Possibles, 1 janvier 1981, Volume 6, numéro 1
[" \u201cossiblesi VOLUME 6 NUMÉRO 1 ANNÉE 1981 pL Se rx $B ae HK TF es PE wa EAR \u2014 Pg & vue d'oucl RE gras 8 JE DB.an qeans ja.| risque de continuer Be ETT ion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay 4 Te EE Ess & -\u2014 fn - +} > # 5 fe ene.$1 | ol A A à 04 R tag > > \"ov hui 4 ic a 3 \u201c% * IAA Lx i ie 1 (4 x 7 À 5 £ =; V Ù 7 - Soe! » à = x ; } A Xe 5 A oN # Et sn 4 A es A M ve ES fe x A En x PRY i % 4 (nt = .+ PWS x i | bl ?3 y.ue) fd CA x oo Fo * Ses a ry (dP évt on et ä - * x N Las 5 vtt SR rl 3 : \u2014\u2014\u2014 mm rn \u2014_\u2014 a rE \u2014 possibles VOLUME 6 NUMÉRO 1 ANNÉE 1981 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec Comité de rédaction : Jean-Pierre Dupuis, Andrée Fortin, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Roland Giguère, Gilles Hénault, Roger Lenoir, Gaston Miron, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction: Robert Laplante Adjointe à la rédaction: Élise Lavoie SOMMAIRE Page Éditorial : Cinq ans déjà.le risque de continuer.7 Lettre pour continuer Robert Laplante .221100 2000 a a aa sa ae a a eee es 19 Possibles ou possible Gabriel Gagnon .L 2222 Lea a aa ea nas ass 35 Discours indirect Lise Gauvin LL.LL La Lan aa aa aa iene 45 Persévérance Roger Lenoir LL LL 2122 ass as a eee a aa sa ea sea 49 Suis-je la nouvelle droite ?Jean-Pierre Dupuis .112 0442 a nee a as aa aan» 61 Impressions californiennes Marcel Fournier.aan a nana ane L\u2019autogestion quotidienne Andree Fortin oo.ee Poémes Marie Uguay .ii iii.Pris/prise/prison Jacques Lanctôt 11210 La aan a aa ea ane SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION Le groupe de travail sur l\u2019autogestion Andrée Fortin.11102000000 00 aa a aa aa nana ee À cœur vaillant, rien n\u2019est possible ?Jean-Jacques Simard .nee aa ana» Un homme averti Michel de Celles 1111110121 Lana aa aan COURTEPOINTES ET POINTES SÈCHES.ICONOGRAPHIE : Roland Giguère 169 sen cram, cc ne = crt co bare Asus un = ce dé a au al; pe hac EA Oks i A cocsece) Prides os fark 3 RASS ee em meme es ti a, | (C D i al D h G (; l\\ de Sl Da of le I hi (s Cinq ans déjà.le risque de continuer C\u2019est un mois seulement avant l'élection du PQ en \"76 que paraissait le premier numéro de Possibles.La conjoncture a bien changé depuis.La revue, pensée pendant le règne de Robert Bourassa, se voulait porte-parole d\u2019une opposition indépendantiste et autogestionnaire.L\u2019éditorial du premier numéro parlait des «Possibles en période de transition».Période de transition, en vérité, car très vite Gérald Godin nous quittait pour l\u2019Assemblée Nationale ! Cette victoire du PQ nous a portés à nous interroger beaucoup plus sur l\u2019autogestion que sur la question nationale.Or si on se rapporte toujours à l'éditorial de ce premier numéro, Marcel Rioux y écrivait au sujet de l'indépendance et de l\u2019autogestion, les deux possibles sur lesquels la revue se proposait alors d\u2019insister : «c\u2019est là un projet global de société, dont les deux axes sont intimement liés.» Or nous avons trop souvent eu tendance à parler séparément de ces deux thèmes, comme si le PQ au pouvoir, la question nationale était réglée ou en bonne voie de l'être.Cependant l'indépendance c\u2019est bien beau, mais Possibles - Cinq ans déjà\u2026 l'indépendance pour quoi?Certainement pas pour construire ici la version francaise de \"american way of life! Pour nous, l\u2019autogestion dépasse le cadre de l\u2019entreprise, elle est projet global de société.Et le projet autogestionnaire implique nécessairement l'indépendance nationale.En effet, si l\u2019'autogestion c\u2019est que les décisions à tous les niveaux sont prises par les gens concernés, si c\u2019est aussi l\u2019appropriation communautaire des moyens de production et des ressources, il est clair que cela ne peut se faire dans un pays dominé.Mais où en sommes-nous cinq ans plus tard ?Nos efforts ont-ils été à la mesure de nos rêves ?Depuis \"76, il y a eu deux mandats (forts) accordés au PQ, un référendum, un débat sur le rapatriement de la constitution.D'autre part, à l'automne \u201880 s\u2019est tenu à Montréal un colloque sur l\u2019autogestion, un groupe de travail sur l\u2019autogestion y a été formé; à Québec, la gang du Q-Lotté monte actuellement un secrétariat sur l'autogestion, même qu'\u2019avec les «événements » de Pologne, on parle d\u2019autogestion en première page des journaux! Quelle a été notre place dans tout cela ?Bien sûr nous avons toujours voulu réfléchir à notre situation dans nos termes; nous avons cherché à confronter la société québécoise à elle-même et pas à des théories importées.Mais quelle est la portée de notre travail de réflexion ?Faire une revue pour changer la société n'est-ce pas dérisoire ?Deux mille exemplaires de Possibles peuvent-ils faire avancer les débats, sinon la société ?Alors que le mot «autogestion» n\u2019évoquait pas grand-chose dans l'imaginaire québécois, au mieux, au plus, Tricofil, nous avons tenté de mettre les luttes et les pratiques autogestionnaires en évidence.Les révéler.Mais souvent nous avons fait l'apologie Éditorial de l\u2019autogestion sans être suffisamment critiques face aux expériences dont nous avons parlé, oubliant que tout ce qui est nouveau et expérimental n\u2019est pas nécessairement autogestionnaire ni porteur de changement social.Le dépanneur du coin qui s'organise avec sa femme, son beau-frère et sa belle-sœur est-il autogestionnaire ?Sinon qu'est-ce qui le différencie de ce petit restaurant végétarien et naturiste tenu par trois ou quatre amis ?Et si on peut concevoir facilement ce qu\u2019est 'autogestion dans un collectif de dix personnes ou moins, comment se vit-elle concrètement dans le cas où le nombre de travailleurs est plus élevé, par exemple au Café Campus où une soixantaine de travailleurs essaient de vivre l\u2019autogestion ou à Tricofil où le nombre de travailleurs a dépassé la centaine ?Quelles formes de participation, de prises de décisions collectives sont compatibles avec l\u2019autogestion ?Voilà des questions cruciales, surtout si on prétend étendre l\u2019autogestion de l\u2019entreprise à la région puis à l\u2019ensemble de la société.Quand on pense à une société autogestionnaire dont le propre serait que ce sont les gens qui la vivent qui décident de son contenu, on est bien obligé d'admettre qu\u2019il n'existe pas un modèle de société autogérée défini une fois pour toutes.Nul ne peut se prétendre le détenteur officiel de la vérité autogestionnaire, ni s'approprier ce terme.Il n\u2019y a pas de juste ligne de l\u2019autogestion.Il faut bien admettre la diversité des projets et des expériences autogestionnaires.Mais comment concilier cela avec l'affirmation précédente que tout ce qui est nouveau et expérimental n\u2019est pas nécessairement autogestionnaire ?Qu'est-ce qui caractérise ce qu\u2019on pourrait appeler, à travers la diversité des expériences, non pas la juste \u201cil Possibles - Cinq ans déjà.ligne de l\u2019autogestion, mais la sensibilité autogestionnaire ?Si c\u2019est l\u2019aspect social, la sensibilité communautaire qui fait la différence entre le capitalisme de groupe et l\u2019autogestion, comment peut et doit s'exprimer cette sensibilité autrement que par des vœux pieux ?Par exemple, comment seront distribués les surplus, les profits des entreprises autogérées ?De plus, dans ce contexte, ne faut-il pas songer à dissocier l\u2019autogestion de la propriété?C\u2019est sûr que le collectif des travailleurs a son mot à dire dans le fonctionnement de l\u2019entreprise, mais dans une perspective communautaire et pour éviter le capitalisme de groupe, ne faudrait-il pas considérer que les clients et/ou ceux qui reçoivent des services de l\u2019entreprise ainsi que des représentants de l'ensemble de la communauté et/ou de d\u2019autres entreprises œuvrant dans le même secteur ou la même région pourraient avoir quelque chose à dire dans l'autogestion de l\u2019entreprise ?La cogestion peut-elle être une forme d'autogestion ?Autant de questions auxquelles nous n'avons pas encore apporté de réponses, autant de questions que nous avons même hésité à nous poser systématiquement, en dehors des discussions préparatoires aux numéros.Il y a d\u2019autres questions sur lesquelles nous avons déjà réfléchi dans ces pages, mais sur lesquelles il reste encore beaucoup à dire \u2014 et à penser.La couverture du premier numéro de Possibles annonçait «Spécial \u2014 Tricofil \u2014 La vie quotidienne a-t-elle changé ?» La vie quotidienne est toujours \u2014 comme pour bien des gens d\u2019ailleurs.\u2014 une de nos préoccupations principales.La fréquentation des collectifs autogérés \u2014 ou qui essaient de l'être \u2014 révèle que bien peu de groupes vivent dans l'harmonie perpétuelle ; au contraire, les conflits et les discussions 10 Éditorial y sont très nombreux.L'autogestion change la vie quotidienne au travail, et même en dehors du travail.Mais les transformations des relations interpersonnelles sont difficiles à vivre et à assumer.L'autogestion n\u2019est pas rose tous les jours.Plutôt que de rechercher une utopique harmonie, le consensus parfait, ne faudrait-il pas apprendre à affronter les conflits ?Si tout le monde s'exprime et participe, en effet, il serait surprenant que tous se mettent d\u2019accord du premier coup.L\u2019harmonie, le consensus perpétuel risquent de masquer le controle effectif du groupe par un ou des «leaders».D'autre part, les discussions et les engueulades sans fin ne font pas plus avancer les choses.Autant de pièges à éviter dans le fonctionnement autogestionnaire.Mais un autre piège, plus menaçant encore, serait de se consacrer exclusivement au quotidien et aux relations interpersonnelles.Pendant qu\u2019on se replierait ainsi sur le quotidien, des décisions importantes continueraient de se prendre ailleurs.Le travail pour la transformation du quotidien n\u2019a de sens que s\u2019il s'inscrit dans une perspective globale, dans une tentative d\u2019élargir le champ politique, de créer de nouvelles solidarités, de nouveaux lieux d'autonomie.Mais je parle et je parle de la revue et d\u2019autogestion et il y a un secteur essentiel de Possibles dont je n\u2019ai pas encore dit un mot.C\u2019est une dimension fondamentale de notre démarche qui n\u2019était pas soulignée de façon explicite dans le premier numéro, mais qui se laissait facilement deviner : l'éditorial était suivi en effet, non pas de textes sur l'autogestion ou la question nationale, mais de deux séries de poémes, qui avec un essai littéraire, encadraient ce spécial- Tricofil.Depuis le début nous sommes préoccupés par la culture québécoise, par sa survivance en terre d\u2019Amérique, et nous avons publié poèmes, nouvelles, 11 Possibles - Cinq ans déja.dessins.mais, une fois encore, sans trop nous questionner sur ce que ces créations véhiculaient.Coincée entre le folklore macramisant et 'american way of life, ou est la culture québécoise, et surtout, quelle est-elle ?D'ailleurs, il ne faudrait pas croire que «culture» et «autogestion » sont deux catégories étanches.Il y a un grand nombre de collectifs de travail qui œuvrent dans le domaine culturel, troupes de théâtre, librairies, média d\u2019information, etc.Tant et si bien qu'on en vient parfois à se demander si l\u2019autogestion n'est pas la solution pour les secteurs mous, non rentables, pendant que dans l\u2019entreprise, la vraie, on s\u2019en tient à des modes de gestion sérieux.C\u2019est vrai que parfois les travailleurs ne se préoccupent pas trop de terminologie, et comme à Tricofil dans le début, ils font de l\u2019autogestion sans le savoir.C\u2019est vrai que dans le secteur culturel, le nombre de travailleurs est souvent beaucoup plus réduit que dans l\u2019industrie et qu'il est plus facile de parler d\u2019autogestion et de la vivre a 10 qu\u2019à 100 ou 1 000.C\u2019est vrai aussi que le champ culturel est \u2014 presque par définition, avec la succession systématique des avant-gardes \u2014 en perpétuel bouleversement et que de nouvelles expériences y apparaissent régulièrement, alors que l\u2019industrie et les appareils d\u2019État sont beaucoup plus lourds en termes d\u2019infrastructures, ce qui rend plus lente et plus difficile apparition de formes de gestions alternatives.Mais c\u2019est peut-être aussi parce qu'en tant que groupe, nous sommes impliqués dans le domaine culturel, nous connaissons bien ce milieu et ce qui s'y passe, alors que nous sommes moins au courant de ce qui se passe dans d\u2019autres secteurs où nous avons moins de contacts personnels, ce qui nous rendrait en quelque sorte aveugles aux expériences d'autogestion 12 Éditorial ouvrières \u2014 sauf celles de Pologne que les journaux nous offrent en manchettes.Ceci dit, dans la mesure où l\u2019autogestion est un modèle global de société, il faut se demander si ce ne serait pas normal qu\u2019elle apparaisse aux marges de la société actuelle, dans des secteurs mous, tout comme le capitalisme à ses débuts est apparu aux marges de la société féodale, avec les évadés du système seigneurial, les «dropout» de l\u2019époque ?Quelle est la relation entre la société autogestionnaire et la société alternative et écologique que prônent les anciens «freaks» des années \u201860 et \u201870, en retombée de la contre-culture ?N\u2019est-il pas normal que l\u2019autogestion apparaisse plus systématiquement, plus explicitement chez ceux qui remettent en question l'imaginaire à tous ses niveaux, aussi bien culturels, politiques, économiques qu'écologiques et personnels ?Quant à nous, nous remettons en question ces coupures entre un secteur sérieux et économique et un secteur mou et culturel.C\u2019est pourquoi, dans notre désir de transformer la société, nous publions ces dessins, nouvelles et poèmes en même temps que des essais et des analyses ; c\u2019est pourquoi également nous recommençons sans cesse la discussion sur la forme de la revue: comment la rendre plus belle, comment la repenser graphiquement tout en restant indépendants \u2014 le plus possible \u2014 des subventions et sans trop en augmenter le prix ?Après avoir recherché à vendre un produit, autogestion plus indépendance, pendant cinq ans, il faut maintenant y ajouter le mode d\u2019emploi, alors qu\u2019au- jourd\u2019hui tout le monde se dit autogestionnaire, même les «nouveaux économistes », même la nouvelle droite.L\u2019autogestion est devenue à la mode aussi bien chez les «freaks» du bout du rang de St-Ché-pas quoi que chez les professeurs des HEC.13 Possibles - Cinq ans déja.Il faut se mettre l\u2019affût d\u2019expériences cruciales, ou l\u2019autogestion politique et/ou du travail débouche sur la transformation des rapports sociaux, de la vie quotidienne, et vice versa.Il faut surtout réfléchir davantage à ce projet global dont Marcel Rioux parlait dans le premier numéro, mais activement, concrètement et non plus seulement théoriquement.Ça presse quand les pluies acides nous grugent, quand les coupes à blanc rivalisent avec la tordeuse pour ravager nos forêts, quand les jeunes ne trouvent plus d'emploi, ni de cause, ni d'espoir ; quand tout le monde rêve encore à «mon pays c'est l'hiver » alors que 80% des Québécois vivent en ville et que les seuls qui chantent la ville sont les promoteurs de l\u2019american way of life.Cinq ans pour une revue, c\u2019est long.Contrairement à des idées couramment répandues (mais qui peut bien faire courir ce genre de rumeur ?), faire une revue c\u2019est autant, sinon plus de travail de bras que de travail de tête.Combien d'heures sont passées a coller des timbres, adresser des enveloppes, transporter des caisses de revues, répondre au courrier qui s\u2019empile ?Souvent nous nous interrogeons sur l\u2019efficacité de notre action, sur l'impact de la revue.Dans ce numéro-ci, nous avons voulu faire le point avant de repartir.Chacun a choisi de parler de ce qui lui tenait le plus à cœur, de la façon dont il avait envie.Il s'agit donc d\u2019un numéro très spécial pour nous, pour vous aussi car, une fois ces jalons de réflexion posés, nous aimerions engager plus concrètement le dialogue avec nos lecteurs, avec d\u2019autres comme nous préoccupés par l\u2019'autogestion, le Québec et sa culture vivante.Cinq ans à faire une revue, c'est un peu fou.Et si nous continuons, ce n\u2019est pas seulement parce que 14 Éditorial nous aimons cela; c\u2019est que nous croyons avoir quelque chose à dire, c\u2019est que, malgré tout, nous croyons avoir quelque efficacité et pouvoir faire quelque chose pour l'avènement de l\u2019autogestion et de l'indépendance au Québec.Pour nous il s\u2019agit d\u2019un engagement, pas seulement d\u2019un exercice d\u2019intellectuels.Ce qui nous anime, c\u2019est un désir de changement, pas n'importe lequel, pas l\u2019autogestion pour l\u2019autogestion, pas le Québec pour le Québec.Il ne s\u2019agit pas d\u2019autogérer ici 'american way of life, ni des usines de napalm, ni la détérioration de notre environnement, mais de construire une société a notre mesure.Et si nous avons exprimé jusqu'ici surtout nos espoirs, nos idéaux, le moment est venu de dire aussi nos inquiétudes, pour mieux continuer.Andrée FORTIN Pour le comité de rédaction 15 ~~ TEE YE TY Capaldi an EE LS = == med TS TE Sa \u2014 ma Te HE ESS = eee JOR Tere 2277 Rp, rrr TES se , ne OC 7 sae py aa - vey RES sant 3 tn - % 3 I's $A ver The a à pe 5 pet) at + 1 TT\" a ¢ Z g 4, Vue LL Ÿ = 2.# s = as = = - i or\u2019 | = a wu NG rd Re od = Na AF, Lg Ad 2) oi SF, oy Ë 303 3 ; 3 e te Ed [add ; BB SN RN wf 5 8 \u2014 a, \\y, Les i iQ fa 1e 4 NSN WAY >} A 4 BOR ee: NT 4 > \u2018 A fe J N re ) 36 x A; LES Li \"Le ) Fe A qu goof TE y Fog ri a dE, IF AY ; 3a?Ry we oo RE psd 4 av PP _.ue Se __.pe Qu PS À bc ACER CALE a ors peus EE ca EES ce ee \u2014 = Pah co a PRET = raters Ns Bias a rs rn TE es pa oT PRG pt 5 Gali mes RE ETEK gt a as os és > gd dé ot es A a Fh au RATAN Ser JEAN BOT ET ISL SLES SF RES Jk NE me a A Be 8 Ti re RES EA, ee ee _- \u2014 Cm _ ne __ __ - = Robert Laplante Lettre pour continuer Mes amis, Je vous écris de la Hauteur des Terres pour vous dire le plaisir que j'ai de cheminer avec vous.Pour vous dire la joie que j'éprouve de partager avec vous l'aventure de notre revue.Mais aussi pour tâcher de trouver un peu de clarté dans ce qui m\u2019envahit parfois le soir, quand le doute se répand comme le serein sur les champs de continuer.Vous le savez, je ne connais point la quiétude nostalgique des frotteurs de patrimoine.Et encore moins l'assurance béate des gérants du futur qui fignolent leurs devis en attendant que l'Histoire se présente au guichet de la Vérité.Le sort des vieux meubles m'inquiète moins que celui de mon ami Louis que son ébénisterie ne fait pas vivre parce que le mépris des pins de la Bécancour aussi bien que le clinquant du faux style espagnol à bungalow priment odieusement sur le génie de son lieu.Quant à la gérance, ses devis me répugnent autant que l\u2019arrogance qu\u2019elle confère à tous les douaniers de l\u2019âme.Je vous écris pour avoir des mains.Des mains pour sculpter dans l'aube tous les violons du jour.Des mains pour bûcher dans le bois franc de l'avenir.Des mains pour arriver en ville la tête haute et l'espoir au-dessus des ruelles.19 Possibles - Cinq ans déja.Je vous écris pour conjurer la tiédeur et l'indifférence qui suintent de plus en plus souvent des images sans révolte qu\u2019on nous renvoie de notre condition.Des images à rendre suspect le métier d\u2019intellectuel.Je partage depuis quelques mois déja la vie des colons de l\u2019Abitibi des paroisses que les technocrates ont voulu \u2014 et veulent toujours, sournoisement \u2014 fermer.Et vu d'ici, c\u2019est le Québec tout entier qui plus que jamais me paraît précaire à en hurler.Spolié, dévasté, pillé et pourtant aussi, porté par une immense soif de bonheur.C\u2019est ici, dans la mystérieuse beauté des plateaux argileux, que je nous sens proches du Royaume que ces hommes et ces femmes sont venus défricher à la seule force de leurs amours.C\u2019est dans le cœur de ceux qui restent à bâtir de l'espoir dans les repoussis du découragement des exilés que la Terre-Québec reste encore la plus belle promesse de partage et d'équité.Malgré les coupes à blanc, le mercure et les pluies acides.En dépit de l'indifférence et de l'abandon.Avec les felquistes, les colons sont nos seuls utopistes qui soient jamais collectivement passés aux actes.Avec le même succès.Et probablement pour les mêmes raisons.Je parle évidemment des colons qui sont venus de leur gré et non pas des miséreux qui ont été plus ou moins déportés dans les colonies.Ils ont rêvé grand et joué le tout pour le tout.Ils continuent de le faire.Et ceux qui croient encore que leurs horizons n\u2019ont jamais été bornés qu'à une agriculture désuète et passéiste n\u2019ont rien compris, ni à l\u2019agriculture ni aux intentions qui les ont amenés ici et les font encore aimer ce pays.C\u2019est parce que leur utopie interpelle trop radicalement le peuple québécois tout entier qu'elle a du mal à se faire entendre.20 Lettre pour continuer Et au moment où se multiplient les appels à la recherche d\u2019un deuxième souffle, ces mêmes colons continuent d\u2019incarner la seule condition qui soit vraiment indispensable au succès de cette recherche comme de toute autre quête: une puissante vie intérieure.Mais une vie intérieure qu\u2019ils tiennent d'autant plus secrète qu\u2019elle a longtemps été et continue d\u2019être occultée, déniée et méprisée par ceux- là mêmes qui seraient pourtant les premiers à en être nourris et fécondés.Il n\u2019y a pas à se leurrer, si dans un certain registre de notre langage le terme «colon » fait office d\u2019injure, c\u2019est que le personnage et son entreprise frappent au cœur d\u2019une certaine image de nous-mêmes.Celle de l'impuissance et du mépris de soi.Car les colons \u2014 hommes et femmes bien sûr \u2014sont des êtres de l\u2019acharnation, des êtres à la vie intérieure ardente et tiraillée par le désir de dépassement.Fou désir d\u2019être heureux, de faire de la terre, de faire la vie à la barbe de la mort qui rôde dans les farloches de l\u2019imprévoyable.Ce sont des êtres du courage et de la démesure dont l\u2019intériorité, l\u2019intransigeance et la ténacité sont à tous égards admirables et exemplaires ; ils devraient davantage irriguer notre culture.Vivant avec eux et pensant à l'avenir de notre revue, il me semble qu\u2019ils nous indiquent la voie à suivre pour que notre travail contribue réellement à l'émancipation collective.Au milieu d\u2019eux, il me devient chaque jour plus évident que Possibles devra d\u2019abord devenir un lieu de conquête de notre intériorité, un front pionnier du défrichement d\u2019un espace intérieur habitable.Un lieu d\u2019acharnation.C\u2019est donc dire l'extrême importance qu\u2019il faudra, me semble-t-il, accorder à la création dans toutes ses dimensions ainsi qu\u2019à la réflexion philosophique, le parent pauvre de notre vie intellectuelle.Malgré 21 Possibles - Cinq ans déjà.quelques exceptions notables, je crois que jusqu'à maintenant nous sommes restés trop liés à l\u2019événementiel et souvent aussi n\u2019avons-nous guère été en deçà de la surface des choses.Voilà maintenant plus de cinq ans que la revue existe.Nous nous sommes chaque année davantage améliorés.Nos amitiés ont grandi.Nos espoirs aussi.Et même si souvent la route a été cahoteuse, notre pas parfois trop lent à mon goût \u2014 et en dépit de quelques embourbements \u2014 je crois sincèrement que dans l'ensemble nous avons fait de la bonne besogne.Mais malgré le chemin parcouru, il me semble que c\u2019est seulement maintenant que les défis que nous nous étions fixés au départ croisent véritablement les destinées de notre peuple.Les pressions conjuguées de la crise économique et de la conjoncture politique ne nous laissent plus guère d'illusions.La décennie qui s\u2019amorce nous accule a l'impérieuse nécessité culturelle de renverser les perspectives courantes et de tourner notre différence et de vivre autrement que floués sous les exigences du capital.C\u2019est une tâche gigantesque à laquelle toute notre société devra s\u2019atteler et à laquelle Possibles ne peut se dérober sans sombrer dans l\u2019insignifiance et la lâcheté.Et pareille tâche de création ne pourra s\u2019accomplir dans la mollesse et la tiédeur.Car les combats seront impitoyables.Et nous entrons dans l'arène sérieusement handicapés par une démographie précaire et une population gravement écorchée par les déracinements et les exils de toutes sortes que l\u2019État et le Capital lui ont fait subir au nom de la modernité.De l'abandon des vieillards au taux démentiel d\u2019hystérectomies, de l\u2019engourdissement à la bière et aux valiums jusqu'à la torpeur des centres d'achats pour parvenus et relocalisés du 22 Lettre pour continuer progrès, toute la gamme des mutilations.La détresse s\u2019est emparée de la misère.Elle l\u2019a renippée à crédit, lui a fait un nouveau visage plus hypocrite.Un visage de mascarade pour la grande danse sépulcrale de la déculturation.Une danse qui ne peut méme pas dire son nom, choisir son pas.La musique des abimes est sans mémoire.Pendant que l\u2019american way of life pourrit de plus en plus rapidement toutes les fibres de notre quotidienneté, les politiques du patrimoine fleurissent déjà les tombeaux où nous entrons vivants.Drum- mondville se fait une belle jambe d\u2019avoir un Village québécois d'antan : ça lui évite de se voir devenue une ville québécoise d'aujourd'hui, dévastée, morne et sans âme, livrée, pieds et poings liés à tous les Big Mac du progrès par le fast food et les centres d\u2019achats.Val d\u2019Or transforme en village historique les campes miteux où la compagnie parquait ses mineurs comme du bétail: bien désinfectés, propres et maquillés, ils donneront du charme à la misère et pourquoi pas, un sens montrable à la mort de ceux qui sont crevés dans le trou.Des régions entières sont livrées aux croquemorts du développement qui sont en train de les transformer en cirques sinistres où le peuple, à heures fixes et dans des enclos déterminés, doit jouer aux Québécois authentiques pour les touristes qui laisseront leurs sous au Howard Johnson du coin.La mémoire est trafiquée pour être mise en marché; elle ne nourrit plus la vie.Le pire n\u2019est pourtant pas là.La sociabilité elle- même est atteinte : la spirale de la désidentification aspire dans le cycle de la marchandise jusqu\u2019à la recherche même de la communauté.La possession d\u2019un objet, l\u2019utilisation d\u2019un service, deviennent des occasions de regroupements éphémères où les déra- 23 PP SEP Ls Possibles - Cinq ans déja.cinés trouvent dans la similitude de leur consommation un succédané de communication.La marchandise devient un code pour structurer des rapports sociaux où l\u2019identité des individus se fabrique et se donne au travers un projet de consommer: la sociabilité n\u2019est plus alors qu\u2019un mécanisme d\u2019'auto- ajustement aux exigences du marché.Clubs de 4 x 4, de roulottes ou de voyages en Floride, tout devient prétexte à rassemblement parce que la consommation ne fait pas qu\u2019engourdir temporairement l'angoisse d\u2019être seul, elle fournit, au travers la lutte pour se différencier par les objets qu\u2019on possède ou voudrait posséder, l'impression d\u2019avoir une cause.Réifiant le désir, elle rend d\u2019ailleurs toutes les causes équivalentes, c\u2019est-à-dire vides de sens.Certains rassemblements pour le oui nous en ont fourni de narrants exemples.Il faut admettre qu'il règne sur le pays quotidien un grave embrouillement de la mémoire et un inquiétant délabrement des solidarités.On y sens des hiatus de plus en plus nombreux entre le concret des luttes et la densité des espérances.Même chez les plus combattifs une béance s\u2019est creusée grandissante au cœur même de la générosité.Une béance brûlante comme un ulcère rongeant les chairs vives du partage.Le manque de rigueur morale et l'absence trop fréquente de discipline dans la poursuite des idéaux ont miné bien des combats et ruiné parfois, chez certains, jusqu\u2019à la légitimité du don de soi.Personne n\u2019est désormais plus à l'abri du cynisme.Et nombreux sont ceux qui souffrent, cruellement blessés jusqu\u2019à l'os de s\u2019appartenir, meurtris et atteints jusque dans la capacité de croire en soi-méme.Pour nous, plus que jamais, le métier d\u2019intellectuel devra être celui de rapprocher les êtres par le 24 Lettre pour continuer questionnement de l'aventure humaine.Pour cela, nulle autre avenue ne s\u2019ouvre d'abord à nous que celle du renouvellement de l'éthique.Resituer dans ses choix moraux l'actuel éparpillement des luttes c\u2019est moins faire appel à une quelconque concertation des stratégies que poser radicalement la question des valeurs et des finalités qui les sous-tendent.Sans cette explication des choix qu\u2019implique la proposition de tout idéal, l'indépendance, l\u2019autogestion, l\u2019autonomie ne seront jamais que des coquilles vides où pourront s\u2019abriter, comme c\u2019est déjà trop souvent le cas, mécréants et imposteurs.Le renouvellement de l'éthique s'avère absolument indispensable pour relancer le débat sur le Québec et l\u2019ancrer dans une perspective plus large et plus fondamentale que celle de l\u2019appui du PQ et de la création d\u2019un état autonome où les discussions actuelles s\u2019enlisent.L'indépendance \u2014 c\u2019est triste d\u2019avoir encore à le rappeler \u2014 ne sera jamais qu\u2019un moyen pour réaliser et assumer une condition québécoise qui ne sera elle-même jamais plus que le projet de ce que nous voulons être par- delà les contradictions qui nous tiraillent et les intérêts qui nous divisent.Une condition ne se vote pas plus qu\u2019elle ne se décrète au nom de l'Histoire ou de la Normalité.Elle s'invente au jour le jour à même la sueur de ceux qui nous ont précédé tout autant qu'à travers nos propres efforts pour rendre le quotidien vivable dans ce que nous sommes et rêvons d\u2019être.C\u2019est donc dire qu\u2019elle se ne transforme que dans et par le plaisir du partage.Possibles n\u2019aura d'impact sur la transformation de notre condition que si elle sait devenir toujours plus intensément un lieu d\u2019échanges et de témoignages qui ne se déroberont pas devant l\u2019essentiel: incarner ses choix dans une pratique plus soucieuse de rester congruente avec ses finalités que 25 | Li Possibles - Cinq ans déja.d\u2019embrigader des discoureurs.C\u2019est seulement ainsi que pourront être reconciliés ici le métier d\u2019intellectuel et la commune volonté de vivre.L'étape que nous abordons n\u2019aura de chance d\u2019être féconde que si nous avons le courage de questionner radicalement non seulement notre engagement personnel mais encore et surtout les fondements mêmes de celui-ci dans la culture.Au terme d\u2019une décennie marquée par la morgue technocratique, l'imposture groupusculaire et le stérile mimétisme des retraductions métropolitaires, il importe de sonder les assises de la réflexion critique, si l'on ne veut pas que l\u2019activité intellectuelle continue d\u2019aliéner davantage la présente condition de notre peuple et les menaces qui pèsent sur son destin.Pour que la pensée s\u2019incarne et cesse de flotter, étrangère aux blessures quotidiennes, il nous faut établir une nouvelle alliance entre le savoir et ce qui cherche à naître sous l\u2019apparente banalité du vécu humilié.Théories de l\u2019Histoire, du Texte ou du Moi, les raccourcis n\u2019ont pas manqué pour endosser des idéaux «prêts à porter » qui évitent d\u2019avoir à regarder en face l\u2019odieux scandale de notre dépossession.Et surtout, qui permettent de se dérober à l'angoisse qui suintent de tous les pores du quotidien.Il est facile alors de se donner l'impression d\u2019avoir du courage, bien installé sur le piédestal de la Modernité, de la Science ou de la Raison, pour juger de la dérision des imaginaires, des luttes et des innovations qui ne sont pas conformes aux modèles du «changement standard».Parler d\u2019idéal emprunté, c\u2019est cependant commettre un abus de langage.Car ce que cela cache précisément, c\u2019est tout le contraire d\u2019un idéal: un alibi.Un alibi pour continuer à vivre en remettant à plus tard la nécessité de vivre et de témoigner de ses 26 Lettre pour continuer choix ici et maintenant.Un alibi pour mépriser au nom des phantasmes singuliers les rêves et les imaginaires qui se nourrissent de la condition commune.Un alibi pour cracher sur Tricofil et humilier les ouvriers et ouvrières de Cadbury en manifestant pour demander aux boss de ne pas partir et de respecter le droit au travail de ceux qui pourront ainsi continuer à payer des cotisations pour faire discourir sur l\u2019exploitation.Un alibi pour subventionner l'avant- garde à même la misère des attardés de la Culture.Un alibi pour en savoir le moins possible sur la condition délirante de notre vie ici, parce que seule l'ignorance peut meubler les plans de carrière.Le métier d\u2019intellectuel a trop longtemps servi à nous donner des défaites.Ce que nous avons appelé I'éclatement idéologique, c\u2019est précisément l\u2019errance des discours autour des termes d\u2019un débat qui n\u2019a pas encore eu lieu.Celui de l'utopie et de la connaissance.Étymologiquement, connaître c\u2019est naître avec (co-naître).Le refus de connaître se nourrit toujours du mépris de la vie, et la peur de savoir n\u2019abrite que la crainte des responsabilités inhérentes au partage de toute interrogation sur le destin des êtres.Et quiconque a fréquenté amoureusement les groupes qui se servent des matériaux que leur fournit leur condition pour vivre à la hauteur de leur rêverie, sait que dans la pratique ce débat est désormais engagé.Dans des termes plus ou moins confusément articulés, le vieux rationalisme et ses prétentions à l\u2019objectivité sont battus en brèche par ceux qui y ont goûté au scientisme qui ferme les paroisses et à la théorie de l\u2019histoire qui détruit ce qu\u2019elle ne peut soumettre.Des communes d\u2019agriculture biologique aux coopératives ouvrières de production en passant par les paroisses qui refusent 27 Possibles - Cinq ans déjà\u2026 de mourir, les vieilles certitudes de la Modernité fondent comme taches de graisse au soleil.On ne veut plus d\u2019un savoir qui prétend rester étranger à l'espérance pour mieux servir des intérêts inavoués.On ne croit pas non plus que l'Histoire ait besoin d\u2019un guide ni qu\u2019elle se fasse sur un seul front.Et l\u2019art n'échappe point à ce procès mené contre l'imposture où les avant-gardes qui s\u2019auto-proclament sont tenus pour aussi suspectes et mortifères que les apôtres du réalisme (socialiste ?) bétifiant qui désenchantent le monde.Ce n\u2019est pas un hasard si la décennie qui a tenté de réduire le poème au texte et à l\u2019asphyxie formaliste est aussi celle où la parole a donné au théâtre une impulsion créatrice sans précédent.Une nouvelle esthétique cherche à naître où le rapport de l\u2019art et de l'artiste au collectif se présentera autrement que dans l'alternative d'avoir à concevoir l'artiste ou bien comme un entrepreneur audacieux sur le marché du conformisme ou bien comme un fonctionnaire productif au service d\u2019une quelconque machine désirante \u2014 l\u2019œuvre d'art comme un simple divertissement, une jouissance pour riches ou désœuvrés.Une esthétique de la médiation s\u2019ébauche peu à peu où l\u2019art et l'artiste sont des intermédiaires, mieux, des passeurs, dans la fusion multiforme du réel à l'imaginaire et du singulier au pluriel.Parce qu'au théâtre il est impossible de se soustraire au jugement et à la relation avec ceux à qui l\u2019œuvre se destine, il était sans doute inévitable que ce soit là d\u2019abord que la vie reprenne ses droits.Mais dans les autres modes d\u2019expression, et en particulier dans la gravure, on commence à voir s\u2019ébaucher ce que j'appellerais une esthétique de l\u2019'acharnation.À Possibles nous nous sommes déjà penchés sur l'éclatement idéologique mais n\u2019avons point suffi- 28 Lettre pour continuer samment fait l\u2019effort de voir que toutes les pièces de l\u2019éclatement ne sont pas équivalentes.Certaines ne sont que des vestiges, d\u2019autres sont vouées à disparaître sans laisser de traces, d\u2019autres enfin portent la mort nécessaire pour qu'une autre vie advienne après le vertige de se laisser emporter par le tourbillon de la soumission impériale.Il nous faudra, me semble-t-il, faire une plus grande part au travail d\u2019exploration critique qui vise à faciliter, avec ceux qui cherchent, la naissance d\u2019une nouvelle manière de connaître où la science et l\u2019art se répondent pour incarner l'espérance plutôt que de s'opposer pour mieux étouffer la vie.Un travail théorique plus soutenu et mieux centré sur les processus et les catégories intellectuelles mis en œuvre pourrait permettre une meilleure intelligibilité de toutes ces expériences qui ont été présentées dans nos pages.Il nous faut continuer de les débusquer aux quatre coins du pays mais en mettant un plus grand soin à chercher en elles ce qui interpelle nos engagements.La même remarque vaut évidemment pour ces œuvres que Possibles a trop souvent publiées sans prendre le risque et sans leur faire l'honneur de les interroger.Il nous faudra être plus curieux, rapprocher ce qui ne se donne pas pour comparable, dépasser l\u2019apparente étanchéité des choses et des œuvres.C\u2019est seulement ainsi que nous contribuerons à la création d\u2019un véritable pluralisme dont l'actuel éclatement reste le pire ennemi.Car le pluralisme n\u2019est possible que par le recours à un commun référentiel \u2014 le projet d\u2019une condition commune comme point d'ancrage des différences \u2014 alors que l'éclatement idéologique ne nourrit que les parti pris en faveur d\u2019existences séparées, cloisonnées et étrangères les unes aux autres; cela sans compter qu\u2019il cultive 29 Possibles - Cinq ans déja.dangereusement l\u2019unanimisme : chacun estimant que sa cause est la cause à laquelle tous devraient accorder priorité.La multiplication à l'infini des univers parallèles n\u2019aboutira jamais à la convergence plurielle indispensable à la viabilité de n'importe quel peuple.Prolongement de l\u2019atomisation des rapports sociaux, l\u2019éparpillement idéologique du Québec contemporain reste le signe le plus inquiétant des graves mutilations sociales et culturelles que subit notre société où le sériel l'emporte chaque jour davantage sur le communautaire.Et en un sens, lutter pour la réalisation ici d\u2019un pluralisme authentique c\u2019est certainement lutter pour faire régner la tolérance et favoriser l\u2019épanouissement des différences, mais c\u2019est encore et surtout lutter pour que l'existence même de la différence soit possible.Et à cet égard, il n\u2019y a pas à s\u2019y tromper, l'enjeu primordial porte sur la nature des rapports sociaux eux-mêmes.C\u2019est de la restauration et du renouvellement de notre sociabilité que dépendent en grande partie sinon en totalité, la signification et la portée de tous nos combats.Politique, économie, technique, écologie, etc.tout cela n\u2019est garant d'aucune amélioration authentique de notre condition sans que ne soit abordée prioritairement la question de la nature et de la qualité des rapports entre les êtres: entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux, entre enfants et adultes.Les problèmes de domination, de hiérarchisation et de ségrégation des rapports sociaux font déjà l\u2019objet de luttes le plus souvent sourdes mais combien fondamentales.Si l\u2019on fait exception des luttes des femmes et des débats soulevés par les différentes idéologies féministes, il faut bien admettre que l\u2019analyse de ces problèmes et des combats (déjà engagés ou à faire) sur lesquels elle débouche, n'ont connu dans la réflexion critique \u2014 à Possibles comme 30 Lettre pour continuer ailleurs, du reste \u2014 que de bien faibles développements.Et pourtant un questionnement plus vigoureux nous ferait voir sous ce jour un Québec sérieusement mal en point.Je songe par exemple au cloisonnement de plus en plus étanche entre les classes d\u2019âge.Les enfants et les adolescents d'aujourd'hui grandissent pour la plupart sans jamais véritablement vivre ni échanger avec des vieillards.Et dans certains milieux, je suis sûr qu\u2019ils vivent sans jamais même en voir ailleurs qu\u2019à la télévision.Vieillards qu\u2019on appelle de tous les noms \u2014 citoyens de l\u2019âge d\u2019or, du troisième âge, etc.\u2014 pour ne pas voir la mort inéluctable.Vieillards qu\u2019on condamne à vivre seuls ou entre eux pour ne point perturber l\u2019ordre de la marchandise.Les rapports intergénérationnels sont pourtant le seul moyen de garder la mémoire vivante, de donner aux vieux la sérénité de voir que tout ne fut pas en vain et aux jeunes le goût et le courage de continuer et d'aller plus loin.Et que dire de l'enfance sinon qu\u2019elle devra retrouver la place centrale qu\u2019elle a toujours tenue dans notre culture.Le miracle démographique auquel nous devons notre survivance n\u2019aurait jamais été possible sans l'existence d\u2019un véritable culte de l'enfance et des enfants.Réduire ce culte à une simple revanche des berceaux ou en faire une odieuse manifestation de l'exploitation du ventre de nos mères c\u2019est faire preuve d\u2019une scandaleuse étroitesse d'esprit en plus de faire injure à la vie qui nous porte.On a trop vu les moutons et pas assez que Jean Baptiste était un enfant.On en a vite conclu qu\u2019il s'agissait d\u2019un symbole de faiblesse et d\u2019immaturité alors qu\u2019en réalité l'enfant et le rapport à l'enfance que le personnage symbolisait, renvoyait aux fonde- 31 Possibles - Cinq ans déjà.ments mêmes de la société canadienne-française et de son penchant pour l\u2019égalitarisme.Jean Baptiste, dans la culture, c\u2019est l'enfance comme pôle d'attraction et d'interrogation de notre sociabilité.Ce n\u2019est pas un hasard si, de La Relève à Luc Racine ou Paul Chamberland, en passant par Borduas, tous les grands tournants culturels sont d\u2019abord annoncés par \u2018un appel en faveur d\u2019un retour à et sur l'enfance.Revenir à l'enfance c\u2019est certes toujours s'interroger sur les rapports d'autorité et de dépendance mais c\u2019est encore et surtout s'inquiéter de la place de la générosité et du dépassement de soi dans la communauté sans cesse à réinventer.Le rapport à l'enfance, parce qu\u2019il est la seule incarnation véritable de notre rapport a l'avenir et à l'espérance, reste le révélateur le plus sûr des fondements de tout projet prétendant au renouvellement de la vie communautaire.Et à cet égard, Possibles aura fort à faire pour amorcer une réflexion en ce sens : la plupart des idéologies dites progressistes sont fort peu inquiètes du grand enfermement de l'enfance qui s'opère sous nos yeux à grand renfort de subventions, d\u2019instances de contrôle et d'encadrement technico-psycho-punitif.Et quant au problème de la dénatalité qu\u2019on ne peut s'empêcher d\u2019aborder dès qu\u2019il est question de l'enfance, il faudra bien un jour y faire face lucidement.La revue, me semble-t-il, ferait une contribution utile si seulement elle parvenait à engager le débat dans des perspectives plus larges que celles où l'ont enlisé politiciens et technocrates des affaires sociales.Le spectre d\u2019une société vieillissante plane sur le pays.Et il pèse d'autant plus lourd sur les épaules de la jeunesse que la crise économique lui réserve un 32 Lettre pour continuer avenir sombre et complètement bouché.Il serait odieux de lui faire porter seule la responsabilité de surmonter le désastre qui, en fait, pèse sur nous tous.Aussi, les aînés ont-ils le devoir de contribuer au développement d\u2019un entrepreneurship collectif où la jeunesse trouvera la solidarité et la confiance nécessaire pour se jeter dans la mêlée.La tâche est immense : conquérir notre intériorité et reprendre la maîtrise de tout ce qui aujourd\u2019hui sème la détresse et fait notre dépossession.D\u2019une étoile à l\u2019autre, il faudra travailler la broue dans le toupette.Le futur commence maintenant et rien de ce qui peut être fait aujourd\u2019hui ne doit être négligé pour faire du Québec une terre aux milles visages du projet d'aimer.Guyenne, septembre 81 33 \u2014\u2014\u2014 \u2014 a = ee i \u2014 4 ps RAE pe PEER err = ee pe pars To = Las = Gabriel Gagnon Possibles ou possible Le petit «s» de couleur accroché au titre en noir de notre revue indique bien la tension fructueuse entre le réel et l'imaginaire, entre la dénonciation des forces économiques et politiques aliénantes et l'écoute des solidarités nouvelles, qui a inspiré nos efforts quotidiens des cinq dernières années.Du côté des «possibles», la tâche me semble bien amorcée.Nous avons voulu donner une voix aux expériences émancipatoires les plus significatives issues du milieu québécois, qu\u2019elles soient de caractère social, politique ou culturel.Du niveau de l\u2019organisation, nous avons cherché à faire déborder l\u2019idée d\u2019autogestion vers la vie quotidienne et l'élaboration d\u2019un projet de société qui nous soit propre.Nous espérons avoir ainsi contribué à introduire dans l\u2019univers idéologique québécois une sensibilité et des pratiques autogestionnaires.Un danger nous guette peut-être maintenant: l\u2019autosatisfaction, le repli sur les solidarités primaires, la projection exclusive dans l'imaginaire.Alors que s\u2019élaborent déjà les réseaux qui consolideront une société alternative où la plupart d\u2019entre 35 Possibles - Cinq ans déjà.nous pourront se sentir pleinement à l'aise, ne faut-il pas nous inquiéter davantage du « possible » unique et irréductible qui continue d\u2019être le lot de ceux et de celles qui, ici ou ailleurs, n\u2019échappent encore ni à la pauvreté, ni à la technocratie, ni à l'impérialisme.Ainsi, la souveraineté nationale est tellement réalisée dans nos têtes que nous n\u2019en parlons plus que de façon répétitive et incantatoire, lors des grandes crises constitutionnelles ou des échéances politiques importantes.Pourtant, la libération du Québec n\u2019estelle pas l'horizon essentiel de toute expérience autogestionnaire qui ne serait pas destinée à demeurer à la périphérie d\u2019une société elle-même marginalisée.De même, sans contenu autogestionnaire, le rêve péquiste risque d\u2019accoucher d\u2019une vaste bureaucratie dirigée de la Grande-Allée à Québec plutôt que de Sussex Street à Ottawa.Quel énorme travail à accomplir encore pour que la politique québécoise passe de la souveraineté du discours à celle de la vie quotidienne.Pour trop de péquistes, l'indépendance semble souvent un objectif exclusif à réaliser par n'importe quel moyen et sans souci de son contenu social éventuel.Ainsi, lors du débat d'urgence à l\u2019Assemblée Nationale sur le coup de force constitutionnel de Trudeau, la rhétorique répétitive des députés arrivait rarement à faire le lien entre la défense de l'autonomie et les besoins réels de la collectivité québécoise.D'ailleurs, si démocratique qu\u2019elle apparaisse à première vue, la vaste machine partisane qui organise les débats aux diverses instances du PQ a fini par concevoir des procédures dont l'efficacité apparente est loin de favoriser la participation du membre ordinaire ou le cheminement de l'innovation.Comment cette belle structure pourrait- elle se remettre à penser collectivement autant au 36 Possibles ou possible nom des inorganisés et des défavorisés qui l\u2019appuient que des classes moyennes qui la contrôlent, trop souvent à leur avantage exclusif ?Le débat sur les coupures budgétaires, s\u2019il n'est pas escamoté, devrait en être un bon indice.Loin d'abandonner à elle-même et à ses adversaires traditionnels une machine partisane et gouvernementale bien rodée, les autogestionnaires devraient, selon moi, chercher à en adoucir le poids, à en tempérer les dictats, à en contester les égoïsmes et les appétits, à en dévoiler les contradictions potentielles.Comme le proposait récemment André Thibault dans Le Devoir aux «progressistes non alignés », il ne faut plus que «nos vibrations soient réservées à la constitution, au régime de propriété des moyens de production, au dialogue Nord-Sud et à la puissance des multinationales » : encore ici, il demeure nécessaire de coller aux lenteurs, aux mesquineries et aux jeux qui constituent le « possible » inhérent à la conjoncture politique.Qu\u2019on me comprenne bien cependant: c\u2019est au niveau des municipalités, des quartiers, des nouveaux conseils de comté, des organismes scolaires, où la jonction entre la politique et les solidarités de base peut s'effectuer plus facilement, que nous devrions appliquer d\u2019abord notre option pour la conjoncture.La lutte contre les tendances technocratiques inhérentes aux activités des partis et de l\u2019État passe d\u2019abord par là.Tant que le pouvoir politique n'aura pas changé de forme, il restera important pour les autogestionnaires de trouver des canaux pour dénoncer ses aspects récupérateurs et en contrôler l'exercice de l\u2019intérieur.Si j'insiste à ce point sur la dimension politique globale inhérente à notre action, c'est que je me 37 A se Pi att Hi Ha An bE itt Aa A En i KS ca AY Ai A 3 i! i 4 1 He Pt! fi A PRIE RARE ERAS RA EE RANEY Possibles - Cinq ans déjà.demande si, sans trop s\u2019en apercevoir, POSSIBLES n\u2019a pas cheminé surtout jusqu\u2019à date dans ce qu'on pourrait nommer les secteurs «mous» de lauto- gestion : la culture, la consommation, l'habitation, la défense des collectivités menacées.Nous avons favorisé les résistances communautaires, le «vivre à côté» ou le «créer ailleurs» plutôt que la critique des principales structures aliénantes qui enserrent chaque jour ceux et celles qui ont «trop d'ouvrage» pour avoir le temps de s\u2019en libérer seuls.Avons-nous assez réfléchi depuis cinq ans sur l'insertion nécessaire du ferment ou de la sensibilité autogestionnaire dans le domaine du travail quotidien, en particulier dans les grandes entreprises hautement technocratisées, privées, publiques ou para-publiques ?Créer dix ou cent Tricofils ne pourrait suffire à transformer fondamentalement les structures de l\u2019industrie québécoise, alors que la démocratie économique devient un des enjeux essentiels de la crise qui affecte les sociétés industrielles avancées.La baisse prévue de notre niveau de vie sera-t-elle compensée par un contrôle accru des travailleurs et des usagers sur l\u2019entreprise et la société ?Cette question fondamentale, posée d\u2019abord avec acuité et courage par les ouvriers et les intellectuels polonais, devrait bientôt nous concerner tous.Peu touché jusqu\u2019à maintenant par ces perspectives, le Québec semble vouloir s\u2019y engager hâtivement et maladroitement avec le plan Biron qui prétend accorder certains pouvoirs aux travailleurs des PME contre leur participation au capital-actions de leurs entreprises.Les autogestionnaires devront être particulièrement vigilants et innovateurs sur ce terrain 38 Possibles ou possible où, encore une fois, le «possible» les cerne et leur interdit l\u2019évasion.Cherchons de façon concrète et soutenue à montrer comment certaines des formules proposées pour réformer l'entreprise peuvent être des leurres déguisant une exploitation accrue alors que d\u2019autres constitueraient des étapes importantes vers l'émancipation des travailleurs.Dans certains milieux progressistes, on nous a parfois taxés de «populisme à la couenne dure » parce que nous avions osé critiquer ou questionner au nom de la base les discours et les comportements des appareils syndicaux.Nous ne croyons l'avoir fait que lorsqu\u2018y apparaissaient des signes évidents de corporatisme ou de technocratie.Il n\u2019y a pour l\u2019autogestion pas plus de tabous à gauche qu\u2019à droite: peut-être même faut-il être plus sévères, lorsqu'ils s\u2019éloignent de leurs idéaux, avec ceux qui représentent le plus 7 fort potentiel d\u2019émancipation.Le mouvement syndical québécois n\u2019est pas seulement menacé par les multinationales américaines et un État québécois qui les laisserait agir à leur guise, tout en copiant certains de leurs comportements : il l'est peut-être davantage par ses contradictions internes et son refus de s'adapter aux nouveaux visages de l'exploitation et de l\u2019aliénation.Je me permets de mentionner un certain nombre de problèmes sur lesquels nous ne voulons pas nous interdire de réfléchir, au risque de déplaire aux ténors d\u2019une certaine gauche: la technocratisation croissante des appareils syndicaux et le rôle accru qu\u2019y jouent des permanents non élus par la base ; la faiblesse des mécanismes prévus pour la participation des membres ordinaires à l'élaboration et à la négociation des conventions collectives ; l'importance primordiale prise dans beaucoup de ces conventions 39 TRIAL ARIA fe Le.ne FA AT SRE \u2018ale Ba 2! à M a Re A > Hy Possibles - Cinq ans déja.par les questions de rémunération ou de sécurité d\u2019emploi au détriment de la qualité de vie au travail et de la participation au pouvoir dans l\u2019entreprise ; le corporatisme latent de beaucoup de leaders syndicaux des secteurs de l'éducation, de la santé et du bien-être où les usagers sont considérés comme de vulgaires consommateurs avec qui il serait impensable de partager une forme quelconque de pouvoir; le manque d\u2019intérêt pour de nouvelles structures de gestion où l'éthique de la responsabilité viendrait renforcer la nécessaire critique des institutions; l\u2019oubli réel, malgré les belles déclarations, de tous ces travailleurs et surtout travailleuses «au bas de l'échelle» qu\u2019une syndicalisation difficile oblige à compter sur une amélioration constante des conditions minimales de travail.Tous ces problèmes, nos propres expériences syndicales mais surtout notre sympathie agissante envers les nombreux travailleurs cherchant encore leur voie entre le corporatisme et la démobilisation nous obligent à les poser.Il nous faudra, avec d\u2019autres, aider le syndicalisme à les résoudre au lieu de le laisser devenir la proie des groupuscules ou la cible principale d\u2019une nouvelle droite bien introduite dans les antichambres du ministère des Finances et du conseil du Trésor.Espérons aussi que le nouveau mouvement socialiste en formation ne tentera pas d\u2019escamoter ces questions essentielles sous des rhétoriques importées.De son côté, POSSIBLES ne devrait s'attaquer en priorité ni à l'élaboration de projets globaux de société ni à la construction du modèle définitif où couler l\u2019autogestion québécoise.Continuons surtout 40 Possibles ou possible à accompagner le cheminement d'expériences concrètes, nous faisant plus critiques cependant à mesure que la popularité de l'étiquette autogestionnaire risque de recouvrir à la fois le meilleur et le pire.J'essaierai d'exprimer en quelques propositions simples quelques-unes des facettes de cette ambiguïté croissante.Le nouveau ne produit pas toujours l\u2019autogestion Notre goût pour l'innovation et le changement risque parfois de nous enthousiasmer rapidement pour tout ce qui semble inverser la technologie, miner la société, déconstruire la culture ou faire vivre autrement : Tricofil et les micro-ordinateurs, le JAL et Molinari, le Temps Fou et la publicité sociétale.Et pourtant, sous la critique de l\u2019État et de la technocratie se faufilent des forces qui tentent de nous projeter dans une société individualiste câblée dont elles contrôleraient les mécanismes essentiels.N\u2019allons pas confondre Toffler et Walesa, Reagan et Michel Rocard.Le capitalisme serait bien capable de récupérer aussi l\u2019autogestion.Le collectif n\u2019est pas toujours libérateur À POSSIBLES, nous évoquons souvent l'image de «fours crématoires autogérés» pour bien nous convaincre du fait qu\u2019au-delà des formes d'organisation, l\u2019autogestion appelle un certain contenu, certains choix de société, certaines valeurs.Dans l\u2019univers des groupes à structures collectives et communautaires persistent souvent des hiérarchies déguisées et des objectifs qui sont loin de conduire à une société moins 41 Possibles - Cinq ans déja.aliénante.Ainsi, la facon dont ils distribuent l'information ou les surplus éventuels serait un bon test pour évaluer les coopératives de production, les publics rejoints par les productions des collectifs culturels une bonne indication de leurs véritables orientations.Quant aux chemins de l'imaginaire, il demeurera toujours hasardeux de vouloir les baliser.Il faut parfois se méfier du populaire Dans le Temps Fou de septembre, Marc Raboy amorce une intéressante critique du militantisme au sein des nombreux groupes populaires qui ont jalonné le Québec des années 70.Voilà encore une piste qui pourrait nous convenir.La plupart de ces groupes dépendent de l\u2019État pour leur financement, ce qui les amène insensiblement à certaines formes d\u2019auto-censure ou de camouflage, ne serait-ce que dans l'élaboration des demandes de subventions.Sources d\u2019emplois pour de nombreux intellectuels «organiques», ils ont perpétué l'isolement entre des permanents rémunérés et actifs et une base de plus en plus démobilisée face aux revendications élaborées pour elle.Le mot populaire sert donc de plus en plus à déguiser un nouveau domaine réservé à la nouvelle intelligentsia.Un souci autogestionnaire incite ici encore à la vigilance et à la remise en question.La beauté n\u2019est pas nécessairement minuscule Au Québec, le «small is beautiful» de Shumacher est venu renforcer des tentatives artisanales et communautaires affectant déjà le mouvement autogestionnaire comme l\u2019ensemble d\u2019une société spécialisée jusqu\u2019à maintenant dans le repli stratégique.42 Possibles ou possible Pourtant, la fuite en forêt, les écoles Waldorf, l\u2019agriculture biologique, la ville à la campagne et même la revue POSSIBLES ne pourront suffire à enrayer l'implantation technocratique.Si contradictoire que cela puisse paraître, l\u2019'autogestion nécessite aujourd\u2019hui l'invention de nouvelles formes de coordination pour que nos pratiques marquent durablement le territoire comme l'imaginaire québécois.En ce sens, l\u2019autogestion est condamnée à devenir mouvement social ou à sombrer dans le folklore.Ceux qui, dans le monde, parient comme nous sur l\u2019avenir de l\u2019autogestion se regroupent maintenant autour de deux grandes tendances entre lesquelles il nous faudra sans doute choisir.Les uns, sous l'inspiration principale d'André Gorz et d\u2019Yvan Ilich, caressent l\u2019idée d\u2019une «société duale» où se développeraient côte à côte un univers social de type écologique et convivial détaché de la logique du marché et un secteur lourd et bureaucratisé auquel seraient réservées les activités économiques essentielles et les technologies aliénantes.La technocratie et l\u2019autogestion feraient ainsi bon ménage, les individus pouvant partager leurs semaines ou leurs vies entre ces deux mondes.L\u2019autre perspective, plus politique et plus globalisante, voit dans l'établissement de «la société duale » une façon détournée de faire accepter aux groupes défavorisés les effets d\u2019une crise économique permanente, tout en laissant libre cours aux activités des multinationales et des États.Pour un de ceux qui la représentent le mieux, Pierre Rosanvallon, l\u2019autogestion doit transformer fondamentalement la culture et la politique et non simplement réduire dans nos 43 Possibles - Cinq ans déjà.vies la part des activités aliénantes.Plus périlleuse que l\u2019autre, cette option implique des confrontations nécessaires avec les pouvoirs en place et un souci plus grand pour l\u2019ensemble des victimes du système économique mondial.Beaucoup plus subventionné que dans ces pays où autogestion se conjugue souvent avec autosuffisance, notre mouvement autogestionnaire risque d'autant plus facilement de se contenter d\u2019une «société duale » où il pourrait donner libre cours à ses phantasmes, sans trop de références au dur quotidien.Voilà pourquoi, je préfère pour nous Rosanvallon à Gorz.Sans nier la nécessité d'établir ici de nombreux hâvres autogestionnaires, je crois que nous n\u2019y serons jamais ni à l\u2019aise ni en sécurité tant qu'ils excluront l\u2019ensemble de nos concitoyens.La défense lyrique d\u2019une autogestion rêvée et la dénonciation d\u2019un «génocide » auquel nous continuons de survivre depuis deux cent vingt et un ans ne me suffisent plus.J'ai préféré esquisser sous forme d\u2019un plan de travail une tentative de jonction entre nos «possibles» et le «possible» de la société qui prend forme ici.44 Lise Gauvin Discours indirect Il m\u2019arriva un jour de me faire interpeller par un étre anonyme et pourtant cultivé, la moustache joyeuse, l\u2019air vaguement inquiet, la parole assurée, ni trop intellectuel, ni trop béotien, ni seulement citadin, ni seulement villageois, ni internationaliste pédant, ni régionaliste forcené, ni militant péquiste, ni militant marxiste, ex-syndicaliste et membre de coopérative, peu enclin à lire Lacan dans le texte mais plutôt amateur, comme plusieurs autres, de romans policiers, du téléjournal et d\u2019Actualité.Bref, quelqu'un de ni tout à fait bon ni tout à fait méchant ou, en d\u2019autres termes, le profil idéal du lecteur de Possibles.A mon grand étonnement, j'appris d\u2019ailleurs qu\u2019il était un de nos abonnés.Ravie de voir enfin un vrai lecteur, hors du cercle des amis, j'en profitai pour lui demander pourquoi il nous lisait.Il s'empressa aussitôt de me répondre qu'il ne lisait pas tout, que nous étions souvent beaucoup trop sérieux pour lui, qu\u2019il en avait un peu marre de nos savantes études avec notes en bas de page, de nos textes analytiques, descriptifs, dissertatifs, et qu'il avait même songé à un certain moment à se 45 ale TA Possibles - Cing ans déja.désabonner.Il nous accusa méme de le négliger, lui, l\u2019abonné, le fidèle, ou tout au moins de négliger son plaisir par excès de sobriété, voire de sévérité.Non seulement la maquette était-elle, à son dire, trop classique (il employa le mot «straight» plus exactement) mais la majeure partie des articles manquaient de passion ou d'humour, ce qui est au fond la même chose.La neutralité vous étouffe, ajouta-t-il.Le pressant de mieux identifier son plaisir et son attente, j'eus droit à de longs palabres sur la relation d'amitié qui devait s'établir entre les membres d\u2019un comité de rédaction et un abonné, et sur la nécessité d'impliquer profondément les uns dans cette recherche de l'autre.Il nous reprocha ensuite vertement le «pointillisme» de certains numéros, du genre tour d'horizon ou circuit touristique, le ton inutilement péremptoire de certains articles, du genre sermon sur la montagne : forme ultime de neutralité, l\u2019utilisation du nous évite le je (jeu ?) de l'implication personnelle.Entre le pur témoignage et l\u2019étude exhaustive- rébarbative, il y avait encore place, selon lui, pour des essais libres, suffisamment provocants pour inquiéter et prospecter.Il se dit également agacé de voir que tous les possibles évoqués il y a cinq ans empruntaient de plus en plus une voie unique, celle de l'autogestion, sujet de recherche par excellence des nouveaux sociologues et boulevard de l'innovation sociale.Il s\u2019étonna enfin de l'absence d\u2019un discours critique soutenu, dans les pages de la revue, sur les productions culturelles.Tout en appréciant à leur juste valeur les textes de création publiés, il dit s'attendre à ce que l\u2019on interroge davantage les événements, pratiques et objets de la culture québécoise contemporaine.A ce moment de notre conversation, j'osai lui demander ce qui malgré tout l\u2019intéressait dans nos 46 da Discours indirect Possibles.Il se mit alors à s\u2019animer étrangement, s\u2019embrouillant dans des phrases où les mots culture, politique, questionnement et vie quotidienne s\u2019entrechoquaient à qui mieux mieux.En écoutant bien ses tentatives de justification, je compris qu'il n'avait pas grand-chose du même genre à se mettre sous la dent, étant donné que Canadian Forum était en anglais, que Croc était décidément fort partial, Liberté trop spécialisé et Le Temps fou parfois un peu bref.S\u2019enthousiasmant de sa propre trouvaille, il nous souhaita le sérieux du premier, l'humour du second, le style du troisième, le dynamisme du dernier, auquel il ajouta la beauté plastique de Dérives.Il m\u2019avoua en rougissant qu\u2019il se laissait souvent séduire par Dérives, sa fantaisie mesurée, ses remises en question, ses témoignages et essais qui presque toujours bousculent et dérangent.Puis, prétextant quelque rendez-vous, l'abonné me quitta rapidement.J'eus juste le temps avant son départ, vu la pertinence de ses remarques, de l\u2019inviter à venir rejoindre le comité de rédaction.J'ai même songé à lui céder ma place. oe PR \u2014\u2014 \u2014 = PEN pa Pa \u2026 RER RE or = 5 a mee p= = ra TEXTES arr] ee po us So = Roger Lenoir Persévérance But: ce à quoi on tend, ce à quoi on s'efforce d\u2019arriver.Le but est au bout de la course.Objectif : but précis et concret vers lequel on se dirige par tactique.BÉNAC, dictionnaire des synonymes.Cinq ans déjà.Dans mon cas cela n\u2019en fait que trois.Trois ans où ma principale contribution à la revue a été, et est toujours, de répéter inlassablement la même question lors des réunions du comité de rédaction.Heureusement qu'avant de devenir membre de la revue on m'avait déjà appris que les moulins de Dieu broient lentement.que les fruits de la patience sont doux.et qu'à long terme nous sommes tous morts.Économiste de formation j'ai peu pratiqué mon métier.De 1970 à 1978 j'ai travaillé dans l\u2019industrie cinématographique: administration, organisation de la production, recherches, scénarisation.En 1976 j'ai réalisé avec Francois Brault le film «Tricofil c\u2019est la clef.» C\u2019est à Tricofil que j'ai rencontré Muriel Garon- Audy et Robert Laplante, ils y préparaient le premier numéro d\u2019une nouvelle revue: Possibles.Je me suis abonné et j'ai revu Robert Laplante à quelques reprises par la suite.49 RY RE Ra: Me Rt Ny fs | ; t Possibles - Cinq ans déja.À l'été 78 je devenais membre du comité de rédaction.La revue avait besoin de quelqu'un pour tenir ses livres comptables en ordre.Robert Laplante m\u2019en parla et proposa mon nom au comité de rédaction.Mon passé, entre autres candidat du FRAP dans St-Henri aux élections municipales de Montréal en 1970, et mon présent : intérêt pour l\u2019autogestion, implication à Tricofil\u2026 me rendaient acceptable aux yeux du comité d'alors.Quant à moi si j'ai accepté c'est que je souscrivais, et souscris toujours, aux options fondamentales de la revue telles que Marcel Rioux les avait définies dans le premier numéro de la revue: indépendance du Québec et édification progressive d\u2019une société autogestionnaire.De plus, certains passages de l\u2019article de Rioux m\u2019avaient plus particulièrement accroché : «.cette revue ne doit pas chercher à s'opposer à ceux qui tendent vers cet objectif global en partant d'analyses différentes et en privilégiant des moyens d'action différents.» «La revue \u201cPossibles\u201d se propose d'accomplir certaines tâches qu\u2019elle juge indispensables mais ne prétend pas occuper tout le champ des recherches que suppose l'édification d\u2019une société libre et socialiste.» «Notre démarche, sans écarter la description et la critique de la société contemporaine ni les options idéologiques, s\u2019axera donc davantage sur l'étude des praxis collectives et individuelles, \u2026 » «\u2026 il faut essayer de repérer dans les pratiques des collectivités et des individus celles qui 50 Persévérance recèlent des contradictions pour les analyser, les aviver, en dévoiler les possibles et en orienter le cours.» L'article n\u2019identifiait pas les «tâches indispensables ».Identifier ces tâches était en fait définir les objectifs de la revue, objectifs qui permettraient au comité de rédaction de contribuer à l'édification progressive d\u2019un Québec indépendant et autogestionnaire.Ces objectifs, je le supposais, étaient avant tout d'ordre intellectuel: petit à petit la revue fournirait aux autogestionnaires des idées, des thèmes, des modèles, des théories.bref un cadre de référence.Mon passage au FRAP, la connaissance assez poussée que j'avais de Tricofil et de la Coopérative d'habitation des Cantons de l'Est, m\u2019avaient convaincu que ce travail était en effet indispensable.Malgré le sens péjoratif que certains donnent aux mots «théorie» et «théoricien», il y a en fait peu de choses d'aussi utiles, ou nuisibles, qu\u2019une théorie.En août 78 on me remit factures, chéquiers, relevés de banque, etc.Ma première mission : préparer une demande de subvention.La revue n\u2019avait pas \u2014 et c'est toujours le cas \u2014 de procès-verbaux des réunions de son comité de rédaction, pas de politiques écrites, pas de plan de travail écrit.Parmi les documents comptables qu'on m'\u2019avaient remis je trouvai, égarée là par hasard, une série de questions que Gilles Hénault avait préparée pour une réunion du comité de rédaction d'avril 77.Il y avait entre autres questions : \u2014 La question nationale est-elle, pour nous, centrale ou marginale ?\u2014 Quelles sortes de liaisons pouvons-nous envisager avec les syndicats et autres organismes sociaux ou démocratiques ?Et dans quels buts ?CAE a me Le ee a ERE SE ery > Ea Possibles - Cinq ans déja.\u2014 Quels seront les points forts de la revue: textes théoriques ?Documents ?Enquêtes ?Textes de création ?Et en vertu de quels critères ?\u2014 À la lumière des réponses apportées aux questions précédentes, à quelles clientèles doit s'adresser la revue en priorité ?Puis le 27 août 78 ce fut ma première réunion du comité de rédaction.C\u2019était la «réunion annuelle» de la revue: une grosse réunion qui durerait toute la journée.Huit membres sur onze étaient présents.On parla tout d\u2019abord du secrétariat et de la situation financière de la revue.Puis chacun fit le point sur sa participation au comité de rédaction : \u2014 La revue n\u2019a pas de ligne, pas de problématique.\u2014 Ce manque fait que la revue n\u2019est pas une priorité pour moi.Le comité de rédaction n\u2019est pas un collectif.On n\u2019y discute pas.\u2014 J'envisage de me retirer\u2026 \u2014 Quelle est la place des écrivains ?\u2014 On se sent peu impliqué.\u2014 La revue n\u2019a pas encore défini son public.On pourrait mettre sur pied des comités de travail.Personnellement je remis sur la table le document de travail de 1977 de Gilles Hénault, et je demandai quels étaient les objectifs à moyen terme de la revue.Il était 12h 30, nous sommes revenus du dîner à 14 h 30.On fixa les sujets des numéros de l'année qui s\u2019amorçait.Le numéro 1: La ville.La décision avait été prise au printemps.Tout allait bien, c\u2019est-à-dire que les articles commandés entraient.Après un peu de discussion on décida que le numéro 2 porterait sur 52 Persévérance la Culture et le numéro 3/4 sur l'Éducation.À 16 h 00 c\u2019était fini.Cette premiére réunion m\u2019étonna.Le matin, la majorité des membres présents se dit peu ou pas intéressée a l'avenir de la revue.L\u2019aprés-midi, on oublie tout ca et on détermine les sujets des numéros pour l\u2019année.Mes questions, celles posées par Gilles Hénault il y avait plus d\u2019un an, et celles soulevées par d\u2019autres membres étaient demeurées sans réponse.Plus, aucune volonté de travailler à répondre à ces questions n\u2019avait été manifestée.Aujourd\u2019hui ces questions sont toujours sans réponse.La réunion du comité de rédaction qui suivit cette «première » (pour moi) fut tout aussi surprenante.Il y manquait encore du monde.J'appris que les poètes, quoique toujours disponibles pour nous aider, venaient rarement aux réunions.Je déposai un procès-verbal de la réunion précédente, avec mes commentaires et des questions sur les objectifs et les politiques de la revue.On ne tenta même pas d\u2019amorcer une réponse à mes questions.J'ai compris alors que le comité de rédaction ne voulait pas répondre à ces questions.Ces questions pouvaient être soulevées mais mon insistance à vouloir que le groupe y réponde transgressait une de ses normes.Depuis trois ans, lorsque je suis avec des membres de la revue, la question d\u2019avoir des objectifs est mon «running gag».Le comité se pencha sur le numéro en cours de production.Ceux qui le pilotaient nous dirent où ils en étaient.À chaque numéro la revue avait publié des textes qui n'avaient rien à voir avec le sujet principal du numéro.Robert Laplante soumit pour publication dans le numéro en production un texte intitulé «Penser ses possibles ».Le texte commengçait ainsi : 53 age LT A t Possibles - Cinq ans déja.«Outre la médiocrité, qu\u2019y a-t-il donc de si frustrant dans la ré-écriture plate et québécoise d\u2019un marxisme toujours en retard de deux ans sur la dernière mode parisienne ?» Certains membres du comité de rédaction s'opposèrent à la publication de ce texte.Ils étaient majoritaires.Robert cria à la censure et claqua la porte.On l\u2019accusa de vouloir imposer ses idées, d\u2019avoir des tendances facistes\u2026 Suite à des tractations le texte de Robert fut publié dans le numéro suivant (volume 3, numéro 2).D\u2019après la tradition orale de Possibles ce fut là une crise qui aurait pu faire tomber la revue.Je déduisis de cette réunion qu'en publiant ce texte plusieurs membres du comité de rédaction craignaient de perdre leur diplôme d\u2019intellectuel de gauche, ou encore de renier quelque chose.Et les m-l, à l'époque, semblaient en mener plus large qu'aujourd'hui dans les milieux universitaires.Le reste de l\u2019année se déroula dans la ouate.Seulement des réunions mensuelles, où durant une soirée nous faisions du travail de secrétariat \u2014 mise à jour du fichier des abonnés, facturation, expédition.\u2014 et où ceux qui pilotaient un numéro nous disaient où ils en étaient.Le pilotage d\u2019un numéro semblait demander pas mal de travail : surtout de nombreuses conversations téléphoniques.Muriel était responsable du secrétariat et Robert de la production matérielle de la revue.En mai 79 les quatre numéros du volume 3 avaient été produits.On tint sans tarder la «réunion annuelle » de la prochaine année (volume 4, 79-80).Le climat de cette rencontre était meilleur que celui de la réunion de septembre 78, mais les mêmes questions 54 Persévérance et la même décision, somme toute, de ne pas travailler pour y répondre revinrent.On décida des sujets des numéros du volume 4: «Les femmes» piloté par Muriel et Lise; un numéro spécial pour le référendum, piloté par Rioux, Robert et Gaston ; et un numéro double sur l\u2019autogestion, avec possibilité d\u2019un colloque sur le sujet, le tout piloté par Gabriel.En septembre, décision importante, nous avons décidé de tenir nos réunions aux 15 jours plutôt qu\u2019une fois par mois.Au début de 1980 Andrée Fortin s\u2019est jointe au comité de rédaction.En mai 80 ce fut une autre «réunion annuelle».Deux semaines avant la rencontre Andrée Fortin, Robert Laplante et moi-même avons distribué aux membres de la revue un texte de dix pages que nous avions préparé pour l\u2019occasion : «Pour en finir avec le bricolage».Le texte se voulait un document de travail «visant à amorcer un premier mouvement de travail concerté en vue de doter la revue d'un fonctionnement plus rigoureux».Il suggérait «une réunion par semaine en prenant bien soin de fixer auparavant un programme de travail assurant le fonctionnement par thèmes.» Une fois de plus la question des objectifs, des politiques, et du fonctionnement interne de la revue était posée.Lors de la réunion nous avons officiellement pris connaissance du départ du comité de rédaction de Muriel Garon-Audy et de Marc Renaud.La raison de ces départs : un manque de disponibilité.Il fut décidé de consacrer le tiers des pages de la revue au domaine culturel: poèmes, gravures, critiques.On fixa aussi les sujets des numéros pour le volume 5.Le texte qu\u2019Andrée, Robert et moi avions distribué fut discuté mais sans qu\u2019on en fasse une étude systématique.La proposition de nous réunir à toutes les semaines fut acceptée.55 Un FR Bt: Possibles -Cinq ans déjà\u2026 En octobre 80 ce fut le colloque sur l\u2019autogestion, organisé conjointement par Possibles et la Faculté d'éducation permanente de l\u2019Université de Montréal.Gabriel a été le grand responsable de cette manifestation.Ce fut un succès.Durant le même mois Jean- Pierre Dupuis s\u2019est joint au comité de rédaction de la revue, et plus tard, au printemps 81, ce fut au tour d\u2019Élise Lavoie.Durant l\u2019année qui s\u2019est terminée le 31 août 81, sauf pour la période des vacances, nous nous sommes réunis à toutes les semaines, tel que nous l\u2019avions décidé en mai 80.Cependant ces réunions se sont faites sans que nous nous fixions un programme de travail, et même sans que nous tentions de nous en donner un durant toute cette année.C\u2019est un exploit, inutile de vous le dire, qui n\u2019a pas été le fruit du hasard.Cette année notre «réunion annuelle» a eu lieu le 19 septembre.Une fois de plus la question de la définition de nos objectifs et du fonctionnement de la revue était à l\u2019ordre du jour: «À qui s'adresse la revue ?\u2014 Quel travail intellectuel se fait-il à la revue ?\u2014 Une revue c\u2019est plus qu\u2019un produit, c'est aussi et surtout un projet.\u2014 etc.» Cependant le climat de la réunion était bien différent de celui d'il y a trois ans: l'effet sans doute des réunions plus fréquentes.Cela a permis au chat de sortir du sac: si certains s\u2019opposaient à ce que nous nous mettions à la tâche de nous donner des objectifs, c'est qu'ils craignaient que le débat qui en résulterait fasse éclater et tomber la revue.Vous dire que le 19 septembre dernier le comité de rédaction a décidé de travailler à se donner des objectifs me semblerait exagéré.Il a été décidé de faire un numéro sur la question pour souligner le 56 Persévérance cinquième anniversaire de la revue.Avec des articles qui devaient être remis pour le 9 octobre, il y a eu peu de place pour un travail d'équipe.On peut donc dire qu\u2019avec ce numéro le travail est amorcé et en même temps qu\u2019une fois de plus il a été remis à plus tard.Bien sûr le bilan des cinq ans de la revue n\u2019a pas qu\u2019un passif, si tel était le cas Possibles ne serait plus là.Nous avons publicisé certaines expériences, certains faits, aider à comprendre certaines choses.Nous accordons autant d'importance aux régions qu\u2019à la grande ville.Nous avons publié des textes dignes d'intérêt et même peut-être importants pour l\u2019histoire de la pensée au Québec, comme par exemple les réponses d\u2019une vingtaine de poètes à la question : «Quels sont les possibles de la poésie dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui ?» (Possibles, vol.3, n° 2).Enfin la formule qui consiste a solliciter des collaborations extérieures nous immunise, nous l\u2019espérons, contre la «chapellisation».Cependant je crois que cette ouverture devrait aller plus loin et dépasser la simple commande de texte: je pense ici à des ateliers de travail sur des sujets donnés.Nous avons fait parfois des bons coups.Et là encore l'importance d\u2019avoir des objectifs, et non seulement des buts apparaît.Par exemple le colloque sur l\u2019autogestion, tenu en octobre 80, a fait ressortir de nombreux thèmes sur lesquels il convenait de travailler : le financement, le fonctionnement interne des groupes; démocratie directe et indirecte, les rapports bénévoles-permanents, structures, formation, participation ; les rôles des syndicats ; l\u2019utilisation des profits.Il y avait là matière à nous donner un programme de travail pour plusieurs années et commencer ainsi à fournir des outils à ceux, nous inclus, qui sont confrontés à certains problèmes.57 ig Possibles - Cinq ans déja.Faute d\u2019un plan de travail, d\u2019un effort soutenu, le colloque n\u2019a pas donné les fruits qu\u2019il pouvait donner.Pour la revue ce fut un bon coup mais ce ne fut que cela.Il en a été de même du côté «culturel».De par leur diversité, les réponses des poètes à la question « Quels sont les possibles de la poésie dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui ?» constituaient un témoignage éloquent non seulement sur la situation de la poésie au Québec, mais sur la situation du Québec tout court.Il n\u2019y a eu après la publication de ces textes aucune analyse, débat, ou quoi que ce soit de notre part, autant dans la revue qu'au comité de rédaction.C'était pourtant un bon coup.Avoir des objectifs nous permettrait de mettre deux bons coups en ligne.Si nos options fondamentales sont l'indépendance et l\u2019autogestion, nous avons assez peu souvent parlé de la question nationale.Et nous avons encore moins contribué à enrichir le débat.Pourtant ce n'est pas parce que tout a été dit sur le sujet, au contraire.Robert, bien sûr, en traite parfois dans ses textes apocalyptiques, mais à mon avis il faut aller plus loin.Par exemple, la thèse du «génocide en douce», ou génocide culturel, mérite d\u2019être reprise dans toute son ampleur, et aussi d\u2019être appliquée à des cas particuliers, à des secteurs d'activité: le fonctionnement de l\u2019industrie cinématographique, la télévision, l\u2019agriculture, les «lois» du marché.On se rendrait compte que cette thèse est plus que de la «littérature».Elle jette sur la réalité une lumière tout aussi éclairante et utile que la thèse de la lutte des classes.Et le phénomène est tout aussi «universel», pensons aux colonies américaines mais aussi aux colonies russes: Ukraine, Lettonie, Géorgie, Tchécoslovaquie, Pologne.58 Persévérance Pour certains à la revue ce thème n'est pas important: après tout cela fait 221 ans que nous survivons.Pour moi c\u2019est aussi une partie du problème: je suis fatigué de survivre et de me demander quelle vie de survivants auront nos enfants.Je sais qu\u2019un peuple ne disparaît pas comme des immigrants dans un melting pot.Un génocide culturel ça traîne longtemps : nous avons les Amérindiens sous les yeux.Et il y a plus.Les sociétés et les empires ont changé depuis le siècle dernier.Les managers n\u2019administrent plus seulement des territoires, des ministères ou des entreprises.Certains gèrent des mentalités, une civilisation.La CIA finance des études sociologiques et la publication de certains livres ; David Rockefeller, fondateur de la Commission Trilatérale, nous dit à la télévision que son organisme conseille les gouvernements sur des questions importantes auxquelles ils n\u2019ont pas le temps de réfléchir; des universitaires américains travaillent sur un projet à long terme intitulé «Monitoring the Future»; et pareils phénomènes seraient de peu de conséquences pour le Québec et les individus qui l\u2019habitent ?Nous sommes à l\u2019âge du management des cultures.Ce sera l\u2019autogestion, dans le sens que lui donne Rosanvallon (le mouvement d\u2019autoproduction consciente d\u2019une identité collective), ou alors les cultures seront produites par des ministères et des Trilatérales, et elles nous seront «vendues » par des mercenaires de la publicité sociétale.C\u2019est sur cette toile de fond que se pose pour moi, et d\u2019autres aussi, la question de l\u2019indépendance du Québec.Il y a donc beaucoup de travail à faire afin d\u2019infirmer ou de confirmer ces intuitions, et cela est le travail d\u2019une revue comme Possibles.Ceci nous amène à notre autre option fondamentale: l\u2019autogestion.S'il se donne des objectifs, 59 Possibles - Cinq ans déja.j'espère que le comité de rédaction considérera prioritaires les deux points suivants.Il y a tout d\u2019abord la question des surplus.Après les objectifs de la revue c\u2019est ma marotte préférée au comité de rédaction.Certains articles que nous avons publiés en parlent un peu.Je tiens à souligner ici que la question des surplus est fondamentale quand on parle d\u2019autogestion, qu\u2019il s'agisse d'analyser une entreprise, le comportement d\u2019un individu, ou un projet de société.La question soulève non seulement des problèmes dits techniques (systèmes comptables, échelles de salaires, qu'est-ce que des profits ?) mais aussi et surtout des questions morales.Par l'allocation de nos surplus nous définissons une partie du présent et une très grande partie du monde de demain.Nous sommes donc au cœur de l\u2019autogestion.Une autre question, à mon avis, à laquelle le comité de rédaction devrait accorder une place importante, c'est tout ce qui a trait au fonctionnement des collectifs : hiérarchie, leadership, volonté égalitaire, structures, règlements, formation, participation, processus de décision.Ce sont des problèmes pour toutes les expériences autogestionnaires que j'ai pu voir ou dont j'ai entendu parler.Compte tenu du fonctionnement du comité de rédaction de la revue depuis cinq ans \u2014 un beau cas, mais j'ai vu pire \u2014 nous serions sans doute parmi les premiers bénéficiaires d\u2019un effort dans ce secteur.En résumé donc, les priorités que j'entends soumettre au comité de rédaction pour l\u2019année qui débute sont les suivantes: un fonctionnement plus rigoureux du comité (au moins avoir des procès- verbaux); un travail plus systématique sur certains sujets : indépendance du Québec, surplus, fonctionnement des collectifs.Et persévérer.60 Jean-Pierre Dupuis Suis-je la nouvelle droite ?Déjà deux bières et ce n\u2019est que le début de l\u2019après- midi.Heureusement, j'ai un bon prétexte: ce sont mes vacances.Pourtant j'ai l'impression que la journée est mal partie.Enfin.Récapitulons.Je bois.Et ce, à l'atelier petit- bourgeois que nous nous sommes loués une gang de chums désabusés \u2014 Ridicule, Gros-Monstre, le Danseur de Ballet, le Macho et quelques autres \u2014 dans la rue Masson.Une déduction socio-géo- graphique s'impose : cet atelier est situé dans un quartier de travailleurs.La cause première en est que nous sommes des petits intellectuels radicalisés.Et la cause seconde qu'il y a au moins quelques-uns d\u2019entre nous qui ont l'excuse sublime dy avoir grandi.Morale consolatrice : nous ne sommes pas comme ces nouveaux diplômés universitaires \u2014 un peu drop-out et sympathiques \u2014 originaires de ville St-Laurent ou de Laval-sur-le-lac qui viennent habiter parmi la populace; nous sommes organiques, nous sommes écologiques quoi ! Entamons le chant granolarien.Nous ne sommes que deux à l'atelier aujourd\u2019hui.Nous ne sommes jamais nombreux.Toute une 61 Possibles - Cinq ans déja.réussite.Ridicule peinture et moi je fais dur.Qu\u2019est- ce que je fous ici?Et surtout qu\u2019est-ce que je fous dans cette revue?Dernier arrivant, atterrissage forcé.Serais-je le cinquiéme ou sixiéme sociologue, de réserve, frappeur d'urgence comme au baseball \u2014 jeu phallique par-dessus tout : les hommes tiennent leur pénis dans leurs mains et tentent de frapper dans le trou pour surprendre la défensive \u2014, pour porter secours, au cas où, au discours autogestionnaire en péril.Je pourrais toujours essayer de concurrencer.Envoie la compétition: articles dans Le Devoir, signatures de pétitions dénonçant l\u2019incurie de nos fabrioliques dirigeants, écrire LE livre.préfacé par Michel Foucault.Marde, je m\u2019en contre-crisse.Trois bières.Ça écœure un peu toute cette bière : est-ce que ça m\u2019en prend vraiment pour écrire ?Il semble que oui, comme ça prend à d\u2019autres la TV pour vivre.D'ailleurs la TV et toute la technologie audio-visuelle permettent la soi-disant solitude urbaine, la fausse émancipation des individus québécois de la grande tribu dont parle VLB.La solitude urbaine n\u2019est pas une émancipation mais un état schizophrène.La belle vie de célibataire en appartement est un mythe.Il n\u2019y vit pas seul : il baise avec la page centrale de la revue Playboy ou avec la TV à l'heure des films cochons; il regarde les séries télévisées pour combler son besoin d'amour ou pour pleurer seul dans son coin \u2014 les hommes ne pleurent jamais, c\u2019est bien connu, sauf seuls devant leur TV il écoute le dernier disque de Ginette pour avoir un peu de romantisme; il va dans les «crouzing» bars anonymes où il a beaucoup d'amis; et dans ces moments les plus euphoriques où il vit joyeusement son célibat, il prend une petite bouteille de vin, met 62 Suis-je la nouvelle droite ?un bon disque swignant et danse avec une chaise ou une moppe dépendant s\u2019il aime les petites grosses ou les grandes minces.C\u2019est le bonheur de l\u2019atome et le désastre de l'homme communautaire.Quatre bières.Que faire devant ce désastre monumental d\u2019une société vouée à l'apocalypse ?Qu'est-ce que chacun de nous peut faire?Fort simple: si la vie t'intéresse enrôle-toi dans une minorité opprimée.C\u2019est pas le choix qui manque.Il y en a des petites, des grosses, des locales, régionales, nationales et même des internationales.Sans oublier les sexuelles, les visuelles, les porteuses d'appareils, les sans-orteils et j'en passe.Seulement il y a un problème.Tu es un homme blanc, en santé, avec tous ses morceaux, avec une bonne job, et tu n\u2019aimes faire l'amour qu\u2019avec les femmes (du moins le crois-tu).Tu es peut-être de plus un de ceux qui supporte malgré lui métro- boulot-dodo, femme-enfants-petit pitou, journaux- radio-TV, matin-midi-soir.Tu es la sainte trinité quoi! Tu sais aussi que ça peut prendre encore quelques années avant que les hommes comme toi deviennent une minorité.Toute cette situation ne te réjouit pas : tu es pressé, stressé, la crise cardiaque te guette, tu veux refaire ta vie maintenant.Alors pourquoi ne pas choisir une minorité toute organisée.Comment faire ?C\u2019est assez facile.Par exemple : tu es un homme mais tu te sens des affinités avec les femmes ; tu as le goût d\u2019exprimer ta tendresse, de brailler tranquille.Si c\u2019est ton cas, je te conseille la grande opération.Pourquoi?Parce que tu feras d\u2019une pierre deux coups.Aux yeux des femmes tu 63 ERE Nd ve fo el > it -_ = = A cE me VOIR me ary Bo a ye ES er ASP?£s 2 % xy x rg) olf ¥ Ke 7 > Ng >» > % BA : ST 3 Sy / San Ly Coa oe \u2018 3 NA AO Pies es AE SN AERA SABINA) f \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 A PP oe LL oy PR ERTS ll = Marie Uguay Poèmes les jours suivaient les contrastes dessinés sur le mur dès la matinée l'espoir des longs arbres se délassant dans la fraîche distance du bleu et de l\u2019ocre le monde nous était fermé et nous étions séparés dans le même sommeil midi froissait la fenêtre et les toits il tombait de simples fardeaux de mémoires et [d\u2019appels chacun avait les coudes posés sur la table le monde nous était fermé jusqu\u2019au soir quand la pâleur engendre l\u2019ample lointain des surfaces et sa dure densité de méconnaissance mutuelle le monde nous était fermé il faisait nuit pour deux * * * 105 le cri d'une mouette crée la profondeur de l'air divise les rues en espaces incertains le vent est gris et sans effusion et nous sommes assis à la table où l\u2019on a déposé des tasses de café des fruits nous ne parlons plus attirés par la fraîcheur de l\u2019herbe et des nuages et tout ce qui passe projette ses ombres sur nos regards la pièce sent le bois coupé et l\u2019eau dehors nous savons que tout se prépare lentement à paraître 106 il fallait bien parfois que le soleil monte un peu de rougeur aux vitres pour que nous nous sentions moins seuls il y venait alors quelque souvenir factice de la beauté [des choses et puis tout s\u2019installait dans la blancheur crue du réel qui nous astreignait a baisser les paupiéres pourtant nous étions aux aguets sous notre éblouis- [sement espérant une nuit humble et légère et sans limite où nous nous enfoncerions dans le rêve éveillé de [nos corps SRE OR SE CE ONE OO PES CON DEEE RTE 107 la chaleur fera cercle autour de nous installés au fond d\u2019une chambre sous le treillis d\u2019un feuillage pauvre ou d\u2019une encoignure frais peinte il y aura ton visage découpé sur le bleu vacant de [l'aube avec les objets quotidiens dans leur signification de [tendresse le miel que l\u2019on tire de son bol ocre le lait qui s\u2019épanouit dans le noir du café le rideau qui se soulève et n\u2019achève pas sa retombée toute lente contraction aura abandonné tes pensées [et tes muscles je serai couchée au milieu de la lisse métamorphose glissée sous la palme froide d\u2019un ciel de pierre vide pour percevoir la traversée de tes paroles et le monde serait un gong initial dont on percevrait encore les longs anneaux de [vibration dans nos murs de sable 108 maintenant nous sommes assis à la grande terrasse où paraît le soir et les voix parlent un langage [inconnu de plus en plus s\u2019efface la limite entre le ciel et la terre et surgissent du miroir de vigoureuses étoiles calmes et filantes plus loin un long mur blanc et sa corolle de fenêtres noires ton visage a la douceur de qui pense à autre chose ton front se pose sur mon front des portes claquent des pas surgissent dans l'écho un sable léger court sur l\u2019asphalte comme une légère fontaine suffocante E en cette heure tardive et gisante les banlieues sont des braises d'orange tu ne finis pas tes phrases comme s\u2019il fallait comprendre de l'œil la solitude du verbe tu es assis au bord du lit et parfois un grand éclair de chaleur découvre les toits et ton corps 109 = ] ; ; n Hi Je vous remercie d'avoir pensé à moi pour ce prochain numéro | de Possibles.J'espère que ces poèmes vous plairont.Marie UGUAY | a A a TN al Ty 0 A \u2014.fr 110 ~~ \u2014 \u2014 = + A A & A «Cp ; at ç > .nn Se Ys PR oN & Bie sa Safi, a = fre À A VÉCUT \"Ne Bol \u201ca > MEL i re vs .M, 4 Ë A .y + = 4 A 3 10m ke 3 a, ov Ng * e mass de \u2019 ca a sur k a, © +3 3 44 te Vd +e ESA, AA ie eu B = Ba à te Î a > Are i vw.3 AZ es IN \\ = I ff p++.vt RD A RS LIAS i il] 47 SU Rees > .| { 2) : \\ d # A «J % © vor, ANT EY ne = à Pon + Sy SY + gr ota\" \\ | AA à + a 2 > + 7 N \\ ER + «Ps Ë Ke S hy $ ers Patate, io > pe éme {+ A) 9) Na sw = o > $ - Ton RE 64 » ) ] = 3) PE A OR pa = a ad A ces\u201d = ¥ 3 SN A J À CEN =X Te fot bp > F 3 ~ SRT ANY es À \u201con\u201d Te À HN vy) Cg NS Na # Sés A Ia \\ Ro ad = are Jj.# \"En A va E a & Wa a Fa éi \\ y re 2 es Cu f 1 dal\u201d 753 à 0 EX PN; = RE \\ à * a+ SZ = NN RS SN = 4 WY y ; » Qu >= 5a 3 =, ry Prk 2 6: ms = (YY ! J SIR Y bouquet de LeHnces AS Ea En pon Cu en em A ce Ens a ee ERR A pe pce qe mn Se PS CO ee S Pen Pate ES .> oo - ho pre Michel de Celles Un homme averti Monsieur Loignon s\u2019adonnait dans ses loisirs à des lectures sérieuses.Il ne trouva donc pas invraisemblable, en émergeant du sommeil un matin, de sentir chez lui comme une métamorphose.Il entrouvrit les yeux, un peu inquiet malgré tout.Ses deux pieds maigres et blancs dépassaient au bout du lit comme d'habitude.Sortant de sous l\u2019édredon une paire de bras poilus, mais normaux quant au reste, il repoussa les couvertures pour apercevoir son thorax plat, osseux et pâle.Il n\u2019y avait donc pas de raison de s\u2019affoler.Pourtant, a contempler la mouche qui se baladait au plafond ou le réveil qui d\u2019après la grande aiguille sonnerait bientôt, sa perception des choses était différente de la veille.Il distinguait de plus fins détails aux objets familiers, en même temps qu'il lui semblait embrasser du regard un plus ample champ.Observant les mouvements dans la chambre : le balancement du rideau devant la fenêtre, levée de quelques doigts en ce début d\u2019avril, au cadran la révolution tranquille de la trotteuse, il pouvait en suivre toutes les phases avec une conscience aiguë, à chaque infinitésimal instant, sans qu'ils parussent toutefois ralentis.153 i Possibles - Cinq ans déjà.Un éclair, il craignit d\u2019avoir acquis durant la nuit, monstrueux polyèdres aux milliers de facettes, les organes visuels exorbités d\u2019un quelconque orthoptère.D'un saut à la salle de bains, il fut face au miroir, qui le rassura: l'œil se montrait encore terne et la paupière lourde; mais paupières il y avait, sur des globes bien conformés dans les cavités placées exprès.Il se mit à sa toilette, fit et prit son petit déjeuner, partit pour le travail, l\u2019attaché-case noir en similicuir à la main.Loignon, de son prénom Narcisse, quadragénaire, célibataire et fonctionnaire, retrouvait son état de marche usuel.Comme chaque jour, il arriva juste à l'heure au ministère.C'était un bureaucrate exemplaire sinon typique, toujours à temps, jamais absent, et compétent.Ses confrères l\u2019asticotaient à l\u2019occasion : « Loi- gnon, plaisantaient-ils finement, une vraie montre, comme son nom l'indique».Il n\u2019en entretenait pas moins avec eux d'excellents rapports de camaraderie.Assidu, ponctuel, diligent mais sans excès, prenant ses pauses-café comme les autres, cordial avec tous bien que secret sur lui-même, il savait rire, blaguer ou discuter de sujets divers, qu\u2019il s\u2019agit de sport, de politique et parfois des arcanes de leur spécialité commune.Ces messieurs sévissaient dans le domaine des revenus et de la fiscalité.Loignon avait réussi le tour de force d'y gagner l'admiration de ses collègues sans susciter l'envie.Les changements causés par l\u2019informatique une décennie plus tôt, il les avait traversés sans problème, aidant volontiers ses compagnons à s\u2019y retrouver.On avait dû s\u2019initier au traitement des données extraites des formulaires d'impôt, s\u2019habituer 154 Un homme averti à décider quels rapports entraient d'emblée dans la filière de l'ordinateur, et lesquels feraient l\u2019objet d\u2019un examen plus attentif.La perspicacité de Loignon était devenue légendaire.Nul n\u2019avait son pareil pour repérer le contribuable qui voulait frauder le fisc.Les premières journées après sa métamorphose invisible, monsieur Loignon ne s\u2019inquiéta pourtant pas de ce qui avait pu lui arriver.Plutôt casanier en dehors du travail, il sortait peu, lisait beaucoup et n\u2019allumait que sporadiquement la télévision.Le fil régulier de sa vie lui fournissait donc peu de repères pour évaluer ce qu'il y avait de changé.À l'instar d\u2019un promeneur au bord de l\u2019eau, il ne pouvait mesurer son progrès dans le temps, à observer le cours d\u2019un lent fleuve uni comme un miroir.Chaque jour, en s\u2019éveillant, il retrouvait la sensation du premier matin : une vision à la fois télescopique et microscopique, une espèce de dilatation de la réalité ambiante.Elle le rendait sensible à tel nœud bizarrement convoluté, jusque-là inaperçu dans la boiserie de la fenêtre, lui faisait admirer au travers de la vitre, au bout d\u2019une branche dénudée sous la pluie, le gonflement graduel, l'allongement hésitant, l\u2019oscillation précaire, puis la chute soudaine d\u2019une goutte d\u2019eau.À ces moments-là, monsieur Loignon avait l'impression de se fondre en la matière, de participer vitalement à ses processus.Il goûtait frais et dispos ce délicat degré d\u2019ivresse, au-delà de l\u2019exubérance et en deçà de l'hébétude, qui donne une perspective simultanément reculée/rapprochée sur les êtres et leurs agissements, tout en conférant une lucidité impitoyable et sereine à leur égard.Dans le métro, ses préoccupations se tournaient vers le labeur qui l\u2019attendait au bureau.Les dossiers qu\u2019il y compulsait d'heure en heure et jour après jour 155 Possibles - Cinq ans déjà.se ressemblaient tous ; il continuait de les traiter avec la même efficacité que de coutume.L\u2019ennui ne l'effleurait pas; d'une certaine façon, il pouvait même reprofiter au travail de son degré de conscience accru, comme il s\u2019en rendit bientôt compte.Un simple crayon laqué de jaune luisant, fraîchement taillé, sur le formica blanc de son bureau, devenait la cible d\u2019un regard objectif, analytique et gratifiant.En une fraction de seconde, il enregistrait : a) le bâtonnet allongé, à section hexagonale, reposant sur un de ses côtés : perfection du contact entre sa surface et la table, d\u2019où, malgré la ténuité de l\u2019objet sur le plan, l'impression d\u2019une stabilité éternelle ; b) à la pointe, la mine comme un capuchon gris satiné, puis le bois nu d\u2019un cône tronqué, jusqu\u2019à l\u2019intersection avec les six faces planes de la partie centrale (subtile géométrie de petits arcs quasi ogivaux dessinant six pétales à la base); c) à l\u2019autre bout, enserrée dans une gaine de métal doré, la gomme à effacer comme un petit bonbon couleur de lait chocolaté.Ainsi, monsieur Loignon, s\u2019il n\u2019était pas dérangé, éprouvait-il des élancements sublimes sans interrompre sa besogne, que d\u2019aucuns auraient qualifiée de monotone mais dont l\u2019uniformité lui permettait justement d'accéder à un plan supérieur d'existence, si aucune agitation ne le ramenait les pieds sur terre.Son entourage au bureau lui donnait bien sûr d\u2019occasionnelles distractions.Par exemple quand la secrétaire du chef de service allait accorte et opulente à la photocopieuse.En ce milieu de printemps, il se contentait de lever momentanément les yeux.Venait- elle déposer une brassée de documents sur la table, il notait le grain de la peau dans le corsage, sans 156 Un homme averti recourir à la vue perçante qu\u2019il pouvait maintenant jeter sur la texture des choses et qui aurait dénaturé la perception esthétique de leur relief.À la cafétéria, où il mangeait à midi avec les collègues, l'agitation et les discussions, la mastication, la déglutition l\u2019amarraient au quotidien, l\u2019'empêchaient d\u2019appareiller, de voguer loin de la rive sur le fleuve du temps.Il restait avec les autres à fouler le sol.Au cours du mois de mai, à mesure que les semaines s\u2019écoulaient, certains échanges sur l'actualité firent toutefois prendre conscience à monsieur Loignon d\u2019un aspect au début caché de son évolution intérieure.De plus en plus souvent, à la suite d\u2019un commentaire sur le dernier exploit de l\u2019équipe locale de baseball, d\u2019une remarque sur la plus récente bourde d\u2019un politicien, il lui venait une surprenante certitude, celle d\u2019être au courant de ces faits depuis quelque temps ; ses voisins de table lui rafraîchissaient simplement la mémoire, pour ainsi dire.C\u2019est vers la fin de juin, en lisant un ouvrage de vulgarisation scientifique, que monsieur Loignon reçut la révélation du véritable effet de sa métamorphose.L'auteur tentait d'expliquer dans un chapitre sur la relativité la conception moderne de l\u2019'espace-temps : en particulier il fallait voir le temps comme une quatrième dimension dans laquelle tout objet, tout être, l\u2019auteur comme le lecteur, se déplacent dans la même direction inexorablement.Il était question d\u2019une vitesse c; elle caractérise la lumière ; aucune autre ne l\u2019excède.Cette vitesse, en découlait-il, découpe des régions dans le continuum spatio-temporel; on parle de cônes de lumière.Ils pourraient se représenter comme deux entonnoirs mis bout à bout en sens opposé, l\u2019un contenant le Futur, l\u2019autre le Passé.En dehors, il y avait l\u2019Ailleurs.157 v I 4 gt! Ri RY i iy pi Hat à Qui Bi) HR EI SR S RE Possibles - Cinq ans déjà.À ce dernier mot, monsieur Loignon faillit décrocher ; l\u2019ésotérisme ne lui disait rien qui vaille.Le nom d\u2019Einstein aidant, il fit toutefois confiance jusqu\u2019à la page suivante, où un schéma vint l'aider à comprendre.Le lecteur, exposait-on, devait s\u2019imaginer lui-même tel un vulnérable insecte sur une page blanche à la croisée d\u2019un immense X.Ce point d'\u2019intersection correspondait au lieu précis et à l'instant même qu\u2019il occupait.L'avenir se plaçait dans la région supérieure, entre les branches du signe alphabétique conventionnellement réservé à l'inconnu.Quant au passé, c\u2019est-à-dire les événements vécus par le lecteur, comme ceux qu'il apprenait par les mass-media et les livres, il devait se les figurer en divers points dans le triangle inférieur, celui dont cette lettre dessinait le sommet par ses pattes.Ce qui toutefois émerveilla davantage monsieur Loignon, ce fut de lire qu\u2019au fil des secondes, insignifiant cancrelat, lui-même rampait sur le papier en direction de l\u2019avenir, traçant ainsi dans le cosmos éternel une trajectoire : sa vie.Bien plus, il traînait sans relâche avec soi sur son dos la croix de Saint-André, dont l\u2019évasement supérieur engouffrait le futur et dont les pattes triangulaient un passé en irréversible expansion.Le symbolisme du portement de la croix porta monsieur Loignon à sourire, il n'avait guère la fibre religieuse.La lecture lui suggéra cependant une nouvelle analogie, qu\u2019il fignola et qui lui servit à s'expliquer son cas.(Car, faut-il d\u2019abord annoncer, Narcisse Loignon avait surtout compris, dans une intuition subite, irréfutable quoique diffuse, le phénomène incroyable qui s\u2019était produit.Depuis sa transfiguration nocturne, une petite partie de lui- même s'était séparée du reste ; elle devançait le gros de son moi dans le temps, elle lui communiquait maintenant des nouvelles du futur.) Il finit par se 158 Un homme averti représenter la chose à l\u2019aide de cette allégorie, que la relativité vulgarisée avait soufflée à son imagination : Un bateau descendait le cours d\u2019un fleuve.Il en était capitaine.De la poupe du navire, il pouvait apercevoir écueils, débris flottants ou bouées uniquement dans le sillage du bâtiment.La surface à l\u2019intérieur de ce vaste V figurait le passé; les objets discernés, les événements survenus plus ou moins loin dans l\u2019espace et le temps.À mesure que le bateau progressait, de nouvelles balises, d\u2019autres épaves entraient dans le sillage; elles devenaient visibles pour le maître à bord, et de ce fait anciennes.Or, une nuit, sans que le capitaine s\u2019en rendît compte, son second avait mis une vedette rapide à l\u2019eau, puis s'était élancé en tête.Depuis, l'embarcation précédait son unité d\u2019attache sur le fleuve.Le second non plus ne pouvait rien voir d'autre que la surface enfermée dans son propre sillage, mais de son point de vue les choses y pénétraient avant d'atteindre celui du vaisseau principal.De la sorte, des événements du passé par rapport à la vedette demeuraient temporairement dans le futur pour le capitaine.Par radio, le second était en mesure de les lui signaler.Ainsi, le seul maître après Dieu en arrivait à connaître des éléments de l'avenir.Par quelle audace un fragment du moi narcissique avait-il pu s\u2019en détacher, pour foncer vers l'avant ?Mystère ! Fort plausiblement par contre, cela s\u2019était passé durant le sommeil, la nuit de sa métamorphose.Le matin suivant, monsieur Loignon s\u2019était senti devant un horizon élargi, porté par un milieu élastique et bercé par sa respiration profonde.Eût-il fait part à ses connaissances de ce qu\u2019il croyait lui être arrivé, qu'on se serait sans doute moqué de lui.En fait, d'un naturel plutôt sceptique, monsieur Loignon aurait lui-même balayé de la main ces idées comme 159 Bt 4 Possibles - Cinq ans déjà.divagations, s\u2019il n\u2019y avait eu ce patent cas d\u2019une prophétie que, sans trop s\u2019en apercevoir, il s\u2019était indubitablement faite à lui-même quelque temps auparavant.Cas vérifiable et probant, parce que marquant un coup de barre dans le cours rectiligne et sans heurt de ses bureaucratiques occupations.Cinq ou six semaines avant, au début de mai, il avait comme entrevu en son for intérieur le chef de service s'adressant aux employés.Il visait à leur faire comprendre en langage prudent (« Vu la conjoncture économique difficile et l\u2019opportunité de ne pas accentuer le malaise social, \u2026), administratif (.il conviendrait d'accélérer le règlement des dossiers et, sauf réclamation abusive, de ne pas en accumuler pour analyse plus poussée des pièces».), qu\u2019on souhaitait en haut lieu relâcher les contrôles serrés sur les déclarations et hâter le remboursement des trop-perçus ; en clair, expédier au plus vite les retours d'impôts.Cette prémonition aida monsieur Loignon d\u2019une double manière.Employé foncièrement soumis, il commença dès lors à suivre d\u2019instinct cette directive encore inexprimée.En juin, quand elle fut de vive voix communiquée à tous par le supérieur, il avait ramené à deux ou trois les dossiers en attente sur sa table, lesquels chez ses confrères s\u2019amoncelaient en piles.Ce qui lui mérita bientôt une notation excellente.Monsieur Loignon, la puce à l'oreille, se mit alors à l'affût de sa mémoire prospective.Dès juillet, il crut pouvoir prédire à ses camarades la date d\u2019élections inattendues pour l'automne suivant.En septembre, elles furent annoncées.Cette prescience et sa note favorable firent soupçonner Loignon de jouir d\u2019accointances dans les officines du pouvoir.Certains confrères entreprirent de le courtiser, quelques-uns de 160 Un homme averti l\u2019ostraciser.L'affaire lui servit de pierre de touche vis-à-vis ses capacités prévisionnelles, et de leçon : il valait mieux garder le secret pour soi.Cette décision allait d\u2019ailleurs dans le sens des réflexions auxquelles ses nouveaux pouvoirs le poussaient.Depuis la révélation qu\u2019il avait eue, monsieur Loignon s\u2019était permis à diverses reprises durant l\u2019été de tirer profit de sa prévoyance, plus par amusement que par cupidité.Il s\u2019était essayé à parier avec des collègues sur les résultats des joutes clés de la saison de baseball.Il gagna.Ayant espacé ses apparents coups de chance pour ne pas être banni du jeu, il cessa de les provoquer dès qu\u2019il saisit, après l'affaire des élections, les inconvénients qu'il y eût eu à se trahir.Sans compter que ces gains négligeables requéraient un effort mental démesuré, une concentration soutenue, s\u2019il voulait dans le présent remarquer tel ou tel genre de fait éventuel par le truchement du futur.Pour l'instant, son information sur l\u2019avenir datant de six mois, monsieur Loignon se rendait compte en outre que de voir plus ou moins distinctement le futur comme un présent déphasé ne suffisait pas.Même en position de détecter un large échantillon d'événements à venir, il n\u2019avait ni la capacité de mémoire pour retenir toutes ces données, ni le logiciel pour les stocker en ordre ou les récupérer sur demande.Une machine a explorer l'avenir ne se concevait qu\u2019avec des radars temporels couplés a un gigantesque ordinateur: une fois saisie une foule de faits ultérieurs, il fallait en garder trace un temps suffisant pour étudier leurs innombrables rapports et dégager les facteurs cruciaux sur lesquels agir.Ayant abandonné le jeu futile et trop voyant d'utiliser son pouvoir pour des avantages tangibles, monsieur Loignon se pencha dès lors sur un problème 161 Possibles - Cinq ans déja.capital.Celui de sa mort.Plus raisonneur que sentimental, il se posa la question de la maniére suivante: quand se serait accru l'intervalle entre son moi du présent, charnel et sentant, et le moi du futur, fragmentaire et tout juste voyeur, quand il parviendrait a distinguer son propre décès, qu\u2019arriverait-il précisément ?Deux hypothèses surgissaient de prime abord.Suivant la première, une portion de son esprit, celle qui le précédait dans le temps, assisterait à son dernier souffle et, dépassant ce point censément final, continuerait de l\u2019informer des événements consécutifs à sa disparition.Sorte de sursis, de neuf mois supposons.L'idée avait un côté plaisant: il saurait avant terme quel souvenir il laisserait.Mais à la regarder de plus près, cette conjecture recelait un piège pour la raison.Connaissant les circonstances de son moment ultime, ne voudrait-il pas tout mettre en œuvre pour éviter de se trouver au lieu fatal?Il pourrait par exemple s\u2019embarquer pour un autre pays, comme un prisonnier sous libération conditionnelle en profite pour fuir à l'étranger.Devant cette éventualité, la réflexion s\u2019égarait.Ledit voyage, il se serait vu d'avance l\u2019entreprendre, et relâcher à des escales différentes de ce qu\u2019indiquait la prévision initiale.En vertu de quoi il devrait donc se trouver dorénavant à deux places à la fois.Ou trois, si la fuite elle-même comportant une fin prochaine, il modifiait de nouveau sa route.Mais pourquoi s'arrêter à trois ?Il n\u2019y avait aucune borne au nombre d\u2019endroits simultanément visités dans une tentative frénétique pour échapper au sort.C\u2019était intenable : I'immortalité recherchée exigeait l\u2019ubiquité la plus totale! La deuxième hypothèse éliminait cette difficulté.Elle consistait en ce qu\u2019il mourût de corps et d'esprit à l'instant même où, pèlerin du futur, son moi vision- 162 Ps Un homme averti naire deviendrait témoin du décès anticipé.Or voilà, on se butait de nouveau à une incohérence.Si d\u2019apercevoir un jour sa disparition provoquait celle-ci sur-le-champ, il décéderait en fait neuf mois avant la date prévue.Un autre neuf mois auparavant, il aurait donc dû voir d'avance son extinction ; ce qui lui aurait fait casser sa pipe du coup.Ce dont le spectacle encore neuf mois plus tôt l\u2019aurait fait loucher, puis trébucher dans la tombe dés ce moment, ce qui.Ainsi de suite, le raisonnement pouvait se continuer jusqu\u2019a ce que I'amovible laps de neuf mois écrase en reculant la durée actuelle, tuant Narcisse en train de ratiociner.Devait-il se croire déjà cadavre ?Après s'être tâté, il jugea fondé de nier une conclusion si absurde.Monsieur Loignon avait donc démoli les hypothèses les plus immédiates sur le pronostic de sa mort.Restait cette redoutable théorie, pour la pensée triste bagne, selon laquelle le monde qui nous emprisonne, de par son absolue nature et pas à cause de notre appréhension lente et embrouillée, échappe à la logique, et de même notre destin.Il faillit s\u2019y résoudre, lorsque une autre possibilité lui vint à l\u2019idée, un soir qu\u2019il relisait un chef-d\u2019œuvre du nonsens.Un miroir plan, de dimension infinie, érigé à l'endroit où le temps prend fin dans son cas, fait face à Narcisse qui s\u2019y dirige, sans le voir pour l'instant.Un jour, toute la perspective se modifiera : apercevant encore les événements futurs entre son présent d'alors et l'immense glace polie, il commencera surtout d\u2019y revoir le déroulement de son passé, à mesure que sans rémission continuera de diminuer sa réserve d'avenir.Car, au dernier moment, il ne passera pas a travers le miroir.Quoi qu'il fasse, qu\u2019il 163 Possibles - Cinq ans déjà.tente d\u2019infléchir d\u2019un côté ou de l\u2019autre son mouvement vers cette muraille réfléchissante, il finira par la percuter mortellement, tel un passereau leurré par la paroi de vitres métallisées d\u2019un gratte-ciel futuriste.La trajectoire de sa vie aura croisé celle de son destin reflétée à la surface.Aux yeux de monsieur Loignon, cette hypothèse s'avère enfin satisfaisante par sa rationalité.Comment acceptera-t-il le sort dans la réalité?Il faudrait discerner d\u2019abord le miroir avertisseur.Plus d\u2019un an et demi s\u2019est écoulé depuis sa métamorphose.Il poursuit sa vie régulière et rangée.Elle n\u2019est pas dépourvue des plaisirs simples qu\u2019il s'accorde depuis toujours, même s\u2019il recourt peu à son pouvoir d'anticiper l'avenir.Seulement pour deviner d\u2019un coup d\u2019œil fugitif la couleur du temps à venir, jamais pour en tirer parti.Son choix de lectures s\u2019est modifié.Il lisait beaucoup de nouveautés; depuis quelques saisons, il fréquente les classiques et les moralistes des siècles passés, dont les sentences, maximes ou réflexions préfigurent d\u2019étonnante manière les interrogations contemporaines.À son instar, les écrivains d'antan paraissent avoir connu le futur et, mieux qu\u2019il ne pourrait le faire, en avoir parlé à propos.Souvent il les cite à ses collègues.Eux qui le taquinaient sur sa régularité ironisent maintenant sur son traditionalisme.Curieusement, les allers-retours furtifs de monsieur Loignon entre le présent et l\u2019avenir le font passer pour passéiste.164 pu are ct oe = hs = ere = Ri SE & Ted diver A o su ré 4 th Ve x ne à x.pot 44.x è S er SE | Se za EN \u201ca 3 Ro ND FN DS A = ee \u2014 ee RS yd 23 J ET Ny ; 7 Lu 7 xy x J 2 Se NS 7/7 a 7 2 < No v4 SH T= = Hd Pa 7 pa LE ECS = NS ho A NS & ù x A4 py RE a } LE 5 ç.SE 4753 Sex oe ++ _ : an rn - > @ pre pu Pe RER fr ET £09 § be it monument\u201d à Onli A Courtepointes et pointes sèches Se \u2014 Y a-t-il de la grandeur à vivre petit ?Nous sommes une famille de trois membres (un adulte, deux enfants).Nous habitons un petit logement, peu meublé.Notre budget est modeste et nous mangeons des aliments compacts (haute valeur nutritive dans peu de volume).Nos vêtements sont résistants et souvent faits-maison.Nous choisissons des loisirs dont on peut tirer un profit culturel, social ou même physiologique (le sommeil est un de nos loisirs).Quant à notre implication sociale, elle se fait quotidiennement dans nos milieux de vies: notre comportement même a une valeur exemplaire pour la lutte contre le gaspillage et l\u2019individualisme forcenés de notre société.Nous avons une conception intégrée du travail comme dynamique de (sur)vie.Et quand parfois nous nous égarons dans une heure creuse, il nous est encore permis de rêver au «plus ou moins»: plus ou moins de biens, de temps, de lieux ou de gens à connaître et aimer avec une 169 Possibles - Cinq ans déjà.bonne foi et un courage jamais démentis et toujours productifs.Nous essayons sincèrement d\u2019être à la hauteur des plus belles aspirations de l'homme socialisant et/ou démocratisant.Nous avons une vie bien organisée et nous tentons de cultiver l\u2019art de penser.Le hic, c\u2019est que nous avons la nostalgie de la gratuité.Parfois, devant un visage ou l'image d\u2019une forêt, un morceau de tarte aux pommes ou une intuition de génie, on perd un instant le sentiment du geste conséquent et on n\u2019a qu'une envie : jouir sans calcul et sans appréhension de la beauté et de la grandeur du monde.C\u2019est alors que nous croyons que, si personne ne nous le permet, nous allons entrer de plein droit dans la jouissance de vivre.Mais, serons-nous taxés de déviance ?Élise LAVOIE Un manifeste de l\u2019auto-édition Cet été est apparu discrètement dans les librairies québécoises un petit livre au format inhabituel (13 cm x 21 cm, broché) c\u2019est le Manifeste des Éditions à maison de Agathe Genois.Ce petit livre polycopié à 600 exemplaires nous raconte tour à tour une brève histoire de l'édition et les démarches qu\u2019un auteur doit accomplir, les épreuves qu'il doit traverser avant que son livre soit publié.Il contient aussi des notes sur l'édition régionale, des témoignages d'auteurs qui 170 Courtepointes et pointes sèches se sont publiés eux-mêmes, une liste d'adresse utiles et surtout, des conseils pratiques pour ceux qui voudraient se lancer dans l'auto-édition: choix du format, des méthodes d'impression et trucs de distribution.Saviez-vous qu\u2019il existe un regroupement des auteurs-éditeurs autonomes (RAEA) dont l'adresse est: C.P.157, succ.C, MTL, H2L 4K1; tél: (514) 526-8066.Ce manifeste tombe pile dans le contexte actuel.L\u2019édition «officielle » en crise, ne publie que ce qui va bien se vendre: auteurs connus et livres de cuisine; elle ignore ce qui se passe dans les régions et tous les discours marginaux comme ceux des femmes et des groupes alternatifs.L\u2019auto-édition est la seule solution pour ceux qui ont quelque chose a dire mais qui ne trouvent pas de lieu pour le dire.Auto-édition, autogestion, cela est plus ou moins en résonnance puisque de toute façon c\u2019est seulement dans la «presse parallèle» que l\u2019on entend parler d\u2019autogestion.L\u2019auto-édition c\u2019est aussi en fait ce que font tous les groupes qui lancent des revues, qui éditent des feuilles de chou et des bulletins d\u2019information, phénomène qui prend de plus en plus d\u2019ampleur alors que l\u2019époque des revues dans lesquelles tout le monde \u2014 ou presque \u2014 se reconnaissait, comme Parti Pris ou Mainmise, est bel et bien terminée.Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet passionnant, écrivez à Agathe Genois pour vous procurer son livre : Les Éditions à Maison, 1713 rue Panet, Mtl, H2L 2Z7, tél.: (514) 523-3211.Son livre ne coûte que 4,50 $ pour plus de 120 pages.L\u2019auto- édition, en plus, ça revient pas trop cher\u2026 Andrée FORTIN 171 Possibles - Cinq ans déjà.Les anges gardiens du grand cirque extraordinaire Ce cirque, c\u2019est celui qui prit la piste l\u2019été 81, à Montebello.Le grand chef des prédateurs capitalistes, M.Reagan, est venu signifier aux plus petits prédateurs que c\u2019est lui le maître et que les autres doivent s\u2019accommoder de ses politiques économiques.Point, a la ligne! Le cirque terminé, je lus dans les journaux que les Canadiens avaient doté chaque participant d\u2019un ange gardien qui devait l'accompagner et l\u2019initier aux énigmes de la société canadienne et de sa colonie, le Québec, où se tenait le sommet capitaliste.Une retraite fermée donc, chacun avec son ange gardien.Pas étonnant qu\u2019aucun des participants ne perdit une seconde avant de retourner dans son pays.Je n'ai retenu qu\u2019un nom, celui de M.Chrétien, à qui fut dévolu le soin de gardienner le Président de la République française.Comme M.Trudeau pense énormément de bien de ce Chrétien et qu\u2019il était président du sommet, on peut penser que c\u2019est lui qui l\u2019a délicatement assigné à veiller au bien-être matériel et spirituel de M.Mitterand.C\u2019est une idée géniale ! Que seul M.Trudeau pouvait avoir ! Le pauvre M.Mitterand ne se sera pas trop bidonné pendant ce sommet ! Comme l\u2019on dit qu\u2019il ne parle pas anglais, ni ne le comprend, et que la langue du sommet était l'anglais, il était contré dès le départ.On peut supposer que M.Trudeau lui avait octroyé, dans sa munificence, un traducteur de la même farine que M.Chrétien, c\u2019est-à-dire un interprète qui ne 172 Courtepointes et pointes sèches parle ni anglais ni français mais un sabir qui tire sur le pidgin.Pauvre M.Mitterand, lui si féru de belle langue et de littérature, il aura trouvé son Waterloo au Canada et dans la province canadienne de Québec, dans l\u2019ancien fief de Papineau, l\u2019instigateur principal de la Rébellion de 1837 contre les Anglais.Et si c\u2019était justement ce que M.Trudeau voulait ! On sait qu\u2019il voit toujours grand et loin.Pourquoi ne pas faire sentir à M.Mitterand \u2014 un maudit Français que les Québécois courtisent par les temps qui courent \u2014 que le Québec ne vaut pas une messe ?On y parle anglais à Montebello ; toutes les armes et polices canadiennes y maintiennent l\u2019ordre impérial et ceux que l\u2019on dit parler français parlent plutôt pidgin.Le grand au Québec, ce n\u2019est pas ce petit M.Lévesque, mais le grand M.Trudeau.Il fallait que le Président en fût informé pour que l\u2019idée lui passât de se mêler du sort de ces indigènes.Qui oserait alors se battre pour le «lousy French» des Québébois ?M.Mitterand se serait montré, selon les journalistes, assez tiède envers les petits Québécois, venus le voir après le Sommet des Grands.Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes ! Mais on peut légitimement se demander comment un ange gardien accomplit sa tâche dans un sommet.Mais comme tous les autres anges gardiens ! Nous savons par le petit Catéchisme qu\u2019il est sans cesse près de vous mais qu'il est invisible.M.Mitterand, élevé catholiquement, sait tout cela.Il sait dès le départ que quelqu\u2019un l'accompagne partout et qu'il va lui souffler discrètement à l'oreille ce qu\u2019il faut faire et ne pas faire! C\u2019est rassurant ! Ça évite des gaffes ! Des faux pas ! La première fois qu\u2019il vit M.Reagan, il aurait eu la vive impulsion de lui sauter à la crinière et d'en extirper toute la teinture.De le pousser en 173 Possibles - Cinq ans déjà.gros plan pour faire voir du temps «l\u2019irréparable outrage».C'est là que pour la première fois l\u2019ange gardien intervint.«François», dit-il, lisant ce que M.Trudeau avait écrit à l'encre invisible, «un Florentin aussi matoi (sic) et rusé que toi, sait cacher ses sentiments et attendre le moment propice pour grafigner et frapper.Tiens bon et montre tes dents blanches à M.Reagan».Et c\u2019est ainsi que tout a recommencé! M.Mitterand ne devait plus jamais retrouver son ton belligérant.Même quand il ne comprenait pas ce que son ange lui disait dans son sabir, il se disait que le ton agressif des borborygmes du Chrétien voulait indiquer qu\u2019il ne lui fallait pas suivre ses impulsions.C\u2019était pendant les repas, moins quand il buvait que lorsqu'il mangeait, que François eût bien voulu se laisser aller et dire ce qu\u2019il pensait vraiment de tous ces castors et crapauds, de tous ces mots français, mots de bonne chère et de bonne compagnie, que l\u2019on assassinait à qui mieux mieux.Il aurait eu le goût de montrer à tous ces cuistots et marmitons que les crimes es-gastronomies leur mériteraient le feu éternel.On ne se moque pas impunément de la langue française, ni de la cuisine française.Ces deux mamelles du prestige national prenaient au sommet des allures de seins postiches.C\u2019est encore là qu\u2019intervenait le plus efficacement le Chrétien de Trudeau.Bien qu\u2019invisible, parce qu\u2019ange devenu, il ne pouvait, le pauvre, s'empêcher de chuinter et de postillonner.François sentait tout de suite que le cave se rebiffait.S'il disait tout ce qu\u2019il avait sur le cœur et sur la langue, il ferait, parmi ces hommes et femmes à chevaux \u2014 eh! oui! Mme Thatcher était du nombre, comme une bonne Britannique \u2014 figure d\u2019esthète et d'homme de lettres.C\u2019est la malédiction suprême en cette belliqueuse compagnie! Chrétien lui dit : «François, tu aurais l'air \u2014 les anges gardiens 174 Courtepointes et pointes sèches tutoient volontiers \u2014 tu aurais l\u2019air d\u2019une tapette».François ne comprit pas bien ce mot, peu utilisé dans sa province, mais au postillonnage abondant du Chrétien, il s\u2019aperçut que ce ne devait pas être très catholique.Il avala de travers pour la quatrième fois depuis le début du repas, ajusta sa cravate, jeta un coup d'œil au Japonais, qui devait lui aussi le regarder à travers ses lunettes de soleil esquimaudes \u2014 il ne les avait pas achetées mais les possédait depuis sa naissance \u2014 et s\u2019efforça d\u2019avaler vite quelques morceaux de la truite au sucre d'érable qui nageaient dans une sauce suprême.Enfin, le repas se termina sans que François ouvrit la bouche \u2014 un peu plus quand même que Mme Thatcher qui mangeait comme elle parlait, sans qu\u2019un muscle ne bouge dans son visage.En guise de consolation, le Chrétien lui dit qu'il lui fallait s'initier aux manières des Grands de ce monde.«Giscard, dit-il, était passé maître dans l\u2019art d\u2019ouvrir la bouche, et de ne rien dire ni ne rien manger !».On se demandera comment le Président en arriva à décoder tous ces messages que le Chrétien, invisible, lui lisait tant bien que mal.C\u2019est le secret le mieux gardé des armées canadiennes.Comme il existe dans ce pays beaucoup d\u2019anges gardiens \u2014 a commencer par la «Royal Canadian Mounted Police» \u2014 il faut trouver des techniques qui puissent, tout en passant inaperçues, influencer les comportements des suspects et des caves.C\u2019est de la très haute technologie électronique: c\u2019est un laser amélioré qui postillonne et grimace et qui fait passer les messages sans que les intéressés y voient goutte mais dont ils entendent «toutte».C'était la première fois à Montebello qu\u2019elle était utilisée à l'échelon international.Réussite totale ! Mitterand se comporta comme un mouton.Donc, moult pétages de bretelles au Q.G.de M.Trudeau! Qui aspire depuis à une carrière internationale ! 175 Possibles - Cinq ans déjà.Le Chrétien marqua sa dernière victoire à la toute fin du séjour de Mitterand.Vers dix-sept heures, le Président ne se sentait plus d\u2019aise ; il allait quitter le Canada de Trudeau et de Chrétien et coucherait, ce soir-là, à Paris.Il faisait ses bagages quand il voulut exprimer sa reconnaissance à la soubrette qui s'était occupée de lui pendant son séjour en Canada.Ses titres n'étaient pas minces : elle avait réussi, provençale qu\u2019elle était, à se faire passer, auprès de tous les services de sécurité, comme une Britannique de la très canadienne province de la Colombie anglaise.Faut le faire ! Les soirs de sommet elle avait bordé le Français en lui chantant des bourrées d'Auvergne et des Marseillaises qui lui rappelaient toutes son pays.Elle allait même, pour le dédommager du Chrétien de service \u2014 qui n\u2019en pouvait mais, assis sur le bord du bol d\u2019aisance, où on l'avait relégué \u2014 jusqu\u2019à lui parler le patois de Latche.François s\u2019en pourléchait les babines, au grand dam du Chrétien qui regardait si l'eau du bol était aussi bleue que les cieux qu'il servait.Or donc, dans un grand geste de Président, François délia les cordons de sa bourse présidentielle et pensa offrir à Marinette \u2014 c\u2019est ainsi qu\u2019il la nommait en souvenir de Jules Renard \u2014 ô littérature \u2014 un pourboire qui ferait pâlir l'étoile du triste M.Reagan.Les gros riches, comme tout le monde le sait, ne sont plus ostentatoires, depuis Thorstein Vebeen.Pour la dernière fois, l'ange Chrétien intervient.«François, tu sais qu'ici tout se sait très vite.On saura que tu as donné un pourboire fabuleux à cette femme.Ce sera assez pour déchaîner les langues et raviver ces clichés du Français léger et coureur de jupons.Ne ternis pas plus qu'il ne faut la réputation 176 Courtepointes et pointes sèches de ton pays qui est déjà si entamée.De plus, certains penseront que, pendant le sommet, vous avez parlé français, entre vous.Une enquête sera ouverte contre la pauvre fille.Car il fallait parler anglais, ou, à la rigueur, pidgin.C\u2019est ainsi que le Président français quitta le Canada, complètement frustré et se répétant les mots et les expressions de sabir du Chrétien.Il se prit à penser à la revanche qu'il prendrait l'an prochain en France, lors du huitième sommet: il obligerait le Chrétien à parler français.C\u2019est là-dessus qu'il s\u2019endormit dans l'avion, un petit rictus au coin des lèvres.Marcel Rioux 177 sors _ 200 oy va o Cy TT apy \u2014 [Py wry fr xy _- a er Loss ES oe ee Fog == Te Xs a CELL TS tc come sme = 2 ora oe i me ne oe me po = as Tee Ed aie Ee fs Choc =X Grose ec BS = = er pce pas Ei _ Agr Er J _\u2014__ = dr fu -1 il = = ey i Sly Un ir die, = My = Adres Moon le dès Sure 5 Lz A = = Publications de l\u2019ACSALF Depuis quelques années, l'ACSALF pratique une politique de publication des actes de ses colloques, afin de favoriser les échanges et les débats entre sociologues et anthropologues.Trois « Actes » sont déjà en circulation : \u2014 La souveraineté du Québec : aspects économique.politique et culturel \u2014 La transformation du pouvoir au Québec.Les citovens et les appareils \u2014 Travailler au Québec Une brochure concernant la politique des sondages, préparée conjointement par J'ACSALF et la Société canadienne de science politique, est également disponible.Tous ceux et celles qui désirent se procurer ces ouvrages, pour leur usage personnel ou comme texte de référence pour des cours, peuvent en faire la demande au Secrétariat de l'ACSALF.en utilisant le bon de commande.Bon de commande pour les publications 4 Je désire recevoir les publications suivantes M.ou Mme LL LL 2020 Adresse a K Ville \u2014\u2014\u2014 Case postale ; Priv a Nombre Sots I unite d'exemplures total \u2014 La souveraineté-association © aspects économique.politique et culturel \u2014 Sondages politiques ct politique des son- A dages au Québec Is ir \u2014 La transformation du pouvoir au 15S Hy Québec.Les citoyens ct tes appareils s Re \u2014 Travailler au Québec TOTAI Les chèques doivent être faits au nom de l'Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française Adresse .Secrétariat de TACSALEF.Département de sociologie.Université de Montréal.CP 6128.Suce.«A», Montréal H3C 3J7 Pour les membres de 'ACSALL .Jo REPERTOIRE DES PÉRIODIQUES CULTURELS QUÉBÉCOIS 1980/1981 \u201cee pe == \u2014\u2014 _\u2014 ARRAY) ox.= J = LS Se Ta LL 2 aa ER = ayy = = = ds OnE Fer ST ES PE Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros : L\u2019Abitibi Bulletin d\u2019abonnement Province vot eee ee ee ee tet teeta teeta ea a 0» OCCUPAtION ov eee tiie ci-joint un cheque .mandat-poste .au montant de $15.00 pour un abonnement à quatre numéros à compter du numéro .Abonnement institutionnel: $25.00 Abonnement de soutien : $25.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada Les articles parus dans la revue Possibles sont répertoriés dans RADAR (Répertoire analytique des articles de revues).ISSN : 0703-7139 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec ENCORE DISPONIBLES Volume 1 numéro 1: Spécial Tricofil; Alfred de Vigny et le Québec; Sciences sociales et pouvoir; poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin 110 p.$3.00 numéro 2 Possibles Santé: Question nationale ; poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante; Campagne électorale vue par Gérald Godin 154 p.$3.00 numéro 3/4: Les Amérindiens : politique et dépossession ; De l\u2019artisanat comme instrument de conquête; Sur le renouveau de la musique traditionnelle 249 p.$5.00 Volume 2 numéro 1: Fer et titane: un mythe et des poussières ; Nouvelles perspectives du roman québécois; La sociologie: nouvelle conception du social; nouvelle de Jacques Brossard 142 p.$3.00 numéro 2/3: Spécial Bas du fleuve - Gaspésie; le pouvoir régional; poème de Françoise Bujold 240 p.$6.00 numéro 4: Spécial Mouvements sociaux ; les syndicats; Coopératisme et autogestion ; contribution d\u2019Alexis Lefrançois 151 p.$4.00 Volume 3 numéro 1: Spécial : la ville en question; a qui appartient Montréal ; poèmes de Pierre Nepveu 179 p.$4.95 numéro 2: L'\u2019éclatement idéologique; débattre, bâtir et rêver; La poésie, les poètes et les possibles (enquête) ; Paul Chamberland : La dégradation de la vie 159 p.$3.95 numéros 3/4: Possibles spécial éducation; Sur les chemins de l\u2019autogestion: Le J.A.L.; poèmes de François Charron et Robert Laplante 292 p.$5.95 Volume 4 numéro 1: Des femmes et des luttes 207 p.$4.00 numéro 2: Projets du pays qui vient 158 p.$4.95 numéros 3/4: Faire l'autogestion : Réalités et défis; Poèmes de Gaston Miron 284 p.$5.95 Volume 5 numéro 1: Qui a peur du peuple acadien?182 p.$4.95 numéro 2: Election 81: question au P.Q.Gilles Hénault: d\u2019Odanak a I'Avenir Victor-Lévy Beaulieu: l'Irlande trop tôt 157 p.$4.95 numéro 3/4: Les nouvelles stratégies culturelles : témoignages, régions, autogestion ; Manifestes pour les femmes 328 p.$6.95 NOM oe ee ee E Adresse .1110202 202 La a aa ea ae a a a ee a ee a eee a ea ae a ea ae ee aan k VILLE © teeter ee eee eee ee ee te eee H Veuillez me faire parvenir le(s) numéro(s) suivant(s) : i Ci-joint un cheque .mandat-poste.E ou montant de $ ott ee a ee Ë Présente, analyse et compare régulièrement tout ce qui se fait et se dit sur l\u2019autogestion, des anticipations les plus audacieuses aux expérimentations sociales les plus ponctuelles.Abonnements fi Individuel Institutions ; 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