Possibles, 1 janvier 1984, Été
[" wink ma x Le por MES Le oe = es 2 KR ena er rd LE ces ams LCT _ = & > \\ S $ +e NS SE = À Se = N MN 0 , % = ° à S = # 5 , S À = a R S $ & # RN = ETE 1984 N 2 S N Q S , + É ss = , > oo NB » 3 LA NN N an S 203 9 AN = = A 2e , = NN >» Ba = L + ss oN * Ng .NN NS % S > .= f S Nn = N Res RE = 3 Es # s Zi NUMERO 4 RE 5 = + + A S 4 SS RE A 7 2, S 7 i 7 a RY as: 3 a rs ZZ 2 24 = VOLUME 8 i ZE 7 «Ÿ A i x 7 GS a 7 Pring 7 7 A 7 2) ik v _ ZA on ui A y 7 Wy 2 7) AE 4 # i 7 A 7% GE 0 TR 7 4 7 2 LA 7 7 0 2 7 Co 1 Q 2 7 7, QC 277 _ 7 os 7 GE E 23 PA 74 A Wu 7 | 7 D3 Q _ Q & A 6 % 2 rr rrr 7 a A 7 = i 2 A % \u2018i Ai 72:7 Ws 2 a Zi TT \u201c Es Ts \u2014 A * fé: a A $ a ; = NT ; 5 ps +\u201c.| - to, NA \u201c\u2026 ; Ne /; 8 ir \\*\" PA) 3 az .Riche PS Pre > LS ro pa i 0 PS ce ry TES op ppt PP po A LS re TRE or oe) p= RCE PROS errors EEA AICHE IG Lith 414 LEN HERS ad dei possibles VOLUME 8 NUMÉRO 4 ÉTÉ 1984 possibles B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges.Montréal.Québec.H3S 2S4 Comité de rédaction : Rose Marie Arbour, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Roland Giguère, Gaston Miron, Marcel Rioux.Adjointe à la rédaction : Élise Lavoie Collaborateurs(trices) : Marie Bouchard, Francine Couture, Suzanne Martin, André Thibault \u2014\u2014 La revue est membre de l\u2019Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCQ).Les articles parus dans la revue Possibles sont répertoriés dans RADAR (Répertoire analytique des articles de revues).Les textes présentés à la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionné par le ministère des Affaires culturelles du Québec.Montage et supervision graphique : Claude Poirier et Serge Wilson Composition : Composition Solidaire Inc.Impression : Imprimerie l\u2019Éclaireur, Beauceville Distribution : Diffusion Dimedia Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada ISSN : 0703-7139 © 1984 Revue Possibles, Montréal Éditorial .L\u2019Amérique inavouable Lucien Francoeur .La marge de manoeuvre du Québec en Amérique Marcel Rioux .Québec-amériquain/ Québec-américain ou la poursuite de la différence invisible ! Jean Morisset .Rapport Québec-Amérique Réjean Beaudoin .Tocqueville aux U.S.A.Marcel Fournier Montréal, New York et les autres.Rose Marie Arbour Love-hate Gabriel Gagnon .Se resituer André Thibault Les deux visages de \"Amérique Suzanne Martin Le Maillot (extrait) Madeleine Monette * 8 + \u20ac + 4 «6 + + + +» + » »s + + + +» + + 19 i 23 i 45 fi 59 ji 77 4 81 93 99 Récitatif pour Ron Kovics Pierre Nepveu .107 Un travail de taupe : écrire avec un stigmate de migrant Emile Ollivier .cc.ccoiiiaenn.111 De Sao Paolo à Montréal : circuits littéraires Entrevue avec Flavio Aguiar .119 Domination ou échange ?Francine Couture .135 Québec/Amériques.musique Robert Gélinas .139 Le Nouvel Age québécois Denis Bachand .147 Le soap opera américain : de bien belles bulles Ruth Major Lapierre .161 SUR LES CHEMINS DE L\u2019AUTOGESTION Les tribulations d\u2019E.Ten planète québécoise Jean-François Gauvin Didier Lenglare .RAS 169 COURTEPOINTES ET POINTES SECHES .177 Sur la page couverture : Photomontage de Pierre Guimond Éditorial Le présent numéro, L'Amérique inavouable, fait suite, à près d\u2019un an d\u2019intervalle, à celui que nous consacrions à Repenser l\u2019indépendance (Vol.8, n° 1, 1983).Est-ce à dire que toute réflexion sur notre destin national conduit nécessairement à une interrogation sur nos relations avec l\u2019Empire américain ?Au tournant du siècle, l\u2019essayiste Edmond de Nevers avait, comme par hasard lui aussi, publié son ouvrage L\u2019Ame américaine (1900) quelques années après la parution de L\u2019Avenir du Canada français (1894).Et tout récemment, Pierre Vadeboncoeur jetait un regard à la fois triste et sévère sur l\u2019insignifiance de la culture américaine (Trois essais sur l\u2019insignifiance, 1983) alors que quelques années plus tôt, il avait lancé un cri d\u2019alarme (Un génocide en douce, 1976).N\u2019échappe donc pas qui veut au contexte géopolitique, surtout pas le Québec, cette « petite goutte d\u2019eau dans l\u2019océan » (de langue anglaise) dont parlait, déjà en 1831 lors d\u2019un court séjour au Bas-Canada, Alexis de Tocqueville !.! Alexis de Tocqueville reconnaissait qu\u2019il n\u2019y avait « pas de plus grand malheur pour un peuple (que) d\u2019être conquis ».(Oeuvres complètes, Tome V, Voyages en Sicile et aux États-Unis, Paris, Gal- limard, 1957.) D \u2018a # KH = Em Possibles \u2014 L'Amérique inavouable Certains Canadiens français ont longtemps rêvé d\u2019une Amérique française qui s\u2019étendrait sur tout le littoral, depuis Terre-Neuve jusqu\u2019à la Floride.Que nous reste-t- il, si ce n\u2019est quelques îlots de culture française et.quelques metres de plage a Old Orchard et a Miami?D\u2019autres, apparemment plus pragmatiques, s\u2019étaient résignés à accepter l\u2019assimilation \u2014 annexion aux Etats- Unis ; plusieurs d\u2019entre eux étaient devenus ces Lorenzo Surprenant de Maria Chapdelaine, ces « mon oncle des États » qui, contre quelques dollars américains et une « grosse voiture », avaient consenti à vendre leur identité nationale.Jack Kirouac, leur héritier, s\u2019en ira, On the Road, vivre son « exil intérieur ».Entre l\u2019utopie (du plus faible) et la raison (du plus fort), il n\u2019y a pas eu, à la fin du XIX° siècle (1867), d\u2019autre choix que celui.de la Confédération, c\u2019est-à- dire de cette alliance (forcée) avec les Anglais pour préserver la culture française en Amérique.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui, après plus de cent ans de (double) solitude ?Il y a maintenant un Etat du Québec plus fort.et aussi un projet d\u2019indépendance : il n\u2019est plus question, même si cette thématique est présente chez quelques esprits alarmistes, de « survivance » mais bien de développement.Du coup, se modifie notre rapport avec les Etats- Unis et aussi, avec l\u2019ensemble des Amériques : à la « canadianité » (sans qualité) nous préférons, comme identité plus globale, celle de l\u2019américanité.Hier, le refus de l\u2019américanité était net : associée à la culture anglosaxonne, celle-ci représentait, principalement dans les milieux nationalistes, le MAL et ceux qui y succombaient portaient le poids de la déchéance, du péché.Au matérialisme, nous opposions alors notre spiritualité et notre humanisme.Que n\u2019avons-nous pas dit au sujet de la langue française, ce merveilleux outil conceptuel et ce magnifique moyen de communication.Et gardienne de notre foi, par surcroît! Aujourd\u2019hui, nous n\u2019avons plus de campagne du « Bon parler français ».\u2026 Lot Éditorial et nous le parlons mieux qu\u2019auparavant.Et si l\u2019Amérique demeure toujours, selon l\u2019expression de Francoeur, « inavouable », nous nous avouons, comme en témoignent plusieurs articles de ce numéro, plus facilement et plus fréquemment notre américanité.Mais avec une certaine ambiguïté : il y a à la fois refus de la médiocrité et ouverture aux innovations, tant techniques et scientifiques qu\u2019intellectuelles et artistiques.La « mesure de notre taille », nous la connaissons tous bien : petitesse et dépendance économique en sont les principales caractéristiques.De même, notre « aliénation culturelle » ne nous échappe pas : notre esprit a aussi été « conquis » par le cinéma hollywoodien, les comics et la télévision américaine.Tout a été dit au sujet de notre « américanisation ».Le problème est actuellement moins de (ré-)évaluer la situation que de développer des attitudes, des pratiques et des stratégies qui nous soient propres et définissent d\u2019une manière active notre rapport à l\u2019Amérique.Parmi ces attitudes, pratiques et stratégiques, il y a d\u2019abord celles qui consistent à vouloir encercler les Etats- Unis en établissant des liens de solidarité et de coopération avec tous ceux qui, en Amérique centrale, en Amérique du Sud ou dans les Caraïbes, luttent contre la domination des Etats-Unis.Au delà des différences physiques et culturelles, il y a, entre les Québécois et les Américains de l\u2019hémisphère sud, un air de parenté : un caractère « latin », une jovialité et une grande sociabilité.Mais d\u2019une manière plus rigoureuse, littéraires et sociologues parviennent à établir des comparaisons plus solides entre la littérature, la structure sociale ou l\u2019organisation politique de ces diverses sociétés.Et si hier, nous déployions efforts et énergies pour les convertir, aujourd\u2019hui, nous acceptons plus facilement de nous laisser « convertir » et d\u2019inscrire nos projets sociaux et politiques dans une démarche plus large, à dimension continentale et internationale.RHR I TI HRT NI AR RH I$ \u2018 Hi gp ou Hl I Ri Ri A PE ed ere ie ST AEE POI pes > 5 Sn TE os re isin SE 5 A od RH Beth hi hi \u201c4 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Sans être abandonnées, ces pratiques et stratégies d\u2019encerclement qui se sont développées dans les années 1960 et 1970, font actuellement place à d\u2019autres qui peuvent Être dites de « découverte » : il ne suffit plus d\u2019être à la marge mais d\u2019aller au coeur des Etats-Unis et d\u2019établir des relations avec tous les individus et les groupes qui, relativement nombreux, veulent transformer, de l\u2019intérieur, la vie économique, politique et culturelle de l\u2019Empire.Pour les uns, ce sera la Californie des nouvelles thérapies et des nouvelles technologies ; pour d\u2019autres, ce sera le Soho de la post-modernité artistique.Du Nord au Sud, d\u2019Est en Ouest, les Québécois parcourent, à la manière de Jacques Poulin dans sa Volkswagen, les Etats- Unis d'Amérique et de part en part, ils en sont « traversés », bouleversés, renouvelés.Mais qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019encerclement ou de découverte, ces pratiques et stratégies peuvent n\u2019apparaître que comme l\u2019expression nouvelle d\u2019attitudes plus anciennes : tantôt un idéalisme boy scout, tantôt un pragmatisme à courte vue.Toujours les mêmes illusions et les mêmes naïvetés ! L'établissement d\u2019une relation avec l\u2019Autre n\u2019a en fait de sens, si nous voulons sortir du cercle de la dépendance, que dans la mesure où notre identité collective est déjà bien affirmée.Aussi faut-il inverser la proposition initiale : ce n\u2019est plus la question de notre avenir national qui nous amène à soulever le problème de notre mode d\u2019insertion en Amérique, mais bien notre insertion en Amérique qui nous oblige à réaffirmer le projet d\u2019une indépendance politique.L\u2019Amérique est un destin et le Québec, un choix.Marcel Fournier pour le comité de rédaction Lucien Francoeur L\u2019Amérique inavouable « Et ce ne sont pas en Amérique les mêmes directions : c\u2019est à l\u2019Est que se font la recherche arborescente et le retour au vieux monde.Mais l\u2019Ouest rhizomatique, avec ses Indiens sans ascendance, sa limite toujours fuyante, ses frontières mouvantes et déplacées.Toute une « carte» américaine à l\u2019Ouest, où même les arbres font rhizome.L\u2019Amérique a inversé les directions : elle a mis son orient à l\u2019ouest, comme si la terre était devenue ronde précisément en Amérique; son Ouest est la frange même de l\u2019Est.» Deleuze/Gattari L'homme au regard incertain Marche au bout de la nuit Où les rebelles se font précis La rue est son refuge Quand le ciel n\u2019est plus Qu\u2019un fouillis d\u2019étoiles attiédies Sous le ciel bleu de l\u2019automne clair Blue-jeans blues sur les boulevards Et désir sur les tatouages sacrés C\u2019est l\u2019extase facile made in U.S.A.A même les étoiles filantes de l\u2019Eldorado yankee Où les stars de posters sont laminés d\u2019éternité Comme des têtes d\u2019affiche directement de nulle part a a gl lé) IH fee wiry Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Pour fuir la quiétude troublante des banlieues Les gitans caressent la brise aux coins des rues Alors que les filles s\u2019abreuvent a la source du temps La vie est au beau fixe dans la déréliction rurale Chaque chaine est une ouverture sur le satori Les yeux rivés sur l\u2019écran cathodique Quand le soir tombe en satellite oublié Sur l\u2019ennui cellulaire du rêve américain Des familles dérivent devant les baies vitrées Comme des Egyptiens sous le ciel de l\u2019antiquité Les jeux sont faits et plus rien ne va qui vaille Lorsque l\u2019existence même est mise en veilleuse 10 L\u2019Amérique inavouable Ce soir au bout du projet près de l\u2019église La plus belle fille de la région Perd ses seize ans dans les bras d\u2019un rockeur Son blue-jean est une peau délavée jusqu\u2019au corps Comme s\u2019il s'agissait d\u2019une invitation à l\u2019hérésie Odeurs caniculaires sur les t-shirts Initiations célébrées en cachette Pour les seigneurs des parkings Les dimanches interminables Sont imprégnés sur les parterres Et partout les névroses de septembre N\u2019en finissent plus de stridence électrique Nous marchons inlassablement Vers les lieux sombres Pour nous recueillir La radio d\u2019une auto démodée Cingle un chant lancinant : Je marchais les yeux fermés vers une gloire sidérale Et javais le mal de Montréal tatoué sur la peau\u2026 EEE PRIE IS PSE CEE FAN ETES Re Le AE Er ER Dr ne i Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Le goût de l\u2019errance se répand partout Un être baisse les yeux sur la fuite La chair tendre sous la chemise entrouverte Le désordre évident aux commissures des lèvres Les cobras de l\u2019ennui prient à même le pavé Et comme des romanichels fument l\u2019herbe hilarante Des voix surgissent des frondaisons On voit de près le Nirvana se dérouler Un chaman rock récite des hymnes défendus A des jeunes hors-castes suburbains Qui l\u2019écoutent merveilleusement Avant de retourner à leur case Enfiler leurs levi-strauss comme des gants Et rejoindre la réalité délirante Le charme du chaman se répand fluide Comme un rock\u2019n\u2019roll autour du juke-box Quand les caresses prolongent la tendresse 12 22 2224 ES ES L\u2019Amérique inavouable L'étranger coupe par les parterres impeccables Et va rejoindre la fille du prédicateur Derrière le terrain de jeux abandonné Où elle lui donne à lire les hiéroglyphes Tatoués sur ses seins de jouvence Dans la zone de l\u2019émergence populaire Le style très acéré des gypsies A l\u2019ombre des grands buildings Où se jouent les jeux de mourre de l\u2019amour Le soir tombe sur les visages hagards Quand le vent malmène les enluminures Le désarroi amarre la nuit qui vient Et l\u2019étranger attend l\u2019instant aztèque Dans la cité aux délires éclatants Les dimanches fiévreux des soirs d\u2019automne Sont comme une invitation aux sacrilèges à ciel ouvert Plus loin c\u2019est la quiétude absolue des campagnes La mélancolie est partout comme une chanson Et le crépuscule caresse les teenagers en liesse Qui ont le regard absent et les lèvres à la mode Le décor se déroule comme un film en accéléré Sur le corps des jeunes rebelles sans cause Qui hantent les fonds de cours dans l\u2019été des indiens FRA Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable La nostalgie est ouverte aux couleurs fraiches Une détresse abondante se répand sur les centres d\u2019achats Le prédicateur insane file comme un jaguar Sur l\u2019autoroute interminable en Amérique temporaire C\u2019est un voyage au long profil dans le cauchemar climatisé Alors que dans les aires de repos Une brise pré-colombienne perce les énigmes Au son des ghetto-blasters qui crachent La prière-rock comme toujours transe-âme .Au poste d\u2019essence il y a l\u2019obscurité blafarde Où les jeunes Américains aux yeux étoilés Tiennent des conversations ruisselantes Des discours de voies rapides Et des réflexions de voie lactée Avant de reprendre leurs folles embardées Au bout de la nuit vers l\u2019Ouest mythique Où se dévoilent les nostalgies squameuses Une rhapsodie rose de nuit au bout des lèvres Une gitane lit entre les lignes de la main Du poète à la destinée des grands visionnaires Sur la plage du soleil disparu C\u2019est le sacre d\u2019un surfer californien On entend une musique de marée haute Et des bruits de moteurs familiers Un dieu chez les voyous joue avec le feu Dans la nuit inflammable aux néons las Il traîne ses phantasmes sur les trottoirs L'extase à fleur de peau comme un tattoo 14 L\u2019Amérique inavouable Et sur les merveilleux highways Les enfants de la pensée sauvage Poursuivent d\u2019obstinés itinéraires Routes décousues, cafés de routiers Fêtes foraines, tombolas d\u2019antan Périples wagnériens en Amérique Où les jeux de reptiles sont des rituels Pour les rockeurs nietzschéens Les superbes cobras-cracheurs Nous sommes à tous les rendez-vous interdits Depuis toujours et jusqu\u2019à la fin des temps Un spleen bleu denim au fond des yeux Pour mieux signifier notre addiction existentielle L'Amérique est le territoire absolu de notre errance 2 PAR AR .Pr FRI ee PE Pres Po a os Pr A PEA Be OS ne he PR \u201cea LL ls IAT OPN = op \u2014 \u2014\u2014 \u2014 pu pp \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 ue mr \u2014\u2014 \u2014 pa \u2014 ~ a Frs & DCE ee en Hr 7\" ÿ SE Ty oH a 6 Er + $ _\u2014 pe WHF $d 4 &% A i iA æ > ss, 2 i A A 8 5 His Ay pd ae x.À re # 3 ¢ 2 Ec = Sik A EZ te tH 3 : ng #1 = ZL Fo % À à PS bo.+ * An Wh + { ve Ed +5 Wo > ace, *% om\u201d > 3 dents bi (a pee = 2 ad rl A te £ # tes +, 3 aid 273 4) pe pe x f cu ¥ ai is fies ê- x A 3 oy # Hy 2 >.Ÿ \\ » a .I LL.JRA oo PR J TR Py ee re PET, RARE pay FPR Pr a ) en pha er ee er Ar Fahy ry Dre JOR Te = SI IEEE ze es em hh i = yee ne WL on Ce rr ET a SEI TE TL os Te ne _\u2014 & a x ~ co __ Lo ee ver _ A A oe ee dad A a 34 ce cry cos 2 or ee 5 et os x a cime = per TE kE Cray ce Marcel Rioux La marge de manoeuvre du Québec en Amérique Que peut un pays qui a des frontières communes avec le coeur de l\u2019Empire américain et avec son plus grand satellite, le Canada ?Est-ce tout au plus un beau rêve que de vouloir non seulement sauvegarder l\u2019identité de ce peuple mais de lutter pour son indépendance politique ?C\u2019est là la question qui, sous des formes nombreuses, s\u2019est posée aux Québécois tout au long de leur histoire.Aujourd\u2019hui que l\u2019impérialisme culturel couronne les visées politiques et économiques de ce mastodonte, les dangers et les risques se sont accrus non seulement pour le Québec mais pour tous les pays qui tombent dans les rets de l\u2019Empire.Qu\u2019en est-il en 1984, un quart de siècle après de la Révolution tranquille ?Au début des années 60, je participai à un colloque fermé sur le Québec, organisé par une grande université américaine ; seuls des enseignants et quelques économistes de Washington avaient été invités.Après deux ou trois jours de discussion, un économiste déclara que l\u2019indépendance du Québec était possible, à condition qu\u2019on ne voulût pas tout faire à la fois, car sa marge de manoeuvre serait mince.Par la suite je me suis rappelé cette remar- Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable que ainsi que celle de Marcuse qui disait que c\u2019est aux U.S.A.que les choses doivent changer, la périphérie ne pouvant rien par elle-même tant que l\u2019Europe restait en place et pesait de tout son poids sur les sociétés avoisinantes.Il faudra bien, un jour, discuter de ces opinions et nous demander en quoi elles sont actuelles.Il me semble évident que selon que l\u2019on veuille rester dans le statu quo ou s\u2019émanciper, la marge de manoeuvre grandit ou s\u2019amenuise ; il semble que l\u2019Empire dispose toujours de quelques strapontins pour ses satellites dociles.Ce qui se passe aujourd\u2019hui en Amérique du Sud montre bien que tout désir de sortir de la dépendance représente une menace pour les dominants du coin et pour ceux de l\u2019Empire.Il faut tenir compte aussi, quand on parle du Québec, de l\u2019inertie des institutions héritées au cours des siècles et \u2014 ce qui est plus grave \u2014 d\u2019une espèce d\u2019accoutumance au poison \u2014 comme l\u2019était celle de Mithridate \u2014 qui fait que l\u2019on avale d\u2019abord des couleuvreaux et puis, un jour, le gros morceau.L'accoutumance au pouvoir, tout petit qu\u2019il est, fait chavirer bien des principes et de bonnes intentions.Et quand on vit dans l\u2019immédiate périphérie de l\u2019Empire, peut-être finit-on par ne plus bien distinguer le long terme du court terme.Tout, d\u2019autre part, nous invite et nous incite à rester dans l\u2019instantanéité de nos sociétés électroniques ; un économisme sauvage et un électoralisme cynique composent la toile de fond de la morale des gouvernants de l\u2019Empire et de celle de ses satellites ; tout cela sans ne rien dire des horreurs de l\u2019autre Empire.Au moment des grands enthousiasmes du début des années 60, certains voyaient le Québec comme le maillon faible des sociétés capitalistes nord-américaines.C\u2019était le temps où tout nous paraissait possible après la mort de Duplessis et l\u2019agonie de la morale et des institutions traditionnelles.La marge de manoeuvre du Québec était- elle alors plus grande que celle d\u2019aujourd\u2019hui ?Les possi- La marge de manoeuvre.bles étaient certes plus nombreux.Depuis lors, il me semble que l\u2019américanisation a fait un bon bout de chemin chez nous, tant sur le plan des moeurs que sur celui de l'intégration de notre pays à l\u2019économie impériale ; très souvent cette américanisation passe le satellite Canada qui a dépassé depuis longtemps le point de non- retour, comme disent le Américains.Il arrive aussi que la dichotomie U.S.A.-U.R.S.S., toujours de plus en plus marquée, réduit la marge de manoeuvre du Québec : hors de l\u2019Empire, point de salut ! La troisième voie entre ces mastodontes a non seulement bien du mal à s\u2019établir mais même à pointer, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui en France.Si la France elle-même ne dispose que d\u2019une mince marge de manoeuvre, si la France est colonisée (Jacques Thibeau, Flammarion), peut-on dire que c\u2019est a fortiori, au Québec, sur ces deux points ?Je n\u2019en suis pas sûr, mais ce serait long et difficile à expliquer.Tout cela dit, c\u2019est loin d\u2019être là invite à la démission.Ce serait plutôt le contraire ! Pour moi l\u2019indépendance du Québec, ce n\u2019est pas de la littérature \u2014 bien que je la place très haut dans les activités humaines \u2014 comme le dit M.Lalonde, le plus sûr affidé de M.Trudeau ; tous deux veulent mettre plusieurs frontières entre eux et la littérature ; dans ce no man\u2019s land, 1ls seront moins contagieux, car il est de moins en moins facile aujourd\u2019hui de convertir des peuples a la dépendance.Il est bien sûr que pour moi la seule façon de sortir des hôpitaux psychiatriques et des cauchemars climatisés, c\u2019est la voie de l\u2019autonomie et de la responsabilité, celle qui se balise petit à petit et qui deviendra carrossable le jour où la marge de manoeuvre de chaque individu et de chaque pays se sera accrue ; vaincre l\u2019hétéronomie, voilà bien notre désir et notre but.TE En ee ne TT a ES cy pa ne 5 a.hey cz ft iy LT po EA a das Ex on pr \u2014 tee cr A d ASE \u2014 pr EEE css ere ee \u2014 RNA Sr ax er Ses TY So EE Xeni Ean re = eee pe AEE Torta ort Mer i cr = ss Xe Rs Eo » a Jean Morisset Québec-amériquain/ Québec américain ou la poursuite de la différence invisible ! À Robert Laplante qui a toujours senti battre le pouls de cette Amérique souterraine et primordiale que nous avons sans cesse refusé d\u2019assumer de peur de trop paraître les Amériquains \u2014 i.e.les habitants.d\u2019Amérique \u2014 que nous sommes.Le Québec et les Amériques \u2014 Québec-Amérique \u2014 Les Amériques et le Québec \u2014 Québec-Américain \u2014 Etc., etc., etc.Toutes ces formulations me font sourciller au départ pour me renvoyer à un je ne sais quoi de factice que je n\u2019ai jamais vraiment accepté sans trop savoir comment me l\u2019expliquer.Cette surenchère d\u2019appartenance à l\u2019endroit de L'Amérique m\u2019apparaît paradoxalement comme un rejet d'Amérique, comme l\u2019évacuation subreptice de cette Amérique qui est nôtre depuis le début du Monde Nouveau.« Le Québec et les Amériques » ?Il y a en effet dans une telle formulation un constat d\u2019extériorité qui place d\u2019emblée le Québec en dehors de son assiette territoriale et de son imaginaire géographique, extériorité me suggérant de plus en plus fortement que l\u2019idée Québec- 23 PETER RC SC TIS EPL 1 i i è ARE RE PRE AR RD LE ET COL ER EE ES Possibles \u2014 L\u2019 Amérique inavouable Amérique vient d\u2019ailleurs.Mais dans la mesure où cette idée est précisément une transposition d\u2019un ailleurs trop indéterminé, nous prétendons d\u2019autant plus fortement qu\u2019elle exprime notre quintessence même ! Et voilà que nous nous mettons alors à jouer à nous-mêmes selon le modèle établi par l'autre.Québec-Amérique ?Québec-Amérique! Me faudra-t-il a mon tour m\u2019inscrire d\u2019un seul bond dans le porte-a-faux des autres déjà intériorisé par cet autre qui ne peut être que moi.Me voilà engagé dans une rivière parcourue de rapides à double sens où mon canot ne peut retrouver son sens qu\u2019en tournant indéfiniment sur lui-même.Belle perspective ! Me faudra-t-il continuer de godiller tant bien que mal dans le seul espoir de me maintenir à flot entre ce Québec et cette Amérique qui sont pourtant les marées d\u2019un seul et même cours d\u2019eau ?Belle perspective en effet : avoir été métissé par la géographie de ce continent depuis bientôt quatre siècles et me retrouver tout à coup en pleine mer des Sargasses sociologique à confondre ma proue avec ma poupe et à me demander si je suis réellement « moins ou plus » amériquain ou « plus ou moins » américain.Amérique-en-Québec ! Lancinante sensation d\u2019impuissance qui me ramène beaucoup plus à un mal panachronique \u2014 ce peuple a mal à son histoire \u2014 qu\u2019à une affirmation identitaire.% x * Le Québec et les Amériques.Comme cette expression confine étrangement à une catégorie géographique privative ne sachant trop exactement où ancrer cette non- Amérique en forme d\u2019Amérique, appelée Québec.Ce Québec qui, n\u2019ayant cessé de dériver quelque part au large des Amériques, se retrouve dans un ailleurs énigmatique que les aruspices de l\u2019histoire ont oublié d\u2019indiquer avec précision sur les cartes de leurs désirs coloniaux.Le Québec et les Amériques! Comme cette 24 Québec-amériquain.expression ressemble plus étrangement encore a tous ces « La France et les Amériques » naviguant dans les manuels d\u2019histoire hexagonale élargie! Au-dela de la France et au-dela des Amériques, ce Québec ambigu a la langue autant autochtonisante que latinisée se serait donc réfugié carrément en dehors de son passé, puisque nous ressentons si puissamment le besoin d'affirmer soudain son américanité.À moins que ce ne soit L\u2019Amérique qui ait manqué d\u2019américanité au point de nous exclure de ses assises spirituelles ?Nous arborons incidemment, en plein Montréal, une maison d\u2019édition se nommant France-Amérique qui traduit en français-de-Paris des ouvrages écrits en anglais- de-Toronto en s\u2019abritant derrière la couverture de notre ambiguïté socio-politique pour justifier ses couleurs.J'aurais compris, sans plus l\u2019accepter, que la France- Amérique se situe à Saint-Pierre-et-Miquelon ou à Fort- de-France, ou mieux encore, sur un iceberg fleurdelysé dérivant de Groënlande en Labrador et de Labrador en Finistère.Mais Montréal est sans doute à mi-chemin vers un quelque chose de plus significatif encore ?Montréal, France-Amérique ! Montréal, Angleterre-Amérique !\u2026 Et tant qu\u2019à y être : Montréal, America-Amérique ! Why not ! Décidément, ce « Québec et les Amériques » apparaît comme le décalque symétrique de ce que l\u2019autre perçoit de L'Amérique.L'autre, c\u2019est-à-dire l\u2019Europe et, dans une certaine mesure, cette Amérique « ouaspe * » qui refusera toujours de voir en nous cette constituante d\u2019Amérique qu\u2019elle récuse.Serait-ce donc en retour l\u2019idée européenne d'Amérique que nous poursuivons inlassablement à travers cette quête américaine de nous-mêmes pour devenir autres?Autre-Amérique Québec-Amérique ! Presqu\u2019'Amérique ! Comme s\u2019il fallait que nous nous désappropriassions d\u2019abord de L'Amérique pour en faire * de WASP, White-Anglo-Saxon-Protestant.ax ro Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable partie.Dès lors, non seulement l\u2019idée d'Amérique à laquelle nous aspirons ne peut-elle nous appartenir, mais elle est la transposition schyzophrène de ce que l\u2019Europe perçoit de sa différence à elle à travers nous.C\u2019est pourquoi nous nous voyons irrémédiablement entraînés non pas dans les méandres de notre identité fugitive mais dans les doldrums de l\u2019identité européenne et de ce qu\u2019elle s\u2019oblige à se raconter sur l'Amérique pour mieux se définir, elle, par le biais de ses propres privations d'Amérique.C\u2019est donc essentiellement l\u2019Europe et, au premier chef, la France qui, n\u2019ayant cessé d\u2019établir a priori une Amérique mythique ne nous comprenant pas, ne pouvait en contrepartie que mettre au point un Québec réel qui ne serait jamais pleinement américain.Une espèce d\u2019anthropologie tronquée se balladant de presqu\u2019ile en presqu\u2019ile entre un Paris en manque de Montréal et un Montréal en manque de Nou-Yorque.Et pour mieux donner raison a la France, nous nous sommes mis précisément à avaliser les presqu\u2019amériques de ses désirs inassouvis.« Venez tous voir en vedette américaine un striptease gratuit, le nôtre.» Ainsi, allions-nous devenir cette Amérique en quête d'Amérique offerte fièrement aux autres et à vous-mêmes en prix de consolation.Car à défaut de pouvoir être perçus comme des Améri- quains à part entière, soyons au moins partie intégrale de l\u2019image que l\u2019Europe se fait de L\u2019Amérique.La belle illusion ! Nous n\u2019avons jamais voulu nous rendre compte que les spectateurs français ne se servaient de nous que comme tremplin pour atteindre cette « Amérique » avec un grand « À » que jamais nous ne pourrions incarner à leurs yeux.Comme la France croit nous connaître ou, pire encore, croit s\u2019autoreconnaître en nous dès qu\u2019il s\u2019agit d\u2019Amérique, il lui faut viscéralement s\u2019inventer une 26 Québec-amériquain.Amérique qui ne soit pas nous (afin de ne pas être elle), une Amérique ne parlant surtout pas sa langue, füt-elle joualisée, c\u2019est-à-dire américanisée, au point de lui être incompréhensible.Il lui faut alors absolument s\u2019inventer une Amérique autre.une Amérique « anglo » qui lui apparaît d\u2019autant plus « genuine » et mythifiable qu\u2019elle s\u2019exprime dans un anglais de plus en plus joualisé ! Chia- que contre chiaque, qui donc allait paraître le plus séduisant au marché des phantasmes de L'Amérique.Pendant que le Bostonnais Francis Parkman suivait nos bivouacs avec admiration au 19° siècle, nous considérant pratiquement \u2014 à l\u2019exemple du Henri Châtillon de la Trail de l\u2019Orégon \u2014 comme l\u2019Amérique Rêvée que les fils des Puritains n\u2019avaient jamais su incarner, les Etats- Unis devenaient pour l\u2019Europe synonymes d\u2019Amérique et partant, d\u2019américanité.Et non seulement avons-nous accepté cela sans mot dire, mais nous achevons de faire nôtre le réductionnisme de l\u2019autre à notre endroit.Alors que jamais au cours de notre histoire post-Conquête nous n\u2019avions désigné les USA autrement que par « les Zétats », nous nous mettons tout à coup à survoler le 45 ° parallèle, distribuant de L\u2019Amérique à gauche et à droite à l\u2019exemple de la France émérite.Et, qui plus est, nous voilà nationalisant en « Français » nos ancêtres canadiens des Etats-Unis., puisque les Anglos les désignent sous le nom de « French», nous les retraduisons en « Français ».C\u2019est peut-être bien leur droit \u2014 aux Européens, aux Anglos et aux autres \u2014 de s\u2019inventer les compensations qui satisfont le mieux leurs inadéquations, mais que nous empruntions à notre tour leur détournement de sens en criant nous-mêmes America ! America ! pour indiquer les côtes qui nous ont vu naître, cela en révèle long sur la confusion totale dans laquelle nous sommes en train d\u2019échouer lamentablement.Alors que c\u2019est toute la conception acceptée de l\u2019Amérique-des-Autres qu\u2019il eût fallu de toute urgence remettre en question, nous avons préféré 27 creer ; 3 8 8 4 5 tH JL iH + hi tN Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable mendier une toute petite place dans le « sight-seeing tour » de notre déformation.% x x ~ L'Amérique ! L\u2019Amérique! Vai peine à croire qu\u2019on puisse saluer ainsi le chenail de notre géographie avec ce « L » apostrophe entre les lèvres.Cela m\u2019apparaît plutôt comme le râle profond de notre désappartenance finale.Une immense et généreuse éructation de notre propre substance amériquaine.« L'Amérique [sic] n\u2019a rien à craindre de l\u2019indépendance [du Québec-Américain, faut- il croire], vient de déclarer René Lévesque aux éditeurs américains » [sic], rapportait Le Devoir du premier mai (1984).« Parler de l\u2019Amérique » \u2014 « L\u2019Amérique comme lair du temps », titre présentement Radio- Canada, en référence exclusivement aux Etats-Unis.A quoi bon multiplier les exemples.Etre en Amérique depuis tout ce temps et attribuer à l\u2019autre la totalité américaine, faut-il que nous soyons devenus étrangers à nous- mêmes ?L'Amérique ! L'Amérique ! Quel cri de distance par rapport à sa propre terre.Comme s\u2019il fallait sauter désespérément dans la caravelle de l\u2019autre en espérant aborder un jour aux rives de sa propre peau.Mais que puis-je ?Qu\u2019y puis-je ?Je suis du pays de la grande ouverture à l\u2019autre.Je suis du syndrôme de la synecdoque-participation.Voilà qu\u2019on me presse de toutes parts de me départir de ma supposée grande noirceur, maintenant recyclée à la morosité post-référendaire, pour découvrir enfin\u2026 L'Amérique.Me voilà devenu ma propre bouée de sauvetage.Et plus je nage vers moi, plus je m\u2019éloigne de moi.Please help.America.America ?Cette perpétuelle interrogation that keeps bouncing back and forth in the brain of my ameriquest.Mais je ne peux pas.Je ne peux plus.Ni gringo-go-away, ni yankee-go- home, moi qui parle anglais sans être anglophone, moi qui parle francophone sans être français, moi qui parle 28 Québec-amériquain\u2026 fa; i 4 i: 18 Ri: ii ! fi « joualo-pocho » avec les « caballos » des arizonas invisibles, moi qui parle bilingue fluently, voila qu'on m\u2019invite à me départir de mon Amérique pour découvrir enfin L\u2019Amérique ! Sorry but I won't.Je refuse.JE MY REFUSE.Je suis d\u2019une Amérique pré-américaine qui ne cesse de se nier.Je suis d\u2019une Amérique qui en est rendue à se camoufler sous le nom même d'Amérique pour refuser de s\u2019assumer.They can all go on wasping around if they want, but not me.JE SUIS et je veux être de l\u2019'AMÉRIQUE-de-la-GRANDE-NOIRCEUR.rs + * * Québec-en-Amérique.Québec/Américain.Amérique- en-Québec ! Comme un manque à vivre cherchant constamment à se reconceptualiser pour se prouver qu\u2019il est bien ce qu\u2019il prétend être.Comme une fuite éperdue de notre Amérique à nous à travers la quête neurasthénique de l'Amérique des autres.Presqu\u2019Amérique ! Presque Yanquique ! Américains à temps partiel ! We all want to be full-breed Americans.Full-blooded Yankees.Didn\u2019t you know that ! Derrière les sarcasmes à la Vadeboncoeur dont nous affublons si gracieusement et si indistinctement l\u2019ensemble des Américains-Yanquis (noirs, blancs, jaunes, rouges et « frenchés-hors-Québec », nous ne sommes pas racistes, nous), nous cultivons tous un désir secret : devenir comme eux.Devenir de Grands Blancs.Devenir une French-Speaking-America bien blanche, bien cultivée et bien propre, c\u2019est-à-dire des OQuaspes francophones, catholiques et universels habitant une réincarnation contemporaine de l\u2019Amérique des plantations et des palissades bien à l\u2019abri de l\u2019insignifiance métissée et du melting pot écrianché dont nous faisons nous- mêmes partie depuis toujours sans vouloir nous l\u2019avouer.Nous sommes en mal d\u2019une Amérique Coloniale et Élitiste que la Conquête nous a coupée sous les 29 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable pieds.Et c\u2019est pourquoi nous nous apprêtons à partir enfin pour L\u2019Amérique et non pas pour les « Zétats » car nous risquerions alors de rencontrer notre Amérique à nous.Non, non, nous n\u2019irons pas aux Zétats.Nous n\u2019irons pas nous exposer à entrevoir la face cachée de notre ghetto enfouie sous l\u2019aile yanquie avec tous les autres ghettos panaméricains.Que non! Nous n\u2019irons pas à Nou-Yorque visiter la deuxième ville haïtienne des Amé- riques.Que non! Et encore moins cette vieille tante oubliée ou ce gars du troisième rang qui avaient quitté le village pour faire fortune et se sont retrouvés petits- blancs-full-time du grand « ouasping pot » à partager leur religion fanée et à tromper leurs espoirs montés à la graine avec la sous-amérique gin-and-tonique.Nous n\u2019irons pas aux Zétats.Que non, que non! Nous irons à Manhattan contempler une Amérique chromée au miroir de la démocratie dodécaphonique, nous irons au Musée Métropolitain (au Metropolitan Museum, that is) ou au Metz.Nous irons n\u2019importe où, absolument n\u2019importe où, sauf dans notre Amérique à nous.Quitter le French-Canada pour retrouver d\u2019autres French Canadas, on n\u2019y pense pas ?D\u2019autres French Canadas à demi colonisés dans le fumet de cette modernité que nous prêtons à tous les Amériquains, sauf à nous.Il y a bien Ti-Jean Kérouak, cet habitant canayen que notre nationalisme des dernières années a voulu anéantir à jamais mais qui \u2014 6 métamorphose suprême \u2014 se retrouve le père de toute la modernité amériquaine, as soon as he puts on his english speaking skin.Kérouak, ce coureur des bois recyclé ayant troqué sa rivière pour un turnpike, son Grand-Nord pour le Grand-Sud et sa petite papoose pour une chiquitita mexi- cana, mais n\u2019oubliant jamais de retourner voir sa mère \u2014 la canayenne \u2014 après chaque partie d'autoroute, histoire de tchéquer-vouér si la langue matricielle était toujours la.Non vraiment, mieux vaut s\u2019arranger pour ren- 30 La Québec-amériquain\u2026 contrer Kérouak dans un livre plutôt que dans un bar, ce sera moins douloureux pour notre américanité maganée.Et ça évitera de nous amener sur la route de notre Amérique à nous.On the Road of Fiddling America ! * 3k Xk Notre Amérique a nous \u2014 celle des Métis du Grand- Ouest, celle des Canuques des facteries bostonnées ou celles de tous les colons des Appalaches et des shafteurs de la Nord-Ontarie \u2014 que nous voulons oublier a jamais comme l\u2019incarnation maléfique de notre présumé échec pour nous purifier l\u2019intellect à même l'Amérique des autres.Des autres en mal de leurs Europes essoufflées ou de leurs Rimbauds évaporés et qui viennent triper sur nos tripes en nous invitant gentiment à danser avec eux.Devenir exotique par rapport à sa propre image.Tabar- nak ! Le dédoublement colonial possède des ressources insoupçonnées.Il n\u2019en fallait pas tant pour fuir à pas redoublés l\u2019Abitibi et le Manitoba, c\u2019est-à-dire l\u2019essence même de notre aventure américaine, afin de gagner le plus rapidement possible Nou-Yorque, cette Amérique de tout l\u2019Occident\u2026 y compris le Vietnam.Cette Amérique de tous les réfugiés y compris ces miettes de Petits Cana- das qui se sont désagrégés tout doucement sans bombardement inutile, sans même avoir eu besoin de se faire désodoriser au napalm les aisselles de l\u2019altérité.Et vive la liberté étoilée ! And please, please, Kankee stay home.Don\u2019t go away.Don\u2019t leave us behind.We'll all go to you some day begging for molestation, from San Salvador to Quartier Saint-Sauveur, Quebec City.Please, don\u2019t go away.Wait for us.Nous sommes la grande république avortée de l\u2019ouverture-à-l\u2019autre.Nous sommes le pays de la souveraineté-assimilation.Please wait for us.Give us a last chance.We now want to be assimilated in the open.Loud and Clear.No fooling around.Every human being 31 § i Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable is endowed with the inalienable right to become a full- time gringo.Quand je pense que je suis né « sujet britannique » \u2014 même si on ne m\u2019a jamais consulté à ce sujet \u2014 et non pas « sujet d\u2019amérique ».Is there a sounder proof d\u2019ouverture à l\u2019autre ?I am non-english french-speaking british subject in quest of L\u2019 Amérique.Evidemment, si on m\u2019a fait sujet britannique en Amérique, c\u2019est pour mieux me désaméricaniser, n\u2019est-ce-pas ?Même si c\u2019était un secret entre vous et moi que je n\u2019ai jamais osé révéler, havent I?Car je sais très bien \u2014 et vous Yanquis le savez encore mieux que moi \u2014 que je suis amériquain depuis toujours même si j'ai toujours oublié de le dire.I am one of those.JM ONE OF THOSE.This special breed of America called Canadiens et qui vous ont mené, durant plus d\u2019un siècle, avec leurs alliés Les Sauvages, la « petite guerre » dans tous les contreforts des Appala- ches.« White Savages of America », direz-vous par la suite de nos ancêtres avec un mépris trop évident pour ne pas recéler par défaut un soupçon d\u2019admiration.Nos pères, nos ancêtres, premiers guérilléros des Amériques dont nous avons laissé tomber jusqu\u2019au nom.Oui, je sais, Je sais que je suis amériquain depuis toujours, bien avant l\u2019émergence de ceux qui voudront s\u2019accaparer pour eux seuls le nom d\u2019Américains \u2014 United Staters of America \u2014 révélant par là leur absence notoire d\u2019identité amériquaine.Je sais que j\u2019appartiens au seul peuple d\u2019extraction européenne qui fut conquis en Amérique par une collusion d\u2019Anglais de Boston et d\u2019Anglais de Londres.Et que ceci m\u2019a donné un baptême d\u2019Amérique dont je partage les frais avec les Louisianais vendus, les Cadjuns déportés, les Peaux-Rouges mises sous réserve et les Peaux-Noires soumises sans réserve.Je sais tout cela mais je fais d'immenses efforts pour l\u2019oublier.32 mp PTE me Québec-amériquain\u2026 It stands too much beyond all accounted reality, au-delà de toute réalité acceptable.Et si j'ai choisi comme devise « je me souviens », c\u2019est pour mieux oublier tout ce passé.What could I use it for anyway ?Toute l\u2019histoire récente de mon pays est celle d\u2019un pays qui ne veut plus d\u2019histoire.C\u2019est pourquoi j'ai oublié que j'ai eu une histoire coloniale amériquaine durant laquelle je me suis battu sans arrêt pour conserver un espoir d\u2019identité alors que, quelque part dans d\u2019autres Amériques-de-la-Grande-Noirceur, on écartelait Toupac Amarou et on lynchait Louis Riel en les accusant justement d\u2019un trop plein d\u2019américanité.Jai oublié que je suis devenu coureur de bois pour échapper à l\u2019Europe tandis que d\u2019autres hommes, ayant servi de moulins à cette même Europe de la canne à sucre pour qu\u2019elle puisse se payer les hauts-de-forme fabriqués à même nos peaux de castors, s\u2019échappaient à leur tour dans les bois.Coureurs des bois du Canada contre Marrons des savanes de Guyane.Jai oublié tout cela.Pai oublié que je suis issu d\u2019une lignée ancestrale ayant quitté l\u2019Europe avec le « patois » comme seule langue vernaculaire et que j'ai donc été francisé une fois seulement rendu en Amérique, pendant que les esclaves transportés d\u2019Afrique, forcés eux aussi d\u2019oublier leur vernaculaire, apprenaient le « patois » dans cette même Amérique.J\u2019ai oublié que des migrants aux mêmes patronymes que les miens se sont retrouvés à Saint-Domingue plutôt qu\u2019en Canada.Je sais, je sais.D\u2019ai oublié tout cela, a un point tel que l\u2019envers de mon oubli apparaît d\u2019une totale dérision\u2026 Même les co-opteurs fédéralisants des appareils d\u2019état n\u2019ont plus que faire d\u2019une telle mémoire.« Continuez à rêver si ça vous chante, votre souveraineté n\u2019est plus 33 POP PCR BY in Jit i! JR EEE) RHA Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable qu\u2019une fantaisie intellectuelle.» Dépositaires d\u2019une culture inutile dans un espace mental inutile, I hear them all, pères de mes pères, crying in the dark of the Quebec reservation.America-out-of-Amérique ! I know, I know.Je sais que mes arrieres-grands-oncles ont désappris cette langue-européenne-apprise-en- Amérique au contact des Saulteaux, des Cris, des Assini- boines, des Cheyennes, des Sioux ou des Sarcis, pour former l\u2019un des seuls véritables créoles du Nord de la Nord-Amérique : le Mitchiff.Cette langue que les Anglos appellent le French-Cree, le Chippewa-French- Cree et quoi encore.Cette langue pour laquelle il existe un dictionnaire publié aussi récemment qu\u2019en 1983.Dead languages in blossoming anthropologies.Who are those human artefacts ?Are they really French-Canadian out- breeds ?We always thought they were half-dead buffalos roving on half-dried chiendent.I know.On fait des dictionnaires pour consigner l\u2019agonie des langues que la Conquête a oublié d\u2019assassiner.Je sais, je sais.Je sais que mon cousin germain géographique \u2014 Léonard Peltier \u2014 croupit quelque part dans la prison de L\u2019Amérique pour s\u2019être rendu coupable, lui aussi, d\u2019un surplus d\u2019américanité.Je sais que je nai jamais rien fait pour reconnaitre son existence et encore moins pour prendre sa défense, car j\u2019appartiens a '\u2019Amérique de la Transparence et au Syndicat de ma Permanence, moi ! And besides, he\u2019s been assimilated.Moi pas.I know, je sais.Je sais que j'ai rencontré exactement à cette saison-ci l\u2019an dernier, dans une réserve perdue de la Prairie oubliée, Jiggs Laframboise qui m\u2019a dit comme ça pendant qu\u2019on allait chercher du cash dans une banque hors réserve : « ou want to know what I am, you want to know who I am?I AM A FRENCH-CANADIAN- INDIAN.» Mais j'avais oublié ce jour-la d\u2019apporter le tape-recordeur de l\u2019histoire et vous devrez me croire sur 34 Québec-amériquain.parole à défaut d\u2019aller voir vous-mémes.D\u2019aller voir ce qui s\u2019est vraiment passé dans les sous-sols du Montana ou entre les strates du Ouisconsin !.Ou alors, il faudra bien se fier à Pierre-Elliott Trudeau qui affirme en conférence constitutionnelle « qu\u2019il n\u2019existe pas une chose telle que des archives de la nature ».Or, comme seuls les peuples civilisés ont des archives, les autres ne disposent que de leur nature.évanouie, je présume.Je sais, Je sais que j'appartiens, me l\u2019a-t-on assez répété, à une civilisation de l\u2019oralité dont la nature s\u2019est passée d'archives, même si quelquefois, en soulevant le hood de la Conquête, jJ\u2019aperçois un visage connu partageant son shack avec un carcajou-bien-de-chez-nous, ou ayant fait fortune avec l\u2019Alyeska Pipeline, là-bas à Anchorage.Je sais tout cela.Mais je suis fort bien payé pour l\u2019oublier aux comptoirs de la modernité Québec- Amérique-made-in-Montreal, France d\u2019Outre-Mer.De toutes façons, quant à nous être départis de notre histoire coloniale « française » \u2014 non pas pour nous inventer une Amérique réelle bien à nous mais pour nous fabriquer plutôt une Europe mythique qui ne nous eût point vendu pour continuer à nous aimer et à nous bercer sous le nom cajoleur de Doulce-France ou Pays-de-Neuve-France \u2014 aussi bien nous débarrasser également de notre identité amériquaine.Ça permettra d\u2019autant mieux de s\u2019emplir les poumons de Québec-Américains et d\u2019aller zigonner le reel de la différence invisible with a french fiddlestick.Tous devront alors se rendre à l\u2019évidence que nous sommes les plus différents de tous.re TPR SN BLL Sond * x x ! Qui, ça s'écrit comme ça dans notre langue d'Amérique métisse : OUISCONSIN.Et ce sont les « Anglos » qui ont phonétisé cette appellation en Wisconsin (prononcé wisse-conne-sin).Or, comme nous sommes respectueux du bon usage de l\u2019autre, nous, nous prononçons à notre tour à l\u2019anglaise ce vocable qui leur vient de nous, afin de dire les choses comme il faut.Il en va de même de toute l\u2019histoire de la Nord-Amérique.35 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Puisque nous étions amériquains bien avant l\u2019apparition de ceux qui allaient se prétendre les seuls américains, notre rapport aux Etats-Unis deviendra essentiellement celui du laissé pour compte face à un melting pot qui le prendra à son bord sans même l\u2019apercevoir.C\u2019est pourquoi il fallait nous prouver, à nous-mêmes et aux autres, que nous n\u2019étions pas \u2014 nous, les premiers Amériquains \u2014 et ne serions jamais \u2014 nous, les derniers Américains \u2014 comme tous ces autres.Polloques, Slaviques et Ethniques qui viendraient s\u2019installer ici un univers après nous.Tous ces Ethniques qui n\u2019entretiendraient qu\u2019un seul rêve : s\u2019oublier et s\u2019anéantir au plus sacrant dans l'Amérique Yanquie afin de prendre le pouvoir à leur tour.Qu\u2019avions-nous à faire d\u2019un pouvoir qui ne nous restituerait jamais cette grande liberté d\u2019analphabète que nous avions déja promenée d\u2019une tribu à l\u2019autre dans un vaste nomadisme inter-génétique.« Vous autres, vous Êtes nés de vagues de la mer, dira Técumseh à un général néo-britannique.» Des émigrants rien de plus, tandis que nous, nous étions nés des vagues de la terre quelque part entre le Saint-Laurent et le Mississipi.Alors le melting pot ou le retour à l\u2019Atlantique, on n\u2019en avait que faire.C\u2019est ainsi que toute l\u2019histoire de notre rapport aux autres deviendra alors l\u2019histoire de nos efforts désespérés pour ne pas ressembler à tous ces autres.J\u2019irais même jusqu\u2019à dire, pour ne ressembler ni aux autres ni au soi- même que nous étions en train de devenir.Nous étions minoritaires, soit \u2014 mais nous allions le cacher.NOUS N\u2019ETIONS PAS DES MINORITAIRES COMME LES AUTRES.Et c\u2019était vrai.Nous n\u2019étions même pas minoritaires du tout, sur un plan spatial.Puisque nous étions arrivés à Chicago bien avant le melting pot et puisque, à vrai dire, nous étions arrivés au Nouveau-Monde bien avant l\u2019idée d\u2019Amérique ! Puisque nous avions devancé le rêve américain - what the hell could we do with it ?Nous ne pourrions jamais être par- 36 Québec-amériquain\u2026 tie prenante d\u2019une Amérique que nous antécédions et qui s\u2019élaborait à nos dépens.Pour nous qui avions parcouru le territoire de part en part et qui avions été possédés par l\u2019Amérique autochtone, le mythe américain ne voulait strictement rien dire.Nous étions déjà dans l\u2019Ouest au moment du « Go West, Young Man ».Que nous restait-il a inventer, NOUS QUI ETIONS DEVENUS DES MINORITAIRES COMME LES AUTRES?A cette question, la plupart ont répondu en invoquant le rôle messianique d\u2019une Amérique rédemptrice auquel le clergé aura fait appel.Je dirai pour ma part que nous sommes allés beaucoup plus loin que ça.Nous nous sommes racontés un immense mensonge qui trouvera son apothéose dans le Parti Québécois et le trip actuel du Québec-Américain.À savoir que nous étions des Français d\u2019Amérique, c\u2019est-à-dire des faux Amériquains que la Conquête n\u2019avait pas réussi à défranciser.Et nous l\u2019avons cru.Nous avons cru que nous étions les plus européens des ressortissants du Nouveau-Monde \u2014 alors que toute notre histoire nous répétait le contraire \u2014 et nous avons tenté de faire de Québec et de la Place Royale (sic) une exclave monarchique pré-révolution française en Terre d\u2019Amérique, une espèce d\u2019Amérique Franco- Européenne ad aeternam que tous en général et les Anglos en particulier reconnaîtraient d\u2019emblée.Oubliant notre naissance amériquaine pour en occulter la présumée déchéance, nous avons effacé d\u2019un seul coup de baguette notre histoire géographique pour nous inventer un Rêve.Un rêve qui sera la copie symétriquement inversée, mais tout à fait conforme, de celui du vainqueur : être les Ouaspes, version frenchée, d\u2019une Amérique du Nord triomphante.C\u2019est alors que nous avons mis au point une technique de souveraineté-association que j\u2019appellerai « la quête de la différence invisible ».Il fallait que nous soyons différents certes, mais différents dans la ressemblance.Il fallait que nous restions nous-mêmes tout en devenant exactement comme les autres.En fait, notre comportement Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable = socio-politique sera identique à celui des Indiens, des Noirs et des Chicanos, à une « différence » près cependant : la couleur de notre peau.Nous pouvions nous cacher sous notre peau alors que eux, tous les colorés, ne le pourraient jamais.La France et la Nature nous avaient empreint d\u2019une civilité et d\u2019une pigmentation qui ne laissaient planer aucun doute sur notre « spécificité ».Nous étions, nous sommes, la différence la plus immanente de toutes les différences de Nord-Amérique.The biggest of all the little brothers, because.on n\u2019est pas des sauvages, nous .et on est sortis du bois We ain't no niggers, us .et on est rentrés en ville no somos chicanos, nosotros y hablamos inglés sin acento colorado et, par-desus tout, on n\u2019est pas et on ne sera jamais, nous, une république-de-bananes.On parle maintenant de la diaspora « franco » d\u2019Amérique.En réalité, rien n\u2019a jamais été plus faux.Non seulement n\u2019avons-nous jamais voulu fonder notre identité socio-politique contemporaine sur « notre » diaspora, bien au contraire, nous avons construit le Québec \u2014 le French Quebec \u2014 sur un refus métaphysique d\u2019une telle diaspora.Nous avons systématiquement refusé d\u2019être solidaires de nous-mêmes pour mousser l\u2019idéologie du french fact.Les louzés frenchés de Trudeau n\u2019allaient surtout pas se morganatiser avec les dead ducks de Lévesque et réciproquement ! What a dreadful dead-end! Québec-amériquain\u2026 Eh! Brother.brother, listen to my story.Je suis le minoritaire invisible numéro un de toute la Nord- Amérique.Je n\u2019ai qu\u2019à changer mon nom et jamais vous ne saurez d\u2019où je viens./ may have a slight shady kind of an accent for some time, mais ça disparaîtra bientôt.It will melt away.C\u2019est déjà disparu.For if I shut up long enough you'll never know who I am, buddy.And if you ever want a further proof of my american patriotism, I shall go back to Vietnam.I shall go to Nicaragua and fight for my freedom : GOD BLESS AMERICA! Ouais ! Dieu a blessé l\u2019Amérique.Mon Amérique.Mon aventure amériquaine que je continue d\u2019entourer d\u2019une conspiration de silence, parce que j'ai trop peur.J'ai trop peur d\u2019être réduit au même rang que tous les autres.Je ne veux pas me rendre compte de certains faits accomplis.Entre autres, que les Autochtones sont déjà rendus, sur un plan géopolitique, les French Canadians de l\u2019Ouest et que les Hispanos sont déjà rendus, sur un plan socio-linguistique, les French Canadians du Sud, de Miami a la Californie en passant par Nou-Yorque.Oh ! Brother! What am I to do ! Oh ! Brothers ! Listen to the lovely mélopée of my invisibility dans laquelle vous vous reconnaitrez tous a tour de role.Listen carefully, for you've hidden yourselves under the same umbrella : invisibles et ne voulant pas étre vus, tels sont les Francos [.\u2026] D y a une étudiante ici [Maine] qui [.] a fait [dans les années 70] une petite étude sur où le français était parlé relativement dans la maison.Puis l\u2019endroit où le français était le plus parlé, pour un Franco-Américain, c\u2019était dans la salle de toilette entre deux femmes [.] Puis l'endroit après ça, c\u2019était dans la chambre à coucher.Après ça, dans la cuisine.Puis là, dans le salon, c\u2019était moitié-moitié, ça dépendait qui était là.Si c\u2019était le curé, c'était peut-être le français, mais si c\u2019était l\u2019avocat ou l\u2019agent d\u2019assurance : anglais [.\u2026] Puis, pendant qu\u2019on fait ça, là, bien il y a très peu de choses créatrices qu\u2019on fait, l\u2019esprit créateur disparaît dans ça [\u2026] Pis, c\u2019est sale, c\u2019est 39 Possibles \u2014 L'Amérique inavouable sale, l\u2019histoire des Franco-Américains dans le Maine, que ce soit dans le Maine, en Nouvelle-Angleterre, je crois que c'est [sale] partout?[.] Mon Amérique ! Mon Amérique ! Deux femmes soliloquent leur identité dans les bécosses du Nouveau- Monde.Deux hommes partant en fuite vendre leur différence au plus offrant, l\u2019un à Québec-Paris, l\u2019autre à Ottawa-Commonwealth, pour s\u2019assurer que le dead duck et le louzé frenché ne pourront jamais s\u2019entrevoir dans leur arrière-cour déconcrissée.kk x x C\u2019est Édouard Glissant qui affirme que les Martini- quais incarnent cet exemple unique d\u2019un colonialisme parfaitement réussi.J\u2019ai la certitude que nous travaillons d\u2019arrache-pied à devenir nous aussi des Martiniquais mais que nous n\u2019y arrivons même pas.Mais courage, ça viendra si on y met encore plus d\u2019efforts.D\u2019autant plus que la découverte de L'Amérique est en passe de venir rapidement à notre rescousse.« Tournant le dos au nationalisme, vient de déclarer un Jean Royer, des poètes cherchent le Québec américain.» On ne saurait affirmer plus clairement, si besoin en était, que notre nationalisme ne s\u2019est jamais fondé sur notre américanité.Mais qu\u2019à cela ne tienne, nous inventerons une Nouvelle Amérique à même tous nos refus d\u2019Amérique.D'ailleurs, Glissant se trompe.Même si les Martini- quais parlent tellement mieux français que nous, ils ne parlent pas anglais.Alors que nous !\u2026 Il faut être drôlement prétentieux pour se proclamer le mieux réussi des colonialismes quand on ne parle même pas anglais.?« Les Franco-Américains », Actuelles, Radio-Canada MF, 24 janvier 1983.40 Québec-amériquain.Crazy isn't it ?Non, en y pensant bien, c\u2019est la Louisiane qui a réussi.Alors, il faudrait peut-être conjuguer nos efforts pour inventer cette nouvelle Amérique Française.Rachetant par la blancheur de notre langue la noirceur de notre peau martiniquaise, nous rédimerons également la noirceur de notre langue québécoise par la blancheur de notre peau internationale.À moitié martiniquanisées et à demi lousianisées, nos pulsions identitaires enfin réconciliées se rencontreront au détour de l\u2019histoire.mais ne pourront peut-être plus se reconnaître : la main de la blanche opacité cherchant vainement la main de la noire invisibilité sur le parquet sidéral des Nations-Unies-de-la-France-d\u2019Amérique.Nou ka ale, nou ka pati !.Nous n\u2019avons plus qu\u2019a partir pour le Québec.et L\u2019Amérique.* x 3k Québec-Amériquain \u2014 Québec-Américain \u2014 Québéri- cain \u2014 Quéri \u2014 Qué.et puis plus rien. \u2014 a= \u2014 \u2014 _\u2014 pur \u2014 UE be a RR Ig 1 AIT A Hin 5 D Du nt ai A ill 1] IT 1 I i | | jui! .{1 TI ! Lu | J | i\" m TN dir Il Hin) ir i nds 20 GE ge 7 2 \u20ac si $ Of RS 2 a Es © 4 æ 4, 3 a 4 on OR A \u201cre £5 is 5 + : ds 3 % 1 > 5 7, S 7 Bh.4x \u2014 Er Hr 3 J mu > se, 2 $i A Si x2 WS a cp À (NS pra se an Zo 5% or ra, pS F ® hy XU Ti) we ee i, \u201ci \u201c4 \\ % > - 4 2 £2 +f 57 Ww, 3 5 3 by Ô À Fe i ie nN IY : i A LIT - = ee Ly Fry IY po J.A NS _ I Réjean Beaudoin Rapport Québec-Amérique Je vais faire vite.Ce sujet me brûle les doigts.J'ai dépouillé ma petite bibliothèque de ce qu\u2019elle contient de nos rapports avec l'Amérique.En modeste compilateur, je hasarde des liens entre beaucoup de choses qui peut- être n\u2019en ont pas.Cependant, entre deux pages hâtivement parcourues, je n\u2019en pense pas moins.Je songe à tout ce que je n\u2019ai pas lu et c\u2019est là que mes rapprochements les plus insolites trouvent leur plus belle évidence.L'Amérique n\u2019est pas d\u2019abord un champ, une terre, un lieu.Les métaphores de l\u2019espace prolifèrent dans les discours sur l'Amérique, mais n\u2019est-ce pas plutôt le recours ordinaire de l\u2019imagination pour ébaucher la figure de l\u2019impossible et faire en sorte que l\u2019inconnu coïncide avec l\u2019inédit de sa découverte et que l\u2019extraordinaire réside dans sa nativité, sa genèse, dans la violence moderne de son accouchement.Il s\u2019agit de la conjonction d\u2019un couple monstrueux, celui de la cosmogonie et de la vulgarité.D'où la fausseté notoire du poème épique qui voudrait retrouver les accents d\u2019une antique énéide : Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Amérique ! salut à toi, beau sol natal ! Toi, la reine et l\u2019orgueil du ciel occidental ! Toi qui, comme Vénus, montas du sein de l\u2019onde, Et du poids de ta conque équilibras le monde ! L'Amérique n\u2019est pas un lieu, dis-je, une patrie, pas davantage, un pays, moins encore.Bien avant d\u2019être devenue le contraire de toutes ces promesses d\u2019une Histoire dépitée de son achèvement, elle commença sa carrière dans le virtuel et, trouvant l\u2019idée bonne, elle en fit sa substance.L\u2019Amérique n\u2019a jamais cessé d\u2019être un projet et l\u2019image de son devenir reste l\u2019épreuve incessante de son recommencement.Tel est le paradoxe qui conjugue en elle les principes contrariés du passé et de l\u2019avenir, du possible et de l\u2019inévitable.En somme, l\u2019Amérique est un modèle, une forme, un pont jeté sur l\u2019universel à l\u2019inextricable encoignure de la croix des temps.C\u2019est pourquoi le passé simple du temps verbal des vers de Fréchette est contemporain du présent de ceux de Gatien Lapointe dans « J\u2019appartiens à la terre : Je m\u2019embarque dans la vaste espérance L'éphémère m\u2019étreint d\u2019un frisson infini ?.Gerardo Mello Mourao, écrivain brésilien, définit quant à lui son Amérique romanesque par cette formule que je trouve admirablement nativiste : « le culte sacral du possible ».Nous sommes bien dans la suite poétique de La Légende d'un peuple : L'Amérique, elle-même, n\u2019est pas réelle.Elle n\u2019est que possible.[.] Le possible est notre seule grandeur et notre chance d\u2019unité.Toute expression culturelle ou artistique qui nie la suprématie du possible sur le réel en Amérique, est une défiguration du réel et une fraude ! Louis Fréchette, « L\u2019Amérique », prologue de La Légende d'un peuple, Québec, C.Darveau, 1890, p.6.?Gatien Lapointe, Jappartiens à la terre, Montréal, Ed.du Jour, 1963.46 re a\" Rapport Québec-Amérique à notre grandeur, voire à notre liberté, parce que nous ne sommes libres que dans la mesure où nous sommes possibles 3.N'est-ce pas exactement du même souffle que très littéralement, mais du lieu lumineux et glacial que l\u2019on sait, Fernand Ouellette a pu écrire dans Le Soleil sous la mort : Aujourd\u2019hui nous sortons nus d\u2019un bain de mémoire pour habiter blancs la matrice végétale et vaste.AMÉRIQUE revient lentement du fond de l\u2019oeil *.On me demandera peut-être où je veux en venir.La question frise l\u2019impertinence, mais il me plaît infiniment d\u2019y répondre.D'autant plus qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019à lire \u2014 je ne saurais mieux dire \u2014 Réjean Ducharme, à moins que ce soit François Hébert : L'Amérique est un tout dont le monde est une partie 3.Je n\u2019arrive jamais à savoir si cette phrase est de Réjean Ducharme ou de François Hébert, mais il y a une bonne raison à ma confusion, puisque l\u2019un des deux, sans pasticher l\u2019autre, a également écrit : Les Etats-Unis sont un tout dont l\u2019Amérique est une partie.Tout notre embarras est là, notre incertitude en ce qui concerne la place que nous occupons sur ce solé.* Liberté 90, « Roman des Amériques », vol.15, n° 6, novembre- décembre 1973, p.142.4 Fernand Ouellette, Le Soleil sous la mort, Montréal, L\u2019Hexagone, 1965.5 Réjean Ducharme, « Miche Min », dans Liberté 145, vol.25, n° 1, février 1983, p.39.6 François Hébert, « Écrire l\u2019Amérique en français », dans Liberté 139, vol.24, n° 1, janvier-février 1982, p.93.47 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable L'Amérique n\u2019est pas un lieu, mais une sorte de passage du nord-ouest entre l\u2019univers et le lieu 7, un nouveau paradoxe de Zénon, un chemin qui ne mène nulle part mais dont le néant coloniserait l\u2019être et l\u2019engendrerait par scissiparité.C\u2019est une énigme effroyable, un chiffre du monde, un monstre et un dragon.Mais je citerai plus tard Jacques Godbout.Pour le moment, je pense plutôt à ce qu\u2019écrivait Yves Préfontaine, il y a déjà vingt ans : Derrière les grands creusets sociaux qui lui donnent un faux aspect d\u2019uniformité, l\u2019Amérique cache des dizaines et des dizaines de cultures aussi étrangères les unes aux autres, aussi différentes que le Japonais l\u2019est du Norvégien.[.] La planète Amérique est la somme de ces mondes 8.« La somme de ces mondes », la Bête de ces âmes et le corps de ces peuples en exode, en terre exotique, en exil.Jean Le Moyne avait bien lu, lui aussi, cette effrayante condition de la nature synthétique de l\u2019homme américain.Il en a exprimé heureusement la gestation spirituelle : L'incomplète différenciation américaine des Européens ne saurait dépasser son propre relatif, ni se résoudre en une somme, autrement qu\u2019incluse en son tout.Il s\u2019agit donc de reconnaître la totalité du partiel, de situer organiquement la partie en son tout.Il s\u2019agit donc de doser selon l\u2019être deux informations essentielles °.La multiplicité cherchant sa forme et la conscience de son unité, cela ne fait aucun doute, ne peut relever que 7 Voir mon compte rendu de Michel Serres, Le Passage du Nord- Ouest (Paris, Ed.de Minuit, 1980), dans Liberté 137, vol.23, n° 5, septembre-octobre 1981, p.101-104.8 Yves Préfontaine, « L'Amérique est un kaléidoscope de cultures », dans Etudes littéraires, vol.8, n° 1, avril 1975, p.162 et 165.?Jean Le Moyne, « Henry James et Les Ambassadeurs », dans Convergences, Montréal, HMH, 1961, p.210.48 a Rapport Québec-Amérique du mythe.Comment ne pas souligner dans tout cela la remarquable constante d\u2019une espèce de tautologie qui définit en dernier recours tout processus de genèse, toute remontée des (aux) origines.D\u2019où ce malaise qui tient du paradoxe et du sophisme, ou si l\u2019on veut, du plus pur sommeil dialectique.Des bibliothèques de gloses anthropologiques ne suffiront jamais à corriger « l\u2019erreur » historique des découvreurs qui se firent, en abordant les côtes du nouveau monde, l\u2019Amérique qu\u2019ils cherchaient et qu\u2019ils portaient en eux-mêmes en croyant découvrir les Nouvelles Indes Occidentales, selon la belle expression d\u2019une Europe renaissante.Le baroque viendra, deux siècles plus tard, accuser le jeu ambigu des rapports entre l\u2019autre et le même, l\u2019espace et la forme, l\u2019apparence et l\u2019être.La conquête de l\u2019Amérique, en attendant, ne serait qu\u2019un recommencement de l\u2019histoire pré-conceptuelle de la pensée, autrement dit le retour du mythe, comme le galop de ce cheval sauvage qui proteste encore contre sa fraîche domesticité.Le naturel ici se fera cependant plus puissant que l\u2019ordre qui le réprime, non pas certes en réprimant l\u2019ordre à son tour, mais en produisant plutôt la synthèse inattendue de cette hybridation sans exemple d\u2019une nature complètement ordonnée, soumise, vaincue.Nature conquise, mais nature tout de même, ou plus exactement civilisation matérielle, inversion sacrilège de l\u2019ordre lui-même, renversement épouvantable de l\u2019édifice judéo-chrétien.L\u2019Amérique, lorsqu\u2019elle se ressaisit comme histoire de son propre mythe, se choisit et se fait dans l\u2019espace fracturé d\u2019une Europe à la fois écartée comme différence et reconnue comme identité.Mais j'aurais mieux fait de continuer à citer Jean Le Moyne jusqu\u2019au bout dans sa méditation de la lecture d\u2019Henry James : L'Europe invente constamment l\u2019Amérique et c\u2019est confronté à son type originel, contemporain et toujours en devenir, que se fera l\u2019Américain.Les techniques ayant raccourci le temps, la dialectique de son histoire le mène 49 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable très tôt à la dissociation de sa conscience et de son expérience ; plus il s'affirme et se distingue, moins il paraît coïncider avec lui-même !°.Le sol de l'Amérique est cette incertitude qui mine la surface d\u2019une histoire enfin délestée du fardeau d\u2019enracinement où l\u2019Europe des découvreurs l\u2019avait crue enlisée.L'Amérique a désorbité cette histoire pour s\u2019engouffrer dans le vide vertigineux du présent.L\u2019Amérique a tué l\u2019éternité de son recommencement.L'actualité universelle est devenue son temps et son frisson, sa fin et sa passion.Là je ne suis plus très sûr de l\u2019à-propos de ma prochaine citation.Mais je la risque quand même.Au fond, je crois qu\u2019elle tombe assez bien : « [.] \u2019Amérique est une conquête de l\u2019Europe sur l\u2019Asie \u2018!.» Et j'ajoute : une victoire du temps sur la durée.Je retiens encore la dichotomie, l\u2019éclair fragile de la rupture, la vitesse accrue de l\u2019instant où s\u2019annulent les deux pôles d\u2019une opposition.C\u2019est cela donc que je voudrais poursuivre dans cette sommation qui nous est adressée de juger de deux choses, non pas l\u2019une, mais la fugitive rencontre de leur altérité, la pure consommation de leurs mouvements contraires.Il y a une leçon de l\u2019Amérique.La tâche en est ardue, mais nous y sommes engagés, me semble-t-il, ne serait-ce qu\u2019à lire ceux que je citerais encore ici pendant des pages, n\u2019étaient-ce ma promesse d\u2019être bref et la consigne serrée de la rédaction.Allons donc au coeur, au fait, au but.Ces deux races (l\u2019anglaise et la française) représentent les deux grandes civilisations mères du monde moderne, dont l\u2019une incarne la pensée et l\u2019autre l\u2019action !?.C\u2019est Errol Bouchette qui s'exprime ainsi et il écrit ceci dans la Revue canadienne vers 1900.Nous voilà revenus 1° Ibid., p.200.!! Jacques Ferron, dans Liberté 90, « Roman des Amériques », op.cit., p.171.12 Errol Bouchette, L'Indépendance économique du Canada français, Montréal, La Presse, 1977, p.56.50 Rapport Québec-Amérique cette fois du paradoxe vers la plus simple et la plus limpide contradiction.Ce qui me frappe dans une telle phrase, c\u2019est le couple parental qui s\u2019y profile avec indiscrétion.Dilemme effroyable, brutal, presque freudien entre la pensée et l\u2019action.C\u2019est le mélodrame de notre orphelinage national.Jacques Godbout entend à merveille la langue des économistes et il traduit pour nous la donnée culturelle qui se cache derrière un discours si raisonnablement dualiste : Ma mère se nommait Hollywood.Mon père Saint- Germain-des-Prés.[.] Pour moi les écrivains étaient tous, par définition, Français.Les idées étaient toutes françaises.Mais les acteurs, les industriels, les millionnaires, les héros, les hommes politiques et les femmes perverses étaient tous Américains.Toute technique était américaine.[.] Un écrivain socialiste est aujourd\u2019hui Président de la France, cependant qu\u2019un acteur dirige le gouvernement des Etats-Unis.J'aurais pu le prédire quand j'avais seize ans !*.Il est étonnant de constater que Godbout attribue à l\u2019Amérique le rôle maternel, alors que la France se voit confier la parole du père.Mais la base oedipienne de son analogie est un vaste lieu commun de notre impuissance, c\u2019est-à-dire de notre quête d\u2019identité.René Lapierre en a résumé efficacement le fonctionnement : Sans la possibilité d\u2019un recours de principe à la culture française les États-Unis nous balaieraient semble-t-il aussitôt, et sans notre rapport quotidien à la puissance du mythe technocratique américain nous n\u2019éprouverions plus devant la France qu\u2019un épouvantable complexe culturel !4.13 Jacques Godbout, « Place Cliché », dans Liberté 138, vol.23, n° 6, novembre-décembre 1981, p.33 et 40.14 René Lapierre, « Les desperados de l\u2019Amérique », dans Liberté 138, p.7.51 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Dans la logique de cette analyse, le père, admirable, violent, secrètement envié, ouvertement détesté, est américain.Sa présence définit et bloque le domaine du réel.La mère, raffinée, lointaine, inaccessible, est française.Son absence occulte la culture et obsède l\u2019imaginaire.La question cruciale de ce drame passionnel a été formulée, il y a quinze ans, par l\u2019auteur de Klondyke, nul autre que Jacques Languirand : Comment expliquer le sentiment complexe d\u2019amour- haine que nous entretenons pour tout ce qui est américain ?Se pourrait-il que le Canada français soit, dans une certaine mesure, anti-américain au plan du conscient et pro-américain au plan de l\u2019inconscient !5 ?La solution de cette situation névrotique n\u2019étonnera que les esprits absolument réfractaires à la psychologie analytique : La seule chance pour le Québécois de sortir de cette triple contradiction entre la langue qu\u2019il parle, le pouvoir qu\u2019il désire et la culture qu\u2019il rejette, c\u2019est de donner du champ à sa conscience américaine, d\u2019entamer une pratique du pouvoir.Se permettre en d\u2019autres termes de structurer ses rapports \u2014 même élémentaires \u2014 au réel sur la base d\u2019une référence consentie au mythe américain plutôt que sur celle d\u2019une relation négative (honteusement refoulée) a la France 'S.Je n\u2019ignore pas qu\u2019il pourra sembler discutable de me livrer à un tel exercice de montage, faisant dialoguer à distance des auteurs et des textes que je prends le parti de considérer tous contemporains.Je néglige pour l\u2019instant la justification méthodologique d\u2019un procédé dont je 15 Jacques Languirand, « Le Québec et l\u2019américanité », dans Études littéraires, op.cit., p.156.16 René Lapierre, op.cit., p.12-13.52 mp Rapport Québec-Amérique reconnaîtrai, avec mon impertinent lecteur, la plate insuffisance.Je précise cependant où je veux en venir.Justement à ceci que l\u2019Amérique est contemporaine de tous les temps, qu\u2019elle est précisément cette dilatation ou cette rétractation de l\u2019histoire, qu\u2019elle actualise sans cesse des énoncés historiquement ou proprement utopiques.En ce sens, elle supporte parfaitement l\u2019accusation que lui adresse, dans un livre prophétiquement ajusté à la mesure de sa taille, l\u2019essayiste Pierre Vadeboncoeur.Dans Trois Essais sur l\u2019insignifiance, ce dernier déplore que l'Amérique ait consommé la mort philosophique de l\u2019idée, la réduction de la conscience au factuel et la perte irréversible de la pensée.Il parle des Etats-Unis comme d\u2019une puissance fatale, une véritable bouche d\u2019ombre, ce qui n\u2019est pas sans rappeler les psychodrames anti- maçonniques de la fin du siècle dernier, remplis de terreur satanique.Vadeboncoeur parvient à hausser sa lecture de la civilisation nord-américaine au rang d\u2019un événement sans précédent, d\u2019une grande fracture historique.« L\u2019Ammérique est-elle donc [.], écrit-il, en train de tourner l\u2019entier regard de l\u2019humanité hors du sens !\u201d ?» Les éléments du dossier par lequel Vadeboncoeur tâche de répondre à la question sont les suivants : The Postman Always Rings Twice, roman des années trente, effrayant de violence et de vulgarité ; la rencontre d\u2019une jeune cali- fornienne entichée d\u2019alimentation naturelle et vouée au prosélytisme de la « self-assertion », comme une nouvelle religion ; l\u2019exposition montréalaise d\u2019une oeuvre d\u2019art féministe, Dinner Party de Judy Chicago ; enfin le royaume du fait divers et du crime publicisé, la brutalité des moeurs américaines, d\u2019après le souvenir d\u2019un voyage à New York relaté dans quelques pages du Journal de Julien Green.Tant de trivialité ne peut pas aller de soi.Elle constitue le phénomène spécifique d\u2019un nouvel exil de l\u2019homme et de la conscience.17 Pierre Vadeboncoeur, Trois essais sur l\u2019insignifiance, Montréal, L'Hexagone, 1983, p.29.53 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Dans ces trois exemples (Cain, Green, Chicago), si différents soient-ils, une loi unique : la pensée, qui par nature devrait commander quelque chose, abdique au contraire au profit du règne de l\u2019aléa '8.La question est un peu de savoir s\u2019il existe une vérité humaine hors de la culture, ou encore si le besoin de faire retour à la nature peut nous affranchir du fardeau d\u2019avoir un héritage de la part de la pensée.Tout l\u2019essai de Vade- boncoeur travaille ici dans le sens d\u2019une idée directrice qui organise le discours.Quelle est donc cette idée ?On peut répondre, je crois, non sans trahir il est vrai la richesse inimitable de l\u2019expression : I\u2019humanisme, la tradition philosophique et chrétienne de l\u2019Occident, son art, son histoire et par-dessus tout cela, la France, admirable synthèse de l\u2019Europe par la langue et par l\u2019esprit.Tel est, du moins l\u2019ai-je ainsi compris, le critère du jugement de l\u2019essayiste.Les Etats-Unis représentent donc pour lui le Léviathan moderne, monstre informe qui menace l\u2019humanité de mort spirituelle.Et les phrases du prophète se font drues comme la pluie de feu qui condamne l\u2019opprobre des malheureuses cités bibliques.On se demande : mais enfin d\u2019où vient cette nécessité de damner l\u2019Amérique ?Quelle est la vengeance tutélaire qui réclame contre elle l\u2019exemple d\u2019un tel châtiment ?J'ai parfois l\u2019impression que ce dénouement furieux conclut un raisonnement qui commence en littérature avec Chateaubriand, celui du Voyage en Amérique, jeune écrivain qui allait engendrer René, ce précoce vieillard.Enfin les Américains sont-ils des hommes parfaits ?n\u2019ont-ils pas leurs vices comme les autres hommes ?sont- ils moralement supérieurs aux Anglais, dont ils tirent leur origine ?Cette émigration étrangère, qui coule sans cesse dans leur population de toutes les parties de l\u2019Europe, ne détruira-t-elle pas à la longue l\u2019homogénéité de leur race ?L'esprit mercantile ne les dominera-t-il pas ?18 Ibid, p.106.54 Rapport Québec-Amérique L'intérêt ne commence-t-il pas à devenir chez eux le défaut national dominant !?On sera frappé peut-être, tout comme moi, de l\u2019étonnante modernité de ces questions posées par un gentilhomme à la fin du XVIII° siècle.De quoi l'Amérique est-elle donc accusée ?Non pas du génocide des peuples amérindiens.Chateaubriand consacrera un chapitre de son Woyage à réhabiliter les missionnaires jésuites.Ils en avaient besoin à la fin du siècle des Lumières et à la veille du Concordat.Non, l\u2019Amérique n\u2019est pas accusée de ses défauts les plus visibles, mais bien de l\u2019usure historique de l\u2019Europe qu\u2019elle a pour mandat de régénérer.C\u2019est parce que cette terre promise aura méconnu le signe de son élection divine qu\u2019elle sera impitoyablement anathé- misée.Je voudrais encore ajouter quelque chose, moi qui ai pourtant juré d\u2019être bref.Dans le sillon récemment retracé par Vadeboncoeur, on peut par exemple lire ceci, sous la plume pourtant sans charisme de Gérard Tougas ; L'homme d'action, le véritable créateur du Nouveau Monde, déteste instinctivement l\u2019intellectuel et écarte du pouvoir le philosophe en chambre.Il y aurait, dans cette perspective, incompatibilité absolue entre la marche en avant de la société américaine et l\u2019influence des théoriciens 2°, La thèse de l\u2019essai d\u2019où ces lignes sont tirées promet à la littérature québécoise de devenir la deuxième littérature de langue française au monde.Elle repose sur l\u2019analyse de l\u2019histoire de la littérature américaine.Or le destin littéraire des États-Unis tient à la création d\u2019un langage, sinon d\u2019une langue, création elle-même tributaire 19 François-René de Chateaubriand, Voyage en Amérique, Paris, Gabriel Roux, 1855, p.230.20 Gérard Tougas, Destin littéraire du Québec, Montréal, Québec/Amérique, 1982, p.87.55 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable de l\u2019évolution socio-culturelle du gigantesque laboratoire-creuset où se malaxent les premières différenciations des peuples qui forment les contingents de l\u2019immigration nord-américaine.Gérard Tougas parle de ce qu\u2019il appelle « la double série métaphorique », traduction libre du « middle American style », niveau de langue qui se définit par l\u2019exclusion de la littérature appartenant à l\u2019Angleterre pour assumer les habitudes sémantiques, syntaxiques et rythmiques propres à cette pseudo-langue que serait la parlure ordinaire de l\u2019homme moyen.L'élément spécifique de cette invention littéraire se trouve être dans « la réduction de l\u2019écart entre langue écrite et langue parlée ».En Angleterre, en France et dans les principaux pays littéraires européens, cette distance a traditionnellement été considérable.Aux Etats-Unis, tout l\u2019effort collectif a consisté à oblitérer cette distance, pour que la piétaille fasse entendre, dans le mouvement de la prose, le bruit de ses pas ?!.On reconnaîtra évidemment dans cette direction le sens des efforts convergeants de nombre de nos écrivains depuis la décennie 1960.Mais ce que je voudrais remarquer à propos de la pertinence et de l\u2019envergure même de l\u2019analyse de Tougas, c\u2019est la consternante ambiguïté de sa référence américaine, d\u2019une part proposée en quelque sorte comme un modèle, d\u2019autre part dénoncée en sous- main comme une perversion.Il en résulte une aggravation du complexe oedipien partout connoté dans la collection de textes que j'ai hâtivement (c\u2019est le mot) rassemblée ici.Comme si, au total, le prix de la réussite ou de l\u2019accomplissement devait nécessairement passer par l\u2019odieuse perpétration du crime.C\u2019est toujours le tombeau sacré de l\u2019Europe spirituelle qui sert d\u2019autel à l\u2019immolation de l'Amérique.Au lieu de céder à la culpabilité morbide de ce rituel, ne vaudrait-il pas mieux y reconnaî- 2! Ibid., p.101.56 Rapport Québec-Amérique tre, en toute conscience et sans effroi, la condition existentielle et le terrain historique de notre modernité.Il me manque ici une dernière citation pour conclure comme il se doit mon rapport en beauté.Je cherche en vain l\u2019aphorisme nietzschéen ou la formule exemplaire que je rêve de puiser chez Bataille ou chez Blanchot.Mais à quoi bon rouvrir d\u2019autres livres, puisque je trouve à point nommé l\u2019affirmation manquante dans « La double négation » d\u2019Yvon Rivard : « Ma position est simple : je ne suis ni Francais ni Américain.[.] Je ne suis rien et ne veux ni me complaire dans ce rien ni m\u2019en détourner 22.» 22 Yvon Rivard, « La double négation », dans Liberté 138, op.cit., p.24 et 27.57 La Cl LL Py i Pr Fp Marcel Fournier Tocqueville aux U.S.A.L\u2019Américain lutte contre les obstacles que lui oppose la nature ; le Russe est aux prises avec les hommes.L'un combat le désert et la barbarie, l\u2019autre la civilisation revêtue de toutes ses armes : aussi les conquêtes de l\u2019Américain se font-elles avec le soc du laboureur, celles du Russe avec l\u2019épée du soldat.Pour atteindre son but, le premier s\u2019en repose sur l\u2019intérêt personnel, et laisse agir, sans les diriger, la force et la raison des individus.Le second concentre en quelque sorte dans un homme toute la puissance de la société.L'un a pour principal moyen d'action la liberté ; l'autre la servitude.Leur point de départ est différent, leurs voies sont diverses ; néanmoins, chacun d\u2019eux semble appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde.Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1835), Paris, 10-18, 1963, p.225.Souvent identifiés à l\u2019Impérialisme qui par la force de son pouvoir économique nivelle les cultures, soumet les peuples et entraîne l\u2019humanité vers la décadence, les Etats-Unis apparaissent aussi comme le rampart et peut- être le dernier rampart contre le despotisme et la barbarie.D\u2019un côté, l\u2019Aigle aux larges ailes déployées, symbole de l'agressivité et de la violence ; de l\u2019autre, l\u2019Ange protecteur, la Statue de la liberté que regarde avec émotion chaque immigrant à son arrivée dans le port de New York et qui contre « vents et marées », semble lui garantir ses droits et libertés.59 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Longtemps mal-aimés des intellectuels, les États-Unis redeviennent actuellement « à la mode ».Tout comme d\u2019ailleurs Alexis de Tocqueville, auquel des universitaires français et américains consacrent de nombreux ouvrages et une revue savante, The Tocqueville Review/La Revue Tocqueville.Est-ce là une manifestation du (néo)-conservatisme qui fleurit dans divers milieux ?La situation est plus complexe : tout, de la conjoncture politique internationale aux états d\u2019ame des écrivains, oblige aujourd\u2019hui à une réévaluation de la démocratie comme mode de vie en société.Mieux que tout autre, le voyageur attentif qu\u2019était l\u2019aristocrate français Alexis de Tocqueville a observé, à la fin du siècle dernier, les forces et les qualités des États- Unis d\u2019Amérique : éminemment démocratique, cette « nouvelle » société, tournée vers le progrès, fournit à sa population l\u2019égalité dans les conditions de vie (loi des successions, circulation rapide des fortunes, accès à l\u2019instruction), la souveraineté (rôle des communes ou municipalités, mise sur pied d\u2019une administration publique, présence du jury, etc.) et enfin la liberté (de conscience, de presse et d'association).Que faut-il de plus a un peuple pour qu\u2019il soit heureux ?Mais devant cette terre de grandes promesses, Tocqueville lui-même trahit son enthousiasme par la manifestation, ici et là, d\u2019inquiétudes et la formulation de plusieurs avertissements : fondée sur l\u2019intérêt et passionnée par la recherche du bien-être et l\u2019acquisition de la richesse, la société américaine risque d\u2019être entraînée dans d\u2019innombrables conflits et de recréer un monde d\u2019inégalités ; les idéaux d\u2019égalité et de liberté n\u2019ont pas fait disparaître tous les préjugés raciaux, en particulier à l\u2019égard des Noirs, dont « la présence est la source du plus redoutable des maux qui menacent l\u2019avenir des États-Unis ; enfin, la loi de la majorité peut susciter le développement d\u2019un conformisme esclave de 60 Tocqueville aux U.S.A.l\u2019opinion et permettre le règne de la médiocrité.Tout est dit.ou presque! De la démocratie, Tocqueville avait, il le faut reconnai- tre, une conception assez floue, mais il eut le mérite de ne pas la réduire au seul système représentatif.Pour évaluer la situation actuelle, nous distinguerons pour notre part deux facettes ou axes de la vie démocratique : d\u2019abord celui de la représentation-délégation (des pouvoirs) qui caractérise le système électoral et ensuite celui de l\u2019association-participation.D\u2019un côté, l\u2019ordre politique (avec ses partis, ses oppositions officielles), de l\u2019autre le mouvement social (ou mieux : le mouvement de la société) et entre les deux, un jeu continuel de contrepoids.Sous le premier aspect, les États-Unis n\u2019ont un système représentatif ni meilleur ni pire que celui de l\u2019U.R.S.S.avec son parti unique et ses milliers de délégués : non seulement il y a une manipulation de l\u2019opinion publique et fabrication « commerciale » des hommes politiques, mais aussi il y a centralisation de la vie politique nationale autour du Président et de la Maison Blanche.Mais aux États-Unis, contrairement à ce qui se passe dans la société soviétique !, la vie sociale échappe, pour une bonne part, à l\u2019organisation politico-administrative.Certes, il ne faut pas négliger la C.I.A., le F.B.I.et tout le système de surveillance (police, etc.), mais les groupes d\u2019individus et les collectivités locales se sont dotés de nombreux organes de presse (journaux, revues, postes de radio et de télévision) et se sont regroupés dans une multitude d'associations volontaires, de groupes d\u2019entraide et d'organisations communautaires.Ce sont là, à la base même d\u2019une société fortement différenciée, réunies les ! Ou dans d\u2019autres pays de l\u2019Est.Pour une démonstration convaincante, il faut lire les romans de Kundera, soit La Plaisanterie, soit tout récemment, L'Insoutenable Légèrete de l'être, Paris, Galli- mard, 1984.61 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable conditions d\u2019une large mobilisation qui dans d\u2019autres sociétés n\u2019est souvent possible qu\u2019« orchestrée par en haut ».Ni la forte opposition contre la guerre au Vietnam, ni le scandale du Watergate n'auraient été pensables ailleurs qu\u2019aux Etats-Unis : voilà, pour une société démocratique, des signes de santé ! Cependant, que ce soit dans l\u2019action politique ou même dans les diverses activités de création, rien n'échappe totalement au grand et irréversible processus de commercialisation-industria- lisation de la société américaine : tout, y compris la contestation politique et l\u2019avant-garde artistique, peut devenir une simple marchandise.Les passions qui agitent le plus profondément les Américains sont, notait Tocqueville, des passions commerciales et non des passions politiques, ou plutôt ils transportent dans la politique les habitudes du négoce.(De la démocratie en Amérique, op.cit., p.167) Et aussi : La démocratie ne fait pas seulement pénétrer le goût des lettres dans les classes industrielles, elle introduit l\u2019esprit industriel au sein de la littérature [.].Les littératures démocratiques fourmillent toujours de ces auteurs qui n\u2019aperçoivent dans les lettres qu\u2019une industrie, et pour quelques grands écrivains qu\u2019on y voit, on y compte par milliers des vendeurs d\u2019idées.(Ibid., p.255) Les États-Unis sont manifestement plus aptes à conquérir des marchés qu\u2019à envahir des territoires et imposer des idéologies : la politique passe là où l\u2019argent a déjà ouvert les postes.Que ce soit sur la scène nationale ou internationale, le pouvoir américain ne peut rien contre les mobilisations massives et il cherche à s\u2019en prémunir : habituellement par la manipulation des forces économiques et, parfois, par le recours à la peur (et aux forces militaires).Ce qui fait actuellement la force politique des États-Unis, à savoir la défense des droits de l\u2019homme, 62 Hi thee is Tocqueville aux U.S.A.constitue aussi sa faiblesse, car la société américaine risque toujours d\u2019être prise à son propre piège : que vaut une minute de vie démocratique dans une société qui ne peut la préserver pour elle-même qu\u2019au prix de l\u2019oppression et de l\u2019exploitation d\u2019autres sociétés et collectivités ?es 63 Cras = A = cac rec, xs pre ous venez Rose Marie Arbour Montréal, New York et les autres.Il est certain que New York n\u2019est pas les États-Unis : mais elle en fait partie.À titre d\u2019un des principaux points d\u2019énergie se concentre là, dans cette ville aux rues défoncées, bordées de poubelles dont on ne sait plus si elles sont là par commodité ou par absence d\u2019organisation des services.On a souvent décrit avec fascination la promiscuité de ses rues huppées aux maisons construites sur le modèle des hôtels particuliers parisiens du siècle dernier, avec ces autres rues dont on hésite à dire si elles sont des rues ou bien des couloirs d\u2019évacuation de toutes sortes : êtres humains, animaux, objets.La dégradation et l\u2019empire du déchet se manifestent là comme la face non occultée de l\u2019aigle américain frappé dans l\u2019acier rutilant.« Tout se passe à New York » ou encore « Tout passe par New York » dit-on, en arts actuels et dans les domaines qui leur sont périphériques.Les Etats-Unis se réduisent donc en grande partie a cette petite ile vers laquelle tout converge.Il y a d\u2019autres centres aux États-Unis qui exercent une fascination pour diverses raisons et sur des gens différents : dans le « Nouveau Sud » tout se « passe » à Dal- 65 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable las.Le pétrole, l\u2019informatique, la finance.Los Angeles, San Francisco exercent une influence déterminante dans les domaines culturels ; cela tient autant pour les États- Unis que pour les pays limitrophes qui ont les moyens de se payer les mêmes frocs culturels.La musique rock à ce titre n\u2019a pas de frontières pour les pays sous influence.Ainsi, en attendant un train en retard au café de la gare d\u2019un village du sud de Paris, j'étais fascinée par deux adolescents, écouteurs sur les oreilles, qui n\u2019en finissaient plus de faire l\u2019éloge de la « musique califor- nienne » ; la seule appellation d\u2019« américain » est encore une garantie d\u2019authenticité, de puissance, de « tout ce qu\u2019il y a de plus nouveau » malgré l\u2019impopularité grandissante des politiques américaines en France et ailleurs.On peut considérer le Québec comme un point centripète donc périphérique à la France, sur le plan culturel faut-il préciser ; plutôt que la France, Paris, cette dévoreuse des régions nationales ou extra nationales ; Lyon se trouve davantage d\u2019affinités, à cause de ce rapport périphérique, avec le Québec.On trouverait aussi de nombreux points communs, sur le plan artistique, avec les artistes colombiens d\u2019Amérique du Sud, par exemple.Mais nous sommes davantage tournés vers l\u2019Europe que vers l\u2019Amérique centrale ou l\u2019Amérique du Sud.L'Europe même est vue à travers ses métropoles : Berlin, Paris, Milan.On questionne cela rarement.Les régions \u2014 dont nous sommes \u2014 sont obnubilées par ces forces d\u2019attraction et cherchent avec difficulté a s\u2019interrégionaliser c\u2019est- a-dire a établir des liens, des échanges entre elles.Le temps consacré a prendre connaissance et a assimilier les « nouveautés » des métropoles accapare la totalité de l\u2019attention et de l\u2019intérêt des gens des « régions ».Comme on dit que la force des hommes est faite de la faiblesse des femmes, on peut dire que les régions sont victimes de l\u2019attraction de New York ou d\u2019autres capitales ; mais elles contribuent à faire une partie de la force des capitales et à faire la faiblesse des régions mêmes, en s\u2019ignorant mutuellement.66 ET PE ET Montréal, New York.Pourquoi sommes-nous tellement braqués sur New York, sur Paris ?On peut amorcer ici quelques réflexions sur les fondements de notre propre fascination pour les modèles dominants dans le domaine de la création artistique.On peut constater d\u2019abord qu\u2019un modèle \u2014 prenons celui de New York \u2014 que ce modèle, plus qu\u2019il ne nourrit ses disciples, les dévore.En même temps et paradoxalement, le point d\u2019attraction devient matrice, lieu propice à l\u2019éclosion d\u2019innombrables entreprises artistiques.Sans s'attacher à la valeur des productions artistiques comme telles, il est un fait qu\u2019une ville comme New york est un lieu de bouillonnemnt générateur, sur le plan intellectuel, sur le plan artistique.La force génératrice va de pair avec une force égale de destruction : force nourrissante ou force destructrice selon le type de rapport entretenu avec les modèles.La puissance destructrice de New York peut être à ce titre exemplaire ; Je n\u2019ai jamais vu une telle ruine urbaine qui soit en même temps le centre intellectuel d\u2019un pays, d\u2019un continent, d\u2019un hémisphère.Cette ruine vivante continue chaque jour à sécréter ses tours miroitantes, ses amoncellements innommables de détritus ; elle est en méme temps le lieu de définition des courants dominants en arts.Les artistes des écuries d\u2019un Spe- rone ou d\u2019un Castelli (deux grands marchands d\u2019art qui modifient au gré de leur volonté les courants, les mouvements d\u2019art actuel) \u2014 sont eux-mêmes surpris de s\u2019y trouver et si vite.Se fabriquent là les vedettes en art actuel, comme Hollywood a fabriqué celles du cinéma.Ces vedettes brillent, obnubilent, intéressantes ou pas.Pour qui est artiste en arts visuels, le rapport à New york n\u2019est pas simple ; il s'impose, qu\u2019on le veuille ou non.Il s\u2019agit dès lors de voir comment se vit ce rapport, comment s\u2019identifient les références.Il y a plusieurs scénarios possibles : soit on rattrape le « train en marche » et on s\u2019enligne le plus exactement possible dans les voies définies par les courants dominants \u2014 les feux des grands brillent pour 67 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable un temps à l\u2019avantage des petits qui les miment et qui s\u2019éteindront comme des lunes lorsque le soleil se déplacera hors leur champ ; ou encore, un artiste se référera plutôt à une conception d\u2019un art international défini hors l\u2019influence exclusive new yorkaise ; ce peut être alors une référence à une histoire de sa pratique : des références à la Renaissance, à l\u2019expressionnisme du début du XX¢ siècle en Allemagne ; ces références constituent chez lui des réservoirs formels, picturaux ou plastiques, des contenus qui l\u2019alimentent.Encore là, bien malin qui voudra internationaliser une « histoire de l\u2019art » qui ne soit pas délimitée par l\u2019influence d\u2019une métropole.L'histoire se construit et se re-construit selon les idéologies et les pouvoirs en place.Enfin, un artiste peut se référer à son contexte socio-culturel particulier, à sa propre histoire, délaissant une histoire et un contexte universalistes dont les temps forts et les temps faibles sont établis selon le point de vue des autres.La notion de « régionalisme » dans le contexte de l\u2019art actuel, se pose de diverses manières selon la position des artistes ou des groupes d'artistes concernés.Ainsi, au Québec, plusieurs artistes de Québec (la ville) et d\u2019autres régions se posent contre un certain « modèle » proposé à Montréal, pour se tourner davantage vers des expériences allemandes, italiennes, américaines.Certains artistes montréalais établiront des liens avec des villes de province françaises : Grenoble, Lyon, Bordeaux.Les stratégies se ressemblent, permettant toutes de se différencier par rapport à une attraction (courant, groupe, lieu géographique) trop focalisée sur un seul point \u2014 New York, Paris par exemple \u2014 et qui les menace dans leur identité.D\u2019où l\u2019importance d\u2019affirmer ses différences propres face à cette attraction des métropoles.Ces stratégies qui visent à se détacher des forces artistiques et culturelles hégémoniques ou dominantes est une preuve de santé.On 68 Montréal, New York.peut dire en général que les nombreux « régionalismes » qui se sont affirmés en arts visuels, du moins depuis plus de dix ans, sont en général fondés sur une communauté d\u2019intérêts entre les artistes d\u2019une même région géographique ou idéologique ou culturelle et sur une volonté de s\u2019approprier la gestion de ces intérêts.D\u2019autre part on constate que la force des mouvements régionaux vient en grande partie de leur capacité à constituer des réseaux qui font le saut de puce au-dessus des.zones majeures d\u2019influence.Ainsi les femmes se sont-elles liées à travers des réseaux leur permettant, entre autres, de diffuser l\u2019art qu\u2019elles produisent \u2014 je pense a ce propos aux réseaux qui assurent une bonne partie de la diffusion artistique des femmes américaines : galeries, festivals, librairies.De là est venue leur force plutôt que dans l\u2019adhérence à un discours unifié par un centre autoritaire.De tels réseaux n\u2019assurent pas cependant une homogénéité entre les individus de ces réseaux mais plutôt ils sont basés sur des points communs, dans des ensembles qui sont souvent hétérogènes les uns par rapport aux autres.Cela permet un passage, des échanges et des mises en commun qui n\u2019étaient pas autrement possibles : au-delà des différences de classe sociale par exemple, les femmes ont souligné des éléments qui leur étaient communs sans pour autant se situer dans un absolu transcendant.Elles n\u2019ont pas revendiqué un style commun en arts visuels, ni n\u2019ont constitué un mouvement artistique ; mais elles partagent des conditions de travail et de diffusion, des types de rapport aux milieux et intervenants artistiques qui sont propres au fait d\u2019être femmes dans une société donnée.Il y a résistance, opposition des « régionalismes » en général à la force centripète des courants dominants des métropoles grâce à des liens interrégionaux qui forment des courants, des groupes et dont les objectifs critiques s'exercent contre l\u2019autoritarisme unificateur qui prétend gérer globalement la vie artistique.En réalité plusieurs artistes québécois entretiennent des liens avec des groupes d'artistes d\u2019autres pays en dissidence avec leur propre 69 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable milieu.Leur communauté d\u2019intérêt vient souvent moins du fait d\u2019être de là ou d\u2019ailleurs que du fait de partager des points communs au sein de leur milieu artistique respectif.Il ne s\u2019agit donc pas là d\u2019une recherche d\u2019un modèle proprement dit, mais la recherche de points communs qui lie les intervenants d\u2019un tel échange.Pour un artiste québécois, prendre intégralemnt comme modèle une forme d\u2019art actuellement dominante à New York, signifierait que la situation artistique dont il fait partie ici est la même ou similaire à celle qui prévaut dans cette mégalopole \u2014 d\u2019où un même comportement artistique.Or la traversée des frontières socio-culturelles et politiques par les courants artistiques ne se fait pas mécaniquement et comme allant de soi comme on dit que « l\u2019art n\u2019a pas de frontières ».Un art « international » se fonde sur des situations économiques similaires d\u2019un pays à l\u2019autre, à tel moment donné ; sinon il s\u2019agit de transplantation douteuse.Un exemple « tout chaud » de l\u2019ambiguïté qui sous-tend la notion d\u2019art international et la (bonne volonté) à vouloir croire à une information dite objective en art et dans le domaine culturel plus généralement, c\u2019est l\u2019exposition Via New York au Musée d\u2019art contemporain de Montréal organisée « grâce à l\u2019aimable collaboration des galeries.» new yorkaises les plus puissantes sur le marché de l\u2019art actuel.Ce n\u2019est pas ici le lieu de parler des oeuvres comme telles ; on s\u2019interroge plutôt sur le fait d\u2019une exposition dont le choix des oeuvres est entièrement lié aux décisions des galeries commerciales qui les prêtent.Bien sûr, le but d\u2019une telle exposition est, comme l\u2019écrit le directeur du Musée, de présenter « l\u2019art international tel que vu, véhiculé et marchandé à partir de New York, cette mégalopole de l\u2019art contemporain ».Sa conservatrice insiste d'autre part sur le fait que cet art dit international a été défini depuis New York qui lui-même se serait fait l\u2019écho permanent « de grandes expositions tenues à travers le monde lors des dernières années » ; l\u2019exposition Via New York est à son tour l\u2019écho de cet 70 SES NTI RY re ee \u2014\u2014 \u2014 Montréal, New York.écho.On se demande ce qui est à l\u2019origine de l\u2019écho, qui alimente l\u2019écho ; on apprend que ce qui est « international » est en fait américain ou plutôt new yorkais.La mise au point faite, on se serait attendu à une présentation plus critique d\u2019un ensemble d\u2019oeuvres si intimement issu du contexte commercial, ce qui ne veut pas dire du coup que les oeuvres exposées là n\u2019ont d\u2019autre valeur que commerciale.Ce qui est dit, c\u2019est que « l\u2019art de pointe » à New York est identifié par le pouvoir financier strictement, et s\u2019il y a là une « confrontation », elle n\u2019est que financière.Tout ce que le pouvoir marchand new yorkais n\u2019entérine pas est évacué et, par là, disparaît de la scène artistique officielle, tel que présenté dans cette exposition.Ainsi l\u2019absence des femmes artistes de cette exposition est remarquable ; ce sont elles pourtant qui, au cours de la dernière décennie ont contribué à perturber considérablement cette même scène artistique.Apparemment.Il n\u2019y a plus trace d\u2019elles.Sont-elles toutes à la retraite ?ou ont-elles été mises à la retraite forcée ?On pourrait conclure de cette absence que toutes partageaient une même esthétique qui serait devenue périmée comme une mode \u2014 sinon, on comprend mal une si soudaine disparition qui redonne aux hommes l\u2019entièreté de cette scène.Parlera-t-on maintenant d\u2019un « art d'homme » ?C\u2019est à suivre.Rappelons ici le « Mary Boone syndrome » (Mary Boone est la propriétaire de la célèbre galerie commerciale du même nom qui a contribué à organiser l\u2019exposition au Musée), qui consiste à dire que si une femme est propriétaire ou directrice de galerie, elle éliminera de ce fait toute femme artiste de son « écurie » pour ne pas être sexiste.Comme quoi si l\u2019argent n\u2019a pas d\u2019odeur, le sexe en a une et c\u2019est ce qui prévaut de plus en plus.Ce qui est alléchant pour les adeptes d\u2019un art « international », c\u2019est que lui est assurée en principe une circulation des oeuvres grâce à un marché très sélectif en fonction d\u2019intérêts précis.Pratiquement, pensons au phénomène d\u2019internationalisation de l\u2019art abstrait dit « gestuel » 71 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable après la Deuxième Guerre en Amérique du Nord et en Europe.Les Automatistes québécois s\u2019inscrivaient dans ce courant qui naissait simultanément en Europe et aux États-Unis ; ce furent pourtant les Américains qui s\u2019assurèrent la maîtrise de ce marché et qui placèrent l\u2019« Abstract Expressionism » au-dessus des autres groupes nationaux.Question de « qualité » ?de politique ?d\u2019argent ?Paris se sortait alors péniblement de l\u2019Occupation ; le Québec n\u2019avait alors aucune voi(e)-(x).L'art américain, sous couleur d\u2019internationalisme, triompha.Au Québec, le « Refus global » avait propulsé ses signataires et ses adhérents dans un univers délivré, croyait-on, des asservissements socio-politiques de toutes sortes, en particulier de ceux qui étaient propres à l\u2019enfermement intellectuel, social et politique du Québec des années 40.Ces artistes ne jouirent pas pour autant internationalement des honneurs attribués à un art « international ».La pseudo unification de l\u2019art contemporain dans un courant d\u2019art abstrait « gestuel » tant louangé par la critique, se fit dans un ciel où claquait le drapeau US.C\u2019est que les intérêts et les besoins des Québécois et des Français, des artistes du nord de l\u2019Europe, n\u2019étaient pas ceux des Américains d\u2019alors.Aussi ce qui était hors norme, hors cadre, n\u2019eut plus qu\u2019à prendre la direction d\u2019une marginalité fondée sur le droit à la différence.Dans les années 70, ce fut l\u2019éclatement des normes, des cadres, contre les hégémonies de toutes sortes, dans les milieux artistiques et culturels en général, pour ne pas parler des autres domaines.Entre autres, les femmes artistes affirmèrent leurs propres normes contre la NORME et cela, dans le bastion même de la domination culturelle qu\u2019étaient et que sont toujours les Etats-Unis.Plus généralement, la volonté de vivre l\u2019art comme conscience, comme expérience de soi dans son contexte propre, avait particulièrement entraîné la crise de l\u2019universel.Les « régionalismes » \u2014 qu\u2019ils soient géographiques, idéologiques, sexuels, ou autres \u2014 devenaient lieux d\u2019interrogation critique ; les artistes ne s\u2019enlignaient 72 Montréal, New York.plus obligatoirement sous la férule d\u2019une esthétique, d\u2019une conception de l\u2019art, d\u2019une idéologie artistique, vues comme aboutissement nécessaire et « allant de soi ».Au Québec, les actions entreprises par des artistes qui ne travaillaient plus à Montréal seulement, mais à Chi- coutimi, à Québec, à Sherbrooke, exprimèrent une position dissidente par rapport à la notion de métropole \u2014 Montréal \u2014 et face à tout ce qui pouvait occulter les différences propres à chacun, dans son contexte propre.Il y a eu, dans cette perspective dite « régionalisée », davantage d\u2019affinités entre certains artistes québécois et certains artistes allemands, italiens ou autres, qu\u2019il n\u2019y en a eu entre des artistes de Québec et des artistes de Montréal par exemple.Ainsi un artiste de Chicoutimi, Denys Tremblay, décrétait récemment la fin de l\u2019histoire de l\u2019art métropolitaine dans une galerie parisienne et au Centre culturel canadien à Paris \u2014 affirmant les régionalismes contre l\u2019autoritarisme des métropoles en général.Depuis plus de dix ans, la tendance des artistes a été de faire co-exister plusieurs systèmes artistiques en même temps, s\u2019opposant à une vision unifiante de l\u2019art, à un art unifié qui, la plupart du temps, sont imposés par les lois des marchands.On pourrait croire qu\u2019il y a éparpillement, mais l\u2019éparpillement est permissif, laissant des voies libres pour rejeter l\u2019autorité trop moralisatrice propre à une conception autoritaire de l\u2019art, comme de la société en général.Les rapports entre des créateurs du Québec et des créateurs américains en particulier \u2014 je dis « en particulier » car la proximité des Etats-Unis a toujours été culturelle- ment menaçante pour nous - peuvent se construire et se dé-construire en fonction de cette notion que les entités nationales ne sont pas des unités homogènes, mais que ces unités (hétérogènes) sont regroupées dans une identité qui permet de les nommer comme groupe \u2014 que cette identité est constituée de différences de toutes sor- 73 épis ste ti Lite: Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable tes.Ce sont les minorités culturelles comme la nôtre qui ont un besoin vital d\u2019échanges pour respirer, pour se déployer.Des liaisons stratégiques permettent, entre autres, d\u2019assurer aux créateurs un public, une réception de leur production motivée par des situations similaires, des caractères qui se rejoignent sans pour autant s\u2019assimiler.Pour les minorités de toutes sortes, les réseaux d\u2019échange deviennent alors essentiels, dont les points de jonction n\u2019ont rien de commun avec une organisation pyramidale au pouvoir contrôlé par une autorité unique.En effet, dans un système réticulaire, les individus et les groupes se manifestent dans la prise en charge de soi face aux autres plutôt qu\u2019au sein d\u2019un tout unifié, sûrement plus sécurisant faut-il le dire, mais où les individus comme les places sont interchangeables.kk x * = - \u2014 x _ Rg = = A WN = No = RY = NN Ni RY = > S = = > a XS iS Ne ss s 5 SN x S NN se x ce EN = i = ss Ex > oi iy pi ce an 2 New A ou Sx Ro = es NE aN S ESS = = 5 = Sa > a = SR SNE .ne = = = 5 ot ee 3 S 5 x SE i Nd A 3 = = & 2e = om SR NS = WN =, 3 x a N X 3 - i ex se 5 FE SN Ses sa $ Se vx Si SN S = aN a AER 3 Me 3 ES = = = 3 - NS an i Tax 52 \u2018 Sey .4 Se ay > A RW o a Wl .oN 8 nN >.8 = = ABC 2 si .= A A & + + Tae > S.= NS 5 Sil is XS a, 3 © 5 SN ce a 5 NS SE, = As = SE SG = $ ?2 X ss 3 Ne A ù ER AY 8 > a NY SR i Re =.a: SL = = = a SE = = \u2026 Se si a $ = 5 x ve, =.S = NS EN RE + > vx AN 2 is .SN Si a PF ¥ 5 NY Ÿ ie se en Ss i A i = = GR su mas \u20ac ne Na + = + Fg on 3 \u2014_c = = = Si Lied = HN Ld = < .a se SE ss Se i CR ra = SIE \u201ced a + > se iad gs ss sex oR a = TE Sh ves se Ee ors ms 3 a a ack = 2 RER ty > oe = x 3 S x A oy x x = es 3 > > Ta Le SE 0 es SON cr ss 4 Se joes = « CH = vo as = i Hig = = PN \u201c32 Eo = BP.FN = SSE \u201csa = S Gest 5 i = sn > Lon sS == iY on \u20ac $ os an a pu = Sigg oon ag i 3 Si & Sore Shy\u2019 oF i 53 2 5, 3 a ed 2 sn a st es ss sr ca Rd = ors = 3% 55 té sg Sens = xx, see À .ce = pe PPP A PP A FP Gabriel Gagnon Love-hate Autant j'aime vivre en Amérique, autant je déteste l\u2019ombre qu\u2019y déploient satellites, pluies acides et marines venus de l\u2019Empire qui en occupe le centre.C\u2019est l\u2019aventure cubaine de Castro et de Guevara qui m'a révélé, comme à beaucoup de Québécois de ma génération, la vulnérabilité revancharde d\u2019un voisin dont la présence se faisait chez nous plus discrète.Depuis, malgré leurs erreurs et leurs maladresses, je me suis toujours senti fier de ceux et de celles qui combattent les fantoches de I'I'TT, de la CIA ou du Pentagone.Les Brésiliens, les Chiliens et les Nicaraguayens d\u2019aujourd\u2019hui luttent aussi pour notre autonomie culturelle et notre liberté.Voilà pourquoi j\u2019ai peu visité les États-Unis.Je n\u2019ai vu ni la Floride, ni la Virginie ni Atlantic City.Dai visité plus souvent Paris, Dakar, Tunis et La Havane que New York où je ne suis pas retourné depuis 1956.De brèves missions universitaires m\u2019ont conduit à Boston, Chicago, Washington et San Diego.Bien sûr, j\u2019y ai rencontré des chercheurs compétents et affables, visité des musées et des bibliothèques largement pourvus, acheté des livres 77 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable utiles et bon marché.Si j'avais été astronome ou biologiste, la tentation me serait sûrement venue de suivre la voie de nombreux compatriotes préférant les immenses moyens et la vie scientifique intense des campus califor- niens aux universités québécoises encore si fragiles et si peu compétitives.Mais, les beaux campus studieux sont la plupart du temps des îlots d\u2019intelligence et de verdure dans un monde dont je ne parviens à apprécier ni les fêtes, ni les médias ni une vie quotidienne saturée de publicité vulgaire, d\u2019agressivité latente ou d\u2019amabilité stéréotypée.La parade de Noël à San Diego n\u2019aura jamais pour moi la couleur de la St-Jean sur le Mont-Royal ou de la fête de mai à Sclos de Contes dans les Alpes-Maritimes.J\u2019y vois l\u2019effet profond de cette spécificité culturelle qu\u2019il est à la mode de nier lorsqu\u2019on ne la retrouve pas sur l\u2019écran de son micro-ordinateur.Il nous faut cesser de confondre Amérique et États- Unis.Nous n\u2019avons besoin de personne pour nous dire comment habiter, transformer et chanter notre portion de terre et de mer.Sans innovation économique et création culturelle, aucune révolution technologique importée ne nous conduira à l\u2019autonomie ou à la souveraineté.À quoi bon combattre Vancouver, Halifax ou Ottawa si notre télévision vient d\u2019Hollywood, notre technologie de Silicone Valley et si nos hivers se dépeuplent au profit de Miami.C\u2019est là le sens caché du dernier livre de Pierre Vade- boncoeur.Au-delà des cibles précises qui servent de prétexte à ses colères, pourquoi n\u2019en pas retenir la nécessité d\u2019un effort, d\u2019une rigueur, d\u2019une transcendance qui n\u2019ont en soi rien de religieux ni d\u2019européen, même si ces horizons semblent en fournir plus d\u2019exemples aujourd\u2019hui.Pas plus que les Indiens et les Inuits, nous ne referons à nous seuls une Amérique dont l\u2019équilibre écologique 78 Love-hate importe encore plus que le progrès économique.Dans un monde de guerre froide, il nous faut bien admettre que notre marge de manoeuvre ne dépasse guère celle de la Finlande face à l\u2019URSS.C\u2019est déjà assez pour nous permettre de louvoyer entre le volontarisme absurde qui porte certains d\u2019entre nous à croire que la révolution est au bout d\u2019un fusil ou d\u2019un manifeste et la résignation tranquille des chantres d\u2019une nouvelle technologie aimable et libératrice.Heureusement, le combat incertain de nos frères et soeurs dominés du sud du Rio Grande nous rappelle chaque matin que l\u2019égalité ne peut se réaliser dans la dépendance ni la solidarité dans l\u2019uniformité.Voilà pour nous la véritable voix de l\u2019Amérique.79 CL.Lo Pr PP A André Thibault Se resituer Monsignor Tala Ne voulant pas aborder la situation du Québec dans les Amériques avec les seules lumières de ma misérable subjectivité, j'ai d\u2019abord consulté le responsable du dossier québécois au sein d\u2019une institution dont le nom signifie « universel », c\u2019est-à-dire rien de moins que l\u2019Eglise catholique.Inconnu du grand public, homme d\u2019appareil aussi discret qu\u2019efficace, Monsignor Tala m\u2019a aimablement accordé l\u2019entrevue dont j'essaierai de tirer l\u2019essentiel.En dépit de la suavité de son sourire et de la mansuétude de ses gestes, l\u2019éminent ecclésiastique se montra soucieux, je dirais même pessimiste : La place du Québec dans les Amériques, mon cher fils, je crains bien qu\u2019elle soit en chute libre.Votre petite nation, si chère, n\u2019en doutez point, au coeur du Saint- Père, n\u2019a jamais pu prétendre aux grandeurs fragiles de la puissance économique et du prestige politique.Son titre de gloire le plus évident reposait sur des bases plus solides, c\u2019est-à-dire son rôle actif dans l\u2019avènement du Royaume, son implication privilégiée dans l\u2019oeuvre de la propagation de la foi.81 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Desiderata J'espère ne pas avoir trahi en traduisant la pensée de mon illustre interlocuteur.En effet, nous avons dû dialoguer dans la langue que nous avions en commun, soit le latin.Un certain nombre de lecteurs de Possibles ayant poursuivi leurs études après l\u2019abolition des collèges classiques, j'ai cru opportun de traduire en français vernaculaire les propos que j'avais à relater.Mais je fus pour ma part envoûté par cette immersion dans la langue de ma jeunesse studieuse.C\u2019est ainsi que me retrouvant quelques instants plus tard sur les trottoirs de la partie profane ! de la ville éternelle, ma pensée ne pouvait encore fonctionner qu\u2019en latin.Mes aspirations de Québécois cosmique prirent donc plutôt la forme de desiderata.Je les reconstitue ici, devenant cette fois mon propre traducteur ?.1.« Jusqu\u2019à quand, Monsignor Tala, abuserez-vous de notre patience ?» Nous ne voulons plus entendre parler de notre passé de zouaves pontificaux.Les expressions tant d\u2019amertume que de nostalgie en cette matière ont été définitivement consignées au début des années 60.Tout retour de la mémoire sur ces réalités dénoterait une immaturité suspecte.Le Québec actuel est une création ex nihilo de la Révolution tranquille.« La mort et la nature seront stupéfaites quand ressuscitera la créature.» Le Québec étonnera le monde, que ce soit par son « son » rock, la saveur de son joual, son théâtre de création collective, ses techniques d\u2019animation sociale, ou ses coopératives autogérées.Il s\u2019étonnera d\u2019ailleurs lui-même, jusqu\u2019à la fascination inclusivement.! À vrai dire, la plus étendue et la plus peuplée.?Les phrases originales par ailleurs sont toutes empruntées au répertoire des citations \u2014 clichés de la tradition latine.82 \u2014 TE at na rate 2 ET Se resituer 3.« Il marchera sur l\u2019aspic et le basilic.» Aucun obstacle ne saura l\u2019arrêter, qu\u2019il s\u2019agisse de la force économique américaine, de l\u2019hégémonie culturelle française, de l\u2019impérialisme spirituel hindou ou de la méfiance des Yvettes à l\u2019endroit des jeunes « smattes ».Il pourra se précipiter au bas d\u2019une montagne, et les anges viendront le recueillir de peur que son pied ne heurte la moindre pierre.« Les dés sont jetés.» À défaut d\u2019un accès suffisant aux marchés financiers internationaux, il s\u2019autofinancera par des jeux de hasard.Bref, l\u2019autonomie par la lotomanie.« Qu\u2019il cueille le jour présent, en étant le moins crédule possible envers les propos sur le futur.» Des charlatans babyloniens font circuler des augures selon lesquels les grandes puissances nucléaires seraient engagées dans une escalade de confrontations sans limite, le féminisme et l\u2019écologie tendraient à mettre en question le sens même de l\u2019action politique, un déferlement démographique des populations du sud vers le nord serait la seule possibilité pour cette planète de ne pas exploser et la production culturelle serait en voie de devenir une industrie mondiale.Il saura s\u2019emplir les oreilles de cire d\u2019abeille pour ne pas succomber à l'attrait pernicieux de ces sornettes.« O temps ! O moeurs ! » En un acte de volonté, quelques livres et quelques conférences, il effacera complètement de son caractère national les anciens conditionnements d\u2019humilité, de valorisation par le rôle de victime, de méfiance du plaisir, de xénophobie et de querelles entre villages.« Qu\u2019il me soit fait selon votre parole.» Le Québec se construira par des analyses sociologiques, des livres blancs, des objectifs clairement définis, en un mot par un projet de société.En ce siècle de pragmatisme éhonté, il témoignera de l\u2019efficacité magique du verbe.83 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Mes desiderata me gonflèrent la poitrine d\u2019allégresse.Les propos alarmistes de Monsignor Tala avaient cessé d\u2019opérer sur mon identité québécoise leur travail de sape sournoise.De fait, il était bien révolu le temps où le Québec empruntait sa présence sur le continent à l\u2019expansion triomphante de l\u2019Église apostolique romaine.Mais c\u2019est qu\u2019il était prêt maintenant à voler de ses propres ailes, et à porter à l'hémisphère un message encore plus séduisant, celui de la souveraine beauté, de la souveraine vérité et de la souveraine originalité de la québécitude.En échange, le nouveau monde n\u2019hésiterait pas à lui reconnaître la plus belle, la plus vraie et la plus originale des souverainetés.Dulie jaillit.Ceux qui ont connu le Québec a son époque de grandes dévotions savent a quel point la pratique « dulie » y était active et florissante.Evidemment quelques lecteurs à la culture religieuse déficiente croiront que je fais allusion ici à la fringale de reproduction ou aux interminables grippes qui tenaient fréquemment nos ancêtres alités.Tous les autres se souviendront sans peine qu\u2019on appelait dulie le culte rendu aux anges et aux saints.La toponymie des rues et des villages témoigne encore qu\u2019on n\u2019y allait pas de main morte.Le Québec laïcisé et autocentré n\u2019a pas perdu sa vénération ardente et spontanée envers les êtres qui s'élèvent au-dessus du vulgaire par l\u2019héroïcité de leurs vertus.C\u2019est par ce biais qu\u2019il conserva une ouverture certaine, une capacité d'accueil, envers le reste des Amériques.L'opération fut facilitée par un saint de transition, John Fitzgerald Kennedy.Apparu dans notre ciel comme saint catholique, il se transforma peu à peu en saint politique, grâce à un symptôme qui ne trompe pas, le style de ses discours (la pratique est trop complexe et trop difficile 84 Se resituer à vérifier pour être un critère de sainteté politique suffisamment opérationnel).Les Québécois ont eu d\u2019ailleurs du mal à comprendre comment lui et un autre saint politique de l\u2019époque, soit Fidel Castro, ont pu donner certains signes de mésentente.même les saints sont perfectibles ! D\u2019autres élus vinrent conférer à l\u2019Amérique un réel intérêt à nos yeux : du côté latino, mentionnons dom Helder Camara, le Che, Allende, Paolo Freire, sans oublier le front sandiniste au grand complet.Même les Etats-Unis ont su nous donner Martin Luther King, Angela Davis, Castaneda, Buckminster Fuller et.Carl Rogers.Quant au Canada anglais, notre oecuménisme n\u2019allait quand même pas tomber dans la complaisance laxiste : Terry Fox n\u2019eut droit qu\u2019au titre de vénérable.Ainsi, un culte de dulie dépassant les frontières de l\u2019Outaouais jaillit dans le Québec sécularisé, occasionnant un renouveau\u2026 charismatique.Hélas ! le terme finit par être galvaudé et récupéré.Et je crains que l\u2019authentique recherche de figures charismatiques capables d\u2019inspirer nos idéaux politiques soit maintenant tout à fait absente dans les groupes qui ont réussi à usurper le nom de « mouvement charismatique ».Coups de théâtre (et point tournant de l\u2019article) Soudain mon exaltation se relâche.Je me sens au contraire envahi par une pesante solitude.Je nous vois comme des gens dont les rapports de voisinage sont empêchés par des tiers qui abusent de notre hospitalité.La visite prend tout notre temps, tout notre espace, et entend régir nos réactions avec nos Voisins.Je suis tout à coup comme un joueur de monopoly qui a l\u2019impérieuse envie de liquider quelques maisons et hôtels afin d\u2019occuper un peu plus de terrains.85 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Les hôtes que je propose de mettre à la porte sont la conception mystique de notre identité, notre appartenance fantasmatique à l\u2019Europe, et notre illusoire identification au Tiers-Monde.Depuis le début de l\u2019article, j'ai surtout tourné autour de la première de ces présences.Au moment de mettre quelqu\u2019un à la porte, il est décent de formuler des griefs plus clairs et plus directs.Notre définition de nous-mêmes comme un oasis de l\u2019esprit dans un désert de matérialisme (l\u2019Amérique anglo-saxonne) n\u2019a pas changé d\u2019un poil.Seul le langage s'est transformé.On ne parle plus de catholiques et de protestants.Là où les évêques d\u2019antan dénonçaient l\u2019incroyance, nos prêcheurs d\u2019aujourd\u2019hui accusent l\u2019inculture.Il y a cinquante ans comme aujourd\u2019hui, on croyait que notre société francophone se distinguait de son entourage par des valeurs beaucoup plus élevées.En particulier, nous n\u2019avons jamais cessé de nous voir comme le seul lieu vraiment humaniste en Amérique du Nord (quelques-uns concédant une exception pour la lointaine Californie).Dans les formes le plus modernes de cette mystique, nous aimons percevoir notre jeune théâtre, nos chansonniers comme les seuls vraiment créatifs sur ce continent \u2014 nos cafés-terrasses comme le seul lieu nord-américain où on soit chaleureux envers les étrangers \u2014 nos groupes alternatifs comme le début de l\u2019Amérique conviviale et non capitaliste.Nous rêvons d\u2019exercer une influence unilatérale, alors que dans la réalité quotidienne l\u2019influence circule plutôt en sens inverse.Ceci étant, nous recevons sans choisir parce que nous recevons à notre insu, notre attention étant retenue dans une imagerie d\u2019autosuffisance fictive.Et nous donnons très peu parce que nous acceptons très peu notre propre réalité ; nous essayons de donner uniquement ce qui 86 Se resituer relève d\u2019une projection idéalisée, angélique, de nous- mêmes.Et si les gâteaux Vachon et Ginette Reno faisaient aussi partie de notre présence dans le voisinage ?Nous ne sommes pas un peuple choisi, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de peuples choisis.Aucun peuple n\u2019a une mission spirituelle privilégiée.Tous ont une vie tant spirituelle que matérielle.Nous ne sommes ni supérieurs ni inférieurs : nous sommes différents.Ces différences sont autant matérielles que spirituelles, et nos échanges peuvent jouer dans les deux sens aux deux niveaux.Ces deux niveaux sont d\u2019ailleurs difficiles à dissocier et dans l\u2019histoire, les peuples commerçants ont souvent été des peuples de culture.On passe à l\u2019Europe ! Faut-il encore rappeler que nous ne sommes plus des Européens, et depuis longtemps ?Depuis l\u2019origine, en fait ! Nous descendons tous de gens qui un jour ont tourné le dos à l\u2019Europe.Tous y compris les Néo-Québécois d\u2019origine européenne.Les départs peuvent avoir obéi à des raisons variées, ne serait-ce que le manque de travail et d\u2019espace.Justement, l\u2019espace, parlons-en.Les quelques fois où J'ai mis les pieds en Europe, j'ai toujours été désemparé par un rapport à l\u2019espace radicalement différent et, pour les mêmes raisons, on reconnaît assez facilement dans les lieux publics montréalais les Européens d\u2019arrivée récente.Le rapport à l\u2019espace déteint sur le rapport au discours : on dramatise moins les différences quand il y a plus d\u2019espace pour chacun.On argumente moins.On parle davantage pour s\u2019informer que pour se convaincre.Le langage est moins élaboré, plus concret, plus direct.La grande majorité de nos écrivains ont une construction de phrase, un vocabulaire, une articulation de pensée, qui portent la marque directe de notre expérience américaine de l\u2019espace et de la communication.On a souvent accentué notre proximité avec l\u2019Europe en comparant le comportement du touriste québécois et 87 me TEAC PARRECPARE COR PURE CA ASG ROT CROIRE EE RSR: Possibles \u2014 L'Amérique inavouable du touriste américain en pays européen.Attention ! Selon que le territoire visité est la France ou l\u2019Angleterre, l\u2019aisance des uns et des autres peut varier.nous prenons plus souvent nos exemples en France, n\u2019est-ce pas ! Et puis, même en France, nous comparons volontiers les comportements de l\u2019écrivain québécois et du parvenu américain.Il faudrait nuancer les analyses si on prêtait également attention aux écrivains américains et aux parvenus québécois (sont-ils moins américains et moins québécois que les précédents ?).Enfin, les contacts locaux peuvent changer de couleur selon qu\u2019ils mettent en scène des écrivains français ou des parvenus français.si on veut compliquer un peu l\u2019exercice, on peut même supposer que dans un pays ou l\u2019autre, certains individus puissent être à la fois écrivains et parvenus.Marquer nos distances face à l\u2019Europe, est-ce encore une fois tomber dans l\u2019inculture ?Des analyses à grands coups de hache le donnent à entendre.Un peu d\u2019observation modifie les choses.Je m\u2019arrête au cinéma.Parmi les films français présentés à Montréal depuis un an, il y a bien eu quelques idioties, et certains films américains ne manquaient pas d\u2019intelligence.Il peut faire plus mal de mettre en cause notre identification au Tiers-Monde.Il est moralement confortable de se situer dans le camp des victimes : dans les visions tant catholiques que marxistes, ce camp jouit du monopole de l\u2019innocence et des promesses de l\u2019histoire.Seulement, un tel confort moral ne peut se bâtir sur de grossières distorsions de la réalité : nous sommes non pas un pays sous-développé mais une région développée dépendante.Ce n\u2019est pas le grand luxe, mais ce n\u2019est pas la misère non plus.Sortir du sous-développement et sortir de la dépendance sont des objectifs à distinguer : il en va de la crédibilité interne et externe de nos discours politiques.88 Se resituer Nous nous battons pour le contrôle de notre développement.D\u2019autres se battent pour accéder au développement.Cette différence permet complicité et coopération.Elle ne nous autorise pas à revendiquer un leadership, ni à parer nos luttes économiques et politiques de la défroque des autres.Les limites de l\u2019archéologie (second point tournant de l\u2019article) Ces vieilles « bibittes » à nous étant soigneusement déterrées, je veux maintenant tempérer l\u2019emportement pessimiste des paragraphes qui précèdent.Si on les regarde froidement, ce sont des « bibittes » fossiles.Visitant un jour un musée archéologique et passant devant un fossile de bélémnite, petit mollusque céphalopode de l\u2019ère secondaire, je me suis demandé avec frayeur si c\u2019était là un de mes ancêtres *.Le calme me revint progressivement en prenant conscience que depuis ce temps- là, on avait quand même passablement changé.Dans la vie concrète des Québécois réels de 1984, les identifications mystique, européenne et tiers-mondiste ne sont plus ni un moteur vivant des conduites ni un thème inspirateur de pensées nouvelles.Elles sont des clichés pétrifiés, conservés au musée de nos mythes.Ce serait tout réduire à l\u2019archéologie de définir un terrain uniquement par ses fossiles.Un humus récent, enrichi de pleurs et de déceptions, est en train de recouvrir le sol québécois d\u2019une terre arable, où le principe de réalité semble tenir une plus grande place que dans les sédiments fossiles précédents.* En vue d\u2019économiser ma créativité, j'utilise la même analogie pour parler des anciennes blessures affectives dans un livre qui vient de paraître.On a les chemins de Damas qu\u2019on peut ! 89 Possibles \u2014 L'Amérique inavouable Objurgations à la plume québécoise Ceci m\u2019amène au passage le plus pathétique de mon article.Jadresse à la plume québécoise un appel déchirant.O plume de mon pays, Tu as gagné en quelques décennies Une capacité plus grande a modeler ta propre forme.Je t\u2019en prie, je t\u2019en conjure, Ne te la modèle point en forme de plume d\u2019oie En ces jours où se répandent Les machines à traitement de texte.Pour parler de notre coin de la planète, La plume d\u2019oie a déjà été suffisamment usée Par Monsieur de Chateaubriand Il y a quelque temps déjà.Vois ta métropole remplie d\u2019émigrés, Tes petits salariés qui ramassent toutes leurs économies Pour rechercher les plages où 1l fait chaud, Tes patenteux qui voudraient élargir leur marché.Et essaie pour voir si disquette à l\u2019appui, En pensant à ces contemporains bien en chair, Tu ne pourrais pas inventer une poésie nouvelle, Fidèle non seulement à son territoire Mais aussi à son époque.Tu t\u2019impatientes.Tu me dis que je suis en train de parler sur le même ton que ceux qui naguère t\u2019ont donné toutes les missions mythiques dénoncées plus haut.Bon, d\u2019accord ! Je vais t\u2019aborder plus simplement.Je souhaite que tu te laisses imprégner par des objectifs, des relations, une ambiance, qui émergent du pay- 90 Se resituer sage où tu vis : une Amérique multiple, où les complicités possibles et les sources d\u2019irritation s\u2019entrecroisent de la façon la plus déroutante, où il est impossible de ne pas voisiner, où ta propre identité tantôt se fond dans le paysage et tantôt contraste avec éclat.Ta présence sur ce continent comme toute présence quelque part n\u2019est ni un destin surnaturel ni une punition infamante.Tu n\u2019y es ni miraculeusement protégée, ni fatalement condamnée.C\u2019est une tâche, une question, un problème, une contrainte, une opportunité.L'échange est un jeu où le hasard, la nécessité et la débrouillardise ont une sorte de relation à trois aux rebondissements inépuisables.Je ne te demande pas de renoncer à l\u2019imaginaire.Au contraire : les mythes simplistes donnent un imaginaire appauvri, redondant, déclamatoire, ampoulé.Les défis concrets du commerce, de l\u2019art, de la migration, du tourisme et des modes de vie, à côté d\u2019un voisin gigantesque, tour à tour écrasant et débonnaire, plein de fantaisie et désespérément conformiste, familier et repoussant.avec, plus au sud, des voisins éloignés, révolutionnaires et féodaux, chaleureux et machos, confiants et susceptibles, complices et impénétrables.tu ne crois pas que voilà de quoi t\u2019inspirer ?91 Suzanne Martin Les deux visages de Amérique God, guts, guns made America.Let\u2019s keep them three* Ne me parlez pas de la Californie (couleurs pastels des affiches, charme rétro, Chevrolet 65, palmiers, parasols, orangeade, un zeste de zen ?).Parlez-moi des apres-midi qui s\u2019étirent dans une petite ville du Sud, entre le snack- bar et la pompe a essence, des bas-fonds de New York et des banlieues-dortoirs ou des chiens policiers prote- gent les pelouses des citoyens modeles.Parlez-moi de la bonne conscience et du conformisme qui suintent de partout, des théraphies qui vous aident a vous sentir bien dans votre peau a condition de laisser votre âme a la porte, du nouveau peuple élu auquel un Dieu, qui ressemble à Ronald Reagan, a promis l\u2019empire du monde.Parlez-moi de l\u2019éclat des fusils, de la faim des laissés- pour-compte de l\u2019opulence, de la violence tapie dans les rues sales des grandes métropoles, des vertus de la « Moral Majority » et des états d\u2019ame de Pinochet.* Vu sur une plaque d\u2019auto, Gloucester, Mass.93 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Redites-moi les charmes de l\u2019« American way of life » dans les bidonvilles de Sao Paulo, le miroitement de ce paradis du clinquant promis aux peuples dociles que l\u2019on a la délicatesse de nourrir de traductions du Reader\u2019s Digest.Racontez-moi les rêves en carton-pâte, sur écran technicolor, qui dépouillent les peuples de leurs propres rêves, le mépris des autres cultures et ce mélange d\u2019arrogance et de stupidité qui règne au pays de Dallas.(Parfois le Mal, celui qui obsédait Hawthorne et Melville, revient hanter les descendants des Puritains mais Jaws a remplacé Moby Dick.) Parlez-moi du déracinement des vagues successives d\u2019immigrants, de ce pays sans mémoire ou les bulldozers nivellent la conscience historique, de la course éperdue sur les autoroutes, de Jack Kerouac a Easy Rider, et de tous ces écrivains qui ont fui en Europe le « cauchemar climatisé ».\u2014 Que cherchait donc Henry Miller sur les routes poudreuses de Grèce ?Parlez-moi de cette matrice et de ce point d\u2019aboutissement de la folie technologique de l\u2019Occident, de cette idéologie omniprésente qui nous fait prendre nos réalités pour des désirs, de ce vaste supermarché des contestations à rabais où le dernier prêt-à-penser est déjà emballé dans le cellophane.Là-bas même la mort, surtout la mort, maquillée sous les néons, a l\u2019air artificielle.Qu\u2019irait d\u2019ailleurs faire la mort au pays de l\u2019éternelle jeunesse ?À vie artificielle, mort artificielle.La mort maintenant c\u2019est cette vieille femme en noir agenouillée au chevet d\u2019un paysan d\u2019Amérique centrale.Il faudra plus qu\u2019un sorcier yaqui pour sauver ce pays et nous avec, colonisés tranquilles gavés de consommation, admirateurs naïfs du Progrès, adorateurs respec- 94 Les deux visages de l\u2019Amérique tueux du dieu Dollar.Peut-être qu\u2019un grand vent se lèvera 5 un jour et soufflera, de la Cordillère des Andes jusqu\u2019à E nos rivages, pour nous réapprendre la saveur de la vie, le vrai visage de la mort et la nécessaire pauvreté.Au fait, comment disiez-vous ?La Californie.95 TT Po TPR PP PRISE _ \u2014 \u2014 [3 4 Pi cu à 7 7 Pho, 7 2e 7k a TEE % 5 2 2 2 pf Pa 0° oes 24\u20ac 7; % # 4 4 Ps x 3 £7 TT > ÉÉ > i Ze 7 7 BY i 5 Pi Cr CA 37 k Æ 5 5 7 A A 154 Se bit ; pd 3, Si ity i 5 gt = i 7 A Gn i v Zi Ge 2 \u201cor a #5 4, i 5% 4 pe > 9 \u2018 a 7 o A oY: ds, 2 6 a; a a , sr os HE 4 1 2 05 5 % ee os x 2 5 a ot pe > A 5 y.: 3 #% > ss ok 2 | PE a i ie! AH an Es \\ N x 2 sé A | on, 7 %, 4 Es GE, 22 A à z 5 +2 Z Wo fo Ë +2 2 A ps 2 i?55 4 5 0 Ciba Bk 2 a 3 7 7, ; sf fo.A i E 7 % Ze, { a 7 2 ; A £23 | ne % £3 # 4 2 à a % its 7 nt 2 æ = Fa pA LA Ps 4 i) oh 3 # PS 54 54 oh we à 5 55 er Fink 7 A £70 LS = 7 # pe wn / ASX _ à 7 2 7 $1 7 à, a / si \u20ac % il 7, 7 / # #3 4 ÿ ÿ à agé 45 I Fg A i pe #4 / 3 3 : PA EA I a REY, ce A LL oy 2 Madeleine Monette Le Maillot (extrait) Deux vacanciers sont à la recherche d\u2019une jeune femme qu'ils voient chaque jour sur la plage.Après avoir parcouru en tous sens un village de la côte est des Etats- Unis, ils la trouvent enfin.Les rues du village étaient désertes, sauf ce tronçon de la rue principale où les voitures allaient et venaient, se garaient un moment devant les magasins puis repartaient.Les automobilistes y suivaient au doigt et à l\u2019oeil les directives des agents de la circulation, de ces femmes aux uniformes mal coupés et aux cheveux tassés dans des casquettes trop petites, mais des coups de sifflet n\u2019en transperçaient pas moins, à tout instant, la chaleur comme des vrilles.Les mains croisées derrière la tête, Louis se laissait conduire en promenant un regard désintéressé sur les trottoirs et les parcs de stationnement.Il n\u2019avait, de toute évidence, pas envie de prendre part à une recherche intensive, et il se montrait juste assez attentif pour que son ami n\u2019ait rien à redire.99 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable « Tu crois qu\u2019elle nous attend ?» a demandé celui-là, brisant le silence où il s\u2019était enfermé jusqu\u2019alors comme s\u2019il avait réfléchi à quelque fantaisie ou stratagème.Louis a détourné la tête, et pendant un long moment il a regardé par la fenêtre de la portière.En quittant la plage ils avaient roulé droit devant eux, d\u2019abord à pleine vitesse puis de plus en plus lentement.A la première bifurcation ils avaient hésité, choisi d\u2019explorer le village plutôt que la campagne environnante et pris à gauche.Ils venaient maintenant de s\u2019engager dans une allée transversale et, n\u2019eût été le vent qui s\u2019engouffrait dans la voiture, agréablement chaud, chargé de vapeurs d\u2019eau et d\u2019odeurs de sel, ils se seraient crus dans la banlieue quelconque d\u2019une petite ville quelconque.Ayant traversé la voie de chemin de fer, ils sont arrivés par inadvertance dans le quartier noir qui alimente la région en domestiques et jardiniers.À peine y avaient-ils piqué une pointe qu\u2019ils ont rebroussé chemin, pris d\u2019une peur irraisonnée.Ils ont tourné encore et encore, au gré de leurs impulsions plutôt qu\u2019en quadrillant le terrain ou en suivant un plan systématique.Ils étaient un peu perdus et se demandaient s\u2019ils avaient une chance de trouver la Volkswagen là où ils la cherchaient, mais puisqu\u2019ils avaient déjà inspecté les espaces de stationnement réservés aux clients des hôtels, ils n\u2019avaient plus qu\u2019à explorer les parties non commerçantes du village où peut-être la jeune femme avait loué une chambre.Les bungalows blancs et les ranch houses, ces longues habitations sans étage, au toit peu élevé, se succédaient en enfilades toujours plus dépaysantes à force d\u2019uniformité.Ni haies ni clôtures ne bordaient les terrains, et les maisons étaient assises sur de vastes pelouses rasées, leurs façades entièrement exposées à la rue.On devait y 100 Le Maillot (extrait) vivre au vu et au su de tout le monde sans avoir rien à cacher, ou alors en développant des ulcères.Propulsés par des arroseurs automatiques, de longs jets d\u2019eau tournaient à ras de sol, tracés aurait-on dit par des aiguilles en constante rotation, ou montaient en éventail puis se repliaient sur eux-mêmes en oscillant d\u2019un côté et de l\u2019autre ; se brisant en fine poussière sur l\u2019herbe serrée, grasse et imbibée, ils remplissaient le silence de froissements irréguliers, cent fois plus doux que le cri stridulant des cigales mais ponctués ici et là de déclics rapides.Dans ces rues où ne circulaient que de rares voitures, il n\u2019y avait pas d\u2019autres signes de vie.Tout y respirait l\u2019ordre et l\u2019aisance, non pas la richesse mais le confort modéré, soigneusement réglé sur celui du voisin.Bien qu\u2019il y reconnût les paysages de son enfance, Louis sentait que sa présence était déplacée, constituait en elle-même une sorte d\u2019infraction.À la fois rétif et résigné, il avait le sentiment de se laisser entraîner dans une situation douteuse et il appréhendait ce qui allait se passer.S\u2019il avait l\u2019air assombri de ces enfants qu\u2019on trimballe sans leur demander leur avis, son ami avait plutôt la mine résolue et dégoûtée de ceux qui ont prétendu raffoler d\u2019un mets nouveau et se croient ensuite forcés de tout avaler.Louis en avait assez des plaisanteries qui tombaient a plat, ne suffisaient pas à leur rappeler que cette équipée n\u2019avait rien de sérieux et accentuaient leur malaise au lieu de le dissiper, mais il prenait patience en espérant qu\u2019ils abandonneraient bientôt leurs recherches.Ils ne comptaient plus depuis longtemps les Bambi de plâtre peint, les cygnes roses et les enfants noirs portant casquette et canne à pêche qui ornaient une pelouse sur deux, lorsqu\u2019ils ont aperçu la Volkswagen jaune.Elle était stationnée devant une maison d\u2019apparence plus ancienne que les autres, mais bien entretenue, aux bar- 101 Possibles \u2014 L'Amérique inavouable deaux naturellement colorés par les intempéries et à l\u2019arrière-cour fermée d\u2019une clôture de lattes sans jour.Ils se sont arrêtés de l\u2019autre côté de la rue à une bonne distance de cette maison, et Louis s'en est vaguement inquiété.Brouillée par les crépitements d\u2019une radio, une chanson d\u2019amour aux notes traînantes et aux crescendo forcés montait d\u2019un jardin des environs.Tandis qu\u2019il marchait sur les talons de son ami et que son coeur se mettait à battre sans qu\u2019il sût exactement pourquoi, Louis a eu l\u2019impression que la musique se rapprochait.Au bout d\u2019une échappée de gravier où plusieurs voitures auraient pu tenir pare-chocs contre pare-chocs, une petite porte était découpée à même la clôture.Elle a cédé sous une simple pression de la main, et du coup la jeune femme leur est apparue au milieu d\u2019un carré de verdure bien tondu et bien peigné, bordé de plates-bandes mauves et blanches et odorantes.Elle était assise sur une chaise longue au matelassé épais, lourdement fleuri, une bouteille de Pepsi et une radio portative à ses côtés.Les jambes et les bras complètement détendus, les pieds écartés avec abandon et les mains ouvertes près de ses cuisses, paumes en dessus, elle ne s\u2019offrait à leurs regards ni tout à fait de dos, ni tout à fait de profil.Interdits, comme si après l\u2019avoir cherchée tout ce temps ils avaient été surpris de la trouver là, tranquille ou peut- être même assoupie, ils sont restés un instant dans l\u2019embrasure de la porte.Le menton de Louis s\u2019était posé délicatement, un peu à la manière d\u2019une feuille d\u2019automne, sur l\u2019épaule de son ami, et ce dernier n\u2019avait pas bronché.Le jeune femme ne semblait pas les avoir entendus, et ils n\u2019osaient plus respirer tant ils hésitaient à troubler cette scène de parfaite relaxation.Louis aurait voulu qu\u2019ils s\u2019enfuient à toutes jambes, en échangeant coups de coude et bourrades amicales et en 102 Le Maillot (extrait) riant peut-être aussi, comme lorsqu\u2019ils étaient jeunes et qu\u2019ils réussissaient un bon coup, mais son ami donnait déjà des signes d\u2019impatience et ne semblait pas disposé à partir.Le mains ramassées dans les poches appliquées et trop courtes de son short, il haussait très haut les épaules pour se donner du courage en même temps qu\u2019une stature plus imposante et se dressait sur les pieds en faisant passer rapidement, presque imperceptiblement, le poids de son corps en avant ; il repoussait le moment de faire son entrée et les os de ses mâchoires lui roulaient nerveusement sous la peau, à la naissance des oreilles.Lorsque soudain la jeune femme a bougé, ramenant un pied vers elle et pointant le genou en le balançant de côté et d'autre, il s\u2019est mis à avancer : il ne voulait pas qu\u2019elle les découvre, aurait-on dit, avant qu\u2019eux-mêmes n\u2019aient pu la surprendre.Louis a écarté les bras en signe d\u2019impuissance et, après quelques secondes de flottement, lui a emboîté le pas.La porte s\u2019est refermée derrière lui dans un bruit sourd.La jeune femme a sursauté et, pliant le corps sur le bras de sa chaise, elle s\u2019est retournée.Elle a dû les reconnaître aussitôt car elle a eu un sourire indécis, plus surpris et géné que flatté.Puis, l\u2019air de s\u2019en vouloir comme si le réflexe lui était venu trop tard, elle s\u2019est empressée d\u2019enlever la pince qui dégageait son front et retenait sa frange toute droite sur sa tête.103 pee [ap el EE Le AOI Pierre Nepveu Récitatif pour Ron Kovics This is America calling.Ronald Reagan fait un sourire à la caméra en actionnant le levier de son nouveau jeu- vidéo Star Wars, et la gagnante du gros lot de « The Price is Right » entre en état de lévitation tandis que le public prie en battant des mains : « God Bless America ».C\u2019est l\u2019appel de l\u2019Amérique mais J'entends d\u2019autres voix, celles de la pensée qui chante et ne rompt pas, Emerson proclamant à Harvard, en 1837, le souverain pouvoir de l\u2019esprit actif et créateur, celle de William Carlos Williams qui traverse la banlieue triste de Paterson et dit : « C\u2019est l\u2019esprit/l\u2019esprit seul/qu\u2019il faut guérir/avant que survienne/la mort/et la volonté/redevient un jardin », tandis que son jeune concitoyen Allen Ginsberg raconte qu\u2019il a trouvé l\u2019enfer au fond de l\u2019esprit et s\u2019écrie, parvenu à l\u2019autre bout du continent, devant la baie magnifique de San Francisco : « Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! » L\u2019Amérique n\u2019en finit plus de vivre le combat absolu du bien et du mal, de la manière la plus stupide quand il ne s\u2019agit que d\u2019un manichéisme idéologique, et de la manière la plus noble quand il s\u2019agit de la vie et de la mort de l\u2019esprit.This is America calling.« La terre est brève/et l\u2019angoisse absolue/et les blessures nombreuses, et puis après ?», chante doucement la très ancienne et très neuve Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Emily Dickinson dans sa maison de Amherst.L'esprit guérira-t-il jamais ?Dans les montagnes de la région de San Francisco, des anciens combattants du Vietnam attendent encore l\u2019ennemi, l\u2019arme à la main.Le mal n\u2019est jamais loin, aux U.S.A.Est-ce par hasard que les deux grands fondateurs de la poésie moderne y ont évolué, l\u2019un, Eliot, vers le catholicisme traditonnaliste et l\u2019autre, Pound, vers le fascisme ?Quelque part, au milieu de la laideur et de l\u2019obscénité, l\u2019Amérique rêve à la pureté perdue, absolue.Trois chevaux détalent dans un pré de POhio, c\u2019est janvier, la neige fond au soleil de midi.Une image de l\u2019Amérique, pure, parfaitement insignifiante.FPentends la voix des poètes qui rassemblent ces images et construisent l\u2019immense livre des haikus de l'Amérique.Recueil de choses, de faits divers.« De ces fragments, jai étayé mes ruines », disait Eliot, parti en Angleterre.Contre le mal, l\u2019image est une solution.Mais ce n\u2019est pas suffisant.D\u2019ai traversé les images de l\u2019Amérique et je n\u2019ai pas trouvé la pureté et mon esprit n\u2019a pas guéri.Sur la grande place d\u2019El Paso, les Mexicaines se racontent leur vie ou méditent, ivres de vent, de sable et de soleil.Sur une route de l\u2019Arizona, un Noir se détache d\u2019une famille de cactus et lève le pouce, et plus tard, sur la plage de San Diego, il dit : « So, this is the California dream.» Dans un bar de Santa Monica, une jeune femme qui a bu m\u2019embrasse frénétiquement puis disparaît.Devant le Palais des Beaux-Arts de San Francisco, étrange colonnade sur laquelle se languissent des filles de pierre, une femme de San José me parle de la mort, du mal qu\u2019elle nous fait et des manières de nous en défendre.« J'ai dormi avec la beauté », dit Lawrence Ferlinghetti qui marche autour de l\u2019étang sous la pluie et plus tard encore, sur la rue Jefferson, un mime embrasse une femme invisible et me sourit.This is America calling et je sais que les images ne prévalent pas toujours contre la bêtise, et qu\u2019elles nourrissent parfois l\u2019enfer de l\u2019esprit.C\u2019est pourquoi j'entends d\u2019autres voix, qui sont l\u2019interminable 106 Récitatif pour Ron Kovics poème de l\u2019Amérique, au-delà de l\u2019épopée et de toutes les conquêtes, et qui disent, comme Wallace Stevens, que les ravissements de la vérité peuvent être fatals à la vérité et que « dans le coeur, la pensée bat ».Les poètes m\u2019en ont appris davantage sur l\u2019Amérique que tous les voyages.Mais il a fallu que je voyage et m\u2019égare et meure plusieurs fois pour entendre la pensée qui chante et veut vivre dans les poèmes de l\u2019Amérique.Un soir, Ron Kovics, éclopé du Vietnam, assis à perpétuité dans ta chaise roulante électrique que tu conduis comme un chauffard, toi qui aimes désespérément les femmes et leur dit qu\u2019elles sont belles, toi qui es beau comme un dieu sachant qu\u2019il ne pourra jamais plus se lever de son trône, Ron Kovics tu m'as parlé en poésie dans North Beach, tu m\u2019as tendu le manuscrit accepté par City Lights et m\u2019as demandé de te dire si je trouvais ça beau, comme si ton salut même en dépendait et qu\u2019un seul acquiescement de moi à tes mots écrits sur le papier pouvait te guérir, Ron Kovics tu m\u2019as fait rire et pleurer, et j'ai frémi en pensant que ta pureté ne pouvait qu\u2019être la fille de ton effroyable descente au fond du malheur.Et j'ai marché jusqu\u2019à l\u2019épuisement sur Ocean Beach, en guettant les merveilleux silences de la mer au milieu de son tumulte, et j'ai vu des fantômes tapis dans des cabines téléphoniques, et j'ai laissé un travesti me faire la cour au bar de la Rose Noire, m\u2019éloignant à nouveau de toute vérité, me perdant dans les images innombrables et insensées, me heurtant aux mille écrans éblouis par l\u2019image de Ronald Reagan esquissant le sourire de la plus profonde humanité, mais tu étais toujours là, Ron Kovics, non comme une autre image, même si je te voyais mangeant ton spaghetti sur Broadway et flirtant avec la serveuse, mais comme la voix au-delà de toutes les images, là où la pensée arrivée au but palpite encore de désir, là où l\u2019esprit inguérissable parle encore de trouver.Et j'ai repris ma route, vers le jardin de la volonté.107 ces nea ea Par pète rao Parr ve ot ce =\u2014 uen = nro Pty -\u2014 pray Sens rrr EAA = Pre Su ès posées OU 7 - ap LT = \u2014_ Bre COL TS res 2 se SRP = BR e ARSC ARI AS 2 Ve ov, 5 + S 5 i Ë £2 \\ Ty i = Le n il ad 8 27 | Len Bj 1% A ft aa pe a nh i \\ prt À e N i = Z a \\ i) 3 4 ae à apn 2 ol £8 raster tot len SRR Shin Dion raaree S0T corn ec sta orn : 2 ern, i reg omit cess oeop ais Fe nr ve 23 ve as oise a ow.PEN wo con A, fy $x SR) = iy < # in ] & i % Ï $ | hs i, on Fh = pu A pa Fu dans is fie Soporte aps 7e # né = ts 7 RE Sidr EA = NS de.5 1 PET Rene EE : IIT a 3 2 i À NA vo a pr pe i - ) 4 Po | mn es 3 % sy oo $ 34 LR A a, sys x Pe) re 3 Le \u201d J a Pe pa POPP Ce Émile Ollivier Un travail de taupe : écrire avec un stigmate de migrant Écrire, c\u2019est dire.Dire, c\u2019est d\u2019emblée vouloir tout dire.Tout dire ne poserait pas tellement de problème, si on savait quoi dire et le saurait-on, il resterait un problème de taille : comment dire, tout dire quand ce que l\u2019on a à dire, refuse le dire ?Peut-être, au bout du compte, n\u2019écrit-on que pour essayer, maladroitement, de tenter de dire et s\u2019apercevoir, dans le pire des cas, que l\u2019on a absolument rien à dire, ou tout au mieux qui n\u2019ait été déjà dit.L'écrivain argentin Jorge Luis Borgès a écrit un texte, en 1939, qui fait partie d\u2019un recueil de nouvelles, Fictions paru en 1957.Dans cette nouvelle, Pierre Ménard, auteur du Quichotte, Borgès imagine un auteur français qui s\u2019efforce d\u2019écrire un Don Quichotte et finalement n\u2019a pu que réécrire le chef-d\u2019oeuvre de Cervantès dans toute sa littéralité.En lisant ce texte, on a l\u2019impression que Borgès remet en question la notion d\u2019originalité.Pour lui, tout se passe comme si écrire ne serait que reécrire, écrire une nouvelle fois ce qui a déjà été écrit.Dans Les Mots, autobiographie partielle, Jean-Paul Sartre s\u2019étend longuement sur l\u2019idée selon laquelle on devient écrivain par pur et simple imitation.111 Possibles \u2014 L\u2019 Amérique inavouable En ce sens, écrire est à la fois pour moi lecture et réécriture.Aujourd\u2019hui, je tenterai de dire un Antillais vivant au Québec depuis tantôt vingt ans et qui essaie d\u2019écrire.Vivre le déracinement signifie avant tout être hanté par le pays natal et en même temps creuser inlassablement comme une taupe presque aveugle, d\u2019interminables galeries pouvant éventuellement servir d\u2019abri et de retraite.Elever une voix minoritaire dans une littérature elle-même minoritaire, c\u2019est soulever le rapport ambigu que l\u2019écrivain entretient avec la politique, c\u2019est établir une démarcation fondamentale entre écriture de terroir et écriture de territoire.| Sur cette voie, nous ne sommes pas seuls et l\u2019on connaît quantité d\u2019écrivains qui vivent cette situation.On les entend souvent s'expliquer sur plusieurs facettes de leur vie et entre autres, sur cette forme de schizophrénie qu\u2019est le déracinement, l\u2019exil, la migration.Beaucoup d\u2019entre eux, en ont fait le socle même de leur esthétique.L'oeuvre littéraire ?champ d\u2019exploration Il ne faut en aucun cas considérer l\u2019oeuvre littéraire comme une autobiographie.En ce qui me concerne, je trouverais cela indécent de raconter ma vie.D'ailleurs, je ne l\u2019ai jamais trouvée assez intéressante pour qu\u2019elle vaille la peine d\u2019être contée.L'oeuvre littéraire, le roman surtout n\u2019est pas non plus, une oeuvre sociologique.Bien que je sois sociologue de profession, les oeuvres de création qui me renvoient à une lecture primaire du social m'ont toujours ennuyé.Ce qui se passe actuellement en Haïti ou dans quelqu\u2019autre coin de la planète, la torture, la mort blanche, les camps de concentration, tout le monde aujourd\u2019hui le sait et dans ce domaine, la télévision en direct, dame le pion, et de plusieurs coups, aux romanciers.Révéler une part inconnue de l\u2019être tel devrait être l\u2019objet de la littérature.Certes, l\u2019écrivain est citoyen du monde ; il a droit de gueule, de vote, droit à 112 Un travail de taupe.l\u2019engagement, à l\u2019enrôlement dans des partis ou des organisations politiques.L'époque de mon adolescence, je me réfère à la décennie 50/60, a été dominée par les discussions sur les rapports entre écriture et politique.Dans les profondeurs du sous-développement où je vivais je peux affirmer sans crainte de me tromper que cette question nous aveuglait au point de préférer la lecture d\u2019écrivains mineurs engagés à Tolstoï, Flaubert ou Proust.Il a fallu attendre que Roger Garaudy, alors qu\u2019il était encore membre du bureau central du Parti communiste, publie D'un réalisme sans rivage pour que nous commencions à fréquenter timidement Kafka ou St-John Perse.Bref, cette génération à laquelle jJ\u2019appartenais pourrait se définir comme celle qui voulait que la littérature soit une arme au service de la politique et du social.Aujourd\u2019hui beaucoup d\u2019eau a coulé sous les ponts.Je me préoccupe encore de la chose politique, mais j'avoue autrement.Je ne brouille plus les cartes.Réfléchir sur les questions politiques, faire de la littérature constitue pour moi deux opérations nettement distinctes.Confronté à ces deux ordres de problèmes, j'ai tendance instinctivement à les séparer, encore que je me trouve face à deux inconnus : le vide d\u2019un projet politique, la perspective d\u2019un projet littéraire.Ce qui me porte à croire que je reste conscient du noeud constitué par les rapports entre politique et littérature, noeud contre lequel, j'ai achoppé pendant toute mon adolescence et qui est loin d\u2019être dénoué.Mes pieds se prennent encore dans ces vieilles fibres enchevêtrées.À la réflexion, prétendre comme le faisait par exemple le romancier haïtien J.S.Alexis, que la littérature doit illustrer une vérité déjà possédée par la politique et le social, croire que l\u2019ensemble des valeurs de la politique et du social vient avant, que la littérature doit simplement y puiser ses données, est erroné.Cette opinion impliquerait une conception de la politique et du fait social comme objet fixé une fois pour toutes, inchangeable.Cette conception serait désastreuse et pour le fait social et pour la politique.Elle l\u2019est également pour la littérature qui dans cette perspective ne serait qu\u2019ornement, 113 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable breloque.Et même quand on tente de sauver sa fonction de pédagogie politique, le risque est grand de perdre sur les deux tableaux : on fait de la mauvaise littérature et de la fausse politique.Erronnée serait aussi une conception de la littérature, recueil de vérités humaines éternelles que trop souvent la politique met au rancart.Le rôle de la littérature consisterait alors à les lui remettre en mémoire.Mais, répéter inlassablement, sous des formes variées des vérités dites éternelles, n\u2019est-ce pas là, encore une fois, réduire la littérature à n\u2019être qu\u2019un instrument ?Cet aspect, à première vue, utile et séduisant, ne serait-il pas en fait nuisible et aliénant tant pour la littérature que pour la politique ?A ce point de mon interrogation, il conviendrait de jeter un regard sur mon cheminement esthétique de faire la part de mes héritages culturels et de mes acquis personnels.Mes racines littéraires ?Un rapide coup d\u2019oeil sur la littérature haïtienne permet de comprendre, que, derrière le défilé des écoles, de 1804 à 1960, elle semble n\u2019avoir qu\u2019une prétention, celle de représenter la conscience de la formation sociale : refus de s\u2019associer au cynisme des gouvernements successifs, critique féroce des classes dominantes et régnantes, exaltation de l\u2019avènement d\u2019un autre pays.À la mauvaise conscience des classes dominantes et régnantes, l\u2019écrivain a opposé une autre vision : celle de la bonne conscience.Exemplaire, en ce sens, l\u2019oeuvre de Fernand Hibert, de Cinéas, de Roumain, d\u2019Alexis : moment nécessaire d\u2019une littérature en quête d\u2019elle-même et d\u2019un autre pays.Mes acquis ?À partir de 1960, la dictature de Duvalier, l\u2019exil qui s\u2019ensuit annonce une ère nouvelle, une prise de conscience que la littérature ne peut plus prétendre donner un enseignement positif sans être hypocritement con- 114 CN LR ES Un travail de taupe.solatrice, désuète.L'écrivain ne peut être que témoin du moment présent, du point où nous en sommes.Des disciplines nouvelles, la linguistique, la théorie de l\u2019information, la sociologie de la communication, l\u2019anthropologie, la sémiologie ; l\u2019étude structurelle des mythes, un usage nouveau de la psychanalyse et du marxisme, tels sont les instruments dont peut aujourd\u2019hui disposer l\u2019écrivain pour déconstruire et recomposer l\u2019objet littéraire à partir de ses éléments premiers.Le nouveau roman nous a appris le langage de la rupture : rupture avec la linéarité de l\u2019espace et du temps, rupture avec le populisme, rupture avec le héros moralisant\u2026 Que devient alors la littérature ?Qu\u2019est-ce qu\u2019elle peut faire?Tout ceci pose le problème de l\u2019efficacité de la littérature, son pouvoir, sa capacité d\u2019intervention.Que peut la littérature contre un enfant qui meurt de faim ?Sartre se l\u2019est demandé pendant longtemps et avait fini par avouer à la fin de sa vie qu\u2019il avait pris sa plume pour une épée mais qu\u2019il était parvenu à mesurer l\u2019étendue de son impuissance.Rumeur du vent mais aussi paroles des grands fonds.Là est le paradoxe de la littérature.À la conception de la littérature reflet du réel, expression naïve des sentiments personnels, outil de conscientisa- tion, on pourrait opposer celle de la littérature comme jeu mais ce serait tomber dans l\u2019excès contraire, méconnaître le pouvoir de l\u2019inconscient qui souvent fait dire à l\u2019auteur ce qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention de dire.L'exemple de Balzac dans ce domaine est connu.De plus, l\u2019oeuvre n'appartient pas totalement à son auteur.Il est constitué d\u2019éléments empruntés à la collectivité.Avec d\u2019autres mots, d\u2019autres signes, une nouvelle construction verbale, l\u2019auteur les lui restitue.C\u2019est ainsi qu\u2019une littérature parvient à faire entendre ceux qui sont muets, ceux qui restent anonymes que le langage politique se refuse à nommer et tente même parfois d\u2019exclure.Exploration donc de l\u2019existence, écrire ce n\u2019est pas seulement signifier c\u2019est arpenter, cartographier des contrées 115 Possibles \u2014 L\u2019 Amérique inavouable inconnues, capturer des codes secrets, augmenter leur plus-value, assurer un double mouvement de déterritoria- lisation et de reterritorialisation qui pousse toujours plus loin.Agencement et réagencement d'images, d\u2019affects, de flux sociaux toujours en connexion avec d\u2019autres agencements ; une machine, telle est l\u2019oeuvre littéraire dans son achèvement.Une machine bien huilée, sans frottement de bielle, sans grincement.L\u2019appropriation d\u2019un territoire L'oeuvre littéraire s\u2019enveloppe de trois couches de significations qui réfèrent chez l\u2019écrivain au savoir, à l\u2019expérience vécue et à l\u2019imagination.Sous un ensemble d\u2019objets, d\u2019évènements facilement identifiables, immédiatement perceptibles.Dans la configuration des lignes et des couleurs qui constituent l\u2019histoire au premier degré dans un roman, se cache une série de significations secondaires.Par exemple, au sortir de l\u2019adolescence, un jeune homme essaie de comprendre la mort de sa mère survenue, il y a une dizaine d\u2019années.Cette image de la mère, il la cherche d\u2019abord en lui-même et autour de lui.Ce jeune homme n\u2019est autre qu\u2019un nouveau Narcisse, image éternelle de la contemplation de soi, de la quête d\u2019identité ; une suite d\u2019images, d\u2019allégories circonscrivent alors le roman.Mais ces références littéraires resteraient stériles si cette exploration iconographique n\u2019était fécondée par des conditions historiques spécifiques.L'oeuvre devient ainsi un lieu de répercussions des attitudes, des façons de sentir, de penser et des manières d\u2019agir d\u2019une époque.Le roman devient la recherche du temps perdu, temps individuel, temps collectif.Je ne connais pas de véritable romancier dont l\u2019ambition n\u2019ait été de tenter de saisir le lien entre le moment présent et le passé le plus lointain, entre l\u2019instant du présent et les profondeurs abyssales du temps, de la tradition, des mythes et de la culture.Placé 116 Un travail de taupe.dans une telle perspective, l\u2019écrivain qui se replie sur son i terroir tue son oeuvre, lui met du plomb dans les ailes E et l'empêche de quitter la pesanteur pour retrouver « l\u2019insoutenable légèreté de l\u2019Etre ».C\u2019est pour cette raison que je milite pour une littérature de territoire qui étend à partir d\u2019un enracinement premier, d\u2019un humus matriciel, fertile, sa parole à l\u2019ensemble du monde.« L'homme i qui trouve sa patrie douce n\u2019est qu\u2019un tendre débutant ; i celui pour qui chaque sol est comme le sien propre, est déjà fort ; mais celui-là seul est parfait pour qui le monde | entier est comme un pays étranger ».Moi qui suis Hai- tien installé au Québec, je tiens cette citation de Tzvetan E Todorov, Bulgare habitant en France, qui, lui, l\u2019a \\ empruntée a Edward Said, Palestinien vivant aux Etats- E Unis, qui l\u2019avait trouvée lui-méme chez Erich Auerbach, gi Allemand exilé en Turquie.(La Conquête de l'Amérique, E Seuil, 1983, p.253.) i Alors, qu\u2019est-ce qu\u2019écrire pour moi au Québec, avec un stigmate de migrant ?C\u2019est en quelque sorte me tenir sur ; la ligne de fracture d\u2019une langue ébranlée, déterritoriali- i sée mais qui sans cesse essaie de se reterritorialiser, À transportant avec elle, son incontinence et ses exces tro- it picaux.Certains trouvent là faiblesse, visée d\u2019éblouisse- | ment, moi je réponds polyphonie, réalités multiples et i multiformes qui convient le lecteur au rendez-vous des bi grands mythes pour débattre des questions éternelles, i celles des identités multiples, de la lutte permanente entre Eros et Thanatos, celles du temps et de l\u2019histoire, i de l\u2019individu et de la société.En ce pays d\u2019accueil, la i mémoire éclatée recoud les fils du pays d\u2019origine placé ÿ sous le joug d\u2019une tyrannie insipide.Ecrire au Québec la dictature, l\u2019exil, l\u2019errance, c\u2019est mettre en parallèle des sols bouleversés par des occupations successives, des cultures qu\u2019à maintes reprises on a tenté d\u2019étouffer, de museler, de normaliser.C\u2019est mettre en relief, un destin d\u2019intellectuel en butte à la violence des pouvoirs, une « pensée toujours obligée de se frayer un chemin à travers une contrainte quotidienne, harassante »\u2026 117 ay Junta co sers oe fpr he gira cu Range rare IE distri ch et ochS Entrevue avec Flavio Aguiar De Sao Paolo à Montréal circuits littéraires Écrivain et professeur à l\u2019Université de Sao Paolo, Fla- vio Aguiar a séjourné deux ans à l\u2019Université de Montréal, de 1980 à 1982, dans le cadre de recherches post- doctorales.Il termine actuellement une traduction de : L'Homme rapaillé et a collaboré aux revues Etudes litté- Ë raires et Dérives (Nouvelles brésiliennes).L'entrevue qui suit a été faite à Montréal par Lise Gauvin en octobre f 1983.; L.G.Quelle perspective de la littérature québécoise avais-tu avant de venir ici F.A.Je dois avouer qu\u2019avant de venir, je ne savais à peu près rien de la littérature québécoise, ni même du Québec.Le Québec était pour moi une montagne avec des sapins, une police montée à cheval, et un peu de neige.Au pied de la montagne, 1l y avait une ville \u2014 je ne savais si elle était petite ou grande \u2014 où avaient eu lieu les Jeux olympiques, l\u2019Expo, et où des gars un peu fous faisaient sauter les boîtes aux lettres.J\u2019avais aussi la vague impression que la 119 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Identités L.G.Est-ce que tu dirais qu\u2019aujourd\u2019hui le Brésil a vrai- RE ES littérature y était quelque chose d\u2019important car j'avais assisté à des conférences, à Sao Paolo, sur cette littérature.Je terminais une thèse sur la formation du territoire imaginaire national dans la littérature brésilienne et j'avais l\u2019intuition que je trouverais ici des conditions analogues à celles du développement de la littérature au Brésil, malgré un cadre socio-politique et économique différent.Je me demandais comment était ou avait été perçu, au Québec, la situation de dépendance culturelle.ment réglé son problème d\u2019identité comme littérature nationale ?Je ne peux dire absolument que c\u2019est une question réglée.Ce que je sais, c\u2019est qu\u2019au Brésil, il y a déjà un bon moment que personne ne doute de l\u2019existence d\u2019une littérature brésilienne.Quand nous sommes arrivés à la fin du 19° siècle, la littérature brésilienne avait déjà réussi à arriver à sa maturité, si l\u2019on peut dire.C\u2019est le moment où les premières histoires de cette littérature sont écrites par des Brésiliens, ou vraiment la littérature brésilienne se rend compte qu\u2019elle est devenue une institution au sens complet du terme.La transformation d\u2019une littérature coloniale \u2014c\u2019est-a-dire d\u2019un chapitre de la littérature portugaise \u2014 en une littérature autonome s\u2019est opéré au tournant du 18° siècle et du 19° siècle, avec le passage du néo-classicisme qu\u2019on appelle en portugais l\u2019arcadisme au romantisme ; quand le romantisme s\u2019accomplit au Brésil, il cède le pas au réalisme et au naturalisme.Même si ça nous portait toujours à suivre une mode étrangère, importée, une mode qui venait surtout de la France à ce moment-là, il y avait déjà un réseau suffisant L.G.F.A.LG.De Sao Paolo a Montréal.d'oeuvres qui servaient de point de référence pour ceux qui allaient écrire.Quand les réalistes brésiliens ont « décidé » de faire le réalisme brésilien selon la mode française, ils avaient déjà des modèles romantiques brésiliens à qui s\u2019opposer carrément, c\u2019est-à-dire qu\u2019il y avait déjà l\u2019essence d\u2019une tradition, même pour la nier.Ce qui veut dire qu\u2019aujour\u2019dhui, ce qui se passe à Lisbonne n\u2019a plus aucune influence sur ce qui se fait au Brésil ?Je pense que la situation de dépendance qu\u2019il y a eue par rapport au Portugal s\u2019est invertie maintenant.Pendant la période coloniale, toutes les nouveautés intellectuelles arrivaient en passant par Lisbonne.Longtemps, les mouvements intellectuels au Brésil étaient des copies un peu décolorées des mouvements intellectuels qui se produisaient au Portugal qui, à leur tour, se produisaient à Lisbonne parfois parce qu\u2019ils se produisaient ailleurs, à Paris, ou je ne sais où.Mais, au cours du 20\u20ac siècle, cette situation s\u2019est transformée à un point tel que maintenant, les Portugais se sentent trop envahis, avec raison je crois, non pas par la littérature brésilienne, mais surtout par la production culturelle de masse au Brésil, le téléroman brésilien, les bandes dessinées brésiliennes et aussi la musique brésilienne.Je dois dire que par rapport à la musique, je n\u2019ai aucune honte de ce qu\u2019elle envahisse d\u2019autres pays, parce qu\u2019elle est très bonne.Si maintenant nous connaissons très peu ce qui se fait au Portugal, nous restons toutefois très attentifs à ce qui s\u2019est passé d\u2019important dans la culture portugaise après le début du 20° siècle.Les poètes du modernisme portugais sont des influences majeures dans la poésie brésilienne.Qu'est-ce que tu as trouvé de significatif à travers tes lectures québécoises ?121 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable F.A.J'ai été un peu frappé par l\u2019insécurité des gens à affirmer la littérature québécoise, par l\u2019insécurité avec laquelle on faisait des références à cette littérature.Je pense que cela vient d\u2019une sensation que jai rencontrée ici que la littérature-mere, celle de France, est une littérature écrasante, parce que c\u2019est une des grandes littératures du monde, et cela donne un peu d\u2019insécurité à la littérature-fille.Ce qui est tout à fait le contraire de ce qui arrive au Brésil où parfois nous avons l\u2019impression \u2014 je pense qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un préjugé \u2014 que nous sommes les fils d\u2019une culture de « seconde main », d\u2019occasion, c\u2019est-à-dire de la culture portugaise qui n\u2019est pas une culture majeure, comme la culture anglaise, la culture allemande, la culture française, etc.Je ne pense pas que ce soit un sentiment qui puisse donner des résultats très bons, très fins, mais ça existe.J\u2019ai été frappé aussi par une sorte de fraternité culturelle avec le Québec, particulièrement dans les domaines de la poésie et du théâtre que J'ai étudiés un peu plus profondément.Fraternité d\u2019abord au niveau d\u2019un thème, celui de la quête de l\u2019identité nationale : même si on a réglé la question de la littérature brésilienne en tant que telle, ça ne veut pas dire qu\u2019on a réglé la question de l\u2019identité culturelle.J\u2019ai remarqué aussi une sorte de dédoublement de la modernité dans le domaine de la poésie, et notamment dans celle de Miron, que je retrouve chez les poètes brésiliens.Dans le domaine du théâtre, j'ai remarqué un goût très répandu pour la parodie, pour le comique, pour l\u2019ironie, pour la satire, enfin tous ces genres qui, dit-on, ne sont pas sérieux, et qui dans les deux cultures, ont donné des résultats étonnants.On a une conscience très aiguë, de part et d\u2019autre, du fait qu\u2019on parle une sorte de langage second ; il y a toujours il me semble un autre texte derrière celui qui est dit.D\u2019une certaine façon, on est condamné à faire de la parodie.Et c\u2019est peut-être la façon la plus LG.F.A.De Sao Paolo a Montréal.créative dont beaucoup d\u2019oeuvres ont été faites au Brésil et au Québec.Donc j'ai été frappé de trouver, si près de New York, un peu de l\u2019Amérique latine.Quand je parle de la poésie québécoise, par exemple, je ne me sens pas trop étranger, comme quand je parle de la poésie française ou allemande.Tu as parlé, à propos de la poésie, de dédoublement de la modernité.Peux-tu expliquer ce que tu entends par cela ?De quelles oeuvres s\u2019agit-il ?Le poète qui m\u2019a surtout intéressé, c\u2019est Miron.Je ne dis pas cela pour nier la qualité des autres, car il y a plusieurs poètes québécois que j'admire beaucoup.Je pense d\u2019ailleurs qu\u2019un des traits culturels du Québec est l\u2019importance de la production poétique.Mais j'ai été captivé par l\u2019oeuvre de Miron parce que je pense qu\u2019il a trouvé dans sa poésie ce que Northrop Frye appelle « a ring of authority ».Expression qu\u2019on pourrait traduire par « un anneau de connaissances ».C\u2019est-à-dire qu\u2019à un certain moment, selon Frye, quand un poète atteint sa maturité, il arrive à une conscience telle du langage qu\u2019il ne décrit plus, mais il dit.La poésie émane alors d\u2019un centre de connaissances et commence à devenir une forme de connaissance par elle-même.Elle n\u2019explicite rien, elle s\u2019explicite.A mon avis, Miron est arrivé très vite à ce stade, à cette forme, car il na au fond qu\u2019un seul livre, L'Homme rapaillé.Il a su en faire une sorte de boîte de résonances.C\u2019est cette diction multiple que je trouve riche dans sa poésie, où l\u2019on entend aussi bien des citations et des hommages à des poètes québécois du passé qu\u2019à ceux qui viennent d\u2019autres pays.J'ai localisé dans ses textes des mots, des expressions, des vers qui me faisaient penser à la poésie de Rina Lasnier, d\u2019Alain Grandbois, de Ruteboeuf, de Joa- chim du Bellay, ou qui me renvoient à des poètes latino-américains comme Neruda.Je trouve aussi 123 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable chez Miron une sorte de résonance du silence.C\u2019est peut-être le trait le plus fondamental de sa poésie, cette cohabitation permanente avec le silence, avec ce que l\u2019histoire ne dit pas, avec un deuxième sens de l\u2019histoire, c\u2019est-à-dire avec ce qu\u2019elle pourrait être ou avoir été.Tout cela m\u2019a donné l\u2019impression, au moment ou j\u2019ai pris connaissance de cette poésie, que j\u2019étais devant un poete enraciné aussi profondément dans la modernité poétique que dans la quête de sa culture, de son identité.C\u2019est ce que j'appelle le dédoublement de la modernité.Il y a aussi au Brésil des poètes qui pratiquent cette dramatisation interne de la poésie par la transformation de celle-ci en une « boîte de résonances ».Alors, pour toi, Miron serait un poète de la modernité ?Modernité dédoublée mais modernité quand même ?Oui, bien sûr.Il n\u2019est pas nécessairement vu comme tel ici.Tu doit savoir que d\u2019autres poètes sont plus nettement identifiés à la modernité ?Je sais qu\u2019on donnera plus volontiers en référence les noms de Lapointe, Gauvreau ou même Saint- Denys Garneau, pour ne citer que les aînés.Mais je pense aussi qu\u2019on a du mal, en général, à donner le titre de moderne à une poésie qui traite d\u2019identité, soit parce qu\u2019on croit qu\u2019on ne doit pas y penser, soit parce qu\u2019on perçoit cette question comme dépassée et qu\u2019on se sent soi-même déphasé en en parlant.On a alors l\u2019impression d\u2019être en retard par rapport à des pays qu\u2019on reconnaît comme plus homogènes, plus développés.Je crois que cette sensation de retard appartient aussi à la modernité et que la question de l\u2019identité est elle-même la question fondamentale de la modernité littéraire.Après De Sao Paolo a Montréal.le romantisme et après Mallarmé, la littérature recherche son identité devant sa communauté linguistique et pour ce faire, c\u2019est- a- dire pour délimiter son domaine, elle a recours a un jeu complexe.D'autre part, j'ai la conviction que dans le monde du capitalisme, la question centrale est celle de l\u2019aliénation, d\u2019une aliénation qui touche toutes les classes.Être aliéné, cela veut dire ne pas pouvoir s\u2019identifier, soit parce qu\u2019on se confond avec les objets, soit qu\u2019on se regarde avec les yeux de l\u2019autre.La dépendance économique, après la période coloniale, nous ramène à des questions d\u2019identité collective.Il y a des pays entiers qui se regardent « avec les yeux de l\u2019autre ».Pour en revenir à Miron, je crois qu\u2019il est profondément enraciné dans la modernité poétique parce qu\u2019il ne se perd pas dans un « nous » des utopies, qu\u2019il reste très personnel, qu\u2019il parle de lui-même, qu\u2019il se cherche comme poète.Et puis à côté ou derrière le vers long mironien, qui semble si peu moderne, il y a a tout un jeu avec la fragmentation du langage, qui est vraiment très moderne.Parodie L.G.F.A.Tu parlais tout à l\u2019heure de théâtre et de parodie.Peux-tu préciser La dimension parodique est très présente dans la culture brésilienne.Cela remonte au 19° siècle, quand, au théâtre surtout, on a voulu copier les modèles européens, surtout parisiens, du romantisme ou du réalisme.On voulait faire un théâtre sérieux et former un répertoire national qui allait renvoyer aux grands thèmes de la société brésilienne.À côté de cela, il y avait la comédie mais on ne considérait pas cette activité comme très importante.Pourtant le genre sérieux a produit peu 125 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable de bonnes pièces alors que la comédie et la parodie ont vraiment fondé une tradition dans le théâtre brésilien.Est-ce que tu as remarqué cela aussi dans le théâtre québécois ?Je ne pourrais trop généraliser, mais j'ai découvert qu\u2019on donne beaucoup d\u2019importance ici à la parodie.Je suis allé aux spectacles de la L.N.I.et j'ai été emballé, non seulement par la qualité des acteurs dans l\u2019improvisation, mais aussi par le fait que c\u2019est une parodie d\u2019une des artères principales de la vie culturelle au Québec et de la mythologie du hockey.J\u2019ai trouvé là un contact très vif avec ce qui se passe en dehors de la culture savante, avec le quotidien.Y a-t-il d\u2019autres exemples ?Dans le domaine du roman, j'ai vu cette dimension parodique dans les oeuvres de Victor-Lévy Beau- lieu.Il veut produire un roman qui rendra compte d\u2019un espace, d\u2019un territoire québécois.Mais en même temps, il se heurte au fait que le langage littéraire contemporain se dirige surtout vers l\u2019ironique, vers un jeu constant entre l\u2019affirmation et la négation.Donc, ce qu\u2019il arrive à faire au fond, c\u2019est de créer des personnages qui vont parodier ses situations à lui, qui vont créer un roman parodique où on va avoir la parodie d\u2019un espace, la parodie d\u2019un Québec et la parodie d\u2019un roman, Moby Dick.L'écrivain s\u2019aperçoit qu\u2019il est condamné à un langage second, à avoir toujours des références, à avoir l\u2019impression que ce qu\u2019il veut faire est déjà fait quelque part.Ce qu\u2019il peut faire, c\u2019est de reproduire en brouillant.Dans le cycle romanesque qui va jusqu\u2019à Monsieur Melville, le personnage lui-même parodie Beaulieu : Abel Beauchemin est une paro- De Sao Paolo a Montréal.die de l\u2019auteur et Jobin est une parodie d\u2019Abel Beau- chemin, qui est une parodie de Victor-Lévy Beau- lieu, qui est une parodie de l\u2019écrivain québécois, etc.etc.On est dans la technique de la boîte à sur- È prises, qui est une technique parodique.hi Américanisation L.G.Il y a un problème qui revient très souvent au Qué- ; bec par rapport à l\u2019identité, c\u2019est celui de l\u2019américa- ; nisation.Est-ce que tu as perçu une influence très forte de ce qu\u2019on appelle « l\u2019impérialisme culturel » américain (celui des U.S.A.) dans la culture ; québécoise ?E F.A.Je pense que oui.Même s\u2019il y a des différences assez nettes, 1l y a aussi des ressemblances frappantes entre la vie qu\u2019on mène ici et la vie qu\u2019on mène un peu plus au sud.Je pense que c\u2019est tout à fait naturel.Il y a un impérialisme américain au Québec comme il y a un impérialisme américain un peu partout au monde.Mais il y a le fait aussi que l'Américain est une sorte de cousin riche de la famille.Je crois que cela rejoint une forme de conscience frustrée.Dans l\u2019oeuvre de Beaulieu, par exemple, Moby Dick, c\u2019est le pays réussi, c\u2019est l\u2019image d\u2019un pays qui prend pour soi le chemin du monde.Et je pense que ça hante un peu la conscience du Québec.C\u2019est une sorte de deuxième invasion ; tout à fait comme au Brésil, on aurait envie parfois d\u2019être américain, d\u2019être allemand, etc., parce qu\u2019on perçoit ces pays-là comme plus développés, plus réussis, plus homogènes que les nôtres.L.G Est-ce que vous sentez l'influence culturelle américaine comme une menace chez vous ?127 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable F.A.L.G.F.A.128 Ça dépend.Je pense que la présence culturelle nord-américaine, des Etats-Unis plus particulièrement, nous a donné pas mal de choses.Je pense qu\u2019il faut commencer par cela.Par exemple tous les romans sociaux brésiliens des années 30 sont jusqu\u2019à un certain point les cousins du roman social américain de la même époque.Ce qui nous menace, c\u2019est qu\u2019à partir d\u2019un certain moment, par le rapport commercial dans le domaine de la production culturelle, cela nous arrive comme une sorte d\u2019imposition, notamment par la culture de masse ou par les bandes dessinées.Les gens arrivent à regarder leur paysage, leurs habits, leur culture, comme des choses d\u2019occasion, par rapport à une autre culture qui ne serait pas simplement plus forte, mais plus accomplie que la leur.L'enfant qui passe sa vie à lire des bandes dessinées américaines finit par avoir un regard un peu décevant, d\u2019emblée décevant sur son paysage.Pourquoi ?Parce que si on parle de Noël, il faut avoir de beaux sapins, de la neige, etc.Cela devient l\u2019image du Noël bienheureux.Tandis que chez nous, c\u2019est l\u2019été, on va à la plage, on prend de la bière.Par contre, je pense qu\u2019on a beaucoup à gagner en échangeant la musique brésilienne avec la musique américaine : le jazz a eu une grande influence dans le développement de la musique brésilienne ces dernières années et cela, je ne le sens pas comme une menace.N\u2019est-ce pas parce que vous avec une tradition assez forte pour assimiler et transformer ?Oui, et ce que je veux dire, c\u2019est que les Etats-Unis heureusement n\u2019exportent pas seulement des marines, ou des déchets. De Sao Paolo a Montréal.Institutions LG.F.A.L.G.F.A.Peux-tu esquisser un parallèle entre la situation de l\u2019écrivain et la situation de l\u2019édition au Québec par rapport à celle du Brésil.Est-ce que tu crois, d\u2019après tes perceptions, que c\u2019est plus facile d\u2019écrire et d\u2019être publié au Québec que chez vous ?Je pense que c\u2019est beaucoup plus facile de publier ici que là-bas, pour des raisons très très concrètes.D'abord parce que comparativement, les Québécois lisent plus que les Brésiliens.Il y a moins d\u2019illettrés ici que là-bas.Le réseau scolaire est également plus étendu au Québec qu\u2019au Brésil.Il faut dire aussi que pour des raisons historiques, il y a ici plus de subventions à l\u2019édition qu\u2019au Brésil.Il y a enfin le fait que je pense que la littérature occupe un espace beaucoup plus grand dans vos habitudes culturelles que chez nous.Si je dois parler de quelque chose qui ait la même valeur que la poésie québécoise ici, je dois entrer plutôt dans le monde de la chanson ; très souvent on arrive même à dire que la poésie brésilienne, la vraie poésie brésilienne, n\u2019intervient que dans le domaine de la chanson.Je ne crois pas ça, mais évidemment le monde de la chanson a une importance inimaginable dans le Brésil contemporain.Quand on publie des revues chez nous, ce sont plutôt des revues régionales, centrées sur une ville ou un groupe.Ce sont des productions liées à des circonstances qui disparaissent généralement assez vite.Finalement, le fait d\u2019avoir un grand territoire n\u2019aide pas nécessairement à la diffusion des livres ?On rêve tous d\u2019une grande diffusion à l\u2019échelle nationale, mais la moyenne des éditions au Brésil, pas seulement dans le domaine de la littérature, est de 2 à 3 000 exemplaires.Un livre à succès peut 129 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable aller jusqu\u2019à 5 ou 10 000 ventes.Un grand bestseller peut atteindre 100 à 150 000 exemplaires.C\u2019est un phénomène très rare.Et Clarisse Lispector ?.Je n\u2019ai pas de chiffres exacts, mais comme son oeuvre atteint le réseau scolaire, on a dû vendre autour de 20 à 30 000 exemplaires de certains de ses textes.En terminant, peux-tu rappeler comment s\u2019est effectuée, dans la littérature brésilienne, la relation avec le portugais ?La problématique de l\u2019identité qui est présente partout se traduit-elle aussi au niveau de la langue, par rapport à la langue de l\u2019ex- métropole qui est le portugais ?.Il y a longtemps que les enjeux de la langue dans la littérature brésilienne ne se font plus par rapport à la langue de la métropole.Au Brésil, on dit qu\u2019on parle carrément le portugais.d\u2019une façon brésilienne.Dans le domaine de la littérature, le jeu de la langue se fait plutôt au niveau de différents parlers qu\u2019on utilise.Il y a toujours eu une ambition de reproduire littéralement les différents parlers populaires, les parlers régionaux, les parlers des classes sociales, les parlers des villes, même parfois des quartiers.À ce niveau-là, je trouve même qu\u2019on jouit d\u2019une « informalité » très grande, qui favorise la créativité.Tu as dit ailleurs que cela se traduit jusque dans la poésie et que la poésie au Québec a toujours un ton plus élevé que celle du Brésil.Oui, on accorde beaucoup de valeur stylistique aux changements de ton, aux ruptures.Dans la poésie, tht dit id dit chet De Sao Paolo a Montréal.on passe tres souvent d\u2019un ton élevé a un ton plus populaire.On va et vient tout le temps, et c\u2019est considéré comme une valeur.L.G.C\u2019est le carnavalesque.Li F.A.Je dirais qu\u2019on carnavalise un peu « par nature ».131 A pe NEC TEE CR PA py Lo ve te a etd ts pr i si EE 52 53 a .= se = oN Mn 7 72 i i 2 Le 5 AS + % 7 2 2H H cs, A 4 & à kg 5 ot Pa A \u2014 i \u2014 £ 5 2 i Ge \u2014 5 5 de Ri 5 a \u2014 ; 2 24 i SE us ii % a | i 5 So i Soto 25, = 225 F5 er JF £5 2 Fat es 7 = \u20ac A E ces + x, Adem; Sr he = A Le pas ks oo =< i oa 2 f Se CE os 25e ea, pe ge 7 77 » | £7 Ghul Es irs 7 GE Pers 35 9% Sos SF Fe ak ir 54: a a ie 4 od ST ad LE.Sent vr 2e x Xs ; Hag! = Foy \u20ac SE i aE bos \u201cei À AT A > Ny oi re 6 52 Pyne A, = uh i Ry Sr 5 22 A Lo LI és 54, 2 Zr 2 D5 ae SEA A m3 LR 33445 RSS = 8 FRA Zero 2 i 25 star wi 3 as A4 oh AL sat 3 2, 25 A 5; pc Eg CRE I 7 ope] fe 5 Coed or oe À 2a \u201c3 TE 2 = en pas od M; % Cos pets «4% SR oo) 5 Fan Lu pr ; by Lez 4 7 rR oot > > < i En as SE 25 bg 2.25 2 7 AA > 3 oF 2 2 RY = A LA x Ie 2 0 \u201c7 Ga dE x 2 hy 3 5.50 0 4 J - Pres x E03 ALL\" fs fa a pp > dE % 2e A ; A ge if] 4 , É 2 PS ht 4 H i ; pi 4 ! k \\ A i IRN - a - CE \u2014 Copy 25 mes ee rE Beers = Pn Le ces _ _ oon x er MATE ae pide ps = Ps = Pari Foss ioe A Res - = = oo 3 EN 3 Francine Couture Domination ou échange ?L'important pouvoir économique et culturel américain n\u2019impose-t-il pas aux artistes québécois une inévitable confrontation au modèle de l\u2019art américain qui, depuis la Deuxième Guerre mondiale, a prétendu de façon exclusive marquer le développement de l\u2019art contemporain ?Cette proximité d\u2019un voisin disposant d\u2019une telle puissance n\u2019est pas sans poser quelques questions quant à la place de l\u2019art québécois dans l\u2019histoire de l\u2019art.Durant les années 30, l\u2019Amérique est perçue par le milieu québécois de l\u2019art comme un lieu de perdition : l\u2019art « américain » est considéré comme étant « décadent ».(Il est a noter que cet art alors dit « américain » était en fait celui d\u2019artistes européens fuyant les répressions politiques.) À titre d\u2019exemple, je cite ces paroles de Charles Maillard, ancien directeur de l\u2019Ecole des Beaux-Arts de Montréal qui, en 1931, déclarait à propos de cet art « américain » : « Il existe un mouvement artistique qui a une influence néfaste sur la production des oeuvres et ce mouvement est déclenché par les Juifs qui n\u2019ont jamais produit d\u2019oeuvres vraiment artistiques et qui 135 EEE Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable se donnent pour mission de dire le dernier mot en art !.» Charles Maillard tenait le discours des défenseurs de l\u2019idéologie nationaliste de conservation qui, à l\u2019art moderne préférait et se portait à la défense d\u2019un art inspiré des traditions de la production artisanale, de la représentation de la nature et du monde rural.Or, on sait que cette vision conservatrice de l\u2019art a été mise en question de manière radicale par les artistes et les intellectuels qui ont voulu inscrire la pratique artistique dans la problématique de la modernité.Les conceptions modernistes de l\u2019art impliquent une défense de l\u2019indépendance de l\u2019art face aux divers pouvoirs, indépendance que rejetaient les conceptions artistiques de la résistance clérico-nationaliste.New York devient-elle alors, dans cette perspective, un lieu convoité, un lieu doté d\u2019un public, d\u2019un vaste réseau de diffusion et de publication assurant la réalisation d\u2019un tel projet artistique.Pour un bon nombre d\u2019artistes québécois, les « Mai- tres de l\u2019art contemporain », ce sont les artistes abstraits américains des années 40 et 50.D'ailleurs, aujourd\u2019hui, le réseau de diffusion américain, et surtout new-yorkais, n\u2019exerce-t-il pas un pouvoir d\u2019attraction, peut-être encore plus grand encore qu\u2019il y a quelques années, sur les artistes québécois qui voient dans un éventuel accès au marché de l\u2019art américain une possible solution à leurs problèmes de survie ?Le plus récent débat sur la question de l\u2019art américain est celui qui a eu lieu au début des années 70 concernant la peinture des Plasticiens.Cette peinture québécoise avait-elle mimé ou pas celle des peintres américains de l\u2019après-guerre ?Certains déniaient la pertinence de poser une telle question soutenant l\u2019idée que les artistes québécois contemporains étaient soucieux de contribuer au ! « L'art canadien et l\u2019école d\u2019art canadien, intéressants aperçus exposés par Monsieur Charles Maillard dans sa causerie de samedi soir », Le Devoir, 26 janvier 1931.136 Domination ou échange ?développement de l\u2019art international en poursuivant des recherches entreprises par les peintres européens (par exemple, Kandinsky et Mondrian), et ce projet s\u2019est réalisé simultanément à celui des peintres abstraits américains.À cette explication, on opposait l\u2019urgence de l\u2019engagement des arts visuels pour l\u2019affirmation d\u2019une culture spécifiquement québécoise.Le champ des arts visuels a été divisé sur cette question : certains artistes s\u2019opposaient à ce projet politique l\u2019interprétant comme une fF façon de contenir l\u2019expression artistique ; par contre, 3 d\u2019autres artistes se sont engagés dans ce débat en produi- ; sant des oeuvres (dont certaines présentaient des affinités E avec le Pop Art) qui posaient la question d\u2019un art national.À cette dernière position peut s\u2019ajouter une autre attitude artistique attentive principalement à questionner la neutralité et l\u2019innocence idéologique de l\u2019art.Dans les années 70, cette attitude intéressée à questionner la relation entre l\u2019art et l\u2019histoire se plaçait en contrepoint de l\u2019art moderniste tel que formulé par les peintres et les théoriciens américains.On pourrait peut-être dire que certains représentants québécois de cette position artistique avaient plus d\u2019affinités avec des pratiques artistiques européennes ayant tissé des liens plus ou moins serrés avec les mouvements politiques anarchiste ou socialiste plutôt qu'avec des pratiques américaines.Bien que de tels mouvements aient existé également aux Etats-Unis, on a peu senti leur présence dans les musées et les galeries d'art, lieux surtout de la valorisation d\u2019un art auto- référentiel.Par contre, dans les milieux artistiques européens, on a pu observer pendant les années 60 et 70, lors d\u2019événements ou même d\u2019expositions tenues dans des musées et des galeries la présence d\u2019objets d\u2019art questionnant leur inscription sociale et historique.Je pense aux expériences de l\u2019Internationale situationniste, de Fluxus, aux débats tenus sur le rôle idéologique de l\u2019art par certains peintres de la Nouvelle Figuration ou de Sup- 137 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable port/Surface, et, plus récemment, aux expériences de l\u2019art sociologique.L'appropriation de ce modèle « d\u2019art engagé » issu des pratiques européennes n\u2019a pas semble-t-il été très « rentable » pour les artistes québécois qui se sont engagés dans cette voie.Certains ont abandonné toute pratique, d\u2019autres ont opté pour une pratique plus orthodoxe, soit une pratique affirmant le caractère auto-référentiel de l\u2019art.On sait que les artistes québécois les plus reconnus sont ceux-là qui se sont inscrits dans la problématique du formalisme défendu par les musées et les galeries américains.Le milieu québécois des arts visuels n\u2019est pas vraiment marqué par une continuité du questionnement politique comme on peut l\u2019observer dans d\u2019autres secteurs de la production intellectuelle par exemple, (celui de la littérature ou des sciences humaines).On peut même se demander si poursuivre aujourd\u2019hui une réflexion sur l\u2019insertion sociale de l\u2019art n\u2019est pas allé à contre-courant.Cette question brûlante en 68 et dans les années 70 n\u2019estelle pas jugée déplacée en 1980 ?La professionnalisation accrue du champ des arts visuels, et par conséquent son autonomisation, ne rendent-elles pas cette question de plus en plus difficile à poser étant donné qu\u2019elle s\u2019intéresse aux rapports que l\u2019art entretient avec les autre pratiques sociales ?Le champ des arts visuels n\u2019est-il pas maintenant une machine bien rodée où les rôles sont de plus en plus définis ?Et en période de crise économique où les ressources sont limitées chacun ne s\u2019applique-t-il pas à bien jouer son rôle afin d'obtenir une partie du maigre gâteau offert ? Robert Gélinas Québec/Amériques.musique \u2014 Ouais, tout un contrat, évidemment, il y aurait lieu de parler en termes généraux et universels (comme pour la gravitation, ou l\u2019attraction des corps) de l\u2019influence de l'Amérique sur le Québec.Il s\u2019agirait alors de dire si on considère l\u2019Amérique comme un corps étranger ou si l\u2019on voit là une entité à laquelle nous participons, régionale- ment, à part entière (! ?).\u2014 C\u2019est bien beau, mais la musique était-tu bonne au moins ?\u2014 Il y a la question de l\u2019origine de cette musique, le JAZZ, qui est le produit artistique américain par excellence, mais alors en remontant bien, on se retrouve en Afrique, peut-être est-ce déjà trop loin et qu\u2019on s\u2019empêtrera dans des considérations internationalistes ou bien en arrivera-t-on a des évidences du genre « la musique est un langage universel, comme le sourire.» Les rapports du Québec avec l\u2019Amérique (celle des USA) différente, puissante, dominatrice ne sont particuliers, à vrai dire, qu\u2019en fonction de la proximité géographique.Autrement, on n\u2019est ni plus ni moins colonisés 139 Possibles \u2014 L'Amérique inavouable que les Japonais ou les Européens, culturellement parlant.Evidemment, nous ne sommes constitués ni en État- nation, ni en marché intérieur (suffisant) autonome, et c\u2019est là le véritable problème.Fussions-nous situés dans le Sud-Atlantique ou dans les steppes d\u2019Asie, nous éprouverions le même sentiment de perte, de manque, au plan (ethno-)culturel dès le moment où l\u2019on songe à comparer le destin (commercial, dans la sphère de la circulation aussi bien des idées que du produit/marchandise) de nos oeuvres avec celui des oeuvres intégrées à L'industrie américaine.Il s\u2019agit du marché intérieur le plus grand du monde, qui bénéficie d\u2019une auto-suffisance totale et dont l\u2019idéologie « impérialiste » s'impose avec une suffisance invariable.Y aurait-il lieu de tenir un procès d\u2019intention aux artistes ou aux historiens ou à la réalité, lorsque celle-ci fait dire ou dit (dans une notice biographique) à propos de Marcel Duchamp : American artist, born in France!!! L'attraction des corps, universelle, inéluctable se fait toujours dans le sens du déplacement du plus petit vers le plus grand.c\u2019est a faire pleurer une pierre, de tristesse, face à la perte de spécificité ou au tragique manque de reconnaissance dont souffrent plusieurs en fonction de ce rapport (économique) qui n\u2019a rien à voir avec la « qualité » ou la signifiance, ou la portée « historique » de certaines créations.\u2014 Moi, parfois j'aime le blues quand ce n\u2019est pas trop triste.Les prescriptions du marketing le plus agressif (lire le plus efficace) veulent que, sur un même « créneau », les concurrents s\u2019affrontent ouvertement, directement.C\u2019est ce qui nous vaut ces merveilles de l\u2019environnement suburbain que sont les intersections « garnies » à la fois de Villa du Poulet er de Mac Donald\u2019s et de Harvey\u2019s et de Wendy's et.\u2026 ad nauseam.C\u2019est aussi la raison pour laquelle les deux vidéo-clips les plus populaires, les plus 140 PETRI Québec/Amériques.musique souvent en nomination pour tous les prix de Granny Award ou de la Video Academy (des institutions américaines bien entendu, qui, un jour, « ouvriront » des catégories best video on the south shore of the St-Lawrence, west of St-Rémy) ont été de tels concurrents directs.Je me demande d\u2019ailleurs si les producteurs ne faisaient pas affaire avec la même agence promotionnelle.Il s\u2019agit, vous le savez probablement, de ROCK IT de Herbie Hancock qui a dépassé (tout juste) au fil d\u2019arrivée le BEAT IT de Michael Jackson.\u2014 Pourquoi pas « eat shit » ou « fuck it » un coup partis, de toute manière on nage dans l\u2019insignifiance formalisée la plus complète.Le titulaire de tant d\u2019honneurs (Herbie H.) en a tout de même surpris plus d\u2019un avec son boniment de réception des trophées lorsqu\u2019il a livré une tirade faussement naïve.\u2014 «I don\u2019t get it.All of this, all of a sudden.» (Je me permets de traduire entre les lignes : pourquoi m\u2019honorer a un tel point pour cette merde ridicule.) \u2014 « I\u2019m a piano player, I\u2019ve been playing jazz for 25 years.(avec les plus grands maitres du genre d\u2019ailleurs, Miles Davis notamment, sans que vous \u2014 qui que ce soit dans votre industrie \u2014 ne l\u2019ayez jamais remarqué, tandis que dans le cas de cette petite toune niaiseuse au synthé, a laquelle a été greffée une chorégraphie flyée.) \u2014 «I don\u2019t get it.» Pour tous ceux qui don\u2019t get it, sachez que le marché du disque et du vidéo-clip (Boy George et tutti quanti) ne cède qu\u2019un seul petit pourcent (1 %) de sa lucrativité au jazz (de Louis Armstrong a Sun Ra, de Miles Davis a Jean-Luc Ponty et dites-moi donc un peu quelle est la destinée des disques de René Lussier ou de Pierre St-Jack et n\u2019est-il pas triste que Robert Leriche et/ou Jean Beau- 141 Possibles \u2014 L'Amérique inavouable det ne « sortent » pas de disque, cela ne contribuerait-il pas à la relance de l\u2019économie québécoise en stimulant la création d\u2019emploi dans le secteur hautement technolo- gisé de la «haute fidélidé » sonique.Blau- punkt/Sony/Sanyo, etc.) ?Le jazz (mais dites-moi, pourquoi des Québécois s\u2019intéressent-ils à cette musique, est-ce vraiment parce qu\u2019ils se prennent pour les nègres blancs de l\u2019Amérique, personne ne m\u2019a jamais convaincu qu\u2019il puisse s\u2019agir de la forme musicale la plus passionnante disponible pour s'engager dans une pratique quotidienne et répétée pour toute la durée d\u2019une vie) souffrira toujours( ?) de la définition fabriquée par d\u2019autres de production « culturelle », « intellectuelle », « avant-gardiste » ou quelqu\u2019autre qualificatif débile et inapproprié pour « expliquer » que /\u2019industrie ne s\u2019y intéresse pas ou peu, très peu.Pourtant, vous souvenez-vous que le premier film parlant (dans les années 20), l\u2019ancêtre de tous les vidéo-clips, relatait l\u2019histoire d\u2019Al Jolson, Le chanteur de JAZZ.Oui, c\u2019est biz- Zare que ce soit à cette époque que l\u2019Amérique ait accepté que le jazz sorte du ghetto noir et devienne effectivement une des productions les plus authentiquement américaines reconnues partout au monde.D\u2019une part certains artistes de couleur (Béchet, surtout, qui vivait en France, mais aussi Duke et Satchmo) obtenaient a 1\u2019étranger une crédibilité que les bigots (WASP) du pays ne savaient pas leur attribuer.Mais il y a aussi que cette histoire de chanteur de jazz est très instructive, car Al Jolson était blanc, enfin parfois, dans la vie privée, car pour faire sa carrière de chanteur de jazz, il s\u2019enduisait la figure de cirage à chaussures (ou tout autre maquillage), se dessinait d\u2019immenses lèvres blanches et chantait : « Pd walk a million miles/for one of your smiles/ MAMMY.» Ainsi donc, comme pour les Québécois ou tous autres nègres aux teintes variables, les Noirs américains ont dû emprunter le détour de la reconnaissance internationale et s'appuyer sur la collaboration de vedettes blanches pour voir leur génie propre apprécié par la société américaine (le mar- 142 Québec/Amériques.musique ché, l\u2019industrie) qui, en plus d\u2019être très ordinairement bête et méchante, était spécifiquement raciste.(Serait-il très ou trop osé de suggérer que peut-être il n\u2019est pas besoin d\u2019être ouvertement raciste pour que règne une obtusité et une misère intellectuelles savamment cultivées par cette industrie, intimement liée aux valeurs, à l\u2019idéologie de la domination?) \u2014 Mais peut-on parler de classicisme dans ces formes de musique dont l\u2019origine et/ou l\u2019élaboration n\u2019ont pas de racines institutionnelles ?Pour vous parler de musique quand même un peu, je vais vous parler d\u2019une soirée fantastique de poésie sonore et d\u2019improvisation musicale à laquelle j'ai eu le rare privilège de participer.Je serais tenté de dire, mais en vous prévenant bien que je ne cherche pas la mystification mystique, que la musique existe, là, quelque part, un peu partout dans l\u2019univers et que parfois (oh! qu\u2019il est doux d\u2019être musicien) les musiciens accèdent à la musique, à un état à proprement parler privilégié, serait-il « inspiré » (la musique ne serait-elle pas le chant des Muses ?) le qualifierais-je d\u2019état de « grace » (ah! non, cachez ce saint que je ne saurais voir ! !'!).Pour le public qui n\u2019entend (tiens, quel mot approprié) rien aux résolutions 2-5-1- et qui, à juste titre, n\u2019en a rien à foutre c\u2019est seulement la manifestation ressentie de cet état partagé entre les musiciens, de ce dévoilement d\u2019une VÉERITE autrement inaccessible qui constitue le plaisir de l\u2019écoute.Ça me fait de la peine de vous dire ça, mais vous êtes pas dans le coup.De toute façon, ce n\u2019est pas grave, moi par exemple ça m\u2019a jamais fait triper la mécanique et pourtant l\u2019industrie automobile suit son développement\u2026 Ce qui se communique dans la musique n\u2019a rien à voir avec le solfège, avec l\u2019analyse musicale.Ce type de préoccupation, assez malsaine, est l\u2019apanage des gens qui n\u2019aiment pas vraiment suffisamment la musique pour en 143 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable faire d\u2019une façon irrépressible ou de s\u2019y abandonner comme pour l\u2019amour, totalement.Ceci dit, il faut avoir l\u2019oreille très hautement développée \u2014 en rapport avec les standards de notre époque qui, statistiquement, est la plus sourde de toute l\u2019histoire et historiquement pas plus éclairée que les précédentes ce qui laisse craindre rien moins que le pire pour la suite \u2014 pour saisir, si cela nous/vous intéresse néanmoins (petite perversion que je concède facilement à quiconque), la richesse et la subtilité des effets musicaux à l\u2019oeuvre (rythmiques, harmoniques ou mélodiques) lors de bonnes sessions d\u2019improvisation.Avec les poètes Spatola et Blaine, en mai dernier, à lEspace Global la magie opéra.Après une première improvisation musicale par le trio de R.Gélinas au piano, André Pappathomas à la basse et « Mike-T » Tremblay à la batterie, pièce qui découpait l\u2019espace en couches « cool » et chaleureuses à la fois, qui définissait bien clairement un lieu d\u2019écoute sensible dans le registre d\u2019un jazz relax et tendre, le piano roula d\u2019un blues (pour tout vous dire c\u2019était un retour aux racines les plus fondamentales, un blues de 12 mesures en do mineur) « sympathiquement harmonisé » (il s\u2019agit de considérations musicales) à la mélopée exprimée d\u2019une voix rauque, avec des accents arabes par le poète italien Adriano Spatola : AI Capone poem, un hommage à ce grand promoteur de la liberté éthylique dans un pays en proie à la loi de la prohibition, un ardent défenseur des droits de la personne, Al Capone.Enrobée d\u2019humour, de la sorte, une chanson fondamentalement « heavy » qui touche au coeur.Une des raisons pour laquelle ça a cliqué, ce soir-là, tient sûrement au fait que ces deux poètes ont une sensibilité toute « musicale » face à l\u2019univers.Julien Blaine nous a livré son magnifique essai sur le «S », qui est une réflexion métaphysique sur le temps, matière première et idée fixe de tous les musiciens.Ce poème révèle admirablement les trois dimensions du temps : l\u2019instant, la durée et l\u2019éternité.Le « S », centre de gravité phonétique du poème se situe à mi-chemin entre le « P » qui s\u2019articule « passé » et le « F » qui s\u2019articule « futur », ce der- 144 Québec/Amériques.musique nier « sonnant » aussi comme « fuite » ou « foutu ».Le « S » en question procède du jour « J », de l\u2019heure « H », de la minute « M » (durées de grandeurs variables) 1l s\u2019agit de la seconde « S » (qui ne dure pas plus que cela même), instant fugitif, objet évanescent de contemplation de ce poème portant sur la matrice universelle : l\u2019éternité \u2014 le Temps Global au sein duquel navigue toute poésie, toute musique, toute vie.Pour finir cette soirée, nous avons interprété Ethyl sérieux ?, composition de Gélinas pour trois voix et trois instruments.Pièce procédant par voie d\u2019addition, et de répétition de certains motifs rythmiques infiniment variables (ad lib) ; comme dans la vie, ON a vu y ressurgir pendant une vingtaine de minutes, et avec un plaisir évident, diverses pulsions désiran- tes, après quoi on ramassait les bouteilles vides\u2026 when the music is over, it\u2019s gone.in the air, you can never capture it again.Eric Dolphy, 2 semaines avant sa mort.\u2014 Moi, pour tout vous dire, je ne vais jamais a des concerts.Je pourrais vous laisser sur cet axiome, qui est une invitation a la méditation, d\u2019ici a ce qu\u2019un article futur en fasse la « preuve », s\u2019impose comme discours de justification dans le grand champ de la crédibilité intellectuelle : la musique, produit immatériel (seulement vibratoire), est le résultat de l\u2019activité de musiciens en présence d\u2019auditeur(s).Par voie de comparaison je dirais que toutes les cartes postales du monde vendues dans les musées ou ailleurs ne feront jamais un seul tableau.La re-production n\u2019est pas la production.Le syndrome schizo-dolbyen quadra-phrénique n\u2019a jamais donné à qui que ce soit le goût, l\u2019envie, le plaisir, le bonheur de chanter.Ce message de participation n\u2019est pas subventionné par le ministère concerné.145 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable La seule consolation( ?) : il y a de nombreux Américains que j'ai rencontrés qui ne savent pas qui est Charlie Parker et, de plus, jai déja entendu Harmonium à la radio alors que je somnolais sur une plage de Floride.146 Denis Bachand Le Nouvel Âge québécois Culture californienne et « québécité » La Société Radio-Canada mettait récement à l\u2019horaire de la série « Les Beaux Dimanches » le dernier film de Jacques Godbout et Florian Sauvageau : Comme en Californie.Les auteurs y passent au crible d\u2019une lecture critique certaines manifestations de la culture québécoise contemporaine pour y déceler les traces de l'influence californienne.À l\u2019heure où les Etats-Unis jouissent d\u2019une vogue sans précédent \u2014 à preuve toute l\u2019importance que leur accordent en ce moment les revues et les médias en général \u2014 il me semble particulièrement indiqué de prendre appui sur ce film pour analyser (encore !) notre allégeance américaine.Il ne viendrait aujourd\u2019hui à l\u2019idée de personne de soutenir que la géographie, à elle seule, soit responsable des influences étrangères en matière de culture.Les technologies de communication, on le sait, ont profondément contribué à l\u2019accroissement des échanges interculturels.Mais s\u2019il est juste d\u2019admettre que la seule proximité physique n\u2019explique pas totalement l\u2019ascendant que peut avoir un pays sur ses voisins, il semble, par ailleurs, inconcevable de n\u2019y voir là aucun facteur déterminant.147 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable \u201c= Le Québec vit depuis longtemps à l\u2019heure « américaine » (comprendre : états-unienne) ; on répète à satiété combien imbriquée dans les maillons de celle de nos voisins fonctionne notre (sic) économie ; on déplore l\u2019érosion de l\u2019écoute de nos télévisions nationales au profit des réseaux d\u2019outre-frontière ; nos amis européens ne ratent jamais une occasion de nous rappeler notre « américa- nité ».Eh bien oui, nous sommes d\u2019Amérique, et depuis fort longtemps ; cela n\u2019a cependant jamais empêché (au contraire) que se développent des sentiments particuliers d'appartenance à un territoire spécifique en ce pays, en ce continent, en cette Amérique dite du Nord.L'authenticité d\u2019une culture ne se mesure pas uniquement à la saveur folklorique de son patrimoine.Mais ce dernier agit en tant que repère dans l\u2019élaboration des formes nouvelles que prend l\u2019expression d\u2019un peuple.C\u2019est pourquoi l\u2019on peut, à juste titre, affirmer que les apports étrangers doivent subir l\u2019épreuve de la sélection avant de faire partie intégrante des manières de vivre d\u2019une collectivité.La nouveauté, en d\u2019autres mots, n\u2019élit pas domicile en sol vierge ; les structures d\u2019accueil des nouvelles façons de voir, de faire, de sentir et de penser sont celles que la tradition, dans ses multiples avatars, a constituées et enrichies.Si l\u2019on observe maintenant que l\u2019imaginaire québécois est fondamentalement façonné par des apports venus de France et des Etats-Unis, nous en déduisons que sa spécificité est hybride.Cette caractéristique contribue, du reste, à faire du Québec un carrefour interculturel privilégié.Les styles de vie, les habitudes et les goûts que peuvent adopter les individus sont devenus si nombreux que leur complexité interdit l\u2019homogénéité culturelle.On ne peut plus décemment parler d\u2019une culture unique à propos d\u2019une collectivité ou d\u2019une nation.Plusieurs sous- groupes possèdent des codes et des rituels qui les associent souvent à des réseaux qui dépassent les frontières nationales.Cette identification à des valeurs trans- 148 Le Nouvel Âge québécois nationales a des répercussions évidentes sur la matière même de la quotidienneté.Les références se déportent à l\u2019extérieur des repères nationaux et l\u2019imaginaire, ainsi, s\u2019assimile aux structures des organisations qui ont le plus d\u2019emprise sur lui.C\u2019est ainsi que l\u2019on devient Californien au coeur de Montréal, en s\u2019intéressant davantage à ce qui se trame à San Francisco qu\u2019à Ottawa ! « Travailler » le corps Godbout et Sauvageau développent leur vision en déployant leur argumentation à partir de deux axes : les thérapies nouvelles et les technologies nouvelles.On sait combien profondément ces deux phénomènes ont marqué la société québécoise de ces dernières années.Ce que l\u2019on sait moins cependant, et que le film démontre, c\u2019est qu\u2019ils originent d\u2019un même lieu : la Californie.L\u2019une des principales préoccupations du document consiste à interroger cette prévalence californienne sur les « nouveautés » tout en explorant les traces laissées sur le tissu social québécois par ces deux mouvements.L'un des traits caractéristiques de ce que l\u2019on a appelé le Nouvel Âge consiste en I\u2019 importance grandissante que l\u2019on y accorde au corps.Sans doute trop longtemps relégué aux censures d\u2019une morale puritaine et passéiste, celui-ci reprend maintenant ses droits et occupe les devants de la scène.Ce joggeur que l\u2019on aperçoit dans le film en train de traverser à grandes enjambées un parc urbain n\u2019a rien d\u2019un « promeneur solitaire » ; son esprit est entièrement concentré sur ses pulsations cardiaques et ses mouvements respiratoires.L\u2019hédonisme contemporain s'emploie à favoriser la jouissance de l\u2019appareil physique jusqu'aux frontières de la torture.Il ne s\u2019agit plus ici de contempler le paysage, mais bien plutôt de s\u2019astreindre à un dur labeur de musculation et d\u2019exhalation. Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Mêmes préoccupations pour cette jeune fille, adepte du « workout » popularisé par \u2019actrice Jane Fonda, jadis sex symbol, convertie depuis Barbarella au « big business » de l\u2019aérobique.Cette dernière-née des techniques du corps a connu un développement prodigieux ces dernières années.On prétend que c\u2019est une entreprise de quelque 30 milliards de dollars par année aux États-Unis.C\u2019est dire l\u2019importance du phénomène.Sans être des manifestations avant-gardistes de la révolution de l\u2019Ere du Verseau, le j Jogging et la danse aérobi- que constituent des versions recyclées des nouvelles valeurs issues de la Californie.Aux questions existentielles posant le pourquoi, les solutions américaines prônent le pragmatisme du comment.Si l\u2019être est une entité psychosomatique, alors faisons en sorte que la biologie fonctionne parfaitement, nous permettant ainsi d\u2019atteindre à l\u2019éveil de toutes les synapses de notre cerveau ! C\u2019est ainsi qu\u2019un ami m\u2019affirmait ressentir un bien-être quasi euphorique lorsqu\u2019il s\u2019adonnait a la course a pied : « Pendant ce temps-la, on ne pense plus.on réve! » devait-il m\u2019affirmer pour me décrire son état.C\u2019est également cet espèce de doux vacuum méditatif que recherchent ceux et celles qui fréquentent les centres de massage et de relaxation en tout genre.Détendre l\u2019esprit Dans une salle légèrement éclairée par une lumière tamisée, des individus baignent dans le son du mantra ; le OM mystique enveloppe les participants au rituel ; bientôt le bonheur apparaît à la commissure des lèvres.La magie a opéré une autre fois ; le calme et l\u2019harmonie ont réintégré les corps.Voilà que l\u2019être s\u2019apaise.Les douleurs de l\u2019existence se sont envolées pour un instant, avec le souffle, sur des airs venus d'Orient.Ces mêmes airs, du reste, en ont inspiré plus d\u2019un.À preuve ce musicien recyclé à la musique de relaxation.Il nous expliquera 150 Le Nouvel Âge québécois longuement sa technique, en insistant sur l\u2019attitude méditative requise pour composer de telles mélodies.C\u2019est dans une luxueuse villa de la côte ouest, en plein « party » Nouvel Age, qu\u2019il nous expose sa théorie des trois zones corporelles visées par différents rythmes.Car s\u2019il y a ceux qui consomment les dernières modes culturelles, il y a aussi ceux qui les produisent et qui en vivent.On retrouve souvent parmi ceux-là d\u2019anciens contestataires du « système » des années psychédéliques ; les hippies d\u2019hier sont devenus des entrepreneurs en bonheur, et ça marche ! Récupération pour certains, juste retour des choses pour d\u2019autres, il n\u2019en demeure pas moins que le temps a fait son oeuvre de transformation.La génération contestataire d\u2019hier impose progressivement son système de valeurs par les voies que lui autorise le système nord- américain de production.En cela, elle ressemble étrangement à toutes celles qui l\u2019ont précédée.Mais poursuivons plutôt\u2026 La synthèse : une spiritualité hédoniste Confortablement installé dans un spacieux studio, Jacques Languirand est surpris par les caméras en pleine émission (c\u2019est arrangé avec le gars des vues !).Écrivain converti à l\u2019animation et à la cause des « enfants du Verseau », ce dernier s\u2019est fait promoteur des valeurs du Nouvel Age.Depuis plusieurs années, Languirand intrigue et séduit une population bien particulière, curieuse et avide d\u2019insolite.Qu\u2019il s'agisse de récentes expériences en relaxation ou des dernières trouvailles concernant le cerveau, l\u2019animateur de Par quatre chemins est là, toujours à l\u2019affût du neuf, du bizarre, de l\u2019avant-garde scientifique et spirituelle.Languirand ne manque pas de souligner au passage l\u2019aspect narcissique de toute cette vague de renouveau.Le 151 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable risque qu\u2019il voit poindre est celui d\u2019une désaffection du social au profit d\u2019un nombrilisme stérile.L'engouement croissant pour les recherches sur les états de conscience témoigne malgré tout d\u2019un profond désir de connaissance \u2014 pour ne pas dire de sagesse \u2014 de la part des adeptes de l\u2019humanisme « écologique » prôné par le mouvement du Nouvel Âge.Une désaffection certaine envers les voies de la rationalité cartésienne des pouvoirs dominants caractérise également les différents groupes qui expérimentent ces « changements de paradigmes ».Le rôle central et déterminant de l\u2019intuition est revendiqué en toute chose.On prétend de plus \u2014 et ceci me semble fondamental \u2014 que la situation du monde est intrinsèquement liée à celle de notre propre être ; voilà bien pourquoi il importe au premier chef de « travailler sur soi » afin de transformer le monde.Voilà le coeur du credo du Nouvel Âge.Le support privilégié de cette transformation, on l\u2019a dit, c\u2019est le corps ; mais un corps distillé par les ondes d\u2019un cerveau « spiritualisé ».Les exercices de méditation, qu\u2019ils prennent appui sur la pensée ou sur le physique, visent toujours et essentiellement à une rééquilibra- tion des forces dans le but d\u2019harmoniser les tensions de I\u2019étre.Je ne peux toutefois m\u2019abstenir ici d\u2019observer que la soi-disant nouveauté revêt parfois des formes connues ; à preuve ces exercices de « méditation active » des disciples de Rajneesh qui me rappellent étrangement certains comportements matinaux dans l\u2019intimité de la salle de bain.Mais la cure ici est sans doute fondée sur le passage du privé au public ! ?La quête d\u2019absolu est caractéristique de l\u2019ensemble des mouvements physico-spirituels du Nouvel-Âge.Le stress de la vie moderne et l\u2019abandon progressif des religions traditionnelles, trop orthodoxes et institutionnalisées, ont fait place à la redécouverte des fondements biologiques de la spiritualité.Cette tendance a pour conséquence de 152 Le Nouvel Âge québécois générer un nouvel individualisme fondé sur la réalisation hédoniste.Le principe de plaisir, si longtemps séparé du sentiment religieux, revient en force par les voies conjuguées d\u2019un renouveau des enseignements traditionnels et par une mystique du corps articulée par l\u2019hédonisme con- sommationnaire contemporain duquel la publicité n\u2019est évidemment pas étrangère : « C\u2019est dans la tête qu\u2019on est beau ! » « Let\u2019s get physical! » S\u2019exploiter « corps et ame » Ce qui me frappe dans tout ceci, c\u2019est l\u2019aspect travail.Comme si à l\u2019inverse de la productivité du travail effectif \u2014 le taux de chômage \u2014 un dispositif compensatoire était mis en place pour que les pulsions productrices se détournent sur le corps en tant que ce dernier est « exploitable ».?Ce qui, par ailleurs, me fascine tout a la fois, c\u2019est de penser \u2014 en accord avec l\u2019aristotélisme qui fait du corps une forme de l\u2019âÂme \u2014 que l'individu, en sa volonté consciente, est maître d\u2019oeuvre de sa conscience (et de la conscience qu\u2019il a de sa conscience.\u2026).Autrement dit, l\u2019âme est constructible, par l\u2019intermédiaire de la conscience que l\u2019on prend, des dispositifs multiples de son organisation biologique.C\u2019est ce type de conviction qui a animé Anne Gagnon dans la création de son centre de massage intégral : « Vas-y avec le corps et tu vas te retrouver », telle a été son intuition de départ.Ses études sémiologiques en théorie du texte littéraire l\u2019auront ramenée à la conscience des relations entre les différentes parties du corps.Ses propos feraient sûrement frémir plus d\u2019un docte de la discipline ; il n\u2019°empêche cependant que la cohérence de son argumentation est percutante : comment en effet ne pas 153 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable constater que les diverses régions du corps entrent en communication les unes avec les autres, et que ce tout constitué par l\u2019ensemble de ces liaisons représente justement la conscience de la conscience, ou encore l\u2019âme\u2026 Même entreprise pour débusquer les tensions inscrites dans l\u2019anatomie chez Jack Pinter, inventeur de l\u2019intégration posturale.Florian Sauvageau a goûté à sa « médecine » et l\u2019on voit ce dernier au bord de la panique, ce qui ne manque pas de m\u2019interroger sur la volonté de puissance de certains de ces « nouveaux » thérapeutes en tout genre.Je vous avoue parfois ressentir de l\u2019inquiétude devant les propos de ces personnages qui insinuent comprendre le moindre de nos blocages corporels ou affectifs.On se demande qui exploite quoi ou qui ?Suis-je paranoïaque ! ?Mais le personnage qui aura le plus retenu mon attention dans ce film-catalogue aura été sans conteste ce beauceron du nom de Georges Lacroix.Cet homme est un industriel du textile qui, en plus de s\u2019adonner à des lectures ésotériques, a transformé son sous-sol en salon de culturiste.De la culture physique à la culture métaphysique.Sa femme et lui pratiquent tous les exercices physiques possibles et imaginables afin d\u2019exploiter totalement leur potentiel.On voit combien la logique de cet industriel millionnaire s'emploie à ne rien laisser se gaspiller.La logique du discours capitaliste s\u2019applique point par point aux investissements énergétiques consentis pour exploiter pleinement les ressources de son être.Il ne reste plus à Georges Lacroix, appuyé fermement en ceci par son épouse, qu\u2019à affirmer que « les crises économiques sont des maladies mentales » pour que le tour soit joué.Cette formule est importante car elle synthétise à elle-seule le déplacement suggéré par la philosophie du Nouvel Age, diffusé, rappelons-le, depuis la Californie, U.S.A.Lan- gle d\u2019observation est ainsi déplacé du social au psycholo- 154 Le Nouvel Âge québécois gique d\u2019une façon radicale.Le nouveau paradigme renverse en quelque sorte la prééminence d\u2019une analyse faite en fonction des classes sociales pour insister sur la responsabilité individuelle.Cela ne nous rappelle-t-il pas le concept du « self-made man » si cher à nos voisins du sud (peut réussir qui le veut vraiment) ?D\u2019une révolution, l\u2019autre Il n\u2019y a pas que les thérapies qui s\u2019affublent du qualificatif de la nouveauté, les technologies \u2014 en particulier celles de la communication \u2014 se sont emparées elles aussi de l\u2019épithète « nouvelles » pour se faire valoir.La dissémination des machines oblige à un véritable marketing entrepris sur la base d\u2019une valorisation du progrès technique et de l\u2019efficacité économique.Et à ce titre-là, la Californie sait se vendre ! Tout le monde a plus ou moins déjà entendu parler de la Silicone Valley, la Mecque des microprocesseurs\u2026 L'un des scientifiques interrogés par les auteurs du film, français d\u2019origine, nous expliquera longuement pourquoi la Californie est un lieu privilégié pour la recherche.À son avis, les budgets, en permettant la concentration nécessaire à l\u2019atteinte d\u2019une « masse critique » de chercheurs, permettent de faire progresser les champs de recherche.On mentionnera au passage l\u2019influence déterminante des militaires sur ces budgets, mais pour finalement constater que les fruits de ces recherches serviront également à des fins civiles.La démonstration tourne court, et l\u2019on n\u2019est pas tout à fait convaincu de l\u2019altruisme militaire.Il n'empêche cependant que l\u2019on est bien obligé d'admettre que les micro-ordinateurs, développés dans la foulée des projets militaires concernant la cybernétique, font de plus en plus partie de la panoplie des appareils domestiques.Ainsi la recherche de pointe (la haute technologie), finit, un jour ou l\u2019autre, par se retrouver dans notre cuisine.Les lieux du quotidien domestique sont 155 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable envahis par l\u2019intelligence artificielle des robots de toute sorte.Le « virage technologique » investit totalement l\u2019espace de la prospective sociale.Il n\u2019est plus une conversation, une émission de radio ou de télévision, un colloque ou un congrès qui ne traitent du sujet.L'effet premier de « l\u2019informatisation de la société », selon l\u2019expression consacrée, est de solliciter une totale mobilisation des énergies de réflexion.On n\u2019a pas le choix ! Nous devons nous adapter.Ceci est l\u2019impératif premier du discours des promoteurs de la nouvelle technologie.Discours saturant et univoque, s\u2019il en est, ce dernier interdit la dissidence au risque de passer pour analphabète.Du même coup, les priorités des « penseurs » et des « décideurs » sont déplacées, réorganisées et « ré-alignées » sur le nouveau paradigme technologique dominant ; ainsi l\u2019imaginaire d\u2019une collectivité prend un virage, nécessaire sans doute, inévitable surtout, mais d\u2019abord dictée par les impératifs d\u2019une logique de production décidée par les « maîtres » de l\u2019économie mondiale.Thimoty Leary, célèbre pour ses prises de position sur le L.S.D., affirme que l\u2019ordinateur est aux années 80 ce que la drogue a été aux années 60.Qu\u2019on se le tienne pour dit! Et si ces propos sont justes, nous devons prévoir la création de centres de « dé-programmation » ! Les intoxiqués commencent déjà à halluciner.\u2026 à preuve ce Gordon Sheppard, grand prêtre du micro-ordinateur, qui officie en lieu et place de la croix, sur l\u2019autel de l\u2019intelligence artificielle ! N\u2019affirme-t-il pas du reste avoir souvent plus de stimulations en présence de son ordinateur qu\u2019en présence d\u2019êtres humains.Admettons que ce soit un passionné, mais il témoigne tout de même, d\u2019une manière fantaisiste (peut-être ! ?) de cette fameuse déshumanisation tant décriée que l\u2019on attribue à l\u2019informatique.156 Le Nouvel Âge québécois Questions en suspens Les propos d\u2019un tel document ne manquent pas de soulever un bon nombre d\u2019interrogations.Parmi celles-ci nous retiendrons celles qui s'adressent tout particulièrement à l\u2019identité des Québécois.La première remarque qui vient à l\u2019esprit au visionnement de Comme en Californie concerne la place qui est maintenant allouée à la politique dans les préoccupations des citoyens (et surtout des jeunes).L'on ne peut que constater ici une désaffection profonde envers cette dernière au profit d\u2019un engouement croissant pour les pratiques « parallèles » d\u2019inspiration orientale.Nos frontières territoriales ne sont pas des remparts infaillibles, fort heureusement, mais cela fait également en sorte que nous sommes partie prenante du grand tout nord-américain, pour le meilleur et pour le pire.Il n\u2019est pas question ici de prétendre que nous sommes les seuls à ce chapitre, mais notre situation géo-politique est déterminante en cette matière.Pendant la dernière série de la Coupe Stanley j'ai réalisé, plus profondément que jamais sans doute, à quel point nous étions synchronisés à l\u2019heure américaine.Par- tisanerie mise à part, nos ambitions sont les mêmes ; nos habitudes se ressemblent étrangement ; nous adulons les mêmes vedettes et partageons les mêmes angoisses.Il nous faut bien constater encore une fois que la langue est le seul facteur culturel déterminant qui nous distingue en Amérique du Nord.Et encore la.n\u2019était-ce de notre regroupement sur un territoire spécifique, nous partagerions cette caractéristique avec d\u2019autres ethnies du « melting pot » américain.L'idée qui a longtemps prévalu chez-nous faisant de la barrière linguistique une « assurance » contre l\u2019envahisseur est désuète.On se rend bien compte aujourd\u2019hui qu\u2019il faut bien davantage qu\u2019un 157 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable système linguistique pour activer la dynamique culturelle nécessaire au développement d\u2019une collectivité.Il faut un ensemble de conditions sociales, politiques et économiques qui permettent le plein épanouissement des énergies créatrices.La langue, à elle seule, n\u2019est pas une garantie de pérennité.Les énergies catalysées par le projet national durant ces dernières années cèdent le pas à celles nécessitées par le « Virage technologique ».L'imaginaire social est saturé par le discours sur le progrès technique comme si était résolue la question du pays.On nous promet une élection référendaire, mais on est toujours assis entre deux chaises.Cependant, ce dont on peut certainement être sûr c\u2019est que le Québec, même séparé du reste du Canada, fera toujours partie des Amériques.158 ur CAR _ ors 22 cents rss on 38 Te ES Roc 5 pee ar y re CN GQ.i CS - Ton a = os a ese - À ES 3 = nee he ve Fc EN, gi 2 ed a ; ces he nN wn % i Ï ¥ # Fb 2 Sa 5 & = < Ra Le = = = = = EY à Bebe 3 ea = % x.& * 54 3 = hy ype = Se 3 HN se » NS SR ga # 5 ê * > $ â ce = i i\" La : q Ë $ 2 5 Es ' 3 à is : 5 sit a NN Sad 5 oo py ey ë \u20ac 2 2 on 2 { 2 5 Rit za 5 S DIAPOSITIV a es fe oF 5 SER Ya: ë ou ce.pel = i 8 a, x.5 .a \\ uy sa N { f ~ 5 = a i Xr 5 es 5 ei a = ; a bs \u20ac 3 8 = Ig pa A A PS a LL.RP PE Ruth Major Lapierre Le Soap opera américain : de si bien belles bulles * L'attrait, la fascination même, que la télévision améri- i: caine exerce sur les téléphiles du monde entier ne cesse i pas d\u2019étonner les chercheurs.Quand on sait, par exem- E ple, que le soir de diffusion de Dallas voit se vider les rues, les cafés et les bars en France, en Suède et en Angleterre, on s\u2019étonne, vu la proximité, que les sociologues canadiens réagissent si violemment à l\u2019invasion des ondes canadiennes.Quel que soit le type d\u2019émissions proposé par les réseaux nationaux, le téléspectateur se tourne généralement vers ce que les Etats-Unis offrent le soir.Nos réseaux ont compris qui diffusent en traduction plusieurs de ces émissions.Or, les traductions de certaines séries américaines ont parfois un succès heureux (Quincy), parfois malheureux, voire lamentable (Three\u2019s Company/Vivre à trois), sans compter le fait que les traductions québécoises ont toutes à souffrir, du côté francophone, du problème de l\u2019identité linguistique : on parle pointu ou on parle joual selon la classe de gens * Merci à Madame Elaine Forand, supervisor-tv traffic and billing, de CFCF-12 Television, pour l\u2019autorisation de consulter les cotes BBM du printemps 1984. Possibles \u2014 L'Amérique inavouable représentée et on en oublie même, quelque part dans les niveaux de langue, de quoi il est question ! Le choix qu\u2019opèrent quasi systématiquement les spectateurs de regarder la télévision américaine continue \u2014 ou commence \u2014 à s\u2019exercer tôt le matin : tandis qu\u2019on propose ici des émissions d\u2019information (Première Heure), une ribambelle de programmes pour enfants (Passe- Partout, Animagerie, Capitaine Cosmos), suivie des sempiternels conseils d\u2019hygiène, de décoration et de cuisine (De bien belles choses, Entre nous), les postes américains offrent des reprises attendrissantes des comédies à succès passées (/ Love Lucy, The Beverly Hillbillies, Benson, etc.), des séries dramatiques (Facts of Life), des jeux (Definition, Tattletales, Dream House, Family Feud) dont les invités sont les vedettes de prime time shows ou de soap operas.Lorsque débute l\u2019après-midi, il reste aux téléspectateurs québécois le choix entre les émissions de TVA (Ciné-Quiz et La Petite Maison dans la prairie) ou celles de Radio-Canada (Allo Boubou, Au jour le jour, Le temps de vivre) ou celles, américaines, que diffusent le réseau anglais de Radio-Canada (All My Children), et CTV (Another World et General Hospital) ou encore les postes de Cable-TV où tous les soap operas sont diffusés.On constate aisément que, pour l\u2019individu qui ne comprend pas minimalement l\u2019anglais, les réseaux télévisuels francophones stagnent dans la domesticité (conseils en tous genres) et la platitude caractéristiques des réseaux radiophoniques d\u2019avant 1925, année où les postes de radio américains ont entrepris la diffusion des soap operas (pour attirer, à la fin des années 30, plus de 40 millions d\u2019auditeurs !).À cause du silence systématique de la presse et de la télévision francophone au sujet des soap operas, on peut prétendre que l\u2019intérêt du phénomène n\u2019est supporté que par l\u2019engouement des Américains, et que les Québécois, 162 Le soap opera américain.les francophones plus particulièrement, ignorent jusqu\u2019à l\u2019existence de ce genre d\u2019émissions.Or les cotes d\u2019écoute des soaps.comme le tirage de leurs revues spécialisées (consacrées aux vedettes et aux différents shows) démentent implicitement ces allégations.L'examen comparatif des cotes prouve hors de tout doute l\u2019importance, au Canada et au Québec, des daytime dramas (appellation polie des soap operas) : en 1983, on évaluait à plus de 70 millions le nombre de spectateurs américains des treize soaps.La télévision canadienne diffuse quant à elle trois shows : CBC propose à ses téléspectateurs All My Children (654 000 spectateurs), tandis que le réseau CTV offre aux siens Another World (1 254 000 spectateurs) et General Hospital (1200 000).La Maison de Radio-Canada ne dispose pas semble-t-il des cotes exactes pour la région de Montréal ; en revanche, les statistiques de CFCF-12 indiquent qu\u2019avec un auditoire constitué à cinquante pour cent de francophones, Another World et General Hospital vont chercher, à ce poste seulement (c\u2019est-à-dire à l\u2019exclusion des postes de Cable-TV, respectivement 121 800 et 128 000 spectateurs dont près de 30 % sont des hommes et 18 % des étudiants (contrairement à la rumeur qui veut que les soaps ne soient écoutés que par des femmes, seules à la maison).On constate donc que les auditeurs n\u2019ont pas vraiment de choix au cours de l\u2019après-midi : « petits téléromans » comme on les appelle ici à tort sans les connaître, ou conseils.Il reste que les réseaux francophones doivent chercher leur solution, comme les réseaux américains ont trouvé la leur avec les soaps operas.Il est en effet impensable de traduire les soap operas dont le déroulement suit le calendrier régulier, sans compter la qualité (!) et les délais de diffusion qui en découleraient ; ensuite, il est tout aussi utopique de croire que les réseaux francophones puissent produire une contrepartie québécoise aux daytime dramas parce que les budgets dont ils disposent leur permettent à peine de présenter des téléromans une fois la semaine, aux moments de grande écoute (prime 163 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable time) pour atteindre, de peine et de misère dans les meilleurs cas, le million et demi de téléspectateurs (sauf Le Temps d\u2019une paix qui s\u2019en accapare deux millions) : d\u2019ailleurs, aucune des compagnies commanditaires productrices (les packagers) ne voudrait débourser des millions de dollars pour un bassin de population aussi restreint que le Québec.Les problèmes découlant des cotes d\u2019écoute des réseaux francophones réintroduisent la question de la popularité des soap operas : qu\u2019est-ce qui incite tant de spectateurs à les regarder ?Les recherches sociologiques dont ils sont issus, le glamour (apanage des budgets faramineux), le travail acharné \u2014 et combiné \u2014 des équipes de production, des tables rondes d\u2019auteurs, des compagnies publicitaires, commanditaires et des trois réseaux nationaux (CBS, NBC et ABC) contribuent tous au succès de la formule des soaps.Descendants en ligne directe du feuilleton qui a fait, au siècle dernier, la promotion à la fois de l\u2019auteur, du journal et du texte littéraire, les soap operas se sont d\u2019abord attachés à promouvoir à la radio le produit commandité (généralement du savon, d\u2019où leur nom), le poste ou le réseau diffuseur et le maintien des valeurs sociales.L\u2019avènement de la télévision a vu les shows promouvoir les vedettes et les auteurs.Propriétés, soit de Procter and Gamble, soit d\u2019ABC, mis en ondes par les trois chaînes nationales, les soap operas sont diffusés chaque jour de la semaine, durant une heure (en majorité) au cours de l\u2019après-midi.Ils réussissent à remplir un espace représen- tationnel immense : représentation de la famille, des générations, de l\u2019argent, du pouvoir, de la culture, de la vie fantasmatique, bref de la société occidentale, et plus particulièrement américaine.La demande populaire n\u2019en est jamais rassasiée ; toutes les générations y trouvent leur compte, d\u2019abord par le besoin d'identification individuelle, puis collective, 164 Le soap opera américain.besoin à la fois d\u2019unité et de cohésion, besoin d'approbation, besoin de se reconnaître, unique et différent, au sein d\u2019un groupe défini.Grâce à cette reconnaissance, le spectateur opère ensuite la transition : il reconnaît SA société, son groupe réel, ses réactions, ses désirs, sa ville, son Etat, son pays.Parce que le biais microcosmique s\u2019intéresse avant tout aux relations interpersonnelles dans le couple, la famille et le milieu de travail, le quartier et la ville, l\u2019individu ne voit pas l\u2019enjeu global qui est le maintien de la forme et des valeurs sociales capitalistes propres à la société américaine \u2014 et occidentale \u2014 et dont la compagnie commanditaire et le réseau ont besoin pour continuer de vendre et de produire.Certains soap operas, comme The Guiding Light et The Edge of Night (d\u2019abord connu à la radio sous le nom de Perry Mason), ont débuté dans les années 30 à la radio et continuent leur succès à la télévision depuis aussi tôt que 1952 ; mais la plupart des daytime dramas datent d\u2019au moins vingt ans avec le résultat que les spectateurs fidèles suivent leurs séries favorites d\u2019une génération à l\u2019autre, sans interruption.Puisque les assises des shows sont toutes les mêmes, ceux-ci peuvent subir un arrêt dans le visionnement plus ou moins prolongé parce que le soap est conçu de telle sorte qu\u2019on rappelle au spectateur les événements passés pour les lier aux plus récents : rien ne se perd.Ce fréquent rappel est la clé du succès : la continuité (familiale, plus spécifiquement) soutient toute la structure du soap, en garantit la réussite et permet une identification qui dure \u2014 éventuellement \u2014 toute la vie du téléspectateur.La réussite de la formule du soap opera s\u2019avère tellement satisfaisante qu\u2019elle a donné lieu, au milieu des années 70, aux mini-séries telles que les téléspectateurs les connaissent aujourd\u2019hui : Maîtres et Valets/Upstairs, Downstairs, Les Jordache/Rich Man, Poor Man, Raci- 165 $ 1 He AY Rn fH SER erento = Pr EI, ro ST tL pore ARE Sr A pe RSR OS EE SR pe EE Possibles \u2014 L'Amérique inavouable nes/Roots, Scrupules/Scruples, etc.Tout le système télévisuel américain s\u2019est adapté graduellement à la continuité des soaps.Le plus souvent dans ces séries du prime time, on retrouve les mêmes commanditaires que le jour : les produits annoncés par telle série doivent continuer de se vendre le soir.Les succès foudroyants des mini-séries ont bientôt entraîné à leur tour les producteurs à créer les soaps de prime time aux réseaux américains : il s'agissait d\u2019accoutumer le spectateur à une longue \u2014 1interminalbe, comme les soaps \u2014 continuité du soir : les séries continues comme Dynasty et Dallas ont ainsi vu le jour.Ce ne sont pas tout à fait des soap operas parce qu\u2019ils sont diffusés selon une grille hebdomadaire (la grille quotidienne prolongée ne survivrait pas le soir à cause de la grande variété d\u2019émissions offertes et de la compétition), mais ces séries en gardent toutes les caractéristiques : intrigues de base à deux familles (l\u2019une riche et l\u2019autre plus pauvre) \u2014 les constituantes basales du microcosme, la continuité et le commanditaire.Les deux ou trois dernières années ont vu s\u2019accroître ce genre d\u2019émissions dont les ondes sont maintenant saturées : Falcon Crest, Knots Landing, Emerald Point, St.Elsewhere, Hill Street Blues.les vedettes, faut-il s\u2019en étonner, en sont justement celles des soap operas avec lesquelles les téléspectateurs se sont déjà identifiés et qu\u2019ils re-connaissent mieux à la suite de leurs apparitions (guest starring) dans les programmes d\u2019aventures comme Quincy, The Fall Guy, Matt Houston, The A Team, Hotel, The Love Boat, Fantasy Island, Knight Rider.La préférence qu\u2019on accorde à ces interprètes n\u2019est pas le fait du hasard : on doit voir dans ce choix une preuve additionnelle de l\u2019efficacité d\u2019une représentation plus globale qui appelle si fortement l\u2019identification individuelle et générale parce qu\u2019elle est trans-linguistique, transnationale, trans-culturelle, occidentale.166 Sur les chemins de lautogestion 7 _\u2014 os recut eyed 5 cor or = Par Ka esta a A ae E i Jean-François Gauvin Didier Lenglare Les tribulations d\u2019E.Ten planète québécoise La loi 109 a été durement critiquée.D\u2019aucuns n\u2019y ont vu qu\u2019une nouvelle manifestation de l\u2019intervention étatique dans le champ culturel, voire même une « attaque de contrôlite aiguë ».L'État devrait-il se mêler de cinéma ?Le septième art n\u2019est-il pas une chose trop sérieuse pour qu\u2019un ministre s'en occupe ?Contrairement au Québec, il n\u2019existe pas de ministère du développement culturel aux États-Unis.Pourtant le cinéma s\u2019y porte bien.Quel est le contenu de cette loi ?Les points qui ont surtout retenu l\u2019attention sont ceux concernant le doublage et la violence sexuelle.À propos de la langue, la loi stipule que les distributeurs américains doivent présenter au Québec les versions françaises des films qui tiennent l\u2019affiche plus de soixante jours.Ces deux mois donnant le temps à un grand nombre de cinéphiles de visionner les oeuvres dans leur version originale.Par contre, la restriction aux soixante jours évite qu\u2019un film extrêmement populaire, comme par exemple E.T., ne bénéficie d\u2019une double carrière au Québec.La loi interdit également la 169 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable diffusion de films prônant la violence sexuelle : mesure qui s\u2019est avérée trop faible au gré du front commun contre la porno et du Conseil du statut de la femme et trop radicale par contre de l\u2019avis de certain(e)s journalistes.Ces dimensions de la loi ont été largement discutées et commentées.À notre avis, la mesure essentielle concerne cependant la distribution.La première lecture du projet mentionnait que seules les compagnies canadiennes à 80 % auraient le droit de distribuer des films au Québec.Cela annulait tout simplement le privilège des Majors.Cette disposition a créé de vives réactions chez les Américains.Le State Department a adressé des mises en garde précises au gouvernement péquiste et l\u2019ambassade américaine à Ottawa a fait parvenir au gouvernement canadien le texte suivant : De telles mesures protectionnistes sont particulièrement troublantes à un moment où la reprise économique s\u2019amorce à peine et où il est particulièrement important de maintenir un climat économique qui favorise le commerce, les investissements et la création d\u2019emplois qui en découlent.Prévoyant que la clause « canadienne » ne servirait pas nécessairement les intérêts québécois, on a modifié l\u2019article 97.Dans sa version définitive, ce dernier stipule que les Majors ne peuvent distribuer que les films qu\u2019ils produisent, les autres étant du ressort des distributeurs locaux.La loi 109 est donc protectionniste, mais dans le sens qu\u2019elle veut protéger le caractère « international » du Québec, en lui donnant accès aux autres cinémas nationaux.Car au moment où les Majors étaient sur le point de s'approprier une distribution « générale » en Amérique du Nord (voir à ce sujet le rapport Fournier) on peut se demander ce qui nous serait parvenu des autres pays quand on sait qu\u2019aux Etats-Unis seulement 1 % du temps- 170 Les tribulations d\u2019E.T.écran est consacré aux films étrangers.On peut douter ainsi qu\u2019un film comme Les dieux sont tombés sur la tête, très populaire au Québec, aurait été retenu par un Major.En fait, on ne peut aborder cette législation sans prendre en considération la dimension économique du développement culturel et du cinéma en particulier.Le concept d\u2019industrie culturelle forgé par Adorno et Horkhei- mer, philosophes de l\u2019école de Francfort a, depuis les années 40, fait fortune.La radio, le cinéma et la télévision ont progressivement rapproché la création artistique du mode de production des marchandises.Les industries de l\u2019imaginaire fabriquent des produits de grande consommation.Elles adoptent les méthodes des industries classiques pour lancer leurs marchandises.Devenant un produit industriel, la création audio-visuelle doit également se soumettre aux contraintes de financement.Les investisseurs désirent naturellement rentabiliser leurs mises et dirigent leurs capitaux sur certains projets de film en fonction d\u2019études de marché.Dans cette optique, ils cherchent à diffuser leurs produits à l\u2019échelle internationale.Les rapports de force qui sous-tendent les relations économiques internationales se retrouvent également dans le secteur des industries de l\u2019imaginaire.Les États-Unis se trouvent dans une situation particulièrement favorable quant à la diffusion mondiale de leurs films.Maîtres en « l\u2019art du marketing », ils disposent également des capitaux nécessaires à la réalisation de nombreux succès du grand écran.De plus le marché intérieur américain suffit par lui-même à amortir les productions nationales.Il est à noter que seuls les pays rassemblant un important bassin de population tels que le Japon, l\u2019Inde et les États-Unis consomment plus de films nationaux qu'\u2019étrangers.Forte d\u2019un bassin de population énorme, l\u2019industrie américaine du film peut se permettre de réaliser des films commerciaux au coût moyen de 13 millions de dollars.Or ce sont ces films qui entrent en compétition avec le cinéma québécois.A titre d\u2019 exemple, 171 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Star Wars, E.T.et Grease ont rapporté plus de 130 millions de dollars chacun.Par comparaison, les Majors américains touchent près de 20 millions de dollars par an au Québec.En supposant que l\u2019industrie québécoise dispose de cette somme, elle ne pourrait que reproduire plus de deux films en suivant les critères américains.Les lois du marché condamneraient le cinéma québécois à une mort certaine.De la même façon que dans un contexte de compétition internationale certains « secteurs mous » des économies nationales disparaissent du paysage industriel, le cinéma québécois devrait rendre l\u2019âme.Il ne dispose pas des moyens de sa propre survie.Les dispositions de la loi 109, en empêchant la disparition des réseaux de distributeurs québécois rentables, font obstacle à la logique des forces du marché.Cette dynamique aurait normalement conduit à l\u2019établissement d\u2019un monopole américain sur le marché du cinéma au Québec.Ce monopole américain aurait eu pour conséquence un manque à gagner considérable pour le cinéma québécois, car selon le ministre des Affaires culturelles, Clément Richard, les distributeurs québécois sont d\u2019importants investisseurs.À partir du moment où les Américains faisaient disparaître le réseau de distribution au Québec, ils faisaient disparaître en même temps la production cinématographique québécoise.ES Fallait-il sacrifier à l\u2019autel de la doctrine libre- échangiste le cinéma québécois ?Quelle est la valeur des théories économiques sur le plan culturel et esthétique ?Les responsables politiques ne peuvent se résoudre à laisser agir dans ce domaine « la main invisible » qui mènerait inéluctablement vers une forme de « darwinisme culturel », où une culture riche de sa seule beauté mais incapable de s'adapter aux lois du marché se verrait impitoyablement « phagocitée » par une rivale soutenue par de puissants moyens d\u2019investissement financier et de diffusion.172 Lu ME Vues on dB ar Lab Me a peace RF We À Les tribulations d\u2019E.7\u2026 Les expériences de même nature menées dans d\u2019autres pays plaident résolument en faveur de la loi 109 car, comme l\u2019a souligné le ministre français des Affaires étrangères, Claude Cheysson, « la leçon des vingt dernières années est claire : il n\u2019y a pas de cinéma national sans politque d\u2019aide au cinéma national.C\u2019est vrai pour la France, pour l\u2019Italie, pour l\u2019Allemagne [.\u2026] L'exemple de la Grande-Bretagne (qui a fait le choix inverse) est à cet égard instructif : il y survit une industrie du cinéma, mais le cinéma national a pratiquement disparu ».L'intervention de l\u2019État offre donc au cinéma québécois une chance de survie.On peut pourtant se demander si ce genre de politique suffira à élargir l\u2019audience des films québécois.En 1981 les 37 films subventionnés par l\u2019Institut québécois du cinéma n\u2019ont pas attiré plus de 3 % du public des salles québécoises.Il serait trop facile de mettre sur le comme d\u2019un quelconque « impérialisme culturel » américain le succès des films venus du Sud dans les salles québécoises.Les spectateurs seraient-ils victimes d\u2019un complot ou d\u2019une machination ?Ne sont-ils pas maîtres de leur choix ?Se rendent-ils au spectacle sous la menace ?Force est de constater que la puissance financière de l\u2019industrie du cinéma aux Etats-Unis n\u2019est pas la seule cause de la popularité des films américains.Les films américains plaisent aux publics du monde entier parce qu\u2019en cherchant à obtenir le maximum de profit, les réalisateurs tentent d\u2019épouser autant que possible les aspirations du public et ses goûts.Les Majors accaparent actuellement une très grande partie du marché mondial.Le cinéma allemand n\u2019occupe que 13 % du temps-écran en son pays, le cinéma britannique 8 % et le cinéma suédois 7 %.Les films français et les films italiens réussissent toutefois à conquérir 50 % et 40 % de leur marché interne. Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Sans se soumettre à la tyrannie des sondages et des études de marché, ne faudrait-il pas prendre plus en considé- à ration les goûts du public québécois ?S\u2019il ne tenait pas 3 compte de cette réalité, le cinéma québécois ne se : condamnerait-il pas a demeurer un art destiné a une i élite ?La planche de salut de l\u2019industrie québécoise du i cinéma réside dans la conquéte du marché intérieur.i Dans cette perspective, en préservant l\u2019existence de sour- = ces privées d\u2019investissement, la loi 109 facilitera une à meilleure correspondance entre les goûts des Québécois et la production.L'avenir du cinéma québécois reste donc lié à certaines interrogations.Rien ne nous assure de sa survie.Cependant, en intervenant, le législateur aura au moins tout tenté pour que son concurrent américain ne l\u2019élimine sans coup férir. Courtepointes et pointes sèches A Le Pes PEP APP LL po Le \u201d Le jour Shaborda Nom de famille : Shaborda.Pas très fréquent par ici ! Ils ne sont que deux dans l\u2019annuaire téléphonique de Montréal.Je ne les connais d\u2019ailleurs ni l\u2019un ni l\u2019autre.Je dirais même plus : cet annuaire téléphonique est rempli de noms d\u2019inconnus à l\u2019orthographe déroutante, dont il est même difficile de deviner le pays d\u2019origine.Ce sont des pages que l\u2019on feuillette très rapidement, sans s\u2019y arrêter.Aujourd\u2019hui, je m\u2019y arrête.Tous ces noms étranges et sans visages me mettent dans un profond malaise.J\u2019aimerais mieux oublier leur présence.pour la bonne raison que je n\u2019aime pas être placé devant mes contradictions.En voici quelques-une : 1.Je souhaite vivre dans un Québec le plus souverain possible et qui soit un lieu d\u2019épanouissement de mon identité de Nord-américain francophone.2.Je favorise une politique d\u2019accueil aux diverses ethnies du monde et un respect profond de la culture de l\u2019autre.177 Possibles \u2014 L'Amérique inavouable 3.Je veux de toutes mes forces des rapports égalitaires i entre les sexes, et je réprouve l\u2019autorité parentale arbitraire.Je pourrais allonger la liste.Ce serait me torturer en 1 me démontrant que je suis rempli de convictions incompatibles entre elles.A court terme, sur le plan des principes, il y a des terrains où le compromis n\u2019est pas possible.Si la culture de l\u2019autre fait une place importante au pouvoir masculin et paternel, ou bien je critique et combats sa culture en m\u2019appuyant sur des tendances actuelles de la mienne, ou bien j\u2019encourage par mon silence le maintien de la domination d\u2019un sexe par l\u2019autre.Dans les i deux cas, ma satisfaction va être minée par la culpabilité.Cette façon de poser le problème ne mène qu\u2019à des i culs-de-sacs.C\u2019est aujourd\u2019hui le 2 avril 1984, le jour E Shaborda, le jour où je me laisse déranger par le foison- ; nement des noms étranges dans l\u2019annuaire téléphonique de Montréal.En ce même jour, la bande dessinée Hagar du Nord dans La Presse nous montre une petite scène de famille.Hildegarde interpelle mari et enfants : « Bon, ce soir est réservé a la famille.nous resterons tous a la maison et nous sortirons les jeux de société ! À quoi aimeriez-vous jouer ?» À la scène suivante, Hildegarde, outrée, réplique à Hagar : « Mais non ! le poker dice n\u2019est pas un jeu de famille!!! » J\u2019interprète et je me dis : Hagar veut bien jouer en famille, mais il n\u2019a jamais appris.Où diable aurait-il pu apprendre ?Il est plongé dans une situation nouvelle.Il commence par y essayer ses vieilles recettes.Ce n\u2019est qu\u2019un début.À quoi la famille va jouer finalement ?Je n\u2019en sais rien.Probablement ni au poker dice, ni à des jeux traditionnellement recommandés « pour toute la famille » (c\u2019est-à-dire la mère et les enfants).178 Courtepointes et pointes sèches En ce jour Shaborda, je me prends à penser que des accusations telles que racisme et sexisme sont souvent des alibis, et que la dénonciation est souvent une manoeuvre facile pour échapper à la responsabilité.Quelle responsabilité ?Celle de créer une dynamique sociale à partir d\u2019individus disparates, d\u2019intérêts divergents, d\u2019habitudes incompatibles.Je me prends à rêver d\u2019une société où la question « qui a raison ?» serait considérée une question futile.mais où on chercherait sans arrêt des façons pratiques de vivre ensemble.Ça commencerait souvent par des engueulades.Je fantasme : « La façon dont tu traites ta femme m\u2019écoeure, lui dis-je ! » Je le lui dis au lieu de faire mon habituel détour pour éviter de le rencontrer.Je m\u2019expose à ce qu\u2019il me réponde : « Et moi, ton rythme de vie, ton obsession de l\u2019efficacité, ta froideur et ta distance dans les endroits publics, m\u2019écoeurent également.» Le rêve éveillé continue.Hagar dit à Hildegarde : « Cette famille est un endroit mièvre où j\u2019étouffe.» Hil- degarde lui réplique : « Il n\u2019y a pas de pirates ici.Si tu décrispais tes muscles, tout le monde serait moins tendu.» Dans mon rêve, les gens ont troqué la manie de juger contre l\u2019urgence de bâtir.Dans un monde imparfait et avec des partenaires imparfaits.En s\u2019écorchant.Par besoin de relations.Un monde ou la culture est a faire, les regles du jeu en perpétuelle négociation, les valeurs en perpétuelle création, les idéologies prudentes et provisoires.Si c\u2019était ça, l\u2019autogestion ?André Thibault 179 Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Un nouveau discours sur la langue * À la lecture de ce gros document envoyé par le Conseil de la langue française \u2014 les épreuves du livre \u2014 plusieurs réactions me traversent.J\u2019en fais part brièvement.Première réaction.À propos du titre.L'avenir du français au Québec : est-ce de la science-fiction ?À lire les réactions racistes à propos des francophones du Manitoba et à entendre les cris scandalisés des anglophones de Montréal parce qu\u2019il y a en Amérique du Nord un petit territoire qui parle français, je me demande si on n\u2019est pas en train de rêver en couleur en parlant de l\u2019avenir de la langue française au Québec.Mais l\u2019expérience nous prouve \u2014 on est en 1984 \u2014 que la science-fiction finit souvent par se réaliser.Donc pas de panique et allons-y pour la science-fiction, même si celle-ci a des affinités dangereuses avec Big Brother et même si, comme le démontrent Louise Blanchard (médias) et Charles Cas- tonguay (démolinguistique), l\u2019affaire est loin d\u2019être dans le sac.C\u2019est pas encore gagné, quoi qu\u2019on en dise parfois = dans les magazines à grand tirage.Deuxième réaction.Comme un mouvement de balancier.Quoi, encore la langue ?Combien de dissertations n\u2019avons-nous pas fait, nous des ex-collèges classiques, sur cette question ?On associait alors le couple inséparable langue et religion.Puisqu\u2019un des deux termes est tombé, n\u2019avons-nous pas droit maintenant à une religion de la langue ?Je relis le titre : Douze essais sur l'avenir du français.Je songe aux douze apôtres.Le Christ, c\u2019est * Texte d\u2019un commentaire lu lors d\u2019une table ronde organisée par le Conseil de la langue à propos de Douze essais sur l'avenir du français au Québec, ouvrage préparé par Pierre Vadeboncoeur (Editeur officiel du Québec, 1984).180 Courtepointes et pointes sèches évidemment la langue flagellée, bafouée, malmenée, ignorée, et j'en passe.Un des essayistes s\u2019avoue même un peu plus apôtre que les autres puisqu\u2019il reconnaît son passé religieux.Ma deuxième réaction est celle d\u2019une fatigue, d\u2019un agacement.On en aura donc jamais fini avec cette question de langue.La loi 101 aurait-elle failli à sa tâche ?La langue est un instrument et non une fin.S\u2019interroger sans cesse sur notre langue pourtant maternelle, n\u2019est-ce pas avouer une impuissance à maîtriser les langages, à construire, à vivre au présent ?J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019au Québec on se promène allègrement du passé à l\u2019avenir en omettant d'examiner le présent.Puis je me rends compte que notre présent, c\u2019est cela, cette insécurité permanente, cette absence de certitude, cette existence perçue comme faute et comme accroc à la raison universelle, c\u2019est-à-dire à la logique des puissants.Notre spécificité est bien là, dans cette interrogation constante sur nous-mêmes.Dans cette grande lassitude que nous ressentons tous, à des degrés divers.Mais qui là encore est en train de se perdre, parce que jugée folklorique ou insignifiante.« On dirait qu\u2019il n\u2019y a plus de sensibilité québécoise pour s\u2019appliquer au mal québécois » écrit Jean Larose.On ne s\u2019intéresse plus au Québec, même au Québec.Là-dessus je me dis, sans ironie cette fois, qu\u2019heureusement qu\u2019il y a douze apôtres pour nous rappeler à la mémoire de nous-mêmes et à la « conscience », selon la belle définition que donne Jean Marcel de la culture.Troisième réaction.En lisant les épreuves, je tombe sur une faute de typographie.Tout au long d\u2019un article, le mot « dollard » s\u2019écrit avec un « d » pour signifier l\u2019argent.Je trouve cette erreur passionnante et me dis qu\u2019une bonne part de l\u2019enjeu est là, à savoir s\u2019il faut écrire dollar avec ou sans « d » : Dollard contre dollar.C\u2019est-à-dire choisir entre le passé, l\u2019histoire, ou un présent-avenir qui 181 \u2018 4 J pu: it A: 4 if A RK: ji Ry 4 8 Mi Bl En à A qi.Bi 4 4 Et Bi I A PEN ET [RIAN SRE EEE CROIRE CHE Possibles \u2014 L'Amérique inavouable parle le langage de l\u2019efficacité, de la rentabilité, entre la défaite des Plaines d\u2019Abraham ou l\u2019American way of life.Ou encore, plus globalement, entre le symbolique ou l\u2019économique.Mais n\u2019est-ce pas encore un faux débat ?Ne nous a-t-on pas habitués à une forme de logique binaire qui nous laisse pantelants et immobiles devant des choix impossibles à effectuer, sinon à tenir ?Plusieurs essayistes contestent d\u2019ailleurs cette dialectique stérilisante qui fait que «trop de débats virent au manichéisme ».Venons-en à leurs textes.Quatrième réaction.Je préfère les propositions aux lamentations, les orientations aux doléances, aussi justifiées soient-elles.S\u2019il est impossible de rendre compte ici de l\u2019ensemble de ces essais dont la plupart, par leur forme même, témoignent d\u2019une indiscutable vitalité langagière, je retiens, parmi les propositions, celles de la (ré)-appropriation des moyens de communication (Andrée Ferretti), de l\u2019informatique, un domaine où nous n\u2019avons pas encore de retard historique (Louis-Philippe Hébert), d\u2019un mode de vie qui passe par le projet écologique (Andrée Fortin), de la culture tout court et de la culture française en particulier (Jean Marcel), de la modernité et du Signe (Jean Larose) et de la mémoire vivante : « Il ne s\u2019agit pas de répéter l\u2019histoire.On peut se battre avec elle, contre elle.Ce qui est tragique, c\u2019est de l\u2019« ignorer » (Jacques Grand\u2019maison).Selon Madeleine Ouellette-Michalska, il faut se mettre à l\u2019écoute de l\u2019autre, du tiers exclus, du pulsionnel, ce refoulé sauvage de la pensée occidentale.Lise Noël parle des coûts structurels additionnels (notamment dans le domaine de l\u2019éducation) qu\u2019entraîne le fait de vivre en français sur un continent massivement anglophone.Charles Castonguay se demande « en vertu de quelle justice », le gouvernement fédéral s\u2019acharne à ne pas comprendre que le fait français au Québec \u2014 où se trouvent 88 % des parlant français du Canada \u2014 doit bénéficier, 182 Courtepointes et pointes sèches au risque de disparaître, d\u2019un développement économique soutenu et accru, « particulier ».Louise Blanchard insiste sur l\u2019énergie à déployer pour échapper à une conception exclusivement publicitaire et lucrative de l\u2019information.En général cependant, on analyse plus qu\u2019on ne propose.La prudence est de rigueur.Notre pseudo- messianisme d\u2019antan ne nous a pas menés bien loin.Même l\u2019idée d\u2019indépendance, qui revient comme un leitmotiv dans certains textes (celui d\u2019Andrée Feretti, celui d'André Gaulin : rappel historique et littéraire de la colonisation) ou comme donnée implicite dans d\u2019autres essais, n\u2019est jamais perçue autrement que comme étape.On préfère parler d\u2019autonomie, de capacité de choisir.Une certaine méfiance s\u2019est installée face à une « naïveté politique et juridiste ».Face à ce que Jean Larose appelle notre esprit « Siècle des Lumières ».Les lois apparaissent nécessaires, non suffisantes.Cinquième réaction.Dans ce concert de voix québécoises, une voix canadienne, celle du sénateur Arthur Tremblay, propose une revue de l\u2019histoire et une synthèse fort intéressante des transformations subies par la question de la langue au cours de ce siècle.Mais après avoir dit que le mot « conquérant » ne s\u2019applique plus depuis la Confédération, il discute de l\u2019article 23 de la Constitution canadienne (celui qui touche aux langues d\u2019enseignement des minorités) et reconnaît, tout en le déplorant, que celui-ci a été purement et simplement imposé au Québec, et au Québec seul.Ainsi toute cette idée généreuse qui visait à soi-disant protéger les droits et l\u2019avenir de la francophonie au Canada, aurait été conçue surtout pour protéger de façon efficace et indubitable les droits d\u2019une « minorité », à savoir la minorité anglophone du Québec.C\u2019était, à n\u2019en pas douter, la plus menacée d\u2019assimilation\u2026 RCE Possibles \u2014 L\u2019Amérique inavouable Sixième réaction.L'intérêt du livre réside d\u2019abord dans le renouvellemnt du discours sur la langue.On sait échapper à ce que jappellerais une mystique de la langue.Celle-ci est identifiée nettement comme un lieu ou s\u2019exercent des pouvoirs.Des pouvoirs multiples, diversifiés, alors que le discours des années 60, celui de Parti pris, par exemple, s\u2019était surtout attaqué à l\u2019aspect politique.Faire apparaître la langue comme lieu de pouvoirs suppose en corollaire une volonté de pouvoir, un défi à la peur, un appel à l\u2019audace, à la confiance, à la parole comme désir et comme force opérante.Quelques essayistes dénoncent un certain anti-intellectualisme qui finit par se confondre avec un « no-language\u2019s land ».On lit relativement peu d\u2019analyses, par contre, sur l\u2019état de la langue, mais plusieurs remarques convergent pour signaler que le déclin d\u2019une langue est peut-être encore plus grave que sa disparition.La qualité de la langue, dit-on, est un sujet sur lequel il faudra revenir.Mais ce renouvellement du discours sur la langue consiste avant tout en un élargissement de la question.Elar- gissement territorial et historique d\u2019abord, parce qu\u2019on ne craint pas de passer par le Mexique, l\u2019Allemagne ou l\u2019Afrique, ni de remonter au destin des langues vernaculaires pour expliquer le cas québécois.Elargissement encore parce qu\u2019on se rend compte, en lisant ces essais, qu\u2019on ne peut parler de langue sans parler de communications, de mass-médias, d\u2019empire et, en un mot, de faits de civilisations.Ce qui prouve que si la langue n\u2019est pas tout, beaucoup de choses passent par ce véhicule.Ce qui prouve aussi qu\u2019on ne saurait désormais penser le Québec sans penser en même temps le Québec dans le monde.Le Québec est un laboratoire privilégié : les enjeux qui se jouent ici sont mondiaux.Il vaudrait peut-être la peine qu\u2019on s\u2019y intéresse « spécifiquement ».Lise Gauvin 184 Courtepointes et pointes sèches Post-Scriptum \u2014 Pourquoi faut-il que ce contenu nouveau soit enveloppé d\u2019une couverture aussi austère, pour ne pas dire terne ?Soirée de lancement P \u2014 Vous êtes la revue du département de sociologie ?\u2014 Non, vous n\u2019y êtes pas.Laissez-moi vous expliquer.E \u2014 Alors Possibles est une revue littéraire.F \u2014 Des écrivains y collaborent\u2026 \u2014 Seriez-vous une revue syndicale?écologiste ?politique ?\u2014 Utopiste alors ?\u2014 Vous brûlez.\u2014 Mais enfin où vous situez-vous ?\u2014 Au carrefour des possibles.\u2014 C\u2019est un lieu très fréquenté.\u2014 Moins que vous ne croyez.L'imagination est une denrée rare par les temps qui courent.\u2014 En fait vous êtes une revue pluridisciplinaire.\u2014 Ça rime trop avec universitaire.Nous préférons nous définir comme un lieu où se côtoient les arts visuels, la réflexion politique et sociale, les pratiques autogestionnaires et les textes de fiction.\u2014 C\u2019est bien ce que je disais : vous êtes une revue utopiste ! \u2014 Je sens que nous allons tomber d\u2019accord.Suzanne Martin Ont collaboré à ce numéro : Flavio Aguilar, écrivain et professeur à l\u2019Université de Sao Paolo ; Denis Bachand, professeur , Département de Communication, Université d\u2019Ottawa ; Réjean Beaudoin, professeur au Département de français de l\u2019Université de Colombie-Britannique ; Lucien Francoeur, écrivain, professeur, Département de français, cégep de Rosemont ; Jean-François Gauvin, étudiant, Département de sciences politiques, Université de Montréal ; Robert Gélinas, musicien, membre du comité de rédaction d\u2019Intervention ; Didier Lenglare, étudiant, Département de sciences politiques, Université de Montréal ; Ruth Major Lapierre, pigiste ; Madeleine Monette, écrivaine ; Jean Morisset, professeur au Département de géographie de l'UQAM ; Pierre Nepveu, écrivain, professeur au Département d'études françaises, Université de Montréal ; Emile Ollivier, écrivain, professeur à la Section d\u2019andra- gogie, Faculté des Sciences de l\u2019éducation, Université de Montréal ; Pour l\u2019illustration : Pierre Guimond.Pierre Guimond est né à Montréal en 1945.Il travaille la photographie depuis 1968 et réalise principalement des photomontages qui furent exposés largement en Europe et au Québec.Les matériaux figuratifs de Pierre Guimond proviennent de coupures de revues et de magazines.Ces divers fragments réordonnés en images nous présentent le plus souvent un point de vue critique de la réalité contemporaine. REVUE TRIMESTRIELLE 17° ANNEE 1984 Ni partisane, ni neutre, une nouvelle formule qui propose: * un réseau international d\u2019information, * un espace de débats et de recherche pluraliste.Vendue en librairie: 40 F/numéro - Distribuée par Distique Abonnement (4 n°an): Individuel: France 136 F, Etranger 180 F Institutions: France 164 F, Etranger 240 F A adresser à Privat 14, rue des Arts \u2014- 31000 Toulouse © un outil de documentation Te iH Mi : À a Rh RII Eaeatal) LE.BL JE J EES Estu aire 0 6455 20 { gate Jeu.© ahiers de gequente Lured pratiques dans Vox et imag az\\ne d \\ Vie des ANS Nuit planch revue Ty POL 24 mages \\ es .Xe est $ v out?on par ach ute Ar ux propos © de piuréraires ts Le ld Golaris pésistà nce c\u2019es éba tS WE id gent périves ciete- Étud os trançais a aniers Le Maga?e du} uvelle bar! S youd spirale Les herve Co pie pA gonances Lettres À Quevec nnes à a erind\\e ns | e monde Re cherches Écr Wu re tra caise prote\u20ac DISPONIBLES Volume 1 (1976-77) numéro | : Tricofil Sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin numéro 2 : Santé Question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-78) numéro | : Fer et titane : un mythe et des poussières Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3 : Bas du fleuve \u2014 Gaspésie Poème de Françoise Bujold numéro 4 : Mouvements sociaux Coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrangois Volume 3 (1978-79) numéro 1: La ville en question A qui appartient Montréal Poèmes de Pierre Nepveu numéro : L'éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : La dégradation de la vie numéros 3/4 : Éducation Sur les.chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.Poèmes de François Charron et Robert Laplante 110 p.154 p.249 p.142 p.240 p.151 p.179 p.159 p.292 p.3,00 $ 3,00 $ 5,00 $ 3,00 $ 6,00 $ 4,00 $ 4,95 $ 3,95 $ 5,95 $ I Ri kK] Mi Ge; A 8 i 3 Volume 4 (1979-80) numéro 1: Des femmes et des luttes numéro 2 : Projets du pays qui vient numéros 3/4 : Faire l\u2019autogestion : Réalités et défis Poèmes de Gaston Miron Volume 5 (1980-81) numéro |: Qui a peur du peuple acadien ?numéro 2 : Élection 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d'\u2019Odanak à l'Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l'Irlande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes Volume 6 (1981-82) numéro |: Cinq ans déja.L'autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro 2 : Abitibi : La voie du Nord Café Campus Pierre Perrault : Éloge de l'échec numéros 3/4 : La crise.dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 (1982-83) numéro : Territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme Roussil en question(s) numéro : Québec, Québec : à l'ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal 207 p.4,00 $ 158 p.4.95 $ 284 p.5,95 $ 182 p.4,95 $ 157 p.4,95 $ 328 p.6,95 $ 177 p.4,95 $ 195 p.4,95 $ 274 p.5,95 $ 206 p.4,95 $ 161 p.4.95 $ numéro 3 : Et pourquoi pas l\u2019amour 170 p.500 $ Volume 8 (1983-84) numéro 1 : Repenser 'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme 197 p.5,00 $ Numéro 2 : Des acteurs sans scène E Les jeunes L'éducation 200 p.5,00 $ Numéro 3 : 1984 \u2014 Créer au Québec En quête de la modernité 184 p.5,00 $ NOM een e nana aan a en sean aa ane a aan a da ee aa a den a de a aa aan ne AQresse.\u2026.\u2026.escesee nee ne rare nan sea nana aan a area en ana a aa aan aa nana nan dan aan Ville.Leresrreaare eee rare ne see nn e nan sean ar a ne aan de nana ana dada nana nana nan Veuillez me faire parvenir le(s) numéro(s) suivant(s) : Ci-joint un cheque.mandat-poste.au montant de S$.cran crane case sa an rene nada na ne nana den Adresse 2020000000 a aa LL LR La La ae ee Ville .Code postal .Province .Téléphone .Occupation .LL aa La LL LL ci-joint : chèque .mandat-poste .au montant de [I Abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : $15.00 [J Abonnement de deux ans (huit numéros) : $30.00 [J Abonnement institutionnel : $25.00 [| Abonnement de soutien : $25.00 J Abonnement étranger : $30.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 a A Vo ~~ ES a Cao Er on pp TES \u201cuy a RAUDHALE on se = % RECU LE + + 3 \\ $ %
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