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Titre :
La nouvelle barre du jour
Éditeur :
  • Outremont :La Nouvelle barre du jour,1977-[1990]
Contenu spécifique :
Numéros 216-217
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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    Prédécesseur :
  • Barre du jour
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La nouvelle barre du jour, 1989, Collections de BAnQ.

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Conseil des arts du Canada et par le ministére des Affaires culturelles du Québec.La nbj est membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCOQ, C.p.786, succ.Place-d'Armes, Montréal, Qc, H2Y 3J2).Les copies des œuvres envoyées à la nb/ ne sont pas retournées.Toute reproduction interdite sans l'accord écrit de l'éditeur.© éditions nbj 1989 DÉPÔT LÉGAL: BNC/BNQ/04/88 ISSN 0704-1888 \u2019 & p= -\u2014 rrr .re wy we , 3, MS Hé Le »* a AA CS z Ce he \u201c Br FES TJ wo.Lo k ir ie a.ar em - _ Ps pa + ES -æ - ie Lt YN - 2 né fo a ce A vv PA, rar - Lie \u201c on EE hy ong \u201crem La 4 re ce ETS Se pray oF 7 - ns A 240) wo 2° = La > v 2 \u201c Seo a rl yi ave ei s Bl ne ce tot FE pete pd rr 2 SEH) qe a\" de Ta so Lar + LA Le ER ped Papa a ai IY Pi (re cs Ps pa wd vi 2 : _ de: 2 - Ps se Pr ne re oS e Ps RS pin Pa - \u2018 3 [ETSY = pa L ae a J A À Fk = ès AS = $ ha \u201cRS A ] ri LEE xy pA à = i Thr R ts = &.® = Ss, La premeditation de la mort est la préméditation de la liberté.MONTAIGNE Ps _ _\u2014_ rons A \u2026- ane .ro a 5 x _ _ 7 PRY prt \u201c_ Fr Th Po Ja - rt a 4 Pe tT oh o a roy = ayo Ar +.(etn pasa =r £7 \u2018x re +5 _- Let 23 Pe 84 20 1 fre ve he] bi ew tan RAR a.hy aa PE Exe Fa _ ME Mo { tÉXE ä PRACT Ry poi 2 rite] Z res = ra 2.ru Etat] Ree Ca 5 PES Fa 7) 10 er 1.N K : = rats.225 4 \u2026, \u2018 POS \u201d \u201c rex \u2014 \"2e EE ue rey TI OR Ç - ed em rw A 4005 «asa Bs = Ry RO SEE PERN pa L pap ERE \u2026 - ae - Pin re PE PRR RES) \u20ac CE ce EE a A a ET > he Sd A i Es == Lie TE co -\u2014 DEIR PE ded AE Rd - MAASAI) A+ pes Avant-propos » ci n ~ er Tes a RAA ave ~~ 2708 ms = + 65 a 5 a Ç - .RES Ç, arrete Ge, purs a 1 3 PY a put ex pr PA = RG Brey rer wn u * Ete Eve pe dE Dre 1 A PF 3 « - ne or eg RA h serepety Pian ate a CII Parr) Pept ere y RN - rr A re EX 257 AEE A \u20182 pata 9 ex rx A > LS ve 29 bd ot Rev 3 La Tasty 35 I) PASE PY LY 4 14h E NL SEERA A Or = = prs yee Pe pt FR eR ES Parure AL >.ces * oy a PYRE 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Vv Aa ead RE EE PLY J cp = Aer ry pre PNY BS or Py ato a, a ae _ pv a + Fa a acs 4 xX Ta sepa TIC Peas rei PY RIES RR A Pur PE entité LT ~ Wa Aly xh ac hg\u2019 vy rate XR Rhee _ ek PL et ptt TLe i A EYE 2 i P= § ample ry Ltd Lg RN res po prés ES po aS 25 0) PS ca Pe rs cu an a aies Cl Ro\u201d NR CRIN Sale Fa DE RS PRES Le sas Br Ba 42 .EY REY - fe. \u2014 _ a ag = PRPC \u2014 Pr Fan \u2014 rd Se a >.es 3 on Che PAY es ae, SARs pA Se Jo A - PRN RAO gy PAR PUA .PUSAN ps Nem oa IDI.ori PN Pare) a EUSA = PA - PPE Joy Pan pa re a pan A n 5 a = oe ; I ze P Caroline Bayard Les Genres E .et le Postmodernisme po Ca = pr , = 4 - À be + = ._ «wR EN ny 8 » ar re mu re MECS PRY PA > °° ao > ae et oS NN Xe wT tle Per > 2 wp id of Fy FE RIN \u201c à 72] ANNE Red re reer IER hor pres Ps - rave JOR NY PMP tps HM ey RPP ree s pa PA .A yr tipi ve rang MN PIE Ea Pd PRIS INP OR RN ACH a, a 5e mr = Ear Jo 0 63 ER es Jr pS I Gy ey fi 4 wx hE [Sarl Et PEE A a cars ae dy LT FA ap) - - J MS ae yy Se ala PION 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des genres (L'Espace littéraire, 1955, Le Livre à venir, 1959, L'Entretien infini, 1969) en un temps où la plupart d'entre nous eussent été bien en peine d'épeler ce mot même.Succederent a ces grands « chambranlements » théorico-critiques toutes les crises de légitimation que l\u2019on sait, les interrogations d'un Jean-François Lyotard 21 - od 1-3 hw d'a a A \u2014 rR per da ete Rp 4p IN De Ce > Ral \"and an (1973, 1983), d'un Jean Baudrillard (1973, 1976, 1985).- Du côté du postmodernisme, les interrogations par rapport au concept de genre avaient également fuse de toutes parts.Du côté de la littérature, l'Américain John Barth vient immédiatement à l'esprit (1980), mais on ne saurait ne pas inclure les artistes, musiciens, architectes qui ont soulevé ces questions (Achille Oliva, 1984, John Cage, 1961, 1970, 1981, Paolo Portoghesi, 1983) et jusqu'à la philosophie anglo-saxonne qui prend le grand tournant déconstructeur.Richard Rorty (1984, 1979) problématise le concept de genre et parle de texte indifférencié, général, de texte sans coutume, alors que du côté francophone, le critique Michel Beaujour notera le « rejet terroriste du genre dans la modernité postromantique » (Michel Beaujour, 1980, p.16).Poser la question des genres par rapport au post- modernisme relève alors presque des naïvetés d'un monsieur de La Palice : ne suis-je pas en train de vous enfoncer avec componction des portes joyeusement ouvertes depuis plus de deux-décennies ?- Vous faire lever de si bon matin pour vous déclarer que les genres sont morts et que le postmodernisme ne s'en porte pas plus mal relève d'une étrange présomption.Vous connaissez tous ici les paradoxes de la folle loi du genre déconstruits par Derrida (genres, identités sexuelles, nature et naturels démontés par lui, 1980)\", vous avez écouté Guy Scarpetta (1985), lu la Mort du Genre (1985) de Line McMurray et Jean Yves Collette et probablement pris connaissance des travaux de Linda Hutcheon (1986, 1987) et encore plus spécifique- 22 ment de ceux de Matei Calinescu (1977) sur l'érosion des distances qui séparent littérature et philosophie.Vous l'avez entendu parler de Marx, Freud et Darwin comme écrivains de l'imaginaire\u201c et il n'est jusqu'à la formule célèbre de Cioran sur Descartes « romancier postmoderne »* qui ne vous soit familière.Au risque de vous paraître une empécheuse de tourner en rond (non que je n'aime les rondes, le vide et les spirales), je prendrai le parti de réexaminer mes premières réactions, mon épidermique sursaut face à cette problématique, et je tenterai de déconstruire ce premier instinct (mien, mais sans doute aussi vôtre) afin de m'expliquer pourquoi à cette éblouissante transparence a succédé pour moi l'aveuglement.Nécessité donc d'opérer une marche arrière, un repli.Comment déconstruire l'aveuglante source de |u- mière constituée par le couple : genre/postmoder- nisme ?comment démonter l'évidente intensité de leur conjonction ?S'il n'existe plus de métaphysiques cavernes où nous réfugier, ne serait-il pas au Moins possible d'opérer un dé/Montage, « dépliement » de ce puissant hymen ?ou de la conquête/destruction du deuxième par rapport au premier ?Si je commence d'abord par scruter patiemment chacun de ces termes, à commencer par le pôle dominateur, où cela me conduit-il ?Qu'est-ce que le post- modernisme ?À supposer que le terme de consensus soit encore faiblement pertinent (et certainement Il en aura pris pour son compte dans ce processus*), il ne serait peut-être pas vain de vouloir tracer certains para- 23 aa Cut.\u2014 tg n0n Tx \u2018a hen Ig Vy CX elt .+ : ry NP csr DRS a b AWRY oll tb ep 2 ow a» A ca y ar) ™ LACE Aes ppb! re a el RE A + ESS ë eo Aie 13 RAVI Xe fir = v4 zo Sa CE Sadi at 2% py > p= PC RS Ne Atop Eu - pss fn | cos) me SES e PORTE car EE ER A casse EERE MERE RCE Ry mètres, quitte a les modifier ensuite.Les conflits et les - différences que suscite cette « condition », si je reprends le terme de Lyotard (1979), sont énormes.Il y a une certaine perception européenne (française, allemande, italienne mais aussi hollandaise et britannique de cet état), il y a la pression nord-américaine dans ce champ (et 1a les effets sont triples, É.-U, Québec, Canada anglais) et finalement l'autre Amérique, le Sud, muet sur la théorie, mais certainement pas absent par rapport à elle puisqu'il se déchaîne dans des textes dont ceux de Puig, Märquez sont les plus connus (Mais non bien sûr les seuls).Je me limiterai ici au champ de la création littéraire et laisserai les découpes de l'architecture italienne, les errements du cinéma en tant que forme d'art et méme \u2014 quoiqu'a regret \u2014 la performance, forme dont je ne saurais dénier la radicale interrogation par rapport à un corpus que l'on pourrait qualifier de littéraire.Nécessité donc de se replier sur le postmoder- nisme et le texte littéraire.Mais comment poser des termes aussi intrinsèquement fuyants, errants, comment fixer ce qui est un vibrato anti-définitionnel ?Si j'accepte donc \u2014 à regret \u2014 la nécessité d'un tracé de points situationnels, comment est-il possible de placer, quitte à les déplacer, les termes de postmodernisme d'une part, de Genre d'autre part ?Pour commencer par ce dernier, je proposerai comme référence/point d'appui la suggestion apportée par Todorov (1977): à savoir que le discours humain peut être considéré comme l'horizon original des genres (p.60) et que les actes de 24 l'horizon original des genres (p.60) et que les actes de parole et leurs transformations seraient à la base de l'identité du genre (voirici réf.de Todorov aux études de Philippe Lejeune et Elisabeth Bruss, ibid., p.59).Bien sûr, pour devenir un genre littéraire, ce contrat initial doit subir de nombreuses transformations.Et Todorov de nous rappeler qu'il n'y a peut-être pas un abime entre la littérature et ce qui n'est pas elle, que (trait que nous ferions bien de ne pas oblitérer de notre mémoire) les genres littéraires trouvent leur origine tout simplement dans le discours humain (/bid., p.60).Si l'on accepte ces très larges paramètres par rapport au genre, comment examiner ceux du postmoder- nisme ?Si, comme le souligne Philippe Lacoue-Labar- the, pour Jean-François Lyotard le postmodernisme c'est l'inventio permanent de règles, le ludisme perpétuel et la jonglerie de procédures®, comment pourrait-on ici entretenir une illusion de totalisation en prétendant établir en ce lieu un point de départ possible et précis Sile postmodernisme nous fait donc errer dans l'indéterminable (Hassan, 1978), le polymorphe, l'immanent et le disjonctif (Hassan /n Garvin 1980, p.123) n'est-il pas absurde de vouloir lui trouver de flottants points d'ancrage ?Nécessité de choisir.Par inclination.Instinct et subjectivité.Je n'ai pas recherché un consensus possible sur le postmodernisme, mais parmi de multiples postmodernismes, des tracés spécifiques, ceux qui m'ont convaincue le mieux, ceux qui m'offrent un parcours sur les trois continents mentionnés ci-dessus (les 25 + q Rr RS oo w or I Arr OUNCE TS EEN a ANAT er WE BN AOL A = arte, A EE CEN PUN PEN Ce + ca M ea EE à de temps (en gros trois décennies).Je n'ai donc pas - établi une compilation des origines de ce terme°, mais j'ai tenté de fonctionner pragmatiquement (et subjectivement je le reconnais) dans la continuité de son parcours.Peut-être s'impose du reste ici un repliement par rapport à \u2014 et sur \u2014 d'autres termes.Jusqu'en 19/9, postmodernisme s'emploie surtout dans un contexte anglophone.Lyotard (79/83, etc.) et Scarpetta (1985) vont changer cette situation, mais la changer par rapport à des jalons quelque peu différents : la modernité et le récit des Lumières pour le premier, l'avant-garde et ses aspirations à la pureté, à la rigueur, à l'ascétisme, à l'utopie révolutionnaire pour le deuxième\u201d.Mais le contexte d'avant 1979, essentiellement anglo-américain, définissait le postmoderne par rapport au terme « Modernism», pas modernité et certainement pas non plus avant-garde, réflexe conceptuel qui n'a pas ou peu fonctionné avant les années vingt dans l'univers anglo- américain®.Le champ de ce « modernisme », comment le situer par rapport à ce post-on'ne sait quoi: successeur, nemesis, conquérant, cousin ?Évidemment les dichotomies ont eu beau jeu entre les deux schèmes.À commencer par Ihab Hassan qui n'hésite pas à établir carrément deux colonnes, illustrant les polarités des paradigmes modernisme/postmodernisme.26 Modernism Romanticism/Symbolism Form (conjunctive, closed) Purpose Design Hierarchy Mastery/Logos Art Object/Finished Work Distance Creation/Totalization/ Synthesis Presence Centering Genre/Boundary Paradigm Hypotaxis Metaphor Selection Root/Depth Interpretation/Reading Signified Lisible (Readerly) Narrative God the Father Symptom Genital/Phallic Paranoia Origin/Cause Metaphysics Determinacy Transcendence Postmodernism Pataphysics/Dadaism Antiform (disjunctive, open) Play Chance Anarchy Exhaustion/Silence Process/Performance/Happening Participation Decreation/Deconstruction/ Antithesis Absence Dispersal Text/Intertext Syntagm Parataxis Metonymy Combination Rhizome/Surface Against Interpretation/Misreading Signifier Scriptible (Writerly) Antinarrative The Holy Ghost Desire Polymorphous/Androgynous Schizophrenia Difference-Differance/Trace Irony Indeterminacy Immanence® 27 ll nuancera par ailleurs ce dualisme radical lorsqu'il nous rappellera que « Modernism » et « Postmodernism » ne sont pas séparés par un rideau de fer ou une grande muraille de Chine'®, que |'histoire est un pal- iImpseste, que la culture est perméable au passé/présent/ futur\u2018! et qu'une période est une construction simultanément diachronique et synchronique\"*.Mais disons que la fameuse période traditionnellement perçue comme personnifiée par Thomas Mann, T.5.Eliot, Ezra Pound, est loin de correspondre à la perception que des Européens (Lyotard/Habermas/Scar- petta) peuvent avoir du concept de modernité.Je ne peux, ni ne veux, m'attarder sur ces problèmes complexes de périodisation (à savoir qui s'insère dans l'un ou l'autre des paramètres rigidement définis, Joyce appartient-il ou n'appartient-il pas à l\u2019une ou l\u2019autre de ces mouvances esthétiques ?les nouveaux romanciers français et Artaud sont-ils à la charnière du premier ou déjà précipités dans le puissant creuset du deuxième ?) ; ces questions ont été largement-débat- tues par d'autres que moi.Je préfère vous en offrir les rétérences'*, Mais revenir à Mon provisoire et pragmatique tracé du postmodernisme pour me centrer sur son rapport aux genres, ses différentes énonciations.Il est bien sûr possible de formuler une proposition pragmatique par rapport au postmodernisme : quels sont ses vecteurs les plus marquants, ceux qui nous permettent de démarquer le mieux ce champ-là ?C'est un peu ce que je tenterai de faire aujourd'hui, tout en convenant qu'il est possible que vous et moi ne nous 28 rencontrions jamais dans ces salles aux pas perdus, superposées dans des étages non communicants que sont les divers postmodernismes.|| y a cependant des questions qui ont été posées à des moments différents et qui ont peu à peu contribué à certaines convergences.La délégitimation clairement amorcée par Lyotard (1979) prend tout naturellement acte de l'abandon des universaux, à fortiori d'une métalangue universelle (opus cit., p.67) et il s'ensuit son corollaire inévitable : la perte de la maîtrise, la perte du contrôle, non seulement des postes de commande culturels, mais aussi économiques, techniques, politiques.La perte de ces contrôles, de ces capacités à Maîtriser a été diagnostiquée, scrutée sous des angles multiples eta naturellement provoqué des programmes, à gauche comme à droite, de récupération et de réajustement**.À gauche, on entendra bien sûr Habermas (1981) et surtout Jameson (1982/1984) qui nous exhortera à faire renaître le récit en tant qu'acte socialement symbolique, mais aussi le récit de légétimation marxiste, |e récit de la lutte collective de l'humanité pour arracher ce qu'il énonce comme «a realm of Freedom from a realm of Necessity » (The Political Unconscious).Certainement, les écritures des femmes avaient déjà ouvert bien large cette brèche, avant Lyotard et cie, et en ont élargi bien des paramètres.En remettant nombre de topographies psychanalytiques et philosophiques en question (Cixous/lrigaray/Sarah Kofman), ces écritures, ces pratiques féminines, ce qu'Alice Jardine dénomme, ce que je trouve être un heureux néologisme, Gynesis 29 (1985), les femmes se placent d'elles-mêmes dans-un - discours.L'objet perdu qui émerge de ce processus n'est finalement ni une personne ni une chose, mais un - horizon, un « gynema/effet de lecture », ce qu'elle dénomme «a woman in-effect that is never stable and has no identity » (Gynesis, p.25).Et il conviendrait aussi de mentionner ici que Jardine place en équation modernité et postmodernisme en y incluant l'avant-garde (opus cit.p.14 et aussi p.222-225) tout en reconnaissant que ces chemins définitionnels sont bourrés d'embûches\"*.Mais je crois qu'il est important de prendre acte de ces différenciations quitte à différer pour l'instant tout jugement.Si donc le sujet, la vérité, l'Homme ne peuvent être que problématiques, où cela nous laisse-t-il donc en notre âge « dit» postmoderne par rapport au(x) référent(s) et à ce qu'il a été convenu d'appeler Histoire ?Calinescu (Garvin, 1980) ouvre le champ de cette problématique en notant que, dans notre contempora- néité, le passé ne peut plus-qu\u2019étre pluriel et-que si, dans des cultures aussi pluralistes que les nôtres, nous continuons à chercher l'irréductible épistémé de notre temps, ce qu'il appelle « the great stylistic matrix », c'est bien entendu notre droit, mais reconnaissons en l'occurrence que ce que nous trouverons ne sera qu'une fiction parmi d'autres.Admettons aussi, continue Cali- nescu, la pluralité de ces univers et le fait que chacun d\u2019entre eux, pour donner plus de force à sa petite histoire, ait envie d'écouter celle des autres.30 TRIO ET CIE AE Oe Dans ce contexte, l'intellectuel américain qui a eu l'impact le plus remarquable sur le concept de postmo- dernisme par un réexamen du concept d'histoire a probablement été Hayden White.En forçant la reconsidé- ration de la notion de « perspective historique » par un examen des théories et pratiques de l'histoire contemporaine, White a finalement mis à jour le fait qu'il y a autant de perspectives sur l'histoire qu'il y a d'approches critiques en études littéraires.Et lorsque W.J.T.Mitchell, l'éditeur de Critical Inquiry (Spring 1986), vise le pseudo talon d'Achille des déconstructionnistes \u2014 Le.leur déficience en matière de conscience historique'® (voir White, 1986, p.481) \u2014 Hayden White rétorquera que « what is at issue is not the interpretation of the facts but the nature of historical factuality itself » (p.483) ou, spécifiquement, le « factuel de l\u2019histoire ».Cette dernière n'est plus à l'abri des questions épistémologiques qui ont déstabilisé d'autres champs'\u201d.Tout en prenant acte des contributions de Foucault, Barthes, Derrida à ces remises en question, Hayden White s'adresse spécifiquement aux historiographes, historiens, spécialistes de l'histoire littéraire dans sa culture.Il tente en effet de les inciter (souvent du reste sans succes'®) a reconsidérer leur éternel appel à l'histoire, pseudo-arbitre neutre susceptible de déméler leurs querelles.Lorsqu'il critiquera la vision partagée par Wayne Booth et M.H.Abrams'® sur la question du Romantisme anglais (pour ces deux critiques en effet, ilest possible, faisable même d'élaborer l'histoire définitive d'un phénomène aussi complexe), Hayden White 31 CR A Rr RY .IT Fr 3 \u201cRainy Gi ° 3 a, PE co 5 Te ; 5 J _.iy a \u2014 ; a Er WC de + on CER yon NAY \u2014 2 dL a ne FoR Te LN RNR J SANS POSTE NRA a rentes ES sert A 5 0.3 .A « 8 Fa od RE = a a.m eon WORT REE TET TT Te, LT les mettra finalement en demeure d'admettre que de - telles catégories littéraires (Romantisme anglais/ Symbolisme francais) ne sont pas des descriptions d'événe- ments réels et vrais mais des interprétations(je souligne), c'est-à-dire une certaine manière d'imputer une signification à des événements en les transformant en récits, sous une forme reconnue, identifiable et également aussi culturellement spécifique (et ici je crois que les rétérences à Paul Ricœur seront évidentes, voir: White, 1986, p.487).Pour Hayden White, il n'y a donc pas, ou plus, un sens de l'histoire, «out there », quelque part |à- bas, sous la forme d'une histoire qui n'attendrait que l'historien capable de la dégager/ détacher de sa toile de fond et d'identifier l'intrigue et le fil conducteur détenant son sens.C'est peut-être à ce point précis qu'il est possible de réexaminer le postmodernisme et ce qui peut-être dénote le mieux sa particularité : non le fait qu'il nie/ dénigre ou vienne après le modernisme, mais plutôt qu'il accepte les perspectives-de ce dernier comme une possibilité parmi d'autres (Matei Calinescu in Garvin, 1980, p.108).Nos critères de périodisation/linéarité (.e.:l'historicisme qui nous fait percevoir chaque époque comme étant caractérisée par un type esthétique dominant) nous portent évidemment à chercher l'irréductible matrice de notre époque (et il serait du reste tentant de présenter le postmodernisme comme le discours du présent*°).Si forte soit la tentation, je préférerai m'en détourner un instant et admettre simplement qu'il y aura toujours de la place pour un tel monisme, mais que 32 Je préférerai \u2014 avec Calinescu \u2014 percevoir une telle perspective comme une histoire parmi les autres, une fiction entre d'autres fictions.Avant de pouvoir parler d'Histoire, parlons donc de discours pluriels et, comme le souligne Craig Owens (1980, p.67), acceptons donc de passer de la troisième aux deuxième et première personnes (référence ici faite à Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, p.237-250).La différence entre le modernisme et son cousin « post» s'est inscrite aussi en ce lieu.On observe un gommage, un effacement de la ligne ontologique que le modernisme a traditionnellement tracée entre la littérature et l'histoire.Et je ne puis ici que souscrire au jugement d'Allen Thiher (1984) qui a noté qu'en dernière instance, le texte moderniste se choisit une dimension référentielle qui fait que l'histoire soit le point d'aboutissement qui nous permette de déterminer le sens de l'œuvre*!.Si ultimement la quête d'une essence chez Proust est autant une tentative de transcender l'histoire que l'utilisation du mythe par le Joyce d'Ulysse, cependant l'inexorabilité des lois temporelles et leur déroulement ont le dernier mot dans À /a recherche du temps perdu.De même que ce sera finalement l\u2019irréductible spatialité historique qui inscrit Ulysse dans une journée chronologiquement située en la ville de Dublin.Dans les textes postmodernes, la narration historique, l\u2019ontologie ne reçoivent pas de statut pareillement privilégié.L'Histoire y figure comme un discours parmi d'autres, un jeu de langage dont les règles sont peut-être différentes, mais sans qu'il leur soit en au- 33 Sz J = Send a Ja ciate Soe JERR © ea atu 5, cune manière conféré une quelconque priorité.Etl'énrer- - gence presque simultanée de la photographie et des théories modernes du langage n'est pas dénuée de - signification à cet égard, puisque la deuxième moitié du XIXe siècle verra apparaître (1) un discours qui de par sa nature remet en question la pensée essentialiste, (2) une technologie qui, en rendant possible la création d'un nouveau discours, saisit dans le présent, dans l'instantanéité, la traduction d'un passé.De tels effets, de Saussure à Niepce, introduisent un déplacement dans la typologie occidentale des discours.Notons toutefois, nous rappelle Thiher, que de tels déplacements se produisent également au moment même où Hegel transcrit sa théorie du réel absolu sur les pages de l'Histoire et où le réalisme et le naturalisme se présentent aussi comme la démonstration, l'illustration de l'essence de la réalité.Ceci dit, le rôle de la photographie dans les textes postmodernes est peut-être aussi une manière de tester cette relation ambigué entre ontologie et écriture (Thiher, 1984, p.191).J'y reviendrai dans un moment.Ce que je voudrais souligner pour l'instant, c'est que le postmodernisme n'a pas évacué le rétérent comme une certaine avant-garde francophone a été tentée de le faire (de Tel Quel, de Philippe Sollers aux expériences poursuivies par la Barre du jour et la Nouvelle Barre du jour au cours des années soixante et soixante-dix), ne l\u2019a pas non plus mis entre parentheses comme le modernisme anglo-saxon, mais l'a probléma- tisé.C'est Owens (1980, a) qui a noté que les théories modernistes présupposent que mimésis, adéquation 34 au réel, adéquation de l'image au référent puissent être placées entre parenthèses, suspendues quelques instants de telle sorte que l'objet d'art ou le texte modernistes soit métaphoriquement substitués à leurs référents.Par contraste, le postmodernisme n'écarte ni ne met entre parenthèses de référent, mais pose des questions à l'acte référentiel lui-même, suscite plusieurs axes de référence possibles*\u201c.L'exemple que donne Owens d'une telle procédure dans le domaine du post- modernisme touche à la photographie, Mais cet exemple est pertinent pour ce qui nous intéresse aujourd'hui.|| concerne Sherrie Levine qui, dans une exposition, a sélectionné, monté, encadré des photos d'Andreas Feininger (photos de paysages de rivières, d'arbres, etc.).Elle s'est donc appropriée les travaux d'un autre photographe et ce, dans le but de démontrer à quel point notre concept de nature est déjà déterminé par un système de valeurs culturelles qui lui assignent une position spécifique (Owens, 1980 (b), p.66-68)**.Cette propension à détourner, absorber, inclure et dévoyer réapparaît certainement dans le postmoder- nisme britannique.C'est Richard Todd (Fokkema, 1986) qui observera l\u2019utilisation qui est faite du réalisme réaliste, de la mimétique invoquée par les écrivains du «Movement », dans les années cinquante, à une époque où le repliement de la Grande-Bretagne sur les problèmes sociaux de l'après-guerre, sur le tissu politique de cette période avait produit une littérature pour démocraties du Welfare State, pour démocraties en proie aux apréès- coups de la décolonisation (Todd in Fokkema, p.99- 35 103).Et dans ce processus le solipsisme, la clôturerde - l'écriture d'avant-garde, expérimentale, marginale (Toda faitréférence ici à des auteurs tels que Christine Brooke- Rose, B.S.Johnson, Alan Burns) s'entament, s'entremêlent, se contaminent d'autres modes.Le réalisme mimétique et la métafiction ne sont plus les pôles commodes de la typologie critique, le « postmodern enterprise », comme le dénomme Todd pour la Grande- Bretagne s'engage donc dans un processus de pro- lfération stylistique et de transformations génériques (Todd in Fokkema, p.105).|| faut aussi ajouter à cette Interaction, celle des discours critiques/discours fictifs dont Malcolm Bradbury et David Lodge seraient les exemples les plus explicites.Leur évolution est révélatrice, elle ira d'un réalisme direct (The British Museum |s Falling Down, 1965) à l'utilisation de techniques plus complexes, à une certaine pratique de ce que Todd appelle I'indéterminable (« indeterminacy », Todd, p.107) dans Stepping Westward (Bradbury, 1965) pour aboutir a l'infaillible technique postmoderne du romancier qui ertre dans la ronde narrative comme un imprésario hesitant (The History Man, Bradbury, 1975).Je passe sur les jeux métafictionnels (intertextuels, double circulation discours critique-discours fictionnel) si fréquents chez Muriel Spark et Anthony Burgess** (après tout le modernisme lui aussi avait fait ses choux gras du méta- fictionnel), je glisse aussi sur la résurgence d'une fiction historique centrée sur un passé colonial et impérial (Inde/ Irlande) qui se déplace imperceptiblement vers le postmoderne (voir, par exemple, les romans de 36 _ J.G.Farrell, Troubles (1970), The Siege of Krishnapur (1973), The Singapore Grip (1978) qui, si soigneusement documentés qu'ils soient, échappent aux « dangers » de prétentions réalistes et rigides en utilisant de manière simultanément comique et subtile des codes stylistiques placés au premier plan, le gothique et le cinématique en particulier).Todd dira que l'effet produit est un réalisme métissé de fantastique (« a postmodernist combination of the fantastic and the incrustable », opus cit, p.112).Je passe aussi sur l'énorme contribution de John Fowles à ce processus (elle a été analysée et commentée trop longuement pour nécessiter plus qu'une mention ici)?°.Je dirais simplement pour conclure ce bref passage sur le postmodernisme en Grande- Bretagne qu'il y eut à la fois collusion et symbiose entre différents discours de fiction : la parodie, les auto- références, les références textuelles, les solipsismes et le réalisme, la fiction historique et sociale, les modes fantastique et gothique, la science-fiction.Les récentes explorations de Doris Lessing et Angela Carter vers cette dernière illustrent bien ces tendances (voir: Todd, opus cit., p.114-115, et ses commentaires sur Iris Murdoch et The Black Prince, texte qui confronte et défie les problémes du solipsisme).Qu'en est-il du postmodernisme et de ses genres dans des pays aussi différents que l'Allemagne, la Colombie (Amérique Latine) et les É.-U.?Disons que pour les cultures mentionnées ci- dessus, l\u2019histoire est une des énonciations qui joue à la récupération d'un passé (« retrieving the past», nous dit 37 a Thiher, 1984) et le terme est dépourvu des consonances polémiques de ce terme en français, mais non de ses résonances écologico-politiques [garbage retrie- - val versusarta Povera (ltalie)].Thiner soulignera d'ailleurs que cette pulsion est partagée par les Latino-Américains et les Allemands, que c'est un effort par lequel le texte se fait tentative de conférer à des chroniques sur des défaites un sens qui répondrait à des besoins présents (Thiher, p.200).À l'impossibilité d'écrire l'histoire énoncée par le Roquentin de /a Nausée, à cette méfiance/impossibilité radicale de sa fonction (voir: Thiher, p.199) succède la conviction que l'absence d'histoire est finalement aussi Intolérable que son exces (ou ceux d'une vision hégélienne et téléologique de l\u2019histoire).À la conscience de Roquentin qui ne peut voir que le présent et pour lequel tout ce qui n'est pas présent n'existe pas, succède le sens d'une autre nécessité: la tentative de comprendre les cultures et sociétés produites par l'Histoire et dont les « situations lamentables exigent une tentative d'explication » (Thiher, p.199).ll est clair, bien entendu, que cette histoire est une commodité encodée elle aussi dans et par des discours reçus, mais néanmoins tel est l'enjeu : aller au-delà de l'anomie sartrienne du texte totalement présent et jouer des jeux de langage qui défierontl'oblitération de ces passés.Grass et Chotjewitz se débattent avec cette notion de passé collectif et leurs textes semblent motivés par le désir de se faire déformations/distorsions/dénaturations/altérations d'une histoire reçue: celle de l'oubli.Chez tous deux, on 38 ne peut que noter le violent rejet d'une quelconque structure rationnelle de l'histoire, d'un quelconque processus intrinsèque au développement historique.Ce dernier se dévide/ déroule dans une grotesque prolifération comique de textes monstrueux.Je fais référence ici aux Années de chien et au Tambour de Gunther Grass et au Roman (1968) de Peter Chotjewitz (sous- titré Einpassungmuster: modèle d'essai), ce dernier joignant photos et textes (textes souvent reproduits sériel- lement sous forme de papier carbone) (voir: Thiher, p.191).Roman nous offre les photos d'un jeune homme nu aux lunettes cerclées d'acier, l'intellectuel allemand dans des poses variées et aussi celles de souliers neufs, usés, vernis, éculés.C'est une méditation sur le passé allemand (« Première Guerre, hiver de choux, Révolution qui n'en fut pas une, République qui n'en est jamais devenue, paix impossible, Freicorps, Spartacus, Nojke, l'assassin des ouvriers était aussi un social- démocrate ») (Chotjewitz, cité par Thiher, p.240), mais une méditation dont l'immédiateté des photos mine le sens.En présentant uniquement l'image ordinaire d'un nomme nu, naturel, dépourvu d'histoire et celle de chaussures empilées, entassées en état de pourriture avancée, individuellement scrutées (y compris une triste palme de plongeur), Chotjewitz nous pose un certain nombre de questions ; est-il possible de déterrer le passé comme un vieux trognon de chou ?Que faire de ce passé pourri, passé implicitement lié au père qui lui a jeté sa chaussure à la figure lorsqu'enfant il a refusé d'aller bêcher (creuser ?) la terre du jardin ?Romana été 39 x HA fs in \u2018ap er - 3448 : x ME Lu - - _\u2026.RI Ir gl se\u201d Ne pies or st ap Ee pa ; sc F5 pe 4 INT etre EE ee a rte Fs wb Jat pg Lap © oy, - RY.; PE de re Se AS ay Bart Le A ner CE ape tete 2k) RC ay \u201c .oh >.oes - _ \"date.REE sess Ep ; Sad pe \u201c _ : PRA pis n 2 ~ 3 Ll q 4 oc gpep\u201d oY A A TOPE a RT BEA SEEN LPR SY aR dvi ah successivement décrit comme une litanie sur le mode pop, une autobiographie, une pure fiction, une histoire archéologique du passé allemand, mais aussi un jeu expérimental « ein passungsmunster ».D'aucuns ont suggéré qu'en poussant le langage à rectifier la présence absurde des photos, Chotjewitz construit des séries parallèles qui finalement montrent que l'histoire n'est qu'une de ces séries possibles de discours et peut-être même une série inférieure, mais qu'elle existe aussi comme ce par quoi on tente de rendre compte du passé, d'en faire le décompte, qui sait, de régler ses comptes avec lui.Ce sera cependant avec Der Butt de Gunther Grass, texte qui se choisit pour locus les marécages poméraniens que la vision hégélienne de l'Histoire en prend le plus pour son compte.Conte sur le règne des textes (dans ce cas, un conte allemand qu'on retrouve dans la collection des frères Grimm), conte qui aurait dominé le déroulement de l'histoire prussienne et pomé- ranienne avec la ténacité de la métaphysique heidegge- rienne, il est aussi la chronique de l'émergence du phal- logocentrisme.Le principe mâle serait donc apparu en Poméranie, sous la forme d'un poisson (Der Butte) qui aurait permis au mâle préhistorique, en la personne de notre narrateur de Danzig, de se libérer du pouvoir féminin alors dominateur.Ce sont par conséquent sur le principe masculin et l'écriture appropriation de l'histoire par ce principe que Der Butt passe un jugement (ou contre lesquels il inscrit un procès).|| semble y avoir ici la volonté de régler un contentieux avec l'Histoire, en 40 Ail no ME questionnant la récurrence de ces textes qui se répètent les uns les autres, la récurrence éternelle des mêmes archétypes irrationnels.Postmoderne, Der Butt l'est parce qu'il démystifie/déconstruit les mythes déterminants de la culture occidentale, mais y apporte aussi une volonté d'exorcisme : le désir de démystifier ces démons de l\u2019histoire allemande, qui ne veulent pas se laisser nommer sauf sous forme de paraboles négatives.Certains ont suggéré une inverse symétrie entre Gunther Grass (bourré/coincé/constipé d'histoire) et Garcia Mârquez dont l'histoire, tout en se déroulant comme une récurrence d'atrocités, n'est pas inscrite, pas consignée dans un manuel et s'avère donc située dans un au-delà du langage et du sens.Avec Cent ans de solitude, l'Histoire devient l'écriture qui inscrit sa propre chronique ainsi que la fin de celle-ci.Le parchemin de Melquiades prédit la fin d'une famille ; il constitue le texte romance de l'histoire avant qu'elle ne soit écrite dans les événements décrits par le roman.Ces événe- ments sont la chronique d'un éternel retour, tandis que le parchemin est un métatexte qui ne sait que prédire (ou donner la diégèse, ce qui revient au même), la chute d'un peuple entier dans l'oubli.Perçu comme la dramatisation de la chute du logos hégélien, comme une anti- eschatologie qui défait l'histoire occidentale de ses sources bibliques à Marx, Cent ans de solitude ne nous laisse pas d'illusions sur une quelconque ou possible rédemption et l'Histoire n'y est réduite qu'à l'inscription de sa propre chute.C'est ce que Vargas Liosa a appelé une forme de déicide?®; puisqu\u2019en détruisant le déroule- 41 ~ rape ER -r bud 0 NA ns or Ap NEE AE bo eed 2 = - er ~ LRT EN.ro vee 04 » FA re J PES ee \u2014 JOR LE Te rr YL CE AE PP Sayer Eg REY LR A oak ment de l'Histoire manifeste du Logos, c'est finalement - Dieu que l'on détruit.Au rêve moderniste de transcendance (artistique/romanesque/éthique) aurait donc succédé le geste antithéologique postmoderne, le texti- cide\u201c\u2019.Aucun discours ne reçoit de traitement privilégié ou même de rang ontologique préférentiel dans cette course à la chute et à l'oubli.Si le Canada anglais n'a pas connu la même récurrence de violence, de patriarches caudillos et de violentes révolutions manquées, Il a néanmoins, lui aussi, une génération d'écrivains formés par la décennie des années soixante, qui ont vécu les convulsions des grands récits.Les jeux métafictifs que le modernisme de Proust à Faulkner avait rendus familiers à cette génération ont été absorbés par des écrivains comme Rudy Wiebe, Audrey Thomas, Michel Ondaatje et George Bowering et ce ludisme métafictionnel s'est fondu dans la trame de questions plus spécifiquement contemporaines : à savoir l'incapacité dans laquelle nous sommes d'accepter l'Histoire eomme une donnée naturelle et évidente.Cela nous donne The Temptations of Big Bear ou The Scorched-Wood People dont la multiplicité de perspectives sur les textes du passé nous refuse toute vision unitaire sur Big Bear, sur Louis Riel.Linda Hutcheon?® a résumé les changements qui ont affecté le tissu et la trame de notre culture au Canada lorsqu'elle a dit que finalement de tels textes nous forcent à repenser, à questionner la doxa qui a été nôtre, qu'ils rendent problématique ce que la majorité des lecteurs de Vancouver à Toronto a toujours trouvé 42 naturel.Ce qui hier était transparent est devenu aujour- d'hui opaque, a-t-elle dit.D'ou, à son avis, le renouvellement, l'exploitation des conventions réalistes par les Canadiens anglais.Et elle montrera le contraste de ces effets avec la « surfiction » américaine et les jeux carnavalesques de langage de la fiction québécoise\u201c?chez Réjean Ducharme.Le résultat de ces parodies et subversions des conventions réalistes a été, dit-elle, un scepticisme grandissant quant à la possibilité d'établir des distinctions entre biographie/fiction/ poésie etprose.Les glissements continus entre le vécu, le créé, la vie textuelle et la vie artistique, ce métissage des modes et des genres n'est pas unique aux Canadiens, mais l'exploitation systématique des conventions réalistes les démarque clairement de leurs contemporains américains.Évidemment l\u2019on ne peut déconstruire que ce que l'on a.Culturellement, la littérature américaine dispose d'éléments à priori différents de ceux qui étaient présents ici*°.L'une des tendances générales du post- modernisme étant de retourner contre elles-mêmes les approches et techniques modernistes, la littérature américaine qui fut particulièrement riche dans le développement de cette esthétique jouit évidemment d'une mine de possibilités qui vont bien au-delà de la pratique circonspecte, précautionnelle et mesurée du réalisme par les romanciers*' canadiens des années quarante et cinquante.Theo Van D'Haen*\u201c en comparant les textes d'Eliot, Pound et Faulkner à ceux de Donald Barthelme, Richard Brautigan et Thomas Pynchon, a expliqué que ces derniers ne fonctionnent jamais sous l'égide d'une 43 logique explicative, d'une globale rationalité, qu'il sa- - gisse d'histoire, de mythe ou de psychologie.Car pour l'écrivain postmoderne, l'unité de ceux-ci n'est que parfaite artificialité, intéressant mensonge.Ainsi que l'énonce Donald Barthelme dans sa nouvelle « See the Moon » (voir : Van D'Haen, opus cit., p.220), « Fragments are the only form | trust ».Pour lui, et d'autres, les fragments sont là dans leur matérialité, leur chosité.Il est devenu impossible de les insérer dans de plus vastes totalités, car celles-ci ont été inventées de toutes pièces et il nous est tout simplement impossible d'y croire.Et ici Barthelme retourne contre elle-même la célèbre formule d'Henry James, formule qui pourrait bien résumer le modernisme, lorsqu'il dit « chercher le motif dans le tapis ?mais y a-t-il autre chose que du tapis ?» (Snow White, 1967, p.129).La multiplicité et l'éclectisme du postmodernisme américain sautent aux yeux dans les textes d'écrivains comme Barthelme et Pynchon.Le premier réunit textes et photos, joue avec différentes typographies, différents caractères d'imprimerie pour des fragments qui ne semblent liés par aucune logique.Le deuxième intercale des textes de chansons pop avec sa propre fiction (voir : Gravity Rainbow), des images de film, celle de l'histoire du narrateur/lecteur projetée sur un écran et racontant, schizophréniquement, sa propre narration.ll y a chez ces auteurs une exubérance, une énergie, un souffle vivifiant qui portent aux excès, à la surabondance de sens, à la pléthore de significations, d'effets qui en se multipliant, en se chevauchant font 44 .oo.OPE RCE obstacle non seulement à la possibilité d\u2019une univalence Interpretative, mais à l'émergence d'une vision globale possible du texte.Comme le dira Tom Weselman, « The fragments trade on one another while each one acquires or conserves its own intensity » (voir : Van D'Haen, opus cit., p.223).Le sens n'y figurera donc plus comme l'espace d'une réalité partagée, mais plutôt comme la problématique épistémologie d'un individu ISolé dans un univers arbitraire et fragmenté.C'est la problématique de Gravity's Rainbow (Thomas Pynchon), de Letters (John Barth) ou de The Public Burning (Robert Coover).Leurs fragments coexistent avec les objets les plus banals, les plus ordinaires de notre culture : films (Gravity's Rainbow), radio et télévision (The Crying of Lot 49), paralittérature et science-fiction (de Kurt Vonnegut Slaughterhouse 5 et Cat's Craddie), western (Welcome to Hard Times d'El Doctorow), voire même pornographie et sado-masochisme (Virginia de T.Hawke).Point de vision épiphanique, de révélation, ni même de récupération d'énergie et de santé mentale dans ces textes.Les héros de Richard Brautigan et de Thomas Pynchon ne ressortent que comiquement et profondément déprimés de ces expéditions de chasse et de pêche qui étaient une renaissance pour ceux d'Ernest Hemingway.Dans V de Pynchon, c'est le Faulkner d'Absalom, Absalom qui en prend obliquement pour son compte.Alors que comme l'immense majorité des héros du modernisme, le sudiste Quentin semblait à la fin du roman avoir acquis une certaine vision, un horizon in- 45 em AN [IR 14 OREN EE EE IE SPRITE Th ET ST TA térieur (le grand récit de la psychologie offrant ainsi au lecteur un cadre unificateur qui lui permettrait d'organiser la narration), chez Pynchon, l'un des protagonistes, Hubert Stencil, essaie explicitement de faire la même chose, mais n'arrive pas à reconstituer l'histoire de V, ou peut-être se résigne-t-il à ne pas la reconstituer, par préférence, par choix (?).Un autre protagoniste, Benny Profane, qui a traversé toute une série d'expériences (finalement assez comparables à celles du Quentin de Faulkner) répond à la question : \u2014 Avez-vous tiré quelque chose de ces expériences ?\u2014 Bof non, je dirai plutôt que je n'en ai fichtrement rien appris\u201c.Adieu roman d'apprentissage, adieu récits de légitimation psychologiques.Si le sens comme univalence, cohérence homogène, se refuse à ces textes, cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas de signification.Mais c'en est une qui remet en question le fonctionnement du sens dans notre culture.- .Ce que certains ont nommé le double encodage3* du postmodernisme, une esthétique qui utilise des artefacts, des fragments appartenant à la culture populaire (par exemple, les fameux « Two cheeseburgers with everything » de Claes Oldenburg) fait certaine- mentappel au consommateur en nous, celuiquiacheéte, avale, absorbe.Mais simultanément de tels textes ironisent sur ces artefacts, les parodient et, ce faisant, font appel au lecteur-critique, à la cinéphile qui aurait vu Casablanca avant de rire de Play it again Sam de Woody 46 > Allen.Disons donc, dans la foulée de Stanley Fish, qu'ils font appel à de multiples communautés interprétatives et ce, dans un Même mouvement, quoique probablement pour différentes raisons.Disons aussi que cet effacement des distances entre auteur, créateur et spectateur (Hutcheon, 1986 ; Van D'Haen, 1986) cet anti- illusionnisme qui détruit le mythe de dévoilement, de la doctrinale lecture des Nouveaux Critiques, lecture- clôture, et avec elle le mythe d'une interprétation qui ne regarderait que l'œuvre, l'œuvre seule, indépendamment de son contexte, c'est ce qui ouvre la voie à la critique de la Réception (Jauss) et aux multiples codes générateurs qui sous-tendent le texte.De même que Claes Oldenburg en art abandonne toiles et cadres en faveur d'objets tridimensionnels, de même que Raus- chenberg place des objets sur ses cadres ou continue le motif de sa toile sur une chaise placée à côté, en Amérique le postmodernisme littéraire se choisit des modes comparables.John Barth dans Letters mêle constamment faits et fiction, art et réalité et, ce faisant, plonge dans un doute radical la séparation possible de ces deux catégories.Pynchon avec Gravity's Rainbow déchire la possibilité de l'illusion romanesque par des remarques placées entre parenthèses et dont il est Impossible de déterminer la source.Ou encore, comme dans d'autres textes de Barth, l'auteur se transforme en l\u2019un des personnages ou vice versa.Comme il nous en avait averti un jour \u2014 « Lorsque les personnages d'un roman deviennent les lecteurs ou les auteurs du roman que nous lisons, cela nous rappelle aussi l'aspect fictif 47 Papa de notre propre existence » (« The Literature of Repte- - nisnment », cité par Van D'Haen, p.228) \u2014 c'est notre propre réalité qui, ce faisant, est problématisée.- Est-il possible de conclure quoi que ce soit en matière de genres et de postmodernisme ?J'ai sélectionné ici un corpus anglophone, hispanique et germa- nophone et volontairement écarté de ce bref examen des textes français et québécois que vous ne connaissez que trop bien (mais de Claude Simon a Philippe Sollers, de la Nouvelle Barre du Jour aux Herbes i] Rouges\u2026 ce corpus ne demande qu'à être élargi\u2026).à La récupération de l'Histoire, des histoires, la jouissance manifeste à produire de petits récits est évidente x et se passe de commentaires.Mais d'où sans doute i une certaine injustice en matiere de nomenclature.On + parle généralement de fiction postmoderne, ou l\u2019on dit A que le roman est le lieu ou se décelent le mieux les 4 effets du postmodernisme (tout en reconnaissant que + le phénomène recoupe de multiples disciplines).Je dirais plutôt, pour ma part, que'le désir, la faim de récits est ce qui a marqué le plus cette fin de siècle et que conjointement à l'absorption de la théorie dans ces ré- 43 cits, ladénégation des vieilles théories avant-gardistes, modernistes ou même marxistes qui visaient à séparer pratique et théorie n'a plus cours dans le post- modernisme*°.Comme l\u2019a écrit l'artiste américaine Mary Kelly (Post-Partum Document, 1973-79)6 qui utilise de multiples modes de représentation, littéraire, psychanalytique, linguistique, archéologique : « There IS no single theoretical discourse which is going to offer 48 oise Ua VAE DE A es as CAES an explanation for all forms of social relations or for every mode of social practice3\u2019 ».Mais il y aussi d'autres craintes, voire d'autres tentations, qui ont découpé l'évolution de ce post- modernisme.La peur des cul-de-sac (Andreas Huyssens, 1985, p.7), celle qui aurait participé à toutes les fièvres expérimentales de la performance et qui déjà cherche un ailleurs.La tyrannie du grand signifiant, de son «ombre portée sur le monde » (Baudrillard, 1976), d'une clôture solipsiste a été détournée en douce.Non les genres n'ont pas été tués par le post- modernisme, disons qu'ils ont été alternativement sédimentés, archéologisés, détournés.Ils reviennent par fragments, ils se refaufilent dans le rapiéçage, le recyclage, le patchwork des créations artistiques qui font nos existences et nous placent parfois à la frontière de celles-ci, à la lisière des garde-fous de celles-là.Peut- être ces gens se sont-ils fondus dans la 67° trope des Investigations philosophiques de Wittgenstein*8: corde faite de fibres et de fils (de longueurs approximativement égales) qui nous laissent voir ruptures et continuités dans le tissu de leurs torsades.Le postmoder- nisme, c'est à la fois vivre à travers une apocalypse incessamment différée et exister avec une identité à jamais subordonnée au(x) passé(s)*°.49 RE a PES Notes 10 11 ne pas mêler les genres je ne mêlerai pas les genres je répète : ne pas mÊler les genres.Je ne le ferai pas : « La Loi du Genre » Glyph : Textual Studies, n° 2, p.176.Matei Calinescu, \u201cWays of looking at Fiction\u201d in Harry Garvin, 1980, p.163.In Garvin, 1980, p.162.Voir, sur la question du pluralisme critique, Mitchell, 1986, Hayden White, 1986, Ihab Hassan, 1986, Bruce Erlich, 1986, Richard McKeon, 1986.Voir aussi, Mitchell, 1982.Sur la notion de consensus par rapport à l'humanisme libéral, voir Hutcheon, 1982.Philippe Lacoue-Labarthe, 1984, \u201cTalks\u201d, Diacritics (Fall), p.25.Mais d'autres l'ont fait.Voir : Douwe Fokkema, \u201cThe Postmodern Weltanschaung and its Relation with Modernism: an Introductory Survey\u201d in Douwe Fokkema, 1986, p.1-8.Voir aussi : Michael Kôhler, 1977.Voir : Scarpetta, 1985, p.14-16.p.28 aussi.Voir : Helmut Lethen in Douwe Fokkema, 1986, p.233-239.Voir aussi, Peter Bürger, 1981 qui critique l'usage synonymique fait par J.Haber- mas et Th.Adorno des termes « modernity » et « postmodernity » et insiste pour les démarquer (p.21-22).Voir également : Matei Ca- linescu, 1977, Faces of Modernity et Miklés Szabolcsi, 1971-1972 qui identifie « moderne » a « avant-garde » et qualifie de postmoderne la « néo-avant-garde », p.49.Voir : Hassan in H.Garvin, 1980, p.123.Ibid., p.122-123.Ibid., p.120.50 12 Ibi, p.121.13 Voi: Fiedler (1971), Collected Essays, vol.2, New York, Stein and Day., p.467, qui associe le postmodernisme a la science-fiction, a la pornographie, au western et relègue les Proust, Mann, Joyce et Nouveaux Romanciers de ce monde au Modernisme.Voir : Spanos (1979) p.115, « De-Struction and the Question of Postmodernist Literature: Towards a definition » in Par Rapport 2, p.107-122, qui divise ainsi la problématique : le modernisme (clôture, téléologique aristotélicienne dans le récit-exemple : T.S.Eliot, bien sûr, mais aussi Joyce, Robbe-Grillet et autres nouveaux romanciers).Les postmoder- nistes par opposition (pulvérisateurs de clôture(s) !, destructeurs, activent un dialogue infini avec le texte, par exemples : Barth, Bar- thelme, Pynchon, mais aussi, surprise, Sartre et Iris Murdoch ! \u2014 Voir : Frédéric Jameson qui lie chacun de ces états à des paradigmes politico- économiques et perçoit la deuxième esthétique comme « l'émergence d'un nouveau système postindustriel, société de consommation, de média\u2026 capitalisme des multinationales » (voir : Jameson in Hal Foster, 1983, p.112-113).Avec une esthétique s'opposant aux monuments réifiés, canoniques de ce passé, les nouveaux romanciers français, clairement postmodernes, d'après Jameson, se seraient rebellés contre Joyce, Proust et Kafka.Voir à ce sujet la critique de Susan Suleiman in Fokkema, 1986, p.263, qui rétorque qu'en fait c'était au réalisme balzacien que les nouveaux romanciers s'en prenaient et non à Joyce, Proust et Kafka qu'ils percevaient plutôt comme des porte-étendards « in their own reaction against the engagé lit.of the 1940's, and against Balzacian realism » (p.263).Pour ajouter encore à la crise de ces appellations contrôlées et décontrôlées, on pourrait faire une brève référence à David Lodge (1977, 1981) qui place les origines du postmodernisme aux confins de Dada et ne l'oppose pas au modernisme (c'est l'antimodernisme qui remplit ce rôle en revenant au mimétisme de la représentation et aux textes engagés des années trente et au théâtre des jeunes gens en colère des années cinquante).Le postmodernisme serait donc celui qui partage avec le modernisme une critique du réalisme traditionnel, mais essaie de la contourner ou d'aller au-delà de ses paramètres en tentant de questionner le sens, en pratiquant une incertitude endémique.Robbe-Grillet et Beckett réintègrent donc pour Lodge la communauté postmoderne et se joignent a Kurt Vonnegut, Donald Barthelme, Richard Brautigan \u2014 Lodge.The Modes of Modern Writings: Metaphor, metonymy and the Typology of 51 vd dre RE] , aan Lab ERT ICH RE age LE] yl 14 15 16 17 18 19 Literature (Ithaca, Cornell Univ.Press, 1977) et Working with Structuralism: Essays and Reviews on Ninettenth and Twentieth Century, L.T.London: Routledge and Kegan Paul, 1981.Voir: Craig Owens in Hal Foster, 1983, p.62, pour une analyse de ce qu'il perçoit comme les programmes thérapeutiques de différentes tendances politiques après ce qui est vécu comme perte, comme déficit dans le postmodernisme.Voir aussi : Jean-François Lyotard (1987) qui souligne l'impossibilité (et la naïveté) qu'il y aurait à vouloir essayer\u2026 d'établir une ligne de démarcation entre modernité et postmodernisme.Crical Inquiry, Spring 1986, p.142.Hayen White dira : « agitated other areas », ibid., p.484.Voir, récemment, dans le New York Review of Books (1987, Sept.24) : les critiques formulées à l'encontre de William Safire (Freedom, Doubleday, 1987) et, quoique plus indirectement, de E.L.Doctorow, romancier postmoderne et d'Arthur Haley (que personne n'a encore accusé de vice).Pour faire bon compte, le critique C.Vann Woodward y jette aussi Gore Vidal et ses 7876 (1987) et Lincoln (1984).L'essentiel de ce compte rendu, révélateur de l'état d'esprit d'une bonne partie de la critique littéraire nord-américaine est finalement la mise en garde qui y est faite à l'encontre de tels auteurs qui « have no right to mislead others who have less access to history » (Woodward cite l'historien Roy P.Basler qui lui méme cite Lincoln et utilise la formule contre Gore Vidal, p.23).William Safire est en partie exonéré de ces dangereux vices postmodernes ; « At any rate evidence exists at this time we are not in the hands of another unbridled postructuralist bent on denying the difference between factand fiction (je souligne) and demonstrating that the probing imagination never meets any residing reality in probing the past.William Safire undoubtedly mixes up fiction with fact, but he acknowledges that there is one difference between them.» New York Review of Books, opus cit.Ces deux critiques sont par ailleurs en dissension sur d'autres points.Mais ils s'accordent sur la possibilité d'établir une histoire du Romantisme.52 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 En un sens, c'est ce que non seulement les critiques du post- modernisme (Jameson/Eagleton/Habermas) ont été tentés de faire, mais aussi certains de ses défenseurs comme Craig Owens en témoigne (Hall Foster 1983, p.61) : « tout discours sur le postmoderne aspire au statut d'une théorie générale sur la cu/ture contemporaine ».« The final focus for determining the work's meaning ».Thiher, 1984, p.190.Craig Owens, 1980 (a) « The Allegorical Impulse Part |: Towards a Theory of Postmodernism », October 12 (1980), p.84.Ce que du reste Roland Barthes avait déja noté en disant que nous produisons simultanément de la théorie, un combat critique et du plaisir en soumettant les objets de la connaissance non plus a une instance de vérité, mais à une instance d'effets.Voir : Roland Barthes, cité par Gregory Ulmer in Hal Foster, 1983, p.96.Voir : Phénomènes d'auto parodie chez Anthony Burgess (MF, 1971), d'intertextualité chez Muriel Spark, The Abbess of Crewe (1974) qui cite Andrew Marvell, Henry King et Niccolo Machiavelli (voir : R.Todd in Fokkema, 1986, p.103).Voir : Linda Hutcheon, 1985, Patricia Waugh, 1984, Margaret Rose, 1979.Vargas Llosa, Garcia Marquez : Historia de un deicidio (Barcelona: Barral Editores, 1971).Voir : Thiher, opus cit., p.209.Linda Hutcheon, « Challenging the Conventions of realism: Postmodernism in Canadian Literature », The Canadian Forum, April 1986, p.34.Hutcheon parle de « Québécois linguistic play » et il serait difficile de ne pas en conclure qu'elle a les textes romanesques des années soixante à l'esprit (Ducharme en particulier).Mais j'ai personnellement quelque difficulté à placer la « surfiction » américaine (le terme est de Raymond Federman), Ducharme et le postmodernisme canadien dans 53 BREESE oles + 4450 LA Aie 26 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 un continuum.L'occultation qui est faite ici des travaux de deux générations à /a Barre du jour et surtout de la problématique soulevée aux Herbes Rouges par rapport à l'Histoire, aux histoires et au sens requièrent une analyse plus attentive de ces phénomènes dans nos deux cultures.Voir aussi la remarque d'André Beaudet sur la page de garde de Félix Culpa (« à force d'éliminer la représentation, on a vidé le théâtre de ses spectateurs »).Quoiqu'ici il serait facile de trouver d'autres exemples comparables à ces procédures.Certainement Lolita et Pale Fire de Nabokov ne se privent pas d'exploiter les conventions réalistes à d'autres fins.Voir : Thiher, opus cit., p.166-167.|| convient de souligner ici que réalisme et modernisme n'ont jamais été des compagnons de route.En mettant parodiquement a profit le premier, le postmodernisme anglais n'a pas retourné un des principes du deuxième.Voir : Theo Van D'Haen, « Postmodernism in American Fiction and Art » in Fokkema, 1986, p.21-23.Thomas Pynchon, 1963, V, « no offhand | would say | haven't learnt a goddam thing », p.428.Charles Jencks, cité dans Van Thaen, opus cit., p.226-228.J'avoue cependant avoir quelque difficulté à les placer tous trois ensemble.L'avant-garde a encore de troublantes complicités avec le postmodernisme.Voir : Scarpetta, 1985.Voir : réf.dans Craig Owens in Foster, 1983, p.64.En plus du commentaire de Craig Owens déjà cité, voir : « No essential Femininity: À conversation between Mary Kelly and Paul Smith », Parachute, 26, Spring 1982, p.33.Voir: réf.de Thiher a la trope (67) de Wittgenstein, opus cit., p.226-227.Ibid., p.227.54 Brève bibliographie sur le postmodernisme John Barth, 1980 Literature of Replenishment: postmodern fiction, The Atlantic Monthly (January), p.65-71.Jean Baudrillard, 1972, Pour une critique de l'économie politique du signe, Paris: Gallimard.Jean Baudrillard, 1973, Le Miroir de la production, Paris: Casterman.Jean Baudrillard, 1985, La Gauche divine, Paris: Grasset.Jean Baudrillard, 1976, L'Échange symbolique et la mort, Paris: Gallimard.Michel Beaujour, 1980, « Genus Universum », Glyph : Textual Studies, n° 7, John Hopkins Univ.Press, Baltimore, p.15-31.[Je n'ai pas eu accès à l'original, Glyph a publié une traduction de ce texte] Peter Burger, 1981, « The Significance of the Avant-Garde for Contemporary Aesthetics: À Reply to Jürgen Habermas », New German Critique, n° 22, Winter, p.19-22.John Cage, 1981, M: Writings \u201c67-72\u201d, Wesleyan Univ., Massachussets.John Cage, 1961, 1970, Silence, M.1.T.: Cambridge, Massachussets.John Cage, 1981, (in 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Modern, Postmodern and Contemporary\u2019 as Crité&ria for the Analysis of 20th C.Literature », p.19-46.Réf.donné par Ihab Hassan in H.Garvin, 1980.Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, 1980, « Genre », p.1-14, in Glyph: Textual Studies, no 7, John Hopkins Univ.Press.Philippe Lacoue-Labarthe, 1984, « Talks », Diacritics, Fall, p.24-37.Helmut Lethen, 1986, « Postmodernism and some Paradoxes of Periodiza- tion », in D.Fokkema.David Lodge, The Modes of Modern Writings (Ithaca, Cornell Univ.Press, 1977).David Lodge, Working with Structuralism: Essays and Reviews on Nineteenth and Twentieth Century Literature (London, Routledge and Kegan Paul, 1981).56 EP ES SE TL : .FE sm\" a + A - \u2018 = Ai - Lo fs A - voor 0 Û Caen +¥ ; andl APE 2 SR ee A EE ARR FE FE BLE REM RE W.J.T.Mitchell, 1986, « Pluralism as Dogmatism », Critical Inquiry, vol.12, n° 3, p.494-502.W.J.T.Mitchell, 1982, « Critical Inquiry and the Ideology of Pluralism », Critical Inquiry, 8 (summer 1982), p.612 and 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on - We x _\u2014 Ro \u201c _- iat on ean - ~ = Rae nf AS ns FE pogoy > ear cat rp - x?voi te ve - JP + + res di + ER .XT TT - oa gt PRPS ar 2-40 2 > .x ne PIP TPE PP .28 \u20ac rs ue ra ARN Pure NPI: eu 2 LL 3 Ey conten NT RE?Re 6j a) (REL 7 ka iy A RENEE a es ste EY Te de PEN .8 pre ge mas - -p oy pee 0 ~~ >> roy Dad Cl a 4 H 4 ST EE it tata Au HE EHD OE ENN A A ARE Troisieme atelier « Au-delà : la simulation » Le crisique, l'interactif nous imposent un réapprentis- sage du penser.Cette crise exige que nous fassions notre deuil du vieux fantasme métaphysique qui était celui des oppositions : réel/imaginaire, théorie/fiction, etc.Mais, dans le cadre de cette épreuve, que serait cet au-delà de la mort ?Et à quelle condition est-il pensable ?Enfin, penser à une réponse, n'est-ce pas déjà simuler l'au-delà ?À ces interrogations, la simulation offre l'espace d'un paradigme qui fait réponse à la crise dans cette interaction ininterrompue.Animation : André Gervais Communications : Georges Leroux Alin Bourgeois Line McMurray 61 pr ee a \u2018 - A EN / Li ; : a : iA Rd a PA fi ; > 7 PA h Py ¥ Ww > 4 BH [7% CR \u2018 + a.\u201c - BS owt Qu I I ie Ks sore res a Es = v.PE oc ES x 0 a ne QJ - 1 PE py ny a 3 prt : \u201cA TE PIO AFF AAS SAID TI Dimanche, 25 octobre 1987 Synthèse : Louise Dupré Conférence : Philippe Lacoue-Labarthe Animation : Jean-Pierre Duquette Table ronde : Claire Lejeune Michaël Lachance Heinz Weinmann 63 PEN A a D SN EN pe per Te oo pis EEE \u2014 a J YS.RER prune EE ee rem mr eee ee pr EE pr _ EN IS I~ x] > A pi 1 4 es SN i + 5 S Xe eu > id = ty A a Pe Ed oe \u2026 at a A = A PAPE pi rn Ks PRPS a M Da ES a PA cen\u201d PP \"> EER La I .ge no = TD PIE 2 « he .Fg, A I 5 PE CS vs - ne = qe Lac MES I AN pr = A ei Bt pa PE pr pars AR A pe \" RE Li ee LR Pa A s PETE hr CLI av Es ss RRR Z = So 2 rela : : É S BRIE pa = hz vs 0 Ce ~ on Se a a x9 RR = a R À À sn = x pan ae a 3 3 = a - wT vs EER Paras » 8 BBY\" A x EEE) EY Cr PORT Age CY _ (Ap RGA, rey PP ete pa pra 5-208 res = a [ERS Et pa pe EX ERE - ~ LEC) A - a [9 - pe [ORS - PS ahh Pg à ES pi OF GOSSES FE SN ew \u2026.- a due esse arrete ES PRR aA _._ bo a pe PAS [RE SAS [ nr po ES a RIPE reg Je -e A + Ré { le 24 octobre 1987 Louise Dupré ry ees t de la perte Une généalogie 7 présen Synthese des communications Py hed en 2 > _ g PSS pp af Po ol - i re pts oo Ix ls - - \u201c3 ped ur 2 > ue a ART - a Pa Ti Sed XC Cat =.> for + = 7e + ce a.\u2014 pet ae radiée 2 A a Led a pu von pee 3) Sat 4 en gE pied pees A cer ES ohn .Ps ce Le ; Fe =r oA Sd = ronge fe eat) and + Bho py 2 hate {13 .4 Eo ES ra a 2e si * 6 5 pan \u201c fet pa et pas She Eric a Be Pa © oa - % - «3 == \u2014 i - Cv wpm ov = ».oo a rage 6 - me v wee WB 6 RI NI ' OER ARr OM OE RL AE .La Mort du Genre.La question n'est pas nouvelle.Elle se pose obstinément pour la littérature moderne : celle- ci, affirme Pierre Ouellet, « se définit volontiers par le refus de ses origines, qui va du simple rejet de son passé à la négation radicale de toute cause extérieure à elle-même, en passant par les multiples transformations négatives qu'elle opère sur son héritage »'.La Mort du Genre, parce que présentement, au Québec, ce problème déchire les littéraires, partagés entre les tenants/es de la Poésie et ceux/celles du Texte, « ne serait-ce pour réaffirmer, dans un camp comme dans l'autre », dit Normand de Bellefeuille, « que l'écriture tout compte fait est, avant tout, le territoire privilégié de l'insécurité, du Malaise, du risque, du flou, de l'opacité et de l'irrationnel, du tout et du rien »*.Si le débat s'articule avec autant d'intensité, c'est, à n'en pas douter, parce que depuis peu, « la passion de l'amnésie » (Guy Scarpetta) s'étant dissipée, on ressent le besoin de faire sa généalogie, de retrouver ses ra- 67 + SN _ vw + ra - vas) Fe 5 dtr St LL ge - Ks fot 2 Fibeted or pS yay 7 rd ait Sheed s+ : AE Sa rs ar Lieux + d a A 2X spelt ; pee A ie CY AHL Ta Slag ot Pe es 3 ao a Fr Jia Ero PR as AE SE NE PUREE I FRY DPN) cines.Pierre Ouellet, encore: « La question qu'on pose - ici de la « nature », c'est-à-dire de la « naissance » (natus) de la Littérature, en écho à celle de la « Mort » du Genre, - dit bien que quelque chose de l'ordre de la généricité « naturelle » du littéraire fait fond aux mécanismes mor- tifères de l'Histoire »*.Voilà donc ce qu'on ne peut manquer de se demander: la recherche d'une origine, d'un Amont à l'écriture, n'a-t-elle pas été le refoulé de la modernité formaliste québécoise, refoulé qui, maintenant que nous sommes passés/es à une postmodernité plus permissive, ressort avec d'autant plus de vigueur qu'il avait été « censuré » ?Chose étonnante en effet : dans ce colloque sur la Mort du Genre, qui ne pouvait être organisé que par la Nouvelle Barre du Jour, considérée comme le lieu le plus radical de l'écriture « matérialiste », on n'aura jamais autant montré sa connivence avec le romantisme allemand, on n'aura jamais dit aussi clairement sa dette à l'égard d'une pensée utopique, voulant produire cet « art sans nom »* que Paul-Chamberland apparente à « l'art total, dont le matériau, le processus formateur, la visée et l'œuvre achevée ne sauraient être que la vie elle-même, oui, « confuse et fugitive »°.Ence sens, ce qu'il appelle poésie comme étant le seul genre « qui soit plus qu'un genre »°, le seul genre qui a pour « essence propre de ne pouvoir qu'éternellement devenir et ne jamais s'accomplir »\u2019 rejoint la pensée de Normand de Bellefeuille quand celui-ci s'efforce de mettre l'accent sur «l'Esprit en Devenir »8 dans chaque acte d'écriture, quand il insiste sur le besoin de 68 RE = - = = 7 , TT co = 1 8 H RAY AN Au j NM A * (a N H = ~ rr oll RV IAI IA TREN MER OMA MAME ENE EEN SMM NE ME se pencher « moins sur le texte que sur la production, infinie, de la Lettre »°.Mais il ne faut pas gommer les « différences » : la vision de Normand de Bellefeuille exclut toute transcendance, alors que celle de Paul Chamberland, au contraire, s'en réclame.Ce qui nous amène à une autre question : la tentative de définition du littéraire en genres \u2014 soient-ils a-génériques \u2014 ne tient-elle pas, jusqu'à un certain point, de cette « esthétique transcendantale »'° dont parlait Pierre Ouellet à propos des romantiques allemands, de cette « trinité des genres »*! que Monic Robillard soulignait à son tour à propos de Mallarmé, le troisième genre étant « Livre, même et nul, en tant que central, Ange (c'est moi qui souligne) »'?.|| Mm'apparaît que ce besoin d\u2019une définition du littéraire en genres, actuellement, n'est pas étranger au retour du religieux qui, lui aussi, avait été refoulé par la modernité.Ainsi, bien que Line McMurray soit plutôt du côté de la Mort du Genre, bien qu'elle se réclame de l'immanence et non de la transcendance, la révolution des consciences qu'elle propose n'est pas si éloignée de la conception de Paul Chamberland quand elle dit la nécessite, pour le sujet, d'être « en conformité avec l'écologie planétaire, complexe et fluctuante »!*.Comme plusieurs femmes actuellement en résonance avec la philosophie de Mary Daly, elle s'affirme d'une pensée du sacré lorsqu'elle déclare : « Dans l'art créatif, pour parler comme Bateson, écologiste de l'esprit, l'homme doit faire l'expérience de lui-même \u2014 de son soi total \u2014 69 RASE REC SE VEE gl lett tale tet tela ty PE TN PE A NE NN) PT comme d'un modèle cybernétique [.] || existe égale- - ment un Esprit plus vaste dont l'esprit individuel n'est qu'un sous-système.Cet Esprit un peu plus vaste est - comparable à Dieu, mais Il n'en est pas moins immanent à l'ensemble interconnecté formé par le système social et l'écologie planétaire »'*.n'y a donc qu'une pensée du soupçon, comme celle de Normand de Bellefeuille, du « | don't give a damn »'°, qui puisse encore aujourd\u2019hui être considérée comme profane.Pourtant, il n'est pas question ici de porter un jugement sur les convictions des uns/unes et des autres, il n'est pas question de désigner des « coupables », car, rappelons-le, d'un côté comme de l'autre, on dit que « l'écriture tout compte fait est, avant tout, le territoire privilégié de l'insécurité, du malaise, du risque, du flou, de l'opacité et de l\u2019irrationnel, du tout et du rien.»'® Voila, finalement, ce qui est important.Avec ou sans « dieu », l'écriture demeure, comme le langage analytique, ce lieu « qui prend en compte le « Sujet » de l'énonciation (les forces expressives venues d'en bas, de l'inconscient) et qui tend à redonner aux mots toute leur force magique »'\u201d, souligne Claude Lévesque.Terrain du pulsionnel, d'une « épaisseur matérielle et sonore du langage »'8, terrain de l'équivocité et du rythme, elle fait échec à « la logique aristotélicienne et à la rationalité cartésienne »'*, creusant dans la langue une profondeur corporelle, un féminin.L'écriture est le contraire de ce que prescrit Socrate, dans /a République, aux gardiens de l'État, quand il suggère que ceux-ci évitent « toute équivocité, toute démesure, 70 .-= vec 1 me ca RT ROR, ere YS AOR dE PE PO PRE RE I BERR VY TE RES ETES EN SO SI MEI NN M I tout langage passionnel et terrifiant, toute larme et tout cri, [qu'ils se gardent] de parler de tout ce qui se rapporte à l'absence et à la mort, de tout ce qui est terrible, de ce qui angoisse et fait trembler »\u201c°, de ce qui fait rire aussi, bref, ils doivent éviter ce qui appartient aux femmes.|| faudrait, bien sûr, établir des distinctions entre la langue analysante et le langage scripturaire, l'écriture étant un travail conscient du matériau linguistique en vue de produire des effets sur des lecteurs, des lectrices.Mais ce qui importe, c'est de montrer, comme l'a fait Claude Lévesque, l'ouverture créée dans le langage masculin par l'autre genre \u2014 le féminin \u2014 si bien qu'il n'est plus possible de penser le langage d'aujourd'hui comme au siècle des Lumières, dans la pureté, l\u2019univocité et la transparence.Cette entrée du féminin déstabilise le langage de communication, lui donne « une sorte de duplicité et d'illisibilité qui en sont une dimension essentielle et indépassable »2'.C'est ainsi que, dans ce débordement incessant, continue Claude Lévesque, « le genre tombe toujours sous la loi d'un autre genre, à l'infini.Le genre est travaillé par cette loi d'hétérogénéité et d'incomplétude.Bret, le texte est à double fond et résiste à la lecture.Le texte est excédé : il comporte une démesure, une inten- site, qui est sa passion dont il meurt \u2014 sans mourir »°7.On pourrait résumer en disant que c'est le mélange des genres \u2014 du masculin et du féminin \u2014 qui entraîne, dans l'écriture, la mort des genres.Cette conception est assez près de celle de Julia Kristeva, qui voit le 71 SEE TL JUL.mx x langage poétique comme théâtre du pulsionnel, du - présymbolique, cette phase où l'enfant, n'ayant pas encore accès au symbolique, glossolalise sa relation-à - sa mère.Le langage poétique remplace la signification par la signifiance, installe dans le langage de communication une langue maternelle, féminine.On comprend que Mallarmé se soit laissé captiver par cette voix fantôme, cette voix magicienne de la textualité.Cette voix, incantatoire, d'une intériorité poétique ouvrant à l'hétérogène, à l'indécidable, à l'inters- titiel, mettant en échec toute pensée d'une limite absolue entre les genres littéraires, est d'ailleurstenue par des femmes : les sorcières dans /a Fausse Entrée des sorcières, inspirée de Macbeth, la nourrice dans les Noces d'Hérodiade.Ce débordement des genres littéraires est lié, chez Mallarmé, affirme Monic Robillard, à la découverte d'une incantation oraculaire, hermétique et intraduisible, qui venait hanter la nourrice.« C'est à partir d'elle que l'on peut dater non seulement l'ouverture de la poésie mallarméenne au mystère, mais le début de la réflexion critique qui désormais doublera toujours son texte »23.Ce serait donc à partir de la voix poétique que se produirait le glissement entre les genres.Cela, la situation au Québec tendrait à le confirmer, la discussion autour des genres littéraires s'étant faite à partir de revues, de maisons d'édition qui s'intéressaient à l'écriture poétique, qu'on se réclame de la vraie poésie, de 12 la nouvelle.écriture, de la nouvelle poésie, du texte, de la textualisation ou de la mort du genre.Les femmes y ont été pour beaucoup.Normand de Bellefeuille a cité Madeleine Gagnon et Denise Boucher, mais on pourrait aussi nommer Nicole Bros- sard, France Théoret, Yolande Villemaire dans la decen- nie 1970.Line McMurray a décidé de nous performer la mort du genre : « || ne s'agit pas tant de se conformer à LA poésie ou AU roman ni d'inscrire sa pratique dans LE champ littéraire ou philosophique comme d'interroger les médiums formels pour ne pas dire « machi- niques » \u2014 la Machine du corps, la machine sémiotique \u2014 et ceux-ci en fonction de la rythmographie »?*, avouait-elle.Que par cet investissement du pulsionnel, les femmes au Québec aient grandement contribué à remettre en cause la notion de genre littéraire, cela n'a ren d'étonnant puisque confinées à rester en deçà de la Loi, obligées de parler un langage étranger, masculin, « un langage », dit Julia Kristeva, « qui est toujours celui des autres »°°, les femmes donc, accédant à l'écriture, devenant sujets du langage, vont nécessairement travailler dans le dedans/dehors de la langue, dans l'entre- deux des genres et des discours, inventant des formes à JOUIR, pour reprendre le mot de Line McMurray.Caroline Bayard a insisté elle aussi sur le fait qu'en dehors du Québec, des femmes comme Hélène Cixous, Luce Irigaray ou Sarah Kofman étaient, dans leur pratique d'écriture, passées outre aux classifications rigides avant que les théoriciens ne le mettent en mots.73 PE EE PA A ET SE CNE AE NT US EC TE TE Ar PT EE TE I ILI CLIN BY ê x ES 4 we i.Ta AE rue M RE Rr) Th wns ~~ Holes ES ea i Langue pulsionnelle, rythmique, performative, - allant jusqu'à la performance chez Line McMurray, langue qui cherche à « transposer [.\u2026.] le monde en des images telles que vous en frémissiez »2°, selon le projet de Nietzsche, « il s'agit en quelque sorte d'une visée théâtrale du langage », souligne Claude Lévesque, « où la représentation est toujours de l'ordre de la performance [.] un acte, un événement, le lieu d'une expé- rence vitale, c'est-à-dire d'une expérience risquée et mortelle, d'une expérience-limite qui n'est jamais que l'expérience de ce qui échappe à l'expérience »°\u201d.Mallarmé avait bien vu lui aussi, dans les sorcières de Macbeth, une incarnation de la voix poétique s'énonçant « par chants, rimes et comptines »\u201c®, tenant du performatif plutôt que du constatif.« Performative », dit Monic Robillard, « leur parole formule une promesse dont l'intéressé fait une lecture partielle, laissant dans l'ombre un résidu que le réel se chargera d'actualiser »2°.Le performatif ne commet-il pas, comme chez Mallarmé, cette « effraction aux limites du genre »3° dont parle Monic Robillard ?Finalement, Paul Chamber- land n'a-t-il pas raison de mentionner que la poésie est « plus qu'un genre »*\" ?On se retrouve une fois encore face à la théorie proposée parle romantisme allemand.Mais, tout comme le passé grec s'est imposé comme mythe romantique chez les Allemands, de l'aveu de Georges Leroux, le romantisme n'est-il pas à son tour en train de se constituer en mythe ici et maintenant, dans notre postmo- dernité québécoise ?Car l'écriture actuelle présente 74 beaucoup de caractéristiques romantiques, non seulement dans cette recherche d'un absolu littéraire qui excède la question des genres, mais aussi dans ce retour au lyrisme, cette connivence avec une nature dénaturalisée, ce mal du siècle qui est celui de toute une génération littéraire, cette identification au personnage romantique \u2014 l'affiche même de ce colloque ne montre-t-elle pas d'ailleurs un esprit romantique ?La question restera pour nous de savoir si notre littérature se donne comme une exténuation du mythe.Autrement dit, sommes-nous en train de « renforcer la nostalgie romantique du monde grec »32, reproduisons- nous à notre tour une nostalgie romantique que nous nous sentons incapables de dépasser ?On le croirait quand on jette un œil un peu critique sur notre production actuelle, tournée beaucoup plus vers la mélancolie d'un « déjà plus »** que d'un « pas encore »*\u201c, vers l'échec \u2014 on en convient, le Québec a une longue généalogie de l'échec \u2014 que vers son dépassement, vers la clôture que l'ouverture, vers la culpabilité et l'allénation que vers un renouveau possible.En ce sens, lacommunication de Georges Leroux nous donne beaucoup à réfléchir.ll importe pour nous de penser la Mort du Genre non plus contre la vie mais avec la vie, « une mort qui s'ouvre à la vie des formes et des genres à proportion qu'elle consent au déclin que constituent le sujet et la création.Ce paradoxe est tranchant, il sollicite à la fois les modèles de mort qui autorisent une pensée du déclin, et les modèles de vie, pour lesquels toute rup- 75 as a ee EEN PP ; Vie RE EE RC PARI DELI ERE VALET A) ~ = oo A y Ce.> J IM er ce x ap 5 ï or mA ES arte x Sy a ee ture est la condition d'une identité nouvelle, une creis- - sance, un enrichissement »*°, comme l'explique Georges Leroux.La communication de Caroline Bayard, pour sa part, va plutôt dans le sens du gain que de la perte.Celle- ci donne une vision optimiste de la multiplication des genres quand elle souligne que le postmodernisme n'a pas tué les genres, mais qu'ils réapparaissent comme subvertis, déplacés, fragmentés dans les œuvres.Est- ce un hasard si cette réflexion du gain nous vient d'ailleurs, d'un contexte anglophone \u2014 Caroline Bayard enseigne en Ontario depuis plusieurs années, elle s'inspire de théoriciens et de théoriciennes américains \u2014 est-ce un hasard si l'on a affaire ici à une vision moins «Noire », Moins pessimiste que notre vision québécoise du littéraire ?ll serait cependant excessif de dire, parce que nous nous interrogeons sur la Mort du Genre, que nous sommes au bord du suicide.La réflexion d'Alin Bourgeois, à ce titre, contribue à déplacer la mort vers la vie.Critiquant la notion d'un indécidable du sens chez Jean- Luc Nancy, il note : « Être exposé à la limite, c'est se demander si une telle limite existe ou fait sens.Et si le sens s'indécide, c'est que le temps est venu de décider.sans un tel questionnement, sans une telle décision, il est rigoureusement impossible de prétendre penser son temps, ni sa limite.Car notre réalité est partout inscrite dans la limite et dans l'indécidabilité du sens.C'est pourquoi nous devons nous rendre disponibles pour la pensée de notre temps qui est celui de la dé- 76 : ; y Lan, vw Br 2 ; | I 3 J N 3 EY IRE t * .D à [] J EE) VL Mae RE EE ER EE D ER EM EE PENSE EE NE SE REA RE RER nee v amer db a ghd a ae J cision.À ce titre, enfermer le sens dans l'indécidable, c'est faire durer le deuil, éviter de signer seul en assumant le risque de sa propre mort »°6.À la question « Qu'est-ce que la littérature ?» qui trouvait un écho dans cette remarque de Normand de Bellefeuille « r\u2018en ne nous garantit la validité de l'acte d'écrire »*\", Alin Bourgeois donne une amorce de solution engageant non seulement le champ littéraire, mais aussi le domaine de l'Histoire.Même s'il constate « la fin de la métaphysique »*8, il n'est peut-être pas si loin de Paul Chamberland quand celui-ci écrit : « Mais pour nous, l'horizon s'est considérablement rembruni ; le mouvement révolutionnaire s'est résorbé, nous nous enlisons dans le désenchantement.Seulement, cette sévère récession ne nous soulage aucunement de la coappartenance qui lie la poésie et la socialité.Que Nous en ayons fini désormais avec le leurre de l'« engagement » et des « causes », cela n'en a pas moins pour conséquence une tâche : penser au plus près le présupposé métaphysique commun à la littérature moderne et au mouvement révolutionnaire »\u201c°.C'est ainsi que les « décisions » littéraires \u2014 je reviens sur le terme d'Alin Bourgeois \u2014 que nous prendrons, ne pourront qu'avoir des répercussions sur notre avenir social et politique.Après une pensée de la défaite et de la culpabilité, je crois qu'il est urgent d\u2019'endosser cette réflexion d'Hubert Reeves que cite Line McMurray : « Il ne s'agit pas tant de fuir la réalité mais de la vivre avec passion.L'éveil de la jubilation est 77 a Ct ee a SL ISPS FL I TA FAI A TR CURT ET RS RE JY FE ER SP SEER I .EEE ET NE [DESIRE HIRD DLAI SASL EERE SERRE pen, 2A NDS \u201cPEON EIE RRL oR ee._- es 2000 Page.FR \u2014r = ax = J pre 7 re =\u201c sd ad _ \u2014_ - apt $0.Vd Te se \u201cx Le + Sak ONE ~ +.EI CE = n.d EN eg Lit Tas = ww WR ne vo rap mo mvp st FP.EN ee wry = # a - 4 44 37: > a 105 44 = + _ 35 34 33 Ihid., p.117 Ibid., p.112 Ibid., p.119 38 Alin Bourgeois, loc.cit., p.127 40 Line McMurray, loc.cit., p.150 39 Paul Chamberland, loc.cit., p.68 80 37 Normand de Bellefeuille, loc.cit., p.85 36 Alin Bourgeois, « Falloir le temps », p.127 DORE am PY 4 ve er » A a es - = * ns PE POV EEE CF as Cig Sy Rd (RRP RANEY rE pue PE ape: pen Ee pre ES QE as pos -\u2014 pratt x6 \u201ces py net purger ia PEN Ee PR Ai AN Pou FP A rare Py cm - fr ape EE APPEAL AA rs PT fp) pe PRE SE pare ES Ppp MPA pond nm.pe 4 rec ps ere an hp da re GE GES rR PE A RSP JENA PAPE Fa Sea ot, of pen Le + EX A Evy \\ A Lucie Normandin pa LE Le Règne Philippe Lacoue-Labarthe ; ; - 4 ry 5 a 5 es Te Ore wr a ~ die.oy 5 m2 fy py AO pve a py \u2014re + lop ve ~~ \u2014 \u2014 + __ es is le ET ge > oh a EP NE on PR » - - A Le 0\" » TIE + 5 a pS = PY Sy A ES Ce FPE fra - bog Page [Ae oi HEY Der ue Cu rase ¥ A oa EAN 3 Fp PI ei ed HE Iarbas 4 wp 1S PE) 4 [id Fer ci ace Sad tr [adn Ee Sead = ore abs ee TAR BR Po IC Shr FL PP Pres N _- \u2014\u2014\u2014 ee = Les choses se sont un jour présentées ainsi et cette présentation, peut-être, fut définitive : Muette est devenue la confiance dans les lois éternelles des dieux, aussi bien que la confiance dans les oracles qui devaient connaître le particulier.Les statues sont maintenant des cadavres dont l'âme animatrice s'est enfuie, les hymnes sont des mots que la foi a quittés.Les tables des dieux sont sans la nourriture et le breuvage spirituel, et les jeux et les fêtes ne restituent plus à la conscience la bienheureuse unité d'elle-même avec l'essence.Aux œuvres des Muses manque la force de l'esprit qui voyait jaillir de l'écrasement des dieux et des hommes la certitude de soi-même.Elles sont désormais ce qu'elles sont pour nous : de beaux fruits détachés de l'arbre ; un destin amical nous les a offertes, comme une jeune fille présente ces fruits; il n'y a plus la vie effective de leur être-là, ni l'arbre qui les porta, ni la terre, ni les éléments qui constituaient leur 83 EA a re en A LR I an BH HG HAH RTE AE AMD HOON OE A A Ce RES à un ER FI à 2 , IRN PREP ET RGO LE ai om ve as a = TA UPS POAPheieie - Py - paca 2 ET ne.substance, ni le climat qui faisait leur déterminabilité-ou \u2026 l'alternance des saisons qui réglaient le processus de leur devenir.\u2014 Ainsi le destin ne nous livre pas avec les œuvres de cet art leur monde, le printemps et l'été de la vie éthique dans lesquels elles fleurissaient et mûris- salient, mais seulement le souvenir voilé ou la récollection intérieure de cette effectivité.\u2014 Notre opération, quand nous jouissons de ces œuvres, n'est donc plus celle du culte divin grâce à laquelle notre conscience atteindrait sa vérité parfaite qui la comblerait, mais elle estl'opération extérieure qui purifie ces fruits de quelques gouttes de pluie ou de quelques grains de poussière, et à la place des éléments intérieurs de l'effectivité éthique quiles environnait, les engendrait et leur donnait l'esprit, établit l'armature interminable des éléments morts de leur existence extérieure, le langage, l'élément de l\u2019histoire, etc.non pas pour pénétrer leur vie, mais seulement pour se les représenter en soi-méme.Mais de même que la jeune fille qui offre les fruits de l'arbre est plus que leur nature qui les-présentait immédiatement, la nature déployée dans ses conditions et dans ses éléments, l'arbre, l'air, la lumière, etc.parce qu'elle synthétise sous une forme supérieure toutes ces conditions dans l'éclat de son œil conscient de soi et dans le geste qui offre les fruits, de même l'esprit du destin qui nous présente ces œuvres d'art est plus que la vie éthique etl'effectivité de ce peuple, car il est la récollection et l'intériorisation de l'esprit autrefois dispersé et extériorisé encore en elles ; \u2014 il est l'esprit du destin tragique qui recueille tous ces dieux individuels et tous 84 i 2 So a PTE VO PARU OCR HI OT INT ces attributs de la substance dans l'unique Panthéon, dans l'esprit conscient de soi-même comme esprit.Vous avez reconnu cette page: elle ouvre pratiquement, dans la /a Phénoménologie de l'esprit, le chapitre de « La religion révélée ».C'est l'adieu au monde grec, à la religion de l\u2019art.L'esprit fait son deuil de sa manifestation dans le beau : longue plainte, longue déploration sur la stupéfiante dénaturation de l'art, sur sa dégénéra- tion.L'art se meurt, l'art est mort.Mais aussi bien, telle est la loi du deuil et la logique du travail, cette mort est la promesse même de la vie.Ces fruits coupés de l'arbre sont tout de même offerts et présentés, ils ont été recueillis et l'esprit, à leur vue, se recueille sur lui-même et se souvient infiniment de lui.Aucune mort ne fait trépasser l'esprit: ni celle des œuvres belles ou s'attestait sa parfaite adéquation aux choses de ce monde, ni celle du supplicié divin où va s'éprouver (la page que je viens de rappeler est déjà placée sous l'invocation de la « dure parole » du cantique de Luther: « Dieu lui-même est mort ») son infinie capacité du fini.L'esprit se survit, Il est lui-même « la résurrection et la vie », et cette surexistence \u2014 cette surgénérescence \u2014 s'accomplit dans et comme la Science, qui est en somme le genre absolu, le genre de tous les genres ou le genre du genre, c'est-à-dire le mode et l'élément selon lequel et dans lequel l'esprit se conçoit, s'engendre et se donne éternellement naissance.Ici, vous le savez, la fin de l'art est le commencement de l'esthétique.85 B84 IRR AP SX ah aa.Th AME a ge a ty lel 44 WOE.a AT nw.Taper + - RAE TTR a NE I AIR Le ai Yon a i IT oe go Radish ) ET.sr ERA es a SOO IER y lim 4-24 ¥, RES TE era ae x Derriere cette « belle page », nostalgique et bienveillante (au fait, de quel genre relève-t-elle ?De l'élégie ?De la consolation ?), il faut entendre pourtant résonner un décret.Je dis décret et non pas constat, encore MOINS annonce ou faire-part.Et un décret lui-même pris au nom d'une loi qui est peut-être, j'y reviendrai, la loi du genre.Un tel décret est en réalité très ancien, Hegel, le premier, en avait le soupçon.Ce fut néanmoins à lui qu'il revint de l'arrêter et de le fixer, entre autres circonstances au cours du semestre d'hiver 1828-1829 à l'Université de Berlin, date à laquelle, pour la dernière fois, Hegel professa ses Leçons sur l'esthétique dont Hel- degager dit qu'elles sont « la méditation la plus vaste, et en un sens définitive (parce que pensée à partir de la métaphysique), que l'Occident possède sur l'essence de l'art».Le décret énonce ceci qui, à force de nous être familier, devrait bien un jour retrouver sa puissance d'étrangeté : Mais nous n'avons plus un besoin absolu de porter un contenu à la présentation (Darstellung) sous la forme de l'art.L'art, considéré du côté de sa plus haute destination, est pour nous quelque chose de passé.Heidegger a plusieurs fois évoqué cette sentence (au Moins trois fois, à ma connaissance) mais pour dire, chaque fois, sensiblement la même chose : à savoir, je cite partiellement l'une de ces versions, qu'« on ne peut guère esquiver cette parole et tout ce qu'elle recèle, en opposant à Hegel que, depuis la dernière lecture de son 36 4% A a Esthetiquel.], on a vu naître maintes nouvelles œuvres d'artettendances artistiques.Hegel n'a jamais prétendu nier cette possibilité.» \u2014 et du reste Heidegger lui- même rappelle que Hegel a dit explicitement le contraire, par exemple ceci: « On peut bien espérer que l'art va toujours davantage s'élever et s'achever, mais sa forme a cessé d'être l'exigence suprême de l'esprit ».« Cependant \u2014 je poursuis ma citation de Heidegger \u2014 le dernier mot sur cette parole de Hegel n'a pas encore Été dit: car derrière cette pensée, il y a toute la pensée occidentale depuis les Grecs.Cette pensée correspond a une vérité de l'étant déjà advenue.Le dernier mot sera dit \u2014 à supposer qu'il doive l'être \u2014 a partir de cette vérité de l'étant elle-même et à propos d'elle.Mais d'ici là, la parole de Hegel reste vraie.C\u2019est précisément pourquoi la question est nécessaire de savoir si la vérité que cette parole énonce est définitive, et ce qui s'ensuit s\u2019il en est ainsi.» D'une certaine manière, nous en sommes toujours là, et « la vérité que cette parole énonce, très probablement, est encore « définitive ».Cela veut dire que dès que nous parlons, comme ici, de l\u2019art ou de la littérature, de la fiction ou du genre (et des genres), dès que nous affrontons ces termes à leurs antonymes (la science ou la théorie, le discours, l'hybride ou l'ingénéré), dès que nous prononçons la mort de ceci ou de cela, voire de ceci et de cela, et que Nous annonçons un au-delà, nous sommes, que nous le voulions et le sachions ou non, soumis à l'implacable rigueur de la logique (ou de la loi) hégélienne, qui n'est 87 , 3 JAY] > ] Boia go Lu RIT TE ARE né ELH FL 2 a RI J eT EAS ESTP A ; p DIP.2 ri Be REE ID EEA pas autre chose que la logique (ou la loi) de « toute la - pensée occidentale depuis les Grecs » ; et rendus, pour peu que nous soyions honnêtes, ou modestes, à la\u2026 sobre soumission de Heidegger : « d'ici là », d'ici que nous soit donné accès à la vérité d'où Hegel peut se permettre de décréter, « la parole de Hegel reste vraie ».ll ny a rien là d'autre, au fond, que la reconnaissance d'une clôture.Si, comme tout porte à le croire, I\"Esthétique de Hegel reprend, redresse et relève la théorie et la pratique romantiques de l\u2019art (de la littérature), cela fait donc bientôt deux cents ans que cette situation nous a été créée.Car les romantiques dis- A posaient trés profondément à Hegel et celui-ci, du id reste, ne l'ignorait pas.Ils avaient été lestes, c'est vrai, 3 et peut-être licencieux : n'avaient-ils pas parlé de la dis- 4 solution des genres et n'avaient-ils pas évoqué leur mé- 4 lange plus ou moins scabreux, puisque sitôt nommé le 3 genre (Gattung), c'est le Mariage qui se dit (Gatte/Gat- % tin : l'époux / l'épouse) mais aussi, brouillant les choses et laissant entrevoir le débridé du sexuel, la simple union (gatten) et le mélange (gattieren) ?Ils avaient été 3 également naïfs: n'avaient-ils pas cru possible le retour 4 d'une religion de l'art et appelé de leurs vœux la création J d\u2019une nouvelle mythologie ?Toutes choses contesta- 2 bles ou révolues aux yeux de Hegel.Cela dit, ils n'en avaient pas moins affirmé que la fin des genres (dont ils établissaient, du même geste, la théorie, et une théorie à laquelle, finalement, Hegel touchera assez peu) signi- ÿ fiait la naissance (yevoC) d'un genre absolu et, littéralement, le genre du genre : la critique, qui est, comme le i 88 ETE A dira Benjamin, « la méthode de l'achèvement des œu- vres ».En sorte qu'il suffira à Hegel de dire que la critique ainsi entendue, c'est tout simplement la science de l'art et que cela peut porter, après tout, le nom d'esthétique.Depuis ce moment, qui appartient sans appartenir à l'histoire, puisque c'est la fin, et qui n'est donc peut- être pas un moment, nous habitons l'esthétique.Cela signifie que tout art, depuis ce moment, c'est-à-dire aussi bien depuis le commencement de la philosophie comme telle, est un effet de l'esthétique.Tous les renversements, toutes les effectuations, tous les surmon- tements et toutes les transgressions auxquels on a pu assister depuis qu'est tombé le verdict hégélien n'ont pas apporté le moindre démenti.Même l'indifférence affichée et I'apparente insouciance avec laquelle on se proclame « après » n'ont, pour l'essentiel, rien modifié.On peut choisir d'être léger, de faire semblant et de jouer à la surface plutôt que de toucher le fond, mais cela revient simplement à laisser les choses en l'état.Ce sont toutes les formes de la modernité qui se seront épuisées à constater la vérification hégélienne du romantisme et l'accomplissement de l'esthétique \u2014 y compris, bien entendu, la postmodernité, dès le principe à bout.Un pas est-il possible ?Et que veut dire un « pas » ?Heidegger, lorsqu'il donne son assentiment à la parole de Hegel, franchit à sa manière un pas ; et ce pas est le Mouvement même de son approbation, c'est-à- dire de la reconnaissance (ou de l'affirmation) de la 39 SOO Pa REP My aw ate \u2018 Gn, $ EEE RPA AR EPI IR ME RE RCE EE RP clôture.C'est donc un pas qui ne franchit rien, qui n'eu- - trepasse aucune limite, même si l'affirmation de la clôture, son retracement, suppose que s'est déjà ouvert, à même son bord externe, un au-delà ou un dehors.Et l\u2019on sait du reste que ce pas, en réalité, rétrocède : c'est un pas en arrière, un Schritt zurück.Comme un mouvement de recul.Mais un tel mouvement de recul est aussi bien une façon de prendre ses distances, non pour se détacher, mais pour au contraire, mieux voir.Heideg- gerl'atoujours dit: le pas en arrière, le pas qui rétrocède dans la métaphysique, fait revenir de la métaphysique à sa possibilité, en ce lieu où se décide quelque chose comme la métaphysique : à son origine si l'on veut.Une origine inaccessible à la métaphysique elle-même, si tant est que l'origine se dérobe toujours à ce dont elle est l'origine et demeure, comme telle, réservée.L'origine, le lieu le plus propre et comme l'intimité même de la métaphysique, est donc en dehors de la métaphysique, comme si l'essence de l'intimité, l'intériorité même de l'intérieur \u2014 toujours, comme le disait Augustin, plus intérieure que l'intérieur \u2014 était le dehors.Cette extériorité interne, vers quoi conduit le pas en arrière, suppose une sorte de topologie impossible sur laquelle je ne peux pas m'attarder ici.Mais la clause d'impossibilité, il faut le souligner, se redouble de ceci que la remontée dans la métaphysique ne peut se faire qu'avec les moyens de la métaphysique, les seuls qui soient à disposition.C\u2019est pourquoi le pas en arrière, cette sorte de transgression par défaut ou d'excès par 90 rs pr e\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 Amo a RAAT DL AR TR hirerh OOS] soustraction, est solidaire, comme vous le savez, de la déconstruction.Eu égard à l'esthétique (c'est-à-dire, pour Het degger, au tout de la philosophie de l'art depuis Platon et Aristote : depuis qu'il y a une philosophie et une philosophie de l'art), à quoi permet d'accéder le pas en arrière ?À ceci, conjointement, à quoi vous me pardonnerez de donner la forme d'une simple énumération : 1.Toute l'interprétation occidentale de l'art s'ordonne à une détermination (déjà) tardive, et restreinte, de la Texun, pensée dès l'époque de Platon, non plus comme le savoir en général, mais, par la considération de la fabrication artisanale, comme création et production, comme xomÇu.Lorsque commence l'interprétation de l'œuvre d'art, un double point de vue est déjà adopté comme allant de soi et ne faisant plus même question : le point de vue de celui qui produit l\u2019œuvre et le point de vue de celui qui en jouit.C'est pourquoi toute la démarche de Heidegger, eu égard à l'art, vise à faire resurgir \u2014 ou plutôt surgir \u2014 la question de l'essence ou de l'origine de l'œuvre elle-même.2.Soudé à cette première surdétermination, un second présupposé, proprement ontologique celui-ci, commande dès sa naissance l'appréhension philosophique de l'art : à savoir que ce qui constitue l'étant comme tel, dans son apparaître ou sa présence, c'est son aspect ou sa configuration, son eédoC.Dès lors que tout étant est saisi à partir de son contour et de sa découpe, de sa limite (et comme le dit Heidegger, c'est 91 LE SP à « cette vérité de l'étant déjà advenue » qu'obéit encore Hegel, et nous avec lui), l'étant se laisse penser selon la division du limitant et du limité, de la forme (Lop) et de la matière (pAn), etce sont de fait les catégories qui resurgissent dans la sentence hégélienne : Form, Gehalt.Que cette assignation primitive de l'étan- tité vienne ensuite se décliner selon les scansions de l'histoire de l'être (d'&de< en evepyerx puis, de là, en actualitas, en réalité, en objectivité, en expérience vécue, etc.) ne touche en rien à cette domination de let détique.Toutes nos catégories, à commencer par celle du genre, qui ne s'institue que de sa différence avec l'espèce (eédoC), ou celle de la fiction, c'est-à-dire de la plastique, sont surdéterminées par cette eidétique fondamentale.Jusqu'à la structure, et au-delà.3.Enfin, pour tout cet ensemble de raisons, l\u2019art est pensé comme uno, imitation, ce qui ne doit pas s'entendre nécessairement en mauvaise part (c'est Platon qui la décrète copie, semblant ou simulation) mais doit plutôt se comprendre comme présentation ou représentation.En allemand : Darstellung, le mot même qu'utilise Hegel.De là vient que l'œuvre d'art, « par une remarquable fatalité », dit Heidegger dans la première version de sa conférence sur « L'Origine de l'œuvre d'art », est toujours interprétée comme une « chose apprêtée » (un ustensile, quelque chose de fabriqué) « présentant un contenu spirituel », disant toujours quelque chose d'autre que ce qu'elle est elle-même (allégorie) ou se révélant conjointe à quelque chose d'autre qu'elle (symbole).92 Pour l'essentiel, et malgré les apparences, la dé- construction porte sur cette dernière détermination et s'ordonne en conséquence à une réélaboration du concept de juuunôrt, destinée à la soustraire à la valeur de présentation.Le mot (uwunor®) n'est certes jamais prononcé.Mais comme j'ai essayé de le montrer ailleurs, Il est clair que la chose même est bien en jeu.En témoigne, par exemple, cette proposition où Ss énonce ce qui serait à penser « au-delà » de l'esthétique et que je dois laisser, là, à toute son abrupte difficulté : L'œuvre d'art ne présente jamais rien, et cela pour cette simple raison qu'elle n'a rien à présenter, étant elle- même ce qui crée tout d'abord ce qui entre pour la première fois dans l'ouvert.L'art, qui n'est certainement pas « imitation », même lorsqu'il paraît s'y prêter, n'est pas non plus la présentation du métaphysique comme tel.De l'Ildée, ainsi que le dit encore Hegel.|| ne s'agit pas de savoir si telle ou telle « théorie » sur l\u2019art est juste ou fausse, actuelle ou dépassée ; il s'agit de préparer une conversion du savoir concernant l'art.Si, du plus enfoui de l'esthétique, une telle conversion se révèle impossible, alors « la parole de Hegel reste vraie », c'est-à-dire que depuis la fin de l'art grec (ou même, à la rigueur, de l'art « des jours dorés du Moyen Âge chrétien »), qui aura représenté la présentation parfaite et parfaitement adéquate du méta-physique dans le physique ou du spirituel dans la forme sensible, l'art ne répond plus à un 93 PE recs tlm oy EE a oy ol a va le pra YF en) usant ¢ besoin absolu et l'absolu exige autre chose que la forme - sensible pour se manifester.Le besoin absolu, c'est, chez les Grecs, leur reli- \u2026 gion \u2014 qui est religion de l'art en ce que leur vie, leur vraie vie, physique et spirituelle, personnelle et politique, s'organise comme une œuvre d'art.L'art, la mise en forme du spirituel, est ce qui anime la Grèce, lu donne vie et naissance.L'art est le genre grec, c'est-à- dire aussi bien \u2014 telle est la loi du genre \u2014 ce qui destinait la Grèce à Mourir, ou à passer, si la finitude est l'inscription native de la mort ou la possibilité de la mort comme possibilité de la naissance.Ce motif, on pourrait le croire spécifiquement hégélien.I! n'en est rien: il est commun, chaque fois selon des modes propres, a Holderlin et Schlegel, a Schelling, a Nietzsche et Burckhardt, a Wagner ; comme chez nous, pour ne retenir que les plus grands, a Baudelaire et Mallarmé, a Rimbaud, a Breton et Bataille.Mais religion est a entendre ici au sens strict: c'est ce qui fait lien et ouvre, par là, la possibilité d'une communauté.D'un peuple, comme dit Hegel.Mais comme le dit aussi Heidegger.L'art n'est vivant, il n'est proprement l\u2019art, que là où, en réalité, il destine un peuple, avec sa langue et ses dieux, son nol et sa noMG, sa place et son inscription dans l'histoire.Lorsque je rappelais tout a l'heure l'approbation heideggérienne du verdict hégélien, j'ai omis volontairement, en citant, une phrase.Heidegger disait, vous vous en souvenez : « On ne peut guère esquiver cette parole et tout ce qu'elle recèle, en opposant à Hegel que, depuis la dernière lecture de son Es- 94 cartel ete yy PS0 CPC CE PA \u2014s, om D | | | 4 thétique [.], on a vu naitre maintes nouvelles ceuvres d'artettendances artistiques.Hegel n'a jamais prétendu nier cette possibilité.» Là-dessus, Heidegger enchainait .de la manière suivante : Ce qui reste, c'est la question de savoir si l'art est encore, ou s'il n'est plus, une manière essentielle et nécessaire d'avènement de la vérité qui décide de notre Dasein historial.Et s'il ne l'est plus, la question reste toujours de savoir pourquoi.Et quelques mois plus tôt, il avait dit, plus explicitement encore : } .VET A EEE NL PRE oO 8, + AE Pa La phrase de Hegel [\u2026] demeure vraie.Cependant, cela doit devenir une question que de savoir si cette vérité est définitive.Autrement dit : de savoir si les présuppositions internes de cette phrase [.\u2026] subsistent pour toujours ou bien si elles doivent nécessairement être métamorphosées de fond en comble.Cette décision spirituelle ne peut être que préparée dans un long travail.Ce n'est point la rectitude ou la fausseté d'une théorie esthétique qui est ici en cause ; est au contraire soumise à décision cette question : savons-nous ce que l'art et l'œuvre d'art peuvent et doivent être dans notre Dasein historial: un saut originel, et alors un sur-saut \u2014 ou bien un simple accompagnement, et ainsi un simple ajout après coup.Ce savoir ou ce non-savoir décide conjointement de la question de savoir qui nous sommes.95 Ce a on - Eee ARE ~ Ag.5 * no SPR Se - yy Ces déclarations ont été faites en 1935 et 1936 : - elles ne manquent pas d'une certaine résonance.Je ne peux pas reconstituer, ici, le contexte dans lequel elles _ s'inscrivent, qui est celui d'une contestation radicale du national-socialisme, c'est-à-dire d\u2019un appel à la radicalisation du national-socialisme, fourvoyé loin de sa « vérité interne » et de sa « grandeur ».|| y faudrait tout un autre développement.Non, si je convoque ces déclarations, c'est, simplement, pour la très profonde solidarité qu'elles attestent, eu égard au politique et à l'historique (à l\u2019historial), avec la position fondamentale de Hegel: il n'y a d'art véritable ou proprement ait, c'est- à-dire répondant à son essence, que par, pour et selon un peuple.Pour Hegel, l'art fut éminemment la possibi- PP ew Car.\u2014 oe = ver.ae ating ganar gr = EE 33 lité du peuple grec et, au fond, du seul peuple grec.Rien o de tel ne reverra le jour, c'est-à-dire ne refleurira.Hel- od degger, que tout un pas sépare de la métaphysique hé- 5 gélienne (l'être n'esten aucune manière l'absolucomme 3 sujet), entend, lui, ou tout au moins espère, que l\u2019art ht reste la possibilité des peuples \u2014 et en tout cas la pos- M sibilité du peuple allemand.La prédication sur Hôlderlin i n'annonce pas autre chose.il On ne peut pas écarter simplement ces affirmai tions sous le prétexte qu'elles s'articulent au nom d'un A nationalisme.Ordonnées à la question : qui sommes- nous ?elles récusent au contraire toute idée donnée de la nation, elles ne préjugent ni de la nation ni de la nais- 4 sance.Et même si beaucoup plus tard, dans sa confé- 4 rence d'Athènes sur « La provenance de l'art et la desti- 4 nation de la pensée », en 1967, Heidegger ne dissimu- va rq 2 \"2088 vi WE > a JR LEN a J CE} PPL he lina \u2014\u2014 o-oo + lera pas sa méfiance à l'égard du devenir-international de l'art (qui n'est pas autre chose que le devenir-mon- dial de la technique) et sa nostalgie \u2014 holderlinienne \u2014 pour une époque où les œuvres d'art jaillissaient « des limites fécondes d'un monde du populaire et du national », on ne peut pas oublier que Heidegger avait depuis longtemps à la fois récusé le nationalisme et l'internationalisme comme s'édifiant sur la même base, c'est-à- dire le même concept du sujet et la même revendication du genre (de la naissance, de la famille, de la descendance, de la lignée, de la race, du genre humain, etc.).Genre et politique, cela ne fait pas une autre question, mais encore faut-il la Maintenir comme question.Une telle question, je pourrais, par exemple, la formuler ainsi : pourquoi fallait-il, lorsque la question de l\u2019art vint à se poser, à une telle profondeur et avec un tel enjeu (pas moins que le « dépassement » de la métaphysique par le « dépassement » de l'esthétique), pourquoi fallait-il que ce que Heidegger appelait le « Dasein historial » fût déterminé comme « notre Dasein histo- rial », et celui-ci @ son tour comme peuple (Volk) ?Pourquoi ce choix dans le genre, qui n'est le choix ni de la race ni de la lignée, ni non plus de l'être générique de l'homme, mais de la langue (Sprache)?Et pourquoi de nouveau la langue, la Sprache, devait-elle se spécifier en Sage (le dire, ce qui traduit exactement uw6oÇ), laquelle Sage a son essence dans la Dichtung (mettons : la poésie) ?Pourquoi ce genre unique, qui n'est plus le genre absolu des romantiques ou de Hegel, mais qui est tout de même le genre de tous les genres (tout art est 97 EE TEE RT me a TL ET LAR Te Ho 2 0 Raat i SIA 20 gue SEY Rh ~ Te: : qe 5 ae a x Tong 9 ee eo WEIS 5 ea TRNN Adin PEI Pep Ls ie IRF ES Ce; gh Hi en son essence Dichtung) et, en ce qu'il donne son - genre au genre (au peuple), le genre du genre ?Pourquoi la Dichtung, seule, est-elle à même de destiner un peuple ?De lui offrir une possibilité historiale ?Quid de la littérature (de la langue), des peuples et de l\u2019histoire ?Vous voyez l'ampleur de ces questions.Et vous voyez, si nous avions la force de les soutenir, jusqu'où très loin elles pourraient nous conduire et à quel tres long cheminement elles nous exposeraient.C'est pourquoi, les ayant posées, je ne vais pas entreprendre d'y répondre.Je les laisse là, en réserve, et décrochant d'un pas, à Mon tour, je formulerai un peu à l'écart cette autre question : cette surdétermination généalogico-politique de la question du genre ne fait- elle pas, au-delà de la clôture de l'esthétique, une limite de nouveau infranchissable ?Une autre clôture, plus redoutable parce que moins repérable ou localisable ?En sorte que nul pas en arrière, nul Schritt zurück, ne-pour- rait représenter la chance, sinon la possibilité, d'avoir une fois accès à ce dehors qu'est l'intimité même et dont je rappelais tout à l'heure l'utopie ?Autrement dit: serait-ce qu'il n'y a pas \u2014 au-delà Ni dedans ni dehors ?Serait-ce que le « pas » auquel nous nous sentons tous conviés, le « pas » du franchissement, serait-ce que ce « pas » ne pourrait être délivré \u2014 mais c'est là une ressource ludique propre à la seule langue française \u2014 de la sourde résonance d'un autre « pas » : le « (ne) pas » de la négation ou le « pas » de l'interdiction, de la loi : pas au-delà ! (No tresspassing ) ?Le « pas » du franchissement, de la transgression \u2014 98 ETS MERE ME ee SU i re.elm li Éd oe eailimn _ mais là je me réfère à une autre logique où peu importe que « pas » se dise Schritt, pace ou pass \u2014 n'est-il pas toujours dans la forme du « (ne) pas » ?Et par là voué à la plus puissante logique identitaire qui soit, dialectisé, et soumis à la volonté de position de l'Un ?Une Dichtung, dit Heidegger, une langue, un peuple (mais aussi: une histoire, une métaphysique, une histoire de la métaphysique).Nous sommes sous la loi de l'identité (et non, sans doute, de la singularité), comme lorsqu'il est annoncé : le genre.C\u2019est à dessein que j'ai recours ici au syntagme de Blanchot : le pas \u2014 au-delà.Plus que tout autre, Blanchot est attentif à la clôture heideggerienne \u2014 expression qui désormais n'a plus un sens, mais deux.Vous vous souvenez que la « Note » liminaire de /\"Entretien infini, parmi tant d'autres exemples, la pense comme la fin (sans fin), l'interminable fin du Livre (autre façon de dire le genre) : Assurément, il se publie toujours, en tous pays et en toutes langues, des livres dont les uns sont tenus pour des ouvrages de critique ou de réflexion, les autres portent le titre de roman, d'autres se disent poèmes.Il est probable que de telles désignations dureront, de même qu'il y aura encore des livres, longtemps après que le concept de livre sera épuisé.Mais avec le Livre, ce qui s'épuise ainsi (s'est déjà épuisé ou ne cesse de s'épuiser), ce n'est pas seulement le Livre mais bien l'idée et la valeur de l'Un, en 99 ER A FRET fn \\ .5 ; 5 PR , NN de OR ; WN: | rt past EE ee LL RR ANAM EN EE EE général : Dieu, le Sujet, la Vérité, l'Oeuvre.C'est Blan- - chot, dans les dernières pages de / \u2018Écriture du désastre, qui traduit ainsi le célèbre distique de Hôlderlin : « D'ou_ vient donc parmi les hommes le désir maladif qu'il n'y ait que l'un et qu'il n'y ait que de l'un ?» Mais si la fin du Livre signifie en quelque manière la fin de l'Un, c'est toute la fragile possibilité du pas en arrière qui est mise en cause, puisque le pas en arrière, comme le souligne à plusieurs reprises /\u2019Écriture du désastre, ne suppose pas seulement une histoire (de la métaphysique) unifiée, rassemblée et homogène (une Ge-schichte), Mais encore, c'est sa plus propre ressource, un Im-pensé \u2014 c'est-à-dire un Im-pensé \u2014 qui n'est pas autre chose que la vérité, l'x\u2014An6er«.En sorte que s'il n'est pas possible de franchir la clôture désignée et retracée par Heli- degger (la clôture de la métaphysique, de l'esthétique, du nihilisme, etc.), c'est d'abord, au-delà des raisons que donne Heidegger lui-même, parce qu'une autre clôture se ferme en secret sur le geste même par lequel il reconnaît et désigne la clôture.La clôture elle-même n'est pas une.Cependant, indique Blanchot, « depuis Mallarmé (pour réduire celui-ci à un nom et ce nom à un repère), [.] s'est fait jour l'expérience de quelque chose qu'on a continué à appeler « Littérature », mais avec un séreux renouvelé et, de plus, entre guillemets ».Et Il ajoute : Essais, romans, poèmes semblaient n'être là, n'être écrits que pour permettre au travail de la littérature 100 | y \u2019 (considérée alors comme une puissance singulière ou une position de souveraineté) de s'accomplir et, par ce travail, de se dégager la question : « Qu'est-ce qui est en jeu par ce fait que quelque chose comme l'art ou la littérature existerait ?» Question extrêmement pressante et historiquement pressante [.], mais que dérobait et continue de dérober une tradition séculaire d'esthétisme.Quelque chose s'est donc passé, dans l'art, dans la littérature (quelque chose de resté inaperçu par He!- degger, encore que la question qui lui appartient soit la question même de Heidegger); un événement a eu lieu qui est, vous le savez, l'avènement, mais sans avènement (« puisque la répétition \u2014 le ressassement éternel \u2014 en est l'origine même »), de l'écriture.Or l'écriture est inassignable, et deux fois inassignable \u2014 se dérobant, de toutes les façons, à la question de l'essence : une première fois parce que l'écriture elle-même, dans son identité propre, cela n'existe que pour la métaphysique qui toutefois, la déterminant comme simple an- cilla du AmyoÇ vivant, elle-même éloignée deux fois du sens, la reconnaît comme « force d'absence », non pas comme présentation fausse ou feinte, mais comme défaut de la présentation même et pouvoir d'absenter ce qu'elle présente, en sorte qu'elle ne cesse de s'absenter elle-même, même et surtout lorsqu'on l'assigne \u2014 et la présente \u2014 comme absentant ce qu'elle présente.« Parole morte, parole de l'oubli », disait Blanchot dans /a Bête de Lascaux en commentant le Phedre.101 Sa +0 a 4 - va Less PE + DIRE Ant Deer rippe cu A BE Ts = .= Mais l'écriture est inessentielle une deuxième fois-\u2014 - comme, après tout, l'existence, avec laquelle elle partage ce paradoxal « privilège » \u2014 parce que, dès lors que \u2026 « par sa force propre lentement libérée », comme le dit encore Blanchot, elle se délivre de son asservissement et « semble ne se consacrer qu'à elle-même », c'est à sans identité qu'elle se trouve exposée.Ces deux fois sont une seule fois, la même fois, l\u2018unique fois se différant sans terme.L'écriture existe, elle ne consiste pas : en elle ne cesse de défaillir l'essence.Comme telle, c'est-à-dire comme toujours non- telle, en même temps, dans sa neutralité la plus active, elle fait \u2014 toujours \u2014 promesse d'une liberté, c'est-à- dire d'une désistance.Si vous voulez, l'écriture est comparable au prolétariat selon Marx, si du Moins on le lit dans sa plus extrême rigueur: le prolétariat n\u2019est rien, et la colère ou la révoite de ceux qui sont assignés comme prolétaires et ne sont « eux-mêmes » que dans cette assignation qui les aliène absolument, libère une figure \u2014 si c'est une figure \u2014 sans identité que Marx, c'est cela la rigueur, a explicitement renoncé à appeler « l'être générique de l'homme ».Si je me permets cette allusion à Marx, ce n'est pas par un goût immodéré de la provocation, en ces temps où le marxisme, je veux dire le texte de Marx (ou sa pensée), est déclaré un peu partout, avec le soulagement (et la naïveté) que vous savez, obsolète.C'est parce que Blanchot m'y conduit.|| s'agit encore de l'histoire, de la fin de l'histoire, de la possibilité d'une autre histoire.102 marié te a, ea naam \u2014 Voici ce qu\u2019écrit Blanchot : \u2026 Il se pourrait qu'écrire exige l'abandon de tous ces principes [il s'agit des principes qui président au Livre], soit la fin et aussi l'achèvement de tout ce qui garantit notre culture, non pas pour revenir idylliquement en arrière, mais plutôt pour aller au-delà, c'est-à-dire jusqu'à la limite, afin de tenter de rompre le cercle, le cercle de tous les cercles : la totalité des concepts qui fonde l\u2019histoire, se développe en elle et dont elle est le développement.Écrire en ce sens [.], suppose un changement radical d'époque \u2014 la mort même, l'interruption \u2014 ou, pour parler hyperboliquement, « la fin de l\u2019histoire », et, parlà, passe par l'avènement du communisme, reconnu comme l'affirmation ultime, le communisme étant toujours encore au-delà du communisme.» [faut donc, pour aller au-delà (« c'est-à-dire jusqu'à la limite »), un achèvement et un avènement : l'achèvement du discours, dont un autre texte de /\u2019Entretien infini dit que Hegel en a donné la « métaphore » avec le savoir absolu (et de fait, cet achèvement du discours est aussi bien l'installation de la technique et l'accomplissement du nihilisme) ; l'avènement du communisme, dont le même texte nous dit qu'il est aussi, « affirmation ultime », l'effectuation de l'humanisme.Mais la rupture du savoir absolu, du cercle de tous les cercles, est l\u2019interruption.Et le communisme est « toujours encore au- delà du communisme ».103 RRA 4 re FE Comment penser l'interruption, et cet au-dela_de _ l'ultime ?L'interruption n'est pas une: elle est, dans le dia- _ logue par exemple, dans l'entretien (Mais le dialogue, l'entretien ressortissent secrètement au fragmentaire), la pose nécessaire à toute suite de paroles, l'intermittence qui « rend possible le devenir » ou la discontinuité Qui « assure la continuité de l'entente ».C'est la « respiration du discours » ou du dis-cours (du dialogue), sous l\u2019horizon de la vérité unitaire et de la cohérence.L'interruption, en ce sens, est l'expérience dialectique elle- même.Mais il y a « une autre sorte d'interruption, plus énigmatique et plus grave », celle qui introduit l'attente (l'oubli) qui mesure la distance \u2014 irréductible, incommensurable \u2014 entre deux interlocuteurs.Celle qui me rapporte, sans me rapporter, à l'autre: « Maintenant, dit Blanchot, ce qui est en jeu et demande rapport, c'est tout ce qui sépare de l'autre, c'est-à-dire l'autre dans la mesure ou je suis infiniment séparé de lui, séparation, fissure, intervalle qui le laisse infiniment en dehors de Mol, Mais aussi prétend fonder mon rapport avec lui sur cette interruption même, qui est une interruption d'être \u2014 altérité par laquelle il n'est pour moi [.] ni un autre Mol, ni une autre existence, ni une modalité ou un Mmo- ment de l'existence universelle, ni une surexistence, dieu ou non-dieu, mais l'inconnu dans son infinie distance.\u2014 Altérité qui se tient sous la nomination du neutre ».104 | Cette « interruption d'être », Blanchot l'appelle, énigmatiquement, « la sauvagerie même ».Le mot vient de Hôlderlin : 1! désigne, dans le commentaire de Sophocle, le pur dehors, le « monde des morts », sur |e- quel, seul, a regard le voyant aveugle, Tirésias.C'est à ce dehors, à cet outre-monde, que Tirésias prête voix lorsqu'il fait irruption sur la scène tragique et qu'il suspend, à son comble, « l'échange déchaîné des représentations ».C'est alors, dans la tragédie d'Oedipe comme dans celle d'Antigone, ce que Hôlderlin nomme la « césure » : « la pure parole, l'interruption antiryth- mique », où vient se présenter le « transport tragique » lui-même, qui est « proprement vide » et « le plus dépourvu de liaison ».Tirésias, dit Hôlderlin, « fait son entrée dans le cours du destin, ayant regard sur la puissance de la nature qui, tragiquement, arrache l'homme à sa sphère de vie, au point médiant de sa vie intérieure, pour le ravir dans un autre monde, la sphère excentrique des morts ».L'interruption est la césure.L'au-delà (l'excentrique) ne s'y présente pas, sur quelque mode que ce soit; se présente, seul, ce qui n'est pas à même de se présenter, le « transport vide » : la pure extase sans terme \u2014 sans terme autre, dirait Blanchot en mémoire de Bataille, mais aussi de Holderlin, que le « bleu du ciel », c'est-à-dire le « vide du ciel ».L'inconnu.C'est à cela qui est sans nom et sans visage, c'est à ce dehors jamais présent, que voue parler (écrire).Je lis encore Blanchot : 105 Supposons une interruption en quelque sorte absolue et_ absolument neutre, supposons-la, non plus intérieure à la sphère du langage, mais extérieure et antérieure à_ toute parole et a tout silence ; appelons-la l'ultime, l'hyperbolique.Aurions-nous avec elle atteint la rupture qui nous délivrerait, fût-ce hyperboliquement [.\u2026] ?Ou bien ne serions-nous pas obligés de nous demander si d'une telle interruption \u2014 la sauvagerie même \u2014 ne viendrait pas une exigence à laquelle il faudrait encore répondre en parlant et même si parler (écrire), ce n'est pas toujours prétendre impliquer le dehors de toute langue dans le langage même, c'est-à-dire parler à l'intérieur de ce Dehors, parler selon la mesure de ce « hors de » qui, étant dans toute parole, risque aussi de la retourner en ce qui s'exclut de tout parler ?Écrire : tracer un cercle à l'intérieur duquel viendrait s'inscrire le dehors de tout cercle.La figure de l'interruption \u2014 si c'est une figure \u2014 est celle du « changement radical dont tout présent s\u2019exclut ».L'interruption n'arrive donc pas, elle a toujours déjà eu lieu \u2014 elle a déjà eu lieu, de toujours.Ou si vous préférez: elle vient d'avoir lieu, toujours.C'est pourquoi il y a l'écriture dont \u2014 c'est toujours Blanchot qui parle \u2014 «toujours extérieure à ce qui s'écrit, nulle trace, nulle preuve ne s'inscrit visiblement dans les livres, peut-être de-ci de-là sur les murs ou sur la nuit, tout de même qu\u2019au début de l'homme c'est l'encoche inutile ou l'entaille de hasard marquée dans la pierre qui lui fit, à son 106 = ba - a) LES te mn \u2014 \u2014\u2014 LL, ._ __ i.insu, rencontrer l'illégitime écriture de l'avenir, un avenir [\u2026] qui n'est pas encore le nôtre ».Rapportant ces paroles, je ne veux surtout pas laisser entendre que rien n'arrive, mais qu'il ne cesse d'arriver \u2014 rien.L'écriture est l'inscription de notre mort, c'est-à-dire de l'intime désistance de notre genre.On peut appeler cela l'existence, etl'on peut présumer que l\u2019art (la littérature) n'a pas fini de nous y exposer.L'anagramme de genre, m'a-t-on fait remarquer, est règne.Voilà, c'est cela même.107 yo or ER, Ble he _ ov - oy \" 5 hi = rd Lr a Pa me d ve woz Lae A Pa [4 Frege fori IR id se LAY an RE Red ERAS ry SSRN A va D he ei 0 Bele ot an Pr \u201d-\u2026 wa Fa EY mm \u2019 La +\" {i uf Jig + J i Pay Eh oy Eas = Ou ee © os ee da Zi CIE p22 LE fag {3 LEE Pa ar uy -~ \u201cra Aad TRE ~ \u201cow EL vas 2 pu 1° PR Ap Th owe Er pe Tr Sen ~~ ow IK we an me a BPTI] _ A= Bie Se 1 L D au _ FL 0 nets ; Û pas 7 - : SE Ait.PS se + oF TE 40 pi mere aa ll Gem ETS \u201ca = - i _ a JR AS co ry = pa ve r= 2 Lar ox \u2014 Délire Fogle pag ~ po - - 4 LE iid fn PE ur = .- 9 pl - a apa - \u2014\u2014 po et - 5 - -\u2014 8 LIER Pate rd oa a asm Px: aa.CAP SSE Papi ag vy cdd Pa = Pri ARTS UE EE pr pop.NCEE .- Pe Rete RY pote TA - ROUES EEE hated A ts pa - =) ia ve A aa ES po RIPE J PARSE SE A res pue paras LP SENS A [PY POR Ce.[eye a p= \u2014\u2014 en i ac g Jr APY ts LEE a a \u2026\u2026 pa PRE PR rd Gi mn A Pr.PPA gere = - - A A Li dde - A 5.re sm -x# - à 4 hs Claire Lejeune < CURE Û I bn A 0 \\ of La Mort du Genre Sodan 0 3 NE fi > ny É à 2 \u2014 \u2014_\u2014\u2014 TT RE A EE, AA LU .- .-t - \u2014_ es pos *.- _ - eens Âus I - oy +: Tor oy =o me pige = ony x\" \u201c 4e 1006 = pet 4 4 fi, bor, mous \u201c> oa = # \u2014 x -, CE ut a po ow eae ee Lo my ae = \u2014 ar EY - x 250) = pen PR ss, à qu ae \u2014 1?ri; pe 13} ~ 6 ct ps I part \" - fe Pet A 24 ' re ENC Qi game xX die 6 {hogy A £1 Aor = NPY he ~ 3 EY \u201cPs pa SLIT oy à > 2565 7 4 hotly ct mpd b AE) 4 ped x8 - Ad ow pa Pas bac Ey nt: ki Pr © in cr wn 2 \u201cie gO ErT ve - mn .- : LZ J \u2014\u2014 \u2014 PA) rs EE \u2014 x EE reams ine J'interviendrai ici du point de vue de la poésie, de cette écriture poétique dont René Char, cité hier par Normana de Bellefeuille, dit qu'elle a cessé d'être un genre littéraire, en ce sens que sa matière même est celle de l'expérience quotidienne qu'une existence fait de son étrangeté.Je partirai donc de ma propre expérience poétique pour tenter de rejoindre d'autres approches sur le terrain de la question qui nous réunit ici.À travers quelques poèmes illuminants balisant la trajectoire spirale d'une passion, mon écriture devint rapidement une écriture du désastre de l'imaginaire patriarcal, en ce sens que née d'une fulgurante expé- rence de la consubstantialité des contraires \u2014 expérience vertigineuse s'il en est, de la mort du genre \u2014 elle est le fruit d'un inceste mental absolu qui n'a plus jamais cessé à travers mes livres de se penser soi même comme événement auto-conceptionnel, comme catastrophe initiatique où ce qui s'était Un jour perçu comme un invivable trou de mémoire génétique, comme 111 he +000 Seams me Te ÇûÛ ae _ a Aa ee Rm Se, pn un insupportable défaut de conscience de l'origine, _ s'est, d'un seul coup de foudre, changé en intarissable source de présence à soi-même ; résurgence de lucidité _ différentielle, interférentielle \u2014 de « lumiere-nature », disait Rimbaud, cette « sauvagerie même » selon Hoôl- derlin \u2014 qui, dans le contexte de la culture référentielle qui est le nôtre, est fatalement vêcue comme une irruption de la folie, comme un désordre mental engendré par la transgression du principe d'identité qui fonde la mentalité patriarcale.Folie-châtiment promise à tout voleur et voleuse de feu, à tout mangeur et mangeuse de fruit défendu, à toute pensée luciférienne.Tout mon problème existentiel devint dès lors de vivre avec cette intarissable source de sauvagerie, de faire corps avec elle pour lui donner lieu de s'autographier.|! fallut vitalement la préférer, lui reconnaître la première place dans ma vie, sa place, c'est-à-dire la place centrale.C'estelle qui, désormais, y fitloi naturelle, envers et contre tous les diktats de la loi du genre.La mort du genre, lorsqu'elle est réellement, intérieurement vécue, c'est l'expérience personnelle de la mort du Père, de la mort de Dieu, du Grand Référent dans l'imaginaire infantile ; c'est l'effondrement du conditionnement historique qui nous fait croire à la fatalité du clivage entre les référents qui sont les dominants et les différents qui sont les dominés, les parias, les boucs émissaires ; entre les bénis qui obéissent à l'Ordre distinctif et les maudits instinctifs qui le transgressent.Les assises du Pouvoir, c'est le maintien, coûte que coûte, de la distance, de la distinction des genres, des 112 sexes, des races.Le Pouvoir n'a pas d'ennemi plus mortel que le métissage.La mort de la loi du genre dans une conscience équivaut à la destruction des Tables de la Loi.Fin de l'Histoire patriarcale.Cette fin du monde, fin d'un monde pourri, infantile et sénile pour avoir manqué sa chance de mûrir \u2014 c'est pour qui la vit dans son intimité, une perte totale, irrécupérable de la raison duelle, une expérience dévastatrice de l'étrangeté radicale comme lieu commun de je et de l'autre, comme matière au verbe de la vie la mort.Naissance désastreuse d'une évidence : il n'y a de réel que de la différence, il n'y a d'universel que de l'étrangeté.Après, Il faut apprendre à vivre avec cette évidence sacrilège dont le rejet fonde la stabilité de notre société xénophobe.C'est dire qu'il faut apprendre à ruser avec les gens de Pouvoir et les gens de Savoir pour ne pas faire l'objet définitif d'un exil, d'un lynchage ou d'une séquestration.Apprendre à être juif, gitan, métis ou bougnoule comme ils disent avec mépris.Les migrants, les mutants de l'écriture.Faire nos livres comme on construit l'arche en prévision du déluge, en vue de la terre promise aux orphelins de la Providence, ou tout simplement comme des bouteilles à la mer.Si la raison renaît de ce séisme intime, de cette inexpiable transgression du principe d'identité, elle ne \u2018sera plus jamais duelle, elle ne pourra plus jamais exclure l'existence du tiers, museler le verbe du différent.Cessant irrévocablement d'être bipode ou tripode, elle devient quadrupode, c'est-à-dire qu'elle passe, moyennant cette catastrophe mentale, d'une stabilité statique 113 OST RE AE ch EERE Re) a une stabilité dynamique, du régne du logos a celuidu _ dialogos.Je reviendrai plus loin a ce grand demenage- ment de la raison.En somme, la question qu'actualise la mort du genre, cette perte de raison manichéiste, c'est celle de la franchise du différent, celle de l'autolégitimation du verbe de l'étrangeté.Car ni la littérature, ni la philosophie, ni la science dont il transgresse les lois, ne sont là pour l\u2019autoriser, pour l\u2019avaliser, mais au contraire pour l\u2019interdire ou le récupérer.|! faudra donc, s'il ne veut pas se trahir soi-même, autrement dit se damner soi-même, qu'il trouve la force de s'autoriser, ce qui n'est pas une sinécure.Revient sur le tapis, la question réglée par Platon de la citoyenneté du poète, la question de la fonction du tiers pensant dans la Cité.C'est donc, au sens fort du terme, un problème éthique et politique que pose la mort du genre dans la conscience du siècle.Et ici, à travers ma propre expérience de la mort du genre, je rejoins l'argument de ce colloque lorsqu'il dit : Une nouvelle pragmatique, une nouvelle éthique, celle de l'interactif, du dialogique, du crisique, a imposé un réapprentissage du penser.J'ai dit que la mort du genre fait resurgir la question de la citoyenneté du poète.La poésie \u2014 la parole métamorphique du serpent Python \u2014 qui resurgit après des siècles et des siècles d'exil et d'inquisition, est connaissante des mobiles de son exclusion au Nom de la Loi; elle est devenue majeure, capable de se penser soi-même, de transformer ce que la raison appelle sa folie en source d'énergie créatrice.Ici, je voudrais vous 114 BE mmm + wo rp re re man. faire partager cette parole de Heidegger dont je dois dire qu'elle me fut, dans la traversée du désert, parmi les quelques paroles viatiques (Héraclite, Rimbaud, Char) dont je ne cessais de me réconforter : Ce caractère de la pensée, qu'elle est œuvre de poëte, est encore voilé.Là où il se laisse voir, il est tenu longtemps pour l'utopie d'un esprit à demi poétique.Mais la poésie qui pense est en vérité la topologie de l\u2019Étre.À celui-ci elle dit le lieu où il se déploie.La poésie qui pense est fille de cet inceste mental absolu qui destitue le genre, le prive de son autorité, de son arrogance, de son irrésistible tendance à faire loi culturelle, à régner.Trouvant sa franchise posthistorique, postmoderne, postsocratique, il lui faut maintenant travailler à sa propre maîtrise, à parfaire son déconditionnement, son autonomie par rapport à tous les discours logiques, littéraires, philosophiques, scientifiques, psychanalytiques\u2026 Inachevable besogne d'autogénération.« Réapprentissage du penser.» Cela fait, avant même la question du comment, surgir la question du lieu, être étant d'abord avoir lieu, étant d'abord habiter, s'habiter, cohabiter avec soi-même.Où peut avoir lieu ce réapprentissage du penser, cet apprentissage de 'interactif, du dialogique, du crisique sinon dans l'espace-temps de l'atelier ?Donc, l'esprit d'atelier succédant à l'esprit de chapelle, à ce culte de la distance, de la distinction des genres qui fait des Grandes Écoles philosophiques ou littéraires les bastions du Patriarcat, les hauts-lieux de l'art du conditionnement.En tout cas l'atelier comme lieu de déconditionnement mutuel, lieu 115 Fa 14 Sat Te a ner, AE ART, AN de déshystéricisation, de déshystérisation donc de de- phallicisation ; lieu d'avènement d'une autre histoire.Au milieu des ruines de la patrie, apprentissage de la fratrie des orphelins de la loi du genre ; lieu d'avènement de ce communisme qui est « l'effectuation du solidaire » à travers la maturation des solitaires, ce communisme selon Maurice Blanchot cité par Philippe Lacoue- Labarthe, « étant toujours encore au-delà de lui-même ».Transhistoire irracontable sans doute, car à la vivre au jour le jour, nous n'aurons plus le temps de nous en absenter pour l'écrire.Elle s'écrira de soi, sismogra- phiquement.L'écriture ne sera plus le double miroir de la nostalgie et de l'utopie mais le fil retrouvé de la commune présence.Vient après la question du lieu, celle du comment réapprendre à penser après le désastre de la mentalité rétérentielle ?Une nouvelle pragmatique \u2014 une poétique postmoderne \u2014 ne peut naître que d'un artisanat ; d'une pratique de recoupement de la pensée de je et de la pensée de l'autre ; d'un métissage permanent des théories et des fictions des genres sexuels et textuels, d'un renoncement au confort intellectuel que procure le recours à un discours méthodologique.Dans la pratique artisanale du penser, il ne peut y avoir de méthode qu'autosubversive, autogénérative, infiniment ouverte à l'accidentel, à l'imprévisible.La dynamique propre à l'atelier naît de la théorisation extrêmement provisoire, transitoire des pratiques d'écriture.Ici, théoriser ne veut plus dire faire loi, régner, ça veut dire comprendre pour avancer dans l'inconnu, pour devenir plus connais- al 116 al So TC \u2014 - aps sant \u2014 non savant \u2014 des rapports métamorphiques de l'imaginaire et du réel, plus connaissant des ressorts communs de la destruction et de la création, du mourir et du vivre.x * * Revenons à l'argument : interroger la question même de l'écriture en fonction de la mort du genre comme possible.J'écris d'au-delà de la mort du genre en tant qu'elle m'est non plus un possible mais une évidence intime, une expérience que je n'en finis pas d'intégrer, de digérer depuis ce premier désastre mental que j'ai évoqué.Après cette catastrophe initiatique, il y en eut d'autres, d'autant plus déniaisantes qu'elles furent dépossédantes.Ce que j'en écris aujourd'hui n'a plus rien de spéculatif, l'opération d'outrepassage de la frontière oppositionnelle s'est si souvent répétée dans mon existence que la transgression est entrée dans mes mœurs ; sans doute m'est-elle devenue davantage la règle que l'exception, bien que je ne l'aie jamais pratiquée comme un sport, la transgression n'étant créatrice que vitalement nécessaire.Fiction ou réel ?|! y a bien longtemps que j'écris chaque matin sachant que mon mobile n\u2019est pas de parfaire une œuvre-mausolée, mais de me survenir quotidiennement à moi-même.J'écris pour vivre au jour le jour, pour susciter ma présence à moi-même, c'est-à-dire ma possible présence à l'autre.J'écris pour faire le point, pour éclairer le prochain pas que je ferai dans l'inconnu, pour m'étonner d'un temps- 117 PE _ aad 1 = > EN 10 113 \u201c1548 4 bi Pay x 1 > »oRET TE NS ER S ; ve .« Ca y lumière, d'un infinitif qui se survient d'une pratique ponctuelle de l'oubli.J'écris pour donner à l'origine lieu de se sauver de l'emprise historique, de se projeter en avant de nous, dans l'espoir que la mémoire du commencement \u2014 l'enthousiasme \u2014 ne vienne plus |a- mais a nous manquer.|| manque encore aux femmes, c'est vrai, de se faire confiance entre elles, mais d'abord à soi-même ; d'aimer assez leur étrangeté pour faire corps d'écriture avec elle.|| m'arrive encore de plus en plus rarement, de la renier par peur de la dérision, peur de donner prise à l\u2019iniquité des jugements de l'Inquisiteur littéraire, pni- losophe, savant, mais chaque fois que le coq chante dans ma solitude, la schize s'y rouvre.J'ai appris à reconnaître de loin les souffrances infernales de l'écartèlement mental dont se paie l'autotrahison.x * # Je sais maintenant \u2014 et j'en assume les conséquences \u2014 que mon écriture est celle de l'arkhé, de ce lieu mémorial d'avant la naissance du genre, d'avant la naissance de l'Histoire, poésie sourcière dont Rimbaud prédit qu'elle sera en avant.Après une interminable traversée des enfers de l'Histoire, cette poésie résurgente atteint ce grand âge que j'appelle politique.Âge poétique, âge politique, c'est le titre d'un livre qui verra le jour ici, à Montréal, la semaine prochaine.En corrigeant les épreuves, je me suis aperçue que l'éditeur avait ajouté sous le titre du livre l'appellation « essai ».118 - Co.R Lal PRE a .N .à \\ RES CTA taf Ap MCs + Ea -\u2014 Ws on «ah.- .J'ai d'abordeu le réflexe de le supprimer, puis je me suis dit qu'après tout, c'est bien d'un essai qu'il s'agit, d'un essai de penser, de penser quoi ?La mort du genre.Au-delà du clivage philosophie-littérature, l'écriture comme pratique de soi, pratique autogénérative donc autodestructive ; lieu théorique et pratique de la métamorphose.Mettre au monde une pensée sui ge- neris est toujours un enfantement suicidaire.Le verbe, en tant qu'il est l'enfant naturel de nos entrailles, ne peut vivre librement sa vie, échapper à la fatalité sacrificielle qui le voue à la littérature ou à la philosophie, que si l'Auteur perd tout attachement hystérique \u2014 paternaliste ou maternaliste \u2014 à son égard.La survie de la loi du genre est liée au degré d'hystérie du rapport que les philosophes, les littérateurs, les savants entretiennent avec leurs idées, avec leurs œuvres.Or, l'hypermédia- tisation actuelle de ce rapport exaspère la tension hystérique au point qu'on peut désormais prévoir son point de rupture.Ce qui fait loi sur le marché de la culture, c'est de plus en plus le Nom et le Renom de l'Auteur, de moins en moins la portée des œuvres.Le livre à venir bénéficiera-t-il de la grande crise des médias qui s'annonce ?J'en suis persuadée.Donc, la mort du genre, en tant qu'elle est liée à la déshystérisation, à la déphallicisation, c'est-à-dire au déconditionnement de l'imaginaire patriarcal, est un suicide mental de Sa Majesté l'Auteur, un processus d'autodestitution du Sujet-Maître, dont se conçoit l'écriture dialogique, interactive, interférentielle, interlective.x * * 119 as PVO PE = FE TETRA, = AR Sy SCN on bw a PERS - ds * = = \u201cAge Cw ~ = 1e 4 mar UMN GY Lot SEIT pm a oe dy Nill © ET A ey ae bre LA WS, SN ee .À A hey) po NELLIS - p= UT yo! erie RAC re tu AA at ee did fs restés va hamid genet Revenons pour conclure au comment réapprendre a penser après qu'on ait perdu l'usage de la raison duelle pour qui je ne peut en aucun cas être un autre.Après le coup de foudre qui fait dire à je qu'il ou elle est un(e) autre, il se produit un effet d'évidente réciprocité, un effet de maturation qui dédouble la dualité primaire de la relation.Ici, je citerai Gaston Bachelard qui écrit dans sa poétique de la rêverie : je suis seul donc nous sommes quatre.Le rêveur solitaire fait face à des situations quadrupolaires.Cette quadrature de la relation s'énonce ainsi : À est à B ce que C est à D ; plus concrètement, je suis à toi ce que tu es à Moi.Le nous n'est plus binaire ou trinitaire, c'est-à-dire utopique, Il a lieu de se jouer.|! devient soi-même le lieu du grand jeu poétique \u2014 de la grande santé \u2014 de deux sujets et de deux objets du désir : je, tu, toi, Moi.Sur les ruines de l'imaginaire triangulaire, pyramidal, hiérarchique, fondé sur le ou, sur la domination de l'Un sur l'autre, se construit par le raisonnement analogique un imaginaire cubique, volumineux, matriciel, où nos quatre vérités aient lieu d'interagir, de s'entrelire, de se métisser pour engendrer le verbe du solidaire, ce messie que chacun ne peut attendre que de soi-même.Je dirai que l'analogique est le lieu d'apprentissage du dialogique.Nous ne passerons pas de l'éthique du logos à celle du dialogos sans réhabiliter l'analogos.Ce qui meurt dans la quadrature analogique, ce n'est pas l'existence des genres, c'est cette loi du genre qui nourrit une haine absolue à l'égard de la différence, de la pensée métisse, cette pensée dépossédante qui fait 120 son miel de tout butin, ses flèches de tout bois.|| faut voir le désastre de l'imaginaire quadridimensionnel, d'un imaginaire in-secte où ça travaille continuellement à se penser soi-même pour s'autogénérer.Construction de l'imaginaire-atelier sur les ruines de l'imaginaire- temple.a 121 - _ .\"ny ae ve \u2018 - > os JP.Se + - ar wl da Ta Sine ee æ .- ~ ~ x nr \u20ac a 3 - As \u2014 - ace et mg pr oF +8 te pre PR _ _ as cu ; CS = A a a q we Re ro Lm Sig +B 2 a it > gos 4 he ~ Top or av AG 2M ot 1406 = La, of - â pes yd va VI\" ER - A ST re vi 6 OP TNE [RA 2 a in Li - Dont .- LS tai see sh As PS pe \u201d a Pa wre \u2014 _ \u2014 \u2014_ _ - > rm mine oo.Py ty - aA PSE SC) Michael Lachance Genus Philosophicum Le philosophe qui écrirait en poète viserait sa propre destruction.\u2019 Maurice BLANCHOT Foi PERN A A A Ur oe + bo Pe PEEL py ry PEP rd LA 4 s f Lay aE ta a ACT D FY > x ps 5 d LES PRE ARR ER TE RS Bas.EN J'entreprends ce commentaire de la conférence que nous venons d'entendre alors que celle-ci n'a pas encore fini de nous parler.Sa résonance ne s'est pas dissipée et j'entends ce que j'ai à vous dire comme un écho, je crains que ce ne soit que répétition.ll se trouve que c'est justement de la répétition que je vais vous parler.E Dans ce commentaire je veux mettre en rapport E une conception romantique de la poésie \u2014 dont Phi- ippe Lacoue-Labarthe vient de nous donner quelques traits saillants à partir d'une lecture de Hegel, Heidegger et aussi Blanchot \u2014 et une certaine conception de l'invention poétique dans le moderne.Ce commentaire sur une répétition du romantique par le moderne se rapporte au contexte du colloque et aussi à des questions que je me pose : d\u2019où vient la nouveauté dans le monde des idées, comment penser la poésie comme rupture, comment penser (du dehors ?) le renfermement de la philosophie sur elle-même ?Soit encore : comment 125 ä 8 rapes sul .- Vire re palit 2 ET ENF et A PTE \u20ac, Fugit J > } : 8 R DME OE da ee Li ra SNE ; 2574 .car PSE S 0 SP A EA + PRL) Bak ARR RAS TS DEE EAE ti ER) jaillit le philosophique, c'est-à-dire : devons-nous recon- _ naître qu'il se génère selon des principes de développement internes, qu'il exerce des contraintes génériques dans le champ symbolique en général.Je me pose ces questions comme ressasseur d'idées philosophiques et comme poète, quelqu'un qui recueille dans ses écritures quelque chose de ses lectures philosophiques, et qui écrit pour rendre la lecture encore possible.ll y a pour moi un rapport nécessaire entre les deux et je dois \u2014 Si je veux réfléchir ce rapport \u2014 d'abord interroger mes habitudes.Enfin, je me demande a quoi mene cette philosophie, si elle n\u2019est pas entraînée par un déploiement qui m'échappe, si la fin poursuivie n'est pas une impasse.Je me le demande, pourtant je ne me sens pas en voie de disparition.À considérer la philosophie comme impasse on ne fait plus de la philosophie de la même manière : on souffre d'un enfermement, d'une impossibilité d'échapper à la répétition, d'un sentiment de déjà-vu constant.Ce qui a pour effet de produire un effet de rupture dans la philosophie, que celle-ci ne parvient pas à théoriser.|| semble que la philosophie parvienne tout au plus à mettre en jeu une traduction partielle de cette rupture, de s'en donner une fiction.C'est alors que le philosophique apparaît comme questionnement ayant été ouvert par la rupture elle-même.La philosophie ne saurait évoquer cette rupture qu'à s'interroger sur ce qu'elle est, qu'à se donner comme dissonance, qu'à s'ériger elle-même (et s'approfondir) comme question.On croit alors apercevoir comment la philosophie se 126 v ape Ce \u201cde Lc yn wat J d q PHASE a iii 8 add \u201ca he É J 3 bs ly f LL A [CEA | Wt déploie dans le labyrinthe flexible de ses propres questions, et comment elle se rapproche ainsi de la littérature qui \u2014 depuis un certain temps (je devrais dire plutôt : résolument) \u2014 parle d'elle-même comme langage.Cependant, la philosophie demeure générique.On se prend en effet d'un doute : la philosophie ce n\u2019est qu'une histoire que l'on raconte : il était une fois la métaphysique, on ne pouvait pas en sortir, plus on voulait en sortir plus on la réactualisait, etc.On a pu constater \u2014 à en suivre le parcours \u2014 que le fait de considérer la philosophie comme fiction n'est pas s'en détacher, c'est remonter en ce lieu où elle s'invente, et c'est se prendre à espérer qu'elle pourrait s'inventer autrement, contournant la répétition.Comme si la philosophie n'était jamais parvenue à dire que dans le détour et la répétition, comme si elle ne se disait vraiment que dans ses ruptures.Là je crois reconnaître dans la poésie ce qui de la philosophie ne peut se dire qu'en dehors d'elle-même.Je crois pouvoir assurer le rapport de mon travail poétique au philosophique : le poétique apparaît comme rupture d'autant que je parviens à fictionner la philosophie.Pourtant ce qui ne me rassure pas c'est ceci: est- ce bien la philosophie qui traîne un impensé ou bien est- ce moi qui souffre d'insatisfactions intermittentes, lorsqu'elle ne m'en dit pas assez.Alors le détournement de la pensée, dont la philosophie me donne l'histoire, m'apparaît irrémédiable.Je finis par croire l'aliénation de l'esprittotale, je vois le monde enfoncé dans une conscience maladive.L'enseignement de Hegel 127 OMAN Log THM ts La - \u201c .= : \u201c ~ een = = 3 + eng see + - - p - ES a \u201cXA a: .OR er Ey SEL Ngee ar ny CTL LRRD AE = Spey fal Mt Mt EE ER EDI i a We SE SLE [ata A AN NEEL Se 2006 a apparait ici providentiel : puisque ce qui a aliené l'esprit_ c'est I'esprit lu-méme?, il n\u2019est pas totalement perdu.Il faut reconnaître son aliénation, avec tout ce que l'on a_ perdu chemin faisant, puis reconnaître du même coup que l\u2019aliénation de son savoir de soi est \u2014 quelque part \u2014 notre fait, par lâcheté, par peur\u2026 je ne sais pas.C'est à ce titre seulement que j'échappe à ce que Hegel appelait la « conscience de la comédie », à cette philosophie qui ne connaît pas son malheur bien qu'elle n'ait pas envie de rire.En effet, selon Hegel, plus la philosophie se veut sérieuse, plus elle s'enfonce comme « conscience de la comédie » qui ignore le caractère inessentiel de ses certitudes, qui ignore la perte de l'unité de la conscience, qui professe une croyance dans la vérité-achèvement.Sans doute que je ne fais pas assez sérieusement de la philosophie pour m'inquiéter sur ce point, mais je me prends d'un doute quant à la persistance chez moi d'un reste de dérision qui contaminerait ma production littéraire.Le genre de cette philosophie \u2014 si on peut lui en attribuer un \u2014 serait assurément dérisoire, comique : le philosophe médite ses propres questions dans les ruines, découvrant des questions dans ses réponses, et ne considérant la détresse de ses contemporains que dans une dérision de la laideur et des vices\u201c, à commencer par ceux qui touchent à l'usage de la langue.|! ne s'intéresse pas aux gens pour eux-mêmes mais pour leur usage impropre de la langue, pour l'exiguité des formes de leur conscience.Le mal est dans l'usage inapproprié des mots, dans la traduction fautive des 128 LE WL termes, dans la transmission incertaine de notre savoir, soit dans mille déviations que toute notre tradition philosophique entend redresser.Ce qui m'inquiète c'est la certitude du philosophe de parvenir à guérir la pensée, comment il en retire la plus grande fierté pour le travail intellectuel (comme pensée redressée) dans laquelle il excelle.Se constituant gardien\u201c et juge en vocations intellectuelles, 1! condamne sévèrement quiconque ferait de ce travail un jeu (ce ne sont que des littéraires, croit-il, qui se donnent ainsi le droit de jouer), quand même que ce serait pour en faire le jeu le plus sérieux, ou un jeu qui rend possibles les plus grandes virtuosités.Ce philosophe condamne cette lucidité d'autant plus sévèrement que son travail est une dérision qui \u2014 depuis longtemps \u2014 ne fait plus rire.Alors je suis perplexe, le philosophique m'apparaît comme un genre (le dérisoire, le comique) que je ne peux contourner, dont le sérieux interdit toutes les feintes et m'intime de laisser l'écriture poétique au privé.Pourtant ce qui me rattache à la philosophie c'est bien ce qu'elle rend possible comme poésie, du Moins dans ce que j'entends par ce mot dans le privé.Et c'est encore par le fictionnement que je rejoins la poésie dans la philosophie.Mais ce langage du fictionnement est encore souverain, il me faut y renoncer dès lors que je veux recueillir les « marques de la poésie »°.Qu'en est-il de ce fictionnement dans les textes de la tradition philosophique ?Une approche « sérieuse » de ces textes ne se soucie pas de leur qualités littéraires, 129 ce ue = q g ; A 2 By IE 2 Alafia 2 =) # = a < mas Le pe ; \u201cyk v dy hd dy Io AD q I LU iin Shred a id ren Al TA + SURI Ly 2b Shh re _ QP < ow fap a JS x T Ys oy) Nr I RY ARO Elle RC Pa iy a dn a A WE LY, pa 4 a Me gen La le ery Ke RE SL RETR LYE pir Xt RIA: Ss EE EE il semble en effet que la pensée philosophique ne puise plus à la même source du langage que les œuvres littéraires, qu'elle n'est plus une élaboration à partir du langage®° même si c'est précisément ce langage et cette mentalité qu'elle entend redresser.L'acquisition labo- reuse des concepts de vérité, réel, logique, pensée, etc.sera complétée lorsque chaque concept sera parvenu à se dégager de sa constitution générique\u201d.Pourtant lorsqu'on serait parvenu à réduire le genre à n'être que la délimitation interne du champ philosophique, le littéraire ferait inévitablement retour comme régression nécessaire, il n'y aurait plus que le flux vertigineux de la littérature qui rappelle tout à elle-même.La littérature devient un genre illimité dont la philosophie ne peut plus se démarquer.Qu'en est-il d'une poésie qui se laisse emporter par son propre mouvement, qu'en est-il de la philosophie lorsqu'elle ne parvient plus à produire l'unité conceptuelle garante de l'unité de la conscience ?Elle doit redevenir fictionnante et contrarier davantage son désir d'unité.Elle doit retrouver cette dimension générique de la pensée, restituer l'impensé qui en est le reste.Chose remarquable, la philosophie redevient spontanément fictionnante : lorsque le philosophe écrit sur l'oubli, l'effacement, l'origine, etc.il (re)passe inévitablement par le relai du littéraire.À suivre les indications de lecture qui nous ont été données tantôt, on voit que la philosophie fonctionne comme si la poésie était passée ou perdue\u201c, comme si le mode de présentation (Darstellung) de la poésie 130 VTT NE LE ES RE ES I | | cg res rie ce © .EEE \u201d oe me ns ome e+ ern + (comme ce qui se présente immédiatement selon sa nature) était révolu.À la présentation sous la forme de la poésie succède une présentation dans l'esprit (par récollection, représentation, énumération, reproductions, etc.) qui a pour effet bénéfique de rappeler l'esprit à lui-même, dans ce que Hegel appelle « l'esprit conscient de soi-même comme esprit »°.Dès lors que la poésie n'est plus la forme privilégiée de présentation des contenus elle doit s'inscrire \u2014 comme produit exogène \u2014 dans le projet de la philosophie comme genre, c'est-à-dire comme ce qui commence de soi- même.En effet, effacer les genres ce n'est pas lire tous les textes de la même façon, c'est prêter à tous ces textes un Même mouvement de production, dans ce que nous appelons rapidement \u2014 une auto-production du texte, de tout texte et \u2014 de façon exemplaire \u2014 du texte philosophique (comme « genus philosophicum ») puisque chez Hegel il s'agit d'un relai à l'auto- engendrement du concept'°.Chose intéressante, je retrouve mon idée de tout à l'heure dans une autre perspective : ce qu'il y a de meilleur dans la philosophie c'est une poésie qui ne s'écrit pas, ou plutôt une poésie qui s'écrit ailleurs que dans la philosophie.Est-ce que cette poésie s'écrit précisément dans ce qu'on appelle poésie ?Dans l'affirmative, la poésie n'est pas la rupture qui révèle le philosophique à lui-même, mais le produit le plus parfait du travail philosophique.Le « produit » mais non pas le résultat puisque la philosophie devenue comme genre de tous les genres s'identifie à 131 ELIE FE SUE NAL SIL Ra TE Sr [SETTLE FO ILRI ROC hd N - ie Le TE DES TEE PRE CM Dr OE EAN PT la Science.La philosophie c'est le genre comme engen- .drement du concept, qui devient concept.Les questions qui ont été évoquées ici font étatde _ la clôture que la philosophie, en se refermant sur elle- même, impose au poétique.Je reprends ces questions invoquées à l'instant : une sortie de la philosophie comme ce qui clôt le poétique est-elle possible ?Une déconstruction du philosophique (l'éclatement et la mort des genres) redonne-t-elle son immédiateté au poétique ?C'est encore en lisant Hegel, ce « fou de son sérieux »!! que je poursuis ce commentaire.C'est lorsque le philosophique essaie de penser le poétique que cette clôture devient manifeste : la poésie n'est que le véhicule d'un contenu spirituel (Un symbole, une Idée, etc.) que la philosophie peut ressaisir comme tel.Si l\u2019art est une des formes dans lesquelles l'absolu peut se manifester, il n'est plus qu'un Moyen adéquat d'en donner la présentation, un Moyen parmi tant d\u2019autres.Survient la difficulté de penser le poétique dans un contexte néo-romantique et moderne à partir d\u2019une esthétique des genres imposés, survient la tâche de penser la poétique comme ce qui se génère soli- même dans des textes mais aussi comme ce qui agit dans la société en tant que puissance génératrice et organisatrice.Alors que l'Aufklärung plaçait dans le jugement de goût l'espoir d'un monde habitable, parce que l'exercice de ce jugement requiert un accord potentiel avec ceux qui se trouvent présents, le moderne retrouve dans le poétique une valeur de destination, pour autant que celui-ci échappe à l'enclave du texte 132 écrit, qu'il échappe à l'exigence de représentation\u2019?et (re)devienne forces fluides et agissantes dans la vie politique.On croit devoir distinguer deux genres, le genre dénaturé de la philosophie, et puis ce qu'on appelle le genre historial de la poésie à partir d'une confusion, soutenue par un romantisme en poésie, entre le thème de l'auto-engendrement (ou de l'auto-poiésis) et la pratique de l'écriture poétique.La mort du genre c'est dans un cas échapper à la répétition philosophique, c'est renoncer à ce qui soutient cette répétition, soit tout désir d'unité et d'universalité, ne serait-ce que dans une même communauté de langue ; c'est dans l'autre cas le désespoir de s'(auto-)organiser, d'accéder au règne qui nous est propre, de trouver sa destination.Avec la mort du genre on perd à la fois la communauté dans sa reproduction du social, et on perd aussi la communauté comme création spontanée d'un peuple.Sans doute qu'à perdre l'un on ne peut que perdre l'autre aussi.Ce sont les deux abords de cette question de la perte essentielle en littérature'*.Car d'une part, comment entendre la mort du genre sinon comme geno-cide.Quelle communauté s'affirme comme le « genre » et peut-on parler d'une multiplicité de genres humains ?Quelle communauté fait de son unité la garantie de sa transmission (de la race, de la langue, etc.) ?Et d'autre part, toujours dans cette question de la poésie et les rêves de l'indépendance nationale : comme perte du sentiment que cette poésie provient du peuple et qu'elle est dans le peuple l'énergie de sa création 133 ai \u2018a SF Jy comme communauté.|| se trouve toujours des intellectuels romantiques qui prétendent mettre cette énergie en mouvement par une invention poétique libérée de toute contrainte esthétique, lorsque la poésie devient son propre genre.Afin d'échapper à la problématique des genres'*, ils parlent plus volontiers d'une nouvelle langue, d'un nouvel imaginaire : de langages et d'imagl- naires singuliers.Comme s'il suffisait d'échapper a toute contrainte pour tomber dans l'invention, comme s'il suffisait d'écrire n'importe quoi pour que ça parle, pour faire parler l'actuel et donc un nouveau qu'il faut toujours recommencer.Voilà qui nous assure, quel que soit le caractère énigmatique de ce qui a été recueilli, de parler l'instant et la conjoncture.Mais dans cette démarche on ne recueille rien, on ne peut qu'y « accomplir » une perdition.Mais cette démarche est toujours rétroactive, on fait parler l'instant dans la perspective d'un accomplissement.Ainsi les intellectuels qui se croient de ceux par lesquels passe le renouveau ont le souci de marquer qu'ils en étaient.La génération spontanée est d'autant plus pressée que l'image de la communauté totalisante se précise, que le projet global de société semble arriver à terme.Or cette image, ce projet vient d'ailleurs.La « générescence » est d'autant plus vulnérable à l'imposition d'une loi qui en détermine le développement et l'achèvement qu'elle semble jaillir librement.Plus on croit à la poésie générique (la religion de l\u2019art), plus on se soumet à la loi du genre.La poésie comme sortie de la contrainte esthétique est encore commandée par 134 celle-ci.Pourquoi ?Car ce que l'on prend pour un auto- engendrement, ce que je prends pour l'invention permanente et immanente des règles n'est qu'un effet en miroir où des représentations de la rupture me renvoient les unes aux autres, comme formations substitutives qui me dispensent d'engager ma subjectivité dans la rupture comme telle.Tandis que je mime hysté- riguement le genre, je donne libre jeu à l'association des images qui semblent s'appeler les unes les autres mais qui répondent toutes en fait à une exigence d'adéquation.Ce n'est donc qu'une auto-référentialité qui représente un enfermement égal, sinon plus grand que celui dont on voulait se libérer dans la philosophie.ll faut se méfier des formes que peut prendre parfois « l'expé- rence de quelque chose qu'on a continué à appeler « littérature », mais avec un sérieux renouvelé et, de plus entre guillemets »'°.Se garder de renouveler par ce sérieux celui avec lequel des philosophes s'appliquent à la dérision.La poésie générique, que l'on désigne d'abora comme sortie de l'esthétique des genres, et comme échappée de toute la philosophie, ne saurait en aucune manière contester celle-ci et en consommer la rupture, puisqu'elle n'est qu'un après-coup de la crise qui secoue l'édifice philosophique, elle n'est par avance que l'évacuation de la crise dans une formation substitutive.La poésie qui se donne comme le lieu même de la rupture, ne fait qu\u2019occulter (sur le mode du refoulement) la crise réelle qui travaille le philosophique\u2018.Tout est renversé : on voit des auteurs qui veulent s'inscrire dans une 135 À en.+ ; mac 7 HTN Te SR Te cr pseudo-génèse qui ne fait pas question, alors qu'ils ne s'engagent pas dans un questionnement crucial sur le langage à partir duquel on parle, croyant annuler le phallocentrisme (le genre comme insistance de la question : de qui nous vient le langage) dans le langage par le simple moyen de s'en détourner.C'est, quant à Moi, du philosophique que j'attends la persistance d'une rupture, « pour que, écrivant, 'lécrive par défaillance, dans l'intensité de la défaillance »'8.J'en attends l'interruption qui trouble ma relation imaginaire (la relation poético-narcissique de l'artiste à l'œuvre étant le modèle de toute notre culture moïque), j'en attends l\u2019effraction dans l\u2019œuvre (l'œuvre est devenue ici l'illustration parfaite du genre comme ce qui façonne l'objet totalisé du désir, comme ce qui rendra le texte désirable).Mais \u2014 selon un mouvement que l\u2019on trouve déjà chez Hegel \u2014 c'est à Mme prêter à une aliénation dans l'imaginaire que je saurais attendre cette interruption'® qui est aussi inscription, comme nous le rappelait Philippe Lacoue-Labarthe à l'instant.On voit comment une lecture qui se veut moderne, trop pressée de faire valoir I'invention poétique comme rupture, ne laisse pas apparaitre le point critique.On peut lire la phrase de Blanchot placée ici en exergue avec cette précipitation : « Le philosophe qui écrirait en poète viserait sa propre destruction », parce qu'il fait se lever des questions en toutes choses, et comme il est avant tout philosophe il croit pouvoir affronter toutes les questions.On peut lire ce passage avec une naïveté toute littéraire : le philosophe doit 136 EE 2414 ss fermer dans sa pratique de l'écriture ce que celle-ci par ailleurs ne cesse d'ouvrir.Mais nous pouvons lire ce passage autrement : le philosophe vise cette destruction volontairement (comme une aliénation nécessaire et remédiable puisque je me suis moi-même aliéné) parce que c'est à partir du moment que les faits font question dans un ébranlement poétique, que la conversion en savoir devient possible.Notes 1 Maurice Blanchot, /\u2019Écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980, p.104.2 Hegel, Phénoménologie de l'esprit, ll, p.259-261.3 Selon les critères de René Wellek et Austin Warren, le genre peut être déterminé en fonction du sentiment et de l'attitude envers les gens.On applique la définition de la philosophie comme ce qui « rend la bêtise honteuse » (Deleuze) davantage aux gens qu'à la philosophie elle- même.4 « Ceux qui continuent de prendre au sérieux les différences et les frontières internes à l'espace culturel et symbolique préservent la gravité du symbole.» Cf.Gilbert Hottois, «« Vérité » et « fiction » ou du conditionnement technicien de l'effacement des genres », J.Sojcher (dir.), Philosophie et littérature, Annales de l'Institut de Philosophie et de Sciences morales, Bruxelles, 1985, p.143.5 Maurice Blanchot, /\u2019Écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980, p.144.6 Le philosophique posséderait son langage conceptuel propre, ou plutôt il serait le propre d'un langage spécifiquement philosophique : il s'agit du langage des étymologies en Occident, à partir du grec surtout et aussi du latin.D'où le privilège accordé \u2014 par les philosophes \u2014 aux langues classiques : non pour faire usage du caractère imageant des 137 VA PN ERE MERA] FERRE Uk LL at Te CA AI Sa + \"Aa TA PU nia - RITA SN Lh) SER 10 11 12 13 14 nat Ma NS mots, mais du caractère « abstrait » de mots considérés comme équivalents dans une référence culturelle archaïque.Les philosophes ne cessent de discuter la possibilité d'une traduction du grec dans le français, en prenant le relai de l'allemand.Lorsqu'ils tirent parti de leur langue et jouent de ses valeurs expressives est-ce un effort de plus pour exhumer le cadavre logothète ?Ou le détour par l'étymologie permet-il de s'affranchir de la contrainte conceptuelle de la langue ?Voilà en tout cas quelque chose d'assez spécifique au genre philosophique.Le concept échappe au genre lorsqu'il s'affranchit du groupe d'êtres et de choses dont les caractères communs signalaient une unité conceptuelle.Mais le concept se soutient de la fiction, même lorsqu'il touche à la vérité dans son achèvement, car c'est dans la fiction (le muthos chez Aristote) que l\u2019on saurait reconnaître une unité conceptuelle.Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, 1962, p.63.Hegel, op.cit., ll, p.262.Ricœur exprime quelque peu cette notion d'une philosophie auto- générée lorsqu'il écrit : « La philosophie ne commence de rien, puisque le plein du langage la précède, et qu'elle commence de soi, puisque c'est elle qui instaure la question du sens et du fondement de sens.», De l'interprétation, Paris, Seuil, 1965, p.529.= M.Blanchot, op.cit., p.79.Cf.G.Deleuze et F.Guattari, l\u2019Anti-Oedipe, Paris, Minuit, 1972, p.63-65.« La littérature ne s'engendre pas, il n'y a pas d'essence de la littérature \u2014 mais l'épreuve incessante d'une perte, plutôt dans le motif de l\u2019agonie \u2014 c'est le mot juste.» Mathieu Bénézet et Philippe Lacoue- Labarthe, « Addendum », Haine de la poésie, Paris, Christian Bourgois, 1979, p.165.Un mouvement s'est amorcé dans ce sens déjà avec le fragment, la césure, l'interruption, le texte, etc.Tous les genres sont confondus 138 PCR) i id 15 16 17 18 19 dans le genre du genre, bientôt figé dans un concept : l'écriture, la littérature, le Livre.Il ne reste qu'à dépasser, épuiser, brûler le Livre car le Livre c'est fonder la promesse d'une communauté dans la Loi : c'est le genre : c'est la mort et peut-être que l\u2019on parviendra à exténuer la mort elle-même : hors d'atteinte : dans le neutre.On y parviendra d'autant qu'il n'y a de mort que comme genre.Durrell dit : « Death is a metaphor.» Entendre : elle est dans la métaphore.Cf.Philippe Lacoue-Labarthe, « Où en étions-nous ?», in J.Derrida et al, La faculté de juger, Colloque de Cerisy, Paris, Minuit, 1985, p.190.M.Blanchot, /\u2018Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p.VI.Cf.Jean Larose, /a Petite Noirceur, Montréal, Boréal, 1987, p.161.M.Blanchot, /\u2019Écriture du désastre, p.24.Cf.J.Lacan, Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.94, 374 ; Séminaire Il.Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique psychanalytique.1954-55, p.209-210.139 * - oT Ld J -« \u201cages ppp, 9.GN] L Q » » : PY LC.B a HAAS bi + ll 8 sv at A RE.po PES oy - =a \u201d Lye =a a We ea arme PP PE et rt Las Ie PPS COURSE Ed Es 00 0010 90 oi a A - - is ~~ ae = «ts \u201c.au a > ob RA che de = pr ls so rats ne \u2014 CY or or ln TPN A fac an YR vy + I Ms - \"a, 3.Re UNSS yey - A pri PAR Te 4 a K rites art) | rpg A ; \u2018 as A = Sali) nA > Le ne D TE RX] Ou prover i > ME pue FOR MON A DS ad UE) * US ee pie RRR a « K [eo Le a.Pen : Fi 4d.» oi har PNP) PP 6 hb Pars ARRAY ih Th Nr \\ à EE \u2014__\u2014\u2014 tes EE == = 3 TEE re _ mers LR pyre -\u2014 .oA > & 3 = - oe pr Es En ce, pS Per Er prs EY PREY Ay \u2014 [Er ws - ey An orne PL thereto?Sp Sof Pa PU mass EE a ed Pred ES rise Be = + he + Ce is, - vers made (ET Pre Ne JPY PY Har = rap Pa EN 7e ve EE Pp JOYS PAS PIPER EE pee por PRO.ce PUNO fy am = - noe Poa 2) piri TR Pre APY _.otis EE thutabpianiall plata Eh 2 FR ER ES Pn \u201cA \u2026 RE pe PRE J _\u2026 = VS hr Re an _ [NN FE - a 2 Mice Ea -, B E * ) » \u2019 .0 A Q LE AA SEE ( JET MM at Mae - or + va pos es or \u201c cal : pe po Heinz Weinmann Genre de Mort Mort du Genre Des astres au discours des désastres.vu FL I - - > ~ a wor ps = - Ie 4 _ ue oo, 5 Re A WEES ve oa) = (Ae peak Pres HIE RE 5 ES + Ly Ig Sg 9 wg = Last RES Es wn Pa I 23 3 [a pere es - = rs a li PANES = - LE - ffs PR ah I ih ; per gr oe TE 2h carre.(Ratt paie veus 4 Je ps AC Pe PUP Paras ay rx .[Ed Pars nos J oe 9 3 po - 3 4 = 54 À al si æ =.\u2014\u2014.__ re ee _ nr meer oar mei = = eq PPT EN PE RE EE EE EC CTT IL SE TEL NCL PUL SL SS EN PI « Mort du Genre ».Ce requiem que nous célébrons au- Jourd'hui à l'occasion de la mort du genre fait suite à son « glas » sonné bien avant Derrida.Je voudrais montrer comment, d'une part, la mort du genre a partie liée avec la mort de l'homme, est pour ainsi dire consubstantielle à la mort de l'homme et, d'autre part, comment la modification de la conception, de la représentation de la mort humaine modifie, a son tour, la littérature/philosophie en la seule écriture qui puisse en rendre compte \u2014 Blanchot a vu juste \u2014 I\u2019Ecriture du désastre.Pour ce faire, afin de saisir le nœud du problème nous devons ressourcer la notion de genre, réduite par la mutilation disciplinaire au seul champ philosophico- littéraire, dans le champ plus vaste d'ou elle tire son origine : dans les sciences naturelles, dans ce qui, depuis le XIX° siècle, est appelé la Diologie.Étrange coïncidence ou fatalité du genre : dès sa naissance, il fait face à la mort.On dirait même que le genre est créé tout exprès pour expulser la mort.143 IRE EL Comme si le genre était une apotrope de la mort.Masque appelé à cacher la mort.À l'image du masque de la Méduse.On s'en doute, je fais allusion au célèbre passage de la République de Platon, du début du Ille Livre qui scelle l'exclusion du poète de la polis.Mais avant d'en venir là, Platon traite des sujets (/ogoi) à proscrire du discours des poètes: des hommes, pis des héros sans parler des dieux qui se lamentent et pleurent comme des femmes, des fils de Dieu comme Achille voguant à la dérive ; même les rires trop forts sont à interdire.Or le premier tabou, celui qui ouvre la série d'interdits et prescriptions du Ille Livre, c'est le tabou de la mort, le plus fondamental, incluant finalement tous les autres.Paradoxalement, cette mort il faut l'exorciser non en la masquant mais en l'affrontant.Évidemment, ces interdits et prescriptions visent à l'éducation disciplinaire, à l'endoctrinement des gardiens.Dans cette optique s'explique aussi la première classification des genres littéraires de l'Occident qui se fait selon la lexis, le mode de représentation.On sait que Platon distingue trois modes-genres : purement narratif (haplè diègèsis), mimétique (dia miméséôs) par dialogue comme au théâtre et le mode mixte, mélange des deux.Si Platon, contrairement à Aristote, dévalorise le mimétique c'est parce que, sans médiation aucune, le poète s'y expose aux objets à risque, puisqu'il devient lui-même le sujet de la représentation.Cette fonction du genre comme apotrope contre la mort, d'accidentelle, de marginale dans le discours phi- 144 8 ee Nn.Bh D i BERNA i CHO Ih or ORE DS ILE FD BF SN AE PAR ali aA aT I rr EE NH EE losophico-littéraire, devient essentielle, centrale des qu'on se tourne vers le genre biologique.C'est la biologie, science de la vie qui nous rend à l'évidence que le genre au prime abord, décrit une classe d'êtres en vue de sa procréation.Ce rapport intime du genre avec la vie, avec la procréation, sensible dans l'étymologie grecque et latine, saute encore mieux aux yeux en allemand où Gattung (genre) à travers Gatte (mari) et Begat- tung (copulation-procréation) a gardé le contact avec cette souche bio-logique, créatrice, procréatrice de vie.D'ailleurs Kant dans ses écrits anthropologiques, notamment dans Von den verschiedenen Rassen der Menschen (Des différentes races des hommes) fait ressortir ce rapport entre genre et procréation.On lit « dans le royaume des animaux la division naturelle en genres (Gattungen) et espèces (Arten) se fonde sur la loi commune de la procréation et l'unité des espèces n'est rien d'autre que la force procréatrice valable globalement pour une multiplicité d'animaux »'.Kant invoque ensuite Buffon qui a choisi pour le classement des ant- maux le critère de la compatibilité des animaux en vue de la procréation de « jeunes » viables.Cette immersion dans la biologie nous rappelle que le genre (genos, genus, Gattung) est d'abord une notion biologique introduite par Aristote dans son Histoire des animaux (son traité le plus long, dépassant la Métaphysique), transféré après dans le domaine littéraire.D'ailleurs chez Aristote la procréation, le mode de procréation, est aussi un critère clef pour le classement des genres animaux.145 EE TET 112, À Sly NE Dés lors, cette confrontation du genre biologique avec le genre littéraire, au-dela des ressemblances métaphoriques de surface, fait ressortir leurs différences.Les genres biologiques sont fondés en nature, reflétant eux-mêmes le principe de vie, la procréation, la naissance, la régénération.Tandis que le genre littéraire, catégorie classificatoire, eidolon d'un artefact d'œuvres littéraires répondant aux mêmes caractéristiques, n'est qu'une représentation culturelle.Cette fragilité existentielle du genre littéraire, soumis en plus aux aléas des modes littéraires, fait qu'il se meurt facilement.Les chemins de l'histoire littéraire sont parsemés des squelettes, des fossiles génériques morts depuis l'Antiquité.Or, cette mort des genres, jusqu'au XXe siècle, n'a jamais touché l'enveloppe protectrice du genre, le genre du genre.Nous avons connu la mort des genres, jamais encore la mort du genre.Étrangement, comme pour se cacher la fragilité du genre littéraire, les théoriciens, depuis la fin du XVIIIe siècle semblent même avoir oublié que le genre littéraire n'est pas un être naturel, mais simplement un produit culturel.G.Genette à ce propos, dans son Introduction à l'architexte, note justement, « l'histoire de la théorie du genre est toute marquée de ces schémas fascinants qui informent et déforment la réalité souvent hétéroclite du champ littéraire et prétendent trouver un « Système » naturel là où ils construisent une symétrie fictive à grand renfort de fausses fenêtres »°.Système classificatoire culturel, le genre littéraire, depuis la fin du XVIII° siècle, depuis Friedrich Schlegel, 146 + 4 ar s'est affirmé comme un « être » naturel, avec une diachronie, avec une histoire où les trois genres (poésie/ théâtre/épopée) apparaissent comme les trois âges de l'humanité.Malgré leur statut différent, le genre biologique et le genre littéraire ont été aux prises avec les mêmes problèmes, ont subi les mêmes critiques épistémolog|- ques.Car au fond, leur principe classificatoire est le même: dans l'un et dans l'autre, il s'agit de savoir si des individus, des cas particuliers peuvent tomber sous le coup de classes plus englobantes, plus générales qui les rassemblent et les expriment.En allant très vite, on pourrait avancer que la querelle des universaux se continue dans l'histoire naturelle et l'histoire littéraire par genres interposés.Comme au Moyen Âge, Il y a des « nominalistes », ceux qui croient en l'existence des universaux-genres et en leur rapport consubstantiel avec les res, les cas individuels.Lamarck est de ceux-là.ll y a, d'autre part, les « réalistes » qui pensent que la catégorie générique n'est qu'un nom (« Name Ist Schall und Rauch » Goethe, Faust /) ne correspondant à rien dans la réalité.Buffon incarne cette tendance, de même que B.Croce en littérature.Mais comment parler des problèmes classificatoires qu'impliquent les genres sans se référer, sans les référer au sujet classant, se classant, c'est-à-dire à l'homme.« L'homme est de tous les animaux, note Aristote dans son Histoire des animaux, celui que nous connaissons le mieux »*.Si l'homme, sujet classant, s'est donné comme primium, et ultimum la place de 147 Pat T4 a TT La a LT arte A PT R ARERR a 0 J.ue.ARRAS wd dosh hdc TPE JEST [I LEE PE TL ENT choix, place de roi, la nature, l'hominisation l'a effectivement particularisé à plus d'un titre.En effet, l'homme dans sa phylogénèse perd de plus en plus les attributs Instinctuels de l'animalité stockés dans la mémoire de l'espèce.Cette dernière est une enveloppe du phylum qui protège l'animal individuel de la mort spécifique et de la conscience de la mort.Autrement dit, l'homme en devenant homme, en prenant conscience de sa particularité, de son individualité, perd cette enveloppe protectrice du phylum de l'espèce.Par là s'ouvre une brèche béante sur la mort.Comme le note Edgar Morin dans l'Homme et la mort, « l'espèce perd son efficacité clairvoyante, cesse d'envelopper et de protéger la vie individuelle.Sur cette décadence de l'espèce, l'homme s'affirme comme réalité irréductible et c'est l'horreur de la mort »*.Cette brèche ouverte par la prise de conscience de la mort avec la disparition de l'espèce, l'homme la colmate tant bien que mal en se créant des classes, cette fois culturelles, enveloppantes qui perpétuent l'homme, mortel en tant qu'individu: la société, et à un niveau plus général, le genre humain.Le genre, son progres, sa perfectibilité, sa quasi immortalité, compense l'imperfection, la fragilité, la mortalité de l'individu.C\u2019est l'opinion que Kant exprime dans /dee zu einer allgemeinen Ges- chichte in weltbürgerlicher Absicht (ldée d'une histoire générale dans une intention cosmopolitique).Kant y affirme sa conviction, sa foi de charbonnier d'Aufklärer qu'au-delà des errances (erreurs-folies) de l'individualité \u2014 personne/nation/État \u2014 le genre humain est 148 guidé par une finalité bonne.Bien plus, l'homme, brute individuelle encore mal dégrossie, ne réussit à réaliser plusieurs de ses potentialités humaines que dans un avenir lointain.La bonne nature, aufgeklärt, se sert \u2014 c'est là sa ruse \u2014 des imperfections des genres, des vices humains pour atteindre ses buts voulus.La fin de l'homme trouve son prolongement dans la finalité de l'humanité du genre humain.« S'ouvre ainsi une perspective consolante sur l'avenir dans lequel le genre humain [.] développe tous les genres que la nature y a mis et ainsi accomplit son destin ici sur terre »°.Ainsi, l'humanité, le genre humain est engagé dans un cycle (Kreislauf) comparable à la « course que fait notre soleil dans le ciel avec l'armée de satellites dans le grand système d'étoiles fixes »°.La perfection de l'histoire humaine est à l'image de la perfection des révolutions des astres.Le discours de cette histoire d'une humanité de longue durée ressemble donc au cours des astres.Or, cette histoire de l'humanité, à l'instar de la révolution des astres, ne saurait plus être la tâche du philosophe.Seul le littérateur, le romancier saura l'assumer, puisque seule son imagination comblera ces trous (ils ne sont pas encore noirs !), ces lacunes qui s'ouvrent devant la raison, une fois qu'elle consent à raconter le « roman des astres ».Dans une telle perspective, note Kant, « seul un roman peut naître »\u201d.Ce « roman des astres » kantien est en quelque sorte le signe avant-coureur d'une crise des fondements qui va emporter la rationalité, emporter I\u2019'« homme », emporter les genres et provoquer, dans 149 Coe Te Cit Shi lt Si son sillage, une écriture du désastre, des discours de | dés-astres\u2026 \u2018 Parmi le foisonnement de ces désastres à survenir à partir du XIX®° siècle, je voudrais en retenir trois.Le premier ne vient pas des astres, mais des machines thermiques et va conduire à la formulation de la deuxième loi de la thermodynamique, à la découverte de l'entropie, processus de déperdition d'énergie qui va vers son maximum, c'est-à-dire inéluctablement à la 4 mort du monde par épuisement.L'Allemand, où création/ À (Schôpfung) et épuisement (Er-schôpfung) sont de nk A même souche montre à l'évidence que l'entropie s'af- 3 firme comme privation, comme négation (Er-) de la 73 création (Schôpfung).Mauricio Kagel a délinérément ni joué sur le sens composé du radical (Schôpfung) et du 8 préfixe (Er-) en «créant» avec Die Erschopfung der i Welt (la création-épuisement du monde) le premier opéra entropique.La thermodynamique met à jour le chaos tourbillonnaire là où le rationalisme n'a vu qu'ordre, loi.Dans 2 ee RS IL 4e CS mes, ESS TL Ly wn PT 44 la débâcle de la thermodynamique seront emportés la À causalité, jusqu'à l'atome comme unité, « individu » iS insécable dont l'existence est niée par Mach.Crise des fondements parce qu'elle met en cause la représentation, la calculabilité exacte de ces processus entropiques des machines thermiques.Seul le flou, le calcul A des probabilités des grands nombres peut évaluer, sans les appréhender précisément, ces processus.S'effon- A dre finalement le principe de classement occidental qui 150 FE \\ ENE EE EE I] supposait un rapport consubstantiel entre cas individuel et cas d'espèce, entre événement fortuit et loi.La deuxième brèche ouverte parles sciences naturelles touche directement la place de l'homme dans la création.Brèche ouverte par The Origin of Species de Darwin.« La nature ne fait rien d'inutile » disait-on d'Aristote jusqu'à Kant.Non, répond Darwin, elle fait des dépenses inconsidérées, des potlatchs sans retour.L'histoire naturelle est un charnier plein de ces espèces disparues, non viables.Cette mort dans la nature est le signe négatif que les catégories classifticatoires de la biologie \u2014 espèce-genre \u2014 sont soumises à un changement, à une évolution.L'homme lui-même, non créé, mais se créant dans une lutte pour la vie implacable est un produit de cette évolution.Comme déjà Laplace, Darwin n'a plus besoin de l'« hypothèse de Dieu ».|| reste à Nietzsche de proclamer urbi et orbi sa mort.La mort de l'homme, création divine, commence avec Darwin, puisqu'après tout, il n'est qu'un singe nu.La troisième brèche s'ouvre au XX° siècle avec les découvertes de Hubble sur la dispersion des galaxies et la découverte du rayonnement isotrope venus de tous les horizons de l'univers.Elle va montrer que notre univers n'est pas né dans la vie, mais dans la mort, au cours d'une explosion initiale, appelé Big Bang dont nous, humains, nous entendons les lointains échos de son bruit et sa fureur.Savons-nous que nous sommes nous- mêmes faits de cette « poussière d'étoiles » comme l'a rappelé Hubert Reeves, notre compatriote cosmique ?Savons-nous que nous devons notre vie à cette pre- 151 dde A RTE EN ETE A JORTRIN \u2014 2 > ~~ PIETY hy rar cet TOR: ow NF.SPA A LL a as pe de EE RE Ake ee se bd a ea = CETTE SE ETE en Es EE mière mort cataclysmique du cosmos ?Notre vie n'est plus, comme le pensait Kant, le reflet lointain de l\u2019harmonie des astres, mais nous sommes le produit du désastre des astres.Notre vie sur terre ne peut plus se penser, s'écrire sans référence à ce désastre initial des astres.L'histoire de l'homme revient à l'histoire, à l'écriture du désastre.J'avais l'intention d'illustrer mon propos par trois exemples où vie et mort s'enlacent, où espace et individu, espèce littéraire et espèce biologique sont battus en brèche.Je voulais commencer par le Double Assassinat dans la rue Morgue de Poe où deux femmes sont assassinées par un orang-outang transplanté dans la ville et qui y introduit la loi de la jungle, le chaos, la mort.Étrange invasion, dérision, la mort, le désastre n'arrivent pas par les astres, mais par quelque chose de plus bas que l'homme : le singe.Le singe du Double Assasst- nat dans la rue Morgue, singe l'homme en se mettant devant un miroir pour essayer de se raser comme lui.Prométhée inverti, attiré par la lumière, il grimpe au quatrième étage en se servant du paratonnerre, en anglais lightning-rod, littéralement, la « verge-éÉclair », la verge par où la foudre (le foutre) jaillit.J'ai expliqué ailleurs le rapport entre la dissémination du pouvoir procréateur et du pouvoir politique®.Ce que je voudrais retenir ici, c'estcette inversion scandaleuse, à la faveur de laquelle, devant le vide et le silence du ciel, le singe se hisse à la hauteur de l'homme/femme en se servant précisément 152 de ce lightning-rod par où jadis l'étincelle divine lui est parvenue.La mort de l'homme (Mensch), le désastre arrive ici en quelque sorte par l'absence, par le désistement des astres.Quelle formidable prémonition de Darwin ! Car nous sommes en 1841, presque vingtans avant The Origin of Species (1859).Et quelle prémonition de Nietzsche ! Mais n'oublions pas que, dans ce désastre homi- nien naît encore un autre genre : le roman policier, crépuscule populaire des Lumières.Car l'homme voudra se faire accroire encore qu'il pourra, grâce aux lumières de l'éclaireur-policier tenir en échec, endiguer le chaos tourbillonnaire de la mort par entropie.Ensuite, je voulais vous parler de cette mort du début du prologue du Zarathoustra de Nietzsche.Car dans cette perspective que je viens d'ouvrir, Ainsi parlait Zarathoustra est véritablement la première écriture des astres qui se mue en écriture de désastre, en discours de désastre.Rappelez-vous, le Zarathoustra est encadré au début et à la fin par la levée de l'astre, du soleil.« Quel serait ton bonheur, à grand astre ! si tu n'avais pas ceux que tu éclaires », dit Zarathoustra au début.Le sort de l'homme est celui des astres, celui de cet astre.Il doit untergehen, décliner, périr, mourir comme ce soleil, pour se régénérer.« Ainsi parlait Zarathoustra et il quitta sa caverne, ardent et fort comme le soleil du Matin qui surgit des monts obscurs ».C'est ainsi que se termine Zarathoustra.163 TIT TEE oN Pi.ce mw espn Ta - : ae eg de NE 0 AU RE I ES a : 200 Li, f or ch Dd Bir hid Dans le chaos tourbillonnaire de cette mort-nais- sance des astres meurt l'homme, le dernier homme.L'homme venu des astres, il redevient astre.Mort de l'homme qui tombe littéralement des nues comme la foudre.« ll faut encore porter en soi le chaos, pour être capable d'enfanter une étoile dansante.Je vous dis : portez en vous un chaos »°.Et encore, « l'homme est une corde tendue entre l'animal et le surnomme : une corde au-dessus de l\u2019abîme »'°.L'homme n\u2019est plus rien en soi.Transition entre un « déjà plus », UN « pas encore ».Il est un pont et non un but, Zweck, une fin.ll n'a pas de « fin » parce qu'il n'a même pas encore commencé d'être.« Ce que l'on peut aimer en l'homme, c'est qu'il est une transition (Ubergang) et un déclin (Untergang) »!!.Depuis la mort de Dieu, garant suprême de l'entéléchie, de la hiérarchie du cosmos, de la création, toutes les catégories classificatoires, épistémologiques \u2014 classes, genres, cause-effet, etc.\u2014 sont en transition, en déclin, voués à l'Untergang.Le genre littéraire et philosophique est évidemment entraîné dans la débâcle.Ce désastre de l'homme est tellement radical que même l'écriture du désastre ne peut plus le rendre.À lire le chapitre intitulé « Lire et écrire » ! En effet, Zarathoustra parle, ou plutôt il parlait dans le passé comme un Dieu, sur un ton et dans un langage oraculaire.Ses paroles passent, untergehen, déclinent comme le soleil.Enfin le discours a épousé le sort des astres, devenu pleinement discours des astres.|| va sans dire que les poètes, Dichter sont emportés dans le déclin général des astres (« Des poètes »).154 by ET REM INN racine hE i CNTR I Ey FE, BEN LE NEA I) Pelee lls ne sont évidemment plus expulsés comme chez Platon.Comment le seraient-ils, puisque les catégories intérieur-extérieur ont cessé d'exister ?On se souvient, Platon avait inventé les genres comme médiation, comme « chicanes » qui devaient éviter limitation, l'identification fusionnelle avec la chose imitée, en fin de compte avec la mort.Or ce que Nietzsche reproche aux poètes, c'est précisément d'être des Mittler (me- diateurs) des Mischer, Halb-und-Halbe (moitié-moitié, mi-figue mi-raisin), ce sont des Unreinliche : impropres dans tous les sens du terme.Car c'est par leur médiation qu'ont été erdichtet, inventés, forgés les dieux.Les dieux, une fiction des Dichter, des poètes.Car tous les dieux, pas seulement les dieux grecs, sont Dichter- Gleichnis, Dichter-Erschleichnis : images, paraboles poétiques qui sont obtenues de façon sournoise, retorse.Deux citations de Hamlet et du Faust de Goethe nous entraînent vers le haut, au royaume des nuages, des nuées \u2014 souvenir d'Aristophane \u2014 royaume des dieux qui se révèle être un ramassis de « baudruches bariolées » gonflées par le souffle, le pneuma moribond, des poètes essoufflés.La fin du poète, le désastre du poète se scelle dans les nuages qui cachent précisément les astres.À partir de Nietzsche tout le dispositif est en place pour que s'ouvre la dernière brèche, la plus radicale, la plus meurtrière, laquelle nous entrevoyons dans la peur et le tremblement sans oser lui faire face pleinement.Brèche ouverte par les nazis \u2014 et c'est là le désastre de ce régime \u2014 qui ont converti le discours cosmique en 155 iy bat LE TW SI RII STL 7 I ACME eat] constante métamorphose des astres de Zarathoustra, en un discours terre à terre d'une idéologie figée du Blut und Boden.Dans une méconnaissance totale des intentions de Nietzsche pour lequel le surnomme est à venir par l'Überwindung du « vieil homme », par un travail d'ascèse sur soi, les nazis ont affirmé que ce surnomme existe déjà: c'est l'homme allemand aryen.La tendance Ubergang s'est transformée en terme, la finalité en fin.Dans l'idéologie nazie, puisque l'homme est venu à terme, au maximum de sa perfection dans l'Aryen, les « sous-hommes », devenus « inutiles » puisqu'ils ont déjà contribué au développement du surnomme, peuvent, doivent être exterminés.Solution finale, exterminale.La grande césure pour l'homme du XX° siecle se situe là, le 20 mai 1945, lorsque commencent à s'ouvrir les portes des camps de concentration et qu'il entrevoit l\u2019'abomination, l'horreur indicible, irreprésentable, de ce qui s'est passé là pendant près de dix ans dans la Nuit et le Brouillard._ Auschwitz, Mauthausen, Ravensbrück, Treblinka, Dachau.« Le calme, la brûlure de l'holocauste, l'anéantissement de midi \u2014 le calme du désastre »'*.C\u2019est là qu'a eu lieu la Mort du Genre dans des souffrances et des tortures qui défient l'imagination, qui défient la littérature, qui défient l'art.La mort du genre humain, le génocide.Ce qui s'est fait là, engage certes la responsabilité d'un peuple mais, ce qui est un presque plus grave, 156 toute l'humanité.L'« humanitude », dirait Albert Jacquard, est affectée par l'holocauste.En effet, y a été détruite la deuxième enveloppe protectrice générique, celle dont l'homme s'entourait pour se consoler de sa mort individuelle : celle du genre humain, du genos qui fermait la brèche ouverte par la disparition de la première enveloppe spécifique de l'espèce animale lacérée par la conscience du sujet réfléchissant.Aujourd'hui, nous sommes cernés par la mort à tous les niveaux : mort individuelle, mort intraspécifique (par les guerres), mort du genre (humain), génocidaire.Comme pour se prouver que les méthodes d'exterminations nazies, pouvaient être perfectionnees, maximisées, l'homme a eu recours de nouveau au « discours des astres » : le Gaoût 1945 à Hiroshima.Se souvenant peut-être confusément de son origine astrale, l'homme a tout fait pour être en mesure, grâce à l'énergie fissible et fusible qui a déclenché le Big Bang, de réduire sa planète en poussière d'astres.Le désastre ne vient plus des astres, l'homme est devenu son propre astre-désastre : ange-exterminateur, Némésis, son propre Dieu de l'Apocalypse.La mort à la fin du Moyen Âge suscitait des images de la mort.Les danses macabres.Mort presque joyeuse, idyllique, comparée à la nôtre.Ce qui la rend si terrible cette mort par désintégration atomique, c'est qu'elle ne laisse rien, elle ne laisse pas d'image.Mort donc inimaginable, irreprésentable.157 tu ur FRE NM NY I] Me A Lait EN Ce genre de mort, la mort du genre humain que nous avons rencontré a Auschwitz et a Hiroshima en- traine inéluctablement la mort de tout genre.Personne mieux que Ludwig Wittgenstein n'a rendu notre situation de l'après-Auschwitz et de l'après- Hiroshima et je le laisse donc terminer mon discours « désastreux » : «Des anciennes cultures il restera un tas de décombres et à la fin un tas de cendres, mais des esprits planeront sur les cendres.» Nous sommes ces esprits qui planons au-dessus de ces cendres, le dimanche 25 octobre 1987 assemblés dans la Bibliothèque nationale, pour commémorer la Mort du Genre.J'ai ex-termine.158 SAFE Notes 10 11 12 Emmanuel Kant, in Schriften zur Anthropologie, Geschichtsphiloso- phie, Politik und Padagogik I, Suhrkamp, 1977, p.11 G.Genette, Introduction a I'architexte, Seuil, 1979, p.49.Aristote, Histoire des animaux, trad.J.Tricot, Vrin, 1957, vol.|, p.83.Edgar Morin, L'Homme et la mort, Seuil, Points, p.88.Kant, op.cit., p.49.Ibid., p.45.Ibid., p.48.Voir notre « Pour une psychanalyse de la démocratie », Critère, no 21, printemps 1978.F.Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Livre de poche, p.372.Ibid., p.10.Ibid, p.11.M.Blanchot, /\u2019Écriture du désastre, Gallimard, 1980, p.15.159 b hf, LR cua ty wwe Tw ps LR DEER De! ERE ERR I re i ER A ir SP dhréus 6 É1AVÉNEN SUR he Fo La = ad io pes ater IV & y PIE, ; 4 4 ae Fr da en $* yg > PE nh + ok a PY Achevé d'imprimer rd en janvier 1989 sur les presses des Ateliers Graphiques Marc Veilleux Inc Cap-Saint-Ignace, Qué.4 = £ Pie Wo oA ob oe, ge \u201cer pe - TE - snd = 2 Ae = oA arr x = A ey py - =, po JOE ee we ahaa \u201cap = de, oN yo ~ La -~ rE: YC = Pat JC Lad Elle Pad Piet) REE CE fh na - PP Le ao er eu py pa AE 7 [49 yt Op \u2014 sens a Phe fn pa - Cy a PSS oo a po - a a El ald >a _ - mue Be mor Fe RF \u201con ass La cm2 140 preety ape A me 4 det - frs -\u2014 s 4 \u201c \u2014\u2014 Po - > = __- wo = = __ Lo oar 10004 a - eR a nr fot Ant ven, ES TEE spi JIE AEN 5 o - he Ps oy rr IES - pa vo (9) fA \u201c2 7 - nT ce HY 5 i wo 3 EY ne as 0 era Le) ght pe fh cf eo) ph Sl 2 ei Se ets ve Leds ee 4 et tt TSR 4 Li 0 n ITH ac (AF .a p 3 i AE JE ne OVE IES J.op RR et edd i cs eue IY: oy Ps - yy.» \u2014\u2014\u2014 RE\" ES [= a es Ps PR I bal) \u2014- kd - bg = Ea .- PA pe iif 5 a x\" a he oe - Ww pa 5 A eus > mat RP PE he J fa ame EX .- PE Pp, PR.ROUE Rds ov.i.po - .- A a - .Le a M PS po Pass FURNES PRES PES PP JS Se Sam J ~~ PG J - Fo PP [RPS J JP RES PES po rial PE PES PE A [Pp ke RE Cx ew = PP RES Pa Le Tee PUREE MRP J av PERS Lun ete a em vt pa td oy a Pur PRI GUI PE pq mm 0 re needs ARR PA als \u2014 Pe ES cape I a) PEA AITO \u2014 my er ES ih?holy, x ES A, 2 A en _ PE Stet - - PC PE PI Pa Pa ral pee Ed mm Pet Por den fu ep om PESTS PEE a PERL.Ske PS ne ve me de AE ns pars Aad PER a Xs a = qe pe La hoe Fury à À =.wl a vx a2 A7 - 3 4 A ng Caroline Bayard Les Genres et le Postmodernisme Louise D upré 4 de a Une généalogie de la perte 7 Philippe Lacoue-\\aoarta- Le Règne Claire Lejeunz La Mort du Genre + JE et» Michaël Lacnhanc: #8 Genus Philosophicum Heinz Weinmann \u2018 Mort du Genre / Genre de Mort \u2014_\u2014 # ar Ie $ 10 $ "]
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