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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Volume 6, numéro 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Références

Possibles, 1981, Collections de BAnQ.

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[" \" , a OEM IESE PEER HMMA OCHA FH IASLC 17.JSS] ne: .VOLUME 6 NUMÉRO 2 ANNÉE 1982 aan 7 4 Lo Lo fy i + ve, A7 wy am J rv ao.oy CM Mb À régi HW \u20ac ch RiérrésPerrg ul = ga + Te HJ pe Preys RMIT mn MN gs 7 Ge 5% $5 IF LE 7 0) 7 fes 2 4 7 i a 3 \u201cge CAS po is 0 y re ES GZ pese ECS io, REE ee NAA re mc er oe: rT i 3% RR rey on > = POELE Lee GS PE So CA 4 es EL i fe i Eau-forte 1978 Héléne Jolin BE NE RT TRE possibles VOLUME 6 NUMÉRO 2 ANNÉE 1982 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec Comité de rédaction : Jean-Pierre Dupuis, Andrée Fortin, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Roland Giguère, Roger Lenoir, Gaston Miron, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction: Robert Laplante Adjointe à la rédaction: Élise Lavoie SOMMAIRE Page Editorial : La voie du Nord .cco viii.7 Moé, je viens de I\u2019Abitibi Jean-Pierre Deslauriers 2122220000 e anna nana 15 Région ressource ou économie sous-développée et dépendante ?Enrique Colombino et Cécile Sabourin 21 De l\u2019autre côté Louise Anaouil .urea 43 Dossier santé: des réflexes de colonisés ?Serge Tessier «uve e ee e ian 0 47 Au cimetiére de Languedoc Robert Laplante .ounniiieeeniiiinannnnnn.57 L'Université sans nom.Daniel Martin .cco 59 De coeur a corps Louise Bédard.LL eee anne nan ana ana nan en 73 Les clubs de consommation : des solidarités nouvelles ?Clément Mercier .10000200vcccna nan an nana 81 Syllabus de l\u2019Utopie André Dudemaine 122222 a ana nca a nana anna 99 Entrevue avec Benoit Gourd Recréer le perron d'église?.107 Un inédit de Shakespeare Denys Chabot.aa eee na nana nana aan 121 Entrevue avec Richard Kistabish.129 La poubelle du Nord Yvon Dallaire 11.112222 a nas aa a ana nana nana ane 135 Les serres de Guyenne Robert Laplante 111200 e Lea a aan ana ae ea ennen 0 145 Éloge de l'échec Pierre Perrault 110.12 Lane nana aan ana 153 SUR LES CHEMINS DE L\u2019AUTOGESTION L\u2019autogestion au Café Campus ou la suite des aventures du groupe de travail pour l'autogestion Andrée Fortin et Roger Lenoir .ccoe.173 La Pologne autogestionnaire : une illusion ?Marcel Fournier.12200000 022 nana ana 0000 185 MUM ENEMA LEMAR RENE MMA MMII I 2 MASA LEM EEA CATA Ae MA SLI Lac LME étés ICI tr Le COURTEPOINTES ET POINTES SECHES 191 ICONOGRAPHIE : Hélène Jolin René Breton Jacqueline Plante Julien Lacombe Denis Chiasson Sylvain Tanguay France Lachaine Denis Forest .Or XT Enc - 3 .oa oo iim ro zo 2e 2e oT Lo Beene era 55 xo nee oo Ta Fs 5 er ces 2 img olt on ë re A a doc ae te sers be cl SA 8 3 BR 5 Fah Te PRI Rt SL DE 2 GE ci i) A Sen 0 La voie du Nord le nord n\u2019est pas dans la boussole il est ici.Pierre MORENCY 1930.La grande misère noire.Contre toute vraisemblance des milliers et des milliers de gens troquent le fatalisme des soupes populaires contre le risque de faire à la barbe du Capital un pays à la hauteur de leur rêverie.Les uns montent au nord en se disant que de toute façon ça ne pourra pas être pire là-bas, les autres parce qu\u2019ils croient sincèrement pouvoir y conquérir le Grand Royaume de leurs espérances.D\u2019autres encore, sans doute le plus grand nombre, s\u2019y laissent entraîner de bon gré, abasourdis par la misère et vulnérables tout aussi bien à l'enthousiasme des plus audacieux qu'aux promesses des élites.Bardés de diplômes de communion solennelle, ils sont pauvres et sans avenir.La société est bloquée mais ils sont d'une race qui ne sait pas mourir (Menaud).Ils n\u2019ont que le nord à s'offrir en partage.Un nord que leur contestent les compagnies dévoreuses de bois, de pierres et minerais.Ils seront colons parce qu\u2019ils veulent gagner sur la sauvagerie de l'Empire.Viendra la guerre et sa fausse prospérité.La colonisation n'apparaîtra plus désormais que comme une solution inadéquate pour accéder au progrès que «les autres» offraient si facilement.La sécurité illusoire du salariat et les arguments du niveau de vie l'emporteront sur ceux de la liberté et de la maîtrise de sa destinée.Méprisés par les classes moyennes montantes \u2014 engraissées par les miettes tombant de la table de l'Empire \u2014 et bien souvent aussi par un prolétariat enivré par les vapeurs sournoises de la dépendance, les colons resteront seuls à lutter farouchement pour maintenir le cap sur la voie du nord, pour prôner et tenter la conquête globale de notre autonomie. SN PSP EN Possibles-Abitibi 1982.La grande misère drabe.La crise économique ne fait que rendre plus évidente encore la dégradation générale des milieux et des conditions de vie.La pauvreté n\u2019est plus la même : elle se vit à crédit dans les vitrines du mensonge des centres d'achat.La détresse n\u2019est plus la même, elle alimente désormais des industries culturelles : le capital la recycle et l\u2019exploite à grand renfort de publicité sociétale et de mode de vie prêt à consommer; les technocrates en vivent, de programmes de prise en charge en plans de carrière en gestion du patrimoine et d\u2019atomes de solitude.Le chômage et le désœuvrement minent les plus voraces appétits de vivre.L'american way of life rend de plus en plus difficile les efforts pour vivre ici comme nous I'entendons.L'étau canadian se resserre avec la complicité dégoûtante des frenchies.Il devient chaque jour plus évident que même les « retombées » de la table de l'Empire ne pourront être consommées qu'ailleurs (en Alberta?) et au prix du reniement de notre identité.L'avenir pèse lourd comme la redoute d\u2019une absence.Après tant et tant de rêves et d'efforts, comme en 1930, le Québec est encore une société bloquée.Même le projet national chambranle parce que le P.Q.commence à réaliser avec horreur ce qu\u2019il en coûte de miser sur la veulerie et la dépendance.Ça fait mal maintenant d\u2019avoir à dire que l'accès à la souveraineté ne sera ni une chose facile et encore moins une chose normale.La condition québécoise demeure toujours la même.Et c\u2019est pourquoi il importe au plus haut point de nous réconcilier avec la voie du Nord, là où l\u2019Abitibi par sa survie même témoigne encore et toujours du meilleur de notre acharnation.Consacrer à ce moment-ci un numéro à l\u2019Abitibi n\u2019a donc rien de fortuit: c\u2019est entreprendre de lever le voile sur cette part de nous-mêmes qui nous empêche de saisir à travers notre condition commune les véritables coordonnées de la conjoncture présente.Et lever ce 8 Éditorial voile, c\u2019est d\u2019abord reconnaître qu'avant d\u2019être une «région périphérique» l\u2019Abitibi a été d\u2019abord et avant tout une grande stratégie de conquête de notre autonomie.Plus qu\u2019un territoire ou une «région administrative», c'est une rencontre avec nous- mêmes tels que nous sommes à la suite du travail acharné des colons qui rêvaient et rêvent encore d\u2019en faire un espace de souveraineté, un pays.Et en ce sens l\u2019Abitibi d'aujourd'hui nous renvoie le plus fidèle portrait du résultat de nos efforts d\u2019émancipation.Mais un portrait qu'on ne veut pas voir.Cette région ne peut être qualifiée de périphérique que parce qu'elle existe d\u2019abord et surtout à la périphérie de nous-mêmes.Cette terre porte des traces que la Révolution tranquille a tout fait pour occulter parce qu\u2019on peut partout y lire l\u2019incompatibilité totale entre le projet qui l\u2019a fait naître et les intérêts de ceux qui effectivement se sont approprié l\u2019Abitibi comme le reste du pays.On comprend pourquoi les technocrates voulaient et veulent toujours fermer les paroisses « marginales» : c\u2019est le seul moyen d'effacer les traces, de rendre \u2014 par amnésie \u2014 la dépendance tolérable pour ceux qui en sont victimes et rentable pour ceux qui font carrière à la gérer.Dans ce cas, parler de région périphérique c\u2019est entretenir et nourrir la mystification.Car parler de périphérie et d'éloignement par rapport aux centres de décision du Québec, c'est seulement parler d'une marginalisation par rapport aux centres de gestion locale de la dépendance.C\u2019est uniquement par rapport à l'Empire américain que la région peut vraiment être dite périphérique.Mais vu sous cet angle, l\u2019Abitibi passe des marges au cœur même de notre combat et apparaît comme l\u2019un des lieux privilégiés où peut se lire la dynamique réelle des contraintes qui pèsent sur notre émancipation.Dans cette perspective, on comprend en quoi le misérabilisme généralement de rigueur lorsqu'il s\u2019agit de parler de la colonisation et de ce qu'il en est résulté s'appuie sur une gigantesque imposture.Une impos- 9 GES RE RE TES Possibles-Abitibi ture qui vise à censurer les leçons que nous pourrions tirer tout autant des combats que les colons ont menés et mènent encore que des luttes de ceux qui, ayant échoué (parce que trahis) dans les colonies ont essayé de composer avec les misères de la prolétarisation et d\u2019y engager de nouveaux combats.On y apercevrait des prodiges de ruse et d'imagination qui ont fait de ce pays le royaume des chefs-d\u2019œuvreux.De la naissance des chantiers coopératifs aux multiples et farouches luttes des mineurs et des travailleurs forestiers, tout un pan de l\u2019histoire de ceux qui se sont trouvés là pour avoir voulu bâtir «leur» Abitibi mérite également d\u2019être remis en perspective.On y verrait une détermination et un sens de l\u2019entrepreneurship collectif que nous aurions intérêt à mieux connaître pour mieux en faire profiter tous ceux qui luttent avec le Nord en tête.5 Les textes réunis dans ce numéro ne prétendent À évidemment pas offrir un bilan des leçons qu\u2019on peut tirer de la lutte abitibienne.Ils ne prétendent pas non | plus, loin de là, offrir un portrait exhaustif de la 2 condition abitibienne.Dans l\u2019esprit de la rédaction et A des collaborateurs il s'agissait d'abord de jeter un peu de lumière sur ce pays occulté en espérant que cet éclairage suffise au moins à relancer dans une problématique qui colle à notre réalité historique, le débat sur les objectifs et les modalités de la poursuite de notre émancipation.À cet égard les quelques matériaux rassemblés ici suffisent déjà à faire voir qu'il n\u2019y aura de « développement» en Abitibi au profit de ceux qui y habitent que dans la mesure où sera mise radicalement en cause l'intégration économique continentale.Plus encore, la description sommaire de la situation environnementale montre de façon criante que l'exploitation des ressources aux fins de cette intégration nous maintient déjà dans un gâchis catastrophique.Des circonstances indépendantes de notre volonté nous ont empêchés de joindre au numéro des articles sur les mines et les forêts.On y aurait vu que la catastrophe 10 Éditorial touche non seulement l'écologie mais bien toute la vie sociale et jusqu\u2019au corps même de tout Abitibien.Nous y reviendrons.Pour l'instant, qu'il nous suffise tout au moins de réaliser l\u2019urgente nécessité d\u2019une approche globale dans l'élaboration de stratégies de riposte au pillage par l\u2019Empire.Et c\u2019est une tâche à laquelle sont conviés tous ceux qui vivent sur la terre abitibienne.Aussi les Algonquins qui ont été «omis» lors de la grande colonisation doivent-ils être désormais vus \u2014 même s\u2019ils sont encore trop souvent des marginaux chez eux \u2014 comme des partenaires à part entière dans la commune tâche de réinventer la vie ici.Car s\u2019il n\u2019y a pas de place pour eux en Abitibi, il n'y en aura pas davantage pour personne d\u2019autre.Sil n\u2019y a pas moyen de vivre autrement là-bas, il n\u2019y aura pas moyen de le faire ailleurs.La question abitibienne, c\u2019est la question du Québec sans fard ni fausse pudeur.Si nous ne reprenons pas la voie du Nord, il ne nous restera plus que celle des ghettos.De Floride ou d\u2019ailleurs.Robert LAPLANTE pour le comité de rédaction 11 RB) Ww ti i Ir it # 3 \u2014 f J nny 3 NOR fran oF = SC FN a Ny Ne) 2) t & Th pas 2 rep \u2014\u2014 POP PS LL 5 PSI se RUN RE A J = a) i JES, = = = >a i = eed = => 323 Pd =~ 1 bg LE X Es 4] =, a = (oo = = + To = Nh) a = pi LA pre, ps (2g =a A = Æs ua DR ttle = ess ES gs CN == = Z = ty = oem = 177 \u2014, = aN a rd = a pe &\u2014 Es EE \u2014\u2014 TR 2-2 7 oo Fa pr HE res a a => =A {we = Fm a cL = = = = \u20ac) él A NA = Re \u2014_ pe I! ol i ; M een: UT if = 3 EC = = == z 18 er 3 | fl itll pte) ty j 7 rt gt | 7 : | il == = 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Pas de montagnes, parce que l\u2019Abitibi a été nivelée par les glaciers, mais quelques côtes de sable, de loin en loin.Pas de montagnes multicolores non plus, comme nous venions d\u2019en quitter, mais des épinettes, des grandes épinettes, avec un tout petit tronc, et des branches vert foncé, tout en haut.Il ne faut pas trop en demander à un arbre qui a les racines prises dans la glace une grosse partie de l\u2019année.Nous allions connaître le froid, les gelées blanches de la mi-août et les bordées de neige du début de mai.Les gens d\u2019Abitibi étaient aussi bien différents.Dans les vieilles paroisses de par en-bas, on avait vécu avec le grand-père de ses amis, sa parenté, mais en Abitibi, rien de semblable : nos voisins venaient du Lac-Saint-Jean, des Bois-Francs, de la Mauricie, d\u2019un peu partout dans la province.J'entendais des mots nouveaux, des expressions qui m\u2019étaient inconnues, ça parlait cru et ça jurait dru.15 Possibles-Abitibi En 1951, on parlait encore de colonisation et le gouvernement continuait de verser des octrois pour toutes sortes de choses : pour bâtir une maison (les maisons de 400 $ dont parle Hauris Lalancette dans le film «Un royaume vous attend»), pour creuser un puits, pour acheter une pompe électrique, un cheval, une vache.Il y avait aussi de l'argent de versé pour chaque acre défriché.L'agent des terres venait à la maison, mesurait le terrain et envoyait la recommandation de paiement à Québec.Il y avait aussi des octrois accordés pour construire une grange et à un moment donné, je ne sais pas quelle mouche les a piqués, mais plusieurs se sont lancés dans la construction d\u2019une grange.En moins de temps qu\u2019il n\u2019en fait pour le dire, plusieurs belles granges étaient debout.Hélas! la plupart de leur propriétaire n'avaient pas assez d'animaux pour emplir leur bâtiment.Mais ça ne faisait rien: une belle grange qui brille au soleil, ça donne un maudit beau coup d'œil! Ceux et celles qui sont monté(e)s en Abitibi ne s\u2019y sont pas toujours plu.Plusieurs sont redescendus en- bas parce qu'ils trouvaient la vie trop dure, et elle l'était aussi.Il y avait l'ennui d\u2019abord : on ne s\u2019arrache pas des lieux qui nous ont vu naître sans un pincement au cœur.Les femmes surtout y ont goûté, confinées qu\u2019elles étaient dans leur maison avec une ribambelle d'enfants accrochés à leur jupe, sans trop de confort, loin de leurs amies et de leur parenté.Les jours d'automne ont dû leur paraître long.Lorsque le curé est passé à la maison pour faire sa visite de paroisse, au printemps 1952, il a dit à ma mère que d\u2019après son expérience, ça lui prendrait cinq ans pour s\u2019y faire.Elle a failli perdre connaissance, elle qui pensait que le pire était passé ! Rien n'empêche que la prédiction du curé s\u2019est réalisée.Les hommes s\u2019ennuyaient moins d\u2019habitude car ils sortaient de la maison pour aller travailler, et ils pouvaient se faire des amis plus facilement.Cependant, j'ai toujours soupçonné mon père de s\u2019être 16 Moé, je viens de l\u2019Abitibi ennuyé plus qu\u2019il ne voulait se l'avouer lui-même.Lorsque je suis allé avec lui à la première messe de minuit dans notre nouveau village, je l'ai surpris à pleurer, sans bruit, discrètement.Peut-être que ses souvenirs le ramenaient malgré lui aux Noël de son enfance, au milieu des siens, à Sainte-Lucie.En 1951, tous les comtés du Québec n'étaient pas encore électrifiés et dans notre coin, à part les villes, il n\u2019y avait pas d'électricité.Les gens s\u2019éclairaient encore au fanal à l'huile et à la lampe à gaz.Les ménagères lavaient le linge avec un moulin mû par un moteur à gaz, et ce genre de moteur faisait le désespoir de ma mère car elle avait toutes les peines du monde à le faire démarrer.Que de fois l\u2019ai-je vue se mettre en colère, sortir la planche à laver et commencer à laver le linge sur ses mains.C\u2019était aussi le temps de l\u2019eau à la pompe, et encore, quand on pouvait avoir un puits! Mon père était habitué comme les gens de par en-bas à trouver de l\u2019eau n\u2019importe où mais en Abitibi, il fallait creuser jusqu'à deux cents pieds avant de trouver une veine.L'eau au A robinet et 'ampoule électrique, ça c\u2019était le progrès ! E.Et les chemins ouverts aussi car l'hiver, ils demeuraient fermés parfois pendant plusieurs jours à cause des tempêtes, sans parler de la lenteur de l\u2019entrepreneur qui avait décroché le contrat de déneigement.Non, vraiment, la vie n\u2019était pas facile.Pourtant, lorsque nous sommes arrivés à Val- Senneville, la paroisse venait de connaître une période de grande prospérité : le bois se vendait bien E après la guerre, les prix étaient bons et l'argent roulait.Dans le canton, une dizaine de moulins à scie occupait plusieurs milliers de travailleurs.Si on compare avec les revenus du temps, les «bûcheux» pouvaient se faire des salaires fabuleux sans travailler outre mesure, ce qui était déjà pas mal, en passant.C\u2019était le beau temps, et l'argent ne comptait guère puisqu'il y avait moyen d'en gagner facilement.Peu ont eu la sagesse de profiter de cette manne: la E plupart l\u2019ont bue, ou jouée, ou flambée.fe i LT Te 17 Possibles-Abitibi Ce n\u2019est pas de cette façon qu\u2019on devient des cultivateurs prospères ! Bien sûr, il fallait montrer un peu d'intérêt pour l\u2019agriculture afin d'obtenir le billet de location, mais sitôt qu\u2019on l'avait dans sa poche, on commençait à bûcher, et quand il n\u2019y avait plus de bois, on passait à autre chose.Non pas que la terre n\u2019ait pas été assez bonne, car elle n\u2019a jamais refusé de produire pour celui qui en prenait soin, mais parce que les hommes de mon village n\u2019étaient pas trop attirés par l\u2019agriculture.Les uns ont continué à gagner leur vie dans le bois, les autres a la mine; certains se firent mécaniciens, d\u2019autres allèrent travailler dans les magasins.De son côté, mon père n\u2019a jamais regretté sa décision : il n\u2019est pas devenu le cultivateur qu\u2019il voulait être en partant des Lauren- tides \u2014 et d\u2019ailleurs, le voulait-il vraiment \u2014, mais il lui a semblé qu'il s\u2019en était mieux sorti en Abitibi que s\u2019il était demeuré par en-bas.L\u2019Abitibi ne brille pas par ses paysages.Le touriste qui parcourt les routes en cherchant des photos «carte postale» en reviendra amèrement déçu.Non pas que le pays soit sans charme : il faut avoir vu les longues journées de juillet et les beaux couchers de soleil ; il faut avoir vu les feuilles de saule reluire et la belle avoine qui vient à pleine clôture.La clarté de l\u2019Abitibi a une luminosité spéciale, comme toutes les régions nordiques.Les beaux hivers ensoleillés, quand la neige scintille, c\u2019est plaisant à voir.L\u2019Abitibi, c\u2019est pas le pays des paysages, c\u2019est le pays des hommes et des femmes qui y habitent.Pour connaître l\u2019Abitibi, il faut s\u2019y arrêter, prendre son temps et parler avec les gens.Les gens n\u2019y sont pas montés parce que c'était plaisant, et chaud ni parce que la vie y était douce.Ils y sont allés parce qu'il le fallait, parce qu\u2019ils y étaient souvent forcés, mais aussi parce qu'ils voulaient ouvrir un pays neuf, pour faire différent.Il fallait être un peu aventurier pour s'installer en Abitibi, et ça n\u2019a pas beaucoup changé.Le contexte a créé un milieu particulier et un nouveau type de personne.En Abitibi, le monde est 18 Moé, je viens de l\u2019Abitibi solidaire: est-ce le fait de la misère éprouvée ensemble, ou l\u2019isolement, ou l'ennui, ou est-ce que les conditions nouvelles ont été plus propices qu'ailleurs à créer un climat d'égalité?L'\u2019Abitibi, c'est une collectivité ouverte : si vous aimez le coin, vous êtes abitibien(ne).Comme me disait un ancien résident : «En Abitibi, un homme a de la valeur.» Il faudrait bien s'arrêter à définir la culture et les mœurs de ce coin de pays, mais si j'avais à décrire ce que je vois dans la tête de l\u2019Abitibien(ne) moyen(ne), je dirais qu\u2019il y a une épinette, un air de violon, un verre de bière, un panache d\u2019orignal, des bleuets, des pleurs, de la neige, des souvenirs, des lacs et un grand chemin droit.Le cours de ma vie m\u2019a éloigné de l\u2019Abitibi depuis une dizaine d'années mais ma parenté demeure encore dans le village ou dans les alentours.Je vais toujours faire une visite une couple de fois par année, durant les fêtes et durant l\u2019été.J'aime bien jaser avec mes anciens voisins, Monsieur Fortin et Monsieur Petit; j'aime bien revoir Gérard, mon ami d'enfance qui a racheté la terre où nous nous étions installés en 1951.Je sens que la vie dans le sud est en train de me gâter parce que lorsque je retourne dans mon village, il me semble que je supporte le froid moins bien qu\u2019avant.Cependant, lorsque je veux m\u2019imaginer un beau paysage, je ferme les yeux et je me rappelle le beau ciel rouge qu'il faisait lorsque le soleil de juillet se couchait de l\u2019autre côté de la maison de Madame Bélair.Et il y a une chose de certaine : lorsque je dépasse Mont-Laurier et que je traverse le parc La Vérendrye, quand je commence à voir des épinettes vert foncé, toutes en hauteur, avec un petit tronc, il me semble que je retrouve l\u2019air du pays : mon cœur bat plus vite, je reviens chez nous.Le véritable pays d\u2019une personne est celui qu'elle transporte dans son cœur, et c\u2019est pour ça que je réponds à ceux qui me demandent d\u2019où je viens: «Moé, je viens de l\u2019Abitibi.» 19 Saath Enrique Colombino Cécile Sabourin Région ressource ou économie sous-développée et dépendante ?Poser un regard différent, c\u2019est-à-dire un regard «non officiel» sur l\u2019Abitibi-Témiscamingue en tant que région économique, voilà le principal défi que tente de relever cet article.Nous croyons qu'il est temps de questionner la vision conventionnelle ou dominante de la région telle qu\u2019elle est véhiculée par le discours officiel et les média de communication.* * * Le regard «officiel» sur l\u2019Abitibi-Témiscamingue Tous connaissent l\u2019Abitibi-Témiscamingue par l'abondance de ses ressources naturelles, son éloignement géographique, sa faible densité démographique.C\u2019est l\u2019image véhiculée sur la région par les organismes et observateurs gouvernementaux et privés qui ne considèrent que certaines caractéristiques dominantes.Leur discours se forme comme si l\u2019Abitibi-Témiscamingue se trouvait sur une autre planète, comme s\u2019il émanait d\u2019une métropole lointaine qui ne retient que les caractéristiques qui lui soient avantageuses ou problématiques.Le diagnostic est posé du point de vue de la métropole qui en tire avec certitude des conclusions sur le potentiel et les réserves de ressources, les distances infranchissables, la faiblesse démographique et la stagnation économique.En quelques mots, il s'agit du discours sur les grandeurs et les misères d\u2019une région en devenir mais où la structure économique déficiente, l\u2019organisation socio-politique, les problèmes sociaux et humains qui en découlent sont systématiquement écartés de 21 Possibles- Abitibi l'analyse et souvent balayés d\u2019un revers de main.Le regard «officiel» est un regard impérialiste dans le sens classique du terme.Il propose et impose la continuation d\u2019un modèle unique de développement, celui qui s\u2019insère dans le contexte de la croissance libérale capitaliste d\u2019après-guerre.Depuis le début du siècle et à travers les plans de colonisation, le développement de l\u2019Abitibi-Témis- camingue équivaut à la conquête du territoire et à son appropriation par le défrichage et l\u2019agriculture.La propagande officielle et la réalité montrent bien que l'appropriation des richesses du territoire en Abitibi-Témiscamingue est vraiment réservée à certains «élus» comme le montre cet extrait : «Allez vous tailler un domaine dans la fertile région du Nouveau-Québec.C\u2019est là qu\u2019un avenir plein de promesses vous attend et que vous goûterez la joie d\u2019être des hommes libres et indépendants.Les capitalistes, tant de l'Ancien que du Nouveau Monde qui veulent placer des capitaux dans l\u2019industrie, les mines, le commerce, trouveront au Témiscamingue une contrée avantageuse et présentant à leur énergie et à leur esprit d'entreprise les plus grandes chances de réussite »!.Aujourd\u2019hui, les thèmes et les mots ont quelque peu changé mais le discours demeure foncièrement le même.L\u2019Abitibi-Témiscamingue est par définition administrative une «région-ressource» que l'Office de Planification et de Développement du Québec (OPDOQ) étudie sous le code numérique 08.Avec ses consœurs « périphériques», la Côte-Nord (région 09) et le Bas-St-Laurent-Gaspésie (région 01), elle est une proie idéale à la multiplication d\u2019études et de diagnostics officiels qui promettent un développement dont la source est ainsi définie par l'OPDQ : 1.A.PELLAND, Le Témiscamingue (Nouveau Québec).Ses ressources, ses progrès et son avenir, Québec, Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries, 1910.22 Région ressource ou économie.«(Son) développement.repose davantage sur l'exploitation des ressources en particulier les mines, la forêt et l'aménagement hydroélectrique.Ces types d'activité s'associent à une agriculture localisée dans les bassins ou vallées, et au tourisme de plein air »?.L\u2019Abitibi est donc une région-ressource.Ce n'est pas un euphémisme.Encore aujourd\u2019hui économistes, historiens, géographes continuent à transmettre cette vision conventionnelle des caractéristiques régionales.Dans une étude récente, l'économiste Léo Pelletier > énoncait la problématique de l\u2019Abitibi- Témiscamingue en ces termes: ® un secteur primaire prépondérant mais en régression (26,7% selon le recensement de 1971); © une agriculture régionale qui se bute a des obstacles insurmontables : pauvreté des sols, faible productivité, éloignement des marchés; e des activités minières en perte de vitesse (de 6 000 en 1966, les emplois miniers étaient de 2 500 ; en 1976, nous signale Pelletier) et très vulnérables : aux fluctuations de la demande internationale; i e des activités forestières locales souvent source § de relance manufacturiére mais affectées par des R rudes obstacles: épuisement des forêts les plus accessibles, faibles rendement par hectare, manque A de reboisement.Il s'ensuit des diminutions de E profits et des pertes d\u2019emplois; ® un secteur manufacturier faible (18% de l\u2019activité économique, régionale, le plus faible pourcentage au Québec) à cause de l'éloignement gE des marchés, de la trés forte concentration de la R production soit celles de la première transformation des métaux et de la transformation du bois; 5 OFFICE DE PLANIFICATION ET DEVELOPPEMENT DU QUEBEC: «Les deux Québec.La base et les régions ressources».Chap.26 du Livre L'économie québécoise, recueil d\u2019études éditées sous la direction de .Rodrigue Tremblay, P.U.Q., 1979, page 418.ft.3.Léo PELLETIER, « Abitibi : une terre a \u201crecoloniser\u201d» dans la revue i «L'économiste», vol.5, n° 2, nov.-déc.1980.23 il: eee: TY I RES te a pm Possibles- Abitibi © un secteur tertiaire ou de services que l\u2019auteur qualifie de «tertiaire d'accompagnement » pour souligner son manque d'effets d'entraînement.La faiblesse des marchés locaux provoque ce qu\u2019il appelle un manque de «seuil».La précarité du secteur des services en Abitibi-Témiscamingue s'exprime d\u2019ailleurs dans le «drame» de Rouyn- Noranda que l\u2019auteur ne reconnaît pas comme une véritable métropole régionale.L'étude se caractérise autant par son impressionnisme que par la circularité de son raisonnement.Loin de nous la prétention de nier que la région a connu un certain essor dans le passé grâce à l'exploitation de ses ressources naturelles; ce qui Importance des principales entreprises privées possédant des investissements dans les ressources naturelles de I'Abitibi-Témiscamingue 1980-81 ; Rang d'importance Rang d'importance Entreprise Actifs Ventes au Canada, selon ! au Québez, selon : ($ millions) Actifs Ventes Actifs Ventes Mines Noranda Inc.\u201c 3938.2889.11 18 \u2014 \u2014 Domtar Inc.\u201d 12506 1653.52 40 16 5 Falconbridge Nickel Mines Ltd 1559a 757 53 83 - - (Falconbridge Copper Corp.) (173)a (125).\u2014 \u2014 - - Kruger Pulp & Paper Ltd 391.318.125 171 30 23 Brascan Ltd ** 1455.151.45 286 ~ - Corporation de Gestion La Vérendrye 110b 1164 253 336 54 56 Normick-Perron Inc.101a 101.267 303 55 66 Tembec Inc.89b 90.288 386 61 68 Donohue Inc.422b 272 d \u2014 \u2014 28 26 Forex-Leroy 83b 77 d \u2014 \u2014 65 73 Howard Bienvenu 40 b 424 \u2014 \u2014 101 92 Groupe Minier Sullivan 22b 1,84 \u2014 \u2014 111 123 Sources: a et c: The Financial Post 500, juin 1981 1.2.* 24 b et d: Journal Finance, vol.Il, n° 50, 26 oct.1981.Voir « The 1981 ranking of Canada\u2019s 500 largest companies», The Financial Post, op.cit.Voir «Les 100 plus grandes entreprises à contrôle québécois», Journal Finance, op.cit.Des blocs importants d'actions de ces deux groupes ont été acquis récemment par le gouvernement du Québec.À travers sa filiale Ressource Brascade (Société de portefeuille). Région ressource ou économie.nous importe c\u2019est de faire ressortir que dès que ces activités régressent (pour de multiples raisons souvent mal analysées ou simplement escamotées) il s'ensuit stagnation ou régression dans les activités extractives, en agriculture, dans le secteur manufacturier et les services.Partout on trouvera toujours les mêmes explications aux blocages: éloignement des marchés principaux et faible densité démographique.Dans ce contexte, les conclusions de l'auteur sont à peine croyables: il faut d\u2019abord «régionaliser» puis ne pas avoir peur d'investir dans le développement du secteur tertiaire, services, activités touristiques, loisirs, sports.Quoi d'étonnant à ce qu\u2019une telle analyse purement métropolitaine du sous-développement régional conclut que l\u2019Abitibi- Témiscamingue est une terre à «recoloniser ».Malgré les nuances, la région est perçue comme une éternelle colonie ; cependant, l'analyse «officielle» ne peut se permettre de dévoiler les liens de dépendance et d'exploitation coloniaux.Car c\u2019est bien de liens de dépendance et d'exploitation coloniaux dont il s\u2019agit, liens qui sont à la source même du sous-développement économique relatif de la région.D'ailleurs, la thèse du sous-développement économique de l\u2019ensemble du Québec, dans ce sens, a été avancée par d\u2019autres auteurs * en relation avec le débat vieux de deux décennies dans les pays du Tiers monde, en particulier en Amérique latine.* * * Le débat sur le sous-développement économique dépendant En simplifiant beaucoup on pourrait replacer l\u2019ensemble du débat sur le sous-développement et la dépendance dans le contexte de la formidable expansion capitaliste de l'après-guerre (Deuxième Guerre mondiale) sous le leadership des États-Unis.Après la 4.Alfred Dusuc, «Recul de Montréal ou sous-développement du Québec», dans A.TREMBLAY: «L'économie québécoise», op.cit, page 445.25 Possibles-Abitibi phase de reconstruction de l\u2019Europe et du Japon dévastés par les bombardements (Plan Marshall) et dans la foulée de l\u2019évidente prospérité américaine, les plus importants organismes internationaux (ONU, FMI, Banque Mondiale) sous la pression des pays avancés occidentaux ont lancé une vaste opération visant ce que le journalisme de l\u2019époque avait baptisé le Tiers monde (l'Amérique latine et l'Afrique en premier lieu).La plupart des pays de ces continents considérés comme «sous-développés» selon un diagnostic à peu près unanime de ces organismes, le mot d'ordre inévitable était : «développement par le commerce et la coopération internationale».Il s'agissait évidemment d\u2019un développement capitaliste dans la plus pure tradition américano-britan- nique qui, dans les faits, signifiait à peu près: «Voulez-vous vous développer ?Alors, ouvrez vos frontières à nos experts et aux capitaux internationaux et on va s'en occuper !» Il faudrait ajouter que nombre de ces pays n\u2019ont eu ni le temps ni le choix d\u2019élaborer une réponse.Le contexte de la guerre «froide» avec l'Union Soviétique précipita souvent les décisions.Malgré les inévitables nuances et différences, le débat fut rapidement polarisé par deux groupes : les tenants de l\u2019école de la modernisation se sont vite confrontés à une vive contestation de la part des tenants de l\u2019école de la dépendances.Situons rapidement ce débat en prenant le cas des pays latino- américains.Les tenants de la «modernisation» soutenaient que le «système d\u2019échange (commerce) international a eu un effet bénéfique sur l'Amérique latine.Ses exportations de matières premières ont trouvé un marché et, en retour, elle a pu bénéficier des biens manufacturés modernes, des firmes industrielles (les multinationales) et des institutions socio- politiques modernes.» \u2026 « L'Amérique latine pourrait 5.VALENZUELA, J.S.et A.VALENZUELA : « Alternative perspectives in the study of Latin American underdevelopment» dans Comparative politics, vol.19, n° 4, juillet 1978.26 Région ressource ou économie.se développer davantage si on pouvait éliminer les obstacles autochtones qui barrent la route a une diffusion plus grande de la modernisation.»é Le message ne pouvait être plus clair dans cette approche libérale du développement.Par contre, les tenants de l\u2019école de la dépendance estiment que le commerce international que connaissent les pays du Tiers monde favorise les pays industrialisés occidentaux au détriment des pays «arriérés » exportateurs de ressources naturelles et de matières premières brutes ; c\u2019est la fameuse « détérioration des termes de l\u2019échange» (A.Prebisch) qui amène à une situation «d\u2019échange inégal» selon l'expression consacrée à l\u2019époque par Samir Amin et A.Emmanuel.En acceptant cette situation et sous la couverture de programmes internationaux de développement, les pays du Tiers monde ne cessent de s\u2019appauvrir et de s\u2019endetter et les pays industrialisés avancés, de s'enrichir et de prospérer.C\u2019est le clivage entre le «centre» et la «périphérie» qui perdure encore.C\u2019est ainsi que «des termes d'échange» défavorables et la vulnérabilité des monocultures périphériques (spécialisation ou division du travail dans le commerce international) à cause des «fluctuations imprévisibles du marché international, réduisent les chances de la périphérie de se développer.En conclusion, selon les tenants de l\u2019école de la dépendance «les sociétés latino-américaines sont intégrés dans l\u2019économie mondiale par des relations de dépendance culturelle, financière, commerciale et technologique ce qui a pour effet de conditionner un développement périphérique (Dos Santos, 1970) sinon de causer un sous-développement périphérique.» (A.G.Frank, 1967)7 C\u2019est ainsi qu\u2019au fur et à mesure qu'un gigantesque effort de développement «à l\u2019occidental» mené par les 6.Lawrence R.ALSCHULER: «Introduction» dans L.R.ALSCHULER et autres: Développement agricole dépendant et mouvements paysans en Amérique Latine, éditions de l\u2019Université d'Ottawa, 1981, page 1.7.L.R.ALSCHULER: «Introduction», op.cit, page 2.27 à \u201d ï UN AN i Bs « i H +8 3 Bi.HN + Possibles- Abitibi banques et les grandes firmes transnationales contrôlées par les pays du «centre» déferlait sur la périphérie du globe, le débat sur le style et le modèle de développement proposé était posé en termes apres et approfondi dans ses différentes implications.C\u2019est en réaction à cette théorie de développement que les universitaires latino-américains (sociologues et économistes) se sont fait remarquer en énonçant leur pensée sur le sous-développement et la dépendance.Selon eux, le concept même de sous-développement dans la théorie économique dominante renferme l\u2019idée qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un retard dans un processus de développement par lequel passeront toutes les économies ; ce processus de développement est présenté comme étant unique et inéluctable.Toute économie de subsistance ou auto-centrée (absence d'échanges internationaux) est qualifiée comme étant «arriérée » ou «sous-développée»; ses us et coutumes, ses institutions et mêmes ses valeurs sont appelés péjorativement «traditionnels» sinon «primitifs» et considérés comme de véritables barrières ou obstacles au développement proposé.En effet, il s\u2019agit d\u2019aider ces pays à se débarrasser de leurs anciennes structures afin de commencer la longue marche dans le sentier du développement «moderne».Pour y parvenir, ces pays devront se spécialiser dans la production de un ou deux produits exclusifs pour le commerce international, et permettre l'assistance (ou «coopération » selon le jargon diplomatique) des capitaux, de l\u2019expertise et de la technologie internationales.Ce modèle de développement une fois accepté ou imposé dans les pays dits retardataires, un véritable décollage s'en suivra (c\u2019est le fameux «take-off» de W.W.Rostow, un économiste/ambassadeur payé grassement par les agences internationales américaines pour diffuser et vendre le modèle), lequel devrait aboutir à une société de consommation de masse, véritable paradis proposé par les tenants de la modernisation ! 28 Région ressource ou économie.L'école de la dépendance s\u2019est levée contre ce qu\u2019elle considérait une véritable imposture des économies occidentales en quête de nouveaux marchés.Dans ce sens, la notion de «dépendance » fut élaborée et raffinée pour caractériser le processus de développement/sous-développement et à ce titre, elle fut considérée comme le complément nécessaire de la théorie de l'impérialisme.Selon Théotonio Dos Santos, économiste et sociologue brésilien et l\u2019un des chefs de file de cette école, la théorie de dépendance a pour but de comprendre l'impact et les conséquences sur les pays sous- développés des pratiques impérialistes des économies avancées occidentales.Dans une publication très récente8, Dos Santos résume de manière claire et complète les inter-relations entre capitalisme international, sous-développement et dépendance ; c\u2019est pour cela que nous le citons in extenso : «Quelle est maintenant la relation de ces théories avec le concept de sous-développement ?Le concept de développement est un concept essentiellement relatif qui essaie de décrire la situation interne des pays soumis à l'expansion impérialiste dans l'optique d\u2019un retard par rapport aux pays capitalistes avancés.La théorie de la dépendance vient au contraire démontrer que ces situations qualifiées de sous-développées ne correspondent pas en réalité à des structures arriérées mais s'intègrent au contraire au vaste processus de développement du capitalisme à l\u2019échelle internationale.De ce fait, les phénomènes de sous-développement, les structures sous-développés, ne peuvent être saisis en dehors du large contexte du développement international du capitalisme, qui crée, dans son expansion, une situation de dépendance.8.Théotonio Dos SaNTOs: «Mise au point sur la théorie de la dépendance : application au problème agraire en Amérique latine», dans L.R.ALSCHULER et autres: Développement agricole dépendant., op.cit., page 14-15.29 Possibles-Abitibi Le concept de dépendance comprend donc trois éléments essentiels : \u2014 en premier lieu, les structures du capitalisme à l'échelle internationale et la forme particulière qu\u2019elles ont acquise dans la phase impérialiste à travers les phénomènes de monopolisation et d\u2019internationalisation du capital de lutte pour contrôler les matières premières, l\u2019'hégémonie du capital financier, etc.; \u2014 deuxièmement, les relations qui s\u2019établissent entre les deux pays objets de l\u2019expansion du capitalisme et cette économie internationale qui est médiatisée par les relations économiques internationales c\u2019est-à-dire le commerce extérieur, les mouvements internationaux de capitaux, le transfert de technologie, les prêts, l\u2019aide, etc.; \u2014 troisièmement, les structures internes 1 des pays objets de l'expansion capitaliste, qui expriment la rencontre dialectique entre les À éléments spécifiques internes de nos éco- 4 nomies «sous-développées », les relations économiques internationales et la structure éco- E nomique internationale »°.Présentée de cette manière, il est évident que la théorie de la dépendance constitue un véritable programme d'études et de recherches plutôt qu\u2019une explication toute faite du phénomène du sous- développement.C\u2019est dans cet esprit que les tenants de l\u2019école dépendantiste l'ont conçue et développée depuis les années soixante.* * * Sous-développement et dépendance économique en Abitibi-Témiscamingue Les tenants de l\u2019école de la dépendance ont énoncé un ensemble minimum de traits caractéristiques 9.Théotonio Dos SANTOS: «Mise au point\u2026», op.cit, p.15.30 Région ressource ou économie.d\u2019une structure économique sous-développée et dépendante.À partir d\u2019une liste plus ou moins élaborée de ces traits, nous tentons dans un premier temps d'évaluer dans quelle mesure ils pourraient décrire et caractériser la région de l\u2019Abitibi-Témis- camingue.Cette première ébauche complétée devrait être suivie d\u2019une étude diachronique de l\u2019évolution des relations entre ces différents aspects en vue à la fois d\u2019une meilleure identification et explication des problèmes auxquels fait face la région.Ce deuxième | volet ne sera qu\u2019évoqué ici, son traitement échappe pr présentement aux possibilités de cet article et de ses fi auteurs.L\u2019Abitibi-Témiscamingue, en tant qu'une structure | économique sous développée et dépendante, pourrait être caractérisée par les traits suivants: 1.Spécialisation de ses activités économiques sous la forme d\u2019extraction de ressources primaires en fonction de la division du travail imposé par le commerce international.A Ainsi, les activités minières et forestières ont été développées par des capitaux internationaux en Hs fonction des marchés internationaux.Les chantiers i forestiers et les scieries solidement installés au Le Témiscamingue depuis 1875, l\u2019activité minière débute en Abitibi au cours des années vingt, surtout avec l'entrée en opération de la fonderie de cuivre de Noranda en 1927 1°.Les capitaux anglophones pro- pi venant de Montréal et de Toronto s\u2019inscrivent dans le même mouvement d'expansion et continuent le E mouvement de spécialisation minière et forestière ; E près de 80% !! de l'emploi de la région dépend de E ces activités extractives compte tenu de la graduelle industrialisation des principales matières premières : E 10.Gilles Boileau et Monique DUMONT: L'Abitibi- Témiscamingue, Ei éditeur officiel du Québec, 1979, page 55.A 11.Voir Denise PLAMONDON, « La région de l\u2019Abitibi devra livrer une bataille acharnée», journal «Les Affaires», 9 mai 1981.31 Possibles- Abitibi cuivre, or, argent, zinc, bois d'œuvre, copeaux pour panneaux, pâte à papier.2.Une agriculture régionale stagnante et socialement coûteuse.Faute d\u2019une volonté politique réelle, l\u2019agriculture régionale n\u2019a jamais dépassé le stade précaire de l\u2019autosuffisance pour les exploitants eux-mêmes.Malgré l'étendue du territoire et les efforts apparents dans le sens de l'exploitation du territoire pour l\u2019agriculture, la production agricole régionale représente 2,5% de celle du Québec et 2,1% de l'emploi !2.Les activités agricoles demeurent fortement handicapées par les contraintes naturelles: sol peu fertile, climat rude.Fermes abandonnées et milliers d\u2019acres non exploités témoignent des difficultés de ce secteur qui, au cours des années, n\u2019a cessé de s\u2019affaiblir.La spéculation sur les terres agricoles n\u2019en continue pas moins.3.Monopolisation et concentration du capital dans les activités extractives.Pour des raisons techniques, économiques, financières ou simplement spéculatives, la propriété du capital engagé dans la mise en valeur des ressources naturelles de la région n\u2019a cessé de se concentrer dans les mains de groupes de plus en plus puissants.Ce phénomène s\u2019inscrit par ailleurs dans la dynamique profonde du système capitaliste très notoire dans l\u2019ensemble de l\u2019économie canadienne !3.La compagnie Noranda dont le siège social se trouve à Toronto continue son expansion depuis ses pre- 12.Recensement de 1971.13.Voir Commission Royale d\u2019Enquête sur les groupements de sociétés (Rapport Bryce), Ottawa, 1978.32 Région ressource ou économie.mières immobilisations de 320000 $ en 192214.De compagnie minière locale, elle est depuis lors devenue la plus grosse compagnie forestière au Canada par l\u2019acquisition de MacMillan Bloedel.Dans le secteur forestier, la même dynamique d'intégration verticale, de concentration de capitaux et de diversification des portefeuilles se fait évidente : la C.LP.(Compagnie Internationale du Papier) se retire du Témiscamingue et ses investissements sont repris par Tembec qui relance la transformation de la matière première régionale.Les capitaux de la famille Perron de La Sarre se consolident et se diversifient sur plusieurs fronts: Normick Perron Inc., Donohue-Normick Inc.(l\u2019usine ultra-moderne de pâtes à papier d\u2019Amos) et la Corporation de Gestion La Vérendrye.Le puissant groupe Domtar possède d'importants investissements à Lebel-sur- Quevillon.D\u2019autres groupes importants sont également présents dans la région.À ce propos, le tableau ci-joint n\u2019est pas exhaustif; il sert uniquement à illustrer la pénétration des capitaux nationaux et internationaux dans la région.D'une certaine manière, il sert aussi à démystifier la fameuse «périphéralité » de l\u2019Abitibi-Témiscamingue.4.Sur-exploitation de la main-d'œuvre dans les activités exportatrices.Ce trait maintes fois signalé par les tenants de l\u2019école de la dépendance constitue tout un chapitre encore à écrire dans le cas de la région de l\u2019Abitibi- Témiscamingue.Les luttes des travailleurs forestiers et miniers dans la région tout au long de ce siècle commencent à peine à être compilées et analysées 15.14.Nicole BERTHIAUME: Rouyn-Noranda : le développement d'une agglomeé- ration minière au cœur de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, cahiers du Département d'histoire et de géographie, Collège du Nord-Ouest, Rouyn, 1981, p.21.15.À propos du secteur minier, voir Benoit BEAUDRY-GOURD : « Mines et syndicats en Abitibi-Témiscamingue 1981-1950», Collège du Nord-Ouest, cahiers du Département d'histoire et de géographie, travaux de recherche, n° 2, 1981.33 a 3 BH La Possibles-Abitibi Face à la complexité croissante des activités extractives et industrielles exportatrices, les travailleurs se voient confrontés aussi à leurs propres divisions (ils se partagent entre syndicats de « boutique », syndicats provinciaux, pan-canadiens et nord-Américains) et aux méthodes de gestion du personnel de plus en plus sophistiquées de la part des corporations locales.Les conflits récents dans le secteur forestier régional ne sont qu\u2019un exemple des effrontements constants liés tant aux transformations technologiques, aux luttes pour la prise de contrôle des ressources naturelles qu'à la conjoncture internationale (fluctuations des marchés).5.Problèmes sociaux de la croissance et du «développement».Quoique territoire vaste et souvent considéré peu développé, l\u2019Abitibi-Témiscamingue n'échappe pas aux méfaits issus de l'exploitation désordonnée de ressources, qu'il s'agisse de pollution, de destruction de l\u2019environnement, de conditions de travail dangereuses pour un grand nombre, ou d\u2019incertitude face à l'avenir immédiat.La région est connue par son taux officiel élevé de chômage global (une moyenne d'environ 14% pour 1981) qui reflète guère le véritable sous-emploi des ressources humaines de la région, surtout les jeunes et les femmes.Le manque de structures économiques adéquates provoque aussi des violentes fluctuations saisonnières de l'emploi et une mobilité forcée de la main-d\u2019œuvre vers l'extérieur de la région.Quant à la démographie régionale, le tableau est toujours peu reluisant: l\u2019Abitibi- Témiscamingue accentue le phénomène de stagnation qu\u2019on connaît à la grandeur du Québec.Selon les dernières données du recensement de 1981, le comté fédéral de Témiscamingue recule de 52 871 à 52 003 habitants, c\u2019est-à-dire de 1,6% de sa population depuis 1976.Cette situation exprime bien le blocage économique de la région.6.Centres de décision exogènes à la région.La présence exceptionnelle dans la région d\u2019entreprises transnationales dont la production est axée sur 34 Région ressource ou économie.les besoins des marchés internationaux consacre 'absence réelle des habitants de la région dans la prise de décision qui affecte directement sa fagon de vivre et son avenir, de même qu\u2019elle soustrait ces mêmes décisions au test critique des électeurs et de leurs députés locaux.Les liens économiques que l\u2019Abitibi-Témiscamingue entretient avec la région métropolitaine de Montréal, avec l\u2019Ontario (Toronto en particulier) et la région de Hull-Ottawa ont été historiquement ceux de la dépendance (financière, commerciale, en approvisionnements, en information, politique et finalement culturelle).Avec l\u2019arrivée au pouvoir à Québec du Parti québécois, un certain mouvement de repatriement des décisions dans la région semble amorcé.Ainsi, le plus jeune député péquiste à l\u2019Assemblée Nationale, représentant du comté Rouyn-Noranda-Témisca- mingue affirmait tout récemment : L\u2019Abitibi-Témis- camingue.«est une région morcelée en nombreuses communautés réparties aux quatre coins d\u2019un vaste territoire, encore empreinte d\u2019un climat politique nettement colonial, avec un cœur économique alimenté de mines, forêts et agriculture, cette région exporte beaucoup de richesse.» et à propos des services de santé régionaux: «\u2026 l\u2019Abitibi-Témiscamingue sort tout juste de sa période coloniale.Parallèlement, les caporaux du colonialisme (la machine bureaucratique) ont récupéré le pouvoir sur les services de santé»!6.Dans le même sens, le député de l\u2019Abitibi-Ouest et actuel ministre d\u2019État à l'aménagement, François Gendron vient d\u2019affirmer : 16.Gilles BARIL: «Les services de santé en Abitibi-Témiscamingue » dans Journal Le Devoir, 2 décembre 1981, page 9.35 AERA i i a 1 +H A Possibles-Abitibi «Pour quelqu\u2019un qui vit dans une région périphérique, le développement régional est une réalité qui a plusieurs sens.J'insiste: c\u2019est d\u2019abord une réalité qui repose sur la certitude que les régions ont, en elles-mêmes, le secret de leur dynamisme et qu\u2019elles possèdent suffisamment de force pour générer leur croissance »!7.Et selon ce même Ministre québécois, l\u2019État provincial s'oriente décidément vers un développement axé sur les préoccupations régionales.Reste à définir ce que sont les préoccupations de l\u2019Abitibi- Témiscamingue et dans quel sens l\u2019interventionnisme d\u2019État pourra s'accommoder des prises de décision du capital international et même du gouvernement fédéral.Cet aspect constitue néanmoins un enjeu fort intéressant dans une perspective dite «d\u2019auto- développement régional» selon l'expression de l\u2019'économiste Paul Prévost 18.7.Vulnérabilité de l\u2019économie régionale face aux fluctuations des marchés internationaux L\u2019Abitibi-Témiscamingue vit péniblement les hauts et les bas des prix internationaux (or, cuivre, bois).Les marchés et les bourses pour ces marchés sont à l'étranger.Il y a absence de politiques anticycliques visant à diminuer les secousses qui se font sentir en termes de fluctuations importantes des investissements, de l'emploi, incertitude pour la population en termes de formation, d'éducation et de stabilité.Ainsi, par exemple, le long débat à propos de la mise sur pied d\u2019un fonds minier demandé par les travailleurs abitibiens n\u2019a trouvé que de l\u2019indifférence de la part des compagnies minières, l\u2019un de leurs représentants allant jusqu\u2019à qualifier le projet de « socialiste » ! 17.Interview de Marie-Agnès THELLIER avec le Ministre François GENDRON, dans le journal Le Devoir, 24 janvier 1982, p.15.18.Paul PRÉVOST : «Développement régional ou auto-développement régional ?» dans le journal Le Devoir, 14 janvier 1982, p.34.36 Région ressource ou économie.Momentanément reconnu légitime par certains politiciens locaux, il a été relégué aux oubliettes la première occasion venue.On pourrait aussi formuler l'hypothèse d\u2019une détérioration des termes d\u2019échange entre l'économie régionale et les régions métropolitaines, c'est- à-dire d\u2019un accroissement de l\u2019écart entre les revenus provenant des activités exportatrices relativement décroissants et les dépenses d'importation relativement croissantes\u201c.8.Rôle de l'orientation politique de l\u2019État dans la situation de dépendance.Étant donné la puissance croissante de l'appareil de l'État dans les économies actuelles, le rôle de celui-ci face aux situations de sous-développement et de dépendance s'avère décisif.Le cas de l\u2019Abitibi- Témiscamingue s\u2019inscrit dans la dialectique de pouvoir politique et économique entre le Québec et le reste du Canada, où Ottawa et Toronto se partagent le leadership.Dans ce contexte, le Parti québécois au pouvoir développe une stratégie interventionniste apparemment favorable au développement des régions.Afin de se doter des moyens nécessaires à une telle politique, le gouvernement actuel a renforcé de manière évidente le rôle et la portée des entreprises d\u2019État: REXFOR, SOQUEM, SOQUIA, Société générale de Financement, Caisse de Dépôt et Placement, pour ne citer que quelques interventions ayant une influence certaine sur l'économie de l\u2019Abitibi- Témiscamingue.En effet, tandis que les trois premières sociétés possèdent un mandat clair en termes de production et transformation de richesse (forestière, minière, agricole), les deux dernières jouent plutôt un rôle d'agent financier en vue de certaines prises de contrôle stratégiques.À ce propos, on a) Il s\u2019agit évidemment des achats de produits venant ou transitant par les métropoles.37 i ve 3 nn 138 né 3 8 5 i Re.1% iN i M8 HH if SE 1 M 49 Possibles-Abitibi voudrait mentionner ici deux opérations de prise de contrôle («take-over ») spectaculaires de la part de ces entreprises du Gouvernement du Québec qui pourraient avoir des conséquences importantes sur l\u2019économie abitibienne.La première de ces opérations a permis à la Caisse de Dépôt et de Placement en alliance avec Brascan (des capitaux internationaux des frères Bronfman) de partager la prise de contrôle de Mines Noranda par l'intervention d\u2019une nouvelle société de gestion, Ressources Brascade, dont le seul actif en 1981 consistait en 49% des actions de Mines Noranda.Ressources Brascade est contrôlée à 100% par Placements Brascade, laquelle à son tour est à 70% dans les mains de Brascan et 30% de la Caisse de Dépôt 1°.Plus récemment, la Société Générale de Financement (SGF) a acquis un bloc de 22% du capital-actions de Domtar Inc.de Montréal (chiffre d\u2019affaires de 1,3 $ milliards en 9 mois de l\u2019exercice 1981) au coût d'environ 140$ millions de dollars2°.Ajouté à certains autres actifs des sociétés d'état, soit 20% du capital-actions de.Domtar détenu par la Caisse de Dépôt et de Placement et 55% du capital-actions de Donohue détenu par la SGF, Domtar et Donohue deviennent des compagnies avec d'importants investissements en Abitibi-Témiscamingue.Il est évident que l\u2019État québécois, via ses entreprises publiques est en train de s'installer de manière importante dans l\u2019industrie des pâtes et papiers et de la transformation du bois de la province, comme on peut le voir dans le graphique suivant, extrait du journal Les Affaires.En ce qui a trait au contrôle de l\u2019exploitation des ressources, le secteur de la transformation des ressources naturelles de l\u2019Abitibi-Témiscamingue serait donc un chapitre de la bataille entre le 19.Voir journal Finance, 30 novembre 1981, p.25.20.Voir journal Le Devoir, 14 janvier 1982, p.9 et Les Affaires, 16 janvier 1982, p.2.38 Région ressource ou économie.Implication de I'Etat québécois dans la propriété des entreprises du secteur des pâtes et papier GOUVERNEMENT DU QUÉBEC 100% 100% 100% i SGF CAISSE DE DEPOT(*) REXFOR à\u2014 1 < 7 LLL LLL fi 80% 20% \\ 3 M _ 7 7 77777 7777777 7777777 3 NOUVELLE ÿ ROLLAND 4 ÿ TEMBEC 7 | FILIALE (9%) 1 0.11%) 7 i 7 S .55% 22% | ge 777 He 777 [7 7757 7 SOUCY 7] E\" DONOHUE} [; DOMTAR ol to 4 3 LU MAO IMAGE LA (10 %e) py) f - PAPIERS 30% pl | 100%\u2014s] SOC.DE DEVELOP.|__ 00, INDUSTRIEL * La Caisse de dépôt détient aussi des participations de près de 5% dans Consolidated-Bathurst et de près de 6% dans le Canadien Pacifique (qui possède 100% de CIP).i Graphique: LES AFFAIRES.16 janvier 1982.gouvernement du Québec et les capitaux de l\u2019esta- FE blishment canadien et québécois.Cette bataille i s'inscrit ainsi dans celle du contrôle des matières premières à l'échelle mondiale?! dont les conséquences pour les pays sous-développés constituent l\u2019une des principales raisons de l'émergence de l\u2019école 21.Voir à ce propos P.ORDONNEAU: La bataille mondiale des matières premières, éditions Économie et Humanisme/Les Éditions Ouvrières, Paris, 1979.39 IN a d i H a A H Possibles-Abitibi de la dépendance avec ses analyses critiques de la stratégie libérale-capitaliste du développement.* * * Au terme de ce bref exposé de la problématique de l'économie de la région, trois constatations principales émergent.D'abord, il y a urgence qu\u2019une étude systématique et complète du développement passé, présent et futur de l\u2019Abitibi-Témiscamingue soit entreprise.Celle-ci devrait être multi et interdisciplinaire, dans le sens d\u2019une collaboration étroite entre historiens, géographes, sociologues, animateurs sociaux et économistes:22 mais ne devrait pas s'appuyer sur la contribution exclusive de professionnels du secteur académique.Ensuite, l'étude du sous-développement de la région exige une approche théorique cohérente et adaptée aux réalités et aux structures régionales et à leur dynamisme, car le manque d\u2019un débat critique du développement fait aussi partie d\u2019une situation de sous-développement et de dépendance que cet article met en lumière 23.Dernièrement dans le marasme actuel de l\u2019économie mondiale et compte tenu des mutations qu\u2019il engendre, nous pressentons que l\u2019économie abiti- bienne sera elle aussi aux prises avec des changements structuraux majeurs ; la non-disponibilité d\u2019un modèle alternatif de développement et d\u2019une réflexion critique à ce sujet peuvent constituer un handicap et être à la source d'inertie face à d'éventuels blocages.Au terme de notre travail, nous voudrions revenir à la question posée tout au début concernant l'approche la plus valable à l'étude de l\u2019économie de la 22.L'équipe travaillant pour les Cahiers du Département d\u2019histoire et de géographie du Collège du Nord-Ouest à Rouyn fait un travail remarquable à ce sujet.23.Dans ce sens le Centre d\u2019études universitaires de la région remplit mal son mandat en tant qu\u2019agent de transformation et de critique social, cantonné comme il l\u2019est à la dispensation de diplômes et à une formation très conservatrice et limitée de la jeunesse régionale.Les problèmes structuraux et politiques de ce Centre font partie de la situation de dépendance de la région.40 Région ressource ou économie.région.Nous remettons en question l\u2019analyse économique dominante car elle biaise et masque plus qu\u2019elle explique.Nous croyons à l'existence des approches alternatives.Le caractère exploratoire de cet essai ne nous permet évidemment pas d'affirmer avec certitude que l\u2019Abitibi-Témiscamingue est une région sous-développée et dépendante au sens de la théorie de la dépendance mais envisager le développement régional et ses problèmes sous cet angle ouvre, selon nous, des pistes utiles à une meilleure compréhension du dynamisme passé et présent de l\u2019Abitibi-Témis- camingue et du sort réservé à ses habitants.41 = - ace pc atria «3 ey JSR FFX arr : 5S CEO a a cédrnets cer: es 4 Ars) COCO 3 Some ce mes RECrrerrie: Pre eee \u2018 QE oir Ii CS A es Re cote 5 2 Louise Anaouil De l\u2019autre côté On ne voit plus autant d'originaux maintenant.Mais des camions.C\u2019est comme ça que les accidents arrivent.J'ai suivi un 2 tonnes plein de copeaux durant au moins une heure.Sur le nouveau chemin en tout cas, ça roule.Il a plu à partir de Mont-Laurier.Vingt kilomètres de boue.Ça grouillait d'Américains en chasse.Bah, l\u2019asphalte est encore pour l'année prochaine.Il y avait un chargenement de bois ! renversé dans la grande cote.A Montréal, il pleuvait, 1 i Labelle, il neigeait, dans le parc, ça été l'hiver en Ë pleine face.Tout le convoi de Beauce Carnaval à i dépasser ! Et le soleil qui plombait.Maudit parc.L\u2019orgueil aussi: après nous, le nord.Nous vivons loin.De l\u2019autre côté.La brunante surtout était dangereuse : c'était l'heure des orignaux.Grandes ombres imprévisibles que les conducteurs craignaient.Les enfants eux, les désiraient.Croyaient les reconnaître dans chaque creux de forêt, chaque rocher un peu plus découpé.Se fatiguaient les yeux, s\u2019endormaient.\u2014 Un orignal! La béte s\u2019éloignait trop vite.Ou restait immobile, immense, a regarder peut-étre cette automobile qui 1 s\u2019éloignait trop vite au goût des enfants, stupéfaits 4 par la taille de l'animal, inquiets de sa vie, incertains 1 qu\u2019ils sont des frontières entre les mondes.* Non-lieu des forêts où nous sommes laissés à nous- mêmes.i Terrés dans ce ronronnement qui doit nous mener.E Plus loin.Ei Ils étaient quatre : deux hommes, deux femmes.L\u2019un d'eux levait le pouce.L'autre se penchait sous le capot d\u2019une minoune bleue : Possibles-Abitibi \u2014 Peut-être bien qu\u2019à Dorval, y aura un mécanicien.Même si y en a pas, vaut mieux être tous ensemble où y a du monde.Hein ?On peut bien se serrer un peu.Vous voyagez tout le temps toute seule ?Moi, je serais pas capable.On sait jamais.Malgré qu\u2019on savait bien que le char nous ferait peut-être du trouble.On se dit toujours qu\u2019on va traverser.Mais comme de fait, ça lâche en plein bois pour mal faire.La dérive douce des pensées entre le défilé des berges brutes.Le film de nous-mêmes qui ne sera jamais tourné.Le parc, par beau temps.Panoramique de la mer verte.L\u2019éclat bleuté, intermittent, des corneilles qui planent au soleil.Les lacs comme des mares.La route creusée dans la forêt, profonde.Plan rapproché d\u2019une petite auto jaune qui la dévale (120 km/hre, sauf dans les montées).D\u2019en bas, les lacs sont éclatants d\u2019espace à travers la pauvreté touffue du bois.Les vitres de l'auto sont ouvertes.Du reggae pétillant s\u2019en échappe, se consume immédiatement dans le paysage.Le conducteur prend une cigarette, farfouille parmi les cassettes, retrouve le briquet, maintient le volant des coudes pendant qu'il s'allume, se rencoigne dans son siège, l\u2019avant-bras appuyé sur la portière.Heureux.Début novembre.La pluie (ou la neige) glaciale.La route en chantier étale du sable roux et terne entre les deux rangées d\u2019épinettes rachitiques.Les machines jaunes sont arrêtées, dispersées.Les hommes doivent être en train de manger.Quelqu\u2019un chante à pleine gorge.La pompiste parle de la température, du mauvais chemin, du traffic : \u2014 Ils devaient arrêter la semaine passée.Il commence à faire froid.Assis sur sa machine, les jambes pendantes, l'homme chante.On ne distingue pas les mots, seulement l'énergie de la voix lancée à travers la brume du froid qui s'étend.En fait, il gueule.44 De l\u2019autre côté \u2014 Les hommes sont écœurés, ajoute la pompiste avec un air de compréhension touchant.J'ai déjà compté les poteaux de téléphone jusqu'au premier village (d\u2019un côté ou de l\u2019autre).Dans l'odeur de pomme, de plastique et d'air réchauffé.La tête vidée par la constance du mouvement.Nous chantions souvent.T\u2019sais la chanson qui commence par «Dans la nuit profonde.» pendant que l'auto se reserrait autour des nuques familières dans l\u2019obscurité des fins de voyage.Quelqu\u2018un m'accompagnait tout ce temps-là.Une silhouette qui courait au bord de la forêt.Je la regardais courir, des milles et des milles.Sans aucune pitié.Elle devait m\u2019accompagner durant ce temps suspendu.Durant toute la traversée.Et l\u2019autobus bondé du temps des Fêtes.Les vitres ordinairement si sales que voyager de jour n'apporte qu\u2019une lumière brunâtre.Les têtes et les toux.Les raclements et les pleurs d\u2019enfant.Les oscillements vers la toilette.Et les conversations par acquit de conscience.Le corps de trop.Ce parc odieusement long et cahotant.(1 heure en avion.Mais $.) Il nous appartient pourtant.Avec l'ennui.La distance.La beauté et son indifférence fragile.Sortir.Se faire trimbaler par n'importe quelle piste vers n\u2019importe quel lac.Choisir la rive ou la colline à- point-de-vue.Faire pipi.Recenser les plantes environnantes au cas où il y aurait prétexte à bouquet.(Les saisons du parc dans l\u2019histoire des bouquets).Reconnaître la fraîcheur de l'air.Se servir un café en dévorant un sandwich hongrois à la saucisse piquante (pas encore assez).Tranquillement.La première neige nous a laissés à quelques secondes du monde.À écouter son glissement de silence sur le roux clairsemé.Elle tombe partout.Et tout nous ignore.Il vient des goûts de tomber.Doucement.45 Possibles-Abitibi La tortue allait son chemin de tortue sur la route.Tellement large pour une tortue.Elle n'\u2019aurait probablement pas le temps de traverser avant les autos que je voyais venir.Freiner, débarquer, la ramasser, la traverser.Petites pattes plissées gigotantes une seconde sur les paumes.Remonter, démarrer.Gênée.\u2014 Beurk! J'aime pas les sandwiches aux tomates.Le pain est tout mouillé ! \u2014 Donne-le à ton père.\u2014 Regardez ! Un petit suisse ! \u2014 Ça s'appelle un tamia rayé.\u2014 Est-ce que ça mange les sandwiches aux tomates ?L\u2019orignal ne bougeait pas.Nous l'avons vu en même temps.Mon père a freiné, s\u2019est presque arrêté devant l'animal dressé au bord de la route.Il n\u2019a pas bougé.Durant une éternité, il n\u2019a pas bougé.Puis, il a brusquement fait volte-face et a galopé vers le bois.Bizarrement au ralenti.Ses sabots qui s\u2019enfonçaient dans la terre meuble.Et je sentais mes sabots s'enfoncer dans la terre meuble.Jusqu'à ce qu\u2019il disparaisse.Je ne sais pas si mon père se souvient de cet orignal-là.Et le renardeau rouge et noir.Dansant de peur au milieu du chemin.Lui laisser tout le temps de s'enfuir.Pour l\u2019admirer.Les camions perchés sur les côtes ou rangés près des tables à pique-nique.Carcasses inertes, inoffensives.Le chauffeur dort.Ce soleil écrasant.Le gars me contait sa vie.Quand il me débarqua à la fourche de Senneterre, mon tee- shirt rouge avait déteint de chaleur sur le dossier en cuirette blanche de son auto sport de l\u2019année.Franchir les « barrières » où l\u2019on nous demandait jadis : \u2014 Vous avez traversé ?Mais rien n\u2019indique encore l\u2019autre côté.46 Serge Tessier Dossier santé: des réflexes de colonisés ?Puisse cette réflexion engendrer le goût indissociable du questionnement et de l'engagement «de la lutte et du plaisir, en un temps où les multiples fonctions spécialisées dévorent progressivement effervescence tumultueuse de la vie».Bartholomé BENNASSAR Cet article apporte le point de vue d'un ex-employé du réseau des affaires sociales qui continue d'observer le déroulement du développement des services socio- sanitaires dans la «région 08», à travers les média écrits et parlés, en assistant aux assemblées publiques des établissements de santé et sociaux dont le conseil d'administration ne siège pas à huis clos, et enfin grâce à certaines antennes demeurant toujours branchées à l\u2019intérieur de ce réseau et qui émettent parfois des sons bien curieux.L\u2019Abitibi, assiégée et prise en otage Ce qui retient donc notre attention ces temps-ci quand on pense santé dans notre belle région éloignée mieux connue sous le nom d'Abitibi, c'est l'impasse qui semble régner dans l\u2019organisation et la distribution des services prévus à une population inquiète de trouver une réponse à ses besoins de contrer la maladie.Bien sûr, on entend moins parler des traditionnelles et toujours actuelles attentes de 4 à 5 heures dans les diverses salles d'urgence; elles laissent maintenant la manchette aux deux nouveaux virus, appelés tutelle et pénurie d'effectifs médicaux.Ces deux derniers ont fait leur apparition officielle au début de 47 Possibles-Abitibi 1981 et semblent bien vouloir s\u2019installer chez-nous pour de bon.Peut-être ont-ils trouvé ici des conditions climatiques favorables à leur développement surtout depuis les dernières tempêtes qui ont laissé plusieurs centimètres de coupures budgétaires.On aurait dû cependant s\u2019en douter, un front froid (lire la visite du ministre Pierre Marc Johnson) était venu en messager pour nous en avertir.Pourtant comment se fait-il que de telles crises surviennent encore avec tous les progrès et les modernisations apportés ces dernières années par l'appareil législatif, ie.le Chapitre 48, le Chapitre 20 et tout dernièrement la loi 27.Une région comme les autres Nous entendons partout et mélé à toutes les sauces, un discours où décentralisation rime avec libération et où le mot participation en fait autant avec gestion.Des espoirs de rapprochements sont évoqués et la population est appelée à s'intégrer aux centres de décisions des divers établissements et organismes.De même, nous assistons au déploiement d\u2019une multitude de structures aux sigles rébarbatifs tels : M.A.S., CRSSS, DSC, CH, CLSC, CH-CLSC; CLSC-CH, CSS, CSST, C.T., C.A.et j'en passe, où bonne administration est devenue synonyme de fusion.Elles ont comme mandat d'intervenir pour gérer les services en ayant à leur disposition tout un arsenal d'experts appelés technocrates.À cela s'ajoute toute une panoplie de nouveaux outils servant à la programmation et à la gestion et appelés indicateurs de santé ou de performance, tels : taux de natalité, de mortalité néo-natale, bilan migratoire, pyramide des âges, P.P.B.S., B.B.Z.P.E.R.T., etc.48 Dossier santé.L\u2019heureux mélange de tous ces ingrédients devrait au moins nous garantir une plus grande harmonie dans le fonctionnement de ces organisations et dans l\u2019accessibilité à toute la gamme des services sociaux et de santé.En effet, il ne peut nous arriver que le meilleur lorsque la volonté politique qui est inscrite dans le discours social-démocrate est secondée par une multiplicité d'établissements spécialisés et par des intervenants sur-équipés et sur-informés d\u2019informations informatisées.Nous ne prétendons pas qu'avec de telles ressources et moyens, il ne devrait plus y avoir de difficultés, mais nous postulons qu\u2019on devrait être plus en mesure de ne pas laisser les problèmes se développer d\u2019une part, et d'autre part, de mieux aborder ceux qui nous échappent.Le monde est donc jamais content Or ce n\u2019est pas tout à fait comme ça que ça se passe, car il survient des accidents de parcours, et ce qui retient notre attention, c\u2019est la façon dont «on manèdge » les problèmes qui se présentent et l'absence d'originalité régionale.Le scénario semble calqué sur un quelconque modèle provincial.Je questionne ici beaucoup plus le modèle que les individus qui, dans les organismes et établissements, contribuent à le maintenir.Ce modèle est logique et articulé et il fonctionne habituellement selon un déroulement qui se rapproche des trois (3) étapes suivantes : 1.D'abord les gérants régionaux en poste nous propose une kyrielle de solutions techniques genre ordinateur : j'ai plus de solutions que vous n'avez de problèmes ; essayez donc celle-là ! On multiplie à l'infini et désespérément les combinaisons structures, experts, indicateurs ; 2.Quand ces premières tentatives s'avèrent inefficaces et que la situation demeure problé- 49 Possibles-Abitibi matique, ces grands commis débutent les pélérinages à Québec, de même qu'ils utilisent d\u2019autres solutions qui consistent à aller chercher du renfort à l'extérieur de la région : on continue de transférer plusieurs malades à Montréal (au coût de 700 000 $ par année), on importe des urgentologues volants et enfin on forme des comités de recrutement de médecins qui vont aller vendre l\u2019Abitibi (la chasse, la pêche et quoi encore!) dans les facultés de médecine, parce que le système de bourses gouvernemental n\u2019a pas réussi à nous amener les «vannes» de médecins anticipées.3.Pendant que ces dispositifs se mettent en place, on ne craint pas d'employer les grands moyens et de demander des tutelles, des interventions directes de gens de l'extérieur, plus compétents, plus capables de mater définitivement les établissements récalcitrants, car on ne trouve pas encore dans ce coin de pays des gens capables d'assez de jugement, de clairvoyance et ayant en même temps les qualifications et expériences requises.Au fait, quand donc pour la dernière fois des gens d'ici sont-ils allés offrir ce service dans d\u2019autres régions du Québec ?En résumé donc, on technicise les problèmes et en cas d\u2019échec, on est légitimé de les politiser.Tout le temps que dure ce scénario, on se préoccupe peu de la population dont certains de ses représentants siègent aux conseils d'administration des établissements en difficultés.Comme c\u2019est le cas pour l\u2019ensemble de la population, on leur suggère de s\u2019abandonner aux technocrates pour la gestion et aux divers professionnels pour leurs problèmes sociaux et de santé.En cas d\u2019insatisfactions plusieurs services de plaintes sont en place afin d'enregistrer le mécontentement et, si possible, éventuellement compléter l\u2019information et faire des recommandations à qui de droit.Ce qui a comme conséquences qu\u2019on gère l'humain cas par cas, par morceau, symptôme par symptôme, et qu\u2019on oublie d\u2019inventorier toutes les nécessités et 50 Dossier santé.les possibilités qu\u2019il a de se gérer tant sur le plan personnel que collectif.Et on s'étonne que la population réagisse plus ou moins aux situations alarmantes comme la pénurie de médecins par exemple.Ne serait-ce pas qu'elle croit encore que les experts vont trouver enfin la réponse à ce problème, ou bien qu\u2019elle s\u2019est faite une idée assez juste du scénario actuel et refuse d\u2019y participer sachant bien l'importance de la place qu'on lui réserve.Elle a peut- être saisi que ces changements structurels ne sont pas accompagnés de leur composantes culturelle et politique, et que le mot participation, inséré dans la loi 65, n\u2019était finalement qu\u2019une parade ne pouvant qu\u2019engendrer une décroissance exponentielle de la mobilisation populaire.Eh oui, c\u2019est pas mal ça actuellement la situation de la santé chez nous.Qui l\u2019eut cru ?Bien sûr, en lisant le texte précédent, on croirait lire une analyse théorique globale et ne pas y retrouver grand-chose de l\u2019Abitibi.C\u2019est pourtant bien de cette région qu\u2019il est question, (région 08 pour les technocrates), dirigée par des modèles extérieurs et que l'extérieur n'hésite pas à envahir quand le modèle n\u2019est pas suivi à la lettre, et ce, tant au niveau des ministères que des autres organisations provinciales.Par exemple, lors de la fin des débrayages des médecins de Rouyn pour alerter les autorités compétentes et la population sur la pénurie, même ces derniers n\u2019ont pu signer un protocole particulier d'entente, leur Fédération provinciale s\u2019y opposant.Pourtant dans un article de Luc Loslier !, citant une récente étude de Santé et Bien-ÊËtre Social Canada, nous apprenons que «pour des causes et des structures de causes différentes, la source essentielle du problème se trouve au même endroit : dans l\u2019environnement où il faut entendre environnement social et environnement physique, (.).Il faut déduire qu'il est 1.LosLIER, Luc, Aperçu de la mortalité générale au Québec, Le médecin du Québec, p.83 à 91, mars 81.51 Possibles-Abitibi possible d'agir sur la santé publique en agissant sur l\u2019environnement et le mode de vie (.) » Qu'est-ce qui fait que la grande majorité de ceux qui habitent et connaissent leur environnement ne sont jamais conviés, écoutés, et/ou respectés lorsque vient le temps de le panser, de le repenser.Ce qui nous frappe finalement, c\u2019est le peu de réflexion collective et l'absence quasi totale de questionnement de ces modèles d'action.Sont-ils adaptés à notre mentalité, culture, modes de vie, à notre territoire caractérisé géographiquement par son étendue, son isolement et sa dépendance.Est-ce possible que ces approches et procédés nouveaux ne soient pas adéquats et qu\u2019à leur façon ils génèrent plus de problèmes qu'ils n\u2019apportent de solutions.Il y a quelques années, lorsque les gens ont réalisé que le chauffage à l'huile devenait de plus en plus dispendieux, que 50% de la chaleur s\u2019échappait par la cheminée et que les maisons étaient insuffisamment isolées, ils se sont tournés vers un ensemble d\u2019autres moyens pour satisfaire ce besoin.En as-tu toé des meilleures solutions ; dis-nous les qu\u2019on voit si elles sont réalistes ?Dans cet ordre d'idée, existe-t-il encore des espoirs de nous voir franchir les diverses impasses et culs de sac que constituent ces solutions traditionnelles pour résoudre les problèmes de santé dans une région éloignée ?Si l\u2019on s'arrête un instant pour regarder comment on a contourné des difficultés semblables dans d\u2019autres secteurs de la vie socio-économique régionale tels la forêt, l\u2019alimentation, les communications et la culture, on constate que des groupes de citoyens ont trouvé eux, des réponses nouvelles alors que sont apparus, conçus et «runnés» par des gens «d\u2019icitte», des coop forestières, alimentaires, deux stations de radio MF, des troupes de théâtre, et j'en oublie sûrement.52 Dossier santé.Pourquoi ces possibles déjà réalisés ne seraient-ils pas aménageables ou transférables dans le secteur de la santé en général ?Et y a pas mieux comme période pour changer des vieilles habitudes, que celle de la crise où les enjeux apparaissent souvent plus clairement à tout le monde (en lisant un peu entre les lignes, cependant!).Donc, on serait dans le bon temps pour faire des changements et peut-être pourrions-nous essayer de la façon suivante : \u2014 Comme condition préalable et générale pour développer de nouveaux possibles en santé en Abitibi, il serait utile de cesser de publier de grandes études telles Nouvelle Perspective de la Santé des Canadiens, où les solutions retenues sont habituellement trop globales, trop à long terme et finalement trop dispendieuses pour notre époque de compressions budgétaires.En adoptant trop souvent ces grandes orientations comme cadres de référence, on est porté à minimiser d\u2019autres facteurs plus immédiats, plus pertinents à l\u2019amélioration de nos conditions de vie, comme la volonté de certains groupes communautaires à prendre en charge l\u2019aide à domicile, l'information sur certains aspects de la prévention, etc.Comme autre condition préalable, il serait sûrement facile de faire plus que d'inscrire le nom de Valentine Lupien sur un avion spécial destiné au transport urgent des malades de notre région vers Montréal et Québec.Il devrait être possible de se placer dans le contexte de vie quotidienne de cette infirmière de colonie et de voir comment on a répondu aux besoins de santé à cette époque; avec quelle philosophie, quelle organisation, quelle implication de la population et quelles satisfactions apportées, compte tenu des circonstances différentes.Ces deux préalables bâtissant notre réflexion, poussons notre propos un peu plus loin.\u2014 Si les administrateurs des établissements et organismes de notre région refusent de se redresser ailleurs que dans leur «plan de redressement 53 Possibles-Abitibi 54 budgétaire», et de manifester une volonté politique face à ces ingérences de l'extérieur il devient impérieux, pour une population de développer une volonté politique nouvelle alternative (à batteries s\u2019il le faut) car ceux qui sont branchés sur les divers mécanismes (courant direct) permettant de rétablir les situations difficiles, ne transmettent plus de signal suffisant pour que ces organisations vivent par elles-mêmes et du dynamisme particulier à leur environnement immédiat.L'époque du recours rassurant à des modèles techniques sophistiqués garantis à 100% (argent non remis en cas d\u2019échec) est maintenant terminée.En ayant en tête que la décentralisation que l\u2019on vit en ce moment en est une d'encadrement et non d'auto-développement, est-il pensable que les bénévoles, les représentants de la population etc.cessent de se percevoir comme complémentaires aux experts et aux structures et amorcent graduellement un revirement de ce rapport.Est-il pensable tant sur le plan personnel que collectif, que le professionnel accompagne et supporte son patient, que l'expert gestionnaire informe et propose son point de vue au bénévole représentant de la population sur le conseil d'administration.Est-il pensable que les divers groupes de bénévoles puissent être mis à contribution autant dans les phases conception et planification, que programmation et évaluation des services socio-sanitaires ?Est-il aussi envisageable que les agents (syndiqués et professionnels) des institutions en place puissent se percevoir comme acteurs responsables et solidaires par rapport aux actions qui s\u2019y déroulent et, avec d\u2019autres usagers (car ils en sont eux-mêmes), mobiliser leurs énergies pour grignoter une reprise en mains graduelle de ce système qui échappe, tant dans ses aspects cliniques qu\u2019administratifs, à ses principaux destinataires, les usagers tant courtisés.Car si les travailleurs, dits professionnels, ont des droits légitimes à revendiquer et à faire respecter, Dossier santé.ne devons-nous pas également attendre d\u2019eux une responsabilité et une volonté aussi grande de contribuer au renouvellement des capacités de cette machine à guérir.Si ces divers possibles ne sont pas faits pour étre vécus dans ce monde, dans cette période et enfin dans notre région, quelle marge de manœuvre reste-t-il à ceux et celles qui perçoivent de par leurs lectures, leurs expériences et leurs analyses, que la santé pourrait être autrement en Abitibi Témisca- mingue ?Il reste la même marge qu'il restait à ceux qui ont décidé de réagir il y a quelques années en se réappropriant des aspects du secteur forestier, alimentaire et culturel.Il nous reste encore la possibilité d\u2019asseoir les divers partenaires, de les réunir afin de partager des savoirs différents dans une égalité de pouvoir.Il nous reste, par des alliances et des gestes concrets, à essayer de s'entendre pour proposer et vivre des actions visant à démédicaliser la santé, à déprofession- naliser les relations avec les spécialistes de tous genres, à démystifier et à débarrasser la gestion de tout ce qui la rend occulte.Notre isolement géographique et psychologique nous prédispose à de telles attitudes d'autonomie, d\u2019autogestion ; par contre, notre dépendance nous a habitués à nous fier plus souvent qu'autrement sur l'extérieur pour l\u2019approvisionnement en denrées et pour tous les autres services qu'on ne trouve pas chez-nous.Dans ce combat, laquelle de ces deux (2) caractéristiques propres aux abitibiens éloignés, peut-être colonisés, prendra le dessus avec tout ce qu'elle comporte de choix, de risques et de changements?Croit-on réellement que personne ne puisse être prophète en son pays ? B 5 À N ; À = = 2 Si 55 = 3 3 à 2 es > > 2: Se, G5 243 Es æ Ee > Sh Gh ne 3 d : sc .2 = a 5 x 55 = = SA 2 3 pe 5% \u201ci Ra 3 7 = # } i A 5 .3 fx 2 po Koti | Lu > Le 0 hes 2 | Xe es 3% 5: 7 / = ; Zi A Z a f \" \u2018 TE 7 % % a \u201c2 4 2 ST \u2014 % % 7] 2 4 « 27 Es A i *f Re ee 7 2% 7 it 2 7 li 2 7 wl % 4 wid J; A053 Ga AT 24 7 dns Hey 5 ir 4 Lei 24 ni Yi 73 7 5; bé 4; Le, 7 i 7 7 5 % 53 Gui % 5 4 751.0 GE 5 77 4 | oh 2 # # Ha % i GR 7 9 7 i Ÿ 7 à Hs % 45% ; 8 GE dE 5 2 7 ar % A 7 7 i % 7 LÉ .7 24 % ve Le i 4 4e 5 Es 1 47 \"0 7, 5% %, iy 7 7.7 5 4% 2 Ze % 2 7 i 4, A0 7 4 Ti 7; 4: A Si 4 5 2, \u201c4 4 52 4 5 2 7 CA Gs es 4 2 7%; % ve = oy LA 7% sy % a 4 de ÿ 7: Fa V7 \u201c3, 5% GG 7% 4, 2 7 5 7 yl 7 % % 2 i dE A 7 %, 7 ; 4 is i 7 T0 22 5 2 7: Ge 7 Ur de a 7s 7.7% 4: 20 A 7 D à 2 3 yn 7 4 77 7 24 $ 2 i 78 Eo 7, va 7 2 7 i o ty 24 7 5\" 45 2 # 3 7 i 7; 2 0, 7; 4.7 a 7 7, J % i Zi 7 2% Gé 24 7e CF 7 T0 4 A G 2 J ?wy rk CE A, 5 2, ado Wi 3% 5 %; Tg 7 Wo à 7 4 ÿ Z 2 2 STE 7 4 7 # a % % 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pour l'amour du ciel et de la terre auriez-vous cru que cela fat possible de mourir au désert de ses réves _- a._ a ne Poe _ Be ES coter) ES 2 2 es = ES Lo Tee = > _ Res = Rte ry _ 22.a J Lil _ _ res 2 Lan Le cime \u2014e pe La ii re Soak ies, ooh cie ee Te cs ra 2 ER Eo Carus EE LEE ral Cran x aaa ces Peu ess, A a Gi Z oy oy pies où pa > 3 eee éme - _\u2014 = Daniel Martin L'Université sans nom.\u201d Qu\u2019aprés 11 ans d'existence le C.E.U.A.T.! se cherche encore une mission voire même une raison d\u2019être a quelque chose d\u2019aberrant.Si on voulait nuancer jusqu\u2019à ne plus rien vouloir dire, on objecterait peut-être que cette quête d\u2019identité est un signe de «conscience», que les autres universités ne se posent même pas la question, etc.et quoi encore ?Une université qui ne s'appartient pas Donc, sans lettres patentes et sans mission particulière, cette structure (C.E.U.A.T.) est rattachée maintenant au siège social à Québec.Avant c'était à Hull et avant à Trois-Rivières.Depuis onze ans, elle n\u2019a donc pas d'existence autonome.Depuis onze ans, elle est un peu à l\u2019image de sa région : elle n'appartient pas vraiment aux gens d'ici, comme les mines par exemple.À cet égard le congédiement des 5 cadres «autochtones» en 1971-1972 a sans doute profondément contribué à indiquer aux gens de la région que l\u2019université ne leur appartenait pas et que les vraies décisions se prenaient ailleurs.Cette saignée a aussi et surtout ralenti le développement d\u2019une université collée à sa réalité régionale.Depuis onze ans, aussi à l\u2019image des bâtisseurs d'ici, le C.E.U.A.T.accouche et avorte indisciblement de projets, d\u2019innovations, de rêves, de solutions nouvelles.Depuis onze ans plusieurs ont espéré (et croient encore) que Pierre Beaulieu, Fernand Bellehumeur, Réal Boucher, Roger Guy, Jeanne Maheu et Clément Mercier ont collaboré à ce texte en fournissant les premiers inputs et en acceptant de revoir la première rédaction.1.C.EU.A.T.Centre d'Études Universitaires en Abitibi-Témiscamingue.Réseau Université du Québec.a Ry: Bid Possibles-Abitibi s'implanteront ici des services universitaires originaux, collés à la réalité de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, affranchis du modèle de l\u2019Université traditionnelle.En 1970, il fallait former des enseignants.Et il fallait surtout les former ici; c\u2019est à la suite de pressions des gens de la région que naquirent les premiers services en éducation.Quelques autres programmes virent le jour.Conçus ici, ils furent souvent arrachés de haute lutte parce qu\u2019ils ne pouvaient être mis en application qu\u2019après avoir été dûment approuvés par des gens de l'extérieur selon des normes universelles peu respectueuses des besoins particuliers : animation, travail social, sciences infirmières, enfance inadaptée, sciences comptables, sciences administratives.Une quarantaine de professeurs et plusieurs chargés de cours en font un mi- chemin entre une «université» et «un comptoir de cours».Les activités se déroulent à la grandeur de la région pour les étudiants à temps partiel (ils sont 1500) de Chibougamau à Ville-Marie, de La Sarre à Val d\u2019Or et à Rouyn pour les quelque 300 étudiants à temps complet.Cette première mission de formation des maîtres, le C.E.U.A.T.s\u2019en est bien acquittée.En dix ans il a aidé les enseignants et enseignantes de la région à se perfectionner souvent à partir de formules adaptées et originales.Comme ces «contingents» ou syndicats d\u2019enseignants, Commissions Scolaires et Université géraient le programme d\u2019enfance inadaptée, s\u2019entendaient sur les cours a suivre, les ressources, les lieux et moments d\u2019activités.Ces formes ponctuelles de concertation, en plus de rapprocher l\u2019université de son milieu, ont permis des regroupements dynamiques d'étudiants en perfectionnement.Ajoutons que ces perfectionnements se donnaient dans les localités mêmes des étudiants : c'était et c\u2019est encore un défi que de seulement aller donner le cours.Dans les autres programmes, on retrouve aussi des concepts issus des gens de la région.Le programme 60 L'Université sans nom.d\u2019animation en est un excellent exemple : à l'intérieur même du cheminement académique, des activités d'intégration servaient à épauler les développements personnels.Au delà de la quincaillerie, et plus important encore, une vision de société qui unifiait une équipe de professeurs-collaborateurs.Le programme de la maîtrise en éducation (rattaché à l'U.Q.A.R.) quant à lui, est issu directement de pressions d'étudiants d\u2019ici.Conçu pour des étudiants à temps partiel, ce programme est centré sur l'étudiant «acteur professionnel» dans une organisation.La recherche-action qui le caractérise regroupe une équipe de collaborateurs de d\u2019autres universités du Québec.Ces quelques exemples illustrent la volonté d\u2019auto- développement et la richesse adaptatrice et innovatrice de ceux et celles qui se sont décidés à assumer leur rôle d\u2019initiateur.À quelques reprises donc, on a constaté des émergences prometteuses, mais qui se sont vite usées sur une logique bureaucratique abrasive, démotivante et étrangère.À cette mission d'enseignement, se sont greffées des tâches traditionnellement connexes : la recherche et les services à la collectivité.Quelques recherches furent liées à des problèmes régionaux (les petites écoles par exemple), mais la majorité d\u2019entre elles sont plus collées aux plans de carrière (doctorats) où aux formations et préoccupations professionnelles des professeurs.Le modèle du professeur universitaire doctorifié est malheureusement trop présent.On sent plus de pressions à se conformer aux exigences de l\u2019idéal traditionnel qu'à le refuser fermement même s\u2019il est peu compatible avec les services que nous offrons et devons offrir.Dans certains cas, les recherches donnent lieu à d\u2019intéressantes collaborations avec d\u2019autres organismes : ainsi le laboratoire d\u2019électromyographie du C.E.U.A.T.travaille à traiter les maux de dos, avec le Centre Hospitalier de Rouyn-Noranda.61 poe es Possibles-Abitibi Du côté des services à la collectivité, on assiste à un ensemble de collaborations plus ou moins ponctuelles, très souvent, petites et discrètes, rarement intégrées à un projet d'ensemble: des enquêtes d\u2019opinions sur la pollution, sur le développement du Centre-Ville, des collaborations à des organismes bénévoles, à des écoles, l\u2019organisation de colloques, congrès, expositions.La présence à la région n\u2019est certes pas évidente et encore moins centrée sur des besoins propres à la région.Les services à la collectivité sont plus souvent liés aux intérêts personnels des professeurs qu\u2019à une volontée concertée.La qualité des participations n\u2019est pas mise en doute: on peut toutefois croire que des regroupements autour d'objectifs à long terme optimiseraient les implications individuelles et seraient plus susceptibles d\u2019initier des changements sociaux, culturels ou économiques.L\u2019éclatement ou la dispersion des préoccupations de recherche et de services à la collectivité témoigne de la difficulté du C.E.U.A.T.à ériger une permanence.À l'exemple des squatters qui s\u2019établissaient provisoirement autour des mines, beaucoup de professeurs et d\u2019administrateurs n\u2019ont fait que passer.Incapables d'y retrouver une âme, ils n\u2019allaient pas tous s\u2019atteler à la tâche d\u2019en bâtir une.Le cercle était vicieux: pas de projets d'ensemble donc pas d'équipe; pas d'équipe pas de projets d\u2019ensemble.Chaque professeur se retrouve seul face à sa tâche individuelle.Et il a tôt fait de s'occuper de ses affaires personnelles qui sont au mieux liées à la spécificité de sa formation, au lieu de se centrer sur les objectifs des programmes auxquels il est attaché.On trouve trop peu d'équipes solides et ouvertes qui d'emblée situeraient le professeur (ancien et nouveau) dans une perspective de développement collectif.Que ça soit au niveau des programmes d'études, des projets de recherche, ou des services à la collectivité, il est inquiétant de constater que 40 professeurs, sauf quelques exceptions, n'aient pas réussi en 10 ans, à 62 L'Université sans nom.drainer autour d\u2019eux des équipes de collaborateurs qui rayonnent dans le milieu.Les rares ralliements ordonnés étaient orientés sur l\u2019interminable question du statut politique du centre universitaire, seul problème capable de rassembler les énergies.Et combien il fut énergivore ! Combien de marins et combien de capitaines se sont engloutis dans cette mer d'échecs successifs.Des luttes d\u2019orientations et de contenus furent troquées pour des luttes de pouvoir.L'idée était et est encore de rapatrier le pouvoir décisionnel actuellement à Québec.Dans la lointaine époque c\u2019eut été d\u2019enrayer le siphonnage vers la T.E.L.U.Q.(Télé-Université) et vers le centre de Hull des sommes d'argent destinées à l\u2019Abitibi-Témiscamingue.Une université dans une région dominée pouvait-elle être autre chose qu'une vache à lait pour les gros centres ?À qui profite la Baie James ?Aux Abitibiens ?Aux Cris ?Dans ce contexte, la lutte pour l'autonomie du centre de Rouyn prenait tournure épique.Ah! les envolées oratoires! Faut-il être propriétaire pour aménager son espace ?Le C.E.U.A.T.a souvent manqué en son sein d\u2019administrateurs fermement décidés à bâtir pour ici.On se rappelle surtout de leur grande complaisance à l'endroit des administrateurs étrangers (les vrais).Peut-être à leur décharge étaient-ils surpris et heureux d\u2019avoir au moins ce qu'ils avaient et se refusaient et se refusent encore à imaginer autre chose que ce que Québec veut leur donner.Peut-être aussi les professeurs se refusent-ils trop souvent de risquer d'assumer autre chose qu'une panoplie de reproductions d'images termes, importées de leurs formations hétéroclites et traditionnelles.Mais voilà que la conjoncture économique et que celle aussi des clientèles pose problème à cette vocation traditionnelle du C.E.U.A.T.Peu d\u2019enseignants à former et des coupures budgétaires ! Moins d'argent pour la recherche! Une baisse des activités dans les sous-centres! Toujours pas de mission particulière qui pourrait légitimer la présence de 63 Possibles-Abitibi services décentralisés, ou mieux encore qui pourraient financer cette même présence.L'insertion sociale déficiente du centre universitaire ne lui garantit pas d\u2019appuis inconditionnels dans la communauté.C\u2019est un peu gênant de le dire mais c\u2019est probablement pour notre «beurre» mais sous le couvert du développement régional que nous accourons à la défense du centre universitaire.C\u2019est d\u2019ailleurs l'impression de plusieurs quand ils voient les professeurs d'université (de toutes les universités) qui s'émeuvent enfin, qui n\u2019en finissent plus d\u2019écrire aux journaux.il faut voir la gueule des journalistes lors des conférences de presse.pour comprendre un peu que nos préoccupations sociales sont soudaines.Un projet d'université Mais de tout ce fouillis conjoncturel, quatre choses a retenir pour l'avenir: repréciser la mission enseignement, définir une mission particulière, enraciner l\u2019Université dans son milieu et tout ça dans un contexte de coupures budgétaires.Repréciser la mission enseignement, c\u2019est d\u2019abord consolider les acquis et secteurs viables, mais aussi proposer de nouvelles pistes en fonction des clientèles et aussi (en fonction) des besoins des gens de la région.À cet égard nous notons l'apparition de nouveaux programmes tels l'informatique, les Arts plastiques.Mais il faut regretter l'avortement de projets et d\u2019idées originales : un certificat en psychologie générale qui ne démarre pas ; une idée de Bacc.en Sciences Humaines qui n\u2019a pu être concrétisée ou encore mieux cette vieille idée de 1972 d\u2019un programme de Sciences Infirmières qui permettrait à ses finissantes et finissants de poser 90% des gestes traditionnellement réservés aux médecins.Dans une région où on déplore toujours une pénurie de médecins, dans un coin de pays où il y a encore des infirmières de colonisation.ça serait beau! Dans les officines du pouvoir on a poussé les hauts-cris! 64 L'Université sans nom.Pourquoi ne renverserions-nous pas tout simplement ce que nous appelons «contraintes» pour en faire des avantages! Pourquoi l'éloignement des grands centres ne serait-il pas pour nous l\u2019occasion de justifier et d'obtenir des programmes de formation créant des pratiques novatrices comme une pratique médicale fondée sur les capacités des infirmières plutôt que sur leur irresponsabilité.Au lieu de se chercher de nouveaux marchés (de nouvelles clientèles) et de les épuiser un peu comme on épuise sauvagement les ressources forestières, il vaudrait mieux sélectionner délicatement et raffiner les processus de formation.Consolider des vieux programmes après avoir audacieusement décidé de faire ici, en Abitibi-Témiscamingue, un lieu de développement et d\u2019expérimentation de modèles de formation innovateurs.Faire de la qualité! Pourquoi ne profiterions-nous pas de nos petites clientèles pour travailler et produire en petit nombre du «bien fait», de l'artisanat.Comme ce nombre infime de postulants aux examens des Comptables agréés mais qui réussissent au-delà de la moyenne canadienne.Se spécialiser dans les programmes de 1°\" cycle en créant des lieux de formation, des regroupements de professeurs, d'étudiants et de gens de l'extérieur de l\u2019université qui cheminent ensemble autour et par des projets communs liés aux besoins régionaux mais à l\u2019intérieur des programmes de formation réguliers.Se servir du milieu comme déclencheur et support à la formation d'hommes et de femmes qui seraient capables de dépasser les contenus de cours.Pourquoi ne pas profiter des sous- centres d'enseignement comme de véritables racines ou tentacules qui permettent d'insérer le professeur et l'étudiant dans son milieu régional?Faire du développement régional à travers nos enseignements de quelque nature qu'ils soient! Il serait possible de rendre licites non seulement ces nouveaux modes de vie mais aussi les pro- Possibles-Abitibi grammes de formation qui les enchassent.Cette région est si différente qu'elle justifierait amplement que se créent ici des espaces neufs et créateurs.Pourquoi faut-il gober le modèle des gros centres ?Se peut-il que nos représentants (députés, professeurs ou administrateurs) ne servent qu\u2019à légitimer et reproduire les mécanismes de domination et d\u2019aliénation en bloquant des diversités infiniment revita- lisantes! Ça prend une bonne dose de naïveté, de renoncement ou de petitesse pour travailler à reproduire ce qui existe ailleurs sans regarder ce qui serait utile pour ici, sous prétexte que c\u2019est pas réaliste.La logique du pouvoir bureaucratique empêche probablement l'épanouissement de l\u2019envergure, de l\u2019audace et de la hauteur de vues.Mines, forêts, agriculture, hydroélectricité, mais aussi tout le secteur secondaire connexe, machinerie, transport, etc.Il y aurait prétexte à plusieurs missions particulières.Pourquoi pas le développement régional si on y avait pensé plus tôt ! Mais à travers cette recherche de vocation, la préférence pour tel ou tel secteur a une importance secondaire.Quel modèle de développement ou quel modèle de service universitaire veut-on implanter ?Allons-nous reproduire ce qui se fait de gros et de prestigieux ?Pourquoi ne pas réaliser l'implantation, quelle qu\u2019elle soit, d\u2019une façon originale et en respectant les capacités de la région et les attentes des gens qui y vivent, d\u2019une façon qui rapproche l\u2019université du milieu: non pas seulement relier 3 chercheurs spécialisés à 8 ingénieurs, mais plutôt un ensemble de ressources humaines autour d\u2019une réalité économique qui est déjà imprégnée des rêves et quotidiens des Abitibiens et des Témiscamiens; se donner la chance d'investir dans un secteur qui soit rentable d'accord, mais avant tout propice à l\u2019insertion de l\u2019université dans un ensemble et non dans une autre tour d\u2019ivoire.Dans ce dossier la façon de rallier les motivations sera déterminante.On peut parachuter une «apparence de raison de survie» qui soit cohérente avec le fonctionnement traditionnel: de déci- 66 L\u2019Université sans nom.sions prises par en haut aprés moult lobbies, et stratégiquement implantées par la suite.On peut aussi décider d\u2019un mode qui soit plus respectueux des mouvements de la base et qui placerait les intervenants en situation d'interactions et ce dès le départ.Se faire informer au lieu d'informer! Si le centre se cherche une cathédrale à bâtir, il devrait en choisir la nef suffisamment vaste qu'elle puisse intégrer harmonieusement, ou à tout le moins rattacher une quantité de préoccupation de services à la collectivité, de recherche et d'enseignement.Une mission particulière qui ne serait pas qu'un prétexte à la survie mais qui serait un moteur de développement et qui contribuerait à enraciner l\u2019université dans son milieu.Quoique les services à la collectivité soient partie intégrante des tâches des professeurs et qu'ils soient aussi le mécanisme par lequel l\u2019université légitime son existence, on ne peut pas dire que les actes ponctuels contribuent à insérer suffisamment l'Université dans son milieu.Le C.E.U.A.T., ou les individus qui le font, reste trop souvent absent des problèmes de fond qui confrontent le Nord-Ouest Québécois.Notre participation est «tangentielle» en ce sens qu\u2019elle ne fait qu\u2019effleurer les problèmes : le reboisement des parterres de coupe, la grève chez Normick à La Sarre (1981-1982), la vie des mineurs, celle des camionneurs, etc.et quoi d'autre que je ne sais même pas.dont nous ne nous parlons même pas.Il y a bien entendu des exceptions : des préoccupations concernant les petites écoles et leur fermeture, le tourisme régional, un colloque sur l\u2019économie régionale, un autre sur le suicide.On croirait surtout que le milieu et les professionnels de l\u2019Université n\u2019ont pas encore appris à se mettre en communication.Il est bien sûr difficile pour un nouvel arrivé (ce qui arrive très souvent car le roulement du corps professoral varie de 25 à 40% chaque année) de se «brancher» sur les problèmes régionaux.Et la communauté n\u2019a pas réussi à faire Possibles- Abitibi.entendre suffisamment ses besoins.Les professeurs manquent d\u2019antennes ?La communauté émet mal et au mauvais endroit ?Il n\u2019y a pas encore de réflexion et de politique des services à la collectivité.On serait en droit de s'attendre à ce que les professeurs soient des «échos sonores» de la réalité régionale.Un peu comme ces poètes, dramaturges ou autres qui usent socialement de leur médium.Il faut que les professeurs professent i.e.«portent devant» la place publique ce que leur situation leur permet de voir et d'analyser.Nous ne sommes trop souvent que de tranquilles et habiles reproducteurs en ce sens que nous ne témoignons que de ce que nous avons connu (une formation traditionnelle), que nous nous enfermons dans cette vision réconfortante et que nous ne professons que ce qui nous confirme dans nos privilèges docilement acquis.De là à dire que nous sommes payés trop cher, il n\u2019y a qu\u2019un pas que je ne saurais franchir de peur d'alimenter le moulin Laurin.Au contraire quand je songe aux labeurs de certains collègues, je ne peux qu\u2019affirmer l\u2019immensité du défi relevé., Deux pièges à éviter Le projet d'université que véhicule ce texte n\u2019est pas seulement rêvé.Nous le heurtons fréquemment en plein jour ça et là au gré de nos travaux et de nos discussions.Il s'apparente malheureusement à un premier piège : celui de l'attaque des administrateurs, sorte d\u2019ornière pleine de désillusion.Aussi est-il nécessaire de l\u2019en distinguer.Trop souvent a-t-on vu d\u2019audacieuses motivations drainées dans une stérile lutte de pouvoir ou écrasées parce que faussement apparentées à une simple lutte de pouvoir.Réaliser ce projet d'université passe inévitablement par une modification des processus bureaucratiques et remet donc en question plusieurs aspects de ce même pouvoir.Que parfois il y ait un glissement des objectifs ou bien qu\u2019il y ait simplement une mauvaise interprétation des procédures ou moyens entrepris et alors le risque est grand que se hérissent l\u2019un contre 68 GRETA AVE PSE L'Université sans nom.l\u2019autre ceux qui devraient être partenaires.Dans un climat de non confiance, le risque est encore plus grand.Le premier piège, c\u2019est celui de la lutte de pouvoir : de ne vouloir que la changer, la conserver ou pire de la confondre en la voyant partout.Le deuxième piège c\u2019est de croire que les changements doivent venir d'en haut.Une telle croyance pousse les acteurs à investir dans la hiérarchie au lieu d'investir dans la base, à se ménager de bons «contacts» persuadés qu\u2019ils sauraient appuyer notre cause indéfectiblement.Cette stratégie, quoiqu'elle puisse occasionnellement et aléatoirement donner quelques résultats, ne saura jamais que fournir une autorisation légale.Elle n\u2019est pas porteuse de richesse de contenus ou de processus pour les usagers.Au mieux elle garantit un poste à ceux qui l'utilisent le mieux, assurant ainsi la relève de la machine.Le plus pernicieux message que cette stratégie véhicule est celui de la non-appartenance : elle signifie aux usagers qu\u2019ils ne peuvent collectivement avoir une prise sur leur appareil.C\u2019est dans nos stratégies que nous nous révélons le plus à ceux que nous sommes censés former; que disait donc Mc Luhan à propos du médium et du message ?Le deuxième piège a aussi son corollaire, c\u2019est de penser que les changements qui viennent d\u2019en bas doivent être sujets à méfiance, surveillance et contrôle tant et tant qu\u2019en bas il y ait essoufflement et retrait définitif.La logique du pouvoir bureaucratique réside justement dans la reproduction de plusieurs cercles vicieux.Le pouvoir se reproduit lui- même; il tend à croître et à accroître sa fonction contrôle parasitaire d'autant que les demandes de changement lui parviennent.C\u2019est alors que les demandes de contrôle deviennent tellement contraignantes que les demandes de changement s\u2019estompent ou sont récupérées.Dans le malheureux contexte budgétaire qui nous assaille, il est peut-être périlleux de jeter un si bref 69 Possibles-Abitibi coup d\u2019œil sur la mission des services universitaires en Abitibi-Témiscamingue.Il serait plus périlleux et encore plus odieux de ne pas le faire.Les coupures mettent en danger la redéfinition et le développement du centre.Les rêves seront plus difficiles à réaliser : il faudra que du trop petit nombre provienne encore plus d'énergie.Au temps des vaches grasses l\u2019administration se faisait plutôt silencieuse des développements possibles.Mais les quelques idées et réalisations seraient encore possibles aujourd\u2019hui.Ce qui manque surtout, ce ne sont pas les moyens financiers, c\u2019est une volonté administrative d'\u2019aller les chercher et une volonté commune de créer des espaces responsabilisants, licites et permissifs ; de faciliter encore plus l'existence de ceux qui existent déjà, tout ça, autour d\u2019une vision audacieuse de la présence universitaire.Cette vision existe pourtant, mais peut- être plus à l'extérieur de l\u2019université qu\u2019en son sein comme si l\u2019apparition de notre nom sur la liste de paie avait trop souvent pour effet de nous faire endosser le statu quo, comme si notre formation et notre capacité à tolérer la bureaucratie ne pouvaient aller de pair qu\u2019avec l\u2019abandon de nos rêves de jeunesse, faisant de nous d'excellents candidats aux postes de pouvoir que nous conservons\u2026 dignement.70 zu = = \u2014 x3 = = © os CLT Se Sw \\, pe > Nerd | | J AN a x = x NON SH, CPE FE ee Soman CRY Pa x FEES vit nt Wi = =H N AN SSSSS + \u2014 ue > I ob (ee) 72 EV BEN À ç NN > ES 7 SD HE ms, GES | Ne Li pa re \u2014_\u2014 A =e ; Ar \u2018a 4 LL Gi Psa 7 3 Di H ES == =\" sl Val pal 4 chu VED SUN J \\ J FR | À NS N ne ES SSSR = pe Pierre Perrault Éloge de l\u2019échec écrire sur la neige avec la craie blanche du silence Rina LASNIER On ne peut pas passer sa vie dans la victoire des autres, sans jamais informer la neige de son propre passage.de son existence précaire et clandestine.de son identité illégitime et assiégée.de son silence asservi et dévoré par toutes les marchandises.Aussi bien sommes-nous, pour ainsi dire historiquement, réduits à survivre l'âme en berne, à restaurer un langage humilié, à décaper une fois de plus l'armoire des possibles, à devenir de plus en plus éventuels, de moins en moins probables, éminemment hypothétiques dans le champ clos des échecs répétés, des négociations avortées, des espérances décapitées.Comme si nous n\u2019avions plus que ce recours à l'échec pour nous évaluer.Mais plutôt faire l'éloge de l'échec que de racheter au rabais la fièvre du samedi soir.Qui en voudra de l'échec pour replanter un orgueil en déroute ?Serions-nous à ce point démunis que nous n'aurions pas même une défaite véritable à négocier avec l\u2019avenir?Comme si nous étions même privés d\u2019ennemi.Ni agresseurs! Ni agressés! Tout simplement une ethnie en dérive dans le social.Une tribu balottée dans le linguistique.Un homme empéché dans son passé qui ne débouche que sur I'assurance- chômage ou l'écriture.Emprisonnement dans le discours.Tous les discours.Et surtout celui des autres.Comme si derrière chaque arbre qui tombe de nos mains laborieuses dans la Gatineau des autres un ennemi n\u2019était pas caché.Comme si tout ce passé constitutionnel et poli et juridique n\u2019était pas inlassable dépossession.Laissant toute la place à l'imaginaire. Hf He 3 sim in i 1 Possibles- Abitibi Mais lequel?Et j'en arrive à comprendre ce désarroi de ceux qui ont emprunté au cinéma américain et à l'écriture française ce qu\u2019ils ont nommé l'imaginaire et qui n\u2019est jamais que la mise en marché d\u2019une fiction récupératrice.Nous voilà donc un pied dans le mocassin d\u2019une nostalgie et l\u2019autre dans les bottes lacées (Kodiak bien sûr) du braconnage.Enfermés dans la bière exubérante de la Saint-Jean.Dans le discours encore une fois et nulle part ailleurs.Main- d'œuvre et clientèle.Dans le discours qui n'a pourtant pas froid aux mots (Yolande Lemaire).Mais dans aucun événement.N'ayant jamais passé aux actes d\u2019un avènement.N'est vaincu que celui qui prend les armes.Le discours éternise.Je me cherche une défaite qui m'actualise.J'escompte une défaite.Sinon l'avenir restera chimérique.À jamais.Et s'il en est une seulement, une seule, quel discours l'a invoquée en faveur de la victoire ?Qui l\u2019a soulevée dans le discours prolongé ?Qui a prétendu la triste histoire?Notre seule aventure collective, notre seule et unique entreprise de conquête, notre seule façon d'échapper au discours et de passer aux actes, qui l'a camouflée dans les humiliations, qui l\u2019a récusée, qui l\u2019a repoussée dans le dérisoire, qui l\u2019a vendue pour trente deniers à un éventuel Louis Hémon ?Pourtant, un jour, à la sauvagesse, en presque secret, sur le dos des plus pauvres, sous de faux prétextes si l\u2019on veut, nous avons levé une armée pour enfin échapper à notre propre désuétude.nous fûmes invités à lever des colons\u2026 un immense espace s'offrait en Abitibi pour la fondation de nouvelles paroisses\u2026 Félix-Antoine SAVARD Une armée de colons pour fonder des paroisses.Une armée de gueux.Sans état-major.C\u2019est l\u2019histoire de l\u2019Abitibi.La plus triste histoire de notre histoire sans histoire.La plus lamentable.Sous prétexte de 154 Éloge de l'échec paroisses.Commandée par des prêtres-colonisateurs.Et pour ne pas faire d'histoire nous n'avons pas, à vrai dire, raconté l\u2019histoire.Nous nous sommes nous- mêmes, délibérément, passés sous silence.Par humilité.Nous avons préféré les autres histoires.les histoires des autres.Imaginaires encore une fois.Nous ignorons délibérément que nous appartenons à un peuple confronté depuis toujours à son obscurité et incapable de la nommer (F.Dumont), ayant toujours emprunté ses histoires.Ma mère se nommait Hollywood.Mon père Saint-Germain-des-Prés, affirme Jacques Godbout sans protester.Mais qui consentirait à raconter l\u2019histoire d\u2019une catastrophe qu'aucun vainqueur ne revendique ?Les survivants eux-mêmes ne soup- connent même pas qu'ils survivent et ne veulent plus rien savoir de l'aventure dont ils ne sortent pas vaincus à leurs propres yeux, ne soupçonnant même pas l'existence d\u2019un ennemi, mais mortifiés, humiliés, un peu ridicules d'avoir si souvent exalté l'agriculture mais, pour plusieurs, c'était une solution de désespoir (F.Dumont).Mais on ne se bat, quand on est pauvre, qu'avec les armes de la pauvreté.Toutefois il faut savoir que l\u2019Abitibi n\u2019a pas exalté l\u2019agriculture mais le royaume, n\u2019a pas prétendu la terre mais le territoire, n\u2019a pas défriché un sol mais affirmé une souveraineté.Et cette pensée je la trouve dans les regrets.Et cet échec n\u2019est pas un échec mais une illustration, une preuve.La preuve qu'on ne sortira pas de la pauvreté par la pauvreté.qu\u2019on ne s'empare pas de la richesse par le travail.qu'on n\u2019entrera pas dans le royaume par le courage.Mais ils ne savent pas encore l'importance d\u2019une telle illustration.Ils ignorent encore que cet échec de leurs mains calleuses démontre le bien-fondé de leur projet.Et que sans la souveraineté, le travail ne rapporte jamais au travailleur.Ils ne savent pas qu\u2019ils ont démontré que pour sortir de la légende il fallait entrer dans l\u2019histoire, que pour échapper au discours de l'impuissance il fallait passer aux actes.Et ils ont passé bien près de réussir.Et les raisons de leur échec nous dictent un avenir.155 Possibles-Abitibi Mais qui a raconté.qui sait\u2026 qui veut savoir que nous avons investi des tonnes de courage dans l'aventure de l\u2019Abitibi?Seize mille lots ont été concédés.Sur chaque lot plusieurs colons se sont succédé comme sur une ligne de feu.Avec femmes et enfants.Des millions d'arbres et de lièvres ont été abattus.Qui dira la providence du lièvre quand l'hiver n\u2019en finissait plus dans les caves à légumes ?Et on ne leur donnait, à ces simples soldats d\u2019une guerre obscure, que les armes de la pauvreté.que la pauvreté pour seules armes.moi, c'est par orgueil\u2026 pour pas être aux crochets de personne.pour pas étre sur le secours direct.pis pour pas que nos amis nous voient dans la misére.que chus allé ld.mais rendus là-bas on a mangé not\u2019 sauce!!! ah oui, la bas, on en a arrache!!! savez-vous ce qu'ils donnaient aux colons?un fanal.quinze livres de fil d'alton.une chaîne à billots, vingt pieds d'long, pas de crochet ni d'un boutte ni d'l'autre.un tuyau.une pompe.un lighter.une pipe.pas d'tabac.finalement un calendard (un godendard) de six pieds ; ça va mal un homme tout seul sus un godendard de six pieds avec un p'tit gars de deux ans.Qui a investi dans l'espérance du royaume tant et tant de courage désarmé ?Quinze livres de fil d'alton pour prendre le lièvre au collet et le royaume à la peine.Et je ne m'étonne pas qu'ils ne veuillent plus en manger, du lièvre et de la misère, et préfèrent du bon poulet du Petit Colonel.Mais je ne m'en réjouis pas non plus que cette promesse de royaume les ait réduits à ce dégoût du royaume.parce qu\u2019on les a laissés tomber de la promesse dans l\u2019assurance-chômage sans même lever le petit doigt de l\u2019indignation, sans brandir la vantardise de l'épopée.156 ASAT EIA A AI StL AEM it Eloge de I'échec not\u2018 charrue, savez-vous comment c'qu'elle était faite?j'avais une chaîne, une chaîne à billot qu'Auger nous avait donnée\u2026 je l'ai attachée après une bûche de bois.ma femme tenait les manchons\u2026 pis moi j faisais le bœuf en avant\u2026 Un homme attelé à une charrue de bois du commencement du monde et sa femme tenant les manchons dans l'espoir d\u2019un premier jardin pour épargner le prochain hiver.Mais ils avaient compris qu'il s'agissait d\u2019une conquête et qu'on ne bâtit pas un royaume en buvant le scotch des autres.Un royaume vous attend, leur disait-on et ils y ont cru.Et ils ont abattu les arbres en dépit des mouches et ils ont enclos un immense territoire pour en prendre possession en leur nom de gueux et non pas, encore une fois, au nom du roi.Et ces hommes et ces femmes de la dépression, expulsés par la misère d\u2019une ville de leurs mains, ces locataires chassés de leur logis par les possédants, ces pauvres gens ont recommencé à même la forêt fondamentable la pénible opération de changer la terre hostile en pays chaleureux.en pays qu\u2019ils nommeront de leur poésie en dépit des géographes qui sont rarement de leur avis.Tout un royaume occupé, conquis, à la mitaine, sans arme qu'un peu de fil d\u2019alton, une pipe pas de tabac, une charrue pas de bœuf et une espérance demesurée.Une espérance qui n'a pas été homologuée.Une espérance honorable aujourd\u2019hui désavouée par les vendeurs d'espérance à meilleur marché.Et tout ce grand combat d\u2019un peuple désarmé est maintenant repoussé dans le grand silence du mépris parce que Beaudelaire n'en a pas parlé.Pourtant il faut le dire, se le dire, il ne s\u2019agit pas d\u2019une pure et simple entreprise de colonisation.Dans notre triste histoire sans histoire nous avons connu des rébellions, des manifestations, des fronts communs, des querelles parlementaires, des émeutes du Forum, plusieurs dispersions des Acadiens, des événements 157 Possibles-Abitibi d'octobre, des troubles de 37, des revanches des berceaux, des lois 101, des retours de charrette, des congrès eucharistiques, des concerts rock, des coupes Stanley, des victoires des Expos et même un prix Goncourt.mais cette fois-là est la seule où nous ayons levé une armée (pacifique bien sûr: nous n'avons pas les moyens de la belligérance) dans un projet de conquête.Pour une affaire de royaume.En notre pauvre faveur.La première fois depuis 1760 et la seule et la dernière.Pour échapper à l'étouffement, à l\u2019'encerclement, à l\u2019aliénation galopante.Pour ne pas perdre le nord dont personne ne voulait, notre seul débouché, tout le reste étant occupé.Aventure de pauvres gens! Sans envergure! Sans tambour ni trompette ! Mais quelle générosité ! Et quelle humilité! Dans la glaise fondamentale.La glaise abitibienne est pleine de qualités, affirmait Raoul Blanchard, le géographe.Jamais Dieu ne fit à aucun peuple un aussi beau présent d'argile, surenchérissait Savard, le poète colonisateur.Un royaume vous attend, entonnaient les recruteurs.Mais les colons d\u2019aujourd\u2019hui prennent la bonne mesure du discours d'autrefois.c'était pour se débarrasser d'nous-autres\u2026 au lieu de manger d'la misère icitte en ville autant manger du lievre en Abitibi.moi, chus v'nu au monde l'aut'bord du jeûne pis en d'ça d'la viande nous aut'on s'est jamais couché sans souper: quand on soupait pas, on s'couchait pas mais ils se consolaient de toutes les promesses mal tenues et de la pauvreté et de l'acharnement des souches et de l\u2019excès des mouches et de la complicité du gel: on a cru à la hache pour défricher la terre! on a cru aux bœufs pour labourer la terre! Éloge de l\u2019échec en té cas, moé, j'ai vu les vaches icitte\u2026 le mil assez gros que les vaches étaient obligées de casser le mil avec leu gueules sus l'auge pour l'envaler\u2026 moé, au début, j'ai dit : icitte, y aura pas une graine assez fantasque pour pousser là-d'dans ; la terre assez dure.je r'dressissais les clous sus la terre\u2026 ; mais un coup travaillée.la meilleure terre!!! on marche pas à pas carrés la-d'dans.on veut tomber sus ['nez.le foin nous embarre les jambes.: ben là, j'étais enchanté d'la terre!!! en désapprouvant la misère qui les torture et le patronage qui les pressure c'est par la pauvreté qu'on a fait maigrir la terre ça fait longtemps qu'on s'cherchait une place pour vivre pas d'argent; la, on l'a!!! 4 toute tombait dans les mains des mêmes maudits patroneux qui vous siphonnent encore aujourd'hui \u2014 toute a toujours fini par tomber dans les mêmes poches \u2014 y avait rien qu'une chose qu'ils voulaient pas : les enfants.pis la bonne femme!!! Bi on s'est ruiné à espérer ! y a 25 ans de sacrifices, hommes et femmes w dans ma terre as 2 RA) mais les gars v'naient a boutte de rire.pt Et leur indignation vient encore à boutte de rire!!! Comme s\u2019ils n'avaient pas perdu la foi.Car ils n'ont W rien oublié de la grande détresse.Ils n\u2019ont pas oublié A le secours direct et la soupe populaire.On leur avait dit [ que le travail manquait.Est-ce que le travail peut venir & vis 159 Possibles-Abitibi à manquer quand il y a des hommes à nourrir, à loger, un pays à bâtir avant la nuit ?Si la peine manque avant les hommes, n'est-ce pas que quelqu\u2019un s\u2019en est emparé, l\u2019a dérobée, la garde pour lui, la dissimule à son profit ?Si les hommes travaillaient chacun pour soi, quelqu\u2019un ne pourrait plus les faire travailler pour lui.C\u2019est alors qu\u2019ils se sont dit, les hommes de peine, sans pour autant emprunter un système, ils se sont dit : Prenons de la peine, reprenons le travail aux patrons et aux patroneux et le travail profitera aux hommes pour une fois qui n'en auront pas que la peine.Ils ont dit ça, ou à peu près, à Guyenne et à Roquemaure.Ils ont inventé leur système.Ils ont pris de la peine.Ils ont fait confiance à leur simple humanité.Dès 1930.Ils n\u2019ont rien dérobé à personne.Ils n\u2019ont pas fermé les routes.Ils ont ouvert des chemins dans la glaise inconnue.Ils ont choisi un territoire que les notaires n'avaient pas notarié et ils ont recommencé le monde à la sueur des fronts.Et petit à petit ils sont devenus des ancêtres, consacrant leur règne à bâtir le royaume, à défricher un bien pour qu'il devienne du bien d\u2019héritier.En dix ans ni plus ni moins ils ont fait leur démonstration.Le film de l'abbé Proulx, intitulé En Pays Neuf, en témoigne.Tout ce qu\u2019ils ont construit en dix ans parmi les souches, parmi les mouches! D'abord le campe de chaque colon sur son lot et à la croisée des chemins une chapelle en bois rond comme un autre campe d\u2019où on ne voit sortir, un par un, par la porte étroite que des hommes replaçant la casquette après la messe.Puis pour faire la place aux femmes qui les réjoignent une autre chapelle, plus grande et toujours en rondins, et déjà quelques hommes portaient des chapeaux de feutre pour dire que les temps ont changé.Plus tard une vraie église lambrissée.Puis les deux clochers d\u2019une quatrième église digne enfin d'accueillir un cardinal Villeneuve empourpré et la foule se presse autour de l'événement, et les enfants endimanchés comme un printemps, et les femmes enrobées, et les hommes de noir et de gris, et les drapeaux du pape au vent d\u2019une fête, et les équipages rustiques du retour aux souches, et le blé au javelier à pleines clôtures, et une espérance bien jardinée, et les routes au cor- 160 Éloge de l'échec deau, et la garde bien voiturée comme le curé, et partout le bon visage d\u2019une indéniable prospérité, Et surtout les marchands écartés du marchandage.Des partages ! Des corvées! Des coopérations! Une solidarité ! Un pays vivait sa vie par ses propres moyens un peu à l'abri de la grande distance.Une armée de colons avait réussi sa conquête.Non sans peine.Mais l'espoir était grand! Et la réussite indubitable et souvent peinte en blanc! En dix ans! Comment tout cela s\u2019est-il effondré ?En 1972, j'ai rencontré par hasard l\u2019Abitibi du désastre.Je cherchais la Baie James, le goût du royaume parmi les pionniers de l'électricité.J'imaginais une armée de travailleurs à la conquête, encore une fois la bonne, d\u2019un Nord fabuleux.Le Québécois et son goût de l'espace.Mais l'homme de Jamésie me parut morose comme un intellectuel montréalais après les événe- ments d\u2019octobre.Il n'était pas conquérant mais mercenaire.Je cherchais le royaume; ils avaient trouvé une bonne djobbe.Quelqu'un m'a amené à La Sarre.Là j'ai rencontré le notaire Godbout et sa route chimérique.Un notaire Godbout qui ne voulait pas perdre le nord.Un notaire Godbout qui ne se contentait pas de notarier la déroute.Qui ne voulait pas mendier le pain amer de l'exil, comme il disait pour vendre son projet de route jusqu'à la Baie James, devançant l\u2019Hydro-Québec et usant des fleurs d'une rhétorique un peu révolue pour annoncer une misère nouvelle, pour dénoncer une déroute accablante, pour projeter une conquête.J'ai aussi rencontré le goût du royaume d'Hauris Lalancette, quarante ans, qui a défriché sa terre lui-même et qui refuse de se rendre à l'ennemi, qui s\u2019entéte à construire à lui tout seul, avec sa petite femme de cent livres, au bout d\u2019un rang déjà vidé de tous ses soldats, tout le royaume.À lui tout seul il prétend gagner toute la guerre.Et j'ai enfin connu Charlemagne Gobeil, le magnifique, le chef-d\u2019œuvreux de La Sarre.Cet homme aurait pu inventer la lune.Un trou, une cheville.Il avait réponse à tout.Et il s'était chargé de la déroute.161 Een SR oe ae hy I: it i js RK Hi: i nl IH # Possibles-Abitibi Je ne dirai pas tous ses talents.Je dirai seulement l\u2019image du désastre qu\u2019il m\u2019a montrée à travers son génie de bricoleur.Il avait imaginé de toutes pièces et construit de ses mains, avec des rebuts, avec son génie de broche à foin, un orgue ni plus ni moins.Un immense orgue hydraulique! Une incroyable mécanique! Et derrière une série de manettes et de leviers qu\u2019il manœuvrait du bout des doigts, sans effort, comme un démiurge tout-puissant et souriant, il obligeait une immense plate-forme à s\u2019abaisser, à pencher tantôt à gauche, tantôt à droite, à se glisser sous les solives par la brèche d\u2019un solage défoncé, à se soulever comme un chameau et à se placer sur le dos une maison qui pouvait être grande comme un couvent.Et si le couvent dépassait les bornes de sa plate-forme, il le coupait en deux.Et si la chapelle était trop haute, il enlevait le clocher.Et il se mettait en marche, louvoyant sur les ponts pour passer entre les lampadaires.Et il prenait la route qui mène à l'espoir d'un nouveau royaume dont personne ne se méfie.Et la maison continue de fumer et les gens de I'habiter.En silence et sans protester un pays se vidait pour ailleurs se recommencer.A Matagami.Comment dire sans s\u2019indigner ce mouvage délibéré, cette transhumance en bois rond, en bois carré, en tôle, en lambris, en papier brique, en papier goudronné, cette fuite, une maison à son cou, de tant d'hommes dépouillés de leur conquête, ce grand dérangement qui bouleverse de fond en comble une Abitibi qui se reconstruit, silencieusement, sur le dos des sillons encore visibles, parmi les aulnes enchevêtrées, les puits abandonnés et les bécosses écroulées qui gardent les vaches d\u2019une espérance délavée, une forêt boréale de l'an premier.Sommes-nous si loin de la Retraite des Dix Mille ou de la Campagne de Russie?Tout cela ressemble en tout cas à une dispersion qu'il est permis de ne pas avoir oubliée.Ni navire britannique à l'aller, ni charrette à Pélagie au retour, mais une maison à dos de chameau, à toute allure, qui change de royaume, transbordant un pays dans un autre, un espoir de royaume avorté dans une 162 AR CIITA RE Éloge de l'échec espérance de boîte à lunch.Et les lièvres et les aulnes reprennent en grignotant possession des terres délaissées.Comment expliquer à nos enfants la déroute de Roquemaure, de Guyenne, de Bellecombe, de Roche- beaucourt ?La défaite de ceux qui ont inventé de toutes pièces, sans l'aide des gauchistes de l'UQAM, sans la bénédiction du goupillon récalcitrant, une société nouvelle, une nouvelle culture, avant la chanson, une société du partage des richesses et du travail, une société qui refusait de vendre sa force de travail au plus fort la poche et qui voulait construire sa richesse à l\u2019abri du marchandage.Ces hommes en déroute, parmi les vestiges de leur solidarité (hangars, caveaux, magasins coopératifs) crèvent de tristesse au bout du rang.Un jour quelqu\u2019un a fini par retrouver la peine dans les coffres de la libre entreprise.Et alors on les a retirés de leur misère conquérante pour les embrigader dans les briquades, pour les envenimer dans les mines, pour les achever dans les usines, pour les enfermer dans la logique infernale des boîtes à lunch.Et la belle vannerie de leur cohérence forestière et terrienne et souveraine s\u2019est effondrée.Quelqu'un un jour s\u2019est rendu compte que le nord étroit qu\u2019ils occupaient, que le froid qu\u2019ils célébraient, que les épinettes noires qu\u2019ils abattaient, pouvaient devenir rentables.quelqu'un qui avait les moyens de creuser des mines, d\u2019ouvrir des routes, de bâtir des moulins et surtout d'obtenir des subventions pour créer des emplois.Nous les avons payés pour qu\u2019ils nous donnent du travail! Alors il ne s\u2019est plus agi que de les évincer d\u2019une mince souveraineté, de les priver du troupeau laborieusement acquis, de faire pourrir les enclos qui leur donnaient un peu trop le goût du royaume.Alors on a réinventé la peine pour les faire peiner.À même leur propre force on les a vidés de la force.Allons-nous leur reprocher d\u2019avoir mal négocié le royaume?À mains nues contre les millions de la Noranda.À dix contre un, une fois de plus.Avec une 163 Possibles-Abitibi vache pas de bœuf pour bâtir un troupeau et résister à la voracité de Canada Packers.Guy Lafleur ne saurait à lui seul battre les dix Maple Leafs de Toronto.La terre ne les a pas trahis mais autre chose qu\u2019il faudra bien nommer par son nom, qu\u2019il faudra bien raconter.Quand tout a été accompli, quand la terre a été défrichée largement, les champs labourés, irrigués, ensemencés proprement, l\u2019étable construite, les vaches saillies, le troupeau abondant, quand ils ont atteint le modèle proposé, un modèle de ferme du 19° siècle, avec dix vaches et quelques moutons pour la laine et une presque parfaite autonomie comme un couteau entre les dents du pain, quand il ne restait plus qu\u2019à attendre encore un peu pour stabiliser une économie encore précaire, ils se sont retrouvés tête première sans l'avoir ni voulu ni prévu dans une économie du 20° siècle et la voracité des marchands qui les saignaient de leur courage pour faire marcher les affaires.Et ils n\u2019ont pas su résister.Ensemble ils avaient conquis.Un a un ils ont capitulé.Pour un skidoo! Pour une télévision-couleurs ! Pour tous les miroirs des marchands de fourrure! Après trente arpents de courage, ils se retrouvent appauvris, dépossédés par le salaire.Car le travail ne leur appartient pas.et ils ont vendu leur terre aux Américains pour une chanson.Et ils appartiennent au travail.Et quand le travail n\u2019a plus besoin d\u2019eux, ils ne trouvent plus rien à faire dans un pays qui ne nourrit pas son homme, qui ne produit pas son bœuf, qui se chauffe à l\u2019huile et qui laisse pourrir son bois.Après trente arpents de courage, les derniers rescapés, les entêtés de royaume, ceux qui s'acharnent à reconquérir le travail au lieu d'implorer un emploi, ils constatent que toutes les richesses d\u2019une Abitibi qu\u2019ils avaient réussi à enclore tombent comme par enchantement entre les mains de la grand'rue à Val d'Or et que leur courage, lui, tombe dans l'oubli.Je refuse de renoncer à l\u2019Abitibi.Mais ~omment incuber pareille démonstration.Des hommes sont «) Éloge de l'échec exclus de leur légitimité par les truchements de la traite des fourrures.Comment cinq siècles de commerce ont-ils réussi à appauvrir des milliers d\u2019Amérindiens et à enrichir les mêmes marchands ?L\u2019Abitibi et le Québec tout entier procèdent du même marchandage.Je sais bien que l'échec ne demande qu\u2019à se mépriser lui-même, qu'à tourner le dos à la crèche, qu'à se chercher une défaite, qu'à fuir sa propre évidence.Allons-nous encore une fois tomber dans le piège des contritions ?Parce que nous empruntons souvent ailleurs notre réflexion nous n'avons peut-être pas réalisé que ces hommes de la terre étaient souvent des ouvriers des villes qui ont cherché par ce moyen à reprendre possession du travail tombé entre les mains de la puissance et de l'argent.Aussi bien j'avouerai mon sentiment d\u2019avoir été trahi par l'intelligence, abandonné par l'écriture.Nous avons lu tous les livres.Mais qui s\u2019est donné la peine de lire l\u2019Abitibi.Nous avons archéologisé la Turquie mais qui nous a parlé de la disparition des voitures d\u2019eau, de la mort des villages autonomes d\u2019Abitibi?Il s\u2019agit de comprendre qu\u2019il n\u2019est pas humiliant de perdre une bataille mais qu'il est honteux d'abandonner le combat, d'abandonner toute une armée de colons à la voracité des marchands.L\u2019Abitibi démontre l'impossible négociation, l'impossible cohabitation.Quand un colon laboure sa terre il passe aux actes et il a des raisons d'espérer.Quand il accepte un salaire il réintègre le discours, il attend une délivrance, il n\u2019espère plus le royaume mais un emploi.Et alors nous subventionnons le capital pour qu'il arraisonne le travail.En vérité, il ne s'agit pas d\u2019avoir raison dans le discours, d\u2019inscrire sa dissidence à la Cour suprême mais de passer aux actes, de reprendre le collier des possibles, de racheter sa terre en quelque sorte.L'intelligence et l'écriture se sont réfugiées dans le discours et nous avons méprisé l\u2019Abitibi de n\u2019avoir pas gagné la bataille du territoire.Nous avons délibérément terni la mémoire des colons qui ont tenté la conquête.Nous les avons accusé d\u2019avoir mal négocié.Alors qu\u2019ils ont démontré l'impossible négociation.Et nous n'avons pas osé 165 Possibles-Abitibi nommer notre ennemi qui s\u2019en lave les mains.Nous n'avons pas même eu besoin de traîtres pour nous trahir.Nous l'avons fait nous-mêmes.Entre nous.Et nous avons gardé pour nous toute l\u2019inimitié.Nous avons accusé notre faiblesse au lieu de construire une force.Nous avons méprisé [\u2018acharnation du défricheur.Nous avons négocié une constitution avec le bâton qui nous bâtonne.Et nous avons investi notre intelligence fragile et notre pouvoir d\u2019achat dans les arsenaux de l'ennemi.Par peur.Par pudeur.Dégoûtés par le fumier de l'histoire.On ne fait pas une conquête en inscrivant une espérance au calendrier des discussions.Il faut aussi reconnaître une urgence.Envisager une campagne.Se mettre à la tâche.Défricher sa part du royaume dans l'espérance de vivre, comme dirait Hauris.Se salir les mains aux humbles tâches et non pas seulement confier la peine aux colons.Que de lièvres parmi les gens d'écriture qui refusent de se salir I'ame aux mains de la peine.Ils ont même défroqué le discours depuis octobre 70 pour s'emmitoufler à double-tour dans ce qu'ils ont eux-mêmes nommé la morosité.Alors ils ont pris l'écriture à son cou.Ils ont fui le combat.La peur leur ronge l'âme.Ils ont fait l'éloge de la fuite.Vers les astres pour ne pas regarder le désastre.Vers le texte pour ne pas assumer l\u2019'humanité.Vers les galaxies pour ne pas nommer l\u2019humilité.Vers New York pour ne pas reconnaître Drummondville.Ils ont répondu ici aux questions qui se posent ailleurs.Ils n\u2019ont jamais eu l\u2019idée sotte et grenue de questionner un colon, d'interroger l\u2019Abitibi, de s\u2019enquérir de la belle détresse d\u2019un peuple du bout du rang aux confins du froid qui n\u2019a pas perdu tout espoir, qui construit le silo comme une tour d'angle, qui laboure son pays.On a accusé des députés fédéraux de trahison.D\u2019avoir approuvé la défaite.Pauvres députés! Ils ne sont que des porte-voix.Les écrivains, eux, pourraient être des porte-parole.Où sont-ils?À New York ou sur la ligne de feu d\u2019une Abitibi encore vivace, toujours exemplaire ?166 Éloge de l'échec Encore une fois, ici comme ailleurs, c\u2019est l\u2019état- major qui abandonne le combat, laissant les simples soldats déguster la déroute, commentant la défaite pendant qu'ailleurs on se débat, récusant l'urgence.Comme s\u2019ils n\u2019étaient pas de la partie.Comme s\u2019ils étaient d\u2019une autre culture regardant de haut ce qu'ils nomment région.Je sais bien que nous sommes un résultat.Un confluent d\u2019influences.Une somme de lecture.En tutelle idéologique.À la mamelle musicale.Une anthologie vivante.Le lecteur de l'univers.Nous avons lu tous les livres.Et je sens sur mon entendement tout le poids des prestiges, des autorités, des cultures.Mais comme disait Sartre que je cite à dessein en cette occurrence : Je crois qu'un homme peut toujours faire quelque chose de ce qu'on a fait de lui.Je ne connais pas plus émouvante définition de la liberté dans une époque où le territoire de l'âme est occupé par tous les marchands d'images.Autrement dit pour échapper à Sartre il ne s\u2019agit pas de brûler Sartre mais de lire le vécu, le réel, les paysages, un fleuve, un village, une ville, sa vie.Incarner l'intelligence dans une histoire.Se poser a soi-méme ses propres question de vie ou de mort.Faire quelque chose de ce qu\u2019on a fait de nous.Tandis que dans les rues, les champs, les usines, les ruelles et la misère, des hommes, qui ne sont pas subventionnés par le Conseil des Arts, se battent ! dans l\u2019inconscience collective faute de porte-parole et un sentiment grandissant de désuétude fomenté par ceux-là mêmes qui se prétendent responsables des consciences, tandis que des hommes de peine élaborent à leur détriment une culture de l'échec et de la déroute où je me cherche une identité, je me sens trahi moins par Trudeau et La Presse et 73 députés fédéraux que par les pages littéraires du Devoir qui regardent de haut mon humanité rustique.Et je reconnais là le fondement de certains suicides.Je suis peut-être injuste.Un peu trop rustique moi-même.Mais je pense que les hommes dépossédés par les puissances de l\u2019histoire ont souvent été abandonnés par les littératures un peu trop princières qui 167 Possibles-Abitibi cherchent refuge dans les grands jeux un peu scouts de l'imaginaire.L'écriture serait-elle un plat qui nourrit toujours une féodalité, une mode, un prince ?J'admets sans le soutenir un cinéma de marchands de miroirs qui fabrique des idoles pour enfermer les hommes encore une fois dans la magie plutôt qu\u2019une pensée qui les libère.Mais l'écriture a-t-elle tellement besoin de se mettre en marché?En mirage?En magie ?N'\u2019est-elle pas d\u2019abord et avant tout un affranchissement ?Une légitimation ?Non pas d\u2019elle- même mais des hommes souvent privés de paroles.Je me trompe peut-être vulgairement.Mais je me méfie moins des fausses routes que des sentiers battus.Je réclame qu\u2019on exerce l\u2019orgueil de celui qu\u2019on repousse dans la vulgarité.Et je reconnais tenir davantage à un colon d\u2019Abitibi qu'à Sartre.Pour découvrir mes propres cheminements.Et je refuse, comme une injure à l\u2019Abitibi, qu\u2019on me dise du haut de la littérature québécoise des années 70: Tant pis pour les orphelins, ceux de la question nationale et ceux de la contre-culture (Le Devoir, 21/11/81) en associant l\u2019échec du retour à la terre fomenté dans un goût du royaume et de la liberté par les plus démunis à cet autre retour à la terre emprunté à Main-Mise et traduit de Californie et qui nous propose de construire le village global électronique sur les ruines du courage et de la pauvreté.Je n'accepte pas qu\u2019on dise au nom d\u2019une soi-disant modernité fant pis aux orphelins d\u2019un royaume avorté dans les âmes et dans les terres, et pourtant ils continuent, les survivants d\u2019une épopée, tout seuls toute la guerre au bout du rang, de tous les rangs de la terre, de la mer, de l\u2019usine pendant que l'écrivanité a peur, terriblement peur de l'échec, de sauter du train de l\u2019universalité commanditée par l'impérialisme (qu\u2019il nous vienne d'Hollywood ou de Saint-Germain-des- Prés c\u2019est toujours la Hudson\u2019s Bay), de se salir les mains a la déroute, d\u2019endosser un courage qui ne se 168 Éloge de l'échec porte pas en écologie, en alternative, parmi les nouvelles stratégies élaborées rue Saint-Denis.Je n'accepte pas que l\u2019écrivanité se syndicalise, se professionnalise, se textualise grâce aux subventions du Conseil des Arts et méprise au nom de tous les éclatements les orphelins qui, ayant échappé aux discours, sont passés à l\u2019action avec la broche à foin de leur génie de chef-d\u2019œuvreux.Et je ne peux pas m'empêcher de préférer à la robe prétexte du texte la souche du blasphème, les colons d\u2019Abitibi, les pocailles de Maniwaki, l'incroyable silence de tout ce qu\u2019il y a d\u2019inédit en nous, l'incroyable poésie qui invente au fur et à mesure les mots de leur misère sans lire d\u2019autres livres que leur vie.Peut-être se trouve-t-il encore quelque part dans une maison du bout du rang, à Rochebeaucourt ou à Guyenne, à Normandel ou à Bellecombe, un homme périmé, anachronique, qui ne fera jamais les pages littéraires, acharné à quelque proposition désuète, qui cherche à tenir, à la hache, l'antique et fabuleux langage des défricheurs qui est le seul discours que nous ayons jamais tenu ailleurs que dans le discours.et je salue sa belle réalité laborieuse, et la vitalité rugueuse à souhait du cœur à l'ouvrage et des mains à la tâche et son génie chef-d\u2019œuvreux armé de fil d\u2019alton et de broche a foin.et s\u2019il m\u2019entend je lui rends hommage de sa poésie plus grande que les écritures.169 aa PS Ni fl ERE PES PR BE ex nu ASE PRAT Xe rrr arrty Rae crop PR EE RL TY RR pred 5 Et errs ra pus RIA iE = 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[EN LL CP ICE pce a pe ns 2) [Ee gs PA .Pr Jews a FE LL a DS es - prs tear = = es Andrée Fortin Roger Lenoir L\u2019autogestion au Café Campus ou la suite des aventures du groupe de travail pour * l\u2019autogestion C\u2019est le 7 décembre a 7 heures p.m., au Bar A du Centre d\u2019essai le Conventum (salle de spectacles autogérée) que s\u2019est tenue la première rencontre organisée par le groupe de travail pour l\u2019autogestion.Il s'agissait d\u2019une soirée d\u2019information, d'échanges et de débats sur la démarche autogestionnaire au Café Campus de Montréal.Pourquoi avoir choisi cette expérience pour une première rencontre ?Tout le monde à Montréal connaît le Café Campus, le plus gros débit de bière en bouteille en ville ; la lutte pour l\u2019autogestion qu\u2019y ont menée ses travailleuses et travailleurs en 79-80 a été largement publicisée, en particulier par un article.dans le Temps Fou (numéro 8, déc.-janv.-fév.79-80, pages 6-8).De plus, le Café Campus, à travers son histoire et son fonctionnement actuel pose une foule de questions, aussi bien au mouvement autogestionnaire qu'aux théoriciens de l\u2019autogestion ; c\u2019est ce dont ont discuté environ cinquante personnes entassées ce soir-là au Bar A.Il y avait une dizaine de travailleuses et de travailleurs du Café, la plupart on s\u2019en doutera des gens du jour, ceux du soir étant retenus au Café.Il y avait ceux du bureau: les coordonnateurs, la secrétaire, le magasinier, le responsable de l'information et de la publicité, quelques serveurs et serveuses du jour et du soir, des cuisiniers, tous différemment impliqués dans le fonctionnement autogestionnaire, la plupart des * Dans le dernier numéro de Possibles, une regrettable erreur s\u2019est glissée, faisant du groupe de travail pour l'autogestion, un groupe 1 de travail sur l'autogestion, ce qui n\u2019est évidemment pas la même E chose.k 173 Possibles-Abitibi «anciens» du Café, mais aussi quelques «nouveaux».Le reste de la salle était composée de personnes impliquées dans d\u2019autres groupes autogestionnaires, de quelques étudiants et/ou clients du Café.Il n\u2019est pas question de reprendre ici tout ce qui s\u2019est dit au cours des deux heures et demie qu\u2019a duré la rencontre formelle, ni pendant les conversations qui se sont poursuivies fort tard au Bar A, mais plutôt de faire ressortir les éléments qui font du Café Campus une expérience spécialement intéressante d\u2019autogestion.Le Café Campus, qui existe depuis une douzaine d\u2019années, avait été ouvert a l'initiative des étudiants de l\u2019université de Montréal pour créer une alternative aux cafétarias de cette université.Les premières années, le Café était déficitaire ; c\u2019est graduellement que sa discothèque a pris de l'importance et qu'il est devenu rentable.Il appartenait alors à Services- Campus, compagnie née lors de la dissolution de l\u2019'AGEUM (l'Association Générale des Étudiants de l\u2019Université de Montréal); autrement dit, il était contrôlé par les étudiants de l\u2019U.de M.Une première expérience de syndicalisation, à la FTQ (syndicat des employés de taverne) a favorisé une prise de conscience chez les travailleurs du Café, qui avaient l'impression de se faire fourrer par ce syndicat international.C\u2019est ainsi que depuis 7 ans environ ils sont affiliés à la CSN et ont décidé de prendre leurs affaires en main.Il faut dire qu\u2019au cours des années se créait au Café un noyau d\u2019anciens, y travaillant depuis quelques années; pour ces anciens, le Café n\u2019était pas seulement leur job, c'était leur affaire ; ils s\u2019identifiaient beaucoup au Café et savaient exactement comment il fonctionnait.À l\u2019époque (vers 1975) les étudiants qui siégeaient au Conseil d\u2019Administration de Services-Campus étaient assez progressistes, et les employés du Café ont obtenu une convention collective d'avant-garde: égalité des salaires pour tous les travailleurs et travailleuses du Café grâce au partage des pourboires, mesures favorisant la rotation des tâches.Mais au fil des 174 .AMMA OC HSE MACE MA OEM OM L\u2019autogestion au Café Campus années, alors que le noyau d'anciens au Café se consolidait et devenait de plus en plus militant, avait de plus en plus envie de prendre ses affaires en main, les étudiants se succédaient à Services- Campus et il y est arrivé une gang avec laquelle les gens du Café ne s\u2019entendaient pas du tout.Différents conflits sont survenus à l\u2019époque de l'agrandissement (ajout de la terrasse et du Bar d\u2019en Bas); après deux ans de déficit, les étudiants de Services-Campus décidaient de fermer le restaurant et de supprimer les spectacles, ce qui aurait provoqué 22 mises à pied sur 52 travailleurs.Le syndicat s\u2019est opposé à cette décision de Services-Campus et c'est alors qu'a débuté la lutte pour l\u2019autogestion proprement dite.Au début les travailleurs ont proposé la cogestion à Services-Campus, mais devant son refus, ils ont entamé les démarches pour l'achat du Café.Passons vite sur les péripéties et rebondissements multiples de ces négociations; elles sont bien relatées dans = l\u2019article du Temps Fou déjà cité.Il faut mentionner cependant que pendant les négociations, c\u2019étaient les travailleurs qui géraient le Café et qu'au bout de 5 | mois l\u2019entreprise était redevenue rentable, sans la | fermeture du restaurant ni la cessation des spectacles.| Aprés 10 jours d\u2019occupation et un mois de grève, le 17 EB octobre 1980, le Café rouvre ses portes; le syndicat a rE 5 mois pour trouver les 250000% nécessaires au BE financement de l'achat: 175000% pour le Café en = tant quel tel; 50000$ de garantie sur le bail; et | 25 000 $ de fonds de roulement.Le Café Campus est | un commerce rentable, mais comme il devenait 5 autogéré, entreprise a but non lucratif de surcroit, les banques refusaient toutes de prêter à l'association | des travailleurs.Finalement, a la suite de bien des | péripéties là encore, les travailleurs ont obtenu | 75 000 $ des projets OSE (volet OSE-communautaire) ; | le syndicat a fourni 50000% de son fonds collectif E accumulé et les travailleurs ont investi 120 000 $ en ÉÈ rétroactivité et jours de maladie accumulés.Depuis i mars 81, le Café Campus est donc officiellement autogéré par ses 63 travailleuses et travailleurs.175 Possibles-Abitibi Avant de passer au fonctionnement actuel du Café, on peut faire un parallèle intéressant entre l\u2019évolution au Café Campus, du contrôle étudiant au contrôle par les travailleurs, et toutes les associations de consommateurs comme les coopératives d\u2019alimentation ou de garderie.Dans ce type de coopérative de services, on observe toujours des tiraillements entre deux groupes aux intérêts différents : les travailleurs d\u2019une part, et de l\u2019autre, les consommateurs qui s'unissent pour se donner des services.On a beau se regrouper, en coop ou autrement, pour se reprendre en mains et créer une alternative au secteur capitaliste «ordinaire», rien n\u2019assure que la relation entre les administrateurs de la coop et ses employés soit différente de celle qu\u2019auraient les mêmes employés avec des administrateurs «ordinaires».On peut penser à l'exemple des employés des Caisses Populaires de la Fédération de Montréal qui ont mené deux grèves dans les 5 dernières années.Quand on parle d\u2019autogestion en général, de quelle autogestion parle-t-on ?De celle des travailleurs, de celle des consommateurs, ou de celle des deux groupes réunis dans une sorte de cogestion ?Y a-t-il une façon de concilier ces deux types de pratiques « progressistes » que sont les coops de consommation et les collectifs de travail ?L'exemple du Café Campus montre que parfois les intérêts des deux groupes sont tellement divergents qu\u2019il peut devenir très difficile de s\u2019entendre.Du point de vue de Services-Campus, pour rentabiliser et rationaliser le fonctionnement du Café, il était évident, hors de tout doute, qu\u2019il fallait supprimer la cuisine.Pour les travailleuses et travailleurs du Café, au contraire, il s'agissait d\u2019une vingtaine d\u2019emplois à temps plein et il fallait absolument trouver une façon de les garder.Ce qu\u2019ils ont réussi en quelques mois de gestion autonome (et probablement avec une approche différente de la rentabilité.) Il y a 63 travailleuses et travailleurs au Café Campus; 63 c\u2019est beaucoup si on compare avec d\u2019autres collectifs autogérés comptant une vingtaine 176 Ÿ + L\u2019autogestion au Café Campus de membres et méme certains a peine une dizaine, comme Composition Solidaire, Le Conventum, la revue Focus ou.Possibles.A 60, on est obligé de se donner des règles de fonctionnement assez bien définies, une structure souple mais efficace.Quelle est donc cette structure ?L'Assemblée Générale est bien sûre souveraine et la participation y est assez bonne, environ 45 personnes en général.Les travailleurs sont aussi regroupés en secteurs: Bar d'en Bas, cuisine, bureau, disquaires, portiers, «plancher » (ie, serveuses et serveurs) jour et plancher soir.Chacun de ces secteurs se nomme un délégué ; ceux- ci se retrouvent hebdomadairement au conseil de secteurs.Il y a aussi deux coordonnateurs (un homme et une femme).À noter, cette structure n\u2019est pas née tout d\u2019un coup avec l'autogestion, elle a été lentement mûrie à travers toute la démarche des travailleurs.Par exemple, les deux coordonnateurs sont arrivés quand l\u2019ancien gérant a demandé un congé demi-solde d\u2019un an.Le syndicat a refusé qu\u2019on lui impose un nouveau gérant de l'extérieur et a élu deux coordonnateurs; au début Services-Campus refusant de payer des coordonnateurs, c'est le syndicat qui leur versait leur salaire.Le Café a aussi bien str un Conseil d\u2019Administration, qui est 1a surtout a cause des exigences de la loi.(Le Café-Campus est enregistré sous la 3° partie de la loi des compagnies, c\u2019est-à-dire qu'il est une corporation sans but lucratif.) Actuellement, le C.A.semble plus honorifique que décisionnel, se contentant d\u2019entériner les décisions de l\u2019Assemblée Générale ; d\u2019ailleurs ce sont surtout des anciens ou «sénateurs» du Café qui en font partie.Voilà donc pour la structure autogestionnaire proprement dite.Parallèlement, il y a aussi le syndicat.Pour les gens du Café, le syndicat n\u2019est pas une fleur de plus pour leur image progressiste, mais bien un élément indispensable de leur fonctionnement autogestionnaire.À 60, on n\u2019est pas toujours dans le cool, l\u2019'harmonieux et le consensus.Comme partout ailleurs, il y a des gens plus ou moins motivés, des 177 Possibles-Abitibi conflits de personnalité, quelqu\u2019un qui arrive en retard quatre jours de suite, etc.Il peut donc y avoir des griefs contre certaines personnes, et c\u2019est alors le syndicat qui est chargé de les défendre «contre» l'Assemblée Générale.Bien sûr il s\u2019agit des mêmes personnes dans le syndicat et dans l\u2019A.G.: les 63, mais il faut trouver des mécanismes pour protéger la fois l\u2019ensemble des travailleurs (rôle de l\u2019A.G.) et chacun d'eux en particulier dans ses droits (rôle du syndicat).À cet égard, on a assisté au Conventum à une «bonne discussion» entre le délégué syndical et le coordonnateur, discussion qui s\u2019est terminée par un sourire complice et l\u2019aveu que dans le fond, ils pourraient fort bien échanger leurs rôles et conséquemment le point de vue plus ou moins personnel ou collectif qu\u2019ils défendaient.Ça fait partie du fonctionnement autogestionnaire et démocratique que de discuter fort ! Le syndicat est aussi une façon pour le groupe du Café de trouver une place dans le mouvement ouvrier, de se faire entendre à la CSN, d\u2019y intervenir dans les débats et d\u2019y prêcher la bonne nouvelle autogestionnaire.Ceci dit la question que tout le monde se pose est : le Café est-il rentable?Les travailleuses et travailleurs se donnent-ils de bons salaires ?Et bien oui le Café est rentable! Tous, aussi bien à la cuisine, dans le bureau ou sur le plancher gagnent le même salaire (brut) et ils partagent intégralement les pourboires.Mais on ne peut pas dire qu\u2019ils se graissent la patte avec, dépendant du nombre de personnes à charge et des pourboires de la semaine, environ 230 $ clair par semaine.Ce en quoi ils sont favorisés, c\u2019est du côté des avantages sociaux.Il y a deux aspects sur lesquels il faut insister ici : \u2014 le Café est la propriété collective de l\u2019Association des travailleuses et travailleurs du Café Campus ; ils n\u2019ont pas chacun leur part individuelle, de sorte que si un travailleur quitte le Café, il ne part pas avec ses actions; de même, chaque nouveau travailleur devient automatiquement un des propriétaires collectifs du Café.178 L\u2019autogestion au Café Campus \u2014 le Café est une entreprise sans but lucratif.| Les profits sont donc soit a) réinvestis au Café ; b) redistribués sous forme d\u2019indexations salariales ou de remboursement de l'investissement en congés de maladie et rétroactivité que les travailleurs avaient consenti à l\u2019achat du Café ; c) redistribués à d'autres groupes poursuivant les mêmes objectifs Ë que les travailleurs du Café, selon les principes i énoncés dans leur «Plateforme d\u2019autogestion ».D\u2019après cette plateforme, c\u2019est un groupe formé de représentants du Café, de la communauté universitaire de l\u2019U.de M.et du quartier Côte des Neiges, qui décide de l'allocation des surplus du Café à d\u2019autres groupes.On ne peut donc pas dire que l\u2019autogestion au Café Campus soit un prétexte au capitalisme de groupe.Comme le disait un vieux de la vieille, travaillant au Café depuis bientôt dix ans : «Le Café, c\u2019est une vraie mine d\u2019or.Mais pour nous ce qui est important, ce n\u2019est pas de faire de l'argent, mais de faire un endroit ) agréable, autant pour les travailleurs que les clients.» E On ne peut pas dire non plus que les gens du Café = forment un gang repliée sur elle-même.Bien sûr, ils | doivent consacrer beaucoup d\u2019énergie a leur propre fonctionnement, mais leur présence, a titre individuel ou collectif, a la CSN, au Groupe de Travail Pour l\u2019Autogestion, dans des coopératives d'alimentation | naturelle, et en général dans différents groupes | «alternatifs» témoigne de leur implication, à différents niveaux, dans la transformation de la société.Et puis le Café fait des p'tits.Un groupe de travailleurs (et d'anciens travailleurs) du Café est en train de mettre sur pied un restaurant-bar autogéré à Joliette ! À suivre.Si le Café fait des p'tits, il en fait de 8 toutes sortes, et il n\u2019est pas rare le midi de voir Er arriver des travailleuses ou des travailleurs avec 4 leur(s) enfant(s).On a déjà parlé des anciens.BE Certains sont passés du plancher au bureau, a la | cuisine ou au Bar d\u2019en Bas et vice-versa, ou ont tout bonnement conservé le méme poste.A mesure que le «staff» vieillit en âge et en sagesse, plusieurs 179 Possibles-Abitibi questions nouvelles se posent: congés sans solde, congés de maternité et de paternité, place des femmes dans le fonctionnement autogestionnaire et dans le fonctionnement tout court, et en général, la question de l'interférence de l'autogestion sur la vie privée et familiale des travailleurs.Une assemblée générale par mois ou à peu près, cela veut dire autant de dimanches consacrés au Café et pas à la famille.Une mère de deux enfants est moins disponible pour la tâche de déléguée de secteur qu\u2019une célibataire, etc.Depuis quelques années, depuis l\u2019égalisation des salaires en fait, on engage alternativement un homme et une femme au Café, pour en arriver éventuellement à une véritable égalité des sexes.Il faut cependant dire qu\u2019il y a un secteur d\u2019où les femmes sont totalement absentes et cela semble un enjeu important pour plusieurs d\u2019entre elles.Il s\u2019agit - du secteur des portiers, plus communément appelés «bouncers ».Les portiers disent que ça prend des gros bras pour faire leur travail, au cas où il y aurait de la bataille.Les filles répondent que c\u2019est autant une job de tête qu\u2019une job de bras, surtout que quand il y a des problèmes, cela prend l'intervention des serveurs et serveuses, quelle que soit la grosseur des bras de la personne à la porte.D\u2019après ce qu'on a su au Conventum c\u2019est une histoire qui est loin d\u2019être terminée.Et pour la petite histoire, on peut relater qu\u2019un soir il y avait 4 filles sur le plancher ; elles ont lancé un défi aux 4 portiers.Les filles s\u2019en sont bien tiré à la porte et ont gardé le contrôle de la salle, mais il paraît que les gars ont eu plus de misère à servir la clientele.A suivre également.Pour le moment, il n'y a pas non plus de fille à la cuisine, une des tâches les plus dures physiquement paraît-il, la seule qui y est officiellement rattachée étant en congé de maternité jusqu'au printemps.(Le Café fait des p'tits, c\u2019est ce qu'on disait.) Si on parle autant des anciens, c\u2019est qu\u2019il y a aussi des nouveaux.Il y aurait de 20 à 30 anciens (sur 63); il y a une dizaine de nouveaux par année, re qui est énorme proportionnellement.Les raisons des départs 180 L\u2019autogestion au Café Campus peuvent aller de la pure et simple envie de faire autre chose que de travailler dans un endroit sombre, enfumé et bruyant, a celle d\u2019ouvrir un autre endroit sombre, enfumé et bruyant (autogéré si possible.) en passant par les congés de maternité qui s\u2019étirent.Toujours est-il que pour les travailleurs en place c'est tout un défi que d'intégrer ces nouveaux et d'arriver à leur communiquer l'esprit autogestionnaire.C'est surtout au niveau des secteurs que se fait l'intégration.Il y a aussi le journal paraissant à tous les quinze jours et broché au chèque de paye, qui donne les petites nouvelles de l\u2019autogestion et les comptes- rendus des réunions (conseil de secteurs, A.G., etc.) Au Café, on est conscients du danger que l'autogestion devienne l'affaire d'une petite gang d'anciens détenant l'information et le pouvoir alors que les autre sont là comme ils pourraient être ailleurs.C\u2019est une des raisons pour lesquelles un des coordonnateurs, en place depuis 3 ans vient de céder son poste pour retourner «en bas» (au Bar d\u2019en Bas.) il sentait qu\u2019il commençait à devenir indispensable et à jouer un peu le rôle d\u2019un boss, et ne trouvait pas cela très autogestionnaire.Un autre phénomène qui facilite l'intégration des travailleurs et augmente leur sentiment d\u2019appartenance au café, c\u2019est la rotation des tâches.Même si certaines tâches sont plus spécialisées que d'autres \u2014 on ne s'improvise pas cuisinier ou discaire \u2014 il n\u2019y a pas de véritables spécialistes au Café, pas de corps de métier, et il est relativement facile de passer d\u2019une place à l\u2019autre.L'organisation du Café est basé sur une technologie « douce » et en ce sens c\u2019est plus facile d\u2019y organiser l\u2019autogestion et la rotation des tâches que dans une entreprise hautement technologisée.(Comment faire pour autogérer Canadair, l\u2019Alcan, la GM?) Pour continuer sur le théme des anciens, on peut se demander si le Café n\u2019est pas le haut-lieu d\u2019une contre-culture moribonde à l\u2019ère de la musique new wave et de la crise économique.D'ailleurs le soir en 181 Possibles-Abitibi écoutant la musique au Café, on se sent parfois transportés en 72.C\u2019est sûr que les anciens, les leaders de l\u2019autogestion sont de la génération des occupations de Cégeps, du QL (Quartier Latin des dernières années) et de Mainmise, mais ils ne sont pas restés accrochés.Il y a entre autres leur affiliation à la CSN et les contacts qu\u2019ils entretiennent avec d\u2019autres groupes autogestionnaires et alternatifs qui les situent de plain pied dans la réalité et l'actualité.À ce sujet, il est intéressant de souligner la complicité immédiate qui s\u2019est établie au Bar A entre la gang du Café et Paul-André Boucher ancien président du syndicat et du C.A.de Tricofil.Il semble que l\u2019on vienne du mouvement ouvrier plus classique comme Tricofil ou du mouvement plus contre-culturel comme le Café, lorsqu'on arrive à l\u2019autogestion, on se rejoint.Les relations entre l\u2019A.G.et le syndicat, le fonctionnement des secteurs (départements à Tri- cofil) est très semblable dans les deux cas.La principale différence entre les deux entreprises semble résider dans le fait que Tricofil est basé sur une technologie «lourde», c\u2019est-à-dire sur des machines et des compétences très spécialisées ce qui fait qu\u2019on y trouve des techniciens et/ou spécialistes \u2014 mécaniciens, teinturiers, par exemple \u2014 qu\u2019il n\u2019y a pas au Café; cela modifie la structure de pouvoir et complique la rotation des tâches !.Mais cette complicité entre des groupes autogestionnaires aussi différents, aussi bien en ce qui concerne l'allure vestimentaire, le style de discours et le type d\u2019entreprise, est encourageante pour l'avenir.Peut-être qu\u2019à force de rencontres, on en arrivera à des solidarités, à des regroupements d'autogestionnaires\u2026 Dans le fond, au Café, même si ça n\u2019est pas explicite, même si ça n\u2019est pas toujours évident, c'est tout un projet de société différente qui est véhiculée.1.À Tricofil, ce qui complique également la situation, c\u2019est le marché du textile dans lequel elle doit s\u2019insérer; la structure de financement aussi est très différente; les prêteurs gouvernementaux ont imposé des conditions, entre autres, la présence d\u2019un directeur général.182 L\u2019autogestion au Café Campus On peut penser aux efforts qu\u2019on fait pour lutter contre le sexisme, aussi bien dans les engagements que dans le partage des responsabilités.Pour protéger leur indépendance à la fois face aux pouvoirs publics et au crime organisé, les travailleurs du Café voient à ce qu\u2019il ne se fasse pas de vente de «dope» au Café.On y joue du théâtre engagé, on y a même tenue une soirée de «performances » artistiques (de mémorable mémoire).Le Café est une des seules salles qui a encouragé le Syndicat de la Musique (québécois) contre la Guilde des Musiciens (internationale).De plus, on y fait de sérieux efforts du côté de la cuisine : on ne sert que des légumes frais (pas de conserves ni de produits congelés), deux ou trois fois par semaine un des plats du jour est végétarien.Sans parler de notre gâteau aux carottes préféré qui a fait a renommée du Café à travers le monde ! Bref, on trouve au Café ce qui fait la différence entre le capitalisme de groupe et l'autogestion : une propriété collective de l\u2019ensemble des travailleurs et pas une somme de parts individuelles, une solidarité avec d\u2019autres groupes, une sensibilité communautaire.C\u2019est sûr qu\u2019il reste encore des structures à roder, des questions à éclaircir; certains secteurs marchent mieux que d\u2019autres, il y en a qui s'impliquent à fond et se brûlent, d'autres qui s'en tiennent au minimum; on «discute fort» régulièrement dans les A.G.Mais ce qui est le plus encourageant, c\u2019est que dans toutes les conversations que l\u2019on peut avoir avec les gens du Café, dans les réunions du groupe de travail pour l\u2019autogestion, au Conventum, au Café même, ou au hasard des rencontres, on remarque que tous se sentent concernés par l\u2019autogestion, même que chacun a tendance à se trouver un peu plus autogestionnaire que les autres! Ce qui prouve bien qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un projet vivant, incarné, et pas seulement d\u2019un slogan ou d\u2019un mot d'ordre.183 ex; PR SAARI - Que = a oe pos so , casa core CELT rrr rrEr paneer sex a= Bos Ries i fobs A seu ce a rs Zak EEE A Ee ak GE cos À x i bli] Thi _ a OR ee Marcel Fournier La Pologne autogestionnaire : une illusion ?Plus que jamais, le socialisme (ou les socialismes) est en question.Un sociologue français, Alain Touraine a même eu l\u2019imprudence ou l'impudence, quelques mois avant l'élection de Mitterrand en France, de titrer son ouvrage Après le socialisme et d'écrire en toute première page : «Le socialisme est mort».Et il ajoutait : «Le mot figure partout, dans les programmes électoraux, les noms des partis et même les États, mais il est vide de sens».Dans les années 1930, il suffisait de se référer au modèle soviétique pour fournir avec assurance une conception (matérialisée) du socialisme.Suffit-il aujourd'hui de se démarquer du modèle stalinien pour donner sens à une action politique qui se veut orientée vers l'invention d\u2019un nouveau socialisme ?En dépit de la «réussite» de Mitterrand, la désillusion est actuellement grande : l\u2019«échec» récent d\u2019un Walesa vient encore nourrir notre désenchantement\u2026 La grande interrogation autant là-bas qu'ici, concerne la possibilité d\u2019une «voie» qui permette de sortir du capitalisme (et de l'impérialisme américain) sans tomber dans un socialisme totalitaire (et sous la dépendance de l'URSS) ; la voie du «socialisme » à visage humain, du «socialisme démocratique, du socialisme autogestionnaire».Lorsque les leaders du mouvement Solidarité furent amenés ou contraints par la conjoncture à définir le modèle de société auquel ils se référaient ou vers lequel tendaient leurs actions : ils n'eurent qu\u2019un mot : «Self-Government» (ou Autogestion).A ce mot \u2014 slogan ne correspondait peut-étre pas un programme politique bien précis et concret, mais il traduisait clairement un sentiment général non seulement chez les intellectuels mais aussi dans 185 adele iLL Possibles- Abitibi l'ensemble de la population : le besoin de liberté a la fois dans les entreprises et dans la société.Plus précisément, l\u2019on voulait transposer à l'ensemble de la société ce que l\u2019on revendiquait au sein de l\u2019entreprise, dans son milieu de travail: pouvoir se prendre en mains.afin de se donner de meilleures conditions de vie.La très large mobilisation que réussit Solidarité et qui transforma ce syndicat en un véritable mouvement social fut aussi un moment de «libération de la parole»: les gens osaient dire ce qu\u2019ils pensaient.Ce qui était déjà suffisant pour inquiéter les dirigeants d\u2019un régime de plus en plus contesté.Le développement d\u2019un tel mouvement social suscitait d'autant plus d'inquiétude que non seulement il se réalisait dans un conjoncture économique difficile mais aussi qu\u2019il mettait en question le mode d'organisation de la société polonaise (par exemple la relation Parti-syndicats) : l'avenir devenait imprévisible.La prévision étant au centre de l\u2019activité de l\u2019État-Parti, l\u2019action de Solidarité devenait irrationnelle, non raisonnable.Il faut bien reconnaître que le mouvement Solidarité, qui s'était développé très (trop) rapidement se caractérisait par une faible unité, qu'\u2019illustre bien la référence simultanée au catholiscisme, au nationalisme et au socialisme.En raison de son histoire et de sa localisation géographique, la société polonaise est évidemment complexe, et Solidarité traduisait cette complexité, mais pour l'observateur étranger \u2014 que j'ai été quelques semaines avant la déclaration de l\u2019«état de guerre» \u2014, l\u2019action de ce mouvement ne pouvait que susciter l\u2019étonnement.En Pologne dans le cadre d\u2019un programme de coopération universitaire, j'ai été principalement en contact avec des intellectuels, en particulier des sociologues, qui pour la plupart manifestaient une grande sympathie (et une adhésion) à Solidarité même s\u2019ils ne.ménageaient pas leurs critiques (à propos de Walesa, de l\u2019Église, etc.).J'ai aussi rencontré un ancien leader du Parti Communiste du Canada, Fred Rose, qui depuis son expulsion du Canada au début des années 1950 vit en 186 \u2014 La Pologne autogestionnaire\u2026 Pologne.Âgé de soixante-quatorze ans, ce militant qui fut le premier et le seul député communiste à la Chambre des Communes d'Ottawa, s'est refusé à une interview sur la Pologne.Mais il m'a exprimé, de façon indirecte, à la fois sa déception (face à la dégradation de la situation économique) et son inquiétude (devant une guerre civile ou une intervention militaire).Par ailleurs, et peut-être en raison des luttes qu\u2019il avait menées au Québec dans les années 1930 et 1940 contre le cléricalisme et le nationalisme de Duplessis, il n\u2019associait pas nécessairement le catholicisme et le nationalisme à une orientation idéologique progressiste: il était plutôt porter, non sans raison, à s'en méfier.Enfin, parce que celui-ci était rentré en Pologne au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, pendant une période qui est dite «stalinienne», la perception qu\u2019il avait de l'URSS n\u2019est pas totalement négative : la «patrie du socialisme» apparaissait probablement plus comme une force de libération que comme une force d\u2019oppression, bref comme un «grand frère».Dans sa conception du socialisme, des relations entre l\u2019État, le Parti et les syndicats, des rapports entre l'avant-garde et la masse, etc., Solidarité était très peu orthodoxe.Et si l\u2019on comprend que des groupements marxistes-léninistes étrangers, tel le Parti Communiste Ouvrier au Québec, appuie Solidarité dans la lutte qu\u2019il menait contre la domination de l'URSS sur la Pologne, l\u2019on voit mal qu\u2019ils ne soient pas critiques à l\u2019égard de l'orientation politique d\u2019un mouvement aussi peu fidèle à la «tradition » marxiste : devenue doctrine de l\u2019État, cette théorie ne fournissait ni aux leaders ni aux intellectuels \u2014 experts liés à Solidarité d'instruments conceptuels pour comprendre leur société et pour élaborer leur ligne d'action.En Pologne, l'avenir était devenu, de toute évidence, imprévisible.Certains affirmaient, avec tout le sérieux de l'analyste averti, que «s\u2019il y avait des élections libres en Pologne, la majorité irait non pas 187 Possibles-Abitibi au Parti communiste, qui ne recueillerait que 3 à 6% des votes, mais bien à un courant chrétien \u2014 démocrate.» D\u2019autres pensaient que «si la Pologne n\u2019était pas voisine de l'URSS, elle redeviendrait capitaliste en moins de deux semaines».Mais si le mouvement Solidarité pouvait susciter de l\u2019inquiétude chez les dirigeants polonais, ce n\u2019était pas tant parce qu\u2019il voulait renverser le régime, prendre le pouvoir et réinstaurer le capitalisme : l\u2019action de ce syndicat, qui était d\u2019abord préoccupé de défendre les intérêts (économiques) des travailleurs, a certes remis en question la légitimité des dirigeants polonais, mais, plus fondamentalement, elle a, en la rendant visible, accentué la désarticulation de la société polonaise et, plus précisément pour reprendre la terminologie de Gransci, la dissociation entre la société politique (Etat et Parti) et la société civile.Tout en s'appuyant sur l'Eglise, Solidarité avait en effet reconstitué une large partie du tissu social et redonnait à la sociabilité sa dimension communautaire : parce qu'elle s\u2019effectuait à l'extérieur du champ proprement politique, cette réorganisation de la société polonaise s\u2019effectuait sous le mode «associatif».La Pologne se trouvait alors dans une situation originale et paradoxale: dans une même société, se développaient parallèlement deux formes très différentes du socialisme, un socialisme étatique (prépondérance du Parti et de l\u2019État, centralisation des prises de décision et planification, etc.) et un socialisme autogestionnaire ou associatif, qui, encore mal défini demeurait embryonnaire.Dans un tel contexte, le seul choix est-il : la guerre civile ou l\u2019intervention militaire (soviétique)?Il semble bien, et les événements récents le démontrent, qu\u2019une telle situation caractérisée par l'absence d'échanges entre l\u2019État et la société civile et l'absence de légitimité des dirigeants politiques auprès de l\u2019opinion publique, puisse conduire au despotisme et/ou à la militarisation d\u2019une société.À ce sujet, il faut lire l'ouvrage que Bernard Lacroix consacre au sociologue français Émile 188 La Pologne autogestionnaire\u2026 Durkhenin : cet intellectuel s\u2019était intéressé, au tout début du XX° siècle, au problème du maintien de l\u2019ordre social et avait soulevé la question de la relation dirigeants politiques-opinion publique.L'absence d'échange (ou relation unilatérale), entre les deux était selon lui, un facteur explicatif du despotisme (B.Lacroix, Durkhenin et la politique, Presse de l\u2019Université de Montréal, Montréal 1981.) Le processus de militarisation n\u2019est pas inhérent, comme le laisse entendre Castoriadis (De la guerre), au socialisme lui- même ; ce processus n\u2019a de chance de se produire que s\u2019il n\u2019y a plus de relations entre l\u2019État et la société : les dirigeants politiques, qui ont perdu toute légitimité à l'extérieur d\u2019un Parti lui-même de plus en plus marginalisé, ne peuvent maintenir leur pouvoir que d'autorité.L\u2019Armée-Parti se substitue alors au Parti- Armée.189 OS CAC. Courtepointes et pointes sèches La coopérative ouvrière de production et la participation des travailleurs au Québec Il s\u2019agit du titre du dernier numéro de la Revue du C.LR.I.E.C.(Centre interuniversitaire de recherche, d\u2019information et d\u2019enseignement sur les coopératives).Ce numéro, d\u2019une centaine de pages, a été produit par une équipe du Centre de gestion des coopératives sous la direction de Benoît Tremblay.Depuis le milieu des années \u201870, les coopératives de production ou organisations assimilables \u2014 c\u2019est- à-dire ayant un fonctionnement coopératif, mais un statut juridique de compagnie \u2014 servent de matière à des articles de journaux, de magasines et de revues.Et plusieurs dy aller de leurs opinions sur ce «nouveau» phénomène social.Les opinions reposaient parfois sur des expériences personnelles et sur celles d'amis.Mais, le plus souvent, elles partaient d\u2019à priori, de sympathies ou d\u2019antipathies, révélant ainsi des échelles de valeurs différentes, mais aussi notre ignorance de notre secteur coopératif de production.Les coopératives de production de la France nous étaient plus familières que les nôtres.Et pour cause, puisque personne ici ne s\u2019était attaqué à la tâche de nous donner une vue d'ensemble de notre secteur coopératif de production.Sans être exhaustif, les auteurs parlent d\u2019une première contribution, l'ouvrage de Benoît Tremblay et de ses collaborateurs nous apporte des repères essentiels.Par exemple, nous obtenons pour la première fois des réponses aux questions suivantes : \u2014 Dans quelle proportion nos coopératives de production et organisations assimilables sont-elles rentables ?\u2014 Les retrouve-t-on surtout dans certains secteurs d'activités économiques ?Et dans certaines régions ?191 Possibles-Abitibi \u2014 Jusqu'à quel point est-il exact de dire que ces entreprises voient le jour par l'achat d\u2019une entreprise fermée à cause de difficultés financières ?\u2014 Qui siège sur les conseils d'administration de ces entreprises ?Avec «La coopérative ouvrière de production et la participation des travailleurs au Québec» l\u2019entrepreneurship collectif des travailleurs québécois quitte le domaine de l\u2019anecdote.On peut se procurer ce dernier numéro de la Revue du C.IR.LE.C.pour 5$ en écrivant au: Centre de gestion des coopératives 5780, avenue Decelles Porte 270 MONTREAL (Québec) H3S 2C7 Roger LENOIR Albert Meister Jeune sociologue québécois débarquant à Paris au début des années soixante, j'ai eu la chance d\u2019être accueilli au Collège Coopératif, milieu chaleureux, informel et dynamique dont Albert Meister, qui vient de mourir sur le terrain au Japon, était alors un des principaux animateurs.Du Kenya au Japon, d'Israël au Pérou, de l'Italie à l'Argentine, de la Yougoslavie au Québec, ce travailleur infatigable pourchassa partout les possibles autogestionnaires.Il en montra, dans plusieurs livres essentiels ! tirés d'enquêtes empiriques approfondies, les limites et les contradictions.Son intransigeance morale avait en effet beaucoup de difficulté à accepter les inévitables décantations des utopies.1.L'Afrique peut-elle partir?, Seuil, 1966.Participation, Animation et Développement, Anthropos, 1969.Où va l'autogestion yougoslave?, Anthropos, 1970.L'autogestion en uniforme, Privat, 1981.192 Gar ON mE eer ae te te Tat tat yt eee Courtepointes et pointes sèches Pour Meister, la lucidité et un certain pessimisme n\u2019exclurent cependant jamais un engagement profond envers les individus et les communautés de base.Travailler avec lui pour un comité de citoyen à Drancy, en banlieue parisienne, ou avec une communauté de travail, à Niort, au Poitou, nous montra, alors que c\u2019était loin d\u2019être la mode, que la pratique sociologique se fondait autant sur la compréhension des gens que sur la rigueur des concepts.Tous ceux qui, comme lui, cherchent à tâtons une société plus solidaire, devraient relire les travaux de ce sociologue modeste et acharné pour qui la critique lucide était aussi une forme de l'espoir.Gabriel GAGNON Café Campus life (mardi midi) Je ne me contente pas de discourir sur le Café- Campus, j'y mange régulièrement et même parfois j'y passe des fins d'après-midi.qui s\u2019étirent en début de soirée.Et de quoi parle-t-on au Café?Il y a cet homme aux yeux dorés qui me dit qu\u2019il ne croit plus à l'amour, et pourtant me parle des enfants qu'il aura bientôt.L'autre jour de la fenêtre de la coop, je voyais les flots fumer leur joint, effoirés sur un cadre de porte, dans une ruelle du Plateau.Les mêmes ruelles qui servent de raccourcis à d\u2019autres, trop pressés de créer un nouveau parti; qui se montent des bateaux, des cargos, se chauffent au bois au coin de Mont- Royal et passent toujours par la porte d\u2019en arrière, deux par deux, au moins.Les spécialistes de la révolution font des stages a St-Benoit du Lac.Perdu la foi.Rapetisser le format des sérigraphies pour qu\u2019elles rentrent dans le 4X4.Dimanche, jour des extravagances, des grandiloquences.Projets de voyages aux confins de la Gaspésie, au boutte de l\u2019Abitibi quand y a plus rien entre toi et le pôle.Que lisent les jeunes de 16-18 ans?Pas le Temps Fou 193 Possibles-Abitibi entéka; cherchent Mainmise dans les librairies de seconde main.Urgence : le Québec fout l\u2019camp et les Anglais vont brailler à l'ONU, à l'UNESCO.et on les laisse faire! L'autogestion c\u2019est pas toujours rose, des fois ça tend vers le fuschia, des fois même ça prend des couleurs plus froides comme le bleu.Mais notre poster pour le 7 février, il est rose.Andrée FORTIN Leçon antillaise Pointe-à-Pitre, le 18 janvier 82.Ce n\u2019était pas la première fois que Sivis Pacem mettait les pieds en Guadeloupe.Il y a plusieurs années déjà, lors de son premier mariage, il y était venu en voyage de noces avec Liliane.Il avait voulu faire découvrir à sa femme, originaire des côtes japonaises, les beautés de la mer des Antilles.Mais cette fois-ci, la situation était toute différente, il devait rencontrer un certain H.de Heutz, un Suisse ayant trempé dans des mouvements terroristes.Sivis Pacem ignorait ce dernier détail, mais il avait l'habitude de transiger avec de drôles de personnages et dans toutes sortes de conditions.Sivis Pacem achetait des ordinateurs des Américains qu\u2019il revendait par la suite aux Européens.Les transactions se faisaient un peu partout, en Europe, dans les îles du Sud, à Abab-Rupto, à Bâton Rouge, mais rarement au Québec.Il adorait voyager, et, de plus, cela faisait très sérieux, très professionnel de se déplacer pour la clientèle.Lui, qui pourtant exerçait son métier en dilettante.Sa principale occupation étant plutôt la direction d\u2019un petit orchestre qui joue du baroque et donne à l\u2019occasion des concerts au Québec, dans les Maritimes et sur les côtes du Nord- Est des États-Unis.Son plus grand rêve était d\u2019ailleurs d'organiser pour son ensemble une mini- tournée en Europe.Egalement violoniste dans ce petit orchestre, la musique, avec le jeu des perles de verre qu\u2019il pratiquait assidûment avec son ami Designori, meublaient toute sa vie intérieure.194 BERRI RB 6155 3 SEE TB 13 En LOAF LIRFL + rhb PRIE A 1 pda bet} OT à 47 Courtepointes et pointes sèches H.de Heutz avait donné rendez-vous pour la fin de l'après-midi à Sivis Pacem.Ils devaient se rencontrer à un bar de plage à Gosier.Ils pourraient ainsi passer inaperçus dans cette partie touristique de Grande- Terre.H.de Heutz en était à sa 49° bière lorsque Sivis Pacem vint le rejoindre au bar de la plage du Callinago Hotel.Le soleil s\u2019apprétait à se coucher dans la Souffrière.Plus à gauche, au large, on pouvait apercevoir Victor-Lévy Beaulieu, à dos de baleine, écrivant sa dernière lettre d'amour à K.Françoise, une splendide serveuse antillaise qui hier avait pris H.de Heutz pour Claude Léveillée qu\u2019elle avait vu la veille sur les ondes de TF3, apporta sur un signe de de Heutz deux Sagba.H.de Heutz glissa quelques «cruzing words» à l'oreille de Françoise ; Sivis Pacem se crut obliger de faire de même, Françoise l'identifiant alors à son accent lui dit : \u2014 « Connaissez-vous Rouyn ?» Sivis Pacem quelque peu abasourdi lui répondit : \u2014 «Oui, c\u2019est en Abitibi » Françoise : «J'y ai passé trois semaines, il y a deux ans».Sivis Pacem : «Ah oui».Françoise : «Des amis québécois m\u2019y avaient invitée.C\u2019est un beau coin, y êtes-vous déjà allé ?» Sivis Pacem, embarrassé, dut avouer qu\u2019il n\u2019y avait jamais mis les pieds.Françoise ajouta alors comme pour le mettre à l'aise : «C\u2019est vrai que c\u2019est loin.» Jean-Pierre Dupuis 195 = Ont collaboré à ce numéro Pour la rédaction des textes, dans l\u2019ordre de présentation du sommaire : Jean-Pierre Deslauriers, professeur à l\u2019Université de Sherbrooke ; Enrique Colombino et Cécile Sabourin, professeurs d\u2019économie au Ceuat; Serge Tessier, agent de recherche au Ceuat; Daniel Martin, professeur au Ceuat; Louise Bédard ; Clément Mercier, professeur au Ceuat; André Dudemaine, pigiste, réalisateur en télévision ; Benoit Gourd, recherchiste en histoire régionale, président de la Radio communautaire de Rouyn- Noranda ; Yvon Dallaire, journaliste à la pige s'intéressant de près à la question de l\u2019environnement ; Louise Anaouïl écrivain, a publié l\u2019Opale juillet aux Éditions de l\u2019Esterel en 1980; Pierre Perrault, poète et cinéaste.Pour l\u2019illustration, dans l\u2019ordre d'apparition des images: Hélène Jolin d\u2019Amos René Breton de La Sarre Jacqueline Plante de Rouyn Julien Lacombe de Granada Denis Chiasson de Val d\u2019Or Sylvain Tanguay d\u2019Amos France Lachaine de La Sarre Denis Forest de La Sarre | TE oa = I oO Co WE SG 2 SE $ .en \u2014 \u2014 pn pepe eppre = reds ntl rl nent pe Ed RAR SRE ET ee Pen Ly aCe No sails RA en PE - XY JE RRA Aer es = a nie SA ors wn =
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