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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Printemps
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1993, Collections de BAnQ.

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[" ul OSSIIDIES dre ane VOLUME 17 @ NUMERO 2 @ PRINTEMPS 1993 or de de \u20ac Que ET LEER ) ) | Nn 7 | | Z \\ | 4 ) | ( j J 2 \" 4 S 0¢ v WN \\ N y N i À Nl a J loi Un A WN N iy hi Now ANN ik AY AW a 2 i \u201c\\ \\\\y > fi | À NARS S S N a À { my i li ARN a AN \\ : h i! SERIUN Xl \\ \\ ON N N N \\ 440 ae 3 NR N , ge S D tA i} | i Ih il e SSW 7 Je, fl nif i | » EU i am ms i v2) A / iim, Yi ff ty ER 8 li fi \u20ac EPS *_ ] f te , EE ES > W ih N N \\ di f va Jif i A | IN A ) AL HI [If À Eo i i i i 2 i ih fu Il fi sy) / ii 4 nn a nn.hi 7 k E, Um XY PE ed Ÿ A \u2014- + \u2014 een EE PI \u2014 \u2014_\u2014 [\u2014\u2014 ee IN JN A asie Per Ly en ee mg a .- Re Pre = pe PR Le IRTP Pe i PERTE on VS No Re DEOL MICA Ibi Aide Ce beac PARLER D\u2019AILLEURS/D\u2019ICI ossibles p VOLUME 17 « NUMERO 2 « PRINTEMPS 1993 possibles B.P 114, Succ.Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254, 521-4625 Comité de rédaction Rose-Marie Arbour, Yvan Comeau, Francine Couture, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Jean-H.Guay, Alexandra Jarque, Raymonde Savard, André Thibault Collaborateursitrices) Éric Alsène, Lise Gauvin, Roland Giguère, Jacques T.Godbout, Suzanne Jacob, Monique LaRue, Suzanne Martin, Gaston Miron, Amine Tehami.Secrétariat et administration Stéphane Kelly Responsable du numéro André Thibault La revue Possibles est membre de la SODEP (Société de développement des périodiques culturels québécois) et ses articles sont répertoriés dans Point de repère.Les textes présentés à la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionnée par le ministère des Affaires culturelles du Québec et le Conseil des Arts du Canada.Le numéro : 7 $.La revue ne perçoit pas la TPS.Conception graphique et maquette de la couverture : Nicole Morisset Révision des textes : Micheline Dussault Typographie et mise en page : Composition Solidaire Inc.Impression : Les ateliers graphiques Marc Veilleux Inc.Distribution : Diffusion Édimédia Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec : D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada : ISSN : 0703-7139 © 1993 Revue Possibles, Montréal TABLE DES MATIÈRES Marcel Rioux 1919-1992 6 Éditorial 7 ESSAIS ET ANALYSES Sous le signe de la musique et de la communication Entretien avec Rose-Marie Arbour MARYVONNE KENDERGI 19 Identités, arts : la traversée des regards ROSE-MARIE ARBOUR 30 Création et déplacement NAIM KATTAN 39 Une mission laborieuse Les revues interculturelles ALEXANDRA JARQUE 47 Littérature d\u2019immigration ou littérature tout court ?BIANCA ZAGOLIN 37 Go East, young men! JEAN MARCEL 63 L\u2019œil de la culture Un regard sur le travail de Robert Lepage SOLANGE LEVESQUE 67 L\u2019harmonie douce-amère des dissonances TECIA WERBOWSKI 77 Traduire ou not translate, that is la question SUZANNE MARTIN Un plaidoyer pour l\u2019ethnicité Entretien avec Antonio D\u2019Alfonso ALEXANDRA JARQUE 80 85 IMAGE DEMA MICHELE HEON FICTION 99 Jardins d\u2019enfances GLORIA ESCOMEL La triple mort de Salomon Lacroix EMILE OLLIVIER Je me souviens PASCALE RAFIE 103 118 MS MEAL A DOCUMENT | ~a Un Refus Global est-il possible aujourd\u2019hui ?NORMAND WENER 127 «» CHRONIQUES Misère de l\u2019économisme GABRIEL GAGNON 137 YVAN COMEAU L\u2019autogestion avec les patrons ?140 Les médailles de POSSIBLES 9 UBALD H.NATTIER 144 Mon cher petit village SUZANNE MARTIN 146 ) \\oo Marcel Rioux 1919-1992 Marcel Rioux est mort paisiblement le 16 décembre dernier.Le 24 juin 1974, autour de la table de sa maison de North Hatley, il avait fondé la revue POSSIBLES en compagnie de Gabriel Gagnon, Roland Giguère, Gérald Godin, Gilles Hénault et Gaston Miron.Le projet devait prendre sa forme définitive à l\u2019au- fomne 1976 avec la parution de notre premier numéro où Marcel Fournier, Muriel Garon-Audy, Robert Laplante et Marc Renaud venaient se joindre à l\u2019équipe initiale.Jusqu'en 1982, Marcel présida avec humour, tact et fermeté les réunions de notre comité de rédaction, inspirant nos débats et atténuant les conflits inhérents au fonctionnement d'une revue autogérée.Il rédigea notre premier éditorial « Les possibles dans une période de transition » (Vol.1, n° 1, automne 1976), suivi d\u2019autres textes importants : « Ceux d'en haut et ceux d\u2019en bas » (Vol.2, n° 2/3), « Les turbulences idéologiques et le Québec » (Vol.3, n° 2), « Quelle éducation 2?Quelle culture 2 » (Vol.3, n° 3/4), « Le besoin et le désir d\u2019un pays » (Vol.4, n° 2), « L'autogestion c'est plus que l'autogestion » (Vol.4, n° 3/4), « Pour prendre publiquement congé de quelques salauds » (Vol.5, n° 1), « Être ou ne pas être.ou n\u2019être qu\u2019un peu » (Vol.5, n° 2).Après la crise de 1982-83 qui, à la suite de son départ du comité de rédaction, faillit emporter la revue, Marcel Rioux continua à collaborer à POSSIBLES sous forme de courts articles, d\u2019un « Journal » publié à six reprises en 1987 et 1988, et d\u2019un texte percutant, « Les frusques de la semaine et l\u2019habit du dimanche » (Vol.12, n° 3, été 88), qui remettait en cause la condamnation un peu simpliste des défenseurs des cultures an- fhropologiques par le philosophe français Alain Finkielkraut.Il continuait à nous lire attentivement et nous avait promis un article pour notre prochain numéro qui portera sur les incertitudes de la gauche québécoise.Nous dédierons à Marcel Rioux un numéro double spécial qui paraîtra en août prochain et qui sera suivi d\u2019un colloque à l'automne.Ce sera pour nous la meilleure façon de lui rendre hommage en poursuivant les projets qui, malgré le pessimisme de ses dernières analyses, continuaient à lui tenir à cœur.Le comité de rédaction ÉDITORIAL Echanges ou illusions ?« Vous êtes les témoins du monde nouveau qui sera demain ».Senghor L'art et la littérature des années récentes expriment souvent la préoccupation de rejoindre l\u2019Autre à travers les barrières interculturelles.Ces efforts n\u2019ont-ils que la beauté romantique des « cris les plus désespérés » 2 Une telle ouverture se réduit-elle à un effet de mode, à une vache à lait rentable face à une clientèle ui devient cosmopolite2 Ou au contraire, la production de l'imaginaire constitue-t-elle un terrain privilégié où la fraternité humaine s\u2019exercerait à transcender les obstacles qu'ont dressés de tout temps les codes culturels, toujours habiles à couper le monde en deux : nous (les bons, les vrais) et les autres (les dangereux, les égarés, les pervers) 2 Nous avons rassemblé dans ce numéro quelques hypothèses de réponses à ces questions, perspectives forcément différentes.Nous ne prétendons pas que les réponses sont faciles.Les croyances, les valeurs, les styles de vie, les manières de s'exprimer qui nous sont étrangers gardent toujours un abord épineux, et « qui s\u2019y frotte s\u2019y pique »! Mais il se peut qu\u2019à notre époque, nous devenions plus sensibles à la part de mystification 7 par laquelle nos cultures tentent de dissimuler sous des particularités disparates ce que nous avons d'universel! Peut-être aussi l'incapacité irréductible de toute culture particulière à satisfaire les interrogations humaines nous laisse-t-elle avec une soif insatiable de découvrir d\u2019autres tentatives que les nôtres ! [| serait trompeur, cependant, de laisser croire que nous vivons le passage radical d\u2019un monde de productions culturelles enfermées dans le vase clos des frontières ethniques \u2014 à un village global où soudain tout serait devenu accessible à tous.L'histoire de la musique en particulier regorge d'exemples de l'influence des cultures les unes sur les autres.Plus récemment, on a vu les affairistes d\u2019Hollywood escroquer à toutes les cultures du monde quelques détails pittoresques se prêtant bien à la mise en spectacle, et nous resservir un stew résolument américain qui banalise et standardise la danse flamenco, le violon tzigane, les salamalecs islamiques et tant d\u2019autres gadgets, Comme des bibelots importés dont on décore sa tablette de cuisine.Ce cas limite a l'avantage de représenter parfaitement à quoi peut ressembler la rencontre inauthentique.On ne franchit pas la distance entre les cultures par des excursions d\u2019une journée aller-retour confort aranti.Le trajet comporte des obstacles difficiles à franchir C'est justement parce que ces obstacles les éloignaient que les cultures ont constitué des isolats et ont développé des traits aussi distinctifs.Une problématique complexe et pleine d\u2019ambiguiïtés Les thèmes dits universels n'existent nulle part à l\u2019état pur.Ils ne prennent vie qu'à travers leurs variations.Celles-ci sont multiples et très visibles d\u2019une culture à l\u2019autre.On en oublie qu\u2019elles sont non moins nombreuses à l\u2019intérieur d\u2019une même culture.8 POSSIBLES Parler d'ailleurs/d'i es ns he 8 Lv Editorial Bien sûr, le brahmanisme diffère de nos propres traditions spirituelles et philosophiques ; les ethnologues ont trouvé que dans le quotidien des populations hindouistes.les modèles de relations humaines, les conceptions de la famille, les échanges économiques présentaient avec les nôtres des différences tout aussi déroutantes.Et les Occidentaux qui se sont pris de frénésie orientaliste ont dû découvrir que la com- réhension réelle de cet univers passait par un très long chemin parsemé de difficultés et d\u2019embôches.Mais d'autre part, le pragmatique marchand de tapis ou de papadum, que je ne saurais à vue d'œil différencier de son compatriote gourou, asseoit son existence sur des valeurs, des conceptions, des manières d'agir et de s'exprimer également fort différentes de ce dernier.On a pris l'habitude, pour désigner ces différences-ci, de parler de sous- cultures ; c'est une convention arbitraire, utile pour nos analyses qui ont cherché davantage jusqu'ici à comparer les cultures entre elles que la diversité interne des sociétés, mais ces habitudes intellectuelles ne devraient pas paralyser nos réflexions.Pour ajouter à la complexité, songeons aux cas où des créateurs ont « inventé » des types humains, des structures dramatiques, d\u2019abord reçus comme des expressions très typiques de la culture où ils sont nés, mais vite adoptés comme des thèmes de portée universelle.Don Quichotte est-il un personnage foncièrement espagnol ou le prototype planétaire du héros seul contre tous, à la fois grandiose et ridicule @ On ne s\u2019en tirera pas en répondant que Cervantès se rattache à l\u2019humanité par le caractère fondamental du conflit qu\u2019il a mis en récit, et à l'Espagne par sa manière de le raconter : en effet, il y a belle lurette que plus personne en Espagne n\u2019écrit de cette façon ! On reste davantage perplexe devant une autre question, insoluble mais non dénuée d'intérêt : le chevalier à la triste figure aurait-il pu être imaginé par quelqu\u2019un d'autre qu\u2019un écrivain espagnol@ Peut- être pas! Mais alors, cela laisserait entendre qu\u2019un peuple se définit moins par un bagage culturel, une identité objective, que par une histoire, une succession de problèmes, de débats et de projets.Ce peuple aurait toute latitude d'imaginer des réponses originales, telles l\u2019« impossible rêve » d\u2019« aimer jusqu'à la déchirure », mais aucun droit de propriété, aucun brevet, aucune licence exclusive sur ces produits de son imaginaire.Je deviens Autre « Je suis aussi celle-là » Claudine Bertrand ! Lorsque je reçois, lorsque j'accueille l\u2019œuvre littéraire et artistique, je ne suis pas en train de me conforter, me confirmer dans mon « identité », individuelle ou collective.Ma vie quotidienne pourvoit suffisamment bien à cette dernière fin, aidée de certains moments privilégiés de réflexion et de prise de conscience.Ce que les produits de l\u2019activité créatrice d'autrui m\u2019apportent de spécifique remplit une fonction radicalement différente, opposée d\u2019une certaine façon, complémentaire par ailleurs : me libérer intérieurement de l\u2019effroyable appauvrissement de mes possibles qu'implique toute identité.Je donne, de cet appauvrissement, l'exemple le plus facile : un seul sur quarante-six de mes chromosomes, soit 2,17 % de mon stock génétique, détermine non seulement mon sexe biologique mais aussi une liste impressionnante de comportements assi- née par les conventions sociales à la moitié sexuée de l'humanité où ce chromosome me situe.L'art seul me permet d\u2019être aussi, de temps en temps, quel- qu\u2019un de l\u2019autre groupe, l\u2019Euguélionne par exemple.La psychologie humaniste commet un pieux mensonge quand elle propose à chacun d'actualiser son potentiel, comme le faisaient nos pontifes nationa- 1/ Memory, NBJ, 1985, p.27.10 POSSIBLES Parler d\u2019ailleurs/d'i + sus Éditorial listes en invoquant notre mission historique.Le pas- |e sage à l\u2019acte est un choix, tragique mais inéluctable.Sv i \u201cuy Les hypothèses qui mériteraient d\u2019être essayées sont do sans limite.À moins de se résoudre à en choisir un t petit nombre, on s\u2019enferme dans |'inaction velléitaire, > [ et les contraintes du monde réel finissent par décider | à notre place, rarement à notre avantage.La nécessite d\u2019agir est aussi celle de sacrifier un riche éventail de solutions.Heureusement, il reste aux individus leurs rêves et aux peuples leur production culturelle.et celle de leurs voisins.On n\u2019a rien compris à cette production si on la réduit à un « reflet » de la société.+ Dans une vision dialectique, c'est-à-dire subtile, : de la société, les artisans de la création culturelle ne : sont surtout pas les porte-parole des consensus de « leur culture au sens ethnologique du terme ; ils en 2 sont les porteurs de questionnement, les dénigreurs ee de compromis pratiques, ceux qu\u2019exaspèrent les = renoncements réalistes et qui remettent à l\u2019agenda les > projets sacrifiés et refoulés.Témoins de l'Autre, ils A sont souvent fascinés par l\u2019Ailleurs.Il y a du Marco = Polo chez les écrivains et les artistes.De l\u2019ambassadeur itinérant.D'autant plus disponibles aux connivences étrangères qu'ils sont souvent en porte-à-faux par rapport aux clichés du jour._ Tout chant est aussi une bouteille à la mer qui s'adresse à qui la trouvera.L'appel à continuer d'inventer, d'imaginer, appel à échanger pour changer.Appel pathétique : cette voix veut à la fois détonner par rapport à la partition et être écoutée.| est compréhensible que je sois plus réceptif aux créations de l'Autre qu'à sa culture ethnologique avec ses codes, ses croyances, ses normes, ses infer- dits.Je trouve dans les premières ses questions et dans la seconde ses réponses.Ses questions sont ouvertes et ses réponses fermées.Ses questions me rejoignent et ses réponses m'excluent.Lorsqu\u2019en voyage dans des contextes culturels déroutants je me suis senti insupportablement loin de ma mère, j'ai appris pour apaiser mon besoin de repères à me mettre en quête des écrivains, des musiciens et des artistes.En général, leurs produits me sont apparus moins dogmatiques, moins ritualistes, moins belliqueux, moins sexistes, moins xénophobes que les sacro-saintes coutumes et traditions des sacro-saintes communautés.Ils en sont les germes de contradiction et d'évolution.Ils sont les lézardes aux murs de leurs impasses, les brèches qui laissent filtrer la lumière et se profiler l'horizon.Les poètes Abdellatif Lääbi et Mohammed Khaïr-el-Eddine, telle chercheuse universitaire en biochimie rencontrée par hasard sauvent mon souvenir du Maroc des cauchemars que m'auraient laissés l\u2019omniprésence des uniformes et des ortraits de Sa Majesté, l\u2019espace épais comme une forteresse séparant es hommes des femmes, les prosternations et incantations mécaniques dans les mosquées.Et nous, dans le temps, si on n'avait eu que Duplessis et le cardinal Villeneuve pour se faire connaître par les autres, les visions de Mordecaï Richler sur notre compte feraient l'unanimité.Le malheureux couple des amants de Vérone appartient-il à la culture ethnologique italienne ou anglaise 2 La belle affaire ! Ni l\u2019Italie de Bandello ?, ni l\u2019Angleterre de Shakespeare n\u2019auraient approuvé l\u2019entêtement romanesque des deux tourtereaux qui osaient donner plus d'importance à leurs sentiments qu'à l'honneur pointilleux de leurs familles respectives.Sur le plan des styles de vie réels, des Italiens et des Anglais de l\u2019époque auraient éprouvé entre eux de sérieux problèmes d'ajustement.Ce sont leurs imaginaires qu'ils pouvaient partager, imaginaires qui, le temps d\u2019une lecture ou d\u2019un spectacle, inversaient l\u2019ordre des valeurs en vigueur dans l\u2019une et l\u2019autre société.C\u2019est aujourd\u2019hui et non à cette 2/ L'auteur du récit dont Shakespeare s\u2019est inspiré.12 POSSIBLES Parler d'ailleurs/d'ic fol © hy Editorial époque que la priorité des élans du cœur sur les éd intérêts familiaux est devenue un principe de décision \u2018 respecté dans les transactions de la vie courante.Des œuvres comme les diverses moutures de Roméo et Juliette ont sans doute été pour quelque chose dans cette évolution.Ceci parce que les auteurs et amateurs de fiction se sont d\u2019abord rejoints au-delà de leurs appartenances culturelles, à l'encontre même des modèles que leurs cultures respectives tentaient de leur inculquer.Des spectateurs du Globe Theater sont d\u2019abord devenus pendant deux ou trois heures [ de jeunes Italiens passionnément amoureux, au lieu | de s\u2019en tenir à leur identité de ladies et gentlemen rangés, calculateurs et pantouflards.Quant au père de Bandello, il a dû mourir convaincu que son fils avait mal tourné.Les trente-six cultures d\u2019une métropole cosmopolite | demeure quand même évident que la culture d\u2019origine ou d'appartenance du créateur fournit une partie substantielle du bassin d'idées et d'images où puise sa création.Cette partie, d\u2019une importance variable chez les uns et les autres, y est dans tous les cas installée à demeure.Certains temps forts la ramènent à la surface, comme Noël nous confronte à nos origines religieuses, peu importe qu\u2019on ait rompu avec elles ou qu'on y soit resté attaché : ceux qui (comme moi) n\u2019envoient aucune carte et arrivent à éviter presque toutes les rencontres de famille doivent encore en décider formellement chaque année, au terme d\u2019un débat intérieur où la continuité a le beau rôle et nous refile le fardeau de la preuve.On n\u2019est pas agnostique dans l\u2019absolu mais en réponse à l'ambiance religieuse particulière qui nous a contraints à nous définir.On peut détester Noël, on ne peut l\u2019ignorer ; et la façon même de le détester trahit nos origines.Ces | ; | i dernières obéissent aux lois de la « force des choses » et non à la libre autodétermination.Il est tout aussi vrai que Montréal, comme toutes les métropoles3, est en train de devenir un milieu humain où chaque jour, trente-six cultures différentes stimulent nos sens et nos esprits, s'entrechoquent \u2014 parfois dans des débats explicites, continuellement dans nos neurones et nos inconscients.Le recensement de 1991 révèle que « dans la région de Montréal, 15,2 % des gens déclarent une langue maternelle autre que l'anglais ou le français », et que cela se traduit par « une diminution de 1,8 p.cent » de la proportion tant des francophones que des anglophones d'origine\u201c.L'importance relative de ces trente-six cultures est encore beaucoup plus grande dans les limites de la ville même de Montréal.Les données de Statistique Canada ont en effet montré du même souffle que plusieurs ménages métropolitains francophones de souche vont s'installer dans des banlieues de plus en plus éloignées, et on sait que les régions sont encore faiblement touchées par cette diversification ethnique.Mais le rayonnement culturel de Montréal est loin de se limiter à ses résidants.Lieu de passage de presque toute la population du Québec, lieu de production de la vaste majorité des produits tant de lo culture d'élite que des industries culturelles de masse, Montréal constitue une référence culturelle de premier plan du Québec contemporain.Il en découle que même sur le plan de leur socialisation primaire, nos enfants sont davantage exposés au kaléidoscope multiculturel urbain qu'aux traditions locales que nous gardons dans nos mémoires mais extériorisons beaucoup moins que nous l\u2019imaginons.Pour eux, ce sont Les Filles de Caleb qui sont exotiques \u2014 et non les nachos, les rouleaux impériaux, les musiques de « fusion » inté- 3/ Elle n\u2019est plus celle du Canada, ce qui de toutes façons n'avait pas beaucoup de sens; elle demeure d'autant plus celle du Québec.4/ Carole Thibodeau, «A Montréal, les personnes seules occupent plus du tiers des logements», La Presse, 11 décembre 1992.14 POSSIBLES k Parler d\u2019ailleurs/df fd Xe lly, | j Éditorial grant le rock aux rythmes brésiliens ou africains, ou es enfants de Vietnamiens et d\u2019Haitiens tenant la vedette dans les Contes pour tous.Le principe même voulant que la culture imprégnant nos années de formation modèle une partie de notre identité fait de nos enfants les héritiers d\u2019un rameau culturel en interaction de plus en plus fréquente et intense avec d'autres orientations, d autres normes, d\u2019autres symboles.Ils respirent du cosmopolitisme comme nous avons respiré de l\u2019homogénéité.Reste à savoir s\u2019ils devront se contenter d\u2019une bouillabaisse de clichés cuisinée à Hollywood et dans les multinationales de vidéoclips.Certains ont plus de chance.Le professeur Alexis Noos se plaît à déclarer que son premier débarquement au Québec s\u2019est fait non à Mirabel mais dans l\u2019œuvre de Jacques Ferron.À combien de nouveaux petits Québécois offre-t-on une introduction d'une telle qualité aux sources culturelles d\u2019ici2 Combien d'Italiens j'ai dû côtoyer avant de soupçonner l\u2019existence d'un géant du roman du dix-neuvième siècle comme Giovanni Verga, et de découvrir avec émerveillement que sa Sicile m\u2019aidait à comprendre mon Lac Saint-Jean \u20ac André Thibault pour le comité de rédaction 15° us res ac saa Pere te er rae 2 carre cogne op - Com cry ars a ia pes J mm \u2014_\u2014 - EE ESSAIS ET ANALYSES \u2014 \u2014 ( fr Qu Q fe t én td ne (0 1 In me dé Mi qu t u MARYVONNE KENDERGI Sous le signe de la musique et de la communication Entretien avec Rose-Marie Arbour Ce court entretien avec la personne clef pour ce qui est de la diffusion de la musique actuelle au Québec depuis près de quarante ans, Maryvonne Kendergi, s\u2019est déroulé à bâtons rompus : en si peu de temps et d'espace, il n\u2019était pas question de situer en détail l'apport de musiques et de musiciens étrangers à ce domaine de la musique au Québec.Madame Kendergi s\u2019est surtout concentrée sur la composition musicale : c\u2019est ainsi qu\u2019elle a fait un rapide tour d'horizon sur ceux qui ont exercé ici une influence, puis sur les musicien-ne-s d'ici qui ont été marqués par des influences venues d'ailleurs.Je remercie Madame Kendergi de sa passion indéfectible pour la vie musicale au Québec et la musique actuelle : grâce à ses émissions radiophoniques à Radio-Canada qui lui ont permis de rendre accessible la voix des grands musiciens de notre époque, elle est en partie responsable de l'initiation de tant d\u2019auditeurs et d\u2019auditrices a la musique actuelle.Et de la passion pour la musique tout court.R.-M.A.19 Mon domaine est véritablement celui de la musique actuelle « classique » ; ce n\u2019est pas de la musique de variétés, ce n\u2019est pas de la musique ethnographique, ce n'est pas la musique « populaire » même dans le bon sens du terme : c'est la musique que je dirais « d'écriture ».Encore que cette musique ne soit pas toujours écrite; je pense ici à la musique électro- acoustique ; elle est faite directement en studio, à partir de sons concrets et instrumentaux pré-enregis- trés ou de sons produits par synthétiseur \u2014 le tout « re-traité » avec toutes les ressources technologiques nouvelles.J'ai beaucoup réfléchi depuis hier à vos questions sur l\u2019influence et l'apport de musiques et de musiciens étrangers à la musique actuelle au Québec.Si nous parlions de composition, cela nous aiderait un peu à circonscrire notre propos parce que le domaine est très vaste.Les compositeurs étrangers ici À tort ou à raison, il y a relativement peu de musiciens de l'extérieur qui songent à venir s'installer au Canada ou au Québec.Au Canada, il y en a probablement mais étant donné mes options idéologiques et politiques, je ne m'y intéresse plus : je réserve mes efforts à mon milieu qui est ici.Donc, je ne sais presque plus rien de ce qui se passe ni à Ottawa, ni à Toronto, ni ailleurs.Je me permets de noter que, dans le passé, j'ai fait ma bonne part à la Conférence canadienne des arts, surtout au Conseil canadien de la musique, comme membre du conseil d'administration de 1969 à 1980 et comme présidente pendant trois ans, enfin comme membre fondatrice de la section canadienne de la SIMC/Société internationale pour la musique contemporaine.Malheureusement, le Conseil a été dissous en 1990, faute de subsides, et nous avons ainsi perdu nos liens avec l'UNESCO ! 20 POSSIBLES Parler d'ailleurs/d\u2019 wil oe [ef | pi cie tar on io der (OT A leq Par (on | * RME plesignedela || y à tout de même quelques compositeurs de £ psiqueetde lo |'gtranger qui ont songé a venir s\u2019installer ici.Et je 6 eijommunication Citerai immédiatement deux musiciens très importants, Otto Joachim, artiste et compositeur qui a cette : année 82 ans, et son frère cadet Walter Joachim, le \u201c violoncelliste.Otto et Walter ont quitté I\u2019 Allemagne : dans les années 1930 à cause du nazisme et ils ont commencé par vivre en Extrême-Orient.En 1950 et 1952, en route vers les Etats-Unis, ils ont décidé de s'installer à Montréal.C'était exceptionnel, et quelle merveille pour nous ! Walter Joachim a été un pédagogue extraordinaire qui a formé plusieurs de nos meilleurs violoncellistes.Otto Joachim est un compositeur « original » qui, à 82 ans, est encore très productif : en avril 1992, lors de la Quinzaine du violoncelle à Montréal, sa pièce Paean, pour violoncelle seul, a été l\u2019œuvre dominante du symposium, à mon avis.Et comme vice-présidente du conseil de l\u2019Ordre national du Québec, je suis fière de mentionner que | Walter y a été reçu en 1992 et qu'Otto vient dy | entrer le 26 janvier dernier.Car faut-il noter que l\u2019un et l\u2019autre ont su s'intégrer à notre société musicale et { la vivifier par leur enseignement et leurs activités.[ Tout comme les six autres compositeurs auxquels je [ vais me limiter parce que ce sont ceux que je connais | le mieux.à | Le premier arrivé de l'extérieur \u2014 il est originaire | de Toronto \u2014 fut Bruce Mather, engage par la Faculté de musique de l\u2019Université McGill en 1966, à l\u2019âge de vingt-sept ans.Il a été élève de Darius Milhaud à Paris.Sa femme, Pierrette Lepage, est pianiste | comme lui.Leur carrière de pianistes duettistes et de | chambristes est un de nos fleurons ; l'orchestre de chambre pour la musique contemporaine que Bruce Mather a constitué dans sa Faculté, est un lieu de découvertes que le public apprécie visiblement : ne nous y donne-t-il pas périodiquement les œuvres à quarts-de-ton du compositeur Wyschnegradsky, qui - fut aussi son ami à Paris?Deux autres éléments de i définition de Bruce Mather : il n'aime pas qu'on lui i parle seulement en anglais et la plupart de ses wa \u2018 w.«eu tv | 21 œuvres vocales sont composées sur des poèmes français, de Paul Valéry et de Saint-Denys Garneau notamment, Cinq Madrigaux.D'autre part, nombre de ses œuvres instrumentales ont pour titres les appellations de vins français : un signe de culture aussi valable que d\u2019autres !\u2026 Enfin, dès son arrivée, Bruce Mather est « entré » dans notre communauté musicale de Montréal : il a été le trésorier (héroïque !) du premier conseil de direction de la SMCQ/Société de musique contemporaine du Québec, que nous venions de fonder en 1966 avec Hugh Davidson, réalisateur à Radio-Canada, Serge Garant, Jean Papi- neau-Couture et avec l'appui de Wilfrid Pelletier.Quelques années après Bruce Mather, c\u2019est Alcidès Lanza que McGill engagea comme professeur en 1971.Argentin, ayant parfait sa formation à Paris avec Olivier Messiaen et Yvonne Loriod, il est compositeur et pianiste.Sa femme, Meg Sheppard, artiste de scène étatsunienne, est son inspiratrice et interprète.Ils font leur apport notamment par les œuvres multimédias qu'ils suscitent chez d\u2019autres compositeurs et qu'ils font connaître à l'étranger par de fréquentes tournées.Donc, rayonnement de Montréal.En 1972, toujours à McGill, est engagé le compositeur suédois Bengt Hambraeus, précédé d\u2019une notoriété européenne de compositeur et d'homme de radiodiffusion.À soixante-cinq ans (le 29 janvier 1993), il a le respect et la considération de ses élèves et de ses collègues d'ici comme de l'étranger.C'est à la suite d\u2019une tournée faite au Canada, envoyé par le gouvernement suédois, qu'il avait choisi de venir à Montréal.Le benjamin des compositeurs non-québécois engagé à McGill en 1973, John Rea, vient d\u2019avoir varante-neuf ans le 14 janvier Né à Toronto, d'ascendance italienne, il manie notre langue sans effort.Sa femme, Véronique Robert, montréalaise, est très appréciée dans le domaine de l'information musicale qualifiée.Et le compositeur John Rea ajoute à ses œuvres des tâches autrement créatrices : doyen 22 ol ps POSSIBLES PP 5h de gta For el.Ê Ma) Nii Poe le signe de la isique et de la Ye \u2018tles/pmmunication \u20ac de sa Faculté jusqu\u2019à l\u2019an dernier, membre du conseil de direction de la SMCQ, président du Jury du Forum biennal du NEM/Nouvel Ensemble moderne, efc.La Faculté de musique de l\u2019Université de Montréal engageait en 1972 dans son corps professoral un jeune compositeur espagnol de vingt-neuf ans, José Evangelista, qui avait également une formation en sciences physiques et en mathématiques.À sa discipline principale, l'analyse musicale, s'ajoute un intérêt particulier pour la musique de Bali où il a fait trois visites d'étude et de prospection à partir de 1976.Ce qui a valu à la Faculté de musique de l\u2019Université de Montréal le don, en 1987, d\u2019un gamelan balinais de plusieurs instruments, entraînant l'instauration d\u2019un programme de musique balinaise avec des professeurs balinais « en résidence ».Double trésor unique au Canada! L'intégration de M.Evangelista à notre vie musicale l\u2019amène à fonder en 1978, avec Lorraine Vaillancourt et le regretté Claude Vivier (mort en 1983), les Evénements du Neuf (au nom définissant l'orientation) qui feront place ultérieurement au NEM/Nouvel Ensemble moderne.Les œuvres de José Evangelista ont été données en plusieurs concerts ou festivals d'Europe et d'ici, confirmant le talent du compositeur qui vient d\u2019être nommé en résidence à l\u2019Orchestre symphonique de Montréal.Je terminerai avec un compositeur français de la génération des « jeunes aînés », Francis Dhomont, un des grands noms de la musique électro-acoustique qu'il dénomme avec ses collègues « acousmatique ».|| partage son temps entre son groupe de Marseille et la Faculté de musique de l\u2019Université de Montréal où sa présence est un stimulant apprécié de ses cadets et un facteur de rayonnement pour notre université.Tout ce qui précède n\u2019est qu\u2019un aperçu (et incomplet) de ce que nous ont apporté les compositeurs venus d\u2019ailleurs.Ils ont cependant choisi de rester.Je pense pouvoir dire que c'est parce qu\u2019ils ont trouvé 23 réceptivité chez leurs collègues montréalais.Tant il est vrai que Montréal, encore deuxième ville francophone internationale, aussi ville de multiculturalisme à base de latinité, est un lieu d'accueil et d\u2019enrichissement mutuel pour ceux et celles qui veulent s\u2019y prêter de part et d'autre.Et qui donc le ferait mieux que des musiciens 2 La musique étrangère et son influence sur les musiciens d'ici En ce qui a trait à l'influence des musiques étrangères sur la musique actuelle au Québec, celle des Etats-Unis est inévitable de par le voisinage et de par les médias ; on ne peut pas y échapper.Du point de vue esthétique, la majorité de nos compositeurs n\u2019ont cependant pas adhéré à celle des Etatsuniens excepté ceux et celles qui ont au-dessous de quarante ans et sont attirés par les techniques multimédias et/ou répétitives.Quant aux sources d'inspiration, il y en a très peu.Deux grands noms : Edgar Varèse et John Cage.Mais Varèse est-il américain 2 Je ne crois pas.Il est français.Même s\u2019il dit en interview : « New York est mon bled, je ne vivrai plus jamais ailleurs », il reste que Varèse est un vrai latin en Amérique.Son influence a marqué ceux des nôtres de la génération des cinquante à soixante ans.Je pense surtout à François Morel, à Gilles Tremblay.John Cage, lui, est pur étatsunien.Son influence sur la jeune génération est évidente, je dirais même déterminante non tellement dans l'écriture, mais dans le comportement, la démarche psychologique.En fait c\u2019est l\u2019Europe et particulièrement la France qui ont attiré et influencé nos compositeurs et compositrices.Dans la génération des aînés, Claude Champagne est allé en France dès le début du siècle et Jean Papineau-Couture est allé aux Etats-Unis, non pas pour les Américains, mais pour recevoir un complément de formation auprès de Nadia Boulanger qui y était retenue par la guerre.Ceux de la généra- 24 POSSIBLES Parler d'ailleurs/ bb fon h(t jap qe pas Rag 3 à O8 > > Ky \u201clan Te pe de laculture d\u2019une multiplication des produits et des étiquettes, je ne veux pas faire usage des mots culture et culturel sans la circonspection souhaitée.L\u2019interculturalité engagerait forcément des cultures.Des cultures @ Une culture 2 Qu'est-ce donc que la culture 2 L\u2019« ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le oût, le jugement ; ensemble des aspects intellectuels d'une civilisation »?.Je retiens : « ensemble ».« C'est la vie avec la pensée » écrit Alain Finkiel- kraut, citant un personnage de Vivre sa vie, de Jean-Luc Godard « Le terme de culture, ajoute l\u2019auteur, a aujourd\u2019hui deux significations : la première affirme eminence de la vie avec la pensée ; la seconde la récuse : du geste élémentaire aux grandes créations de l'esprit, tout n'est-il pas culturel 2 » Plus loin, il distingue : « La culture : le domaine où se déroule l\u2019activité spirituelle et créatrice de l\u2019homme.Ma culture l'esprit du peuple auquel j'ap- artiens et qui imprègne à la fois ma pensée la plus haute et les gestes les plus simples de mon existence quotidienne » *, avant d'exposer comment cette dernière acception (héritée du romantisme allemand) peut, selon lui, mener aux pires aberrations \u2014 au racisme, entre autres.Si l\u2019on choisit de parler des cultures, on peut en toute logique parler d'interculturalité.Autrement, non.Notre conception de l\u2019art et de sa fonction est liée à ce choix.Je choisis la culture.Une culture plus ou moins partagée par des individus, des collectivités, des peuples.Il m'est arrivé de parler de « choc des cultures » et de « différences culturelles »; je voulais signifier par là des différences de goûts ou des particularismes ethniques ; j'ai utilisé ces expédients en toute candeur, les manipulant comme des dénominateurs communs.|| faut se méfier des 2/ Encoll., Le Petit Robert, Paris, 1970, p.393.3/ Alain Finkielkraut, La Défaite de la pensée, Paris, Gallimard, 1987, p.9-14. dénominateurs communs ; ils servent à réduire et à diviser.Maintenant plus que jamais, il m\u2019apparait dangereux de faire servir le mot culture à toutes les sauces ; noyé dans une série de locutions vagues qui ne soutiennent pas nécessairement ce qu\u2019elles ont l\u2019air d'avancer, il finit par perdre son identité.Ce qu\u2019on souhaite signifier, il faut l'exprimer avec précision en réservant le mot culture à son emploi originel, du moins jusqu\u2019à ce que sa situation se soit assainie.Tous les loisirs ne sont pas culturels, ni culturelles toutes les activités qui se déroulent dans les centres ou les maisons de la culture.Il ne s\u2019agit pas de révérer la culture, d'en faire un objet de culte \u2014 bien que le rapport entre la culture et le sacré soit indéniablement complexe \u2014 ; il s\u2019agit de refuser de faire le jeu du Parti Publicitaire dont l'intérêt est de reléguer les manifestations de l\u2019art et de la culture au rang de divertissements mondains inoffensifs pour en tirer un profit plus lucratif.Diluer et affadir le sens des mots est une tactique rentable du PP.Avec Finkielkraut, je crains que les cultures brouillent les pistes, conduisent à des préjugés et à des lieux communs aussi stériles ue ceux que la culture a pour fonction, entre autres, de dénoncer.La culture n\u2019a pas besoin d'être mise au luriel ; son sens original contient déjà des ensembles, évoque la pluralité.Le regard de Robert Lepage Le thème du voyage et de \"exploration ainsi que plusieurs objets qui s\u2019y rapportent structurent toutes es pièces de Robert Lepage ; de Circulations à Les Aiguilles et l\u2019Opium, sa plus récente, des personnages originaires de pays différents et parlant différentes langues se croisent, des mentalités et des préjugés s\u2019entrechoquent, se confrontent ; les lieux, les mots, les époques et les personnages se superposent, rendant visibles, par transparence et par apposition, leurs similitudes et leurs différences.\u2014 Quelques exemples : dans Vinci, un jeune photographe québécois entreprend un voyage en Europe après le suicide 70 | POSSIBLES Parler d'ailleurs/d' pole de: hol ces ler leo on po qi ga me bar bi or ; ei i me en sg de de { rer gen qe qe ho Fa ol qu mn dé my 0 iy voi 0 Bl fof de ; à de laculture de son ami ; de Londres à Paris et de la France en | folly i Italie, en passant par le petit village de Vinci (délicieusement évoqué par des livres empilés, ouverts et fermés), il finira par rencontrer la Mona Lisa, puis Leonardo lui-même, l\u2019inventeur des machines volantes, avant de prendre son propre envol, au sens propre et au sens figuré.S\u2019articulant sur une enquête qui porte sur le meurtre d\u2019une jeune serveuse, Polygraphe explore les univers ambigus de la vérité et du mensonge.Les repères : des cartes anatomiques, des bandes magnétiques qui animent un squelette, des bribes de témoignages.Dans La Trilogie des dra- ons, deux jeunes filles accomplissent parallèlement le voyage de leur vie, au sens double que cette expression peut prendre ; elles se perdent de vue et se retrouvent au milieu d\u2019un chassé-croisé d'événe- ments, de rencontres et de déplacements qui élargissent le rectangle de sable qui sert de scène à cette saga aux dimensions de la planète.Plusieurs paires de chaussures constituent l\u2019un des objets « chargés de sens » de la pièce.Par le biais d\u2019une métonymie remarquablement efficace, elles font apparaître les gens qui les ont portées, deviennent le symbole de générations d\u2019humains, puis, quand des soldats les malmènent, une insoutenable évocation de la guerre ; le mobilier quotidien le plus banal \u2014 une table, des chaises \u2014 se transforme en wagon de train, en pays de naissance et de mort; une guérite de gardien de stationnement devient escalier, couloir, boutique de parfums.Quant aux Plaques tectoniques, un projet élaboré par étapes dans plusieurs pays, la métaphore première en est précisément la dérive des continents et les jeux d'attraction, de proximité et d\u2019éloignement qui font bouger les personnages au gré du désir, cette force qui serre souvent de bien près ce qu\u2019on nomme le hasard.On y voit deux pianos de concert s'emboîter comme des continents rapprochés, en même temps que se noue un lien entre deux personnages ; au terme d\u2019un long détour dans l\u2019espace et le temps, une jeune femme retrouvera enfin la direction de sa route \u2014 de son destin \u2014, qui est de peindre, tandis que l\u2019homme TTI Ee he = grâce à son travestissement en femme.Les Aiguilles Parler qu\u2019elle a aimé pourra « prendre la parole », dira-t-il, POSSIBLES ii d'ailleurs/df et l\u2019Opium a pour fil conducteur des lettres de Jean Cocteau et la musique de Miles Davis ; au rythme de cette musique, les personnages de Cocteau, Davis, Juliette Greco, Jean-Paul Sartre et Jeanne Moreau traversent l'imaginaire d\u2019un comédien québécois, livré à un chagrin d'amour dans un petit hôtel pari- ; sien où les murs soupirent.| | | À cause de la richesse qui émane de ces multiples | rencontres, sans doute, du succès international de | ces spectacles, de leur charge novatrice, et pour | tenter de nommer par un mot jeune ce qu\u2019il y a de si singulier dans ce travail, on songe à « interculturel », comme on a eu recours à « postmodernité » pour | qualifier un certain courant d'ouverture et de métissage qui traverserait les arts \u2014 les arts visuels surtout \u2014, depuis quelques années.Mais la liberté totale, l'ouverture généreuse, les juxtapositions subversives ne sont-elles pas, par définition, les traits les plus reconnaissables du travail créateur@ Tant de choses sont devenues « artistiques » et « culturelles », ces dernières années, qu\u2019il n\u2019est plus du tout superflu de le mentionner.Le travail de Robert Lepage ressortit directement à la culture, se situe dans l'œil de la culture comme on dit dans l\u2019œil de la tempête ou du volcan.Mais tout ce qu\u2019on peut dire de l\u2019œil ne fait voir ni l\u2019œil ni l\u2019objet regardé ; les œuvres d'art n\u2019ont pas vraiment besoin qu'on parle d'elles ; elles ne demandent qu'à être lues, écoutées, contemplées, senties et surtout relues, réécoutées, re-senties et revues \u2014 sans filtre.La culture : œil ouvert Robert Lepage, auteur, comédien, metteur en scène, poète, s'empare de l'univers.Cette prise sur le monde se concrétise par l\u2019utilisation de langues étrangères (le chinois et l\u2019anglais dans La Trilogie\u2026 l'italien dans Vinci), par de nombreuses mentions 72 \u2014 WR |! Moncher la culture (cultivée !), les arts, la musique, les débats petit village d'idées, les livres et toute l'énergie politique et écono- | mique qu\u2019engendrent les grandes villes pour aller fumer notre pipe sur la galerie.Un vrai retour au XIXe siècle, en pire, car ce refus de la ville implique que nous n\u2019avons pas su nous y adapter, la faire nôtre.J'exagère à peine.Une véritable culture urbaine existe-t-elle chez nous 2 À voir certaines horreurs architecturales, le développement anarchique de Montréal et de ses banlieues (qualifiées à bon escient, malgré quelques exceptions, de villes- dortoirs, c'estle sommeil de l\u2019esprit\u2026], et l\u2019attitude de nombreux citadins qui considèrent la campagne comme un paradis perdu, on en doute.Nés pour un petit pain, disait-on jadis ; plutôt pour un petit village et un gros rire. Collaboration spéciale à ce numéro Gloria Escomel, écrivaine Michèle Héon, artiste Naïm Kattan, écrivain Solange Lévesque, rédactrice à Jeu Jean Marcel, écrivain Émile Ollivier, écrivain Pascale Rafie, auteure Normand Wener, sociologue, doyen de la Faculté arts et lettres, université de Sherbrooke Tecia Werbowski, écrivaine Bianca Zagolin, écrivaine et professeure NUMÉROS DISPONIBLES Volume 1 (1976-1977) numéro 1 : 5$ Tricofil ; sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin numéro 2 : 5$ Santé ; question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante numéros 3/4 : 5 $ Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-1978) numéro | : 5 Fer et titane : un mythe et des poussières Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3: 5 $ Bas du fleuve/Gaspésie Poème de Françoise Bujold numéro 4 : 5$ Mouvements sociaux, coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrançois Volume 3 (1978-1979) numéro 1 : 5$ À qui appartient Montréal Poèmes de Pierre Nepveu numéro 2: 5$ L\u2019éclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : la dégradation de la vie numéros 3/4 : 5$ Education Sur les chemins de l\u2019autogestion : le JAL Poèmes de François Charron et Robert Laplante Volume 4 (1979-1980) numéro 1 :5$ Des femmes et des luttes numéro 2 : 5 $ Projets du pays qui vient numéro 3/4 : Faire l\u2019autogestion : réalités et défis Poèmes de Gaston Miron Volume 5 (1980-1981) numéro 1 : 6$ Qui a peur du peuple acadien ?numéro 2: 6$ Election 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d'Odanak à l'Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l'Irlande trop tôt | numéros 3/4 : 6 $ ! Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les Femmes Volume 6 (1981-1982) numéro 1 : 6$ Cinq ans déjà.l\u2019autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro 2 : 6$ Abitibi : La Voie du Nord Café Campus | Pierre Perrault : Eloge de l'échec numéro 3/4 : 6 La crise\u2026 dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 (1982-1983) numéro 1 : 6$ Territoires de l\u2019art Régionalisme et internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : 6 Québec, Québec : à l'ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mai numéro 3: 6$ Et pourquoi pas l'amour 2 Volume 8 (1983-1984) numéro 1: 6 Repenser |'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme numéro 2 : 6$ Des acteurs sans scène Les jeunes L'éducation numéro 3: 6$ 1984 \u2014 Créer au Québec En quête de la modernité numéro 4 : 6$ L'Amérique inavouable Volume 9 (1984-1985) numéro | : 6$ Le syndicalisme à l'épreuve du quotidien numéro 2 : 6$ \u2026et les femmes numéro 3: 6$ Québec vert.ou bleu 2 numéro 4 : 6$ Mousser la culture Volume 10 (1985-1986) numéro 1: 6 Le mal du siecle numéro 2 : 6$ Du côté des intellectuels numéro 3: 6$ Autogestion, autonomie et démocratie Le eee = Volume 11 (1986-1987) numéro 1: 6 La paix à faire numéro 2 : 6 Un emploi pour tous numéro 3: 6$ Langue et culture numéro 4 : 6$ Quelle université ?Volume 12 (1988) numéro 1: 6 Le quotidien : modes d'emploi numéro 2 : 6$ Saguenay/Lac Saint-Jean : les irréductibles numéro 3: 6$ Le Québec des différences : culture d'ici numéro 4 : 6$ Artiste ou manager ¢ Volume 13 (1989) numéros 1/2: 6 y à un futur numéro 3 : 6$ [Droits de] regards sur les médias numéro 4 : 6 $ La mère ou l\u2019enfant 2 Volume 14 (1990) numéro l : 6$ Art et politique numéro 2 : 6$ Québec an 2000 numéro 3 : 6$ Culture et cultures numéro 4 : 6$ Vies de profs Volume 15 (1991} numéro 1 : 7$ La souveraineté tranquille numéro 2: 7$ Générations 91 numéro 3 : 7 $ Bulletins de santé numéro 4: 7$ Les publics de la culture Volume 16 (1992) numéro 1 : 7$ l\u2019autre Montréal numéro 2 : 7 $ What does Canada want 2 numéro 3 : 7 $ Les excentriques numéro 4 : 7 $ Formations professionnelles ABONNEMENT En dépit de l'augmentation de nos tarifs, un abonnement est toujours avantageux.Vous épargnez 7 $ sur le coût de quatre numéros en kiosque, vous contribuez à l\u2019essor de la revue et vous recevez un numéro en prime.Je souscris un abonnement à POSSIBLES.Envoyez-moi le numéro suivant, en prime : D] vol.12, no 3 : Le Québec des différences O] vol.13, no 1/2 : ll y à un futur [J vol.14, no 1 : Art et politique [1 vol.14, no 2 : Québec an 2000 Nom.LL LL LL a aa ALL Adresse .Code postal.ee Téléphone .Occupation.LL LL La Lane Ci-joint : chèque .mandat-poste .au montantde.[J abonnement d'un an (quatre numéros) : 21 $ [1 abonnement de deux ans (huit numéros) : 42 $ [D] abonnement institutionnel : 35 $ [] abonnement de soutien : 35 $ I] abonnement étranger : 40 $ Revue Possibles, B.P.114 Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 prochain numéro : Les incertitudes de la gauche québécoise (numéro double) a = EE ee es = côte a 0, meanest] me Airs 3 * 9 OO UT IT1 00/0 NII 9000 0R kK Nul ne sait quel monde surgira des brassages sans précédent qui mettent en contact quotidien des humains aux racines culturelles très diverses.Explorateurs naturels du pluriel et de l\u2019ailleurs, les créateurs et amateurs d'œuvres littéraires et artistiques préfigurent sans doute les tensions, les hésitations, les curiosités, les synthèses de ce « monde nouveau qui sera demain ».Nous avons rassemblé dans ces pages des essais, des rencontres, des rendez-vous manqués, des projets et des rétrospectives qui marquent cette expérimentation de nouveaux r plus possible le chatoiement multiple des sensibilités et des expériences.ESSAIS ET ANALYSES Sous le signe de la musique MARYVONNE KENDERGI Identités, arts : la traversée des regards ROSE-MARIE ARBOUR Création et déplacement NAIM KATTAN Une mission laborieuse Les revues interculturelles ALEXANDRA JARQUE Littérature d'immigration ou littérature tout court ?BIANCA ZAGOLIN Go East, young men! 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