Possibles, 1 janvier 1991, Printemps
[" Ta Z | one: Lt PE DE EN Su 4 W Ui Tg iJ À 2 il 5 À 2 NN A 2 ZA ON > De | 7 Zz À U 7 À pe: rE wel 1 A - de rates a aE.> oe ps A rentre c- iY) i U D ar y 7 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 5 a POSS A A, ES 222 Sw) ae.- + à res fa ig 4 Te on.OF AS ar ; Ve el \" i pone 7 = ~ Wn A Ex NS A 1 \u2014 ir JC NN BS Re = 3 ! To a ~, A AN ps +.\u201d A _m ZA 5 ie AN pros HE bg 2 VOLUME 15 @ NUMERO 2 @ PRINTEMPS 1991 ibles oe \"res pe Ty pvc 1 a es LS = __ A i.ap = ae =r a era a a ess a rss fay aden ayer oe cra ET ce sr pp os or = sc 5 ae Soca ee ts Sr ee LSS SX is _ mn en LE = a En 2 es oo + en ___ _ = = Ca RT oan Lee ru pe pee .or -\u2014 __ a ARE TR SER RE res ame pe pe rs Tenn Bs oe opener palace Ero ol re 5 = des fs parry =: Te are ce get 2e ER a ia oT Em XO = céces A = or \u2014 ur ch EE a KX 3 ox Re pen ay 2H ox bh a TES ee re ne =: i 2 a & 3 Sa iE a ne Se = ESS a = = = 5 i = ERO 2 * PRINTEMPS 1991 5: = + 1991 = $ > + = .se = GENERATIONS VOLUME 15 « NUM 2 SX P S Less = possibles B.P 114, Succ.Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254, 495-8231 Comité de rédaction Rose-Marie Arbour, Yvan Comeau, Francine Couture, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Jean-H.Guay, Raymonde Savard, André Thibault.Collaborateurs{trices) Éric Alsène, Roland Giguere, Jacques T.Godbout, Suzanne Jacob, Alexandra Jarque, Monique LaRue, Gaston Miron, Marcel Rioux, Amine Tehami.Secrétariat et administration Stéphane Kelly Responsables du numéro Yvan Comeau et Gabriel Gagnon La revue Possibles coûte, à l'unité, sept dollars.Elle est membre de la SODEP (Société de développement des périodiques culturels québécois) et ses articles sont répertoriés dans Point de repère.Les textes présentés à la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionnée par le Ministère des Affaires culturelles du Québec et le Conseil des Arts du Canada.Sur la page couverture : Monique Régimbald-Zeiber, Grande dépouille no.2 (1989) ; photo : Paul Litherland Conception graphique et maquette de la couverture : Nicole Morisset Typographie et mise en page : Composition Solidaire inc.Impression : Imprimerie L'Éclaireur, Beauceville Distribution : Diffusion Édimédia Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec : D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada : ISSN : 0703-7139 © 1991 Revue Possibles, Montréal x TABLE DES MATIÈRES Éditorial 7 a.H: At A i A {À i: 8 FE: Er } Ki À i if i + ji ESSAIS ET ANALYSES Rêver d J pp agen \u2014_ cerner a cos a.ot oe Fp em Lo IIL 2.prey Coo tx ee Bei ot cs BEST oF = A 2 GiB 5, _ Se ere EE 2 Tr er al ET ps Cre) pe be Se : __ __ __ > ons 19 = ma pa NS = ue Pa I Lx es, io oe.LL Lo z- 2 -me-coce _ zen __ = cr con = rs oc) 5 es, SC De = 3 Lo ee es -.ord ag = ce re pes Lg frees Sree tay ms es cr ra A pois petra RX ce Ro rg BS J 5 RS Pe _.oe cos ey = cas a.Pacte ESSETERS ES Lee ky 5 RET ey art Pe AX pe HE = re Ca A cac 0h a te SR see sg 6 S s = pm À = 2 : i 5 + 2 7 7 2 = i 2 | == = == pt Es me Er EE re = = neti.2 PAST \u2014_ \u2014\u2014 2 pe i Sm \u2014 \u2014\u2014 _ er re = \u2014_\u2014 Ee.a \u2014 univ rl rp Pr > Pa ened AL me [> EB J ree Sree Pel oe oo i YA) LA = es Va a ro Cal Sl hr es > te \u2014 olf.| # =\\ y ss s Ca A = x ec TT se -v == > PE = À RE 5 \\ Mmm VF -_.here Free a rei.UE AR Ta a AWOL niin don we = ~- Se LE SL nem rin A = 2 0 yy Wig, RP La Te CA Lol Ee, Lao Es nd rd, Fi EE EER NN Ra Ny \u201ca 9 3 pe 4 As TTR Ge Fr dat Roa Si PSE lb LLL = Le Wyse, rd DE lat d ws le VN CIN i egies Mim | A tout LA ES = SO UN UN = A ai LL prima ean] LI SSE P= ak Ry [a EC be \u20ac = RS a et s:ts EAN pro & Sie > = = Lo CANES ES) reines ne a rd nN Wy pn real Ls wo RA pw, a = Po CON En > 50 Koa KVP .guet E m4 pa ejac iL Se sn % pas FRY = 5 me wo a a Erie = LN [TTT Ne maa es = qh LULU CCN 5 ENS ms ae Le Fr cl aid PAIR PANT UA WIR Th YL YP EEN! Le Ex Re = vu BE - Bae I at I yw wi Ww LOW Lo ob % iyo = 3 ! & 3 +» ; \u2014_\u2014 FART SN SA AE \u2014\u2014 % go k: pe-hs nr se ga .py = i 7 IC va \u201care = Ey cs =.EE ERE ES VUE ES ve 1265 Te : ETATS CONS NTSC 7 sae Sm -\u2014\u2014 AA ry a \u2014 t£* = ae oi \u201ci pay pe æ ae J Sy CH BN Ex EE TS EE > So > cpr so = Crp repel rT Le ce = Aetna ps > Br Xo 7 2 SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION pe ag - PN .Len = - py as - oe = rn mae ro es = met en ce Set ce resto a a pr a sey zn = £5 la Pp trie po \u2026- ee Ere SORE ECTS St D A isa ht 2 se xs ER ras oe oh Berra = RL pba i SpA LE xe x es Foe = ee I YVON THÉRIAULT Individualisation, universalisation, démocratisation : le temps de l\u2019histoire Il n'existe plus aujourd\u2019hui dira Francis Fukuyama (1989), dans un texte devenu vite célèbre, « The End of History », d\u2019idéologie rivale à la démocratie libérale !.La mort du communisme a définitivement sonné le glas aux différentes tentatives, depuis deux siècles, de proposer des alternatives à l\u2019individualisme démocratique.Après les défaites historiques de l\u2019absolutisme au dix-neuvième siècle, celles, au vingtième siècle, du fascisme ou du nazisme et du communisme annoncent la victoire finale du libéralisme.Ces grandes idéologies, pour reprendre une expression de François Lyotard, étaient les « méta-récits » de la modernité ?.Mais, à l'encontre de ce dernier, Fukuyama ne croit pas à la fin de celle-ci, mais bien à sa victoire.Dans une version renouvelée « de la fin des idéologies » * la modernité apparaît en effet victorieuse car l'idéologie démocratique libérale a vaincu ses ennemis, ouvrant un monde dorénavant déidéologisé, c\u2019est-à-dire réconcilié autour des idéaux bourgeois.Des conflits persisteront, souligne- til : ceux liés à la religion ou au nationalisme par exemple.Ils n'apparaissent plus toutefois comme des 1/ Francis Fukuyama, « The End of History » The National Interest, #16, Summer 1989, pp.3-18.Les références subséquentes à ce texte seront simplement indiquées par la pagination, ceci afin de ne pas multiplier inutilement les notes.2/ Francis Lyotard, La condition post-moderne : rapport sur le savoir, Paris, Éditions de Minuit, 1979.3/ Voir à cet effet Daniel Bell The End of Ideology, New York, Free Press, 1965.127 re de pe ee x plie vers fre pide idéologies rivales mais plutôt comme le signe du POssIBLES développement encore insuffisant d\u2019un libéralisme Générations 1991 qui a par ailleurs démontré, insiste-t-il, sa capacité e résoudre ces questions en les renvoyant à la sphère privés.Pour Fukuyama « la fin de l\u2019histoire » ce n\u2019est donc pas uniquement la victoire du « méta-récit » Iibérol démocratique.Elle n\u2019est pas un phénomène propre à la sphère macropolitique, à travers le monopole de l'idéologie démocratique libérale sur l\u2019ensemble des pays de la planète ou, suite à l\u2019absence de modèles oppositionnels grâce à la mort du communisme et de la guerre froide.Elle est aussi la victoire culturelle de l'Occident par l'extension de la société de consommation et de lindividualisme utili- faire à la planète entière.Victoire à la Pyrrhus semble croire d\u2019ailleurs Fukuyama, car la société qui a participé le plus à l\u2019universalisation des valeurs de la société de consommation occidentale est le Japon.On peut résumer, souligne-t-il, le contenu de l\u2019État universel homogène (le concept hégélien par lequel il définit l\u2019espace politique dans la fin de l\u2019histoire) « comme la démocratie libérale dans la sphère politique liée à la généralisation des VCR et des stéréos dans l\u2019économie » 4.On se rappellera, et Fukuyama n\u2019est probablement pas sans y avoir songé, que Lénine définissait le communisme comme l\u2019organisation des soviets plus l\u2019électrification des campagnes.C\u2019est pour lui cette définition collectiviste d\u2019une fin possible de l\u2019histoire qui a été vaincue pour y être substituée par une culture utilitaire et individualiste.La solidarité n'aurait plus sa place au pays des atomes.Il serait possible par une lecture rapide et critique de réfuter les principales affirmations de la thèse développée par Fukuyama.Le fait que l\u2019auteur soit un haut fonctionnaire du département d'État améri- 4/ Francis Fukuyama « Entering Post-History », New Perspective Qua- terly, Vol 6, No.3, Fall 1989, pp.49-52.EE 128 Individualisation, Cain et que le texte cité ait été publié dans la très wd universalisation, conservatrice revue The National Interest sont déjà ome de lhistoré des indicateurs du caractère idéologique (dans le sens marxisme, au service de.) de l'article.Et, en effet l\u2019auteur ne voit dans les événements actuels que la confirmation de la thèse de la supériorité culturelle du mode de vie américain, thèse soutenue depuis fort longtemps par les idéologues américains : d\u2019où le ton triomphalisme et arrogant des propos tenus.La fin de l\u2019histoire, c\u2019est la récolte du Puit des victoires militaires sur le Japon fasciste, sur l'Allemagne nazie et le résultat de la lutte tous azimuts menée contre le communisme depuis quarante ans par l'Amérique.En fait, l\u2019auteur semble réaliser, près de trente ans après la fin du McCartisme, que la guerre froide est terminée.Sa vision de l\u2019histoire d'ailleurs est réductrice à l'affrontement entre les deux grands blocs idéologiques, semblant par le fait ignorer qu\u2019il y a belle lurette que cet affrontement est stérile et que 1 l\u2019histoire marche à autre chose (nous y reviendrons).: Une autre chose qu'il ignore complètement, lorsqu'il ne la traite pas avec mépris.Ainsi va-t-il du Tiers | monde et des forces qui travaillent ces sociétés, sou- i lignés en aparté comme des sociétés en retard.encore dans l\u2019histoire pour quelques années.Ces réalités, comme nous l\u2019avons souligné pour le nationalisme et la religion, sont simplement perçues à la remorque de l'idéologie libérale démocratique américaine.Enfin, il ne s'intéresse pas non plus, E | dira-t-il, à réfuter la prolifération des idéologies i | « promoted by every crakpot messiah around the n [ world ».(.) « For our purposes, poursuivra-t-il, it hi | matters very little what strange thoughts occur to ; people in Albania or Burkina Faso ».(p.4) i 1 Il est silencieux aussi sur les forces sociales, les È mouvements sociaux, qui traversent nos sociétés.Pour lui une seule valeur s'affirme en République de hit Chine, en URSS, dans le Tiers monde, en Europe ou en Amérique : c'est le consumérisme.Un seul acteur social joue ou est appelé à jouer un rôle significatif Ep dans « l\u2019État universel homogène », c\u2019est l\u2019individu Ee 129 égoïste, consommateur ou entrepreneur, utilitaire ou POSSIBLES hédoniste.Nous y reviendrons, mais disons rapide- Générations 199 ment que c'est faire peu de cas de l'extrême diversité des protestations qui naissent à l'Est, suite à la mort du communisme, comme à l\u2019Ouest, dans la foulée des nouveaux mouvements sociaux.C\u2019est rapidement conclure aussi, comme le rappelle John Kenneth Galbraith dans sa réplique à « The End of History », que la « célébration verbale » du marché, à laquelle on assiste aujourd\u2019hui, correspond à une pratique effective de prédominance de l\u2019entrepreneur individuel.L'histoire récente démontre plutôt selon Galbraith qu\u2019autant à l\u2019Est qu\u2019à l'Ouest de grandes organisations fortement liées à la logique étatique persistent et persisteront à côté de la logique du marché où s'affrontent les choix et les stratégies individuels *.Il pourrait s\u2019agit non pas d\u2019une réduction des options (fin de l\u2019histoire), mais de l'entrée dans une société où des logiques diverses élargissent l'éventail des choix à nos dispositions (plus d\u2019historicité).Enfin, la lecture hégélienne sur laquelle Fukuyama fait reposer sa thèse de la fin de l\u2019histoire apparaît une lecture assez impressionniste de Hegel.L'histoire y lit-on est un processus dialectique ayant un commencement, un développement et une fin.La fin justement, Hegel l\u2019aurait vue dans la bataille d\u2019léna en 1806 où Napoléon, par les armes, imposait l\u2019Esprit moderne, actualisant ainsi les principes de la Révolution française : la démocratie égalitariste.À la suite de son mentor Alexandre Kojève, Fukuyama croit que Hegel avait vu juste, tout en sous-estimant les batailles que l'Esprit universel aurait à faire pour définitivement s'imposer comme « Etat universel homogène ».La mort du communisme, l\u2019universalisation de l\u2019économie de marché, confirmeraient, près de deux siècles après, l'intuition hégélienne.Et, l\u2019« État universel homogène », si non encore concré- 5/ John Kenneth Galbraith, « Have Capitalism and Socialism Converged » New Perspectives Quaterly, Vol.No.3, Fall 1989, pp.46-49.| 238 130 519 W # Individualisation, universalisation, démocratisation : temps de l\u2019histoire tisé, trône dorénavant sur les esprits des citoyens du monde entier sans véritable opposition.« La fin de l\u2019histoire » c'est donc, à travers cette lecture hégé- ienne, « le point final de l\u2019évolution idéologique et l\u2019universalisation de la démocratie libérale occidentale comme la forme achevée du gouvernement humain » (p.4).L'histoire a des ruses qui rapidement rendront probablement caduc le pronostic de l'atteinte d\u2019un point final à l\u2019évolution idéologique de l'humanité.Néanmoins, au delà de l\u2019utilisation politique des événe- ments contemporains et d\u2019une simplification tant historique que théorique, les constats de Fukuyama méritent qu\u2019on s\u2019y arrête.Un peu comme le conservateur Edmund Burke, malgré son effroi, avait su déceler dès les premiers mois de la Révolution française de 1789 (longtemps avant la prise du pouvoir par les Jacobins) le caractère radicalement nouveau des phénomènes sociaux se réalisant en France °, Fukuyama (rappelons que son texte a été publié en août 1989 avant l'effondrement communiste dans les pays de l\u2019Est) nous conduit à réfléchir sur deux processus majeurs de l\u2019histoire sociale récente : soit, 1 : l\u2019avancée indéniable au cours des dernières années de l\u2019idée de la démocratie moderne, celle associée aux droits de l\u2019homme et au suffrage universel (tout en émettant de sérieux doutes ar ailleurs sur sa victoire définitive, voire même sur la ossibilité qu\u2019une telle chose puisse jamais se réaliser on dira que la démocratie est actuellement une idée porteuse) ; 2 : une « planétarisation des pratiques sociales » se réalisant par le double processus de l\u2019universalisation et de l\u2019individualisation des consciences, processus qui semble en effet porter de l\u2019eau au moulin à la thèse du vieux Hegel qui croyait que l\u2019Universel appelait le particulier, que l'individu était un produit de la Raison moderne.6/ Edmond Burke, Reflections on the Revolution in France, London, Penquin 1983.131 Démocratisation, universalisation, individualisa- POssIBLES tion, voilà trois idées qui nous apparaissent effectivement être au cœur de la pratique sociale contemporaine.Toutefois, il ne nous semble pas, au contraire, que les avancées récentes de la démocratie annoncent en rien la fin de l\u2019histoire.Tout comme le phénomène d'\u2019individualisation ou d\u2019universalisation des consciences ne conduit pas inéluctablement à la victoire du sujet économique.C\u2019est une méconnaissance de la démocratie moderne, du moins une sous estimation de ses possibilités, que de croire qu\u2019elle mène à l\u2019uniformisation et à la victoire définitive du marché.En cela Fukuyama reprend une longue tradition de jugements sur la démocratie libérale qui ont pourtant été démentis par les faits.Nous ne reviendrons pas sur Hegel, que Fukuya- ma lui même reprend et qui ne voyait dans le déploiement de la société civile moderne que le déchaînement des passions individuelles, qu\u2019un lieu « où chacun est une fin pour soi, » qu'une confirmation de la victoire du particulier, de l'individu égoïste, de l'arbitraire contingent.7 Tel était le prix pour Hegel de la réalisation a grand projet de la modernité, une société dorénavant régie par la subjectivité.Et c'est ainsi effectivement que la fin de l\u2019histoire reposait pour lui sur la disparition de liens communautaires au sein de la société civile.Les passions qui traverseront dorénavant celle-ci ne seront que des passions particulières, celles de l\u2019homo oeconomicus, de l'être de besoin.Uniforme à force d'être particulière, tel est le jugement de Hegel sur une sociabilité moderne travaillée par l\u2019atomisation.Tout le moment éthique de la société, est-il besoin de le rappeler, se trouvait ainsi ramené dans l\u2019État de droit, ce monstre froid porté par la seule Raison.Nous n\u2019insisterons pas non plus sur Karl Marx pour qui la démocratie bourgeoise n\u2019était qu\u2019une 7/ GW.Hegel, La Société civile bourgeoise, (1821), Paris, Maspero, 1975, p.57.J 132 Ii Individualisation, universalisation, démocratisation : emps de l\u2019histoire illusion masquant les intérêts égoïstes du bourgeois.Quant à la démocratie réelle, qu'il repoussait dans l\u2019après capitalisme, elle sera non politique, reposant sur la fin de la division de la société en classes, sur la fin des particularismes nationaux, et même pour lui, sur la fin des égoïsmes individuels.L'individu sans médiation, en parfaite communion avec la communauté universelle, qui sera le citoyen de cette fin de l\u2019histoire, version communiste, annonçait là aussi la fin des passions collectives.Un monde enfin réconcilié avec lui même, transparent, où des individus béats seront chasseurs l'après-midi et philosophes après le dîner (sans qu'il nous dise, diront aujourd\u2019hui les féministes, qui préparera les repas et qui fera la vaisselle).| faut toutefois s'arrêter plus longuement à Tocqueville, car il est le premier et demeure le plus lucide observateur de la socialité démocratique.Et pourtant, chez lui aussi, est présente cette tentation de voir dans le fait démocratique, à travers le processus d'égalisation des conditions, l'annonce d\u2019une fin possible de l\u2019histoire.Les hommes dans les sociétés démocratiques, ne cesse-t-il de rappeler, auront une seule vraie passion, celle de l'égalité.Ils sont industrieux certes, mais continuellement affairés à améliorer leur bien être personnel, à varier, à altérer ou à renouveler chaque jour les choses secondaires.Multitude de petites ambitions et d\u2019ambitieux mais peu, dira Tocqueville, de grandes ambitions et de grands hommes comme celles et ceux qui ont marqué les périodes révolutionnaires.8 D'ailleurs, poursuivra-t- il, « Je ne soutiens pas (.) qu\u2019un peuple soit à l\u2019abri des révolutions par cela seu que, dans son sein, les conditions sont égales ; mais je crois que quelles que soient les institutions d\u2019un pareil euple, les grandes révolutions y seront toujours infiniment moins vio- 8/ On se réfère ici aux Chapitre XIX et Chapitre XXI, du tome 2, de Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Garnier Flamarion, 1981, « Pourquoi on trouve aux États-unis tant d\u2019ambitieux et si peu de grandes ambitions » pp.299-305 et « Pourquoi les grandes révolutions deviendront rares pp.312-324. EAE MEM MEM A ARLE Ee AMICI) LAR lass Linde lentes et plus rares qu\u2019on suppose ; et j'entrevois POSSIBLES aisément tel état politique qui, venant à se combiner Générations 199 avec l'égalité, rendrait la société plus stationnaire qu'elle ne là jamais été dans notre Occident.° Non seulement les perspectives de changement radical (révolutionnaire) s\u2019amenuisent-elles dans les sociétés démocratiques, le goût même des actions collectives tend à disparaître.La passion pour les grandes œuvres et les grandes causes propres aux individus des sociétés aristocratiques s\u2019efface sous l'effet de la poussée de l\u2019individualisme.Il est vrai que Tocqueville voyait une limitation à cette individualisation dans A propension des Américains à s'associer.Cette tendance toutefois n\u2019était pas liée pour lui à l\u2019état social démocratique mais plutôt au trait spécifique du peuple américain.Le regard nostalgique qu'il jette en conclusion des deux tomes de De la démocratie en Amérique ne laisse aucun doute sur les dangers de la banalisation de la culture qu'il erçoit sous l'effet de l'homogénéisation opérée par le fait générateur qu'est l'égalité des conditions.C\u2019est alors que lui apparut l'image possible d\u2019une future culture démocratique où « une foule innombrable d'hommes semblables et égaux (.) tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme ».!° C\u2019est alors qu\u2019il conclut en disant : « Je promène mes regards sur cette foule innombrable composée d'ê- tres pareils, où rien ne s'élève ni ne s\u2019abaisse.Le spectacle de cette uniformité universelle m\u2019attriste et me glace, et je suis tenté de regretter la société qui n\u2019est plus.» ! « The end of history will be very sad time » conclut, pour sa part presqu\u2019en écho, cent cinquante ans plus tard Fukuyama, Car, dans la période post- historique poursuit-il, il n'y aura ni art, ni philosophie 9/ Ibid.p.316.10/ Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (Tome 2), op.cit.p.390.11/ Ibid.| E2134 Phi \u20ac une get Ÿ 4 5199 Individualisation, universalisation, démocratisation : : temps de l\u2019histoire (pas même après le dîner, comme Marx le croyait) mais simplement « l'entretien perpétuel (perpetual caretaking) du musée de l\u2019histoire humaine ».Là aussi les idéaux, faisant appel « à l'audace, au courage, à l'imagination et à l\u2019idéalisme disparaîtront pour être remplacés par « le calcul économique, la quête indéfinie de solutions techniques, des préoccupations environnementales et la satisfaction d\u2019une demande en biens de consommation sophistiqués.» (p.18) Un scénario d\u2019ailleurs que Daniel Bell avait déjà tracé au début des années soixante dans La fin des idéologies.En Occident disait-il, parmi les intellectuels, les vieilles passions sont épuisées.Certes, pour- suivait-il, le besoin pour une utopie persistera : « Mais dorénavant l\u2019échelle conduisant à la Cité éternelle ne pourra plus être une échelle construite sur la foi (« faith leader »), mais une échelle empirique : une utopie devant préciser où l\u2019on veut aller, comment s\u2019y rendre, le coût de l\u2019entreprise et certaines réalisations de, et justification pour la détermination de qui paiera la note ».!?Une utopie réaliste, dirions-nous, qu'il croyait nécessaire, bien naïvement, d'associer à un consensus retrouvé.Il a été, en effet vite démenti par la génération des années soixante qui sous la bannière du « demandons l\u2019impossible » ramena l'audace, la passion, le goût du risque et l'innovation sur la place publique.Démocratie et historicité Qu\u2019ont tous ces observateurs de la démocratie moderne depuis deux siècles à voir dans la démocratisation et son processus d\u2019individualisation une vaste entreprise d\u2019homogénéisation 2 L'individu perdu dans « la foule solitaire » selon la belle expression de 12/ Daniel Bell, The End of Ideology, New-York, Free Press, 1965, pp.404-405.Voir principalement « The End of Ideology in the West : An Epilogue, pp.393-407. Reisman devient la projection la plus répandue de la PossiBLES socialité démocratique.La démocratie en se déployant est présentée comme si elle devait inévitablement rabaisser l\u2019humanité à des préoccupations essentiellement utilitaire.L'extension de la démocratie est perçue comme le point final de l'aventure humaine dans sa capacité de faire l\u2019histoire.Car il s\u2019agit bien d\u2019une projection.Dans les analyses que nous avons rappelées (et il serait possible.d'allonger considérablement cette liste) l'homogénéisation est plus postulée que constatée.Ainsi, alors que Tocqueville nous présente son sombre tableau de l\u2019avenir démocratique, il nous donne pourtant une photographie de la réalité démocratique fort différente lorsqu'il décrit la société qu\u2019il voit devant lui.Une « spectacle fort extraordinaire », « Tout est activité et mouvement » « autour de vous, tous se remue », « une activité sans cesse renaissante », « une inquiète activité, une force surabondante » ; voilà les expressions qu'il (Tocqueville) utilisait pour rendre compte de ce qu'il constatait dans l\u2019état social démocratique américain.!3 On voit mal dans de tels propos les fondements de sa conclusion pessimiste.Il semble refuser de croire ce que lui-même en observateur perspicace fut le premier à constater.Ce n\u2019est pas que dans l'Amérique tocquevilienne ve la démocratie semble faire mentir sa projection théorique.Historiquement en Occident à l'encontre de la vision individualisante qu'en avaient Hegel et Marx, la démocratie a été un puissant outil de revendications collectives (y compris la revendication de la classe ouvrière).Il est faux de réduire l\u2019« expérience de la démocratie libérale à sa variante économie de marché ».Sans que le marché ait été aboli il a dû accepter de cohabiter avec d\u2019autres formes de régulation.Le capitalisme sauvage, version 19° siècle, s\u2019est complètement métamorphosé, jusqu'à être mé- 13/ A.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome 1, op.cit., pp.338-339.(ME 136 Générations 1991 Eni Individualisation, connaissable sous la contrainte des forces démocra- WY universalisation, tiques.Rien n'indique d\u2019ailleurs que ce travail de la ome Gotten t société sur elle-même, cette continuelle redéfinition es progrès sociaux, réalisée grâce et à travers l\u2019État de droit se soit brusquement arrêté.Car, la société démocratique, elle a été avant tout la société historique par excellence.Elle a placé en son centre, plus qu'aucun autre régime l\u2019idée du conflit, de la division.Elle a permis que s'exprime l\u2019antagonisme des passions, les projets de société, les visions d'avenir.Loin d\u2019être un régime sans âme, sans valeur, les sociétés démocratiques se sont avérées être le lieu d'un questionnement interminable », le lieu de toutes les passions, de tous les projets, de toutes les visions d'avenir.Si la démocratie n\u2019a pas une religion, elle accueille en son sein la diversité de celles-ci et le débat entres elles.Encore aujourd\u2019hui ce sont dans les sociétés démocratiques que s'expriment avec le plus de force des discussions sur les fondements du ien social & travers la redéfinition des rapports hommes-femmes (féminisme), I'interrogation sur la vie (avortement), sur la liberté et la paix (pacifisme), sur le rapport avec la nature (l\u2019écologisme).Enfin, « la planétarisation des pratiques sociales », auxquelles nous avons déjà fait référence, infirme elle aussi les projections d\u2019un avenir univoque, d'une histoire qui finit sous le poids du consensus autour des valeurs consuméristes.Lorsque cette « planétarisation des pratiques sociales » est analysée sous l\u2019angle des mouvements sociaux, l'avenir s'envisage fout autrement.Le temps triste de la fin de l\u2019histoire n'apparait plus une hypothèse plausible.Au contraire, semble s'ouvrir une période où l'individu, partout sur la planète, réaffirme son droit à la parole, à la liberté, à la dignité.Les mouvements sociaux des années quatre-vingt, nous dit Szusza Hegedus, font appel à une conscience individuelle et lanétaire qui retravaille les thèmes de la guerre, de la faim et de la pauvreté dans une dimension prioritairement éthique.Il faut voir dans ceux-ci, dit-elle, un formidable mouvement autonomiste, individuel et 137 collectif, qui conflictualise les grandes questions po- POSSIBLES pil sées à nos sociétés et qui par conséquent multiplie les Générations 199 pind options disponibles aux citoyens.Ces mouvements tl ne présentent pas un projet de société, ils produisent la société à travers un procès de création conflictuelle.En élargissant les choix ils ouvrent nos sociétés à plus d\u2019historicité.! L'image du mouvement ouvrier et celle encore projetée par différentes franges des mouvements sociaux contemporains nous ont habitués à une conception essentialiste et tragique de l\u2019action collective.Celle-ci consistait à réaliser des transformations v'on postulait inscrite dans sa réalité sociologique.i y a dans cefte conception une référence a une vérité que l'acteur social porte en lui comme un stigmate.|| y à aussi, et on commence à en convenir, une conception qui enferme l'acteur dans un rôle prédéterminé, bref un certain refus de l\u2019histoire.L'avancée récente de la démocratie et du processus d\u2019individualisation nous éloigne de cette conception.I! faut s\u2019en réjouir.Elle ouvre nos sociétés à un acteur plus autonome, mais aussi plus porté par le doute, plus ouvert à l\u2019inconnu.Un acteur n\u2019ayant plus l\u2019assurance de détenir la clef de l\u2019avenir, mais habité continuellement par cette « inquiète activité » que Tocqueville avait cru déceler dans le tissu social démocratique.En fait, un acteur plus démocratique, plus ouvert à l\u2019historicité.Il est quelque peu ironique d'annoncer aujourd'hui lo fin de (histoire et la victoire définitive de l\u2019économie de marché alors que, au contraire, l\u2019historicité semble pénétrer des contrées et des régimes qui avaient tout fait pour s'en prémunir.Comment peut-on annoncer le « point final de l\u2019évolution idéologique » de l'humanité alors que, plus que jamais, les mouvements sociaux contemporains en se 14/ Szusza Hegedus « Social Movements and Social Change in Self-Creative Society : New Civil Initiative in the International Arena » International Sociology.Vol.4, n° 1, p.19-36.ts 138 ean teathitdisttitid le satdidtiitith dns ibtind sitdacsd tie, | {individualisation, décontextualisant et en s\u2019universalisant interpellent universalisation, démocratisation : emps de l\u2019histoire l\u2019opinion publique mondiale à partir d\u2019une dimension éthique.Mais, il serait trop facile de rejeter les prétentions d'un Fukuyama au nom de son statut d'intellectuel organique des puissants de ce monde.Nous l\u2019avons rappelé, l\u2019idée que la démocratie produira une société insignifiante, une société d'individus essentiellement préoccupés par leurs besoins matériels égoïstes, une société sans passion et donc sans avenir n\u2019est pas l'apanage des groupes au pouvoir.C\u2019est une idée qui traverse les siècles démocratiques et qui fut portée par les plus grands intellectuels critiques, comme par les plus sympathiques lecteurs de la démocratie.Que cette idée ait et fut continuellement démentie par l\u2019histoire des sociétés démocratiques n'empêche nullement que ce discours soit repris et entendu.Le pourquoi d\u2019une telle cécité n\u2019est pas simple.Il faudrait peut-être revenir à cette idée hé élienne selon laquelle le projet de la modernité est l\u2019avènement de la subjectivité comme fondement de l\u2019organisation sociale (autre façon de dire le projet démocratique).La réalisation d\u2019un tel projet implique une certaine banalisation de la culture.La modernité démocratique dira Habermans s\u2019est construite sur « l\u2019ébranlement des évidences ».Il ne faut pas conclure qu\u2019une société qui place en son centre la subjectivité verra disparaître tout contenu culturel, toute définition de la bonne-vie, toute notion de solidarité pour faire place au sujet individuel.Mais, il faut admettre qu'une telle société soumettra ses contenus culturels, ses définitions de la bonne-vie, ses notions de solidarité à un « questionnement interminable ».Elle sera une société traversée continuellement par une « inquiète activité ».La démocratie sera donc toujours un régime qui doute de lui-même, un pari qu\u2019il est possible d\u2019être solidaire tout en sachant que cette solidarité est contingente.Et il aura toujours des individus qui refuseront le risque démocratique qui tourneront le dos au réalisme moderne pour annoncer de nouvelles certitudes que celles-ci soient puisées dans une « philosophie de l\u2019histoire », ou dans une philosophie « de la fin de l\u2019histoire », il s'agit toujours d\u2019un même projet : celui de mettre fin à l'inquiétude démocratique pour des lendemains qui chantent (version marxiste), ou pour des lendemains tristes.(The End of History will be a sad time, Fukuya- ma).Cette fin nest nullement prévisible lorsque l\u2019on sait que plus de démocratie à toujours voulu di re plus d\u2019historicité.POSSIBLES Générations 199 mc ee = _ Ze om aes re ae ee 2 pe nd open se \u2014- = PS cures ou ee ZT ey pe mt PA r= = = a in ee SL LL 2220082 RE RES Te ces ce in PS LE Bete ei Ca ve fro es i he cr - SrA ATEN SE ra = Te RTE Fee aa ER eT = ve os Leno a CHRONIQUES 5 og _ pa : 5 Re DS LLL Pre .Pen - Ev LL LL [PRT PO > pax Sl lesan \u2014\u2014\u2014 La ae Co Era oo pe LL 7 \u2014\u2014\u2014 _ REIN are a EE Pre ridiéédidecitietdiéia) GABRIEL GAGNON .Réfléchir Y Au moment où la Commission Bélanger-Campeau 1 semble s'intéresser surtout aux mécanismes qui nous i permettraient de devenir un « petit dragon » de plus sur la scéne du capitalisme international, peut-étre il vaut-il encore la peine de nous interroger sur la ii) possibilité de faire du Québec un nouvel espace de fi paix, de respect de l\u2019environnement, de solidarité | sociale et de création culturelle.1 Considérée comme désuéte aussi bien par nos i yuppies férus d\u2019économie que par les sceptiques du postmodernisme, la question du contenu souhaitable i de la souveraineté devrait continuer à susciter la H réflexion des intellectuels et des milieux progressistes.Avant que Possibles contribue à cette tâche par un numéro thématique, j'aimerais amorcer brièvement la discussion à partir de travaux récents qui pour- i raient alimenter de façon substantielle nos futurs dé- ats.i oma Dt fds La social-démocratie La génération de « parti pris » et la gauche syndicale ont bien brocardé ces dernières années la social-démocratie et sa réalisation concrète la plus avancée, la société suédoise.C\u2019est pourtant à elle que l\u2019on revient en ces temps de « grands désar- roIs ».Dans un ouvrage inégal où une analyse un peu courte des « mutations du marxisme » et une excellente critique de la « contre-utopie fallacieuse et morbide des postmodernes » débouchent sur « un projet pluriel » pour la société québécoise, Jean-Marc 143: RESIS ARLPLAEARE AN I LOSAEIENINL LAME DERE LI Bit ad ab bt b+ Piotte (Sens et Politique.Pour en finir avec de grands désarrois.VIB éditeurs 1990) nous prouve qu\u2019au delà de la disparition du marxisme-léninisme local et de l'émergence de ces « éléphants » babyboomers repus et égoïstes que chasse Robert Martineau il existe encore des intellectuels qui cherchent une société meilleure à réaliser sans violence et sans manipulation.La social-démocratie plurielle ne reposera plus uniquement sur les épaules de la classe ouvrière ; elle ne mettra plus la seule politique au poste de commandement ; c'est au sein même de la société capitaliste dominante qu\u2019elle cherchera son point d'ancrage.« Ce projet rompt donc avec tout désir fantasmatique d\u2019un monde totalement harmonieux, fut-il posé comme idée limite de nos aspirations, comme horizon de nos combats.Il se situe au sein de la présente société industrielle capitaliste qu'il cherche à rendre plus égalitaire tout en estimant indispensables les libertés dont nous jouissons.» (p- 173) « La politique ne peut rendre les êtres plus fraternels ni la vie quotidienne, signifiante et solidaire.Elle peut cependant créer des conditions qui permettront à un maximum d'individus de donner sens à leurs vies en se sentant solidaires des autres » (p.178) Dans un ouvrage plus technique et fort bien documenté, Lionel-Henri Groulx, qui enseigne les politiques sociales à l\u2019Université de Montréal, décortique pour nous les forces, les faiblesses et les contradictions du modèle suédois dans les trois domaines qui le situent à l\u2019avant-garde de la social-démocratie : la litique de l\u2019emploi, les services sociaux et de santé, la sécurité du revenu.(Lionel-Henri Groulx, Où va le modèle suédois 2 État-Providence et protection sociale.L'Harmattan.Les Presses de l\u2019Université de Montréal.1990).POSSIBLES | Générations 19918 Réfléchir Si la social-démocratie est menacée en Suède, c\u2019est avant tout par l\u2019extraversion d\u2019une économie soumise aux fluctuations du système économique mondial.Fructueuse leçon pour un Québec souverain qui devrait, avec des caractéristiques semblables, affronter un marché commun nord-américain encore plus rude et plus contraignant.Castoriadis et Gorz Cornelius Castoriadis et André Gorz inspirent depuis longtemps ceux et celles qui mettent l'autonomie et l\u2019autogestion au centre de leur projet de société.À Possibles, ils ont été une référence constante pour plusieurs d\u2019entre nous.Un colloque « autour de Cornelius Castoriadis » tenu au Centre culturel international de Cerisy La Salle en juillet dernier, une rencontre avec André Gorz à Paris et la lecture de quelques publications récentes de ces deux auteurs m'ont permis de faire le point sur leurs préoccupations actuelles.Je me risquerai à esquisser ici quelques impressions quitte à revenir sur le sujet dans un prochain numéro.Si Castoriadis a continué à élaborer l\u2019œuvre philosophique magistrale révélée en 1975 par la publication de « L'Institution imaginaire de la société », il semble s\u2019être un peu éloigné du projet politique autogestionnaire conçu au sein de la revue « Socialisme ou Barbarie ».Pour lui, alors que l\u2019époque moderne (1750-1950) fut caractérisée par une lutte constante entre l'expansion de la « maîtrise rationnelle » issue du capitalisme et la poursuite de l\u2019autonomie individuelle et collective, a période récente lui apparaît celle du « monde morcelé » et du « conformisme généralisé » dont on voit mal comment il sera possible d\u2019émerger.« Le capitalisme semble être enfin parvenu à fabriquer le type d\u2019individu qui lui « correspond » : perpétuellement distrait, zappant d\u2019une « jouissance » à l\u2019autre, sans mémoire et sans projet, prêt à répondre à toutes les 72 creer SET, TS EE Bid) TI HH RIT HN tapes etes ass sollicitations d\u2019une machine économique qui de plus en plus détruit la biosphère de la planète pour produire des illusions appelées marchandises.» (Cornelius Castoriadis, « Fait et à faire », conclusion de l'ouvrage collectif intitulé La philosophie militante de Cornelius Castoriadis, Librairie Droz, 1989, p.511) D'un côté, Castoriadis se rapproche d'une certaine « école des droits de l\u2019homme » réunie autour de la revue Le Débat (François Furet, Marcel Gau- chet, Pierre Rosanvallon) pour qui la démocratie libérale semble constituer l'horizon indépassable de notre époque.« Créer les institutions qui, intériorisées par les individus, facilitent le plus possible leur a accession à leur autonomie individuelle et leur possibilité de participation effective à tout pouvoir explicite existant dans la société » (Cornelius Castoriadis, Le Monde Morcelé.Les carrefours du labyrinthe III.Seuil 1990).| va cependant beaucoup plus loin en prônant, dans un monde en panne de sujets historiques et de Grands Récits, l\u2019exemplarité de l\u2019action individuelle et collective alternative à la recherche d\u2019un nouvel imaginaire social qui dépasserait |'« économisme » comme valeur dominante de nos sociétés.Il s\u2019agit à la fois d\u2019une question de survie et d\u2019une aspiration à la liberté.Castoriadis rejoint ainsi les préoccupations des écologistes, en contradiction profonde avec les ropos virulents d\u2019un Marcel Gauchet qui « sous l'amour de la nature » prétend trouver « la haine des homme » (Le Débat, No 60, mai-août 1990, p.278- 282).« Si le reste de l'humanité doit sortir de son insoutenable misère ; et si l'humanité entière veut survivre sur cette planète dans un « steady and sustainable state », il faudra accepter une gestion de bon père de famille des ressources de la planète, un contrôle radical de la technologie et de la production, une vie frugale » (Castoriadis, Fait et à faire, page 512) POSSIBLES Générations 19918 s 199 Réfléchir Retiré dans la campagne française où il cultive son jardin et contemple ses cerisiers, André Gorz n\u2019en continue pas moins à explorer pour nous de façon concrète toute les facettes de cette vie frugale qui devrait fournir un nouveau sens aux transformations du travail et du monde qui désespèrent Castoriadis.Le long entretien qu\u2019il accordait l\u2019été dernier à La Lettre Internationale, revue trop mal connue ici (A gauche c\u2019est pas où ?entretien d'André Gorz avec John Keane, La lettre Internationale, No 25, été 1990, p.65-72) constitue à lui seul un programme pour ceux et celles qui cherchent encore obscurément de nouvelles pistes autogestionnaires au delà des débris du marxisme et des aberrations néolibérales.La place des travailleurs et du syndicalisme est encore importante dans la pensée de Gorz.En optant pour un certain recul face à une identification trop exclusive au travail, le syndicalisme pourra refaire son unité et tisser de nouveaux liens avec l\u2019ensemble de la société autour de revendications comme « mille heures de travail par an » qui proposent à la fois un partage plus équitable des tâches économi- uement nécessaires et un développement accéléré des activités conviviales détachées de la logique du marché.La réduction draconienne du temps de travail rémunéré et son corollaire, l'accroissement des activités coopératives et communautaires bénévoles, sont au cœur du projet politique de Gorz.Il y voit à la fois une inspiration nécessaire pour le mouvement écolo- iste et une façon efficace de favoriser sans violence l'extinction du capitalisme.« L'approche écologiste, en revanche, implique un changement de paradigme, qui peut se résumer par la devise « moins mais mieux ».Elle vise à réduire la sphère dans laquelle la rationalité économique et les échanges marchands se déploient et à la mettre au service de fins sociétales et culturelles non quantifia- Rip AIO D LI AMEN 1d DST IEIDANE DE Matt adiitors tasted soatase sation HER A I EE A EM OS EOE EE O DEEE EI CESSE DEN ECM MES TPE RRL DI bles, au service du libre épanouissement des indi- PossiBLES vidus » (page 70).Générations 199 « Une politique du temps peut être le principal levier susceptible de déplacer les équilibres au sein de la société et de mettre fin à la domination de l\u2019économique sur le politique.Ce qui signifirait l\u2019extinction du capitalisme » (page 72).de Dans une conjoncture politique importante où les comptables du quotidien occupent toute la place, il est bon de s'arrêter un peu pour consulter aussi les arpenteurs de l\u2019avenir.> 148 YVAN COMEAU Chronique de la vie quotidienne {j La récession frappe, et durement.Des milliers de ersonnes rejoignent les rangs des sans-emploi.Pour es prochains mois, ces citoyens et citoyennes expéri- M menteront à nouveau, ou pour la première fois, un i rapport humiliant et avilissant avec la bureaucratie de l'assurance-chômage et de l\u2019aide sociale.Il suffit d'y aller pour constater ce que peuvent réaliser des technocrates.En bons soldats enrégimentés ou effrayés de subir le même sort que les personnes qui leur rendent visite, les fonctionnaires rappellent aux hommes et aux femmes de chercher de l\u2019emploi, | comme si les prestataires ne savaient pas que le | travail salarié, même s\u2019il paie mal, assure l\u2019essentiel de la subsistance quotidienne ! Si vous n'êtes que faiblement scolarisé, le formulaire constitue tout un A contrat.Aprés cette visite mémorable, vous vous sen- A tirez à la merci des délais et des exigences bureaucratiques.Dans une telle conjoncture, on comprend que la population s\u2019hérisse lorsque les décideurs s\u2019octroient des privilèges.Par exemple, pendant les ébats parti- ; sans des sénateurs à Ottawa sur la TPS, le vote sur i leur augmentation salariale a, quant à lui, fait rapidement consensus.Pour blaguer, on devrait louanger les sénateurs de se soustraire au crédit de la TPS pour les bas salariés ! Les élus municipaux n\u2019échappent pas à la tentation.Dans une démocratie représentative, « charité bien ordonnée comme par soi-même ».À la ville de Granby, le Conseil municipal s\u2019est voté une augmentation de 13.3 % il y a quelques semaines.Les nota- 149 RE RESF SENS ICT SP PCH HRMS JAANE REIS SEERA BL MN bles pensaient profiter du sommeil de la population pour suivre I'exemple des sénateurs.Pourtant, un mouvement d\u2019opposition sans précédent s\u2019est manifesté.Ce mouvement regroupe les syndicats, plusieurs associations et individus, et forme le Front commun contre la hausse des allocations des élus municipaux.Il semble bien qu\u2019un nouvel esprit de solidarité soit né à la frontière de l\u2019Estrie et il fout en remercier les abuseurs publics.Que font les élus face à un tel mouvement 2 Une commission d'étude a été mise sur pied composée de deux échevins ayant voté en faveur de l'augmentation.Finalement, le Conseil municipal est revenu sur sa décision.Le ministre canadien des Finances, Michael Wilson, exhortait les travailleuses et les travailleurs à la retenue pour leurs demandes salariales.Les paternalistes ne manquent jamais de dire à leurs protégés voi faire, même si le pouvoir leur confère le droit d'agir autrement.À l'exemple de notre armée qui navigue dans le Golfe Persique alors que le Canada est dans le rouge, partons vers le Sud, pourquoi pas à Rio de Janeiro, nous toutes et tous qui consacront 35 % de nos revenus pour rembourser nos dettes ! Puisque les autorités ne prêchent pas par leurs actes, eut-on reprocher aux salariés de pécher par l'exemple 2 J XEN 150 POSSIBLES Générations 1991 1% développés au cours des Cent jours d'art contempo- CLAUDE GOSSELIN Le Centre international d\u2019art contemporain La création des Cent jours d'art contemporain de Montréal en 1985 a eu l'effet d\u2019une bombe dans le milieu des arts visuels.L'exposition « Aurora borea- lis » qui en faisait le contenu est devenue depuis une pierre angulaire de l\u2019histoire de l\u2019art au Canada et au Québec.On ne connaissait pas à ce moment l'organisme qui avait produit cet événement.Cinq ans plus tard, le nom est peut-être plus familier mais n\u2019en demeure pas moins dans l\u2019ombre des Cent jours d\u2019art contemporain.I faut dire que d'appeler un Centre un bureau pour l\u2019organisation de manifestations culturelles n\u2019est pas régulier et peut effectivement porter à confusion.Car le Centre international d\u2019art contemporain de Montréal (CIAC) n\u2019est rien d'autre qu\u2019un organisme sans but lucratif, sans collection, sans espace d\u2019exposition permanent, sans financement régulier, sans personnel à plein temps.Et pourtant, le CIAC fonctionne et produit des expositions qui ont été reconnues parmi les plus importantes rédlisées à Montréal.L'originalité du CIAC réside dans la souplesse de son organisation et dans sa volonté de répondre à des besoins du milieu.Ces besoins étant changeant, il ne faudra pas se surprendre de voir évoluer constamment la formule de ses manifestations.Agir dans le champ de l\u2019art contemporain, c\u2019est agir avec un œil ouvert, curieux et critique sur ce qui se passe aujourd\u2019hui.Les expositions et les thèmes 151 gil rain depuis 1985 reflètent cette volonté d\u2019intéresser POssIBLES un large public aux arts visuels tout en n\u2019oubliant pas de satisfaire aux exigences de qualité que le milieu immédiat des professionnels de l\u2019art, les critiques, les artistes, les conservateurs, les collectionneurs, les professeurs, etc\u2026 sont en droit d'attendre.Le format des Cent jours s\u2019est toujours identifié à une grande manifestation : grande par le nombre d'artistes invités, grande par les lieux occupés, grande par les œuvres créées, grande par la durée, grande par l\u2019ampleur des thèmes développés.Chacun de ces aspects est venu changer, à chaque année, le paysage des arts visuels à Montréal.Si bien que la manifestation est aujourd\u2019hui attendue avec impatience et sert de support à plusieurs travaux scolaires d'étudiants en histoire e l\u2019art ou en administration de l\u2019art.Et pourtant la formule de ce succès est simple : être attentif au milieu des arts visuels, susciter chez le public la curiosité et le désir d'être stimulé visuellement, avoir un grand respect pour les artistes et leur offrir de bonnes conditions d'exposition, croire suffisamment fort dans cette entreprise pour que tout le monde des médias en parlent.Aux premier Cent jours en 1985 le CIAC a proposé une exposition de trente installations d'artistes canadiens et québécois : une sélection des conservateurs René Blouin, Normand Thériault et Claude Gosselin.L'exposition a eu le mérite d'identifier une pratique de l\u2019art, l'installation, largement présente au Canada.Il était temps d'en faire la démonstration.Au cours des Cent jours suivants (1986), CIAC n\u2019a pas hésité à regrouper au sein d\u2019une exposition des artistes du pays avec des artistes d\u2019ailleurs \u2014 chose très rare dans nos musées.Et pourquoi 2 Les thèmes des expositions des Cent jours ont été : la lumière (exposition Lumières : perception-projection), le temps pour voir l\u2019œuvre (Stations) et les stations dans AE 152 Générations 1991@- Chronique d'arts la vie d\u2019un individus (Les Quatorze stations, par Roger Bellemare), l'écologie (Savoir-Vivre, Savoir- Faire, Savoir-Etre).Ces thèmes et ces expositions ont démontré clairement que les artistes québécois et canadiens pouvaient soutenir la comparaison et se défendre fièrement.Je ne comprends pas que les musées canadiens hésitent tant à monter des expositions dans lesquelles des artistes de plusieurs pays se retrouvent réunis autour d'une idée.Le CIAC a voulu démontrer que, malgré la fragilité de sa structure, il était possible de produire des expositions nouvelles qui pouvaient avoir sur le milieu de grands effets.C\u2019est la maturité du milieu qui nous a dicté notre action ; c'est notre volonté qui nous a poussés à imaginer les structures à mettre en place pour répondre au milieu.Le CIAC a toujours mis beaucoup d'attention sur ses communications avec le public.Ceci se constate par les lieux qu\u2019il utilise (centre commercial ou usine désaffectée), par l\u2019achat de publicité dans les journaux, par les programmes qu\u2019il imprime à 35.000 exemplaires et qu\u2019il distribue gratuitement, par des contacts réguliers avec les gens des médias, par des vernissages qui deviennent des occasions de sortir.Cette volonté de toucher le public ne se fait pas au détriment du contenu des expositions.Le CIAC propose des sujets de discussions qui éclairent la pratique des arts visuels et met en lumière les praticiens les plus novateurs.C\u2019est un lieu de réflexion sur notre manière de voir et de vivre.En ce sens le CIAC participe à nous rendre plus sensibles aux langages visuels.Le CIAC fait partie du réseau de communication des arts visuels.À côté, des galeries privées, des galeries coopératives dirigées par des artistes, des musées et des centres d'exposition, le CIAC prend place comme institution indépendante cherchant à offrir un produit original dans un format original.Le CIAC ne sera pas jugé par le lieu qu\u2019il occupe ou par rE Oe BN SA eee des A SAT FE - poisse Pa 153 l'importance de son budget ou de son personnel, mais bien par la pertinence de ses actions ponctuelles.Le plus grand défi pour le CIAC est de continuer à exister malgré une structure d'aide financière publique et privée qui favorise les organismes permanents ayant pignon sur rue.En ce sens, le CIAC se compare à un producteur indépendant dont l'existence repose sur le succès de sa dernière production.Si on.voulait faire ressortir une caractéristique particulière du CIAC par rapport aux musées, celle-ci serait peut- étre la principale.POSSIBLES Générations 199% 1 UBALD H.NATTIER Collaboration spéciale Les médailles de Possibles J'ai mis à ma fenêtre avec délicatesse, dans un pot de cristal richement décoré, un affreux chardon.Les tourments qu\u2019il apporte à mon existence quotidienne me forcent à lui attribuer la médaille de plomb de ce trimestre.Avant d\u2019en parler plus en détail, je me dois de vous expliquer son origine.Il provient d\u2019une mutation génétique : dès l'instant où dans mon Québec à moi \u2014 pardon ! dans notre Québec à nous \u2014 j'ai vu un groupuscule anglophone se définir et être reconnu comme l\u2019unique champion parlementaire des droits des minorités, ce spécimen unique d\u2019une es- péce nouvelle a surgi et s\u2019est mis à pousser sans crier gare.La terre où je l\u2019ai mis à germer palpite encore comme un cœur de cobaye récemment arraché.Pour éviter la démarche d'aller chercher cette terre à la campagne et l'embarras d'expliquer aux gens ce que je veux y cultiver, je l\u2019ai synthétisée à partir de poussière vivante.Je me suis vaguement souvenu m'être fait dire plus jeune, peut-être dans un cours de biologie : « Souviens-toi, 8 homme, que tu retourneras en poussiére ».J'ai vérifié qu\u2019en effet, ma vieille peau de minoritaire se pulvérisait petit à petit.Il ne s'agissait plus que de recueillir patiemment et de recycler cette matière organique gratuite.Non seulement elle demeure vivante, mais elle garde mémoire de quantités d'informations moléculaires conservées de mon ancienne identité : la douleur de l\u2019impuissance, l\u2019autodépréciation que donne l'expérience du rejet, le besoin d'espace pour ma différence.Dans un terreau macrobiotique aussi riche, vous devinez que mon mutant a beau croître et rayonner d\u2019un mauve resplendissant.155 PEN PRIE PEU PURE RENAN TE CES M Je lui chante la sérénade chaque soir en rentrant POSSIBLES J dans ma chambre.Je I'arrose.Quand j'ai besoin de Générations 199 me reposer, je m\u2019assied et le contemple.A quoi rime un tel attachement pour un être qui me cause tant de soucis 2 J'imagine que de le savoir nourri d'une substance qui Br la mienne éveille en moi une sourde et étrange complicité.De toutes façons, je n'ai pas réussi à respecter ma stratégie première, qui consistait à l\u2019ignorer systématiquement.Plus je le cultive et plus il grandit.Plus il s'empare de ma fenêtre et plus fos taches de soleil se font rares sur les murs de ma chambre.Je n\u2019ose plus y inviter personne.On me rirait au nez.On pourrait arra- | cher le chardon en le prenant pour une mauvaise herbe.Je n\u2019y fais plus grand chose non plus.Ce serait un peu curieux de dire : « J'ai fait cela à l'ombre d\u2019un chardon ».Cela me laisse bien du temps pour penser.En particulier que si nous parvenons à exercer notre statut prochain de majorité de façon assez « distincte » pour ne jamais oublier ce que c\u2019est qu\u2019une vie de minoritaire, non seulement je me débarrasserai de mon chardon, mais je nous décernerai à tous la médaille de plume de ce numéro, qui autrement risque de ne pas être attribuée.Jr 156 Sy ut cie FR: pr cr RTRs _.xo = ee oe sacs o_.oe oe PA ra Spe = ~ asa = SAR ee COURTEPOINTES 519 ee oo PA ne eee oo .a 2 Capers \u2014 - pes _.=e a ne ras Cpa > ce wn Sector se crs ao pre == ete pr acc ee cond _ CEs con rr Ba In me = _ \u2014\u2014 I oe pe pu Conseils à un jeune aspirant politicien Monsieur, Jean-Baptiste Wozzeck, étudiant en science politique.Monsieur, it Je vous remercie de la confiance dont témoigne votre lettre, envoyée aux soins de la revue ; comme i vous n'avez pas indiqué d'adresse de retour, je vous réponds par le biais de cette courtepointe.i ! Je comprends la jalousie qui vous ronge.La scène politique étale sous vos yeux l\u2019infidélité de cette po- ;.pulation à laquelle vous vouez un amour éperdu, et il qui vous trompe effrontément dans les bras de politiciens que vous méprisez a juste titre.Les projecteurs A impitoyables que jette sur le triomphe de vos rivaux pi la télédiffusion des débats ravivent sans cesse votre | obsession.i ance vous amène à vous prendre de plus en plus au sérieux, ce qui d\u2019après les dernières recherches en a épidémiologie politique, constitue un facteur de ris- A que élevé de carrière électorale réussie.Je vous propose une thérapie de choc.Obligez-vous à pratiquer Mais je vous mets en garde : cette soif de venge- I quelques minutes de plaisanterie par jour, jusqu\u2019à ce bi que Tos réflexes acquis déteignent sur votre facon à habituelle de vous exprimer.Plein des mots de l\u2019hu- E mour, courez la chance de n'être pas premier minis- ÿ tre : aucune population n\u2019oserait envoyer au # parlement quelqu'un qui manifeste une sensibilité au ridicule. THN 160 De même que naguère il fallait empêcher Chérubin de se jeter les yeux fermés et à corps perdu dans les périls de l'amour, je vous dis donc : les combats spectacles, regardes-les tant que vous voudrez, mais abstenez-vous d\u2019y participer.Dans un domaine comme dans l\u2019autre, les soupirs du cœur assombrissent la jeunesse, mais les douleurs de la privation sont bien douces à côté des déceptions de la pratique.Ne vous prenez pas pour Orphée, ni l'humanité pour Eurydice.L'Enfer où on semble la retenir captive n\u2019est que la tente aux horreurs d\u2019un grand cirque.La mise en scène y obéit à la règle implicite d\u2019impressionner par la forme sans toucher par le contenu.Fidèles à cette orientation, des clowns pour adulte joignent l\u2019image haut de gamme de la rhétorique médiatique à l\u2019art de communiquer un bien faible intérêt réel pour les thèmes dont ils discutent.Le ublic retient donc qu\u2019Audrey McLaughlin a fait bafouiller Wilson, ou que Gilles Loiselle à réussi par des précisions techniques à tenir le coup devant les tra- venards de l'opposition.mais on n\u2019a rien appris de plus quant à Pimpact de la TPS sur la récession ni aux effets de la réglementation qui rend opérationnelle la loi sur les langues officielles.On n\u2019a pas désappris non plus.Il ne s\u2019est rien passé.Et on tourne la page.Il n\u2019y a pas matière à ce que vous risquiez votre peau a jouer les sauveteurs : |'otage et ses ravisseurs s'entendent comme larrons en foire ! Mieux vaut tenter de comprendre comment les divinités du Styx ont développé ce pouvoir de captiver sans emprisonner.La régression dans la qualité, c'est le point de départ ! Les dossiers bien étoffés, les problèmes complexes et les décisions ambiguës ennuient, exigent des méninges un effort trop épuisant.La seule damnation dont vous devriez vous inquiéter vraiment, c\u2019est la vôtre, vu votre côté faustien.L\u2019amoureuse flamme qui vous porte à vouloir conquérir le public vous rend disponible à passer un POSSIBLES Générations 199 Wujn Conseils à un jeune aspirant politicien pacte avec le diable.Il se cache sous les traits des spécialistes de la sérénade électorale, auxquels vous evrez fatalement recourir.Entendons-nous bien : la destinataire de votre passion la mérite sans doute.Dévoyée par contrainte extérieure plus que par inclination, elle vous émeut, vous qui savez voir au-delà des apparences.Mais peut-être pourriez-vous vous aimer, sans nécessairement vous épouser ?Vous recontrer dans des pavillons discrets plutôt qu'à la Chambre des communes.Sinon il faut lui dire adieu, et vous tourner vers des compagnes plus autonomes, moins pathétiques, intéressées à cheminer côte à côte avec vous.Le piédestal où s'installent les sauveteurs héroïques se prête si mal à la complicité.André Thibault %* A dk Meurtres chez les Navajos Avez-vous déjà lu un polar ethnologique 2 La jux- faposition de cet adjectif et de ce substantif peut sembler étrange et j'avoue que je n'avais jamais imaginé ce type de roman policier jusqu\u2019à ce que je découvre Tony Hillerman.Hillerman ! est un ex-jour- naliste à la United Press qui vit à Albuquerque (Nouveau Mexique].|| écrit des romans policiers, qui lui ont valu plusieurs prix, et dont l\u2019action se déroule chez les Navajos, es Hopis, les Zunis, bref, les Indiens du Sud-Ouest américain.Ces Indiens habitent une réserve, la plus grande des États-Unis, situé en grande partie en Arizona et au Nouveau Mexique.C\u2019est donc dans les paysages grandioses que les westerns ont rendu célébres que se déroulent les 1/ Les romans de Tony Hillerman sont publiés en français chez Rivages/ noir.161 PRR NT péripéties de ces enquêtes.Ce qui rend ces romans policiers (où l\u2019on retrouve les ingrédients habituels du enre) absolument passionnants ce sont les éléments de l\u2019histoire, de la culture, de la religion des Indiens du Sud-Ouest qui nous sont communiqués à travers intrigue.« L\u2019as détective » d\u2019Hillerman est tantôt Jim Chee tantôt Joe Leaphorn, deux policiers navajos qui enquêtent sur les crimes commis dans la réserve.Les protagonistes ne sont pas tous des Indiens (Hillerman semble affectionner l'étude de la tribu des anthropologues.) ; les Navajos sont continuellement en contact avec le monde des « belacanis » (les Blancs) et ce choc des cultures est l\u2019un des aspects les plus fascinants de son œuvre.En suivant ses héros dans le désert peint ou sur la « Black Mesa » à la recherche du meurtrier, c\u2019est tout un autre univers que nous découvrons.Voilà un moyen agréable de prendre contact avec la culture des premiers habitants de l'Amérique, à la veille de 1992.Suzanne Martin POSSIBLES Générations 1991 on mas PP PN \u201c ae LL LL = SR Caen I LLL Sa LLL SET pp Sl pg 5 en Cen \u201c25 Lo ce emo yea SLI {+ 30 Se = PRE re = ec Le _ PPS en Sa i rr Rs PIR ds OR pros feng £0 ye ye ey Docu eee = RE Le CEE près Pi apres = pia = = = ea pa st ous ane es 0 eee fie eal oe ce os os f po an Rh ids Ca ERS .Re 2 wl Collaboration spéciale à ce numéro Stéphane Dufour, étudiant, Département de sociologie, Université de Montréal Madeleine Dwane, professeure récemment retraitée, Faculté des sciences de l'éducation, Université du Québec à Trois-Rivières Jean-Marc Fontan, sociologue Dominic Fortin, étudiant, Département de sociologie, Université de Montréal Claude Gosselin, directeur du Centre international d'art contemporain de Montréal Jacques Hamel, chercheur, Département de sociologie, Université de Montréal Louis Jolicoeur, traducteur-écrivain Micheline Morisset, éducatrice, étudiante et enseignante du français.Université du Québec à Rimouski Claude Paradis, poète Michel Ratté, musicien Yvon Thériault, sociologue, Université d'Ottawa NUMÉROS DISPONIBLES Volume 1 (1976-1977) numéro 1: 5.00 $ Tricofil ; sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin numéro 2 : 5.00 $ Santé ; question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante numéros 3/4 : 5.00 $ Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-1978) numéro 1: 5.00 $ Fer et titane : un mythe et des poussières Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3 : 5.00 $ Bas du fleuve/Gaspésie Poème de Françoise Bujold numéro 4: 5.00 $ Mouvements sociaux, coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrançois Volume 3 (1978-1979) numéro 1: 5.00 $ A qui appartient Montréal Poèmes de Pierre Nepveu numéro 2 : 5.00 $ l'éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : la dégradation de la vie numéros 3/4 : 5.00 $ Éducation Sur les chemins de l\u2019autogestion : le JAL Poèmes de François Charron et Robert Laplante Volume 4 (1979-1980) numéro 1: 5.00 $ Des femmes et des luttes numéro 2 2.00 $ Projets du pays qui vient numéro 3/4 PY ?Faire l\u2019autogestion : réalités et défis Poèmes de Gaston Miron Volume 5 (1980-1981) numéro 1: 6.00 $ Qui a peur du numéro 2: 6.00 Élection 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d'Odanak à l'Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l\u2019Irlande trop tôt numéros 3/4 : 6.00 $ Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes peuple acadien 2 RR RI RN HI ET RH HI Volume 6 (1981-1982) numéro 1 00 $ Cinq ans déja.L\u2019autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro 2 : 6.00 $ Abitibi : La Voie du Nord Café Campus | Pierre Perrault : Eloge de l'échec numéro 3/4 : 6.00 $ La crise\u2026 dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 (1982-1983) numéro 1: 6.00 $ Territoires de l\u2019art Régionalisme et internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : 6.00 $ Québec, Québec : à l'ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal numéro 3 : 6.00 $ Et pourquoi pas l\u2018amour ?Volume 8 (1983-1984) numéro | : 6.00 $ Repenser l'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme numéro 2 : 6.00 $ Des acteurs sans scène Les jeunes l'éducation numéro 3: 6.00 $ 1984 - Créer au Québec En quête de la modernité numéro 4 : 6.00 $ L'Amérique inavouable Volume 9 (1984-1985) numéro | : 6.00 Le syndicalisme à l'épreuve du quotidien numéro 2 : 6.00 \u2026et les femmes numéro 3 : 6.00 $ Québec vert.ou bleu 2 numéro 4 : 6.00 $ Mousser la culture Volume 10 (1985-1986) numéro 1: 6.00 $ Le mal du siècle numéro 2 : 6.00 $ Du côté des intellectuels numéro 3 : 6.00 $ Autogestion, autonomie et démocratie Volume 11 (1986-1987) numéro 1: 6.00 $ La paix à faire numéro 2 : 6.00 $ Un emploi pour tous 2 numéro 3: 6.00 $ Langue et culture numéro 4 : 6.00 $ Quelle université ?Volume 12 (1988) numéro 1: 6.00% Le quotidien : modes d'emploi numéro 2 : 6.00 Saguenay/Lac Saint-Jean les irréductibles numéro 3 : 6.00 Le Québec des différences : culture d'ici numéro 4 : 6.00 $ Artiste ou manager ?Volume 13 (1989) numéros 1/2 : 6.00 Il y a un futur numéro 3: 6.00 $ [Droits de] regards sur les médias numéro 4 : 6.00 La mère ou l\u2019enfant 2 Volume 14 (1990) numéro 1: 6.00 Art et politique numéro 2 : 6.00 $ Québec an 2000 numéro 3: 6.00 $ Culture et cultures numéro 4 : 6.00 $ Vies de profs Volume 15 (1991) numéro 1: 7.00 $ La souveraineté tranquille numéro 2 : 7.00 Générations 91 + + \u20ac \u20ac + \u20ac + + + + + »v = + + + + + + = + + + + + + + + + + + = + +» + 1 + + + = Ville LL LL LL ® + + + + + = + + + + + = + + + + + + + + + + + + + » + + + + + + » + + + + + + ci-joint un chèque .mandat-poste .\u2026.au montant de $ .111100 ABONNEMENT En dépit de l'augmentation de nos tarifs, un abonnement est toujours avantageux.Vous épargnez 7.00 $ sur le coût de quatre numéros en kiosque, vous contribuez à l'essor de la revue et vous recevez un numéro en prime.Je souscris un abonnement à Possibles : Envoyez-moi le numéro suivant, en prime : Od vol.8, no 4 : L'Amérique inavouable O vol.10, no 1 : Le mal du siècle [J vol.10, no 2 : Du côté des intellectuels Ovol.13,n0 1/2: lly a un futur Nom .Lea ae ee Ville.LL.Code Postal .Pays .1222112200 00 Téléphone .Occupation .i ci-joint : chèque .mandat-poste .au montant de .\u2026.(O] abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : 21.00 $ © abonnement de deux ans (huit numéros) : 42.00 $ ] abonnement institutionnel : 35.00 $ ] abonnement de soutien : 35.00 $ O] abonnement étranger : 40.00 $ Revue Possibles, B.P.114 Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 prochain numéro : la santé Pn aa oo L P Lo - oe _ EE Le oy athe x as! REE Lo TE oe oo = cab orien PS ae ce reprend Era De CT pasa pra Sea eles oe ARS core 2 Ses Err ccm Bias CH Ks -~ = py a peas Al x 3 (OT FRE TEE 1 Témoins de leur époque, les générations incarnent les grands phénomènes historiques que connaît le Québec depuis plus de trois quarts de siècle.Catégories regroupant des ensembles de population selon leur tranche d'âge, les générations permettent d'observer différemment plusieurs traits culturels, politiques et économiques du pays.Alors que le conflit des générations contribuait à des mutations culturelles importantes à partir des années cinquante, qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui 2 ESSAIS ET ANALYSES Rêver d£ufi travail Le temps n\u2019est pas donné au CLAUDE PARADIS S.DUFOUR, D.FORTIN, J.HAMEL Occupation : drop in IMAGE AMINE TEHAMI L d i « Grande dépoville no.1 » ALEXANDRA Rs MONIQUE REGIMBALD-ZEIBER Los ichéncoplouna\u2019 SURLES CHEMINS DE J L\u2019AUTOGESTION STEPHANE KELLY Changer DE vie au lieu de changer LA vie Le temps de l\u2019histoire ANDRÉ THIBAULT YVON THERIAULT De nouvelles façons de CHRONIQUES vieillir MADELEINE DWANE Réfléchir Paradoxes GABRIEL GAGNON RAYMONDE SAVARD .Vie quotidienne La musique alternative : YVAN COMEAU de l\u2019hermétisme à Feceesribiie epi MICHEL RATTE CLAUDE GOSSELIN POEMES ET FICTION Les médailles de Possibles UBALD H.NATTIER $ JEAN-MARC FONTAN COURTEPOINTES Rendez-vous manqués LOUIS JOLICOEUR I! n\u2019y a que des fragments MICHEUNE MORISSET "]
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