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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Volume 8, numéro 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Références

Possibles, 1983, Collections de BAnQ.

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[" ssiibies VOLUME 8 NUMÉRO 1 ANNÉE 198É PO PER P-285 es MN NN = A en = 3 .= ze ee 2 \u2018en Ne se .À 5 nd by 1 > & .= SE Repe LS ance depen e_virage technologique le féminisme Vadeboncoeur eta BR: \u2018 PP ee RE PRES pp oe 3 LL ry ~ - \u201cre pre pee de = TT Pye pigs hed ; ss 0 PN nome 4 ai A À Lo 5 2 ® a z > 7 * & % 1981 Jai patiné à Hong-Kong gravure gs i 1g 3 4 Co À C IR ve oom Lance ccm - es _ wer ee A ps PR pr ee a possibles VOLUME 8 NUMÉRO 1 ANNÉE 1983 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec Comité de rédaction : Rose Marie Arbour, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Roland Giguère, Gaston Miron, Marcel Rioux.Adjointe à la rédaction : Élise Lavoie SOMMAIRE Page Éditorial Repenser l\u2019indépendance .7 Journal intime (fragment) Yves Beauchemin .15 Une porte de plus en plus étroite Marcel Rioux .19 Pour s\u2019en sortir Jean-Jacques Simard .23 Nationalisme et féminisme : impasses et coincidences Diane Lamoureux .uu.u.43 C\u2019était pour vous Gérald Godin .LL Lea a eee Littérature et nationalisme : une question piégée, pourtant inévitable Lise Gauvin 100100200000 L 4 LL Lee Autour de la spécificité Marcel Fournier .00102042400 04114444 La geste du oui Suzanne Martin.Constituons le peuple québécois Edouard Cloutier .Les nouveaux habits de la souveraineté Gabriel Gagnon .Histoire-fiction Madeleine Gagnon .SUR LES CHEMINS DE L\u2019AUTOGESTION Les nouvelles technologies : plus qu\u2019un virage Henri Beauchemin .COURTEPOINTES ET POINTES SECHES Vadeboncoeur et le féminisme Rose Marie Arbour . DOCUMENT Le refus de continuer ++ +» x ar na a wos os a x oe ee sss 193 ICONOGRAPHIE : Serge Lemoyne - a _- oe Tr a eo es zp rll ey \u2014\u2014\u2014 come dep ra fers on = ir rar pers EA xy TL Seat x Repenser l\u2019indépendance Possibles ne pouvait éviter les crises qui tôt ou tard affectent les revues même les plus autogestionnaires.Quatre collaborateurs, deux de la première heure et deux plus récents, nous quittent donc à partir de ce numéro.Ils font plus loin part au lecteur des raisons de leur geste.Leur texte en surprendra plusieurs puisqu\u2019une lecture attentive des récents numéros de la revue ne révèle entre nous aucune différence idéologique profonde, tout au plus des préférences accentuées ou une diversité d\u2019expression des sensibilités.Il faut quand même admettre que nos débats internes ont pu opposer les tenants d\u2019un certain globalisme, à la recherche d\u2019une sorte de manifeste où les voies de l\u2019indépendance et de l\u2019autogestion seraient dès maintenant clairement tracées, à une majorité plus prudente, convaincue que l\u2019autogestion nécessite au contraire une pluralité des expressions comme des expérimentations.La revue Liberté relevait cette ambiguité à propos de notre numéro sur la Crise (Vo 6, No.3-4) où un éditorial emporté, à caractère un peu ruraliste, venait coiffer un ensemble beaucoup plus éclectique et plus ancré dans la Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance contemporanéité.Nous n\u2019y avons vu quant à nous aucun problème véritable, le lecteur restant libre de choisir son orientation au sein des possibles suggérés.Il est certain par ailleurs que, loin de « refuser systématiquement de nous pencher sur notre fonctionnement », nous y avons sans doute consacré trop de débats théoriques, peu ancrés dans la réalité quotidienne de la production d\u2019une revue.Le dernier texte de Lise Gau- vin, « l\u2019autogestion et les timbre-poste » décrit bien l\u2019atmosphère un peu surréaliste où se déroulaient parfois ces débats.Pour la majorité d\u2019entre nous, autogestion n\u2019était pas incompatible avec spécialisation des fonctions, artisanat ne signifiait pas nécessairement absence de rigueur dans la production et la distribution, et bénévolat n\u2019impliquait pas toujours absence de rénumération pour les tâches les plus ingrates et les plus fastidieuses.Voilà la véritable nature de nos affrontements de l\u2019an dernier : il va sans dire que nos échanges en sont devenus plus dificiles et nos débats plus acrimonieux.Dans ce contexte, la décision du groupe minoritaire fut sans doute la plus sage, au delà des éclats de voix et des exagérations qui l\u2019entourent.L'apport des quatre démissionnaires à Possibles fut considérable.Sans le dévouement et l\u2019enthousiasme initial de Robert Laplante, la revue n\u2019aurait pu voir le jour.À la trésorerie, Roger Lenoir nous fit lentement passer du rouge à un budget plus équilibré.Durant leur séjour plus bref parmi nous, Andrée Fortin et Jean-Pierre Dupuis furent toujours disponibles tant pour les travaux d\u2019écriture que pour les tâches les plus ingrates.Nous les remercions donc sans réticence aucune en espérant que, sans participer à la gestion de Possibles, ils pourront continuer d\u2019y collaborer souvent de façon individuelle ou collective.Il nous sera cependant impossible, à cause de notre statut d\u2019entreprise subventionnée à caractère coopératif, de séparer 8 Éditorial avec les minoritaires les avoir collectifs d\u2019une revue que nous avons décidé de continuer et dont les assises économiques demeurent précaires.kk kk Une fois passée la déception et l\u2019aigreur qui suivent toutes les séparations pénibles, nous nous sommes remis à la tâche avec beaucoup d\u2019enthousiasme et plus d\u2019efficacité.Nous restons, comme nos amis démissionnaires, « persuadés de la nécessité d\u2019une revue indépendantiste et autogestionnaire » mais nous espérons mieux ancrer dans la réalité de 1983 les « grandes orientations qui ont \u2018donné naissance à Possibles ».Le présent numéro sur l\u2019indépendance, issu d\u2019une période de transition précédant l\u2019élargissement de notre comité de rédaction, constitue une première étape en ce sens.Si, pour nous, l\u2019indépendance du Québec constitue un horizon inéluctable et désiré, condition nécessaire à la réalisation de l\u2019autogestion et au foisonnement de l\u2019imaginaire, il nous faut quand même admettre comme tout le monde que notre avenir immédiat est soumis à de lourdes menaces venues de l\u2019intérieur comme de l\u2019extérieur.L\u2019 offensive fédérale se précise tous les jours depuis le rapatriement de la constitution.Les travaux de la commission MacDonald n\u2019augurent rien de bon pour notre avenir économique.L'arrivée au pouvoir d\u2019un Brian Mulroney ne changerait rien à ces tendances profondes sinon un petit air rétro en politique extérieure et une plus grande sensibilité aux vents d'Ouest.Pour nous, la porte devient de plus en plus étroite, comme l\u2019écrit Marcel Rioux.Point n\u2019est besoin d\u2019insister davantage sur le désenchantement créé par le début du second mandat du P.Q.9 pee eee pt re te TEE ER Re Possibles \u2014 Repenser 1\u2019'indépendance Les politiques imposées par la rigueur de la crise ont soumis les groupes les plus dynamiques de la société québécoise, jeunes, femmes, syndicats et intellectuels, soit à la déprime soit à une revision profonde de leur projet indépendantiste et social-démocrate.Le présent numéro illustre de multiples façons cette décantation de l\u2019utopie.Mais personne parmi nos collaborateurs ne veut s\u2019arrêter là.La recherche d\u2019un nouveau langage, de stratégies plus adéquates, d\u2019une plus grande égalité et même d\u2019une nouvelle culture, où autogestion pourrait enfin se conjuguer avec indépendance, perce ainsi au fil de ces pages.Les opinions s'opposent sur le P.Q., sur l\u2019opportunité d\u2019un parti nationaliste à Ottawa, sur le dernier ouvrage de Vadeboncoeur, sur l\u2019urgence d\u2019un nouveau référendum, sur la nécessité de lier l\u2019autogestion et l\u2019indépendance ; loin de nous inquiéter, cette diversité nous réjoint\u2026 Ce qui nous menace aujourd\u2019hui, c\u2019est plus la répétition de slogans et d\u2019attitudes dépassés que le foisonnement des possibles.Quant au virage technologique et à la concertation, nouveaux espoirs de nos dirigeants d\u2019entreprises et de nos gouvernants, ne risquent-ils pas, si l\u2019on n\u2019y prend garde, de nous enraciner davantage dans la dépendance culturelle et l\u2019inégalité ?Une revue comme la nôtre doit continuer à renforcer ici tout ce qui va dans le sens de l\u2019émancipation, dans la vie politique et économique comme dans le quotidien et l\u2019imaginaire.Pour ce faire, nous tenterons d\u2019explorer dans nos prochains numéros : \u2014 L'éducation et les problèmes de la jeunesse 10 Éditorial \u2014 Les impasses de la création au Québec et les nouvelles voies pour les surmonter.\u2014 La place du Québec dans le monde (américanisation, pacifisme, solidarité) \u2014 Le syndicalisme face à l\u2019autogestion et à la concertation Nous avons encore plus qu\u2019avant besoin de nos lecteurs pour contribuer aux numéros en chantier, pour participer aux débats que nous organiserons lors de leur parution, ou, tout simplement, face à une distribution un peu erratique, pour assurer davantage par un abonnement l\u2019autonomie et le développement de Possibles.Gabriel Gagnon pour le comité de rédaction 11 a = rares + rer AS res serrer eran Er EAruirrtes = forsee PCE) > = Te Es Rs ee en Lace op PAO ee sacs a po.y cry Cred % our Le or ofitrorrKt 1964 is TT Lime ; ; peu acrylique sur papier raté.gi y or d gle - tan Ti \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014= APE 8 ESSA Le PY Le - CRN Lee SEPT PERRIN pans © Pry 2 re Yves Beauchemin Journal intime (fragment) 10 avril : C\u2019était inéluctable.Surtout après la défaite du référendum et les désastreuses négociations de novembre 1981 à Ottawa.À vrai dire, on sentait approcher le moment depuis des années.Le moment est venu : l\u2019indépendance est passée de mode.On n\u2019a qu\u2019à lire les journaux ! Lysiane Gagnon, Lise Bissonnette, Jean Paré, et combien d\u2019autres : lorsqu\u2019ils parlent du Parti Québécois et de son objectif, c\u2019est d\u2019un ton maintenant quasi- condescendant, avec comme une trace de dégoût dans la voix.Tout a commencé bien avant le référendum.En fait, tout a commencé, me semble-t-il, le 15 novembre 1976.En passant de l\u2019opposition au pouvoir, les indépendantistes voyaient s\u2019éteindre l\u2019auréole romantique qui avait toujours nimbé leurs têtes.Eh oui! on ne pouvait plus désormais se consacrer tout entier à promouvoir l\u2019idée de la liberté : il fallait en plus administrer un pays.Robin des Bois venait de gagner et prenait la place, non 15 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance du Prince \u2014 le Prince est toujours là \u2014, mais celle du shérif de Nottingham.Or, comment aimer d\u2019amour passionné un shérif?Comment s\u2019éprendre d\u2019un examinateur de parcomètres, d\u2019un distributeur de contraventions, d\u2019un ramasseur de robineux ?Finies les chevauchées au clair de lune, les attaques-surprises de calèches cossues pour réveiller de gros bourgeois au milieu de leurs sacs d\u2019écus et leur donner une petite leçon de justice distributive.Le cheval de Robin des Bois somnole maintenant à l\u2019écurie, tandis que Robin lui-même, assis derrière un bureau, étudie des dossiers, le front barré d\u2019un pli.Le pauvre, il doit maintenant prendre des décisions.Et quand il en prend, il lui arrive ce qui est arrivé à tous ses prédécesseurs : parfois il se trompe.Mais Robin des Bois n\u2019a pas le droit de se tromper.Légende oblige.Tout le monde s\u2019accorde, je pense, pour dire que le premier terme du gouvernement Lévesque aura été le meilleur des deux (du moins jusqu'ici) : on n\u2019a qu\u2019à se rappeler la loi 101, la loi de l\u2019assurance-automobile, celle du zonage agricole, de la réforme électorale, etc.Une orgie de bonnes lois, de lois indispensables, que personne jusqu'ici n\u2019avait eu le courage de promulguer, et qui se sont mises à transformer le visage du Québec.Résultat?La frustration des Québécois commença à diminuer.La douleur d\u2019être Québécois devint plus floue, moins perceptible, pas pour tous, mais pour beaucoup de gens.Montréal prenait un visage français.Le saccage des terres agricoles s\u2019arrêtait.Le Québec avait presque l\u2019air d\u2019un pays libre ! Allez donc convaincre des citoyens de libérer un pays qui a l\u2019air presque libre ! Et puis il y eut les gaffes, les gaffes inévitables.Les coups de tête, les crises de nerfs, la fatique du pouvoir.Les stratégies de fond de bureau, les spécialisteries, l\u2019étapisme, la renardose.D\u2019autant plus qu\u2019on s\u2019aperce- 16 Journal intime vait qu\u2019il était difficile à diriger, ce demi-pays mal équipé d\u2019instruments économiques et politiques, surveillé de toutes part, infiltré par ses ennemis et à moitié dominé par les descendants du conquérant.La fameuse nuit du 15 novembre disparaissait peu à peu derrière des montagnes de dossiers.On y pensait un peu le soir en se couchant, mais toute la fournée avait été occupée à écouter les quémandeurs, donner des ordres, trancher des questions, tout en essayant de parer aux fourberies du Prince et de sa valetaille, têtes de faux évêques, trognes de charretiers, geules de travers, faces bouffies et insolentes, visages tout en sourires où brûlent deux yeux hostiles, tous animés d\u2019un enthousiasme féroce pour le saccage, tous fébriles et insomniaques tant que le Québec n\u2019aura pas été abattu, dépecé, dévoré et roté.En politique, les grandes causes, pour durer, doivent quitter leurs beaux vêtements, s'habiller de gros coton, courber la tête, passer par les petites portes, laver la vaisselle, jouer dans la graisse et finir par ressembler aux gens du pays, qui rêvent tous à Robin des Bois, mais ne sont pas faciles à convaincre lorsqu\u2019il s\u2019agit de monter son cheval.Mais quand la grande cause est devenue gestion, tantôt bonne, tantôt moins bonne, les gens écarquillent les yeux et se demandent où diable elle est allée se cacher.Et les journalistes, dont la profession, dont la passion, est de sans cesse écarquiller les yeux à la recherche de choses neuves et piquantes, les journalistes qui ont tant de mal à lutter contre le blasement, sont les premiers à trouver la pièce longuette et qu\u2019il faudrait peut-être un changement d\u2019acteurs ou à tout le moins un écroulement de décors.Comment expliquer autrement la lassitude qui semble s\u2019être emparée d\u2019une journaliste de la trempe de Lysiane 17 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Gagnon ?J\u2019admire cette femme depuis des années, la vivacité de son intelligence, son esprit mordant, l\u2019aisance de sa langue, sa profonde sensibilité (je pense à l\u2019émouvant article qu\u2019elle a écrit il y a quelques mois sur les adieux politiques de Claude Charron, aux commentaires pathétiques et si justes qu\u2019elle vient de tenir sur le péril nucléaire).Mais la fatigue\u2026 politique qui se met à suinter de ses textes lorsqu\u2019elle parle du Québec de 1983 est presque désespérante.Exprime-t-elle le sentiment de tous les Québécois ?Est-ce que notre instinct de mort est à ce point puissant que le seul chemin qui s\u2019offre à nous est celui de la lente digestion dans un Canada qui nous a toujours senti comme un corps étranger ?Quand je me sens trop morose, je pense à la théorie des vagues.Nous sommes au creux de la vague, bien au creux.De tous côtés, une eau glauque, menaçante, invincible.Mais c\u2019est une eau qui nous porte et, pourvu que nous évitions de verser, elle continuera de nous faire avancer, centimètre par centimètre.Texte lu sur les ondes du réseau MF de Radio-Canada, le 17 août 1983.18 Marcel Rioux Une porte de plus en plus étroite Je ne sais pas ce que ressentent ni ce que pensent les pionniers de la cause indépendantiste \u2014 les Rinistes, en particulier \u2014 mais je sais fort bien que ceux qui comme moi sont à la tâche depuis deux décennies et plus ne sont plus très farauds.L'indépendance de leur pays apparaît de plus en plus comme une espèce de rocher de Sisyphe qu\u2019il faut continuellement pousser, sans trop d\u2019espoir d\u2019atteindre la Terre Promise.L\u2019idée de toujours recommencer le travail accompli les rebute de plus en plus.L\u2019élan des premières années et même celui du Référendum de 1980 semblent s\u2019estomper.Certains commencent à douter de voir leur pays libre.Non qu\u2019ils aient abandonné l\u2019idée d\u2019indépendance \u2014 les raisons qui militent en sa faveur sont plus nombreuses et plus solides que jamais \u2014 mais il semble que leur ardeur se soit amenuisée.Peut-être désespèrent-ils de voir une majorité de Québécois endosser leur option politique.Quant à moi, je ne regrette pas de m'être déclaré indépendantiste au début des années 1960, d\u2019avoir toujours espéré voir triompher cette idée et d\u2019avoir fait de mon mieux pour la propager.Je serai le dernier à blâmer qui 19 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance que ce soit, ni encore moins le peuple du Québec.Si nous n\u2019avons pas encore réussi, il faut s\u2019en prendre à nous-mêmes qui n\u2019avons pas assez ou mal combattu, reconnaître la force et la fourberie des fédéraux et la crise internationale dont on nous dit que nous sommes en train de sortir.Enfin, j'ai toujours pensé que le temps ne jouait pas pour nous ; il m'a toujours semblé que s\u2019exerce sur le Canada et même le Québec une force niveleuse et perverse qui non seulement nous entraîne à exploiter, à dominer et à détruire la nature mais nous mène vers l\u2019abolition de notre spécificité culturelle ; l'impérialisme culturel américain est la forme ultime de la domination ; c\u2019est un cancer terminal.Ce n\u2019est pas en vain que l\u2019on consomme les produits des industries américaines de l\u2019âme : tôt ou tard, l\u2019américanisme s\u2019installe dans nos têtes et dans nos coeurs.Nous en venons inéluctablement à désirer et à aimer ce que l\u2019Empire désire et aime.Nous en venons à pratiquer un hédonisme individuel qui nous pousse sans cesse vers l\u2019atomisation et l\u2019aliénation généralisées.Le bien commun et le désir de mettre sur pied un projet collectif singulier sont relégués au musée des accessoires et deviennent des thèmes éculés que les années ont érodés de part en part.Et l\u2019on en vient à se demander si le salut du Québec est possible et souhaitable en dehors de l\u2019Empire ; et même en dehors de son satellite principal, le Canada ; nous sommes en train de vouloir demeurer un appendice charnu, taillable et corvéable à merci.Et tout cela, au nom d\u2019un réalisme économique qui se veut pur et dur.Nous n\u2019adorons que le mesurable sans nous douter que ces chiffres ne sont que le résultat de phénomènes beaucoup plus profonds et qui sont beaucoup moins détectables par les ordinateurs.S\u2019il était un reproche que l\u2019on puisse adresser au gouvernement péquiste, c\u2019est celui de ne pas avoir exprimé plus clairement que l\u2019indépendance est le moyen pour assurer l'institution d\u2019une société autre ; l\u2019indépendance pour l\u2019indépendance, l\u2019indépendance pour continuer la 20 Une porte de plus en plus étroite société nord-américaine n\u2019a rien de mobilisateur pour les couches les plus dynamiques de la société québécoise et finalement débouche dans la logique des autres partis politiques.Ce qui importe souverainement c\u2019est l\u2019avènement d\u2019une société auto-gestionnaire, enfin sortie de l\u2019hétéronomie, enfin réconciliée avec la nature.On rétorquera avec raison, certes, qu\u2019il n\u2019est pas facile de s'engager dans des réformes radicales quand on est, comme le Québec, empêtré dans des liens coloniaux ; trop de maillons le relient à de multiples dépendances.Il y a plus ! Jürgen Habermas, le philosophe allemand, a montré dans un livre récent que les sociétés occidentales passent par une crise de légitimité ; les vieux garants métaphysiques, politiques et moraux se sont érodés et les gouvernements peuvent difficilement arriver au consensus nécessaire pour gouverner efficacement.C\u2019est vrai du Québec comme des autres sociétés.Ici, toutefois, les choses sont aggravées du fait que deux gouvernements se partagent le champ de la légitimité : ceux du Québec et du Canada ; de sorte que les citoyens du Québec peuvent changer d\u2019allégeance au gré de leur humeur.Dans les autres pays, on peut lutter contre le gouvernement sans pour autant changer d\u2019allégeance et, pour ainsi dire, changer de pays.Où a-t-on vu des grévistes troquer le drapeau de leur pays contre celui d\u2019un autre, utilisant cette substitution comme moyen de pression ; si l\u2019on ne nous rend pas justice, nous déménageons ailleurs.Il est d\u2019ailleurs ici des formations pour encourager ces va-et- vient.De surcroît, certains Québécois, pris de panique devant l\u2019impasse de la cause indépendantiste, songent sérieusement, à la prochaine élection canadienne (1984) à favoriser la candidature d\u2019indépendantistes, péquistes ou autres.On disait, naguère, qu\u2019il fallait aider à défaire Trudeau.et son gouvernement.Vraisemblablement Trudeau ne sera plus là à la prochaine élection et les libéraux ont tout fait pour provoquer leur propre défaite ; les 21 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Canadiens me semblent assez avisés pour se débarrasser d\u2019une monture qui a accompli sa mission historique : mettre le Québec à sa place.D\u2019autant que Trudeau parti, c\u2019est un autre Québécois, le sieur Mulroney qui, de par son seul lien de naissance, tiendra le Québec en laisse pendant un bon quart de siècle.Si d\u2019aventure certains de ces zouaves étaient élus, on voit mal ce que ces Don Qui- chotte gagneront pour le Québec.Ils n\u2019auront qu\u2019à continuer à accréditer l\u2019idée que l\u2019indépendance pourrait bien passer par Ottawa, « French Power », « balance de pouvoir », toutes choses aussi évanescentes que la rosée du matin.Inutile de dire à ces marchands de chimères que l'indépendance, c\u2019est le peuple du Québec et son gouvernement qui la réaliseront.Tout le reste n\u2019est que.politique.Politique qui est une merveilleuse diversion en temps de morosité.Tout cela dit, faut-il jeter le manche après la cognée et se résigner au retour de l\u2019ancien Louis XVI Bourassa, symbole de l\u2019ancien régime ?Non, car ce serait rétrograder de quelques décennies et livrer le Québec, pieds et poings liées, aux transnationales, à toutes les entreprises privées et à une famille très nombreuse qui, comme lui, a la dent très longue.Sans trop croire aux miracles, il se pourrait bien que la conjoncture changeât assez pour que plus d\u2019yeux s\u2019ouvrent et se rendent compte de la nécessité vitale de l\u2019indépendance du Québec pour construire une société nouvelle.22 Jean-Jacques Simard Pour s\u2019en sortir Combien de fois faudra-t-il montrer du doigt les intérêts manifestes qu\u2019enveloppe depuis vingt ans l\u2019indépendantisme québécois avant de commencer à en rapatrier sur le terrain des possibles tangibles les espérances moins étroites qu\u2019il sait aussi porter ?Enfin de compte, c\u2019est un peu ce à quoi se sont adonnés certains marxistes et on a presqu\u2019envie de les féliciter d\u2019avoir compris avant tout le monde, depuis quelque temps que s\u2019étalent les amertumes à pleines pages du Devoir et que les ténors du nationalisme eux-mêmes se sont mis a se mordre la queue.Malheureusement, à force d\u2019émietter sa pâte feuilletée à-la-petite-bourgeoisie-nouvelle \u2014 une étudiante me jure en avoir compté sept épaisseurs dans le seul livre de Bourque et Légaré, Le Québec.La question nationale \u2018, \u2014 on finit par transmuter en mystère byzantin les plus beuglantes évidences.! Bourque et Légaré, Le Québec.La question nationale, Paris, Maspéro, 1979.23 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Car enfin, depuis le pamphlet du fonctionnaire fédéral Marcel Chaput jusqu\u2019à la présente coïncidence de l\u2019essoufflement nationaliste et des chevrotements édentés du secteur public syndiqué, en passant par le profil-type du militant péquiste, l\u2019avant-garde (au sens léniniste de qui veut, définit, prend et garde le pouvoir) a toujours coïncidé avec l\u2019intelligentsia professionnelle ascendante, une confrérie-cosororité qui se compte aujourd\u2019hui par dizaines de milliers.Cette langue-d\u2019oeuvre (pour distinguer évidemment de main-d'oeuvre) s\u2019adonnait à être francophone ; pour sa fraction supérieure, dont le capital- savoir ne pouvait se réaliser que par l\u2019entremise de grands appareils bureaucratiques, l\u2019Administration fédérale et les oligopoles privés étaient de véritables casse- gueules.Restait l\u2019Etat provincial.Seulement, à force de manger de la galette, on finit par avoir envie de pain \u2014 par attraper le goût du Québec.Faute de tenir le peuple par la bourse, il fallait bien se réclamer d\u2019autre chose : la planification, la participation, la rationalité du savoir, le syndicalisme, bref la social-démocratie \u2014 toutes choses qui minaient la légitimité bourgeoise du pouvoir (propriété, mercantilisme électoral, liberté d\u2019entreprise, réussite individuelle, etc.).Durant la Révolution tranquille, les ambitions et la noo-bureaucratie (l\u2019infixe « techno » exagère) ont pu se conjuguer avec celles des proto-capitalistes québécois-français : le même État offrait aux premiers les moyens d\u2019ériger leurs appareils sur la société, et aux seconds l\u2019accès au capital public dont ils avaient besoin pour compenser leur exclusion de la stratosphère financière nord-américaine.Dès que les faiseurs d\u2019argent ont cru pouvoir se faire respecter sur le marché, ils ont découvert les verrues de l\u2019État interventionniste et de l\u2019ingénierie sociale.C\u2019est alors que la noo-bureaucratie est restée seule à tenir fermement la hampe du fleurdelysé planté au sommet des organigrammes publics.Sous la menace du regain libéraliste (amorcé dès la fin du régime Lesage pour aboutir sous Bourassa) elle a durci ses étayages idéologiques pour devenir carrément souverainiste et un peu plus socialiste, 24 Pour s\u2019en sortir histoire de monopoliser le marché du nationalisme et de la rationalité étatique ?.Dépouillé de son armature techno-démocratique (démo-bureaucratique ferait pareil), le projet indépendantiste risque de s\u2019affaler.Il me semble pour cette raison que ce n\u2019est pas tant l\u2019échec du référendum de 1980 que le rétrécissement dramatique des possibilités d\u2019expansion des appareils d\u2019Etat qui explique les bafouillages du parti Québécois ; le plancher de l\u2019ascenceur tombe et le gouvernement s\u2019accroche par le bout des doigts aux rituels de la gestion, d\u2019un bord, aux fétiches creux du symbolisme national, de l\u2019autre *.Mais ces pauvres diables ont surtout le défaut de la visibilité : ils sont juchés dans la mâture d\u2019un navire à demi-coulé et les petits rats qui fuient les cales à la nage leur lancent des invectives par derrière l\u2019épaule.La compassion devrait nous inciter plutôt à la loyauté, au moins aussi longtemps que leur situation ne sera pas rétablie.D'autant plus que, malgré les impolitesses qu\u2019il mérite, le nationalisme d\u2019État a quand même porté le progrès du Québec au moment où \u2014 pensons à la situation d\u2019avant soixante \u2014 il n\u2019y avait pas beaucoup d\u2019alternatives ouvertes.Si on entend par progrès, à la suite de Merleau-Ponty, qu\u2019une époque puisse résoudre les questions restées sans réponse à l\u2019époque précédente (ce qui fait évidemment apparaître de nouvelles questions), on peut même dire que l\u2019intelligentsia professionnelle (d'appareil, si on préfère) a été le principal agent de ce ?La poignée de gens qui ont déjà eu l\u2019occasion de me lire ou de m\u2019entendre sur ce sujet auront constaté que je radote à peu près les mêmes choses depuis 1973 \u2014 trois ans avant l\u2019élection du P.Q.3 Quand M.Landry offre aux Américains de bâtir un marché commun de la rivière La Grande jusqu\u2019au Rio Grande, et que M.Morin, tout aussi magnanime, fait d\u2019avance cadeau aux Français de la double nationalité, j'envie quasiment les vieux de M.Léves- que qui ne verront pas ça.25 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance progrès.Son rôle socio-historique se compare à celui de la bourgeoisie à l\u2019ère féodale-aristocratique : ni Have, ni Have not, pour parler comme Alinsky, ce sont les Have little, want more, plus ou moins tiraillés entre les pôles principaux d\u2019une structure de classe, qui enfoncent leur coin entre les deux, font craquer l\u2019ordre établi, prennent l\u2019initiative du changement, définissent le progrès, et tentent aussi de passer du statut de « couche » à celui de « classe ».La bourgeoisie révolutionnaire ne doutait guère agir et parler pour « le peuple » (serfs, journaliers, compagnons et apprentis, domestiques, conscrits, etc.) au nom des idéaux transcendants de liberté, d\u2019égalité et de fraternité.Elle ne mentait certainement pas sur toute la ligne.Pas plus que l\u2019intelligentsia lorsqu\u2019elle se réclame des « travailleurs-et-travailleuses », de la « population » ou de « la nation opprimée » au nom des droits collectifs et de la justice sociale.D\u2019un autre côté, les bourgeois ont avant tout libéré le marché tandis que l\u2019intelligentsia cherche avant tout à élargir l\u2019emprise des appareils cybernétistes (auto-réglés rationnellement par négociations, sondages, études, consultations, conventions) sur la vie sociale 4.Si je ne délire pas trop, en somme, le contenu pratique du projet souverainiste québécois n\u2019aurait rien de très 4 D\u2019avoir, faute d\u2019espace, a raboudiner aussi grossièrement une démonstration qui reste a faire m\u2019embéte un peu.D\u2019autant que jJ'emprunte beaucoup à deux remarquables ouvrages.Celui des marxistes (ah oui?) hongrois (ah bon!) Konrad et Szelényi, La marche au pouvoir des intellectuels.Le cas des pays de l\u2019Est.Et celui de Michel Freitag, de l'U.Q.U.A.M.(encore !), « Transformation de la société et mutation de la culture.La problématique de la normativité, de la légitimité et de l\u2019identité dans la société contemporaine », que j'ai lu en manuscrit mais qui devrait être sorti dans la revue Conjonctures.Un mot encore : c\u2019est en rangeant la sphère du marché, d\u2019une part, et les anciennes solidarités communautaires, d'autre part, que les appareils se font une place.Dans les C.L.S.C.ou le « projet scolaire » du ministre Laurin, par exemple on vise à ce qu\u2019une branche bureaucratique devienne le lieu de la communauté.26 Pour s\u2019en sortir original, sauf peut-être l\u2019angélisme avec lequel il a confondu l\u2019État et la nation, les organismes publics et le parti-pris pour les travailleurs, la rationalité technocratique et la libération culturelle.Mais on s\u2019en guérit : le ministre des finances se traitait quasiment lui-même de vieille garde, il y a quelques semaines, en vantant la « nouvelle garde d\u2019entrepreneurs (privés ?) québécois », où il est permis de reconnaître, entre autres, quelques anciens haut-fonctionnaires recyclés dans la banque ou de sympathiques P.M.E.ayant enfin pris le virage sub- ventionnaire.Remarquez : M.Parizeau a probablement raison.Mais cela vous transforme une sacrée portion du programme péquiste en moulée à vaches \u2014 paraît qu\u2019on y mêle du papier aux graminées \u2014 et force à se demander si cette nouvelle garde aura vraiment besoin de rap- pailler en un seul et souverain lieu tous les crédits ou services publics qu\u2019elle attend de la nation.Il est aussi certain qu\u2019en renvoyant comme ça la jeunesse au marché \u2014 car qu\u2019est-elle sinon nouvelle garde \u2014 on ne soigne pas beaucoup son désintéressement envers « la question nationale », même adressée à un Sommet ou les jeunes « des classes ouvrières et populaires » se sont surtout exprimés, comme il va de soi à notre époque, par la voix de l\u2019intelligentsia d\u2019appareil en herbe (au-dehors comme au-dedans des salles de réunion °).5 Ce qui ne rend pas pour autant ce genre de palabre « non- représentatif ».À mon sens, le Sommet de la jeunesse a bien représenté les aspirations et les angoisses de cette génération \u2014 dans le langage actuellement légitime de la représentativité.Disons plus : on se demande s\u2019il n\u2019a pas également représenté les adultes.Prenons par exemple l\u2019idée d\u2019assujettir étroitement la formation supérieure aux demandes du marché du travail.Elle sourit aussi bien aux Chambres de commerce et aux gérants de Caisses populaires, voire même au directeur du Devoir, qui l\u2019a relevée solennellement dans un éditorial.(Pourtant cette suggestion est pratiquement absurde, à cause de l\u2019inertie des programmes d\u2019enseignement, de la fugacité, de la mobilité des horizons d\u2019emploi, et d\u2019un effet pervers du type « poule-aux-oeufs-d\u2019or », inévitables à moins d\u2019un contingentement corporatif des programmes 27 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance En simplifiant \u2014 que faisons-nous d\u2019autre ici ! \u2014 deux ordres de facteurs paraissent expliquer l\u2019engouement relativement démesuré avec lequel les ex-Canadiens- français catholiques se sont laissés emporter (passivement ou activement) par le courant universel de rationalisation techno-bureaucratique de la société.Les premiers sont d\u2019ordre positif, « objectif » : la coïncidence partielle de la division sociale du travail et des clivages linguistiques (aux « Anglais » la business et le fédéral; aux « Québécois » leur Etat provincial): I\u2019impuissance manifeste des institutions traditionnelles d\u2019encadrement communautaire devant les forces inhérentes à la croissance économique accélérée de l\u2019après- guerre.Pour n\u2019en mentionner qu\u2019une : la mobilité géographique de la main-d\u2019oeuvre a créé un vide en matière de services sociaux et imposé de nouvelles exigences en matière de scolarisation.Qui, sauf l\u2019État, peut prendre les misères en charge quand, en règle générale, on ne peut plus compter sur la proximité des parents, ni sur les solidarités de voisinage ou de paroisse (largement fondées sur les continuités de résidence)?Quelle agence, sauf l\u2019État, homogénéisera l\u2019éducation à la grandeur du Québec, pour assurer partout, malgré les démé- d'étude.Quand mille étudiants, disons, en relations industrielles, répondent soudainement aux ouvertures de carrière apparentes en 1982, ils se trouvent malgré eux à engorger d\u2019avance le marché qui leur sera ouvert en 1985, au moment de leur « graduation » ; qu\u2019arrivera-t-il des lemmings qui se précipitent actuellement sur les départements et facultés d\u2019administration ?) Ce qui étonne dans les propos de cette jeunesse, c\u2019est qu\u2019ils ne soient en rien contestataires, mais plutôt pétants de « vieillesse ».Les parents et les éducateurs n'ont pas voulu « imposer leurs principes » aux jeunes afin de les encourager à l\u2019autonomie.Succès : ils font comme tout le monde pour les piger immédiatement dans les modes et l\u2019obligatoire ambiants.Cela s'appelle « s\u2019adapter » et c\u2019est souvent le seul vrai « principe » qui nous reste.Personne ne désirait cet effet : on voulait au contraire mieux armer les enfants contre la résignation et les prescriptions morales qui accablaient les générations précédentes.28 Pour s\u2019en sortir nagements, l\u2019équivalence des programmes, une qualité et des coûts à peu près uniformes \u201c?Les seconds relèvent de la « subjectivité » partagée \u2014 du symbolisme culturel.Quand, sous les coups d\u2019une modernité désormais irrépressible, l\u2019ancienne idéologie identitaire a cédé, beaucoup de Canadiens-français sont sortis de leur passé comme un moinillon réprimé quitte la bure pour se jeter goulûment dans tous les péchés capitaux à la fois.Au cours de cette espèce d\u2019exil radieux, tout ce qui pouvait porter le stigmate de « traditionnel » a servi de repoussoir à la fuite en avant : contre les particularismes, l\u2019accès à l\u2019universel ; contre les valeurs héritées, les « prises-de-conscience » ; contre le culte des fins dernières, la fascination des mécaniques instrumentales et de l'efficience ; puisque l\u2019Église \u2014 la Foi à l\u2019oeuvre \u2014 avait prétendu contenir la « race » toute entière, désormais ce serait l\u2019État \u2014 la Raison faite chair \u2014 qui ferait éclore la nation \u201d.Et quand à y être, autant laver l\u2019opprobre du titre de Canadien-français : on s\u2019appellerait dorénavant Québécois, et l\u2019ancienne « province 6 L\u2019aura-t-on noté ?Aux conditions du fédéralisme canadien, l\u2019éducation, les affaires sociales et les institutions locales reviennent aux provinces.Les nécessités nouvelles se sont ainsi conjuguées au sentiment « national » qui portait déjà les Canadiens-français à déporter leurs loyautés primordiales sur le gouvernement du Québec.Pendant qu\u2019on y est : il va de soi qu\u2019on n\u2019épuise pas, avec ces petites illustrations, l\u2019ensemble de la dynamique socio- économique qui a enclenché la Révolution tranquille ! ~ J'essaie ici de reconstituer une dialectique symbolique.L'image d'Épinal d\u2019une société traditionelle monolithique appartient à l'idéologie de la Révolution tranquille bien plus qu\u2019aux réalités québécoises de l'après-guerre.Elle prend son sens dans le complexe d\u2019une rupture qui se donne comme « prise-de-conscience » dans la bouche d\u2019une coalition ascendante tirant sa légitimité du savoir plutôt que de sa richesse.Ce savoir se veut « savoir-faire » et « esprit scientifico-critique » en opposition au « savoir-croire » et à la méthode du clergé et de l\u2019Église dont il s\u2019agit de briser le piédestal.29 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance de Québec », l\u2019État du Québec.L\u2019aspiration à la souveraineté s\u2019inscrit naturellement dans cette foulée : elle montrerait au Monde que les « demi-civilisés » d\u2019un Jean-Charles Harvey ou la « tribu » d\u2019un Pierre E.Trudeau avaient rattrapé la civilisation moderne, atteint l\u2019âge d\u2019Homme, formaient maintenant un « peuple normal » plutôt qu\u2019une curiosité anthropologique.À se purger ainsi de ses héritages et de sa mémoire vivante on se prive de barèmes pour porter sur les possibles les jugements du coeur et tailler de la sorte l\u2019avenir à sa mesure.La modernité se présente devant soi comme un château déjà bâti à investir.Il fallait donc emprunter ailleurs les modes d\u2019emploi, explorer des « modèles » : statistiques ontariennes, études américaines, social- démocratie scandinave, etc.Et pour la cuisine de la Grandeur, il y avait, à portée de langue, la France d\u2019un certain général qui ne doutait pas un instant incarner la nation, héritière de la tradition centralisatrice de Colbert, des Jacobins et de Napoléon, comme du rationalisme des Lumières, des Grandes écoles et du Plan.Sans doute, aurait dit Santayana, l\u2019histoire québécoise s\u2019est-elle déployée comme elle le devait.Loin de nous, donc, ici, de dénoncer les « erreurs », démasquer la « récupération » ou accabler les définiteurs du nationalisme des deux dernières décennies.Et encore moins de laisser entendre, comme une certaine critique, que la nation \u2014 le groupe d\u2019identité \u2014 qui a servi de marchepied aux couches montantes est un fantasme idéologique : outre l\u2019expression tangible qu\u2019elle a pu trouver en politique, elle a chanté par les Borduas, Vigneault, Hébert, Gélinas, Leclerc, Perreault, Tremblay, Blais, Chamberland, et combien d\u2019autres plus ou moins réputés.À force de chercher les Méchants, on finit par attendre la relève des Bons \u2014 ce qui est toujours dangereux et naïf ; et à pourfendre les « fausses consciences », on 30 Pour s\u2019en sortir risque de laisser entendre qu\u2019il en existe une vraie, une claire, une sûre \u2014 ce qui est sociologiquement absurde.Si la Révolution tranquille nous enseigne quelque chose, c\u2019est bien que les intentions pures engendrent des effets pervers (ne prenez pas seulement la parole de Vallières ou Bourgault, passez par la C.S.N., accrochez au passage un haut-fonctionnaire repenti, et demandez à François Simard).Il faut se pencher sur la sorte de pureté qui blanchissait les intentions nationalo-libératoires des deux dernières décennies pour comprendre quelque chose des perversités assombrissant l\u2019horizon actuel.En gros : pour avoir tenté systématiquement d\u2019enrôler et d\u2019enfermer la vie sociale dans les architectures artificieles de la Rationalité \u2014 Sainte-Vierge de référence \u2014 on se retrouve de plus en plus devant une société de sommets sans base et de rouages autonomisés ; la dépendance et l\u2019aliénation qui échouent en partage aux citoyens sapent à ce point les solidarités actives, responsables, qu\u2019elles tournent en vaste blague les appels à l\u2019autonomie collective lancés, du haut des appareils d\u2019État, par les guides de la nation.Voilà votre effet de pervers.La capitalisme, comme l\u2019avaient perçu Durkheim, Weber et\u2026 le chanoine Groulx, s\u2019est répandu en démantibulant les formes existantes d\u2019intégration sociale, fondées sur l\u2019appartenance du coeur, les croyances et coutumes traditionnelles.Fin dix-huitième, début dix- neuvième, déjà deux grandes utopies ont germé dans l\u2019humus de désintégration communautaire, d\u2019anomie et de misère laissé par les labours du marché et de l\u2019exploitation du travail : le socialisme et le nationalisme.Inspirées toutes deux par la nostalgie (créatrice) des solidarités perdues, ces doctrines ont voulu recréer la cohésion de la société sur la base des appartenances spontanées, immédiates \u2014 celles qui font que les pulsions individuel- 31 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance les convergent naturellement vers l\u2019être collectif® \u2014 en opposition aux mécanismes impersonnels du marché, de la concurrence, de l\u2019accumulation.Il s\u2019agissait, en somme, de remplacer la fameuse « Main Invisible » d'Adam Smith, par des institutions volontaires où se réaliserait à nouveau la fusion des consciences.Le nationalisme portait l\u2019emphase sur les attitudes subjectives partagées en vertu d\u2019une commune mémoire et projetées dans un vouloir-vivre collectif.Le socialisme privilégiait plutôt la réconciliation rationnelle et fonctionnelle des intérêts objectifs de tous et chacun des producteurs dans la communauté de travail \u2014 St-Simon parlait de « nation travaillante ».À partir de la dernière partie du dix- neuvième siècle, le nationalisme et le socialisme sont graduellement sortis de leur phase romantique (expressive, sentimentale, réactive, naïve, mariant l\u2019intimité des engagements à l\u2019infinité des espérances) pour absorber l'idéologie de l'efficience technique et stratégique, de la scientificité et de l\u2019Etat comme instrument privilégié de la Raison commune.Dans la pratique historique, à cause de leur égale propension à fondre le droit des individus dans celui des collectivités, nationalisme et socialisme se sont souvent conjugués : on pense à l\u2019exaltation de la commune rurale (mir) par les populistes russes, ou au facisme italien (je n\u2019ose mentionner le national- socialisme).Et plus près de nous, au nationalisme corporatiste de l\u2019entre-deux guerres (romantique) que le nationalisme social-démocratique du Parti québécois est venu relayer ?.8 C\u2019est cette harmonie spontanée que Rousseau enviait au Bon Sauvage, tout en reconnaissant qu\u2019une société civilisée ne tenait ensemble que par l\u2019institution d\u2019un contrat de chacun avec tous répondant à la volonté générale.oA qui me reprochera l\u2019hospitalité et l\u2019élasticité de mes concepts au nom des distinctions à faire entre vrais et faux socialismes, nationalismes conservateurs et nationalismes progressistes, je répondrai que je m'intéresse pour le moment à la seule histoire qu'on ait et non à celle qu\u2019on voudrait avoir eue.32 Pour s\u2019en sortir D\u2019utopies qu\u2019ils étaient \u2014 au sens qu\u2019ont donné à ce terme Karl Mannheim ou (plus racoleusement et plus récemment), Ivan Illich, d\u2019un projet collectif en radicale rupture avec l\u2019Ogre établi \u2014 le nationalisme et le socialisme, à divers degrés d\u2019édulcoration, se sont pratiquement transformés en idéologies de l\u2019ingénierie sociale, de la technobureaucratie, de l\u2019Étatisme et de l\u2019 impérialisme.Du « projet de vie commun » ils sont passés au « projet de société » \u2014 aux plans et devis d\u2019architecte.En Occident capitaliste, ce mouvement des représentations a rencontré les tendances structurelles nées de la croissance économique, que l\u2019on pourrait, pour les fins qui nous occupent et à la suite de Michel Freitag, caractériser ainsi : rétrécissement relatif de la sphère d\u2019intégration sociale abandonnée au marché et au droit libéral, par rapport à l\u2019expansion des domaines régis par des conventions rationnellement arrêtées, des règlements négociés plus ou moins explicitement entre les partenaires de divers champs de force (d\u2019où la lancinante popularité des expressions « rapports de force », « au niveau de » ceci ou cela), et, en conséquence, par un droit effrité en autant de droits particuliers que l\u2019esprit fonc- tionnaliste peut découper de catégories et de tranches statistiquement exclusives dans l\u2019épaisseur du social.Pour Freitag, l\u2019élargissement de ce que j'ai, pour ma part, appelé la régulation cybernétiste de la société (par le biais de sondages, d\u2019enquêtes sur les besoins ou d\u2019études « de suivi » ; de négociations, de consultations, de participations ; bref \u2014 de circuits de feedback automatiques et permanents) s\u2019accompagne à la fois d\u2019un accroissement du rôle de l\u2019État et d\u2019un rétrécissement de son pouvoir réel, de sa marge de manoeuvre, si on veut.Toute brillante qu\u2019elle fût, cette idée est moins surprenante qu\u2019elle en a l\u2019air : en effet I\u2019 État est de plus en plus réduit à l\u2019arbitrage des rapports de force tels qu\u2019ils s\u2019expriment devant lui dans les diverses branches du système d\u2019appareils et à la rédaction \u2014 sous dictée, pour ainsi 33 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance dire \u2014 des décrets et règlements taillés sur mesure pour tel ou tel champ de force.L\u2019Etat a pour fonction de créer les conditions juridiques qui permettent l\u2019érection d\u2019appareils sectoriels de gestion des rapports sociaux, lesquels se retournent ensuite contre leur docteur Frankenstein pour lui imposer leur propre logique.Je ne m\u2019objecterai pas à ce qu\u2019on trouve là un autre rensersement pervers des buts et des résultats.Cette logique peut grossièrement se résumer en un mot : rationalité instrumentale, c\u2019est-à-dire stratégies calculées, adaptation efficace des intérêts immédiats à la situation immédiate, compartimentation et standardisation des problèmes, mesure et traitement statistique des réalités humaines, fétichisme des méthodes, des techniques et de la vérité « scientifique », réification des organigrammes et des programmes bureaucratiques comme si ces moyens constituaient des finalités indépassables.(On aura compris que cela transcende les distinctions passablement factices entre « secteurs » privé et public).Des formes inédites d\u2019aliénation politique naissent de cette matrice.Réalise-t-on qu\u2019il est à peu près devenu impossible aux citoyens québécois de se mêler des affaires communes les plus immédiates, comme s\u2019ils en étaient responsables ?De ce qui se passe au seuil même des havres domestiques, sur la rue, aux alentours ; des problèmes de leurs jeunes a eux (et non de la jeunesse abstraite), de ce qui arrive a leurs vieux (a cette vieillesse vécue qui sera leur demain '°).Prenons les retraités : une fois rompus en pièces détachées, leur vie et leur sort dépendent de la municipalité (loisirs, parcs, !° Un humain vit toujours quelque part et de quelqu'activité productrice.Il ne peut le faire qu\u2019avec d\u2019autres et par l\u2019entremise de rapports sociaux déterminés.Les questions soulevées ici s'adressent à la condition sociale d'habitant plutôt qu\u2019à celle de rravaillant.Elles sont évidemment liées mais n'\u2019insistons pas là-dessus pour le moment.34 Pour s\u2019en sortir H.L.M.) ; d\u2019une communauté urbaine à laquelle aucun citoyen n\u2019a accès directement (transports en commun) ; de la Commission scolaire (éducation permanente) ou du syndicat d\u2019enseignants (s\u2019il y a grève de zèle) ; du C.S.S.(s\u2019ils manquent d\u2019argent) ; de la Régie des Loyers, du D.S.C., de la Société centrale d\u2019hypothèque et de logement, et de combien de recoins insoupçonnés dans le ventre des Ministères, des Conseils consultatifs ou des Universités où se formulent les normes et se justifient les subventions fédérales et provinciales permettant de « répondre aux besoins » des vieux.Ce n'est pas la complexité de la division technique du travail qui est absurde, ici.C\u2019est que la plupart de ces juridictions soient étanches les unes aux autres, roulent obstinément le nez collé sur leurs propres pistes, et soient soumises à tant d\u2019instances politiques de niveaux et de compétences variables qu\u2019il est absolument exclu, sauf au Parlement, de considérer globalement et dans leurs interrelations les problèmes du vieil âge, d\u2019abord, et à plus forte raison, leur imbrication à l\u2019ensemble des autres aspects de la vie en commun à l\u2019échelle locale, régionale, ou nationale.Quand le débat démocratique étouffe par éclatement et sombre dans l\u2019insignifiance à défaut de prise directe sur le quotidien, l\u2019action politique suit.À la place, restent les revendications corporatistes, étroites et dépendantes, et les racolages paternalistes de la technobureaucratie qui leur font écho.Les mouvements sociaux eux-mêmes échappent difficilement à des dérivations similaires.Ils tendent eux aussi à devenir des superstructures décharnées fuyant leur impotence dans le narcissisme idéologique et les maniérismes d\u2019un militantisme d\u2019autant plus pur qu\u2019il jouit de la « permanence ».Le Mouvement Socialiste n\u2019entraîne guère de mouvances « populaires et ouvrières » ; la « base » suit mal les Centrales syndicales ; et 35 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance le poumon (rose) d\u2019acier du Conseil étatique du statut de la femme abstraite vous oxygène un sacré bout des agitations féministes.Avec un bon ministre de l\u2019environnement, le mouvement écologiste pourrait bien demain loger ses avant-gardes au Complexe G.Pour tout dire, il y a des organismes publics qui se prennent pour de véritables mouvements sociaux.Dans bien des C.L.S.C.on fait tout pour effacer toute distinction entre l\u2019Etat et la société civile.On voudrait que les structures bureaucratique prennent tout naturellement la place des structures communautaires ; que les corps d\u2019emploi, les classes, les échelles de salaires mêmes prévues à la convention ne deviennent rien d\u2019autre qu\u2019un reflet authentique des hiérarchies de rôles et de statuts reconnues par la culture populaire.Si on s\u2019acharne tant contre la « médecine traditionnelle », par exemple, c\u2019est en partie parce que les médecins continuent de tenir leur légitimité et leur prestige de la communauté plutôt que de l\u2019organigramme.Pour « conscientiser la population à sa propre autonomie », les nouveaux thérapeutes « militent » pour leurs « programmes » comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019utopies libératoires (de 9 a 5) et ne sont pas loin de considérer leurs colloques aux Auberges des Gouverneurs comme des conspirations révolutionnaires d\u2019anarchistes de cave.J\u2019ai sous les yeux un document intitulé « Proposition d\u2019une nomenclature des principaux enjeux socio-sanitaires de la région (X) » (c\u2019est plus compliqué que Que Faire ?, mais on ne saurait non plus, de nos jours, se contenter de « lutter » simplement pour l\u2019addition des soviets et de l\u2019électricité).Au rang des « enjeux », se retrouvent, entre autres, « lutter contre la pauvreté », auquel correspond « l\u2019élément de définition » suivant : « seuil de pauvreté, revenu per capita, etc.» ; et, parmi les « stratégies d\u2019action » censées en découler, celle-ci : « Alliances (des C.L.S.C., de succursales du Ministères des affaires sociales, n\u2019est-ce-pas ?) avec les instances 36 [5 Pour s\u2019en sortir socio-économiques, (C.R.D., Conseil de développement économique, M.R.C., Commission de développement municipal, syndicat, comité de citoyens, action travail, association sectorielle de travailleurs,.).» Il est aussi question de « développer une solidarité inter-établissement par territoire de M.R.C.» et, pour y arriver, une des « stratégies » consiste à « transmettre au C.R.S.S.toutes les informations nécessaires et exiger que celui-ci procède à la réallocation à partir des analyses des conditions objectives ».Avec un pareil Solidar- nosc, qu\u2019avons-nous besoin d\u2019un Lech Walesa! Il y en a plein les « instances » : administrateur 2, classe 3, échelon 7, plus dépenses de voyage.Ainsi s'opère le détournement technobureaucratique de la praxis.Peu à peu, se vident toutes les places publiques intermédiaires entre les refuges privés et le domaine du système cybernétiste.Les affaires de tout le monde sont découpées verticalement en secteurs d\u2019intervention déconnectés les uns des autres et régis par des normes abstraites qui gagnent une vitalité autonome dès le moment où elles sont formulées, au gré d\u2019un maquigno- nage permanent entre les catégories d'acteurs officiels \u2014 les « intervenants », les « instances », les « interlocuteurs valables » \u2014 définies par un champ de force particulier.Forcément, on se dit qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019au sommet des pyramides bureaucratiques où l\u2019on puisse recomposer en esprit la cohérence de la pratique sociale sérialisée.Il se pourrait bien, pourtant, que l\u2019oeil trompe ici la raison et que les apparences dissimulent la réalité.La même logique instrumentaliste, le même langage technocratique traverse le système d\u2019appareils de bord en bord et de haut en bas ; les engrenages administratifs et les circuits de feedback possèdent leur propre inertie ; si les dirigeants de l\u2019État (ou des grandes compagnies) gouvernent, c\u2019est au sens où le gouvernail d\u2019une machine à 37 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance vapeur surveille la pression du système pour éviter que la chaudière saute ou que les bielles s\u2019emballent.Le régime cybernétiste n\u2019a rien de fatal ou d\u2019innexorable, certes, mais le pouvoir s\u2019y exerce en choisissant de ne pas exercer le pouvoir d\u2019en changer.On surveille angoissé les cîmes de l\u2019État comme nos ancêtres se tournaient vers la Montagne Sacrée, et le meilleur slogan électoral reste toujours de promettre de « mettre de l\u2019ordre » et de « prendre le contrôle » \u2014 qu\u2019importe pour quoi faire.En attendant, les appareils bouffent l\u2019espace public et le peuple perd la mémoire de sa propre souveraineté.Et c\u2019est à ce peuple qu\u2019on vient parler de souveraineté nationale ?Il y a un message caché derrière les symboles dont se sont affublées ces dernières années certaines des expressions les plus originales de l\u2019identité québécoise : je pense à Beau Dommage et à la Ligue nationale d\u2019improvisation.Je me rappelle en même temps ce que me disait Roger Guy en 1972 dans un hôtel d\u2019Abitibi : depuis vingt ans, au Québec, nous nous sommes occupés des grosses structures, de la planification d\u2019ensemble, de ce que pouvait faire le gouvernement ; on a oublié ce que les gens pouvaient faire à la base, par eux-mêmes, en s\u2019arrangeant avec les moyens qu\u2019ils trouveraient.Et voici ce que ces connexions suggèrent : l\u2019aménagement rationaliste et instrumentaliste de la maison nationale nous a laissés sur la galerie ?Beau dommage ! Le temps serait peut-être venu d\u2019expérimenter plutôt que de planifier abstraitement, d\u2019improviser sur le tas au lieu de réformer en esprit les cadres collectifs, de compter sur les ligues de citoyens à la place des commissions d\u2019experts.Il n\u2019y a plus de solutions globales à chercher, de « projets de société » systématiques à relancer, de pans complets de la vie à restructurer, de panacées de la libération finale : vaut mieux gruger, ronger, simplifier, éroder, miner à doses homéopathiques les monstres froids nés de la démesure de la Raison instrumentale et 38 Pour s\u2019en sortir de ce que Gérard Bergeron appelle la politification de la société.La question de l\u2019indépendance reste ouverte, encore que bien affadie par le dégrisement brusque des espoirs soudés aux ressources et méthodes de l\u2019Etat.Le mot même d'indépendance est démenti à tous les jours par les oukases de la concurrence mondialisée, les métastases de l'innovation technique, l\u2019insensibilité et la sourde inertie des grands organes qui prennent la vie en charge dès le pas de la porte.Vu par le petit bout de la lunette, tout cela est le « collectif » ; aussi, les appels au « collectif » ne réveillent-ils pas, plutôt que les latences de la solidarité, le cynisme et la débandade vers les derniers retranchements de l\u2019autonomie privée, de l\u2019expression et de l\u2019adaptation personnelles.Reste à voir si l\u2019épuisement manifeste des grands vecteurs qui ont porté, ces derniers vingt ans, le mouvement natinaliste québécois, menace aussi le reste des aspirations qui se sont accrochées à sa traîne : le socialisme, la démocratie, l\u2019autogestion, le communautarisme, et, embrassant tout ça, le désir qui consume les membres de toute société dont les solidarités sont continuellement mises-en-brèches par le changement : celui de se retrouver avec les autres en train d\u2019essayer des choses ensemble pour maîtriser un peu mieux les conditions ambiantes et y apposer sa signature, une marque quelconque de son identité.L\u2019autonomie provinciale que défendait Duples- sis avait en son temps l\u2019avantage de protéger les vieilles structures communautaires (paroissiales ou ecclésiales, surtout) qui accommodaient couci-couça ce désir dans la pratique de tous les jours.Le nationalisme contemporain a permis à beaucoup de Québécois d\u2019avoir accès aux grands instruments institutionnels nécessaires de nos jours pour garder prise sur le monde.L\u2019heure presse, pour demain, de redonner une charge immédiate et prochaine aux projets identitaires et aux volontés d\u2019auto- 39 Possibles \u2014 Repenser l'indépendance détermination ; que ces mots à nouveau, veuillent dire quelque chose de banal, à portée de main.J'ai en ce sens offert, pour attiser d\u2019un peu de viande un débat public qui tarde à s\u2019amorcer, une modeste proposition !!.Il s\u2019agirait, succinctement, d\u2019essayer de recréer des places publiques, des forums ou des parlements responsables à l\u2019échelle locale, régionale et (en attendant autre chose) provinciale, où il soit seulement possible de se mêler de toutes les affaires de tout le monde, en refondant synthétiquement à chaque niveau l\u2019ensemble des juridictions actuellement éjarrées dans les « instances » et les « secteurs » de l\u2019État cybernétiste.La rumeur court que les boudages péquistes vont bientôt se sublimer dans la rédaction d\u2019une constitution québécoise.Faudrait tout de même pas laisser tout le boulot à J.-Benjamin Franklin-Morin et à Thomas-J.Parizeau- Jefferson ! !! « La culture ébréchée au poste de commande », Recherches amérindiennes au Québec, Vol XIII, No 2, 1983, pp.131-138.40 eee Shes era 2) aa ex nue sonar opt] = a Ee prams pr pear wer?ey eA] cree) or Rees 3 Pfr Ess pee shen.Os a i Lt BR rth rs EA A Fa Riese Sheds pe = a = 1964 SSCCR ET ET RES TOR CR Wi PRN A A So = Fo They 90% Ss \u201ca.i 7 ibre in | s Pd - Des Diane Lamoureux Nationalisme et féminisme : Impasse et coincidences Quels parallèles peut-on établir entre oppression nationale et oppression des femmes ?Quelle place les femmes, comme force sociale et politique, ont-elles occupée dans le débat « national » au cours des dernières décennies ; et surtout, pourquoi les Yvettes sont-elles devenues soudainement un enjeu de référendum ?Voilà quelques questions auxquelles je voudrais apporter certaines réponses en analysant les rapports souvent contradictoires entre nationalisme et féminisme dans le Québec contemporain.1.Le langage nationaliste et la définition théorique de l\u2019oppression Pour comprendre le langage utilisé par le mouvement féministe, il faut examiner la tradition politique à laquelle il se rattache et la manière dont cette tradition politique influence son champ de perception et contribue à lui fournir les outils conceptuels nécessaires au développement de sa problématique.43 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance À cet égard, deux courants ont profondément influencé le mouvement féministe à l\u2019échelle internationale.D'une part, le marxisme qui, sur bien des aspects, représente le creuset commun à la plupart des mouvements sociaux anti-capitalistes.D\u2019autres part, le mouvement de décolonisation, orienté à gauche, et plus particulièrement les mouvements algérien et cubain, de même que, d\u2019une autre manière, celui des noirs américains.En ce qui concerne le marxisme, son apport au plan conceptuel s\u2019est fait sentir à deux niveaux.D\u2019une part, au niveau de la tentative d\u2019articulation de ce qui pourrait constituer un mode de production patriarcal et qui s\u2019est manifesté surtout à l\u2019occasion des débats autour du travail domestique.D\u2019autre part, au niveau de l\u2019articulation oppression/exploitation, alors qu\u2019on a tenté d\u2019utiliser de façon analogique les textes de Lénine sur la question nationale, ceci principalement en ce qui concerne le courant dit féministe-marxiste.Toutefois, en ce qui a trait au Québec, cette influence se fait sentir qu\u2019après coup puisque la « marxisation » de la gauche québécoise est postérieure à l\u2019apparition des groupes féministes contemporains.Cependant, cette tentative de « détournement » des concepts marxistes est importante dans les pays où il représente dans l\u2019intelligentsia de gauche « l\u2019horizon intellectuel indépassable de notre époque » selon la formule de Sartre.L'apport du mouvement de libération nationale ou de décolonisation est perceptible, encore actuellement, principalement dans le courant qu\u2019on définit comme féministe radical mais aussi chez certaines marxistes.Ainsi, Juliet Mitchell situe le mouvement féministe américain dans un courant politique nourri idéologiquement par les mouvements de libération du tiers-monde, le mouvement noir, le mouvement étudiant contre la guerre du Vietnam, et le mouvement hippie.À l\u2019exception de ce dernier, les autres mouvements tirent leur inspiration 44 re me dé Nationalisme et féminisme majeure des mouvements de décolonisation et ont tendance à penser la politique dans les termes de ces mouvements, ce qui explique entre autres toute l\u2019importance de la notion de « désaliénation » dans leur problématique.Par ailleurs, ces mouvements ont en commun de renouer avec une conception à la fois éthique et politique de la libération et de se fixer pour enjeu la qualité de la vie et non un aspect parcellaire de celle-ci, l\u2019organisation de la production matérielle.Les emprunts conceptuels aux mouvements de décolonisation se font cependant plus sentir dans les textes féministes radicaux, ce qui n\u2019est guère étonnant, puisque la thématique de l\u2019oppression se trouve au coeur de leur rélexion politique.Ainsi, dans sa justification de l\u2019autonomie nécessaire du mouvement féministe, Christine Delphy ! fonctionne-t-elle entièrement sur l\u2019analogie avec l\u2019oppression nationale et plus particulièrement avec le mouvement noir américain, et elle situe les mécanismes de prise de conscience des opprimées.Ce type de raisonnement politique n\u2019est pas sans rappeler Memmi ou Fanon qui restent les plus importants définisseurs conceptuels des mouvements de décolonisa- E tion.Dans un texte plus récent?, Suzanne Blaise leur i reconnaissait méme une certaine paternité théorique, en Ë définissant les femmes comme « tiers-monde du patriarcat » et calque assez mécaniquement un schéma de prise de conscience féministe sur celui de la prise de conscience anti-colonialiste, où elle concrétise les citations de ; Fanon et de Memmi par des exemples tirés de l\u2019histoire fi récente du féminisme francais.! Christine Delphy, « Nos amis et nous », Questions féministes.nov.1977, no 1, p.24-49.?Suzanne Blaise, Des femmes de nulle part.Paris Tierce, 1980.45 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Au Québec, cette identification des luttes des femmes aux luttes anti-coloniales a connu d\u2019autant plus de succès, et ce dès la fin des années 60, que le mouvement de décolonisation était le langage politique du mouvement nationaliste radical d\u2019où est issu en partie le premier groupe féministe contemporain, le Front de libération des femmes.À cet égard, parler le langage de la décolonisation était même la meilleure garantie de contenu « authentiquement révolutionnaire » que pourrait se donner le mouvement féministe.Ainsi, le Manifeste des femmes québécoises se voulait-il essentiellement une réponse, féministe, à celui du Front de libération du Québec.« On doit savoir que nous lutterons pour la libération des femmes à l\u2019intérieur du mouvement révolutionnaire et que nous ne tolérerons plus d\u2019être discriminées à l\u2019intérieur même de ce mouvement.Donc, huit mois après le manifeste du Front de libération du Québec, voici le manifeste des femmes * » Un mot d'ordre essentiel du mouvement féministe qui s\u2019est formé au Québec à la fin des années 60 a été « Pas de libération des femmes sans Québec libre, pas de Québec libre sans libération des femmes ».Un tel mot d\u2019ordre, en même temps qu\u2019il montre l\u2019importance de la question nationale dans la radicalisation politique et sociale, laisse entendre également que le mouvement féministe québécois s\u2019est d\u2019abord situé dans une perspective de libération nationale.Plus récemment, le Regroupement des femmes québécoises se définissait à l\u2019avenant, i.e.comme groupe de pression sur le Parti québécois.Mais au-delà de la continuité apparente, résident des différences qualitatives que nous tenterons de mettre en lumière.3 Manifeste des femmes québécoises, Montréal, l'Étincelle, 1971, p.13 \u2014 ouvrage collectif.46 Nationalisme et féminisme Le FLF est issu du mouvement nationaliste radical dont les thèses de base ont été le plus clairement définies par la revue Parti pris au milieu des années 60.Il est important d\u2019y revenir rapidement puisque ces catégories et modèles d\u2019analyse serviront de fondement à la problématique du FLF.Le point de départ de cette analyse est l\u2019assimilation de l\u2019oppression de la nation québécoise à une situation coloniale.À partir de cela, les objectifs stratégiques du mouvement révolutionnaire sont définis comme suit : « C\u2019est le remplacement du pouvoir colonialiste et impérialiste, et du pouvoir de néo-bourgeoisie par le pouvoir des classes travailleuses.Nous croyons que le chemin qui nous conduira là, c\u2019est celui de la révolution nationale démocratique accomplie sous l\u2019impulsion des classes travailleuses.D'abord elle passe par la décolonisation, l\u2019un des aspects essentiel, elle est une lutte de libération nationale \u201c » Le Manifeste des femmes québécoises dont l\u2019analyse reprend des thématiques du FLF sans qu\u2019il ait été écrit par celui-ci témoigne quand même de l\u2019importance de ce schéma analytique chez les féministes °.D\u2019une part, il y a référence constante au colonialisme pour tenter d\u2019expliquer les rapports hommes/femmes et surtout pour tenter de comprendre pourquoi les femmes se révoltent si peu contre leur oppression.Et de reprendre à leur compte la typologie de Memmi sur le colonisé autodestructeur, transformant sa révolte impossible contre le colonisateur en haine de soi.Cette référence sera tellement automatique, imprégnante, que la cellule garderie * Les Québécois, Montréal, Parti pris, 1977, p.249 \u2014 ouvrage collectif.> Véronique O\u2019Leary et Louise Toupin, Québécoises deboutte !, Montréal, Remue-ménage, t.1, 1982, t.2, 1983.47 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance ira jusqu\u2019à parler d\u2019une « lutte de libération nationale des femmes 6 » Ce qui est intéressant à noter à cet égard c\u2019est que cette problématique du parallèle entre la situation des femmes et la situation coloniale commencera à avoir une nouvelle crédibilité dans un tout autre contexte avec l\u2019émergence du courant féministe radical.Ainsi, Michèle Jean fera-t-elle un article très intéressant où elle met en parallèle les notions de « québécitude » et de « féminitude » mettant en lumière les traits communs de l\u2019oppression qu\u2019elle soit nationale ou sexuelle.« La vérité qui est pour le Québec que les Québécois ont vécu dans la Confédération une oppression essentielle et que les femmes ont vécu et vivent dans un monde fait et pensé par les hommes, une oppression essentielle 7 » La prise de conscience nationaliste transcendera très souvent celle d\u2019une solidarité nécessaire entre les militantes féministes peu nombreuses à l\u2019époque du FLF et partageant les mêmes origines politiques qu\u2019elles soient anglophones ou francophones.« Parfois, certaines positions ont une teinte nationaliste et déplacent les problèmes en insistant sur les aspects ethniques et culturels de la domination des Québécois : on refuse de travailler avec des femmes anglophones même si elles parlent français et s\u2019orientent dans la même perspective, parce qu\u2019elles sont dans une position dominante par rapport a nous?» é Danielle Houle, Bilan du FLF, photocopie, non-daté, UQAM, Centre de documentation en sciences humaines, p.12.7 Les têtes de pioche, Remue-ménage, 1980, p.81.8 Danielle Houle, op.cit.p.11.48 pr ean Nationalisme et féminisme Mais ce nationalisme étroit est loin d\u2019être une constante dans la pensée du FLF.On peut même, au contraire, affirmer que le nationalisme est la forme que prend le sentiment anti-capitaliste pour le courant nationaliste radical et qu\u2019il joue un rôle partiellement accessoire.C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il faut concevoir la triple orientation du FLF : libération des femmes, libération nationale et libération sociale.Si leur objectif demeure « d\u2019organiser radicalement la prise de conscience féministe ?», les sympathisantes du FLF s\u2019empressent de souligner : « Il devient clair pour nous les femmes qu\u2019il faut faire la révolution si nous voulons que ça change.Ce qui est en jeu, ce n\u2019est pas seulement notre libération mais aussi la libération de notre peuple et de tous les peuples de la terre !° » Toutefois, le FLF, en pratique, s\u2019est avéré incapable d\u2019articuler les thèmes du nationalisme et du féminisme malgré les interrogations de ses participantes à savoir si elles étaient d\u2019abord femmes ou Québécoises !!.De fait, la conception prévalente à l\u2019intérieur du FLF est que la lutte féministe est un aspect parcellaire de la lutte de libération nationale et que la politique ou l\u2019action politique passe par la consolidation d\u2019un courant nationaliste radical où les femmes ne seront pas discriminées.Le courant nationaliste radical auquel se rattachait le FLF évoluant dans un sens socialiste plus marxiste et abandonnant progressivement la réflexion sur la question nationale, il faudra attendre la période référendaire pour voir ressurgir le débat sur l\u2019articulation féminisme et nationalisme.Mais avant d\u2019aborder cet aspect de notre ?Manifeste des femmes québécoises, p.9.0° Ibid.p.51 !! Véronique O\u2019Leary et Louise Toupin, op.cit.p.328.49 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance analyse, il conviendrait d\u2019examiner l\u2019évolution de la pensée nationaliste québécoise en ce qui concerne les femmes, pour être en mesure d\u2019expliquer le désintéressement des féministes vis-à-vis de la question nationale qui allait pourtant, au cours des années 70, devenir l\u2019enjeu majeur des polarisations politiques, mais non sociales, au Québec.2.Nationalisme, misogynie et modernité Le nationalisme du Parti québécois puise à deux sources : le nationalisme canadien-français traditionnel caractérisé par l\u2019idéologie de la survivance et la modernisation politique dans sa version révolution tranquille.L'élément unificateur de ces deux composantes, c\u2019est le projet de construction d\u2019un État national québécois.Il faut maintenant essayer de voir ce que cela peut signifier pour les femmes.L'élément capital du discours de la survivance, sa pierre angulaire, c\u2019est le mythe de l\u2019origine qui a constitué le point nodal de la pensée nationaliste telle qu\u2019elle s\u2019élabore au début du siècle.À défaut d\u2019un présent resplendissant, le nationalisme traditionnel proposait l\u2019usage d\u2019un passé glorieux, garant d\u2019un avenir radieux.Le rapport allait directement du passé à l\u2019avenir en occultant politiquement le présent, ce qui explique que la question nationale se présentait alors sous un angle essentiellement culturaliste.Toutefois cette garantie d\u2019avenir nécessitait la présence de deux éléments : le maintien de la spécificité et corrollairement la perduration d\u2019un groupe suffisamment large pour que puisse se maintenir cette spécificité.Il était donc nécessaire de se donner des moyens de survie physique et un lieu de transmission des acquis.La famille apparaîtra dans la pensée nationaliste traditionnelle comme ce lieu et cette structure.50 Nationalisme et féminisme Cette importance de la famille conditionne le discours de la revanche des berceaux.Mais plus encore, la famille constitue le dernier maillon d\u2019une chaine d\u2019encadrement des individus en société qui permet d\u2019assurer la transmission de valeurs qui ne peuvent que s\u2019épanouir de façon dominée à l\u2019extérieur de la famille du fait de la minorisation.Pour les nationalistes, la famille n\u2019est pas seulement l\u2019unité de base de la société, c\u2019est le microcosme de la nation.Alors que dans les autres domaines la nation est opprimée, c\u2019est uniquement à l\u2019intérieur des structures familiales que celle-ci peut s\u2019épanouir pleinement.Le maintien de la famille devient donc une condition sine qua non de la survie nationale.C\u2019est ce qui expliquera le tollé de protestations en provenance des milieux nationalistes du Québec lorsque le gouvernement fédéral adoptera une loi permettant le divorce en 1925.Cette interpénétration famille/nation expliquera en grande partie le caractère rétrograde des prises de position des milieux nationalistes en ce qui concerne les femmes, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019obtention du droit de vote ou de l\u2019accès au travail salarié.Ce rôle de la famille dans la survivance de la nation est compréhensible quand on considère que la famille doit suppléer à la faiblesse des mécanismes d\u2019encadrement collectif que constitue le système d\u2019éducation.Comme le souligne Yolande Pinard : « L\u2019idéologie clé- ricalonationaliste assigne une fonction supplémentaire aux femmes : celle de gardienne de la foi chrétienne, de la langue et des traditions '2 ».C\u2019est dans le cadre de la famille que se fait l\u2019apprentissage de la langue, des cou- 12 Marie Lavigne et Yolande Pinard (sous la direction de) Les femmes dans la société québécoise, Montréal, Boréal Express, 1977, pp.61-62.51 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance tumes et de la religion comme matrices idéologiques nationales.Dans le cadre d\u2019une conception de la famille comme microcosme de la nation, le rôle de la mère est central.C\u2019est à elle qu\u2019il appartient d\u2019engendrer les enfants et de les éduquer.« Partir pour la famille », tous les ans de préférence, voilà donc la contribution que les femmes peuvent apporter à la « Patrie ».Quant au rôle des femmes dans la transmission des valeurs nationales, il s\u2019agit là d\u2019un rôle profondément dominé.Le discours éducatif et patriotique des femmes devient important lorsqu\u2019il se fait l\u2019écho des discours du système d\u2019éducation ou de l\u2019Église, ce qui revient un peu au même.Ce n\u2019est donc pas le discours des femmes, mais les femmes qui agissaient comme haut-parleurs, à l\u2019intérieur du foyer, du discours des élites cléricalo-nationalistes.Elles « gardent », comme le soulignait fort justement Yolande Pinard '3, un discours qui n\u2019est pas le leur.Il nous semble important maintenant de voir comment le Parti québécois comme force hégémonique du mouvement national contemporain et comme parti de gouvernement paticipe d\u2019une double tradition : le nationalisme traditionnel et une conception politique de modernisation.Car, si le Parti québécois, en posant une alternative politique a la question nationale, a pu aller au-dela du folklore et de la revendication culturaliste, il s\u2019agit là d\u2019un développement pour le moins inégal et on peut noter sans peine une cohabitation d\u2019éléments disparates dans l\u2019idéologie péquiste.Le poids du traditionalisme s\u2019y laisse sentir, en ce qui concerne les femmes et le système scolaire principalement.Le programme du Parti québécois véhicule une conception des femmes et de leur rôle social qui est loin de '3 Marie Lavigne et Yolande Pinard, op.cit.52 Nationalisme et féminisme s\u2019apparenter au féminisme.Dans sa version 1970, il est particulièrement laconique en ce qui concerne les femmes et on n\u2019en parle que dans le chapitre « La famille et l\u2019enfance » qui reprend les thèmes chers au mouvement nationaliste traditionnel.Les femmes n\u2019auront donc de reconnaissance sociale que comme mères et épouses, dans la structure de la famille nucléaire classique, pas comme individus.Aussi, tout ce que le Parti québécois prévoit en 1970 comme mesure pour mettre fin à la discrimination des femmes dans la société, c\u2019est la consitution d\u2019un droit familial, la généralisation et l\u2019octroi de subventions gouvernementales aux organismes de planning, la constitution d\u2019un réseau de garderies et d\u2019auxiliaires familiales et, enfin, une allocation aux mères seules.Le programme se complètera ultérieurement, mais reste à voir dans quelle optique.En ce qui concerne les volontés exprimées, il s\u2019agit d\u2019un tournant modernisa- teur puisque « un gouvernement du Parti québécois s\u2019engage à (.) réaliser l\u2019égalité complète de l\u2019homme et de la femme dans tous les domaines de la vie !* ».Pourtant, les principales revendications touchant les femmes se retrouvent toujours sous la rubrique « famille » dont le préambule est fortement nataliste ; constatant avec amertume le phénomène de dénatalité qui affecte les sociétés occidentales, le Parti québécois s\u2019oriente vers des primes à la fécondité.Mais ce n\u2019est pas tant au niveau programmatique qu\u2019à celui des institutions que le gouvernement péquiste allait jouer un rôle modernisateur en ce qui concerne la condition féminine en mettant en branle des mécanismes institutionnels qui lui permettront d\u2019imposer sa propre vision de la libération des femmes.La mise en place de tels '* Programme du parti Québécois, 1978, p.24 53 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance mécanismes a sûrement quelque chose à voir avec les conceptions de l\u2019ancienne ministre responsable de la condition féminine qui pensait qu\u2019on pouvait régler les problèmes des femmes à coup de législations appropriées !*.3.Une fascination troublante À première vue, il peut paraître étrange que le mouvement féministe québécois ait tenté de se définir par rapport à la question nationale, surtout en fonction du discours que le nationalisme peut tenir sur les femmes.Et ceci d'autant plus que le nationalisme québécois des dernières années a souvent eu tendance à revêtir des formes totalisantes, i.e.à taire les différences au sein de la nation, les aspirations différentes en vertu des positions de classe et de sexe.Mais il faut tenir compte d\u2019un aspect particulier du nationalisme de la période contemporaine à savoir qu\u2019il se situe au confluent du nationalisme traditionnel et d\u2019un courant modernisateur issu de la révolution tranquille.Dans ce sens, sa pensée en ce qui concerne les femmes, si elle privilégie nettement les mères et valorise la fécondité, inclut également des éléments plus modernes tels le droit au travail rémunéré ou encore le droit à l\u2019avortement.C\u2019est là une des ambiguïtés idéologiques du Parti québécois qui ressortira dans toute sa splendeur lors de la campagne référendaire.Or à plusieurs égards, le mouvement féministe contemporain partage cette ambivalence idéologique.De ce mouvement, au cours des dernières années, on pourrait '> Lise Payette, Le pouvoir ?Connais pas !, Montréal, Québec- Amérique, 1982, pp.60 et ss.54 Nationalisme et féminisme dire qu\u2019il s\u2019est constamment situé sur une ligne de tension entre modernisation et autonomie.Certaines de ses actions visaient une égalité de statut par rapport aux hommes et dans ce sens à moderniser la société québécoise alors que d\u2019autres témoignaient d\u2019une volonté d\u2019articuler une spécificité des femmes dans l\u2019univers personnel, social et politique et de faire éclater les paramètres de cet univers.Il me semble que ce soit dans le champ de la modernité qu\u2019il faille situer les convergences sporadiques entre féminisme et nationalisme.Modernité de type socialisant telle que véhiculée par le mouvement nationaliste radical de la fin des années *60 ou modernité représentée par le projet d\u2019Etat national du Parti québécois de la période pré-référendaire.Et cette modernité, en ce qui concerne les femmes, s\u2019est doublement cassé la gueule sur l\u2019écran référendaire.D'abord, petit intermède, la volonté du Regroupement des femmes québécoises, à partir d\u2019une articulation des thématiques féministes et indépendantistes (mais non pas nationalistes) de doubler le Parti québécois sur le terrain de la modernité.Il s\u2019agissait pour elles de profiter du référendum sur la souveraineté-association pour monnayer l\u2019appui des femmes en échange des réalisations gouvernmentales concrètes.Essayant de capitaliser sur le mécontentement des femmes à l\u2019intérieur du Parti québécois suite aux prises de position de la direction dans le débat sur l\u2019avortement, elles postulent qu\u2019il « vaut mieux que les femmes arrêtent, avant l\u2019indépendance, de coller des timbres pour le PQ si elles ne veulent pas, après l\u2019indépendance, se retrouver renvoyées à leurs casseroles ».Mais l\u2019objectif fixé de la grève du oui à l\u2019occasion du référendum posait une série de problèmes qui ont condi- 55 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance tionné son échec.D\u2019une part, pour qu\u2019il y ait une chance de faire adopter une telle position, il aurait fallu entreprendre une critique de la misogynie et du familialisme de l\u2019idéologie nationaliste qui ne demande rien de mieux que la reproduction des comportements sexistes : d\u2019autre part, il aurait fallu développer une problématique indépendantiste propre aux femmes, quitte à développer sur le thème égalité et indépendance.Faute d\u2019une telle problématique, la principale porteuse de ce projet, Andrée Yanacopoulo, essuya un échec retentissant lors du congrès spécial du RFQ en mars 1980, sur le référendum.Mais il ne s\u2019agit là en quelque sorte que d\u2019une diversion.Les coups les plus durs allaient venir de deux points, l\u2019échec péquiste au référendum et le mouvement des Y vettes.II me semble important de revenir sur le mouvement des Yvettes et ce, à plusieurs égards.D\u2019une part, cela permet de mettre en lumière l\u2019ambiguïté du discours péquiste en ce qui concerne les femmes.D'autre part, il me semble qu\u2019il faille soumettre ce mouvement à une nouvelle évaluation puisqu\u2019on s\u2019est souvent mépris sur sa signification.Enfin parce qu\u2019il révèle les limites étroites des rapports entre féminisme et nationalisme.En ce qui concerne les ambiguïtés du discours péquiste, il ne me semble pas utile d\u2019insister outre- mesure.Au niveau de son image publique, en choisissant de faire de Lise Payette sa porte-parole sur la question, le gouvernement péquiste semble valoriser la femme qui a un emploi, est scolarisée et s\u2019affirme comme individue et non pas uniquement comme membre d\u2019une famille.Au niveau du programme, comme on l\u2019a vu, la famille demeure cependant l\u2019unité de référence.Cette ambiguïté ressort à travers le discours des Yvettes.« Je me suis longtemps demandé pourquoi ce n\u2019est pas le PQ qui a mis à son compte Travail-Famille-Patrie.Du 56 Nationalisme et féminisme moins en toute logique c\u2019aurait été plus normal, plus cohérent puisqu\u2019il est censé représenter le nationalisme le plus fort.Mais je sais maintenant que la réponse est simple : les femmes du Parti québécois ne les ont pas lâchés d\u2019un pouce !é.» C\u2019est à la lumière de ces ambiguïtés qu\u2019il faut interpréter le mouvement des Yvettes.L\u2019interprétation courante qui en est donnée est celle d\u2019une de ses principales instigatrices, Lise Bissonnette, à savoir un back-lash anti- féministe.Il me paraît plus adéquat d\u2019en faire un refus de la seule image de la femme émancipée, 1.e.celle qui doit en faire deux fois plus : gagner sa vie comme un homme sans rien sacrifier des attributs de la féminité.Même la femme bionique aurait le goût de prendre des vacances de temps à autres ! Mais plus encore, il s\u2019agit d\u2019un refus du mépris, mépris des ménagères au nom de la modernité.Ce qui est étonnant dans le mouvement des Yvettes, ce n\u2019est pas tant qu\u2019il ait pu se former mais que le Parti libéral ait pu l\u2019exploiter à son seul profit sans que le Parti québécois ne soit en mesure de riposter.Que le Parti libéral profite électoralement du rejet de la modernité et fasse feu de tout bois, voilà qui est de bonne guerre et n\u2019étonnera personne.Que le Parti québécois ne réplique pas sur le même terrain alors que c\u2019est son habitude, ça vaut la peine de vérifier s\u2019il n\u2019y a pas anguille sous roche.À cet égard c\u2019est l\u2019attitude post-référendaire du PQ qui peut nous éclairer.D\u2019une part on s\u2019est débarassé \u2014 en y mettant les formes \u2014 de Lise Payette trop identifiée à cette image de modernité en ce qui concerne les femmes et d\u2019autres part, le PQ s\u2019est lancé tête baissée sur le chemin de la 16 Nicole Lacelle, « Les Yvettes nous conduiront au oui», Le Devoir, 25 avril 1980.57 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance valorisation de la famille et des incitations à la maternité '\u201d.Bref on peut dire que si le Parti québécois a été si faible dans la riposte, c\u2019est qu\u2019il préparait en douce le dernier virage électoral.Dans un tel contexte, la gaffe de Lise Payette a simplement permis de renforcer plus rapidement les positions traditionalistes au sein du PQ.On peut donc se demander où peuvent maintenant se situer les rapports entre féminisme et nationalisme.À cet égard il importe de mentionner qu\u2019une autre conséquence de l\u2019échec péquiste lors du référendum a été l'éclatement du camp socio-politique puisque son élément unificateur, la problématique de construction de l\u2019État national, s\u2019était soudainement volatilisé et du même coup bon nombre de velléités modernisatrices du Parti québécois.Ce qui m\u2019amène à formuler deux hypothèses.D\u2019abord que les rapports entre féminisme et nationalisme ne sont plus nécessaires du fait de l\u2019éclatement du champ socio- politique qui élimine ce rôle de médiation essentielle qu'a joué le nationalisme dans la décennie précédente.Ensuite, et malgré les apparences, il y a beaucoup moins d'obstacles au développement d\u2019un mouvement féministe fondé sur l\u2019autonomie.Et ceci pour deux raisons : d\u2019une part, un nombre croissant de femmes ont fait personnellement les frais de la modernisation et en subissent présentement les fruits amers étant les principales victimes des mises à pied dans le secteur public ; d\u2019autre part, le langage politique de l\u2019oppression qui a longtemps constitué le langage politique dominant au Québec du fait de l\u2019importance de la question nationale a perdu ce rôle et peut plus facilement être utilisée par les femmes '7 Lise Payette, op.cit.58 Nationalisme et féminisme pour sonder le territoire de l\u2019oppression de sexe car ce sera désormais la voix des femmes qui s\u2019exprimera dans ce langage qui ne sera plus partagé avec les oppresseurs.59 _ oe ex _ 2e oc oo pry ar __ Res em Ta es i Sp G Sri i css Er pars ÿ a pL Le { Cia a prs Cra ry en SR = a 2 lyr a rz Fr AFAR RIE EAR Sc or.Roxy Ea 1964 pu £8 sien - bre Dessin li = Gérald Godin C\u2019était pour vous Quand de ma fenêtre Je regarde dans la rue c\u2019est toujours un peu de moi-même que je crois voir passer vos mots vos vies vos espoirs en bandoulière vos rêves sur vos épaules comme un cheval secoue sa crinière c\u2019est pour la raison que j'aime ce pays ses hommes habillés de vieux les coudes râpés de tant de tables de taverne en fin de journée ses femmes enceintes avec un globe terrestre dans le ventre 63 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance ses donneurs de leçon ses ceux qui ont toujours raison ses foules silencieuses qui attendent l\u2019autobus les ceux d\u2019avant les soins gratuits les ceux d\u2019avant les fonds de pension les ceux d\u2019avant les jobs à vie les ceux du temps des couples à vie ses minorités de quatre heures du matin vidangeurs et facteurs arroseurs nettoyeurs ses paquets de journaux livreurs et camelots les cafés brûlants de ses chauffeurs de taxi ses presses qui finissent de tourner ses veilleuses que le jour fait ternir ses amants ses chiffres de nuit qui rentrent chez eux bras dessus bras dessous avec la lune par la main jardiniers des petites heures ses enfants des parapets ses guenillous d\u2019autoroutes ses ramasseux de caps de roues ses revendeurs de bouteilles vides ils n\u2019ont pas de penchant pour les mots rares eux c\u2019est plutôt les mots croisés ils vous font une année complète avec cent deux cents mots 64 C\u2019était pour vous ses oubliés qui se sont tordus le rinqué pour épierrer le trécarré ceux qui ont laissé une terre à labourer ses Tremblay ses Jean-Pierre ses Noël ses Giselle ses Cloutier ses Gauthier ses Thibeault ses Desrochers noms de champs et noms de fleurs noms de bois noms de travaux noms de pierre noms de fleuves noms d\u2019amour et de bagarres c\u2019était pour vous c\u2019était pour vous pour vous foetus de huit mois qui avez hâte d\u2019être là ces vingt ans de cuisine dans les chemins dans les ravins les coulées les après-soupers les calvettes et les gros frettes le macadam glacé le char dans le fossé les jours de pluie ou il fait beau c\u2019était pour toi c\u2019était pour toi toi le défunt le parti toi l\u2019arraché le déchiré toi le peu toi le rien l\u2019émigré l\u2019enfui même toi qui s\u2019est défilé même toi qui s\u2019est retiré toi qui tenais un discours de plus en plus tout en détours 65 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance même toi le lâche le mou l\u2019absent même toi qui n\u2019as pas trouvé la force en toi de se tenir debout même toi qui as trahi pas pour mal faire pas pour mal faire même toi qui ne s\u2019est pas battu même toi sois le bienvenu c\u2019était pour vous c\u2019était pour vous toi qui prends ta tête entre tes mains le soir après souper et qui n\u2019en peux plus de continuer toi sur ta chaise roulante toi qui ne parle pas toi le dérangé toi qui a craqué dans les prisons d\u2019octobre toi dont le cerveau tourne comme un oiseau sans boussole dans un ciel qui se plaint le plus oublié des inconnus sache sache que c\u2019est pour toi je ne sais si tu te reconnaîtras toi le dérinnché de la vie toi qu\u2019on a détruit toi qui ne trouves plus tes mots toi qui ne parles plus que par grimaces et dont on a perdu toute trace c\u2019était pour vous c\u2019était pour vous amanchures de vie échancrures de vie roulures de vie 66 Lariat tht as C\u2019était pour vous n\u2019aviez-vous tant lutté tant arpenté tant voyagé les rangs et les ruelles pour rien ?Extrait de « Sarzènes », recueil à paraître aux Éditions des Forges, automne 1983.67 > Bobo dessi n no | multimed - la es 0 1 974 ; a Sr 3 a oe py hel AEN ps ALT oy Bh SP PS \u201c x 2 i QE RA A.a cr _ Te rer = ve Lge hh Erg JE a PO Rois pr BN = noce res = br cs Pa ze = .= = a = 1978 = 5 > * SN = sa i) a = 3 avure gr = se se , a .or = = A = = es .= = ES se , BY Sa = Ea = 5 Se .= 5 RS 5, Sl 3 a éfense D _\u2014 EE Suzanne Martin La geste du oui En mai mil neuf cent quatre-vingt Grande défaite nous advint Délaissant morne désespoir J\u2019ai voulu réécrire l\u2019histoire C\u2019était là tâche bien ardue D\u2019évoquer une cause perdue De remonter le fleuve du temps En ramant contre le courant O vous qui ouïrez ce récit Me direz si j'ai réussi Voici donc ressurgie d\u2019un douloureux passé Cette geste du OUI qui avait commencé Par la promesse faite aux élections d\u2019automne De tenir sans délai un grand référendum.L\u2019accession au pouvoir du Parti québécois Avait eu pour effet de semer de l\u2019effroi, De la stupéfaction, même de l\u2019épouvante, Et les uns répétaient « What does Quebec want ?» Tandis que d\u2019autres, surtout du côté d\u2019Ottawa, Préparaient déjà branle-bas de combat, Réclamant à grands cris: « Que le peuple se prononce ! » Et craignant quelque peu d\u2019entendre la réponse.115 BR RER EN CEE IE Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Mais il fallait d\u2019abord connaître la question Et quand elle fut connue, le 20 mars, pour de bon Chacun put réfléchir et put considérer A quel camp, quel parti, il allait adhérer.En ces temps reculés l\u2019empire canadien Comprenait dix provinces et deux duchés lointains Mais dans ces dix provinces il y avait deux nations Deux peuples, deux familles dans la même maison, Liés par un vieux pacte et cent ans de querelles Et moult Québécois à ce pacte rebelles Contents d\u2019avoir enfin une occasion d\u2019oser S\u2019apprêtent à dire oui à la question posée.Un peu entortillée par les scribes officiels, Celle-ci se résumait ainsi pour l\u2019essentiel : Voulait-on demeurer dedans le Canada Ne voyant que dangers loin des bras d\u2019Ottawa, Ou encore se donner un pays bien à soi Ramener les pouvoirs à l\u2019état québécois ?Etre ou ne pas être c\u2019est toute la question Qui se pose un beau jour ; il n\u2019est pas de nation Qui y puisse échapper et nous verrons ici Comment ce grand combat fut une lutte sans merci.Pour que l\u2019on comprenne bien et que cela soit clair Campons donc au début chacun des adversaires, Décrivons les drapeaux, peignons les étendards De ces preux chevaliers sans reproche et sans fard.D\u2019abord le camp du OUI, c\u2019est le moins compliqué ; Sa couleur est le bleu et son chef est René Dit L\u2019Evêque, qui jadis, au temps des libéraux, Contre vents et marées fit de l\u2019hydre l\u2019Hydro.Toujours environné d\u2019un nuage de fumée Sur son blanc destrier il harangue son armée : « Allons-nous pour longtemps nous contenter d\u2019avoir Une moitié d\u2019état et fort peu de pouvoirs ?116 La geste du oui Qu\u2019importe le royaume à l\u2019ouest de l\u2019Outaouais ?Qu\u2019importe le château si nous sommes les valets ?» Lance-t-il à ses troupes déjà galvanisées Et au vent du matin flottent les fleurdelysés On entend ca et là des poèmes et des chants Car de nombreux trouvères se sont joints à ce camp On resserre les rangs et chacun prend sa place.Mais allons de ce pas voir le camp d\u2019en face.Tout de rouge vêtu Claude Ryan parade Il est chef depuis peu mais se sent fort capable Car il est de tout temps celui que Dieu guida Pour sauver le royaume appelé Canada À sa droite caracole Jean-le -Très-Chrétien Qui a le verbe haut et le sourire en coin À ceux-là se sont joints tous les petits barons Qui craignent pour leurs fiefs, leurs écus, leurs blasons, Et disent au bon peuple d\u2019une voix mielleuse Que la souveraineté est chose dangereuse.Avant d\u2019aller plus loin, à l\u2019aube du combat, Il nous faut regarder du côté d'Ottawa Car c\u2019est là que se tient, retiré sous sa tente, Discret, attendant l\u2019heure, l\u2019âme toute-puissante, Le véritable chef de cette armée du NON.: Vous l\u2019avez reconnu à cette seule mention : gi C\u2019est Pierre Premier, dit le Centralisateur, Des hérésies tribales le viril pourfendeur Et qui n\u2019a eu de cesse, aussitôt couronné De combattre les disciples de l\u2019Évêque René.È i Mais quoi ?me direz-vous, nous vous comprenons mal, | La grande armée du NON est donc bicéphale ?À C\u2019est ainsi.Et dans toutes les épopées Qu\u2019on a pu ouir depuis les temps reculés Des Francs, des Grecs et jusqu\u2019aux Sumériens, 117 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance On ne vit jamais, à vrai dire jamais rien, De plus curieux que ce couple agité Que seules les circonstances faisaient cohabiter Et que la vérité, qui doit être critique, Oblige à appeler bien plus étrange qu\u2019épique ! Ryan est pieux et Trudeau enrage De le voir hésiter en croyant être sage S\u2019en remettre en tout aux desseins du Très-Haut Au lieu de s\u2019aligner sur son allié Trudeau.Mais Ryan au combat ne fut jamais à l\u2019aise Son état préféré est d\u2019être entre deux chaises, O funeste désir! O prudence fatale ! Pour quelqu\u2019un qui tantôt doit combattre à cheval.Mais voici que soudain résonnent les trompettes À la grande bataille les deux armées s\u2019apprêtent On les voit prendre place au milieu du grand champ Où se décidera le sort de chaque camp.Voici les fantassins et voici les archers Qui auront en ce jour un grand rôle à jouer À peine le signal a-t-il été donné Qu\u2019une grêle de flèches s\u2019abat sur chaque armée Ce sont flèches destinées à toucher les esprits Les unes vantent le NON et les autres le OUI, De grandes banderolles sont alors agitées On lit « D\u2019y suis, j\u2019y reste pour ma sécurité » Et de l\u2019autre côté « Tous ensemble pour le OUI ».C\u2019est une grande mêlée, tous les coups sont permis, On se tape dessus à grands coups d'arguments, Les chiffres volent en l\u2019air, les promesses, les serments, L\u2019adversaire est noyé sous un flot de paroles, On se jette à la tête des barils de pétrole, Et toutes les vieilles peurs qu\u2019on croyait remisées Par les troupes du NON sont très utilisées : Chômage, isolement, famine, appauvrissement, 118 La geste du oui Apparaissent partout comme des revenants Mais les troupes du OUI à ces spectres résistent Car la souveraineté n\u2019est pas l\u2019Apocalypse ! Au côté de son chef qui se bat comme il peut Le Très-Chrétien s\u2019emporte et s\u2019arrache les cheveux En voyant le combat dont il redoute l\u2019issue ; Il agite furieusement ses arguments massue, Il les fait tournoyer ; le vide autour de lui Répond symboliquement au vide de son esprit, Ses propos colorés, le français qu\u2019il magane, Portent sa renommée jusqu\u2019à Shawinigan ! Délaissant quelque peu sa chère cigarette À donner un grand coup l\u2019Évêque René s'apprête Il voudrait essayer nouvelle stratégie Qui donnerait l\u2019avantage aux troupes du OUI Mais un messager hors d\u2019haleine se présente Pour lui annoncer la nouvelle suivante : Que l\u2019une de ses principales alliées Dans les fleurs du tapis est allée s\u2019enfarger ; Celle qu\u2019on appelait Lise, jadis grande vedette, Maintenant poursuivie par une troupe d\u2019Yvettes Brandissant leurs casseroles en guise de fanion Pour sauver le pays et renforcer le NON.C\u2019est à la vérité un étrange spectacle Que ces braves Yvettes qui se prennent pour Jeanne d\u2019Arc A la seule différence qu\u2019au contraire de celle-ci C\u2019est avec les Anglais qu\u2019elles combattent ici! A leur téte, comme toujours juchée sur ses grands chevaux, Dame Michelle Tisseyre vient brandir son drapeau, Un peu en retrait Solange-Roche-Pleureuse Ne cesse de sangloter sur ses belles Rocheuses À cette vue si touchante, plusieurs de ses compagnes 119 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Pleurent d\u2019avance la perte de ces fières montagnes Qu\u2019elles n\u2019on jamais vues, mais comme dit le poète : L\u2019Alberta que l\u2019on rêve est toujours plus parfaite.Ces renforts imprévus portent le désarroi Dedans le camp du OUI qui parvient toutefois À rallier ses troupes, mais voici soudainement Qu\u2019un nouvel allié vient rejoindre Ryan.C\u2019est le chef invaincu du royaume ontarien Qui vient pour se mêler des affaires du voisin Il ne veut pas dit-il que le Québec s\u2019en aille Et vient jeter son poids dans la grande bataille, N\u2019y reste pas longtemps car des « OUI » incivils L\u2019accueillent par ce chant : « Le voilà l\u2019gros Bill » Il tourne bride bientôt sur son grand cheval noir Et droit vers l\u2019Ontario galope dans le soir.À ce moment Ryan, saisi d\u2019ardeur guerrière, À ses troupes fatiguées lance son cri de guerre C\u2019est un cri tout nouveau, il tressaille de joie, En leur lançant ces mots : « Mon NON est québécois » Mais un écho railleur entre les monts résonne Et répond comme un choeur : « Mon NON est personne ! » Jean, mon frère Jean, ne vois-tu rien venir ?Demande soudain Ryan à ce valeureux sire.« Je vois Pierre Premier et j'entends ses trompettes Il se décide enfin à quitter sa retraite ! » Et c\u2019est bien en effet le Centralisateur Qui arrive portant sur son haume une fleur.En conciliabule les deux chefs se retirent Pour régler la bataille et le sort de l\u2019empire.Car la victoire, pour eux, est déjà chose acquise Et c\u2019est alors qu\u2019éclate une funeste crise.120 La geste du oui Pierre Premier comme toujours refuse de céder Aussitôt arrivé il veut tout commander Ryan ne l\u2019entend pas du tout de cette oreille Et rassemble ses barons pour tenir grand conseil.Qui eut cru, s\u2019écrie-t-il devant cette assemblée, Que Pierre, mon ami, mon frère, ma moitié, Voudrait pour lui seul avoir tout le pouvoir Nous laissant quelques miettes, et que cette victoire Qui s\u2019en vient, à laquelle auront contribué Tous ceux qui sont ici, moi-même le premier, E N\u2019aura servi en fait qu\u2019à rehausser sa gloire ?i Avec le récit d\u2019une action aussi noire La zizanie s\u2019installe dedans le camp du NON Une partie des troupes songe a la désertion Voyant ce qui se passe les OUI encouragés Multiplient les hauts faits et voyant le danger Ryan veut rallier le reste de ses troupes Mais beaucoup sont partis et les autres en déroute Pierre Premier, fou de rage, l\u2019accuse d\u2019être félon Ryan sur-le-champ veut venger cet affront Les barons les arrêtent, ils reprennent le combat Contre les troupes du OUI qui avancent à grands pas Après une lutte sauvage ils sont faits prisonniers Et gardés sous la tente de l\u2019Évêque René Où ils peuvent à loisir poursuivre leur querelle.Et dans tout le pays se répand la nouvelle La victoire du OUI, la défaite du NON E Et c\u2019est grande liesse dans toute la nation E Mais ce sont d\u2019autres chefs qui vont négocier E Le partage du royaume et un nouveau traité A Pierre Premier, voyant l\u2019échec de son grand dessein, É Est parti subito visiter les lieux saints 5 Ryan l\u2019accompagne qui veut se mortifier Ë Il ne manque à ce groupe que l\u2019Évêque René A 121 Ê Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Fatigué des combats, mais il a trop a faire Pour se retirer dans quelque monastère.Pendant que de partout montent les cris de joie Les ennemis d\u2019hier à la table s\u2019assoient Aux querelles stériles mettent le point final Et enfin les deux peuples parlent d\u2019égal à égal.Ainsi se termine cette geste du OUI Qui corrige l\u2019histoire d\u2019un malheureux pays Puisse grâce à l\u2019humour ce petit exercice Servir d\u2019exutoire, peut-être d\u2019exorcisme.122 Lo ue Pa ol pr as Pn Pa Pry x us _- Lu a PA es os PA _- pi acs psa 2 Sr ord rn pa re 7 _\u2014 25 es aa ory Ps i J rel cas x3 ce Sire Es = = 1978 SN ss Wo BER = = = = = RN = = gravure SN = = = s S i = a Sa S ss.i Road Runner as EE EE ez po acc 22 \u2014_ eee pe cs cc ass rs I Ears a = Édouard Cloutier Constituons le peuple québécois Si le peuple du Québec veut être reconnu, il devra commencer par se reconnaître lui-même en émettant une déclaration où il proclame son existence et ses coordonnées.Au cours des dernières années, diverses tentatives ont été faites en ce sens dont il importe de dégager la portée car elles éclairent de façon assez nette la voie qui devra être empruntée la prochaine fois.Depuis plus de vingt ans, tous les gouvernements du Québec ont déclaré sur le mode le plus solennel, à l\u2019occasion de toutes les conférences constitutionnelles et lors de nombreuses résolutions à l\u2019Assemblée Nationale, qu\u2019ils représentaient plus que des intérêts provinciaux tels que définis par la constituion canadienne, qu\u2019ils parlaient au nom d\u2019un peuple et qu\u2019ils entendaient, sous une forme ou une autre, faire reconnaître ce statut.Il apparaît maintenant que toutes ces déclarations ont eu peu de portée réelle, précisément parce qu\u2019elles étaient émises par un gouvernement provincial dont le 125 [ETERS Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance statut légal relève d\u2019une constitution sur laquelle il n\u2019a aucun contrôle, comme l\u2019ont démontré très nettement les récentes négociations constitutionnelles.À cette occasion, rappelons-le, l\u2019Assemblée Nationale a refusé la nouvelle constitution du Canada dans un vote réunissant les représentants libéraux et péquistes de la très grande majorité de la population québécoise, sans que cela n\u2019en infléchisse en aucune façon l\u2019adoption.En d\u2019autres termes, le Gouvernement du Québec ne gouverne à la limite rien puisque son pouvoir est formellement interprété par un autre gouvernement.Vouloir utiliser un gouvernement provincial à des fins nationales québécoises relève donc d\u2019une attitude foncièrement irréaliste qu\u2019on peut apparenter au jeu des enfants qui conduisent bruyamment d\u2019imaginaires voitures de course bien assis à la table de cuisine.Toutes les lois provinciales, sur quel que sujet que ce soit, sont susceptibles d\u2019être déclarées nulles et non avenues par le Gouvernement du Canada et ses tribunaux.De même, un gouvernement provincial ne peut empêcher le Gouvernement du Canada d\u2019exproprier à des fins canadiennes une partie quelconque de son territoire.Dans ces conditions, il est difficile de considérer le gouvernement provincial comme autre chose qu\u2019un gouvernement secondaire dont les activités sont sujettes en dernière instance à la volonté d\u2019un gouvernement qui lui est supérieur.Ainsi, l\u2019Assemblée Nationale a vu ses législations linguistiques tant libérales, qu\u2019unionistes et péquistes être amendées par les décisions des tribunaux canadiens.L\u2019important ici n\u2019est pas d\u2019évaluer la valeur intrinsèque des amendements canadiens mais de constater que, dans tous les cas où elles s\u2019opposent formellement, la conception canadienne l\u2019emporte toujours sur la conception québécoise, même quand cette dernière fait l\u2019objet d\u2019un large consensus parmi la population québécoise.126 Constituons le peuple québécois Qui plus est, chaque tentative de législation linguistique provinciale à des fins nationales n\u2019a pour effet en définitive que d\u2019affirmer les fins canadiennes en y intégrant les volontés québécoises.Tout comme le poisson s\u2019enferre de plus en plus solidement à l\u2019hameçon à chaque mouvement qu\u2019il a pour s\u2019en libérer, le gouvernement provincial contribue systématiquement à l\u2019édification de la nationalité canadienne par ses législations québécoises.Un gouvernement provincial, quelles que soient les intentions des personnes qui le dirigent, ne peut donc servir qu\u2019à intégrer le Québec dans le Canada, même et surtout quand ses prétentions y sont contraires.Il est tout à fait compréhensible qu\u2019il en soit ainsi dans l\u2019esprit de tous les gouvernements canadiens et dans celui de toutes les personnes qui se considèrent canadiennes avant tout.Ce qui se comprend beaucoup moins, c\u2019est que des personnes et des gouvernements québécois, qui se proclament autant, sinon plus, Québécois que Canadiens, trouvent cette situation à peu près normale, c\u2019est-à-dire acceptent, au niveau de la gouverne politique, que ce qui est canadien puisse, dans tous les cas, prédominer sur ce qui est québécois.Bien sûr, chacun évoque les résultats du référendum pour justifier cet état de chose.À cette occasion, le peuple québécois a refusé d\u2019affirmer sa propre priorité politique, permettant ainsi au gouvernement canadien de continuer à traiter le gouvernement québécois comme celui d\u2019une simple province canadienne.Bien plus, l\u2019auto-négation politique du peuple québécois a autorisé le gouvernement canadien à promouvoir par tous les moyens possibiles l\u2019unité canadienne.Cette unité, il faut bien le constater, signifie dans la pensée officielle de toutes les grandes formations politiques canadiennes (Parti Libéral du Canada, Parti Progressiste-Conservateur du Canada, Nouveau Parti Démocratique) la négation de l\u2019existence politique du peuple québécois, au détriment 127 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance de celle du peuple canadien.Ne sera québécois que ce que le peuple canadien permettra de l\u2019être.Et il ne permettra pas l\u2019émergence d\u2019un peuple québécois qui soit son égal au plan politique.L\u2019histôire constitutionnelle des vingt dernières années illustre en effet le net rejet de la conception dualiste du Canada, telle que prônée par le mandat de la Commission Laurendeau-Dunton (1963) et le rapport de la Commission Pépin-Robarts (1979), au profit d\u2019une conception unitaire.Ont été ainsi rejetées les notions relatives au « deux nations », aux « deux peuples fondateurs » et aux « deux cultures », soit précisément celles sur lesquelles se fondaient les revendications constitutionnelles des gouvernements québécois.N\u2019a été acceptée que l\u2019idée du bilinguisme, de façon souvent plus formelle que réelle, et limitée à certains droits bien spécifiques sur certaines portions du territoire canadien.Par contre, en échange de ces concessions à l'usage de la langue française au Canada, dont l\u2019impact le plus important au Québec a ironiquement été de limiter les efforts de francisation, les représentants fédéraux du Québec ont abandonné la seule revendication constitutionnelle fondamentale : celle de la reconnaissance politique du peuple québécois.Ce faisant, ils ont carrément nié son existence, ils ont troqué son droit d\u2019ainesse contre un plat de lentilles bilingues dont, au surplus, aucun représentant des communautés de langue française au Canada ne s\u2019est déclaré satisfait.Or, il faut faire reconnaître ce droit d\u2019aînesse.Si le peuple du Québec a refusé la formule qui lui était proposée par le gouvernement provincial lors du référendum, cela ne signifie nullement qu\u2019il ait renoncé à son existence politique propre et le Gouvernement du Québec, quel que soit le parti qui en assume la direction, devra continuer à affirmer cette existence, car un droit qui cesse d\u2019être revendiqué perd toute prétention future à être reconnu.128 Constituons le peuple québécois Il faut donc que le Gouvernement du Québec, quel qu\u2019il soit, mette au point une formule qui permette au peuple québécois de s\u2019affirmer politiquement afin d\u2019être reconnu par les autres peuples.Sans être alarmiste, il faut admettre que le temps presse, que l\u2019unité canadienne se fait de plus en plus agressive, que la planète se rétrécit de plus en plus, qu\u2019il sera de plus en plus difficile pour les peuples qui n\u2019auront pas été reconnus bientôt de l\u2019être dans un avenir prévisible.Sans cette autoaffirmation et sans la reconnaissance qui en découle, il n\u2019est possible aux peuples de survivre qu\u2019au prix d\u2019efforts qui taxent de plus en plus lourdement leur énergie jusqu\u2019à l\u2019irréversible désintégration de la volonté de vivre autrement, de se gouverner soi- même.C\u2019est pourquoi des peuples qui ont depuis longtemps perdu le droit de se gouverner continuent de le revendiquer par tous les moyens disponibles, même quand les probabilités de succès paraissent minces.Une élection ne constitue pas le meilleur moyen de cette affirmation car, dans le système électoral structurellement bipartiste qui nous régit, elle ne peut conduire qu\u2019à une division du peuple.L\u2019affirmation du peuple nécessite au contraire l\u2019assentiment des deux principaux partis politiques québécois, qui ont tous deux, rappelons- le, refusé la nouvelle constitution canadienne.Elle nécessite aussi que les énergies se concentrent sur ce qui unit les gens du Québec et non sur ce qui les divise, comme le fait, par définition, une élection.Il est évident que l\u2019autodétermination du peuple québécois a toutes les chances de réussir si elle se fonde sur la collaboration entre ces partis et toutes les chances de faillir si elle entend résulter de l\u2019écrasement de l\u2019un par l\u2019autre.Après tout, l\u2019accession au statut de peuple reconnu n\u2019implique en aucune façon l\u2019exclusivité de l\u2019exercice du pouvoir en faveur de quelque parti que ce soit.Il convient donc de dissocier de la façon la plus formelle la question de l\u2019au- 129 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance todétermination du peuple de celle du choix de ses dirigeants.De même, il convient de distinguer formellement la question de l\u2019autodétermination de toutes les autres questions qui en empêchent la résolution.Un peuple ne peut, en effet, affirmer son existence que sur la base du plus large assentiment possible de ses membres.Quiconque recherche cet assentiment sur des voies trop étroites, telles des garanties d\u2019une gouverne à droite ou à gauche, socialiste ou capitaliste, individualiste ou collectiviste, autoritaire ou libertaire, nie en fait le droit du peuple à s\u2019autodéterminer, c\u2019est-à-dire le droit du peuple à s\u2019orienter comme il l\u2019entendra quand il l\u2019entendra.Compte tenu de ces considérations, le Gouvernement du Québec devrait dans les plus bref délais créer un mécanisme qui permette la collaboration de toutes les personnes et organisations acquises à l\u2019idée de la reconnaissance du peuple québécois afin de préparer une déclaration solennelle en ce sens.Il va de soi que ces personnes et organisations incluent les deux principaux partis politiques québécois de même que certaines ailes québécoises de partis fédéraux.Il va de soi également que cette collaboration ne sera rendue possible qu\u2019à la condition expresse d\u2019une volonté de compromis de part et d\u2019autre, condition qui implique que puissent être surmontés les antagonismes partisans au profit de l\u2019unité québécoise, seule garantie de la reconnaissance du peuple québécois.Il va aussi de soi que ce mécanisme permette que soient entendues et considérées avec grand soin les représentations de tous les autres peuples intéressés par la question québécoise : peuples indiens et inuits bien sûr, mais aussi peuples français et anglais de l\u2019Amérique et de l\u2019Europe.130 Constituons le peuple québécois Il va de soi, enfin, que le peuple québécois doit lui- même émettre cette déclaration à l\u2019occasion d\u2019une consultation populaire car c\u2019est lui seul en définitive qui devra affirmer son existence, proclamer son nom, décliner ses coordonnées idéologiques, politiques et géographiques.Alors et alors seulement, il sera constitué politiquement comme peuple et reconnu de tous. ey = BE LL Area LL PRPS [PPPS A Ev Pep I rp DEPPPRCES LL PR Sao \u2014 Pan Gabriel Gagnon Les nouveaux habits de la souveraineté À la mémoire de mon ami Sandy Burgess, journaliste et populiste généreux, décédé à Rimouski le 30 août dernier.Au Parti québécois, la crise semble avoir usé prématurément langage et dirigeants.Le mythe unificateur de l\u2019indépendance vacille chez de plus en plus de femmes, de jeunes et de syndiqués.L'esprit du temps entraîne nos intellectuels les plus superficiels vers ces nouvelles modes que peuvent être virage technologique, américa- nité, retour à l\u2019individu.Et pourtant, pour peu qu\u2019on y réfléchisse, l\u2019indépendance constitue encore pour les Québécois francophones la meilleure sinon l\u2019unique façon d\u2019instaurer en Amérique du Nord cette société pacifique, autonome et solidaire que nous sommes nombreux à poursuivre dans nos rêves et nos travaux quotidiens.Encore faut-il qu\u2019au lieu de disséquer la pseudo- spécificité de nos traits culturels nous nous distinguions par l\u2019originalité et la hardiesse de nos projets économiques, sociaux et culturels.Les vieux patriotes Loin des réalités du pouvoir et de la société, malmenés par le chef et le gouvernement, irrités par l\u2019allure des 133 Corer ES EEE ES pes gs tee et ro EE A Sorter Cees Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance dernières négociations dans le secteur public, un grand nombre d\u2019indépendantistes de la première heure accusent le P.Q., quand ce n\u2019est pas au fond la société québécoise, d\u2019avoir trahi leur rêve.Pour eux, l\u2019histoire est à reprendre avant mai 1980.Tout est à recommencer au début : parti, leadership, programme, stratégie.Obsédés d\u2019une pureté sans contrainte, ces amoureux déçus, plus prêts à changer de peuple que d\u2019idée, semblent parfois espérer l\u2019échec définitif qui justifierait leur pessimisme et libérerait leur culpabilité.Ne retrouve-t-on pas cette tendance suicidaire et apocalyptique chez ceux et celles qui voudraient à tout prix imposer au prochain congrès du P.Q.de faire de l\u2019élection prévue pour 1985 un nouveau référendum où l\u2019avenir du gouvernement Lévesque et le destin de la société québécoise seraient intimement associés.Du seul point de vue de la stratégie, cette décision pêcherait par imprudence.Nombreux sont les indépendantistes à ne plus vouloir voter P.Q., plus nombreux encore les électeurs péquistes encore hésitants face à l\u2019indépendance.Espérer enclancher pour de bon le processus d\u2019accession à la souveraineté grâce à une majorité absolue lors des prochaines élections, c\u2019est pour le P.Q.se fixer un objectif irréalisable, tout en effarouchant de nombreux électeurs.Tout au plus pourrait-on organiser à la même date, en deux opérations distinctes, élections et nouveau référendum : les électeurs satisfaits pourraient alors renouveler leur confiance au gouvernement, tout en retardant encore leur choix constitutionnel définitif ; quant aux indépendantistes, ils s\u2019exprimeraient sans crainte de lier leur rêve aux vicissitudes d\u2019un seul parti.De toute façon, si la réalisation de tout grand projet politique nécessite un réalisme pédagogique bien ancré dans le temps et la vie quotidienne, il faudrait y songer à deux fois avant de demander aux Québécois de répéter le sociodrame de 1980.Une même génération pourrait- elle se permettre un deuxième échec de cette envergure 134 Les nouveaux habits.sans retomber dans les grands désespoirs et les aliénations définitives ?Si, dans son ensemble, le P.Q.demeure profondément tenté par cette perspective un peu apocalyptique, c\u2019est une option beaucoup plus réaliste, axée sur le plein emploi, la concertation et le virage technologique, qui semble l\u2019emporter pour le moment au gouvernement et dans les instances supérieures du parti.La garde montante Au Québec, parler de plein emploi, de virage technologique et de concertation n\u2019est ni original ni controversé.Tout le monde le fait, même Robert Bourassa, Daniel Johnson et Brian Mulroney.Encore faut-il se demander à qui ces nouvelles idées profiteraient vraiment et, si l\u2019on est souverainiste, en quoi elles accéléreraient le processus de libération nationale.Si la « garde montante » de Jacques Parizeau a trop faim, qui l\u2019empêchera de rançonner le pays et de troquer son butin pour un compte en Suisse ou un condominium en Floride ?Prenons d\u2019abord le virage technologique.Si une société comme la nôtre n\u2019y peut probablement pas plus échapper que les Canuts de Lyon à la révolution industrielle, il ne nous garantit, loin de là, ni un développement économique continu ni l\u2019entrée dans un nouvel âge d\u2019or où l\u2019égalité et la démocratie fleuriraient d\u2019elles- mêmes.Les quelques études consacrées ici au virage technologique, dont Henri Beauchemin fait une excellente synthèse dans ce numéro, s\u2019accordent pour admettre qu\u2019à court terme il fera sûrement disparaître des emplois, moins que si on ne le prenait pas cependant.Les réductions d\u2019emploi atteindront davantage le secteur tertiaire, via la bureautique, et par conséquent les fem- 135 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance mes qui, aux niveaux inférieur et moyen, y sont nettement majoritaires.Même dans l\u2019industrie secondaire et primaire traditionnelle, 80 % des nouveaux investissements sont aujourd\u2019hui, à l\u2019inverse des années 1970, destinés à accroître la productivité et seulement 20 % à augmenter la capacité des entreprises, c\u2019est-à-dire le nombre de choses produites (Sylvain Gouz, Directeur du service économique de TF1 au Colloque du P.Q.sur l\u2019économie, mars 83) : l\u2019arrivée des robots dans l\u2019industrie automobile aux Etats-Unis et au Japon en constitue en excellent exemple.Par ailleurs, il est loin d\u2019être évident que la conjoncture mondiale et la situation du Québec sur l\u2019échiquier canadien lui permettent d'accueillir ou de créer les industries de pointe qui compenseraient rapidement les pertes d'emploi inévitables.Les politiques fédérales ne vont évidemment pas en ce sens ; notre niveau de vie ne nous permet pas de concurrencer facilement le Japon, la Corée ou Singapour ; quant aux maigres ressources dont nous disposons, elles ne suffissent pas à financer à la fois les canards boiteux (pâtes et papier, Québécair, Sidbec) et une percée technologique significative.Il nous faut donc écouter avec la plus grande prudence les sirènes libérales et péquistes qui, avec le virage technologique, nous promettent presque le plein emploi jusqu\u2019à la fin de nos jours.Un secteur important de la population y trouverait sans doute travail enrichi, qualité de vie accrue, haut revenu mais, pour la majorité des travailleurs et des couches populaires, la précarité de l\u2019emploi et la dépendance risqueraient d\u2019en être accentuées.La société « duale » redoutée par André Gorz, Francois de Closets et de nombreux autres observateurs, avec ses clivages accrus entre les générations, les sexes et les régions, serait alors l\u2019horizon prévisible.Dans le No.3-4 \u2014 du Vol.6 de Possibles, Éric Alsène (Expérimentation autogestionnaire et société dualiste, pp.171-196) emprunte à la Documentation Francaire une description 136 Les nouveaux habits.de ce type de société.D\u2019un côté « un sous-ensemble adapté aux technologies nouvelles, intégré à l\u2019espace mondial, fait d'hommes modernes, aptes à manier l\u2019informatique et les techniques de pointe ainsi que les langues étrangères » et de l\u2019autre « un vaste secteur traditionnel incarnant l\u2019héritage de nos traditions culturelles, constitué d\u2019organisations isolées de la concurrence internationale, faisant pénétrer plus lentement les technologies modernes, d\u2019institutions de redistribution, d\u2019hommes moins mobiles, d\u2019un revenu moindre mais d\u2019un mode de vie plus conventionnel et plus classique ».Face à ce modèle, Alsène suggère une société « dualiste » où toute personne peut-être à la fois conviviale et informatisée.J\u2019y reviendrai plus loin.Déjà le Conseil du Statut de la Femme nous met en garde en montrant comment, au Québec, les femmes sont particulièrement affectées par l\u2019opposition de plus en plus nette entre économie formelle et économie souterraine, indice certain de l\u2019émergence ici d\u2019une société « duale » dont les ravages dans des pays comme le Brésil et le Chili ne sont plus à démontrer.Dans ces conditions, fonder l\u2019échéance de 1985 sur le virage technologique et le plein emploi c\u2019est, lorsqu\u2019on est péquiste, négliger une bonne partie de son électorat sans risquer d\u2019attendrir la « garde montante » qui, jusqu\u2019à nouvel ordre, est loin d\u2019être prête à quitter Bourassa, Turner ou Mulroney, pour la faconde de Jacques Parizeau ou les ciseaux acérés d\u2019Yves Bérubé.Même en cas de reprise économique, beaucoup d\u2019emplois disparus ne seront pas retrouvés.Les jeunes et les femmes continueront de frapper aux portes du marché du travail.De nombreux chômeurs devront opter de façon définitive pour un bien-être social plus ou moins accompagné d\u2019une insertion partielle dans l\u2019économie souterraine.Quant aux nouveaux emplois créés, ils continueront à être temporaires ou à temps partiel.137 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Si l\u2019on n\u2019y prend garde, le virage technologique proposé contribuera même de plusieurs façons à accroitre notre dépendance.L'établissement d\u2019industries de pointe nous obligera encore longtemps, l\u2019affaire des ordinateurs à l\u2019école l\u2019a montré récemment, à continuer d\u2019importer de l\u2019Ontario et des Etats-Unis capitaux, produits et services, augmentant ainsi notre déficit commercial et notre statut d\u2019économie dominée.L\u2019accroissement de la population rejetée hors du marché régulier du travail nécessitera un recours de plus en plus nécessaire aux capitaux et aux programmes de l\u2019Etat canadien.Cette impossibilité pour beaucoup de gens aptes au travail de participer aux bienfaits des nouvelles technologies comme consommateurs et surtout comme producteurs ne pourra que les opposer, de façon souvent imprévisible, à ce qui constituera pour eux un mirage ou les ancrer davantage dans la dépendance, la marginalité et le défaitisme.Sous le couvert de la modernité, je crains que plusieurs dirigeants péquistes, inconsciemment sans doute, soient en train de miner les bases de la souveraineté et d\u2019une social-démocratie pour qui l\u2019égalité des chances demeure un credo intangible, au delà des crises et des transformations sociales.Bien sûr, il y a la concertation.Née dans la foulée de l\u2019animation et de la participation, elle semble impliquer comme elles qu\u2019il suffirait qu\u2019enfin patrons, syndicats et Gouvernement se parlent pour que les conflits s\u2019aplanissent et qu\u2019émergent rapidement les solutions à la crise.L\u2019heureuse Autriche vient remplacer dans nos rêves la lointaine Suède où nos fonctionnaires effectuèrent jadis tant de missions.Voeu pieux de tous les gouvernants démocratiques, la concertation ne constitue pourtant pas une panacée : elle n\u2019a d\u2019ailleur en elle-même rien de spécifiquement social-démocrate, comme l\u2019expliquait aux membres du P.Q., Lise Poulin-Simon : « On associe souvent le terme social-démocratie à des partis politiques 138 Les nouveaux habits.qui seraient les porteurs d\u2019un projet social faisant largement appel a la concertation.Il faut éviter de considérer l\u2019instrument qu\u2019est la concertation comme un fin en soi, vide de contenu, ou comme un moyen que se donneraient des gouvernements qui veulent gouverner le moins possible.À mon avis, la social-démocratie est avant tout un projet social de développement économique qui, pour réaliser ses objectifs, a besoin de la participation continue des groupes socio-économiques.Cependant, cette participation ne peu se substituer au projet lui-même (« Résumé des exposés du Colloque Crise et Mutation » mars 1983.Parti Québécois.Dossiers du Centre d\u2019Animation politique.p.22) Ce qui manque encore à la concertation québécoise c\u2019est un plan de développement précis ou l\u2019Etat esquisserait ses projets à moyen-terme et une structure formelle de consultation où les divers groupes socio-économiques seraient associés de façon permanente à la définition et à la réalisation de ce plan.En leur absence nous oscillerons entre les spectacles à caractère pédagogique fournis par les Conférences socio-économiques et les consultations-bidon qui ont fait depuis vingt ans la spécialité des ministres québécois.L'Etat, encore plus que les partenaires sociaux, doit se convertir à la concertation.Quant au patronat privé québécois, ce n\u2019est un secret pour personne, il souhaite la défaite rapide du Parti québécois.Essentiellement hétérogène, ses principaux porte-paroles viennent de la PME alors que les multinationales continuent à dominer l\u2019économie du Québec.Son discours public oscille entre la défense d\u2019un libéralisme économique depuis longtemps anachronique et la résistance acharnée à toute initiative progressiste dans le domaine du travail : loi anti-scab, santé et sécurité au travail, accréditation sectorielle ou multipatronale, loi sur les fermetures d\u2019usines.Le nouvel intérêt du gouvernement actuel pour le secteur productif et l\u2019entreprise 139 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance devrait donc logiquement viser autant sinon plus les secteurs public, coopératif et communautaire que le seul enrichissement des PME et des multinationales.Si les socialistes français, qu\u2019on veut nous donner comme exemple, tentent de revaloriser la productivité c\u2019est quand-même à la suite d\u2019une vaste nationalisation des banques et des entreprises stratégiques, assurant le contrôle prépondérant de l\u2019Etat sur l\u2019économie.Nous en sommes encore loin.Du côté des syndicats, le caporalisme gouvernemental lors des dernières négociations dans le secteur public ne les incite guère à la concertation.Tout au plus l\u2019acceptent-ils pour des problèmes précis et dans des secteurs bien délimités sans adhérer, à la CSN et à la CEQ du moins, à l\u2019ensemble du processus.Pour de nombreux syndiqués, le gouvernement Lévesque, malgré la législation ouvrière la plus avancée en Amérique du Nord, est paradoxalement devenu aussi pro-patronal que les libéraux.Ce ne serait pas la première fois qu\u2019une crise aurait forcé des sociaux-démocrates à faire le travail des capitalistes.Mais, même s\u2019il se réalisait malgré ces obstacles, le processus de concertation nationale ou sectorielle impliquerait surtout les technocrates et les leaders de l\u2019économie formelle, laissant de côté les consommateurs, les groupes les plus démunis et les nouveaux exclus du virage technologique.Le processus de dualisation de la société en serait encore plus accentué.C\u2019est à tous les niveaux de l\u2019économie et de la société que la concertation devrait s\u2019étendre pour donner un nouveau visage au Québec.La participation des travailleurs à la gestion des entreprises, celle des citoyens au niveau du quartier, de l\u2019école, de la MRC, constitueraient la seule forme sérieuse de concertation, la seule façon d\u2019assurer une véritable émancipation des québécois.Aucun front commun entre Louis Laberge, Ghis- 140 me =\" Les nouveaux habits.lain Dufour et Yves Bérubé ne ferait le poids dans une telle perspective.Le virage technologique auquel le P.Q.nous convie a encore de la chair à prendre s\u2019il veut vraiment se distinguer de celui des libéraux, éviter de nous enfermer encore plus dans le carcan canadien et surtout profiter davantage aux plus démunis qu\u2019à une « nouvelle garde » aux dents longues.Nouveau langage, nouvelle culture Le projet indépendantiste s\u2019est développé dans l\u2019enthousiasme des jeunes, des femmes, des travailleurs, des intellectuels et des classes moyennes.Il ne pourra se réaliser sans un nouvel effort de ceux et de celles qui forment la majorité de la population.Mais de nombreux indices indiquent la désaffection de ces groupes : chez eux, les avatars du parti au pouvoir semblent se répercuter temporairement sur la conviction souverainiste.Ni le vieux langage du RIN ni le nouveau discours technologique ne résussiront à court terme à refaire la coalition des résistances, des enthousiasmes et de l\u2019imagination.La politique, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mutation aussi importante que la souveraineté, se nourrit plus de symboles et d\u2019idéaux que de budgets Parizeau, de projets de constitution et de haute technologie.Les jeunes nous l\u2019ont fait savoir avec une certaine naïveté lors de leur dernier sommet en nous mettant en garde contre une indépendance qui ne pourrait intégrer ces valeurs plus profondes que sont pacifisme et qualité de vie.Il nous appartient maintenant de leur montrer que ces projets peuvent aller de pair.L'idée de plein emploi est à repenser.Si l\u2019on veut que tout le monde dispose d\u2019une emploi stable et suffisamment rénumérateur, 1l va nous falloir collectivement tra- 141 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance vailler moins, diminuer la journée, la semaine ou l\u2019année de travail de façon radicale.Au lieu de la société « duale » et inégalitaire en train d\u2019émerger, c\u2019est un monde « dualiste », où les mêmes personnes partageraient les avantages de la sphère technologique et de la convivialité, qu\u2019il faudrait viser.Les exclus de l\u2019économie formelle, jeunes et femmes surtout, veulent y participer à condition qu\u2019elle ne domine pas leur vie et qu\u2019elle laisse place à d\u2019autres préoccupations : voilà le véritable sens de l\u2019allergie des jeunes aux anciennes formes de travail et de hiérarchie ou de la préférence de nombreuses femmes pour le temps partiel.Par ailleurs, combien de salariés à plein-temps, disposant de revenus suffisants, seraient prêts à troquer une diminution de salaire contre du temps libre.Allons à la rencontre de ces deux mouvements, cessons de nous prêter à toutes les compromissions pour accroître le nombre des jobs, et voyons plutôt à mieux répartir le nombre d\u2019emplois existants.Dans ces conditions, les économistes et les écologistes s\u2019entendent là-dessus, la société de consommation actuelle doit changer de sens : il devient nécessaire de revenir aux idées, éculées pour certains, de responsabilité et de frugalité.Proposer, comme certains syndicalistes, de diminuer le temps de travail sans toucher aux salaires et croire augmenter ainsi le nombre absolu d\u2019emplois, c\u2019est ou de l\u2019inconscience ou de la pure démagogie.Le salaire, au fond, demeure un indice peu fiable du bien-être des individus et des groupes, si l\u2019on ne considère pas en même temps le niveau des impôts et la qualité des services offerts par l\u2019État et les diverses collectivités.Dans une société capitaliste comme la nôtre, abandonner la plus mince tranche de son salaire réel c\u2019est presque à coup sûr enrichir les fabricants de missiles et les technocrates.Dans un monde plus égalitaire, ce serait accepter de laisser tomber des biens de consommation privée souvent superflus et imposés par la publicité 142 k Les nouveaux habits.au profit des services collectifs fournis par la société ou encore, si une diminution du travail survient en même temps, participer à l\u2019édification d\u2019une société plus frugale et plus conviviale.Loin de vouloir briser les règlementations étatiques étouffantes au seul profit d\u2019une entreprise privée que les néo-libéraux tentent de remettre en selle, la société conviviale valorise la société civile, le communautaire, le coopératif, les groupes restreints où une bonne partie des services assumés jusqu\u2019a maintenant par I\u2019 État et l\u2019entreprise pourraient être effectués par tous et toutes dans le temps libre dégagé par l\u2019affaiblissement de l\u2019économie de marché.Si nous voulons vraiment une société indépendante et libérée, au Québec, nous devrions pousser jusque là nos réflexions sur le plein emploi, le virage technologique et la concertation.La coalition proposée ici par Edouard Cloutier en sortirait enrichie d\u2019un nouveau langage et de nouveaux adeptes autour d\u2019un projet souverainiste définitivement ancré à la fois dans le réaliste et l\u2019égalité.Nombreux sont ceux et celles qui, au delà du défaitisme et de l\u2019économisme étriqué, attendent un tel projet pour se remettre à la tâche.Un récent document du P.Q., « Le Québec et le défi social-démocrate », tout en n\u2019allant pas très loin dans la remise en question des idées reçues, a le mérite d\u2019insister sur le changement de mentalité, la nouvelle culture que nous imposent à la fois le défi technologique et le désir d\u2019émancipation.Ces transformations profondes étant plus difficiles et plus lentes qu\u2019un changement du système fiscal ou des lois du travail, on doit s\u2019interroger encore plus, si on les souhaite, sur l\u2019opportunité d\u2019une élection-référendum dès 1985.Ne risquerait-on pas de compromettre ainsi définitivement une évolution qui nécessitera encore un travail énorme de mobilisation et de pédagogie ?143 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Dans cette perspective, l\u2019arrivée sur la scène fédérale d\u2019un parti nationaliste lié au P.Q.me paraît susceptible de mieux fonder le processus de libération nationale.Rejoindre l\u2019adversaire sur son propre terrain, défendre nos intérêts à Ottawa durant la période de transition, accroître la légitimité internationale du mouvement indépendantiste, contribuer à restructurer la scène politique canadienne autour des Conservateurs et du N.P.D., voilà autant de façons de favoriser l\u2019émancipation des Québécois.Pour éviter que le nouveau parti tombe aux mains d\u2019ambitieux, de tacticiens ou de kamikazes qui le conduiraient à l\u2019échec électoral ou au reniement, le P.Q.doit cependant lui consentir un appui sans réserve et garder un contrôle sur son programme et son leadership.Espérons que la préférence pour un parti nouveau plutôt qu\u2019une aile interne au P.Q.ne soit pas une façon habile pour certains leaders d\u2019abandonner à elle-même l\u2019organisation naissante.Les défaitistes et les pseudo-réalistes auront beau la mettre en doute, la souveraineté politique du Québec lui assurerait un meilleur avenir et un plus grand espace de liberté en Amérique du Nord.La spécificité culturelle est en effet plus vision du monde qu\u2019ensemble de comportements, elle se conjugue plus au futur qu\u2019au passé.Sans un État à eux, même allégé et décentralisé, les pacifistes québécois auront peu de prise sur les missiles de l'OTAN, les écologistes peu de possibilités de concrétiser leurs rêves, les créateurs peu de chances de résister à l\u2019impérialisme culturel américain.Comme on l\u2019avait cru d\u2019abord, l\u2019indépendance ne nous viendra cependant pas naturellement et sans effort à mesure que les génétations d\u2019avant-guerre laisseront la place aux plus jeunes.La crise actuelle nous oblige à plus de transparence et de rigueur.Autant que la 144 a X= ES Les nouveaux habits.déprime, une nouvelle révolution culturelle, moins tranquille celle-là, pourrait en émerger.Ce possible justifie les efforts qu\u2019il faudra consacrer ici et ailleurs à redonner au mouvement indépendantiste un langage et un programme plus conformes à l\u2019aspiration de ses militants et mieux adaptés aux nouvelles réalités économiques et culturelles.Ce travail ne peut faire fi des instruments politiques que nous nous somme déjà donnés.Peut-être les incitera-t-il en même temps à plus de prudence dans la stratégie et à plus d\u2019audace dans la réflexion.Allons-nous faire de 1985 la fin d\u2019une illusion ou la première étape d\u2019une libération.145 LL.a La i FNS fo 8 Ey) Py PPS PP p= Te PA PRIS Pr = ep RE PS .ae PO PP Le pee o a LE oe Le aan x oy poe ne 0 TX - - Serer Yale age pe cé oa rs ce RARE 3 iid Ee sx \u2014\u2014 LE ce = ce Ais ce 1981 + 2 DR PR si id 5 % 2 2 = ve ÿ = gravure ce ss 3 3 EN So > = .} se a ES No | de Bankok dou = EE x a rv = XT pp pee eee _ con CER Lares a Re \u2014_\u2014\u2014 - 0 oy Le rap ro ligne at Re oo tes Sharlk \u2014\u2014\u2014\u2014 pate = arora Sad x SR Cr A accord ces a Terres St : So 5 [RA eos MEER Écrrocebe ae Es N ee Madeleine Gagnon Histoire-fiction « L\u2019Histoire?Ça alors! Comme si je n'étais pas depuis toujours traversée d\u2019Histoire, d\u2019histoires, par l\u2019Histoire.Vécue d\u2019abord comme une tragédie, un stigmate, elle me colle à la peau.Ma mère a porté pendant cinq ans l\u2019étoile jaune marquée « JUIF » pendant toute la guerre et nous n\u2019avons jamais dormi au même endroit deux soirs de suite.De m'être sentie autre, È à part, si longtemps et si jeune, m\u2019a donné k une certaine idée de l\u2019Histoire comme E mort.Pourtant, l\u2019enchevêtrement de l\u2019Histoire Be subie-vécue-agie et de |\u2019Histoire pensée- analysée-théorisée, ce va-et-vient douloureux a pris l\u2019allure d\u2019une migration hale- R tante ne trouvant jamais de point d\u2019attache, \u2018 à partir du Cheval blanc de Lénine.Ce fut comme si une réflexion sur l\u2019Histoire n\u2019était possible que par le détour de la fiction, que par le détour du mentir-vrai, selon l\u2019heureuse expression de Louis Aragon.L\u2019Histoire-métaphore si l\u2019on veut, à côté F d\u2019une Histoire restée dans le réseau de son E.discours explicatif, argumentatif même s\u2019il A y traîne encore quelque élément de récit.L\u2019Histoire-fiction dont je parle n\u2019a rien à voir avec le roman historique ou l\u2019Histoire gt romancée.Il s\u2019agit de l\u2019inscription de l\u2019historique dans le texte littéraire, ou dans un texte-simulation du texte littéraire, et des retombées idéologiques de cette écriture.» CRETE Régine Robin « L'Histoire c\u2019est le manque » a Liberté no.147, juin 1983.ÿ 149 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Dans un pays-fiction qui n\u2019a que le nom et les frontières qui l\u2019enchaînent, il est difficile d\u2019écrire autre chose qu\u2019une fiction.Et peut-être faut-il être exilé, n'être pas tout à fait d\u2019ici ni tout à fait d\u2019ailleurs, être de nulle part en quelque sorte, nul pays nulle patrie, pour assumer et entériner par l\u2019écriture le mentir-vrai de toute Histoire.Le roman La Québécoite de Régine Robin (éd.Québec- Amérique 1983) met en oeuvre une série de procédés aptes à édifier un texte-simulation : à produire, tout en la démontant, la fabrique du mentir-vrai de l\u2019écriture de toute Histoire et, finalement, de toute écriture.La Québécoite est seule, juive errante, vient d\u2019une histoire de désappropriation et de privation, tente d\u2019entrer dans un territoire aussi étrangement démuni qu\u2019elle ; ce pays-Québec mythique qui n\u2019en est pas un : peuplé d\u2019immigrants, d\u2019exilés, de survenants, de conquérants- conquis.Il y a une ressemblance entre ceux-ci.Le choix territorial de la Québécoite n\u2019est pas innocent : d\u2019elle a celui-ci, il y a cet amour, ambivalent jusqu\u2019à la haine, comme tout amour, heureux dans la reconnaissance de cette même dénaturation territoriale, mais douloureux aussi puisque cette terre d\u2019élection n\u2019offre pas plus de frontières que celles des vieux pays des pères et des mères, abandonnés.La Québécoite est seule et coite.Il n\u2019y a pas d\u2019autres personnages avec elle, sinon ce pays qui lui résiste, à la fois terre d\u2019accueil et de rejet : terre de lancinante promesse constamment renouvelée et de l\u2019impossible réalisation sans cesse répétée.La Québécoite est donc renvoyée à sa seule Terre promise, la Fiction, et son seul territoire, comme l\u2019écrit Edmond Jabès, sera celui du Livre.Et quel livre ! À quelques exceptions près, il est tombé dans des oreilles de sourds et des yeux d\u2019aveugles et a connu le même sort silencieux que son prédécesseur, Le 150 Histoire-fiction Cheval blanc de Lénine ou l\u2019histoire autre (éd.Complexe, 1979).Mis à part deux textes, écrits d\u2019ailleurs par deux québécois venus d\u2019ailleurs, deux « immigrants » ou « néo-québécois », comme l\u2019on dit ici, ces « Histoires- fictions » de Régine Robin ont eu l\u2019air de choir en plein désert !.Supporter sur soi le regard lucide de l\u2019autre n\u2019est sans doute pas facile, surtout quand cette autre nous dévoile une image déformée, fragmentée, faite de pièces éparses, lambeaux historiques et morcellements culturels.Mais, peut-être davantage parce qu\u2019elle nous montre, nous révèle sans discours, elle est coite, l\u2019impossibilité de recoller les morceaux : la quête fictive qui consiste à vouloir, de façon obsessionnelle et impuissante depuis la Conquête, unifier dans une Terre promise un peuple hétérogène à sa Nation mythique.Et si ce « va-et-vient douloureux » entre une « Histoire subie-vécue-agie » et une « Histoire pensée-analysée- théorisée » prenait aussi pour nous « l\u2019allure d\u2019une migration haletante » avec, comme « seul point d\u2019attache, la Fiction », peut-être verrions-nous que la Conquête elle-même devient le sujet par excellence, le personnage central de notre quête légendaire et peut-être verrions-nous ce que le Mythe enfin dévoile derrière ce qu\u2019ont toujours montré les textes pensés de l'Histoire érudite : une fiction de conquis-dominés pour cacher notre statut de conquérants en Terre amérindienne.Des bribes de cette Fiction se trouveraient, bien sûr, du côté de la « littérature », fiction incertaine, décousue, fragile au regard de laquelle l\u2019Autre, l\u2019étranger, le survenant est à la fois menace de dévoilement du Mythe initial et promesse de réconciliation, de pardon.L\u2019Histoire-fiction que nous montre la Québécoite aphone (sans paroles, sans discours, sans arguments) ne ! Il s\u2019agit des textes de Michel Euvrard et de François Péraldi, publiés respectivement dans Les Cahiers de la Femme et dans Spirale.151 Le Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance peut donc revêtir l\u2019aspect du roman historique, ce Tout globalisant et unificateur qui est le pendant imaginaire de l\u2019Histoire officielle, sorte de romance du Vrai académique.Venant d\u2019ailleurs depuis toujours, étant l\u2019Autre au départ, il n\u2019est pas permis à la Québécoite d'entrer dans la fiction du Même, sa vérité admise ou sa romance mise en marché.Elle ne peut reconstituer une totalité de ce qui n\u2019existe pas, roman ou essai, ne peut pénétrer ce qui n\u2019a pas de centre unificateur.Dans ce pays d\u2019excentration territoriale, peuplé d\u2019ex-centriques, de décentrés, elle promènera son regard, non pas distant mais « éloigné », périphérique.Et elle en déchiffrera tous les signes, toutes les inscriptions qui se donnent à lire, et à écrire, puisque l\u2019écriture deviendra son centre et le Livre ses patries fragmentaires.Dans cette quête des signes, Montréal deviendra la ville-métaphore, porteuse privilégiée de toutes les inscriptions hétérogènes, de toutes ces figures ou tropes de l\u2019ex-centrement.Il n\u2019y a pas UN centre, à Montréal il n\u2019y a pas UNE histoire.Il y a autant de centres ou d\u2019histoires qu\u2019il y a de groupes ou de strates ethniques.Il y a donc autant de périphéries.Le regard de la Québécoite tentera en vain de sortir de ses périphéries d\u2019exil pour pénétrer ce centre réconfortant promis à tout exilé, et en saisir UN sens.Mais comme il n\u2019y a que des centres, et par voie de conséquence des sens mythiques, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019Outremont, de Snowdon ou du Centre-Sud, elle sera constamment refluée vers ses périphéries d\u2019exil et, dans « ce va-et-vient », promise à la seule contemplation douloureuse des inscriptions hétéroclites et étrangères.La Québécoite ne peut donc ici épouser aucune Cause, politique ou culturelle et ainsi célébrer UNE rencontre dans UNE Histoire centrée et unifiée : vraie comme la scientifique ou romancée comme la littéraire.Elle est l\u2019éternelle fiancée des signes disparates, non encore codifiés dans les manuels et les anthologies, signes qui, 152 Histoire-fiction comme toute fiction, hantent les formulaires du Logos, qui ne vont pas mourir aux cimetières des académies et qui ne sont lisibles qu\u2019au regard étranger.Nul ne peut se connaître qui ne devient d\u2019abord étranger à soi-même.Je est l\u2019Autre.Une fiction longtemps demeurée en marge des modes déjà nous l\u2019indiquait.Toute autobiographie est une fiction.À plus forte raison l\u2019ethnobiographie quand il n\u2019y a pas, et fort heureusement, d\u2019ethnocentre.« Ses bouts de rêves \u2014 ville reprisée, 3 ville d\u2019exils juxtaposés, Re de solitudes amoncelées qui se côtoient sans se voir pas de reprise perdue, les fils se voient dans la couture.Paroles égarées à la dérive sans points d\u2019appui.Paroles étrangères aux idiomes incompréhensibles, paroles de communions perdues des réseaux disloqués paroles qui se rencontrent à l\u2019aveuglette dans la ville, paroles nues parole autre, la parole immigrante.»(p.186) La parole immigrante ne peut se dérouler comme la bobine linéaire de la fiction narrative.Faite de « discours éclaté » (titre d\u2019un chapitre du Cheval blanc de Lénine), ; de brisures historiques, de textes décousus (noms de res- K& taurants, de magasins, titres de journaux, nomenclatures diverses), elle ne peut se fier sur une « reprise perdue » d\u2019avance, elle se doit a son tour d\u2019éclater en poeme, § d\u2019afficher ses lambeaux.Elle ne rencontre aucun interlo- E cuteur sur son passage ; il n\u2019y a pas de narration possible.Elle crie et chante ce qu\u2019elle voit, ce qu\u2019elle entend.Elle regarde, elle écoute tous les signes des langues multivalentes et étrangères les unes aux autres dans une ville i multiforme.Elle voit, elle regarde ; elle entend, elle i écoute la langue.Eternelle fiancée promise au déchiffrement des signes linguistiques et, par ceux-ci, au précieux 153 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance travail de remémoration de l\u2019Histoire-fiction : « La langue est notre éternelle bien-aimée » (Gustav Janouch, Kafka m'a dit, citation en exergue du « Discours éclaté »).Et alors, puisque n\u2019entre pas qui veut dans cette ville et dans ce pays, le travail de la remémoration conduira qui veut partir ailleurs, dans une autre histoire-fiction.Mais peut-être faut-il, pour que ce voyage dans des temps et des espaces étrangers nous soient intelligibles, peut-être faut-il avoir déjà accepté de bon coeur une première déroute historique, celle que nous proposait Le Cheval blanc de Lénine ?Parvenir à « se faufiler, a se rendre invisible », pour VOIR le cheval blanc traverser les espaces sibériens jusqu\u2019à Kaluszyn ?Qui connaît Kaluszyn ici ?Qui sait ?Qui veut savoir que le petit village perdu d\u2019un petit père juif perdu se trouvait quelque part entre Treblinka et Auschwitz?Treblinka?Mais c\u2019est « pres du Bug ».Ca vous dit quelque chose ?On peut bien ne pas recevoir.On peut bien ne pas permettre d\u2019entrer.On peut bien se boucher les oreilles et se fermer les yeux.Et la mémoire.Ca fait trop mal.Et faire des histoires romancées toutes propres et toutes unies qui ne dérangent personne.Mais moi je choisis de retourner à Kaluszyn.En passant par Varsovie : « J'entends, sourd, ancien, presque éteint, comme un bruissement sous la neige.Mémoire bleue de glace, mémoire rouge, mémoire grise, opaque, de boue et de cendres mélées à la terre.Alors c\u2019était là.C\u2019était ça! Pas de Mélodrame.La mémoire se fendille, ne sait rien recoudre.Son patchwork est si malhabile qu\u2019il ne ressemble à rien.Plus rien dans ces plaines d\u2019épopées muettes où moi aussi, à travers mon père, j'ai vu passer les armées bolchéviques.»(p.12).Plaines d\u2019épopées muettes qui verront par la suite passer les armées hitlériennes, épopées muettes des dérives forcées vers Paris, Londres, New-York ou Montréal.154 nn ll Histoire-fiction Épopées chantées dans les langues étrangères des petites- filles de Belleville, de Snowdon ou de Brooklyn.Mémoire des pays défaits, refaits et encore dissous sans laquelle tout projet de pays indépendant et libre est voué à l\u2019échec : à l\u2019enfermement, l\u2019encerclement dans ses frontières, l\u2019étouffement, la sclérose.Alors, la québé- coite donne une leçon d\u2019Histoire aux petites-filles et petits-garçons d\u2019ici.« Raconter l\u2019Histoire ou raconter des histoires », dans toutes les langues bien-aimées, devient le leitmotif de son récit-poème.À ceux et celles qui ont perdu toute « mémoire historique », tout sens de « l\u2019Histoire », au commencement des commencements était le Livre, le Livre des Histoires.Il était une fois\u2026 Il était une fois la Commune et la Bastille, mais aussi le Troisième Reich ; il était une fois les rébellions, les révoltes et les révolutions mais aussi les ghettos et les pogroms.Il était une fois Franz Kafka, Edmond Jabès et Maurice Blanchot, mais aussi Alfred Dôblin, Jacob Frank et Mortre Himmelfarb.Et Sabbatai Zevi.Et le Zonar.Et la Torah.Et Hannah que Jacob épouse.Et les voyages : Andrinople.Et Smyrne où Jacob prie sur la tombe de Nathan de Gaza.Vous connaissez Nathan de Gaza, gens de peu de mémoire, et vous croyez pouvoir édifier un pays ?Et la Podolie ?Puisqu\u2019il faut mettre les points sur les 1, « ça se trouve au sud-ouest de l\u2019Ukraine, entre le Dniestr et le Bug ».Et puis : « Revenir à Chmielnicki.La geste des cosaques Zaporozhye.Montrer les enjeux et le système de l\u2019arenda dans lequel les juifs se trouvaient pris \u2014 la colonisation des terres par la noblesse polonaise \u2014 Bogdan Chmiel- nicki qui se veut le grand hetman d\u2019une Ukraine autonome.Il neige.Tu aimais tant la neige Natacha \u2014 Rester assis au bureau de pin sous la fenêtre d\u2019angle, emmitouflé dans la robe de chambre, à la main le vieux stylo new-yorkais Bedford, avec une vingtaine de bouquins 155 if Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance tout à l\u2019entour, avec un café très chaud et une tartine de saumon fumé sur du philadelphia cream cheese \u2014 le vieux couleur de ciel se sent revivre, redémarre.Il reprend son texte un peu fou, sa tentative fantastique de faire revivre Sabbatai Zevi.Rien à voir avec ce cours a la manque.L\u2019imagination galope a travers le bassin méditerranéen, campe quelque temps à Jérusalem et se fixe quelque part en Europe orientale au pays du Baal Shem \u2014 c\u2019était du moins le plan établi mais le texte a dévissé, blessé dans les crevasses de l\u2019inconscient.Tu ne sortiras pas du ghetto.Tout ramène à la dernière guerre.Au camp dans la neige avec mon numéro sur l\u2019avant-bras gauche.Natacha à moitié morte.Le retour à Paris et notre fuite.La grande rafle.Les Français tous collabos tu disais.Tu ne voulais pas.Enfin déboucher sur Sabbatai Zevi.Le point de vue théologique entre guillemets, le point de vue psychanalytique, le point de vue psychiatrique, le point de vue historique tout simplement \u2014 le personnage énigmatique »(pp.46-47) Entre le vieux savant de Podolie et la jeune juive Qué- bécoite se trament des histoires et le texte-simulation fabrique une nouvelle Histoire-fiction.Inédite.Encore inouïe.Personnages énigmatiques, à peine lisibles, à peine audibles, pris dans les rets des crevasses de l\u2019inconscient blessé.À peine supportables pour les scripteurs et liseurs modernolâtres que nous sommes devenus à la recherche de héros historiques romancés, unificateurs et réparateurs.La Québécoite n\u2019est pas une héroïne.Aucune histoire n\u2019est arrangée ou pardonnée par une quelconque unité narrative.Les histoires plurielles vivent dans leurs paradoxes.L'Histoire réelle se sait fictive, impossible à recoller dans sa totalité et l\u2019Histoire-fiction devient véridique, fidèle aux opacités, aux brisures, aux blancs de mémoires de la multiplicité des histoires enchevêtrées.Dans la fragmentation du texte-simulation, il y a un respect de la dérive des mémoires, de leur circulation entre les frontières.Et l\u2019écriture de théorie-fiction sait ne pas pouvoir fixer cet échange, arrêter ce flot que l\u2019écriture assume et poursuit 156 Histoire-fiction jusqu\u2019à penser l\u2019impossibilité des frontières du Livre ou du Pays.L\u2019énigme de Podolie me ramène à celle de l\u2019Albinie, Pays-fiction du dernier film d\u2019André Forcier, Au clair de la lune.Oeuvre étrangement québécoise, d\u2019exil intériorisé, qui doit s\u2019imaginer ailleurs, partie, sortie du pays contraint pour enfin pouvoir se rêver : se penser, s\u2019inventer.Oeuvre fragmentée, brisée, de désapprovisionnement, de dénuement.Peut-être faut-il venir d\u2019ailleurs et d\u2019ici, c\u2019est-à-dire de nulle part, pour accepter une telle déperdition ?Peut-être faut-il savoir, mais savoir désapprendre ?Oublier ce qui fut appris par l\u2019Histoire-Vraie : ce qui fut pris, consommé, consumé dans et par la connaissance d\u2019un LIEU précis qu\u2019ici et ailleurs l\u2019on nomme étrangement PAYS ?.Textes d\u2019exils, leçons de choses historiques, essentiels échos à peine perçus dans les couloirs achalandés des super-marchés de livres ou de films, tels sont pour moi La Québécoite de Régine Robin et Au clair de la lune d\u2019André Forcier.Une immigrante d\u2019ici, un Québécois d\u2019ailleurs, qui disent, chacun à leur façon : « Pas d\u2019ordre.Ni chronologique, ni logique, ni logis.Les articulations sont foutues.Il n\u2019y aura pas de messie.Il n\u2019y aura pas de récit.Rien n\u2019aura eu lieu, aucun lieu, tout juste une voix plurielle, une voix carrefour, une voix de l\u2019autre au brisant du texte la parole immigrante.» (La Québécoite, p.161) ?Voir mon texte sur Au clair de la lune dans le prochaine numéro de la revue Dérives.157 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Une voix de l\u2019autre au brisant du texte.Cela me rappelle aussi cette autre parole immigrante dont les échos n\u2019arrêtent pas de se fracasser contre le mur de notre silence et de notre ignorance pour ce qui n\u2019est pas de « chez-nous », de chez Nous-Autres : Alberto Kurapel, exilé chilien à Montréal depuis bientôt dix ans ; cinq disques, autant de spectacles, à peine connu, « reconnu », à peine capable de subsister.Un dernier disque : CONTRA-EXILIO (APIR ;KAU-5722-05), et c\u2019est la voix de l\u2019autre au brisant des textes : violon du Nord, guitare du Sud, violon Carignan-Gauvreau, guitare Benjo Cruz-Kurapel.Et plusieurs autres : « Violons marginaux, guitares incarcérées, Toiellenousilje et vouloir être autre chose de plus qu\u2019un passeport » (chanson Québec) « Toiellenousilje », ça vous dit quelque chose ?Aussi bizarre que la folle langue de Claude Gauvreau.Aussi étrange que les élucubrations imagées et parlées du pays perdu de l\u2019Albinie.Pas étrange du tout si l\u2019on a à l'oeil et à l\u2019oreille les signes insolites qui circulent ici : « Oui, noter toutes les différences.Ne rien oublier, ni les marques de dentifrices, les chaînes de Barbecue, celles de Pizzas, ni les marques de savon ou de lessive.Pénétrer l\u2019étrangeté de ce quotidien.En exil dans ta propre langue.Le leurre de la langue.Ni la même, ni une autre.L'AUTRE dans le MÊME.L\u2019inquiétante étrangeté d'ici.» (La Québécoite, p.176) Face à cette inquiétante étrangeté de la ville-métaphore et du pays-fiction, le texte peut bien constamment glis- 158 il - \u2018 i Histoire-fiction ser, s\u2019échapper, se dérober comme le dit la narratrice de La Québécoite.Et l\u2019écriture de l\u2019Histoire-fiction peut bien alors prendre vie, comme de tous temps l'écriture des poètes dont la tâche consiste à dire, dans le bonheur et l\u2019inquiétude de l\u2019invention, là où ça fuit de toutes parts, justement.Et peut-être alors seulement une réappropriation estelle possible, d\u2019un sujet scripteur ou d\u2019un peuple?Comme l\u2019indiquait Régine Robin, dans le texte de présentation du livre, Le Cheval blanc de Lénine : « Une réflexion sur l\u2019histoire de ma part ne peut échapper à l\u2019heure qu\u2019il est, précisément, à l\u2019histoire d\u2019une réappro- priation, la réappropriation de moi-même, d\u2019une identité que j'ai mis plus de trente ans à contourner.Recette : faites macérer pendant trente ans un problème non résolu, attendez que le refoulé fasse retour avec fracas, sortez alors la préparation de son bain.» Et s\u2019il s\u2019agissait de trois cents ans de strates de refou- ; lés ?Et d\u2019une Histoire-fiction de conquêtes, de rébel- E lions et de révolutions, méme tranquilles, a re-penser et a ré-écrire en invitant la voix des Autres au brisant de nos textes ?Ou, peut-étre bien aussi, comme dit la narratrice de La Québécoite, rêvant sur ses amis d\u2019ici : « Tout doucement, sans rien dire, sans se le formuler clairement, ils sentiraient les choses changer autour d\u2019eux.Le Québec tout doucement s\u2019en irait vers une société plurielle sans qu\u2019il y paraisse.Témoins de cette métamorphose inconsciente, ils en seraient aussi les obs- À curs et anonymes artisans.» (p.195).à Et pour les survivants, nos archives mnémoniques feraient revivre les histoires-fictions des Shtetls, des Ghettos et des Réserves. zx __ ee ._ ces Tee peas Crome 2e Sani 2 rc =o sic xs ds serra 5 Crue oreo ET ace race decor Ey Sur les chemins de l\u2019autogestion _\u2014 TE \u2014 \u2014 \u2014\u2014 [Ld PR ro Lo PE PN Lo Loo Pp Henri Beauchemin Les nouvelles technologies : plus qu\u2019un virage L\u2019on compare fréquemment la révolution du microordinateur à la révolution automobile du début du siècle.Les images de prospérité économique, grâce à la micro- informatique, nous sont constamment projetées comme la fin de nos malheurs et le début d\u2019une ère nouvelle où le bonheur sera a une simple portée de.clavier.En fait, l\u2019arrivée du micro-ordinateur signifie beaucoup plus qu\u2019une transformation de l\u2019économie, comme ce fut le cas pour l\u2019automobile.Nous avons affaire à une vraie révolution sociale.Les répercussions de la micro- informatique sont telles qu'aucun des secteurs politique, économique et social de la société ne sera épargné.Car ce qu\u2019il faut bien voir, c\u2019est que, loin de ne constituer qu\u2019une transformation limitée, l\u2019apparition des nouvelles technologies a pour corollaire la transformation du champ des rapports sociaux.Au Québec, quoique ce ne soit pas encore très apparent, nous passons d\u2019une société de type industriel à une société de type post-industriel (au sens tourainien), c\u2019est- à-dire à une société de l\u2019information.163 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance 1.Les nouvelles technologies : un aperçu général Ce qui a permis le développement aussi rapide des nouvelles technologies tient d\u2019abord à la sur- miniaturisation de leurs composantes.D'un ordinateur de la taille d\u2019une pièce, nous sommes passés au microordinateur tenant sur le bout du doigt avec toujours la même capacité de mémorisation et de traitement.Et il semble que ce ne soit pas fini ! Les recherches qui se font dans ce domaine font en sorte que les coût de production de ces nouvelles technologies baissent continuellement, ce qui les met, de plus en plus, à la portée de tous.De plus, il s\u2019agit d\u2019un outil d\u2019une très grande adaptabilité.Le fait qu\u2019il traite de l\u2019information, peu importe sa provenance ou sa nature, lui permet de s'intégrer tres rapidement au milieu dans lequel il se trouve.Sa capacité de traitement est tellement élevée qu\u2019il en devient un instrument de gestion très efficace et peu coûteux.2.Au travail C\u2019est d\u2019ailleurs au travail que son application est la plus avancée présentement.Car son utilisation permet, de façon générale, d\u2019augmenter la productivité d\u2019une entreprise tout en conservant et souvent en diminuant les coûts de production.2.1 Secteur de la production Au niveau de la transformation et de la production de biens manufacturés, le secteur des nouvelles technologies est tres peu développé au Québec.L'on n\u2019y retrouve qu\u2019une vingtaine de robots industriels sur les quelques deux cents canadiens.Mais ici, il faut faire attention : les robots sont utilisés au Canada, ils n\u2019y sont pas fabriqués.Leur origine est 164 Les nouvelles technologies américaine, japonaise ou européenne.Il n\u2019existe aucune entreprise canadienne qui produise des robots.C\u2019est un retard qui devient de plus en plus insurmontable.Surtout si l\u2019on sait que les Japonais ont déjà plus de treize milles (13,000) robots en activité, dont certains sont à produire.des robots, que les Américains en ont plus de six milles deux cents cinquante (6,250) en activité, tandis que les Européens en comptent plus de six milles cent (6,100) en activité présentement (chiffres tirés de Québec-science, vol.21, no.9).Cela a comme conséquence directe de rendre le marché canadien de plus en plus dépendant des grands producteurs étrangers (sur la robotique, voir Halary C., Faut-il de robots industriels au Québec\u201d, GRETS, UQUAM, 1982).Même s\u2019il s\u2019agit d\u2019un secteur peu développé au Québec, certains effets, du moins à court terme, peuvent être analysés.Ainsi, comme le robot permet une plus grande automatisation du procès de travail, il élimine les travailleurs rendus non nécessaires à des postes précisément occupés par les robots.D\u2019où l\u2019apparition d\u2019un chômage dit « technologique », dans la pire des solutions, ou encore, un déplacement horizontal de la main-d\u2019oeuvre affectée, dans la meilleure solution.De fait, si l\u2019on pousse l\u2019idée à son extrême, l\u2019implantation des robots, dans le secteur secondaire, aurait comme effet principal d\u2019éliminer le travail directement productif.Il n\u2019y aurait plus personne sur les chaînes de production.Le tout serait laissé aux bons soins des robots.Les avantages, à ce niveau, seraient innombrables pour le Capital : pas de grèves, de maladies, de sabotages ; que des robots dociles et travaillants.L\u2019implantation des robots crée présentement de nouvelles zones d\u2019emploi dont les principales sont : l\u2019entretien, le réglage et la surveillance.Ce sont tous des emplois non-productifs.165 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Ces changements apportés par l\u2019implantation des nouvelles technologies dans le procès de production reformulent en soi la logique d\u2019accumulation capitaliste.Elle ne sera plus basée sur l\u2019exploitation ouvrière mais plutôt sur la propriété et le contrôle qu\u2019exerce le Capital sur ces nouveaux moyens de production.2.2 Secteur des services Les nouvelles technologies ont aussi fait leur apparition dans un autre secteur de l\u2019économie qui, jusqu\u2019à date, nécessitait la présence d\u2019un très grand nombre d\u2019employés : le secteur des services.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce secteur qu\u2019elles ont connu leur plus grand essor par l\u2019entremise de la bureautique.Cette pénétration ne se fait pas sans causer d\u2019énormes chambardements à l\u2019intérieur des milieux de travail.L\u2019ultra-spécialisation qui requiert la mise au point de ces outils et, d\u2019autre part, le peu de difficultés que représente leur opération journalière, semble être à la base d\u2019un phénomène nouveau dans ce secteur de travail : la bipolarisation des compétences.D\u2019une part, l\u2019on aura les concepteurs, petit groupe de travailleurs ultra-spécialisés et favorisés, dont la tâche est de concevoir l\u2019application du nouvel outil de travail.D\u2019autre part, l\u2019on aura les exécuteurs qui forment le groupe le plus important en nombre et dont la tâche ne consiste qu\u2019à exécuter les commandes nécessaires au fonctionnement du nouvel outil, ce qui ne nécessite aucune connaissance approfondie.Dans ce contexte, le concepteur par ses connaissances, son savoir aura le pouvoir et le contrôle sur le travail de l\u2019exécuteur (cf.les travaux de C.St-Pierre, Dép.de Soc., UQUAM, sur la bureautique).Ce qu\u2019il est important de voir à travers tout cela, pour ce secteur d\u2019emploi, c\u2019est qu\u2019il est formé à 74 % par des 166 Les nouvelles technologies femmes, au Québec.Autrement dit, tous ces changements technologiques dans les services affectent au premier chef les femmes.Ce qui représente un réel danger pour les acquis des femmes dans le domaine du travail (sur cette question, je réfère le lecteur, la lectrice au document publié par le Comité de la Condition féminine de la CSN intitulé Les Puces qui piquent no jobs, Montréal, CSN, 1982).Et ici on ne parle pas du contrôle sur les travailleurs-euses ainsi que sur leur propre travail que permet d\u2019exercer très efficacement les nouveaux outils de hautes technologies, contrôle déjà très perceptible chez les téléphonistes et les caissières principalement.2.3 Pour conclure sur le travail Ainsi l\u2019apparition des nouvelles technologies ne semble pas à première vue, du moins en ce qui concerne le travail, transporter avec elle cet idéal que l\u2019on voudrait bien lui faire porter.Il serait plus juste de dire que l\u2019on assiste présentement, dans le secondaire comme dans le tertiaire, aux mêmes effets à court terme sur le travail.Un premier serait la perte accentuée de contrôle pour la majorité des travailleurs sur leur travail d\u2019où une détérioration nette au niveau des conditions de travail (Métayer G., Futurs en tique, Paris, les éditions Ouvrières, 1982, p.112).Le deuxième effet, à court terme, identifiable après l\u2019implantation des nouvelles technologies, c\u2019est le chômage.En effet, même si la micro-informatique n\u2019est pas entièrement responsable du chômage qui sévit présentement, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle en augmente la portée à court terme.Ainsi, un exemple parmi d\u2019autres, Bell Canada comptait 13,000 téléphonistes en 1969, 7,400 en 1978 et moins de 7,000 maintenant.On prévoit, en fait, une baisse d\u2019emplois de 30 % d\u2019ici quelques années dans le secteur tertiaire (in Les Puces.p.167 ARRAN ERR Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance 26-27), et les évaluations restent à faire pour le secondaire.Sur cette question du chômage et des nouvelles technologies, deux perspectives s\u2019affrontent présentement : 1.168 La première dit qu\u2019il faut avancer à tout prix dans l\u2019implantation de ces nouvelles technologies dans tous les secteurs du travail et ce, malgré le chômage qu\u2019il semble provoquer.Car ces nouvelles technologies sont garantes d\u2019un meilleur équilibre économique au niveau national et international pour le pays qui les utilise.C\u2019est la perspective optimiste, celle du Capital et de l\u2019Etat.La deuxième va dans le sens où les nouvelles technologies, en accroissant la productivité, nécessiteront moins de travailleurs et moins de temps de travail pour produire une même quantité de biens.D\u2019où l\u2019apparition de chômage technologique, de travail à temps partiel et à temps réduit.Une des rares solutions sera de couper en deux ou en partie les postes qui resteront afin de créer de nouveaux emplois et donc baisser le taux de chômage.Mais cette baisse du temps de travail s\u2019accompagnera d\u2019une baisse équivalente des revenus.C\u2019est la perspective pessimiste partagée par ceux qui sont ou seront touchés par les nouvelles technologies et par un bon nombre de scientifiques (dont M.Albert, Le Pari français, Seuil, 1982).Sur cette dernière perspective, le Conseil Central de Montréal de la CSN vient de proposer des solutions médianes tendant vers la réduction du temps de travail mais sans perte de salaire et de droits (voir Conseil Central de Montréal, CSN, Des emplois pour tout le monde, éd.Albert St-Martin, Montréal, 1983). Les nouvelles technologies À travers cela, où la réalité se situera-t-elle ?Il est encore assez difficile de bien percevoir l\u2019évolution à moyen et à long terme du travail au Québec.Un consensus semble toutefois apparaître dans les études qui sont publiées à ce jour sur la question ; le chômage technologique est là pour rester.Que ce soit sous la forme de compression de personnel à l\u2019embauche (Rapport Nora- Minc, L'Informatisation de la Société, Paris, Seuil, 1978, p.36) ou encore de remplacement de personnel par des équipements de haute-technologie (Mather B.et al., Les Conséquences de la micro-électronique pour les travailleurs et les travailleuses au Canada, Montréal IRAT, Document de réflexion no 3, 1982), le chômage, du moins à court terme, semble faire partie intégrante du paysage technologique que l\u2019on veut implanter ici à tout prix (voir Conseil des Sciences du Canada, Préparons la société informatisée, Ottawa, rapport no 33, mars 1982 ; le désormais célèbre Virage technologique du Gouvernement du Québec, 1982 ; sur le rapport entre chômage et nouvelles technologies se référer au très intéressant petit livre de O.Pastré, L\u2019Informatisation et l'emploi, Paris, F.Maspero, collection Repères, 1983, p.30 à 41).3.Dans le hors-travail Comme je le soulignais au début, les nouvelles technologies se retrouvent partout.Alors que la plupart des innovations précédentes n\u2019avaient que des applications restreintes à des domaines précis, la micro-technologie perce l\u2019ensemble du champ social et s\u2019installe dans tous les secteurs de la société, de la maison aux satellites de communications et des loisirs à la consommation.De transformations dans le travail, nous passons aux transformations dans le hors-travail.Nous en verrons ici quelques applications.Il serait vain de vouloir en faire le tour au complet, d\u2019autant plus que nous sommes pré- 169 SRE EEE REC | Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance sentement, du moins au Québec, en phase d\u2019implantation, ce qui limite la portée de l\u2019analyse à des considérations générales.Si l\u2019on regarde du côté des communications, l\u2019essor de la micro-technologie est tout simplement phénoménal.Cela s\u2019explique facilement du fait de la nature même du produit : l\u2019information.Nous avons des exemples chaque jour de l\u2019avancement des recherches dans ce domaine que ce soit par la télématique (Télidon) ou plus simplement par la télévision payante et la technologie spatiale que requièrent ces deux outils de communication.Les nouvelles technologies ont aussi fait leur apparition au niveau de la consommation, qu\u2019elle soit individuelle ou collective.Dans le premier cas, les services offerts tels que voyages, cartes de crédit, réservations de billets, etc., passent tous par les micro-ordinateurs, banques de données ou autres développements technologiques adaptés à la nature du service.Dans la consommation collective, son application est déjà répandue notamment au niveau de la santé, tant pour les soins que pour la gestion administrative des soins.Dans l\u2019éducation, le Ministère de la Science et de la Technologie veut implanter jusqu\u2019à 50,000 microordinateurs dans les écoles, d\u2019ici 1988, ce qui aura un impact très important sur l\u2019enseignement.Il est encore difficile d\u2019en juger l\u2019importance.Mais il apparaît tout de même clair que l\u2019éducation devra se réajuster en conséquence, ce qui ne sera pas une mince tâche.En plus d\u2019être un outil de consommation, la micro- électronique devient un bien de consommation et, à ce titre, s\u2019installe rapidement dans les maisons.Son utilisation à ce niveau sera multiple.En fait, si son développement continue dans le sens présent, le micro-ordinateur deviendra l\u2019outil de consommation à distance parfait 170 Les nouvelles technologies (transactions bancaires, réservations, achats de produits, épiceries, etc.).Et enfin, c\u2019est d\u2019ailleurs par là qu\u2019il a débuté, un centre de loisir individuel (ou collectif ?).Tout ceci, à première vue, risque fort d'augmenter la dépendance des individus face à un nouvel outil technique dont ils ne détiennent aucun contrôle effectif ni dans son développement, ni dans son implantation.L'arrivée de ces nouvelles technologies dans la vie privée des individus met en lumière un nouveau phénomène dont on ne pouvait prévoir la nature, il n\u2019y a pas très longtemps encore : les banques de données.En soi, elles semblent inoffensives.Mais le fait qu\u2019elles ne soient accessibles qu\u2019à certains groupes d\u2019individus capables de les opérer ou de les utiliser, fait en sorte qu\u2019elles deviennent un instrument de contrôle social d\u2019une portée encore insoupçonnée.Il n\u2019y a qu\u2019à rappeler la liste noire des locataires mise sur pied par les propriétaires mon- tréalais (Le Devoir, 14 juillet 1983, « L\u2019ALL dénonce les pratiques illégales de Crédit-Proprio ») ou encore la liste de plus de 800,000 noms élaborés par la GRC, pour nous laisser une impression très désagréable.Nous venons d\u2019avoir un bref aperçu de la situation présente, l\u2019importance du mouvement à tous les niveaux ne fait plus de doute.Mais qui sont les principaux acteurs derrière le développement de ces nouvelles technologies ?Comment s\u2019opèrent-ils ?Quelle est la place de l\u2019État ?Celle du Québec ?En fait, comment se vivra le conflit social entourant le développement de la micro- informatique au Québec ?4.L\u2019État et le nationalisme technologique Tout d\u2019abord, notons que de plus en plus apparaît une nouvelle forme de nationalisme économique que l\u2019on pourrait appeler : le nationalisme technologique.Partout 171 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance où l\u2019on parle de nouvelles technologies, l\u2019on parle de l\u2019avance du Japon et des Etats-Unis, du modèle français ou encore suédois et du retard.canadien.On semble assister à une sorte de retour à l\u2019intérieur des frontières nationales pour assurer le développement des industries de hautes technologies.C\u2019est un retournement assez contrastant si on le compare au mouvement d\u2019internationalisation du Capital auquel nous assistions depuis plusieurs années.En fait, ce retour au pays n\u2019est pas dû au « mal du pays » des multinationales.Il s\u2019explique plutôt de deux façons principales.La première se rattache au fait que les entreprises se servent de leur Etat national afin de les aider, financièrement et structurellement, à développer la recherche et la fabrication des nouveaux outils technologiques.On retrouve cette option principalement en Europe, notamment en France et en Suède, et au Canada.L\u2019on se base donc sur le fait que l\u2019Etat absorbera les mauvais coups au profit des entreprises qui se serviront ainsi des recherches pour en faire profiter leurs propres industries de hautes technologies.Au Canada, nous en avons un bel exemple avec Télidon.L\u2019Etat en assume presque l\u2019entièreté des coûts de fabrication et de mise au point et le remettra par la suite entre les mains de l\u2019entreprise privée (voir ICEA, Document préparatoire no 2 au Colloque Robot.Rebelle).La deuxième explication de ce « retour à la mère patrie » des grandes entreprises va dans le sens de la nécessité de développer un secteur d\u2019emploi hyper- spécialisé où l\u2019on retrouvera des travailleurs à très forte compétence (une sorte de super-élite du travail) et des instruments de haute précision pour accomplir le travail demandé.C\u2019est l\u2019option des Américains et des Japonais principalement.Ici, il s\u2019agit d\u2019une forme de nationalisme qui tend à garder chez lui les meilleurs aspects du développement de ces nouvelles technologies : haut-savoir, salaire mirobolant et production de pointe.172 Les nouvelles technologies De façon générale, dans l\u2019une comme dans l\u2019autre, l\u2019on peut voir que les nouvelles technologies, de par leur mode de développement prédominant, demeurent un outil privilégié du capitalisme.C\u2019est pourquoi un des enjeux principaux de l\u2019apparition des nouvelles technologies demeure le contrôle exercé sur ce mode de développement.S1 au Québec, la question se pose de façon cruciale étant donné le retard accumulé, elle prend une allure alarmante si l\u2019on y joint la question de la dépendance culturelle.Car il faut bien voir que l\u2019information traitée n\u2019est pas neutre, peu importe sa nature, et qu\u2019elle véhicule un modèle culturel précis.Si le Québec n\u2019y voit pas, entre autres par le développement de logiciel et didacticiel proprement québécois, la partie risque d\u2019être perdue définitivement (voir sur la domination culturelle du Québec par l\u2019entremise des nouvelles technologies, P.Val- lières, « Vers un Québec Post-Nationaliste ?» in P.Val- lières et S.Proulx, Changer de société, Montréal, Québec/Amérique, 1982).5.La transformation des rapports sociaux et les nouveaux mouvements sociaux Ce que l\u2019on vient de voir nous démontre que l\u2019apparition et l\u2019utilisation des nouvelles technologies a un impact concret sur la transformation des rapports sociaux tant dans la société québécoise que dans les sociétés en voie de post-industrialisation.Cette transformation ne doit pas être perçue comme causée par l\u2019unique présence des nouveaux outils technologiques.Chacun sait que la technique est, en soi, neutre.C\u2019est plutôt l\u2019utilisation et donc le mode de développement qui lui est imposé qui est à la base de la transformation des rapports sociaux.La nature de cette transformation s\u2019explique par le fait que la contradiction principale sur laquelle repose les 173 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance rapports sociaux des sociétés industrielles tend à disparaître au profit d\u2019une nouvelle contradiction sociale propre à la société post-industrielle.Ainsi ce ne sera plus la propriété privée des moyens de production qui sera au centre des rapports sociaux dominants mais plutôt le contrôle sur l\u2019information transmise par les nouvelles technologies qui devient l\u2019enjeu principal des rapports sociaux.Ici donc, le savoir tient lieu de facteur principal de pouvoir.De plus, comme nous l\u2019avons vu, les nouvelles technologies touchent l\u2019ensemble des activités de la société.Les nouveaux rapports sociaux dominants s\u2019étendent donc au secteur hors-travail.C\u2019est un changement très important par rapport à ce que nous retrouvons dans les sociétés industrielles où la contradiction principale n\u2019était liée qu\u2019au mode de production, donc au secteur du travail.Nous nous retrouvons avec une nouvelle contradiction sociale qui fait éclater le champ des rapports sociaux à l\u2019ensemble de la société.Ils se définissent par la recherche du contrôle sur les orientations sociales et culturelles d\u2019une société donnée (A.Touraine, La Voix et le regard, Seuil, Paris, 1978).Redéfinir le champ des rapports sociaux, c\u2019est aussi redéfinir les principaux acteurs sociaux que l\u2019on y retrouve.Tout comme A.Touraine, je les définirais comme deux classes opposées : \u2014 Les technocrates : ce sont ceux qui, pour un appareil de domination, ont « la capacité et la responsabilité de choisir, atteindre et modifier » les fins propres à leur organisation (in L\u2019Après-Socialisme, Paris, Fayard, 1982, p.134).\u2014 Les usagers, dans le sens large, ce sont « ceux qui se définissent par leur opposition à la domination 174 Les nouvelles technologies d\u2019un appareil quelconque » (in La Voix et le regard, op.cit.p.16).Cette nouvelle division de classe dans les rapports sociaux a un impact précis sur la forme que prendra le mouvement social des sociétés post-industrielles.Il s\u2019agira principalement des mouvements qui se définiront par leur opposition commune à un appareil de domination précis.Il visera, de ce fait, le contrôle des orientations sociales et culturelles de la société et, plus précisément, de l\u2019appareil de domination.Dans le cas qui nous intéresse ici, il s\u2019agira d\u2019un mouvement anti-technocratique qui luttera pour le contrôle du mode de développement des nouvelles technologies dans leur production et dans leur application sociale.En dernier lieu, il est intéressant d\u2019avancer l\u2019idée qu\u2019en ce qui concerne le Québec, cette transformation des rapport sociaux remet en question deux des principaux mouvements sociaux québécois des années 1960-1970 : le mouvement syndical et le mouvement national.La crise secoue présentement le mouvement syndical et l\u2019oblige à se ré-adapter à la société post-industrielle.Comme nous l\u2019avons vu précédemment, le dépassement de la contradiction capital/travail, identifié par l\u2019apparition des nouvelles technologies, forcera le mouvement syndical québécois à se redéfinir dans ce nouveau champ des rapports sociaux.Plusieurs scénarios peuvent être élaborés.Il peut y avoir un rapprochement avec les milieux d'opposition dans le hors-travail.Redéfinir l\u2019ensemble du champ conflictuel en y incluant des éléments d\u2019hors-travail, de type écologique, social ou autre ; ou encore s\u2019inscrire directement dans la nouvelle structure des rapports sociaux de type post-industriel de façon à tendre vers le contrôle des 175 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance nouveaux outils technologiques de gestion et de production.La porte est ouverte.Il reste au mouvement syndical québécois de bien soupeser chacun de ses gestes et de ne pas nier la transformation de la société québécoise.Du côté du mouvement national, l\u2019enjeu est sensiblement le même, quoique différent dans les fondements de son action.Au Québec, le mouvement national s\u2019est toujours identifié comme un opposant à la domination économique étrangère de son territoire, ce qui est une forme de domination de société proprement industrielle.Le mouvement national n\u2019a aucune chance de se développer s\u2019il ne se redéfinit pas par rapport à la nouvelle société en émergence.Nous notions précédemment que le Québec subissait une très forte pénétration d\u2019un nouveau modèle culturel imposé par la pénétration des nouvelles technologies sur son territoire.Et que, de plus, il ne détenait aucun contrôle sur ces micro-technologies.Les enjeux de la question nationale réapparaissent ainsi sous un nouveau jour.Il est primordial pour le Québec qu\u2019il s\u2019empare du contrôle sur le développement des nouvelles technologies, du moins en ce qui concerne sont territoire, s\u2019il veut conserver son autonomie sociale et culturelle au niveau national et international.L\u2019enjeu est de taille.Ainsi, comme on peut le constater, il s\u2019agit de beaucoup plus qu\u2019un simple « virage technologique ».Nous serions plutôt à un carrefour de choix de société.L'apparition et l\u2019implantation de ces nouveaux outils technologiques reformulent l\u2019ensemble du champ social et posent à ses principaux acteurs de nouveaux défis dont l\u2019importance est de tout premier ordre pour l\u2019avenir de la société québécoise.176 oc \u2014 Pa aa 20 dde x0 crs ol x id peor Me cet Bel ; 5 : 1982 se .a A RRR .Ly = 5 se 5 = S HE + gravure 7 i = Es Sa Yian I pen \u2014 \u2014 a > 2 Le rs ae __ se rr - SEEN Boo IE 5 CR coe CREA ze Cras o _-_ re pcre 55 \u2014 RS me Sr ] SE a] ses rd doom accent 2 Oe = 3 Courtepointes et pointes sèches - \u2014\u2014\u2014 - = Ll Vadeboncoeur et le féminisme La parution récente d\u2019une plaquette intitulée Trois essais sur l\u2019insignifiance et signée par Pierre Vadebon- coeur pouvait apparaître intéressante : un non-spécialiste de la littérature et des arts visuels consacrait trois essais à commenter des oeuvres qui sont habituellement prises en charge \u2014 en ce qui a trait à la critique \u2014 par des spécialistes.Parmi ces trois essais, un en particulier attirait mon attention car il portait sur une oeuvre fort controversée, la Dinner Party, environnement réalisé par l\u2019Américaine Judy Chicago et une équipe d\u2019artistes et d\u2019artisans, qui fut présenté en mars 1982 au Musée d'art contemporain de Montréal.Cette oeuvre a été controversée tant dans et par les milieux artistiques que dans et par certaines féministes.Un public, impressionnant et inusité de par son ampleur et son hétérogénéité, s\u2019était alors rendu dans un musée dont on déplore trop souvent qu\u2019il est inaccessible, introuvable, passablement désertique.Or cela, aucun spécialiste de l\u2019art ne l\u2019a souligné ni encore moins analysé, préoccupé-e-s à dénoncer l\u2019oeuvre comme fumisterie (articles parus dans Spirale, 181 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Parachute et Le Devoir) ou bien à l\u2019encenser comme le chef-d\u2019oeuvre d\u2019une époque à la recherche de nouvelles valeurs (La Presse).Des positions aussi extrêmes, secré- tées dans un milieu extrêmement restreint, constituent en soi un fait remarquable qui met en lumière l\u2019écart quasi infranchissable qui sépare les éléments d\u2019une triade composée de : l\u2019oeuvre, le public, les spécialistes de l\u2019art.La plaquette, Trois essais sur l\u2019insignifiance était donc susceptible de soulever des questionnements excentriques sur l\u2019art et son rôle, sa perception, ses effets, de par la position même de son auteur davantage connu comme syndicaliste et pour avoir participé à la mise en place des assises de ce qui fut appelé « La Révolution tranquille ».C\u2019est donc avec une avidité curieuse que j'achetai cette plaquette ; sa lecture fut une désillusion.Je l\u2019avais pourtant abordée avec des préjugés plus que favorables.J\u2019espérais une approche singulière, tranchante même, du monde des arts et de la littérature lequel, sauf quelques rares exceptions, ne fait jamais l\u2019objet de quelqu\u2019intérêt que ce soit de la part des personnalités publiques, fussent-elles syndicales, politiques ou issues du monde des affaires (à part le Maire Drapeau bien sûr).Je ne relancerai pas ici le débat à savoir si la Dinner Party est une oeuvre d\u2019art ou pas, si elle est la plus grande oeuvre kitsch du dernier demi-siècle ou bien la première grande oeuvre féministe au monde.Plutôt il s\u2019agira ici d\u2019une conception de l\u2019art et du travail de l\u2019artiste, de son rapport aux idéologies, des traces de sa culture et de sa situation sociale sur son travail plastique ou pictural.Au sein d\u2019un questionnement ayant trait à l\u2019identité culturelle et politique d\u2019une collectivité telle que la nôtre, il me semble difficile d\u2019éviter d\u2019interroger aussi le culturel et l\u2019artistique, si on pense que l\u2019art est une pratique et un travail réels, que l\u2019art est autonome mais non entièrement indépendant de son contexte réel global.En effet, 182 Les nouvelles technologies si l\u2019indépendance politique, économique et culturelle d\u2019une collectivité doit assurer le développement et l\u2019épanouissement de ses capacités et la réalisation de ses aspirations, il est évident que le rôle que peut jouer l\u2019art en regard d\u2019un tel projet est des plus importants, à moins de penser que l\u2019art n\u2019est qu\u2019un reflet du tout social plutôt qu\u2019une création véritable c\u2019est-à-dire capable de modifier notre perception.S\u2019il est de plus en plus fréquent aujourd\u2019hui d\u2019assister à l\u2019éclatement des catégories, des disciplines, des ordres, de même il est intéressant de constater en ce qui a trait au public d\u2019art, une polyvalence grandissante qui ne repose plus uniquement sur des considérations esthétiques ou strictement formelles.Il n\u2019y a pas d\u2019art qui puisse exister sans public qui le reçoive, le réfléchisse, renvoie à l\u2019artiste une réponse active et passionnée, bourrée de questions, chargée d\u2019attentes.De plus, il n\u2019y a pas un seul public mais plusieurs \u2014 sans ignorer pour cela qu\u2019il y en ait un qui habituellement domine les autres et les exclut de la légitimité.L'art, quel qu\u2019il soit, est toujours redevable de son public, il s\u2019en nourrit et en vit car il est d\u2019abord événement, moment de l\u2019histoire.Parler de liberté de l\u2019artiste c\u2019est parler de son rapport avec son contexte et non de son isolement ou d\u2019une stricte autonomie tendant à l\u2019absolu, au nom d\u2019on ne sait quelle « idée ».Parler de liberté de l\u2019artiste, c\u2019est croire en la valeur significative de l\u2019art comme lieu et objet de réalisation de l\u2019imaginaire, ou encore comme agent de modification de la conscience individuelle.C\u2019est en ce sens que l\u2019art n\u2019est ni un reflet des événements sociaux et politiques qui marquent son contexte réel, ni une émanation mystérieuse d\u2019un esprit transcendant.L'artiste n\u2019est pas une héroïne ou un héros mais une personne liée 183 RAR RIRE RRR TS HRRNRERARTERAHERARMARAH Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance à sa propre histoire, à sa propre situation dans le tout social.Sa création est actuelle \u2014 elle s\u2019incarne dans un temps qui ne peut être autre que présent et n\u2019est pas conçue a priori pour échapper au temps, pour être éternelle.Dans cette perspective, l\u2019essai de Pierre Vadebon- coeur sur la Dinner Party prône la formule des « retours aux sources » (sous la forme d\u2019une conception dépassée qui veut que l\u2019art soit « éternel ») afin de contrer une supposée décadence de l\u2019art actuel.Or ne faudrait-il pas plutôt s\u2019opposer à une conception de l\u2019art vu en termes de conservation d\u2019un héritage ?La valeur de l\u2019art ne réside-t-elle pas au contraire dans sa capacité à modifier notre vision de toutes les oeuvres du passé ?Les retours aux sources de tout acabit sont courants ces jours-ci.On pense au retour récent et forcé de tant de femmes ar des bungalows mesquinement subventionnés par I\u2019 Éta pour y pondre une progéniture de survie.Il fallait dore qu\u2019on trouvât quelque part la version conforme pour l\u2019art, sa pratique, sa fonction ; elle s\u2019est manifestée dans le texte de Pierre Vadeboncoeur sous le couvert de la défense de l\u2019art, la défense de réalités ou de valeurs dont on ne sait pas dans quel lieu ou contexte elles prennent racine : la « noblesse », « l\u2019âme », le « spirituel », « l\u2019absolu », « l\u2019esprit », « l\u2019éternité ».Un tel lexique « métaphysique » suggère la nostalgie d\u2019un paradis perdu auquel, néanmoins, certains élus auraient accès (surtout s\u2019ils ne sont pas Américains).L'auteur soutient que l\u2019art se nourrit de valeurs qui n\u2019ont rien à voir avec le présent, avec le vécu quotidien, soutirant du même coup à l\u2019art toute possibilité d\u2019invention et de propositions qui éclairent à chaque fois et autrement une partie de la réalité actuelle.184 Vadeboncoeur et le féminisme L\u2019auteur regrette encore qu\u2019on « ne chercherait que peu la plus haute philosophie de l\u2019être » en cette époque où le « féminisme » tente de s\u2019imposer, profitant justement de l\u2019indistinction des valeurs : « Ce mouvement emprunterait même indirectement une partie de son énergie au phénomène contemporain de la liquidation de celles-ci » (des valeurs), « et d\u2019un immense esprit de négation ».On apprend du même souffle que le mouvement féministe règne sur les nouvelles et que c\u2019est à cause de cet autoritarisme et cette omniprésence dans les média (!) qu\u2019une oeuvre d\u2019art féministe telle que la Dinner Party a pu triompher \u2014 ce qui n\u2019est pas étonnant, pour l\u2019auteur, dans « cette civilisation qui semble ne demander parfois rien d\u2019autre si ce n\u2019est se saoûler du spectacle de la violence des actes ».Mais oui ! le féminisme (pas une seule fois l\u2019auteur ne définira ce terme : est-ce un regroupement de femmes ?est-ce une théorie politique ?une secte ?) profiterait pour se déployer, d\u2019un public abruti, débile, violent même.Ce public serait d\u2019abord américain ce qui expliquerait tout : et les qualificatifs et les jugements.Comment peut-on comprendre, dès lors, que le public montréalais ait reçu la Dinner Party avec tant d\u2019intérêt, tant de curiosité ?On apprend que l\u2019esprit du mal (lire : « américain ») l\u2019aurait contaminé, le public aurait été séduit (tout comme l\u2019auteur qui nous l\u2019a par ailleurs si candidement confié) par cette oeuvre mystificatrice.Heureusement Pierre Vadeboncoeur se serait repris à temps et aurait compris la supercherie ; le modèle des artistes français (les grands : Rouault et Lurçat, selon lui) lui aura permis de reconnaître où se trouve la décadence artistique qui serait proprement américaine.De même qu\u2019il n\u2019y aurait pas dans ce pays (qu'il appelle « Amérique », mais qu\u2019on nomme ici Etats-Unis) d\u2019artiste digne de ce nom, le féminisme ne serait qu\u2019une mode de ce siècle perdu.Qui plus est, c\u2019est « l\u2019humanité en général (qui) n\u2019en finit plus de se tromper », écrit l\u2019auteur qu\u2019aucune pointe d\u2019humour ne sem- 185 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance ble distraire de sa vision apocalyptique.J\u2019avoue qu\u2019il m'est difficile de croire qu\u2019un tel discours soit toujours possible en 1983 : la décadence aurait une nation : les États-Unis, la superficialité et l\u2019opportunisme auraient une idéologie : le féminisme.L'auteur, bien qu\u2019il ne le définisse pas, cerne néanmoins les méfaits du féminisme : « (.) une lutte qui se passe évidemment dans le présent et qui concentre sur celui-ci et sur de courtes perspectives une grande partie de l\u2019attention » \u2014 le Présent étant un magma redoutable en regard du Passé (que définissent les grands faits historiques) et du Futur (l\u2019idéal, l\u2019altitude).Enfin l\u2019auteur écrit que cette révolution féministe « n\u2019irait pas en esprit au bout d\u2019elle- même, là où tout être se dépasse » et que le seul critère qui lui semble valable pour justifier ses jugements esthétiques, intellectuels et moraux c\u2019est l'élévation.« On ne s\u2019élevait pas », constate-t-il devant la Dinner Party.L\u2019ascension, l\u2019élévation, l\u2019altitude sont pour lui la marque ou plutôt l\u2019effet de marque d\u2019un art authentique.Vers quoi ?nul ne le sait ; tout ce qu\u2019on sait, c\u2019est qu\u2019il y a quelque chose à fuir quelque part.La féminisme serait à la rigueur valable s\u2019il redonnait vie « au sens de l\u2019altitude et de l\u2019absolu ».Et voilà.Il semble qu\u2019il y ait un problème d\u2019élévation chez l\u2019auteur qui semble figé par la peur de la domination castratrice des femmes.Il ne les voit en somme qu\u2019en termes d\u2019aides dévouées, de bras droit à son existence que dirige cette implacable volonté d\u2019altitude ; de même il ne voit l\u2019art qu\u2019en termes de moyen pour arriver à certains états nostalgiques : « Eprouverais-je alors envers Dinner Party certaine nostalgie que je connais bien pour une oeuvre que j'ai aimée une fois (.) ».Si Pierre Vadeboncoeur défend une conception de l\u2019art transcendant « les sexes et toutes les conditions », il ne risque pas de se demander alors comment l'artiste peut- elle-il bien arriver à concevoir, travailler, réaliser quoi 186 Vadeboncoeur et le féminisme que ce soit dans une telle condition aseptisée et neutre ?Mais l\u2019auteur expliquera que « les révolutions meurent d\u2019avoir été faites par intérêt », fustigeant le vécu quotidien et les réalités de cette vie comme trop basses pour avoir quoi que ce soit à voir avec la révolution ou avec la création artistique.Il parlera de même de la dégradation des « idées nobles » dont on se doute qu\u2019elles sont les siennes et que seraient censés partager rien moins que l\u2019auteur d\u2019Ubu Roi, le Voltaire des Contes, l\u2019auteur du Bal du Comte d\u2019Orgel (entrevue avec l\u2019auteur, « Nos sociétés en dérive », La Presse, samedi 9 juillet 1983).Quant aux femmes, il souhaitera qu\u2019elles apprennent ce qu\u2019elles ne savent pas encore malheureusement pour elles : le ciel (sic) ne sera jamais acquis à la femme que lorsqu\u2019elle aura transcendé la réalité et qu\u2019on cessera de « ne voir dans la femme que quelqu\u2019un en rapport avec une situation ».Les divers mouvements et auteures féministes se sont justement opposés unanimement à l\u2019asservissement des femmes dans des situations qui leur étaient faites.Mais l\u2019auteur ignore cela et il nous apprend que les femmes n\u2019ont aucun besoin du féminisme et que, d\u2019ailleurs, elles se font toujours attendre pour engendrer » (.) la beauté qu\u2019apporterait au monde une moitié d\u2019humanité (sic) dont on attend bien évidemment un renouvellement du sens de l\u2019altitude et de l\u2019absolu ».* * 3k On peut se demander comment Pierre Vadeboncoeur ne s\u2019est pas reconnu dans la Dinner Party dont l\u2019iconographie (le papillon-vagin) est symbole de dilatation et d\u2019envol.Mais plutôt qu\u2019un envol dans un absolu viril, Judy Chicago aura évoqué l\u2019envol dans un superlatif féminin.Mais Pierre Vadeboncoeur aspire à des valeurs essentialistes qu\u2019il qualifie « d\u2019humaines » (il faudrait lire « viriles »), alors que le terme « féminin » \u2014 par le biais du féminisme de l\u2019Américaine \u2014 ne véhiculerait 187 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance selon lui que des valeurs affairistes, ponctuelles, sacrifiant « jour après jour l\u2019essentiel pour le relatif ».Ce qu\u2019une indépendance politique et économique d\u2019une collectivité doit assurer \u2014 et c\u2019est peut-être sa raison d\u2019être première \u2014 c\u2019est l\u2019affirmation d\u2019une identité, d\u2019une conscience, individuelle et collective, c\u2019est-à-dire une capacité de se poser activement dans son contexte réel qui est toujours en mouvement, qui se situe donc dans une perspective dialectique qui ne permet de poser rien qui soit ou absolu ou transcendant.Dans ce sens sont actuellement de plus en plus dénoncées \u2014 entre autres par nombre de féministes \u2014 les conséquences de la domination des hommes sur la nature : désastres écologiques, pollution, famine, surpopulation, militarisme, racisme.L'identité se manifeste activement dans une mise en situation constante.Le contraire serait une aberration à savoir une identité définie dans l\u2019absolu, en dehors du contexte de vie réelle, quotidienne, au nom de « valeurs » dont on ne sait plus, de par leur désincarna- tion même, ce qu\u2019elles désignent vraiment.Peut-être aurions-nous pu être éclairé-e-s là-dessus si au lieu de s\u2019en prendre à la Dinner Party parce qu\u2019américaine et féministe, l\u2019auteur s\u2019était attaché à analyser et à comprendre l\u2019autre oeuvre environnementale qui était présentée au Musée en même temps que celle de l\u2019Américaine : la Chambre nuptiale de la québécoise et féministe Francine Larivée dont il a en quelques mots seulement évoqué l\u2019importance.L\u2019aurait-il préférée parce que québécoise ?Pierre Vadeboncoeur apparaît comme un Don Qui- chotte aux prises avec des moulins à vent qui ont l'allure d\u2019obsessions personnelles prises pour des grandes causes : ses combats imaginaires avec la Bête sont sûrement excitants pour lui-même mais foncièrement déprimants 188 Vadeboncoeur et le féminisme pour ceux et celles à qui il les donne en spectacle ; s\u2019il est venu grossir les rangs des opposants à la Dinner Party, il a pris néanmoins le contrepied des critiques les plus pertinentes et les plus radicales qui aient été faites de cette oeuvre : il aura voulu soutenir une conception idéaliste et périmée de l\u2019art et de « l\u2019humain » en évoquant l'hydre matérialiste incarnée par les Américains et les féministes.Le terme « féminisme » fait peur à qui a peur de perdre ses prérogatives face aux femmes ou bien en tant que femmes.Plutôt que d\u2019avoir peur d\u2019un mot, il faudrait voir ce qui en fonde l'apparition historique et les conditions actuelles qui le définissent, la dimension utopique qui le sous-tend et l\u2019anime.Le misogyne s\u2019est toujours appuyé sur la déception que provoque chez lui l\u2019incapacité des femmes à réaliser l\u2019idéal de beauté auquel il pense prétendre.L'ouverture intellectuelle et émotive est en effet difficile à maintenir chez quelqu\u2019un qui, a priori, se sent menacé : encore faudrait-il être capable de discerner le fondement de cette peur.Pierre Vadebon- coeur aura fustigé la Dinner Party davantage à cause de son dégoût de la société américaine considérée comme un bloc homogène et opaque, de son mépris pour le féminisme, que par une compréhension de l\u2019oeuvre d\u2019art même, qui l\u2019aura malencontreusement séduit au premier abord.Non seulement il aura produit un texte réactionnaire mais encore un essai strictement inutile, que ce soit face à l\u2019identité culturelle québécoise, que face à l\u2019art, à sa nature, sa fonction.Quant à la question des femmes, ce numéro de Possibles présente un article de Diane Lamoureux sur les aspects principaux de l\u2019évolution de féminisme, comme concept et comme comportement : sa lecture, dans un tel contexte, sera sûrement très utile.Rose Marie Arbour Ber PRE RL PI > Lat an tad .3 Document - ik .Ly A EEE ER PC PERRE RC ICIE PE PC PCI PSC Ae à Le refus de continuer Depuis la parution du numéro Cinq ans déjà, le climat de travail à la revue n\u2019a cessé de se détériorer.Ce numéro qui devait faire le point, déterminer des orientations nouvelles et identifier des priorités d\u2019action aura fait apparaître, au comité de rédaction, des divergences profondes sur la conception du rôle critique de la revue tout autant que sur ses grands objectifs de départ.Ces divergences ne se sont cependant pas manifestées comme telles \u2014 c\u2019est-à-dire dans des débats \u2014 dans les numéros subséquents.Tout au plus se sont-elles révélées dans un certain nombre d\u2019incohérences et de contradictions entre les divers éditoriaux successifs, quand ce ne fut pas entre l\u2019éditorial lui-même et des positions prises par des membres du comité dans des textes qu\u2019ils signaient bien souvent dans le même numéro.Pour nous et pour ceux et celles qui nous lisent en partageant avec nous les grands objectifs d'indépendance et d\u2019autogestion cela ne peut plus continuer.Il y va de notre intégrité et de la responsabilité que nous nous devons d'assumer à l\u2019égard de ceux et celles avec qui nous partageons ces objectifs dans un même engagement.193 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Cet état de chose et le fait que nous le ressentons comme une brûlure ne tiennent à aucun mystère.Cela vient essentiellement du fait que le comité de rédaction refuse systématiquement de se pencher sur son propre fonctionnement.Au moins la moitié de ses membres refusent dans les faits (et non verbalement, bien sûr) d\u2019adopter un mode de fonctionnement véritablement collectif.Nous avons tenté à plusieurs reprises d\u2019expliciter des règles de fonctionnement en concordance avec nos objectifs et des procédures égalitaires de répartition des tâches (matérielles et intellectuelles) entre la façon dont la revue fonctionne et la crédibilité (la cohérence itou) de ses prétentions à parler sérieusement d\u2019autogestion.Ces tentatives ont à chaque fois avorté dans un climat trouble où nous ne comptions plus les arguments démagogiques et les incidents disgracieux.Ces échecs répétés ont eu pour conséquence d\u2019éliminer, à toutes fins pratiques, tout débat intellectuel fécond entre les membres du comité.Deux conceptions radicalement opposées quoique faiblement explicitées (ce qui n\u2019a pas empêché leur mise en acte) du fonctionnement du comité comme collectif y ont totalement paralysé le travail intellectuel.Cela sans compter également que les discussions houleuses et pas toujours très cordiales ont heurté bien des susceptibilités et fini par engendrer une animosité chronique entre plusieurs personnes.Le contenu des réunions s\u2019en est trouvé appauvri au point de n\u2019offrir plus qu\u2019un simulacre d\u2019échange et de discussion.La production d\u2019un numéro se résume depuis longtemps déjà à sortir un mot magique, le rhème, à y associer le nom d\u2019une série de collaborateurs potentiels et hop ! le tour est joué : le numéro est bouclé.Aucune réflexion de groupe, aucun examen critique en fonction des grandes articulations théoriques de la problématique indépendance/autogestion, bref aucune épine dorsale à 194 Le refus de continuer des numéros qui finalement s\u2019en vont nulle part avec une qualité souvent des plus inégales.L\u2019éditorial n\u2019y est plus qu\u2019une fausse représentation : il n\u2019exprime point le résultat d\u2019une démarche et d\u2019une prise de position commune.Il s\u2019agit tout au plus d\u2019une rubrique où signent à tour de rôle les membres du comité qui parfois s\u2019y bousculent comme à une espèce de jeu de la chaise musicale du bien-penser.Le comité de rédaction n\u2019a aucune consistance.C\u2019est un forum où chacun défend le champ de ses intérêts personnels et une liste de ses amis qui pourraient éventuellement signer quelques textes.Le copinage et la complaisance ont déjà laissé paraître quelques énormités.Nous reconnaissons, pour notre part, avoir manqué de fermeté à ces occasions.Quoi qu\u2019il en soit, nous estimons avoir atteint et largement dépassé les limites de ce qui nous apparaît être tolérable.Nous savons que tous, tant s\u2019en faut, ne partageront pas notre vision des choses.On nous rétorquera que la revue a publié quantité de bons textes.Rien de plus vrai.Mais justement le travail d\u2019une revue n\u2019est pas celui d\u2019un éditeur qui saurait tout aussi bien que Possibles publier de bons recueils de textes.Le travail d\u2019une revue se situe à un autre niveau.Or nous ne parvenons même pas à nous entendre sur la nécessité d\u2019aborder ce niveau où penser commence à signifier : être responsable.Nous estimons que les lecteurs de la revue ont le droit de savoir ce qui s\u2019y passe.Et c\u2019est pourquoi nous vous demandons de publier le présent texte dans le numéro actuellement en production (Et pourquoi pas l\u2019amour).Nous nous engageons, quant à nous, à assumer les tâches que nous avions coutume de remplir pour mener à terme le numéro.195 Possibles \u2014 Repenser l\u2019indépendance Nous savons désormais par expérience que nous formons deux groupes distincts.Nous concevons différemment l\u2019engagement, le travail intellectuel et le partage des tâches, toutes choses indispensables pour réaliser une bonne revue.Vaut mieux nous séparer : arrêter maintenant nous évitera bien des déchirements inutiles.Quant à nous, nous avons décidé de faire ailleurs ce qu\u2019il nous a été impossible d\u2019entreprendre à la revue.Nous croyons qu\u2019en toute justice, nous devrions séparer moitié/moitié les avoirs de la revue.Partageons ce que nous avons, ensemble, malgré tout, réussi à accumuler et que chacun puisse enfin travailler comme 1l l\u2019entend.Si, par ailleurs, vous n\u2019entendez pas poursuivre de votre côté l\u2019aventure de Possibles, nous osons espérer qu\u2019aucun esprit revanchard ne prévaudra et qu\u2019il nous sera permis de reprendre le nom et la charte de l\u2019actuelle revue.Nous restons, quant à nous, persuadés de la nécessité d\u2019une revue indépendantiste et autogestionnaire et nous entendons rester fidèles \u2014 ailleurs et autrement, s\u2019il le faut \u2014 aux grandes orientations qui ont donné naissance à Possibles.Nous vous proposons de réfléchir à ces propositions, de publier le présent texte et de nous rencontrer au moment qui vous conviendra le mieux.Il nous semble cependant réaliste d\u2019espérer régler le tout d\u2019ici la fin d'avril.Pour le plus grand bénéfice de tous.Et des valeurs que nous défendons.Avril 1983 Robert Laplante Roger Lenoir Andrée Fortin Jean-Pierre Dupuis Ont collaboré à ce numéro : Henri Beauchemin, sociologue, Université de Montréal ; Yves Beauchemin, écrivain ; Edouard Cloutier, politicologue, Université de Montréal ; Madeleine Gagnon, écrivaine ; Gérald Godin, écrivain, ministre et membre fondateur A de Possibles ; Diane Lamoureux, sociologue, UQAM ; ; Suzanne Martin, étudiante au département d'Etudes k françaises de l\u2019Université de Montréal ; gE Jean-Jacques Simard, sociologue, Université Laval.; Pour l\u2019illustration : Serge Lemoyne.Né en 1941.Depuis 1977, sa peinture i a eu pour theme le hockey, tout en adoptant une organi- Ë sation moderniste des couleurs bleu-blanc-rouge.Une exposition collective « 5 attitudes » en 1981 au Musée d\u2019art contemporain et une exposition individuelle « Super-Position » en 1982 à la galerie GRAFF de Montréal mettaient en lumière la situation majeure de cet A] artiste dans l\u2019actuel contexte artistique québécois ainsi FE que l\u2019importance de son travail pictural. PIV A À 7 A B= og Pg fH Voy \u20ac No {1 pe & RASA S ci et = D om REPERTOIRE DES PÉRIODIQUES CULTURELS QUÉBÉCOIS 1980/1981 = = = e Un travail sans emploi la société duale en question.N° 8-9, 55F.e Avez-vous vu passer la gauche ?N° 10,35F.e Les utopistes du m2 | mouvements et expériences d'habitat autogére.Eg N° 11, 35F.e Les passions pédagogiques écoles et lycées en mouvement.N° 12-13, 55F.e L'entreprise: du muet au pariant cercles de qualité, groupes d'expression, conseils d'atelier.N° 14, 37F Abonnement Individuel Institutions i (4 num./an) k France 130F 157F È Etranger 150F 200F Vente au numéro en librairie (distribution par Distique) A Demandes d'abonnement et de numéros à adresser à: M.Editions PRIVAT 14.rue des Arts 31000 Toulouse Prochain numéro : L\u2019éducation et la jeunesse Bulletin d\u2019abonnement Province Occupation Téléphone ci-joint un cheque (D Abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : $15.00 () Abonnement de deux ans (huit numéros) : $30.00 D Abonnement institutionnel : $25.00 () Abonnement de soutien : $25.00 O Abonnement étranger : $30.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 2S4 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada Les manuscrits des articles ou textes présentés à la revue peur fin de publication ne sont pas retournés à leur(s) auteur(s).Les articles parus dans la revue Possibles sont répertoriés dans RADAR (Répertoire analytique des articles de revues).ISSN : 0703-7139 La revue Possibles est membre de l\u2019Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCQ).Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec ENCORE DISPONIBLES Volume 1 numéro | : Spécial Tricofil ; Alfred de Vigny et le Québec ; Sciences sociales et pouvoir ; poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin 110 p.$3.00 numéro : Possibles Santé : Question nationale ; poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante ; Campagne électorale vue par Gérald Godin 154 p.$3.00 numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession ; De l'artisanat comme instrument de conquête ; Sur le renouveau de la musique traditionnelle 249 p.$5.00 Volume 2 numéro : Fer et titane : un mythe et des poussières ; Nouvelles perspectives du roman québécois ; La sociologie : nouvelle conception du social ; nouvelle de Jacques Brossard 142 p.$3.00 numéros 2/3 : Spécial Bas du fleuve \u2014 Gaspésie ; le pouvoir régional ; poème de Françoise Bujold 240 p.$6.00 numéro : Spécial Mouvements sociaux ; les syndicats ; Coopératisme et autogestion ; contribution d\u2019Alexis Lefrançois 151 p.$4.00 Volume 3 numéro | : Spécial : la ville en question ; à qui appartient Montréal ; poèmes de Pierre Nepveu 179 p.$4.95 numéro 2 : L'éclatement idéologique ; débattre, bâtir et rêver; La poésie, les poètes et les possibles (enquête) ; Paul Chamberland : La dégradation de la vie 159 p.$3.95 numéros 3/4 : Possibles spécial éducation ; Sur les chemins de l'autogestion : Le J.A.L.; poèmes de François Charron et Robert Laplante 292 p.$5.95 RR TOR RRR RS RR NR PC PC PR POI RC Volume 4 numéro | : Des femmes et des luttes Volume 5 numéro | : Qui a peur du peuple acadien ?numéro 2 : Élection 81 : question au P.Q.Gilles Hénault : d'Odanak à l'Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l'Irlande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles : témoignages, régions, autogestion ; Manifeste pour les femmes Volume 6 numéro | : Cinq ans déjà\u2026 Le risque de continuer L'autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro 2 : Abitibi La voie du Nord Café Campus Pierre Perrault : Éloge de l'échec numéros 3/4 La crise.dit-on Un « écomusé » en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 Numéro | : Les territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme : un rapport de force?Roussil en question(s) 207 p.$4.00 182 p.$4.95 157 p.$4.95 328 p.$6.95 177 p.$4.95 195 p.$4.95 274 p.$5.95 206 p.$4.95 Numéro 2 Québec, Québec A l'ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal t61 p.$ 4.95 ù Numéro 3 Et pourquoi pas l'amour 170 p.$5.00 NOM Verre re see eee nee a 000000000000 0006000000 Sa NO SA Gen CE 10 SU 0 00000010 E SCT C0 SE 0 100000000000 000000 Adresse M NN Ville NN Veuillez me faire parvenir le(s) numéro(s) suivant(s) : \"esse sr eee nets e ee ren 040 eme 0000 C AU ADO ES A0 RSC OU EE OS GEO 000 C 0000 M LOSC DS 00 U ATOS OUT 3000002 SCC GUUS Ci-joint un chèque tete rer see 0e na ea 0000000 u 000 mandat-poste \"ere ua r 000001608001 0 00000000 au montant de $ \"eos nero ur ee ee ur ae ere ue eee 0000000 000000000000 200 221002042001 O1 ES OU 2000000 D pi - J es ene a = ez cooper ras ce oo J Eo Pp.AT = = a _ Es = perse er ce se) cry p= otter Ri \u2014 J\u2014\u2014 ae messe ; 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