Le soleil, 13 octobre 2018, Supplément
[" Le Conseil central de Québec\u2013 Chaudière-Appalaches (CSN) célèbre son centième anniversaire en 2018, ce qui en fait le plus vieux groupement syndical de la région.Berceau de la CSN, la grande région de Québec a une riche histoire sociale et syndicale.L\u2019impact du conseil central en matière de justice et de progrès social est indéniable.Le conseil central, c\u2019est près de 250 syndicats et plus de 45 000 membres PROMOTION?leSoleil Samedi 13 octobre 2018 PAGE 3 Québec 1918, une ville en pleine croissance PAGE 5 Les femmes au conseil central PAGE 4 Évolution des conditions de travail au cours du siècle PAGE 10 De la religion au nationalisme 2 SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 leSoleil Au cœur des luttes solidaires depuis 100 ans Le Conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches (CSN) trouve son origine dans la fusion, le 5 mars 1918, de deux organi sations regroupant les syndicats nationaux du district de Québec.À l\u2019époque, le monde du travail est dominé par des sections locales de grands syndicats américains.Les ouvriers de Québec veulent être indépendants et contrôler leurs syndicats.C\u2019est donc un mou vement francophone, national et catholique qu\u2019ils lancent.C\u2019est le début d\u2019une expérience unique en Amérique du Nord qui se poursuit de nos jours à l\u2019intérieur de la CSN.C\u2019est au conseil central que s\u2019articule la vie syndicale dans la région.C\u2019est le lieu privilégié pour développer la solidarité entre les syndicats des différents secteurs d\u2019activités, notamment lors des conflits mais aussi au quotidien lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019interpeller les divers acteurs de la société civile.L\u2019action du conseil central et de ses syndicats affiliés a laissé des traces profondes dans la région.On lui doit de nombreuses avancées sociales.Saviez-vous, par exemple, que le droit de vote des locataires aux élections municipales fut d\u2019abord une revendication- des syndicats nationaux?Même chose pour le système de transport en commun public que nous connaissons aujourd\u2019hui ou la concertation régionale pour le développement économique et la formation de la main-d\u2019œuvre.Et c\u2019est sans compter toutes les avancées au plan national auquel le conseil central est associé par l\u2019entremise de la CSN.Le conseil central est au cœur des luttes solidaires depuis 100 ans et ça continue.Du Chantier Davie à la papetière de Clermont, des grands hôtels aux centres de la petite enfance, des hôpitaux aux institutions d\u2019enseignement, le conseil central n\u2019a jamais refusé une bataille.Il y en a eu plusieurs et il y en aura forcément d\u2019autres pour faire respecter nos droits au travail, pour préserver l\u2019accessibilité et la qualité de nos services publics, pour préserver notre envi ronnement et relever les défis du XXIe siècle.Nous continuons, avec ténacité et détermination, à militer pour faire avancer la cause de la justice sociale dans une quête pour l\u2019équité, l\u2019égalité et la reconnaissance pour les hommes et les femmes.Le conseil central tient à sou ligner le rôle des militantes et des militants qui ont lutté tout au long de son histoire pour faire de leur syndicat un instrument démocratique au service de l\u2019amélioration du quotidien de milliers de travailleuses et de travailleurs, tant sur le plan des conditions de travail que de leurs droits sociaux et économiques.La force collective de ces syndicats est celle de notre organisation centenaire et nous en sommes bien fiers.Ann Gingras, présidente Négociations ardues dans le secteur public en 1976, plusieurs employés de l\u2019Hôpital Saint-François d\u2019Assise ont été suspendus pour avoir voulu s\u2019en tenir à la lettre de leur convention collective.\u2013?Photo?: Archives Le Soleil Ann Gingras Présidente du Conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches \u2013 Photo?: CCQCA 5326414 Joyeux 100e anniversaire! Célébrons ce jalon important de notre partenaire duConseil central deQuébec-Chaudière-Appalaches (CSN) 6 3 7 2 4 leSoleil SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 3 QUÉBEC 1918 Une ville en pleine croissance « Contrairement à aujourd\u2019hui, Québec est une ville manufacturière au début du XXe siècle », explique Réjean Lemoine.L\u2019historien insiste sur le fait d\u2019une ville en plein essor.Québec passe le cap des 100 000 habitants et se relève d\u2019une période difficile, car la deuxième moitié du XIXe siècle a été marquée par le déclin de l\u2019industrie du bois et de la construction navale.Une ville ouvrière, catholique et francophone Si, vers 1850, Québec est une ville à 50?% anglophone et à 50 % francophone, la situation a beaucoup changé dans les années 1910 où la population francophone domine nettement.« Québec est une ville ouvrière où l\u2019industrie de la chaussure occupe une place importante.Près de 5000 ouvriers travaillent dans le secteur », ajoute Réjean Lemoine.La Dominion Corset est une autre manufacture importante qui donne un élan à la ville.Tout particulièrement à la Basse-Ville, où se concentre la majorité de la population dans les quartiers Saint- Roch et Saint-Sauveur.«?Même si la bourgeoisie et le monde des affaires sont en Haute-Ville, tout se dessine en Basse-Ville », précise l\u2019historien.Ouvrière, catholique et francophone sont donc les caractéristiques de la population de la ville de Québec en 1918.Québec s\u2019américanise La ville est alors beaucoup plus dense qu\u2019aujourd\u2019hui et les conditions de vie sont très difficiles.La mortalité infantile est, par exemple, très élevée?: près d\u2019un enfant sur trois meurt en bas âge à cause des conditions d\u2019hygiène très précaires.Il n\u2019y a pas de réseau d\u2019égout.On déverse les ordures dans la rivière Saint- Charles ou dans le fleuve sous le cap Diamant.Les maisons n\u2019ont pas de système d\u2019évacuation des eaux usées; les « bécosses » sont la norme.« C\u2019est aussi la première américanisation de la ville avec l\u2019arrivée du tramway électrique, des premiers cinémas, du développement des nouveaux quartiers Montcalm et Limoilou.Les réfrigérateurs électriques vont entraîner la fin des marchés publics ouverts dans les différents quartiers de la ville?», raconte Réjean Lemoine.La guerre de 1914-18 La guerre qui fait rage en Europe marque aussi, pour Québec, la fin d\u2019une période où tout allait bien.« L\u2019ouverture du camp militaire de Valcartier, où transitaient les soldats volon taires en partance pour l\u2019Europe, va entraîner beaucoup de pro blèmes \u2013?prostitution, alcoolisme, bagarres?\u2013 et peu d\u2019emplois.C\u2019est aussi la fin des grands travaux comme le pont de Québec ou la Gare du Palais?», précise l\u2019historien.Il y a des fermetures d\u2019usine, comme la Ross Rifle Company sur les plaines d\u2019Abraham qui cesse ses activités en 1917.Les pénuries et les hausses importantes des prix créent aussi un climat de contestation politique et ouvrière.Les tensions vont culminer avec les émeutes contre la conscription forcée en 1918.C\u2019est dans ce contexte que va naître le Conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches, le 5 mars 1918, quelques mois avant la fin de la Première Guerre mondiale, dont l\u2019armistice sera signé le 11 novembre 1918.LA VILLE DE QUÉBEC EN 1918 \u203a 6 janvier?: Un premier train de voyageurs traverse le pont de Québec.Achevé le 20 septembre 1917, il sera inauguré officiellement par le prince Édouard de Galles le 22 août 1919.\u203a 28 mars?: Émeute à cause de l\u2019arrestation dans Saint- Roch du jeune Joseph Mercier qui n\u2019avait pas ses papiers d\u2019exemption au service militaire.Le 1er avril, l\u2019armée tire sur la foule, il y aura quatre morts.\u203a 5 mai : La cérémonie officielle de la pose de la pierre angulaire de l\u2019église Saint-Roch est marquée par l\u2019effondrement d\u2019une es trade.Plusieurs personnes frôlent la mort.Une partie de l\u2019église était déjà utilisée.\u203a 7 juin : L\u2019hôpital de Laval à Sainte-Foy accueille ses premiers patients soignés par les sœurs de la Charité.\u203a 12 octobre?: Fermeture des églises de la ville à cause de la grippe espagnole apparue en août dans le port de Québec.L\u2019épidémie fera 452 morts surtout dans le quartier populaire de Saint-Roch.\u203a 16 novembre?: Deux automobilistes réussissent à relier Montréal à Québec en quatre heures.* Informations tirées du livre Québec 1608-2008.Les chroniques de la capitale, Jean-Marie Lebel, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2008.Les tensions accumulée vont culminer dans les émeutes contre la conscription forcée en 1918.Tramway à Québec, rue Saint-Jean \u2013 Photo Archives Le Soleil, date inconnue 4 SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 leSoleil Évolution des conditions de travail au cour s du siècle En un siècle, les conditions de travail ont énormément changé.Temps de travail, conditions salariales, santé et sécurité, la plupart des acquis l\u2019ont été au terme de luttes farouches.Le Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches a été au cœur de beaucoup d\u2019actions en faveur de normes du travail plus favorables.Il a aussi mené ces combats avec des actions sociopolitiques et, fréquemment, en s\u2019alliant aux mouvements communautaires de la région.« En 1919, le Québec adopte une loi sur le salaire minimum des femmes.Même si elle n\u2019entrera en vigueur qu\u2019en 1925, c\u2019est une première réussite pour le mouvement syndical.Les allumettières de Hull ont été des pion nières?», explique Jean-Noël Grenier, professeur au département des relations industrielles de l\u2019Université Laval.Amélioration des normes du travail La région de Québec n\u2019est pas en reste avec les premières avancées syndicales dans l\u2019amélioration des conditions de travail.Même si les grèves dans la chaussure de 1925 ont marqué une rupture dans la culture syndicale et annoncé la prise en main par le clergé d\u2019une partie du mouvement syndical, des acquis notables vont suivre.«?Les luttes dans l\u2019industrie du vêtement, notamment avec les grèves à la Dominion Textile de Saint-Grégoire de Montmorency où les ouvrières ont osé défier la loi du cadenas de Maurice Duplessis, permettront d\u2019améliorer les conditions de travail, en abaissant entre autres le temps de travail à 50 heures par semaine?», poursuit Jean-Noël Grenier.Dans les années 1950, avec l\u2019adoption de la formule Rand qui permet le prélèvement automatique de la cotisation syndicale sur les salaires, les syndicats renforceront leur pouvoir et gagneront en efficacité.Que ce soit dans les mines, dans les manufactures, puis dans les secteurs publics et parapublics, le Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches participera activement aux avancées qui jalonneront tout le XXe siècle.Actions sociopolitiques et communautaires « Dans la région de Québec, il ne faut pas négliger les actions sociopolitiques des syndicats.Par exemple, même si ça reste une lutte sans relâche pour obtenir des contrats, le conseil central a été un soutien important du chantier maritime de la Davie à Lévis qui a permis de le garder vivant alors que le fédéral voulait faire disparaître tous les chantiers maritimes du Saint-Laurent?», précise Jean-Noël Grenier.Le Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches a axé ses luttes non seulement sur les grèves, mais par bien d\u2019autres actions.Son engagement dans la communauté a toujours été fort et il n\u2019a pas hésité à s\u2019impliquer dans les mouvements qui pouvaient améliorer concrètement les conditions de vie des gens.«?J\u2019ai toujours plaisir de voir que la maison de la CSN sur Charest est une véritable maison de la coopération où des groupes qui auraient beaucoup de difficultés à survivre autrement se côtoient?», ajoute encore Jean-Noël Grenier.Dans les activités économiques où les patrons sont divers et soumis à une rude concurrence, comme dans l\u2019hôtellerie par exemple, le conseil central devient un lieu de solidarité important dans un contexte de négociations coordonnées.Cette volonté de travailler pour toutes et tous permet des gains intéressants.Qu\u2019on pense à l\u2019équité salariale, à la santé et à la sécurité au travail, au temps de travail, au salaire minimum ou encore aux services de garde, sans oublier les conditions de logement et bien d\u2019autres combats, l\u2019investissement syndical dans la communauté a permis des avancées notoires.« Aujourd\u2019hui, il y a des batailles importantes pour le respect, pour contrer la pauvreté, sur les formes de pressions psychologiques, sur les conciliations famille- travail, la campagne 5-10-15 pour l\u2019amélioration des normes minimales et d\u2019autres qui sont au cœur de cette action syndicale », conclut Jean-Noël Grenier.En 1926, les ouvriers qui opèrent la « machine no 3 » de l\u2019usine de pâtes et papiers de Donnacona travaillent pieds nus.Le Syndicat national et catholique des ouvriers du moulin à pulpe et papiers de Donnacona a été fondé en 1937.\u2013Photo : Archives Claude Frenette, CSN Ouvrières, manufacture de la Dominion Corset en 1934.\u2013?Photo : BANQ leSoleil SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 5 Les f emmes au conseil central Même s\u2019il y a toujours eu des travailleuses et des syndiquées, elles étaient peu présentes dans les instances du Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches au début de son histoire.Progressivement, leur présence et leurs luttes se sont imposées grâce à l\u2019action de pionnières déterminées.L\u2019engagement des femmes au conseil central a permis des gains importants pour toutes les femmes du Québec.En 1918, les femmes représentent environ 20?% de la population active du Québec.Un tiers d\u2019entre elles travaillent dans les manufactures, généralement comme ouvrières non qualifiées, et la plupart des autres travaillent dans ce qu\u2019on pourrait appeler «?les services domestiques?».Toutefois, malgré une situation économique difficile, la règle pour les femmes était de quitter le marché du travail quand elles se mariaient.Les premières luttes « Les femmes avaient peu de place dans les syndicats.L\u2019influence de l \u2019église, très conservatrice à l\u2019époque, se faisait sentir fortement », explique Émilia Castro.L\u2019ancienne vice- présidente du Conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches et militante féministe depuis plus de 40 ans admire les pionnières qui ont permis d\u2019améliorer le sort de toutes les femmes.Dès 1919, à Hull, dans une usine d\u2019allumettes, elles se mettent en grève et obtiennent de premiers gains.Elles remettront ça en 1924 pour refuser une baisse de salaire.La région de Québec ne sera pas en reste?! En 1937, les ouvrières du textile de l\u2019usine de Saint- Grégoire de Montmorency, au pied des chutes du même nom, mèneront aussi la lutte pour des conditions de travail décentes.Les employées de la Parisian Corset dans Saint-Roch formeront l\u2019un des premiers syndicats féminins affiliés au conseil central en 1938.Acquis importants « Pendant la guerre, pour permettre aux femmes de travailler alors que les hommes étaient au front, on voit l\u2019ouverture de garderies, appelées « crèches » à l\u2019époque.Beaucoup fermeront à la fin de la guerre, faute de financement, provoquant un mouvement de retour au foyer?», poursuit Émilia Castro.La militante participera activement, bien des années plus tard, à la création de la première garderie syndiquée au Québec, La réponse devenue Les p\u2019tits loups au Cégep Limoilou.La syndicalisation massive du secteur public dans les années 1960 a changé le visage du syndicalisme.À l\u2019origine, les syndicats de la santé, notamment, étaient divisés en syndicats féminins et masculins, ce qui a permis à de nombreuses femmes de faire leurs premières armes syndicales.D\u2019ailleurs, les militantes de Québec ont longtemps résisté à la fusion avec le syndicat masculin, de peur de voir les hommes prendre le contrôle du syndicat même si les femmes étaient majoritaires.La Charte des droits et libertés du Québec, qui entre en vigueur en 1976, donnera une première prise juridique pour le respect du droit des femmes.Le conseil central sera au cœur de bien des combats.Au début des années 1980, un centre de santé des femmes sera installé au deuxième étage du bâtiment de la CSN à Québec pour permettre aux femmes d\u2019avoir accès à la contraception et à des avortements sécuritaires.«?En 1978, avec la création du Comité des femmes du Conseil central de Québec\u2013Chaudière- Appalaches, la lutte s\u2019élargit au mouvement féministe.Accès à l\u2019éducation, congés de maternité, services de garde, marche des femmes de 1995 qui a permis l\u2019obtention de l\u2019équité salariale, etc., les luttes sont nombreuses, mais visent toujours à améliorer les conditions de vie et de travail de toutes les femmes, qu\u2019elles soient syndiquées ou non.Et les combats continuent, car malgré les avancées, des discriminations perdurent et une réelle égalité n\u2019est pas encore atteinte », conclut Émilia Castro.Émilia Castro, ancienne vice-présidente du Conseil central \u2013 Photo?: CCQCA L\u2019une des premières manifestations du 8 mars à Québec, en 1980.\u2013 Photo : Archives Le Soleil UNIQUE PERFORMANT RESPONSABLE Bâtirente, le système de retraite des syndicats CSN est heureux de contribuer au 100e anniversaire du Conseil central de Québec- Chaudière-Appalaches! 6 SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 leSoleil 19 0 0 Lock-out dans l\u2019industrie de la chaussure à Québec Première intervention de l\u2019Église, qui se base sur l\u2019encyclique Rerum Novarum, dans les affaires syndicales à Québec à l\u2019occasion d\u2019un conflit de travail dans l\u2019industrie de la chaussure impliquant 5000 ouvriers et trois syndicats nationaux.L\u2019intervention de monseigneur Bégin, archevêque de Québec, comme arbitre permettra de mettre fin au lock-out en 1901.La sentence arbitrale reconnaît le droit naturel d\u2019association des ouvriers, mais demande aux syndicats d\u2019intégrer un aumônier dans leurs associations.19 18 -19 2 1 Fondation du Conseil central national des métiers du district de Québec, puis de la CTCC Le 5 mars 1918, lors d\u2019une assemblée à la Bourse du travail, le Conseil central national des métiers du district de Québec voit le jour par la fusion des deux conseils centraux des syndicats nationaux de la vieille capitale.La Confédération des travailleurs catholiques du Canada est fondée quant à elle lors d\u2019un congrès qui se tient du 24 au 28 septembre 1921, à Hull, sous la présidence de Gaudiose Hébert de Québec.Les syndicats de Québec qui fournissent le tiers des délégations obtiennent la présidence et le siège social de la centrale qui deviendra plus tard la CSN.19 2 5 Grève de la chaussure Déjà frappés par la crise économique et le chômage, les ouvriers de la chaussure de Québec doivent faire face aux patrons qui veulent déstructurer les syndicats et faire baisser les salaires.À la mi-novembre 1925, c\u2019est la grève générale.Cette grève va être la plus longue et la plus dure de la décennie et sera perdue après un arbitrage favorable aux patrons.Elle a failli signer l\u2019arrêt de mort du syndicalisme catholique à Québec.Le mouvement s\u2019en remettra difficilement.193 7 Première grève nationale de la CTCC Les travailleuses et les travailleurs de la filature de Saint-Grégoire de Montmorency au pied des chutes du même nom se mettent en grève en même temps que neuf autres filatures de la Dominion Textile, alors le plus gros employeur au Québec.Il s\u2019agit de la première grève nationale menée par la jeune CTCC.Après un conflit de presque un mois, le cardinal Villeneuve force une médiation qui aboutit à des gains mineurs que la compagnie reniera moins d\u2019un an plus tard.Le syndicat de Saint-Grégoire de Montmorency sera le seul à survivre.19 5 5 Construction du siège des syndicats catholiques Le secrétariat des syndicats catholiques fait construire un édifice moderne qui servira de siège social au conseil central et à la CTCC.L\u2019immeuble sera racheté par la CSN dans les années 1970 et deviendra, plus tard, la Maison de la coopération située au 155, boul.Charest Est.19 6 5 Déconfessionnalisation du conseil central Cinq ans après la transformation de la CTCC en Confédération des syndicats nationaux (CSN), le Conseil central de Québec biffe la référence catholique de son nom.Quelques dates marquantes dans l\u2019histoire du conseil central 2 1 3 4 leSoleil SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 7 Quelques dates marquantes dans l\u2019histoire du conseil central 19 6 5 -19 6 8 Municipalisation des transports en commun de la ville de Québec La Révolution tranquille amène aussi un changement de garde dans la politique municipale.Le conseil central, qui regroupe les syndicats des compagnies privées s\u2019occupant du transport en commun sur le territoire de la commu nauté urbaine de Québec, revendique une municipalisation de ces transports.Le candidat à la mairie, Gilles Lamontagne, est favorable à ce changement.Élu maire, il expropriera et fusionnera sept compagnies de transport privées pour créer la Commission de transport de la Communauté urbaine de Québec (CTCUQ) qui deviendra le RTC.Cette réforme uniformise les tarifs, mais échoue à fusionner avec les transports de la ville de Lévis.19 7 2 Premier Front commun du secteur public Un premier Front commun dans les secteurs publics et parapublics du Québec mène une grève générale.En mai 1972, les trois chefs du Front commun, reconnus coupables d\u2019outrage au tribunal, sont condamnés à 12 mois d\u2019emprisonnement.Louis Laberge, Marcel Pepin et Yvon Charbonneau sont détenus à la prison d\u2019Orsainville, ce qui provoque une crise sociale sans précédents.Au terme d\u2019une longue négociation, les syndiqué-es obtiendront gain de cause sur leur principale revendication : un salaire minimum de 100?$ par semaine.19 76 Crise au Hilton à Québec Les patrons avaient accrédité un syndicat américain mafieux lors de l\u2019embauche des premiers employés de l\u2019hôtel (une trentaine).Les employés feront appel à la CSN qui lance alors une grande campagne de syndicalisation qui la mènera à devenir majoritaire quelques années plus tard dans le secteur de l\u2019hôtellerie.Le congédiement de Benoît Fortin, prêtre ouvrier, se rendra jusqu\u2019en Cours suprême et fait jurisprudence à ce jour.19 7 8 Un Comité des femmes voit le jour au Conseil central de Québec\u2013 Chaudière-Appalaches 19 8 0 Fondation au Cégep Limoilou d\u2019un premier syndicat au Québec dans une garderie La lutte pour la création d\u2019un réseau public de garderies prend son envol et s\u2019appuie tant sur la syndicalisation des travailleuses que la mobilisation des parents.19 8 5 Conflit au Manoir Richelieu Le Manoir Richelieu est vendu par le gouvernement du Québec à Raymond Malenfant pour 555 555?$.Celui-ci prétend avoir acheté une bâtisse vide et refuse de reconnaître le syndicat de la CSN.Petit à petit, le conflit s\u2019envenime.Le 25 octobre 1986, une manifestation d\u2019appui aux ex-employés du manoir tourne mal.Le conjoint d\u2019une travailleuse du Manoir Richelieu, Gaston Harvey, meurt après avoir été étouffé par un policier de la Sûreté du Québec.On apprend, suite à des descentes de police dans les bureaux du conseil central à Québec, et de l\u2019exécutif de la CSN, à Montréal, que la centrale syndicale est infiltrée depuis des années par un agent du Service canadien du renseignement de sécurité.ET ÇA CONTINUE.19 1 5 19 2 0 193 0 19 8 0 19 9 7 2 0 18 8 5 9 6 7 10 1.Premier congrès de la Confédération des tra vailleurs catholiques du Canada, septembre 1921 \u2013 Photo?: CSN 2.En 1918, l\u2019Action Catho lique annonce la création du conseil central.\u2013 Photo?: BANQ 3.Cordonniers devant leur manufacture dans Saint-Roch \u2013 Photo?: BANQ 4.Le mouvement de décon- fessionnalisation a atteint le conseil central en 1965.\u2013 Photo : CCQCA 5.Filature de Saint-Grégoire de Montmorency en 1925 \u2013 Photo?: BANQ 6.Cégep Limoilou en 1980 \u2013 Photo?: Archives Le Soleil 7.Marcel Pepin (CSN), Louis Laberge (FTQ) et Yvon Charbonneau (CEQ) \u2013 Photo Archives Le Soleil, 1972 8.Grève des chauffeurs d\u2019autobus en 1968 \u2013 Photo?: L\u2019Action 9.Syndicalisation des em ployés du Hilton en 1976 \u2013 Photo?: CSN 10.Conflit au Manoir Richelieu \u2013 Photo Archives Le Soleil, 1986 8 SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 leSoleil Le rôle sociocommunautaire du conseil central Dès sa fondation, le conseil central s\u2019intéresse aux questions sociales plus larges que la simple action syndicale.Améliorer le cadre de vie de la population a toujours été une préoccupation majeure.Québec était alors, dans les quartiers ouvriers, une ville pauvre et presque insalubre.Le chômage et le logement ont été les deux grands axes du rôle sociocommunautaire du conseil central à travers son histoire.«?Avant même la fondation du conseil central en 1918, les grands débats de société traversent aussi le syndicalisme.En 1911, la crise des manuels scolaires divise le mouvement syndical.Si certains, surtout à Montréal, veulent une uniformisation des manuels dans la province, d\u2019autres se rendent aux arguments de l\u2019Église et prônent le statu quo?», explique Nicolas Lefebvre Legault, con seiller à l\u2019information au conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches.La lutte contre le chômage En 1921, la crise économique frappe durement Québec et des milliers d\u2019ouvriers se retrouvent au chômage.Il n\u2019existe alors pas d\u2019assurance chômage et la municipalité décide d\u2019une aide directe aux sans-travail en leur confiant des travaux d\u2019aqueduc et d\u2019autres travaux publics.Elle fait appel au conseil central pour gérer l\u2019organisation.En quelques mois, le conseil central rencontre 2200 chômeurs et réussit à en placer 700, mais cette action fait ombrage aux échevins qui aimeraient avoir recours au patronage à la veille des élections.Ils prétendent que le conseil central ne place que des syndiqués catholiques, ce qui est faux.Cette calomnie entraîne la démission du comité des sans-travail.En 1933, en pleine crise économique, le Secrétariat des syndicats catholiques décide de mettre sur pied des jardins ouvriers.Des contacts sont pris avec le ministère de l\u2019Agriculture, la municipalité et de grands propriétaires terriens pour trouver des terrains en friche, des outils, des semences et des formateurs.« En quelques années, on atteindra 1500 jardins ouvriers cultivés pour améliorer le sort d\u2019autant de familles qui ont ainsi pu passer à travers la crise sans crever littéralement de faim », précise Nicolas Lefebvre Legault.Avec la fin de la crise et l\u2019émergence des banlieues dans les années 1950, ces jardins sombreront peu à peu dans l\u2019oubli.La crise du logement « Le conseil central s\u2019est toujours intéressé à la question du logement, comme en témoignent des articles parus dans Le Travailleur dès 1922 », commente Nicolas Lefebvre Legault.Mais, dès les années 1950, un changement s\u2019opère et le conseil central s\u2019attaque à des solutions concrètes en construisant des maisons pour les membres des syndicats catholiques.La crise du logement est sévère à Québec au sortir de la Deuxième Guerre mondiale.Un bidonville de près 1000 personnes se crée même sur les plaines d\u2019Abraham, où les baraquements qui ont servi à interner des prisonniers allemands sont utilisés par des sans-abri jetés à la rue par une spéculation féroce et des propriétaires cupides qui profitent de l\u2019abolition par Ottawa du contrôle des loyers.Québec compte alors près de 80?% de locataires.Le conseil central s\u2019intéresse à la question et met sur pied un comité logement qui a pour mission de solutionner cette crise.De là naîtra une coopérative d\u2019habitation qui va calculer le prix que peut payer un ouvrier pour loger sa famille et construire des maisons qui répondent à ces besoins criants.Plus de 300 maisons ouvrières seront construites par la coopérative et mises à la disposition de familles ouvrières au prix coûtant.L\u2019expérience fut un très grand succès et elle fut reprise dans plusieurs centres ouvriers de la province par d\u2019autres conseils centraux.L\u2019augmentation des salaires pendant les trente glorieuses (1945-1975) est venue à bout du problème.« Le conseil central s\u2019est impliqué et s\u2019implique toujours dans de nombreux projets sociocommu- nautaires.Il n\u2019y a qu\u2019à penser à la bataille des clubs de pêche dans les années 1970, à notre présence dans les différents lieux de partenariats et de concertation, qu\u2019ils soient gouvernementaux ou communautaires, ou à nos alliances avec le mouvement communautaire et les groupes de femmes », conclut Nicolas Lefebvre-Legault.De gauche à droite, deux représentants du syndicat des chargés de cours de l\u2019Université Laval, Nicole Madore, présidente du Conseil central de Québec, Yves Fortin, 1er vice-président et Rodolfo Valero, trésorier du conseil.\u2013 Photo Archives Le Soleil, 31 mars 1988 Quelques-unes des maisons ouvrières construites par le conseil central dans les années 1950.\u2013?Photo?: CCQCA Le conseil central s\u2019est impliqué et s\u2019implique toujours dans de nombreux projets socio-communautaires.Ici, la Place publique Éphémère, un projet d\u2019animation estival de PECH-Sherpa, réalisé depuis deux ans sur un stationnement prêté par la CSN avec l\u2019appui du conseil central.\u2013?Photo?: CCQCA fondaction.com L'EMPLOI CONSTITUE LE PREMIER MOYEN DE PARTICIPER À LA CRÉATION ET À LA REDISTRIBUTION DE LA RICHESSE, DE S'INTÉGRER À LA SOCIÉTÉ, D'ASSURER LA VITALITÉ RÉGIONALE ET DE CONTRIBUER À L'ÉPANOUISSEMENT DES PERSONNES.TOUTES NOS FÉLICITATIONS AU CONSEIL CENTRAL DE QUÉBEC CHAUDIÈRE-APPALACHES-CSN POUR VOTRE 100\u20ac ANNIVERSAIRE ! 1), FONDACTION & re CTIO Donner du sens à l'argent.La voleur et le rendemert des actions ce =ondaction fluctuent, le passé n'est pas indicatif du futur.Avar d'investir, pour plus d'inferma- tion notamment sur les frais, veuillez consuiter le prospectus à fondaction.com. 10 SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 leSoleil Nationalisme et religion au cœur de l\u2019action syndicale Le Conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches intégrera, dès 1921, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) qui deviendra la Confédération des syndicats nationaux (CSN) en 1960 rayant ainsi toutes références à la doctrine sociale de l\u2019Église, mais l\u2019action des aumôniers a perduré encore quelques années à Québec.Le nationalisme a aussi marqué l\u2019histoire et l\u2019action du conseil central.Si le refus des interventions «?inter nationales?» est présent dès les prémisses de l\u2019action syndicale dans la ville de Québec, le catholicisme interviendra plus tard comme l\u2019explique l\u2019historien Jacques Rouillard?: « Dans la ville de Québec existent déjà des syndicats vigoureux depuis le début du siècle, notamment dans l\u2019industrie de la chaussure, qui refusent toute affiliation à des syndicats internationaux, non pas sous l\u2019influence cléricale, mais par patriotisme, car ils jugent que les travailleurs canadiens doivent pouvoir animer eux-mêmes leurs syndicats.Pendant la Première Guerre, ils se laissent cependant convaincre d\u2019accepter des aumôniers et de se transformer en syndicats catholiques.C\u2019est ainsi qu\u2019en ce début du XXe siècle se dessine la géographie du syndicalisme au Québec?: les syndicats internationaux sont solidement implantés à Montréal alors que les syndicats nationalistes et catholiques prennent racine à Québec et en région.Des syndicats catholiques pas si complaisants C\u2019est suite à l\u2019encyclique du pape Léon XII Rerum Novarum (Les choses nouvelles) publiée en 1890 que va se définir la doctrine sociale de l\u2019Église.« L\u2019encyclique affirme que les travailleurs et leurs emplo yeurs ont des droits complémentaires?: le droit à la dignité au travail pour les uns, le droit de propriété pour les autres.Pour protéger leurs intérêts, les travailleurs doivent constituer des corporations professionnelles inspirées de la doctrine sociale de l\u2019Église à travers lesquelles ils pourront négocier collectivement avec leurs employeurs, eux-mêmes réunis en corporation?», explique l \u2019historien Mathieu Houle-Courcelles.« Le modèle de relations de travail proposé par les premiers syndicats catholiques avant et pendant la Première Guerre s\u2019avère vite utopique lorsque confronté aux réalités de monde du travail.Leurs effectifs stagnent ou régressent si bien qu\u2019on doit relancer le mouvement sur de nouvelles bases au début des années 1920.La plupart des syndicats catholiques placent alors la défense des intérêts professionnels des travailleurs au premier rang de leurs objectifs.C\u2019est pourquoi ils adoptent les pratiques éprouvées des unions internationales?: organisation sur la base du métier, négociation de conventions collectives, obtention de l\u2019atelier fermé, arrêts de travail, étiquette syndicale, fonds de grève chez certains syndicats, etc.», poursuit Jacques Rouillard « Le Conseil central de Québec\u2013 Chaudière-Appalaches mettra plus de temps qu\u2019ailleurs pour passer d\u2019un syndicalisme national à un syndicalisme catholique.En fait, il faudra un coup de force en 1933 pour compléter la transition. Pendant longtemps, tout en se disant catholique, c\u2019est le syndicalisme national d\u2019origine qui perdurait », précise Nicolas Lefebvre-Legault, conseiller à l\u2019information au conseil central.Le dernier aumônier du conseil « Les aumôniers jouaient un rôle important; ils étaient un signe concret de l\u2019appui de l\u2019Église aux travailleurs et à leurs organisations.Nous étions aussi une force de travail intéressante pour le conseil central.En effet, bien que payé par le Secrétariat des syndicats catholiques, je travaillais à temps plein à la formation et comme conseiller à diffé rents comités.Les employeurs ne voyaient pas toujours d\u2019un bon œil cette activité qui renforçait l\u2019action syndicale.Les aumôniers appuyaient aussi les initiatives des syndicats pour une société plus juste pour l\u2019ensemble des travailleurs, comme les coops d\u2019habitations, l\u2019assurance maladie ou l\u2019assurance automobile.Nous voulions améliorer la vie des gens?», précise Claude Cantin, ancien pro- maire à la ville de Québec.« À un moment donné, j\u2019ai décidé de partir.J\u2019ai averti mon supérieur, l\u2019évêque auxiliaire, puis la CSN.Je l\u2019ai fait pour des raisons personnelles.Je n\u2019ai subi aucune pression, j\u2019étais fatigué et je voulais changer d\u2019air.» Claude Cantin qui fut le dernier aumônier du conseil central explique ainsi son départ en 1974.Il était clair, dès sa nomination en 1966, qu\u2019il n\u2019aurait pas de successeur.Salle de réunion de l\u2019ancien édifice des bureaux du conseil central en 1949.On remarque la présence d\u2019aumôniers au premier plan \u2013Archives de l\u2019Archidiocèse de Québec, 33 N, Fonds Secrétariat des syndicats catholiques, dossier 20.Le drapeau du Syndicat national catholique des briqueteurs maçons incorporé de Québec illustre bien l\u2019imbrication des questions religieuses et nationales pour les syndicats catholique du début du siècle.Photo?: CCQCA leSoleil SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 11 Les défis du syndicalisme au X XI e siècle L\u2019action syndicale ne s\u2019arrête pas après 100 ans.Même si le Conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches (CSN) a une longue expérience sur laquelle il peut s\u2019appuyer, les défis sont nombreux et demandent une constante dans l\u2019action.Contexte politique, action collective, transfert de connaissance, changement générationnel sont quelques-uns des enjeux qui attendent l\u2019organisation.Pertinence du syndicalisme Depuis le milieu des années 1980, le monde du travail a considérablement changé.« Il y a beaucoup moins de stabilité qu\u2019avant, le travail s\u2019est précarisé, et les attentes des gens par rapport à leur emploi ont changé, note Ann Gingras, présidente du conseil central.Avant, ce qu\u2019on voulait, c\u2019était une job, un poste et, pour l\u2019obtenir, les gens étaient prêts à se mettre disponibles presque 24?h sur 24?h, 7 jours sur 7.C\u2019est différent aujourd\u2019hui dans un contexte de plein emploi, les gens veulent du temps et sont prêts à changer d\u2019emploi pour l\u2019obtenir.» Le contexte de pénurie de main- d\u2019œuvre change la donne.«?Normalement, dans le contexte actuel ce sont les salariés qui devraient avoir le gros bout du bâton, mais à part certains emplois en demande, où les gens peuvent avoir individuellement un bon rapport de force, ce n\u2019est pas le cas en général, précise Yves Fortin, secrétaire-général du conseil central.Trop souvent, les entreprises règlent leurs problèmes de pénurie sur le dos des salariés qui voient accroître considérablement leur tâche.» Ce qui ne change pas, c\u2019est le besoin des travailleuses et des travailleurs de se faire respecter au travail.Il faut savoir s\u2019adapter aux nouvelles réalités mais, selon la présidente du conseil central, « le syndicalisme, qui permet de se donner une voix collective, garde toute sa pertinence et sa nécessité?».Un contexte plus difficile Il n\u2019y a pas que le monde du travail qui a changé, le contexte politique également.« Un virage individualiste s\u2019est opéré?: on fait face à une montée très nette du corporatisme qui s\u2019accompagne d\u2019un virage à droite, tout particulièrement dans les régions de Québec et de la Chaudière-Appalaches, note Ann Gingras.« Avant, on disait je milite alors qu\u2019aujourd\u2019hui on parle d\u2019implication », relate Ann Gingras.Le militantisme syndical a beaucoup changé et se trouve en quelque sorte « précarisé », un peu à l\u2019image du travail.« Disons qu\u2019il y a moins de vocations », lance en boutade Yves Fortin.« En même temps, c\u2019est compréhensible avec l\u2019éveil entourant la conciliation famille-travail. » Il y a beaucoup de travail à faire selon la syndicaliste pour aborder des enjeux collectifs, mais c\u2019est loin d\u2019être impossible.« Par exemple, aujourd\u2019hui, aborder les questions relatives à la santé et à l\u2019éducation interpelle les gens en tant que citoyennes et citoyens, usagers des services.«?Ce n\u2019est plus strictement vu comme des enjeux sous l\u2019angle des conditions de travail des travailleuses et des travailleurs du secteur public et parapublic, raconte Ann Gingras.La défense de l\u2019accessibilité et de la qualité des services publics s\u2019est imposée comme un thème important dans nos assemblées et dans notre quotidien.» Revenir au jeu de base « Pour ma part, j\u2019aimerais qu\u2019on revienne au jeu de base.Le syndicalisme n\u2019est pas une business ni une compagnie d\u2019assurance.On doit convaincre les jeunes qu\u2019on est toujours un agent de changement.Par nos revendications et nos pratiques, on doit valoriser l\u2019action collective?», affirme Gilles Lamontagne, vice- président du conseil central.«?Nous devons continuellement dynamiser notre mouvement et faire en sorte que les plus jeunes aient une place pour demeurer un outil collectif représentatif.C\u2019est l\u2019enjeu qui est au cœur de la vie syndicale aujourd\u2019hui.» « Le défi, c\u2019est de faire le transfert des acquis apportés par le syndicalisme, non seulement au niveau des conditions de travail, mais aussi de l \u2019avancement social.Ce n\u2019est pas uniquement un transfert de connaissances, c\u2019est avant tout un transfert de valeurs?», déclare Yves Fortin.« Nous devons absolument aborder ces enjeux dans leur ensemble afin de continuer à évoluer dans une société qui se veut ouverte et solidaire et ainsi reprendre confiance dans l\u2019action collective », conclut Ann Gingras.Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec\u2013Chaudière- Appalaches.\u2013?Photo?: Louise Leblanc Yves Fortin, secrétaire-général du conseil central.Photo?: CCQCA Gilles Lamontagne, vice-président du conseil central.\u2013?Photo?: Louise Leblanc Le Comité des jeunes du Conseil central de Québec\u2013Chaudière-Appalaches (CSN) organise une deuxième édition du Forum des jeunes.Au menu?: des discussions sur la place des jeunes à la CSN d\u2019hier à aujour d\u2019hui et des idées pour dynamiser la vie syndicale et augmenter le sentiment d\u2019appartenance. 100 ans de compagnonnage! La force du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches (CSN) a grandement contribué à un Québec plus juste, plus équitable et plus durable.En 100 ans, plusieurs générations de militants ont nourri sans relâche notre construction collective.Longue vie à notre alliance précieuse ! \u2014 Gérald Larose, président Caisse d\u2019économie solidaire Desjardins "]
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