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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Volume 5, numéro 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1980, Collections de BAnQ.

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[" ; -assibles| VOLUME 5 NUMERO 1 ANNEE 1980 a Jui a peur du peuple Acadien?Pour prendre publiquement congé de quelques salauds Sur les chemins de l autogestion bilan de la rencontre rc lt 200 Dee BOT nL ARR RRL ARS RE 8 pre PE pe Lee ayes ama nr ae \u2014 z=z \u2014\u2014_ To TT a EX.~ a oat IE mess ee - - ces 35 = 272 TE Zo 5 pe = res JL IR = rea \u2014 se peche us Errore re = pence a re \u2014> \u2014 oer \u2014\u2014\u2014 nny ax 2 = \u20ac 3 4 > Se 80 Le ; - : \u201ce Si 8 : $ 4 § avoie S 55 ee a = se A < \u20ac 2 = > oh 5 a] oe ¥ Cy VY x a Ga = Hy Es 2.XE 2 Ë ; É # %.5% 3 x WX 3 3 a INE 4 Ÿ ed MN 3 a 3 A \u2014 er ge \u2014 PR possibles VOLUME 5 NUMÉRO 1 ANNÉE 1980 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec Comité de rédaction : Jean-Pierre Dupuis, Andrée Fortin, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Roland Giguère, Gilles Hénault, Roger Lenoir, Gaston Miron, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction: Robert Laplante SOMMAIRE page Éditorial: Avec le géhocide en partage .7 Pour prendre publiquement congé de quelques salauds Marcel Rioux .42000000 000000000000 0 13 Moncton-Toronto Herménégilde Chiasson .19 La Convention d\u2019Orientation Nationale Jean-Pierre Lanteigne .ccccvvuvevnnn.25 Le problème politique des Acadiens du Nouveau-Brunswick Léon Thériault 144442000000 sa a een a sen nee 0e 33 Les Acadiens fonctionnaires Hélène Castonguay .\u2026.2.0000 sense as 000 53 Le mouvement syndical en Acadie aboutira-t-il ?Jean Saint-Cyr 20002000 e en en ee ea sa 00000 0 57 Une économie de déportation Carmelle Benoît.442000000 ae a nee nan een 0 63 Sur l\u2019art acadien Herménégilde Chiasson .\u2026.000000sa ses au es 83 Le théâtre populaire d\u2019Acadie .87 Le lac d\u2019anguilles Jacques Savoie .iii 93 L\u2019Acadie à découvert Bernadette Landry .000000 0 se nee sa 0000 97 Sur le rôle de l\u2019Université de Moncton Daniel Deveau .144220000 00000 00 0000000 0 103 Laflèchée Pauline Dugas 08000 se ea sa en nana se 00 123 Entre hier et demain.regard subjectif sur les Acadiennes Cécile Chevrier 112201000000 e ee aa ae 0 a 00000 0 125 1604 Herménégilde Chiasson .\u2026.133 SUR LES CHEMINS DE L\u2019'AUTOGESTION L'avenir de l\u2019autogestion Pierre Rosanvallon .\u2026.0.s 143 Faire l\u2019autogestion : un début Andrée Fortin °.149 Le RCM et l\u2019autogestion des structures politiques locales e\u2026.161 L'Art de la dissidence André Thibault °.\u201d.165 Paie rie COURTEPOINTES ET POINTES SÈCHES \u2026.173 ih ns ner ne Avec le génocide en partage L\u2019Acadie se vend bien.De prix Goncourt en disque d\u2019or, la mise en marché du pittoresque se porte tout aussi bien pour ces «damnés de la terre» que pour les Québécois que les vendeurs de bière achèvent d\u2019empailler dans leurs maisons pièces sur pièces au son des claironnants: «Quand on est Québécois c\u2019est de la Molson qu\u2019on boit!» Avec sa langue et ses accents enchâssés (sic) dans les épanchements sur le Grand Dérangement et les charmes simples de la vie des misérables, l\u2019Acadie, nous dit-on, renaît.Pour la millième fois.Tout entière occupée à renaître dans son souvenir, cette Acadie de partout et de nulle part reste encore prisonnière du passé où l\u2019ont toujours cantonnée ses notables pour mieux s\u2019engraisser de l\u2019agonie des leurs.L\u2019Acadie mise en marché et souvent adulée au Québec n\u2019a pas de présent et surtout pas d\u2019avenir.Et autant le dire tout net: cela nous arrange ! Les images mythiques d\u2019une Acadie sans territoire, composée d\u2019une galerie de personnages plutôt que de groupes d\u2019intérêts, secouée par la seule révolte de la revendication du bilinguisme, etc., tout cela nous rassure.Tout cela nous aide à nous faire une image propre de ce que le Canada veut plus que jamais faire de SC PSP SNA PER CR CE TER Le eee = A A RE PE rr nous.Non! Non! Non! nous ne sommes pas comme ces misérables à l\u2019histoire édifiante mais marquée du sceau du racisme des milliers de maire Jones partout où le nombre le justifie.Non! nous avons le fair play, le West End et le Positive Action Committee.Nous pouvons regarder de haut ces francophones - hors Québec - sympathiques - mais - dont - la - cause - est - à - jamais - perdue.Nous, nous sommes une société normale, avec un West End normal: Pathetic my dear! Broyés les Acadiens, disparus sous le choc des contradictions secondaires on the main contradiction.I read that in the Gazette.The Sunday Express n\u2019en a pas parlé, il bavait sur Camille Laurin.Il est temps qu\u2019on réalise ici que cette vision de l\u2019Acadien petit-nègre qui après tout ne fait que demander poliment sa juste place au soleil a toujours été souhaitée, voulue et entretenue par les notables acadiens eux-mêmes.Le peuple, lui, règle ses comptes à coups de poing dans les ruelles de Moncton et de Bathurst, il brûle le quai de Caraquet ou dresse des barricades à Kouchibougouac quand la colère et l\u2019indignation le dévorent.Il est temps qu\u2019on réalise aussi que tant et aussi longtemps que le mouvement souverai- niste marchera dans ces sottises, les notables Acadian, les fédérastes et ryannistes de tout acabit et les ineffables Canadians trouveront là le plus puissant moyen de présenter comme antagonistes le mouvement québécois et la destinée des Acadiens.La campagne référendaire l\u2019a bien illustré: tout ce beau monde a monté le bateau (porté à grands coups de millions et par les torrents de larmes de Solange) d\u2019une Acadie menacée davantage par un Québec libre que par le Canada raciste et génocidaire.C\u2019est vrai que de Caraquet on voit les Rocheuses.Il est grand temps de réaliser que c\u2019est l\u2019attitude du mouvement souverainiste lui-même qui fournit aux tenants du génocide la plus belle occasion de se servir des autres francophones comme des otages à qui nous ne sauverions la vie qu\u2019en sacrifiant une part essentielle de la nôtre.Vous avez vu ça, De Bané qui cite Lionel Groulx sous le regard ému de Trudeau !.Il faut cesser de considérer le peuple acadien sur le méme pied que ceux que les gérants du Canadian State ont désignés sous l\u2019invraisemblable appellation de Francophones hors Québec.Derrière cette étiquette technocratique se rangent en fait les vestiges non encore complètement assimilés de la diaspora canadienne-française alors que les Acadiens constituent pour leur part, un peuple, majoritaire dans son territoire assiégé, une entité distincte, différente par l\u2019histoire et la culture de ceux qui, à force de trop marcher dans le fair play des autres, ne savent presque plus se nommer: Canayens/Cana- diens-francais/Québécois francophones.C\u2019est cruel mais il faut avoir le courage et la lucidité de se l\u2019avouer : la situation de la diaspora est irrémédiablement perdue.La seule façon dont nous pouvons venir en aide à ces communautés c\u2019est de faciliter le retour au Québec à ceux de leurs membres qui le désirent.Pour eux, c\u2019est un choix déchirant mais nous n\u2019avons pas le droit de les berner avec des envois de manuels scolaires qui fournissent aux politiciens une occasion de plus de nous enfermer tous ensemble dans le ghetto des «minoritaires chez nous».Cette idée d\u2019une espèce de loi du retour a déjà été évoquée vers la fin des années soixante mais elle s\u2019est perdue quelque part entre deux stratégies étapistes.Pourtant, si les souve- rainistes l\u2019avaient maintenue Francis Fox serait au- jourd\u2019hui privé de ses otages et nous aurions encore au moins, l\u2019initiative de ce débat.Le Positive Action Committee serait bien mal pris.Imaginez un seul instant: s\u2019il fallait tout à coup que cela devienne «normal», «adulte», «mature» de sabrer dans les subventions aux multinationales, à McGill et au PSBGM pour créer un fond devant permettre aux Franco- Manitobains qui le désirent de venir vivre en français dans la vallée du Saint-Laurent?Ah! le fair play.Le peuple acadien, quant à lui, n\u2019est pas un vestige, c\u2019est un allié.Un allié sans doute moins nombreux et plus immédiatement assiégé mais qui partage essentiellement le même combat que nous.Sur lui pèse la même menace que sur nous.Et à plus d\u2019un égard nos stratégies auraient tout avantage à converger.Mais encore faut-il d\u2019abord que le peuple acadien nous apparaisse sous son véritable jour.Le présent numéro constitue un premier effort en ce sens.Des militants et des artistes nous offrent un premier coup d'oeil sur l\u2019Acadie non folklorique.Cette Acadie-là est terr:- torialisée, donc politique.On constatera à la lecture que les propos diffèrent largement des discours qu\u2019on a l\u2019habitude d\u2019entendre.Point de pathos de circonstance, point de réthorique du pittoresque: partout des appels à la lucidité, des efforts pour rompre le cercle vicieux des renaissances mythiques.Il est à espérer que cette collaboration finisse par dépasser le stade des amitiés verbales pour se traduire dans des solidarités plus larges et davantage tournées vers l\u2019action.Il faut souhaiter des alliances que la présente conjoncture exige avec la plus extrême urgence.Car dans le plan de génocide que Trudeau et consorts nomment frauduleusement Réforme Constitutionnelle, le même sort nous est promis.Avec des différences quant à l\u2019ampleur des moyens mis en oeuvre et quant à la manière de les rendre efficaces, nos deux peuples se retrouvent au bout du compte acculés à une commune condamnation : celle de se voir toute possibilité d\u2019augmenter son autonomie, diriger son avenir à jamais compromise.Nous ne sommes d\u2019ailleurs pas les seuls à porter ainsi le poids de cette manoeuvre : les peuples autochtones voient eux aussi leur avenir bouché et leur devenir géré par la machine technocratique du Canadian State.Qu\u2019on veuille le voir ou non, nous sommes dans la même chaloupe.Est-il besoin de dire que nous aurions intérêt à ramer ensemble et dans la même direction?Pour les peuples autochtones comme pour les Acadiens et les Québécois, la politique du Canadian State vient non seulement bloquer l\u2019avenir mais aussi et surtout forcer notre intégration à l\u2019Empire.Car le projet de société (sic) du Canadian 10 State n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une intégration totale à la raison du capital nord-américain.Et cette raison exige l\u2019aplatissement des différences culturelles et l\u2019adoption de l\u2019American way of life.Dans cette perspective on voit bien que la pseudo- égalité formelle de droit est un leurre.Car ce dont il est question c\u2019est moins d\u2019une lutte pour le maintien d\u2019une langue que du combat pour orienter et contrôler notre mode de vie selon nos propres désirs.Les propos que tiennent ici les auteurs acadiens sont à cet égard exemplaires : ils revendiquent le droit de vivre dans leur culture et non pas celui de disparaître et mourir dans leur langue ! Le projet de société est au coeur du débat qu\u2019ils tiennent sur leur avenir.Est-il besoin, quant à nous, de redire que l\u2019indépendance du Québec n\u2019a de sens qu\u2019accordée a une lutte pour vivre ici autrement que rivés aux finalités imposées par le capital ?Est-il besoin d\u2019ajouter également que le Parti québécois a souvent laissé dans l\u2019ombre cette partie du débat pour insister davantage sur la «normalité» d\u2019avoir un État ?Répétons-le, c\u2019est en tant seulement que moyen de contrer le génocide dirigé contre nous par le Canadian State lié à l'empire américain que nous avons besoin de lutter pour l\u2019obtention de notre indépendance.Et le premier devoir de cette lutte de résistance passe par le maintien et le développement de solidarités entre tous ceux qui plient sous le même joug.Au seuil d\u2019une nouvelle décennie la rencontre avec les Acadiens et avec les peuples autochtones fixe avec encore plus de clarté les coordonnées de notre lutte.Aussi est-il plus important que jamais de réaliser que toute stratégie politique adaptée à pareille lutte anti- génocide doit continuellement viser à multiplier les occasions d\u2019augmenter notre pouvoir sur notre vie quotidienne, d\u2019élargir contre la raison du capital notre espace d'autonomie et à chercher, lors de chaque victoire, si petite soit-elle, à consolider les acquis au travers des réseaux d\u2019échange et de solidarité.Et dans pareille lutte, Vadeboncoeur nous l\u2019a toujours dit, le 11 temps est notre arme la plus sûre.Il nous faut apprendre à compter avec le temps, à envisager nos luttes sur de longues périodes; c\u2019est seulement ainsi que nous pourrons efficacement diversifier notre action et éviter le piège de croire que seule l\u2019action visant l\u2019appareil politique est valable et efficace.C\u2019est à cette seule condition, celle de nous voir durer comme entité distincte, que nous pourrons vraiment implanter le pluralisme nécessaire à la création constante de notre devenir.La tolérance envers les multiples facettes et manifestations de la vie collective ne trouve son point d\u2019appui que dans cette commune référence à une histoire qui ne se fera pas tout d\u2019un coup mais bien plutôt au prix d\u2019un pénible et courageux labeur.Il nous faut donc sans cesse réapprendre et nous convaincre de durer.Durer contre le Canadian State, le West End et le visage de notre propre disparition.Durer contre l\u2019Empire et tous les Big Mac du pourrissement du quotidien.Durer contre nous-mêmes et cette terrible angoisse des assiégés.Durer contre le vertige.Ne jamais perdre espoir.Et si parfois cela arrive au plus blanc de l'hiver, surtout ne jamais perdre courage.Robert Laplante pour le comité de rédaction 12 Marcel Rioux Pour prendre publiquement congé de quelques salauds.* On voudrait pouvoir le traiter de salaud sans qu\u2019il s\u2019en formalise.(Delfeil de Ton) Premier avertissement On se rendra compte en cours de lecture qu\u2019après avoir parlé de quelques salauds, je les délaisse pour commenter les dernières cabrioles de M.Trudeau.S\u2019il n\u2019y a pas rupture de sujet, il reste qu\u2019à un moment il n\u2019y en a plus que pour M.Trudeau.Cela pour deux raisons: il n\u2019y avait plus grand chose à dire de plus de ceux des salauds qui se sont activés pendant le référendum.Leur oeuvre accomplie, ils rentrent dans l\u2019ombre, refont leurs accus, regarnissent leur caisse et imaginent de nouvelles stratégies au cas où le cave se rebifferait.Il y a, bien sûr, M.Chrétien qui a continué à distiller, au fil des jours et des semaines les grands desseins de son maître.Comme il n\u2019écrit pas beaucoup, que je sache, et que ses propos sont rarement rapportés par la presse \u2014 faute de bons traducteurs \u2014 il est bien difficile de s\u2019y attacher.La deuxième raison, c\u2019est que derrière le référendum, derrière les opérettes dont on nous inonde, ces derniers mois, on retrouve inévitablement M.Trudeau; lui s\u2019agite, parle, écrit et fait la une des médias.On aurait l\u2019air de vouloir l\u2019éviter, si, à un * Extrait d\u2019un pamphlet en cours de publication à l\u2019Hexagone.13 cna 3 i 4 4 [i H) 34 i cé i ei f il À ! i IML Bt IW ih à moment ou l\u2019autre, on ne centrait ses remarques sur lui.Toutes mes excuses donc aux autres figurants de cette comédie tragique qui se joue, ces mois-ci, non pas à guichets fermés, mais à portes fermées.Il n\u2019est pas bon que les citoyens en sachent trop sur la sauce qu\u2019on leur mitonne.Deuxième avertissement Chacun a ses salauds, la salauderie étant, comme le disait Paul Valéry du bon sens, la chose du monde la mieux partagée.Il arrive que dans la vie courante, point n\u2019est besoin de les désigner du doigt, on se contente de rompre avec eux et de tâcher de les oublier.Il en va autrement pour ceux qui exercent publiquement leur art : ils deviennent alors les salauds de tout le monde et il faut en prendre publiquement congé.Les quelques salauds dont il est question ici, je n\u2019ai pas à en prendre privément congé, ne les connaissant pas ou ne les connaissant plus; il se peut d\u2019ailleurs que dans la vie privée ils soient tout le contraire de ce qu'ils sont publiquement; je n\u2019ai pas à le savoir, me bornant à discuter de leur vie publique.Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas sûr que les salauds qui oeuvrent en politique ne soient pas que les marionnettes de ceux qui, en coulisse, croquent des marrons que les politiciens tirent du feu pour eux.C\u2019est donc dire que ces remarques sont superficielles et ne font qu\u2019effleurer un sujet qui attirera un jour, j'en suis sûr, quelque zoologue de talent.Il ne sera question ici que de quelques salauds québécois ou, pour ceux qui abho- rent le mot même de québécois, de la variété canadien- ne-francaise; certains d\u2019entre eux, d\u2019ailleurs, habitent aujourd\u2019hui le Canada.Je laisse à d\u2019autres le soin de parler de ceux des autres ethnies; il ne sera donc pas question ni de M.Springate ni de M.Fortas (qui sont d\u2019ailleurs vite sortis de l\u2019actualité).Je suis, d\u2019autre part, pleinement conscient de la très grande subjectivité de ces propos.Il n\u2019en reste pas 14 moins qu\u2019en ces mois d\u2019après-référendum, je serais surpris, si l\u2019on demandait à quelques personnes la liste de leurs salauds préférés, que leur énumération ne comprit pas les noms de MM.Ryan, Chrétien et Ouellet; peut-être aussi celui de M.Trudeau.Qu'\u2019est-ce qu\u2019un salaud?Il est bien dommage que Sartre ne nous ait pas laissé quelque définition et quelque typologie de cette variété d\u2019humanité, lui qui la sentait de loin et la pourchassait partout.Il aurait certes distingué les grands salauds des petits salauds, les premiers agissant à l\u2019échelle internationale, comme au Vietnam, et les autres à moindre échelle.Les nôtres sont modestes puisqu'ils ne jouent que sur une population de quelque six millions.Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un salaud?On serait porté à croire que c\u2019est celui qui, comme le pécheur du petit catéchisme, fait le mal en sachant fort bien qu\u2019il le fait.Ce qui, à première vue, semblerait exclure M.Ouellet.D\u2019aucuns le prétendront ! On voit que la question n\u2019est pas simple.Il y aurait peut-être aussi le salaud d\u2019habitude et d\u2019occasion.Ou M.Chrétien a-t-il sa place?Ou ranger ceux qui s\u2019attaquent particulièrement aux personnes âgées ?Sont-ils de la même variété que ceux qui foncent sur les femmes au foyer ?Faut-il donc renoncer à cataloguer cette faune?Non sans avoir parlé du salaud, dit d\u2019intérêt privé, celui qui empoche le fruit de ses actions en espèces sonnantes et trébuchantes, le genre Iscariote.Il y en aurait plutôt qui paieraient de leurs deniers pour maintenir une classe sociale ou un peuple dans la servitude et la dépendance.Ce sont plutôt les patrons de nos petits salauds qui s\u2019adonnent à ces besognes ! La faune qui nourrit les grandes caisses électorales ! On voit que le salaud et ses multiples varitétés se laisse mal cerner et définir et que c\u2019est là la raison du peu d\u2019études qui lui sont consacrées.Il est quand même 15 une dernière variété qu\u2019il ne faudrait pas oublier, celle, que faute d\u2019un meilleur terme pourrait s'appeler le salaud d\u2019orgueil.Celui-là paraît le plus complexe.Il est attiré vers le haut de la pyramide par une espèce de feu intérieur; il méprise la basse humanité et ne rêve que de régner sur elle, moins par désir de s'enrichir \u2014 souvent il sera bien nanti au départ de sa vie publique \u2014 que par celui d\u2019avoir raison.Parmi tous ceux qui l\u2019entourent, lui seul est digne de dire la vérité et de la faire triompher, dût-il comme M.Trudeau, en 1970, envoyer la troupe dans un pays dont quelques citoyens étaient à ses yeux coupables.M.Ryan, ce sacristain endiablé, moins riche et, pour le moment, aux moyens plus modestes, doit se contenter de régner en distribuant des indulgences aux uns et en vouant les autres au feu éternel.N\u2019ayant pas encore de troupes à sa disposition, il se borne à utiliser les supplices inventés par Ubu-Roi et par sa compagne de toujours, la Mère-Ubu.On s\u2019aperçoit que dans une même variété, celle du salaud d\u2019orgueil, par exemple, il faudrait apporter bien des nuances.Ce serait la même prudence qui serait de mise pour le salaud-gros-bras et le salaud-petite-tête : il est évident que M.Ouellet, par exemple, serait à cheval sur les deux variétés.Aussi faut-il renoncer, ne fût-ce qu\u2019à une esquisse de typologie, et parler de cette espèce en termes généraux, toutes variétés confondues.De l\u2019origine des salauds Dans ce domaine aussi, la documentation fait énormément défaut.Comme pour la typologie, les questions de l\u2019origine et de l\u2019histoire de la salauderie n'ont pas attiré grand chercheur.Il en va un peu de la salauderie comme de la propriété : leur origine remonte à la nuit des temps.Rousseau croit que la propriété naquit le jour où un homme dit : «ce terrain est à moi» et que les autres le crurent.Quand un homme ou une femme traita-t-il quelqu\u2019un de salaud et que l\u2019autre se reconnût-il dans ce terme?Bien que je ne sois pas freudien de stricte obédience \u2014 loin de la! \u2014 j'ai 16 tendance à croire qu\u2019au cours de la mise à mort du père dans la horde primitive et que relate Freud, le mot de salaud a dû être prononcé, soit par le père ou par ses fils.Ce qui exclut que la salauderie soit d\u2019invention québécoise.Ceux qui la pratiquent ici ne font que continuer une engeance qui a pris naissance avec l\u2019humanité.Ce serait un autre trait qui avec le rire serait le propre de l'homme, l\u2019un compensant l\u2019autre.17 3 i io | ! ; A i ir A se ir 0 i hi 1 A J Bi A 0 A J BH A IH i Bil GE Hi i Ri It) i! H HJ IH # H 3 ES I Ca aa = 2 rato rr) ca - eee \u2014 a \u2014 Herménégilde Chiasson* Moncton-Toronto Il est des jours où le monde ne rime à rien.Je me revois, je me rappelle, je me souviens, peut-être.Tout mon décor, toute ma nuit, toute ma vie.Darling, please teach me how to speak French.Will you Please ?I love your voice so very much.Dis après moi: Mon amour est grand comme ma vie et ma vie est grande comme ta nuit.Un an plus tard, un soir, sur une table pactée de la «Cave à Pape», tu m'as dit que ma Datsun était pleine d\u2019épices et que j'étais comme Marco Polo qui reviendrait de Chine avec le livre des Merveilles sous le bras.Ce livre, je voudrais te l\u2019écrire.Je voudrais te le dire.Je voudrais m\u2019entendre te le dire.Alors tu as pris ma main et tu l\u2019as clouée de baisers dans le formica imitation bois véritable, dans la bière et les larmes.J'ai toujours détesté me faire embrasser les mains mais je ne pourrai jamais te le dire ni te l\u2019interdire, jamais.Et je ressors toujours plus beau et plus seul, me sauvant à tout jamais de tes lèvres roses, énavré que je suis dans le vent de ton désir.* L\u2019auteur a publié deux recueils de poémes: Mourir a Scoudouc et Rapport sur l\u2019état de mes illusions, aux Éditions de l\u2019Acadie.19 Ladies and gentlemen in a few minutes we will be landing in Montreal, please stop smoking and fasten your seat belts.]a voix hygiénique la mére stérilisée.Parler.Pour dire quoi au juste.Au juste depuis que le monde ne rime a rien, ne rime que dans le vide.Je devrai vous parler d\u2019Acadie et là j\u2019anticipe mon discours mais je ne prévois pas mon état, ni le lieu, ni les péripéties du voyage.Alors comment vous en parler et, si je vous en parle, ce sera toujours a travers une déformation, une négligence, un délire.Alors déformons, négligeons, délirons puisque c\u2019est a peu près ce qui nous reste de conséquent pour le moment.Je vais d\u2019abord fuir mais dans cette fuite il y a tout mon réel qui se profile ou qui se sauve par la porte d\u2019en arrière.Il y a une Acadie qui me cherche, il y a une Acadie qui se cherche et il y a une Acadie que moi je cherche.Le village où je suis né était situé non loin d\u2019une mare de crocodiles, pas très loin de la misère, en plein milieu du Blue Bayou, là où ça devient bleu, bleu, bleu et où les filles sont belles, belles, belles.Un jour je m'étais sauvé du chapelet familial et j'étais assis derrière la tank d\u2019huile à Normand Foulem (qui avait dû s\u2019appeler un jour Fulham, comme le jambon).J\u2019entendais les enfants en prière.Leurs voix montaient au ciel comme des cris étouffés, comme des révoltes et je me suis dit que toute ma vie, tant que je vivrai, je devrai me souvenir de ce moment.Quand je suis sorti de ma cachette, j'ai vu que mon regard débouchait sur le bois, partout.Devant la maison, il y avait un chemin de terre qui me faisait penser au désert et à la fuite en Egypte chaque fois qu\u2019une auto passait.D\u2019année en année on attendait que le gouvernement jette de l\u2019huile dessus pour qu\u2019on ait enfin un peu de dignité, pour qu'on 20 puisse mettre nos habits du dimanche sans risquer de se les faire salir par la technologie moderne, pour qu\u2019on puisse se bercer sus galerie pis croire qu\u2019on était enfin devenu du vrai monde.; Cette histoire c\u2019est un peu l\u2019histoire de l\u2019Acadie.pr Revenons en arrière et je vais vous donner la clef du | code parce que vous êtes des étrangers et que, pour le moment, je vous parle en tant qu\u2019Acadien.Le village pourrait s\u2019appeler le monde.Il ressemblerait un peu à Scoudouc et un peu à Grand Mamou; un peu à Saint-Simon et un peu à Belle-Ile en Mer.Le chapelet familial c\u2019est la religion, à la fois carcan et flanelle, étouffant et protecteur.La cachette, le bois, c\u2019est toute la thématique martyre de la déportation et du terrible hiver de 1756 gravé à tout jamais jusqu\u2019au plus profond de nos gênes et fait pour durer jusqu\u2019à la mort dans l\u2019ostensoir blanc de notre voyage, de notre voyage en tant qu\u2019êtres humains.Le chemin, c\u2019est le chemin, ça n\u2019a pas tellement besoin d'explications.C\u2019est le chemin du roy.Quand nous étions poursuivis ou menacés nous courrions dans le chemin comme si c\u2019était un refuge.Nous avions appris ça, quelqu\u2019un nous l'avait dit que le chemin du roy c\u2019était vraiment a nous-autres et que notre Grand Père Blanc qui veille à Fredericton et que notre Grand Père Blanc GRC qui veillait à Caraquet, nous protégeaient.Nous avions seulement qu\u2019à vivre, qu\u2019à suivre le chemin, wherever it goes, baby, we were there for it.E Ça c\u2019est la fuite, le chemin c\u2019est fait exprès pour la fuite et avec ca on peut aller n\u2019importe ou.Mesdames, messieurs, nous commençons notre descente vers Montréal, nous vous demandons de bien vouloir.Please raise your table, please, me dit l\u2019hôtesse en touchant ma table.Cette dernière phrase a été écrite | sur mes genoux pendant que mes oreilles E commencent à s\u2019enfoncer dans ma téte.Flight 405 for Toronto, final call.siége 28A, près i d\u2019une fenêtre, près d\u2019un homme d\u2019affaires qui lit ri 21 «The Gazette» à côté de son attaché-case en véritable crocodile.Entre les deux vols, ai rencontré Normand Bérubé, haut-fonctionnaire au ministère de l\u2019Éducation du Nouveau-Brunswick et ami de collège.Je me suis surpris en train de lui dire que je voudrais stabiliser ma situation, avoir des enfants.Ce que je n\u2019ai pas dit c\u2019est que l\u2019Acadie me manque et que ce manque je crois pouvoir le combler par une confiance démesurée dans la vie, dans le prolongement du désir.Aménager des espaces chauds, inventer d\u2019autres yeux, d\u2019autres mots, d\u2019autres Acadies.Tous les Acadiens sont obsédés par leur généalogie.On nous en parle toujours.C\u2019est biblique.On se nomme par sa généalogie.Herménégilde à Sam à Philorome.Est-ce que ce serait là notre seule dimension.À travers la vitre, à travers le châssis, je vois la neige qui s\u2019éparpille derrière le moteur de l'avion.Est-ce que la transmission de nos gênes serait notre seule prise sur le lieu.Réduire nos femmes au rôle de ventres producteurs et nous, pour toujours, tendres, protecteurs, exploités et errants, sans possibilité d'amour, sans espoir de comprendre que ce qui nous est arrivé était autre chose qu\u2019un effet, un caprice de la bonté céleste.Je ne crains pas la perte de l\u2019Acadie.Il y aura toujours une Acadie, il y aura toujours un Québec car ce sont plus que des structures vides, ce sont des espaces chauds, habités, aménagés depuis toujours on dirait.Ce qui me fait peur c\u2019est de ne pas avoir assez confiance en la vie, au pouvoir qu\u2019auront ceux qui s\u2019emploieront à me contredire, au comment de toute l\u2019affaire\u2026 Et l\u2019oiseau s\u2019envole pour mordre le ciel Je suis dans toi Dans ton ventre de coton qui me cicatrise Tu es l'argile où je reglisse, d\u2019où je voudrai me semer, me répandre.22 Alors écrire.Il y a une image qui me hante.Dans l'Histoire il y a toujours eu des personnes qui se sont enfuies d\u2019elles- mêmes pour aller chercher quelque chose dont tout l\u2019monde avait besoin et qui se sont organisées pour revenir sans que ça ne se perde pas trop en voyage.Dans l\u2019Histoire de la Nouvelle-France, mes héros ont toujours été ceux dont l\u2019Histoire n\u2019a pas cru bon de retenir les noms, ceux qui, à la faveur de la nuit, se sont sauvés des forts menacés pour aller chercher du secours ailleurs, là où ça se maintenait, où on se passait le mot.Écrire comme une urgence, voyager comme une stratégie, créer pour que ça serve.Aujourd\u2019hui, lundi le 2 juillet 1679, moi, Herménégilde Chiasson, à l\u2019heure où le soleil enveloppait mon pays de sa lumière mauve, j'ai quitté le fort Acadie pour me rendre au fort Québec parler du silence et du pays qui s\u2019en vient.23 [A L >I LL 7 a A © Ee fx Café Santropol Yvon 80 Jean-Pierre Lanteigne* La Convention d\u2019Orientation Nationale Il y a un an déjà, à la surprise générale, la Convention d\u2019Orientation nationale des Acadiens du Nouveau- Brunswick choisissait l\u2019option de la province acadienne comme modèle d\u2019avenir politique.Cette idée de province acadienne, d\u2019abord lancée isolément et de façon sporadique à diverses tribunes par quelques nationalistes, puis reprise en 1977 par le Parti Acadien et défendue par lui au cours de sa campagne électorale de 1978, venait par la même occasion de recevoir une caution morale d\u2019une extrême importance.Il ne pouvait plus être question de rêve ou d\u2019utopie puisque cette grande réunion de convention, organisée par la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick (SANB), avec ses participants de toutes les régions de la province, de toutes les classes sociales et après des mois d\u2019animation et de réflexion, venait d\u2019en endosser très majoritairement l\u2019idée.Il en est résulté un grand sentiment d\u2019espoir en Acadie, mais paradoxalement, à cause du refus des dirigeants de la SANB d\u2019endosser les résultats de la convention, une désorientation au point de vue politique qui, un an plus tard, semble avoir provoqué une dispersion en pure perte de l\u2019énergie générée.* Ex-président du Parti Acadien 25 1.Survol historique Pour bien comprendre la situation, il est utile de revenir en arrière dans le temps, et de revoir les grandes lignes de l\u2019évolution du nationalisme acadien au cours des dernières années.Traditionnellement, le nationalisme acadien avait toujours axé ses revendications autour de problèmes d\u2019ordre culturel et éducationnel.De plus, il n\u2019avait jamais été question, ou du moins très peu, des différences de situation qui existaient entre les Acadiens des différentes provinces de l\u2019Atlantique.Lorsqu\u2019on parlait des Acadiens, c\u2019étaient autant de ceux de Shippa- gan, que de ceux de Chéticamp en Nouvelle-Écosse ou de la Louisiane aux États-Unis.À la fin des années 50, des changements ont commencé à se manifester.En effet, lorsqu\u2019en 1960, Louis Robichaud fut élu comme premier ministre du Nou- veau-Brunswick, il devenait le premier acadien élu à ce poste.Il le devait en partie à l\u2019aide de la Patente, société secrète qui avait décidé d\u2019aborder le problème politique des Acadiens du Nouveau-Brunswick par la voie du lobbying.Faute de n\u2019avoir pas vu plus loin que l'élection d\u2019un premier ministre, la Patente était déjà entrée dans l\u2019histoire lorsque Louis Robichaud céda le pouvoir au gouvernement très définitivement anglophone de Richard Hadfield au début des années 1970.Un vide politique évident s\u2019est donc fait sentir chez les Acadiens du Nouveau-Brunswick à cette époque, d\u2019autant plus que sous l\u2019impulsion des réformes introduites par le gouvernement Robichaud, l\u2019État avait commencé à se donner un rôle moteur plus grand dans le domaine social, en particulier.C\u2019est dans ce contexte qu'est né le Parti Acadien en 1971 avec comme objectif premier de doter les Acadiens du Nouveau-Brunswick d\u2019une voie politique distincte à partir d\u2019une structure politique \u2014 le parti \u2014 faite par eux et pour eux.Le Parti Acadien avait vu le jour sans l\u2019accord des élites acadiennes traditionnelles et parce qu\u2019il constituait en 26 lui-même une menace à leur pouvoir autocratique, il fut boudé et constamment combattu par elles.Ces élites traditionnelles sentaient néanmoins le besoin de s\u2019organiser au niveau provincial particulié- rement à cause du rôle de plus en plus défini de l\u2019État dans tous les secteurs.C\u2019est ainsi que fut créée au début de la décennie 1970, la Société des Acadiens du Nou- veau-Brunswick.Subventionnée par les gouvernements, surtout celui d'Ottawa, elle s\u2019est immédiatement et sans aucune gêne, proclamée porte-parole des Acadiens du Nouveau-Brunswick, et reprit avec enthousiasme le flambeau des revendications acadiennes traditionnelles, axées sur les domaines culturels et éducationnels.Sa vision était élitiste par opposition à celle du Parti Acadien qui était populiste.Alors que la SANB demandait essentiellement des services en fran- cais, le P.A.essayait, souvent péniblement il faut l\u2019avouer, de concevoir le problème acadien de façon globale en mettant l\u2019accent sur la nécessité de s\u2019organiser pour gérer le territoire acadien dû Nouveau-Bruns- wick et ses ressources.Comme audience, le Parti Acadien rejoignait surtout une partie de la jeunesse, mais avait l\u2019avantage de se faire connaître de la population en général lors des élection partielles en 1972, générales en 1974.La SANB, quant à elle, en plus d\u2019une vieille élite limitée et repliée sur elle-même, intéressait la même jeunesse que celle qui militait au Parti Acadien.Les dirigeants de la SANB gardaient toutefois jalousement leur pouvoir et n\u2019en toléraient aucune remise en question.Puis le 15 novembre 1976, ce fut l\u2019élection du Parti québécois à la tête du Québec.Cette date marque un point tournant dans l\u2019évolution du Parti Acadien et de la SANB, et constitue, en définitive, le point d\u2019origine de la Convention d\u2019Orientation nationale des Acadiens en 1979.Tout comme le Canada anglais, les vieilles élites acadiennes traditionnelles n\u2019avaient pas pris au sérieux 27 la montée du nationalisme québécois.Au soir du 15 novembre 1976, cependant, elles devaient se rendre à l'évidence que le fédéralisme canadien sur lequel elles s'appuyaient, autant pour des subventions de survie que comme tampon face à la fréquente intransigeance de Fredericton, était bel et bien menacé.Force leur était de reconnaître en définitive que, comme Acadiens, ils devaient s\u2019intéresser au domaine politique, ce à quoi elles s'étaient précédemment, de façon officielle, opposées en réaction au Parti Acadien d\u2019une part, et pour préserver leurs intérêts économiques identiques à ceux de la majorité anglophone d\u2019autre part.Le Parti Acadien, par contre, avec le 15 novembre, se voyait encouragé à poursuivre sa démarche.Alors qu'antérieurement l\u2019absence d\u2019un territoire acadien délimité bloquait la formulation d\u2019un projet collectif acadien, l\u2019élection du Parti québécois qui remettait en question le Canada dans son ensemble, lui fournissait l\u2019occasion et le contexte pour proposer à son tour un changement fondamental des structures du pouvoir politique qui s\u2019exerçait sur les Acadiens du Nouveau- Brunswick.En novembre 1976, le Parti Acadien décidait d\u2019un congrès d\u2019orientation et, en mai 1977, après d\u2019intenses préparations, adoptait l\u2019option de la province acadienne autonome.La SANB, de son côté, éprouvait beaucoup plus de difficultés à se situer par rapport au 15 novembre.Mais forcée par cet événement, et aussi par une partie grandissante de son membership, plus jeune et très nationaliste, elle se devait d\u2019articuler une position d'orientation politique pour donner un sens a ses luttes.Prise dans l\u2019engrenage, elle accepta d'organiser les États généraux pour en discuter.Constatant l\u2019avance du Parti Acadien et de l\u2019idée de province acadienne, elle paniqua au début de 1978 et y renonça vers la fin de l\u2019année.Puis elle revint avec la Convention d\u2019Orientation nationale des Acadiens (CONA).Malgré mille et une précautions, malgré des balises innombrables et des mises en garde des politiciens acadiens de Frederic- 28 ton, la CONA se prononça très majoritairement pour l\u2019option de la province acadienne.Il y a un an donc, en octobre 1979, soit presque trois ans après l\u2019élection du Parti québécois, la SANB prenait position face à cet événement qui avait secoué le Canada tout entier.2.Lutte des pouvoirs en Acadie Cette remise en perspective historique de la Convention d\u2019Orientation nationale des Acadiens permet de comprendre les réactions qui y ont fait suite.D'une part, les porte-parole de l\u2019élite acadienne traditionnelle qui avaient été forcés par des événements extérieurs qu\u2019ils n'avaient pas prévus à s\u2019engager dans la Convention d'Orientation nationale, n\u2019acceptent pas d\u2019endosser les résultats de cette consultation.Une telle action, dans les faits, équivalait à appuyer le Parti Acadien.Des prétextes de toutes sortes fusent auxquels l\u2019Évangé- line, porte-parole du statu-quo acadien, donne des échos amplifiés.De plus, les leaders de la SANB, naturellement conservateurs, et malheureusement à ce moment crucial, sans grande envergure, ne réussissent pas à comprendre la signification politico-sociale de l\u2019événement qu\u2019ils viennent de vivre.Il s'ensuit non pas une formulation des moyens à prendre pour arriver à concrétiser le projet collectif, ni même une réflexion en ce sens, mais plutôt la mise en marche d\u2019une étude d\u2019évaluation et même de remise en question du résultat de la Convention nationale.Quant à la faction militante de la SANB, plus nombreuse, prête à assumer le résultat de la Convention, elle se retrouve devant une absence de leadership au sein de sa société nationale.De plus, elle sent confusément que la structure de la SANB n\u2019a pas la flexibilité voulue pour défendre les Acadiens, à preuve les trois années nécessaires pour réagir au 15 novembre 1976.S\u2019amorce alors un processus de réorganisation de 29 la structure du mouvement, axé sur la décentralisation afin justement de retirer à la vieille élite son pouvoir autocratique de moins en moins adapté aux réalités contemporaines.Il ne faut pas se surprendre, par ailleurs, que dans la petite société de 230,000 Acadiens qui habitent le Nouveau-Brunswick, les membres de la SANB qui y prônent le changement soient très fréquemment des membres ou des sympathisants du Parti Acadien.Tout ceci découle tout naturellement d\u2019une logique dans l\u2019engagement nationaliste, plutôt que d\u2019une quelconque manoeuvre d'infiltration comme aimeraient le faire croire certains porte-parole acadiens traditionnels, encore imprégnés de l'esprit patentiste.La Convention d\u2019Orientation nationale aurait pu être le point de convergence entre les deux principales forces motrices du nationalisme acadien.Un an après l'événement, cela ne semble pas être le cas.Pour les nationalistes traditionnels, le pouvoir était et est encore, de se considérer, eux, comme les porte-parole des Acadiens et d\u2019être reconnus comme tels par les gouvernements de la majorité anglophone avec lesquels 1ls partagent beaucoup d'intérêts, surtout économiques.Pour les nationalistes autonomistes, 1l est dangereux de se laisser entraîner dans cette fausse lutte qui n\u2019amènera rien collectivement, au peuple acadien tout en faisant le jeu de la majorité anglophone.Le Parti Acadien et ses membres doivent être pleinement conscients de ces enjeux.Et pour éviter la dispersion en pure perte de toutes les énergies investies dans la préparation de la CONA, il est essentiel que davantage d\u2019efforts soient consentis à bâtir le Parti Acadien comme force politique pour en arriver à la province acadienne, plutôt que de se perdre dans d\u2019illusoires luttes de pouvoir au sein de la SANB.30 Conclusion En 1980, le pouvoir loge dans l\u2019économie et dans une certaine mesure au niveau politique.Les Acadiens du Nouveau-Brunswick qui refusent leur position de citoyens de seconde classe doivent le concevoir clairement et par le biais de leurs institutions, mener la lutte contre ceux qui les asservissent plutôt qu'entre eux.Quand un bateau coule, la mutinerie se justifie difficilement.Il est malheureux que trop peu d\u2019Acadiens, surtout parmi les chefs de file, ne s\u2019en soient pas rendus compte.L\u2019Acadie aurait peut-être pu faire un pas de l\u2019avant\u2026 31 8 PES PPS pe Léon Thériault* Le problème politique ; des Acadiens [| du Nouveau-Brunswick** Le thème général de la VIe conférence internationale Ë des communautés ethniques de langue française expri- bi me bien les grandes préoccupations politiques actuel- i les des Acadiens du Nouveau-Brunswick, communauté E qui représente 85% de tous les Acadiens des Maritimes.«L\u2019adaptation des structures politiques au droit des entités linguistiques et culturelles», voilà en effet ce qui préoccupe, politiquement, les Acadiens depuis une bonne dizaine d\u2019années.En témoignent la fondation du i Parti Acadien en 1972, la tenue d\u2019une grande Conven- ; tion d\u2019Orientation nationale en octobre 1979, la participation de la Société des Acadiens du Nouveau- Brunswick à divers travaux constitutionnels, le lancement prochain d\u2019une revue acadienne à caractère g politique.Ajoutons que tout cela se déroule en méme temps qu\u2019un grand débat canadien met en cause des i politiques qui, de l\u2019avis de tous, n\u2019ont pas réussi a F assurer pleinement le développement de la communau- fi té franco-canadienne.Dans les quelques minutes mises ; à ma disposition, je n\u2019ai toutefois pas l'intention de È m'\u2019étendre sur les grands défis qui confrontent l\u2019ensem- * Professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Moncton.** Texte de la communication présentée à la VIe Conférence de la francité, Caraquet, juillet 1980.33 ble de la francophonie canadienne; je m\u2019en tiendrai plutôt à ce que pourraient être les grandes revendications politiques des Acadiens du Nouveau-Brunswick, tant il est vrai qu\u2019il existe une question politique acadienne.Reconnaissons d\u2019abord que nous, Acadiens du Nouveau Brunswick, avons rarement eu la liberté de choisir, la liberté de choisir ce qui nous convient le mieux.Nous avons presque toujours été à la remorque de quelque chose qui nous fut étranger.L'idée que nous nous faisons de nous-mêmes passe encore par le filtre puissant de la société anglophone qui nous entoure.Comme peuple, nous nous déprécions souvent; nous nous croyons mis au monde pour un petit pain.Nous sous-estimons trop nos ressources humaines et matérielles.Nous croyons trop ce que l\u2019on nous a enseigné, à savoir que nous sommes une simple minorité dotée de quelques simples privilèges, un groupuscule qui ne saurait réclamer certains droits fondamentaux comme la liberté de s\u2019administrer lui- même C\u2019est d\u2019ailleurs encore ainsi que les autres, même nos meilleurs amis parfois, nous perçoivent: une communauté peut-être riche en folklore mais qui ne saurait prétendre à être beaucoup plus qu\u2019un mythe.Les programmes que nous mettons sur pied ne sont en fait, la plupart du temps, que de simples réactions vis- à-vis des politiques que d\u2019autres ont élaborées; rarement prenons-nous le temps d\u2019analyser notre situation en fonction d\u2019abord de ce que nous sommes nous- mêmes.Nos projets se limitent à chercher des accommodements mineurs dans des structures qui, à l\u2019époque de leur mise en place, avaient pourtant comme objectif de nous faire disparaître à jamais.Nous passons ainsi notre temps à éteindre des incendies, à toujours recommencer les mêmes combats, tellement nous abordons nos problèmes d\u2019une façon parcellaire et sans beaucoup de suite.Sans cesse confrontés à des situations urgentes, nous n\u2019avons jamais le temps, ou plutôt ne prenons jamais le temps, de songer à l\u2019important.Il en résulte 34 & que notre vision et nos programmes se limitent au court terme.Dans quelle mesure nous, Acadiens du Nouveau- Brunswick, avons-nous choisi pareille situation, surtout une pareille alliance avec une majorité anglophone?Dans quelle mesure pouvons-nous espérer édifier une société qui refléterait enfin nos aspirations et nos besoins?Les quelque vingt dernières années ont été témoins de changements fondamentaux dans notre société, autant au Nouveau-Brunswick même que dans le Canada dans son ensemble.Pourtant, nos démarches demeurent enlisées dans les mêmes orientations qu'au début du siècle, sans plus de cohérence.Ainsi, une nouvelle dimension est apparue chez nous, la dimension politique; on compte en effet peu de domaines qui, aujourd\u2019hui, échappent aux politiques de l\u2019État ou de ses agents.Or, malgré cette nouvelle question du pouvoir, nous continuons à agir par l\u2019intermédiaire de groupes de pression.Il n\u2019existe pas, ou tellement peu, de lignes de pensée acadienne en politique.Pour nous, la notion de vie politique acadienne, la notion de pouvoir acadien, tourne encore autour de la notion de partis politiques, surtout libéral et conservateur il va sans dire.Notre vie politique se limite encore, en 1980, à l\u2019exercice de notre droit de vote; c\u2019est à peu près tout.Nous n\u2019existons pas, politiquement.Nous avons bien des hommes politiques acadiens, mais d'orientation politique acadienne, en dehors du Parti Acadien, nous n\u2019en avons pas.Or, j'estime que nous vivons présentement une crise constitutionnelle et politique ici même au Nouveau-Brunswick, une crise qui est à peu près de la même nature que celle qui existe entre le Canada anglais et le Québec.Et cette crise a ses racines dans des structures boiteuses que l\u2019on ne saurait valablement remanier en notre faveur sans que l\u2019on tienne compte d\u2019une certaine notion de territoire acadien.Autrement, nous demeurerons condamnés à l'éternel statut de minoritaires, sans pouvoir réel.Le grand débat qui met en cause la nature du fédéralisme canadien devrait aussi 35 Sey retenir davantage notre attention.Quelle sera notre position à nous, Acadiens du Nouveau-Brunswick, lorsque le jour viendra de prendre position ?Quel sera notre forum?Qui parlera en notre nom?Jugerons- nous à propos d'adopter une position qui témoigne de la spécificité de notre situation ou nous en remet- trons-nous à des programmes pensés par et pour d\u2019autres ?Il est grand temps que nous prenions parti.Pour nous-mêmes.Sinon, d\u2019autres le feront à notre place et certainement pas dans nos intérêts.Et ce n\u2019est pas une question de décennies, mais de quelques années seulement.Pourtant, notre démarche vers la recherche d\u2019un projet politique collectif doit être lucide.Elle doit en particulier tenir compte de toutes les contraintes qui nous assaillent: notre environnement, passablement anglophone; l\u2019absence de modèles dont nous puissions nous inspirer; la carence de compétences acadiennes dans des domaines pourtant intimement liés à notre vie collective; l\u2019absence de traditions acadiennes facilement discernables dans le domaine de la pensée politique; le peu d'habitude que nous avons à nous rencontrer pour discuter de problèmes de fond.D\u2019un autre côté, 11 ne faudra pas oublier nos atouts majeurs : nous vivons dans un territoire qui n\u2019est pas si pauvre en ressources minières, forestières, agricoles et maritimes; nous avons déjà mis sur pied des instruments clés d'envergure collective; les quelque 34% que nous représentons, au Nouvceau-Brunswick, malgré certaines enclaves anglophones, ne sont pas si éparpillés qu\u2019on voudrait le faire croire; qui plus est, notre proximité du Québec n\u2019est certainement pas un facteur de nature à nous nuire.Disons-nous bien, enfin, que jamais les contextes politiques canadiens et néo-bruns- wickois n\u2019ont été aussi propices pour mener à bien une telle entreprise.Quel autre choix avons-nous?Nécessairement le statu quo ou encore une orientation vers des objectifs choisis par la majorité anglophone de cette province.36 oe ge ge on\u2014\u2014 Dans les deux cas nous serons perdants, tant il est vral que le statu quo ne nous met pas à l'abri des humeurs gouvernementales non plus qu\u2019à l\u2019abri de situations sur lesquelles nous ne saurions exercer aucun contrôle, telle la diminution de notre croissance démographique et, partant, notre minorisation grandissante.Par ailleurs, dans le concert des discussions qui auront lieu quant à l\u2019avenir du fédéralisme canadien, il m\u2019apparait certain que nos dirigeants politiques voudront faire valoir les doléances d\u2019un Nouveau-Brunswick composé d\u2019une seule majorité, la majorité néo-brunswickoise.Cette place qui nous revient, il nous faut non seulement la revendiquer à cor et à cri, mais nous devons créer les conditions qui nous permettront de la négocier dans les meilleurs circonstances possibles.L'autonomie, c\u2019est la seule voie qui puisse nous permettre de gérer nous-mêmes nos affaires, de contracter des alliances qui servent vraiment nos intérêts.L\u2019autonomie, c\u2019est la seule orientation qui nous réconcilie avec nous- mêmes, avec notre histoire.C\u2019est aussi une orientation qui nous situe pleinement dans le cours des grandes tendances de ce siècle: démembrements d\u2019empires, émancipations nationales, voilà les grands thèmes de ce siècle.Retarder plus longtemps notre marche vers l\u2019autonomie, c\u2019est nous condamner à ce vil nationalisme revendicateur qui contredit tout vrai épanouissement et toute vraie liberté; nationalisme revendicateur qui est davantage le symptôme d\u2019une situation anormale que la marque d\u2019une société en santé.Cette province n\u2019a pas été fondée pour nous Pourtant, un projet collectif acadien, nous en avons déjà eu un.Il s\u2019agissait de cette Acadie française fondée il y a maintenant 376 ans; il fut en effet un temps où nous étions majoritaires chez nous.Nous avions un territoire à nous.Mais dès 1713 un premier lambeau nous était arraché.C\u2019est que la société anglo-britanni- que était en train de concevoir un projet qui nous 37 re a ee NET EE T0) excluait et nous exclut encore comme peuple.En 1763, toute l\u2019Acadie passait aux Anglais et peu après, en 1784, ces derniers fondaient la province de New Brunswick.Nous pouvons affirmer sans nous tromper que si nous ne sommes pas étrangers au territoire que nous habitons, la province du Nouveau-Brunswick, elle, comme projet collectif, est totalement étrangère au projet acadien.Car la fondation du Nouveau-Brunswick, nous ne le répéterons jamais assez, découle directement d\u2019un acte de conquête, conquête pour les Britanniques, défaite pour nous.Ils en étaient parfaitement conscients, ces dirigeants britanniques de l\u2019époque, lorsqu'ils interdirent aux Acadiens le droit de vote et le droit d\u2019être députés.Ils en sont encore conscients et même très fiers à Fredericton, capitale qu\u2019aucun premier ministre, en deux cents ans, n\u2019a tenté d\u2019acadianiser le moindrement.C\u2019est pourquoi je maintiens que se réjouir de 1784, c\u2019est en fait se réjouir de la conquête des Acadiens par les Britanniques.C\u2019est une chose de reconnaître la véracité d\u2019un fait historique; c\u2019en est une autre de se réjouir du fait en question.Pourtant, c\u2019est bien ce que les autorités gouvernementales néo-bruns- wickoises ont récemment demandé aux Acadiens : fêter le bicentenaire provincial qui s\u2019en vient.Pauvre Pélagie la Charrette: elle ne sait pas encore ce qui l\u2019attend.Elle qui a parcouru des centaines de kilomètres pour revenir dans son Acadie, sait-elle seulement que l\u2019Aca- die n'existe plus que dans les atlas et que c\u2019est considéré comme un acte révolutionnaire que de parler d\u2019un territoire acadien ?Sait-elle que s\u2019il y a des Acadiens, l\u2019Acadie, elle, n\u2019existe plus comme entité administrative?A-t-on informé Pélagie qu\u2019à peine arrivée, on aura le culot de lui demander de se faire belle pour célébrer une des trois provinces qui se sont construites sur les ruines du projet acadien ?Sait-elle, la pauvre Pélagie, que sa propre mère, Antonine Maillet, lui conseillera, justement, de se faire belle et de crier sa joie pour 1784, même de faire beaucoup de recherche pour que les fêtes néo-brunswickoises soient bien réussies ?Et toi, Pélagie, que feras-tu?38 Non, le Nouveau-Brunswick, comme province, ne tire pas son origine des Acadiens.Imaginez! Selon certains, nous aurions fondé ça, le Nouveau-Bruns- wick, une province où notre propre langue est tenue pour une langue étrangère! Bien sûr, il y a deux peuples fondateurs au Nouveau-Brunswick, mais l\u2019un a fondé un projet francophone et l'autre un projet anglophone.Et à ce projet acadien, les nôtres n\u2019y ont jamais totalement renoncé.C'est pourquoi les Acadiens revinrent après la déportation, comme Pélagie, s'établir le plus loin possible des centres anglophones, surtout dans le Nouveau-Brunswick actuel, parce que c'était alors l\u2019une des régions de l\u2019Acadie que les Anglais avaient le moins occupées.T'out compte fait, nous avons tenté de rétablir dans ses droits notre bon vieux projet acadien.Et nous y avons passablement bien réussi, surtout si l\u2019on tient compte des circonstances défavorables et du fait qu\u2019il a toujours fallu agir en dépit des instances gouvernementales.Combien de fois n\u2019avons nous pas dû répéter nos démarches, nous mettre pratiquement à genoux, pour la reconnaissance de quelques miettes?La majorité anglophone du Nou- veau-Brunswick n\u2019a jamais considéré l\u2019acadianité comme quelque chose allant de soi.Toujours il a fallu demander, argumenter et entreprendre de longs combats.Ce que nous avons conservé d\u2019acadien, nous le devons d\u2019abord à nous-mêmes, à notre opiniâtreté.En aucun cas ne devrions-nous éprouver des sentiments de reconnaissance envers les autorités de cette province.Pour tout dire, j'estime que nous, les Acadiens, ne devons absolument rien à la majorité anglophone des Maritimes; j\u2019oserai même ajouter que nous sommes probablement plus pauvres, culturellement, politiquement etéconomiquement à cause des politiques orchestrées par l\u2019autre majorité.D'ailleurs, la majorité anglophone voudrait-elle rétablir les Acadiens dans leurs droits qu\u2019elle ne pourrait pas le faire dans les structures présentes, structures qui assurent aux Acadiens un statut de minoritaires, quelles que soient les réformes que l\u2019on pourrait mettre en place.Dans un régime 39 politique comme le nôtre, le peuple majoritaire tend à dominer la minorité, peu importe la bonne volonté qui peut se manifester de part et d\u2019autre.À notre insu, nous avons même été amenés, au cours des années, à participer au renforcement du projet anglophone.Ce projet anglophone a même tellement pris de place dans nos esprits, il nous sollicite encore tellement, que bien des Acadiens en sont venus à croire qu\u2019il n\u2019y a plus de projet politique acadien, mais seulement des projets néo-brunswickois «bilingues».En Nouvelle-Écosse et sur l'Ile du Prince-Édouard, le projet anglophone a même eu raison de l'essentiel des forces acadiennes, la majorité de ceux qui sont d\u2019origine acadienne ne pouvant plus parler français.J'estime donc qu\u2019il y a une contradiction profonde entre les objectifs poursuivis par les Acadiens et les anglophones du Nouveau-Brunswick.Les anglophones ont toujours désiré une société anglaise avant tout; c\u2019est ce qui existe sur l\u2019Ile du Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse.Quant au Nouveau-Brunswick, la majorité anglophone n\u2019a jamais souhaité autre chose et elle y a passablement bien réussi, sauf que devant nos revendications pressantes, le gouvernement a dû reconnaître, non l\u2019acadianité, mais un certain caractère de bilinguisme, accorder quelques concessions quant à la langue par-ci par-là, mais pas grand-chose quant au partage du pouvoir.La reconnaissance du bilinguisme, me dira-t-on que c\u2019est ça la reconnaissance de l\u2019acadianité?Ce qui fait que nous en sommes restés à une simple notion de survivance, affirmation d\u2019une identité collective, bien sûr, mais combien prudente et hésitante ! Nous nous disons un peuple mais très peu d\u2019entre nous osent proposer une expressin collective de notre identité là où ça compte, c\u2019est-à-dire au niveau du pouvoir.Même notre sens de l\u2019histoire en a pris pour son rhume.Ainsi, par Acadien, nous en sommes venus à penser qu\u2019il ne faut pas entendre tous les francophones qui habitent d\u2019une façon permanente les Maritimes, mais seulement ceux et celles dont les ancêtres 40 remontent aux déportés de 1755.Cette conception fortement généalogique de nous-mêmes a exclu de l\u2019acadianité, par exemple, une bonne partie des habitants du Madawaska comme si, après 1755, l\u2019Acadie avait cessé de faire des Acadiens et des Acadiennes; comme si l\u2019histoire de l\u2019Acadie s\u2019était arrêtée en 1755.Comme si, en fait, l\u2019Acadie avait tout d\u2019un coup cessé d'intégrer de nouveau éléments, comme si l\u2019Acadie était morte.En somme, comme si Charles Lawrence avait eu raison.Voilà où ça mène l\u2019absence de pouvoir politique, l'absence d\u2019autonomie: la fabrication de mythes, la folklorisation.Nos revendications: institutionnalisation d\u2019un pouvoir acadien, territoire acadien, statut de majoritaires Si les Acadiens n\u2019existent pas encore politiquement comme peuple, si l\u2019Acadie, plus précisément, n\u2019a pas d'existence politique légale, il reste que des efforts sont en train de se faire dans ce sens-là.J\u2019oserai même dire que toute l\u2019histoire récente des Acadiens conduit irrévocablement à une prise en main de leurs affaires.Mais que nous venons de loin! Jusqu'au début des années 19770, les Acadiens exprimaient surtout certains aspects des dimensions culturelle, sociale et économique de leur acadianité; politiquement, ils disaient peu de chose.Nous en sommes tout de même arrivés à nous considérer comme un peuple «normal », «ordinaire», c\u2019est-à-dire qu\u2019un nombre croissant d\u2019Acadiens aspirent également à un pouvoir politique et administratif pour le peuple acadien.En somme, les Acadiens veulent dépasser le niveau de la simple influence qu\u2019ils détiennent aujourd\u2019hui pour enfin détenir un pouvoir réel.Ils veulent mettre fin à leur dépendance vis-à-vis l\u2019humeur quotidienne des politiciens pour enfin s\u2019assurer d\u2019un minimum de contrôle sur leurs affaires.Il s\u2019agit donc ni plus ni 41 moins que d\u2019acadianiser notre vie politique autant, sinon davantage, que nous avons avons acadianisé les autres secteurs de notre vie collective.Cette nouvelle démarche s\u2019accompagne toutefois de tiraillements profonds au sein de la communauté acadienne: le consensus est loin d\u2019être établi quant aux orientations à prendre.Il reste même une bonne partie de notre population pour qui une ligne de pensée politique spécifiquement acadienne demeure une aberration.Ce qui n\u2019est pas surprenant : jusqu\u2019ici nos revendications ont visé des objectifs facilement identifiables (éducation, hôpitaux, communications.) et qui se situaient toujours au niveau de la fonction publique plutôt qu\u2019au niveau des prises de décision.Le nouveau discours politique acadien, quant à lui, met en cause toutes les facettes de la vie acadienne; il cherche même à proposer une approche globale à l\u2019ensemble de nos problèmes.Il s\u2019éloigne de l\u2019approche parcellaire et suggère fortement que les problèmes acadiens sont interdépendants.De plus, pour la première fois le discours politique acadien dépasse le niveau administratif du pouvoir et exige une prise en main des pouvoirs législatifs et exécutifs eux-mêmes.Ce n\u2019est plus seulement l\u2019élection de députés acadiens qu\u2019il propose, mais l'élection de formations politiques acadiennes dans une législature acadianisée.Au-delà des tiraillements, se manifeste quand même la volonté très nette de ne pas laisser à l\u2019extérieur de notre communauté un outil d\u2019émancipation aussi important que le pouvoir politique.Les formules proposées sont assez diverses et souvent contradictoires, les unes plus audacieuses que les autres.Elles poursuivent néanmoins le même objectif: le rapatriement de notre pouvoir politique.Lorsqu'on examine tout ce que nous avons mis sur pied de par notre propre initiative, lorsqu\u2019on fait le compte de tout ce que les gouvernements ont fini, de guerre lasse, par nous octroyer, ne devient-il pas évident que nos institutions politiques sont en retard 42 sur tout le reste?Alors que nous avons passablement bien acadianisé notre vie culturelle en fondant écoles, collèges, journaux, troupes de théâtre; en produisant écrivains, chansonniers, musiciens, artistes de renommée internationale.Alors que nous nous sommes souciés du caractère français de notre environnement socio-économique en fondant, par exemple, nos propres caisses populaires et autres outils d\u2019émancipation, alors que nous avons veillé à l\u2019acadianisation des cadres religieux dans les régins acadiennes des Maritimes, alors que nous organisons nos propres «Jeux de l\u2019Acadie», malgré tout cela nous sommes encore loin d\u2019avoir acadianisé notre vie politique.Il existe en fait un divorce profond entre nos aspirations collectives et les pouvoirs qui décident de leur réalisation.Une sorte de mariage contre nature nous a été imposé depuis longtemps: des étrangers sont à même de décider de choses aussi vitales pour nous que, par exemple, la politique linguistique de nos districts scolaires.Pourtant, qui voudrait soutenir que le pouvoir politique, dans une société moderne, est sans rapport direct avec l\u2019_épanouissement de la collectivité?Rien, ou presque rien, n\u2019échappe désormais à l\u2019action de l\u2019État ou de ses agents, notamment la fonction publique.Partout dans le monde on reconnaît à l\u2019État moderne un rôle fondamental dans le développement des ressources naturelles, la construction de réseaux de communications, l\u2019administration des soins de la santé, le maintien d\u2019un système éducationnel qui réponde le mieux possible aux besoins de la jeunesse, et quoi encore.En fait, détenir un pouvoir politique réel, c\u2019est, pour la collectivité, le pouvoir de décider des grandes orientations qui s\u2019imposent.Lorsque ce sont les autres qui décident à votre place, on ne peut dire que vous avez un pouvoir politique.Jusqu\u2019au début des années 1960, les Acadiens misaient surtout sur leur propre initiative pour promouvoir leur cause.Avec leurs frères de la Nouvelle- Écosse et de l\u2019Île-du-Prince-Édouard ils avaient fondé 43 une Société dite «nationale».Grâce à cet organisme les Acadiens arrivaient à identifier leurs problèmes et à élaborer des programmes d\u2019envergure collective.L\u2019État n\u2019intervenant pas alors autant qu\u2019aujourd\u2019hui les Acadiens comptaient surtout sur l\u2019initiative privée.Et ils n\u2019ont pas si mal réussi.Nous avions donc des personnalités politiques acadiennes, mais on ne peut pas dire qu\u2019il existait une pensée ou des pensées politiques acadiennes.De toutes façons, les Acadiens n'en sentaient pas tellement le besoin; d\u2019ailleurs en auraient-ils eu les ressources humaines et matérielles ?C\u2019est ce qui fait que le domaine politique est pratiquement le seul que les Acadiens n\u2019aient pas songé à acadianiser.Mais voilà que depuis une quinzaine d'années le gouvernement intervient de plus en plus massivement dans la vie des citoyens.C\u2019est ainsi que les Acadiens ont perdu une bonne partie du contrôle qu\u2019ils exerçaient autrefois sur leurs institutions.I] ne faut pas regretter cette évolution du rôle de l\u2019État, à condition toutefois que se constitue un pouvoir politique acadien qui se définisse comme tel et qui veille aux intérêts fondamentaux de notre peuple.Nos problèmes ont en effet acquis une dimension politique qu\u2019on ne saurait nier plus longtemps sans compromettre notre avenir collectif.La crise constitutionnelle actuelle, par exemple, est essentiellement un problème politique, et elle nous concerne de très près.Quels instruments ont les Acadiens pour faire ce choix politique?Dans les rapports de force qui ne manqueront pas de changer l\u2019évolution du pays, y aura-t-il une ligne de pensée acadienne?Grave question.Est-ce vraiment une aberration de penser que les Acadiens devraient, dans une plus large mesure, décider eux-mêmes des choses qui les concernent ?Pour beaucoup de gens, même pour des Acadiens, 1l n\u2019y a pas, ou 1l ne devrait pas y avoir de caractère acadien qui se rattache au phénomène politique du Nouveau-Bruns- wick.Pour une partie de l\u2019opinion, même pour nos 44 propres hommes politiques, une expression acadienne, cela vaut pour nos écoles, pour nos hôpitaux, pour notre presse, pour nos sports, pour nos paroisses, mais une telle expression ne saurait franchir le seuil de la politique.Quand cette idée pernicieuse d\u2019une action politique vidée de toute considération acadienne aura été généralement acceptée par la population, les Acadiens seront irrémédiablement réduits à la stagnation en ce qui concerne la prise en main de leur destinée.Nos grands problèmes débouchent désormais sur le politique, que ces problèmes soient de nature sociale, culturelle ou économique.Dorénavant, les seuls projets collectifs valables seront ceux qui in- clueront une réflextion sur l\u2019aspect politique de notre situation.Mais quelles sont les raisons qui font que les Acadiens expriment si peu la dimension politique de leurs problèmes?Il y a d\u2019abord le fait qu'il n\u2019y a presque pas de modèles dont nous puissions nous inspirer, à tel point que c\u2019est comme si nous devions tout réinventer dans ce domaine.Nuançons toutefois la portée de cette explication en soulignant que nos devanciers non plus n\u2019avaient pas de modèles lorsqu'ils œuvraient pour un meilleur réseau d\u2019écoles par exemple.Pourtant, nos prédécesseurs osaient inventer des solutions inédites.En fait, la raison principale de l\u2019absence d\u2019une force et d\u2019une pensée acadiennes en politiques, il faut la chercher dans les structures actuelles de la province.Cette province, admettons-le donc une fois pour toutes, n\u2019a pas été conçue d'abord pour les Acadiens, en tout cas pas pour des Acadiens qui croient dans la maintien d\u2019un environnement socio-culturel français et dans la gestion de leurs propres affaires.Or, ces structures sont de nature essentiellement politiques.Est-il étonnant qu\u2019il n\u2019y ait pas eu de pouvoir politique acadien, de pensée politique acadienne?«Faire acadien», en politique, cela demeure une négation de l\u2019essence même de la province du Nouveau-Brunswick.De sorte que les hommes 45 politiques acadiens ne sont pas tellement responsables de l\u2019absence d\u2019une ligne politique acadienne.Comme pour l\u2019ensemble du peuple acadien, nos hommes politiques ont dû évoluer dans des structures qui excluent des visées politiques proprement acadiennes, à l\u2019exception de l\u2019influence personnelle.Tant que rien ne changera au niveau des structures politiques et administratives de la province, il ne faudra pas sérieusement songer à un pouvoir spécifiquement acadien.Dans les structures actuelles nous serons toujours minoritaires et nous dépendrons toujours de la bonne volonté de la majorité anglophone; nous continuerons d\u2019être à la merci d\u2019un gouvernement par les hommes et ces hommes ne sont pas des nôtres.Lorsqu\u2019on passe en revue les secteurs dans lesquels les Acadiens ont réussi a obtenir une certaine voix au chapitre, on remarque une grande constante : il leur a fallu provoquer un changement de structures.C\u2019est ainsi que seule la dualité au sein du ministère de l\u2019éducation leur a donné un certain pouvoir de décision dans ce ministère.Quand les enseignants francophones de la province ont décidé de militer au sein d\u2019une association qui respectât davantage leur point de vue, ils ont dû provoquer un remaniement des structures de l\u2019association provinciale des enseignants: on a alors mis sur pied une association pour les francophones et l\u2019autre pour les anglophones, et les deux secteurs ont par ailleurs trouvé moyen de coopérer au sommet.L\u2019on me dit que jamais les relations entre enseignants francophones et anglophones n\u2019ont été aussi bonnes.Et tout dernièrement, les commissaires scolaires francophones fondaient leur propre association unilingue et autonome.En somme, la grande constante du cheminement acadien, c\u2019est la lutte pour une plus grande autonomie dans tous les secteurs qui touchent leur vie collective.Depuis 1784, nous passons en effet le plus clair de notre temps à nous organiser en société parallèle, tant il est vrai que ce n\u2019est pas grâce aux structures officielles de la 46 NY Pen Np.province que nous arrivons a survivre mais en dépit de ces structures.Le passe-temps politique des Acadiens, depuis une centaine d\u2019années, c\u2019est de se débarrasser des structures officielles de la province qu\u2019on leur a imposées depuis la Déportation.À l\u2019heure actuelle, il n\u2019ya pratiquement pas un seul secteur qui échappe à une quelconque réorganisation ou qui n\u2019est pas l\u2019objet de demandes en ce sens.Le Nouveau-Brunswick a cessé d\u2019être indivisible et tout laisse croire que la tendance continuera de plus belle.Mais pour certains, tels ceux qui se sont opposés à une plus grande utilisation du français dans les écoles acadiennes en 1928, cela ne constitue que du vulgaire séparatisme, laissant par là clairement entendre que l\u2019autonomie acadienne est condamnable.Il faut même s\u2019attendre à ce que les réticences devant l\u2019autonomie acadienne aillent en s\u2019accentuant, car maintenant c\u2019est tout l\u2019appareil politique et administratif de la province qui est mis en cause et non seulement l\u2019enseignement du français.Il ne faudra pas s\u2019affoler, car 1l n\u2019y a rien là de nouveau : tous ceux et celles qui ont œuvré pour l'établissement d\u2019institutions francophones se sont fait traiter, à un moment ou à un autre, de séparatistes et de fauteurs de trouble.L\u2019une des grandes différences entre le débat politique actuel et nos luttes antérieures, c\u2019est toutefois que dans le passé les polémiques éclataient surtout entre francophones et anglophones, alors que dans le débat contemporain, il faut prévoir l\u2019éclatement, du moins au début, du consensus francophone.Oui, il se trouvera des Acadiens qui, ayant souhaité l\u2019autonomie scolaire par exemple, ne comprendront pas facilement pourquoi l\u2019on parle d\u2019autonomie politique.Il incombera alors aux autonomistes acadiens de tenir compte de ces réticences et de ne pas mettre la charrue devant les bœeufs en insistant pour des réformes d'envergure dans un laps de temps irréaliste.I] faudra étoffer davantage les dossiers autonomistes, provoquer davantage de débats au sein de la population.Pour ma part, je crois essentiel de faire surtout valoir quelques grands critères qui pourraient rallier notre population et auxquels se 47 SAS ir Ror grefferaient les réformes proposées.Des critères en fonctions desquels on devrait juger de toute réforme politique.Ces critères fondamentaux, je les verrais au nombre de trois: Il y a d\u2019abord l\u2019institutionnalisation d\u2019un pouvoir politique acadien, c\u2019est-à-dire la création d\u2019un ensemble de structures politiques légalement reconnues comme acadiennes et contrôlées par des Acadiens.Tout ce que je viens de dire illustre bien, 11 me semble, la nécessité d\u2019une telle démarche.Un deuxième critère dont devrait se prévaloir toute réforme politique, c\u2019est la reconnaissance juridique d\u2019un territoire acadien formé à même le Nouveau- Brunswick actuel.Qu\u2019on le veuille ou non, ce territoire acadien existe: ainsi, les cinq comtés de Madawaska, Restigouche, Gloucester, Northumberland (y inclus Moncton) forment une région francophone dans une proportion de plus de 65%.Notre économie, nos institutions, notre façon de vivre, nos ressources naturelles, notre patrimoine, tout cela fait du territoire acadien quelque chose de très particulier et de facilement identifiable.Toute réforme politique future devra tenir compte de ce territoire acadien.Oui, faisons valoir qu\u2019un territoire acadien existe et que nous avons l\u2019intention de le gérer dans nos intérêts, de rentrer en possession de ce que nous avons perdu! D'ailleurs, dites-moi, comment pourrait-on institutionnaliser un pouvoir politique acadien sans que cela ne repose sur une notion de territoire ?Et ce ne sont pas les précédents qui manquent: la Nouvelle-Écosse s\u2019est vue divisée deux fois pas les Britanniques: d\u2019abord en 1969 pour créer 1'Tle-du-Prince-Edouard, puis en 1784 pour créer le Nouveau-Brunswick.Le Québec s\u2019est vue divisé en 1791 pour donner l\u2019Ontario aux anglophones.En 1870, les Métis obtenaient la division des Territoires du Nord-Ouest pour créer le Manitoba.Bientôt le Yukon recevra le statut de province.Déjà les Esquimaux exigent qu\u2019on respecte leur territoire et les gouvernements acceptent de négocier avec eux.Nous-mêmes, 48 Acadiens, nous avons bien réussi à diviser des diocèses anglophones, des districts scolaires anglophones.Notre tour ne serait-il pas enfin arrivé de faire comme tout le monde, c\u2019est-à-dire de revendiquer un territoire ?Notre histoire n\u2019est donc pas étrangère à l\u2019idée de territoire dans le sens politique du terme.Sans territoire légalement reconnu et légalement possédé par le peuple acadien, le peuple acadien continuera à être un peuple dépossédé.En troisième lieu, il faudrait retenir que toute cette démarche doit viser à la reconquête de notre statut de majoritaires, car c\u2019est justement notre situation de minoritaires qui, plus que toute autre, met un frein à notre épanouissement collectif.Tant que l\u2019on pourra nous objecter que nous ne représentons que le tiers de la population, nous n\u2019irons pas bien loin et nous demeurerons condamnés à toujours quêter ce que nous considérons comme nôtre.La seule solution, c\u2019est de chercher une formule politique qui nous rende mazjo- ritaires chez nous.Conclusion Admettons donc une fois pour toutes l\u2019existence ici d\u2019une crise politique, d\u2019une question de pouvoir qui va se détériorant.Mais pour la régler, les Acadiens devront y aller par étapes, car ce n\u2019est pas tout notre monde qui croit en la nécessité d\u2019acadianiser la dimension politique de notre existence autant qu\u2019il est nécessaire d\u2019acadianiser nos écoles par exemple.Et comme étapes je suggérerais les suivantes, étapes qui ne contredisent en rien la portée de ce que je viens d\u2019exposer.D'abord, la proclamation, par la législature provinciale, de l\u2019existence et de l\u2019égalité de deux peuples au Nouveau- Brunswick.D'ailleurs, un membre du cabinet provincial a déjà fait part de son intention de présenter en chambre un tel projet de loi.Il appert, il est vrai, que nos députés voudraient y ajouter la notion que les Acadiens ont, avec les anglophones, fondé le Nouveau- 49 Brunswick.Même si je suis en désaccord avec cette interprétation historique \u2014 c\u2019est l\u2019Acadie que nous avons fondée \u2014 je suggère de ne pas partir encampagne contre cet aspect du projet de loi de peur de faire échouer son principe fondamental, soit celle de l\u2019égalité des peuples.En admettant ce grand principe d'égalité la législature se trouvera à donner, pour une première fois dans son histoire, une base légale aux revendications autonomistes des Acadiens, peu importe que la déclaration de principe s'accompagne de mesures correctives ou non.L'égalité implique en effet non seulement que la majorité anglophone n\u2019a pas le droit de nous maintenir dans un état de minorité mais que nous, Acadiens, avons le droit de prendre les moyens pour nous sortir de notre état minoritaire; en somme le droit de disposer de nous-mêmes, le droit à l\u2019autodétermination ! Il y aurait lieu aussi, dans le court terme, de promouvoir davantage certains aspects du programme proposés par le Parti Acadien lors de la dernière campagne électorale, en particulier la décentralisation du pouvoir de Fredericton, en même temps que la dualité au niveau des ministères.J\u2019ajouterais à cela la création de régions à vocation linguistique, c\u2019est-à-dire des régions où les affaires gouvernementales seraient conduites d\u2019abord en français ou en anglais selon les régions.Tout cela contribuerait grandement à la réalisation du projet collectif acadien et rendrait plus faciles à long terme des ajustements davantages fondamentaux comme la création d\u2019un territoire géré par des Acadiens. = PE LE re 2 pore rr a EE oN Ml \u201cHZ » w | $ g i 4.À ÿ I A à\" 2 es Pos A A it i ; + hn À * i A à | ZR I, pd IF caro P32 pe 4 \u2019 oN ot ; a Gisele Bourque Ré or \u201cgy a 3 RENT iv \"> ih \u2018 and d.re oll ; a tôle 5% + ce ; kad\u2019.2 ; tn = D MN a ; = ; f Wy 5 Cem y Ni i] i x : À 3 ~~ + he Sh vm my * s %., { W Rk NS f ae.\u2018 ; # \u20ac AY) UE «y à N - y, É vols A Po ___ Hélène Castonguay* Les Acadiens fonctionnaires On remarque depuis longtemps que les Acadiens se tiennent en dehors des structures officielles, qu\u2019elles soient politiques ou économiques.Certains y verront des anarchistes endurcis, d\u2019autres vous diront qu'ils refusent de s\u2019intégrer à des structures anglophones, étrangères à leur culture.Depuis une vingtaine d\u2019années, les gouvernements tentent de corriger cette soi- disant lacune en parachutant trop souvent des structures pensées et bâties à Ottawa ou Fredericton.Ainsi le bilinguisme à la Trudeau a réduit les Acadiens à un simple petit groupe minoritaire qui, comme d\u2019autres à travers le pays, s'engagent dans la guerre des subsides.Et pour obtenir son subside, il faut s\u2019assimiler au cadre établi par Ottawa, capitale des Canadiens.En d'autres mots, il faut s\u2019habiller et négocier en anglais, avoir le sens du fair play britannique, retenir ses «émotions» francophones et se comporter en froid loyaliste pour obtenir un subside multi-culturel qui assurera l\u2019avenir de quelques ghettos francophones hors-Québec, qui, sous l\u2019éclairage publicitaire pan-Canadien, devront servir à prouver aux Québécois que le Canada conservera la culture française coûte que coûte from coast to coast.On imagine déjà l\u2019Acadie devenue un village historique à plein temps avec 200,000 Acadiens em- * Animatrice sociale.53 ployés par Ottawa pour vivre en francophone de9 hdu matin à 5h du soir.Évidemment un prix boni pour ceux qui continuent à parler et à se comporter en Acadien après les heures de travail.À tous les six mois, une équipe de Radio-Canada-Montréal au complet pourrait alors venir vérifier puis filmer pour enfin réaliser une autre émission sur la survivance un peu modifiée mais toujours existante de l\u2019Acadie perdue.Mais pour créer ce Disneyland au nord du 49ième parallèle il fallait un planificateur, un architecte hors- pair, un grand magicien des cultures: Ottawa créa le Secrétariat d\u2019État\u2026 Et la structure fut l\u2019Acadie.Il s'agissait d\u2019abord de circonscrire la culture malade.On eu vite fait d\u2019éliminer le Québec trop vigoureux pour le moment.Restait l\u2019Acadie, un peu éparpillée mais quand même concentrée, sans territoire légal mais vivant quand même un coin de pays, une assimilation gallopante, bloquée par une barrière nationaliste.L\u2019Acadie choisie comme territoire pilote, Ottawa devait se créer une cible.Comme l\u2019Acadie avait la fâcheuse habitude d\u2019être éparpillée pour ne pas dire anarchique dans son comportement et dans son expression, il fallait concentrer pour mieux viser.Et l\u2019association provinciale apparut.L'association créée à l\u2019image du Secrétariat d\u2019État voulait regrouper tout le monde, c\u2019est-à-dire quelques représentants représentatifs des grandes régions acadiennes.Concentrons, concentrons.Une fois concentrée, la culture acadienne pouvait être aidée.Comment?D\u2019abord en diagnostiquant les différentes maladies qui s'attaquent à la culture acadienne.Maladie numéro un: l'expression culturelle.La faiblesse: les artistes.Et voilà qu\u2019à I exemple de l'association provinciale on crée d\u2019autres associations concentrationnaires, telles celles des écrivains, des cinéastes, des Arts visuels et pourquoi pas les photographes, les journalistes, les orateurs et finalement, les politiciens.Tous s\u2019expriment ou tentent de le faire, et pour le faire, il faut des subsides.54 Conclusion : plutôt que d\u2019être créatif, l\u2019artiste devient spéculatif; plutôt que d\u2019exprimer une culture, les porte-parole de l\u2019Acadie remplissent des formules.Et les yeux levés vers le ciel en cherchant une manne déjà rare, les différentes associations s\u2019entrechoquent et se combattent devant les fonctionnaires de notre avenir qui nous garantissent que tout va bien dans le meilleur des mondes structurés. 4 Jean Saint-Cyr Le mouvement syndical en Acadie aboutira-t-il ?Après la déportation de 1755, le peuple acadien a eu à faire face à d\u2019autres mouvements de masse qui l\u2019ont morcelé : l\u2019exode de travailleurs partant de chez eux pour trouver ailleurs une source de revenu respectable qui permettrait de nourrir convenablement une famille habituellement nombreuse.On retrouve en effet des Acadiens à peu près partout où s\u2019élaborent de grands projets de construction.En ce sens, les travailleurs acadiens ont une expérience assez vaste du mouvement syndical, des processus de négociations, des conventions collectives.Mais cette expérience a été acquise ailleurs, en exil.Chez eux, en Acadie, le mouvement syndical est encore embryonnaire.En fait, il n\u2019existe pas encore de syndicat acadien proprement dit.Les travailleurs acadiens syndiqués sont souvent noyés dans de grands syndicats où ils sont absorbés dans une masse de travailleurs anglophones, marginalisés comme ils le sont au niveau politique.Le seul syndicat réunissant des Acadiens entre eux, se nomme l'Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB).Les autres travailleurs syndiqués en Acadie sont regroupés dans des locaux de 57 syndicats étrangers tels les Métallos Unis d\u2019Amérique, les travailleurs de pâtes et papier, ou encore l\u2019Union canadienne de l\u2019industrie des pêches et travailleurs affiliés (U.C.I.P.T.A.).Dès qu\u2019un syndiqué accède à un poste qui l'amène à siéger sur des comités régionaux ou provinciaux, les affaires se déroulent en anglais, dans les deux langues là où ils constituent une forte proportion des syndiqués, ou s\u2019ils sont carrément majoritaires, ce qui n\u2019arrive pour ainsi dire jamais dans les syndicats importants.L'Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick est sans doute le plus articulé des syndicats sur la question nationaliste.Mais son intervention se limite habituellement au domaine de l\u2019éducation, aux services publics pour les francophones, sans toutefois s\u2019identifier clairement au mouvement nationaliste.Quand l\u2019AEFNB se prononce sur une question touchant le nationalisme, il s\u2019agit surtout de question de langue de travail, de réforme structurale au gouvernement telle la dualité.Les positions purement politiques sont évitées.Le cas des enseignants est particulier.La pression des porte-parole acadiens était déjà appliquée depuis longtemps pour que le gouvernement du Nouveau-Bruns- wick accorde aux Acadiens une dualité au sein du ministère de l\u2019Éducation.La dualité est un fait accompli, mais le ministre de l\u2019Éducation, lui, est anglophone.Quoi qu\u2019il en soit, les enseignants ont décidé il y a une dizaine d\u2019années de former leur propre syndicat et de négocier eux-mêmes leur convention collective, C\u2019est la seule exception.Est-il possible qu\u2019un jour on voit un syndicat ouvrier acadien se former?«On en a entendu parler» affirme Mathilda Blanchard, leader syndical depuis 1966.«Mais ne n\u2019est pas encore fait et je doute que cela se fasse parce que les Acadiens ne s\u2019appuient pas suffisamment entre eux.» 58 Mathilda Blanchard se base sur une expérience difficile qu\u2019elle a vécue durant une grève de plusieurs mois où ouvriers syndiqués et la direction d\u2019une usine de tricots synthétiques se sont affrontés lors de la plus longue grève maintenue par des travailleurs acadiens chez eux, connue comme l'affaire Cirtex.La Cirtex était une firme japonaise venue s'installer à Caraquet à coup de subventions gouvernementales, forte des promesses des dirigeants municipaux de l\u2019époque qui faisaient miroiter aux industriels japonais le taux de chômage dans la région et l\u2019absence de syndicats de textile, une absence qui devait se traduire en «cheap labor».Mais on avait misé sans tenir compte d\u2019une personne fort active dans le mouvement syndical: Mathilda Blanchard.À peine l\u2019usine en opération, le processus d\u2019accréditation d\u2019un local syndical était mis en branle par madame Blanchard, et le dialogue entre les ouvriers et la direction a achoppé avant même que la négociation ne commence.«Les professeurs syndiqués de Caraquet me condamnaient», affirme madame Blanchard, «et ils n\u2019appuyaient pas les grévistes de la Cirtex.Ils trouvaient légitime de demander des hausses de salaire tout en gagnant $20,000 par an, et en même temps ils étaient prêts à accepter que les ouvriers ne gagnent que $2.50 l\u2019heure à l\u2019usine.>» Voilà le malaise auquel se réfère Mathilda Blanchard pour juger les Acadiens incapables de s\u2019appuyer dans un mouvement syndical acadien de grande envergure.Même syndiqué, Madame Blanchard considère que l\u2019Acadien se fait encore avoir en se laissant diviser pour que l\u2019élite continue à régner à sa guise, etelle doute que ce soit dans l'intérêt du travailleur acadien.Madame Blanchard soutient qu\u2019il est pratiquement impossible dans les régions acadiennes, rurales pour la 59 plupart, de faire une grève.«Les gens ont peur et se laissent facilement intimider.» «Durant l'affaire Cirtex, on a fait signer une pétition pour que je démissionne de mon poste de représentante syndicale.Quatre mille personnes se sont laissées convaincre que, si je démissionnais, la grève se réglerait et les emplois seraient sauvés.Si quatre mille personnes ont signé cette pétition pour la démission d\u2019un leader syndical, pour la démission de la seule Acadienne qui s'affiche, c\u2019est qu\u2019on ne veut pas de mouvement syndical en Acadie.» Mathilda Blanchard considère que l'affaire Cirtex a eu un effet négatif sur le mouvement syndical.«L\u2019affaire Cirtex a fait peur.Il y a quatre ou cinq ans le mouvement ouvrier était assez fort, mais actuellement, on recule.» La Fédération du travail du Nouveau-Brunswick regroupe dans une même structure les travailleurs syndiqués du Nouveau-Brunswick.Mais les francophones y sont minoritaires, le syndicat des professeurs n\u2019y participe pas,pas plus que celui des infirmières, et pourtant, juge madame Blanchard, ce sont deux syndicats qui seraient susceptibles de donner une meilleure force et une meilleure représentation au mouvement syndical.Mais les affaires de la Fédération se discutent surtout en anglais, une des raisons pour lesquelles les locaux syndicaux représentés par Mathilda Blanchard se sont retirés de cette fédération, dont elle était pourtant la vice-présidente.La majorité des travailleurs acadiens syndiqués sont au service de la fonction publique: employés municipaux, fonctionnaires provinciaux et fédéraux, employés des hôpitaux, et les travailleurs miniers et forestiers au compte des grandes sociétés d\u2019exploitation.L\u2019autre secteur d\u2019activité où on retrouve une bonne proportion d\u2019employés syndiqués se situe dans l\u2019industrie de la pêche, la troisième plus importante de la province, après les mines et la forêt.60 Les Acadiens s\u2019étant installés pour la plupart sur le littoral de la Baie des Chaleurs et du détroit de Northumberland, le secteur des pêches est primordial dans l\u2019économie des communautés acadiennes.C\u2019est dans ce secteur que Mathilda Blanchard a commencé sa carrière de représentante syndicale.Elle raconte qu\u2019en 1966, au moment de son arrivée avec l\u2019Union des manutenteurs de poisson, les cinq locaux syndicaux avaient été «décertifiés», les rendant par conséquent inexistants aux yeux de la loi et devant la Commission des relations industrielles du Nouveau- Brunswick.«L\u2019Union des manutenteurs de poisson était plus ou moins un syndicat de boutique» se rappelle madame Blanchard.À cette époque, les ouvriers d\u2019usine pouvaient être appelés à l\u2019usine à n\u2019importe quelle heure de la journée.Certains ouvriers devaient voyager une trentaine de milles pour se rendre au travail.La majorité de la force ouvrière était composée de femmes, dont les salaires, bien sûr, étaient inférieurs à ceux des hommes.Lorsqu\u2019on appelait les employés à l\u2019usine parce qu'un bateau était au port, il arrivait assez fréquemment que les usines devaient renvoyer les employés chez eux sans qu\u2019ils n\u2019aient travaillé, et sans rémunération.Le salaire était le salaire minimum, sans un minimum d\u2019 heures garanties.Certaines semaines les ouvriers gagnaient une centaine de dollars, certaines autres, une trentaine de dollars.Aujourd\u2019hui, les employés reçoivent des salaires habituellement très respectables, les conditions de travail se sont améliorées et les relations avec les patrons, sans être toujours cordiales, sont considérées relativement bonnes.Si un syndicat ouvrier proprement acadien devait naître.C\u2019est dans le secteur des pêches qu\u2019il aurait meilleures chances d\u2019émerger parce que les Acadiens y occupent une place très importante.Mais il semble que même dans ce secteur on ne soit pas à la veille de voir un syndicat contrôlé par des Acadiens se former.61 REE Cy PES mere Devant le peu de progrès collectif du mouvement ouvrier, et un certain recul au niveau de la force des convictions syndicales des militants acadiens, madame Blanchard s\u2019avoue quelque peu désabusée, se consolant toutefois en sachant que les conditions de travail et les salaires dans le secteur des appréteurs de poisson ne seraient pas ce qu\u2019ils sont aujourd\u2019hui, n\u2019eût été de son travail acharné depuis seize ans.Dans l\u2019industrie en général et en particulier dans le domaine des pêches, la récession économique se fait sentir concrètement et nul doute que l'insécurité gagne les rangs des militants et ramollit leurs positions au point que Mathilda Blanchard craint que les ouvriers ne perdent du terrain sur les éléments de conventions déjà acquis au cours des ans.Parlant de ce recul qu\u2019elle constate dans le mouvement syndical, recul pour l\u2019instant au niveau des attitudes, madame Blanchard espère que ce n\u2019est qu\u2019un cycle entraîné par la récession.«Il y a dix ans qu\u2019on avait en Acadie un mouvement vers la libéralisation, où on a dit aux dirigeants que la classe ouvrière valait autant que l\u2019élite, mais là je crois que ça va reculer.» Elle cherche depuis quelques années une relève pour continuer dans le même sens, mais sans succès réel.«Je connais beaucoup de jeunes qui seraient capables et efficaces comme représentant syndical, mais la manière dont on traite les leaders syndicaux est tellement dure que personne ne veut s\u2019y engager.Actuellement, les salaires de représentant syndical commencent à augmenter à un niveau acceptable, et peut-être qu\u2019on trouvera quelqu\u2019un qui sera prêt à le faire pour le bon salaire, à défaut de le faire par conviction.» Les syndicats en Acadie continueront certainement d'exister, mais on ne peut parler d\u2019un aboutissement, d\u2019une solution acadienne au problème des ouvriers. Carmelle Benoit* Une économie de déportation En 1755, Charles Lawrence, gouverneur d\u2019Acadie, se voyant refuser par les Acadiens le serment d\u2019allégeance et ne voulant pas les garder en Nouvelle-Ecosse de peur de les voir se rebeller et s\u2019allier auux Francais au cours de la guerre, décida de les exiler en Nouvelle-Angle- terre.De 1755 a 1762, on calcule que pres de 15,000 Acadiens furent déportés dont 6,000 périrent de faim et de misére.En 1764, les Acadiens obtinrent la permission de s\u2019établir a nouveau dans les Maritimes.Et les communautés acadiennes se sont alors constituées dans les régions ou elles sont encore concentrées aujour- d\u2019hui, soit au Nouveau-Brunswick (235,025 en 1971), en Nouvelle-Écosse (80,215) et sur l\u2019Ile du Prince- Édouard (15,325).Une grande partie des Acadiens va aussi se réfugier en Louisiane, où elle va obtenir des terres et s\u2019établir.Enfin, on retrouve aussi un grand nombre de descendants acadiens au Québec, principalement en Gaspésie et aux Iles-de-la-Madeleine.Aussi surprenant que cela puisse paraître, on peut dire que 225 ans plus tard la déportation se continue.Mais cette fois de façon plus déguisée.En effet le sous- * Étudiante au Département de sociologie de l\u2019Université de Montréal.63 PCR PI RON PRIE IT PTE développement de l\u2019Acadie est la cause principale de l\u2019émigration d\u2019une bonne partie de sa population.Et l\u2019Acadie se retrouve ainsi dans des situations aussi paradoxales que celle d'importer du Québec, de la France ou d'ailleurs, des professionnels en attendant ceux qu\u2019elle envoie se former à l'extérieur et qui souvent ne reviennent pas.De plus, un taux de chômage très élevé oblige les travailleurs francophones à émigrer soit dans les régions anglophones du Nou- veau-Brunswick, soit à l\u2019extérieur de la province ou du pays pour se trouver un emploi.L'objet de cet article sera de tracer un portrait socio- économique des Acadiens du Nouveau-Brusnwick.Le sous-développement qu\u2019on retrouve en Acadie s'inscrit dans un ensemble de disparités régionales au Canada, où les provinces maritimes en général et le Nouveau- Brunswick en particulier sont durement touchés.Cependant, à l\u2019intérieur d\u2019une province comme le Nou- veau-Bruswick, des études et des rapports multiples démontrent que certaines régions sont plus affectées que d\u2019autres.La population du Nouveau-Brunswick divisée en deux groupes linguistiques et culturels, les Canadiens anglais et les Acadiens, recouvre une situation d\u2019inégalité de fait entre ces deux groupes.La réalité ethnique au Nouveau-Brunswick en est une d\u2019oppression nationale et de rapports de domination où la minorité nationale acadienne se trouve être la plus prolétarisée.Les Acadiens du Nouveau-Brunswick sont principalement concentrés dans le Nord-Est, le Nord-Ouest, et le Sud-Est du Nouveau-Brunswick.Il y a d\u2019abord le Nord-Ouest, c\u2019est-à-dire le comté de Madawaska et une partie du comté de Victoria.Coincée entre la frontière du Québec, celle du Maine, et adossée à une grande forêt qui sépare Edmunston de Campbelton, la «République du Madawaska» dont les citoyens s'appellent les Brayons, fait bande à part.Si on considère maintenant la grande zone du Sud-Est où rayonne Moncton, soit les 64 comtés de Kent et Westmorland, c\u2019est là qu\u2019on retrouve ceux qu\u2019on appelle les Chiacs.C\u2019est le pays de la Sagouine, des expropriés du Parc Kouchibouguac, c\u2019est une région qui dans les années 1970 a connu une véritable guérilla linguistique entre Acadiens et anglophones de la ville de Moncton.Dans le Nord-Est, au sud de la Baie des Chaleurs et à l\u2019est du golfe Saint- Laurent, dans les comtés de Gloucester et de Restigou- che, vivent les Acadiens.C\u2019est dans cette région que l\u2019on a connu ces dernières années de nombreuses luttes et manifestations contre le chômage et les conditions misérables de la population.Ce sera donc le deuxième sujet abordé dans cet article, c\u2019est-à-dire la situation socio-économique des Acadiens du Nord-Est du Nouveau-Brunswick, suivi d\u2019une analyse critique des initiatives gouvernementales pour pallier au sous-développement de cette région.L\u2019Acadie du Nouveau-Bruswick : oppression nationale et domination économique La population Au Nouveau-Brunswick, 90% de tous les francophones sont groupés en un territoire géographiquement localisable, couvrant plus ou moins sept comtés du Nord, de l\u2019Ouest et de l\u2019Est de la province (Madawaska, Restigouche, Gloucester, Victoria, Northumberland, Kent et Westmorland).De ces sept comtés, nous comptons trois comtés (Gloucester, Kent et Madawaska) où les francophones constituent plus de 80% de la population.Par ailleurs, la population anglophone est surtout concentrée su Sud-Ouest de la province, dans les comtés de Carleton, York, Sunbury, Queens, Kings, Albert, St-John et Charlotte, où elle représente plus de 80% de la population.Pour les fins de notre étude, nous avons utilisé une catégorisation des comtés de la 65 province que M.Alain Even!, auteur d\u2019une thèse de doctorat sur le développement du Nord-Est du Nou- veau-Brunswick, avait construite et qui divise donc les comtés de la province en trois groupes principaux: 1.les comtés francophones à 80%: Gloucester et Kent.2.les comtés mixtes: Restigouche, Westmorland, Northumberland et Victoria.3.les comtés anglophones à 80% : Sunbury, St John, Queens, Charlotte, Kings, Carleton, Albert et York.Selon le recensement de 1971, la population totale des Acadiens au Nouveau-Brunswick était de 235,025 habitants et constituait 37% de la population du Nouveau-Brunswick.Depuis 1971, le groupe francophone a plus que quintuplé ses effectifs, sa proportion dans l\u2019ensemble de la population étant passée de 16% à 37%.Mais depuis 1951 la population francophone au Nouveau-Brunswick est stationnaire, et même décroissante, si on considère qu'elle est passée de 38% à 37% de la population du Nouveau-Brunswick.Ces chiffres représentent le pourcentage de la population d'origine ethnique «française».Si au recensement le groupe ethnique est déterminé d\u2019après celui de l\u2019ancêtre paternel (lors de son arrivée en Amérique), la comparaison avec la langue d\u2019usage (qui est la langue la plus souvent parlée à la maison) devrait nous permettre de mesurer un indice d\u2019assimilation.En effet si l\u2019on s\u2019en tient à la langue d\u2019usage et non plus à l\u2019origine ethnique, le francophones au Nouveau-Brunswick ne sont plus 37% mais 31% de la population du Nouveau-Brunswick, les anglophones représentant non plus 58% mais 68% de la population totale, la catégorie autres passant de 5% à 1% et s\u2019étant anglicisée.!.Even, Alain, Le Territoire pilote du Nouveau-Brunswick ou les blocages culturels au développement économique, thèse pour le doctorat, Faculté de droit et des sciences économiques de Rennes, 1970.66 La population acadienne est peu scolarisée.L'étude du niveau d\u2019instruction selon la langue d'usage, nous permet de voir que 65% de francophones du Nouveau- Brunswick en 1971 n\u2019avaient pas atteint la 9e année, comparativement à 40% pour les anglophones.La population active Si on regarde maintenant la participation des groupes ethniques du Nouveau-Brunswick à la main-d'oeuvre, aux différents secteur d'activités et aux catégories socio-professionnelles, l\u2019oppression nationale et la domination économique des Acadiens se manifeste sans équivoque.En 1979, Statistiques Canada déterminait un taux d\u2019activité de 55.3% pour le Nouveau-Brunswick.Dans les régions francophones ce taux variait de 49.4% à 54.7%, et dans les régions anglophones, il se situait de 58.4% à 62.8%.Concernant la structure de la main-d'oeuvre par secteurs d\u2019activité, nous remarquons que les francophones comptent une plus forte proportion de leur main-d\u2019oeuvre dans le secteur primaire (11%) et le secteur secondaire (28%) que la population anglophone (7.6% dans le secteur primaire, 20.7% dans le secteur secondaire).La population de langue française au Nouveau-Brunswick n\u2019a pas connu un transfert aussi rapide vers les services que la population de langue anglaise (61% pour les francophones comparativement à 71.6% pour les anglophones).Et si on considère que le secteur tertiaire, c\u2019est aussi le secteur des finances, de l\u2019administration publique, du commerce, on ne peut que conclure que les Acadiens dominés économiquement n\u2019accèdent que difficilement à des postes de direction.Une étude de la structure des occupations selon l\u2019origine ethnique nous permettrait de mieux discerner 67 le lien entre l\u2019emploi occupé et le groupe d\u2019appartenance.Alain Even, dans sa thèse de doctorat, nous présente un tableau des catégories professionnelles selon l'appartenance linguistique pour l\u2019année 1968 et en conclut que «les emplois occupés par la population francophone sont dans l\u2019ensemble des emplois inférieurs qui nécessitent moins de formation, entraînent moins de responsabilités et procurent moins de revenus.»?Les revenus et le chômage Le revenu total moyen au Nouveau-Brunswick était en 1971 de $5,042 pour les hommes et de $2,282 pour les femmes.Dans les comtés à 80% francophones, le revenu moyen était de $4,162 pour les hommes et $2,042 pour les femmes; dans les comtés à 80% anglophone, les homment avaient un revenu moyen de $5,120, les femmes de $2,188.Cet écart de revenus entre francophones et anglophones est encore plus important si on tient compte du fait que les familles acadiennes sont plus nombreuses.Et il existe en Acadie un véritable sous-emploi qui se manifeste sous la forme d\u2019un taux de chômage très élevé.De plus pour ceux qui ont la chance de se trouver un emploi, c\u2019est souvent un travail saisonnier.C\u2019est le cas des travailleurs du secteur primaire et même du secteur secondaire qui connaissent le chômage en particulier durant l\u2019hiver.L'enquête de Statistiques Canada sur la population active révélait des taux de chômage très variés selon les régions économiques du Nouveau-Brunswick, en 1979.C\u2019est dans les régions du Nord-Est et du Sud-Est du Nouveau-Brunswick qu\u2019on retrouve les plus hauts taux de chômage (14.4% et 12.9%).Ces régions sont à majorité francophone.2.Even, Alain, op.cit., p.314.68 Dans les régions a majorité anglophone, le taux de chômage est beaucoup moins élevé.Il est de 8.1% dans le Sud-Ouest du Nouveau-Brunswick, c\u2019est-à-dire dans la région de St-Jean; et de 9.7% dans le Centre-Ouest, c\u2019est-à-dire dans la région de Fredericton.Le taux de chômage moyen pour l\u2019année 1979 était donc beaucoup plus élevé dans les régions acadiennes que dans la province dans son ensemble dont le pourcentage était de 11.1%.Et si on compare ces taux de chômage à celui de l\u2019Ontario (6.5%) et de l\u2019Alberta (3.9%) pour la même période, l\u2019écart est encore plus grand.L\u2019émigration Face à ce manque réel d\u2019emploi dans les comtés francophones, on assiste à un véritable exode de la main-d\u2019oeuvre vers les grands centres anglophones du Nouveau-Brunswick, ou encore à l\u2019exil pur et simple vers les autres provinces canadiennes qui offrent de meilleures possibilités d\u2019emploi.Ce courant d'\u2019émigration existe depuis fort longtemps dans les Maritimes et au Nouveau-Brunswick en particulier.Il a commencé au 19e siècle, époque où les gouvernements conjuguaient leurs efforts pour grouper les marchés vers Montréal et Toronto et pour y drainer la main- d\u2019oeuvre.La situation économique marginale des francophones par rapport aux principaux pôles de croissance entraîne une «deuxième déportation» et qui vide l\u2019Acadie de ses éléments les plus jeunes et les plus instruits.Jean-Claude Verner, dans son livre Les Acadiens nous décrit ainsi cette érosion : «Or dans la dernière décennie si le courant d\u2019émigration se ralentit, semble-t-il, quelque peu, il continua cependant de toucher les régions francophones de façon non négligeable.Par exemple, entre 1961 et 1966 les comtés francophones du Nouveau-Brunswick perdirent au moins 24,589 habitants et durant la période 1966-1971 au moins 69 14,777 habitants, soit au total et en 10 ans, près de 40,000 habitants.Entre 1941 et 1971, 87,000 francophones au moins quittèrent le Nouveau-Bruns- wick.Ils représentèrent 65.3% du total des émigrants néo-brunswickois.D'autre part ce courant d\u2019émigration frappa essentiellement les couches jeunes de la population francophone (20-24 ans surtout).L\u2019émigration acadienne se fait encore pour l\u2019essentiel en direction des villes du Canada central ou des Etats-Unis en sautant l\u2019étape du centre urbain local.»3 L\u2019ensemble des statistiques que nous venons d\u2019analyser nous décrivent une situation d\u2019oppression nationale ou les Acadiens du Nouveau-Brunswick sont véritablement exploités, et bien plus défavorisés que les Canadiens anglais.Ernest Mander dans Capitalisme et économie régionale écrivait : «Le développement inégal entre régions et nations, c\u2019est l\u2019essence même du capitalisme, au même titre que l'exploitation du capital par le travail.»4 «Le rôle principal du sous-développement régional, en régime capitaliste, c\u2019est celui de fournir ces vastes zones de réserves de main-d\u2019oeuvre.»5 L\u2019Acadie du Nouveau-Brunswick, c\u2019est une «armée industrielle de réserve» dans le sens de Marx, une zone de réserve de main-d\u2019oeuvre à bon marché que les capitalistes canadiens et étrangers, anglophones ou francophones, exploitent et utilisent pour grossir leurs profits.3.Verner, Jean-Claude, Les Acadiens, éditions Entente, Paris, 1979.4.Mandel, Ernest, Capitalisme et économie régionale, in Socialisme 69, No 17, p.32.5.Mandel, Ernest, op.cit., p.31.70 Il existe un lien indéniable entre l\u2019origine ethnique et la division du travail au Nouveau-Brunswick.Ce qui a amené certains auteurs à qualifier ces rapports ethniques de rapports de classes, où les prolétaires seraient les Acadiens et les bourgeois, leurs maîtres, les Canadiens anglais.Nous croyons qu\u2019une telle analyse est erronée.Même s\u2019il est vrai qu\u2019au Nouveau-Bruns- wick, ce sont des anglophones qui dans la majorité des cas occupent les postes dirigeants et forment la classe dominante, il faut faire des distinctions entre un anglophone comme Irving, propriétaire d\u2019une multinationale et l\u2019ouvrier anglophone de St-Jean.Cet ouvrier va gagner un revenu plus élevé que l\u2019ouvrier acadien, il sera moins souvent en chômage, il aura aussi plus de chance de se spécialiser.Pour la simple raison qu\u2019il habite une région plus prospère économiquement.Cependant la condition de classe de l\u2019ouvrier anglophone s'apparente beaucoup plus à celle de l\u2019ouvrier acadien qu\u2019à celle de son patron.De la même façon, il ne faut pas penser que tous les Acadiens sont pauvres.Une bourgeoisie acadienne s\u2019est développée et est représentée par les Finn, les Robichaud et quelques capitalistes commerciaux.Leur condition de classe, de capitalistes acadiens, n\u2019a rien à voir avec celle des Acadiens en général, paysans et prolétaires.Et leurs rapports de classes sont antagoniques.Au Nouveau-Brunswick comme au Canada, il y a deux classes sociales principales: la classe des capitalistes canadiens et étrangers (anglophones et francophones) et la classe des ouvriers et paysans (anglais et français).Et c\u2019est la bourgeoisie dans son ensemble, y inclus la fraction acadienne moins développée, qui profite de l\u2019oppression nationale du peuple acadien.71 Le Nord-Est du Nouveau-Brunswick : région acadienne sous-développée La population Le Nord-Est du Nouveau-Brunswick, c\u2019est la région la plus française et la plus pauvre du Nouveau-Bruns- wick.C\u2019est d\u2019ailleurs à cause des sérieux problèmes sOcio- économiques de cette région \u2014 tels que infrastructure économique très faible et chômage permanent et très élevé \u2014 qu\u2019une entente fédérale provinciale, l\u2019Entente FoderS, fut conclue en 1966 en vue d\u2019y réaliser un programme de développement.Cette région, telle que définie par l'Entente Foder, comprend la population des comtés de Restigouche, de Gloucester et de la paroisse civile d\u2019Alwick dans le comté de Northumber- land.En 1971, la population du Nord-Est du Nouveau- Brunswick se chiffrait à 123,230 habitants soit 20% de la population totale du Nouveau-Brunswick.Le comté de Gloucester avec ses 74,752 habitants, est à 84% d\u2019origine ethnique française et regroupe à lui seul le quart de la population acadienne du Nouveau-Brusnwick.Quant au comté de Restigouche, 64.7% de ses 41,289 habitants sont d\u2019origine ethnique française.C\u2019est une région à prédominance rurale.Ainsi en 1971, plus de la moitié de ses habitants étaient désignés comme habitants ruraux, le comté de Gloucester étant cependant plus rural que le comté de Restigouche.6.Suite à la mise en oeuvre des programmes de l\u2019'ARDA, une autre loi, la loi sur le Fond de développement économique rural (Foder), était sanctionnée en 1966 et autorisait le gouvernement fédéral à conclure avec les provinces des ententes en vue de la mise en oeuvre d'un programme global d\u2019aménagement rural dans des régions spéciales d'aménagement rural.De là l\u2019Entente Fodec pour le Nord-Est du Nouveau-Brunswick.12 L'activité économique L'économie de cette région est caractérisée par l\u2019importance du secteur primaire principalement au niveau des mines (6.5% de la main-d'oeuvre totale de la région en 1971), de la forêt (5% de la population totale), de la pêche (2.8%), le secteur agricole étant en déclin (1.6%).Ce qui fait un total de 16% de la main-d\u2019oeuvre de la région occupée dans le secteur primaire, comparativement à 9% pour le Nouveau-Brunswick et9% aussi pour le Canada.Cependant, si on compare le comté de Gloucester à celui de Restigouche, on note une grande différence puisque 20.3% de la main-d'oeuvre totale du comté de Gloucester est engagée dans ce secteur tandis que pour Restigouche le taux est de 73%.Ceci est dû au fait que la pêche et les mines sont moins importantes dans ce comté.L\u2019industrie dans le Nord-Est ne connaît pas une véritable autonomie par rapport au secteur primaire du fait qu\u2019elle dépasse rarement le premier stade de la transformation des produits.C\u2019est le cas de l\u2019industrie des pâtes et papiers, du bois, de la transformation du poisson et des minérais.De plus, ces industries sont entre les mains de compagnies étrangères qui profitent d\u2019une abondance de ressources naturelles à bon prix, de subventions gouvernementales généreuses et d\u2019une main-d'oeuvre à bon marché.C\u2019est le cas de la Consolidated Bathurst qui appartient à Power Corporation et qui est une filiale de la International Paper, deuxième plus grande compagnie de pâtes et papiers aux États-Unis.C\u2019est aussi le cas de la Brunswick Mines and Smelting Corp.Ltd.qui appartient à Noranda Mines de Toronto.Et, comme nous le verrons plus loin, il y a manifestement un nombre insuffisant d\u2019emplois disponibles dans ces industries, dû d\u2019une part au travail saisonnier, dû d'autre part au déclin de certaines industries comme les pâtes et papiers à Bathurst N.B., ou encore dû à une diminution de la main-d'oeuvre.73 Le chômage, les revenus, le niveau d\u2019instruction En effet, le Nord-Est est une région qui se caractérise par un faible taux d'activité de la population et un taux extrêmement élevé de chômage.Selon le recensement du Canada de juin 1971, la population active totale des comtés de Gloucester et Restigouche était de 35,600, ce qui représente un taux d\u2019activité de 47.9%.Ce taux d'activité de la population du Nord-Est est de 4.9% inférieur au taux provincial, de 10.1% inférieur au taux canadien et de 14.2% inférieur au taux ontarien.Ces données statistiques témoignent d\u2019un sous-emploi de la main-d\u2019oeuvre dans la région du Nord-Est du Nou- veau-Brunswick.Une population active si peu nombreuse signifie donc qu\u2019elle doit entretenir un plus grand nombre de dépendants.L'enquête de Statistiques Canada sur la population active fournissait les chiffres suivants sur l\u2019évolution du taux de chômage dans le Nord-Est du Nouveau- Brunswick entre 1971 et 1979.Évolution du taux de chômage au Canada, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et dans le Nord-Est du Nouveau-Brunswick entre 1971 et 1979 Année Canada Ontario N.B.Nord-Est 1971 6.4 5.2 7.4 12.9 1972 6.3 4.8 8.4 15.9 1973 5.6 4.0 9.2 17.7 1974 5.4 4.1 9.2 \u2014\u2014 1975 6.9 6.3 9.8 18.4 1976 7.1 6.2 11.0 19.5 1977 8.1 7.0 13.2 19.5 1978 8.4 72 12.6 16.2 1979 7.5 6.3 11.1 14.4 Source: Statistiques Canada, La population active.74 On constate que le taux de chômage est constamment plus élevé dans le Nord-Est que dans la province et qu\u2019il est deux fois plus élevé que celui de l'Ontario et du Canada.De plus les fluctuations saisonnières sont très grandes dans le Nord-Est.En 1979, c\u2019est au mois de septembre que le taux de chômage était le moins élevé soit 9.7% et au mois de mars qu\u2019il était le plus élevé soit 19.1%.En conclusion, si l\u2019on considère que les statistiques officielles sur le chômage sont en général conservatrices, on peut considérer que le taux de chômage dans le Nord-Est du Nouveau-Brunswick est encore plus élevé.Une étude\u201d sur le taux réel de chômage dans le Nord-Est du Nouveau-Brunswick, entre avril 1972 et mars 1973, basée sur trois catégories de chômeurs: les clients du centre de main-d'oeuvre sans emploi et cherchant du travail, les assistés sociaux «chômeurs», les employés des Projets P.I.L., en arrivait à fixer un taux de chômage de 25%.Au phénomène du chômage permanent et élevé, il faut ajouter celui des bas revenus et du bas niveau d\u2019instruction qui caractérise cette région.Le revenu moyen des familles dans le Nord-Est est de $6,766 pour l\u2019année 1970, alors que pour la province il est de $7,479 et pour le Canada de $9,600.La population du Nord-Est est peu scolarisée.En 1971, 63.5% de la population de la région possède 8 années de scolarité ou moins alors que le pourcentage pour la province est de 50.4%.Cependant, la population du comté de Restigouche est plus scolarisée que celle du comté de Gloucester.Bas niveau d\u2019instruction, bas revenus, chômage permanent, infrastructure industrielle faible, voilà la 7.Gauvin, Bernard, Robichaud, Nora, Approche préliminaire pour l\u2019étude de la force de travail du Nord-Est du Nouveau- Brunswick, texte mimeo, avril 1974.75 réalité économique du Nord-Est du Nouveau-Bruns- wick.L\u2019économie de cette région se caractérise par un sous-développement général.C\u2019est une caractéristique classique du marché capitaliste d\u2019engendrer de telles inégalités.Les capitaux sont investis là où il y a le plus de profits à faire.Le Sud anglophone étant déjà plus industrialisé, ayant des voies de communication et de transport plus développées, est beaucoup plus attrayant pour l\u2019industrie capitaliste.Quels intérêts aurait-elle a venir s\u2019implanter dans une région sous- développée comme le Nord-Est?C'est là que l\u2019État prend la relève.Dans le Nord-Est du Nouveau-Bruns- wick, un vaste programme de développement rural a été mis en oeuvre.Quels furent les résultats de cette intervention ?C\u2019est à cette question que nous tâcherons de répondre maintenant.L\u2019Entente fédérale-provinciale sur le développement rural du Nord-Est du Nouveau-Brunswick : Plan d\u2019aménagement et de déménagement En 1961, le gouvernement fédéral prenait l\u2019initiative de mettre sur pied un ensemble de programmes de développement visant à éliminer les disparités régionales au Canada, ce fut la loi ARDA.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1966 une entente fut conclue entre le gouvernement fédéral et la province du Nouveau- Brunswick dans le but d\u2019instaurer un programme de développement rural dans le Nord-Est du Nouveau- Brunswick, ce fut l\u2019entente Foder.La stratégie de l\u2019Entente Foder de 1966, fut de mettre l\u2019accent sur la formation de main-d\u2019oeuvre qualifiée, en vue de faire face à une expansion de l\u2019activité économique présumé- ment exprimée par le secteur privé (spécialement dans les mines).Cette entente incorporait très peu de projets en vue de la création d\u2019emplois.Pourtant le problème 76 du sous-emploi était crucial à l\u2019époque : on estimait un effectif ouvrier total de 29,000 personnes dans la région dont 10,000 avaient un emploi irrégulier ou étaient en chômage.Et en 1969, la firme ABT Associates Inc.évaluant les programmes en cours en arrivait à la conclusion que l'on avait surestimé la création d\u2019emplois par l\u2019entreprise privée et que le problème fondamental du Nord-Est demeurait le chômage et le travail saisonnier.Ces évaluations suggéraient donc dans une entente modifiée de développer des programmes qui créeraient de l\u2019emploi ou favoriseraient l\u2019émigration.C\u2019est ainsi que fut signée la nouvelle entente de 1972.Elle se fixait deux objectifs principaux: Premièrement : «créer le plus grand nombre possible d\u2019emplois productifs et permanents dans le Nord-Est du Nouveau-Brunswick».® Deuxièmement : «l\u2019accroissement des compétences des habitants de la région pour faciliter leur accès aux occasions d\u2019emploi tant présentes que futures.»® Pour réaliser cet objectif, un programme d\u2019expansion économique fut élaboré comprenant trois sous- programmes: \u2014 Services de développement industriel; \u2014 Activités créatrices d\u2019emplo1; \u2014 Infrastructure industrielle.Deux de ces sous-programmes soit celui des «services de développement industriel» et celui de l\u2019aménagement d\u2019une «infrastructure industrielle» ne pouvaient que jouer un rôle auxiliaire dans la création d\u2019emplois.Concernant les activités créatrices d\u2019emplois propre- 8.Entente fédérale-provinciale sur le développement rural de la région du Nord-Est du Nouveau-Brunswick, modifiée le 5 septembre 1972, p.24.77 ment dites, elles étaient fondées sur la «stimulation de l\u2019entreprise privée» et sur «la mise en oeuvre de projets rentables à long terme» comme l\u2019aménagement d'un village historique acadien et un «projet de restauration et de gestion forestière».À l\u2019ensemble de ce programme un budget total de 17.8 millions était affecté.Afin de réaliser le deuxième objectif qui était d\u2019accroître les compétendes des habitants de la région, un programme d'adaptation sociale fut instauré avec un budget total de 64.45 millions.Ce programme comprenait divers sous-programmes comme l\u2019éducation, la formation des adultes, l\u2019urbanisation, et des services d'adaptation sociale.Ce programme basé sur la formation et la mobilité de la main-d'oeuvre devenait en fin de compte l\u2019élément central de la stratégie gouvernementale.C\u2019est ainsi que fut ébauché un plan d\u2019aménagement prévoyant la relocalisation de la population locale dispersée dans les rangs de l\u2019intérieur des terres dans de petits centres urbains locaux.Ce qui amena les gens concernés à parler de plan d'aménagement par le déménagement.Inutile de dire que la population et les comités de citoyens ont résisté à cette opération et que le programme de relocalisation fut un échec.De côté formation de la main-d'oeuvre, il s'agissait d\u2019'augmenter«I\u2019employabilité» des habitants de cette région pour remplir les postes offerts dans la région ou ailleurs.Avec le manque flagrant d\u2019emplois dans la région, et le peu d'importance accordé au programme de création d\u2019emplois en comparaison avec celui «d'adaptation sociale», il devenait évident que la stratégie gouvernementale, par le biais de la formation de la main- d\u2019oeuvre, était d\u2019encourager l\u2019émigration des gens vers des centres plus prospères, en l\u2019occurrence ceux du sud de la province.En effet, la stratégie de développement du Nouveau-Brunswick visait à faire de St-Jean et Moncton les deux pôles privilégiés de croissance de la province.Un mémoire du cabinet Hatfield en juin 1971 au Conseil de la radio et de la télévision canadienne (CRTC), disait : 78 «L'absence de radio et de télévision de langue française à St-Jean ne coïncide pas avec l\u2019entente fédérale-provinciale qui vise à faire de St-Jean et de Moncton d'importants centres de croissance.En faisant de ces villes des centres de croissance économique, on veut que les gens qui habitent les régions à taux élevé de chômage, comme le Nord- Est de la province, se déplacent et viennent prendre les emplois disponibles dans ces centres.Ce plan ne peut réussir que si les gens en chômage acceptent de venir travailler dans les centres désignés.Pour le succès de ce programme 1l est essentiel que la mobilité de la main-d'oeuvre ne soit pas entravée par de nombreuses barrières culturelles.» En conclusion, pour beaucoup de citoyens du Nord- Est, l'Entente Foder, qui a injecté plus de $100 millions dans la région pour rénover et développer son infrastructure économique, n\u2019a pas amélioré grandement leur sort.Ce plan a donné des bouts de routes et des écoles que le gouvernement provincial devait construire de toutes façons.Quant à la création d\u2019emploi, il apparaît évident que ce programme gouvernemental n\u2019a pas réussi à combler le déficit d'emploi dans la région et, à la suite de son déroulement, on peut même se demander si telle était son intention.Oppression nationale et domination économique, déportation et assimilation, voilà la réalité acadienne.Mais le peuple acadien n\u2019a pas cessé de lutter contre ces injustices.La Grande Déportation n\u2019a pas réussi à les 79 rayer de la carte.Les Acadiens se sont soulevés pour obtenir des écoles acadiennes le siècle dernier.Etencore aujourd\u2019hui, ils se battent pour des écoles françaises séparées, pour des médias et des réseaux de communication en français.Les citoyens du Nord-Est du Nouveau- Brunswick ont organisé des marches de protestation contre les politiques de «déménagement» du gouvernement, contre le chômage, contre les 200 ans de colonialisme.La question de l\u2019expropriation de 230 familles du Parc Kouchibougauc dans le comté de Kent a soulevé la colère des Acadiens.Pour combattre l\u2019oppression, les Acadiens réclament aujourd\u2019hui une province nationale.En octobre 1979, à la Convention d\u2019Orientation nationale des Acadiens, l\u2019idée d\u2019une souveraineté territoriale était majoritaire.L\u2019Acadie aux Acadiens, le droit à l\u2019autodétermination sont des revendications pleinement justifiées.Mais un tel droit peut-il être garanti sous le capitalisme?Car il s\u2019agit là d\u2019une revendication politique importante, celle de prendre en main notre développement économique, politique et culturel.Et il nous apparaît évident que dans un système capitaliste, l\u2019accumulation du capital et la maximisation des profits entre en contradiction avec le développement harmonieux et égal des nations.C\u2019est pourquoi il nous apparaît essentiel que le réveil acadien et la revendication d\u2019une autonomie politique s\u2019articulent sur un projet global de changement de la société.80 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 RE PARTITION DE LA POPULATION DU_-\u2014=\u2014\u2014 NOUVEAU -BRUNSWICK EN 19H Selon l'origine ethuique (ter Ca PES Re J gn I ~ 2.5% 15 \\ NORTHUMBERLAN D 0.146 1 \\ WESTIAORLA #3, fs ES te, 7 Comtes mn Plus de 30% Francopéaree 25 so | Un De 30à 70% frocephone Co Moins de 10% framophone Source: Recewsement du Canada.1971 A A Bo A vy HN § francais des Maritimes Minn I - LUNDI 4 verra Oley, pas Vautour hibou guac: jusqu\u2019à demai 4 be 07 Le GE A di er He 2 (7 4 En, po 2, fes 2 Re E Cah i, 5, un, i E x, a \u201cA 4 a 7 Es 7: 4 PA Herménégilde Chiasson EA RAL A A AAS ME beg satin Herménégilde Chiasson Sur l\u2019art acadien En 1968, Jean-Guy Pilon et André Payette, alors de la revue Liberté, rencontraient un groupe d'étudiants et de professeurs de l\u2019Université de Moncton dans le but de préparer un numéro spécial de la revue portant sur l\u2019Acadie.Leur entrée en matière avait consisté à nous demander de définir sinon de donner des éléments de définition de la culture acadienne.Sous bien des rapports, aujourd\u2019hui encore, je me rends compte que la question reste entière.Il existe, c'est certain, une manière de vivre en commun qui nous est propre et qui provient de notre histoire et de notre enracinement dans le territoire.Cette culture s\u2019affirme, entre autres, dans ce qu\u2019on pourrait appeler la vision \u2014 perception serait plus juste \u2014 artistique.Là où la question culturelle devient encore plus problématique c'est lorsqu\u2019on se met à évaluer l\u2019efficacité de la stratégie de ce ou ces langages par rapport à la collectivité que l\u2019on veut rejoindre.L\u2019Acadie ne bénéficie pas de «lieux» culturels désignés tels que salles de spectacle, galeries d\u2019art, théâtres, etc\u2026 L'art qui s\u2019y fait, et encore faut-il préciser que celui-ci ne date que d\u2019à peine quelques décennies, provient la plupart du temps d\u2019un apprentissage 83 académique et de ce fait n\u2019a que très peu d\u2019affinité avec la perception populaire ou la sensibilité profonde des individus qui le produisent.Croce disait que l\u2019art est une activité dont tout le monde est au courant.Reste que cet art doit trouver pour nous une formulation qui lui soit propre ou du moins qui tente un rapprochement avec son public potentiel.L'art académique aura sans doute eu le mérite de nous faire comprendre les manifestations du phénomène.Ce qu: ne revient pas à dire, non plus, qu\u2019il faudrait fournir un miroir servile d\u2019une réalité dont nous sommes loin de posséder tous les éléments.L'art acadien, en ce sens, présente des affinités avec la géographie du territoire à savoir qu\u2019on n\u2019en connaît pas exactement les frontières véritables.Il faut donc procéder de façon arbitraire.T'enter de recommencer le monde ne serait-ce que sous le simple prétexte d\u2019avoir un commencement.Après, d\u2019autres verront à évaluer la justesse de l'effort, l\u2019efficacité de la stratégie.Le travail en ce sens est déjà amorcé.On le remarque en littérature (où nous avons commencé à transcrire la tradition orale), en musique (avec l\u2019influence du grégorien qui se fait encore présente), en arts plastiques (alors que l\u2019imagerie mythologique fait figure d\u2019illustration) pour ne nommer que ces secteurs d'activité.Bref une esthétique de la récupération d\u2019un passé ambigu.La constitution d\u2019un miroir le moins déformant possible.À côté de toutes ces manifestations, il y a bien sûr une grande nappe d'expériences qui ne sont pas sanctionnées mais qui sont plutôt reléguées (par les artistes) au secteur de l\u2019aliénation collective.Il est certain qu\u2019on ne pourra jamais s\u2019affirmer tant qu\u2019on restera collé avec une image de l\u2019Acadie idyllique et terrifiée qui survit en serre chaude, «loin de la foule et du bruit».En somme, pour être en mesure de reprendre pleinement ce qui nous revient, il faut intervenir sur une plus grande base.Il y a une Acadie de la ville, par exemple, dont on ne parle à peu près pas ou mal, sans doute parce que la réalité qu\u2019elle présente ne s\u2019aligne pas sur le modèle 84 traditionnel et folklorique que l\u2019on veut perpétuer.Et cette Acadie-là nous serait d\u2019un grand secours pour aller dire notre mot là où les décisions se prennent, c\u2019est-à-dire au pouvoir.Je crois donc qu\u2019après la phase d\u2019un art de récupération-affirmation que nous sommes en train de vivre, il nous faudra un art de témoignage pour qu\u2019on puisse avoir recours à la communication et établir une sorte de complicité collective.Bien sûr, après avoir vécu aussi longtemps dans l'isolement, il est normal que la place publique nous impressionne.Pourtant.Et ceci m\u2019amène à parler de l\u2019Art qui, selon moi, est primordial dans la phase d\u2019affirmation ou nous sommes, celui des médias.Il est urgent qu\u2019en plus de se définir dans les laboratoires que peuvent constituer la galerie d\u2019art, le livre ou la salle de spectacle, que notre culture puisse s\u2019articuler par le langage le plus conséquent de notre époque, les mass-médias.Et la- dessus il y a beaucoup trop de choses a dire pour entreprendre d\u2019en faire le procès dans un texte aussi court.85 Le théâtre populaire d\u2019Acadie S1 l\u2019on considère le cheminement du Théâtre Populaire d\u2019Acadie à Caraquet, il est intéressant de noter que parmi les participants aux récentes productions, l\u2019on retrouve certains artisans de la première heure.Voilà qui est à la fois rassurant et gage de continuité.Une compagnie de théâtre, comme toute entreprise appelée à exercer une influence, donc à exister, a besoin avant tout de personnes qui en composent l\u2019essence et en façonnent le caractère.Elle s'exprime d\u2019abord par les gens qui en font partie et par les lieux qui l\u2019abritent.Le TPA, 6 ans après sa création, avec les hauts et les bas que l\u2019on imagine, en est à une étape marquante, et peut-être cruciale, de son existence.Nous sommes à une étape marquante de notre existence en tant que compagnie de théâtre.Il convient de faire en quelque sorte l\u2019inventaire des acquis, le bilan des possibilités.Et ce n\u2019est pas si mal après tout, de pouvoir constater qu\u2019après 6 années d\u2019existence, en dépit de tout ce qui laisse encore à désirer, nous avons dans la péninsule acadienne, au coeur de l\u2019Acadie, le plus beau des théâtres d\u2019été qui soient, tant par le site que par le cachet de l\u2019édifice, plusieurs comédiens et artisans qui arrivent à vivre tant bien que mal de 87 pere l\u2019activité qui est générée, et un public fidèle et croissant.Nous avons même un auteur-maison, en la personne de Jules Boudreau avec ses Cochu et le soleil, Louis-Mailloux, La Bringue et L\u2019alambic.En vérité, le bilan est positif.Le Théâtre Populaire d\u2019Acadie est né en 1974.I avait pour nom Les Productions de l'Etoile inc.Son but original était alors et déjà l\u2019animation théâtrale.L\u2019activité première de la toute jeune compagnie a été, au début de juin 1974, d\u2019aménager l\u2019édifice occupé au- jourd\u2019hui, la Boîte-Théâtre.Après une première saison bien remplie et devant l\u2019accueil chaleureux du public de la région, il a été décidé d\u2019étendre les activités sur toute l\u2019année, alors que le projet initial ne devait concerner que la période estivale.L\u2019année 1975 a marqué une étape décisive pour Les Productions de l\u2019Etoile.C\u2019est cette année-là que la compagnie créait deux pièces acadiennes soit le Djibou de Laval Goupil et Louis-Mailloux de Jules Boudreau et Calixte Duguay.Le franc succès des deux productions, l\u2019accueil enthousiaste du public acadien, la toute première tournée, avec le Djibou, dans la province et par la suite en Ontario et au Grand Théâtre de Québec constituent des souvenirs inoubliables.Il n\u2019en fallait pas tant pour confirmer le rôle que devait jouer, en Acadie, Les Productions de l\u2019Etoile, et, plus tard, le Théâtre Populaire d\u2019Acadie.C\u2019est en 1976, alors que s\u2019est fait sentir le besoin de dissocier le théâtre des autres activités des Productions de l'Etoile et de lui donner une existence propre, que fut créé le Théâtre Populaire d\u2019Acadie.Il devenait de plus en plus évident que le théâtre pouvait exister ici sur des bases permanentes et professionnelles.Il convenait donc d\u2019en favoriser l\u2019_épanouissement en lui donnant une existence autonome.«Par le théâtre, nous voulons que le public acadien, qui est celui auquel nous nous adressons d\u2019abord, se reconnaisse, s\u2019apprécie et s\u2019unisse de tous les coins de 88 l\u2019Acadie.Nous voulons avant tout être un théâtre de création pour les auteurs acadiens, et rendre accessibles à tous, par nos tournées, les principes qui régissent notre existence : le théâtre en tant que mode d\u2019expression, de divertissement et d\u2019enrichissement culturel.Nous voulons donner à la population acadienne un théâtre de qualité et être les dignes ambassadeurs de l\u2019Acadie en l\u2019exprimant de la façon la plus authentique qui soit.Nous voulons véritablement et le plus honnêtement possible mériter notre nom de Théâtre Populaire d\u2019Acadie.» Voilà en résumé les motifs du TPA; ils constituent à eux seuls tout un programme.Six ans, c\u2019est une étape.Le théâtre a maintenant dans la péninsule acadienne une existence propre et une présence physique réelle.L\u2019on a pu, dans ces six années, jeter les bases d\u2019un moyen d\u2019expression très étroitement lié à notre réalité: le Théâtre Populaire d\u2019Acadie répond véritablement à un besoin, qui est celui de s'exprimer et de créer, condition préalable à l\u2019épanouissement de tout individu et de toute société bien portante.Les prochaines années, il faut déjà en déterminer les composantes; il faut déjà tracer les grandes lignes des nombreux projets qui se dessinent au futur.Il est bon d\u2019avoir beaucoup faire et à désirer.Ce sont là autant de raisons de continuer.La maison de production Maintenant que le théâtre avait son existence propre, les Productions de l\u2019Etoile pouvaient se trouver une nouvelle vocation qui s\u2019intéresserait, quant à elle, à un autre aspect de la vie culturelle.À compter du printemps 1977, la compagnie organisera et produira des tournées, parfois d\u2019un océan à l\u2019autre, pour les artistes acadiens de la chanson.89 Ainsi, Les Productions de l\u2019Etoile sont à l\u2019origine du lancement du groupe Beausoleil-Broussard qui connaît aujourd\u2019hui une brillante carrière.Puis, d\u2019autres artistes acadiens, reconnaissant le besoin d\u2019un appui concret, se sont prévalus des services de la Maison.Roseline Blanchard, Calixte Duguay, Denis Losier, Linda Wedge, Cabestran: autant de noms connus, autant de succès.Les Productions de l\u2019Etoile, comme le Théâtre Populaire d\u2019Acadie, sont des entreprises à but non- lucratif.La Boîte-Théâtre Le 12 juillet 1974, Les Productions de l'Etoile inauguraient la Boîte-Théâtre et la première saison d\u2019été.Depuis 6 ans, ce hangar désaffecté, situé à l'arrière de l\u2019école des Pêches de Caraquet, sur les rives de la baie de Caraquet, a abrité bien des drames, connu beaucoup de rires et enchanté beaucoup d\u2019amateurs de théâtre.La Boîte-Théâtre est un lieu unique.La beauté de son site, l\u2019intérêt de son architecture et le cachet historique de cet édifice le classent sans hésitation aucune au nombre des plus beaux théâtres d\u2019été qui soient.Vestige architectural du XIXe siècle, l\u2019édifice servait à l\u2019origine de hangar à la firme des Robin qui a dominé pendant plus d\u2019un siècle l\u2019activité économique de la région en étant le principal acheteur et exportateur de poisson.Quant au site de la Boite-Théatre, il suffit d\u2019avoir une seule fois passé un moment a admirer le coucher de soleil sur la baie en attendant une représentation pour en percevoir la beauté inestimable et le cachet tout particulier. Michel R CEXETIFN XB HX AXE EEX AW AMAR FYI Ii IF IN FIIIE ANNE AX EXKXXLAXEY RXPTXIXFARARANKY fs Ll ys oo _ Jacques Savoie* Le lac d\u2019anguilles Blanche-Marie Malenfant était venue au lac d\u2019Anguille pour être seule, une fois.Elle y était restée.D\u2019autres se seraient empressés de dire qu\u2019il n\u2019y avait que très peu de valeur à poser un geste comme celui-là.Blanche-Marie Malenfant avait quand même le mérite d\u2019être la première de son espèce à s\u2019être éprise du lac d\u2019Anguille; enfin assez pour vouloir y rester.Ce qu\u2019elle avait pris pour la désolation au début s\u2019était pourtant vite transformée en solitude beaucoup moins solitaire qu\u2019elle ne l\u2019est d\u2019habitude.Et Blanche- Marie Malenfant avait ouvert grand les yeux sur toutes ces bêtes qui habitaient autour du lac, un peu plus loin et sur la terre en général.Elle s\u2019était très vite prise au jeu; avait très rapidement trouvé son cri de bête.Tous les jours elle se mettait devant son lac et frappait ensemble deux cuillers, dos à dos.Encore et encore, sans jamais se fatiguer.Et quelquefois, quelque part, quelqu\u2019un lui répondait\u2026 Bien sûr que quelqu\u2019un lui répondait ! Mais elle n\u2019en parlait jamais.* Membre du groupe Beausoleil-Broussard, l\u2019auteur vient de publier Raconte-moi Massabiel aux Éditions d\u2019Acadie.93 J C2 Devant son lac, elle tapait ses cuillers de leur bruit de bête, et le lac faisait le beau.En une seule journée, elle avait frappé vingt-six mille trois-cent-quatre-vingt coups, sans les briser.Des hommes venaient la voir, parce qu'elle aimait aussi ces bêtes-là.Elle leur faisait sa musique à eux aussi et ils faisaient ensemble comme les humains font des fois en essayant de ne pas ressembler aux bêtes.Les hommes repartaient contents et Blanche-Marie Malenfant restait seule parce que c\u2019est au fond ce qu'elle voulait.Un homme pourtant vint au lac d\u2019Anguille un jour sans venir la voir.I s\u2019installa de l\u2019autre côté du lac et se fit une étrange maison pleine de beaucoup plus de chambres qu\u2019il n\u2019en fallait vraiment pour dormir.Il invita alors d\u2019autres bêtes humaines chez lui pour leur montrer le lac.L'autre côté de la vie de Blanche-Marie Malenfant se peupla alors de passagers étranges bruyants et nerveux.Elle continuait de frapper ses cuillers, l\u2019une contre l\u2019autre mais son bruit de bête ne lui attirait plus de réponse.Les passagers du lac d\u2019Anguille étaient taciturnes.Ils ne se souvenaient plus de leur bruit de bête à eux.En fait, ils étaient comme les anguilles, et les anguilles, elles, pour leur rendre la politesse, ressemblaient de plus en plus aux passagers.Ils mangeaient toujours, et beaucoup trop.Ce qu\u2019ils ne pouvaient plus avaler, ils le jetaient au lac et les anguilles, par la force des choses mangeaient toujours, et beaucoup trop aussi.Blanche-Marie Malenfant, elle, jouait toujours de la cuiller.94 La grande maison de l\u2019homme qui n\u2019avait pas pris la peine de venir voir Blanche-Marie Malenfant était devenue plus grande encore.Elle avait fini par faire le tour du lac des deux côtés pour venir s\u2019étaler jusqu\u2019à ses pieds.Et puis un jour, parce qu\u2019on ne se souvenait plus comment toute cette histoire avait commencé, plus personne n\u2019avait compris ce que faisait cette femme étrange.Probablement parce qu\u2019ils parlaient tous d\u2019une façon bien différente d\u2019elle.Les passagers du lac, qui ressemblaient aux anguilles n'avaient plus cessé à partir de ce moment-là, de la trouver ridicule.Les autres bêtes, qui avaient à un moment habité le lac, étaient partis une à une, et Blanche-Marie Malenfant avait enfin découvert la solitude.Celle d\u2019être seule parmi les bêtes humaines.Alors, celle qui était restée assise pendant vingt ans devant son lac s\u2019était levée pour aller voir celui qui n\u2019était jamais venu la voir.Il était devenu riche depuis et parlait de telle façon qu'elle n\u2019y comprenait rien.Blanche-Marie Malenfant alla cogner à la porte de l\u2019homme riche qui sans se méfier lui sourit.Alors, elle retourna ses deux cuillers vers lui; ses deux cuillers qui s'étaient frappées entre elles pendant si longtemps.Et l'homme tomba.La force qui s\u2019était accumulée des six millions trois- cent-soixante-quinze mille deux-cent-vingt-trois coups de cri de bête qu\u2019elle avait frappés de toute sa vie avaient foudroyé l\u2019homme.95 Les anguilles et les passagers du lac ne comprirent pas et il fut dit que l\u2019histoire du lac d\u2019Anguille était une triste histoire.Mais pas tant que ça, n'allez pas croire\u2026 D\u2019autres s\u2019en rappelèrent comme d\u2019un grand jour, et s\u2019en souviennent encore.La valeur des souvenirs n\u2019est-elle pas comme le mot le dit de s\u2019en souvenir ?A di | in | ÿ A 96 Bernadette Landry* L\u2019Acadie à découvert «Par quelles insomnies a-t-on compromis l\u2019orbite incertain de nos planètes de chair\u2026 est-il encore temps de rejoindre l\u2019exigence et partir pleinement de notre carcasse de mer :» Nous voici arrivés à l\u2019ère où «le monde n\u2019est qu'un village», un village qui tend à s\u2019uniformiser de plus en plus.Et pendant que les enfants du monde entier gobent simultanément «Le monde merveilleux de Walt Disney», leurs parents peuvent aussi bien être à Paris en train d\u2019avaler un «Big Mac» qu\u2019à Montréal en train de déguster un couscous.Les Acadiens, après avoir vécu dans l'isolement pendant des siècles, se sont retrouvés, presque du jour au lendemain, branchés, eux aussi, au réseau des télécommunications.Abasourdis par le choc, ils se sont d\u2019abord contentés de consommer passivement la culture de l\u2019extérieur.Mais la communication à sens unique a vite été sentie comme un instrument envahisseur.La culture acadienne se noyait dans «The price is right» et «Another world», et se détachait de son essence pour se limiter de plus en plus à un divertissement et devenir un artifice pour les gens bien, un luxe.La technique du marketing, si merveilleusement efficace, avait tranquillement empiété sur le terrain non seulement matériel, mais également spirituel d\u2019une culture qui cheminait à son rythme vers son évolution propre.* Journaliste à la pige.97 ae rE me Pour contrecarrer l\u2019invasion culturelle, pour retrouver sa différence originelle et sortir du «melting pot» uniformisant, on s\u2019est mis, non seulement en Acadie mais un peu partout dans le monde occidental, à fouiller à même le folklore et les vieilles traditions que nous ont léguées nos ancêtres.C\u2019était le retour aux sources.Bretons, Basques, Québécois et Acadiens, nous proclamions tous «Vive la différence»! Mais il semble que les mass média aient réussi à récupérer le folklore, à le rendre exportable, rentable.C\u2019est ainsi qu\u2019Antonine Maillet a gagné le prix Goncourt, et que la poterie de la «Fine Grobe» se vend beaucoup mieux depuis qu\u2019on a eu l\u2019idée géniale d\u2019y ajouter l\u2019inscription «Terre d\u2019Acadie», car l\u2019Acadie se vend bien.Les Edith Butler, les Beausoleil-Broussard et les Sagouines font renaître l\u2019Acadie.L\u2019Acadie est de nouveau sur la carte.Eh bien, depuis le temps qu\u2019on me chante que l\u2019Acadie renaît, j'ai bien hâte, moi, qu\u2019elle accouche ! Ce peuple qu\u2019on considérait autrefois ignorant et sauvage, qui vivait loin de la civilisation, dans le fond des bois, et qu\u2019on avait rangé aux oubliettes, voilà que tout à coup on s\u2019intéresse à lui.Après Gabriel et Évangéline, c\u2019est au tour de la Sagouine d\u2019incarner, aux yeux des gens de l'extérieur, l\u2019image de l\u2019Acadien typique.Quelle évolution ! Au moins, avec Gabriel et Évangéline, il y avait un peu de romance; mais entre Gapi et la Sagouine, les amours sont plutôt ternes.On avait déjà tendance à nous voir comme un peuple arriéré, avec toute cette folklorisation, nous voilà doublement primitifs.Ce n\u2019est pas que je veux nier la valeur du passé, mais il faudrait peut-être penser à en sortir un jour.Ceci dit, la Sagouine révèle quand même, je crois, dans le fond de son âme, la personnalité de base des Acadiens d\u2019aujourd\u2019hui, en particulier ceux du Sud-Est, que je trouve personnellement plus enclins à la soumission et peut-être un tout petit peu plus rongés par le fameux 98 complexe d\u2019infériorité, que les Acadiens du Nord-Est, qui me paraissent plus dynamiques, plus revendicateurs (Quel étrange hasard que la grande majorité des institutions acadiennes soit située dans le Sud-Est !).Non, la situation de l\u2019Acadien n\u2019est ni aussi pittoresque ni aussi dramatique qu\u2019on veut le faire croire.Et, heureusement d\u2019ailleurs, les Sagouines ne courent pas les rues en Acadie.Car pouvons-nous imaginer pour un seul instant que la Sagouine soit capable de s\u2019adapter à des réalités aussi brutes que le Centre de la Main-d\u2019oeuvre, la Place Champlain, ou même la cuisine a gadgets d\u2019aujourd\u2019hui?Non, vraiment, elle n\u2019a pas de choix que de rester dans son petit patelin et continuer à «forbir les places» jusqu\u2019à ce que mort s\u2019ensuive.Pendant ce temps-là, l\u2019Acadie réelle reste mystérieusement chaotique, comme si elle se cachait, comme si elle souffrait d\u2019un mal trop pénible pour que quiconque ose la regarder en face.Pourtant.Pourtant le présent n\u2019est-il pas le seul temps sur lequel il soit possible d\u2019intervenir ?L\u2019Acadie mythique, l\u2019image qu\u2019en ont la plupart des gens qui n\u2019y vivent pas, peut certes attirer des touristes, mais elle n\u2019attire pas les Acadiens ordinaires, ceux qui ne retirent pas de profit de toute cette folklorisation, d\u2019où le refus, chez certains, d\u2019accepter jusqu\u2019à l\u2019appellation même d\u2019Acadien, un mot qu\u2019on considère pollué par une certaine classe de gens, avec laquelle on ne voudrait surtout pas être confondus.En fait, on peut déceler deux grandes tendances dans l\u2019Acadie réelle.Il y a ceux qui cherchent à dissoudre leur acadienneté dans le personnage de Monsieur Tout l\u2019Monde (ce sont de loin les plus nombreux), et il y a ceux qui prêchent une acadienneté sucrée, saturée de drapeaux et de belles images, au point de faire de l\u2019Acadie un pays stagnant de rigidité, et voué à rester à jamais dans le domaine de l'illusion (le plus souvent, 99 EE AS ils sont nos ambassadeurs).Pour parler en langage coloré, on opte soit pour le viol, soit pour la chasteté absolue, comme si l\u2019alternative d\u2019une relation saine entre les deux partenaires, c\u2019est-à-dire l\u2019Acadie et le reste du monde, était impossible.Pour refaire l\u2019équilibre entre ces deux extrêmes, on perçoit dernièrement une troisième tendance : l\u2019organisation, la mise sur pied de structures.Il faut s\u2019organiser, dit-on, orienter les énergies, les canaliser.L\u2019union fait la force ! On organise une Convention nationale afin de permettre à la collectivité de s\u2019orienter, on crée toutes sortes d\u2019associations, de cinéma, d\u2019écrivains, d\u2019artisans, etc.Tout l\u2019air de bouger en Acadie.Et encore une fois on dira que l\u2019Acadie renaît.Avant de crier Eureka il ne serait peut-être pas mauvais de se demander si toute cette rationalisation de notre situation va donner à la culture acadienne I\u2019élan dont elle a besoin pour se vivre et s\u2019actualiser jusque dans ses ressources les plus intimes.Ou alors, s\u2019agirait-1l d\u2019un moyen subtil de contrôler les élans, les énergies créatrices, à moins que cela ne témoigne d\u2019un vide qu'on a voulu déguiser\u2026 N\u2019assistons-nous pas, un peu partout dans le monde, à une montée de la droite ?Perspective pessimiste ?Non, puisqu\u2019il semble bel et bien y avoir un contrepoids à la «structurite».Beaucoup moins officiel, plutôt «underground», on le sent surtout chez les jeunes artistes et chez les écrivains en herbe (je me plais à les nommer ainsi).Cette nouvelle vague (à ne pas confondre avec le «New Wave») assume son acadienneté sans avoir à le crier sur tous les toits, elle vit ici et maintenant; constructiviste plutôt que défaitiste, elle travaille à l\u2019appréciation de ce qui est plutôt qu\u2019à la revendication de ce qui n\u2019est pas.Politiquement de tendance anarchiste (comme le peuple acadien l\u2019a toujours été, il est temps qu\u2019on le réalise), elle ne se mêle pas de la politicaillerie de la SANB, du CPDC et de tous les autres PZZENT que vous pouvez imaginer.Elle part des ressources existan- 100 tes, les apprivoise et les développe, avec un désir de se mettre au diapason avec ce qui se passe ailleurs.Et comme sur le plan culturel, l\u2019Acadie est un mélange de l\u2019héritage des ancêtres plus ou moins adapté à 1980, et de l'influence extérieure, québécoise et américaine surtout, on assume ce «mixage» comme une richesse plutôt que comme un fléau.Cette dernière tendance m\u2019apparaît la plus saine.Et, chose étrange, elle semble aller à mi-chemin des deux extrêmes dont nous parlions tout à l\u2019heure, soit le «trip» Monsieur Tout I\u2019'Monde et I\u2019Acadien drapé de drapeaux.Enfin un signe de vie!!! 101 a rs = \u2014 ss a xa Ea cre = ae rye Pas op cu x ES En yoyo poy oy SA Perret A cn ven RE Berry a ides rer ry oo os 6a TO Sécu re cas A KIC ARCA A UT pa REA RL 5 ad Daniel Deveau* Sur le rôle de l\u2019Université de Moncton Ceux qui étudient de près la collectivité acadienne contemporaine découvrent très vite la place importante qu\u2019y occupe l\u2019Université de Moncton.En soi, tout établissement d\u2019enseignement supérieur exerce dans son milieu une influence évidente.Mais le rôle d\u2019un tel établissement devient capital lorsque celui-ci s\u2019adresse à un peuple privé de son droit collectif et de ses institutions politiques, comme c\u2019est le cas du peuple acadien.Pour mieux comprendre le sens de la mission de l\u2019Université de Moncton, il importe de bien saisir de quel régime d\u2019enseignement elle est l'aboutissement, dans quel cadre socio-politique et idéologique elle a vu le jour et, enfin, quels sont les fruits qu\u2019elle a produits durant ses quinze premières années d'existence.Avec le traité d\u2019Utrecht, signé en 1713, les Acadiens perdaient définitivement les droits et les institutions qui font les peuples autonomes.Il ne leur restait plus de fait que leurs églises paroissiales et leurs petites écoles.Ils étaient pour la plupart des paysans de langue française nés en Amérique du Nord.L\u2019administration française leur avait valu plus d\u2019embêtements que de *Traducteur et ex-professeur à l\u2019Université de Moncton.103 réelle protection.En 1713, ils avaient vu leur sort réglé par les fonctionnaires de Paris et de Londres.Tant et si bien, qu\u2019ils avaient décidé de rester neutres et rêvé de vivre en marge des grandes mutations politiques.Ils ne souhaitaient qu\u2019une chose : vivre en paix sur leur terre et pratiquer quelques petits commerces d\u2019appoint, même avec les Anglais si nécessaire.Il leur faudra presqu'un demi-siècle pour se rendre vraiment compte de ce qui leur arrivait.En 1755, c\u2019est la grande déception : les Acadiens constatent que les Anglais ne croient aucunement à leur neutralité.S\u2019ils sont incapables se sortir seuls de leur marginalité, le conquérant va s\u2019en occuper.De cette époque de l\u2019histoire d\u2019Acadie, un trait saute aux yeux: les grands courants de la pensée française semblent absents.Alors qu\u2019à leurs débuts, les colonies de Québec et de Montréal étaient marquées par le grand courant mystique que l\u2019on sait, l\u2019Acadie ne semble être le fruit d'aucune pensée missionnaire ou politique soutenue, mais plutôt le résultat d\u2019une foule de circonstances fâcheuses.Ce n\u2019est que vers la fin du 19e siècle qu\u2019apparaîtra un grand projet de restauration sous l'égide de la Providence et de la Vierge de l\u2019Assomption.Dans la seconde moitié du 18e siècle, les Acadiens qui avaient réussi à échapper à la déportation sans être immédiatement faits prisonniers n\u2019avaient qu\u2019un souci : fuir les Anglais.En raison de l\u2019extrême précarité de leur situation, ils n'avaient guère le temps de fréquenter les écoles.! L\u2019analphabétisme aura donc le temps de prendre de solides racines chez les Acadiens.Jusqu\u2019au milieu du 20e siècle, le nombre d\u2019illettrés était considérable chez nous.Dès qu\u2019un garçon pouvait être utile à la pêche ou une jeune fille à la maison, on avait pris l\u2019habitude de leur faire quitter l\u2019école.Dans l\u2019ensemble, 1.Alexandre Savoie, L'enseignement en Acadie de 1604 à 1970, dans Les Acadiens des Maritimes, Centre d\u2019études acadiennes, Moncton, 1980; p.426 à 439.104 le niveau d\u2019instruction était très faible, si on le compare à celui de leurs voisins anglophones.Ce n\u2019est qu\u2019à partir de l\u2019instauration des allocations familiales que nos jeunes commenceront à terminer leurs 10e, lle et 12e années en plus grand nombre.Jusque-là, l\u2019instruction la moindrement poussée était souvent considérée comme un luxe que les Acadiens ne pouvaient que rarement se permettre.À compter du début du 19e siècle, ayant chassé les Acadiens des Maritimes d\u2019à peu près toutes les bonnes terres convoitées, les Anglais les laisseront s\u2019établir ici et là, surtout dans les régions éloignées des grands centres ou sur des terres arides et peu productives.De plus en plus, les Acadiens se feront pêcheurs, à la solde des Jersiais ou de quelques autres grands marchands bénéficiant de la protection anglaise.C\u2019est dans ces conditions fort difficiles que se constitueront les premières agglomérations acadiennes.La première institution à sortir des ruines de notre peuple sera l\u2019église.Bien timidement d\u2019abord, puisque le clergé acadien sera pratiquement inexistant jusqu\u2019au milieu du 19e siècle.Il faut insister sur le fait que cette église était surtout paroissiale, car ce n\u2019est qu\u2019au début du 20e siècle qu\u2019une partie des paroisses acadiennes commenceront à se défaire des griffes d\u2019un certain clergé irlandais et écossais®.En effet, à partir de 1815, l\u2019église catholique des Maritimes avait progressivement échappé à l\u2019évêque de Québec pour passer aux mains d\u2019ecclésiastiques venus d\u2019Irlande et d\u2019Ecosse.Cela n\u2019empêchera pas les curés des premières paroisses de consacrer une grande partie de leurs énergies, de leur argent et de leur temps à tenter d\u2019organiser l\u2019instruction de la jeunesse.Mais très vite, leurs projets se buteront a deux obstacles de taille.D'abord les régimes politiques en place, puis l\u2019épiscopat d\u2019origine étran- 2.Léon Thériault, L\u2019Acadianisation de l\u2019Église catholique, dans Les Acadiens des Maritimes, Centre d\u2019études acadiennes, Moncton, 1980; p.293 à 366.105 gère.De plus, les Acadiens des Maritimes étant répartis dans trois provinces, leurs premières écoles connaîtront des sorts différents.Après quelques années de tolérance à l\u2019endroit des écoles catholiques et acadiennes, les provinces de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Bruns- wick et de l'Ile du Prince-Édouard adopteront à tour de rôle des régimes scolaires par lesquels l\u2019enseignement en français était appelé à disparaître.Évidemment, il y aura des résistances et l\u2019enseignement du français ne s\u2019estompera pas partout pour autant.Néanmoins, pendant longtemps il se fera avec des moyens de fortune et dans un climat de grande insécurité.Ce n\u2019est qu\u2019à la fin des années 60 que le Nouveau-Brunswick reconnaîtra officiellement son réseau d\u2019écoles françaises.Quant à la Nouvelle-Écosse et à l\u2019Ile du Prince-Édouard, elles n'en sont encore qu\u2019au stade des promesses.Elles attendent sans doute qu\u2019il n\u2019y ait plus personne pour vouloir de l'instruction en français.Elles pourront alors proclamer hypocritement leur générosité théorique.Vu cette conjoncture, deux écoles de pensée se feront Jour au sujet de l\u2019enseignement en Acadie.L\u2019une verra l\u2019école comme le moyen privilégié de renforcer l\u2019identité franco-acadienne des jeunes, tandis que l\u2019autre la considérera plutôt comme un instrument d'intégration dans la vie socio-politique des Maritimes.Vu l\u2019attitude anti-française des gouvernants et le zèle tendancieux de l\u2019épiscopat de langue anglaise, ce sont les tenants de la seconde thèse qui recevront bénédictions épiscopales et maigres deniers publics®.Pourtant, le premier courant ne disparaîtra jamais totalement et dès l\u2019avènement d\u2019un épiscopat acadien, un certain redressement s\u2019amorcera, du moins dans les discours de certains éducateurs plutôt nationalistes.Mais, la seconde thèse jouira d\u2019une bien plus grande popularité que la première et marquera sans doute 3.Camille-André Doucet, Une étoile s\u2019est levée en Acadie, édition du Renouveau, chap.VII et VIII.106 irrémédiablement la volonté collective acadienne.La thèse voulant que l\u2019instruction des Acadiens ait pour objectif principal de les intégrer à la vie sociale, politique et économique des Maritimes a eu jusqu\u2019à maintenant pour conséquence de répandre le culte quasi-sacré de la bonne entente et du bilinguisme à sens unique.Au point qu\u2019on dit bilingues des gens qui parlent un franco-acadien métissé d\u2019anglais dans les secteurs plutôt réservés aux individus et l'anglais tout court dans la vie publique.L\u2019un des principaux enseignants acadiens des années 1950-1960 n\u2019hésitait pas à déclarer publiquement que le bilinguisme des francophones des Maritimes «implique toute la population», qu\u2019il était «voulu, recherché par tous et pour tous».* De ce rapide survol de notre histoire collective se dégagent un certain nombre d\u2019éléments qui intéressent notre propos.D'abord, l\u2019absence généralisée de vie intellectuelle en français.La culture acadienne est foncièrement populaire.Jusqu'à nos jours, elle a été à peine effleurée par les grands courants de pensée.On peut, sans risque de caricaturer la réalité, affirmer d\u2019emblée que le niveau de la vie intellectuelle en Acadie a longtemps été le même que celui des prêches domin1- cales plus ou moins improvisées.Même si la présence de l\u2019église était centrale, il faut néanmoins noter le caractère paroissial de celle-ci.Avant le 20e siècle, 11 n\u2019y a jamais eu de hiérarchie ecclésiastique acadienne.L\u2019évêque de Québec était loin et les Acadiens ne le voyaient que très très rarement.Après le grand dérangement, bien des communautés acadiennes vivaient leur vie chrétienne autour d\u2019un ancien qui présidait baptêmes, mariages, funérailles et offices dominicaux.C\u2019était une église de base plus qu\u2019une église structurée.Mais au fur et à mesure qu\u2019elle s\u2019organisera, 1l faudra 4.Frère Médéric, Exposé pour la commission d\u2019éducation du XIVe congrès national de la S.N.A., 1965.Cité par Jean Paul Hautecoeur dans L\u2019Acadie du discours.107 faire appel au clergé québécois.Même s\u2019il ne les accueillent pas toujours de gaieté de coeur, les évêques irlandais et écossais n'auront vraiment pas d\u2019autre choix.Ce seront, la plupart du temps, ces ecclésiastiques québécois qui tenteront de secouer le joug des institutions politiques anglaises et des évêques irlandais.Il ne faut pas l\u2019oublier, les Québécois ont joué un rôle capital dans l\u2019instruction française en Acadie.On aura remarqué que la collectivité acadienne a connu un destin assez différent de celui des Québécois du temps.En 1850, pratiquement aucun Acadien des Maritimes ne se rappelait du régime français.Rien chez lui ne témoignait plus de cette époque.Le Québécois, au contraire, avait vu sa société fortement marquée par l\u2019administration française et le régime seigneurial.Le Québécois était très attaché à sa terre; l\u2019Acadien avait dû opter pour la mer.Le Québec avait son droit et ses institutions parlementaires, l\u2019Acadie endurait le droit des autres et tentait de faire une place pour quelques- uns des siens dans les institutions politiques du conquérant.Il n\u2019est donc pas étonnant que la destinée de ces deux peuples ait alors bifurqué.Déjà, lorsque des prêtres québécois ou français avaient voulu promouvoir la francisation intégrale, la population acadienne ne les avait pas toujours suivis.La conjoncture socio- politique des Maritimes ne le leur permettait pas.Plus tard, le choix d\u2019un drapeau, d\u2019une patronne et d\u2019un hymne national, soit en 1870, ne sera que le signe d\u2019une existence déjà différente de celle du Québec.Les Acadiens de cette époque n'étaient pas plus Québécois que les Wallons d\u2019aujourd\u2019hui ne sont Francais.Pourtant l\u2019influence du Québec ne sera pas mince.La plupart des grandes paroisses acadiennes ont eu comme curé, un jour ou l\u2019autre, un Québécois.Dans bien des cas, il s'agissait, de plus, de curés bâtisseurs qui ont laissé leur marque.Dans le domaine de l\u2019enseignement, les communautés religieuses québécoises ont joué, chez nous, un rôle durable et presque indélébile.108 - Enfin, tout ce qu\u2019il y a aujourd\u2019hui de militant en Acadie a soit fréquenté les établissements d\u2019enseignement supérieur du Québec, soit vécu un certain temps.dans son milieu.Ce qui distingue l\u2019Acadien du Québécois c\u2019est plus l\u2019histoire que la culture ou la langue.Après l\u2019instauration d\u2019une hiérarchie catholique acadienne, avec la création de l\u2019archevêché de Moncton en 1936, l\u2019influence idéologique du Québec se répandra encore davantage.Les structures ecclésiastiques se consolideront et une certaine petite bourgeoisie acadienne se développera à partir de modèles québécois.Le deuxième archevêque de Moncton (le premier, Mgr Arthur Melanson, étant mort trop tôt pour exercer une influence vraiment durable), Mgr Norbert Robichaud ne manquera pas une occasion de tenter de faire des Acadiens un peuple instruit, laborieux et responsable de son agir.L\u2019enseirgnement, la presse, l\u2019action catholique, le mouvement coopératif sous toutes ses formes recevront tour à tour son attention.Il favorisera notamment l\u2019essor d\u2019un laïcat catholique acadien, en s\u2019inspirant nettement des mouvements québécois.À tel point qu\u2019à la fin des années 1950 et au début des années 1960, émergeait un groupe de laïcs acadiens décidés à marquer un tournant dans la vie collective acadienne.Vu qu\u2019aux Maritimes il était difficile pour les Acadiens de mener certains combats en plein jour et à visière levée\u201d, ce groupe trouvera dans l\u2019Ordre de Jacques- Cartier, mieux connu sous le nom de la Patente, le moyen rêvé pour mener une action concertée, vigoureuse et efficace.Comme on le sait bien, ce mouvement ne péchait pas par excès d\u2019esprit démocratique, mais son caractère occulte convenait parfaitement bien à l\u2019élite acadienne du temps.Celle-ci savait d\u2019expérience que la soi-disant démocratie anglo-saxonne n\u2019était, aux Maritimes en tout cas, qu\u2019un mythe au service des élites anglo-protestantes; elle était donc prête à prendre 5.Adélard Savoie, La mission de l\u2019Université, dans la revue de l\u2019Université de Moncton, 1968, n° I.109 les moyens qu\u2019il fallait pour se tailler une place au soleil.Ce groupe de laïcs acadiens visait haut; on n\u2019en était plus aux petites campagnes paroissiales.On parlait de leviers de commande, d\u2019accès au monde des affaires, à la vie politique, même à la magistrature.À cette époque, on sentait qu\u2019un déblocage allait se produire dans ces secteurs, sans pour autant que l\u2019armature idéologique et doctrinale de l\u2019élite acadienne ne soit touchée.Il ne s\u2019agissait pas d\u2019une évolution intellectuelle ou idéologique, mais bien concrète et politique.Puis, survient l\u2019élection de M.Louis-J.Robichaud à la tête du gouvernement du Nouveau-Brunswick.Qu'on aime le personnage ou pas, on ne peut nier que son programme d\u2019égalité sociale ait permis aux Acadiens de sa province d\u2019avoir une part plus juste des deniers publics.De plus, c\u2019est sous son régime que sera officiellement constituée l\u2019Université de Moncton, en 1962.Malgré ce progrès, bien des difficultés pointaient déjà à l\u2019horizon.Les transformations socio-politiques qui s\u2019annonçaient n\u2019étaient pas accompagnées d\u2019une évolution intellectuelle et idéologique correspondante.Les vieux schèmes de pensée demeuraient.On avait même l'impression que plus les structures et les institutions se transformaient, plus on s\u2019accrochait aux vieilles doctrines qui avaient pourtant fait leur temps.Les plus éveillés soupçonnaient qu\u2019il y aurait des éclaboussures et peut-être plus, le jour où sans doute par mégarde on verserait du vin neuf dans les vieilles outres.Jusqu'alors, l\u2019enseignement collégial avait été exclusivement entre les mains des communautés religieuses.Mais au moment où les prêtres d\u2019âÂge moyen étaient activement occupés à mettre sur pied et à lancer la première université acadienne, les plus jeunes, quant à eux, doutaient de plus en plus que l\u2019enseignement fût une tâche pastorale.Soit que les plus âgés ne s\u2019en soient pas rendus compte, soit qu\u2019ils n\u2019aient pas voulu examiner cette affaire de près, toujours est-il qu\u2019un jour 110 on s'aperçut que la relève n\u2019était pas la.S\u2019inspirant de ce qui se faisait au Québec, sans voir d\u2019assez près si la situation était bien comparable, on décide qu\u2019il faut confier l\u2019université naissante aux laïcs.Bien sûr, on dira alors que l\u2019évolution de l\u2019Église commande ce geste.Mais, s\u2019il y avait d\u2019excellents hommes d\u2019action, il manquait singulièrement en Acadie de laïcs susceptibles de diriger une université, surtout sur le plan intellectuel.Malgré tout, il est légitime de se demander si les fondateurs de l\u2019Université de Moncton avaient bien prévu dans quel sens cet établissement agirait sur nos compatriotes.On semblait faire une confiance aveugle à l'avenir.Il n\u2019est pas exagéré de dire que cette fondation s\u2019était produite dans un climat euphorique.Pour l'élite acadienne c\u2019était le couronnement d\u2019une lutte qui remontait au siècle dernier, mais c\u2019était surtout l'accessibilité aux professions lucratives qui s\u2019annonçait.Il faut relire le discours que prononçait, à l\u2019occasion de son installation au poste de recteur, Maître Adélard Savoie® pour constater l\u2019enthousiasme, la générosité et aussi la naïveté qui ont marqué les débuts de l\u2019Université de Moncton.Comment aurait-il pu en être autrement, vu que notre élite se délectait depuis longtemps de discours mythiques qui tendaient à voiler la dure réalité acadienne.Il est quand même étonnant que personne ne semble avoir alors entrevu que cet établissement pourrait bien être la boîte de Pandore des Acadiens.Beaucoup ont sans doute cru alors que l\u2019Université de Moncton prendrait la relève du clergé et se chargerait d'orienter les destinées de notre collectivité.Cette croyance ou ce voeu secret témoignent de la naïveté intellectuelle de leurs auteurs.Donner une université à une collectivité comme la nôtre, c\u2019était prendre de très grands risques.En effet, l\u2019université n\u2019a pas pour fonction de renforcer les collectivités chancelantes ni de 6.Calixte F.Savoie, Mémoires d\u2019un nationaliste acadien, Les éditions d\u2019Acadie, 1979, p.194 et suivantes.111 ERA ct de SEE DRE SE hgh te CR JI I EE A LAT A eS PERN défendre les orthodoxies religieuses, intellectuelles ou politiques, du moins dans nos sociétés dites démocratiques.Au contraire, elle tend à promouvoir l\u2019accès à l\u2019universel, à favoriser l\u2019étude de toutes les facettes de la réalité, à propager toutes les formes de pensée et à provoquer des modes d\u2019action très diversifiés voire opposés.Mais l\u2019élite acadienne de 1965 était loin de croire que la réalité peut être interprétée différemment que dans les encycliques papales.Pour beaucoup de ses chefs de file, le dualisme, le pluralisme et la dialectique n'étaient que du communisme.Il faut ajouter que notre ancienne élite était peu encline à l\u2019activité intellectuelle.Jusqu\u2019à ces toutes dernières années, et encore !, il n\u2019y avait chez nous ni penseurs qui vaillent ni traditions intellectuelles proprement dites.En 1960, notre sous-développement religieux, intellectuel et social était tel que toute jeune personne intelligente, éveillée et de son temps ne pouvait que chercher ailleurs qu\u2019en Acadie des réponses et des solutions à ses interrogations.Pour éviter des brisures fatales, il aurait fallu des adultes acadiens de grande intelligence, à l'esprit singulièrement ouvert et au coeur particulièrement généreux.Malheureusement, il fallait aller au Québec ou ailleurs pour trouver des personnes de ce genre.Partout chez nous régnait l\u2019anti-intellectualisme des clercs médiocres, l\u2019anxiété des esprits timorés et le moralisme étouffant des ecclésiastiques scrupuleux.L'immobilisme sous tant de formes aura terriblement nui à l\u2019Acadie.Dès ses débuts, l\u2019Université de Moncton devra recruter de nombreux professeurs à l\u2019extérieur.Les idées et les modes d'action qu\u2019ils véhiculeront auront souvent l'effet de bombes.L'ancienne élite pratiquait depuis longtemps un triple conservatisme, à la fois religieux, intellectuel et social.Tous les objectifs à caractère social qu\u2019elle a parrainés, elle a toujours tenté de les réaliser à l\u2019intérieur des structures politiques héritées des autres.Ainsi, la langue, la culture et, dans une certaine mesure, tout le domaine social ont évolué chez 112 nous comme s\u2019il s'agissait de réalités apolitiques.Même encore aujourd\u2019hui, l\u2019élite acadienne du Nou- veau-Brunswick s\u2019appuie largement sur le folklore et l\u2019orthodoxie historique.Avec l\u2019arrivée d\u2019intellectuels et de penseurs provenant de l\u2019extérieur, le vieux discours acadien mi-mythique, mi-théologique se verra profondément contesté.Tous les dogmes acadiens les plus sacrés seront passés au crible.Il en résultera un ouvrage magistral et définitif, soit l\u2019Acadie du discours de Jean-Paul Hautecoeur.Il révélera aux jeunes que nous tenons depuis des générations un discours onirique qui vise à cacher l\u2019irrationalité de notre condition.Nous nous refusons avec une détermination de condamné à tout discours qui correspondrait vraiment à notre réalité.Au début, les anciens feront la sourde oreille.Ils feront mine de ne rien entendre, par peur sans doute de se voir obligés de changer d'idée.Ici et là, on parlera de communisme.C\u2019est d\u2019ailleurs là l\u2019une des craintes les plus répandues chez les Acadiens d\u2019un certain âge.On dirait que les Russes sont à nos portes.Puis, viendront les contestations de 1968 et des années suivantes.Les autorités de l\u2019Université de Moncton ne sauront pas relever intelligemment le défi de taille qui lui était lancé.Elles supprimeront les programmes litigieux, renverront chez eux les professeurs hétérodoxes et confieront aux forces policières de la majorité en place les jeunes Acadiens contestataires.Une chose est certaine: cette époque a sans conteste sonné le glas de la sainte unanimité en Acadie.Elle a également déclenché une profonde mutation dont nous ne voyons encore que les premiers fruits.Vu notre indigence intellectuelle, 11 aurait été presque miraculeux que nous ayons digéré avec bonheur toutes les données intellectuelles, scientifiques et techniques auxquelles nous avons eu soudainement accès.Il saute aux yeux que même sous sa forme actuelle épurée, l\u2019Université de Moncton ne peut que promouvoir la variété, morceler les énergies et, finalement, ébranler considérablement la petite 113 collectivité que nous formons.Surtout que notre groupe doit largement sa survivance à notre refus de l'influence anglo-américaine et à notre pratique d\u2019une solide orthodoxie religieuse, idéologique et morale.Il y a des fractionnements politiques, idéologiques et autres que les petites collectivités ne peuvent absorber sans se transformer radicalement et parfois éclater tout simplement.C\u2019est un lieu commun d\u2019affirmer que les divergences, voire les oppositions entre les trois principales régions francophones du Nouveau-Brunswick \u2014 et par ricochet entre les paroisses à l\u2019intérieur d\u2019une même région \u2014 ont beaucoup nui à notre unité et aux chances de succès de tout projet collectif que nous aurions pu caresser.Ces tensions peuvent néanmoins être interprétées différemment.En effet, on peut voir en elles une saine et indispensable réaction aux diverses sortes de conformisme imposées jadis à nos compatriotes.On peut croire que l\u2019esprit de clocher tant décrié nous a quand même servi de soupape de sûreté dans un univers borné et mesquin.Loin de contribuer à atténuer nos désaccord et nos antagonismes, l\u2019Université les a, pour ainsi dire, étendus à d\u2019autres secteurs.Les nouvelles chapelles, les nouveaux points de rencontre et les nouveaux objets de litige sont de plus en plus idéologiques et politiques.Aux anciennes formes d\u2019opposition viennent s'ajouter toutes les divergences qui naissent de l\u2019exercice de la raison raisonnante et de la pratique de la liberté morale.L'Université de Moncton a provoqué chez les Acadiens le goût d\u2019écrire, ou peut-être n\u2019a-t-elle fait que leur en fournir l\u2019occasion.Dans tout ce qui se publie, on dénote une constante: nous sommes encore très attirés par le discours qui nous donne raison.Nous avons encore besoin de dire du bien de nous, de voir nos prédécesseurs sous leur meilleur jour.Nous éprouvons encore de la difficulté à respecter les exigences de l\u2019analyse et de la synthèse.Au lieu de répondre aux arguments de l\u2019adversaire, nous préférons encore trop 114 souvent nous attaquer à leur propre personne.C\u2019est là la conséquence d\u2019un manque de discipline intellectuelle.Nous ne savons guère prendre le recul nécessaire à tout examen valable des questions complexes et délicates comme celle de notre avenir, par exemple.Nous sombrons trop volontiers dans les réactions viscérales, l\u2019argumentation démagogique ou la complainte passive.Dans le domaine de l\u2019esprit, nous manquons terriblement de souffle et d\u2019endurance.Cette faiblesse de nos aptitudes analytiques s\u2019accompagne naturellement d\u2019un manque d'esprit critique.Il s\u2019agit ici de cette activité humaine qui consiste à examiner une question pour porter sur elle un jugement.Il n\u2019est pas question de promouvoir les commérages, les rivalités primitives et le mépris des personnes.Ces sports, on les connaît bien chez nous.Pour qu\u2019elle ne devienne pas stérile, purement paralysante et carrément destructrice, la critique présuppose de la part de celui ou de celle qui la pratique de solides vertus humaines, savoir notamment la courtoisie envers les opposants, le respect des idées d\u2019autrui et le sens de la relativité de toute construction de l\u2019esprit humain.La véritable critique ne doit pas non plus devenir ce qu\u2019on a si souvent appelé chez nous la critique positive.C\u2019est- à-dire l\u2019apologétique ou le mot de félicitation qui consiste surtout à ne retenir qu\u2019un côté de la médaille, celui qui nous est favorable.Cet enjolivement systématique de toute notre histoire ne peut en définitive qu'aggraver notre pusillanimité et nous maintenir dans notre mentalité minoritaire.La mentalité du minoritaire s'apparente étrangement à celle de l\u2019entretenue.On compte sur les autres pour régler ses diffficultés et l\u2019on tente, par tous les moyens, de s'assurer de leur bienveillance, avant d\u2019agir.À l\u2019Université de Moncton, on agit souvent comme si cet établissement était une sorte de cadeau des autres, et non comme si elle nous revenait de plein droit.D\u2019où cette tendance à courtiser sans cesse l\u2019élément anglo- 115 phone.Faut-il rappeler que dès la fondation de l\u2019Université, bien des Acadiens auraient voulu qu\u2019elle soit bilingue ou plutôt que le mélange des langues soit laissé au gré des circonstances.Pourtant, on a fini par opter pour un établissement unilingue français.Mais, encore en 1980, ce caractère n\u2019est pas respecté intégralement.Dans certaines facultés, l\u2019affichage bilingue ou même unilingue anglais n\u2019est pas inouï.Pour desservir la population anglophone locale, des cours du soir sont donnés exclusivement en anglais.Dans certains programmes \u2014 surtout dans les domaines scientifiques et techniques \u2014 1l y a des professeurs incapables d\u2019enseigner ou de rédiger dans un français compréhensible.Cette difficulté ne provient pas seulement de professeurs d\u2019origine étrangère.Bien des professeurs acadiens poursuivent leurs études dans des universités anglo- canadiennes ou américaines.Le prétexte invoqué est toujours le même: c\u2019est là que tel ou tel programme est le meilleur.La vérité c\u2019est que trop de jeunes Acadiens trouvent extrêmement difficile de faire des études poussées en français.À cause de la situation linguistique qui règne au Nouveau-Brunswick, les Acadiens instruits maîtrisent encore mieux l'anglais que le français.Il y a là un problème crucial pour l\u2019avenir de l\u2019Université de Moncton.À l\u2019heure actuelle, elle souffre d\u2019une pénurie chronique de cadres acadiens, surtout du côté proprement universitaire.De plus, à cause de son emplacement \u2014 en pleine ville anglo-protestante et anti-francaise \u2014 et de l\u2019obligation qu\u2019elle estime avoir d\u2019être accessible à tous les Acadiens, l\u2019Université tend à contribuer, volontairement ou non, à l\u2019acculturation des jeunes Acadiens.D'une part, elle a fait pratiquement toutes les concessions possibles pour accommoder les jeunes qui ne connaissent que le chiac \u2014 ce mélange de franco-acadien et d\u2019anglais du sud-est du Nouveau-Brunswick \u2014 et qui parlent surtout l\u2019anglais.D'autre part, elle transmet aux jeunes demeurés encore passablement de langue française des connais- 116 sances puisées au monde anglophone et mal traduite par des professeurs pour qui l'anglais est plus familier que le français.On a parfois l'impression qu\u2019à Monc- ton, on croit pouvoir enseigner les sciences, le génie, les sports et le reste sans avoir besoin de recourir à une langue cohérente et claire.À la décharge de l\u2019Université, il faut reconnaître que la question de la langue relève du domaine politique.Si le français ne devient pas rapidement une langue publique réelle au Nouveau-Brunswick, l\u2019Université de Moncton perd sa raison d\u2019être.Déjà, on sent qu\u2019elle plafonne, tellement elle est coincée dans un dilemme historique.Si elle assure une formation française trop solide, elle risque de favoriser l\u2019exode de ses meilleurs intelligences vers une société plus française et plus ouverte, soit le Québec.C\u2019est déjà commencé.Il y en a qui restent par devoir, mais d\u2019autres par peur de se mesurer à plus fort que soi.Et parmi ceux qui demeurent, beaucoup se cramponnent à un optimisme de commande ou se figent dans une orthodoxie nationaliste de principe.Mais ces options de façade cachent mal l\u2019immense lassitude que l\u2019on rencontre partout sur son chemin en terre d\u2019Acadie.Quand ils mentionnent notre condition minoritaire, beaucoup d\u2019acadianologues nous comparent aux Juifs.En effet, ceux-ci forment encore des groupes minoritaires dans tous les pays occidentaux.Par contre, il y a entre eux et nous une différence fondamentale.Elle est d\u2019ordre religieux et porte à la fois sur la conception de Dieu et l\u2019eschatologie.Au risque de simplifier la réalité ou même, aux yeux de certains sans doute, de la caricaturer, on pourrait dire que le Dieu des Juifs est d\u2019abord le Grand Intervenant dans l\u2019histoire des hommes et qu\u2019Il a dès ici-bas partie liée avec le peuple qu'il a choisi.En tant que créature privilégiée de Dieu, le Juif est conscient de l\u2019importance qu\u2019il y a pour lui de maîtriser le concret sous toutes ses formes.Par conséquent, le rôle de l\u2019intelligence et de la volonté humai- 117 nes sont primordiales, chez lui.On pourrait ajouter que son anxiété est manifeste et immédiate : elle le porte à constamment se dépasser.Il n\u2019est donc pas étonnant que toutes les sciences de la libération des forces humaines doivent très largement leur existence et leur essor à des savants d\u2019origine juive.Quant à lui, le Dieu des Acadiens \u2014 et ce, malgré les efforts de la catéchèse récente, demeure plutôt un Juge qui, dans l\u2019au-delà, récompense la misère et réprouve la réussite.Aux yeux de beaucoup, il est aussi arbitraire que la loterie et le bingo.Pour l\u2019Acadien, le concret est plutôt le lieu de la tentation et du péché; il faut donc chercher à le fuir.L'intelligence et la volonté humaines sont dangereuses, car elles s\u2019accommodent mal de l'évasion religieuse et tendent à évacuer la croyance primitive largement fondée sur la peur de l\u2019inconnu.L\u2019anxiété des Acadiens est secrète et lancinante: la révolte spirituelle et l\u2019interrogation existentielle sont très mal vues.Cette forme d'angoisse se manifeste principalement, soit par une tendance à l\u2019introspection paralysante et stérile, soit par l\u2019optimisme de ceux qui n'ont pas de motifs réels d'espérer.Tous les Acadiens qui ont voulu sortir du rang ont été jusqu\u2019à ce jour rejetés.Le dernier et le plus remarqué, c\u2019est Michel Roy avec son Acadie perdue.Dieu sait si la société acadienne est profondément irrationnelle et illogique.C\u2019est en quelque sorte un tissu de contradictions.Dans son livre, Michel Roy l\u2019a crié avec le langage des tripes.Cette terre des tiraillements perpétuels et stériles rend fou, et il l\u2019écrit sans ambages.Il a suscité une rare unanimité en Acadie: l\u2019ancienne comme la nouvelle élite, la droite comme la gauche n\u2019ont pas caché le profond dégoût que leur inspirait cette oeuvre.On a même écrit qu\u2019un mur de silence avait été dressé autour de ce livre.L\u2019Acadie idyllique demeure intouchable.Certains s\u2019étonneront sans doute que l\u2019on n\u2019ait pas fait état des réalisations positives de l\u2019Université de Moncton.Cela n\u2019était pas nécessaire.Dans son rôle d'école de métiers, elle a aussi bien réussi que n'importe 118 quel autre établissement du genre.Mais dans sa fonction de foyer de pensée, elle a végété lamentablement; surtout depuis qu\u2019elle a choisi de mater les esprits contestataires et de se retirer le plus possible du débat national acadien.Au rythme où vont les choses, on peut dire que l\u2019Université de Moncton a moins d\u2019influence en Acadie que les romans feuilletons de la télévision américaine.Notre ancienne élite aime qu\u2019on lui attribue l\u2019honneur d\u2019avoir sauvé l\u2019Acadie.Pourtant, pour se tailler une bonne place auprès des Anglophones, beaucoup de ses membres n\u2019ont pas hésité à se courber bien bas.Les mémoires d\u2019un nationaliste acadien de l\u2019ancien sénateur Calixte Savoie en disent pas mal long à ce sujet, mais on a comme l'impression qu\u2019il ne s\u2019agit là que de la pointe de l\u2019iceberg.Le peuple ordinaire, celui qui ne connaissait pas d\u2019autres possibilités que celle d\u2019être acadien, est certainement le premier instrument vivant de la réalité acadienne.C\u2019est lui qui nous a transmis nos chansons, nos coutumes, notre parler, notre ruse et notre fierté.Ce n\u2019est pas pour rien que les oeuvres d\u2019Antonine Maillet pullulent de ces puces qui font frémir les fonctionnaires bien rangés et les bonnes âmes amidonnées.Pour assurer la permanence des peuples, il faut bien entendu un assentiment collectif fondé sur l\u2019expression libre de ce que l\u2019on est, mais aussi sur l\u2019acceptation globale d\u2019une certaine organisation rationnelle.Jusqu\u2019à tout dernièrement, l\u2019identité acadienne s\u2019est surtout révélée dans des formes qui ne mettaient en cause ni la majorité anglophone, ni le pouvoir de l\u2019église.Cela ne peut plus durer.La réalité acadienne doit pouvoir s'exprimer en toute liberté.Si pour continuer, l\u2019Acadie doit persister à se mortifier idéologiquement et politiquement, il vaut peut-être mieux qu\u2019elle disparaisse.Il y a des nôtres qui se sont déjà assimilés pour vivre dans une plus grande liberté, à l\u2019abri des roitelets et des lévites.Nous avons déja manqué un premier tournant.Dans sa tentative d\u2019organiser et de rationaliser la vie col- 119 lective des siens, une certaine élite traditionnelle s\u2019est enférée dans un dogmatisme qui ne correspond plus à la réalité.Au lieu de tenter de comprendre la contestation de ses modes d\u2019action et d\u2019approfondir les nouvelles formes de pensée, elle a préféré écouter son anxiété naturelle et se replier dans ses salons pour se conter des peurs.Si elle avait été une véritable élite, elle aurait eu assez d\u2019intelligence et de cœur non pour récupérer mais pour laisser s\u2019exprimer et s\u2019incarner même ce qui ne venait pas d\u2019elle.Pour conserver ses privilèges et maintenir le statu quo, elle a préféré nous laisser des jeunes nationalistes frustrés qui, avec l\u2019âge reprendront sans aucun doute les travers de leurs devanciers tant honnis.L'Acadie du Nouveau-Brunswick et son université traversent des heures difficiles.L\u2019Acadie mythique est assaillie de toutes parts.Si elle ne meurt pas d\u2019elle- même, les médias modernes se chargeront d\u2019effacer son souvenir.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est une Acadie réelle.Une Acadie qui a une existence au grand jour, qui peut se présenter devant les autres sans être obligée de se travestir.Une Acadie qui peut s\u2019exprimer dans sa propre langue sans être rejetée par les coeurs endurcis et les oreilles qui ne veulent pas entendre.Une Acadie bien assise sur une terre et non plus scindée entre ciel et mer.Une Acadie avec un seul visage qui ne craindra plus de tenir un discours véridique, reflet de ce qu\u2019elle est vraiment et non plus de ce qu\u2019elle rêve d\u2019être.120 __ ES Le = Es pe xs em pears CECE ax = rads On ORT So ooo pei ES soc Deer tsa = ey pacar CS a es err Scere Arr a = pro ws Seca arr a a A 2 \u201cup \u2014 | i 4 | > f THAR $Y - 5 > NS | OC > ç xX Ë pe Ne ay yo 2 NS RY (i \\ 3 (ae Be a AD V4 La NAY iv LER py Y FH wn be RN LA = -_\\ XP SSSR - IN se IN Quand 1l pleut! TL ELS = NUTR pba = Rc RN ING priv SEE ETS TS, CZ LPR ASS hy AAS LEE DEEP] ESS NIN LA SAA LSS 227 F7 ZZ EN \u20182 222 i 6 TL 7 Bel AES ~ T= ACES 0 e - = = secs sx se PE JF ds => (CP meet ZZ > Te 7 as ED {8 GE > 3 SG SSS N À ann 3 25 À D 7 7 Pauline Dugas EE A 1 Se 4 > AD es SZ RY NO A ARES IN) 74 Da 2 2x = SCs = 7S [gad Fa ELI Pauline Dugas Laflèchée Un coq roublard au coin de ton oeil droit.Un coq aux couleurs particulièrement gaies.Tes paupières, un ciel d\u2019un bleu sans problème.Une Grande Ourse scintillante à ton front, convie les autres étoiles à une fête lumineuse.Sur tes joues, le dessin d\u2019un paysage de chairs roses, et j'entends clairement le chant plaintif de l\u2019oiseau rosé, traversant ces espaces aux doux volumes.Mais quand il me faut te peindre un sourire, de ce rouge arrogant qui me blesse le coeur.Ma main tremblante, t\u2019égratigne les lèvres.Aussitôt, l\u2019encre rouge s\u2019enfuit sur ta peau chavirée, se glissant dans tes rides, montant sur ton crâne chauve, y laissant des arabesques inouies.Et ton visage, plein de poudre blanche, soudain, zébré de rouge.Le temps suspendu à mes dix doigts, ne se raboute plus.Une dernière flèche et ton ame a tire-d\u2019aile.123 ded OT - a2 PA _.er == .gam a ee J po \u2014 2 Le ns = pa => os ES > CET \u2014_\u2014 nacre XS cs LE États ce rd Sead tcc) dés Fo er fers rs I cz ais 13 Ah 2d = x= Si Sobor Cécile Chevrier* | Entre hier et demain.regard subjectif sur les Acadiennes Traiter d\u2019un sujet tel «les Acadiennes» dans une revue consacrée à l\u2019Acadie\u2026 et aux Acadiens, m\u2019apparaît à prime abord comme l\u2019aveu implicite d\u2019une spécificité, , d\u2019une «condition» assez particulière pour que l'on i s\u2019arrête à la démontrer.Tel n\u2019est pas le cas.La situation des Acadiennes, leurs interrogations, leurs rêves, leur force et leur faiblesse, ne sont en rien étrangers à ceux de toutes les femmes du monde.En outre, notre épanouissement, si les exigences peuvent parfois différer, est également fonction de celui de tout le peuple acadien.; L\u2019on pourrait, d\u2019un autre côté, supposer qu'être E «femme » et «acadienne » soit synonyme d\u2019une double 3 aliénation: tel n\u2019est pas non plus le cas.À mon avis.Il est évident que la qualité des rapports hommes- fi femmes est la base même de la société.La façon dont A nous vivons les rapports est, d\u2019ores et déjà, l\u2019indice d\u2019une société «mâle», ou égalitaire, ou, pourquoi pas, matriarcale.Cela s\u2019exprime par le langage, les coutumes, la «geste quotidienne»; la manière d\u2019être et de regarder le monde.L\u2019imagerie populaire, les symboles, les têtes d'affiches, constituent également des indices révélateurs, une manière de dénombrer les chromosomes x des y d\u2019une société donnée.*Journaliste à la pige.125 5 Amusons-nous un instant à répertorier quelques- uns de ces symboles dont s\u2019est dotée l\u2019Acadie.Tout d\u2019abord, Évangéline, l\u2019ineffable héroïne purement fictive née de l\u2019imagination d\u2019un «Long-fellow» (tiens, un homme!.) américain.Cette Pénéloppe ambulante, assez obsédée pour pourchasser à travers l\u2019Amérique un hypothétique fiancé, ne peut décemment avoir existé.À plus forte raison, comme le «fellow » nous le laisse supposer, en réussissant le triple tour de force de rester a la fois vierge et nomade, et «libre», c\u2019est-a-dire attachée a aucun homme, dans une Amérique qui n\u2019en était encore qu\u2019à son moyen âge.Mais les Acadiens affamés qu\u2019ils étaient, au sortir de la Déportation, de signes de reconnaissance, de quelque chose à quoi se rattacher, de symboles, justement, se sont emparés de celui-ci, à défaut d\u2019un autre, et Évangéline est entrée dans nos phantasmes populaires, version acadienne à la fois de la vierge Marie et de Pénélope.Mais remarquons bien qu\u2019Évangéline, le mythe, le modèle, est bel et bien toujours une «victime »; ce n\u2019est pas une «héroïne», au sens propre du terme.Je lui préfère et de loin, cette Pélagie dont nous a dotée notre prix Goncourt national.Encore que celle-ci puisse parfois présenter certaines analogies troublantes avec la première.Les deux sont \u2026 entières, dans leur amour pour un seul homme, «l'unique», héros de légende, à tout le moins «intermittent».Beausoleil pour Pélagie, Gabriel pour Évangéline.L\u2019on retrouve également dans les deux cas, le thème de la recherche constante, de la vie errante, allié à une poignante nostalgie du paradis perdu.Mais l\u2019on sent chez Pélagie plus que chez Évangéline, une force, un caractère, un «idéal», qui ne se résume pas seulement à la quête d\u2019un homme.Entre les deux, des femmes.Je parle ici des vraies, celles qui ont dû peiner, dans un coude-à-coude dicté par le «concours de circonstances», gigantesque et 126 irréversible, qu\u2019a été pour l\u2019Acadie, la Déportation.Cette lutte pour la survie, où chacun, tant homme que femme, se voyait emporté dans la tourmente, où tout «ordre social » était sans cesse confronté à de nouvelles situations et rendu de ce fait inexistant, a du constituer pour les Acadiennes une épreuve de force sans pareille.Chacun devait «faire sa part», c\u2019est-à-dire l\u2019impossible : survivre dans un monde déchiré qui n\u2019avait que faire de cette poignée d\u2019indésirables.Puis, par la suite, trouver l\u2019indomptable courage de se rebâtir une vie à partir de zéro, replanter des racines, après l\u2019errance\u2026 Chacun ne peut qu\u2019être égal à l\u2019autre dans un tel dénuement\u2026 Et les femmes d\u2019autant plus précieuses qu\u2019elles portent en elles la résistance et l\u2019avenir.Dans un monde réduit en cendres, ces «maladies de la civilisation» que semblent constituer des questions telles l\u2019égalité des sexes et bien d\u2019autres, se trouvent reléguées au second plan.Nécessairement.Au 19e siècle, d\u2019agriculteurs qu\u2019ils avaient été, les Acadiens sont devenus pêcheurs.L\u2019on sait bien qu'en l\u2019absence du «chef de famille», parti en mer, les femmes devaient seules assumer la charge de la maison, voir à l\u2019administration\u2019 des biens, à l\u2019éducation des enfants, quand ce n\u2019est pas à la conservation et au séchage du poisson pêché par le mari.à tout! Leur rôle était nécessaire, exigeant d'elles tant la force que la tendresse, l\u2019intelligence autant que la combativité et le courage.Leur place était partout.Comme les Québécoises, les Acadiennes étaient souvent plus instruites que leurs maris, partis jeunes à la pêche; les rares instituteurs étaient, dans la plupart des cas, des institutrices.Là sont nos racines.Voilà probablement pourquoi la société acadienne est beaucoup plus matriarcale que bien d\u2019autres.Si elle s\u2019est vue accentuée au contact du 20e siècle, la misogynie y est, semble-t-il, moins profondément enracinée que l\u2019on pourrait croire.Cette affirmation, purement inspirée d\u2019une impression générale plutôt que de statistiques, se voit con- 127 [ 1 A Be i A 3 fl M i BH In Hi it A i ed K Kl i UN \u2018Ie i qi, pi f v firmée par la participation réelle et effective et égale des femmes acadiennes à la Convention d\u2019Orientation nationale d'octobre 79.L'adoption d\u2019une politique claire du Parti Acadien quant à la participation des femmes au pouvoir politique d\u2019une province acadienne, est un autre indice de vitalité.Selon le processus envisagé par le P.A., chaque électeur, dans chacune des circonscriptions électorales, aurait à voter à la fois pour un homme et pour une femme, pour l\u2019un ou l'autre des partis en lice.D\u2019ici 13.De facon générale, les Acadiennes apparaissent a prime abord comme étant plus «affirmées», plus fonceuses, plus libres dans leurs prises de positions et leurs combats que beaucoup de leurs consoeurs occidentales.Plus et mieux articulées, souvent, que les Acadiens eux-mémes, ce sont généralement des femmes que l\u2019on retrouve à l\u2019origine de bien des mouvements.Mais cependant, que l\u2019on remarque, au cours de réunions publiques ou autres, certaines d\u2019entre elles prendre la parole dans une optique relativement avant- gardiste, ce sont presque toujours des hommes qui, à leur instigation, se retrouvent aux «places d'honneur » sur les éventuels postes à remplir de la plupart des organismes et comités: rien ne change ! Il va sans dire que cette constatation vise à priori des personnes d\u2019un milieu social plus aisé.Comme partout sur la planète, la participation des Acadiennes aux prises de décisions et au pouvoir politique, est pour ainsi dire inexistante.De même en est-il de tous les Acadiens, une fois sortis de la sphère d\u2019influence purement locale ou municipale.Cependant, et là réside l\u2019un des nombreux paradoxes de l\u2019Acadie, si l\u2019on poursuit le jeu de répertorier le «Who is who» des Acadiens, la constatation s'impose que les figures les plus connues, chez nous et souvent à l\u2019extérieur, soit, dans la plupart des cas, des femmes.À qui, par exemple, le Québécois moyen associe-t-il spontanément le mot «Acadie», si ce n\u2019est à Edith Butler, ou encore Antonine Maillet.ou, s\u2019il s\u2019agit 128 d\u2019un syndicaliste, à Mathilde Blanchard ?À moins que ce ne soit au maire Jones et à sa tête de cochon, mais c\u2019est là une autre histoire ! À côté des milieux plus aisés, plus «intellectualisés» et politisés, disons, où les rôles sont peut- être plus stéréotypés, du moins en apparence, nous retrouvons la portion la plus importante de la population acadienne.Celle des travailleurs saisonniers, qu\u2019ils soient pêcheurs, fermiers, ou itinérants, c\u2019est-à- dire éloignés de la maison, à Saint-Jean, en Ontario ou dans l\u2019Ouest, pour des périodes parfois assez longues.Que la mère travaille à l\u2019extérieur ou non n\u2019a rien a voir ici avec l\u2019influence marquante qu'elle exerce dans la structure familiale.Le travail cyclique du père le réduit souvent au simple rôle de pourvoyeur, absent dans la plupart des cas.La mère se voit ainsi conférer une autorité que l\u2019on imagine aisément.Il en résulte chez les enfants une certaine «vénération » pour l\u2019image maternelle, sorte de «superman», dotée de tous les dons.Ce qui fait que les jeunes adultes éloignés du nid vont plus souvent «voir maman », alors que le père âgé se retrouve avec sa pipe et ses trois mots (comment pourrait-il leur parler, il ne les connaît pas!) relégué dans le «shed» avec ses «bardasseries».Cette vision caricaturale de la famille acadienne, si elle comporte heureusement quelques exceptions, explique en partie la mysogynie peut-être moins tenace des Acadiens, dont j'ai parlé plus loin.La mère étant ainsi perçue, et agissant comme l'arbitre suprême, symbole d\u2019autorité, mais également de toutes les «vertus» supposément féminines.responsable, forcément, et autonome, en dépit de ce que l\u2019«on» (je pense ici à l\u2019omniprésente influence des curés.) tente de lui faire croire, cette maîtresse-femme, et l\u2019Acadie en compte beaucoup, ne peut qu\u2019avoir une influence déterminante sur la progéniture ! Voilà pour ce qui est de l\u2019«âme», des attitudes culturelles; tout ceci se passe forcément au niveau des 129 Be i li it Ri 1 GE; 4 a Ÿ impressions et de la foule de détails qui constituent la trame du quotidien.Du difficilement qualifiable, et certainement pas «quantifiable», rien qui puisse intéresser les statistiques et les statisticiens.Il s\u2019agit d\u2019influence plutôt qué.de pouvoir.Pour compléter le tableau, examinons les organismes et groupements féminins.Le tour en est vite fait.Les Dames d\u2019Acadie, le plus important en nombre, regroupe environ 1,500 membres, dans une fédération qui compte 17 cercles, un peu partout en Acadie.Les préoccupations de cet organisme dépassent rarement le niveau social et culturel et ne peuvent en aucun cas étre qualifées de féministes.Grand dieu non!.Il a cependant sa raison d\u2019étre, le nombre de ses membres en fait foi, et ses actions visent surtout la création de maternelles, le travail auprès des personnes âgées et des handicapés, en plus de prendre position sur des sujets d\u2019intérêt, disons, plus général, tels le problème des communications électroniques, le «développement culturel» et la «survie de la langue».C\u2019est à mon avis, et malgré ses lacunes, le seul organisme vraiment représentatif d\u2019une certaine catégorie d\u2019Acadiennes.\u2026.quien font probablement toutes partie ! Outre les Dames de l\u2019Institut, actives dans certains milieux ruraux, et dont les motifs s\u2019'apparentent à ceux des Cercles de Fermières au Québec, et les Filles d'Isabelle, pendant féminin des Chevaliers de Colomb, nous avons droit au Conseil Consultatif de rigueur.et bilingue de surcroit! Imaginez la «lourdeur» et la confusion.Quelles conclusions tirer de cette absence de «structures» proprement féministes en Acadie, et ce en dépit d\u2019une implication concrète et agissante des femmes au sein de la plupart des organismes un tant soit peu progressistes ou de pression, en Acadie.Est-ce faute d\u2019en ressentir le besoin, est-ce faute de temps ou d\u2019intérêt ?Les livres d\u2019histoire sur et par les Acadiens sont foison, ces temps-ci; pas un seul cependant n\u2019a encore situé avec un tant soit peu de cohérence et d\u2019authenticité le 130 rôle et la place des femmes comme véritable moitié de ce casse-tête, déchirant, pour certains de nos «penseurs».Curieux.Coincées entre un passé dont l\u2019on commence à peine à rapailler les morceaux qui les concernent, et un avenir collectif incertain, les Acadiennes semblent vivre un présent chargé de contradictions.Celles qui «s\u2019impliquent», le font, dans la plupart des cas, d\u2019une manière politique au sens large du terme.Comme si, instinctivement, elles avaient compris que là réside la véritable urgence, celle de donner à l\u2019Acadie une dimension et un pouvoir qui lui ressemble.Peut-être.Mais 1l faudrait voir à ne pas répéter, dans cette hypothèse qui semble se dessiner, d\u2019une Acadie finalement «arpentable», les erreurs de base des structures politiques qui nous entourent.Parce qu\u2019en définitive, ce n\u2019est pas l\u2019éventuelle création d\u2019une province, d\u2019une Acadie autonome dans la mesure du possible, qui importe.Ce serait plutôt la réalisation collective d\u2019un avenir selon nos valeurs et nos aspirations, qui nous ressemble, oui, et qui nous appartienne, dans le respect mutuel de nos différences.131 pup er t= A ps Pr Sore po po oe PY _ _\u2014 CTT - Herménégilde Chiasson 1604.1604.La mer s\u2019est ouverte a nous pour nous prendre | dans son bleu et son amour infini.Pour nous faire mesurer du regard le défi qu\u2019elle avait inventé.Pour faire reculer jusqu\u2019à leur limite les limites de l\u2019horizon.Pour nous montrer au-delà de notre possible, quelque chose qui allait pouvoir ressembler à notre délivrance.Puis nos rêves se formèrent à la surface blanche des voiles et dans le craquement des cordages.À la fin de l\u2019été nous étions face à la terre que nousallions prendre h dans nos mains pour en faire notre paysage.Avec dans 2 nos yeux, pour seul outil, le silence de la mer pour commencer à construire notre patience.Premier hiver, premier désastre.Les hommes meurent, s'abandonnent à l\u2019engourdissement et aux mor- 5 sures brutales du froid; les autres, les réveurs, sont i restés, malgré l\u2019intempérie, le doute et l\u2019inquiétude, É malgré la misère et le chagrin; le pays s\u2019est agrandi 1 jusqu\u2019a la frontiére de leur courage.É Dans la peau des arbres nous avons commencé à écrire notre route même si nous savions que les hivers ne nous seraient pas donnés, que le temps nous 133 pourchasserait et que, pour durer, nous devions apprendre à écouter, à marcher doucement parmi les pièges et la férocité du voisinage, nous devions nous résoudre à dormir avec une arme sous l\u2019oreiller.Nous savions que le temps rôdait dans les parages, nous aurions pu endiguer le déluge, élever des fortifications, attendre derrière des murailles d\u2019airain et porter des armures si terrifiantes que nos ennemis en seraient restés pétrifiés.Mais nous avons préféré croire au son doux de notre musique de danse en pensant que l\u2019innocence nous protégerait, que le paradis pouvait se comprendre, qu\u2019on ne pouvait pas nous détruire parce que nous étions inoffensifs.Les années sont passées, se sont enfuies plutôt, dans le sillage que la fumée dessinait dans le ciel, dans le sillage que les vaisseaux creusaient dans la mer, dans le sillage que les charrues ont déchiré dans la terre.Nous avions besoin de renaître constamment, d\u2019être autre chose qu\u2019un début, qu\u2019un commencement, qu\u2019un départ.Nous allions devenir un pays.Alors les aboiements commencèrent à violer notre silence comme autant de détonations dont chacune frappait en plein cœur.Autour de nous, comme une rumeur terrible, le vacarme s\u2019est mis à monter dans notre nuit d'amour avec un bruit assourdissant qui annonçait la fin du monde.La mer nous murmurait des oracles de malédiction et d\u2019abandon.Nous allions être forcés à vivre par nous-mêmes mais nous n\u2019avons pas su nous méfier assez vite.Et l\u2019orage nous a saisi.Frappés en plein ciel comme les oiseaux abattus par l\u2019éclair.1979.Nous cherchons le vaisseau qui nous a apporté.S1 les épaves sont revenues, si le silence nous a donné le courage de résister à notre faiblesse, si le pays nous reste comme une voile blanche un matin de 1604 possible, si tout notre corps se mettait à battre la marche d\u2019une clameur inhabituelle, si la porte s\u2019ouvrait pour nous 134 montrer les oiseaux, pour nous faire voir quelque chose qui pourrait ressembler à notre délivrance.Aujourd'hui la musique est devenue litanie.Ils sont revenus moins pour la vengeance que pour craindre et pour durer.Pour saisir l\u2019immensité moins avec leurs mains qu\u2019avec leurs yeux.Et le pays reste comme un appel, comme une rumeur encore blessante et inaccessible.Si le silence reste profond c\u2019est qu\u2019il contient trop de mots qui ne peuvent jaillir en même temps, trop d\u2019amertume qui ne pourrait se déverser autrement que dans la confiance d\u2019une nuit de complots qui nous reste interdite.Pour vous dire ce qu\u2019il faudrait d'amour et à quel point nous devrions resserrer nos regards pour faire connaître le pays que nous pensons irrémédiablement perdu.Dans notre silence la mer rage et voudrait détruire le rocher qui nous fait obstacle.Notre cri est le même que celui des oiseaux, nous voudrions leur liberté.La liberté de s'entendre, la liberté de vouloir, de vouloir se rêver un espace à notre mesure où nous pourrions déposer notre silence et pouvoir dire qu\u2019on est enfin arrivés, que nous allons nous-mêmes fermer la porte, enlever nos vêtements, défaire nos draps et s\u2019aimer pour toujours.Alors nous pourrions reprendre notre force, notre vie, notre amour comme en 1604, notre année naïve.Et nous pourrions alors ouvrir nos voiles pour voler jusqu\u2019au soleil, jusqu\u2019à la chaleur, jusqu\u2019à la brûlure.Oui, le pays se rêve et c\u2019est ce rêve qui ne prendra jamais fin parce que nous avons payé cher pour apprendre que les rêves ne finissent jamais et que personne ne peut nous les arracher.(Le sentiment d\u2019originer, d\u2019appartenir, d\u2019habiter le rêve que nous sommes seuls à partager et qui a rempli nos bagages depuis notre arrivée.) Nous sommes là.Nous avons en commun d\u2019avoir rêvé ensemble sur une terre qu\u2019on nous a volée puis d\u2019avoir subi le déchirement brutal 135 i pe an og Sn q Ri IH i.Bt ii + 4 d'une époque de friche où nous avons puisé toute notre force.Tranquillement nous prenons le droit au- jourd\u2019hui de nous demander comment tout ça est arrivé et nous prenons sur nous d\u2019y répondre.(Et un jour viendra où nous demanderons des comptes, nous demanderons de rouvrir les livres et nous ferons les corrections nécessaires, nous reprendrons notre bien.) Mais nous avons mis du temps à élever la voix et même à comprendre que cette voix c\u2019était la nôtre.Nous n\u2019avons pas eu le temps de prendre connaissance de nos besoins mais nous avons une ressource inestimable.Nous avons notre silence et ce silence nous reste.Nous y avons emmagasiné notre force et nous nous en servirons pour dire que l'Histoire est en retard sur nous.Il y aura toujours une Acadie.Près de quatre siècles après et dans des conditions indescriptibles, nous nous sommes arrangés pour être là avec vous avec nos chansons, avec nos paroles malaisées, avec notre besoin de partager l\u2019avenir.Ceux qui nous reprochent notre tolérance, notre faiblesse et notre patience n\u2019ont tout simplement pas encore compris.1756.La mort nous poursuivait dans le paysage.De village en village la fumée nous disperse et la route s\u2019est éclatée en milliers de sentiers, à travers les bois, sur l\u2019eau et dans notre amour nous nous sommes écartés.Un goût de cendre dans la bouche et nos yeux qui sont restés accrochés dans le paysage, notre pays en épaves qui s\u2019éloignent et nos rêves qui se déchirent comme des nuages d'automne.De Beaubassin à Port-Royal, la clameur des conquérants se fait entendre.Le pays passait au feu et l\u2019on s\u2019enfuyait, chacun dans son refuge, en emportant avec sol des morceaux de cauchemards, des morceaux de vengeance ou des morceaux de paradis.C\u2019est alors qu\u2019a commencé dans le pays le grand silence de la crainte, la grande nuit où nous avons commencé à marcher parmi 136 les rumeurs et les sortilèges.Ils ont pillé la terre mais le pays est resté vacant.L\u2019appartenance ne s\u2019achète pas.Nous avions fait notre marque profonde et les saisons avaient pris le parfum de notre souvenir.Partir et regarder dans notre fuite les oiseaux qui accompagnaient la déportation de nos rêves, de tout ce qui restait inachevé dans les flammes.Pour se réveiller à la dure réalité de bête traquée et pour mesurer l\u2019immense détour qu\u2019il nous faudrait traverser pour rejoindre le pays qui nous faisait signe plus loin, plus beau, plus irréel de l\u2019autre côté de la rive, en amont des cours d\u2019eau où nous nous laissions dériver.Et notre silence s\u2019est épaissi, s\u2019est apesanti sur nous comme une plainte, comme une nuit sans lune quand les embarcations glissaient sur l\u2019eau et que tout semblait fragile et périssable.Nous avons trouvé refuge dans l\u2019espoir qu\u2019un jour nous serions de nouveau face à face et que notre amour serait démesuré.Mais nous sommes restés fiers dans notre misère.Nous sommes partis pour ne pas avoir à retourner nos armes contre nos frères du nord.Nous sommes devenus victimes parce que nous ne pouvions pas panser l\u2019injustice si grande qu\u2019on nous l\u2019a faite.Partir, oui, partir.Enterrer notre trésor dans la nuit, engouffrer notre chagrin dans la mer pendant que la bêtise ravage le pays sur la grève.Et pour le dire, pour le garder, pour que le mot passe, nous avons jeté notre tristesse dans la musique mélancolique de nos complaintes.Nous aurions voulu que tous les vents se transforment en ouragan, que la terre se sépare pour engloutir les conquérants, que le paysage se révolte à notre place.Et le pays nous a entendu.Le vent qui a répandu nos cendres sur la terre en a été un de malédiction et de vengeance.Et nous avons su alors que nous serions toujours là, que notre patience, notre endurance nous donnerait le courage de nous refaire, quelque part, un monde qui ressemblerait encore à celui qu\u2019on nous avait arraché.137 Le refuge du temps les a ramenés un à un sur le sable comme les épaves du navire de 1604 démembré.Sur leurs corps on pouvait lire les signes de leur épuisement.Ils ont écrit leur histoire sur le ciel pour que la mer se souvienne de l\u2019espoir qui les avait engloutis.Ils ont cru que leur amour triompherait de tous les fléaux, de toutes les contraintes et que le pays leur ouvrirait les bras comme une réparation à l\u2019outrage qu\u2019ils y avaient subi.Pour qu\u2019un jour ils puissent venir raconter leur histoire et qu\u2019alors on comprendrait que ceux qui les avait bannis n\u2019avait rien fait d\u2019autre que de s\u2019acharner à écrire leur propre déchéance. \"== LE 0 = 4 Ù I y V4 = - CN SN LU [A pen Café Campus: Autogestion ou cogestion ?La grève des travailleurs du Café Campus pour obtenir l\u2019autogestion de leur entreprise risque d\u2019obscurcir sous la magie des mots certaines réalités fondamentales.Paradoxalement, en effet, une société autogérée ne saurait se composer uniquement d\u2019un ensemble d\u2019entreprises elles-mêmes autogérées qui n\u2019auraient pas à tenir compte des intérêts des collectivités dont elles feraient partie.Le Café Campus a été fondé, comme entreprise lucrative à fins communautaires, par les étudiants de l\u2019Université de Montréal qui en sont propriétaires via la compagnie Services Campus qui contrôle aussi les distributrices automatiques disséminées dans les divers pavillons de l\u2019institution.Au cours des années, les carences administratives d\u2019un mouvement étudiant soumis aux assauts des groupuscules, ont permis aux travailleurs du Café non seulement d\u2019obtenir une des meilleures conventions collectives du secteur et une représentation importante dans l\u2019administration de Services Campus mais aussi le contrôle quasi-absolu de la gestion interne de leur entreprise.Repris en main récemment par une organisation étudiante responsable et représentative (FAECUM), les Services Campus ont cherché à réanimer la cogestin initialement prévue pour le Café.Trop tard?Les travailleurs, habitués à l\u2019autogestion, ne désirent plus revenir en arrière, tout en continuant à vouloir être subventionnés indirectement par Services Campus.Ces derniers, fatigués de payer sans gérer, en sont venus à penser se débarrasser d\u2019une vache à lait devenue pomme 175 de discorde: ils semblent prêts à vendre au plusoffrant, même au détriment des intérêts des travailleurs du Café qui voudraient, eux, acheter à un prix nominal une entreprise rentable bâtie et subventionnée à même les deniers des étudiants.Autant il serait déplorable qu'une entreprise communautaire retombe dans le secteur privé, autant il serait regrettable que ses profits ne puissent être employés, une fois les travailleurs assurés d'excellentes conditions de travail, aux fins collectives prévues lors de sa fondation.Voilà un bon cas, comparable à celui du conflit entre permanents et élus de la CSN, où l\u2019autogestion unilatérale conduit à une impasse là où la cogestion aurait pu résoudre le problème.Lorsqu'une entreprise appartient à une communauté territoriale (JAL), ouvrière (CSB) ou étudiante (Café Campus), pourquoi ses travailleurs devraient-ils s\u2019en approprier le contrôle exclusif?Une forme de cogestion entre communauté et travailleurs ne devrait- elle pas être inventée dans chaque cas, sans cependant que la syndicalisation et les droits de ces derniers soient sacrifiés au caractère particulier de l\u2019entreprise ?Un travail énorme reste à faire sur les formes de cogestion souhaitables dans les secteurs public, parapublic et communautaire.Possibles compte s\u2019y attaquer prochainement.Gabriel Gagnon Plaidoyer pour les fenêtres à l\u2019Université Lors du colloque Faire l\u2019autogestion des autogestionnaires praticiens se sont plaints de ce que certains intellectuels tenaient des discours trop intellectuels, décrochés du vécu quotidien de l\u2019autogestion.Com- 176 ment s\u2019en surprendre quand on sait que ces intellectuels ont été formés dans des universités comme celle de Montéal; ceux qui étaient au colloque et qui pendant trois jours se sont déplacés de salle d\u2019atelier en amphithéâtre de plénière ont bien pu le constater : il n\u2019y a pas de fenêtres à l\u2019Université.Pas de fenêtres donc pas de vue sur le monde extérieur, sur la ville de Montréal, sur les zones de haute pression, sur les anticyclones et les dépressions \u2014 comme dirait Miss Météo \u2014 qui s\u2019abattent régulièrement sur le Québec.Non, rien que le prof en avant qui répète des histoires qu\u2019il a entendu en France ou aux USA pendant ses études doctorales.Et si les envolées lyriques du prof ne parviennent pas à captiver l'attention des étudiants, ceux-ci n\u2019ont pas le choix de regarder par la fenêtre; ils n\u2019ont pas non plus celui de se regarder les uns les autres: pas de fenêtres, l\u2019éclairage est mauvais: on a droit soit à des lampes qui éclairent les pupitres uniquement (comme à l\u2019ouverture du colloque), soit à des néons éblouissants.Et comme il n\u2019y a pas de fenêtres, et que malgré l\u2019interdiction de fumer, tout le monde boucane à qui mieux mieux, 1l fait chaud, on sue, ça pue, c\u2019est enfumé.Avec l\u2019éclairage qui est mal conçu, tout ça n\u2019est pas pour aider les étudiants à entrer en contact les uns avec les autres.Comment les étudiants pourraient-ils savoir ce qui se passe au Québec et avoir un langage accessible s\u2019ils n\u2019ont pas de fenêtres dans leurs salles de cours: ils ne voient pas ce qui se passe dehors, ils ne se sont jamais parlé les uns aux autres et n\u2019ont comme référence qu\u2019un prof qui répète ce que ses propres maîtres lui ont appris.Il ne leur reste que le délire théorique.Et pourquoi n\u2019y a-t-il pas de fenêtres ?Parce que les fenêtres augmenteraient les coûts de chauffage et ceux de construction; sans fenêtres, on peut tasser plus de salles les unes à côté des autres, les murs au lieu de donner sur l\u2019extérieur peuvent donner sur d\u2019autres 177 PE PS AIRE EE pr Sn murs.Ça réduit les coûts, c\u2019est rentable.(mais pour qui?) Si on voulait des fenêtres dans toutes les salles, on serait obligé de faire des bâtisses plus petites.Et tant qu\u2019à les faire plus petites, pourquoi ne les éparpillerait- on pas dans différents campus et même dans différentes régions ?Les étudiants verraient ainsi ce qui se passe au Québec; plus éparpillés sur le territoire québécois, ils auraient plus de facilité à prendre du recul face à leurs maîtres métropolitains, verraient qu\u2019il se passe des choses ailleurs qu\u2019à Montréal, Paris ou San Francisco.Peut-être en viendraient-ils à se donner des maîtres d'ici, à se parler entre eux, à jaser avec ceux qu\u2019ils verraient passer par la fenêtre et à les inviter à entrer dans la salle.Et plus ils seraient nombreux, plus se multiplieraient les salles de cours et de discussion, et donc les universités et les campus, puisqu\u2019il n\u2019y aurait plus de vilaines bâtisses sans fenêtres.Et si la construction de l\u2019autogestion au Québec passait par celle des fenêtres dans les universités ?Andrée Fortin La journée type de l\u2019autogérée ou un peu d'humour en pays possible Amélie, trente-cinq ans, a décidé d\u2019en finir une fois pour toutes avec les institutions dictatoriales, multinationales, patriarcales et phallocratiques.Du jour au lendemain, sa vie a été transformée par la découverte d\u2019un possible sens à une vie jusque-là occupée en futilités de tous genres, telles que peinture, écritures diverses, lectures ou discussions sur les finalités de l\u2019être, versus néant.Du jour au lendemain ?Non, pas vraiment.Peu à peu Amélie s\u2019était laissée embrigader dans le tourbillon de ce qu\u2019on appelait alors la participation.Mais suite à un colloque, elle rationalisa 178 son emploi du temps et décida que, désormais fidèle au modèle de l\u2019autogestion, elle serait présente à toutes les instances organisationnelles avec lesquelles elle avait quelque relation.Levée à sept heures, elle réunissait, à sept heures trente, le conseil d\u2019administration de sa famille afin d\u2019établir le partage des tâches quotidiennes, de réfléchir sur les difficultés du fonctionnement de la veille et de discuter des modalités d'organisation de la journée.De huit heures à huit heures trente, il lui arrivait de pouvoir siroter un café en lisant les journaux du matin.Puis le travail et les comités divers se partageaient sa journée, sans compter les réunions du syndicat local (car toute la société n\u2019était pas encore autogérée) qui se tenaient généralement à l\u2019heure du dîner.À cinq heures, l\u2019organisation sportive de son arrondissement requérait sa présence pour délimiter les priorités des programmes des prochains mois.À six heures, elle réussissait parfois à être à la maison pour manger, sauf lorsque quelque groupe de pression (une revue, par exemple) avait décidé de tenir une réunion.Plusieurs soirées passaient en réunions de comités d'école ou de groupements féministes.Le samedi était réservé aux courses et aux rencontres entre les membres de la coopérative d\u2019alimentation.Un dimanche, elle osa (quel scandale!) aller folâtrer dans la campagne au lieu de faire le ménage à la garderie.C\u2019est alors qu\u2019elle songea avec nostalgie au temps où elle avait quelques heures à consacrer à la cuisine et aux écritures, aux livres et aux amitiés, alors que sans connaître l'extrême pertinence de l\u2019autogestion, elle arrivait malgré tout à autogérer ses loisirs.Lise Gauvin Come to Alberta Dans leur récent livre Deux pays pour vivre: un plaidoyer, Marcel Rioux et Susan Crean écrivent: 179 | «nous pensons, qu\u2019il existe une culture canadienne, distincte de l\u2019américaine et de la québécoise, qui ne demande qu\u2019à s\u2019épanouir.» Je ne suis pas très connaissant en culture canadienne.J'en souffre beaucoup et J'espère qu\u2019on me pardonnera mon ignorance.Tout de même, malgré mon handicap, la lecture de ce livre m\u2019a inspiré.J'ai trouvé le slogan parfait pour la prochaine campagne publicitaire de la Chambre de commerce de l'Alberta.Quelque chose de très efficace.Quelque chose qui attirera beaucoup de chômeurs, de capitaux et de cadres des autres provinces.Et si ce slogan est tellement efficace, c\u2019est qu\u2019il est très canadien.Il fait appel, dirait Jacques Bouchard, à la corde sensible numéro un des Canadiens.Le voici: Come to Alberta, where the American Dream is true.Mon assurance quant à l'efficacité de ma trouvaille vous agace peut-être, mais je dois vous dire que je suis allé en Alberta.J\u2019attendais pour rencontrer le président de la Chambre de commerce.Une de ses secrétaires était une ancienne militante du Parti acadien.Elle vivait là en exil et cédait ainsi au chantage de la RCMP.Je n\u2019ai pu la blâmer : on l\u2019avait menacée de faire revenir Louis- J.Robichaud en politique active.Elle m\u2019a dit: «Si je me fie à mon expérience de la culture canadienne, une culture, vous le savez, qui ne demande qu\u2019à s'épanouir, votre slogan devrait remporter ici un gros succès.» Elle avait raison.Dix minutes plus tard j\u2019entrais dans le bureau du président de la Chambre.En homme efficace il alla droit au but.II me reçut en me lançant: «You're a genius, what\u2019s your price?» J'ai tout de suite compris: le président illustrait là un aspect bien connu et déjà épanoui de la culture canadienne.Je lui ai offert le droit de se servir de mon slogan contre l\u2019achat d\u2019un abonnement à la revue Possibles, pour sa secrétaire acadienne, et la promesse que leur campagne de promotion au Québec serait gigantesque, en anglais, et concentrée dans le West Island, Westmount, et les 180 campus de McGill et du cegep Dawson.Il m\u2019a dit oul tout de suite.Je n\u2019ai pas été surpris, je savais que lui et moi souhaitions voir certaines personnes au même endroit.Roger Lenoir Madame Bombardier fait dans la littérature L\u2019animatrice de Noir sur Blanc inaugurait récemment sa saison radio-canadienne en prévenant ses téléspectateurs qu\u2019en raison de la trop grande rareté des «bons» ouvrages autochtones, sa chronique des livres allait, cette année, nous présenter surtout des titres étrangers.Le baragouinage des indigènes ne correspond sans doute pas aux critères rationnels et professionnels (sic) de cette journaliste dont le plus grand malheur doit sans doute être de trrompher comme notre animatrice nationale d\u2019émission politique.Certes, di- rez-vous, ce n\u2019est pas un grand triomphe: elle est la seule.Je vous répondrai que c\u2019est bien là le lot des petits peuples.À petit peuple, petit journalisme et demi! Notre championne de la rigueur intellectuelle n\u2019aime pas traîner ses pieds dans la glèbe du terroir.Le sérieux, c\u2019est bien connu, c\u2019est l\u2019Universel.Et l\u2019universel ne passe pas par chez nous, il reste accroché à la tour de Radio-Canada où d\u2019ailleurs il se confond toujours avec la prétention désincarnée.Que nos lecteurs se le tiennent donc pour dit: madame Bombardier n\u2019est pas abonnée à Possibles.Ce n\u2019est donc pas dans nos pages trop locales qu\u2019ils pourront lire en primeur des extraits du récit universel qu\u2019elle prépare sur.sa petite enfance dans la société canadienne-française des années quarante.En tant que petits éditeurs régionaux nous ne pouvons que lui souhaiter bonne chance et lui conseiller de le publier à Paris.Elle aura alors plus de chance 181 i d\u2019en faire parler ici.Et à force de faire ainsi dans la littérature elle finira sans doute par découvrir qu\u2019il arrive souvent que certains oiseaux font dans leur nid.Robert Laplante AUTOGESTIONS No 4 Revue trimestrielle Novembre 1980 PÉROU 1968/80 : _ QUAND LES MILITAIRES SSEN MELENT.Débat : L\u2019écologie pour quoi faire?Rappel: No 1: Des Lip nippons (février 80) No 2-3: Mouvements alternatifs et cogestions en RFA (mai 80) Editions PRIVAT, 14 rue des Arts, 31000 Toulouse Abonnements 1980: 80 F.(indiv.) et 100 F.(inst.) France.90 F.(indiv.) et 120 F.(inst.) Étranger.Prix au numéro: 30 F.(numéro double: 50 F.) Vendue en librairie.182 Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros : Questions sur la conjoncture politique | Mouvements culturels et autogestion | i Bulletin d\u2019abonnement Province .1.0201000 0222 2 4 4 0e 4 A 0 0 0e 0 a 0 1 0 8 0 0000 0 Occupation .20000 000000 s a a 0 aa ea 0 a 10 1 0046 ci-joint un cheéque.mandat-poste.au montant de $15.00 pour un abonnement a quatre numéros a compter du numéro.BE Abonnement institutionnel : $25.00 BE Abonnement de soutien : $25.00 | Revue Possibles, B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, i Montréal, Québec, H3s 254 » Dépét légal Bibliothéque Nationale du Québec I | | : Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada | hi! | D775 027 Les articles parues dans la revue Possibles sont | répertoriés dans RADAR (Répertoire analytique des articles de revues).ISSN : 0703-7139 ENCORE DISPONIBLES Volume 1 numéro 1 : Spécial Tricofil : Alfred de Vigny et le Québec; Sciences sociales et pouvoir; poémes de Roland Giguére et Gérald Godin 110 p.$3.00 numéro 2 Possibles Santé : Question nationale; poémes de Gilles Hainault, Luc Racine, Robert Laplante; Campagne électorale vue par Gérald Godin 154 p.$3.00 numéro 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession; De l'artisanat comme instrument de conquête; Sur le renouveau de la musique traditionnelle; etc.249 p.$5.00 Volume 2 numéro 1 : Fer et titane : un mythe et des poussières; Nouvelles perspectives du roman québécois; La sociologie : nouvelle conception du social; nouvelle de Jacques Brossard 142 p.$ 3.00 numéro 2/3 : Spécial Bas du fleuve - Gaspésie; le pouvoir régional; poème de Françoise Bujold 240 p.$6.00 numéro 4 : Spécial Mouvements sociaux; les syndicats; opératisme et autogestion; contribution d\u2019Alexis Lefrançois 151 p.$4.00 Volume 3 numéro : Spécial : la ville en question; à qui appartient Montréal; poèmes de Pierre Nepveu 179 p.$4.95 numéro 2 : L\u2019éclatement idéologique; débattre, bâtir et rêver; La poésie, les poètes et les possibles (enquête) Paul Chamberland : La dégradation de la vie 159 p.$3.95 numéro 3/4 : Possibles spécial Education; Sur les chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.; poèmes de François Charron et Robert Laplante 292 p.$5.95 Volume 4 numéro 1 : Des femmes et des luttes 207 p.$4.00 numéro 2: Projets du pays qui vient 158 p.$4.95 numéro 3/4: Faire l\u2019autogestion : Réalités et défis 284 p.$5.95 NOM.1 11 0 0e 0 0 0 0 0 0 0 0 0 00 0 0 a 0000006 Adresse.100000 00 0 0 00 0 0 0 0 0 00000 6 Ville © @ .Oo .6 \u2026.© © à © 9 s © #* 0 0 9 e e ® © & © 6 4 ae © 8 \u20ac 6 8 + \u20ac \u20ac à Ci-joint un chéque.mandat-poste.ou montant de 2000000000000000000000 \u2014 EE ALM iY, 2 > oF een) LE | pet 1) yal ri ox C D'O QU LECTEUR A 185 Madawask Restigouch Port Royal Grand-P Beausejour de, \u201c8p Ne su, Dieppe H "]
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