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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Automne
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1990, Collections de BAnQ.

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[" ye n { q se H A H ji Br H Hi i f hh tin A HHA a HHH] i i He \u2018 : ARIA iH Hatt EET 4 sie A cts i cao ossibles hi STE Bp V OLUME 14 @ NUMÉRO 4 © AUTOMNE 1990 Oi eu, 2x2, Pa gh > £3 Ln di Whe 4 ok Le va?ke £3 i res Fpl 22 7 de i 45 1 8,00, 3 SF 2 Re SF ow sm EX i is Sa, i ne 7 cit BE 525 À Ly + Pis a ae whe ee \u201coh A pik £- 5e £4 4 Tre Ga js Fr + Soy a Yomi oo.A x 7 dent od ESS 2 t,o: th 7% N° pu.xs nich A er a 42 nee 1 a 3, Ei £2 Ros ag aml hr Ds 0, 7, 2 FX TA ELIE gaa rare Ene = cat oc ace Eg \u2014_ pes, CET 3 papa art a carre ie 2 a = _\u2014 abi 0e rr ; 4 ai EE tros me mim à E a A ss SAN RD 7 2 2 7 ; VIES DE PROFS 2 GG = 7 A 7 7% Les GS 7% % VOLUME 14 - NUMÉRO 4 - AUTOMNE 1990 : Fan La gon Bir: ae J Cray seen 2 i a eh IRAN pe a Le Ra rs on ba REE LS PRR Py po TITRE me ok oo rey or possibles B.P 114, Succursale Côte-des-neiges, Montréal, Québec, H3S 254 731-1749 Comité de rédaction : Rose-Marie Arbour, Yvan Comeau, Francine Couture, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Jean-H.Guay, Raymonde Savard, André Thibault Responsables du numéro : Raymonde Savard, André Thibault Secrétariat et administration : Suzanne Martin Collaborateurs(trices) : Éric Alsène, Francine Déry, Roland Giguére, Jacques T.Godbout, Suzanne Jacob, Monique LaRue, Gaston Miron, Marcel Rioux La revue est membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCQ).Les articles parus dans la revue POSSIBLES sont répertoriés dans Point de repère.Les textes présentés à la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionné par le ministère des Affaires culturelles du Québec et le Conseil des arts du Canada.Conception graphique et maquette de la couverture : Nicole Morisset Révision des textes : Jean-Pierre Leroux Typographie et mise en page : Composition Solidaire inc.Impression : Imprimerie L'Eclaireur, Beauceville Distribution : Diffusion Dimédia Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada ISSN : 0703-7139 © 1990 Revue Possibles, Montréal Neyer TABLE DES MATIERES Editorial 7 ESSAIS ET ANALYSE Une journée à l\u2019école DANIÈLE COURCHESNE 17 La force vive des cours BRUNO ROY 25 Un métier ingrat ?MICHELLE GAGNON 35 Parcours d\u2019enseignante (facettes) RAYMONDE SAVARD 43 Artiste ou enseignant ?MICHELE THEORET 53 Enseigner, un processus de maturité MADELEINE DWANE 59 Les découvertes d\u2019un jeune professeur d'université ÉRIC ALSÈNE 69 FICTION Deux souliers JEAN ROULIS 79 RE MAR a LE a RE RERO Rnitofe Ee TI RE TH BUR, 1 HH Hi ng His HERE BRI.co - v vy + thie M i} t TGR: TT AT HEE HRN MM HMS EE LOC sea AHO UG HL | \u2018 ; a ROC INDE dinning: HR TE HH HE RE RH HEN ARI ARH HA HH iit hie.À HF Digamma MICHEL DE CELLES 83 Manipulations NOEL LAFLAMME 89 POÉSIE L\u2019horveille JEROME ELE 97 La nuit-cloison et Trois MARIE-CHRISTINE ARBOUR.101 IMAGE Texture 1990 CAROL WAINO 49/105 SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION Conscience planétaire et nouvel ordre mondial LOUIS DESMEULES 115 DOCUMENT Dynamique théâtrale de la mémoire ALBERTO KURAPEL_ CHRONIQUES 129 Montréal en novembre GABRIEL GAGNON Des institutions de moins en moins crédibles YVAN COMEAU Les médailles de Possibles UBALD H.NATTIER COURTEPOINTES 137 141 145 Cliqueter au vent ANDRE THIBAULT Les premiers mots JEAN-H.GUAY 149 153 rn \u2014 et - Err - REET] ELE ee case FR nn x ERISA Ae a Sa repair ee ES BERLE RETIN se print wT ok Dir EE, Jt éceuceex pese cor SES 2022 pres =x Cnr Eis 5 RCE try ps IC CIE xd Ae Ad HT Pres A Ri Titanesque ! On s\u2019est habitué à trouver normal que la lumière de la connaissance surgisse à l\u2019aurore d\u2019une vie ou au sortir d\u2019une phase obscure, à ce qu'elle se diffuse et sème des points de repère dans une réalité chaotique ! Nous n'avons plus la crédulité des Anciens qui imaginaient des Titans crispés, à la limite de leurs forces, poussant le chariot du soleil pour vaincre les résistances de la nuit.Et pourtant.les individus qui s'esquintent à éveiller les intelligences humaines de ploient bel et bien des qualités de Titans, car contrairement au retour périodique inéluctable de la clarté du jour, l\u2019illumination des esprits requiert une lutte acharnée contre les déterminismes « naturels ».Pendant que certains chez nous animaient, planifiaient, aménageaient, structuraient, organisaient le développement du Québec, de nombreux autres ont enseigné \u2014 à temps plein ou comme très importante activité secondaire.Geste de semeurs 2 Ils ne l\u2019auraient pas prétendu.Ils se contentaient d\u2019ameublir le ferrain pour des semences multiples, en remuant le sol une fois ou deux : la science du labour optimal leur aurait commandé de faire plus, de tiercer cette terre en friche qu'il fallait rendre fertile au plus vite.mais la zone à couvrir était immense et les ouvriers en nombre restreint.Et voilà qu\u2019au moment où moins de gens continuent à militer et à bâtir des projets de société, beaucoup enseignent toujours et y croient toujours.Serait-ce un des terrains où la pensée utopi- POSSIBLES que a rencontré le moins d'échecs et de décourage- Vies de profs ments ¢ Seule une connaissance plus intime des pratiques effectives nous permettrait de comprendre.Un musicien québecois lui-même innovateur, Helmut Lipsky (membre de Mélosphère et du quatuor Sonos), a intitulé paradoxalement Rouages de rêve une pièce qu'il a composée en 1989.De fait, la dynamique du rêve comporte sans doute des connexions logiques ui lui sont propres et que notre lunette postimoderne devrait reconnaître mieux qu\u2019au temps où l\u2019on avait la manie cartésienne de tout dichotomiser.Si le rêve ; de rendre la population plus connaissante continue à de tenir le coup, peut-être a-t-il fonctionné grâce à des rouages solides et résistants.On les comprendra mieux si Tes individus qui ont été et demeurent porteurs de ce rêve ont l\u2019occasion de raconter leur histoire de pédagogues et de léguer par là une partie de leur expérience.i Mais lorsqu'on parle de « partage du patri- : moine », tout le monde entend ce dernier terme au sens familial (et économique) \u2014 en particulier depuis le passage récent d\u2019une loi qui a généré bien des controverses.Que fait-on du patrimoine autrement plus précieux qu'est l'expérience acquise dans la construction d\u2019une société et d\u2019une culture 2 Le milieu vébécois a l'habitude de laisser se perdre les traces de ses expériences innovatrices aussi sûrement que « la mer efface sur le sable les pas des amants désunis ».Sur la piste où s\u2019ébattent nos expérimentations sociales, les danseurs tournoient à une vitesse folle au point d'oublier le tempo sur lequel ils avaient amorcé leur mouvement.Ce trait culturel a quelque chose de suspect, comme si nous ebordions l\u2019engagement dans une optique romantique et sacrificielle où l\u2019échec assuré conférerait à nos gestes la grandeur tragique des amours impossibles.Notre imaginaire politique ressemble à « la théorie courtoise de l\u2019amour passion qui se nourrit d'absence, aspire à la eh Éditorial ruine et qui sera la fatalité de l\u2019Occident » (à propos du mythe de Tristan et Isolde, dans l\u2019article Wagner de l\u2019Encyclopaedia universalis).Pour combler un vide certain, nous avons donc demandé à des personnes qui ont maintenu un engagement actif dans des activités d'enseignement de raconter et d'analyser leur parcours.Nous les avons invitées à parler de leurs motivations, du sens v\u2019elles ont donné et donnent à l\u2019acte d'enseigner, des moyens qu\u2019elles ont mis en oeuvre, du Bilan qu\u2019elles en font.Il nous a fallu frapper à plus de portes que d'habitude pour emplir le numéro.On est lus discret aujourd\u2019hui sur ce qui se passe dans l'intimité des salles de cours que dans celle des chambres à coucher.car le noble et le sentimental se portent mal en ces années d'affairisme et d\u2019arrivisme.L\u2019imaginaire dans les pratiques éducatives! On peut dégager de celles-ci quelques fils conducteurs.Pour être moins apparents que dans les champs de la politique et de la vie associative, les utopies et projets de changement qui se pensent et se vivent sur les ancs de l\u2019école n\u2019en ont pas moins de vigueur et d\u2019audace.Peut-être se rendent-ils plus souvent jusqu\u2019à la mise en application.Par exemple, les Québécoises se sont vu reconnaître le droit à la parole par bien des pédagogues avant que l\u2019État ne consente à leur laisser accès aux bureaux de vote.l'acte d'enseigner n\u2019a un sens que là où les personnes qui s\u2019y adonnent lui trouvent une pertinence dans leur vision de l\u2019être humain, de son développement, de la dynamique des relations humaines, du 1/ Ce thème est abordé en long et en large dans Jacques Ardoino, «Les jeux de l'imaginaire et le travail de l\u2018éducation», Formation permanente, décembre 1984, pp.11-31.rape Bin advises Re RRR HEY changement social, d\u2019elles-mêmes et de leur rôle.Peut-être l'utopie d'enseigner serait-elle indicative de certaines voies où « il y à un futur ».Sur le plan de leur vision de l\u2019être humain, la pratique de nos enseignants les apparente aux paysagistes qui aménagent des fontaines : ils sont fort différents des naturalistes à la Rousseau qui rejettent comme un sacrilège toute altération de la nature \u2014 et des architectes prométhéens qui tentent d'inventer de toutes pièces un nouvel univers matériel.Ils traitent l\u2019eau et l'humain comme des réalités spécifiques à respecter et des possibles que l\u2019on peut aider à se déployer.Touchant la relation interpersonnelle, on les sent plus proches du librettiste d'opéra qui a écrit « Mon coeur s'ouvre à ta voix » que du Jean-Paul Sartre proclamant « L'enfer, c\u2019est les autres ».Mine de rien, cette vision s\u2019écarte de certaines tendances fortes de la pensée contemporaine : celle qui pose l'agressivité et la compétition comme les principaux moteurs de la conduite humaine ; celle qui croit qu'on est déterminé à fout jamais par ses gènes, son complexe d\u2019Œdipe ou sa place dans les rapports de production ; celle selon laquelle chacun vise tant bien que mal à sauver sa peau sans que personne puisse influencer autrui.POSSIBLES Vies de profs 5 oh Editorial L\u2019enseignement comme rencontre Eddie le veinard : Je vois un navire qui descend la riviére.Hagar Dunor : Parfait ! Pourquoi ne lui demandes-tu pas 2 Eddie le veinard {aux occupants du navire) : Est-ce la rivière qui ne finit jamais \u20ac Ces enseignants sont des voyageurs qui reviennent sur leurs pas pour dire à ceux qui entreprennent le trajet qu\u2019il leur est loisible de le poursuivre sans jamais en connaître la fin.Ils leur révèlent qu'il n\u2019y a pas de limite à apprendre.Leur enseignement ouvre au lieu de fermer.Je me souviens d\u2019un prof de philo qui affirmait que les réponses sans questions sont bien pires que les questions sans réponses.L'enseignement actuel comme « utopie concrète » rompt radicalement avec le rôle traditionnel de transmission d\u2019un bagage statique de normes et d\u2019affirmations qui commandaient l\u2019adhésion.Les pédagogues livrent le secret de leur quête inassouvie, maîtres de recherche plutôt que de doctrine, engendreurs de projets, briseurs de chaînes et de murs, guérisseurs de myopies.Quelques bilans personnels en attendant un bilan collectif Que sait-on de précis sur les milliers de magiciens qui font surgir un imaginaire créateur de tant d\u2019esprits à qui l\u2019on n'avait longtemps appris qu\u2019à croire et à obéir 2 Avec la laïcisation de leur métier, les enseignants ont perdu un puissant mécanisme de reconnaissance sociale.Leurs prédécesseurs étant presque toujours religieux, certains d\u2019entre eux obtenaient au moins pour « l\u2019héroïcité de leurs vertus » l'hommage qu\u2019on rendait plus parcimonieusement à leur travail pédagogique.Ceux qui obtinrent la note A re RSR REP Co diitauiers Loainathe alt di) hit oH N 2 A* à cet examen de passage bénéficièrent du titre de « confesseurs », fourre-tout concédé aux saints personnages qui n'étaient même pas apôtres, docteurs ou martyrs.Cela a permis de façon posthume à quelques grands éducateurs non seulement qu\u2019on célèbre une fois par année une messe en leur honneur, mais surtout de rester dans les mémoires.Les préjugés courants voient dans l\u2019enseignement une carrière homogène et linéaire, une spécialité pratiquée par des gens qui s'y complaisent et ne sauraient faire autre chose.Quelques-uns de nos textes insistent au contraire sur les tiraillements entre cette activité et d'autres accomplissements personnels.« Artiste ou enseignant » 2 se demande Michèle Théorêt.C\u2019est une part de soi qu\u2019on enseigne aux autres, quelque chose qu\u2019on pourrait tout aussi bien au même moment mettre en oeuvre soi-même.À d\u2019autres niveaux, la carrière elle-même a des exi- ences ambiguës où l\u2019enseignement n\u2019a pas la partie Facile : chercheur ou enseignant 2 se demande à son tour Jacques, le « jeune professeur d'université » décrit par Eric Alséne.Critique devant le caractère de « dirigeant de PME » que cette carriére est en train de revêtir, il « n'entend pas changer d'orientation » car « par delà tous ses travers, c\u2019est un monde où l\u2019on peut encore faire des choses, créer et, surtout, se dépasser ».« Aussi, en définitive, s\u2019il avait des blames & formuler, Jacques aurait tendance à les adresser à d'autres individus qu'aux protagonistes de la recherche universitaire actuelle.» Ce parcours entraîne des remises en question personnelles.Le texte autobiographique de Madeleine Dwane souligne que l'imaginaire qu\u2019on a pour les autres engendre des retombées sur soi-même : « Je transforme mes acquis, mes rêves en d\u2019autres straté- ies toujours centrées sur la qualité de la relation, Pim rtance de son identité, de la reformulation et de la création de ses valeurs et la recherche incessante de cohérence, de sens.» POSSIBLES Vies de profs Éditorial Danièle Courchesne a choisi pour sa part de raconter une journée ordinaire d'une enseignante.La trame des événements semble routinière et banale : après « une période de libre de trente minutes ».\u2026.« on revient en classe ».Sauf que pendant tout ce temps-là on traîne dans sa tête les problèmes personnels et sociaux les plus ardus, les objectifs pédagogiques les plus ambitieux et le défi d'arriver à assumer fout ça en même temps, dans un horaire où l\u2019on trouve rarement le temps de souffler.Il faut défendre ses convictions : « Ce qui les préoccupe, c'est que vous sachiez les rejoindre dans ce qu'ils croient, dans ce qu\u2019ils défendent comme les premières valeurs de leur cheminement personnel », argumente Bruno Roy dans une lettre écrite au début de sa carrière et qui polémique contre une notion beaucoup plus normative et conventionnelle de l\u2019enseignement.Michelle Gagnon se soucie des retombées sociales de l\u2019ouverture qu\u2019elle cherche à provoquer chez des jeunes qui détiendront des positions sociales privilégiées : « Eh bien, qu'ils en profitent pour faire avancer le monde, pour améliorer les choses ! » Et les réussites sont partielles.Raymonde Savard souligne que « si dans l\u2019ensemble, le niveau des connaissances et aptitudes monte, il ne monte pas également pour tout le monde et l'écart entre ceux et celles qui réussissent facilement et les autres est plus grand aujourd\u2019hui qu\u2019hier ».Nous vendons aussi du Nescafé Tout cela se traduit bien vite en enjeux collectifs.Nos inquiétudes sur notre rendement éducatif ont ressurgi il y a quelques mois lorsque l'affaire Péla- deau a ramené à la surface d'anciens propos attribués à Sam Steinberg et comparant la réussite sociale respective des Juifs et des Québécois francophones « de souche ».Le journaliste Miville Tremblay 13 EM É RE A RAI Catena ue MS fats B asi, A) E RICH NIE a reconstitué dans La Presse au début de mai dernier PossIBLES la petite histoire des citations inexactes et des malen- Vies de profs tendus qui ont accrédité cette légende.Ce qui me frappe le plus, c'est qu\u2019elle ait pu être inventée et répétée.En ce temps-là encore, notre fierté s'appuyait davantage sur notre taux de natalité que sur celui de notre fréquentation scolaire.Désormais, au contraire, les Québécoises et Québécois se donnent le droit de décider s\u2019il leur convient ou non de procréer | Cette fantaisie même, dont certains s\u2019inquiètent et s\u2019affolent, témoigne de l\u2019émergence d\u2019une génération en train d\u2019'apprivoiser un savoir-faire nouveau qui consiste à penser par soi-même.Cette 3 même génération révolutionne aussi en se l\u2019appro- A priant le monde du savoir, dont leurs parents étaient exclus à l\u2019époque où nos mandarins et autres brahmanes basaient leur légitimité sur la distance où les maintenait une hiérarchie sociale imputée à Dieu en personne.D'une certaine façon, le présent numéro de Possibles se situe donc dans la suite de celui sur La mère ou l'enfant (automne 1989).Après en avoir fini avec la revanche des berceaux, l\u2019on peut s'attaquer à celle des cerveaux.Laissant les experts et prédicateurs ; s'affronter à coups de statistiques pour statuer sur le 1 nombre de rejetons qu\u2019on devrait avoir, des milliers 2 d'agents éducatifs s\u2019échinent patiemment, sur des tribunes moins visibles, à outiller pour la vie les enfants qu\u2019on a.Depuis, justement, qu'on en met moins au monde, la société consacre davantage de temps et de ressources à chacun2.Pendant que baisse notre reproductivité numérique, un travail de kaléidoscope transforme notre paysage humain en y ajoutant une diversité de facettes d\u2019une richesse sans précédent.2/ Les inconsolables de la prolificité biologique ont tout le loisir de bercer leur nostalgie en se retrempant dans les gravures d\u2019E.-Z.Massicotte et les poèmes de Blanche Lamontagne.UE 14 ok Editorial Mais, bien sor, les variations qui en ressortent ne sont pas toutes de saveur égale.Pour plagier la forme d'une annonce.de Steinberg, nous avons en stock le mélange maison Van Houtte mais aussi le Nescafé.Et la perception excessive du public et des médias, qui ne discernent dans le menu que nous servent nos écoles que les variétés professorales et étudiantes les plus plates et les plus insipides, correspond à une partie non négligeable de la réalité.Une conjoncture où s\u2019associent la rareté des débouchés, la démotivation d\u2019une partie du personnel enseignant et le peu d'intérêt de jeunes obnubilés par la consommation et les images instantanées ne manque pas de laisser sa marque.Mais là où les Titans de l\u2019enseignement me renversent, c'est qu'ils arrivent si souvent, contre toute théorie, à recycler du Nescafé en mélange maison fraîchement moulu ! André Thibault pour le comité de rédaction a 2 ra ix Jos ae = a Rae ars ces exe: Ss ER Roars Tn = os IIL it EARN BE FERN SEEN \u2014 DANIELE COURCHESNE Une journée à l\u2019école Quel est ce grondement 2 Oh, non, déjà 6 heures.fi La douche, le café.Je m\u2019habille.« Bon, gu\u2019est-ce j qu\u2019il y a au programme aujourd\u2019hui ?» Étude de l\u2019horaire de la journée tout en prenant le petit déjeuner.Planification du temps affecté à chaque activité.: Hop, 6 heures 30, c'est le temps de partir.Arrivée à ; l\u2019école à 7 heures.Préparation du café pour tout le monde, finalisation de tout ce qu\u2019il faut pour passer Ir à travers la journée.ji « Bonjour, Daniéle, je suis ici | » Aide supplémentaire en français avant l\u2019école à deux élèves de cinquième année.Ensemble, on révise les notions grammaticales vues en classe et que ces enfants n\u2019ont toujours pas réussi à maîtriser.« Allez jouer dehors un peu avant que la cloche sonne.» Discussion avec les autres professeurs.La cloche sonne.C'est le à branle-bas de combat dans la salle des profs.Cha- : cun va dans sa classe pour accueillir les enfants.: « Bonjour, les amis | » La journée commence dans i un brouhaha indescriptible.Il y en a un qui a tapé sur son copain pour je ne sais trop quelle raison ; un autre a oublié ses devoirs ; une autre veut téléphoner à sa mère pour avoir son dîner, etc.Trente-quatre élèves, ça fait beaucoup de petites histoires personnelles à écouter et de problèmes à résoudre. On se dépêche.Vite les devoirs sur la table, on va être en retard pour la gymnastique.Ouf ! Juste à temps.Une période de Tore de trente minutes : je corrige les devoirs de la veille et je finis de préparer les activités de la journée.C'est vite passé, trente minutes.On revient en classe.On se change et c'est le petit test quotidien (dictée).Pendant la dictée, je dois veiller à me placer en face de cette petite ble qui semble avoir de sérieux problémes de discrimination auditive.Comme cela, elle peut au moins voir mes lèvres.Depuis trois ans, toutes les enseignantes ont discerné de graves difficultés d'apprentissage chez cette enfant.À chaque année, à chaque bulletin, le problème est discuté avec les parents et la situation stagne toujours.Pourquoi 2 Les parents ne veulent rien faire (pas même lui faire passer les tests de discrimination auditive qui pourraient nous aider à mieux comprendre ses difficultés et à réagir en fonction de celles-ci) et on ne peut rien faire sans l'accord de ces derniers.De plus, à cause de ce présumé handicap, cette petite fille n\u2019a pas eu la capacité d'intégrer l\u2019orthographe des sons pendant sa première et sa deuxième année.En troisième, elle est complètement perdue.Là encore, les parents n\u2019ont as voulu suivre les conseils du corps enseignant et la laisser recommencer sa deuxième année.Après la dictée, vient la période de grammaire.Selon le nouveau programme du Ministère, on ne doit plus enseigner la grammaire de façon systématique, mais seulement la grammaire d'observation, et ainsi amener doucement les enfants à découvrir la règle sous-jacente à cette observation.Il y a un hic dans cette belle théorie.Avec trente-quatre élèves, qui sont très gentils et mignons, mais qui ne sont pas pour autant la classe idéale, enseigner de cette manière demande beaucoup de temps (en immersion, nous avons 60 % du temps pour couvrir tout le bloc 18 POSSIBLES Vies de profs Une jun fe ; Une journée à de français, math, etc.) et cette approche ne rejoint l'école qu'une toute petite partie de la classe.Entre l\u2019élève hyperactif qu'il faut calmer, l'élève lunatique (qui a de la difficulté à concentrer son attention) qu\u2019il faut réveiller et tous les autres cas | spéciaux de la classe, il faut faire passer la matiére i au moyen d\u2019un éventail de techniques afin de rejoin- | dre le plus grand nombre d'élèves possible.L\u2019enseignante ne peut plus se contenter de cours i magistraux et d\u2019exercices d\u2019application dans un cahier.Il faut pouvoir faire concurrence à la télévision et aux jeux vidéo pour capter et garder l'attention des élèves.C\u2019est ici qu'entre en jeu le côté créatif de | l\u2019enseignement.Bien sûr, nous devons suivre un pro- j gramme émis par le ministére de I'Education et ré- H pondre autant que possible aux nombreux objectifs.bi La façon d'y arriver dépendra de I'imagination et i des croyances de chaque enseignant ou enseignante.Nous arrivons à atteindre les buts fixés, mais pas nécessairement avec la même approche.pore NITE Dans mes classes, autant en troisième qu\u2019en cin- i quième, le jeu contribue à rendre une matière comme la grammaire plus attirante ; il facilite l\u2019acquisition et l'intégration des notions présentées.Mais ces jeux de grammaire, c'est l'enseignant qui, la plupart du temps, doit les penser et les fabriquer Les effets de notre société de consommation se font également sentir dans nos classes.Les enfants se IE fatiguent vite d\u2019un jeu, il leur faut toujours du nou- À veau.Cette attitude est à la fois stimulante et essou- j flante pour l\u2019enseignante.Il a donc toute une variété de jeux à créer, mais il faut aussi une succession d'activités qui visent le même but tout en ayant | l'air différentes afin de surprendre les enfants, de garder leur intérêt en éveil et de les amener à appliquer les notions ainsi acquises dans leur travail quo- | tidien d'écriture.I\u201d , \" \" TT POSAIT RTE ET HRT RR RE TE Causse sé des LL an caries Ce came a tale seau dde CHAR ER Es RE iG ae ait cond C\u2019est ici qu'entre en scène le travail individualisé.POssIBLES Ue Chaque enfant vient me voir avec sa production Vies de profs écrite, que nous révisons ensemble en mettant l\u2019ac- | cent sur tel ou tel point de grammaire selon la ma- a tière qui a été couverte cette semaine-là.On peut ainsi personnaliser l\u2019enseignement en répondant aux besoins spécifiques de chaque élève.Si j'avais plus | de temps.je pourrais le faire plus souvent.La cloche sonne.C'est la récréation ! Les enfants sortent se dégourdir les jambes pendant que les enseignants relaxent un peu derrière leur pile de dictées à corriger et leur tasse de café.Ah, que c'est court, quinze minutes ! | La cloche sonne.Les enfants rentrent.« Moniteurs du lait, allez chercher le lait! » Pendant que les enfants boivent leur lait, j'en profite pour leur poser | quelques problémes de fagon orale.Ce sont souvent | les enfants qui les ont inventés.Ils adorent préparer des questions pour toute la classe, alors aussi bien mettre leur imagination à contribution dans l\u2019élaboration de leurs propres activités d'apprentissage.C\u2019est ce que nous appelons une activité à objectifs multiples (Français et math).C\u2019est le temps des mathématiques.En immersion, les mathématiques sont aussi synonymes de résolution de problèmes.pour les enseignantes.En plus des concepts, il y a la langue à enseigner.C\u2019est là qu\u2019on peut s'apercevoir de la difficulté du langage utilisé dans les manuels scolaires.Comme en grammaire, j'aime beaucoup utiliser le jeu, en plus des activités de manipulation et des activités plus conventionnelles comme les exercices du manuel.Une assistante vient m'aider trois fois par semaine pendant la période de mathématiques.La plupart du temps, elle sort de la classe avec les élèves qui ont le plus de difficulté à comprendre certains concepts afin de leur donner un enseignement plus individualisé et leur permettre ainsi de suivre la progression du d'u 20 Unejouméea groupe.Ce sont les parents de mes élèves qui ont l\u2019école réussi à obtenir cette aide de la Commission scolaire afin de pallier, en partie, le surplus d'enfants.Dix minutes avant la fin de la matinée, c\u2019est le temps d'écrire les devoirs et les leçons pour la partie à française de la journée et je signe tous les cahiers Ë (jusqu'à Noël seulement).4 Pendant l\u2019heure du dîner, je ramasse les piles de travaux que nous avons exécutés pour faire de la place à l\u2019enseignante qui vient pour le cours d\u2019an- i | glais de l\u2019après-midi.Je prépare mes affaires pour E ma classe de cinquième année et je vais manger à b mon four.ji L\u2019après-midi, je suis en cinquième année.On com- | | mence avec la sempiternelle dictée (ce qui motive les Ë | élèves à étudier leur vocabulaire).Avec les plus vieux, je fais moins de jeux.Avant, j'en faisais beaucoup en grammaire, mais je me suis vite rendu compte que la transition entre les notions vues dans le jeu et la mise en application dans leurs travaux semblait se faire moins bien que chez les plus petits.ji Alors, je fais maintenant plus d'exercices convention- | nels de renforcement mêlés, à l\u2019occasion, d'activités plus amusantes.Souvent, je pars de leur production écrite pour créer des exercices de grammaire où les élèves doivent mettre en application ce qu\u2019ils ont fl appris et où la réflexion est obligatoire pour les ; réussir.4 Ce qui est difficile dans les classes du deuxième fi cycle (4°, 5° et 6° année), c\u2019est d'amener les élèves à ä réfléchir.E Est-ce l'influence de la télévision, où l\u2019enfant est i foujours en position de spectateur inactif, qui rend yi cette tâche si ardue 2 Je pense d'abord à l\u2019applica- i tion de règles de grammaire, mais cela se révèle la ki méme problématique en sciences humaines, en lecture (développer un esprit critique) ou en toute autre matière académique.21] \u2018 - Mat: A Le RTT RR RER TH TT A RTT TRH \" RETIRE rR Coase de 4 His bias asie ue BED ABM GGG.oe abit eine dires Al Gods HET Qi i 2 3 A+ it] I A IH HN H à bi Un déblayage préliminaire à l\u2019oral doit donc être fait pour aider les enfants à réfléchir.On revient régulièrement à ce type de discussion afin de leur faciliter un peu la tâche et de les inciter à s'interroger et poser un regard plus critique sur leur propre travail, celui de leurs pairs, sur leur environnement, etc.\u2019 Je les fais travailler régulièrement sur des thèmes qui prennent la forme de projets.Ils travaillent en etits groupes à partir de livres de référence que je leur fournis et ils doivent faire leur propre recherche.Tous les objectifs sont ainsi couverts et cette façon de faire me permet d\u2019individualiser davantage mon enseignement.Je peux m\u2019attarder sur telle ou telle notion en science ou en un autre domaine (ça peut aller de la technique pour développer un plan de travail ou écrire un paragraphe à la résolution de problèmes interpersonnels ou de partage du travail à l\u2019intérieur de l\u2019équipe), selon les difficultés rencontrées par l\u2019équipe.Pour ce genre de recherche et pour d'autres projets semblables, le Ministère fait la promotion de l'utilisation de matériel provenant du milieu dit « réel » pour être en accord avec l'approche communicative, mais ne fournit qu\u2019une part infime de matériel complémentaire, à peine quelques suggestions pour trouver ces outils dits communicatifs.Les sujets des différents thèmes abordés au cours de l\u2019année sont très intéressants pour les enfants, mais leur ex- loitation, pour qu'elle soit dynamique et actuelle, force l'enseignant à fouiller et rechercher dans le « milieu » tout ce qui peut être disponible et utilisable (donc compréhensible) dans une classe d'immersion de cinquième année.La solution de la facilité demeure la bibliothèque municipale ou de l\u2019école.Le cloche sonne.Tout le monde retourne à la maison faire ses devoirs.Moi, je reste à l\u2019école un moment pour corriger le travail de la journée et préparer celui du lendemain.22 POSSIBLES Vies de profs Ure jo Une jourréeà L\u2019univers de l\u2019enseignement varie considérable- ; l\u2019école ment d\u2019une classe à une autre, d\u2019un individu à l\u2019autre.C\u2019est un métier qui laisse énormément de place à la créativité, à la débrouillardise et à l'imagination.j Malheureusement, l\u2019opinion d\u2019un enseignant ou A d\u2019une enseignante tend de plus en plus à être déva- À lorisée.C\u2019est le père ou la mère qui décide si l\u2019enfant change de niveau ou pas, s'il a des difficultés d\u2019apprentissage ou pas, et si les parents s'aperçoivent que leur enfant a des problèmes d'apprentissage en cinquième année, les enseignants des classes précédentes seront les premiers blames.ly a toujours cette colére contenue chez I'enseignant, cette sensation d'être coincé dans une position EL très inconfortable causée par l\u2019inertie bureaucratique et son incapacité à répondre aux besoins des enfants (il y a de longues listes d'attente chez les élèves admissibles à une aide psychologique ou autre) et par cet affrontement avec les parents qui refusent souvent d'accepter le fait que leur enfant n\u2019est pas Einstein et de lui donner une chance de pouvoir enfin respirer.A : PE » A Tp IIT 1 ave R ' A ; si wl IER ATTIC Poe AH has + ns, = de He TU MI Bises tan ages dea Co RH rade Mis HYD REG IEE _ Ex Spar paar oe era a= Co a oe Es oe RTT rrr Es ed err Er ak pre PEN cou pre EEA Qu ES ._ OITA a => rez: ae \u2014 es Eee pe at pr OS EE pires Sl re CEE pipet aw cs = aE ES x EERE TE ron et ES Or ERIC OO a Fs Pry pe SE J BRUNO ROY La force vive des cours Il est tant de beauté dans tout ce qui commence.Rilke Montréal, le 31 octobre 1970 Père Foisy, (.) La 9 À était différente des autres classes arce que son fitulaire était différent des autres pro- Ésseurs.(.) Je ne pouvais concevoir l'éducation hors du dialogue, hors de l\u2019apprentissage de la relation humaine authentique (.) Je ne voulais pas que mes élèves deviennent les prolétaires de certaines valeurs périmées, celles d\u2019un système désuet.Je voulais que mes élèves deviennent des élèves qui pensent.{.) On va aux jeunes plus par ce qu'ils cherchent que par ce qu\u2019ils aiment.Ce qu'ils aiment, c'est de l\u2019acquis.(\u2026) On ne prépare pas les jeunes à la vie de demain avec les moyens d'hier (\u2026) L'école qui vieillit se sclérose.Elle n\u2019est pas traditionnelle, elle est périmée.(.) L'éducation véritable, voilà toute la question.(\u2026) Les jeunes se foutent bien, et j'aimerais vous en convaincre, de ce que vous croyez.Ce qui les préoccupe, c'est que vous sachiez les rejoindre dans ce qu'ils croient, dans ce qu'ils défendent comme les premières valeurs de leur cheminement \u2026 de A li: {tu | i H a personnel.Ce qui est important, c\u2019est de leur montrer à se servir de leur liberté et non de la leur enlever.(.) Si votre système a fait ses preuves, comment expliquer alors ce désintéressement des jeunes (sans omettre les nôtres) face à leur engagement dominical ?Comment expliquer le comportement de tel élève qui a écrasé une hostie sous les yeux de ses camarades, de cet autre qui va à confesse avec dans sa poche la photographie d\u2019une fille nue ou de cet autre qui n\u2019y va plus depuis deux ans 2 À en juger, vous n'êtes pas renseigné sur leurs véritables problèmes.Les problèmes de cheveux longs sont bien courts à côté de ceux-là, n\u2019est-ce pas @ Avec un système qui a fait ses preuves, auriez-vous bonne conscience 2 (.) Montréal, le 1° novembre 1970 Robert, (\u2026) Une jeunesse sans soutien, c\u2019est une jeunesse livrée au désordre, à l\u2019anarchie.Foisy est loin de saisir la portée de cette réalité.C\u2019est vrai que des apparences négatives la couvrent dans tous les journaux, mais elle n\u2019en a pas moins besoin d\u2019un soutien.La jeunesse ne croit pas à la façade.Ses points de repère appartiennent au vécu.La lettre de Foisy n\u2019est quand même pas banale.Elle est forte.Derrière elle, c\u2019est la façon de penser de toute une génération qui tente les derniers ébats pour échapper à l\u2019anéantissement de son « système ».C\u2019est fou, je suis insensible à cette douleur que nous lui infligeons.|.) Montréal, le 23 juin 1971 Robert, (.) Tes lettres sont une délicieuse attention portée à une particulière élève comme à « un soir de prime été » (A.Hébert).(.) Bien sir, vos situations respectives vous obligent aux conditions les plus nerveuses, sinon les plus énervantes.Tu as éveillé chez elle les plus grandes vérités humaines qui sont en méme 26 POSSIBLES Vies de profs lof des La force vive temps les plus grands risques.(.) Ne pas avoir peur des cours de sa sensibilité, ne pas l\u2019étouffer.Ne pas s\u2019aliéner par la peur.Ne pas se refuser à la vie.(.) Il Yarrive- ra les choses les plus difficiles à comprendre et les plus grandes « à ne pas séparer la culture de l\u2019inquiétude de la vie » (Raymond Jean).{.) Roxboro, le 2 mars 1976 Jean-Noël, (.\u2026) À l\u2019école, ce n\u2019est pas la guerre.C'est I'inconscience.J'ai un besoin urgent de changer de milieu.C'est une école privée et nous sommes à l\u2019abri des inconvénients (grève, coupe de salaire, harcèlement) mais nous serons les premiers à profiter de la lutte présente.C'est immoral, je le sais.Mais une lutte plus active, plus engagée m\u2019obligerait & accepter les risques d\u2019un renvoi.La dernière fois que j'ai goûté au renvoi (Beaubois), ç'a été amer.Et puis je n'ai plus envie de me détruire pour le bien des autres.La solidarité est une denrée rare de nos jours |.) Roxboro, le 25 janvier 1978 Yves, (.\u2026) Or, comme je suis homme de parole, la littérature me concerne.Ma job consiste aussi à dire à mes bien-aimés étudiants que la parole les concerne aussi.(\u2026) Roxboro, le 6 octobre 1980 Ë Madame Vanier.(.\u2026) Ce qui m\u2019apparaît en cause, essentiellement, E c\u2019est que mes convictions politiques traversent mes a propos ainsi que le choix des lectures que je suggère à mes éléves.(.) Je comprends votre inquiétude : un rofesseur de français ose parler des problèmes po- : itiques liés à la langue tout en valorisant une littéra- È ture québécoise joualisante dont le phénomène culturel est incarné dans un roman des plus anarchistes : Salut Galarneau ! du non moins anticlérical Jacques Godbout.|.) Leur jeune âge ?Allons, ils seront au cégep en août prochain ! Pauvres « enfants » qui devront, une fois le niveau collégial atteint, affronter des professeurs aux tendances marxistes, à la pensée socialisante, à la morale affaiblie, au nationalisme étroit des péquistes, aux manifestations linguistiques douteuses, etc.(.) L'influence du professeur a accompagné, depuis la maternelle, l\u2019évolution de votre enfant.J'affirme, ici, que cette influence fait partie intégrante de son apprentissage.Si, aujourd'hui, cette influence fait s'inquiéter nombre de parents, c'est, disons, qu\u2019elle est moins naïve, moins pastorale, moins paternaliste et que, peut-être, elle laisse plus de place la critique.(.) Roxboro, le 24 mars 1981 Jules, (.) Disons-le, je n'arrive pas toujours à comprendre le désintéressement que parfois je ressens face à mes éléves.(.) Au secondaire, la répétition est le plus lourd handicap à l'enthousiasme.(.) Je viens de terminer un mémoire de maîtrise qui propose une approche pédagogique de l'écriture poétique.En casse, les résultats autant que les témoignages sont stimulants, devraient l'être.(\u2026) Aussi, ta lettre, l\u2019espace de sa lecture, vient-elle donner à cette approche un éclairage nouveau.Je suis redevenu le prof d\u2019une première année d'enseignement.Quelle vision ! Lac Baker, le 1° août 1984 Jean, (.\u2026) Bref, quand je choisis, je choisis d'être humain.C\u2019est la même chose en classe.(\u2026) Une stratégie de l'autorité, c'est une stratégie de la domination, c'est une stratégie de la violence.Nous sommes empêtrés dans nos vieux outils pédagogiques.La péda- SW 28 POSSIBLES Vies de profs La force vive gogie scolaire reproduit trop souvent les formes de la P des cours culture dominante.Derrière l\u2019exaspération du quotidien scolaire (tu vois, je n'ai pas écrit « pédagogique »), il a un espace pédagogique qui devrait introduire la notion de tolérance.Ne plus utiliser le rapport de force comme une stratégie de passivité chez les élèves.(\u2026) J'aime cette phrase de je ne sais k lus qui: « Ceux qui redoutent la compétition de E intelligence se trouveront réduits à la compétition de i la brutalité.» Roxboro, le 8 janvier 1985 Philippe, i (.) Je prétends qu\u2019au niveau secondaire, l\u2019ensei- b gnement est moins favorable, et conséquemment F moins libre.L'enseignant aussi.Ce dernier doit com- ; penser ce fait par la force de ses convictions.Mais cela, mêlé à 140 élèves par jour et à l\u2019inévitable répétition, cela épuise.L'enseignement m\u2019émiette.Or, ton livre, qui me fortifie, me frappe aussi.Il me donne « l\u2019envie des matins extrêmes ».Je sais bien E que la liberté n'existe jamais une fois pour toutes.Ë Mais ta Table d'écriture me rappelle qu\u2019un enseigne- 4 ment, autre que dogmatique, doit être possible.JR Même si au secondaire, parce qu'il est primaire, il y | a une misère de l\u2019enseignement de la poésie.Te lire m\u2019a donné de l'oxygène.Ah ! ces mots qui rendent libres : comme on ne veut plus être seul à y croire.Si les jeunes pouvaient, si les profs savaient.! Lac Baker, le 18 août 1985 Jean, (.\u2026) Enfin ! On se rejoint l\u2019école est un mal nécessaire.Quant aux parents, hélas ! certains enfant en ont.Parfois, heureusement, ils ont des professeurs.Tu as raison, c'est ¢a, I'égalité des chances.|.) Lac Baker, le 15 juillet 1986 Jean, (.) N'oublions pas que c\u2019est une jeunesse de fin de siècle : ces enfants ballottés de leurs parents révolutionnaires tranquilles aux polyvalentes de béton sans fenêtres.I| m'arrive de penser que les jeunes roulent au ralenti parce que leurs parents ont relâché la courroie de l'histoire d'où la pauvreté (présumée 2) de leur culture.(\u2026) Val-Comeau, le 24 juillet 1986 Michel-P., (.) Tu vois, nous faisons des lectures, nous accumulons des connaissances, nous enrichissons nos expériences.Or, de quelle utilité « militante » tout cela est-il porteur ?Il m'arrive de penser que nous sommes des « petits clercs » débauchés par le confort de l\u2019enseignement (mieux ressenti, il est vrai, en été).Nos valeurs ignorent le subversif et la tolérance.(.) La lutte ne pourrait jamais être le fait d\u2019une avant-garde pédagogique car, à toutes fins utiles, elle est inexistante.Résultant d\u2019un conformisme intellectuel, la résistance du milieu à la réflexion théorique est énorme.J'ajoute, comme une charge, que notre absence de réflexion formelle est un facteur supplémentaire de notre incapacité à prendre conscience de notre aliénation.Roxboro, le 29 juin 1987 Stéphane, (\u2026) Quant aux autres dont l\u2019intérêt pour mon cours était absent ou peu constant, toutes les raisons peuvent être invoquées, y compris ce que |e suis ou dis.De plus, chaque élève a son histoire et cela peut suffire à faire comprendre leur apparente indifférence.ll n\u2019y a pas d'élèves paresseux, il y a ceux et celles qui manquent de motivation.(.\u2026) Un professeur qui travaille pour la reconnaissance rate le bateau.D'où la difficulté d'enseigner : les résultats ne sont 30 POSSIBLES Vies de profs lofr $ Yoh ie La force vive des cours amais immédiats.Certaines lettres comme la tienne, bien qu\u2019elles soients peu nombreuses, nous rappellent que la salle de classe n\u2019est pas un désert dans lequel on crie « écrit » .(.) Roxboro, le 24 juillet 1987 Michel-P., (.\u2026) La déroute de la rigueur nous inquiète davantage que celle de l'autorité.D'ailleurs, contrairement à Romilly, pour moi, le premier choc de l\u2019enseignement actuel, c'est l'indifférence, pas lindiscipline.(.) La « dureté » peut-elle former le jugement 2 J'en doute.(.) Car si le contenu de notre enseignement est souvent celui de notre savoir « rigoureux », il est aussi, et peut-être plus, celui de son ajustement continuel.L'adaptation peut être une exigence de la ri- ueur, en effet, Je ne le cache pas, j'enseigne avec, à la base, une option : m\u2019éloigner de l\u2019enseignement secondarisé, me battre contre « l'urgence pragmatiste ».Lire : refuser d\u2019être un relais de la médiocrité institutionnalisée.Le nivellement est l\u2019idée la moins démocratique que je connaisse alors qu\u2019elle est, hélas ! la plus répandue.(.) Il y a une absence de qualité parce qu'il y a une absence d\u2019exigence.Point a la ligne.(.) Il existe une contagion de la médiocrité qui consiste à éteindre le domaine par excellence de l'esprit : la curiosité intellectuelle.Et je dis que la curiosité a besoin de beauté.{.) L'égalité n\u2019a rien à voir avec la médiocrité.Si être contre l\u2019élitisme, c\u2019est être contre la qualité, je ne marche pas.(.) La force vive de nos cours, c'est notre relation avec ceux et celles qui reçoivent notre enseignement.Attention ! Il y a une injustice profonde et sournoise qui condamne nos élèves à « entendre » un professeur qui n\u2019a rien à dire.L'enseignant au secondaire a tendance à miser sur des connaissances élaborées ar d'autres.Parmi eux, trop s'alimentent de ce qui four reste de leurs études universitaires, sans se rendre compte que leur discours est déjà déphasé.C'est leur côté « Te prof a toujours raison ».Un cours 31 ww \u201caH - Meccaiidhess ue | honnête, même au secondaire, peut faire réfléchir celui ou celle qui le reçoit.!| me semble qu\u2019un cours est bon lorsqu'il y a événement intellectuel, c\u2019est-à- dire compréhension d\u2019une notion, d\u2019une manifestation culturelle, scientifique, économique ou autre.|.) Roxboro, le 12 décembre 1987 Michel-P., (.\u2026) Pourquoi l\u2019enseignement ne me nourrit plus ou pas assez ?Car, dans mon cas, ce qui est devenu intolérable, c'est d'imposer Salut Galarneau ! ou L'Étranger à des jeunes qui ignorent l\u2019idée même de littérature.Je veux bien enseigner « pour compenser les pièges » disait le peintre Fernand Leduc (cet après-midi à La Grande Visite, à Radio-Canada), mais je refuse d\u2019enfoncer la mésadaptation systématique de l'éducation exclusivement dans l\u2019alibi de la révolution technologique.(\u2026) Toute la question est de savoir : peut-on instruire en dominant 2 Moi, j'ai des doutes.En fait, je ne crois pas à l'impérialisme de la culture classique.Les gens qui attendent le salut par le latin peuvent toujours m\u2019émouvoir.Cet apprentissage d'une langue morte m\u2019a toujours rendu muet.C\u2019est du temps pris sur l'apprentissage de langues vivantes.Je crois toujours que l'apprentissage a une langue, ici le frangais, se sutfit a lui-méme.(.) Enseigner, c'est se disperser, c'est la nature même de ce travail.Certes, on ne choisit pas la dispersion comme mode d\u2019enseignement ; elle en est toutefois sa condition inévitable.(.) Tentant de composer avec deux sentiments (celui de la répétition et celui de la dispersion), le rapport routinier à l\u2019enseignement combiné au facteur d'indifférence généralisée, voilà ce qui use et l\u2019enthousiasme pédagogique et l\u2019élan humain.Oui, l'épuisement est réel.|.) 332 POSSIBLES Vies de profs La force vive des cours Roxboro, le 12 février 1989 Michel-P., (\u2026) Ainsi, en français (chacun son domaine), le temps pris sur le contrat, sur le curriculum vitae, sur le reportage, sur l\u2019oral itératif, c'est du temps de moins pour des synthèses, pour la littérature, pour la pensée, pour la culture.La pédagogie de l\u2019éphémère est une plaie ouverte sur l'ignorance.L'élève n\u2019entrera jamais en relation avec moi si je lui propose l\u2019éphémère, le superficiel, c\u2019est-à-dire tout contenu jetable après apprentissage critérié\u2026 (\u2026) L'excellence refuse la psychologie.Voilà ce que dit le texte.La recherche de l'excellence cache « une détresse au niveau du développement ».Dans l'excellence, il n\u2019y a pas de moyenne.Ce que dit l\u2019article, c\u2019est que les enfants de l\u2019excellence n\u2019apprennent pas pour enrichir leurs connaissances mais pour réussir.Voilà pourquoi, sur le plan de la créativité, ceux-ci apparaissent déficients.Le conformisme conduit à l\u2019absence d'identité personnelle.Il conduit à la négation de l'autonomie.(.) Roxboro, le 29 novembre 1989 Robert, (.) « Faire de chaque homme et de chaque femme un artiste », tu as raison, est aussi le credo de mon enseignement.Sauf que la résistance que je rencontre chez mes élèves me désespère parfois.Il s\u2019agit d\u2019un vers, un seul \u2014 écrit par l\u2019un d\u2019eux ou l\u2019une d'elle \u2014 ef ma conviction retrouve son enthousiasme.Je renais ainsi de leur parole comme dans Nous reviendrons comme des Nelligan (VLB).Je suis fier de cette anthologie de poèmes étudiants.Car ceux-ci, accédant par la parole au comportement supérieur, sont au meilleur d'eux-mêmes.À n\u2019en pas douter.(.) Roxboro, le 31 décembre 1989 PossiBLES Vies de profs Robert, (\u2026) Borduas, je résume, disait que ce qui importe, ce n\u2019est pas de posséder telle ou telle connaissance, mais de rechercher une connaissance plus profonde.La rencontre avec un maître n\u2019est possible que si elle permet une plus grande compréhension de soi. MICHELLE GAGNON Un métier ingrat ?On entend parfois parler de l\u2019enseignement comme d\u2019un métier « ingrat ».Je ne dirais pas cela.C\u2019est très exigeant, mais passionnant aussi.À condition d'aimer enseigner.Et pour cela, il faut aimer les jeunes, aimer les voir chercher, réfléchir, découvrir, aimer discuter avec eux.Et j'aime ça.Je voudrais expliquer pourquoi.| faut commencer par parler des élèves.Mais c\u2019est difficile de parler des élèves en général.Certains sont excellents, d\u2019autres plus faibles.Il y a des adultes et des très jeunes, des filles et des garçons, des enfants gâtés et des fils de prolétaires.Ce que je veux dire concerne l'élève moyen, mais, comme on le sait, il n'existe pas.Impossible, donc, de ne pas généraliser.Ce qui me frappe, dans l\u2019ensemble, c\u2019est que les élèves sont « jeunes ».Je veux dire inexpérimentés, as au courant, vraiment des nouveaux venus dans le monde.Ils sont électeurs, ou le seront bientôt, et ils ne savent pas ce que c\u2019est la « gauche » et la « droite ».Pour la plupart, ils sont très peu politisés.Quand une fille me dit : « Ben moi, vous savez, la politique\u2026 », je réponds : « Vous avez dix-huit ans @ Vous êtes électrice 2?Comment allez-vous faire pour voter 2 Vous allez demander à votre mari 222 » Alors je m'adresse à l\u2019ensemble des personnes pour leur faire remarquer qu'on ne peut pas vivre en démocratie si on ne sait pas lire les journaux, et qu\u2019on ne peut pas lire les journaux (sauf le sport et les bandes dessinées) si on ne sait pas le sens des mots utilisés en politique, des concepts comme ceux « d'État », de « nation », de « démocratie », de « prolétariat », que tout le monde est censé connaître.Je fais un peu de « théâtre » avec ça, mais je suis tout à fait sincère : elles ont besoin de savoir cela, et elles ne le savent pas parce que personne n\u2019a pris le temps de leur expliquer.Un autre point sur lequel les élèves sont jeunes, c\u2019est qu\u2019ils ont terriblement besoin d'encouragement.Ils sont fragiles.Je me demande parfois s'ils sont assez aimés dans leur famille, assez valorisés.Par exemple, un jour j'avais remis des copies.Après le cours, un élève me dit : « Vous avez pas corrigé mon travail.» « Bien oui, j'ai corrigé : vous avez 74 %.» « Non, vous avez rien écrit.» « Redonnez-mois votre copie.» J'ai repris sa copie.J'ai alors écrit dans la marge « Bien ! » et « Que voulez-vous dire 2 » et « Clarté ! » et « Précisez.» avec une remarque globale de type « Idées personnelles intéressantes, mais ça manque de précision par endroits.Attention au style.» Je lui ai rendu sa copie, et il était content.Depuis, je fais attention : j'essaie toujours d'écrire une remarque, une question, un mot d\u2019encouragement en plus de la « note ».Pour eux, c'est important.J'ai vu des élèves, quand ils avaient une belle note, crier « Wow ! » et presque danser de joie.Et ils s\u2019attendent à ce que leurs notes nous affectent, nous aussi.Récemment, un bon élève m'a remis un travail en me prévenant : « Vous allez être décue.» (sous- entendu : « C\u2019est moins bon que d'habitude »).Il faut qu\u2019on s'engage émotivement dans leur note, qu'on semble applaudir les 100 %, qu\u2019on ait l\u2019air déçu des moins belles notes\u2026 parce que eux, ça les affecte émotivement.À l\u2019école primaire, on collait des « étoiles » sur les bonnes copies.Certains élèves aimeraient, je pense, avoir une « étoile d\u2019or » sur leur travail.Et ce besoin d'approbation, cette peur que le POSSIBLES Vies de profs Yi is [4 Un méfier ingrat ?professeur soit fâché ou déçu, c\u2019est une de leurs po ragilités.J'en tiens compte : ils sont comme ça.4 Autre fragilité : plusieurs ont vécu et vivent des expériences qui les traumatisent beaucoup.Par exemple, le divorce des parents les affecte plus qu\u2019on ne le pense (il s\u2019agit quand même de jeunes de dix-huit ans).Il y a aussi les affaires de drogue, d'avortement, de délinquance même.Nous le savons, sans savoir au juste de qui il s'agit.À cause de ces problèmes, dans les cours de morale, je marche sur des œufs.Je trouve très inconfortable de parler de suicide, de drogue, d\u2019avortement, de divorce, } réalités dont il faut bien parler puisqu'elles existent.i Je sais, chaque fois, que je risque de blesser l\u2019un ou | l\u2019autre, qui est déjà assez traumatisé.J'essaie d'être { très prudente dans mes propos.Amener les élèves à objectiver, à voir le problème dans une perspective | | plus vaste, et pas seulement comme |'énorme chose- A qui-leur-pèse-sur-le-cœur.Mais je trouve cela diffi- F cile.J'aime mieux parler de politique, car je risque | moins de les blesser.Sur le plan des valeurs, leur vision du monde est pi étroite.Au début de la session, ils doivent écrire leur « échelle de valeurs ».Celles qui leur semblent importantes sont d\u2019abord l\u2019amitié et l\u2019amour, puis la joie, la réalisation de soi, le respect de soi: en somme, les relations interpersonnelles et l\u2019épanouissement de leur personnalité.Les valeurs politiques (« égalité », « fraternité », « paix dans le monde ») ou les valeurs spirituelles (« sagesse », « salut »} ne semblent pas les intéresser, du moins pour la plupart.i En cela, je les trouve jeunes, un peu bornés à leur 4 | petite vie, pas ouverts sur le monde.Pas sortis de leur coquille.Mais sans doute étions-nous ainsi, & leur âge ?Intellectuellement, c\u2019est très inégal.Certains sont bien doués.D\u2019autres, comme l\u2019a remarqué Mirette Torkia-Lagacé, ne maîtrisent pas la pensée formelle.À cause de ceux-là, on ne peut pas aborder les 37 choses trop compliquées ou abstraites, les subtilités de la logique (par exemple, il y a longtemps que je ne parle plus des « prédicables » : ça prenait des heures et des tas d'exercices avant que l'élève moyen ait une vague idée de ce que ça pouvait être ; et, au fond, est-ce tellement utile dans la vie quotidienne ?).Les élèves des sciences de la santé seraient capables de comprendre ces notions abstraites.Ils sont bien doués, et ils étudient, parce qu\u2019ils veulent de beaux points ! La difficulté, avec ceux-là, c\u2019est de leur montrer à se libérer de l\u2019obsession des « beaux points » (que le système leur inculque) et à chercher plutôt à comprendre.Mais ils sont tellement ambitieux qu\u2019ils apprendraient n'importe quoi, et le sauraient (même la mythologie grecque si on décidait de la leur enseigner).Un autre groupe n\u2019aime pas tellement la philo, au départ, parce que c'est abstrait et que, pour eux, « abstrait » égale « irréel ».Je placerais dans ce groupe la plupart des élèves de techniques et d\u2019administration.faut donc s\u2019efforcer de mettre la philo à leur portée, de la rendre concrète (c'est possible si on donne beaucoup d'exemples).Ces élèves ont grand besoin de faire de la philosophie.Ceux des techniques d'éducation spéciclisée passeront leur vie à s'occuper des problèmes des autres, à côtoyer la souffrance (délinquants, mésadaptés, parents d\u2019enfants déficients, vieillards, handicapés, etc.) ; ils auront besoin d\u2019une bonne « philosophie de la vie », d\u2019une certaine consistance intérieure.Et ceux qui se dirigent vers l'administration ont besoin de savoir que notre système capitaliste n\u2019est pas une « loi de la nature », mais c\u2019est un système, une invention humaine, quelque chose de contestable, de modifiable, quelque chose qu\u2019on peut (et doit) remettre en question \u2014 idée qui ne leur passe pas par la tête ! Par conséquent, « vendre » les cours de philo à ce genre d'élèves demande beaucoup de pédagogie, parce que, au départ, ils seraient plutôt allergiques à nos questions, à nos remises en question.\"4 38 POSSIBLES Vies de profs {meter i oh Un métier ingrat ?richrsetétasree: IEA Au point de vue religieux, leur ignorance est phénoménale.Bien sûr, ils ont entendu parler d'Adam et Eve, du serpent et de la pomme ; mais c'est du folklore.Les vraies choses, plusieurs n\u2019en ont aucune idée.De leur propre religion, le christianisme, certains ne savent rien sur l'essentiel.(Ils ne savent pas, par exemple, que « Dieu nous aime », ni que « Jésus est Sauveur ».) Ils ne sont pas hostiles, ni athées, ni vraiment indifférents.Ils sont ignorants.Plusieurs cherchent le sens de leur vie, cherchent s\u2019il y a un Dieu, cherchent quel est le rapport entre Dieu et nous.Ces problèmes suscitent un certain intérêt.Mais qui leur a enseigné « leur » religion 2 Et comment, dans quel langage 2 Contre cette ignorance, je ne peux pas grand-chose : j\u2019enseigne la philo, pas la religion.Je crois au temps : je crois qu\u2019ils auront le temps.Qu'ils ont un long chemin à faire.Qu'ils finiront par déboucher quelque part.Mon rôle auprès des élèves ressemble à celui d\u2019un chauffeur d'autobus : je leur fais faire un bout de chemin.Je les prends à une certaine étape de leur vie (le cégep \u2014 une étape très importante \u2014, premiers pas dans l\u2019âge adulte) et en compagnie de six autres professeurs (chaque élève rencontre sept profs par session), j'essaie de les faire avancer un peu.De les mener un peu plus loin.À la fin de la session, ils descendent de mon autobus.Ils poursuivent leur route.Je les regarde partir avec une certaine inquiétude : leur ai-je bien tout expliqué 2 Sont-ils bien équipés pour l\u2019autre étape ?Puis je fais confiance à la vie, aux autres profs qu\u2019ils auront, aux autres rencontres qu'ils effectueront, aux autres influences v\u2019ils subiront et à leurs ressources intérieures.Je me détache d'eux, je les laisse partir, je retourne en chercher d\u2019autres et je recommence avec une nouvelle voiturée.C'est toujours nouveau.Toujours une aventure.Toujours inachevée, parce qu\u2019ils partent toujours avant qu\u2019on ait pu « tout » leur dire ! Je suis un peu une mére aussi, parce que je les porte en moi continuellement.Mais pas une mére gi pi « maternelle » qui fait du « maternage ».J'essaie de POSSIBLES J maintenir entre eux et moi une petite distance (je les Vies de profs vouvoie), pour les obliger à se situer à la bonne distance.Je ne suis pas une mère poule, mais plutôt une mère orignal : il paraît qu\u2019au printemps, celle-ci tente de se débarrasser de son petit de l\u2019année précédente, et que sa méthode est de foncer sur lui pour le battre et l\u2019obliger à s'éloigner.Ainsi j'essaie de ne pas dorloter les élèves, mais de les bousculer un peu pour qu'ils s\u2019en aillent.Je les vois comme une mère [ou un père) voit ses jeunes de dix-huit ou vingt ans : d\u2019un œil maternel, mais en les poussant vers l\u2019âge adulte, vers l\u2019autonomie ; je les encourage à penser par eux-mêmes, à vivre par eux-mêmes.Comme la mère qui prépare le bagage de son grand fils, qui lui met son baluchon sur l\u2019épaule et le pousse dehors : « Va-t'en.Va découvrir le vaste monde, va gagner ta vie ! » J'ai horreur des « colle-jupe » qui viennent à mon bureau pour que je fasse leurs travaux à leur place.Je déteste qu\u2019ils se servent de moi pour essayer de se dispenser de réfléchir.J'aime poser des questions ; je déteste qu\u2019on me demande la réponse.Comme s'il y avait une réponse ! Comme si je pouvais leur donner autre chose que ma réponse.Je vois donc en eux et en elles des adultes (les adultes qu'ils seront bientôt et que je dois les aider à être).Je vois des citoyens qui vivent en démocratie et qui prennent part à la marche de la société.Qui participent, qui s'engagent.Un chant de noce juif dit : À la place de tes pères te viendront des fils Sur toute la terre tu feras d'eux des princes.Je vois des « princes », mais il faut bien comprendre ce mot: pas des princes par l'élégance, les vêtements et les manières.« Prince » vient du latin princeps, qui signifie « premier ».Je veux dire par là des premiers (pas des premiers de classe ! ni des élites).Ceux qui sont les premiers à bouger (le jm 40 5 § 4 Un méfier ingrat ?contraire de « moutons »).Ceux qui pensent par eux-mémes, qui ont des idées en premier, ceux qui savent communiquer leurs idées aux autres et entrai- ner les autres a leur suite.Disons, dans un autre langage, des « principes de changement » ou, bien ve le mot soit usé, des « leaders ».Par leurs études, ils devraient avoir des fonctions importantes, des laces où l\u2019on peut faire bouger quelque chose.Eh bien, qu\u2019ils en profitent pour faire avancer le monde, pour améliorer les choses ! Qu'ils changent le monde \u2014 du moins dans la mesure de leur pouvoir.Donc, je vois des « princes », des gens qui auront la capacité | de changer des choses \u2014 et je voudrais qu\u2019ils en aient le goût et le courage.Fondamentalement, je crois que mon rôle en est surtout un de traductrice.J'essaie d'expliquer aux élèves le réel (le monde dans lequel ils vivent) dans | un langage qui leur soit accessible et qui leur permette de mieux se débrouiller (intellectuellement et affectivement) dans ce monde où ils doivent vivre.Mon effort est donc un effort de traduction.Apprendre la culture actuelle, apprendre à lire ce monde, savoir leur dire dans leur langage les réalités qu'ils vivent.Je pense aux gens qui travaillent à l\u2019étranger et qui essaient de saisir lo culture d\u2019un pays, la langue, la mentalité pour dire quelque chose, un « message ».Mon message à moi est terrestre, mais il existe.Ce serait des choses comme « sens critique », « liberté », « automonie », « responsabilité ».Le défi est de trouver un langage pour le dire, de telle manière que ça les rejoigne, qu'ils comprennent.Y a-t-il une dimension spirituelle dans mon travail 2 Oui, évidemment, car là où il n'y a pas de liberté, il ne saurait y avoir ni amour, ni recherche, ni engagement, ni foi.Je contribue, pour ma petite part, à préparer des êtres libres.Libres pour l'Esprit, | qui soufle où il veut.De vraies personnes, ayant une consistance, une cohérence intérieure, une ouverture, une exigence.Du « vrai monde », des adultes, pas | 41 5 i TE ] at! vs os dd SH des « enfants qui se laissent emporter par tous les courants d'idées ».Suis-je donc un professeur de philo 2 En un sens, oui.Ce que je fais est-il vraiment un enseignement 2 En partie, oui : j'explique des choses, j'enseigne des choses.Mais globalement, c\u2019est plutôt une « éducation », une « exhortation », Une sorte de « conscien- tisation » aussi.J'essaie de réveiller en eux le « je », le sujet, « l\u2019agent intelligent et libre ».C\u2019est une affaire d'amitié et d'amour, de respect et d'espérance.42 POSSIBLES Vies de profs ES [MSA A EFS CAE EE CEE ES HR SH A FREE EE SE ES TR ES RT LR APES HE IH RAYMONDE SAVARD Parcours d\u2019enseignante (facettes) Une trajectoire personnelle n\u2019a rien de bien original.Pourquoi s\u2019y arrêter à?À un moment donné de l\u2019histoire, selon es lieux d\u2019où nous venons, ceux qui nous attirent, les choix doivent tous se ressembler.Par déformation professionnelle, j'ai tendance à privilé- ier, pour la compréhension d\u2019un monde complexe de fant de composantes, celles venant de l\u2019histoire et de l\u2019environnement.Ai-je été privilégiée ?À bien y penser, peu de conditionnements socio-culturels me destinaient à faire des études supérieures : j'étais originaire d\u2019un milieu rural éloigné des grands centres, enfant d\u2019une famille nombreuse, fille de surcroît.Une certaine aisance de mes parents, mais surtout la croyance qu'ils avaient à cette époque lointaine des années 50, que l'éducation était la meilleure voie vers la liberté et l\u2019autonomie, et que cela était aussi vrai pour des filles que pour des garçons.Ils se seront sans doute marginalisés, et dans le village et dans la famille, pour avoir ainsi soutenu, économiquement et psychologiquement, des filles durant les longues études du cours classique et de l\u2019université.Il fallait le faire ! Je leur sais gré d\u2019avoir été aussi clairvoyants.Je fis donc, à l\u2019orée de la Révolution tranquille, des études en sociologie à l\u2019université Laval.S'il n\u2019était pas possible de voir alors sur quoi déboucheraient AREA AA IEEE i ces études, nous avions néanmoins une sorte d\u2019intuition de leur utilité imminente.À peine les diplômes obtenus, l'offre d\u2019emplois fut plus forte que la demande.Heureuse époque, où il ne s'agissait que de vouloir travailler tant il y a avait à faire à tous les niveaux de cette « modernisation » dans l'éducation, la santé, les services sociaux ou la fonction publique.Les syndicats, l\u2019entreprise privée ouvraient également leurs portes à qui détenait une formation en sciences sociales.C'était aussi l\u2019ère de l'animation sociale, du développement régional.Un handicap cependant ui, velque dix années pus tard, s'avérera un atout, évaluait au départ toute candidature émanant d'une femme, surtout si elle était en même temps mère de famille.De cela, il valait mieux ne pas trop parler, et même faire comme si cela n'existait pas.L'idée de congés de maternité, de garderies n\u2019effleu- ait méme pas \"esprit des réformistes de la première eure.Vers la fin des années 60, je voulus faire l\u2019expérience de l\u2019enseignement dans l\u2019une de ces nouvelles structures héritées de la réforme de l'éducation, les « instituts » du Rapport Parent, que l\u2019on nomma alors « cégeps ».Une sympathie pour les jeunes de cet âge intermédiaire, et le goût de transmettre un peu d\u2019une passion que j'ai toujours pour la sociologie, m\u2019attira au départ dans l\u2019enseignement, et explique que.j'y sois demeurée, après avoir exploré certaines structures de l\u2019enseignement collégial.Sans tomber dans l\u2019idéalisation du passé, je dirais que c'était l\u2019époque où l\u2019on croyait à l'éducation comme moyen d\u2019émancipation collective et où les sciences humaines jouaient un rôle déterminant dans l'émergence des mouvements sociaux que furent le nationalisme et le féminisme.De plus, au niveau collégial, tout était à construire dans du neuf, avec ce que cela peut signifier de stimulant.Force est de constater avec nostal- ie que les temps ont changé.Au fil des années et des transformations de la société, mais surtout de la volonté constante de l\u2019État, quelle que soit la conjoncture économique, de rentabiliser à tout prix l\u2019éduca- à 1 44 POSSIBLES Vies de profs des prob Parcours d\u2019enseignante (facettes) tion, ces élans de départ ont été freinés.On déplore que les sciences humaines soient devenues la voie allégée des études collégiales.Et l'éducation, qui est chez les jeunes une valeur plus grande maintenant qu'auparavant, n\u2019en est plus une chez les gens qui prennent les décisions.Et c'est ce qui est grave | L'État et les profs Tous les trois ans, de façon chronique, depuis bientôt trente ans, ce sont les grèves, les manifestations, les affrontements, le rapport de forces continuel dans le cadre de négociations qui n\u2019en sont pas, puisque les lois spéciales viennent à tout moment modifier les règles du jeu.Périodiquement, des pro- iets de réformes sont concoctés dans des bureaux de fonctionnaires et imposés d\u2019en haut.À tous coups, ils sont boycottés, rejetés, en bas, surtout quand on n'y retrouve que la logique de contrôle et de rentabilité.Un ancien ministre de l'éducation nationale en France dit un jour, dans un ouvrage toujours pertinent, qu\u2019une réforme quelconque de l'éducation, même justifiée, avait peu de chances de réussite sans le concours de ceux et celles qui ont comme tâche de la mettre en pratique, les profs.lci, quand on eut besoin des enseignants, vers la fin des années 60, on leur offrit des conditions de travail décentes, on les consulta.Quand les ressources se firent plus rares, on n\u2019hésita pas, avec la complicité de certains médias, à les dénigrer sur la place publique pour justifier les coupures de postes et de sajaires.Les années 1982-1983 demeurent de triste mémoire l'apogée de cette lutte entre l\u2019État et les praticiens de l'éducation.À l'heure où l\u2019on devrait investir dans la qualité, qualité des rapports humains, qualité de la formation quant à la scolarisation et au contenu, on n\u2019a toujours 1/ Faure, Edgar, Apprendre à être, Unesco, Paris, Fayard, 1972.45 en tête qu'une rentabilité à court terme.Cette logique PossiBLES je comptable restera l\u2019une des expériences les plus Vies de profs ' pénibles de ma vie professionnelle.Cela nous a au moins permis, collectivement, de préciser notre vision de l\u2019enseignement et de l\u2019enseignement collégial : accessibilité, démocratisation, polyvalence de la formation.Peut-être ai-je du mal à prendre une distance vis-à-vis de l'expérience immédiate, mais il me semble que le corps professoral a été le groupe qui a eu à relever les plus grands défis.Défi de la mise sur pied des cours, des programmes au début, défi du rapport quotidien à une jeunesse qui n\u2019est jamais la même de cinq ans en cinq ans.Maintenant, défi du recyclage en informatique, en traitement de texte, en interculturel, etc.Des besoins nouveaux sont apparus sans que les ressources humaines viennent s\u2019ajuster à ces besoins.Le corps professoral se recycle sans pouvoir se renouveler comme groupe puisque l'accès à la profession est fermé depuis bientôt dix ans.Il n\u2019y a plus de développement, d ouvertures de postes, de mobilité sociale.C\u2019est ce que l\u2019on appelle un système bloqué.Jusqu'à quand 2 Jusqu'à la mise à la retraite de la génération du baby boom 2 On peut se demander quel sera le poids, d'ici vingt ans, de ce « pouvoir gris » sur l\u2019enseignement.Penser dès maintenant à l'équilibre entre le dynamisme de la jeunesse et l'expérience des anciens supposerait là aussi une vision des choses dépassant l\u2019année financière en cours.La relation pédagogique | Elle en est une d\u2019ajustements, de renouvellement, de souplesse.De répétition, de reproduction également.Comme les conditions de son exercice, elle \u2018 s'est modifiée avec les années.Aujourd\u2019hui, on ne | parle plus comme jadis de relation maître-élève, mais de relation prof-étudiant marquant ainsi un rapport plus simple et plus direct.La relation pédagogique s'est étendue à d\u2019autres fonctions que la 2846 ok Parcours d\u2019enseignante (facettes) fonction purement didactique qui la caractérisait davantage auparavant.Maintenant, il faut faire du dépistage, de l\u2019intervention.| faut animer, motiver.Une grande liberté subsiste encore dans le vécu de cette relation dont l\u2019essentiel se déroule entre les quatre murs d\u2019une salle de cours, d\u2019un labo, d\u2019un bureau de prof.Vu de l'extérieur, on peut difficilement évaluer la somme des énergies qu\u2019exige ce métier.Si l\u2019on se trouve à la maison un mardi matin ou un jeudi après-midi à corriger des copies ou à préparer un cours et que le téléphone sonne, il n\u2019est pas rare d'entendre au bout du fil : « Ah ! tu ne travailles pas aujourd\u2019hui.» puisque travailler, c\u2019est être hors de chez soi.Ce qui se fait à la maison n\u2019est jamais d'emblée considéré comme étant du travail.I faut jouer de nuances, opérer des jugements ad hoc, tout ce dont ne peuvent vraiment parler les manuels de docimologie ni ceux de pédagogie.Par exemple, le boulot à mi-temps de plusieurs qui étudient aussi à temps plein, les parents qui divorcent, la mononucléose, les difficultés d'être quand on a dix- neuf ans ou que l\u2019on a dû quitter Haïti, le Kampuchea ou le Salvador pour tenter sa chance dans un monde différent, voilà autant de situations que l\u2019on observe.C\u2019est chaque jour qu\u2019il faut imaginer de nouvelles stratégies pédagogiques pour des cas particuliers.Au cœur de ce travail, la relation interpersonnelle au centre de laquelle il y à la confiance.Une enquête récente sur les valeurs des jeunes\u201d montrait que, de toutes les catégories sociales (syndicalistes, journalistes, hommes politiques, hommes d'affaires, reli- leux), les enseignants étaient ceux en qui les jeunes disaient avoir le plus confiance.Ils se disaient également satisfaits de l\u2019enseignement reçu.Confiance réciproque, disponibilité, échange, observation de la rogression à l\u2019occasion sont parmi les éléments de la pratique enseignante dont les effets au jour le jour, se mesurent difficilement.Méconnue, parfois dé- 2/ «les valeurs des jeunes », L'Actualité, juin 1989, pp.28-48.47 TE ee I ETES om Te TREY RE able AIRES criée, souvent souterraine, comment réussit-elle à POSSIBLES mobiliser quotidiennement des forces vives chez tant Vies de profs de personnes 2 Je dirais qu\u2019elle représente sans doute l\u2019un des lieux, rares et précieux, où peut encore passer un petit courant de vie.On entend dire de toute part que les étudiants et 3 les étudiantes ne savent ni lire, ni écrire, ni compter, ii ne connaissent ni l\u2019histoire, ni la géographie, ni la littérature.Il ne faut certes pas nier les difficultés 1 réelles d\u2019apprentissage d\u2019un bon nombre ni le fait i que l\u2019on n\u2019ait pas encore trouvé les moyens efficaces i e dépister ces difficultés et intervenir par la suite.i Personnellement, je leur trouve, dans l\u2019ensemble, plus | qu\u2019à la génération d'il y a une vingtaine d'années, le i goût d'apprendre, la curiosité pour I'inconnu, la ca- 5 pacité d'écouter et d'échanger.Je réalise avec plaisir i que certaines des idées du féminisme, du | nationalisme sont des acquis.Et l\u2019on peut voir poin- 1 dre à l\u2019horizon le début d\u2019une conscience écologi- fi que.Une campagne actuelle de recyclage du papier i fin mobilise plusieurs de mes étudiantes.Ordinateur, traitement de texte, vidéo, caméra n\u2019ont plus de se- | crets pour plusieurs personnes de cette génération.Je ; les trouve bien dans leur peau, elles ont le souci de leur santé.À la pause café, les fruits, les crudités, les i noix, le yogourt supplantent peu à peu les éternels beignes à l\u2019érable ou au chocolat.; Bref, il faut sans doute admettre avec Baudelot et I Establet® que si, dans l\u2019ensemble, le niveau des 1 connaissances et aptitudes monte, il ne monte pas i également pour tout le monde et que l'écart entre | ceux et celles qui réussissent facilement et les autres | est plus grand aujourd\u2019hui qu\u2019hier.Plus criant également et posant à l\u2019enseignement, qui tend par ailleurs à la standardisation, des défis particuliers.3/ Baudelot, C.et R.Establet, Le niveau monte, Paris, Seuil, 1989.E48 _ \u2014 = us 2 pa ae = KR pe pese crea LE.Sipe Ra phages pre te ne fT Red es .pie > = É Le pr ph Lo E, J \u2014\u2014 æ - Lo _\u2014 \u2014 BB des _\u2014_ \u2014\u2014 \u2014= Ÿ 9; W Vv ç gai i COHEN EI au On ne peut pas se permettre de ne pas être en forme, car à tout moment nous sommes appelés à tourner des boutons, à tirer sur des leviers et des tiges de toute grosseur.On nous demande encore de nous introduire dans toutes sortes d'orifices, sans protection aucune, où il nous faut manœuvrer dans des matières gluantes, cireuses, sèches ou mouillées.On nous trimbale dans des lieux où les températures vont de l\u2019extrêmement chaud à l\u2019extrêmement froid.On nous plonge aussi dans des liquides clairs, opaques, pâteux, savonneux, poudreux.On va jusqu'à nous torturer ! Je n'exagère pas ; on nous fait subir tous genres de sévices : on nous couvre pendant de très longs moments, bien a I'étroit, dans des enveloppes de tissu ou de caoutchouc qui manquent de nous faire suffoquer ; on nous fait transporter plein d\u2019objets lourds ou aux saillies tranchantes qui causent des blessures qui n\u2019ont pas toujours le temps de se refermer; on est particulièrement cruel avec mes aides quand, à je ne sais quelle fréquence, on les ampute littéralement d\u2019une partie de leur carapace qui leur protège la tête et qui, ainsi, n'arrive jamais à leur développement optimal.Je me rends compte, à ce stade de mon soliloque, que je ne vous ai pas encore parlé de ma sœur jumelle.ll faut que je vous en dise quelques mots pour que vous compreniez la suite.Jai, en effet, une sœur jumelle.Que j'aime beaucoup.Du reste, j'ai aussi des cousines.Mais de celles-ci, je vous parlerai une autre fois.Ma sœur jumelle et moi, nous nous voyons régulièrement.Évidemment, nous n\u2019avons strictement aucun mot à dire sur la durée de nos rencontres.Souvent, on n\u2019a à peine le temps de se saluer.D\u2019autres fois, on nous aisse ensemble pendant de longues périodes.Enfin, en règle générale, on nous tient éloignées l\u2019une de l\u2019autre.Or, on a le culot, à un moment ou à un autre \u2014 nous ne pouvons jamais prévoir quand \u2014, d\u2019obliger ma jumelle à.me battre ! Oui oui ! On la contraint à me frapper CL) POSSIBLES Vies de profs Hop PE Manipulations plusieurs coups d'affilée jusqu'à ce que j'en aie tout ph le corps endolori.(BRUIT DE MAINS QUI SE FRAP- hi PENT.) Je sais pertinemment bien ce que ressent alors i ma jumelle car, vous l\u2019aurez deviné, on me force à : mon tour à la châtier de la même cruelle manière.Ah ! je vous dis que dans ces moments-là, je perds le goût de vivre ! Je trouve cela humiliant ! ELLA Sid Je suis plutôt diserte, aujourd\u2019hui.Peut-être que je [ vous ennuie avec mes billevesées.Tout de même, je | me permets, avant de vous quitter, de vous faire part d'une rumeur qui circule chez mes cousines depuis fort longtemps.Il paraît que notre maître à toutes \u2014 car nous en sommes venues à la conclusion qu\u2019un i maître unique impose sa volonté à nous toutes \u2014 que à notre maître, omniscient et omnipotent, a des com- gt portements qui relèvent tantôt du sadisme le plus A dégoûtant, tantôt d\u2019une âme très généreuse.; Il serait capable, pense-t-on, de semer la zizanie i entre nous, mes cousines, de maniére que nous nous entretuions ! Il paraît même qu\u2019en certains endroits, mes semblables, divisées en factions ennemies, se [ font déjà la guerre ! Il leur fournirait des armes de plus en plus meurtrières et les obligerait à se massa- E | crer mutuellement ! Si ces rumeurs sont fondées, cela i dépasse l\u2019entendement.| tout-puissant est plus prés de nous que nous ne le pensons.Nous lui serions même physiquement ratta- fi chées.Deux par deux.Chaque paire de jumelles i seraient en quelque sorte des appendices de l\u2019un des E innombrables clones de ce maître.Nous lui servi- È rions de jouets qu\u2019il garderait attachés à lui afin de pouvoir s\u2019en servir quand bon lui semble.En tout cas, si un jour on finit par m'accorder des loisirs et une retraite tranquille, j'aimerais consacrer tout mon E temps à éclaircir ce mystère et découvrir qui se cache i! .véritablement derrière cette Intelligence suprême qui E Hd nous gouverne toutes.A E Certaines de mes cousines croient que cet Etre i ac py sr orn aL = eco - Cr EEE Ear Erp re a 27 rare ns ee = aoficrncre Bose \u2014 ee a \u2014 _ \u2014 Lee TE PA I\" fares py rm PRON sh Cd ES re pro _ BR PPS ton ws ce Le TL a _\u2014 rr = Ep a ee ST on Or \u2014 J = Oe ee Le Pry ri = = an sr = \u2014 = - re re 5 a cms - a po pn Gian ex cos KE: Hate items uit tes AA LEH LOUIS DESMEULES Conscience planétaire et ] nouvel ordre mondial Même si « la grande alerte sur la biosphère est aujourd\u2019hui déclenchée »!, il faut se garder de confier spontanément à l\u2019écologie ou à la « pensée écologisée » le mandat de sauver la planète.Les vœux pieux n'ont guère de prise sur le réel, c'est-à- dire sur les contradictions de la vie sociale.Il faut libérer la communauté humaine qui se construit de la domination exercée sur elle par la rationalité calculatrice.Il s\u2019agit de favoriser un déblocage de la communication sur des bases radicalement nouvelles.Si j'ai décidé de réagir à l\u2019article d'Edgar Morin paru dans Le Monde diplomatique d'octobre 1989, c'est pour réitérer certaines idées émises par l\u2019auteur (la répétition étant la mère de l'apprentissage) et aussi pour critiquer ce parti pris écologique adroitement avancé.À l\u2019en croire, puisqu'\u2019il y a maintenant urgence, « il faut qu\u2019une conscience écologique de la solidarité se substitue à la culture de la compétition et de l\u2019agression qui régit actuellement les rapports mondiaux?».1/ Morin, Edgar, « La pensée écologisée.Pour une nouvelle conscience planétaire », Le Monde diplomatique, octobre 1989, pp.18-19.2/ Ibid. [| faut se demander si le nouveau paradigme dont PossiBLES 0 parle Edgar Morin, « la pensée écologisée », ne se- Vies de profs e rait pas, plutôt, une manifestation d\u2019un enjeu plus important, essentiellement d\u2019ordre communication- nel.Et d'autre part, il faut démystifier et situer clairement « la culture de l'agression et de la compétition » à l\u2019intérieur de notre organisation sociale et soumise au principe de rentabilité.Malgré la pertinence des constats de l'écologie en cette Pn de XXe siècle, elle ne peut prétendre s'arroger pour autant le monopole de la raison.Il est plus que jamais temps, comme disait Kant, de laisser parler les philosophes.Il est vrai, comme le souligne Edgar Morin, que la menace écologique ignore les frontières, nous l\u2019avons constaté lors de l'incident de Tchernobyl par exemple.Les retombées radioactives, qu\u2019elles proviennent d\u2019une bombe ou d\u2019une centrale nucléaire, ne reconnaissent ni les frontières d'Etats, ni les idéologies, ni les races existantes, ni les religions qu\u2019adoptent les populations.Parce que les effets du nucléaire (radioactivité) n\u2019ont pas de frontières, ils deviennent un problème qui concerne l\u2019ensemble de l'humanité et non pas telle région en particulier.Ce- endant, les menaces écologiques s'avèrent le catalyseur d\u2019un nouvel espoir, d\u2019un déblocage de la communication, d\u2019une prise de conscience des responsabilités que nous avons en commun.Il y a de nombreux exemples de débats publics concernant les installations nucléaires ou les essais nucléaires sur la planète.Le sommet des médecins du monde entier pour la prévention de la guerre nucléaire tenu à Montréal en juin 1988 en témoigne.Mais les acquis démocratiques en cette matière sont constamment menacés.Les mouvements populaires pour la paix, féministes, écologistes, tiers-mondistes, communautaires et parfois même religieux sont dans leurs idéaux à contre-courant de la culture de l'agression qui régit, { actuellement les rapports mondiaux.La résistance ME 116 dE J Conscience lanétaire et nouvel ordre mondial TTR RR RR NR OR OTR Ta provenant des groupes populaires répond a la déshumanisation du monde provoquée par l\u2019économie érigée en valeur absolue.Il y a une résistance contre la domination d'intérêts purement techniques\u201c dans les considérations humaines.Celle-ci doit affronter les abstractions qui se sont imposées au monde vécu.Un nouveau paradigme ?La conscience écologique, selon Edgar Morin, devrait briser le carcan sujet-objet et se référer à « un paradigme complexe où l\u2019autonomie du vivant, conçu comme être auto-éco-organisateur est inséparable de sa dépendance\u201c ».Mais déjà en 1795, le philosophe Emmanuel Kant parlait d\u2019une conscience cosmopolite préalable à la paix perpétuelle\u201d.Le concept « cosmique » est celui qui par extension s\u2019intéresse davantage à la science\u201c.Le mot cosmique (weltbegriff) signifie dans l'expression cosmopolite un progrès vers un monde meilleur, le monde s'instaurant à travers la communication qui lie les êtres raisonnables.Une expression qui, chez Kant, renvoie davantage à l'humanité en tant qu\u2019espèce.Mais Kant savait très bien que tout cela n\u2019était que des vœux pieux : (.\u2026) aussi longtemps que les États consacreront toutes leurs forces à des vues d'expansion chimériques et 3/ Le mot « technique » subsume tout un contexte et ne peut être défini que de manière très brève ici.Le technicisme renvoie au savoir scientifique dans sa relation d\u2019interdépendance avec ses applications.La technique comme idéologie est soumise aux intérêts économiques.En attendre des solutions ur la plupart des problèmes qui se posent à nous constitue la conscience technocratique.On est en droit de se demander jusqu'à quel point la science écologique est critique par rapport à lo technique.4/ Morin, Edgar, Ibid., p.19.5/ Kant, Emmanuel, Projet de paix perpétuelle, Esquisse philosophique, 1795, traduction de Gibelin, Paris, Vrin, 1984.6/ Habermas, Jürgen, L'Espace public, Paris, Payot, 1986, p.116.117 EE RO ANR EN RAIN RE FOR violentes, et entraveront ainsi sans cesse le lent effort de formation intérieure de la pensée chez leurs citoyens, les privant de tout secours dans la réalisation de cette fin\u201d.D'autre part, il faut se méfier des solutions miracles provenant d\u2019une attitude positiviste.Lattitude positiviste, présente dans toute science, dissimule la problématique de la constitution du monde.Toute approche positiviste du fait perpétue l\u2019objectivation- réification ; elle accepte le sens imposé au fait par la reproduction de la société telle qu\u2019elle est.Ainsi, la conscience fondée sur une simple interprétation des faits n'a aucune prise sur le réel.C\u2019est pourquoi, entre autres, le philosophe Jürgen Habermas, qui s'inscrit dans la lignée de ceux qui tentent de remplacer le paradigme de la conscience par celui de la communication, veut par là rendre de nouveau visible le potentiel d\u2019une rationalité intacte insérée dans notre comportement quotidien de la communications.Chez Kant, il était question d\u2019un consensus public des personnes qui font usage de leur raison\u2019.Dans son Espace public, Habermas démontre que ce consensus dans l\u2019opinion publique!° peut être extorqué sous la contrainte.Dans les sociétés actuelles, on peut, dans une certaine mesure, fabriquer le public (publicité, propagande, mass-media, sondages).C\u2019est pourquoi Habermas cherche à mettre en évidence dans la structure même du langage une exigence d\u2019émancipation car, « avec la première phrase prononcée, c\u2019est aussi une volonté de consensus universel et sans contrainte qui s'exprime sans 7/ Kant, Emmanuel, La Philosophie de l\u2019histoire, Paris, Gonthier, 1947, p.164.8/ Habermas, Jürgen, « Remettre le mobile en mouvement », traduit par Michel Français Dernet, Le Monde, 6 août 1987.9/ Habermas, Jürgen, L'Espace public, op.cit.10/ Habermas, Jürgen, Ibid, BIN POSSIBLES Vies de profs « dire P I hp Conscience lanétaire et nouvel ordre mondial ambiguïté!! ».C'est-à-dire que tout discours peut être adressé à tous les humains, ou devrait être tel, s\u2019il assumait la rationalité de l\u2019œuvre en lui.ll y a deux types ou niveaux de consensus dans la société.Il y a le consensus économique inhumain et impossible, puisqu\u2019il vise à la fraternisation des impossibilités.Ce faux consensus social fabriqué est analysé par Marx dans Le Capital et se révèle en fait une domination de l\u2019homme par l\u2019homme.L'égalité est impossible sur la base de privilèges.Pourtant, c'est ce consensus extorqué sous la contrainte qui est visible politiquement.Les masse doivent obéir aux règles fixées par l\u2019économie pour survivre.D'autre part, ce premier consensus n\u2019est possible que grâce à un autre niveau consensuel inscrit dans la structure même du langage.Le consensus intersub- jectif est le seul véritable tondement qui nous reste.Le consensus économique n\u2019est qu\u2019une version falsifiée du consensus d'ordre communicationnel intersubjectif.Pour sortir d\u2019une impasse théorique, Habermas osera revoir, sous un jour nouveau, les potentiels de rationalité de l\u2019agir communicationnel.La nouvelle tentative philosophique de Habermas implique un développement de la notion d'intersubjectivité par suite des travaux d\u2019Edmund Husserl.La science considère les faits comme étant en soi déjà structurés.Husserl démontre qu\u2019il y a une constitution préalable des faits par le monde de la vie d\u2019avant la science, par une subjectivité fondatrice de sens.À la base, nous sommes constitués en communauté intersubjective.Notre conscience nous permet de nous rendre compte de cette « interliaison » de soi à l\u2019autre que rend manifeste le langage.Le langage joue un rôle de reconnaissance de notre constitution originaire.Le langage ne joue pas ici le rôle d'un 11/ Habermas, Jürgen, Technique et science comme « idéologie », Paris, Gallimard, 1973, p.156.119 er A et Sr URI INE fi I (Hie organisme comme les autres, mais il est un systéme, c'est-à-dire qu\u2019il appartient en tant que parole à chaque personne et il appartient aussi à la communauté en tant que structure et fonction.Cette constitution, déjà selon la définition de Husserl, s'étend au-delà de la société normalement assi- née aux individus pour ouvrir ainsi un champ illimité de l\u2019activité humaine.Habermas énumère et analyse les différents aspects des structures de l\u2019inter- subjectivité de la compréhension toujours plus ou moins menacée entre sujets parlants et agissants!?.Habermas emploie le terme « intersubjectivité » ur la communauté établie entre sujets capables de langage et d'action par la compréhension de significations identiques et la reconnaissance d'exigences universelles.Pour ces raisons, c'est une communauté qui se construit dans le temps.Et Jacques Derrida traduit justement par « communautisation » l\u2019expression allemande « vergesellschaffigung », qui signifie « faire constamment une communauté »!3 Aujourd\u2019hui, au moment où le discours du sujet autonome tend à disparaître (pour laisser place à une simple attitude de choix entre des formules stéréotypées et où s\u2019abolit l\u2019expression de la spécificité du sujet parlant), il convient de permettre de nouvelles discussions à l\u2019intérieur d\u2019une démocratie participative passant par une stratégie de peuple-à-peuple contournant les idéologies et les structures en place et où l\u2019ancien schéma « individu- société-nature » s'efface.l\u2019ancien schéma qui date du XVIII° siècle et qui avait permis entre autres à Jean-Jacques Rousseau d'interpréter la volonté populaire (individu-nature- société) est désormais remplacé par un schéma plus 12/ Voir Habermas, Jürgen, Après Marx, « L'Espace du politique », Paris, Fayard, 1985, pp.61-172 et 336.13/ Husserl, Edmund, L'origine de la géométrie, traduction et introduction par Jacques Derrida, Paris, PUF, 1962.120 POSSIBLES Vies de profs Const LLL hemo lg ph Conscience étaire et nouvel ordre mondial large de sujet et communauté intersubjective qui se construit.Car « notre expérience du monde est l\u2019expérience que le monde fait de soi à travers nous et avec nous »14, Nous sommes plus que des individus, nous sommes membres de la communauté humaine en devenir et qui cherche son avenir.Ces quelques pages sont suffisantes pour se rendre compte que la conscience écologisée dont parle Edgar Morin à elle seule n\u2019est pas salvatrice ; il faut au préalable la conscience tout court, c'est-à-dire, selon le mot d\u2019ordre de l\u2019Aufklärung : « penser par soi-même ».Et la conscience écologisée sans conscience de soi comme être-en-communauté ne rime à rien.Mais aussi, comme pour être conscient il faut communiquer, il faut un certain capital linguistique (qui comme le capital tout court) est inégalement réparti au sein de la population comme le sont les chances de son acquisition!.Et pour que la solidarité se substitue à l'agression, il faut identifier la cause qui produit cette organisation sociale déficiente de manière à y remédier.Voilà un problème simple, mais infiniment complexe à résoudre.Un projet de société après Marx Le projet formulé par Marx ne visait pas une conquête bête de la nature, conquête actuellement basée sur l'exploitation Nord-Sud et sans autre fin que le profit, mais une tentative d'harmonisation.Et c'est d'aller vite en affaires que d'associer la pensée de Marx à celle de Lénine, puis de Staline.14/ Bloch, Ernst.Experimentum mundi « Question catégories de l'élaboration.Praxis », Paris, Payot, 1981.15/ Voir à ce sujet, entre autres, Bourdieu, Pierre et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, « Les étudiants et la culture », Paris, éd.de Minuit, 1964.121 La critique marxienne apparaît comme un moyen de saisir la conscience de soi dans l\u2019histoire.Marx a eu le mérite de définir un point de vue de l\u2019histoire.l'erreur du marxisme est d'arrêter de penser après Marx, par conséquent de ne plus être conscient.Or, quand l'interrogation concernant l\u2019humain disparaît, c\u2019est l'humain comme visée d'autonomie qui se retrouve asservi.Prendre le temps de favoriser un travail de réflexion venant de la base sans parachuter une doctrine soulève un problème d'éducation, d'écoute et de respect de la personne intégrale.Tout système éducatif est menacé par la tentation du fonctionnalisme à outrance en oubliant sa visée première qui est l'épanouissement des personnes, l'autonomie.Partout les mots « rendement », « excellence », « com- étition » sont de mise ; en revanche, l'imagination, la sensibilité, la réflexion libre, la créativité sont trop facilement exclus du processus éducationnel.La question de l\u2019aliénation a été largement escamotée, et pourtant elle demeure une des causes directes du désastre écologique qui affecte la planète en ce moment.Ce comportement face à la banlieue solaire décrite par Edgar Morin découle évidemment de la domination de homme par l\u2019homme.Ce dernier interpelle « l'homme » comme s\u2019il était libre.Mais sa fbération ne s\u2019est pas encore accomplie.Un environnement sain n\u2019est pas suffisant, sinon que signifierait une société d\u2019exploités ou d\u2019abrutis sur une planète écologiquement saine 2 La loi économique est souveraine et impersonnelle et se développe sur elle-même, comme une série incontrôlable d effets en chaîne sans plus aucun rapport avec la cause première : le bonheur humain.Le nucléaire comme l\u2019argent sont les symboles de la dépossession de l\u2019humain, de sa négation parce qu'ils menacent tous les humains sans exception : 122 POSSIBLES Vies de profs (ons Lied Ren Bis rh Conscience la perversion et la confusion de toutes les qualités hétaire et nouvel humaines et naturelles, la fraternisation des impossi- ordre mondial bilités \u2014 la force divine \u2014 de l'argent sont impliquées dans son essence en fant qu'essence générique EB aliénée, aliénante et s'aliénant dos hommes.Il est la puissance aliénée de l'humanité *.l'argent est le sédiment de la domination de l\u2019homme par l\u2019homme, il permet l'opposition des intérêts, la guerre.Il n\u2019y a rien de moins humain que l\u2019argent, de plus abstrait que ce calcul abstrait et trompeur du travail humain.L'essentiel dans la criti- E que du Marx philosophe réside dans cette intention à fi la base libéralisante pour un monde radicalement br autre ou meilleur.« Un monde libéré de I'argent.» i Mais comment imaginer cette libération, comment enser que l\u2019énoncé « l\u2019homme est un loup pour homme » ne soit plus une vérité immuable ?ji L'argent reste donc le fétiche par excellence d\u2019une j fausse médiation entre les humains de laquelle je ne i eux me soustraire à moins d\u2019en être victime.La i ameuse expression capitaliste « le temps, c'est de ; l\u2019argent » rend bien compte de cette illusion réalisée.i Réalisée parce que chacun d\u2019entre nous y croit et que nous contribuons à sa réalisation inauthentique, mais E non définitive.En effet, « c\u2019est seulement un rapport social déterminé des hommes entre eux qui revêt ici pour eux la forme fantastique d\u2019un rapport des choses entre elles »!\u201d.De cette façon, le medium de l\u2019argent remplace le medium de la communication.La crise du capitalisme s\u2019est transformée en crise E générale de l\u2019économie mondiale.Crise qui ne réside plus sous la forme prolétaire-propriétaire, mais bi (les constats de I'écologie nous le prouvent) au sein d\u2019un système (Est-Ouest) atteignant ses propres li- A mites et qui touche à sa fin.Nous sommes maintenant en mesure de voir quand le bonheur des uns est à 16/ Marx, Karl, Manuscrits de 44, Paris, Éd.Sociales, 1971, p.122.17/ Marx, Karl, Le Capital, Livre |, Paris, Garnier-Flammarion, 1969, à p.69.RTE EE fondé sur le malheur des autres et d'imaginer à partir de cela un monde meilleur.En conséquence, une société humaine doit s'appuyer sur d\u2019autres bases, sur une vie organisée d'une autre façon.Ce qui suppose non pas un retour en arrière, mais une ercée vers l\u2019avant : un avenir à libérer fondamentalement différent.Pour un nouvel ordre mondial, il nous faut de nouveaux concepts, de nouvelles structures.L'ONU, par exemple, est fondée sur des concepts élaborés au siècle des Lumières (exemple : les droits de l\u2019homme).« L\u2019individu » est le résultat d\u2019une convention qui se rapporte à la société et à la collectivité.Dans les droits de l\u2019homme, on a tendance à oublier les droits sociaux, les droits de la vie commune.Marx a démontré que l'individu dans la société capitaliste, c\u2019est l\u2019homme séparé de la communauté.La dimension de l'individu prise en compte par l'ONU concorde avec celle de payeur de taxes, de citoyen d\u2019un État.Mais il est aussi citoyen du monde.La vie privée, l\u2019intériorité, l\u2019intersubjectivité constituent l\u2019intégralité de la personne humaine et doivent aussi être respectées.Le désir de vivre, commun à tous les peuples de la terre, ne provient pas des individus, mais de la vie subjective.Au fond, nous sommes plus qu\u2019individus d\u2019une nation ou d\u2019un Etat.C\u2019est la notion d\u2019intersubjectivité qui permet de dépasser la traditionnelle opposition individu-société pour s'ouvrir sur l\u2019ensemble de la communauté humaine.Le consensus intersubjectif qui se manifeste dans le langage est bien exposé dans l\u2019œuvre de Habermas.Sa tentative de définition d\u2019une situation dialogique idéale s'appuie sur un fond philosophique.Le fondement prend forme dans cette reconnaissance du monde que nous partageons tous.Haber- mas s'accorde avec Husserl pour envisager l\u2019humanité comme une communauté du « pouvoir s'exprimer dans la réciprocité ».C\u2019est pourquoi il 124 POSSIBLES Vies de profs bi = = = = BIE J fi Conscience nétaire et nouvel ordre mondial faut créer de nouveaux espaces publics pour l\u2019avènement d\u2019une nouvelle conscience planétaire par la résurgence d\u2019une authentique discussion publique réellement universelle.Pour faire prendre conscience des critères nécessaires à un monde habitable, il faut laisser place à l'imagination.Le philosophe Ivan Illich offre un exemple de ce qui représenterait peut-être une solution de remplacement véritable : « La structure conviviale garantirait un libre épanouissement de l'autonomie et de la créativité humaines!8.D'après l\u2019écologiste Michel Jurdant, cette « convivialité alternative » ou « convergence alternative » pourrait se traduire par : a) l\u2019autogestion ; b) l\u2019antiproductivisme ; c) le modèle technologique doux ; d) la souveraineté des communautés de base ; e) l'autonomie de la société civile ; f) la solidarité à l'égard du Tiers-Monde!*.Espérons que cet appel à tous que lançait Edgar Morin ne sera pas encore un vœu pieux ou, comme le faisait remarquer Marx, un appel à la fraternisation des impossibilités.Il faut que, comme citoyens du monde, nous nous sentions interpellés et non plus comme citoyens d\u2019un Etat particulier qui doit s\u2019affirmer face à d\u2019autres États.La nouvelle conscience planétaire chère aux écologistes doit être radicale et populaire ou elle ne sera pas.En ce sens, la chute du Mur de Berlin doit être une première étape symboli- 18/ Illich, Ivan, La Convivialité, Paris, Seuil, 1973, p.43.19/ Gagnon, Gabriel, « Le défi écologiste de Michel Jurdant ».Possibles, vol.9, n° 3, printemps 1985, p.89. que pour faire tomber les murs qui s\u2019édifient chaque jour, rendant chacun prisonnier de son individualité.Et malgré tout, le mouvement amorcé par les verts allemands permet d'espérer que cette nouvelle communauté trouvera enfin sa voie politique.Cependant, l'écologie ne doit pas remplacer la conscience, elle doit être un prétexte pour nous rendre davantage conscients de nos responsabilités.Nuance.126 hit rij rr POSSIBLES Vies de profs \u2026.Le oo 2 i.ES Le ces ES eee es Lu a .rr alr fe \u201ca ea etre oe rz rey Bo tres a Er pea or pat copy as rs hh 5 5 25 eh BS reer = dercres Pri er ett Ae ce Cree pong.LTTE?Fes pa a foros oie Be ee pos a I es 6 2 = BR 5 A I ci ex pe SW nar & A = DOCUMENT a pe ok 8 re po Sr acces _\u2014 at oa Err i mr \u2014 tee core 5 Cras Er Lr fT SEE EEE ae CE SERRE es Hee Eas = FARE To EEC 5 ne Ete se sodas oe tete te Leb \u2018 SEAM Sh LES ALBERTO KURAPEL LE GUANACO GAUCHO Dynamique théatrale de la mémoire Traduit de I\u2019espagnol par Michelle Poissant et André Maheux La création artistique est le reflet caché du monde qui la génère.Les censures, les complexes, les préoccupations de chaque société peuvent nous permettre d'anticiper l\u2019art qui en surgira.Que la création soit en avance sur l\u2019ère qui la génère est un fait évident, tout comme l\u2019est celle qui, dans ses interstices, contient toujours les caractéristiques de la société d\u2019où elle a émergé.Quand j'ai décidé, en 1981, de fonder la Compa- nie des arts Exilio!, je l\u2019ai fait tout en sachant que, dans une société qui dépasse ses limites avec comme seul but la fonctionnalité, notre condition de créateurs exilés latino-américains contiendrait a priori une « marginalisation » accompagnant nos créations et nos vies.Le rejet impose une fragmentation où chaque particule doit explorer et atteindre des zones qui puissent se faire voir au-delà du cosmos nié.Notre parcours consiste en un déplacement des systèmes 1/ Compagnie des arts Exilio \u2014 1981 : Troupe de recherche et de théâtre-performance latino-américaine d'expression bilingue (es- pagnol-français).« Un point de convergence des diverses cultures.Pour le fait d'exister et de continuer à produire et à transgresser toutes frontières.» Membres permanents : Susana Céceres, Alberto Kurapel, Marinea Méndez, Michelle Poissant.(Annuaire théâtral du Québec, 1990.) 129 je br: MN i i 1 At.a f ™ a ie Ie Hi (8 5 I H HH i A AR HH i MH Hier 2 130 Gi 8 signifiants vers la création, dans le lieu scénique, d'une réalité artificielle comme base de notre expression artistique.Cette juxtaposition de systèmes signifiants est aussi un des éléments fondamentaux du langage cinématographique que j'ai longuement examiné afin de l'intégrer à l'univers de nos spectacles.Chercher l'essence de la théâtralité correspond à s'interroger sur la nature scénique artificielle dans l'optique de lui donner un langage spécifique façonné par fous les langages existants.À travers cette trajectoire, je me suis préoccupé de « créer » au sein de l\u2019« Univers Exil » en cherchant la nature de cette tare sociale que j'ai dû supporter pendant seize ans.Nous vivons et nous créons.Vivre n\u2019est pas créer et créer n\u2019est pas vivre.Le développement technologique a été atteint au prix d\u2019une Nature blessée à mort ; dont la douleur déchaîne des catastrophes qui menacent la Vie d'extinction.Notre création s'appuie sur la structuration d\u2019un langage scénologique issu de nos fibres les plus profondes : elle n\u2019affleure pas parce qu\u2019elle est complètement étrangère au travail routinier.Ce langage, nous le conduisons à travers des canaux dont l\u2019expression maximale se situe dans le « lieu scénique ».C\u2019est pour cette raison que la Compagnie des arts Exilio cherche son éternelle naissance dans la Mémoire : faculté niée non seulement par les régimes dictatoriaux, mais également par les sociétés dont le seul but est de tout rentabiliser.La Mémoire de la Compagnie des arts Exilio est un flux de langages qui demeurent censurés par la peur des despotes de toutes disciplines.C\u2019est cet ensemble d'actions (langages), qui n\u2019a pas de causes apparentes, gt POSSIBLES yank Vies de profs | | pir mem 5 Dynamique OU simplement pas de causes, qui surgit du mystère 1# (éâtrale dela et du hasard que cette société refuse \u2018accepter par É MEMOTE peur de l\u2019injustifiable ou de l\u2019inclassable, de l\u2019incon- BE nu \u2014 caractéristiques de toutes œuvre d'art.| La création artistique porte en soi une Mémoire i que nous devons approfondir et faire vivre sur scéne.! L\u2019éclatement mnémonique de l\u2019œuvre d'art amènera iid le spectateur à la « découverte » et à la vision incon- j nue qui se déploient dans un domaine toujours chan- i geant, se transformant à chaque instant, se i nourrissant de la Mémoire sociale afin de la transformer en Mémoire artistique.ee em RSR RES Lors d\u2019une communication téléphonique provenant du Chili, Juanita Méndez m\u2019a raconté que le jour où le nouveau président (cette fois désespérément et démocratiquement élu) fit son premier discours, le 12 mars dans le Stade national de Santiago (après seize ans de dictature militaire), quelques instants avant de commencer, devant quatre-vingt mille personnes, une A multitude d'Indiens mapuches envahirent le terrain pe avec leurs instruments de musique, costumes et orne- i ments dans le but de réaliser une grande cérémonie i en souvenir de tous ceux qui furent assassinés dans ii ce stade par la dictature.Leur lente évolution sur la i! pelouse était marquée du poids de tous les malheurs | d\u2019un peuple transcendés et livrés comme des bois ensanglantés dessinés dans leurs yeux et par des cordilléres de trariloncos?ancestraux.Cette marche transmettait, au-delà de la catastrophe, leurs langages abyssaux de vie aux sacrifiés, aux résistants, à ceux qui ne se conformèrent pas à la pourriture du gouvernement et qui tombèrent sur cette pelouse qui ondoyait au vent et qui était foulée par les pieds nus de ces Indiens qui ouvraient leurs bouches tels des cratères d\u2019où coulait une lave de chants et de mots qui transperçaient les tissus encore ouverts de la Mémoire chilienne.Le son des instruments, qui était =\" 2/ Ruban d'argent garni de monnaies suspendues que les Indiens portent autour de la tête.131 le son du Temps, s'entassait dans ces ruines où déambulait l\u2019impétuosité de la création.Leurs voix délivrèrent peu à peu, dans le silence de la multitude, la Mémoire secrète, la mémoire de ce lieu, de cette construction de ciment qui servit de camp de torture et de mort.Leurs chants et leurs actions faits pour ce moment spécifique, dans ce lieu spécifique, créèrent un langage hic et nuc.Le moment arriva où la mémoire des murs et des loges qui furent éclaboussés de plaintes, d\u2019agonies, d\u2019espoirs et de poésie écrite dans le ciment, où la mémoire des gradins qui soutinrent des corps lacérés par les tortures (qui s\u2019étendaient là à la recherche du soleil), où la mémoire de la moitié du terrain sur lequel on emmena à coups de pieds et de crosses des hommes de soixante ans et des filles de vingt ans, où la Mémoire du lieu s\u2019ouvrit, s\u2019enfla, grandit jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ait doublé de force pour ainsi pouvoir éclater en un horrible cri qui se répandit silencieusement dans les ramifications viscérales de ceux qui assistaient à la cérémonie spectaculaire de la Mémoire née de la douleur d'être humain qui n\u2019a pu éviter l\u2019intronisation de la vilenie.l\u2019action créatrice de ces Indiens mapuches a montré aux quatre-vingt mille personnes une autre mémoire soucieuse d\u2019un nouveau langage.Les conditions dans lesquelles notre évolution s\u2019est faite ont été arides et ingrates, mais j'essaie d'y insuffler le « langage nouveau de la mémoire », cette action qui sera toujours rejetée par les cultivateurs de l\u2019amnésie, par ceux qui ne s'intéressent qu\u2019à la production, par ceux pour qui seul le commerce, la mode et la quantité comptent.En écoutant ce récit, je me suis remémoré les amérindiens et « La muerte no entrara en Palacio » de René Marqués* quand Teresias dit à Madame Isabel : « rien ni personne ne peut nous imposer un 3/ « La mort n\u2019entrera pas au Palais » de René Marqués, dramaturge portoricain né en 1919.(Son œuvre constitue un apport fondamental à la dramaturgie contemporaine.) E132 vier HITLER TEETH FAN POSSIBLES Vies de profs ye hi ré rok Dynamique théâtrale de la mémoire destin : nous le choisissons nous-mêmes.Celui que tu as choisi était le tien.Ta responsabilité maintenant est de vivre droitement, sans hésitations, sans jamais le trahir ; le faisant devenir chaque jour plus personnel, lui étant chaque jour plus fidèle.La vie est toujours confuse.» Cette Mémoire qui transparait dans chaque création, nous la cherchons dans nos préparations physiques quotidiennes, dans nos pratiques de voix, dans la confection de costumes et d'installations faits à l\u2019aide de matériaux trouvés dans les ruelles et ses déchets qu\u2019on nous laisse pour créer.La distance entre cette cérémonie mapuche, les pensées d\u2019un Meyerhold et une vie d\u2019exil me porte à croire que la création dans la Mémoire aidera à forger une autre Mémoire nous conduisant à « chercher dans l'impossible ».Face à cette réalité exilée, le comportement des performeurs ne pourrait pas être le même que celui d\u2019un comédien de productions subventionnées, privilégiées.Dans cette « réalité », notre comportement artistique a dû assumer le carcan dans lequel il a été confiné, choisissant comme expression la Performance théâtrale ; comme lieu de présentation, un entrepôt de l\u2019Est de Montréal ; comme éclairage, douze lampes de poche unies à une console fabriquée avec des résistances électriques et des morceaux de moteurs de bateaux ; remplaçant la scénograhie par des « installations sculpturales ».Le langage scénique s\u2019est transformé en signes qui ne possèdent pas de hiérarchie, où le discours textuel est un signe de plus à l\u2019intérieur de notre proposition scénique.Les plus belles pensées, les insondables, se constituent autour du croisement des langages qui, comme la majorité, incompréhensibles, montrent à l\u2019humain l'importance de s'immerger dans la douleur de toute connaissance.133 i HH] Rl - i 5 Bit! Notre expression artistique se base sur le « phé- PossiBLES nomène performatif de la présentation », c'est-à-dire Vies de profs sur le dévoilement des mécanismes et des codifications de la représentation, exerçant une séduction à travers le corps en mouvement, le corps vivant, le corps créateur du performeur, donnant ainsi naissance à une théâtralité qui surgit de cette décodifica- tion en incarnant des « personnages » qui possèdent des caractéristiques différentes de celles des comé- iens.À travers la Performance théâtrale, je présente les visages qui me sont apparus tout au long du trajet de création exilée.Ce sont des visages que je présente, et ma trajectoire est celle de leurs yeux, de leurs rictus, de leurs sourires, de leurs refus, de leurs caresses, de leurs cheveux lisses et ondulés, aveuglant le parcours et se transformant en épidermes de la création d'un paysage en questionnement.Je ne peux pas répondre.Ce qui me pousse à errer est l'incertitude de l\u2019itinéraire et la certitude de ne jamais trouver de réponse\u201d.4/ Conférence prononcée lors de l'inauguration des ateliers de formation donnés par la Compagnie des arts Exilio en 1990.i 134 gm es _- po 2 + oo.[or Tree .Ly - Su ce ages ru eu - J o .SL oa ye hn Sir pae yy Cs i oer .Lo res pag Lo = dre mc Le PCR _- eme rs prt Pr CL © a _ EL ue Gerra ne a \u2014 > Be = 3 & Crt =a = oa \u201c REARS Erect xs Es es : Fat Re ES ry fra se pers py oer =, i po ma Sls Saad Fey Cros x cer Eo Loc ep Ste Coo SRE = pera Rees ra ot Cerra ort Coa ce pacer ere Sie 5 rrnenrenenanncme serre ere SU: 3 A 2 a : CHRONIQUES ei re ts \u2014 5 em cc er A \u2014 er - 3 coer) a rary = ce = = SF Sacre Pi OTR mare pein Pari A + em 712 Drame \u2014 GABRIEL GAGNON i Montréal en novembre | { Les élections municipales et scolaires qui se dérouleront à Montréal en novembre auront une importance considérable pour l\u2019ensemble des milieux progressistes du Québec.Le Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal (RCM) saura-t-il trouver un second souffle en évitant l\u2019écueil technocratique @ Le Mouvement pour une école moderne et ouverte (MEMO) réussira-t-il à déloger les archaïques parents catholiques qui dominent la scène scolaire depuis plus de dix ans 2 Une opposition à l\u2019équipe Doré On ne pourra sûrement pas reprocher au maire Doré d\u2019avoir négligé de promouvoir l\u2019image de Montréal au Canada et à l'étranger, même si les résultats de ses nombreux voyages tardent à se faire sentir quant aux investissements et aux emplois.Il est | moins certain cependant que son parti, le RCM, ait réussi à réaliser son programme politique historiquement orienté vers la vie des quartiers et le souci des groupes les plus démunis.Encore plus que le PQ en 1976, le RCM a transformé en élus et en fonctionnaires ses meilleurs militants.Depuis l'automne 1986, un parti affaibli n\u2019a donc pu se donner suffisamment d'autonomie face 137 RATER TRE au pouvoir municipal ni intégrer de façon constructive les oppositions internes.La tendance naturelle à la technocratie qui menace tout pouvoir nouvellement élu a alors pu se développer sans trop de limitations.Beaucoup de gens en arrivent même à penser que la Ville de Montréal est contrôlée par les amis du maire qui se distribuent sans mauvaise conscience plantureuses augmentations de salaires et postes de fonctionnaires mieux rémunérés qu\u2019à Québec ou à Ottawa.Par ailleurs, les politiques de décentralisation qui faisaient l'originalité du programme du RCM se sont arrêtés aux frontières des neuf arrondissements dont le processus de préparation du plan d'urbanisme de 1992 a révélé le caractère artificiel et inadéquat.En novembre dernier, le congrès du RCM décidait déjà d'augmenter le nombre de ces nouveaux pôles de décision que sont les comités-conseils d\u2019arrondissement de façon à rendre leurs territoires plus conformes à la réalité des quartiers.Cette proposition a été reprise par les principaux partis d\u2019opposition.Il est cependant loin d\u2019être assuré qu\u2019elle soit acceptée sans réticences par un pouvoir municipal pour lequel la consultation demeure souvent une structure sans véritable contenu.Cela dit, personne ne pense sérieusement pouvoir remplacer le maire Doré en 1990.Il faudrait d'ail leurs accorder au RCM un deuxième mandat avant de pouvoir porter un jugement définitif sur ses polliti- ques et ses réalisations.Il serait cependant catastrophique qu\u2019il occupe seul le terrain.Plusieurs de ses élus actuels pourraient quitter la scène politique sans grand dommage pour leurs électeurs.Par ailleurs, ce n\u2019est sûrement pas sur les deux partis qui se partagent l\u2019héritage de Jean Drapeau qu\u2019on peut compter pour les remplacer.On peut heureusement se fier aux conseillers dissidents du RCM qui, malgré quelques incohérences et certains écarts de langage, ont maintenu un débat politique sérieux autour de plu- = 138 POSSIBLES Vies de profs fond poe ROCCE MILL Et ATH EM Lets CHUM MALU EL LAL EAL A A LR dd ade eid i i Montréal en sieurs enjeux municipaux importants.Le parti qu\u2019ils novembre ont fondé, la Coalition démocratique de Montréal, mériterait d'occuper au moins une dizaine de sièges en novembre : face à une telle opposition, l\u2019équipe Doré devrait faire preuve de plus de transparence et s\u2019ancrer davantage dans l\u2019univers des groupes populaires, des syndicats et des quartiers.Feu sur la CECM Quelques jours après les élections municipales, les Montréalais devront retourner choisir leurs commissaires à la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM) et au Protestant School Board of Greater Montreal (PSPGM).Alors que, dans le reste du Québec, les commissions scolaires, de confessionnelles qu\u2019elles étaient, deviennent francophones ou anglophones, les deux grandes institutions mont- réalaises résistent au mouvement en s'appuyant sur la constitution de 1867 qui leur accorde une protection particulière.Passons rapidement sur le PSBGM où les élèves francophones, presque majoritaires, continuent à être soumis à la tutelle de commissaires anglophones souvent unilingues qui leur distribuent chichement écoles et crédits.On ne peut en effet pour le moment y discerner de mouvement de la base susceptible de transformer une situation qui deviendra intolérable lorsque, d'ici dix ans au plus tard, les élèves francophones seront devenus majoritaires.Ce n\u2019est que grâce à un taux d\u2019abstention atteignant 88 % en 1987 que des parents catholiques intégristes, mollement soutenus par l\u2019archevêché, ont pu continuer à faire de la CECM leur chasse gardée.Obnubilés par une confessionnalité à défendre par tous les moyens, ils n\u2019ont jamais véritablement cherché à faire face aux nouveaux défis que posent au monde de l\u2019éducation les transformations économiques et culturelles rapides de la société montréalaise.REIN RECENT La CECM n\u2019a pas de politique cohérente pour mettre l\u2019école au service des groupes défavorisés qui forment maintenant la majorité dans plusieurs quartiers de la ville.Elle ne sait comment réaliser l\u2019intégration d\u2019éléves allophones de plus en plus 8 nombreux sans céder sur la priorité absolue de la 9 langue française partout à l\u2019intérieur de l\u2019école.Elle ti refuse enfin de faire de l\u2019école publique un espace i: ouvert à la diversité des croyances et des valeurs.a Face à cet immobilisme, l\u2019opposition constituée a par le MEMO, déjà présente au conseil des commis- 2 saires, accepte le démantèlement de la CECM au 0 profit de nouvelles structures à base linguistique ; elle propose par ailleurs des réponses beaucoup plus adéquates aux interrogations des élèves, des parents ji et des enseignants.Il faut donc espérer que le MEMO hi pourra mobiliser assez d\u2019électeurs et d'électrices ; pour assurer dès novembre la transformation radi- A cale qui s'impose depuis longtemps.140 POSSIBLES Vies de profs Es prb YVAN COMEAU Des institutions de moins en moins crédibles l'écoute des conversations quotidiennes, et plus particulièrement celles de la vie privée, révèle que les grandes institutions de la vie publique sont de moins en moins crédibles.Les actualités télé ou radiodiffusées semblent jouer un rôle important dans la production de cette connaissance critique.Bien qu\u2019il soit difficile de se prononcer sur le caractére permanent de cette critique spontanée concernant les grandes organisations, de juger de la justesse des analyses des acteurs de la vie quotidienne ou d'apprécier la volonté de trouver et de réaliser d\u2019autres options, il n\u2019en demeure pas moins que la conjoncture actuelle témoigne d\u2019une perte de légitimité des grandes organisations publiques.Quelques exemples suffiront à illustrer notre propos.Un premier groupe parmi ces grandes organisations est sous la responsabilité des gouvernements nationaux, qu'ils soient fédéral ou provincial.Ainsi, l\u2019acharnement manifesté par le ministre fédéral des finances à l\u2019égard des contribuables mécontente ceux-ci qui voient l\u2019État fédéral comme un pilleur mercantile.En prêtant l\u2019oreille aux conversations captées au hasard du quotidien, on constate que cette ponction n'apparaît pas justifiée : les taux d\u2019intérêt élevés, les fraudes des élus et les aberrations identifiées chaque année par le vérificateur général ajoutent à la colère et au mécontentement.Mais c\u2019est 141 surtout la TPS (taxe sur les produits et services) qui confirme aux citoyennes et aux citoyens qu'ils ont été dupés et roulés par l\u2019État fédéral ; ce ne semble pas être seulement une question de parti politique, puisque l\u2019adage nous dit : « Plus ça change, plus c\u2019est pareil ».L'État provincial en prend aussi pour son rhume.Après le « pelletage » des factures provinciales dans la cour des municipalités, il faut craindre la tempête es propriétaires, petits et gros, à partir de l\u2019an prochain, Sur le plan énergétique, Hydro-Québec, adis fleuron de la fierté québécoise, est sur la sel- tte : cette société d\u2019État semble faire supporter ses exportations d'électricité vers les Etats-Unis par ses abonnés québécois qui subissent les pannes de réseaux et qui paieront de plus en plus à partir de l\u2019an prochain.Sur les questions écologiques, les promesses électorales non remplies et les décisions du ministère de l'Environnement de ne pas poursuivre les pollueurs dans plusieurs dossiers (Saint-Basile-le- Grand et Saint-Jean-sur-Richelieu) font croire à plusieurs que la pollution est en bien meilleure santé que les enfants nés difformes près de Gentilly, centre industriel et nucléaire du Québec.Ce n\u2019est pas pour rien que la maxime suivante existe : « Vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade ».D\u2019autres institutions de l\u2019État sont mentionnées dans ces conversations quotidiennes.Le système judiciaire lui-même est suspect alors qu'il devrait reposer sur le principe de l\u2019« apparence de justice » : erreur judiciaire (cet Amérindien de la Nouvelle-Ecosse victime d'une grossière négligence de l\u2019appareil policier et judiciaire), misogynie, complaisance et ivresse de ce juge pendant un procès font dire à nos interlocuteurs qu'« il n\u2019y a pas de justice ».L'Église est une autre institution qui s\u2019est offerte à la critique ces derniers mois.En plus du rappel épisodique des positions médiévales du pape sur la contraception, le cinquantième anniversaire du droit 142 POSSIBLES Vies de profs puit mois ( Yok s institutions de moins en moins crédibles de vote des femmes a fait ressortir un passé récent peu reluisant pour l\u2019Église québécoise.Les scandales à caractère sexuel mettant en cause des religieux et de jeunes garçons à Terre-Neuve et en Ontario laissent plusieurs baptisés perplexes, c'est le moins qu\u2019on puisse dire.C\u2019est sans doute pour cette raison qu\u2019on entend dire de plus en plus « Je n\u2019ai pas besoin des curés pour croire au bon Dieu.» Nous pourrions multiplier les exemples pour montrer que ces grandes organisations signifient, pour les acteurs de la vie quotidienne, de moins en moins « efficacité » et « intégrité ».La critique spontanée de l\u2019entreprise comme lieu du travail salarié mériterait à elle seule un traitement particulier : on trouverait sans doute mille et un exemples qui indiquent aux employés que le gaspillage, la collusion et la pollution sont les contrepoids du rendement, de la concurrence et de la rentabilité.Tel semble être l\u2019état de la légitimité des institutions publiques dans les conversations de tous les jours : en perte de vitesse et entachée de méfaits bureaucratiques et marchands.143 Re a: À À i Lo \u2014 _ cas x I pro dress opps - ae ra.oe tr x eue ae BET 2-1 a = = DP eee a RE Pant 5 Reet oe Pre pry ne ee paies FX BRR a IT as Beer EC rrp ep ie A ZR po as ei a mme SE is 3 ds 2 ERMC htt tetitacit hata itil Mitates ith tiated Utd i Loti Me Abita tebe MLE LIE LL S01 Ubald H.Nattier Collaboration spéciale Les médailles de Possibles La croix de l\u2019ordre de malt On connaît le préjugé favorable de la revue Possibles pour le modèle suédois.À titre de collaborateur périphérique, je voudrais cependant tenter de compléter l'approche très partielle qu'en ont eue jusqu\u2019à présent les auteurs de contributions thématiques à la revue.Je ne nie pas le caractère innovateur des politiques sociales, ni l\u2019originalité des pratiques concertées de création d'emplois, et encore moins la vigueur du mouvement coopératif.Mais enfin, la Suède, c\u2019est aussi autre chose.Un bref voyage m'a permis d'observer ce que je considère le véritable miracle suédois.Il se produit à chaque fin de semaine.Les jours ouvrables, chacun, chacune pratique la discipline la plus froidement imperturbable.Du Bergman de la période introspective! Puis soudain, le samedi, il offi de quelques chop es de bière pour que tout ce beau monde se ; dégèle, se mette à rire bruyamment et à s\u2019échanger | des propositions qui n\u2019ont plus rien de luthérien.Ces subtiles réjouissances trouvent quelque analogie chez nous, mais nos intellectuels ne reconnaissent pas toujours à sa juste valeur cette contribution de nos brasseries nationales à la préservation de cer- faines plages de convivialité dans ce monde compétitif.145 Mieux vaut tard que jamais.Pour souligner de façon _PossiBLES exceptionnelle le mérite de ces entreprises, nous Vies de profs avons obtenu l\u2019autorisation de leur décerner cette fois-ci, au lieu de notre traditionnelle médaille de plume, rien de moins que la croix de l\u2019ordre de malt.Étant donné qu\u2019il existe hélas de rares lecteurs dont la culture en matière d'ordres chevaleresques, d'art héraldique et de sémiologie ésotérique comporte quelques lacunes, il me faut signaler le risque de confusion avec l'Ordre de Malte, un peu plus connu je l\u2019admets.Mais leurs croix se distinguent nettement, comme le laissait prévoir Gilbert Bécaud quand il observait : « Mon Dieu! qu'il y en a des croix sur cette terre ».L'ordre de malt a adopté la croix ansée, symbole profond de l\u2019anse par où on soulève la tasse afin de transcender dans la joie les a diverses épreuves de l'existence.f C'est par contre avec la plus déchirante commisé- { ration, semblable à celle que témoigne Jean-Paul Il aux divorcés et aux homosexuels, que je dois attribuer la médaille de plomb de ce trimestre à nos frères colombiens.J'espère qu'ils reviendront de la funeste erreur qui les entraîne dans les sentiers pervers du trafic de la coke au lieu de consacrer leur talent au commerce de la bière.Je les recommande aux bons soins du FBI pour l'exercice de la correction fraternelle, confiant qu\u2019ils se repentiront, reviendront dans la voie droite et pourront ainsi payer leur dette au Fonds monétaire international. bi fo COURTEPOINTES a+ so cours = EE ro (roe oc Lo PA RET racer cest oc ue = RE ECES EE Et EC Lars a = re ga CE 5 Brees ERX res = apr x scene hd Re TR ce va Sans oo CE ey A Si et Fa Tre RARE des K EE 7 = ss a = 3 SE LAAN LLL SHLAA ILI LALA LAPS LLM IL MLA MAA LILA MAO RA A LIM SHAMIL AL LILLE IS LLL HIM Cliqueter au vent le Phalanstére d\u2019investigations météorologiques pi de Possibles (PIMP) nous signale un phénomène inusité, présage de transformations climatiques pro- | fondes et durables: de forts vents, ayant pris bi naissance au-dessus d\u2019un petit lac situé dans le Parc de la Gatineau, se sont amplifiés en passant au-dessus i de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba i et du nord de 'Ontario et, de la, sont refournés sur le a Québec où ils soufflent depuis en raffales conti- i nuelles et convergentes.Les conséquences « font sens »! pour au moins une cellule du réseau contre-culturel anglophone, et vous aurez tous reconnu le Warehouse Against Sound Pollution (WASP).En effet, un cyclone perma- I nent fait s\u2019entrechoquer avec un vacarme effroyable I | des objets qu\u2019on avait su maintenir jusqu\u2019alors à une i ! raisonnable distance les uns des autres.3 Enumérons les principaux.L'attention est tout | d\u2019abord attirée par les politiciens en suspens, occu- il pés à réfléchir sur leur avenir.Accrochés entre ciel et terre tout autant qu'entre Québec et Ottawa, cette posture les soumet à leur insu à un procédé bien 4 connu de séchage des viandes.Les voilà donc aussi 1/ C'est-à-dire « interpellent au niveau du signifié » (NDLR).8 secs et aplatis que des tranches de jambon des POSSIBLES pr Ardennes, livrés aux caprices de mille bourrasques.Vies de profs Le sol, par contre, était jonché de coquilles vides, résidus de multiples projets de réformes, comités consultatifs et promesses électorales.À chaque nouveau passage de l\u2019aquilon, elles virevoltent en un crépitement qui n\u2019a d\u2019égal que les applaudissements d\u2019un roupe de passagers québécois à bord d\u2019un avion de Nationair atterrissant à Dorval.À travers la cacophonie générale cliquettent aussi quelques squelettes que l\u2019on avait mal enterrés et que le vent francophobe en provenance du Canada ramène à la surface du sol ; quelques fossiles du natio- nanthropos integristis antisemitis s'agitent avec un tel degré de vraisemblance que l\u2019on pourrait croire à une réanimation.Mais ils émettent un bruit de crécelle qui ne laisse place à aucune équivoque : toute oreille le moindrement exercée a vite reconnu cet air de danse macabre.Le tumulte le plus sonore provient de la bousculade des espèces sonnantes et trébuchantes, dont le trajet aérien se confine à un corridor bien précis.La rencontre des pressions en provenance de l\u2019est et de l\u2019ouest a créé une sorte d'entonnoir nord-sud reliant le Québec aux Etats-Unis ; le vent chargé d'électricité qui y circule n\u2019aftire que le métal, mais avec une force magnétique irrésistible.Le WASP a cherché en vain le moyen d'éliminer à la source ce cumul de décibels non moins disparate qu'assourdissant.Il s\u2019est alors tourné vers les milieux souverainistes et a obtenu la pleine collaboration du comité de stratégie PQ-niaire.Ce dernier a défini comme objectif politique, non pas de supprimer ces sons contradictoires mais de les unifier dans une nouvelle synthèse.Ainsi défini, le problème tombe techniquement dans la sphère de compétence des chercheurs de pointe qui incarnent le virage technologique dans le ME 150 po secs meta e co LE Loco at Etat te tata Le Léa Cliqueter au vent Champ de la musique contemporaine.Des échantillons de tous les bruits susmentionnés ont donc été expédiés au plus haut placé de ces centres de recherche, le Nichoir électro-acoustique non traditionnel (NÉANT).Selon des rumeurs persistantes, ce dernier devrait bientôt présenter en concert à la bergerie du Bon-Pasteur le prototype de ce travail d'harmonisation, une œuvre expérimentale pour voix mixtes, percussion et bande sonore intitulée Cliqueti-yak, rouspète pas.André Thibault res cs Cares es vas pees Ezz: cu pd CER Rawr aves pails = po RAR EC) ace res pepe sac con 5 en ad Aa Dono © Les premiers mots i Hf i | i Je me souviens très bien de ma première classe.Ji On y comptait une trentaine d'étudiants et d\u2019étu- pl diantes.Quelques jours auparavant, au moment de E mon engagement comme chargé de cours, le respon- i sable du programme m\u2019avait prévenu : puisqu'il s\u2019agit d\u2019un cours aux adultes, on n\u2019y trouve aucune homo- énéité ; les formations et les ambitions sont très pi! diversifiées Le pari est grand.hi Ce soir-là, nerveusement, je me dirigeais donc vers la salle de cours, quelques minutes avant l\u2019heure E fatidique.Je m'en rappelle : quand j'ai ouvert la porte, personne ne porta attention à moi ; j'aurais iy très bien pu être l\u2019un des leurs.Pendant quelques i secondes, les bruits et les conversations habituelles bi continuérent.Je fis quelques pas encore et, quand je déposai mes livres sur le bureau du professeur, le silence alors se fit.Le temps s\u2019était arrété.Tous me regardaient fixement.Je ne savais plus quoi faire.Je devais sourire maladroitement et mes yeux balayaient sans doute l\u2019ensemble du groupe à la recherche d\u2019un visage approbateur.Mais chacun se disait probablement : « il a erreur », « ce type est le plus jeune de toute la classe », « quel blagueur ».| | n\u2019y avait pas d\u2019agressivité dans leur regard ; sim- | plement un mélange d'inquiétude et de scepticisme.f Je me disais alors : « Le pari est loin d\u2019être gagné.» Ê 153 OLIS EPLRTACE HN Pendant des années, je m'étais assis de l\u2019autre PossiBLES côté.Et voilà qu\u2019un soir de janvier, un peu au hasard Vies de profs des bureaucraties, je me retrouve de l'autre côté de | la clôture, dans l\u2019autre rôle.Je ne suis plus celui qui 3 écoute, mais celui qui parle.Je ne suis plus un parmi 9 tant d\u2019autres, mais celui qui est au centre et que tous | reconnaîtront.Je quittais l\u2019anonymat.Un frisson de fierté traversait mon corps.On m'avait longuement prévenu et les enseignants le savent très bien : ce sont les premiers mots qui sont j difficiles à prononcer.On dirait qu\u2019ils se coincent i dans le fond de la gorge.Par la suite, on trouve son rythme et les mots viennent avec aisance.Très nerveusement, je cherchais donc mon premier souffle et l\u2019ouvris la bouche pour prononcer les mots de bienvenue que j'avais choisis comme étant les plus ap- ropriés.Mais au moment même où je m\u2019apprêtais à les dire, je fus envahi par la certitude d'avoir fait erreur.On ne souhaite pas la bienvenue à un cours comme on prononce un discours d'ouverture à un colloque international ou à un banquet mondain.Mails il était trop tard pour reculer, il fallait les dire\u2026 J'avais à peine prononcé deux syllabes que, du fond de cette petite salle de classe, une voix plutôt nasillarde et légèrement moqueuse m\u2019apostropha en me disant : « Wow.wow.il reste encore deux minutes avant le début du cours.» Je m\u2019arrétai alors brusquement.un peu confus.i Les gens rirent; je souris a mon tour.La magie 2 s'était produite.J'étais prêt à relever le défi.Jean-H.Guay is e rol Collaboration spéciale à ce numéro : Marie-Christine Arbour, étudiante en études littéraires à l'UQAM ; Danièle Courchesne, enseignante au primaire en français immersion ; Michel de Celles, écrivain ; Louis Desmeules, étudiant en philosophie, Université de Sherbrooke ; Madeleine Dwane, professeur en sciences de l\u2019éducation, Université du Québec à Trois-Rivières ; Jérôme Elie, professeur de littérature au niveau collégial ; Michelle Gagnon, professeur de philosophie au collège Mérici ; Alberto Kurapel, écrivain ; Noël Laflamme, professeur de français langue seconde dans les COFI ; Jean Roulis (pseudonyme), étudiant de cégep et « apprenti auteur » ; Bruno Roy, professeur de français au secondaire, écrivain et président de l\u2019Union des écrivains québécois ; Michèle Théorêt, artiste-peintre et chargée de cours en arts plastiques à tous les niveaux d'enseignement ; Carol Waino, artiste, Montréal. DISPONIBLES Volume 1 (1976-1977) numéro | : Tricofil Sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin numéro 2 : Santé Question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-1978) numéro | : Fer et titane : un mythe et des poussières Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3 : Bas du fleuve \u2014 Gaspésie Poème de Françoise Bujold numéro À : Mouvements sociaux Coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrançois Volume 3 (1978-1979) numéro 1 : La ville en question A qui appartient Montréal Poèmes de Pierre Nepveu numéro 2 : l'éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : La dégradation de la vie numéros 3/4 : Éducation Sur les chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.Poèmes de François Charron et Robert Laplante Volume 4 (1979-1980) numéro 1 : Des femmes et des luttes numéro 2 : Projets du pays qui vient numéros 3/4 : Faire l\u2019autogestion : Réalités et défis Poèmes de Gaston Miron Volume 5 (1980-1981) numéro 1 Qui a peur du peuple acadien 2 numéro 2 : Élection 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d'Odanak à l\u2019Avenir Victor-Lévy Beaulieu l\u2019Ilande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes 110 p.3,00 $ 154 p.3,00 $ 249 p.5,00 $ 142 p.3,00 $ 240 p.6,00 $ 151 p.4,00 $ 179 p.4,95 $ 159 p.3,95 $ 292 p.5,95 $ 207 p.4,00 $ 158 p.4,95 $ 284 p.5,95 $ 182 p.4,95 $ 157 p.4,95 $ 328 p.6,95 $ | | riens MANS ISA CIS AIS ILE Volume 6 (1981-1982) numéro 1 : Cing ans déja.l\u2019autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro 2 : Abitibi : La voie du Nord Café Campus | Pierre Perrault : Eloge de I'échec numéros 3/4 : La crise\u2026 dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 (1982-1983) numéro 1 : Territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : Québec, Québec : à l\u2019ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal numéro 3 : Et pourquoi pas l\u2019amour Volume 8 (1983-1984) numéro 1 i dépend Repenser l'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme numéro 2 : Des acteurs sans scène Les jeunes l'éducation numéro 3 : 1984 \u2014 Créer au Québec En quête de la modernité numéro 4 : L Amérique inavouable Volume 9 (1984-1985) numéro | : Le syndicalisme à l'épreuve du quotidien numéro 2 : \u2026 et les femmes numéro 3 : Québec vert.ou bleu 2 numéro : Mousser la culture Volume 10 (1985-1986) numéro 1 Le mal du siècle numéro 2 : Du côté des intellectuels numéros 3/4 : Autogestion Autonomie Démocratie SEERA LL Ar AL 177 p.4,95 $ 195 p.4,95 $ 274 p.5,95 $ 206 p.4,95 $ 161 p.4,95 $ 170 p.5,00 $ 197 p.5,00 $ 200 p.5,00 $ 184 p.5,00 $ 189 p.5,00 $ 208 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 204 p.5,00 $ 174 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 199 p.5,00 $ 344 p.8,00 $ Volume 11 (1986-1987) numéro : La paix à faire 185 p.6,00 $ numéro : Un emploi pour tous 2 242 p.6,00 $ numéro : Langue et culture 247 p.6,00 $ numéro : Quelle université 2 201 p.6,00 $ Volume 12 (1988) numéro : Le quotidien Modes d'emploi 174 p.6,00 $ numéro 2 Saguenay/Lac-Saint-Jean Les irréductibles 210 p.6,00 $ numéro 3 : Le Québec des différences : culture d'ici 164 p.6,00 $ numéro 4 : Artiste ou manager 2 169 p.6,00 $ Volume 13 (1989) numéro 1/2: ly a un futur 305 p.8,00 $ numéro 3 : Droits de] regards sur es médias 149 p.6,00 $ numéro : La mère ou l'enfant 2 146 p.6,00 $ Volume 14 (1990) numéro ] : Art.politique 160 p.6,00 $ numéro : Québec an 2000 205 p.6,00 $ numéro 3 : Culture et cultures 187 p.6,00 $ .Ville ee eee eee eee eee ee eee eee eee ee 4 2 ae + + = + » + + + + + + + »s + + = » + + 4 + + + + + + + + + 2 + + + + + = ci-joint un chèque .\u2026.mandat-poste .\u2026.au montant de $ .LL. Malgré l'augmentation de nos tarifs un abonnement est toujours avantageux.Vous épargnez 6,00 $ sur le coût de quatre numéros en kiosque, vous contribuez à l'essor de la revue et vous recevez un numéro en prime.Je souscris un abonnement à POSSIBLES Envoyez-moi le numéro suivant, en prime : ] Vol.8, n° 4 \u2014 L'Amérique inavouable [0 Vol.10, n° 1 \u2014 Le mal du siècle [J Vol.10, n® 2 \u2014 Du côté des intellectuels 0 Vol.13, n° 1/2 \u2014 lly a un futur De Adresse .aa Lana ae Ville o.oo Code postal .\u2026.Province .\u2026 Téléphone .\u2026.Occupation .200202 0212 LL a ana ci-joint : chèque .mandat-poste.au montantde .\u2026.H Abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : 18,00 $ HI Abonnement de deux ans (huit numéros) : 36,00 $ CO] Abonnement institutionnel : 30,00 D] Abonnement de soutien : 30,00 $ (] Abonnement étranger : 36,00 $ Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 2S4 Prochain numére : l\u2019après-Meech RR I Lr FLT Se Ser, raid sci tsar - = a gece Pete Sr gs peer pe cree aa = \u2014 4 -x no Le ORES - ments es ae vs PA - er PE eh Er SE van es .i vey Lo + ces pe Zee LT re - oa = 2 == ._ _ _ Lo Ce oo > re Lo LI \u2014 - apr oe Gr SRE - = Te capes pea ct EET ras a 2 am Cars Fe Fraises ces re crue ye Tae rs op TIP oe ces __ OCCT EE Say = = a B TSE =a © a = = = cs es baie x eae er Heese 3 = sen g oC = : 3 Bia = memes es f b CNET Moins apparentés que dans le champ du politique ou de l\u2019art, les utopies et l'imagination créatrice qui se pensent et se vivent sur les bancs de l\u2019école n\u2019en ont pas moins de vigueur et d\u2019audace.Voici des parcours de pédagogues qui indiquent certaines voies dans lesquelles « il y a un futur ».l'acte d'enseigner n\u2019a de sens que là où les personnes qui s'y adonnent lui trouvent une pertinence dans leur vision de l'être humain, de son développement, de la dynamique des relations humaines, du changement social, d\u2019elles-mêmes et de leur rôle.ESSAIS ET ANALYSES Une journée à l\u2019école DANIELE COURCHESNE La force vive des cours BRUNO ROY Un métier ingrat ?MICHELLE GAGNON Parcours d\u2019enseignante (facettes) RAYMONDE SAVARD Artiste ou enseignant ?MICHELE THEORET Enseigner, un processus de maturité MADELEINE DWANE Les découvertes d\u2019un jeune professeur d'université ÉRIC ALSÈNE POÈMES ET FICTION Deux souliers JEAN ROULIS Digamma MICHEL DE CELLES Manipulations NOËL LAFLAMME L'horveille JEROME ELIE La nuit-cloison et Trois MARIE-CHRISTINE ARBOUR IMAGE Texture CAROL WAINO SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION Conscience planétaire et nouvel ordre mondial LOUIS DESMEULES DOCUMENT Dynamique théâtrale de la mémoire ALBERTO KURAPEL CHRONIQUES Montréal en novembre GABRIEL GAGNON Des institutions de moins en moins crédibles YVAN COMEAU Les médailles de Possibles UBALD H.NATTIER COURTEPOINTES er es es "]
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