Possibles, 1 janvier 1986, Hiver
[" LS Lo.pay - IA Pere Roue re ee x = Dire 2 by a dcr ms, re actes peas] SEEK ERAT ptr: ce = ra Pr A == 0, gs\" ete ve AE _ SE : E Se Si se Sn / on Po ; DE, = SR O 2 © HIVER 1986 - sec: Go ex SAN 25 se 4 RS Vv i æ « ee = C RE RE + SR > av S SE ss RRR RHR = i # 2 iy es A a oe NE ee y = e > Co ro v vs = L = As = = rs Ni XX = 9 ss = se te VOLUME 10 © NUMER 2 a Le = )yssibles + y iN hs 285 A ay tnt ai ie tenir eines ey Sn ER Be os tac; INTELLECTUEL-LE- pe ossibles = VOLUME 10 © NUM ss P Cr Se ERO 2e HIVER 1986 | possibles B.P 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 Comité de rédaction : Rose Marie Arbour, Francine Couture, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Raymonde Savard, André Thibault.Secrétariat et administration : Suzanne Martin Collaborateursftrices) : Eric Alséne, Marie Bouchard, Roland Giguére, Gaston Miron, Marcel Rioux.Ont collaboré à ce numéro : Guy Bourgeault, Françoise Deroy-Pineau, Michelle Dubois, Jacques Godbout, Marc Lesage, Stephen Schecter, Yolande Villemaire.Pour l\u2019illustration : Melvin Charney La revue est membre de l\u2019Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCQ).Les articles parus dans la revue Possibles sont répertoriés dans RADAR (Répertoire analytique des articles de revues).Les textes présentés à la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionné par le ministère des Affaires culturelles du Québec et le Conseil des Arts du Canada.Sur la page couverture : Melvin Charney, Une construction à Lethbridge, 1985, crayon de couleur sur papier, 116 x 76,6 cm, photo de Denis Farley.Conception graphique et maquette de la couverture : Nicole Morissette Montage et supervision typographique : Claude Poirier et Serge Wilson PM Composition : Composition Solidaire inc.Impression : Imprimerie L\u2019Éclaireur, Beauceville Distribution : Diffusion Dimedia Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada ISSN : 0703-7139 © 1986 Revue Possibles, Montréal Éditorial 5 Face au changement ÉRIC ALSÈNE 13 Des intellectuels désemparés ou.un autre « débat sur le débat » GUY BOURGEAULT 23 Faut-il encore parler ?MARIE BOUCHARD 39 De l'artiste à l\u2019universitaire : y a-t-il une place pour l'intellectuel(le) ?ROSE MARIE ARBOUR 51 Faire une revue GABRIEL GAGNON S59 La tentation de la fuite MARC LESAGE 73 Le temps d\u2019une grève RAYMONDE SAVARD 81 Des saucissons dignes de ce nom JACQUES GODBOUT 93 Les uns ronronnent.et l\u2019autre ment ANDRÉ THIBAULT 103 se i Rs L\u2019esprit du temps ROSE MARIE ARBOUR 117 FRANCINE COUTURE Portraits d\u2019un groupe 129 MARCEL FOURNIER SUR LES CHEMINS EE OE L'AUTOGESTION Histoire socio-logique d\u2019une histoire de vie 149 FRANCOISE DEROY-PINEAU Journal d\u2019une campagne électorale excessivement platte STEPHEN SCHECTER 157 Lo C'est-à-dire LISE GAUVIN 167 Vision pour 1986 YOLANDE VILLEMAIRE 173 La main des mots MICHELLE DUBOIS 181 COURTEPOINTES BEEN ET POINTES SECHES 193 Si la chaussure vous va Cher(ère)s lecteur(trice)s, Dans la bande dessinée Conrad, parue dans La Presse du 30 décembre dernier, on voit un alligator prendre le thé en compagnie d\u2019un sac à main fait en peau de vous savez quoi, pendant que la princesse commente : « Réunion de famille ».Le tête-à-tête que vous amorcez avec ce numéro de Possibles a quelque chose d\u2019analogue.Les personnes qui lisent des revues d'analyse et de réflexion \u2014 et qui persistent à le faire au coeur des années 80 \u2014 ont de bonnes chances d\u2019être perçues par leur entourage et peut-être de se percevoir elles-mêmes comme intellectuelles.On se demande justement dans les articles qui suivent s\u2019il est bon pour les pieds de se ballader ces temps-ci dans des chaussures d'\u2019intellectuel(le).La catégorie de chaussure peut varier et vous avez déjà adopté la vôtre.Nous arrivons plus modestement avec un assortiment de lacets, en souhaitant que de l\u2019un ou l\u2019autre vous puissiez vous servir pour ajuster à votre pied cette problématique chaussure.Serein Un jour tombe.Le soleil de la pensée critique a brillé d\u2019une lumière qu'on avait bien crue per- manente.Sous ses rayons ont germé programmes POSSIBLES Ju de libération et projets de société.Tous les véhicu- des intellec-F \" les d\u2019expression, du recueil de poésies tiré à trois tuels(le)s cents exemplaires jusqu\u2019à la pièce de théâtre pour enfants qui se promenait d'écoles en écoles, diffusaient triomphalement une même illumination.wg C'est l'heure du serein.Il fait plus humide, plus frais, plus sombre.La tombée du jour, pour Éric Alsène, prend les dimensions d\u2019une crise économique, sociale, idéologique.Cette crise scinde la société en deux, dégageant un important secteur chroniquement marginalisé par rapport aux institutions économiques.Ce secteur englobe plusieurs des jeunes intellectuels, que cette précarité réduit au silence.Leurs aînés ou bien se sont intégrés ou bien se remettent péniblement des déboires de l\u2019extrême-gauche.Cela finit par faire beaucoup de silence, et la vague néo-conservatrice ne se fait pas prier pour déferler sur cet espace laissé vacant.Gabriel Gagnon, s\u2019interrogeant sur les tâches qui reviennent à cette revue, espère que les intellectuels ne céderont pas à la tendance de savourer leur morosité, morosité bien réelle et fondée sur un assombrissement de la lueur politique, pendant que s\u2019allument les néons de l\u2019individualisme et de la recherche des seules solutions économiques et technologiques.L'interprétation de cette brunante que fait Jacques Godbout est fort différente.D'accord pour constater la morosité des intellectuel-le-s, allant même jusqu'à reconnaître une coupure récente très accentuée entre eux et la société, cet article qui est peut-être le plus optimiste du numéro, applaudit au coucher de ce soleil qui n'était pas le bon.Il s'agirait en fait de l'effondrement des dogmes, tant ceux des idéologues narcissiques que des techno- 6 i , Sila crates suffisants.Et vive la soirée qui prépare un x chaussure jour nouveau.Pour Marcel Fournier, le soleil des intellectuels critiques aura brillé fort peu longtemps et de façon bien accidentelle.S'opposant au mythe, incarné par Jean-Paul Sartre, de l\u2019intellectuel parfaitement libre et librement engagé, il s'efforce de démontrer que dans notre histoire, les travailleurs de la pensée se sont généralement fondus dans les institutions.Beaucoup Visions fort variées donc ! Mais avec des fils conducteurs.Personne n\u2018oserait plus barrioler les murs et les pancartes de slogans tels que : « Tout tout de suite ».Une lecture attentive des textes de ce numéro laisse poindre par ailleurs certaines facons très actuelles d'inscrire le mot « beaucoup ».«Il lui a fallu certainement beaucoup de patience, écrit Francoise Deroy-Pineau, pour me supporter avec mes manières et mes mots qu'il ne comprenait pas toujours ».Lui, c'est Gilles Lemay, un ex-détenu, qui a demandé à l'auteure de l'aider à écrire sa vie.Sans doute agacé par les pratiques déconcertantes des intellectuel-le-s, mais désireux de profiter de leur compétence ! C'est ce défi modeste dans son extension et ambitieux dans son contenu, auquel la sociologue-journaliste s'est attaquée.Après que plusieurs aient voulu expliquer le monde dans sa totalité, certains s\u2019acharnent ainsi avec opiniâtreté à tirer le maximum d\u2019un terrain d'analyse et d'intervention très délimité.L'espace des mondes singuliers restant à explorer est très vaste.Pour Guy Bourgeault, beaucoup d'espace s'offre aussi à l'innovation dans l\u2019univers des idées et des valeurs.Libérés d\u2019une accointance avec le pouvoir, qui n'était guère compatible avec yd |] la liberté critique, les intellectuel-le-s ne devraient POSSIBLES du pas se crisper sur les souvenirs des débats d'hier.des intellec- w Des enjeux nouveaux sollicitent « la pensée libre tuels(le)s et l\u2019action solidaire », notamment la rencontre à peine amorcée entre la critique sociale militante et l'invention d\u2019une nouvelle culture.Le beaucoup est apparu à Marc Lesage, militant syndical, sous la forme du multiple et du divers : nouveaux types de travailleurs et de prolétaires non travailleurs foisonnent et rendent caduques les catégories familières d'analyse et d'action.Ces nouveaux groupes prolifèrent non seulement en diversité mais en nombre et la quantité des gens en voie de marginalisation atteint des dimensions impressionnantes.I! apparaît alors à l\u2019auteur qu\u2019une prise de distance pour réfléchir, marquée par un retour aux études universitaires, constitue non pas une fuite mais un moment nécessaire de son engagement.Marie Bouchard traque la multiplicité dans le réel et l\u2019oppose aux visions homogènes et simplistes des médias et aux pratiques normalisantes de certains pouvoirs, ceci en prenant comme objet de réflexion le monde de l'éducation.« Des milliers d'\u2019éducateurs oeuvrent, en silence, en consacrant encore à leurs étudiants le meilleur de leurs énergies », constate-t-elle, estimant que cette appréciation est partagée par « un grand nombre de parents d'élèves, comme bon nombre d'élèves ».Mais les appréciations ne peuvent plus faire l\u2019unanimité, la diversité de plus en plus visible des valeurs se traduisant dans une variété d'attentes face au système d'éducation.L\u2019auteure nous perçoit obligés « à faire face aux multiples possibles d\u2019une humanité qui intègre et accepte la gestion de sa propre complexité ».La conclusion de l\u2019article de Rose Marie Arbour mise aussi sur la fécondité du réel.Elle attend beaucoup d\u2019une pensée que les intellectuel(le)s MES | # , + i Sila peuvent élaborer « ancrée dans leur propre expé- de chaussure rience », comme effet paradoxal d\u2019une sévère marginalisation qu\u2019elle a auparavant décrite de façon impitoyable, dans une période, où le mythe de « l\u2019action » ne se prive pas de dévaluer les produits de l'imaginaire tout autant que de la rationalité.Mon propre article est également porté à faire confiance aux intellectuel-le-s auxquels il reconnaît beaucoup de finesse, et au contexte actuel où beaucoup d\u2019alternatives existent encore.Je crois qu\u2019à la belle époque encore toute récente des nouvelles visions du monde et idéologies, tout est arrivé trop vite et que cette suralimentation soudaine n\u2019a pas laissé le temps de digérer.Je compte sur la réflexion et le travail des intellectuel-le-s, dont les préoccupations de fond ne me semblent pas différentes de celles de la population dans son ensemble.Cette réflexion devrait, dans le monde des arts plastiques, mettre à jour, des divergences, des contradictions.« S'il y en a, observent Rose Marie Arbour et Francine Couture, et il y en a beaucoup, elles sont occultées ou tout simplement tuées dans l'oeuf ».Elles reconnaissent que « la situation artistique est beaucoup plus diversifiée qu'elle ne l'était dans les années 70 », mais croient que ce pluralisme, au lieu de stimuler l'émergence d\u2019individualités fortes, s\u2019applatit dans un conformisme dicté par le marché.Pourtant, plus d'artistes se sont formés à l\u2019université.L\u2019un d\u2019entre eux évalue ainsi les changements : « Maintenant tu t'intéresses beaucoup plus au milieu international.maintenant c'est beaucoup plus au niveau du concept ».Loin d\u2019étre convaincues qu'il en résulte un milieu artistique vigoureux, les auteures se réjouissent qu'au moins la question des femmes alimente encore des débats stimulants sur la scène des arts.Enfin, le beaucoup de Raymonde Savard quantifie un extrême degré de confiance dans le dialo- gue entre les générations.Face à ses étudiants cégépiens qui endossent la propagande gouvernementale à l'encontre des professeurs et autres salariés de l\u2019État tenus responsables du chômage des jeunes, elle explique patiemment les choses sans s\u2019humilier ni contre-accuser, invitant les jeunes à inventer leur nouvelle société comme l'a fait la génération qui précède.Cela malgré la tristesse d\u2019une grève où les professeur-e-s se sont senti-e-s isolé-e-s et passablement démuni-e-s d'espoir.André Thibault pour le comité de rédaction E10 POSSIBLES Du coté des intellectuels(le)s \u2026 els LES elle.À 4 i * ble A - 7 7 7 Cp y ; i Pa soil La mp = LS à > HE ss Construct Re J Hr .; bs 2 5 oF > GA i LEN | se ion, 3 > A Ar, .38 i 200 Par: se \u20ac vu sam ly GIR - ; i i % Wi # #5 % 240 2 a GA i 2 GE a CEE Ga pu = a prs RE La Mai = bors ix, HL Ly ce 7 Sa - 2 Es ve yon G2 Ë { wi) +} 4 i a AB ir é A Eu Soon >) pe wot 2.7 ; A 7e hi 555 3 A Crayons de couleur et d ~~ son de Ri / + .ee ze | .* hs < AA viere- a # Fi, e cire sur p 3 = 2 Vr 4 4 a 3 ¢ ie, « des-P oot xt wy ; «6 \u201c + # hy Waa + Ane i .+ Melvin Charne x 18 cm ler xerox 1977 rairies y Po.ET en à ÉRIC ALSÈNE Face au changement Durant la campagne électorale de novembre 1985 au Québec, tout le monde ou presque parlait de changement.En fait, la société québécoise a changé d'époque depuis environ cinq ans, et ces élections n\u2019y changeront pas grand\u2019chose.Depuis 1979 et le second choc pétrolier, depuis le non au référendum de mai 1980, depuis le virage néo- conservateur des gouvernements et la récession de 1981-82, depuis les grèves dans le secteur public au début de 1983, le Québec est entré en crise économique, sociale et idéologique.Qui dit crise, dit restructuration.Et la transformation en cours laisse place à une société duale, où d'un côté se renforce une sphère privilégiée au niveau de l'emploi, de l'accès aux décisions (« gavé-e-s de la Révolution tranquille », « nouvelle garde montante », « yuppies », syndicats surtout du secteur public, corporations professionnelles, etc.), tandis que de l\u2019autre bord se constitue tout un secteur de sous-emploi, de nouvelle entreprise, de travail précaire, de travail noir, de chômage, de bien-être social, de marginalité sociale.Face à ce « changement » sociétal qui pour plusieurs n\u2019en est pas un puisque l\u2019on a affaire à la toujours même société capitaliste, que font, ou plutôt, que disent les intellectuel-le-s québécois-e-s favorables à un véritable changement de société ?Par exemple, alors que l\u2019on entre dans une ère 13 FTTH RISTO post-industrielle marquée par la rareté de l'emploi, le vieillissement de la population, le déficit des systèmes de sécurité sociale, etc., quelles perspectives offrent les intellectuel-le-s d'ici pour s'opposer à des mesures réactionnaires comme le ticket modérateur, le revenu minimum garanti (tel que concu) et autres programmes du même acabit ?Et, plus généralement, quels discours tiennent-ils et elles pour participer au dépassement du dualisme social que ces mesures, parmi d\u2019autres, vont approfondir si elles sont adoptées @ Apparemment et grosso modo, c'est une espèce de vide intellectuel qui règne à ce propos au Québec.Ce qui apparaît caractéristique de l'heure, c'est le manque presque complet de vision progressiste synthétique, de projets novateurs à la fois stimulants pour l\u2019imaginaire et possibles à réaliser, de contre-propositions articulées et ancrées vis-à- vis du contexte social actuel.En effet, un certain nombre de voix s'élève bien pour dénoncer les pièges, les contradictions et le caractère rétrograde du nouveau scénario social mis en oeuvre par les couches dominantes.Malheureusement, les solutions envisagées par ces mêmes voix, à l'instar de Gérald Larose, président de la CSN, apparaissent d\u2019un autre âge : intervention de I\u2019Etat, déficit budgétaire, politique de plein emploi, etc.\u2014 surtout quand en même temps ces voix s'attaquent entre autres au travail à temps partiel, qui attire de plus en plus de personnes, pour conserver l'emploi à temps plein de travailleurs-ses devenant privilégié-e-s.D'aucun-e-s rétorqueront qu'il existe par exemple d'excellents ouvrages d'alternative, comme Le besoin et le désir de Marcel Rioux, La simplicité volontaire de Serge Mongeau et j'en passe.D'ac- 1/ Gérald Larose, « La libre entreprise, un pari aveugle ?», « Les grands défis de notre avenir », « Relancer l'économie, créer des emplois », La Presse, 19, 20 et 27 novembre 1985, P.A7.14 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s fa onde Blt te elle, le) Face au changement cord, quoique d'autres pourront les trouver passablement rêveurs, déconnectés.Il n\u2019en demeure pas moins que ce genre d'approche est rarissime, que le momentum n\u2019est pas \u2014 encore 2 \u2014 de ce côté, et qu'à toutes fins pratiques, l'espace idéologique et politique est abandonné à la vague néo- conservatrice.Je ne crois pas qu\u2019une démonstration serrée soit nécessaire pour s'en convaincre\u2026 Mais, justement, comment se fait-il que nos intellectuel-le-s, dans un tel contexte \u2014 qu'on dit à un tournant sociétal et ouvert à tous les possibles historiques \u2014, ne réfléchissent pas plus sur l\u2019autogestion dans les entreprises, la réduction et le partage du travail, les activités autonomes dans le temps libre, les structures en réseau, la limitation de l'Etat et son rapport à la société instituante, la dépropriation des champs de compétence, le contre-pouvoir des communautés de base, l\u2019inversion technologique notamment de l\u2019informatisation, le rapport entre économie privée et économie sociale, la réduction épanouissante de la consommation, etc, etc.?\u20ac J'aimerais avancer ici quelques hypothèses, concernant en propre la gent intellectuelle « progressiste », en vue d'expliquer \u2014 en partie donc \u2014 ce phénomène relativement surprenant.Premièrement, il semble que presque toute une génération, comprise entre 35 et 50 ans, qui avait donc entre 20 et 35 ans en 1970, n'ait plus grand\u2019chose a dire pour la société québécoise d'aujourd'hui.Ces intellectuel-le-s, après s'être posé-e-s, en grande majorité, en enfants contes- 2/ Non seulement a-t-il fallu l'invitation du ministre Camille Laurin à l'automne 1983 pour que 80 intellectuel-le-s se livrent à des séances de brain-storming sur une « démocratie nouvelle », mais encore leurs cogitations n'ont guère été portées à l'attention du rand public (Lysiane Gagnon, « Le silence des intellectuels », La Presse, 11 février 1984, p.A9) \u2014 le seule bénéfice de ces séances ayant peut-être été pour Pierre-Marc Johnson, qui semble y avoir puisé les thèmes de sa campagne électorale [concertation, solidarité, etc.).\u2026 .Face tataires de la Révolution tranquille, se sont POSSIBLES } .Du côté retrouvé-e-s dans des situations professionnelles des intellec- confortables, qui dans l'appareil gouvernemental tvelslle)s provincial, qui dans les universités, qui dans le mouvement syndical.l'accession au pouvoir du Parti québécois a constitué à ce chapitre le bouquet final pour cette génération appuyant à 100 % la social-démocratie si providentielle quant à son intégration socio-économique.Mais la création d'institutions décentralisées de récupération des initiatives de base (centres locaux de services communautaires, bureaux de l'aide juridique, de la régie du logement, etc.) a également beaucoup contribué à aspirer nombre d'intellectuel-le-s organiques.Quant à celles et ceux qui n'avaient pas la chance d'être parmi les élu-e-s, elles et ils pouvaient toujours se tailler des postes de permanent- e-s dans les groupes communautaires assez subventionnés (groupes de ressources techniques en habitation coopérative, radios communautaires, garderies, etc.), en attendant de faire un jour le saut.Au bout du compte, et il n\u2019y a rien là de bien nouveau, beaucoup ont oublié leur jeunesse radicale, voire ont viré de bord, en se faisant une situation.Mais surtout, et d'une manière plus cruciale, il faut comprendre que tout ce beau monde a baigné dans la même culture politique (indépendance, interventionnisme étatique, société de consommation, politique de partis, etc.), ce qui bien sûr ne se dépasse pas du jour au lendemain.Penser une critique constructive, imaginer de nouvelles perspectives n\u2019est évidemment pas facile dans de tel- es conditions.C\u2019est un peu l'image désolante de passéisme que nous offrent les intellectuel-le-s qui oscillent entre le Parti indépendantiste, le Mouvement socialiste ou le NPD-Québec, après avoir rompu avec le Parti québécois.À la limite, le discours de ce genre de personnes sert maintenant essentiellement à sauvegarder les « acquis », à savoir leurs rentes de situation obtenues entre 1960 et 1980.Elles et ils rejoignent en définitive le grand 16 IBLE te Nelle.lly\" \u2014 meer Face au changement mouvement néo-corporatiste qui tente de résister au raz-de-marée reaganien.Deuxièmement, une partie des intellectuel-le-s de cette même génération, qui s'était refusée à emboîter le pas de la majorité et s'était retrouvée dans la marginalité et le radicalisme dur, n\u2019est pas encore sortie de l\u2019état de choc que lui a causé l'échec de sa trajectoire.On aura reconnu principalement les tenant-e-s de l\u2019extrême-gauche, dont on évalue qu\u2019elle comptait quand même environ 10 000 membres et sympathisant-e-s au Québec aux plus belles heures des années soixante-dix, et dont les plus importants regroupements se sont dissous au début des années quatre-vingt.Aux dernières nouvelles, cette frange de l\u2019intelligentsia québécoise semble toujours en pleine introspection, essayant de faire le bilan du mouvement populaire et de comprendre les problèmes de jonction entre l'avant-garde et les masses.Sans aucun doute, au bout de ces réflexions, une somme d'éclaircissements et d'enseignements deviendra disponible.Celle-ci permettra peut-être à beaucoup de militant-e-s, qui sont restés-e-s au sein des groupes populaires (droits et libertés, éducation populaire, comités logement, etc.), de poursuivre une animation sociale plus épanouissante et contextua- lisée.La question cependant est que le travail historique présentement en cours s'accompagne d\u2019un grand silence sur l'actualité et l'avenir, quand ne ressurgissent pas des réflexes d\u2019auto-défense quelque peu dépassés face au balayage néo- conservateur \u2014 qui lamine certes énormément ce courant de pensée et d'action.Troisièmement, la petite minorité des irréductibles, ni tentée par la participation au pouvoir, ni galvanisée par la promesse d\u2019un monde prolétarien meilleur, prend actuellement une douce revanche pour s'être moins fourvoyée que d\u2019autres.Ces intelletuel-le-s ont généralement été parmi celles et ceux toujours à l'écoute des innovations et des 17 - face ruptures au sein de la société civile.À présent que POSSIBLES inf les stratégies doivent changer, elles et ils préconi- des intellec- sent de s'appuyer davantage sur les innombrables tuels(le)s débats qui se produisent à la base (dans les comités d'école, sur les lieux de travail, dans les cours d'éducation permanente, etc.).C\u2019est pourquoi elles et ils parcourent la province pour dialoguer avec les acteurs sociaux.D'autant qu'il n'est plus possible de s'exprimer dans les médias \u2014 notamment Le Devoir \u2014 qui semblent pratiquer une censure systématique à l'endroit des articles par trop originaux.Mais le problème, avec cette manière d'être intellectuel-le, réside en ce que presque personne ne parvient à « re-sémantiser » la multitude des expériences sociales, de telle sorte qu'une alternative cohérente et séduisante soit clarifiée sur la place publique, en concurrence avec les discours de la nouvelle droite.Quand on regarde l'impact qu'a eu au Québec aussi, au-delà de ses imperfections, un ouvrage comme L'âge de l\u2019autogestion (publié en France par Pierre Rosanvallon en 1976), on mesure l'ampleur du manque actuel de succession.Les personnes qui croyaient détenir le bon filon avec la théorie des « nouveaux mouvements sociaux » sont obligées, sauf aveuglément suspect, de devenir plus modestes devant les formes réelles des mobilisations sociales ; et celles qui essaient d'approfondir les « pratiques émancipatoires » en sont encore à leurs balbutiements, entravés incidemment par les contorsions du vécu.Quatrièmement, il se pourrait que plusieurs intellectuel-le-s, tous reclassements personnels effectués, soient actuellement en phase d'incubation, donc pas encore prêt-e-s à expliciter un quelconque sens porteur vis-à-vis des pratiques sociales.Ces gens-là se retrouvent notamment désarmés par la réussite de la contre-attaque néo- conservatrice.Déjà, celle-ci avait commencé par jouer un rude coup à la pensée autogestionnaire, alors qu\u2019un courant dans la population commençait à se développer contre l\u2019État bureaucratique UE 1 8 088g Face au ef pour les initiatives autonomes, en lui faisant con- Uc ean ES ng changement Currence sur ces thèmes, par une falsification gros- ve sière mais à grands effets (le libertarianisme dont on a parlé à la fin des années soixante-dix, nous inventant une nouvelle histoire économique à dormir debout).À peu près au même moment, un certain nombre d'expériences locales connaissait des échecs ou des succès mitigés (Tricofil, bien sûr ; mais aussi les projets de participation des usagers/ères), venant miner la crédibilité des tentatives de gestion collective.Par contre l'idée d\u2019« entreprise », elle, est restée ; et dès lors la nouvelle droite continua presque seule a la développer, à sa façon, c'est-à-dire en termes d'entrepreneurship individuel ou associé, à but lucratif.Là-dessus, et depuis quinze-vingt ans, on ne compte plus les personnes qui se sont faites écoeurer par des dynamiques groupales totalement basses, petites et sournoises.Quelques intellectuel-le-s y ont goûté, et font partie de ceux et celles-là mêmes, qui s'émerveillent devant les jeunes d'aujourd'hui qui trippent davan- | tage sur l'autonomie personnelle que sur les déli- 3 ces du communautarisme \u2014 sans qu'on sache d'ail- i leurs trop pourquoi.Aussi, que dire devant le succès en cours de l'Opération déclic et le succès probable de la Planification de l'emploi, sinon que non seulement ces succès ont été systématiquement balisés par le courant néo-conservateur, mais que ces programmes gouvernementaux en provenance respective de Québec et d'Ottawa sont « en parfait synchronisme » avec les aspirations de nombreux individus qui veulent s\u2019en sortir 2 Car il ne sert à rien de chercher à dépasser ces velléités d\u2019incubation d'entreprises, tant que les personnes concernées ne sont pas revenues de leurs illusions, quelques bonnes faillites à l'appui.Cinquièmement, il faut bien s\u2019'attarder sur la question des « jeunes » intellectuel-le-s \u2014 même si cela fait d\u2019une certaine manière le jeu d\u2019« adultes » en mal de cynisme \u2014, qui sont passablement rares à apporter du renouveau, plusieurs emprun- 19 .0, , a, Fat tant les mêmes voies piégées que leurs aîné-e-s POSSIBLES Lay .Ls .Du côté quand ils/elles ne sont pas séduit-e-s par le discours des intellec- néo-conservateur.Bref, la relève semble plutôt tuels(le)s absente, quoique les préparatifs en vue de l\u2019Année internationale de le jeunesse et 1985 proprement dite aient vu une bonne quantité d'initiatives de la part des jeunes.On doit cependant noter \u2014 au risque cette fois d'alimenter celles et ceux qui vivent du fossé des générations \u2014 que les jeunes intellectuel-le-s sont assez peu responsables de ce qui leur arrive.D'une part, leur situation matérielle est de plus en plus précaire : alors que les universités, même en cherchant à ne former que des spécialistes et des technicien-ne-s, instruisent inévitablement toujours plus d\u2019intellectuel-le-s potentiel- le-s, les emplois pouvant assurer leurs subsistance plafonnent, voire se rétrécissent a cause de la protection dont s\u2019entourent les adultes (ancienneté, etc.) ; et ces emplois se font de plus en plus contractuels (donc aléatoires), rémunérés en honoraires professionnels (donc pas d'assurance-chômage au bout).Dès lors, il n\u2019est pas étonnant que ces jeunes soient silencieux-ses, occupé-e-s à survivre dans n'importe quel type de travail.Mais d'autre part, ce n\u2019est plus de silence qu'il faut « parler », mais bien d\u2019'à-plat-ventrisme lorsqu'il/elles veulent avoir la « chance » de dénicher un poste propice à la réflexion intellectuelle.Les temps ont bien changé, où la meilleure manière pour obtenir de tels postes dans les années soixante/soixante-dix consistait presque à figurer parmi les premiers rangs de la contestation.La critique est devenue aujourd\u2019hui un véritable luxe, le goût pour l\u2019innovation sociale une hérésie scientifique.D'ailleurs et par ailleurs, la formation intellectuelle des jeunes est largement en cause.Je serais curieux de savoir dans combien de cours on transmet les nouvelles découvertes, les nouvelles sensibilités, les changements paradigmatiques en cours ; dans quels cégeps, dans quels départements universitaires on valorise autre chose que le virage informatique productiviste ou les acquis indélébiles de 20 Oto y côté | les in, vel Face au changement la science occidentale.Mais il n\u2019est peut-être pas nécessaire d'investiguer très loin, si l'on se souvient de quelle génération enseigne plutôt présentement.De leur côté, les personnes du 3° âge n\u2019ont guère \u2014 pas encore, avant que ce ne soit trop.\u2014 de place pour communiquer avec les jeunes ; pourtant l\u2019Histoire montre que plus d\u2019une fois le changement s\u2019est amorcé dans cette osmose.Autant tel fut le cas avec Marcuse (70 ans) en 1968, autant en 1985 les voix des Prigogine (68 ans), Illich (59 ans), Gorz (62 ans), Rioux (66 ans), qui sont parmi les novateurs les plus « radicaux », ne se rendent pas jusqu'aux jeunes.Ces diverses hypothèses, bien évidemment, touchent à la caricature.Les trajectoires individuelles ne se classent pas non plus de facon étanche.Ce ne sont par ailleurs que des hypothèses, des impressions.J'entends déjà certaines personnes questionner ce genre d'exercice, quelque peu gratuit, puisque non fondé, non prouvé « scientifiquement ».Effectivement, il n\u2019est pas toujours facile d'essayer de comprendre les pratiques d'aujourd'hui, encore moins les pratiques émergentes, surtout si ce sont celles d\u2019intellectuel-le-s, fort compétent-e-s pour enrober leurs discours et masquer leur quotidienneté.Alors, on se risque, on joue au jeu des hypothèses.J'entends aussi d\u2019autres personnes, qui crieront à la trahison, au coup de poignard dans le dos.Ce n'est pas en critiquant la situation actuelle des intellectuel-le-s progressistes qu\u2019on va avancer.Avec ce genre d'attitude, le système en place, les intellectuel-le-s traditionnalistes, les protagonistes du courant néo-conservateur en ressortent gagnants.Point n\u2019est besoin de leur fournir des armes supplémentaires.La marge de manoeuvre est déjà bien assez mince, en particulier pour les tenant-e-s d\u2019un nouveau paradigme et les analystes 21 des pratiques sociales instituantes.|| vaudrait FOSSIBLES mieux diriger les flèches de la critique contre le des intellec- Ë virage à droite, montrer un front uni vis-à-vis de tvels(le)s la réaction.Certes, là encore.Mais cette fois j'inviterais plutôt ces personnes à ne pas tomber dans la bonne conscience mystificatrice*, à ne pas s\u2019empêtrer dans la position d'un Sartre pendant la Guerre froide des années cinquante, défendant contre l'impérialisme américain le socialisme soviétique.et ses errements.Par ailleurs, il ne s'agit pas véritablement d\u2019une « critique ».Ce terme, à cause de sa connotation souvent négative, devrait être utilisé exclusivement en regard de l'ordre hégémonique.Or ici, il est question d'un examen sans complaisance, dans le sens d\u2019un dépassement interne, du champ intellectuel de re-change.Et précisément, je ne crois pas qu\u2019on serve si bien la composition d\u2019une alternative à la nouvelle idéologie dominante en occultant certaines difficultés rencontrées.Seule leur explicitation peut en effet conduire à des éléments de solution.La bouée d'espoir du nouveau paradigme (« holistique ») n'existera qu'en autant qu\u2019une véritable approche « constructiviste » se répandra.Le futur intellectuel sera alors certainement plus gros de possibles novateurs.31 « Comme les pions de mon enfance, je vous surprends, dans le noir, en train de vous tripoter la lucidité, et j'ai envie de vous dire : attention les boys, ça rend aveugle » (Pierre Foglia, « M\u2019sieur, j\u2018ai pas compris.», La Presse, 7 décembre 1985, p.A5).22 0 i a ely, Y tat sy Bl Rls ole.GUY BOURGEAULT Des intellectuels désemparés ou.un autre « débat sur le débat » Âgé de 87 ans, mon père, comme bien d'autres personnes de son âge, n'a plus guère au présent que des présences pointillistes et comme entremêlées d'absences, qui ne semblent garder d'elles-mêmes nulle mémoire.Le passé plus lointain, en revanche, paraît lui être plus présent que le présent, une actualité qui s'enfuit sans cesse dans l'absence.Cela, sans nostalgie apparente.Simplement, la qualité du présent est changée, qui tient à celle de la présence que nous y avons.Aussi, lorsque je me surprends à partager la morosité de collègues et d'amis déplorant et dénonçant l'absence aujourd\u2019hui de débats.d'hier, je me dis que nous vieillissons sans doute et qu\u2019à notre tour.Et puis non, quand même ! Est-il exact, comme on l'entend dire et redire depuis quelque temps, qu\u2019il n\u2019y ait plus de débats ?Assistons-nous, à travers tant de bavardages, nouvelle trahison des clercs, à une réduction au silence 2 Ou serait-ce plutôt, avec le regard qui s'obscurcit, l'oreille qui perd de sa finesse et de sa capacité de peception, de sorte que le bouillonnement des nouvelles aventures intellectuelles n\u2019est plus senti ni surtout ressenti comme une invitation à s\u2019y engager ?J'ai fait, il y a bien des années déjà, un pari pour la vie.Je n'en démords pas : elle bouge malgré les contraintes imposées et sous les apparentes inerties.À nous de la (re)découvrir et, au besoin, de la réveiller ; ou de nous réveiller à elle.Ce que je tenterai 23 de faire à ma façon à travers les quelques réflexions POSSIBLES ye .> 2 , ; I qui suivent, livrées sous la forme de notes détachées.des intolloc june tuels{le)s Peut-être avons-nous le sentiment, gens d'âge moyen sinon de moyen âge, après avoir tant investi d'espoirs et d'énergies créatrices dans certains projets et dans les débats qui ont entouré sa préparation puis sa mise en oeuvre, d'avoir été floués.Peut- être aussi nous sommes-nous floués nous-mêmes par une adhésion presqu\u2019inconditionnée, insuffisamment critique, à ce projet dont nous reconnaissons aujourd\u2019hui les limites et les leurres.Les totalitarismes sont toujours étouffants : en faisant de l'accession du Québec à la souverainené politique, la clé magique de fout l'avenir, nous avons préparé notre désillusion.Décidément, nous n'avons pas encore appris, catholiques romains au fond des entrailles, à nous méfier des messies ! Il est des époques ou des conjonctures qui sont plus propices que d'autres à l\u2019éclosion d'idées nouvelles et à l'élaboration de projets \u2014 et, partant, aux débats.Les périodes pré-révolutionnaires semblent être de celles-là.Sans faire plus ici qu'évoquer l\u2019effervescence qui a précédé la révolution française ou la révolution américaine, je rappellerai sommairement deux temps forts de l'expérience québécoise, qui ne sont d'ailleurs pas sans avoir entre eux quelque parenté : 1) À partir de l\u2019Acte constitutionnel de 1791 jusqu\u2019à la veille de la rébellion de 1837-1838, d\u2019incessants débats ont animé la vie de ce que J.-P Wallot a appelé un Québec qui bougeait.Les thèmes majeurs de ces débats ressortissent pour l'essentiel à un nationalisme qui va alors s\u2018affirmant, et à un libéralisme politique farouchement démocratique qui ne peut s'établir comme courant de pensée et d'action que dans l'opposition laïque à l\u2019autori- 24 OSS Ved ES Int due Des intellectuels désemparés.ati tarisme de l'idéologie cléricale dominante.Les lieux et les instruments de ces débats : l\u2019Assemblée et plus tard les assemblées des patriotes ; le journal le Canadien et plus tard la Minerve.Les leaders : L.- J.Papineau, bien sûr, mais aussi les Bédard, Duver- nay, Morin, Parent, Tracy.En 1832, le manifeste des 92 résolutions est discuté à travers tout le Québec dans un réseau de comités paroissiaux et régionaux qui organisent des assemblées, font signer des pétitions.En 1834, ces comités sont regroupés sous le « parapluie » d\u2019un comité central en vue d\u2019une élection d'allure référendaire lors de laquelle le parti des patriotes recueillera 483 639 voix contre seulement 28 278 pour les opposants.La suite est bien connue : la vanité de la victoire électorale fera sauter la marmite ; le bouillonnement idéologique qui s'était fait volonté claire d\u2019autodétermination et de self-gouvernement se fera rébellion ; et celle-ci sera mâtée, à la satisfaction à peine voilée des évêques Signay (Québec) et Lartigue (Montréal) qui s'étaient opposés à l'insurrection elle-même comme aux idées ou idéologies qui l\u2019animaient.2) Plus près de nous, de 1940 à 1980, c'est-à- dire depuis le scandale du Refus global et les premiers débats politiques amorcés sous Duplessis par le Bloc populaire jusqu'à la campagne référendaire du Parti québécois et jusqu\u2019à la victoire du NON, une élite intellectuelle a animé des débats qui sont allé progressivement s\u2019élargissant jusqu'à l\u2019effervescence des années 60 et des années 70.Cité libre, Liberté, la Revue socialiste, Parti-pris ont tour à tour été des lieux importants et des instruments des débats au cours de ce « dégel » québécois qualifié plus tard de révolution tranquille.(Il convient de noter ici que Possibles a tenté de prendre la relève, au milieu des années 7/0, avec un titre exprimant un projet plus modeste ou mesuré.) La prise du pouvoir par les intellectuels semble s\u2019être soldée une nouvelle fois par un échec.D'où la présente morosité dans laquelle, désemparés, ils dénoncent presque sans 25 écho les résurgences d\u2019un néo-conservatisme en tous POSSIBLES pi .* u cote scompdl points semblable aux anciens.Du cor ec.|\u201d tuels(le)s Les rapprochements du type de celui que je viens de faire sont à la fois faciles, parfois stimulants pour la réflexion, et toujours risqués.Malgré les similitudes évoquées, il est entre les deux moments de l\u2019histoire du Québec rappelés plus haut assez de différences pour que leur perception force à éviter les simplifications.Je n\u2019en retiendrai pour ma part que deux « leçons » : 1) Platon avait rêvé jadis d\u2019un gouvernement de sa République par des intellectuels, qu'il appelait philosophes.Or l\u2019idéalisme platonicien s'avère incapable ici comme en d\u2019autres domaines de plier la réalité aux désirs du rêve et de sa contemplation.L'évolution du gouvernement du Parti québécois de 1974 à 1985, dans ses discours comme dans ses actions, a fait apparaître l\u2019incompatibilité de la pensée libre et du pouvoir.Avec le Parti québécois, les intellectuels ont pris le pouvoir, ou du moins ont cru le prendre.Dans les faits, aucun gouvernement au Québec n'a écrit autant de livres verts ou bleus, oranges ou blancs, pour énoncer autant de politiques dans les domaines les plus divers de la vie collective, que celui du Parti québécois ; et ce, grâce à la collaboration des intellectuels dans le gouvernement lui-même, dans le parti, dans la fonction publique, dans les universités.D'où la cruauté de la déception, qui rappelle que la liberté de la pensée se meut plus à l\u2019aise dans l'opposition qu\u2019au pouvoir, lequel transforme l'interrogation en déclaration, voire en édit ou en décret, exténue la capacité critique et combat, par nécessité et comme par définition, toutes les formes de la subversion.Raison d\u2019Etat! Or la pensée est essentiellement libre et par là-même subversive, et tous les Duplessis d'hier, d'aujourd'hui et de demain auront raison de s'en méfier.Le rétrécissement des idéaux du Parti québécois et de ses pratiques comme gouvernement a été vécu par les intellectuels comme une trahison.Mais il aurait fallu se MEN 2 6 JRL ote Intell, de Des intellectuels désemparés.méfier au départ des nécessaires contraintes du pouvoir et refuser les adhésions inconditionnelles pour maintenir ouverte la possibilité de débats larges et qui ne soient pas assujettis aux credos des factions.2) Mais la fin d\u2019une aventure n\u2019est jamais que la fin d'une aventure ; et peut-être l'invitation à sa poursuite sous d\u2019autres formes.Dans ce que l\u2019on appelle parfois le « siècle d\u2019obscurantisme » qui va de 1840 à 1940, un regard plus « pointu » et plus critique aura tôt fait de découvrir les étonnantes continuités d\u2019une pensée qui refuse de mourir et qui relance constamment de nouveaux débats : chez les Rouges des années 1840 et 1850 dans le journal l\u2019Avenir et grâce aux activités de l\u2019Institut canadien ; chez les réformateurs sociaux des années 1860 et 1870 avec Médéric Lanctôt et son journal /\u2019Indépendance, puis avec les militants \u2014 penseurs d\u2019un mouvement syndical en voie de se constituer\u2026 jusqu\u2019aux libres audaces de Borduas et de ses amis criant leur Refus global et annonçant dans les années 1940 les mutations des années 1960.Aussi, après l'échec de 1980 et après la désillusion, convient-il d\u2019être de nouveau attentif à la vie qui bouge sous la neige d\u2019un apparent hiver.Le malaise aujourd\u2019hui ressenti par bien des intellectuels québécois me semble tenir pour une part à leur \u2014 notre \u2014 situation de parvenus.On a souvent ridiculisé la naïve gaucherie et la béate assurance des parvenus, c'est-à-dire de ceux que l\u2019argent faisait accéder à une classe sociale supérieure, à ses institutions, à ses rituels.On a du même coup dénoncé la mesquinerie de leurs luttes, la voracité de leurs appétits \u2014 toutes choses qui n\u2019ont sans doute rien de noble, même si les nobles, des parvenus de plus longue date, en avaient usé bien avant eux.Je suis convaincu qu\u2019il y aurait tout autant à observer, puis à décrire, chez les parvenus de l\u2019intelligentsia.27 N\u2019ayant pas poussé assez avant mes observa- POSSIBLES le tions, je n'oserais m'aventurer à tenter seulement de des intellec- E #\"\" brosser le portrait du « bourgeois gentilhomme » tuels{le)s contemporain.Je me contenterai d'évoquer la mesquinerie qui marque les rapports interpersonnels et interinstitutionnels dans le milieu universitaire québécois, celui que je connais : le professeur face à son collègue ou plus encore face aux étudiants, le département face aux autres départements, finalement l\u2019université elle-même face à ses « concurrentes », chacun cherche à établir sa supériorité en dépréciant son vis-à-vis.On tente en outre d\u2019y mesurer partout l'excellence avec des critères de performance dont il nest pas sûr que le monde des affaires ne les répudierait pas aujourd\u2019hui.Car l\u2019excellence et la performance, remplaçant l'accessibilité et le souci d\u2019une certaine qualité de la vie des communautés de recherche, sont les nouveaux mots-clés de l\u2019intellectuel à la mode en même temps que les nouvelles « cibles » (le temps des « créneaux » est révolu avec l'avènement de celui des « cibles ») de ses institutions.Le parvenu est toujours esclave des modes et de leur changeantes exigences.Or la soumission aux modes, comme d'ailleurs toute autre forme de soumission, emprisonnant la pensée, la nie en lui déniant son essentielle liberté.Nos institutions universitaires, « repaires » d'intellectuels, ne sont pas perçus comme les hauts-lieux des aventures exigeantes de la recherche et du stimulant partage de ses résultats après celui de ses difficultés dans des débats traitant des grands enjeux actuels ; elles apparaissent plutôt ou trop souvent comme des lieux de bataille où le prestige est recherché au détriment de cela même qui devrait parfois y donner droit.J'exagère 2 Je donne dans la charge de la caricature 2 Pourtant, j'ai connu, à la fin des années 60, ce recteur d\u2019une de nos institutions d'enseignement supérieur qui mesurait l'importance de sa fonction à la longueur du campus qui semblait constituer son domaine.Et de deux recteurs d'université des années M 28 Wi [| 0e qe dé Des 70, on a pu dire malicieusement, de l\u2019un qu'il était ha d plntellectuels un commerçant cherchant à passer pour un universitaire, de l\u2019autre qu\u2019il était un universitaire en mal d'être reconnu comme homme d'affaires ! Est-ce mieux en d'autres sociétés ?Je ne le crois pas.Différent plutôt.Le « poli » des traditions, en d\u2019autres milieux, donne une sorte de décorum à des débats que sous-tendent parfois des luttes mesquines et farouches.Leur poids, en outre, y brime souvent à l'avance les audaces.Ces traditions donnent toutefois en certains cas, aux convictions et aux débats, comme à la vie intellectuelle dont ils témoignent, une profondeur de champ qui manque encore ici, malgré les continuités évoquées plus haut, et des enracinements qui constituent d'utiles repères pour orienter des trajectoires.Le malaise dont je parle, avec la difficulté des débats qui en est à la fois une cause et une manifestation, tient plus profondément à tout autre chose.La notion même de débat renvoie à celles d\u2019enjeu et d'option ou de choix : tout débat est d'ordre à la fois éthique et politique, et il met par là en cause la perception et la conception que nous avons de nous-mêmes ainsi que de nos rapports aux autres et au monde.J'ai déjà exposé à plusieurs reprises, pour présenter les enjeux éthiques et politiques sous-jacents à divers débats chez nous, comment le passage \u2014 particulièrement rapide au Québec \u2014 de la société traditionnelle à la société industrielle, puis post- industrielle, nous avait amenés à vivre et à nous comprendre de façon nouvelle face à nous-mêmes tout autant que dans nos rapports aux autres et au monde.Après avoir longtemps cultivé une terre dont il se considérait le gardien ou le jardinier, l\u2019homme technique de la société industrielle a instauré un nouveau rapport entre lui et la terre à laquelle il appar- 29 .\\ 0 tient : rapport non plus de soumission à un ordre POSSIBLES | ov préétabli et immuable tout autant qu\u2019indiscutable, DY Ot lec.i mais rapport de domination, de maîtrise, de trans- tuels(le)s formation en vue d\u2019un mieux-être individuel et collectif.Dans les années 60, tout Québécois s'est senti devenir de quelque façon hydro-québécois ! Grâce à une capacité technique depuis lors sans cesse croissante, il a entrepris de modifier son environnement et de se modifier lui-même avec une audace elle aussi toujours croissante.Or voilà que, depuis peu, les retombées parfois destructrices de ces interventions, conséquences d\u2019un développement technologique et industriel que l\u2019on croyait pourtant planifié avec la plus rigoureuse rationalité, s'avèrent en certains cas catastrophiques et peut-être irréversibles.Sisyphe devra-t-il prendre la relève de Prométhée de nouveau vaincu 2 Inextricablement liée à cette évolution sociale trop rapidement esquissée, une mutation culturelle est en cours.La philosophie, notamment l'éthique, d\u2019une part, et les diverses pratiques de recherche scientifique, d'autre part, se sont longtemps développées à l'intérieur de ce que l'on peut appeler une culture commune.Entre l\u2019éthique et la science, une harmonieuse consonance ou résonance rappelait les secrètes correspondances.Ainsi, par exemple, philosophes et hommes de science, physiciens puis médecins, ont été pendant des siècles à la recherche des lois naturelles \u2014 lois morales, lois de la physique, lois de la physiologie.\u2014 dont ils disaient d\u2019un commun accord qu'elles étaient objectives ou « réelles » et non pas construites, immuables, et qu'elles avaient valeur universelle.Plus tard, d\u2019un côté comme de l\u2019autre, on a fait montre d\u2019une plus grande sensibilité aux dimensions subjectives et situationnelles, et donc relatives et relativisantes, tant des perceptions et des conceptions que des pratiques dans lesquelles elles ont leur origine et leur aboutissement.Or cet « accord » ou, mieux, cette dynamique interactive semble aujourd\u2019hui brisée à la suite d\u2019une sorte d'éclatement l'univers culturel.La philosophie \u2014 M30 SWB Coté inde.ne Des intellectuels désemparés.et donc l'éthique, et parfois le droit avec elle, \u2014 appartient encore largement, par les traditions qui font ses enracinements, à un univers culturel qui n\u2019est plus celui dans lequel se meuvent les pratiques scientifiques non plus que les pratiques profesionnelles \u2014 de l'ingénieur, par exemple, ou du médecin \u2014 qui en découlent.Les codes \u2014 moraux ou juridiques \u2014 suivent nécessairement avec quelque retard l\u2019évolution sociale pour tenter d'orienter ou de régir de façon cohérente les rapports entre personnes et entre groupes ou collectivités.Lorsque le rythme de l\u2019évolution sociale s'accélère, comme c'est présentement le cas à la suite pour une large part des développements technologiques majeurs d'hier et d\u2019aujourd\u2019hui, les ajustements idéologiques requis, éthiques ou juridiques, se font souvent par à-coups, ou par morceaux et comme par pièces détchées.De là la difficulté, parfois ressentie comme une impossibilité, des débats.On tente alors de s\u2019en tirer en présentant des données statistiques pour faire ensuite appel subrepticement à des réalités d\u2019un tout autre ordre en vue de gagner l'adhésion des autres à son projet : les débats sur l'avortement et sur la peine de mort ont abondamment montré, au cours des dernières années, comment les préjugés et les passions ont finalement plus de poids que les arguments présentés avec l'apparence de la froide rigueur scientifique.Pierre Antoine a fait observer, il y a quelques années, que l'éthique et le droit, j'ajouterai la politique, renvoient normalement à une anthropologie et la présupposent ; il se demandait si et comment, compte tenu de l'éclatement culturel évoqué plus haut, il est possible de fonder une éthique et un droit sans anthropologie, c'est-à-dire sans une conception de l'être humain raisonnablement assurée et assez largement partagée.On peut se demander de semblable façon si et comment il est possible de mener des débats qui aient quelque chance d'aider à dégager les consensus requis pour l\u2019action.31 IV J'ai souvent tenté d\u2019analyser, au cours des dernières années, les discours sur la crise et sur les innovations technologiques.Il est dans les débats sur ces matières d'importants enjeux étiques et politiques.Souvent escamotés, ceux-ci sont parfois abordés et traités de façon bien peu satisfaisante.Pourquoi ?De façon certes abusivement simpliste, je ramènerai ces discours à trois thèses majeures ; escamotant les nuances, je dégagerai trois grands courants de pensée et d'action : 1.La thèse de la croissance écnomique (avec crises cycliques) et du progrès par le développement technologique.Les tenants de cette thèse ont foi au capitalisme.Pour eux, l\u2019ordre économique actuel, par-delà d\u2019inévitables récessions et certaines crises, promeut un incessant progrès, pour le mieux-être des individus et des collectivités, résultant de développements industriels eux-mêmes alimentés par une technologie sans cesse plus variée et ouvrant des possibilités pratiquement illimitées.Les tenants et promoteurs de cette thèse, résolument optimistes, décèlent partout, depuis le début de la crise toujours actuelle et en dépit de ses ravages, des signes de reprise.Ils mettent leur confiance, pour assurer la relance dont ils ne cessent de voir les signes avant-coureurs, puis les premières réalisations pleines de promesses, dans la rencontre de deux audaces : celle des investisseurs, d\u2019une part ; celle, d'autre part, des créateurs des technologies nouvelles.Un bond technologique nous avait fait sortir de la crise des années 30 ; un nouveau bond technologique, plus audacieux encore, ouvre déjà l'au-delà de la crise des années 80.La technologie saura apporter les solutions appropriées aux problèmes posés par elle (pollution de l\u2019environnement, etc.).Au tournant des années 70 déjà, Victor C.Ferkiss pré- M32 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s gl a Sis i S inl, n 5 Des intellectuels désemparés.sentait son mythique Homme technologique (Technological Man) comme ayant le sens des responsabilités communautaires, et J.Kenneth Galbraith (The Industrial State) annonçait la mise en place conséquente de technostructures assurant à l'échelle de la planète une judicieuse utilisation de sa puissance nouvelle.La thèse de la nécessité d\u2019un nouvel ordre économique.Prônée surtout par les leaders des organisations syndicales, des églises et de groupes progressistes sur le plan social et politique, une autre thèse attribue la responsabilité principale ou fondamentale de la crise et des maux qu\u2019elle engendre, notamment le chômage, à l\u2019ordre économique actuel fondé sur la mainmise des nantis, peuples et individus, sur les richesses naturelles de la planète et sur l'exploitation par eux, à leur seul profit, de ces richesses.Ce courant de pensée est celui des humanistes moralisateurs, dont les propos sont marqués par des préoccupations plus formellement et plus explicitement éthiques et politiques.Pour les tenants et ténors de cette seconde école de pensée, la technologie est là, et pour rester ; il s\u2019agit de la mettre au service du plus grand nombre, et cela ne sera possible que si l'ensemble des citoyens peuvent en décider sur la base de débats démocratiques larges rendant possibles des décisions elles aussi démocratiques.Ce courant de pensée a inspiré et continue d'inspirer, trop souvent peut-être dans l\u2019enfermement non reconnu de la contre- dépendance, la contestation des pratiques dominantes, elles-mêmes nourries par les discours dominants précédemment recensés.La thèse de l'avènement d\u2019une culture nouvelle.Divers autres courants de pensée et d'action cherchent à briser cet enfermement des positions et propositions de l\u2019humanisme/moralisateur et politique en ouvrant des perspectives neuves.Il s'agit ici d\u2019un projet multiforme d'humanité nouvelle mis 33 | de l\u2019avant par les enfants insatisfaits de la tech- BOSSIÈLES 4! nocratie (Th.Roszak, The Making of a counter- des intellec- ua culture) et qui donne lieu, en de modéles réduits, tuelslle)s à des expérimentations instituantes d\u2019un ordre v\u2019on veut globalement nouveau (E.F.Schuma- cher, Small is beautiful, 1978 ; et Good Work, 1980).Malgré la diversité des courants de pensée et d'action ici trop cavalièrement réunis, des convergences peuvent être dégagées, sur la base desquelles se trament se tissent, avec des connivences et des « conspirations » (Marilyn Fergus- son parle de la conspiration des Enfants du Verseau, 1981), des alliances et des solidarités nouvelles.Émergent peu à peu de nouveaux modes de pensée reflétant et animant tout à la fois des comportements individuels et collectifs eux-mêmes nouveaux, dont il est espéré qu'ils transformeront l'ensemble des structures sociales.|| s'agit à la fois d\u2019une vision du monde et de pratiques \u2014 qui situent les hommes et les femmes dans une nature \u2014 et dans un cosmos \u2014 dont ils sont partie et, mieux peut-être, à laquelle ils ont part ; \u2014 qui font en conséquence large place au respect contemplatif et lui donnent le pas, dans a recherche d\u2019un nouvel équilibre, sur l\u2019intervention tranformante ; \u2014 qui tentent de faire place aux marginaux de tous ordres dans la convivialité de communautés fraternelles et portent ainsi un projet de société socialiste autogestionnaire et démocratique.Possibles a tenté de diverses facons, au cours des dernières années, de faire participer ce courant multiforme de pensée aux débats de type plus réformiste principalement animés par les tenants de ce que j'ai appelé plus haut l\u2019humanisme moralisateur.L'apport du féminisme aux conceptions et aux pratiques évoquées ici est d\u2019une particulière richesse.I .* Ce n\u2019est d'ailleurs pas simple hasard ni lapsus si, M 3.4 Ss Côté lf) intl, tls Des intellectuels désemparés.dans certains développements cet article, j'ai parlé de l\u2019homme au masculin.C\u2019est précisément une certaine vision « mâle » ou « masculine » de la personne et de ses rapports aux autres et au monde, rapports de domination, que le féminisme aide à démasquer en proposant un tout autre rapport tant avec la nature qu'avec les personnes, et avec le corps.La rencontre du féminisme avec le socialisme autogestionnaire et avec les mouvements écologiques force à revoir théories et pratiques d'intervention dans tous les domaines.Plus ancienne, la première thèse est très certainement la thèse dominante ; c'est d'ailleurs celle qui se présente, par ses chiffres et ses indicateurs, avec les apparences \u2014 et l'apparat \u2014 de la rigueur scientifique.Elle cherche à évacuer les dimensions éthiques et politiques tout autant que culturelles des enjeux.La seconde thèse, d'inspiration et d\u2019orientation nettement éthique et politique, rallie la majorité des opposants à la thèse dominante ; elle se plaît souvent à « faire la morale » et, malheureusement, réussit trop rarement à dépasser le simplisme des moralisations ou des rhétoriques pour entrer dans le vif des enjeux éthiques ou sociaux et armer l'action politique.La troisième thèse commence seulement à tracer des sentiers neufs qu'empruntent des rêveurs qui sont à la fois pacifistes et non violents, contestataires de l\u2019habituel et accueillants de l\u2019insolite et de l\u2019inédit, ouverts au monde.Leurs rêves prennent parfois corps dans d\u2019humbles pratiques novatrices.Leur naïveté est cependant souvent abusée.l'enjeu est peut-être aujourd\u2019hui d'instaurer des alliances neuves entre les réformateurs sociaux et les tenants de la « nouvelle culture ».Les premiers, en effet, risquent de ne pas échapper à l\u2019enfermement de leur contre-dépendance par rapport aux discours dominants et aux pratiques qui s\u2019y réfèrent, s\u2019ils ne savent pas faire leurs les aspirations et les pratiques émergentes sur les fronts de la protection de l\u2019environnement, du féminisme, du pacifisme, etc.En retour, les tenants d\u2019une culture nouvelle risquent de 35 ne jamais passer du rêve à la réalité ou, s'il y réus- POSSIBLES } sissent, de ne jamais dépasser le niveau des Du côté hec-h #7 microsystèmes réduits à demeurer des sous-systèmes, _tuels{le)s s'ils ne font pas alliance avec des organisations plus structurées et ayant de plus longues traditions de lutte.Si j'ai pu faire au fil des dernières années les analyses dont je rends sommairement compte ici, c'est sans doute que des discours ont été dits et entendus, et donc que des débats ont eu lieu.Il est certain, toutefois, que les lieux des débats ont changé.Leurs ténors aussi : les nouveaux n\u2019ont ni la voix ni l'audience de Pavarotti au Forum de Montréal.Les discours du premier type font encore la manchette ; la dernière campagne électorale nous en a gavés.Hs ne réussissent toutefois plus à nourrir des débats.Les discours du second type ou de la seconde catégorie sont essoufflés ; leur contredépendance les vouait peut-être à l'échec.Tentant d'échapper aux pièges des intégrés et des apocalyptiques (selon le titre d\u2019un ouvrage d'Umberto Eco) et à leur stériles affrontements.Les discours nouveaux du troisième type, encore timides.De plus en plus rigoureusement articulés, ils alimentent déjà les débats dans des milieux divers \u2014 des débats qui ne sont pas encore sur la grande place publique et dont les intellectuels institués sont donc généralement absents, mais non exclus.Il y a plusieurs années déjà, alors qu'on dénonçait partout la crise des valeurs et la perplexité conséquente de la conscience morale, Pierre Lucier invitait à remplacer la dénonciation par l'attention aux valeurs peut-être nouvelles animant des pratiques neuves.Faisant observer qu'il ne saurait y avoir de valeurs sans valorisation, il invitait à « valoriser ».Et à mettre ses valeurs en débat, à en débattre.Au terme de cet article qui constitue en quelque sorte 36 Oi U tig \" intel , uel Des intellectuels désemparés.un « débat sur le débat », je redis de facon semblable que la vie intellectuelle n\u2019est pas morte au Québec ; qu'elle survit à ses formes anciennes et se déploie, vivante et vivifiante, dans de nouveaux lieux ou s\u2019articulent de façon neuve la pensée libre et l\u2019action solidaire.Ces lieux sont ceux des débats d\u2019au- jourd\u2019hui et non pas d'hier, et personne n\u2019en est exclu qui accepte de mettre ses certitudes « en débats ».37 MARIE BOUCHARD Faut-il encore parler ?J'ai longuement hésité avant d'aborder la question de l'éducation dans un ouvrage sur la vie intellectuelle au Québec.Pas parce qu'il n\u2019y a rien à dire mais parce que, comme plusieurs formateurs, j'en suis arrivé à douter du sens des interventions publiques et des discours.Car ces interventions font souvent « contresens » au monopole des images véhiculées à travers les médias et largement répandues dans le grand public.Contrairement à la période d'efflorescence des discours éducatifs innovateurs des années 60 nous nous retrouvons en effet devant un discours univoque sur la place publique ; et ce discours en est un de dénonciations et d'attaques, émis généralement par des acteurs externes et connaissant souvent peu le champ de la formation.Parallèlement à ce discours, des milliers d'éducateurs oeuvrent, en silence, en consacrant encore à leurs étudiants le meilleur de leurs énergies.De même, un grand nombre de parents d'élèves, comme bon nombre d'élèves du primaire, d'étudiants du secondaire, du CEGEP ou de l\u2019université se permettent encore de faire référence à un professeur qu'ils adorent ou qui les a marqués, à la qualité de ses interventions et des apprentissages effectués.Comment alors expliquer une telle discordance entre les discours et l'expression concrète de la réa- 3ommmf lité.Comment comprendre que bon nombre de parents et d'étudiants disent « Ça va très mal en éducation » et.en même temps : « Mais, à notre école, nous avons d\u2019excellents professeurs et nous en sommes trés contents.» J'essaierai donc, à partir des interventions des médias au début de la présente année scolaire d'identifier « le » discours dominant actuel en éducation et d'en repérer les sources comme les causes.Je tenterai par la suite d'interpréter ce discours à la lumière de mes propres perceptions des pratiques actuelles et d'explorer, une fois de plus, la piste es POSSIBLES.Le discours dominant (Septembre 1985) Trois documents journalistiques ont marqué la rentrée scolaire de septembre 1985 : un article signé par Jean Blouin dans la revue L'Actualité, et deux suppléments du journal La Presse (Plus).Le premier titrait : Pourquoi nos enfants n\u2018apprennent rien\u2026 Titre pour le moins abusif mais qui est sans doute utile dans la vente des numéros.Présenté comme le résultat d'une enquête, cet article dénonçait, à partir de certains témoignages, le « scandale de la formation des maîtres » au Québec.Les grands sous-titres étaient percutants : Au Québec on peut obtenir un diplôme d'enseignant sans savoir lire ni écrire ; Nos écoles sont malades de la pédagogie du nombril : tu-me-regardes- je-te-regarde-et-on-se-raconte-notre-vécu ; Les hurluberlus de la pédagogie « On achète nos crédits, raconte une étudiante, et, en retour, on se tait sur la médiocrité ambiante » Il ne m'apparaît pas nécessaire d'analyser l\u2019ensemble des affirmations que contient cet article car il est assez évident qu\u2019il s\u2019agit avant tout d\u2019un recueil de multiples données éparses et de témoi- {E40 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s 0s : : : \u2018| vus Faut-il gnages visant à prouver une thèse : la formation ve parler ?des maîtres est déficiente.A-t-on vraiment prouvé h quelque chose ® Je ne le crois pas car les biais étaient si évidents que peu de personnes connaissant un peu le domaine ont pu s\u2019y laisser prendre.| Cependant, quelles images a-t-on laissées dans à « le grand public » ?Pour dénoncer un problème à de formation dans les universités, il a fallu affirmer que les enfants n\u2018apprenaient rien dans les écoles et que nos écoles sont malades.Quand on connaît la faible proportion de jeunes universitaires dans les écoles primaires et secondaires on peut douter qu'ils soient responsables de la « supposée détérioration » des apprentissages.Il ne s\u2019agit pas ici de nier qu'il y ait des problèmes dans certaines écoles ou qu'il existe certaines failles dans la formation des maîtres.Mais quand la situation décrite apparaît aussi caricaturale : diagnostic d\u2019un problème avec une seule et grande conséquence, si énorme qu'on ne peut qu\u2019en rire\u2026 pour ne pas en pleurer.On pourrait souhaiter que ceux qui dénoncent le manque de rigueur le fassent au moins de façon rigoureuse\u2026 Le Plus de La Presse (samedi, 14 septembre 1985) fut-il plus nuancé 2 À peine ! Reprenons encore les grands titres dont le principal qui revient constamment : la crise de l'éducation.Et les sous- titres : La contre-réforme de l'éducation, La fin de l'école du bonheur, Huit mauvaises notes à notre système scolaire, Les futurs enseignants font beaucoup de fautes\u2026 Le programme de mathématiques le plus faible au pays, La formation scientifique fait défaut, Retour à l\u2019ordre en France, Un mouvement de réforme balaie les Etats-Unis.Si, au moins « l\u2019école du bonheur » avait existé.| Sur la page couverture de ce supplément, on a dessiné un jeune enfant qui a écrit une dictée sur f 41 I ki 1 A son ordinateur.Résultat : \u201430 %.J'aurais aimé m\u2019\u2018amuser à faire écrire la même dictée à tous les lecteurs de La Presse.et a effectuer une évalua- tionT\u2026 L'ordre des lépidoptères, nymphes et chrysalides y compris.Troisième document : Un nouveau Plus de La Presse.Comme par hasard ou par magie, l\u2019école privée, elle, se porte bien ! Faut-il aller plus loin dans le détail des données 2 Je ne le crois pas.Mais on n\u2019a pas réussi à me convaincre que les enfants n\u2018apprennent rien dans les écoles, que la formation des maîtres est scandaleuse, que l'école ublique est malade et que l'école privée se porte bien.La grossièreté des analyses jointe à l'évidence des biais utilisés pour prouver les thèses sont telles qu\u2019on peut se demander comment nos médias peuvent se premettre ces publications en 1985.Il ne suffit pas cependant de se rendre compte de ces abus du discours.Comment l\u2018\u2019expliquer # Comment expliquer que les parents et enseignants que j'ai entendus à ce propos n'aient pas pris la parole pour dénoncer ces abus et l\u2019univocité de ce discours 2 Une première explication vient d'eux- mêmes : même si on tentait une réaction, quelle chance aurions-nous qu'elle soit rendue publique ?Et, en remémorant les illustres débats entourant la loi 40 puis, la loi 3, j'ai compris le sens de leurs interventions.Dans mon seul cercle d'amis et de collègues, combien, parmi tous ceux qui avaient acheminé des documents à nos journaux nationaux, avaient vu publier leurs réflexions ou analyses 2?Nous en étions rendus à nous faire parvenir mutuellement nos écrits de sorte qu'il y aurait au moins quelques lecteurs.pour critiquer ou nous soutenir.A-t-on assité à un musellement de toutes les positions contraires aux positions officielles ?Continue-t-on à maintenir à l'écart tous ceux qui croient qu\u2019il y a encore, dans nos écoles, autant pur 42 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s fa an got 8 \u2019 + ., \u201c .+ te Faut-il de réalités intéressantes à soutenir que de problè- ie parler?Mes à dénoncer 2 _ Récemment, la Commission Scolaire des Mille- Îles, dans une fête grandiose, fêtait dix-sept jeunes qui s'étaient signalés pendant l\u2019Année Internationale de la Jeunesse : dans certains cas, des premiers prix reconnus au Québec et au Canada.Qui en a parlé #?Quel reportage avez-vous lu à cet égard ?Je ne voudrais pas accuser trop facilement les médias ; il en est d\u2019eux ce qu\u2019il en est de la réalité de l'éducation et de l\u2019école.Mais il faudrait peut- être apprendre à ouvrir les yeux et à parler des fleurs qui poussent dans le parterre plutôt que de celles qui arrivent mal à germer ; et on peut le faire sans jouer « fleur bleue »\u2026 Une autre explication a trait au rôle social qu'assument les formateurs.Presque par définition, le rôle d'aide et de soutien qu'exige la fonction de formateur fait que le meilleur des énergies est consacré à celui qui a besoin et demande : l'enfant et l'étudiant, l'apprenti ou le chercheur.De sorte que, comme Pierre Foglia a si bien su le faire ressortir dans quelques-uns de ses articles rédigés après une semaine de vie de classe, la personne qui tente de répondre quotidiennement aux attentes multiples et divesifiées d\u2019un groupe, est bientôt « vidée », fatiguée et ne souhaite que « prendre un peu d'air frais ».Pour le formateur d\u2019adultes qui est souvent un pigiste, c'est, en plus, la recherche d'emplois qui gruge une autre partie de son temps.Aussi, ceux qui parlent de la formation, de ce qui se vit dans les milieux de formation sont souvent extérieurs à la situation de formation et la connaissent mal.Ils reflètent et renforcent parfois plus les préjugés qu\u2019ils contribuent à une critique saine de l'institution de formation.Que peuvent faire ces dernières avec le lancement d\u2019un préjugé tel « Nos enfants n\u2018apprennent rien dans nos écoles » ¢ Et si, au moins il y avait un consensus sur ce qu'est apprendre et ce qu'il faut apprendre.Nous abordons ici, de notre point de vue, l'aspect le plus fondamental de la discussion soit la multiplicité des valeurs qui sont à la base des jugements posés sur la réalité éducative.Dans un excellent article, rédigé il a dix ans, (Relations, mars 1976, p.70-74) le philosophe Pierre Lucier questionnait les condamnations trop faciles reliées à la supposée évacuation des valeurs dans notre société.I! questionnait les jugements sévères selon lesquels les Québécois auraient perdu « le sens de l'effort, de la discipline, du sérieux, du travail bien fait.» || doutait que nous soyons désormais à la recherche de la seule facilité, du confort et du « dévergondage ».Les cris d'alarme de cette épo- ve n'étant guère différents de ceux d'aujourd'hui, de courageux cris d'alarme clamaient qu\u2019il fallait re-mettre de l\u2019ordre sans quoi le Québec serait sur une pente suicidaire\u2026 Ce qu'il expliquait par la suite c'est que notre société était en train « d'établir autrement notre (et nos) hiérarchie(s) de valeurs » et que c'était davantage la « perte de l'unanimité autour d\u2019un certain ordre de valeurs » qui provoquaient les interpellations de nos prophètes.« C\u2019est un ordre social en transition, une crise du pouvoir lui-même.» Cette excellente analyse de l'époque est tout aussi valable aujourd\u2019hui.Pas pour éviter toute critique sur l'activité de formation car il nous apparaît indispensable qu\u2019une saine critique accompagne toujours toute activité humaine, en formation comme dans tous les domaines.Mais pour relativiser les dénonciations trop globales et si générales qu\u2019elles en deviennent totalement inefficaces.\\ NN 4.4 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s 08a Vig Faut-il Bon nombre de critiques actuelles, parce qu'elles i encore ., .Kind parler?portent sur des choix de valeurs éducatives plus 5 | que sur des problémes réels auxquels font face les institutions de formation, leurs commettants et leurs travailleurs, perdent leur impact et leur sens.Il faudra donc apprendre à jeter un regard neuf sur cette réalité et à l\u2019appréhender en tenant compte de cette perte de l'unanimité autour de valeurs fondamentales en éducation.La réalité éducative est plurielle Si on examine un peu ce qui se passe en nous et autour de nous, il nous faut constater que dans la presque totalité des secteurs éducatifs, de la famille à l'institution scolaire, du primaire à l\u2019université, de la télévision au CLSC, des choix diversifiés d'action et de valeurs s'expriment autant au niveau des dirigeants, que des intervenants et « clients ».Je connais une faculté d\u2019une université où des membres de la direction se permettent de reprocher à leurs collaborateurs d\u2019avoir des préoccupations autres que celles de gestion de contenus, où la dimension « pédagogique ou andrago- gique » est considérée comme une tare à éliminer, où la volonté de recherche et de « questionnements » est considérée comme improductive.Or, dans cette même faculté, de la même université, des étudiants et des intervenants réclament une attention spécifique aux démarches d'apprentissage en insistant non seulement sur la qualité des connaissances mais sur la capacité à transmettre de connaissances et à soutenir les étudiants dans leur démarche d'apprentissage.Ces mêmes contradictions se retrouvent dans les familles de nos quartiers, dans les écoles de nos Commissions Scolaires et dans nos CEGEPS.Il n\u2019y a désormais plus d\u2019unanimité dans les valeurs qui sous-tendent l'intervention de formation : pas plus entre les intervenants eux-mêmes qu'entre les « clients » de la formation et entre les décideurs.De sorte que quelle que soit la qualité de l'intervention éducative, elle sera condamnée parce que jugée inadéquate par des acteurs différents sur la base de critères d'excellence, eux-aussi, différents.La « double contrainte » considérée comme dangereuse au plan psychologique est devenue le pain quotidien de l\u2019intervenant en formation.(Peut-être ne faut-il pas s'étonner de la quantitié de « burn out » dans ces milieux.) Un changement de direction dans une organisation pourra transformer une personne acceptée et valorisée pour la qualité de ses interventions en « une pelleteuse de nuages » et une « incapable » en regard des nouvelles attentes et des nouvelles exigenées car les critères d'évaluation sont devenus autres\u2026 Certes, cette réalité n\u2019est pas différente dans plusieurs champs des affaires dites « sociales » car dans ces secteurs, ce sont aussi généralement les valeurs de base des dirigeants qui désigneront ce qui est « désirable ».Et, à moins de renoncer à toute forme d'identité personnelle les conflits de valeurs sont inévitables.Comme le précisait Pierre Lucier, « des valeurs sont toujours des valeurs pour quelqu\u2019un ».Et ce qui séduit quelqu'un à un moment donné de la vie de l\u2019organisation ne séduira pas nécessairement l\u2019ensemble des personnes qui l\u2019entourent ou qu\u2019il dirige.D'où le danger de l\u2019invalidation personnelle des êtres et de leur ostracisation sur la base de choix valoriels différents.Il m\u2019apparait donc que la condamnation massive de l'éducation telle qu'elle se vit, c'est-à-dire plurielle et différente, d\u2019une classe à l\u2019autre, d\u2019une école à l\u2019autre, d\u2019une institution à l\u2019autre, serait tout aussi importante si les valeurs véhiculées et les interventions de formation étaient autres mais la dénonciation proviendrait d'une autre faction de la population s\u2019entendant sur d'autres valeurs et exigeant une autre rationalité.|| me semble aussi inutile de réclamer ovjouré hui une unanimité dans des approches éducatives quand on reconnaît, et valo- ME 46 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s OS Vite Faut-il rise dans notre société /e droit à la différence dans je parler ?tous les domaines.Que deviendrait le coiffeur de notre quartier qui voudrait imposer « sa » coupe à tous les âges du quartier @ Certes la formation présente et future est plus importante que la coupe de cheveux mais elle est régie par les mêmes sollicitations et des actes de discernement référant aux critères d\u2019une même époque.Aussi, pour éviter des coûts humains et sociaux importants il nous faudra apprendre à vivre avec la différence et à gérer les différences.Sinon, notre action risque d\u2019être constamment paralysée par des guerres de clocher et des règlements de comptes comme par des attaques et des agressions internes au mépris des buts poursuivis par les organisations de formation.Quant à ceux qui croient encore que, par le simple pouvoir d\u2019une décision, la leur, par leur pouvoir de contrainte et d'élimination, par la dénonciation ou la coercition, ils pourront gérer le développement et la croissance dans notre société, il nous semble que les conséquences mêmes de leur choix, au moins à moyen terme, leur feront réaliser le gaspillage d'énergie et de ressources qu'ils provoquent.Que nous le voulions ou non, /\u2018époque de la royauté est bel et bien terminée.Et il nous faudra apprendre à vivre au XXe siècle à moins de réussir à éliminer toute marge de liberté personnelle et la majeure partie des moyens de communication modernes que ce soit \u2018ordinateur ou l\u2019avion, le téléphone ou la télévision.Ce n\u2019est pas par hasard que les pays totalitaires ont dû construire des murs et interdire le libre accès aux moyens de communication modernes.Même si c\u2019est un défi redoutable pour les uns et créateur pour d\u2019autres, les aspects dialectiques que porte chaque être humain à travers ses contradictions, se révèlent désormais dans et par le tissu social.Ils nous obligent à faire face aux multiples possibles d\u2019une humanité qui intègre et accepte la gestion de sa propre complexité.(Encore des nuages! ! |.) 47 mg I this = Ll) i it 2 £5 EP Fog + | HE = ef pe ] Jan i ss PE - LS Melvin Charney Une construction à Chicago 1982 oo = Construction en bois, partiellement peinte 1,2 x 21,6 x 6,8 m Photo de Tom Van Eynde Concue et installée pour le Musée d'art contemporain de Chica 82 mai-septembre 19 FP __ Lo ; I ROSE MARIE ARBOUR De l'artiste à l\u2019universitaire : Y a-t-il une place pour \u2018intellectuel(le) ?On le sait, il est impossible de considérer les intellectuel-le-s comme partageant tous et toutes les mêmes conditions de travail, la même position sociale et même un statut semblable dans la société.Néanmoins il existe une image des intellectuels couramment véhiculée, vouée à l\u2019homogénéité parfaite, aux contours marqués : une image bien découpée se veut monovalente, pure, strictement fonctionnelle et par là facilement manipulable, classable et quand il le faut, louable ou blämable.On en dispose donc facilement d'autant plus qu\u2019une telle image est sous- tendue par un doute latent et continu : à quoi servent donc les intellectuel-le-s 2 i En tant qu\u2019universitaire, je suis sensible & cette ; boutade qui ressemble à une insulte : « Ah! ce à sont des universitaires.» qui tend à exclure enseignant-e-s et professeur-e-s de tout contact légitime avec une expérience concrète de vie au profit de la seule capacité à débiter des ratiocinations assimilées à des moulins à prière ou à vent, comme on veut.Le préjugé ne date pas d'hier et la figure de l'universitaire est habituellement assimilée à celle de l\u2019intellectuel-le.Le rôle d\u2019intellectuel-le est en prin- I 51 MR a cipe « ouvert » à tous et toutes si l\u2019on conçoit que POSSIBLES foi l'exercice critique qui est le sien se fonde sur un ques- des intellec-B ji tionnement de rapports imposés de l'extérieur par tuels(le)s ji un groupe social à un-e individu-e, modifiant et définissant sa perception et, par là, son action.L'exercice critique propre à un-e intellectuel-le se fonderait ainsi sur les rapports existants (et à questionner) entre un-e individu-e et son environnement (travail, argent, amour et amitié, confort, loisir, éducation, etc.).Un tel exercice critique est inaliénable d'une expérience concrète, d\u2019une réflexion sur cette expérience, mais arrêter là la découpe de la silhouette de l\u2019intellectuel-le la rendrait inopérante si on ne tenait compte de la réception faite aux idées émises par lui ou elle.Si ces idées ne sont pas reçues, diffusées, commentées, critiquées à leur tour, l\u2019intellectuel-le n'existe pas, du moins n'a pas d'existence ni sur le plan social ni sur le plan historique.Or pour diffuser les idées, il faut du temps.Du temps mais aussi, une certaine marge de liberté de penser et de dire ; ce qui restreint d\u2019une façon passablement drastique le nombre des individu-e-s pouvant exercer une fonction d'intellectuel-le.Le temps, mais aussi la conception d\u2019un changement possible qui, sans pour autant faire appel à la notion de « progrès », se pose néanmoins dans la conjoncture de modification de certains rapports.Or ces jours- ci, le changement apparaît comme une menace : l\u2019abolition des différences, la négation des contradictions, l'unification dépersonnalisante et l\u2019hyper- homogénéisation des antagonismes, semblent dominer la majorité des relations ; le conservatisme, tant sur le plan politique que sur le plan des mentalités, rallie ceux et celles pour qui une vie figée fait figure de vie stable et « progressive ».Le changement peut engendrer des maux pires ou encore foire perdre l\u2019acquis au profit d'ombres douteuses.Même ceux et celles qui objectivement n'auraient rien à perdre de toutes facons sont emporté-e-s par le préjugé bien entretenu par les médias et les images de toutes sortes, qu'ils y perdraient également : en fait serait détruite, dans l'occurence d\u2019un changement quelcon- l'E 5 2 | hig Cot \\ ny, le De l'artiste à l'universitaire.que, une partie ou la totalité de la représentation qu\u2019on leur a fabriquée d'eux-mêmes et de leurs conditions de vie.Revenons sur la question du temps : qui a le temps d'exercer une activité intellectuelle 2 L'usage veut que ce soient les universitaires et enseignant-e-s, les écrivain-e-s, les artistes, les philosophes.En réalité, c'est que leur travail est considéré comme non évaluable sur le strict plan de la production.Or dans des périodes de difficultés économiques, d\u2019instabilité politique qui entraînent une remontée du conservatisme, face à la menace de catastrophes écologiques, ce qui n'est pas directement et matériellement productif apparaît éminemment douteux : penser est un luxe destiné à agrémenter le temps « libre », c'est- à-dire un temps qui n\u2019est pas quantifiable et par là non rentable.De telles exclamations : « Ah ! ces universitaires.Ah! ces artistes.Ah! ces intellec- tuel-le-s.» impliquent la dévalorisation de tout travail, de toute pratique qui n\u2018a pas son prix objectif, son utilité immédiate.On doutera dès lors de la validité des fondements de l\u2019activité intellectuelle : elle apparaît souvent gratuite, artificiellement posée, superficiellement ancrée\u2026 Dans l\u2019exercice intellectuel, les enjeux matériels habituellement liés à une production n'apparaissent plus comme déterminants, de là à conclure qu'il est sans fondement\u2026 Un autre préjugé consiste à croire que la pratique intellectuelle est confinée à une critique négative, obstructrice de l\u2019« action ».La mythification de l\u2019« action » (confondue ici à sa valorisation) procède d\u2019une même dynamique à savoir ce qui ne produit rien de directement rentable est inutile ou du moins suspect.Le mythe de l\u2019action jette le discrédit sur l\u2019activité intellectuelle dont le cliché la fait surgir de nulle part, lui enlève tout poids.Des expressions communément répandues contribuent à construire l\u2019image négative de l\u2019intellectuel-le en opposition à celle de « l'homme ou la femme d'action », « l\u2019homme ou la femme d'affaires ».Ici, aucun sourire condescendant 53 n\u2018affuble l'objet de telles expressions : l\u2019action comme mot clé, mot magique, soulage la mauvaise conscience face à tout ce qui n'est pas directement productif.N\u2018a-t-on pas vu, après la deuxième guerre mondiale, \u2018appropriation du terme « action » (Action Painting) pour nommer le premier mouvement en peinture authentiquement américain ?Film d'action, roman d'action, on est sûr de ne pas s'ennuyer et le comportement d\u2019un homme d'action participe de l\u2019image de Superman.La pensée binaire procédera alors à cette mise en opposition : productivité vs non-productivité, action vs inaction, de la même façon que le Bien est contre le Mal et sont supposés résumer les voies possibles de toute action.Pourtant il faut bien voir que dans certains cas, la passivité est vue comme positive lorsqu'elle est rentable : le public des sports, celui de la télévision sont choyés, valorisés et leur passivité est prodigieusement rentable.La marginalisation des artistes, des universitaires, sert lorsque cela est utile à marginaliser l\u2019intervention d\u2019intellectuel-le-s comme tel-le-s.Si en principe, la figure de l'intellectuel-le a été dissociée de professions et métiers tels : secrétaire, infirmier-e, médecin, technicien-ne de toutes sortes., elle est souvent associée aux universitaires et aux artistes, en fonction même de la nécessité qu'il y a a marginaliser l\u2019intervention des intellectuel-le-s, leur attachant un statut d'exception.Répétons-le, cette affiliation est en partie fondée sur l\u2019utilisation du temps : le temps consacré à la réflexion et à l\u2019analyse apparaîtra comme du temps gaspillé.Par exemple, le travail des artistes n'apparaît-il pas un gaspillage de temps, en période de difficultés économiques ou bien de prise en main du pouvoir par des éléments conservateurs \u20ac À ce niveau, ce travail non objectivement évaluable rejoint d\u2019ailleurs celui des femmes dont le travail domestique est rarement reconnu comme « travail » et par là, considéré sans valeur parce que non productif.Depuis une quinzaine d'années, plu- I 5,4, tas POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s fo fon galt SALE, ll, (ON + De l'artiste à l'universitaire.\u2026 sieurs femmes et groupes de femmes ont justement pris sur ce temps domestique afin de cerner pourquoi leur travail a si peu d'importance dans notre société, dans l'économie officielle.Et c\u2019est à ce titre que le féminisme a constitué une voie d'accès à la vie intellectuelle pour des centaines sinon des milliers de femmes.C'est à partir de leur propre lieu, considéré comme inévaluable et par là laissé pour compte, que tant de femmes ont pu et peuvent reconstruire un sens de la responsabilité, une forme de conscience qui ont tout à voir avec la responsabilité et la conscience qui sont propres aux intellectuel-le-s.Les coupures récentes dans les budgets, celui des universités, celui de la culture et des arts, s\u2019inscrivent dans ce courant de conservatisme et de repli.Les coupures du Fédéral en matière de culture et d'arts ont pour fonction de montrer à la « population » que l'Etat entreprend une démarche sérieuse de rationalisation de ses activités et de rentabilisation de ses mises de fond.« Finies les folies ».Sous le couvert de la rationalisation et de l'affectation des argents dans des secteurs plus productifs et plus rentables, se cache cet autre principe propre à la tradition de la « démocratie » capitaliste à savoir de n'être pas particulièrement portée à l\u2019autodétermination au niveau de la production.Ce qui implique que les individu-e-s sont généralement incapables de contrôler directement ce qu\u2019ils produisent.Or, l\u2019auto-détermination est propre au travail artistique sur le plan matériel et sur le plan théorique.Aussi est-il logique qu'il y ait eu une main mise graduelle de la part de l\u2019État sur la production artistique et ce, en octroyant davantage de pouvoir et d'argent aux institutions qui gèrent l\u2019art plutôt que de les donner directement aux artistes.La seconde phase a consisté à diminuer les budgets alloués aux institutions mêmes.Nous sommes dans celle-ci.Illustrant cette seconde phase, sont les décisions de subventionner un « art rentable ».À l'été 1984 le 35 « show » de Diane Dufresne au Stade Olympique était soutenu par une subvention de plus de 400 000 $, tout cela venant du ministère des Affaires culturelles (aide aux industries culturelles).Dans la même veine furent organisées les expositions de Ramsès Il par le maire de Montréal et l'exposition Picasso par le Ministre des Affaires culturelles.À l'été 1986, le Musée des Beaux Arts de Montréal accueillera l'exposition Léonard de Vinci à la demande des représentants du Centenaire du Génie du Québec.Ces décisions prises ponctuellement par des individus qui sont des politiciens, font rêver.La volonté de rentabilité engendre du bon et du moins bon mais pourquoi pas du meilleur # Un événement artistique peut devenir « rentable » si là est le but premier d\u2019une telle entreprise.Les expositions de Ramsès Il et de Picasso l'ont prouvé.Il s'agissait d'y penser.l\u2019art peut donc être rentable, mais on se demande alors pourquoi ne pas mener de telles entreprises publicitaires en faveur d'expositions d'art actuel d'artistes travaillant au Québec ?La réponse s'esquisse dans une autre question : à qui cela sera-t-il bénéfique ou rentable ?Le terme d\u2019« infantilisation de l'artiste » par les institutions qui assurent la promotion des arts a été formulé par l'artiste américaine Adrian Piper en 1983 : « Ce concept utile \u2014 formulé sans qu'on s\u2019en étonne par une artiste \u2014 décrit la condition qui prive l\u2019artiste-producteur des responsabilités qu'ils-elles portent face à la fonction sociale de leurs oeuvres.L'infantilisation des artistes conduit à rien de moins que la perte de contrôle du rôle politique de l\u2019expression culturelle »'.En effet on ne sait jamais avec les artistes, peut-être ne marcheront-ils pas toujours au pas et qu'ils risqueront de présenter un art 1 Gary Kiblins, « Cultural Democracy » in Fuse, printemps 1985, p.17.I 56 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s fw il 0 vins ra De dont la signification va laisser pantoise l'institution wi artiste qui le présente et l\u2019expose 2 Le risque à prendre est ' l'univer- donc grand.De la même façon qu\u2019on disait qu\u2019un stale: bon Indien était un Indien mort, dirait-on qu\u2019un bon artiste est un artiste mort 2 Picasso est mort, vive Picasso ! Il n'y a pas de mal à présenter une exposition sur Ramsès Il, ni sur Picasso ni en fait sur qui ou quoi que ce soit.C\u2019est plutôt le contexte, l\u2019ensemble de conjonctures sur le plan socio-culturel qui indiquent les limites, c'est aussi la source de l'argent nécessaire à la réalisation de telles expositions et événements.* * * L'artiste est considéré-e comme un être marginal-e, autant par le « grand public » qui a besoin de vedettes que par l'Etat qui prise la rareté (le budget du Gouvernement du Québec en matière culturelle n\u2019atteint pas le 1 % des dépenses publiques).Comme l\u2019universitaire, l'artiste est vu-e comme déconnecté-e des vraies réalités, en dehors de tout et en même temps au-dessus de tout.À l'artiste « inspiré-e » répond l\u2019image de l\u2019universitaire perdu-e dans ses concepts.L'artiste cultiverait l\u2019ins- tint, l\u2019universitaire la raison.Bien que situés aux antipodes, la similarité de leur exclusion du « vrai monde » est frappante et ils constituent les pôles du i modèle social de comportement qu\u2019on dit « normal » ; et qui entretient la séparation artificielle entre rai- | son et instinct.Toute forme de différence ou de dissidence a toutes les chances d\u2019apparaître en effet comme a-normale.De plus, la notion d\u2018accumulation, d\u2019acquis, de progrès, en arts visuels du moins, n'existe pas dans : les mêmes termes qu'elle existe dans le domaine des | sciences, des affaires, de la production en général, justement parce qu\u2019une des composantes essentielles de l\u2019art se trouve dans le rapport du « je » au « nous ».Et ce rapport ne se réalise pas d\u2019une façon POSSIBLES mécanique, à force d'accumulation qui arriveraient des intellec- à la somme requise pour provoquer le changement.tvelslle}s Il y a moins que cela en arts et il y a plus : s\u2019il y a des acquis ls ne sont que formels, et ces formalisations visuelles et techniques ne définissent pas l'art comme tel ; il y a plus, car sous-tendant le travail formel, un contenu est à l\u2019oeuvre qui s\u2019est édifié à même l\u2019organisation formelle, qui est constitué par un ensemble de rapports qui fait que l'artiste en se eignant, peint en même temps un aspect de la réa- ité qui l'entoure.Cette tension entre le « je » et le « nous » est d'ailleurs ce qui permet à l'oeuvre d'art d'être lue par d\u2019autres, d'être accessible, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle le soit facilement.C'est à ce titre que l'artiste peut être un-e intellec- tuel-le, c\u2019est ainsi également qu'il-elle redouble les conditions de sa marginalité.Cette marginalité est positive en ce sens que ceux et celles qui sont en marge des idéologies intellectuelles risquent davantage d'élaborer une pensée ancrée dans leur propre expérience et non en fonction de cadres préétablis sinon imposés.Et cette marginalité est positive en autant que les intellectuel-le-s n\u2018alimentent pas un mythe, celui du salut par la culture, par la raison.l' 5 8 GABRIEL GAGNON Faire une revue Possibles aura dix ans l'automne prochain.Fondée par des poètes et des sociologues soucieux d'explorer toutes les significations d\u2019un mouvement de libération alors en pleine effervescence, elle dut participer par la suite à la lente décantation de nos utopies : échec du référendum, mort de Tricofil, crise du syndicalisme, effacement du féminisme, dégradation du PQ.Tout au long de ce voyage difficile, nous avons plus pratiqué l'inquiétude et l\u2019espoir au ras du quotidien que la critique aisée ou le manifeste ronflant.Forcés de choisir entre cette attention aux possibles multiples et une implication politique plus directe proposée par de jeunes collaborateurs plus touchés par la crise, nous avons préféré, au risque d\u2019un certain éclectisme, la variété de nos incertitudes au gel prématuré de nos communes convictions.Nous avons continué à communiquer quatre fois par an avec des lecteurs qui, malgré nos efforts, n'ont jamais atteint le millier.Des subventions du Québec et du Canada nous évitent le déficit.« Possibles » est graphiquement plus belle, l\u2019art et la littérature y ont pris plus de place, les textes y sont plus courts, moins lourds et mieux rédigés.Sans doute pourrions- nous continuer encore dix ans sur cette lancée.Pourtant, la conjoncture de 1986, rupture profonde avec une période qui porta l'ensemble de 59 NR. notre vie active, incite aux mises en question porteuses de crises comme de renouvellements.Peut-on encore lier culture et politique dans le Québec d'aujourd'hui 2 Ceux et celles qui réfléchissent par métier, par goût ou par inquiétude doivent- ils se réfugier dans la solitude hautaine prônée par certains beaux esprits ou tenter encore, dans un monde où l\u2019informatique et les robots n'ont éliminé ni la faim, ni la guerre, ni la pollution, ni l'angoisse, de donner une voix plus ferme aux espoirs déçus et aux utopies naissantes 2 De Cité libre à Possibles ll y a de rares sociétés où les intellectuels peuvent s'enrichir à coup de « best sellers » et de commandites.Il en est de plus nombreuses où ils paient de leur liberté et même de leur vie toute parole jugée trop audacieuse par les maîtres du moment.Chez nous, depuis la guerre, ils oscillèrent entre revues et partis, les premières leur ouvrant souvent l\u2019accès des seconds.Deux revues d'ici marquèrent plus profondément leur époque.Dans un excellent volume trop peu cité (Ruptures et constantes, Hurtubise HMH, 1977), André-J.Bélanger montre comment « l\u2019émergence de l\u2019homme abstrait » prônée par Cité libre suscita par réaction au début des années soixante « la recherche d\u2019un collectif » par laquelle Parti pris contribua de façon exemplaire au renouvellement de la culture et de la politique.Cité libre fut un des principaux lieux de rencontre de ceux qui préparèrent la « Révolution tranquille ».Je me souviens, au début de 1960, d\u2019avoir collaboré, encore étudiant, à des numéros où voisinaient les signatures de René Lévesque et de Pierre Trudeau, de Pierre Vadeboncoeur et de Gérard Pelletier, de Marc Lalonde et de Marcel 60 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s el 05%} y den Selle, Faire une revue Rioux.Plus tard, la revue suscita à la fois les interrogations révolutionnaires d\u2019un Pierre Vallières qui y amorça sa trajectoire politique mouvementée et le « manifeste pour une politique fonctionnelle », de son édition de mai 1964, prélude à l'envol vers Ottawa des « trois colombes » (Trudeau, Marchand, Pelletier).Cité libre disparaît peu après, paradoxalement prolongée à la fois par le FLQ et le French Power.De |'« homme abstrait » on passe aux poseurs de bombes et à la loi des mesures de guerre.L'existence de Parti pris fut beaucoup plus brève, cing ans, de 1963 a 1968.La culture y est d\u2019emblée collective, la vie quotidienne politique.Voila pourquoi, contrairement à leurs prédécesseurs, les animateurs de la revue tentent de concrétiser immédiatement dans un mouvement politique, le M.L.P.(Mouvement de libération populaire), leurs perspectives idéologiques.L'échec de ce groupuscule conduit en 1966 à l'élargissement d\u2019une équipe qui partage ses sympathies entre le Rassemblement pour l'indépendance nationale (R.l.N.), le Parti socialiste du Québec (P.S.Q.) et le Mouvement laïque de langue française (le M.L.F.de l\u2019époque) mais demeure unie autour de l'urgence d'un socialisme décolonisateur à définir.La fondation du Mouvement Souveraineté Association (MSA) de René Lévesque et la mode anarchiste issue du mouvement de mai 1968 allaient cristalliser les oppositions au sein d\u2019un groupe qui, à l'automne, met un terme à ses années d'apprentissage idéologique en se dispersant dans l\u2019action concrète, au PQ ou au NPD-Québec, dans la nébuleuse contre- culturelle ou dans les mouvements marxistes- léninistes naissants.Encore ici, la revue ne survit pas aux mouvements sociaux qu'elle a contribué à susciter.1975.Le PQ s\u2019est vite assagi.Un marxisme primaire fait la loi dans les organisations populaires, les syndicats et à l'Université.Les tentatives d\u2019au- 61 ie togestion des travailleurs de Tricofil sont ridiculi- POSSIBLES J sés par les penseurs a la mode.Larriére-pays des intellec- résiste aux plans des technocrates.Nous fomes tvels(le)s alors quelques-uns à imaginer une revue nouvelle où nous pourrions donner voix au pays réel, créer sans entraves et élaborer les possibles laissés en friche par des idéologies trop globalisantes.Deux ans d'efforts conduisirent au modeste numéro du 21 octobre 1976 de ce POSSIBLES dont nous n\u2019étions même pas certains de pouvoir assurer la survie.Lorsqu'on est professeur de sociologie, on écrit des articles scientifiques, de temps en temps des livres.On parle surtout à des étudiants, trop souvent de facon unilatérale via le cours magistral.Parfois on fait de la politique, affecté surtout à la rédaction de résolutions ou de manifestes.Dans ce contexte, participer à une revue politique devient une activité particulièrement valorisante, permettant, sans balises partisanes, d\u2019avoir meilleure prise sur la conjoncture et l\u2019actualité.La périodicité trimestrielle suscite l'engagement réfléchi et approfondi que ne favorisent ni le magazine ni le quotidien, trop liés aux échéances rapides et aux impératifs du marché.Le travail d'équipe facilite les confrontations souvent stimulantes mais aussi parfois d\u2019une agressivité mal justifiée par le modicité des enjeux.Dans une revue autogérée, sans directeur, où l'autorité véritable dépend surtout des investissements affectifs et de la disponibilité des participants, le pouvoir diffus engendre les remous habituels liés aux conflits de personnalités, aux présences inégales, aux intérêts et aux amitiés extérieurs à l'entreprise.Monolithique, le groupe peut devenir chapelle, trop disparate, il peut favoriser la faci- 162 Pst U côté 08 ugly Melly, (le Faire une revue lité ou la dispersion.Pendant longtemps, à Possibles, trois générations intellectuelles se sont affrontées de façon virile ou féminine sous la houlette attentive et bienveillante de Marcel Rioux.Depuis son éloignement et le départ des plus jeunes, des débats plus feutrés cachent des divergences parfois difficiles à concilier entre anciens et nouveaux, hommes et femmes, politiques et littéraires : les timbres à coller et les épreuves à corriger viennent heureusement resouder à périodes fixes les solidarités menacées.J'ai toujours aimé à Possibles, en plus de l\u2019absence de dogmatisme collectif et du souci perma- nenet d'exploration, la présence constante et significative d\u2019abord de la création littéraire puis du dessin ou de la gravure à travers les illustrations qui animent nos numéros.Nous n\u2019aurions pu nous passer des dessins de Roland Giguère, de René Derouin ou de Raymonde Godin, des créations de Gaston Miron, de Madeleine Gagnon ou de Suzanne Jacob sans perdre une de nos dimensions essentielles.Pourtant nous n'avons été jusqu'ici ni une revue artistique ni une revue littéraire.Nous n'avons voulu ni, comme Parti pris, créer de courant nouveau en ce domaine (joual, TiPop) ni, comme d\u2019autres revues bien connues, élever des balises trop rigides en matière de création.Nous ne sommes ni Liberté ni Parachute, ni les Herbes rouges ni la Barre du jour.Plus prudents que nos prédécesseurs, nous n'avons fondé non plus ni parti politique ni mouvement social.Un seul d\u2019entre nous est devenu député puis ministre.Pourtant, depuis dix ans, nous sommes à la recherche de ce réseau vivant de lecteurs et de sympathisants sans lequel les revues dépérissent lentement.Numéros régionaux, colloque et groupe de travail sur l\u2019autogestion en 1980 ; lancements multiples, comité élargi de collaborateurs ont été autant de tentatives pour rejoindre l\u2019insaisissable lecteur et élargir nos préoccupations.63 Le travail est sans cesse à reprendre, encore plus en cette période de morosité et de désenchantement.Nous fêterons notre dixième anniversaire à l\u2019automne par un second colloque national sur l\u2019autogestion qui, croyons-nous, constitue encore l\u2019utopie concrète chérie par plusieurs en secret.Sommes-nous encore assez nombreux à rêver de souveraineté et d\u2019autogestion ou devrons-nous bientôt, comme Cité libre et Parti pris, céder une place que nous avons encore bien mal investie ?Pourrons-nous, dans ces années de basse marée politique et d\u2019individualisme envahissant, donner voix à une société civile active et à un imaginaire renouvelé ?Le retour du refoulé À écouter les politiques et à lire les journalistes dont les interventions ont dominé la période allant de l'élection de Mulroney à la défaite du PQ, un observateur étranger n'aurait plus rien compris aux vingt-cinq dernières années de l\u2019histoire québécoise : l'économie avait remplacé la culture, le libre-échange l\u2019autodétermination, l\u2019individualisme, la solidarité, l\u2019entreprise l\u2019État, la rentabilité l\u2019innovation culturelle.Conséquence inéluctable de la crise ou trahison d'élites peureusement obsédées par le court terme \u20ac New look néo-libéral ou transformation profonde des mentalités ?Depuis le 2 décembre, une inquiétude mal refoulée refait cependant surface dans les propos de nos meilleures commentatrices politiques, à la La Presse et au Devoir : avoueront-elles avant les autres avoir un peu dépassé la mesure sur les cibles trop faciles fournies par Gilles Rhéaume et le docteur Laurin 2 Pourtant, au sein de l'indifférence ambiante aux méditations trop intellectuelles demeurent de nom- 64 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s fa gi fev 08S a ig Faire breuses questions à poser, de multiples débats à i e revue .Mi ur ouvrir sous peine de tomber cette fois dans une tranquille robotisation.1.\u2014 Faut-il suivre Mulroney et Johnson dans l'alliance un peu suspecte de leurs partis autour d\u2019un libre-échange qui ne saurait profiter pleinement qu\u2019à ceux qui mettent au premier rang productivisme et militarisation @ Faut-il sacrifier qualité de vie, culture et solidarité à 10 % d'augmentation aléatoire du PNB 2 La domina- tin des Torontois nous paraîtra rétrospectivement bien douce si nous cédons définitivement aux majors du cinéma et aux multinationales de la guerre des étoiles.La culture n\u2019est pas une imi- ! tation à l\u2019usage de Johny Carson ou des gale- | ries de Soho.Nous avons pu découvrir avec Vigneault, Miron, Brault ou Rioux qu'elle est à la fois possession d\u2019un territoire, d\u2019une histoire ; et d\u2019un imaginaire qui ne cèdent pas au premier Ë virage technologique.Nous vivons trop près des États-Unis pour oublier que la démocratie bien inégalitaire qui y règne résiste mal à l\u2019exportation : qu\u2019on en parle aux Philippins, aux Cubains, aux Nicaraguayens, aux Congolais, aux Chiliens, aux Sud-Africains ou même à notre concitoyen Michel Leclaire refusé à la frontière\u2026 pour appartenance au « Mouvement socialiste » de Marcel Pépin.Au delà du rire jaune de l'amitié déçue, pourquoi ne pas prêter une oreille plus attentive aux résistances tardives du Canada à un impérialisme culturel dont il commence à mieux sentir l\u2019insidieux progrès.Les oukases journalistiques n\u2018abolissent pas les spécificités culturelles.Comme le refoulé individuel, elles resurgissent où on les attend le moins, parfois plus excessives et moins « civilisées », l'islam actuel en est un bon exemple.65 BE 2.\u2014 Nous avons découvert avec Cité libre la solitude heureuse de l\u2019homme et de la femme affranchis des carcans religieux, familiaux et politiques qui nous empêchaient de vivre et de penser pleinement.Cette révolution culturelle accomplie, nous avons pu nouer de façon volontaire et réfléchie de nouvelles solidarités autour du couple, du travail, de l\u2019école, du village, du quartier et surtout amorcer ce grand mouvement qui faillit nous faire accéder à la maturité collective.Bien sûr nous avons plus souvent rêvé et palabré qu'agi ; récemment entrés dans l'histoire, nous avons mal évalué la force de nos alliés, les intérêts de nos ennemis et les frayeurs de nos proches.L'échec référendaire est-il pourtant si définitif qu'il nous force à concentrer tous nos efforts sur la pseudo-excellence de la minorité de gens d\u2019affaires d'ici qui sauront faire du fric en vendant n'importe quel gadget, inutile ou dangereux, aux Américains, aux Chinois ou aux Algériens.N\u2019y aurait-il pas des façons plus utiles et plus gratifiantes d'entreprendre, d\u2019innover et de créer à proposer à nos jeunes sans emploi ?Serge Mongeau, Michel Jurdant et l'évêque d'Amos se rejoignent pour proposer une société où l\u2019on mise plus sur l\u2019autosuffisance alimentaire que sur le commerce des armes, sur la solidarité du travail que sur la compétition exacerbée, sur la coopération internationale que sur l'échange inégal.Avec la loi 101, c\u2019est peut-être d'ailleurs la protection du territoire agricole et la marche vers l'autonomie alimentaire qui demeureront les politiques les plus durables du PQ.Malgré les conclusions lénifiantes et fort superficielles de J.J.S.S.à un Défi Mondial par ailleurs techniquement excellent, les microordinateurs ne donneront pas de vitamines aux Ethiopiens, ils ne feront pas pousser le riz en Chine ni ne réaliseront sans appauvrissement irréversible l'unité linguistique de l'Inde.Espé- 266 nr POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s Faire une revue rons qu'ils se contenteront ici de distraire enfants, intellectuels et managers au bénéfice d'IBM et de Steve JOBS, sans devenir le centre d\u2019une nouvelle mythologie.\u2014 La politique doit dépérir avec l\u2019État, nous répètent tous les jours les nouveaux convertis du libéralisme.Bien sûr, avec Mulroney et Bourassa, nous avons plutôt l'impression de jouer dans un film rétro, comme si les gouvernements, à Québec mais aussi à Ottawa, n'avaient pas fortement contribué à construire ici une société où les agriculteurs sont plus prospères, les syndicats plus développés, les pauvres mieux traités, les malades soignés à moins de frais que chez nos voisins immédiats du sud.Faute de mieux contrôler l'économie, nos Etats se sont amusés récemment à vouloir réglementer l\u2019ensemble de notre vie privée.Ils ont cru naïvement pouvoir susciter d\u2019en haut initiative locale, conscience communautaire et création individuelle.Inverser le mouvement n'implique pas cependant que nous suivions immédiatement le conseil de Marx qui, ses disciples l'ont bien oublié, vouait l'Etat aux poubelles de l\u2019histoire.Tant que les pétrolières étrangères décideront du sort des ouvriers montréalais, tant que les pluies acides tomberont sans contrôle, tant que 20 % de notre population active sera sans travail, tant que nos cinéastes ne pourront faire voir ici leurs films, il faudra peut-être hésiter à confier notre sort aux seuls « yuppies » nouvellement sortis des H.E.C.Bien sûr, la politique doit changer.De nouveaux partis sont à créer.Un système électoral plus proportionnel doit s'établir.Le productivisme doit céder la place à une écologie encore diffuse dans nos projets de société.Profitons de la révolution technologique pour assurer la concertation, la diminution du temps de travail et le plein emploi des ressources humaines.Restaurons l\u2019« autorité du peuple » chère à Pierre Vadebon- 67 = | i coeur, pas celle de Pratt & Whitney, de Paul Des- marais ou de la Noranda.\u2014 Productivisme, rentabilité, internationalisme, exportation sont aussi devenus les mots-clés de ceux qui administrent la maigre part de nos impôts consacrée aux créateurs culturels.Objectif de 25 % de publicité dans le budget de Radio-Québec.Diminution de la production interne à l'ONF et à Radio-Canada.Hommes d'affaires aux conseils d\u2018administration du TNM, et du Musée d'Art Contemporain.Hydroquébé- cisation de l\u2019Université de Montréal.C'est à qui pourrait sauver de l'argent sur le dos d'industries culturelles qui profitent pourtant bien peu à leurs principaux artisans.Beauchemin n'a pas écrit Le Matou les yeux rivés sur la France, où son livre fait pourtant un malheur.C\u2019est ici que Miron a d'abord trouvé ses lecteurs, Vigneault son public.La qualité de notre cinéma résiste mal à la co-production internationale.Décus par les mirages d'un internationalisme abstrait, méme les peintres se préoccupent de nouveau d\u2019un public local trop abandonné aux vendeurs de chromos.De façon modeste mais constante, l\u2019État québécois a cherché à montrer ces dernières années que si la culture doit être l'affaire d\u2019une élite ce n\u2019est pas d'argent mais d'intelligence et de coeur qu\u2019il s\u2019agit.Il a favorisé la création populaire aux quatre coins du territoire.Il a fourni aux meilleurs les moyens de mieux atteindre le public d'ici.Faudra-t-il maintenant dépendre d\u2019Esso pour écrire, de Péladeau pour publier une revue et de Gaz Métropolitain pour montrer un télé- roman ¢ POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s far \\ we few OSs .ii Faire Si je me suis laissé emporter par ces réflexions dec une revue ; , / Wri globales, c'est d'abord pour me convaincre du tra- 4 vail qui reste à accomplir à l\u2019intérieur d\u2019une revue | comme la nôtre.Dans l'opposition, bercés par un néo-libéralisme envahissant, mal assurés de leur appui populaire, menacés par la crise dans leur vie quotidienne, beaucoup d'intellectuels auront plus tendance à savourer leur morosité qu\u2019à choisir de nouveau les chemins de la création solidaire.Saurons-nous conserver à Possibles cet espace de liberté où les véritables questions ne seront pas escamotées, où les mots Québec, autogestion et imaginaire ne deviendront jamais des obscénités.comm f seman voa.Ea fo nt HOSS, Nos Bi 3 2 \u201c= 1.4 Bog = 1 Xe Me À 3 4 3 nu FEES ne Melvin Charney Une construction à Kingston 1983 tiellement peinte Construction en bois, par , x 42,5 x 25m Photo de \u2018artiste Conçue et installée pour le Agnes Etherington Art Centre de Kingston avril-septembre 1983 VE L MARC LESAGE La tentation de la fuite * Écrire autre chose La figure dominante du salarié qui a marqué la période de croissance d\u2019aprés-guerre vole en éclats.Au travailleur régulier et permanent succèdent une multitude de nouveaux visages : temps partiels, temporaires, surnuméraires, travailleuses et travailleurs « au noir », ménagères involontaires, chômeuses et chômeurs, assistés-sociaux, hors- statuts de toutes sortes.mi-étudiants, mi- travailleurs et mi-chémeurs.De New York a Londres, de Milan à Bruxelles, de Paris à Montréal, les formes d'exclusion du marché de l'emploi, bien que changeantes et variées, s'apparentent.Au coeur du capitalisme avancé, ce sont aujourd\u2019hui plusieurs dizaines de millions de personnes qui se retrouvent sur les voies de la marginalisation.Vagabonds du rêve, plus ou moins rejetés d'une société d'opulence, paradoxalement fréquemment en quête de tout autre chose que le « métro-boulot- dodo » répétitif et abrutissant ; voilà la nouvelle figure prolétaire.Inattendue, elle émerge pourtant d'une société dite post-industrielle, comme pour nous rappeler que la mutation des rapports sociaux ne saurait se faire au-delà des formes de * La première partie de ce texte, Écrire autre chose, constitue l\u2019avant- propos du livre Les vagabonds du rêve, à paraître prochainement aux Éditions du Boréal Express.73! domination, d'oppression, de refus et de ruptures qui la sous-tendent.Conseiller à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) depuis janvier 1975, j'étais au tournant des années 80 assigné plus particulièrement au dossier « Droit au travail ».Je devais continuellement rencontrer des travailleuses et travailleurs laissés pour compte de la crise, discuter avec des jeunes sans-emploi, chercher avec des représentants d'organismes populaires ou sociaux des voies possibles de ripostes communes.Tout cela se passait à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Ples- sisville, Thetford-Mines, Saint-Pascal de Kamou- raska, Rimouski, Sept-lles, Gaspé.Je me sentais a la fois partout et nulle part, bien entouré ici et la, mais aussi profondément isolé, aux prises avec des problémes qui me dépassaient.Je tentais, avec un imagination plus romantique que pragmatique, de faire apparaitre quelques lueurs d\u2019espoir la ov il n\u2019y avait plus d'étincelles, d'ouvrir des perspectives de luttes là où tout était bloqué, de faire émerger des solidarités inédites qui devaient dépasser les cadres plutôt étroits de la scène habituelle des conflits sociaux.Je pressentais devenir l'expert des défis impossibles, le dernier intellectuel organique du « jusqu'aubou- tisme », le copain sympathique des causes perdues.Pourtant au coeur de l'appareil je n'étais pas seul.Les membres de l'exécutif de la CSN, des conseillères et conseillers, des responsables de fédérations ou de régions étaient tout autant sinon beaucoup plus concernés que moi par tous ces nouveaux tourments.Ces derniers étaient d'ailleurs si intenses que chacun d'entre nous devait intérieurement et subtilement entretenir l'impression d'être pratiquement seul à tenter de trouver les solutions magiques.Ce qu'il y avait de plus dérangeant pour briser cette fausse impression de solitude salvatrice c'était 174 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s pale us hi W POS | .Dig | La le dénuement, la générosité et l'intelligence de ces le lJ travailleuses et travailleurs face à des réalités qu'ils n\u2019avaient jamais imaginé devoir affronter un jour.Il fallait assister, lors d'une assemblée générale, à l'annonce d'une fermeture d'entreprise pour réaliser à quel point était grand le désarroi.Il fallait aussi, trois mois, six mois, un an, deux ans après une fermeture, assister à une autre assemblée du même syndicat qui persistait à exister toujours, où les uns et les autres se racontaient, avouaient après quelques hésitations leurs difficultés à trouver un emploi et si au contraire, c'était le cas, décrivaient avec malaise et indignation les conditions souvent misérables dans lesquelles ils devaient l\u2019exécuter.Au sein même de ces assemblées, qui avaient d'ailleurs le plus souvent perdu le caractère protocolaire d'antan, il fallait aussi entendre le refus de la fatalité, le souci de s'organiser et d'imaginer des solidarités nouvelles qui devaient dépasser tout ce que ces syndiqués avaient pu imaginer dans les luttes parfois éclatantes qu'ils avaient dû mener antérieurement.Enfin lorsque tout semblait piégé, les stratèges épuisés, à bout de souffle et d'idées, souvent une voix surgie mystérieusement de quelque part dans la salle, timide, éteinte, troublée, tellement loin de la façon coutumière de dire les choses, pouvait pour des mois encore faire redémarrer la lutte et refaire le plein d'espoir.Moments de dénuement, de générosité et d'intelligence ; moments troublants parce qu\u2019expression a la fois de la grandeur de cette conscience ouvriére mais aussi de sa fragilité.Moments pathétiques aussi, où témoin privilégié et consterné, j'avais l\u2019impression que se produisaient devant moi les durs effets non seulement de la crise économique mais aussi de la décomposition même de cette classe ouvrière, qui pendant plus d\u2019un siècle avait été au coeur de tous les grands combats d\u2019une société qui désormais semblait s'écrouler pour faire place à la production de nouveaux rapports sociaux.Se développaient alors tout autour de moi d\u2019autres figures du travailleur : figures cassées, brisées, épui- Fu sées par ces combats qui n\u2019en finissaient plus, con- POSSIBLES vi traintes sur les longues périodes de vivre de chô- des intellec- pl mage pour se retrouver finalement « sur le bien- tuels(le)s étre social ».A la méme époque, parallélement a la pratique sur le terrain, de nouvelles lectures, italiennes surtout, venaient bousculer ma quiétude intellectuelle et syndicale.Chacune m\u2019invitait à sa manière à mettre dorénavant l\u2019accent sur ce que je croyais percevoir dans le quotidien de mon travail : l'émergence, à travers et au-delà de la précarisation et de l'exclusion, de nouveaux visages prolétaires, voire d\u2019un nouvel acteur social.« Jeune prolétariat urbain », « ouvrier social », « nouveau prolétaire », « néo-prolétariat », « non-travailleur », les concepts variaient mais les réalités qu'ils cherchaient à dépeindre se ressemblaient beaucoup.Ces concepts, joints à la présence assidue au coeur de luttes, ébranlèrent des idées qui avaient jusque-là été la source de mes motivations.Ce n'est pas tant que je ne percevais plus dans ce que nous pouvons nommer la classe ouvrière, une classe exploitée, dominée et opprimée, mais plutôt que je sentais poindre autour d'elle de nouvelles couches prolétaires fort hétérogènes, plus urbanisées et scolarisées, qui tout en étant objectivement coupés du marché du travail semblaient entretenir à son égard des vues différentes.Ce n'était pas limpide.Je cherchais et percevais dans tout cela des réalités qui questionnaient de plein front le mouvement syndical.Printemps 1983.La CSN affronte de l\u2019intérieur des affres de la crise.L'absence de travail dans plusieurs secteurs affecte des fédérations professionnelles.Des postes sont coupés.Des camarades de travail, piégés, se servent de leurs droits et déplacent d'autres salariés.Ayant relativement peu d'ancienneté, je me sens une proie facile.J'entrepris alors d'écrire au jour le jour, sur un brève E76 ks La période, réflexions et sentiments singuliers : « Le de denon reconnaître.Malgré l'insécurité qui me menace, ù me voilà habité par un désir de distance et d\u2019appropriation de mon temps.Comme pour tenter de mettre au pas ce mauvais présage par la production presque subversive d\u2019un acte de liberté fuir.Faire le point.Réfléchir, cuisiner, lire, étudier.Me promener au soleil ou sous la pluie.Écouter de la musique.Ecrire autrement.Ecrire autre chose.» Préoccupé de plus en plus de l'isolement des précaires et exclus du marché du travail, de l\u2019importance numérique grandissante qu'ils ont pris et devraient prendre pour les années à venir, de la très grande fragilité et des échecs répétés de leurs différentes tentatives d'organisation, de leur quasi- absence de rapports avec le mouvement syndical \u2014 cela non seulement au Québec mais dans toutes les démocraties occidentales, prendre le temps nécessaire pour réfléchir sur ces questions était devenu presque une obsession.Je cherchais à cerner ce que pouvaient être les différentes figures, logiques ou formes de consciences portées par ces acteurs ; à tenter de comprendre leurs difficultés d'action collective.Je voulais analyser et réfléchir : des vies et des luttes de précaires et d\u2019exclus pour en saisir particularités, difficultés et différences, pour entrevoir aussi comment des acteurs marginalisés pouvaient investir et réinvestir le champ des : pratiques sociales et, devenons plus audacieux, rendre davantage probable un impossible mouvement.L'affirmation d\u2019une distance critique ; Ce temps si précieux qui m'était offert par un concours de circonstances plus ou moins heureuse, cette distance que j'avais pour un temps choisie de prendre, cette curiosité qui continuait de cultiver mon imaginaire social me menèrent, me ramenèrent plutôt assez rapidement sur les bancs de Lh TREN: = l'école.Sans doute pour y chercher de nouvelles POSSIBLES i gratifications académiques et un encadrement ras- Jute I ji surant, mais aussi pour y trouver un lieu propice tuels{le)s aux questionnements où les réponses n'avaient pas nécessairement à être téléguidées par les besoins inhérents d\u2019une organisation ou d\u2019une cause.Malgré toutes les ap réhensions que je pouvais entretenir à l'égard de l\u2019institution universitaire, il me semblait qu\u2019à certaines conditions, c'était elle qui pouvait le mieux répondre à ce besoin d\u2019autonomie que je ressentais profondément.Ne peut-il pas advenir dans certaines conjonctures qu'une distance prise à l'égard d\u2019un mouvement soit un heureux présage, qu'elle permette de meilleures conditions pour la formulation d'une problématique, l\u2019organisation d'un espace-temps plus favorable à la réflexion et la production de nouvelles connaissances ?Affirmer cela n\u2019a rien d'anti-syndical et ne pas le reconnaître serait dangereux.Tout comme il serait dangereux de ne pas reconnaître que dans d\u2019autres circonstances et face à certains sujets l\u2019organisation syndicale peut permettre des conditions de recherche plus propices à la production de connaissances qui dans d'autres cadres n\u2019auraient pu être révélées.Il y a longtemps que l\u2019on ne voit plus l\u2019université au-delà des rapports sociaux, voire au-delà de tout soupçon.| Qu'on nous comprenne bien.Cette distance du sociologue ne vient pas contester la légitimité d\u2019un mouvement à produire ses propres recherches ; elle ne vient pas questionner la valeur de celles-ci.L'univers de la recherche est trop vaste pour me permettre de telles incongruités et mon attachement au mouvement ouvrier trop grand pour commettre de telles sottises.Affirmer l'opportunité d'une distance par rapport à un lieu de travail et de mili- tance dans le cadre d\u2019un projet d'études n\u2019a rien à voir avec une forme quelconque de désengagement ou la recherche d\u2019une objectivité au-delà de la mêlée.Ne s'agit-il pas ici de la simple consta- 78 0 .-.pris La tation de l'importance d\u2019une distance critique, zone Sil, tentation d'autonomie nécessaire à l'émergence d\u2019un libre ly de la fuite ; questionnement.Le chercheur critique ne peut demeurer indiffé- rent aux enjeux des luttes sociales.N'est-ce pas finalement la zone d\u2019autonomisation qu'il affirme qui le pousse à échapper aux discours dominants et à interpeller ce qui ne saurait, aux yeux des institutions et des dogmes, être révélé \u20ac | 79 EEE | RAYMONDE SAVARD Le temps d\u2019une grève Hiver 1983.3 Plus précisément février 1983.La solitude pèse soudainement.En route vers chez-moi par le métro Crémazie, mêlée à la foule anonyme l'après-midi tirant à sa fin.Les jours rallongent puisque nous allons vers le printemps.Mon quart de piquetage quotidien a eu lieu ce matin.Puis, ce fut la visite au local de grève où j'ai recu les dernières nouvelles concernant « ceux qui sont sortis », « ne sortiront pas », une loi spéciale qui s'en vient et qui « aurait des dents » : retrait des libertés, perte d'ancienneté, etc.Et les « petites nouvelles » des joyeux-ses compagnons et compagnes de piquetage : les enfants qui grandissent, les stratégies de commande d'épicerie de temps de grève, le froid plus difficile à supporter cette année qu\u2018auparavant quand nous promenons nos pancartes sur la rue St-Hubert.Nous vieillissons 2 Ferons-nous encore du piquetage en l\u2019an 2000 2 Pour ma part, je pense que si nos préoccu- | pations de pré-retraite et de retraite anticipée se con- : crétisent, puisqu\u2019il faudra bien un jour rajeunir le corps professoral, j'aurai depuis quelque temps cédé ma place à quelqu\u2019un-une d'autre.Micro-solidarités des temps de grèves, qui ponctuent ainsi nos vies semestrielles depuis bientôt quinze années.Pour un temps indéterminé, c'est la rupture, la vie professionnelle mise entre parenthèses : cours, horaires, corrections suspendus.« Allons prendre un café, une D À i} 81 HE ; .Jt i .a .qe .Lo feF bière, dîner ensemble.» Cet après-midi, ces petites POSSIBLES me solidarités, perdues dans l\u2019énorme machine d\u2019un Qu edte Front Commun, jamais aussi inexistant, valent pour tuels(le)s moi leur pesant d'or.Je parlerai encore dans mes cours sur lo vie politique québécoise des années 70, comme je le faisais juste avant cette grève, de cette expérience unique dans les annales syndicales d'Amérique et peut-être d'Occident, de Fronts Communs de tous les employés de l\u2019État contre leur patron, comme l'une des retombées d\u2019une conception du changement social passant par cet Etat et ayant eu cours durant les années 60.Le Front Commun de 1983 2 Un Front Commun d'appareil.À la base, c'est l'effritement.Depuis bientôt trois semaines, les enseignants-tes sont es seul-les en grève puisque tous-tes les autres ont décroché.Peu à peu.« Ensemble ! » disent pourtant les pancartes que nous promenons chaque jour.Fonction mystificatrice du langage qui dit davantage ce qui devrait être que ce qui est et avec d'autant plus d\u2019insistance que cela n\u2019est pas.« Nous, le monde ordinaire! » disaient celles de 1972 où pour la première fois, une masse de fonctionnaires, d'enseignants, d'intellos comme on les désigne avec une pointe de mépris mêlée d'humour, étaient impliqués.L'éducation n'étant pas définie comme un service essentiel à la bonne marche de la société, nous pouvons toujours continuer à user les trottoirs devant l'institution où nous travaillons.Les coffres de l'Etat se vident moins vite et l\u2019ordre social n'est aucunement perturbé.Le pouvoir revanchard Sur le quai du métro, me reviennent les paroles du premier ministre à la télévision l\u2019autre soir, dénonçant « les gras durs du système », « cette classe de profiteurs ayant une sécurité d'emploi à vie » ou devant un auditoire d'étudiants il y a quelques semaines, « Nous voulons créer des jobs pour vous, les jeunes », « vos professeurs pourraient tra- 82 « 05 0 hl V coté | nell, Blt els Le temps d'une grève vailler davantage, qu'est-ce que cinquante, soixante étudiants de plus # » « Leurs deux mois de vacances », etc.Réalisait-il que ces propos démagogiques auprès des jeunes de cet âge, venaient saper les fragiles relations de confiance pourtant si essentielles à tout processus de réelle communication d\u2019un savoir 2 Ce n\u2019est pourtant pas la première fois que nous sommes attaqués.Quand ce ne sont pas les médias, c'est le pouvoir qui s\u2019affole.Mais si aujourd\u2019hui la solitude est plus grande, c'est que les coups font toujous plus mal quand ils viennent de ceux que l'on a aimés, soutenus de nos disponibilités et de nos sous quand les temps étaient durs : 1970-1973-1976.Comme leur avaient été précieux alors, nos horaires souples quand il s'agissait d'écrire des textes, d'organiser des assemblées de cuisine, d'élaborer des stratégies, de faire du porte-à-porte, de faire du café, de coller des timbres! Tant et si bien que ce fut 1976 et le pouvoir.Dans un premier temps, un pouvoir généreux.Puis vite devenu un pouvoir offusqué et arrogant quand continua de se manifester l'esprit critique pourtant fondement de toute vie démocratique.Le pouvoir gêné de ses appuis parce qu'il avait été porté par cette classe composée de militants, d'enseignants, d'artistes, de journalistes, de poètes.Comme René Lévesque et les siens auraient souhaité trouver leurs fidèles alliés parmi les petits hommes d'affaires ou encore directement parmi le peuple.Les Vrais ! En reniant leurs amis, ces hommes de pouvoir n\u2019allaient-ils pas dans le sens du légendaire anti-intellectualisme canadien français ?« Pour un prof.de perdu, je vais vous chercher deux cultivateurs », disait dans son langage populiste, un ministre ancien prof.lui- même et bardé de diplômes.Est-ce un réflexe de colonisé que de craindre sans cesse de ne pas être pris au sérieux en révélant ses vraies racines ?Ce gouvernement a pourtant revendiqué plus que les autres le droit à la différence face aux WASP nord- américains.Mais en les rassurant et en se rassurant lui-même sur le peu de différence qu'il y avait A hy: entre des WASP parlant français en Amérique et des vrais WASP.C'est peut-être dans la nature d'un certain type de pouvoir d'être sans merci pour qui ne le chante pas ou tout simplement pour qui ose le questionner.Tenter de museler ceux qui parlent afin de s\u2018assurer l\u2018appui de cette « majorité silencieuse », avec tout ce que cette expression peut comporter de méprisant.Il y a quelques mois, c'était au premier ministre Trudeau à attaquer « cette maudite engeance intellectuelle » coupable d\u2019avoir corrompu le bon peuple avec ses idées « séparatistes ».Je ne puis m'empêcher de penser que les Lévesque et cie., Trudeau et cie, étaient eux-mémes traités avec mépris d\u2019intellectuels décrochés a l'époque où l\u2019idée même de social-démocratie effrayait les élites en place.Les uns avaient passé la loi du cadenas.Les autres ont parlé de mettre la clé sur Radio-Canada, ce « nid de séparatistes » et de montrer à la population au petit écran de beaux vases chinois.Et aujourd\u2019hui, il me semble que la meilleure façon de baillonner quelqu'un, c'est de l\u2019attaquer au coeur même de son identité, en minant à la base la crédibilité de son discours comme la propagande gouvernementale a entrepris de le faire systématiquement au sujet de ses employés-e-s.À la recherche de vrai monde À la maison, le menuisier est en train de réparer les fenêtres.Ardent nationaliste, il a voté « oui » au référendum et a toujours été un inconditionnel du Parti québécois.jusqu\u2019à ce jour.Il me dit son indignation face à un gouvernement qui ne respecte pas sa signature et qui traite ses employés de cette façon, particulièrement les enseignants.« Ils endurent nos enfants à journée longue, les instruisent.» Monsieur Leblanc, menuisier comprend ça.Ce gouvernement d'anciens profs, non! Je 84 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s jot 1 grove va li POS ù SES fé 8 ify le Le temps d'une grève pense alors aux revendications historiques du Québec pour le contrôle sur l'éducation et la culture, comme moyen d'émancipation nationale.La maîtrise de l'éducation par le peuple a beaucoup plus signifié la maîtrise du peuple par une minorité à l\u2019aide de l'éducation.Car celle-ci ne fut-elle pas toujours avant tout une structure de pouvoir : clérical puis technocratique ® Quand il est arrivé et qu'il arrive encore qu'elle soit le terrain d\u2019une parole libératrice, c'est en dépit des lourdeurs bureaucratiques d\u2019un pouvoir bien assis.Duples- sis disait à ce peuple de quasi-illettrés qu'il s'était doté du meilleur système d'éducation au monde.Et quand la réforme de l'éducation a signifié l'investissement dans le qualitatif de l'acte pédagogique, investissement nécessairement invisible, plutôt que dans la brique et le béton, on s\u2019est mis à parler de réalisme nécessité par les contraintes budgétaires.Selon les époques, soit par crainte de la circulation des idées, soit par souci d\u2019'économies à la petite semaine, l'éducation et la culture furent l'affaire d\u2019une minorité politique.L'anti- intellectualisme canadien-français est peut-être davantage la manifestation d\u2019une méfiance face aux porteurs de discours qu\u2019une méfiance des discours eux-mêmes.« Monsieur et madame-tout-le- monde » n\u2019ont sans doute pas été dupes des capacités manipulatrices des paroles qu\u2019on leur tenait.À eux, à elles on demandait des muscles et des ventres puisqu'il fallait construire et peupler un pays.Pendant qu\u2019en d'autres lieux étrangers, scène économique, politique ou religieuse, s\u2019élaboraient des discours ayant bien peu de liens avec leur lot quotidien.|| y avait à bâtir non à palabrer.Le silence était d'or pendant que la parole était d\u2019argent.Pas étonnant que l'instruction, même élémentaire, ait été longtemps si peu valorisée.On la réservait a l'enfant malingre, moins débrouillard que les autres.Ou encore aux filles qui avaient le droit de savoir lire, écrire, compter si elles n'avaient celui d'être médecins, notaires, prêtres, etc.À elles, on avait bien laissé la parole signifiante du privé 85 IS É A .ten?puisque c\u2019est par la porte de la cuisine, directe- POSSIBLES qin .0 Du côté ment des enseignements des religieuses, des intellec- qu\u2019entraient les normes et les valeurs concernant tvels(le)s la tenue de maison, l\u2019hygiène, les soins aux enfants, l'épargne.Mais les objets de la grande culture, la noble, restaient toujours jalousement cachés derrière les murs des couvents et séminaires, apanage d\u2019une minorité qui d'ailleurs ne se reproduisait pas.Livres, musique, écriture, peinture étaient réservés à des happy few triés sur le volet, loin des yeux de la masse.C'est peut-être pourquoi l\u2019on s\u2019est toujours défendu d\u2019être intellectuel ou même associé à des intellectuels.Tous ces « donneurs de sens » que sont les écrivains, les poètes, militants, enseignants, journalistes, politiciens, etc, se défendent bien d'en être, chacun tâchant de légitimer ses rapports au « vrai monde » en traitant les autres d\u2019intellectuels comme une insulte.En ce sens, le présent numéro de la revue POSSIBLES aura peut-être valeur d\u2019exorcisme.En parlant cet aprés-midi avec monsieur Leblanc, en pensant & mes cours pour le jour ou la gréve sera terminée, je me demande qui de lui, de moi, de mes étudiants constitue 1 « vrai monde ».Je me demande où loge madame Tar- tampion.Sur la rue Panet où Radio-Canada est allée la rejoindre @ Mais son nom n'apparaît pas au bottin téléphonique.Serait-elle déménagée plus au nord 2 Ou sur la rive sud 2 Je suppose qu\u2019elle a dû quitter quand on s\u2019est mis à décaper autour d'elle et que les « bineries » de son quartier se sont transformées en petits « restos sympas », ornés de plantes vertes et de dentelles.Alors, elle ne s\u2019est | plus sentie chez-celle d\u2019autant plus que le prix des | oyers montait en flèche.On avait envahi son ter- | ritoire.Pendant ce temps, Gérard D.Laflaque, la [ marionnette « monsieur-tout-le-monde » de Radio- Québec prenait la route vers Télé-Métropole où 1 86 hos oo : Del Le temps |\u2018on a sans doute jugé que, son type d\u2019humour avait Ce d'une grève LL ol les 2 Ni plus de chance de rejoindre la sensibilité du 10.fy Un défi de génération À la fin de ce mois de février, quand je serai de nouveau devant mes étudiants-tes, je verrai sur les visages, qu'il m\u2019arrivait souvent de trouver sympathiques, tantôt une moue, tantôt un regard durci.On m'attendait ! Comme tant de fois, leur voix se faisait l'écho du discours dominant lequel avait servi à légitimer l'arbitraire des coupures de postes, des salaires, les lois spéciales, les amendes.« Il n\u2019y aura plus de place pour nous avec votre sécurité d'emploi à vie! » « Vous défendez des intérêts corporatistes! » Et comme tant de fois, quand ils-elles se font ainsi porte-parole de l\u2019idéologie en place, il ressort de mon travail auprès d\u2019eux-elles, de tenter de démontrer les mécanismes de la propagande par un décodage minutieux des messages.Cette fois cependant, je ne suis plus analyste devant un objet distant.Je suis sujet touché ! Je réalise que si un message si peu subtil a porté avec autant d'efficacité, c'est qu'il a visé le coeur même de leur angoisse la plus profonde : leur insécurité face à l'avenir et la finalité de leurs études.Voilà donc comment on réussit à diviser pour mieux régner ! Je leur dis alors que lutter pour sauvegarder | l'autonomie dans le travail, le droit de grève et d'association, c'était lutter contre l'arbitraire sous toutes ses formes, pour les employés présents et futurs, du secteur privé aussi bien que du secteur public.L'histoire du syndicalisme nous enseigne que les gains faits par un groupe avaient par la suite servi à tous-toutes les autres.S'il y avait maintenant des congés de maternité, des garderies, des écarts moins grands entre les hauts et les bas salariés du secteur public, c'est que des femmes et des hommes s'étaient mobilisés autour de ces objec- yd 1 § tifs, davantage sociaux que corporatises.Certes, POSSIBLES a les profs ne sont pas les plus mal lotis surtout si des intellec- l\u2019on tient compte de la marge de liberté et d'auto- tuels(le)s nomie dont ils bénéficient encore dans l'organisation de leur travail.Cette marge de manoeuvre, qui fait l\u2019envie de tant d\u2019autres, ne fut jamais donnée mais conquise peu à peu, et surtout sans cesse menacée.À preuve, ce dernier conflit.Pour vous, les jeunes de dix-huit ans, la norme dans le travail serait-elle l\u2019insécurité de l\u2019emploi, la soumission à l'autorité, l\u2018arbitraire 2 Notre sécurité d'emploi à vie, dites-vous ?Je leur parlai d\u2019une dizaine de leurs professeurs, parmi les plus jeunes et des femems surtout, qui se retrouveront sans travail en septembre, après six, sept années et même davantage d'expérience.Je leur dis que l\u2019une des façons pour une génération de s'opposer à ses aînés, ce pouvait être de tenter de les refouler en les discréditant afin de prendre leur place le plus tôt possible.Une autre façon était de faire preuve dima.gination individuelle et collective en créant des secteurs autres de développement.Du méme coup, imaginer des solutions aux culs-de-sac où nous nous trouvons tous-toutes présentement face au chômage chronique, au sous-emploi, au travail précaire.Certains-nes de leur génération avaient tout simplement choisi de se retirer du monde compétitif des études et du travail, afin d'explorer de nouvelles formes de vie plus simples où l'émotion et la spontanéité ne seraient pas reléguées au weekend ou aux trois semaines annuelles de vacances mais plutôt intégrées au quotidien.Vouloir faire des apprentissages à partir des expériences de vie plutôt que dans les livres peut être perçu comme une autre forme d'anti-intellectualisme ou un retour en arrière.Cela rejoint sans doute pour une part ce vieux stéréotype valorisant le faire plus que dire.Mais c'est encore là une forme de résistance à un discours qu'il soit scientifique ou technocratique n'ayant rien à voir avec leur vécu.En effet, qu\u2019a == ar rt le mim + Le temps d'une grève à dire la sociologie, science des crises, des révolutions et des évolutions des corps sociaux sur les dynamiques qui se développenet entre les êtres de chair et d'os ?L'amour, la passion qui se voient relégués pudiquement à la sphère de la vie privée parce que non pertinents, ne sont-ils pas pourtant le lieu de la signification profonde de tous les gestes, les croyances, les engagements 2 Qu'a à dire la technocratie face à la détresse de celui ou celle qui connaît l'insécurité du lendemain à part lui faire remplir des formulaires ennuyeux et inutiles.Le retrait du système de production-consommation qu'opèrent ces jeunes est le constat que la vie n\u2019est pas là.Avec les essais et les erreurs inhérents à tout processus de renouvellement, ceux et celles qui choississent d'élever des agneaux, de faire du fromage de chèvre, de cultiver des fines herbes, recherchent à leur façon des nouvelles formes de rapports humains et sociaux.Pour les autres qui comme vous, demeurez à l'intérieur du système sans en avoir fait nécessairement le choix, votre défi de génération ne serait-il pas, non seulement de créer de nouvells richesses, mais surtout de penser des formes plus équitables de partager ces richesses 2 Au lieu de lorgner avec envie des places déjà prises, faire en sorte qu'il y ait du travail pour tout le monde, jeunes et moins jeunes, femmes et hommes 2 La devrait vous amener le savoir mais surtout I'imaginaire propre & toute nouvelle génération.De cette lutte acharnée d\u2019un grand nombre pour quelques places que vous propose l'esprit néo-libéral, personne ne sortira gagnant.Un petit nombre y trouvera argent et pouvoir, mais à quel prix et pour eux et pour les autres \u20ac La génération qui vous a précédés dans la vie, celle des 40-55 ans, avait pour sa part, il y a un quart de siècle, fait du développement de l\u2019État québécois le lieu de ses espoirs et le terrain privilégié de son action.Pour le meilleur et pour le pire, so mmf tel avait été leur imaginaire lorsqu'ils-elles avaient vingt ans.Telle avait été aussi leur façon de se démarquer des générations précédentes.Il faut reconnaître que les places disponibles alors étaient peu enviables et qu\u2019il n\u2019y avait donc eu aucun mérite à innover de la sorte.Mais ce type de société construit depuis vingt-cinq ans avait à son tour généré ses propres blocages dont il fallait présentement se libérer.C'était la tâche des plus jeunes générations.Formes de vie plus conviviales Partage du travail 2 Substitution aux modes hiérarchiques et autoritaires de gérer des formes plus démocratiques?Ce qui ne signifierait jamais absence de conflits, mais capacité de les régler par I\u2019échange et la négociation plutôt que par la force.Que votre génération pourrait nous amener tous- toutes vers une plus grande maturité politique.Puis, je repris le cours sur la société québécoise au point où il était resté il y a trois semaines, parlant de la structure de classes au Québec issue des transformations des années 60-70 à partir des bénéfices et des avatars d\u2019un Etat-Providence.E90 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s LIL Es nt gna oe on ere vs Press pes oz 3 \u2014 t .1er cm À 1982 $ 8 & p pe NS a on â A th Te me! SNE x 7 rans SA Ze) A 8?= By = 5 se | a Etude n° ae Ka 35,5 x 2 Hd a Lg Aa Pa ae Re .a mere Melvin Charne Se va V3 = py de he Se Sek se WT ur 77 se om \u201cN = AS By .a3 S sv a 4 > k, ok + ss Pastel et conté sur 5 : = en Ce k £d Te Sh 2 RF a ay SES hy Se \u201c5 pg £23 .2 Lod We i TN He os A er on nx ax Rak 7e ve ve a = = Po ca Sen as : oa Eo ely 0x Es, =, ok A a né pense Ee AX 8 er Ga ad A Sn, ze me LE me rep nee a 5 me i » È Sih a of \u2018 tlle, Ve JA { J POs 0 d Hel JACQUES GODBOUT Des saucissons dignes de ce nom En 1927 un écrivain soviétique, louri Olécha, publiait un roman intitulé L\u2019Envie.Le narrateur, jeune intellectuel déçu, « envie », tout en méprisant, un héros de la révolution soviétique, reconnu et admiré par le gouvernement révolutionnaire, dont un des exploits consiste à fabriquer industriellement, \u2014 donc de façon révolutionnaire et accessible au peuple \u2014 des saucissons qui ont autant de goût que ceux qui sont fabriqués artisanalement.Cinquante ans plus tard Zinoviev, dans l'Avenir radieux, fait dire à la fille de son héros (elle s'adresse à son père, intellectuel russe tourmenté) : « si tu te mets dans l\u2019idée d'écrire quelque chose de contestataire, ne fais pas comme ces idiots de dissidents.Ils parlent toujours de sujets très nobles, comme la liberté d'expression, la personnalité créatrice, le droit à l'immigration, mais ils ne disent pas un seul mot sur le sujet le plus important : de toute façon, il n\u2019y a pas de saucisson digne de ce nom (1978, p.30).» Qu'est-ce que cela a à voir avec les intellectuels québécois, qui comme chacun le sait, savent particulièrement apprécier les bons saucissons, ayant pour la majorité fait un séjour prolongé en Europe 2 C'est la morosité récente mais généralisée des milieux intellectuels qui m'a rappelé ces héros de romans soviétiques.Les Québécois boudent les intellectuels, qui le leur rendent bien ; souvent par des réactions 93 IN} Des aussi ridicules que méprisantes, mais malheureuse- POSSIBLES iv ment révélatrices.Ainsi les professeurs d'universités Duce in sont allés jusqu\u2019à organiser une campagne de reva- tvels(le}s lorisation de leur « profession » en adoptant un slogan d\u2019un goût plus que douteux : « Têtes en tête ».Schéma organiciste qui laisse au peuple les partis non nobles du corps, et le soin d'apprécier les saucissons\u2026 Doit-on s'étonner si les autres « membres » de la société n\u2019apprécient pas particulièrement de tels efforts d\u2019auto-encensement qui se prodiguent sur leur « dos » 2 Une telle provocation peut inciter certains « membres » & couper la téte de ce corps pour démontrer que, miraculeusement, on peut très bien s'en passer\u2026 Rien ne va plus entre la société québécoise et ses intellectuels, qu\u2019elle a pourtant tellement choyés depuis 25 ans.Je voudrais défendre ici la thèse qu\u2019il s'agit-là d'une réaction saine, qu\u2019à force de gâter ses intellectuels, le Québec risque de les pourrir, de les encourager dans la voie de la facilité démagogique, de la contemplation tranquille et autosatis- faite de la vérité acquise.La nouvelle situation représente au contraire un défi stimulant ; elle oblige à faire ses preuves, à « descendre » dans la société, à se prononcer sur le goût des saucissons.Avant de réfléchir sur l\u2019avenir posons d\u2019abord un regard sur le passé.Regard subjectif s\u2019il en est : le | mien, tel que je l'ai vécu.Je dévoile tout de suite ma position : je ne suis pas un intellectuel malheureux de la situation actuelle.Au contraire je me sens très à l'aise et stimulé.Je voudrais expliquer pourquoi dans cet article.| L'époque glorieuse | Evalué à l'aune de leur importance sur la place | publique, la décennie 1960 a été la grande époque des intellectuels québécois de l\u2019histoire récente.De Cité libre au Nègres blancs d'Amérique, en 94 * LJ PSs dy a LI Des saucissons dignes de ce nom passant par Parti Pris, les intellectuels étaient lus, écoutés, demandés, discutés sur la place publique, notamment par les jeunes.lls exercaient une influence politique considérable.Des débats importants les mettaient en opposition les uns aux autres.lls étaient interpellés, comme on dirait aujourd\u2019hui.Leur vie et leur combat étaient sans rupture avec la vie et les combats du reste de la société : les batailles nationale, syndicale, sociale.Quelques-uns étaient professeurs d\u2019universités.Mais on retrouvait aussi de nombreux journalistes, écrivains non encore placés en institution.poètes, syndicalistes, comme on disait à l\u2019époque, « freelance ».Tout en défendant passionnément leurs idées, la plupart étaient inquiets.Impliqués aussi : comme on le sait nombre d'entre eux se sont ultérieurement engagés dans la politique active.L'intellectuel professionnel Dans ma génération on se rappelle avec nostalgie cette époque glorieuse qui a été suivie d\u2019une professionnalisation du métier d'intellectuel qui est à l\u2019origine des malheurs actuels de la « profession ».La professionnalisation est un vaste processus, qui dépasse les intellectuels.Elle a envahi le Québec comme accompagnement et suite logique aux grandes réformes institutionnelles des années soixante, la dernière étant celle de la santé et des services sociaux.La professionnalisation d\u2019une activité implique d\u2019une part qu'elle établit sa valeur par référence à la science, d'autre part qu\u2019elle tend à échapper aux contrôles externes au profit d\u2019un auto-contrôle par les pairs, effectué selon des critères et des normes abstraites.La professionnali- sation pose une question essentielle aux intellectuels : le statut d'intellectuel peut-il être une profession 2 La professionnalisation n\u2019introduit-elle pas des valeurs et des moyens de fonctionnement stérilisant pour l\u2019intellectuel : sécurité, plan de car- 95 mg Des rière, expertise, scientisme\u2026 Le travail intellectuel POSSIBLES ps n'est-il pas, d\u2019abord, un « art » 2 des intellec- ine tuels(le)s Par rapport à l'époque antérieure on constate une relative marginalisation des intellectuels : sans être absents de la place publique, ils y jouent un rôle moins important.Où sont-ils donc ?Schématiquement on peut répondre que l'époque glorieuse a produit deux branches : la branche narcissique et la branche organique.Le narcissisme universitaire Une fraction importante des intellectuels de cette seconde génération s'est retrouvée à l\u2019université.Ils y ont développé un vocabulaire, des sigles, un jargon que seuls les initiés peuvent comprendre.lls ont beaucoup publié.Mais à la différence de la génération précédente, leur production s'adresse aux universitaires seulement, dans le meilleur des cas.La plupart du temps, elle s'adresse aux pairs de la même discipline, voire de la même « école ».Car l\u2019université a adopté le modèle de productivité de l'univers de la recherche, tel que décrit par Kuhn : c\u2019est une machine à produire des « résultats », c'est-à-dire des articles dans des revues dites « arbitrées », autrement dit contrôlées par d'autres producteurs d'articles sur le même sujet.Telle est la conséquence de l\u2019application du modèle bureaucratique professionnel au monde universitaire.Certains tentent d'échapper à ce modèle en se rattachant à une théorie qui tient lieu de vérité « scientifique » absolue.En sociologie, Althusser et Poulantzas deviennent les nouvelles références.Il faut faire entrer, de gré ou de force, la réalité.C'était effectivement un tour de force.Car il était particulièrement difficile d'adapter la réalité qué- écoise à des théories qui ne tenaient pas compte, notamment, du problème national, qui était pour- ME 96 _ Des tant au centre des préoccupations du Québec.On ri \u2018dignes de consacrait donc une grande partie de la réflexion Ho ce nom tenter de trouver un statut au nationalisme, dans une théorie qui avait plutôt tendance à le considérer comme un phénomène dépassé.On ne s'adresse plus vraiment à un public, mais aux pairs ou à une chapelle.Par contre on s\u2019attend à être reconnu et valorisé sur la place publique.Sur le plan politique, on crée des groupuscules qui poursuivent, sous un autre statut, les discussions byzantines visant à interpréter dans le modèle des classes sociales l'impertinente réalité québécoise.Le dernier avatar de ces multiples tentatives est le moribond Mouvement socialiste.Les intellectuels organiques Pendant que la fraction narcissique importait des théories, les intellectuels organiques installés dans la fonction publique importaient des organigrammes, des sigles, et des institutions.Souvent revenus eux aussi d\u2019un long séjour en France, mais insérés dans la fonction publique et la recherche, plutôt que dans le monde universitaire, ils transposent les institutions françaises avec la même possession tranquille de la vérité et la même absence de souci de la réalité québécoise que leurs collègues narcissiques.C\u2019est à cette époque que l\u2019on voit apparaître les communautés urbaines, l\u2019ENAP les multiples conseils consultatifs, la planification à la française ; que le parlement se transforme en assemblée nationale.Encore tout récemment, j'entendais un haut fonctionnaire québécois déplorer, devant des universitaires français, le fait que nous n\u2018avions pas encore atteint le même niveau que la France dans le domaine de la décentralisation.Car, disait- il, nous n'avons pas encore réalisé notre réforme du système décentralisé, comme vous venez de le faire.Or cette réforme, en France, consiste essen- tellement à supprimer la tutelle préfectorale sur 97 mmm Des la municipalité.Et nous n'avons même pas de pré- POSSIBLES yû \u2019 ., * ' É fets au Québec.En fait la réforme française con- des intellec- À #i « siste au contraire à se rapprocher un peu d'un tuels(le)s système décentralisé similaire à celui qui caractérise le Québec.On se demande parfois par quel miracle on a échappé à la création de l'institution préfectorale et de la tutelle du préfet sur les municipalités, dans les années soixante-dix.Grâce aux élus municipaux, probablement, qui ont « résisté » à un tel changement.Car qu'elles que soient les oppositions entre ces deux fractions, elles partagent plusieurs attitudes, comme celle de détenir la clé pour moderniser le Québec, et de rejeter les élus des institutions démocratiques, les uns parce qu'il s'agit d\u2019une démocratie bourgeoise purement formelle, les autres parce que les élus sont des individus timorés, conservateurs, dont la principale caractéristique est de « résister aux changements ».Car intellectuels narcissiques et organiques sont aussi certains de détenir le monopole de la capacité de changement.L\u2019ère de la morosité post-moderne Édificateurs infatigables de structures rationnelles qui les ont par ailleurs généreusement accueillis, les intellectuels professionnels sont des adep- | tes inconditionnels de la modernité, dont un des postulat de base affirme que la croissance perpétuelle du PNB est l\u2019état normal d\u2019une société civilisée.Cette conception du monde a subi un dur coup depuis quelques années : crise économique, arrêt e la croissance, impossibilité appréhendée de faire redémarrer la machine à la manière habituelle, doute, angoisse.Au Québec, cette inquiétude économique est doublée de l\u2019échec politique du projet collectif qui visait précisément à adapter la société à ce modèle, à contrôler, tout en la J E98 0 \u2019 .A \u2019 al .Des complétant, la modernisation dv Québec.En réac- sie \u2018dignes de tion surgissent pêle-mêle de nouvelles idéologies Ù , I > + .\u201csie ce nom néo-libérales, néo-conservatrices, post-modernes, autonomes et auto-organisées.Les nouveaux dogmes, que les intellectuels professionnels et progressistes (IPP) avaient patiemment édifiés depuis vingt ans, s'effondrent une autre fois.Au point où on en arrive parfois à ne plus reconnaître ce qui est à gauche de ce qui est à droite ; ce qui, de toute évidence, a de quoi donner le vertige à tout IPP.Ainsi ces deux extraits, l\u2019un d'un intellectuel « de gauche », l\u2019autre « de droite ».L\u2019un d\u2019entre eux propose une société démocratique « in the sense of maintaining certain areas of autonomy for individual self-expression ».L'autre affirme : « Nous savons que la société ne sera jamais \u2018\u2019bonne\u2019\u2019 en vertu de son organisation, mais seulement en raison des espaces d\u2019autonomie, d\u2019auto-organisation et de coopération volontaire qu\u2019elle offre aux individus.» Tous ces chambardements rendent les intellectuels moroses.On ne les considère plus.On va même jusqu'à remettre en question leur statut professionnel et leur plan de carrière sous prétexte de difficultés budgétaires.Je pense au contraire qu\u2019une telle situation constitue une chance unique.Car à quoi sert l\u2019intellectuel s\u2019il s'effondre avec les vérités acquises et les modifications d\u2019un système de valeur2 Quand donc la société a-t-elle besoin d'eux \u2014 si jamais elle en a besoin \u2014 si ce n\u2019est dans de pareilles circonstances 2 Leur contribution ne peut qu\u2019étre attendue, souhaitée, à condition, certes, qu\u2019ils se remettent à penser, qu'ils ne jouent plus au clerc ou au dispensateur professionnel de vérités établies, qu'ils s\u2019adressent au monde et non pas seulement à leur pairs.1/ La première est de Brzezinski (directeur de la célèbre Trilatérale), la seconde de Gorz. Cette crise fournit l'occasion d'examiner de plus près les conséquences de l'évolution récente de l'activité intellectuelle et les incompatibilités qui peuvent exister entre l'activité intellectuelle et sa professionnalisation.Certes il n\u2019est pas facile de remettre en question des vérités dont on se faisait jusqu'à maintenant les champions ; de rejeter les dogmes : les syndicats ont toujours raison (la revue qui a osé la première dénoncer les tendances corporatistes des syndicats \u2014 Le Temps fou \u2014, était formée d'intellectuels non patentés.) ; il nest pas facile d\u2019avouer tout simplement que la CSD est une centrale syndicale.Certains le font déja.Ainsi les chercheurs des universités périphériques se sont mis à l'écoute des régions, au lieu de leur imposer la vérité du Centre\u201c.La société refuse de nouveau les vérités toutes faites.C\u2019est une bonne nouvelle.Car c'est là une condition normale de travail intellectuel.Cela ne signifie pas qu'il faille repartir à zéro et adopter encore une fois l'approche « tabula rasante » caractéristique de la Révolution tranquille, et récemment reprise par P.Vallières dans un livre dont le titre parle par lui-même : « Changer de société ».On ne change pas de société comme on change de chemise.Il est peut-être même nécessaire de revenir au contraire à certaines valeurs trop rapidement évacuées par la Révolution tranquille.On peut se demander s\u2019il ne s\u2019agit pas là d\u2019un effet positif des idéologies néo-conservatrices : elles conduisent la gauche à défendre des valeurs qui avaient longtemps été au centre des luttes populaires.Ainsi l'attaque néo-conservatrice de a démocratie représentative a de nouveau obligé 21 Voir Recherches Sociographiques, XXVI, 1-2 ; l\u2019article de Mas- sicotte fait état du foisonnement d'études régionales.POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s | i i al cavciess la gauche à défendre ces institutions qu'on avait ue | dignes de trOP tendance à considérer comme formelles et ce nom « bourgeoises ».Les néo-conservateurs conduiront- ils la gauche intellectuelle à devenir « néo- démocrate »\u2026 ?La remise en question du paradigme de la croissance entraînée par la crise oblige aussi les intellectuels à prendre leurs distances et à se questionner par rapport à ce modèle productiviste caractéristique autant des économies industrielles capitalistes que socialistes.Défenseurs de valeurs plutôt que promoteurs de systèmes sociaux ¢ Pourquoi pas \u20ac L'approche systémique, rationnelle, planificatrice, et la pléthore de structures et d'organigrammes qu'elle a engendrés, n\u2019en finissent plus de générer leurs effets pervers auxquels on tente de remédier par des complications systémiques supplémentaires, qui entraînent à nouveau.etc.etc.Après vingt ans d\u2019approches de la société dans une perspective globale, je pense, comme Popper, qu'en science comme en politique, plutôt que de trouver la vérité, il est tout aussi fascinant d'identifier les erreurs ; plutôt que de faire le bonheur, il est tout aussi satisfaisant de diminuer le malheur.La société n\u2019est pas qu\u2019un système social.Le Québec est de nouveau en train de rejeter les dogmes et de libérer la Cité.Mais comme en 1960, on s\u2018apercevra vite qu'aucune « cité libre » ne peut vivre sans « parti pris ».Les intellectuels peuvent et doivent contribuer à cette libération ; mais modestement, c'est-à-dire sans croire qu'ils sont les seules têtes de la société, que seuls ceux qui écrivent leur pensée.pensent ; sans croire qu'ils détiennent le monopole de la vérité, de la « capacité de changement » de la société.Ce fut l'erreur du Parti québécois, qui l'a entraîné à vouloir demeurer au pouvoir en 1981, à tout prix.Contrairement à ce qu'\u2018affirme Lise Bissonnette (Le Devoir, 10 décembre 1985), l'erreur du Parti québécois n'a pas été d\u2019avoir une doctrine, de défen- A .le i Lo A ER TTT IT ITO dre des valeurs ; mais de penser qu'il en détenait POSSIBLES le monopole, qu'il valait mieux abandonner la des intellec- doctrine plutôt que d'abandonner le Québec aux tuels(le)s « autres », que le PQ.était donc le seul a pouvoir faire le bien du Québec.What is good for PQ.is good for Quebec, pour paraphraser la déclaration célèbre du président de General Motors.Comme il est difficile d\u2019adhérer au principe de la démocratie comme système fondé sur l'opposition ; non seulement sur les droits de l'opposition, mais sur sa valeur.Défendre des valeurs : la liberté, évidemment ; la justice, certes ; la démocratie, bien sûr ; mais aussi, et indissociablement, des transports en commun, des services d\u2019urgence et des saucissons dignes de ce nom.Bibliographie Brzezinski, Z., cité par Chantal Mouffe, Communication au Colloque de l'Association d'économie politique, octobre 1985.Gorz, A., Les Chemins du Paradis, Paris, Galilée, 1983.Massicotte, G., « Les études régionales », dans Recherches sociographiques, XXVI, 1-2, 1985, p.155-175.Olécha, |., L'envie, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1978.Vallières, P.et Proulx, S., (sous la dir.) Changer de Société, Montréal, Québec-Amérique, 1982.Zinoviev, A., L'avenir radieux, Lausanne, L'Age d\u2019Homme, 1978.J 102 Wh _ de ANDRÉ THIBAULT Hp Les uns ronronnent.et l'autre ment Les uns, ce sont les intellectuels, une espèce relativement marginale mais qui par sélection naturelle a développé à travers les siècles des caractéristiques qui lui permettent de s'adapter pas trop mal à l\u2019environnement.L'autre appartient à une espèce nouvelle, apparue récemment par mutation.C'est le professionnel de la communication.Non content de survivre, il exerce une activité de prédateur ambitieux et vorace.Ainsi qu\u2019un carouge survenant au milieu des moineaux, il bouleverse l'équilibre écologique.Les mêmes raisons donnant souvent des résultats analogues, l\u2019évolution des intellectuels a développé chez eux des caractères héréditaires qui s'apparentent à ceux du félin domestique.Leurs instincts de chasseurs ont régressé pour prendre une forme ludique : à la limite, il leur arrive encore de pourchasser un écureuil, mais ils se satisfont plus souvent des petits oiseaux et des poissons rouges, si ce n\u2019est des moustiques, et ils peuvent même consacrer une attention énorme à une balle de caoutchouc, voire une feuille morte.Côté habileté sonore, ils ont acquis l\u2019aptitude à ronronner : il s\u2019agit d\u2019un bruit raffiné et discret, exprimant avec beaucoup de finesse toutes les nuances de leur vie intérieure, et qui ne force surtout pas l'attention il n'exerce qu\u2019une séduction très douce, auprès des personnes qui ne demandent pas mieux que de se laisser charmer.103 IRÉ Le professionnel de la communication se signale au contraire par une réapparition étonnante des instincts carnassiers.Les naturalistes en sont à se demander si la jungle des villes ne va pas provo- ver comme ça l\u2018émergence de nouvelles espèces d'animaux sauvages au sein même des populations d'animaux domestiques.Comme l\u2019oiseau-moqueur, son cri se distingue non pas par le son, variable à l\u2019infini, mais par l\u2018usage qu\u2019il en fait.Il ment.Il ment même mieux qu'il ne respire.En effet, vu son rythme fébrile, il a le souffle court.alors qu'il a le mensonge long.1» « Et c'est avec ca que je joue Cette description de naturaliste étant minutieusement complétée, me voilà installé stylo en main devant ma feuille, non pas blanche mais quadrillée.Il y a un peu plus de deux décennies que j'écris de préférence sur du papier quadrillé.Ça s'est présenté tout naturellement, parce que durant mes quinze premières années de carrière, l'essentiel de mon activité d'écriture a consisté en rapports de recherches qui visaient à\u2026 persuader.Alors où est- ce que je me situe 2 Parmi les intellectuels qui ronronnent ou avec le professionnel de la communication qui ment 2 Un indice ! À cette époque, une amie rédactrice s'\u2018avisa de comparer une lettre vigoureuse et colorée que j'avais envoyée aux journaux avec la forme de mes rapports de recherches.Pourquoi l\u2019une était-elle si facile et les autres si difficiles à lire 2 Elle me proposa une hypothèse : peut-être que dans mes rapports de recherches, j'écrivais pour ne pas être compris.Cela souleva la question : qu'arriverait-il si je m\u2019y exprimais franchement 2 Les larmes m'assaillirent instantanément.La réponse était trop claire : on me foutrait dehors.Bref, mon 1/ Michel Garneau, Pour travailler ensemble.ME 104 de POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s Les Vi gone IR .fe 2 2 .i Lesuns discours déguisait ma pensée pour éviter que je il ronronnent me fasse foutre dehors.Je mentais pour assurer ; ° ma survie.Arrivons aujourd\u2019hui.À midi, j'ai mangé avec une grande amie qui me retirait son amitié après quelques années de malaise et de flottement.Le motif : insuffisamment d\u2019aveu chez moi de ma propre vulnérabilité et insuffisamment d'écoute face à la sienne.J'ai réalisé séance tenante que je m'exprimais plus facilement là-dessus en écrivant des poèmes qu'en conversation.Je ronronne à l'abri.Car dans la ruelle il y a les autres chats et j'ai peur des autres chats.Alors, pour ce qui est d'aborder le sujet avec ; une neutralité bon chic bon genre, je ne suis pas qualifié ! Je ne peux même pas me permettre une désinvolture « ben cool, ben l\u2019fun ».Tantôt je ronronne et tantôt je mens.Serais-je deux monstres égaux et de sens contraire en une seule personne 2 Le mystère de la pas très sainte dualité 2 Quelque chose vient sérieusement atténuer l\u2019insoutenable culpabilité que je pourrais ressentir.Quelque chose qui me dit : c\u2019est dramatique mais c'est pas grave.Le sentiment de jouer, de participer à un grand jeu, dont les règles ne seraient pas celles de la morale la plus évidente.Un jeu où cer- | taines formes de mensonge et certaines lachetés ; seraient absoutes par une espèce d'état de grâce | ludique, et où la vertu suprême serait de participer.Quand je suis arrivé, la partie était déjà commencée.Il m'a semblé que tout le monde était sur la patinoire et que j'étais seul dans les estrades.Peut-être y étions-nous nombreux sans nous voir les uns les autres.Je ne saurais dire : tout l'éclairage était dirigé sur la patinoire.Le dilemme tel qu'il m\u2018apparaissait était le suivant : ou bien aller jouer avec eux au jeu qu\u2019ils avaient commencé sans moi, ou bien rester seul dans l'ombre.105 SRRNÉ uns Le courage de l\u2019héroïsme solitaire m'a fait POSSIBLES | tee défaut.Je suis allé les trouver, me suis familiarisé des intellec- tant bien que mal avec les équipements, les règles, tvels(le)s les gestes.« Et c'est avec ça que je joue ».Tantôt je ronronne et tantôt je mens.Les autres aussi.La partie continue.L\u2019ère du cul Elle a divers enjeux, la partie.L'un d'entre eux, depuis qu\u2019on a entamé le dernier tiers du siècle, c'est précisément les parties.aux sens anatomique du terme.Ma grand-mère a peut-être connu Maria Chap- delaine, seule personne dont la collectivité a retenu le nom parmi celles qui peuplaient alors ma région d'origine.Tellement retenu qu'on en a encore fait un film en 1983, film que Radio-Canada a programmé le soir de Noël 1985.Le Télépresse de cette semaine-là résume ainsi l\u2019histoire : « La fille d'un colonisateur est courtisée par trois hommes de caractères différents ».À l'époque, on se courtisait semble-t-il.Les intellectuels et communicateurs de l\u2019époque parlent très peu d'histoires de culs.Elles étaient pourtant nombreuses, et obsédantes, si je m'en fie à mes petites enquêtes.Personne n\u2019en parlait @ C'est faux : une catégorie de communicateurs en discourait en surabondance\u2026 les curés dans leurs sermons.Les propos les plus croustillants que j'ai entendus dans ma jeunesse provenaient de prédicateurs de retraites.Personne ne les taxait de pornographie ils avaient le loisir d'en parler à leur guise puisqu'ils étaient contre.Aujourd'hui, on ne se courtise plus,, semble-t- il.Sauf dans les romans Arlequin et les chansons de Ginette Reno, produits taxés de kétainerie par les arbitres du bon goût.On parle abondamment de cul par contre.Il ne se passe pas deux jours sans que les journaux ne relatent quelque chose 106 | | POS ; 7 .°, > Dugg | Les uns syr |'acceptation ou non de la nudité sur les pla- dyn [ romronnent.! \u2019 : .we ges, l'ouverture d\u2019un club de danseuses à Saint- | Glinglin, les maladies transmises sexuellement, les | règlements et lois sur la prostitution, les agressions sexuelles, les histoires d\u2019alcôve derrière les faits divers.Un observateur à l'esprit soupçonneux ne manquerait pas de conjecturer : « Si le monde, il jouissait tant que ça, peut-être qu'il en parlerait pas si tant beaucoup ».Quelque chose a-t-il changé depuis les pieux mensonges de Louis Hémon 2 Les vantardises libidinales contemporaines sont-elles foncièrement différentes des images d'Épinal qui les précèdent de peu ¢ Et dans tous les discours actuels sur le cul, qu'est-ce qui relève de l\u2019art érotique, de la pornographie, de l'information objective, de l'analyse, de l'engagement social et politique?Quand Janette Bertrand invite à la télévision éducative des gens à décrire leurs désirs, et qu'ils le font en se réfugiant derrière les blagues faciles et les clichés, est-ce de l'éducation, de l'érotisme ou de la pornographie douce \u20ac Questions insolubles.On en débat pourtant beaucoup, alors même que les débats intellectuels, sociaux, politiques, sont censés être menacés d'extinction.Ce qui suit me paraît plus significatif : personne ne s'entend sur le cul, mais tout le monde s'entend pour en parler.Comme à d'autres moments de religion, de politique, de famille ou de développement économique.Il y a des thèmes qui transcendent l'opposition entre le distingué et le vulgaire, entre le sérieux et le futile, entre le gratuit et le mercantile, entre les ronronnements et les mensonges.Bref, nos catégories habituelles sont prises de court.Il semble que plusieurs personnes collaborant à ce numéro ont éprouvé des difficultés inusitées à écrire leur article.Les passions politiques 107 RÉ Les uns nous étaient familières, avec leur cortège de clas- POSSIBLES art ses sociales, de projets de société, de grilles idéo- Bu côté tec.1 logiques.N'en voyant guère s'ébattre sur lascène, tuels(le)s on se demande si le spectacle n'a pas été annulé.Pour mettre un comble à notre perplexité, nous sortons d\u2019une campagne électorale où l'attaque qui a le plus porté sur un des chefs est la remarque de Foglia affirmant que Pierre-Marc Johnson avait les fesses molles.Même la politique succombe à la fatalité qui ramène tout au cul.Aussi bien nous ressaisir et chercher ce qu'il y a\u2026 derrière ! Tant de convergence doit bien signifier quelque chose.« No idea is ever entirely the work of one man or one group\u201d.» Je risque une hypothèse : nous sommes la première génération dans l\u2019histoire qui bénéficie des conditions objectives rendant le plaisir possible.moindre durée du travail, plus longue durée de la vie, contraception, pluralisme des morales.Qu\u2019allons-nous faire avec ca 2 On serait obsédé a moins.Alors tout le monde se lance.Ronronneurs et menteurs, méme combat.Les pièges de la commercialisation du cul, ou plutôt de sa représentation, de sa mise en image, n\u2019échappent pas longtemps à notre oeil scrutateur.On joue à la grande aisance, entre client(e)s confortablement assis(e)s, et danseurs(euses) qui trémoussent leur génitalité à découvert quelques centimètres plus loin.Sauf que les uns(e)s boivent compulsivement et que les autres se tiennent à la coke.Si le besoin de coke devient pressant, on gravite autour de ceux qui la vendent.Ce milieu n\u2019a plus grand chose d'épicurien, on s'y dispute les fractions de territoire avec des arguments littéralement 2/ Your \"or £skordt, A place to live, New York : Delacorte Press, M108 a huey POS dy de bin, ls Les uns ronronnent.explosifs.Du jour au lendemain, Annie ne dansera plus au Sexmania.Elle est morte mitraillée & cing heures du matin.Qui arrive sur les lieux dix minutes après le meurtre 2 Les flics @ Oh ! non ! A/lo-Police, bientôt suivi de CKAC.Des professionnels de la communication.« On a le devoir d'informer le public » dit le journaliste au sergent-détective.Et il prend son devoir au sérieux.Quelques heures plus tard, il a retracé et commence à harceler la copine qui a cohabité avec Annie quelques mois auparavant.Il veut tout savoir sur Annie.Il cherche des photos, affirmant ne pas vouloir montrer des « photos sanglantes ».[| aimerait mieux une photo où elle danse.Ça se vendrait mieux.Qui va lire ce numéro d\u2019Allo-Police 2 Bien des gens sans doute.Un seul groupe dont je suis sûr, pour les avoir vus.J'attendais l\u2019autobus dans une petite ville et des Hell\u2019s Angels sont arrêtés luncher au terminus.Ils dévoraient Allo-Police.Comme les écrivains dévorent les critiques littéraires.J'ai compris que la pègre aussi a ses intellectuels organiques.Les chroniqueurs du crime ne font pas que relater : il interprètent, ils construisent ils reproduisent et célèbrent un système de représentation, une mythologie.Et quelle place occupe Annie dans cette mythologie ?Qu'est-ce qu\u2019on va tenter de lui faire démontrer \u20ac L'image de la sexualité punie ?de la naïveté trompée @ des ravages de la drogue 2 Tous ces discours répliquent à celui du Sexmania : le plaisir sexuel est impossible.S'il était pleinement cynique et lucide, le gérant de l'établissement pourrait répondre : je sais, c'est ce qui le rend attrayant.Aborde-t-on des sujets foncièrement différents chez les prophètes et les adversaires de la révolution sexuelle, chez les sexologues, chez les théologiens qui discutent de morale sexuelle, chez les .2° 2 s personnes qui pratiquent un art ou une poësle éro- POSSIBLES Er tique, chez celles qui recherchent un érotisme com- des iatellec-k patible avec le féminisme, chez les parents qui s'in- tuels(le)s terrogent sur le degré optimal de la permissivité ¢ J'en parle a l'aise et avec un détachement excessif2 Annie était ma nièce et le désir de l\u2019aider à été un de mes principaux investissements émotifs des dernières années.Son histoire et le contexte de son histoire m\u2019interrogent très durement.Ses motards et moi n\u2019arrivions pas facilement à communiquer les rares fois où on s\u2019est vus.Elle pouvait communiquer avec les deux.Elle a rencontré de mes ami(e)s, dont quelques écrivain(e)s.Ces deux mondes qu'elle arrivait à faire tenir dans sa vie sont-ils substantiellement incompatible ?Les questions que les uns et les autres se posent sur le cul sont-elles radicalement différentes 2 Parfois nos débats sur le système politique idéal touchent peu les gens.Ils sont pris par des histoires de cul.Nous accusons les commerçants de mots et d'images de les avoir conditionnés.Et si ces partitions différentes, apparemment étrangères appartenaient à une même symphonie \u20ac C'est très sérieux, le cul : comment arbitrer entre les pulsions de l'émotivité et la gouverne efficace | de sa vie ?comment se traite un désir non récipro- | que\u2019 pourquoi on est au travail les heures ou le | ésir serait vigoureux et épuisé aux heures de disponibilité 2 que reste-t-il de l'amour quand le désir s'en va \u20ac Banales questions de vie privée 2 Les modèles de vie privée sont du domaine public, enjeux particulièrement chauds, stratégies, au coeur d\u2019une vision du monde, d\u2019un système culturel.À la base des débats sur comment on organise la vie, il y a les questions : pourquoi on vit à comment on vit 2 Or, si on prend la question du cul comme exemple, tout le monde présentement s\u2019investit ardem- A110 Les uns ment dans cette recherche, des penseurs les plus ronronnent.\u2019 purs aux manipulateurs d'opinion les plus vénaux.Pruneaux Il est néanmoins indéniable que les débats intellectuels du milieu des annés 80 manquent de saveur.Comme dessert du jour, il n\u2019y a ni crème caramel, ni tarte au kiwi, pas même de gâteau au carottes, seulement des pruneaux.Ceux qui furent jadis longtemps pensionnaires me comprennent.Combien de fois notre sécrétion d'enzymes s\u2019est trouvée complètement paralysée à l\u2019arrivée sur la table du réfectoire de l'éternel plat de « pruneaux dans l\u2019eau chaude ».À Chicoutimi, avec le racisme inconscient de gens qui n'étaient jamais exposés au moindre contact interethnique, on avait baptisé cet antidessert les « gosses de nègres ».Alors vous pensez bien qu'en découvrant plus tard que les fameux pruneaux s'inscrivaient souvent comme « dessert compris » dans les menus du jour à bon marché, je me suis mis comme bien d\u2019autres à renoncer au rituel dessert quotidien.Les pruneaux sont plutôt devenus un dessert incompris.Or, au menu de la production culturelle, on assiste à un retour en force des pruneaux : culture de masse homogénéisante, musique populaire dénuée d'imagination et de messages, vie de consommation standardisée, discours économiques et | politiques de comptabilité à la petite semaine.Au moment où j'écris, l'assemblée universitaire de l\u2019Université de Montréal vient de recommander comme premier choix pour le nouveau poste de vice-recteur aux affaires publiques quelqu\u2019un qui dans le monde de l\u2019entreprise représente au maximum l'inflation mercantile des apparences associées au vide et à l\u2019insignifiance du contenu.Ce n\u2019est qu\u2019à moitié surprenant, alors qu'à tous les niveaux d'enseignement les décisions sur les programmes ont tendance à privilégier les valeurs 111 M [es 0m sûres et à sabrer dans l\u2019expérimental, le créatif, POSSIBLES ot le novateur.des intellectuels(le)s On tombe de haut.Il y a peu de temps encore, la gastronomie culturelle fleurissait : contreculture, foisonnement des idéologies, expériences alternatives avec pignons sur rue, avant-gardes dans toutes les formes d'art et de littérature.Quel banquet et quelle nostalgie ça nous laisse ! Hum ça dépend peut-être de l'angle de vision.Le roman Maryse comporte entre autres une satire féroce de cette apparence de banquet.Vu de l\u2019intérieur par une personne qui ne maîtrisait pas les codes du milieu, le banquet prend plutôt allure d'une vaste fumisterie.Encore une fois, le côté menteur des ronronneurs se laisse deviner.Peut-être peut-on regarder les choses d\u2019un oeil plus pragmatique.Bon an mal an, notre estomac rechignant avait néanmoins une longue habitude des pruneaux.Tout à coup des trésors de cuisine raffinée et exotique nous sont devenus accessibles.On est tombé dedans à bras raccourcis.Sans se donner le temps de laisser naître l'appétit ni de digérer.On s\u2019est empiffré.On a dévoré les petits fours comme si c'étaient des « beans ».Et on est venu l\u2018estomac tout croche, les boyaux bloqués.Conjoncture bien favorable au retour des marchands de pruneaux : les pruneaux passent pour avoir des vertus laxatives.| Et si la banalité intellectuelle présente était précisément cela, un moment de répit pour compenser une période de suralimentation 2 L'analogie alimentaire est riche : à aucune autre période de l\u2019histoire une société n'a-t-elle eu a sa disposition d'aussi bons aliments en aussi grande quantité et ausi diversifiés ; et nous mangeons très mal.Il est facile d'en mettre la faute sur les fast food, comme on accuse la télévision, le Sexmania, i M112 OS de Les uns et la battage publicitaire.C\u2019est malheureusement i ent.he ronronn trop court, car de nombreuses alternatives existent.R .| Nos choix s'expliquent aussi par ce que nous sommes.Or, les observateurs de /\u2019homo manducans sont formels : nous ne sommes plus présents à nos propres processus, à notre cycle alimentaire.Nous ne savons plus reconnaître notre appétit, ni nous donner des conditions favorables pour digérer.Tout cela est devenu mécanique, compulsif, fébrile.Et nous partons dans une quête anxieuse et stérile de vérités diététiques qui corrigeront nos excès de poids et autres troubles digestifs.Nous cherchons une solution purement objective, en interrogeant rarement notre rapport ou plutôt notre non-rapport à la nourriture.Individuellement et collectivement, la phase présente d'insipidité intellectuelle, l'invasion des pru- : neaux, nous met au pied du mur.La qualité et l\u2019authenticité de notre rapport à la vie intellectuelle doivent être réexaminées.ke La valeur des nouveaux produits qui nous furent 3 offerts a-t-elle répondu à une qualité comparable 2 de notre appétit 2 Nos questions étaient-elles a la 5 hauteur des réponses que nous avons avalées 2 Les r avions-nous suffisamment mûries pour avoir l\u2019eau a à la bouche, les papilles prêtes à goûter, les membranes prêtes à assimiler ?.Notre interrogation est de mauvaise foi ; elle est \" plutôt un interrogatoire coloré de sadisme policier.Nous ne pouvions pas avoir développé un aussi bel appétit, tout cela est arrivé trop vite.Le calme est revenu, le calme du désert.Le retour à l\u2019obscurantisme post-industriel mercantile et stan- | dardisé présente un risque très réel.En effet com- » ment être sûr que nous accepterons l\u2019exigeante ; ascèse, la très longue ascèse, de la réflexion et du | 113 my questionnement qu seule peut nous mettre en appétit de nouvelles visions du monde qui soient vraiment porteuses d\u2019espoir® Comment être sûr que cette fois nous apprendrons à nous donner le temps de digérer et d\u2019assimiler de nouvelles pensées, de nouveaux projets, de nouvelles règles, de nouveaux modèles \u20ac Les lieux de bla-bla se sont vidés : beaucoup moins de discoureurs dans les bars, les colloques et les lettres aux journaux.Sont-ils tous en train d'écouter Dallas où de mettre leurs recettes de cuisine sur ordinateur 2 || m'arrive de croire que certains qu\u2019on a perdus de vue sont plutôt affairés à penser, longuement, avec courage et application.Il m'arrive de l\u2019espérer.Car je n'ai pas envie que nous crevions d\u2019ennui ou d\u2019irresponsabilité.POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s b sh ÿ 8 ip le.| fugly A AANA at ia as 5 i nd a = æ $5 ce esse ES x SE on ein EN > STE x se ts Ad EES > 9 ei «3 bs 4 5 = E> = = Ne e sr y y 5 5 w 3 1 > ox æ Melvin Charne Way station.n° 1985 Pastel ras sur 5 x 10 Per Photo de l\u2019artiste J 3 ROSE MARIE ARBOUR FRANCINE COUTURE L'esprit du temps Cerner l'enjeu des débats intellectuels qui animent actuellement le milieu des arts plastiques n\u2019est pas un exercice facile.Il nous arrive même d'éprouver une certaine nostalgie pour les années 70 où des lieux publics comme le musée, la galerie et autres lieux moins formels regroupaient des intervenants du milieu de l\u2019art pour discuter de la signification de la pratique artistique et du statut social de l\u2019art ; les enjeux étaient alors plus visibles, les différents points de vue, très accusés.Les débats qui ont marqué la dernière décennie, désignée comme un moment de crise culturelle, ont très souvent exprimé une vive critique à l'endroit des stratégies et des effets de pouvoir observables dans le milieu de l\u2019art et de la culture.Ils ont été aussi l\u2019occasion de propositions nouvelles tant au plan de la diffusion que de la production artistique.Durant les années 70, nous avons assisté à la création de lieux alternatifs qui se voulaient différents du musée et de la galerie tant par le public qu\u2019ils cherchaient à rejoindre que par les objets d'art qu'ils exposaient.En effet, cette période a été un moment de mise en question du caractère de marchandise de l'oeuvre d'art par des expériences artistiques qui ont exploré de nouvelles formes qui prenaient place dans l\u2019environnement, qui intégraient plusieurs disciplines artistiques ou qui trans- 117 .os [lo formaient la relation traditionnelle entre l'oeuvre POSSIBLES Lu d'art et le spectateur.La dernière décennie a été Du côté ac- également un moment de discussion de la théorie tuels(le)s formaliste, on s\u2019est rappelé que derrière l\u2019objet d'art se trouve un sujet (la problématique de l'art des femmes) et que l\u2019objet d'art peut mettre en scène des contenus renvoyant à la réalité sociale.Les débats intellectuels, dans le milieu des arts plastiques, durant cette période, se sont donc manifestés dans les discours mais aussi dans les objets d'art qui opéraient une critique sévère des idées reçues.Qu'en est-il aujourd\u2019hui @ L'artiste, un-e intellectuel-le : Le milieu artistique s\u2019est considérablement modifié durant ces dernières années.Contrairement aux années 70, où bon nombre d'artistes et d\u2019intervenant-e-s du milieu de l\u2019art s\u2019affirmaient comme animateurs sociaux et éprouvaient même un sentiment de culpabilité à se définir comme intellectuel-le-s, la période que nous vivons est marquée par la progression d\u2019une attitude différente face à la pratique de l\u2019art.Les intervenant-e-s du milieu de l\u2019art, artistes, muséologues, critiques et historien-e-s d'art, reconnaissent la nécessité de s'inscrire dans le champ intellectuel.Un nombre de plus en plus grand d'artistes sont maintenant diplômés des universités, ils-elles y ont appris les concepts et les notions servant à définir leur pratique.Ces artistes n'hésitent plus à revendiquer une place dans le champ intellectuel et même à exiger un droit de réplique aux jugements des critiques et des historien-e-s d'art reconnu-e-s traditionnellement comme les intellectuel-le-s du milieu des arts plastiques.Par exemple, les propos du sculpteur Robert Saucier recueillis par Léon Bernier et Isabelle Per- rault expriment bien cette nouvelle attitude des artistes : ME 118 a 05 os hu U cote ; Melly, Bly els L'esprit du temps La plupart des artistes aujourd\u2019hui sont plus scolarisés qu\u2019ils ne l\u2019étaient il y a trente ans et ils diversifient leur connaissance ; je pense que ça change les choses.|| y à trente ans, tu devenais artiste, et c'était différent ; maintenant, tu t'intéresses beaucoup plus au milieu international, tu lis des bouquins d\u2019historiens d\u2019art ou de critiques.C'est qu'on intellectualise ton oeuvre ; on la prend et on dit ce qu tu voulais faire.Sûrement l\u2019historien et les critiques ont poussé à l\u2019intellectualisa- tion.Je veux dire, si tu n'es pas d'accord, tu essaies au moins d'avoir les outils pour te défendre.Ce qui n\u2019était pas toujours le cas avant.Avant, les arts, c'était aussi un métier de techniques dans le sens que tu avais à prouver une habileté technique, et déjà, ça satisfaisait.Maintenant c'est beaucoup plus au niveau du concept.On demande souvent que tu opères par des écrits ou en tout cas que tu te situes!.Nous sommes donc en présence d'un milieu de l\u2019art qui s'est progressivement défini et structuré, et pourtant nous avons l'impression que les débats sur l\u2019art ont quitté la scène publique, qu'ils s\u2019expriment surtout dans des lieux privés (l'atelier, le bar ou peut-être la salle de cours).Ou s\u2019il y a discussion, nous observons une nouvelle façon de concevoir le rapport art et société qui ne met plus l\u2019accent sur la critique de l'institution artistique ou du rapport liant l\u2019art à d\u2019autres pratiques sociales : on souhaite plutôt assister à la consolidation du champ artistique comme si, en temps de crise économique et sociale, l'institution artistique apparaissait plus nécessaire qu\u2019elle ne l\u2019a jamais été.Un Colloque Nous avons récemment assisté à un débat sur l\u2019art lors du colloque organisé par la Revue Parachute à l'automne dernier dont le thème était la 1/ L.Bernier et |.Perrault, L\u2018Actualité et l'oeuvre à faire, IQRC, Québec, 1985, p.487.119 situation des arts plastiques au Québec et au POSSIBLES oe Canada.Les propos tenus à ce colloque nous des intellec- apparaissent assez significatifs d\u2019une nouvelle atti- tuels(le)s tude culturelle que nous tenterons de définir.En regroupant différent-e-s intervenant-e-s du milieu de l\u2019art, la Revue Parachute espérait susciter des polémiques à propos de la situation artistique sans toutefois s'impliquer dans la formulation d\u2019un point de vue qui aurait pu amorcer les débats.La revue justifiait cette attitude en disant que la situation artistique actuelle est beaucoup plus diversifiée qu'elle ne l\u2019était dans les années 70, qu\u2019elle n\u2019est plus marquée par des affrontements idéologiques fondés sur des enjeux esthétiques définis.L'affiche servant à annoncer le colloque et présentant le dessin d'une perspective connotant la tradition de l\u2019histoire de l\u2019art, exprime bien le point de vue qu'a adopté la Revue Parachute face à ce colloque.Comme l'artiste de la Renaissance elle se place en position d\u2019observatrice, a l'extérieur de son objet d'étude.Cette affiche tout en affirmant que les pratiques artistiques s'inscrivent dans une tradition intellectuelle qu'est celle de l\u2019histoire de l'art, rend manifeste le point de vue de neutralité qui a caractérisé « paradoxalement » l'attitude de la Revue face à ce colloque.|| faut dire « paradoxalement » parce que la Revue Parachute s'est toujours affirmée comme une revue critique supportant l'expérimentation artistique.Pourquoi abandonne-t-elle soudainement cette attitude analytique et critique au moment précis où elle propose une réflexion sur l'institution artistique ?Mais est-ce que ce colloque visait vraiment une analyse de l'institution artistique ?N'était-il pas plutôt représentatif de cette nouvelle attitude culturelle qui se veut empreinte d\u2019un pragmatisme, d\u2019un réalisme de la pratique et de l\u2019action 2 Ce colloque ne visait-il pas plutôt à montrer l'institution artistique qu\u2019à l\u2019analyser ?|| visait surtout à déve- ME 120 POS D dl Bigs U thts BS iy huey fell.els L'esprit du temps lopper une solidarité institutionnelle entre les membres de la communauté artistique, à favoriser une prise de conscience du dynamisme de son milieu, à montrer les points de vue contradictoires qui l\u2019animent et le structurent.En effet, le colloque a été surtout l\u2019occasion de faire le bilan des activités des différents organismes et outils de diffusion qui se sont particulièrement développés depuis dix ans, ou faire l'inventaire des questions propres à l\u2019époque actuelle : la ou les définitions de l\u2019histoire de l\u2019art, la pratique de la critique d'art, la situation du musée considérée maintenant comme une industrie culturelle, ou la reconnaissance du marché de l\u2019art comme milieu d'accueil pour l'oeuvre d'\u2019art, liée à la mise en question de l\u2019État comme seul soutien de la vie artistique.Les exposés des différents intervenants posaient des questions pertinentes, mais on peut regretter que ces présentations ne se soient pas développées dans des débats sur les enjeux esthétiques ou sociologiques présents dans ces bilans.Il semble qu\u2019il y ait actuellement comme un mot d'ordre invitant à une solidarité dans le milieu artistique afin d'imposer l\u2019art contemporain comme valeur culturelle légitime.Il est nécessaire de développer un espace social pour l\u2019art contemporain, seule façon de créer une situation telle que les artistes puissent tirer leur subsistance de leur pratique, seule façon aussi d'imposer l\u2019art contemporain comme un définiteur de la culture.L'évolution historique du champ artistique au Québec indique que cela constitue une étape de son développement qui s'avère nécessaire.Toutefois, si ce processus s'accompagne d\u2019un climat de « libéralisme », il ne faudrait pas oublier que les enjeux esthétiques et idéologiques présents ne sont pas de nature absolument conciliables.Aussi ce climat peut cacher et neutraliser l'existence de points de vue et d'intérêts divergents ; au terme de ce processus il est certain que toutes les valeurs esthétiques et idéologiques ne pourront être consacrées 121 b au méme degré.Ce discours marqué par une POSSIBLES a ouverture, et peut-étre en méme temps coloré d\u2019in- des intellec- téréts corporatistes, apparait dans une conjoncture tuels(le)s idéologique propice a son expression.Nous vivons une époque où la « légèreté » et la « désinvolture » sont de mise, les engagements suspects.À cet effet, il est significatif de voir quel traitement subit le rapport art et politique dans une exposition comme « Écran politique » présentée au Musée d'Art Contemporain cet hiver : le titre même de l'exposition tend à neutraliser la dynamique de la rencontre de ces deux termes art et politique.Ce titre met l\u2019accent sur l\u2019idée de scène et d'artifice négligeant ainsi l'expérience du politique qu\u2019elles sous- entendent.L'esprit du temps Nous pouvons tenter de formuler d\u2019une façon certes impressionniste l\u2019« esprit du temps », en faisant ici état de réflexions et propos, de perceptions qui sont l'effet du flou, de l'indistinct, du dispersement et, si l'on peut dire, du « léger ».On ne trouve plus actuellement de positions véritablement antagonistes dans le domaine des arts où tout devient « du pareil au même » ; sous le couvert de l'esprit de tolérance, d'ouverture d'esprit, de « libéralisme », c'est curieusement ce qu\u2019on prétendait vouloir protéger qui fuit et se désagrège ; l'approche subjective et individuelle, la spécificité des pratiques artistiques qu\u2019on veut le plus possible dégagées des contraintes d\u2019un rapport au social.Au nom d\u2019un pluralisme hors duquel quiconque apparaît immédiatement daté, dépassé, l'attitude de non-confrontation propre au milieu artistique actuel a pour effet d'évacuer les tensions rodui- tes par les différences et les divergences, fos contradictions de toutes sortes : s\u2019il y en a, et il y en NN 1:22 084 , ., .i ~~ Lesprit a beaucoup, elles sont occultées ou tout simplement i du temps tuées dans l'oeuf.Si la différence est affirmée, c'est th moins comme déviation à la norme que signe de distinction, d'originalité, permettant davantage l\u2019intégration que la rébellion.Paradoxe.Du même coup, le discours actuel ne va plus vraiment dans le sens de la rupture : que ce soit rupture d'avec le passé et la tradition, rupture idéologique, rupture stylistique.Ce qu'il y avait de ynamique dans l'attitude de rupture propre aux avant-gardes jusqu'au début des années 70, c'était le désir de briser les normes et les consensus pour signifier des alternatives en dépit même de la place minuscule que les arts actuels occupent dans le champ des pouvoirs.Ce désir-là s\u2019est échiffé avec les années 80 : une attitude non polémique est devenue courante, l'esprit de conciliation des différences et des antagonismes domine, et cela, dans une perspective qui n'a jamais été aussi désaxée depuis fort longtemps.En même temps, il y a bien de cela une bonne décennie qu\u2019au Québec on n\u2019a pu constater une vitalité aussi remarquable chez les artistes, les 25-45 ans.Paradoxe.Toutefois il n\u2019y a pas, chez les jeunes artistes actuels, de nostalgie pour les bannières et les grandes manifestations, pour les doctrines régulatrices tant sur le plan artistique (formalisme vs art engagé), sur le plan idéologique (marxisme vs capitalisme) que sur le plan politique (nationalisme vs fédéralisme).S'il y a vision d\u2019un futur c'est par le biais d\u2019une analyse et d\u2019une inscription dans le présent plutôt que sa négation.Pour ce faire, la comparaison du passé et du présent n'intervient qu\u2019à titre de rappel et non à titre de modèle.La carrière des aînés s\u2019est élaborée autrement, dans un autre climat, en fonction d\u2019un milieu de l\u2019art passablement différent qu\u2019il ne l\u2019est actuellement.Aujourd'hui, l'esthétique a remplacé l'éthique.123 l'un 124 Le marché de l\u2019art actuel est davantage dominé par les modèles internationaux.Ces modèles soulignons-le ne se sont pas construits suite à une rencontre, à l'échelle internationale, de préoccupations communes des artistes mais ils sont davantage l'effet d\u2019une unification des oeuvres par le retour à la peinture sous la pression d'un marché de l\u2019art qui a toutes les allures de multinationale.Les artistes sont confrontés à des directives unifian- tes et autoritaires qui ne viennent plus de l\u2019autoritarisme des critiques d'art mais du marché lui- même.Dans cette conjoncture, l\u2019unification des courants se fait davantage sous la pression du marché qu\u2019à travers la confrontation des tendances entre elles et des échanges entre les artistes mêmes.À l'échelle internationale, les particularités locales et nationales sont curieusement présentées comme caractéristiques d\u2019un art « international » ; sur le plan local néanmoins (nous parlons ici du Québec bien sûr, non des États-Unis, de l\u2019Italie, de l'Allemagne) toutes particularités reliées au contexte réel des artistes sont vues comme éléments détonants et à coup sûr hors d'ordre.* * * Les enjeux intellectuels se meuvent en profondeur et tout le monde ne partage pas la même vision optimiste face à la post-modernité qui marquerait pour certains une « ouverture » inconditionnelle allant de pair avec un désengagement affirmé sur le plan collectif.La « légèreté », la désinvolture rejoindraient une forme de marivaudage à qui ne manquerait que les perruques poudrées et encore.Ainsi, l'exposition « Aurora Borealis » (Montréal, été 1985) a dû se défendre de l\u2019accusation d'être périmée, datée, parce qu'abordant des préoccupations plastiques et conceptuelles et un genre (l'installation) plus propres aux années /0 qu'aux années 80.La tolérance et l\u2019ouverture qui sont censées animer « l\u2019esprit du ER POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s 085) uel \\ côté 4 inf, Le els L'esprit temps » ont été là rapidement mises en échec au du temps profit d\u2019un alignement sur le marché international de l\u2019art entièrement voué à la peinture au détriment de problématiques artistiques propres aux milieux canadien et québécois actuels.* * * Nous croyons en réalité que les années 70 étaient davantage à la pluralité mais que dans les années 80 le pluralisme s'impose plutôt comme dogme ; sous couvert d'internationalisme, le pluralisme tend davantage à engendrer un certain maniérisme dont il est actuellement difficile de distinguer les effets positifs.Au cours de la décennie 70, les débats étaient moins dirigés qu'ils ne le sont maintenant ; ils étaient plus passionnés également, du fait que les individus se répondaient et s'affrontaient mutuellement sans l\u2019intermédiaire constante et omniprésente des institutions.D'autre part, soulignons la tendance généralisée à faire allusion à l\u2019histoire « nationale » dans la peinture actuelle dite « internationale ».Les Italiens et les Allemands ont plus particulièrement, depuis la fin des années 70, inséré dans leurs oeuvres des éléments figuratifs fortement connotés : colonnes, escaliers, ponts et arcades, palmiers, figures antiques\u2026 Ces références à une histoire locale ont été à leur tour prises comme modèles et sont devenues des marques « internationales » de l\u2019art.Le problème est que, empruntant sans assez de discernement ces codes citationnels afin de se mettre au diapason de courants européens ou américains, certains artistes québécois risquent d'oublier ce qui sous-tend ces citations, à savoir des éléments et figures spécifiques sur les plans historique et national.La citation doit interroger à partir d'ici, à partir de nos propres références historiques et nationales.Serge Lemoyne a été et est toujours exemplaire à cet égard.Aussi, l'usage de la citation dans les oeuvres camoufle souvent une absence 125 d'esprit critique tout en faisant croire que l'histoire intéresse ceux-celles qui en adoptent quelques signes extérieurs et conventionnels.On pourrait avancer que l'allure post- moderniste propre à une majeure partie de la peinture actuelle est due à la similarité des demandes institutionnelles faites à travers l\u2019Europe et l'Amérique du Nord de la part des institutions (musées, aleries, collections) ; en effet, les expositions et les collections d'art actuel sont composées de plus en plus des mêmes noms, sans égard aux contextes particuliers, tant pour les individus que pour les lieux géographiques.C\u2019est un peu l'allure « Holiday Inn » international qui prévaut.Il n\u2019est donc pas encore clair ni admis, tant par les institutions, le public ou les artistes au Québec, que pour viser un marché international il faille d'abord être bien implanté dans son propre milieu ; c\u2019est pourtant la leçon qu\u2018ont donnée, depuis la fin des années 70, les Allemands, les Italiens.C\u2019est de l\u2019intérieur que leur marché et leur légitimité se sont construites, ce qui n\u2019est pas encore le cas ni pour le Québec ni pour le Canada ; et si on constate que notre marché de l\u2019art est boî- teux, voire un échec, il est plus qu'improbable qu\u2019une plus grande visibilité sur le plan international soit possible.Il s'agit donc moins ici d\u2019une incapacité des artistes à rejoindre des esthétiques internationales qu\u2019une faiblesse chronique sinon une absence dramatique d\u2019un marché de l'art d'ici.Sur un autre plan, on a remarqué depuis quelques années l'importance époustouflante qu'ont prise les grandes compagnies et les hommes politiques qui, se substituant aux institutions mandatées pour diffuser l\u2019art, définissent eux-mêmes l\u2019art, son cadre, ses artistes et même une partie des politiques des musées, par le biais de grandes expositions de prestige qui n\u2019ont rien à voir avec une pratique artistique actuelle ; cela incite à évacuer, 126 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s ve [sf fi fer L'esprit du temps à occulter de ce fait l'importance et l'urgence de cette dernière.Il y a fracture entre ceux qui ont les moyens financiers \u2014 ceux qui décident actuellement au Québec des grands événements artistiques comme facteur de leur stratégie de prestige \u2014 et le milieu de l\u2019art (artistes, spécialistes oeuvrant dans les institutions vouées à la diffusion artistique, critiques et historiens d'art, une partie du public).Des expositions présentées en dehors de toute logique \u2014 hormis celle du prestige et du capital politique qui s'ensuit \u2014 sont en effet en train de définir un « nouveau » public d'art ; ce qui provoque ce public ce sont moins des événements ou objets d'art qui soulèvent des questions et des intérêts sur le présent, mais qui répondent à des besoins suscités par des publicités coûteuses dont on n'aura jamais vu, jusqu\u2019à présent au Québec du moins, un tel déploiement en faveur des arts actuels.Au Québec, la dernière position en arts \u2014 chez les artistes, dans le milieu de l\u2019art en général \u2014 qui ait encore soulevé un débat sérieux sur la nature de l\u2019art, la position de l'artiste au sein du tout social, l'importance du rapport entre l\u2019art et le public, a été le féminisme ou plus largement la question des femmes.Ce qui fait la force mais aussi la marginalité des artistes dont la réflexion inclut le féminisme, c\u2019est justement ce qui fonde leur appartenance et leur identité au sein de leur contexte propre : la mise à jour et au jour d\u2019une histoire des femmes, loin de déraciner ces dernières des grands enjeux actuels, leur fournit au contraire un levier pour soulever les questions, susciter de nouvelles attitudes intellectuelles et sociétaires.Que de telles réflexions n\u2019aillent pas dans le sens d\u2019un consensus généralisé déroute : habitué-e-s que nous sommes au rangement des gens, des idées et des choses dans des catégories précises et iden- 127 HER tifiables rapidement (malgré l\u2019« esprit du temps »), la question des femmes en arts a bouleversé ce modèle : cette question a introduit des faits historiques, des dates, des analyses et des constats socio-historiques au sein même de la pratique artistique, qui ne rencontrent pas nécessairement les modèles dits « internationaux » ni formels.Loin d'être obnubilées par de tels modèles qui ont davantage l'effet d'anonymiser la production artistique que de l\u2019individualiser, des femmes artistes ont affirmé et affirment une réflexion qui est liée à leurs propres positions dans le champ social mais aussi dans le champ artistique.128 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s Ve \u2018vel POS ) Bigs fé 3 inl, ls MARCEL FOURNIER Portraits d\u2019un groupe Les intellectuels sont devenus silencieux, ils ne participent plus aux grands débats publics, on les dit même dépolitisés.Hier, leur visibilité sur les tribunes, dans les mass media agacait, aujourd\u2019hui leur absence de la scène publique inquiète.Qui n\u2019a pas regretté la faible implication des écrivains, des artistes et des universitaires lors du Référendum sur la question nationale 2 Cette démobilisation est d'autant plus étonnante que les intellectuels québécois projetaient l'image d\u2019un groupe activement engagé dans l\u2019action et la réflexion politiques.Aussi fondée soit-elle, l'expression de ces inquiétudes et de ces étonnements renvoie à une conception (mythique) de l\u2019intellectuel, celle dont le prototype est, au Québec comme en Europe, Jean- Paul Sartre.L'auteur de L\u2019Etre et le Néant incarne en effet l'idéal de l'engagement libre, sans compromission avec le pouvoir ni adhésion à une organisation politique.Il est cependant rare qu\u2019un intellectuel puisse ainsi ne devoir rien à personne et qu'il rejoigne le grand public tout en conservant le respect du milieu universitaire.Le plus souvent, l'intellectuel contemporain est, comme on le voit avec les écrivains, lié à une institution, il est un intellectuel d'institution et (pourquoi le taire 2) un fonctionnaire de la culture.Même lorsqu'il veut échapper à l'institution, il se fait toujours rattraper par des fonctionnaires de la culture soit pour une NE bourse ou un prix, soit pour une « belle fin de carrière ».Lorsque le marché ne permet pas d'acquérir une indépendance financière, les plus rusés peuvent toujours jouer le marché contre l'institution (et vice versa) en cherchant à accumuler les avantages que l\u2019on peut tirer de l'institution (autonomie, sécurité) et ceux qu'offre le marché (argent et notoriété).En raison même de la petitesse du marché québécois, il est aujourd\u2019hui comme hier difficile pour un auteur de « vivre de son art » d\u2019une manière indépendante.Les romanciers, poètes et dramaturges qui se consacrent à plein temps à l'écriture sont peu nombreux et encore moins nombreux ceux et celles qui, comme Yves Beauchemin (1941) et Antonine Maillet (1929), connaissent de grand succès de librairie.Le best seller appartient aux Américains ! Les intellectuels québécois ont donc été et demeurent en majorité des intellectuels d'institution.La catégorie des écrivains offre des informations suffisantes \u2018, pour analyser les conditions d\u2019exercice d\u2019une activité intellectuelle et d'acquisition du statut d'intellectuel.1/ Cette source est le Dictionnaire pratique des auteurs québécois (Montréal, Fidès, 1976) publié par Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczynski.Les critéres de délimitation de la population des auteurs sont les suivantes : « Le mot \u2018\u2019écrivain\u2019\u2019 nous semblait sémantiquement trop restreint ; il est d'habitude associé à ceux qui s'imposent dans le monde des lettres par leurs qualités d'écriture ou encore, il désigne de préférence les romanciers, les poètes, les dramaturges et les essayistes de marque.Il va de soi que cette catégorie d'écrivains constitue la majeure partie de notre répertoire.Mais il nous a paru également légitime d'inclure dans notre Dictionnaire pratique ceux qui, sans appartenir aux genres littéraires privilégiés, avaient pourtant produit des écrits valables et contribué sensiblement à l'épanouissement des connaissances dans différents domaines : histoire, sociologie, économie, linguistique, sciences politiques et religieuses, journalisme.(p.x) » Pour les fins de notre étude, nous nous sommes limités aux auteurs et auteures nés aprés 1850.Les informations que nous avons retenues sont : date de naissance, sexe, statut civil (laïc/prêtre ou religieux), âge à la publication du premier ouvrage, type le formation scolaire, principal emploi et genre littéraire privilégié.Le présent article ne fournit qu\u2019une analyse partielle de l'ensemble de ces données.Nous n'avons pas tenu compte dans cette analyse de l\u2019origine ethnique des auteurs.Tout porte à croire que les auteurs d'origine étrangère \u2014 Les Naim Kattam, Eva ushner et Alice Parizeau-Poznanska \u2014 sont peu nombreux.130 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s a find ; hu ci or in ely 08% i ell.i Portraits d'un groupe L'étude des itinéraires sociaux et professionnels de ces écrivains est d'autant plus importante que les positions qu'ils occupent dans la société québécoise et les conditions qu'ils obtiennent pour exercer leurs activités ont une influence sur la nature de leurs productions.Depuis la fin du siècle dernier, diverses institutions ont offert aux écrivains à la fois un milieu intellectuel dynamique et des conditions de travail compatibles avec la réalisation d\u2019un projet intellectuel : certes l'Église mais aussi le journalisme et la fonction publique et plus récemment la radio-télévision-cinéma.Chacune de ces institutions-refuges pour des écrivains a déve- _loppé ses propres critères de fonctionnement avec ses contraintes particulières.Aujourd'hui, l\u2019université est devenue une institution centrale, mais après avoir servi les écrivains risque-t-elle de desservir la littérature et plus largement la vie culturelle 2 Le prêtre, le journaliste et le fonctionnaire Il faut d'abord nuancer l'affirmation communément admise selon laquelle la majorité des écrivains ont été pendant longtemps associés à l\u2019institution cléricale et à ses diverses organisations, écoles et maisons d'édition.La vocation de prêtre- professeur n'a pas en effet été, pour les écrivains nés entre 1850 et 1920, la voie privilégiée d'accès à une carrière intellectuelle ; tout au plus la proportion de prêtres et de religieux parmi les écrivains de ces générations est-elle plus élevée (16,6 %) qu'elle ne le sera pour les générations plus jeunes (8,2 %).Et si l\u2019on ne tient compte que u domaine proprement littéraire (roman, poésie, théâtre), leur présence apparaît encore plus faible.Pour la période qui va de la fin du XIX° siècle à la Seconde Guerre mondiale, ont prévalu des modes diversifiés d'exercice de la création littéraire.Il y a évidemment l'exercice d\u2019une profession libé- .Po rale, droit ou médecine, qui permet en dillettante POSSIBLES x et dans le cadre des loisirs de s'adonner à l\u2019écri- Gé tallec- ture.Un exemple, le Dr Philippe Panneton tuels(le)s (1895-1960), auteur du roman Trente Arpents qu'il signe sous le pseudonyme de Ringuet : cet écrivain est médecin à l\u2019Hôpital Notre-Dame et professeur à la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal jusqu\u2019au moment où en 1956 il entreprend une carrière diplomatique.Mais déjà à la fin du siècle dernier, se dessinent deux nouvelles voies d'accès à la vie intellectuelle : le journalisme et la fonction publique.Avec tous les journaux qui voient alors le jour, la vocation d'écrivain tend à s\u2019identifier au métier de journaliste : la proportion d'écrivains qui, nés entre 1850 et 1920, ont exercé ce métier est élevée (28,3 %).Et pour se convaincre de l'importance du journalisme dans la vie intellectuelle québécoise, il suffit de citer les noms des Olivar Asselin (Le Devoir, Le Canada, L\u2019Ordre), Henri Bourassa (Le Devoir), Clément Marchand (Le Bien Public) et André Laurendeau (Le Devoir).La fonction publique, en expansion depuis la Confédération, offre aussi des postes à des jeunes qui entendent exercer une influence politique sans s'engager dans l\u2019action partisane.Près de 18 % des auteurs nés avant 1920 ont le statut de fonctionnaire.Parmi les diverses activités professionnelles de la fonction publique, celles qui apparaissent les plus compatibles avec le maintien d\u2019une activité d'écriture sont alors la traduction et la bibliothéconomie (et les archives).Celui qu\u2019on identifie comme le premir sociologue canadien, Léon Gérin (1863-1951), est secrétaire de ministre avant de passer au Bureau de la traduction des débats à la Chambre des communes.L\u2019historien Gustave Lanctôt (1883-1975) est avant tout un archiviste, pendant quinze ans il dirige les Archives publiques du Canada avant d'y être promu conservateur et 132 des in el, Hel Portraits d'un groupe sous-ministre.Quelques intellectuels de cette génération trouvent aussi des \u2018postes au sein de la fonction publique municipale, principalement à la Bibliothèque municipale de Montréal : Aegedius Fauteux (1871-1949), Léo-Pol Desrochers (1896-1967), Eva Circé-Côté (1871-1949), Marie-C.Daveluy (1880-1968).Enfin pour certains et habituellement à des postes supérieurs ou mieux dans la diplomatie, une nomination dans la fonction publique constitue une « belle fin de carrière ».Après avoir été nommé sénateur, Hector Fabre (1834-1910) est désigné Commissaire général à Paris où il demeure de 1882 à 1910 ; Jean Bru- chesi (1901) est ambassadeur du Canada en Espagne et en Amérique latine, Robert Choquette (1905), en Argentine et le Dr Panneton (1895) au Portugal.Pour un intellectuel, le profil typique d\u2019une carrière réussie est constituée des étapes suivantes : études de droit, journalisme, poste dans la fonction publique et enfin ambassadeur du Canada.On le voit bien avec le critique littéraire Roger Duhamel (1916) qui sera Imprimeur de la Reine, conseiller du Secrétaire d'Etat et ambassadeur du Canada au Portugal.l'itinéraire du romancier et essayiste Robert Elie (1915-1973) est similaire : études universitaires en lettres, journalisme à La Presse et à Radio-Canada, directeur de l\u2019École des Beaux-Arts de Montréal, conseiller culturel à Paris et directeur associé du Conseil des arts du Canada.Au sein de ces générations d'écrivains nés avant 1920, il y a peu de femmes (16,1 %) et parmi elles, très peu acquièrent par l'écriture une grande visibilité sociale.Font exception une Gabrielle Roy (1909) qui connaît la gloire avec son premier roman Bonheur d'occasion (1945) et une Anne Hébert (1916) qui obtient le Prix David pour son premier recueil de poésie Les Songes en équilibre (1942).Pour la plupart de ces femmes, l'écriture constitue plus une pratique culturelle qu\u2019une activité professionnelle.Seul le journalisme assure à 133 NET certaines d'entre elles une première insertion pro- POSSIBLES fessionnelle.des intellectuels(le)s Ces conditions de travail et celles qui régissent le marché offrent peu d'autonomie par rapport aux pouvoirs religieux et politiques et rendent difficile la réalisation d\u2019un projet personnel surtout lorsque celui-ci a des incidences religieuses ou politiques.L\u2019on connaît le sort que Mgr Bourget a réservé à l\u2019Institut canadien.Près de cent ans plus tard, un Paul-Emile Borduas (1905-1960) paiera le prix de son audace ; la publication du Refus global (1948) signifiera son renvoi de l\u2019École du meuble.Même un Lionel Groulx (1978-1967) ne peut défendre ses idées nationalistes et conserver son poste à l'Université de Montréal que grâce à l'appui d\u2019une fraction du clergé et de ses amis \u2014 disciples de l\u2019ACJC et de la revue L\u2018Action française.De la dépendance des intellectuels à l'égard des institutions, l\u2019un des meilleurs exemples est Édouard Montpetit (1881-1954), « l\u2019intellectuel de sa génération » : professeur et secrétaire de l\u2019Université de Montréal, il doit multiplier les activités de représentation, chercher à plaire aux uns et aux autres et former l'opinion publique en évitant de formuler la sienne.Autour de la télévision et du cinéma d'Etat Des changements que connaît le Québec au lendemain de la Seconde Guerre, tout a été dit : ouverture au monde, modernisation des institutions politiques, développement de la recherche scientifique, etc.De toute évidence, les intellectuels ont une plus grande liberté de pensée et d'action.Le contrôle l\u2019Église se desserre : non seulement les membres du clergé sont moins nombreux, mais aussi ils abandonnent ou perdent la direction des ME 1 34 EYES 7 CT SSRI ST CG ie oe LET sum SE L Caractéristiques sociales et scolaires des auteurs québécois Date de naissance Sexe Statut civil Formation Principal emploi Total scolaire % homme % laïc % université Enseignement Fonct.Prof.Jour- Radio N.S.Univ.Autre publ.lib.nalisme TV Autre % % % % % % % Auteurs nés entre 1850 et 1920 Roman, poésie, théâtre 76,1 89,7 37,4 5,4 6,1 14,9 10,2 35,3 8,1 197 100,0 (147) Essai, critique, sciences humaines 97,0 74,0 87,0 37,0 16,0 22,0 3,0 18,0 1,0 3,0 100,0 (100) Total 83,9 83,4 57,4 18,2 10,1 17,8 7,2 28,3 5,2 129 100,0 (247) | Auteurs nés après 1920 Roman, poésie, théâtre 75,1 99,3 54,9 11,0 11,0 3,9 1,9 10,4 22,2 392 100,0 (153) Essai, critique, sciences humaines 91,5 81,6 96,2 78,3 7,5 4,7 0,0 1,8 2,8 4,7 100,0 (106) Total 81,8 91,8 71,8 38,6 9,6 4,2 1,1 6,9 14,2 25,0 100,0 (259) Grand total 83,2 87,7 64,4 28,6 98 10,8 4,1 17,3 9,8 19,1 1504) 506) .2 Ives Por institutions d'enseignement, des maisons d'édition POSSIBLES 4 \u2019 .Du coté et des revues.Et lorsqu\u2019ils poursuivent des activi- des intellec- tés littéraires, ils tendent à se cantonner dans leur tuels(le)s champ de spécialisation, à savoir la théologie, la pastorale et, d'une manière plus générale, la spiritualité : André Charron (1936) aborde la question de l\u2019athéisme et cherche à établir un dialogue avec les non-croyants ; spécialiste en sciences bibliques, Jean Martucci (1932) publie des essais sur l'Ancien et le Nouveau Testament, etc.Rares sont les membres du clergé et de communautés religieuses qui comme le chanoine Grandmaison et le frère Desbiens écrivent régulièrement dans les journaux et les revues et participent aux débats publics.Le renouveau intellectuel des années 60 est étroitement associé à la « Révolution scolaire » : hausse du taux de scolarisation, expansion du système d'enseignement collégial et universitaire, etc.Il est aussi, on tend à l'oublier, relié à l'avènement de la télévision et au développement du cinéma.Loin d\u2019être un obstacle, l\u2019essor des mass media populaires apparaît comme une condition du dévelop- ement d'activités de création non seulement pour le théâtre et les arts visuels, mais pour la poésie et le roman.Ainsi, pour ne prendre qu\u2019un exemple, Hubert Aquin (1929-1976) aura été, après ses études en philosohpie et en sciences politiques, animateur et rédacteur de textes radiophoniques à Radio-Canada avant de passer à l'Office national du film comme auteur de scénarios et réalisateur de films.Quant aux écrivains qui occupent un poste ou reçoivent une rémunération de l\u2019industrie de la radio-télévision, ils apparaissent relativement nombreux (14,2 % des écrivains nés après 1920) : non seulement des dramaturges (Louis-Georges Carrier, Gilles Derome, Guy Dufresne, Jean-Paul Fugère, Jacques Languirand, etc.) mais aussi des poétes (Fernand Ouellette, Paul-Marie Lapointe, Guy Maufette, Wilfrid Lemoine, Pierre Morency, etc.) et des romanciers (Roger Fournier, Jacques ME 136 A de tal intl ely ' p ig Portraits d'un groupe Godbout, André Langevin, etc.)2.L'on ne saurait donc négliger le rôle qu'ont pu avoir en particulier Radio-Canada et l\u2019O.N.F.depuis le milieu des années 50 en favorisant le développement de secteurs entiers d'activités intellectuelles (rédaction de scénarios, téléromans, téléthéâtres, etc.) et en assurant le développement d'un milieu intellectuel plus dense et plus diversifié.Fondée en 1961, la revue Liberté est animée par des intellectuels qui circulent dans les milieux de la télévision et du cinéma d'Etat.Et l'impact qu'a eu l\u2019Institut canadien des affaires publiques où l\u2019on retrouvait les Trudeau, Pelletier, Marchand et Lamontagne n'est pas indépendant de la tribune que lui fournissait Radio- Canada.Dans une certaine mesure, ces nouveaux modes de production et de diffusion de la culture que sont la radio-télévision et le cinéma remplissent pour les intellectuels la fonction qui fut celle du journalisme avant la guerre.Sans cesser d'être une voie d'accès à une carrière d'écrivain, le journalisme s\u2019est transformé, il s\u2019est professionnalisé au sens où l'exercice de ce « métier » est plus strictement contrôlé et soumis à des exigences professionnelles.Même lorsqu'ils font du journalisme d\u2019opinion, pensons à Michel Roy, Jean-Guy Dubuc, Lise Bissonnette et Jean-Claude Leclerc, les éditorialistes n'ont pas nécessairement le statut d'écrivain.Devenue aussi plus professionnelle, la fonction publique ne joue plus de la même façon le rôle d\u2019institution-refuge pour des intellectuels-écrivains, sauf lorsqu'ils y vont pour une courte période (Guy Rocher, Fernand Dumont) ou à titre de conseiller.À Ottawa, Trudeau s'était ainsi entouré de quelques intellectuels : l\u2019auteur de Convergences, Jean 21 Très proche de l'industrie de la radio-télévision, le monde du spectacle et de la chanson fournit aussi à des écrivains qui se transforment en « vedettes » la possibilité de poursuivre une activité de création littéraire, et souvent en poésie : Clémence Desrochers (1933), Raoul Duguay (1939), Félix Leclerc (1914), Gilles Vigneault (1928). Le Moyne (1913) était journaliste et recherchiste à POSSIBLES on l'O.N.F.jusqu\u2019au moment où en 1969 il entra au des intellec- Cabinet du Premier ministre du Canada et colla- tuels(le)s bora à des commissions royales d'enquête.Tout comme pour le journalisme, le mouvement de pro- fessionnalisation rend, pour des intellectuels- écrivains, plus difficile et moins attrayant l'accès à un poste dans la fonction publique.Même aux positions supérieures, le fonctionnariat est une « carrière » avec ses étapes précises et ses exigences de formation et d\u2018expérience bien définies.Si souvent dénoncé aujourd\u2019hui, le corporatisme rend impossible le renouvellement d\u2019un milieu de travail par des personnes qui venant de l'« extérieur » n'ont pas suivi la filière « normale ».L'une des conséquences est le cloisonnement de plus en plus grand des divers milieux professionnels et aussi des différents secteurs de la vie intellectuelle les uns par rapport aux autres.L'université et la culture savante À la fin des années 50, l\u2019université est devenue un lieu de recherche, de réflexion et de critique : l'autonomie dont bénificiaient les professeurs leur a permis de dire tout haut ce que les autres pensaient et de s'engager, comme on le voit avec les spécialistes en sciences sociales de l\u2019Université Laval, dans un combat politique contre un régime (Duplessis), une idéologie (clérico-nationaliste) et une société (traditionnelle).Avec l'expansion que connaît sa population étudiante et son corps professoral, l'institution universitaire est beaucoup plus 4 qu'auparavant au centre même de la vie intellec- , tuelle.D'abord les écrivains eux-mêmes, parmi les- ' quels on ne trouve toujours qu\u2019une faible proportion de femmes (18,8 %), ont maintenant pour la plupart (71,8 %) acquis une formation universitaire | et souvent ils détiennent des diplômes de cycle supérieur en lettres ou en sciences humaines.Par ailleurs, ils se retrouvent dans une proportion éle- ME 138 Ve uly Offa Ë es ine, els pus es = Portraits d'un groupe vée (38,6 %) en poste dans l\u2019une ou l\u2019autre des universités québécoises, attirés par la relative liberté que donne l'institution universitaire.Deux genres littéraires apparaissent plus particulièrement liés au développement du système universitaire : l'essai et la critique.L'essor rapide des sciences sociales a en effet permis la réunion de spécialistes dans les départements, les écoles et les facultés universitaires et la formation d\u2019un marché du livre spécialisé (sur les questions sociales et politiques).Et par la publication d'ouvrages savants et d'essais, des professeurs en sciences sociales et humaines ont acquis le statut d'écrivain : Marcel Rioux, Gérard Bergeron, Léon Dion, Fernand Dumont, Jacques Grandmaison, etc.Pour leur part, les critiques littéraires se retrouvent aussi en grand nombre dans les universités, ils sont institutionnellement reliés à la culture savante.Un Gilles Marcotte (1925), ancien journaliste à La Presse et au Devoir et réalisateur à Radio-Canada, a été lui-même intégré au corps professoral du Département d'études françaises de l\u2019Université de Montréal.Pour une large part, la critique littéraire, même celle des journaux et des magazines, est entre les mains de professeurs d'université.L'institution littéraire elle-même apparaît beaucoup plus qu'auparavant contrôlée les milieux universitaires : publications de revues, présence de professeurs sur les comités de rédaction de revues culturelles et sur les comités d'attribution de prix et de bourses, etc.Les incitations sont donc fortes pour que soient réalisées des oeuvres à caractère et à des fins scolaires : manuels, anthologies, dictionnaires des oeuvres et des auteurs, etc.Deux vastes projets de cette nature mobilisent argent et énergies : à l'Université Laval, Maurice Lemire dirige la publication du Dictionnaire des oeuvres littéraires québécoises et bénéficie de subventions importantes du Gouvernement québécois ; le Conseil des arts du Canada finance à coup de centaines de milliers de dollars un Corpus d\u2019édi- 139 HE (4 | a i tion critique et permet à des universitaires de réa- POSSIBLES |, liser, sous la coordination de Roméo Arbour de des intellec- I\u2019Université d\u2019Ottawa, des recherches sur une ving- tuels(le)s taine d'auteurs québécois d\u2019importance et de valeur inégales.L'influence du milieu universitaire sur la littérature est telle que les écrivains eux- mêmes sont portés à se donner une allure plus sérieuse, plus savante, surtout lorsqu'ils ont fréquenté l\u2019université et qu'ils ont intériorisé le regard des spécialistes de la littérature : ces écrivains transforment leur activité d'écriture en une activité de recherche purement formelle, ils publient des écrits relativement hermétiques dont la diffusion se limite aux seuls spécialistes et initiés et ils tiennent sur leur démarche un discours théorique.Seule la poésie semble échapper à l'emprise du milieu universitaire, plus que toute autre activité littéraire, elle exige un investissement total et totalement désintéressé, souvent dès l\u2019âge de l\u2019adolescence et, comme on le voit avec Emile Nelligan (1879-1941), au prix de sa santé physique et psychique.Le poète représente encore l'artiste maudit qui, marginal dans sa société, vit dans la misère et l\u2019incompréhension : signataire du Refus global, Claude Gauvreau (1935-1971) n\u2018occupera pas de poste permanent, il mourra tragiquement en 1971 quelques années avant que ne soient éditées ses Oeuvres complétes.Encore aujourd\u2019hui les poètes sont, en comparaison avec les autres catégories d'écrivains, moins fortement scolarisés et ils sont moins souvent, pour un poste ou une rémunération, associés à l'enseignement, au journalisme et à la fonction publique.Il est significatif qu'après des études supérieures en philosophie, Paul Cham- berland (1939) refuse la perspective d\u2019une carrière dans l'enseignement supérieur pour se consacrer à l'écriture.Et une Nicole Brossard (1943), diplômée en lettres (licence en 1968, maîtrise en 1973) et fondatrice de la revue La Barre du Jour, prend aussi, après quelques années d'expérience (1969-1971), ses distances à l'égard de l\u2019enseigne- \"E140 Sigs il LT bi\u201c Portraits d'un groupe ment.Mais pas moins que les autres genres littéraires, la poésie n'échappe au regard et au contrôle des universitaires : lui-même identifié à une petite maison d'édition qu'il a fondée (L'Hexagone), Gaston Miron (1928) voit son principal recueil de poésie, L'Homme rapaillé (1970), publié par Les Presses de l'Université de Montréal et couronné par le prix de la revue Etudes françaises.La crise des institutions La « crise intellectuelle » dont certains parlent est moins la crise des intellectuels eux-mêmes et de leurs états d'âme que celle des institutions auxquelles ils sont liés : déjà alourdies par les structures bureaucratiques, le dynamisme de ces institutions est actuellement paralysé par les diverses restrictions budgétaires et par la professionnalisation des différents corps qui les composent.Comment écrire pour Radio-Canada et Radio-Québec ?comment faire des films a I\u2019O.N.F.2 Depuis le milieu des années 50, ces institutions ont été avec quelques journaux (Le Devoir) des lieux importants de création et de critique sociale ; aujourd\u2019hui, elles se réfugient dans le conformisme, cautionnent l\u2019ordre établi et ne semblent avoir comme seul défi que celui de relever les cotes d'écoute.Et que dire des universités @ Elles sont devenues de grands collèges où se retrouvent sans beaucoup d'enthousiasme de grands groupes d'étudiants qui cherchent moins à élargir leurs connaissances et leur culture qu\u2019à obtenir un diplôme.Les professeurs réagissent de diverses façons : il y a ceux qui sont heureux d'avoir gagné une sécurité d'emploi et ceux qui sont malheureux d\u2019avoir perdu un ancien statut social ; il y a ceux qui s'ennuient et rêvent d'être ailleurs et il y a ceux qui veulent rester mais sont ennuyés de ne pas pouvoir faire ce qu'ils aimeraient faire.Les administrateurs ont maintenant le contrôle de l'institution, fixent les priorités et imposent leurs modes d'évaluation et de fonctionne- .+ ° We por ment ; ils veulent diriger l\u2019université comme une POSSIBLES | entreprise et mesurer son action en termes de ren- des intellec- tabilité et de productivité.tuels(le)s Devenue une véritable industrie culturelle (d\u2019élaboration de programmes de cours et certificats, de distribution de crédits et de diplômes, etc.), l\u2019université n\u2019est plus, selon une impression générale, un lieu privilégié de création et de réflexion intellectuelles.Encore ici, la spécialisation et le professionnalisme risquent d'enfermer les spécialistes- universitaires dans leur champ de compétence et de les couper d'autres secteurs de la vie sociale et intellectuelle.Tout comme le milieu intellectuel, la « communauté universitaire » s\u2019effrite pour laisser place à tout un ensemble de réseaux de plus en plus étanches les uns des autres.Plus petits, sans administration lourde ni hiérarchie complexe, les instituts et les centres de recherche \u2014 pensons à l\u2019Institut national de recherche scientifique et à l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture \u2014 peuvent constituer des sortes de refuge et fournir à des chercheurs un mode coopératif de travail intellectuel, mais s\u2019ils se ferment sur eux-mêmes, fonctionnent à la cooptation et à l'autocélébration et perdent leur transparence\u201c, ces instituts et centres ris- i quent aussi de se transformer en petites chapelles et de tomber entre les mains des fonctionnaires- prétres de la culture.Au Québec moins qu'ailleurs, les intellectuels- écrivains n'ont guère d'autre choix que de demeurer dans des institutions tout en cherchant à créer des espaces de liberté et à s\u2019insérer dans des réseaux de relations.Au cours des dernières Lo 3/ L'adoption de quelques mesures pourrait permettre à ces centres et instituts de recherche de garder une transparence et une ouverture sur l'extérieur : par exemple la création de postes d\u2019une durée limitée (entre un et trois ans) pour des étudiants gradués (post- octorat), pour des professeurs d'université et de collège et, pourquoi pas ?pour des écrivains et des artistes, qu\u2019ils soient québé- Cois, canadiens ou étrangers.Le principal objectif est de permettre la circulation des personnes et des idées.MEN 142 Poss Di Portraits décennies, la revue politico-intellectuelle a joué ce hs d'un groupe rôle : comme on peut le voir avec Cité libre et Parti ' pris, elle a offert un lieu d'échange et de discussion à des intellectuels de formation et d'orientation diverses et elle leur a permis d'intervenir sur BE différentes questions culturelles, sociales et politiques.Mais dès le moment où le professionnalisme touche non seulement aux divers secteurs de la vie culturelle (cinéma, télévision, enseignement universitaire, journalisme) mais aussi à la vie politique elle-même, le mode d'intervention que constitue la publication d'un texte dans une petite revue perd à la fois sa légitimité et sa visibilité.Coincée entre la revue spécialisée ou pour spécialistes et le grand magazine populaire, la revue politico-intellectuelle ne peut occuper sur le marché qu\u2019un petit espace et ne peut survivre qu\u2019à la condition d'obtenir des subventions gouvernementales.Il devient de plus en plus difficile de vouloir agir simultanément sur la culture et la politique en voulant introduire de la culture dans la politique ( et vice versa).L'une des caractéristiques de la conjoncture actuelle est précisément la dissociation toujours plus grande entre la culture et la politique : dans le mouvement même où la culture se dépolitise et devient une « affaire privée » (d'individus et d'entreprises privées), la politique se « déculturalise », elle abandonne la poursuite d\u2019idéaux et la défense d'idées pour ne se préoccuper que de la gestion de ressources, la recherche de solutions à des problèmes et de la défense d'intérêts particuliers.La fragilité actuelle de nombreuses revues est la traduction- expression non seulement de la faiblesse de la demande sur le marché mais aussi d\u2019une transformation de la vie culturelle et politique.Qui croit aujourd\u2019hui que l\u2019on puisse mettre « l'imagination | au pouvoir » \u20ac L'on comprend mieux, dès lors, le caractère I exemplaire qu'a pu avoir et que conserve la | démarche intellectuelle et politique d\u2019un Jean-Paul Sartre, avec ses ruptures éclatantes.143mm | Image de l\u2019homme libre « sans attaches ni raci- POSSIBLES nes », comme Oreste, Mathieu, Hugo, [Sartre] Du côté ec.constitue par sa personne et ses personnages Une tuels(le)s épopée flatteuse du héros intellectuel.Idéologue, il exprime et porte à son apothéose la vision intellectuelle du monde\u201c.Sartre illustre la possibilité pour un intellectuel de conserver son indépendance et d'intervenir à son propre compte dans la vie sociale et politique : dans la revue qu'il fonde, Les Temps Modernes, il se donne la tribune pour analyser tous les grands problèmes de son temps.Par ses diverses prises de position pour tous les dominés et les discriminés et par son style de vie (célibataire, sans enfant, sans obligations professionnelles, sans foyer), cet intellectuel que le Gouvernement s'est refusé d\u2019emprisonner apparaît comme le symbole de la libération éthique : écrivain indépendant, il ne doit rien à l\u2019Institution, il peut même se payer le luxe de refuser le prix Nobel en littérature.Mais comme conclut l'auteure de Sartre et les Temps Modernes, « l'excellence incarnée par Sartre appartient désormais au passé ».La revue politico-intellectuelle est peut-être aussi devenue une antiquité : l'écrivain laisse le champ de la politique aux professionnels de la politique \u2014 des spécialistes en sciences politiques aux militants en passant par les technocrates \u2014, il cesse de prendre position hors des domaines de sa compétence et il devient lui aussi un spécialiste, un producteur de livres-marchandises.4] Anne, Boschetti, Sartre et les Temps Modernes, Paris, Éditions de Minuit, 1985, p.177.144 , sa Uo} 5] Infe le he | 5 sé 14 À J § No A Melvin Charney Québec, bateau-maison 1984 Crayon sur papier x 18 cm Dessin de l'artiste I [RR SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION \\ FRANÇOISE DEROY-PINEAU Histoire socio-logique d\u2019une histoire de vie C'est par hasard que je suis « tombée » sur les histoires de vie.En 1983, je participais à une enquête sur la formation en milieu carcéral pour la commission scolaire Blainville-Deux Montagnes.J'étais plus spécialement chargée du volet « Développement de la formation en milieu carcéral » et, à l\u2019aide de la technique dite du « groupe nominal », je devais identifier ce que le milieu concerné attendait de la formation en milieu carcéral.Je n\u2019ai : eu aucune difficulté à interroger les formateurs, les directeurs-adjoints à la formation dans les pénitenciers, les criminologues ou représentants des organismes humanitaires qui viennent en aide aux E détenus.Le problème s\u2019est posé lorsqu'il a fallu demander aux détenus ou ex-détenus consultés de répondre à quelques questions : ils ne satisfaisaient ma requête que, par hasard, dirais-je, entre parenthèses, dans le cours du seul récit qui les intéressait vraiment : leur histoire.Et ce récit, dans chaque cas, était tellement riche, juteux, que je me disais qu\u2019en me limitant à écrémer les réponses en fonction de mes questions, je perdais l\u2019essentiel des informations recueillies.Nous sommes donc convenus, au moment de la rédaction du rapport d'enquête, d'ajouter un chapitre contenant les résumés d'histoires de vie de six ex-détenus, consultés à ce sujet, et qui avaient révisé à leur goût le texte de leur entretien avec nous.149mm L\u2019un d\u2019entre eux, Gilles Lemay, fut spécialement heureux de ce texte.Ici, il faut noter qu\u2019il n\u2019a pas été facile de découvrir des ex-détenus dipsosés à parler de leur expérience en milieu carcéral, même s\u2019il s'agissait seulement du volet « formation ».Nous les avons trouvés en enquêtant auprès de leurs anciens formateurs, en fréquentant la galerie Maximum et en fouillant dans nos relations.Justement, lorsque j'étais journaliste pour la revue Châtelaine, j'avais eu l\u2019occasion, au cours d\u2019un reportage au Centre fédéral de formation, une nuit de Noël, de rencontrer un détenu.Celui-ci avait tenu à m'envoyer régulièrement le journal du CFF, m'avait tenu au courant de sa sortie, si bien que, plusieurs années plus tard, j'avais toujours ses coordonnées et il s'était déjà établi une estime réciproque entre nous.C'était Gilles Lemay.Après la sortie du mémoire : « Développement de la formation en milieu carcéral! », il m'a téléphoné pour me redire qu'il était content de la qualité de « son » texte et me demander.d'écrire sa vie.Précautions préliminaires Précisément, j\"y avais pensé.J'étais très frustrée des pauvres récits qui restaient de nos riches entretiens et je me disais qu\u2019un bon moyen de sortir toute l'information concernant notre sujet était peut-être paradoxalement de se limiter à l\u2019histoire de vie d'un seul personnage, mais de la fouiller au maximum.surtout dans les « maximum ».J'avais aussi pensé a Gilles, qui avait connu presque tous les pénitenciers du Québec, car il avait déja un talent qu'il n\u2019a cessé de développer : celui de raconter 1/ Publié en 1983 par la Commission scolaire Blainville-Deux Montagnes.150 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s Histoire log?hor de vié hig tt Melle, Ie Histoire socio-logique d'une histoire de vie sa vie à l\u2019occasion de ses nombreuses participations aux réunions des Alcooliques Anonymes.Toutefois, je n'étais pas prête à répondre inconsidérément de manière positive à sa requête.J'avais des engagements professionnels et je me posais des questions.Aider un autre à écrire sa vie n\u2019est pas un exercice anodin.C'est entrer dans cette vie, la partager, la « porter » avec lui, dans la mesure du possible, entamer un processus s\u2018approfondissant de confiance réciproque, une amitié destinée à demeurer, essayer de la « gérer » sans se laisser déborder par la situation.C\u2019est donc ne pas avoir peur d\u2019une affectivité qui jaillit parfois quand on ne l'attend pas, la laisser s'exprimer, quand c'est possible, et savoir la retenir, quand on pense qu'elle obligerait à disperser ses énergies et à conduire à des situations qu\u2019on sait sans issue apaisante ou harmonieuse.Je temporisais donc auprès de Gilles, lorsque, entre Noël et le Jour de l'An 1984-85, plusieurs événements ont coïncidé : Gilles est venu chez nous renouveler sa requête, accompagné d\u2019une blonde qui paraissait « solide » (argument important pour moi, quant aux débordements d'affectivité que je me voyais mal refouler), mon conjoint m\u2019annoncait un départ, six mois plus tard, pour une année sabbatique à l'étranger, mon contrat arrivait à échéance : j'avais donc six mois disponibles et la certitude d'être obligée de relâcher \u2014 géographiquement \u2014 les liens qui allaient s\u2019établir entre Gilles et moi.Enfin, dernier argument, et non le moindre, j'écrivais moi-même mon histoire de vie, en forme de journal, sous le regard discret, mais terriblement présent, d\u2019un grand expert en la matière.Ma vie affective se trouvant donc régu- lée en une sorte de triangle : conjoint-mentor- « client ». Les objectifs de départ Alors le travail a commencé.Il a d\u2019abord fallu vérifier que les objectifs de Gilles et les miens pouvaient concorder : je voulais tirer le maximum de suc de son expérience, en quelque sorte « exemplaire », pensant que le suivre, pas à pas, de sa naissance à aujourd\u2019hui, était beaucoup plus efficace, quant aux informations sur ce qui conduit à la prison, et ce qui peut aider à en sortir, que n'importe quelle enquête quantitative sophistiquée.Lui, je pense, désirait essentiellement une chose : vendre le livre de sa vie à l'issue des nombreuses conférences qu'il donnait (et qu'il donne toujours) non seulement dans toutes sortes de groupes d'alcooliques anonymes à travers la province, mais aussi dans des clubs sociaux, auprès d'organismes d'aide à la jeunesse et dans les polyvalentes où il obtient un succès auprès des adolescents que lui envient certainement bien des professeurs et des parents.Il avait aussi un grand souci pédagogique : prolonger auprès de son public l'impact de son discours, permettre au lecteur qui utilise son récit comme livre de chevet de méditer avec lui la manière de traverser les passages difficiles de l'existence.Si lui s\u2019en sort, qui ne le pourrait pas ?À ce niveau, nos objectifs étaient compatibles.Restaient à mettre en oeuvre les moyens de les réaliser.Moyens de recueil de données et de traitement Il était pour moi essentiel que Gilles m\u2019assure de sa plus grande disponibilité, que je puisse vérifier avec lui le moindre fait.Dans un cas comme le sien, intensément plongé en territoire judiciaire, et destiné à une publication « at large », la moindre erreur pouvait conduire à de graves contestations.152 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s $ 1 hi d'un be His coy) Ol hi els \" ; ae Histoire socio-logique d\u2019une histoire de vie Je ne voulais pas, et lui encore moins, risquer de poursuites ! Nous avons-donc procédé ensemble à une véritable enquête.J'allais de découvertes en découvertes, et lui aussi, peut-être.De sa maison natale, que nous avons pu visiter, à sa plus proche voisine, encore vivante ; de l\u2019église Saint- Vincent-de-Paul, lieu de son baptéme.et de ses premiers « exploits » dans la délinquance (vol de la quéte).au pénitencier du méme nom.Du bas de la ville au lieu du crime, et au tribunal où nous avons revu le réquisitoire et la sentence à vie, nous avons tout passé au crible.J'ai découvert le « quart-monde » du Québec, la pauvreté, non seulement d'argent, mais de culture, les alimentations réduites à quelques mets bien définis, les univers qui plafonnent, avec à l\u2019horizon le rêve présenté par la télévision de Télé- Métropole et le clinquant des bars-salon.Gilles dirait mieux que moi ce qu'il a découvert, mais il est certain que nos univers culturels se sont affrontés.Il lui a fallu certainement beaucoup de patience pour me supporter avec mes manières et mes mots qu'il ne comprenait pas toujours.C'est qu'il ne suffisait pas de les dire, ces mots, il fallait aussi les écrire, pour faire un livre.Au fur et à mesure de notre enquête, je rédigeais et lui montrais des bouts de texte, il me passait les bobines de ses interventions en divers milieux, à la radio ou à la télévision.Je transcrivais tout cela et lui posais des questions.Selon la manière dont il prononçait, je sentais toutes sortes de nuances.J'essayais de lui proposer d'autres verbes, noms ou adjectifs, pour vendre, par le vocabulaire, ce que l'écriture enlevait à la parole.Nous ne nous comprenions pas toujours, et l'on s\u2019est battu à coup de dictionnaires.Je crois \u2014 soit dit en passant \u2014 que Gilles a découvert la variété des dictionnaires (tous d\u2019accord dans ce cas sur l'orthographe et la grammaire) à cette occasion.Gilles, lui-même, a imposé la structure globale du texte, car, à l\u2019occasion de ses interventions chez les alcooliques anonymes, d\u2019une part, et, d'autre part, de ses requêtes pour une mise en liberté conditionnelle, il avait dégagé les scènes-clefs de son existence qui jalonnaient les phases essentielles.Il est parfois arrivé que je suscite chez lui une remise en question de jugements rédhibitoires.Preuves à l'appui (livres de criminologie, de psychologie, ou rapports sur la formation en milieu carcéral) que je lui proposais, il a nuancé des points de vue : tous les gardiens (les screws) ne sont pas sadiques.Et même l\u2019un d'entre eux l\u2019a bigrement aidé.Les formations en milieu carcéral ne sont pas là « pour faire bien » : ça peut aider bien des gars.La visite auprès des témoins de son existence antérieure lui ont, je crois, donné une meilleure image de lui-même : tout le monde ne le haïssait pas quand il était jeune, il n\u2019était pas entièrement méchant, de même qu'il n\u2019est pas un saint, maintenant, mais simplement un homme qui veut se tenir debout, libre devant lui-même comme devant la société, et qui a découvert que sa force est de savoir identifier ses faiblesses.Évaluation des résultats Maintenant, la vie de Gilles est écrite\u201d.Comme la plupart des écriveux, j'ai passé de longues heures seule, dans la nature, avec mes notes et des bobines, à m'imprégner de la voix de Gilles et de EE 21 Lueur d'espoir, ar Gilles Lemay en collaboration avec Françoise Deroy-Pineau, Éditions de Mortagne, Montréal, 1985.154 POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s ffl?Ie por?fo vie Pog : : de Histoire son être, à décoder et approfondir ce que j'en hie Sone histoire avais compris, spécialement ce qui m'avait donné de vie le plus de fil à retordre : la mécanique de sa vie intérieure, qui lui avait permis de reprendre goût à la vie alors que tout était perdu ; et son comportement avec les femmes.Nos objectifs ont-ils été atteints © Le livre est trop récemment sorti pour que l\u2019on puisse faire une synthèse des feed-back.Mais toutes sortes de questions demeurent posées.L'ai-je influencé, en le faisant dévier de sa voie, s\u2019il a lu des textes qui l\u2019ont conduit à modifier ses jugements \u20ac Ai-je trahi son français en recherchant à la fois la lisibilité du texte et la dynamique profonde de Gilles, estimant que la fidélité à son expression n\u2019était pas la transcription au pied de la lettre 2 L'ai-je aidé, contre sa dynamique profonde, à abandonner un comportement de marginal pour se conformer à la société ?Ai-je joué les apprenti-psychanalistes ou les pseudo- confesseurs, ou les psychologues-amateurs 2 Je ne pense pas.Mais je suis sûre et certaine que les précautions prises avant l'enquête, la méticulosité de celle-ci, et surtout, la vérification constante et totale | du texte par Gilles ont été des éléments ; indispensables.155mm f 4: STEPHEN SCHECTER Journal d\u2019une campagne électorale excessivement platte* Jeudi, le 24 octobre.Nous vivons sous le poids écrasant du désir de l\u2019oubli.Johnson l\u2019a bien exprimé : « Penser que l'avenir du Québec repose sur des milliards fictifs que l'Etat prendrait je ne sais où, pour les engloutir dans des projets non moins fictifs, c\u2019est penser comme il y à quinze ans, à une époque de prospérité où ces milliards existaient ».C\u2019est le discours cependant qui est fictif, car on n\u2019est pas moins riche qu\u2019il y a quinze ans.On a plus de connaissances, plus de capacités, plus de technologies, plus de richesses.Et pourtant, plus de craintes, et moins de rêves.Il y a quinze ans on rêvait à des choses impossibles, à des manières différentes de vivre.Il ne s'agissait pas que du fric ou de l\u2019État.On a essayé d'inventer d'autres façons de produire et de reproduire : des coopératives, des communes, un nouveau désordre amoureux.Des gens trippaient, ripostaient, gueulaient, au nom d\u2019un autre, d\u2019un impossible autre.La quête a mal tourné, et c'est sans doute pour cela que les IE * Extraits gens veulent l\u2019oublier.La mémoire est douloureuse, FOSSIBLES : nous rappelle les échecs et en même temps les hau- des intellec- § tes visées qui nous ont propulsés sur leur chemin.tuels(le)s gi La garder là, entre ses doigts, devant son regard constant, l'écho lointain d\u2019un autre temps qui peut revenir, est certes difficile, surtout dans une époque où tout conspire à faire bannir le rêve.Mais la fermeture du passé conséquente à une lobotomie collective ferme également l'avenir.Lundi, le 28 octobre.Bourassa annonce la candidature de Paul H.Gobeil, vice-président exécutif de Provigo, dans Verdun.On nous le présente comme un candidat- vedette ; ce n'est qu\u2019un patron.Les temps sont révolus depuis le jour où les vedettes de la politique étaient des vraies vedettes.Lise Payette, par exemple.Est-ce que nous ne devons plus rire ?Ou est-ce que le capital a tellement réussi son coup que maintenant on peut nous affirmer sans que les gens s'\u2019affolent, que les vrais « stars » sont ceux qui résussis- sent à faire du fric sur nos dos 2 There's no business like show business, disait la chanson.En fait, there's no business like business.Jeudi, le 31 octobre C'est l\u2019Halloween.On continue de parler du fric.Bourassa promet d'abolir des taxes péquistes, surtout celles sur les primes d'assurances.Vieille tactique : attaquer le gouvernement sortant en faisant appel aux intérêts bassement matériels des gens, leurs porte-monnaies.Johnson répond en promettant aux vieillards des subventions pour aider les clubs d'âge d'or à construire des locaux permanents.La promesse paraît comme la justification tacite des taxes péquistes.Qui pourrait être contre # Qui ne veut pas briser l'isolement des vieux ?Pourtant, je ME 158 Se he fell fh Journal d'une campagne excessivement platte ne veux pas finir mes journées dans un pavillon sur le boulevard Gouin.On nous brandit le spectre de la vieillesse et de la mort pour que nous soyons reconnaissants envers l\u2019État.C\u2019est l\u2019ultime chantage : l'échange du désir révolutionnaire pour le bercement à la fin de nos jours.Jeudi, le 7 novembre Le gris automnal.Les feuilles dans la rue.Je me promène dans Crémazie à la rencontre d\u2019un esprit d'affinité.Montréal est beau.Le désir surgit de son tréfonds et flotte sous les arbres des pavés en désarroi habituel.À l\u2019Université du Québec à Trois- Rivières, Bourassa essaie de le fixer.On lui a demandé s\u2019il ne valait pas mieux procéder plus doucement dans le dossier du développement énergétique, ce à quoi il a répondu en se servant de l\u2019argument impérialiste du besoin : « et je ne vois pas pourquoi avec les dettes et les taxes qu\u2019on a on ne pourrait pas profiter de notre territoire ».C'est ainsi que des besoins créent des besoins qui justifient le pillage, et le cycle d'austérité fabriquée impose au grand nombre le consentement à l'exploitation.Nul ne peut contester qu\u2019on est six millions du Québécois ; toujours est-il possible que quelques milliers de Cris savent mieux protéger notre pays.Le débat, de toute façon, mérite une plus grande ampleur.On a déjà beaucoup trafiqué la nature et on en paye des conséquences énormes : la pollution certes, mais aussi un certain type de société, dénaturée, démesurée, et par intervalles terriblement revancharde.La Baie James est loin et les dollars sont proches, mais treize centrales sur les rivières Broadback, Not- taway et Rupert défigureraient le Québec à jamais, inondant le territoire de chasse de Waswannipi à 75 %.Ils ne sont que huit à neuf cents, mais peut- être que c'est notre destin qui est en jeu, et en deca de ce destin, l'enjeu de notre désir. POSSIBLES Pt * Du côté \u2018 des intellec- Le Bourassa lance son livre, Le défi technologique tvelslle)s |\"; et création d'emplois.|| est censé présenter l'option libérale sur la haute technologie.À lire ses recommandations, il n'offre qu\u2019une copie conforme de la politique du gouvernement déjà élaborée dans le document Bâtir le Québec et connue partout sous le nom du virage technologique.De toute évidence | un virage irrésistible, aspirant l\u2019intelligentsia québécoise dans une reconstruction idéologique du capitalisme avancé dont d'ici dix ans, avec un peu de chance, on aura honte.Entretemps, ce n'est pas mai- [ triser l'informatique qui est difficile, mais maintenir \u2018 vivante et présente la voix poétique.[ Vendredi, le 8 novembre Mercredi, le 13 novembre Au Point, une rencontre avec des électeurs et des électrices à Jonquière, Lac St-Jean.L'animateur essaie de stimuler un débat qui n'aura pas lieu.Tweedledum, tweedledee, explique quelqu'un en parlant des différences entre les partis.À Montréal, une grande assemblée de plus de six cents militantes libérales venues entendre leurs candidates, en présence de leur chef, parler des femmes.Le PLQ permettrait aux femmes au foyer, appelées maintenant travailleuses, de participer au régime des ren- | tes du Québec en transférant à celles-ci, sous forme | d'un crédit d'impôt, l'exemption de personne mariée réclamée par le conjoint.Une réforme d'incidence | moindre qu'on croirait, mais une réforme quand même : l\u2019État, en réglant les comptes au sein du couple, fait rentrer le travail domestique sous le signe du salariat.Par les petits ajustements de ce genre on arrive à la société qu\u2019on a actuellement, où chaque avancée par rapport à la subordination dans la société civile s'acquiert par une dépendance accrue envers l\u2019État.Pas grave en soi, dirait-on, car | l\u2019État lui-même s\u2019oblige à reconnaître dans la loi la légitimité des forces sociales revendiquant des chan- [ RE 160 LEE Journal d'une campagne excessivement platte gements.Au-dessus de cette dialectique de démocratie encadrée s'érige cependant la logique de la raison instrumentale, la raison pratique des choses telles qu'elles le sont.Et si on revendiquait l\u2019abolition du salariat ?la disparition de l\u2019État ?et y ajoutait les demandes des utopies contemporaines @ Samedi, le 16 novembre L'écoeurement est total.On nous parle du fric et que du fric.Même le débat sur le débat est devenu un défi par rapport à l'argent.Payez ou fermez la gueule, Johnson a-t-il lancé à Bourassa, toujours en train de dénoncer le PQ pour avoir gaspillé notre fric depuis neuf ans.Johnson cependant sourit toujours.Devant les ordinateurs, à côté du président de Hyundai, Canada, il nous montre l\u2019image souriante de quelqu\u2019un en contrôle.Comme si, coincés entre l\u2019hystérie de l\u2019un et la manie de l\u2019autre, nous devions être impressionnés par un savoir-faire qui nous échappe.La construction de l\u2019usine Hyundai créera environ 3 000 emplois.D'accord, mais une multinationale est une multinationale, la Corée du Sud est une dictature politique.Obnubilé par l'argent, par la promesse d'emplois, par le sourire du pouvoir, on ne les voit pas.Notre silence sur les portes qui se verrouillent à Séoul est enseveli sous le vacarme majoritaire qui applaudit et acclame la transaction.Faute de choix, n'est-ce pas ?C'est ainsi, dans la manipulation politique de la peur et de la reconnaissance, que la pensée critique perd sa raison.Plus d\u2019un siècle après Darwin on entre de nouveau dans une dure lutte pour la vie qui a déjà très mal tourné.Vendredi, le 22 novembre Le fameux débat des chefs s\u2019est terminé par un match nul.La campagne électorale est nulle aussi.Nuls sont les enjeux et unanime est l\u2019électorat : 8 Be 161 umf - | Jo l'énergie aux États-Unis, l\u2019aide de l\u2019État à l\u2019entre- POSSIBLES 14 prise privée.Le monde des affaires en est content.des intellec- o Peut-être la campagne n'est-elle pas un match nul tuels(le)s \"5 après tout.Lundi, le 25 novembre Johnson a joué au pool avec des chauffeurs de la Commission des transports de Laval tandis que Bourassa a joué à la séduction des personnes âgées de la Résidence Angelica au centre Les Cascades.| Le PQ mène une guerre de tranchées, offrant à des groupes spécifiques quelques engagements limités.En l'occurrence, un office de la protection des personnes âgées ; des modifications au programme Logirente pour, entre autres, aider financièrement des gens qui rénovent leur maison afin d\u2019y loger leurs | parents âgés ; une amélioration des services d'urgence, surtout une augmentation du nombre de lits dans les hôpitaux, cette dernière faisant partie des réformes des services de santé que les libéraux ont déjà annoncées, au coût de $ 150 millions.Des détails, mais une élection se gagne par les détails.Jeudi, le 28 novembre Bourassa promet que Petromont aura tout son appui.Il s'agit de gagner Bertrand, thème qui revient le soir lors de l'interview de Pierre Nadeau avec le chef du PLQ.Nadeau est manifestement agressif, se prenant pour un journaliste qui allait enfin démasquer le prétendant mais Bourassa | l'éponge dans la vacuité de la campagne.Est-ce ; possible que l\u2019histoire soit encore plus banale : un | gars qui ne lâche pas, qui a fait ses pénitences, et | qui revient tenter ses chances de nouveau, légèrement changé mais fondamentalement resté le même, comme nous tous 2 162 Ea ery Journal d'une campagne excessivement platte Vendredi, le 29 novembre La suite du débat qui n'a pas eu lieu.Nadeau reçoit Johnson.Le ton est posé.La mise en scène évoque la gravité d\u2019une voûte de cathédrale.En fait, les péquistes sont très catholiques, la petite catéchèse de la nation dont les échos se font entendre dans le discours moralisant de la petite bourgeoisie de gauche, péquiste par excellence, même et surtout lorsqu\u2018ils prétendaient le contraire.C'est la note qui sonnait toujours faux chez le PQ.Johnson voulait éliminer l'équivoque et tombait dedans, car le PQ c'est l'équivoque et il est difficile d'échapper aux origines.À la fin de l'entretien Nadeau demande à Johnson s\u2019il pense à son père, ce qui nous permet de rentrer dans la célébration de l'office.Lundi, le 2 décembre Je ne vote pas.Les anarchistes ont un slogan : si le vote pouvait changer le système, il serait déclaré illégal.Un slogan dangereux, qui suggère que le pouvoir peut tout faire, tandis que le vote, comme les autres droits légalement consacrés, lui impose des limites, témoigne de l'esprit démocratique ou de ce qui en reste.Un slogan non pas faux pour autant, car le pouvoir contemporain cherche surtout à se faire légitimer.Des républiques démocratiques et populaires prolifèrent avec des taux très élevés de participation électorale.Peut-être est-il plus correct alors de ne pas voter, de refuser la séduction offerte, même dans les démocraties libérales qui n\u2019en sont plus 2 Question pénible, épineuse, qui s'ouvre sur l\u2019état pénible du monde, à laquelle aucun mot d\u2019ordre ne peut répondre. % # SE os ne | i ] .U cé al .i f A A y x A ax 33 .= 5 22 5 / 5 7 i 2 5 5 e 2 Melvin Charney Une construction à Calabria 1983 Pastel et conté sur papier x 28 cm Projet concu pour le Museo d'arte moderna di Santa Barbara Regio Calabria, Italie Ë | 4; mére ee A LISE GAUVIN C'est-à-dire lls étaient mal à l\u2019aise.Ils ne savaient pas trop : au juste pourquoi ils étaient là.C'est-à-dire pour- k quoi on les avait convoqués à cette réunion.Ou plutôt, vu qu'ils étaient des adultes équilibrés, consentants et si possible autogérés, pourquoi ils s'étaient convoqués eux-mêmes.Îls étaient tous là pourtant, collectif hétéro-homogène \u2014 à moins que ce ne soit l'inverse \u2014 d'individus unanimement distincts.Dehors il faisait beau.L'automne brillait de ses derniers feux.La soirée venait à peine de commencer.certains avaient dû s\u2019arracher aux douceurs de la compote- aux-pommes-maison (pas facile à placer le mot maison dans la compote-aux-pommes ; vous remarquez | que j'ai mis des traits d\u2019union partout, cela fait plus | professionnel, style Raymond Oliver.Je trouve en tout cas.Pas vous ¢ A vrai dire, il y avait aussi des péches dans la compote.Alors je vous laisse le soin de trouver l'appellation qui convient.Moi, je préfère revenir à la réunion) pour un talk-show vespéral dont l'objectif était de contribuer au mieux-être de l'humanité.Comme d'habitude en pareil cas \u2014 car c'était l\u2019un de leurs loisirs favoris \u2014 il y eut un certain glissement à savoir qui parlerait en premier.Cette initia- E tive entraînait généralement la responsabilité de l\u2019or- Ë dre du jour, qui à son tour donnait le privilège de i 167mm} LL ue cut : IBLES Je la récapitulation finale, synthétique, devant tenir possie s compte des conflits internes et externes qui se seraient des intellec- manifestés, ce que d\u2019aucuns appelaient les forces tuels(le)s vives.lls n'étaient pas particulièrement procéduriers mais depuis la scission d'avec l\u2019ancienne équipe, ils avaient essayé de se systématiser un tant soit peu.! ne restait plus d'ailleurs du groupe initial qu'Anatole, Arthur, Anita et Antoinette, auxquels étaient venus se greffer il y avait quelque temps déjà Irène, { Gertrude et Jérôme Sansregret \u2014 que l\u2019on avait fini ; par désigner uniquement par son nom de famille, | à la différence des autres, dont on n\u2019utilisait que le | prénom \u2014 puis, plus récemment, Irma et Philibert.Quelques-uns parmi les nouveaux avaient été recrutés pour leur sens social et civique percutant, qu'ils avaient eu l\u2019occasion de prouver et d'éprouver au cours de multiples discussions et réunions analogues.Il y avait un air d\u2019hésitation dans la salle.Arthur était arrivé mais avait réussi, une fois de plus, à dis- araître provisoirement.Antoinette était fière d'exhiber le splendide cartable blanc moucheté de noir qu'elle avait acheté pour ramasser les textes du numéro en préparation.Gertrude avait apporté un cahier pour prendre des notes.Irène se disposait | à faire circuler une feuille qu\u2019elle avait fait polycopier lorsqu'Anita demande pourquoi au juste ils étaient réunis.Ce fut le déclencheur de l\u2019action, c'est- à-dire de la réunion.ar re On commença par régler les affaires courantes, ou plus exactement les affaires stagnantes, les autres ayant généralement le don de se régler toutes seules.Irène parla de son enquête sur les abonnés de la revue et invita les uns et les autres à examiner les statistiques qu'elle avait pu élaborer à ce sujet : un travail de bénédiction, dit-elle.De cela, il ressortait | avec netteté que l\u2019abonné-type était une institution, [ sans sexe ni profession reconnue.Dans les autres catégories, on remarquait une concentration impressionnante de professeurs, puis les spécimens les plus NE 1 6.8 05% a inl, ui C'est-à-dire divers : joaillier, jardinier-paysagiste, député, prêtre, journaliste, chanteuse, etc.Donc, un public-cible difficile à identifier avec précision, pour dire comme on dit dans le marketing.Antoinette en profita pour annoncer que la dernière campagne de promotion organisée par l\u2019APRRN (Association des petites revues rares mais nécessaires) faite dans des magazines à grand tirage, avait rapporté beaucoup de nouveaux abonnements aux dites revues.Combien pour Vraisemblable ?\u2014 c'était le nom de leur publication \u2014 lui demanda-t-on aussitôt.Elle ne sut répondre.On parla ensuite du numéro en préparation, des textes qui étaient rentrés et des autres qu'il fallait encore réclamer.À ce moment-là, Arthur entra.Cela ne pouvait mieux tomber, vu qu\u2019il était responsable de l\u2019iconographie pour ce numéro.Evidemment, les oeuvres de l'artiste choisi n'avaient rien à voir avec le thème mais on ne s\u2019en inquiétait pas trop, étant donné qu'il n\u2019y a pas de sujet en art.C\u2019est bien connu.Bref, on était maintenant prêt à attaquer la pièce de résistance : le numéro à venir, qu\u2019on avait décidé de mûrir longuement par des rencontres ad hoc.On aura compris qu'il s'agissait là de l\u2019objet, pour ne pas dire du sujet \u2014 puisque celui-ci n'était pas encore tout-à-fait déterminé \u2014 de leur réunion.Anatole le rappela à Anita, qui avait osé demander pourquoi ils étaient là.Anatole prit ensuite la liberté de désigner Sansregret comme président de séance, ce qui est un bien grand mot pour dire qu'il devait faire en sorte que tout le monde ne parle pas en même temps.Il était normal que Sansregret préside, ajouta- t-il, puisque c\u2019est lui-même qui avait lancé l\u2019idée de ce numéro sur \u2014 mais oui, au fait, il y avait un sujet \u2014 les intellectuels.Il s'agissait toutefois d\u2019une simple proposition de travail.Rien de fixe.On verrait.Voilà pourquoi, d\u2019ailleurs, il était nécessaire de discuter.Ainsi parla Sansregret.160m] NN 1 70 Anita dit que sur un pareil sujet, elle verrait bien un article traitant du fonctionnement différent des hommes et des femmes.Irène suggéra de demander un texte à Élise Latraverse, qui aurait sûrement des idées là-dessus.Anatole répliqua qu'il n\u2019y avait pas de raison particulière pour s'adresser particulièrement à Élise Latraverse.Antoine et Irma se lancèrent ensuite dans une longue modulation à voix alternées sur la grand\u2019peur des intellectuels qui sévissent depuis fort longtemps, pour ne pas dire depuis toujours, en ce pays (sic).Antoinette pensait au personnage d\u2019Ovide Plouffe, un vendeur de chaussures amateur d'opéra, lui-même chanteur à ses heures et soucieux de littérature, qu\u2019un romancier des années 40 avait présenté comme éminemment ridicule et avait caricaturé avec allégresse.Les temps avaient-ils vraiment changé 2 Antoinette entendit Sansregret se donner la parole et dénoncer le jansénisme séculaire d\u2019une société qui, semblait-il, avait aboli le principe du plaisir.Antoinette avait dû être distraite quelque temps, car elle ne comprenait pas très bien comment la peur des intellectuels se muait si rapidement en peur du plaisir.À ce seul mot, chacun se mit à discuter sans ordre et Sansregret, décontenancé, exigea qu'on demande la parole.Irma la prit.Son intervention fut remarquée.Elle dit qu'avant de se lancer dans un numéro sur les intellectuels, il fallait peut-être s'entendre sur une définition.Qu'est- ce qu\u2019un intellectuel ?demanda-t-elle avec fermeté.La question était pertinente.Cela ne faisait aucun doute.Chacun acquiesca en silence.Un ange passa.Irma reprit la parole pour affirmer qu'à son avis, l\u2019intellectuel était d'abord un lecteur de signes et un donneur de sens, c\u2019est-à-dire une conscience.Philibert répliqua qu\u2019on n\u2019était plus au temps de Sartre et de Raymon Aron.Il y aurait maintenant, selon lui, deux sortes d\u2019intellectuels, les intellectuels avec emploi et les intellectuels sans emploi.Pour les seconds, il serait extêmement difficile de parler, de dire vraiment ce qu\u2019ils pensent, parce qu'ils n'ont pas les moyens de s\u2019aliéner d'éven- ian) FR POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s gd C'est-à-dire tuels employeurs.Gertrude dit qu\u2019ils manquaient de courage.De toutes facçons,-ajouta-t-elle, il n\u2019y a plus de débats d'idées.On est passé du hard au soft.Il n\u2019y a plus de doctrines, plus d\u2019enjeux.Personne ne veut déplaire à personne.Et on s'aperçoit que tout est beaucoup plus complexe qu'on ne l\u2019imagine.Ce n\u2019est pas une question d'âge ou de sagesse, reprit Philibert.C\u2019est que certains ont une job et d\u2019autres pas.Il y a quelques années, toute personne scolarisée pouvait espérer du travail.Même la contestation était rentable, de ce point de vue.Antoinette se risqua à poser une question qu'elle formula comme une question préalable, a savoir si oui ou non eux-mémes, autour de la table, ils se considéraient comme des intellectuels.S'ils s\u2019incluaient ou s'excluaient de l\u2019ensemble un peu flou qu\u2019ils essayaient de constituer.On lui répondit que cela était évident.Elle dit « évident quoi?» Ils dirent « inclus, voyons ».Elle bredouilla que les numéros antérieurs n'étaient pas très clairs sur ce point.On lui signifia qu'elle était hors d'ordre.Elle se lança alors dans des propos passionnés dans lesquels elle présenta l\u2019intellectuel comme occupant un rôle essentiellement critique, c\u2019est-à-dire comme un être capable de distance face à son milieu, surtout apte à poser des questions et se méfiant des solutions toutes faites, des systèmes trop parfaits, même de ceux dont on dit qu'ils sont d\u2019abord liés à l'expérimentation\u2026 Anatole ne lui laissa pas le temps d'achever.Il décréta qu'il y avait deux sortes d'intellectuels, l\u2019intellectuel organique et l\u2019intellectuel critique.Cette distinction eut l\u2019heur de déplaire à tous en général et à chacun en particulier.Certains l\u2019attaquèrent d\u2019un point de vue théorique.D'autres d\u2019un point de vue pratique.Antoinette en tous cas \u2014 si son prénom revient plus fréquemment, ne vous en étonnez pas, elle pourrait bien être la narratrice, ce qui est une façon d'être à la fois témoin et participant : on ne peut rien vous cacher \u2014, qu\u2019Anatole avait classée yal | | parmi les intellectuels critiques, répliqua que son organicité et ses implications diverses l'empêchaient souvent d'exercer son activité critique.Philibert revint alors au sujet du numéro et demanda que celui-ci porte sur le changement.Gertrude dit qu\u2019il ne faudrait pas oublier qu\u2019un livre peut aussi changer la vie.Anatole déclara qu'on avait le choix entre restreindre le sujet et faire appel à des spécialistes à l'extérieur du groupe ou laisser le comité de rédaction s'engager lui-même à la traiter à sa manière.Sansregret souligna que le mot engagement apparaissait pour la première fois au cours de la soirée.Philibert ajouta qu'il faudrait aussi parler du pouvoir et des stratégies de pouvoir.Mais il se faisait tard et quelqu\u2019un proposa de lever la séance.Sansregret conclut que tout cela était fort intéressant, qu'il y avait sûrement matière à un numéro.On s'entendit pour inviter Denise, Jacob et Guy à la prochaine réunion afin de reprendre la discussion.C'est-a-dire.LE POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s a YOLANDE VILLEMAIRE eh Visions pour 1986 1986 a été déclarée Année Internationale de la Paix lors de l\u2019ouverture de la 40° session de l'assemblée générale de l\u2019Organisation des Nations Unies.Nous savons tous et toutes, intuitivement, que l'expérience essentielle d\u2019une vie humaine est reliée, de façon plus ou moins directe, à l'expérience innommable, à peu près repérable dans l'aire sémantique du mot paix.Soyons claire : c'est une sensation physique.Sensation physique que je n'éprouve pas au moment où j'écris ceci, le mental tendu par l'anxiété du texte à écrire, des mots à choisir, du sens à capter et à transmettre.Je mets mes mains sur mes yeux | pour soulager la tension, j'inspire et j'expire plus ; consciemment.Déjà, je me sens mieux.L'effort que je fournis pour syntoniser la bonne fréquence devient la cause de la tension dont je cherche justement à me défaire.Je vois mon corps libéré de cette souffrance en 1986.Je vois chacune des cellules de mon corps saturée de lumière, énergisée, vitalisée comme par un soleil intérieur que je nourris à chaque seconde de ma vie en respirant.Je me vois en train de danser, de patiner, de nager, corps en mouvement dans l'espace, corps heureux, libre, pacifié.173 mmf Pendant 36 ans, je me suis rebellée contre la matière.J'ai pesté d\u2019être un ange déchu qui se souvient.I! y a dans mon organisme encore beaucoup de colère.J'en a voulu à mes parents de m'avoir conçue et je m'en suis voulu, à moi, de m'être incarnée dans un corps, encore une fois.Le jour même de ma naissance je hurlais d'horreur rien qu\u2019à l\u2019idée qu\u2019il me faudrait, encore une fois, grandir et souffrir, aimer et mourir, encore une fois.Je joue à ce petit jeu depuis des millions et des millions d'années.J'ai vécu et j'ai appris, accumulé du savoir et de la sagesse, une expertise et des expériences.J'ai été empereur et clocharde, princesse et simple d'esprit.Mais voila, qu\u2019encore une fois, je suis revenue à zéro.Je n'étais plus rien, rien qu\u2019un nourrisson vagissant, dépendant pour sa survie, vulnérable et impuissant.Je n'ai pas du tout aimé.Avec moi est née la colère.Celle qui fait sauter les bombes terroristes et qui déclenche les mitraillettes un peu partout dans le monde.Avec moi est née la guerre, la haine, la violence.Je suis née dans un bain de sang, dans la chambre de mes parents, dans un petit village du Québec, cinq ans après la fin de ce qu'ils ont appelé la Deuxième Grand Guerre.Je suis née furieuse.Furieuse d'être née.Quand j'ai mal au bras comme en ce moment, je sais que c'est cette vieille colère de ma naissance qui est en train de se décoder.Je suis en train de passer, encore une fois, du corps de ma mère au monde et j'ai le bras coincé entre la chair et les forceps, un cri étranglé dans la gorge, les yeux brûlants de rage.Non : je ne voulais pas naître.Et lai rongé mon frein pendant 36 ans.Je ne sais pas si c\u2019est parce que nous sommes en 1986 que je sais maintenant que ne pas vouloir naître c'est comme ne pas vouloir mourir.Je 174 POSSIBLES Du côté mM des intellectuels(le)s Big J dite intl, he Visions sens qu'il y a beaucoup d\u2019anges qui se sont appro- pour chés de la terre pour 1986 et qui nous transmettent des idées auxquelles personne sur cette pla- néfe n\u2018aurait osé accordé la moindre attention dans le passé.Je ne sais pas si ce sont des anges ou des extra-terrestres ou quoi.Je ne sais rien sur la Source sinon qu'il y a une Source et qu'elle laisse des empreintes dans mon mental que j'identifie comme étant des idées.Je les localise très rarement par moi-même, bien que ça puisse aussi m\u2019arriver.Mais, généralement, je reconnais les empreintes quand quelqu'un d'autre nomme l\u2019innommable.Je connaissais bien sûr, comme chacun d'entre vous, le mot : immortalité.Il me laissait totalement indifférente bien que j'aimasse (qu\u2019on me pardonne cette coquetterie subjonctive) l'adjectif immortelle avec ses doubles m et ses doubles /.Je suis en train de me faire légèrement impertinente parce que l'hésite à dire ce que je suis pourtant née pour ffir.mer.L'immortalité est possible.Et je ne parle pas de l\u2019immortalité de l\u2019oeuvre.J'ai déjà été Goethe, on m'a reconnu à ma juste valeur, je vous remercie tous mais là j'ai des troubles avec mon chum qui était ma femme à l\u2019époque, ça donne pas grand chose d'avoir été Goethe sinon un petit velours pour l\u2019ego (THE EGO VON GOETHE).Je ne parle pas non plus de l\u2019immortalité de l\u2019âme parce que c'est une évidence.Je n'aurais jamais dit ça il y a quelques années mais maintenant je le dis.Maintenant, oui, c\u2019est une évidence.Je parle d'immortalité point.Je dis que la mort est une idée.Rien qu\u2019une idée.« Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ?» Moi je trouvais que c'était Péloquin qui était cave, évidemment.N\u2019empéche.L'intérêt de cette idée nouvelle peut sembler douteux.|| l\u2019est.À quoi ça peut bien servir d'être 175 mmf R: immortel ?Je le sais pas.Mais j'aime l\u2019idée.J'aime l\u2019idée effrayant.J'aime beaucoup l'idée que je n'ai pas à mourir même si je suis née.Je n'ai pas du tout, mais pas du tout peur de la mort.Je suis morte un nombre incommensurable de fois et c'est souvent bien moins pire qu'un mal de dents ou une peine d\u2019amour.Autant je n'ai pas voulu naître, autant je ne veux pas mourir.Je ne veux pas mourir parce que j'accepte d'être dans un corps, d\u2019être soumise aux lois de la matière et de cette planète, captive d\u2019une vision du monde qui ne nous rend pas heureux personne, laisse mourir de faim un milliard de personnes par année et éclater des conflits partout.J'accepte enfin d'être née ici, sur cette planète, il y a trente-six ans, sous cette loi, dans la matière.J'accepte d'être née femme, Québécoise, fille de Normand et d\u2019Evangéline, baptisée dans la religion catholique, petite-fille de Marie-Ange et de Wilfrid, d\u2019Emile et de Jeanne, élevée dans le bon parler français et le respect des autres, le flower power, la Manicoutai et P.S.| love you, le LSD et l\u2019acupuncture, le RIN, le FLQ, le PQ et les enfants du Verseau.J'accepte.Je vois qu'en 1986 l\u2019idée même de la mort s\u2019estompe.On parlera d'immortalité.I! y aura des atomes d\u2019immortalité qui se manifesteront dans nos vies quotidiennes.Une cellule de notre corps, un jour, en patinant, en écrivant une lettre, en faisant \u2018amour, en mangeant une orange atteindra à l\u2019immortalité.Une seule petite cellule de notre corps.Un atome de paix.Puis une autre et une autre et une autre.Je vois qu'en 1986 la paix passera du niveau conceptuel au niveau expériencel.Même si ce n'était qu\u2019un instant de paix, il pourrait changer le monde.Ca m'est arrivé dans le métro de Brooklyn, le 26 octobre 1985, pour la première 176 PossiBLes | Du côté pl des intellectuels(le)s Why I tofg Sil, ee Visions fois.Entre deux stations, dans un wagon roulant pour 1986 ea a.à un train d'enfer.La paix était en chacune des cellules de mon corps et dans les yeux et les visages des hommes, des femmes et des enfants, Blancs, Noirs et Jaunes debout ou assis dans ce wagon du train F un samedi après-midi vers cinq heures.Ça a duré l\u2019espace d\u2019un instant mais c'était assez pour imprimer tout mon bio-computer de part en part d\u2019une manière indélébile.1986 sera l\u2019année des transmissions.Il y a quelque part dans le cosmos une Source qui émet de la Lumière.Et cette Source est en nous.177 § Ataciaans ab T 8° f apn Melvin Charne 3 Fragments d\u2019une ville oubliée, n° 1984 Pastel et conté sur a ier ,5 x 40, cm Photo de Denis Farley our Berlin Projet concu à l\u2019occasion de l'exposition internationale Bauausstelung 1984-87 PIE | i A pic rrscicecseisie MICHELLE DUBOIS .$ Lo main des mots le livre la page le mot entre les bruits de l\u2019encre dure entre les flots d\u2019un espace haletant la silhouette du silence inversée dans le blanc vire au rouge brasier secoué par le vent POSSIBLES om Du côté den des intellectuels(le)s étale un signe sur le dos du geste bouge à peine se remet sur le ventre et la courbe reste plus bas volute affaissée mûre 182 te i La main des mots leg.(le antennes comme des bijoux qui vibrent l'émail du coeur protège la floraison hâtive sans dureté mais reflet du dire assoupi tout autour et savoir quand même le chant ténu tenace de la dérive sur tes yeux 183 HE] [HR A Ne TEE ST OCR fame POSSIBLES des m Du côté des intellectuels(le)s debout petite heure d'envergure trois rayons filtrés oussière lumière a main saisit le pan du temps pour un accroc la fissure qui résiste ersiste a tache blanche dans le trou 184 Ses | côté nel.ley La main des mots un mot cherche sa peau à vif dans le sens s\u2019enlise dans le remous charnu ravage en flèche secoue l\u2019accoutumance des veines gangue la bouche ravale monnaie sonnante sous le muscle lové rose du palais salive un geste nu dans le départ des membres syllabe bascule un écho lèche le miroir POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s la main coule son autre désordre derriére le fracas se tord de mort mage éventrée sous la charrue regarde le beau sol semé de pierres le beau sol de sable semé de sueurs en éclats ravage le rêve outrepasse perdure dans le fendillement crépite avec la croûte de pollen noir sous la mâchoire ahanante des vents masqués de hennissements etlavie par surcroît pousse dans ton autre main 186 Jam des M ls fle.La main des mots les dents ne suffisent plus fermées les yeux à la rescousse patinent déjà dans des châteaux polaires les crocs jubilent dans les caves de vin noir les ongles s\u2019aiguisent sur le sable dur 6 chite pour polir le plaisir des bouches humides le long des parois de mousse verte ô glissement le long des horizons à peine tendus tendres OU verts déjà la morsure au ventre des souterrains la faille pour couler l\u2019eau qui broie le rocher jusqu'au coeur le feu dans le cri qui murmure sa faim ce que l\u2019on dit de soi au matin comme la fougère qui déroule ses pousses à l'ombre des mots verts tout le friselis cueille un silence spirale étoile étale qui prend l'oeil pour sa main et se projette dans le dégel de l\u2019ombre un petit feu végète accroupi au bord du souffle long qui ne dira rien des dents qui le rongent de l\u2019acier qui se lève des pierres que le temps déroule autour des braises pour le chant et l\u2019étreinte vire au jaune aurore le jour mord l'épaule déjà l'effort déjà le corps dans sa tanière cherche l'alibi de midi chaque matin les os retrouvent le silence du tapis rouge qui absorbe le cri de la nuit POSSIBLES Du côté des intellectuels(le)s en > put \u201d poy IEEE oe oo ce vu P Ria fi res rico > EE fir inl = 265 i le OD bé (oi.34 lL .ier cm ru sore vig vers re 2 i GE 1985 1 A Le Le H £ # Re Ë 35 3 # Pi a ë sé ; LA je [| in Charney .2 i ki 7 Hoo i mr £, 7 17 2 54,5 x 74 i Melv % Ts Zs J Photo de l'artiste TE 2 i É fe i ét \u201c4% g 2 i 4 onl y pan 3 pe £ A £7 2 Poe rtrd\u2019 i 2%, io 57 52 g Gé pet \u20ac 0, 58 08 Pastel et conté sur > to snanei \u20ac ngs 4 i 5 2 Ye 2 CE eve on pias 4: 7 $ ee paz Po Le ai ROVER on Eee a 72 LE 4 i 2, 5 19 2% ui 2 # 52 A 1 epaéaitiqus A Bi A 4 He.Pr.7 aie ; a ih: A i vs 4 i gs ome ce BA 0% ete Lo oar on, ai i 5 nami po ho A TN py gon Rn te i LA ca can Ep se ! ren cie idsia Le 2 ie ré sus 4 Le 5 se fo oi 7 3 | a Retlaw, Alberta.ville oubliée 7 5 : Se ; 2 5 7 2 eu : a i | E 3; c Gps Ss ab bi i i ; A 5 2 PES 5 % 2 44 hy 7 p.Ste-Anne Pts, = 2 i 2 o Sd A i 7 er Fon von Tr # 2 3 4; 2 di edie | Hi pee pe < pg ps à 23 ais su en re x cs & SE A % 9 i 5% J & bl 27e 4 i i: & % 2 pa \u2014 ake = : \u2014 COURTEPOINTES ET POINTES SÈCHES AA La rage d'avant-garde Avant tout autre commentaire, il faut dire que la série « Défi mondial » que nous a offerte Radio- Canada mérite toute notre estime.Beaucoup d'images percutantes et d'excellents commentaires de Peter Ustinov.Là où ça cloche, c'est à la dernière émission : celle du 10 janvier 1985.Là, Servan-Schreiber, dont un livre a inspiré la série, se fait quelque peu simpliste par souci d\u2019avant- garde.Son « défi américain » est suivi du défi japonais, qui devient le défi mondial.Il y a des problèmes partout \u2014 dans le tiers-monde surtout \u2014 mais le Japon tient la solution : l\u2019informatique.Est-ce sérieux ?Voici la réponse d\u2019un spécialiste.Le Nouvel Observateur du vendredi 2 décembre 1983, publie une entrevue avec Joseph Weizenbaum qu'il présente ainsi : « Professeur de E \u2018computer science\u2019\u2019 du Massachussetts Institute of Technology (M.I.T.), aux Etats-Unis, Joseph Wei- zembaum est l\u2019un des papes de l'informatique.C'est lui qui inventa le célèbre programme Eliza qui permit à l'ordinateur, pour la première fois, de dialoguer avec les humains.» Voici quelques- unes de ses réponses aux questions du N.O.: « La science est arrogante et la tentation est souvent grande d'envoyer des ordinateurs où il y a des problèmes.Le tiers-monde a faim.Donc, il faut l\u2019in- 193 HR 1 formatiser.L'école est en crise.Donc, on y met des POSSIBLES *** computers.Cela amuse les enfants un moment.32%, | si Mais cela ne résout rien.Si vous avez |'appendi- tuels(le)s cite, vous ne guérirez pas en prenant de l\u2019aspirine.» ll dit ailleurs « qu\u2019un nouveau mal scolaire a été inventé ».Certaines vogues, comme celles de l'encyclopédie et de la télévision ont précédé la panacée de l'informatique.Les avant-gardistes n'aiment rien tant que de découvrir le salut universel.Quant aux vertus de l'ordinateur personnel, le « nec plus ultra » de l'informatique, Weizem- baum répond : « Un groupe d'enfants a appris la géométrie sur computer.L'autre sans.Six mois après, on a testé les uns et les autres en leur demandant entre autres, de construire un angle droit avec un compas.Les enfants « ordinateurs » en furent incapables.» « Quant à l\u2019ordinateur proprement dit, je crois qu'il réduit la créativité de l'enfant.» La thèse de Servan-Schreiber n'est pas nouvelle.Il y a quelques années déjà, Alvin Toffler, dans « La troisième vague », avait tenté de décrire la société informatisée.II semble évident que si l\u2019informatique, au sens large du terme, se généralisait, loin de stopper l\u2019atomisation et la séparation qui a tendance à prévaloir dans nos sociétés, elle les accentuerait.Les endroits où les gens se rassemblent et peuvent encore former des groupes seraient abolis : plus d'usines, de bureaux, d'écoles ! Chacun « pitonnerait » sur son clavier et se robotiserait.Plus de relations entre hommes et femmes ! Si je suis bien informé, les robots ne font pas l\u2019amour.Qui dominerait dans ce type de société ¢ Les marchands d\u2019ordinateurs, les mémes ou les cousins de ceux qui, aujourd\u2019hui, constituent « l'élite » du pouvoir.Il n'est, hélas, pas exclu que ce type de société ne vienne à prévaloir.Est-ce une bonne raison pour que les avant-gardistes enfourchent ce dada, comme ils l'ont fait pour les encyclopédies à bon marché et la télévision a gogo ¢ Marcel Rioux ME 194 lg Courtepointes th et oe pointes séches (els L'écrivain malgré lui Depuis quinze cents ans au moins les chrétiens ne sont plus jetés en pâture aux lions mais un émule de ces héroïques martyrs vit parmi nous ; le saviez- vous \u20ac Son prénom est Jean (comme l\u2019Évangéliste et le Précurseur) mais il est mieux connu par son surnom de « petit gars de Shawinigan », une ville de Mauricie mineure évangélisée depuis longtemps par les libéraux.Jean Chrétien vient donc de nous livrer son (nouveau) testament politique.En fait, il serait prématuré de parler de testament car le combatif évangéliste n\u2019a pas du tout l\u2019intention de quitter l'arène ; il lorgne plutôt vers le siège de Pierre (Trudeau).L'ex-ministre vient donc de lancer un pavé dans la mare aux grenouilles, pavé intitulé, Dans la fosse aux lions! et, dans sa version anglaise, (biculturalisme oblige !), Straight from the heart.Le titre français met l'accent sur les dangers de la politi- : que et souligne le côté combatif du personnage ¥ mais c'est le titre anglais qui révèle le mieux ce dont nous voulons parler ici : une parole jaillie du coeur, plus vraie parce que non médiatisée par l'écriture.Ce qui m'a le plus frappée dans cet ouvrage, c'est son indépassable avant-propos (en fait, je ne suis pas vraiment parvenue à le dépasser.).Cet avant-propos m\u2019a plongée dans des abimes de réflexion que je vous livre en toute simplicité, chers lecteurs(trices), afin de vous en faire partager la profondeur.Tout le monde a bord du bathyscape ! Nous descendons.1/ Les Éditions de l'Homme, 1985 De toutes les personnes que je connaisse, la plus POSSIBLES que étonnée d'apprendre que Jean Chrétien publie un des ot ec.ss livre, c'est Jean Chrétien lui-méme.tuels(le)s Ajoutons que nous sommes pour le moins aussi étonnés et continuons notre lecture : Il y a quelques mois a peine, un de mes amis me fit comprendre qu'il était impensable que je me lance dans pareille aventure.Mi-sérieux, mi- blagueur, il me dit : « Jean, on m\u2019informe que tu nous menaces d\u2019un livre ! » Il n\u2019en revenait pas, un peu comme si on lui avait annoncé que tel joueur de hockey avait décidé de devenir patineur de fantaisie.C'est ici que ça devient intéressant.Arrêtons- nous un instant à l'opposition « joueur de hockey » (armoire à glace, patineur sans style, souvent bagarreur, connotation virile) et « patineur de fantaisie » (svelte, léger, gracieux, connotation féminine).Cette opposition est éclairante ; au Québec tout ce qui s'éloigne de la nature pour se rapprocher de la culture est soupçonné à tout le moins de manquer de virilité.Ah! ces sympathiques bûcherons\u2026 Je suis un politicien, pas un homme de lettres.L'idée d'écrire un livre ne fut donc pas la mienne.Politicien est un terme le plus souvent péjoratif en français.Avec la lucidité qui le caractérise M.Chrétien se présente sans fard.Nous sommes tout près de nous incliner devant tant de sincérité mais un doute surgit dans notre esprit\u2026 Tout s'explique si I\u2019on pense a l'anglais « politician », c'est comme la Banque mercantile.Nos perspicaces lecteurs(trices) auront déjà remarqué la subtile antithèse politicien/homme de lettres qui correspond à celle déjà évoquée joueur de hockey/patineur de fantaisie.Entendons je suis un homme d'action, de discours, je ne m'occupe habituellement pas de choses aussi futiles que l'écriture.« L'idée d'écrire F196 5 .as Courtepointes un livre ne fut donc pas la mienne ».Vade retro ne pointes sèchés Satana ! Lauteur-malgré-lui nous explique que c'est a une maison d'édition de Toronto qui l\u2019a finalement convaincu de céder à la tentation de faire un livre à partir de la transcription d\u2019entrevues accordées à un journaliste.C\u2019est déjà moins compromettant.On sait que les vrais hommes politiques n\u2019écrivent guère (parlez-en à Drapeau !), sauf des plaidoyers pro domo qu'ils nous infligent lors des campagnes électorales ou, à l\u2019heure de la retraite, des mémoires pour se venger de leurs ennemis.Les hommes politiques, à l'instar de Jésus ou de Socrate, parlent et leurs disciples recueillent pieusement les grandes vérités tombées de leurs lèvres.Aussi est- ce en rougissant jusqu'aux oreilles que le « petit gars de Shawinigan » nous apprend qu\u2019il a « commis » ce livre.Mon but n'était évidemment pas d'écrire une autobiographie politique définitive.Nous comprenons que le rival de John Turner veut nous dire que sa carrière politique est loin d\u2019être terminée ; mais qu'est-ce qu\u2019une autobiographie politique définitive ?Une autobiographie définitive serait celle où l\u2019auteur, sur son lit de mort, écrit d\u2019une main tremblotante : À 18 h 52, je mourus.Alors une autobiographie politique serait-elle définitive au moment où l\u2019auteur quitte la politique (ou que la politique le quitte.) 2 Méfions-nous ! Tant qu'il n\u2019est pas mort il peut revenir en politique.Il peut même gouverner tout en étant maintenu en vie artificiellement, comme Franco, ou encore en l'absence de toute activité cérébrale comme.(ici la charité nous interdit de citer des noms).Et cet ouvrage ne cherche pas à soulever de nouvelles controverses\u2026 Tout simplement, j'ai essayé, comme l\u2019écrivait Gérard Pelletier dans Les Années d'impatience, « de verser au dossier mon propre témoignage, partiellement inexact sans doute, 197 EE} comme tous les autres, mais susceptible aussi de POSSIBLES it jeter sur certaines situations que j'ai vécues un Du côté oe 2 qe des intellec- éclairage moins indirect.» tuels(le)s sls Que vous en semble ?Ne trouvez-vous pas que ces dernières lignes détonnent 2 Cela sent l'intellectualisme à plein nez ; l'engeance maudite a réussi à se faufiler jusque là ! Rassurez-vous, âmes sensibles, il s\u2019agit d\u2019un intellectuel maison, un libéral qui a bien commis quelques péchés de jeunesse (par exemple, recommander aux lecteurs de La Presse de voter NPD \u2014 autant prêcher le protestantisme au Vatican ! \u2014 ce qui démontre une certaine candeur, vertu tout indiquée pour une future colombe.) mais qui s\u2019est bien racheté depuis.Dans le chapitre six, intitulé « Se battre pour le Canada », nous avons l\u2019occasion d'apprendre tout le mal que le député de Saint-Maurice pense des | intellectuels québécois « d'ailleurs séparatistes | pour la plupart », qui ont « préféré la passion à la raison » (lire l\u2019indépendantisme au fédéralisme) et qui « ont perdu la confiance des masses ».Nous comprenons sa phobie d'être confondu avec les réprouvés pour avoir écrit un seul petit livre (certains furent pendus pour quelques lignes!).Sa faute n\u2019est pas sans rémission mais qu'il se garde de récidiver car alors il pourrait devenir membre de l\u2019UNEQ et sa réputation serait perdue à jamais.Comme nous avons du coeur, tout intellectuels que nous soyons, nous avons tenu à l\u2019avertir des dangers de la pente sur laquelle il s\u2019est si imprudemment engagé.Suzanne Martin NE 198 Big Tele le Courtepointes et pointes sèches Écran de fumée Désirant approfondir mes connaissances \u2014 en fait, réduire mon ignorance serait plus exact \u2014 en sociologie, j'interrogeai l\u2019autre jour un sociologue de mes amis : \u2014 Que penses-tu des théories de Henri Mystère 2 \u2014 Un fumiste, qui jette de la poudre aux yeux.\u2014 Et ce nouveau sociologue qui fait fureur à Paris, Fumesole.Fumerolle 2 \u2014 Un autre fumiste ! \u2014 Telle ne semble pas être l\u2019opinion d'Albert Laprade.\u2014 C'est un fumiste lui aussi.Je m'en retournai, perplexe, en me disant qu\u2019il n\u2019y a pas de discipline, si rigoureuse soit-elle, qui ne comporte sa part d'écrans de fumée.Suzanne Martin Collaboration spéciale à ce numéro : Guy Bourgeault, professeur en andragogie et chercheur au Centre de recherche en droit public, Université de Montréal ; Françoise Deroy-Pineau, sociologue et journaliste ; Michelle Dubois, écrivaine et professeure de français ; Jacques Godbout, chercheur INRS-Urbanisation, Université du Québec ; Marc Lesage, militant syndical à la CSN, étudiant au doctorat en sociologie ; Stephen Schecter, professeur, Département de sociologie, UQAM ; Yolande Villemaire, écrivaine.Pour l'illustration : Melvin Charney, artiste et professeur d\u2019architecture.Depuis une dizaine d'années ses oeuvres sont exposées au Canada, au Etats-Unis et en Europe.En 1981, elles ont été exposées à Berlin, Dusseldorf, et cet artiste représentera le Canada à la Biennale de Venise de 1986.Son travail artistique porte sur le rapport au site et à l\u2019environnement.Il vit à Montréal. N° 20 ET 21 NUMERO SPECIAL 260 P - 80F ALTERNATIVES QUEBECOISES e Mouvements sociaux et vie quotidienne e Economie alternative et développement local e Nouveaux medias et interventions artistiques Un ensemble inédit de reportages et de réflexions Commandes et abonnements à adresser à: Editions PRIVAT 14, rue des Arts F-31068 Toulouse Cedex e Vente en librairie:45F/numéro (Diffusion :DIFF-EDIT) e Numéro spécial 1985: 20/21.Alternatives québécoises, 80F e Abonnement (4 numéros/an) : Individuel :France 145F Etranger 180F.Institution :France 200F Etranger 265F.Privat © 3 -NOUVELLE SERIE ¥ » 12 MA ps « Tn &- se; A REVUE TRIMESTRIELLE - 19° ANNEE Prochain numéro « L\u2019autogestion : une utopie concrète » Quel est l'avenir de l\u2019idée d\u2019autogestion dans un Québec morose qui hésite sur son avenir Ÿ Que signifie concrètement ce possible pour ceux et celles qui continuent à animer coopératives de travail ou d'habitation, à faire du syndicalisme ou de la politique, à fonder des troupes de théâtre ou des revues @ À l'occasion de son dixième anniversaire, Possibles prépare un numéro double pour tenter de répondre à ces questions.Prévu pour août prochain, ce numéro servira de document de travail lors du colloque sur « l\u2019autogestion comme utopie concrète » que nous tiendrons fin octobre à Montréal.Nous espérons y raffermir les amitiés qui nous lient à ces militants et militantes des mouvements sociaux et culturels qui forment depuis 1976 notre premier public.Nous vous attendons à ce colloque.Son programme définitif paraîtra dans notre prochain numéro.Si vous voulez d'ici là des informations supplémentaires, adressez-vous à Gabriel Gagnon, aux soins de Possibles. QUESTIONS DE CULTURE Chague numéro compte environ 180 pages et est en vente dans toutes les librairies au prix de 12,00 $.Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou à: Institut québécois de recherche sur la culture 93, rue Saint-Pierre Québec (Québec) G1K 4A3 tél.: (418) 643-4695 Sous le titre «Questions de culture», l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture a entrepris de publier une série de cahiers thématiques, au rythme de deux par année.Chaque cahier se propose de faire le point sur un theme déterminé, non seulement en publiant des résultats de recherche, mais plus encore en ouvrant de nouvelles perspectives de réflexion.Sept ou huit spécialistes de disciplines diverses, rattachés ou non l\u2019Institut, sont invités à contribuer à la production de chaque numéro.Le contenu des cahiers ne se limite pas au Québec; il inclut des articles de nature plus théorique ou générale, ainsi que des textes favorisant la comparaison interculturelle (civilisations, nations, ethnies, régions, classes, sexes, \u2026).Ces cahiers s'adressent non seulement aux chercheurs et aux étudiants, mais à un plus large public qui s'intéresse aux divers thèmes abordés: les communautés ethniques, les cultures parallèles, l'architecture, les régions culturelles, le vieillissement, les industries de la culture, les jeunes artistes, la situation des femmes, les jeunes chercheurs, la culture des organisations, \u2026 «Questions de culture» est sous la direction de monsieur Fernand Dumont. 5 A *R 10-615520 { éâtre Jeu cahiers de séquences purely éatr ales pratique \\a dansé Vox et imag R Fle 4, magazné \\maginé vie de 5 Arts Nuit D \\anch evue et 4 image tu po \\ Lad |S CY {4 est pT Lg Prt parachulé propos d tt FE Ld gtid ictP Ru go\\ans R sistance ts c'es CL x oY verse\u201d te érives Étude < trançaisé = magazine © e barre \u20ac Le ç herbes oud spirale copie Z&f è çoises Lettres QV rindienn \\e mond Recher ches ançaise a Écriture Ÿ! possibles prote\u20ac TION D MITEURSDE PERIDDIQU RELS QUEBECQ (0 | Le 14) 7724 DISPONIBLES Volume 1 (1976-77) numéro 1 Tricofil Sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin 110 p.numéro 2 : Santé Question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante 4 p.numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête 249 p.Volume 2 (1977-78) numéro 1 Fer et titane : un mythe et des poussières Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard 142 p.numéros 2/3 : i Bas du fleuve \u2014 Gaspésie Poème de Françoise Bujold 240 p.numéro 4 : Mouvements sociaux Coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrançois 151 p.Volume 3 (1978-79) numéro 1 La ville en question qui appartient Montréal Poèmes de Pierre Nepveu 179 p.numéro 2 : L'éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : La dégradation de la vie 159 p.numéros 3/4 : Éducation Sur les chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.Poèmes de François Charron et Robert Laplante 292 p.Volume 4 (1979-80) numéro | : Des femmes et des luttes 207 p.numéro 2 : Projets du pays qui vient 158 p.numéros 3/4 : Faire l\u2019autogestion : Réalités et défis Poèmes de Gaston Miron 284 p.3,00 $ 3,00 $ 5,00 $ 3,00 $ 6,00 S 4,00 $ 4,95 S 3,95 $ 5,95 S 4,00 $ 4,95 S 5,95 S Volume 5 (1980-81) numéro | : Qui a peur du peuple acadien 2 numéro 2 : Election 81 : questions au P.Q.Gilles Hénault : d'Odanak à l\u2019Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l'Irlande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes Volume 6 (1981-82) numéro 1 Cinq ans déjà\u2026 L'autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro : Abitibi : La voie du Nord Café Campus | Pierre Perrault : Eloge de l'échec numéros 3/4 : La crise.dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : lecons de solitude Volume 7 (1982-83) numéro 1: Territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : Québec, Québec : à l'ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal numéro 3 : Et pourquoi pas l'amour Volume 8 (1983-84) numéro | : Repenser l'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme Numéro : Des acteurs sans scène Les jeunes L'éducation Numéro : 1984 \u2014 Créer au Québec En quête de la modernité Numéro : L'Amérique inavouable 182 p.157 p.328 p.177 p.195 p.274 p.206 p.161 p.170 p.197 p.200 p.184 p.189 p.4,95 S 4,95 S 6,95 $ 4,95 S 4,95 S 5,95 $ 4,95 S 4,95 S 5,00 $ 5,00 $ 5,00 $S 5,00 $ 5,00 $ Volume 9 (1984-85) Numéro Le syndicalisme à l'épreuve du quotidien 208 p.5,00 $ Numéro 2 \u2026 et les femmes 187 p.5,00 $ Numéro 3 Québec vert.ou bleu ?204 p.5,00 $ Numéro 4 Mousser la culture 174 p.5,00 $ Volume 10 (1985-1986) Numéro 1 Le mal du siècle 187 p.5,00 $ NOM + = + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + 5 + + + + + \u20ac + 4 + 2 + + 3 = 2 50 0 8 Adresse = + + + + + + + + + 5 + + + = = + + 5 + + + 8 4 + + 5 6» 4 6 4 + 2 6 4 + + 4 84 0 Ville +.++ + + + + 4 + + + 6 4 + + + + 3 + + + + + + 4 6 + + 4 + 6 + = 4 + + 3 3 + 6 0 0 0 Veuillez me faire parvenir le(s) numéro(s) suivant(s) : * 0° 8 + + + + 6 0 0 + 0 4 6 0 6 0 + 1 4 2 1 6 4 6 0 1 0 3 6 0 0 1 8 0 0 6 0 6 0 8 0 0 0 0 0 000 Ci-joint un chèque +.mandat-poste + 0 2 + + 6 4 + \u20ac au montant de S + + + + + + + 6 = + + + + + + + 6 + 4 + #% > 4 + > + 4 + = + + + Je souscris un abonnement à Possibles Envoyez-moi le numéro suivant, en prime : D Vol.7, n° 1 - Territoires de l'art D Vol.7, n° 3 \u2014 Et pourquoi pas l\u2019amour D Vol.8, n° 4 \u2014 L'Amérique inavouable Nom.1LL LL LL LL LL Ville .Code postal .Province .Téléphone .Occupation .LL a LL La aa ci-joint : chèque .mandat-poste .au montant de .D Abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : 15,00 $ D) Abonnement de deux ans (huit numéros) : 30,00 $ CO] Abonnement institutionnel : 25,00 $ CO Abonnement de soutien : 25,00 $ D Abonnement étranger : 30,00 $ Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 vus PAPER ~ PR ze Dès 2 ath oi fon a rs [AN es oe ar 2 no or gi sin: id fas js ie ft oo es i nr a His zr 2 x a Y = i Ri ron den iy ht M ee = LE es LE if \u2014\u2014 \u2014 - A ein Ee 3 - \u2014\u2014\u2014 OO SES ys Dx os oe yn Lo I\u201d 4 ou Pm i iti CORNE ig rid] oo pas si ne Nod oh pols att EE mn \u2014 \u2014_\u2014 are tat acat D | { CTL \"1 IMPRIMERIE L'ÉCLAIREUR 10773 Le _ .- oo PP ™ - 5 PRIT miser hue bel ane Ge 1 ice dos su we Sanh se » iat ov oo a no 2.vase mu ry pd ces es cd ve i est Her] rire Le brs Hk Rid hts PTS RATES sg fait 4 5 A dir itp mar Bi ik Od dd df i (SHEARS lita: sie faite hii SEE = \u2014 \u2014 ee - \u2014 T=, ER Pe : Dasticisd ; :. DANS CE NUMÉRO Face au changement Éric Alsène Des intellectuels désemparés ou.un autre « débat sur le débat » Guy Bourgeault Faut-il encore parler?Marie Bouchard De l\u2019artiste à l\u2019universitaire : y a-t-il une place pour l\u2019intellectuel-le ?Rose Marie Arbour \u2014 Faire une revue Gabriel Gagnon = La tentation de la fuite Marc Lesage Le temps d\u2019une grève Raymonde Savard Des saucissons dignes de ce nom Jacques Godbout Les uns ronronnent.\u2026 et l\u2019autre ment André Thibault L'esprit du temps Rose Marie Arbour et Francine Couture Portraits d\u2019un groupe Marcel Fournier SUR LES CHEMINS DE L\u2019AUTOGESTION Histoire socio-logique d\u2019une histoire de vie Françoise Deroy-Pineau Journal d\u2019une campagne excessivement platte Stephen Schecter POÈMES ET FICTION Lise Gauvin Yolande Villemaire Michelle Dubois EZ, CS "]
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