la propriété à caractère coopératif.Actuellement, il y a des COOP-PRIX dans la plupart des grands centres urbains du Québec.2.Montréal maintiendra la vente aux seuls membres jusqu\u2019en 1979.112 La stratégie de fonctionnement et de développement de cette formule s\u2019inspire vraiment de l\u2019entrepreneurship privé avec son désir de conquérir un marché perçu à travers les analyses sophistiquées du comportement plus ou moins rationnel et aliéné du consommateur des grandes chaînes.Donc, pour l\u2019attirer, il faut lui offrir l\u2019équivalent des compétiteurs et par contre il faut aller le chercher en prenant les mêmes risques et engagements.Ce qui justifie qu\u2019on ait des pratiques administratives à toutes fins utiles conformes à celles des grandes chaînes, en misant par contre sur une image marketing distinctive.La fédération a présentement de grands projets d\u2019expansion : faire passer la part du marché des coopératives de 5 à 15 pour cent, la plus grande part de cette croissance étant assumée par ses COOP-PRIX.On créera de nouvelles coopératives et magasins, on en convertira d\u2019anciennes et on procédera également à l\u2019acquisition de magasins privés existants.On se doute bien qu\u2019un tel plan nécessite un financement énorme, lequel lui est assuré en partie par la Société de Développement Coopératif opérant avec la bénédiction de l\u2019Etat.Il n\u2019est certes pas exagéré de dire qu\u2019en pareil cas, on a opté délibérément pour la dimension entreprise de la coopérative, celle-ci devenant principalement un instrument de reprise en mains par du capital autochtone de secteurs économiques dominés par l\u2019étranger.Ce qui correspond au programme politique de l\u2019actuel gouvernement.Reste à voir quelles sont ses chances de succès et au détriment de qui la croissance se ferait.1.3 Les Clubs coopératifs de consommation Parallèlement à l\u2019implantation des COOP-PRIX, s\u2019amorçait le développement de ce tout nouveau type de coopératives, emprunté à certaines expériences menées en Ontario et aux Maritimes.La formule avait ceci de révolutionnaire qu\u2019elle émergeait d\u2019une action concertée des groupes populaires, centrales syndicales et mouvements de protection du consommateur (en particulier les ACEF), et revenait à la culture coopérative 113 $ i om 2 I IRRREARREES ESTER er ee EE Er ay Rg en Co ss a er as 4 4 \u20184 Lu 5.4d Bo ks vu Tr dans son esprit original.Elle se voulait en effet une réponse aux problèmes de vie chère pour les classes populaires et moyennes, elle procédait d\u2019une approche de participation nettement accrue à toutes les dimensions de la vie de la coopérative, et elle visait une action d\u2019éducation sur les problèmes de consommation.Dans ses modalités de fonctionnement, elle se rapprochait des COOP-PRIX initiaux avec son approche services réduits, mais par contre exigeait une part sociale beaucoup plus élevée (impliquant une responsabilité financière très grande), un nombre de membres et une surface de plancher beaucoup plus restreints, et surtout, vendait ses produits au prix coûtant, le financement des opérations étant assuré par une contribution directe hebdomadaire à laquelle les membres s\u2019engageaient par contrat, comme d\u2019ailleurs pour les autres règlements fondamentaux.Le tout étant sujet à un contrôle régulier des membres par les assemblées générales trimestrielles statutaires.Le mouvement s\u2019est d\u2019abord amorcé dans la région de Montréal et dans le Nord-Ouest.Très tôt, 2 sous- types apparurent : celui du \u201ccomptoir\u201d avec un nombre de membres plutôt faible (75-150 membres), une organisation vraiment simplifiée assumée par les membres, avec des coûts évidemment très minimes; le \u2018\u2018supermarché\u201d avec une organisation plus élaborée pour un nombre de membres plus considérable (services complets, personnel pour les principales fonctions techniques, investissement plus considérable).Il faut dire que le sous-type comptoir s\u2019est surtout développé initialement a partir des réseaux des groupes populaires, alors que les clubs se sont développés à partir de clientèles de classe moyenne, les travailleurs syndiqués étant au départ dominants (3).3.Ce sous-type peut compter jusqu\u2019à 5 000 membres.Il s\u2019est développé d\u2019abord dans la région sud de Montréal mais a pris sa véritable expansion dans le Nord-Ouest; là, en moins de 5 ans, 12 clubs se sont formés regroupant quelque 3 000 membres (sur 10 000 environ au Québec).On sait que le Nord-Ouest compte pour moins de 3 pour cent de la population du Québec.114 La croissance de ce type de coopératives est assez phénoménal, car elles ont atteint le nombre de 100 en dedans de 8 ans.Mais il semble qu\u2019elles s\u2019en aillent quelque peu en diminuant par rapport aux années 1974- 1975, alors qu\u2019au-delà de 40 clubs se formaient.Il faut dire qu\u2019un certain nombre de clubs éprouvent des difficultés de stabilité du membership et que d\u2019autres connaissent carrément des problèmes de gestion administrative et financière.Sans doute ceci est-il explicable par une très grande rapidité d\u2019implantation dans la période de forte croissance et par la difficile maturation de l\u2019apprentissage à la gestion collective, à la gestion tout court, et à de nouveaux schémas de consommation.Je ne veux cependant pas prétendre que le mouvement est en péril ou même sur son déclin, mais simplement dire que, s\u2019il est profitable pour ses adhérents, il est également exigeant et difficile.Les rapports des clubs avec la Fédération des Magasins CO-OP n\u2019ont jamais été au beau fixe.D\u2019abord considérés comme projets proprement utopistes et sans avenir, ils sont devenus pour la Fédération une clientèle intéressante à récupérer dans son plan de croissance des ventes, et des affiliés éventuels qui viendraient grossir les cotisations à son programme de ristournes converties automatiquement en souscriptions à son capital social.Malheureusement, la Fédération n\u2019a jamais pu offrir un service technique convenable et des conditions de facturation et de financement comparables à ce que le plus petit fournisseur privé pouvait accorder.Il y a toujours eu de la méfiance entre les deux groupes, les clubs résistant à ce qu\u2019ils percevaient comme une volonté d\u2019hégémonie de la part de la Fédération sur l\u2019ensemble du mouvement coopératif de consommation, et celle- ci étant incapable de considérer les clubs comme des partenaires valables.Malgré les difficultés internes que connaissent les clubs avec les tiraillements politiques qu\u2019entraînent là comme dans tous les mouvements de gauche les approches dogmatiques de certaines sectes d\u2019extrême-gauche, 115 ur od EE Ou we nH Ret bi i i a H A ; H J + it) ve ha 3 qe.A TR ST EEE ed il semble qu\u2019on assistera bientôt à la naissance d\u2019un regroupement national des clubs.D\u2019abord orienté vers l\u2019échange de services, l\u2019encadrement d\u2019actions communes, et le respect des autonomies locales, ce regroupement devrait permettre à la fois stabilité et second souffle au mouvement et lui donner plus de force dans ses rapports avec l\u2019Etat et la Fédération des Magasins CO-OP.Reste à voir comment ces derniers réagiront à cette démarche.1.4 Les Coopératives d'alimentation naturelle C\u2019est le type le plus récent, puisqu\u2019il émerge depuis 1975.Intervenant dans un secteur très spécialisé, le mouvement se développe aussi rapidement que pénètre cette nouvelle culture de la recherche de l\u2019alimentation saine par le recours aux produits naturels et biologiques.Il se développe cependant en adoptant une logique de fonctionnement proche de celle des comptoirs d\u2019achat réservés aux seuls membres : surplus non recherché, participation importante des membres au financement, à la gestion et aux opérations, modification des habitudes alimentaires et de consommation en général.Le principe de la contribution directe n\u2019y est par contre pas retenu, le financement des frais étant assuré par une légère marge bénéficiaire et une cotisation annuelle.Les coopératives comptent un nombre de membres qui ne dépasse pas 150 environ.Il s\u2019agit finalement d\u2019un mouvement en pleine expansion (4), semblant compter sur un membership où la manifestation d\u2019un trait contre-culturel entraîne une adhésion élevée et la recherche d\u2019une culture coopérative renouvelée.% * L'information ainsi présentée sur l\u2019ensemble des coopératives de consommation demeure extrêmement 4.Aux 25 coopératives de détail s\u2019ajoutent 3 coopératives de gros et quelque 100 groupes d\u2019achats.116 fragmentaire, mais elle m\u2019apparait suffisante pour dégager un profil général de la culture coopérative existant à l\u2019heure actuelle dans ce secteur et en amorcer une analyse critique dans son rapport au changement autogestionnaire.2.0 Perspectives de changement Le changement social auquel je réfère est celui qui s\u2019inspire de la culture autogestionnaire suivant le sens qu\u2019en donnent Rosanvallon et Viveret, soit cet \u201censemble de théories, représentations et pratiques nouvelles qui sont traversées principalement par le projet d\u2019une autonomisation croissante des acteurs sociaux et d\u2019une autorégulation poussée aussi loin que possible des systèmes humains\u201d (5).Il s\u2019oppose au changement inspiré par la culture \u201csociale-étatique\u201d, soit celle dont les pratiques et les représentations convergent vers l\u2019image d\u2019un centre de la société et du changement social, qui se trouve être l\u2019Etat\u201d (6) de même qu\u2019à tout ce qui procède d\u2019une vision productiviste, technocratique et capitaliste du développement.A partir de ce grand schéma, certaines perspectives de changement et de développement me semblent se dégager.2.1 Consommation et autogestion Nous pouvons regrouper les quatre types présentés en deux grandes catégories : ceux qui privilégient l\u2019approche associative (les clubs coopératifs et les coopératives d\u2019alimentation naturelle); ceux qui privilégient l\u2019approche entreprise (les COOP-PRIX et les magasins CO-OP conventionnels).Ceci ne veut pas dire que, dans l\u2019approche associative, la dimension entreprise soit absente et inversement : il s\u2019agit plutôt d\u2019une orientation générale entraînant à y subordonner les choix 5.Pierre Rosanvallon et Patrick Viveret, Pour une nouvelle culture politique, p.34.6.Ibid, p.33.117 fondamentaux de la vie et du développement de la coopérative.Par l\u2019approche entreprise, on assume que la gestion et le développement doivent se faire par le haut : l\u2019Etat, le Mouvement Desjardins, la structure technocratique et bureaucratique de la Fédération.On recourt à l\u2019utilisation des moyens artificiels de conditionnement (publicité) et du modèle de consommation de masse.L\u2019information et la protection du consommateur sont davantage une image de marketing qu\u2019un objectif fondamental; dans la mesure où ils sont réellement assumés, ils sont toujours subordonnés aux impératifs de la croissance, de la rentabilité et soumis aux aléas de la bureaucratie et de la technocratie, qui peuvent y voir une entrave à leur perception de la gestion et du développement, et une menace à leur pouvoir.En corollaire, l\u2019implication de l\u2019usager-membre sera très faible, tant au plan financier et politique immédiat qu\u2019au plan d\u2019une sensibilisation politique plus globale, telle que pourrait le permettre un projet communautaire.Il s\u2019agit donc d\u2019une approche imspirée surtout de la culture \u201csociale étatique\u201d.Le magasin CO-OP conventionnel semble offrir peu en termes de perspectives de changement.La nature de ses objectifs et son mode d\u2019opérations en font une institution davantage corporatiste que communautaire, et il semble éprouver de la difficulté à se renouveler autrement qu\u2019en devenant un COOP-PRIX ou un club.S\u2019il ne le fait pas, c\u2019est souvent à cause d\u2019un comportement trop réactionnaire ou bureaucratique (routine) de ses dirigeants.Sa survie semble rattachée à l\u2019efficacité de la petite entreprise privée locale qui devient de plus en plus agressive avec les regroupements d\u2019indépendants.Le COOP\u2014PRIX quant à lui, peut constituer une présence utile comme chien de garde de la grande chaîne capitaliste.I] n\u2019est pas un outil de changement très fort, et surtout pas par la base, mais peut constituer une approche intéressante dans la mesure où il atteint des clientèles non autrement accessibles, celles des grandes 118 chaînes et du type hyper-marché ! Il lui faudra cependant trouver des moyens de conserver et d\u2019accentuer son approche protection du consommateur, de façon à être en mesure de maintenir un questionnement plus global et critique des schémas actuels de consommation de masse, dont il est lui-même partie.L\u2019expérience de l\u2019IP.I.C.devrait à cet égard pouvoir être étudiée avec soin : il faudrait voir de quelle façon il serait quand même possible de donner à l\u2019information et à la protection du consommateur la plus grande autonomie possible par rapport à la gestion courante, sans évidemment échapper au contrôle démocratique des membres.L'approche associative s\u2019inspire davantage de la culture autogestionnaire.Certaines caractéristiques de cette approche me paraissent en tout cas militer en ce sens : \u2014 Elle permet une sensibilisation à une nouvelle culture politique en donnant l\u2019occasion de l\u2019expérimenter.Les objectifs et modes de fonctionnement de ces coopératives constituent en effet un questionnement continuel des valeurs acquises, surtout en tant que consommateurs, mais également en tant que citoyens et coopérateurs, et elles permettent l\u2019apprentissage de nouveaux modes de comportement par des relations et pratiques d\u2019entraide et d\u2019implication plus concrètes et continues : ainsi, la gestion collective articulée par l\u2019information et la prise de décision élargie et décentralisée, la participation aux opérations comme moyen direct d\u2019abaisser les coûts, la distance psychologique et sociologique que représente le contexte opérationnel d\u2019un tel magasin par rapport aux schémas de la consommation de masse, seraient des situations qui sont à la fois causes et conséquences d\u2019une nouvelle culture politique.\u2014 La responsabilité à l\u2019égard du changement est vécue comme un quotidien et le pouvoir est perçu comme réel, accessible, permettant de redécouvrir l\u2019autono- 119 mie et la responsabilité collectives dans la recherche de nouvelles solutions à des problèmes réels impor- 8 tants.Cette approche respecte ainsi vraiment le dé- = veloppement par la base, suivant les besoins perçus et les frustrations éprouvées par des populations se sentant agressées ou desservies par les schémas dominants de consommation et de gestion.cséesis ue, \u2014 De façon plus concrète, l\u2019approche associative permet une dissociation très nette entre les impératifs de la vente et de l\u2019organisation et la philosophie d\u2019un service à respecter.C\u2019est ce qui arrive avec le principe de i la contribution directe comme mode de financement i des opérations, permettant de rechercher et d\u2019accep- | ter des comportements critiques en tant que consommateurs, qui n\u2019auront pas d\u2019incidence réelle sur l\u2019équilibre financier de l\u2019entreprise.Elle exige en outre de ses adhérents une implication personnelle plus grande, faisant de chaque membre un usager assidu ou à tout le moins, un partenaire fidèle dans la répar- Sa tition des frais, ce qui la rend moins sensible aux 8 mouvements imprévus de la consommation de masse.i Enfin, elle permet d\u2019atteindre une certaine forme Ad d\u2019égalitarisme dans le partage des coûts, indépendamment des besoins et des revenus.Les types \u201ccomptoir\u201d et coopérative d'alimentation W naturelle sont sans doute les formes les plus pures de cette approche, mais on peut se demander jusqu\u2019à quel point ils ne sont pas trop limités à des besoins et contextes particuliers, dont on peut difficilement tirer un modèle susceptible d\u2019obtenir une place respectable dans le champ de la consommation.Ils s\u2019apparentent davantage à la contre-culture (dont la valeur n\u2019est pas ici discutée) et à des projets communautaristes soumis à des contingences de réseaux politiques ou sociaux, | tels le voisinage, la parenté, l\u2019organisation de quartier.| Le club \u2018\u2018supermarché\u201d\u2019 serait une réponse accessible à un plus grand nombre tout en correspondant bien à la 120 culture autogestionnaire : il offre en effet plus de services, accueille plus de monde, exige moins comme implication initiale, tout en permettant de créer des conditions (information, formation, mobilisation) amenant individuellement et collectivement à vivre des changements et à réclamer ceux correspondants au plan de la société globale.Ce qui suppose évidemment qu\u2019on réussit à dépasser le quotidien concret et immédiat pour se situer dans une perspective de culture et de pratique politique alternative.2.2 L'avenir des coopératives de consommation En définitive, les deux types les plus susceptibles de se développer sont le Club, genre supermarché, et les COOP-PRIX, le premier à cause de sa capacité de répondre à des besoins réels (vie chère, changement de culture-coopérative), le second à cause de son image de marketing qui pourrait l\u2019amener à compétitionner avantageusement les grandes chaînes, pour une clientèle donnée.Avant d\u2019accepter des diagnostics aussi optimistes, il faudrait cependant voir la situation réelle que présente chaque type.Quelle est en effet la performance réelle des clubs en termes de stabilité financière et de gestion, et surtout respect de l\u2019approche associative, et comment l\u2019expliquer ?Mais il faudrait voir aussi la capacité réelle de développement que présentent les COOP-PRIX, surtout en regard du projet actuel d\u2019expansion de la Fédération.Les grandes chaînes sont évidemment encore très puissantes et parce que les indépendants sont en train de se regrouper pour les supplanter, nous sommes en présence d\u2019un secteur quasi oligopolistique.La percée significative d\u2019un nouveau venu comme la petite \u201cchaîne COOP\u201d me semble bien risquée d\u2019autant plus que la récupération de l\u2019image \u2018\u2018Protection du consommateur\u201d par certal- nes grandes chaînes est déjà chose faite.Par ailleurs, devant la sensibilité grandissante des consommateurs face 121 au prix, il faut s\u2019attendre à ce que cette dernière image soit de plus en plus présente dans le marketing des chaînes; et il ne faut pas minimiser leur capacité d\u2019attraction sur ce point.De sorte que les COOP-PRIX risquent d\u2019attirer une clientèle très volatile, sensible aux moindres fluctuations d\u2019un marketing très sophistiqué, et par ailleurs, de se battre avec des moyens relativement modestes en comparaison de ceux de leurs compétiteurs.Une stratégie importante de la Fédération semble être de faire l\u2019acquisition de marchés déjà conquis, donc de magasins bien établis, avec des clientèles créées.Ne serait-il pas plus sûr, à tous points de vue, et plus économique, de faire des COOP-PRIX, grands et moyens, actuels et à venir, des \u2018\u201c\u201ccoopératives à contribution directe\u201d\u2019 ?La formule contribution directe semble s\u2019adapter à des formats variés en termes de ventes, et de nombre de membres, selon ce qu\u2019on peut voir dans l\u2019Ouest présentement (7).Dans la mesure où elle permettrait d\u2019offrir une alternative réelle de bas prix, par la diminution de certains aspects accessoires et un coût de financement moindre, elle assurerait un recrutement de membres pour qui le prix devient un problème de plus en plus épineux, se dotant ainsi d\u2019une sécurité de fonctionnement nettement accrue par la mobilisation réelle d\u2019une base à un projet significatif pour elle.Il faudrait alors miser beaucoup plus sur le recrutement avant de décider d\u2019ouvrir un magasin, et rechercher des noyaux de base à partir de catégories sociales touchées par la vie chère et le caractère politique et culturel du projet autant que par la proximité géographique d\u2019un magasin.Il faudrait aussi accepter de définir avec ces bases des projets réalistes, souples, différents même les uns des autres; ces projets pourraient même être définis en dehors de toute impulsion de la Fédération, tout en comptant comme élément de base d\u2019un vaste 7.La \u2018\u2018HUB-COOP\u201d\u2019 de Nanaïmo, près de Vancouver, comptait plus de 9 000 membres pour des ventes de $23 millions, en juin 1979.122 réseau de développement coopératif.Ce qui impliquerait pour la Fédération de jouer davantage un rôle d\u2019animation et de support technique souple et articulé, que celui de promotion d\u2019une formule fermée et contrôlée par elle, avec tous les risques que comporte la compétition capitaliste pour une petite entreprise comme la \u201cchaîne CO-OP\u201d.Cette stratégie entraînerait évidemment la Fédération et le mouvement Desjardins à concevoir le développement coopératif en consommation à partir de l\u2019approche associative : retourner aux dynamismes et besoins de base, les épauler et évaluer en fonction de critères autres que la seule rentabilité financière et la croissance des ventes; cette attente est sans doute peu réaliste de la part d\u2019une structure bureaucratique.Mais c\u2019est peut-être la stratégie la plus rentable à long terme, à tous points de vue, y compris au plan de l\u2019expansion.Au lieu de se battre avec l\u2019ennemi sur son terrain, suivant la guerre conventionnelle, on recourt à la guérilla, à des conditions qui respectent davantage les besoins et capacités des principaux concernés par cette lutte et dans la perspective d\u2019un véritable changement qui n\u2019arrivera jamais s\u2019il ne commence dès maintenant.Il s\u2019agit de savoir dans tout ça qui est le véritable ennemi et quelles luttes on a envie de mener.Et, pour y arriver nous avons besoin d\u2019apprendre beaucoup plus qu\u2019à gérer une entreprise, mais tout autant à être capables de s'animer en tant qu'association.Et nous avons peut-être moins besoin de financement externe, conditionnel et contraignant, que d\u2019une politique d\u2019ouverture et d\u2019encadrement à la mobilisation populaire spontanée, provoquée par des besoins économiques et culturels nouveaux.Les coopératives de consommation pourraient donc être des agents de changements autogestionnaire, sus- 123 3 1 i = A 3 ceptibles de se développer dans la société actuelle, dans la mesure ou elles s\u2019inspireraient d\u2019une approche associative et se conformeraient a une formule de contribution directe.Mais quel serait leur poids dans le changement relativement a la socialisation de grandes entreprises industrielles ou au développement des coopératives de production ?La référence a un modele autogestionnaire du changement social interdit au départ de penser un projet global en termes de société des consommateurs ou des producteurs, tel que certains théoriciens de la doctrine coopérative ou du socialisme anarchique ont pu le faire (8).Par contre, il faut bien reconnaître que la consommation a peut-être un impact plus limité en tant qu\u2019implication profonde et extensive dans la vie de l\u2019individu, de sorte que la référence à un mouvement quelconque de consommation a moins de chances de recevoir un intérêt significatif soutenu de sa part.En comparaison, le travail a des implications beaucoup plus nombreuses et variées, constituant une source d\u2019aliénation ou de satisfaction nettement plus large.Mais puisque le changement autogestionnaire ne procède pas à partir d\u2019une analyse historique ou économiste, mais bien plutôt à partir des contradictions, failles et frustrations de toute nature perçues par les acteurs sociaux là où ils les ressentent et de la façon dont ils veulent les éliminer, il faut reconnaître que la consommation et les coopératives de consommation peuvent constituer un événement et des situations suceptibles d\u2019amorcer un changement réel : qu\u2019on songe au questionnement de valeurs vécues par plusieurs comme aliénantes, au vécu alternatif au plan de la gestion et des nouveaux rapports sociaux.Ce changement peut certes avoir des effets dans d\u2019autres domaines plus significatifs, et il n\u2019est pas impensable qu\u2019un mouvement de consom- 8.A titre d\u2019exemple, mentionnons Lavergne, Gide, Proudhon.124 mation articulé puisse constituer un instrument de pression sur le productivisme et les schémas actuels de la production industrielle capitaliste, technocratique et bureaucratique.En outre, les coopératives de consommation d\u2019approche associative pourraient représenter un instrument autonome de développement, puisqu\u2019elles commandent des investissements relativement faibles, et sont plus simples à démarrer et administrer.Outil assez indépendant des appareils financiers et politiques, qu\u2019ils soient étatiques ou relèvent des bureaucraties coopératives, elles constituent un agent de changement beaucoup plus léger, moins flamboyant en termes de développement à court terme, mais peut-être plus prolifique à long terme.Dans le contexte de la société québécoise actuelle, l\u2019éventualité d\u2019un développement coopératif parallèle, autonome, est certes un contrepoids possible à un développement coopératif de plus en plus social-étatique.Et qui sait, peut-être verrait-on naître des projets de centres communautaires coopératifs à caractère multi- fonctionnel, inspirés d\u2019une nouvelle perception de l\u2019organisation sociale à restructurer dans nos milieux et quartiers ?Ce qui supposerait qu\u2019on voie nos centrales syndicales, groupes populaires et mouvements de protection des consommateurs s\u2019associer à nouveau en vue de relancer le mouvement qu\u2019avait permis d\u2019amorcer le deuxième front en 1968 ! 125 à, a Bg OE 2 sue 22e esse con regains ay 2er Tee: pou LL ree sy Sor arn KE paca fe py RELA B= Aa 22 UT, ps ces us zr ERT K ES A PE ne SARK SA re Carl Thériault* Les médias communautaires Le Québec a connu, dans la foulée de la dernière décennie, la naissance et le développement de nombreuses expérimentations sociales dans le domaine des communications.Pensons seulement aux médias communautaires et, dans une moindre mesure, à Multi-Média.Par contre, l\u2019élaboration d\u2019une véritable politique québécoise des communications se fait encore attendre car ce ne sont pas les quelque dix-sept pages \u2014 genre collage \u2014 du chapitre \u201cles communications\u2019 de la Politique québécoise de développement culturel qui peuvent tenir lieu de politique opérationnelle en ce qui a trait au névralgique secteur des communications.Notons cependant les récents changements apportés à la loi de Radio-Québec \u2014 essentiellement, l\u2019acceptation du principe de la régionalisation \u2014 mais, en pratique, cela reste encore à voir, région par région.Le discours (1) a jusqu'ici tenu tête à la définition du contenu de nouveaux projets de communication enracinés dans la quotidienneté réelle des populations.Par ailleurs, dans la région de l\u2019est du Québec, et, espérons-le, dans d\u2019autres régions, le développement des * Président du Conseil populaire des communications de l\u2019est du Québec.1.Latouche, Daniel, Communiquer, pour quoi faire ?, in Premier mandat, tome II, Editions de l\u2019Aurore, Montréal, 1977, p.61.127 médias communautaires n\u2019a pas pu se faire sans tenir compte des conditions socio-économiques d\u2019une région dite périphérique.Le présent texte veut donc considérer un double objectif.Il s\u2019agit, en premier lieu, d\u2019un essai théorique de clarification du vécu d\u2019un praticien qui se refuse à laisser s\u2019agrandir dans ce domaine le hiatus entre les analyses à froid des intellectuels et la politique de la quotidienneté ou la quotidienneté de la politique.Pour ce faire, notre analyse sera précédée de considérations politico-idéologiques autant au niveau international que régional afin, entre autres, de mieux circonscrire la présente analyse.Ce texte a aussi comme objectif de contribuer a jeter les bases, pour reprendre une expression employée lors du dernier colloque de l\u2019Institut Canadien d\u2019Education des Adultes, des moyens de communications autonomes que nous préférons qualifier de \u201cmédias de communication a propriété sociale\u201d.Considérations politiques La décennie 70 nous a fait connaître le résultat des espoirs placés dans les différents efforts de libération nationale.En Occident, la \u2018révolte culturelle\u201d des jeunes s\u2019est assommée dans une récupération/assimilation du \u2018\u201cgenre python\u201d qui avale lentement mais sûrement sa proie.A titre d\u2019image, mentionnons qu\u2019un dépliant publicitaire d\u2019Air Afrique, voulant promouvoir les voyages en Amérique, laissait voir, à côté du Grand-Canyon et de l\u2019Empire State Building, un groupe de hippies.Passons car \u201cce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que l\u2019on s\u2019interroge sur la portée réelle de l\u2019émergence des groupes qui défendent des intérêts présumément nouveaux.Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019écologie, les consommateurs ou les homosexuels; 128 il y a dix ans, c\u2019était les jeunes et les étudiants; il y a cinquante ans, les groupes nationalistes, et au siècle dernier, les premiers syndicats ouvriers\u201d.(2) L\u2019ensemble de ces espoirs de libération a donné finalement une bien maigre moisson : la dictature idéo- cratique et le prét-a-penser (obligatoire.) a vaincu les habitants du Vietnam et du Cambodge; la fraction dirigeante et militante des années 60-70 a semblé préférer investir, soit le mouvement syndical, soit des équipes politiques tel le Parti québécois ou bien se retrouver dans le maquis tranquille de nos campagnes espérant peut-être voir l\u2019éclosion d\u2019une nouvelle civilisation agro-pastorale composée d\u2019une multitude de petits groupes.Quoi qu\u2019il en soit, on ne peut pas, dans le cadre d\u2019une analyse sur les médias \u2014 donc, le pouvoir culturel \u2014 ne pas tenir compte de prémisses inhérentes à toute analyse sociale.Pourquoi ?Parce qu\u2019entre autres, en cours de route, certaines croyances sont tombées, confrontées qu\u2019elles étaient (et qu\u2019elles sont encore) à la concrétude; notamment celle voulant que le gouvernement, quel que soit le régime, soit une forme d\u2019autorité qui offre la garantie de conformité à la justice et à la morale universelles (3).Il ne s\u2019agit pas non plus de tomber dans le prêchi- prêcha mystico-écolo-libertaire et, encore moins, de faire des professions de foi dans les principes idéologiques sacrés énoncés par certains métaphysiciens de gauche qui, avec une certaine arrogance, se prétendent les dépositaires exclusifs du sens de l\u2019histoire.Comme dirait Félix Leclerc : \u201cIl y a de gros bras chez les intellectuels comme chez les casseurs de grève.\u201d I nous faut plutôt essayer de sortir d\u2019une certaine impuissance politique et commencer à proposer des 2.Latouche, Daniel, Une société de l\u2019ambiguité, Ed.Boréal Express, Québec, 1979, p.156.3.Rosanvallon, Pierre, Le capitalisme utopique, Critique de l'idéologie économique, Seuil, Paris, 1979.129 A 3 pu au À Rat alternatives sociales.Cela exige de faire des choix à la lumière de la théorie et de la pratique politique \u2018\u2018au Québec, où passent tous les tics de nos modes intellectuelles\u201d (4).Comme le soulignait Jacques Grand\u2019Maison, \u2018\u201cla gauche n\u2019a pas de politique pour définir d\u2019une façon cohérente les niveaux de vie, les styles de vie et les raisons de vivre (.) pour élaborer un projet de société qui soit autre chose qu\u2019une vague référence universelle au socialisme\u201d (5).Esquissons maintenant \u2014 à grands traits, cela va sans dire \u2014 les caractéristiques principales d\u2019un projet de société, ni collectiviste bureaucratique, ni capitaliste, qui nous servira de référence tout au long de la présente réflexion sur le développement des médias de communication à propriété sociale dans la région de l\u2019est du Québec : pluralisme politique et idéologique, propriété sociale des moyens de production et d\u2019échange, contrôle social plus grand des moyens technologiques, décentralisation et répartition des pouvoirs économiques et politiques, travailleurs comme producteurs autonomes, et aménagement de l\u2019espace dans le cadre d\u2019une nouvelle croissance.\u201cJe défends ici l\u2019idée que notre type de société, plus que tout autre, doit être pensé comme un réseau de rapports et de mouvements sociaux, de création culturelle et de luttes politiques (.) Ce n\u2019est plus la lutte du capital et du travail dans l\u2019usine qui est l\u2019essentiel mais celle des appareils et des usagers, consommateurs ou habitants définis moins par leurs attributs spécifiques que par leur résistance à la domination de ces appareils.\u201d\u2019(6) 4, Poulantzas, Nicos, in Le Nouvel Observateur, édition du 12 juillet 1976.5.Grand\u2019Maison, Jacques, Au seuil critique d\u2019un nouvel âge, Leméac, Montréal, 1979.6.Touraine, Alain, La voix et le regard, Seuil, Coll.Sociologie permanente, Paris, 1978.130 Nous n\u2019engagerons pas plus loin, pour l\u2019instant, le débat sur le possible de la réalisation d\u2019un socialisme d\u2019inspiration autogestionnaire où l\u2019entreprise d\u2019Etat, les coopératives, les entreprises à propriété sociale et l\u2019entreprise privée/individuelle constitueraient le cadre économique de cette société.Cependant, \u2018\u2018s\u2019il est une certitude qui surnage, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui les hommes sont condamnés à inventer leur avenir et que le temps n\u2019est plus à ceux qui critiquaient l\u2019ordre établi croyant que la solution de rechange existait toute faite dans les traités des maîtres-pen- seurs\u201d (7).Quelques considérations régionales.périphériques Il est presque devenu un lieu commun d\u2019affirmer, dans la région du Bas Saint-Laurent/Gaspésie, que l\u2019expérience du B.A.E.Q.a \u201cfavorisé le développement d\u2019une forme nouvelle d\u2019éducation populaire et de conscience sociale, même s\u2019il n\u2019existe pas de filiation directe entre les comités d\u2019animation du B.A.E.Q.et les comités de citoyens des mouvements populaires actuels\u201d (8).Un mouvement social populaire né dans une région périphérique, \u2018vaste arrière-pays du Québec\u201d, selon l\u2019expression de Pierre Jobin, directeur-général du C.R.D.de l\u2019est du Québec.Une région dont le qualificatif de périphérique fait de plus en plus l\u2019unanimité parmi \u2018\u201cles animateurs ré- glonaux\u201d même si on ne peut comparer scientifique- 7.Rioux, Marcel, Essai de sociologie critique, Ed.Hurtubise HMH, Cahiers du Québec, Coll.Sociologie, Montréal, 1978, p.182.8.Harvey, Fernand, \u2018\u2018Animation sociale et stratégie de développement régional dans l\u2019est du Québec, in Animation sociale, entreprises communautaires et coopératives, Ed.Coopératives Albert Saint-Martin, Montréal, 1979.131 ment les pays en voie de développement à ceux qui vivent selon le mode de vie occidental puisque la dépendance, le sous-développement et le désintéressement de ces pays correspondent à des réalités complètement différentes\u201d (9).Essayons de définir les composantes de ce mouvement populaire.Benoit Lévesque (10) propose, avec prudence, souligne-t-il, la typologie suivante des organismes populaires et entreprises communautaires : \u2014 Organisme d\u2019Etat à tendance communautaire; \u2014 Organisme communautaire de concertation et les coopératives à tendance capitaliste; \u2014 Organisme communautaire de lutte et les coopératives à tendance autogestionnaire.Plus concrètement, il peut autant s\u2019agir d\u2019une coopérative de développement (JAL, Transcontinental), d\u2019une coopérative de culture maraiîchère (celle de la Mitis) que d\u2019organismes de concertation tels le Conseil de la culture ou le Conseil populaire des communications de l\u2019est du Québec.Ces organismes se réfère généralement à ce que Fernand Harvey a appelé le \u201cnouveau discours régional\u201d qui \u2018\u2018s\u2019inscrit dans une tendance mondiale à revaloriser l\u2019échelle régionale de l\u2019organisation sociale.Et cette renaissance du régionalisme n\u2019est pas sans liens avec la dévalorisation de l\u2019Etat centralisé et bureaucratisé\u201d(11).Discours et pratiques qui essaient de contribuer à la restructuration de l\u2019espace régional à l\u2019intérieur du 9.Gagnon, Alain, \u201cLe modèle centre-périphérie appliqué a l\u2019est du Québec, Cahiers du GRIDEQ, No 6, Université du Québec à Rimouski, octobre 1979, p.125.10.Lévesque, Benoît, \u2018Sens politique de l\u2019animation sociale et des communications dans les organismes communautaires et coopératives, in Animation sociale, op.cit., p.328.11.Harvey, Fernand, \u201cLa question régionale au Québec, un discours récent et multiple\u201d, Le Devoir, édition du 5-12-79.132 principe général de l\u2019aménagement intégré des ressources : \u201cAinsi, ce mouvement populaire de l\u2019Est du Québec est d\u2019abord mouvement d\u2019auto-défense, lutte économique.Et, dans la mouvance de ce combat, il devient lutte politique.\u201d (12) On semble donc assister, en région, à la naissance/consolidation du premier mouvement social populaire articulé entre une théorie et une pratique d\u2019inspiration autogestionnaire.Communication et développement populaire régional La production des médias de communication, comme on le sait, est celle relevant de l\u2019ordre de l\u2019imaginaire et du symbolique.C\u2019est aussi l\u2019un des aspects du pouvoir dans le sens où \u2018\u201cle pouvoir culturel, comme l\u2019autre, c\u2019est le pouvoir d\u2019occuper le temps d\u2019autrui\u2019 (13).Selon Alain Gagnon (14), les années 70, dans la région de l\u2019est du Québec, auraient été celles de l\u2019appropriation des mass-médias électroniques par le centre, ce qui aurait eu comme conséquence de renforcer considérablement la domination du centre.\u201cOn ne peut vraiment prédire si l\u2019influence des communications favorisera ou nuira au développement des régions faiblement développées\u201d.Cette domination du centre, en ce qui a trait aux médias électroniques, est doublé d\u2019un intérêt particu- 12.Conseil régional de développement de Québec, Développement régional et mouvement populaire : l\u2019exemple de l\u2019est du Québec, Québec.13.Debray, Régis, Le pouvoir intellectuel en France, Ed.Ramsay, Paris, 1979, p.143.14.Gagnon, Alain, op.cit.133 lier pour les journaux ludiques (15) communément appelés les journaux-à-Péladeau.C\u2019est dans ce difficile contexte que se sont développés les médias communautaires (vidéo, radio, journaux de villages) qui semblent vouloir devenir de plus en plus des médias de communication à propriété sociale où \u201cil est bien évident qu\u2019une information n\u2019est pas un reflet de la réalité, mais la production d\u2019une nouvelle réalité.La preuve en est qu\u2019il n\u2019y a nouvelle que s\u2019il y a journaliste\u201d (16).Un journaliste du Nouvel Observateur qualifie de \u201csyndrome papoue\u201d l\u2019interaction \u2018\u201c\u201cde nature magique\u201d existant entre le traitement \u201cfictionnel\u201d des faits d\u2019actualité et les médias qui rendent compte de cette \u201cfiction\u201d comme d\u2019un événement \u2018\u2018réel\u201d\u2019 (17).Le parti-pris envers le développement des médias de communication à propriété sociale ne doit pas non plus nous aveugler en ce qui a trait au caractère spécifique de la médiologie.L\u2019écologiste René Dubos prend la juste mesure de cette préoccupation quand il affirme que \u2018si vous remplacez une perception directe par une perception à travers l\u2019écran, vous perdez l'habitude de sentir le monde (.) Connaît-on le printemps pour avoir vu un arbre en fleurs à la télévision ?\u201d (18).Parmi l\u2019ensemble des expérimentations sociales qui ont cours actuellement dans la région de l\u2019est du Qué- 15.Voir a ce sujet : \u201c\u201cMulti-Réso inc.La presse écrite au Québec\u2019\u2019, Ministère des Communications du Québec, 1977, 277 p.et Mario Fontaine, Tout sur les p'tits journaux z'artistiques ou comment dormir avec le coeur qui palpite, Quinze, Montréal, 1978, p.185.16.Godbout, Jacques, \u201cLe roman journal\u201d in Communication et Information, vol.Il, No 3, Automne 1978, Université Laval, Québec, p.138.17.Mardore, Michel, \u201cLe syndrome papoue\u201d\u2019, Le Nouvel Observateur, édition du 8 octobre 1979.18.Entrevue avec René Dubos, Actualite, Vol.5, No 1, janvier 1980.134 bec, les huit télévisions communautaires \u2014 dont une en voie de formation et une autre en voie de transformation en radio \u2014, les deux radios (Jal et Gaspé) et trois en voie de formation \u2014 bientôt Rimouski \u2014 et les douze journaux communautaires (19) sont, à tout le moins, l\u2019expression des contradictions les plus flagrantes des mass-médias (20), des \u201c\u2018situations-limites qui révèlent comment les communications se développent dans une région et comment la participation populaire est en quelque sorte exclue (pratiquement) d\u2019un tel développement\u201d (21).Qu\u2019est-ce qui pourrait donc caractériser les médias de communication à propriété sociale ?Mentionnons d\u2019abord que cette expression se différencie des médias à propriété étatique ou para-étatique (Radio-Canada, Radio-Québec) et des médias commerciaux à propriété privée (CFLP-AM Rimouski, CKAC Montréal, CHRC Québec.).Il y a un premier concept qui doit ancrer l\u2019existence de ce type de média : la non-marchandisation de l\u2019information.Il ne s\u2019agit pas, par ailleurs, de nier les contradictions sociales et économiques que pourraient engendrer le développement d\u2019un nouveau mode de communication si on tient compte que \u201c\u2018l\u2019aire de rayonnement des entreprises de communication s\u2019ajuste habituellement à la zone d\u2019influence du marché de détail des villes\u201d (22).Le concept de \u2018\u2018non-marchandisation de l\u2019information\u2019 a un corollaire, celui de la socialisation des condi- 19.Conseil populaire des communications de l\u2019est du Québec, Projet pour l\u2019élaboration d\u2019un plan de développement régional des médias communautaires, Rimouski, déc.1979.15 p.20.En collaboration, \u2018\u2018La câblodistribution dans l\u2019est du Québec (les entreprises)\u201d, Cahiers du GRIDEQ, juin 1978, Université du Québec à Rimouski, Rimouski.21.Lévesque, Benoît, \u201cSens politique de l\u2019animation\u2019\u2019, op.cit.22.En collaboration, \u201cLa cdblodistribution.\u201d, op.cit., p.82.135 tions de production de l\u2019information, c\u2019est-à-dire dépasser l\u2019information \u201ccomme objet produit par des spécialistes et élargir les lieux de production de l\u2019information.Le droit à l\u2019information, ce n\u2019est pas seulement le droit d\u2019en recevoir et la capacité à la traiter, c\u2019est aussi le droit et la possibilité d\u2019en produire\u201d (23).A titre d\u2019hypothèse, on pourrait peut-être affirmer que les différentes expériences de participation dans le domaine des médias (l\u2019ex-CFLS-Lévis, TEVEC, médias communautaires.) sont dans la foulée du droit à l\u2019existence des médias à propriété sociale.On a retenu un premier concept attaché à la définition de ce type de média.Continuons mais en procédant par interrogation : 1) quelle serait la base sociale de ces médias ?2) comment situer la propriété sociale des médias ?ou la libré entreprise d\u2019origine collective, à l\u2019intérieur d\u2019une perspective de développement régional populaire.Base sociale Cette question, probablement une des plus importantes, nous oblige à mieux préciser encore ce que sont les médias à propriété étatique\u2014para-étatique et ceux, commerciaux à propriété privée.Si la \u2018\u2018base sociale\u201d des premiers repose d\u2019abord, pour ainsi dire, sur le pouvoir politique de la société politique, les seconds se rabattent exclusivement sur le marché publicitaire (ventes de détail).Sans s\u2019enfermer dans le \u201cdélire linéaire de la raison raisonnante\u201d\u2019 (Pierre Vadeboncoeur), on pourrait circonscrire de la façon suivante ce que pourrait être la base sociale des médias de communication à propriété sociale : les classes populaires, c\u2019est-à-dire les classes ouvrières, fractions des classes moyennes ou de la petite 23.Rosanvallon, Pierre, L'âge de l\u2019autogestion, Seuil, Paris, 1976, p.134.136 bourgeoisie, travailleurs salariés du tertiaire privé et public, minorités non productives, étudiants, chômeurs.En d\u2019autres termes, une alliance inter-classiste entre les forces populaires, principalement ouvrières et certaines couches de la petite bourgeoisie, enseignants, travailleurs culturels, petite paysannerie\u2026 Donc, en dehors de toute cléricature dominante d\u2019origine lénino-stalinienne, 1l s\u2019agit de la définition d\u2019une alliance objectivement fondée sur un nouveau rapport entre la base économique d\u2019une société et ses superstructures politiques/idéologiques (24).Résumons-nous brièvement.Les médias à propriété sociale pourraient articuler leur pratique dans une démarche d\u2019appropriation non-étatique (25), pluraliste et collective, progressiste mais non dogmatique, dans la mouvance de nouveaux rapports sociaux : \u2018La politique avait pour objet la conquête de l\u2019Etat, elle est au- jourd\u2019hui, l\u2019ensemble des luttes autour de l\u2019exercice des pouvoirs.\u201d (26) Développement régional populaire Jacques Grand\u2019Maison affirmait dans Une société en quête d\u2019éthique que \u201cce qui nous manque peut-être le plus, c\u2019est la pédagogie sociale de nos appareils, de nos politiques\u201d (27).24.D\u2019inspiration gramscienne, on pourrait parler de \u2018\u2018bloc historique nouveau\u2019 (Roger Garaudy, l\u2019Alternative, Laf- font, Paris, 1972.25.Ce qui n\u2019exclut pas toutefois l\u2019aide de l\u2019Etat.26.Touraine, Alain, Echec de la droite et crise de la gauche, Le Nouvel Observateur, no 768, édition du 7 novembre 1977.27.Grand\u2019Maison, Jacques, Une société en quête d\u2019éthique, Fides, Montréal, 1977.137 Les médias à propriété sociale, dans la région de l\u2019est du Québec, exerceront leur influence au niveau de la pédagogie sociale et de l\u2019inter-communication dynamique des expériences de développement populaire.Ces médias verront leur propre existence en bonne partie liée au développement, donc de l\u2019avenir de la région.Cela nous conduit à baliser les cheminements possibles du développement régional avec comme relais dynamiques les médias de communication à propriété sociale.Dans ce domaine, l\u2019innovation ne passe plus nécessairement par les canaux politiques habituels : partis politiques, syndicalisme, etc.\u2018parce que toute prétention à unifier la société postule que l\u2019individu n\u2019a d\u2019existence que sociale, en tant que militant, citoyen, soldat et travailleur et que tout le reste n\u2019est que faiblesses subjectives, égoïsme petit-bourgeois, manque de vigilance idéologique\u2019 (28).Le développement régional semble vouloir emprunter la voie d\u2019une réappropriation par des groupes sociaux de leur destin, comme consommateur et comme producteur dans la prise en mains d\u2019entreprises populaires de développement ou, selon l\u2019expression de Jean-Jacques Simard, vers l\u2019établissement d\u2019un mouvement d\u2019autodétermination communautaire.La rencontre de ces \u2018\u201cdéveloppeurs populaires\u201d, lors d\u2019une session de l\u2019Université coopérative internationale à l\u2019Université du Québec tenue à Rimouski à l\u2019automne 1978, n\u2019en est que l\u2019exemple le plus frappant : \u2018le peuple est-il en train d\u2019expérimenter, comme dit Marcuse, de nouvelles formes de vie qui changent la conscience individuelle et collective ?Notre conviction est que, du moins partiellement, il s\u2019occupe justement à cette tâche\u201d (29).28.Bosquet, Michel, \u2018\u201c\u2018Plaidoyer pour l\u2019entreprise\u2019\u2019, Le Nouvel Observateur, édition du 19 décembre 1977, no 684.29.Simard, Jean-Jacques, La longue marche des technocrates, Editions coopératives Albert Saint-Martin, Montréal, 1979, p.181.138 Prospectives ?Que sera, dans la région de l\u2019est du Québec, le portrait des communications d\u2019ici quelques années ?Une coexistence des médias à propriété étatique, privée/commerciale et à propriété sociale ?Ce serait sous-estimer que \u201cdevant l\u2019extraordinaire expansion des techniques modernes de communication et de l\u2019information, on pose un singulier défi à une culture de consommation en tâchant d\u2019aménager les conditions d\u2019une \u201c\u2018appropriation sociale\u201d de ces techniques et industries\u201d (30).Actuellement, nous en sommes un peu à l\u2019étape d\u2019une bataille comparable à celle de \u2018\u2018l\u2019instruction obligatoire\u201d\u2019 pour tous mais dans un processus qui annonce l\u2019établissement de ces moyens de production des opinions sur une base populaire.Comment pourrait s\u2019articuler une véritable théorie/ pratique des communications impliquée dans le développement régional réel ?Certainement par la convergence des objectifs de l\u2019ensemble des entreprises communautaires et populaires de développement qui caractérisent la région de l\u2019est .En amont, il reste un débat à parfaire, celui de savoir dans quelle structure socio-économique le pays sera bâti \u2018afin de mieux comprendre pourquoi la pratique autogestionnaire ne peut que reposer actuellement sur un effort d\u2019animation sociale, aussi pénétrant qu\u2019étendu, permettant à la fois une prise de conscience plus claire des problèmes, par le plus grand nombre, et une action collective plus efficace dans la pratique de gestion par les intéressés eux-mêmes\u201d (31).Pour la prochaine décennie ?30.Ministère d\u2019Etat au développement culturel, Gouvernement du Québec, \u201cLa politique québécoise de développement culturel\u201d\u2019, Volume I, Editeur officiel du Québec, Québec, p.131.31.Peyrega, Jacques, \u2018Coopérative et autogestion dans un environnement capitaliste : nécessité d\u2019une animation sociale\u201d, in Animation sociale., op.cit.139 EE Po Lo J Marc Voinson* Un domaine multiforme : le Rézo des coopératives d\u2019alimentation Historique et réalisations Ce texte, très court pour expliquer l\u2019ensemble de la réalité du Rézo des coopératives et groupes d\u2019achats(1) d\u2019alimentation naturelle du Québec se veut autant un témoignage personnel qu\u2019un essai de synthèse sur l\u2019ensemble de notre mouvement.Le début de cette histoire émerge de ce mouvement contre-culturel ou underground issu des Etats-Unis lors des années soixante.C\u2019est une histoire d\u2019amitié, d\u2019amour, de spontanéité ainsi que la lente constitution d\u2019outils par la participation de tous dans une réalité qui est au départ une entreprise.Partis tout simplement de la bonne volonté des gens de mener artisanalement un magasin coopératif, nous avons réussi à mettre sur pied un réseau complexe de relations, d\u2019échanges et de circulation de biens divers.Cette histoire débute en 1970 avec la première coopérative : la \u201cNatural Food Coop\u201d, mise sur pied par * Entrepôt coopératif La Balance.1.Par groupes d\u2019achats nous entendons : une unité fonctionnelle et structurée constituée par un regroupement d\u2019individus ou de familles qui coordonnent leurs achats pour faire des commandes en vrac à l\u2019entrepôt ou à la coop.Les groupes d\u2019achats se forment surtout en milieu rural ou dans les petites villes ou villages des régions voisinant les grands centres. des déserteurs américains ayant connu l\u2019expérience de ce qui s\u2019organisait dans le Sud.En effet si aux Etats- Unis il existe une dimension dynamique de la coopération, c\u2019est bien dans le domaine de l\u2019alimentation naturelle.Après deux ans d\u2019opération plus ou moins officielle, la \u201cCoopérative d\u2019alimentation naturelle de Saint- Louis\u201d obtenait une charte.Pendant trois ans cette coopérative jouera un double rôle : une coopérative de quartier et un distributeur en vrac pour des gens qui avaient décidé de quitter la ville dans un grand élan de retour à la terre.La croissance phénoménale de groupes d\u2019achats et l\u2019augmentation des chiffres de vente obligent de louer un vieux garage pour entreposer la marchandise.Ce vieux garage déborde vite, on loue une place plus grande.Des coopératives se forment, les groupes augmentent, un réel entrepôt s\u2019improvise petit à petit, chaque individu expérimentant ces nouvelles réalités, ces responsabilités.Puis, en 1976, suite aux pressions de fonctionnaires qui ne trouvaient pas convenable qu\u2019une coopérative de consommation puisse jouer le rôle de grossiste (on opérait encore à même la charte de la Coop Saint-Louis) l\u2019entrepôt coopératif La Balance naissait.Ce qui suit se déroule sous le signe d\u2019une croissance très forte.A Québec, un processus un peu semblable à celui de Montréal s\u2019engage.La Coopérative Le Crac offre un service de vente en gros à des groupes, puis met sur pied l\u2019entrepôt l\u2019Engoulvent qui décentralise les opérations de La Balance.Cette décentralisation pose des problèmes, ça coûte cher.Ainsi un processus de désengagement progressif s\u2019opère afin de ne pas déstabiliser la situation financière de La Balance.Une croissance importante pallie à cette distribution des revenus des ventes et, en 1979, un troisième entrepôt voit le jour à Sherbrooke.Là la situation est plus difficile mais semblerait pouvoir se stabiliser dans l\u2019année en cours.Après cette expérience, il est décidé que tout autre effort de décentralisation devra passer par une phase intermédiaire de centre de distribution.C\u2019est ce qui est 142 en train de s\u2019opérer cette année en Gaspésie où pourraient se mettre sur pied deux centres de distribution.Parallèlement à la constitution de ces outils, La Balance mettra sur pied différents services.Un service de transport qui distribuera des marchandises à travers tout le Québec.Un comité de qualité sera élaboré afin de faire des recherches sur la qualité des produits (le naturel fait dire bien des choses) ainsi que d\u2019informer les gens sur l\u2019utilisation de ces produits dans un régime équilibré.De plus un journal itinérant verra le jour : le journal du Rézo.Ce journal aura l\u2019originalité d\u2019être produit tour à tour par différentes régions qui assureront la conception, la rédaction et l\u2019impression afin de pouvoir dire ce qui se passe dans leur coin.Regroupement de consommateurs préoccupés d\u2019une alimentation saine et désireux de se doter d\u2019outils économiques aptes à leur permettre de contrôler les profits et la qualité des produits, diverses autres réalités gravitent autour de ce simple circuit de marchandises.De petites entreprises de transformation, des producteurs plus ou moins \u2018\u2018autarciques\u201d\u2019, deux syndicats de producteurs agricoles biologiques en Gaspésie et au Lac Saint- Jean, des collectifs de travail, des cafés-restaurants coopératifs ou autogérés, etc.sont toutes diverses facettes plus ou moins directement reliées au Rézo des coopératives d\u2019alimentation naturelle.Si finalement l\u2019ensemble du mouvement contre-culturel fut clairement culturalisé, intégré et assimilé à la réalité économique nord-américaine sans la modifier dans ses bases, une des séquelles de ce mouvement, l\u2019alimentation naturelle et l\u2019agriculture biologique, restera partiellement, par le Rézo des coops, une alternative concrète aux circuits de consommation et de production agro- alimentaire actuels (2).2.L\u2019organigramme ci-joint indique bien la dimension du Rézo.143 Caractéristiques particulières L\u2019ensemble du Rézo des coops et groupes d\u2019achats se caractérise de trois façons : d\u2019abord par le fonctionnement interne et les objectifs des coopératives et groupes d\u2019achats, puis par la recherche d\u2019une qualité des produits et d\u2019un régime alimentaire sain, finalement par l\u2019orientation et les modalités de réalisation de la croissance économique de cette réalité de la coopération.Les coopératives d\u2019alimentation naturelle sont par leurs objectifs et leur mode de fonctionnement interne des soeurs siamoises des comptoirs alimentaires.Autogestion et participation active de tous les membres au fonctionnement, à l\u2019administration et à la gestion de la coopérative, petite dimension du commerce, relations humaines chaleureuses et intenses\u2026 sont toutes des facettes d\u2019une même réalité coopérative et d\u2019une même volonté de réappropriation d\u2019un volet des circuits de circulation et de distribution des produits alimentaires.Le deuxième particularisme qui nous démarque alors des comptoirs alimentaires est, par delà le mythe du naturel, cette volonté de se réapproprier un régime et des habitudes alimentaires construits de toute pièce par les multinationales de l\u2019alimentation.Une expérimentation et une recherche importante s\u2019opèrent en vue d\u2019accéder à un régime alimentaire sain, utilisant des produits non trop transformés, favorisant une consommation de produits issus de l\u2019environnement.Tout ceci participe à la constitution d\u2019une alternative à l\u2019alimentaire tel que conçu actuellement.De plus, il faut voir là un refus du marketing du naturel pour l\u2019image du naturel.Tout ceci s\u2019inscrit dans une recherche d\u2019un mode de vie qualitativement meilleur.Une troisième facette nous caractérisant et nous démarquant encore des comptoirs alimentaires est la constitution d\u2019outils communs à toutes les coops et groupes d\u2019achat, afin de contrôler une autre dimension des circuits de consommation : les intermédiaires entre 144 le producteur et le magasin: les grossistes.La difficulté de nous approvisionner en produits de qualité nous obligea très vite à constituer des entrepôts, des services de distribution de marchandises, d\u2019achat de produits importés de relations avec les producteurs locaux afin de coordonner l\u2019offre et la demande de produits biologiques.Tous ces services ont centralisé des opérations particulières comme les achats en gros par des entrepôts, les recherches sur les produits, la recherche de producteurs biologiques.Cette centralisation, cependant, s\u2019est faite à l\u2019image même des modes de fonctionnement interne des coopératives.Chaque coop ou groupe d\u2019achats s\u2019engage à participer activement au fonctionnement et à l\u2019administration des entrepôts, des comités de qualité et autres services.De plus chaque coopérative conserve une certaine autonomie dans ses relations avec les petits producteurs locaux et même les fournisseurs locaux.Ce qui se profile de l\u2019ensemble de ces réalisations et de l\u2019évolution de ce Rézo, c\u2019est cette volonté des gens de ne pas laisser croître les entreprises en grosseur mais de chercher à multiplier le nombre de petites et moyennes entreprises.Ainsi, bien qu\u2019il eût été plus simple de ne constituer qu\u2019un seul entrepôt, la volonté de ne pas mettre sur pied des entreprises qui échappent au contrôle des gens nous amena à procéder à une décentralisation des opérations de La Balance.Ceci permet de mettre en place dans différentes régions des outils de développement économique, social et politique.Une croissance par la base, non guidée uniquement par des critères d\u2019efficacité économique, est une expérience difficile et laborieuse à réaliser, surtout dans le contexte actuel de l\u2019économie.D'ailleurs, il ne fait pas de doute que notre réalité reste très fragile.Par-delà la spontanéité et la bonne volonté, de plus en plus nous percevons l\u2019importance de bien maîtriser la dimension entreprise économique de notre réalité, ceci en veillant à mieux connaître les règles actuelles de l\u2019économie.Cependant une structure organisationnelle réellement 145 décentralisée et des entreprises aux dimensions restreintes permettent aux gens de pouvoir continuer de contrôler et de participer à ces outils issus de leurs besoins.Mise en situation Voici en quelque sorte les bases particulières qui nous distinguent radicalement de la coopération traditionnelle.Tout préoccupés que nous étions à construire lentement nos diverses réalités, nous devenons de plus en plus conscients de la place particulière de ce que nous faisons dans l\u2019ensemble des alternatives de vie, de production, de distribution et de consommation qui émergent dans cette période de crise.Bien entendu nous ne constituons qu\u2019une mince parcelle de l\u2019ensemble des alternatives qui sont ou devront être mises en place pour réaliser une reprise en main par la population des divers circuits économiques existants.Cependant il est clair pour beaucoup que nous ne constituons pas un simple partenaire sur la scène économique, mais bien une réalité socio-économique alternative participant d\u2019une reconstruction de plus en plus nécessaire des circuits économiques, des rapports de production, de consommation et des relations sociales.Nous sommes une des multiples expressions d\u2019une recherche et une expérimentation d\u2019outils socio-économiques susceptibles de proposer et de réaliser des transformations importantes dans la société actuelle.Ainsi nous pouvons très clairement répondre sans bafouiller à la question que le patronat posait aux différents secteurs de la coopération lors du sommet économique sur le développement des coopératives : \u201c\u201cpourquoi cherchez-vous tant à vous distinguer des entreprises privées ?\u201d Nous ne pouvons accepter une position de partnership à l\u2019amiable secteur privé \u2014 secteur coopératif, comme semblent le vouloir les différents grands secteurs traditionnels de la coopération.Nous nous opposons aux réalités économiques actuelles.Bien sûr, 146 nous avons d\u2019abord été en simple réaction à l\u2019exploitation et au charriage dont nous étions l\u2019objet en tant que consommateurs.Mais la construction d\u2019outils économiques comme les coopératives, les entrepôts et autres services finissent par anticiper un projet de société différente.Projet de société non encore pleinement défini, où l\u2019on n\u2019essaie pas tant de construire théoriquement des modèles politiques idéaux mais plutôt de mettre de l\u2019avant les alternatives d\u2019une société en gestation, se définissant au fur et à mesure à travers la réflexion et l\u2019expérimentation.Une telle attitude serait fortement désapprouvée par des dogmaticiens de la révolution.Par rapport aux positions de ces groupes, parmi nous, plusieurs se considèrent comme des socialistes-libertaires ou encore des écologistes non-romantiques, engagés dans des actions et réalisations portant sur des nécessités actuelles vitales dans la perspective d\u2019une restructuration sociale, économique et politique à long terme.Bien sûr l\u2019engagement politique des participants et membres du Rézo n\u2019est pas nécessairement évident et même pourrait être considéré comme très ponctuel et personnel.Cependant il me semble qu\u2019une bonne majorité des membres se rendent compte et saisissent la portée et le sens particulier de notre réalité coopérative et la mettent en opposition avec la réalité économique nous environnant.Nos relations avec d\u2019autres réalités alternatives Notre relation avec d\u2019autres réalités coopératives et d\u2019autres groupes alternatifs ou \u201cprogressistes\u2019\u201d resta longtemps très imprécise, sinon inexistante.Nous étions surtout préoccupés de la construction et de la consolidation de nos différentes réalisations et outils.De plus, très vite, nous avons été considérés par différents groupes \u201cprogressistes\u201d comme une réalité coopérative petite-bourgeoise : \u2018\u201cL\u2019alimentation naturelle, des pro- 147 duits biologiques, des régimes végétaro-macrobiotiques et autres sont des luxes et une mode petite-bourgeoise.\u201d Il est vrai que lorsqu\u2019on regarde le prix des gadjets naturels des magasins privés d\u2019alimentation naturelle, on peut s\u2019interroger sur l\u2019accessibilité de ces produits à toutes les bourses.Mais bien manger ne coût pas nécessairement plus cher.J\u2019irais même jusqu\u2019à dire que cela coûte beaucoup moins cher.Cependant très vite cette ambiguïté de coopérative petite-bourgeoise s\u2019effrita.Les exigences particulières de participation aux coopératives et groupes d\u2019achats ont vite fait de rebuter les non-coopérants qui peuvent s\u2019approvisionner a prix forts aux magasins privés spécialisés.La dimension de participation, d\u2019autogestion, s\u2019affirme dans les coopératives et groupes d\u2019achats.La mode du naturel est vite devenue dans les coopératives la préoccupation d\u2019une alimentation saine, équilibrée et écologique.De plus, petit à petit, des préoccupations portant sur l\u2019amélioration du régime alimentaire ne sont plus l\u2019apanage des hauts salariés; des comptoirs alimentaires cherchent à mettre sur leurs tablettes certains produits de meilleure qualité comme la farine de blé entier, les légumineuses.Dans une telle perspective La Balance comme certaines coopératives d\u2019alimentation naturelle cherche de plus en plus à démystifier et démarginaliser cette alimentation saine en permettant et facilitant, pour différents secteurs populaires, l\u2019accès à nos services.Des relations beaucoup plus poussées tendent à se tisser entre nous et les comptoirs alimentaires.Des coopératives cherchent à mieux informer les gens de leurs quartiers de la réalité qu\u2019elles représentent.Nous avons mis en place des modalités particulières facilitant l\u2019intégration des garderies populaires ou d\u2019organismes de services à notre structure de fonctionnement.De plus le service de transport que nous avons mis en place tend à devenir une coopérative de transport qui pourra offrir ses services à différentes entreprises coopératives.148 Il nous apparaît de plus en plus évident que ce n\u2019est que dans l\u2019échange autant d\u2019idées que de services ou de marchandises que pourront se consolider les diverses alternatives qui apparaissent; solutions partielles et complémentaires face à la situation économique, sociale et politique actuelle.La Balance, comme les coopératives d\u2019alimentation naturelle, sont prêtes à s\u2019engager dans de telles démarches.(voir organigramme en page 150) 149 COOPS PRODUCTEURS | LOCAUX 150 RÉSEAU COOPÉRATIF D\u2019ALIMENTATION NATURELLE GROUPES TRANSFORMATEURS D'ACHATS AUTOGERES PRODUCTEURS LOCAUX Î GROUPES RESTAURANTS D'ACHATS COOPÉRATIFS CENTRES DE TRANSFORMATEURS COOPS DISTRIBUTION AUTOGERES 1 t_ t y ORGANISMES DE SERVICES RÉGIONS : MONTREAL ABiTiBi LAURENTIDES GASPÉSIE MAURICIE ! ENTREPOT LA BALANCE TRANSPORT COMITE QUALITE COURTIERS -importations -productions locales ENTREPOT ENTREPOT L\u2019ENGOULVENT DES ALENTOURS RÉGIONS : QUÉBEC BEAUCE RÉGIONS : SHERBROOKE SAGUENAY-LAC SAINT-JEAN BOIS-FRANCS COTE-NORD v ; RESTAURANTS GROUPES COOPS AUTOGERES D'ACHATS COOPS GROUPES RESTAURANTS D'ACHATS AUTOGERES ORGANISMES TRANSFORMATEURS ORGANISMES ERE DE SERVICES DE SERVICES AUTOGERES PRODUCTEURS PRODUCTEURS LOCAUX LOCAUX MV Claude Lariviere* Collectifs de production 5 et autogestion 1.CERNER UNE REALITE FUYANTE Il existe des centaines de coopératives de toutes sortes au Québec (1) et pourtant la loi qui régit le plus E grand nombre d\u2019entre elles (2) ne définit guère ce que it sont ces entreprises.L\u2019article 5, intitulé *\u201cRegles d\u2019action\u2019 précise seulement les quatre règles, deux règles E * Editions coopératives Albert Saint-Martin.1.Au 31 mars 1979, on comptait 952 coopératives, à l\u2019exception des caisses d\u2019épargne et de crédit, soit 692 associations E coopératives, 114 syndicats coopératifs et 146 sociétés pr coopératives agricoles.TZ 2.D\u2019autres lois régissent des associations coopératives; ce ; sont : La Loi sur les syndicats coopératifs (chapitre 5-38), la Loi sur les sociétés coopératives agricoles (chapitre 5-24), la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit (chapitre i C-4).\u201cIl est important de noter que parmi les trois lois, gE celle des syndicats coopératifs ne sert plus, depuis 1964, ET à faire l\u2019encadrement juridique de nouveaux projets, l\u2019objec- A tif étant de rendre cette loi inopérante en éliminant son E champ d\u2019application.Des dispositions ont été prises pour EB faciliter le passage de la Loi des syndicats coopératifs a la Loi des associations coopératives.Malgré ces mesures et les invitations pressantes d\u2019opérer ce changement, il reste encore 115 coopératives régies par la Loi des syndicats coopératifs\u2019\u2019 (L'activité coopérative au Québec, Ministère des E Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, A Québec, 1980, p.1).151 sociales et deux règles économiques auxquelles elles sont soumises : a) le nombre de membres n\u2019est pas limité; b) un membre n\u2019a droit qu\u2019à un vote, quel que soit le nombre de parts sociales qu\u2019il détient et il ne peut voter par procuration; c) l\u2019intérêt sur les parts sociales est limité; d) les trop-perçus annuels sont versés à la réserve générale ou sont distribués ou crédités aux membres au prorata des opérations effectuées par chacun d\u2019eux avec l\u2019association\u2019\u201d (3).Le service des associations coopératives du ministère a publié deux brochures à l\u2019intention de ceux qui veulent créer des coopératives au Québec.L\u2019un ne contient aucune tentative de définition de ce qu\u2019est l\u2019association coopérative (4) alors que l\u2019autre cerne brièvement l\u2019essence de l\u2019entrepreneurship coopératif : \u201cSi vous avez l\u2019intention de fonder une association coopérative.Vous êtes prêt(e) à vous associer, au sein d\u2019une entreprise dont vous serez à la fois propriétaire et usager et qui vous permettra de participer tant au pouvoir qu\u2019aux résultats financiers.Vous acceptez que chaque membre participe également aux décisions en ayant droit à un seul vote, quel que soit le nombre de parts sociales qu\u2019il détient.En outre, vous avez choisi d\u2019investir du capital dans cette affaire afin de répondre à des besoins communs en obtenant les meilleurs services possibles au moindre coût.La mission coopérative, qui se réclame à la fois du social et de l\u2019_économique, ne doit cependant pas faire perdre de vue la nécessité de la viabilité sans laquelle les buts de l\u2019association ne sauraient être atteints\u2026 Pour faire d\u2019une entreprise coopérative un succès, ses promoteurs doivent avoir des critères et des exigences aussi solides que ceux des administrateurs d\u2019entreprises capitalistes en s\u2019assurant notamment de la 3.Loi sur les associations coopératives, Chapitre A-24, Québec, Editeur officiel du Québec, 1979, Ç.2.4.Guide pour la préparation d\u2019un règlement de régie interne d\u2019une association coopérative, Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, Québec, s.d., 15 pages.152 rentabilité économique de leur projet.Ils doivent de plus veiller à ce que les dimensions sociale et humaine propres à ce type d\u2019entreprises soient respectées\u201d (5).Ainsi donc, si l\u2019entreprise coopérative s\u2019apparente, pour certaines de ses caractéristiques à toute entreprise capitaliste en ce qu\u2019elle reste soumise aux contraintes d\u2019un marché qui n\u2019a rien de coopératif, elle s\u2019en distingue par ailleurs en ce qu\u2019elle \u2018\u2018est une forme de propriété collective, conçue d\u2019abord et avant tout pour l\u2019usage de ses propriétaires, les \u201cmembres\u201d, pour répondre a un besoin commun.Elle se différencie des autres formes d\u2019organisation économique, c\u2019est-à-dire des entreprises capitalistes et des entreprises publiques ou étatiques, par les trois traits distinctifs suivants : a) participation à la propriété : les membres d\u2019une coopérative en sont à la fois les propriétaires et les usagers; b) participation au pouvoir : les membres d\u2019une coopérative en assument l\u2019orientation, le contrôle et la gestion; c) participation aux résultats : les surplus sont distribués au prorata de leur utilisation des services, soit comme producteurs, soit comme consommateurs, selon la nature de la coopérative\u201d (6).Enfin, un dernier document introduit quelques considérations plus philosophiques sur l\u2019esprit \u201c\u2018étroit\u201d\u2019 qui anime les fonctionnaires du service des associations coopératives du Ministère : \u2018Des personnes forment une coopérative ou y adhèrent dans le but de se procurer des avantages économiques.Ces avantages ont un impact social qui varie selon l\u2019importance de la coopérative\u2026 Les coopérateurs sont des personnes qui, pour mieux défendre leurs intérêts, se groupent dans une entreprise pour avoir plus de force.La coopérative n\u2019est donc pas 5.Guide pour la préparation d\u2019un projet de coopérative, Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, Québec, 1980, pp.3-4.6.Les coopératives forestières au Québec, Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, Québec, 1979, p.5.153 ER) SEA E BR 7 Oo PER a AR if A Cr Soe AE ES As AAA l\u2019entreprise philanthropique avec laquelle certaines personnes bien intentionnées la confondent parfois.Elle est néanmoins un moyen tout à fait approprié pour des personnes qui veulent se prendre en main (sic).Il est bon de préciser que malgré l\u2019esprit coopératif qui les anime les projets communautaires ne sont pas des projets coopératifs.Ils sont souvent mis de l\u2019avant par des groupes qui veulent développer une ou des activités dont une minorité de personnes seulement seront les usagers.Ces projets ne satisfont pas aux traits caractéristiques des coopératives que sont les notions de pro- priétaire-usager, de participation au pouvoir et de répartition des excédents d\u2019opérations et de leur réciprocité\u201d (7).Ce point de vue, repris par les agents du ministère à partir des préoccupations \u2018\u201c\u201corthodoxes\u201d du Conseil de la Coopération du Québec \u2014 comme nous le verrons bientôt \u2014 fait fi des dispositions de la Loi des associations coopératives dont l\u2019article 4 permet la formation d\u2019associations coopératives qui ne soient pas des \u201centreprises\u201d et qui visent \u2018\u201c\u2018un but éducatif, scientifique, artistique, athlétique, sportif ou récréatif\u201d (8).Qui plus est, l\u2019article 121 de la même loi précise que dans le cas des coopératives à fins sociales, il peut y avoir prélèvement d\u2019une cotisation annuelle; \u2018\u201c\u2018aucun intérêt ne doit être payé sur les parts sociales; les trop- perçus ou les excédents d\u2019opérations ne peuvent être distribués aux membres sous forme de ristournes ou autrement; au cas de dissolution, le solde de l\u2019actif (.) doit être affecté à une oeuvre poursuivant une fin sociale désignée par le ministre\u201d (9).La loi prévoit donc que des coopératives puissent ne pas viser la rentabilité économique.7.Répertoire des coopératives du Québec, Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, Québec, s.d., p.5.8.Loi sur les associations coopératives, Chapitre A-24, Québec, Editeur officiel du Québec, p.2.9.Op.cit, p.28.154 kW Les difficultés qui surgissent dans la définition de l\u2019entité coopérative sont compliquées du fait que, contrairement aux principes des autres législations, le Ministère ne sanctionne la création d\u2019associations coopératives que si elles ont reçu l\u2019imprimatur d\u2019un Conseil de la Coopération (10) formé de 24 entreprises (dont 22 coopératives et deux compagnies d'assurances par actions).Le Conseil est paradoxalement incorporé en vertu de la troisième partie de la Loi des compagnies.Il n\u2019y a guère d\u2019éléments propres aux coopératives de production dans la loi (alors qu\u2019il y en a, par exemple, pour les coopératives de pêcheurs, d'habitation ou de consommation) ou les divers documents publiés par le ministère.L\u2019un d\u2019eux souligne toutefois que \u201cparmi les différents types de coopératives, les coopératives ouvrières de production sont les plus susceptibles de recourir à la clause d\u2019exception.En effet, au moment du démarrage, il leur est souvent nécessaire d\u2019impliquer moins de 12 travailleurs puisqu\u2019elles ne peuvent, a ce moment, fournir du travail a autant de personnes\u2019 (11).Evidemment, cela place chacune de ces coopératives a la merci du véto du C.C.Q.Un second document du ministère, tout à fait descriptif, distingue les coopératives de production des coopé- 10.Cet \u201cavis\u201d lie le ministère dans le cas de tout projet présenté par moins de douze citoyens; il a un caractère consultatif dans les autres cas.Il arrive toutefois que malgré qu\u2019un projet soit porté par douze personnes ou plus, le C.C.Q.refuse de donner un avis ou se montre défavorable au projet d\u2019association coopérative.Ainsi, dans le cas de l\u2019Association coopérative des Editions Parti pris, en 1965-66, le dossier de ce projet au C.C.Q.révèle que l\u2019organisme a préféré ne pas se prononcer sur le projet parce qu\u2019il désapprouvait l\u2019idéologie des fondateurs (Information recueillie d\u2019un employé du C.C.Q,, mars 1980).11.Guide pour la préparation d\u2019un projet de coopérative.Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, Québec, 1980, p.8.Rappelons à ce sujet qu\u2019en France, quatre travailleurs peuvent former une coopérative; au Québec, il faut au moins cing sociétaires.155 ratives de travail : \u201cLa coopérative de travail regroupe les personnes qui effectuent divers travaux pour le compte d\u2019un tiers.Le rôle de l\u2019entreprise consiste donc à dénicher des contrats pour ses membres.D\u2019autre part, la coopérative ouvrière de production constitue une entreprise qui fournit elle-même du travail à ses membres propriétaires.Ainsi, ceux-ci se donnent un revenu comparable à celui de l\u2019entreprise privée et, en plus, ils se partagent les profits de l\u2019entreprise en fin d\u2019année.Il importe de souligner que la coopérative de travail constitue souvent une première étape pour les membres avant de s\u2019engager dans une coopérative ouvrière de production\u201d (12).Du côté des coopératives elles-mêmes on semble avoir délibérément éludé la question d\u2019une définition précise au point où le Comité consultatif sur les Coopératives ouvrières de Production et Organisations assimilables se contente d\u2019en donner la définition suivante : \u201cLa coopérative ouvrière de production ou organisation assimilable est un type d\u2019entreprise dans laquelle le membre de la coopérative (ou de l\u2019organisation assimilable) participe au travail, au capital (trop-perçus et réinvestissement) et à la gestion\u201d (13).Ce comité retient l\u2019appellation française SCOP (Société coopérative ouvrière de production) sans s\u2019interroger sur sa pertinence.Or, en France, la dénomination traditionnelle ne recouvrant pas toute la réalité, le statut juridique de celles-ci fut modifié en 1978 afin qu\u2019elles puissent aussi s\u2019appeler sociétés coopératives de travailleurs (14).Ce problème d\u2019identification peut paraître simple à première vue, particulièrement dans le cas du Comité 12.L'activité coopérative au Québec, Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, Québec, 1980, p.25.13.Les coopératives ouvrières de production et organisations assimilables dans l\u2019économie québécoise, document polycopié, 19 novembre 1979, p.13.14.VIENNEY, Claude, \u2018\u201cCoopératives ouvrières, pas si rétro que ça\u2019, Autrement, no 20, septembre 1979, p.146.156 consultatif qui vise à faire prendre conscience au gouvernement du Québec des implications du phénomène de la \u201cparticipation\u201d (15).Toutefois, dans la mesure où on se donne pour objectif de dresser une typologie ou ; même de discerner coopération et autogestion, il impor- E te de clarifier les termes que l\u2019on emploie.: \u2014 une entreprise autogérée est généralement coopéra- E, tive mais elle ne l\u2019est pas nécessairement.Tricofil Ë illustre bien cette situation; 5 \u2014 on ne peut parler d\u2019 \u2018entreprise sociale\u201d sans don- E ner lieu à une identification avec le réseau des ins- Be titutions publiques (affaires sociales) ou des ateliers protégés; \u2014 parler d\u2019entreprise a \u2018capital social\u201d c\u2019est mettre l\u2019accent sur un seul élément et à la limite le capital a d\u2019une société par actions inscrite à la bourse est également \u2018\u201csocial\u201d; EF \u2014 une entreprise autogérée n\u2019est pas toujours communautaire dans le sens où elle n\u2019est pas nécessairement très liée au milieu où elle opère; \u2014 parler de \u201csociété coopérative ouvrière\u201d\u201d c\u2019est faire fi des particularités de celles qui sont agricoles et des autres qui regroupent des \u2018\u201cprofessionnels\u201d\u2019.À Toutes ces réflexions sur l\u2019identification des entre- pi prises autogérées me porte a employer, de préférence a EF tous les autres, l\u2019expression \u201ccollectifs de production EF ou de travail\u201d.Cette formulation fait référence aux principes d\u2019autonomie et de totalité.Si le collectif ne contrôle pas comme telle l\u2019entreprise, 1l doit nécessairement disposer d\u2019une organisation juridique propre (sous la forme d\u2019une coopérative agissant comme entité de contrôle pour chacun des travailleurs, par exemple).La forme juridique (qui peut également être une compagnie, à la limite, encore que cela pose la question du statut EE ti Ni e au 1 \u20ac \u2018a Bi es ht i i: 15.C\u2019est d\u2019ailleurs sous cette appellation qu\u2019est classé le phénomène de l\u2019autogestion dans le document \u201cBâtir le Québec\u201d (Québec, 1979, p.93).157 des actionnaires qui ne travaillent pas et ne font qu\u2019un apport de capitaux) assure l\u2019existence du collectif, garantit sa continuité.2.ELABORATION D\u2019UNE TYPOLOGIE Ces clarifications étant faites, il importe maintenant de voir quelles entreprises peuvent être ou non considérées comme incarnant une pratique autogestionnaire.Celles-ci peuvent se ramener à cinq types principaux : les coopératives de travail, les coopératives de production, les compagnies à fonctionnement coopératif, les entreprises communautaires et les holdings permettant la participation des travailleurs.A) les coopératives de travail : elles sont de deux types, celles où tous les membres y travaillent sur une base rémunérée (par exemple la Coopérative ouvrière de production de produits maraîchers en serre de Manseau ou la Coopérative des travailleurs et des travailleuses de théâtre des Bois-Francs) et celles où une partie du travail est rémunérée et une partie du travail est volontaire (Editions coopératives Albert Saint-Martin de Montréal, Coopérative d\u2019éducation populaire des citoyens d\u2019Olier).B) les coopératives de production : elles n\u2019ont pas été créées pour créer des postes de travail mais plutôt pour reprendre une entreprise existante ou pour offrir un produit (L\u2019Imprimerie coopérative Har- pell, Céramique de Beauce).Tous les travailleurs ne sont pas membres de la coopérative mais le contrôle de l\u2019entreprise repose entre les mains du collectif des travailleurs et les salariés non-membres pourront ou devront être intégrés progressivement.C) les entreprises à fonctionnement coopératif : il s\u2019agit de sociétés par actions dont le contrôle appartient aux travailleurs, à travers différents mé- 158 canismes, quand ce n\u2019est pas simplement la propriété (La Société populaire Tricofil Inc., Composition Solidaire Enregistrée et La Librairie des Femmes d\u2019ici Incorporée en sont trois exemples).D) les entreprises communautatres : il y a d\u2019abord celles où la population concernée par une.situation donnée a souscrit une partie ou la totalité du capital-actions de l\u2019entreprise (Samoco, à Sacré- Coeur, la Cartonnerie populaire de Cabano) et celles où, par l\u2019intermédiaire du Programme expérimental de création d\u2019emplois communautaires, mieux connu sous le volet 4 de l\u2019Opération Solidarité Economique (OSE), les travailleurs se voient attribués jusqu\u2019à 40 pour cent des actions de l\u2019entreprise subventionnée.E) les holdings destinés à permettre la participation des travailleurs : on retrouve ce genre de cas à Tembec (au Témiscamingue) et chez Mono-Lino (à Québec).Ces coopératives de production et de travail sont nécessairement des entreprises autogérées.Le problème est de les identifier correctement, perdues qu\u2019elles sont au milieu de la masse de près de mille coopératives qui existent au Québec.On trouvera, à l\u2019annexe I, un premier relevé des secteurs d\u2019activités où il semble exister de telles coopératives.On obtient ainsi une liste potentielle de 209 entreprises.Un questionnaire devrait permettre de ramener celle-ci à une soixantaine de collectifs de production et de travail.F) les entreprises à fonctionnement coopératif : c\u2019est véritablement là que se trouve le problème d\u2019identification puisqu\u2019en apparence rien ne distingue ces entreprises des autres compagnies.Les règles qui permettraient de les classifier sont les suivantes : possession égale du capital-actions entre tous les membres du collectif et structures de gestion 159 i a ER if Ë a 160 (formelle : conseil d\u2019administration; contrôle du processus; encadrement électif; décisionnelle : l\u2019orientation est déterminée par assemblées générales) compatibles avec les principes de l\u2019autogestion.Règle générale, il s\u2019agit de petites entreprises créant quelques emplois.Tricofil apparaît comme une exception, encore que l\u2019emploi y varie considérablement selon la période.Pour qu\u2019elles puissent être admises dans notre classification comme autogérée ou en voie de l\u2019être, il importe que dans tous les cas les membres du collectif de production contrôlent effectivement plus de 50 pour cent des actions.les entreprises communautaires : dans le cas des entreprises créées à partir de campagnes publiques, il est relativement facile de les identifier via les Conseils régionaux de développement.Ces entreprises ne sont pas véritablement autogérées puisque les travailleurs qu\u2019elle emploie détiennent rarement plus que 10 ou 20 pour cent du capital-actions et que la dispersion d\u2019un pourcentage appréciable d\u2019actions parmi la population (qui sert en somme de source de financement à bon compte) permet au partenaire principal (société d\u2019Etat ou entrepreneur capitaliste) d\u2019asseoir fermement son contrôle sur l\u2019entreprise.De plus, quel que soit le nombre d\u2019actions détenues par les travailleurs, ce nombre ne se partage pas également entre eux et il ne conduit pas nécessairement à une présence, même symbolique, au conseil d\u2019administration.La seule issue possible, dans les cas où travailleurs et citoyens du milieu détiennent 50 pour cent et plus des actions de l\u2019entreprise serait de remettre des procurations qui permettraient à un comité élu par l\u2019ensemble des travailleurs de gérer avec eux l\u2019entreprise.Voilà un cheminement fort hazardeux.L\u2019autre type d\u2019entreprise communautaire a fait son apparition avec le programme OSE du gouverne- H) ment du Québec (volet 4).Des 300 entreprises qui bénéficient de ce programme, une cinquantaine offrent un potentiel à ce titre.Dans le cadre actuel, les travailleurs peuvent contrôler collectivement jusqu\u2019à 40 pour cent du capital-actions de l\u2019entreprise.Il leur reste donc, dans chaque cas, à inventer des mécanismes qui leur permettrait de s\u2019assurer le contrôle de 50 pour cent et plus des actions.Nous avons tendance à croire qu\u2019il est plus facile de se départir de ses actions au profit de l\u2019entrepreneur que de racheter sa part.enfin, les sociétés de gestion destinées à permettre la participation des travailleurs (holdings) : la formule vise la prise de contrôle d\u2019une entreprise par ceux qui y travaillent.Elle peut emprunter le processus traditionnel (société par actions : dans ce cas il est nécessaire que chacun des travailleurs ait un nombre égal d\u2019actions et que ce soit les sommes ainsi recueillies qui servent à acheter une partie croissante des actions de l\u2019entreprise qui les emploie; on peut également recourir à des emprunts pour accélérer le processus de prise de contrôle) ou par le recours à une coopérative (ce qui assure l\u2019égalité de chacun des travailleurs).Peu employées, ces deux formules demandent une conscience très claire, de la part des travailleurs, des objectifs collectifs qu\u2019ils poursuivent.Le cas de Tembec aurait pu conduire à ce genre d\u2019opération.AUTOGESTION : FINALITE, PRATIQUE ET DEVELOPPEMENT De même qu\u2019une entreprise coopérative est loin d\u2019être une entreprise autogérée, un collectif de production ou de travail peut fort bien s\u2019inscrire en dehors d\u2019une véritable perspective autogestionnaire.Les objectifs poursuivis par ceux qui lui donnent naissance ou le forment ne sont pas neutres.161 pi i Be pl: BE t A Aussi les objectifs des initiateurs varient-ils énormément d\u2019un cas à l\u2019autre.Trois courants très nets se dessinent au sein des collectifs de production et de travail : celui de ceux qui visent avant tout à assurer la continuité d\u2019une entreprise ou à empêcher sa fermeture; celui de ceux qui visent à se donner à la fois un travail diffé- rent; celui de ceux pour qui ces entreprises sont des instruments de changement social.Examinons chacun d\u2019entre eux : \u2014 assurer la continuité : il s\u2019agit là, généralement, 162 d\u2019entreprises d\u2019un certain âge, dont l\u2019effectif varie entre 25 et quelques centaines d\u2019emplois.Deux situations très différentes peuvent se produire : l\u2019entrepreneur peut chercher à vendre s\u2019il n\u2019a pas de successeur en vue et son souci principal est de préserver l\u2019entreprise qu\u2019il a édifiée; par ailleurs, dans d\u2019autres cas, il s\u2019agit d\u2019entreprises en difficultés financières et menacées de fermeture.Là où il existe un syndicat, la possibilité d\u2019une reprise en mains par les travailleurs est accrue d\u2019autant.L'enquête menée par le Centre de gestion des coopératives des H.E.C.démontre que ces entreprises représentent respectivement 13,8 pour cent (successions) et 4,2 pour cent (fermetures) des entreprises à participation ouvrière recensées au Québec.Il s\u2019agit cependant des plus importantes en termes d\u2019emplois et de celles où les ouvriers dominent nettement.se donner un emploi différent : au Québec comme ailleurs beaucoup de membres de la génération née après la seconde guerre mondiale décidèrent de vivre l\u2019obligation du travail dans un contexte \u201cdif- férent\u201d, plus humain et plus conforme à leurs aspirations.Pour nombre d\u2019entre eux, la création d\u2019une entreprise apparaissait également comme le moyen de se donner un emploi dans des secteurs ou le chômage sévissait durement.L'enquête à laquelle nous faisions allusion plus haut révèle que 81,9 pour cent des entreprises recensées sont des entreprises créées de toutes pièces.On les retrouve dans l\u2019agriculture de groupe, les bleuetières, l\u2019artisanat, le développement du territoire, l\u2019industrie du bois, l\u2019édition, l\u2019imprimerie, les activités culturelles, etc.Dans l\u2019ensemble, il s\u2019agit de secteurs où la main- d\u2019oeuvre représente une partie importante des coûts de production, où l\u2019investissement par emploi créé est faible ($5,000 a $10,000) et ou la valeur ajoutée par l\u2019activité est basse.Il s\u2019agit donc de secteurs non monopolistiques, intéressant peu les grandes entreprises.Ces constatations rejoignent celles que l\u2019on peut tirer de l\u2019expérience française : \u201cLe champ d\u2019expérimentation : essentiellement des secteurs souvent non rentables, de l\u2019artisanat, de l\u2019énergie ou de l\u2019agriculture, ou des secteurs réservés jusque-là à une élite mais dont les frontières reculent : brocante, livre, presse, films, arts, produits de beauté, médicaments.Symptomatiques sont, de ce point de vue, les candidatures de créations déposées à la Confédération des SCOP.Le changement est radical.Il n\u2019y a pas si longtemps, il s\u2019agissait de projets économiques : créer des entreprises industrielles viables, comme l\u2019Hirondelle (Construction) ou l\u2019A.O.LP.(matériel téléphonique), occuper coopérativement une part du marché (plus de la moitié des demandes concernaient le bâtiment, l\u2019imprimerie, la mécanique, le téléphone).Aujourd\u2019hui, la motivation économique n\u2019est plus la principale, mais la motivation sociale (avoir le plaisir de travailler entre individus du même métier et de la même classe)\u201d (16).Effectivement, mises à part quelques exceptions comme la Coopérative des électriciens des Laurentides, entièrement ouvrière, on retrouve un mélange de jeunes travailleurs, d\u2019anciens militants et de personnes issues de la petite-bourgeoisie, ces derniers étant souvent dominants.16.BONIFACE, Jean, \u2018\u201cLes coopératives buissonnières\u201d\u2019, Esprit, décembre 1979, no 12, p.190.163 \u2014 instrument de changement social : c\u2019est surtout le champ culturel qui se prête le mieux à cette troisième perspective où l\u2019on retrouve, sans qu\u2019il y ait des liens entre elles, des entreprises comme la Librairie socialiste de l\u2019Est, l\u2019Agence de Presse libre du Québec (aujourd\u2019hui disparue), les Editions coopératives Albert Saint-Martin, la Coopérative des travailleurs et travailleuses du théâtre de Victoriaville, la Coopérative de travail de Québec, Composition Solidaire, le Conventum, l\u2019Atelier continu, 3 certaines radios communautaires, la Coopérative de 3 déménagement du ler mai (dissoute), le Centre coopératif de recherche sur les politiques sociales, la Librairie des Femmes d\u2019ici Inc., Virus, etc.La liste pourrait s\u2019allonger considérablement si on se donnait la peine.Toutes ces entreprises associent leur production à une activité militante.Plusieurs d\u2019entre elles atteignent maintenant le seuil de la rentabilité et, dans certains cas, leurs chiffres d\u2019affaires varient entre $100,000 et $300,000, ce qui les dissocie progressivement de la marginalité dans laquelle elles s\u2019inscrivaient a leur naissance.C\u2019est certainement parmi ces entreprises que l\u2019idéologie autogestionnaire compte le plus d\u2019adeptes, malgré la poussée liquidatrice des marxistes-léninistes durant la période 1973-1976 (17).Quelles sont les perspectives de développement d\u2019un mouvement autogestionnaire associé à des collectifs de production et de travail au Québec ?Elles ne se limitent évidemment pas aux seules entreprises qui se définissent comme des instruments de changement social et peuvent rejoindre bon nombre des entreprises regroupées sous les deux autres thèmes.Toutefois, on peut s\u2019attendre à ce que le leadership provienne davantage des dernières.17.Au sujet de ce phénomène et de ses interprétations possibles, on peut lire : LARIVIERE, Claude, \u201cL\u2019intervention en milieu urbain : du professionnalisme au militantisme\u201d, International Review of Community Development, no 39- 40, été 1978, pp.3748.164 A ce sujet, on peut citer l\u2019exemple symptomar que de la représentation de ces entreprises au \u2018\u2018sommet\u201d la coopération du début de l\u2019année.Le Comité consultatif des SCOP et des organisations assimilables qui réunit des représentants de 7 entreprises (3 coopératives, une entreprise autogérée et 3 entreprises a participation ouvrière) n\u2019a pas été agréé par le C.C.Q.comme représentatif des coopératives de production et de travail parce qu\u2019il comportait des entreprises non coopératives, même si on y retrouve presque tous les gros collectifs de production et de travail du Québec.Le C.C.Q.décida donc d\u2019inviter les coopératives à élire leurs représentants, région par région.La Coopérative Harpell ayant manqué l\u2019assemblée constituante de la région de Montréal, on invita ses représentants à se rendre à Joliette, où il n\u2019y a pas de coopérative de production, ce qui permit de les faire nommer pour la table sectorielle québécoise à Lévis.Là, on choisit les 4 délégués au sommet : Harpell, Saint-Martin, Coopérative de récupération et de recyclage de Valleyfield et la Coopérative des électriciens des Laurentides.Ce qui permit à Harpell de faire remettre le leadership au Comité consultatif, en confiant aux membres de celui-ci les postes d\u2019observateurs et de conseillers.Ainsi, c\u2019est de nouveau ce Comité et l\u2019équipe du Centre de gestion des coopératives des HEC qui parlent au nom du secteur.Or, si cette équipe est représentative d\u2019un certain courant, il demeure qu\u2019elle craint \u2014 cela a été affirmé publiquement \u2014 que les petites coopératives à caractère idéologique ne conteste leur leadership.C\u2019est pourquoi l\u2019information n\u2019est pas redistribuée aux coopératives.Il est certain que plusieurs d\u2019entre elles ne s\u2019identifieraient pas aux programmes de formation à la \u2018\u201cgestion des coopératives\u201d offerts par, le Centre de gestion des coopératives des H.E.C.ou\\ l\u2019IRE- CUS (18).18.\u201c\u201cGestion des coopératives\u201d, Centre de formation et de perfectionnement en administration en collaboration avec le Centre de gestion des coopératives, 8 pages; \u201cLa gestion moderne des coopératives\u2019\u2019, IRECUS, Sherbrooke, 4 pages.165 Le développement d\u2019une perspective autogestionnaire au Québec passe par le regroupement de ceux qui en font leur pratique quotidienne au sein d\u2019un Conseil populaire de la coopération et de l\u2019autogestion du Québec qui réunirait collectifs de production et de travail, garderies coopératives, comptoirs alimentaires, coopératives écologiques, coopératives d\u2019habitation, etc.Ce regroupement devra distinguer participation et autogestion, s\u2019assurer que les pratiques autogestionnaires s\u2019insèrent dans les milieux où elles se développent (particulièrement en liaison avec les groupes populaires et les syndicats).L\u2019action syndicale constitue sans doute l\u2019élément le plus important dans le développement d\u2019une perspective autogestionnaire au niveau de l\u2019entreprise.Ce développement passe par la reprise du contrôle des fonds de pension actuellement gérés par des institutions financières à l\u2019encontre des intérêts des salariés cotisants.Or, l\u2019une des difficultés que rencontrent les collectifs de production et de travail se situe au niveau du financement de leur développement.La SDC ne résout qu\u2019accessoirement cette difficulté si on se fie a la dizaine de dossiers dont nous avons connaissance.Des caisses liées au mouvement syndical, celle de la C.S.N.à Montréal et celle des travailleurs de Québec en particulier, ont financé à taux préférentiel des projets de nombreux collectifs (A.P.L.Q., Composition Solidaire, Conven- tum, Editions coopératives Albert Saint-Martin, etc.).Mais l\u2019essor des entreprises autogérées dépend de leur capacité de se libérer de leur dépendance actuelle à l\u2019égard des sources traditionnelles de financement des opérations.Le cas de la Société populaire Tricofil est éloquent à ce titre.Les expériences européennes confirment elles aussi cette nécessité.Enfin, dernier instrument essentiel, un centre de formation autonome, contrôlé par les collectifs qui l\u2019utiliseront, par opposition aux institutions actuelles (comme le Centre de gestion des coopératives des H.E.C.et PIRECUS) qui se situent dans une perspective de pro- 166 fessionnalisation de la gestion plutôt que dans celle du E développement de l\u2019autogestion.ANNEXE ; Coopératives possiblement classifiables comme collectifs de production et de travail r \u2014 Coopératives forestières : 49 P \u2014 Production et travail : 43 F \u2014 Production agricole : 27 F \u2014 Artisanat : 21 ; \u2014 Amérindiennes : 14 3 \u2014 Edition : 9 E \u2014 Garderies : 9 E \u2014 Camionnage : 6 # \u2014 Education : 4 B \u2014 Garages : 4 i \u2014 Transport maritime : 4 E \u2014 Boulangerie : 3 i \u2014 Autres : 2 E \u2014 Investissements, pêcheurs, sucre d\u2019érable, services récréatifs : 1 (par secteur) E \u2014 Bleuets et taxi (à évaluer) TOTAL : 209 È 167 rE \u2014\u2014 Suzanne Jacob Exorcisme J\u2019ai fait le plein.J\u2019ai roulé jusqu\u2019à Grand-Remous.Je me suis arrêtée près des chutes.Je me suis assise par terre et j'ai ouvert la première lettre.Ca disait en résumé que je n\u2019avais pas le droit de laisser tomber, qu\u2019il me fallait trouver l\u2019énergie pour continuer, et ça contenait quelques remarques sur la responsabilité, sur la générosité et sur la politique.La deuxième lettre était amoureuse.C\u2019était donc au nom de l\u2019amour cette fois que je devais persévérer dans la mise en marché des pattes de mouches autogérées.On me rappelait \u2018mes propres paroles, mes propos propres\u201d sur l\u2019absolue nécessité de s\u2019administrer les pattes de mouches pour ne pas sombrer dans la stérilité hargneuse et dans la débilité.La troisième lettre, sur papier nid d\u2019abeille, me rappelait que je n\u2019avais pas le choix et que même si j'avais fait tout ce que je pouvais pour me retirer de l\u2019entreprise sans qu\u2019elle en meure, qu\u2019il était trop tôt et qu\u2019elle en mourrait si je ne me \u2018\u2018reprenais\u2019\u2019 pas.De plus, demandait la troisième lettre, comment pourras- tu supporter à nouveau le locatariat.Comme si on pouvait s\u2019en absenter ! J\u2019ai chiffonné les lettres et je les ai garrochées dans les chutes.Je suis remontée dans la voiture, j'ai fait le plein, jai roulé jusqu\u2019au bord du lac deux cents milles plus loin direction nord-ouest.Il était là, assis sur la quatrième marche.Il regardait.J'ai donné les derniers coups de rame.J\u2019ai sauté en bas 169 de la chaloupe qui s\u2019est échouée sur la grève.Je suis montée vers lui.Je me suis assise à côté de lui, sur la quatrième marche.Nous ne nous regardons pas.Nous regardons le lac et le soleil.\u2014 As-tu une cigarette ?Il me tend la sienne.\u2014 As-tu soif ?Veux-tu boire quelque chose ?Une bière ?\u2014 Non, je ne veux pas boire, je veux regarder le soleil avec toi.Je suis venue pour ça.Nous regardons le soleil.C\u2019est l\u2019heure des vaches de l\u2019autre côté du lac.Ca meugle à travers le clapotis qui bat doucement le ventre de la chaloupe.Il touche mes cheveux, il touche ma tête.Ses doigts effleurent ma joue.Il dit \u2018vas-y, pleure d\u2019abord, on regardera ensuite\u201d.J\u2019enrage que ce soit si évident.Je faisais vraiment semblant de rien.Il dit qu\u2019on ne peut pas rouler quatre cents milles jusqu\u2019à une chaloupe et ramer la moitié d\u2019un lac, et monter les marches et s\u2019asseoir comme ça près de quelqu\u2019un sans que ce soit évident.Je lui dis que je ne pleurerai pas parce que je ne pleure plus.Il dit qu\u2019on ne peut voir le soleil quand on a les dents serrées.J\u2019ai les dents serrées.Sur le long et sur le large, serrées.\u2014 Tu ne peux pas savoir.\u2014 Non, je ne peux pas, dit-il.Il explore mes cernes et mes plis avec le bout de ses doigts.Il suit les veines qui saillent sur l\u2019avant-bras.\u2014 Tu trembles.Et tu as la fièvre.Et tu vas repartir avant d\u2019avoir repris ton souffle.Tu n\u2019as pas changé.C\u2019est un cri qui s\u2019arrache du fond de mes poumons, qui ravage ma gorge, qui me crampe tout le corps et me fait débouler en bas des marches.Ma tête heurte la grosse roche rose.Ma roche.\u2014 J'ai changé.Le cri intérieur qui m\u2019a essoufflée n\u2019est qu\u2019un murmure qui me chatouille les lèvres.J\u2019enfonce mon visage dans le sable caillouteux, j\u2019enfonce mes épaules, mes bras, mon souffle, les reins, le ventre.Il prend ma tête 170 dans ses mains.Il tourne mon visage vers sa poitrine mince et osseuse, vers sa respiration tranquille.\u2014 Comme je t\u2019aime, comme je t\u2019aime, dit-il.Et son regard se souléve vers le soleil qui descend sur les fermes de l\u2019autre côté du lac.Laurent.\u2014 Je t\u2019ai suivie.Tu t\u2019en doutes.C\u2019est facile de te suivre, tol.\u2014 Mais c\u2019est fini.Fini.Il essuie le sable qui a collé sur mon visage.Il me reprend contre sa mince poitrine osseuse qui ne demande jamais de compte, sans me briser, sans me serrer, sans me contraindre.Mon souffle se règle de lui-même sur le sien.J\u2019expire avec lui.J\u2019expire des nuits de souffle retenu, lentement, avec lui dont le regard descend lentement dans le mien.\u2014 J\u2019ai changé.Je ne suis plus douce.Je n\u2019ai plus de tendresse.J\u2019ai la gorge asséchée.Je ne ris plus.J'ai les reins durcis.Et je hais et je suis défaite.Tu ne peux pas savoir.Et tout ça est tellement parfaitement ridicule.C\u2019est Smith qui avait raison de ricaner il y a dix ans.Et toi tu avais raison de vouloir rester là à portée du lac.Il y a des framboises ?\u2014 Plein.Et des aurores boréales.\u2014 Je peux pisser comme avant ?Il rit.Je m'installe sur ma grosse roche rose et je laisse aller.Il dit qu\u2019il n\u2019y a que moi pour savoir le faire comme ça.Je lui demande s\u2019il va m\u2019embrasser.Oui, deux bières.Et le soleil va toucher le toit de la ferme à Thibault de l\u2019autre côté du lac.Ca ne meugle plus.On est assis sur la quatrième marche.On regarde le soleil.Ca prend un temps immense.Le temps d\u2019adresser un service de presse, de coller les timbres, le temps de s\u2019expliquer dans le détail pourquoi il nous est permis d\u2019occuper la vingtième fraction de notre propre lit, et pourquoi il ne nous est pas permis d\u2019en occuper davantage.Le temps de rouler quarante cigarettes et de siroter une bonne bouteille sans rien goûter, et de la bière avant et de la bière après en attendant godillot.Jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit complètement enfoncé dans les terres à Thi- 171 bault, on le regarde, le soleil.Je me jette à l\u2019eau.Dix brassées et je suffoque.Je cours en grelottant vers la maison.\u2014 Tu vois.Je suis vieille et foutue.C\u2019est fini.Tiens, regarde ça, des cuisses de papier journal ramolli, tiens, touche, le ventre chiffonné comme une vieille facture.Et ce sont les exemples qui comptent dans ce que je te dis.Comprends-tu ?Son regard se glisse entre mes paupières et parvient au fond de mon crâne, dans le vide.Soudain l\u2019image de Mathieu ouvrant sa soutane surgit dans ma mémoire.Je lui demande pourquoi il reste chez les curés.Il balance sa soutane au bout de ses bras.Il ricane.Il dit qu\u2019il est nourri-logé, et respecté, et invité.\u201cComme une femme mariée, qu\u2019il dit.Mais nous sommes seuls.\u201d Il m\u2019enlace.Il me fait horreur.\u201cComme une femme mariée\u201d, dit-il.\u201cDans une société donnée.\u201d dit Mathieu.Les lévres de Laurent glissent sur mon corps.\u201cDans cette société donnée, dit Mathieu, il est avantageux d\u2019étre administré par un évéque.\u201d Mathieu ouvre la porte d\u2019un tabernacle qu\u2019il a retapé et en sort une bouteille de scotch.: Il ricane.\u201cDix-sept ans ! Je te donne deux ans ! Alors, 3 tu commenceras a jouer du cul pour qu\u2019on t\u2019administre, beauté !\u201d Les lèvres de Laurent glissent sur mon corps.\u2014 Où es-tu ?murmure Laurent.Je dis non, tout est fermé, je n\u2019ai plus de corps, je suis en papier, je suis en colonnes de chiffres, je suis en nombre d\u2019exemplaires, je suis en comptes à payer, je suis en colle de reliure, je suis en plâtre de bureau, je suis en sonnerie de téléphone, je suis en revenu brut, je suis en haine.Ses lèvres et ses mains glissent toujours, glissent sur mon corps, effleurent, écartent, soulèvent, ça prend un temps immense, le temps de transporter : toutes les caisses, le temps de se faire tasser mille fois à sur le bord de la bande, bodycheck, heartcheck, brain- $ check, monseigneur Bourget, allez cueillir des haricots i les enfants, monseigneur Charbonneau veut se reposer g un peu.Qu\u2019est-ce qu\u2019il a ce monseigneur triste et beau : 172 sur l\u2019île de Vancouver ?Chut ! Il se repose.Il est fatigué ?Chut ! Il est exilé.Il faut continuer, vu.Il faut faire semblant de rien, vu.Et les lèvres et les mains de Laurent s\u2019emparent d\u2019un autre siècle, le temps de comprendre qu\u2019on est baisé de naissance et qu\u2019il ne faut pas que les enfants s\u2019en aperçoivent.Le temps d\u2019endurer le discours des statues de plâtre et des statues de stuc et des statues en or plaqué, en courage plaqué, en démission plaquée, en résurrection de forum, de stade et de taverne.Ca prend tout le temps de soulever la poitrine chargée de la tonne de mépris, soulever, soulever les glaciers d\u2019ironie et d\u2019étroitesse et de lâcheté, soulever des foules de fonctionnaires nés chez Sauvé et Frères, traverser, fendre, Laurent ! Et le souffle encouragé par le souffle tiède qui va de l\u2019échine à la croupe à la nuque sans se précipiter, qui dure et qui durcit, et l\u2019éclatement du bassin.Le corps sauvage roule sur lui-même dans sa plainte désorientée entre le plaisir et la haine.\u2014 Locataire ! hurle le premier nom.Mes narines réveillées flairent Laurent.Je le sens.Je le lèche.Ca goûte.Ca goûte la pomme et la noisette.Son regard filtré par ses cils halète un peu sur ma bouche.\u2014 Propriétaire ! hurle le deuxième nom.La chaleur se répand dans mes paumes.Ca prend un temps immense.Le temps de cinq réunions par semaine, le temps de voter pour savoir qui mettra ses initiales sur la page gauche et qui posera sa patte sur le chéquier, le temps de convaincre la reine qu\u2019elle doit régner même si elle est féministe et même si elle a eu connaissance du passage d\u2019Einstein, le temps de comprendre comment l\u2019incompétence fait front commun, le temps de se relever d\u2019une épidémie de chenilles.\u2014 La star ! hurle le troisième nom.Je gère.Je gère le plaisir de Laurent.Je gère le rythme des entrées et des sorties.Un temps immense.Tu fumes un joint ou tu fais front commun avec le vol et la limace.Décrasse, décrasse avant qu\u2019ils ne ferment le tiroir sur les doigts qui cherchent à comprendre.Personne, personne ici n\u2019a intérêt à ce que tu t\u2019occupes de 173 tes affaires.Personne ici n\u2019est intéressé à ce que tu prennes tes affaires en main si ce n\u2019est pour le plaisir du spectacle lorsque tu te casses la gueule, décrasse.Le sexe de Laurent frappe le fond de ma gorge.Tes affaires appartiennent au mépris, à l\u2019ironie et au hit- parade, à Tide et à Coke.Ce n\u2019est pas pour rien si tu es née avec si peu d\u2019espace entre les dents.\u2014 Profiteuse ! hurle le quatrième nom.Le sperme chaud dans ma salive, Laurent, on partage, oui, et nous avalons.Longtemps, avaler.Un temps immense, faire descendre dans un corps refermé où le sang ne laisse plus circuler que des images de disparition parce qu\u2019on est né ou trop tôt ou trop tard, parce qu\u2019on est accusé de naissance, parce que le mépris, jour après jour, nuit après nuit, vient vous ronger la face avec ses dents souriantes et sa démocratie, faire descendre le sperme et la salive jusqu\u2019à l\u2019intestin vide.ANNONCE CLASSEE Bûcheronne québécoise équipée de moignons solides demande concession; bout de forét américaine sur territoire québécois ferait l\u2019affaire.Particularité : bonne suceuse.174 Neos aca asc = DÉS PEH TER ESS Cr Er ta 1 i PS sa Ven ve \" LARS Se iN, fo \u201cI anes us 2 are \"Rl: tite wk tN AE i Ife: cf Par ose x = 18 antl 1759 \u2014 ow RE fi freon re vi al a, a , 5 10H50 SE \u2019 a jp! puce n, 4 sn ae) pl Le 4 LT A Pe Tt \u2014\u2014\u2014 ay eden pry rad PR A = ee - Th \u2014 La à CE parks LC | ki] i Ai {4 4 LURE 4 Li Ë Q MA 1 ih La nu | \u2018 KE i I JE) Mt VE iN) J Ki a \u2019 PRY ili AlN ll Qi 3e Fa Mie NU 149m - oh eV - nt, x y i ve 5 HY vu i\" fis Is wi à LR) A iy D 7 hoi «dA A) NN 720 4 4 \u201d a at LN ve I's » a Sue Ea peas al EAH A 4 ye Pe LE LAY LE + 1 a Ji at A JA LJ ee Th I\" René Derouin, Dolomie, 1967.Bois gravé Lp A RR Le possible cat x oc = a es pa sur 5 res _ 2 es 2 \u2014 Jy Pry A \u2014 Koi 5 ASSEN a 2e ~ SIRT = Nec \u2014/-/ _ _\u2014_\u2014\u2014__\u2014\u2014\u2014 Andrée Fortin Une nouvelle façon de concevoir le monde \u201cL\u2019anthrope marche sur terre a la hauteur de ses réves, sinon il déchoit.\u201d Paul Chamberland, Terre Souveraine.Autogestion.Est-ce seulement un nouveau mot pour retaper l\u2019image du socialisme qui a quelque peu souffert depuis que nous avons eu des nouvelles du Goulag ?Il est important de réfléchir dès à présent sur l\u2019autogestion, sur ses ressemblances et ses différences d\u2019avec le socialisme, pour être conscients de ce que nous disons vraiment quand nous prônons l\u2019autogestion.Comment à la fois respecter le vieil idéal socialiste de société égalitaire tout en évitant l\u2019ornière du capitalisme d\u2019Etat et du totalitarisme dans laquelle semblent avoir versé les révolutions socialistes ?Si l\u2019autogestion veut être autre chose qu\u2019une répétition des erreurs du socialisme, il faut réfléchir à fond sur ses enjeux exacts, sur ses pré- requis et sur ce qui est ou n\u2019est pas compatible avec elle.Qu'est-ce donc que l\u2019autogestion ?Une société autogestionnaire est une société où les décisions politiques, économiques, sociales et culturelles sont prises par les gens concernés.Le développement de chaque communauté s\u2019y fait conformément à la volonté et à la décision de tous ses membres, selon les ressources territoriales, naturelles et humaines disponibles.Voilà une bien belle définition, mais qu\u2019est-ce que cela présuppose ?Premièrement, tout comme le socialisme, l\u2019autogestion suppose l\u2019abolition de la propriété privée des moyens de production, puisque les décisions économi- 179 ques, aussi bien que sociales ou politiques y seront prises par l\u2019ensemble de la communauté.Mais cela ne suffit pas.L\u2019exemple du socialisme a montré que si on se contente de donner à la population la propriété juridique des moyens de production en laissant à l\u2019Etat ou à ses représentants le soin de leur gestion, ce n\u2019est pas le socialisme que l\u2019on construit, mais bien le capitalisme d\u2019Etat.Le pouvoir peut bien passer des mains des capitalistes à celles de l\u2019Etat, il échappe toujours autant à l\u2019ensemble des citoyens.L\u2019autogestion, si elle veut être plus qu\u2019un nouveau nom pour le socialisme, ne doit donc pas se contenter de l\u2019abolition de la propriété privée des moyens de production; elle doit viser leur réappropriation par l\u2019ensemble de la communauté.Mais qu\u2019est-ce que cela veut dire, \u201créappropriation communautaire\u201d des moyens de production ?En effet, pour chaque entreprise, chaque secteur de l\u2019économie, la population est divisée en deux : il y a les travailleurs de cette entreprise ou de ce secteur, et le reste de la population.Comment devrait s\u2019organiser le rapport entre ces deux groupes dans la réappropriation des moyens de production ?Si les travailleurs autogèrent leur entreprise, il n\u2019est pas inconcevable que leurs intérêts aillent à l\u2019encontre de ceux du reste de la communauté au point de vue écologique ou économique par exemple : si les travailleurs décident d\u2019augmenter leur production, cela peut entraîner une augmentation des déchets industriels et donc de la pollution; de plus, on aura une inondation du marché de certains produits, ce qui ne peut se continuer à moyen ou à long terme que par une baisse de la qualité et/ou de la durabilité de ces produits.Il ne faut pas que les travailleurs autogérés deviennent de petits capitalistes et gèrent leur entreprise de la même façon que l\u2019aurait fait un entrepreneur capitaliste, ayant seulement en tête le profit, la croissance et le marketing.L\u2019autogestion n\u2019a pas pour but de faire de chacun un petit capitaliste, mais de donner aux communautés le pouvoir de décider de leur développement.Il ne faudrait pas cependant, à l\u2019autre extrême, que la communauté se comporte avec l\u2019entreprise et les 180 SE SERS ESE travailleurs comme un boss, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle ne doit pas non plus décider du fonctionnement de l\u2019entreprise sans tenir compte de l\u2019avis des travailleurs.Si donc on conçoit l\u2019autogestion pas seulement comme un mode de gestion de l\u2019entreprise, mais aussi comme une forme d\u2019organisation sociale et communautaire, il faut comme le souligne Pierre Rosanvallon (1), abandonner en même temps que la notion de propriété privée des moyens de production, celle de propriété- tout-court des entreprises, des ressources et des biens économiques en général, pour la remplacer par celle de droits.En effet, dans la société autogestionnaire, dans le cadre d\u2019une réappropriation sociale des moyens de production, plusieurs groupes auront des droits à faire valoir sur ces moyens de production : droits des travailleurs impliqués, droits des consommateurs, droits de la communauté dans son ensemble, au point de vue écologique, etc.sans que l\u2019entreprise appartienne nécessairement à aucun de ces groupes en particulier.C\u2019est ce qui se passe actuellement dans le cas des droits de la mer : différents pays ou entreprises ont des droits sur la mer : droit de passage, de pêche, d\u2019exploration minière, de forage, de recherche scientifique, de récréation, etc., sans que la mer ne leur appartienne pour autant.C\u2019est ce genre de situation qu\u2019il faudra essayer de généraliser si on ne veut pas retomber dans le capitalisme d\u2019Etat ou dans la juxtaposition de plusieurs petits capitalismes locaux, et construire une société autogestionnaire.Si plusieurs groupes ont des droits sur les mêmes choses, se pose la question de la coordination : qui décidera, et comment, en cas de désaccord entre les groupes ?L\u2019autogestion, c\u2019est l\u2019idéal démocratique porté à l\u2019extrême dans la mesure où on dit que chaque communauté prendra elle-même toutes les décisions qui la concernent.Mais c\u2019est aussi une démocratie à réinventer : dans les systèmes de délégation traditionnels, la base, le voteur, est finalement bien loin des preneurs 1.Pierre Rosanvallon, L'âge de l\u2019autogestion, Seuil, coll.Points, Paris, 1976.181 de décision; la démocratie directe, quant à elle, ne peut fonctionner que dans des petits groupes et absorbe beaucoup de temps et d\u2019énergie des participants.Comment naviguer entre ces deux extrêmes ?C\u2019est un défi de taille pour la société autogestionnaire où le problème de la coordination et de la prise de décision démocratique se posera à plusieurs niveaux : celui de la communauté où des droits différents sur une même entreprise ou ressource peuvent sous-tendre des intérêts et donc des décisions différentes; entre les différentes entreprises d\u2019une même communauté, mais surtout entre les communautés; il ne faudrait pas, par exemple, que les déchets industriels d\u2019une région aillent polluer les frayères d\u2019une autre où on vit surtout de la pêche.En fait, l\u2019autogestion, si elle se veut réelle, doit être vécue partout : dans l\u2019entreprise, dans chaque entreprise, dans chaque milieu de travail, dans la communauté, en trouvant l\u2019équilibre entre les groupes et les entreprises qui la composent, et entre les communautés, au niveau régional et même national.Il ne faudrait pas croire que l\u2019autogestion peut exister quand des communautés autogestionnaires s\u2019installent au coeur d\u2019un Etat moderne tel que nous les connaissons.Ce serait alors une nouvelle façon de distraire les gens des problèmes d\u2019envergure nationale : énergie, défense, relations internationales, économie, etc.en concentrant leur attention sur des dossiers locaux et partiels : aménagement d\u2019espaces verts, de garderies, de centres culturels, etc.Une telle \u201cautogestion\u201d n\u2019a pas de sens.On peut penser aux Kibboutz en Israël : même s\u2019ils fonctionnent de façon socialiste, égalitaire, et même presque autogestionnaire, on ne peut pas dire qu\u2019Israël dans son ensemble soit une société égalitaire ou socialiste; le repli des kibboutz sur eux-mêmes, fussent-ils socialistes ou autogestionnaires, cautionne la politique étrangère d\u2019Israël.Il faut prendre garde à ce piège de l\u2019autogestion et tenter de la vivre à la fois au niveau local et global.Mais comment réaliser l\u2019autogestion au niveau national, puisque bien sûr elle va de pair avec la décentralisation ?Il ne s\u2019agira 182 plus de décentraliser la prise de décision sur des détails, à partir de politiques globales décidées \u2018par en haut\u201d, ou de laisser aux communautés une marge de manoeuvre à l\u2019intérieur d\u2019une \u201cenveloppe gouvernementale\u201d.Il faut bien prendre conscience que la centralisation, par la délégation de pouvoir qu\u2019elle entraîne, c\u2019est le contraire de l\u2019autogestion : dans une société centralisée, ce n\u2019est plus la communauté qui décide, mais ses représentants, ou même des représentants de ses représentants.La centralisation, c\u2019est le contraire de l\u2019autogestion, c\u2019est l\u2019hétérogestion, c\u2019est la gestion par les autres.Si on veut que chaque communauté s\u2019autogère vraiment, en fonction de ses ressources et de ses caractéristiques particulières, cela suppose : a) l\u2019abandon de toutes les normes décidées par en haut.Cela ne veut pas dire que différentes communautés ayant des besoins semblables ou des intérêts communs ne prendront pas des décisions semblables, mais, et c\u2019est là la différence fondamentale, ces décisions semblables, cet ajustement de politique, se décidera par la base, par une concertation, et non à partir d\u2019un quelconque pouvoir central.Les normes sont incompatibles avec l\u2019autogestion : elles sont par définition fixées à partir d\u2019un point central selon une logique qui se veut la logique de toute la société.La norme c\u2019est la généralisation, la négation des spécificités, des cas particuliers.D\u2019autre part, l\u2019autogestion, c\u2019est justement la prise en charge de chaque communauté par elle-même en fonction de ses spécificités.b)la société autogestionnaire sera une société d\u2019expérimentation.Chaque communauté ayant à la fois des désirs, des contraintes et des ressources différentes, se fixera des objectifs différents, et pour les réaliser devra prendre des moyens différents, et au besoin, inventer de nouvelles solutions, de nouveaux modèles sociaux et/ou économiques.Il n\u2019y aura plus de solution unique \u2014 la norme \u2014 à un problème unique comme dans un Etat centralisé.Par conséquence, on met- 183 tra l\u2019accent sur le savoir ouvrier, sur le savoir populaire et traditionnel : on aura besoin des idées de chacun pour construire la société; il n\u2019y aura plus de culte du \u201c\u201cspécialiste\u201d\u2019 puisque chacun est le spécialiste de ses propres désirs, de ses propres attentes, et des façons de les réaliser.On le voit, la société autogestionnaire est une société où les décisions ne seront pas prises seulement en fonction de l\u2019efficacité, du rendement, de la \u2018\u2018rationalité\u201d, mais surtout d\u2019après les attentes de ceux qui y vivent.En ce sens, on peut dire que dans cette société autogestionnaire, le politique a le primat sur l\u2019économique.C\u2019est \u2018\u2018la détermination en dernière instance\u201d du politique.L\u2019autogestion constitue donc une coupure radicale dans notre façon de comprendre la société et les gens qui y vivent, non seulement par rapport au capitalisme, mais aussi par rapport au socialisme \u201cclassique\u201d.Pour mesurer cette différence radicale de l\u2019autogestion par rapport à la société actuelle, on peut revenir sur ce qui a été dit plus haut sur la propriété, les droits et la décentralisation.Quand on y pense bien, ce n\u2019est pas seulement une nouvelle organisation sociale, pas seulement un nouveau mode de production, pas seulement un nouveau modèle politique dont il est question avec l\u2019autogestion.C\u2019est surtout une nouvelle façon de concevoir le monde, c\u2019est un nouveau rapport à la nature.Un des changements les plus profonds amenés par l\u2019autogestion, c\u2019est que la société, ou des individus dans la société, cesse de se poser en propriétaire des différents biens économiques et en particulier des ressources naturelles.En effet, l\u2019idée de posséder, de s\u2019approprier un moyen de production ne va pas de soi : cela relève d\u2019une conception bien particulière de la réalité et de la nature qu\u2019on pourrait qualifier de conception instrumentaliste.Qu\u2019il n\u2019y ait pas de différence fondamentale entre le fait de posséder une brosse à dents, un paquet de cigarette, une paire de pantalons ou un champ, une mine, une usine, cela est-il si évident ?Pour 184 les Amérindiens, dont nous nous sommes justement appropriés le pays, cela n\u2019allait pas de soi.Quand nos ancétres leur ont demandé de leur céder une partie du territoire, les Amérindiens n\u2019ont pas bien compris de quoi il s\u2019agissait : comment donner ce qu\u2019ils ne possédaient pas ?Pour eux, le territoire ne leur appartenait pas \u2018\u2018au sens juridique\u201d, européen, il était à tous, à tous ceux qui vivaient dessus.Chacun pouvait l\u2019utiliser en fonction de différents droits de passage, de chasse, de campement.Mais ils s\u2019y sentaient trop étroitement liés pour se l\u2019approprier, aussi bien les nomades des Plaines que des Indiens agriculteurs de l\u2019Arizona.On circule sur un territoire, on y travaille, on le cultive : on le transforme et il nous transforme en retour : le territoire, le pays n\u2019est pas une brosse à dents : les hommes ne peuvent pas se l\u2019approprier car ils en font partie.La société autogestionnaire, en mettant l\u2019accent sur les droits et non plus sur la propriété des moyens de production devra se rapprocher de cette conception du territoire qui était celle des Amérindiens.En effet, si on s\u2019approprie le territoire, le pays, la nature, il faut d\u2019abord s\u2019en extraire, se poser à l\u2019extérieur : on ne possède pas ce dont on fait partie.En se posant en dehors de la nature, l\u2019homme se pose en même temps au dessus d\u2019elle : il prétend désormais la con- troler, la maitriser.Avant, \u2019homme transformait tout aussi bien la nature, mais il agissait dans la nature; depuis le moment de cette appropriation, de cette coupure entre l\u2019homme et la nature, il agit maintenant sur la nature.La \u201clutte contre la nature\u201d commence : contre la température et les intempéries, contre la terre, les mines, les animaux, la mer, les ressources, contre les éléments, contre les sauvages (contre les Autres sociétés, contre les fous, les infirmes, les femmes, les enfants, les vieux, etc.).La nature est perçue comme un ennemi contre lequel il faut se battre et non pas comme un allié potentiel qu\u2019il faut essayer d\u2019aprivoiser et faire travailler avec nous, pour nous.Par exemple, par souci de \u2018\u2018rationalité\u201d, on construit les villes en damier avec 185 orientation Nord/Sud, Est/Ouest, au lieu de respecter les circulations d\u2019air, les dénivellations, les cours d\u2019eau, les micro-climats.On installe des rocailles ou des jardins \u201ca la francaise\u2019 autour de nos maisons, au lieu de planter au nord les conifères qui coupent le vent d\u2019hiver et au sud les feuillus qui font de l\u2019ombre l\u2019été et laissent passer le soleil en hiver.Non seulement la société se pose hors de la nature, contre la nature, mais elle la conçoit comme une chose, comme un objet qu\u2019elle peut manipuler à sa guise.On se sert de la nature à des fins \u2014 économiques bien souvent \u2014 qui lui sont extérieures et même dommageables, mettant en danger l\u2019équilibre et la survie de certains écosystèmes.On construit des barrages qui menacent la survie de certaines espèces pour faire de l\u2019électricité, on charrie les pitounes sur les rivières, les polluant et détruisant les frayères du saumon.Mettre fin à la lutte contre la nature n\u2019équivaut pas à un retour passif et béat à la nature et à la vie champêtre de nos ancêtres.Par définition, la société qui est dans la nature, quand elle se transforme, transforme aussi la nature; mais cela peut être fait de deux façons différentes : dans le cadre d\u2019une lutte contre la nature, dans la perspective de la dominer, de l\u2019asservir à des fins économiques ou autres; ou dans le cadre de l\u2019autocréation de la société par elle-même : on travaille alors de concert avec la nature, et on essaie de s\u2019en faire une alliée, de tirer profit de ses cycles et de ses rythmes, de son fonctionnement particulier et diversifié.Quand on parle de lutte contre la nature, on pense aussitôt à la science et à la technologie.Que devien- draient-elles dans la société autogestionnaire ?Longtemps on a cru à la neutralité de la science et de la technique qui auraient tout simplement fourni les instruments permettant à l\u2019homme d\u2019accomplir son destin, la maîtrise des \u2018\u2018forces naturelles\u201d; ainsi, la même technologie, sans modification significative, pourrait être à la base d\u2019une société capitaliste ou socialiste, dépendant seulement de la propriété des moyens de production.186 Une telle position est devenue intenable : la technique apparaît de plus en plus comme un facteur d\u2019oppression et surtout de contrôle sur les ouvriers.La division du travail, sa parcellisation, son organisation à la chaîne, la rationalisation des tâches est partout aliénante, dans les bureaux comme dans les usines, à l\u2019Est comme à l\u2019Ouest.Les historiens et les historiens des sciences qui étudient la révolution industrielle (2), avec le recul actuel, arrivent à la conclusion que ce n\u2019est pas la technologie nouvelle qui est la cause de l\u2019oppression des travailleurs, mais au contraire que c\u2019est le désir du capitaliste et de l\u2019industriel de maintenir le contrôle sur les ouvriers qui fut la cause de l\u2019adoption d\u2019une nouvelle technologie.C\u2019est pourquoi les autogestionnaires parlent d\u2019inversion technologique et de technologie douce, douce pas seulement envers l\u2019environnement qu\u2019il faut cesser de gaspiller, mais aussi douce à l\u2019égard des travailleurs qui se sentiraient moins aliénés par son application.Une technologie douce, collant aux particularités écologiques et sociales de chaque communauté s\u2019inscrit bien dans le cadre de la décentralisation.Chaque communauté pourra adopter la technologie qui lui convient le mieux en fonction de ses objectifs particuliers.Dans la mesure où on prétend lutter contre la nature, on a besoin d\u2019un Etat Major central qui décide de la stratégie à adopter selon des normes d\u2019efficacité et de rendement moyen maximal.Si on essaie au contraire d\u2019apprivoiser la nature pour marier ses fins aux nôtres, il faut tenir compte de ses spécificités.Une société écologique ne peut être que décentralisée; une société autogestionnaire ne peut être qu\u2019écologique et décentralisée.L\u2019exploitation de la nature par l\u2019homme et l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme sont inséparables : ce sont les deux côtés de la médaille de la société industrielle : elles passent toutes deux par l\u2019utilisation d\u2019une même technologie et reflètent le même désir de domination.2.Voir André Gorz, Critique de la division du travail, Seuil, coll.Points, Paris, 1973; et David Dickson, Alternative Technology, Fontana/Collins, London, 1974.187 Mais, comme je l\u2019ai déjà mentionné, l\u2019inversion technologique n\u2019est pas seulement affaire d\u2019écologie, elle doit aussi briser l\u2019aliénation du travail, lui rendre son sens, son appartenance à la vie.Il faut réunifier la vie \u201cprivée\u201d et le travail qui sont devenues dans la société industrielle deux sphères bien distinctes et même opposées de la vie; il faut aussi briser la hiérarchie dans les milieux de travail, deux des principales sources de l\u2019aliénation dans le travail.Pour ce faire, l\u2019autogestion de l\u2019entreprise par les travailleurs est la première étape à accomplir en ce qu\u2019elle brise la hiérarchie et redonne un sens au travail en permettant à chacun d\u2019avoir une prise sur son travail.Mais cela ne suffit pas; si on veut vraiment vivre l\u2019autogestion et la démocratie dans les milieux de travail, il faudra repenser l\u2019organisation concrète du travail et envisager la rotation des tâches, la déparcellarisation du travail, la constitution d\u2019équipes et d\u2019ateliers autonomes, responsables d\u2019un secteur complet de la production, la revalorisation des savoirs ouvriers et populaires.De tous ces éléments, la revalorisation des savoirs ouvriers est sans doute le plus important : en même temps que la population reprend le contrôle des moyens de production, elle doit aussi reprendre celui de la production de ces moyens de production.Il faut donc penser des outils non pas moins puissants ou moins sophistiqués, mais simples à manipuler, à comprendre et à réparer, robustes et polyvalents, et ce aussi bien en ce qui concerne les outils matériels qu\u2019intellectuels.Il y a deux préjugés dans la société industrielle dont il va falloir se débarrasser : 1) savoir : pouvoir; en effet, dans la société autogestionnaire, chacun est le spécialiste de la société qu\u2019il désire et qu\u2019il contribue lui-même à construire; 2) savoir : diplômes; les diplômes sanctifient un certain type de savoir mais pas tout savoir en général.De plus, comme elle ne sera plus en guerre contre la nature ou contre une partie d\u2019elle-même, la société autogestionnaire devra modifier sa conception du temps.Elle ne devra pas se définir en fonction d\u2019un âge d\u2019or perdu ou d\u2019un paradis à venir, mais en fonction du pré- 188 Mr \" sent.L\u2019accent mis sur le progrès, sur le futur, sur l\u2019accumulation de biens ou de capitaux, sur les sacrifices à accomplir en vue du progrès social caractérise une société où on mise essentiellement sur la production et la consommation, où la production et la consommation sont devenues des fins en soi et la mesure du bonheur humain.Il faut arrêter de penser le temps de façon linéaire avec des avant et des après ou comme un progrès inéluctable dans la lutte contre la nature ou pour une société meilleure, ne plus penser en fonction du grand soir de la révolution où il suffit de poser par décret l\u2019abolition de ceci ou de cela pour que la société se transforme en profondeur.Il faut penser la société au présent, comme un processus permanent d\u2019autocréation, d\u2019auto-institution, d\u2019expérimentation en fonction des ressources et des spécificités locales et des désirs des gens : penser la société par rapport à elle-même et non pas par rapport à un Ailleurs ou à un Tantôt; non pas seulement en fonction des grands-parents ou des petits- fils, mais, sans les oublier, ne pas nous oublier non plus.d\u2019ou entre autres I'importance de redonner un sens au travail.Ce n\u2019est pas un hasard si en Occident on pense \u2018\u201ctraditionnellement\u201d les sociétés en termes de mode de production : cela revient à les mesurer sur l\u2019échelle du progrès, à les inscrire sur la ligne du temps.L\u2019insistance mise sur la production recoupe celle mise sur le progrès.L\u2019accumulation, pour exister, nécessite une conception linéaire du temps, par définition : l\u2019accumulation est la différence entre ce que l\u2019on possède à un moment donné (t plus 1), et ce que l\u2019on possédait précédemment (au temps t, t moins 1, \u2026).Et si l\u2019insistance mise sur la production correspond à la valorisation du progrès, à la recherche du futur, l\u2019autogestion, avec la rupture de cette conception linéaire du temps, réaffirme son insistance sur le politique, sur l\u2019autocréation permanente de la société.On voit la société au présent, comme un processus et non pas comme une institution; l\u2019autogestion n\u2019est jamais finie, acquise une fois pour toutes; elle est construite à chaque instant; une société autogestionnaire 189 n\u2019est plus définie par son Etat, mais par son auto-insti- tution permanente.Parlant d\u2019autocréation de la société, d\u2019auto-institu- tion permanente, on retrouve le concept d\u2019expérimentation sociale; parlant de processus jamais fini, on retrouve la nature avec ses cycles et ses rythmes, complexes et non linéaires; en fait, tous les aspects dont j'ai déjà parlé sont étroitement solidaires les uns des autres.L\u2019idée de progrès est liée à l\u2019accumulation, impensable sans une conception linéaire du temps; le progrès et l\u2019accumulation donnent naissance à une vision économiste de la société où la nature est conçue de façon instrumentale, comme un objet dont on peut disposer à sa guise ou comme un ennemi contre lequel il faut lutter; la lutte contre la nature est aussi liée à la notion de propriété et au rapport d\u2019intériorité ou d\u2019extériorité que la société entretient avec le territoire; un rapport d\u2019extériorité amenant un désir de maîtrise et de domination de la nature entraîne l\u2019accumulation, l\u2019exploitation de la nature et des travailleurs, alors qu\u2019un rapport d\u2019intériorité pousse à mettre l\u2019accent sur les rythmes naturels, sur les processus toujours recommencés.La société autogestionnaire ne se pose pas hors de la nature, au-dessus d\u2019elle, mais dans la nature.Elle n\u2019agit plus sur la nature, mais dans la nature.Comme l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme et celle de la nature par la société sont les deux aspects complémentaires du même phénomène, elle devra surmonter tout à la fois la coupure entre elle-même et la nature, celle entre elle et les autres sociétés \u2014 le Nous versus les Sauvages \u2014 et celles en son sein entre le bon et le mauvais citoyen, entre le normal et le Sauvage Intérieur : les femmes, les fous, les malades, les vieux, les enfants, etc.Construire une société autogestionnaire ce n\u2019est pas modifier, par décret, l\u2019organisation sociale ou économique, c\u2019est inaugurer un processus permanent de création de la société par elle-même qui implique une modification importante de nos catégories les plus importantes : 190 mens Pr = \u2014 le temps qui est pensé au présent, comme un processus et non plus de façon linéaire, fragmenté en avant et en après; \u2014 l\u2019espace, le territoire, le pays qui ne sont plus extérieurs à nous, mais dont nous faisons partie, que nous transformons et qui nous transforment en retour; \u2014 la nature, dont nous faisons également partie et contre laquelle il serait par conséquent absurde de vouloir lutter; il ne s\u2019agit plus d\u2019agir contre elle, sur elle, mais avec elle et dans elle; \u2014 le travail, qui n\u2019est ni le contraire de la vie, ni sa composante principale, mais une de ses parties à laquelle il importe de redonner un sens et de prendre le contrôle, \u2014 le savoir qui n\u2019est pas qu\u2019affaire de diplômes, mais de vécu et d\u2019expérience personnelle et collective; \u2014 la science et la technique qui n\u2019apparaissent plus neutres, ni écologiquement, ni socialement; \u2014 l\u2019économie, qui cède le pas au politique et au social dans la définition de la société; \u2014 la société en général qui n\u2019est plus pensé comme un Etat, une institution, mais comme un processus, une expérimentation et une autocréation permanente, où les différences sont comprises en termes de différences justement, et non de hiérarchie.Le défi majeur de la société autogestionnaire reste bien sûr celui de la coordination qu\u2019il faudra réaliser à tous les niveaux et entre tous ces niveaux : autogestion de l\u2019entreprise, de la communauté, de la région, du pays.Mais il fallait souligner que cela passe par une transformation profonde de notre façon de concevoir le monde et la société.L\u2019un ne saurait se faire sans l\u2019autre.191 py Lo Pr Jean-Jacques Simard * La région retrouvée \u201cLa révolution ne sera ni le résultat de l\u2019action spontanée des masses, ni le résultat de changements institutionnels décrétés par les appareils centraux.Elle requiert la transformation des consciences par l\u2019expérimentation de nouvelles formes de vie avant la mise en place d\u2019un nouveau système.\u201d H.Marcuse Depuis quand le mot d\u2019autogestion est-il entré dans le langage courant de la gauche, en ce pays ?En 1973, vous auriez pu parcourir les régions excentriques, passant à saute-mouton de Cabano aux Opérations-Dignité, de Manseau aux paroisses marginales du Nord-Ouest en accrochant Tembec, et ne pas entendre une seule fois sonner le grelot autogestionnaire.Quelque souffle nouveau aurait-il, depuis six ou sept ans, animé la province ?Ou s\u2019agirait-il plutôt d\u2019une rencontre du troisième type entre un concept venu d\u2019Ailleurs et quelques autochtones faisant de la prose autogestionnaire sans le savoir ?Ceux qui en Europe brandissent aujourd\u2019hui le flambeau autogestionnaire veulent marquer leur rupture critique par rapport à un triste héritage qui entache l\u2019histoire mondiale du socialisme : centralisme, état totalitaire, parti-unique, impérialisme soviétique et relents écoeurants d\u2019un certain cloaque appelé GOULAG.Quand, en votre sein, dans votre propre tradition de gauche et dans ces mémoires incarnées que constituent * Département de sociologie, Université Laval.193 vos partis communistes nationaux, vous retrouvez encore trop de traces du Bonhomme Sept-Heures, l\u2019autogestion sait porter de puissantes espérances.Si on lit, par exemple, le Français Rosanvallon (1), on s\u2019aperçoit que cette toile de fond finit par occuper une bonne part du devant de la scène.La question est de savoir si l\u2019idée d\u2019autogestion est apte à assumer au Québec une pertinence, une signification pratique ou une densité critique similaire.Ici, ou nulle chasse aux truffes historiographiques ne parviendra à nous déterrer une tradition communiste le moindrement élargie et enracinée, il y a quelque chose d\u2019artificiel à emprunter le mot d\u2019autogestion au discours de la gauche européenne comme pour répondre à ceux d\u2019entre nous qui, depuis une quinzaine d\u2019années environ, essaient courageusement d\u2019avaler tout rond, comme font les boas, un camenbert marxiste d\u2019aussi évidente importation.Avec un Pepsi, ça ne passe pas toujours très bien.Certes, le débat est nécessaire et inévitable, puisqu\u2019il faudra bien digérer le monde tel qu\u2019il est pour parvenir à nous y traduire tels que nous sommes.Mais cette dialectique n\u2019avouera toute sa fécondité qu\u2019au jour où les concepts échapperont à leur orbite intellectuelle d\u2019origine pour aller rejoindre les pratiques et traditions autochtones \u2014 américaines, canadiennes-françaises-catholi- ques, québécoises enfin.L\u2019autochtone, en effet, veut bien prendre part à la construction de l\u2019Histoire, mais à condition qu\u2019il s\u2019agisse aussi un peu de la sienne propre.À force de parler de l\u2019Humanité, il arrive qu\u2019on oublie les hommes et les femmes en chair et en os.Car il n\u2019existe pas de mode universel d\u2019appartenance à l\u2019humanité : on est humain à la japonaise ou à l\u2019esquimaude, à l\u2019heure de Darius ou à celle de la commission trilatérale, à la manière du Brahmane ou à celle de l\u2019ouvrier de l\u2019Alcan.A partir d\u2019expériences sociales accumulées en des temps et lieux singuliers, les hommes produisent les mémoires, les continuités et les projets collectifs qui les définissent.L\u2019his- 1.L'âge de l\u2019autogestion, Seuil, coll.Politique, Paris, 1978.194 toire universelle restera un buissonnement de différences, pour cette raison même, malgré la mondialisation des impérialismes.Celle-ci appelle seulement un souci plus rigoureux de ne pas gommer la diversité de la praxis sous les apparences d\u2019uniformité.Bref, prenons garde de nous charrier en pinçant le réel avec des mitaines de feutre à taille unique.L'action créatrice d\u2019histoire s\u2019élabore aussi bien dans la vie de tous les jours qu\u2019à l\u2019occasion de gestes éclatants et toujours à partir des matériaux historiques effectivement disponibles aux collectivités particulières.Une pensée critique qui l\u2019oublierait risque de s\u2019échouer sur les étalages académiques, à côté des autres abstractions-de- consommation où les malheureux parvenus de la scolarisation obligatoire que nous sommes cherchent vainement de quoi assouvir leur boulimie de sens et de vérité.Dans les régions québécoises, l\u2019usage du concept d\u2019autogestion n\u2019est guère répandu.Pour le moment, l\u2019idée flotte en l\u2019air en attente de son créneau dans un discours libératoire en prise ferme sur le pays vécu.Tant mieux.Le mot cherche sa détermination historique.Ouvert à tous les points d\u2019interrogation sociaux susceptibles de se donner rendez-vous sous ses branches, il doit continuer d\u2019embrasser pêle-mêle et sans rigueur un éventail de formes d\u2019expérimentation collective n\u2019ayant guère en commun que de rassembler des gens ordinaires autour d\u2019une action axée sur eux-mêmes, sur leur auto-détermination : regroupements forestiers, petites entreprises chevrotantes prises en charge par leurs employés, média plus ou moins communautaires, associations de paroisses marginales, coopératives alimentaires parallèles, coopératives de rénovation de l\u2019habitat, de composition graphique, de recherche, de services professionnels, etc.Un parallèle vient à l\u2019esprit.Suivant la dérive québécoise des emprunts à la contre-culture états-unienne, Paul Chamberland finit par découvrir, au détour de l\u2019histoire qui naît, un laboratoire \u201c\u201cd\u2019utopie concrète\u201d où 195 mijotent, avec les bouillons de culture spiritualistes et les catalyseurs écologistes, la plupart des expériences que nous venons d'inscrire au bottin \u2018\u2018autogestionnaire\u201d (2).Curieuse convergence, qu\u2019annonçait déjà la revue Le temps fou.Quand les \u201cfreaks\u201d peignés et les intellectuels-de-gauche décrispés se retrouvent côte à côte pour se mirer dans le J.A.L., quelque chose se passe qui mérite attention.On croirait, selon une expression incorrecte mais consacrée, que la voie \u201c\u2018alternative\u201d américaine, arrachée aux sphères intérieures de la révolution narcissique, et la voie \u201calternative\u201d européenne, purgée de ses masses démocratico-centralisées, aboutissent ensemble en Gaspésie ou en Abitibi à la recherche du peuple des Habitants et des Travailleurs (3).A partir des métropoles se diffusent en régions des bribes de discours et des courants de pratiques.Le retour des enfants prodigues y compte pour quelque part; le diplôme fatigué, ils sont rentrés de Québec ou Montréal, jetant sur le perron leur pack-sack d\u2019espérances communautaristes et d\u2019engagement social, leur volonté de travailler, leurs projets P.I.L.et leur drôle de langage marxo-écolo-radio-vidéo-technocrato-populiste.Ils participent d\u2019un phénomène tout juste concevable il y a seulement dix ans : l\u2019émergence de solides intelligentsias régionales et régionalistes auxquelles les campus excentriques de l\u2019Université du Québec essaient d\u2019offrir un pôle.Les nouvelles intelligentsias embrassent, adoptent, parasitent parfois mais en tout cas fécondent des mouvements sociaux qu\u2019elles n\u2019ont pas vraiment suscités, 2.\u201cLa contre-culture au Québec\u201d, Dossier-Québec, Stock, Paris, 1979, 3.Les lecteurs d\u2019âge tendre ont peut-être oublié qu\u2019hier encore les gens d\u2019ici appelaient les cultivateurs \u201chabitants\u201d et les cols-bleus industriels \u2018\u2018travaillants\u201d.Le mot \u201couvrier\u201d désignait les artisans de la construction.Je traduis donc en dialecte autochtone les généralités \u201c\u201cpaysannerie\u2019\u2019 et \u201cprolétariat\u201d.Comme les Amérindiens, nous sommes en train de perdre notre langue et ça m\u2019ennuie.196 car la plupart sont nés de la Révolution tranquille, sur les terreaux régionaux eux-mêmes.C\u2019est sur ces pistes- là, précisément, qu\u2019on remontera jusqu\u2019à la genèse des expériences actuelles de type autogestionnaire pour essayer d\u2019en saisir la portée et la signification.En régions, le mouvement \u201cautogestionnaire\u201d\u201d fait écho à un autre qui l\u2019a précédé et dont il constitue la contre-partie dialectique (comme le mouvement ouvrier ne se saisit pas en dehors de la révolution bourgeoise).Je veux parler de la poussée historique qui s\u2019est placée sous l\u2019étendard du \u201cdéveloppement régional\u201d, entre la fin de la guerre et aujourd\u2019hui.Imaginons-nous, si vous voulez, à Chicoutimi, vers 1950.Les notables de la région, syntonisés pour la plupart sur un clocher ou un autre \u2014 ils en ont \u2018\u201cl\u2019esprit\u201d, comme on dit \u2014 sentent soudain au siège de leur préséance une poussée; c\u2019est celle de la confrérie des nouveaux riches, éperonnée par la prospérité conséquente à la guerre : contracteurs, industriels, assureurs, vendeurs d\u2019autos, rois de la \u2018\u201c\u201ccour-à-scrap\u201d\u2019.Ces parvenus se mouchent de la manche et n\u2019ont pas leur cours classique, mais il va falloir quand même composer avec eux, car le tintement des pièces d\u2019argent enterre celui du bronze béni.En découvrant le marché qui la fait vivre, la bourgeoisie d\u2019affaires canadienne-française en ascension découvre la région, entonne les premières strophes de l\u2019hymne régionaliste, cherche à rallier derrière elle la solidarité des producteurs qui ont compris que l\u2019économie, c\u2019est la vie, et installe le premier échafaudage d\u2019une superstructure politique régionale : les Conseils d\u2019orientation ou d\u2019expansion économique (C.E.R.), où l\u2019Union Catholique des Cultivateurs et la Confédération des Travailleurs catholiques du Canada sont aimablement À conviés.L'initiative appartient aux Chambres de Com- Ee 197 merce régionales qui, mine de rien, inventent ainsi avant Pheure et en s\u2019inspirant de la doctrine corporatiste ce qu\u2019on appellera tantôt la participation.Sous le signe de l\u2019expansion et de la rationalité économique, les brasseurs d\u2019affaires fondent les cloches de la région en une seule, tentent de consolider leur légitimité comme mandataires du bien commun régional, poussent du coude les vieilles élites traditionnelles politicailleuses et portées sur le bénitier, puis, par l\u2019intermédiaire de la Chambre de Commerce de la province de Québec où ils se retrouvent pour écouter prêcher certains intellectuels organiques venus de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales, les voici à la fin des années cinquante qui frappent à la porte de l\u2019Etat, la griffe tendue vers les coffres où s\u2019accumule le capital public.C\u2019est que sur le terrain des affaires, le grand capital privé, américain, canadien, anglophone, et, on a beau dire, étranger, occupe déjà presque toutes les places.Contre cette puissance établie, les P.M.E.autochtones exigent la réanimation du Conseil d\u2019Orientation Econo- mique du Québec et, ravalant provisoirement leur libéralisme, se résignent à la planification étatique de la croissance.Il s\u2019agit de prendre systématiquement appui sur les fonds publics pour supporter son ascension.C\u2019est là, au C.O.E.Q., que les intérêts d\u2019affaires rencontrent une autre couche bourgeoise en ascension : les experts venus des universités, capitalistes canadiens- français du know-how qui, à défaut d\u2019avoir accès à la gestion des grandes entreprises anglophones, ont décidé de se faire les dents sur les appareils d\u2019Etat \u2014 qu\u2019il faut bien commencer par construire et par vendre au bon peuple.Eux aussi essaient de se légitimer en prêchant, contre les vieilles valeurs tribales, la rationalité technique universelle et une politique fonctionnelle; contre un libéralisme qui ne sert que les capitalistes étrangers, on brandira la planification scientifique; et contre les patroneux et les groupes d\u2019intérêts constitués, on jouera de la participation.Pour ériger l\u2019appareil technobureaucratique, d\u2019un côté, pour profiter d\u2019investissements mas- 198 MODE TN PL sifs, de l\u2019autre, pour générer et maîtriser le capital public, ensemble, plutocratiques et technocrates autochtones contractent un mariage de raison, enfantent la nationalisation de l\u2019électricité, la Caisse de dépôts et placements, la S.G.F., et\u2026 la planification du développement régional.A ce \u2018\u2018niveau\u201d, comme on dira de plus en plus, le voyage de noces a lieu dans le Bas-du-Fleuve, dans un motel appelé Bureau d\u2019Aménagement de l\u2019Est du Québec (B.A.E.Q.).Sous le prétexte d\u2019une \u2018\u2018expérience pilote\u201d, on ne vise rien de moins qu\u2019à élaborer les devis d\u2019un nouveau \u2018modèle de société\u201d.Simplifions : rigoureuse synchronisation, à l\u2019échelle régionale, des interventions publiques et privées dans les divers secteurs de l\u2019économie, des politiques sociales et des stratégies éducatives; rationalisation des choix collectifs par la conjugaison d\u2019études scientifiques et des fruits d\u2019une consultation permanente des administrés, encadrés par un vaste appareil d\u2019animation et de participation aboutissant à un C.E.R.consolidé : le Conseil régional de développement (C.R.D.).En un mot, l\u2019Etat cybernétisé, équipé de censeurs de stimuli plantés dans le corps politique, où les circuits bureaucratiques d\u2019information opérante, de rétroaction et d\u2019autorégulation remplaceraient la démocratie parlementaire et les mécanismes du marché pour instaurer la co-gestion clentèle/ personnel d\u2019une Société-entreprise réduite à ses appa- reuls.Délirant tant qu\u2019on voudra, ce projet n\u2019en est pas moins celui qui inspire les couches d\u2019avant-garde de la bourgeoisie capitaliste contemporaine : l\u2019élimination des contradictions sociales par le management des \u2018\u201csystèmes\u201d (4); et c\u2019est à son enseigne que ce sont ralliés les idéologies du développement régional au Québec à la fin de la décennie soixante, alors que les C.R.D.et les Missions de Planification se propageaient dans toutes les régions sauf celle de Montréal.4.Le repérage de ces \u201csystèmes\u201d sociaux occupe de nos jours encore un bon nombre des théoriciens de la \u201cscience\u201d politique et de la \u2018\u2018science\u201d économique.199 Pratiquement, les slogans lancés par les classes montantes jouent sur d\u2019autres cordes, beaucoup plus grosses: \u201cMaîtrise régionale du destin collectif ! Rattraper les statistiques de la société moderne ! On vise le coeur du peuple, et ma foi, on vise juste.Ce n\u2019est pas que ces appels profitent d\u2019une \u201cconscience régionale\u201d déjà existante, puisqu\u2019ils veulent plutôt la susciter.Mais ils résonnent très fort dans la conscience lorsqu\u2019on est effectivement victime de la dépendance et de l\u2019impuissance, effectivement honteux de sa marginalité et vulnérable aux charmes lointains et trompeurs d\u2019un standard de vie métropolitain qui se donne en illustration du bonheur.Pendant quelque temps, les régionaux qui s\u2019intéressent au développement économique de leur collectivité vont embarquer dans la galère de \u201cleurs\u201d nouvelles élites.Des thèses paraissent alors dans les universités, du genre : \u201cLes C.R.D., amorces d\u2019un mouvement social.\u201d Mouvement de classe, oui.Mouvement du peuple des régions, non.Car ce ne sont pas les \u201crégions\u201d \u2014 cette commode abstraction comparable à l\u2019idée de nation et aussi utile pour effacer les différences de classe \u2014 que les dirigeants du mouvement de \u2018développement régional\u201d veulent développer.Les missionnaires de la techno-bureaucratie ne cherchent rien d\u2019autre dans les régions qu\u2019une assise géographique à l\u2019appareil de gouverne, centré en métropole, qu\u2019ils sont en train d\u2019installer; leurs chants partici- pationistes et régionalistes ne font qu\u2019adresser aux clientèles de l\u2019Etat un pressant appel pour qu\u2019elles rejoignent la place qui leur est assignée dans l\u2019appareil, et du même coup, en prouvent la nécessité.Quant aux brasseurs d\u2019argent, s\u2019ils font du lipsing sur les mêmes rengaines, c\u2019est pour étayer de chauvinisme et d\u2019esprit-de-clocher régional les pressions qu\u2019ils appliquent sur les gouvernements afin d\u2019en soutirer les capitaux ou les contrats dont ils ont besoin.Pour des fins stratégiques, ils doivent emprunter au vocabulaire technocratique partici- pationiste parce que le langage de la légitimité se transforme lorsque le capitalisme atteint sa phase cyberné- tiste.Pour les pères-fondateurs du régionalisme, la région reste un prétexte et non une fin.200 À preuve : les technocrates ont vite abandonné leur stratégie \u2018\u2018territoriale\u201d.L\u2019appareil de l\u2019Etat s\u2019est finalement érigé sur les bases d\u2019un découpage sectoriel, suivant les réseaux ministériels : éducation, affaires sociales, loisirs, aménagement et urbanisme, etc.L\u2019Office de Planification et de développement (O.P.D.Q.) a relégué au rang d\u2019un service parmi d\u2019autres celui du développement régional; en région, les C.R.D.sont ravalés de la même façon par des conseils sectoriels; la loi 125 radoube les moribonds des conseils de comté en laissant flotter les instances régionales dans les limbes tandis que le ministre fédéral de l\u2019Expansion économique régionale doit se battre avec Québec pour faire accepter ses enveloppes régionales, car on préfère l\u2019approche sectorielle.De son côté, la bourgeoisie d\u2019affaires, en s\u2019engraissant, a maintenant élargi ses perspectives.On se donne en exemple Provigo, Alfred Hamel, qui ont échappé à l\u2019orbite des régions où ils sont nés.Le discours du développement parle d\u2019entrepreneurship, de fusions d\u2019entreprises, de croissance déterritorialisée (foot loose), d\u2019exportation, de technologie de pointe.Le livre blanc \u2018\u2018Bâtir le Québec\u201d appuie sur les P.M.E.les stratégies de développement économique, dont il liquide la dimension régionale en quelques paragraphes (5).De 5.Refoulées aux franges de la société industrielle par la puissance du capital étranger, les élites canadiennes-françaises ont cherché à investir la destinée collective dans un espace social mythique, vierge des pourritudes du capitalisme contemporain, une Terre Promise parallèle où la Nation réaliserait sa mission providentielle en refaisant le monde moderne à partir de la base.Christian Morissonneau a retrouvé ce projet derrière le mythe de la colonisation du Nord, au 19e siècle.La transformation des conditions objectives du développement a déplacé l\u2019espace-refuge.Au cours des années trente, il tentera de renaf- tre dans le double avortement du retour-à-la-terre et du corporatisme, puis, avec la Révolution tranquille, il s'accroche à la Manicouagan et à l\u2019utopie de la région planifiée-participante.La Baie James et les P.M.E.composent aujourd\u2019hui l\u2019espace parallèle où les Québécois chercheraient encore la Terre Promise où reconstruire le monde et trouver leur grandeur.201 ploints de rassemblement qu\u2019ils se voulaient, plusieurs C.R.D.tendent à réduire leur rôle à celui d\u2019un lobby au service des raccoleurs d\u2019implantations industrielles subventionnées.Forcément, les espoirs populaires qui s\u2019étaient, pour un temps et non sans méfiance, investis dans le mouvement de planification régionale se sont trouvés déçus.Craquements au B.A.E.Q., aggressivité et cynisme devant la plupart des Missions de planification envoyées en régions, perte graduelle de la crédibilité des C.R.D.: les signes ne manquaient pas.Car le mouvement avait beau correspondre aux stratégies des puissants, il n\u2019en portait pas moins ses propres contradictions : des appels utopiques à l\u2019autodétermiination collective, la diffusion du langage des sciences sociales, l\u2019agitation des animateurs sociaux, l\u2019érosion de la légitimité des politiciens \u2014 tout cela s\u2019additionne avec bien d\u2019autres choses pour ébranler les certitudes, dénuder l\u2019insécurité, libérer les solidarités traditionnellement encadrées pour les rendre disponibles à une praxis nouvelle.La lutte menée par les nouvelles classes contre les vieilles élites va susciter, bien malgré ses meneurs, une lutte entre le peuple et les nouvelles classes ou, plus précisément encore : un combat contre les tendances dominantes du développement capitaliste avancé.En simplifiant un peu pour essayer d\u2019y voir clair, on s\u2019aperçoit que la plupart des problèmes de développement régional tiennent à ce qu\u2019on appelle, en économie libérale, la mobilité géographique des facteurs de production : le capital et la main-d\u2019oeuvre.Lorsque la valeur des choses est appréciée selon leur seule rentabilité marchande, rien n\u2019oblige les travailleurs, les usines ou les fonds d\u2019investissement à demeurer en région \u2014 sauf bien sûr si leur utilité s\u2019appuie sur l\u2019exploitation d\u2019une ressource naturelle.D\u2019autre part, la mobilité des facteurs suit les tendances à la concentration du capital 202 TA a investi au sein d\u2019unités productives de plus en plus grandes et, par conséquence, des travailleurs que mobilise ce capital.A partir d\u2019une certaine taille, dont le seuil numérique s\u2019élève avec l\u2019augmentation des unités de production, les bassins de main-d\u2019oeuvre contribuent à la fixation géographique du capital car ils offrent en même temps un vaste marché local de consommation.La conjugaison des \u201c\u201clois\u2019\u2019 capitalistes de mobilité et de concentration engendre dans l\u2019espace géographique d\u2019importantes assymétries, dont on rend compte en parlant de centres et de périphéries.Les disparités qui s\u2019ensuivent n\u2019ont pas qu\u2019un aspect statistique.La maison est bâtie tout croche : les forces de gravité économique ne cessent de tirer sur sa charpente qui a de plus en plus besoin d\u2019être étayée (par des politiques gouvernementales de redistribution, disons).Le développement des centres vampirise le capital neuf, les ressources et les marchés de leurs périphéries.Un exemple : le succès même des Caisses d\u2019entraide économique du Saguenay- Lac-St-Jean les mène à chercher des occasions d\u2019investissement ailleurs que dans la région.Power Corporation agit de la même façon à l\u2019échelle du Québec : elle lorgne les chances d\u2019entrer dans le jeu américain ou européen.Des initiatives amorcées en périphérie aboutissent dans les centres parce que le capital tend à se concentrer pour maximiser sa rentabilité.Et le développement aussi bien que la stagnation des zones périphériques dépendent de plus en plus d\u2019options prises aux centres.Un mot, encore : un même territoire régional peut fort bien appartenir à plusieurs champs de force économiques, différemment structurés selon les branches industrielles ou les secteurs d\u2019activité.Les centres de ces champs de force ne coincident pas toujours.Prenons Montréal, dont la centralité saute aux yeux : il ne fait pas de doute que sa croissance se nourrit des marchés régionaux de main-d\u2019oeuvre ou de consommation.Mais une large part du destin économique des régions périphériques échappe à l\u2019influence du pôle montréa- 203 lais (6).Le véritable centre dont la Côte-Nord forme une périphérie, c\u2019est Pittsburgh.A long terme, la mobilité géographique du capital ne respecte pas les frontières politiques, ni le tissu des établissements humains enracinés sur un territoire.Ce que chuinte la croissance aux oreilles des Québécois, ce n\u2019est plus : déménagez à Montréal, mais à Calgary, ou à Los Angeles.Le nez rivé sur les statistiques (comme si celles-ci parlaient d\u2019elles-mêmes), les spécialistes officiels du développement régional ont fabriqué de savants prétextes pour ne pas contrecarrer les tendances structurelles qui engendrent le dépérissement de certaines régions.La théorie des \u2018pôles de croissance\u201d, entre autres : a partir d\u2019un certain seuil de population et de capitalisation, une ville décolle, attire les investissements, et aspire dans sa traîne la prospérité des localités environnantes.Ainsi se justifie la déportation des résidents de paroisses \u2018\u201cmarginales\u201d\u2019 vers une métropole régionale et la concentration des équipements publics au même endroit, (7).Le fameux rapport Martin-Higgins-Raynaud, prenant la carte routière du premier poste d\u2019essence pour une représentation fidèle des structures spatiales de l\u2019économie québécoise, fait avancer d\u2019un cran la théorie des pôles de croissance : il faut concentrer les investissements à Montréal pour entraîner la croissance des régions périphériques.Regardez ici, sur la carte : le gros cercle jaune remorque les petits cercles blancs auquel il est lié 6.Voir Pierre Fréchette et al., \u201cLe sous-système régional\u201d, Prospective socio-économique du Québec, Québec, O.P.D.Q, 1978.7.Ce rite fait penser au \u201c\u2018culte du cargo\u201d, bien connu en anthropologie : visité une fois par des aviateurs égarés, un groupe indigène construit un simulacre d\u2019avion en joncs pour attirer les forces célestes chargées de miroirs et d'aliments en conserve.A Rimouski, certains indigènes commencent à perdre espoir \u2014 l\u2019aéroplane du capital industriel paraît insensible aux pièges qu\u2019on lui a tendus à grands frais, et aux quatre coins du Québec, les parcs industriels à moitié vides tendent pathétiquement leurs hautes clôtures galvanisées vers l\u2019azur insondable.204 par de grosses lignes rouges, et les cercles blancs tirent à leur tour les points noirs auxquels ils se rattachent par les petites lignes bleues.Qu\u2019importe si, en pratique, la théorie ne fonctionne pas et que se poursuive la saignée lente des périphéries non-rentables; on lui demande surtout de justifier le financement, à même les deniers publics, des implantations industrielles là où, de toutes manières, elles auraient eu tendance à s\u2019installer.À l\u2019opposé et au ras du sol, surtout dans les endroits où la loi d\u2019airain de la mobilité du capital s\u2019est soudainement traduite par une fermeture d\u2019usine ou la menace d\u2019une relocalisation, on propose une analyse qui, pour être plus crue, n\u2019en paraît pas moins réaliste : \u201cIls partent avec la richesse et nous laissent la misère.\u201d Ce \u201cIls signifie que le pouvoir social est un sous la diversité de ses masques, et ne dépend pas de \u2018\u2018lois scientifiques\u201d mais d\u2019intéréts bien incarnés.Quant a ce \u201cnous\u201d, il rassemble tous les habitants d\u2019un même coin de pays, dépossédés de la terre qui fait vivre et menacés d\u2019exil.L\u2019économie capitaliste, on s\u2019en souvient trop peu dans les villes, ne fait pas que transformer le travail en marchandise, elle voue les richesses de la terre au même sort.Certes, les deux dimensions de l\u2019aliénation se recoupent: on travaille pendant des générations pour se retrouver devant des grands trous vides et des forêts décharnées, un cheque d\u2019assistance sociale a la main.Mais l\u2019emphase de la prise de conscience porte d\u2019abord sur l\u2019appropriation marchande de l\u2019espace, l\u2019exploitation aveugle des ressources, et, en définitive, sur un régime économique qui sépare l\u2019homme de sa vraie nature : celle, aussi, d\u2019un être empaysé, qui se produit lui-même en façonnant historiquement l\u2019espace de son identité.Ce \u201cnous\u201d de classe est celui de gens capable de penser, à propos d\u2019un lieu quelconque : ici, on est chez nous (8).8.Les grands théoriciens socialistes ont négligé cet aspect de l\u2019humanisation; instruits, apatrides et urbains, ils ont insisté sur l\u2019aliénation du procès de travail et la séparation du producteur et de son produit; que ce produit soit aussi un paysage et un habitat n\u2019a guère été considéré.205 Quand on a \u201cfait de la terre\u201d, bûché, creusé des puits de mine, érigé des barrages, chassé, planté, bâti des maisons, des écoles et des églises, marché à l\u2019usine ou au magasin, l\u2019espace public quotidiennement patrouillé est encore celui d\u2019une communauté de significations partagées plutôt que d\u2019une simple masse d\u2019utilisateurs.L\u2019habitat est une mémoire dont participent les individus, c\u2019est le produit collectif où se reconnaît le producteur historique.Dès lors, plus que l\u2019émiettement du travail et l\u2019exploitation de sa dépense immédiate, ce sont les effets à long terme de la mobilité marchande des richesses accumulées et de la main-d\u2019oeuvre qui sont vécus comme un déchirement, une aliénation du soi.Pas besoin d\u2019attendre une fermeture : l\u2019exil successif et constant des jeunes générations en témoignait déjà depuis longtemps dans les arrière-pays québécois.Mais l\u2019accélération de ce phénomène structurel après la guerre, encouragée par les interventions de l\u2019Etat, a forcé la confrontation.L\u2019objectif vise donc d\u2019abord à fixer les capitaux investis, à réanimer les équipements déqualifiés, à susciter de nouvelles entreprises en s\u2019assurant dans tous les cas que les nouvelles richesses non consommées serviront à consolider l\u2019enracinement des populations qui les auront créées par leur travail, plutôt que de détaler à l\u2019appel des rendements financiers plus féconds une fois le garde-manger vide.Cela veut dire : socialisation d\u2019un capital quelconque, qu\u2019importe la formule; société d\u2019exploitation en commun des petites propriétés terriennes, participation communautaire (pas toujours ouvrière) à la propriété d\u2019une entreprise, regroupement des producteurs et des consommateurs d\u2019une même zone dans une coopérative.A quelques exceptions pres \u2014 celles-la ne font pas de bruit \u2014 l\u2019action implique une mobilisation politique de la communauté pour forcer l\u2019Etat à libérer les capitaux publics dont on a besoin : fonds d\u2019investissement ou d\u2019opération, concessions de ressources naturelles, infrastructures de services municipaux ou scolaires, etc.206 Sur ce front, on ne rencontre pas seulement les compagnies privées jalouses de leurs sources d\u2019approvisionnement ou de leurs marchés, mais aussi l\u2019appareil technobureaucratique en personne, la Montagne sacrée, monopole orgueilleux d\u2019une puissance publique abstraite qui tient absolument à s\u2019exercer au mépris même des bribes de souveraineté active que le peuple revendique pour lui-même.Doit-on parler d\u2019autogestion ?Au sens strict, quelques-unes seulement parmi ces entreprises sont gérées par leur personnel.Je l\u2019ai dit, la conscience de classe qui s\u2019y exprime n\u2019est pas d\u2019abord celle du salarié qui ne peut maîtriser son procès de travail (9).Mais si l\u2019autogestion implique une socialisation locale des ressources et des instruments de la production, si elle cherche des chemins qui mêneraient au socialisme sans aller se perdre dans le Léviathan étatique, alors c\u2019est bien de ce côté-là que se rangent les expérimentations populaires des régions excentriques.Chose sûre, la résistance à la mobilité géographique du capital et de la main-d\u2019oeuvre heurte de plein front les ressorts essentiels d\u2019un régime économique qui s\u2019est instauré, doit-on le rappeler, en arrachant des centaines de milliers de paysans à leur glèbe, il y a de cela plus de deux cents ans, pour fournir aux manufactures les bras qu\u2019elles exigeaient et libérer du même coup les ressources de la terre pour les grands marchés d\u2019approvisionnement primaire (10).C\u2019est en ce sens que nous avons affaire à la reprise d\u2019un combat historique radical: 9.Pour cette raison même, les pharisiens de gauche qui plissent le nez sur \u201cI\u2019échec\u2019 de l\u2019expérience de Cabano se trompent à moitié.Les gens de l\u2019endroit n\u2019ont pas atteint leur objectif d\u2019une papeterie à propriété populaire.Mais la ville vit toujours et la participation de l\u2019Etat au capital de l\u2019usine s\u2019ajoute à celle des particuliers pour offrir un levier d\u2019intervention à la collectivité.10.J'ai lu autrefois un livre excellent qui traitait de ces choses dans un chapitre intitulé \u2018\u201cL\u2019accumulation primitive\u201d.207 celui que mène le peuple aux puissants pour l\u2019appropriation sociale de l\u2019espace.On peut aussi trouver cette lutte conservatrice.Car enfin ceux qui s\u2019y engagent s\u2019arc-boutent contre la rationalité universelle du progrès économique pour protéger certaines dimensions de la vie sociale condamnée à mort, même par les socialistes : l\u2019enracinement dans un coin de terre empreint de mémoire collective, l\u2019attachement à des rythmes et des parcours familiers, l\u2019expérience du voisinage et de la communauté, la continuité entre les générations, le plaisir de faire vraiment des choses ensemble sur des places publiques intermédiaires, à l\u2019échelle des galeries de bois et des perrons d\u2019église.On reconnaît là des structures culturelles profondes, un mode de production du sens à la vie qui cherche à se perpétuer ou à se traduire sous des formes nouvelles dans le monde contemporain (11).D\u2019aucuns ont réalisé qu\u2019il ne suffisait pas de s\u2019enrichir le per capita et de jouer au sorcier des techniques pour être heureux : ce conservatisme, me semble-t-il, cache un projet plutôt qu\u2019un signe de sclérose.Un projet d\u2019identité collective.Ce n\u2019est pas par hasard si, dans une des églises du J.A.L., les gens de la place se sont mêlés de refaire à leur goût les murales de la nef.En 1968, on eut appelé ce geste, si je me souviens bien, une \u201cprise de la parole\u201d.11.On pourrait expliquer (partiellement) de cette façon l\u2019engagement singulier des curés de campagne dans les Opérations- Dignité.Ces prêtres formaient une élite culturelle bien plus qu\u2019ils n\u2019appartenaient à une classe supérieure.208 Muriel Garon-Audy Mouvements de femmes et autogestion Les mouvements de femmes résistent âprement aux tentatives d\u2019 \u2018\u2018intégration à\u201d et d\u2019 \u201c\u2018interprétation à partir des\u201d courants d\u2019action et de pensée extérieurs.\u201cChat échaudé craint l\u2019eau froide\u201d.Pour avoir été trop longtemps récupérées, les femmes sont très sensibles à toute tentative d\u2019enfermement.Ce n\u2019est pas sans conscience de cette situation que sera abordée ici la question de l\u2019apport des mouvements de femmes à l\u2019idée d\u2019autogestion.Elle le sera pourtant avec l\u2019intuition d\u2019une profonde parenté entre ces deux courants qui ne se sont sans doute pas beaucoup côtoyé théoriquement, mais qui, pratiquement, ont produit des oeuvres de même type.Il ne s\u2019agira pas ici de faire un bilan général de l\u2019activité féministe, de catégoriser, sérier les initiatives.Il s\u2019agira de regarder cette activité sous l\u2019angle de l\u2019autogestion, de voir en quoi la spécificité de ces initiatives peut enrichir cette approche, d\u2019ouvrir, enfin, quelques pistes de réflexion en vue d\u2019échanges visant à mieux poser les assises d\u2019un mouvement autogestionnaire où toutes les ressources \u2014 toujours rares, c\u2019est un vieux problème ! \u2014 pourront être mises à contribution.209 La rupture féministe : débusquer les pouvoirs méconnus Loin de vouloir mettre à l\u2019écart cette défiance des mouvements de femmes à l\u2019égard des savoirs intégrés et intégrateurs, il semble au contraire que c\u2019est dans cette nécessité de distanciation que l\u2019action féministe se rattache le mieux au courant autogestionnaire; c\u2019est par là qu\u2019elle lui apporte le plus d\u2019éléments de réflexion sur les modalités de l\u2019action à entreprendre.Cette nécessité de rupture s\u2019appuie sur une prise de conscience de l\u2019étendue de l\u2019exclusion de la femme des principales zones de pouvoir de la société organisée et du caractère prodigieusement bien structuré et protégé de cette exclusion.A tel point que même les principaux critiques des diverses formes d\u2019oppression sociale se sont montrés aveugles face à celle de la femme : \u201cNous sommes les esclaves de ces derniers esclaves\u201d\u2019 déclarait Mignonne Ouimet à l\u2019Université Ouvrière à Montréal.en 1931 (1).Aussi, une fois entreprise, la critique de ces pouvoirs ne pouvait qu\u2019être dévastatrice.Et elle l\u2019a été et le demeure tant par la multiplicité des lieux auxquels elle s\u2019attaque que par les limites au-delà desquelles elle ose s\u2019aventurer : le pouvoir est déniché par delà ses frontières reconnues.Mais cette entreprise est également dévastatrice par les moyens qu\u2019elle ose mettre de l\u2019avant pour dépasser ces frontières et re-créer un monde différent, choisi, autogéré.C\u2019est l\u2019opinion qui sera défendue ici que par leur capacité de critiquer les différents lieux de pouvoir et leur capacité d\u2019expérimentation en vue de créer une société sur des bases nouvelles, les mouvements de femmes constituent un laboratoire d\u2019un intérêt immense 1.Mignonne Ouimet, \u201cLa femme et le socialisme\u2019\u2019, conférence reproduite dans Les cahiers de la femme, vol.1, no 2, hiver 1978-79, p.85.210 _ ne _ | pour l\u2019approche autogestionnaire : il est aussi riche du côté négatif \u2014 critique du pouvoir \u2014 que du côté positif \u2014 recherche de nouvelles significations, d\u2019un nouveau langage, d\u2019une nouvelle forme de société.Le pouvoir sur le corps : la racine des autres pouvoirs Pourtant, le point de départ sur lequel les femmes ont voulu appuyer leur critique \u2014 le rapport au corps \u2014 a paru bien éloigné de cet objectif de re-création d\u2019une société.Relégué dans la sphère du privé, sa mise en scène sur la place publique n\u2019a pas manqué de choquer.Aussi n\u2019a-t-on pas manqué de le déclarer non pertinent.Pourtant, bien au-delà des barrières psychologiques qu\u2019il s\u2019agissait pour les femmes de dépasser, cette critique mettait en évidence la racine même du pouvoir au sein d\u2019une société définie et gérée au masculin.Parce qu\u2019il permet de traduire la femme en objet \u2014 objet de consommation (objet beau) ou objet de protection (objet faible) \u2014 le corps de la femme constitue le premier instrument de sa sujétion.En contrepartie, la perception de cette faiblesse et le sentiment de puissance qu\u2019elle communique à celui qui ne la partage pas font de cette domination sur le corps un outil privilégié d\u2019oppression tant dans le privé (viol), que dans le public (assujettissement de la femme au travail, par exemple : \u201cT\u2019as pas de promotion si tu ne te laisses pas pincer les fesses.\u201d (2) ).La critique du pouvoir sur le corps, du mode suivant lequel il s\u2019installe dans la conscience de la femme elle- même, devient donc le premier moyen de s\u2019auto-inves- tir, de naître au pouvoir.2.Aussi n\u2019est-il pas étonnant que la syndicalisation d\u2019entreprises employant principalement des femmes soit perçue non pas comme une question de gestion mais comme une question personnelle pour certains employeurs.Voir le cas de la syndicalisation des employés de la FLECK, Les Cabhzers de la femme, op.cit, p.71.211 La prise de parole : vers la contestation de pouvoirs multiples Dans une deuxième étape \u2014 ou au même moment \u2014 surgit une nouvelle nécessité d\u2019action : se donner une parole.Redécouvrir tout ce qui a été dû derrière ce qui était dit.Et à partir de là, investir tous les secteurs de la société civile et de la société politique.C\u2019est ainsi que les mouvements de femmes s\u2019attaquent à l\u2019école, à l\u2019organisation communautaire, à l\u2019institution de la santé, au monde de l'information.Et, chaque fois, les mêmes tâches à accomplir : dénoncer les vieilles rationalités, redécouvrir un sens qui parte de soi et de son expérience, dénoncer le seul recours aux compétences consacrées, aux spécialistes, faire remonter l\u2019information de la pratique, faire des représentations auprès des corps constitué, mettre sur pied des structures parallèles, etc.Dans cette ligne, l\u2019une des lancées les plus vigoureuses \u2014 sans doute parce qu\u2019elle s\u2019attaque au lieu de pouvoir le mieux auréolé, mais sans doute également parce qu\u2019elle part de cette reprise de possession du corps \u2014 se situe dans le domaine de la santé.Les mouvements de femmes s\u2019y sont attaqué à la concentration d\u2019un savoir technique entre les mains d\u2019un petit groupe \u201cprotectionniste\u2019.Ils ont dénoncé une série de décisions qui s\u2019y prennent au nom d\u2019une rationalité scientifique déniant tout savoir autre et toute intervention des premier(e)s concerné(e)s; dénoncer la sur-médication, l\u2019accouchement suivant un modèle \u201c\u201cpathologique\u2019\u201d\u2019, les abus chirurgicaux (opérations césariennes en particulier), etc.Ils ont réclamé une participation au contrôle des soins donnés aux femmes, présenté des mémoires aux autorités.Mais les organisations de femmes ne se sont pas contenté de critiquer ce système de pouvoir et de formuler des revendications : elles ont mis sur pied des cliniques participantes, organisé des programmes de formation, 212 inventé la pratique de l\u2019auto-examen, mis sur pied des organes de communication et d\u2019information.C\u2019est donc à la fois en contestant l\u2019autorité de l\u2019intérieur et en créant à côté que ces mouvements se sont attaqué à ces lieux de pouvoir : toujours la méthode critique jumelée à la méthode expérimentale.Travail et pouvoir : lutte à divers paliers Mais qu\u2019en est-il de ce lieu central de pouvoir que constitue, dans la société capitaliste, le secteur du travail ?En quoi et comment les mouvements de femmes y ont-ils mené leur poussée autogestionnaire ?A-t-on dépassé le débroussaillement ?A vrai dire, le chemin dans ce secteur est long à parcourir.La tâche à réaliser était.et demeure immense.Il s\u2019agit, ici comme ailleurs, de dépasser diverses formes d\u2019exclusion, et elles sont nombreuses.La première c\u2019est celle qu\u2019instaure la dichotomie travail ménager / travail productif.De travail, le premier n\u2019a que le nom et les tâches à accomplir; il n\u2019en a pas le statut économique.Il est exclu de toute comptabilité, ce qui équivaut à lui refuser toute valeur.Les écrits de femmes se sont attaqué une fois de plus à ce problème de base de la \u201cdéfinition\u201d qui cache si bien le préjugé et qui lui communique si bien ses moyens de survie.Ainsi, on commence à articuler théoriquement une connaissance des mécanismes d\u2019exclusion du travail ménager des comptabilités privées et des comptabilités nationales (3).Et à partir de là, il devient possible d\u2019articuler les revendications.Celles-ci paraissent s\u2019orienter vers une demande pressante d\u2019inclusion de la production domestique non marchande \u2014 c\u2019est-à- dire en vue d\u2019une consommation à l\u2019intérieur du ménage 3.Voir à ce sujet le livre d\u2019Andrée Michel (ed), Les femmes dans la société marchande, P.U.F., Paris, 1978. \u2014 parmi les indicateurs de production et de consommation : ce qui devrait contribuer à revaloriser les pensions et les assurances de ces productrices \u2018\u201cignorées\u201d\u2019.Quant au secteur \u2018\u201c\u2018économique proprement \u2014 tradi- tionnellement-dit\u201d\u2014, les efforts semblent y avoir pris un sens tout différent selon qu\u2019ils ont été tentés \u201cà l\u2019intérieur\u201d du système ou \u2018\u2018en parallèle\u201d.A l\u2019intérieur, le grand problème a été celui de conquérir pour la femme une place \u201céquivalente\u201d à celle de l\u2019homme : programmes d\u2019égalité des chances à l\u2019embauche, dans la formation au travail, dans les promotions; politiques d\u2019égalité de rémunération pour un travail équivalent ou simplement égal; revalorisation du travail réservé aux femmes en vue de lui faire atteindre cette équivalence par rapport à celui des hommes, etc.Toujours les mêmes problèmes de redéfinition et de revalorisation, mais cette fois le carcan est plus serré.Le champ de lutte a déjà été défini, organisé, encadré : il faut se battre sur le terrain de l\u2019adversaire.Et sur ce terrain, les règles visant à égaler l\u2019adversaire semblent tellement fortes qu\u2019elles laissent un peu en veilleuse l\u2019objectif de modifier \u2018\u201cpartout\u201d et \u201cen profondeur\u201d les règles du jeu.Ainsi, le besoin d\u2019insertion et de reconnaissance paraît laisser à l\u2019écart \u2014 pour le moment du moins \u2014 la question de définir de nouveaux moyens de participer à la gestion de l\u2019ensemble.Cette lacune paraît particulièrement frappante dans le secteur public où les femmes sont largement représentées.Il semble bien qu\u2019on se heurte à cette même difficulté à laquelle sont confrontés les groupes \u201cinstitués\u201d\u2019 pour la défense des travailleurs : celle d\u2019amorcer un travail constructif à partir de l\u2019idée de gestion ouvrière, par exemple, via des programmes de formation (4).Les tentatives de s\u2019attaquer à la question de la place des femmes face au travail prennent une connotation 4, Voir en particulier Gabriel Gagnon, \u201cSyndicats, coopératives et modèles de développement\u201d, Possibles, vol.2, no 4, été 1978, p.8.214 toute différente lorsqu\u2019elles se situent en parallèle par rapport au monde du travail organisé.Il s\u2019agit effectivement, dans ces cas, de \u201ccréer\u201d à côté, de réinventer des régles du jeu.Mais doit-on se surprendre que ces tentatives se limitent presque exclusivement aux secteurs non productifs \u2014 librairies, entreprises de publication, entreprises théâtrales, etc.\u2014 ou retournent a la production artisanale \u2014 ébénisterie, boulangerie, artisanat, etc.?Et toujours ce double danger : celui du sur-travail et de la sous-rémunération, ces deux caractéristiques du travail féminin auxquelles on veut précisément s\u2019attaquer.Mais le sens en est sans nul doute différent ici.L\u2019 \u201cépoque des pionnières\u201d\u2019 (5) double souvent le travail de création, d\u2019organisation, de production lié à la mise sur pied d\u2019une entreprise, du travail politique, idéologique, de conscientisation.La \u2018\u2018régression artisanale\u201d\u2019 ne permet pourtant que difficilement de s\u2019en sortir.Et pourtant elle ne saurait être rejetée d\u2019emblée.Elle permet en effet l\u2019expérimentation au moins partielle d\u2019un autre modèle de société.Elle s\u2019attaque au problème central de changer la qualité de la vie.Pistes ouvertes : un programme à inventer Ainsi, bien que souvent partielles, principalement dans le secteur de l\u2019économie, les expérimentations de reprise en charge du mouvement féministe n\u2019en gardent pas moins une grande capacité d\u2019entraînement.Sans doute principalement à cause de leur capacité de faire surgir des significations nouvelles dans tous les secteurs de la vie et d\u2019intégrer les secteurs de la vie.Ce qui rejoint l\u2019un des principes de base de l\u2019autogestion qui \u2018\u2018implique que soit reconsidéré le rapport entre l\u2019activité économique et les autres formes d\u2019activité sociales.\u201d (6) 5.Pol Pelletier, \u201cPetite histoire.\u201d\u2019, Possibles, vol.4, no 1, automne 1979, p.185.6.Pierre Rosanvallon, L'âge de l\u2019autogestion, Seuil, Coll.Points, Paris, 1976, p.17. Dans la même foulée, le mouvement féministe remet en cause la société capitaliste \u2014 \u2018\u2018ce n\u2019est qu\u2019avec le capitalisme que le travail est devenu la raison d\u2019être des sociétés, alors qu\u2019il n\u2019était auparavant qu\u2019une de ses conditions d\u2019existence.\u201d (7) Mais, il paraît hésiter entre une société artisanale et une société post-industrielle où serait réduite la part de l\u2019activité de production dans la vie sociale.Cette hésitation marque bien le besoin d\u2019une certaine concertation des forces contestatrices qui puisse permettre, principalement au plan de l\u2019économie, de quitter la périphérie du combat fondamental (8).Mais, au même moment, on ne saurait nier que l\u2019ensemble des luttes menées dans les autres secteurs de la vie sociale minent graduellement la grande cohésion du tout suivant la logique d\u2019un pouvoir intégré.Cette concertation n\u2019impliquerait d\u2019ailleurs pas qu\u2019un modèle plus ou moins achevé de ce que serait une nouvelle société autogérée, un nouveau pays autogéré, soit disponible.Il ne le sera sans doute jamais, puisque l\u2019autogestion ne saurait être un modèle achevé, qu\u2019elle est d\u2019abord et avant tout expérimentation.Et une fois de plus le mouvement féministe trace la voie dans cette direction : \u201cInventer avec elles une société hors des modèles recensés ou prévisibles : qu\u2019elles ne peuvent pas même nous présenter sur plans, clairement dessinés et avec échéancier.Se raillant avec impertinence d\u2019être non pertinentes selon nos critères.\u201d (9) 7.Ibid, pp.160-1.8.Gabriel Gagnon, \u2018\u201cL\u2019exception ou la règle\u201d, Possibles, vol.1, no 1, p.78.9.Marcelle Marini, \u2018\u2018Scandaleusement autre\u2026\u2019, Critique, 373-4, juillet 1978, p.613.216 ar or tnt tt Robert Laplante La question des âges Il y a évidemment plusieurs manières d\u2019envisager dans son ensemble l\u2019expérimentation autogestionnaire au Québec.Malgré la multiplicité des approches analytiques, il n\u2019en demeure cependant pas moins que la diversité des expériences peut être globalement ramenée à la présence de deux grands courants.Nous observons d\u2019un côté un mouvement d\u2019invention de nouveaux rapports et de nouvelles formes de travail associés le plus souvent à la recherche de nouveaux modes d\u2019organisation communautaire.Ce premier grand courant tire ses origines du mouvement contre-culturel des années 60 : il met l\u2019accent sur les valeurs d\u2019autonomie, d\u2019environnement, etc.Le second courant, de l\u2019autre côté, est, à l\u2019origine, moins \u201caffirmatif\u201d\u2019 en ce sens qu\u2019il est d\u2019abord apparu dans un mouvement de réaction au pire : fermeture d\u2019usine, menace d\u2019expropriation, etc.Dans ce cas, les citoyens n\u2019ont pas vraiment choisi l\u2019expérimentation sociale : ils y ont été pour ainsi dire acculés.Dans le premier courant, c\u2019est plutôt à partir d\u2019une recherche culturelle qu\u2019on débouche sur une nouvelle forme de travail et d\u2019organisation sociale alors que dans le second c\u2019est davantage les efforts pour résoudre la crise dans le travail qui conduisent à une interrogation culturelle débouchant sur la question du mode de vie.Parmi les multiples rapprochements qu\u2019on peut être tenté d\u2019établir entre ces deux grands courants, la compo- 217 sition en termes de classes d\u2019âge des citoyens qu\u2019ils regroupent me semble fournir un éclairage très intéressant autant sur la nature des changements que ces expériences mettent de l\u2019avant que les nouveaux enjeux collectifs que font émerger les luttes pour ces changements.Il ne saurait évidemment être question de prétendre ici rendre compte de tous les aspects de la question.Mon intention est plus modeste : amorcer simplement une réflexion qui pourrait, espérons-le, éventuellement contribuer à mieux poser concrètement le problème des rapports entre les générations dans les expériences autogestionnaires.Il s\u2019agit là, me semble-t-il, d\u2019un problème crucial dans la lutte pour la création d\u2019une société autogestionnaire.Car l\u2019invention d\u2019une nouvelle culture politique passe nécessairement par une nouvelle définition des rapports entre les groupes d\u2019âge, une nouvelle définition qui aura fait le bilan et choisi de retenir certains acquis de notre passé communautaire.En fait, une nouvelle culture politique autogestionnaire n\u2019est possible que dans la mesure où la participation de tous les groupes d\u2019âge à la vie communautaire est continuellement ajustée en fonction de l\u2019expérience historique qu\u2019a chacun de ces groupes de la vie communautaire.Car non seulement le découpage des étapes de la vie en périodes définies (petite enfance, adolescence, vieillesse, troisième âge, etc.) est-il une construction sociale, mais encore faut-il aussi remarquer que ce découpage même constitue le lieu et le processus selon lesquels le groupe établit les règles de participation à la vie collective.C\u2019est donc dire que c\u2019est là que se trame bien souvent l\u2019exclusion de certains membres du groupe de l\u2019élaboration de son avenir ou, si l\u2019on veut, de la fabrication de son identité au travers des choix politiques.Et nous savons bien, surtout depuis les beaux travaux de Philippe Ariès (1), que le découpage des groupes d\u2019âges \u2014 et par conséquent l\u2019apparition de nouveaux 1.Voir en particulier L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, Paris, Plon, 1960.218 découpages \u2014 est toujours fonction de l\u2019apparition et du fonctionnement d\u2019institutions nouvelles et des agents spécialisés qui les contrôlent (2).Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019école et de l\u2019apparition de l\u2019enfance ou du centre d\u2019accueil et de l\u2019invention du troisième âge (3), ces institutions et leurs agents sont toutes reliées, dans notre contexte, à l\u2019extension du rôle centralisateur de l\u2019Etat qui, de plus en plus, s\u2019efforce de prendre en charge l\u2019ensemble des formes de sociabilité ressortissant de la société civile.Et cette prise en charge s\u2019effectue sous le mode de l\u2019en- fermement non seulement dans des institutions, mais encore et surtout dans des groupes d\u2019âges homogènes qui assoient leur fonctionnement sur une logique unitaire et qui trouvent dans l\u2019idéologie des groupes de pairs leurs arguments de légitimation.Ainsi est-il important de voir que la mise sur pied de stratégies visant à abolir ou à transformer les institutions étatiques et leur fonctionnement unitaire ne peut Être fructueuse que dans la mesure où l\u2019expérimentation autogestionnaire saura faire correspondre à de nouvelles structures politiques une nouvelle définition du parcours des âges et, par conséquent, de nouveaux rapports entre les générations.Et dans le contexte québécois contemporain, établir de nouveaux rapports entre les générations, cela signifie d\u2019abord et avant tout faire une place nouvelle à la culture populaire et à ses producteurs.Au travers l\u2019enfermement des vieux, la culture traditionnelle (et populaire) se trouve en effet réduite au folklore, c\u2019est-à-dire ramenée à la seule dimension de ses objets matériels sans égard aux significations et aux rap- 2.Il va de soi que ce découpage de groupes d\u2019âge affecte de manière différentielle les classes sociales qui ne sont pas non plus affectées de la même manière par le fonctionnement des institutions encadrant la participation sociale de ces groupes d'âge.3.Voir sur ce point l\u2019article de Rémi Lenoir : \u2018\u201cL\u2019invention du troisième âge et la constitution du champ des agents de gestion de la vieillesse\u201d, Actes de la Recherche en science sociale, mars-avril 1979, pp.57-83.219 ee ES RSS I Rl } i i ae i RT ports sociaux qui rendaient possible leur production.Et la folklorisation des objets obéit a la méme logique que celle qui préside à l\u2019enfermement de ses producteurs : tout ce qui n\u2019est pas directement relié aux impératifs de la production et de la productivité ne mérite pas d\u2019être retenu à moins d\u2019être conciliable avec les impératifs de la consommation.C\u2019est ce qui se produit avec l\u2019invention du troisième âge : cet âge qu\u2019on oppose à la vieillesse serait celui du loisir qu\u2019on goûte entre gens du troisième âge, c\u2019est-à-dire qu\u2019on consomme sans entrer en relation d\u2019échange avec l\u2019ensemble de la communauté.La vieillesse devenant ainsi la période de la vie où il ne reste plus rien à faire que d\u2019attendre la mort : quand on ne peut plus être une clientèle, l\u2019extension d\u2019un marché, il n\u2019y a vraiment plus d\u2019espace social à occuper et on n\u2019est plus alors bon que pour l\u2019industrie des mouroirs.Etablir de nouveaux rapports entre les générations, c\u2019est donc poser la question de l\u2019héritage culturel dans le problème concret de l\u2019invention de nouvelles formes de sociabilité, c\u2019est-à-dire dans une recherche visant à conjuguer les acquis du passé aux projets de l\u2019avenir en assurant une participation pleine et entière, ici et maintenant, de tous ceux qui forment la communauté.Il ne s\u2019agit donc pas seulement de reconnaître une contribution des anciens, mais encore de la mettre en jeu dans des rapports d\u2019échange.Redécouvrir l\u2019artisanat ou les chansons à répondre ne sert à rien si ceux qui en témoignent chantent pour les musées plutôt que pour les fêtes et si la transmission de leurs connaissances ne les impliquent pas directement dans des rapports d\u2019échanges réciproques avec les groupes d\u2019âge plus jeunes.Examinés ainsi sous cet angle des groupes d\u2019âge et des rapports entre les générations, les deux grands courants autogestionnaires laissent apparaître des différences significatives.Dans les limites du présent travail, l\u2019attention portera davantage sur les points où ces différences convergent vers une même remise en question du rapport entre les générations comme modalité d\u2019or- 220 ganisation communautaire et procès de l\u2019héritage culturel.Le premier grand courant issu du mouvement contre- culturel se situe bien entendu dans le prolongement de l\u2019accession, avec l\u2019allongement de la période de scolarisation dans les sociétés industrielles avancées, de la jeunesse comme catégorie et groupe d\u2019âge distincts.En fait, les premières expérimentations à l\u2019origine de ce courant se sont d\u2019abord présentées comme des tmitzatives de jeunes.Qu\u2019il s\u2019agisse des premières communes rurales ou des premières coopératives (plus ou moins formelles) d'habitation dans les quartiers métropolitains, dans tous les cas les participants ont rapidement dû composer avec le statut conféré à leur groupe d\u2019âge par le milieu ambiant.Pour fonctionner, il aura fallu établir une \u2018\u201cpolitique des âges\u201d devant encadrer les rapports du groupe avec l\u2019extérieur.Mais aussi il aura bientôt fallu innover sur le plan du rapport aux enfants lorsque ceux-ci ont, de par leur seule présence, transporté les participants du clan des jeunes à celui des \u2018\u201cparents\u201d\u2019.Cette \u201cpolitique\u201d à l\u2019égard des groupes d\u2019âges est d\u2019autant plus rapidement devenue problématique qu\u2019elle est apparue à la charnière de la remise en question de la famille traditionnelle et de sa division hiérarchique des rôles.La déconstruction des rapports familiaux a donc rapidement posé le problème de la socialisation des plus jeunes, c\u2019est-à-dire non seulement le problème de ce qu\u2019il fallait leur apprendre, mais aussi et surtout du type de rapport inter-générationnel à inventer pour soutenir et favoriser l\u2019apprentissage.Ce problème auquel se sont vite heurté les nouveaux parents a très certainement contribué à déstabiliser leurs propres rapports aux générations antérieures : dans tout groupe social, la définition des rôles d\u2019une classe d\u2019âge et des rapports à entretenir avec elle entraîne la réorganisation de tout l\u2019ensemble des relations entre les générations (4).Le \u201cmouvement de jeune\u201d par son avance en âge et par sa 4.Voir les travaux de Maurice Halbwachs in Classes sociales et morphologie, Paris, Editions de Minuit, 1972.OS Ko WH tN I IN i H i] lor pry reproduction biologique a assumer socialement (la socialisation des enfants) rendait de plus en plus problématique le clivage jeune/vieux.Dans les milieux ruraux ou il se présente avec plus d\u2019acuité et dans l\u2019ensemble du Québec des années 60, ce clivage n\u2019est qu\u2019une facette d\u2019un autre clivage : instruit/non-instruit.Mais ce clivage ne fonctionne pas seulement sur la base de la scolarisation : il a opposé ici, plus fondamentalement, la culture orale à la culture écrite.Or cette opposition de la culture de la parole à celle de l\u2019écriture était à la fois ce qui ici, venait en partie réorganiser dans les couches populaires les rapports entre les générations et ce qui, dans le mouvement contre-culturel était particulièrement rejeté.Ainsi pour les contre-culturels, rejeter les clivages culturels (et idéologiques) de la société capitaliste, c\u2019était également remettre en cause leur propre rapport culturel aux générations précédentes et, plus largement, à la culture populaire.Il s\u2019en est suivi \u2014 et cela continue \u2014 l\u2019amorce d\u2019une nouvelle synthèse culturelle opérant sur la participation, les échanges et les acquis des générations accusées peu de temps auparavant d\u2019être \u201cvieux jeu\u201d.Pareille chose n\u2019est en effet possible qu\u2019à la condition non seulement de réévaluer la richesse des acquis antérieurs, mais encore et surtout de définir de nouveaux rôles et de nouvelles places des plus vieux dans la construction de l\u2019idéal collectif.Ce faisant, les groupes ont peu à peu délaissé l\u2019attribut d\u2019âge qui leur servait de ciment : ce qu\u2019il y avait de fécond dans \u201cI\u2019expérience de jeune\u201d ne pouvant se consolider sans que le groupe prenne en main la désintégration de l\u2019homogénéité qui, au départ, avait fait sa force.La situation est tout à fait différente dans le cas des expériences autogestionnaires du second courant.En effet, acculés à des situations-limites ces citoyens se sont retrouvés dans des groupes assez homogènes du point de vue de l\u2019âge par les seuls effets de la situation de dépendance dans laquelle ils sont enfermés.Dans le cas des groupes autogestionnaires issus des luttes ouvriè- 222 res dans les secteurs mous, le groupe d\u2019âge s\u2019homogénéise lentement parce que les plus jeunes se dirigent vers d\u2019autres formes de travail \u2014 celles affectées par la tertiarisation de l\u2019économie.Tronquée par le bas, la pyramide des âges l\u2019est également par le sommet dans la mesure où la pré-retraite est souvent une mesure de \u201clarguage\u201d des travailleurs qui posent le plus de problème du point de vue des exigences de la productivité en industrie capitaliste.La situation est assez analogue dans les paroisses marginales où les plus jeunes doivent chercher ailleurs de quoi bâtir leur avenir et où la situation économique est à ce point détériorée que la prise en charge des plus vieux devient économiquement très difficile.Et comme les centres d\u2019accueil et les services d\u2019aides aux vieillards sont situés dans les centres administratifs régionaux.A Tricofil, au J.A.L.ou à Esprit-Saint, non seulement l\u2019âge moyen est-il relativement élevé, mais encore faut-il aussi constater qu\u2019il a souvent, dès le départ, constitué un sérieux obstacle à s\u2019engager dans la lutte.Car pour amorcer un changement, il ne suffit pas de se révolter, il faut le faire en revalorisant d\u2019abord ce qu\u2019on a et ce qu\u2019on est.Et dans beaucoup de cas cela signifie d\u2019abord vaincre les obstacles de l\u2019âge, c\u2019est-à-dire vaincre la définition de l\u2019âge produite par la structure sociale qui est à l\u2019origine même de la crise.\u2018Dans une situation économique comme la nôtre, est-on trop vieux à 40 ans pour entreprendre ?\u201d La question peut sembler farfelue mais nombreux sont ceux qui nous diront qu\u2019elle a pourtant été la premiere.On oublie trop souvent en effet que la revalorisation du savoir pratique, indispensable pour amorcer de pareilles luttes, ne renvoie pas seulement à une critique de l\u2019idéologie de la compétence brandie et utilisée par les experts contre les résistants : revaloriser les acquis de l\u2019expérience, c\u2019est aussi et peut-être davantage reconnaître que le parcours de l\u2019âge (et la position dans une classe d\u2019âge) ne détermine pas seulement la participation à la production, mais aussi et plus largement, un mode A.A A Re de participation à la vie collective.Revaloriser le savoir pratique ce n\u2019est donc pas seulement l\u2019opposer au savoir scolaire : c\u2019est remettre en cause à la fois les processus culturels et les rapports sociaux et politiques qui sanctionnent et s\u2019établissent sur la base de la valorisation hiérarchique des connaissances à partir de leur mode d\u2019acquisition (scolaire ou pas).Ainsi les citoyens de ce second courant, cloisonnés involontairement dans des groupes d\u2019âge assez homogènes, sont-ils confrontés dans leur lutte au même défi que rencontrent les groupes issus du mouvement contre- culturel.Comme eux, ils doivent réévaluer leur position et leur stratégie de changement en fonction du double principe de la hiérarchisation des savoirs et des groupes d\u2019âge et des inévitables cloisonnements entre semblables que cela entraîne.Aussi les efforts de construction d\u2019une véritable communauté les obligent-ils, les uns comme les autres, à recomposer la variété des groupes d\u2019âge en fonction d\u2019un nouvel examen de ce qui, dans l\u2019ancien et des anciens, contribue à inventer avec les plus jeunes de nouvelles formes de sociabilité.C\u2019est sans doute en ville que les premiers résultats concrets de ces convergences sont les plus visibles.En effet, l\u2019on observe maintenant de plus en plus de coopératives d\u2019habitation qui se donnent comme politique explicite l\u2019obligation d\u2019offrir des places à des représentants de tous les groupes d\u2019âges.Dans plusieurs cas même, un effort spécial est fait pour réserver des places aux vieillards et aux handicapés.Mais il ne s\u2019agit pas de \u201cplaces spéciales\u201d, ils y sont accueillis comme membre à part entière avec ce que cela comporte de responsabilités et d\u2019obligations.On est loin là du cantonnement dans le groupe de pairs, du regroupement par similitude de cas.On ne répétera jamais assez que pareille logique du rassemblement est l\u2019obstacle le plus grave à l\u2019invention d\u2019une nouvelle sociabilité.Des gens rassemblés sur la base d\u2019une même difficulté partagée ne peuvent faire autrement que de dépendre des seuls agents qui ont à charge de les aider, et qui eux, ne sont pas aux prises avec cette difficulté.L\u2019entraide et la solidarité HIHI HR TNT LH ne peuvent fournir de solutions globales et fonctionnelles qu\u2019entre gens différents.Certes il arrive que le rassemblement entre semblables (par exemple, gais, handicapés, etc.) puisse permettre de mieux cerner une condition commune, une certaine identité commune au travers des difficultés et des projets communs.Mais de tels rassemblements n\u2019échappent à l\u2019enfermement et à l\u2019isolement des autres groupes sociaux que dans la mesure où ils n\u2019existent que pour poser leur différence dans la complémentarité des échanges entre gens et groupes de gens différents, C\u2019est seulement ainsi que le pluralisme peut exister autrement que comme collection contradictoire de modèles qui s\u2019ignorent.Ainsi, par exemple, cette présence des vieillards dans la coopérative pose-t-elle de façon nouvelle le problème de la responsabilité collective de l\u2019éducation des plus jeunes en les mettant en contact avec un héritage culturel et une participation à la vie quotidienne qui diversifient grandement les modèles que leur offrent la garderie et l\u2019école avec leurs éducateurs spécialisés.Les seuls contacts entre des groupes d\u2019âge différents contribuent alors à mettre en oeuvre une nouvelle synthèse culturelle.Et que dire du rôle que pourrait revêtir une contribution plus systématique des vieux à l\u2019organisation concrète des formes et des moyens d\u2019intégration des plus jeunes à la vie du groupe ! Au reste, cette seule présence des vieux et des handicapés impose à la coop un rythme de vie et de fonctionnement qui déjà remettent en cause l\u2019intensité et la nature des échanges sociaux dans la vie de tous les jours.Un aussi rapide survol de la question des âges aura suffi, faut-il l\u2019espérer, à bien illustrer que le problème du décloisonnement des groupes d\u2019âge est au coeur de la lutte pour l\u2019autogestion.Cela aura également permis d\u2019entrevoir que la mise sur pied de stratégies de défol- klorisation de la culture traditionnelle passe d\u2019abord par le refus de tenir à l\u2019écart des luttes présentes et de la formation des plus jeunes, ceux qui portent le poids des défaites et des victoires du passé.225 OTT RAR IEEE PO FO RN RTT RS Ps PM _ __ 0e = Es ax es es pan oc fo torres 3 i _ _.re eq Sige rp! pins 5 pint 2 wy GOLD) en Eres _ res ee a 2 SS atc oe 2. i Paul-André Boucher et Roger Lenoir Projet de création d\u2019entreprises autogérées : extraits d\u2019un document de travail I MOTIVATION \u201cJe veux savoir ce qui précède toutes ces questions, quelle première interrogation les amène, quelle attitude les provoque, quelle disposition antérieure les sous-tend, quel voeu préside à leur naissance.\u2026 J\u2019insiste : qu\u2019y a-t-il, plus profondément, derrière les dires, les proclamations, les manifestes, ou même les simples choix d\u2019un jour ?\u201d (Pierre Vadeboncoeur, Les deux royaumes) \u201cCombien, instruits ou non instruits, sont allés assez loin pour clarifier en eux et dans leurs conduites effectives le jeu de ces orientations majeures qui les influencent quotidiennement ?\u2026 Il faut des lieux et des médiations où les différentes orientations seront confrontées autour de problèmes concrets ou d\u2019actions précises; des lieux démocratiques où l\u2019on clarifie les rapports entre les questions des individus et les enjeux collectifs, \u2026\u201d (Jacques Grand\u2019Maison, Une philosophie de la vie) 227 II CADRE GENERAL Entreprises autogérées 1.1 Définition Pour les fins de ce texte, idéalement, l\u2019autogestion c\u2019est l\u2019exercice par les collectivités de travail de la gestion des entreprises appartenant à la société tout entière.Afin de respecter l\u2019esprit de cette définition, lorsque nous parlons de créer des entreprises autogérées, nous parlons d\u2019entreprises possédées par un holding, le holding étant lui-même possédé par les travailleurs des entreprises qu\u2019il possède.La forme juridique du holding et des entreprises reste à déterminer : coopérative, compagnie, association.Très sommairement, ceci donne le graphique suivant : holding assemblée souveraine (formée des travailleurs de l\u2019entreprise \u2018\u201cA\u2019, plus les travailleurs de \u2019entreprise \u201cB\u201d\u2019, plus.) ~~ / \\ entreprise \u201cA\u2019\u2019 entreprise \u201cB\u201d\u2019 entreprise \u2018\u2018C\u201d entreprise.Les travailleurs d\u2019une entreprise administrent l\u2019entreprise où ils travaillent pour le holding, holding dont ils sont membres.Le holding n\u2019est pas ici synonyme de centralisation.Il crée une assemblée générale des travailleurs de toutes les entreprises, et cette assemblée pourra décider que certaines décisions relèvent d\u2019elle; exemple : politique salariale; que d\u2019autres décisions se prendront au niveau des entreprises, etc.228 Ar 1.2 Un cadre de référence Nous n\u2019entrerons pas au sein des questions de la répartition du pouvoir a l\u2019intérieur de chaque entreprise, chaque cas étant particulier, ni de la répartition du pouvoir des entreprises les unes par rapport aux autres et par rapport au holding.Ce refus d\u2019entrer dans les détails n\u2019est pas un moyen d\u2019éviter une question difficile, ni un manque de définition du projet.Le choix, la liberté, l\u2019adaptation sont partie intégrante de ce projet.On trouvera plus loin un cadre de référence, un vocabulaire de la participation.Ce cadre est très important.Dans le domaine de la participation, si tout le monde est pour comme on est pour la vertu, après c\u2019est souvent la tour de Babel.Il n\u2019y a aucune nécessité pour qu\u2019il en soit ainsi, le vocabulaire nous permettant de définir nos objectifs et de contrôler nos actions existe.2.Création d\u2019entreprises Le projet vise à créer le maximym d\u2019emplois à l\u2019intérieur d\u2019entreprises autogérées.Sa philosophie en est une de développement.Notre hypothèse de départ est la suivante : ceux qui travailleront à l\u2019intérieur du projet y investiront au moins 5 pour cent des revenus qu\u2019ils en tireront; tous les profits seront réinvestis.On pourra déroger à cette règle afin de relever les salaires de ceux qui, à l\u2019intérieur du projet, touchent les plus bas salaires, ou pour financer des organisations communautaires, ou encore pour venir en aide à des projets similaires dans d\u2019autres pays.Dans la distribution des surplus il faudra toujours se souvenir que les entreprises n\u2019ont pas pour objectif le profit d\u2019un seul groupe de travailleurs, mais bien le profit de l\u2019ensemble des travailleurs et de la population, en permettant l\u2019embauche constant de nouveaux travailleurs.229 3.Exigence de rentabilité S\u2019inspirant d\u2019une philosophie dont la valeur première est l\u2019homme, les entreprises créées n\u2019en évolueront pas moins à l\u2019intérieur d\u2019un système économique dont les objectifs premiers sont la puissance de l\u2019entreprise et le rendement maximum du capital.Pour survivre, pour s\u2019épanouir, et pour avoir un sens, les entreprises mises sur pied devront être un succès en terme d\u2019autogestion et en même temps être \u201c\u2018rentables\u201d selon les critères d\u2019une philosophie autre que la leur.4.La participation : un cadre de référence Comment faire pour que chacun puisse participer lucidement à la préparation et à la prise des décisions qui concernent le contenu et la finalité de son travail ?Il ne saurait être question de tracer un plan que tout le monde devrait ou pourrait suivre.Aucune des entreprises ne sera tout à fait dans la même situation : nombre de travailleurs, concurrence, problèmes techniques, motivation, etc.Il n\u2019en reste pas moins que chaque entreprise, de même que l\u2019ensemble du projet, devra se fixer des objectifs dans le domaine de la participation tout comme dans celui de la rentabilité.Et tout comme pour la rentabilité, il faudra pouvoir vérifier si les objectifs sont atteints.Pour ce il faut pouvoir faire le point, au passé, au présent, et au futur.Sans prétendre être complet ni chercher une netteté que la nature même du sujet interdit, nous proposons les concepts ci-dessous, des mots glanés ici et là.Mis ensemble et appliqués à ce projets, ils permettent de se fixer des objectifs et de faire le point.4.1 Domaines, objets des décisions Organisation du travail.Personnel : embauche, salaires, avantages sociaux, discipline, .230 Marché : que produisons-nous ?pour qui ?Finances.Investissements.Allocation des surplus.Recherches.Relations publiques.Organisation générale.4.2 Importance des décisions Décisions stratégiques : d\u2019une portée globale et à long terme, à caractère non répétitif; exemple : le choix d\u2019une nouvelle ligne de produits.Décisions gestionnaires : reliées à l\u2019aménagement équitable des fonctions de l\u2019entreprise : production, marketing, finance, personnel, .; caractère plus ou moins répétitif selon les cas.Décisions opérationnelles : décisions courantes généralement répétitives.(Dans Laflamme, Marcel, Le Management : Approche systématique, Gaetan Morin éditeur, Chicoutimi, 1979) Parmi les critères utiles à considérer dans l\u2019évaluation de l\u2019importance d\u2019une décision, il y : \u2014 la durée de l\u2019engagement pris, \u2014 la flexibilité, peut-on facilement modifier la conduite adoptée ?\u2014 la certitude de l\u2019objectif visé et des données, \u2014 impact humain : inquiétude, résistance, \u2026 \u2014 répercussion sur l\u2019ensemble.4.3 Phases du processus décisionnel Pour toute politique on observe : \u2014 conception (origine et préparation) \u2014 adoption 231 \u2014 application \u2014 contrôle ce à quoi on ajoute dans certains cas : \u2014 appel (droit d\u2019appel) 4.4 Niveaux de la participation L\u2019entreprise \u2014 L\u2019atelier.Lieu de l\u2019organisation du travail dans une équipe restreinte.\u2014 L\u2019usine.Lieu de l\u2019organisation de la production : approvisionnement, synchronisation des ateliers, échéanciers, \u2026 expéditions.\u2014 L'entreprise.Toute décision stratégique : planification à long terme, marchés visés, investissements, 3 La société \u2014 Les entreprises d\u2019une même branche.\u2014 L\u2019ensemble des entreprises.i On peut aussi distinguer la région, le pays, un groupe A de pays.if Dans ce projet-ci, c\u2019est le holding qui a le rôle de ren- i dre visible l\u2019interdépendance générale.A 4.5 Formes de la démocratie À Elles sont bien connues : \u2014 la démocratie directe, \u2014 la démocratie représentative.Contrairement à ce qu\u2019on entend parfois, la démocra- H tie représentative n\u2019est pas toujours une démocratie de deuxieme qualité, un pis-aller, quoique cela soit sou- ä vent le cas.Pour s\u2019en convaincre, il suffit d\u2019analyser la a question en tenant compte des phases du processus § décisionnel.232 4.6 Modes de participation On peut distinguer le droit à : \u2014 l\u2019information; \u2014 la consultation, qui pour être réelle doit se faire assez longtemps avant que la décision soit prise, et sans que la décision soit déjà prise.\u2014 la co-détermination : les partis intéressés doivent s\u2019entendre afin d\u2019en arriver à une décision; en cas de désaccord c\u2019est l\u2019impasse ou le recours à un arbitre.\u2014 l\u2019auto-détermination.Il faut souligner, à des fins de démystification, que l\u2019auto-détermination n\u2019est pas toujours préférable à la co-détermination, et la co-détermination meilleure que la consultation, etc.L\u2019étude, à l\u2019aide du cadre développé ici, de la souveraineté-association, l\u2019illustre très bien.4.7 Un \u201cservice d\u2019organisation de la démocratie\u201d L\u2019expression est de Daniel Chauvey dans son livre Autogestion, Editions du Seuil, Paris, 1970.La démocratie, pas plus que la dictature, n\u2019apparaît spontanément.Si nous voulons étendre l\u2019aire d\u2019application de la démocratie et améliorer sa qualité, il faut s\u2019en occuper.Aussi dans le cadre de ce projet il est impératif de prévoir un \u2018\u2018service d\u2019organisation de la démocratie\u201d, c\u2019est-à-dire de confier à certaines personnes la tâche de \u201cpréparer, de rassembler les éléments qui faciliteront aux cellules primaires leurs prises de décision.\u201d L\u2019évaluation du rendement de ce service, un compte rendu de l\u2019étendue et de la qualité de la vie démocratique à l\u2019intérieur du projet, de même qu\u2019une analyse des difficultés rencontrées dans nos efforts de démocratisation devraient faire partie du bilan de chaque entreprise et du bilan du projet dans son ensemble.233 4.8 L'ensemble : qui décide quoi, et comment ?L\u2019autogestion favorise un changement continuel des niveaux de pouvoir, des modes de participation, et des formes de démocratie.Mais on peut se comprendre en parlant de participation.Le projet dans son ensemble, à partir de chacune des entreprises, pourra se donner un plan de participation.Les problèmes à résoudre et les phases du processus décisionnel tombant sous le sens, l\u2019assemblée générale du projet et les collectifs des entreprises décident des niveaux et des modes de participation, de même que des formes de démocratie à employer.Plus tard le plan peut servir à faire un bilan.Un peu de vocabulaire permet de discuter plus clairement de certaines questions : centralisation et décentralisation, démocratie directe et démocratie indirecte, gros projets et petits projets, \u2026 Posées dans l\u2019absolu, comme on le fait malheureusement souvent, ces questions sont de faux problèmes.Centraliser une décision n\u2019est pas nécessairement synonyme d\u2019une confiscation de pouvoir et de responsabilité, cela peut être décidé que le sujet relève d\u2019une assemblée générale plus importante.Par exemple, des choix collectifs importants sont dilués dans des décisions individuelles ou de petits groupes, la collectivité ne se rendant même pas compte qu\u2019un choix collectif se fait.La construction, durant de nombreuses années, de bungalows sur les meilleurs terres agricoles du Québec illustre bien ce cas.Un des objectifs du projet, c\u2019est de constituer un forum sur des questions collectives importantes, comme les investissements, l\u2019ouverture et la fermeture d\u2019entreprises, la pondération des votes, les normes de productivité, et le processus de décision.On peut facilement prévoir que les entreprises du projet jouiront d\u2019une autonomie très variable selon la nature de leurs activités, la nature des décisions à prendre, et selon ce à quoi elles veulent et peuvent participer.234 5.Trois traits particuliers 5.1 Un effort de lucidité Le militantisme en faveur de changements sociaux a été marqué par de nombreuses querelles depuis dix ans : FRAP, RCM, garderies, comptoirs alimentaires, coopératives d\u2019habitation, .Une partie importante des difficultés provient du fait qu\u2019un grand nombre de militants est incapable de parler de démocratie, de pouvoir, et de participation, en dehors de slogans creux, de clichés, de proces d\u2019intention, et du catéchisme marxiste- léniniste.C\u2019est pourquoi nous insistons sur l\u2019acquisition d\u2019un minimum de vocabulaire, et sur la nécessité pour les participants à ce projet de qualifier leur participation et leurs objectifs de participation.Le temps est venu de se pencher sur \u2018\u201cl\u2019exercice concret du pouvoir\u201d (Rosanvallon) et sur les difficultés que nous rencontrons dans nos efforts de démocratisation.Un des objectifs de ce projet est de créer un milieu ou cela sera possible.5.2 Partage Une entreprise possédée par ses travailleurs pourrait se fixer comme objectif d\u2019obtenir les plus hauts salaires possibles pour ses seuls travailleurs.Ici cela est exclu.C\u2019est une des raisons pour lesquelles nous proposons une structure où les surplus sont centralisés.Tout en admettant que pour être \u2018\u2018concurrentielles\u2019\u2019 nos entreprises autogérées devront payer des salaires semblables à ceux de leurs concurrents, nous désirons que lors de l\u2019allocation des surplus on se penche sur des questions comme les écarts de revenus et les régimes de retraite, où les questions d\u2019équité se posent; sans oublier bien sûr, les questions centrales de la création d\u2019entreprises et de la création d\u2019emplois, les participants s\u2019étant engagés dès le départ à administrer en fonction de ces objectifs.235 Mises à part nos propres lacunes et les difficultés inhérentes à toute entreprise, cette notion de partage est le point névralgique du projet.C\u2019est un vrai \u2018\u201ctest de vérité personnelle et politique\u201d (Grand\u2019Maison).5.3 Pas une nouvelle \u201cligne juste\u201d Notre définition d\u2019une entreprise autogérée peut sembler intransigente, mais comme le montre notre cadre de référence sur la participation, nous sommes loin de proposer que tout le monde passe dans le même moule.Nous croyons à l\u2019expérimentation, et nous pensons qu\u2019il faut prendre ce qui est à notre portée et qui va dans le sens d\u2019une plus grande démocratie.L'achat, dans des formules de cogestion, d\u2019entreprises avec des associés n\u2019est pas du tout exclu dans le cadre de ce projet.Il s\u2019agit pour nous de \u201cfaire en petit ce que nous voulons en gros\u201d (Grand\u2019Maison), de créer un modele, ou à tout le moins de pousser dans le sens de ce modèle.Nous ne voulons pas que tout se fasse à travers ce projet.Nous croyons que le changement vers une société autogérée va surtout se produire de l\u2019intérieur, dans les institutions existantes : c\u2019est là que nous trouvons la majorité des gens et des ressources.C\u2019est donc un projet qui ne prétend à aucun exclusivisme.III LES PREMIERS PAS Cette partie du document ne sera pas reproduite ici.Ses grandes divisions sont : structures juridiques, le choix des premières entreprises, les modes de création des entreprises, et la formation des participants.236 ELE) Andrée Fortin et Robert Laplante Choisir la vie plutôt que les livres Un président de syndicat qui brise la ligne de piquetage dressée par le syndicat des employés de soutien de son organisme, les menace de leur envoyer la police et le lendemain les met en lock-out ! \u201cLes syndicats, c\u2019est des boss comme les autres !\u201d hurlent les employés de soutien.Du délire ?Pas du tout.Une répétition.Quelques jours plus tard, l\u2019Alliance des professeurs, pas le moins du monde honteuse du comportement de son président, endossera allègrement le mouvement de grève générale.\u201cLe P.Q., c\u2019est des boss comme les autres.\u201d Le droit à des salaires décents pour les employés de soutien vaut bien le droit à la sécurité d\u2019emploi quasi- absolue des profs.Les slogans sont interchangeables.Que devient alors le droit des enfants à l\u2019éducation ou le droit des parents à faire enfermer leurs enfants dans des écoles où de bon droit on leur apprendra à se conformer aux exigences du marché du travail ?L\u2019argument des droits est à ce point accepté comme allant de soi dans la réthorique de la revendication qu\u2019il sert bien souvent davantage d\u2019alibi que d\u2019explication.C\u2019est d\u2019ailleurs à se demander s\u2019il ne sert pas le plus souvent qu\u2019à légitimer la pénétration tentaculaire de l\u2019Etat dans la vie quotidienne, qu\u2019à recouvrir d\u2019une apparence de justice le fonctionnement d\u2019une logique de cloisonne- 237 ; ment, d\u2019enfermement de chacun dans son rôle.Il y a i toujours quelqu\u2019un qui peut prétendre avoir le droit de Ë son côté, et quand il ne l\u2019a pas, il agit le plus souvent pour demander à l\u2019Etat de le lui garantir.Heureusement qu\u2019il y a l\u2019Etat, autrement nous serions obligés de revendiquer en fonction de la responsabilité communautaire i et de l\u2019autonomie des citoyens.Drôles de questions ! Peut-être vaudrait-il mieux les i éviter de peur de tomber dans la démagogie; la démago- A gie n\u2019a rien à voir avec ceux qui défendent les justes i causes ! On est à gauche ou on ne l\u2019est pas.Mais qui osera rompre le silence; qui osera résister au i chantage qu\u2019exercent sur les intellectuels et la population en général, un syndicalisme d\u2019appareil qui affirme 4 incarner LA gauche et avoir le monopole de la juste 2 ligne ?\u201cHors des syndicats, point de gauche, point de i$ pensée progressiste\u201d\u2019, croit-on entendre.Mais qui donc hi verra que la récente crise du Front Commun ou la paralysie du système scolaire renvoient à quelque chose de À plus profond qu\u2019à une \u201csimple\u201d crise des relations de 4 travail ?Qui dira qu\u2019en plus de la crise des relations de 4 travail, c\u2019est une crise du travail lui-même qui est en creux dans la crise de l\u2019Etat ?Qui osera balancer les li- 3 vres de ses maitres a penser pour aborder avec humilité i\u2019 la vie d\u2019un peuple dont les institutions sont aussi croches que les raisonnements pontifiants des commentateurs et analystes, qui font comme si les enjeux n\u2019avaient rien 3 a voir avec la vie.Un certain chanoine a déja attaché le grelot, mais le ronron des machines analytiques a vite fait de couvrir sa voix.Comment prendre au sérieux quelqu\u2019un qui prétend que le progrès et le changement ne coïncident pas toujours avec les opinions des savants sur la vérité histo- rico-scientifique; que les choix de valeurs ne dépendent pas de la compétence des experts ?Ces propos dérangent ! On préfère croire que le chanoine a la nostalgie du temps de la Grande Noirceur ! Grand\u201dMaison parle encore comme au temps où la science de la société n\u2019avait pas encore touché notre peuple d\u2019ignares et où 238 ELE J nous ne disposions pas encore d\u2019une armée d\u2019experts dont la compétence scientifique tient lieu de valeurs.À en juger par les réactions aux critiques de Grand\u2019Maison sur le syndicalisme, on pourrait croire que le peuple québécois devrait se battre pour avoir raison dans l\u2019histoire, plutôt que pour être plus heureux.En ce qui concerne les blasphèmes et les égarements d\u2019attardés, écoutez plutôt les conversations de dépanneur et de restaurant du coin; laissez-vous bercer par la grossièreté du raisonnement, par la pauvreté des concepts.Et si tout à coup \u2014 imaginez cela un seul instant \u2014 si tout à coup les livres se trompaient et si le peuple qui se sent aliéné dans sa vie quotidienne et qui vocifère devant les stratégies syndicales avait raison ! Si tout à coup le monde ordinaire \u2014 expression odieuse pour désigner le lieu du locuteur comme extraordinaire \u2014 tiraient de leurs analyses la conclusion que les syndicats des secteurs publics et parapublics fonctionnent dans la logique même de l\u2019Etat et de ses appareils.Imaginez cela, même dans une grille bien apte à détecter les crypto-chanoines dans des analyses qui tentent de choisir la vie plutôt que les livres.Choisir la vie plutôt que les livres, c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit.Car nous faisons face actuellement à un formidable vide analytique, à une impuissance chronique à mettre la pensée en contact avec la vie quotidienne.C\u2019est cette impuissance qui est à l\u2019origine des fausses dichotomies qui nourrissent des questionnements abstraits et stériles et qui ne marquent en rien l\u2019enracinement de la pensée dans la transformation des conditions quotidiennes de la vie du peuple; est-on d\u2019abord femme ou prolétaire ?Québécois ou prolétaire ?femme ou Québécoise ?appartient-on d\u2019abord à un peuple ou à un syndicat ?etc.Retraduites dans des débats en \u201c\u201cis- mes\u201d\u2019, ces aberrations servent le plus souvent de caution au purisme de ceux qui ne s\u2019engagent que dans des combats de plume dont la légitimité et la pertinence sont patentés et sanctionnés par les chantres, bien souvent métropolitains, du progressisme de fauteuil.Que d\u2019énergies 239 perdues à se battre contre des mots, que de solidarités et d\u2019individus morcelés entre différentes causes.Si on quitte un peu les livres, on s\u2019apercevra que le Québec connaît un des plus haut taux de chômage en Occident.Son économie connaît en même temps une tertiarisation rapide.En vingt ans à peine, les répartitions de la main-d\u2019oeuvre se renversent de façon symétrique et les porteurs d\u2019eau se retrouvent waiters et agents de sécurité.Le secteur secondaire, quant à lui, connaît une stabilité de sa main-d\u2019oeuvre qui ne tient qu\u2019aux interventions de l\u2019Etat qui réussit tant bien que mal à contrer les effets de l\u2019internationalisation des marchés.Mais ces mesures sont temporaires : le secteur secondaire est formé d\u2019une couche vieillissante de la population; ses effectifs ne se reproduisent pour ainsi dire plus.Cette tertiarisation n\u2019est rien d\u2019autre que le nouveau visage de la misère, bien que, nouveauté oblige, cela ne se fasse pas sans que l\u2019on revampe l\u2019image des foremen.Cette tertiarisation ne signifie pas seulement la création d\u2019une classe moyenne nombreuse, mais surtout la création d\u2019un groupe de contrôle et de gestion du nouveau visage de la pauvreté : à l\u2019intérieur du secteur tertiaire, on retrouve encore ceux qui sont en haut et ceux qui sont en bas.Mais il faut remarquer que le vrai haut, l\u2019entreprise privée, reste la chasse gardée des anglophones; d\u2019autre part, c\u2019est dans l\u2019Etat québécois que l\u2019on retrouve la section québécoise et francophone de ce groupe de contrôle et de gestion, que l\u2019on pourrait qualifier de \u201cpetite bourgeoisie d\u2019Etat\u201d.Contrairement à la petite bourgeoisie traditionnelle qui fondait son pouvoir sur une fraction seulement des plus démunis de la classe ouvrière et paysanne, ce nouveau groupe, cette petite bourgeoisie d\u2019Etat, tire son pouvoir, de par la nature et les activités de l\u2019Etat, de l\u2019ensemble de la population.Ici se trouve le point d\u2019achoppement de bien des analyses et de quelques dogmes : faute de bien saisir la position nouvelle et originale de cette nouvelle classe, portée par l\u2019Etat et le supportant, la réalité H = s\u2019échappe par les trous des grilles et les analyses sont déconnectées de la société concrete.Ce n\u2019est pas un hasard non plus, si c\u2019est justement au sein de l\u2019Etat, parmi les nouvelles couches moyennes, que le syndicalisme a connu un renouveau, ou à tout le moins, un regain de dynamisme avec la Révolution Tranquille.C\u2019est dans le secteur public et parapublic que le syndicalisme a recruté le plus de nouveaux membres et c\u2019est dans ces secteurs qu\u2019il s\u2019est sans contredit imposé comme une force avec laquelle il faut compter.(Tous les gouvernements depuis Lesage l\u2019ont appris à leurs dépens.) Au cours de son rapide déploiement dans les appareils d\u2019Etat, le syndicalisme a engendré une discussion très sérieuse autour de ses assises idéologiques.Principalement menée par la CSN et la CEQ, cette discussion a vite pris l\u2019allure d\u2019un procès, procès du syndicalisme d\u2019affaires et condamnation des manoeuvres des syndicats canadiens et internationaux.Il est maintenant acquis que ce procès s\u2019est soldé par l\u2019adoption (quoique dans des tiraillements certains et une forme d\u2019intervention mitigée), par ces deux centrales, de la stratégie léniniste : exacerbation des contradictions, lutte à finir avec le pouvoir politique \u2014 mais pas avec la machine de l\u2019Etat \u2014, multiplication des affrontements dans le but de provoquer une crise sociale généralisée, etc.Evidem- ment, cela ne s\u2019est pas fait sans quelques dégats et les ouvriers des secteurs mous ont vite compris dans quelle impasse cela les mènerait.Les syndicats des secteurs publics et parapublics peuvent d\u2019autant mieux prétendre constituer l\u2019avant-garde du mouvement des travailleurs et exacerber les contradictions que la machine d\u2019Etat ne risque jamais de fermer ses portes ou de déménager à Toronto ou à Taiwan.Plusieurs syndicats ouvriers, notamment à la C.S.N.où ils ont été minorisés par la croissance rapide des syndicats des appareils publics, pnt donc vite fait de comprendre qu\u2019ils allaient être le dindon de la farce des contradictions et se sont alors re- 241 x AS + AH trouvés, en désespoir de cause, dans la centrale de la résignation, la C.S.D.On a moins bien vu cependant que ce faisant, les syndicats du secteur public et parapublic rompaient avec une longue tradition que les militants syndicaux ouvriers avaient forgée dans des luttes souvent sanglantes contre l\u2019impérialisme.En effet, même s\u2019il était d\u2019abord né d\u2019une réaction catholique au syndicalisme américain, le syndicalisme québécois de la C.T.C.C.avait également le mérite de ne pas être que de réaction : il s\u2019était battu non seulement pour défendre un niveau de vie, mais aussi un genre de vie, misant en cela sur les ressources et les solidarités existantes dans tout le peuple.On voit mal aujourd\u2019hui comment la C.S.N.pourrait réussir à mettre en branle à l\u2019échelle de tout le Québec une cueillette de cannages et autres victuailles, comme dans le temps de la grève d\u2019Asbestos, pour venir en aide aux luttes acharnées de fonctionnaires ventripotents.En réagissant positivement aux suggestions de ses nouveaux permanents frais émoulus des universités, les centrales syndicales ont sans doute jeté le bébé avec l\u2019eau du bain : ce qu\u2019elles ont gagné en discours flamboyants, elles l\u2019ont perdu du côté de leur capacité à sentir le pouls de la population et son sens communautaire.On essaie de créer de nouvelles solidarités autour d\u2019une réthorique de la lutte des classes, en ignorant trop souvent les solidarités déjà existantes dans les régions, dans les quartiers, dans certaines petites coopératives, etc.Il n\u2019en demeure pas moins que le syndicalisme québécois reste la vivante incarnation d\u2019une fantastique contradiction.Même s\u2019il est de moins en moins en mesure de parler au peuple de la réalité concrète et quotidienne, il exprime encore, du simple fait de son existence, que le syndicalisme d\u2019ici a toujours été différent de ce qu\u2019il est ailleurs en Amérique du Nord.Cette différence, au-delà du problème linguistique, tiendrait-elle en ce que le syndicalisme québécois ne se retrouve pas dans la conception du travail et des relations de travail nord- américaine ?Cette différence n\u2019est-elle pas en soi l\u2019ex- 242 pression même d\u2019une réalité culturelle où le travail n\u2019a pas le même sens, ou, à tout le moins, pas les mêmes finalités ?Et si tel est le cas, il faut avoir le courage de se demander : en quoi les pratiques syndicales nées de la Révolution Tranquille ont-elles changé quoi que ce soit dans l\u2019invasion de l\u2019American way of life au travail et dans la vie en général ?Cette question est absolument capitale car l\u2019imposition d\u2019un genre de travail, et par suite d\u2019un genre de vie, constitue la pierre angulaire de l\u2019impérialisme.Bien sûr, le syndicalisme québécois n\u2019est pas responsable de toutes les victoires de l\u2019impérialisme sur nous-mêmes, mais si lui ne s\u2019y attaque pas et n\u2019en fait pas une de ses priorités, s\u2019il ne se montre pas vigilant contre les pièges insidieux de l\u2019American way of life, qui donc en prendra l\u2019initiative ?Le bilan de ses activités des vingt dernières années reste pour l\u2019essentiel complètement négatif sous cet aspect.Malgré le rôle important qu\u2019il est appelé à jouer, ce n\u2019est plus de lui qu\u2019il faut attendre les luttes novatrices.Malgré les discours et les analyses marxistes \u2014 comme le manuel du ler mai, par exemple \u2014 les syndicats des secteurs publics et parapublics ne font rien d\u2019autre que de renforcer la logique centralisatrice et technocratique du capitalisme d\u2019Etat.Et cela, non seulement par des revendications salariales qui produisent l\u2019effet contraire parfois de ce que les discours et les manuels préconisent, mais encore et surtout parce qu\u2019ils ne remettent pas du tout en question la logique de base de la négociation et ses enjeux.En plus de s\u2019interroger sur l\u2019intégration des travailleurs dans la machine de l\u2019Etat, on devrait aussi s\u2019interroger sur l\u2019intégration de cette machine d\u2019Etat dans la vie quotidienne de la population en général, y compris les travailleurs de l\u2019Etat.C\u2019est bien beau de se battre pour de bonnes conditions de travail, mais de quelle sorte de travail est-il question ?Quelle est la finalité du travail ?Faire vivre le travailleur et sa famille seulement, ou s\u2019intégrer de plus dans tout un réseau, dans tout un projet social ?243 Est-il bien sûr qu\u2019il soit toujours progressiste de se battre pour conserver des lits d\u2019hôpitaux plutôt que pour la prévention et essayer de transférer des postes de l\u2019hôpital à des centres de prévention; qu\u2019il faille se battre pour la sécurité d\u2019emploi à tout prix plutôt que pour la création d\u2019emplois à temps partiel qui pourraient briser la logique de la carrière-vie-centrée-sur-le-travail ?Qu\u2019y a-t-il de progressiste à se promener dans la rue et à supplier la compagnie Cadbury (que d\u2019autre part, dans des analyses, on a jugé exploiteuse\u2026) de respecter le droit au travail de ses ex-employés ?Le droit au travail \u2014 si cela peut exister autrement que comme argument de légitimation \u2014 cela veut dire le pouvoir de faire de son travail une activité créatrice et libératrice, et en cela le droit au travail n\u2019est pas seulement une affaire de \u201cdroit\u201d et d\u2019avocasserie; c\u2019est une affaire de projet social.Oui, quelque chose semble clocher dans la conception du travail que véhiculent les centrales syndicales et les solidarités sur lesquelles elles s\u2019appuient, quand on voit le syndicat des employés de soutien d\u2019un syndicat faire la grève contre leur boss-syndicat, quand on voit les employés des caisses populaires faire la grève contre leur boss-coopérative \u2014 qui pourtant devrait leur appartenir en même temps qu\u2019à tous les autres membres usagers \u2014, quand on voit dans le secteur de la forêt les syndicats de travailleurs forestiers se battre férocement contre les coopératives forestières, etc.Et si on peut accuser le Mouvement Desjardins et les coopératives fédérées d\u2019être bien loin des solidarités et d\u2019être devenus des appareils au même titre que l\u2019Etat, que dire des centrales syndicales dont les employés de soutien font la grève ?Ne sont-elles pas devenues elles aussi des appareils, de grosses machines coupées de la base et des solidarités locales ?Un syndicalisme qui se bat contre un autre syndicalisme; un syndicalisme qui ne trouve pas de terrain d\u2019entente avec le mouvement coopératif, repose sur quelles solidarités, s\u2019insère dans quel type de projet social ?244 Nous savons maintenant qu\u2019en dépit des slogans, la Révolution Tranquille n\u2019a pas fait bouger d\u2019un poil l\u2019écart entre les riches et les pauvres au Québec : tout ce qui a bougé, c\u2019est le niveau de vie.Il n\u2019y a désormais de libération qu\u2019en ce qui touche la possibilité de créer et de maintenir un mode de vie étranger à la logique de la marchandise.Ce n\u2019est plus le temps d\u2019essayer de niveler les écarts : il faut repenser les stratégies, mais surtout les objectifs : en effet l\u2019amélioration du niveau de vie ne s\u2019est-elle pas traduite simplement par une meilleure intégration à l\u2019empire, c\u2019est-à-dire d\u2019abord et avant tout par une dégradation de notre mode de vie, par une décultu- ration, une destruction des codes et des pratiques qui produisent notre identité.Qu\u2019y a-t-il de libérateur dans le fait que chaque ménage possède maintenant son téléviseur pour écouter religieusement \u2018\u201c\u2018The price is right\u201d ou \u201cLa femme bionique\u201d\u201d ?La déculturation va bien au-delà du problème linguistique : \u201cto go to work downtown by the subway in Toronto\u201d ou \u2018\u2018aller travailler au centre-ville en métro à Montréal\u201d, quelle est la différence ?Quelle alternative nous est proposée pour vivre autrement ?Rien sinon d\u2019agrémenter l\u2019American way of life du pittoresque des ceintures fléchées, ou des rigodons dans les discothèques pendant le temps des fêtes ou le 24 juin : on se réinvente une culture folklorisée et patentée, qui passe par les manuels pour construire sa cabane en bois rond et les cours du soir de tissage, mais dans laquelle nos ancêtres, et pas besoin d\u2019aller chercher si loin, les gens de l\u2019âge d\u2019or, parqués dans leurs centres d\u2019accueil en béton gris où ils attendent patiemment la mort, ne se reconnai- traient pas.En fait, en se battant pour des objectifs théoriquement nobles et justes, approuvés par les bonzes du marxisme-léninisme d\u2019ici et surtout d\u2019ailleurs, les centrales syndicales et en particulier les syndicats du secteur public et parapublic, contribuent à propager, ou plutôt à cautionner un style de vie étranger et dont l\u2019imposition par les appareils d\u2019Etat renforce de plus en plus 245 l\u2019emprise et le contrôle de l\u2019Etat dans la vie quotidienne.Malgré quelques timides avertissements, les centrales n\u2019entendent pas vraiment critiquer, dénoncer ou s\u2019opposer à cette intrusion grandissante de l\u2019Etat dans la vie quotidienne.Au plus exigent-elles la mise sur pied de mécanismes de régulation, auxquels elles entendent bien sûr participer.En effet, tout le monde s\u2019entend bien sur un point : plus l\u2019Etat est fort et omniprésent, plus les syndicats des secteurs publics et parapublics, et par conséquent les centrales aussi, sont forts et omniprésents.Le syndicalisme fait désormais partie du fonctionnement même, du pouvoir d\u2019intrusion et de contrôle de la vie quotidienne.Et cette immiscion dans la vie quotidienne sous prétexte de rationaliser l\u2019organisation sociale va souvent à l\u2019encontre des dynamismes locaux.Voici quelques exemples.Le décret de la construction empé- che les citoyens de la Matapédia de bâtir leurs propres moulins, salles communautaires, etc, parce que la loi les oblige de payer les travailleurs à des prix que les entreprises communautaires ne peuvent pas donner; la loi les oblige à embaucher des gens qui répondent aux normes du décret de la construction, et cela même si les gens du village ont décidé de bâtir eux-mêmes, à partir de leurs propres ressources, et à leur manière, les édifices dont ils ont besoin.De même, dans les régions périphériques non desservies par les transports en commun, on laisse circuler cinq jours par semaine des autobus scolaires à moitié vides sans pouvoir s\u2019en servir à d\u2019autres fins que le transport des écoliers, parce que les normes du ministère des Transports et celles du ministère de l\u2019Education sont inconciliables.C\u2019est ainsi que les autobus continuent de rouler à moitié vides et à accumuler des déficits, tout en laissant les gens aux prises avec leurs problèmes de transport en commun.Des écoles ferment dans des villages qui tentent par ailleurs désespérément de survivre, parce que le nombre d\u2019élèves n\u2019est pas suffisant pour que la convention collective soit appliquée.La convention prévoit que les profs trouveront une job ailleurs, mais rien n\u2019est prévu pour les villages qui devront trouver une école ailleurs.Tricofil d\u2019autre part 246 PEE a connu de sérieux problémes avec le décret de la robe accepté dans l\u2019industrie du vêtement.Les paroisses marginales rencontrent tous les jours les obstacles de la standardisation en ce qui concerne l\u2019accès aux services : téléphone, bureaux de poste, électricité, loisirs, écoles, etc.L\u2019uniformisation des conditions de vie et de travail permet sans contredit une planification plus rationnelle, mieux adaptée aux exigences de rentabilité calquées sur celles du marché; le contrôle des normes, ou plutôt l\u2019accord patronal-syndical sur le contrôle étatique, constitue un frein important aux tentatives de changement visant à mettre sur pied un nouveau genre de vie communautaire, à l\u2019autogestion des communautés qui désirent prendre elles-mêmes en charge leur développement.C\u2019est ce qu\u2019a manifesté, à sa manière, la réprobation populaire lors de la crise du Front Commun.Les arguments de lutte pour la qualité de la vie ne touchent pas les classes populaires parce que les gens sentent bien que ce dont il est question, c\u2019est la qualité de la vie dans les appareils, dans la machine étatique.Cette qualité de la vie dans les appareils signifie essentiellement pour la population la participation dépendante, c\u2018est-à-dire la participation à l\u2019intérieur d\u2019un cadre pré-établi et sous l\u2019oeil bienveillant de spécialistes éclairés.(Voir par exemple la loi 125 sur la décentralisation et ses documents accompagnateurs.) Vu sous cet angle, le pouvoir de l\u2019Etat s\u2019exerce non seulement sur une classe sociale, mais sur toute forme de communauté où les modes de relations sont définis par les gens eux-mêmes, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une association de parents, d\u2019un groupe de vieux ou d\u2019une gagne d\u2019adolescents qui veulent ouvrir leur propre café.Il s\u2019agit là d\u2019une question fondamentale dans la réflexion sur l\u2019autogestion.C\u2019est à partir de là qu\u2019on peut définir de nouvelles stratégies de changement, en dehors du procès et des sempiternelles litanies sur l\u2019inertie du peuple.L\u2019anti-syndicalisme croissant, ou du moins de 247 plus en plus affirmé ouvertement, dans la population, n\u2019est pas si réactionnaire qu\u2019il semble à première vue : si on refuse d\u2019être contrôlé par l\u2019Etat et ses appareils, on est aussi, forcément, contre le syndicat qui y agit comme instance de temporisation.Se faire barber par un fonctionnaire quand on cherche à se démêler avec les normes du Bien-Etre social n\u2019est pas plus drôle parce qu\u2019on a affaire à un fonctionnaire syndiqué qui respecte scrupuleusement sa convention collective.C\u2019est ainsi qu\u2019il faut comprendre que le peuple est bien souvent anti-syndicaliste parce qu\u2019il est anti-étatiste.On est bien loin du problème quand on fait porter le débat sur le droit de grève : ce qui est en jeu, c\u2019est la réappropria- tion de la société civile et non pas l\u2019amélioration de l\u2019American way of life, telle que définie par les normes et les experts, ceux-ci fussent-ils affublés de ceintures fléchées.Pour les travailleurs de l\u2019Etat, comme pour l\u2019ensemble de la population, la véritable victoire serait d\u2019en arriver à changer leur vie quotidienne dans l\u2019appareil d\u2019Etat, leur rapport à l\u2019Etat pour en arriver finalement, avec le reste de la population, à autogérer l\u2019école, les services sociaux et de santé, etc., à en reprendre le contrôle pour les réintégrer aux réseaux sociaux existants, pour en faire non plus un obstacle, mais un instrument, un élément parmi d\u2019autres, dans la réalisation de projets sociaux communautaires, dans la création de nouvelles solidarités.De même, ceux qui déversent leur fiel sur la démobilisation de la jeunesse et son manque d\u2019engagement, oublient trop souvent, que dans la plupart des cas, ces mêmes jeunes ne font que rejeter le donquichottisme de leurs maîtres.Ceux qui ne sont pas payés ni assurés d\u2019un emploi à discuter de la bande des quatre ou du plaisir du texte telquelliste font tout simplement preuve de bonne santé en rejetant cette forme prétentieuse de l\u2019ignorance qui consiste à les rendre distants de leur propre quotidienneté.Le silence de cette jeunesse étudiante constitue ainsi une des manifestations politiques les plus 248 occultes de cette décennie.Bien enfirouapés dans leur confort matériel et intellectuel, trop de professeurs \u2014 pas tous, fort heureusement \u2014 ne trouvent rien de mieux à faire que de dresser des procès dont ils sont les seuls à ne pas se rendre compte que le verdict est déjà posé.Une jeunesse qui choisit sa propre ignorance plutôt que celle des autres reste une jeunesse engagée; elle avoue tacitement qu\u2019elle préfère s\u2019en tenir à sa con- i dition plutôt que de faire comme s\u2019il n\u2019en était jamais ; question au cours de philo ou d\u2019économie.La jeunesse n\u2019est pas réactionnaire, elle a choisi la résistance.On a ke déja mentionné le haut taux de chémage au Québec; les i jeunes sont ceux qui souffrent le plus de ce chomage; or dans les cinq prochaines années, le Québec sera un pi des pays qui mettra le plus de jeunes sur le marché du fi travail.Il est donc urgent de réfléchir sur le travail et ses finalités : s\u2019agit-il seulement de nourrir des bouches ; ou de construire une société ?Car de toutes façons, il va 5 falloir inventer des emplois pour tous ces jeunes.s Apathie et antisyndicalisme d\u2019une part ou éloignement de la réalité quotidienne d\u2019autre part ?Qui a raison, la vie ou les livres ?Le refus de baser les luttes et le militantisme sur des i formes de solidarités qui nous sont propres peut ainsi prendre des allures de catastrophe : le syndicalisme d\u2019appareil et des secteurs publics et parapublics, de par bh son influence, contribue a définir le travail et le monde du travail dans des finalités qui ne sont pas celles de la vie quotidienne du peuple.Nous avons nos propres i syndicats québécois, différents des syndicats nord- .américains, et ils devraient travailler main dans la main E avec les autres groupes qui essaient de repenser le travail et les relations de travail dans la société québécoise, comme les coopératives de production, comme les groupes de citoyens dans les régions marginales, au lieu a de leur mettre les bâtons dans les roues en endossant les normes étatiques, à coup de stratégies jusqu\u2019auboutistes et en se comportant comme des boss à l\u2019égard de leurs 2 propres employés.È w À Le discours sur le travail et les rapports de travail vient ainsi déposséder ceux qui sont déjà de plus en plus dépossédés par l\u2019impérialisme culturel de leurs moyens symboliques d\u2019appropriation du monde.En quoi les victoires du Front Commun permettent-elles à notre peuple de se retrouver ?En rien, sinon dans les formes folklorisées de tout ce qui faisait jadis l\u2019authenticité des échanges et qui est aujourd\u2019hui transformé en parure de circonstance : en quoi cela change-t-il ma relation avec un fonctionnaire qui vient brûler mon village que de le voir vêtu d\u2019un manteau tissé à la main, création exclusive du Salon des Métiers d\u2019Arts ?I faut lucidement regarder les choses en face : le syndicalisme d\u2019appareil et son discours ne nous sont pas utiles dans la création d\u2019un mouvement autogestionnaire.Son discours est coupé du vécu quotidien, ses pratiques et ses luttes en arrivent pratiquement à propager l\u2019American way of life et avec lui la destruction des solidarités.Dire cela n\u2019a rien d\u2019une chasse aux sorcières : il s\u2019agit plutôt de chercher à voir quelles sont les véritables bases des pseudos-projets de société que les syndicats d\u2019appareils prétendent metter de l\u2019avant.Interroger ces discours sur la finalité du travail, c\u2019est aussi éviter le piège néo-progressiste qui consiste à dire qu\u2019on peut et qu\u2019on doit autogérer les appareils d\u2019Etat.Certes l\u2019école, l\u2019hôpital, le centre d\u2019accueil sont des lieux où les luttes peuvent déboucher sur l\u2019autogestion, mais cela ne se réalisera que dans la mesure, justement, où ces institutions s\u2019arracheront de la logique de l\u2019Etat pour s\u2019insérer dans des luttes pour l\u2019autonomie des communautés (régions, quartiers, etc.).Il faut désormais envisager le syndicalisme dans une perspective critique et cesser de réagir en vierge offensée au moindre questionnement.Il est grand temps d\u2019admettre tout simplement qu\u2019on n\u2019invente pas une nouvelle société si on a peur de se débarrasser de ce qui, dans celle qui croupit actuellement, avait constitué nos plus belles certitudes. Marcel Fournier D\u2019Esdras a Jean-Jacques, ou la recherche d\u2019une troisième voie Depuis les années 1920 (et de la montée du mouvement communiste en Europe) et plus particulièrement à la suite de la crise économique de 1929, le système capitaliste est l\u2019objet de remises en question plus ou moins radicales, qui conduisent parfois à l\u2019élaboration de solutions, d\u2019alternatives ou de projets de société.Habituellement conçus par des intellectuels ou des spécialistes en sciences sociales \u2014 rappelons que l\u2019Ecole des Sciences Sociales de l\u2019Université de Montréal a été créée en 1920 dans le but explicite de contrer la menace du communisme \u2014 ces solutions et projets de société ont pour caractéristiques communes de renvoyer dos-à- dos le totalitarisme (dont le communisme) et le libéralisme économique, de véhiculer une conception \u2018\u201chumaniste\u201d\u2019 de l\u2019économique et enfin de se référer aux aspirations soit du peuple soit de la nation canadienne-fran- çaise ou québécoise (nationalisme).De ces solutions ou projets de société qui furent l\u2019objet de débats sur les tribunes publiques et dans les revues politico-intellec- tuelles, nous pourrions en retenir trois, qui apparaissent en continuité les uns avec les autres et qui, à des périodes différentes ont fasciné plusieurs intellectuels et spécialistes en sciences sociales : d\u2019abord le mouvement coopératif (qui à un moment fut associé i un projet corporatif), ensuite le mouvement de participation (et de groupes populaires) et enfin plus récemment, le mouvement autogestionnaire.Nous nous limiterons 251 pour notre part au premier et au dernier de ces mouvements et plus précisément à des textes produits par des intellectuels et spécialistes en sciences sociales étroitement associés à l\u2019un et l\u2019autre de ces mouvements.La publication récente d\u2019une part d\u2019un premier volume des écrits économiques d\u2019Esdras Minville, L'économie du Québec et la science économique (Montréal, Fides, 1979) et l\u2019autre part d\u2019un essai d\u2019un professeur en sociologie de l\u2019Université Laval, Jean-Jacques Simard, La longue marche des technocrates (Montréal, Editions coopératives Albert Saint-Martin, 1979) nous fournit un bon prétexte pour soulever quelques questions : le discours qu\u2019on tient aujourd\u2019hui sur le mouvement autogestionnaire est-il très différent de celui que des aînés tenaient il y a trente ou quarante ans sur le mouvement coopératif ?Sinon, comment expliquer cette similitude?Nous pensons qu\u2019il s\u2019agit là de deux expressions d\u2019une même recherche, celle d\u2019une \u2018\u201c\u2018troisième voie\u201d entre le capitalisme et le communisme et que cette recherche n\u2019est nullement indépendante à la fois de la position qu\u2019occupent les intellectuels dans la structure sociale québécoise et de la situation particulière du Québec.La crise et la restauration de l\u2019ordre social Les années 20 et 30 qui sont des années de misère généralisée \u2014 des \u2018\u2018années tristes\u201d a-t-on dit \u2014 sont le moment d\u2019une renaissance d\u2019un nationalisme (celui de l\u2019abbé Groulx) qui véhicule de façon mitigée un sentiment anti-capitaliste, exprime aussi un besoin de renouveau \u2014 soit au niveau personnel (La Relève) soit au niveau politique (Vivre de J.-L.Gagnon : les Jeune- Canada d\u2019A.Laurendeau) \u2014 qui conduit à l\u2019élaboration de certaines solutions et même à l\u2019esquisse de projets d\u2019une société \u2018meilleure\u2019.Les types d\u2019action proposée peuvent être classifiés en trois catégories principales 1) une action traditionnaliste qui, caractérisée par une critique de l\u2019exode rural, une politique de retour à la terre et un programme de colonisation, traduit un refus 252 de la situation industrielle et l\u2019affirmation des traditions canadiennes-françaises; 2) acceptation de la situation industrielle et commerciale et lutte contre les Canadiens anglais sur leur propre terrain (appui à la petite entreprise, campagne d\u2019achat chez nous); 3) enfin, changement de l\u2019économie provinciale de telle façon que soit nul le contrôle des étrangers sur les institutions québécoises.Cette dernière action, certes la plus radicale, est cependant corporatiste.Le corporatisme est la \u2018plus importante réforme où aiment à se complaire nos penseurs sociaux\u201d (1) de Mgr Paquet ou Mgr Bruchési à Maximilien Caron, Gérard Picard, Alfred Charpentier, Fr.-A.Angers ou François Hertel et même Esdras Minville, Gérard Filion, Victor Barbeau, le Père Lévesque, etc, et ce pour des motifs aussi divers que le désir de destruction du système capitaliste actuel ou le rêve d\u2019un millénarisme égalitaire.Cette solution est perçue à la fois comme le remède à l\u2019anarchie du laissez-faire et comme un moyen d\u2019éviter le totalitarisme, c\u2019est-à-dire comme le \u201c\u2018juste milieu\u201d entre le libéralisme, le fascisme et l\u2019étatisme communiste.Aussi satisfait-elle autant les \u2018\u201cprogressistes\u201d\u2019 que les réactionnaires.Et quelle qu\u2019en soit l\u2019ambiguïté puisque nous pouvons distinguer trois types de déviations (quasi- fasciste, du laissez-faire et de la gauche), cette doctrine corporatiste, souvent qualifiée de \u201cprojection d\u2019attitudes rurales dans un nouveau monde industriel confus\u201d, a, malgré ou peut-être du fait de son imprécision et de son caractère utopique, une très grande influence : elle inspire l\u2019importante loi de l\u2019extension des conventions collectives, mobilise par ses propositions simples (achat chez nous, nationalisation de l\u2019électricité, etc.) l\u2019attention de la population et enfin est, par la médiation du Programme de Restauration Sociale, à la base de la formation de l\u2019Action Libérale Nationale et de la fondation de l\u2019Union Nationale.Ce \u201cprogramme\u201d, élaboré en 1933, c\u2019est-à-dire au creux même de la crise économi- 1.Trudeau, P.-E., La grève de l'amiante, Montréal, Cité Libre, 1954.253 ESRI RE PTE RE DOG DOUTE que, est le document de cette période des \u201cannées tristes\u201d pendant laquelle les Canadiens français prennent conscience des faiblesses du capitalisme et cherchent des solutions conformes à l\u2019enseignement des encycliques.Le programme d\u2019abord rédigé par treize ecclésiastiques, dont le Père Lévesque et plusieurs évêques réunis par le Père Papin Archambault, s.j.de l\u2019Ecole Sociale Populaire, reçoit un accueil favorable.Mais un groupe de spécialistes des questions sociales et économiques tels les E.Minville, A.Charpentier, Ph.Hamel, etc, considérant le message des ecclésiastiques trop général en fait une application concrète aux réalités québécoises : l\u2019objectif est d\u2019établir un ordre social plus conforme à la justice sociale et de le préserver des bouleversements auxquels l\u2019expose la situation actuelle.Doctrine inspirée des enseignements sociaux de l\u2019Egli- se, le corporatisme ne constitue cependant pas alors un projet politique qui est porté par un mouvement social ou par un parti; tout au plus cette doctrine influen- ce-t-elle des programmes politiques, suggère des législations et oriente des actions concrètes.Plus précisément, celle-ci fournit une légitimité à deux types d\u2019actions ou d\u2019organisations proprement économiques : à savoir le coopératisme et les associations professionnelles.De tous les intellectuels francophones qui sont alors tentés par le corporatisme \u2014 d\u2019où une certaine admiration pour les régimes de Salazar, de Franco ou de Mussolini \u2014 Esdras Minville est un de ceux qui ont été les plus actifs défenseurs de ces modes d\u2019organisation et qui en ont fourni une justification non seulement d\u2019ordre moral, mais aussi d\u2019ordre nationaliste.La publication récente d\u2019un premier tome de ses écrits, L'économie du Québec et la science économique, permet de mieux connaître la \u2018\u201c\u201cpensée sociale et économique\u201d de cet intellectuel, qui fut directeur de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales et aussi, pendant plusieurs années, doyen de l\u2019Eco- le des Sciences Sociales de l\u2019Université de Montréal.Les principaux axes de cette pensée, qui est, faut-il préciser, très fortement imprégnée de la doctrine sociale de l\u2019Egli- se, sont les suivants : 254 \u2014 refus à la fois du libéralisme économique (ou de l\u2019individualisme libéral) et du communisme (ou du totalitarisme).Se référant à la crise économique de 1929, E.Minville écrit que \u201cles Canadiens français, comme les autres, ont eu alors à souffrir du désordre général\u201d et qu\u2019ils ont pris conscience de \u201cl\u2019inaptitude du régime capitaliste à résoudre les problèmes douloureux sortis de son propre fonctionnement\u201d.Issu d\u2019une famille d\u2019agriculteurs et de pêcheurs pauvres, Minville est lui-même scandalisé de \u2018\u2018l\u2019accumulation de gigantesques sommes superflues entre les mains d\u2019un petit nombre\u201d alors même que la \u201cgêne ou la misère est le partage de la multitude\u201d.Par ailleurs, le communisme ne lui apparaît pas comme une alternative valable celui-ci préconise des soi-disantes réformes dont le caractère est \u201cinhumain\u201d, conçoit l\u2019homme comme \u201casservi à l\u2019économique\u201d (p.112), etc.Le renouveau économique et social ne peut donc se réaliser qu\u2019en \u201cdépassant l\u2019individualisme désormais insuffisant\u201d, mais en \u201cévitant le collectivisme étatique\u201d.référence à un humanisme (chrétien), qui d\u2019une part \u201cordonne l\u2019action économico-sociale au bien commun et pose comme condition le respect des libertés essentielles de la personne humaine\u201d et qui d\u2019autre part, cherche à fonder un ordre social non pas sur l\u2019antagonisme, mais sur \u201cl\u2019entraide, la collaboration, l\u2019appui mutuel\u201d (p.226).Quant à la culture canadienne-française qui doit certes beaucoup au \u201c\u201cgénie français\u201d, elle apparaît \u2018\u201cd\u2019inspiration chrétienne\u201d, elle est celle d\u2019une \u2018\u2018nation chrétienne\u201d et ses caractères sont les suivants : spiritualiste (primauté aux valeurs d\u2019esprit et répugnance de toute forme de matérialisme), personnaliste (d\u2019ou culte de la liberté et refus de toute forme d\u2019assujettissement et de collectivisme), communautaire (la société n\u2019est pas une multitude régie par les contraintes d\u2019un Etat, mais une structure 255 organique dont les communautés \u2014 famille, profession, paroisse, etc.\u2014 constituent la structure permanente) et qualitative (recherche d\u2019une plus complete \u201chumanisation\u201d).conception évolutionniste du changement, qui pour être véritable doit être lent : c\u2019est une chimère que de penser \u201cqu\u2019un nouvel ordre social surgira demain tout d\u2019une pièce par une brusque intervention de l\u2019Etat ou par un soudain sursaut de la société tout entière\u201d (p.228).Il faut au contraire attendre une ou même plusieurs générations pour qu\u2019un nouvel ordre social atteigne un \u2018\u2018certain degré d\u2019achèvement\u201d.De plus, le changement \u2014 le progrès \u2014 ne peut s\u2019effectuer sans une \u201cfidélité au passé\u201d.\u201cLe renouveau désiré devra consister, précise Minville, non pas en une révolution, mais en une réinterprétation de la pensée traditionnelle en regard des exigences économiques et sociales de notre époque\u201d (p.125).Et à cet égard, l\u2019attitude des agriculteurs est édifiante : ils ont su \u201cse réorganiser pour répondre aux besoins des temps nouveaux, sans s\u2019écarter de la ligne d\u2019inspiration traditionnelle de leur métier\u201d (p.132).Aussi, les agriculteurs font-ils figure d\u2019avant-garde : ils ont su \u201crapidement trouver la formule\u201d, c\u2019est-à-dire \u201c\u2018bâtir un organisme économique en l\u2019articulant à la vie nationale et en l\u2019intégrant dans notre civilisation\u201d (p.147).perspective nationaliste : la coopérative est le seul moyen pour les francophones du Québec de \u201c\u2018résister à la concurrence des entreprises anglo-cana- diennes et américaines\u201d.\u201cMal pourvus en capitaux\u201d, ceux-ci n\u2019ont d\u2019autres choix, s\u2019ils veulent \u201cresaisir leur vie économique par la base\u201d, que de \u201crecourir a la forme d\u2019organisation qui leur convient le mieux : l\u2019association des personnes dont le type le plus puissant, le plus souple, est la coopé- rative\u201d (p.113).Ainsi à une \u2018préoccupation sociale\u201d s\u2019ajoute et se superpose une \u2018\u2018perspective nationale\u201d.Pour Esdras Minville, le renouveau de l\u2019ordre social trouve donc son principe animateur en dehors même du champ politique et ne s\u2019inscrit pas dans des conflits sociaux : au contraire, il suppose \u201cla collaboration des employeurs et de toutes les classes de la société\u201d (p.145).Et en plus d\u2019une visée nationaliste, ce renouveau comporte un double objectif : réhumaniser le travail et le travailleur \u2014 ce qu\u2019oublient trop rapidement les syndicats \u2014 et permettre à tous d\u2019accéder a \u201cl\u2019aisance moyenne\u201d.A s\u2019y méprendre, l\u2019on croirait entendre Jacques Grand\u2019Maison qui harangue les lecteurs du Devoir ou un groupe de séminaristes.Une analyse des divers discours tenus au cours des deux dernières décennies sur les thèmes de la participation, de l\u2019animation, des comités de citoyens, etc., permettrait de dégager une problématique qui n\u2019est pas si différente de celle d\u2019un Esdras Minville : humanisme personnaliste, valorisation de \u201cl\u2019esprit communautaire\u201d, caractéristique des Québécois francophones, critique du totalitarisme, etc.Il s\u2019agit là d\u2019une pensée sociale et économique qui peut étre dite \u201c\u2018associative\u201d (en opposition a un collectivisme qui apparaît \u201c\u2018étatique\u201d) : entre l\u2019Etat, symbole de l\u2019autorité collective et l\u2019individu, doit se développer (spontanément) tout un ensemble de groupements, d\u2019associations, de mouvements, etc., qui insèrent les membres de la collectivité dans des réseaux de solidarité.Se référant à ces groupements et associations, C.Bouglé, un disciple du sociologue français Durkheim, parlait au début du siècle, d\u2019une nouvelle doctrine sociale, le \u201c\u201csolidarisme\u201d.Cette doctrine qui s\u2019est développée en marge et en opposition au socialisme scientifique (Marx) vise, pour reprendre une distinction introduite par Gramsci, à organiser parallèlement à une \u2018société 257 politique\u201d\u201d déjà bien structurée (et dépendante de l\u2019Etat et des gouvernements), la \u201csociété civile\u201d (2).2.De l\u2019Etat-Providence au \u201cmonstre technocratique\u201d Le titre même de l\u2019essai de J.-J.Simard indique qu\u2019il sera question d\u2019une analyse de la Révolution tranquille c\u2019est-à-dire de la période qui va de 1962 à la fin de la décennie 60 et qui se caractérise par une transformation importante de l\u2019appareil d\u2019Etat provincial.Cependant seul le premier chapitre est consacré à l\u2019analyse de cette transformation : croissance phénoménale des instances administratives provinciales, gonflement des effectifs professionnels (en particulier de l\u2019ingénierie sociale et économique) dans la fonction publique, etc.Même si l\u2019auteur ne fait guère référence à la conjoncture économique, celui-ci fournit un éclairage original de cette période et formule une hypothèse fort intéressante, à savoir que \u201cles nouvelles élites de la Révolution tranquille se recrutaient autant auprès des milieux technocratiques qu\u2019au sein de la bourgeoisie d\u2019affaire (et des politiciens qui traditionnellement y étaient liés\u2019 (p.44).Mais J.-J.Simard délaisse rapidement l\u2019analyse globale de la société québécoise pour s\u2019intéresser à un aspect particulier : celui de la bataille du développement régional (dont principalement l\u2019expérience du B.A.E.Q.).L'importance de cette expérience qui mobilisa directement plus de 3 000 personnes n\u2019est évidemment pas négligeable pour la compréhension de la techno-bureau- cratisation.Tout au moins aurait-il fallu préciser qu\u2019elle ne concerne pas uniquement l\u2019Etat provincial.L'analyse de l\u2019expérience du B.A.E.Q.ne semble en fait qu\u2019un prétexte pour amener le lecteur, qui s\u2019est amusé de la naïveté des aménagistes (le changement social par le changement des mentalités) et qui a pris conscience des faiblesses d\u2019une certaine idée (ou idéo- 2.Gramsci dans le texte, Paris, éditions sociales, 1975.258 logie) de la participation-animation, aux deux derniers chapitres de l\u2019ouvrage.Ces deux chapitres ont un caractère nettement pamphlétaire : le premier se présente comme une critique générale de \u2018l\u2019ordre nouveau technocratique\u201d (I\u2019aliénation dans les régions périphériques, la récupération par la participation, le musellement technocratique, économisme et productivisme, etc.).Quant à l\u2019autre chapitre, il est carrément prophétique, l\u2019auteur explicitant un contre-projet, celui de la communauté auto-déterministe (ou autogérée).De ce contre- projet, Simard en dégage lui-même les trois dimensions suivantes : \u2014 une prise directe sur le pays : les membres de la société \u2014 réaffirment leur prise directe sur les éléments, en particulier sur le milieu physique, sur la \u201cTerre\u201d.\u2014 la recherche d\u2019une communauté : c\u2019est-a-dire construction de relations sociales qui sont plus organiques que fonctionnelles et qui sont fondées sur une \u2018\u201ccertaine homogénéité culturelle\u201d.\u2014 la transformation des relations entre la vie publique et la vie privée de façon à \u2018\u2018ramener dans le système de la quotidrenneté l\u2019activité publique des citoyens qui élaborent leur propre histoire\u201d.Il s\u2019agit en quelque sorte de \u2018marier à nouveau la solidarité par fusion et la solidarité instrumentale, la communication et le travail, la culture et l\u2019économie, les valeurs fondamentales et l\u2019efficacité économique, la quotidienneté et la politique, le vécu immédiat et l\u2019histoire\u201d (p.167).A prime abord, cette vision, que l\u2019auteur résume lui- même en trois mots \u2014 Petit (n\u2019entreprenez que ce qui demeure à l\u2019intérieur de vos possibilités); Terre (comptez d\u2019abord sur votre sol natal, vos ressources locales) et Groupe (travaillez ensemble plutôt qu\u2019individuellement), \u2014 peut apparaître très éloignée de celle dun 259 a ES Esdras Minville, mais l\u2019on y retrouve à la fois un certain \u201cspiritualisme\u201d\u2019 (rapatrier le développement dans les domaines des volitions humaines, des jugements de valeurs et de la morale collective, domaines auxquels la technologie doit être soumise) et un profond humanisme (réconcilier fins et moyens, revaloriser et \u201créhuma- niser\u201d\u2019 le travail, etc.).J.-J.Simard, qui à ses heures se fait moraliste, parle effectivement de \u201c\u2018brandir\u2019\u2019 devant l\u2019insensibilité morale du cybernétisme, la primauté des valeurs et des finalités, du bonheur, du bien et du bon\u201d (p- 195).De plus, tout comme chez Minville, il y a rejet à la fois du capitalisme et du socialisme d\u2019Etat, mais il s\u2019agit chez J.-J.Simard de renvoyer dos-à-dos les \u201cgauches et les droites officielles qui partagent la grâce de connaître les recettes du système social parfait\u201d : les expériences communautaires récentes (Cabano, Mont- Laurier, Tricofil, etc.) constitueraient le point de ralliement et incarneraient l\u2019espoir diffus de tous ceux qui \u201csont lassés des grands projets technocratiques de la Révolution tranquille\u201d ou qui \u201csont rebutés par les phantasmes centralisateurs et étatiques du marxisme- léninisme\u201d\u2019.Le capitalisme étant devenu un capitalisme d\u2019Etat, il ne s\u2019agit donc plus d\u2019opposer individualisme et collectivisme : aux deux modèles de sociétés (capitalisme et socialisme d\u2019Etat) qui fonctionnent maintenant tous deux à la \u2018\u2018technobureaucratie\u201d, il faut opposer une troisième voie, celle qui permet de \u201clibérer l\u2019avenir\u201d\u2019.En marge et en rupture des institutions, cette troisième voie se construit sur la base des associations, qui seules peuvent affranchir l\u2019imagination et les pouvoirs humains et assurer une réappropriation de la technique, bref éliminer l\u2019aliénation sous toutes ces formes.3.Les ambiguités de la \u201ctroisième voie\u201d À plusieurs égards, les projets coopératifs et autogestionnaires qu\u2019élaborent Esdras Minville et Jean- Jacques Simard sont différents.Il ne faudrait être injuste ni pour l\u2019un ni pour l\u2019autre : ces deux \u2018\u2018penseurs 260 sociaux\u201d qui sont confrontés a des conjonctures tres différentes, n\u2019ont pas les mémes \u201clettres\u201d, le méme engagement, etc.Mais, il y a au niveau de la problématique, une certaine parenté, un \u201cair de famille\u201d.De plus, leurs réflexions respectives véhiculent les mémes ambi- guités : dans les deux cas (et principalement dans le dernier), la problématique ne fournit qu\u2019un éclairage partiel au sujet de la question des relations entre d\u2019une part les entreprises coopératives ou autogérées et d'autre part : 1) le mouvement syndical; 2) le mouvement nationaliste et 3) l\u2019Etat.Par ailleurs, les expériences communautaires privilégiées se sont souvent développées en milieu rural ou semi-urbain : il n\u2019est pas toujours facile de s\u2019imaginer comment celles-ci peuvent s\u2019implanter en milieux urbains.S\u2019agit-il comme le laisse entendre Minville, de lier \u201cI\u2019ancien\u201d au \u201cmoderne\u201d, le mode de vie \u201ctraditionnel\u201d aux exigences techniques ?Avant d\u2019aborder la question des ambiguités, il n\u2019est pas sans pertinence de mettre en lumière cette nostalgie d\u2019une société rurale, petite et homogène qui transparaît dans les écrits de nos deux penseurs sociaux confrontés au monde moderne (identifié par l\u2019un à la technique et l\u2019autre à la cybernétique).\u2014 La nostalgie d\u2019une société rurale, petite et homogène Ni Minville ni Simard ne souhaitent vraiment un retour en arrière, mais l\u2019ensemble de leurs réflexions se déploie en référence au monde rural, à la campagne et aux petits villages québécois .les exemples qu\u2019ils fournissent concernent principalement, pour l\u2019un, les coopératives agricoles et pour l\u2019autre, les mouvements régionalistes ou expériences communautaires régionales.Tout porte à croire que le changement social viendra des régions excentriques, de la campagne, bref de la périphérie.Michel Van Schendel n\u2019avait-il pas écrit lui- même il y a quelques années que si mouvement révolutionnaire il y avait, celui-ci devrait d\u2019abord s\u2019enraciner en province.Quelle que soit la valeur de cette prédic- 261 i 1 a tion, se pose le problème de la ré-invention d\u2019une vie \u201ccommunautaire\u201d en milieux urbains et industriels, dans ces milieux qui se caractérisent par une forte différenciation sociale et selon l\u2019expression d\u2019Halbwachs, par une plus grande \u201ccomplication\u201d.\u201cArrivé en ville\u201d, le mouvement coopératif n\u2019a-t-il pas lui-même rencontré cette difficulté ?Celui-ci fournit évidemment des services, mais sans susciter une véritable participation ni créer de fortes solidarités ou sentiments d\u2019appartenance.Pour leur part, plusieurs militants du Rassemblement des citoyens de Montréal, dont le programme politique de la dernière campagne électorale était centré sur l\u2019idée du \u201cconseil de quartier\u201d, ont bien vu la fragilité d\u2019un tel projet qui exigerait une infrastructure matérielle et une organisation sociale très différentes.Devant cette difficulté, deux possibilités sont offertes : l\u2019alliance (de l\u2019ancien et du nouveau) qui comporte le danger de la récupération et le refus (à la fois de l\u2019ancien et du moderne), qui risque de conduire à l\u2019isolement et à la marginalité.Alors que Minville opte clairement pour la première solution, Simard semble plus favorable à la seconde.Mais quel est l\u2019intérêt d\u2019un mouvement (associatif) qui est voué soit à la récupération soit à la marginalité ?\u2014 La lutte des classes et le mouvement syndical Contrairement et en opposition au marxisme (et au marxisme-léninisme), l\u2019élaboration d\u2019une troisième voie accorde habituellement une place très faible à l\u2019analyse des rapports sociaux (de classe) : l\u2019on minimise les antagonismes sociaux pour mettre en évidence les phénomènes de communauté, de solidarité, de consensus.Et lorsqu\u2019il est question de conflits, il ne s\u2019agit pas seulement et surtout de conflits de classes.Ainsi J.-J.Si- mard, qui considère le concept de classe sociale beaucoup trop abstrait, substitue, en bon lecteur de Touraine qu\u2019il est, l\u2019opposition technocratique / dominés (ou peuple) à l\u2019opposition bourgeoise / prolétariat.262 Quant au mouvement syndical, ce mouvement social du XIXe siècle, il n\u2019est pas totalement négligé, mais son importance apparaît secondaire : les leaders syndicaux passent au \u201csecond plan\u201d, derrière une base qui se prend en main elle-même et se donne les instruments de défense économique.Proche d\u2019une position anti- syndicaliste, cette attitude conduit à critiquer diverses faiblesses de l\u2019organisation, de \u2018\u2018l\u2019institution\u201d syndicale, mais elle ne permet pas d\u2019approfondir l\u2019analyse des relations complexes entre le mouvement syndical et les entreprises coopératives ou autogérées.L\u2019expérience communautaire, telle l\u2019autogestion d\u2019une entreprise, ne risque-t-elle pas d\u2019effriter l\u2019identité syndicale et de paralyser l\u2019action des organisations syndicales qui ne constituent plus le seul moyen de défense contre un patron et un système ?\u2014 La question nationale et l'Etat Une première lecture des textes de Minville et de Si- mard fait apparaître le premier beaucoup plus nationaliste que le second : en effet, dans L\u2019Economie québécoise et la science économique, il est fait beaucoup plus fréquemment allusion à la question nationale, à la situation du Canadien français, le mouvement coopératif y est conçu comme un des éléments de la stratégie de survie et de renaissance de la nation cana- dienne-française.Pourquoi ce silence chez un J.-J.Si- mard, qu\u2019on aurait très bien vu emprunter les beaux fleurons de la rhétorique nationaliste ?Formulons une hypothèse : tant que le mouvement nationaliste était lui-même de caractère \u201cassociatif\u201d (association nationaliste, telle la société Saint-Jean-Baptiste, groupes de pression, cercles d\u2019études et de conférences, etc.), il n\u2019y avait guère de tensions et d\u2019antinomie entre ce mouvement et le mouvement coopératif; mais dès que le mouvement nationaliste qui était largement culturel devient plus proprement politique, qu\u2019il se transforme en une organisation politique (ou en parti) et qu\u2019il vise 263 le pouvoir d\u2019Etat, il se situe dans une toute autre \u201corbite\u201d, dans une toute autre logique.Depuis l\u2019accès du Parti québécois au pouvoir, l\u2019antinomie est plus évidente : alors même que la résolution de la question sociale exige une consolidation de l\u2019Etat (québécois), l\u2019avènement de communautés autogérées présuppose son affaiblissement (décentralisation) voire même sa disparition.4.L'autogestion, une stratégie de repli ?L'analyse de ces diverses questions-problèmes conduit à s\u2019interroger sur les conditions de possibilités (et les limites) d\u2019un mouvement à caractère associatif.Esdras Minville, qui se voulait sérieux et réaliste, aborde à quelques reprises ces questions, examine la fonction de l\u2019Etat, touche au thème de la planification.En comparaison, J.-J.Simard apparaît plus utopiste : espérant voir \u201c\u201cse dérégler la machine productiviste\u201d, celui-ci qualifie lui-même son projet \u2018\u201cd\u2019utopie contre-cyberné- tique\u201d.L\u2019on pourrait, en empruntant l\u2019expression d\u2019Alexandrian, parler ici de \u201csocialisme romantique\u201d : les lignes communes des protagonistes de ce socialisme (Saint-Simon, Fourier, Comte, etc.) sont le refus du bouleversement violent de la société, la recherche des moyens qui tout en enrichissant les pauvres sans appauvrir les riches permettraient l\u2019accessibilité de tous à la propriété, la valorisation de l\u2019initiative humanitaire, etc.(3).Mais à la fois par la problématique et par les ambiguités qu\u2019il véhicule, le projet autogestionnaire de J.-J.Simard n\u2019est pas très différent du projet coopératif de Minville : ces deux projets s\u2019inscrivent dans une perspective \u201cassociative\u201d et concernent, non tant le champ d\u2019action politique que le champ d\u2019activités économiques.Comment expliquer la continuité-simili- tude de ces deux projets ?Comment expliquer l\u2019attrait que ces projets peuvent exercer dans une société telle 3.Alexandrian, Le socialisme romantique, Paris, Le Seuil, 1978.264 la société québécoise ?Examinons brièvement quelques réponses ou hypothèses.La première hypothèse renvoie aux intellectuels (et membres du clergé) qui ont été souvent étroitement liés à des mouvements à caractère \u201cassociatif\u201d : organisations volontaires, coopératives, etc.Un exemple de cette liaison est la mise sur pied à la fin des années 1930 d\u2019un Conseil Supérieur de la Coopération et d\u2019une revue, Ensemble : à cette initiative collaborent étroitement les professeurs de l\u2019Ecole des Sciences sociales de l\u2019Université qui acceptent de mettre leur savoir \u201cau service du peuple\u201d (cours par correspondance, conférences, sessions d\u2019études, etc.).Pour l\u2019intellectuel catholique ou le membre du clergé qui voulait s\u2019engager socialement, les associations, coopératives et syndicats offraient un champ d\u2019action privilégié : ils constituaient des zones de la \u201csociété civile\u201d qui risquaient d\u2019échapper au contrôle de l\u2019Eglise.Cette (courte) tradition de \u201c\u201cl\u2019intellectuel catholique\u201d qui exerce une action (politique) tout en entrant la politique (partisane) \u2014 d\u2019où l\u2019impression d\u2019un certain apolitisme (4) \u2014 s\u2019est par la suite maintenue.Pour certains, le mouvement coopératif et aussi le mouvement syndical (catholique) auraient assuré l\u2019hégémonie de la petite bourgeoisie (traditionnelle) sur la classe ouvrière et les milieux populaires québécois : ils auraient été des mécanismes d\u2019encadrement et d\u2019assujettissement idéologique (5).Même si au Québec ne s\u2019est pas développé comme en France, un \u201cmouvement des classes moyennes\u201d (6), il semble bien que la constitution de mouvements à caractère associatif ne soit pas indépendante de la position et de la transformation de la position qu\u2019occupait la petite-bourgeoisie (et aussi les 4.Bélanger, André-J., L'apolitisme des idéologies québécoises, Montréal, H.M.H., 1976.5.Vaillancourt, Yves et Michel Pelletier, Les travailleurs et les politiques sociales, Montréal, 1974.6.Boltanski, Luc, \u201cLes systèmes de représentation d\u2019un groupe social : les \u2018cadres\u2019 \u201d, Revue française de sociologie, vol.XX, no 4, oct-déc.1979, pp.631-669.265 petits agriculteurs) : la position de ces groupes sociaux était en effet à partir des années 1950, déclinante puisque le développement du capitalisme de monopole tendait déjà à les marginaliser.Le coopératisme et aussi le nationalisme ont pu alors apparaître comme des stratégies de résistance à de telles tendances.De façon plus générale, et selon la thèse du développement inégal, tout porte à croire que les initiatives coopératives et autogérées trouvent leurs conditions d\u2019émergence dans les zones ou les secteurs défavorisés ou délaissés par le développement du capitalisme.Pensons aux milieux ruraux excentriques, aux petits agriculteurs qui n\u2019avaient d\u2019autre choix, devant le processus d\u2019industrialisation de l\u2019agriculture, que de se regrouper pour commercialiser leurs produits.De même pour l\u2019expérience de Tricofil qui s\u2019est située dans un secteur \u201cmou\u201d de l\u2019économie, celui du textile.\u201cMaillon faible du capitalisme\u201d, le Québec réunirait plusieurs conditions favorables à l\u2019émergence de telles expériences.Mais et c\u2019est l\u2019hypothèse que nous voudrions présenter en terminant ce texte, l\u2019attrait des mouvements à caractère associatif n\u2019a de chance d\u2019être grand, pour des groupes en déclin ou en situation difficile, que s\u2019il y a, au niveau de l\u2019action politique, un \u2018\u201cblocage\u201d, c\u2019est-à-dire une impossibilité à la fois objective et subjective de modifications de la structure politique.Dans le cas particulier du Québec, le blocage renvoie aux relations avec le Canada anglais et de façon spécifique avec l\u2019Etat fédéral (qui a les véritables moyens de la domination politique).Le mouvement coopératif a connu un développement important au cours des années 1930 et 1940, c\u2019est-à-dire durant une période où un gouvernement provincial, celui de l\u2019Union nationale, formulait d\u2019incessantes revendications \u2018\u201c\u2018autonomistes\u201d, qui n\u2019ont pu freiner à partir de la Seconde Guerre Mondiale le processus de centralisation politique (au profit du gouvernement fédéral).Tout se passe comme si devant l\u2019impuissance du discours nationaliste (et les actions dans le champ politique), l\u2019on se tournait vers des actions plus 266 concrètes et que l'on se repliait vers la \u201cbase\u201d.Qu\u2019en est-il actuellement des expériences d\u2019autogestion qui ont bénéficié d\u2019une bienveillance de la part du gouvernement du Parti québécois ?La volonté de contrôler divers secteurs d\u2019activités économiques et aussi, par l\u2019autogestion, le procés de travail lui-même, a acquis une dimension nationaliste, sans qu\u2019il y ait pour autant une véritable articulation entre le mouvement nationaliste et les expériences autogestionnaires.Cette articulation est-elle possible et souhaitable ?L\u2019orientation du Parti québécois en matière de politiques économiques ne laisse présager qu\u2019une articulation partielle, fragile et temporaire.Face à l\u2019échec du Oui au référendum et devant la perspective d\u2019une défaite électorale du Parti québécois aux prochaines élections, bref devant l\u2019impasse d\u2019une action proprement politique, les expériences autogestionnaires (et la création de petites coopératives) ne deviendront-elles pas des solutions de \u201crepli\u201d ?A défaut de pouvoir modifier la structure du champ politique et d\u2019éliminer la domination de l\u2019Etat fédéral (et du Canada anglais), les énergies se tourneront vers la \u201csociété civile\u201d afin de s\u2019assurer, jusqu\u2019a la prochaine lutte politique, le controle des divers réseaux, organisations et entreprises dans lesquels est inséré (et encadré) le \u201cpeuple\u201d québécois.267 ae Se e\u2014 na EE PEER ee LEN es LL Fe Lo » CL. \u2014\u2014 ES es rm \u2014 - \u2014\u2014 Em eee TT \u2014_\u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 \u2014_-\u2014-_\u2014 \u2014_\u2014 A OO _\u2014 cer \u2014\u2014\" \u2014 = \u2014->= \u2014 = Eee ps \u2014\u2014 eR \u2014\u2014 epee ra \u2014\u2014\u2014 = = \u2014\u2014\u2014 \u2014 a \u2014\u2014 \u2014 \u2014\u2014 re ES cs = ee \u2014 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illumine Les enfants de la fable du monde le blond, la brune l\u2019avenir qui interpelle la maison de l\u2019amour la vie où le corps de l\u2019amour est deux sandrine berthiaume gaston miron II LE MEMORABLE A cause.de ta robustesse devant les orages de la vie et de ta confiance d\u2019un possible avenir, SANDRINE B.Avec l\u2019ennui, la rafale, la montagne du loup mais j'étais revenu vers toi amour par le chemin des hauteurs de terre dans l\u2019âme mais il n\u2019y avait personne en toi amour il y avait toujours ce qu\u2019il y eut la fêlure, le froid, le bout du monde.un jour il y aura quelqu\u2019un en toi amour un homme aimé pour lui, une femme sans image leur vie aura le goût concret du mémorable.274 III MA FEMME SANS FIN Je parle à celui que peu d\u2019entre vous connaissent et qui m'a trouvée jusqu'ici je parle à celui qui m\u2019égare, me perd et me ramène souvent jusqu'a lui.SANDRINE B, Je ne sais pas qui tu es, mais tes pas sont dans mon dme, comme un sonar, parfois tu me trouves et parfois tu me perds.Il m\u2019arrive a moi aussi de te chercher quand tu es belle partout dans mes bras lorsque \u2014 plus lointaine que les yeux qui regardent sans voir, noyés dans trop de choses qui arrivent \u2014 je te sens plus proche que l\u2019intérieur chaud de mon corps.N\u2019y pense pas trop si quelques années j'ai cru sans fin que c\u2019était toi, elle allait et venait dans ma vie comme si c\u2019était toi.\u2014 Jl y eut les enfants, les amis, les poèmes et nous avons fait l\u2019amour Ô absolue nudité sur l\u2019herbe, jusque sous les branches.\u2014 Avec elle je t\u2019ai apprise et je l\u2019ai aimée encore et souvent.comme si c\u2019était toi, car c\u2019était toi devenue aussi présente que mon regard.Maintenant je sais qui tu es, tu déplies l\u2019éternité pour y marcher dedans parfois à distance et parfois dans nos lèvres.Je sais que tu m\u2019as tant, et tant attendu lorsque \u2014 dans mes longs jours noirs, dans ma nuit des sens, aveuglé par l\u2019affairement du siècle, sourd par le bourdonnement de l\u2019inessentiel \u2014 tu me signais de ta confiance dans cette vie à jamais et vers l\u2019au-delà.275 Rs.+l IV CE DESIR.Je suis ta femme éternelle, SANDRINE B.Ma main n\u2019épuise jamais ses cheveux et ses caresses me font me dire elle son plaisir effeuille ses yeux mauves mes levres de papillons et de salive le sang subtil empourpre nos gestes alors ses seins sont agacés de soif animal fou de mon désir s\u2019éternise dans l\u2019ouvert et le fermé d\u2019en elle et revenir à soi combien longtemps par la vaste noirceur éblouissante notre chair polarisée de verrières l\u2019or de l\u2019échange sous nos paupières mer enlacée serons mille autres soleils 276 Vv CETTE TENDRESSE\u201d Ne parlez plus de celui, car je me tords rien qu'a l\u2019envie\u2026 et me love dans cette eau souterraine de toi a moi.SANDRINE B.Dans sa rosée sexuelle je m\u2019éprends de ses nymphes violettes qui se gonflent et se propagent en petites ondes de lumiere en sources dans son corps en murmures de bien-être ou jusque dans ses confins paniques longtemps je la rejoins elle goûte bon le niveau profond.277 VI MA DELIRE ABSENTE Je m'adresse à l\u2019homme au front ébonté d'amour SANDRINE B.Homme de la douleur d\u2019une anthropoésie ma voix de rapides giclant dans les mots ma parole concassée sur la courroie en marche miron des malchances et des résurrections spectre d\u2019arbre flambé toujours verdoyant et frère, citoyen au visage de mal-être par les lentes étendues de maladies des siens je baratte mon amour à la roue d\u2019infortune miron du chagrin d\u2019amour et des transfigurations amant de sandrine berthiaume a la vie a la mort faisant aujourd\u2019hui l\u2019amour avec sa forme d\u2019absence je veux parler dans ce qui m'arrive : les deux ne sont pas d\u2019accord, je veux dire, je ne suis pas d\u2019accord, car je ne suis pas celui par qui les choses n\u2019arrivent pas je t\u2019aime sandrine berthiaume qui donc m\u2019aimera comme je l\u2019aime ?278 VII PASSAGES DE L\u2019AMNESIE Je suis aussi \u2014 loin \u2014 près de toi \u2014 mon amour.SANDRINE B.Coeur du coeur tant de fois entaillé, trahi par les offenses et les impostures du hasard chaque fois que la vie m\u2019a laissé pour compte j'ai pâti davantage que ma dérision.(corps verbe : mots frissonnants; le destin qui nous cherche encore dans le silence et la distance étoilée de nos regards.) car l\u2019avenir-amour chancelle de nouveau voici nul horizon, le désamour de nulle part un passage plus noir que le froid noir d\u2019hiver je te dis adieu peut-être je te dis que j'ai mal, mais mal avec ma tête d\u2019éternité, ma tête de revenant (comment revient-on indemne de l\u2019éternité où irais-je maintenant amour si tu existes le monde qui ne s\u2019imagine pas sans elle combien de temps met-il à redevenir réel ?) non ce n\u2019est pas la fin de l\u2019amour, la fin dans la souffrance blafarde des os la tristesse sans tain des lacs glacés où luit fabuleuse, la solitude érotique.hors d\u2019elle, au bout de mon sang, le poème noircit. VIII AVANCER Je suis ta promise SANDRINE B Avancer sans voiles sans écrans sans fard sans masques sans tabous sans fétiches avancer comme si c\u2019était la première plage du monde avancer nu vers toi qui s\u2019avance.280 IX POUR LE COUPLE A mon capricorne \u2014 amour de janvier, compagnon de voyage préféré sur notre planète ronde, SANDRINE B.Nous nous choisissons dans le couple et nous élevons en lui pour lui-même et sa mouvance magnétique dans l\u2019institution de tous nous nous aimons et le dire comme nuls autres au monde car personne ne sait aller jusqu\u2019au bout, personne ! et dans les années quelque part quand nous guette un petit bonheur dans la grisaille confortable ou quand l\u2019identité de nos sentiments s\u2019obscurcit dans des temps brouillés nous savons par avance que nous sommes un destin, l\u2019inscription de la durée.J'ai promis.281 X FENETRE AU MOMENT OU LE FOYER S\u2019ALLUME Dans l'amalgame de nos vies, SANDRINE B.Fenêtre qui vole, ma tendre amour, dans la brunante où s\u2019attardent les fantômes et l\u2019arcane de neige et tout là-haut, ma blanche amour, notre montagne heureuse et déliée batik dans la soie de mon regard aujourd\u2019hui si légère dans mes mots quand le temps revient dans le temps l\u2019attente de toi dedans moi enclose.282 \u2014\u2014\u2014\u2014\") XI NOS SOMMEILS.Tu me manques / amoureusement SANDRINE B.Les cieux du dedans la prairie charnelle ainsi qu\u2019il fait clair de toi sur terre nos inconscients \u2014 cinéma à l\u2019envers des rêves \u2014 les pleins et les déliés du non-verbal ta jambe gauche entre les miennes ton sexe chaud sur ma cuisse jusqu\u2019au désir à l\u2019aube serrés lierres en friche chaleur infuse ainsi éloignés malgré moi nous reposons aériens comme en Chagall et de tout temps.283 XII (PASSAGE DE L\u2019ACTING OUT) Demain Je serai là à ne plus savoir ni comment, ni pourquoi je suis passée ailleurs, car c\u2019était comme jadis.SANDRINE B.284 \u2014_ \u2014 er A EE œ Cr Ata Fo ~~.pO EY se = = _e = = x] Fa Qi s ME \u2014 pe he rT al) c= -\u2014_\u2014 [ean _\u2014\u2014 = Tdi Se car: TTT = el.\u2014 \u2014 = \u2014\u2014____\u2014F\u2014- 2m a ge Ad = =\" [A É IC vy 1,6 ur \u2014 NY Ww ee = : ES ec rod a = \u2014 py Ir = ol AN AN = 1-4, \u2014\u2014\u2014y S - ; Py pre = Es \\ = ÈS à Ea a eS Io XA z\u2014 = EY rte = pos, pe Sh) = \u2014 ANd dt, I DE dat fod ee Ho or - a ec YT [= TA Eg pu i.\u2014 À = Ea 2 13 Py > pe Le ur = -\u2014 Pr ps qe ed - -\u2014r p=) = +2 el pe AN 31 [J Py oy | oT aa Ld pe CA ¥ aa + Pd -\u2014 earns LW \u2014 hed = = nll = \u2014 Pn \u2014 René Derouin, Grès, 1967.Bois gravé OGC 2 Se Er or en pet a ttes OC peu OO Au SO, A CEE) SOU ad 0 > 5 AACR) DOONEY) BO S00 ASC A a trs cs ce pes ccm a a OETA TAR RES ces cn OT 5 rx PRK ARE pax LS A = a Le \u2014 \u2014\u2014_\u2014 Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros : l\u2019Acadie : Luttes et mouvements sociaux La conjoncture nationale Mouvements culturels et autogestion Bulletin d\u2019abonnement 2401010 (0 A AAA AAA AS Occupation .200 002240 e a sea as ae es ee» ci-joint un cheque.mandat-poste.au montant de $15.00 pour un abonnement a quatre numéros à compter du numéro.Abonnement institutionnel : $25.00 Abonnement de soutien : $25.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3s 254 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada ISSN : 0703-7139 OO Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros : l\u2019Acadie : Luttes et mouvements sociaux La conjoncture nationale Mouvements culturels et autogestion Bulletin d\u2019abonnement » \u2026 ee .0% 012 660% + «\u20ac 2 6 0 à + \u20ac © + + .+6 + + ee s © » © \u20ac à 6 « À .+ 8 ss 8 + 5 = © \u20ac \u20ac + » \u20ac + + + + + 0 4 0 + + + \u2014e + = + + Province .220 001 LL LL LL AL AL a 4 LA 4 4 LA 4 a 1 0 Occupation .2020200 20004 LL La a a AA Aa aa a en ci-joint un cheque.mandat-poste.au montant de $15.00 pour un abonnement à quatre numéros à compter du numéro.Abonnement institutionnel : $25.00 Abonnement de soutien : $25.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3s 254 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada ISSN : 0703-7139 ENCORE DISPONIBLES Volume 1 numéro 1 : Spécial Tricofil : Alfred de Vigny et le Québec; Sciences sociales et pouvoir; poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin 110 p.$3.00 numéro 2 Possibles Santé : Question nationale; poèmes de Gilles Hanault, Luc Racine, Robert Laplante; Campagne électorale vue par Gérald Godin 154 p.$3.00 numéro 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession ; De l'artisanat comme instrument de conquête; Sur le renouveau de la musique traditionnelle; etc.249 p.$5.00 Volume 2 numéro 1 : Fer et titane : un mythe et des poussières; Nouvelles perspectives du roman québécois; La sociologie : nouvelle conception du social; nouvelle de Jacques Brossard 142 p.$ 3.00 numéro 2/3 : Spécial Bas du fleuve - Gaspésie; le pouvoir régional; poème de Françoise Bujold 240 p.$6.00 numéro 4 : Spécial Mouvements sociaux; les syndicats; opératisme et autogestion; contribution d\u2019Alexis Lefrancois 151 p.$4.00 Volume 3 numéro 1 : Spécial : la ville en question; à qui appartient Montréal; poèmes de Pierre Nepveu 179 p.$4.95 numéro 2 : L\u2019éclatement idéologique; débattre, bâtir et rêver; La poésie, les poètes et les possibles (enquête) Paul Chamberland : La dégradation de la vie 159 p.$3.95 numéro 3/4 : Possibles spécial Education; Sur les chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.; poèmes de François Charron et Robert Laplante 292 p.$5.95 Volume 4 numéro 1 : Des femmes et des luttes 207 p.$4.00 ® © » \u2026 + 6 + © » % » © + © + » s © + s à + + © + » » 6 » + + + \u20ac + » + + + + + + Ci-joint un chéque.mandat-poste.ou montant de EES EAM Eres hii eg ue =\" \u201c> 4 ra 3 ç } / = Ca, 42 U ) \u2018Oy | I 363$ 3.03 Noy; vi N HA Ji Og Y3s 085 ë [ ~, dis 37, 5 2% Wo y vN RS; \u2018anbip4ou auns aje1nu B| ap apnpou \u2018UINOJaG auay = N S Sen /.F2\u201d _ oe = AY NS Ç - F3 2 pres va.*«e EN see * Pah Es NS a J lB ~~ me ww () = °° AR > ».Ne Dee = * om.~ = > kid ae Pit \u201cSE ~~ PA a, Wy X= ai £7 EN SAT \u20ac \u2014 \u2014> \u201crs sa wR Ny! sado.coté at CN A = ; ep UN 0 È R sis ¥ +5 - a es es W bi 2% = AU UN Sa xX sn bY ts LE! 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