Possibles, 1 janvier 1986, Automne
[" ras 4 NS \u2019ssibles Fras VOLUME 11 © NUMÉRO 1 © AUTOMNE 19\u20ac- S ig, x mY I [A Oy \u2014 Lan 2e \u201d OP a \" ni 7 Lata \u2014\u2014 POCHES Css ossibles P OLUME 11 « NUME RO 1 - AUTOMNE 1986 HHH i 7 EEE PES Ze SRR AR HET ati CET Ï Ï possibles B.P.114, Succursale Céte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 Comité de rédaction : Rose Marie Arbour, Francine Couture, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Raymonde Savard, André Thibault.Secrétariat et administration : Suzanne Martin Collaborateurs(trices) : Éric Alsène, Marie Bouchard, Roland Giguère, Gaston Miron, Marcel Rioux.La revue est membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCQ).Les articles parus dans la revue Possibles sont répertoriés dans RADAR (Répertoire analytique des articles de revues).Les textes présentés à la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionné par le ministère des Affaires culturelles du Québec et le Conseil des Arts du Canada.Sur la page couverture : Photo de Francine Larivée réalisée en 1986 et extraite des séries Sucs d\u2019émeraude.Embruns entre vides et pleins.Conception graphique et maquette de la couverture : Nicole Morisset Montage et supervision typographique : Claude Poirier et Serge Wilson Composition : Composition Solidaire inc.Impression : Imprimerie L'Eclaireur, Beauceville Distribution : Diffusion Dimedia Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada ISSN : 0703-7139 © 1986 Revue Pobsibles, Montréal Éditorial Ma chère Raymonde ANNIE LECLERC 15 Régionalisme et mouvement de paix JEAN-GUY VAILLANCOURT RONALD BABIN 21 Le Canada, la paix et le désarmement : une réalité ?REMI HYPPIA À l'Est, la colombe bat de l'aile MICHELINE DE SEVE Pourquoi cette course aux armements ?SIDNEY LENS De l'air l\u2019éger FRANCE THEORET La CSN et le désarmement 35 47 61 69 73 Le RCM, le désarmement et la ville ANDREA LEVY Fuir la terre PIERRE CHATILLON Lettre à un pilote ANDRÉ THIBAULT À la CEQ MICHELINE SICOTTE L'invasion du Québec-Labrador par l'OTAN PETER ARMITAGE Taire Terre L'Étoile s'étoile PIERRE BELISLE Nos impôts pour la paix SERGE MONGEAU La position stratégique du Canada dans le système mondial STEPHANE GENDRON Je n'avais pas le temps FRANCINE DERY La guerre pensée par Hannah Arendt MICHÈLE DUVAL sr muy SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION Créer la fierté pour se prendre en charge CHRISTIAN BARRETTE, ANNICK BÈVE, RENE BINETTE, ÉDITHE GAUDET, PIERRE PAQUETTE 155 L rand jeu do I intelligence PAUL CHAMBERLAND 169 mmm COURTEPOINTES 179 ET POINTES SECHES RRR RRR IHN > - [30 au = 3 Lo Coy 2 o .2 .Lo Lo Co ue = thoes x = - Ly ets oy 5 ces ee 2e Ç an SRE & x : g: 3 J Édit Il y a eu Auschwitz, Nagasaki.Puis l'Algérie, le Vietnam.Avant il y en avait eu bien d'autres.Il y a eu et il y a tous les jours Beyrouth, Soweto, le Nicaragua, le Chili, les populations errantes, déplacées, dépossédées.Tant la violence prenant forme de guerre serait un fait historique.Three-Mile Island, Bhopal, Tchernobyl ont bien montré que si les vents et les nuages transportant radiations et gaz toxiques ne s'arrêtent pas aux frontières des Etats, on ne peut s'en remettre à eux seuls pour sauvegarder notre intégrité.Quand la terre, les mers, l'espace sont à ce point militarisés nous sommes tous et toutes concerné-e-s quelque part en notre quotidien.En 1986, année dite de la paix, les dépenses militaires dans le monde se situeraient à près de 1000 milliards de dollars et auraient augmenté de 4 à 7 % en cette seule année.Combien de maladies guéries, de terres cultivées, d'écoles avec cet argent ou tout simplement avec ce que coûte un bouclier spatial en vue d'une soi-disant guerre des étoiles. , sné- POSSIBLES br Reconnaissons cependant, que de façon géné La paix rale ces questions n'empêchent personne de dor- = taire mir.Les médias 2 L'opinion publique ?Les deux en interaction 2 La télévision en banalisant l'horreur nous présente chaque soir une guerre exotique, lointaine, pour ceux-là qui « n'ont pas eu la chance d'être nés du bon côté ».Dans notre mémoire collective de Québécois-es, la dernière grande Guerre ne réfère pas à quelque chose de si terrible puisqu\u2019elle a signifié pour un certain temps, la fin de la misère des années 29-32 par l'accès à une certaine prospérité.De plus, une socialisation à des valeurs militaires (conquêtes, violence physique, soumission, hiérarchisation, messianisme) ne font-elles pas partie de notre culture politique ¢ Par toutes espèces de mystifications, on a réussi à légitimer la réalisation de projets personnels et collectifs qui faisaient fi de l'écrasement de l\u2019autre.Face à la guerre il y a les réalistes qui disent que pour notre défense et notre protection, il n\u2019y a que les armes et les armées.Il y a les cyniques qui pré- : tendent qu'il faut bien préserver les emplois, même 1 si l'on sait que l'investissement dans l'armement est 4 moins créateur d\u2019emplois que dans des secteurs socialement utiles tels les transports.Il y a aussi les défaitistes et leur constat d'impuissance voire | méme d\u2019abdication.Les intéréts politiques et économiques en jeu sont trop lourds pour que l\u2019homme, la femme ordinaire que nous sommes | puissent y changer quoi que ce soit.Profitons plutôt du temps présent avant que.Et il y a ceux et celles qui veulent parler de paix afin d'entrevoir des moyens concrets d\u2019y parvenir.En discuter, c'est croire qu\u2019il est POSSIBLE de transformer une réalité qui peut sembler irréversible.C\u2019est faire un choix politique et moral fondé sur le fait que les peuples veulent vivre et élever leurs enfants en paix au-delà des États qui se font la guerre. Éditorial Qu'est-ce donc que la paix 2 Est-elle \u2018absence de guerre 2 Vivons-nous en paix ici 2 Si c\u2019est la-bas la destruction, l\u2019analphabétisme, la maladie, ici c'est l'autre facette d\u2019une même réalité qui prend la forme du chômage, de l'insécurité sociale pour un nombre de plus en plus grand de laissés pour compte.C'est la pollution, la violence au hockey, à la maison, c'est le suicide des jeunes.|| faut faire le constat que quel que soit le point de cette planète où l\u2019on habite, du Nord au Sud, de l\u2019Est à l'Ouest, les stratégies politiques et économiques de nos dirigeants se sont avérées inaptes à assurer la prospérité et le bonheur des peuples, et ce en dépit de richesses énormes.Puisque c'est le désordre établi par l\u2019irrationalité au pouvoir, que faut-il faire pour rétablir l\u2019ordre 2 L'ordre établi ce serait donc la paix.Et la paix, c\u2019est pour quiconque la liberté de penser et d'agir après avoir satisfait pour soi et pour les siens, les besoins élémentaires de nourriture, de soins et d'éducation.L'ordre enfin établi, ce serait la justice par un véritable développement social et économique.Utopie 2 Puisque l'être humain a aussi cette faculté de construire et de transformer.Pourquoi pas la paix @ Même si c\u2019est à des structures sociales et mentales fortement établies que l\u2019on se heurte 2 Pour y croire, il faut regarder à l\u2019heure actuelle, du côté de ces milliers de citoyen-ne-s de toutes les régions qui luttent pour la démilitarisation de leur coin de terre.Toronto, Chicago, Vancouver, zones libres d\u2019armement nucléaire, pourquoi pas Montréal 2 La Nouvelle-Zélande, la Finlande, pourquoi pas le Québec, le Canada indépendants des grandes puissances @ À Rimouski, au Lac-St-Jean, au Labrador, en Acadie, des emplois certes.Mais des emplois pour la paix.Au dernier congrès de la CSN, la proposition sur la reconversion industrielle et le retrait du Canada de l\u2019OTAN et de NORAD a été défendue, entre autres, par les membres des syndicats de la métallurgie, directement concernés dans leurs emplois.Parce qu'il est possible d\u2019imaginer en 1986, l'arrêt de la production industrielle d'armements et l'investissement des sommes d'argent dans la production de biens socialement utiles.Il est imaginable d\u2019obtenir de plus en plus de zones libres d\u2018armement nucléaire partout sur cette planète.Il s'agirait d\u2019une volonté politique des gouvernements poussés et appuyés par les populations à la base.Et puis, il y a ces nombreux lauréats de prix Nobel ainsi que ces départements de physique et de biologie de grandes universités américaines qui ont refusé d'importantes sommes d'argent pour la recherche dans le cadre du projet IDS dit de la guerre des étoiles du président Reagan.S'il est urgent de stopper la machine de guerre, il faut aussi dés maintenant imaginer des mesures concrètes de prévention à la guerre où la famille, l\u2019école, les médias seraient impliqués dans un processus de socialisation à la paix.Une éducation à la paix, c'est une éducation non militariste, non sexiste, non raciste parce que la différence ne signifie plus l\u2019infériorité.C\u2019est apprendre aux enfants dès le bas âge que les conflits peuvent se régler par le dialogue et la négociation et non en écrasant l\u2019autre.C\u2019est orienter les sensibilités et les intelligences vers la canalisation des énergies en des réalisations constructives.Ce n\u2019est donc pas nier le conflit ni la violence.Puisque celle-ci vient avec la vie, c'est qu'elle est inhérente à tout processus de création.Leur apprendre à être bien dans leur peau parce qu'ils auront su prendre leur place au soleil.La mère de Pinochet aurait dit en 1974 « il est si timide\u2026 pour s'imposer il doit tuer ses ennemis.Il n\u2019en tue pas assez »\u2026 C'est ainsi qu\u2019elle sut si bien fabriquer un tueur.Par des actions concrètes, faisables maintenant, un pas peut être fait vers la libération de l'air, de 10 POSSIBLES La paix à faire add Editorial la terre, de la mer.Pour nous qui aimons la vie.Mais aussi our nos enfants et nos petits-enfants qui ont le dr oit de l\u2019aimer à leur tour.Raymonde Savard pour le comité de rédaction 11 nn \u2014 pe a 3 » Bs A x \u2014 = Casa ra = 2 A : ] oF Bs EL Er i Z 4 T2 Ke Ca 5 2 7 À \u201cés et A P rt Re i.+ A és py oe oe COURS 5 ry FI a \u2026 RATS I~ a AS ra i A Hatt ay # ne Bo oh RI ai 9 +A CRE De y er i: da es A 9 AE io Gas Hey des pe J pS ; BA a A BA en 3 SES hE td AS = 3 pu a.ES rd 2 ét n K.2 à As 3 A 5 iA = 7 5 - Es \u201c2 .RS Lo 4 Loin 2 Vers NES .oo ANNIE LECLERC Ma chère Raymonde Paris, le 19 août 1986 Ma chère Raymonde, Hl est temps que j'exécute la promesse que je t'ai faite de t'envoyer un bout d'écriture sur la paix, il est temps que je m'asseye à mon bureau (sinon ce n\u2019est pas du travail) que je mette mes jeunes lunettes de vieille, que je pose mes deux mains autour de mon papier blanc, que je choisisse ma plume du jour et que je réfléchisse.Comment construire aujourd\u2019hui la paix.Depuis que j'ai accepté de jouer le jeu, d'essayer de voir comment on pouvait, non pas résoudre, mais au moins attraper la question par un bout, je me sens, plus que stupide, inhibée, et même récalcitrante.La question me met de mauvaise humeur ; est-ce contre moi qui ai accepté de me mêler, serait-ce sur deux ou trois pages de sujets qui me dépassent complètement ¢ Contre vous, toi et tes amis, qui imaginez qu'on peut trouver à dire quelque chose de vrai, pourquoi pas quelque chose d\u2019utile pour l\u2019avènement de la paix dans le monde 2 Contre les malheurs de l\u2019humanité auxquels je préfère ne pas penser 2 Tu me diras que j'avais qu'à ne pas accepter, que ta proposition me laissait tout à fait libre, qu'elle était d\u2019ailleurs si délicate que je pourrais fort bien encore te dire : « j'avais cru pouvoir le faire, mais, voilà, je ne peux pas, je n'ai rien a dire Nr sur cette question, excuse-moi, une autre fois, je réfléchirai mieux avant de promettre.» Or cette solution est tout aussi impossible.C'est la question même à laquelle on ne peut pas se dérober sans se sentir affreusement coupable.Que penseront de nous nos enfants, nos petits-enfants quand ils comprendront que nous n'avons rien fait pour prévenir le désastre, que nous ne nous sommes même pas ligués, que nous ne nous sommes pas dressés en poussant de grands cris pour réveiller les peuples absurdes, les peuples fous, que nous n'avons même rien dit, rien écrit @ Alors qu'au moins une fois j'essaie de m'expliquer de mon silence, de ma démission, peut-être de ma lâcheté\u2026 voilà pourquoi j'ai accepté, voilà pourquoi j'accepte encore alors même que ma paralysie devant cette question m'est de plus en plus sensible et douloureuse.Mais je n\u2018oserais pas faire un texte sur ce sujet qui est LE SUJET même de l\u2019humanité.Tout me dépasse dans cette histoire humaine, je n\u2019y vois rien et quand j'ai fait comme si j'y voyais quelque chose quand j'ai laissé entendre par exemple que les femmes sauraient peut-être empêcher que ne triomphent à la fin les forces de la destruction et de la mort, c'était pour m'abuser moi-même, et abuser les autres avec moi, nous donner de quoi rire et chanter ensemble, nous empêcher de défaillir tout de suite dans le désespoir.Il y a tant de façons de tricher, de mentir, de s'épargner la misère de | impuissance.Je n'ai jamais sincèrement cru que les femmes allaient trouver le moyen d'\u2019infléchir le cours de l\u2019histoire dans le sens de l'amour, de la jouissance et de la paix, j'ai fait semblant de croire.Et c'est parce que je ne veux plus ça, faire semblant de croire quand je ne crois pas, que je ne peux pas faire ce texte, mais seulement t'écrire cette ettre, Raymonde, dont tu feras ce que tu voudras, que tu pourrais donner à la revue pour qu'elle la publie à la place du texte que j'aurais pu écrire et qui aurait prétendu savoir comment on fait pour aborder la question de l'édification de la paix.Comprends-moi, je préfère rester dans la lettre, j'ai 16 POSSIBLES La paix à faire Me foym Ma chère Raymonde plus de chance d'éviter ainsi la grandiloquence, es pétitions de principe, et toutes ces flambées d'indignation morale dont l'écrivain aussi misérable et impuissant que tous les autres se caresse dans ses livres.Si c'est à toi que je parle, je risque moins de tricher.Si ça arrive je ne pourrai pas dire que je ne savais pas, qu'on ne m'avait pas prévenue.Ma télévision, ma radio, mes journaux, mes écrans de cinéma en sont pleins.Les pays qui ne sont pas en guerre sont ceux qui fournissent aux autres les moyens de s\u2019entretuer.Le sang des libanais, des iraniens, des irakiens, des nicaraguéens leur convient si bien qu\u2019on ne voit pas pourquoi, ni comment ils y renonceraient.Tout ça on ne me l'a pas caché.Je le sais.On m\u2019a aussi parlé d\u2019Hiroshima, on m'a même dit que c'était un fou de paille auprès de ce qui se préparait.Bref je ne pourrai jamais rétendre que je n'étais pas au courant que les hommes eux-mêmes avaient préparé leur apocalypse.Alors quoi?Qu'est-ce-que je vais dire quand ça va arriver ?Qu'est-ce-que je peux dire maintenant que c'est peut-être sur le point d'arriver @ I! est évident que ma désinvolture vient de ce que je ne suis pas directement exposée.La guerre c'est ailleurs, c\u2019était avant, ce sera après, alors je me faufile comme je peux dans la paix tant qu'il est encore temps, encore lieu.Et c'est la raison pour laquelle je suis de très mauvaise humeur quand on vient me rappeler qu'il y a menace, que l'enfer s'en vient\u2026 J'aimerais pouvoir répondre que je n'y peux rien, que ce n\u2019est pas mon affaire, qu'on me foute LA PAIX une bonne fois pour toutes avec ça, mais je ne peux pas non plus dire ça.Rien n'est sûr.Il est possible que ce soit tout de même un peu mon affaire.Or le fait est que je n'y pense jamais.J'oublie tout à fait la guerre dans mes pensées.Surtout la guerre nucléaire, l\u2019horrible, l\u2019irréversible.J'avoue : je n'y pense jamais.Non, non, jamais, je te jure.ER URRIQINSS R'HISOIENSEE Comparées à ce devoir-de-penser l'avenir si terriblement menaçant de l'humanité, mes pensées me semblent dérisoires, mon travail d'écriture se découvre futile, et pire peut-être, pernicieux, détournant mon attention et celle de mes lecteurs de cela seul qui mériterait désormais d\u2019être considéré.Pendant que sont massacrés les enfants des autres, et que se prépare peut-être l\u2019extermination des miens, qu'est-ce que je fais, moi?Je travaille, je souffre, je transpire en essayant de transcrire les éclats de lumière, de bonheur, de paix que j'ai pu glaner de ci, de là au cours de mon chemin de vie qui a eu sa part de chagrin, de détresse, comme pour tout un chacun, disons\u2026 Seulement ça.Par exemple, j'aimerais depuis quelques jours parvenir à écrire la lumière de cette fin d'après-midi, le mois dernier, dans ma campagne limousine, auprès de Paul, et de Madeleine, ta soeur, qui était avec nous.Et c'est très difficile d'écrire ca, mais je m\u2019y applique comme s'il fallait absolument que cela soit écrit.Nous avions été faire une belle promenade dans la campagne.Nous avions ramassé des fleurs dans les champs dont avaient fait, Madeleine et moi, un beau bouquet qu'on avait mis sur la cheminée du salon.Nous étions restées un moment sur le balcon.Le soleil s\u2019inclinait entre les branches du tilleul.Les hirondelles divagaient dans l\u2019azur.Ariane m'avait téléphoné de Grèce.Tout allait bien.Je n'étais inquiète de rien.Je m'étais assoupie un moment l'après-midi sous le frêne pleureur.Je m'étais éveillée dans un tel éblouissement de verts, de bleu, de grâce, de douceur, que j'avais eu le coeur serré d'une sorte de détresse.D'ailleurs je mélange des moments de journées différentes.Plusieurs fois pendant ce séjour j'ai été de cette facon ravie, enchantée et comme déchirée par la beauté élémentaire\u2026 de quoi ?de rien, de la paix, de la jouissance de vivre ici, maintenant, sans conflits, presque sans désirs, sinon celui de vivre ça encore, et d'arriver à l'écrire.Une fois Madeleine qui avait gardé son 18 POSSIBLES La paix à faire Ne (hi Raye? Ma chère Raymonde chapeau de paille alors qu'elle était à l\u2019ombre du prunus avait éclaté de rire, une autre fois Paul avait dit « Qu'est-ce qu\u2019on mange ce soir 2 » Tu vois, ce n\u2019était rien.Le balbutiement des heures.Heures si douces.Un éblouissement d'or en paillettes.Souvent dans ces cas là j'ai le coeur serré.Je dis, mon Dieu.C'est aussi béte que quand je crie Maman ! à l'instant où j'échappe et brise un joli plat de porcelaine.Je soupire, mon Dieu, parce que je ne sais pas à qui m'adresser pour que soit retenu et répandu ce lait de bonté, de tendresse, qui coule du ciel sur la terre, je cherche éperduement comment on pourrait faire pour que ça ne disparaisse pas tout à fait, je ne trouve rien d'autre que \u2018écriture.Evidemment ce n\u2019est pas grand\u2018chose.Presque rien.Une illusion peut-être.Pourtant quand j'y arrive, quand je réussis à écrire quelque chose d\u2019un éclat de lumière entrevue (oh, c\u2019est toujours moins bien que ce que j'aurais voulu, mais tant pis !), je trouve que j'ai bien travaillé, que je peux aller me coucher pour dormir ou même pour mourir, que j'ai fait ce que j'ai pu, à ma mesure pauvre et bornée.Par exemple, quand nous étions là-bas, le mois dernier, en Limousin, j'ai pensé à arroser les marguerites et les rosiers qui en avaient bien besoin, presque tous les soirs.Il est vrai que ce fut peut-être une peine inutile.Que dis-je 2 Ce fut une peine inutile.Il n\u2019y a plus personne là-bas, ni pour arroser les fleurs, ni pour les admirer.N'empêche, j'étais contente de les arroser.Je ne crois pas qu\u2019on puisse empêcher la guerre.Je crois que ceux qui la voudront auront les armes, et que ceux qui ne la veulent pas n'auront rien du tout.J'avoue que j'ai le plus grand mal à me représenter l\u2019irreprésentable et à penser l\u2019impensable, pas seulement l'explosion finale, mais la mort d'enfants à des milliers de kilomètres, l\u2019effroi des mères, la panique des pères, l'horreur quotidienne et lointaine.En revanche, j'ai de la vilaine petite guerre rampante, sournoise, sinistre là sous les yeux.Du chômage, de l\u2019alcoolisme, de la bêtise raciste la plus virulente, de la misère de couple, comme si il n\u2019en avait jamais autant plu\u2026 Je ne sais pas comment c\u2019est chez vous, mais ici c\u2019est affreux.On dirait que la guerre conjugale anime leur vie, échauffe leur sensibilité, soulage en vase clos toute l'agressivité attrapée au dehors.À cette guerre là j'ai beaucoup pensé dans ma vie, et |\"y pense encore, et je crois pouvoir dire que j'ai compris une petite chose ici qui vaut peut-être pour toute forme de guerre : la paix ne se décrète pas, ne s'édifie pas avec la bonne volonté des belligérants rendus soudain raisonnables par le constat réciproque des désastres, des souffrances inutiles qu'ils imposent.L'intérêt qu'ils trouvent à se faire la guerre, le sang vif de la colère qu'elle fait couler dans leurs veines, le mépris revigorant, la haine tonique, active, efficace, l'intérêt puissant qu\u2019on a de se faire mal se rit de toutes les proclamations de paix.Tant qu'on ne veut pas savoir à qui, à quoi ça profite, ça ne peut que continuer de plus belle.Je crois avoir fait, pour moi, un petit bout de chemin.Je comprends mieux l\u2019intérêt que les hommes et les femmes trouvent à se faire la guerre.C'est ainsi que je perds une à une mes vieilles peaux de violence.Pour la paix directement je ne fais rien, je me contente d'essayer de lui faire le plus de place dans mon coeur, ma tête, mes mots, bref de lui faire une sorte de petite fête quand je la vois passer, souriante, adorable, éphémère.Tu vois, ma chère Raymonde, que tout ça ne méritait pas un texte.Je renonce à concevoir l'édification de la paix dans le monde.Mais pas à aimer mes amis, à leur parler, à partager avec eux la pure jouissance d'exister.Je ne suis pas fière de moi.Mais je ne me sens pas réellement coupable non plus.Modestement humaine.Je t'embrasse.À bientôt.POSSIBLES La paix à faire JEAN-GUY VAILLANCOURT RONALD BABIN Régionalisme et mouvement de paix Dans le mouvement de paix qui s\u2019est développé au Québec depuis le début des années 80, il y a à l'oeuvre deux dynamiques régionales importantes.L'une a été mise en marche par la Coalition québécoise pour le désarmement et la paix (CQDP), et l\u2019autre par la Campagne pour un F-18 pour la paix.Ces deux dynamiques convergent de lus en plus depuis une couple d'années.Par ailleurs, au début de la présente décennie, surtout entre 1982 et 1984, le clivage en deux pôles opposés a caractérisé le mouvement antiguerre québécois, avec, d\u2019un côté, une tendance alignée sur les positions du Conseil mondial de la paix et par conséquent de l\u2019Union soviétique, et de l\u2019autre celle des « non-alignés », c\u2019est-à-dire de ceux qui refusent de faire le jeu de l\u2019une ou de l'autre des superpuissances.Ce dernier clivage n'est pas disparu à l'heure actuelle, mais à cause de la marginalisation croissante de la tendance « alignée », et à cause aussi du renforcement progressif des groupes intermédiaires, de ceux qu\u2019en 1984 on appelait les « non- branchés » (ie.ceux qui, dans les syndicats et chez les anglophones surtout, voulaient garder, pour diverses raisons, leur autonomie vis-à-vis ces deux tendances), ce sont surtout ces non-branchés et les non-alignés qui se sont partagé le leadership du 21 RN?753 [non A] wh mouvement de paix au Québec de 1984 au début de l'été 1986.Depuis le début de l'été 1986, la tendance alignée tente de récupérer la place qu\u2019elle occupait au début des années 80, dans le leadership du mouvement pour la paix au Québec, en essayant de mousser le thème des ZLAN (Zones libres d\u2019armes nucléaires) que des groupes non-alignés de certains quartiers de Montréal s'efforcent depuis quelques temps d\u2019injecter dans la campagne électorale municipale à Montréal, en tentant de renforcer ses alliances devenues assez précaires avec les centrales syndicales et même avec certains groupes régionaux et de quartier, et en s'opposant discrètement à la fois la campagne F-18 pour la paix et la Coalition québécoise pour le désarmement et la paix tout en affirmant vouloir forger l'unité du mouvement.La tendance alignée, dont les racines sont anciennes au Québec, est constituée, en son noyau central, de personnes et de groupes proches du Parti communiste du Québec, et de manière plus périphérique de groupes qui s\u2019y rattachent partiellement, soit par tradition, soit par parenté idéologique soit encore par ignorance.Au début, cette tendance plus centralisante s\u2019est surtout efforcée d'exercer un contrôle sur les orientations du mouvement en cherchant à parler au nom des centrales syndicales, mais elle n\u2019a pas réussi à imposer sa vision, pour deux raisons.D'abord, sa prétention était fondée sur une idéologie unitaire et mini- maliste (genre « pour la paix et la vie ») nettement insuffisante et peu représentative de la pluralité des groupes qui prenaient forme.Ensuite, ce courant centré essentiellement sur le nucléaire véhiculait plus ou moins discrètement un alignement pro- soviétique qui avait peut-être eu un sens durant le Mc Carthysme et la guerre du Vietnam des années 50 et 60 mais qui, en cette fin de siècle dominée par la situation de partenariat conflictuel entre 22 POSSIBLES La paix à faire | Régie et mov ( Régionalisme et mouvement de paix l'URSS et les États-Unis, a présentement perdu beaucoup de crédibilité.I! faut dire cependant que les positions bellicistes et rétrogrades de Reagan, par opposition aux positions plus sensées de Gorbachev, contribuent à redonner une certaine crédibilité à ceux qui sont alignés sur Moscou.La deuxième tendance, aux racines plus récentes et qui regroupe plusieurs groupes venant des mouvements écologiste, antinucléaire, tiers- mondiste, féministe, etc., ne pouvant et ne voulant aucunement s'identifier au premier courant, s'en démarque donc assez radicalement.La première étape de son essor s\u2019est faite par la mise en route de sa propre dynamique autonome et non-alignée, à l\u2019occasion d\u2019une double manifestation à Montréal, le 22 octobre 1983 (la premiére, une chaine humaine entre les consulats américain et soviétique fut organisée par les nouveaux groupes non- alignés, alors que l\u2019autre, une grande marche traditionnelle, a eu lieu sous la conduite du Conseil Québécois de la paix).Dans un deuxième temps, l\u2019on est passé à la mise sur pied, en janvier 1984, d\u2019un regroupement plus permanent de groupes non alignés qui s\u2019est formé dès ce moment-là sur une base régionale.Il s\u2019agit de la Coalition québécoise pour le désarmement et la paix (CQDP), qui regroupe actuellement une quarantaine de groupes provenant de sept des grandes régions du Québec.Comme l\u2019indique la plate-forme de base de la CQDP l'option régionaliste a été motivée dès le départ à la fois par un choix pour la décentralisation et par le souci d'aller vers la base de la société, et d'autre part par un pari sur le développement futur du mouvement et par une volonté d'élargir la thématique générale du mouvement pour To paix, qui déborde ainsi le thème du nucléaire pour inclure aussi celui de la militarisation.« Pour un Québec démilitarisé », en effet, est inscrit dès le début sur le logo de la CQDP.Il semble que cette régionalisation n'a pas été unique- Le HS By: Ea ors fbr = #3 EE Re RIRE RN Qu TEE EE EN shit pas Bad = a a es w Li = ment le produit d\u2019une pure radicalisation des groupes, mais aussi un moyen efficace employé par ceux-ci pour échapper aux clivages déchirants qui peuvent exister dans les métropoles à cause de la sur-spécialisation idéologique et politique des groupes qui s\u2019y développent.La régionalisation peut alors effectuer un genre de rééquilibrage des tensions, grâce à l'apport des régions, étant donné que les groupes régionaux sont plus habitués à coopérer entre eux.À bien des égards, les régions apportent à la lutte moins d\u2019idéologies sectaires et différenciées et plus de pratiques concrètes et unitaires, lorsqu'elles participent à une coalition nationale.La régionalisation du mouvement pour le désarmement et la paix a donc ouvert et encouragé la réflexion et l\u2019action dans cette voie.Un des effets du clivage entre alignés et non- alignés concernant les orientations idéologiques et le modèle organisationnel du mouvement pour la paix fut l'ouverture entre les deux pôles opposés du début d\u2019un certain espace qui s\u2019est vite rempli de plusieurs groupes variés qui ont pris l\u2019initiative de toute une gamme d'actions dans leurs milieux respectifs.Ce point n'est pas sans importance car c'est en grande partie sur ce terrain que se fait la pénétration et l'enracinement des questions de désarmement dans différents secteurs de la société québécoise, en particulier, dans les églises, chez les femmes, les professionnels, les artistes, les scientifiques, les syndicalistes.De plus, le projet et la large coalition construits autour du thème d\u2019un F-18 pour la paix ont été concus et lancés dans cet entre-deux, principalement sous l\u2019impulsion des syndicats \u2014 Confédération des syndicats nationaux (CSN) et Centrale des enseignan® du Québec (CEQ) \u2014 auxquels s\u2019est associée, par la suite, l'Assemblée des évêques du Québec.La dimension régionale y est aussi très présente dès le départ.En collaboration avec les groupes pour la paix, il y a eu création en 1985 de Comités Ad hoc pour un F-18 pour la paix dans environ une 24 POSSIBLES La paix à faire ELE Région Régionalisme et mouvement de paix douzaine de régions du Québec.Une dizaine de manifestations de types divers ont eu lieu dans différentes villes du Québec en octobre 1985, plutôt qu'une seule grande manifestation centrée sur Montréal.La dynamique durant 1986, Année internationale de la paix, se poursuit dans cette même direction.Nous croyons que les raisons qui ont poussé la campagne F-18 vers les régions s'apparentent à celles de la CQDP, mais il y a & notre avis quelques différences : l\u2019une de ces différences est liée à un désir des syndicalistes de réconcilier les deux pôles divergents qui ont marqué le mouvement au début des années 80, et l\u2019autre est associée à un effort suivi pour stimuler l'essor d\u2019un mouvement autour des préoccupations pour la paix dans des secteurs traditionnellement actifs et militants, en particulier, dans les syndicats, les milieux religieux et chez les groupes de solidarité internationale.Nous pouvons déceler une motivation encore lus profonde liée au contexte historique dans e vel se trouvent actuellement plongés le Québec et le Canada.Ici, comme ailleurs, la militarisation cherche a s\u2019enraciner profondément dans la société, notamment, par la dispersion et le saupoudrage en régions de toute une gamme de projets et d'équipements militaires.Ce qui retient l\u2019attention dans ces nouveaux développements, c'est le fait que pour justifier cette militarisation croissante ans les régions, l'accent sur les bienfaits économiques domine de manière surprenante par rapport à un discours classique axé presqu'uniquement sur des impératifs de défense nationale.De plus en plus, on insiste sur la création d'emplois et sur le dynamisme économique qui sont censés accompagner les développements militaires de toutes sortes.Inversement, le chantage sur l'emploi et le spectre de la fermeture des installations militaires sont utilisés de manière croissante pour dissua- der et dénigrer toute opposition aux projets.Une telle attitude contribue à encourager dans les régions la création de lobbies favora les à la militarisation et la formation d\u2019un nouveau type de corporatisme local sur lequel le projet militariste général peut ensuite s'appuyer de manière plus large pour assurer sa pénétration.Le gouvernement fédéral, en particulier, contribue à cet effort, comme l'indique une récente intervention publique (le 30 mai 1986) du ministre de la Justice John Crosbie.Peu après une réunion de l'OTAN, tenue à Halifax, le ministre annonçait l'octroi d\u2019une subvention de 150,000 dollars, principalement destinée aux Chambres de commerce du Labrador et de Terre-Neuve, afin de venir en aide à leurs efforts pour stimuler un meilleur accueil du public au projet d'installation à Goose Bay au Labrador d\u2019une base permanente de l'OTAN destinée à l\u2019entraînement à basse altitude des pilotes d'avions de combat dans la péninsule Québec-Labrador.Il est évident qu\u2019une telle orientation correspond à une vision d\u2019un développement économique et technologique de plus en plus fondé sur le secteur militaire.Dans le contexte canadien et québécois, cela ne peut que mener à l'intégration et à la subordination encore plus grande de l\u2019économie canadienne vis-à-vis celle des Etats-Unis.Il en résulte une aggravation de la dépendance extérieure, à laquelle s'ajoutent des distorsions structurelles internes qui tendent à créer une société déséquilibrée aux plans économique et social avec, d\u2019un côté, concentration des avantages économiques, des privilèges et du pouvoir, et de l\u2019autre, généralisation des coûts socio-économiques, du chômage et de la précarité de l'emploi.Ce type de structure est très fragile en temps de crise, vu l'état de sous-traitance dans lequel se trouvent les entreprises canadiennes de production militaire, et l'absence d\u2019emprise sur les leviers de contrôle économique qui accompagnent cette situation.26 POSSIBLES La paix à faire | I Regi i, | i fm i | { Régionalisme et mouvement de paix Lorsqu'arrive la récession, il risque donc d\u2019y avoir des conséquences plus lourdes sur le développement économique et social du Québec, puisque c'est ici qu'on trouve 50 % de la production militaire du Canada.De manière croissante au Québec, l\u2019on semble prendre conscience des dimensions négatives de ce modèle de développement.L'on tend également à en tirer les conclusions qui s'imposent, notamment, qu'il faut résister à partir des régions à cette pénétration, et promouvoir d\u2019autres types d'activités économiques plus adaptées aux besoins des gens qui habitent dans les différentes régions.Cela donne une dimension nouvelle à la question de la paix et souligne à nouveau l'importance des différentes luttes plus régionalisées contre la militarisation, comme celles qui se développent actuellement contre les usines militaires dans la région de Montréal, contre le projet de champ de tir près de l\u2019Assomption au Lac St-Jean, contre les projets d'écoles navales à Chicoutimi et à Rimouski, contre les exercices militaires de type « Nez rouge » à Valley- field et à Rimouski, ou encore comme la lutte des Amérindiens et des groupes de paix face aux vols à basse altitude et au projet de base de l'OTAN dans la péninsule Québec-Labrador.Puisque dans le mouvement de paix, une dynamique régionaliste tend à se superposer, voire même à succéder partiellement à celle qui oppose deux tendances, À est utile de s'interroger sur les formes et les visions contemporaines du régionalisme afin de faire une évaluation préliminaire de la signification possible de cette orientation.Nous retiendrons ici la piste de la nouveauté en dégageant succinctement deux facteurs récents de l'élargissement et du renouveau du régionalisme.À la lumière des travaux de Louis Quéré, nous estimons qu'il est possible de procéder ainsi.On peut voir à ce sujet les articles suivants où Quéré résume sa pensée : « Mouvements régionaux et «ae .ui POSSIBLES décentralisation », Futuribles, n° 56, juin 1982, La paix p.103-110 et « Les mouvements nationalitaires à faire dans les transformations sociales ».Economie et humanisme, n° 241, mailjuin 1978, p.19-35, et aussi le livre dans lequel il développe ses idées : Jeux interdits à la frontière, Essai sur les mouvements régionaux, Paris, Anthropos, 1978, 382 p.Par ailleurs, une réflexion en ce sens est aussi pre- sente chez Renoud Dulong, « Enjeu régional et luttes sociales », Économie et humanisme, n° 241, mai/juin 1978, p.7-18, et Les régions, l'Etat et la société local, Paris, Presses universitaires de France, 1970, 245 p.(Coll.« Politiques »).Le premier facteur de cet élargissement et de ce renouveau est lié à la forme populiste que le régionalisme a pris durant les années 60 et 70, forme qui a été mise en branle par des couches ouvrières et agricoles.Cette approche s'est développée durant une période de grands changements et à l\u2019occasion de crises importantes vécues concrètement dans les régions, mais dont l'impulsion venait de l'extérieur des régions.La démarche populiste s\u2019est articulée autour d\u2019une lutte pour la défense des économies régionales en déclin et aussi autour d'une poussée visant à favoriser un développement plus adapté au contexte des régions.Un langage passablement tiers-mondiste caractérise celle-ci.L'on y dénonce le colonialisme interne de l\u2019État et du capitalisme à l'égard des régions.L'on y parle d'intervention étrangère et l\u2019on en appelle à un regroupement populaire pour s'affranchir de celle- ci et pour maîtriser le changement et le développement à partir d'une dynamique régionale autonome.La mobilisation est aussi dirigée contre les anciennes élites régionales perçues comme archaïques et comme incapables de promouvoir une spécificité régionale ainsi qu\u2019un véritable développement autocentré en région ou un renouveau rural qui feraient revivre celle-ci sans la traditionnelle épendance à l'égard du centre.28 Région gf mov Régionalisme et mouvement de paix Le régionalisme s\u2019est aussi enrichi, en deuxième lieu, par l'apport de la contestation contre- culturelle et alternative qui s'inspire d\u2019une toute autre logique.Cette contestation s\u2019est davantage construite autour d\u2019une forte critique de la société de consommation et autour d\u2019une mise en cause plus large des valeurs de la société capitaliste industrielle avancée.L'orientation productiviste qui caractérise cette société est contestée et présentée comme étant irrationnelle, étant donné les dégâts et les nuisances écologistes qu'elle génère et qui empoisonnent l\u2019environnement naturel et humain.Il en découle une prise de conscience de la nécessité de trouver une alternative a ce type de croissance sauvage.L'on y retrouve aussi la dénonciation d'une espèce de colonisation, mais cette fois c'est la colonisation du monde vécu par la rationalité technocratique des élites économiques et administratives qui cherchent à imposer des modèles de conduite et de consommation afin de conditionner le public aux nouveaux impératifs technologiques et économiques.Cela conduit à la revalorisation de l'expérience concrète par rapport aux systèmes établis, à la promotion d\u2019alternatives par le bas et à l'évocation d\u2019une société alternative décentralisée que l\u2019on trouve dans les notions de « small is beautiful », « small is possible », et « penser globalement, agir localement ».Cette vision nouvelle du régionalisme s\u2019efforce non seulement de faire revivre les localités et les régions mais aussi à les orienter vers des modes de vie différents.Il est donc assez facile de comprendre que ces deux approches face au régionalisme se complètent bien plus qu'elles ne s'opposent l\u2019une à l\u2019autre.La première pose l'exigence d\u2019un développement basé sur les ressources locales et met de l\u2019avant les idées de participation et de décentralisation.La deuxième soulève la nécessité d\u2019une rupture avec un certain modèle de développement et propose à sa place des alternatives à construire bites a OEM et ddotib des sl a diode a dd ES aiadaradastiiid Loti ANAM Regio par le bas.De plus, les deux approches appor- POSSIBLES ,; gf mo d tent chacune des éléments de réponses à leurs limi- La paix tations respectives, c'est-à-dire aux limites d\u2019un courant populiste incapable d'élaborer un programme motivant et des stratégies stimulantes capables de provoquer une participation élargie dans un projet d\u2019émancipation régionale, et aux limites d\u2019une vision alternative éloignée d\u2019une base sociale active et centrée sur la contestation et sur des revendications démocratiques à saveur utopiste en vue d\u2019une participation difficilement réalisable.Vue de cette manière, l'approche plus alternative ouvre la réflexion sur un contre-projet plus motivant basé sur des valeurs nouvelles alors que l'approche plus populiste indique la voie concrète à suivre et offre un meilleur aperçu des contraintes auxquelles il faut faire face, au niveau des ressources par exemple.ll semble bien qu\u2019une convergence soit possible entre ces deux approches mais elle ne va pas nécessairement de soi.Une thématique nouvelle est requise pour injecter dans le régionalisme une problématique sociale originale capable d'élargir les horizons de la réflexion et de l\u2019action.Le thème du désarmement et de la paix semble offrir cette possibilité puisqu'il pousse à prendre en considération I'importante dimension internationale et a poser de nouveau plusieurs questions dans cette perspective élargie.Ainsi, ce thème ne réduit nul- ement les contenus respectifs de ces approches, mais il situe plutôt celles-ci sur un terrain plus large et plus fertile où les possibilités de travail en commun et de coopération sont accrues.Ce thème peut donc favoriser la rencontre ou du moins la convergence de ces deux logiques ainsi que l\u2019unité des groupements sociaux qui les véhiculent.Un tel effort de convergence entre les tenants des courants alternatifs et populistes est en voie depuis quelques temps de se construire au Québec sur des bases régionales.Les premiers signes de ce rapprochement se retrouvent dans la campagne pour 30 Régionalisme et mouvement de paix un F-18 pour la paix qui, dès le début, s\u2019est bâtie sur une base régionale et a su réunir dans une démarche commune des éléments des deux courants.La campagne F-18, en assumant un certain leadership au niveau du mouvement global pour la paix au Québec en 1985, a dans un premier temps stimulé la décentralisation sur une base régionale de la manifestation pour le désarmement et la paix qui se tient chaque année vers la fin d\u2019octobre.En 1985, au lieu de converger sur Montréal comme cela avait été le cas les années précédentes, les militants québécois pour la paix ont tenu des manifestations dans plusieurs villes du Québec.Celle de la région du Saguenay \u2014 Lac St- Jean, a été particulièrement réussie, vue son originalité et son ampleur.Plus de 15 500 personnes y ont fait les 62 pas pour obtenir 62 millions de dollars (le prix d\u2019un F-18) pour des emplois pour la paix.La campagne F-18 est présentement en train de consolider ses bases régionales en vue des manifestations d'octobre 1986, grâce à une relance régionale.La CQDP quant à elle, fonctionne sur une base régionale depuis sa fondation.Il y a des groupes régionaux de la CQDP dans les régions de Québec, de Hull, du Saguenay \u2014 Lac St-Jean, de Drummondville, de Montréal et de Sherbrooke et du Haut-Richelieu.L'Alliance- Québec, qui a pris en partie le relais du Conseil québécois de la paix comme porte-étendard de la tendance alignée sur les positions pro- soviétiques, tente elle aussi depuis sa fondation de fonctionner sur une base régionale, mais elle a plus de difficultés à le faire vu que les tenants de cette .option sont surtout concentrés dans la région du :* Montréal métropolitain.Faute de pouvoir vraiment s'implanter dans les diverses régions du Québec, elle tente de passer pour l'aile régionale québécoise de l\u2019Alliance pour la paix du Canada, d'où son choix du nom d\u2019Alliance-Québec, choix qui crée plus d\u2019une ambiguïté.De plus, le fait que les pro-soviétiques centrent l'attention presqu\u2018exclusivement sur les armes nucléaires américaines et sur la complicité canadienne, n\u2019attire pas les militants POSSILES des régions du Québec autre que Montréal où les à faire questions reliées à la militarisation et aux dépenses militaires sont des préoccupations davantage ressenties.La réflexion plus alternative de la CQDP vise plus explicitement la dimension style de vie et mode de développement ainsi que la question du militarisme canadien.Une partie importante de l'effort actuel de la CQDP s'efforce de dénoncer et de contrer la militarisation du Nord canadien, en particulier dans la péninsule Québec \u2014 Labrador où le gouvernement canadien projette d'accueillir une base permanente de l'OTAN.En privilégiant ce dossier, la CQDP cherche à montrer que la militarisation croissante de notre société se fait sans considérations pour les libertés et pour la spécificité culturelle des peuples amérindiens (en particulier les Montagnais), et dans des conditions de démocratie lamentables, puisque cette militarisation s\u2019impose à toute fin pratique comme un fait accompli, sans respecter les droits ancestraux et sous couvert de servir la « sécurité nationale ».L'on souligne ainsi implicitement que ce qui se passe actuellement dans des régions éloignées et isolées pourrait fort bien s'étendre pour affecter de manière similaire des régions plus centrales ainsi que les populations qui y vivent.Ce choix d'orientation pour l\u2019action a pour but de démontrer qu'il est bien question de mode de vie, et qu'en conséquence le débat devrait se situer sur ce terrain afin d\u2019avancer des solutions dans le sens d\u2019une prise en charge des milieux de vie et de travail.En somme, il nous semble que deux éléments de nouveauté sont au travail dans le mouvement anti- guerre québécois des années 80.Premièrement, Il y à une remise en question du système de démocratie représentative traditionnelle par une alternative en termes de démocratie participative à construire par le bas.En second lieu, nous perce- 32 Régionalisme vons le développement actuel d\u2019un mouvement plus et mouvement de paix régionalisé qui vise à actualiser ce choix.Par ce biais, il contribue concrètement à infléchir la course aux armements et à promouvoir un modèle de développement alternatif respectueux des différences.Des acteurs sociaux importants s'engagent dans cette voie, mais leur simple présence ne permet pas actuellement de présumer de l'issue de ce processus car nous connaissons encore mal le degré de leur détermination et la force de leur engagement réel à poursuivre dans cette direction. = pre A ny REMI HYPPIA Le Canada, la paix et le désarmement : une réalité ?Rappel historique Depuis 1945, le monde industrialisé est divisé militairement en deux pôles représentés respectivement par des pactes de défense collective.Formé en 1949 par les Alliés occidentaux pour contrer une éventuelle invasion de l'Europe par Ë l'URSS, l\u2019Organisation du Traité de l'Atlantique Ë Nord (OTAN) est, officiellement, un pacte « défensif » reposant sur la doctrine de la dissuasion de l'ennemi.La doctrine de la dissuasion consiste à infliger, par la menace d'utiliser des armes nucléaires et conventionnelles, à l'agresseur des dommages tels qu'il y réfléchira sérieusement avant d'attaquer.Toutefois, pour que cette doctrine soit efficace, il faut posséder des armes et des forces armées « crédibles » afin d\u2019impressionner l\u2019adversaire.On peut maintenant comprendre la logique qui pousse plusieurs politiciens et chefs militaires à faire développer et à déployer des armes nucléaires et conventionnelles encore plus sophistiquées et meurtrières.Durant les années 50, les États-Unis établirent un réseau de pactes de 35 IE 36 BC nh oat TE Sa défense collective dans plusieurs régions du monde |.En 1955, l\u2019Union soviétique instituait son propre système de défense collective : Le Pacte de Varsovie.Cette alliance, regroupant les pays d'Europe de l'Est (sauf la Yougoslavie), fut la réponse soviétique à la remilitarisation et à l'entrée de l'Allemagne de l\u2019Ouest dans l\u2019OTAN l'année précédente.Comme l\u2019OTAN, le Pacte de Varsovie est un pacte militaire « défensif » ayant pour but de repousser une agression impérialiste.Depuis les trente dernières années, les deux alliances militaires sont restées relativement stables et cohérentes \u201c.Comme nous avons pu le constater ci-dessus, l'OTAN et le Pacte de Varsovie sont l'expression concrète de la maxime si chère aux stratèges militaires : « Si vis pacem, para bellum ».Pourquoi sommes-nous alignés avec les E.-U.?Grâce à sa position géographique, éloignée des centres de conflits militaires, le Canada est un des rares pays du monde à n'avoir pas souffert de destructions causées par des guerres sanglantes et meurtrières.Néanmoins, cela ne l\u2019a pas empêché de participer à de nombreux conflits outre-mer (Afrique du Sud en 1899, Europe 1914-18, Russie en 1918, Europe 1939-45, Corée en 1950) aux côtés de la Grande-Bretagne et des États-Unis.Généralement, le Canada n\u2019est pas perçu comme étant un pays belliciste et actif dans fa course aux armements.D'ailleurs, le gouvernement canadien aime mettre en relief ses efforts pour préserver la rm 1/ Entre autres, l'ANZUS (Pacte du Pacifique en 1951), l\u2019O , , l'OTASE (Pacte du Sud-Est Pacifique en 1954).d 2/ La France se retira du Pacte militaire comme tel vers 1966, mais elle garde sa place au Conseil.La Roumanie ne participe presque plus aux manoeuvres des troupes du Pacte de Varsovie.POSSIBLES La paix à faire Le Canada, la paix et le désarmement : une réalité ?paix mondiale et favoriser le désarmement en insistant sur le rôle du Canada au sein des Nations Unies et d\u2019autres organismes de coopération internationale.Pourtant, il suffit de scruter un tant soit peu les relations canado-américaines pour se rendre compte que le Canada a toujours marché dans la foulée des Etats-Unis en ce qui touche les questions de défense.D'une tutelle britannique, le Canada s'est volontairement, presque qu\u2019inconsciemment, placé sous celle des États-Unis.La signature de l'accord d'Ogdensburg par Mackenzie King et Roosevelt, en 1940, créait un Conseil permanent mixte sur la défense.Par cet accord, le Canada et les États-Unis pouvaient établir conjointement des systèmes de défense et coo- érer militairement dans des projets comme la bombe atomique.La conséquence logique de cet accord fut la création du Commandement de la Défense aérienne (NORAD) avec ses lignes de radar en 1958, et la signature de l'accord sur le partage de la production aux fins de la défense en 1959.Le Canada devenait de fait le subordonné des Etats-Unis sans un vrai droit de regard sur la stratégie militaire américaine.La question de la participation du Canada à l'OTAN et NORAD n\u2019a pas suscité de débats ublics.À vrai dire, les dirigeants politiques à l\u2019époque, c'est-à-dire les libéraux sous Mackenzie King et St-Laurent, se sont bien abstenus de mettre ces questions sur la sellette.Mais, lorsque les conservateurs, qui semblaient plus réticents que les libéraux à suivre les Américains, prennent le pouvoir en 1957, ils sont placés devant le fait accompli, et ils signent les accords du NORAD et du partage de la production.Même si le Canada avait renoncé à produire ses propres armes nucléaires, il était entendu que les missiles canadiens BOMARC seraient munis de têtes nucléaires amé- 37 ricaines.Cette idée ne plaisait pas à John Diefenbaker.Les libéraux de M.Pearson attendaient pour voir de quel côté soufflerait le vent.Les hésitations du gouvernement conservateur irritaient fortement le jeune Président Kennedy.Le général Norstad, ancien Chef des forces de l'OTAN, ne se gêna pas pour critiquer le Canada au cours de sa visite à Ottawa en janvier 1963.Lors de la campagne électorale qui suivit, Pearson, un titulaire du prix Nobel de la Paix, ne s'opposait plus aux ogives nucléaires américaines sur le territoire canadien.Pour justifier sa position, il s\u2018appuyait sur l\u2019obligation pour le Canada de respecter ses engagements envers les Etats-Unis.C\u2019est à ce moment que plusieurs manifestations anti-nucléaires se déroulèrent sur la Colline parlementaire.Pearson réussit à se faire élire (gouvernement minoritaire), et les missiles BOMARC et l\u2019escadrille canadienne en Europe eurent leurs têtes nucléaires.Ce débat semble avoir réveillé l'opinion publique sur la marge de manoeuvre que le Canada pouvait avoir face aux Etats-Unis.Beaucoup de personnes se rendaient compte que les Canadiens n\u2018avaient peut-étre pas le plein contrôle sur leur souveraineté.En effet, il semblait que plusieurs questions vitales, pouvant affecter tous les Canadiens, étaient réglées non pas à Ottawa, mais à Washington.Cette tendance s\u2019est confirmée sous le gouvernement Trudeau.Le Canada subit les pressions des Américains et des Européens afin de moderniser et remplacer son matériel militaire périmé.Suite à une décision de l'OTAN (1977), le Canada s\u2019engageait à augmenter de 3 % par année ses dépenses pour la défense.Concrètement, cela signifie les nouveaux chasseurs F-18, de nouveaux avions pour la chasse aux submersibles et des frégates.Afin de se conformer, soi-disant, G ses engagements avec l'OTAN, le gouvernement Trudeau permettait aux Américains de « tester » leur fameux missile de croisière.Notons en passant, que cette version du « Cruise », qui est lar- PIN 38 POSSIBLES La paix à faire Le Canada, la paix et le désarmement : une réalité ?guée en vol par un bombardier, n\u2019est pas celle qui a été récemment déployée par l'OTAN en Europe *.Depuis le démantèlement des missiles BOMARC vers la fin des années 60, le Canada n\u2019a pas d'armes avec des ogives nucléaires sur son territoire.Toutefois, l\u2019escadrille de CF-104 en Europe possède toujours ses armes nucléaires tactiques.Le renouvellement périodique (à tous les cinq ans) de NORAD et les récents accords pour moderniser le système de détection des missiles devraient être scrutés à la loupe par les Canadiens, surtout en ce qui concerne la nouvelle orientation stratégique américaine avec l'initiative de défense stratégique, afin de ne pas être entraînés dans une aventure qui risque de relancer la course aux armements et rendre nul le Traité sur les missiles anti-balistiques de 1972.Comme nous pouvons le constater, les Canadiens n\u2019ont jamais été sérieusement consultés sur ces questions.Aucune autre alternative à l\u2019alignement sur les États-Unis n\u2019a fait l\u2019objet d'études sérieuses depuis l'entrée du Canada dans l\u2019OTAN.La neutralité : une alternative valable ?Pour le gouvernement canadien et les « experts » dans le domaine des affaires étrangères et de la défense, l'évocation d\u2019un Canada neutre fait sourire.Le Gouvernement canadien n\u2019a jamais demandé des études sur la neutralité comme une alternative sérieuse et valable à la situation actuelle.Cette possibilité a toujours été rejetée du revers de la main par le gouvernement.Le Canada justifie sa participation aux alliances 3/ En effet, les « Cruise » de l'OTAN sont des GLCM basés au sol et non des ALCM tels qu\u2019utilisés par les Américains lors des essais au-dessus du Canada.RES Gag rh rc jn i NR TH cd of militaires par le raisonnement suivant : « Le gou- POSSIBLES Le vernement a décidé que le non-alignement et las taire gamer neutralité n'augmenteraient pas la sécurité du et Canada, ni lui permettraient de poursuivre plus efficacement ses objectifs de paix mondiale ; il a décidé plutôt, que nos ressources nationales devraient être mises en commun avec celles des | autres nations amicales pour maintenir une force militaire adéquate pour dissuader et résister à une agression tout en cherchant activement, par les négociations, une base plus ferme pour une paix sûre et durable dans le monde » \u201c.Les « experts » aiment aussi brandir l'argument géo-politique et économique pour démontrer que la neutralité pour le Canada est une utopie.Peter C.Newman considère que la neutralité du Canada pourrait forcer les Etats-Unis, si nous les empêchions de survoler notre territoire ou d\u2019avoir des installations de détection, à carrément nous envahir.D'autre part, l'URSS ne nous prendrait pas très au sérieux et ferait sûrement des incursions dans nos eaux territoriales comme c'est le cas avec la Suède ?.La neutralité canadienne serait vue par les grandes puissances de la même manière que celle de la Belgique par la France et l'Allemagne en 1914 et en 1940.Du point de vue économique, la neutralité serait assez onéreuse à cause des for- | ces aériennes, maritimes et terrestres devant être utilisées pour la faire respecter.Certains poussent même le raisonnement à l\u2019extrême.Un Canada neutre, afin de faire respecter sa neutralité par les Etats-Unis et l'URSS, devrait se doter de nombreuses armes nucléaires.Donc, pourquoi se compliquer la vie, lorsque notre défense est assurée par notre puissant voisin, et que cela ne coûte pas cher ?Il semble que c'est ce genre de réflexion qui 4] Défense nationale, Defence Estimate 1984/85, Ottawa, p.13, traduit par nous.5/ Voir Newman, Peter C., True North : Not Stron dF McClelland and Stewart, 1983, p.16.g and Free, JUN 40 Le Canada, la paix et le désarmement : une réalité ?a guidé les dirigeants canadiens depuis les quarante dernières années.Malheureusement pour eux, il ne sont plus seuls à posséder toutes les connaissances dans ce domaine.Beaucoup de gens trouvent que le Canada pourrait faire encore plus pour la paix.Le raisonnement officiel sur la participation du Canada dans les alliances militaires pour préserver la paix ne les convainc pas tellement.Ceux-ci se divisent en deux groupes.Le premier groupe prône le retrait du Canada de l'OTAN, une réduction du budget de la défense, une aide accrue aux pays en voie de développement et une politique plus neutraliste.Cette approche est assez manifeste chez le Nouveau Parti Démocratique, les syndicats et divers groupes de pacifistes.Le second groupe propose une plus grande action canadienne au sein des Nations Unies, une augmentation de l\u2019aide aux pays en voie de développement et un réajustement de nos engagements militaires °.Cette position se manifeste chez certains membres du parti libéral, dans « l\u2019establishment » du NPD et dans certains milieux universitaires.Le gouvernement canadien aime aussi jouer sur une corde sensible des Canadiens pour justifier son maintien dans les alliances militaires aux côtés des États-Unis : les contrats du ministère de la Défense comme facteur aidant à créer des emplois pour les travailleurs canadiens.« Les activités de la défense stimulent la croissance économique canadienne et les possibilités d'emplois qui sont disponibles pour les Canadiens en général.On estime qu'il y a un emploi créé pour chaque montant de 20 000 $ à 29 000 S dépensé pour la défense » 7.En 1983, le Canada dépensait au-delà de 6 milliards de dol- 6/ Voir Albert Legault, « Trente ans de politique de défense canadienne » in Painchaud, Paul, Le Canada et le Québec sur la scène internationale, CQRI, Québec, 1977, p.166.71 Defence Estimates 1984/85, p.54. 11120 VU ASS A PE .° (ar lars pour la défense.Toutefois, les adversaires de POSSIBLES or 'implication militaire du Canada dans le monde 20 fe réussissent à démontrer que ces sommes pourraient perf être utilisées ailleurs et créer autant d'emplois.Le débat sur la participation ou non du Canada 3 à des alliances militaires ne s\u2019est pas encore réel- 3 lement tenu, mais il ne saurait tarder encore long- 3 temps si le gouvernement persiste a suivre docilement les Etats-Unis dans sa nouvelle doctrine stratégique.Et le Québec?Comme nous le savons, la politique extérieure et la défense sont de juridiction fédérale, ce qui veut dire que le Québec n'a pas une influence marquante sur le rôle diplomatique et militaire du Canada.Néanmoins, le Québec se fit imposer la conscription deux fois (1917 et 1942).En général, les Québécois n'étaient pas très intéressés à se battre pour l\u2019Empire britannique.Toutefois, l'entrée du Canada dans l'OTAN et le NORAD n\u2019a pas suscité de grands débats au Québec.Il est intéressant de noter que le gouvernement fédéral promet toujours au Québec une part des retombées économiques venant de lucratifs contrats pour la Défense nationale.Pour les Québécois employés dans les industries militaires, la participation du Canada aux alliances est bien perçue car cela leur permet de gagner leur vie.Cette perception s\u2019est faite sentir lors du vote de la résolution sur le retrait du Canada de l\u2019OTAN et du NORAD par les délégués du 53° congrès de la CSN.Ces travailleurs « ont exprimé la crainte que leur emploi soit mis en péril par le retrait du Canada des deux alliances militaires » $.ES 8/ LA PRESSE, vendredi 6 juin 1986.J 42 La Le Canada, la paix et le [désarmement : une réalité ?La montée du nationalisme québécois, et la possibilité que le Québec devienne un Etat souverain, a amené plusieurs personnes à définir le rôle du Québec dans le monde.Bien sûr, la question de la participation du Québec dans l'OTAN et le NORAD fut discutée.Comme pour le Canada, certains facteurs favorisaient une participation du Québec aux alliances militaires en se basant sur les arguments « réalistes », tandis que d\u2019autres préconisaient une neutralité militaire et un non- alignement.Lors du 7° congrès du PQ (1979) la résolution adoptée stipulait qu\u2019un « gouvernement du Parti Québécois s'engage à : 5c) l\u2019établissement des modalités de sa participation à des organismes de sécurité tels que l'OTAN et NORAD » ?.Donc, le Québec souverain se serait éventuellement trouvé à troquer une partie de sa souveraineté avec le Canada et les Etats-Unis, afin d'assurer sa défense contre une attaque soviétique.D'ailleurs, Washington voyait d\u2019un très mauvais oeil une possible brèche que le Québec aurait pu faire à son système de défense continentale.En guise de conclusion, nous pouvons affirmer que le Canada, tant par sa participation aux alliances militaires, que par son rôle au sein des Nations Unies, cherche à ménager la chèvre et le chou.La prémisse sur laquelle est basée sa justification à son appartenance à l'OTAN n'est pas des plus solides, surtout si les Européens décident de se démarquer substantiellement des États-Unis militairement.De plus, il y a assez d'exemples pour illustrer le peu de poids que le Canada possède pour influencer la pensée stratégique américaine.C'est peut-être le moment pour nous de sortir des sentiers battus, si nous faisons preuve d'indépendance et de volonté politique envers notre puissant voisin du Sud.91 Programme officiel du Parti Québécois, 1980, p.14.NS CR BEN pr \u2014 PRS _ 3 à : 2 Cu ges ne = k yal %\u2019 % oF ; _ 8°\" voir \u201c2 day ov à i ave ¥ Ya $74 - 4 > af \u201cac + + hd was as ¥,, = \u201cA Li dn\u201d me on i ND Gen wl \u20ac 8 ¥ yp 4: MA y - sur \u20ac r x vi, » » \u201c27 A HN, » pe} + ge 3.GW TN Xe - olf gy, x o Pa 4 hip + Was me ae .\" æ.9\u2019 fed A Le W oh La > +; oi © LV Ÿr va a; \u201c3% ( LS \u2018oa Ww oH ep a\" J # \" igs etc Er .- oo Lee Pr gt 200 PE as oe ov ca = 22 cape x ro 22 po pps rh ECS Fy To ss it cer ee PS ca 5 po paie pau ae ls de etre mans fo recy z Bi pt ice te ct Lan i > 3 J: toto FRANCE THÉORET De l'air léger À Valérie Forcément on pense à sa naissance, on se dit qu'on n'aurait pas dû naître mais on vit.On clame l'immensité du désastre à venir, on y croit, on le voit imminent du moment où c'est raconté en termes de chiffres qui dépassent l'imagination ou l\u2019entendement immédiat.On se dit y a que ça de vrai, on peut même se laisser aller à souhaiter la catastrophe mais on sait qu\u2019on n\u2019y survivrait pas.Ou alors on se prend à vouloir une déclaration de guerre, une toute petite guerre, une drôle de guerre comme avant pour simplement qu'on cesse de délirer sur ce qu'il n\u2019y a pas, qu'on n\u2019a pas connu et qu'il n\u2019y a peut-être jamais eu.On se dit qu'il serait quand même temps de sentir l'existence.On peut pas, tout est permis et y a tant de livres.C'est la fin d\u2019un monde et on n\u2019a pas la force de le recommencer, on ajoute à ça les petits soirs de vague déprime.On broie du noir sur ce que les autres n'ont pas pu faire avant nous, à cause de l'héritage catastrophique.Le monde est ourri alors on peut tout et on peut rien parce que e monde est pourri justement.Sur des voies de traverse, on cherche un quart monde confortable comme si le quart monde pouvait être confortable, on s\u2019en fait une définition pour oublier le vent de cataclysme.69 Dis Mntai été ta tant \" SAMAR LIA AME MAIS MAREN LE EEE EE EEE ee EAEARLALEOLY On a remplacé l'avenir radieux par l'avenir fatal POSSIBLES qui permet le devenir foetal.On cultive des petits La paix rires cyniques à propos des révolutions avortées, qu\u2019on lance à la face des profs parce qu'on doit bien leur lancer quelque chose et quoi de mieux que leur propre échec transmué en confort un peu amer.Mais le désir de révolution, ça n'était pas si mal, se disent les profs, vaguement décus certains soirs de nostalgie.On a le culte de l'impuissance jusqu'au bout de sa phrase, ni moins, ni plus.Car on se méfie de l'idéologie mais on déteste encore plus la méthodologie.Pas d'avenir, c'est terminé, on jouit du 5 manque à jouir ramenés vers papa et maman.C'est 3 la crise des crises jusqu\u2019a la prochaine éclaircie.| On cultive des velléités de savoir et d'agir sinon A les jours paraissent trop longs.On joue de l'épate, on bluffe le temps que ça dure, on veut être dans le coup et, en même temps, on veut pas.On chuchote qu\u2019on n\u2019a pas eu de chance.On ne s\u2019en fait 3 pas trop, même les stars ne sont plus ce qu'elles j étaient.On est le héros obscur celui pour qui Rimbaud a écrit, on écoute Mozart revu et corrigé just for fun et on se dit que Nelligan est devenu fou parce qu'il n'a pas compris.Tout compte fait, on considère que tout nous est dû puisqu'on est des- j tiné à l\u2019holocauste.On est androgyne, c'est la solution.Ma mère i travaille de 9h a 4h.Mon pére fait la vaisselle.Et 3 si le mot homme résume la totalité des symboles, on fait savoir qu'on est passé ailleurs là où les mots sont remplacés à la seconde par plus d\u2019un millier de signes.L'ordinateur ordonne les révolutions du cerveau.Mais une fois de trop, si ce n'est pas la guerre des étoiles, ce sera l'accident incontrôlable.La tragédie n'existe plus, on a vidé le mot, on i Ia viré.Il n\u2019y a plus de vie tragique, celle de Vir- 3 ginia Woolf, par exemple.La tragédie est télévi- mmm 70 l'air De suelle et encore.De partout et de nulle part, c'est léger le bouleversement qu\u2019on attend placardant sur les murs le mot paix pour mieux annoncer l'oubli, l'indifférence.OR, PAIX EST LE MOT DES RECOMMENCEMENTS.LA PAIX, C\u2019EST DE L'AIR LÉGER.71 Le RN A SISTENT PI RTI CH I FE RIS BY 2 i 24 hs rues ooo = Po Co oro ws - ~ vx oo Ln = Raia nes cac LA gas pai ero 1 a a Baits oars oN NOOO D a rst a ats oe A cies Bérét) = A - oe Ih 3 La CSN et le désarmement * l se dépense cette année 1026 milliards (S Can.) pour l\u2019armement dans le monde.Soixante-dix pour cent (70 %) de ces dépenses sont faites par les 23 pays qui participent aux deux grands blocs militaires : l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN : 16 pays) et le Pacte de Varsovie (7 pays).146 autres pays (ou 78 % de la population mondiale) se partagent le dernier 30 %.À travers l'OTAN, mais aussi NORAD (le pacte militaire qui nous unit aux Etats- Unis), le Canada participe à ce club spécial de 23 pays.Comme on peut le voir, ce sont d'abord les deux grands blocs qui sont engagés dans la course aux armements.Loin d\u2019être pris de vertige devant ces chiffres, nos gouvernements alignés n'ont cessé depuis quelques temps d'accélérer à un rythme jamais vu les dépenses militaires.Pendant ce temps, les écarts ont augmenté entre riches et pauvres ; les services sociaux ont été coupés.*| Texte ayant servi à la prise de position de la CSN sur le non- alignement et la reconversion industrielle et présenté par Robert Cadotte alors responsable du comité Désarmement-reconversion (juin 1986). HALMILELM IEE DL I ELLA LIER Vu avec l'oeil du patron de McDonnell Douglas (le fabriquant du F-18), cela représente une mine d'or de profits.Vu avec l'oeil du mouvement ouvrier, cela signifie qu'à toutes les minutes dans le monde, il se dépense 2 millions ($ Can.) pour l'armement alors que 30 enfants de travailleuses et travailleurs du tiers-monde meurent de faim.La situation est tellement absurde qu'elle doit bien répondre à une logique.Répond-elle aux intérêts du mouvement ouvrier ou à d'autres intérêts \u20ac Plusieurs raisons motivent en fait cette course.Dans les faits, tous les organismes de contrôle des armements confirment que l'URSS est loin derrière les États-Unis au plan de l'armement, le Pacte de Varsovie loin derrière l'OTAN.Ce n'est donc pas la force militaire soviétique qui détermine nos dépenses d'armements.Nous pourrions couper ces dépenses fortement, les ramener au nivau de celles du Pacte de Varsovie et, compte tenu de notre avance actuelle, nous serions encore largement capables de dissuader toute tentative d'invasion.S'ils ne peuvent nous envahir, pourquoi cette accélération de nos dépenses militaires Ÿ Le problème serait-il l\u2019idéologie pernicieuse que le communisme véhicule 2 Car, malgré le succès très aléatoire que représente la révolution soviétique (et ce genre de société ne représente sûrement pas le projet de société élaboré par la CSN au cours des ans), il n'en reste pas moins que les idées qui l'ont inspiré à son origine, les idées des socialistes du XIXe siècle sur la justice sociale et l'exploitation de la classe ouvrière, les idées qui, en somme, ont nourri la croissance du syndicalisme sont toujours aussi dangereuses.Ce sont ces idées qui guident les syndicats occidentaux dans leur quête de justice sociale et dans leur lutte au capitalisme débridé qu\u2019on connaît actuellement.L'épouvantail soviétique est alors bien utile pour discréditer les forces syndicales et populaires.Le message de POSSIBLES La paix à faire lof désorme® La CSN et le désarmement Reagan est clair : l'ennemi de l\u2019intérieur, c'est-à- dire les syndicats et les groupes populaires veulent soviétiser le monde libre, nous enlever notre liberté.Une seconde raison motive la course aux armements : le contrôle du Tiers-monde.En fait, 80 % des dépenses mondiales militaires sont sur l'armement conventionnel : celui qui sert à la répression des révolutions ouvrières, qui sert à asservir les travailleuses et travailleurs du tiers-monde.C'est uniquement cet armement de basse intensité qui peut terroriser les populations et faire taire les idées.Tout cela se fait bien sûr sous le couvert de la défense de la liberté et de la démocratie.Une troisième raison de la course aux armements est l'argent investi dans l\u2019industrie de l\u2019armement elle-même.Les 400 milliards ($ Can.) du budget américain ou notre plus modeste 10 milliards, cela représente des sommes colossales injectées dans l'économie.Et ce qui est « bon pour l\u2019économie » serait nécessairement bon pour nous, travailleuses et travailleurs 2 Encore là, quand on creuse la question on s'aperçoit que c'est surtout bon our leur économie à eux\u2026 Cette industrie est celle où on retrouve les plus hauts taux de profit et le plus de coulage.Si maintenant nous regardons cela d\u2019un point de vue ouvrier, c'est l'industrie qui crée le moins d\u2019emplois par dollar investi.À chaque fois que notre gouvernement investi de l\u2019argent pour construire des frégates ou des F-18 plutôt que pour construire une marine marchande ou des barges de dépol- lution, il donne une bonne partie de cet argent en purs profits aux marchands de canons et il enlève quelques emplois à nos chantiers maritimes.Et là, bien sûr, on ne tient pas compte dans ce calcul qu\u2019une frégate ne servira jamais à rien et qu'une barge de dépollution permettrait de dépolluer 75 d a notre fleuve ou nos rivières afin de permettre aux familles ouvrières d'avoir enfin accès à des plages propres.Enfin une quatrième raison de la course aux armements est la logique interne elle-même des forces armées.Faute d'imagination, les généraux se conçoivent difficilement autrement qu'à faire la guerre.Et pour cela, les ennemis sont obligatoires.Sans ennemis potentiels, pas besoin d\u2019une bien grosse armée.Cette logique interne c'est une logique de pouvoir et de gloire.Mais dans cette logique, ce ne sont que les généraux qui auront droit à la reconnaissance des livres d'histoire.Le travailleur qui sert de chair à canon n\u2018aura droit qu'à un petit monument au soldat inconnu.Menace d\u2019invasion Comme on le voit, le mouvement québécois n\u2019a pas intérêt à aller faire la guerre ailleurs, pour tuer et exploiter d\u2019autres travailleurs et travailleuses comme nous.Mais aurait-il intérêt à toutes ces dépenses militaires pour se protéger d\u2019une invasion @ Nous ne répéterons pas ici les analyses que nous avons déjà publiées.Contentons-nous de rappeler que : \u2014 le gouvernement canadien lui-même reconnaît qu'une invasion classique du Canada par l'URSS est impossible ; \u2014 une invasion nucléaire est impensable puisqu'elle équivaudrait à un scénario de fin du monde ; \u2014 enfin la construction d\u2019un système de défense comme la guerre ds étoiles n'aurait pour effet, advenant une guerre nucléaire, que de faire sauter plusieurs bombes au-dessus du Québec plutôt qu'en dessus des Etats-Unis.POSSIBLES La paix à faire lo gm + La CSN et le désarmement Mais alors que reste-t-il comme avantage à notre participation à l'OTAN et NORAD 2 Tout cela ne sert en fait qu\u2019à notre propre exploitation et à celle du Tiers-monde.Le non-alignement Que signifierait le non-alignement pour le Canada ?D'abord un milliard rapatrié d\u2019Allemagne.Mais cela permettrait surtout de se doter d\u2019une politique étrangère plus indépendante et résolument orientée vers la paix.Des idées pour définir le non-alignement, il y en a sûrement des milliers.En fit le non- alignement ce n\u2019est pas une recette miracle et unique.Il y a beaucoup de formes de non-alignement selon les choix politiques que nous faisons et selon notre situation géographique.Le Canada a une situation géographique unique, une situation qui lui permettrait, par exemple, d'être le seul pays au monde à pouvoir exercer un droit de veto sur la guerre des étoiles du président Reagan.Le territoire canadien est en effet nécessaire pour mener à terme plusieurs stratégies de la guerre des étoiles.Les modèles universels n'existent donc pas.Certains peuvent nous inspirer comme l\u2019a si bien illustré Gwynne Dyer à propos de la Finlande dans la série « La defense canadienne ».Mais aucun ne peut être copié.Ni la Finlande, ni la Suisse (dont les banques servent de coffres-forts à tous les dictateurs, financiers, monarques et grand filous internationaux et leur assurent la tranquilité garantie), ni l\u2019Autriche, ni la Nouvelle-Zélande (qui vient d'interdire aux navires américains équipés d'armes nucléaires d'utiliser ses ports), ni la Suéde.Le non-alignement c\u2019est plutôt une direction qu'il nous faut construire.Le préalable cependant c'est de sortir de l'OTAN et de NORAD.77 Conclusion POSSIBLES La paix Mais alors quelles sont les objections au non- © faire alignement ?Il y en a une et elle est de taille : les États-Unis.« Les États vont se fâcher ; ils vont nous boycotter économiquement ! ».Au fond l'argument est le même que celui qu\u2019on entendait avant le référendum : « Les Anglais vont se fâcher ! ».1 Bien sûr, cette décision est moins menaçante que le référendum lui-même.Le Canada ne sortira pas de l\u2019OTAN et de NORAD parce que la CSN vient de se prononcer.Et pourtant la décision est importante.Il nous faudra poursuivre la discussion avec nos 230 000 membres sur le bien-fondé de cette décision.Et alors, cela risque d'entraîner beaucoup ÿ de monde dans le débat.On nous traitera sans doute de « communisses » et « d'ennemis de l\u2019intérieur » à cause de cette décision.Mais pendant que le Canada continue de dépenser des milliards pour ne pas indisposer le président américain et ainsi ne pas passer pour des « ennemis de l\u2019intérieur », trente enfants de travailleuses et travailleurs du tiers-monde continueront de mourir de faim à toutes les minutes.tm 78 sages ad Q, x w | vw, ar mea is re ore a - a De Ca J i A Lol J rs A = A Bio?vu Ls rp plataicy So pA \u201d ; 2 SARA on wy py _ PE PRE TEST Co a ANDREA LEVY Le RCM, le désarmement et la ville Depuis quelques années, le Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal réfléchit sur le rôle potentiel que peut et doit jouer une munici- alité face au problème du désarmement.Se basant sur la consultation auprès des citoyen-ne-s et des groupes, de même que sur sa propre réflexion politique il en est arrivé à la conclusion que les villes ont une responsabilité face à la question du désarmement, et plus particulièrement du désarmement nucléaire et ce pour plusieurs raisons.En premier lieu, les villes et les personnes qui y habitent sont parmi les premières cibles des missiles nucléaires.I! n\u2019y a aucune défense possible contre une attaque nucléaire \u2014 la défense civile serait complètement inopérante dans une telle éventualité.Par conséquent, si les gouvernements locaux ont le devoir d'assurer la santé et le bien- être de leurs populations, il leur incombe d'entreprendre des actions préventives, de se joindre aux efforts visant à encourager des démarches réelles vers le désarmement de la part des pays qui sont directement impliqués dans l'escalade nucléaire.De plus, les villes sont souvent directement ou indirectement impliquées dans la course aux armements.Elles sont fréquemment des sites privilégiés de fabrication et d'entreposage d'armes nucléaires et de leurs composantes.Leurs rues peuvent ser- 81 SEERA OT OT SERRE AA A a A Shaka sb Ea pas bE 2 da t+ i PO EEE tba 224 > en trans nes \u2019 dated vir au transport de ces armes, et les gouvernements POSSIBLES ; ue 440 locaux peuvent, soit acheter des biens et des ser- Lo Paix avi vices des principaux fabriquants d\u2019armements \"© nucléaires, soit y investir des fonds.Il s\u2019en suit que si une ville s'intéresse sérieusement au désarmement elle doit chercher des solutions dans sa propre arrière-cour autant que dans l'arène internationale.Dans les plus grandes villes tout comme dans les plus petites communautés de par le monde la question du désarmement a suscité une profonde réaction qui prend la forme d\u2019un mouvement pour la création de zones libres d'armes nucléaires (ZLAN).Un ZLAN est habituellement défini comme Un territoire où sont interdits la production, les g essais, l\u2019entreposage, le transport et le déploiement § d'armes nucléaires.Il y a aujourd\u2019hui plus de # 3 000 ZLAN a travers le monde.Ce mouvement | a pris de l\u2019ampleur particulièrement dans les municipalités de certains pays d\u2019Europe ainsi qu\u2019au Japon, en Australie et en Nouvelle Zélande.Toutefois, de nombreuses municipalités nord- 3 américaines incluant des grandes villes telles Chi- 3 cago, New York, Vancouver et Toronto figurent parmi le nombre croissant de villes ZLAN.Il y a également beaucoup de petites communautés ZLAN en Amérique du Nord dont quelques-unes au Québec.Dans la perspective du RCM, la création de i ZLAN sur le plan municipal offrent aux villes la à possibilité de participer à une stratégie globale qui 4 a comme objectif d'élargir la surface de la terre (incluant les pays du Pacte de Varsovie de même que les pays de l'OTAN) qui est libre d'armes nucléaires et ainsi de contribuer à la création d\u2019un | contexte politique propice à de sérieuses négocia- 3 tions sur le désarmement.Elle permet également aux villes de jouer un réle important dans I'expression des sentiments populaires en faveur du désarmement et de la paix.Et la déclaration de ZLAN mms? Le RCM, désarmement et la ville n'est pas forcément un geste purement symbolique.Là où la volonté politique existe, il est possible d'adopter des mesures qui ont force de loi, comme à Chicago et à Vancouver où il est formellement interdit par des règlements municipaux de fabri- ver, d\u2019entreposer, d'essayer, de transporter ou de déployer des armes nucléaires.Dans plusieurs villes américaines, comme à Hoboken au New Jersey, où il n'existe pas d'industrie nucléaire locale, des politiques excluant les compagnies qui fabriquent les armes nucléaires ailleurs comme possible bénéficiaire des contrats ou d'investissements de la ville font partie intégrante de la déclaration ZLAN adoptée par les conseils municipaux.Depuis déjà quelques années, le RCM essaie de convaincre l'administration Montréalaise de tenir un référendum en vertu de l'article 471 de la Charte de la ville qui permettrait aux montréalais-e-s de s'exprimer sur la possibilité de déclarer leur ville ZLAN.En 1984, suite à un référendum informel organisé par une coalition de groupes dans le vartier de Mile-End qui accordait un fort mandat populaire en faveur de ZLAN, le RCM a demandé à la Ville de tenir un référendum officiel à l'échelle de Montréal.L'administration du maire Drapeau a refusé tout débat sur la proposition sous prétexte que la question relevait de la juridiction fédérale.Cet argument est plutôt captieux puisque la cour supérieure de la Colombie Britannique, la seule cour canadienne à s\u2019être prononcée sur une telle question à ce jour, a soutenu le droit d\u2019une ville de se déclarer ZLAN.En 1985, un autre referendum informel a été organisé par un groupe local de désarmement, cette fois dans les quartiers de Snowdon et Céte- des-Neiges.Une fois de plus, muni d\u2019un mandat clair des citoyen-ne-s, le RCM a soulevé la question à l'Hôtel de Ville.La réponse a été décevante mais prévisible : aucun débat n'a été permis.Aux dernières nouvelles, une demande pour un refe- 83 rendum était soumise à l'Hôtel de Ville (le 15 août 1986) de la part du « Comité des citoyennes et citoyens du projet ZLAN pour Montréal ».Ce comité est composé de groupes populaires de désarmement ainsi que de syndicats et de groupes professionnels et religieux.Il a déjà recueilli plus de 7,000 signatures dans le cadre de sa campagne de pétition pour le ZLAN.Malheureusement, le nouveau chef du Parti Civique semble aussi peu intéressé à la question du désarmement que le précédent.Vue la détermination évidente de l\u2019administration actuelle de rester sourde aux appels d\u2019innombrables citoyen-ne-s, le RCM, en tant que parti d'opposition, ne pouvait que continuer à exprimer les sentiments populaires et à appuyer la création de ZLAN dans son programme et dans ses interventions.(De plus il a participé aux manifestations qui ont eu lieu pendant les semaines internationales du désarmement au cours des dernières années et a condamné l'administration quant à sa répression du Projet des Ombres en 1985.) Le RCM a aussi examiné le problème connexe des effets qu'ont sur l\u2019économie les dépenses liées à la production militaire.Ce problème intéresse le RCM d'autant plus que la moitié de l\u2019industrie militaire canadienne est située au Québec dont une grande partie à Montréal.C'est en partie en réaction à l'installation à Montréal en 1984 de Para- max Électroniques inc., une entreprise de recherche et de développement militaire, que le RCM a mis sur pied un comité ad hoc afin d'étudier l\u2019impact social et économique de l\u2019industrie militaire.L'administration Drapeau a offert des avantages à Paramax sans examiner les possibles impacts sociaux, économiques et environnementaux qui pourraient en résulter.Le comité a recueilli de l\u2019information démontrant, par exemple, que l'investissement dans le secteur militaire génère moins LEY POSSIBLES La paix a faire bd pK jam lol Le RCM, désarmement et la ville d'emplois que l'investissement dans n'importe lequel autre secteur de l'économie et que les industries militaires ont tendance à créer une économie de dépendance par rapport à une escalade constante des dépenses militaires.L'an dernier, quelques membres du conseil des élus du RCM ont rencontré Maj-Britt Theorin, l'ambassadrice suédoise pour le désarmement aux Nations Unies.Mme Theorin a rappelé qu\u2019un rapport de l'ONU de 1981 recommandait à tous les gouvernements de prendre des mesures qui faciliteraient une conversion des ressources du secteur militaire au secteur civil.Elle a fait référence à l'expérience suédoise à cet égard qui révélait que le PNB suédois en 1984 aurait été 12 % plus élevé si les ressources consacrées au secteur militaire depuis 1950 avaient été allouées au secteur civil.Suite à toutes ces informations, le Congrès du RCM en 1985 a adopté quelques propositions visant à circonscrire la dépendance économique de Montréal envers l\u2019industrie militaire, y inclus la mise sur pied d\u2019un fonds de recherche et de développement qui servirait à subventionner des industries voulant entreprendre des projets de reconversion.Enfin, le RCM a fait un effort sérieux et sincère pour prendre à coeur les paroles prononcées par M.Takeshi Araki, maire d\u2019Hiroshima lors de la Première conférence mondiale des maires pour la paix par la solidarité entre les villes : « Nous pensons que des efforts visant le désarmement, surtout l\u2019abolition des armes nucléaires, et des pas vers l'établissement de la paix mondiale ne sont pas seulement du domaine des gouvernements centraux.Puisque les victimes de la guerre et surtout de la guerre nucléaire sont les villes et leurs citoyens, il est indispensable que les administrations municipales de même que les individus partagent la responsabilité de créer la paix.» PA _- os ac vay Co oan ora aa 2 x una or \u2014 ps pea a ey = chy escort cpr os > caca Das gc Ea LE cest tite (gs cera phe ie E E 3 PIERRE CHATILLON 2 LN, a EE RR Fuir la Fuir la terre à jamais fuir oiseau blessé fuir tout en san comme un solei l couchant 87 EH ad adtdarntaiads POSSIBLES k La paix for a faire LESSIVE Laver la terre une fois pour toutes laver de tous ses maux des morts, des guerres et la suspendre propre enfin à une corde de lumière entre la lune et le soleil | mm 88 An oe, L Fuir la terre LUNES Mes yeux dans la nuit révent de lumière si fort qu'on les voit ronds luire de l\u2019autre bout de l\u2019univers Rester tapi dans les fougères de l'enfance vand la bombe du temps d échire \"univers 89 POSSIBLES La paix à faire L'HIVER Et je cours affolé - cherchant un abri mais les flocons du temps me couvrent la tête de blanc Je tiens dans mes bras la forêt d'octobre comme un violon je descends sous la terre avec mon archet lumière et je joue pour les morts une musique de pourpre et d'or Je regarde la mer s'élever dans l'espace sur ses immenses ailes d\u2019eau l'oiseau bleu de la mer s'envoler loin d'ici loin des misères de la terre et qui se pose pour chanter sur l\u2019une des branches de feu de l\u2019arbre soleil Chacun de mes orteils est Un oiseau et je m'évade d\u2019entre les mortels je marche sur le vent haut dans l\u2019azur à petits pas de plumes pour ne pas réveiller le malheur 5 OR gua Le R 9 - T.PR 2 FN ST nt A RE core NTN pe = A PY Pr CS = NY en Een [Ra ve PR, deta wre Reiss pe Br paar en 7 fois th ea uo ANDRÉ THIBAULT Cher lamaneur, Je comprends tes appréhensions.L'Empress of Canada n'a jamais vraiment pris la haute mer.moville au port de Washington depuis.eh bien | quelques décennies déjà.L'équipage a pris goût à un certain sentiment de sécurité ; gagner le large le panique.Tu as accepté la tâche de guider sa sortie.Et encore, tu connais assez imparfaitement le parcours des chenaux, l'emplacement des récifs.Je n'aimerais pas être dans ta peau.Si j'en crois mon intuition, mes collègues du comité de rédaction de Possibles apprécient également ne pas être à ta place.Tous se joignent quand même à moi pour souhaiter que tu réussisses.Soyons francs, tu ne m'as pas demandé conseil.L'opinion qui va suivre est le fruit de ma seule initiative.Dans une revue comme celle-ci, on se permet volontiers et sans hésitation d'offrir des conseils que nul n\u2019a sollicités.C\u2019est même un peu notre raison d\u2019être.Au bruit du moteur, je constate que tu t'y engages avec lenteur et prudence.Dans ma perspective de profane, une chose m'étonne chez les bateaux.On dirait que plus lentement ils avancent, plus fort leur moteur vrombit.Peut-être est-ce que ca demande beaucoup de force d'avancer avec 93 retenue.Je t\u2019entends vrombir très bruyamment.J'y POSSIBLES Li .\u2018 .\u2019 .$ i vois l'énergie et le courage de la précaution.tepei a Chapeau ! scans Les possibilités et ressources à ta disposition sont limitées mais réelles.Je te suggère d'en faire un plein usage.Prise de position en faveur de la vertu ironiseront certains ! Érreur : c'est plutôt en faveur de l'efficacité.Aussi général mais différent ! Et moins évident qu'il ne semblerait.Use d\u2019abord abondamment des cartes disponibles sur les reliefs et profondeurs des eaux portuaires.Aussi rares qu'elles soient, et étroites, et accidentées, il existe quelques voies naturelles de sortie.Si tu remarques, le port a deux sections, l'une civile et l\u2019autre militaire.Du côté militaire, les ouvertures vers le large sont minées et ratissées.S'y faufiler exige une maîtrise incroyable dans les arts et techniques de l'évasion.Le chemin est plus tentant parce que plus direct.Mais presque tous les 9 bateaux qui s\u2019y sont aventurés ont dû rebrousser | chemin ou s\u2019en sont sortis trés abimés.Dans la section civile, les eaux sont plus profondes et moins contrôlées.Par des voies plus longues et plus latérales, cela mène aussi à l'indépendance & de la Haute-Mer.Les difficultés à s'éloigner du port, du côté civil, sont d\u2019une autre nature.Les bateaux y sont surabondants, battant les pavillons les plus divers.La route est encombrée, et cet encombrement est ce | qu'il y a de plus désordonné.Tu ne peux t'y frayer A un chemin sans recourir à la bienveillance et à la 3 complicité de certains autres bateaux, vraisembla- 3 blement nombreux.Use donc, et abondamment, de ta sociabilité : ton entregent\u2026 ta curiosité et ton intérêt à l'endroit d\u2019autrui\u2026 ton talent à négocier des échanges de x TH piv I 4H i Lettre à un pilote loyaux services mutuellement profitables.Je te livre un secret d'Etat en passant : les garde-côtes sont tout à fait déroutés devant des stratégies de coopération.On ne les a formés qu\u2019à détecter, analyser, comprendre, neutraliser, les tactiques boll\u2019.queuses, les « alliances contre ».Les « alliances pour » échappent à leur entendement.Au vrai, ca les agace.Ça contrarie leur vision du monde, leur besoin d'englober toute la réalité dans un scénario paranoïaque.Mais ils ne peuvent que rager sans rien dire, de peur de sombrer dans le ridicule.Cause efficiente \u2014 Pour quelle cause te bats-tu, demanda I'idéologue \u20ac \u2014 Pour la cause efficiente, répondit le démocrate.Tout le monde est pour la cause de la paix, si on entend la noble cause, la juste cause.Quant à la cause efficiente de la paix, on n\u2019en sait trop rien.Qu'est-ce donc au juste qui produit la paix ?La paix est-elle produite par quelque chose ou quelqu'un ou ne fait-elle qu'arriver comme un cheveu sur la soupe @ S'agit-il d'avoir la paix ou de faire la paix 2 Un Canada ou un Québec non aligné pourrait théoriquement avoir la paix.Serait-il cause efficiente de paix ?La question nous renvoie à une autre : avec quoi ca se fait la paix, et comment 2 Une seule réponse me satisfait : ca se fait avec des liens.Parce que les liens donnent du sens aux différences.Sans eux, les différences sont menacantes, et la non-guerre risque à tout moment d'être perturbée par la remontée sauvage de la peur de l'autre.95 La cause efficiente de la paix ne peut pas être POSSIBLES \u2018 l\u2019abstention de quoi que ce soit : l\u2019abstention d\u2019ali- La paix |\" gnements, l\u2019abstention d\u2019armements, l\u2019abstention d'interventions.Car il n'y a pas d\u2019un côté la paisible nature qui tendrait nécessairement à la convivialité, et de l\u2019autre les vilaines actions humaines qui souilleraient cette splendide harmonie.La survie simultanée des uns et des autres ne va pas de soi, bien au contraire : elle est une tâche à accomplir, et fort difficile.Si l\u2019Empress of Canada doit être cause efficiente de paix, il ne lui suffira pas de sortir du port de Washington.Il lui faudra contribuer activement à bâtir dans les eaux internationales le plus grand nombre possible de liens avec le plus grand nombre possible de bateaux.Ce qu'il y a de tragique dans l'alignement, c'est le mot « ligne ».Quoi de plus pauvre, de plus mince, de plus chétif qu'une ligne.Il serait oiseux de changer de ligne et suicidaire de s'en retirer pour se retrouver nulle part.L'échappatoire à la logique infernale de l'alignement, c'est de multiplier les lignes, de se retrouver au centre d\u2019un réseau dont les lignes partent dans toutes les directions.Non pas rompre des traités mais les élargir, les diversifier.Les petites et moyennes nations ont sur ce terrain certains avantages que n\u2019ont pas les grandes puissances : plus de souplesse, des acquis moins ourds à préserver, moins de contentieux accumulés.Elles ont entre elles des intérêts communs dont le plus évident est sans doute de diversifier leurs relations pour accroître leur liberté.Pour chacune de ces nations, il existe un certain nombre de liens internationaux possibles qu\u2019elle est seule à pouvoir créer.Le faisant, elle est cause efficiente de paix.| I 96 Lettre à Les considérations les plus fondamentales ont unpliiote souvent des conséquences bien concrètes.Celles qui me frappent immédiatement sont les suivantes : \u2014 le Canada a un rôle mondial irremplaçable au sein des pays du Commonwealth ; \u2014 il en est de même du Québec par rapport à la francophonie et probablement à l'Amérique latine ; \u2014 le Canada et le Québec ont une responsabilité historique de contribuer à bâtir des rapports de solidarité entre les pays contigus à l'Arctique ; \u2014 le Canada et le Québec peuvent à l\u2019occasion constituer des médiateurs tout désignés entre leur voisin américain et d\u2019autres pays.Et encore, ces exemples se limitent à l\u2019action du Canada et du Québec comme institutions politiques.Mais une nation est aussi faite de commer- cants, d\u2019industriels, d\u2019intellectuels, d\u2019artistes, de sportifs, de militants sociaux, ou tout simplement de gens qui aiment voyager.Dans tous ces secteurs de la vie et bien d'autres, des partenaires étrangers sont possibles, mais les liens avec eux ne viendront pas tout seuls.La facilité joue plutôt en faveur de l'isolement.Sans doute faut-il être très sensibilisé à l\u2019urgence dramatique de fabriquer de la paix pour investir l'effort de contribuer dans son propre champ à tisser un monde plus relié, plus associé.Une certaine conception du non-alignement relève de la pureté davantage que de la responsabilité.Un coup qu\u2019on a refusé la fatalité d\u2019une « polarisation » infernale, il reste encore une alternative : s'en laver les mains ou se les salir.1/ Il paraît que « polarisation » dans ce sens n\u2019est pas français.Combattre la chose aiderait peut-être à éliminer le mot. Lo Lo us va oo Le ee ~ or sean ue fpr on ses este incr car ve rs Lopes CS axées ace es rte ete + È I.= .mm eee | MICHELINE SICOTTE \u2026 àlaCEQ L'assemblée générale des Nations Unies a, par sa résolution 37/16 du 16 novembre 1982, déclaré l\u2019année 1986 « Année internationale de la Paix ».La Centrale de l\u2019enseignement du Québec, en tant qu'organisation syndicale non gouvernementale oeuvrant surtout au niveau des établissements scolaires, contribue depuis déjà plusieurs années à promouvoir la paix.Ainsi, en octobre 1983, elle distribuait, à raison de 24 000 exemplaires, un cahier pédagogique sur les droits humains.Dans le cadre de l'Année internationale de la Paix, la C.E.Q.compte apporter une contribution particulière à la promotion de la paix, en proposant à ses membres et à leurs élèves d'amorcer une réflexion et un large débat sur les conditions fondamentales de la paix, sur l'établissement d\u2019une véritable justice sociale et sur le développement de la coopération entre les peuples.Par cette prise de conscience, la C.E.Q.veut amener les adultes et les jeunes à développer des attitudes et à poser des gestes individuels et collectifs qui favorisent la paix tant au plan personnel que social, qui privilégient une résolution non violente des conflits et qui encouragent les besoins sociaux plutôt que la course aux armements.99 .cl: \\ .jlo Afin de réaliser concrètement ce projet, la POSSIBLES à C.E.Q., dès le début de 1986, invitait le ministère La paix de l'Éducation et les divers organismes en éducation oeuvrant au niveau des commissions scolaires catholiques du Québec à se joindre à ses efforts afin de produire un cahier pédagogique inspiré de l\u2019idée selon laquelle « Eduquer à la paix c'est contribuer à bâtir la paix ».Le Ministre de l'Éducation qui a reçu favorablement cette proposition a, dès le début, alloué à la Centrale un soutien financier en guise de contribution à la réalisation du projet.Cette contribution a d\u2019ailleurs permis de dégager de l\u2019enseignement deux enseignants et une enseignante pour écrire le cahier pédagogique.À ce premier soutien financier s\u2019est par la suite ajoutée une subvention de l\u2019Institut canadien pour la paix et la sécurité internationales.La réponse positive de l'ensemble de ces organismes oeuvrant en éducation a permis d'élaborer un projet commun qui se caractérise maintenant par une trousse pédagogique tirée à 65 000 exemplaires en français et 8 000 en anglais et par la tenue de la Journée nationale de la Paix en milieu scolaire le 24 octobre.Cette trousse pédagogique, qui contient un cahier pédagogique : Éduquer à la paix c\u2019est contribuer à bâtir la paix, une affiche : Paix sans frontière et un dépliant sur le thème de la violence, a été distribuée dans chacune des écoles des commissions scolaires catholiques du Québec à la fin du mois de septembre.Chaque école s\u2019est aussi vu remettre une cassette, sur laquelle on retrouve onze chansons sur la paix, soutenue par un guide pédagogique.C'est dès la rentrée en août que, des milliers d'enseignantes et d'enseignants, de professionnelles et professionnels, de personnels de soutien et de directions d'écoles, se sont réunis à l'occasion de rencontres pédagogiques pour travailler à l'élaboration de cette merveilleuse journée du 24 octobre.Simm 100 À la CEQ En plusieurs endroits, on a pu voir aussi de nombreux parents s'impliquer dans l\u2019une ou l\u2019autre des étapes de réalisation du projet.Cette journée nationale de la paix du 24 octobre, elle s\u2019est réalisée à la grandeur du territoire du Québec.Dans certains coins, on l'a même fait précéder ou suivre de plusieurs autres jours où le sujet de la paix était mis en évidence par une activité particulière.Les moyens utilisés ont été très variés : film, diffusion de chansons sur la paix, venue de personnes qui témoignaient de leur expérience de la guerre, exposition de dessins de jeunes sur le thème de la paix, etc.Au cours de cette journée, le cahier d'éducation à la paix a permis aux élèves et aux adultes, d\u2019abord de discuter de la paix à la fois aux plans personnel, interpersonnel, social, national et international (guerre nucléaire, développement), puis de terminer la journée en répondant concrètement à la question « Mais que puis-je faire pour la paix \u20ac » l'ensemble des fiches offertes dans le cahier pédagogique comportent des contenus et démarches pédagogiques adaptés aux diverses catégories d'âge.À la fin de chaque fiche ou à la fin du cahier, on peut trouver de nombreuses suggestions d'utilisation d'instruments pédagogiques complémentaires (cartes \u2014 cahier pédagogique \u2014 film \u2014 théâtre \u2014 disque \u2014 etc.) Tout le travail de préparation et de participation à la journée du 24 octobre dont il vient d\u2019être fait mention pour les niveaux de l'enseignement préscolaire, primaire et secondaire s'applique aussi au niveau collégial.Bien que le processus qui a donné naissance à un cahier pédagogique concu en fonction d\u2019une utilisation auprès d\u2019une population étudiante plus âgée s\u2019est faite plus tardivement et, par consé- 101 quent, selon des modalités de travail différentes.POSSIBLES Quant au fond, c'est le même fil conducteur que (Bo l\u2019on peut retrouver à l\u2019intérieur de ce deuxième cahier pédagogique.C'est donc avec beaucoup de satisfaction que la C.E.Q., par ses membres, a participé à cette large et importante opération d'éducation à la paix.C'est avec beaucoup de plaisir qu'elle remercie les organismes qui ont collaboré à la préparation et la réalisation de ce projet commun : le ministère de l\u2019Éducation, la Fédération des commissions scolaires catholiques du Québec, la Commission des écoles catholiques de Montréal, l'Association des directeurs généraux, l'Association des cadres scolaires, la Fédération québécoise des directeurs d'écoles, l'Association des directeurs d'écoles de Montréal, l\u2019Institut canadien pour la paix et la sécurité internationales (à titre d\u2019observateur).C'est avec beaucoup d'espoir que la C.E.Q.formule le souhait que l\u2019éducation à la paix soit maintenant plus que jamais une éducation continue. PETER ARMITAGE eee ER L'invasion du Québec-Labrador par 'OTAN* Partout, les sociétés de colons sont sans scrupules par rapport aux droits des peuples qu'elles dépossèdent.On peut toujours s'attendre à ce que les frontaliers, et ceux qui les appuient dans la métropole, soient résolument contre les Indiens ou tout autre peuple aborigène.C'est quand ces éléments reçoivent le soutien sans réserve de la métropole que la souffrance des peuples indigènes est la plus grande.(Maybury-Lewis 1985 : 146) | m'est apparu évident, dès le début de l\u2019entrevue, que l'équipe de nouvelles du réseau anglais de Radio-Canada avait déjà passé un temps considérable à Goose Bay à s\u2019entretenir avec les frontaliers : les gens du milieu des affaires, les fonctionnaires, le personnel militaire.Assis sur une chaudière de saindoux posée à l'envers, derrière la maison du chasseur innu Sébastien Penunsi, dans la communauté de Sheshatshiv au Labrador, je réponds aux questions piégées que me pose \u2018équipe de nouvelles : « On décrit les Innu comme *1 Traduit de l\u2019anglais par José Mailhot 103 jose { loro pl jo des campeurs glorifiés; quand ils sont dans POSSIBLES l\u2019arrière-pays, ils se gavent de « junk food » et de La paix viande en conserve et ils restent assis sur leur derrière toute la journée.Qu'avez-vous à dire à cela \u20ac Les Innu ne se serviraient-ils pas de la question militaire pour faire avancer leurs revendications territoriales 2 Ne sont-ils pas tout simplement opportunistes 2 Pourquoi les Innu d'ici sont-ils aussi radicaux 2 Certains disent que l'opposition des Innu aux vols à basse altitude résultent de l\u2019intervention d'éléments externes et de quelques conseillers blancs qui agissent dans leur propre intérêt.Qu'avez-vous a dire a cela?ee gv} Les gens de Goose Bay craignent que l\u2019action des Innu et des groupes pacifistes européens qui les appuient ait sur l'économie locale les mêmes conséquences que celles qu'a eues Greenpace sur la chasse au phoque à Terre-Neuve.Leurs craintes sont-elles fondées @ » Cette interview me laisse perplexe et abattu ; je regrette le temps que je viens de consacrer à discuter des opinions étroites des partisans locaux de la militarisation plutôt que de la destruction imminente de l\u2019un des rares peuples de chasseurs-cueilleurs qui restent en Amérique du Nord.Forcé d\u2019admettre que la militarisation est soutenue par une opération de relations publiques savamment orchestrée, je m'inquiète de l'avenir de la campagne que mènent les Innu contre l'invasion militaire de leur territoire.Les Innu, que l\u2019on connaît sous le nom de Indiens montagnais-naskapis, constituent une nation indigène de 9 600 personnes qui vivent de façon semi- permanente dans une douzaine de communautés au Québec et au Labrador.Plusieurs familles continuent de s'adonner à un mode de vie séculaire basé sur la chasse, la pêche et la cueillette.À l\u2019automne et au printemps de chaque année, elles quittent les villages que leur ont construits les gouvernements pour aller vivre dans l\u2019arrière-pays.C'est dans le bois, loin du village, que peuvent être le 1104 \u201cFE L'invasion du bébec-Labrador par l'OTAN mieux transmises aux jeunes générations les connaissances reliées à la chasse, à la trappe et à la pêche, les techniques de préparation des peaux et celles de la cuisine ainsi que les croyances religieuses traditionnelles.Hélas, la survivance de la culture innu est à présent sérieusement menacée.Elle l\u2019est d\u2019une part par l'accroissement des exercices de combat aérien dans la péninsule Québec- Labrador et, d'autre part, par le projet de construction d\u2019un Centre d'entraînement de chasse tactique de l'OTAN qui serait situé à Goose Bay, au Labrador.Son coût est estimé à 800 millions de dollars.Pour le moment, les Innu sont aux prises avec les problèmes causés par des vols d'entraînement à basse altitude qui se déroulent déjà dans leur région.Ces vols sont effectués, à partir de la base de Goose Bay, par des appareils Phantom Il et Tornado de la Luftwaffe d\u2019Allemagne Fédérale et par des Tornado de la British Royal Air Force.Les Innu et les « settlers » (d\u2019ascendance inuit et blanche) s\u2019entendent pour dire que les avions volent si bas que leur gaz d'échappement produisent des vagues sur les lacs et les rivières, qu'ils font osciller les arbres et onduler la toile des tentes.Les Phantom I! allemands \u2014 soit en solo, soit en formation de deux ou même de quatre \u2014 volent aussi bas qu\u2019à 100 pieds au-dessus du sol, survolant les vallées et les lacs où sont installés les camps innu.On a parfois vu des pilotes modifier intentionnellement leur course de manière à voler directement au-dessus d\u2019un camp innu ou d\u2019un groupe de chasseurs qu'ils venaient de repérer.On en a même vu certains s'amuser à démontrer leur savoir-faire et cela, juste au-dessus de camps ou de groupes de chasse ils orientent d'abord leur appareil en position verticale, le nez pointé vers le haut, puis, mettant en marche leurs rétrofusées, ils foncent en trombe vers le ciel.Les Innu affirment que le bruit, extrêmement fort et soudain que produit un avion volant à basse alti- 105 just A plabro a [0 tude, est très traumatisant, en particulier pour les POSSIBLES enfants et les personnes âgées.Ils rapportent que peux dans certains cas, leurs enfants ont sauté hors du sions canot pour se jeter à l'eau ou qu'ils ont couru vers la forêt pour se mettre à l\u2019abri des jets.Dans d'autres cas, des enfants ont quitté le camp pour se réfugier dans la forêt et n\u2019ont été retrouvés qu'avec difficulté par leurs parents.Comme ils craignent les réactions néfastes de leurs enfants aux avions qui volent au-dessus de leur tête, plusieurs des hommes adultes hésitent à quitter leur camp principal pour aller relever les pièges qu'ils ont tendus à une certaine distance.Selon les Innu, après qu\u2019un avion vous a survolé, le cillement dans vos oreilles peut durer jusqu\u2019à une heure.L'intérieur des terres, où vivent et chassent les Innu, est un lieu extrêmement paisible.On n'y entend que le bruit occasionnel d'une scie mécanique ou d\u2019un coup de fusil, et les bruits familiers du camp : des enfants qui jouent, des adultes qui causent, le bois qu'on fend.Loin des camps, le silence est tel qu'on peut entendre sa propre respiration et que le clapotis des avirons dans l'eau paraît très bruyant.L'arrivée soudaine d\u2019un jet bruyant contraste désagréablement avec le calme et la solitude qui caractérisent l\u2019arrière-pays.On a rapporté que, durant l'automne 1983, un certain nombre d'enfants de La Romaine, sur la basse Côte-Nord, ont dû être ramenés au village parce ve terrifiés par les avions.Certains Innu ont déclaré qu'ils ne remonteraient pas dans les terres à l\u2019automne tant que se poursuivraient ces vols à basse altitude : le bruit assourdissant et inattendu que font les avions constitue un trop grand traumatisme.Le fait que le bruit des jets volant à basse altitude traumatise les enfants et dissuade les Innu d'aller dans l\u2019arrière-pays n'est pas une exagération des Innu, comme le prétendent les frontaliers de Goose Bay.Dans les zones rurales d'Écosse, a a 3 I 106 i ' 8 TY EE L'invasion du buébec-Labrador par l'OTAN du pays de Galles, d'Angleterre et d'Allemagne de l'Ouest, les habitants se plaignent depuis des années du fait que le bruit des jets volant à basse altitude cause de sérieux problèmes de santé (Press Journal 1984; Der Spiegel 1984).À l'heure actuelle, on effectue, à la vois en Allemagne de l'Ouest et en Grande-Bretagne, plus de 100 000 vols à basse altitude par année et les protestations publiques ne cessent d'augmenter.Alors qu'il était ministre de la Défense nationale, Gilles Lamontagne (1981) a admis que « ayant, à titre de membres des forces de l'OTAN, opéré des avions de combat en Europe depuis une trentaine d'années, les Canadiens sont parfaitement conscients du désagrément que des avions volant à basse altitude peuvent causer à la population civile ».Depuis des années, les citoyens des zones rurales d'Europe, que les avions militaires exposent à un niveau de bruit dépassant le seuil admissible, se font dire que le bruit des jets est le « son de la liberté ».Il n'en reste pas moins que ce sont les protestations publiques qui ont forcé le gouvernement ouest-allemand à exporter un problème domestique gênant dans le ciel canadien, au- dessus des camps et des groupes de chasse des Innu.De nombreux chercheurs et professionnels du domaine de la santé, qui connaissent la littérature traitant des effets du bruit des jets et des bangs supersoniques, sont parvenus à la conclusion que des exercices d'entraînement militaire, tels que ceux auxquels sont exposés les Innu, constituent un problème sérieux pour la santé publique.Le Dr.Richard Bargen, du Névada, a étudié les effets qu'a sur la santé le bruit des jets volant à basse altitude ou à des vitesses supersoniques.|! affirme que « les individus ne peuvent contrôler l'effet de sursaut qui est provoqué par ce bruit extrêmement puissant et soudain ; ils ne s\u2019habituent jamais à ce type de stimulus nocif » (communication personnelle). sit flab Cu À présent, les Innu sont particulièrement inquiets POSSIBLES du projet de l'OTAN d'établir à Goose Bay un La paix important Centre d'entraînement de chasse tactique.Selon le ministère de la Défense nationale, un tel centre pourrait rivaliser avec les installations de Cold Lake, en Alberta, et celles de la base aérienne de Nellis, au Névada.On pourrait alors s'attendre à l\u2019intensification des vols à basse altitude et à l'apparition de manoeuvres de combat air-air et air-mer.Les pilotes de l'OTAN peuvent, déjà à l\u2019heure actuelle, voler sans restriction à des altitudes supérieures à 250 pieds « presque partout dans l\u2019arrière-pays.En outre, À existe deux vastes aires d'exercices, couvrant une surface totale de 100 000 kilomètres carrés, qui sont réservées à des vols à basse altitude qui s'effectuent jusqu'à 50 mètres du sol » (Canada 1985).Si le projet de l'OTAN voit le jour, les avions auront aussi le droit de voler à des vitesses supersoniques dans un corridor compris entre 50 000 et 50 pieds du sol (Canada 1986).En outre, on verra vraisemblablement se dérouler de fréquents exercices de combat aérien simulé impliquant de nombreux avions.Les exercices qu'on projette pour la péninsule Québec-Labrador sont susceptibles de ressembler à un exercice de combat aérien de grande envergure, appelé « Red Flag », qui se tient cing fois l\u2019an à partir de la base aérienne de Nellis au Névada.D'une durée de six semaines, chaque exercice « Red Flag » implique la participation de plus de 70 avions (chasseurs, bombardiers, appareils de transport, de reconnaissance, de sauvetage et de surveillance), l'usage d'instruments de guerre électroniques et la simulation de techniques soviétiques de combat aérien par des escadrons ennemis.(Skinner 1984).On pourrait alors construire dans la péninsule Québec-Labrador, en plein coeur des territoires de chasse innu, jusqu'à quatre complexes servant à des exercices de bombardement, où seraient utili- 4mm 108 Sh ; ; er L'invasion du sées toutes les armes conventionnelles (par exem- n Québec-Labrador ple, des bombes de 50 livres).Sur les champs de par tir et de bombardement de la base de Nellis, on trouve plus de 50 types différents d'objectifs : reproductions de tanks en bois, camions, missiles sol-air, batterie anti-aérienne, pistes d'atterrissage et héliports, radars, zones industrielles, ponts, tunnels, pipelines de même que trains et cours de triage.(/bid : 69).Nonobstant les exercices de combat aérien déjà mentionnés, on peut raisonnablement affirmer, qu'une fois construite une base de l'OTAN à Goose Bay, l'entraînement se modifiera d'année en année, au gré des changements qui affecteront les doctrines et la technologie militaires de l\u2019OTAN.Si la base de Goose Bay voit le jour, qui sait quel type d'entraînement aura cours à l'avenir sur les territoires des Innu @ Et à supposer que la base de l'OTAN soit finalement établie à Konya, en Turquie, plutôt qu'à Goose Bay, le nombre d'avions qui sffectuent des exercices à basse altitude au Québec-Labrador ne manquera pas d'augmenter : le Canada signera sûrement des accords bilatéraux avec plusieurs des pays de l'OTAN.Tout cela ne laisse présager rien de bon pour l'avenir du peuple innu, d'autant plus qu\u2019il se pourrait bien que l'ampleur des exercices de combat aérien qui se dérouleraient dans le ciel du Québec-Labrador oriental rende cette région inhabitable.Voyons à présent quel rapport il y a entre la question des exercices de combat aérien dans la péninsule Québec-Labrador et le mouvement pour a paix.Des groupes pacifistes se sont joints aux Innu pour tenter de convaincre le gouvernement canadien et ses alliés de l'OTAN d'abandonner | leur projet d'intensifier la présence militaire dans | la péninsule.Par exemple, la Coalition québécoise \u2018 pour le désarmement et la paix a participé, le premier avril dernier, à une journée de manifestations organisées simultanément en plusieurs endroits du | 109 jai je pal (of Canada, des États-Unis et en Europe, pour pro- POSSIBLES tester contre la tenue de vols d'entraînement à La paix basse altitude et a vitesse supersonique.Mais les a rae groupes pacifistes ne seraient-ils pas tout simplement montés dans un train conduit par les Autochtones \u20ac En fait, plusieurs des aspects de la militarisation du Québec-Labrador relèvent strictement de la question du désarmement et non pas de la question autochtone.Il faut savoir, d'abord, que les exercices de vol à basse altitude font partie d\u2019une nouvelle doctrine militaire de l'OTAN \u2014 connue sous le nom de FOFA (« Follow on Forces Attack ») ou encore de « Deep Strike » \u2014 et, ensuite, que les appareils britanniques Tornado effectuent, selon toute probabibilité, des attaques nucléaires simulées.Commençons par la stratégie « Deep Strike ».Son but est d'augmenter la capacité de l'OTAN à frapper, au moyen d'armes conventionnelles, des objectifs situés au coeur même du territoire du Pacte de Varsovie.Cette stratégie d'attaque en profondeur diffère de l\u2019ancienne stratégie militaire de l'OTAN en ce qu'elle met l\u2019accent sur l'emploi de nouveaux types de missiles conventionnels pour effectuer des missions qui sont présentement réservées aux armes nucléaires de théâtre (à courte ou moyenne portée).En outre, selon cette stratégie, la coordination des opérations sur le champ de bataille (surveillance, synthèse des données et localisation de l\u2019objectif à frapper) est confiée à des systèmes informatiques sophistiqués (Berg et Herolf 1984 ; Hampson 1985).Certains pays européens, tels la Grande-Bretagne et l\u2019Allemagne de l'Ouest, soutiennent que l'attaque en profondeur est un rôle que peuvent encore remplir, en grande partie, des avions comme le Tornado.Son système de navigation par inertie et son radar, capable d'effectuer des relevés topographiques, en font un missile de croisière habité.Les groupes Jim 110 IT RIT \u201cFE L'invasion du Québec-Labrador par l'OTAN pacifistes européens \u2014 ils connaissent bien « Deep Strike » ! \u2014 soutiennent que cette doctrine risque de déstabiliser les forces en présence et d'abaisser le seuil de risque d\u2019une guerre nucléaire (ADIU 1985 ; Klare 1984).Les groupes pacifistes d'Europe s'inquiètent également du rôle nucléaire qu'on fait jouer aux Tornado.Selon un rapport publié par le magazine britannique The Economist (1982 : 61), on pourrait, à partir de 1990, assigner aux avions Tornado et aux missiles Trident pas moins de 724 cibles différentes à attaquer avec des armes nucléaires, dont cent seraient confiées aux Tornado.Il est fort probable que, parmi les Tornado qui effectuent des vols à basse altitude à partir de Goose Bay, certains soient destinés à simuler des attaques nucléaires : tous les escadrons formés de Tornado britanniques ont une capacité nucléaire.Malheureusement, plusieurs des frontaliers de Goose Bay ne semblent pas conscients des dangers potentiels que représente l\u2019intensification de la présence militaire dans la région.La perspective alléchante d\u2019une augmentation des revenus et des emplois dans cette région à l'économie chancelante, de même qu\u2019un fort sentiment raciste anti- Innu, les empêchent de voir ce que leur réserve véritablement un avenir militaire.Cela a eu pour conséquence de polariser une grande partie de la population autour de cette question : d\u2019un côté les représentants du monde des affaires, les « settlers » et les immigrants terreneuviens et de l\u2019autre, les Innu et leurs partisans, lesquels se recrutent en dehors du Labrador.À cause des efforts désespérés qu'ils font pour protéger leur santé et leur culture, les Innu sont traités de radicaux et d\u2019extrémistes et leurs conseillers blancs, d\u2019agitateurs communistes.Inutile de dire que le recours gratuit à ce genre d'étiquettes ne favorise nullement la tenue d'une discussion rationnelle autour de la question.111 Le dénouement du conflit autour de la militarisation de la péninsule Québec-Labrador dépend d'abord et avant tout des résultats que donneront les efforts des Innu pour sensibiliser l'opinion canadienne et européenne.Mais il ne suffira pas de faire naître une nouvelle conscience.Il leur faudra faire en sorte qu'elle se concrétise dans des pressions considérables auprès du gouvernement canadien et de ses alliés de l'OTAN.Ouvrages cités 1982 « Aiming Britain\u2019s Nukes.» The Economist, septembre.1984 « \u2018Tornado terror\u2019 in Sutherland.» Press Journal, 24 juillet.1984 « Low-Flying aircraft : \u2018almost like war\u2019.» Traduit l\u2019article « Tiefflieger : \u2018Beinahe wie im Krieg\u2019.» Der Spiegel, août.ARMAMENT AND DISARMAMENT INFORMATION UNIT (ADIU) 1985 NATO's new conventional emphasis : Is it a con?Ms.Université Sussex, Brigton, Angleterre.BERG, Per et Gunilla HEROLF 1984 « \u2018Deep Strike\u2019 : new technologies for conventional interdiction.» Stockholm International Peace Research Institute Yearbook, pp.291-318.CANADA 1985 Goose Bay, Labrador : NATO Tactical Fighter and Weapons Training Centre.Pamphlet du ministère de la Défense nationale.CANADA 1986 Description of proposed military flying operations based at Goose Bay, Labrador.Ministère de la Défense nationale, Direction de la Planification aérienne.112 POSSIBLES nd La paix pl à faire pl Se L'invasion du ibec-Labrador par l'OTAN HAMPSON, Fen Osler 1985 The role of new technologies and Follow- on Forces Attack in NATO strategy.Communication présentée à la Conference on European Security and the MBFR Talks, Université de Toronto, 6 et 7 mai.KLARE, Michael T.1984 « Conventional arms, military doctrine, and nuclear war : the vanishing firebreak.» Thought 59(232) LAMONTAGNE, Gilles 1981 Remarks for the Minister of National Defence at the signing of the agreement for German Air Force training at Goose Bay, Labrador.Bonn, République Fédérale d'Allemagne, 8 avril.MAYBURY-LEWIS, David 1985« A Special Sort of Pleading\u2014 Anthropology at the Service of Ethnic Groups.» In Robert Paine, éd.Advocacy and Anthropology.St.John\u2019s : The Institute of Social and Economic Studies, pp.130-148.SKINNER, Michael 1984 Red Flag.Navato, California : Presidio Press.113 ee _ rares ne eo as on or x vy Stat gt A ESS ces Pe .223 ooo rs eue cz & pars Secs psn ex eau goa or = on ry: veritarnes rapa Dr CECE ee Laer als a ES ESS Aaa [Ee fs AR EEE TS 3 5 \u2014 = \u2014 ered PIERRE BÉLISLE Taire Terre L'Étoile s\u2019étiole Taire Terre Toute oeuvre vit OÙ rien n'est acquis Jamais son envers qui est guerre n\u2019y mettra © Car toujours de ce e vient la vie.Faire guerre ne dure guère et jamais ne saura faire taire terre.115 Istataiatata 1 POSSIBLES ge Te pps La paix à faire Ca r vie, elle, sait se terre.Mais en cette ère scission © fusion qui veut terre ne saurait se taire rien n\u2019est acquis | gic \u2018 Sous Taire Terre Paix L'Étoile s'étoile fo L'Étoile s\u2019étiole La vie va vite supersonique Si seulement un doux léger sympathique tendre gentil calme va-et-vient lui plaisait Ul s'en plaindrait ?À la vitesse de la lumière sous le couvert l'étoile s'étiole 117 pe RRR PE 2e ee pu fr ones = pee oo pie cae tee ee itor az eT ages oo aoa rs poets era Lo re ILC ee EEE pe mr \u2014\u2014 I J SR er * 5 SN $ == $ 2e = A: \\ è Fn fe = SS $49 KX ; D a EN & | Er 0 > | Re oo Pt _ - RO _ BOS A = ae cs x Lu x, ae ey Hert pea oe et es are E ES _ I STÉPHANE GENDRON La position stratégique du Canada au sein du système mondial Lors de son discours du trône en novembre 1984, le gouvernement Mulroney signifiait son intention d'examiner les façons d'améliorer nos relations commerciales avec les États-Unis.C'est dans cette perspective que ce même gouvernement a entamé, il y a quelques mois, des négociations avec nos voisins du sud en vue d'en arriver à un accord de libre-échange.Pour certains observateurs, ce projet de politique économique internationale pourrait fort bien transformer la position traditionnelle du Canada au sein de l'environnement international.Dans ce court article, nous tenterons donc d\u2019une part, de décrire l'évolution de la position du Canada à l\u2019intérieur du système mondial et d'autre part, d'examiner brièvement les options stratégiques qui s'offrent au Canada.Au cours de la période qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Canada a connu un accroissement de ses activités internationales.Ces dernières furent orientées autour d\u2019un nombre limité de pays : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et quelques pays de l\u2019Europe de l'Ouest.Quant aux relations du Canada avec le reste du monde, 127 .a .pl\u201d elles demeuraient plutôt marginales ou subordon- POSSIBLES ff ii nées au lien du Commonwealth, comme l'ont noté co paix ue Guy Gosselin et Gorden Mace 1 gate mondi Les relations canado-américaines, étant par la 1 force de la nature importantes, devinrent après { 1945 plus intenses tant au plan politique (surtout au cours de la période de la guerre froide \u2014 création en 1958 du NORTH AMERICAN AIR DEFENSE COMMAND/NORAD) qu'au plan commercial (signature en 1959 d'un accord de 1 libre-échange sectoriel pour les industries de 4 défense du Canada et des Etats-Unis et en 1965 du Pacte de l'automobile).Même si à certaines époques des dirigeants politiques canadiens, entre ; autres Pearson et Trudeau, ont exprimé des posi- 8 tions internationalistes, l'alliance d'Ottawa avec 3 Washington n'a pas été pour autant modifiée.Au i moment de la révision de la politique étrangère | sous le gouvernement Trudeau, Ottawa avait souligné sa volonté de réduire la vulnérabilité canadienne face au marché américain.Par ailleurs, la troisième option qui fut la stratégie proposée pour atteindre cet objectif « ne visait pas à déformer les î réalités de la relation canado-américaine ni la 8 communauté fondamentale d'intérêt qui est à la base de celle-ci » \u201c.Malgré l\u2019importance croissante de la dimension américaine au sein de nos relations extérieures, le Canada a tout de même conservé, au lendemain 2 de la Seconde Guerre mondiale, des liens étroits | avec l\u2019Europe occidentale, et ceci surtout pour des 3 raisons politiques et culturelles.Ces liens furent con- 1/ Guy Gosselin et Gordon Mace, « Les politiques extérieures régionales du Canada : Une approche nouvelle », dans La politique étrangère du Canada : approches bilatérale et régionale, sous la direc.de Guy Gosselin, Centre québécois des relations internationales, 1984, pp.12-58.21 Victor Levant, « La politique étrangère canadienne : ni dépendante, ni autonome », Interventions économiques, n° 10, 1983, p.102.1 RpE Bis La position stratégique du Canada dans le système mondial solidés par la contribution canadienne à l'OTAN.Au plan de ses relations économiques avec l\u2019Europe de l'Ouest, la position d'Ottawa ne se précisa plus formellement qu\u2019à partir des années 70.Ainsi, en 1976, le Canada et la Communauté européenne signérent un accord-cadre de coopération économique et industrielle.Ce rapprochement avec l\u2019Europe intégrée a été une première tentative du gouvernement canadien en vue d'appliquer la troisième option élaborée au début des années 70.Les résultats ne furent guère significatifs.Selon Charles Pentland, « les conditions économiques globales du monde d'après 1976 ont lourdement hypothéqué la troisième option, en général, et son volet européen en particulier » 3, Par le biais de sa troisiéme option, le gouvernement Trudeau espérait également rapprocher le Canada des pays nouvellement industrialisés et de certains pays en voie de développement.Ce défi était de taille puisque le Canada n\u2019avait pas entretenu historiquement de relations approfondies avec le Tiers monde.Malgré cette contrainte, le Canada a fait une percée commerciale du côté de l\u2019Asie du sud-est, notamment au Japon (en 1973, le Japon est devenu notre second partenaire commercial mais en volume cela ne représente qu'environ 5 % du commerce canadien), en Amérique latine et en Afrique mais de façon beaucoup moins considérable.Au plan politique, notre pays a cherché à développer des relations avec de nouveaux centres de pouvoir et d'influence au sein du système mondial.En outre, le Canada, comme puissance intermédiaire, a cherché à jouer un rôle de médiateur dans les relations entre pays développés et pays en développement.3/ Charles Pentland, « L'option européenne du Canada dans les années 80 », Études Internationales, vol.XIV, n° 1, mars 1983, p.48. Depuis 1945, le Canada a réussi, par le biais POSSIBLES sf La paix eg! 3 d'une politique étrangère souvent réactive, à à faire jlo accroître l'importance de son rôle sur la scène inter- bor nationale.Méme si les gouvernements canadiens i\u2019 a + \u2019 , mon des dernières années ont tenté d'apporter des précisions quant aux orientations à donner à la politique extérieure du pays, des incertitudes subsistent toujours.Le Canada devrait-il consolider sa position continentale par la voie d\u2019un accord de 3 libre-échange 2 Au contraire, les dirigeants canai diens devraient-ils plutôt songer à une troisième 3 option renouvelée ¢ Plusieurs raisons militent actuellement en faveur d\u2019une consolidation de notre position continentale.Au plan économique, un renforcement de l'intégration nord-sud pourrait permettre aux entreprises canadiennes d'avoir accès, sans se heurter au protectionnisme américain croissant, à un immense marché.Il faut noter que le processus d'intégration canado-américain est déjà une tendance réelle.En effet, « de 1975 à 1980, les sorties net- : tes d\u2019investissements directs canadiens vers les 4 États-Unis s\u2019élevèrent à 6,7 milliards de dollars ; en 1981 seulement cette somme atteignait 4,9 milliards, un phénomène d\u2019une ampleur sans précédent et d'autant plus surprenant que c'est le mouvement en sens inverse qui avait prévalu depuis la Deuxième Guerre mondiale » 4.1 Au plan de la défense, l'option continentale semi ble étre inévitable.Avec la mise au point des missiles de croisière (difficiles à détecter une fois lan- à cés), la défense du Nord canadien devient de plus j en plus perméable à d'éventuelles attaques soviétiques.C\u2019est dans ce contexte que le Canada et les États-Unis ont décidé, cette année, de renouveler \"accord du NORAD et de construire un 41 Yves Bélanger et Pierre Beaulne, « La refonte du fédéralisme et la restructuration économique », Interventions économiques, n° 11, 1983, p.72.2 AE 130 Ses # #- La position stratégique du Canada dans le système mondial Système d'alerte du Nord.D'ailleurs, selon un récent rapport du Comité mixte spécial du Sénat et de la Chambre des communes sur les relations extérieures du Canada, « la protection de la partie septentrionale du continent nord-américain ne eut être assurée efficacement sans une étroite collaboration entre le Canada et les États-Unis » 2.Toutefois, pour certains observateurs, une plus grande intégration des économies canadienne et américaine pourrait avoir des répercussions sur la souveraineté politique et culturelle du Canada.De plus, l'image du Canada à l'étranger pourrait se modifier : on nous associerait peut-être davantage aux politiques américaines et on pourrait nous percevoir beaucoup moins comme une puissance intermédiaire pouvant jouer un rôle de médiation internationale.Ces arguments ne doivent sûrement pas être négligés dans la mesure où même le Premier ministre de la plus riche des provinces canadiennes, David Peterson de l'Ontario, émet des réserves envers le projet de libre-échange Canada Etats- Unis du gouvernement Mulroney.Considérant ces arguments, une troisiéme option renouvelée pourrait bien de nouveau émerger.Plutôt que de suivre une stratégie bilatérale au plan commercial, le Canada pourrait tenter de négocier des accès préférentiels au niveau de plusieurs marchés à la fois.Cette stratégie aurait l'avantage de diminuer la vulnérabilité du Canada envers son voisin américain, de permettre aux entreprises canadiennes de pénétrer de nouveaux marchés et de faire en sorte que le Canada conserve toujours son influence au sein des forums internationaux.Par ailleurs, comme nous l\u2019avons mentionné, certaines tendances importantes (forte attraction de 5/ Rapport du Comité mixte spécial du Sénat et de la Chambre des communes sur les relations extérieures du Canada, Indépendance et Internationalisme, Juin 1986, p.53.131 l\u2019économie américaine) favorisent présentement l\u2019option continentale.Il serait donc sage de la part du gouvernement Mulroney de poursuivre une stratégie à deux volets : tenter de négocier un meilleur accès au marché américain sans toutefois signer l\u2019arrêt de mort de secteurs industriels importants pour le Canada et chercher à se rapprocher (par des coopérations industrielles et économiques) des autres entités économiques importantes (la CEE et les marchés de l'Asie orientale).RNIN POSSIBLES La paix a faire \u201cFE FRANCINE DÉRY Je n\u2018avais pas le temps « La pensée que ce n'est pas moi qui ai inventé les roses, m'est insupportable.» Maiakovski Je n'avais pas le temps Maintenant je le tiens Juillet me l'accorde depuis avril Le chômage n\u2019est pas avare de temps Je gaspille le temps comme les autres l'argent Devrais-je plus justement dire : Je dépense le temps Dépenser le temps avec passion satisfaction Le temps coûte cher c'est un objet de valeur Un acquis précieux J'ai un bon chômage comme d'autres diront : J'ai une bonne job Habiter chaque minute devenue la plus authentique Voir aspirer observer Entendre respirer détendre Derrière chez-nous il n\u2019y a pas d\u2019étang Voici des fleurs voici des fruits Le vent le chat la paix Tenant dans un seul champ de vision La tête ne remue même pas 133 Un simple déplacement de pupille englobe ce POSSIBLES carré d\u2019univers à foire Moi gorgée d'été Quitter la longue chaise et me vautrer dans le hamac balancé Sous les fuchsias entre le pommetier et le grand peuplier Me détendre laisser-aller Aux voluptés saisonnières les plus instantanément envahissantes L'oiseau chante pour l'opulente nature secouée par le plaisir D\u2019être absolument Or, Le soleil couchant le jardin s\u2019estompe La nuit cendre et sang La ville ruban d'angoisse Des horreurs télévisées ailleurs ici Vécues en devenir Menace d'extinction du jardin cendre La nuit poursuivie par les images furtives honteuses Sang D'une mémoire fragmentée de la haine à la peur De la disparition de la rose Désespérément imbriquée stèle du cachot humanitaire De Belfast à Prétoria de Manille à Beyrouth Cendre De Londres & Téhéran Islamabad et sang De New York à Moscou Kaboul cendre Et sang Managua La ligne sanguinaire dans I\u2018achévement des cruautés Dans l'excellence du théâtre des chancres serviles Immobile dans la chaise longue de la pensée J'écoute chanter l\u2019oiseau-nuit qui ne chante plus la promesse C'est la razzia des roses et des fuchsias } (otis 8 Jo fem à 134 Sa ie Je n'avais pas le temps Le rideau s'ouvre dans le rouge sang Derrière chez-nous il n\u2019y a pas d'étang Quatre soldats du roi du Tsar de la République et du Dollar Avec leurs grandes fusées pulvérisant Quatre cavaliers masqués cavalcadent entre les lignes adverses Et sur les mots d\u2019un poème de Maiakovski le suicidé percutant Dans un livre que je tiens entre les mains d'hier et de demain Entre la rose et le fuchsia C'est toujours le même être chauve, invisible, qui les mène le grand maître à danser du cancan terrestre, tantôt sous la forme d\u2019une idée, tantôt diable, tantôt Dieu rayonnant derrière ses nuages.« Silence ! » les philosophes, Je sais bien {.) Maiakovski Que la mémoire du feu tremble et dérange Que la cinglante photo de la fillette au ventre ouvert Aux yeux plus grands ouverts encore Troublent la paix falsifiée des cerveaux éteints Leur peau brûlée détachée de leurs corps tombera en pluie De lambeaux sur l\u2019enfer des uns et des autres Guerre aux prédateurs de la rose Guerre à la fusion des siècles assassins Et je le savais que tu le savais bien Vladimir Vladimirovitch Maiakovski 135 re ree A eau A Ls 8 ei A SP AER i 2.RES in Re RR ce = PA A Lo ee ME Et PSS 7 = APP ee PR oo PR a am ei ue \u2014_\u2014 rame = =r Niro eso pes .pr xs Acces RARES teen 8) bp 150055 Sem EA Ra for pales ZT Ex wo.Se eT Rr = pes \u2014\u2014\u2014 pi AK ole Ka en PL AS PES 7e a i RAS AA ve p?1 En C 2 + éme ni = À En = # % + = A $ ; SD 3A S 3 $ 8 = S $ , S $ rr a = 3 ë ES a 3 = DN = S S S S : .$ $ 5 7 TX S $ = S 73 9 SR a La SE AARNE = __ = oar 2 pc vez Ee xi po exe _ ES pcr rec - Loa recu etes 2e eo MICHÈLE DUVAL eme mme La guerre pensée par Hannah Arendt La guerre a pris au XX° siècle une allure complètement nouvelle, plus particulièrement depuis les dernières décennies où on assiste à la course aux armements nucléaires et à la montée du terrorisme international.Plus personne n\u2019est à l'abri de la guerre ; paradoxalement, même si tous sont directement menacés, rares sont ceux qui sentent qu'ils peuvent intervenir pour arrêter cette machine infernale.Le sentiment d'impuissance est général, et on attend, presque docilement, que la planète saute.On s\u2019en remet aux événements.Hannah Arendt n'était pas de cet avis : elle croyait que le cours de l\u2019histoire n'est pas irréversible, et elle était convaincue de la capacité des hommes d'intervenir pour briser l\u2019engrenage et transformer les situations.Elle croyait fermement en la capacité des hommes d'agir politiquement.Elle-même amenée à réfléchir d'un point de vue politique à partir des événements qu'elle a vécus en Allemagne nazie durant les années \u201830, elle était persuadée que la pensée, en autant qu\u2019elle reste collée à l'événement, peut permettre aux hommes d'agir.Comment Hannah Arendt a-t-elle pensé la guerre, et quelles sont les pistes d'action, de survie, que nous offre sa réflexion ?C'est ce que je vais examiner maintenant, en m'appuyant principalement sur ses textes « De la violence » et « Poli- 139 tique et révolution » rassemblés dans le volume Du POSSIBLES 9 : .2 heu 2 .s .La paix go mensonge à la violence édité pour la première fois à faire jh en 1969.Les citoyens face a la guerre Un gouvernement, selon Hannah Arendt, n\u2019a de pouvoir que s\u2019il peut compter sur l\u2019appui des citoyens.Ceci est particulièrement vrai dans les régimes dits « démocratiques » où le gouvernement, pour exercer le pouvoir, doit être élu.Les décisions importantes d\u2019un gouvernement doivent | alors correspondre à la volonté du peuple.La con- J duite d\u2019une guerre est une de ces décisions importantes.Pouvons-nous en déduire que la politique de dissuasion actuelle, qui repose sur un arsenal militaire de plus en plus destructeur et qui menace dangereusement non seulement l'équilibre international mais l'existence même de la planète, pouvons-nous déduire que cette politique est endossée par la majorité des citoyens 2 Difficilement.Bien sûr, il s'en trouve plusieurs pour approuver la manière forte de Reagan.Mais l'ampleur qu'a pris le mouvement pacifiste au cours des dernières années témoigne d\u2019une résistance certaine à la course aux armements.Et l\u2019inquiétude de l\u2019homme de la rue est réelle, tout autant que son sentiment d\u2019impuissance.Les gens redoutent le pire, et attendent passivement la catastrophe.Y aurait-il démission politique collective Ÿ Voyons ce qu\u2019en pense Hannah Arendt.La violence actuelle Alors qu\u2019on doute de plus en plus de l'efficacité de la violence dans les relations internationales, on remarque une montée, et même une apologie de la violence dans nos sociétés modernes et ce, dans des domaines aussi différents que la culture (musique, mode vestimentaire, pornographie | ji I 140 hg Ni La guerre pensée par Hannah Arendt « hard », films, jeux pour enfants, .), les relations interpersonnelles (violence conjugale et parentale), l\u2019organisation du travail.Une telle apologie de la violence se retrouve également dans le discours révolutionnaire de la Nouvelle Gauche des années \u201868 qui s'inspire entre autres de Sartre et de Fanon.Hannah Arendt y voit un phénomène complètement nouveau, et le met en étroite relation avec « les inquiétants progrès suicidaires des armes modernes » (MV 125) !.Cette génération est « la première à avoir grandi à l\u2019ombre de la bombe atomique.Elle a retenu de l'expérience de la génération précédente l\u2019intrusion massive de la violence criminelle dans le domaine politique » (MV 125).À une première réaction de révulsion face à la violence a succédé la conviction que « seule la violence paie » (Fanon).Fait sans précédent et sans analogie dans l\u2019histoire de l'humanité, « le progrès technique nous conduit directement au désastre » (MV 127), et ce, ajouterais-je, non seulement sur le plan militaire mais autant sinon plus sur le plan écologique.La glorification de la violence correspondrait directement à cette conscience de la « possibilité de l'apocalypse », à l\u2019incertitude non plus de ce que sera l'avenir, mais tout simplement de l'existence même de cet avenir.Une autre caractéristique de nos sociétés modernes est la bureaucratisation.Or Hannah Arendt remarque que « plus la vie politique a tendance à se bureaucratiser et plus s'accroît la tentation du recours à la violence » (MV 192), ce qu\u2019elle explique de la façon suivante : « la bureaucratie est une forme de gouvernement où chacun est entièrement privé de la liberté politique et du pouvoir d'agir » (MV 192).C'est une « tyrannie sans tyran », où l\u2019Anonyme domine : ne pouvant plus identifier de responsable, il est devenu impossible de discuter, 1/ MV : Du mensonge à la violence.141 pré © de revendiquer, de faire des pressions.Recourir POSSIBLES ow | F a l'appareil traditionnel des partis pour y exercer La paix o une quelconque influence s'avère tout aussi vain : « l'énorme machinerie politique des partis a réussi, un peu partout, à étouffer la voix des citoyens, même dans les pays où la liberté de parole et d'association demeure encore intacte » (MV 192).Le système politique s'est transformé en administra- | tion, les gouvernements sont devenus des bureaucraties : le champ de l\u2019action publique s\u2019est alors réduit de façon désastreuse, entraînant une « paralysie de l\u2019action » (MV 192).Ce qui amène Hannah Arendt « à croire qu\u2019une grande partie des apologies actuelles de la violence a pour cause les sérieuses entraves qui pèsent dans le monde moderne sur la faculté d'agir » (MV 195).Jord Or Hannah Arendt est convaincue, c'est d'ailleurs le leitmotiv de toute sa pensée, que « c'est la possibilité d'action qui fait de l\u2019homme un être politique ; elle lui permet d'entrer en contact avec à ses semblables, d'agir de concert, de poursuivre i des buts et de former des entreprises » compléte- 3 ment nouvelles (MV 193).Elle ajoute : « Aucune autre faculté, si l'on excepte le langage, ne nous différencie plus radicalement de toutes les autres espèces animales » (MV 193).La massification de nos sociétés est caractéristique de l'époque moderne où progrès signifie croissance, i.e.« perpétuel processus d\u2019agrandissement et d\u2019accumula- | | tion » (MV 194).Une telle croissance, tant de la population que des biens d\u2019un pays, appelle une [ administration toujours grandissante, et augmente 1 sans cesse le « pouvoir anonyme des administra- a teurs » (MV 194).De toutes les aptitudes humai- ÿ nes, Hannah Arendt considère que c'est la capai cité d'action, l\u2019« aptitude à l'initiative d\u2019une action nouvelle » (MV 194) qui souffre le plus de la massification.| 3 Commandée par le progrès, cette croissance i s'accompagne paradoxalement d\u2019un « processus 142 PRIOR TEE La guerre pensée par Hannah Arendt fl | de désintégration », parce que la gestion des besoins des sociétés de masse « est devenue impossible » (MV 195).Elle précise : « Par sa nature même la grandeur est vulnérable ; les lézardes apparaissent et s'élargissent dans les structures du pouvoir de tous les grands pays » (MV 196).Hannah Arendt reconnaît tristement qu\u2019avec la massification, le pouvoir politique des hommes « est tombé dans l'impuissance », et elle conclut en ces termes son essai Sur la violence : Répétons-le, nous ne savons pas où ces développements nous conduiront ; mais nous savons, ou nous devrions savoir, que tout affaiblissement du pouvoir est une invite manifeste à la violence \u2014 ne serait-ce que du fait que les détenteurs du pouvoir, qu'il s'agisse des gouvernants ou des gouvernés, sentant que ce pouvoir est sur le point de leur échapper, éprouvent toujours les plus grandes difficultés à résister à la tentation de le remplacer par la violence.(MV 199) Cette conclusion est à l'image de notre époque : sombre.Lucide, Hannah Arendt a toujours refusé de cacher des pans de la réalité : plus encore, elle croyait que c'est par un examen attentif des évé- nements et de l\u2019histoire qu'on arrive à comprendre et à trouver de nouvelles impulsions, de nouvelles pistes d'action.Parce que, rappelons-le, Hannah Arendt avait une foi inébranlable dans la capacité humaine d'agir.L'action politique : seule issue possible Hannah Arendt s\u2019insurge en faux contre la notion de progrès, non seulement, nous l\u2019avons vu, parce que c'est au nom du progrès que se sont développées la massification et la bureaucratisation, responsables de la perte de pouvoir politi- ue des hommes, mais aussi parce que cette idée de progrès repose sur une conception mécaniste de l\u2019histoire, comme si l'avenir de l'humanité était 143 tout tracé à l'avance.Une telle idée, rassurante parce que « nous n'avons pas à redouter qu'il se produise quelque chose d\u2019entiérement nouveau et inattendu » (MV 140), est par contre étouffante quand on refuse l\u2018orientation, ou l'allure, que prend ce progrès : si on considère l\u2019histoire comme « un processus chronologique continu », alors « la violence, sous forme de guerres et de révolutions, peut apparaître comme l'unique moyen d'interrompre le processus, (.) de mettre un terme aux processus automatiques dans les affaires de l\u2019humanité » (MV 143).Selon Hannah Arendt, on peut difficilement qualifier de progrès ce processus de changement qui prend des allures de désastre : « || n'est nullement exclu que nous soyons arrivés à un tournant décisif, à partir duquel le rendement devient négatif.Non seulement le progrès de la science a cessé de coïncider avec le progrès de l'humanité (\u2026) mais il pourrait bien sonner le glas de l'humanité » (MV 142).D'autre part, le fait que « toutes nos expériences de ce siècle (\u2026) nous ont constamment placés en face de l\u2019inattendu le plus total » (MV 140) démontre sans équivoque que l\u2019histoire n\u2019est ni mécanique ni linéaire, et qu'on peut dès lors intervenir dans son déroulement en agissant politiquement.L'homme a le pouvoir, par l\u2019action, d\u2019influencer le cours de l\u2019histoire : « C\u2019est le rôle de toute action, distincte en ce sens du simple comportement, de venir interrompre tout ce qui aurait dû autrement se poursuivre de façon automatique et, en ce sens, prévisible » (MV 143).L'apocalypse nucléaire, possible et probable, n\u2019est donc ni certaine, ni inévitable.Parce qu'elle n\u2019est pas automatique, l\u2019histoire peut être modifiée par l\u2019action humaine.Cette possibilité qu\u2019ont les hommes d\u2019agir, Hannah Arendt en parle comme d\u2019une responsabilité.Faisant référence aux événements qui l'ont touchée directement en Allemagne nazie (plus précisément parlant de 144 POSSIBLES La paix à faire quent | phd 4 ¢ pet Ï
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