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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Automne
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1988, Collections de BAnQ.

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[" .SN OCC nossible VOLUME 12 NUMERO 4 AUTOMNE 1988 Wi ¢ 1 I | ler 41) AT Hi \u2014 Qu LUCE 2 ) IT a = es A +.+ ne p= \u2014 __ J 2a Ei H : ä a pe Loa Es PA REY Tres = PEARSE SE en \u201cLee = PES a Po ve a NE» PE ee Hy RN ETA TRAV ARC po Pedy ein ENE ayy prey, oy moat ahi pa.= = Tre III TRES Eres ek \u2014 ons ory = = Ps Ps Te em Tr pe ETL ir oT TIS pe oy ERY i Bo Pet, \u201c ARTISTE OU MANAGER ?ë M _ A Poe ossibles Pp Vv OLUME 12 @ NUMÉRO 4 @ AUTOMNE 1988 Æ î rep AS A] 1 RER possibles B.P.114, Succursale Céte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 Comité de rédaction : Rose Marie Arbour, Francine Couture, Mar- | cel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Ray- E monde Savard, André Thibault.Secrétariat et administration : Suzanne Martin Collaborateurs(trices) : bi Eric Alséne, Marie Bouchard, Francine Déry, Roland Giguére, Jacques T.Godbout, Suzanne Jacob, Gaston Miron, Marcel Rioux.LA La revue est membre de l'Association des éditeurs de périodiques ii culturels québécois (AEPCQ).Les articles parus dans la revue POSSIBLES sont répertoriés dans Point de repère.| i: Les textes présentés a la revue ne sont pas retournés.I Possibles est subventionné par le ministère des Affaires culturelles du Québec et le Conseil des Arts du Canada.Sur la page couverture : Photo de Kèro, 1988.Conception graphique et maquette de la couverture : Nicole Morisset Montage et supervision typographique : Claude Poirier et Serge Wilson i Composition : Composition Solidaire inc.Impression : Imprimerie L'Eclaireur, Beauceville i Distribution : Diffusion Dimedia R Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada ISSN : 0703-7139 © 1988 Revue Possibles, Montréal SOMMAIRE ESSAIS ET ANALYSES Éditorial Montée d'angoisse à plusieurs voix distinctes HELENE PEDNEAULT Trente ans de mime CLAUDE SAINT-DENIS 23 L'art et le commerce ou la belle et la bête et vice versa ROBERT M.LEPAGE 31 L'affaire culturelle ment PAUL CHAMBERLAND 41 Danser maintenant.et après MICHELE FEBVRE >5 Autoportrait d\u2019une fille perdue CAROLE DAVID 65 RE Réflexions sur la vie d'artiste ROBERT SAUCIER LISE LANDRY RAYMOND LAVOIE Conférence-fiction SUZANNE JACOB 69 85 Intimités KERO 95 La rentabilité de la création artistique : une histoire de « premier arrivé, dernier servi » PHILIPPE MENARD 105 D\u2019encre et de lumière DANIEL GAGNON 123 Gilles Corbeil et l'amour de l\u2019art MARCEL FOURNIER 127 L'objet, quel objet ?FRANCINE DERY 137 CHRONIQUES SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION : Quand les « bits », les « tiques », les puces nous attaquent.MARYSE LEVESQUE 143 ee oz 2 eo Leo _ a pp PS __ _ rs perry ere ces pe pe oo us mr = me rr er = ay eu \u2014 cet cs SES Ah AAT D cé pa \u2014 2 = ere ESS és ST a =) RCN il = RA INT NI, CE = Rn a i 3 je , se = - = RX Se LE JOURNAL DE MARCEL RIOUX COURTEPOINTES ET POINTES SECHES re Lo à W 5e jo VT mem cn = EEL -.ou oon ime ae.rev ee eme ess 00e se rm tie Lee IRL LE po Se 4 Cry Ee EE Er a ee Tr Rr re Ee Ea press hie re ogy EE EEE ce Poe EEE ee ces Fra Coa ems an eres rns met À Fo COCHE ECHMICCICLI EEE PEN MOOI AS Projections délibérantes Refus global féte maintenant ses quarante ans.Joyeuse récupération de ceux qui, en 1948, avaient été mis au ban d\u2019une société.Mémoire vivante.Modèle et référence obligée.Point de ralliement des revues et des groupes qui, depuis les années 60, se réclament des illustres prédécesseurs.Le hasard objectif \u2014 plutôt qu\u2019une saine gestion des anniversaires, avouons-le \u2014 a voulu que Possibles, cette même année, donne la parole aux artistes dans un monde que l'on voudrait plus proche de « l'efficacité méthodique » que des « nécessités » et de la « magie », pour reprendre les expressions du manifeste.On, c'est-à-dire ceux- là même à qui appartient le discours sur l\u2019art.Ceux qui gèrent, organisent, subventionnent, codifient et récompensent les affaires ou industries culturelles.Ceux qui parlent d'excellence, de rentabilité, d\u2019entrepreneurship et de productivité.L'artiste est-il vraiment devenu une PME dont le succès \u2014 lire le statut économique \u2014 est directement proportionnel à son mode de gérance ou de gestion 2 Ce nouveau pacte qui lie la société et les créateurs signifie-t-il que celle-ci serait enfin prête à accepter ceux-là @ Et à quel prix @ La nécessité de s\u2019insérer dans un système de production va-t-elle à l\u2019encontre de la liberté créatrice ? Toutes questions que nous nous posions à l\u2019ori- POSSIBLES gine de ce numéro entièrement réservé aux artis- où menager ?tes : dans l\u2019univers technocratique des organismes s'occupant de culture, il semble que le créateur lui- même soit de moins en moins considéré comme une donnée importante.C\u2019est ce que déplorent, unanimement, ceux qui ont pris la parole dans ce numéro, constatant que la « matière première » sur laquelle repose l\u2019industrie culturelle est tenue comme quantité négligeable au profit d'intermédiaires qui se multiplient.À moins qu'elle ne prenne l'aspect d\u2019un grossissement médiatique, même leur révolte ne sera pas entendue.Nous avons donc souhaité ces « autoportraits » aussi libres que possible.Comment le créateur réagit-il aux diverses contraintes que lui impose le discours dominant sur l\u2019art @ Un discours essentiellement axé sur la gestion, la rentabilité, la visibilité, la consommation immédiate et, par-dessus tout, le succès.Un discours calqué sur le langage des milieux d'affaires.Sans nier la pertinence d\u2019une rationalisation et d\u2019une systématisation de l'axe production- diffusion, les créateurs s'inquiètent de la prépondé- i rance accordée a certains éléments ou aspects.De fi la même façon qu\u2019on assiste à une réduction de la | fonction « auteur », on se dirige insensiblement ; vers l'annulation de la notion « d'oeuvre » : à la i limite, la création se raméne a une suite d\u2019indices h biographiques que le star-system actuel aura vite fait de récupérer au profit de la personne méme du créateur, s\u2019il accepte de se transformer en acteur.Quand ce même star-system ne l'ignore pas com- lètement et ne le broie dans l\u2019engrenage impitoyable que sont devenus les arts de spectacle.(On notera qu'il est peu question de cinéma dans ce numéro : le sujet mériterait à lui seul un long développement.) Machines à grand déploiement dont profitent et vivent surtout les parasites.Certes la culture est rentable, mais elle l\u2019est davantage pour ee PRE go 8 CELL A Éditorial les gestionnaires que pour les artistes qui, toujours, cherchent à joindre les deux bouts! .Sauf s'ils ont un métier parallèle, l\u2019enseignement par exemple, qui est perçu ici tantôt comme une entrave, tantôt comme un gage de liberté.Il ressort de cette suite de textes que la seule gestion intimement et intrinsèquement liée à la création comme telle est celle de son temps et de sa solitude : les témoignages là-dessus sont éloquents.Et tout le reste est affaire de comptabilité et de marketing.Affaire nécesaire \u2014 il est faux de croire que l\u2019on crée pour soi seul \u2014 mais également menacée d'inflation galopante.Dont l'effet à long terme peut être celui d\u2019un nivellement \u2014 quelle différence y a-t-il entre Ramsès Il, Vinci et Madonna, se demande Chamberland \u2014 et d\u2019une neutralisation du risque inhérent à toute intuition créatrice.Comment programmer l\u2019imprévisible, l\u2019inédit, le provocant® Cela, aujourd\u2019hui comme hier, n'a pas changé.Si la société semble davantage faire place à la culture dans une civilisation dite des loisirs, n\u2019estelle pas en train d'établir en même temps une dangereuse équivalence entre les deux termes ?Le concept de culture comme loisir qui en découle fait dévier le sens et détruit l'impact de cette part de l\u2019activité humaine qui dérange, critique, rectifie et propose d\u2019autres possibles, d'autres lieux du savoir.« Au fond de l'inconnu, pour trouver du nouveau », disait déjà Baudelaire.L'art ne copie pas, il invente.Il s\u2019élabore le plus souvent en dehors 1/ La culture sert aussi à alimenter plusieurs métiers.Dans le cas d'une revue comme Possibles, par exemple, la majeure partie du budjet d'opération va à la composition, au montage et à l\u2019impression.Tout le travail du comité de rédaction est bénévole.Chaque année, un montant dérisoire est réservé à la rémunération des collaborateurs.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la capital symbolique, qui se situe généralement beaucoup plus du côté du symbole que du capital. des consensus et des « conventions de réalité » qu\u2019on cherche à lui imposer.S\u2019il a besoin de soutien, il ne saurait par contre se plier à des modèles rassurants et préétablis.Dans l'ère du flou qui est la nôtre, l\u2019artiste, s\u2019il coïncide de moins en moins avec son double romantique, vivant au jour le jour de ses angoisses et de ses inspirations, attendant de quelque mécène un apaisement à son mal d'être, paraît davantage conscient des contradictions qui sous- tendent son statut et de la fragilité de l'écoute dont il dispose.C'est ce qu\u2019il révèle calmement, avec un brin d'amertume parfois, dans ces réflexions / projections délibérantes.LISE GAUVIN Pour le comité de rédaction POSSIBLES Artiste ou manager ? plusieurs voix distinctes Au temps du Refus Global, l'ennemi était facile à identifier.Aujourd\u2019hui, les médias, qui filtrent et dirigent la vie artistique, les structures bureaucratiques \u2014 organismes subvention- neurs et musées \u2014 constituent un pouvoir capillaire, à la fois ennemi et ami.L'enseignement, lui, oscille souvent entre l'attitude « touristique », fondée sur les seuls modèles internationaux, et la « fanatique », animée par un repli sur l'identité nationale semblable à celui que dénoncait Borduas.Je me demande parfois s\u2019il ne faudrait pas un second REFUS GLOBAL! Jocelyne Alloucherie, cité par Véronique Robert, in L'Actualité, mai 1988 Voix 1 : Affirmation globale, ou la voix du péché.Mon père, je m'accuse d'avoir une fixation orale.Je n'arrête pas de parler.Je fais aller ma langue à toute vitesse de peur d'échapper des mots, je ne suis bien qu'avec du bruit dans ma bouche.Et tant mieux s\u2019il y a parfois des mots qui réussissent à passer à travers le tumulte.Je déteste le silence, et pourtant, je le supplie de rester, de m'attendre encore un peu, dans un coin, là-bas.Tout mon corps est tendu vers un seul but : dire.Je mange mes mots, je les respire un par un pour leur voler leurs parfums de laine mouillée, de lavande et de 11 .re Te TE sueur mêlés.Je les bouscule, les crache, les jette hors de ma bouche.Je les répudie, les avale parfois, mais il y en a toujours.Plus je parle, plus il y en a.On dirait qu'ils se multiplient entre eux.C'est ça.Ils copulent dans ma bouche, ils font des petits sans arrêt, plus prolifiques que des rats.Imaginez, mon père : ça copule dans ma bouche, inlassablement.Un mot en entraîne un autre, puis un autre, et un autre encore.Parfois même des idées se glissent en eux, et ils sortent engrossés, énormes, prêts à copuler encore avec n'importe qui quand ils arrivent dehors.En chaleurs, ils se jetteraient sur n'importe quelle mémoire, sur n'importe quelle bouche dans l'espoir secret d'être répétés, de devenir une rumeur sourde, en se foutant des épidémies.Parfois, ils arrivent, par la tête des autres, jusqu\u2019à leur cœur.Ils grouillent sur la peau des autres tant ils sont nombreux et vivaces.Je les vois.Ils s\u2019attendent à la sortie de ma bouche pour mieux faire leurs coups en bande, pour faire davantage de mal ou de plaisir selon leur humeur.C'est terrible mon père, je n'arrive pas à les arrêter.Ce sont des flèches d\u2019arbalète, des saumons qui montent le courant à l'envers pour frayer, des spermatozoïdes prêts à s'entretuer pour venir au monde.Ils vont finir par me bouffer un jour, si je me mets à parler toute seule, je le sais.Ils ont pondu des œufs en moi en prévision de ce grand moment de triomphe pour eux.Ils ont tout prévu, y compris me rendre foile.Ils vont même jusqu'à goûter quelque chose pour m'avoir : certains goûtent les hui- tres, d'autres les oranges, le rhum brun ou le poivre vert.Ils se rendent aphrodisiaques, ils excitent ma langue et mes papilles qui n'en peuvent plus.Ma salive déborde.Ils ont tous les pouvoirs, ils savent tout de moi.Ils me font parler en dormant les salauds.Ca va jusque là.C\u2019est la déchéance.Je ne sais pas POSSIBLES Artiste ou manager ?vol , Montée jusqu'où je serais capable d'aller pour les satis- e° d'angoisse faire.Je me roule à leurs pieds, j'en redemande.Je voix distinctes les aime à la folie, ils font de moi ce qu\u2019ils veulent.J'ai essayé de porter un bâillon, mais ils ont tenté de m\u2019étouffer en bloquant ma trachée, en se laissant s'accumuler là, volontairement passifs, sûrs de leur emprise.Si je me coupe la langue,ils sortiront au bout de mes doigts, je le sais, je les connais.La nuit, ils se métamorphosent en rêves, parce qu\u2019une image vaut mille mots, ils l'ont entendu dire.Ils s\u2019en rappellent.Ils se rappellent de tout.Ils font des blitz dans ma mémoire, mercenaires assoiffés de sens.Ils ne me lâchent pas d\u2019une semelle.Je suis à genoux devant eux, je ne peux plus m'en passer.Et je suis obligée de vous avouer qu'ils me donnent, es salauds, des frissons jamais égalés dans toute Ë l\u2019histoire du frisson.i C'est la que, fatiguée, défaite, possédée jusqu'aux os, je n'ai pas d'autre choix que de les | écrire pour les faire taire en moi.C'est de l\u2019abjec- | tion mon pére, je ne suis jamais descendue aussi bas pour ne pas mourir.Que dois-je faire, mon père ?Pensez-vous que je i sois un cas d'exorcisme 2 : Voix 2 : La voix de Marguerite à Le pire, c'est que les mots des autres, de certains et certaines autres, me font le même effet, parfois Ë jusqu'à me faire oublier les miens, parfois jusqu\u2019à immuniser les miens.Les mots de Duras, Gary, Jacob, Beauvoir, Sylvestre, Handke.Hier ceux de Vian et Prévert, demain, ceux des nouvelles amours.Les mots écrits, et les mots dits aussi.Ceux qui circulent d\u2019un regard à un autre quand c'est le bon moment, et qui se mettent à changer les corps qui E les disent et à compter pour la vie qui reste.Ceux-là E aussi.Les mots qui se glissent entre deux bouffées p i sd HE i 1 i de cigarettes, entre deux cigarettes dans un cendrier, écrasées, encore fumantes.Les mots gitans qui disent la bonne aventure sans jamais se tromper.Dans un hôtel à Ottawa, je me souviens d\u2019une phrase de Marguerite dans La musica deuxième : « Nous aimerons moins, maintenant, les autres gens ».Je m'en souviens, parce que c'est à mon tour d'écrire cette phrase.Parce que j'en ai besoin pour comprendre un amour qui n\u2019a pas pu être et dont je ne peux pourtant me passer.C'est comme ça.Et venez me dire, à moi, que Duras est trop littéraire.Venez.Je vous attends.Voix 3 : Les voix qu\u2019on ne devrait pas être obligés d'entendre.J'ai lu hier les critiques du Devoir et de La Presse de Maude et Les aventures de Pomme Douly de Suzanne Jacob.Tout de suite j'ai eu mal au cœur.Marie-Claude m'a dit de ne pas m'en faire, que c\u2019est parce qu'il y a plus qu\u2019une phrase dans Maude et qu'ils ne sont pas capables d'en prendre plus.Je ris, mais ca me fait mal au cœur quand même.C\u2019est son plus beau roman, si ça se peut.Le même jour, je vois qu'ils présenteront en deux fois, le 15 et le 22 mai, à l\u2018extrême fin de soirée au cas où il y aurait des enfants à l'écoute probablement, Juliette des esprits, de Fellini, un film qui dure à peine deux heures et quart.Non, non, à Radio-Canada.Ce film doit être trop chargé.Il contient trop d'images, et Giuletta Masina y est trop émouvante.C'est indécent.Qu'on regarde n'importe où, tout se confirme.Critiques et diffuseurs sont rendus du même bord.Ils sont d'accord.Les temps sont durs.14 POSSIBLES Artiste ou manager ?oix or?Montée d'angoisse à plusieurs voix distinctes Mais comment traverser ces voix syndiquées, ces voix cadres, qui s'en foutent complètement des artistes?Comment?Ils sapent, démobilisent, décrètent, contrôlent.Ils écrivent pour annuler l'écriture, ils diffusent pour annuler les différences, la plupart du temps.Ils gagnent leur vie, que peut- on leur reprocher?Il a plusieurs mots, plus ou moins délicats, pour décrire une personne qui se nourrit à même la production des autres, ou à leurs dépens.Mais on ne peut pas faire un syndicat avec ces mots-là, ni une association professionnelle, ni une corporation, ni un organisme.L'Office des professions ne les a pas dans ses listes.Dommage.Tout serait tellement plus simple.Voix 4 : La voix des artistes dans la foule.S'il n\u2019y avait pas d'artistes, il n\u2019y aurait pas de musées, pas de galeries d'art, pas de conservateurs d'art, pas de commerçants, pas de collectionneurs, pas de guides, pas de portiers, pas de compagnies de disques, pas de directeurs ni de sous- directeurs de compagnies de disques, pas de limousines, pas d\u2019attachés de presse, pas de salles de spectacles, pas de syndicat de techniciens, pas de costumiers, pas d\u2019ouvreurs, pas de pièces de théâtre, pas de hits, pas de chansons, pas de sociétés de perception de droits d'auteur, pas d'éditeurs, pas de critiques, pas de journaux artistiques, pas de magazines artistiques, pas de Festival des films du monde, pas de Festival de jazz, pas de festivals du tout, pas de Galas Métro Star, pas de etc.Mais il y aurait toujours de la neige l'hiver, de la pluie et du soleil aussi, et les feuilles tomberaient quand même à l'automne.Qui va meubler la Société des loisirs 2 Je vous le demande.Question : étant donné que les artistes génèrent tout ça, en plus des fonctionnaires appropriés, comment se fait-il que, de moteurs, ils se retrouvent remorqués @ Réponse spontanée : Parce que le Christ a dit « Les premiers seront les derniers ».Lumineux comme gag.Voix 5 : La voix du doute.J'écoute une chanson de France Léa, et aujourd\u2019hui, je suis d'accord avec elle.Parce que parfois, il m'arrive d'être d'accord avec des choses avec lesquelles je ne suis pas daccord normalement.Elle devait être dans le même état que moi quand elle a écrit ça.« Les mots, ça ne vous aime pas.C'est personne, c'est rien, c'est quoi 2 Ça couvre pas, ça tient pas chaud, c'est pas des baisers sur la peau.C'est pas de la terre, c'est pas des hanches.{.) Les mots, ca change pas les idées.Je veux plus mordre dans ce pain.Les mots ça me laisse sur ma faim ».Mais je suis en train d'écrire ce papier, qui me remet dans toutes mes fureurs anciennes et actuelles, et je suis en train d'écrire un show.Et je sais tellement que les mots, ça ne veut pas parler, bien souvent, même sous la torture.Voix 6 : La voix du sang.Art et gestion?Vous voulez rire@ Comment voulez-vous gérer la possession, l'\u2019obsession, le doute, l\u2019extase, les zones grises et interdites dans lesquelles on s'enfonce pour créer 2 Moi je suis du bord des mots.On voudrait bien que je devienne quelque chose de précis, comme une dramaturge par exemple, parce que j'ai écrit une pièce de théâtre.Mais je suis aussi du bord des lignes, des couleurs, des images, de la musique, des formes.J'écris et j'écrirai des chansons, du 16 POSSIBLES Artiste ou manager ?voix ar?Montée d'angoisse à plusieurs voix distinctes théâtre encore, des nouvelles, des scénarios, un roman peut-être si ma liberté me le permet un jour.Je ne suis pas pressée.J'écrirai.Je ne deviendrai rien du tout : je serai une femme qui écrit, qui ira là où ses amours et ses familles la mèneront.Et comme l\u2019Euguélionne ! qui vient sur terre pour chercher le mâle de son espèce, moi je suis ici pour chercher les gens de ma race, et je les trouve.Je les trouverai.Il n\u2019y a rien d'autre à faire pour continuer de créer.Mon confort sera toujours plus important.Les gens de ma race n'ont pas de couleur particulière, ils sont de tous les sexes, avec un léger débalancement du côté du féminin, et le rang social ne les intéresse pas.Pour me protéger, je tiens à jour ma propre black-list, mais je n\u2019éprouve pas le besoin de la publiciser, sauf en de rares occasions.Je sais aussi que j'apparais sur celle de plusieurs personnes, et parfois je ne m'en doute pas.C'est de bonne guerre.La black-list est la seule concession que j'accepte de faire pour rester à la place que je me suis choisie.Un jour je la brilerai parce que je nen aurai plus besoin.Voix 7 : Alors voici mon (petit) Refus Global, ou c'est pas beaucoup mais c\u2019est de bon coeur.Art et gestion 2 Vous voulez rire 2 Art et gestion 2 Ben voyons donc.Qui crée et qui gère 2 Art et digestion @ « Cré lé, cré lé pas, je crée » disait Clémence jadis.C\u2019est encore vrai.Une farce et une réalité.Et la réalité des artistes est une fiction.Ou la fiction des artistes dépasse la réalité des autres, des gens qui gèrent.Je ne sais pas.Mais je sais que c\u2019est plus payant aujourd\u2019hui de gérer son stress avec son 4 % de vacances, sa japonaise à la porte, 1/ Personnage de Louky Bersianik, tiré du roman du même nom.17° son condo et ses condoms.Là on peut se permettre de roter fort parce que c'est de santé bien que ce ne soit pas très poli.La santé est plus importante que la politesse.Art et gestion ¢ Mais de quoi et de qui parle- t-on2 Qui crée et qui gère dans cette histoire à dormir debout issue du dernier gag à la mode, pas plus élevé qu'une farce de Roméo Pérusse : j'ai nommé l\u2019Entrepreneurship et l\u2019Excellence.La doublure remplumée du même maudit complexe de colonisé dont on a tellement souffert « au niveau du peuple »! Le même maudit produit dont on a changé l'emballage parce qu'on n'était plus capable de le prendre, « au niveau du peuple », sous l\u2019ancien.La gigue est en réalité l\u2019art de faire du sur place en déplaçant beaucoup d'air.Art et gestion 2 Big deal.Il faut encore faire attention à la langue qu'on écrit.Parce qu'au Québec, écrire en joual ou pas peut nuire ou aider selon la gang critique sur laquelle on tombe.Parce que je n'écris pas en joual, on dit tout de suite que j'ai une langue « châtiée ».Mais je ne connais pas le joual, je l'ai appris.Ce n\u2019est pas ma langue.La première fois que j'ai lu le texte des Belles-Sœurs, j'ai paniqué parce que le sens de plusieurs mots m'échappait complètement /.J'ai appris cette langue, mais j'écris dans la mienne.J'aime le joual quand il touche au sublime, pratiqué par Tremblay et quelques autres.Ils sont rares.Br je meurs de rire quand je pense que Tremblay a dû, lui aussi, justifier sa langue pendant des années.Art et gestion 2 Vous voulez rire 2 Méme si les artistes génèrent des tas d'autres métiers grâce à leur énergie créatrice, (voir Voix 4), voulez-vous me dire pourquoi les plus humbles employés, dans 21 Je viens de Jonquière.Non, ce n\u2019est pas à cause du chauvinisme que je ne comprenais pas.POSSIBLES Artiste ou manager ?d i voix jor! Montée d'angoisse à plusieurs voix distinctes cette fameuse « industrie » culturelle dont on se gargarise depuis quelques années, sont mieux payés que la plupart des artistes?Même si on publie régulièrement dans les journaux la liste des artistes au-dessus de 100 000 $, allez demander à l\u2019Union des artistes la moyenne de salaire de leurs membres.Et là, ne sont pas listés les peintres et les écrivains.Art et gestion ® La semaine dernière, j'ai dû négocier les droits de trois chansons avec un trou- de-cul que je n'avais jamais vu de ma vie qui me demandait de lui céder la moitié de mes droits (sur ce qu\u2019on appelle, en chanson, la part éditoriale) pour qu'il se paye.ILS se sont rendus compte qu'il y avait peut-être de l'argent à faire avec la chanson un jour, et subitement, la quantité d\u2019intermédiaires s'est multipliée entre l\u2019auteur et le public.Quand je lui ai dit que j'acceptais de négocier pour l\u2019Europe mais pas pour le Québec, il m'a dit candidement : « C\u2019est pas grave, on va effacer la voix et on va mettre un autre texte à la place ».! ! (Les chansons étaient déjà enregistrées).Alors art et gestion ?Pour gérer quoi # Vous voyez bien que je n'existe pas.Je ne sais pas encore ce qui va arriver de ces trois textes.Mais ce que je sais, c'est que je ne veux pas faire partie de ce système-là, calqué sur celui de la Mafia : intimidation et plaquage dans les coins.Je suis libre, je donnerai ces textes à d\u2019autres.Je ne suis pas pressée.Et je lui ai dit.La balle est dans le camp du trou de cul.Qu'il se la mette là, je n'ai pas besoin de lui.Art et gestion 2 Avez-vous remarqué que, à mesure que la gestion s\u2019engraissait aux dépens de l\u2019art, elle grugeait en même temps la fonction des artistes @ Les auteurs de chansons sont devenus des paroliers.Les scénaristes sont devenus de simples scripteurs, et ainsi de suite.Les gens qui écrivent sont devenus des vendeurs de brosse Fuller obligés iy. otra eben ben RCA reer ats ieee Cr HE A ae RGR irr vo nt d\u2019ouvrir leur valise de mots (de musiques ou de couleurs, c'est pareil) à des ignares qui gèrent à courte vue.Mais on sait bien que tout le monde sait écrire parce que tout le monde a appris à écrire en 1° année ! Les romanciers, vous croyez être à part 2 Attendez que votre éditeur vous demande de dégraisser votre récit de quelques personnages.Ne vous inquiétez pas, ça viendra.(Francine Noël, tu n'as qu'à bien te tenir !\u2026) Et les peintres ! « Je verrais un peu plus de bleu ici, il y a trop de rouge là\u2026 » On n\u2019a pas fini d'en voir de toutes les couleurs avec la montée des gestionnaires.Art et gestion 2 La belle affaire.Au théâtre, si on est un auteur québécois, il faut savoir compter : surtout ses personnages en fait.(Au cinéma, c'est pareil).Deux, c'est très bien, quatre, c'est déjà une foule.Au-delà de ça, il vaut mieux peupler ses tiroirs si on ne veut pas souffrir il y fait aussi noir que sur une scène pas éclairée, et ça ne gruge pas pour rien les subventions qu'on a tellement de mal à arracher aux subventionneurs.Tu t'appelles pas Shakespeare, Miller ou Shaeffer 2 Alors reste tranquille: Couché tapis.Calmons-nous.Tout ça pour ire après que les auteurs québécois manquent d'imagination, qu'il ne se passe jamais rien dans leurs pièces, et qu'ils ne sont pas capables de sortir de leur cuisine.Stop ! C\u2019est pas parce qu'on n'a pas de char qu'on connaît pas l\u2019auto-censure, le char (allégorique, je vous le concède) qui roule le plus au Québec.Îl le faut bien puisque la censure n'existe plus ici depuis belle lurette, n'est-ce-pas ?Il faut bien qu\u2019il y ait un autre sphincter qui agisse, sinon où est-ce qu'on s'en irait comme ça ¢ Je vous le demande.Je vous l'ai dit tout à l'heure : comme auteure, je n'existe pas.C\u2019est ce qui me permet de tout dire.On ne m'entendra pas.Je suis libre.Voyez, au théâtre : dans les années 70, nous avions un théâtre d'acteurs, et dans les années 80, nous sommes passés à un théâtre de metteurs en scène.Pour faire Ve AP POSSIBLES Artiste ou manager ?ap voix 8 Montée du théâtre, nous avons besoin pourtant d'acteurs, get d'angoisse d'auteurs et de metteurs en scène.Mais ici, un à la KE voix distinctes fois.On n'a pas assez de place pour tout le monde.EB Les auteurs n'ont qu\u2019à attendre leur décennie, en B 90.Chacun son tour, ne poussez pas.Mais voici que s'annonce déjà le théâtre des gestionnaires.Qui gagnera la course 2 Je vous le donne en mille.| Les paris sont ouverts.Votez du bon bord, vous £ avez déjà tous les indices pour savoir qui l\u2019empor- § tera haut la main.(On n\u2019a pas fini de dormir au ki théâtre.Tant mieux, ça va court-circuiter le com- : merce des somniféres.) Les gestionnaires, ca aime pas les mots, ca aime les chiffres.Il y en aura.On se noie déja dans une mer de chiffres.Et il faut savoir aussi que le degré | de mensonge et d\u2019hypocrisie, est toujours directe- E ment proportionnel au tas d'argent qui est en jeu : i en théâtre, il y a moins d'argent à faire qu\u2019en chan- à son, et en chanson, il y en a moins à faire qu\u2019en cinéma.Plus il y a de l'argent sur la table, plus ça joue dur.Vous pouvez en faire une règle.Art et gestion 2 Ah ah ah ah ah ah ah.(ad libi- i tum) i Le sujet est infini.J'ai déjà dépassé mon quota d de feuillets.Art et gestion ?Quand j'écris une chanson, on me dit qu'il va falloir que j'apprenne à écrire pour CKOI si je veux qu'elle tourne.NON JE Ê N'APPRENDRAI JAMAIS À ÉCRIRE POUR È CKOI.Quand j'écris pour le théâtre, on me dit de È faire attention de ne pas écrire trop littéraire | ; (C\u2019est la nouvelle insulte : on nous « traite » de lit- .téraire !) On ne parle pas comme ça dans la vie.Et gE l\u2019art c'est la vie, ne venez pas me faire croire autre ET chose sinon vous allez me déstabiliser ! (Picasso l\u2019a bien compris, lui, avec son cubisme.Ses toiles | valent cher aussi.La preuve.) E On demande quand méme aux artistes de col- J mater le manque d\u2019amour, avec des mots de tous E les jours.Mais les artistes ne suffisent plus à la tâche, la pénurie est trop forte.Et il faut bien constater que les mots de tous les jours ont lamentablement échoué jusqu'ici.Moi j'écrirai toujours pour aimer les gens, jamais pour satisfaire les gestionnaires.Un jour, j'ai dit à un journaliste que je soignais ma révolte : il a cru que je voulais la guérir ! Vous voyez comme je suis littéraire, même quand je parle de tout et de rien.Pour moi « soigner » veut dire prendre soin, cajoler, entretenir.Et justement, s\u2019il y a une chose que je veux devenir un jour, c'est une vieille irréductible, une vieille « boquée », selon les nouveaux codes du langage.Moi j'appellerai toujours ça : garder son intégrité.POSSIBLES Artiste ou manager ? ger?CLAUDE SAINT-DENIS Trente ans de mime * Comment le show vient au mime È Moi, je n'arriverais pas à intellectualiser le mime.Comme dit l\u2019autre, je n'ai pas de génie, je n'ai que i du talent.| L'artiste créateur travaille dans la souffrance, dans le sens où on parle des souffrances de la grossesse et de l'accouchement.L'exécution du spectacle sur scène est plus facile que sa gestation.Jusqu\u2019au spectacle, on a le goût de tout lâcher.Cela se pro- doit à chaque fois.Arrive la représentation.Je voulais donner 150 % de ma capacité, et à mes yeux, je n'ai pas atteint 20 % de ce que j'espérais.Mais le public a une bonne réaction ! Il faut consentir à | naviguer à l\u2019intérieur des possibilités réelles qui E sont celles de la vie : l'être humain ne peut pas aller au-delà ! La conception du show puise dans la vie.Tu vois, l'incident fortuit qui vient tout juste de m'arriver ici i.même, cela pourrait devenir le thème d\u2019une panto- EE mime : une jeune fille se dirigeant vers la toilette du i restaurant laisse tomber & son insu sa serviette sani- fi taire ; un pére de famille habitué a avoir des filles À dans la maison la ramasse et la lui remet avec le EL naturel le plus\u2026 inattendu ! Le] *I Propos recueillis par André Thibault PEN ERNE NH RRR HIRO Un fois, j'étais à l\u2019Invité, et j'avais demandé un café.Selon mon habitude d'observer attentivement les gens, mon regard suivait la serveuse en train de le préparer : elle arrangeait la mousse avec un soin méticuleux, qui m\u2019a fait penser.au Barbier de Séville.Cinq minutes plus tard, je jouais à mon tour avec la mousse de mon café, en ruminant l\u2019idée.Arrive un chanteur que je connais.IL vient d'enregistrer sur cassette le Largo al factotum, accompagné d'instruments électroniques et d\u2019un orchestre symphonique.Il me la fait écouter et j'improvise une pantomime.Elle s\u2019est transformée.Un cuisinier donne une leçon de cuisine, un cours sur la préparation de la crème Chantilly.Elle devient de la crème à barbe et il entreprend de raser tout le monde.C'est chaplinesque : il y a une montée terrible qui aboutit à une situation démentielle.Au début, je suais à grosses gouttes, je n'arrivais pas à construire le scénario.Il faut laisser gester, mûrir (une grossesse, cela demande neuf mois).J'ai un ami qui est producteur de mon spectacle pour l'été qui vient.Au premier jet, il me laisse aller jusqu\u2019à ce que je me sois vidé.Il ne brise pas mon élan.Je lui déballe mon show l\u2019autre jour.Quand j'ai terminé, il commente : « C'est formidable.mais ce n'est pas ça du tout.Tu es drôle sur une scène et le fond de ton intérieur est tragique.Ce que tu viens de me montrer a un ton tragique.Mais les gens ont besoin de rire.Reprends tout cela sous une forme drôle, suis l'exemple de Chaplin ».Comme Chaplin est précisément une de mes grandes sources d'inspiration, je n'ai pu que l'écouter.On n\u2019invente rien.Je ne suis pas un inventeur mais un créateur.Il y a un éventail limité de thèmes que chacun retrouve individuellement.Je crois comme Félix que tout se ramène à trois grands thèmes : la vie, l'amour, la mort.J'ai conçu une pantomime il y a dix ou douze ans.J'étais, comme plusieurs à l\u2019époque ébloui par 24 POSSIBLES Artiste ou manager ?ir 0e ma fe Tre § Trente ans le Canon de Pachelbel.J'écoutais et j'étais envahi.9e! demime Je décide de faire pour cette musique une pantomime sur la création du monde.Je l'exécute devant une dizaine d'amis.Ils me disent : « Tu tiens un chef d'œuvre ».Quelqu'un des Grands Ballets Canadiens envisage de mettre ça au programme d\u2019un spectacle.Or voilà que le show de Marcel Marceau arrive à la Place des Arts en septembre.ll fait.La création du monde sur la musique du Canon de Pachelbel! Je retire mon projet! J'en ai braillé ! Avec le recul, j'estime que je n'aurais pas dû.C'était le même thème, mais autre chose.Mes amis m'ont dit par la suite : « Pourquoi ne l\u2019as-tu pas fait quand même ?Cela ne dérangeait rien ! » L'important, c'est la manière dont je le fais.Prends Molière : son idée maintenant appartient à ceux qui l\u2019interprètent.Ca n'a aucun sens, sous prétexte de fidélité, de rester figé dans une interprétation immuable.La difficulté pour l'artiste de gagner sa vie Je fais du mime et de la pantomime depuis 30 ans.J'y gagne ma vie.Au début, j'ai ressenti l\u2019euphorie de la découverte.Je vois mon fils de 29 ans, | architecte, faire ses débuts dans un bureau.Il peut ; signer pour vrai des vrais plans.Cela me rappelle ; mon premier spectacle.Ces émotions du présent sont alors le tout de la vie.On travaille pour une bouchée de pain.Les loups sont derrière et viennent en profiter.Je ne pouvais avoir des exigences.Ces miettes étaient à prendre ou à laisser.En 53, 54, je suis allé donner un spectacle dans un couvent.J'ai joué devant de 500 à 600 étudiantes.J'ai eu droit à un café, des gâteaux et des prières.J'ai su par la suite que les sœurs avaient Eg chargé cinq dollars par téte aux parents.Si ca | arrive encore dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, le type | est imbécile ! À l'époque, je me disais : « Si je ne le fais pas, je n'aurai pas accès à la carrière ».C'était le début de la TV.J'allais chercher là un mince salaire\u2026 un peu à l'ONF ! L'éventail des possibilités était plus réduit.Il n\u2019y avait pas encore de ministère de l'Education.C'était le règne de Duplessis.Il fallait viser les collèges classiques, un à un.C'était difficile d'y entrer\u2026 et d\u2019être payé ! C'est un métier où il ne faut pas avoir peur de l'insécurité.Une personne angoissée de nature ne peut pas faire ce métier.J'ai élevé cinq enfants à travers tout cela, et j'ai encore une petite fille de quatre ans.Il y a des moments très difficiles.J'arrive à 53 ans.Mes moyens sont un peu mieux que ceux que j'avais : avec le CV, l'expérience, plus de possibilités ! Eh bien! je me retrouve au point de départ sur le plan matériel.Un cachet de cinq cents dollars aujourd\u2019hui équivaut à cinquante dollars dans le temps.On ne gagne pas de quoi se mettre de l'argent de côté.Je suis un artiste créateur.Alors je ne puis compter sur les séries télévisées.Je suis toujours en quête de travail.Je ne retire pas d\u2019assurance-chémage si je me casse une jambe.Le mime requiert le plein usage du corps.Si je dois annuler un spectacle, je ne sus pas payé.De même s\u2019il n\u2019y a personne dans a salle.Les jeunes sont éblouis par l\u2019image médiatique des artistes.Ce mirage est complètement faux.Sur 6 000 membres de l\u2019Union, il ne s\u2019en trouve pas dix pour cent de prospères.|| y en a beaucoup plus sur le bien-être social.La reconnaissance publique Je ne sais pas\u2026 ! Le printemps dernier, j'étais sur une terrasse de la rue Saint-Denis.Je ressentais POSSIBLES Artiste ou manager ?Tre } § i fl | Blk | Trente ans l\u2019envie de débarquer qui me saisit à tous les prin- gE ger À \"T° temps.Je n\u2019avais rien de prévu comme spectacles.E Passe un couple dans les 60 ans.Ils s\u2019adressent à E | moi : « Vous êtes pas le mime ?C'est beau, ce que gl vous faites.Continuez ».Cette rencontre m'a remonté le moral.J'ai beaucoup d\u2019imitateurs.Cela ne me frustre pas.On m'avait appelé une fois pour une annonce de savon.J'ai refusé.Il n\u2019était pas question que je brûle mon personnage en l'associant à une image publicitaire.Ils sont allés chercher un jeune, l'ont habillé et maquillé comme moi.C'était carrément un plagiat.J'ai essayé de les poursuivre.J'ai dû me | rendre à l'évidence qu'il n'existe pas de droit d\u2019au- E teur sur le mime.Maintenant mon masque est i devenu un phénomène public.On dit de moi : « Il E ressemble à Claude Saint-Denis ».\u20ac J'étais dans un centre d'achats dans le cadre d\u2019une activité consacrée aux amuseurs publics.Nous mettions nos costumes.Cela constituait un E reportage télévisé.Deux gars m'abordent et un me i dit : « Vous ressemblez à Claude Saint-Denis ».L'autre lui demande : « C'est qui ça ?» Il répond : ) « Tu sais, le gars qu\u2019on voit partout.» Alors une gi fille leur lance : « Mais, c\u2019est lui ! » i Des gens me voient à une table.lls me deman- Bi dent : « Vous étes bien le mime.c\u2019est quoi votre nom déja 2 » Ils m'offrent un verre, me louangent, m\u2019encensent.Je leur pose alors la question trai- tresse : « M'avez-vous déja vu en spectacle 2 » Ils répondent : « Non! » Ces phénoménes appartiennent au monde du mythe.È Le support public à la création Je ne compte pas trop sur le gouvernement.Je É n'aime pas qu\u2019il se mêle de la création.Qu'il donne 27 Lo RRR TEEN vost | chi EEE TR RG TRE 1 1 i iq | i des équipements, des salles.S'il aborde la question autrement, il va vouloir nous dire quoi faire.Qu'il agisse comme mécène.Il est là pour le pays.Et la culture est une dimension importante de la vie d\u2019un pays.Mais le pouvoir n\u2019est pas là pour l\u2019orienter.Actuellement, le système au ministère des Affaires Culturelles fait attribuer des subventions par des jurys.Cela donne de la merde, comporte toujours une forme d'injustice.L'État ne devrait pas distribuer d'argent liquide : c'est trop vite brûlé.Qu'il nous donne des outils.Il faut construire des théâtres, décentraliser.On a besoin de nombreuses salles de deux cents à trois cents places, bien équipées.Qu'il renfloue le théâtre plutôt que les artistes.Ce dont les artistes ont besoin, c'est la possibilité d\u2019être devant un public à tous les soirs.L'artiste n\u2019a pas à assumer les investissements.Les Cégeps ont des bonnes salles mais on n\u2019 entre pas.Les Maisons de la culture à Montréal, c'est quelque chose ! Mais que Québec se grouille aussi ! La culture doit compter sur le fameux 1 % du Budget gouvernemental.Mais que la gestion de cette somme ne soit pas dans les mains des politiciens.Je préconise le partage de ces fonds entre secteurs par des comités d'artistes.Les arts ont toujours été déficitaires.On ne connaîtrait pas Molière sans Louis XIV.Il serait plus que temps d'ouvrir un Théâtre Michel Tremblay.Ce gars-là est joué dans 14 langues.J'étais à Kinshasa il y a trois ans.À l\u2019Université, une troupe montait un spectacle.Ils voulaient que j'assiste à leur répétition.C'est tout simplement qu'ils étaient en train de monter Les Belles-Sœurs, sans changer le texte.Ils l'avaient trouvé a une exposition à l'Ambassade du Canada.Un gars avait éprouvé un choc à la lecture de la pièce.adit i\" oe A crus tetes RL habia Hi) Gd bdr 1 Loti 112 EEOB012 Be +1 1 sthimnstéiolz.Le am + POSSIBLES Artiste ou manager ?Te BLES ¢ Mager) Trente ans de mime Qu'on ne vienne pas me dire que le Québec n'est pas universel ! Je les ai mis en contact avec Tremblay.Ils ne le connaissaient pas.Ils avaient aimé le texte | À Yaoundé, dans le couloir de l\u2019Université, un gars lavait le plancher en fredonnant Le Petit bonheur.|l l'avait entendu à la radio.Devant mon intérêt, il m'a dit qu\u2019il voulait me faire entendre une autre belle chanson.Et il s\u2019est mis à chanter Moi mes souliers.Il est urgent que le gouvernement fasse en sorte de préserver tout cela ici même.Sinon on risque le sous-développement.La culture fait partie de l\u2019économie.Elle rapporte plus que le sport.Le mécénat privé est encore mieux que le gouvernement.L'entreprise doit faire sa part.Que le gouvernement lui donne des déductions fiscales pour ses contributions au domaine des arts.Le mécène privé ne contrôle pas.Le prince ne donnait pas un thème à Mozart, il lui commandait une œu- vre.Dans les pays de l\u2019est, l'artiste reçoit tout ce dont il a besoin, mais a condition d\u2019obéir strictement aux commandes.En général, j'ai de bons rapports avec les entrepreneurs et administrateurs associés à la création.Le mime n'est pas une industrie.Cela n\u2019attire pas les parasites.Dans le spectacle vraiment industriel, un paquet de gens sont exploités.Et en conclusion ?Le problème majeur de nos conditions de travail a été défini dans cette phrase d\u2019Etienne Decroux : « Ce qui est aberrant, c'est que le travail de l'artiste consiste à en chercher ». essor Torre Sec mme mans vraie \u2014 a EE SE ee = ey rer \u2014\u2014e Por es TIRE EC Tas Es ar on can ete rer ae pre ve pare LA, ee = EEE EEE Te Eo Rass Ror fata Tm arène Fas - RE ne hielo ALAND ROBERT M.LEPAGE L'art et le commerce ou la belle et la bête et vice versa J'HE DEMANDE QUEX-CE Qui NoiT LE PUS A HON ART: FAIRE DE LA EN QUOI LES EXIGENCES 2 MUSIQUE DE SERVICE pela >, 4 PAYANTE OÙ BIEN ÉCRIRE {hy ANR LA HUSIQUE PouR UNE NOLENT EHLES MR on REVUE PAS PAYANTE 1 pore = ! CREATION | G PORTRAITS ECONOMIQUES PAR ROBERT M.LEPAGE LE EUR, LE DUR, L'INTRANSIGEANT, LE DOUX , LE HOU ET LE MECRÉAAIT .RN RI RT I RATE TL TUTE [JT ITN ¢ ; HAE Lire MAR a les ris re POSSIBLES | Artiste ou manager ?comm with alot pice Ve 1.LE POR VOUS SANE Z| POUR Moi LA 0 ESTION NE SE E HEME Plus! G = A CEST UN FAUX PROBLEME (AR DANS LE VIDE ABSOLU IL NY A NU ART Ted] COMMERCE ES ET DE TOUTE FAÇON Her.I'M BOU fre A DERNIERE CLARINETTE fol RH.LEPRGE 105% 32 A Mh L'art E et le i Nanager} commerce | ; ou la belle ks et la béte et vice versa 2.LE DLR LA RELATION AMBiGUE ENTRE L'ART = fli É ET LE COMMERCE ME FAIT (HIER .7 Z ON N'A QU'À COMPARER LE TEXTE DU REFUS GLOBAL DE BORDUAS AU DISCOURS DU PRESIDENT DE 4° L' UNION DES ARTISTES Pour (A L'OBTENTION DUN STATUT ECO-= NOMIQUE POUR NOIR.OÙ ON EN gst! CEST LE MONDE A LENVERS \u2026 MEME BOURASEA DIT QUE * L'ÉTAT N'EST PAS UNE BUSINESS\" ALORS QUE SON GONERNEHENT NE NOUS PARLE QUE \u201cD'INDUSTRIE CULTURELLE \u201c.TieNS CEST À SE DEMANDER Si LA CRÉATION N'ESt PAS UN FLÉAU SOCIAL QUI EMPECHE LES AFFAIRES ! TIENS \u2026 T PENSE QUE (A FEPAIT UN BON SUJET OUR HA PROCIANE DEMANDE DE POURSE ph RH.\\efase GTR 5 L'INTRANSIGEANT POUR.Mot , PAS QUESTION DE FARE Du Po?D'aiLLEURS | JE VIENS DE = :.RECENOIR UNE COMMANDE TRÈS SPÉCIALE DU CONSEIL DES ARS DE LA CU.M.IL S'AGIT DE COMPOSER.UNE ŒUVRE SONORE DE TYPE ENNURONNEMENTAL À CARACTÈRE INTERNATIONAL ET DAPPLICATION UNIVERSELLE AUTREMENT DIT IL FAUT METRE MONTREAL A L'HEURE DES PROTETS MUSICAUX DU XK1° sat de ze > sa Es CRE i = ok.he # Se Ze % 4 oo Sg i Lh 50 i Vr Hi i ig f 5 5 5 % Lo ek in a.74 5 + Tr , Ba Ÿ % 2 = Gy.A SE % SX Sr a i i #5 ue x > & aprés 5 a x x ee + SE 2} vx + 5e ee #4, JY, a 2 = pier 4 3 i a RA ox Ag gl a 3 TE 3 5, 3 = Le i dt 5 Gin : 3 a Ye 4 i $ & Ve à ee i bi 5 7 oi di = = ssh Ry « ee Gy es 25 Gi 3e Se Es A Fy a Ir 4 = À rd 5 SE = a a Sk Si ig se 2 2 5 ba - 5, a 5 4 3 0 5 a 2 ; 3 ga # Wan Se on 2 fs ii ds % k i A x 5 fa { i i à Pa ÿ Tp 2 oF \u20ac a 7 i ; 2 2 5 i CE 2 % # 4 Lan 7 Pu, a dd 5 a x E pe 5 5 2 i i #; # ES a 7 A 2 2 tee 52 gi i Ze 2 as 2.5 4 fin, es Te a Yo .Be = i Ke 5 .Mi ses 2 iN ng PE mas He De A iy 3 ig bs se 52 ih 2e 2 5 4 a si RS ne 0 2 op 5.5.Li = Co hi 2 \u20ac GA ; 2 75 Gi on rt La i 5 22 Te i % os # ie % a 2 i Se x a i 7 i 4 i % 2 2, A 5 SY i i\u201c \u2018 ho 4 0 i a 7%: Sa © ah i 7 i 7 2 or 2 # La CR a a 2 Gr 7 A 4.oil i ; i 7 2 35 os 4 2 i 5 Lh 25 7.we 5 a a $ à VERS 27 > Ë 7 Ze % 2 % 2 a A + rr, LA 5 4 ne on 5 .A Été Un 2 2 oz shy 24.; ie x Fy a 5 a ir = rt LE 57 2e 7 2 in, fd = i 5 SHES or 2 rE $ 2 GE 7 7 7 dE or i 2 27 ge © = 5 5) a re % 2 CE 7 i cr 2 5 7 2 Je 2 a FE 2 gi or % Zn 2 2 PH We = 4 O4, ds $ 7 vi ar % oy 5 72 os Sr oe i As 4 $V #2, Hd ke ut \u201d a = 5 2 5, i fx 7% AY %.a a #5 La i oa 5 #2 2 Le = Gi J 7 2 7 5 ; a 2 7 LE / a 7 \u2018 ge Fée 4 \u201c a, 7 0 7, TE 7 GE Want = ce ae 2 EEE 2 4 i 7 y 5: BE 0 eI VE 5, = 2, Ze 2 5 2 Ge 7 i 4 ua 7 5 2 2 7 2e ; a .2 % > 2 ich de ti JE ee \u2014\u2014 me ene a a 0 = = mn \u2014 ~~ a me ria Lan me conte ces ee ne rg rer mart = = grace ex ee Les 5 .- Lic ee ar a ae = = a Eros tere re TT Eas > = = pred goer = er Creat cer Bra CRTs ra 4 58 by % TA S LA cc 4 4 + fe = 3.i 5 4 es +, #2 3% oh 4 : + \u201cfd q 4 A 26 Ë ce rye 8 à \u2018 2 ; © x $ ES x 5 b À GR ER 95, ® i.A Le i 4 x No WS ud dé Tr à 3 Ÿ Ne kes .Ps x Vo ad + 2 2 Ae £ x i it 4 ¢ #% ss fi = 2% 7 2 1e % = age 47 cs $ ¥ 7 4 i > ç ste of As cS > + a % 7 (8 +, #.#, > Be BREW 2 ~ 3 se x.ow Fy A # 4 NY ae 4 i Ty § \u201c3 À ¥, 4 A > 5 x 2?hu 5 ; à x Nd 2 ¥ n$ # LE pr Pew use ty fs 3 at Se f # a A 4 A © sé) Wat RE 2 Ÿ , de *# # % # »; ¥ PRL 2 aa LL i = 3 ar > 2 A 4 2 % tt 4, Fi of Pau vis 2e LE Ye 7 i 57 wd 4 vt By Ks 73 oN Soe bh \"i % od 7 7 #3 4 Si A be ait HA: # RX, Be 9 22 #3 2s \"à > 2 Ze hse 51%, 4 > - CE = ey A ÿ LE, 4 2 £7, 4 wo 4 > A 4 ¥ +3 7 ry > or ¥ i A >, Fy + $ Vie 24 se 4 be, 3, a À 7 4 ro be ÿ ets 7% 4: Ras > A \"ld ped TA $ 2 ~~ sa = FM Bi tt +2 >e PS 3 5 \u201c4 FR ; PR iy f san à #.7 = ¢ = $ 2 $ x .LE \u2018+, Ë.$ # si J foi 7.aif 4 Rt ¥ iY 45 i\u2019 7 4 a 3 = Ÿ # 7 xi He 5% a # £5 Fe 2 7 iy Sed £ 4 Ÿ + + +.3 id À, A =, a, 3 os # \u2018 Ÿ + y C4, Lu 7 \u201c1 8 < Ÿ È et SH af, _\" 8, \u20ac o 3 i $ 57, À.4 8 ar i ie J &v fer i 7 > + 74 Ad 5 ; # 7 4 pe} 3 ; Xr sf Te »5 re 4, ed, % >.fe a F, 2 EEE + cd.= ne = ae mans 22m = \u201cFE Late ged Wwe é + \u20ac ly +, CE % DPR 4 + di Fy grr\u201d Fond 2% are « 0224 er Dn .; ar wry Vo 7 3 ne SAGE NE $0 Est # 73 a A _ 0 _\u2014 \u2014 ect te.\u2014\u2014\u2014 + an un Lune oes pipe pee eo am Le __ PP Mrs Le one Cane herr + rn yA rm Cr EE = fon ae ve srt ope.= es = time For a me vas 2m a ee oy BS = oo her où Ex) a re ee Seg Rar es ctr > moe.= ex Err: Crh ph a de ee ee Er fa BE rr: Git rer Rés cr Es = = 3 ps > SEAT ea.SE ome Wi cf SOE NE » Jo Sy ® ex A Ca ss a Bs & R = + a 4 & = = os S \u201c vy Ge A se sx % Se a à à ss J I: +, .5 ve & = a 3 sm = 5 si a we ts is Sox NR wren, %, ie np 3 Pal gs RE - = x SY 3 À i 2 i 5 $ SIA «% A # CN Le if § X AF i 2% Ww sr à = S qe > * 5e 5.w® # Se sn sn 7 2% $ $ % & Se & a AY = NN Ey ps 5 a bu x ix x i = § i ¥ .A Eo 5 = f x x 8 he a SN se = $ f 2 = = $ ga W £3 = = a 5 Ly.0 Xe Ë NN ES x > RS 5 4 = pit a ih & E \u2014 \u2014 em ! 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», car, pour lui, ce sont eux les vrais assistés sociaux, eux qu'on entretient grassement à nos frais.Il ne comprend pas que ses confrères du cours classique, aujourd\u2019hui :124 POSSIBLES Artiste ou manager ?d'en ét loi D'encre et de lumière médecins, avocats ou ingénieurs, puissent gagner parfois jusqu\u2019à cinquante fois son revenu annuel de quatre mille dollars.L'écrivain vit secrètement en ces années de prospérité générale ; il vit dans le silence, il travaille malgré tout, malgré son alcoolisme, malgré sa vie désordonnée de bars la nuit et de femmes aimées aussitôt abandonnées.En 1984, une bourse du gouvernement vient clôturer cette période ; il quitte la ville de Sherbrooke sans amertume et sans regret et il s\u2019installe pauvrement à Montréal, mais il est riche d'espoir et rempli d'une nouvelle énergie.|| cesse de boire, chasse sa rancoeur, et il travaille.Le désert est derrière.Et ce désert, l'écrivain sait qu'il peut un jour avoir à le franchir de nouveau, mais il lui semble qu\u2019il serait plus fort pour le traverser.En 1985, il publie enfin son quatrième ouvrage.Il y a sept années que rien n\u2019a paru de lui.Et, heureuse destinée, il obtient une autre bourse et gagne un prix de 5 000 dollars, le prix Molson de I\u2019Académie canadienne-française ! En 1986, il publie un recueil de nouvelles ainsi qu\u2019un autre petit roman.Et il obtient encore une bourse de 10 000 dollars ! Il se croit riche, il est très riche, avec son revenu de 10 000 dollars par année ! L'écrivain ne sait pas de quoi sera fait demain.Il lutte toujours, mais sans fatigue.Auparavant, en homme farouche et sauvage, malheureux et révolté, il fuyait toute société.Maintenant, il connaît beaucoup d'écrivains et d'écrivaines.Il participe à des colloques, à des jeux-questionnaires et à des tables-rondes.Il n'est pas souvent payé ; par exemple, aujourd\u2019hui il n\u2019a pas un sou pour sa participation à ce numéro de Possibles.Il a publié cinq livres en quatre ans, pour lesquels ses éditeurs lui ont à peine versé deux mille cinq cents dollars.IRR De quoi sera fait demain 2 Il ira à Vancouver, à Banff et à Paris, tous frais payés, et il n'aura pas de quoi payer son loyer, son taudis, pas de quoi habiller et faire manger convenablement sa famille.Écrire, c\u2019est le plus beau métier du monde, c'est un art, c'est un privilège et un don du ciel.Mais l'écrivain vit de rien et il ne demande rien, car il se sent si choyé des dieux qu'il rougirait de se plaindre de quoi que ce soit.126 POSSIBLES Artiste ou manager ? rhurerrtidicic se téiéss sur ché tte, PR EE EE EP tte l .J Marcel Fournier 0ger\u2019 Gilles Corbeil et l'amour de l\u2019art Le rapport qui lie le directeur d\u2019une galerie ou le marchand d'œuvres d'art à des artistes n\u2019est jamais simple puisqu'il se joue sur le double registre du commerce et de l'esthétique.D'ailleurs, le positionnement \u2014 ou le créneau \u2014 d\u2019une galerie sur le marché de l\u2019art est déterminé par sa manière de répondre aux exigences souvent contradictoires de l'investissement économique et de la création culturelle.Certaines galeries se présentent clairement comme des salles de vente et misent sur la valeur économique des œuvres d'art ; d\u2019autres habituellement identifiées à l\u2019art d'avant-garde se préoccupent d'abord de la démarche artistique et fonctionnent comme des centres de création.Mais quelle que soit l'orientation qu'elle prend, une galerie tente toujours, surtout dans un contexte de fragilité de la demande et de faible différenciation des clientèles, comme c'est le cas au Québec, de conci- i lier les deux logiques, caractéristiques de tout marché de biens symboliques.L'actuel directeur de i galerie \u2014 comme on l\u2019a vu en France avec Paul PE Durand-Ruel \u2014 est celui qui sans délaisser les A tâches traditionnelles des marchands de tableaux, s'associe à des groupes d'artistes et s'engage à défendre et à diffuser de nouvelles formes esthéti- ques.Ainsi, la mise en marché de nouvelles valeurs artistiques exige de celui qui en assume la responsabilité un engagement désintéressé : un peu à la manière de l'artiste dans son atelier, le directeur de galerie doit démontrer qu'il y croit, il doit prendre des risques.Un tel engagement a d'autant plus de chance d'être crédible qu'il s'appuie à la fois sur une grande connaissance de l\u2019art et de l\u2019histoire de l\u2019art et sur une grande familiarité, pour ne pas dire une grande complicité avec les milieux artistiques.Il n\u2019est jamais facile de réunir les conditions d'aisance économique et culturelle indispensables à la réalisation d\u2019un projet de vie étroitement associé à l\u2019« amour de l\u2019art ».Dans le cadre d\u2019une recherche sur la « pratique de l\u2019art » menée à l\u2019Institut Québécois de Recherche sur la Culture, nous avons rencontré les directeurs et les directrices des principales galeries de Montréal et de diverses régions du Québec.L'objectif de cette recherche était de décrire les diverses caractéristiques du marché de l\u2019art au Québec, en particulier sa structuration et son fonctionnement \u2018.La première entrevue, qui devait aussi servir de pré- test, fut réalisée avec Gilles Corbeil, dans sa galerie de la rue Crescent, à un moment où il préparait l\u2019accrochage des tableaux pour une nouvelle exposition.Le choix avait été dicté par l\u2019« ancienneté » de Corbeil en tant que directeur de galerie et aussi par son statut d\u2019« informateur-clé » dans les milieux artistiques montréalais.Celui-ci a alors répondu à nos questions avec gentillesse, tout en conservant une distance qui prenait la forme de la réserve et de la discrétion.Nous reproduisons ici, avec nos commentaires, de longs extraits de cette entrevue.Notre intention est moins de faire l\u2019apologie d\u2019un directeur de galerie que de cerner, à travers un itinéraire à plusieurs égards exemplaire, les 1/ Voir Marcel Fournier et Francine Couture, « Art et régionalismes au Québec », Protée, printemps 1983, p.24-34 ; Marcel Fournier, Les générations d'artistes, Québec, IQRC, 1986.POSSIBLES Artiste ou manager ? 1 loger?Gilles Corbeil et l'amour de l'art conditions d'exercice d\u2019un « métier » difficile.Le galeriste qui réussit est semblable à l\u2019alchimiste : il donne une grande valeur économique et symbolique à ce qui pourrait demeurer inconnu et de valeur faible ou nulle.La vie de l'amateur d'art et de l'animateur que fut celle de Gilles Corbeil (1920-1986) peut, comme on le fait dans les notices nécrologiques, se résumer en quelques phrases : « Né le 21 juin 1920 à Montréal, Gilles Corbeil était le septième d\u2019une famille de huit enfants.Son père était un industriel et sa mère était la sœur d'Emile Nelligan.À neuf ans, il apprend le piano.Après la guerre, il va étudier à Paris avec Nadia Boulanger.|| s\u2018adonne à la composition, puis s\u2019intéresse au théâtre.Il travaille avec les Compagnons de Saint-Laurent du père Legault.Attiré par la peinture, il se lie d'amitié avec Borduas et Riopelle.En 1955, il organise au musée des Beaux Arts de Montréal, \u2018\u2019Espaces 55\u201d, une exposition consacrée aux peintres contemporains d'avant garde.Par la suite, il ouvre, rue Crescent, la galerie Gilles Corbeil, vouée à la promotion des artistes québécois et étrangers contemporains de talent.En 1979, il crée la Fondation Emile Nelligan, destinée à la promotion de la littérature québécoise.À son décès en 1986, il lègue 1 million à la Fondation pour la promotion de la littérature et des arts.» De son itinéraire social, scolaire et intellectuel, Gilles Corbeil fait la description suivante : « Mon père était industriel, il avait des manufactures de chaussures.Je suis d'origine bourgeoise 2/ Hôtel des Encans de Montréal, Succession Gilles Corbeil, 25-29 novembre 1986.Cet encan comprenait plus de mille pièces : principalement des œuvres d'art contemporain ou objets d'art primitif et des ouvrages d'art.4 ¥ A: GB: i ] I Hi 1 b: W (.).J'ai fait mes études classiques, jei fait des études de musique, j'ai même fait de la peinture.(Après mes études classiques}, je suis allé en Europe où j'ai étudié avec Nadia Boulanger.En Europe, j'ai aussi commencé à m'intéresser à la peinture.En revenant à Montréal, j'ai connu Borduas, c'était en 1948, tout de suite après le Refus Global.Borduas a eu une influence capitale dans ma vie : c'est un homme qui m'a beaucoup impressionné et qui m'a beaucoup appris, surtout au niveau de la peinture.C'est de là que tout part : j'ai alors commencé à m'intéresser professionnellement à la peinture et aussi à écrire ».En raison de son origine sociale, Gilles Corbeil pouvait apparaître comme un « raté » : scolarité interrompue, faible attrait pour les affaires, voyage en Europe, célibat, fréquentation de milieux marginaux, etc.Sa (seule) facon de sauver son « amour de l\u2019art » est, puisqu'il ne devient pas un artiste, de donner à ses activités intellectuelles un caractère et une dimension professionnelle : d\u2019abord en écrivant sur l\u2019art et ensuite en organisant des expositions.« J'ai écrit sur la peinture.J'ai fait un peu de dilettantisme.Et j'ai été directeur d\u2019une revue Arts et Pensée.C'était l'ancêtre de la revue Vie des Arts.C'a commencé au début des années 50.La revue était indépendante, mais sous la haute surveillance d\u2019un père franciscain, le père Julien Déziel, un homme sans grande culture artistique.Lorsque j'ai consacré un numéro à Borduas, il n'a pas accepté : écrire sur Borduas en 1955, c'était mal vu, c'était fausser le débat.J'ai alors donné ma démission.J'ai commencé à m'occuper de peinture, voire même de collections particulières (.).J'ai organisé des expositions.C'est moi qui ai fait l'exposition Espace 55 au Musée des Beaux Arts de Montréal, Et j'étais en contact étroit avec Borduas.» Dans les années 1950, Gilles Corbeil occupe une position d\u2019intermédiaire entre les artistes et le POSSIBLES Artiste ou manager ?bo alr LES loger?Gilles Corbeil et l'amour de l'art public des collectionneurs.Dix ans plus tard (en 1969), par la force des choses, l'amateur d'art éclairé se transforme en marchand d'œuvres d'art ; il réussit pour un moment à (ré) concilier « amour de l\u2019art » et « sens des affaires », sans pour autant devenir un homme d'affaires.« C'est comme ça.J'achetais des tableaux pour moi et les gens les voulaient.Je me suis aperçu que je ne tenais pas tellement à ce que j'achetais.Je n'ai jamais été un collectionneur.Mon frère Maurice est le vrai collectionneur : il a à peu près 450 œuvres de toutes les périodes du Québec, du XVII1° siècle à aujourd\u2019hui.C\u2019est moi qui ai fait en grande partie sa collection {.).Au fond, pour étre marchand de tableaux, il ne faut pas être un collectionneur, parce qu'on ne peut pas les garder.Souvent, il m'est arrivé d'acheter un tableau en me disant \u2018\u2019Celui-là, je vais le garder\", et deux mois plus tard, je le vendais et en achetais un autre.Ce qui m\u2019intéressait, c'était de le remplacer, ce qui m\u2019intéressait c'était de promouvoir.Comme ça, j'ai fondé la galerie.Mais aujourd\u2019hui, j'aimerais bien avoir une galerie d'art sans être obligé de m'occuper d\u2019administration.Simplement organiser des expositions.» L'orientation que prend une galerie d'art n'échappe jamais totalement à la conjoncture esthétique, elle tend aussi à traduire les préoccupations intellectuelles et artistiques de son directeur, qui cherche à tirer profit de son bagage de connaissances et de relations sociales pour établir son « créneau ».Pour Gilles Corbeil, c\u2019est l\u2019abstraction lyrique : « Je me suis dit : \u2018\u2019je vais devenir un marchand dans un seul but, celui d'aider la jeune peinture, la peinture qui m\u2019apparaissait valable, qui m\u2018apparaissait intéressante\u201d\u2019.J'ai fondé la galerie certes en espérant naturellement faire ses frais mais surtout dans le but de promouvoir l\u2019idée de l'Art, l\u2019idée de l\u2019Art vivant, de l\u2019Art d'aujourd'hui.Je 131 Te I ER en RA Dre ee pm te ape trouvais qu\u2019il n\u2019y avait pas de galerie à l'époque POSSIBLES i qui s'occupait de la peinture que j'estimais intéres- Artiste 2 ji sante (.).C'est un art surtout abstrait, une sorte cu manager * fu de lyrisme.Je suis maintenant connu pour ce qu'on appelle l\u2019abstraction lyrique ».« Parmi les premiers peintres que j'ai exposé, il n'y avait pas seulement des peintres du Québec, il y avait aussi des Européens : un peintre français James Guitet, un peintre espagnol Luis Feito\u2026 Peu après l'ouverture, j'ai exposé Jean-Paul Lemieux.Avec Lemieux, j'ai fait un peu plus tard, en 1971 je pense, mon premier livre d'art : La petite poule d\u2019eau.(\u2026).J'ai exposé beaucoup d'autres peintres : Fernand Toupin, Claude Dulude, Yves Rajotte, Rita Letendre, Marcelle Ferron.J'ai eu beaucoup de peintres automatistes qui ont exposé ici : Riopelle, Barbeau, Gauvreau.Le retour de Gauvreau à la peinture, c'est moi.|| avait cessé de peindre depuis 15 ans, sa première exposition, il l\u2019a faite ici, avec le Musée d'art contemporain.Des nouveaux peintres sont venus, mais l'orientation générale de la galerie est toujours restée à peu près la même ».Les relations que Gilles Corbeil établit avec des artistes de la galerie sont à la fois professionnelles et amicales : il organise leur « carrière », les consulte, etc.Sa plus grande difficulté est moins de choisir les artistes dont il veut exposer les œuvres que de refuser ceux qui frappent à sa porte.La vente d'œuvres d'art, comme tout commerce, n\u2019est peut-être pas faite pour les « âmes sensibles ».Certes, Gilles Corbeil est conscient qu\u2019« on n'aime pas toujours ce vf présente », mais sa fierté est d'avoir acquis «la onne réputation d'une galerie sérieuse ».« Je consulte\u2026 Très souvent un artiste m'est recommandé par un autre artiste.On parle de ça avec des peintres que je connais à la galerie et tout à coup l\u2019un d'eux me parle de quelqu'un ».« Il y a tel artiste qui est intéressant ».Alors je vais le voir et, si ça fait mon affaire, je l\u2019engage (.). LES ger! Gilles Corbeil et l'amour de l'art La chose la plus pénible de mon métier, c'est de rencontrer les artistes (qui veulent exposer chez moi).Il y en a au moins un par semaine.C'est pas le talent qui manque ! Evidemment, il est très difficile de prendre un nouvel artiste.Et il m'est très difficile de refuser.C'est toujours pénible de refuser.Pour l'artiste, la démarche de venir solliciter est aussi pénible.Alors je ne refuse pas de voir les œuvres, mais j'avertis toujours l'artiste que je ne peux pas faire grand chose pour lui, parce que ça ne donne rien de prendre un artiste et de ne pas s'en occuper.Un artiste, ça ne se fait pas du jour au lendemain : ça prend des années d'exposition avant que les gens ne commencent à être habitués à son nom, simplement à son nom ».« Vous savez la cote d\u2019un artiste, c'est ce que les gens veulent bien payer.Tout cela n'a malheureusement pas souvent tellement à voir avec la qualité.Si un artiste est demandé, ses croutes se vendent évidemment plus chères.Les gens veulent avoir un nom.Je dis toujours aux jeunes : \u2018\u2019L'essentiel pour vous, c\u2019est de vendre bon marché\u201d\".Vous savez, un artiste avant 40 ans a rarement assez donné pour qu'on puisse dire que l'œuvre existe.C'est bien dommage, mais c'est ca en peinture (\u2026).Alors moi, je dis aux jeunes : \u2018\u2019L'important pour vous, c'est que votre œuvre se diffuse.Ne vendez pas trop cher, mais arrangez-vous pour que ca se vende\u2019.Quand je vois que la demande est plus forte, j'augmente en général la valeur de l\u2019œuvre de 20 % ».Le prix des œuvres qu\u2019expose Gilles Corbeil au début des années 1980 varie de 350 $ à 450 $.La situation financière de la galerie est, de son propre avis, fragile en raison des « frais énormes » auxquels il doit faire face.Sa clientèle, principalement francophone, lui apparaît « limitée », elle se compose de membres de professions libérales, d'employés de Radio-Canada.« Des gens de tous les milieux, précise-t-il, y compris des représentants de compagnies, des conseillers artistiques ».Et même s\u2019il ne se considère pas comme un « mar- .Gil chand typique ».Gilles Corbeil n\u2019en nie pas pour POSSIBLES oh iE autant la dimension « marchande » de l'art.ou manager ?4lom JA del\u2019 aimez, n\u2018achetez pas un tableau parce qu\u2019on dit in que c'est bon\u2019.Si on me demande ce que je pense ] entre deux ou trois tableaux, je vais identifier celui qui me semble le meilleur.Je donne les raisons de mon choix, mais en général, je dis aux gens : i \u2018Ecoutez, vous finirez par apprendre.|| n\u2019y a rien comme acheter pour apprendre\u201d\u2019.Quand vous payez, vous apprenez.Les gens me demandent ce qu'il faut faire pour comprendre la peinture, l\u2019art.Ca peut paraître un conseil de marchand.Je leur dis : \u2018\u2019Achetez des œuvres, vous verrez\u2018.» i « Moi, je dis aux gens \u2018Achetez ce que vous bi Mais il y a manifestement chez Corbeil un dilet- i tantisme : les revenus qu'il tire de sa galerie ne sont 1B pas sa première préoccupation.Il n'est d'ailleurs pas très favorable à une politique de subvention des galeries.Sa conception de la libre entreprise i rejoint sa philosophie l\u2019art.à « Je ne demanderais pas mieux que d'avoir une ii subvention, mais le gouvernement ne me donnera li pas une subvention pour mes beaux yeux, il va venir voir ce qui se passe.J'ai toujours eu peur de | l'intervention de l\u2019État en art.Je trouve que la liberté c\u2019est la chose la plus importante.Etre pein- i tre, ce nest pas un métier : I'artiste travaille quand p il en a envie.Je dis souvent : \u2018\u2019C\u2019est comme un poète, il ne peut pas se mettre à sa table de travail i tous les jours pour créer\u2019\u2019.Pour moi, l\u2019art, c'est une chose à part.Je ne me scandalise pas du peu d'argent qu'on peut avoir ».3 « L'art, pour quoi faire 2 Je pense que c'est essentiel.L'art joue un rôle dans notre société.C\u2019est le rôle qu'il a d\u2019ailleurs toujours joué.On n'en a pas i besoin pour vivre, mais ca fait partie de la civilisation, de notre culture.S'il existe ici actuellement un i commencement de culture québécoise, c'est grâce EL à l\u2019art dans tous les domaines, peinture, littérature ou musique.Pour moi, l\u2019art a un rôle éminemment civilisateur ».134 BLES Mager Gilles Corbeil et l'amour de l'art « L'œuvre d'art n'a pas à dire, elle doit être tout simplement.On n'est pas là pour faire des messages.L'art, c'est quelque chose qui existe et qui n\u2019a as de message, si ce n'est le message profond de l'humanité.Tout simplement.Mais ça n\u2019a rien à voir avec la politique.Je déteste les œuvres à thèses (.).Aujourd'hui, on travaille avec des idées : on part avec un écran et on monte ça sur un socle.L'art, ce n'est pas une idée.Une idée, ce n\u2019est rien en soi.Ce qui est important c\u2019est la réalisation d'une idée.Quand Beethoven fait une symphonie, c'est ce qu'il en fait qui est important ».De Gilles Corbeil, Pierre Vadeboncœur dira que « c'était un homme fin, plein de tact, d'intention et de délicatesse ».Et il ajoutera : « Une chose frappe entre autres dans sa carrière : une profonde honnêteté qui lui faisait deviner et détester les fraudes intellectuelles, certes, et la moindre mauvaise ambition dans les arts, mais aussi dans la politique » 3.En tant que directeur de galerie, Gilles Corbeil a été fidèle à lui-même.La galerie qu\u2019il a animée et dirigée pendant plus de quinze ans, a traduit ses goûts et ses convictions artistiques, elle a été à l'image de l'« honnête homme » qu'il était.D'une telle institution, on aime dire qu\u2019elle fut le témoin d\u2019une époque ; la Galerie Corbeil fut aussi le témoignage d\u2019un homme qui, pour reprendre l'expression de Gaston Miron « a eu confiance en notre culture » \u201c.L'histoire d\u2019une galerie est indissociable de celle des artistes auxquels elle s'associe, surtout lorsque cette association est d'ordre esthétique.Le directeur passe rarement à l\u2019histoire, ses artistes restent dans les collections et les musées.Lorsque Gilles Corbeil est disparu tragiquement en 1986 (accident de voiture en Australie), il avait déjà pris distance par rapport à sa galerie, qui d'institution d'avant 3/ Vadeboncœur, Pierre, in Le Devoir, le mardi 28 octobre 1986.4/ Miron, Gaston, in Le Devoir, le mardi 28 octobre 1986.135 POSSIBLES garde, était devenue une « galerie établie ».Peut- Artiste être refusait-il que sa galerie vieillisse @ Peut-être ou manager ?refusait-il lui-même de vieillir \u20ac Celui qui côtoie les i artistes n'a souvent qu\u2019un rêve : celui de faire de sa propre vie une œuvre d'art.H | | i | fi ii Ÿ # A 136 FRANCINE DERY L'objet, quel objet?Là où je suis rendue, on peut affiner l'espoir parmi les rayons drus de la lumière.Nicole Brossard Le désert mauve Un objet d'art court dans ma tête.|! plaisante, s'amuse et s'enfuit.Puis il revient à la case départ.L'objet d'art s'élance à nouveau, virevolte et disparaît.Je cherche l\u2019objet dans le noir.L'objet n\u2019a pas de nom ni de forme.Je veux retrouver l\u2019objet, le fixer dans mon cerveau à la lisière de la mémoire.Demain, le lâcherai dans l\u2019enclos de mon cortex et lui accorderai droit d'évolution au territoire de mon imaginaire.Je le rendrai palpable avec le doigté des mots.Demain j'aurai dans ma tête un objet d'art qui commencera à m'appartenir.Ce lendemain, je suis dépositaire exclusif de l\u2019objet.Je veille sur sa croissance.EE ANT nnn PRESSE 4 0 u un i M i i H Je suis assise au centre de la pièce.Devant moi, empilés sur un pupitre vert, des dossiers.Ma tête penchée effleure des papiers froissés.En face, de l\u2019autre côté du pupitre vert, un homme et une femme discutent.Ils me parlent et le ton de leur voix se fait suppliant.Les minutes passent, la demi-heure.Des gestes, des paroles, d'autres gestes, d'autres paroles que je n\u2018entends pas et cetera.J'ai refermé le dossier, affaire classée.Ils sont toujours là.Entre l\u2019homme et la femme, et moi, l\u2019objet d'art intervient.Il occupe toute la place, envahit les cas, les causes, les papiers, le pupitre.Je reste immobile dans son informe audacieux.À mes yeux, il acquiert une démesure essentiellement indéchiffrable.C'est un bel objet qui traverse en fraude la frontière de la mémoire.Le bel objet se meut, s\u2019exhibe aisément dans mon échappatoire.Terrible alchimiste, il exige que je lui livre les métamorphoses de ma pierre philosophale.Je lui tendrai un à un les mots de mon cortex.Puis, se mettant en travers du temps, de la pesanteur et du lieu l\u2019objet se lira ainsi : une aile éblouie parsème l'anneau de saturne d\u2019une poudre atomique métal criblé de balles fondues au plomb des incontournables décadences une aile persiste et parfume de son gel énigmatique la beauté de vénus ivre des miroirs déformants A .Youn 138 POSSIBLES Artiste ou manager ?Lobe al obi ts athdd ith sitdni stat didi tHE SR ELH ER HAH HM A SR CEH OT CL EH 1 ly L'obiet, pointée sur le parchemin des symboles - | avelobiet?ne plume de I'aile a tracé le dernier battement du monde aux confins du plaisir et de la mort | libérée dans un espace débridé E | elle étend au dos de la terre le canevas des villes étouffées et dessine à la lueur du poème les traits indélébiles des barreaux de la cage Je me fondis dans l'aile et disparus leur abandonnant et le fer et le plomb et l'explosive réaction en chaîne promet-on Le jour s\u2019est levé dans mon échappatoire.Il fait nuit dans la pièce et le pupitre est intraitable.Une [ autre personne est entrée, une femme en tablier gE gris actionnant un aspirateur.Elle dit: ; \u2014 Vous étes encore la 2 Il est tard, les autres sont partis depuis longtemps.| \u2014 Vous avez vu l'objet, vous l\u2018avez vu?demandai-je.\u2014 L'objet, quel objet ?questionna-t-elle.Et pendant qu\u2019elle racontait en pleurant, pour elle-même et peut-être pour moi, de sordides histoi- ER res d'angoisse et de barreaux, j'entrepris la traver- E ñ sée du mur en quête d\u2019un nouvel objet puisque celui que j'avais façonné venait de m\u2018échapper. _\u2014 a pope Fo ee \u2014 \u2014 De j ca en \u2014._ ter = ia ar =.cri i - rome om, pr See) areas crie Cr or ces Ceres a SCC itrten a Fa PS cac mT ate Ea TEE re EE ERT, Te oaL no kd fp EE 8 BE SER Ti a dhs a Ps ee Eo a Rasa a \u2014 ceo Ee EE Se Se SEEN Ee = \u2014 = RU Ai ney SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION i \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 ee pos J I, ee TES De va rm me pe _.oe fo ay SoTL oN SN = air _- PP RA Le pA => oo ar Epa == eu a pots gt INA os ts = CERN PR.cel = Cl MARYSE LÉVESQUE Quand les « bits », les « tiques », les puces nous attaquent.quand la technique devient la forme universelle de la production matérielle, elle définit toute une culture, elle projette une totalité historique \u2014 un monde \u2014.Herbert Marcuse Dans les sociétés, on saisit plus que des idées ou des régles, on saisit des hommes, des groupes et leurs comportements.Marcel Mauss L'ombre de la société informatisée plane sur nous.L'ombre parce que bien que l'implantation et le déploiement de l'informatique semblent se généraliser, on peut croire que nous ne sommes qu'aux premiers balbutiements d\u2019un processus dont on ne mesure pas encore de façon claire toutes les répercussions sur l'ensemble de nos activités.Cette tendance semble accentuer pourtant une image de l'informatique comme phénomène de masse qui influence à son tour de plus en plus les mentalités et les comportements des individus.Étant avant tout technique, et la technique étant d\u2019abord une accumulation des savoirs et des expériences, cette tendance contribue à une plus grande mystification des personnes ainsi qu\u2019à une abstraction de plus en plus grande de la compréhension de l\u2019ensemble de nos vies.Les technologies informatiques sont là, elles s\u2019immiscent dans nos vies, nous fascinent, nous séduisent ou au contraire, nous rebutent, nous horrifient.Image ensorceleuse ou maléfique, vision d'enfer ou éden fait machine.Les enjeux que porte le processus d'informatisation sont pour l'essentiel tributaires des pratiques des pouvoirs économiques et politiques qui en dirigent la destinée.Il n\u2019y a pas d'opposition à la technologie (ou si peu).« Entre ce qui se meurt et ce qui naît déjà », les pratiques collectives semblent éclatées, repliées sur elles-mêmes, s\u2019orientant à tâtons, sur de petites échelles.« La Puce Communautaire » expérimente toutefois autour des nouvelles technologies informatiques.Une réponse bien a elle.La puce communautaire « La Puce Communautaire » est un organisme à but non lucratif qui vit le jour en 1984 sous l\u2019impulsion de quatre femmes dont le désir d'autonomie semblait pouvoir se concrétiser par une implication active dans le domaine des nouvelles technologies.Aujourd'hui, « la Puce » regroupe une dizaine de travailleuses et travailleurs.S'appuyant sur une intuition aiguë du bien-fondé d\u2019une intervention dans ce domaine, le groupe met entre autres de l\u2019avant des objectifs d'appropriation des nouvelles technologies par la population et les milieux POSSIBLES Artiste ou manager ?Q ob it fiqu lesp sitaqué LS er?Quand les « bits », les « tiques », les puces nous attaquent.communautaires.! Associée comme projet-pilote au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science, « La Puce » poursuit son intervention auprès de la population d\u2019Hochelaga- Maisonneuve.Au fil des ans, les activités du groupe se sont regroupées en trois secteurs.Le secteur Grand Public propose des activités de sensibilisation et d\u2019initiation a la micro-informatique.On vise ici un premier contact & |'univers de la micro-informatique soit par des activités d'animation (vidéo, moments de réflexion, démonstration de logiciels) soit par des activités de formation (curriculum vitae, dessin, télématique).On explore dans le Secteur Formation Professionnelle la bureautique.Les activités suggérées permettront à des femmes (population privilégiée) d'obtenir une attestation de la Commission de Formation Professionnelle qui pourra éventuellement faciliter leur insertion sur le marché du travail.La formation offerte touche les différents aspects du travail de bureautique (traitement de texte, méthode d'apprentissage de logiciel) que l\u2019on complète par des techniques de recherche d'emploi, de préparation au marché du travail et de stage en entreprise.Un dernier secteur, celui des Ressources Informatiques propose aux organismes populaires, aux organismes à but non lucratif et aux PME des services de formation sur les deux types de microordinateurs (Mac et C.-IBM).1/ Les autres objectifs du groupe sont : « * Stimuler l'implication active des femmes dans le domaine des nouvelles technologies ; * S'assurer de rendre accessible à la population des activités de familiarisation et de formation aux technologies nouvelles ; * Promouvoir la réflexion sur les impacts et possibilités des technologies nouvelles dans la vie quotidienne ainsi qu\u2019au travail ; * Etre un lieu d'exploration des diverses techniques dans le domaine des technologies nouvelles.(La Puce Communautaire, 1987) 145 HRN NR ERR RNIN À 3 A.Ai BY Ki: i: Hi: ; D Rl RR: B23 Mt 7 LOCAL SA PLoS SACI PEM PL DL SLALOM LAL 0 SEN REIC MAEAAME MAPLE PLP PA PMS SL Qu La clientèle de La Puce Communautaire est lar- POSSIBLES psc hi ement issue du milieu populaire.À l'heure où l'in- ou manager?[His Pormatique est partout, à l'heure aussi où, pour oe cette population, le chémage et le bien-étre social doe i sont des réalités quotidiennes, il est légitime de i penser que la population de ce milieu n'a pas ou peu accès aux outils informatiques et que les intérêts qui la poussent à faire des démarches d\u2019apprentissage en informatique ont peu à voir avec ce qu'on appelle le loisir scientifique.D'abord, parce que le loisir scientifique ça coûte cher, ensuite parce que la gymnastique intellectuelle qu\u2019un tel type de loisir nécessite (la logique, la mémoire, la capacité d'abstraire et de conceptualiser) n'est pas toujours évidente.La science est élitiste on le sait, et elle est élitiste parce que si un large bassin de population la partageait, elle ne serait plus scientifique.La science et la technique s'inscrivent toujours dans un rapport inégal, et les savoirs dont elles disposent sont organisés de façon telle qu'ils échappent à une population de plus en plus large.La science est hermétique.Or, l'informatique participe intimement à cette culture scientifique.ir.i IH 88 a i Î J i 154 iH | H i ire SEC PRC ee XT FART EE I ry re man À première vue, le projet La Puce Communautaire pourrait bien paraître comme inséparable d\u2019un processus de rationalisation.Il pourrait être apparenté à des politiques de création d'emplois, à des politiques de requalification de la main- d'œuvre, à des stratégies de sortie de crise mises de l\u2019avant par les gouvernements actuels.La Puce se distingue cependant des divers groupes déjà mentionnés en ce que sa pratique semble s'inscrire à la fois en dedans et en dehors des pratiques instituées dans ce domaine.Elle allie à la fois des attitudes offensives (production de savoir et de savoir- faire liés aux technologies informatiques) et des attitudes défensives (services à la population, aux groupes populaires et communautaires, donc diffusion de connaissances, de son expertise) en réaction à, et/ou associées au processus d'informatisa- ss ES EEE re PR RE Quand les « bits », les « tiques », les puces nous attaquent.tion de la société.En ce sens, son attitude semble complétement nouvelle.L'originalité de La Puce réside aussi dans le fait u'elle émerge des pratiques quotidiennes d'individu-e-s qui se sont organisé-e-s ensemble, selon leurs compétences, pour réaliser un projet leur donnant prise sur la vie sociale, luttant contre une définition abstraite de leur pratique et s\u2019éloignant des « expertises » des experts qui savent tout.Qu'en est-il donc du projet Puce Communautaire \u20ac La Puce Communautaire tente de faire en sorte que la clientèle qu\u2019elle reçoit puisse être partie prenante du processus d\u2019informatisation des sociétés actuelles.Cette volonté passe par une pratique pédagogique qui, au-delà des contenus proprement techniques, amène la clientèle à acquérir des habiletés à savoir-être et à savoir-vivre avec les outils informatiques.Cette approche tient compte d'un langage, du vécu spécifique de la clientèle, s'adapte aux situations imprévues qu'elles soient humaines et/ou techniques et axe principalement ses efforts vers une compréhension globale de ce phénomène technique.On tente ainsi de rompre avec une certaine « pensée magique » qui encadre l\u2019image des technologies informatiques.De la démystification à la qualification, La Puce développe une facon de faire qui tient plus de l\u2019apprentissage que de l'enseignement.De l\u2019apprentissage, parce que c'est l\u2019apprenant qui est au cœur de la démarche qu'elle propose ; parce que c'est face à sa démarche Ë ui ou à elle] qu'on « mesure » les réussites et non face à un ensemble de savoirs définis abstraitement qu\u2019il faudrait intégrer ; apprentissage aussi parce que toute la pédagogie s'organise autour de la croyance que l\u2019informatique ça s'apprend, il s'agit simplement d\u2019y met- a es ee AS Samer H i HE 1 ji PA th iH il EE tre du temps; temps d\u2019intégration des savoirs, temps d\u2019expérimentation et d\u2019erreurs, temps de prise en charge de l\u2019apprenant de son propre processus d'apprentissage face à la technique, temps de respect.Ainsi plus qu\u2019un processus d\u2019alphabétisation informatique \u201c (savoir et savoir-faire), La Puce introduit sa clientèle à un processus de socialisation informatique en ce sens qu\u2019elle favorise chez elle des attitudes de confiance en soi, d'ouverture constructive face à l\u2019envahissement technologique et des attitudes d'ancrage des technologies informatiques dans leur vie quotidienne.Oui c'est possible de vivre dans un milieu technicisé, oui s'est possible de comprendre comment ça fonctionne un microordinateur, oui c'est possible d'être celui ou celle qui sait que dans le cadre de sa vie, l'informatique aura telle place ou telle autre.L'informatique et le micro-ordinateur peuvent aussi devenir un instrument de valorisation et un outil de soutien au développement des individus et des organismes.La « façon Puce Communautaire » aurait donc à voir avec certains éléments clés dont les principes tournent autour du respect de l\u2019apprenant-e dans son intégralité (ses craintes, ses angoisses, ses appréhensions, son cheminement personnel, sa peur du retour à l'école) ; de la connaissance pratique et concrète du milieu dans lequel elle œuvre ; du partage et de l'empathie dont fait preuve ses formatrices à l'égard des gens qu\u2019elles forment et 21 Au sujet de l\u2019alphabétisation informatique et de la socialisation informatique, voir Antoine Baby (1986) « Existe-t-il quelque chose comme : ce que tout jeune homme et toute jeune fille devraient savoir à propos de l'ordinateur et de l'informatique ?Essai sur la socialisation informatique », Communication donnée dans le cadre du 4° Congrès annuel : L'ordinateur et l'Éducation, Université McGill.31 Tiré de : Bilan 1984-1985 et Perspectives 1985-1986, La Puce Communautaire, p.4.POSSIBLES Artiste ou manager ?û seb ff les oftaque bit .5, \" | Quand du processus dans lequel ils-elles s'engagent ; de la E es « ITS », 4 .À IH t wf les « tiques ».Place qu\u2019elle laisse aux participant-e-s dans leur 1 les puces processus d'apprentissage.nous attaquent.Elle aurait trait aussi a une formation basée sur une compréhension d'ensemble du phénomène [ micro-informatique ; à une formation qui s'adapte É aux situations imprévues qu'elles soient humaines EL ou techniques ; à un souci de faire en sorte que ik l\u2019apprenant comprenne ce qu'il fait, qu\u2019il devienne | un usager intelligent plutôt qu'un « pitonneux ».La « facon Puce Communautaire » serait égale- i ment tributaire d\u2019une approche qui lie le plaisir à 5 l'apprentissage, le petit groupe à un enseignement personnalisé.De l'appropriation à l'autonomie La Puce Communautaire est unique au Québec.: C\u2019est une pratique jeune et non observée.Il est i donc intéressant d'interpréter cette pratique et de l\u2019insérer dans une réalité sociale plus large afin de pouvoir saisir en quoi elle peut offrir (ou non) une réponse différente à l\u2019informatisation.Les groupes populaires n'échappent pas à une certaine tendance de repli vers le micro-social.Dire des groupes populaires qu'ils se replient vers le Micro-social ne signifie pas qu'ils ne font plus rien.; Au contraire.Mais l'espace qu'ils investissent par : leurs pratiques est différent.Cet espace ne s'\u2019appa- ; rente plus à celui où l'enjeu politique se jouait en E terme de luttes, de conflits, \"idéologies qui s\u2019op- : posent Cet espace semble plus de l\u2019ordre du quo- E tidien.6 Si le quotidien s\u2019associe facilement a la répétition, & la lenteur, a I\u2019habitude, il est aussi un lieu ou des choses se structurent.Par exemple, le sens que prend notre vie, la valorisation, l\u2019estime de soi, E l\u2019amour, l\u2019amitié, le petit bonheur.Le quotidien, i i Bt I i i + i i I Ji | c'est le lieu d\u2019un type de relations sociales qui se fondent sur des rapports de connivence, de complicité, d'échange.En fait, le quotidien n'est pas |\u2019enjeu d\u2019un pouvoir ou d\u2019un savoir quelconque.Il est un lieu de réalisation, de création.Des transformations importantes semblent s'opérer dans les groupes populaires par rapport aux façons de faire des dernières décennies.Les liens entre les groupes, par exemple, se tissent à même l\u2019étoffe du quartier, du voisinage et les réseaux qui se tissent, bien qu'ils soient largement associés aux appareils de l\u2019État subventionneur, ont souvent une saveur « communale », d'échange de bons procédés entre les groupes.Il semble ainsi que pour être en mesure de comprendre le sens de ce que « La Puce Communautaire » fait et de pouvoir saisir comment et en quoi ses activités résonnent à des objectifs d'émancipation, il faut resituer sa pratique dans un contexte où les types de relations dont il vient d'être mention sont présents.De ce qui a été observé, force nous est de reconnaître que le visage que La Puce Communautaire nous présente de l'appropriation est d\u2019abord un visage humain.L'appropriation est découverte et compréhension, ouverture et ancrage dans la vie quotidienne.Elle est de l\u2019ordre de la démystification, d\u2019un premier geste d'approche aux nouvelles technologies.Elle est aussi de l\u2019ordre de la qualification, de la compréhension extensive de la logique qui sous-tend les outils informatiques.L'appropriation est ici affaire de personnes, de leur attitude, de leur action.L'appropriation s\u2019attarde au processus.4] A ce titre, voir les travaux de G.Cazabon et de l'auteure faits à La Puce durant l\u2019année 1986-1987 et présenté au Colloque « Une démocratie technologique », Ottawa, 1987.150 POSSIBLES Artiste ou manager ?Que se i je Hque Jos po fi toque LES ger?Quand les « bits », les « tiques », les puces nous attaquent.Pourtant, lorsqu'il s'agit de présenter l'appropriation, on réfère souvent à des contenus qui ont plutôt visage de luttes et de contrôle.La problématique de l'appropriation en effet, empruntant à la tradition marxiste, serait marquée par cette dimension de lutte sociale et politique.L'idée, comme le mot le suggère, serait de faire sien des contenus qui, dans le cadre qui nous intéresse, seraient avant tout technique.À la limite, la « meilleure » appropriation resterait celle qui permet de devenir expert.La réalité de l'informatique actuelle montre bien que, au-delà du discours sur l\u2019accessibilité, le chemin va en rétrécissant.Si dans un premier temps, l\u2019utilisation et la maîtrise sont des possibles, la production, la création et l'expertise le sont moins et ne sont en fait que l'apanage d\u2019une minorité.Les dimensions associées à l'appropriation ne semblent pas permettre de témoigner d'une réson- nance ou non des pratiques de La Puce à ses objectifs.L'appropriation serait de l\u2019ordre du sociétal, c'est-à-dire de l\u2019ordre de tout ce qui a trait à la construction d\u2019une société (lutte politique et sociale, stratégie collective) en tant que totalité, tandis que la démarche proposée par La Puce semble plus s'apparenter à l\u2019ordre du sociable, en ce sens qu\u2019elle émane du cœur d\u2019une pratique où ce dont il est question, c'est une manière de faire, une façon d'entrer en relation avec l\u2019environnement informatique.La Puce ne vise pas à faire de ses usager-ère-s des experts de l'informatique, elle vise plutôt à faire en sorte que les usager-ère-s qui la côtoient soient capable de se débrouiller avec les outils informatiques, qu'ils-elles soient en confiance face à ces outils, qu\u2018ils-elles puissent utiliser ces outils de la façon dont ils-elles le désirent.Partant d\u2019une approche proche des individus, La Puce leur propose des activités où ils-elles seront les seul-e-s à 151 définir les contenus de l\u2019alphabétisation et de la POSSIBLES socialisation informatique, selon leurs désirs, leurs Art manager ?aspirations.Entre la production (liée à l'expertise) et la consommation (liée à la mystification) des techniques informatiques, La Puce semble proposer « l'intelligence », nous dirons l'autonomie.a l'autonomie n\u2019est pas indépendance.Elle s\u2019asso- 8 cie plutôt à un travail par lequel on réorganise constamment les contenus qui sont déjà les nôtres (nos savoirs, nos apprentissages, notre vécu) en fonction d\u2019un environnement qui vient les alimenter.Si on considère qu'elle prend racine dans le quotidien, dans des actions qui ont pour bases communes les conditions de vie (le vécu) et la capacité d\u2019emprise sur elles, on peut considérer que ce qui 3 est impliqué, c'est la possibilité de contrôler ces Ë conditions.Ainsi, « le concept d'autonomie déplace(rait) l'analyse et la réflexion sur les rapports entre un système quelconque et son milieu, entre l\u2019intérieur et l'extérieur.Il permet de sortir du modèle de la société pensée comme système de production et d'élaborer un modèle qui rend compte des relations entre un système de production et la société dans laquelle il se situe.» 4 On pourrait bien dire que l'autonomie est aussi i affaire de contenus intégrés.En effet, il apparait 3 ue certains individus sont plus autonomes que d'autres et à ce titre, il serait légitime de dire que plus la « démystification » est grande, plus l\u2019individu est autonome.Effectivement, l'autonomie est aussi quelque chose de relatif, c\u2019est dans ce sens qu'elle est projet et qu'elle est possible.i Appropriation 2 Autonomie ¢ En tous cas, on dirait que le trafic se fait plus i dense.5] Godbout, JT.(1986) « De l\u2019autogestion à l'autonomie » in Possibles, vol.10, n° 3/4.152 en ome er po au Lo an po goa - a 0e ere Len ee es Pe ees Lo ce PP Se ~ py em \u2014 oo = rei px ttrg peak RES pagel thers ne eile mr PES _- Lo tes 3 = Sn pra cesse Tr PEO contes da By co Pry lu RS cou ree 22 Co a 5 Pe ce Patan = a A ik Sears 5S x ape a N 5 c.: LE JOURNAL ; DE MARCEL RIOUX H LE loger 3 wanna i PR.SL A i.Se Pa ps a = a ER Ba = Pa .Sap 5 RE = oe IY ER = a Ceo pes Pre PN Ey Dee ticidéiiébtiniétti déchet ré tait het ia cet a ie oc ed oi 141 4] Mai 1988 Le 9 mai.J'ai suivi d'assez près la campagne électorale en France et si je suis heureux que François Mitterrand ait été réélu à la Présidence de la République, l\u2019emportant de façon non équivoque sur les droites, ce n'est pas le délire de 1981.Depuis 1986 jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, on a eu l\u2019impression que la classe politique française jouait de Verlaine Masques et bergamasques.Mitterrand déguisé en centriste, Chirac jouant Pasqua et Pas- qua mimant Le Pen : tout ce beau monde valsait au rythme des stars médiatiques.Seul M.Barre est demeuré l'éternel professeur français : suffisant et rasout.On lit quelquefois chez des plumitifs, « La France redécouvre Descartes » ; ils veulent indiquer par là que le pays se ressaisit et redevient maître de son génie.Après ces élections à la présidence, nombreux sont ceux qui utiliseront cette incantation à Descartes ou à Jeanne d'Arc pour stopper la dérive américaine de la France.Depuis quelques années, la société du spectacle et l\u2019État-spectacle, merveilleusement servis par la publicité, ont fait de grands progrès en France.C'est la victoire de la marchandise sur l'idéologie! Le mot de socialisme est devenu un gros mot et les mignons de l\u2019ancien ministre de la culture vendent du tonton bien tem- PES ar Ol =\u2014 ST ne ace ra art rT péré ; Chirac imite Reagan et négocie avec l\u2019Iran ; à Le Pen, il ne manque que son Ku Klux Klan pour ressembler à l'extrême-droite américaine.Bientôt la France aura ses deux grands partis, bonnet blanc et blanc bonnet, qui se disputeront l'assiette au beurre comme aux Etats-Unis et au Canada.Comme en Amérique du Nord, disparaitront les communistes et les socialistes et ne survivront, à l\u2019extrême-droite, que des dinosaures à la Mulroney.La France n'a déjà plus grand-chose à envier aux U.S.À.Au contraire ! On dit même que Reagan veut apprendre à écrire pour faire comme Mitterrand et envoyer sa lettre à tous les Américains ; ses conseillers lui suggèrent plutôt d'en rester au vidéoclip.Tout cela tend à montrer que la marge de manœuvre de nos sociétés, je dirai même de toutes les sociétés, en cette fin de vingtième siècle, est extrêmement ténue.Aucune société du monde industrialisé devenue de plus en plus dépendante des mêmes impératifs économiques et techniques, ne peut s'écarter, durablement et significativement, du peloton de tête, sans risquer de rester au bord de la route.Ce que les populations ne tolèrent pas ! En 1981, les socialistes français voulurent casser le capitalisme.Pas pour longtemps ! Ils se mirent à lorgner vers le centre ! Ils y sont aujourd\u2019hui ! Tout le problème des centristes consiste à laisser certains individus, certaines collectivités, certains pays et continents, s'enrichir sans que trop d\u2019autres meurent de faim.Pour y arriver, on a inventé, entre autres choses, la charité-spectacle.Tout le monde y gagne beaucoup, et les pauvres ou les malades, un peu.quand sont réglés tous les frais de ces shows.Dans certains pays, comme la France et le Québec, on continue d'utiliser à profusion l'expression « projet de société ».On ne semble pas se rendre compte qu'elle n'a plus, comme on dit, qu\u2019une valeur symbolique et donc aucune efficacité réelle.Puisque nous sommes tous dans cette hypertélie POSSIBLES Artiste ou manager ?lei Harel ts Mager! Le journal fe Marcel Rioux technique et économique, il n\u2019y a pas grand-chose que nous puissions changer à grand-chose.Le plus surprenant, c'est d'entendre aujourd\u2019hui des Québécoises et des Québécois parler de projet de société sans mentionner notre dépendance de plus en plus grande envers le Canada et l\u2019Empire américain ; les Français font la même chose.Nous faisons comme si nous n\u2018étions pas conscients que la technique n'est pas neutre et que chaque type de société développe celle qui est compatible avec sa vision du monde.Tout se passe comme si l'homme et les sociétés devaient s'adapter dare-dare à ces nouveaux gadgets et abandonner ses traditions et ses mémoires ancestrales.Notre monde médiatique et télématique ne sécrète que l\u2019amnésie et l\u2019inculture.Le 10 mai.La France et le Québec, pour ne parler que de notre famille, font face à un problème commun : celui de se fondre dans un grand tout : l\u2019Europe et les Etats-Unis.Nous sommes à l'époque des mastodontes économiques.Aux grosses machines et aux gros capitaux doivent correspondre de grosses agglomérations humaines ; à l\u2019homme qui lantait des arbres doit succéder la corporation qui les détruit et qui plante ses usines dans tous les recoins de la terre ; les patrimoines naturels et humains en sont plus efficacement détruits.Le béton armé et la puce électronique seront les choses au monde les mieux partagées comme l'était naguère le bon sens.Enfin, il faut s\u2019y résigner, c\u2019est le progrès ! Schrôädinger avait prédit la mort thermique de l'univers ; on peut maintenant prévoir la mort culturelle de l'humanité l\u2019arrivée du hamburger à Moscou marque une étape importante de ce nivellement entropique.De ce point de vue, le Québec est en avance sur bien des pays européens : le burger a depuis longtemps chassé la galette de sarrasin.Une fois nest pas coutume je cite ce que j'écrivais en conclusion d\u2019un article sur la culture « déter- ritorialisée », dans le Devoir du 12 mars 1982.« Parce que nous, Québécois, avons gagné quelques batailles, nous aurions tort, toutefois, de dormir sur nos lauriers.I! m'apparaît que le temps ne joue pas pour nous et que les agents de décultura- tion disposent de plus en plus de moyens et deviennent de plus en plus audacieux.Si les Québécois ont la couenne dure, eux ont les dents dures et longues.« Tout ce qu'on peut ajouter six ans après, c\u2019est que l\u2019État-Provigo supprime maintenant la couenne, « because le gras, et que les dents des prédateurs se sont allongées de quelques centimètres ; nous mourrons donc en bien meilleure santé et serons mieux dépecés.Le 11 mai.Pendant un débat télévisé sur ce que d'aucun appellent le multiculturalisme croissant du Québec, un participant suggéra que faute d'intégrer les néo-Québécois autour de la culture des francophones majoritaires \u2014 culture qui serait en déliquescence \u2014 on pourrait le faire à partir de la langue française elle-même.Est-elle en meilleur état que la culture ?On s\u2019est beaucoup soucié du statut juridique du français.De la langue à l\u2019école, au travail, dans les administrations.Et que sais-je 2 Qui s'est interrogé sur la qualité de cette langue 2 Sur les effets secondaires de la loi 101 ?Si l\u2019on se soucie, à juste titre, de la pollution de la nature, s'inquiète-t-on assez de la détérioration du premier bien symbolique d\u2019un pays : sa langue @ Voici un exemple : Radio-Canada reconstitue pour la télé un procès devant la cour des petites créances : il s\u2019agit d\u2019une voiture dont le capot a été endommagé ; le juge utilise trois termes français, capot, cran et loquet ; les témoins, au début, mêlent à leur langue déjà bigarrée les trois termes anglais correspondants : hood, lock et latch.Et c'est ainsi que la bouffonnerie commence.Le demandeur et le défendeur voulant utiliser les mots du juge \u2014 n'a- t-il pas toujours le dernier mot \u2014 font valser dangereusement capot, cran et loquet.La capot descend dans les entrailles du moteur, le cran remonte à l'air 158 POSSIBLES Artiste ou manager ?Le] Hore! ls Oger?Le journal le Marcel Rioux libre et les deux rencontrent en chemin le loquet qui cherche sa place, créant ainsi de multiples accidents linguistiques.Ce ne fut pas la guerre de Troie mais celle de Babel.Le juge se retire pour réfléchir et revient rendre sa décision.Coïncidence sûrement ! C'est le plus doué en franglais qui gagne le procès ! En août 1831, Tocqueville a assisté à un procès de cette eau, dans la ville de Québec ; au temps de Tocqueville, on parlait anglais et français ; maintenant puisque nous sommes au siècle de la vitesse, nous parlons ces deux langues en même temps.Nous n'en finissons pas de progresser ! Si nécessaire que soit la loi 101, elle n\u2018arrivera pas à endiguer l'érosion de la langue française au Québec ; si nous voulons que ceux qui se joignent à nous pour vivre dans ce pays adoptent notre langue, il nous faudra la respecter et en être fiers.Autant que toute « espèce en danger\u201d, elle requiert tous nos soins ; il faut éviter de l'assassiner sous prétexte de faire rire, de faire peuple ou de s\u2019attirer des votes.Sans cette vigilance de tous les jours, le français québécois deviendra un sabir qu'il faudra aller apprendre à la Chambre des Communes d'Ottawa. 0 5 = = dre al SG SET socee a pres: creer sax a Hore LON x= LAMM rem e aes memes = x 1 ei sx Lenin \u201c= case a fe rrr oT oo Le ee pn ag or = =: = ap = ea raza oo Ree x cs Rare sss Ar Gu) oo nei sats Se core rot = 20 os x xe rr sane rosés Pies écris cas 5 AA ES ppp : Ber 3 = 3 LS EEE ET POINTES SECHES ES AAI Co, LL eu lL Le es PE SPP APE . À la claire fontaine Chaque fois que je reviens de l\u2019un de ces concerts donnés par le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM), le dimanche soir, six fois par année, c'est une bouffée d'oxygène, un grand verre d'eau pure que je me suis offerts.Deux heures bien remplies, de ballades, chansons, pastourelles, romances, arias, madrigaux dont les seuls noms évoquent des époques lointaines.Bach, Monteverdi, Josquin des Prés, Haendel, Scarlatti et tous les autres, religieusement interprétés, et qui, par delà les modes, les systèmes, les bruits de la ville, ont toujours gardé leur pouvoir magique d\u2019émouvoir.Quand les voix des femmes et des hommes, en chœur ou en solos, le luth, la viole de gambe, le théorbe, le clavecin, ou la flôte baroque, aussi beaux à regarder qu'à entendre, leur rendent si parfaitement hommage.Quand la perfection signifie davantage la fidélité à l'œuvre et à l\u2019auteur que la note absolument juste dont l'instrument moderne, plus sophistiqué, est capable.Chaque fois que, deux ou trois jours après un concert, il m'arrive de lire ce qu\u2019en ont à dire les critiques de nos deux grands médias montréalais francophones, alors je rage comme à chaque fois que, dans la vie, l\u2019injustice s\u2019allie à la prétention.POSSIBLES (tf Est-ce faire montre de grande culture que de juger ou manager ?piss systématiquement les œuvres à partir de critères absolus, décrochés des contingences de la pratique d\u2019un métier dans une société donnée 2 Ce milieu, nous le savons, accorde plus difficilement ses largesses aux artistes qui se situent à l'extérieur des circuits du marketing.Quand des artistes doivent consacrer tant d'énergies à des campagnes de souscription, c'est évident qu'il leur en reste moins pour se consacrer à leur art.Pourtant ils ne se découragent pas.Ils-elles ont la jeunesse pour eux.Le talent, la passion, la recherche du travail bien fait et de l'authenticité, valeurs qui ne courent pas les rues actuellement, leur ont permis de survivre pendant plus d\u2019une quinzaine d'années.Et surtout de nous donner toutes ces œuvres méconnues ou inconnues puisque ils- elles furent pionniers au Québec, sinon au Canada, | de « la musique ancienne ».C'est cela qu'il faudrait enfin reconnaître.Mais, d'une saison à l\u2019autre, d\u2019un concert à l\u2019autre, personne ne sait s'\u2019ils- elles seront encore là.Hy {i 3 A A Je souhaiterai continuer de les entendre encore longtemps, les dimanches soir d'automne et d'hiver.Aussi bien dans les fauteuils confortables de la salle Pollack que sur les bancs de bois rigides de li l\u2019Église du Saint-Sacrement ou de ceux de ce cou- i vent feutré du haut du Mont-Royal, respirant la propreté et le recueillement des pensionnats de mon enfance.4 Raymonde Savard :164 Es ger?Courtepointes et pointes séches Michel Garneau « En voyageant, conseille Hagar Dunor a Eddie le veinard, essaie d'apprendre quelques mots des langues des pays que tu visites, ça rend les voyages plus agréables ».Certaines œuvres se comparent dans nos vies à des pays qu'on visite en touriste et dont on n'a décodé de la langue que certains mots.Et pourtant ces perceptions qui semblaient fugaces restent gravées dans nos souvenirs et occupent dans le tiroir secret de nos petites légendes autobiograpi- ques une place de choix.J'ouvre mon album de souvenirs de voyages intellectuels.Le nom de Michel Garneau me saute aux yeux.Il s'agit bien de quelques mots.Les premiers remontent à l'époque de mes études universitaires.Il animait une émission de radio intitulée En sortant de l\u2019école.Il dialoguait avec des enfants sur toutes sortes de sujets.Le stéréotype de l\u2019homme nouveau ne circulait pas encore ; l\u2019aisance masculine à établir des complicités avec le monde de l'enfance n'avait encore fait l\u2019objet d'aucun mot d'ordre et apparaissait comme une exception singulière.Exception impressionnante ! Les enfants parlaient sans aucune retenue, et il fallait pour cela que le contact avec Michel Garneau soit d\u2019une simplicité incroyable.Avaient-ils simplement réussi à amener l'intervieweur sur leur terrain 2 Ce n'est que la moitié de la réponse.Par cette complicité du langage, Garneau allait en échange chercher chez eux un niveau de profondeur souvent stupéfiant, qui appartient peut-être au monde intérieur de l\u2019enfance mais arrive rarement à faire surface.J'appris bientôt que Michel Garneau était le frère du regretté Sylvain Garneau, le poète.Petit garçon, j'avais vu ce dernier comme comédien dans un mélodrame qui a bien dû faire la tournée partout au Québec puisque ça s\u2019est rendu aussi loin que Roberval (merci Henri Deyglun).Tous ces acteurs de la grande ville étaient auréolés d\u2019un prestige encore plus fascinant qu'aujourd'hui : il n\u2019y avait pas le gros plan de la télévision pour donner une illusion de proximité.À mes yeux, Sylvain Garneau tranchait sur les autres.Était-ce lui, était- ce le rôle 2 La tenue zoot suit, la voix métallique et glacée, le revolver à faire claquer les dents, cela était sans doute attribuable à l\u2019expressionnisme de la mise en scène ; l'intensité dramatique de la présence du personnage devait plutôt incarner l\u2019univers personnel du poète.Poète dont j'entendis parler par la suite en belles-lettres, de la part d'un professeur de littérature à qui il a dû falloir bien du courage pour affronter nos résistances viriles à tout ce que le monde des lettres peut contenir de subtil et de délicat : dans un survol rapide de la littérature québécoise moderne, Yvan Bédard nous mentionna tout juste que Sylvain Garneau avait poussé jusqu'aux limites de sa propre vie la cohérence avec le tragique de son œuvre.Le revolver de la pièce résonna de nouveau dans ma tête.L'œuvre nous fut rendue accessible un peu plus tard par les chansons qu\u2019en fit Pierre Bourdon (qu\u2019est-il devenu ?a-t-il suffisamment fait le tour de la carrière de technocrate pour revenir à la chanson 2).Ce furent les premiers poèmes qui me serrèrent la gorge.Alors Michel Garneau ne m\u2019apparaissait pas surgi de nulle part, il était situé.166 POSSIBLES [iui Artiste ou manager ?Jines lis ger?Courtepointes Le temps a passé.Je venais de vivre l'expérience t , .A Pre .pointes sèches de la séparation, sûr que mes capacités d'aimer étaient à ranger au grenier des antiquités.Le TNM avait lancé la formule du théâtre-midi.On y passait une pièce de Michel Garneau qui devait avoir pour titre Histoires (ou chansons) d'amour et de cul.La même simplicité qu\u2019En sortant de l\u2019école, appliquée cette fois à la recherche maladroite de complicité du cœur, du corps et de l'esprit, qui se cache au centre de la vie du grand monde ! Ce midi-là, je n'ai plus réussi à me cacher que j'éprouvais pour la copine avec qui j'étais des sentiments tout autres que la camaraderie régnant dans l'ensemble du groupe.Une pièce de théâtre avait chassé de la réalité de ma vie un mauvais mélodrame.Il y a des mots étrangers qu'on arrive comme ça à décoder en voyage, et qui s\u2019impriment mieux que des diapositives.André Thibault 167 Touraine, l'Amérique latine et nous Après avoir suivi de près depuis dix ans le lent déclin de mouvements sociaux français menacés par le narcissisme et le désengagement de l'Etat, Alain Touraine vient nous proposer une synthèse exceptionnelle des problèmes économiques, sociaux et culturels qu\u2019affronte aujourd\u2019hui l\u2019Amérique latine (La Parole et le sang.Politique et société en Amérique latine.Editions Odile Jacob, 1988).Le populisme, à la fois acceptation et rejet de la modernisation venus de l'extérieur, caractérise le système politique de ce continent depuis le début du siècle.L'Etat y défend la culture nationale au nom de l'identité d\u2019un peuple qu\u2019il cherche à intégrer globalement au processus de développement.L'idéologie nationale-populaire inspire autant les ouvernements que les intellectuels, les syndicats et les mouvements de guerilla : même les dictatures militaires se définissent par rapport à elle.Touraine veut surtout nous montrer comment, surtout dans les pays tout juste sortis de la dictature, Brésil, Argentine, Uruguay, le populisme est remplacé par une nouvelle forme de démocratie qui encourage l'autonomie de la société civile face à l\u2019État comme la constitution de nouveaux acteurs sociaux (patrons, syndicats, intellectuels) aux intérêts distincts bien définis.Si elle semble valable pour le Mexique, le Venezuela et le sud du continent, où le Chili devrait bientôt rejoindre le rang des démocraties, l'analyse de Touraine ne peut s'appliquer à une Amérique centrale encore tributaire du colonialisme américain ni POSSIBLES fl\" Artiste cd ou manager?J US BCourtepointes et Mabointes sèches à une Colombie soumise aux trafiquants de drogue ou à un Pérou déchiré par la guérilla.Touraine a un faible pour cette Amérique latine qui nous permet de repenser d\u2019une façon nouvelle les problèmes du développement de l\u2019ensemble du monde : « En cette fin de siècle, il y a d\u2019une part ceux qui roposent la raison, le technique, la science : à la Fin on se retrouve avec des armes.D'autre part, ceux qui nous parlent d'identité et de spécificité culturelles : on se retrouve avec des ayatollahs.Face à tous ceux-là, j'ai une tendresse pour les gens un peu paumés, qui cafouillent et essaient comme en Amérique latine de préserver la raison et l'identité, l\u2019éducation et la culture » (entrevue au Nouvel Observateur, 25-31 mars 1988).Beaucoup de Québécois ont aussi accompagné de leurs vœux la révolution cubaine et l'expérience chilienne.Plusieurs ont pleuré de rage à la mort du Che et à l'assassinat d\u2019Allende.En 1988, le Nicaragua nous paraît, ici plus qu'en Europe, un espoir pour les pauvres et les exclus.Nous avons cependant appris à nos dépens, avec le FLQ de 1970 et le référendum de 1980, que le populisme, révolutionnaire ou non, ne pouvait inspirer seul l\u2019émancipation d'un Québec aux élites déjà trop prospères et trop intégrées à l'économie nord-américaine.Le volume de Touraine nous propose une nouvelle Amérique latine qui, bien plus mal en point que nous économiquement, tente quand même de conjurer le spectre de la société à deux vitesses en poursuivant à la fois la réussite économique et la participation sociale et politique.Elle oscille elle aussi entre une croissance fondée sur l'inégalité et l'exportation et un développement plus solidaire et auto-suffisant.N'y aurait-il pas autant à apprendre pour nous à Brasilia, Buenos Aires et Quito qu'à Tokyo, Londres ou Washington @ Gabriel Gagnon ee a a er Ë qu pt + { Be Hi CODE EN ce Ri | 4, he iy: \u2014 oo ee cree) _.ae.Lo - ee a oo Ed x re a.ra a cree ce a GS core as A a od = set Collaboration spéciale à ce numéro : Paul Chamberland, écrivain ; Carole David, écrivaine ; Michèle Febvre, professeure, Département de danse, UQAM ; Daniel Gagnon, écrivain ; Kèro, photographe ; Robert M.Lepage, compositeur et musicien ; Philippe Ménard, compositeur et professeur, Département de communication, UQAM ; Hélène Pedneault, écrivaine. ASSOCIATION DES SOCIOLOGUES DE LANGUE FRANÇAISE COMITÉ DE RECHERCHE « SOCIOLOGIE DE L\u2019AUTOGESTION » ++++000000000090000000 Lors du prochain colloque de l\u2019AISLF « Le Lien social » du 29 août au 2 septembre 1988 à Genève il y aura plusieurs réunions de notre comité de recherche sous le thème principal « L'autogestion en mutation ».Les deux sous-thèmes sont : \u2014 technologie et autogestion \u2014 les pays de l\u2019Est, du Tiers-Monde et le processus de démocratisation.Chacun/e qui serrait intéressé(e) de participer aux travaux et proposerait une intervention dans ce cadre ou sur un autre thème, est prié(e) de prendre contact le plus tôt possible avec le responsable de ce Comité de Recherche : Gyôrgy Széll Universität Osnabrück, FB Sozialw.Postf.4469 J D-4500 OSNABRUCK/R.F.d'Allemagne T.(49)541-608-2386/2375 TX 944 887 uni os d PP PE PSS _ racer ve ra ces oo ~ mx peus ae oe ome RT LL ae AA pe \u2014 gn a _- xs = So AATEE mms 2 x ce Cae wes, _\u2014 preety ces Pa ES rs CARR oe A \u201c7 ve r= Pr cs ets Re Reta TEE CALLEN Bey au \u2014 Sr no RATE ashi LS Bir Ray Ee EES 5 2 PES pce 5 Eos es ds Eat I, ea re pe Eg Arbab AR Er SE EEE | iy N 7 ae -) 1 Dh 45% p J 7 JS JDES cé es n a s A a) ODIQ uv x =.1 - > ca a; a va an va DISPONIBLES Volume 1 (1976-77) numéro | : Tricofil Sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Eiguère et Gérald Godin numéro 2 : Santé Question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-78) numéro 1: Fer et titane : un mythe et des poussiéres Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3 : ; Bas du fleuve \u2014 Gaspésie Poème de Françoise Bujold numéro 4 : Mouvements sociaux Coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrancois Volume 3 (1978-79) numéro 1: La ville en question qui appartient Montréal Poémes de Pierre Nepveu numéro 2 : L'éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : La dégradation de la vie numéros 3/4 : Education Sur les chemins de l'autogestion : Le J.A.L.Poèmes de François Charron et Robert Laplante Volume 4 (1979-80) numéro 1: Des femmes et des luttes numéro 2 : Projets du pays qui vient numéros 3/4 : Faire l'autogestion : Réalités et défis Poèmes de Gaston Miron 110 p.3,00 $ 4 p.3,00 $ 249 p.5,00 $ 142 p.3,00 $ 240 p.6,00 $ 151 p.4,00 $ 179 p.4,95 $ 159 p.3,95 $ 292 p.5,95 $ 207 p.4,00 $ 158 p.4,95 $ 284 p.5,95 $ Volume 5 (1980-81) numéro | : Qui a peur du peuple acadien 2 numéro 2 : Election 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d\u2019Odanak à l\u2019Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l\u2019Irlande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes Volume 6 (1981-82) numéro 1: Cinq ans déjà\u2026 L'autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro : Abitibi : La voie du Nord Café Campus.Pierre Perrault : Éloge de l'échec numéros 3/4 : La crise.dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : lecons de solitude Volume 7 (1982-83) numéro | : Territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : Québec, Québec : à l'ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal numéro 3 : Et pourquoi pas l'amour Volume 8 (1983-84) numéro 1: Repenser l'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme Numéro 2 : Des acteurs sans scène Les jeunes l'éducation Numéro 3 : 1984 \u2014 Créer au Québec En quête de la modernité Numéro : L'Amérique inavouable 182 p.157 p.328 p.177 p.195 p.274 p.206 p.161 p.170 p.197 p.200 p.184 p.189 p.4,95 S 4958 6,95 $ 4,95 S 4,95 S 5,95 S 4,95 $S 4,95 S 5,00 $ 5,00 $ 5,00 $ 5,00 S 5,00 $ aa NE Volume 9 (1984-85) Numéro 1 Le syndicalisme à l'épreuve du quotidien Numéro 2 \u2026 et les femmes Numéro 3 Québec vert.ou bleu?Numéro 4 Mousser la culture Volume 10 (1985-1986) Numéro 1 Le mal du siécle Numéro 2 Du côté des intellectuels Numéros 3/4 Autogestion Autonomie Démocratie Volume 11 (1986-1987) Numéro 1 La paix à faire Numéro 2 Un emploi pour tous @ Numéro 3 Langue et culture Numéro 4 Quelle université ?208 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 204 p.5,00 $ 174 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 199p.5008 344 p.8,00 $ 185 p.6,00 $ 242 p.6,00 $ 247 p.6,00 $ 201 p.6,00 $ INCE A SES AIMS ct PLEASE AE ES ET RE Volume 12 (1988) Numéro 1 Le quotidien Modes d'emploi 174 p.6,00 $ Numéro 2 Saguenay/Lac-Saint-Jean Les irréductibles 210 p.6,00 $ Numéro 3 Le Québec des différences : culture d'ici 164 p.6,00 $ NOM © ft + a ee hese awe ess see aes ae aa es sr ee ss eee ese eas Adresse * + +0 8 \u20ac + 0 0 4 8 4 5 + 1 0 8 2 0 0 0 0 4 4 0 0 4 8 0 40 4 038 30 4 1 40» Ville * \u20ac + + + + + + + + + + + à + + + + + + + \u20ac + + + + + + + 4 > + + + 4 + + 4 + 5 + 5 5 = = Veuillez me faire parvenir le(s) numéro(s) suivant(s) : 58 8388 60 \u20ac 6 0 0 0 6 6 1 0 0 0 6 0 0 6 0 0 0 0 0 + 4 3 6 0 0 0 0 0 0 0 4 0 0 3 4 4 04 0 Ci-joint un chèque +0\" ee + + + 0 0 0 mandat-poste Pe ea ae ee ee = + 8 + + 5 4 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l\u2019amour de l\u2019art MARCEL FOURNIER L'objet, quel objet ?FRANCINE DÉRY Intimités KÈRO Quand les « bits », les « tiques », les puces nous attaquent.MARYSE LEVESQUE Le journal de Marcel Rioux "]
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