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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Hiver
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1989, Collections de BAnQ.

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A Ey ar os Ere 20 aE a pre LC ee tous itéises H Pididid cidd MICHEL GABOURY me EE fh CS SR De Mal evitch à Constable J'ai vaincu la doublure bleue du ciel, je l\u2019ai arrachée, j'ai placé la couleur à l\u2019intérieur de la poche ainsi formée et j'ai fait un nœud.Voguez! Devant nous s'étend l\u2019abîme blanc et libre.K.Malevitch | De Malevitch a Constable, 1988, 40°\u2019 x 70°\u2019 111 ARENA: - ne ary racer vi rente rene se Brrr.ere, x oo Crore i x re om Co ERs a 2 peu \u2026.ce peed hs A La = a SITE eh Es de EEX RCO i Sls LUE = i. 2 he Se oh EE 5 Hats = Ca Ca = ss i i or = a = 5 i i A i ERY = = ss it = od - SS AN a a 0 we = i 22 S = .5 = = a S$ ie we \u2019 a 0 LL oe = = SNS = 5 a i a Aw = ie = = se SA A Se Lah ses 2 = Sa BS = LL Sele = 5 x = ge = = - 3 = .À = es x = = xX WE = os = St ee Si i = i i Wi aN 8 : No 4 = = , NW se Ee 5 br No & cs , \u20ac So S i Sha 5 .se.ss ee es Sh i +.= ès =.= = .= i = sers S ss eis to © ON - Si Sa i se de $.S .Ns Si Rw Re ce = = = 2 RE We = = 5 Sh RD FED = = = 2e ps se = 8 RN Le = > = SN = .= + = = x Se = > = ., a .& = A 5 ser S Ki = 2 > Ne i = = Re = = 2 : = = Sat sie = = S i S = Se = = ; = 5 iH 5 Ss = X 3 Su Sa >.a ES S # = Ey EC 8 : ts a 5 i se x = = a Se .Ë = = = Se 3 = = = = ot 5 s SE N : Xe se x = ce ON WN a .i 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mouvements sociaux progressistes se sont éteints, tels le féminisme, l\u2019écolo- gisme, le mouvement populaire dans les quartiers urbains défavorisés, le mouvement coopératif en habitation.Nombre des organismes sans but lucratif que ces mouvements avaient engendrés et qui avaient consolidé en retour ces mouvements ont fermé leurs portes, au fur et à mesure que les militants se faisaient rares et que les subventions ouvernementales rétrécissaient (maisons d\u2019hé- Dergement pour femmes victimes de violence, maisons de jeunes, groupes de ressources techniques en habitation, radios communautaires, etc.).Ou alors, ils continuent de vivoter, éventuellement de se développer, complètement sous l'emprise des procédures et des programmes de la bureaucratie gouvernementale (garderies, coops d\u2019habitation, etc.).Par ailleurs, certaines des forces progressistes plus politiques ont atteint le pouvoir, ne faisant guère mieux que leurs prédécesseurs, montrant par là-même qu'il ne fallait pas trop espérer dans ce processus pour que la vie change \u2014 ou que le Québec devienne indépen- dant : c'est l'expérience actuelle du RCM à Montréal, après celle du PQ à la barre du Québec (1976-1985).En somme, la tendance n\u2019est plus ni aux grands ni aux petits projets de changement social, aux mobilisations populaires, aux polémiques idéologiques de la part des forces progressistes.Pire, de nos jours (octobre 1988), le paysage socio- politique semble s\u2019enfoncer toujours plus dans le néo-conservatisme : Mulroney-le-beau-risque va probablement être réélu, le mouvement Pro-Vie continue de marquer des points, l\u2019affairisme s\u2019affirme comme l'horizon indépassable \u2014 ailleurs, c'est Bush qui va sans doute poursuivre l\u2019oeuvre de Reagan, Le Pen qui se permet de plus en plus d'égarements, etc.Cela dit, le tableau n\u2019est pas si simple.Il apparaît même déconcertant à plus d\u2019un titre.Au niveau de la vie quotidienne, des situations originales fleurissent en effet un peu partout.Par exemple, dans des condominiums ou dans des immeubles à logements locatifs classiques, des relations de voisinage s\u2019établissent sous des formes qui pourraient faire pâlir bien des tenants des coopératives d'habitation (entraide, échanges, fêtes, etc.).Les nouveaux réseaux familiaux (remariages ou reconcubinages avec nouveaux enfants et/ou enfants d\u2019autres mariages et concubinages) contiennent d'autre part plus souvent qu'on ne pense une richesse extraordinaire de vécu, de socialisation, de tolérance, d'imagination.Au niveau de la sphère du travail, ce sont toutes sortes d'expériences de management participatif et de responsabilisation du personnel (gestion participative, programmes de qualité de vie au travail, rétrécissement de l\u2019échelle hiérarchique, groupes semi-autonomes, cercles de qualité, redesign qualitatif des postes de travail, etc.) qui se développent dans les entreprises \u2014 certes encore timidement : les formules 114 POSSIBLES lya un futur (mpl ( sol node Hg 0 Why Compléxité de la société et tmodernisme de participation aux bénéfices se rencontrent davantage que les formules de participation aux décisions.Comment, par ailleurs, ne pas parler de tous ces yuppies, qui aiment à tenir un volant de BMW, s\u2019enlisent dans la consommation ostentatoire, vivent au rythme de la bourse, se pâment devant les nouvelles technologies, et qui, en même temps, partagent les tâches ménagères avec leur conjoint-e, se préoccupent de la qualité de leur alimentation (plusieurs sont végétarien-ne-s), apportent leurs journaux au recyclage, maintiennent des rapports relativement égalitaires avec leur entourage dans leur milieu de travail, votent RCM \u20ac Tout n'a donc pas été perdu de ces folles années soixante et soixante-dix.Dans le bulletin Transmarge d'octobre 1988, alors qu\u2019elle annonce la fin de ses activités et l\u2019arrêt de publication du bulletin, l\u2019équipe de rédaction écrit significativement : « Se pourrait-il que /.\u2026/ l\u2019on soit devenu-e des pantouflards écolo-féministo- pacifico-anarcho-tiers-mondo-sociaux, préférant construire au quotidien une qualité de vie sans bruit ni fureur © ».Au total, ne peut-on avancer que c'est là une espèce de « centre néo-progressiste » qui se constitue ¢ Un centre néo-progressiste, qu'ont très bien senti certains artistes et producteurs américains, celles et ceux-là par exemple qui ont concocté les séries télévisées « L.A.Law » (« La loi de Los Angeles ») et « Thirtysomething » (« La trentaine »).Un centre néo-progressiste, qu\u2019aurait voulu incarner un Gary Hart aux Etats-Unis, qu\u2019incarne un Michel Rocard en France et que ne parvient pas à incarner un Ed Broadbent au Canada, trop enfermé dans une vision révolue de la social-démocratie.L'ensemble du tableau qui vient d\u2019être dressé fait indéniablement penser au phénomène de SES IG DS MERE MIS AAEIENE DENIC IRL IIE HE AIMER AE IEEE société que l\u2019on retrouve dans maints pays occidentaux et que d\u2019aucuns ont qualifié de « postmo- derne ».Grosso modo, le postmoderne rend compte de la rupture qui s\u2019est opérée à partir de la fin des années cinquante, tant dans les référents culturels que dans les pratiques sociales.L'idéal moderne, celui des Lumières, « qui a pu nous apparaître comme un fol et merveilleux espoir, a pris fin pour nous » (Lyotard).Contrairement à auparavant, on ne sait plus trop où l\u2019on s\u2019en va, on ne croit plus beaucoup en quoi que ce soit : « les anciens pôles d'attraction formés par les Etats-nations, les partis, les professions, les institutions et les traditions historiques perdent de leur attrait././ Chacun est renvoyé a soi.Et chacun sait que ce soi est peu » (Lyotard).Aussi précisément fait-on davantage attention a soi ; le culte de I'individualité, le développement de la personne remplacent la tendance à l\u2019individualisme.On se replie en outre sur ses réseaux familiaux et amicaux.On a intégré certaines des revendications des années de contestation précédentes, mais il n\u2019est plus question de s'engager dans quoi que ce soit qui viendrait remettre en cause ou ne pas romouvoir son épanouissement personnel.Pour la génération actuelle post-moderne, selon Agnès Heller, « tout fait l\u2019affaire », ce qui revient à dire : « vous pouvez vous rebeller contre ce que vous voudrez, mais laissez-moi me rebeller contre ce que je juge digne de rébellion » \u2014 sauf que « je ne me rebellerai contre rien parce que tout me convient ».Si la constitution d'un centre néo-progressiste, entre autres, semble assez bien participer du postmodernisme, il peut toutefois paraître des plus salutaires de ne pas se satisfaire de cette étiquette, qui devient de plus en plus problématique.En effet, il y a une difficulté que génèrent beaucoup d'analystes de la postmodernité.Constatant 116 POSSIBLES lya un futur (one sof Liter Sig | tur Compléxité de la société et stmodernisme l\u2019éclatement des pratiques sociales et culturelles, elles et ils ont tendance dans le même élan à démontrer la désuétude des concepts et des théories des sciences sociales, issus bien évidemment pour la plupart de l'époque moderne.Malheureusement, ils/elles n\u2019en forgent pas pour autant de nouveaux, qui permettraient d'appréhender plus décisivement les phénomènes sociaux actuels.Au mieux, elles/ils nous montrent comment les acteurs sociaux s\u2019y prennent localement pour construire leur univers social.En bout de ligne, on ne sait plus trop ce qu'est cet univers, velle est sa structuration, quels sont ses patterns de fonctionnement.Si on leur reproche la méconnaissance du social à laquelle leur perspective nous conduit \u2014 ou dans laquelle elle nous maintient \u2014, ils et elles nous rétorquent que le social étant une construction, seul le processus de cette construction est digne d'intérêt ; quant au résultat du processus, il est, de par son caractère aléatoire, quasi sans importance \u2014 sans compter qu'il relève d\u2019une fausse question.Là est encore plus le problème : c'est peut-être aller un peu vite en besogne que d'être à l'aise dans le vide de théorisation du social, sous prétexte que les pratiques sociales ne répondent plus à aucun garant méta-social, et surtout que le social est un construit permanent.Il est même à se demander si les analystes en question ne cherchent pas, tout bonnement, à masquer leur propre impuissance à comprendre et à expliquer les phénomènes « postmodernes » : ils/elles semblent seulement capables de les décrire, pour bien montrer que rien ne tient plus de l'époque moderne.Ici, on pourrait être provisoirement d'accord avec Jacques T.Godbout, quant il critique les intellectuels et les technocrates qui se dra- ent dans la « complexité » du réel pour ne pas ivrer une marchandise analytique simple et efficace \u2014 sauf que ce serait moins parce que ceux-ci cherchent à protéger leur statut d'experts en es EE cos maintenant dans l'ignorance le bon peuple des usagers, que parce qu'ils sont eux-mêmes passablement ignorants de ce qui est en train de se passer, de se construire.Incidemment, on pourrait préciser que la référence a la complexité de la société par un peu toutes sortes d\u2019auteurs a tendance a banaliser, sinon occulter, le travail théorique et analytique mené par certains sur cette complexité de la société.Car en effet, il existe quelques rares intellectuels qui tentent depuis plusieurs années d'affronter le problème théorique que pose une société complexe \u2014 au-delà du fait que leur projet respectif n\u2019est pas toujours directement de cet ordre.Jean-Pierre Dupuy est un de ceux et celles- là.Par exemple, selon i, on peut comprendre des phénomènes paradoxaux, non pas en essayant de répondre à des questions qui demeurent indécidables, mais en clarifiant la logique, le sens des paradoxes ; pour ce faire, il faut se placer à un méta-niveau, et saisir les éléments de la hiérarchie enchevêtrée qui apparaît alors.Reprenons pour illustration son analyse de L\u2018étranger de Camus : « Meursault est un personnage falot, en rien remarquable : ses seuls plaisirs, le café au lait du matin, les longues aprés-midi des dimanches passées à regarder le spectacle de la rue derrière les persiennes.Inexplicablement, au milieu du roman, Meursault tue un Arabe.Il finit sur l\u2019échafaud.Camus et les critiques l\u2019ont dit : ce n\u2019est pas pour ce meurtre que les juges envoient notre anti-héros à l\u2019échafaud ; c\u2019est pour son étrangeté, sa distance, sa marginalité, le fait qu'il ne pleure pas à l'enterrement de sa mère.Mais alors pourquoi le crime @ Les critiques répondent : le hasard, le destin, un accident, une erreur.Mais alors le roman ne prouve pas que tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort.Tout ce que le roman prouve, c\u2019est que cet homme sera condamné à mort s°il lui arrive aussi de commettre un homicide POSSIBLES llya un futur (am | Sig hye Compléxité de la société et hstmodernisme involontaire : on conviendra que c'est là une restriction importante.La théorie de l'accident réduit le cas de Meursault aux dimensions d\u2019un fait divers pathétique mais de signification limitée.Mais d\u2019un autre côté, il est trop évident que sans ce crime et la responsabilité qui en incombe à Meur- sault, celui-ci n'aurait jamais fini sur l\u2019échafaud : on n\u2019y envoie pas un personnage aussi insignifiant, ne pleurerait-il pas à l'enterrement de sa mère.Alors : le crime de Meursault est-il un acte responsable, oui ou non ¢ INDECIDABLE.Pour comprendre cela, il faut voir que le roman de Camus souffre d\u2019un défaut de construction qui, lui, n\u2019est pas l'effet du hasard ou d\u2019une erreur : ce défaut a une logique, et cette logique est celle d\u2019un mensonge.Camus ne fait que reprendre à son compte la stratégie mensongère du boudeur.Quelle est-elle 2?Le boudeur souffre de l'indifférence de la société, sa solitude au milieu de l'anonymat général lui est insupportable.Or il se fait croire à lui-même qu'il désire être seul et que c'est la société, jalouse de sa « différence », qui vient le persécuter jusque dans son retranchement.Pour que cette représentation inversée de la réalité ait quelque chance de stabilité, encore faut-il que la société la partage.Le boudeur veut bien être seul et marginal, mais à condition que les Autres le sachent.// lui faut donc communiquer sa rupture de communication.Paradoxe étrange qui ne peut se résoudre que dans un acte incompréhensible.Meursault tire sur l\u2019Arabe avec un détachement extrême, c'est négligemment et comme par inadvertance que l\u2019enfant met le feu aux rideaux ou que le délinquant dévalise la pharmacie.Ce geste ne devrait en principe avoir aucune importance, car il ne devrait rien ajouter à la situation de départ : c\u2019est sa marginalisation et sa différence qui valent « en réalité » au « héros » le châtiment qui fond sur lui, et non le geste en question.C\u2019est pourquoi il le commet comme s\u2019il ne le commettait pas.Il ne s\u2019en sent pas plus responsable que d\u2019un hasard ou d\u2019une manifestation du destin.Sans ce « non-acte », cependant, jamais la représentation ne se serait faite réalité. RISB Communiquer que l\u2019on ne communique pas.C'est aussi l'écrivain qui écrit pour dire qu\u2019il n\u2019a rien à dire aux hommes, le misanthrope qui a besoin des hommes pour qu'ils sachent bien qu\u2019il n\u2019a pas besoin d'eux.» (J.P.Dupuy, « Paradoxes de l\u2019erreur créatrice », in J.Oudot et al., L'erreur, Presses Universitaires de Lyon, 1982, pp.170- 173) Aussi, en définitive, ne serait-il pas judicieux, pour analyser des phénomènes quelque peu déconcertants comme ceux mentionnés en introduction, de davantage utiliser des lunettes comme celles de Dupuy et consorts (reliés au paradigme de l\u2019auta-organisation), plutôt que de s\u2019en tenir aux analyses postmodernes qui ont tendance à prendre pour explication l\u2019accumulation qu\u2019elles font des éléments qui apparaissent en rupture avec ce qui se passait « auparavant », du temps de la modernité 2 Probablement que l\u2019on aurait alors des choses plus intéressantes à dire sur ces phénomènes, notamment sur cette constitution d\u2019un centre néo- rogressiste, qui voit la cohabitation d\u2019une démobilisation générale avec un souci constant d'amélioration individuelle de la qualité de la vie, au travers d'une conscience sociale et politique relativement aiguisée.On serait aussi alors peut-être moins tenté soit d'ignorer l'existence de ce centre néo-progres- siste, soit de n\u2019y voir qu\u2019un épiphénomène entretenu temporairement par une « soft-idéologie » (Huyghe et Barbès), soit de se gargariser des micro-expérimentations qui s\u2019y produisent comme si nos sociétés étaient encore parcourues de mouvements sociaux émancipatoires.POSSIBLES llya un futur Rls J itp AN DRE THIBAULT Endormissement Le monde a sommeil.Des luttes, des réformes, des projets, des mutations de toutes natures, l\u2019ont épuisé.Du point de vue des rythmes naturels de l\u2019activité humaine, il a bien mérité de s\u2019arréter pour goûter un peu aux douceurs toutes simples de l\u2019endormissement.Mais l\u2019insomnie provoquée par l'angoisse du futur vient gâter son plaisir.Il n\u2019est pas toujours facile, le soir venu, de consentir à s'abandonner au sommeil quand on ne dispose d\u2019aucun indice qui puisse dissiper sérieusement l'incertitude de l'avenir.Il faut au moins espérer qu'au réveil on jouira d\u2019un regain de lucidité, d\u2019un surcroît d'informations, qui nous donneront la force de reprendre la route avec l'espoir qu\u2019elle mène quelque part.Or les prévisions à la mode du jour nous claironnent qu\u2019il n\u2019y a rien à prévoir.! Je prétends que la nouvelle est quelque peu exagérée.Le monde peut encore espérer prévoir le nouveau\u2026 plus tôt que prévu (mais pas ce soir peut-être).Il a \u2018abord besoin d\u2019un moment de sommeil réparateur.C\u2019est dans le sommeil que l\u2019ensemble de l'organisme prend le temps d\u2019assimiler ce qu'il a absorbé dans les heures qui précèdent.Alors et alors seulement, l'inconscient redevient disponible pour explorer dans le rêve des associations inédites d'images et de concepts, qui se traduiront RY: Mit RTE ee \u2019 A NOTIN ' le lendemain en désirs et en projets.Le zèle des insomniaques les prive de cette nécessaire hibernation, démontrant encore une fois que « le mieux est souvent l\u2019ennemi du bien ».Je veux m'attarder à deux exemples particuliers, qui me paraissent chargés de signification.Au début d\u2019avril 1988, la Cour d'appel de l\u2019Ontario a accru sensiblement la sévérité de la sentence imposée pour viol à un sportif connu, en rejetant les circonstances atténuantes invoquées par le tribunal de première instance.Dans les termes du second jugement, le viol conserve son caractère de « crime odieux » indépendamment de l'allure « provocante » de la victime et la « bonne réputation » de l\u2019agresseur.Ce tournant radical de la jurisprudence se produit au moment même où on entend dire et répéter que la cause du féminisme est en régression.Mais il est moins visible que certaines régressions.Il est exact qu\u2019il y a moins de bonnes femmes aux manifs et moins de bonshommes qui affichent à tous les balcons leurs bannières d'hommes nouveaux.Je vais plus loin : il est même indéniable que les machos ont recommencé à faire la roue, étalant leur plumage à coup de films, de vidéoclips et de téléromans.Plusieurs femmes essou- flées ont déposé les armes dans nombres de situations concrètes touchant le partage des tâches à la maison, l'accès égal à certains postes, la tolérance du sex-appeal publicitaire de pacotille ou des insipides plaisanteries à caractère sexuel, et j'en passe ; et on ne peut prétendre que leurs filles semblent empressées de prendre la relève des mêmes luttes.Les personnes qui s\u2019ennuient de l'odeur des mousquets et de |\u2019esthétique des barricades.n\u2019ont donc jamais mal dans le dos pour n\u2019avoir pas besoin d\u2019repos 2 (Félix Leclerc).: 122 CHEMIN an POSSIBLES lya un futur Joss LE Ut 'ndormissement L'appareil judiciaire est un peu comme le système digestif d\u2019une société.Lentement et en retard, il assimile.Ces acquis s\u2019intègrent ensuite à l\u2019ensemble de l\u2019organisme, qui les reçoit passivement selon sa paresseuse habitude.Si la bouffe compulsive se poursuit au moment où l'estomac n\u2019arrive déjà pas à traiter ce qu\u2019on vient de lui refiler, il risque de nous infliger un rejet spectaculaire et mémorable.Généralement la fatigue et l\u2019écoeurement surgissent avant.Ils nous enjoignent de relaxer tout doucement et de laisser au tube digestif la paix qu'il exige pour accomplir son boulot : à son âge, on a ses petites manies ! Par ailleurs, l\u2019art de l\u2019endormissement ne s\u2019oppose pas à ce qu'on laisse musarder l\u2019esprit autour de ce qui s\u2019est passé durant la journée et que l'estomac s'apprête à digérer.Je reviens à mon exemple.Dans les deux dernières décennies, notre boulimie nous a fait souvent avaler des « combinaisons alimentaires » incompatibles.Pauvre estomac, pris pour démêler tout ça ! Ainsi à l\u2019origine, la révolution sexuelle et la révolution féministe ont découlé des mêmes révoltes et ont visé les mêmes objectifs.On pourrait tout autant reconnaître des sources convergentes aux utopies libérale et socialiste.Chacune de ces mixtures s\u2019est révélée explosive à l'usage.Le couple tel que le modèle nous en était transmis était une institution patriarcale.D'ailleurs, c\u2019est bien connu, l'obligation de fidélité qu'il comportait était largement à sens unique ! La frustration en était souvent même intégrée dans le système, comme chez la mère du personnage principal dans un roman autobiographique : « S'il plaît aussi aux autres, ça veut dire qu\u2019il est beau, ce n\u2019est certainement pas à ton mari que Bi Ki IH * Ri fi fi: Hi HE.an + Be IN. ces choses-là arrivent » !- La libération de la femme impliquait que s\u2019effondrent les murs de la prison du couple.Effondrement accompli ! Le partenaire sexuel unique pour toute la vie ne sera plus jamais le modèle universel, mais un des choix possibles à condition qu'il convienne aux deux parties.L'expérimentation de modèles alternatifs n'est cependant pas allée sans problèmes.Elle suppose la possibilité concrète de choisir de nouveaux partenaires, occasionnels ou durables, et d'entretenir des rapports positifs de nature et de degré variable avec diverses personnes.D'où la nécessité de pouvoir entrer en contact, plaire et séduire ! Catastrophe ! les femmes se heurtent alors non seulement à la persistance d'anciennes mentalités et valeurs, mais aussi à la folie de certaines nouveautés.Le modèle qui considère souhaitable la relation sexuelle avec tous les partenaires suscitant le désir aura eu une légitimité très courte ; mais il a eu le temps de fournir excuses et encouragements à un nouveau type de violeur, le prosélyte musclé de la révolution sexuelle.Sans parler de la légion de violeurs traditionnels ragaillardis par l'accroissement du nombre de femmes attrayantes sur la place publique.L\u2019estomac n\u2019était vraiment pas en mesure de réagir adéquatement à tant d'invasions et aussi chaotiques.Voilà une flopée de juges, parfaite incarnation d\u2019une culture traditionnelle souvent rétro (bien secondés par un corps policier qui n\u2019incarne pas l\u2019avant-garde de la lutte aux stéréotypes), pris pour démêler tout cela.Pendant longtemps, ils mêlent au lieu de déméler.Toute femme qui est en train de faire autre chose que de préparer la petite popote de son petit mari et de 1/ Aldo Busi, Séminaire sur la jeunesse, traduction Monique Ay- mard, Paris : Presses de la Renaissance, 1988, p.258.POSSIBLES lya un futur punis LES J adormissement réparer les chaussettes de sa marmaille chérie, est présumément une émancipée, donc une dévergondée, à plus forte raison si elle vit seule ; s'il faut en plus qu\u2019elle ait plus d\u2019un partenaire, la cour estime qu'elle les accepte tous, le comble de la déchéance étant clairement d\u2019arborer une allure physique le moindrement sexy.Dans tous ces cas le déterminisme mécanique du désir masculin ne pouvait évidemment qu\u2019exploser ; déjà tout excusé par les impératifs de sa nature ainsi perturbée, le monsieur l'était doublement s\u2019il était au demeurant un brave père de famille et/ou un professionnel respecté.La libération sexuelle s\u2019est donc transformée en cauchemar devant les tribunaux, si libération veut dire libre choix du partenaire pour les gens des deux sexes.Oui, des femmes militantes et parfois des hommes luttaient sur plusieurs fronts pour changer les systèmes et les mentalités.Il y avait une recherche incertaine et tâtonnante d'intégrer la sexualité dans une nouvelle dynamique de vie.Mais tout cela bloquait rendu à l'estomac.C\u2019est peut-être à son tour de travailler ! Il était temps.Mon second exemple passe du viol au vol : la « privatisation » d\u2019Air Canada.La création et le développement des sociétés d'Etat ont mobilisé les énergies de beaucoup d'agents de changement au cours des dernières décennies, recrutés cette fois chez les gens ayant des compétences en technique et en gestion.Les authentiques pionniers y furent nombreux.Des services furent ainsi assurés au public qui ne l\u2019auraient pas été autrement, en tous cas pas au même niveau d\u2019accessibilité.L'exploitation de la main-d'oeuvre et de la clientèle y ont été moindres que là où de tels projets ont été laissés au bon vouloir du capitalisme sauvage.L'image d\u2019un patrimoine collectif, fer de lance de la justice sociale et du développement, reste pour longtemps gravée dans l\u2019esprit du public.Aux yeux de plusieurs, la vente au public y A PE AN d\u2019un pourcentage substantiel des parts de la compagnie revient à livrer aux vautours « les joyaux de la couronne » (un auditeur de Présent à l'écoute).Mais sur le terrain des réalités concrètes, ces héros-là aussi sont fatigués.Beaucoup de locomotives de développement sont devenues avec les années des entreprises ordinaires, et si un trait particulier les caractérise, il se peut bien que ce soit la lourdeur.En garder l'entière propriété, pour le gouvernement, cela signifie principalement comme l'écrit Alain Dubuc, « se payer le luxe de posséder une énorme compagnie qui emploie 22 000 personnes » 2- Est-ce bien cela que nous attendons de l\u2019Etat, qu'il gère des entre- prises-mastodontes ayant atteint un état de stabilité 2 Vu de l'extérieur et de loin, avec la lunette de la cohérence des concepts, on pourrait au moins supposer que les décisions prises au sein d\u2019une entreprise publique, penchent spontanément en faveur des intérêts collectifs plutôt que particuliers.L'herbe se révèle moins verte lorsqu'on l\u2019examine de l\u2019intérieur de la clôture.Pour financer leurs investissements, les entreprises d'Etat ne peuvent refiler la facture à leur clientèle actuelle, elles doivent trouver des fonds.« À l'heure actuelle, Air Canada dispose de deux sources de fonds, emprunter, et donc s\u2019endetter, ou aller quêter auprès du gouvernement fédéral » (Dubuc, ibid).La droite et la gauche se ligueraient contre la deuxiéme solution : la droite en raison de son hostilité habituelle à l\u2019endroit des dépenses de l\u2019État, \u2014 la gauche pour ne pas immobiliser dans de la tôle les budgets déjà insuffisants de l\u2019éducation, des affaires sociales et de la culture.2/ Air Canada : une privatisation d\u2019opérette, La Presse, 14 avril 1988.126 POSSIBLES lya un futur mis lg ] ihr ndormissement Emprunter @ Les sources pour des montants de cet ordre ne se trouvent que du côté des grands consortiums financiers.Ces derniers sont bien curieux des orientations et de la gestion de leurs débiteurs ; meilleures sont les conditions de financement qu'ils offrent, et plus ils interfèrent dans les processus de décision internes.J'ai travaillé 15 ans à l\u2019Hydro Québec, et le pouvoir de ces messieurs bailleurs de fonds (je dis bien ces messieurs, ça manquait singulièrement de mixité) n\u2019y était un secret pour personne.La chose en offusquait bien peu.Quand j'ai quitté en 1978, je résumais mes perceptions comme suit : « Face au monde extérieur, surtout le monde des affaires nord-américain, l\u2019Hydro n'a cessé d'essayer de se faire pardonner la nationalisation en charriant continuellement une culpabilité et un complexe d'infériorité face à l\u2019entreprise privée, citée continuellement comme le modèle parfait du fonctionnement efficace ».Comme bien d\u2019autres entrés là pour participer à un grand projet sociétal, j'ai retiré ma mise quand la partie s\u2019est transformée, quand l\u2019heure de la digestion financière et managériale a succédé à celle des projets de développement collectif.On a quitté un à un, individuellement.Et peu à peu, la place s\u2019est remplie d'employés et de gestionnaires en tous points semblables à ce qu\u2019on trouve dans toute entreprise comparable, quel ue soit son statut juridique.C\u2019était logiquement devenu leur place plutôt que la nôtre.Toute une catégorie de bâtisseurs d\u2019État et d\u2019une économie socialement responsable, a besoin de laisser la société assimiler toutes ces créations, ce qui ne peut se faire sans les banaliser.Et il faut souffler, récupérer, prendre un bon somme.On ne retrouvera pas sans cela la disponibilité et l\u2019imagination nécessaires pour penser et entreprendre des innovations autres, encore largement imprévisibles.Ce confort provisoire ne mène pas nécessai- pa EE ES PE See Ré rement à l'indifférence.moins que l'épuisement en tous cas.Déjà certaines rêveries du demi-sommeil annoncent les rêves prochains.Dans ce cas-ci, compte tenu qu\u2019en demeurant le plus important actionnaire, « le gouvernement fédéral conserve le contrôle de son transporteur aérien » et que « les partisans du rôle de l\u2019État n\u2019ont pas à s\u2019inquiéter » (Dubuc, ibid), certaines questions d\u2019après-demain commencent à s\u2019esquisser : un État qui tend à diversifier, à élargir sa présence dans l\u2019économie, en partenariat et à coup d'investissements plus légers, à quoi va-t-il faire servir cette extension de ses possibilités de contrôle, cette multiplication des lieux où il est codécisionnaire avec d\u2019autres grands agents sociaux @ Ainsi, pour Dubuc, nonobstant les avantages du changement en cours, « Air Canada est un outil de développement, un service essentiel dans certaines régions, un trait d'union » (ibid).Ainsi, « pour ces liaisons vers des points éloignés, pourquoi l\u2019État ne sub- ventionnerait-il pas directement les transporteurs, sur une base contractuelle, liaison par liaison » ?Ca n\u2019a l\u2019air de rien, mais on est en train de connaître une coupure épistémologique, comme on disait dans le bon vieux temps de grand-papa Althusser.Le monde de l'intervention ad hoc, de l\u2019analyse des besoins, de l'évaluation.Beaucoup moins exigeant que les politiques globales en investissements matériels et administratifs, beaucoup plus exigeant pour la tête ! et en plus, toujours négocier, toujours argumenter ! Ca va demander qu'on ait l\u2019esprit dispos, si vous voyez où je veux en venir.Car la liste des problèmes que l\u2019on peut traiter de cette facon est sans limite.N'avons-nous pas crié après la participation et la décentralisation 2 Souvent, avec davantage de bonne volonté que de savoir-faire, nous les avons institutionnalisées et la gangrène de la structurite procédurale inflammatoire leur a bien endomma- POSSIBLES lya un futur miss Rig : : : + à ; pdormissement gé le portrait.Et si la conjoncture nous ramenait à i la case de départ \u20ac On peut sombrer sans trop de scrupules dans ; les voluptés \u2014 oh! combien passagères \u2014 de È I\u2019endormissement.Sans qu\u2019on sache clairement lesquelles, les tâches ne vont sûrement pas manquer au réveil.Dire « derechef » H La première tâche qui nous attend, immédiate et urgente, est de dire dès le petit matin la vie qui reprend, les manches qui se retroussent, les élans qui rejaillissent.Derechef insatisfaits et critiques.derechef motivés.derechef engagés.cela fait bien des derechef a dire.= J'aborde à ce propos un troisième exemple, celui de l\u2019increvable question nationale.On peut ne pas partager l'opinion du nouveau fédéraliste Lucien Bouchard que « le Québec peut se développer dans la fédération canadienne » 3.Mais au-delà de ce choix stratégique personnel, je crois qu'il rejoint un mouvement collectif profond lorsqu'il commente : « Je me retrouve dans la continuité pour défendre les intérêts politiques du b Québec.09) J'inscris ma démarche comme un E cheminement pour l'épanouissement du Québec | et la reconnaissance de son identité » (ibid).A D\u2019autres nationalistes avant lui, y compris Hen- gi ri Bourassa, ont à diverses étapes de notre histoire bifurqué vers l'arène fédérale.Sur le terrain, l'hypothèse autonomie/indépendance et l\u2019hypo- A thése affirmation-dans-le-Canada s\u2019affrontent 3 comme les deux termes contradictoires d\u2019une al- | ternative.Mais, si on essaie de lire plutét le sens i d\u2019un mouvement historique, il apparaît avec une À remarquable cohérence que le Québec a toujours 31 Lucien Bouchard veut exorciser le Québec de ses vieux fantômes.BL La Presse, 4 mai 1988.RE joué alternativement sur l\u2019un et l\u2019autre tableau pour consolider tantôt sa marge d\u2019autodétermination, tantôt son influence dans cette abstraction politique qu\u2019est le Canada.Les gains enregistrés sur l\u2019un et l\u2019autre front s'accumulent.Quand on a tenté de le forcer à choisir définitivement l\u2019un aux dépens de l\u2019autre, il a toujours reculé.Y aura-t-il un dosage stable de souveraineté interne et de participation volontaire à une association canadienne qui finira par en découler, et quel sera-t-il ?Je laisse cette prévision aux successeurs de Nostradamus.Mais qu\u2019on n\u2019aille pas décréter la fin de ci, la mort de ça, le néopas- séisme ou le postfuturisme, quand derechef, une équipe prend une enième fois le relai de l\u2019équipe rivale dans la longue course pour « l'épanouissement du Québec et la reconnaissance de son identité » | Ces changements de quart sont les ondulations permanentes de la dynamique éman- cipatoire du Québec.Quand de surcroit on retrouve parfois les mêmes joueurs successivement dans les deux équipes, le scénario en devient presque diaphane.Mais il faut le dire ! Car le choeur de prophètes de malheur, prompts à enterrer les élans de liberté qui prennent un petit somme, se fait aller les cordes vocales de son côté.Et le moral d\u2019une collectivité est sensible et fragile.Si elle entend seulement des gens qui lui racontent qu\u2019elle a l\u2019air moribonde, il va lui falloir plus de temps pour se remettre derechef à prendre ses vitamines et ses petites marches de santé.Et puis une population qui n\u2019espére plus rien, cela s\u2019embarque parfois dans des aventures qui ne sont pas drôles du tout.Si les germes de l'intervention progressiste ne sont pas morts, ceux du fascisme non plus.Un semblable vent de folie peut derechef balayer la planète, et cela aussi il faut le dire.POSSIBLES lya un futur ise! Bigs Vtur dormissement Il peut sembler futile ou revanchard de trainer en cour pour propagande haineuse des gens qui écrivent que l\u2019holocauste n\u2019a pas eu lieu.Au contraire, la tâche d'empêcher le refoulement de la mémoire répond à une nécessité tout à fait actuelle.Il faut rester conscient que la part de barbarie dans la psyché individuelle et la culture collective demeure dangereusement grande, que l\u2019appétit du pouvoir tombe vite dans la grossièreté, que la fascination des chefs charismatiques et des théories simplistes fait facilement chavirer l\u2019esprit des foules, que les facilités du conformisme et de l\u2019obéissance ont tendance à se dégrader dans les formes de capitulation les plus lâches.Les premiers partisans d'Hitler donnaient une image aussi folklorique que ceux de LePen et de Khomeiny.Nous voilà rendus loin de la douce et voluptueuse transition vers le sommeil évoquée au début ?Justement pas ! Les heures de distanciation d'avec le labeur du présent permettent justement la remontée de la mémoire autant que celle des désirs.D'une nuit réparatrice, on émerge ressourcé, sachant mieux et surtout sentant avec plus d'acuité pourquoi on va ce matin encore se remettre à l'ouvrage, pourquoi.et contre quoi ! La fébrilité des périodes actives de lutte et de production enterre cette intériorité sous les tâchettes et les tactiques, et beaucoup qui s'épuisent alors ne se relèvent plus.Bonne nuit, les ami(e)s ! EE I qe ET ISF EEE ECO SE RRR A SR ER ene eos = Cea ox pry og Coser TE a pe pares est _.ee See en pape Cee eee er ne PAS ox oe ee ae Bl = a REL Fes corses To Fo Fars eo ove Cea Ea > fxs = es SÉCCRE cures tou CAROLE FORGUE Ë Valse complexe à deux personnages le cherché i Rendue à cette heure là de la nuit, la rue n'en peut plus : elle se calme.Il y a bien quelques stridents taxis, transportant leurs amours chauves-souris.Dérangement donc, négligeable.De loin en loin, le vrombissement d\u2019un poids lourd en marche distend, mais très succinctement, la trame du silence, de plus en plus compacte.Il fait jaune et désert sous les réverbères lointains.Dessous ce halo, un viaduc court et aboutit, fati- ué et aplati, à l'intersection de ma rue, tout près L de chez moi.E Sur l'unique passage piétonnier de cette construction, j'aperçois le marcheur avec, pour unique bagage, une curieuse boîte noire.Elle a l\u2019air particulièrement lourde, mais n'empêche cependant pi! pas le promeneur solitaire d\u2019avancer régulière- E ment.BR Lui, me semble avoir été expulsé de nulle part.Autrement, comment expliquer qu'il n\u2019emprunte pas la voiture comme tout le monde 2 Ch E it 133 ie Finit-on, dans quelque société, de travailler à POSSIBLES cette heure-là 2 Ilya un futur Plus que tout, je me demande ce qu'il y a en deçà du viaduc.Et lui au moins, pourrait satisfaire ma toute personnelle curiosité.J'aimerais bien, aussi, connaître son circuit, et, peut-être ses étranges habitudes.Rien encore dans son comportement n\u2019a pu éclairer mon questionnement.C\u2019est pourquoi je suis toujours là, à heures fixes, à guetter son passage.Souvent, j'ai dû espérer jusqu'à deux semaines , pour le voir enfin apparaître.Puis, trois jours plus tard, il ressurgissait.Jamais de régularité, de prévisibilité.Et toujours ce même aspect, déroutant\u2026 Seulement, ce soir est un bon soir.Il est là.Tantôt, j'ai vu poindre le sommet de son crâne puis, pareille au soleil levant, toute sa tête est apparue ; ensuite son corps au complet.Maintenant, je peux le voir grossir à chaque avancée.Mais ce sont ses yeux auxquels je m\u2019attache.De loin, je perçois qu\u2019il regarde dans ma direction.Je crois qu'il me voit.Tout au long du reste de son parcours sur le viaduc, il pourra m\u2019observer & son tour.Pour lui, j'apparaîtrai à contre-jour, dans l\u2019embrasure de la fenêtre.Je mets toujours de la lumière.C\u2019est pour faire un signe.Et je me tiens droit, pour qu\u2019il me voie, bien immobile.Ensuite, j'espère qu'il me fasse un signal à son tour.Alors seulement, je pourrais y répondre, l\u2019inviter peut-être, le faire asseoir, parler avec lui longue- 134 com pas Sh Q mn Valse complexe à deux personnages ment pour qu\u2019à la fin, il me révèle de lui-même tout ce que je veux savoir.Jusqu'à présent, je n'ai pu faire autre chose que ce que je viens de vous relater.Voyez-vous, je sais si peu de lui.Je ne sais comment l\u2019aborder.Je n'ose pas et j'espère\u2026 * * * le chercheur Avant, je visitais.Le G.O.de service nous proposait, toujours très gentiment : « À votre gauche ceci, à votre droite, cela ».C'était intéressant souvent, mais à la longue, ennuyeux.Maintenant, je voyage.Car j'ai eu un jour l\u2019effronterie de mon propre itinéraire.De tous, c'est le plus grand attrait qui s'exerce encore sur moi.Puisque c'est peut-être aussi le seul qu\u2019il me reste ici-bas.Voyez-vous, je n\u2019ai plus d\u2019ami, plus de famille (eux ont tous une nette tendance à l\u2019agence), plus d'espoir ni d'envie de retrouver ma maison.J'avance donc, et je consigne au mieux du possible ce que je puis apercevoir.Mais voilà, la valise que je transporte est de plus en plus lourde et encombrante.C\u2019est là une contrainte qui me cause bien des soucis : à chaque étape, j'élague, je sélectionne, trie, compulse au plus serré, mais peu y fait.Evidemment, je me déplace de moins en moins vite et plus péniblement, à cause du poids de ce fourniment.Il en résulte que je visite de moins en moins de sites.Et si cela n\u2019était suffisant (ni même nécessaire du tout), je n'ai quasi plus de place pour déposer mes nouveaux souvenirs.Croyez-moi, réorganiser tout ce fourbi pour trouver un espace convena- 135 ble, n\u2019est pas mince affaire.Heureusement que je sais y faire et que j'ai pris l'habitude de ne sélectionner que les possibilités hautement caractéristiques, très typiques, bref, essentielles.Ma méthode est simple et s\u2019est constituée au fil de l\u2019aventure.J'évalue toujours le compromis à faire entre la place qui reste dans la valise et les objets convoités.Celui qui répond au critère de s\u2019emboîter le mieux, sans trop prendre de place dans le précieux équipement, cependant qu'il diffère en nature des objets que je connais déjà, l'emporte sur les autres.Je sais, on me dira que je risque de passer à côté de beaucoup de souvenirs fort intéressants.J'en conviens déjà, mais je n'ai que deux bras, deux jambes et je voyage toujours seul.L'important c'est que je réussis toujours à tout emboîter dans mon étroite malle.Sans fausse modestie, j'en suis assez fier.Et voici que sur cette destination, maintes fois renouvelée, celle que j'ai appelée la zone AJ 33 (je quadrille toujours mes paysages de façon rationnelle), je ne puis me faire d'idée sur ce que je devrais rapporter ; je ne comprend rien à rien à ce paysage-ci | D\u2019habitude cela me sautait aux yeux : il existait toujours au moins une caractéristique plus ou moins régulière chez les spécimens, c'est-à-dire une constance statistique, et celle-ci différait de celle des autres régions.Voilà comment il m'était possible de typer mon essentiel, mon représentatif.Ensuite je n'avais qu\u2019à cueillir l\u2019exemplaire le plus joli.(Sans oublier, bien sûr, la malle maîtresse.) Mais pour l\u2019AJ 33, me voilà dérouté.J'avais bien essayé de cerner un peu mieux mon objet.J'avais multiplié les observations au hasard, en repassant systématiquement à n'importe quel moment, .136 POSSIBLES Ilya un futur | com 8 pron Les Uhr Valse complexe a deux personnages durant six bons mois.Mais les contraintes de l\u2019expérience étaient nombreuses et incontournables : d\u2019abord le seul chemin praticable pour moi était le viaduc permettant les passages piétonniers (les autres voies d'accès étant réservées aux seuls automobiles et camions), ensuite, la zone ne disposait d'éclairage que durant deux heures et durant la nuit, enfin, le jour, l\u2019endroit restait désert.Or, je suis toujours là, fasciné : pour la ennième fois, ILS sont tous là, parfaitement distribués, ils me regardent.Moi, familier de la complexité, me voici basculé par la simplicité : un millier d\u2019individus en tous points pareils !, comme enchâssés à l'encadrement de leur fenêtre : pas très grands, chevelure bouclée, jeans délavés, chemise grise, visages presqu\u2019enfantins mais avec le front caractéristique du soucieux.Tous referment une courte et délicate main sur une bouteille, comme un appât.Et ILS se tiennent tous là, sans bouger, m'observant avec l\u2019air de croire qu\u2019ils attendent leur tour de prendre ma place. ee ae ce à i [Op x een po rats cr Crs PSS SR\" Eos Serer Epis SE Te pes Ar pect rec pr PLEMET DEAE DEMISE soa his + PATRICE LEBLANC Question de transcendance Au musée, Dieu, avec les deux guerres mondiales, les ceintures fléchées, l\u2019exaltation collective, les Iroquois, la solidarité, la charité, le LSD, le zen, la Poune, le pape et ses suppôts, John Wayne, Jules Verne, Picasso, Bach, la crise d\u2019octobre et tout ce bataclan qui avait en son temps soulevé des masses et des clameurs.Christian Mistral, Vamp Souvenez-vous, au début des années 80 le mot crise était sur toutes les lèvres.Crise économique pour plusieurs, crise de société ou crise culturelle pour d\u2019autres.Les sociétés semblaient alors perdre pied.À la veille des années 90, il en va maintenant tout autrement.L'économie s\u2019est remise en marche et les anciennes valeurs traditionnelles È dont on croyait pourtant s\u2019être débarrassés durant les années 60 et 70 refont surface, voire même s'imposent de plus en plus comme normes dominantes.Observez les jeunes vouloir le plus rapidement possible être mariés et avoir un job payant, une automobile, une maison, un ou deux enfants La crise est résorbée \u2014 si ce n\u2019est de È l\u2019accident de parcours qu\u2019a été le krach d'octobre 8 1987.Pourtant, à qui sait observer un peu, on s'aperçoit qu'il subsiste un certain malaise dans la société québécoise.On dirait qu\u2019elle s\u2019est mise au neutre ou encore emmitouflée pour l\u2019hiver, cette société.La fougue qui la caractérisait encore A f i il y a peine 8 ou 9 ans (qu'est-ce que c\u2019est 10 ans dans la vie d\u2019une société ?) est disparue.Les rêves, les espoirs, les luttes qui rythmaient son quotidien, tous, envolés en fumée.Ce refroidissement est bien sûr relié à l\u2019histoire particulière de cette société en mal de liberté.L\u2019après-référendum a été dur.Les poètes se sont tus.Les politiciens sont devenus gestionnaires.Le calme social est revenu.Plus de grève, plus de manifestation.Même les fêtes, les grandes fêtes, sont choses du passé.Le quotidien est devenu affaire de routine.Mais plus fondamentalement, le malaise qui frappe aujourd\u2019hui la société québécoise est le même que celui qui frappe bien d\u2019autres sociétés industrielles avancées.Ici, comme ailleurs, la société a perdu son sens.Tous les garants méta- sociaux qui lui fournissaient des réponses aux différentes questions existentielles qu\u2019une société se pose de par le fait même d'exister foutent le camp.Cette société se cherche, ne sait plus ce v'\u2019elle est, pourquoi elle est et où elle va.Les dernières trente années ont été le théâtre de tellement de changements rapides et d\u2019espoirs brisés qu'elle ne sait plus très bien où elle en est.La société québécoise est en perte et à la recherche de transcendance.Comme de nombreuses autres sociétés industrielles avancées, elle semble être dans un état où il n'existe plus pour elle d'image globale de ce qu'elle est.Toute société a besoin pour vivre et exister d\u2019une image, d\u2019une représentation de ce qu\u2019elle est et du pourquoi elle est.D'aucuns en parleront en terme d\u2019imaginaire social, d\u2019autres en terme de sens social, d\u2019autres encore en terme de transcendance.Mais tous disent la même chose : une société ne peut exister sans instituer une source de 140 POSSIBLES lya un futur Que 1 parse BL Q vlur Question e ranscendance référents, plus ou moins extérieure à elle, à partir de laquelle elle se définit et qui lui permet de onner forme à ses projets.En un mot, il faut que le monde fasse sens pour toutes les sociétés.Chaque société se donne donc un cadre de référence collectif sur lequel repose son ordre, sa cohésion sociale, et sa persistance.Ce cadre de référence collectif fournit à une société un certain nombre de points fixes, de garants sociaux ou méta-sociaux \u2014 selon qu\u2019ils sont placés par la société à l\u2019intérieur ou à l'extérieur d'elle \u2014, auxquels celle-ci peut se rattacher à la fois pour se comprendre elle-même et pour comprendre le monde qui l\u2019entoure.Ce sens social que produit toute société est en quelque sorte le ciment de la société et le miroir dans lequel elle peut se voir et se comprendre.Mais ce cadre de référence s'il assure bien la cohésion sociale, permet également à une société d\u2019avoir des désirs.Le sens social sert ainsi de guide à l\u2019action.Les rêves et les espoirs que peut avoir une société quant à son présent et son avenir ainsi que les possibilités de dépassement de l\u2019univers qu'elle connaît sont inscrits dans ce cadre de référence que se forge toute société.C\u2019est le sens social qui indique à une société le chemin de ses possibles ; mais c\u2019est ce même sens qui en indique tout autant les limites.Ainsi, tout à la fois le lien social et les possibilités de développement d\u2019une société reposent sur le sens social que celle-ci se crée.Cependant, cette création de sens n\u2019est pas une action consciente de la société.Elle ne sait pas que c'est elle-même qui crée ce sens social qui la définit.Plus souvent qu\u2019autrement, une société attribue son système de référence à une force extérieure et supérieure à elle.La société pose alors sa propre = légitimité à partir d'un système de référence qui CE is RER pe PCR SEE SERRE Pitt AGREE Add MR EE LA Hulk .: : 2.du lui semble provenir d\u2019un ailleurs extérieur.Dans POSSIBLES = ce cas, le sens social est affaire de transcendance.\"Ye pre un futur Si l\u2019on observe l\u2019histoire des sociétés humaines, on constate que le sens social a surtout été de nature religieuse.Pendant longtemps, pour la plupart des sociétés, le monde a été peuplé de Dieux, et c'était eux qui, dans leur grande sagesse, dirigeaient le monde et la société.Par conséquent, les sociétés attribuaient leur légitimité à une force supérieure de nature divine.Ce qu'elles étaient et ce qu'elles deviendraient, leurs malheurs et leurs réussites, reposaient sur la bonne volonté des Dieux.L'organisation sociale reflétait bien sûr cette prépondérance du religieux.Le présent et l\u2019avenir des sociétés reposant sur les Dieux, il était sans doute préférable de les consulter avant d'agir.Ainsi, le clergé et l'Etat, le Religieux et le Politique étaient-ils très fortement imbriqués l\u2019un dans l\u2019autre.Le XVII2 siècle voit s\u2019effriter tranquillement la force explicative du religieux.Ce siècle est celui des Lumières, celui où la Raison devient la reine de l\u2019univers humain.Durant ce siècle, le monde apparaît subitement compréhensible et explicable.Ce ne sont plus les Dieux qui guident le monde selon leur bon vouloir mais des lois universelles que la Science peut et doit découvrir.Dieu quitte ainsi le monde et les Forces naturelles prennent la relève.La science, remplaçant la théologie, devient toute puissante.Dès lors, des efforts considérables sont déployés par les sociétés pour comprendre le monde qui les entoure et, puisqu'il est compréhen- | sible, pour le modifier, pour le faconner à leur .142 Question main.La science s'\u2019autonomise, devient un élément central des sociétés, et se penche avec objectivité sur le monde.Une des lois universelles que la Science découvre est que le temps a un sens, que le temps s'écoule dans une direction.C\u2019est la flèche du temps.La thermodynamique, la science du feu si importante dans le développement des sociétés industrielles, parle d\u2019entropie, parle d\u2019une dégradation irréversible de l'énergie, tandis que Darwin postule, avec l\u2019évolution des espèces, un développement plus positif du monde.Les sociétés allaient dès lors se percevoir sur le mode évolutionniste.Les sociétés allaient être marquées au fer du progrès : le monde pouvait être mieux, le monde pouvait être plus.Il n\u2019en tenait en fait qu'aux sociétés elles-mêmes et à leur compréhension des lois naturelles du monde.[l faut constater que le sens social qui a régné en maître du XVII® au XIX siècle perd de sa force à partir du XX° siècle.Ce siècle semble en fait être celui des désillusions.La Raison commence à foutre le camp.On se rend compte que le monde n\u2019est peut-être pas aussi simplement explicable que l\u2019on le croyait.Les lois ne sont peut-être pas si universelles qu\u2019elles le semblaient au départ et le monde n\u2019obéit pas si facilement au schéma déterministe des siècles précédents.Le causalisme et le réductionnisme ne fonctionnent plus aussi facilement.La Raison cartésienne n\u2019est plus en mesure de décrire et d'expliquer le monde complexe que le XX° siècle découvre.La Science, la Science avec un grand S, n\u2019est plus le pilier sur lequel une société pouvait aveuglément s'appuyer.En cette fin de XX® siècle on s'aperçoit que la Science n\u2019a pas simplement lé- 143 gué plus de connaissances mais qu'elle a légué également bon nombre de problèmes.Et la Bombe ainsi que les manipulations génétiques ne sont sans doute pas les moindres de ceux-là.La Science n\u2019est plus le remède à tous les maux de la société ; elle est même parfois elle-même porteuse d\u2019un mal nouveau.Le Progrès sans borne a lui aussi été remis en question durant le XX° siècle.Le Club de Rome a tiré la sonnette d'alarme au début des années 70.La nature, comme on l'avait longtemps cru, n\u2019appartient pas, comme on peut posséder un simple objet, aux sociétés.Au contraire, les sociétés font partie de cette nature, elles en sont tributaires et responsables.Le progrès ne peut plus être sourd et aveugle, il ne peut plus être illimité.La Terre est notre seule vaisseau, il faut en prendre grand soin.Ainsi, la Raison, la Science, le Progrès, en tant que leitmotive sociaux, en tant que piliers d\u2019une civilisation, meurent tranquillement.La société québécoise, comme bon nombre de sociétés industrielles avancées, a mis à la poubelle Dieu, la Raison universelle, la sacro-sainte Science et le Progrès.Du revers de la main elle a aussi écarté les rêves et les espoirs qu'elle s'était forgés au cours des années 60 et 70.La crise des années 80, la culturelle celle-là, était sans doute plus profonde que l\u2019on se l\u2019imaginait et que l\u2019on se l\u2019imagine encore de nos jours.La société québécoise est en perte de transcendance.Ayant rejeté un à un tous ces anciens garants méta-sociaux, elle fait face à une situation de vide social.Le Religieux, la Raison, le Progrès et les grandes Idéologies de toutes sortes ne sont plus des sources de sens social suffisamment puissant POSSIBLES lya un futur Que nd BL 0 fur f Question e anscendance pour, à la fois, lui renvoyer une image de ce qu'elle est et de ce qu'elle pourrait devenir.Cette société n\u2019a plus de sens, cette société se cherche.Une situation de vide social ne peut cependant durer éternellement.Sans doute comme la nature, la société a-t-elle horreur du vide et c'est pourquoi elle cherche constamment à le remplir.De nos jours, il semble se profiler deux alternatives à cette perte de transcendance.D'un côté, l\u2019ancienne forme de transcendance s'accroche à la vie, tente de survivre malgré mers et marées.L'idéologie néo-libérale et le libre échange en sont de bons exemples.On postule ici que le monde social est régi par des lois naturelles, les lois du marché, et qu\u2019il faut donc intervenir le moins possible sur le social afin de ne pas mettre les pieds dans les plats en faisant des actions qui pourraient entraver le bon fonctionnement de la nature.Lors de crises, les sociétés sont promptes à se rattacher à cet ancien modèle si rassurant d'un monde qui fonctionne comme une horloge.Il est rassurant de savoir que des lois qui nous sont supérieures et qui existent sans doute depuis que le monde est monde peuvent garantir nos actions.D'un autre côté, les sociétés se sentent de plus en plus responsables d\u2019elles-mêmes.Ce qu\u2019elles sont et ce qu'elles deviendront ne peuvent plus être imputables à des forces naturelles supérieures à elles.Ce qu'elles sont et ce qu'elles deviendront ne dépendent que d\u2019'elles-mêmes.L'importance que revêt le thème de l\u2019environnement ces temps-ci illustre bien ce phénomène.Que l\u2019on parle de la protection de la couche d'ozone, de la pollution du Saint-Laurent, de la sauvegarde des bélugas, de l'élimination des déchets dangereux, du refus du nucléaire, etc., on parle toujours de l'insertion des sociétés dans ce monde et de leur responsabilité face à celui-ci.Les sociétés industrielles avancées, et partant la société québécoise, savent qu\u2019elles sont dans un univers 145 i] A tH i i: it, A 4 He sur lequel leurs actions peuvent avoir des conséquences catastrophiques.Elles doivent donc prendre en main leur développement et faire des choix quant au type d\u2019avenir qu\u2019elles désirent, choix qui ne peuvent étre guidés en aucun temps ar un quelconque Dieu ou par une quelconque oi supra-sociale.Les seuls garants qui peuvent exister doivent être sociaux, non plus méta- sociaux.Les anciens garants méta-sociaux et la transcendance sont donc tranquillement en train de mourir.De nouveaux garants, sociaux cette fois- ci, émergent remplaçant alors la transcendance par un sens social immanent, par un sens social lacé par les sociétés en leur sein et non plus à l'extérieur.L'heure n\u2019est plus maintenant pour les sociétés à la transcendance mais plutôt à l\u2019auto- référence.Cette nouvelle situation est peut-être grosse de l\u2019auto-institution d'une société qui serait maître d'elle-même et des institutions u\u2019elle créerait.La disparition de la transcendance est peut-être porteuse d\u2019une société autogestionnaire.À condition que d'ici cette auto-institution les sociétés ne s\u2019autoanéantissent pas d\u2019un immense champignon nucléaire ou d'un nouveau gène, d\u2019une nouvelle vie.La responsabilité leur en incombe.Rien à part elles-mêmes ne peut plus maintenant les sauver.BIBLIOGRAPHIE Barel, Yves, La quête du sens.Comment l'esprit vient à la cité, Seuil, Paris, 1987.Barel, Yves, La société du vide, Seuil, Paris, 1984.Castoriadis, Cornélius, L'institution imaginaire de la société, Seuil, Paris, 1975.Enriquez, Eugène, De la horde à l\u2019État, Gallimard, Paris, 1983.146 POSSIBLES lya un futur Ques * grd Sig ja Question Gauchet, Marcel, Le désenchantement du monde.Une e Futur lanscendance histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 985.147 A A 2 = pre - = ce a Bras cou ee precis raies CCE reset AL pe x dec erromse ooczczag cit oo eu EEE Erich oo 3 EO SUR = ee £55 EX CRIED Se SU EN gs Ei = (ting \u2026 = \u2026.a b ; Hem, v 1, , : .p= JEAN-MARC FONTAN [I est des questions qui ne finissent d\u2019être posées.Celles concernant le pouvoir, tant dans son appropriation en amont que dans sa désap- propriation en aval, demeurent au centre des réflexions entourant le devenir social.Dans cette période dite de « postmodernisme » nous connaissons un effacement inquiétant de l\u2019idéologique et du politique.Paradoxalement, l\u2019économique n\u2019a jamais autant fait l'unanimité au sein des forces vives des sociétés du centre.Par le biais d'une interrogation sur l\u2019évolution de la pensée anarchiste, nous posons un regard sur la réalité des années 80 pour comprendre ce qu'il est advenu des deux grandes questions qui ont marqué et qui continuent à marquer l\u2019histoire : qui suivre et que faire ?Qui suivre ?De son lointain passé, Etienne de La Boétie lance, aux générations futures, la question de l'obéissance et de la domination.Reprise par Wilhelm Reich, dans son étude du fascisme, cette question de l\u2019obéissance, de la carte blanche, de l'absence de révolte, devant le tyran, la tyrannie, 149 OO ES panne l\u2019exploitation ou la domination, permet de révéler l\u2019irrationnel des conduites collectives.Si, d\u2019un côté, l'obéissance tient à l\u2019aliénation du pouvoir, du savoir et de l'avoir, on ne peut guère expliquer les luttes d\u2019émancipation des deux derniers siècles (particulièrement celles qui précèdent l'instauration du nazisme en Allemagne).Si, d\u2019un autre côté, l\u2019obéissance n'est pas le produit d'une oppression mais un choix délibéré de nommer des représentant-e-s qui garantissent le mieux l\u2019expression des désirs et des besoins des masses, on ne peut guère expliquer les choix politiques qui mettent au pouvoir des tyrans (Hitler.).L\u2019obéissance porte l\u2019ambivalence de l\u2019oppression et de la libération.D'une part, un cadre social est accepté, d'autre part, des luttes complexes sont posées, par l'intermédiaire de formes de résistance très diversifiées, pour en arriver à une modification de ce dernier.Que faire ?Sur un terrain voisin à celui du « politique intellectualisé » du qui suivre, on retrouve, au lendemain de la révolution bourgeoise de la fin du 18° siècle, une autre interrogation.Confrontés à la dure réalité de la révolution industrielle, les anarchistes du 19° siècle vont répondre de diverses façons au que faire lancé par Tcherny- chewski.De 1850 à la crise des années 30, ils vont définir les bases d\u2019un néo-militantisme : l\u2019action directe.Par le biais de nouvelles institutions comme la banque populaire, les coopératives, le syndicalisme et l\u2019université populaire, ils pensent, expérimentent et diffusent des éléments propres à la mise en place d\u2019une organisation sociale qui respecte une juste répartition du savoir, du pouvoir et de l'avoir.150 POSSIBLES llya un futur (isu Sais } ur Qui suivre ?Curieusement, cette pratique et critique sociale ne remettent pas en question, dans le que faire, les objectifs matérialistes des sociétés modernes.L'Europe, et le fruit de son « évolution », l\u2019Amérique, peuvent faire n'importe quoi, ou presque, en terme de production, mais ils ne peuvent pas le faire n\u2018importe comment ; abolition de l\u2019esclavage, restriction sur l'embauche des femmes et des enfants en usine.La critique sociale ne s'attaque qu\u2019en partie à cette question de la production.D'une part, on explore peu l\u2019avenue des coopératives de travail.D'autre part, on ne remet pas en question la logi- ve de production de marchandises à partir d'une technologie qui, par les contraintes liées aux rapports sociaux qu'elle nécessite pour assurer son existence et son développement, implique une réduction à la fois de l'espace (éclatement du communal pour le national) et du temps (accélération de l\u2019histoire).Jusqu'à un certain point, la critique sociale est « ankylosée » dans et par une alliance minimale.On ferme les yeux sur des révoltes profondes, celles de paysans européens ou japonais chassés de leur terre par les ravages causés par la pollution industrielle.À titre d'exemple, le cas du village d\u2019Ashio (Japon), dévasté par les résidus d\u2019une mine de cuivre en 1900, connu par les écrits de Tanaka, est un événement catalyseur qui est désamorcé, par les forces vives de la société japonaise (tant à droite qu\u2019à gauche), parce qu\u2019il remettait en question la logique d\u2019une société axée sur la production de marchandises.De la méme facon, le mouvement des « Diggers » (autogestion et collectivisme des terres), de l\u2019Angleterre du 17° siècle, connu par les écrits de Winstanley, est marginalement reconnu et analysé comme une expérience propice à une réflexion sur l\u2019alternative sociale à la fin du 19° siècle. SERA AR AAA I A AO NN La décomposition du tissu social féodal, au 18° siècle, a donné lieu à des formes d\u2019organisation autour de productions non capitalistes, artisanat et petits propriétaires terriens, qui n'ont pas été retenues comme des voies possibles au que faire en définition pendant la révolution industrielle.L'imaginaire produit autour des expériences « utopistes », comme celle du Phalanstère de Fourier, a été perçu comme une voie non intéressante d'organisation des sociétés.Liberté individuelle et contrainte sociale Malgré l'existence d\u2019une critique sociale dominée par une conception « progréiste » de l\u2019histoire, il ressort que, de ces deux questions, QUI SUIVRE 2 et QUE FAIRE 2, vont émerger, au fil des enjeux et contraintes du développement des sociétés étatisées, des interprétations prônant la liberté individuelle ou la nécessaire contrainte du social.Le 19° siècle rend compte de ce tiraillement au sein de la pensée sociale : \u2014 Pour les tenants de la contrainte du social, toute forme d'autorité limitée à l'expression du pouvoir de l'être est une négation profonde du droit collectif (Hegel).\u2014 Pour les tenants de la liberté individuelle, toute forme d'autorité supérieure à celle de l\u2019individu est une négation profonde du droit d\u2019être (Stirner).\u2014 Pour les tenants du droit individuel et du droit collectif, il existe deux courants de pensée ; \u2014 Le libéralisme privilégie la liberté individuelle et l\u2019encadrement social dans l\u2019État.Sous le thème de l\u2019économie politique on situe les libertés individuelles au niveau du marché et les POSSIBLES lya un futur Qui Les Qui suivre ?contraintes sociales au niveau de l'Etat, seule institution garante d\u2019une cohésion minimale (Mill).\u2014 L'associationnisme reconnaît la liberté individuelle et la nécessité d\u2019un encadrement social minimal.Sous le thème de l\u2019économie sociale on situe les libertés individuelles dans le travail et le hors travail tout en reconnaissant des niveaux organisationnels par champ d'intérêt : associations\u2026 fédérations (Fourier, Bakounine, Gide).Si ces deux formules représentent une position mitoyenne entre les absolutismes de l\u2019individualisme et de l\u2019étatisme, elles ne permettent pas nécessairement les mêmes devenirs au niveau de l'individu et des collectivités.Pour le libéralisme, la liberté individuelle reste une liberté fortement attachée à des préjugés et des valeurs moralisatrices (racisme, sexisme).Quant aux devenirs des collectivités on doit penser ces derniers en terme de structures formelles étatiques.Pour l\u2019associationnisme le devenir de l'individu est intimement lié à sa capacité d\u2019être à partir de valeurs qu'il peut minimalement partager avec d\u2019autres personnes, sans pour autant subir le oids d\u2019une pression sociale institutionalisée dans a reproduction de modèles standardisés.De la même façon, le devenir social est présenté en terme de devenirs collectifs, c\u2019est-à-dire d\u2019arrangements sociaux qui n\u2019ont pas à s'inscrire dans une société délimitée par un espace géographique et une structure politique figée.Droits de la personne et communauté d'Etats Du libéralisme et de l\u2019associationnisme, le premier est privilégié par les forces vives et passives des sociétés du centre.Il se traduit en différents systèmes politiques.L'autre s'inscrit comme une NN ES j A [ Bi Bl get H i i}: fi Î hi hi J Ry {pm = we ent pos RERRES \" Rn Sen jhe IEICE LHL I FOAM i voie d\u2019évitement du premier.Laquelle voie est perçue à la fois comme une zone soupape et comme une zone exploratoire d\u2019un imaginaire considéré comme nécessaire mais à surveiller de très près (organismes à vocation sociale, mouvements sociaux de toutes sortes.).Dans ce cadre de travail, les forces vives, qui marquent la pensée critique du 20° siècle, sont issues à la fois du besoin d'affirmer le droit de l'individu (expression et valorisation de soi) et de la découverte de la force du médium associatif, du collectif, comme outil de revendication efficace en système démocratique pluraliste.À la suite des succès du mouvement ouvrier, par le biais d\u2019une action anarcho-syndicale puis syndicale, les luttes s'organisent autour de revendications qui poursuivent l\u2019amenuisement de l\u2019espace et du temps social.En fait d'espace, les rapports sociaux sont réorganisés autour d\u2019une reconnaissance des droits de la personne, d\u2019une accélération de la sexualisation et de l\u2019ethnicisation dans la division du travail.Les divisions socio-géographiques se réduisent au profit du regroupement d'Etats : d\u2019une part l\u2019État-Nation rend compte d\u2019une première forme de concentration du politique, entre les grandes puissances ; d\u2019autre part, au sein de ces grandes puissances, un autre niveau de concentration se fait par le biais de Communautés d\u2019Etats (CEE au niveau continental, OTAN au niveau des pays de l\u2019ouest, ONU au niveau international), lesquelles fusionnent des fonctions relevant traditionnellement de chaque Etat.Quant à l\u2019accélération du temps social, il se poursuit au rythme continuellement accéléré des révolutions technologiques.154 POSSIBLES ilya un futur Quisy JH .° e \u2018| Quisvivie?L\u2019anarchie version « post-moderne » : une recherche d\u2019intersubjectivité dans la production individuelle et la revendication associative La taylorisation du travail et le compromis for- diste sont au coeur des facteurs qui ont favorisé le mouvement international de conscientisation des années 50-60.Sous l'appellation de Révolution Tranquille, que l\u2019on a modestement identifié à des transformations en profondeur de la société qué- | bécoise, l\u2019ensemble de la planète connaît les i répercutions liées à la démocratisation de l\u2019édu- ¢ cation et à la mobilité sociale rattachée au renfor- ; cement de la classe moyenne.Le mouvement Ë anarchiste des années soixante s'inspire et est | profondément influencé par cette Révolution Tranquille qui marque la fin des années 50 et le début des années 60.Il connait une phase spontanéiste puis sombre dans l\u2019organisationnel de structures rigides groupusculaires.La confrontation entre les forces vives de la société marque la fin de la | tranquilité, du libertarisme avenant et radicalise 3 les interventions.Les événements autour de la répression étudiante, tant aux Etats-Unis, en Europe qu\u2019au Japon favorise l'émergence de structures extrêmes de revendication : l\u2019action directe du type terroriste refait surface.} Les années soixante-dix voient lentement s\u2019effriter l\u2019anarchisme organisationnel.Par i contre, un néo-individualisme s\u2019implante et laisse ; entrevoir une période où le mouvement social se E détache des grandes idéologies pour s\u2019enfermer ; dans un pragmatisme qualifié de « conservatisme généralisé ».Qu'en est-il vraiment de cette nouvelle période @ Elle reflète une ambivalence qui surprend à bien des égards.La crise économique stoppe tout le processus de mobilité sociale.On aurait pu s'attendre à une effervescence sociale. itil Iran finn rep : vor He ne A 7 Au contraire, les forces vives se replient sur la POSSIBLES (us protection des acquis.Les organisations syndi- lye cales voient leur membership fondre, elles envisagent de participer a la relance économique en réduisant les demandes salariales et en développant de nouvelles approches de travail (fonds d'investissement, développement de coopératives de travail).Des entreprises développent des structures de travail qui favorisent une gestion participative.Le mouvement communautaire envisage des interventions dans l\u2019économique.Une lecture purement conservatrice de cette période laisserait sous couvert le néo-militantisme qu\u2019on y observe.Les luttes se déplacent des grandes questions de niveau macro-social à des préoccupations de niveau micro-social.Les pratiques quotidiennes se transforment et penchent pour un militantisme individuel et associatif lié aux conditions de vie : luttes pour du logement coopératif, luttes pour une égalité à l'emploi, luttes pour le droit à l'avortement, valorisation du hors travail.Les revendications autour de questions d'identité, du développement local, d\u2019un travail décent, d\u2019un revenu minimum garanti ne sont pas de même nature que celles tournant autour de la mise sur pied d\u2019une internationale, d\u2019un mouvement ouvrier, de questions nationales.De la même façon, on lutte pour la langue française sans en faire une question nationale.Le pragmatisme actuel fait état d'une forme de conquête de la production des pouvoirs à la portée de l'individu.Il s'inscrit dans la consommation de masse : loisirs, culture.Il se politise autour des droits de la personne (Amnistie International), des questions environnementales (Les Verts), du désarmement.Il se manifeste en terme d\u2019une approche globale par laquelle l'individu se sent valorisé par des activités liées au travail et au hors travail.Cette approche, on la perçoit concrètement par des changements dans la façon dont 156 detrei al RG RL i Ras TT TT nr Me 2a SELES A 2 APRS LEMME MABEL EM AERIS FELL AIL EASE MMM HA LR Le | * * 2, 2 * #{,* d = | Quisuivre?les nouvelles générations définissent le rapport à u l\u2019autre (rapport homme-femme, inter-culturel, inter-ethnique.) Dans cet anarchisme de l\u2019unicité, à la Stirner, où le collectif en terme de projet social, est plus ou moins délaissé pour l'immédiat, le prêt à porter et le savoir de masse, la pensée anarchiste semble de tout bord et de tout côté inexistante.Et pourtant il n\u2019en est rien ! On la retrouve au niveau des pratiques sociales dans des formes diverses et non homogènes.Elle n\u2019est pas canalisée autour d'une école de pensée, d'organisations porte- parole ou d'individus charismatiques.Elle se vit au quotidien, diluée dans une certaine forme de A démocratisation de la pensée libertaire.De l\u2019anarcho-syndicalisme à l\u2019anarcho-capitalisme ?Par contre, à la façon des innovations sociales portées par le patronat, avec la gestion partici- ative, des penseurs renouent avec le mythe de l'idéal libéral.On voit même certains d\u2019entre eux (Lemieux) explorer le champ de la critique anarchiste pour déclarer l\u2019heureux mariage entre la tradition libertaire et la tradition libérale.Se fai- : sant fort de se débarasser de l\u2019État, en s'inspirant À du discours associationniste, on a vite fait d\u2019éliminer le lieu le plus important de redistribution des richesses, à la faveur d\u2019une société aux mains des entrepreneurs privés | Pierre Lemieux est le partisan de cette ligne de ; pensée.Il présente un discours inquiétant, non i pas par la véracité de sa démonstration, que par 3 la légèreté avec laquelle il se permet de vanter les prouesses de l\u2019entreprise privée, la noblesse de la propriété privée et le bien fondé des inégalités matérielles (pour ne pas dire naturelles !). Il y a certes une réflexion à engager sur l\u2019anarchisme.Il y a place pour une relecture critique des grands « maîtres-à-penser » qui ont marqué l\u2019histoire.Il y a aussi place à une lecture des penseurs subalternes, ceux de l\u2019ombre, qui par leur minuscule travail, tant dans les pays de l\u2019ouest que de l\u2019est, développés qu'en voie de développement, ont posé d'importantes réflexions sur la morale, le féminisme, l\u2019économie et l'écologie.Il est aussi important de soulever les contradictions dans le langage de penseurs qui, malgré leur volonté de poser des bases solides, our l'avènement d\u2019une nouvelle organisation sociale, justifiaient, pour certains d\u2019entre eux, le bien fondé de la technolo- le sous-jacente au postmodernisme d\u2019une post- humanité en devenir.Mais cette relecture ne peut en aucune façon se faire dans les termes définis par l\u2019auteur de L\u2019Anarcho-Capitalisme.Qui suivre ?Qui suivre demeure notre interrogation finale.Plusieurs pistes sont tracées.La plus importante est celle représentée par une action directe ramenée à la simplicité du quotidien.Comme toutes les autres formes elle connaît ses limites et porte ses contradictions.De l\u2019appropriation du pouvoir individuel, lié au pragmatisme de besoins quotidiens, se construit une réflexion sociale qui analyse les manques à gagner.La multitude des sous-cultures au sein de la jeunesse indique une effervescence incroyable.Les graffiti qui colorent l\u2019environnement urbain montréalais, toujours renouvelés, en forme et en contenu, font état d\u2019un ras le bol évident.La continuité dans les publications d\u2019une littérature anar- POSSIBLES lya un futur (isu us Quisuivre?chiste rend compte d\u2019un certain intérêt pour cette or pensée.Le refus de se laisser embarquer par des discours idéologiques porteurs de projets sociaux présage d\u2019un discours critique à l\u2019égard des méga-utopies.Le besoin d'humour et la croissance rapide de ce marché témoignent d\u2019un désir de renouvellement, d\u2019un appel à la satire. \u2014 ee = STR PPP LL PRA PN EO FRANCINE COUTURE Arts « engagés » (1) : la disparition de l'image héroïque de l\u2019art C\u2019est devenu d'usage courant de dire que nous avons assisté durant ces dernières années à la mort des avant-gardes ou à la disparition de l\u2019image héroique de l\u2019art à laquelle les artistes du début du siècle s'étaient identifiés.Cette image avait pris la forme d\u2019une opposition à la culture de la majorité, d\u2019une critique des valeurs de productivité et de rentabilité, et d\u2019une dénonciation de la séparation entre l\u2019art et la vie d\u2019un souhait que la vie devienne oeuvre d'art ou que l\u2019art disparaisse dans la vie.Par ailleurs, plusieurs écrits récemment publiés constatent que l'intégration sociale de l\u2019art actuel va à l'encontre de ce que les artistes d\u2019avant- garde et modernistes avaient désiré.Suzi Gablik ! en s'appuyant sur une observation du milieu artistique new-yorkais, constate que la pratique artistique est maintenant sur-administrée, que l'artiste est de plus en plus dépendant de cette complexe machine bureaucratique qui organise la consommation de l\u2019art et de la culture.1/ Suzi Gablik, Has modernism failed ?New York, Thames and Hudson, 1987.on Dans le milieu des arts visuels, par exemple, elle mentionne qu\u2019on pense de plus en plus qu\u2019un artiste ne peut exercer sa pratique que s'il est vidé par un marchand ou par un conservateur de musée qui exercent de plus en plus un contrôle sur l\u2019art qui doit se faire.Le verdict que prononce Suzi Gablik sur cette situation de la culture est très sévère : nous assistons actuellement à la banalisation de la pratique artistique, écrit-elle, à la dis- arition de l'exercice de la fonction critique de Fart ou a la fin de I\u2019 attitude iconoclaste de l\u2019art et de l'artiste.L'art ne se présente plus comme l\u2019expression d\u2019une alternative aux valeurs de la majorité.La pratique artistique et maintenant vécue par les artistes comme l\u2019accomplissement d'une carrière dont la réussite dépend de la promotion et des relations publiques.L'oeuvre d'art est de plus en plus reconnue socialement comme une marchandise et non plus comme un véhicule de sens ou comme traduisant un point de vue sur la réalité.Il est difficile de partager cette vision pessimiste de Suzi Gablik peut-être parce que le développement du milieu de l\u2019art au Québec n'a pas encore atteint celui de New York où, écrit-elle, les oeuvres de 90,000 artistes circulent dans les différents lieux de diffusion des arts visuels.Nous pouvons aussi lui reprocher ne pas avoir assez interrogé les attitudes d'artistes qui, confrontés à cette vision bureaucratique de la culture sont le plus souvent soucieux de conserver leur indépendance et d\u2019opposer une résistance aux règles du marché.L'art comme une industrie culturelle Le livre de Suzi Gablik nous amène par contre à interroger notre propre situation culturelle et à constater qu'ici comme ailleurs la reconnaissance POSSIBLES lya un futur fig lim hero ag fur La disparition de l'image héroïque de l'art de la dimension collective de l\u2019art passe actuellement par sa définition comme industrie culturelle.Cette définition de l\u2019art qui est celle que favorise le discours dominant sur la culture privilégie la réalité économique de l\u2019art et semble considérer comme secondaire que l\u2019art soit aussi producteur de sens.Ne lisions-nous pas récemment dans un document qui visait à convaincre les chefs d\u2019entreprise de l'importance sociale de l'expression artistique que l\u2019activité culturelle d\u2019une société constitue un des premiers moteurs de son développement économique, qu\u2019elle a un effet d\u2019entraînement sur les autres secteurs de l\u2019économie et qu'elle est un important générateur d'emplois, de produits et de services 2 N'observe-t-on pas également à l\u2019occasion, dans le discours sur l\u2019art, la présence de termes qui appartiennent au discours de la gestion.On parle maintenant d'art coaching » pour désigner un service d'expertise offert aux artistes et qui se définit à la fois comme l\u2019exercice des activités du critique d'art et du gestionnaire : « analyse critique de la pratique artistique et planification et développement » lit- on dans un dépliant publicitaire récemment distribué.Il est vrai qu\u2019au Québec la pratique artistique s'exerce dans un cadre où les règles professionnelles sont de plus en plus définies.I! existe un plus grand nombre d'intermédiaires ou de professionnels de l\u2019art entre le public et l'artiste, résultat de l'expansion du milieu des arts visuels où circulent un grand nombre de diplômés universitaires qui doivent créer leur propre petite entreprise.L'artiste peut maintenant établir des relations avec un marchand, un conservateur de musée et un critique d'art, mais aussi avec des agents qui 2/ L'industrie culturelle et le rayonnement international de Montréal, Rapport du Groupe de travail sur les industries culturelles, La Chambre de commerce de Montréal et le Bureau de Commerce de Montréal.163 ° Mbps NY apy lui offrent de faire la liaison entre ces différents professionnels de l\u2019art.Des efforts sont aussi faits par plusieurs intervenants du milieu de l\u2019art pour transformer les conditions sociales de l\u2019art contemporain qui, depuis les années 60, était surtout supporté par le mécénat d\u2019État.Par exemple, la problématique de la diffusion des oeuvres d'art est surtout définie par les termes du marché de l\u2019art.Les marchands de l\u2019art contemporain tentent de développer un véritable marché de l\u2019art qui devra dorénavant recevoir le support non seulement des institutions publiques et des corporations mais aussi de collectionneurs privés.Les musées tentent aussi de sortir l\u2019art contemporain d\u2019une marginalité qui l\u2019a toujours un peu caractérisé en organisant, par exemple, des rétrospectives d'oeuvres d'artistes québécois qui ont été reconnus comme artistes d'avant-garde ou novateurs.Les expositions Borduas, Me Ewen et Lemoyne, tenues respectivement au Musée des Beaux-Arts de Montréal et au Musée du Québec, ont comme effet de faire connaître à un grand public des moments importants de l\u2019histoire de l\u2019art du Québec et par conséquent de favoriser l'intégration de l'oeuvre de ces artistes dans l\u2019histoire culturelle de la société québécoise.On ne peut donc que se réjouir de ce type d'initiative qui favorise auprès du grand public la reconnaissance de l\u2019art contemporain comme une pratique expérimentale, risquée, même s\u2019il faut, comme ce fut le cas pour l'exposition Borduas, séduire ce public par la représentation de la signature de l\u2019artiste par un néon rose qui lui fait oublier, pour un moment, l\u2019austérité de sa démarche.Qu'est-ce que l\u2019art contemporain ?Ces nouvelles conditions sociales de l\u2019art contemporain ont comme effet de provoquer une réflexion sur ce qu'est l\u2019art contemporain afin de POSSIBLES Ilya un futur dipl fli fer Sig i La disparition de l'image héroïque de l'art pouvoir I\u2019expliquer aux possibles acheteurs d'oeuvres d'art qui ne sont pas nécessairement issus du milieu des professionnels de l\u2019art.Il ne faudrait pas oublier que l\u2019absence de consensus sur ce qu'est l\u2019art contemporain témoigne de la diversité des points de vue sur la réalité qui existent aussi dans la société et garantit une indépendance pour les artistes devant les possibles propriétaires de leurs oeuvres.Plusieurs intervenants du milieu des arts visuels et également des autres modes d'expression artistique commencent à exprimer leur malaise à propos de ces nouvelles conditions sociales de l\u2019art actuel.Certains artistes se définissent comme les défenseurs de l'intégrité de l\u2019art et adoptent une position radicale en souhaitant que l'artiste se retire de la « vie publique » afin d'éviter tout compromis et toute appropriation de ses oeuvres par le milieu du marché de l\u2019art.Lors d'un récent colloque sur le thème du marché de l\u2019art, par exemple \u201c- un tract anonyme a été distribué.Ses auteurs expriment dans ces termes leur désaccord à propos du mode d'intégration sociale de l\u2019art actuel : « au lieu de se poser en créateur de nouvelle situation, l'artiste de la jeune génération pratique une restauration et accepte une intégration sociale dans des appareils économiques et d'administration qui règlent et étouffent nos sociétés.Ainsi loin de perpétuer une vocation subversive de la société, l\u2019art et son artiste se fonctionnarisent.Cela constitue une mauvaise nouvelle.L'artiste croit qu'il doit faire partie du décor.Il pense faire aussi vite que possible, ensuite vendre.|| emploie des analystes, des promoteurs, des statisticiens.Il s\u2019agit de déverser le produit ; il y a un marché.Il s\u2019ensuit qu\u2019il y a trop 3/ « Artistes ou manager 2 » Possibles, vol.12, no.4, automne 1988.4] Entrée libre à l\u2019art contemporain, du 7 au 15 octobre 1988, organisé par l'Association des galeries d'art contemporain. EEE d'art et peu de valeur.» Les auteurs de ce tract, POSSIBLES io par ailleurs, ne proposent aucun autre mode de ya ft visibilité publique de l\u2019art.Dans un autre collo- hr ue sur le statut de Iartiste * le sculpteur Pierre Granche, par contre, a exprimé un point de vue plus constructif sur la situation actuelle de l\u2019art en mentionnant qu\u2019actuellement on est en train d\u2019oublier que l'artiste n\u2019est pas qu\u2019un producteur d'objets pouvant circuler sur un marché mais qu'il est surtout un chercheur engagé dans une réflexion sur le réel et qu'il participe à la vie intellectuelle de la société.Cette mise au point nous amène à penser que le marché de l\u2019art n\u2019est pas le seul mode de médiation possible entre l\u2019art actuel et un public qui soit plus large que celui des spécialistes.Sans mettre en question, pour l\u2019art contemporain, la nécessité de l'existence d\u2019un marché qui fournit à l'artiste un public qui le soutient financièrement et culturel- lement, on ne peut que déplorer actuellement le peu de support économique accordé à des événe- ments qui explorent d\u2019autres modes de diffusion.« Forêts dans la ville, Répétition pour une écologie » Je pense au récent événement réalisé par Lise- Hélène Larin qui a eu lieu en octobre dernier dans l\u2019ancien cinéma Elysée à Montréal et qui était intitulé « Forêts dans la ville, Répétition pour une Ecologie » 6 et qui n\u2019a reçu aucun support financier.L'artiste a dû faire un emprunt personnel à la banque pour réaliser son projet.L'événement « Forêts dans la ville, Répétition pour une Écologie », est un événement d'art et de 5/ Relance 88 Le statut de l'artiste en art visuels, organisé par la Société des arts visuels de Laval, 30 sept.-2oct.88.61 Du 14 octobre au 27 novembre 1988, Théâtre Élysée, Montréal. Hs , Le vie multidisciplinaire 7.On pouvait y voir deux disparition installations réalisées par Lise-Hélène Larin et héroïque participer à un événement artistique et écologi- del'art que.La première installation était une oeuvre environnementale montrant une forêt de papier qui a été réalisée entre 1981 et 1988 dans le contexte d\u2019une de production collective puisque que quatre cents personnes y ont participé, animées par Lise-Hélène Larin.Ensemble, ils ont : fabriqué une forét d\u2019arbres formés de journaux ; chacun des arbres était fait à partir d\u2019une édition complète des journaux de fin de semaine, La Presse et The Gazette, et sa dimension dépendait de la quantité de papier utilisé pour fabriquer le journal.Afin de bien faire comprendre au public \u2018effet de l'exploitation de la forêt par l\u2019industrie du papier, chaque arbre portait une étiquette indiquant le titre et la date de parution du journal.Lise-Hélène Larin a également réalisé une série d'empreintes en latex de ces arbres et qui étaient placées à côté des fragments de la forêt de papier.Ces empreintes qui évoquent les masques mortuaires et qui constituent des signes d'une vie disparue étaient suspendues dans l\u2019espace en cercle dont le spectateur pouvait faire le tour.Mais le point de vue de Lise-Hélène Larin sur la qualité de l\u2019environnement n\u2019est pas pessimiste pour autant ; elle a voulu poursuivre cette expérience artistique et écologique en invitant, à l\u2019automne dernier, des gens à réaliser ensemble leur propre arbre à partir des journaux qu'ils avaient apportés.L'artiste s'était faite encore animatrice en expliquant aux participants de l\u2019événement comment ils pouvaient faire subir à leur matériau une transformation artistique.Au mo- Ë ment de l'expérience, le participant se voyait sur un écran géant en train de faire ce « geste créateur et récupérateur » ur 71 Dépliant qui l\u2019accompagne, Forêts dans la ville.8/ Ibid. Canine IRENE (ELEUTIEAEIT MRE STI TRY WMH RON 10557 ROM ST FA y 4 oe U MODE NAH NAEES.SSH IH Cet événement qui fait valoir la dimension collective de l\u2019art met en jeu ses fonctions critique et didactique, des fonctions sociales de l\u2019art dont on parle peu aujourd\u2019hui.I! convoque le spectateur à une expérience qui se réalise sur le terrain de l\u2019art, sur celui de la fiction et de l'imaginaire.Mais il est aussi une sorte de rituel ou une répétition comme le dit son titre, un lieu de solidarité préparant à une action qui concerne la protection de l\u2019environnement.Cet événement intègre l\u2019art aux préoccupations de la vie quotidienne et nous rappelle que l\u2019art peut ainsi exercer un effet émancipatoire.Lise-Hélène Larin n'est pas seule à explorer cette vision de l\u2019art puisqu'elle a regroupé dans un diaporama des oeuvres d\u2019autres artistes qui, comme elle, expriment sur le plan de l'imaginaire leur expérience de l\u2019environnement.91 Francine Larrivée, Lise Nantel, Bill Vazan, Nathalie Caron, John Hunting, Jean-Jules Soucy, Johanne Plourde.168 POSSIBLES lya un futur ILE ROSE MARIE ARBOUR ur Arts « engagés » (2) : Nicole Jolicoeur et Barbara Steinman Si un des effets de la condition postmo- derne est une méfiance face aux prétentions des discours, il n\u2019en reste pas moins que l'authenticité politique et la responsabilité intellectuelle sont constamment en train d'être redéfénis relativement aux codes d'opposition et de marginalité (Jon Bird, « On Newness, Art & History », The New Art History, 1986) Le politique en art tend à être catégorisé dans un « art politique » conçu comme genre sinon comme style défini.Il fait généralement, au Canada et au Québec, l\u2019objet d\u2019une diffusion dans les réseaux de galeries subventionnées par l\u2019État et gérées par des groupes d'artistes (par exemple les galeries Articule, Oboro, Dazibao, Powerhouse à Montréal).Ou bien on l\u2019accueille dans un de ces projets spéciaux tel « Lumières », exposition de groupes organisée par le Centre international d'art contemporain (Montréal, été 1987) qui incluait Cenotaph (1985), une oeuvre de Barbara Steinman, tel « Sans démarcation », exposition qui consistait en un échange culturel entre le Québec et l'Ontario en regroupant des artistes (dont Nicole Jolicoeur) dans des sites à l\u2019intérieur et à l'extérieur de la ville de Sault Ste-Marie (été 1987). mm a Por BS a Len TTR CME 74 fifty pronpnnnn SEH VEY TRETINOIN SEE On convient qu\u2019une galerie commerciale, de par sa nature même, peut difficilement introduire dans son espace un propos nommément politique et critique à moins que ce propos ait déjà été assimilé par le milieu artistique par l\u2019'intermédiaire d'autres instances de diffusion malgré, on en convient aussi, qu'il y ait des exceptions qui confirment la règle.Que l\u2019oeuvre soit un objet, un environnement ou encore une installation, le travail avec et sur les images médiatisées telles la photographie et la vidéo permet \u2014 et a permis \u2014 à de nombreux artistes l'insertion d\u2019un contenu critique et politique en art.La représentation s\u2019y dévoile comme construction et non comme reflet d\u2019une réalité préexistante et en dehors de l\u2019image qui l\u2019a produite.Dévoiler les modes d'élaboration des images médiatisées permet entre autres d'avancer qu'il n\u2019y a pas de vérité ni même de réalité hors la représentation qui en est faite et que, plus généralement, les réalités sont construites à partir du moment même où elles sont perçues puis représentées.La perception de l'artiste comme celle du spectateur, est un processus déterminé historiquement : les notions de vrai, de faux, de beau sont obsolètes car il n\u2019y a pas de réalité absolue qui les garantisse telles.Ces propos sur l'image et la représentation sous-tendent le travail de Nicole Jolicoeur et de Barbara Steinman qui interrogent des formes de représentation dites objectives transmises par les médias et en démontent les mises en scène.170 ve cnu0 cest itu ne tibia HM TMG a Le aa ead tle] te POSSIBLES lya un futur Nie Jolie Barbe Hein Nicole Jolicoeur et Barbara Steinman Nicole Jolicoeur Les leçons de Charcot (été 1987) Décrire cette installation c\u2019est décrire quelque chose qui n\u2019existe plus comme objet.Hors son contexte spatial et temporel propre, il est difficile de reprendre contact visuellement avec ce qui a déjà été une oeuvre.Cette oeuvre s\u2019est construite pour signifier quelque chose qui ne pouvait se dire qu\u2019à travers son éphémérité même et sa disposition spatiale dans un lieu public, en l\u2019occurrence cette Public Library de Sault Ste-Marie où l'artiste a réalisé son oeuvre au cours de l'été 87.Plutôt que de se superposer au lieu actuel d\u2019exposition en le masquant, Nicole Jolicoeur a élaboré son installation en fonction de ce lieu réel, connu et fréquenté par les gens de la ville où il se situait.Elle s\u2019est donc concrétisée dans un espace public ayant une fonction et un rôle définis.Et c\u2019est en tenant compte de ce contexte matériel et culturel préexistant que Nicole Jolicoeur y a repensé son thème tiré, élaboré à partir du tableau d\u2019un peintre académique ! dont la partie centrale avait fait l\u2019objet d\u2019une affiche en couleurs que l'artiste reprit et compléta au crayon \u201c.Son intervention a consisté à faire dire autre chose à ce lieu à partir de ses distinctions propres.Une bibliothèque publique est un édifice entièrement voué et destiné à la conservation et à la diffusion du savoir.La façade de celle-ci était entièrement vitrée (72\u2019 x 15\u2019 approximativement) et donnait sur un hall d\u2019entrée dont la hauteur équivalait à la hauteur totale de l'édifice.Selon les heures du jour, le soleil traversait cette facade et éclairait le mur de fond du hall d'entrée.Profitant de cette disposition matérielle, l\u2019artiste a in- eee 1/ André Brouillet, Une leçon à la Salpétrière, (1887) 2/ Agrandissement couleur et dessin au crayon gras blanc sur masonite noir, 5° x 6° Ni séré ses images peintes sur toute la largeur et la POSSIBLES i | hauteur de la facade vitrée, utilisant un vernis \"lya ] facilement amovible après l\u2019avoir blanchi pour Um futer bt : qu'il devienne partiellement opaque.Le dessin dei j des figures peintes était laissé en réserve sur la vitre de sorte que lorsque le soleil la traversait, les figures étaient projetées en quelque sorte sur le mur de fond du hall d'entrée, comme fait la lumière quand elle traverse le négatif d\u2019une photographie.a Le contenu, la structure Le processus photographique se trouvait ainsi 3 repris sinon reproduit dans cette installation : y i était d\u2019abord mise en cause la croyance que le procédé photographique assure la vérité des figures ainsi reproduites du seul fait de sa capaci- ; té a fixer la réalité.Sur la facade vitrée, les 1 images de corps de femmes contorsionnés étaient ; en réserve, laissant passer la lumière.Elles étaient 8 faites à partir des relevés que J.-M.Charcot, neu- ; rologue français du XIXÉ siècle, avait lui-même réalisés à partir de tableaux du XVI® au XIX° siècle dans lesquels il avait visuellement repéré les traits de ce qu'il considérait déjà l\u2019hystérie ; il détermina la représentation synthèse de cette maladie, spécifiquement féminine d\u2019après lui, à partir d'images tirées de l\u2019histoire de la peinture européenne et publia ces reproductions sous le titre : Les Démoniaques dans l\u2019art (1887).Fascinée par ces images, Nicole Jolicoeur a travaillé avec et à partir d'elles depuis 1980, comme partie d\u2019une démarche créatrice où elle pose et repose la question de l'identité féminine.Dans le hall d\u2019une bibliothèque publique, lieu par excellence du savoir, c'était ce type de savoir, tel qu\u2019élaboré par Charcot qui mit au jour la maladie de l\u2019hystérie, qui se trouvait mis en question.Ce type de savoir mais aussi des savoirs | edb adieds Loaibbal he rte abt tain dias ir HEE ue SHOT him os fur Nicole Jolicoeur et Barbara Steinman actuels que recèle la bibliothèque publique.Tout savoir étant construit, ses prétentions à l\u2019objectivité et à l'éternité étaient dénoncées par cette installation.Le savoir n\u2019est pas neutre non plus car il participe nommément des idéologies dont il est le contemporain.Cette « histoire » de l\u2019hystérie ainsi dessinée sur la façade vitrée et projetée sur le mur de la bibliothèque montrait des personnages regroupés par deux (celui qui regarde et guérit, celle qui est regardée et qui est guérie).Cette histoire pouvait se lire comme une analogie de l\u2019Histoire elle aussi construite de toutes pièces et projetée dans les esprits par l'éducation et l\u2019apprentissage.Cette Histoire, fondée sur l'existence d\u2019une nature essentielle (celle de l\u2019homme), rencontre le préjugé plus général et étrangement tenace que le pouvoir est inné et que, dans le même ordre d'idées, l\u2019hystérie est bien une maladie féminine comme Charcot s\u2019est appliqué à la démontrer.« Le corps humain constitue, par droit de nature, l\u2019espace d\u2019origine et de répartition de la maladie » écrit Michel Foucault réfléchissant sur la constitution des maladies et comment on la cherchait dans le corps et non dans le contexte physique et social des corps.La photographie, dont on a longtemps prétendu qu'elle reflétait la réalité (sans tenir compte du cadrage, du lieu et du temps de la photographie), Nicole Jolicoeur en a parodié le processus et, par ricochet, a mis en cause la nature de ce qui parait objectif.Le soleil, traversant régulièrement la façade vitrée et projetant sur le mur intérieur les dessins de corps d\u2019hystériques, pouvait être interprété comme une analogie de la nature déterminant pour toujours le corps des femmes ; le soleil- nature, regard suprême qui fixe les corps serait à son tour métaphore de l'oeil savant, regard qui ordonne et crée le corps de l\u2019autre, le corps féminin.Le regard de Charcot crée en la nommant la maladie qui affecte les femmes.Que ce dernier ait fixé grâce à la photographie des figures de tot me re 5 pe ew re ie i 13 BL A femmes en crise et s\u2019en soit servi pour fixer artifi- POSSIBLES \u2019 .2 - Jolie ciellement les phases du déroulement de cette Ilya crise pointe un usage autoritaire de la photogra- \"\" Futur job phie dont Nicole Jolicoeur a pris le contrepied : je ses images à elle sont floues, éphémères, mouvantes, elles disparaissent selon que la lumière les traverse ou pas.L'artiste n'a pas conçu La leçon de Charcot comme objet d\u2019art dans le sens traditionnel : oeuvre ponctuelle et éphémère, autant par la fragilité du médium utilisé (vernis latex) que par la destination de l'édifice qui ne peut la conserver longtemps, elle était de plus difficilement photographiable puisqu'elle se déployait dans l\u2019espace et dans le temps d\u2019un lieu dit.En cela, elle se posait contre le processus de fixation de la maladie de J.-M.Charcot même.Si devant cette installation, le « plaisir visuel » était important \u2014 la mouvance lumineuse de la façade vitrée captait le public \u2014 la distanciation jouait grâce entre autres à l\u2019inscription du mot cheese dans la partie inférieure de la facade vitrée : note d'humour ayant trait à l\u2019injonction de sourire habituellement adressée au personnage ; s'apprêtant à être photographié en prononcant le 2 mot cheese en feignant de regarder la vie plutôt que |'objectif photographique.De même J.- M.Charcot avait incité ses patientes à prendre les poses de ce qu'il considérait l\u2019hystérie lorsqu'il les photographiait.N Le plaisir se situait également dans le processus i d\u2019une découverte et d\u2019une prise de conscience face à des images ayant prétendu, au siècle dernier, rendre compte d\u2019attitudes naturelles de corps de femme en crise mais qui, mises en scène selon la visée d\u2019un savant, devinrent signes et preuves de l\u2019hystérie.La dimension esthétique de cette oeuvre est en partie fondée sur l'adéquation entre les procédés et les moyens matériels et conceptuels mis en a 174 Hab i gh Nicole Jolicoeur et Barbara Steinman oeuvre par l'artiste (lieu public, surface vitrée, soleil.) et son projet de dévoiler, à propos de J.-M.Charcot et sa maladie, les mécanismes d'imbrication entre l\u2019art, la science, la religion, la sexualité et le politique.Barbara Steinman Chambres à louer (1980-84) Depuis 1980, cette artiste construit des installations avec des images vidéo, des projections de diapositives.La vidéo permet de créer l'illusion d\u2019une fenêtre à travers laquelle on croit apercevoir la réalité : c'est en fait l\u2019écran d\u2019un appareil vidéo camouflé.Dans cette installation intitulée Chambres à louer, d'abord présentée en 1980 à la galerie Powerhouse (Montréal) et ensuite, modifiée, à l'exposition de groupe Vidéo 84, Installations au Musée d'art contemporain de Montréal, cette artiste a mis en scène une réalité à la fois intime, quotidienne et anonyme : la solitude des démunis (les malades, les bénéficiaires de salaire minimum, les non intégrés de toutes sortes).Dans Chambres à louer, l'emploi de l\u2019image vidéo comme illusion de la réalité extérieure produisait un redoublement de l\u2019éloignement, de l\u2019isolement des individus par rapport au monde extérieur sur lequel ils n\u2019ont aucune prise : les choses se passant en dehors d'eux, ils en sont les spectateurs impuissants mais obligés ; ils sont en quelque sorte les voyeurs de leur propre absence du monde.Les chambres étaient inhabitées ; les fauteuils recouverts de drap blanc, étaient placés en biais des fenêtres devant lesquelles des stores vénitiens laissaient entrevoir soit une rue, soit un paysage bucolique.Le public pouvait regarder chacune de ces chambres et voir à la fois le vide intérieur et ce qui se passait aux fenêtres.Après avoir distingué la présence de l'écran vidéo, on 175 \u2018 .+ # + .\u2019 \u2018 Nie évoquait I'écran de télévision, considéré commu- POSSIBLES io nément comme porte ouverte sur le monde exté- ya rieur.Monde plus illusoire que réel, la vie quotidienne s\u2019y fait voir comme naturelle et non construite.La réalité de celui ou celle qui regarde ce qui se passe dans la rue, depuis son point de vue, depuis sa fenêtre, n'en est une qu\u2019à titre d'expérience, qu'à titre de réalité à la mesure de chacun-e.L'écran télévisuel, instrument de communication unidirectionnelle où sont prélevées des portions de réalité, ne transmet pas la réalité.Barb Hein S\u2019asseoir dans un de ces fauteuils inoccupés et en attente, c'est endosser des points de vue : celui de qui regarderait s\u2019il-elle était là mais aussi celui de qui transmet l'image médiatisée, substitut de i la réalité.Ce qui était mis là en scène étaient des : simulacres de réalité qui tiennent lieu d\u2019expé- | rience du réel pour ceux et celles privés de leur expérience propre.Cenotaph (1985) Cette oeuvre visait les questions de tolérance et de domination.Elle n\u2019était liée ni à un lieu ni à un temps déterminés.L'oeuvre fut exposée à « Lumières », exposition collective à la Place de la Cité (1987).Située à l\u2019intérieur d\u2019une pièce aux } murs peints en noir mat, l'oeuvre consistait en une ; colonne triangulaire dont chaque côté était recouvert d\u2019une plaque de granit où se lisait (en anglais) cette phrase d\u2019Hannah Arendt : « Le radicalisme des mesures qui traitent les personnes comme si elles n'avaient jamais existé et qui les font disparaître, est souvent non apparent à première vue » (traduction libre).Au sommet de la colonne, une pyramide de plexiglass reflétait l\u2019image vidéo d\u2019une flamme éternelle qui brûle : ce symbole était ainsi « refroidi » en tant qu'image médiatisée qui ne véhicule plus le sens originel, celui qui a trait à la mémoire et à la vie.176 Ps ET ALIEN DRRGPOOOORE HBR SALAS 111/11 LA rire vus cor 10 1 11 wo SIBLES ] ur Nicole Jolicoeur et Barbara Steinman Des arcades pratiquées dans les murs de chaque côté du cénotaphe, laissaient apercevoir des images de diapositives, images floues de gens tous disparus et oubliés et que le public n'avait d\u2019ailleurs pas le temps d'identifier.Les diapositives évoquaient le passage, l\u2019évanescence, l\u2019oubli.L'image vidéo, substitut de la vraie flamme (du souvenir, du soldat inconnu), évoquait ce qui d'éternel est devenu figé, glacé, sans vie, l\u2019image médiatisée ayant évacué la dimension de souvenir de la flamme.Ces images concrétisaient la présence de l\u2019oubli, l\u2019absence de mémoire, annulant les distinctions entre le vrai et le faux, l\u2019expérience et les images médiatisées de réalité.L\u2019évidence photographique ou vidéographi- ue ne se révélait d'aucun poids pour témoigner de ce qui avait été et pour contribuer à en prévenir la réédition.Au contraire, elle devenait dans cette oeuvre un instrument vouant les choses et les gens à la disparition.Cenotaph était un monument à tout ce qui a été laissé pour compte par les images médiatisées, les nouvelles télévisées et autres, recentrant toute l\u2019attention sur l'expérience des gens et leur histoire individuelle dont la somme n'arrive encore pas à se comprimer dans l\u2019histoire officielle.Le contenu politique de cette oeuvre se déployait grâce à une mise en scène dont les éléments étaient fortement chargés symboliquement : la pyramide, à connotation d'\u2019éternité, l'éclairage réglé sur certains points seulement, laissant dans l'ombre le reste de l\u2019espace occupé, le surgissement glacial et impersonnel des images vidéo et des diapositives, la phrase d\u2019Hannah Arendt.Le public entrait dans cet espace avec gêne et même avec un sentiment d\u2019oppression : ce monument à l'oubli médiatisé produisait un effet immédiat de distanciation amenant le public à comprendre une situation plutôt qu\u2019à se faire prendre par |'oeuvre.Barbara Steinman a su, POSSIBLES dans cette oeuvre, intégrer au concept de ye Lumiéres \u2014 théme de |\u2019exposition du Centre international d\u2019arts contemporains \u2014 son envers saisissant et toujours présent : l'ombre de la désinformation.Dans une exposition qu\u2019elle présente au cours de l\u2019hiver à la Galerie René Blouin l'artiste met des mots en scène et les déplie les uns en regard des autres pour qu'ils se voient et se parlent, comme on déplie un vêtement dont on a toujours cru qu'il n\u2019était que surface et objet d'usage, négligeant son pouvoir de structuration de l\u2019apparence de qui le porte, du sens qu'il établit de soi à l\u2019autre.i: Les mots.Les images.Faire taire les premiers, 3 les voir comme formes d'images autrement inapercues.Dépouiller les secondes, un souffle, un murmure, une phrase les traversent et les font parler. Mai 1968 et après En mai 68 le Québec ne connait pas le vaste mouvement de contestation étudiante qui en France fait « trembler » le pouvoir.Ici, tout se passe quelques mois plus tard, en octobre.Personne n'échappe alors au mimétisme.Même si la constestation n'a pas l'ampleur qu'elle a en France, la signification que l\u2019on lui donne n\u2019est pas très différente d\u2019un bord ou l\u2019autre de l\u2019Atlantique : « (À l'automne 1968) la rentrée se fait dans un climat électrisant.Le plublic a été alarmé par les journaux et certains dirigeants politiques qui affirment que les évènements français vont se reproduire ici, que « le sang va couler dans les rues ».Les rumeurs les plus fantaisistes se propagent.Finalement, l\u2019année commence dans le calme.À l\u2019Université de Montréal une tentative de boycotter le discours de bienvenue du recteur échoue » '.1/ Doré, Michel, Situation institutionnelle de la connaissance au Québec et action étudiante.Mémoire de maitrise, Département de sociologie, Université de Montréal, 1972.179 RE RUHRRRRAH I nes Les événements PossiBLEs \"\" lya dl Contrairement aux attentes, la contestation Yn futur démarre non pas dans les universités mais dans des institutions d'enseignement de niveau collégial : d\u2019abord au cégep Lionel Groulx à Sainte- Thérèse en banlieue nord de Montréal et ensuite, rapidement, dans plus de quinze (sur vingt-trois) cégeps sur tout le territoire du Québec.Les grèves et les occupations paralysent les enseignements pendant plus de deux semaines.À l\u2019École des Beaux-Arts de Montréal, l'occupation est plus longue et plus radicale : à la fois plus déterminés et plus imaginatifs, avec des fêtes, des chants, etc., les étudiants demandent l\u2019autogestion et une véritable démocratisation des arts.Dans l\u2019ensemble, le mouvement étudiant apparaît réformiste : outre un changement dans les services pédagogiques, les revendications incluent l\u2019amélioration du système de prêts-bourses, la création d\u2019une nouvelle université de langue française à Montréal et une rationalisation du système d\u2019enseignement en fonction du marché du travail et des besoins sociaux du Québec.La lutte porte donc globalement sur le manque de débouchés des étudiants des cégeps, soit en termes d\u2019ouverture du niveau universitaire, soit en termes d\u2019accessibilité pour les techniciens au marché du travail 2.Les milieux étudiants demeurent divisés : il y a | ceux qui veulent négocier avec le gouvernement | et ceux qui entendent politiser le débat et radicaliser les demandes.L\u2019on parle de « fractionnement du mouvement étudiant » entre diverses tendances.Certains analystes identifient deux tendances (tendance « plus ou moins utopiste de l\u2019École nouvelle, représentant la ligne dure » ; 2/ Maheu, L.et PR.Bélanger, (en collaboration avec F.Béland et M.Doré) « Pratique politique étudiante au Québec », Recherches sociographiques, vol.XIII, no.3, septembre-décembre 1972, p.311-342. Bly 0 ty Mai 1968 et aprés tendance « réformiste, plus pragmatique »), d'autres trois : une tendance nationaliste, une tendance bourgeoise et une tendance « classe ouvrière ».Quant aux organisations syndicales étudiantes, elles ne semblent pas en mesure d\u2019assurer la direction de la contestation.Créée en 1964, l\u2019Union générale des étudiants québécois (UGEQ) est une organisation fragile, avec des ressources limitées, une structure décentralisée et une faible unité idéologique.À l'été et à l\u2019automne 1968, l'UGEQ organise des réunions de représentants des cégeps et des universités et sans beaucoup de succès, elle envoie des animateurs pour politiser les débats là où il y a occupation des locaux.Sa principale initiative est d'organiser à la fin de l\u2019année scolaire une grande manifestation qui regroupe plus de 10 000 étudiants et qui se termine par une suite de discours plus ou moins lénifiants au Centre sportif de l\u2019Université de Montréal.Vice- président de l\u2019Union (et futur député péquiste et ministre), Claude Charron prononce un discours important, des « plus démagogiques », diront certains, et il invite les étudiants « à retourner en classe ».L'UGEQ sera dissoute l'été suivant ; les militants étudiants se tourneront alors soit vers les comités de citoyens soit vers des groupements politiques de gauche \u2014 par exemple le Mouvement syndical politique ou le Mouvement de libération es travailleurs \u2014 et ils participeront à des campagnes d\u2019agitation et à l\u2019organisation de manifestations, par exemple celle de McGill français qui réunit plus de 15 000 personnes dans les rues de Montréal à l'automne 1969.Les milieux universitaires ne sont pas insensibles à toute cette agitation, même si ceux qui analysent le mouvement de contestation ne font que très rarement référence à ce qui se passe dans les universités.Le mouvement de contestation touche l'Université dès février 1968, avec une grève au Département de sociologie de l\u2019Université de Montréal.Les étudiants rédigent un manifeste « Université ou fabrique de ronds-de-cuir 2 » dans lequel ils critiquent la pédagogie « passive » et « compétitive », ils s\u2019attaquent au « mandarinat professoral » et ils dénoncent le rôle et les fonctions de l\u2019Université.Et au mois de mars, l\u2019Association des étudiants en sciences sociales organise un colloque sur le thème.« Le rôle des sciences sociales au Québec ».La mobilisation demeure limitée.La situation changera à l\u2019automne, suite au mouvement d'occupation des cégeps, au moment où l\u2019UGEQ invite ses membres à tenir des journées d'étude pour exprimer leur solidarité avec les étudiants des cegeps.A l\u2019Université de Montréal, les étudiants du Département de sciences politiques sont les premiers à se mettre en grève et ils sont aussitôt suivis par ceux du Département de sociologie.Pour sa part, l'Association générale des étudiants de l\u2019Université de Montréal (AGEUM) lance le mot d'ordre d\u2019une journée d'étude qui est tenue dans la majorité des départements et des facultés.Alors que les étudiants des autres facultés retournent en classe, ceux de la faculté des Sciences sociales s'engagent plus en avant et occupent les locaux (bibliothèque, cafétéria, bureaux de l\u2019administration, etc.) de la faculté : ils entendent, par la mise sur pied de comités, poursuivre leur réflexion sur les fonctions de l\u2019université et donner à leur action une meilleure organisation.Le lundi 21 octobre, l\u2019on tient une assemblée à laquelle assistent plus de 800 personnes, dont un certain nombre de professeurs : les principales revendications concernent la gestion de l\u2019université (démocratie, cogestion), la pédagogie universitaire (interdisciplinarité, promotion par matière, autoformation) et la situation globale du Québec (débouchés pour les diplômés, planification socio-économique, contrôle de l\u2019économie).Mais 182 CESR RPIREROQUES CHÉCLGAU LEB: SCBA Ed.ds aks hd Le bbb ol dst en POSSIBLES llya un futur fi 1 lop BL 0 Jur Mai 1968 préférant la négociation à l\u2019affrontement avec etaprés l'administration, les étudiants décident quelques jours plus tard de cesser l'occupation.C'est l\u2019échec : les « particularismes » et l'autonomie de chaque département empêchent une généralisation de la contestation à l\u2019ensemble du campus.L'impact sur les sciences sociales La contestation étudiante a sur les sciences sociales un impact qui dépasse largement les « conséquences immédiates » (participation des étudiants, modification des programmes et de la pédagogie, etc.), qu\u2019elle entraine dans chacun des départements directement concernés.Comme tout mouvement social, le mouvement étudiant est une énigme, il constitue un nouvel objet de réflexion et de recherche ; son action oblige chaque discipline à une auto-critique.La conjoncture invite donc intellectuels et professeurs à une remise en question et à un renouvellement des perspectives.En raison même de son caractère éphémère et de son échec, le mouvement étudiant québécois fait naître très peu de vocations d\u2019idéologue, sauf évidemment chez les quelques militants étudiants engagés dans l\u2019action.Par exemple, Louise Harel et Richard Brunelle, tous deux membres de l\u2019exécutif de l'UGEQ et étudiants en sciences sociales résument, dans un texte intitulé « L'UGEQ après l'occupation des cégeps », « les options principales du mouvement étudiant » ; ils tentent de démontrer qu\u2019Octobre 1968 est non pas une simple « rébellion, un psycho-drame collectif sans avenir » mais bien « le signe d\u2019une rupture avec le fonctionnement antérieur et l\u2019amorce d'un projet collectif nouveau » *.À la rentrée scolaire, Le 3/ Harel, Louise et Richard Brunelle, « L'UGEQ après l'occupation des CEGEP », Rouge et Noir, no.1, été 1969, p.44. ee pape ih coum Te ee oon ; .Quartier latin, journal de l'Association générale POSSIBLES ho des étudiants de l'Université de Montréal se ya or transforme en un magazine d'information étudiant et espère élargir le débat : au fonctionnalisme, à P production-consommation et à l'idéologie, l\u2019on oppose la spontanéité, l'utopie et la vie libertaire.Dans un éditorial intitulé « L'école qu\u2019ossa donne ?», le rédacteur en chef Roméo Bouchard esquisse une critique radicale de l\u2019ensemble du système d'enseignement : « L'école est-elle condamnée, ainsi que le type de société et de civilisation dont elle est devenue la plaque tournante ?La Boîte à livres succède à la Boîte à lunch et elle est le symbôle d\u2019un asservissement encore plus total de la personne humaine, l\u2019asservissement de l'esprit »*.Comparativement à leurs collègues européens, les intellectuels québécois écrivent peu d'articles et de livres sur le mouvement étudiant lui-même.D'ailleurs dans les ouvrages d'histoire contemporaine du Québec, les références à la contestation étudiante d'octobre 1968 sont rares et brèves.L'un des rares ouvrages consacrés entièrement à la contestation étudiante est écrit par le psycho- sociologue français Georges Lapassade pendant son séjour en 1969 à titre d\u2019« analyseur institutionnel » engagé par le recteur Dorais de la toute jeune Université du Québec à Montréal.Cet ouvrage retient l'attention avec un titre fort révélateur du Livre fou et une mise en page fantaisiste ; il s\u2019agit d\u2019un collage de textes et de photographies qui permettent d'illustrer les diverses facettes de la « nouvelle contestation » (critique de l\u2019école, drop out, libération sexuelle, contre- | culture, indépendantisme) dont l\u2019idée principale ou le slogan est : « l\u2019avenir de la liberté réside d\u2019abord chez les jeunes qui se marginalisent ».4/ Bouchard, Roméo, « L'école, qu\u2019ossa donne ?», Le Quartier latin, vol 52, no.1, 17 septembre 1969, p.34.184 IR ., C8 Mai 1968 Lapassade accorde évidemment une place cen- lu #1 APTS trale à l\u2019action du mouvement étudiant : « Dans le monde entier, l'année 1968 a été le temps de la contestation libertaire.Au Québec le moment culminant, c'est octobre 68 {.).Les jeunes ont contesté directement les institutions de la vie et de la culture, la société technologique et bureaucratique, la répression hiérarchisée de la liberté.À Montréal comme ailleurs, les jeunes ont opposé à cette société l'utopie d\u2019une société autogérée, le projet d\u2019une culture neuve.Ils ont proclamé leur volonté de changer la vie » *.Cette « volonté de changer la vie » est aussi présente chez les intellectuels et les universitaires qui observent, souvent sans cacher leur passion et leur engagement, l\u2019effrittement de l\u2019« ancien monde ».D'ailleurs, lorsqu'ils abordent la « question étudiante », les analystes l\u2019inscrivent habituellement dans le contexte plus large de la fin des années 1960 marquée par le développement d\u2019un mouvement contre-culturel, par la crise du système d'enseignement et par la radicalisation du nationalisme.Les diverses réflexions, analyses et recherches que suscitent au tournant de la décennie la constestation étudiante se regroupent en trois grandes catégories : les réflexions générales, à caractère prophétique, sur la jeunesse dans les sociétés industrielles avancées ; les analyses critiques, habituellement marxistes, du mouvement étudiant lui-même accusé de spontanéisme et d'utopisme ; enfin une série de recherches empiriques sur le système d\u2019enseignement et la population étudiante (caractéristiques socio-économiques, attitudes, itinéraires).5/ Lapassade, Georges, Le livre fou, Paris, Épi éditeurs, 1971, p.133.TR TI TCR ERY + (a 1 ! La jeunesse : catégorie ou acteur social Sous l\u2019action conjuguée de la contestation étudiante et de la contre-culture, les conflits de valeurs apparaissent, à plusieurs observateurs, soit comme le produit des écarts entre générations soit comme le signe d\u2019une crise profonde de la société.Lors de sa promotion au titre de professeur titulaire au département de Sociologie de l\u2019Université de Montréal, Marcel Rioux fait figure de visionnaire avec la présentation d\u2019une leçon inaugurale consacrée au thème « Jeunesse et société contemporaine »; adoptant une démarche « prospective », il se demande si les comportements déviants des jeunes ne sont pas annonciateurs d\u2019une nouvelle étape de l\u2019évolution socioculturelle ».Articulée à l'hypothèse d\u2019une « néoténie socioculturelle » (prolongation de l'adolescence et conservation des traits juvéniles), son analyse de l\u2019évolution sociale le conduit à affirmer, sur un ton provocateur, que les conflits de générations sont à la société contemporaine ce que les conflits de classes étaient au début de la révolution industrielle.Rioux se fait ici le défenseur de la culture adolescente et il présente la jeunesse à la fois comme un groupe social (avec son « métier » d'étudiant, sa capacité juridique, son autonomie financière, sa vie sexuelle légitime et sa propre sous-culture) et comme une véritable force politique.Enfin de la jeunesse québécoise, il dira qu'elle est « une des plus dynamiques des sociétés industrielles » et qu'elle « constitue un pôle d'entrainement vers le changement » 6.Cette préoccupation pour la jeunesse n\u2019est pas nouvelle chez Marcel Rioux qui avec son collègue Robert Sévigny termine alors une enquète réalisée auprès des « nouveaux citoyens » pour la société Radio-Canada.Et peu avant les évène- 6/ Rioux, Marcel, Jeunesse et société contemporaine (1965), Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1969.186 ve vas 00Mb sd da ca fbécéét MBA As iat.bbe Sani EM eee Per POSSIBLES Hya un futur Mal él Mai1968 ments d'octobre 1968, Marcel Rioux coordonne, etaprès qvec K.N.Walker de l\u2019Université de Toronto, une recherche qui, subventionnée par le Conseil des Arts du Canada et réalisée avec l'assistance de R.Sabourin, porte sur « l'identité de l'étudiant universitaire ».Dans la contestation étudiante, il voit « l'indice que la jeunesse et en particulier les étudiants universitaires sont le moteur du changement social non seulement aux Etas-Unis mais aussi dans la plupart des pays industrialisés de l'occident » \u201d.Et pour la première fois, Rioux utilise la notion de « révolution culturelle » et donne aux jeunes le statut de la « nouvelle classe révolutionnaire ».Familier avec les travaux de Rioux, Jacques Lazure, professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal entreprend, quelques années plus tard, la publication d\u2019une série d'ouvrages sur « la révolution de la jeunesse du Québec ».Le caractère révolutionnaire de la jeunesse se manifeste dans sa volonté de « rompre radicalement, même brutalement, avec une société qui ne l\u2019intéresse plus, dont elle apercoit et dénonce les nombreuses turpitudes » ©.À la fois théologien et sociologue de formation, Lazure entreprend de donner sens aux diverses modifications de comportement et de pensée qu'il observe chez les jeunes et qui se manifestent principalement dans les domaines socio-politique, scolaire et sexuel.L\u2019éclairage « freudien » (revu par Erich Fromm) qu'il adopte lui permet de mettre en relation chacune des trois révolutions avec l\u2019un ou l\u2019autre aspect de la personnalité (le ça, le moi et le sur-moi) : la révolution socio-politique et le sur-moi indépendantiste (et ses variantes radicale, libertaire et réformiste) ; la révolution scolaire et la recherche d'identité mar- 71 Rioux, Marcel, « Commentary », Our Generation, vol.6, nos.1-2, May-June 1968, p.190.8/ Lazure, Jacques, La jeunesse en révolution au Québec, Montréal, Les Presses de l\u2019Université du Québec, 1971, p.10. renee RRL RR J HH Hi, quée par la contestation des professeurs et des administrateurs et par la tentation du drop out ; enfin la révolution sexuelle et l'ouverture à une « sexualité libre, libérée, en pleine énergie disponible, en construction de soi-même et de ses normes ».L'impact de ces trois révolutions est d'autant plus grand qu'elles s\u2019unifient pour donner ce que Jacques Lazure, à la suite de Rioux, appelle une « révolution culturelle » en raison de « son caractère global, totalisant ».Lorsqu'il analyse la « révolte étudiante qui fait rage depuis six ou sept ans », Lazure ne cache pas sa déception : à l'automne 1968, la « bataille fut traumatisante » et « elle se solda, en gros, en un échec de la contestation radicale, devant la force de résistance du pouvoir administratif, à l'échelon scolaire ou politique » ?.Cet échec s'explique aussi par le rôle que joue, au Québec, dans la transformation de la mentalités des jeunes québécois, le sur-moi indépendantiste et la recherche politique collective.Lazure écrit ses lignes peu après Octobre 1970.Les actions terroristes du Front de Libération du Québec (FLQ) mobilisent alors toute l\u2019attention et elles font rapidement oublier Octobre 1968 : avant d\u2019être scolaire ou sexuelle, la révolution de la jeunesse du Québec aura donc été d\u2019abord politique.Les étudiants vus et corrigés par la gauche Les années 1960 et en particulier la fin de la décennie sont marquées par l'introduction d'un enseignement marxiste en sciences sociales et par l\u2019utilisation beaucoup plus fréquente de la pro- 91 Ibid., p.86-87.«188 POSSIBLES Hya un futur Moi of Mai 1968 et après blématique marxiste dans les travaux et les écrits sur le Québec.Le marxisme est plus qu\u2019une théorie ou une idéologie ; elle devient une « spécialité universitaire » pour une nouvelle génération d'intellectuels dont plusieurs se retrouvent à l\u2019'Ugam au moment de sa fondation en 1969.Les ouvrages d\u2019Althusser et de Poulantzas non seulement invitent à une (re)lecture de Marx mais aussi fournissent l\u2019armature intellectuelle à plusieurs analyses de la « formation sociale » québécoise et de plusieurs « questions » spécifiques (nationale, scolaire, urbaine, etc.).Cette influence est aussi très visible dans les revues politiques, par exemple dans Socialisme 69 où Céline Saint- Pierre et Dorval Brunelle, tous deux professeurs de sociologie à l'Ugam signent un éditorial qu'ils intitulent pompeusement : « Pour un socialisme scientifique québécois ».Quelques années plus tard des professeurs en sciences sociales de l\u2019U- qam se réunissent autour d'une nouvelle revue, Chroniques (1975) pour « couvrir les activités culturelles et politiques dans une perspective marxiste » et combattre la « tendance nationaliste réactionnaire » (du Parti Québécois) et la « tendance contre-culturelle ».Au même moment, se développe un plus grand intérêt pour des recherches sur le mouvement ouvrier et les classes populaires.En sociologie à l\u2019Université de Montréal, des étudiants consacrent leur thèse de mai- trise à l'un ou l\u2019autre aspect de l\u2019histoire contemporaine du mouvement ouvrier et adoptent la problématique marxiste.En l'absence d\u2019une gauche solidement organisée au Québec, le mouvement étudiant peut s\u2019épargner les frais d\u2019un débat avec les leaders et les membres des partis politiques, mais les étudiants contestataires ne peuvent éviter le regard de leurs professeurs (de gauche) qui les observent, le plus souvent avec sympathie et les interpellent par l\u2019intermédiaire de revues politico-intellectuelles. f Pi y, \"19 A H A 8 If Dés le printemps 1968, Gabriel Gagnon, professeur d\u2019anthropologie à l\u2019Université de Montréal, écrit dans la revue Parti pris un texte sur les événements de Mai 68 en France : « Le mouvement étudiant et la révolution culturelle ».Dans le numéro suivant, le directeur, Philippe Bernard, politicologue de formation, consacre son éditorial à la « contestation édudiante ».Pour Parti pris, la contestation étudiante ne s'explique ni par l\u2019action d\u2019une « minorité agissante sous l\u2019influence d'éléments extrémistes ou subversifs » ni par la « crise de croissance de la société accompagnée d\u2019une mutation brusque des générations montantes » ; parce que les « structures universitaires reflètent les rapports socio-économiques d\u2019une société bourgeoise et capitaliste » ; elle peut contribuer à « la contestation globale de la société » mais à la condition que les étudiants portent leur action « au-delà des attaques contre certains professeurs ou les directions » 0, Pour sa part, la revue Socialisme, fondée en 1964 et animée par des professeurs en sciences sociales, organise en novembre 1968 une table- ronde dans le but d\u2019analyser les objectifs et les moyens d'action du mouvement étudiant.et de tenter d\u2019en prédire les conséquences sur la conscience étudiante » !!.Et Our Generation, revue anarchiste de langue anglaise dirigée par Dimitri Roussopoulos publie un long texte de deux politicologues américains, John et Margaret Rowntree, « The Political Economy of Youth » et, en éditorial au numéro de l\u2019été 1968, réaffirme leur conviction qu\u2019il y a « quelque chose de profondément révolutionnaire dans la situation de la 10/ Bernard, Philippe, « Éditorial.La contestation étudiante », Parti pris, vol.5, no.6, été 1968, p.3.11/ « Qu'est-ce que la contestation a contesté 2.Table ronde sur l\u2019occupation étudiante », Socialisme 69, no.16, janvier-mars 1969, p.85.POSSIBLES lya un futur Hol ot] LS Mai 1968 et après jeunesse ».Mais l'appui de la revue au mouvement étudiant est conditionnel : « Revolutionary violence » is no substitute for militancy.Such a strategy cannot be the main thrust of revolution in technological societies » 12.Animée d\u2019un même idéal libertaire et communautaire, les rédacteurs de la revue Rouge et Noir consacrent leur premier numéro (été 1969) à la révolte étudiante » et ils publient des textes de militants étudiants.Et se référant explicitement à la Commune de Paris, la revue lance une idée concréte qui puisse mobiliser les étudiants : la création de « communes étudiantes ».Dans leurs analyses du mouvement de mai, les professeurs \u2014 intellectuels de gauche \u2014 sont souvent trés sévéres : ceux-ci voient la contestation étudiante comme Lénine voyait (et craignait) le gauchisme.Dans leur étude de la « conjoncture politique québécoise depuis 1960 », L.Racine et R.Denis parlent, lorsqu'ils décrivent le mouvement étudiant à la fin des années 60, du « manque d'organisation et de stratégie »; ils reprochent aux étudiants des milieux petit-bourgeois « d\u2019avoir versé dans une vision politique utopiste et assez confuse » et aux étudiants des milieux ouvriers, d\u2019être demeurés « sous la coupe idéologique bourgeoise d\u2019éducation-enrichisse- ment et de compétition sur le marché du travail » ; enfin, ils considèrent le journal des étudiants de l\u2019Université de Montréal, Le Quartier latin, comme « apololitique et d\u2019un utopisme petit-bourgeois prononcé » et l\u2019associent à « la diffusion de vagues idées plus ou moins hippies sur la révolution culturelle » !*.12/ « Éditorial Notes : Struggle is freedom.It\u2019s just beginnings », Our Generation, vol.6, nos 1-2, May-July 1968, p.5.13/ Racine, L.et R.Denis, « La conjoncture politique québécoise depuis 1960 », Socialisme québécois, 21-22, avril 1970 (Québec 70), p.44-46.li ED EE RS EA EE CO A D IE OT RS RE Te TR pry mR var Plus nuancés dans leurs propos, L.Maheu et PR.Bélanger reprennent une grille d'analyse similaire : refusant toute autonomie aux luttes étudiantes, ils les assimilent « à celles de la couche sociale à laquelle ils appartiennent par détermination structurelle ».Leur constat en est d'échec : « Sans organisation, ni idéologie, ni politique commune, le mouvement étudiant est désormais dépendant des initiatives spontanées et locales » \u2018*.Ces remarques critiques à l'égard du mouvement étudiant, les militants maoistes (marxistes- léninistes) les reprennent dans un numéro de la revue Mobilisation consacré à l\u2019histoire du mouvement étudiant (1964-1972) : absence d'objectifs et de stratégie d'ensemble, aucun appui du mouvement ouvrier, idéologie petite-bourgeoise, utopiste et libertaire, etc.L'on reconnait que le mouvement d'occupation d'octobre 1968 marque une rupture d'avec le syndicalisme étudiant (mise en places de « pratiques nouvelles » telles la préférence pour les actions de masse et la démocratie directe), mais une fois les leçons tirées de la période 68-69-70 (limites du populisme et du spontanéisme, etc.), il faut passer aux « choses sérieuses » (de la lutte des classes et de la révolution) \u2018>.Et après ?La contestation étudiante d'octobre 1968 marque plus les intellectuels et les universitaires que les étudiants eux-mêmes : alors que les étudiants ne rêvent plus de la contestation globale et qu'ils se perçoivent comme une catégorie sociale, les professeurs ne cessent de s'interroger et ils les 14/ L.Maheu et PR.Bélanger, « Pratique politique étudiante au Québec », op.cit.p.341.15/ « Le mouvement étudiant au Québec, 1964-1972, Mobilisation, vol.4, no.2, octobre 1974, p.1-25.POSSIBLES llya un futur fai! lof Mai 1968 et après définissent comme un acteur social.Pour quelques professeurs, cette préoccupation se transforme en objet de recherche : L.Maheu et PR.Bélanger réalisent une étude sur le mouvement étudiant et le système universitaire québécois ; G.Rocher et P W.Bélanger obtiennent d'importantes subventions du Ministère de l'éducation et entreprennent une étude longitudinale des Aspirations sociales et des orientations professionnelles des étudiants québécois ; dix ans plus tard, après une brève période de conflit au Département de sociologie de l\u2019Université de Montréal, Robert Sévigny élabore un cadre psychosociologique d'analyse qui permettrait éventuellement des études monographiques du phénomènes de contestation étudiante en milieu universitaire.Et comme en France, la question de l\u2019origine sociale des étudiants retient l\u2019attention des chercheurs, mais seulement une fois la contestation terminée : C.Escande (1973) pour le niveau collégial, P.Dandurand et M.Fournier (1978) pour le niveau universitaire.Enfin, à l\u2019Université de Montréal, l'éducation et en particulier les inégalités socioéconomiques deviennent, entre 1968 et 1977, les thèmes d\u2019un grand nombre des mémoires en sociologie.L\u2019on connaît assez bien, même si les monographies sont rares, les conditions qui ont rendu possible la contestation étudiante d'octobre 1968 : développement rapide de l\u2019enseignement postse- condaire, présence d'étudiants dont les itinéraires sociaux sont différents, conflits de valeurs entre générations, etc.Mais pourquoi le mouvement a- t-il été limité @ Que deviennent les militants étudiants lorque tombe l\u2019effervescence de la contestation ?Les voies d'action qui s'offrent aux étudiants au tournant de la décennie sont triples et chacune renvoie à une ou l\u2019autre des caractéristiques principales de la contestation étudiante elle-même : d\u2019abord, les revendications réformistes et la volonté de mobilité sociale de la majo- rité des étudiants rejoignent celles du mouvement nationaliste à un moment où celui-ci acquiert, avec la création du Parti québécois en 1968, une dimension politique ; ensuite, l'affirmation d\u2019une « culture jeune » conduit certains étudiants vers la contre-culture et les invite à prendre la défense d\u2019un « nouveau » mode de vie et de « nouvelles » valeurs (drop out, drogue, communes, sexualité libre) que véhiculent leur propre journal, Le Quartier latin, et le magazine Main mise ; enfin, la contestation globale de la société se traduit par un militantisme dans des organismes populaire et dans des groupes politiques d\u2019extréme-gauche (maoistes : En Lutte, la Forge), avec la recherche désespérée d\u2019une alliance entre la jeunesse étudiante et la classe ouvrière.Coincé entre ces trois perspectives, le mouvement étudiant perd son autonomie et sa force de mobilisation, principalement en faveur du nationalisme que les actions du FLQ et la réaction du Gouvernement fédéral (Octobre 1970) ont exacerbé : parmi les partis politiques provinciaux, le PQ.est celui qui apparaît comme le parti des jeunes.Les intellectuels et les universitaires eux-mêmes suivent des trajectoires politiques similaires à celles de leurs étudiants, tantôt comme guide- idéologue, tantôt comme compagnon de route.Dans chaque université, des professeurs entendent les sifflements de la contre-culture, certains abandonnent même leur emploi permanent et rémunérateur, d\u2019autres font des compromis (travail à la ville vie à la campagne ; fins de semaine et vacances en commune, etc.).Comme dans la fable, personne n'est épargné : non seulement des modes de vie, mais aussi des modes de pensée changent.De véritables conversions s\u2019'opèrent : en sciences sociales, des professeurs et des chercheurs refusent tout effort d\u2019objectivation et abandonnent la méthodologie quantitative pour privilégier la méthodologie qualitative et de nouvelles techniques de collecte et d\u2019analyse des 194 POSSIBLES lya un futur Hoi 9 stop SIBLE .\u2018 ; Cr .LA Mai1968 données (vidéo, etc.) ; poète-anthropologue, Luc dur P Racine délaisse la problématique marxiste, quitte Parti pris et devient un « sociologue stoned » °°.* kk Aujourd\u2019hui, l\u2019 effervescence de la fin des années 1960 nous apparaît très lointaine.Certains s\u2019y réfèrent avec nostalgie : c'étaient des « années de rêve », de grands projets et d'espoir fou.D\u2019autres regardent cette période d\u2019agitation comme une curiosité, une bizarrie difficile à comprendre.Quel que soit le point de vue privilégié, une conclusion s'impose : vingt ans plus tard, personne ne parle du mai 1968 québécois, comme s'il ne s'était rien passé.Les médias se tournent vers la France où l\u2019impact du mouvement étudiant a été plus grand.assez pour préparer l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un gouvernement socialiste.Toute mémoire joue des tours, surtout lorsqu'elle est collective ! En eux-mêmes, les événe- ments de mai-octobre 1968 n\u2019ont qu\u2019un poids relativement faible dans l\u2019histoire québécoise contemporaine ; beaucoup plus importante, beaucoup plus déterminante est la conjoncture de l\u2019ensemble des années 1960-1970, avec l\u2019arrivée de nouvelles générations sur le marché scolaire et sur le marché du travail.Ce sont des années d\u2019expérimentation : vie en commune, coopérative d'habitation, revalorisation du tra- | vail artisanal, retour a la terre, autogestion d\u2019entreprise, etc.Des trajectoires personnelles sont complétement, parfois dramatiquement bouleversées ; il y a des échecs individuels et collectifs (le Référendum 2).Certes ni la ville ni l\u2019école ni la société ne sont fondamentalement changées mais beaucoup de choses ont changé dans les modes 16/ Racine, Luc et Guy Sabourin, Pour changer la vie, Montréal, Editions du Jour, 1973, p.7.195 =f de vie et de pensée : relations homme-femme dans le couple, relations élèves-professeur à l\u2019école, relations employés-employeur à l\u2019usine ou dans les bureaux, nouveaux savoirs et nouvelles thérapies, etc.Et il y a quelques victoires, dont celle du RCM à Montréal.Que, de ces belles années, reste-t-il @ La tentation est grande de faire le procès de ces générations contestatrices en identifiant ceux et celles qui sont « parvenus » et qui sont « assis » à des postes de pouvoir.I serait facile de dire que les jeunes progressistes d'hier sont avec l\u2019âge devenus un peu plus conservateurs : ce sont, au sens strict du terme, des « progressistes-conserva- teurs » ! Ce serait oublier que de nouvelles démarches individuelles et collectives ont été entreprises, que des relations sociales différentes se sont tissées, que de nouveaux rapports au monde et à la vie se sont élaborés, bref qu\u2019une incertitude s\u2019est installée.196 POSSIBLES Hya un futur GABRIEL LANDRY Poète voile au vent on ne me trouve plus chez moi j'ai refait le chemin de ma grande difficulté muette au milieu de vous ce temps m\u2019a laissé baigné d'absence parmi les pas perdus du grand Saint-Denys ma tête enfouie aux mauvaises lunaisons tous mes oiseaux échappés à recoudre au-dessus de moi la grande défroque de Nuit POSSIBLES lya un futur enfoncons la porte du silence de même la voûte de l\u2019ennui bâillons aussi au jour neuf qui voudrait rutiler nouons l'instant dans l\u2019oeuf étalons froidement notre cri comme une encre aux étals du jour on se gaspille à la gueule du soir le vent nous pousse à dieu va le silence est peu probable la pluie se roule dans ses flaques où je marche la rue se défonce et je m\u2019entiche de la dernière passante 198 poète PU BLE Poéte voile av vent le corps se mêle à une aube de plus pour un droit de cité aux ruelles je titube ou vacille c\u2019est selon m\u2019affaisserai m\u2019affaisserai pas par-dessous l'aile une encre fuit et le poète perd son sang * poète voile aux vents traîne son aile de maraud tire sa mine à la gueule du jour et roule dans le soir et roule n\u2019amasse pas mousse H Ri Ki Ri i] Ri 5 IK \" POSSIBLES lya un futur l'enthousiasme n\u2019est plus de mise la poésie quelle poésie on rêve plutôt aux routes infinies du Texas et d'Oklahoma j'arrive camionneur aventurier j'ai laissé mes poèmes sur la table du temps petite mort tes yeux signent nos échéances pendant qu\u2019un soleil fauve abrège nos sommeils Il n\u2019est pourtant pas tard Poélé | Hy Poète voile au vent le temps braille bouts de pluie les rues battent leur blessure le vent afflue en hautes coulées tout paysage courbe l'échine le coeur flanche tout bas rien il me pousse une fleur de mal il neige | au nord nuit qui se love dans son encre on ne trouve plus son nid c'est la cueillette de ténèbres le jour viendra peut-être 3 ) A 1 if : 1 i He 4 i HE I Li i ) 3 HE i : ji i Hi i Ii i H H POSSIBLES Hya un futur délégué corps et âme je me cherche en vrac vé \\ d'un pavé à l\u2019autre nous voici bien écartés moi je rime à rien par-devant l'existence contre une fuite de courage une perte d\u2019eau rien n\u2019est potable et chaque jour suffit à peine un poème d'extinction une parole désertant l\u2019archipel des mots retranchés la lèvre pour rien tout cela ne m'aide pas Poet Shei aa stats hg Poéte voile fr au vent je partirais J mais le nord ne serait nulle part 203 LCs x OCI cc pes rte ei ere ess ac Cr a ere pry es i \u2014\u2014 pren es = cs pee 1 rerio pail EEK us OEE TTL oto pees pa Reiley pS = pt hk SES th IR HSE pe feb ax rs REGIE a BOTS (oN SRE th MARC-HENRY SOULET Intellectuels et sciences sociales : des frères ennemis à la recherche d\u2019un avenir Silence des intellectuels, crise des sciences sociales ; démission des uns, bavardage des autres.Nombreuses ont été les prises de position, médiatiques et essayistes la plupart du temps, qui, chacune de leur côté, ont véhémentement fustigé les premiers ou froidement disséqué les secondes.En cette revue même, il n\u2019y a pas si longtemps, le constat était analogue et le réquisitoire aussi sévère, même si l\u2019on recherchait quelques raisons de ne pas désespérer.Mais jamais, ou quasiment jamais, les analyses n\u2019ont mis en rapport les deux phénomènes dans leur singularité.Soit, ils ont été décrits séparément ; soit ils ont été fondus dans un magma où intellectuels et sciences sociales se dissolvaient l\u2019un dans l\u2019autre.Comme s\u2019ils étaient radicalement différents et oeuvraient dans des registres réciproquement hermétiques ou comme s'ils étaient profondément similaires ou, tout au moins, comme si la confusion ne prêtait pas à conséquence.205 =f ZEIT SSIS RITE TOMMY TBA ae ie Mec Intellectuels et sciences sociales : une mise en question concordante Or, ne convient-il pas de considérer que cette simultanéité des constats sur le silence des intellectuels et sur la crise des sciences sociales n\u2019est pas fortuite et qu\u2019elle présente même quelque concordance logique ?Il s\u2019agit, me semble-t-il, des deux faces d\u2019un même phénomène plus profond : celui de la modification du statut de la fonction intellectuelle.Encore faut-il expliciter ce que recouvre cette dernière et exposer en quoi les deux constats ré-cités en relèvent.Il faut pour ce faire dissocier la fonction intellectuelle des dépositaires de celle- ci, distinguer la mission des agents qui la remplissent.|| importe en effet de concevoir que la fonction sociale des intellectuels s'inscrit en deçà et au-delà de la catégorie sociale des intellectuels et que ces derniers sont, au même titre que d\u2019autres ont pu l'être (chamans, scribes, sophistes, clercs\u2026) détenteurs d\u2019une fonction symbolique : celle qui permet l'identification et la représentation du corps social, celle qui le rend intelligible en expliquant et en légitimant les distinctions et les divisions entre ses membres, celle qui remplit une oeuvre de médiation entre les hommes en fondant un dénominateur commun dépassant leurs intérêts individuels.Cette fonction intellectuelle ne s\u2019effectue pas d'elle-même.Elle présuppose toujours un corps d'agents qui en soit le dépositaire et ait un devoir de parole envers la collectivité pour réaffirmer l\u2019être-ensemble.Ce corps connaît donc une double caractéristique, une condition génétique (il est un produit social) et une dimension générique (il exerce une oeuvre de transcendance).Mais, détermination socio-historique et vocation transcendante ne suffisent pas tout à fait pour caractériser les dépositaires de la fonction intellectuelle.Il convient, et c\u2019est là que nous retrouvons notre dichotomie de départ, de mobiliser POSSIBLES llya un futur elle gt « god des on short d'une Bg Ij Intellectuels et sciences sociales : des fréres ennemis a la recherche d\u2019un avenir une troisième caractéristique : l\u2019auto-réflexivité, i.e.le fait que ces dépositaires doivent s\u2019inclure dans la représentation de la collectivité qu\u2019ils ont contribué à forger et à diffuser, alors même qu'ils sont socialement produits par la collectivité pour remplir cette tâche.« Cela revient à dire que la conscience qu'ont ces agents de la contradiction entre détermination et essence influe sur la manière dont ils tiennent le rôle fau sens quasiment de composition théâtrale).» Soit, en effet, ils participent à produire et à entretenir une homogénéité de la société, soit ils s'efforcent de dénoncer cette production d\u2019universalité comme illusoire.Les premiers, les techniciens du savoir pratique, comme les appelle Sartre, en tant que détenteurs exclusifs d\u2019un savoir que la société considère comme vital, se voient conférer une autorité à orienter la société.Dépositaires des Lumières (ou de la science), ils sont investis de la mission de transmission de cette forme de connaissance à l\u2019ensemble de la collectivité.Il leur est donc assigné une oeuvre culturelle de généralisation de certains savoirs et valeurs en même temps qu\u2019un travail d\u2019affaiblissement et d\u2019invalidation des autres savoirs et valeurs.Cette conception positive de l'interprétation du rôle renvoie ainsi à l'idée d'éducation positive basée sur des contenus à transmettre et sur l\u2019accomplissement prochain de l\u2019état positif comtien.Les sciences sociales caractérisent dans la société moderne la figure positive de ces dépositaires, particulièrement au Québec d'ailleurs en raison de la nature de construit collectif volontaire que la modernisation y a prise.Les seconds estiment que la pédagogie et la diffusion forment l\u2019antithèse de leur mission.Ils se 1/ Soulet M.H., Le silence des intellectuels, radioscopie de l'intellectuel québécois, Montréal, Éditions Saint-Martin, 1987, p.37.207 : pe ee ES EE dE EEE RO EE EI placent dans la négativité, dans le refus de toute activité d\u2019homogénéisation culturelle.Ils se veulent à la manière de Sartre reflétant au monde les abus de toute universalisation ou de Benda sommant le clerc de rappeler l'impraticabilité des valeurs centrales sur lesquelles repose l'humanité.Cette idée de négativité traduit le décalage d'une société avec ses propres présupposés.Ce devoir d'ingérence ne réside plus dans un travail de transmission des savoirs mais dans l'exercice d\u2019une raison critique.Les intellectuels, stricto sen- su, caractérisent ainsi dans la société moderne le privilège d\u2019une conscience morale dans son rapport au monde.Toutefois, ces deux interprétations du rôle ne sont pas divergentes ; elles expriment dans la société moderne le dualisme de la fonction intellectuelle.Intellectuels et sciences sociales ne s\u2019excluent donc pas, pas plus qu'ils ne se recouvrent.Ils se présupposent mutuellement au contraire et impliquent une même condition antécédente : une totalisation (de la société, de l\u2019homme, du progrès, d\u2019une classe, de la connaissance.).Car, si l\u2019on examine les causes invoquées pour rendre compte de cette double crise des sciences sociales et des intellectuels, les arguments partent de ou débouchent toujours sur une crise de totalisation.Pour les unes, épuisement des grandes théories, marxistes et structuralistes notamment, et redécouverte des capacités d'action des agents sociaux accompagnée d\u2019une mise en avant de l\u2019autonomie de l\u2019individu face au poids des contraintes sociales ; discrédit des modèles quantitatifs au profit de perspectives dites compréhensives ; émiettement des problématiques et renoncement à une appréhension globale au profit d\u2019une approche privilégiant des aspects sectoriels.Pour les autres, fin d\u2019une représentation politique de la société et déflation idéologique au profit d\u2019une culture narcissique, fin du tout État et mise en avant des solutions négociées, éloigne- 208 poOssiBLES | llya ee un futur 4° des on ore d'une Intellectuels et sciences sociales : des frères ennemis la recherche d'un avenir ment irrémédiable du Grand Soir (nationaliste ou prolétarien).Et dans les deux cas, crise du sens.Sens de la vérité scientifique et sens de la vie collective, sens du progrés et sens du devenir.La défaillance de la fonction intellectuelle Ainsi, plus fondamentalement, ce qui fait converger cette double mise en question est à chercher dans une crise de totalisation.D'une part, les sciences sociales, dans leur interprétation positive de la fonction intellectuelle, se heurtent à une impossibilité de donner une lecture globale de la société et de produire une oeuvre d\u2019homogénéisation du corps social.Elles s\u2019épou- monnent en des analyses parcellaires et ponctuelles.D'autre part, les intellectuels, dans leur volonté de tenir le pôle de négativité de la fonction intellectuelle, butent sur l'absence d\u2019une totalisation à déconstruire.Comment montrer la dimension fallacieuse et illusoire de l\u2019universel quand celui-ci ne peut plus être posé 2 Comment développer une oeuvre de démystification quand la mythification n\u2019a plus la possibilité d\u2019être produite \u20ac Mais si la crise de la fonction intellectuelle, qu\u2019expérimentent et traduisent ses dépositaires, est crise de totalisation, comment rendre compte de cette dernière ?Probablement, et très simplement, par un décalage progressif entre l\u2019évolution des rapports sociaux et la conception de la fonction intellectuelle sur laquelle reposait la modernité.Cette dernière s'appuyait prioritairement sur l'idée d\u2019un objet à représenter.La logique du édagogisme ou des Lumières prend source dans le postulat que les détenteurs (positifs) de la fonction intellectuelle peuvent avoir une connaissance de l'expérience concrète vécue par le peuple, la classe ouvrière, les dominés\u2026 qui, eux, vivant cette expérience concrète ne peuvent accéder immédiatement à la connaissance de celle-ci.Ce postulat vaut tout autant pour les sciences sociales et leur positivisme, que pour les éclaireurs du peuple et leur mobilisation.En sciences sociales, il repose de manière analogue sur l'impossibilité que soit donnée à la conscience de ceux qui participent à la vie sociale la possibilité d\u2019une explication rationnelle de leur action, de ses tenants et de ses aboutissants.Si cette explication était identique à l'interprétation que ces agents font de leur action, l'existence même des sciences sociales ne serait plus fondée.Ce postulat présuppose ainsi un « sujet victime universelle » à libérer, une classe « porteur du mouvement historique » à conduire, une réalité indéniable à révéler dans ses lois structurelles.L'interprétation positive de la fonction intellectuelle s\u2019érige toujours sur cet objet à représenter et c\u2019est à partir de lui que la totalisation s\u2019effectue.Mais quand celui-ci s\u2019estompe à l\u2019horizon (quand l\u2019acteur social retrouve des capacités d'autonomie, quand le populicide est consommé, quand la réalité se diffracte), le devoir de parole de ces dépositaires devient caduc et le contenu de cette parole insensé, à tout le moins, impertinent.Ce délitement de la fonction intellectuelle au sein de la société moderne a d'autant plus de prégnance qu'il trouve un écho dans une modification de la représentation que la société a d'elle-même.Cette dernière ne se pense plus essentiellement aujourd\u2019hui à partir de catégories collectives comme les classes, les groupes indenti- taires.mais & partir de monades.Les lectures de la société s\u2019inscrivent dans un modéle épistémique ayant pour centre |'individu, ce qui invalide d\u2019autant la possibilité d\u2019une forme organique de dépositaires.Sur quelle base en effet penser la représentation quand le représenté se dissout @ 210 POSSIBLES Hya un futur ele o cient god des fr one Floren d'un ave Sls he Intellectuels et sciences sociales : des fréres ennemis à la recherche d\u2019un avenir La question est là, brutale.Le peuple a-t-il vraiment existé 2 N'a-t-il été qu\u2019une fiction de la modernité 2 Le peuple a-t-il une quelconque consistance en dehors des moments où il est dépouillé de sa souveraineté au profit de son mandataire 2 Le peuple n\u2019était-il qu\u2019une idée © Et s\u2019il n\u2019y a plus cette forme particulière d\u2019universel, comment peut-il y avoir quelqu'un qui se présente comme son représentant, qui se prévale d'en être le conducteur ou l\u2019éclaireur ?Il serait facile de faire le même constat sur la réalité sociale et les sciences sociales ; il suffirait quasiment de remplacer terme à terme le peuple par la réalité sociale.Existe-t-elle vraiment en dehors des constructions qu\u2019en donnent les sciences sociales 2.Sans objet universel, plus de totalisation possible ; sans totalisation, plus de sens à livrer, plus d\u2019avenir radieux (politique ou scientifique) a dessiner ; sans avenir radieux, plus de déconstruction au nom d\u2019un abus de totalisation, plus de devoir d\u2019ingérence.La boucle est ainsi bouclée et s'estompe cet « intellectuel organique » qui s'érigeait sur et à partir du peuple ou d'une classe pour homogénéiser ses intérêts et ses valeurs et lui faire prendre conscience de son identité et de ses potentialités ou bien qui se fondait dans une révélation des lois rationnelles censées structurer la réalité sociale par la mise en oeuvre d\u2019une procédure méthodique et rationnelle.Et si cet intellectuel organique s\u2019efface, comment son frère ennemi, cette conscience écorchée seule face au monde avec pour unique arme son exigence morale, pourrait-il trouver quelque motif à exister ?Cette raison négative a en effet paradoxalement besoin de positivité comme butoir ou repoussoir pour s'exercer.2] Cf.à titre d'exemple la remarquable analyse d'Alain Médam, « Des grilles et des vies » in Revue Internationale d\u2019Action Communautaire, n°15/55, 1985 211 same Partant, comment donc les sciences sociales pourraient-elles encore poursuivre leur travail d\u2019homogénéisation et d\u2019identitarisation quand le monde commun qu\u2019elles participaient a dessiner ne concorde plus avec la concrétude des situations quotidiennes ?Comment les intellectuels pourraient-ils mobiliser leur conscience devant I'insupportable si ce dernier ne prend pas sa source dans une totalisation du sens, dans un projet, dans une volonté, s\u2019il n\u2019est plus que conjoncturel, qu\u2019accident, qu\u2019éphémére ?Si défaillance de la fonction intellectuelle il y a, si crise des intellectuels et crise des sciences sociales il y a, n'est-ce donc pas en raison du fait ue la production du sens sur la société, sur son devenir et sur les formes de son être-ensemble, n\u2019est plus assurée ou, tout au moins, ne semble plus être assurée comme elle l\u2019était antérieurement 2 Face à ce constat, comment réasseoir une fonction intellectuelle 2 Une fausse piste ?La première alternative qui vienne immédiatement à l'expérience * emboîte peu ou prou les pas de Michel Foucault et fait son deuil de l\u2019universel.Elle pose un détenteur immanent de la fonction intellectuelle, spécifique à des champs sociaux concrets, sectoriels et locaux.Celui-ci ne peut imaginer tirer sa légitimité d'une représentation, d\u2019une parole au nom de, d\u2019une mise à la 3/ À l'expérience et non à l\u2019esprit, car en ce domaine fréquentes sont les tentations de faire renaître contre la modernité le droit naturel classique comme soubassement de l\u2019universalité de l\u2019homme ou d\u2019opposer aux cultures la Culture, au culturel le cultivé, manière élégante mais rapide de jeter avec l\u2019eau du bain de la modernité, le bébé, les parents et toute la famille avec, afin de mieux retrouver cet universel intemporel qu\u2019est la Pensée, comme nous y invite par exemple ce best-seller médiatique (et donc « populaire ») qu'est le récent ouvrage de À.Finkielkraut, La défaite de la pensée, Paris, Gallimard, 1987, 165 p.2212 A RT PR I IEEE A PT REA pv A HAL Eth TERE Ce a IN POSSIBLES lya un futur elec gl se qui des I oe jlatece d'une Bley Intellectuels et sciences sociales : des frères ennemis à la recherche d'un avenir place de et affirmer vouloir pour.Il renonce à être porte-parole de quiconque et, a fortiori, de la vérité.Il n\u2019oeuvre alors qu'au repérage des moments et des lieux où des effets locaux de vérité exercent une domination et empêchent une libre expression.Ce qu'il prend comme objet (de dénonciation), ce sont les formes de pouvoir qui obstruent, interdisent et invalident, de manière différente dans chaque domaine particulier de la société, toute possibilité d'épanouissement (des potentialités autogestionnaires ou de la vitalité du quotidien, pour reprendre les deux illustrations les plus nettes).Cette figure repose sur la volonté de laisser le social s'exprimer dans son effervescence et sa richesse en se gardant bien d\u2019induire un quelcon- ve devoir-être.Les masses savent, le quotidien détient la profondeur de la vie, mais l\u2019un comme l\u2019autre sont barrés par des savoirs et des pratiques sédimentées et instituées.Cette forme de dépositaire repose encore sur l'exercice d\u2019une interprétation négative de la fonction intellectuelle, sur la mise en oeuvre d\u2019une raison critique, mais elle se refuse à déconstruire une totalisation de front qui serait alors issue du pouvoir comme volonté émanant d\u2019une centralité rationnelle.Elle vise à faire éclater des assemblages locaux et spécifiques de domination.Ce refus traduit en fait l\u2019idée selon laquelle, s\u2019il en était autrement, le travail de ce dépositaire participerait à retotaliser quelque chose, ne pourrait que substituer une totalisation à une autre et l\u2019on retomberait alors dans le travers classique d\u2019un combat de légitimité entre universels.Ce qu'il convient en ce sens d'effectuer, ce sont des liaisons latérales, ce sont des tentatives de transversalisation pour faire peser socialement.Autrement dit, inscrire, dans la multiplicité de ses formes et de ses lieux, ce travail comme acte politique sans pour autant lui faire perdre son ancrage dans l\u2019immanence du social.213 DERNIER SM A RANCE CSSS OO SOS ONG RAA MN ET AR UN elle ol cil gui des I Si le dépositaire peut encore parler, ce n\u2019est POSSIBLES plus pour exprimer ce dont personne n\u2019avait lye conscience, mais pour « abuser d\u2019un droit de parole ».|| « n\u2019est plus dès lors la condition de la nu} représentation mais l\u2019occasion de l\u2019expres- ee sion » \u201c.Mais il ne trouve cette possibilité d'expression qu'en raison du fait qu'il se redécouvre simple acteur social, qu\u2019en raison de la banalité de sa position.En reprenant pied dans la concré- tude du monde, il peut être le site à partir duquel se réfléchit le social.Cette posture n\u2019est possible qu\u2019à la condition d\u2019une translation de l\u2019objet pris pour cible par ce i dépositaire, comme l\u2019exposait d\u2019ailleurs Fou- | cault.« Du moment qu\u2019on lutte contre l\u2019exploitai tion, c'est le prolétariat qui non seulement mène 4 la lutte, mais définit les cibles, les méthodes, les i lieux et les instruments de la lutte ; s\u2019allier au prolétariat, c\u2019est le rejoindre sur ses positions, sur son i idéologie, c'est reprendre les motifs de son com- Ho bat.C\u2019est se fondre.Mais si c\u2019est contre le pouvoir | qu\u2019on lutte, alors tous ceux sur qui s'exerce le pouvoir comme abus, tous ceux qui le reconnaissent comme intolérable, peuvent engager la lutte i là où ils se trouvent et à partir de leur activité (passivité) propre.» \u201d.Reste que ce dépositaire « spécifique » qui tire sa possibilité de parole de son inscription concrète (i.e.par ses conditions de vie et par ses conditions de travail) dans des secteurs déterminés et en des points particuliers de la société pose i problème.Notamment celui de la légitimité de sa i parole.Qu'est-ce qui le différencie de l'acteur | social ordinaire, si justement c\u2019est au nom de l\u2019ordinaire de sa position qu'il est en droit de pa- 4/ Soulet M.H., op.cit., p.185.5/ Deleuze G.et M.Foucault, « Entretien : les intellectuels et le pouvoir » in L\u2019Arc, n°49, 1980, p.9.214 LES Intellectuels et sciences sociales : des frères ennemis à la recherche d\u2019un avenir role 2 En quoi est-il mieux à même que quiconque de livrer socialement à vue ce qui travaille le social dont, comme n'importe quel sujet social, il a l'expérience 2 En quoi son expérience pratique, analogue à celle d\u2019autres acteurs sociaux, lui permet de tenir une parole légitime que ne pourraient pas tenir ces autres acteurs \u20ac Cela n\u2019est théoriquement possible qu\u2019au prix de l\u2019un ou l\u2019autre des postulats suivants.Soit, il faut alors considérer que de dépositaires formels il n\u2019y a plus, que chaque acteur social est potentiellement dépositaire et donc que ce sont des positions ponctuelles et momentanées qui créent des occasions de parole (sauf à retrouver les chantres de l\u2019autogestion ou les gourous du quotidien, mais cela reviendrait à une annulation pure et simple de cette piste de réécriture du rôle car ce serait un retour à la représentation).Mais alors il faut concevoir que cette collectivisation de la fonction intellectuelle n\u2019est admissible qu'à la condition de reposer sur, à nouveau, une totalisation : celle d\u2019un fond commun présent au sein de tout agent social, d\u2019un vivre-ensemble partagé inscrit dans la quotidienneté des pratiques et des émotions, celle d\u2019une culture organique souterraine secrètement unificatrice.La transversalité des pratiques et des vécus est alors immédiate et s'impose tout naturellement comme lieu de réunification du singulier et de l\u2019universel.Ce postulat me semble intenable car il suppose que la médiation symbolique entre les hommes tire son essence de |'immédiateté du rapport social, car, sous couvert d\u2019un refus de toute Forme de totalisation explicite et donc minimalement volontairement instituée, il pose que l'existence sociale est néanmoins totalisée ailleurs, naturellement (ou plutôt organiquement), dans un lieu où la possibilité d\u2019une auto-institution des normes par les acteurs sociaux est inimaginable. GARETT IIT RH THEE TEIN TS TS PEAR 004 HY THY THRL Ip ey feo R61: MIRE (HR 190 [HLL MRIMT IM CH TR SHUN.PRIE BE R HM HS SEEN HUEE i Ms AMG MA Hl Lan té Là gt di Soit, il faut considérer que la parole de ce POSSIBLES \u201d dépositaire se rabat sur une expression stratégi- lye ; gi ue, qu'il a dû passer sous les fourches caudines \"°° te d'un travail politicien pour accéder à la légitimité.od Autrement dit que cette parole n\u2019est pas d'emblée \u2018ue légitime.Elle nécessite un travail spécifique.Cela induit ainsi le fait que des habiletés particulières sont mobilisées, des compétences dévelo pées.En conséquence, force nous est alors d'admettre { que ce que ce travail fait gagner en efficacité pratique (en termes de production de légitimité | sociale de la prise de parole), il le fait perdre en efficacité symbolique et obére en grande partie I\u2019oeuvre d\u2019homogénéisation et d'identitarisation au centre de la fonction intellectuelle.En outre, il tend à réintroduire la logique de la représentation, sur la base cette fois-ci d\u2019une délégation a posteriori.Réécrire le rôle La voie n'est-elle pas à chercher ailleurs 2 Notamment dans une piste qui partirait du fait que les recompositions du rôle ne se feront pas sur la base d\u2019une divergence d'interprétation d\u2019un même rôle.Si le scénario ne semble dorénavant plus pouvoir être le même, il faut réécrire le rôle i en sa totalité.Mais comment en augurer les traits i si l\u2019on renonce, par défaut, à ce qui formait les i piliers de la modernité 2 ii Peut-étre en allant chercher la solution au sein | des sciences sociales elles-mémes, et ce a la condition toutefois de considérer qu'il faut renon- i cer à l'opposition classique et stérilisante du i social scientist écartelé entre deux postures : l\u2019in- 3 tellectuel organique reposant sur une capacité à f produire une vision commune du monde, d\u2019un i côté, et l'expert fondé sur sa compétence, de l\u2019autre.À la condition d'échapper en somme à ces interrogations lancinantes : les sciences sociales 216 [EC TET sasbbasni irs cect ietBE LEER IRE CHIL Lape sl Intellectuels et sciences sociales : des frères ennemis à la recherche d\u2019un avenir ont-elles à dire le sens de l\u2019être-ensemble ?Doivent-elles au contraire se limiter à la production de connaissances empiriques 2 Cette dualité déforme en fait le problème en le posant.Il faut a contrario tenter de penser la compossibilité de ces deux antennes et de cerner le lieu possible de leur convergence et de leur synergie.La question est simple en somme, si la réponse ne l\u2019est pas, elle.Comment les sciences sociales peuvent-elles participer à l\u2019élaboration d\u2019un sens communément partagé, sans toutefois préjuger du contenu de celui-ci, et ce en s'appuyant sur leur capacité empirique 2 Esquissons une réponse.À notre sens, il importe que les sciences sociales centrent et limitent leur effort à produire des connaissances factuelles (et non cherchent à produire des connaissances normatives °).Des connaissances factuelles qui, toutefois, ne se penseraient pas comme des vérités positives visant à dégager progressivement les lois structurelles de la réalité sociale, mais comme des éclairages sur des formes momentanées d\u2019agencement des rapports sociaux et du sens que celles-ci prennent au plan pratique.Une telle perspective présuppose que l\u2019on ne considère plus la réalité sociale comme une donnée, ni le social comme le résultat d\u2019un projet formalisable et lié à une volonté explicite, mais comme des réceptacles « d\u2019attentions momentanées et d'interrogations diverses émanant de logiques irréductibles entre elles, qui néanmoins s\u2019assemblent par des pontages toujours incertains et improbables pour donner 6/ À ce titre, je ne partage pas la solution avancée par Alain Caillé qui appelle à une ré-éthicisation des sciences sociales, à un retour à des sciences morales.« Ce qui est vital, écrit-il, c\u2019est qu\u2019elles ne se dérobent pas face à ce qui constitue, qu\u2019on le veuille ou non, leur objet véritable, à savoir la réflexion sur les finalités de l\u2019action humaine.» Caillé A., Splendeurs et misères des sciences sociales, Genève, Droz, 1986, p.19.2755 PEERS 1 ÿ Ki mn ht! TN x forme et donner sens à une préoccupation collective et donc à un enjeu social » 7.Parce que la forme dans laquelle se condense cette articulation de logiques plurielles n'est que conjoncturelle et provisoire, elle impose une mise en vue collective qui ne soit pas seulement description de ce qu'elle est, mais surtout généalogie de ce qui l\u2019a produite et l\u2019a rendue possible.On trouve ici satisfaction au premier terme des prémisses posées : les sciences sociales nous livrent bien un sens mais un sens qui n\u2019est pas un devoir-être, qui ne se pose pas comme vérité devant informer l\u2019être-ensemble.Elles révèlent simplement une forme d\u2019agencement des rapports sociaux et le sens que celle-ci prend pratiquement, sans les imposer, sans les rendre plus souhaitables, sans les présenter comme plus justes ou meilleurs.Si elles font apparaître une forme et un sens, elles ne les totalisent pas comme devoir-être, car elles les font apparaître comme une forme et un sens empiriques, c\u2019est-à-dire comme une forme et un sens existant parmi d\u2019autres possibles.Toutefois, et c'est là que nous retrouvons le deuxième terme des prémisses, en produisant des reflets d\u2019assemblages empiriques de logiques plurielles, elles permettent une mise en vue autorisant et conditionnant une réflexion collective.En donnant forme à des enjeux sociaux, elles induisent une préoccupation collective et appellent au début.Dès lors, s\u2019il y a une interprétation du rôle que les sciences sociales peuvent tenir à l'endroit de la fonction intellectuelle, n'est-ce pas celle d\u2019une exigence de production et de circulation d\u2019élé- 71 Le Gall D.et M.H.Soulet, « Le social comme champ virtuel » in Revue Internationale d\u2019Action Communautaire, n°20/60, 1988.POSSIBLES Ilya un futur ell qe god des en éloreh d'un lt Intellectuels et sciences sociales : des fréres ennemis à la recherche d'un avenir ments de factualité et de généalogie sur les formes variables que prend l'agencement des rapports sociaux, sans prédétermination normative du bien-fondé ou de la validité de l\u2019une ou l\u2019autre 2 Ce faisant, elles participent bien évidemment à la construction sociale d\u2019un devoir-être, mais celui-ci s\u2019élabore ailleurs (dans la société civile et dans les rapports que cette dernière entretient avec l\u2019État), se légitime autrement (sans le soutien de la compétence scientifique) et ne peut plus prétendre à la vérité (simplement à la validité sociale puisque soumis constamment au débat et donc à la révision).En d\u2019autres termes, les sciences sociales, dans cette interprétation du rôle, ne se totalisent pas en dépositaire de la fonction intellectuelle.Le dépositaire, stricto sensu, ne se matérialise plus ; il a éclaté et s\u2019est collectivisé à l\u2019ensemble du corps social.Une telle piste de réécriture pose donc une dissociation entre les sciences sociales productrices de factualité non positive et amorces de débat collectif, d\u2019une part, et le corps social en son entier élaborateur de formes d\u2019identitarisation et de transversalité entre les singularités individuelles sur la base d\u2019une discussion délibérative, d'autre part.Le monde commun ne résulte plus d\u2019une oeuvre d\u2019homogénéisation mais d\u2019une confrontation des normes et des valeurs qui, par l\u2019exigence d\u2019explicitation et la procédure délibérative, produit à son tour des formes contingentes de devoir-être, des configurations de sens en équilibre quasi-stationnaire, i.e.problématisa- bles et révisables.Cette piste ne saurait bien sûr échapper à son tour à la formulation d\u2019un universel, ne saurait éviter une totalisation.Celle-ci n\u2019est plus toutefois à chercher dans une irénie sociétale à venir, par plus que dans une naturalité de l\u2019homme inscrite dans ses droits ou dans l\u2019organicité de la société.Elle se love dans le principe même de l\u2019argumen- tation et de la délibération, dans la validité de principes logiques (raison suffisante, contradiction\u2026) et éthiques (intérêt commun à trouver une solution, respect des règles argumentatives) qui lui sont liés.Mais, peut-être, cette raison communication- nelle, cette délibération rationnelle par argumentation ne sont-elles à nouveau rien d'autre que des utopies normatives, que des formes éthiques de structuration médiate d\u2019un devoir-être 2 Peut- être effectivement, mais pour le savoir, discutons- en.POSSIBLES lya un futur = ox a ea prox rer ee tars ao scans on ee Crary ER = a cree Ex rer Eppa ey ctr CIEE Eterna eee fier ec pb: vs Er al par x a \u2014\u2014 ea a BORD he né = oOo pn ve ee pe Is errant rem RE arc rer Perret see ex as D \u2014 REA x0 tern i petal des oy por FRE J Te \u2014 Free por eave Baka BE res Tag ac EX Lr 2e xx iN uo as FEA pes Rares By cs RAEN de Pat ace rives EX Ee et CA 22e è i vend av _ la ROSE MARIE ARBOUR N & La Chine, c'est à côté La ville Voyager là-bas, dans les villes chinoises, c\u2019est se laisser aller dans l'étrangeté de voies qui d\u2019abord semblent familières : les rues achalandées au mouvement régulier et ordonné, les édifices modernes du centre et de la périphérie grandissante des villes.Les parcs.C\u2019est marcher du matin au soir d\u2019un quartier à un autre, silencieux ou bruyant et achalandé ; c\u2019est suivre le flux lent et régulier des centaines de vélos qui cliquè- tent dans les rues de l\u2019aube à la nuit, dans toutes les directions et dont le flux semble n\u2019avoir ni début ni fin; l'étrangeté est là, dans cette absence de début et de fin, dans ce flot intarissable de gens, de vélos, de pousse-pousse, dans ces présences dont on croirait qu\u2019elles sont infiniment interchangeables.La nuit ralentit les mouvements de foule mais un bruit de fond continue telle une rumeur : c\u2019est celui des chantiers de construction à peine éclairés par des fanals oranges qui crépitent dans le noir, où se projettent les ombres démesurées et mouvantes des ouvriers pieds nus qui portent les briques, coulent le ciment, montent les structures d'immeubles construits par milliers à travers la Chine.Partout il y a des chantiers, il me semble qu'il n\u2019y avait aucune ville qui ne ressemblât à une ruche en transformation continuelle. Les immeubles à peine ébauchés avaient déjà l\u2019air vieux, abîmés, usagés, comme si on construisait des taudis instantanés ; ceux-ci constitueront le visage de plus en plus évident des villes chinoises qui, peut-être, finiront par ressembler à ces villes russes si tristes en béton drabe aperçues du Transsibérien qui les traverse et ne s\u2019y attarde que le temps de faire le plein de charbon, le plein d'eau.Piétons & vélos Cette irruption d\u2019un modernisme à bon marché n'arrive pas à camoufler la vie intense et dense des quartiers plus anciens, aux maisons basses et grandes ouvertes sur la rue.Le soir, dans l\u2019antre de ces maisons exigües, une ampoule se balance aléatoirement au gré du passage de la mère, de l\u2019enfant, des vieux ; là s\u2019entassent lits, table et chaises, quelques meubles.Au-delà, s'ouvre une courette en plein air, lumineuse le jour et privée semble-t-il.Mais la vie quotidienne se passe dehors, dans ces rues étroites qu\u2019encadrent ces maisons basses, avec ces gens qui s\u2019y faufilent sans interruption, ces flots serrés et sans fin des déambulateurs, ces boutiques achalandées, ces gens qui se tiennent par la main, parents et enfants, adolescents, femmes entre elles, hommes entre eux.Cette foule si dense n\u2019est pas pressée, comme si elle était sans projet, en perpétuelle vacance, comme si rien ne la sollicitait que le moment présent, que le fait d'aller ici ou là, sans aucune urgence.Les hommes qui tirent à la main des charges énormes installées sur des chariots à deux roues s\u2019y glissent sans heurt.Leur vie est entièrement absorbée par cette charge comme une fourmi tirant cent fois son poids : la vie se joue alors dans un pur immédiat qui consiste à s\u2019extraire, dans un trajet que l\u2019on sent régulier, des embûches de la rue \u2014 amener une charge au prochain carrefour, le franchir, tirer encore, se POSSIBLES lya un futur la (le 13 La Chine, tenir à la queue leu leu, cheminer comme des c'est à côté a \u2018 .bétes de somme, anonymes.Sans Impatience, sans sursaut.Il arrive que quelques vélos s'\u2019embrochent mutuellement à un carrefour où un camion les a happés.Comme des limailles de fer attirées par l\u2019aimant, des lambeaux de foules se dirigent vers l'accident et se dissocient un moment du reste de la foule, s\u2019agglutinent un moment autour des victimes puis se refondent dans le flot régulier.Ces flots urbains sont homogènes : ils représentaient pour moi le désordre ordonné.L'entrechoquement toujours imminent mais presque toujours évité des vélos entre eux témoigne d\u2019une dextérité miraculeuse, d\u2019un ordre fragile mais réel et constamment en train de se refaire.Les arbres Quittant les grandes artères pour les rues étroites aux maisons basses, l'oeil de l'étranger est attiré par les objets de toutes sortes dont on affuble les arbres qui bordent les maisons : chaussettes, sous-vêtements, pantalons et combinaisons, casseroles et instruments domestiques, écheveaux de laine sèchent au grand air.On entre de plein pied dans l'intimité des habitants.Il semble bien que cette intimité n\u2019aie pas ce caractère individuel qui la spécifie en Occident et y constitue un des fondements sacro-saints de la qualité de la vie.L'intimité de tous et de toutes est ici étalée au vu et au su de tous : les toilettes publiques sont situées au carrefour de chaque quartier, la fontaine publique \u2014 qui se réduit souvent à un simple robinet placé à quelques pieds au-dessus du sol \u2014 attire qui veut laver son linge, qui veut rincer ses casseroles, qui veut remplir son bidon d\u2019eau.Une intimité inusitée flotte si l\u2019on peut dire dans l\u2019air des quartiers : elle n'a pas pour synonyme l'isolement mais elle est plutôt hy Ri pe: \u2026 | Hh J partagée par un clan, un groupe de voisins, quelques familles.L'intimité est davantage un espace partagé \u2014 bon gré mal gré \u2014 qu\u2019une barrière entre chacun-e et il semblerait que les hauts murs qui bordent les quartiers résidentiels sont là davantage pour assurer l'intimité d\u2019un groupe que d'isoler chacun-e des autres.Les parcs La vie quotidienne se joue dans les parcs, où les gens circulent en silence ou bien dans une rumeur qui atteint un diapason aigü dans certains où des attractions les sollicitent.Là, malgré les va-et- vient incessants, il y a le temps qui s'arrête comme à volonté.Là où des lecteurs, absorbés par un livre, sont immobiles pendant des heures : seul le mouvement de tourner la page les fait bouger imperceptiblement.Cette capacité d'absorption m'a fascinée, comme si le temps n\u2019existait pas, comme si rien ne les sollicitait plus que ces pages qui les isolent, les extirpent de leur contexte particulier pour un ailleurs provisoire et imaginaire.La nuit, en plein coeur de Beijing, parmi Tes grands hotels tape-a-I\u2019oeil et réservés aux étrangers et à certains dirigeants, en marge de cette Cité interdite rutilante, le lecteur s'appuie à un lampadaire dans le cercle de lumière jaune, statue surgie de la nuit et piégée dans ce cercle magique, courbé sur son livre.Les parcs s\u2019animent le matin à l\u2019aube par des hommes et des femmes dans la quarantaine et lus.Ils pratiquent le tai-chi par petits groupes : la lumière du matin les fait surgir de la brume mais aussi d\u2019un âge que les jeunes commencent à considérer comme autre, eux qui pratiquent leur jogging, en T-shirt et en short comme on le ferait à Central Park.POSSIBLES lya un futur fo BL La Chine, c'est à côté Les vêtements Les habits mao, gris ou bleu foncés, costumes d\u2019une période dont la révolution se termine dans une traînée silencieuse comme des comètes en allées, marquent l\u2019âge de ceux et celles qui les portent mais aussi un attachement et un engagement envers le Parti, une conception nationale et singulière de la Chine.Les habits mao distinguent ces générations de celles vêtues de tissus synthétiques aux couleurs chimiques et souvent criardes ; de même les chaussures de toile, aux bouts ronds si caractéristiques, sont de plus en plus remplacées par le claquement strident des souliers en cuir ou en synthétique aux talons élevés, portés autant par les femmes que par les hommes qui ont curieusement adopté ces derniers dont on chercherait en vain l'équivalent dans le monde occidental si ce n\u2019est dans certains lieux ambigüs.Les générations vêtues à la mao ont quelque chose de particulier, d\u2019un peu suranné : est-ce leur habit, est-ce la fonction qu'ils-elles occupent ?Ils-elles sont ces officiels-les qu'on croise dans les trains et les avions, dans les gares, par petits groupes, et qui, munis d\u2019un seul petit sac, pondérés et calmes, circulent interminablement dans ce pays aux distances énormes et se distinguent de la foule mouvante et rude en ce qu'ils- elles se dirigent plutôt que d'être dirigé-e-s.Il semble que la force des choses ne les motive pas ou à un degré moindre par rapport aux autres, ceux des foules anonymes et innombrables.Comme si la quantité s'était muée en qualité.Art occidental à la chinoise Parcours traînants de ces musées où certaines sections étaient consacrées à des expositions d'étudiants ou bien d'artistes patentés en art dit occidental.227 LL RRNA RRR ' 6 A i.Pb 1 fT A Rs A a p i) A \u201c i RE À i i Ri IR je! i Bt KS Be i BS I: 3 ï HN: By J A ar I 4 i Le Bi At ; | ES La copie s'exhibait à l\u2019état pur dans ce qu'elle a de plus ennuyant mais aussi de gênant.Ce qu'il y avait là contredisait ce qui se voyait et se vivait dans les rues, les quartiers, les marchés, les lieux publics, dans l\u2019organisation du temps et de l\u2019espace, celle entre les gens et les choses.C'était comme regarder quelqu'un manipuler un objet dont il ne sait ni l'usage ni la fonction : le sens et l'usage lui en échappent malgré une bonne volonté indiscutable de bien faire et qui en fait n'arrive qu'à transformer des procédés et techniques en vains instruments et formes vides.Une pratique moderne de la peinture semble consister à la recherche des marques plastiques de la modernité à l\u2019occidental.lroniquement, ces mar- ves perdent totalement leur sens d'origine et d'originalité dès qu'elles sont copiées \u2014 la modernité se définissant en regard justement du rejet des traditions et l'importance de la nouveauté.Les effets de modernité recherchés par ces artistes pratiquant l\u2019art occidental tout en ignorant l'expérience de l\u2019individualité propre aux sociétés occidentales industrialisées, ne sont pas atteints ou plutôt exhibent, dans leur maladresse même, la feinte.Ces tableaux usés avant même d\u2019être vus, avant même d'être peints, me rappellent ces immeubles en chantier qui donnent l\u2019im- ression d\u2019être en déconstruction perpétuelle.L'individualité artistique étant inimitable si on ne saisit pas le fondement d\u2019une telle conduite, ces artistes chinois en copient des effets extérieurs sans plus, oubliant qu\u2019elle à ses assises et sa légitimité dans une culture, un mode de vie, des désirs et un imaginaire propres.Dans leur volonté d\u2019accéder au monde de Far occidental, ils ont négligé de voir en cet art un lieu de relations de l\u2019artiste et de sa pratique en mutations et modifications constantes face au monde où il vit, plutôt qu'un objet en quelque sorte naturel, fixé une fois pour toutes dans ses règles et ses codes et dont on n\u2019aurait plus qu'à apprendre le fonctionnement.POSSIBLES lya un futur lo dot La Chine, c'est à côté Les Russes leur ont appris à faire du réalisme social aux yeux bridés : scènes de chantiers, de travail, de combats, d\u2019héroismes dans les champs, figures de généraux majestueux.A I\u2019huile.L\u2019art occidental, c\u2019est la peinture a I'huile.C'est la toile, c\u2019est la signature, c\u2019est le cadre, c'est la touche que l\u2019huile permet, l\u2019empâtement, le triturage de la matière.Puis, plus rien.La technique, privée de ses assises, dévoile la copie dans la gratuité même de son emploi et de son usage.Calligraphie Dans une autre section consacrée à l\u2019art actuel, il y a la catégorie art chinois où les calligraphies sont exposées.Je sais que depuis des millénaires le geste du calligraphe endosse et reproduit les innombrables gestes antérieurs et semblables d'autres artistes travaillant sur le même motif, la même écriture.Le geste, comme un grain de sable dans la plage immense de la tradition : l\u2019anonymat est vne figure qui prend forme dans la répétition, là où la variation perce sans cesse.Je feuillette à l'envers un livre de calligraphie, on me le fait remarquer en riant.Sans la signification littéraire des mots, des caractères, je saisis la minutie dans l\u2019exécution des signes, la rapidité et la dextérité souple du geste qui dirige le pinceau, l\u2019onctuosité de l\u2019encre, le souffle du calligraphe.Le calligraphe est absorbé à peindre : penché sur sa feuille, il performe, il exécute pour la millième fois le même geste, le même caractère.|| lui redonne sens.Une lumière légère et poudreuse l'entoure comme d\u2019un halo, elle le font légèrement trembler.Le temps passe en silence.Le geste, à la fois monumental et raffiné, sûr et subtil, performe : il évoque dans la forme qui est écriture cette tradition même \u2014 écriture que je ne 229 peux lire mais voir seulement comme trace d\u2019un geste dans son ampleur et sa précision, dans son apparente spontanéité qui semble-t-il n\u2019est possible qu\u2019aux artistes de longue expérience.L'individualité à l'oeuvre n\u2019est pas ici le sens de l\u2019oeuvre ni son contenu, ni sa qualité première : ces calligraphies ne m\u2019aménent pas sur le terrain du sujet, ni dans le champ des valeurs personnelles et intimes et pourtant elles me parlent de l\u2019intérieur avec leurs codes, leurs conventions, comme un chant venu de très loin qui rejoue constamment sa magie.Au-delà de ces conventions et ces règles, ces codes et ces lois dont j'i- nore le fonctionnement, il y a une sorte de égèreté du corps du calligraphe qui les trace et les retrace, comme si, à mesure de les répéter, le poids du temps disparaissait et le laissait dans un présent immédiat.Les mots, les signes Chaque jour me suspendait dans le flot des paroles, des attitudes, des silences, des gestes dont je ne saisissais pas le sens.Je jonglais avec, tête en bas, en perspective renversée et souvent sans perspective du tout.Comme dans une eau trouble où le nageur tente de se repérer, je saisissais telle nuance, je m'accrochais à telle évidence.Puis elles me lâchaient.Pourtant, cette intonation de voix, cette expression familière du visage, ce rire déclenché en même temps\u2026 Le fil du sens se cassait sans cesse, je le renouais, le déroulais jusqu\u2019à ce qu'il s'effloche à nouveau.Cherchant l\u2019air à la surface comme un mammifère marin, la rencontre hasardeuse du sens me mettait en émoi.Je suivais les pistes dans leurs détours imperceptibles, dans les inflexions de voix ténues et, l\u2019espace d\u2019un moment, je comprenais et me faisais comprendre.Etrangère, j'étais privée de conventions qui me guident et me rattachent aux autres, je flottais comme un papier léger, poussée par le POSSIBLES lya un futur la dost 18$ La Chine, vent et les courants d'air, tantôt virevoltant, tantôt cestacdt® blaquée contre une surface qui obstruait et m\u2019arrétait.Espaces flous et imprévisibles où j'étais étrangement libre.Dans une cantine, sur ce que je devine être des menus écrits sur panneaux muraux, je pointe du doigt un caractère puis un autre et un autre encore.Puis j'attends.On m\u2019apporte un à un des plats simples et étranges dont le goût m'est inconnu, d\u2019autres où je reconnais visuellement tel légume mais dont j'identifie mal le goût.Dans les Chop Suey et les haricots verts de mon enfance, je goûte des parfums subtils qui me les rendent étrangers eux aussi et, dans cette perte de sens, je les redécouvre en les regoûtant, coincés entre les baguettes.Les objets familiers perdent leur sens, débarrassés de leurs carcans, les sens s\u2019aiguisent à ne plus les reconnaître et les goûtent à nouveau : c'est de l\u2019exotisme à rebours.Les affiches Une image vaut mille mots.Les images occidentales envahissent la Chine, nous ignorons ce que disent leurs mots.Un Donald Duck bavard et un gros Panda silencieux encadrent une affiche publicitaire ; figures emblématiques, ils incarnent aux yeux de tous le paradoxe de deux mondes que le commerce rapproche.D'un côté le joyeux canard habillé en matelot comme il se doit pour un être aventureux, rigolo et bien embouché, vous sollicite d\u2019un geste large à acheter sa camelote.« You need me » semble-t-il dire aux passants.De l\u2019autre, un Panda muet, assis et embourbé dans sa fourrure blanche et noire semble n\u2019avoir rien & dire ni & faire.Il lui manque une physionomie anthropomorphique comparable à celle de Donald Duck \u2014 Walt Disney n\u2019est pas passé par là.Dans ce vis-a-vis inégal du Panda rarissime et du vulgaire canard américain, il y a une tension renversée ; Goliath est devenu un gros nounours, David s\u2019incarne dans ce Donald Duck gueulard, sorte d'équivalent du modèle fourni par Dale Carnegie dont on trouve un peu partout les traductions à vendre \u2014 comme on vend ici des Vénus de Milo de trois pouces faites à Taiwan à côté de la grosse Presse et du Journal de Montréal sur le comptoir d\u2019un dépanneur.Des affiches géantes commencent à ponctuer les grandes artères des villes, énormes panneaux ublicitaires sur lesquels se déploient seulement les lèvres d\u2019un rouge violent d\u2019une femme blonde dont on devine qu\u2019elle contemple une montre bijou, sujet de la publicité.Les publicités télévisuelles s\u2019importent de Hong Kong : l'écran se remplit de l'image d\u2019un bateau hors bord conduit lestement par un couple à l'américaine aux yeux bridés, comme si on moussait sur les ondes de notre Canal 10 les mérites d\u2019un jet privé à l'usage du commun des mortels.Privés de leur contexte d\u2019origine, ces objets, de même que ceux et celles qui les consomment à l\u2019écran, sont pure illusion : pourtant ils apparaissent réels par leur exposition même.Ces images me sont apparues comme autant de barils de poudre en attente\u2026 La Chine, c'est à côté L\u2019autobus Greyhound en provenance de l'aéroport dépose ses passagers au Reine Elizabeth, boulevard René-Lévesque.J'ajuste machinalement mon sac à dos comme si je devais me remettre en route.Il est 8 heures du soir, le soleil décline et le ciel rougeoyant fait scintiller les gratte-ciels de la Place Ville-Marie et, plus au fond, les toits et la végétation du Mont-Royal.POSSIBLES lya un futur La Chine, c'est à côté REM LM MACHER CI HIER ELEM LM S44 Quelques voitures démarrent dans un silence quasi parfait.Comme un canyon traversé d'ouest en est d\u2019une brise légère et régulière, le boulevard aspire la sienne jusqu\u2019au pied du pont Champlain où elle ira se disperser.Tout cela m\u2019apparaît soudain si familier, ce vide et ce silence de grande ville nord-américaine après les heures de pointe.Dans le songe d'une nuit agitée, ils dévalèrent par milliers ce boulevard qui tente de se redonner une histoire, avec leurs ballots de linge, leurs provisions, leurs vieux et leurs enfants.Ils se répandirent comme de l\u2019eau, à l\u2019affût de tout et de la moindre opportunité, sachant patienter comme ils le font dans les gares chinoises pendant des jours entiers, assis ou couchés sur le sol des gares, agglutinés par groupes et familles pour aller ailleurs, aiguillonnés par des nécessités incontrôlables.Comme un énorme boursouflure secrétée à partir du quartier chinois d'à côté, ils firent irruption dans l\u2019ordre glacé du boulevard, le bordant de milliers d\u2019échoppes précaires de tous métiers et de tout acabit, remplissant d\u2019odeurs de nourriture et d\u2019une rumeur tenace ce boulevard qu'il fallait rebaptiser encore et dont les feux de circulation, le jour comme la nuit, se perdaient dans le roulement continu des voitures et des gens.Le no future à l'occidentale n\u2019a pas encore cours chez eux, le prix en est trop élevé.Quant au réve.soli _ _ - py us = = Le RS ra a cesse res del ee eg crée ape rs = tars a cd à \u2018 a ah = Ra 5 M za PU, _ J (nouvelles) PRIX OFQJ FE Peg .IR pasty o> CS a RR E PEI I Ps or es se pr IER sa pe et ESS ee eee ee en EEE À l\u2019occasion de son 20'ÉM® anniversaire, l\u2019Office franco-québécois pour la jeunesse a lancé un concours de nouvelles d'anticipation, sur le thème de Demain, la francophonie.Ce concours 4 .\\ « s\u2019adressait aux jeunes de 18 & 35 ans.Près de 70 manuscrits ont été recus, en provenance de France et du Québec.Le jury, présidé par Tahar Ben Jelloun, était composé d\u2019écrivains québécois et francais : Gilles Archambault, Andrée Chédid, Madeleine Gagnon, Alain Gerber et Pierre Lepape.Les gagnants ont été annoncés lors des 24 heures du Livre du Mans, le 15 octobre dernier.Le premier prix, accompagné d\u2019une bourse de 3 000 dollars, a été attribué à Gilles Pellerin, jeune écrivain de Québec, pour la nouvelle intitulée Le Songe.Le second prix, doté d\u2019une bourse de 1 000 dollars a récompensé le talent d\u2019un jeune Parisien, Patrick Klein, qui en est à ses premiers pas en littérature, pour sa nouvelle La Réserve.La revue Possibles remercie l'OFQJ de l'avoir choisie pour publier ces deux nouvelles. GILLES PELLERIN Le songe (premier prix) Comme cette histoire risque fort de n'avoir ni début ni fin, il importe que je me la raconte.Elle ne saurait exister, et moi donc, que par les vertus du rêve et de la mémoire.Quel rôle y tiens-je 2 II ne m\u2019appartient sans doute pas de le déterminer quoique je me sente capable de tout, de rêver des circonstances et de leur assigner des mots, circonstances ordinaires autant que grandioses dont rien ne prouve que je les invente vraiment puis- qu\u2019elles me viennent sans que je sache dire comment, non plus que d'où et depuis quand.Il en a toujours été ainsi, à ce qu'il me semble.Je ne me rappelle pas le début.J'élabore donc des préhistoires, j'esquisse des chaos à seule fin d\u2019éprouver la sensation de vertige.Si je dis fou- jours, c'est par commodité ; jamais, pour le plaisir du frisson.Je m\u2019enivre de la simultanéité, de toutes les simultanéités.J'abolis les frontières, je ne les abolis pas : elles n'existent pas.Aussitôt \u2014 car je brise à dessein le charme dès lors que je dis aussitôt \u2014 je m'adonne à la rupture, je confonds singulier et pluriel, je me dissocie du tout et de l\u2019unicité.Et après @ Avant et après pourraient bien n\u2019appartenir qu\u2019à la catégorie du superflu, soit, mais j'en fais une vue possible de l'esprit.Je ne jurerais de rien ; alors je crois à tout.Comme s\u2019il en allait de mon salut ainsi que de celui de tout ce dont je suis l'émanation et qui émane de moi.237 MN J'appartiens a la caste des rêveurs d\u2019univers.POSSIBLES Je n\u2019ai jamais rencontré mes semblables, & supposer qu'ils existent.Parfois oui, il le faut puisque je rêve qu\u2019on m\u2019investit de ma mission : il est dit que je dois imaginer tous les autres rêveurs.En contrepartie \u2014 mais il ne saurait y avoir de contrepartie, de dette ou de privilège \u2014, les autres me prêteront existence par le moyen de leurs rêves.Du fait que je ne peux me déterminer d'origine, et à toutes choses, j'ai considéré qu'il pût y avoir un point ultime.Juste avant que tout ne s\u2019anéantisse, quelqu'un est envahi par la vision, la certitude d'un monde qui n\u2019existe que si on le rêve.Il commence par imaginer d\u2019autres rêveurs, et eux d\u2019autres rêveurs, si bien que les rêts tendus de leur pensée, de relais en relais, gardent l'univers de sa destruction.J'apparais quelque part dans ce scénario.Cela signifie-t-il qu\u2019à un moment donné il n\u2019y a rien et que, tout de suite après, je prends forme et charge du rêve, qu\u2019une pensée m\u2019habite, un plan dont je ne prendrai connaissance qu\u2019au fur et à mesure de son déroulement ?N'y aurait-il pas plutôt un tracé discontinu, un brise-néant erratique qui deviendrait imperceptiblement le ruban continu grâce auquel il est possible de se souvenir \u20ac Je n\u2019attends pas de ces questions qu'elles soient résolues.Qu'elles continuent de m'occuper me suffit.Je ne me rappelle pas ne pas me les être posées.En arriverais-je à la conviction que l\u2019Histoire est unique, qu'à l\u2019infinitésimal moment qui précède sa dissolution quelqu\u2018un a réellement et définitivement choisi d\u2019en remonter le cours, et que pour cela il a créé notre caste, tout de suite je l\u2019innocenterais de sa volonté, je la ferais mienne, authentique dans le doute, j'induirais que j'ai moi-même rêvé le prime rêveur et ourdi son plan 238 Hlya un futur Lesonge pour le meilleur et pour le pire, alors qu\u2019au fond peut-être ai-je pour seule fonction de rapporter les faits, de leur donner la substance du verbe.Peut-être aussi ressortit-il à ma condition d\u2019interpréter l\u2019absence de réponse comme la preuve infaillible de la grandeur de la tâche qui m'est conférée ?Je ne serais en définitive qu\u2019un scribe, médiocre mais heureux, tenu dans l'illusion que ses paroles sont des gestes, ses gestes des actes, le sérieux que j'y mets m\u2019ayant fait perdre toute mesure.Cette avenue n\u2019est pas moins agréable : imaginer qu\u2019on m'ait confié la mémoire du monde et que pour son service je dispose de dictionnaires infinis dans lesquels je m'égare, je rêve.Je crois tout ce que mes songes me disent, y compris qu\u2019il m\u2019incombe de maintenir l'extrême tangibilité.Un mot apparaît, n'importe lequel, je suis avide, loup.Alors, comme les grands rêveurs, je vois, oui, une grande bête des bois, son museau pointu, des silhouettes aux oreilles dressées comme des hurlements un soir d'été à l\u2019orée de la forêt, j'entends des récits affolants dans lesquels les forêts existent encore, comme des temples de l'ombre dont l\u2019orée est un parvis aimé et redouté.On y mange les mères-grands, ces clones sacrificiels des grands-mères dont la race, pour stérile qu'elle paraisse, se perpétue au prix de ce rite afin de raconter les mystères du Gévaudan, les courses à la queue leu leu des hordes dans la neige, la douleur poignante des loups-garous au regard hématoporphyrique.Les grands-mères montrent la flamme des bougies pour parler de l\u2019oeil jaune de la louve gravide, de son amour intact pour Remus et de la férocité incertaine des êtres, car n'est-il pas vrai que l\u2019homme est un loup pour l\u2019homme mais que les loups ne se mangent pas entre eux \u20ac Je vois encore des loups de mer, un capitaine hirsute qui s\u2019émeut devant le Loch Lomond, je vois des chromos qu\u2019on vend dans des boutiques de souvenirs près des ports et loin des ports, je vois des phoques dont on n\u2019aperçoit pas les oreilles, pour un enfant je crée une autre sorte de souvenir, inaltérable, il va à la mer pour la première fois, les vieux s\u2019étonnent de la gelée sur l'herbe au beau milieu de l\u2019été, ils allument des cigarettes dans l\u2019antre de leurs mains repliées, ils exhalent des ectoplasmes, il y est question de travail, des étés qu\u2019on n\u2019a plus, puis l\u2019un deux pointe la mer, « Des loups-marins ! », l'enfant ne comprend pas u\u2019on puisse trouver des loups dans la mer et d'ailleurs il n\u2019en voit aucun, et pas même les phoques.S'il ne voit rien, il retient tout.Cette mer n\u2019était as la mer \u2014 le fleuve.Pour lui, je me laisse envahir par des images de froid, je rêve que sur ces terres, pendant longtemps, les glaces ne fondent as.Par fantaisie, j'envoie les glaciers au sud puis les ramène au nord.Je me love dans mon rêve de toundra, de caribous.Il y a des mastodontes, puis non.Pour que l'enfant, devenu autre, célèbre encore les loups, c'est soirée de carnaval.Il se masque, se prend pour Fantômas, Lupin prénom Arsène, Anubis conducteur des âmes.Comme cette histoire risque de n'avoir ni début ni fin, je devrais ne m\u2019inquiéter de rien.Le seul fait pourtant d'émettre l\u2019hypothèse des temps ultimes me convainc de sa gravité.Qu'on me l'ait insufflée ou qu\u2019elle ait été conçue dans mes replis secrets, elle n\u2019en existerait pas moins par le fait de la puissance onirique, la mienne, une autre.Je me persuade parfois que le prime rêveur relève de Vordre de la fable et que je ne me suis créé ce leurre qu\u2019afin de me soustraire a une trop accablante culpabilité.J'aurai fait un cauchemar, des images de destruction me seront venues sans que j'arrive à les endiguer, les contrôler ou même à les distinguer de celles de la création.Pire : 240 POSSIBLES un futur LS Le songe j'aurai consenti à l\u2019anéantissement, mais pas tout à fait, la décision pas plus que la persuasion ne pouvant chez moi s'implanter durablement.Au dernier moment, le remords se sera emparé de moi, suscitant cette intention circulaire par laquelle le prime rêveur et moi nous nous créons mutuellement.Depuis lors, j'erre dans la phase avant-dernière des choses, l\u2019esprit paralysé par l'indécision et chichement satisfait par la confluence des incertitudes.J'accuse ma nature velléitaire, l'indolence d\u2019un art qui s\u2019est complu dans le doute, la litote et le paradoxe.J'ai cru que la fragilité même d\u2019une trame s'appuyant sur des impulsions contraires me garantissait de tout déréglement.Que n\u2019ai-je plutét prévu des mécanismes salvateurs 2 Mais je déraisonne, il s\u2019agit plutôt du contraire, de tous les contraires que j\u2019appose en appentis à tout ce que j'édifie : pour chaque action, il me semble parfois que j'ai forgé l\u2019interférence idéale.Mon imagination alors n\u2019a pas de bornes, il n'y a pas de théâtre trop beau pour que des plaideurs me régalent de leurs arguties et allitérations.Je les aiguillonne s'ils viennent à se lasser ; pour ma joie amère, ils se dressent dans l\u2019émulation et les défis outrecuidants.Le tumulte de leur philosophie est tel que je ne pense plus que par contagion.J'ai si bien réussi le rêve qu\u2019à son tour il me transforme.Quelqu'un sans doute se sera persuadé de m'avoir rêvé et prêté existence.Je supplie la caste des rêveurs de m\u2019accorder malgré tout son soutien ou du moins de ne pas prendre trop grand déplaisir et désintérêt à mes présomptueuses chimères.Je reconnaîtrai sa mansuétude dans ce qu\u2019elle me consentira encore d'imaginer sa lointaine existence et son éventuel pardon.C\u2019est à elle que je rends grâce de mes rêves d'\u2019adoubement.J'arrive dans une vaste enceinte au terme d\u2019un long voyage.Je ne connais rien de ma mission sinon que je dois m\u2019investir de PATER TSH IRENE DORI TITIERL NAM OU HNINL EEE TRL LLL sa nécessité.La situation est telle que de partout POSSIBLES monte le sentiment de la proche perdition.Le scé- \" ye .\u2019 .\u2019 un futur nario stipule qu\u2019on doit d\u2019abord tenter de me faire perdre contenance : « Quelle rivière coule donc au pied du château 2 » m\u2019est-il demandé.\u2014 La Vienne.Je suis jeune, ma réponse est claire : la Vienne, l\u2019avenir.Le prime rêveur s\u2019est dissimulé dans la foule, allant jusqu'à confier ses attributs à un clone.Je ne suis pas dupe, m\u2019avance timidement vers la personne qui me paraît le plus en proie au doute.Je la désigne.Une rumeur de stupéfaction se fait entendre.On me demande d'imaginer la suite : la scène se transporte dans une salle capitulaire, à un aréopage je réponds naïvement.Je ressens alors un immense bien-être à si bien tenir le rôle, et cela devient aux yeux de tous les rêveurs le signe manifeste de ma légitimité.Le prime rêveur s\u2019est entretemps retiré, bientôt suivi par la caste.Je sais alors que je pourrai souffrir mille maux, l'isolement, l\u2019abandon, la perte du sens même de ma mission et d\u2019ailleurs c\u2019est ce qui arrive tout de suite.J'élève un bûcher sur lequel la populace brûle un de mes clones et je me réconforte à l\u2019idée de ma survie.Mon imagination hélas ne dresse pas des embûches qu\u2019aux fins de ma jouissance.En des songes atroces, des galaxies complètes sont englouties, des trous noirs voraces se répandent comme la peste.Parfois, je choisis un point que je me surprends à torturer.J'invente des espèces, des genres, des sous-genres, des familles, des sous-ordres, des ordres, des super-ordres, des classes, des embranchements.À tous je donne des caractéristiques propres.Je m'assure qu'ils paissent et s\u2019entre-dévorent puis je les raye du monde où ils ont mis des milliers d'années à se constituer.Comme si ce n\u2019était pas assez, j'induis la biologie et la passion de la taxonomie en ne laissant à s42 01.813 108845 hs, ae s0tlis: 400 bit RÉ! CNE ANNEE PEAR LASER OMR LÉCRRE | SIERO LIB |.15408 i Lovin.de US Lesonge leurs adeptes que la maigre pâture des espèces survivantes.Ma fureur ne s'arrête pas là.La conviction que je conspire contre moi-même est si grande qu\u2019il m'arrive de croire qu'elle fonde chacun de mes actes.Je découvre l'Amérique et m'y reprends à plusieurs fois pour que mon affliction soit totale.Car le déroulement du songe est d\u2019abord harmonieux, je ne me méfie pas de ce qui se présente sous un jour invraisemblable : des peuples épuisés perçoivent l'Amérique comme la terre dernière des Aléoutiennes et la traversent de part en part sans même inventer la roue ; je fais camper des Phéniciens près de New York comme s'ils y étaient venus transiger l\u2019or brun de Sidon ; dans un élan non moins fou, je lance des Norois du Dalsfjord et du Rogaland sur la mer des glaces, d\u2019abord jusqu\u2019aux Shetland, puis aux Féroé, puis en Islande, puis à Gardar et Brattahlid du Groenland, puis dans l\u2019Helluland \u2014 je m'enfièvre ! \u2014, le Markland et Leifsbudir du Vinland.Mais je me repens, j'efface tout.Est-ce que je ne donne donc que pour ensuite tout retirer @ Est-ce que je ne crée les loups que pour les réduire à la condition de chiens \u20ac Je crois avoir tout effacé parce que l'aventure a tourné court et mal.Illusion.Pareillement, j'ai conçu la littérature comme une figure d\u2019obsession.Les mots pourraient bien ne vouloir rien dire et pourtant on leur confierait tout.Je m\u2019y emploie sans cesse.Je ne me satisfais d'aucune phrase, j'efface les pages au fur et à mesure qu\u2019elles me viennent, tout en ne cessant de me répéter que cette histoire n\u2019a probablement ni début ni fin mais qu\u2019il m'importe de me la raconter.De ce que je crois avoir ainsi détruit, il reste toujours quelque chose.Sans doute la même pulsion qui m\u2019entraîne à tendre des embuscades aux entreprises les plus innoncentes les protège-t-elle à la fin des rigueurs ultimes de ma déception punitive : si j'ai englouti des civilisations, si j'ai rayé de ma mémoire ce que j'avais d\u2019abord voué au grand oeuvre \u2014 et cela, je l'ai fait avec l\u2019At- lantide, avec Is la miroitante, avec la langue et les usages des Béothuks \u2014, je n'ai pas toujours atteint, dans mon désarroi funeste, à l'éradication complète.Du songe des esquifs à cous de dragons, j'ai sauvé les noms d\u2019Ari Marsson, marin de Reykjanes, de Bjorn Asbrandsson, capitaine de Broidavik, de Gudleif Gudlaugsson de Borga- rholt parti de Dublin, du magnifique Erik le Rouge, des valeureux Leif et Thorvald Eriksson.Je redis aussi les noms de Bjarni Herjolfsson, Thorfinn Karlsefni et Freydis Eiriksdottir.L'expérience aidant, j'aurais dû m\u2019arrêter là.Non, encore a-t-il fallu que je mette des terres au bout des pérégrinations des Basques, des Français, des Portugais et des Anglais comme j\u2019avais donné asile et forêts aux Béothuks, aux Micmacs, aux Pesmocodys et aux Malécites \u2014 les mêmes terres.Les créatures du songe ont proliféré, souvent les unes en butte aux autres.Comme je crois parfois comprendre que je ne survis à la pénultième vérité qu\u2019en réécrivant sans cesse le vaste rêve, je recommence inlassablement mon récit.J'ai fini par me plaire dans ce chaos, à y chercher la sensation du vertige.Je confonds singulier et pluriel.Si je dis // était une fois, c'est par fantaisie.Je n'arrive pas toujours à distinguer ce qui a été plusieurs fois dans ces versions trouées que j'accumule.J'ai vu exterminer les Acadiens de ce que je dois me résigner à appeler l\u2019Ile de Quelque Part, comme l'avaient été les Béothuks de la grande Terre-Neuve.J'ai voulu apporter des correctifs ui n\u2019ont servi en définitive qu\u2019à m\u2019abuser.L'île a disparu, j'ai caché les Acadiens, les mêmes, d'autres, dans les marais.Puis j'ai repris complète- EEE SEEN NEC LE EE A ET PES ect TT POSSIBLES lya un futur le Lesonge ment le récit.Des immigrants s\u2019établissaient à Port-Royal.Leurs enfants ne mouraient pas, mon songe y pourvoyait.Ils s'employaient à dessaler les terres basses de la rivière au Dauphin, là où la Baie Française roule des marées si hautes qu'il semble que la rivière reflue vers sa source.On les y a néanmoins trouvés, harcelés puis on les en a chassé.Une fois fini le cauchemar erratique, j'en ai retrouvé, certains avaient cette fois survécu, à Saint-Domingue, en Louisiane, en Angleterre, à Belle-Isle-en-mer, à Boston, à Yamachiche, au Cap Breton, à l\u2019Ile Saint-Jean, à Miramichi, et même chez eux.C\u2019est un moindre mal que la dispersion des Acadiens quand je la compare à tout ce que l'imagination du pire a engendré, un souci bien raisonnable que la survie des peuples frères et du français américain quand me vient en tête le nom de la fabuleuse ville d\u2019Albacran.Ses murs plongeaient dans un golfe que les géologues appelleront un jour la mer de Champlain, et de si haut qu\u2019on aurait pu la croire indestructible.Pour le négoce des pierres, pour les chapeaux à tête de loup, pour les dramatans ciselés dans les dents de bélugas, pour le culte de la déesse au harpon, on venait de partout.Ses haruspices feignaient de lire l\u2019avenir dans le crottin de caribou alors que leur science venait de la manducation des lichens sombres.Ils ont vu en même temps que moi approcher les grands glaciers comme des dieux punitifs.Ils ont prêché la soumission et le jeûne.Pendant que les animaux fuyaient vers le sud, pendant que certaines espèces ne survivaient pas à la rigueur de l'exode, mastodontes, chevreuils nains, pendant que le petit peuple des herbes et des mousses migrait, eux sont restés prostrés dans les collines sévères d\u2019Albacran, inconscients de leur disparition ou peut-être fascinés jusqu\u2019à l\u2019extase par elle, car de leur ville et de leur gloire il n\u2019est rien resté, moins encore que d\u2019ls, d\u2019Atlan- tide et de l\u2019Hyperborée, pas même la réminis- i i aa \u2014\u2014\u2014 cence d'un chamane ou d\u2019un trouvère, à peine la mienne.Si je m\u2019effraie de la violence de mon involontaire courroux et de ma faculté égale de générer Miroirs aux alouettes et trous noirs, m\u2019oppresse bien davantage l'inutilité de mes tentatives, pourtant sans cesse réitérées, de modifier les rêves en cours.Jamais sans doute ne conspiré-je autant contre moi-même que dans ces phases où, prévoyant le pire, je voudrais annuler la mécanique fatale, reprendre la trame, feignant qu\u2019elle n\u2019ait jamais existé que dans sa dernière version, obsédé en même temps par le sentiment de ma tricherie.Je cède pourtant à cette pulsion comme à toutes les autres, me résignant mal à l\u2019anéantissement de quoi que ce soit.Le récit alors s'emmêle.Christophe Colomb découvre les Indes dans un endroit invraisemblable ; Jacques Cartier confond l\u2019or et le mica, les treilles de I\u2019lle de Bacchus et les raisins amers de l\u2019lle aux Sorciers ; Canada en vient a désigner variablement un village en amont de Sainte-Croix, un lieu en amont de l\u2019Ile d'Orléans, la rive nord du Saint-Laurent jusqu\u2019au Saguenay, la région des Grands Lacs, la Nouvelle-France de l'Amérique Septentrionale puis un pays d\u2019où sont exclus presque tous les précédents.La toponymie se dérègle.Les mêmes noms apparaissent en des lieux simultanés, le totem du loup règne sur une rivière et un village en amont du Bic là où Jacques Cartier aurait apercu des loups-marins, Champlain rencontré la nation des Loups, les Mahin- gans, là aussi où aurait été contraint à l\u2019hibernation le vaisseau Le Loup.En même temps \u2014 et je ne sais plus si c\u2019est l'effet de la superposition d\u2019une strate de remplacement dans le récit \u2014 l'appellation désigne une rivière et un village des bords du Lac Saint-Pierre qu\u2019auparavant on appelait « Mahigan Sipiy », la rivière du loup, et que plus tard les Abénakis continueront POSSIBLES lya un futur Le arte MIN MS MMM MILI EN PAL Ppt EL Sb SE SiS ERIS SE ed bi che Lesonge de désigner sous le nom de Mélsemtekw, la rivière du loup.Puis le totem disparaît d\u2019un lieu en aval de l\u2019archipel de Mingan et d\u2019une anse du détroit de Belle-Isle avant de réapparaître sur des falaises de grès rouge des Iles de la Madeleine et dans le bassin de la Gatineau.J'assiste un temps à la multiplication délicieuse des lieuxdits puis à leur résorption.Des événe- ments appartenant à des époques différentes se heurtent, des fils de la trame ancienne subsistent çà et là, ce qui étonne fort ceux qui, faisant office de penseurs, ont cru trouver un sens à l'Histoire.Ils voudraient avoir fait la guerre pour la dernière fois, leur réelle détresse devant l\u2019inéluctable m\u2019émeut tellement elle ressemble à la mienne.Certains d\u2019entre eux consignent des faits devenus impossibles, ils réjouissent diversement leur société, le souvenir d\u2019Is, de Laputa et de l'Ile aux Voix, la Description de l\u2019Isle des Hermaphrodites nouvellement découverte, contenant les Moeurs, les Coutumes et les Ordonnances des Habitants de cette Isle, comme aussi le Discours de Jacophile à Linne, avec quelques autres pièces curieuses pour servir de supplément au Journal de Henri Il sont des baumes sur mon tourment.Il arrive aussi que des écrits échappent à mes ponctions et rapportent des événements survenus dans des chapitres ultérieurement modifiés.Des chevaliers s\u2019affrontent dans la lice ; une pièce curieuse s'ajoute soudain au Journal de Henri Il : le roi meurt dans le tournoi, l'oeil transpercé par un éclat de bois.L'on découvre que cela pourrait bien avoir été déjà consigné par un médecin, quoique les termes s'appliquent à plusieurs incidents et qu'il ne soit pas démontré que le livre ait vraiment existé puis- qu'il semble avoir paru sous des formes différentes en trois lieux distincts.L'Histoire et les textes eux-mêmes ont été si souvent altérés que je ne sais plus si je dois m\u2019étonner de leur concordance ou de l'inverse.CTT NEAR RDN sige Ct RE A fl A IH i © ii 1 H i H + i H à: HH i i | ) 1 {] A er Cr ret Parce que, dans ma folie, il m'arrive de m\u2019acharner vertigineusement contre les objets chéris de mon vouloir, j'ai des bienveillances pointilleuses dont je redoute évidemment qu\u2019elles ne causent plus de torts que de bienfaits à ceux qui en sont redevables.Les bélugas ont disparu, l\u2019harmonie des mers froides s\u2019est disloquée, faute de leur chant.J'ai voulu obvier à cette circonstance inconvenante, j'ai remonté le cours de leur destinée jusqu\u2019au point où il me semblait possible d'envisager leur survie et d\u2019enclencher le récit de remplacement.J'ai d\u2019abord vu les chasseurs prendre la mer et parler de la bête dans sa grandeur comme d\u2019un marsouin.J'ai pris plaisir à entendre cet avatar de l\u2019ancienne langue scandinave et eu la naïveté de croire qu\u2019en changeant de nom l\u2019espèce se dotait d\u2019une histoire différente, qu'avec sa destinée nouvelle toutes destinées étaient altérées.Mais la funeste pulsion n\u2019avait pas été éradiquée : si l\u2019élimination des marsouins blancs a été différée \u2014 et peut-être même enrayée du fait de ma manoeuvre \u2014 tout ce qui se trouvait en son contact a été contaminé comme pour justifier atrocement mon voeu symbiotique.Je n'aurais pas cru possible de voir les germes de la mort attaquer des substances aussi diverses hors de l\u2019eau, au-delà de l\u2019entendement biologique.C\u2019est ainsi que j'ai craint pour toutes les bêtes de l'estuaire du Saint-Laurent et que je me suis rappelé Albacran, son peuple et sa langue, de même que le peuple et la langue des Béothuks.Je tremble à l\u2019idée que ce pourrait être le sort du peuple et de la langue des bords du Saint- Laurent.Je repense aux hordes de Béringie, terre ancienne des grands loups, et je me réconforte : elles se croyaient au terme de leur fuite alors que commençait tout juste leur histoire.Peut-être en ira-t-il ainsi de ce peuple épars qui n\u2019a jamais eu qu\u2019une conception disproportionnée de son territoire, refaisant en sens inverse la longue marche 248 POSSIBLES lya un futur | Le songe des Attikamègues, des Montagnais, des Algonquins, des Hurons, des Pétuns, des Agniers, des Tsonnontouans et, bien au-delà, des Nopémin- gues, des Sioux, des Assiniboines et des Illinois.Je voudrais me pénétrer de cet espoir mais j'ai découvert l'Amérique si souvent que l\u2019idée du massacre m\u2019obsède.J'ai vu les couvertures souillées de vérole conquérir le Nord, j'ai vu le blé réduire les céréales anciennes, j'ai vu mourir Carcajou, mais j'ai aussi vu la torpeur d\u2019Albacran et la prostration de Moctezuma a Tenochtitlan comme je vois chaque jour la disparition simple des mots, massacre inaudible.Suis-je donc si faible que pour se soustraire à ma connaissance il suffise de se taire, si stupide que je crois pouvoir insuffler aux francophones la conduite qu'il convient d'adopter, moi qui pense simultanément dans toutes les langues que mon imprudence n\u2019a pas détruites ® Qui suis-je pour tenir pareil langage 2 Que penserait la caste de ma conduite puérile si elle venait à l\u2019apprendre 2 Suis-je victime d\u2019une maladie qui me porterait au délire @ J'ai depuis longtemps admis que le rêve était devenu mon mode de pensée, si longtemps qu'il m'a plu d'imaginer des théories do rêve, contradictoires à dessein.|| m\u2019amusait même de donner au mot théorie tous ses sens, de faire de la fhéorie du rêve le défilé, la procession heureuse des créatures imaginées.Quel plaisir ai-je pris au spectacle des oniromanciens cherchant à interpréter les symboles de la nuit, des psychanalystes adonnés à d\u2019obscurs travaux de traduction et des haruspices ouvrant le ventre des bêtes car le rêve est viscéral, le rêve est substance ! Comment pourrais-je leur donner tort à tous \u20ac Je me suis réservé une place dans ces théories, incertaine.Peut-être qu\u2019une pensée m\u2019habite, que rien ne permet de distinguer du rêve, un plan circulaire dont je ne peux prendre connaissance ue partiellement et périodiquement.Je ne serais de ce fait que ce scribe médiocre, tenu dans l\u2018illusion que son rêve mérite d\u2019être appelé pensée et que sa pensée vaut d'être nommée rêve, le sérieux que je mets à concevoir d\u2019exactes réciprocités m\u2019ayant fait perdre toute intelligence.Car je crois toutes les théories dans leurs oppositions, que les rêves des êtres humains leur parlent de la vie diurne de la même manière qu'ils posent les gestes que les songes leur ont dictés à leur insu.Je crois tout ce que les miens me disent, y com- ris que je dois tenir ma place dans la caste.Peut-être m'inquiété-je du sort incertain des francophones parce qu'il reproduit le mien @ Peut-être d'autres rêveurs ont-ils mis en place des rêves concurrents par lesquels la langue française dis- araîtrait sous la poussée invincible d\u2019une autre langue ¢ J'apparaîtrais quelque part dans ce scénario, il m\u2019appartiendrait d'imaginer toutes les combinaisons de la survie.Mais je vois la traînée des liqueurs pestilentielles qui pourraient à nouveau réduire les bélugas, je me pénètre de la stupeur qu\u2019elles causent car la mort est contagieuse, et je redoute l\u2019inanition comme le plus grand des fléaux, la soumission du français comme avant lui du cimbre de l\u2019Adige, du polabe du Haut- Hanovre, de l\u2019akuri-tura du Surinam.Parfois, je doute qu'il ait même existé ailleurs que dans le bassin du Congo et dans quelques enclaves de ferveur.Alors j'ai la sagesse de l\u2019obsession, la minutie avide tient lieu chez moi de pensée et guide le rêve dans des détails labyrinthiques.J'accuse tout, indistinctement, la technologie, le rock, la chaleur moite dont la terre des anciens glaciers est privée, moi.Ce peuple est une erreur de la POSSIBLES lya un futur Lesonge culture, mon erreur.Quel rêve a donc présidé à sa naissance ?Quelle ténacité m'incite donc à aimer le français comme si je devais parler une langue et ue ce fût celle-là ; comme si je la parlais depuis es siècles et me retrouvais avec une histoire de loup à oeil jaune à transmettre de génération en génération en ne sachant pas s\u2019il faut penser chandelle ou bougie en montrant du doigt la lueur terrible pour faire de l'effet auprès des petits, et pas davantage quand il convient de ne plus dire leu 2 Le récit s'emmêle, Ysengrin, Chaperon rouge, Gévaudan, Croc-Blanc, Mahigan, comme s\u2019il ne m'avait été donné de l\u2019apprendre que tard : je m\u2019accrocherais au français comme à une planche de salut, il n\u2019y aurait pas prosélyte plus ardent que moi pour peu qu\u2019on sache me persuader de sa faculté à raconter des histoires et du bonheur d\u2019avoir des souvenirs tissés dans ses mots.C'est ainsi que je me crée des souvenirs qu'en fixant avec des mots je souhaite inaltérables.J'en retire une joie telle que je me dissocie de la caste, insensible aux nécessités du rêve.Je me satisfais de consigner l\u2019Histoire de l\u2019univers, sans autre visée que la modestie salvatrice de ma tâche.Comme je n'ai pas dans cet état davantage de contacts avec les rêveurs, j'ai vite épuisé la matière de ma relation.Je truque les rapports, j'invente à loisir les circonstances, banales et grandioses.Le français a-t-il disparu à la même époque que les bélugas 2 Je l\u2019ignore.Donc je n\u2019en dis rien, je préfère transcrire dans les annales une histoire de survie que j\u2019agrémente de périls.Toute chose parvient à être exprimée dans cette langue-là, de la même manière qu\u2019en Islande on désigne les ordinateurs avec les mots et les images de Bjorn Asbrandsson et des sagas de Snorri Sturluson, la fée derrière la fenêtre.Je ne redoute pas la panne d'inspiration.La page reste-t-elle trop longtemps sourde à ma dic- tée, j'imagine que je sors et marche par les rues comme le feraî \u2018écrivain.Ja suis à Lubumbashi, à Mons, à Avranches, mes pas me ramènent à Québec et il me semble que les voix qui sortent des cours et des maisons constituent en soi un récit suffisant.Il me prend la frénésie de tout nommer pour leur faire écho et je juge alors que j'appartiens à nouveau à la caste des rêveurs car la conviction m'habite qu'en agissant ainsi je prête existence à ce que je désigne par la voix et l\u2019encre\u2026 et peut-être à toi aussi, mon petit loup, mon loupiot, petit être né du rêve, le même sans doute qui m\u2019anime en toutes choses, pas encore né puisque je t'imagine quelque part en moi.Pour l'enfant, je me laisse envahir par tous les souvenirs à transmettre, les gelées d'été lors même qu\u2019Albacran n'existe plus, que les glaciers ont reflué vers le pôle et que des bêtes sans oreille semblent aboyer au milieu du fleuve.Je me réclame de toutes les ascendances, par les vertus du rêve et de la mémoire, j'étais à Chinon, à Rouen, à Leifsbudir, j'étais dans les marais, dans le pré salé de Fundy, dans les cales des navires qui ont mené les Acadiens à Boston, j'étais dans les voitures tirées par des boeufs qui en sont remontées jusqu\u2019à Yamachiche près de Mahigan Sipiy, j'étais à l\u2019Ile de Ré quand la France menaçait d\u2019éclater, à Armagh quand la famine a lancé tout un peuple sur les traces anciennes de Gudleif Gudlaugsson, j'ai pris le bateau sans papiers à Valparaiso, Gonaives et Colombo, j'ai vu les eaux s\u2019engouffrer avec fracas & Askawenekam afin de te raconter la grandeur de la caste réveuse, prodigieuse en dissimulation.Je te montrerai les dictionnaires infinis dans lesquels je m\u2019égare pour son service.Tu découvriras l\u2019exquise douceur des subjonctifs, la patience des langues, leur fragilité, leur hantise de ne plus arriver un jour à séduire ceux qu\u2019on a chassés de Valparaiso, Gonaïves, POSSIBLES Ilya un futur Lesonge Colombo et Port-Royal d\u2019Acadie, à tout nommer, la sinueuse moraine abandonnée par les glaciers épuisés avant les grandes migrations comme la chose, le machin, le truc, le cossin qui demain surgira en même temps que toi, mon petit loup, car il t\u2019appartient, autant qu\u2019à moi et à nous tous, qui que nous soyons, de rêver le monde.Dominique 253 A H, Ni A Bt Mt A | aaa Er ym Crore = 0 LS ee A LS Lo Coa oro aay es EE pert Era raies er ee et {Eto cesse pucrrere ) Goo i= J _ rrr EMM IIIOROLO EIEIO HMMM AEM PATRICK KLEIN La réserve (deuxième prix) Pour Pauline \u2014 Regarde comme les mots sont beaux, mon amour.L'homme scande et sépare les syllabes.Il énonce avec conviction.|| voudrait que son oeil brille, et joindre le geste à la parole.Il parle avec douceur, aussi.Il est joyeux.la éteint les lumières et allumé trois chandelles aux flammes longues qui incendient les murs délavés de la chambre.Son regard va et vient entre l'épais livre posé sur la table de bois et la petite qui s\u2019y accoude.Regarde mon amour, comme ils sont beaux, ces mots.Mon amour.\u2014 Tu m\u2019appelles toujours mon amour, oncle Max, j'aime bien ca.Elle se penche plus avant pour répondre a sa demande.Les yeux près de la page, elle regarde les mots.De loin, ils ne forment qu\u2019un halo, un tapis de pattes de mouches uniformément grises.Elle souffre de myopie.Elle prétend que c'est pour cela qu\u2019elle ne lit jamais.Elle possède pourtant, il le lui dit souvent, d\u2019adorables lunettes rondes cerclées de fer.Mais les mettre l\u2019enlaidit, n'est-ce pas, elle serait moins jolie, il ne l\u2019aimerait pas autant. \u2014 Je t\u2019appelle comme ça parce que tu es mon POSSIBLES ot amour.ya un futur Il rougit un peu, assez pour qu\u2019elle s\u2019en rende compte.|| aime la vérité, mais voudrait qu\u2019on la devina un peu.C\u2019est nécessaire, oui c'est néces- ; saire, c\u2019est la nature des mots qui en disent plus i long qu\u2019il ne paraît, davantage qu'ils ne le souhaiteraient.Il est toujours tiraillé entre le désir de se livrer et celui de se cacher.Il retirerait presque en un même mouvement ce qu'il vient de donner.\u2014 Et surtout, parce que c'est le mot le plus beau.\u2014 C'est un mot comme les autres, oncle Max.| Ah, ce froid soudain.Les flammes s\u2019agitent sans faiblir dans la cheminée, pourtant.Elle est en âge de comprendre.Elle comprend, il en est sûr.i Pauline lui fait penser à sa mère.Elle aussi possé- i dait sur le bout des doigts cette facon de répon- I dre, d\u2019une voix empreinte d\u2019une feinte innocence, i à côté de la conversation.Ce refus obstiné, souriant et dur, cette ironie qui déboutait tout abandon.Elle avait ordonné toute sa vie à la ; préservation de la langue, cette bataille patiente.i La pensée que celle-ci pût se perdre la soulevait, i la projetant hors du cercle des effusions petites.i Dans les joutes oratoires dont elle sortait le plus A souvent vainqueur faute de combattants, non qu\u2019elle eût toujours raison, mais parce que sa maîtrise de la langue était totale, le choix des mots se faisait plus précis et celui des images em- loyées ne souffrait pas l'erreur.Une parfaite uti- sation de la langue à la survivance de laquelle elle dédiait sa volonté constituait le plus bel hommage qu\u2019elle pût lui rendre.Au faîte de la réussite, alors qu\u2019elle avait constitué le petit groupe d\u2019érudits qui devait se consacrer à l'élaboration du nouveau dictionnaire des bons usages de la langue francaise, la maladie l\u2019avait surprise.Elle Laréserve avait entrepris ce nouveau combat avec la même ardente conviction qui lui faisait refuser la dégénérescence de la langue.Elle était partie.Qu\u2019était-il devenu, sans elle, sans sa fougue 2 Un homme de lettres plutét que de combat.Etait-ce ce dont on avait besoin de nos jours 2 Ton truc, c'est les bouquins, dirait Pauline.Tu ne devrais pas parler ainsi, ta mère n\u2019aimerait pas ça.Pourquoi, ce n'est pas dans ton foutu dictionnaire @ \u2014 Tous les mots ne sont pas également beaux, dit Max.Il faut bien qu\u2019une hiérarchie s\u2019établisse.Cette fois Pauline le regarde droit dans les yeux.\u2014 Pourquoi \u20ac Elle ne biaise plus.Le ton est direct, sec même.Dieu, comme il se sent faible.Pourquoi 2 Il n\u2019a aucune réponse formelle à lui apporter.Sa formation intellectuelle, son honnêteté lui interdisent d\u2019éluder la question.Elle ne se contenterait pas de pareils procédés.Alors, pourquoi ne trouve-t- il pas de réponse ?Il sait que sa voie est la bonne, validée par les travaux de la Communauté, confirmée par la persistance d\u2019une langue française autrefois promise à extinction.La laisser disparaître : il en a déjà ressenti la persistante tentation.Il en sait la raison.Les mots ne sont pas suffisants.Homme de lettres, et seulement cela, il aurait pu accepter d\u2019être le dernier être capable de lire un livre en français.Ton truc, c\u2019est les bouquins.Il regarde Pauline mais ne voit que sa mère.Comme elle était belle lorsqu'elle le secouait en le rappelant à la lutte, à la vraie vie, au bonheur infini de se sentir unis autour d\u2019un but commun.Elle n'avait jamais semblé mépriser ni sa paresse qu\u2019il nommait amour de l\u2019art, ni sa lâcheté peut- être.Il peut se rappeler ses paroles dans leur moindre détail, reprendre ses arguments à son compte.ce BLY \u2014 Sais-tu combien nous sommes à parler le français aujourd\u2019hui ë À peine quelques centaines.Passées les limites du village presque plus personne ne le parle, nulle part, dans le monde entier.\u2014 En dehors de la réserve, oncle Max, s\u2019insurge Pauline.Quel vilain mot.Est-ce que ma mère l\u2019aimait ?\u2014 Ta mère s\u2019efforçait de préserver la langue.Après la guerre, son propre père avait été un des premiers à proposer d'instituer la réserve.Il disait que la langue c'est le peuple, son esprit.Il disait qu'une langue qui disparaît c'est un monde qui s'efface.Il ne trouve plus les mots pour le dire.En un sens son point de vue est purement esthétique, et non pas combattant.L\u2019habitude le pousse à cette exhortation de forme, & des sursauts lorsqu\u2019il entend Pauline réfuter ses arguments.Mais que lui importe au fond ce qui se passera lorsqu\u2018il aura reform son ultime livre de chevet.L\u2019esthétique peut se discuter, peut attendre, peut se dissoudre méme.Pauline se léve, s\u2019approche de la fenêtre.Elle souléve le lourd rideau rouge et passe la main sur la vitre embuée.La neige tombe encore.L'hiver a enfoui le village.Au tamis de cette blancheur, il en revient plus pur, inconnu.Pauline aime voir les fenêtres éclairées frémir, au gré des flocons.Elles forment une haie lumineuse qui accompagne la course du val vers l\u2019horizon.\u2014 Je parcours si souvent la forêt.Personne ne m\u2019accompagne jamais.Je n\u2019ai jamais vu aucun d\u2019entre nous aux frontières de la réserve.Le monde ne les intéresse-t-il donc pas 2 Il y a tant de personnes à découvrir.POSSIBLES lya un futur joré HE La réserve \u2014 Mais connais-tu Charpentier, l\u2019imprimeur © Et les membres de l\u2019Académie, leur as-tu déjà parlé ?Et le boucher, tu connais ses filles, mais sais-tu seulement quel est son prénom @ t \u2014 Il s\u2019appelle Louis.Je lui ai bien souvent parlé.Déjà, elle regrette d\u2019avoir cédé à la tentation de répondre.Elle ne connaît pas grand monde au village, mais n\u2019en éprouve pas le besoin.Charpentier l\u2019imprimeur est un petit homme triste.Les bottes des académiciens lui semblent toujours bien lourdes lorsqu'elle les aperçoit se rendant à leur réunion quotidienne.Elle a envie de légèreté, de sourire aux étoiles, d\u2019être éblouie par le soleil dans les cristaux de neige, de connaître un monde qui ne tourne pas en rond.Elle se fiche pas mal de la langue française, puisqu'il n\u2019y a plus personne, pardon oncle Max, avec qui elle souhaite partager ses conversations.Un monde borné, usé.Un monde réservé.Qui jouira de ce qui est réservé \u20ac Elle regarde oncle Max avec tristesse.\u2014 Viens.Viens sur mes genoux ma petite fille.De plus en plus, il lui semble que Max réfléchit à contre-temps.Il y a belle lurette qu\u2019elle ne se sent plus une petite fille.À peine une jeune fille.Elle est la seule femme à la maison.Elle lui sert son repas tous les soirs.Elle est bonne cuisinière.Elle obéit pour ne pas lui faire de peine, s\u2019assied sur les genoux de l\u2019homme, place sa tête au creux de son cou, comme il aime.\u2014 Ces frontières, vois-tu, nous nous les sommes nous-mêmes données.Personne ne nous force à rester.Pourtant, la force d\u2019une minorité réside dans sa cohésion.Autrefois des millions de personnes parlaient notre langue.Hormis quelques érudits de par le monde, il ne reste que nous.N'est-ce pas quelque chose qui mérite d\u2019être pré- servé ?Lève la tête, ma Pauline, regarde les mots.C\u2019est si bon de lire avec toi.\u2014 Oncle Max, j'ai tant de choses à dire, à raconter, je ne veux plus lire du tout, je n'ai personne à qui parler\u2026 Elle a perdu.Il sait si bien, sans la chercher, retrouver la petite fille qui sommeille en elle, mon amour, oncle Max, ma chérie, ma petite, ma Pauline.\u2014 Qu'as-tu à raconter ?Tu peux me parler tu le sais.Elle a les larmes aux yeux, a quoi sert tout ca, oncle Max, si nous ne sommes pas libres 2 \u2014 Mais nous le sommes, se défend-il.Nous pouvons sortir du village.Nous pourrions parcourir la terre, si nous le souhaitions.Mais nous avons choisi, ta mére a choisi une voie difficile et belle : nous sommes les gardiens de la langue, les défenseurs des mots.Si tu sortais du village, les mots se dilueraient, tu en emploierais d\u2019autres pour te faire comprendre.Le Français perdrait une âme supplémentaire.Un peu de sa richesse disparaitrait.lls se regardent.Elle n'ose plus l\u2019affronter.Il sent qu'il n\u2019a pas su la convaincre, mais n\u2019en éprouve plus de détresse.Elle est tellement jeune, encore, tellement rebelle.Jamais il n'a ressenti cette révolte adolescente qu'il perçoit.Il sait juste que cela passe.Il accepte cette fièvre passagère.D\u2019elle, il accepterait n'importe quoi.Elle lui offre une image de la jeunesse, à défaut de la lui enseigner.Qu'elle conserve, s\u2019il lui plaît, cette innocence farouche.Qu'elle combatte les idées qu\u2019il n\u2019a pas su communiquer.Un jour elle comprendra tout à la fois la beauté colorée de la langue, le désir de conserver les traditions, l\u2019identité, les traces mélancoliques d\u2019un passé révolu.260 POSSIBLES llya un futur La réserve 2 Les raquettes de Pauline s\u2019enfoncent doucement dans la neige.Elle avance avec rapidité dans le brouillard dense du matin.Elle suit la ligne de crête.Les sapins se profilent, indistincts, dans la brume qui s'épaissit.C\u2019est à peine si elle peut voir ses propres pieds, mais si le soleil vient à E percer les nuages, l'horizon se fait tellement x éblouissant qu'il lui ferme les yeux.Pauline affec- Ë tionne cette blancheur enveloppante dans laquelle elle navigue au jugé en suivant, du plat de ses raquettes, le relief qui s'élève au-dessus du village.Pauline est seule.Elle connait le silence : c\u2019est Ë lui qui s\u2019insinue dans la maison d\u2019oncle Max au milieu de la nuit, lorsqu\u2019il a quitté sa table et laissé son livre ouvert.Le village ne dit alors plus rien.Ce n\u2019est pas le méme silence qu\u2019elle rencontre au creux des combes enneigées.Elle y croise le vent glacé qui lui siffle aux oreilles, son propre ge souffle, léger ou à la peine, le crissement des ra- É quettes qui écrasent les cristaux, son coeur qui y s\u2019agite follement.Dans le silence de sa chambre, ses idées s'entrechoquent sans cesse.Durant ses longues randonnées, elle parvient par moments à i interrompre le cours de ses pensées.Les mots se i taisent et son corps tout entier entre en conversation avec le vent frais, la poudre qu\u2019elle écarte du pied, les sapins dont elle fréle les branches.i Sous le soleil, les crétes semblent se prolonger E à l\u2019infini, confondant leur blancheur déclinante avec le bleu du ciel en une uniforme pâleur.Elle rêve parfois du village, peut-être semblable au sien, dont elle apercevrait soudain les cheminées fumantes au creux du vallon.Elle descendrait de la montagne pour entrer dans le dédale de rues inconnues, Ôterait ses raquettes, entrerait dans un café comme si de rien n\u2019était, s'assiérait à une table, se sentirait chez elle.Il y aurait là d\u2019autres femmes, d\u2019autres hommes.Ils seraient insouciants, heureux, accueillants, familiers.Oncle Max lui a dit que vivent dans le monde autant d'hommes qu'il y a d'étoiles dans le ciel.Quand la lune se cache derrière les montagnes, c\u2019est à peine si elle parvient à les distinguer les unes des autres.Le dictionnaire de Francais d\u2019Oncle Max regorge de mots beaux et bariolés, peut-être, si on a l'usage, mais plats et tristes pour qui n\u2019a personne avec qui les partager.Elle ne comprend pas cette fascination pour les feuilles jaunies.\u2014 Tu pourras faire partie de l'Académie, un jour, il suffit de travailler pour cela.Lis sans cesse et découvre les mystères de la langue.\u2014 Que fait-elle cette Académie 2 \u2014 Elle définit le bon usage du Français.Elle est le tamis qui en extirpe les tournures ou formules erronées.Le savoir de certains académiciens est immense.En face d'eux, je me sens presqu\u2019un enfant.\u2014 Toi même, tu as toujours été académicien, enfin, depuis que tu as quitté l\u2019école © \u2014 Tu plaisantes, je pense.J'ai d\u2019abord été chercheur\u2026 C\u2019est un passage obligé.J'ai eu de la chance, je suppose, puisque certains d\u2019entre nous le resteront toute leur vie.Ma thèse avait reçu à l\u2019époque des échos sans aucun doute positifs.J'avais démontré que, contrairement à la pensée commune, et à certains dictionnaires de la fin du XX° siècle qui faisaient figurer ces mots de façon éhontée dans leurs pages, les terminaisons en - ing se trouvaient directement héritées de l\u2019Anglais.J'ai ainsi, je crois, apporté ma contribution à la pureté de la langue : tu ne les trouveras plus dans les dictionnaires contemporains.POSSIBLES lya un futur [ La réserve Pauline hoche la tête.Il lui sourit.Le souvenir de la soutenance de cette thèse le remplit d\u2019une fierté légitime.\u2014 Les chercheurs travaillent à la reconstitution d\u2019un vocabulaire exempt d'emprunts étrangers.Une tâche minutieuse mais pleine d\u2019attraits et de récompenses, c\u2019est cela la vie de chercheur.Elle n\u2019en veut pas.Elle marche dans la montagne à la recherche des seules ombres des arbres, et part à la rencontre du vent qui lui fait savoir que le pouvoir des mots ne s'exerce pas seulement dans les livres.Que lui importe le Fran- cais ¢ Elle ne siégera jamais à l\u2019Académie, ne sera sans doute pas chercheuse.« Chercheur, Pauline.Chercheuse est d\u2019un emploi plus que contestable.Ta mère se prendrait la tête dans les mains si elle t\u2019entendait ».Chercheur mon oncle, comme la montagne est majestueuse maintenant que le brouillard se dissipe.Le soleil lui brôle la peau.Les mots se bousculent dans son esprit.Elle ne parvient pas à les arrêter.Elle voudrait tant que le silence s\u2019installe à nouveau.Cette envie de pleurer qu\u2019elle serre dans sa gorge comme un enfant, lourd, chaud, cette faiblesse qui s\u2019épanouit et la libère.Il n\u2019y a plus que les premières larmes, la course qu'elle reprend, le silence qui bat à l\u2019aveuglette et le souffle désordonné.Pauline est prête à courir, jusqu\u2019au bout de ses forces, au bout du monde, jusqu'à cette colline, là-bas, prête à parler aux arbres une langue inconnue d'eux, à apprendre la leur et celle des bêtes, chantante, sifflante, selon leur humeur et celle du vent.Mais c\u2019est le silence encore qui revient et avale le souffle, le modèle, le transforme, en chaleur au bout des doigts, en souffrance presque imperceptible, en larmes arrachées, encore.Le silence et les mots.La main de la fatigue qui la serre un peu plus à chaque enjambée.Au bout des crêtes, peut-être y a-t-il un océan brillant au 263 Cee couchant, la mer dont parlent les livres d'images qu'elle descendait du haut de la bibliothèque.« Laisse ces photographies.Va au plus pressé.Les grands classiques, la syntaxe, la grammaire, la rammaire.Les mots de tous les dictionnaires, leur étymologie, la foison de leur sens, la beauté sonore, le bon usage.» L'épuisement l\u2019abat comme un coup de fouet.Ils ne servent à rien, ces greniers de mots, ils ne savent pas dire la tristesse, la fatigue, l\u2019abandon.Pauline s\u2019est étendue sur les aiguilles sèches d\u2019un grand sapin, entre deux racines mâles.Déjà le sommeil disperse dans la nuit tombante le cortège des chagrins.Le sommeil 2?Mais on ne dort pas en lisière des forêts.Quiconque a un peu de jugement le sait bien.Elle serre un poing engourdi.Elle va se relever.Non, elle ne se relève pas.Le village s\u2019est évanoui.Les mots sont dépourvus de pouvoir.Elle referme le col de sa veste, agrippe le tissu rugueux.Elle ne sent plus le froid.D'où vient ce sifflement qui traverse les branches du sapin @ Elle voudrait en reprendre la mélodie du bout des lèvres.Une si jolie sifflodie.Mon Dieu, sifflodie | Cher oncle, savant de mon coeur lointain, tais-toi ! Elle perçoit le bruissement des branches que l\u2019on écarte, les pas qui écrasent la neige, la siflodie, si grave, si belle, puis c\u2019est le silence, à nouveau.Je suis une petite fille, oncle Max.3 Il flotte dans l\u2019air une odeur de résine.Un feu crépite.Pauline étire un bras, entravé par une couverture moelleuse.La bouche est sèche, elle ouvre les yeux.La nuit rougeoie.Elle ne comprend plus.La neige, la neige et le froid.Et puis cette douceur à ne plus bouger, près des flammes, ce repos après les mains du froid.POSSIBLES lya un futur La réserve Elle entrevoit la silhouette si proche qui se découpe sur la neige.Quelques branches qui brûlent éclairent un visage sombre encadré de cheveux mi-longs.C\u2019est un homme, qui la re- arde, qui s'approche, s\u2019accroupit à ses côtés.Pauline peut le détailler, maintenant.Il est vêtu d'habits étranges, plus amples et plus colorés que ceux que portent les gens du village.Il a l'air doux et un peu inquiet, le sourire questionneur.\u2014 Quelle heure est-il 2 Les mots sont sortis, tremblants, rapides, avides de la gorge de Pauline.Elle a entendu sa voix s'élever, aiguë comme un verre qui se brise.C'était sa voix, et déjà le sourire de l'homme s\u2019est refermé en une muette interrogation.Il plisse des yeux terriblement sérieux, s\u2019assoit sur la plus proche racine et détourne la tête.Derrière les collines, le soleil qui s'approche blanchit déjà la nuit.Où se rendait-il, si tard dans le soir quand elle s\u2019est endormie.Il était là.Il l\u2019a enveloppée dans une couverture, a ramassé branches et brindilles, fait du feu et l\u2019a entretenu.Il n\u2019a pas dû dormir.Cette nuit, il l\u2019a veillée.Sans doute a-t-il marché sans s\u2019interrompre autour des flammes.Peut-étre s\u2019est-il fouetté les sangs au moyen d\u2019une branche de sapin comme elle le fait parfois lorsque le brouillard trop dense arrête ses courses dans cet univers glacé.Pauline glisse hors de la couverture, frissonne un peu.C\u2019est la mémoire de la glace qui la rattrape un instant.Elle ramasse l\u2019étoffe épaisse, en entoure les épaules de l'homme.Lui a-t-il souri 2 Il ne bouge pas, se met à fredonner un air qu\u2019elle connait.Sa mère le chantait autrefois.Elle s\u2019assoit près de lui en se frottant les jambes engourdies et fredonne à son tour.Il chante maintenant d\u2019une voix basse, et Pauline se perd dans les paroles qui emplissent la forêt, dissipent la fatigue, libèrent le jour soudain. Ce sont des mots qu'il prononce, inconnus comme ce soleil, semble-t-il, comme ces montagnes, comme tous ces jours à venir loin de l\u2019habitude.Ces mots, cet homme, cette brèche.Un monde entier dans ces mots nouveaux, un monde à portée de regard.Cette brèche, cette promesse qu'elle tient près de ses mains.Il s\u2019interrompt, se tourne vers elle, la regarde, lui sourit.Il se met à parler.Les phrases sont longues, interminables.Elle tente d'isoler les mots, d'en comprendre des bribes, mais tout lui échappe encore.Elle se laisse guider par le rythme qu'il imprime et ponctue de regards apaisants.Elle le comprend, pense-t-elle, il dit ne t'inquiète pas, le jour se lève, tu vas pouvoir rentrer chez toi, moi aussi je suis loin de chez moi, moi aussi je viens de quelque part, je suis un ami, ne t'inquiète pas.Un ami.Alors les gestes.Alors la nourriture partagée, les regards.Le soleil va son train, le doigts tendu vers la ligne de lumière qui approche, vers le bleu qui emplit le ciel.Que tout semble étrange et facile lorsque les mots ont disparu.\u2014 Je dois partir, dit Pauline.Elle se sent maintenant reposée.Les premiers rayons du soleil traversent comme un éclair les branches des sapins, saisissent la neige bleutée qui devient mauve, puis rose.La chaleur du jour nouveau envahit Pauline.Elle tend alors le bras vers les cimes encore environnées de brumes.\u2014 Je dois partir.Là-bas.Elle fait quelques pas vers ses raquettes posées sur la neige, se retourne.\u2014 Oncle Max doit s'inquiéter.Max.C\u2019est mon oncle.POSSIBLES llya un futur Ës La réserve IM tI AMOS EAP MP EAPC MLM a Ac taie MON \u2014 Max, dit-il, l\u2019air rêveur.\u2014 Moi, je suis Pauline.Pauline.Elle frappe sa poitrine de la main.Pauline, c\u2019est bien mon prénom, non, pas tout-à-fait de la façon dont tu le prononces : Cela, c'est mon nom avec ta voix de jeune homme, tes intonations mystérieuses, personne ne l\u2019a jamais prononcé ainsi.Tu t'y promènes différemment, empressé de faire tout d\u2019abord éclater la première lettre, traînant en chemin, avalant la fin du mot.Il sourit, s'accroupit.Il trace des signes dans la neige glacée.Elle se baisse à son tour.POLIN.Non, ce n\u2019est pas ainsi que ca s\u2019écrit.Je vais te montrer.Et toi @ Elle lui touche l'épaule.Il s\u2019applique à dessiner des lettres bien lisible : JEREMY.Elle dit JÉRÉMY, un garçon se prénomme ainsi au village, mais l'orthographe est différente.Elle le regarde, lui demande des yeux.Lui demande quoi \u20ac \u2014 Je dois partir.De nouveau, elle désigne les montagnes.Sans un mot, le jeune homme lui fait signe d'attendre.Est-ce cela qu'il a voulu dire ?Les gestes savent-ils dire la même chose chez elle et chez lui ?Il ramasse la couverture, la roule en boule, la fourre dans le sac.Un peu plus loin, il a laissé deux planches de bois.Ce sont des skis.Des skis comme dans les livres, oui, c\u2019est cela.On n\u2019en fait pas dans la réserve.Les raquettes sont pratiques dans la neige profonde.Il chausse les planches, met le sac sur le dos.Revient vers elle.Viens avec moi.Accompagne-moi.Tu ne parles pas ma lan- que, tu ne t'habilles pas comme nous.Tu as des skis.Tu fais le même geste que moi de la main quand tu veux dire « attend ».Tu ne me fatigues pas avec des mots inutiles.Viens avec moi. Pauline marche avec rapidité.Le jeune homme glisse à ses côtés.Dans les descentes il lui échappe en de longues glissades.Elle le rattrape en courant dans les montées.Sans cesse elle tourne la tête vers lui.Il est un peu plus âgé qu'elle, vingt-deux ou vingt-trois ans.Il a l\u2019air paisible.Il ne dit rien mais lui jette des coups d'oeil en souriant.Elle n'a qu\u2019une crainte, qu'il s'arrête soudain et lui dise avec des mots étranges qu\u2019elle comprendrait « Voila, j'ai fait assez de chemin.Au revoir, je m'en vais ».Mais pas un mot ne sort de sa bouche.Elle aimerait pourtant l\u2019entendre, cette voix grave, chantante et incompréhensible.Ils marchent longtemps, sans s'arrêter.Il ne l\u2019attend plus en bas des vallons pour qu\u2019elle lui indique le chemin à suivre.C\u2019est tout droit, toujours vers le Levant.Il l\u2019a compris.C\u2019est la première fois qu'elle n\u2019est pas seule dans la montagne, qu\u2019elle trouve un souffle pour s'accorder au sien.C'est la première fois qu\u2019elle rencontre un étranger à la réserve.Elle ne veut pas savoir.Il semble éprouver le même plaisir qu\u2019elle à avancer sous le vent, à retrousser ses manches pour laisser sa peau libre, à jouer avec la neige en accélérant.Les mots, à quoi nous ser- vent-ils ici 2 A quoi nous servent-ils \u20ac Il foule les rues gelées la peine au coeur, Max.La réunion quotidienne a duré plus que prévu.L\u2019enthousiasme de ses collègues à achever le premier tome du dictionnaire a prolongé le jour plus qu'il ne l'aurait souhaité.Cette nuit, Pauline n\u2019est pas rentrée.Elle est restée, sans doute, chez une de ses amies, à ressasser des désirs de départ, de POSSIBLES llya un futur i La réserve BEIM aes thddb LE vadrouille, de bohème.Il l\u2019a attendue jusque tard dans la nuit.Il a eu peur, s\u2019est dit qu\u2019il la perdrait un jour.Il s\u2019est endormi, à l\u2019aube, à sa table, en cherchant à entendre les bruits de pas qui ne venaient pas.Il ne lui donne pas tort.Il peut maintenant comprendre ce qu'elle ressent.I n\u2019a pas participé aux débats passionnés, n'a pas suivi les autres académiciens dans leurs bienséants assauts de réflexion, de finesse, de savoir.Des artifices.|| a préféré suivre, par la fenêtre close, les métamorphoses de ce petit nuage blanc, immobile au dessus du village, et les académiciens de monologues en discours, ont bourdonné au-dessus de sa tête.Le nuage était amical, presque vivant, contre toute évidence.Pauline pourra partir.Elle s\u2019en ira vivre la vie d\u2019une autre communauté, apprendre les méandres d\u2019une langue différente, et puis elle reviendra un jour, quand elle le souhaitera.Il chaussera ses raquettes, retrouvera la boussole, les vieilles cartes du pays, la conduira.|| l\u2019amènera jusqu\u2019au plus proche village, cette autre civilisation.Il y entrera peut-être avec elle.Il l\u2019y laissera.Ce sera son cadeau, ce chemin parcouru ensemble, ce baiser d\u2019au revoir.Bien sûr, il en référera à l\u2019Académie.On désapprouvera, on menacera peut-être, on vivra quelques temps au village dans une effervescence épaisse, puis de palabre en harangue, les mots s\u2019assoupiront sur les rivages calmes des livres.Il pousse la porte, et c\u2019est l\u2019odeur du feu de cheminée qui l\u2019accueille.Pauline, ma Pauline, mon enfant.Il accroche son manteau, retire ses bottes tachées de neige, étire l'excitation et calme le bonheur nouveau.|| redoute le moment où il la verra.Il a peur de faiblir encore, d'oublier l\u2019instant de la décision, le sourire du nuage blanc.Comment trouver les phrases pour le dire 2 Il trouvera.REITER i RE.Rit: i EH KA LR El Be Ru ! a SR Hy: 5 a H iH À A.Di | MN WH N Mais il ne dira rien.Le grand dictionnaire est ouvert sur la table, celui-là même qui ne la quitte ni de jour, ni de nuit.Pauline est assise, et tourne lentement les pages.C'est à peine s\u2019il la voit.Un jeune homme est debout derrière elle, les mains posées sur ses épaules.Ces habits curieux, cette coupe de cheveux d\u2019un autre âge.Le jeune homme le regarde.Il a un mouvement de recul et retire une main.Pauline ne détourne pas les yeux des pages qui défilent.L'a-t-elle entendu rentrer @ Elle prend la main qui hésite maintenant sur l'épaule, l\u2019attire, l\u2019aspire, la dépose près des siennes sur le livre.\u2014 Regarde, dit-elle.Regarde-les ces mots, comme ils sont beaux, mon amour.Elle reviendra, pense-t-il, quand elle le souhaitera.Au-dessus du village, le nuage s\u2019est dissout.POSSIBLES lya un futur 1 \u2026 - Le a 3 A PRION A DE L'AUTOGESTION SUR LES CHEMINS x a, PR es PE ne .- PE J.A Ce pe PRT On pe ER ae mn ap le Te aL sy PP 2e pa Pn CR Ca = [a LL Jp L 2e .Les .0 Ts = ip ae A Guz Se oie ST fa os foot =: =a.rr = \u201c= er pre _ es TES es per IE pe _ pe _\u2014 _ es TE oS oe 2 care ex x - _ _ .__ Ce aca Ee es = = 3 een A pcs rap 2m = fr oS - ned pipe el te res cr \u2014 Ce th ms \u2014 a = Re Beas ee cu Coops irom ñ = oo = xx me RES E En GE x oman Sox Ct peer Riek ds arr cernes dt - oe ec GUY BOURASSA Le changement politique à Montréal ; Le 9 novembre 1986, l'électorat montréalais Ù opta pour le changement politique en portant au i pouvoir une nouvelle administration.Jean Doré 8 est élu Maire avec cinquante-cing conseillers/éres A sur cinquante-huit.Une victoire comme les aimait E son prédécesseur.i] Après plus de vingt-cinq ans de présence de r l\u2019administration Drapeau au pouvoir à l'Hôtel de fi Ville, ce changement à la gouverne de Montréal À apparaissait comme inévitable.; S'il y à un message que le Rassemblement des i citoyens et citoyennes de Montréal (RCM) tenta de bE véhiculer c\u2019est bien celui du changement poli- el tique.à Mais de quel changement s\u2019agit-il 2 Quel est le Ei contenu du changement proposé ¢ Pendant ses ; douze ans d'existence, le RCM développa un bt vaste programme d'intervention dans des by domaines aussi variés que l\u2019habitation, le déve- si loppement social et économique, le loisir, la cul- Hl ture, la sécurité publique, le transport en pl commun, etc.Mais plus fondamentalement, le discours politique du changement s\u2019incarnait dans trois notions : le changement démocratique en favorisant une plus grande implication de la popu- lation, le changement dans le mode de gestion de la chose publique et le changement dans les attitudes politiques (faire de la politique autrement).Nous examinerons ici certains aspects du bilan en ces domaines : pour le changement démocratique nous scruterons les modifications institutionnelles du système politique montréalais; à propos du mode de gestion, nous évoquerons les rands thèmes de la réforme menée au cours des derniers mois ; enfin nous croyons qu\u2019un examen des forces politiques présentes nous révèlera comment le jeu des alliances politiques dévoile une façon de faire différemment de la politique.Le changement dans le fonctionnement du système politique Comment le changement s'est-il opéré dans la gouverne politique à l'Hôtel de Ville 2 Les institutions comme le Conseil municipal, le Comité exécutif et l\u2019appareil administratif ont-elles subi des transformations substantielles ?Qui détient véritablement le pouvoir 2 Comment se joue les relations de pouvoir entre les divers intervenants 2 Quels sont les outils administratifs que l\u2019on a fa- connés ¢ Les institutions politiques La Ville de Montréal est régie par une loi provinciale (la Charte).A son arrivée au pouvoir au début des années soixante, le Maire Drapeau procéda à une réforme majeure de la structure juridique et politique de la Ville.Il modela la Charte de Montréal sur ses ambitions politiques et sur sa conception centralisatrice de |\u2019exercice du pouvoir.Plus de vingt-cinq ans plus tard, le R.C.M.à l\u2019Hôtel de Ville se satisfait de cette même Charte.Cela lui permet d\u2019asseoir son propre pouvoir, son autorité.Aucun changement sub- POSSIBLES ya un futur dong pol allo LES e changement politique a Montréal EMMA IIL CLAS MLCT EME ELA IS DEE ML ER stantiel n\u2019a été entrepris pour modifier le texte juridique redéfinissant la structure du pouvoir vers une décentralisation institutionnelle et politique.C\u2019est plutôt l'inverse qui se produit.Les quelques modifications apportées entraînent une déconcentration vers les services municipaux : accentuation des pouvoirs du secrétaire général et délégation de pouvoirs du Comité exécutif vers les services municipaux.La définition des orientations politiques demeure sous la juridiction du Comité exécutif.Le Conseil municipal Une des critiques importantes adressée par le RCM à l\u2019administration précédente portait sur la dévalorisation du rôle du Conseil municipal.Cette dénonciation se transposait dans une proposition visant à revaloriser le rôle des élus(es) en accentuant leurs responsabilités comme LEGISLA- TEURS, comme DEFINISSEURS DE POLITIQUE et dans les fonctions de CONTROLE et de SURVEILLANCE.Aprés deux ans au pouvoir, la création des cing Commissions permanentes du Conseil en janvier 1987 constitue la seule innovation institutionnelle en la matiére.Cette vieille revendication politique du R.C.M.se veut la premiére mesure d\u2019un train de réformes démocratiques du Conseil municipal.Les autres wagons attendent d\u2019être arrimés à la locomotive.Les Commissions \u2014 sur le plan règlementaire \u2014 relèvent du Conseil et ne reçoivent leurs mandats que de celui-ci.Elles ne sont donc pas des créatures du Comité exécutif encore moins des instruments de celui-ci.Afin d'assurer leur autonomie (relative) et leur crédibilité les Commissions tentent de se maintenir dans leur champ propre : celui législatif comme proposeur de grandes politiques, de grandes orientations, etc.ENCORE pe ae La réalité politique s'avère plus complexe FOSSIBLES compte tenu de la trés forte majorité parlemen- Yo.taire du R.C.M.au Conseil.Certaines interrogations, quoique tournées vers l\u2019avenir et donc plutôt hypothétiques, ne peuvent pas être laissées de côté.Qu\u2019adviendrait-il d\u2019une confrontation entre les recommandations d\u2019une Commission et les volontés politiques et administratives du Comité exécutif Ÿ Quel rôle serait appelé à jouer le caucus du R.C.M.dans l\u2019arbitrage de tels conflits @ Jusqu'à présent, le rapport des forces politiques a favorisé le Comité exécutif.De plus, les règles de fonctionnement du Conseil ne permettent pas un débat au Conseil sur les rapports des Commissions et sur la réponse du Comité exécutif à ces rapports.Cette mécanique accentue donc le déséquilibre possible entre le Comité exécutif et les Commissions.Une autre innovation touchant le Conseil est l'insertion d\u2019une période de questions réservée aux citoyens et citoyennes.Cette modification est tellement prisée par la population qu\u2019il ne se passe pas une séance où le Conseil n'allonge pas le temps prévu pour la communication entre la population et les élus(es).Depuis deux ans la ville de Montréal procède à de nombreuses consultations publiques.Après cette période d\u2019expérimentation, le Comité exécutif a voulu systématiser une procédure a ce sujet.En juin dernier, il déposa un énoncé de politique-cadre en matiére de consultation publique, ce qui pour plusieurs devait étre le projet politique majeur du RCM en matiére de démocratisation.Suivit une période de consultation sur ce sujet où de nombreux intervenants purent se faire entendre.Un thème fut largement évoqué par plusieurs : le peu de place laissée à l\u2019initiative de la population.shnge pol jor 45 ÎLe changement Le Comité exécutif i politique if a Montréal .Rg Ses structures formelles demeurent intactes et sa composition reste à sept membres y compris le Maire.Ses pouvoirs tels que définis par la Charte subiront quelques changements par le transfert de responsabilités vers les instances administratives (particulièrement le Secrétaire général).Les modifications apportées portent surtout sur la structure d'appui au Comité exécutif : le cabinet politique.Avec une seule structure d'appui politique, les conflits potentiels entre le cabinet politique du Ë Maire et celui du Président du Comité exécutif sur gi des projets spécifiques ou sur des stratégies politiques seront évités.Le cabinet politique du comité exécutif est com- a posé du directeur de cabinet et de ses adjoints, fi.d\u2019un personnel politique et d\u2019un personnel de soutien.Le directeur de cabinet est beaucoup plus le chef de cabinet du Maire que du Comité exécutif tout en ayant la responsabilité de l\u2019ensemble.Chaque membre du Comité exécutif s\u2019est vu confier un domaine d'activités.Il dispose d\u2019un attaché politique et d\u2019un conseiller municipal as- a socié (adjoint parlementaire) pour l\u2019assister dans E ses fonctions.ir ea arte rt L'objectif déclaré de cette structure est de favoriser le travail d'équipe mais il en résulte surtout une concentration auprès du Maire des principales activités politiques de l'exécutif.A La structure du cabinet politique du Comité pr exécutif tend & accentuer la prédominance politique du Maire.Nous pourrions comparer ce nou- 1/ Sous I'administration Drapeau-Lamarre cohabitaient deux cabinets : celui du Maire et celui du président du Comité exécutif. te ik [IN iH i À i iH i re i] i veau mode de fonctionnement à celui du Conseil exécutif du gouvernement du Québec.Le Maire correspond au rôle du premier ministre et les autres membres du Comité exécutif à celui des ministres.Bien qu\u2019ayant des titres différents (président, vice-président et membres), la pratique semble démontrer que chaque membre est sur un pied d'égalité.Cette égalité disparaît lorsqu\u2019on parle du poids politique.Le Maire assume une fonction de représentation politique de Montréal beaucoup plus diversifiée que son prédécesseur en raison principalement de sa plus grande présence et de son rôle au sein des organismes municipaux (U.M.Q., F.C.M.).Il en est de même concernant la visibilité internationale du Maire qui va régulièrement en « mission » à l'étranger.Depuis deux ans toute la stratégie politique de la ville de Montréal fut axée sur des rapports de concertation avec les partenaires sur l\u2019ensemble des dossiers majeurs pour Montréal.C\u2019est le cas avec les villes de la C.U.M., avec les gouvernements d'Ottawa et de Québec.Les récentes déclarations du vice-président du Comité exécutif affirmant que « Montréal a plus besoin de coups de main que de coups de pied de la part du gouvernement du Québec » montre que cette stratégie de concertation n'est pas toujours aisée.Est-ce l\u2019annonce d\u2019un changement de cap devant les résultats obtenus par Montréal sur le financement du transport en commun, sur la fiscalité, etc @ Le RCM durant ses années dans l\u2019opposition interpella régulièrement les paliers de gouvernements supérieurs les rappelant à leur devoir à l'égard de la métropole.Jean Doré serait-il tenté de revenir à cette approche stratégique plus agressive ¢ En plus de ses fonctions politiques, le Maire s'implique de façon significative dans la gestion POSSIBLES llya un futur jdong po Mo politique à Montréal Le changement administrative.Les média ont souligné sa participation dans des dossiers comme la saga du Grand Prix de formule 1, la réforme administrative, sa querelle avec le ministre Rocheleau concernant le dédommagement des sinistrés du 14 juillet, etc.La population de Montréal attend de son Maire une participation à toutes les activités de la ville.Le « parlementarisme municipal » À une exception près, celle de 1970, l'électorat montréalais n\u2019a jamais mis tous ses oeufs dans le même panier.Il a accordé entre 30 % et 50 % de ses votes à une opposition.Seul le mode de scrutin empêcha la redistribution équitable des résultats du vote dans la représentation des partis au Conseil municipal.La quasi absence actuelle d\u2019une opposition officielle forte tient à l'absence d\u2019un mécanisme de représentation proportionnelle.Actuellement après deux ans d'administration R.C.M., l\u2019action des membres de l'opposition au Conseil s\u2019exerce dans des conditions difficiles.Leur petit nombre (3 sur 58) représente un handicap majeur.Leurs interventions se limitent à la période de questions où ils relèvent certaines incohérences de l\u2019administration.Ils se préoccupent peu des dossiers à l\u2019ordre du jour du Conseil.Durant les premiers mois de l'administration actuelle, les média se sont investis de la mission de jouer le rôle d'opposition critique.À eux se sont ajoutés quelques élus du R.C.M.qui se sont objectés à certaines décisions administratives, à des orientations du Comité exécutif jugées non- conformes au programme du parti.Cette attitude des membres du parti au pouvoir utilisant leur prérogative du droit à la dissidence constitue une pratique parlementaire innovatrice.Cela ne va 279 pas sans susciter quelques remous et tensions dans les rangs des élus(es) du R.C.M.Confronté à la solidarité partisane, au respect des droits démocratiques des élus(es) et aux effets politiques des critiques sur |\u2019administration au pouvoir, le R.C.M.sera-t-il en mesure de résister aux tentatives de vouloir s\u2019en tenir à une pratique parlementaire plus classique et traditionnelle et ce, au détriment d\u2019une innovation démocratique ?Il est difficile d'évaluer la portée réelle de cette nouvelle attitude des élus(es) du parti au pouvoir.Est-ce l\u2019amorce d\u2019une scission éventuelle, de la formation d\u2019un courant politique au sein du R.C.M.@ Une partie de la réponse réside probablement dans la volonté politique du Maire de vouloir ou non s'assurer une représentativité réelle des diverses tendances politiques au sein des instances politiques.Historiquement, les gouvernants ont presque toujours eu tendance à s'assurer une homogénéité idéologique autour d'eux.Voilà donc un enjeu à suivre de près.Un autre aspect majeur mérite une mention.La réforme administrative qui a suivi la prise du pouvoir par le RCM avait pour but « de faire de Montréal une véritable entreprise publique de services à la population ».Il n\u2019y a guère de projets semblables dans l\u2019histoire des enjeux politiques municipaux au Québec.Pour donner forme à cette réorganisation deux axes ont été privilégiés : accessibilité et consultation, restructuration de l'appareil administratif.Celle-ci a entraîné la suppression de plusieurs services municipaux, on est passé de 21 à 12 ; le réaménagement de la structure hiérarchique et la mise en oeuvre d\u2019un effort plus important du côté de la planification.Autant de mutations qui ne sont pas terminées.Ceci complète le premier tableau concernant le changement dans le fonctionnement du système politique montréalais.Passons en revue les forces : 280 POSSIBLES lya un futur lh g Bits Le changement politique à Montréal politiques présentes dans l\u2019environnement du système politique institutionnel.Les forces politiques Examinons l\u2019état des partis politiques.Nous commencerons notre étude par le rôle qu'a joué et joue le RCM pour ensuite nous attarder plus spécifiquement aux autres forces politiques que sont les groupes de pression.C'est le propre de toute formation politique de rechercher l\u2019appui de la majorité de l'électorat.La quête du pouvoir le suppose.Pour cela une des tactiques utilisées consiste à s'assurer le soutien des groupes de pression en préconisant ou en faisant siennes des politiques ajustées aux revendications de ces groupes.Le premier travail consiste à enraciner le parti politique sur l\u2019ensemble du territoire.La conquête du pouvoir s'obtient district électoral par district électoral.Ainsi entre 1982 et 1986, tout un travail d'organisation a dû se faire pour élargir les bases politiques du RCM.S'appuyant sur trois châteaux forts (Notre-Dame-de-Grâce, Snow- don-Côte-des-Neiges et le plateau Mont-Royal auxquels il faut ajouter le district de Jarry), et ayant l\u2019objectif d'étendre l\u2019organisation sur l\u2019ensemble du territoire de Montréal, le RCM recherche l\u2019appui des organismes locaux et municipaux.Cette stratégie « tout azimut » se réflétera dans la transformation du discours et du programme politique.Pour obtenir l'adhésion politique de toutes les clientèles politiques, le discours a eu tendance à se niveler vers un dénominateur commun, lequel ne peut pas être toujours le plus élevé. Les résultats de cette opération se font attendre jusqu'en 1985 où le membership atteint les 15 000 adhésions, une hausse de 300 % par rapport a 1982, et ira jusqu\u2019a 20 000 lors de l'élection.Avec l'élection à l\u2019automne de 1986 le RCM dévoile une nouvelle image politique.La composition socio-économique du membership se reflétera dans celle des candidatures.La majorité des candidats et candidates ont adhéré au RCM au cours des deux dernières années avant les élections.Dans un article au journal Le Devoir, les politologues Léveillée et Léonard constateront la grande similarité du profil socio-économique des candidatures entre le RCM et le PC.Les militants « historiques » du RCM se noieront dans la masse des nouveaux venus au risque de ne pas toujours s\u2019y reconnaître.Qu\u2019advient-il du RCM comme formation politi- ue depuis l'accession au pouvoir 2 Avec la prise du pouvoir une bonne partie des militants et militantes actifs ont été élus comme conseillers, les membres de la permanence se retrouvent dans les cabinets des membres du Comité exécutif.Des efforts de restructuration s'imposent.Mais une question demeure : quelle attitude le RCM doit-il prendre à l\u2019égard du gouvernement municipal ?Après une période légitime accordée au « coureur », l'instance entre les congrès \u2014 le Conseil général du RCM \u2014 prend position à un certain nombre de reprises contre les interventions publiques du Comité exécutif de la ville (projet de loi C-22, l'implantation d\u2019une usine militaire sur un espace vert, le financement du Conseil des Arts de la CUM, etc).Malgré ces affrontements, le parti n\u2019arrive toujours pas à se définir une place à lui.Doit-il être un chien de garde, un proposeur d'idées nouvelles ou une simple courroie de transmission entre les décisions du Comité exécutif de POSSIBLES lly a un futur lho | ql Le changement politique à Montréal la ville et la population ?La dernière campagne de financement et de renouvellement des cartes de membre s\u2019est soldé par une diminution significative des membres.De 20 000, le parti passe à 5 000 adhérents.Comment s'explique cette chute du membership 2 Pourquoi les membres n\u2019ont-ils pas voulu renouveler leur carte 2 À ces problèmes s\u2019ajoutent les récentes démissions de plusieurs membres du Conseil exécutif du parti.Les départs de la présidente et du vice- président peuvent amener à s\u2019interroger sur les capacités réelles du parti de jouer un rôle majeur dans les prises de décisions politiques à l\u2019Hôtel de ville ¢ Assisterons-nous à une tentative de reprise en main par les détenteurs du pouvoir politique à l'Hôtel de ville sur le parti 2 Cela aurait-il comme conséquence de faire du RCM un appareil à faire des élections.à tous les quatre ans @ L'expérience du RCM ressemble étrangement à celle du Parti Québécois de la fin des années /0.Le R.C.M.a cherché à s'identifier, et il réusira jusqu\u2019en 1986, comme une organisation politique alliée aux organisations populaires, syndicales et écologistes.Le R.C.M.épousera la cause des luttes populaires et se fera le porte-parole des citoyens/ennes à l'Hôtel de Ville.Les stratégies pré-électorales du RCM et les engagements électoraux pendant la campagne eurent pour résultat de rassembler à peu près tous les groupes et mouvements autour de lui.Il y en avait pour tout le monde.Les alliances politiques à l\u2019automne 1986 apparaissent d'une part fragiles et stratégiques parce que nouvelles avec le milieu des affaires et les développeurs, entre autres (parce que le vent de changement était perceptible des kilomètres à la ronde) et, d\u2019autre part, plus solides parce qu\u2019historiques avec les groupes de locataires, les milieux progressistes, les écologistes, etc.Qu\u2019en est-il deux ans plus tard \u20ac Certains gestes de l'administration eurent pour effet de racourcir la période de probation.Comment interpréter la perception des groupes face au déplacement des locataires de l\u2019îlot Overdale, à la modification du schéma d'aménagement atténuant la protection des berges, à l'adoption de deux projets immobiliers contredisant l'énoncé d'orientation pour le centre-ville, à la hausse des tarifs de la STCUM, au maintien de la centralisation du pouvoir dans les mains du Comité exécutif énoncée dans la politique-cadre de consultation publique, etc 2 Tous ces dossiers ébranlèrent les alliances entre l\u2019administration montréalaise et les groupes progressistes.Le nouveau diagnostic pourrait être le suivant : les nouvelles alliances se consolident et les plus anciennes ont tendance à s\u2019effriter.L'\u2019administration Doré-Fainstat trouvera-t-elle les ressources pour resouder les failles dans ces alliances 2 Le Parti civique saura-t-il capitaliser sur cette situation @ Certains élus du RCM affirment publiquement leurs divergences politiques sur les orientations jugées conservatrices de l\u2019administration municipale.Que se passera-t-il alors sur le flanc gauche du RCM @ Conclusion Après ce survol des changements politiques survenus depuis l'élection de l'administration Doré-Fainstat, force est de constater (jusqu'où faut-il s'en étonner 2) que les virages annoncés ne se sont pas entièrement produits.Quant à la démocratisation elle reste incomplète et le dossier POSSIBLES llya un futur loth il ease trad iar siti iidtiaaridt it tad Lite HERES Le changement est à suivre de près.Tout le projet de décentralisa- politique à Montréal tion politique, mis en veilleuse ou plus exactement remis à un second mandat, éprouve bien des difficultés à prendre racine dans les modifications politiques proposées, entre autres avec la politi- que-cadre de consultation publique.Le RCM a habitué la population montréalaise à aborder la politique municipale de façon différente.À faire de la politique « autrement » comme on le disait.La mobilisation populaire fut largement faite tant sur les enjeux globaux que sur ceux à portée plus locale par le RCM pendant de nombreuses années pour faire avancer les débats et pour forcer les changements politiques jugés nécessaires.Rien de pareil ne fut cependant tenté pour faire évoluer les municipalités de banlieue ou le gouvernement du Québec sur les priorités montréalaises comme la fiscalité municipale, le financement du transport en commun, le dédommagement des sinistrés du 14 juillet, etc.Une exception reste, la campagne publicitaire conjointe avec la Chambre de commerce de Montréal pour la venue de l'agence spatiale à Montréal.Reflet des nouvelles alliances 2 Peut-on associer l'administration à une réforme d\u2019importance ?Elle a plutôt entrepris une réforme administrative et corrigé le tir sur plusieurs dossiers (culture, sport et loisirs, police, accès à l'emploi pour les femmes, etc) mais dans une continuité sans virage majeur.Deux stratégies s\u2019offraient à l'administration Doré-Fainstat.La première était de complèter dès les premiers mois du mandat les changements majeurs annoncés pendant la campagne électorale.La seconde stratégie, plus tactique, consistait à profiter des deux premières années du mandat, pendant que la chance au coureur existe encore, pour mettre en place les instruments lui permettant d\u2019asseoir sur des bases solides les 285 i amy 4 we TI \"8 JR H UH CE ES prochaines réformes.C'est celle-là qui semble avoir prévalu.Ces réformes verront-t-elles le jour durant les deux dernières années du mandat 2 L'automne électoral de 1990 sera l\u2019heure des bilans.Alors pourra-t-on mieux juger des véritables transformations politiques qu\u2019annonçaient le Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal et Jean Doré.POSSIBLES lya un futur PE CARR - x3 soot pr era a trys ERECT Pras La 2 = cas x Xe po craie ME CCE fitch Eee La CA : IM] LE JOURNAL DE MARCEL RIOUX _\u2014_\u2014\u2014\u2014\u2014 pa a 3 E ra \u2014 TR oo Cr CET a cree pre .ii Rett EX Pret mea od ee J Le 1°\" novembre 1988.Comme j'ai l'intention de parler des campagnes électorales qui se déroulent présentement au Canada et aux U.S.A., il me faut dire tout d\u2019abord, comment je voterais ; si j'étais Américain : pour Dukakis ; si j'étais Canadien : pour Broadbent ; si j'étais un fédéraliste québécois : pour Broadbent ; comme je suis un indépendantiste québécois, qui ne s\u2019intéresse aux élections canadiennes que pour qu\u2019un jour les Québécois n\u2019y prennent plus part, je ne voterai donc pas.Ou plutôt, je voterai chino, car si j'en crois un journal, il y a un candidat de cette formation, là où je réside en automne ou en hiver.Après le spectacle de Séoul, ceux d'Ottawa et de Washington ; je n\u2019ai pas regardé le premier, beaucoup celui de la colonie canadienne, passablement celui de la métropole.Ces Olympiques et ces élections sont deux vénérables institutions dont l\u2019argent et le spectacle ont eu raison.Ben Johnson, Bush et Mulroney, ces champions aux pieds d'argile, sont beaucoup plus les victimes que les responsables de la délitescence de ces jeux médiatiques.Cela dit, j'ai plus d'estime pour Johnson que pour les deux autres, car lui, court vraiment.J'ai lu quelque part que les bâtisseurs d'images présentent Reagan saluant la foule quand il prend l'avion, alors qu'il est strictement seul avec sa femme.Cette popularité fabriquée augmente celle qu'il continue d'obtenir dans les sondages.Comme le dit un de ses anciens conseillers, quand on le mettait au lit, il y restait pendant que son entourage prenait des décisions et écrivait le scénario de la piécette qu'il allait jouer le lendemain.Je pensais à Reagan quand j'observais son comparse Mulroney, lors du « débat des chefs », surtout quand il fut question de libre-échange.Ses habilleurs l'avaient déguisé en homme d'Etat, minutieux, bien grimé et bien peigné ; ils l\u2019avaient affublé d\u2019une paire de lunettes qu'il devait porter à mi-nez, pour que les myopes et les presbytes s\u2019identifient à lui.Ca donne, de surcroît, un petit air savant.L'embêtant \u2014 personne n\u2019est parfait \u2014 c\u2019est qu\u2019il enlevait ce symbole à contretemps, montrant ainsi qu'il n'en avait nullement besoin.Chassez le naturel, il revient au galop.Il devait aussi faire semblant de lire et d'écrire ; our construire une belle image, on côtoie l'invraisemblance.Quelquefois un petit oeil trouillard émergeait des lunettes, de la lecture et de l'écriture imposée, comme celui d\u2019un acteur de boui-boui qui se demande s\u2019il va pouvoir encore longtemps tenir le coup.À certains moments, il avait l\u2019air d\u2019un saltimbanque qui joue le rôle d\u2019un vieux greffier, qui a du mal à suivre les témoignages qu'il doit consigner.Le plus ahurissant, c\u2019est que, par le temps qui court, les Canadiens et les Québécois semblent beaucoup aimer les greffiers et les commis aux écritures.Est-ce un retour à la plume 2 Ou à l\u2019image de la plume 2 Je prévois quand même qu\u2019à plus ou moins long terme, si l\u2019on parle encore français au Québec, on dira au lieu de se faire passer un Québec, se faire passer un Mulroney.Le 2 novembre.Jean d'Omersson, de I\u2019 Académie française, qui cautionne l\u2019extrême-droite POSSIBLES Hya un futur Lejo fore! Le journal Marcel Rioux dans le Figaro Magazine, m'a fait découvrir le nom d\u2019un jeu auquel s'\u2019adonnent passionnément les Français et les Québécois : le chiné ; ce sont surtout les politiciens et les intellectuels qui pratiquent ce jeu.De quoi s'agit-il ?Ce jeu tire son nom du verbe chiner que le Littré (celui de 1889) définit ainsi : « Donner des couleurs différentes aux fils de la chaîne et les disposer de sorte que la fabrication produise un dessin.» D\u2019Omersson fait dire à un étranger qui le questionne sur la nature de ce jeu : « Nous croyions que la France était le pays de Descartes, le pays des idées claires et distinctes.Qu'est-ce que nous voyons 2 Une bouillie pour les chats, une nuit où toutes les vaches sont grises.» Tout s\u2019est mis à bouger en France ; Franz-Olivier Giesbert du Nouvel Observateur, par exemple, devient du jour au lendemain directeur du Figaro.Barre-la-droite couche avec Mitte- rand-la-gauche ! De quelle couleur sera leur rejeton @ C\u2019est là l'intérêt particulier du chiné.Au Québec, le chiné se joue depuis plus longtemps qu\u2019en France.Nous ne sommes plus des éternels retardataires ; nous sommes devenus, comme disent les branchés, des champions de la post-modernité ; nous faisons maintenant dans le flou artistique.Prenez un beau rouge, mélangez- le avec un bleu royal, ajoutez quelques tons de vert et vous aurez un chiné remarquable.Prenez un péquiste millésimé, parachutez-le dans un cabinet bleu, maquillez-le de rouge et vous aurez un autre chiné de bon ton.Ajoutez à cette première esquisse toutes sortes d\u2019autres combinaisons, en variant les couleurs et leur intensité, et vous aurez une idée du fondu appétissant que projette la grande mare aux grenouilles.Il faut surtout ne pas oublier le cas de l\u2019amuseur public \u2014 bateleur ou puriste \u2014 qui veut se lancer en politique et choisit sa couleur à pile ou face.Ou cet autre qui ayant choisi sa couleur et la voyant prise par son voisin, saute vite sur un autre anneau de l\u2019arc-en- ciel.C\u2019est le plus délicat divertissement du monde \u201c i ty Bn - SR BE i): A our celui ou celle qui a le sens des couleurs.Dans a mesure où les couleurs expriment quelque chose, on pourra observer que le rouge parle souvent bleu, celui-ci rouge et les deux, vert quelquefois.Quel beau sottisier ! Les plus malins se demanderont peut-être pourquoi le chiné se joue aujourd\u2019hui, plus en France et au Québec, qu\u2019aux U.S.A.et au Canada.A cause d\u2019une autre couleur, le blanc, blanc comme dans bonnet blanc et blanc bonnet.Le blanc étant la couleur parfaite parce qu\u2019elle est la source de toutes les autres comme on nous l\u2019enseignait jadis au collège, c\u2019est la réussite parfaite du chiné ; ne reste plus que l'assiette au beurre dont la couleur est blanc sale.La France et le Québec, pays en voie rapide d\u2019américanisation, jouent au chiné our parvenir à l'ultime blanc bonnet et bonnet blanc.Ce que l\u2019on perd en flou artistique, on le gagne en argent ! Le 3 novembre.Dans tout ce cinéma, notre Boubou joue les arbitres et les exemples ; affichant rouge, jouant gros bleu de cuisine (gaspésienne), il surveille son tiroir-caisse et tire les oreilles de ses macoutes qui manquent de curiosité.Le Gouvernement se veut une succursale modèle de la grande maison Provigo dont la publicité télévisée s\u2019essaie à faire sourire ; le Premier ministre l\u2019imite, là aussi, par l\u2019atticisme un peu suranné qu\u2019il utilise à la période des questions de l\u2019Assemblée ; à défaut de gouverner, i veut donner l'impression qu'il administre en souriant.Ça repose un peu des homélies et des sermons du régent-chef, M.Ryan.Le grand mot de tous ces équilibristes et de tous ces contorsionnistes qui prennent modèle sur Mulroney et Bourassa, c'est celui de réconciliation ; on réconcilie le jour et la nuit, l'intérêt privé et le bien commun, le mensonge et la vérité, le oui et le non, le rouge et le bleu, tout cela, pour se retrouver au grand centre de tout : l'argent ; l\u2019argent qui justifie et glorifie toutes les marchandises et \"292 POSSIBLES lya un futur Lei fore! Ll 2 à | Le journal tous les spectacles.Les sondeurs ne s\u2019étonneront 8 v , de pas de trouver bientôt des taux de satisfaction Marcel Rioux cr.envers les gouvernements qui friseront les 70 %.Les autres 30 % n\u2019auront pu être sondés parce qu'ils n\u2019ont ni téléphone ni domicile.Même Bush et Mulroney auront été dépassés.Les « pelteux de : nuages » auront disparu tout à fait ; seul restera le ki Pr Dion qui se demandera si la porte de ses i magasins devrait être ouverte ou fermée « because le bilinguisme », on donnera plusieurs 3 conférences de presse là-dessus.Heureux pays § qui n\u2019aura plus qu\u2019à exiger le respect de son E statut de « disneyland » distinct.; Le 4 novembre.J'ai lu plusieurs articles dans la presse américaine qui parlent à peu près exclusivement de la « guerre des images » à laquelle les E deux candidats se livrent.On lit, d'autre part, F qu'aucun des candidats ne peut parler des graves 3 problèmes auxquels les U.S.A.sont confrontés, P de peur de perdre des votes.De sorte que le résultat des élections \u2014 victoire de Bush prévoit- À on \u2014 ne pourra s'expliquer que par les meilleures fi images.Pourquoi Bush projette-t-il des images meilleures que celle du petit Dukakis 2 D\u2019abord parce qu'il est plus grand physiquement, qu'il est plus riche, lui-méme et son parti, et surtout parce qu\u2019il a engagé les meilleurs techniciens qui lui b fabriquent les images que les Américains veulent voir.Quand Dukakis veut améliorer la sienne il lui manque toujours un petit quelque chose.Veut-il se faire photographier jouant au base-ball que ce j n\u2019est que lui qu\u2019on voit avec un bâton, alors que pi Bush est entouré de voleur de buts.Donc Dukakis A est un petit bureaucrate qui, de plus, est autocrate, qui prend seul ses décisions, sans savoir fi s'entourer d'une équipe d\u2019imagiers qui pour- i raient lui gagner beaucoup de votes et, ultimement, le pouvoir.EIRE RATE | Cette guerre des images présente quelquefois | de bien amusants côtés ; j'ai vu, par exemple, Mulroney tenir fermement la main d\u2019une personne avec laquelle il lui importait d\u2019être vu, alors que l\u2019autre se débattait pour se libérer.Mulroney tenait bon parce que la caméra du parti était braquée sur ces deux mains.Les baisers aux enfants et aux vieilles personnes sont toujours extrêmement bien cadrés ; pour savoir où sont les caméras, on n\u2019a qu\u2019à suivre le regard implorant et froussard de Mulroney.La recette de toutes ces belles images et leurs résultats pourraient être mise en équation : beaucoup d'argent et les meilleurs techniciens donnent une marchandise de qualité ; marchandise que vous convertirez en argent et plus tard en pouvoir ; et le cycle recommence.Les paroles des candidats deviennent un bruit de fond qui accompagne les images ; la gaffe dont tous les candidats et leur habilleurs ont eur c'est que par accident le bruit l'emporte sur ima e et qu\u2019on laisse filtrer trop de paroles.Une marchandise ne doit jamais s'exprimer ; elle n\u2019est là que pour être vue et bien vue ; c\u2019est l\u2019image qui doit dire comme elle est bonne, propre, gentille et profitera à tout le monde.Les sondages qui rapportent l'image d\u2019un certain moment des campagnes s'ajoutent aux autres images.À ce jeu-là, disait Arthur Miller, Lincoln n\u2019aurait jamais pu devenir président car il avait une coquetterie dans l\u2019oeil.Il faudra peut-être nous contenter, au Canada, de l\u2019ancien directeur de l\u2019Iron Ore et aux U.S.A., de l\u2019ancien directeur du F.B.I. moins que d\u2019autres images\u2026 Le 5 novembre.Tous les défenseurs du patrimoine ont pris fait et cause pour l\u2019hôtel Queen's.Excepté les promoteurs du verre et du béton, leurs avocats et les sous-traitants, tout le monde est d'accord avec la conservation du patrimoine historique, même celui qui rappelle une des époques coloniales ; ce qui veut dire que dans cinquante ans, il faudra aussi préserver les plus beaux McDonalds d\u2019aujourd\u2019hui.Soit.Qu\u2019en est-il du patrimoine littéraire ?Peut-on attaquer et agres- POSSIBLES lya un futur Jef Hore LES Le journal e Marcel Rioux ser impunément l\u2019oeuvre d'Emile Nelligan ?J'ai eu vent que Michel Tremblay voulait en faire une opérette.|| faudrait peut-être consulter immédiatement les Affaires culturelles pour savoir si cette O.P.A.est permissible.Si on laissait faire, sous prétexte que c'est une entreprise privée, on réussirait à défigurer l\u2019une des plus belles oeuvres de notre patrimoine.i ue Ces __ Les \u2014 RER TEE \u2014 pes x a me TES erry _ - sa; es .roa PR Les PM DS = ape Ee oN - i Eras ~ Priel = \u201cx nn EEN = ps = Ree Ie ax IE = + hr cs rds fs ps igh Eee a res ras A Ear pee 2 x EN rk ac acts sou ECs pe \u2018 + a _ Cs où = Pes ce Bey a x3 ces ers ls Les ro et rat re ~ ~ peppery yess LRT Er =.Exod 22 a.Gus Fora x a0 Cag re en a pr Bai r= EE S rh Res ACTIX = res pes bé mT x Re rh \u2014 = : | ny COURTEPOINTES ET POINTES SECHES == ___ se \u2014\u2014 = 5 a = pri = 2e a ca Beers eu mare \u2014 = a et ce cs = en ce \u2026 ro Cor pre acces re er = ee a Tm = 2 Sth CAC Eco ose ea er cts ce Re Xtra =.Pen BREST ed SA 3 5 cer 3 A pese et \u2014 _ \u2014_\u2014 oo Libre-échange Mulroney, Bourassa et Parizeau l\u2019auront leur libre-échange.40 % des voix n'avaient pu amorcer le processus de souveraineté ; 43 % permettront de sceller dans la dépendance le déclin du Canada de 1867.Les fermiers de la Saskatchewan, les travailleurs de la Colombie-Britannique, les fonctionnaires d'Ottawa, les pêcheurs des Maritimes et les intellectuels de Toronto se sont unis autour d\u2019une identité canadienne que nous pensions inexistante ou disparue.Pour la majorité d\u2019entre eux le voisin américain est trop encombrant ou trop séduisant pour qu\u2019on lui fasse confiance.Au Québec, l\u2019impressionnante majorité de Mulroney et l\u2019apparente unanimité autour du libre-échange cachent une réalité beaucoup plus complexe.Les Québécois n\u2019ont jamais pardonné aux libéraux fédéraux leur honteuse campagne du référendum de 1980 ni la « nuit des longs couteaux » qui, à l'automne de 1981, confirma notre isolement constitutionnel.Malgré l'intérêt soulevé par les efforts et la gentillesse de son leader, le NPD a complètement raté sa campagne électorale québécoise, n'obte- POssiBLES | nant que 14 % du vote alors qu'il en attendait ya sites 30 %.Broadbent n'a pas désigné de lieutenant \u201c\"*\"*\"\" québécois francophone crédible ; beaucoup de candidats étaient peu représentatifs de la population de leurs comtés ; sur l\u2019environnement, les inégalités sociales, la réforme fiscale, la publicité des libéraux semblait souvent plus à gauche que celle du NPD.À cette faiblesse des partis d'opposition s\u2019ajoutait l\u2019appui imprévu de Bourassa et de Pari- zeau.Robert Bourassa a d\u2019abord une idée fixe : la vente d'électricité aux Etats-Unis.Mais il a absolument besoin de l\u2019accord du Lac Meech pour redorer son image nationaliste.Voilà le secret de son appui à Mulroney.Sa stratégie est pourtant loin d\u2019être gagnante si l\u2019on se fie aux nouvelles venues de Winnipeg et de Fredéricton.Jacques Parizeau a besoin d\u2019un Canada faible our mieux promouvoir la cause souverainiste.Le ibre-échange, avec le déclin prévu de l'Ontario, lui semble amorcer la balkanisation du pays.Réalisée rapidement, la souveraineté du Québec pourrait nous situer favorablement face aux Américains.Ratée, elle nous laisserait à moyen terme aussi démunis que nos voisins canadiens face au melting pot continental.L\u2019appui des libéraux et des péquistes québécois à Mulroney n\u2019est donc pas sans arrière- pensées.La partie décisive pour nous se jouera aux élections provinciales de 1989.Gabriel Gagnon. Courtepointes et pointes sèches Le sirocco La tyrannie de la mode n\u2019a pas commencé avec les branchés ; auparavant, il importait d'être dans le vent.On ne précisait pas de quel côté il soufflait ni à quelle vitesse.Si on avait poussé le luxe jusqu\u2019à combiner la fantaisie de l'aventure et les avantages du confort douillet, on aurait opté pour un vent chaud.Chose certaine, il entraînait vers des mondes de découvertes et d'expériences fabuleuses.D\u2019autres auraient pu nous parler, si on leur avait prêté l'oreille, d\u2019un vent qui brûle et qui dessèche.Gorgé de soleil saharien, le sirocco à la morsure torride incite à chercher l'ombre et le repos des grottes, plutôt que de suggérer des envolées exaltantes.Or si on y pense bien, et en dépit des théories jusqu'ici acceptées en géographie et en climatologie, il semble qu\u2019à un moment donné, le sirocco a soufflé jusqu\u2019en Amérique.Autrement, comment comprendre que tant de ceux qui furent dans le vent, aujourd\u2019hui soient brûlés @ Tentons de reconstituer les faits.La tribu des inconditionnels du vent a connu l\u2019éblouissement et ses délires.Le sirocco tapait sur le crâne et soulevait des nuées de poussière.Comment ne pas avoir l'impression que les choses bougeaient ?Les suites furent pénibles.Après nous avoir promis l'ère du Verseau, la Californie nous a livré Reagan ! Le vent a laissé au sol des graines de cactus et non d'oranger.L'Amérique en a verdi, soit I.mais tout de méme ! Nos ancêtres critiquaient les bateaux ayant plus de voile que de gouvernail.Ne disposant pas de nos sources d'énergies, ils avaient observé le vent, remarqué sa force et\u2026ses tendances erratiques.Une question aux confins de la climatologie et de la sociologie demeure sans réponse : une masse d'individus transportés par la bourrasque constitue-t-elle un mouvement social ?Un changement, oui ! Un déplacement, à coup sûr ! Mais un mouvement 2 Au carrefour de la sociologie et des mathématiques modernes, on peut aussi se demander si plusieurs éléments qui bougent en même temps forment nécessairement un ensemble, en particulier lorsqu'ils sont mûs sans l\u2019avoir décidé par une force qui leur est extérieure.Bref, le sirocco est-il révolutionnaire 2 L'histoire des sociétés se déroule-t-elle comme un film d\u2019Eisenstein ou un roman de Victor Hugo 2 Soyons justes : beaucoup parmi les grains de sable ainsi charroyés ont prétendu faire un trip plutôt que de participer à un mouvement social.L'aspect ludique et itinérant de l'expérience, son côté vacance, son côté nowhere, est indéniable ! De plus, le propre des vacances étant de se conclure par un retour au lieu de départ, ça expliquerait peut-être Reagan.On ne peut pas nier non plus qu'il se soit agi d\u2019un voyage de groupe et que certains en aient profité pour échanger leurs coordonnées réciproques sur des cartons de cigarettes.Nouvelle question : à quel point la sociabilité qui relie les passagers d\u2019un charter estelle un phénomène communautaire ?Celle de ce trip sembla un temps la seule communauté disponible et légitime.Plus il y avait de monde à la marche ou au festival, plus on s\u2019inscrivait dans le mouvement.Lequel 2 Des Américains avaient réglé la question bien vite : c'était THE POSSIBLES llya un futur (aude pits Courtepointes et pointes sèches movement ! Au red neck standard, il ne fallait opposer rien de moins que le militant standard.Avant de broiler, le sirocco a réchauffé.La cire malléable des individualités, ramollie juste ce qu'il faut, a connu des fusions fort joyeuses.Lors de certaines grandes fêtes, la collectivité fut pour elle-même un immense nounours, velouté et moelleux.Dans le secret et la fraîcheur des grottes, l\u2019activité marginale de la pensée paraissait par comparaison bien onéreuse et ardue.La mélancolie d'être battu aux voix et les accusations de manquer de solidarité avec la tribu amplifiaient encore davantage l\u2019inconfort de cette dissidence.Mais, un coup le vent tombé, un avantage inattendu apparaît soudain : cette pensée solitaire, elle peut encore servir ! André Thibault 303 Ne A A RE ETES Ho.Se dB is Wasi addi itn Aux armes, cinéphiles ! Il était tard, très tard, et je regardais Casablanca que notre société d'Etat, dans sa grande bonté, nous projetait à la fin d'une soirée où elle avait diffusé des émissions sans doute plus importantes.Quand les Français, réunis au bar de chez « Rick\u2019s » se mirent, à l\u2019instigation de Victor Lazlo, à chanter la Marseillaise, l'émotion m'a saisie et ensuite je me suis dit qu'il était temps de lever bien haut l\u2019étendard de la révolte.des cinéphiles.Ah ! elle n\u2019est pas drôle la vie d\u2019un(e) cinéphile impécunieux qui veut satisfaire sa passion à la télévision et qui n\u2019a pas de magnétoscope.En règle générale, plus un film est intéressant, plus il passe tard.Il ne faut pas effaroucher le bon peuple en présentant des chefs-d\u2019oeuvre aux heures de grande écoute.Le peuple, que voulez-vous, ça lui dit de rire.Le samedi soir, Radio-Québec, télévision « éducative » (sic et re-sic) repousse en fin de soirée des films comme Fitzcarraldo et Les Ailes du désir.Radio-Canada ne se fait aucun scrupule de présenter le téléjournal a des heures indues & cause des sacro-saintes parties de baseball ; la troisième guerre mondiale pourrait être déclarée et il nous faudrait attendre la fin de la neuvième manche pour l\u2019apprendre ! Alors, le cinéma, vous pensez\u2026 J'ai ouï-dire qu'une lettre à la direction de la grosse boîte du boulevard René- Lévesque (au fait vous souvenez-vous de la façon dont ils ont annoncé sa mort\u2026) vaut cent coups de téléphone.En attendant la prise de cette Bastille, qui pourrait bien d\u2019ailleurs s'écrouler d'\u2019elle- même minée par la médiocrité et les coupures de POSSIBLES lya un futur cave piles ESIC MEM CREE MEE MM DE IE IERIE SEM SE ESE tree stat) Ieee SiMe 1e se idiai< iéscie) EIRCOM ME BE EN ui nous reste à faire.§ Courtepointes budget, nous savons ce Cinéphiles au teint blafar d , victimes des longues (pointes sèches veilles, à vos plumes ! Suzanne Martin [ Si + aie ps eA ve EEE en r= pe o = por A pos ph ry Ep oh = Cee tara = oro pony x = go I ee SE Yoh; PRs A A A A f 1 Ta) HBR EN RTL RH HAT _.\u2014_ oe J = xo oat Erte ra rents apr ca Se ares pe = Ace cran er EE me PE creme 2s res errata, où Ca ery ca encre = zo cosas Cox Eran occ ecran Cec 65 roo - eee 5- «411-5100 iti CARMNESEY (MMOH HMM AMIOUCDC Collaboration spéciale a ce numéro : Giséle Bourret, professeure au Cégep Bois-de- Boulogne ; Guy Bourassa, professeur, Département de sciences politiques de l\u2019université de Montréal ; François Dumont, professeur de littérature et chercheur ; Carole Forgues, conseillère pédagogique à la CECM ; Michel Gaboury, artiste et photographe ; Jean-H.Guay, professeur au collège Jean-de- Brébeuf ; Jean-Marc Fontan, Institut de formation en développement économique communautaire ; Patrick Klein, écrivain ; Danielle Laberge, Chercheure, Département de sociologie, UQAM ; Gabriel Landry, étudiant et libraire ; Patrice LeBlanc, étudiant au doctorat, Département de sociologie de l\u2019Université de Montréal ; Marc Lesage, sociologue et syndicaliste, Ecole des affaires publiques et communautaires de l\u2019Université Concordia ; Diane Pacom, professeure, Département de sociologie, Université d'Ottawa ; Shirley Roy, chercheure, Département de sociologie, UQAM ; Marc-Henry Soulet, maître de conférences, Institut de sociologie, Université de Caen ; Gilles Pellerin, écrivain.dt vo Bas dd HE HAE ati st + 3 By if He Ze RH Ri I i bh RE Bei ai Rit: RES i i Ih: PRR Gals NIN, LER SOCIO- ULTUREL Des lectures 0 51 puat ns ve Lagann ps povis dB sane 2 | | Pour les curiosites eveillées, 48 revues culturelle Jl en lien direct avec la création gt la réflexio Jil critique XdanŸ tous.Et littérature TT ECM Gi \u201d histoire et philosophie\u2026 x Varié de revues Qui portent un regar: i québé&ois nouveau sura culture ME \"PE A FA RULES RE a e bas ae 4 A PR hy : | CUM CUR LHI MC CD).ACTER TED | événements culturels de prestige et/ou d\u2019avan i garde.| : Les revues culturelles |.tr d\u2019histoire de l'art canadien * Apropos * Arcade °* Ari #+ Cahiers * Cap-aux-Diamants ¢ Copie Zéro ¢ Continuité | - ~~ Dérives * Espace * Esse * Estuaire * Etudes francaises ¢ Etude ; _ littéraires » Herbes rouges * Imagine.* Inter * Interculture À * Jeu, cahiers de thééatre * Lettres québécoises ¢ Liaison ¢ Libert 5 4° Lurelu » Moebius * Nbj * Nuit blanche * Parachute ¢ Passag : La petite revue de philosophie ¢ Philosopher ¢ Possibles | \u201cProtée *\u2019 Québec francais * Recherches amérindiennes q ; + Québec * Le Sabord + Séquences * Solaris © Sonances » Spiral we re Stop ® Trois Urgences-° Ven\u2019d\u2019est © Vice Versa e Vie des Ari.o _* 24 images Voix et images « XYZ ù Pour trouver lecture à votre mesure, Mg recevez gratuitement le répertoire : | i bi des revues culturelles québécoises en écrivant é : SOCIATION DES EDITEURS DE PERIODIQUES LTURELS QUEBECOIS le Cycle des rois, d'Omnibus- le Songe d d\u2019une nuit d' été, \u2018 Ch] To Yi & en n Belgique une ne «bibliohèque-t -muséé» dont l'expérience pourrait nous être ici fort utile un entretien accordé à Irène Sadowska-Guillon par le directeur de la maison d'éditions Actes Su Hubert Nyssen h un entretien accordé à Diane Pay ull par Mladen Materic, metteur en s Et de Tattoo Theatre, pièce yougoslave HR présentée lors de l'événement le res d'ailleurs» 1 ps50} sible Spin Laity 3 inert oR DISPONIBLES Volume 1 (1976-77) numéro 1 Tricofil Sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin numéro 2 : Santé Question nationale 110 p.Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-78) numéro 1: Fer et titane : un mythe et des poussiéres Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3 : ; Bas du fleuve \u2014 Gaspésie Poéme de Francoise Bujold numéro 4 : Mouvements sociaux Coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrancois Volume 3 (1978-79) numéro 1: La ville en question A qui appartient Montréal Poémes de Pierre Nepveu numéro 2 : L'éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : La dégradation de la vie numéros 3/4 : Éducation Sur les chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.Poèmes de François Charron et Robert Laplante Volume 4 (1979-80) numéro 1 Des femmes et des luttes numéro 2 : Projets du pays qui vient numéros 3/4 : Faire l\u2019autogestion : Réalités et défis Poèmes de Gaston Miron 154 p.249 p.142 p.240 p.151 p.179 p.159 p.292 p.207 p.158 p.284 p.3,00 $ 3,008 5,00 $ 3,00 $ 6,00 S 4,00 $ 4,95 $S 3,95 S 5,95 $ 4,00 $ 4,95 S 5,95 S Volume 5 (1980-81) numéro 1: Qui a peur du peuple acadien?numéro 2 : Election 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d'Odanak à l'Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l'Irlande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes Volume 6 (1981-82) numéro 1: Cinq ans déjà\u2026 L'autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro 2 : Abitibi : La voie du Nord Café Campus | Pierre Perrault : Eloge de l'échec numéros 3/4 : La crise.dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 (1982-83) numéro 1: Territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : Québec, Québec : à l'ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal numéro 3 : Et pourquoi pas l\u2019amour Volume 8 (1983-84) numéro | : Repenser l'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme Numéro : Des acteurs sans scène Les jeunes L'éducation Numéro 3 : 1984 \u2014 Créer au Québec En quête de la modernité Numéro 4 : L'Amérique inavouable 182 p.157 p.328 p.177 p.195 p.274 p.206 p.161 p.170 p.197 p.200 p.184 p.189 p.4,95 S 4,95 $ 6,95 S 4,95 $S 4,95 S 5,95 $ 4,95 S 4,95 $S 5,00 $ 5,00 $ 5,008 5,008 5,00 $ LL Er IS tind Ai CR Volume 9 (1984-85) Numéro 1 Le syndicalisme à l'épreuve du quotidien Numéro 2 \u2026 et les femmes Numéro 3 Québec vert\u2026 ou bleu 2 Numéro 4 Mousser la culture Volume 10 (1985-1986) Numéro 1 Le mal du siècle Numéro 2 Du côté des intellectuels Numéros 3/4 Autogestion Autonomie Démocratie Volume 11 (1986-1987) Numéro 1 La paix à faire Numéro 2 Un emploi pour tous ¢ Numéro 3 Langue et culture Numéro 4 Quelle université 2 208 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 204 p.5,00 $ 174 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 199p.5008 344 p.8,00 $ 185 p.6,00 $ 242 p.6,00 $ 247 p.6,00 $ 201 p.6,00 $ Volume 12 (1988) Numéro 1 E Le quotidien EC Modes d\u2019emploi 174 p.6,00 $ : Numéro 2 | Saguenay/Lac-Saint-Jean ib: Les irréductibles 210 p.6,00 $ i Numéro 3 ii Le Québec 8: des différences : : culture d'ici 164 p.6,00 $ Numéro 4 3 Artiste À ou manager 2 169 p.6,00 $ : NOM AA E Adresse 1.220022 0 LL LL LL ALL L A AL a a aa É Bi Ville LL A LA a Aa a a aa Lane { Veuillez me faire parvenir le(s) numéro(s) suivant(s) : 4 is Ci-joint un chéque .mandat-poste .E, au montant de S .LL LL LL ALL k il Ni Hie ARTE ep ET an er rue I \u2014\u2014 Brat = Ea = ps Sorat gr ES Se ces Tee rar terre CT em Cory ES CREATCREES a Es permet ce xs ce > ETT on sax Rees RE 5 ES i ST regie pa ee es FR oa RAT secs = Malgré l'augmentation de nos tarifs un abonnement est toujours avantageux.Vous épargnez 6,00 $ sur le coût de quatre numéros en kiosque, vous contribuez à l'essor de la revue et vous recevez un numéro en prime.Je souscris un abonnement à POSSIBLES Envoyez-moi le numéro suivant, en prime : O Vol.8,n° À \u2014 L'Amérique inavouable O Vol.10, n° 1 \u2014 Le mal du siècle O Vol.10, n° 2 \u2014 Du côté des intellectuels |) le Adresse .LL LL LL LL Ville 120202000000.Code postal .Province .Téléphone .Occupation.ae LL LL ea aa ci-joint : chèque .mandat-poste .au montant de &] Abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : 18,00 $ D] Abonnement de deux ans (huit numéros) : 36,00 $ D Abonnement institutionnel : 30,00 S$ O Abonnement de soutien : 30,00 $ D Abonnement étranger : 36,00 $ Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 Vol.13 n°5 1-2 Prochain numéro : Communications et mass media (mai 1989) is M 1 | x da x pe _ LL .Cp Pr 2-25 a Lu za x 2 ser ce bere nn a RTE Fr 2 Easaieirbily.ost Lg pater res de ast oo Eine 5 Ei raed REO i rik a - rend = oc ECE Rae i: ro = z = Ear mar \u2014 \u2014 = - ~~ ke en ee pee = [Ep eR wl ee ny __ 2 rr eens ve ue \u2014eue ere erm LUT on pr = ye rt rs S 5 55 he on > STATS a Ty Res oly gr cf pe = re TES To ee Err Eo ES LIT = ish STI oe hay ere ei mer ms IS au pre RX Eras ers = LC DES ns arme rs A Beir a em as fk rrr 2 KE Lf = A as brs x 2 a Je \u201c Co a \u2014\u2014\u2014 grep nce mo IMPRIMERIE L'ÉCLAIREUR BEAUCEVILLE 15206 .8 ge Te PP PA tarts oie pt py - EE ee LLL A or a PET het LILI PORN = Io ES Tray ors Taye pe pa = : 3 5 jp 2e ne ge rs paca nen nr pce 6 caps = ov reve oa me Eo Ce Cem n= rt J Cle EN pe 2 we eae ra a Pip EY EL CESR rey lls Lv rr = a ee oo PP Pe rene ee x LL cu a or LC.BERS Seer oi fo 8 ps ae Ey pa A ; \u201cne 7 ce Sc ces Se Ar PSE OR pai cs Vv Lt qe on ea = Ee EE po = Str il i i ! CYRIL \u2014 ESSAIS ET ANALYSES POESIE ET FICTIO La vie a-t-elle Endormissement Pas d'histoire un sens ?ANDRE THIBAULT et autres récits f MARC LESAGE FRANCOIS DUMONT | Question de ; La complainte transcendance Valse complexe à | des années molles PATRICE LEBLANC deux personnages GABRIEL GAGNON CAROLE FORGUE Le retour du social JACQUES T.GODBOUT «Et certains sont plus inégaux que d'autres» DANIELLE LABERGE SHIRLEY ROY La querelle des modernes et des stmodernes DIANE PACOM L'incohérence: enquête et réflexion JEAN-H.GUAY A contre-jour et a contretemps.GISELE BOURRET Le postféminisme ?RAYMONDE SAVARD Complexité de la société et postmodernisme ERIC ALSENE Qui suivre ?JEAN-MARC FONTAN Arts «engagés» (1): la disparition de l\u2019image héroïque de l\u2019art FRANCINE COUTURE Arts «engagés» (2): Nicole Jolicoeur et Barbara Steinman ROSE MARIE ARBOUR Mai 1968 et après MARCEL FOURNIER Intellectuels et sciences sociales: des frères ennemis à la recherche d\u2019un avenir MARC-HENRY SOULET De Malévitch à Constable MICHEL GABOURY Le changement litique à Montréal GUY BOURASSA Poète voile au vent GABRIEL LANDRY i PRIX OFQJ: : Le songe GILLES PELLERIN La réserve i PATRICK KLEIN 3 DOCUMENT La chine, c'est à côté ROSE MARIE ARBOUR! CHRONIQUE LE JOURNAL DE MARCEL RIOUX | "]
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