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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Printemps
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1984, Collections de BAnQ.

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[" possibles VOLUME 8 NUMÉRO 3 PRINTEMPS 1984 ER -285 if spray { UT ¢ brie fe de la modernité Le es et SR ce cos one one _.ra rs mre: Le or es = Sarpy = go rr = op Se ar Te Te ES ot er caw = ac CE try RE >.far Rarer sy Hel ego = mac ae So rs A es ar ae detre rss Les SEARS - \u2014\u2014 \u2014_ \u2014_\u2014 ae \u2014 \u2014\u2014 tata Ne possibles VOLUME 8 NUMÉRO 3 PRINTEMPS 1984 possibles B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal.Québec.H3S 2S4 Comité de rédaction : Rose Marie Arbour, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Roland Giguère, Gaston Miron, Marcel Rioux.Adjointe à la rédaction : Élise Lavoie Collaborateurs(trices) : Marie Bouchard, Francine Couture, Suzanne Martin, André Thibault La revue est membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCQ).Les articles parus dans la revue Possibles sont répertoriés dans RADAR (Répertoire analytique des articles de revues).Les textes présentés à la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionné par le ministère des Affaires culturelles du Québec.| | Montage et supervision graphique : Claude Poirier et Serge | Wilson | | Composition : Composition Solidaire Inc.; [ î Impression : Imprimerie l\u2019Éclaireur, Beauceville | ; Distribution : Diffusion Dimedia ï Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec D775 027 D Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada 1 ù ISSN : 0703-7139 à | |b © 1984 Revue Possibles, Montréal SOMMAIRE Éditorial Une culture de I'immédiat .Remarques sur une question de création Marcel Rioux .Pourquoi ?Pour qui?Jean-Pierre Lefebvre .Créer sans mythifier, diffuser sans diluer Marie-Hélene Cousineau, Francine Couture, Annie Desbiolles .Montréal est une féte / lettre d\u2019une Persane Lise Gauvin .0.0.« Nous irons en Baviere, mon amour » ou l\u2019engagement renouvelé Odette Gagnon .Tam-tam blanc André Thibault .Des femmes et des textes Louise Poissant .L'art comme événement « Rose Marie Arbour .13 25 41 55 63 73 83 Corps-raccords Reynald Connolly .95 En quéte de la modernité Anne-Marie Alonzo, Yves Beauchemin, Claudine Bertrand, Jacques Brault, Gaétan Brulotte, Paul Chamberland, Francois Charron, Francine Déry, Lucien Francoeur, Madeleine Gagnon, Jacques Godbout, Francois Hébert, Gilles Hénault, Jean Jonassaint, Suzanne Lamy, Monique LaRue, Serge Legagneur, Robert Melançon .113 SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION Graff, presque vingt ans Marcel Fournier .167 COURTEPOINTES ET POINTES SECHES .181 Sur la page couverture : Anonyme de Reynald Connolly, graphite sur papier (1983) Une culture de l'immédiat En panne, la création au Québec ?Croyez-le ou non, c\u2019est à partir de cette question que nos discussions ont commencé.Parce qu\u2019on avait du mal à fixer, identifier, donc figer les tendances du contemporain.On parla longuement d\u2019institutionnalisation, de corporatisme, d\u2019internationalisation, etc.Mais sitôt après l\u2019inventaire des « ions » et des « ismes », on se mit à tourner en rond joyeusement.Et la création ?Préférant la promenade pédestre aux vues trop générales des survols en hélicoptère, certains d\u2019entre nous se mirent, résolument, à l\u2019école du spectateur (Arbour, Gauvin, Thibault).D\u2019autres interrogèrent les artistes (Cousineau, Couture, Desbiolles), les oeuvres (Poissant), le fonctionnement des groupes (Fournier).À cela s'ajoutent deux témoignages de créateurs (Lefebvre, Gagnon) qui, pendant une cuisson d\u2019épinards ou au retour d'un film, revoient leur parcours et reposent la question de l\u2019engagement, la remettent en perspective.5 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Pour clore ce « dossier », les réponses à une enquête menée auprès des écrivains sur la notion de « modernité ».Ce qui résulte de ces opérations diverses et multidirec- tionnelles nous a paru d\u2019une étonnante convergence.Convergence qui tient, précisément, à l\u2019éclatement des catégories.Le refus du linéaire, du construit, l\u2019attention donnée au collage, à l\u2019hétéroclite, au fragment, le mélange des genres associé à la citation, la reprise, sont des éléments que plusieurs ont repéré comme allant de pair avec un désir de chercher la complicité du spectateur ou du lecteur par le biais de l\u2019humour, de la parodie, du récit, voire du sentimental.Serait-ce la fin du mythe de l\u2019artiste maudit ?Le créateur d\u2019aujourd\u2019hui a choisi d\u2019intégrer le public à sa recherche en l\u2019amenant à s'intéresser directement aux moyens de production et de réception de sa pratique.Art « documentaire »?Art de « travestissement » ?D\u2019« assemblage » ?Culture de l\u2019immédiat, dirais-je à mon tour pour tenter de rendre compte du phénomène.Culture de l\u2019immédiat en ce qu\u2019elle privilégie l\u2019événementiel, le quotidien, le pacte.En ce qu\u2019elle refuse le définitif et le fixe et revendique l\u2019éphémère comme garant du jeu.En ce qu\u2019elle participe, au Québec et ailleurs, de la difficulté de voir plus loin qu\u2019hier et aujourd\u2019hui.En ce qu\u2019elle nie toute étiquette et même celle de post- modernisme qui repose sur \u2014 et suppose \u2014 une historicité.En littérature, où plusieurs tendances coexistent, notamment dans les textes de femmes, la notion de modernité participe elle aussi de ce déplacement continuel et de cet éclatement symptomatiques de l'héritage au présent.Créer le ou au Québec ?C\u2019est là évidemment une \u2014 autre \u2014 question piégée, qui revient pourtant comme une inquiétude récurrente ou une référence implicite dans plusieurs textes.Marcel Rioux montre la liaison dialecti- 6 Éditorial que des deux termes et ajoute que « les libertés que l\u2019on veut, il faut les prendre sans autre forme de procès ».On ne trouvera donc dans ce numéro aucune évidence, ni aucun système.Seulement une suite de propositions de lecture, de coïncidences et d\u2019interrogations liées à des itinéraires ponctuels.Lise Gauvin pour le comité de rédaction f + 7 Ki Re Er DE AT , M D \\ \u2018+ v Ï I Mn i ei pi Kt Rt BH Ji It I Ki: iN a BH 4 2 0 om _ ee = \u201cry roy en ayers - = race pr ihe rqexemndiohes races rag Fe es 5 re Bowens.is I= res na mr dress 5 Rishon Pres re pons Se Baan Marcel Rioux Remarques sur une question de création Je ne vois pas d\u2019antinomie entre créer le Québec et créer au Québec.Au contraire, je serais tenté de voir une espèce de liaison dialectique entre les deux propositions ; en effet, on peut penser que créer au Québec favorise la création d\u2019une autre société et que cette dernière encouragera la création dans tous les domaines.C\u2019est peut-être là une vue utopique de la réalité, particulièrement en ce qui a trait à la réciprocité entre les deux types de création.Il est, en effet, possible qu\u2019une société compte bon nombre de créateurs que l\u2019état de leur société laissera indifférents et qui seront même rébarbatifs à l\u2019idée d\u2019engagement telle que Sartre la défendit sa vie durant ; en revanche, existent des réformateurs politiques qui n\u2019auront cure des créateurs, les estimant frelons plutôt qu\u2019abeilles.Quoi qu\u2019il en soit, il m\u2019apparaît que la création d\u2019une autre société et la création à l\u2019intérieur de son pays sont liées théoriquement et que si dans la réalité elles semblent ne pas l'être, il faut examiner plus avant la nature particulière des sociétés où la dissociation entre les deux 9 el er Pr ARTS A AT Possibles \u2014 1984 : créer au Québec types de création se manifeste ; il faut noter bien vite que dans la très grande majorité des pays, l'indépendance est acquise depuis longtemps et que « créer » dans ces pays s\u2019impose davantage que de « créer ce pays » parce qu'il est déjà là, assuré de son espace et de son être.Rien n\u2019est moins sûr que l\u2019on puisse créer un pays par décret ; s\u2019il y a aujourd\u2019hui un Québec, bien en chair et dynamique, on le doit aux Québécoises et aux Québécois qui, à travers les siècles, l\u2019ont créé, ne fut-ce souvent que dans leur humble vie quotidienne.Ceux qu\u2019on appelle les créateurs se sont appuyés sur ce que l\u2019on pourrait désigner comme l\u2019« ordinaire » pour le dépasser et ainsi l\u2019ennoblir.De sorte qu\u2019on pourrait fort bien dire : créer au Québec tout en créant le Québec.Shakespeare et Racine procèdent tout autant de leur culture nationale qu\u2019ils l\u2019ont enrichie et créée.Ici, Miron et son oeuvre illustrent la relation dialectique entre pays et création.Je ne suis pas sûr qu\u2019il faille jeter la pierre aux créateurs d\u2019ici \u2014 j'entends tous les créateurs, sur quelque plan que ce soit \u2014 qui font comme si le Québec était formellement et juridiquement libre et créent dans les domaines où ils oeuvrent.« En attendant Godot » n\u2019a jamais fait avancer quoi que ce soit.Si le gouvernement du Québec agissait comme s\u2019il était libre de toute entrave politique \u2014 ce qu\u2019il a fait à quelques reprises \u2014 peut- être ferait-il davantage avancer les choses ; quitte à laisser les roquets se déchirer devant les tribunaux.Les libertés que l\u2019on veut, il faut les prendre sans autre forme de procès ; autrement, se crée une mentalité de mendiant que les dominants n\u2019aiment rien tant.Il est des domaines où l\u2019esprit dit cartésien joue de mauvais tours ; peut-être faut-il assaisonner d\u2019un peu de pragmatisme anglo-saxon pour lequel les précédents et le fait accompli comptent davantage que le document, réglé comme du papier à musique ; les plus belles constitutions sont celles qui de nos jours sont le plus allègrement violées.10 Remarques sur une question de création Cela dit, il me semble que depuis deux ou trois décennies, le Québec a conquis quelques bons sièges et plusieurs strapontins sur le plan international, et ce, dans presque tous les domaines.S\u2019il eut été libre, peut-être se serait-il affirmé davantage, j'en conviens, mais l\u2019essentiel c\u2019est d\u2019être libre dans sa tête et dans ses actes, plutôt que sur papier.Bien sûr, les choses étant ce qu\u2019elles sont et le droit des gens étant ce qu\u2019il est, il vaudrait mieux que la liberté formelle et la liberté réelle coïncidassent mais me semble-t-il, le « faber est quisque fortunae suae » de Salluste s\u2019applique tout autant au niveau collectif qu\u2019individuel. oo A PR Lee A a PP pa PP a i\u201d i Fo Jean-Pierre Lefebvre Pourquoi ?Pour qui?La création c\u2019est comme les épinards.Au point de départ, ils remplissent une casserole jusqu\u2019à en déborder.Après quelques minutes de cuisson, leur volume est d\u2019au moins cinquante fois moindre.C\u2019est \u2014 un peu, beaucoup, passionnément \u2014 l\u2019histoire de cet article, allant de neige en dégel à l\u2019instar de ce mois de février.Peut-être parce qu\u2019à trop vouloir, à trop éprouver la nécessité de faire le point de quelque chose, d\u2019une situation, d\u2019une, de plusieurs vies, on perd le sens de la périphérie, de la pelure des êtres, des choses, des sentiments.Parce que, d\u2019autre part, dès qu\u2019on pense avoir clairement et directement appréhendé, compris et démontré quoi que ce soit, le soleil a bougé, les ombres se sont allongées, et, conséquemment, le regard, la vision qu'on en a.Voila, au reste, la différence entre l\u2019Économie (donc la Politique) et la Création (donc la Culture).Ne me reste plus, devant les nécessités qui me pressent, dont le « deadline » de cette revue, mais auxquelles le cinéma des moyens minimum m\u2019a habitué, ne me reste plus qu\u2019à tendre vers la « scénarisation », le montage, le collage.et vous proposer de faire votre (notre) propre histoire.13 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec MOTEUR Mon premier film, THOMOMAN, en 1964, s\u2019ouvrait par cette phrase inscrite sur l\u2019écran : « IL EN AVAIT ASSEZ ».Vers la fin de mon tout dernier film, LE JOUR « S.», Jean-Baptiste dit : « La pire chose qu\u2019on puisse nous faire, c\u2019est de nous empécher de réver.» Et Claire d\u2019enchainer : « .ou de nous forcer a réver a la même chose.» Vingt ans se sont écoulés.Pour vous autant que pour moi.Entre la (le) Politique et la Culture, que s\u2019est-il passé ?Plan très grand ensemble : le continent nord américain.Plan d\u2019ensemble (?) : le Canada (Hollywood North).Plan américain (?) : le Québec.Gros plan : le cinéma d\u2019ici (d\u2019où ?).Résumé de l\u2019histoire : le film (mais impossible de dire si c\u2019est un documentaire ou un film de fiction) raconte la quête d\u2019identité d\u2019une jeune nation en proie à la dépossession, au narcissisme et aux brusques changements de température.Nous en avions assez?.De quoi?.Flash back (c\u2019est-a-dire « retour en arriere », comme nous le faisons de plus en plus au Québec) : pendant quelques siècles, en Nouvelle-France, régna la Pensée Symbolique Religieuse, à ce point qu\u2019elle tint lieu de code civil.Les rares dissidents durent se battre sur le même terrain, durent contrevenir aux « commandements » de 14 Pourquoi ?Pour qui?Dieu-1'Etat, pratiquer I'anarchie morale, sociale.esthétique jusqu\u2019au « refus global ».parfois jusqu\u2019a la folie, sinon le suicide.Mais vint la télévision et l'explosion mondiale des communications ! Le grand changement des trente dernières années, le voilà : le monolithisme de la Pensée, des Bibles (celles de l\u2019Église, de Marx, de Sartre.) s\u2019écroule.Le monde n\u2019a pas (n\u2019a pas pu) étre créé en six jours, le socialisme et le capitalisme sont (devinrent) les deux pôles d\u2019une méme Politique alternative.Puis (.faites une pause de dix ans) l\u2019Ordinateur vient quantifier et confronter les Connaissances.Résultat : la Mémoire perd le sens de sa propre relativité et, ainsi, de l\u2019interprétation symbolique qui la caractérisait.Par la force des choses, le Québec passe lui aussi (mais plus facilement que le Tiers Monde, par exemple, moins techniquement équipé) de la révolte « poétique » (principalement littéraire) aux représentations \u2014 revendications \u2014 RÉALISTES, c\u2019est-à-dire aux images parlées.Nous pouvons enfin toucher de l'oeil et de l\u2019oreille des gens (nous-mêmes) et un territoire (pays ?) jusqu'alors bien dissimulés derrière le Ti-Pop sulpicien (art et la pensée) aussi bien que le goût du martyre de la gauche (?) jésuite de l\u2019Église catholique.Ce qui est plus : non seulement nous sommes RE- PRÉSENTABLES, mais encore PRÉSENTABLES.Ainsi, à partir de 1956, paralèllement au froid et politique documentaire (de propagande) de l\u2019Office national du film, se développent le « candid eye », puis le cinéma direct, puis le cinéma-vérité qui vont bientôt aboutir à une « dramatique » jonction, celle du Chat dans le sac (Gilles Groulx) et À tout prendre (Claude Jutra), qui sont essentiellement des films d\u2019aveux personnels.Toute société est constituée d\u2019un ensemble d\u2019individus.qui en viennent, un jour ou l\u2019autre, à se demander pourquoi la société qu\u2019ils composent leur ressemble ou pas.15 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Créer pour qui\u201d?Pourquoi ?La création, par essence, n\u2019est pas rationnelle.Elle naît spontanément de l'ÉMOTION, cette dernière étant l\u2019expression plus ou moins consciente de l\u2019instinct de survie, lequel instinct se nourrit à deux sources majeures : l\u2019expérience des autres (voir quelqu\u2019un se brûler et ne pas vouloir, pour soi, répéter cette douleur) et la sienne propre (se brûler soi-même et en expérimenter la douleur).Pourquoi suis-je négatif ?pourquoi est-ce que je parle d\u2019abord de la « douleur » ?.Car, à la base, c'est le plaisir, complément direct de la nécessité, qui motive foncièrement l\u2019être humain, qui propulse l\u2019enfant dans une découverte aventureuse de la réalité, ramper, grimper, marcher, communiquer.jusqu\u2019à ce qu'il éprouve certaines limites de cette aventure, dont la douleur, quand il tombe, ou ne peut communiquer.Quoiqu\u2019il en soit, l\u2019un (« one », soi, nous) apprend très très tôt que toute survie ne peut être que collective.La création est donc un geste instinctif posé par un individu afin de s'intégrer à un groupe (une collectivité, une société) auquel il veut, doit appartenir s\u2019il veut survivre.Un geste prédéterminé (mais non pré-médité) dans la seule mesure où la vie se développe selon des coïncidences-lois biologiques qui se répètent.Ainsi, à l\u2019origine, le cinéma québécois ne fut d'aucune manière pré-médité.Il naquit de I\u2019 Émotion et du Plaisir d\u2019être un miroir, un prolongement du moi et, peu à peu, du nous.Il naquit également de l\u2019émotion et du plaisir de JOUER avec ces objets « miraculeux » qu\u2019étaient les nouvelles caméras insonorisées (l\u2019Éclair) et les magnétophones portatifs (la Nagra).On a toujours sous-estimé ce dernier aspect, celui de l\u2019'OUTIL, qui, à travers les âges, a déterminé de nouveaux comportements, qui, à leur 16 Pourquoi ?Pour qui ?tour, ont conditionné la fabrication de nouveaux outils (pensons à l\u2019automobile, à l\u2019avion.).Je prétendrais même qu\u2019on pourrait interpréter le cinéma québécois (ou les cinémas québécois) selon le type et le coût des instruments utilisés.Sans l\u2019Éclair et la Nagra, nous en serions restés à l\u2019âge du savon de « Aurore l\u2019enfant martyre ».Mais il y a beaucoup plus.Ces outils, enfin à (la) portée d'hommes et de femmes, eurent un autre pouvoir magique : dégager le créateur du poids de son unique conscience créatrice, laisser, enfin, après la traversée tourmentée du monolithisme de la pensée, laisser les hasards se multiplier, la vie faire son chemin (.jusqu\u2019à, parfois, l\u2019illusion que ces hasards représentent la vie, objectivement.Comme si le miroir de la réalité pouvait « être » la réalité !) Deuxième flash back : donc, au début des années 60, cette « dramatique » jonction des genres.Ces premiers « aveux » presque réels (comme les images du train qui entrait en gare, de Lumière, qui, les images, faisaient reculer les spectateurs sur leur siège, au début du siècle).Adolescence ?.Oui, si vous me permettez.« MAIS À QUI DOIS-JE, VAIS- JE RESSEMBLER ?À mes ancé- tres, à moi-même.ou.a celles et ceux que je vois sur les écrans ?Vais-je, à 16 ans, me faire arracher les dents pour les remplacer par une prothèse dentaire impeccable comme une telle et untel dans tel film?.Il y en aura qui s'accepteront tels qu\u2019ils sont (cinéastes et créateurs).Et d\u2019autres qui vont « se faire une personnalité » universelle, c\u2019est-à-dire commerciale.Pour me rafraîchir la mémoire, je viens de consulter « Canadian Feature Films 1964-1969 » publié par l\u2019Institut canadien du film.Faites vos jeux : combien de longs métrages furent tournés au Canada pendant cette période ?.109! Oui, cent neuf.Savez-vous qui est Jean Martimbaud ?Avez-vous vu « Zorstoki switanki » tourné en ukrainien par John Krasny ?Quel comédien français 17 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec fut l\u2019interprète principal de « Yul 871 » tourné par qui?Et Coopératio, ça vous dit quelque chose ?Mais je pourrais tout aussi bien vous demander quels sont les films que j'ai tournés à la même époque ?Avez- vous déjà vu « L'arroseur arrosé » ?(Non, ce n\u2019est pas de moi.) Depuis vingt ans, j'ai toujours soigneusement évité de situer mes films dans l\u2019ensemble du cinéma québécois (ce qui m\u2019a peut-être soulagé du poids de ma conscience créatrice !.).Non seulement pour ne pas être juge et partie, mais encore davantage parce qu\u2019il est extrêmement difficile de prendre ses distances par rapport à ces « objets d\u2019émotion et de passion ».Ainsi, en 1973, on organise, en France, une rétrospective de mes dix premiers films.Je me cale dans mon siege.et commence a rougir petit a petit.Ouff! si les gens voient vraiment ce qu'il y a la-dedans ! .Mais aussitôt de me rassurer : si toi qui les a faits (avec d\u2019autres) commence a peine a les voir, a les interpréter en profondeur, alors les autres peuvent bien.Ceci dit pour appuyer plus que fortement sur l'aspect non rationnel (donc instinctif) de la création.à tout le moins avant la maternelle et l\u2019école, avant que le Politique (l\u2019Économie) ne stabilise, prémédite le Culturel (la Création).Ceci pour affirmer que la création devance le créateur et son milieu de la même manière que le son au moment où un avion en traverse le mur.Et que c\u2019est alors que l\u2019on pénètre dans la dimension de l\u2019'IMAGINAIRE.\u2026.cette musique de l\u2019inconscient.\u2026 de l\u2019instinct de survie.Le cinéma de cette « dramatique » jonction des années 60 bénéficie de la tolérance paternelle et confuse de l\u2019ONF.Groulx (avec Le Chat dans le sac), Carle (avec La Vie heureuse de Léopold Z) transforment des courts métrages documentaires en dramatiques.Plusieurs années plus tard, Jacques Leduc fera de même avec On 18 Pourquoi ?Pour qui?est loin du soleil.Mais je m\u2019en veux de ne pouvoir mentionner que le nom des auteurs de ces films.Car la « tolérance » de cette époque provient d\u2019une euphorie collective.Exemple : toute l\u2019équipe du Chat dans le sac, Jacques Bobet, le producteur, Jean-Claude Labrecque à la caméra, Claude Godbout, Barbara.TOUTE LEQUIPE est l\u2019auteur du film.Et tout le peuple québécois sera l\u2019auteur de son destin, croirons-nous, ou certains d\u2019entre nous, parce que, sur le terrain, parfois, cela est possible.Par ailleurs, autour du Festival international du film de Montréal, se nouent de nombreuses amitiés entre des cinéastes d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Nous regardons nos-leurs films, faits à des milliers de kilomètres de distance les uns des autres.Etonnement : les sujets se recoupent, l\u2019écriture en est souvent similaire.On y retrouve parfois même des scènes presqu\u2019identiques.Et la critique, très souvent, de prétendre que « nous » (bien sûr colonisés) avons plagié les autres.Ces coïncidences, ironiquement, paradoxalement, nous donnent un fort sentiment d\u2019appartenance universelle au moment où la fièvre nationaliste gagne le Québec ! Autre ironie : nos films, nous dit-on, ne passeront pas la rampe du pays ! Faux ! Jamais, par la suite, dans les années 70, autant de nos films auront une sortie en salle à l\u2019étranger, et cela avec un succès critique aussi considérable.L'enfance sauvage tire toutefois à sa fin.1968 : il faut rentrer à la maternelle, c\u2019est-à-dire la Société de développement de l\u2019industrie cinématographique canadienne (organisme fédéral).Au même moment où, enfin, la censure québécoise se libéralise et va rendre possibles les premiers \u2014 et les seuls \u2014 très grands succès commerciaux du cinéma québécois : Valérie (Denis Héroux), Deux femmes en or (Claude Fournier) et Les Mâles (Gilles Carle).Si pour nous, a la fin des années 50, la vraie « révolution » avait été de nous retrouver sur les bancs 19 ee Possibles \u2014 1984 : créer au Québec de l\u2019université en compagnie de filles ou de gars, cela après huit ans de ségrégation nous obligeant même à nous travestir sur la scène, pour le grand public ce fut l\u2019accession aux fantasmes universels.Les images pieuses cohabitent, ou font place, au center-fold de Playboy.La culpabilité survit, bien entendu, mais les lois du marché, du commerce, percent rapidement le bouclier de la morale, comme les lois de l\u2019Economie percent le bouclier de la Culture.(Par exemple, là où j'habite à la campagne depuis 20 ans, cela fait à peine 15 ans que l\u2019on peut trouver une certaine littérature érotique, et six mois que, via deux vidéo-clubs, le « hard-core » fait fortune.) PLACE COMMERCIAL HERE : Du passé, de l\u2019enfance sauvage, de « notre » époque primitive, je parle sans aucune espèce de nostalgie, mais simplement pour essayer de comprendre ce qui s\u2019est passé en moi et en nous.et, conséquemment, ce qui ne se passe plus, et pourquoi.Il y a 30, 20 ans, nous avions, nous les élus de l\u2019éducation.l\u2019avenir devant nous, étant très peu nombreux, d'une part, à accéder aux « professions professionnelles », et ne nous posant pas, d'autre part, de questions angoissées par rapport à ce même avenir, par rapport au marché du travail, la pollution, la robotisation, le nucléaire\u2026 Comme la majorité des gens de ma génération, je crois, j'ai vécu la révolution tranquille avec autant de plaisir et d\u2019innocence qu\u2019un voyage organisé a Acapulco.Le voyage-aller, en tout cas, car le retour, le ressac, eh bien\u2026 Tiens, j'aime bien cette image : il y a dix ans, rien n\u2019était plus agréable que de s'envoler, au mois de février, vers la France, dans un 747 presque vide.Depuis, les choses ont bien changé.Le Système, qui lui aussi ne se posait pas de question par rapport à son avenir, a dû se réorganiser complètement.Remplir ses avions à pleine capacité.Et ses universités.Et ses chaînes de télévi- 20 a Pourquoi ?Pour qui ?sion\u2026 Rentabiliser, concrètement ou intellectuellement : that is the answer to the problem.Après le plaisir, l\u2019euphorie, le sentiment d\u2019apparte- Lu nance à une nation et au monde entier simultanément ; 4 après la poussée de l\u2019instinct de survie et la traversée du bi mur de l\u2019imaginaire, ce fut, pour moi comme pour beau- i coup beaucoup de gens au Québec, ce fut le retour d\u2019Aca- A pulco.Vingt cinq sous zéro, la neige, le froid.Le retour au travail, donc aux lois de l\u2019économie.Donc ne plus faire l\u2019amour en dehors des heures ouvrables, c\u2019est-à-dire faire des films à l\u2019intérieur des lois du marché.Mais comme le marché ne nous appartient toujours pas\u2026 Alors quoi?Abandonner ?Par désespoir ?(« Rien a faire.») Par dégoût ?(« J'ai tout essayé mais.») Ou sinon continuer, mais pourquoi ?C\u2019est vers 1975 que j'ai commencé a m\u2019interroger sur le sens réel de la création, et de ma création.Le créateur est-il un malade, un monstre, un inadapté, un anarchiste ?Y a-t-il quelque utilité à écrire des livres, faire des poèmes, des chansons, des tableaux, etc., ICI, en cette « réserve » qu\u2019est le Québec sur le continent nord-américain ?La réponse mit cinq ans à venir (surtout que /e politique québécois avait mis sur une voie de garage /e culturel qui lui avait donné une grande partie de sa crédibilité).Elle provient essentiellement de cinq ans d\u2019expérimentation intensive dans les domaines de la perception et de la représentation tant visuelles qu\u2019auditives, mais encore davantage de l\u2019observation attentive du pouvoir créateur des enfants.En résumé, il m\u2019est apparu que l\u2019enfant traversait trois phases créatrices majeures.21 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec La première : celle du scribouillage.Barbouiller cahiers, murs, toute chose, comme pour prendre possession de l\u2019Espace qui l'entoure.La seconde : celle de la représentation symbolique d\u2019éléments d\u2019une part mouvants (soleil, animaux, humains), d'autre part stables (maison, objets.).Il s'agirait en quelque chose d\u2019une prise de conscience du Temps.Mais la ressemblance entre le modèle et la représentation n\u2019a aucune importance.La troisième : elle va survenir avec l'apprentissage que l\u2019enfant fait, à l\u2019école, des sciences exactes, des mathématiques, de la grammaire.Une auto (le dessin- représentation) doit un jour ressembler parfaitement au modèle, une poupée à une poupée, une maison a « sa » propre maison.Sinon, l\u2019enfant peut même se facher.ou, comme dans la majorité des cas, abandonner toute forme de création parce que ne pouvant reproduire « exactement » la société qui l\u2019entoure et à laquelle il doit s'intégrer pour survivre.C\u2019est l\u2019étape du réalisme.(Et surviendra parfois une quatrième étape, celle de l\u2019hyper-réalisme, celle de la représentation absolue du modèle.) Tout cela est bien schématique, et empirique.Mais tout cela m\u2019a fait comprendre que la création est un geste normal et nécessaire parce que provenant de l'apprentissage le plus primaire et primitif que nous faisons de l'existence : celui des SENS.De la même manière, cela m'\u2019a fait comprendre l\u2019évolution de notre et de mon cinéma (ou leur régression, cela dépend du point de vue que l\u2019on en a, politique ou culturel).22 Pourquoi ?Pour qui ?Voilà ce que mon petit ordinateur inscrirait sur l\u2019écran cathodique : 1956-60 : période-scribouillage, prise de possession de l\u2019Espace québécois.1960-68 : période symbolique, interprétation du Temps (de l\u2019Histoire) du Québec et des Québécois.1968-75 : Apprentissage progressif du réalisme, tant au niveau du contenu (le sujet) que du contenant (la production).1975-82 : Période d\u2019amertume, d\u2019abandon, chez les créateurs, parce que, d'autre part, resserrement de toutes les structures de production (ONF, SDICC, Institut québécois).1982.: Hyper-réalisme ?Vers un produit-culturel parfaitement conforme aux modèles rentables ?\u2026 Vous est-il encore possible de suivre l\u2019histoire, celle de ce texte, la vôtre, la notre ?Donc, Jean-Baptiste dit : « La pire chose qu\u2019on puisse nous faire, c\u2019est de nous empêcher de rêver.» Et Claire d\u2019enchainer : « .ou de nous forcer à rêver à la même chose.» Ca veut dire quoi au juste ?.Que la création, si de par son origine, l\u2019émotion, nous entraîne au-delà du boum de l\u2019imaginaire (cette musique de l\u2019inconscient), que la création, lorsque quantifiée et préméditée par l'Economie (le Politique) devient le « documentaire » d\u2019une société ou même d\u2019une civilisation : la reproduit telle qu\u2019elle a été (c\u2019est le passéisme actuel du cinéma québécois) ou telle qu\u2019elle est (c\u2019est la conformité aux modèles).MAIS NE VA PAS PLUS LOIN.Ne forge aucun avenir, ne découvre aucune grotte nouvelle, devient un produit au même titre que tout autre, conserve ou automobile.OU EST LE HAPPY END?.Sais pas.Mais les épinards sont cuits.J'ai pioché pendant de très longues semaines sur cet article.Pourquoi?Pour qui?23 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Le plus étrange, c\u2019est que le sujet de mon premier brouillon m\u2019a servi à allumer le poêle.Mon « moi » de quarante-deux ans s'en donnait à coeur joie.Il a « réduit », tant mieux, dans la grande casserole des préoccupations collectives.Instinct de survie ! \u2026 Si par ailleurs, Julien Green a déjà dit que le créateur parle pour celles et ceux qui ont été tenus au silence, ou n\u2019ont simplement pas eu l\u2019occasion de parler, je partage pleinement cette affirmation de Jean Renoir : « On ne se raconte bien soi-même qu\u2019en racontant les autres.» De la même manière que nos enfants nous apprennent qui nous sommes.24 Marie Hélène Cousineau Francine Couture Annie Desbiolles Créer sans mythifier, diffuser sans diluer Sans mouvement ça bouge ! « Individualistes », « non-engagés », c\u2019est ainsi qu'on qualifie les jeunes artistes aujourd\u2019hui.Il n\u2019y a qu\u2019à se souvenir des propos échangés lors du débat « Borduas, mythe ou actualité » tenu à la galerie Graff l\u2019automne dernier.Le titre de cette rencontre confirme l\u2019intérêt actuel porté à la « jeune génération ».Pourtant aucune analyse n\u2019a vraiment été tenue, pourquoi ?Ce malaise réel qu\u2019on sent de la part des « observateurs » provient sans doute d\u2019un fait simple : ils ne connaissent pas ces nouveaux artistes.Cela tient à plusieurs raisons.Ces artistes, nouvellement entrés sur la scène artistique, sont avares de discours et \u2014 ce qui va de pair \u2014 se méfient de toute forme de regroupement.Ainsi « Fusion des Arts », le « Zirmate », ou encore les « Horlogers du nouvel âge » apparaissent bien dépassés.On assiste plutôt aujourd\u2019hui à un regroupement d'oeuvres individuelles comme on a pu le voir cet automne avec « Entre la magie et la panique », au Musée d\u2019art contem- 25 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec porain, « Art et Écologie », événement thématique auquel participaient plusieurs régions, « Actuelles 1 » et les productions féminines, ou bien encore, en ce moment, les dimanches soirs des « Foufounes électriques » avec les « 3 x 4 ».Ainsi peut-on comprendre les difficultés que rencontrent aujourd\u2019hui, critiques comme théoriciens de l\u2019art, de produire un discours sur des artistes qui ne se revendiquent collectivement d'aucune position idéologique particulière.Leur regroupement ne se fait pas autour d\u2019un discours politique.Est-ce à dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019engagement, ou sommes- nous acculés à définir autrement l\u2019engagement et par là le politique ?Il est bien certain que cet article ne pourra pas faire le tour d\u2019une question si vaste.Il s\u2019agit pour nous de rendre compte, avec l\u2019aide de cinq artistes interviewés, d\u2019une attitude nouvelle de la jeune génération dont ils font partie.Cela part de la conviction qu\u2019il se produit actuellement une remise en question active et pratique (et non exclusivement théorique) de la relation de l\u2019art et du politique et du rôle social de l\u2019artiste.Par là, nous avons affaire à un type nouveau d\u2019engagement que nous tenterons de caractériser.Les réflexions que mènent les artistes, qui ont entre vingt et trente ans, aujourd\u2019hui, se concentrent, nous le verrons, non pas sur les objets qu\u2019ils produisent, mais sur la diffusion de ceux-ci.Avec des mouvements comme \u2014 entre autre \u2014 l\u2019art pauvre, l\u2019art conceptuel, le « langage art », c\u2019était l\u2019oeuvre qui était investie d\u2019un pouvoir critique.Aujourd\u2019hui il semble que l\u2019objet ne soit pas conçu pour ne remplir qu\u2019une fonction que l\u2019on pourrait qualifier de didactique.Ainsi l\u2019analyse formaliste, comme la lecture exclusivement sociologique, sont contraintes au silence par inadéquation.L'oeuvre semble 26 Créer sans mythifier.vouloir échapper à toute catégorisation par son caractère hétéroclite.La multiplication des revues d'artistes rend compte de ce phénomène.Ainsi depuis deux ans on peut lire Xcete- ras qui ne comporte aucun commentaire critique, et, depuis l\u2019automne dernier, la revue Numéro, qui vient de sortir en mars son second numéro, comporte exclusivement dix oeuvres originales d'artistes.Le recrudescence des associations d\u2019artistes (dont la revue Parallélogramme se fait l\u2019écho) participe de ce regroupement dont le but avoué est d\u2019être plus efficace sur la scène nationale comme internationale.Nous touchons là à un point important pour comprendre l\u2019engagement actuel des artistes : leur référence constante à la scène internationale.Alors qu\u2019il y a à peine une dizaine d\u2019années seuls les artistes « arrivés », les galeries privées et les institutions se préoccupaient d'échanges internationaux, c\u2019est aujourd\u2019hui l\u2019objectif numéro un des jeunes artistes comme des nouveaux espaces d\u2019expositions.Ainsi le milieu dit « parallèle » ne l\u2019est plus guère dans sa définition traditionnelle.Alors qu\u2019est-ce que serait aujourd\u2019hui « l\u2019alternative » ou plutôt une attitude progressiste en art?Il semble qu\u2019elle se joue sur deux niveaux qui paraissent a priori contradictoires avec d\u2019une part une volonté d\u2019intégration, en travaillant à une diffusion plus large, et d\u2019autre part une volonté critique en se gardant d\u2019une « dilution » des objets.L'artiste, par le type d\u2019objet qu\u2019il produit, travaille autant à renouveler la pratique artistique (par l\u2019introduction de nouveaux médias par exemple) qu\u2019à transformer et à interroger son mode d\u2019insertion dans la société (par le mode de diffusion généré par ces nouveaux médias notamment).Les graffiti, les travaux multi-médias ou encore les peintures exécutées en une heure (les 27 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec « 3 x 4 » des Foufounes) ou en trois semaines à la galerie de leur exposition (Joseph Branco en mars à Motivation V) en sont des exemples.C\u2019est ainsi que les jeunes artistes semblent en demande d\u2019un nouveau public mais aussi d\u2019un autre type de diffusion comme de diffuseurs.En cela, paradoxalement, ce sont les artistes qui nous renvoient la question de notre propre engagement, à nous qui réfléchissons sur l\u2019art, avec une interrogation simple : que faisons-nous pour leur diffusion et la compréhension de leur travail ?Si les artistes cherchent à affirmer leur désir de créer au-delà de tout dogmatisme, cela ne veut pas dire pour autant qu\u2019au nom de la création tout leur paraît acceptable.Ils restent vigilants au processus d\u2019idéologisation propre au système.La lecture suivie des revues les aide à se situer et leur permet ce point de vue critique.Ainsi s\u2019ils se démarquent de ce que l\u2019on a appelé l\u2019avant-garde, ils ne retiennent pas non plus le terme post-modernisme qui rete ambigu (il suppose une linéarité de l\u2019histoire).Là encore la critique serait-elle à côté de la plaque ?N'est-ce pas à elle qu\u2019il serait nécessaire actuellement de poser la question de l\u2019engagement ?Une réponse est donnée, c\u2019est celle d\u2019Alin Avila : Les artistes attendent de nous que nous montions des événements capables de les aider à vivre.Je crois que mon propre engagement dans la peinture est à long terme il s\u2019agit de mettre en place des structures de telle sorte que les choses puissent avancer.Mais s\u2019il n'y a pas de solutions entièrement globale : les associations ne sont pas la fin des galeries, ni celle des critiques et des revues d\u2019art dont on aura toujours besoin a condition qu\u2019ils s'engagent '.| A.Avila.« Une \u201cnouvelle\u201d nouvelle génération ».Opus International.n° 86, année 1982.p.9.28 Créer sans mythifier\u2026 Pouvoir créer sans mythifier, diffuser sans diluer, c\u2019est peut-être cela le propre de l\u2019engagement des artistes aujourd\u2019hui.Et s\u2019il n\u2019y a rien là de nouveau 1l est en tout cas important de prêter l\u2019oreille à ce que nous disent cinq d\u2019entre eux et d\u2019essayer de prendre le pouls de ce jeune engagement.Apprendre à se produire H.H.\u2014 Les gens qui veulent faire de l\u2019art maintenant doivent accepter d\u2019apprendre à se promouvoir, faire du marketing ; c\u2019est une question de survie en tant qu'\u2019artiste.Sur cette affirmation de Hani Habashi tout le groupe de discussion se rallie.Nous avons beaucoup échangé sur le sujet de la diffusion des arts visuels, préoccupation majeure actuellement.FC.\u2014 L'artiste est un petit entrepreneur ?Tous \u2014 Oui, un peu.Il n\u2019est nullement question ici de mettre l\u2019emphase sur une définition de l\u2019artiste comme possesseur privilégié d\u2019une sensibilité mythique.J.P.G.\u2014 Faire de l\u2019art c\u2019est poser le geste de création mais c\u2019est aussi diffuser, apprendre à se produire.Mais se produire où et comment ?Nous avons questionné les participants sur leurs propres expériences passées et sur les réflexions qu\u2019elles avaient provoquées.Resituons-les d\u2019abord dans leur vécu personnel.Jean- Pierre Gagnon s\u2019est produit depuis quelques années dans des galeries « underground », des appartements, et l\u2019automne dernier au Musée d\u2019art contemporain pendant un mois alors qu\u2019il était l\u2019organisateur principal de l\u2019événe- 29 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec ment Entre la magie et la panique.Il a participé à l\u2019ouverture du défunt bar culturel Les Clochards célestes actuellement Les Foufounes électriques et à la mise sur pied d\u2019un programme d'activités au bar Revox (fermé par la suite).Céline Blais est l\u2019actuelle directrice artistique de la galerie Motivation 5, poste qu\u2019elle partage avec un autre artiste.Laurent Pilon a déjà exposé ses travaux au Centre d\u2019art du Mont-Royal et à la galerie Jolliet tandis que Hani Habashi en faisait autant l\u2019automne dernier à la galerie Motivation 5.Pierre Pryseniack a tenu sa première exposition solo à l\u2019Espace Oboro en janvier 84.Nous avions donc là des gens qui avaient fréquenté ou s\u2019apprêtaient à le faire, des endroits de diffusion de type institutionnel, parallèle, underground et commercial.Nous avons discuté à partir de cela de quelques points précis comme les similitudes et les différences de ces endroits, les protocoles d\u2019admission dans ces milieux, leur distribution (existent-ils en nombre suffisant ou non ?), leur signification culturelle ainsi que leur efficacité à diffuser l\u2019art actuel.D'abord une évidence : on ne perçoit plus à Montréal, entre les réseaux parallèle, commercial et institutionnel, des caractéristiques différencia- trices qui seraient profondément significatives culturellement.L.P.\u2014 Le système parallèle, muséal et commercial, c\u2019est pareil.Ce sont des lieux privilégiés pour un art hors-vie.Le réseau parallèle n\u2019a pas le statut de rupture, de révolutionnaire, ça marche avec l\u2019institutionnel.Ils se justifient l\u2019un l\u2019autre.De la part de chacun il n\u2019y pas le désir de s'identifier à un réseau plutôt que l\u2019autre par conviction idéologique.Céline Blais qui vit de l\u2019intérieur son implication dans une galerie parallèle y perçoit toutefois un engagement suffisamment cernable.Elle tient à préciser que pratiquement les galeries parallèles se donnent des objectifs à poursuivre qui ne sont pas ceux des autres circuits et qui 30 Créer sans mythifier.tentent de s\u2019adapter plus rapidement aux essors et demandes du jeune milieu artistique.Nous discutons des modalités d\u2019insertion dans ces différents réseaux.Pierre Pryse- niack soutient qu\u2019elles sont très comparables et qu\u2019on a un bon exemple de cette similitude dans le fait que presque partout on exige comme carte d'entrée un curriculum vitae somme toute traditionnel qui, s\u2019il inclut des études universitaires en art, avantage à coup sûr son détenteur.Tous sont d'accord pour souligner qu\u2019il n\u2019y a pas suffisamment d\u2019endroits de diffusion, peu de galeries commerciales entre autres, qui prennent des risques avec des jeunes artistes.H.H.\u2014 À Montréal, il manque d\u2019un corps artistique où il est possible de jouer, d\u2019avoir des interactions.Ce n\u2019est pas de vouloir à tout prix être connu internationalement mais les sous-groupes ici sont tellement hors-focus qu\u2019ils ne peuvent pas se faire entendre.P.P.\u2014 Il faut être agressif et faire soi-même ses circuits de diffusion.Il y a quand même au Canada des galeries ouvertes sur l\u2019international, donc des ~ champs de probabilités de diffusion a exploiter.C\u2019est un peu ainsi que se déroule l\u2019entrevue ; on passe des constatations de situations que l\u2019on considère déficientes à une position d\u2019attaque dynamique du marché culturel.En fait on expose ses stratégies de survie dans un milieu qui est loin de répondre à toutes les attentes.Pour élargir considérablement le champ de diffusion des pratiques des arts visuels, on ne peut pas compter uniquement sur les structures existantes ; elles ne sont pas suffisantes et leur mode de fonctionnement n\u2019est pas approprié.P.P.\u2014 La diffusion des arts visuels est frustrante par rapport à celle de la musique populaire par exemple.31 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec C.B.\u2014 Des artistes se sont impliqués et ont trouvé une solution : l'art des bars.H.H.\u2014 Ils vont chercher le public.P.P.\u2014 Il faut faire du marketing, de la publicité, oui, aller chercher le public.F.C.\u2014 Ne trouvez-vous pas cela contradictoire de vouloir entrer sur le marché commercial tel qu\u2019il existe actuellement et en même temps de souhaiter une plus grande accessibilité des oeuvres.N\u2019est-ce pas deux projets culturels contradictoires ?L.P.\u2014 Non mais il ne faut pas penser dilution de la qualité.F.C.\u2014 Mais est-ce que c\u2019est possible de faire entrer l\u2019objet rare sur le grand marché de la société industrielle ?H.H.\u2014 Il y a déjà un exemple, l\u2019objet unique a droit à une très grande distribution par les revues d'art.C.B.\u2014 Ce n\u2019est pas une nécessité de vendre beaucoup d\u2019objets.Il est important d\u2019aller chercher des nouveaux publics.PP.\u2014 .et de créer quelque chose de parallèle au système de l\u2019objet unique, non pas de l\u2019abolir.Un exemple : les affiches.L.P.\u2014 \u2026 trouver d\u2019autres façons de vivre que par le marchandage d\u2019objets comme faire payer les gens à l\u2019entrée de la galerie.On fait remarquer également qu\u2019actuellement la majorité des groupes d'artistes se créent plus pour faciliter la diffusion des travaux que pour défendre des idéologies communes.32 Créer sans mythifier.Citons quelques exemples de nouvelles pratiques de diffusion apparues à Montréal dernièrement.Il y a les productions artistiques exécutées dans les bars, non seulement des performances mais également des séances ou expositions de peinture où les travaux sont finalement mis en vente par une forme de marchandage.Aux Fou- founes électriques par exemple, on organisa ce type d\u2019événement à plusieurs reprises (peinture à exécuter en une heure puis encan) et cela connut un succès sans pré- cédent, avec un prix d\u2019entrée de cinq dollars.Il y eut aussi l'apparition sur la même scène underground de l'Espace Oboro, solution pour plusieurs artistes à la recherche d\u2019un endroit pour se produire même s\u2019ils devaient défrayer des coûts de location, l\u2019important étant de tenter de se faire reconnaître dans la communauté artistique et auprès du grand public le plus vite possible.Le genre d\u2019atmosphère stimulante que l\u2019on cherche à établir à Montréal s\u2019apparenterait à celle que l\u2019on peut trouver dans le Fast End à New York, nouveau quartier artistique après Soho et qui se développe à une vitesse effarante.Profusion de nouvelles petites galeries tenues par des artistes qui tiennent à s\u2019inscrire dans le marché, expositions dans les bars et explosion de styles qui ramassent les noms les plus significatifs : Bubble Gum Art, Fast Art, etc.Résumons un peu nos propos sur ce thème de la diffusion.On a l\u2019impression ici d\u2019appartenir à une communauté artistique internationale, cela via les revues canadiennes, européennes et américaines (et bientôt on le souhaite, via les systèmes de communication informatisés 2) tout en ressentant un malaise qui provient de la difficulté éprouvée a se faire entendre sur cette scene.Réactions : diffuser plus et vite ici, revaloriser les 2 Voir l'article d\u2019Alain Ouellet : « Lart actuel en région et l\u2019imaginaire collectif », in Parallélogramme, décembre 1983.vol.9, n° 2.p.10-11.33 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec possibilités originales de création en région, soutenir des formes d\u2019art adaptées à des modes de diffusion élargis (affiches, « mail art », art nomade), tenter toutes les chances offertes pour se produire.C\u2019est ainsi que l\u2019on tâtera du milieu institutionnel si l\u2019on peut, considérant que de toute façon, il faut bien joindre le groupe si l\u2019on veut survivre.On n\u2019accorde pas aux musées une importance autre que stratégique.Ni lieu de culte, ni lieu de luttes idéologiques, on veut bien se 'approprier comme endroit de monstration.N\u2019a-t-on en effet beaucoup plus à montrer qu\u2019à démontrer ?Échapper au pouvoir de la critique d\u2019art Les artistes interviewés ont commenté le rôle et la pratique des critiques d\u2019art tant ceux et celles qui produisent la chronique artistique hebdomadaire que ceux et celles qui exercent un travail théorique sur l\u2019art.Ils ont surtout énoncé ce qu\u2019ils attendent de ces experts.Ils s'entendent pour dénoncer le trop grand pouvoir des critiques dans la mesure où leur discours est trop éloigné de leur pratique.Ils reconnaissent toutefois la nécessité du discours du critique d'art.C.B.\u2014 L'art sera un jour intéressant quand ce seront les critiques qui vont courir en arrière des artistes et non les artistes qui vont courir en arrière des critiques.Certains revendiquent une critique d\u2019art beaucoup plus engagée que la critique actuelle qui se réfugie dans l\u2019apparente objectivité de la description des objets d'art, disent-ils.Ils demandent à la critique d\u2019art de poser de véritables jugements sur la production artistique actuelle, de jouer un rôle dynamique dans le milieu de l\u2019art afin de susciter des regroupements d\u2019artistes et de modifier la situation d\u2019isolement dans laquelle les jeunes artistes se trouvent actuellement.Mais cette volonté de voir le 34 Créer sans mythifier.champ de l\u2019art polarisé par des positions fermement défendues par des critiques d\u2019art ne reçoit pas le consensus des artistes interviewés.D\u2019autres, paradoxalement, sans s'opposer fermement à la position précédente, insistent davantage sur la multiplication et la diversification des tendances artistiques afin que les artistes échappent aux catégories du discours de la critique d\u2019art et ainsi à son pouvoir.C\u2019est principalement l\u2019approche formaliste du discours sur l\u2019art qui a été discutée, jugée trop autoritaire et « dépassée » par la production artistique actuelle.Les artistes interviewés connaissent bien cette approche, ils en ont appris les fondements.Une caractéristique de cette nouvelle génération d\u2019artistes est certainement une connaissance savante de l\u2019art acquise soit par la formation universitaire, soit par la lecture assidue des revues d\u2019art.De l'approche formaliste, approche qui a été dominante dans le champ de l\u2019art contemporain, les artistes interviewés en ont surtout souligné l\u2019inadéquation face à l\u2019art actuel.Ils reprochent surtout à ces critiques les plus représentatifs de donner à leur discours le statut d\u2019une vérité scientifique qui s\u2019impose comme norme devant guider la pratique artistique.L.P.\u2014 Les critiques d\u2019art actuellement ont un problème de « ploguer » un discours sur des oeuvres relativement complexes.Ils ont un discours basé sur un savoir, sur une vérité qui veut être plus ou moins scientifique.Ils ont le pouvoir du langage, mais leur langage puissant n\u2019est pas « plo- gué » sur les oeuvres.Il y a une inadéquation.Cet intervenant reprendra ce commentaire dans l\u2019entretien : L.P.\u2014 C\u2019est du discours de domination qui est trop « plogué » sur le formel, qui n\u2019absorbe pas la complexité de l\u2019oeuvre.\u2026 La critique doit changer de discours.Elle doit produire un discours qui sort de la dénomination violente du pouvoir 35 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec de l\u2019esprit scientifique avec un background de vérité.Pierre Pryseniack dira que les critiques d'art sont à la recherche de ce qu\u2019ils connaissent déjà, refusant de se faire surprendre par des oeuvres nouvelles.P.P.\u2014 J'ai l\u2019impression que tous les critiques qui cherchent quelque chose à dire ne sont pas en train de le chercher au bon endroit.Ils cherchent à trouver un monde qui serait ordonné et qui avancerait étape par étape, ils sont en train de regarder dans la direction logique de l\u2019étape qui vient de se terminer pour trouver la chose nouvelle.Ils devraient étre en train de regarder completement ailleurs, dans les bars, aux Foufounes électriques, en train de regarder des tableaux qu'ils croiraient complètement kitsch, mais qui sont en train d\u2019exprimer des valeurs différentes, un monde différent.Regarder ailleurs, c'est ce que les artistes interviewés exigent des critiques d'art, regarder les oeuvres qu'ils produisent, visiter les lieux où ils diffusent.Tout en dénonçant le caractère normatif du discours des critiques d'art, ils souhaitent voir leurs oeuvres commentées par ces experts qui devraient être en mesure de parler des oeuvres sans la volonté d\u2019imposer à la pratique des artistes une direction bien déterminée.Ces oeuvres nouvelles existent sous le signe de l\u2019éclectisme, disent-ils.Ils revendiquent ce droit à l\u2019éclectisme.C.B.\u2014 Les oeuvres nouvelles sont pleines de contradictions voulues et désirées par les artistes.Ce qui est discuté, c\u2019est la contradiction même.On a aussi dit : PP.\u2014 L'éclectisme fait peur à la critique d'art.Les critiques d'art n\u2019arrivent pas à avoir un dis- 36 Créer sans mythifier.cours sur \u2019éclectisme.ils sont habitués depuis dix ou quinze ans à produire un discours sur la forme.Ils se retrouvent devant des artistes qui racontent toutes sortes d'histoires, devant des contenus.C\u2019est un contenu qui est mis devant eux et non une étude sur la façon dont le contenu fonctionne.Et ce « contenu », cette « histoire », fait remarquer l\u2019un d\u2019eux, sont marqués par des emprunts formels ou iconographiques à l\u2019histoire de l\u2019art perçue comme un immense réservoir dans lesquels les artistes puisent, sans souci d\u2019homogénéité.P.P.\u2014 Je ne fonctionne pas en faisant une série d\u2019oeuvres qui exploitent le même problème visuel avec des variations.Le domaine visuel, c\u2019est comme un langage.J utilise ce qu'il y a.C\u2019est des citations, des reprises, comme telle facon de mettre un coup de pinceau, telle façon de mettre une couleur.Je me rends compte que tout ce que J utilise a été utilisé ailleurs.Il y a beaucoup de gens qui fonctionnent comme ¢a aujourd\u2019hui, qui se servent du domaine visuel comme d\u2019un langage, et qui produisent des choses éclectiques.On a tous le même fond d\u2019idées, poursuit-il, ou le même background culturel, de sorte qu\u2019on se retrouve tous à parler un peu tous de la même chose.Seulement on le fait tous un peu de manière différente.Ces jeunes artistes ne sont pas préoccupés d\u2019être reconnus comme les représentants de la « Relève » ou d\u2019une nouvelle école de l\u2019avant-garde artistique.Ils sont assez réfractaires à la définition de leur travail artistique par une catégorie esthétique ; ils ne tiennent pas non plus à être pris en charge par les experts de l\u2019art qui le désigneraient comme les représentants d\u2019une nouvelle école de l\u2019art contemporain.Tout en se démarquant de l\u2019approche 37 te Ri: Possibles \u2014 1984 : créer au Québec formaliste de l\u2019art, ils ne semblent pas vouloir imposer une autre catégorie esthétique aussi prescriptive qu\u2019a été la théorie moderniste.L'utopie de certains d\u2019entre eux, nous l'avons dit précédemment, est de voir apparaître une diversité des tendances artistiques qui échapperait à tout pouvoir de catégorisation.Ces artistes ont rompu avec l\u2019idéologie de l\u2019avant-garde, ou l\u2019idée de progrès en art, qui a marqué le discours de l\u2019art contemporain ; ils ne tiennent pas le discours qui se représente l\u2019évolution de l\u2019art comme un développement linéaire dont les phases successives marquent un progrès par rapport à l'étape précédente.Ils refusent le rôle héroïque que l'artiste d\u2019avant-garde s\u2019est donné depuis la fin du dix-neuvième siècle en se rendant responsable du prochain pas historique de l\u2019art.Ces artistes ont rompu avec toute vision téléologique de l\u2019histoire.C.B.\u2014 L'histoire de l\u2019art n\u2019est pas quelque chose de linéaire mais ça se passe de façon chaotique.Ils n\u2019ont pas abandonné pour autant de produire des oeuvres qui surprennent.Certains diront qu\u2019ils cherchent d\u2019abord à se surprendre eux-mêmes en mettant en scène un contenu qui rende compte d\u2019une expérience nouvelle.Ces artistes sont beaucoup plus préoccupés de s\u2019inscrire dans le présent, dans l\u2019actuel, sans volonté d'être engagés dans un projet d\u2019avenir collectif ou en rupture radicale avec le pasé.Ce court entretien avec les jeunes artistes ne nous permet pas, pour l'instant, de dégager les aspects caractérisant l\u2019attitude artistique des jeunes artistes, âgés de moins de trente ans, et qui sont récemment entrés sur la scène de l\u2019avant-garde artistique.Leur donner la parole nous semblait toutefois la meilleure façon de commencer une interrogation sur ce sujet.Nous retenons que sans refuser d\u2019exposer dans les galeries et dans les musées, ces jeunes artistes sont à la recherche de nouveaux publics ou circuits de diffusion situés à l\u2019extérieur du champ institu- 38 Créer sans mythifier.tionnel de l\u2019art, le bar, la place publique, la télévision, le circuit de la reproduction.C\u2019est ainsi qu\u2019ils souhaitent démythifier l\u2019artiste et occuper une place au même titre que les autres intervenants sociaux.Ces jeunes artistes prennent donc position dans le champ de l\u2019art en tentant de modifier les conditions d\u2019existence de la pratique artistique.Ne peut-on pas également décoder dans cette | attitude le projet de se réapproprier le controle de leur i pratique, contrôle que les artistes ont plus ou moins Eo.perdu dans le processus de l\u2019institutionnalisation de la vie 3 artistique ?39 prenne LS En JR osm Japp Po J me po ae I J pe POTS Sa no 26 aa IT RE Cr ed) py = EAS Pris oA TE.patio Jie oF Pa Pieper eae poner Sig Per px AOE bors riz cae IRE pr eee arsed res ps [py Era pa =.ed ARE oe PO a pp A, Lise Gauvin Montréal est une fête/ lettre d\u2019une Persane Chaque fois que j'y reviens, Montréal me sollicite davantage.J'ai fini par m\u2019'habituer à ce bric-à-brac architectural et à ce babélien des signes que bientôt, faute d\u2019imagination, on finira bien par nommer international.Pourtant Montréal a peu à voir avec les capitales de béton modern style que l\u2019on a coutume d\u2019associer, via le modèle américain, à l\u2019internationalisme des villes.On a parlé à son sujet d\u2019une architecture de situation, d\u2019une « architecture qui n\u2019a pas la prétention d\u2019en être une, sans architecte, [.] qui échappe à toute culture consacrée, à tout système institutionnalisé » (Jean-Claude Marsan).Est-ce là l\u2019apologie de la bâtardise, ou l\u2019éloge du singulier, du fait divers, de l\u2019imprévu ?Montréal est une ville qui s\u2019apprivoise lentement.J'ai mis un certain temps à le faire.Même aujourd\u2019hui, elle m\u2019échappe encore.Malgré l\u2019unité factice que lui donnent les réverbères luxueux plantés par un maire mégalomane, je n\u2019arrive pas à savoir où bat le coeur de cette grande ville qui se cache, comme un adolescent boutonneux réserve ses rêves aux seuls initiés.41 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Comment deviner en effet que derrière les façades tristement lumineuses de la Catherine, cette rue du commerce où alternent avec rigueur une fille, une boutique unisexe et un magasin de souliers, se déroulent des spectacles éblouissants ?On entre à Tangente comme on irait chez un grossiste exportateur de tapis, au deuxième étage d\u2019un bâtiment monotone et sans grâce.Dans un endroit à peine plus grand qu\u2019un atelier d\u2019artiste, j'ai vu des danseurs-chorégraphes exécuter Most modern, suite de sketches du temps présent où la passion s'associe à l\u2019humour, la légèreté à la précision insolente du mouvement.Envoûtement du corps-spectacle modulé par le récitatif musical de l\u2019espace/rythme ! Imprévisibles dessins de chorégraphies \u2014 celles de Louise Bédard, Ginette Lau- rin, Daniel Soulières \u2014 libérées du rituel comme de tout académisme.Mais pourquoi pareille représentation, me demandais-je, qui ne repose que sur un seul mot, le titre, affiche-t-il celui-ci en anglais?On m\u2019expliqua qu\u2019il y avait là une intention parodique et qu\u2019il fallait trouver une formule claire pour pasticher le post-modernisme et ironiser sur les étiquettes.Simple coquetterie ?Allitération nécessaire ?Cela ne me convainquit pas tout à fait.J'avais déjà remarqué l\u2019an dernier, lors d\u2019un spectacle organisé par le magazine Le Temps fou, au Spectrum \u2014 toujours sur la Catherine \u2014 l\u2019anglomanie des groupes musicaux.J\u2019avais aussi perçu, dans les admirables compositions visuelles et scéniques de Michel Lemieux, ce que je comprenais comme un désir d\u2019être directement exportable, c\u2019est-à-dire prêt pour le public américain, en n\u2019utilisant comme langue intelligible que I'anglais.Les arts performants auraient-ils déjà baissé pavillon devant les impératifs du marché et de la mode ?Ou serais-je atteinte moi-même de la surconscience linguistique bien connue des Québécois ?L'anglais ?So what, me disent mes amis adeptes du nouvel âge/new age qui font assez mal la distinction entre savoir-l\u2019anglais-pour-le-savoir- parce-que-c\u2019est-une-nécessité-en-Amérique-du-Nord et savoir-l\u2019anglais-pour-le-savoir-l\u2019utiliser-et-le-parler- 42 Montréal est une féte.couramment-sinon-tout-le-temps.Parce que c\u2019est plus cool.À Tangente, proche de la Place des Arts, la Catherine est encore relativement sage et bien élevée, plus banquière qu\u2019interlope.La densité des maraudeurs augmente dès que l\u2019on se dirige vers l\u2019est où, dans les limites d\u2019un certain quadrilatère, la rue ressemble à s\u2019y méprendre aux quartiers les plus mal famés de New York.C\u2019est là que s\u2019encanaille le dimanche soir, au premier étage encore \u2014 tout se passant à un certain niveau ! \u2014 d\u2019un édifice un peu plus laid que les autres, artistes, étudiants et collectionneurs étonnés de se retrouver dans ce même lieu au nom terriblement romantique, les Foufounes électriques.C\u2019est là que se joue le talent de quelques peintres qui improvisent en 3 x 4, sur des airs de jazz illimités.Un animateur passé maître dans l\u2019art de l\u2019humour à froid exploite le côté délinquant d\u2019un rire provoqué par la seule conscience (sur-conscience) de l\u2019effet.Il est habillé d\u2019une large veste à carreaux et coiffé d\u2019une perruque, auxquelles se greffent différents objets hétéroclites accrochés par des épingles à linge.N\u2019eût été ce détail, on l\u2019aurait pris pour l\u2019un des humoristes plus straight des Lundis des Ha! Ha!, les Ding et Dong officiants au Club Soda de \"avenue du Parc, célèbres pour leur répertoire de révélations cocasses.Mais 1ci tout est PLUS, too much.Les théories picturales s\u2019accrochent au vestiaire, avec l\u2019arsenal des phantasmes décadents.N\u2019est-ce pas un Québécois qui, récemment à Paris, lors d\u2019une performance remarquée, a enterré l\u2019histoire de l\u2019art dans un grand corbillard devant les prestiges tubulaires de Beaubourg ?Dans le « chic cabaret » les Foufounes électriques, j'étais, ce soir-là, comme mes compagnons aux crânes à demi-rasés et aux chevelures bleues, comme mes compagnes aux tailles ceinturées de larges lanières, en attente d'événement.Sachant bien que nous en étions la figuration première et structurante.Quand le spectacle com- 43 Shee eee CEN EE = hi Cr Possibles \u2014 1984 : créer au Québec mença, on nous demanda de veiller à ce que les artistes gardent suffisamment de place autour de leur toile pour travailler.Ce n\u2019était pas en vain.L'espace était si réduit qu\u2019on se marchait sur les pieds joyeusement, chacun devenant quasi forcé de s\u2019entretenir avec ses voisins d\u2019occasion.Malgré l\u2019ambiance de foire, j'avais quelque mal à accepter la position de voyeur auquel ce jeu me confinait et c\u2019est avec un certain soulagement que j\u2019entendis la cloche de l\u2019animateur devenu encanteur sonner la fin de la partie.Le marché de l\u2019art retrouva son sens littéral.Les paris allèrent bon train.Tout se vendit.En regardant ces toiles qui, chacune à leur façon, misaient sur la figuration ou tout au moins sur des indices référentiels, je me dis que l\u2019art abstrait avait fait son temps.Je me souviens tout spécialement de la fascinante expression de deux têtes, l\u2019une enveloppant l\u2019autre d\u2019une sorte d\u2019aura, dans un tableau de Louis-Pierre Bougie, et de la présence insolite, sur une autre toile, de « vraies » tranches de pain grillé (avec l\u2019aide d\u2019un vrai grille-pain) serrées en rangs tranquilles sur fond de crépis blanchâtre.Les Québécois semblent affectionner ces formes de compétitions improvisées où l\u2019art emprunte aux épreuves sportives les mécanismes de son évaluation.Impitoyable, la vente aux enchères consacre ou rejette.S\u2019il n\u2019y a ni gagnant ni perdant à ce jeu, les cotes d\u2019amour se déclarent rapidement.Double exécution donc que celle-ci.Voués à la consommation immédiate, les produits de l'artiste évitent ainsi le détour des galeries, ces musées déserts où vont mourir en silence les plus intenses provocations.Mais n\u2019y a-t-il pas dans une telle formule une tendance inévitable à l\u2019institutionnalisation ?Le système, pour être plus discret, n\u2019en opère que plus efficacement.On l\u2019a vu à l\u2019oeuvre dans la Ligue nationale d\u2019improvisation, jeu théâtral calqué sur celui du hockey, où le spectaculaire l\u2019emporte souvent sur le spectacle, le cliché sur la recherche, le procédé sur la découverte de nouvelles situations.L'adhésion spontanée du public est-elle à ce prix ?Aurait-on confondu école de comédiens et courses 44 Montréal est une féte.à effets ?Plus « national » que l\u2019on pense d\u2019ailleurs, ce sport de l'improvisation québécoise.Le discontinu, le fragment, l\u2019humour, tels sont les signes et symptômes du contemporain que je retrouve dans un autre repaire de la vie culturelle montréalaise, à Espace libre, rue Fullum, ancienne caserne de pompiers transformée en théâtre.Un lieu neutre, versatile à souhait, quoique un peu exsangue, où les spectateurs, disposés en grappes autour de l\u2019espace central, doivent se livrer à diverses prouesses acrobatiques pour atteindre les bancs ou fauteuils que l\u2019on a quand même pensé à y installer, comme pour sacrifier à la loi du genre.Leur participation, pour être moins directe qu\u2019à la LNI et aux Foufounes électriques, n\u2019en est pas pour autant exclue.Si elle opère encore par le biais de l\u2019humour, elle fait appel davantage aux décrochages liés à l\u2019onirique et au poétique.Jean-Pierre Ronfard, directeur du Théâtre expérimental, père de la LNI et géniteur du Roi boîteux, réussit à reconstituer avec sa troupe, dans La Californie, quelques-uns des meilleurs moments de la Ligue et de la fresque shakespearienne.Création collective, fixée en un certain nombre de scènes-tableaux, La Californie renvoie aux images d\u2019un temps présent dans lequel les auteurs-comédiens glissent avec la discrétion de poètes- humoristes d\u2019abord attentifs à jouer leurs propres trouvailles et à s\u2019en jouer.Sommes-nous ici ou ailleurs ?Dans quelle Californie de rêve voit-on apparaître ces images que l\u2019on reconnaît si bien ?Pour la première fois depuis que je fréquente Espace libre, les grandes portes rouges de la caserne ne s\u2019ouvrent pas sur la rue, et l\u2019espace de la représentation reste clos, à la fois intériorisé \u2014 ce qui explique la récurrence de certains tableaux \u2014 et transposé par la référence à une oeuvre, un style, un indicatif culturel : Duras, la Métro Goldwin Mayer, le « chicken in the basket », le Théâtre expérimental de Femmes et la pornographie.Un peu sexiste tout cela quand même : la charge caricaturale m\u2019est apparue plus forte du côté des femmes que du côté des hommes.Et la Californie ?Par- 45 g Bit Possibles \u2014 1984 : créer au Québec tout et nulle part, elle est d\u2019abord un rythme, celui du petit bal dansé et parlé par deux comédiens qui, à l'instar d\u2019un personnage de Suzanne Jacob, décident de « quitter discrètement leur trajectoire ».Cette Californie-là, plaisir pour l\u2019oeil et pour l'esprit, est fort différente de celle de Godbout.Dans un documentaire intitulé Comme en Californie, celui-ci montre que le rapport québécois à l\u2019Amérique, longtemps confiné aux plages du Maine ou aux condominiums flori- diens, sans parler des week-ends obligés à New York, passe maintenant par l\u2019héritage californien.On semble n\u2019avoir rien trouvé de plus « spécifique », pour échapper à la tyrannie galopante du Meilleur des mondes, que de puiser à corps perdu, ou plutôt à bras-le-corps, dans les utopies rassurantes de Los Angeles ou de San Francisco.Mais dans un contexte où tout est fatalement planétaire, peut-on concevoir la marginalité, voire l'alternative, sans que celle-ci prenne immédiatement des proportions mondiales ?L'art qui se montre aujourd\u2019hui à Montréal est un art que je dirais plus sociétal que social, un art plus appliqué à décrypter/parodier les marques d\u2019une civilisation qu\u2019à redessiner les figures de ses représentations et de ses projets.Art de situations \u2014 comme la ville \u2014 plutôt qu'en situation.Sans doute a-t-on renoncé provisoirement à changer la vie et tout au plus accepte-t-on d\u2019en dévoiler les formes.D\u2019où l\u2019importance du sketch, du tableau, de la scène, que l\u2019on remarque, selon des degrés de stylisation variable, aussi bien chez Ronfard qu\u2019à Tangente, aux Mimes Omnibus ou à Montréal Transport.C\u2019est en quelque sorte le triomphe de la « revue », jadis réservée aux variétés mais maintenant promue sinon transformée par les groupes multi-médias.En arpentant l\u2019avenue du Parc (l\u2019ancienne Park avenue) pour aller voir Ça, le dernier spectacle de Montréal Transport, j'ai constaté que le Club Soda où je me rendais était situé juste au-dessus du Tapis National Carpet, lui-même sis à côté du Fellinis et 46 Montréal est une féte.devant la Villa du Poulet, voisine de l\u2019Institut de personnalité Jean-Guy Leboeuf.Un peu plus loin, un cinéma « de sexe » affichait complet.J'ai revu tout cela dans Ça, avec la musique en plus et la fougue des acteurs- musiciens.La société de consommation et de production enferme-t-elle les artistes dans le cercle vite parcouru de la production-représentation-dérision ?Où est le délire du Grand Cirque ordinaire, ce concert de clowns frondeurs, immortalisés par le film de Frappier, qui ont traversé un jour la scène québécoise en la bouleversant de ses passions et de ses paradoxes ?Mais il doit y avoir une raison à ce détournement du rêve vers l\u2019immédiat.Dommage que tu ne puisses, avec moi, parcourir tous ces lieux.J'ai hâte que nous puissions partager nos curiosités, confronter nos commentaires.De voir aussi avec tes yeux.Ce climat que tu crains tant, sais-tu que l\u2019on finit par l\u2019oublier un peu, par vivre à côté ?J'arrive a le préférer à la monotonie du nôtre où tes lettres me laissent deviner, chère Sara, que tu te languis.J\u2019aime l\u2019atmosphere d\u2019ébullition créatrice dans laquelle je vis et qui finit par nous embarquer tous.Une certaine forme de mimétisme est sans doute maintenant nécessaire.Quand l\u2019artiste renonce à dérouter son public, peut-être n\u2019en peut-il que mieux, avec et à cause de lui, interpeller les visages du monde.À en croire le calendrier de ses spectacles, Montréal est une fête.Fête académique de l\u2019opéra de la Place des Arts et des pièces de Broadway que les théâtres institutionnels reprennent à qui mieux mieux.Fête narcissique et incestueuse d\u2019artistes qui roulent avec volupté dans les images qui les ont mis au monde.Fête nostalgique d\u2019un hommage à Félix Leclerc servi à la moderne par des plus jeunes osant se réclamer d\u2019une antériorité.Fête triste aussi que cette performance ratée, « Art et écologie », où, dans le no man\u2019s land du Vieux Port, une foule ennuyée et silencieuse regardait Apollon flirter avec Dionysos sans vraiment y comprendre quoi que ce soit, 47 hil pi Ris au te Hi igor ere PE are ne 3 pe RRC EE SOR ater Possibles \u2014 1984 : créer au Québec sauf qu\u2019une femme à demi-nue se lamentait dans des échafaudages de vent pendant que des tarzans- cosmonautes se battaient devant (pour ?) elle ; sauf qu\u2019un seul sculpteur, Armand Vaillancourt, tentait maladroitement de situer sa pratique dans le contexte du Québec des années 80, ce qui fut perçu comme un dangereux anachronisme.Fête éclatée de la parole multiple proclamée aux quatre coins de la ville par l\u2019événement « Poésie, ville ouverte ».Fête intime enfin de la parole nue, chuchotée dans l\u2019enceinte des cafés-théâtres et des boîtes à chansons, qui resurgissent timidement.T\u2019avouerai-je que je n\u2019ai vu malgré tout qu\u2019une faible partie de ce que Montréal offre à ses publics noctambules?Et je ne tai rien dit du cinéma! Tu comprendras qu\u2019entre les spectacles, les livres et mes travaux qui avancent trop lentement, je suis sans cesse partagée.J'ai cru percevoir toutefois à travers mes lectures récentes la même « volonté de récit » décelable dans les autres modes d\u2019expression.Volonté de récit associée à la pratique de la « scène », du fragment totalisable, comme dans les nouvelles de Gaétan Brulotte, de Marilu Mallet, de Monique Proulx et dans les Dix contes et nouvelles fantastiques réunis par André Carpentier.Les écrivains québécois ont appris des sud-américains que l\u2019attention passionnée à l\u2019objet, au détail vécu, au mouvement infime, donnaient lieu à de curieux échanges entre réalisme et fantastique.À quel « ordre du discours » rattacher Les petites violences de Madeleine Monette, ce strombos- cope des relations sentimentales ?Quant à l\u2019intention parodique, elle s'attaque en littérature aux formes et aux codes de la fiction.Louise B.Leblanc, dans 37 1/2 AA, titre donné d\u2019après la pointure \u2014 supposée \u2014 du soulier de Cendrillon, réécrit un roman Harlequin en utilisant si astucieusement des ficelles du genre qu\u2019un lecteur (une lectrice) non prévenu(e) pourrait, jusqu\u2019à un certain point, n\u2019y voir que du feu.L\u2019auteure brouille ainsi les pistes entre littérature savante 48 Montréal est une féte.et populaire et juxtapose récit et analyse des procédés du récit.Comme Diva renvoie a une tradition du film policier ou La Californie de Ronfard revoie un certain théatre.C\u2019est aussi par l\u2019humour que se distingue d\u2019abord l\u2019admirable Maryse de Francine Noël.J\u2019ai lu ce livre avec un plaisir certain et n\u2019ai pu résister à l\u2019envie de te l\u2019envoyer.Mais il y a tant de pistes dans ce roman-fresque que je ne sais trop, après coup, de quoi exactement est fait le rapport d\u2019amitié qui me lie à l\u2019oeuvre.De la chronique qui couvre les années 68 à 75 et donne l'impression, à travers les scènes ponctuelles, de reconstituer une totalité historique (à propos de la Loi des mesures de guerre, notamment, l\u2019épisode des chats en apprend plus que de savantes analyses) ?De la perspective résolument mon- tréalaise ?Du relief théâtral des personnages ?De l\u2019intrigue amoureuse qui ponctue et conditionne l\u2019évolution intérieure de Maryse ?De la critique des systèmes institutionnels et pseudo-scientifiques ?D\u2019un certain point de vue sur la femme qui tranche avec les stéréotypes habituellement perçus comme romanesques ?Mais que seraient toutes ces pistes sans la délicieuse impertinence d\u2019un style qui transforme l\u2019événement en un flot de luxuriance verbale ?L'intelligence du quotidien, chez Francine Noël, se traduit par une grande versatilité des effets linguistiques et par une non moins grande mobilité de la langue.Lorsqu\u2019à la fin du livre, Maryse, alias Florentine- Cendrillon-Eliza Doolittle, se donne le statut d\u2019écrivain, elle s\u2019arroge du même coup le droit à user et abuser de tous les langages et s\u2019approprie en un maelstrom joyeux aussi bien le joual, l\u2019anglais que le français recherché du professeur André Breton (sic).La langue de la narration, toutefois, respectera la plus pure convention syntaxique française : « Il ne se passait rien d\u2019autre que des mots et l\u2019hiver sévissait.» Maryse est un succès de libraire.Cela arrive assez rarement, au Québec, quand il ne s\u2019agit pas d\u2019autobiogra- 49 i 1 44 fe Possibles \u2014 1984 : créer au Québec phie à saveur scandaleuse ou tout au moins sensationa- liste.Les écrivains seraient-ils sur le point de rejoindre leur public après une longue séparation que certains ont qualifiée de divorce ?Au prix de quels compromis ?J'entends autour de moi des accusations de facilité.Évidemment la caricature est parfois un peu forte et cadre mal avec l\u2019omniscience prêtée au narrateur.Mais c'est comme s\u2019il y avait, au départ, quelque chose d\u2019indécent et d'indigne dans cette complicité immédiate qui lie une romancière et ses lecteurs.La conception de la littérature qui a prévalu longtemps ici, et qui prévaut encore, jusqu'à un certain point, veut qu\u2019un best-seller, surtout s\u2019il est édité à Montréal, soit nécessairement suspect.Il me semble qu\u2019on a bien du mal à accepter le pluralisme des tendances qui s\u2019installe, de facto, dans la production littéraire et témoigne de sa maturité : la modernité et l\u2019aventure du récit, l\u2019humour et la charge revendicatrice.À l'heure de l\u2019abandon progressif des « ismes », au moment où culture savante et populaire se jouxtent dans l\u2019itinéraire parodique et le mélange des styles, peut-on encore affirmer la nécessité du ludique avec un incorrigible sérieux ?Si écrire est une fête, est-ce que lire n\u2019en est pas aussi l'amplification souhaitable, sinon nécessaire ?Un nouveau pacte de lecture se crée, par-delà la perversion du langage.Ce qu\u2019on a appelé l\u2019'Âge de la parole correspondait davantage, à mon avis, a I'Ere de la proclamation et de la vertu manifestaire de la poésie.N\u2019a-t-on pas cru qu'il suffisait de nommer les choses pour les faire exister ?Puis sont venus les formalistes qui ont voulu interroger l'idéologie à l\u2019oeuvre dans le langage et changer les modèles du discours.C\u2019était encore, quoique d\u2019une autre manière, l\u2019âge de la poésie : une poésie de laboratoire, méfiante du lyrisme, attentive à son propre procès.Pendant ce temps et en parallèle, les écritures au féminin, éclectiques, gourmandes, inventaient les formes de leurs nécessités.La littérature québécoise me paraît s'orienter désormais vers ce que j\u2019identifierais comme I'Age de la 50 Montréal est une féte.prose : une prose quotidienne, tumultueuse, carnavalesque.Proses de Villemaire, Beauchemin, Noël, modestes ou folles embardées vers les images et signes du temps présent.Héritières de Ducharme, de Ferron et des surréalistes.Prose en constante tension entre la volonté de dire, de dévoiler, de séduire et le désir de se contre-dire en se jouant de la référence comme de l'accessoire obligé et souple des matchs sportifs.Aux jeux de miroir du nouveau roman succèdent les jeux de scène de ce qu\u2019il faut bien désigner, après Bakhtine, sous le nom de dialogisme.Pourtant au milieu même de cette profusion et alors que la littérature et la culture québécoises s\u2019anthologi- sent, s\u2019institutionnalisent, s\u2019internationalisent, une question reste entière.Ecrire, créer : pour qui ?pourquoi ?Quels sont les enjeux de la culture dans un quasi pays menacé de lente disparition ?L'impossible pays, titre d\u2019un roman de François Hébert, n\u2019est-il pas celui qui légitime la création dans la mesure où celle-ci est considérée comme un divertissement inoffensif ?À partir de quel moment la fête devient-elle subversive et contestataire ?Le silence politique des créateurs, occupés à organiser \u2014 sans jamais vraiment y parvenir \u2014 les mécanismes de leur survie, a-t-il encore valeur de repli stratégique ?Le privé est politique : c\u2019est sûr, on ne reviendra pas là-dessus.Mais est-ce que le politique n\u2019en profite pas tout doucement, et subrepticement, pour se redéfinir comme privé ?Jusqu\u2019à quel point, cependant, l\u2019acte de créer n'est-il pas le plus politique que l\u2019on puisse concevoir ?Au coeur d\u2019un silence habité de mille mots, quelques VOIX inquiètes se font entendre.Celle d\u2019Yves Beauchemin : « L'explosion récente de notre littérature me fait penser à un pommier en fleur au milieu de l'hiver.» (Table- ronde, Possibles) 51 RE aa aa et de pps Possibles \u2014 1984 : créer au Québec de Gaston Miron : « Toute culture si elle veut se réaliser comme anthropologie au monde et dans l\u2019histoire, se vivre, s'agir, s\u2019épanouir, se doit de se signifier elle-même, de se représenter elle-même, de s\u2019auto-suffire dans l\u2019interdépendance et l\u2019échange, et cela suppose qu\u2019elle ait aussi, comme toute autre dans le monde, une expression et une dimension politiques propres.[.] L'avenir de la littérature québécoise et de son histoire d\u2019amour avec la langue est lié au destin du peuple et de la culture qui les portent.Le dire, c\u2019est d\u2019une évidence à faire pleurer.» (Allocution, Prix Athanase David) de Madeleine Gagnon : « Tu vois, mais qui ?sommes en plein délabrement, en constante déprivation.Ou plutôt d\u2019êtres sans oeuvres, ou plutôt d\u2019être d\u2019oeuvres blanches et vides qui fondent comme la neige et qui comme elle sont éternelles.Ou bien il fait beaucoup trop chaud.Un pays qui n\u2019en est pas un : de fous.» (Dérives) Tu constateras, Sara, que les questions qui agitent un peu partout les créateurs prennent ici un relief singulier, une acuité exemplaire.Chaque fois que j\u2019y reviens, Montréal me sollicite davantage.Je ne m\u2019ennuie pas dans cette ville de la Presqu'Amérique.De plus en plus je sais que je resterai ici.À cause, précisément, de ce constant déséquilibre du sens qui fait chanceler les plus brillantes certitudes.52 TT sans Montréal est une féte.Je suis de moins en moins étrangère à ce lieu de l\u2019inaliénable étrangeté.Ta toujours fidèle, Roxane 53 por pr PER 1g Lo Odette Gagnon « Nous irons en Bavière, mon amour » ou l\u2019engagement renouvelé Avez-vous vu Hiroshima, mon amour ?Si oui, peut-être vous rappelez-vous cette petite phrase- titre qui m'avait poursuivie pendant des semaines, dans le temps.S1 j'ai bonne mémoire, je suis retournée voir ce film cinq fois pour m\u2019imprégner de ce curieux personnage admirablement interprété par Emmanuelle Riva mais aussi pour retrouver toute la puissante évocation que pouvait contenir cette simple phrase qui passait aussi vite que l\u2019éclair : \u2014 « Nous irons en Bavière, mon amour.» Vingt ans plus tard, L'Atlas du monde contemporain sur les genoux, je retrace.Augsbourg, Forêt Noire, Ingolstadt, Baviere.Où était-ce ?À vrai dire, je cherche les patelins de Marieluise Fleisser et de Bertolt Brecht, tous deux d\u2019Allemagne respectivement.Il est six heures du matin, ici, midi, chez eux.55 a i | Possibles \u2014 1984 : créer au Québec L'écriture entre nous fait le pont et, je m\u2019identifie surtout à elle quand je lis : [.] Quand on a été enfermée par Hitler là où l\u2019on n\u2019a rien à faire et qu\u2019on a mis trente ans à ne pas pouvoir se libérer, les épines vous poussent toutes seules.Il n\u2019y a pas là d'intention.On traîne avec soi, que voulez- vous ?.\u2014 et, surtout a lui, quand je lis : Moi, Bertolt Brecht, je viens des foréts noires.Lorsqu\u2019elle m\u2019amena dans les villes, Ma mère me portait encore.Le froid des forêts restera en moi jusqu\u2019à ma mort.Jaime Bertolt Brecht.Il m\u2019a fait le même effet, en le lisant, que la Bavière dans le temps.il m\u2019a fait confiance ! Je lui rends visite régulièrement dans ses pièces, dans ses écrits théoriques, dans ses poèmes, je lui dois plusieurs lampions, dirait ma mère, car il m\u2019a permis de faire d\u2019une pierre deux coups et même trois coups, l\u2019espace de quelques bouquins.Je suis de celles qui croient encore aux promesses, aux serments d\u2019amours, que voulez-vous ?de ceux qu\u2019il faut re-voir, re-manier, re-travailler, repenser, remettre à date\u2026 Je suis de celles qui croient dur comme fer aux miracles qui se produisent en nous, en écoutant telle musique, en contemplant tel paysage, en regardant tel film ou en lisant tel livre par un beau dimanche après-midi.Je suis de celles qui ont pris Nietszche, Marx et plusieurs autres au pied de la lettre et qui pour cette raison mais pas seulement pour cette raison, ont mis pendant quelques années leurs intérêts personnels et artistiques au service d\u2019une révolution, celle que vous savez\u2026 56 « Nous irons en Bavière, mon amour ».Je suis de celles dont on pouvait se vanter de ne pas être parce que trop emportées, trop partisanes, trop alignées, trop engagées, politiquement s\u2019entend.Je suis de celles qu\u2019on pouvait voir dans une cellule, un comité, une assemblée, une campagne de financement, une fête populaire, une manif, sur une ligne de piquetage, à la porte d\u2019une usine, à six heures du matin, à vendre ou à donner son « petit maudit journal » ou à faire une intervention théâtrale dans un parc ou devant un public- gagné-d\u2019avance, disait-on : \u2014 « Allez-vous en donc en Russie! » entendait-on les trois quarts du temps.Je suis de celles dont on se demande ces derniers temps : \u2014 La gauche au Québec, où elle est rendue ?On n\u2019en entend plus parler ! \u2014 « Nous irons en Bavière, mon amour.» C\u2019était prévu pour quand au juste ?Pour après la guerre, sans doute ?L'histoire ne le disait pas vraiment.La mienne non plus.C\u2019était l\u2019équivalent d\u2019une terre promise, d\u2019un idéal, d\u2019une aventure, c\u2019était une question d\u2019avenir aussi : fallait y mettre le temps, la patience, le courage, du coeur au ventre, c\u2019est-à-dire de l\u2019amour et de la peine en masse et bien autre chose encore.\u2014 C\u2019est l\u2019affaire de toute une vie pour aller en Bavière, mon amour! Ça fait longtemps que je sais cela! Connaissez-vous Jean O\u2019Neil ?Je vous le souhaite ! Aux antipodes de Bertolt Brecht, c\u2019est vraiment le moins que l\u2019on puisse dire ! Et, pour confirmer ce curieux mélange que je vous propose, Jean O\u2019Neil lui-même a déjà écrit : 57 Bis Dis Jit Ri Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Tous les exemples de rencontres que nous offre la littérature ressemblent à celle de Jacques-Cartier avec Donna- cona dans la baie de Gaspé, le 24 juillet 1534.\u2014 Oui, oui, dit Cartier.\u2014 Hug, hug, dit Donnacona.Un des livres de Jean O\u2019Neil, Giriki ou le Prince de Qué- can, avait un goût, une odeur de Bavière telle que je l\u2019imagine dans ses meilleurs jours : un peu l\u2019équivalent du temps des sucres dans la Beauce, du temps des pommes à St-Hilaire, du temps des fraises à l\u2019Ile d\u2019Orléans ou d\u2019un 24 juillet à Port-au-Persil et pourtant à cent lieux du nationalisme et du folklore : Si l\u2019on veut faire une longue histoire courte, l\u2019histoire de Quécan est tout simplement le ratatinement d\u2019une grande idée jusqu\u2019à la dimension d\u2019un pois chiche\u2026 .mais Quécan est Quécan.un pays bourré de ressources naturelles, bourrés de beaux cerveaux aussi, mais de beaux cerveaux qui ont perdu la plupart du temps, et qui continuent de le perdre en pensant politique au lieu de penser science, création et développement.Et, en lisant cet article s\u2019il parvient jusqu\u2019à lui, peut-être dira-t-il justement : \u2014 Encore de la politique déguisée ! mais, je suis loin d\u2019être sûre, c\u2019est un personnage surprenant Jean O\u2019Neil : Par un accident de la nature que je n'ai jamais compris, je ne suis pas du type heureux et je crois férocement en quelques réalités qui nous sont inaccessibles.Sur quoi Brecht pourrait répondre : J'étais triste quand J'étais jeune Je suis triste étant vieux.Alors quand donc serai-je gai ?Il faudrait me hâter.58 \u2014 \u2014 \u2014 _ = « Nous irons en Bavière, mon amour ».Et Simone Weil d\u2019ajouter : Si jai de la tristesse, cela vient d\u2019abord de la tristesse permanente que le sort a imprimée pour toujours dans ma sensibilité a laquelle les joies les plus grandes, les plus pures, peuvent seulement se superposer, et cela au prix d\u2019un effort de l\u2019attention ; \u2026 Et, vraiment, vouloir faire co-habiter ces trois-là dans la même page, sur le même palier, c\u2019est vouloir à tout prix vous raconter l\u2019histoire de « celui qui croyait au ciel et celui qui n\u2019y croyait pas » dans La Rose et le Réséda, d'Aragon.Je ne suis pas de celles qui sont croyantes mais je crois aussi férocement que O\u2019Neil en quelques réalités inaccessibles, celles qu\u2019on appelle le hasard des rencontres ou l\u2019inconnu en science et en art.Je suis de celles qui ne sont pas croyantes et pourtant je crois que l\u2019ignorance et la réalité plate et bête entretiennent bien bas le moral du monde au Québec et je suis de celles qui s\u2019en plaignent un peu-beaucoup- passionnément à l\u2019année longue et qui sont les premières à en pâtir, évidemment.Je suis de celles qui commencent à croire qu\u2019il y a du vrai dans cette vérité qui tape tellement sur les nerfs quand elle se déclare et que nous rapportent à peu près tous ceux qui reviennent d\u2019un séjour plus ou moins prolongé en Europe, quand ils disent que rentrer chez nous, c\u2019est revenir au désert\u2026 Je ne suis pas de celles qui sont croyantes et pourtant je crois Pierre Vadeboncoeur quand il s\u2019inquiète d\u2019une force d'attraction exercée par le vide en Amérique, culturelle- ment surtout.Simone Weil appellerait cela la force de la pesanteur, un manque de grâce, comme il le mentionne dans son livre d\u2019ailleurs.59 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec C\u2019est en lisant Trois Essais sur l\u2019insignifiance que j'ai noté au passage : Il faut un jour ou l\u2019autre qu\u2019on en arrive à assumer un discours entièrement désintéressé.Autrement, que parvient-on à exprimer si ce n\u2019est ce qu\u2019on convoite ?Ce que l\u2019on convoite n\u2019a généralement aucune altitude.Quel est le nouveau discours désintéressé de la femme ?Ce n\u2019est pas pour me vanter mais je crois connaître plusieurs femmes qui ont fait la preuve par mille d\u2019un tel désintéressement mais pas tellement par le discours, 1l est vral.\u2018 Parmi celles qui ont écrit, permettez-moi de vous présenter Edith Sôdergran (1892-1923) morte de tuberculose à trente ans tout comme Simone Weil.Elle était de Finlande : À pied Il m\u2019a fallu traverser le système solaire, Afin de trouver le premier fil de ma robe rouge.Je m'imagine pure.Quelque part dans l\u2019espace pend mon coeur, Des étincelles en ruissellent, secouant lair, Jusqu\u2019à d\u2019autres coeurs illimités.Puis, pour le cas où vous entendriez parler d'elle pour la première fois, un autre : Les pénitents Nous ferons pénitence dans les forêts solitaires.Nous allumerons des feux sur la lande, chacun le sien, Nous nous dresserons \u2014 l\u2019un après l\u2019autre.Quand nous serons devenus ressemblants comme frères et soeurs Par la force et la noblesse Nous irons vers le peuple.Je ne suis pas de celles qui sont croyantes mais, décidément, je n\u2019ai pas rêvé cela : la Bavière en vaut la peine 60 de us « Nous irons en Bavière, mon amour ».et la personne qui voudrait m\u2019en décourager a besoin d'apprendre à se lever de bonne heure car c\u2019est aux alentours de cinq heures et demie du matin que je suis à mon meilleur ! et, s\u2019il me faut déplacer des montagnes et passer par la Chine pour en faire la preuve, je ne demande pas mieux : L'Humanité est le coeur de I\u2019homme.Qu'il est triste de perdre son coeur et de ne plus savoir où le chercher.La Voie de (toute) doctrine n\u2019est autre que la recherche du coeur perdu.\u2026.Ceux qui perdent le peuple perdent leur coeur.Pour gagner l\u2019empire, il est un chemin : \"amour du peuple.Pour gagner le peuple, il est un chemin : le coeur du peuple.Pour gagner le coeur, il est un chemin : faire ce qu\u2019il - aime et ne pas faire ce qu\u2019il hait.Ainsi parlait Meng-tseu.Comme son maître Confucius, il assurait que ce sentiment de l\u2019humanité lui venait de l\u2019éducation que sa mère lui avait donnée.Concluons donc ce chapitre en rendant hommage à deux femmes dont le nom est oublié mais qui auront contribué à humaniser les hommes.Et ainsi se termine cet article qui avait pour titre : « Nous irons en Bavière, mon amour» ou l\u2019engagement renouvelé.Références : Avant-garde, de Marieluise Fleisser.Poésies, de Bertolt Brecht.Giriki ou le Prince de Quécan, de Jean O\u2019Neil.LAttente de Dieu, de Simone Weil.Poésies complètes, de Edith Sôdergran.Sagesse de la Chine, Marabout.Trois essais sur l\u2019insignifiance, de Pierre Vadeboncoeur.61 - wh ras mass _ oo .ot cos ou Le _ ooo A Te es cn pecocoos os = co Pera ass Ae \u2014\u2014\u2014 2e ae mecs rer ee Xs cer ot Ler André Thibault Tam-tam blanc C\u2019est la semaine du Festival de jazz 1983.Parmi les activités de rues non programmées, il y a régulièrement sur la rue Saint-Denis un groupe de jeunes adultes, presque tous blancs, qui se déchaînent sur les tam-tams et autres congas, avec des rythmes qui nous projettent au coeur de l'Afrique.Ils attirent à chaque fois une foule importante.Une amie commente : « La jungle nous fascine.Il y a un Tarzan en chacun de nous.» Et ça me rappelle la fois où j'ai senti les préliminaires de la transe, en dansant sur des rythmes berbères, au sud du Maroc.Ça me ramène aussi à un poème de Françoise Bujold, inspiré de son séjour comme enseignante à la réserve mic-mac de Maria, et où s\u2019exprime tout l\u2019imaginaire amérindien qui habitait son univers mental de Gaspésienne.63 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Bons baisers, de ton artiste qui t\u2019aime Tu es dérouté(e) ! Depuis environ quinze ans, l\u2019artiste avait cherché à t\u2019enseigner, te mobiliser, te conscientiser.Tu regardais l'artiste comme un phare qui te guidait pour que tu t'insères lumineusement dans la grande marche de la libération collective.L'artiste t\u2019orientait, canalisait ton énergie.Et voilà que par un coup de théâtre bouleversant, l\u2019artiste t\u2019apparaît sous un jour dont tu avais perdu l\u2019habitude.L'artiste t'aime tout simplement, essaie de te séduire, de te plaire, de te faire plaisir, d\u2019obtenir ta complicité et ta sympathie.Tu aurais tendance à conclure que la création est en panne, déboussolée.Il faudrait y regarder de plus près.Le champ.des forces sociales est devenu plus complexe.Non ! quelle stupidité je viens d\u2019écrire ! Il a toujours été très complexe.Mais on l\u2019a oublié quelques temps.On a localisé l\u2019oppression à des endroits très précis, selon une échelle d\u2019horreur également tres précise.On a aussi donné a la révolte et a la lutte des définitions très simples.Et l\u2019artiste a traduit en vers, en musique ou en images ce petit catéchisme de la conscience sociale.C\u2019était le grand ralliement.Tu te fondais dans une polarisation générale, comme le grain minuscule de limaille de fer lors des expériences élémentaires d\u2019électromagnétisme.Mais dans la réalité, le champ des forces sociales a des pôles multiples (je n\u2019ose pas dire innombrables de peur de provoquer la colère des esprits scientifiques).Les intérêts, les rapports de pouvoir, les solidarités, les affrontements, s\u2019entrecroisent dans une explosion dont la richesse, le désordre et les contradictions défient l\u2019ordinateur le plus puissant.Le grand courant homogène n\u2019existe pas.Tu es un vecteur singulier, ta position est unique, l\u2019ensemble de tes orientations l\u2019est également.64 Tam-tam blanc Et l\u2019artiste t'aime comme ça! Soudain ! Le paternalisme et l\u2019orthodoxie étaient sans doute aussi une forme d\u2019amour ! Un amour qui voulait te mettre au monde en conformité à un modèle.Mais maintenant, l'artiste t'aime plutôt dans ta singularité, sans vouloir te changer.Un exemple ?Le retour de Louise Forestier.J'ai rarement vu un flirt aussi émouvant entre la scène et la salle (j'oublie certains romantiques incorrigibles comme Stéphane Grappelli ou Dizzy Gillespie, survivances étonnantes d\u2019une tradition hédoniste qui semblait s\u2019éteindre).L'affectif dans toute sa nudité, toute son insolence, toute son imprudence, toute sa violence et toute sa douceur, a envahi l\u2019espace dans une offre que nous ne pouvions refuser.Louise Forestier n\u2019avait plus rien à prouver, plus rien à symboliser.Elle a simplement et superbement chargé sa voix, ses yeux, son corps, d\u2019un trop-plein d'amour impossible à retenir plus longtemps.Ça nous a atteints dans tous nos replis, dans le mystère du noyau de toutes nos cellules.Nous sommes sortis de la salle dynamisés et valorisés par la fulgurance de cet acte d'amour.Y étais-tu ?Et si oui, t'es-tu laissé aimer ?Vigneault l\u2019avait annoncé quelques années avant 1976 : « C\u2019est à ton tour de te laisser parler d'amour.» On a tous compris a l\u2019époque qu\u2019on se ferait parler d\u2019amour par l\u2019Etat (souverain, sans classes ou sans sexisme, peu importe).Et voilà qu\u2019on se fait parler d\u2019amour, singulier, personnel, par des êtres humains.Alors que tu commences à y prendre plaisir, la mauvaise conscience t\u2019envahit : égoïste.tu te replies sur le privé.tu te dépolitises !.Eh bien! a ta mauvaise conscience, je crie merde ! Comme l\u2019argument peut n\u2019être pas convainquant, je m'explique.65 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec À l\u2019époque récente où tous les discours rivalisaient de jansénisme, et où tu n\u2019avais le droit de vivre que par ton appartenance à un collectif, on a perdu de vue la nature même de cette appartenance.\u2026 qui est d'abord un lien du coeur.Quand l\u2019artiste t\u2019a enseigné et t\u2019a fait la morale au lieu de t'aimer, les énergies qui te rattachent au groupe se sont peu à peu effritées.Les convictions cérébrales ont masqué quelques temps cet élan qui s\u2019en allait.Mais il t'a fallu de plus en plus de volonté, d\u2019arguments et de théories pour maintenir ta participation.Les discours de tes chefs étaient souvent des variantes de la phrase de Péloquin : « Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ?» Ça sent le mépris ! Tes chefs n\u2019estimaient que les héros et les martyrs.Tu aurais difficilement pu croire qu\u2019ils t'aimaient, toi, comme tu es, dès maintenant.Et voilà comment on démolit ceux qu\u2019on prétend sauver.L'adhésion à une collectivité ne peut être que libre.Et à moins d\u2019être complètement maso, on ne va prendre une telle décision que si cette collectivité nous accueille avec une certaine chaleur.Qui peut mieux le faire que les membres les plus sensibles et affectueux de cette société.et je pense en particulier aux artistes ?Quand on oblige les artistes a jouer les idéologues et les « cheer leaders », 'accueil amoureux d\u2019une société envers ses membres risque d\u2019être grossièrement déficient.À la recherche du mea culpa perdu Heureusement, la vision festive de l\u2019art comme lien affectif n\u2019était pas enterrée très creux chez nous.Il est encore possible d\u2019en retrouver la tradition.et peut-être même d\u2019éclairer le sens de cette tradition.La question qui surgit immédiatement à mon esprit est alors la suivante : pourquoi les peuples de tradition catholique ont- 66 Tam-tam blanc ils souvent une pratique plus dionysiaque, des arts populaires que les peuples de tradition protestante ?Devant une telle question, on n\u2019échappe pas aux pistes ouvertes par le bon vieux Max Weber.Et je me souviens surtout de l\u2019importance explicative qu\u2019il accordait à la confession.Dans mes mots et pour les besoins de cet article, je veux surtout souligner dans la confession un rituel daveu de l'imperfection.Je précise que je suis hypercritique face à certains poids très lourds qui nous restent de notre héritage culturel catholique ; je compte d\u2019ailleurs y revenir dans le prochain numéro de la revue.Mais je suis convaincu que d\u2019autres éléments de cet héritage sont à la base de dynamismes qu\u2019il serait suicidaire de tarir.Les effets négatifs du mea culpa ont été amplement démontrés et dénoncés : honte, haine et mépris de soi, scrupule, censure du corps et des émotions.Les traces sont loin d\u2019en être toutes effacées et 11 peut être stimulant de relire les diatribes vociférantes de Janou Saint-Denis à ce propos.Mais les blessures commencent peut-être à se cicatriser suffisamment pour qu\u2019on puisse avec un peu de sérénité examiner aussi les aspects positifs d\u2019une réalité très ambiguê.Ces aspects positifs sont loin d\u2019être négligeables.Prononcer le mea culpa, c\u2019était assumer une identité plus existentielle que mythique : c\u2019était se reconnaître faible, vulnérable, plein de contradictions, capable d\u2019un retour critique sur soi-même, en état de manque.C\u2019était aussi se livrer au bon vouloir d\u2019autrui, être en demande d\u2019indulgence et de pardon, espérer recevoir de l\u2019amour non à cause de ses prouesses mais en dévoilant toutes ses imperfections et ses limites.67 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec En d\u2019autres mots, dans le rituel de la confession, c\u2019est le fait même de se présenter comme un être imparfait qui déclenchait en retour des paroles d\u2019accueil, d'acceptation par la communauté.Ça pouvait favoriser la complaisance dans l\u2019échec, dans la maladie et le rôle de victime.Nous n\u2019y avons pas manqué, rivalisant en cela avec nos coreligionnaires Irlandais.Ça prenait un coup de barre.Nous ne l'avons pas manqué non plus.Du jour au lendemain, les « nés-pour- un-petit-pain » sont devenus les « maîtres-chez-eux »\u2026 Le triomphalisme remplaça avec une rapidité suspecte l\u2019habitude de raser les murs et de se réfugier dans les « craques » du plancher.Il n\u2019y avait plus d\u2019intéressant que le produit culturel québécois.Même le goût du vacarme bavarois se folklorisa et les foules de buveurs de bière se pressèrent Aux Deux Pierrots pour s\u2019égosiller sur le texte de Mon oncle Edmond.Pour le plus grand bonheur du sympathique Claude Gauthier, son Grand Six Pieds eut alors l\u2019occasion de sortir des tablettes et de devenir une sorte d\u2019hymne national à l\u2019usage des brasseries.Mais de la brasserie à la salle Fred Barry en passant par les estrades de plus en plus normalisées de la fête nationale, nous étions en train de nous enfoncer dans un art pompier, un art renonçant aux ambiguïtés et aux contradictions de la vie pour emprunter l\u2019épistémologie très euclidienne de la rhétorique politique.Dans le charnier où nous l\u2019avons remisé, le mea culpa a commencé à se décomposer.Il est recomposable\u2026 peut-être même en évitant d\u2019y réintroduire la culpabilité morbide.Je reviens au spectacle de Louise Forestier.Je repense au frémissement qui a agité la salle quand elle nous a avoué avoir gardé \u2014 ou retrouvé \u2014 de l'affection pour Charlebois, avant de chanter le Lindbergh le plus profond, le plus sensible et le plus vibrant de sa carrière.68 \u2014\u2014 gn ea em Tam-tam blanc Je pense à toute la beauté qu\u2019elle a tirée de ses quêtes désespérées d\u2019affection sur la rue Prince Arthur.Mais tout le monde n\u2019est pas cette synthèse d\u2019Édith Piaf et de Liza Minelli et le cas de Louise Forestier pourrait bien être individuel et accidentel \u2014 encore que cela n\u2019expliquerait pas la réponse enthousiaste de la foule à cette vulnérabilité mise en spectacle ! Allons donc jeter un coup d\u2019oeil aux artistes en herbe et à leur public, dans les polyvalentes.La ligue junior d\u2019improvisation, ça vous dit quelque chose ?Elle rivalisait avec les ordinateurs personnels au dernier salon de la jeunesse, en février au vélodrome.L\u2019avance en âge me rend peut-être bien émotif, surtout devant des jeunes qui ont l\u2019âge de mes enfants.Mais j'ai été attendri comme un filet mignon catégorie À sous le marteau d\u2019un(e) cuisinier(ère) hors-pair ; un pas de plus et je passais au hache-viande.Qu'est-ce qui m\u2019a bouleversé comme ça ?Une complicité superbe face au risque permanent d\u2019échecs, de ratés, de maladresses, sans que le goût de créer et de bien faire en soit entamé pour deux sous.Comme si la crise avait redonné à cette génération le droit à la vie qui palpite, simplement, aussi riche qu\u2019imparfaite (et peut-être pour les mêmes raisons).Parents et professeurs ce n\u2019est peut- être pas de votre faute mais vos enfants sont eux-mêmes des oeuvres d\u2019art.La version morbide du mea culpa aurait pu se traduire : « Je suis faible et faillible, donc je ne mérite pas qu\u2019on m\u2019aime.» Dans la version qui me semble en train de se recomposer, cela deviendrait : « Je suis faible et faillible, donc j'ai besoin qu\u2019on m'aime.» L'artiste va donc chercher à attirer : en étant drôle comme Ding et Dong, émouvant comme Louise Forestier, étonnant comme Montréal Transport, éblouissant 69 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec comme les improvisations pianistiques de Jean Beaudet, aguicheur comme Belgazou, explosif comme Corbeau.Enfin! Pourquoi enfin ?Parce que je suis arrivé à me rendre compte \u2014 toi aussi peut-être \u2014 que les gens qui ne cherchent pas à me séduire sont des gens pour qui je ne compte pas.Je les croyais purs et désintéressés.J'ai découvert qu\u2019ils étaient seulement narcissiques.Leur haute opinion de leur génie leur suffit.D'ailleurs la pratique systématique de la pureté dans le monde réel trahit une attitude assez méprisante à l\u2019endroit du commun des mortels.Si ce n\u2019était de nos lâchetés, de nos impuissances, de nos laideurs, de nos perversions, pourquoi diable aurions-nous besoin de nous rattacher à une collectivité ?Si un système social destiné à mettre fin à tout cela était connu à coup sûr et que les moyens d\u2019y parvenir étaient évidents, il n\u2019y aurait pas une minute à perdre : on se consacrerait a temps plein a la politique sans s\u2019attarder aux arts.Si on avait acces a la beauté totale, on la dégusterait, on la contemplerait, sans se tordre les méninges à tenter de la créer et de l\u2019exprimer.L'art ne représente pas la beauté mais le manque, le désir, la soif de beauté.Il est un appel à autrui.Puis-je représenter l\u2019objet de ma soif avec assez d\u2019éloquence pour que d\u2019autres y reconnaissent la leur?Quand Richard Séguin raconte les peurs et gaucheries des papas de fins de semaine, ou que Marie-Claire nous confie la nuit d\u2019insomnie que seul le piano a pu finir par calmer, d\u2019autres y trouvent un goût de complicité.Nous ferons cuire le veau gras Il n\u2019y a pas que l\u2019art qui fut subordonné à l'idéologie pendant plusieurs années.Il y a aussi l\u2019alimentation et je 70 Tam-tam blanc suis sûr que la coïncidence n\u2019est pas fortuite.Autant la création a occulté la chair et le sang, autant s\u2019est accru le nombre de ceux et celles qui ont éliminé de leur menu, parfois avec dédain, la chair des animaux, surtout les viandes rouges.\u2026 au point de considérer dans certains cas comme des êtres grossiers ceux qui conservaient leurs habitudes carnivores.Il fallait le faire : nous avons réinventé le carême mais cette fois à l\u2019année longue, lui enlevant tout son sens de préparation à la fête.Nous avons supprimé l\u2019aveu des fau- i tes mais conservé la pénitence, supprimé le pardon mais E conservé l\u2019expiation.Je m\u2019attends à un tollé de protesta- i tions ! On n\u2019attaque pas impunément les tabous alimentai- i res.La preuve, c\u2019est que même le christianisme primitif È n\u2019y est pas parvenu.L'austère et misogyne Saint Paul a Er eu beau raconter un rêve où une voix lui disait qu\u2019il n\u2019y avait plus de viandes impures ; l\u2019austérissime Saint Jérôme et sa joyeuse bande d\u2019ermites ont eu le dernier mot : l\u2019habitude judaïque de traiter avec soupçon la chair animale et le sang animal s\u2019est perpétuée dans le christianisme.Je remets à plus tard le débat de fond où j'ai le goût de me demander par quel paradoxe c\u2019est précisément au nom de l\u2019écologie qu\u2019on refuse la relation symbiotique des humains avec les autres espèces animales à l\u2019intérieur de la chaîne alimentaire.Pour le moment, j'ai moins le goût de débattre que de pt: fêter.Si tu refuses comme moi les interdits a la mode de B la culture cool, je t\u2019invite à la cuisson du veau gras.58 Je larderai le morceau et tu te pencheras pour le tenir en place.Pendant qu\u2019il grésillera, nous danserons au son A des congas de Michel Séguin, ou d\u2019un des groupes reggae ES qui envahissent Montréal.Nous frémirons aux pièces de q René Gingras et de Gilbert Turp qui nous racontent très È subjectivement les conflits de générations.Nous lirons le 71 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec coeur palpitant Laura Laur, La Malentendue, Maryse ou les récits fantastiques de Claire Dé et Anne Dandurand.Nous jouerons, dans nos « parties », à l\u2019improvisation théâtrale ou musicale.Nous pratiquerons la gymnastique de façon moins militaire, au son d\u2019une musique facile et entraînante, avec des vêtements moulants et colorés.Nous irons entendre Gilbert Langevin lire et chanter des poèmes que tout le monde comprend, entrecoupés d\u2019anecdotes et supportés par le violon de Dominique Tremblay.Nous écouterons l\u2019Orchestre symphonique de Montréal, mais dans les centres d\u2019achats plutôt qu\u2019à la Salle Wilfrid Pelletier.Et même.mais ça on ne le dira à personne, au cas où les propriétaires de la culture et du bon goût pourraient l\u2019apprendre et nous condamner au bûcher.peut- être même oserons-nous nous permettre de rigoler aux blagues improvisées de Gilles Latulippe au Théâtre des Variétés.72 Louise Poissant Des femmes et des textes Le texte qui suit n\u2019est pas le résultat d\u2019une enquête exhaustive menée sur le terrain des oeuvres des auteures québécoises ou auprès des écrivaines elles-mêmes qui auraient été consultées à propos de leurs projets actuels.Il s\u2019agit davantage d\u2019une réflexion ponctuelle sur la conjonction femmes-écriture, réflexion suscitée par la lecture du livre Féminité, Subversion, Ecriture paru récemment !.Une réaction en quelque sorte aux textes réunis par Suzanne Lamy et Irène Pagès, textes qui avaient été lus dans le cadre des XXV¢ et XXVI¢ Congrès de l'APFUCC.Une remarque de Barbara Godard a servi de déclencheur à la position présentée ici.Elle dit, à propos des écrits des numéros consacrés aux femmes par la (Nouvelle) Barre du Jour qu\u2019ils s\u2019apparentent au Romantisme et aux oeuvres de la modernité.En effet, la déconstruc- ! Textes réunis et présentés par Suzanne Lamy et Irène Pagès, Féminité, Subversion, Ecriture, Montréal, Les éditions du remue- ménage, 1983.73 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec tion opérée sur le langage et l\u2019écriture par plusieurs écri- vaines rejoint une des principales entreprises de la modernité alors que la quête d\u2019une « parole archaïque de l\u2019origine biologique » (p.203) rattacherait certaines démarches au courant littéraire du XIX®© siècle.Ces deux catégories seront reprises ici parce qu\u2019elles enchas- sent un grand nombre de traits de l\u2019écriture au féminin et parce qu\u2019elles permettent dans plusieurs cas de rendre compte des dynamiques à l\u2019oeuvre.Une troisième catégorie va cependant être ajoutée, celle encore bien flottante de post-modernisme, pour caractériser certaines productions récentes ?.Les projets de la modernité La modernité en art est marquée par trois grandes entreprises : la déconstruction des formes, des genres et des matériaux artistiques, la langue par exemple pour les écrivains ; la recherche et l\u2019affirmation de la différence spécifique de chaque inscription ; la valorisation des productions nouvelles, en rupture avec ce qui précédait, l\u2019idéalisation des révolutions.La mode des avant-gardes, toutes plus iconoclastes les unes que les autres manifeste bien la volonté de chercher plus loin et ailleurs une vérité et une justification de l\u2019oeuvre, de même que le rejet le plus souvent inconditionnel des expressions classiques ou ayant force de loi ou d\u2019école alimente le désir de changement.Plusieurs auteures inscrivent leur démarche dans ce sens, et la recherche formelle qu\u2019elles mènent représente un des traits essentiels de leur écriture.De ce point de vue, c\u2019est au niveau de la création formelle que la spécificité de l\u2019écriture au féminin pourra surgir.D'où l\u2019intérêt de subvertir la langue, de la remodeler, de trans- ?Il est essentiel de souligner que les catégories qui suivent ne sont pas liées à une quelconque chronologie.Il s\u2019agit de trois tendances aussi actuelles les unes que les autres, empiriquement aussi bien qu'en principe.74 Des femmes et des textes gresser les règles et les tabous qui la régissent et l\u2019encombrent.Toutes celles qui ont écrit dans Féminité, Subversion, Écriture signalent des gestes, des intentions et des procédés subversifs mis en oeuvre dans la littérature féministe actuelle.Certaines modalités de subversion portent plus directement sur la forme ou sur le matériau même de la langue et alors, par un même geste ou un même procédé \u2014 celui par exemple de féminiser des formules neutres ou masculines \u2014 un travail de déconstruc- tion de l\u2019ordre logocentrique est opéré comme le signale Maroussia Hajdukowski-Ahmed.Intervenir sur le réel signifie d\u2019abord, dans un contexte d\u2019écriture, miser sur la texture de l\u2019écriture, sur sa forme.Le retour réflexif sur l\u2019instance linguistique ou poétique vise, derrière cette médiation essentielle, la transformation des rapports au monde.Bien entendu, toutes les manipulations syntax1- ques, les corrections et les innovations lexicales \u2014 les néologismes, les mots-valises, etc.\u2014 le débordement des signifiants ou leur détournement des rapports habituels sa/sé, de même que les tours rhétoriques tels la paronomase, l\u2019ellipse, les phrases nominales, l\u2019hyperbole, l\u2019antithèse, etc., sont autant de procédés de type formel qui modifient l\u2019écriture plus ou moins indépendamment des contenus ou des thèmes abordés.Cette volonté de subversion se manifeste par un moment de négation : contester la loi du langage qui est loi du Père, et par un désir d\u2019affirmation : trouver par cette attitude une marque de la spécificité de l\u2019écriture au féminin.Au Québec, depuis les années 70, Nicole Brossard, France Théoret, Louky Bersianik, Madeleine Gagnon, Chantale Saint-Jarre, entre autres, ont travaillé dans ce sens et ont contribué à l\u2019élaboration dans notre culture d\u2019une nouvelle écriture.N.Brossard parle du « rejet de tout ce qui dans l\u2019écriture est fixe, défini, immobile * ».Presque toutes insistent sur la nécessité 3 Citée par Evelyne Voldeng, op.cit., p.119.75 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec d\u2019écrire et de s\u2019écrire autrement pour s'approprier la « différence ».La modernité a valorisé le changement, les déplacements et la nouveauté.En ce sens, manifester et produire la différence n\u2019est pas une attitude propre aux groupes marginaux ou aux « minoritaires » en quête d'identité.Cette exigence hante tous les courants artistiques depuis la fin du siècle dernier et la subversion est réputée une des pratiques les plus crédibles de l\u2019art.Théodor Adorno, Jean-François Lyotard, Roland Barthes, Philippe Sollers en font un de ses traits essentiels.Les interventions féministes ajoutent, à la liste des procédés qu\u2019elles partagent avec les poètes et les artistes qui ont marqué l\u2019histoire moderne, tout le phénomène de féminisation des mots et des images.Cette entreprise n'avait jamais été pensée avant elles.La trace du corps qu\u2019elles cherchent à inscrire distingue aussi leur démarche.Il en est question un peu plus loin.L\u2019impulsion romantique Le souffle qui traverse toute une autre série de textes est intimement lié aux thèmes et aux désirs qui ont soulevé les Romantiques.Les démarches et les résultats de cette tendance, bien qu\u2019orientés différemment, ne sont toutefois pas incompatibles avec le travail des femmes associées au courant de la modernité.Leurs recherches portent sur le renouvellement des contenus et sur la réhabilitation d\u2019un imaginaire féminin.Tout comme les Romantiques, elles contestent et attaquent le mythe de la rationalité, l\u2019empire du Logos, la loi du Père que l\u2019on traduit maintenant par la loi du langage.Leurs textes expriment leur révolte contre la suprématie d\u2019une règle qui vient d\u2019ailleurs et qui nie ou diminue toute inspiration inorthodoxe ou marginale.Ces auteures invoquent et tentent de pratiquer une écriture qui serait imprégnée, imbibée de féminité, une écriture qui retracerait des signifiants, des figures et des métaphores féminines et ultimement, une écriture qui remonterait à la langue mater- 76 Des femmes et des textes nelle, celle d\u2019avant le langage articulé \u201c.Les recherches étymologiques, l\u2019effacement de la hiérarchie entre les mots savants, littéraires, domestiques, le développement de nouveaux champs sémantiques, les associations libres, la levée des tabous linguistiques concernant le sexe des autres, sont autant de procédés qui visent à faire surgir un originaire pulsionnel individuel et social, des figures archaïques et mythiques déclenchantes pour les femmes.Trouver une origine dans le langage, réaliser une parthénogénèse par l\u2019écriture ° se traduisent à l\u2019occasion par la refonte du texte historique dans lequel la trace de la présence des femmes doit être inscrite.Par ailleurs, la volonté d\u2019injecter du désir, de le remettre au centre de l\u2019écriture, pour reprendre une expression de Madeleine Gagnon ©, rappelle l\u2019insistance des Romantiques pour la reconnaissance de la subjectivité.Il n\u2019est pas exclu du reste que l\u2019écriture féminine porte des marques d\u2019hystérie ou qu\u2019elle soit maintenue en rapport dialectique avec la folie comme le remarque Irène Pagès à propos des textes d\u2019Emma Santos (p.284).La magnification du particulier et de l\u2019accidentel accompagne aussi ce mouvement.L'écriture au féminin insiste beaucoup sur cette dimension.Le banal et le domestique sont réintroduits de même que le style oral et le bavardage 7 sont utilisés pour réhabiliter la parole.Si le particulier mérite d\u2019être dit, c\u2019est qu\u2019il rejoint un universel qui a été nié par le Logos.La recherche de la fusion avec la nature, avec l\u2019environnement, avec la mère, cette symbiose qui se fait par le sentiment ou l\u2019imaginaire, inspire un renouvelle- 4 Cf.le texte de Danielle Fournier, « La désolation ».in La nouvelle barre du jour, Montréal, n° 112, 1982.° Expression de Yolande Villemaire citée par Barbara Godard, Féminité\u2026 .p.199.¢ Citée par Christiane P.Makward, op.cit., p.129.7 CF le texte de Jeanne Demers et Line McMurray, op.cit., p.166 et suivantes.FI ee ee A LY rps Possibles \u2014 1984 : créer au Québec ment des contenus et des images.Au Québec, Jovette Marchessault, Madeleine Ouellette-Michalska, entre autres, ont exploré cette veine et ont fourni toute une série de figures inspirées d\u2019un imaginaire de réconciliation.Les montages post-modernistes Le concept de post-modernisme est bien imprécis.Appliqué à l\u2019art et à la littérature, 11 nomme cependant certaines caractéristiques sur lesquelles un consensus est déjà formé.Les oeuvres post-modernes sont éclectiques ou hybrides selon l\u2019expression de René Payant.Les genres y sont mélangés ou plus exactement juxtaposés.Pour les oeuvres écrites, la théorie et la fiction se croisent et sont détournées de leur usage habituel.La théorie ne transcende plus la fiction, et cette dernière, placée à côté du discours de savoir, ne sert pas de simple illustration.De même, les références au passé, à l\u2019histoire sont fréquentes et sont conjuguées entre elles et le présent sans distinction.Les citations et les réutilisations de monuments du passé, décontextualisées et servies à la mode des problématiques ou des esthétiques actuelles, indiquent que les formes d\u2019hier sont encore parlantes, quand on ne dit pas clairement qu\u2019il n\u2019y a plus de futur, que tout a déjà été fait ou dit.Le retour réflexif entrepris par la modernité se particularise et devient retour sur l\u2019énonciation elle-même, point limite de cette démarche.Par ailleurs, la condensation forme-contenu que les recherches formalisantes avaient réalisée est reprise, mais les contenus ouvrent sur des signifiés qui appartiennent à d'autres codes et en particulier sur le corps considéré aussi comme texte.Plusieurs oeuvres récentes d\u2019écrivaines québécoises s\u2019élaborent dans ce sens.Certaines ont même contribué à former ou à développer des caractéristiques importantes.Les Québécoises bénéficient d\u2019ailleurs de certains avantages étant donnée la rencontre féconde qui se pro- 78 Des femmes et des textes duit sur leur sol, de deux cultures féministes, l\u2019américaine et la française.Les collages stylistiques et théoriques, les emprunts caractéristiques du post-modernisme, peuvent ainsi se faire sur la base de traditions hétérogènes.C\u2019est sans doute par rapport au retour sur l\u2019énonciation qui renvoie au corps, retour associé à la condensation forme-contenu qui appelle le corps, que les auteures d\u2019ici ont le plus produit.Christine Klein-Lataud et Christiane P.Makward analysent cette thématique que les femmes ont introduite dans la littérature 8.Pour cette dernière auteure, le rapport corps-texte dans l\u2019écriture au féminin, n\u2019est pas seulement métaphorique.Si le corps a toujours été présent dans quelque production que ce soit, la phénomène était occulté par le passé.D'ailleurs, un grand nombre de courants ou d\u2019écrivains ont nié ou gommé délibérément toute trace du corps dans l\u2019écriture.Lorsqu'il était présent, c\u2019était à titre d\u2019objet.Ce que les féministes signalent, c\u2019est que le corps sexué est nécessairement actif dans l\u2019écriture.L'écriture se déploie au rythme du corps.Certaines prétendent même que l\u2019écriture au féminin serait en deçà du symbolique, connectée immédiatement sur le réel.S\u2019agit-il d\u2019un nouveau mythe qui ferait écran à du matériel inconscient ?Christiane P.Makward pose la question en reprenant Claude Pujade-Renaud (p.130).Quoiqu\u2019il en soit de la réponse, cette problématique alimente plusieurs investigations actuellement et en ce sens, elle est très significative.Le caractère éclectique de la production post-moderne des écritures de femmes est aussi très frappant.Suzanne Lamy en retrace plusieurs manifestations dans La Vie en prose, ouvrage de Yolande Villemaire ?.Pastiches de tex- 8 Cf.« La nourricicriture ou l\u2019écriture d\u2019Hélène Cixous, de Chantal Chawaf et d\u2019Annie Leclerc », texte de Christine Klein-Lataud.in op.cit., p.93 et suivantes, et le texte de Christiane P Makward.« Corps écrit, corps vécu : de Chantal Chawaf et de quelques autres », p.127 et suivantes.9 Cf.« Subversion en rose », in op.cit., p.107 et suivantes. Possibles \u2014 1984 : créer au Québec tes antérieurs, ton du journal intime, dialogue sans préavis, associations libres, narrations, formulation de questions théoriques, plusieurs genres se rencontrent et forment un tout sans continuité ni unité.De nombreuses auteures laissent aller leur plume dans le sens de leurs intérêts et de leur formation qui sont de plus en plus souvent à la croisée de plusieurs disciplines et d\u2019une grande diversité de champs.Le théorique est de plus en plus convoqué mais il est détourné de son caractère d'autorité par des marques d\u2019humour ou par sa « poétisation ».Marcelle Brison, Nicole Brossard, Madeleine Gagnon, pour n\u2019en nommer que quelques-unes, pratiquent régulièrement des emprunts au théorique qu\u2019elles juxtaposent à des textes de fiction.De même, les références au passé sont de plus en plus fréquentes.Contrairement aux attitudes de ruptures qui ont caractérisé le modernisme, le post-modernisme manifeste très allègrement ses liens au passé.Aujourd\u2019hui est fait d\u2019hier et les oeuvres et les acteurs d\u2019hier ont une place dynamique qu\u2019il convient de montrer.Que ce soit par le biais de clins d\u2019oeil plissés d'humour comme les pratique Yolande Villemaire ou par le biais de mises en scènes plus déployées comme c'est le cas avec Marcelle Brisson et Louky Bersianik qui font parler des personnages ou des textes qu\u2019elles décontex- tualisent et auxquels elles donnent une actualité nouvelle, ces références sont de plus en plus constitutives.Ce procédé rejoint d\u2019ailleurs le désir de se faire une histoire, de se doter d\u2019une mémoire, aspiration qui a été indiquée un peu plus tôt.Le repérage des tendances qui ont été présentées ici est bien insuffisant et ne rend pas compte, bien entendu de l\u2019ensemble de la production des femmes au Québec.Le découpage opéré, comme toute catégorisation, est abstrait.Regroupées et pensées sous d\u2019autres concepts, les oeuvres auraient été distribuées autrement.Par ailleurs, ces tendances ne sont pas étanches ou exclusives.Par certains aspects, des auteures circulent dans les trois genres.80 Des femmes et des textes Un dernier mot sur le livre Féminité, Subversion, Écriture qui a été le point de départ de même que l\u2019aliment substantiel de cet article.Les textes qui y sont consignés y sont tous clairs et concis.De plus, pour la plupart, ils sont pertinents et stimulants.L'ensemble dont le mérite revient à Suzanne Lamy et Irène Pagès puisque ce sont elles qui ont choisi et réuni ces textes, touche à un grand nombre d\u2019aspects et de questions que pose la conjonction qu\u2019annonce le titre. [\u2014r\u2014\u2014\u2014 \u2014 \u2014_\u2014 \u2014\u2014 Te __ En J Sen Lo .= a = AEP Py al EO AY ne Leal EPR LLL LS PTI .Lt Rose Marie Arbour Part comme événement « Je ne m'intéresse pas uniquement à l\u2019art.je m'intéresse aussi à la société dont l\u2019art n\u2019est qu\u2019un aspect.Je m'intéresse au monde en tant que tout, un tout dont la société n\u2019est qu\u2019une partie.Je m'\u2019intéresse à l'univers dont le monde n'est qu'un fragment.Je m'intéresse en premier lieu à la création permanente dont l'univers n'est qu\u2019un produit.» (Robert !*illiou) Qui n'a pas vu, sur scène ou à la télé, la LNI (Ligue nationale d\u2019improvisation) ?Qui n\u2019est pas allé au chic cabaret « Les Foufounes électriques », rue Sainte- Catherine à Montréal, où depuis quelques mois des peintres produisent en une heure une toile dont le seul caractère qui les lie (ils sont plus d\u2019une vingtaine à peindre en méme temps) est le format de la toile (3° x 4) \u2014 d\u2019où le nom de ces événements ?Un orchestre de jazz y anime I'atmosphere fumante, suante et surchauffée où le public n'arrive pas plus à circuler que dans un wagon de métro à l\u2019heure de pointe.Dans le domaine des arts visuels, le scénario typique d\u2019une carrière d'artiste est simple : exposer puis disparai- tre.Recommencer, redisparaître.Certain(e)s trouvent des alternatives ponctuelles \u2014 qui sont aussi humoristiques \u2014 à ce jeu épuisant d\u2019assurer à la fois une continuité et une rigueur dans le travail créateur (conception-production) et un minimum d\u2019énergie et de souplesse a diffuser ces productions artistiques qui en 83 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec sont le fruit.C\u2019est ainsi qu\u2019on se retrouve dans un événement-encan tel que décrit, dans un bar de la « Main » où la « performance » des peintres est au coeur du spectacle.L'événement \u2014 où se chevauchent intimement les étapes habituellement séparées et distanciées, dans l'espace et dans le temps, de la création (par l'artiste) et de la réception (par le public) \u2014 situe certaines pratiques artistiques telles les arts visuels et la littérature, dans un espace-temps qui ne leur est pas familier : celui du public qui les reçoit.Habituellement réalisées dans la solitude, les oeuvres d\u2019art et les livres, dans leur processus de production, sont rarement objets de spectacle.Quand ils le deviennent il y a élargissement de la notion de création aux activités périphériques qui les accompagnent, changeant de ce fait le rapport traditionnel de l\u2019artiste à sa production, de l\u2019artiste à son public.Dans cette série d\u2019événements dont je rappellerai ici les moments et les lieux d\u2019apparition, il est évident que l\u2019objet d'art (le produit fini) n'est plus exclusivement au coeur de la manifestation mais qu\u2019il devient véritablement aux yeux de tous, le résultat d\u2019un processus plus ou moins long et plus ou moins complexe qui, sans pour autant lui faire perdre son importance et son autonomie, le délivre de l\u2019effet d\u2019hypnose qui lui est habituellement attaché.On sait à quel point l\u2019appréciation des objets d'art et la reconnaissance de leur « qualité » reposent sur des règles et des normes qui, pour être logiques, ne peuvent prétendre à l\u2019objectivité scientifique ; les modes artistiques existent autant et sinon plus que les modes intellectuelles.L'attirance pour un objet d\u2019art est généralement liée au goût.C\u2019est ainsi que régulièrement on re-découvre des courants d\u2019art, des oeuvres qui étaient plus ou moins tombées dans l'oubli.Qu\u2019est-ce qui fait que soudainement elles deviennent le point d\u2019attention et le point de référence pour de jeunes artistes (et de moins jeunes)?Ou bien, qu\u2019est-ce qui fait que certains courants dominent et 84 L'art comme événement rallient tant d\u2019artistes, en même temps ?Il y a évidemment un consensus sur l\u2019adoption de tels codes plutôt que tels autres : mais qui détermine ces changements ?Qui désigne le système formel auquel adhèrent les artistes au fil des décennies ou suivant les « vagues » de 2 à 5 ans?Il y a là plus que des goûts personnels mais des formes d\u2019expression idéologiquement significatives et partagées collectivement.L'événement serait donc la forme qui, actuellement, donnerait corps au concept de création chez de nombreux-ses artistes et organisateurs-trices.En effet, la volonté créatrice s\u2019y actualiserait d\u2019une façon particulièrement dynamique chez la génération des 25-35 ans (et plus).Première réaction : ce n\u2019est pas nouveau ! En effet i ce n\u2019est pas nouveau.N\u2019a-t-on pas été soi-même témoins ou n\u2019a-t-on pas entendu parler d'événements, sortes de happenings qui eurent lieu à Montréal dans les années 60 ?On se remémore ceux de Serge Lemoyne, ceux du Nouvel Age, du groupe de Fusion des Arts entre autres.C\u2019était à la fin des années 60.S\u2019il convient ici d\u2019en signa- E ler de forts nombreux antécédents dans notre courte histoire de l\u2019art contemporain québécois, l\u2019événement, comme forme et/ou contexte de création artistique, est significatif particulièrement parce qu\u2019il inclut les dimensions culturelles et sociales propres au contexte où il se A réalise.i La résonnance religieuse du terme « création » (action : de donner l\u2019existence, de tirer du néant.Cf.Le Petit 8 Robert) a toujours eu tendance a se coller a la dimension matérielle de l\u2019activité (à fixer l\u2019art comme objet), de Ë sorte que mettre l\u2019accent et l\u2019importance sur l\u2019ensemble Er du processus créateur \u2014 incluant là son contexte histori- E que et aussi les conditions de réception de l\u2019oeuvre par É.le public \u2014 a toujours eu pour effet de soulever des pil 85 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec craintes (justifiées) de trivialiser l\u2019art et par là, la création comme telle.Comment donc voir un événement autrement qu\u2019à titre secondaire par rapport à l\u2019objet d\u2019art qu\u2019on peut contempler, goûter, posséder ?Or ce sont les artistes qui ont eux-mêmes apporté un éclairage particulièrement significatif de ce phénomene, où se chevauchent souvent exécution (d\u2019une oeuvre) et création \u2014 ou bien, quand plusieurs expositions ou manifestations se produisent en même temps ou dans une succession organisée.® ck * Voici quelques-uns de ces événements qui ont eu lieu au Québec ces dernières années et qui obligent à faire une lecture de l\u2019art comme élément d\u2019un texte beaucoup plus large, se caractérisant par l\u2019hétérogénéité des constituants par et dans lesquels il se concrétise et qui plus est, les déhiérarchise grâce à l\u2019abolition de la lecture linéaire au profit d\u2019une approche plus ouverte et polymorphe.L'événement inclut la notion de passage \u2014 passage d\u2019un lieu à un autre, éclairage d\u2019un lieu par un autre, soit par sa mise en parallèle, soit par leur confrontation réciproque.Ainsi, comme pour défocaliser la création artistique d\u2019un lieu (la région de Montréal) dévorant et aspirant les énergies et des artistes et du public (dixit les gens de Québec), les réseaux artistiques ou d'artistes sont apparus depuis près de cinq ans : Rimouski renvoie la balle à Québec, Montréal à Chicoutimi, à Sherbrooke.C\u2019est dans le rythme d\u2019une telle dynamique que se fait la coordination d\u2019événements régionaux qui se produisent en même temps, en différents endroits, liés par une thématique concertée plutôt que par un genre ou un style.Des catalogues rendent compte souvent de ces manifestations et soulignent la nature événementielle d\u2019une telle concertation pan-régionale.Ce sont eux qui demeurent les objets témoins : Art et écologie situé dans « 1-6 lieux » (automne 83), se réalisait à Rivière-du-Loup, Alma, Montréal, Rimouski, 86 L'art comme événement Chicoutimi, Québec, autour de ce thème à implication éminemment politique et économique d'écologie.La dimension collective de l\u2019activité artistique interrogeait là le rôle et la fonction de l'artiste, son rapport au public et remettait au premier plan la notion de fête par la forme que prirent généralement chacun des événements.Réseau Art-Femme avait antérieurement (printemps 1982) ravivé la notion de réseau interrégional (Chicoutimi.Québec, Montréal, Sherbrooke).Chacun des groupes d'artistes adoptait son rythme propre, son mode de production-réception des oeuvres ou événements réalisés : selon la position artistique et politique des artistes et des organisatrices, on opta pour des réalisations plastiques (sculptures, environnements) ou événementielles pour attester et affirmer une identité sexuelle au sein de la création artistique.En 1979, à Montréal, une série d'expositions, performances et concerts de musique d'improvisation (Actions 79) avait déjà tenté d\u2019établir, dans des lieux différents et dans une séquence temporelle serrée, des liens entre des pratiques différentes (arts visuels \u2014 musique d\u2019improvisation \u2014 performance).Certains événements sont constitués au sein même des expositions \u2014 je les nommerai les expositions- événements.Ainsi de l\u2019exposition du « Dinner Party » de Judy Chicago au Musée d\u2019art contemporain à Montréal (printemps 1982).On se rappellera les foules qui se sont déplacées à cette occasion.Par le rapport problématique qu\u2019elle soulevait entre le social et l\u2019art, l\u2019exposition Art et féminisme qui se situait en vis-à-vis du « Dinner Party » se posait également comme événement.L'exposition Actuelles qui réunissait 23 femmes-artistes à la Place Ville-Marie à Montréal (octobre 1983) tentait pour sa 87 se DF Possibles \u2014 1984 : créer au Québec part d\u2019amener littéralement sur la place publique des productions artistiques de femmes.Le Symposium international de sculpture environnementale de Chicoutimi (été 1980) s\u2019était manifesté comme événement non seulement du fait que les artistes créaient sur place, mais par les multiples activités qui s\u2019y greffaient (colloque, tables rondes, activités dans la rue, ateliers de travail, concerts de musique d\u2019improvisation, performances).Nous sommes loin, ici, des expositions d'arts visuels centrées exclusivement sur un produit fini.L\u2019attention est davantage tournée sur les artistes qui, oeuvrant dans le contexte même qui les reçoit, s'adressent eux-mêmes au public.Ils doivent en effet inclure dans leur processus créateur, des données immédiates, imprévues, qui sont issues de l\u2019interaction avec ce dernier ; ils partagent dès lors le même temps et le même espace.L\u2019osmose se fait plus ou moins, selon les cas.À moins de prendre comme exemples ces musées américains qui réussissent à faire passer des oeuvres d'art issues d\u2019une culture « savante » comme produits de consommation de masse, attirant des foules énormes à des expositions souvent hyperspécialisées \u2014 il est difficile de penser aux créations actuelles en arts visuels au Québec en terme d\u2019objets de désir et de réflexion pour un vaste public \u2014 et cela relève de bien d\u2019autres facteurs que la stricte responsabilité des artistes.Ce qu'on a pu constater dans les manifestations nommées ici, c\u2019est moins l\u2019importance de l\u2019art comme objet formellement autonome \u2014 il est souvent davantage une trace \u2014 que celle de l\u2019artiste au travail, du processus de conception-réalisation d\u2019une oeuvre particulière, de l'identité sexuelle et sociale de l\u2019artiste, de ses liens et de la nature de ses liens avec les autres artistes, des considérations ponctuelles qui président souvent aux choix qu\u2019on croirait des décisions esthétiques.I semble que de plus en plus, chez les artistes et une fraction du public d'art, 88 L'art comme événement disparaisse cette vieille peur d\u2019aliéner l\u2019art à une cause qui l\u2019asservisse et le prive de son caractère spécifique, en faisant de son processus de production même, un événement significatif ou encore, en montrant les divers emprunts qui servent de matériau.Cette peur traduit davantage, d\u2019ailleurs, chez certains, un désintérêt avoué pour les réalités sociales \u2014 « toute cause est une cause perdue » \u2014 qu\u2019une conception de l\u2019art comme pratique autonome.Les objets d\u2019art n\u2019ont pas disparu mais les conditions de leur diffusion sont de plus en plus questionnées : ainsi, à la Galerie Michel Tétreault (rue Saint-Denis à Montréal) Serge Lemoyne ouvrait (février 84) son « exposition » intitulée « le triste sort réservé aux originaux ».Aucun tableau n\u2019était accroché aux murs ; leur blancheur était ponctuellement colorée par une projection de diapositives des originaux « tristement » absents.L'artiste même n\u2019était présent que par le truchement d\u2019un écran vidéo qui mettait en scène également certain-e-s visiteur-se-s qu\u2019on avait interviewé-e-s.Où est rendu l\u2019art?où en est rendu l\u2019art ?Serge Lemoyne aura utilisé là les ressources des médias électroniques d\u2019une façon extrêmement intelligente et critique, amenant le public sur un terrain qui lui est familier en lui donnant à voir des diapositives et un « programme » vidéo pour l\u2019amener à s\u2019interroger sur la nature de l\u2019objet d'art de plus en plus réduit à « faire image » plus qu\u2019à faire sens.Les objets d'art ne disparaissent pas totalement au profit de l'événement mais ils s\u2019insèrent dans l\u2019événement artistique comme une de ses dimensions singulières.Ainsi la série de manifestations de toutes sortes (poésie, voix, musique, gravure, sculpture.) qui se déroulèrent du 15 octobre au 13 novembre à Montréal, Québec, Hull, Trois-Rivières et Paris sous le titre de « Poésie ville ouverte » furent organisés par Claude Haeffely qui avait déjà été l\u2019initiateur de la « Nuit de la Poésie » (1970) entre autres.Dans un désordre somme toute sympathique, 39 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec quelque 250 artistes se sont produits, dans ce cadre assuré par le Musée d\u2019art contemporain, dans différents lieux de la région de Montréal.Un événement déborda carrément ce cadre « informel » : le Marathon d'écriture de 76 heures organisé par les Editions intervention dans un centre commercial (Place Fleur de Lys) dans la Basse- Ville de Québec ; 23 « marathoniens » et une dizaine de performeurs, chacun à sa façon, écrivaient en présence de la foule.La production artistique y était montrée dans le temps et dans un espace public qui la contextuali- saient ; le oeuvres réalisées devant le public acquéraient ainsi une valeur temporelle dont elles ne jouissent pas habituellement.Dans son contexte assez particulier de « bar de la Main », le chic cabaret « Les Foufounes électriques » offre depuis décembre 83, à Montréal, un défi hebdomadaire aux peintres de réaliser une oeuvre sous les yeux attentifs et curieux d\u2019un public bariolé.L'artiste est vu dans le processus de production de son travail, dans ses hésitations, ses reprises, ses références.Il est clair que les artistes prennent une chance en se produisant dans cette foire.Le risque, c\u2019est non seulement les conditions matérielles et temporelles auxquelles ils-elles sont soumis-es mais c\u2019est aussi (et surtout ?) au moment de l\u2019encan qu\u2019il se joue ; là, c\u2019est une part de hasard qui s\u2019allie à la cote d\u2019amour du public éphémère pour « son » artiste préféré-e et qui déterminera son « salaire » de la soirée.Les prix étonnent souvent ; l\u2019interrogation pointe chez plusieurs, l\u2019incrédulité s\u2019installe chez d\u2019autres.Le public répond en toute subjectivité, c\u2019est à prendre ou à laisser\u2026 Le subjectif et l\u2019objectif perdent là, en partie, leur imperméabilité réciproque.La notion de spontanéité créatrice, reliée à une vision romantique de l\u2019inspiration, est évidemment démystifiée et n\u2019apparaît plus comme transcendant absolument les conditions matérielles, contextuelles de l\u2019artiste au travail.Au contraire, la subjectivité apparaît ici sous son angle rationnel, tenant compte de la réalité extérieure : l\u2019ici et maintenant s'imposent 90 L'art comme événement sans pour autant déterminer fatalement le travail artistique ; la focalisation exclusive sur l\u2019objet dart comme produit fini est mise au second plan.Est-ce qu'on en apprend davantage sur l\u2019art à voir l\u2019artiste travailler ?En tous cas, on apprend davantage sur l\u2019artiste, comment il travaille, ses conditions pour le faire et finalement, peut- être, on peut mieux comprendre ce que « faire de l\u2019art » implique concrètement.C\u2019est beaucoup, même si c\u2019est partiel.L'événement est envisagé encore différemment par d\u2019autres artistes ; ainsi, un lieu peut être ré-affecté par l\u2019intervention artistique : ce fut le cas d\u2019un appartement inoccupé rue Clark à Montréal (octobre 83) investi par les peintres Pierre Dorion et Claude Simard qui prirent les murs du lieu loué pour l\u2019occasion comme support pictural : cette peinture prenait possession du moindre coin, armoire, boiserie ou autre surface, produisant un étrange air de fête, dans ce lieu vide et silencieux ouvert au public pendant 15 jours ; les visiteur-se-s déambulaient là et, le faisant, devenaient conscients d\u2019une possibilité rarement prise par les artistes rivés aux organismes de diffusion officiels et traditionnels (musées, galeries d\u2019art) qu\u2019il y avait là une attitude critique face à ce système en y ajoutant une possibilité nouvelle de faire et de montrer la peinture, et aussi de peindre autrement (à deux).C\u2019est par fragments qu\u2019elle se vendait, selon le goût de l\u2019acheteur-se.Dans une perspective beaucoup plus ambitieuse et complexe, Lyne Lapointe, assistée de Martha Fleming, intervient quant à elle sur des lieux publics désaffectés et mis en vente.Elle aura ainsi, pendant au plus une dou- Zaine de jours et pendant les heures de lumière du jour seulement, ouvert à nouveau au public un Poste de pompiers (rue Saint-Dominique près de Rachel, en janvier 91 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec 83) et un Bureau de poste (rue Notre-Dame ouest, à Montréal aussi, en février 84) devenu « Musée des sciences ».L'espace y était traité comme matériau ; la destination antérieure des lieux était scrutée, mise à jour, mise en regard d\u2019autres lieux institutionnels à destination publique (hôpital ou musée des sciences, par exemple) permettant une critique virulente des fondements de la science en établissant les liens entre la médecine et la guerre.L'environnement en lieu réel est éphémère.La mémoire du public est mise au jeu : ici, c\u2019est lui ou elle seul-e qui « conservera » ce qui est exprimé là sans qu\u2019aucun fragment d\u2019objet ne lui serve d\u2019appui ultérieur.L\u2019ampleur de tels projets est également remarquable par le travail considérable exigé \u2014 à toutes sortes de niveaux \u2014 et par l\u2019absence de toute possibilité de rentabiliser, en terme de vente d\u2019oeuvre, de telles entreprises.Le public, devant ces manifestations à caractère éphémère, a la capacité de choisir, d\u2019intervenir.Il devient, je crois, plus créatif.Il jouit d\u2019une multiplicité de points de vue, de niveaux de lecture autrement impossibles lorsque l\u2019objet, en tant que produit, obnubile la seule vision, se fait valoir hors son contexte c\u2019est-à-dire fixé dans l\u2019espace et le temps concentrés d\u2019une galerie, d\u2019un musée.La multiplicité des approches possibles de la part du public, n\u2019enlève pas pour autant son sens à l\u2019objet, ni sa dimension de stricte proposition formelle, ni son objectif de communication même, selon le cas.% * x Plusieurs artistes, depuis quelques années, reprennent dans la masse d\u2019informations et des formes esthétiques du XXe siecle, moins ce qui a déjà été fait que ce qui a été négligé, laissé pour compte.Si on retrouve aujourd\u2019hui des attitudes similaires à celles des années 50 ou 60, il n\u2019y a pas lieu de croire pour autant à une régression.Comme le chante si justement Geneviève Letarte, 92 L'art comme événement dans son spectacle « Sirène, Serpent, Zoulou » en tournée depuis « Poésie, ville ouverte » : Tout ce qui fut mal exploité revient à la mode On a besoin de stock en ce siècle Capital [\u2026.] Et moi je fais des poèmes avec n\u2019importe quoi N'importe quoi ?Comme un octoscope * dirigé sur un point, puis sur un autre, se fabrique et se nourrit de formes et de couleurs qu\u2019il donne à voir autrement, un nombre grandissant d'artistes \u2014 en arts visuels, musique, danse \u2014 ne font pas de discrimination quant aux sources d'approvisionnement qui les alimentent \u2014 ce qui ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y ait pas, chez eux, de sélection, de choix.« La nature est comme un dictionnaire pour l\u2019artiste » disait Baudelaire, au siècle dernier, à propos de Delacroix, son contemporain.« La culture est comme un dictionnaire pour les artistes » dirait-on aujourd\u2019hui.Serait-ce la fin de cette recherche du nouveau, qui définissait jusqu\u2019à récemment le terme de « modernisme » \u2014 à tout le moins en arts visuels ?Le désintéressement grandissant pour cette recherche du nouveau, dans différents domaines de la création artistique, n\u2019est pas le fait d\u2019une plus ou moins grande efficacité à « inventer » ; ce désintéressement manifesterait plutôt un changement de langage, de mode d\u2019expression, de sensibilité ; un langage est élaboré, à partir de la culture même, plutôt qu\u2019à partir d\u2019une « nature profonde », pulsionnelle, instinctive, etc.Les éléments tirés d\u2019oeuvres antérieures sont accumulés, ces fragments sont saisis, sélectionnés puis rapprochés ou opposés les uns aux autres en vue d\u2019un effet de sens qui, lui, est proprement actuel.Serions- nous entrés à nouveau dans une phase où, pour emprun- * Octoscope : jeu qui ressemble à un kaléidoscope mais qui prend ses formes et ses couleurs multiples de l\u2019environnement extérieur plutôt que de quelques morceaux de verre retenus à l\u2019intérieur du cylindre.93 PPS RE DIN IE AA 9 Bit: Possibles \u2014 1984 : créer au Québec ter l\u2019expression de Claude Lévi-Strauss, le « bricolage » serait à l\u2019oeuvre comme méthode de création esthétique ?Dans les premières pages de la Pensée sauvage, l\u2019anthropologue développe la thèse selon laquelle la pensée mythique serait une « sorte de bricolage intellectuel ».Ni à partir des images, ni à partir des concepts, mais à partir a d\u2019éléments a mi-chemin entre les deux : Le propre de la pensée mythique, comme du bricolage sur le plan pratique, est d\u2019élaborer des ensembles structurés, non pas directement avec d\u2019autres ensembles structurés, mais en utilisant des résidus et des débris d\u2019événe- ments : odds and ends, dirait l\u2019anglais, ou, en français, des bribes et des morceaux, témoins fossiles de l\u2019histoire d\u2019un individu ou d\u2019une société.[.\u2026} (La pensée mythique) bâtit ses palais idéologiques avec les gravats d\u2019un discours social ancien.Cette approche « éclatée » de la création artistique est un des éléments expliquant le rôle déterminant des femmes-artistes dans la ré-orientation du champ artistique actuel.En incluant le temps, l\u2019espace et des fragments de diverses provenances, l\u2019événement n\u2019est-il pas le mode le plus souple pour faire se concrétiser, sinon une pensée mythique à proprement parler, du moins une forme de pensée non soumise à la linéarité progressive du temps ou à l\u2019attitude conceptuelle de hiérarchie et de classement propres à la pensée classique ?L'événement, comme action créatrice, est en fait davantage le résultat d\u2019une pensée qui lie l\u2019imaginaire et le politique et aboutit à l\u2019éthique plutôt qu\u2019à l\u2019esthétique.Peut-être que dans l\u2019ensemble des événements mentionnés ici, tous ne sont pas le résultat d\u2019une telle pensée, absolument, mais du moins, tous font partie de cette tendance a inclusion et à l\u2019ouverture comme éléments expressifs et structurels et non plus seulement comme éléments périphériques et secondaires.94 Reynald Connolly Corps-raccords Les expositions solo de Reynald Connolly, né en 1944, s'échelonnent de 1964 à 1983.Ses oeuvres font partie de nombreuses collections publiques et privées.Cet artiste se signalait, dès 1966, au sein du courant de la « Nouvelle Figuration » dont il était un des premiers représentants au Québec.Nous présentons ici une série de « portraits » \u2014 d\u2019individus et de paysages de ville \u2014 qui témoigne d\u2019une vision à la fois analytique et expressionniste de la réalité urbaine actuelle.Le dessin précis et fouillé, le découpage des plans qui morcelle formellement les « sujets », font de ces vues fragmentées les signes picturaux d'une quotidienneté urbaine décidément problématique.Les photos ont été réalisées par Yvon Poirier.95 6' x 6'1983 acrylique sur toile z Etouffante modernité n° 1 A Cees 0 Poe pn poi Ll a Tr oy Sr a memes a ae = P= pag aa = eee = po pe Eos es pen \u2014 pony 7000 = PSP oF Ee =2 oo oo a tam \u2014 _\u2014 aes rea Z Ds Jed Le pee pry id -\u2014 der AEE ex pee 2.ere era LEE y= pa pg CE rer Os Ec: SRR: =X q = CS LL I ee _ 2\u2019 x 6' 1983 graphite sur papier Lorne Brass Pare PO Ph EE ree EO ALYY os Bl a pr Pertes Midre 7 Ap = , Perry A os Se Reap by elle LY = ER te EEE VS pa ma EE jo.JO nes Le \u2014 ry rss ce coins oo ye cal cos a ems Xo rg ee 22.0 or Sg 2m\u201d ero) Surry cx CCAS here; > crea Sct aati 2 aon na: i % 5 REE a Ave, = A G 2% i a Gigi (Pearl) lAmoroso, ou la Femme Girafe graphite sur papier 2\" x 6' 1983 oo I J A SE es #1.gh «, .ong Sa a yw So Ra = = cs 5 a ry Paes Pe Res Pp \u201ca POPP or en Pr Le .a PEs = Claude Poule Dieu graphite sur papier 2\u2019 x 6' 1983 __ I a AH, ep te me rc EP EE Ah C0 ge SP oo Ne or AR .- Lo aT es a Le [Rr se) A \u2014 Ee EEE Set) 2\u2019 x 6' 1983 graphite sur papier Theresa del Rio FREE Preis PTA Pe PRB gi pn PP Lu ity [vray SE ey PAS AL ret oo == a a Lo = Lo _ Ex op os = po os 2006 0G ee areal Re on Rk Xin es py i es od pCR) Cet Co > be = Arid Ara rac ea Eco ace 2 + = ses 0 = = == > $ a Bn a SR se = = $ .rs $ el ce ge ss = __ 2° x 6° 1983 Auto-portrait graphite sur papier eZ ee = A ps Tb 5 - pr To E.5 i # = ë = 6' x 6° 1983 Étouffante modernité n° 2 acrylique sur toile .Lo ems ery) ee, 0 es AS or nas a cs = i a se Lu gale RES ous ny RE eee Rpg \u2014 Ces \u2014 7 ver a or 2 ea ce cie ns Pray pc fr xs i SA x ee is EX Fr ARGO ar La an fk isha toy B Rr Joker EOE a .560 x 0 n : 5 3 ge = == - _ = ce = .A PR A Fo an ERAN iS _ LEP EP RE PERS ES SLI a es En quête de la modernité La lettre qui suit a été envoyée à un certain nombre d\u2019écrivains et d\u2019écrivaines du Québec de diverses tendances et diverses générations afin de réunir des points de vue sur la modernité en littérature.Au même moment, la Nouvelle Barre du Jour préparait également enquête, colloque et numéro spécial sur.\u2026 la modernité.Cette coïncidence involontaire explique sans doute le fait que les animateurs de la revue n\u2019aient pas répondu à notre lettre.Nous le déplorons.Nous engageons cependant nos lecteurs intéressés par cette question à lire le numéro spécial de la NBJ de septembre 1984.Nous remercions ceux et celles qui ont bien voulu répondre à ce « Concours des monologues parallèles », comme le nomme Beauchemin, et laissons à chacun le soin de commenter et de mettre en relation cette riche matière. Le 31 janvier 1984 Cher(e) écrivain(e), Dans le cadre de son prochain numéro portant sur la création au Québec en 1984, la revue Possibles a songé à interroger les écrivain(e)s sur la question de la modernité.Vous savez que notre ciel littéraire est périodiquement agité par-le débat entourant cette notion et que notre querelle des Anciens et des Modernes na rien à envier à celle des siècles antérieurs.Serait-elle devenue folklorique ?Possibles, qui ne croit pas être juge et partie dans ce débat, vous propose donc ses pages afin, sinon de continuer la polémique, du moins de la clarifier.Nous avions songé à vous interroger de diverses manières, chacun y allant de ses suggestions : la modernité est-elle une question datée ?inévitable ?nécessaire ?piégée ?opérante ?Ou encore : la modernité est-elle végétarienne ou carnivore ?la modernité est-elle une philosophie ?une religion ?une patrie ?un jeu de hasard ?un coup de dés ?une ambition ?un processus ?une nostalgie ?un repére ?un labyrinthe ?une cathédrale ?une référence ?une mouvance ?une crise ?une permanence ?une stratégie ?Trouvez-vous quon en parle trop ?pas assez ?Ces questions étaient très sérieuses mais certains d'entre nous craignirent quelles ne soient prises à la légère.De plus, n'ayant pas encore l'ordinateur approprié pour le décodage des 113 A ze A It RK A.fl A 5 H Possibles \u2014 1984 : créer au Québec réponses à ce genre de questionnaire objectif, nous en sommes venus à une formulation plus classique et nous vous proposons de répondre, en deux ou trois pages, à l\u2019une et/ou aux autres des questions suivantes : 1 situez-vous la modernité en littérature ?vous situez-vous par rapport à elle ?quels textes vous sentez-vous davantage contemporain(e) ?Nous espérons que vos réponses arriveront nombreuses et nous nous engageons à les publier toutes comme nous l'avons fait pour l'enquête précédente sur les « possibles de la poésie ».Nous vous demandons vos textes pour le 1° mars 1984.Dans l'attente de vous lire, nous vous prions d'agréer l'expression de nos sentiments les meilleurs, Lise Gauvin Pour le comité de rédaction PS.\u2014 Toute ressemblance avec d'autres enquêtes en cours est absolument fortuite. De A a Z et autrement La modernité EST une question datée inévitable nécessaire piégée (pour qui n\u2019en est pas) opérante.La modernité (assez souple de caractère) est végétarienne (par moments) mais carnivore aussi.Cest une philosophie une religion (?) pour certain(e)s parfois une ratrie un jeu du hasard (consulter Marivaux) un coup de dés ?merci les jeux sont faits.Une ambition (sans commentaire) un processus une nostalgie un repère (ici le jeu est trop facile) un labyrinthe dites-vous ?Une cathédrale (il faudrait Chartres) une (?) référence (lire lire lire les classiques (de la modernité bien entendu !)).Une mouvance (fol espoir in my case).Une crise (.des qu'on écrit.) une permanence ($$$) une stratégie (pardon ?).Si je trouve qu\u2019on en parle trop ?Pas assez (?).Peut-être comme peut-être pas.Mais il était une fois ne serait pas ici de mise.La modernité est un sujet moderne.Résolument.(Pas toujours) contemporain.Comment ne pas dire comment dire surtout une toile abstraite musique concrète littérature de silence.En mouvement.115 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Ici l\u2019écrit.D'abord et avant tout.Trouver dans l\u2019instant de musique rock-jazz-punk-new/wave-new-new-new.Toute littérature est (devrait être (?)) moderne au moment où elle s\u2019écrit.Certaine demeure.Proust survit.Quelque part Sappho.Citer nommer.Reprendre Gilgamesh, La Chanson de Roland.Interroger Rilke Gertrude Stein Virginia Woolf Racine Homère ou Catulle Gide Flaubert Colette ou Stendhal relire Duras Cixous Brossard Anne Hébert et Marie-Claire Blais attendre Laure Conan et Yolande Villemaire France Théorêt Pauline Harvey Réjean Ducharme Beausoleil et Louise Dupré Toby MacLennan Denise Desautels et Corneille George Sand Mme de Sévigné et fille Madame de Duras Madame de Staël Françoise Loranger Derrida Les- sing Nathalie Sarraute Clarice Lispector de son nom de fleur.Et moi quelque part entre et à travers née de tous/toutes en oubliant par endroits qui n\u2019ai-je nommé savoir « qu\u2019un livre ne s\u2019écrit jamais seul » et dire comme par besoin dire répéter les noms des uns/unes.Moderne par le texte et la pensée comme moderne par la vie qu'importe le pays et la naissance tout livre qui brûle achève Alexandrie demandez à Villemaire/Fran- coeur/Beausoleil/Daoust/Chamberland demandez au Québec où se couche le soleil égyptien et de quelle couleur se teinte l\u2019eau du Nil.Et moi longue de blanc je m\u2019étends dans les mots du lent silence absolument muette au centre même de l\u2019écrit.Autour (mais après) du « centre » nécessairement.Ne choisissant plus le texte donné où droite et de profil la naissance se meurt sur fout par endroits.Anne-Marie Alonzo La modernité.ce mot me fait penser au palais biscornu du facteur Cheval, avec ses couloirs sans fin, ses culs-de-sac inexplicables, ses escaliers casse-gueule.Chacun possède sa petite définition de la modernité comme sa recette bien spéciale contre la grippe ou le mal de tête.J\u2019y vais donc de la mienne.Cela fera un participant de plus au grand Concours des monologues parallèles.J'ai bien conscience de ne rien inventer en disant que la source principale de la modernité chez un écrivain, c\u2019est son\u2026 originalité.Un copieur ou un perroquet commence à dater dès qu\u2019il prend la plume.Et que faire pour être original, chers cousins ?Il n\u2019y a qu\u2019un chemin : la fidélité à soi-même.Pour le meilleur ou pour le pire ! Car il y a de ces écrivains sincères, profondément fidèles à leurs impulsions, qui se mettent à radoter aussitôt qu\u2019ils tracent un mot, car, tout spontanés qu\u2019ils soient, ils n\u2019ont rien de nouveau à dire.Et les petits malins à côté qui font dans le nouveau à tout prix ne réussissent souvent guère mieux.La modernité se trouve au fond de chacun de nous.ou son absence.C\u2019est donc dire qu\u2019il y a autant de façons d\u2019être moderne qu\u2019il y a de créateurs originaux.Encore une fois, affirmer cela, c\u2019est réinventer la porte ou la rampe d'escalier.117 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec À mon avis, le privilège de la modernité n'appartient à personne en particulier ni à aucune école.Certains écrivains qui pratiquent l\u2019écriture éclatée, hermétique, discontinue, sont profondément modernes.D\u2019autres, du même buisson, font très Pamphile Lemay, merci.Est-ce qu\u2019afin de pouvoir exhiber une modernité aussi rose et fraîche que possible et bien s'assurer de ne pas être déphasé par rapport à son époque, l\u2019écrivain de fiction doit s\u2019efforcer de refléter les derniers développements des sciences exactes et humaines, l\u2019évolution des courants littéraires et artistiques et la marche boitillante de la politique ?On verra peut-être là une question naïve.J\u2019y vois plutôt un faux problème.À mon sens, le mot-clef de l\u2019affaire est « curiosité ».Un créateur incurieux n\u2019est qu\u2019un photocopieur qui répète ses répétitions.S\u2019il possède un tant soit peu d\u2019appétit intellectuel, il sera branché sur son époque par les tripes et l\u2019osmose vie/création assurera tout naturellement la modernité de son oeuvre, le talent étant posé, bien sûr, comme postulat.Est-ce que pour être moderne, il faut se cantonner dans l\u2019expérimental, poursuivre sans relâche le renouvellement des formes et des structures du discours et du récit, faire à tout prix dans le nouveau et l\u2019inouï ?Question plus traître qu\u2019il n\u2019y paraît.Un écrivain doit être expérimental (c\u2019est le fondement du métier), non par froide décision, raisonnement déductif ou stratégie, mais comme par une sorte de respiration.Être expérimental : c\u2019est chercher l\u2019inédit au fond de soi- même, essayer de faire monter jusqu\u2019à la page blanche ce qu\u2019il y a d\u2019unique en soi \u2014 en choisissant dans le tas, bien sûr, car il y a de l\u2019unique qui fait décrocher les mâchoires d\u2019ennui.En somme, les nouvelles recettes ne procurent pas la modernité et l\u2019utilisation des anciennes ne l\u2019enlève pas 118 En quête de la modernité nécessairement.C\u2019est plutôt leur absence qui fait l\u2019écrivain moderne et cette souveraine indifférence de faire ancien ou nouveau, expérimental ou traditionnel.Tout le reste ne fait que voleter au-dessus de la question comme des corneilles au-dessus d\u2019une église.Yves Beauchemin Longueuil, le 6 mars 1984 119 itéicitteieio Qui a peur d\u2019Anaïs Nin ?ou le journal : le roman de l\u2019avenir Parmi les écrivains et les écrivaines qui ont été déterminants pour moi et qui ont eu une incidence sur mon écriture, c\u2019est sans contredit Anaïs Nin dont l\u2019influence demeure prépondérante.Auteure d'essais, de nombreux romans, et surtout d\u2019un gigantesque JOURNAL dont sept tomes ont été traduits en français, Anaïs Nin est celle qui a fait de son JOURNAL l'oeuvre d\u2019une vie, en y consacrant environ une soixantaine d'années.Malgré cela, son oeuvre intégrale est encore mal connue.Au-delà de la peinture d\u2019une époque, le journal renferme « la révélation d\u2019un récit passionné, détaillé, précis, de la découverte d\u2019elle-même par une femme moderne ! ».Anais Nin est celle qui a poussé le plus loin cette démarche et développé systématiquement l\u2019écriture du journal le faisant accéder du même coup à un statut littéraire fort honorable.Mais par contre, quand on cherche des références précises pour illustrer le phénomène du journal, on citera plus aisément des auteurs comme Gide, Cocteau, Clau- del, Green, ., ayant été établi que les hommes font oeu- ' Anais Nin, Journal, tome | (1931-1934), éd.Stock.1969.p.7.120 En quête de la modernité vre de création littéraire tandis que la femme qui s'engage dans cette voix est vite suspectée ainsi que son écriture qui peut même être parfois objet de mépris.Cette forme de littérature intimiste, disait Anaïs Nin, a été traitée avec mépris par les critiques masculins parce que ceux-ci considèrent qu\u2019elle se limite à un petit royaume, un monde mineur, un monde sans grandeur.Les hommes ont établi une distinction marquée entre le vaste monde et ce petit monde intime 2.Beaucoup de préjugés persistent encore méme apres la publication de l\u2019oeuvre magistrale d\u2019Anaïs Nin (environ 20 000 pages, ce qui représente la moitié de ce qu\u2019elle a écrit).Elle a mis en lumière une méthode remarquable qui consiste à tenir un Journal de façon régulière et approfondie réalisant ainsi une sorte d\u2019autothérapie et de prise de possession de son identité.En dépit de cette ouverture, peu de femmes ont publié leur journal à cause de la dévalorisation assujettie à cette écriture et aussi à cause de la censure que les femmes ont exercée sur elles- mêmes.Sur les traces d\u2019Anais Nin, nous nous proposons de réhabiliter le journal en vue de retrouver notre identité- femme.Un des rôles bénéfiques du journal, en plus de fournir cette « image-miroir » de ses expériences, de ses réves et de ses aspirations, constitue un outil excellent pour parvenir a une création de soi qui a été refoulée par un puritanisme qui visait a condamner le développement individuel et le cheminement du voyage intérieur qui fait prendre conscience des ressources qu\u2019on ignore.Dans cette écriture de Journal, ce qui est primordial, c\u2019est la découverte du « je » dont nous ignorions jusqu\u2019à son existence même.Cette phase constitutive de l\u2019émer- ?Anaïs Nin, Ce que je voulais vous dire, éd.Stock, 1980, p.134.121 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec gence d\u2019un sujet « femme » et son inscription dans l\u2019histoire sont l\u2019héritage transmis par Anaïs Nin.La nécessité du Journal vise la conquête de la capacité créatrice de la femme et par là, volonté de créer une femme nouvelle hors des stéréotypes connus.C\u2019est pourquoi, je me sens contemporaine d\u2019Anais Nin, une écriture moderne.Claudine Bertrand 122 Question : Réponse : Question : Réponse : Question : Réponse : Où situez-vous la modernité en littérature ?Partout et nulle part.Où vous situez-vous par rapport à elle ?Partout et nulle part.De quels textes vous sentez-vous davantage contemporain ?De ceux qui me sont davantage contemporains.Exemple : le Banquet de Platon.Jacques Brault L\u2019intraitable « Être moderne, c\u2019est savoir ce qui n\u2019est plus possible » écrit Barthes.Ce qui n\u2019est plus possible, c\u2019est certes ce qui s\u2019est fait dans le passé, mais aussi ce qui se fait couramment dans le présent et cherche à nous entraîner dans quelque effet de mode.Non à la Modernité si c\u2019est une pratique d\u2019écriture qui tend à l\u2019uniformité, au mouvement organisé, à la marche au pas, au banc de poissons.Non à l\u2019ordre établi en littérature, mais non aussi aux autres ordres de remplacement qui voudraient s\u2019établir à leur tour.Non aux modèles à imiter, aux flèches indicatrices, aux visites guidées, aux pointillés à suivre, aux dogmes esthétiques.Oui à la Modernité si le mot désigne une perpétuelle remise en question de ce qui s\u2019est fait, de ce qui se fait, de ce que soi-même on fait, constante dissolution des liens simples entre la littérature et la société.En ce sens, la Modernité est toujours insituable, toujours inactuelle, toujours intraitable, loin des écoles, loin des embrigadements, loin des panurgismes, en dehors du qu\u2019en dira-t-on doctrinal.Recherche, expérience, affirmation, aventure.124 En quête de la modernité Solidairement oui aux oeuvres qui ont la tête forte, aux oeuvres qui explorent de nouveaux possibles, aux oeuvres qui témoignent du nouvel humain apparu au vingtième siècle, aux oeuvres qui font avancer la conscience et l'Histoire, aux oeuvres qui nous font gagner du temps.Gaétan Brulotte A 4 1 A Il faut en finir avec la modernité « Postmodernité » serait la plus juste appellation pour désigner le moment contemporain, « une certaine fin de siècle » (Beausoleil) et de millénaire.Diagnostiquée par Nietzsche, la crise nihiliste appelle, par- delà les ruines de la modernité, le frayage d'une voie résolument post-nihiliste : « inventer de nouvelles valeurs ».Rien d\u2019un programme d\u2019« avant-garde », dès lors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un « éternel retour ».Au texte de Nietzsche, s\u2019associent en toute nécessité, aux fins de mon questionnement, ceux de Bataille et d'Artaud, mais aussi celui, sans cesse le même à travers les sië- cles, des philosophes alchimistes.Inactuels et contemporains.Les lignes qui vont suivre font partie d\u2019un ouvrage intitulé Ouverture pour un livre de morale : L'inceste et le génocide.« Toujours plus nombreux, toujours meilleurs, ceux de votre sorte doivent périr \u2014 car vous aurez toujours vie plus vilaine et dure \u2014 ainsi seulement peut croître l'homme jusqu\u2019à cette hauteur où lc frappe l'éclair et le brise, assez haut pour l'éclair.» Nietzsche Aujourd\u2019hui, toutes les « oeuvres d'art » ne peuvent que passer pour un travestissement.À des degrés variables.La tournure parodique, à condition qu\u2019elle soit sauve de complaisance, est simple question d\u2019honnêteté. En quête de la modernité Aujourd\u2019hui font défaut les conditions d\u2019un art majeur.Nous voulons la vie pleine et entière en tant qu\u2019oeuvre d'art.Le seul réel qui mérite attention est celui qu\u2019on invente.La suprématie de l\u2019existence servile nous en dérobe les moyens.Nous passons pour des rêveurs velléitaires, et cela jusqu\u2019à nos propres yeux.Tel est le piège retors tendu à la conscience malheureuse de l\u2019artiste (et le présent état des choses fait de nous des consciences malheureuses, fatalement).Pour éviter d\u2019être piégés, il nous faut pratiquer une vigilante distanciation par rapport a la violence qui nous est faite.Nous ne nions pas la souffrance subie, nous refusons qu\u2019elle nous gauchisse, nous rende suspects à nos propres yeux.Cette souffrance-là, en tant que problème du vivre immédiat, exige impérieusement une réponse, un correctif \u2014 une voie de dépassement.Il est inévitable qu\u2019elle affecte les conditions de l\u2019art.La tendance au minima- lisme, l\u2019incorporation désormais prévalente de la dissonance, de la laideur et de l\u2019obscénité aux oeuvres et aux événements « culturels » visent à témoigner, de manière explicite, voire redondante, de l\u2019écart devenu intolérable entre le désir de création et de santé et sa négation par la « réalité » sociale effective.L'art officiel de notre temps, c\u2019est le message publicitaire et le bavardage télévisuel : apothéose d\u2019un réel avili.Nos amours sont défigurées à tant d\u2019égards.Pourrions-nous nous résigner ?Le pouvoir du nivellement massif-médiatique dirige sur nous sa brutale attraction.S\u2019en défendre, s\u2019en préserver, exige des efforts soutenus, une vigilance astucieuse.Parce que, du fait de cette attraction, le vide est fait sur tout ce qui s\u2019en démarque. Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Nous voici refoulés au désert, le désert du réel même.L'art majeur.Je songe à un nouvel héroïsme.Ou à une modalité de transformation sociétale, bien évidemment « utopique », que j'appelle l\u2019ouverture de la beauté.Dans des proportions restreintes \u2014 celles d\u2019un réseau « marginal » \u2014 ce serait déjà beaucoup.Oui, quelques êtres y seraient gagnés, électivement des jeunes, les plus rares : ceux que le courage moral pourrait séduire, et l\u2019audacieuse ingéniosité de l\u2019explorateur.Un beau rêve, quintessence de l\u2019improbable, dans le désert du réel.Le regard « augural » (Nietzsche) de celui qui voit (Rimbaud, bien sûr).Un amour qui fait de nous ces enfants méditatifs et turbulents tour à tour, des inventeurs indécourageables, des héros.Me voici bien près, semble-t-il, de céder à une attitude.Mais les plus jeunes d\u2019entre nous me rappellent à notre sûre élégance et sobriété.Chaleur et tendresse nous retrempent dans l\u2019élément de force requis à notre épineuse tâche, notre inquiétante et secrète création, au milieu de tous ces somnambules, ces fatigués qui nous barrent la route en croyant défendre le droit chemin \u2014 le progrès ! Ne suis-je pas impuissancié au dernier degré ?J'arrive à peine à communiquer, par quelque figuration que ce soit, ma fonction spécifique.En cela semblable aux enfants perspicaces, irrévérencieux, et qui défendent par tous les moyens un rêve, un jeu.Oui, cette sorte d\u2019enfants, mi-démons mi-génials, que méconnaissent tous les adultérés.L'inintelligence experte, et respectée, et grassement payée.Tournée vers l\u2019arrière avec ses airs de prospective.Ceux que dénonçait Nietzsche pour leur manque de probité intellectuelle.Je hais sans nuance ce qui m\u2019annule avec tant d\u2019aplomb.La vie, au plus vite, est un grand 128 En quête de la modernité appel d'air en avant.Et appelé en cette allégeance, je vois bien qu\u2019y répondre, c\u2019est courir le risque de disparaître dans plus grand que soi sans laisser de traces.« Par delà bien et mal » \u2014 « L'inversion de toutes les valeurs ».Nietzsche avait soigneusement diagnostiqué cet immoralisme conséquent, responsable, le plus impardonnable du point de vue du troupeau.La méfiance des gardiens est elle aussi soigneusement experte : toute conduite anomi- que et chercheuse et fière représente une menace.Créer de nouvelles valeurs, c\u2019est dévaluer le consensus grégaire qui rend indispensable (et respectée) leur fonction.Des chefs d\u2019État aux plus modestes agents de sécurité, NIVELER est l\u2019unanime mot d\u2019ordre.Réduire à l\u2019existence statistique.C\u2019est maquillé avec soin, brochures, interviews, codes, look contemporain \u2014 le libéralisme de la médiocrité.Pendant que les gestionnaires de la culture s\u2019engraissent, les créateurs périssent.Paul Chamberland L\u2019impossible achèvement\u2026 Je crois de plus en plus que les catégories sont des subterfuges pour ne pas voir, ne pas sentir, ne pas entendre.Mon cheminement en a croisé quelques-unes depuis douze ans.Toutes, au début, répondaient à un besoin de maîtrise, ou pire, de justification.Ce que je voulais contourner à travers celles-ci, c\u2019est l\u2019extrême solitude de toute écriture vivante.Qu\u2019il s'agisse de politique, de philosophie, de psychanalyse, de théologie, peu importe, les nombreuses appellations qui font que vous rejoignez un courant de pensée ne suffisent pas, ne suffisent plus à expliquer la richesse et la complexité de l'acte d'écrire.À mon avis, cet acte ne se résume pas, et c\u2019est bien lorsqu\u2019on a la garantie du contraire qu\u2019on le déforme immanquablement.Peut-on ou doit-on se passer de catégories ?Je ne le pense pas.Elles participent de l\u2019histoire de chacun à travers l\u2019Histoire de tous.Il s\u2019agit donc, le mieux possible, de les faire valoir sans s\u2019y pétrifier.C\u2019est un pari, c\u2019est la chance que l\u2019on court, mais en n\u2019oubliant point que ce rapport de la sensibilité à l\u2019entendement dans la création ne s\u2019avère jamais résolu d\u2019avance, que le geste de l\u2019écrivain, d\u2019une certaine manière, manque à cette coïncidence du su et du vécu, et que c\u2019est à cause de ce manque même (anomalie, dissonance, incohésion) que ça nous interpelle à travers ce qu\u2019il y a de plus vibrant et de plus obscur chez l\u2019être.Donc, en partant, l\u2019affirmation scandaleure (irresponsable ?) de l\u2019indétermination de l\u2019expérience créatrice, scandaleuse pour le temps, le milieu social, la preuve nécessaire.130 En quête de la modernité 2 Ainsi, la première chose qu\u2019une société nous demande lorsque nous prenons la parole, c\u2019est de ne pas tomber dans l\u2019écriture.Et par écriture j'entends une manifestation véhémente de sa subjectivité, une subjectivité qui aspire à la joie d\u2019être enfin libre et dépossédée, pour pouvoir se donner, se perdre, s\u2019impliquer infiniment.Il me semble qu\u2019écrire éveille le fantasme ultime de rompre cette discontinuité entre je et l\u2019autre.Fantasme blessé, fantasme déçu où l\u2019on accède malgré tout \u2014 l\u2019espace d\u2019un livre \u2014 aux virtualités fulgurantes de l\u2019instant.Mais pour ce faire, l\u2019écrivain aura dû fragmenter le mur de la Raison en se mettant lui-même en jeu dans le déploiement de la main qui écrit.Il aura dû défier ce « culte de la certitude » et cette « exécration du risque » qui, selon Claude Gauvreau, signent la faillite certaine de l\u2019expérience littéraire.Celle-ci, lorsqu\u2019elle réussit à poindre, provoque violemment (parfois même désespérément) l\u2019effritement des évidences rationnelles.En cela, elle fait flotter tous points d\u2019ancrage pour se laisser emporter par la fragrance des mots.3 La modernité, assez curieusement d\u2019ailleurs, tend actuellement à devenir un lieu d\u2019hébergement et de reconnaissance, ce que justement les premiers écrivains modernes avaient farouchement rejeté.Là où l\u2019on découvrait la part fondamentale de travail et d\u2019imagination que requiert la production d\u2019une oeuvre ; là où l\u2019on abolissait l\u2019idée de copie conforme et de représentation pour mettre l\u2019accent sur l\u2019expression de l\u2019être par son oeuvre \u2014 il apparaît maintenant qu\u2019une glose moderniste veuille en revenir à un rapport de vraisemblance où le souci d\u2019efficacité de l\u2019oeuvre dans le monde devient le principal critère d\u2019éligibilité à son royaume.Ce vraisemblable 131 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec moderne, en véhiculant la peur de l\u2019autre, de l\u2019inattendu, de l\u2019impondérable, va par le fait même s\u2019incruster dans des formes ou des thèmes adjugés, pour mettre en règle les devoirs de celui qui cherche sa voie dans le domaine des lettres.Que cette demande de soumission se concrétise à l\u2019aide d\u2019une surenchère théorique de la part des nouveaux aînés ne nous surprendra pas outre mesure, puisque le besoin d\u2019intégration et le faire corps avec le centre-mère travaillent l\u2019ensemble des regroupements culturels, sans exception.L'exception demeure un privilège d\u2019individu.Imagine-t-on un Baudelaire, un Rimbaud, un Lautréamont, un Mallarmé, un Saint-Denys- Garneau, un Alain Grandbois recommander un système de valeurs pour unifier une famille d\u2019avant-garde ?Pour le vraisemblable moderne au Québec, semble subsister ce désir obsédant de trouver une direction, une solution, une origine, pour enfin se savoir de son temps et de son milieu, pour enfin se mettre à l\u2019écart de l\u2019errance et de la déréliction.Les individus dont je viens de rappeler les noms sont beaucoup plus de leur langage que de leur temps ; leur fiction émerge de nulle part, leur voie est sans voie, ils n\u2019ont libellé aucun contrat et conservé aucun droit.Une question de souffle, peut-être, au bout du compte, tout simplement.4 Deux attitudes complémentaires se font jour : 1° Une fascination pour les codes théoriques (linguistique, sociologie, féminisme, positivisme, etc.) qui viendraient prouver l\u2019utilité sociale des pratiques littéraires.2° Une méconnaissance de la tradition littéraire conçue comme phénomène négligeable, voire pernicieux, parce que politiquement ou théoriquement douteux (trop « lisible »).Ce qui en résulte est l\u2019emploi au niveau fictionnel d\u2019un vocabulaire acceptable (lui-même relié aux recherches théoriques) et le réflexe académique qui consiste à 132 En quête de la modernité rapailler à l\u2019intérieur d\u2019un cadre (tâches, obligations morales) les « nouveaux écrivains ».Suite à ce contingentement, il y a mise de l\u2019avant d\u2019une conception dualiste de la « rupture », conception supportant un nouveau-nouveau expurgé de toutes velléités anciennes, le changement de vocabulaire impliquant ici pour le nouveau-nouveau un changement de pensée.Cette « rupture » s'appuie sur la croyance au Progrès, croyance elle- même issue de la foi catholique et des doctrines politiques révolutionnaires.Est-il possible alors de sortir de cet univers où la logique et l\u2019ordre nous annoncent la Réunion finale dans un avenir meilleur ?Non, raisonnablement non.L'écriture, en regard de cela, se perçoit comme une aventure dérisoire, en quête de rien, constamment secouée par une négativité absolue, négativité où l\u2019être en mal d\u2019intensité (en mal de mort) s\u2019abîme.5 Nous avons droit aujourd\u2019hui à un programme se soutenant de l'hypothèse suivante : l\u2019être comme moyen pour réaliser la communauté comme fin.Nos mesureurs d\u2019être se couvrent des parures de la négation (contre le lisible, contre le traditionnel, contre le religieux) pour mieux promouvoir leur idéal de santé.Cet idéal fige le mouvement de la négation dans une positivité déguisée, dépeignant l\u2019individu comme un pur produit du savoir, sans intériorité.On se retrouve aux prises avec des exigences optimistes qui drainent les libertés et canalisent les expérimentations.L'écriture elle, heureusement, reste incapable de suivre, soit par refus, soit par faiblesse, soit par indifférence.6 Donc, en bref, qu\u2019est-ce qui dérange les gardiens de la modernité ?: la démesure, le mal, l\u2019absence.Et pour- 133 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec quoi ?Parce qu\u2019ainsi on ne peut plus saisir l\u2019existence en la déduisant d\u2019une essence (l\u2019Histoire, la Science, Dieu) qui serait porteuse de la Promesse, la seule qui donne Sens à l\u2019orientation de nos vies : celle de Salut.En face de cette puissance énorme subsiste la singularité passionnante de l\u2019écriture qui passe.Autant dire l\u2019impossible achèvement de tout système et de toute vie.François Charron La modernité, euh\u2026 Un presqu ami me confiait un jour son inquiétude devant le grand vide, l\u2019absence de mouvement, de clan, d\u2019école, de lieu psychique pour créateurs avertis.Poursuivant, il me servait avec nostalgie, du parnassien, du futurisme, de l\u2019automatisme et du surréalisme, et puis du nouveau- roman et de la contre-culture et, et, j\u2019en passe.Je descendis a reculons et le coeur sous arrét les quelques marches de l'escalier que je venais de gravir et le regardant droit dans son aveuglement avec toute la force de mon corps et la furie de notre histoire, je lui signifiai que malheureusement il n\u2019avait pas beaucoup lu au cours des dernières années.\u2014 La grande marée qui bouscule les esprits et balaie signes du passé sur plages désertées s\u2019appelle /'écriture- femme.Il suffirait que tu remontes le courant, mais l\u2019entêtement que je te connais te pousse à prétendre à l\u2019inexistence du fait ou, tout au plus, à la reconnaissance d\u2019un objet non identifiable.La création actuelle de certains hommes, je dis bien hommes, et des femmes, s\u2019imprègne à même l\u2019espace et le temps, du principe féminin.Par l\u2019acte d\u2019écrire, médium qui me concerne, je prospecte non par hasard mais par destin.La parole des femmes se meut dans la plus extravagante et révélatrice introspection.Descendre au plus authentique des sources de l\u2019être, y puiser demain.135 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Les femmes qui écrivent peuvent déjà affirmer détenir une certitude mais ne prétendent pas encore au pouvoir de définition.« Il semble que l'essentiel, ce qui nous mobilise profondément ne pourra jamais se dire » (Brigitte Favresse, La Lise, éd.des femmes).Entreprise des plus éprouvantes.Ecritures parées pour le combat, prévenues de l\u2019attaque, elles poursuivent la quête.Elles n\u2019habillent plus les formes, elles créent malgré elles par destin.Chaque moment privilège d\u2019une écriture-femme balaie codes et normes et occupe l\u2019espace de nouveaux lieux psychiques, de nos angoisses, de nos désirs.Au fil de l\u2019écrit descendre dans notre pré-corps-texte, puis remonter le courant dotées d\u2019outils jusqu\u2019ici inconnus.De même que peuplée de mots je parcours les artères de ma ville qui m\u2019entraîne elle aussi dans son ventre.La ville moderne et souterraine m'\u2019attire de l\u2019intérieur.Chaude et sécurisante, libérée d\u2019agression, me dévoilant mystères et énigmes.L'architecture de la ville nouvelle comme développement parallèle conscient/inconscient de notre aventure femme.Et, dans ce sens, je ne puis qu\u2019affirmer ma participation à la modernité en tant que solidaire de toute écriture- femme, et peu à peu, nonobstant le sexe qui la fera vivre.Je m\u2019inscris partisane de ce principe féminin échafaudeur du futur et dans l\u2019espoir de la chute de tout DISCOURS DOMINANT.La modernité, ouf! Francine Déry Montréal, 1984 136 Etre moderne ou ne pas être J'affirmerais d\u2019emblée que je ne suis pas dans la modernité, que je ne suis pas installé confortablement dans une modernité qui serait donnée comme lieu littéraire.Par contre, je peux me situer par rapport à la « modernité » puisque je porte en moi une idée de cette « modernité » jusque dans mon idiosynchrasie.Mais il ne faudrait surtout pas confondre modernisme et modernité.Beaucoup de mes contemporains ont pourtant tendance à ne pas pouvoir faire la différence entre ces deux entités.D'abord le modernisme est une affaire de mode, d\u2019époque : hier le modernisme se manifestait par l\u2019imprimerie, aujourd'hui il se manifeste par l\u2019informatique ; hier c\u2019était la télévision mono en noir et blanc et aujourd\u2019hui c\u2019est la télé couleur en stéréo.Le modernisme est une affaire de mode, il est directement lié à l\u2019époque et il est par le fait même plutôt éphémère, fragile : le modernisme d\u2019au- jourd\u2019hui est déjà passé à l\u2019instant même où j'écris ce texte, car la technologie n\u2019attend personne ; et il en sera ainsi du modernisme de demain (et de manière de plus en plus fulgurante).Mais un certain nombre d\u2019écrivains qui se réclament de la modernité choisissent d\u2019inscrire leur démarche littéraire dans l\u2019éphémère du modernisme \u2014 qui en choisissant d'intégrer à son oeuvre la réalité contemporaine, qui en assujettissant son oeuvre aux courants littéraires en vogue au moment où 1l écrit (romantisme au 19°, forma- 137 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec lisme au 20°, etc.), qui encore en utilisant un vocabulaire à la mode chez ses contemporains.Par contre, il y a des écrivains qui risquent le tout pour le tout : c\u2019est-à- dire qu\u2019ils essaient de transcender les modes qui font force de loi autour d\u2019eux.Ces écrivains sont les seuls qui puissent se réclamer de la modernité car ils échappent au modernisme superficiel.Et c\u2019est de ce côté que je m\u2019efforce d\u2019inscrire ma démarche créatrice, c\u2019est en ce sens que je tente de faire oeuvre de création, d\u2019échapper coûte que coûte au modernisme toujours compulsif.Par exemple, lorsque le formalisme s\u2019imposait, au Québec, dans le milieu littéraire, j'y échappais via la contre- culture ; et lorsque le marxisme remplaça le formalisme, je cherchais du côté du néo-lyrisme.On se rend tout de suite compte que pour moi la modernité implique l\u2019idée de fuite, qui est un concept on ne peut plus deleuzien.Et partant de Deleuze, il serait pertinent d'affirmer que \u2014 en ce qui me concerne \u2014 la modernité est fonction de la vitesse.C\u2019est-à-dire que l\u2019on peut évaluer le degré de modernité d\u2019un auteur en particulier en constatant avec quelle rapidité il transcende le modernisme qui détermine les modes d\u2019écriture de son époque.Pour moi, la modernité se mesure en degrés de vitesse.On peut parler de vitesse de croisière, de vitesse du son, de vitesse de la lumière, de vitesse de la pensée ou de toute autre mesure de vitesse : quelle que soit la mesure utilisée, on doit toujours la comprendre en termes de ralentissement et d\u2019accélération, car c\u2019est là que se trouve la clef de toute définition de la modernité.Bref, la modernité est une notion philosophique ; contrairement au modernisme qui n\u2019existe qu\u2019en fonction de l\u2019évolution technologique.Les modernes d\u2019aujourd\u2019hui seront les classiques de demain, dans la mesure où ils auront su transcender les modes littéraires de leur temps.Et ainsi, comme les clas- 138 En quête de la modernité siques de tous les temps, ils seront les contemporains des modernes de toutes les époques ; ils seront de toutes les modernités puisqu\u2019ils auront pu dépasser (en les « épuisant ») tous les modernismes.Car être en rapport avec la modernité, c\u2019est être en rapport avec la transcendance, comprise comme intimement liée aux notions de ralentissements et d\u2019accélérations de toutes sortes et à tout propos : et ainsi, être capable de se déterritorialiser à tout bout de champ, envers et contre tout.La modernité est une question de devenir individuel et ne doit pas être assujettie aux différents modernismes de groupe.La modernité ça se fait tout seul, chacun pour soi ; c\u2019est une approche philosophique et non pas « praxique », encore moins pratique.La modernité ne se met surtout pas en pratique, elle se met en réflexion dans l\u2019époque pour mieux la transcender.Aucun asservissement ne lui est compatible.La modernité existe dans l\u2019absolue individuation de l\u2019être créateur.Elle a lieu dans le Nomos (espace lisse) de la pensée créatrice.Elle fait rhizome avec les modernités de tous les temps et de tous les espaces.Elle est retrouvée ! Quoi ?La modernité ! C\u2019est la pensée sauvage mélée à l\u2019évolution créatrice.Et j\u2019y adhère de tout mon être : je fuis vers ma modernité personnelle ; c\u2019est une grande évasion existentielle.Lucien Francoeur Montréal, 11 mars 1984 139 Chaque tournant d\u2019époque a produit sa querelle d'anciens et de modernes ; la nôtre n\u2019y échappe pas.L'idée que l\u2019on peut se faire de LA Modernité est donc très ancienne.Il s\u2019agit en fait d\u2019une vieille histoire qui possède ses repères et classifications.Il serait intéressant d\u2019analyser les périodes où les anthologies, littéraires ou autres, ont fonctionné dans le fantasme du Nouveau.S1 j'essaie de m\u2019imaginer « par rapport » a la Modernité, je réalise que plus je vieillis plus je me sens devenir ma propre contemporaine, pour dire comme Mallarmé mais le dire autrement, plus je me sens et me sais me rapprocher de ce temps où je serai tellement moderne que plus rien ne sera possible après et tout l\u2019avant, tout mon passé sera définitivement terminé.Je me serai alors dépassée moi-même.Les textes dont je me sens la plus contemporaine sont ceux-là qui portent les marques, les signes, de la fulgurance éternelle de l\u2019instant poétique.Les mots d\u2019ordre de Modernité concernant l\u2019utilisation privilégiée de certains thèmes, certaines images (la ville serait plus moderne que la campagne, le béton plus que l\u2019oiseau, le néon plus que la rivière, le rock plus que la musique pourtant dite contemporaine, etc.), les admonestations et revendications des Avant-Gardes (métaphore militaire, disait Roland Barthes), sont autant de symptô- 140 En quête de la modernité mes de cette « agonie du nouveau » (je traduis librement une pensée élaborée par Susan Sontag dans son essai sur Paul Newman) qui n\u2019en finit pas de se dérouler sous nos yeux depuis ce CRI de Rimbaud « Etre résolument moderne ».Quand le cri désespéré et créateur d\u2019un poète devient programme, une autre fois la VIE même du poème, et de tout cri, tout chant, est pervertie ou tout simplement tuée.Toute création véritable est moderne puisqu'elle permet, qu'elle anticipe le renouveau dans la lecture postmortem.S\u2019il est une image moderne, c\u2019est bien celle de l\u2019explosion nucléaire.Or, c\u2019est en ces termes que le « vieil » Aristote avait défini la création poétique quand il épiloguait sur la métaphore, figure centrale du changement de sens par éclatement nucléaire : « étincelle créatrice de sens ».Cette définition de la métaphore fut reprise par les très modernes, chacun en leur temps et encore aujourd\u2019hui, Charles Baudelaire et Jacques Lacan.Certains auteurs, jugés « dépassés » à leur époque redeviennent « modernes » parfois des siècles après ; pour la plupart, cet accès à la modernité est considéré comme une réhabilitation.D\u2019autres, qui avaient le vent dans les voiles de la Nouveauté de leur vivant, sont remisés sitôt morts au cimetière des « dépassés ».II serait intéressant d\u2019analyser tous ces passages, d'écrire la petite histoire, et pourquoi pas la grande, de tous ces phénomènes transférentiels.Sous cette histoire de Renaissance, il y aurait toujours, mais toujours refoulée, la peur du vieillissement, du dépérissement, de la Mort.141 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec « Être résolument moderne » : demeurer éternellement jeune, jeune poète, jeune héros, jeune Dieu ; renoncer à la maturité, y compris celle de l\u2019écriture, quitte à devoir renoncer à l\u2019écriture elle-même ; rester jeune dans son CRI quitte à tuer l\u2019écrit.Madeleine Gagnon Février 1984 142 Chère Lise, J'ai écrit mes premiers textes au « Modern Tea Room », un restaurant tout en arborite moutarde et cuirette souple où les toasts avaient goût de papier.Le propriétaire était un Grec qui n\u2019avait rien conservé de l\u2019antiquité.Il créait, avec ses semblables déracinés, qui avaient fui des terres stériles et rocheuses, une culture moderne, sous notre nez.Beaucoup plus tard, à sa mort, le voisin racheta la surface et remplaça le « Modern Tea Room » qui avait vieilli par « Le petit Vito », une cafétéria italienne avez pizzas mécaniques et tabourets haut perchés.La Soda fountain machine a cédé la place à celle de l\u2019ex- presso, mais ça sent plus le marketing que le café.Il n\u2019y a plus d\u2019ame, ni de waitress qui traînent leurs gros souliers blancs, qui crient par-dessus vos têtes, qui vous offrent le journal avec le sourire, ou viennent s\u2019asseoir avec vous pour faire un brin de jasette.Au « Petit Vito » l'on mange seul, face au vide.Quand la modernité s'affiche, c\u2019est qu\u2019elle cache le vide.J'ai horreur du vide.Il y a, ailleurs en ville, des bistrots habités où je me sens contemporain de textes que je lis.Mais la leçon du « Modern Tea Room » c\u2019est que les modernes ne savent jamais qu\u2019ils le sont.Les autres vous font l\u2019article.Amitiés, Jacques Godbout 143 I) Où situé-je la modernité ?En littérature précisément.Devant l\u2019arrière-garde, derrière l\u2019avant-garde.Un peu à gauche de la droite.2) Au coeur du peloton, un peu au-dessus même, et parfois en-dessous.La modernité me fait penser au marathon de Montréal, 3) De ceux que j'écris ou que je lis, quand je les écris ou les lis.Et n\u2019allez pas croire que je prends vos questions à la légère ! François Hébert 144 La modernité Vos questions ne m'\u2019inspirent guère.Je préfère aux « sérieuses » celles qui sont farfelues, car elles me laissent le champ libre.\u2018 Chaque artiste qui apporte du nouveau, parce qu\u2019il coïncide avec son époque (et son environnement social), est moderne en son temps.S\u2019il l\u2019est véritablement, profondément par le contenu, il doit aussi l\u2019être par la forme.Bien avant les périodes qu\u2019on identifie aujourd\u2019hui à l'aide d\u2019expressions vagues, comme «l\u2019ère post- industrielle » ou le « virage technologique », les écrivains ont exprimé /eur modernité.C\u2019est notamment le cas de Rabelais et de Montaigne, de Cyrano de Bergerac, de Diderot, et plus près de nous, de Baudelaire, de Rimbaud, des surréalistes, de Cortazar, de Marquez, de Kun- dera, etc.Pour moi, l'essence même de la modernité, c\u2019est l\u2019expression des contradictions d\u2019une époque, de ses tensions, de ses éclatements.Et comme nos sociétés occidentales sont de plus en plus éclatées, la modernité l\u2019est aussi.En ce sens, elle ne se pose plus comme avant.Diderot a fait une encyclopédie.Qui pourrait la faire de nos jours ?Nous sommes à l\u2019ère des équipes, et l\u2019artiste isolé ne peut refléter qu\u2019une facette de la réalité multiple, tout en demeurant résolument moderne.145 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec La récente vague (ou vogue) des ordinateurs n\u2019y change rien.Que de textes traités seront maltraités ! L'artiste ordonne, l\u2019ordinateur « ordine ».Entendez-vous la plainte des sentiers battus ?Mais tout ne se déroule pas d\u2019une façon rectiligne.Il y a des régressions, des retours de l'enfant prodigue, des manifestations littéraires qui commencent en lions et qui finissent en moutons.Souvent, les carrières les plus significatives sont les plus brèves : c\u2019est le cas de Claude Gauvreau.Quelqu'un me disait, un jour, une phrase que j'estime capitale : « Je ne me suis pas rencontrée depuis longtemps ».C\u2019est la question primordiale : comment demeurer à l\u2019écoute de soi-même pour rester en contact avec tout ce qui se passe hors de soi, dans tous les domaines ?Qu'on le veuille ou non, Mallarmé est le père de nombreuses tendances « formalistes » en poésie.Son programme a été pris en charge par des linguistes parce qu\u2019il correspondait à des recherches au niveau de la syntaxe et du vocabulaire (voir : Les Mots anglais).C\u2019était l\u2019expression de sa modernité : elle était enfermée dans le poème, forme suprême de la pensée.Depuis, bien d\u2019autres courants sont venus brouiller les cartes, et au Québec notamment, même s\u2019il fallait en passer par là, nous n\u2019étions pas en mesure de nous livrer à ces jeux de l\u2019esprit sans les informer d\u2019un autre contenu et d\u2019expériences diverses.Donc, notre modernité se situe nécessairement au carrefour d\u2019une poésie savante, évoluée, issue de l'héritage français et d\u2019un vécu nord-américain, avec une composante particulière.Le poète chemine toujours à l\u2019intérieur d'une langue (même s\u2019il la fait éclater) mais ses référents 146 En quête de la modernité sont diversifiés.D\u2019où la poésie québécoise : le mienne notamment.Ce qui m\u2019intéresse plus que la modernité (terme polymorphe, polyvalent, polysémique) c\u2019est le monisme (dont Claude Gauvreau se réclamait) dans sa version matérialiste.Ce n\u2019est pas, non plus, un concept sans ambiguïté, à cause de son versant spiritualiste.Mais je crois qu\u2019un monisme matérialiste (au sens philosophique du terme) correspond le plus à ce que je fais en poésie.« Cet avenir sera matérialiste, vous le voyez », dit Rimbaud, puis il ajoute plus loin : « La Poésie ne rythmera plus l\u2019action, elle sera en avant.» J'accepte d\u2019autant plus cette vision du monde et de la poésie qu\u2019elle s'accompagne d\u2019un assez long passage ou il dit que « La femme trouvera de l\u2019inconnu » après avoir brisé son infini servage.Pour moi, c\u2019est cela la modernité, soit l\u2019alliance du monisme matérialiste avec la recherche linguistique.Cependant, je reconnais les limites des recherches purement formelles ; elles équivalent à un saut hors du langage qui ne permet plus au poète de lutter contre les idéologies dominantes, puisque ses productions en sont exclues.Pour moi, le crayon, la plume, le stylo, la machine à écrire valent l\u2019ordinateur, puisqu\u2019en définitive, c\u2019est l\u2019auteur qui juge.Je voudrais terminer ce texte par un petit essai de simulation.La modernité, c\u2019est le fait d\u2019être moderne.(Tautologie) La modernité, c\u2019est de correspondre aux normes de ceux qui se croient modernes.(C\u2019est évident) Possibles \u2014 1984 : créer au Québec La modernité, c\u2019est la ville.(Ex.Verhaeren : Les Villes tentaculaires, 1885) La modernité, c\u2019est une écriture : c'est vrai, mais laquelle ?La modernité, c\u2019est d\u2019être sensibilisé aux problèmes de son temps et de les exprimer dans une forme adéquate, selon les circonstances, les lieux, les moments historiques, et en opposition avec des sentiments ou des formes passéistes, tout en sachant que certains thèmes sont universels et de tous les temps : enfance, amour, mort.C'est l'espace entre ces thèmes et notre façon de façonner le temps qui nous rend modernes.La langue aussi doit être moderne, mais selon chaque poète.Si j'avais un ordinateur, je pourrais intervertir chaque thème, le fragmenter, le traiter de tous les noms, mais je préfère que vous le fassiez vous-mêmes.Gilles Hénault 148 Des tours sur le moderne.À propos d\u2019éternité.modernité / mo-der-ni-té / s.f.Néologisme.Qualité de ce qui est moderne.D\u2019un côté, la modernité la plus extrême ; de l\u2019autre, l'amour austère de l\u2019antique, 7h.Gauthier, Moniteur univ.8 juill.1867.(Littré) En 1975, l\u2019idée d\u2019un Dérives sur la modernité me travaillait, c\u2019était le règne de la barre oblique, de la sémiotique barthésienne et de la lutte des classes, j'avais demandé à Gilles Thérien un petit texte sur la question, mais toujours ironique et peu disponible, Gilles de me dire pour toute réponse, il m\u2019excusera quelques bavures, Je le cite de mémoire : « Dans modernité, il y a mode ; la modernité serait donc ce qui est à la mode, qui passe ».Il aurait pu ajouter doctement : ce qui est à la mode dans les sphères de (loto)production/légitimation de la culture lettrée en attente de consécration à perpette (ou jamais).Aujourd\u2019hui, dix ans après, c\u2019est l\u2019empire de la lutte des sexes, de la mystique robotique, et du masculin(féminin)- singulier(pluriel), modernité oblige, à mon tour, je suis appelé, à vingt jours d\u2019avis, à commenter la notion.Comment le cerner, je ressens un malaise, extrême, énorme, encore bousculé par le temps, entre deux départs et quelques arrivées (aéroportuaires) \u2014 je préfère le B-747 au 149 pui Possibles \u2014 1984 : créer au Québec TGV, j'ai horreur des gares : leurs bruits assourdissants réveillent en moi trop d\u2019angoisses (enfouies), dire que la voix mf des hôtesses ravive ma jactance, attise ma frin- gance, immanquablement près des hublots, calé comme un matou, en ces cieux enneigés, j'écris toujours une lettre d\u2019amour, il est vrai qu\u2019entre New York et Venise, je choisis Venise, éternelle contradiction des pulsions nouvelles au relent d'archaïsmes ! Ne serait-ce pas ça la modernité (littéraire) ?Rien que ça.Jeu(x) de bascule(s).Je ridicule.Dans la très vieille oraliture africaine, au mystérieux pays de Kaïdara que nul ne saurait situer exactement, je découvre une « définition » du texte, plus que moderne : a Conte conté, a raconter.\u2014 Seras-tu véridique ?\u2014 Pour les bambins qui s\u2019amusent au clair de lune, la nuit, mon conte est une histoire fantastique.Quand les nuits de la saison froide s\u2019étirent et s\u2019allongent, à l\u2019heure tardive où les fileuses sont lasses, mon récit est un conte agréable à écouter.Pour les mentons-velus et les talons-rugueux, c\u2019est une histoire véridique qui instruit.Ainsi je suis futile, utile, instructif \u2014 Déroule-la, qu\u2019elle vienne.Pluriel.Épars.Fugitif, se déploie sous nos yeux, l\u2019objet de nos passions (mobile) Voilà Ponge, hanté par Malherbe et Littré, consacré maître figure de la poésie française contemporaine, rien qu\u2019un rêve, classique.Et Joyce envahi par Babel refait le livre des morts égyptien, ancêtre de notre modernité, dit- 150 En quête de la modernité on.Quelle odyssée ! Sortira-t-on jamais du bois ?(À lire en tous sens, en toutes langues, sur moult registres, ad finitum.Chimère d\u2019un autre âge qui se veut actuel :) vois là comment le scribe JONASSAINT Jean, homme d\u2019intérieur et homme de brousse (JJ), disparaît sous la masse noire d\u2019encre des millénaires d\u2019écritures, avec ou sans bas de casse, esquisse quelques possibles réponses à propos de modern y t.24/02/84 P.S.Sur le concept de modernité en littérature, à lire absolument : le touffu Mythes et rituels de l'écriture de Abastado, ou encore l'incroyable Endetté comme une mule ou la passion d'éditer de Losfeld ; à feuilleter rageusement : la grosse Tarte.Catalogue Art & société de Arcand, Côté et Haché, ou encore l\u2019étonnant Manu Script du Mont Faucon Research Center, ou encore.puisque du bas de page il faut user, ultime référence d\u2019éternité. \u2018Sur l\u2019odeur d\u2019une idée La modernité ?Cette galerie des glaces, cette chambre d\u2019échos, oui, Il l\u2019a beaucoup aimée.Autant l'avouer, c\u2019était même un rapport amoureux qui les avait liés.Ce ne sont pas seulement les maisons, les fleurs qui ont des tonalités, des textures.Les idées aussi ont leurs aspérités, leur grain, leur couleur.Et même leur odeur.Celle de la modernité, pour lui, elle était pénétrante, capiteuse, un brin sophistiquée.Ses essences étaient si diverses, et les plantes d\u2019origine si perdues dans ses compositions savantes qu\u2019on se demandait bien parfois de quoi Elle était faite.Mais Il se plaisait à reconnaître ce qu\u2019Elle avait pris en écharpe : un air d\u2019urbanité, une façon non pas de rafraîchir mais de retourner le confort de sa bourgeoise de mère, nauséabond, méticuleux, inchangeable, qui, à intervalles réguliers, lui avait levé le coeur.En Elle, se manifestait un tel plaisir à défaire, à décrocher, à différer, à montrer l\u2019envers du tissu, de la tapisserie qu\u2019alors Il disait, au milieu de ses amis aussi admiratifs que lui : c\u2019est suffocant, c\u2019est beau, d\u2019étrangeté, d'audace.Et même quand la modernité n\u2019allait pas sans froideur ni erreur, quand, à y regarder de trop près, Il s\u2019était fourré le doigt jusque dans l\u2019oeil, et si, à un moment, Il en avait éprouvé le besoin de s\u2019étendre pour s'écouter creuser, Il lui était resté attaché pour son irrespect, son ironie.Elle savait se faire si perverse, si outrageusement transgres- sive, dans la déconstruction des habitudes, des codes, de la maîtresse langue qu\u2019Il n\u2019y résistait pas.Il jubilait.152 En quête de la modernité Elle avait bien quelques ancêtres plus que convenables, unanimement honorés, mais pour Elle, Elle avait la jeunesse.Alors \u2014 c\u2019est compréhensible \u2014 la jouissance, Elle la voulait tout de suite, sans attendre, et parfois sans apprendre.Et des plaisirs du corps, lui, Il avait toujours été friand.Comme tous ses pareils.Mais Il se distinguait d\u2019eux en ce que lui et ses amis, cela, ils le reconnaissaient.Ce qu\u2019Il aimait d\u2019Elle par-dessus tout, sa façon d\u2019insinuer, de garder l\u2019oeil ouvert, de craindre d\u2019être dupe, de dédoubler, toujours de repousser le sens synonyme de fin, de tenter d\u2019enlever chaque fois une couche, de faire lever.ainsi a I\u2019infini.Qu\u2019aucune assurance n\u2019y résiste.Partout, Il l\u2019avait suivie, dans ses réévaluations, ses agaceries et ses coquetteries, dans les effets et les traces qui avaient contribué à la différance.Il s\u2019était arraché à la situation culturelle qui était sienne et s\u2019en était dit transformé.D'Elle, on pouvait toujours dire qu\u2019Elle s\u2019était égarée, dans la saoûlerie des mots, qu\u2019Elle s\u2019était empêtrée.Le regard de celui ou de celle qui devrait être là, toujours quand on écrit, qui lorgne par-dessus l\u2019épaule, ne laisse rien passer \u2014 amical, narquois, énamouré, malfaisant, cela ensemble et tour à tour \u2014 quelquefois, Il l\u2019avait oublié.Il n\u2019y avait pas pris garde, tellement Il avait été attentif à ses plis et replis, à ses taches d\u2019ombre quand elles n\u2019étaient pas aveugles.Il avait tellement voulu se détacher de ceux qui, avant lui, à tout prix, avaient voulu mettre en ordre, embellir, organiser, qu\u2019Il en avait oublié l\u2019autre, cette partie de lui qui devait prendre un peu d'écart, avoir ses coudées franches avec la graine souffreteuse ou trop jolie qu\u2019Il avait au-dedans et qui, par moments, Il en convenait bien, s\u2019était perdue dans ses cercles, parfois avait tout envahi.Mais jamais, non ça jamais, Elle n\u2019avait été timorée ou mesquine.Des universaux, Elle avait osé s\u2019en donner, 153 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec non des moindres et pas faciles à catiner : l\u2019Histoire, la Langue, le Sujet, le Corps sexué.Ambitieuse, Elle l'avait bien été.Au point d\u2019en étouffer.A ces jeux toujours recommencés, à force de déboîter, de douter, de déjouer, bien sûr, à la longue, Il ne savait plus trop si quelque part, Il était arrivé.Un moment, Il avait même craint de se perdre, d\u2019oublier ce qui pouvait exister en dehors d\u2019Elle.Un jour de février 1984, le 13 exactement, Il s\u2019est même demandé : la modernité, au juste, qu'est-ce que c\u2019est ?Une fiction?Une vue de l\u2019esprit ?Un style ?Un moment ?Un spectacle peut- -être ?À moins que ce ne soit un fantasme ?Et pourquoi pas ?Quand on a beaucoup aimé, quelque chose doit bien en demeurer : une douceur, une envie de s\u2019y rouler encore, l\u2019expérience du désir, de son inaccessible.Suzanne Lamy 154 Comme tous les termes dont la définition renvoie à la situation d\u2019énonciation, le mot « modernité » est fuyant.« Moderne : qui est du temps de celui qui parle » (Robert) : la modernité serait du côté de l\u2019émetteur, affaire de créateurs.Indissociable du langage, elle serait aussi un des prismes par lesquels la langue nous permet de concevoir le temps.Le propre du temps, c\u2019est d\u2019avancer continuellement.Et d\u2019être à tout moment traversable en tous sens.On peut être littérairement anachronique.Mais il arrive tous les jours qu\u2019une voix, venue d\u2019une époque révolue, se fasse absolument contemporaine.\u2014 Dans Histoires d'amour, de J.Kristeva, je lis ces vers d\u2019un certain Arnaud Daniel de Ribérac, du XII° siècle : « Je suis Arnaud qui amasse le vent ; je chasse le lièvre avec le boeuf et nage contre le courant».Ça me paraît immédiatement « moderne »! \u2014 En ce moment quelqu\u2019un, déjà, doit être en train d\u2019écrire « dans » vingt-cinq ans, à ses risques et périls : lecteurs, critiques, écrivains, n\u2019ont pas tous la même heure.Je ne vois pas comment un créateur ou un critique pourraient passer à côté de la question que vous posez (\u2014 un « simple lecteur », si une telle chose existe, peut- être \u2014).C\u2019est le rapport d\u2019un art à son Histoire qui s\u2019élabore là.Le mot « modernité » a pu vouloir dire que, dans 155 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec cette Histoire, il est possible, souhaitable, d\u2019opérer des ruptures.Et une des caractéristiques du temps, en effet, c\u2019est sa discontinuité.En dernier ressort, la nouveauté est le seul critère d\u2019une oeuvre.Mais ce qu\u2019a écrit F.Bacon, et que Borgès met en exergue de Laleph est également vrai : « There is no new thing upon earth.All novelty is but oblivion ».Le nouveau, ce qu\u2019on avait oublié, a pourtant un aspect « inoubliable ».Le nouveau, ça reste toujours nouveau.« Classique » ne s\u2019oppose pas nécessairement à « moderne ».Entendu comme « tabula rasa » par rapport à une tradition, « modernité » a donc signifié quelque chose qui n\u2019était simple qu\u2019en apparence, et qui reposait sur une analogie circonstancielle entre l\u2019histoire politique et l\u2019histoire de l\u2019art.La notion d\u2019avant-garde a été particulièrement prospère au moment où la limpidité terrible du léninisme fascinait à leur insu les consciences.L'idée de révolution et l\u2019assoiffement pour la doctrine s\u2019attiraient comme des aimants aussi bien dans l\u2019inconscience \u2014 nécessaire \u2014 des futuristes, modernistes, formalistes, surréalistes, que dans celle des trotskystes, communistes, stalinistes.Mais il n\u2019y a pas de morale.Rien de tout cela n'empêche la ruse des créateurs de féconder le temps, qui accomplit ses « bonds en avant », peu importe comment et au prix de quels endoctrinements.Et heureusement, il est impossible de revenir sur les acquis de l\u2019Histoire car ceux-ci se dévoilent toujours en retard.Il sera toujours nécessaire de rompre.Au Québec c\u2019était, c\u2019est, ce sera, vital.Mais cela sera toujours aussi un peu illusoire.Le fil du temps, discontinu, n'est pas sécable.Je crois autant au lien qu'à la rupture.156 En quête de la modernité À moins d\u2019être simpliste, on sait que l'Histoire n'avance pas à un moment donné dans une seule direction, qu\u2019il y a plusieurs « fronts » en « avant » du temps, et que pour que ça avance il faut de l\u2019affrontement.Pole- mos est un concept frère de la vérité.Le mot « moderne » nous renvoie aussi à la façon dont nous nous y prenons avec les « idées ».Que l\u2019idée de modernité ait, à plusieurs reprises, servi dfétendard, de refuge, de chapelle, il n\u2019y a rien d\u2019étonnant à ça.L'étiolement de toute idée après le « ralliement » autour d\u2019elle sert cependant à ranimer la ruse des créateurs (systole-diastole !).Le fait que récemment les para- metres de la « modernité » aient eu tendance à se fixer moins librement ne nous oblige qu\u2019à constater l\u2019effet du temps sur les idées.Le sujet moderne, lui, de quelque époque qu\u2019il nous parle, est un individu dans une foule, tournoyant dans un rapport spécifique au sens : éclaté, accéléré, il traverse les codes et entrevoit les éclats scintillants de sa vérité.Il souhaite le changement.Dostoïevski, Rimbaud, Baudelaire, pensaient, ou ne pensaient pas, à être modernes : qu'est-ce que cela change ?La modernité est un fait.Je trouve toujours naïf, pour un écrivain, de prétendre qu\u2019il ne cherche pas à être « moderne », « du temps où il écrit ».Trouver sa voix c\u2019est travailler le langage dans le temps, se relier à une foule où un rapport spécifique au sens fait tournoyer les individus.Depuis quelques années on parle de post-modernité.Inflation ?Spirale ?« All that is solid melts into air » ! a écrit Karl Marx (c\u2019est d'ailleurs le titre d\u2019un essai très éclairant sur la modernité¢ : par Marshall Berman \u2014 Simon and Shuster, New York, 1982). Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Néophyte dans le domaine de l\u2019écriture, j'ai dû interpréter le mot « modernité » comme, néophyte dans la vie, j'avais eu à me mesurer au mot « marxisme » et plus tard, néophyte dans la maternité, j'ai dû réévaluer le mot « féminisme ».Question de génération : question de temps.Cette question est loin d\u2019être la seule, ou la première, que je me pose quand j'écris.Mais elle est une de celles qui m\u2019accompagnent chaque jour, et en cela je n\u2019ai pas le choix.Une question de temps est toujours une question d\u2019exactitude.Paraphrasant Sartre, qui parlait de l\u2019intelligence, j'aimerais dire que la modernité, c'est une exigence.Monique LaRue 158 Querelle des anciens et des modernes Cette question, tout compte fait, plus académique que révolutionnaire ne présente d\u2019intérêt que dans sa persistance symptomatique.Devrait-on y voir l\u2019Oedipe, ou expression déguisée de l\u2019ego voulant affirmer sa singularité devant la mort ?S\u2019il est bon que jeunesse conteste, et que Madeleine Rousseau, dans son Introduction à l'art présent, remarque fort justement que « les manuels scolaires, sorte de catéchisme, ignorent tout des problèmes actuels et dispensent une science incontrôlable qui perpétue les idées démodées.», tout le monde s\u2019accorde cependant sur le fait qu\u2019il n\u2019existe pas de progrès en art! Mais vouloir simplement « faire original » (new look, new wave).quid ?En réponse à mon insistance sur l\u2019angoisse de la création ombilicale, telle autre dame bien me rappelait le mot de Rimbaud : « Il faut être absolument moderne.» L'auteur d\u2019Une Saison en enfer, en ce temps- là, n\u2019avait pas vingt ans ; et je compte un siècle ! Je n\u2019ai pas demandé pourquoi il avait troqué l\u2019art quiet de l\u2019écriture contre celui, plus quiet sans doute, de la contrebande d'armes.Anciens et modernes d\u2019aujourd\u2019hui contre les modernes de demain ? Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Pour ma part, je n\u2019ai guère de peine à imaginer Rimbaud et Francoeur attablés aux mêmes terrasses du Vieux Montréal, et ce à quelques néons près ; Whitman et Beausoleil, Sophocle et Tremblay.et j\u2019en passe ! Cette intemporalité et cette trans-spacialité qui sous-tendent les fresques de Malraux doivent certainement tenir à la permanence d\u2019un essentiel.L'homme n\u2019a pas si souvent changé de vérité, parce que toujours intégralement porteur de sa plus lointaine histoire.Seul demeure qui, ici, place l\u2019enjeu.Le mot en s\u2019écrivant traîne son passé comme déjà il tire sur son demain.On ne devrait pas avoir tant de mal à être « de son temps ».Plus que d\u2019espace, dit un sage, nous sommes êtres de temps, et au fait, nous sommes le temps.Serge Legagneur Montréal, mars 1984 160 Réponses à une enquête \u2014 Où situez-vous la modernité en littérature ?Ailleurs.Elle est l\u2019appel du nouveau.Elle se trouve, par conséquent, condamnée à se déplacer, le nouveau courant toujours autre part que là où on croit ou prétend le saisir.Repéré, répertorié, 11 n\u2019est déjà plus.On n'est jamais moderne ; on le devient.Quant à la modernité instituée, dont on parle, qui fait l\u2019objet d'enquêtes, elle est une tradition polémique aussi ancienne que la littérature.Elle reprend à son profit les textes neufs d\u2019hier et d\u2019avant-hier pour les monnayer en maniérismes ; elle reproduit l\u2019air du temps, le style d\u2019époque, elle est cet imprimé prévisible qui s\u2019étale au comptoir des offices dans les librairies, qu\u2019il faut avoir lu si on souhaite briller dans les conversations.Mais si on cherche ce qui écrit l\u2019avenir, ce qui écrit déjà le présent, il faut regarder ailleurs, ouvrir des livres moins immédiatement repérables que ceux qui s\u2019affichent sous un label, fût-il celui de modernité.\u2014 Où vous situez-vous par rapport à elle ?J'écris sans me soucier de ma situation, sans garder l\u2019oeil fixé sur ce que viennent de publier X ou Y \u2014 et Possibles \u2014 1984 : créer au Québec pourquoi le faudrait-il ?pour ne pas me laisser « dépasser » ?Écrire n\u2019est pas une course, sinon contre le temps.\u2014 De quels textes vous sentez-vous davantage contemporain ?Je n\u2019ai pas à me sentir contemporain de qui que ce soit, ni de quelque texte que ce soit.Contemporain, je le suis en vertu de cette fatalité qui s'appelle le temps.Je suis né en 1947, j'ai commencé à écrire vers 1970, j'ai publié mon premier « livre », une plaquette assez mince, en 1978 \u2014 voilà qui suffit à me situer parmi les contemporains.Provisoirement : je crois, j'espère ne pas avoir fini d\u2019écrire.Cela dit, cette question oblique invite plutôt à énumérer des préférences, à citer.S\u2019agirait-il de constituer une bibliothèque idéale de la modernité ?Chaque réponse apporterait son projet de catalogue, exclusif, irréductible à quelque moyenne ; on retrouverait la cacophonie d\u2019une librairie, la confusion imprimée mise en vente chaque mois.Un écrivain vit entouré de livres.Il n\u2019écrit jamais qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019une bibliothèque dans laquelle ses textes finiront éventuellement par prendre place \u2014 à moins qu\u2019ils ne méritent l\u2019oubli, qui est une forme de miséricorde.Dans cette bibliothèque, tous les livres sont contemporains ; ils ont atteint le présent indéfini de la lecture.Sénèque n\u2019est pas plus ancien que Saint-Denys- Garneau pour qui le lit, l\u2019aime.Ni Thoreau, Saba, Mal- herbe, Baudelaire, Ponge, Cavafy, Borges, Léopardi, Lichtenberg, Basho, Marc-Aurèle.Par une métonymie passée en usage, ces noms désignent évidemment des oeuvres, non leurs auteurs.162 En quête de la modernité Le rapport intime de la lecture exige que le texte soit présent, qu\u2019il devienne en quelque façon contemporain de son lecteur, ce qui ne va pas sans difficultés : il vient d\u2019un autre horizon mental, historique, social, et le premier contact consiste souvent à constater une distance, une étrangeté que rien, semble-t-il, ne saurait réduire.Lire, c\u2019est précisément avancer dans cette distance à la rencontre d\u2019une présence, s\u2019en approcher, la tirer à soi, se colleter avec son étrangeté, devenir étranger à soi- même, pour revenir au monde de l\u2019existence commune bien autre qu\u2019on n\u2019était.À vrai dire, on ne revient jamais ; on a été métamorphosé, le monde a pris une autre figure.Une oeuvre forte ne laisse pas intact qui se met à son épreuve.Aussi ne s'agit-il pas de quels textes je me sentirais le plus contemporain, mais desquels j\u2019aspire à le devenir.J'ai cité des oeuvres auxquelles je tiens, dont je ne me sépare pas.Ce sont celles dont je souhaite devenir vraiment contemporain.Ce souhait ne concerne que ce que j'écris.Quant à moi, je sais bien que je n\u2019échapperai pas plus qu\u2019un autre au sort commun, et je ne le souhaiterais pas.Tout a lieu tout de suite dans cette phrase sans ponctuation qu\u2019on appelle une vie ; il faut la proférer sans s\u2019être préparé, sans qu\u2019il soit possible de se relire, encore moins de raturer ni de corriger.Mais vivre, une fois, une seule, dans la contingence sans rémission, puis sortir de la scène après avoir improvisé sa partie tant bien que mal, je ne conçois pas de sort plus beau.Chaque jour vaut d\u2019être vécu parce qu\u2019il est définitif.Robert Melançon 163 2 pre pe oo ra cocos senc arr a a acts rca, Bera ch cr; hier LCT hs coe a Ehtapediiunt een Riad ian 2e, - ume ra __ lr Lo - oe .= Ly _ 5 Le es de ASS _- _ a = - errs ne ere ca Lo oo PR rege rr TAIT SA or ey co ARC; hid né ee TE x corset, es 52 oc EE ah a re = 0g 3 > or 22 rior oR Ske i less BX Cr cs = Lr SCs AY 0 A rer pero sie Ç Sur les chemins de l'autogestion ne LC An Cl PRP, PRT PPP CR J LL Marcel Fournier Graff, presque vingt ans Le marché de l\u2019art échappe, dans son ensemble, au contrôle des artistes : la distribution des oeuvres d\u2019art est le plus souvent confiée à des marchands ou des directeurs de galeries d\u2019art qui apparaissent tantôt comme des mécènes, tantôt comme des négriers.Le nombre de lieux (salles d'exposition, etc.) organisés, animés ou gérés par des artistes demeure, encore aujourd\u2019hui, restreint : l\u2019insuffisance des capitaux, l\u2019absence d\u2019aptitudes administratives, l\u2019indifférence à l\u2019égard des questions matérielles ou financières, autant de « raisons » invoquées pour justifier cet état de choses.La pratique artistique elle-même se présente comme si « personnelle », si privée qu\u2019elle semble incompatible avec toute démarche collective de production ou de diffusion : dernier des petits artisans- entrepreneurs, l'artiste serait un individualiste, réfractaire à toute forme d\u2019encadrement et d\u2019enrégimentation.L\u2019indépendance et la liberté apparaissent comme les conditions mêmes d\u2019expression du « génie créateur ».Cette image de la pratique artistique n\u2019est que partiellement exacte, puisque l'acquisition et la défense de cette 167 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec indépendance et de cette liberté ont exigé et exigent, de la part des artistes mêmes, la participation à des actions collectives et la mise sur pied d\u2019organismes et d\u2019organisations (lieux de travail ou de rencontre, associations professionnelles, etc.).La seule motivation (à créer) d\u2019un artiste ne suffit pas toujours : elle doit parfois, tout au moins dans certaines circonstances, trouver un appui dans la mobilisation, plus ou moins longue, d'autres artistes.Comme toute autre activité professionnelle, la pratique artistique est éminemment sociale : les artistes sont habituellement insérés dans divers réseaux de relations, ont leurs lieux de rencontre, respectent des conventions, participent à des modes, etc.De plus, pour défendre leurs intérêts, faire valoir leurs revendications ou tout simplement obtenir les moyens matériels d\u2019exercer leurs activités (ateliers, etc.), ces artistes n\u2019hésitent pas, lorsque cela est nécessaire, à réunir leurs ressources et leurs énergies, à travailler ensemble et à s'organiser : expositions collectives, ateliers communs, symposiums, galeries coopératives, associations professionnelles, autant d\u2019expressions de démarches élaborées d\u2019une manière collective par des groupes d'artistes.Cependant, devant ces diverses réalisations, aussi éclatantes soient-elles, l\u2019on demeure toujours quelque peu sceptique : soit qu\u2019elles apparaissent temporaires, fonction de conjonctures particulières \u2014 « On n'avait pas le choix », dira-t-on \u2014 soit qu\u2019elles sont associées à une étape de la carrière d\u2019un artiste, celle où relativement jeune, celui-ci s\u2019en sert comme d\u2019un tremplin.En délimitant ainsi la signification de telles initiatives, ces analyses tendent à les disqualifier : celles-ci ne valent que dans certaines circonstances et seulement dans ces circonstances, elles sont de l\u2019ordre de l\u2019exception.Est-ce à dire que, pour les artistes, la règle générale est celle de l\u2019individualisme (atelier privé, démarche personnelle, etc.) ?que les formules associatives et l\u2019idée d\u2019autogestion \u2014 comme en ont parlé les étudiants de 168 Graff, presque vingt ans l\u2019École des beaux-arts de Montréal au moment d\u2019une grève à la fin des années 1960 \u2014 sont en art illusoires et relèvent de l\u2019utopie ?À un moment où, au niveau de diverses démarches collectives, se manifestent des signes d\u2019essoufflement \u2014 échec de l\u2019ATACQ, difficultés à la revue Propos d'art, dynamisme moindre de galeries « parallèles », etc.\u2014 il convient de reformuler ces questions, de s\u2019interroger a nouveau sur les possibilités et les limites d\u2019actions associatives (coopératives ou autres) en art.La mauvaise porte ?Parmi les diverses initiatives, qui, mises sur pied dans les années 1960, sont toujours la, vivantes et dynamiques, il y a le Centre de conception graphique Graff.Constitué d\u2019un atelier de gravure et d\u2019une galerie d\u2019art, ce centre est un lieu artistique manifestement actif : présence régulière d\u2019artistes, vernissages, encans publics, débats et conférences, cours, etc.Par son lien très étroit avec les milieux artistiques, Graff apparaît souvent comme une entreprise collective et est, dans l\u2019image publique, associée aux galeries dites parallèles, c\u2019est-à-dire à ces galeries qui subventionnées par les gouvernements et animées par des artistes proposent un art d\u2019avant-garde (d\u2019expérimentation, etc.).L'on peut donc s\u2019étonner qu\u2019en entrevue, son fondateur Pierre Ayot décrive son style de gestion en termes de « dictature » et qu\u2019il affirme que « si l\u2019atelier-galerie avait été dirigé par un collectif ou une coopérative, ça fait longtemps qu\u2019il serait disparu ! ».Ces mêmes propos il nous les tenait quelques jours auparavant, au moment où nous nous rendions à Graff pour interroger les responsables et visiter les lieux : « Ici, c\u2019est la dictature », nous disait-il mi-sérieux, mi-blagueur.! Lise Cartier sous-titrait dans Décormag (décembre 1976), un article consacré à Graff : « Une vraie gang [.\u2026] dont l'univers est l'art visuel [.] et la route, la recherche.» Dis 169 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Pour celui qui s\u2019intéresse aux modalités d\u2019exercice en groupe de l\u2019activité artistique, ces propos font l\u2019effet d\u2019une douche froide ! Aurions-nous frappé à la mauvaise porte ?Dès le moment où nous avons mis les pieds au Centre, nous aurions dû nous en douter : deux grandes salles d\u2019exposition bien aménagées et bien éclairées (avec large puits de lumière), bureau pour la personne responsable, dossiers d\u2019informations bien constitués, grands ateliers éclairés et propres où travaillent de jeunes artistes sérieux, etc.Bref, tous les signes du professionnalisme, tout le contraire de l\u2019image que l\u2019on se fait d\u2019un lieu animé ou géré par des artistes : malpropreté, mauvaise organisation matérielle et administrative, grande effervescence, etc.Et si ce n\u2019est une (malheureuse) bouteille oubliée sur une étagère, l\u2019on ne trouvait même plus ce qui avait fait le symbole même de Graff au début des années 1970 : la caisse de bière.Les temps ont changé : Graff était au début un atelier de gravure, c\u2019est aussi, depuis 1977, une galerie d\u2019art ; c\u2019était un lieu de rencontre, de discussion et de travail en commun, c\u2019est aussi l\u2019entreprise de deux personnes associées étroitement au milieu artistique, Pierre Ayot, artiste et professeur à l\u2019UQAM et Madeleine Forcier, spécialiste en histoire de l\u2019art.Au début, un atelier de gravure L'image qui s\u2019est constituée de Graff est celle d\u2019une « gang ?», d\u2019un groupe d\u2019artistes-graveurs qui aiment fêter et prendre une bière.Le symbole de la caisse de bière lui est associé d\u2019une façon si étroite que dans le catalogue préparé lors d\u2019une exposition de l\u2019atelier au Centre culturel canadien à Paris en novembre 1972, trois des quatre grandes photographies représentent des artistes, pour la plupart jeunes, debout ou assis dans l\u2019atelier ?In Graff, centre de conception graphique, Centre culturel canadien, Paris, 318 nov.1972 \u2014 2 \u2014 janv.1973.170 Graff, presque vingt ans en train de discuter et de boire.Graff, c\u2019est à l\u2019origine un atelier de gravure qui se distingue, comme le note Normand Thériault dans la présentation, par son « état d\u2019esprit » : C'était aussi un état d\u2019esprit.A savoir : les vernissages- lancements-happenings ont autant d\u2019importance que les oeuvres qui y sont produites.Aller chez Graff quand c\u2019est la fête, c\u2019est rencontrer chez les gens ce que les oeuvres contiennent.Un climat d\u2019images animées 3.La gravure constitue, au milieu des années 1960, une sorte de mouvement social : non seulement cette technique ancienne se renouvelle et mobilise un plus grand nombre d'artistes mais aussi elle apparaît, par son mode de diffusion, un art social, éminemment démocratique.Celui qui l\u2019exerce se sent d\u2019autant plus de « son temps » que les conditions de son exercice (atelier commun, achat d\u2019équipements et de matériaux, etc.) sont collectives.Graff, d\u2019abord identifié comme l\u2019Atelier libre 848, participe à ce mouvement : sa fondation en 1966 est une réponse au besoin exprimé par des jeunes artistes et des étudiants en art d\u2019avoir accès à un atelier de gravure et de pouvoir utiliser des équipements spécialisés.Le départ est modeste \u2014 un local dans un sous-sol, une seule presse \u2014 et s\u2019inscrit dans une démarche collective : participation active de plusieurs artistes (Pierre Ayot, Jean Brodeur, Denis Lefebvre, etc.), partage des frais de location, etc.Mais en raison de la position centrale qu\u2019occupe Ayot dans cette démarche \u2014 professeur *En plus de P Ayot, S.Cozic, M.Leclair, S.Tousignant et R.Wolfe qui ont été d\u2019une manière ou d\u2019une autre associés à l\u2019atelier, la galerie d\u2019art Graff représente actuellement les artistes suivants : Jocelyn Jean, Luc Béland, Lucio de Heutsch et Raymond Lavoie.Par ailleurs, à chaque année, dans le cadre de la dernière exposition, la galerie entend présenter les travaux d\u2019un jeune artiste.171 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec de gravure à l\u2019E.B.A.M., propriétaire d\u2019une presse prêtée à l\u2019atelier, locataire d\u2019un appartement dans le même édifice, etc.\u2014 celui-ci est amené à exercer, dès les premières années, le leadership.Graff n\u2019est cependant pas la première initiative du genre au Québec : dès 1964, Richard Lacroix ouvre un Atelier libre de gravure qui, deux ans plus tard, deviendra la Guilde graphique : en plus de fournir des services à plusieurs artistes et graveurs de renom et de contribuer à la diffusion commerciale de la gravure, cet atelier est le lieu d\u2019une démarche collective de réflexion et d\u2019animation sociale, celle du groupe Fusion des Arts (Y.Robil- lard, H.Saxe, etc.).Entre ces deux ateliers, il y a des similitudes d\u2019autant plus grandes que les deux responsables se revendiquent d\u2019Albert Dumouchel, le « père de la gravure » au Québec.Mais s'établit au milieu des années 1970 entre les deux organismes une relation qui en est une non seulement d\u2019émulation mais aussi d\u2019opposition.Cette opposition en est une de générations d\u2019artistes et aussi de styles de vie : d\u2019un côté, la maturité et le sérieux ; de l\u2019autre, la jeunesse et la « fête ».Les pôles d'attraction ou de référence de l\u2019un et l\u2019autre ateliers sont aussi différents : alors que la Guilde graphique est orientée vers le marché (de l\u2019art), l\u2019Atelier libre 848 est étroitement relié à l\u2019école \u2014 l\u2019E.B.A.M.\u2014 et constitue pour des jeunes artistes et des étudiants en arts un lieu de rencontre, de discussion et de formation.Et entre ces artistes et étudiants qui ont accès à l\u2019atelier 365 jours par année à n\u2019importe quelle heure du jour et de la nuit se développe un véritable esprit de camaraderie dont les meilleures expressions sont, à partir du moment où l'atelier se dote en 1967 d\u2019une galerie d\u2019exposition, les fameux événements-vernissages et la publication d\u2019albums collectifs (les « Plottes » en 1960, le Graffophone en 1973, le Mardi Graff en 1976, le Graff Dinner en 1978, etc.).En plus de Pierre Ayot, les artistes qui sont associés à l\u2019Atelier libre 848 \u2014 Graff (à partir de 1969) sont : 172 Graff, presque vingt ans Michel Leclair, Jacques Hurtubise, Carl Daoust, René Derouin, Guy Montpetit, Robert Savoie, Indira Nair, Serge Tousignant, Josette Trépanier, Robert Wolfe, etc.Par les oeuvres que produisent et exposent plusieurs artistes, Graff acquiert, un moment, une identité esthétique : sa marque-maison est celle du Pop-Art.Même s\u2019ils se distinguent sous plusieurs aspects, la Guilde graphique et Graff s\u2019inscrivent tous deux dans une conjoncture qui favorise le développement de la gravure et la mise sur pied d\u2019ateliers collectifs : ouverture du marché de la gravure, intérêts des artistes pour diverses techniques (sérigraphie, photographie, façonnage du plexiglass, etc.) et enfin disponibilité des subventions gouvernementales.Ce dernier facteur est tout particulièrement important : sans ces subventions, ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019auraient pu prendre leur expansion (agrandissement des locaux, acquisition d\u2019équipements, etc.) et assurer leur consolidation.Pour sa part, Graff obtient dès 1969 de la part du Conseil des arts d\u2019Ottawa une subvention annuelle de 5 000 $ qui lui est par la suite renouvelée annuellement jusqu\u2019en 1970.À partir de 1970, ces subventions deviennent plus importantes et plus diversifiées : pour l\u2019année 1983-84, le Centre de conception graphique, dont le statut juridique est à partir de 1972 celui d\u2019une compagnie à but non lucratif, reçoit 35 000 $ du ministère des Affaires culturelles du Québec, 30 000 $ du Conseil des arts d\u2019Ottawa et 5 000 $ du Conseil des arts de la Ville de Montréal.Le financement du Centre est aussi assuré, d\u2019une manière toute partielle, par les contributions des artistes eux-mêmes sous la forme de frais de location (45,00 $ par mois) et de dons d\u2019oeuvres d\u2019art (deux copies par tirage) qui sont chaque année mises à l\u2019encan.Du petit atelier, qui fut pendant quelques années situé sur la rue Marie-Anne, Graff, maintenant localisé sur la rue Rachel, est devenu une petite entreprise culturelle : présence régulière d\u2019une soixantaine d'artistes, exécution de tirages pour des artistes, organisation de 173 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec cours et de visites guidées pour le public, Organisation d\u2019expositions pour les artistes (par exemple a I\u2019 Ecole des H.E.C.en mars 1984), etc.Les temps ont changé ! Les artistes aussi : ils sont, semble-t-il, plus sérieux et plus « professionnels ».L'accès à l\u2019atelier ne se fait plus sous le mode de la cooptation mais d\u2019une sélection sur la base d\u2019une évaluation de la production antérieure (porte-folio).Même s\u2019il n\u2019est pas une entreprise coopérative ou communautaire au sens strict du terme, Graff a été très étroitement intégré au milieu artistique, à des artistes dont il a su traduire adéquatement le rapport à la pratique artistique.Ce centre de conception graphique est une oeuvre collective en ce sens qu\u2019il n\u2019aurait pu s'implanter ou se développer sans la participation active \u2014 y compris le bénévolat : rénovation des locaux, etc.\u2014 de plusieurs artistes.Cette dimension est actuellement moins visible : il n\u2019y a pas de projet esthétique de groupe, le travail se fait d'une manière plus individuelle, l\u2019accent est mis sur la qualité des réalisations, etc.C\u2019est aussi que les artistes, plus nombreux, sont plus manifestement préoccupés de la diffusion de leurs oeuvres, de leur accès au marché de l\u2019art.Une galerie d\u2019art contemporain Au moment de l\u2019ouverture de l\u2019Atelier libre, la première préoccupation est celle de la création : fournir aux artistes les moyens (équipements, matériaux, locaux) de réaliser leurs oeuvres.Mais rapidement, face à l'accumulation même des oeuvres, apparaît une seconde préoccupation, celle de la diffusion : en raison de la place marginale de la gravure sur le marché de l\u2019art et aussi du caractère peu commercial des oeuvres produites, les responsables de Graff n\u2019ont alors guère d\u2019autre choix que de s\u2019impliquer eux-mêmes dans la diffusion et de multiplier les initiatives (aménagement d\u2019une salle d\u2019exposition en 1967, participation aux salons annuels des Métiers d'art, 174 Graff, presque vingt ans organisation d\u2019expositions au Canada et à l\u2019étranger, organisation d\u2019événements culturels et publication d\u2019albums, etc).Cependant, jusqu\u2019à tout récemment, Graff est demeuré identifié à un atelier de gravure.Or depuis l\u2019aménagement de l\u2019atelier dans les nouveaux locaux de la rue Rachel, Graff est aussi une véritable galerie d\u2019art : la première exposition, celle de Michel Leclair, a eu lieu en 1977.Il est évidemment difficile, même si elles sont distinctes juridiquement, de différencier les deux initiatives puisqu\u2019elles sont l\u2019oeuvre des mêmes personnes \u2014 Pierre Ayot et maintenant Madeleine Forcier \u2014 et qu\u2019elles apparaissent associées au même groupe d'artistes * : en mars dernier, au moment de notre visite, les oeuvres exposées sont celles de Robert Wolfe ; à chaque année il y a un spécial Graff et un encan des oeuvres réalisées dans les locaux de l\u2019atelier, etc.En fait, l\u2019atelier de gravure et la galerie d\u2019art tirent l\u2019un et l\u2019autre profit de cette ambiguïté : la galerie jouit ainsi d\u2019une « tradition » et d\u2019une image publique, celles qu\u2019a créées l'atelier avec ses événements, ses publications et ses diverses initiatives, elle peut aussi bénéficier d\u2019un revenu par la location de deux étages entiers à l\u2019atelier ; quant à l'atelier, il peut, à un moment où le marché de la gravure connaît un fléchissement, consolider sa position et attirer de nouveaux artistes.En d\u2019autres termes, si au moment de son ouverture la galerie d\u2019art a pu bénéficier du dynamisme de l'atelier, c\u2019est, dans une certaine mesure, l\u2019inverse aujourd\u2019hui : la qualité des expositions présentées à la galerie permet à l\u2019atelier de conserver sa renommée.Cette stratégie des « vases communicants » a cependant quelques désavantages : si la galerie ne peut totalement ignorer la production des artistes de l\u2019atelier, ceux-ci ne peuvent demeurer indifférents à l\u2019orientation que prend la galerie.Déjà l\u2019influence de la galerie, qui est plus sensible à l\u2019état du marché de l\u2019art que les artistes eux- mêmes, se fait sentir : si hier les artistes-peintres se faisaient graveurs ou collaboraient avec des graveurs pour réaliser des multiples de leurs oeuvres, aujourd\u2019hui ce sont les graveurs qui reviennent à la peinture.175 Bie Possibles \u2014 1984 : créer au Québec À plus d\u2019un égard, l\u2019histoire de l\u2019atelier-galerie Graff témoigne des changements qui ont marqué le milieu artistique québécois depuis une vingtaine d'années : développement et stabilisation du marché de l\u2019art (gravure, etc.), effervescence collective \u2014 avec volonté de participation et d\u2019animation sociale \u2014 suivie d\u2019un retour à une démarche plus individuelle, recours massif aux subventions gouvernementales, etc.Par la coexistence d\u2019un atelier et d\u2019une galerie, Graff vit, plus que tout autre organisme, les tensions que provoquent ces transformations : situé entre les galeries parallèles d\u2019une part et les galeries commerciales d\u2019autre part, ce centre est, comme quelques autres galeries d\u2019art contemporain, confronté au défi de donner une valeur économique et sociale à des productions artistiques qui n\u2019auraient souvent qu'une signification culturelle ou intellectuelle : bref de réconcilier logique de la recherche artistique et logique du marché de l\u2019art.Art et autogestion De l'expérience de Graff, la tentation est grande de conclure que son succès est lié à un mode de gestion et d\u2019organisation qui a su éviter le « communautarisme » et le « collectivisme ».Cette analyse est d\u2019autant plus facile que dans les milieux artistiques et intellectuels, l\u2019on prend ses distances à l\u2019égard de toute forme de démarche collective : critique des expériences de création collective, indifférence à l\u2019égard des organisations professionnelles, etc.L'autogestion apparaît, en art, en littérature ou en théâtre, utopique.Mais force est de reconnaître que la mise sur pied et le développement de Graff s'inscrit dans une conjoncture dont on a su tirer les avantages : ouverture du marché de la gravure, mobilisation- participation de plusieurs artistes et disponibilité de subsides gouvernementaux.À l\u2019origine, l\u2019on retrouve un effort collectif et un effort fourni par les artistes eux- mêmes : telle est l\u2019histoire de l\u2019atelier, qui conserve tou- 176 Graff, presque vingt ans jours, afin d\u2019avoir accès aux subventions, le caractère d\u2019une entreprise à but non lucratif.Pour la galerie d\u2019art Graff, dont la fondation est plus récente, la situation est fort différente.S\u2019il est possible à des artistes de réunir des énergies et des ressources pour se donner des moyens de production d'oeuvres d\u2019art, il leur est plus difficile de participer collectivement | à la diffusion de leurs oeuvres : le marché actuel de l\u2019art E a ses « lois », il interdit à l\u2019artiste de s\u2019impliquer lui- même directement dans la mise en marché de ses oeuvres, tout se passant comme si la présence d\u2019un intermédiaire entre l\u2019artiste et le public était indispensable pour conférer aux productions de l'artiste une valeur économique et culturelle.L'artiste n\u2019a ni le temps, ni l\u2019intérêt d\u2019être son propre vendeur, et encore moins d\u2019être le vendeur des oeuvres d\u2019autres artistes.Par ailleurs, toute initiative collective de diffusion \u2014 galerie parallèle, etc.\u2014 est, par nature, fragile puisqu'elle risque d\u2019être disquali- pi fiée en tant qu\u2019« affaire d\u2019une gang » ou d\u2019une clique.La k direction d\u2019une galerie d\u2019art implique en fait des choix qui n\u2019ont souvent de légitimité qu\u2019en autant qu\u2019ils sont personnalisés, c\u2019est-à-dire associés à des personnes auxquelles l\u2019on accorde, en raison de leur compétence, une crédibilité : l\u2019acquisition personnelle d\u2019oeuvres d\u2019art exige ainsi une « privatisation » de leur mise en marché.A iv S'agissant d\u2019un atelier, Graff pouvait fonctionner « a la Ë gang », par cooptation : source de son dynamisme, cette mobilisation était la condition de l\u2019action (animation, etc.) qu\u2019il a exercée dans le milieu artistique.Pour la E galerie, le danger est précisément qu\u2019une « gang », par exemple celle qui a participé à l\u2019expérience antérieure de it l'atelier de gravure ou une autre, mobilise toute l\u2019atten- A tion de ses responsables.L'atelier-galerie Graff se trouve ; dans une situation où il pourrait tenter d'associer habile- Ë ment une démarche proprement privée, celle des respon- i sables de la galerie, a une démarche plus explicitement : collective, celle des membres de atelier.Tout comme la E 177 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec galerie d\u2019art ne peut pas être seulement une « salle de montre » pour les artistes de l'atelier, l'atelier ne peut pas être seulement un service offert, parmi d\u2019autres, à des artistes.Un tel atelier n\u2019a souvent un impact artistique et culturel qu\u2019en autant qu\u2019il est porté par un mouvement, c\u2019est-à-dire que les artistes qui le fréquentent se mobilisent pour assurer leur « mobilité » individuelle et collective.Il n\u2019est jamais facile, pour des artistes, de prendre en mains leurs affaires, mais il ne l\u2019est pas plus de les confier entièrement à d\u2019autres.178 __ LC pot] re ee, 5 oo Tou per inayat 008 EO ear aol] AR 3 ee, Lo = ss \u2014 == Courtepointes et pointes seches - re us rer toe \u2014._ a.\u2014 .- pe = Exe Cuers eas ass Ero mee \u2014\u2014 Brae A coms .Cts serra EE \u2014\u2014 ry 5 és eu cos a ace \u2014\u2014\u2014 Ee EER = SE ar Neige surfondue Début mars.La neige au sol est en eau malgré que la température soit sensiblement au-dessous du point de congélation.En termes scientifiques, elle est « surfondue ».La science y voit même un cas de « faux équilibre ».Pourquoi et comment ?Chacun y va de sa théorie.Les scientistes amateurs ne manquent pas.Pendant ce temps- là, nos bottes prennent l\u2019eau, rongées par une saison qui les a mises à rude épreuve.Il y a de bons spéciaux à ce temps-ci de l\u2019année ?Je sais, vingt personnes me l\u2019ont dit! Manque de temps, manque d\u2019argent ou.résignation ?Peut-être avons-nous du mal à imaginer le début de mars autrement que les pieds mouillés, des noeuds plein les muscles, la nuque raide et le souffle court.Rentré à la maison hier soir après une réunion de la revue, jai constaté ce matin qu\u2019il n\u2019y avait plus ni pain ni fromage dans la cuisine.Aller en chercher ?Mais la neige est surfondue et mes bottes prennent l\u2019eau.Mieux vaut déjeuner au restaurant, pas loin du bureau.J\u2019aurai les pieds moins mouillés et moins de noeuds dans les muscles.181 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec Me voilà à la Sandwicherie du village, rue Gatineau.J\u2019y retrouve Jean Morisset qui doit partir à Ottawa pour la conférence constitutionnelle sur les peuples autochtones.Il a commencé à préparer son article pour le prochain numéro de Possibles.Et nous voilà lancés dans une discussion animée sur l\u2019identité québécoise.Les muscles sont au-dessous du point de congélation.L'actualité aussi.Mais la parole reste liquide.En termes scientifiques, elle est sans doute surfondue.Est-ce un cas de faux équilibre ?Chez tous les gens que j'ai rencontrés ces derniers Jours, la parole coule, même si les démarches sont raides et les épaules courbaturées.Et comme nos bottes prennent l\u2019eau, la parole d\u2019autrui nous imbibe et nous fait des noeuds dans les muscles.Logiquement, ça devrait nous faire taire.À moins que les douleurs de type rhumatismal ne dégèlent la parole ?Chacun y va de sa théorie.Les scientistes amateurs ne manquent pas.Dans la discussion avec Jean, nous n\u2019avons pas parlé de la contribution de ce climat exaspérant à notre identité.Je viens de commettre un superbe lapsus d'écriture : j'ai d\u2019abord écrit « à notre antiquité ».C\u2019est en effet pour nous une expérience très ancienne, cette neige qui reste en eau même quand la température est au-dessous du point de congélation.Nos ancêtres, comme nous, n\u2019avaient guère de respect pour ceux qui « refusent de se mouiller les pieds ».Cette expression proverbiale a dû être inventée un début de mars.S1 c\u2019était une de nos continuités d\u2019avoir à la fois les muscles noués et la parole liquide, au moins au début de mars à chaque année ?Les changements techniques, l\u2019urbanisation, les ruptures culturelles n\u2019y changeraient rien.182 Courtepointes et pointes sèches Mais dans la discussion ce matin-là, c\u2019est autour des ruptures culturelles que nos positions se sont confrontées.Elles sont vite descendues au-dessous du point de congélation.Et la parole est restée étonnamment liquide.Avant et après les ruptures culturelles, nous fûmes et sommes demeurés un peuple d\u2019ostineux.Ce cas de faux équilibre se reproduit d\u2019année en année comme la liquéfaction du sang de Saint Janvier.Mais nous n\u2019avons Jamais pensé à crier au miracle pour autant.Comme une théorie en vaut bien une autre, je veux risquer la mienne à propos de la neige surfondue.Elle reste en eau comme cela car elle attend le soleil, toute con- filante qu\u2019il va revenir malgré la température au-dessous du point de congélation.Et la parole, eh bien! elle a peut-être appris à la longue que le retour annuel du soleil finit toujours par dénouer tout doucement les muscles endoloris.Bref, tant qu\u2019il y a des ostineux, il y a de l\u2019espoir.J\u2019invente ce proverbe les pieds mouillés, la nuque raide et la parole liquide, un début de mars ! André Thibault Qu(h)ébétude (conte a dormir debout) Il était une fois un pays de plus en plus incertain qui s\u2019était endormi sous une épaisse couche d\u2019indifférence.Les médecins se relayaient à son chevet mais tous les examens, analyses et sondages ne parvenaient pas à découvrir la cause de ce sommeil aussi subit que profond.Certains avancèrent l\u2019hypothèse qu\u2019une mauvaise fée avait plongé le pays dans cette léthargie où ses voisins, qu\u2019aga- 183 Possibles \u2014 1984 : créer au Québec çaient ses prétentions à la différence, ne demandaient pas mieux que de le maintenir.Les écologistes y voyaient une vengeance de la nature outragée qui aurait décidé d\u2019étendre aux humains la salutaire pratique de l\u2019hibernation.tandis que les intellectuels l\u2019attribuaient à l'effet soporifique de l\u2019information à la télévision d\u2019État.Le corps médical, pour sa part, se divisa en deux camps : certains diagnosticaient une crise économique opiniâtre, d'autres une crise aiguë des valeurs.Un petit mire, venu d\u2019on ne sait où, relia même ce mal étrange à la mort d'un certain « nationalisme » qu\u2019il soupçonnait avoir succombé à une overdose de patrimoine (syndrome Maria Chapdelaine).Cette supposition choqua fort la docte assemblée qui le renvoya incontinent à ses cornues.Fort perplexe, le Prince convoqua les Sages du royaume à son palais pour les consulter, ce qu'il n'avait pas fait depuis belle lurette.Il faut dire que, jadis, les Sages n'avaient nul besoin de convocation pour intervenir dans les affaires du royaume, mais les temps avaient bien changé\u2026 Après moultes délibérations les Sages n'avaient toujours pas trouvé le moyen de réveiller le pays ; il continua donc à dormir.Puis le Prince fut renversé par son rival, le Prince-en-attente, lors d\u2019une révolution de palais.Tout fringant, le nouveau Prince tint à la belle endormie ce discours électrisant : « O ma Princesse, courons vite vendre nos kilowatts! ».La Princesse entrouvrit un oeil, soupira, .et se rendormit pour cent ans.Suzanne Martin 184 Ont collaboré à ce numéro : Reynald Connolly, peintre ; ; Marie-Hélène Cousineau, étudiante de maîtrise, Études des arts, UQAM ; ; Annie Desbiolles, étudiante de maîtrise, Etudes des arts, UQAM ; Odette Gagnon, auteure dramatique ; Jean-Pierre Lefebvre, cinéaste ; Louise Poissant, professeure, Département des communications, Université d\u2019Ottawa ; Les écrivains, écrivaines : Anne-Marie Alonzo, Yes Beauchemin, Claudine Bertrand, Jacques Brault, Gaétan Brulotte, Paul Chamberland, François Charron, Francine Déry, Lucien Francoeur, Madeleine Gagnon, Jacques Godbout, François Hébert, Gilles Hénault, Monique LaRue, Jean Jonassaint, Suzanne Lamy, Serge Lega- gneur, Robert Melançon.Mi it i | H Ee I ESC AU Eds Estuairé 1061552 are rs de Ne séquences Lurelu gatrale pratiques o de 1a 837° voix et 1 ge Flex (maginé vie de g ANS Nuit planch du vire | 24 mage \\nterY entio pani \\ elles Ld (LL \" Pd Pd Leds parachulé Ar vol propos \u20ac EO W tt ér PLL) PL ea Solaris c'es er Resistance PLL gr@ rsont périves LU PSH Études francaise aniers u Magazine e du) nou ell bar! ç herbes oud spirale Cop! e Ze! gonances Lettres a uebec erindi\u20ac anes à Q |e monde rec nerche É (ur e fra caise possibles proteé EVE EE LA LA LA REVUE DU CÉGEP DE SAINT-LAURENT SOMMAIRE Volume 2, numéro 1 Printemps 1984 Jocelyne Denault Liminaire Francisco Bucio Le complot contre la culture Claude Sauvage Le masque Hilaire Ilare Glosserre Paul-Emile Roy Pierre Vadeboncoeur et la modernité Marcel Boutin Le tarot, un outil pédagogique Madeleine Bellemare À contre-coeur Jean-Marie Moreau Au coeur de la science-fiction Normand Brisebois L'\u2019accessibilité à l\u2019éducation Périodique semestriel Administration: Service de l'Information, Cégep de Saint-Laurent, 625, boul.Sainte-Croix, Saint-Laurent (Québec) H4L 3X7.M DISPONIBLES Volume 1 (1976-77) numéro | : Tricofil Sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin numéro : Santé Question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Lapiante numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-78) numéro |: Fer et titane : un mythe et des poussières Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3 : Bas du fleuve \u2014 Gaspésie Poème de Françoise Bujold numéro 4 : Mouvements sociaux Coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrançois Volume 3 (1978-79) numéro 1 : La ville en question A qui appartient Montréal Poèmes de Pierre Nepveu numéro 2 : L'éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : La dégradation de la vie numéros 3/4 : Éducation Sur les chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.Poèmes de François Charron et Robert Laplante 110 p.154 p.249 p.142 p.240 p.151 p.179 p.159 p.292 p.300 300% 5,00 $ 3,00 $ 6,00 $ 4,00 $ 4,95 $ 3,95 $ 595% Volume 4 (1979-80) numéro | : Des femmes et des luttes numéro : Projets du pays qui vient numéros 3/4 : Faire l\u2019autogestion : Réalités et défis Poèmes de Gaston Miron Volume 5 (1980-81) numéro | : Qui a peur du peuple acadien ?numéro : Election 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d\u2019Odanak à l'Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l\u2019Irlande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes Volume 6 (1981-82) numéro | : Cinq ans déjà\u2026 L'autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro : Abitibi : La voie du Nord Café Campus Pierre Perrault : Éloge de l\u2019échec numéros 3/4 : La crise.dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 (1982-83) numéro 1 : Territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : Québec, Québec : à l\u2019ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal 207 p.158 p.284 p.182 p.157 p.328 p.177 p.195 p.274 p.206 p.161 p.4,00 $ 4.95 $ 5,95 $ 4,95 $ 4,95 $ 6,95 $ 4,95 $ 4,95 $ 5,95 $ 4,95 $ 4,95 $ numéro 3 : Et pourquoi pas l'amour 170 p.5,00 $ Volume 8 (1983-84) numéro 1: Repenser I'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme 197 p.500 $ Numéro 2 : Des acteurs sans scène Les jeunes L'éducation 200 p.5,00 $ ares nnenuna0nse00 san 000 an00 0000 2u 003200000010 000080200000 022000020000 0000200 to RRsat te au montant de $.croreorerenerenenc sera rer ne anse secs anse n 000 possible} de s'abonner Bulletin d\u2019abonnement Nom .Aa LA Le LL LA LL : i: hi Adresse 1.222211 0 LL LL LL LL LL pi: L Ville .Code postal .% Province .Téléphone .E Occupation.LL A LL LL 5 hi ci-joint : i chèque .mandat-poste .au montant de j [) Abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : $15.00 à [] Abonnement de deux ans (huit numéros) : $30.00 B [] Abonnement institutionnel : $25.00 L] Abonnement de soutien : $25.00 [] Abonnement étranger : $30.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 2S4 IMPRIMERIE L'ÉCLAIREUR 8793 or
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