Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
... congrès de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (Section des dames de l'Association Saint-Jean-Baptiste) tenu les ... à Montréal
Éditeur :
  • Montréal :Imprimerie Paradis, Vincent & Cie,1907-1909
Contenu spécifique :
1907
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
tous les deux ans
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

... congrès de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (Section des dames de l'Association Saint-Jean-Baptiste) tenu les ... à Montréal, 1907, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" et vray N= er a x \u2014 [Sa \u2014 - _- ne 20a dosse 4004 Lobb e \u201cnd 000 0b dtd bt ttt tides tdtsdtedsnstsdd Lblbl 48000 la écran an a0 490997 0000004 ve POV PV v 9e 00e 4 40004449000099\u20ac 00000000 +0604 4 .9999900 1 j we, \u201c1 \u2014- de, fe + ; _ | À Un i.a\u201d + LS ay -r \u201cof = À 2 % £- A 2 è a se of = p= 1 I A % 2 te 1 3 a > H ; PEN ; v ir < - A _ : oo ye mpritn 3 - Q) Hi - \u201c e Ÿ \u201d + Nd a 1 £ 4 » # i \u201c n 4 + .+ , + = \u20ac 3 - +4, z ey ida, \u201c+ Cd ; ; ; i 3 Dam ow .o J # 7 ' 141, rue \u2018 ve > } : = es 3 qr \u201c 3 ; 14 = ~ ; \u201c % À RA A 1 .5 BN © = : # > AA / 7; (7 ~ LS - .Lg # 1 & or OQ z a of ; fr J ; ce \u201cis > ov - - + wr > i - oo 5 ssoclation \u20182 - x 8 a, Pi a a \u2018 IER CON ce Si ww IN \u2014À 3 wo « F 7 A aint 1 on, Montré 2 « 7 \u201c a ; \u201d 2 \"r \u201c e, i J Wo - 4 see a ?N ?2e + : À , pa fe pa 74 = : ean- \u201c a GRES Les x Ny - J AR 5 i B a ~~ i wr a -.vy 5 = \u2026 * Ye \"À < \u2018 - ; \u201c ; DIS, VINCENT & CIE - ES = WE a o » § Ap .- - \u201c= > NAS \u2014 : .?rs e = j * VJ or < t# a 3 & - Xs a Too ne - a 1 ef 1 = is x A c #5 - : + = Lu - \u201d Le a \u201c > > \u201ca 2 47 > dg Æ \u201c peup \u20ac fi He va; ps y 1 4, ii i \\ 41 voy 27 - os 5 + \u201ci TL ed i » i prend nN 4 pia - N, Le ty D oJ le meilleur ws p.\u201c= Ra pa 3 39 IR A of 4 J Pa a os Ao, ; LÀ A > ala.Ÿ 400.+004 aéscas Ada all PPI PI x a OAL AA 2004b00600008e06b0bbe0000sd ALAA ado été à PN Sha ad.9 POOP Addl LALLA add A oo: 0, 2220 2004 9?28 +6000 - Ÿ Ÿ 9909 200909 ee 9e + Qu ee > 00e 000$ Cy ; : kate es 9325029 927007RIOPV NY 99939992987 42000 > Pet 2 4 7 Id > X ua 4 zt - Lae 4 se 1 axe A Ww F 2 v x [x po JR PE Ta RAT) pese pr rt = FT prey mn ro ag aps eu.wo ry pen a ee pa oer a y are 0 Nr HEY TE Fe pa ot = oes = PA \u2014 7; =, ar = uv VR A TE Pa x - \u201c> - J æ = Le Sk = - a = y ae Pres rN w > NS Ll = GE AZ Ot A Ÿ a ZL r\u2014\u2014\u2014 + Î Ts ; \u201c5 Lo z < 2 E SX a _- i z= ve beta = PF oe 3 \u201d a fe.Ë : + > Ne _- \u201c> a + 5 ES \u2014 = LS Le as Pa = x « À - = 7 re 5 2 or SX T4 \u2014, ZO à z Fu iF JR or fee 0 SI a Ty lr ; = A i 4 et ne ov * pt a TA PR > x - \u201c< \u201c ».> hn \u2014.we > = FES = x 5 EN mY ie = > > = pK ui en = 5 > ae ur x > we we wy Ge ge É.qn \u201c~ MES -\u201c t.NER wr Xx: = i LÉ = ps A = § oN - = er = a sa Wr + ne ks 4 A < x - 5, Xe a Pa] = a + > Fe Ï 5 a a = 3 4 a a 2 > = ; xl = age > A a : ~ Lai fe = ee a = 2 se ok.> a a 5 -r 27 L 4 + 7 > 24 wl ci Z \u201ceX de tai | Re < : 5 \u2019 | fa » i 7 « > 9 I = 0 / > wl PE a Ses Ts = a a at QL ve Bo.4 = 2 \" md = - : 2 on > A re 5 5 z = ma wp ho UY) i ; -_ © f Sr oT i yo an = - Ro ~~ - ke \u201cA 3 A +; (5 a a { , + g cé: 8 2 8 Bos 6 Fy x br on oa in vx Sg D _ \u2014 SN 7 \u201c 26 = >, = z =.OU: = .= = ay NY VA 2 # #+ x A c : = a \u2014 : 71 oe.QQ 5 7 5 5 Ja 2 \u2026.@ x y + - 5 0 Re, ©, CQ > 50 + 7 se u BN = r = \u201c- À \u2014 = Je 2 > 2 > ë + 5 - SE wv AUS Ce A + #æ a a po J 4 2 \u2014y 5 I.he Le Ne Le x 0 > Lime.© Ë 2 Le WW A ~ WW AS pe : = R pn A \u2026 D vi : * = igs LA 8 À PA Je à x - = % = 3 fe mi 3 wv us Æ < = 2 bc Pan # * Kk CR 1e \u201cx TX = = - = A x a sad S 2 Bs 1 2 : = © ! 3% > a à A = : red - i A 4 : Pe - re = 3 \u2026 \u201crey & = - = > x 2j =.© pe?A + HERO x = ne, 7 ; À - .7 = ~~ Ww NS 2 = a.= > 5 3 UT 7 ze .GA = = = 8 Pn 7 a : AN va A À gw = = = BAN 3 He 7057 4 > = = NS _ ä = 7 8 ~~ = : SE = 2] a % = i A 2 > c = : i as = \u201c> ex 5 x Le RS + À POA po = + a Toy = À.2 fet 4 Tw ou Li : l x LL © 2 = 2 Ta a 41 = x : ys a - vod f- T EY 3 - 7 - Tae je U \u2014 U.es; 4 & Ce mc .0 2 a + Ted 8 2 + \u2014 As Le / F rr is x + + az J BY 0 À 4 EE = 7 \u201c4 427 7 : LES HY + : x + Q nt =, bid \u201che an _ des, + 5 = ES = us - x Le - Es ol & 2 \u201c2 fo) gH > 2 Fr wh - ZL > 4 See \u201cx £3 \\.; Q.es i = \u201c+, ! AL PS 7 GAS - 4 v ! À FAN, A ad: ~~ \u201c> 1 Vi 7e -e 4 = e - ~~ 8 53 7 DY 1 > = 3 re oon a red BY = YN Sen Lo = ph 3 a > © Pras a.Le jo ?où 4 jt ae?5 \u201c ws FG si ES = # 2 ¥ a WT TEE ws = ~ IS > 7 -5 À FR use Fi \u2014 > dE ps as Pa > py + 2 TF0 + ' \u2019 | N +, i Monseigneur Bruchést, Archevêque de Montréal, (Canada) 3 Saint Père bénit de tout cœur Dames Catholiques de Montréal i qui se sont réunies en association pour travailler d'après les enser- 3 gnements de l'Eglise à fortifier leur action dans la famille et la 3 société.i t Card.Merry del Val.Ys fo, .24 Maz HT # x ee \" CS, AA \u2018 + dr Ga, « N à yy J \u20ac N \\ { ; ay - 1 (LA PEFR \u2019 ( - | Et { de = Zz ST / ef < fi | fe a! AERA ppl Constitution de la Fédération Nationale Saint-JeansBaptiste Art.1.Art.2.Art.3.Art.4.(Section des Dames, Association Saint-Jean-Baptiste) Groupement Œuvres de Charité Œuvres économiques Œuvres d\u2019éducation Administration Exécutif Bureau de direction Mode de Travail Comités permanents Comités spéciaux La section des dames de l\u2019association Saint Jean-Baptiste à Montréal prend le nom de Fédération Nationale Saint Jean-Baptiste.* GROUPEMENT.La Fédération se compose de sociétés affiliées.Une société peut être affiliée quand elle en fait la demande et qu\u2019elle est acceptée comme telle par l\u2019Exécutif.Les sociétés affiliées se divisent en trois groupes : Oeuvres de charité, Oeuvres économiques, Oeuvres d\u2019éducation.Les sociétés affiliées doivent verser à la Fédération Nationale la somme de 10 piastres qu\u2019elles répartissent entre leurs membres comme elles l\u2019entendent.Cette somme ne doit être perçue que chez les Canadiennes françaises catholiques.Les sociétés qui ne comptent pas cent membres ne doivent.pas imposer une contribution qui excède dix centins par tête.Les sociétés qui comptent plus de mills membres et dont la contribution se réduirait à moins d\u2019un sou, peuvent si elles le jugent opportun, se subdiviser err section et posséder à l\u2019Exécutif une double représentation pourvu qu\u2019elles paient double souscription. Seer EE RIT: fala a ag oc ve & esl Art.5.Art.6.Art.7.Art.8.Art.9.Art.10.Art.11.Les privilèges suivants sont conférés aux membres des sociétés affiliées : 1.Les membres qui ont payé leur souscription à la Fédération deviennent membres ordinaires de la section des Dames, association Saint Jean-Baptiste et ont le droit de voter à l'élection des déléguées de leur société à l\u2019Exécutif de la Fédération, ils sont eux-mêmes éligibles.2.Ces membres ont le droit d\u2019assister avec leur famille aux trois fêtes annuelles organisées par la Fédération dans l\u2019intérêt de ses membres.Il est à remarquer que les membres d\u2019une société affiliée qui ne sont pas cependant des canadiennes françaises jouissent de cette faveur par privilège et sans charge aucune.La Fédération organisera chaque année trois fêtes en faveur de ses membres.Ces fêtes ont pour objet de faire l\u2019éducation populaire sur les questions nationales intéressant les œuvres de charité, les œuvres économiques et les œuvres d\u2019éducation à tour de rôle ; et de préparer l\u2019opinion publique à accepter les mesures entreprises par la Fédération.Les fêtes consisteront toujours en une conférence, et on pourra y ajouter de la musique, déclamation, saynète ou autre chose agreable de manière à rendre la fête instructive et attrayante.ADMINISTRATION.Exécutif.L\u2019Exécutif se compose des membres élus par les sociétés affiliées.Les fonctions de l\u2019Exécutif consistent à voter et à prendre une décision finale sur toute résolution présentée par le Bureau de direction.Les œuvres de la Fédération ne peuvent être entreprises qu\u2019après avoir été votées à la majorité des voix par l\u2019Exécutif.Des rapports périodiques doivent être communiqués à l\u2019Exécutif de toutes les affaires de la Fédération.Tout membre de l\u2019Exécutif peut faire des suggestions au Bureau de direction en s\u2019adressant à la secrétaire du Bureau.Si le Bureau les approuve, elles sont soumises au vote de l\u2019Exécutif.Les membres du Bureau de direction siègent dans l\u2019Exécutif, mais n\u2019v votent pas, à moins qu\u2019ils n\u2019y aient droit à titre de déléguée d\u2019une société.; L\u2019Exécutif doit se réunir trois fois par année, une fois avant chaque fête annuelle.Bureau de Direction.Le Bureau de direction gère les affaires de la Fédération, tient ses annales et maintient partout l\u2019unité d\u2019action.I Art.12.surveille l\u2019exécution du travail des comités, reçoit leurs rapports, nréside l\u2019Exécutif,lui présente sous forme de résolution les suggestions de ses membres ou du Bureau lui-même, prépare l\u2019ordre du jour pour les assemblées de l\u2019Exécutif et rend compte à ce dernier de son administration.Le Bureau de direction se campose de neuf membres, trois pour chaque groupe des œuvres de charité, des œuvres économiques et des œuvres d\u2019éducation.Les membres sont choisis par le Bureau lui-même, mais ce choix doit être ratifié par l\u2019Exécutif.Les membres du Bureau sont Ans nour trois ans, et trois membres doivent sortir de charge chaque année, un par groupe, cependant ils peuvent être réélus.Art.13.Le Bureau élit, comme tous les comités d\u2019ailleurs, une pré- Art.14.Art.15.sidente, une secrétaire et une trésorière.MODE DE TRAVAIL.Comités.Les comités sont institués pour poursuivre les œuvres entreprises par la Fédération.Ils doivent être présidés par un membre de l\u2019Exécutif ou du Bureau de Direction.Les membres des comités sont choisis de préférence parmi les membres de la Fédération ; on peut cependant v admettre toute personne compétente, spécialiste, homme ou femme en état de rendre service à la Fédération.Les personnes ainsi adjointes jouissent, pendant l\u2019année, des privilèges conférés aux membres de la Fédération, sauf celui de: voter et de se faire élire.Chaque comité élit une présidente, une secrétaire et une trésorière. Notes Explicatives servant à développer l'esprit de la Constitution de la Fédération Nationale.1.Qu\u2019est-ce que la Fédération Nationale ?.La Fédération Nationale est la réunion dans une institution nationale de toutes les associations de femmes qui comptent dans leurs rangs des canadiennes-françaises catholiques.2.Quel est le but de la Fédération ?Le but de la Fédération est d\u2019offrir aux canadiennes-françaises le milieu qui leur permettra de communiquer ensemble pour s\u2019aider dans la vie, se développer et progresser sans cesse.8.Pourquoi la Fédération fédère-t-elle des sociétés au lieu de recruter des membres individuels ?Parce que la Fédération doit prendre conscience de besoins généraux et acquérir la connaissance précise de la condition des indi- - vidus dans chaque classe.Or personne, mieux que les intéressés s\u2019exprimant par la voix de leur association particulière, n\u2019est en état d\u2019indiquer avec justesse cette véritaible condition et d\u2019en exprimer les aspirations et les besoins.4.Les associations qui forment la Fédération sont-elles toutes de même nature ?Nan, on les divise en trois classes, savoir : Oeuvres de charité.Oeuvres économiques.Oeuvres d\u2019éducation.5.Expliquez la nature de chacune d\u2019elles?Les œuvres de charité sont celles qui sont organisées en vue de soulager et d\u2019aider gratuitement le prochain.Les œuvres économiques sont celles qui ont pour objet de développer les intérêts économiques de la femme, et d\u2019aider celle-ci à améliorer les conditions matérielles de son existence.Les œuvres d\u2019éducation sont celles qui ont pour objet de développer et d\u2019élever l\u2019individu. 6.Existe-t-il une relation entre ces sortes de sociétés ?Oui, il existe une relation étroite entre ces trois sortes de sociétés, et leur rapprochement dans la Fédération ne peut avoir que d\u2019heureux résultats.Tandis que les œuvres d\u2019éducation préparent à la vie, les œuvres économiques donnent la mesure de la formation reçue par l\u2019éducation ; enfin,! es œuvres de charité, en signalant la misère et la souffrance humaine, forment la conscience publique et indiquent avec beaucoup de justesse le progrès vers lequel doivent tendre les œuvres d\u2019éducation et les œuvres économiques.7 Par qui la Fédération sera-t-elle administrée ?La Fédération sera administrée par les sociétés réunies.8.Qu\u2019est-ce que la déléguée ?La déléguée est celle qui est choisie par les membres d\u2019une association particulière pour les représenter à l\u2019Exécutif de la Fédération, c\u2019est-à-dire à l\u2019assemblée générale de toutes les déléguées réunies.9.Quelles sont les fonctions de la déléguée ?La déléguée doit assister aux trois séances annuelles de l'Exécutif et voter sur toutes les mesures qui y seront proposées.La déléguée est le trait d\u2019union entre sa société particulière et les autres sociétés réunies dans la Fédération.C\u2019est par la délévuée que circulera la vie et la sympathie entre chaque membre d\u2019une société affiliée et le reste des femmes de la Fédération.10.À quelle époque de l\u2019année aura lieu la réunion des déléguées ?La réunion des déléguées aura lieu quelque temps avant chacune des fêtes annuelles que la Fédération devra.organiser dans l\u2019intérêt de ses membres.11.Combien y aura-t-il de fêtes annuelles ?Trois.12.Pourquoi ces fêtes sont-elles établies ?Ces fêtes sont établies pour faire l\u2019éducation populaire sur les questions nationales intéressant les sociétés affiliées, et pour préparer l\u2019opinion publique à accepter les mesures entreprises par la Fé dération.13.Par qui ces fêtes seront-elles organisées ?Par des comités spéciaux formés à cette fin.14.Quelles seront les œuvres entreprises par la Fédération ?Les œuvres entreprises bar ia Fédération Nationale devront avoir un caractère d\u2019intérêt public, et ne pourront être exécutées qu'après avoir été autorisées à la majorité des voix par les sociétés réunies dans l\u2019Exécutif. 15.A qui sera confiée l\u2019exécution des.œuvres de la Fédération ?Les œuvres entreprises par la Fédération seront confiées à des comités spéciaux composés «le spécialistes, hommes ou femmes, capables de mener à bonne fiu les œuvres projetées.16.Pourquoi le Bureau de direction est-il établi?Le Bureau de direction est établi pour servir les intérêts te la Fédération par un zèle sontiuu et s\u2019occuper constamment de son administration.Il se :ompose de peu de membres, neuf seulement, parce que peu de femmes possédent les loisirs voulus pour consacrer aux affaires de la Fédération beaucoup de temps.Cependant l\u2019intérêt des sociétés affiliées y est parfaitement sauvegardé par le fait que, les neuf membres du Bureau représentent en proportion égale les trois groupes des œuvres de charité, des œuvres économiques et des œuvres d\u2019éducation, maintenant ainsi un équilibre parfait entre les sociétés affiliées.17.Sur quel principe fondamental s\u2019édifie la Fédération Nationale ?La Fédération Nationale s\u2019édifie sur le précepte \u2018de la charité chrétienne : aimez-vous les uns les autres ; précepte qui renferme toute la doctrine économique de la perfection dans la vie privée et dans la vie sociale.18.A quelle autorité la Fédération Nationale se soumet-elle dans l\u2019interprétation de cette doctrine de charité ?À l\u2019autorité de l\u2019Eclise catholique parlant au nom de Jésus- Christ. PROGRAMME Du Premier Congrès de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste tenu au Monument National, les 26, 27, 28, 29 et 30 Mai 1907.DIMANCHE 26 MAI.9 1-2 heures.Messe du Saint-Esprit, célébrée par M.l\u2019abbé Guil- bert, en la chapelle de Notre-Dame de Lourdes, et précédée du chant du Veni Creator, sermon par M.le chanoine Gauthier.Après \u2019la messe, acte de consécration à l\u2019Immaculée Conception lu par madame Rottot.Chant du Magnificat.§ HRS.P.M.SEANCE D\u2019OUVERTURE.SOUS LA PRESIDENCE DE L\u2019'AUMONIER DE L\u2019ASSOCIATION ST-JEAN-BAPTISTE, SA GRANDEUR MGR.BRUCHESI ET Lib HAUT PATRONAGE DE SON EXCELLENCE, SIR LOUIS JETTE.Ouverture, piano .Madame Saint-Pierre Discours de bienvenue.Madame Béique Bénédiction papale et allocution de.Sa Grandeur Mgr Bruchési Déclamation : \u201c\u201cLes deux noces de Paul Roussel.Mlle Idola St-Jean Avec adaptation musicale par Jules Granier.Mme D.Masson M.E.Taranto Discours de Son Excellence.Sir Louis Jetté Duo de violons : Tristesse et Sérénade de Godard.Mme Hone-Hudon Mlle L.Bienvenue Exposé de la Fédération Nationale.Mme H.Gérin-Lajoie Violon.(a.Zéphir, par Hubay.(b.Danse hongroise, par Sarasate.M.Emile Taranto 9 LUNDI, 27 MAT.Séance des Oeuvres de Charité.2.30 heures p.m\u2014Sous le haut patronage de Lady Lacoste et de M.l\u2019abbé Dupuis.Questions inscrites au programme : lo.Quelles sont les causes les plus ordinaires auxquelles il faut attribuer les infirmités et les besoins que vous soulagez ?20.Quelle est la responsabilité de la mère de famille en tant qu\u2019éducatrice dans ces misères physiques et morales que vous constatez ?Ce Th Co Allocution de M.l\u2019abbé Dupuis.Réponses à l\u2019enquête par les : Dames patronnesses de Ia Providence \u2014Mme G.Papineau.Dames patronnesses des Sourdes-Muettes.\u2014 Mmes Gagnon et Marceau.Dame patronnesse de la Crèche \u2014Mme E.Denis.Dame patronnesse de Nazareth.\u2014Mme* L.-D.Mignault.Dame patronnesse de I\u2019'Hopital Notre-Dame.\u2014 Mme P.-B.Mi- gnault.Dame patronnesse de l\u2019Hospice Saint-Joseph.\u2014Mme L.Rodier.Dame patronesse de l\u2019Assistance Publique \u2014Mme J.Tessier.pame de charité de l\u2019Hospice St-Vincent de Paul.\u2014 Mlle Re- nauld.Dame de Charité, Ste-Anne Immaculée Conception et enfants de Marie.\u2014Mme Papineau.| Conférence sur le rôle de la femme du monde dans le soutien du culte et de la propagation de la foi.\u2014Mme Rottot.Conférence sur la responsabilité de la mère de famille dans le développement physique de l\u2019enfant.Mme Dr Levasseur, médecin interne à la Crèche de la Miséricorde.MARDI, 28 MAI.Séance des Oeuvres d'Education 2.30 heures p.m.\u2014Sous le haut patronage de Lady Lacoste et M.l\u2019abbé Perrier.\u2018 Questions inscrites au programme : lo.Croyez-vous que l\u2019œuvre d\u2019éducation commencée à l\u2019école et au couvent, puisse porter tous ses fruits si l\u2019œuvre post-scolaire ne vient aider à son développement?20.Lomment préparer la jeune fille du monde à son rôle de mère de famille ?Allocution de M.l\u2019abbé Perrier.Réponses à l\u2019enquête par : L\u2019Association des institutrices catholiques de la province de Québec.-\u2014 Mademoiselle Samson, présidente ; Mlle Bibaud, directrice de l\u2019Académie de Mme Marchand.L\u2019Association des Journalistes.\u2014 Francoise, directrice du \u201c\u201c Journal de Françoise \u201d\u2019, et Madeleine, rédactrice à la \u2018\u2018 Patrie.\u201d Le Foyer.\u2014Hélène Dumont.- = Association Aberdeen (section francaise).\u2014 Mme Provencher._ Oeuvre des livres gratuits \u2014Madame Dandurand.Conférence sur la responsabilité de la mère de famille dans la formation morale de I\u2019enfant.\u2014Madame Mathys.Conférence sur les ceuvres post-scolaires par Mlle Labelle, directrice de l\u2019Académie Ste-Marie.: MERCREDI, 29 MAIL Seance des Questions Domestiques 2.30 heures p.m.\u2014Sous le haut patronage de Lady Lacoste.- Conférences sur l\u2019enseignement ménager par Mlles Anctil et Gé- rin-Lajoie, directrices de l\u2019Ecole Ménagère Provinciale.Enquête auprès des maîtresses de maison \u2014Mme Leman.Enquête auprès des domestiques.\u2014Mlle Marceau.Enquête sur le service domestique faite dans les bureaux de placement, par Mme H.Gérin-Lajoie.JEUDI, 30 MAI.Seance des Oeuvres Economiques 8 heures p.m.\u2014Sous le haut patronage de Lady Lacoste et de M.l\u2019abbé Gauthier.Questions inscrites au programme : lo.Donnez un aperçu cénéral sur la situation faite à la femme dans le travail que vous exécutez ou l\u2019emploi que vous occupez.20.Quels moyens suggérez-vous pour développer l\u2019habileté de l\u2019ouvrière et la compétence de l\u2019emplovée.30.Quels moyens suggérez-vous pour protéger toujours plus efficacement la moralité de la femme qui travaille ailleurs qu\u2019à son domicile ?: 40.Comment préparer la jeune fille que ses occupations appellent au dehors à sa vocation maternelle ?Allocution par M.l\u2019abbé Gauthier.Réponses à l\u2019enquête par : Le Foyer \u2014Mademoiselle Frappier, présidente.Association des Institutrices.\u2014 Mlle Viger, directrice.Patronage d\u2019Youville.\u2014 Mme Cochue, Mlle Auclair.Cercle des Demoiselles de la paroisse Saint-Pierre.\u2014 Mlle G.Adam, Mlle E.Laurence.Association des Journalistes.\u2014Mme Coté.Association des Demoiselles de bureau.\u2014 Mme Bouthillier, présidente.Association des Dempiselles de magasin.\u2014Mlle Larue.Association des Dempiselles de téléphone.\u2014 Mlle Longtin, présidente, et Mlle Meunier, secrétaire.Association des Demoiselles de manufacture \u2014MIle Auclair, présidente.1 Conférence sur la situation économique de la femme mariée, sa condition légale.\u2014 Madame Gérin-Lajoie.Résolutions.11 Sermon prononcé le 26 Mai 1907, en la chapelle de Notre-Dame de Lourdres, par M.le Chanoine Gauthier, Curé de la Cathédrale.Mesdames, Avant de vous livrer aux travaux qui vous attendent, vous avez tenu à demander à Dieu sa bénédiction.Je vous prie simplement d\u2019observer que nous faisons aujourd\u2019hui l\u2019octave de la Pentecôte, c\u2019est-à-dire de la descente miraculeuse du Saint Esprit sur les apôtres et la très sainte Vierge.et que d\u2019autre part nous sommes réunis dans un temple et à une époque de l\u2019année solennellement consacrés à Marie.Dès le début il est bon que vous vous rappeliez comment vous viendront ces grâces que vous sollicitez.Notre- Seigneur dit un jour à ses apôtres: \u201cIl vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m\u2019en vais pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous.\u201d Le Christ est parti.Il est remonté vers son Père à la droite duquel son humanité doit resplendir à jamais.et le regard dont les apôtres l\u2019accompagnent brille déjà des espérances qu\u2019il leur a laissées en partant.Ils redescendent de la montagne sainte, l\u2019âme ballottée entre la tristesse et la joie, et, s\u2019unissant à Marie, ils se recueillent au Cénacle pour y attendre l'Esprit consolateur\u2026 Cherchez-y du regard celle que la tradition chrétienne appelle le chet-d\u2019œuvre et le sanctuaire de l\u2019Esprit-Saint et de laquelle demain va sortir, comme du sein d\u2019une mère, la nouvelle race chrétienne.Ouand son Fils mourut sur une croix, dans ces moments d\u2019obscurité ou dans son ceuvre tout semble perdu pour toujours, c\u2019est elle qui conserve dans son cœur la foi, les promesses et les espérances du royaume nouveau.Aussi, quand l\u2019Esprit de _ ce nouveau royaume.descend, il est juste qu\u2019il s\u2019arrête d\u2019abord sur elle, qu\u2019il se répande en elle en plénitude pour y développer les ger- ; mes sacrés de l\u2019Eclise dont elle va devenir la mère.Son privilege | alors, privilége incomparable, ¢\u2019a été de présider par sa toute puissante action au travail de l\u2019Esprit Saint dans l\u2019Eglise\u2026 Ce privilège lui est resté.\u201c\u201c Il est et il sera toujours vrai, dit Bossuet, qu\u2019a- \u2018\u201c\u201c yant reçu par elle le principe universel de la grâce, nous en rece- \u201c Vions encore les diverses applications dans les états différents qui \u2018\u2018 composent la vie chrétienne.Elle y contribuera éternellement \u201d\u2019\u2026.C\u2019est une vérité d\u2019une immense portée, sur laquelle repose le culte extraordinaire d\u2019intercession dont Marie est l\u2019objet.Elle lui fait un ministère plus élevé que celui des autres saints, qui peuvent bien nous obtenir des orâces, mais n\u2019en sont pas, comme elle, les canaux et les dispensateurs.Elle les possède toutes, pour les déverser sur nous avec une efficacité souveraine.Vous faites donc bien, vous êtes donc bien inspirées de venir lui demander protection, lumière et courage.\u2018 J'ajoute, mesdames, qu\u2019il y a bien des sortes de congrès.Il en est qui sont des manifestations plus ou moins brillantes, où l\u2019on échange beaucoup de compliments et peu d\u2019idées, et ou l\u2019on cède parfois à la tentation de provoquer avec un héroisme prématuré des adversaires qui vous ignorent.De ces congrès vous ne voulez pas.Votre ambition est plus modeste et plus éclairée ; vous voulez tenir une assemblée d\u2019études, qui va vous permettre de tracer des plans d\u2019action précise.Vous n'y dénoncerez personne, vous n\u2019excommunierez personne, vous ne rejetterez sur personne la responsabilité de nos misères, vous ferez plus et mieux.Dank cette sorte d\u2019examen de conscience personnel et social, vous essaierez de faire une étude consciencieuse de notre situation sociale, des remèdes que le catholicisme peut seal y apporter et de l'influence heureuse que vous pourrez exercer pour l\u2019améliorer\u2026 Et laissez-moi vous dire, mesdames, que vous êtes dans la vérité.Car enfin le catholicisme social c\u2019est le christianisme simplement logique, et, quand il prétend faire intervenir les droits de la morale chrétienne dans le régime du travail, de la prospérité.de la spéculation ou de l\u2019assistance sous toutes ses formes, qu\u2019est-il autre chose qu\u2019une réaction décisive contre cette laicisation de la société qu\u2019on voudrait aujourd\u2019hui nous imposer ?Le catholicisme social c\u2019est la preuve pour le peuple que Dieu s\u2019occupe de lui, que l\u2019Eglise s'occupe de lui, que les fruits de la rédemption sont toujours actuels et féconds.Et il faut bien se rendre à l\u2019évidence ; c\u2019est qu\u2019au fond du christianisme, tel que Jésus l\u2019a voulu, il y à plus que la vie et la sanctification personnelles, quelque excellentes qu\u2019elles soient toutes deux ; il v a l\u2019idée d\u2019un lien permanent établi par la religion entre tous les hommes, l\u2019idée d\u2019une société dans laquelle la volonté divine n\u2019est pas seulement la règle des rapports de l\u2019Âme humaine avec lui, mais aussi des rapports fraternels de tous les hommes entre eux.C\u2019est cette grande idée que vous voulez appliquer, et, pour vous prémunir contre les timidités qui paralysent, vous allez retrouver, au fond de vos cœurs, toutes les énergies de la grâce chrétienne, et, au fond de votre intelligence, toutes les conclusions sociales du doopme chrétien.Que si vous devez lutter contre les préjucés de salon ou contre la tyrannie de la routine pour faire le bien sous une forme nouvelle, vous rénondrez, comme répondait Anne de Sainc- 13 tonge à ceux qui condamnaient ses innovations : \u2018\u201c Il est vrai que les principes sont immuables, mais les circonstances changent.On peut juger du bien par son utilité et non par sa nouveauté.A une époque où l\u2019on peut croire.sans témérité qu\u2019un peu partout des formes nouvelles d\u2019apostolat s\u2019imposent, vous aurez pris une initia- tiative qui dans notre milieu est extrêmement intéressante.Vous êtes dans la vérité pour une autre raison, que je trouve très forte.Il n\u2019est pas un observateur sérieux qui ne se rende comipte que même dans notre pays, où l\u2019on peut dire cependant que la question sociale n\u2019existe pas encore,-nos préoceupations sbnt allées et devront aller de plus en plus dans une direction nouvelle.\u2018Ozanam écrivait en 1834, avec une vue presque prophétique : \u201cJe voudrais l\u2019anéantissement de l\u2019esprit politique au profit de l\u2019esprit social.\u201d Il reprenait en 1837 : \u2018\u201c Ce ne sont plus les opinions politiques qui divisent les hommes ; c\u2019est moins que les opinions politiques, ce sont les intérêts : ici le camp des riches, là le camp des pauvres ; un seul moyen de salut reste, c\u2019est que, au nom de la charité, les chrétiens s\u2019interposent\u2019.En 1840, il écrivait enfin \u2018\u201c Lorsque le paupérisme se trouve furieux et désespéré en face d\u2019une aristocratie financière dont les entrailles sont endurcies, il est bon qu\u2019il y ait des médiateurs qui puissent prévenir une collision, dont on ne saurait imaginer les désastres\u201d\u201d\u2026 , Qu'est-ce à dire\u2026 sinon qu\u2019ici même, comme depuis longtemps en Europe, dans ce bienheureux pays qui jouit d\u2019une paix si profonde, les questions sociales passent déjà au premier plan, qu\u2019elles sont toutes proches d\u2019être les seules importantes et que les catholiques doivent adapter leurs démarches et leur attitude à ce renouvellement.Et qui oserait contester que votre influence ne puisse y être profonde et, dans cerains domaines, absolument prépondérante ?Non pas, remarquez-le bien, que vous dussiez travailler à imposer une égalité de conditions sociales qui restera toujours une chimère.La révolution française qui prétendait liquider tous les abus des propriétaires de l\u2019ancien régime n\u2019a été, suivant le mot très juste de Taine, qu\u2019une \u201c translation de propriété,\u201d .et le système socialiste, s\u2019il existait quelque part, n\u2019aboutirait qu\u2019à spolier de leur propriété légitime des millions d\u2019hommes, et a confier ce trésor illégitimement acquis aux mains de quelques nouveaux seigneurs.C\u2019est qu\u2019en pareil cas, nous luttons contre la nature elle-même.C\u2019est Voltaire, je crois, qui ne pouvait souffrir qu\u2019on lui demandât de penser comme sa blanchisseuse ou son cordonnier.Nous avons tous la, passion de l\u2019inégalité.Les inégalités naturelles ne nous suffisent pas.Nous nousen créons d\u2019artificielles et c\u2019est à celles-là que nous tenons le plus.Non pas non plus que nous dussions enlever la femme à son foyer, le seul endroit qui soit vraiment le sien, et où elle puisse être supérieure sans manquer à sa nature ; elle n\u2019aurait que faire d\u2019une égalité politique pour laquelle elle n\u2019est pas faite.Et je crois que vous sentirez la vérité de cette parole d\u2019une femme, qui a été la mieux partagée de son sexe en qualités fortes et viriles (1) \u2018\u2018 Rien (1) Mme de Staël. n\u2019est plus opposé à la vocation naturelle des femmes que ce qui leur donnerait des raprorts de rivalité avec les hommes.et la gloire elle-même ne saurait être pour elles qu\u2019un deuil éclatant du bonheur.\u201d Non, il vous reste, mesdames des méthodes plus éprouvées et d\u2019une influence plus immédiate.Âvez-vous jamais songé, par exemple, que la première œuvre sociale qui s\u2019impose, c\u2019est notre perfectionnement personnel.Le principe de moralité, qui doit avoir : une part si considérable dans la solution de la question sociale, | E doit remporter sa première victoire dans l\u2019individu.Et, s\u2019il est un axiome juste et fondé sur l\u2019expérience la plus probante, c\u2019est que Ë nous ne pouvons rien de social que dans la mesure où nous pouvons ] quelque chose sur nous-mêmes.L'essentiel pour nous, qui, par 5 | nos fonctions et notre situation sociale, sommes en mesure d\u2019exercer quelque influence, c\u2019est de faire supérieurement tout ce que nous : faisons.L\u2019autorité des discours, des conversations, des exemples est à ce prix.Elle est presque la seule qui soit encore pleinement acceptée et reconnue ; et, à une époque où le respect de tout ce qui est extérieur à l\u2019homme a faibli, respect de la tradition, respect de la fonction et de l\u2019autorité, il ne reste plus guère que le respect de l\u2019homme qui poursuit et achève sa belle et féconde journée.C\u2019est le moyen, selon le mot de Brunetière, \u2018\u201c d\u2019acquérir dans votre profes- 3 sion l\u2019autorité qui permet d\u2019en sortir.\u201d E 1 Vous voudrez, je le sais, aller plus loin.Votre devoir 1 familial parfaitement accompli, vous voudrez accomplir en- : | core votre devoir social.Vous estimez que ce n'est pas xr assez que de donner annuellement quelques aumônes à des q organisations de charité Vous aimerez à donner votre temps disponible, à donner votre peine, à risquer même quelques ennuis E pour faire le bien.Vous ferez mieux que celles qui sacrifient leur argent, mais non leur temps, qui donnent mais ne se donnent pas.Vous aurez garde d'oublier que vous êtes admirahlement douées pour l\u2019apostolat, que vous avez des dons qui n\u2019appartiennent qu\u2019à vous et qui vous permettent d\u2019y rendre des services de premier ordre : le cœur et la tendresse, 'a pitié et la compassion, le dévouement et l\u2019abnégation, une puissance de souffrance qui vous donne l\u2019intelligence de la douleur des autres, la faculté de tirer de votre âme, de votre cœur d\u2019épouse, de mère ou de sœur, des paroles et des accents que l\u2019homme ne trouvera jamais, une puissance d\u2019entraînement enfin, qui n\u2019est pas l\u2019autorité, et qui est souvent plus forte que l'autorité, soit pour le bien, soit pour le mal.Comme on l\u2019a justement remarqué, si l\u2019Eglise s\u2019est intéressée à la femme, pour la relever de la, servitude où l\u2019avaient maintenne les civilisations les plus raffinées, la femme le lui a rendu par les influences puissantes qu\u2019elle a mises au service de sa morale et de ses principes.Depuis celles dont la résistance et l\u2019héroïque bravoure ont triomphé de la cruauté romaine, depuis celles qui ont adouci la : \\ violente rudesse des Goths, des Francs et des Germains, et dont les a.délicatesses chrétiennes ont appris à ces barbares le respect de la faiblesse et de la pudeur et l\u2019art difficile de soumettre les instincts 1 15 au devoir, depuis ces deux femmes de génie, la comtesse Mathilde et.Catherine de Sienne, qui, dans la querelle du sacerdoce et de l\u2019empire et dans la crise formidable du grand schisme, ont rendu à l\u2019E- glise sa liberté\u2026\u2026 jusqu\u2019à ces héroïnes cachées, qui ont la conscience obscure de devoir au christianisme la gloire de prendre rang parmi ces saintes et augustes choses qui s\u2019appellent le foyer, la famille et le respect mutuel qui les garde tous deux, l\u2019histoire est pleine des services signalés que les femmes ont rendus à l\u2019Eglise.Qu\u2019attendez-vous ?A l\u2019époque où nous sommes, on ne peut observer ce qui se passe sahs éprouver une noble et cruelle souffrance.Je veux parler de l\u2019angoisse du mal qui s\u2019étend, qui caone de proche en proche, qui semble déjà triomphant.Nous nous prenons à craindre pour notre pavs, pour les enfants qui verront nos lendemains, pour ce peuple encore si croyant et si bon, auquel pourtant on veut faire boire tous les poisons et qu\u2019on peut à peine défendre contre les ennemis de son bon sens et de sa foi.À vous d\u2019agir ! Acissez, dans votre milieu, par l\u2019exemple aussi bien que -par la conversation, qui est un moyen d\u2019action de premier ordre.Si, dans les salons en vue, dans ceux qui donnent le ton, on faisait prévaloir l\u2019usage d\u2019exclure de la conversation toute allusion aux scandales et aux diffamations ; si on renonçait à faire même une allusion à tel mauvais livre, si on avait le courage de dire qu\u2019on ne l\u2019a pas lu et qu\u2019on ne le lira pas, si l\u2019on s\u2019interdisait les petits théâtres ou la morale est bafouée et le devoir conjugal si odieusement ridiculisé, le retentissement sur les mœurs de la société et du pays serait profond et rapide.Agissez encore au dehors, dans ces œuvres qui sollicitent votre zèle : œuvres de charité et d'instruction, œuvres sociales proprement dites, de salaires, d\u2019assurances, de mutualités ou d\u2019unions professionnelles.L'apostolat vous fera du Bien.La femme qui fait du bien devient plus vertueuse.Son égoïsme et sa vanité diminuent, sa charité grandit et devient plus ravonnante.C\u2019est en se mettant en contact avec la réalité, et en apportant dans un tel contact la volonté de se dévouer - c\u2019est en cherchant les natures simples, celles qui plient sous la dure souffrance de chaque jour, et en recouvrant auprès d'elles le don de la sympathie humaine ; c\u2019est en franchissant 1 abime qui se creuse si facilement entre l\u2019égoïsme et la misére.qu'elle apprend sans doute à vivre satisfaite de son sort; mais qu\u2019elle réalise aussi qu\u2019elle est appelée, par ses dons de nature et de grâce, à l\u2019œuvre divine que Notre Sauveur est venu inaugurer sur la terre : le relèvement et la sanctification de la race humaine.16 SEANCE DU SOIR Discours de bienvenue par Madame Béique fondatrice de la section des Dames de I' Association Saint-Jean-Baptiste.Monseigneur, Excellence, Mesdames, Messieurs.Il me sera permis de dire que l\u2019occasion est solennelle.C\u2019est la première fois que les Canadiennes françaises se réunissent pour duis- cuter d\u2019une manière sérieuse de tout ce qui a rapport à leurs inté- réts, aux progrès qu\u2019elles pourraient faire, à l\u2019action sociale qu\u2019elles peuvent et doivent exercer.Jusqu\u2019à une époque assez récente nous nous étions contentées de nous occuper d\u2019œuvres de bienfaisance pure, sans porter nos regards plus loin que les besoins immédiats des malheureux, et les questions d\u2019utilité générale nous étaient restées à peu près indifférentes ou étrangères.Il est temps que nous tenions compte des changements que le temps a apportés à l\u2019état des choses et des esprits et que nous adoptions une ligne de conduite un peu différente.| La société S.-Jean-Baptiste après avoir pendant tant d\u2019années contribué de son mieux à fortifier et développer notre vie nationale, va maintenant devenir le point de ralliement des femmes canadiennes françaises, le trait d\u2019union qui les fera se rencontrer toutes dans une pensée de vraie fraternité.Je suis heureuse de souhaiter la plus cordiale bienvenue à toutes celles qui viennent ici pour prendre part au travail d\u2019éducation, de progrès social et économique, d\u2019amélioration morale et de charité qui devra se faire par la fédération.Tout cela, me dira-t-on, c\u2019est du féminisme ! En effet c\u2019est du féminisme ; mais il faut s\u2019entenare sur la signification qu\u2019on peut attacher à ce mot.S\u2019il est vrai qu\u2019il y a un \u2018féminisme révolution- 17 naire dont les revendications inconsidérées ne pourraient, si elles étaient accordées, que faire de nous des êtres déclassés ou avilis, il y, & aussi le féminisme chrétien dont on peut dire qu\u2019il a pour devise, l'amour du prochain.Celui-là n\u2019oublie pas ce que les femmes ; doivent au Sauveur qui les a tirées de l\u2019abjection et de l\u2019esclavage où elles étaient tenues depuis des siècles, et ne voudrait rien faire qui ' soit contraire à la morale qu\u2019il a prêchée, à l\u2019idéal de charité universelle et d\u2019amour du devoir qu\u2019il nous a légué.Nous ne voulons pas mériter le reproche qu\u2019on adresse presque invariablement à tout mouvement féminin, celui de faire sortir la femme de sa sphère, de l\u2019éloigner du beau rôle social qu\u2019elle peut jouer comme bonne épouse et bonne mère.La première œuvre que nous avons entreprise et préconisée, c\u2019est celle de l\u2019école ménagère ; or ce qu\u2019on fait à l\u2019école ménagère, c\u2019est l\u2019apprentissage du genre de vie qui doit le plus retenir la femme chez elle, la vie de mère de famille et de maîtresse de maison.Il s\u2019est fait depuis très longtemps un grand labeur féminin dans nos couvents d\u2019éducation et de charité, dont je n\u2019ai pas à faire l\u2019éloge, puis tous nous avons plus ou moins bénéficié du dévouement et de l\u2019esprit de sacrifice des religieuses qui les dirigent.Mais il est nécessaire que les femmes du monde elles aussi s\u2019appliquent à tout améliorer autour d\u2019ellee Nous avons de graves responsabilités ; vis-à-vis du présent parce que nous sommes les gardiennes du foyer domestique, je pourrais dire les gardiennes des mœurs - nous n\u2019en avons pas moins à l'égard de l'avenir parce que nous élevons les enfants.D\u2019un autre côté, il v a près de nous des souffrances que nous ne pourrons soulager que si nous lesconnaissons ; il y a des conditions du travail des femmes et des enfants, des misères sociales aux- auelles nous devons nous intéresser ; il y a des abus que nous pouvons aider à corriver, des dangers dont il faut préserver nos en- | fants.Sur toutes ces questions, il est juste que notre influence s\u2019ex- A erce, et si nous voulons qu\u2019elle s\u2019exerce dans la bonne direction il nous faut une préparation.Il nous faut des études sur les différentes conditions sociales.sur le bien aui s\u2019est fait ailleurs et les résultats obtenus ; il nous faut l\u2019expérience qui s\u2019acquiert par l\u2019appréciation exacte des faits, par l\u2019observation et la réflexion: il nous faut des bonnes volontés toujours prêtes, des dévouements 3 nombreux.La Fédération sera le milieu ou il sera possible de trouver ces dévouements, de faire ces études, d\u2019acquérir cette expérience : elle in sera le moyen d\u2019une action forte, parcequ\u2019elle sera soutenue par le - grand nombre et d\u2019une action durable, parce qu\u2019elle répond à un besoin.Ce qui montre que les associations de ce genre répondent vraiment à un besoin, c\u2019est le bien qu\u2019elles opèrent ; c\u2019est le nombre d\u2019adhérentes qu\u2019elles recrutent partout ; c\u2019est enfin que l\u2019Evlise tou- N jours si prudente, et ne se prononçant qu\u2019avec la certitude de ne i pas.se tromper, l\u2019Eglise les encourage et les aide.' A 18 Il s\u2019est tenu à Bologne, il y a peu d\u2019années, un grand congrès catholique dont les résolutions ont été approuvées par le Saint- Siège.Quelques-unes de ces résolutions concernaient les femmes.On y reconnaissait la nécessité d\u2019une action féminine chrétienne ; on demandait l\u2019organisation de groupes d\u2019études et de propagande tels que ceux que nous voulons établir, et on exprimait le souhait de voir encourager les associations professionnelles féminines.Les conditions sociales sont telles dans une partie de l\u2019Europe qu\u2019il est urgent que toutes les énergies se liguent pour combattre la révolution qui gagne du terrain et voudrait tout détruire.On espère que les femmes, par la ferveur de leur foi et de leur zèle, aïde- ront ceux qui luttent contre l\u2019anarchie et le désordre.Nous n\u2019en sommes pas là, heureusement, dans notre pays.Ni la religion ni l\u2019ordre social ne sont en danger chez nous, et notre rôle sera plus modeste que celui'de nos sœurs d\u2019Europe ; mais il y à cependant un champ très-vaste ouvert à notre activité, et Mgr l\u2019ar- \u2018chevêque dans la bienveillante lettre, où il accorde la bénédiction épiscopale et l\u2019encouravcement sollicités, nous donne des conseils dont la sagesse et l\u2019opportunité sont indiscutables.Monseigneur nous désigne comme sujets d\u2019études : la tempérance, l\u2019éducation des enfants, l\u2019hygiène dans la famille, les modes, le travail des jeunes filles dans les manufactures, le choix des livres au foyer, la morale dans les salons, la presse, le'théâtre.La plupart- de ces sujets relèvent si évidemment de notre domaine, que je n\u2019insisterai pas sur l\u2019importance que nout devons v attacher ; mais on me permettra de dire un mot de trois questions parce qu\u2019on est généralement trop porté à leur égard à se défendre de toute responsabilité : les modes, la presse, la tempérance.Mesdames, les m'odes seront raisonnables ou extravagantes, convenables ou inconvenantes selon ce que nous en voudrons bien accepter ; si les journaux semblent parfois s'appliquer à satisfaire les curiosités morbides, cela veut dire que ces curiosités existent, les journaux ne servant à leurs lecteurs que les articles qu\u2019ils savent devoir être bien accueillis ; dans les deux cas notre responsabilité est donc passablement directe.Quant à la tempérance, il est sûr que les véritables souffre-douleur de l\u2019intempérance, sont les femmes et les enfants ; et nous ne devons pas nous laisser endormir par l\u2019idée que nous ne pouvons rien changer à ce qui existe, quand tant de nos sœurs, tant de pauvres êtres sans défense, souffrent des conséquences de ce vice.Pensons que nos propres enfants en peuvent être atteints, et non-seule- ment faire le malheur de leur entourage, mais aussi préparer le malheur des générations qui nous suivront.Individuellement nous sommes à peu près impuissantes ; mais unies nous pouvons agir sur l\u2019opinion publique, et avec de la, persévérance arriver à ce que nos fils soient préservés des tentations qui les assaillent de toutes parts.Je vais maintenant donner un aperçu de ce que le féminisme a accompli dans d\u2019autres pays et même dans le nôtre où le Conseil des femmes a réussi à opérer plusieurs réformes utiles.19 Tay.En Suisse a commencé l\u2019œuvre de la protection de la jeune fille, qui a pour but d\u2019aider celles qui sont obligées de laisser leur famille pour aller gagner leur vie à l\u2019étranger ; cette œuvre est devenue une organisation internationale qui a établi des patronages, des écoles ménagères, des cours professionnels, des cours du soir, des caisses de secours mutuel, d\u2019épargne, de retraite, des cercles de lecture, des bibliothèques, des refuges, etc., etc.En Belgique, la ligue des femmes chrétiennes a fondé des sociétés coopératives, des sociétés de secours mutuel qui viennent en aide aux ouvrières malades et travaillent à leur amélioration morale et religieuse par des conférences aux valides et des visites aux malades.Le conseil national des femmes dans plusieurs pays s\u2019est occupé d\u2019un grand nombre de questions ; par exemple les conditions du travail des femmes et des enfants, l\u2019inspection des manufactures, les tribunaux spéciaux pour enfants, l\u2019éducation des enfants qui n\u2019ont pas tout à fait l\u2019intelligence normale, l\u2019hygiène, la pureté du lait, la protection et la surveillance des enfants pendant les vacances, etc., etc.En France ou tant d\u2019institutions de charité ont été fermées, il s\u2019est fondé un nombre extraordinaire d\u2019œuvres de secours, de protection, de prévoyance qui viennent en aide, avec une ingéniosité admirable, à toutes les misères physiques et morales.Je pourrais allonger indéfiniment \u2018cette liste ; je crois.que jai suifisamment démontré la raison d\u2019être et la valeur des associations féminines.Il ne faut pas nous faire l\u2019illusion qu\u2019en quoi que ce soit nous obtiendrons de grands résultats en peu de temps ou facilement.A peu près toutes les bonnes causes sont plaidées depuis de longues années et ne sont pas encore gagnées.Nous devons pouvoir discuter sans aigreur et ne pas nous attendre à ce qu\u2019on s\u2019incline devant notre opinion.Rappelons-nous que notre plus grande \u201c puissance, peut être la seule véritable, c\u2019est la douceur et l\u2019égalité d\u2019âme.Les mots blessants ou amers n\u2019ont jamais convaincu personne, et souvent en supposant le bien chez les autres on les oblige presque à le faire.Surtout, appliquons-nous à donner à nos enfants l\u2019exemple d\u2019une foi sincère, sans ostentation ni faiblesse ; sachons leur inculquer la force de caractère qui leur fera mettre l\u2019honneur, l\u2019honnêteté privée et publique au-dessus de tout, et mépriser d\u2019une manière absolue l\u2019argent mal acquis ; apprenons-leur à respecter, à aimer le travail intellectuel et la valeur morale qui sont bien supérieurs à la richesse.Si nous donnons ces preuves de sureté de jugement et de fermeté de cœur, nous pouvons être certaines que notre voix sera toujours écoutée, notre influence sans cesse grandissante.20 ps GS «+ J'aurais désiré dire un mot du travail qu\u2019a demandé l\u2019organisation de la fédération.travail dont il m\u2019a été impossible de prendre ma part.Les intéressées s\u2019y refusant absolument, reste qu\u2019à remercier au nom de tous les personnages éminents qui nous honorent de leur présence ; à remercier surtout Monseigneur de Montréal pour la bonté qu\u2019il nous a témoignée en toute occasion, et à prier Sa Grandeur de vouloir bien nous adresser-la parole.* [A222 71% ESS SSI NCL Lubin | 3 > 21 il ne me \u201c Allocution de Sa Grandeur Monseigneur Bruchési.Madame la Présidente, Excellence, Mesdames, Messieurs, Plusieurs centaines de dames se pressaient ce matin dans la gracieuse église de Notre-Dame-de-Lourdes.Après y avoir entendu pieusement la messe, elles firent publiquement par l\u2019entremise d\u2019une de leurs doyennes, la prière suivante que j'aime à vous citer : | 0 \\ ÂR B: e 8 IN a 3 a: i 4 \u201c\u201c O Marie, Vierge bénie entre toutes les femmes, daïonez jeter sur nous un regard de bonté, et soyez-nous propice.Agréez l'hommage de notre piété filiale et prenez sous votre protection l\u2019œuvre que nous inaugurons aujourd\u2019hui pour la gloire de votre divin Fils.Rendez-nous humbles, charitables, douces, zélées comme vous.Que nous ne nous recherchions en rien nous-mêmes et que tous nos actes soïent inspirés par le seul amour de Dieu et du prochain.Faites de nous des femmes dociles à toutes les directions de l\u2019Eglise, compatissantes envers les humbles, les délaissés et les pauvres, des femmes vraiment chrétiennes, toujours fidèles à leur mission dans la famille et dans la société.O Mère puissante et bonne, nous reconnaissons notre faiblesse, soyez pour nous, nous vous en prions, la lumière qui dirige et la force qui soutient.Nous serons heureuses si nous réussissons à consoler autour de nous quelques souffrances, à grouper efficacement de nombreuses\u201d énergies pour le bien, à faire mieux connaître et mieux pratiquer les saintes lois de l\u2019Evangile et à étendre dans la mesure de notre pouvoir le règne de Jésus, votre Fils.\u201d Ainsi-soit-il.RE I ROC OU OU RO TE A Up PE US SUPER Ce sont ces mêmes dames qui nous ont conviés, ce soir, à la séance d\u2019ouverture d\u2019un congrès\u2014le premier du genre qui ait lieu dans notre pays\u2014et au cours duquel elles désirent étudier ensemble les moyens pratiques de réaliser leur louable projet d\u2019une action plus efficace, d\u2019une influence plus grande au sein de la famille et dans la société.Evidemment, nous ne sommes pas en présence de révolutionnaires.Des femmes qui prient ainsi, que la charité chrétienne anime, et qui ne veulent travailler que sous la direction de l\u2019Eglise, ne sont pas à craindre, et si ie suis ici ce soir, c\u2019est pour dire bien haut que J'approuve leur œuvre et que je la bénis.Cette déclaration était peut-être nécessaire pour dissiper certains doutes, et rasurer des bonnes volontés restées craintives et hésitantes jusqu\u2019à ce jour.Un plan d\u2019action sociale mw\u2019 a été soumis il y a quelques mois.Un peu général au début, il n\u2019a pas tardé à se préciser, à se définir, à se développer.Il évitait les écueils, il ne se proposait que le bien.J\u2019v ai vu un beau mouvement, national et religieux à la fois, une initiative généreuse, une forme de dévouement adaptée à notre temps et j\u2019ai cru qu\u2019il était de mon devoir d\u2019en prendre la direction.Il m\u2019a semblé que notre société de Saint-Jean- -Baptiste se complétait, grâce à cette entreprise nouvelle, et que ces énergies groupées pour un but louable, étaient autant de voix qui, au foyer, parmi le peuple, dans les milieux cultivés, au sein des classes laborieuses ou souffrantes, dans le domaine de l\u2019art et de la science, allaient redire la belle parole de Jean le Précurseur, parole qui doit être la devise de toute vie chrétienne : Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers \u2019 Je sais que le féminisme est à l\u2019ordre du jour.Quant on songe aux prétentions qu\u2019il affiche en certains lieux, aux principes qu\u2019il proclame, aux réformes qu\u2019il poursuit, on a assurément raison de le condamner, et pour ma part je n\u2019en voudrais aucunement parmi nous.Nos mères et nos sœurs nous sont apparues Jusqu'à présent avec une auréole de bonte, de zèle modeste et de grâce qui nous les fait vénérer autant qu\u2019aimer, et nous ne voudrions pas que catte auréole leur fut ravie.Mais ici il n° ÿ a rien de ce féminisme prétentieux, égalitaire et oublieux, je ne crains pas de l\u2019affirmer, de la véritable grandeur de la femme.Puisque le mot de féminisme a été introduit dans \u201cnotre langue, je l\u2019accepte, mais je réclame pour lui un sens chrétien, et je demande la permission de le définir ainsi : le zèle de la femme pour toutes les nobles causes dans la sphère que la Providence lui a assignée.Or, Mesdames et Messieurs, ce féminisme-là avez-vous songé qu\u2019il existe \u2018déjà au milieu de nous ?Il est à l\u2019œuvre depuis des siècles, et je me demande s\u2019il est au monde un pays où il produit de plus magnifiques résultats.J \u2018explique ma pensée.Ces milliers de femmes, vos filles ou vos amies qui, à l\u2019âge de vingt ans, ont fait le sacrifice de tout ce qui pouvait les attirer dans le monde, pour se consacrer dans la pauvreté, la chasteté et l\u2019obéissance, à l\u2019éducation des en- lants, au soin des orphelins, des sourdes-muettes et des aveugles, au soulagement des malades, des pauvres et des vieillards, pourraient- elles faire un plus noble usage de leurs forces, de leur talent, de leur vie, de la tendresse de leur cœur ?Ne sont-elles pas les bienfaitrices par excellence de l\u2019humanité et ne comptent-elles pas, malgré l\u2019obscurité dont elles enveloppent leur admirable dévouement, parmi nos plus pures gloires nationales ?Oui, certes, c'efst quand on a pénétré dans ces saintes demeures et qu\u2019on a vu de près l\u2019héroïsme quotidien de ces femmes magnanimes, moissonnées souvent trop jeunes à raison des sacrifices qu\u2019elles s'imposent et de l\u2019activité qu\u2019elles déploient pour relever tant de faiblesses et consoler tant de misère, que l\u2019on comprend qu\u2019il y a un féminisme digne de tout respect : c\u2019est le féminisme qui fait les saintes.Or ces communautés religieuses ont leurs congrès elles aussi : ce sont ces chapitres réguliers où se discutent les mesures à prendre pour rendre les âmes meilleures et plus ferventes, pour développer l'instruction et la mettre plus en harmonie avec les besoins actuels, pour promouvoir le progrès de toutes les œuvres de charité.Depuis dix ans il m\u2019a été donné d\u2019assister plusieurs fois à ces pieuses et intéressantes réunions que je pourrais donner comme modèle à tous les congrès, et j'en suis toujours sorti rempli d\u2019admiration pour le talent d\u2019observation et d\u2019administration, l'esprit pratique que'j\u2019y avais constatés, mais plus encore par l\u2019abnégation, le désintéressement, la charité sans bornes qui avaient inspiré toutes les décisions et tous les règlements.C\u2019étarent \u2018Lien là des humbles et des vaillantes, comprenant le prix de la vie, et en faisant un holocauste au Seigneur, ne recherchant avec leur sanctification personnelle que la gloire de Dieu et le bonheur véritable d\u2019un monde qu\u2019elles n\u2019ont quitté qu\u2019afin de pouvoir l\u2019aïmer mieux et l\u2019aimer davantage.Je viens, mesdames, de vous présenter un modèle.Ce que font nos congrégations religieuses dans leurs couvents, leurs écoles, leurs asiles et leurs hôpitaux, vous inspirera pour ce que aurez vous-mé- mes à faire dans la famille et la société.N'est-ce pas uh programme d\u2019une existence toute de dévouement que vous vous êtes tracé, et le congrès que vous ouvrez aujourd\u2019hui a-t-il un autre but que de vous entendre sur les meilleurs moyens de le mettre à exécution ?Ce n\u2019est pas dans vos assemblées que l\u2019on entendra parler de l\u2019_émancipation de la femme, de ses droits méconnus, de la part trop obscure qui lui est faite dans la vie, des charges, des fonctions publiques et des professions auxquelles elle devrait être admise aussi bien que l\u2019homme ; non, non, vous laisserez ces déclamations et ces utopies à d\u2019autres, et vous chercherez simglement à vous liguer pour faire le bien, dans le champ qui vous convient.Les transformations sociales, quelquès nombreuses et variées qu\u2019elles soient, n\u2019entameront pas les principes donnés, il y a bien des siècles, par l\u2019oracle même de la Sagesse, sur ,a vrai mission de la femme.Vous connaissez ces paroles admirables-et je n\u2019ai pas à vous les citer.Elles se lisent au XXXIème chapitre du Livre des Proverbes et ne sauraient être trop méditées.Ce qui en ressort c\u2019est que l\u2019action de la femme doit surtout se faire sentir au foyer.C\u2019est comme épouse et comme mère qu\u2019elle doit faire briller les qualités de son esprit et de son cœur, et sa récompense la voici : \u201c\u201c Ses fils se sont levés et l\u2019ont proclamée très heureuse, son époux s\u2019est levé et l\u2019a comblée de louanges.\u201d Que vous fassiez, Mesdames, comme la femme forte dont parle l\u2019Écriture, que grâce à votre influence, nos familles canadiennes soient vraiment chrétiennes en toutes choses ; que vous vous entendiez pour en bannir tout ce qui ne serait pas conforme aux enseignements de l\u2019Evangile, voyez-vous les immenses conséquences qui en résulteront pour la, société ?Ce que j'attends donc de Votre fédération et de votre congrès, Mesdames, ce sont avant tout, des résolutions sérieuses, pratiques, tendant à faire régner à vos foyers l\u2019esprit de Jésus-Christ.C\u2019est comme une ligue que vous allez former, ligue courageuse, douce, persuasive et sans le moindre respect humain.J'ai entendu un jour Pie IX dire à des femmes françaises venues en pèlerinage à Rome : \u2018\u201cSoyez des \u2018\u201capostolesses\u2019\u2019 dans vos familles.\u201d\u2019 Cette faute de langage ne compromettait en rien son infaillibilité.Je vous dirai donc a mon tour, soyez des apôtres partout, chez vous d\u2019abord, par la leçon et par l\u2019exemple.Prière du soir en commun à rétablir, selon les traditions de nos pères, là où la chose est possible, prières avant et après les repas, observation fidèle des lois de l\u2019abstinence, vigilance incessante sur les enfants, leurs amusements, leurs promenades et leurs visites ; choix serupuleux des livres, des revues, des journaux qui entreront dans vos'demeures, des statues et des peintures cfui orneront vos salons : voilà autant de points importants sur lesquels vous pourrez vous entendre et vous concerter.Dans la société, vous avez ces remarquables institutions de biea- faisance auxquelles vous prêterez, s\u2019il est possible, un concours plus assidu et plus efficace encore que par le passé.Mais il y a surtout les jeunes filles qui travaillent dans les manufactures, celles qui gagnent péniblement leur vie, celles qui se cherchent une demeure où elles- trouveront la protection dont elles ont besoin, les pauvres enfants délaissés : oh ! que de bien vous pouvez faire à' tout ce monde ! Imitez les femmes catholiques de France qui ont, dans ces dernières années, créé presque autant de moyens de, secours, je pourrais dire autant d\u2019Œœuvres distinctes qu\u2019il v a de dangers à prévenir et de misères à soulager.Si des modes inconvenantes veulent pénétrer chez nous, pourquoi ne les combattriez-vous pas?Vous serez alors les apôtres de la modestie chrétienne et quelle fructueuse leçon vous donnerez à la jeunesse ! Et si vous, association des femmes catholiques, vous vous déclarez contre ces toilettes réprouvées autant par le bon goût que par la pudeur, pensez-vous qu\u2019elles pourront devenir en vogue ?Assurément non.Vous ferez la loi, ne l\u2019oubliez pas.Qu\u2019est-ce que vous n\u2019étes pas ensuite en état d\u2019accomplir, Mesdames, contre l\u2019intempérance, ce fléau de notre époque, contre la mauvaise littérature qui pénètre au milieu de notre population, d\u2019une manière alarmante, et contre les théâtres dangereux ?Nous avons eu, vous le savez, des théâtres dangereux qui vous ont fait gémir ; je vous promets qu\u2019ile devront à l\u2019avenir fermer leur porte, \u201csi vous le voulez.\u201d 25 Je pourrais en dire davantage ; j'en ai dit assez pour vous \u2018faire comprendre que c\u2019est là l\u2019action sociate sur laquelle je compte, que j'attends de vous, qui n\u2019a pas existé encore parmi nous et que je remercie la Providence de faire naître à un moment si opportun.Voilà.un féminisme bienfaisant que personne n\u2019aura le droit de blâmer : ce sera un apostolat.Mesdames, mis au courant par moi de votre projet, le Souverain Pontife a daigné l\u2019approuver et le bénir, et le 24 mai au soir j'avais le plaisir de recevoir de Rome le cablogramme que je vais vous lire : \u201c Monseigneur Bruchési, archevêque de Montréal, Canada.\u201cec Saint-Père bénit de tout cœur dames catholiques de Montréal x \u201c\u201c qui se sont réunies en associstion pour travailler d\u2019après les en- \u2018\u201c seignements de l\u2019Eglise à fortifier leur action dans la famille et la \u2018\u201c société.Card.Merry del Val.Je ne saurais trouver une meilleure parole pour terminer ce dis- 4 cours.x \u2014 2, \u2014\u2019\u2014{e o\u20144\u2014 « >> .26 A RRO RI PROC OT HR RO OO RS I IS TR SU UE Discours de son Excellence Sir Louis Jetté, lieutenant gouverneur de la Province de Québec.Madame la Présidente, Monseigneur, Mesdames, Messieurs, Vous avez bien voulu, Mesdames, m\u2019assigner un rôle dans cette séance d\u2019ouverture, du premier congrès de la Fédération Nationale des Dames de la Saint-Jean-Baptiste, et je constate que je suis inscrit à votre programme pour un discours.Certes ! jen suis flatté, mais c\u2019est un compliment qui n\u2019est pas sans m\u2019inspirer quelque inquiétude.: J\u2019ai lu quelque part en effet, qu\u2019en France, où les associations de bienfaisance et d'action sociale sont depuis plus longtemps connues et pratiquées, la collaboration des hommes, dans les séances de ces organisations féminines, n\u2019est pas toujours appréciée.Max Turmann, dans son livre intitulé : \u201c Initiatives féminines \u201d, rapporte même sur ce point une opinion de madame Thome \u2014 une femme qui, au dire de tous, a fait et continue de faire énormément de bien par l\u2019institution de cette œuvre du \u2018\u201cFoyer\u201d\u2019 qu\u2019elle a fondée \u2014 et cette opinion ne laisse aucun doute sur la manière de voir de cette excellente dame.L\u2019auteur rapporte, en effet, que madame Thome \u201c\u201c avait constaté qu\u2019une infirmité trop fréquente des femmes d\u2019œu- \u201c vres, c\u2019est de ne pas oser parler, dans ces œuvres populaires dont \u2018\u201c elles s\u2019occupent ; c\u2019est presque toujours, ajoute-t-elle, un homme \u2018\u201c qui y prend la parole, et les messieurs, malgré leur bonne volonté, \u2018ne trouvent pas toujours la note désirable : une mère toucherait \u201c bien mieux ces cœurs de mères.\u201d Me voilà donc bien averti, et-si après cela j'avais l\u2019imprudence de faire un discours, je ne devrais certes pas être surpris d\u2019un insuccès qui ne serait que la juste punition de ma témérité.* x Je crois d\u2019ailleurs que madame Thome a raison.La bienfaisance, en effet, est une vertu essentiellement féminine.C\u2019est la nature même de la femme qui ls porte à faire du bien aux autres, à se dévouer.Madame de Rémusat le constate, en quelque sorte, lorsqu\u2019elle dit : \u2018\u2018 Pour obtenir des femmes une action, quelle qu\u2019elle soit, il faut \u2018\u201c presque toujours les convier au bonheur d\u2019un autre.\u201d = Les femmes ont donc ua besoin de dévouement que nous autres, hommes, ne saurions éprouver au même dégré.Aussi est-ce avec une .admiration sincère que nous constatons les résultats merveilleux ; .ae \u2018 qu\u2019elles obtiennent dans les nombreuses associations où elles mettent en commun les trésors de leur intelligente bonté.Nous savions, Mesdames, à combien de sociétés et d\u2019instructions diverses allait déjà votre dévouement.Vous voulez aujourd\u2019hui entreprendre davantage et, si je ne me trompe, réunir sous une direction d'ensemble les œuvres de bienfaisance et d\u2019action sociale auxquelles participent toutes les femmes catholiques de cette ville, afin de donner à chacune de ces œuvres une efficacité plus'complète, en suppléant aux insuffisances particulières par l\u2019aide des autres.C\u2019est une noble et digne pensée et je suis heureux d\u2019y applaudir.L\u2019appel que vous avez fait, à cette occasion, aux nombreuses collaboratrices: de vos travaux a été entendu et déjà vous avez l\u2019assurance du succès de votre nouvelle organisation.L'importance de l\u2019œuvre que vous voulez accomplir, Mesdames, ne saurait être mise en question.Un grand penseur, qui fut aussi un écrivain remarquable et un orateur de premier ordre, \u2014 orateur que vous avez eu l\u2019occasion d\u2019admirer et d\u2019applaudir, \u2014 Brunetière, dans son \u2018\u2018 Discours sur les deux féminismes,\u201d précise le rôle essentiel de la femme en disant qu'il y a trois choses, dans les sociétés modernes, dont la conservation est principalement, sinon exclusivement, remise aux femmes : ls famille, la patrie et la religion.Certes, la part qui vous est ainsi faite ne saurait être plus belle, le domaine qui vous est assigné ne saurait être plus grand ! Vous ne serez pourtant pas effravées de la tâche et vous saurez vous y appliquer avec l\u2019ardeur discrète que réclament les œuvres de grande envergure.Déjà, parmi les questions qui seront étudiées et discutées au cours des séances de\u201dbe congrès, Votre programme indique un grand nombre de sujets d\u2019une importance considérable et qui rentrent tout naturellement dans le cadre indiqué par Brunetière.x Et s\u2019il m\u2019était permis de sortir des généralités, sans courir le risque de ne pas donner la note désirable ou tout au moins la note juste, j\u2019oserais vous dire, Mesdames, que parmi ces sujets d\u2019étude, il en est un qui attire plus particulièrement mon attention et que dans mes préoccupations patriotiques je serais facilement.tenté de placer au premier rang.Tous œux qu\u2019inquiète aujourd\u2019hui, avec raison, l\u2019évolution que subit la société moderne, admettent volontiers la légitimité du plus grand nombre des revendications féminines et je suis loin, pour ma part, de voulair en contester même l\u2019opportunité.\u2018 Mais, d\u2019un autre côté, il n\u2019est que juste de reconnaître que le besoin de réformes est moins impérieux et moins pressant dans notre pays que dans les contrées surpeuplées d\u2019Europe, ou même d\u2019Amérique. C\u2019est pour cette raison que je relève avec plus de complaisance cet article de votre programme qu\u2019indique une étude de madame Dr Levasseur sur la responsabilité de la mère de famille dans la formation physique de l\u2019enfant.C\u2019est un fait, hélas ! fort connu, que chez nous, Canadiens français, le chiffre de la mortalité, parmi les enfants en bas âge, est alarmant.Ces nombreuses familles d\u2019autrefois qui ont fait notre force et qui semblaient avoir assuré notre avenir, n'existent plus ou plutôt ne se comptent maintenant qu\u2019au cimetière.Il y a-là, Mesdames, un grave danger que bien d\u2019autres ont signalé avant moi, mais qui n\u2019a pas été jusqu'ici victorieusemeat combattu.Qui, mieux que vous, pourrait prendre en mains la cause de ces pauvres petits êtres que le bon Dieu donne si libéralement aux familles canadiennes, non pas pour les laisser mourir, mais pour les élever et en faire des citoyens dignes et bons, capables de faire honneur à la religion et à la patrie ?Et quelle oc uvre fécor de en résultats, si vous voulez bien l\u2019entreprendre avec cette détermination de réussir qui a fait dire depuis longtemps que ce que femme veut, Dieu le veut ! Ce n\u2019est 1c1 ni le lieu, ni le moment de faire des calculs et de vous soumettre des appréciations basées sur des chiffres.Mais un mot que j'ai entendu: tout dernièrement me paraît digne d\u2019être livré à vos reflexions.| J\u2019avais, il y a quelques jours, la visite d\u2019un Français qui venait d\u2019arriver au pays pour s\u2019y fixer avec sa famille, composée de sa femme et de treize enfants.Comme je m\u2019étonnais.de la multiplicité de ses héritiers, 11 me dit qu\u2019en effet on ne rencontrait pas très souvent, en Fraince, des familles aussi nombreuses.Mais, ajouta-t-il, ici vous en avez beaucoup, seulement vous ne savez pas en profiter ; ainsi, l\u2019autre jour, je causais avec un Canadien qui se vantait d\u2019avoir eu vingt-deux enfants.et comme je lui demandais combien il lui en restait, il me répondit : dix.Oh ! alors, reprit mon visiteur, je me consolai en pensant que j'avais mieux réussi, car sur quinze, j'en avais gardé treize ! N\u2019y a-t-il pas dans ce simple rapprochemènt de chiffres une grave leçon à méditer ?Quelle ne serait pas notre force et notre influence dans la Uonfé- dération canadienne si, depuis cinquante ans, nous avions gardé cette proportion de 13 sur 15 des enfants que la Providence nous a envoyes.En dépit des sceptiques et des découragés, je suis, Mesdames, de ceux qui croient que la race française n\u2019a pas été implantée sur ce continent pour y périr sans avoir donné la pleihe mesure de ses éminentes qualités.La préserver des dangers qui l\u2019affaiblissent et l\u2019arrêtent dans sa croissance légitime serait donc faire œuvre de véritable patriotisme, et c\u2019est ce qui me fait croire, Mesdames, qu\u2019en vous faisant cet appel, je puis avoir confiance d\u2019avoir touché vos cœurs de mères et trouvé la note juste pour en être entendu.C\u2019est le seul succès que j\u2019ambitionne et je serai doublement heureux si, après avoir eu l'avantage de prendre même une si petite part à votre œuvre, je puis encore compter sur le grand honneur de votre approbation.29 Exposé de la Fédération Nationale par Madame Gérin Lajoie.Nous sommes faibles et cependant c\u2019est à nos mains fragiles qu\u2019a été confiée cette arche sainte qui s\u2019appelle la famille.La famille, assise de la société, point initial d\u2019où jaillit et se déverse sur le monde la vie ! C\u2019est la femme qui, par vocation, veille à la pureté de cette source, c'est elle qui la première touche dans l\u2019enfant le clavier de l\u2019âme et en essaie les notes pour les accorder au diapason de la vérité.: Toute l'existence se ressent de cette origine, et n\u2019en est bien souvent que la vibration prolongée \u2018! Selon les vertus de la femme s\u2019élève ou s\u2019abaisse la race; il n\u2019est donc-pas indifférent à la prospérité générale que la femme prenne conscience de ses responsabilités et qu\u2019elle fortifie, élève et développe son action familiale et sociale.| Si l\u2019instinct suffisait seul à nous révéler le devoir et nous le faisait nécessairement accomplir, il n\u2019y aurait qu\u2019à fermer les yeux, et nous pourrions nous passer de l\u2019effort de la volonté, de l\u2019effort de la pensée ; mais il n\u2019en est pas ainsi ; la femme est soumise à la loi du travail, et la réalisation de sa haute destinée ne peut être que le prix d\u2019un labeur constant et obstiné ; la perfection est une conquête, à laquelle on n\u2019arrive qu\u2019en s\u2019élevant péniblement et par degrés ; pour y atteindre ne comptons pas sur le miracle ; pour avancer il faut soi-même trouver sa voie, il faut comprendre, il faut arracher à la nature ses secrets et savoir utiliser ses lois.Or, parmi les moyens mis à notre disposition pour soulever l\u2019individu, augmenter sa puissance et l\u2019acheminer vers sa fin, en est-il de plus efficace que l\u2019association ?I association qui multiplie la force individuelle par la force collective et nous\u2018 grandit sans cesse de la personnalité d\u2019autrui.L\u2019association dont la formule dans le langage populaire se traduit par cette phrase vigoureuse : l\u2019union fait la force.\u201d D'ailleurs l\u2019économiste par excellence, notre .Maitre Suprême, n\u2019a-t-il pas dit : \u2018\u201c Aimez-vous les uns les autres, toute la loi est là ! \u201d C\u2019est-à-dire, rapprochez-vous les uns des autres ; donnez-vous les uns aux autres.30 AN \u20ac Eh bien, cette union, cette union dans la charité, les femmes veulent la réaliser aujourd\u2019hui, et voilà pourquoi elles fondent la Fédération Nationale.La Fédération ne doit pas être considérée comme une œuvre nouvelle, car ce n\u2019est même pas une œuvre ; ce n\u2019est qu\u2019un instrument qui vient renforcer ce qui existe déjà ; ce n\u2019est qu\u2019un levier qui s\u2019ajuste sur la vie de la femme pour la porter plus haut.La Fédération ne déplace pas l\u2019activité de la femme ; elle laisse chacune dans sa sphère d\u2019action, chacune à la place que lui assigne la Providence ; mais alle prolonge et étend le rayonnement de toutes ces existences isolées, de ces talents enfouis auxquels elle fait rendre au centuple.Je comparerais volontiers la fédération à ces usines modernes qui emmagasinent les forces éparses de la nature, l\u2019électricité par exemple, les multiplient, puis les distribuent à nos foyers sous forme de lumière et de chaleur.Dans ce siècle de calcul intanse, où toute l\u2019intelligence semble consister à.produire un maximum d\u2019effets avec un minimum d\u2019effort, ne faut-il pas se préoccuper d\u2019exercer une économie rigoureuse dans nos ressources morales ; notre race d\u2019ailleurs ne vivra qu\u2019à ce prix.Mais, un motif plus élevé que les vues humaines, impose aux Canadiennes françaises le devoir de s'organiser \u2018et de suivre le progrès général.Au-dessus de la dignité de la femme, au-dessus des intérêts nationaux se place un intérêt plus grand encore : c\u2019est notre foi ! Cette foi que nous propagerons en raison de notre influence et que nous ferons aimer selon les services que nous rendrons à ce pays.Noblesse oblige ! par le baptéme, nous sommes marquées au front pour un apostolat, il faut le remplir.Pour notre bonheur et celui de nos semblables, il faut que nous déterminions une action sociale catholique vraiment féconde et que la fédération en soit l\u2019instrument propagateur ! 7 Je le sais, vous sentez tous la nécessité d\u2019une institution de cette nature et j\u2019éprouve une secrète joie à penser que vos cœurs donnent en ce moment une première sympathie à la Fédération.La Fédération doit créer le milieu où les femmes, animées d\u2019un esprit chrétien, viendront s\u2019aider mutuellement et déterminer par là un progrès réel et continu dans leur existence, soit qu\u2019il s\u2019agisse de leur développement personnel, de leur vocation d\u2019épouse, de leurs devoirs de mère.soit qu\u2019il s\u2019agisse des œuvres philanthropiques et pieuses auxquelles elles se livrent.Il'importe donc de connaître et de déterminer les besoins de chacune, car toutes les femmes ne vivent pas dans les mêmes conditions, leur existence varie à l\u2019infini.Un type de femme, je dirai classique, stable et immuable, mais cela n'existe nulle part ailleurs que dans l\u2019imagination des poètes et la tête des théoriciens.L\u2019existence des femmes est totalement différente de l\u2019une à l\u2019autre, et dans une même vie, les devoirs changent et se transforment d\u2019année en année.Les unes peinent tout le jour, les autres ont des loisirs prolongés ; les unes sont fortunées, les autres ne le sont pas ; les unes sont faibles, les autres sont robustes : 31 les unes ont des responsabilités étendues, les autres n\u2019ont point de charge.Les talents, la capacité sont aussi très inégalement répartis, puis les milieux accentuent encore les différences, de sorte que, pour / aider la femme efficacement, il faut comprendre les situations diverses dans lesquelles elle se trouve.Des classifications s\u2019imposent.Voilà pourquoi nous faisons entrer les femmes dans la Fédération par classes, c\u2019est-à-dire par association.L\u2019association particulière élabore en effet les besoins, formule les aspirations, précise les idées et f£ournit des matériaux solides avec lesquels on peut édifier des œuvres durables.Voilà la raison d\u2019être de toutes ces associations professionnelles que nous avons fondées cet hiver, et qui pour plusieurs ont été une énigme profonde.Toutes les associations dans la Fédération sont placées sur un pied d\u2019égalité, en ce sens qu\u2019une voix respectée est donnée à chacune d\u2019elles, que toutes ont la liberté de se faire entendre et d\u2019exposer leurs besoins, que toutes sont également aimées et écoutées, et que la plus humble comme la plus puissante peut arriver jusqu\u2019au cœur de ses sœurs.Nous croyons ainsi, par le seul équilibre des intérêts et le jeu naturel des ressortk humains, produire une œuvre de justice, d\u2019amour et de paix; tout ce qu\u2019il faut pour que le fonctionnement en soit normal et régulier, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y manque aucune partie.Aussi nous appelons toutes les femmes, les femmes de toute condition à entrer dans la Fédération ; car dans l'accord harmonieux que nous voulons rendre, il faut que chacune donne sa.note.Que toutes les femmes sentent donc qu\u2019elles sont indispensables les unes aux autres ; qu\u2019elles comprennent qu\u2019elles sont faites pour se compléter les unes par les autres ; qu\u2019une étroite fraternité les unit toutes, qu\u2019elles sont les membres d\u2019un même corps, et que l\u2019une d\u2019entre elles ne peut souffrir, sans que les autres souffrent aussi ! Oui, que les femmes éveillent en leur conscience le sens de la responsabilité sociale ; qu\u2019elles soient toutes à toutes ; elles se procureront ainsi une plus grande somme de bien-être, et prouveront que la discipline catholique et la loi de charité, en indiquant la règle de la vie, donnent en même temps celle du bonheur ; et, qu\u2019Il ne nous a pas trompées.Celui qui a dit : Venez à moi vous tous qui souffrez et je vous soulagerai ! Comment matériellement mettre en contact permanent toutes les femmes, les tenir en une perpétuelle communion d\u2019idées, de sentiments et d\u2019action : Comment les mettre en relation les unes avec les autres, et cela très réellement, de sorte qu\u2019au premier appel de l\u2019une d\u2019entre elles toutes les autres en soïent aussitôt averties ?Permettez-moi de reprendre ici ma comparaison de tout à l\u2019heure ët vous reporter dans le monde matériel ; avez-vous remarqué comme un fil, un simple fil, suffit à transmettre à nos foyers cette puissance qui\u2019 s\u2019appelle l\u2019électricité ?Grâce à une installa- - tion intelligente, un enfant, un petit enfant maîtrise des forces qui le dépassent, et au premier signe de sa volonté, sous la simple pression d\u2019un bouton, toute la force de l\u2019usine est à sa disposition ! Eh bien, ce transmetteur.cette artère par laquelle circulera l\u2019aide et la.sympathie entre les membres de la fédération, ce sera la déléguée.La déléguée, c\u2019est le trait d'union entre chaque membre d\u2019une association particulière et les différentes classes de la société.= 2 32 Les fonctions de la déléguée sont de la plus haute importance, et c\u2019est à cette élite de femmes, choisies par nos différentes associations pour les représenter à la Fédération que nous devrons le suc- ces de l\u2019œuvre que nous fondons.Les déléguées, au nombre de 44 au- jourd\u2019hui, représentent 22 sociétés affiliées, dont les membres au total s'élèvent à plusieurs milliers de femmes.Les déléguées apportent à la Fédération pour le bénéfice commun, le trésor d\u2019expérience puisé dans leurs sociétés respectives ; elles exposent les vues et les demandes de.ces mêmes sociétés, puis retournent vers elles enrichies de l\u2019influence et de l\u2019aide que la fédération offre à tous ses membres.Cet échange de services se produit sans altérer en rien l\u2019autonomie des sociétés particulières, qui restent libres et indépendantes comme dans le passé, mais, acquièrent en plus un appui sérieux dans la Fédération, et y trouvent un moyen puissant de propagande et d\u2019action, moyens dont elles usent à volonté, il va sans dire.N\u2019avais-je pas raison, mesdames et messieurs d\u2019affirmer que la Fédération n\u2019est autre chose qu\u2019un levier qui s\u2019ajuste sur la vie de la femme pour la soulever et l\u2019élever plus haut.Si nous voulons que la déléguée joue son rôle avec fruit, il faut que les fonctions qu\u2019elle remplit soient d\u2019une exécution facile et n\u2019entravent pas ses devoirs journaliers.Aussi, nous ne demandons aux déléguées.de se réunir que trois fois par année.Se réunir trois fois l'an pour prendre un aperçu général de ses intérêts, mesurer l'étendue de ses responsabilités et orienter sa vie, est-ce donc exiger des déléguées des déplacements et une dépense de temps incompatibles avec la vie de la plupart des femmes, je ne le pense pas.Et, cependant, ces trois réunions suffiront aux déléguées pour prendre connaissance de toutes les affaires de la fédération et pour statuer définitivement sur toutes les mesures qui se présenteront ; car ce sont les déléguées réunies qui forment l\u2019Exécutif et décident en dernier ressort à la majorité des voix de toute question intéressant la Fédération.Si prendre une décision est vite fait et demande peu de temps, l\u2019exécuter cependant est chose plus longue et plus difficile.Qui donc va donner suite aux décisions de l\u2019Exécutif ?Ce sera le Bureau de direction.Le Bureau de Direction est établi pour servir par un zèle continu les intérêts de la fédération.T1 est composé de neuf membres qui doivent leur élection à l\u2019Exécutif.Le Bureau de Direction est un véritable administrateur qui gère les affaires de la fédération, présente ses comptes et ses rapports, et s\u2019engçage à veiller à l\u2019exécution de toutes les décisions de l\u2019Exécutif.Le Bureau de Direction sera évidemment composé de femmes placées dans des conditions de vie exceptionnelles, et douées à un degré très élevé du dévouement et de l\u2019esprit de sacrifice qu\u2019on retrouve un peu chez toutes les femmes, mais que quelques unes possèdent jusqu\u2019à l\u2019héroïsme.Je sais à n\u2019en pas douter que nous trouverons toujours dans la ville de Montréal neuf femmes prêtes à se dépenser et s\u2019oullier totalement pour les autres.Les travaux de la Fédération se feront en comités, comités orgs- PF .?2 .nisés par le Bureau de Direction et composés, non pas nécessairement 33 M D IE des membres de la fédération, ce qui limiterait trop nos chances de succès, mais formés de toute pers onne compétente, spécialiste, homme ou femme en état de nous aider dans la réalisation de nos desseins.Nous aurons pour atteindre ces personnes tous les membres de la fédération ; nous aurons toujours sous la main, j'en suis sûre, la Σée bienfaisante capable de nous doter des bons génies dont nous aurons besoin.Pour maintenir un lien entre les comités, qui ressembleront beaucoup à des associations indépendantes et la fédération, les comités seront présidés par une deléguée ou un membre du Bureau de Direction.En résumé donc, l\u2019administration de la fédération repose entre les mains d\u2019un Exécutif, composé de déléguées et d\u2019un Bureau de Direction élu par l\u2019Exécutif ; les travaux sont confiés à des comités.Il me reste à vous parler des membres ordinaires de la Fédération, c\u2019est-à-dire des membres des sociétés affiltées ; quel est leur rôle ?Eh bien, à ceux-là nous allons leur conférer des privilèges, et nous n\u2019exigerons en retour d\u2019autre charge, que cette modique contribution qui ne dépasse pas dix sous et qui peut tomber à un sou.Les privilèges des membres ordinaires sont les suivants : Ces membres ont le droit lo d\u2019assister avec leur famille aux trois fêtes annuelles de la fédération ; 20 Elles acquièrent une voix dans leurs déléguées pour exprimer leurs besoins ; 3o Elles sont elles-mêmes éligibles.Y a-t-il, je vous le demande, dans ces attributions une imposition qui ne puisse être portée allègrement par tout le monde.J\u2019ai mentionné des fêtes.Nous aurons trois fêtes par année.Les fêtes annuelles ont un double but: | ; Etre agréable aux membres de la fédération et faire l'éducation populaire dans les questions nationales qui sont du ressort de la femme, c\u2019est-à-dire dans les questions de charité, d\u2019éducation et de vie économique, cette classification nous est indiquée par la nature des sociétés qui forment la fédération et qui sont, ou des œuvres de charité, ou des œuvres d\u2019éducation, ou des œuvres économiques.Les fêtes se composeront d\u2019une partie musicale ou artistique, puis d\u2019une conférence se rapportant aux questions énumérées plus haut.À ces fêtes nous convions in on-seulement les membres de la fédération, mais encore leur famille ; de sorte que, si nous atteignions toutes les femmes, nous atteindrions toute la nation.Notre ambt- tion ne justifie-t-elle pas cette parole d\u2019 Etienne Lamy ; \u201c Ce nest pas assez pour la femme d\u2019ôtre l\u2019ornement de la société quand elle peut en devenir la Conscience.\u201d Voilà, mesdames et messieurs, dans ses grandes lignes, le fonctionnement de la fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste.Je ne me dissimule pas que l\u2019œuvre n\u2019est point parfaite et que 34 Pe UAT le temps y apportera plus d\u2019une amélioration désirable ; mais, elle a été faite au meilleur de notre con naissance ; espérons que les femmes tenant compte du désir impé: ieux qui nous anime de leur être utile, l\u2019accepteront comme le don du cœur, et que nous verrons se résliser dans sa plénitude le rêve que nous avons fait et que le comité d\u2019organisation formulait ainsi l\u2019automne dernier, en s\u2019agenouillant aux pieds de notre archevêque : \u2018\u201c Nous voulons unir les Canadiennes françaises par le lien de la charité dans une association nationale, afin qu\u2019elles s\u2019aident mutuellement dans la vie, et par la force que donne l\u2019union elles fortifient, élèvent et développent l\u2019action de la femme, dans la famille et dans la société, travaillant ainsi à la prospérité du pays et à la gloire de Dieu, fin de toute chose ! \u2018 \u2014\u2014 nem HN Deuxième journée du Congrès, 26 Mai Séance des œuvres de Charité.Madame Béïque ouvre la séance.¢ Monsieur l\u2019abbé, Mesdames, Nous allons commencer aujourd\u2019hui le travail d\u2019utilité pratique de ce congrès ; nous allons avoir les rapports de plusieurs sociétés de bienfaisance, et leur avis sur des questions importantes.J\u2019espère que vous vous intéresserez assez au succès du congrès pour nous donner votre manière de voir au sujet de ces questions.Une discussion de ce genre est une éducation par elle-même, et ce serait dommage de perdre cette occasion unique de nous renseigner mutuellement sur ce qui pourrait être apporté de perfectionnement au bien qui se fait déjà, et sur les moyens à prendre pour empêcher bien des souffrances et protéger la faiblesse féminine.La Fédération devrait être une grande famille où l'expérience et les connaissances des unes sont tout au service des autres ; un doute ou une objection que vous soulèverez peut être très-utile à la discussion générale.Nous comptons donc que vous ne nous refuserez pas la faveur que nous vous demandons avec instance.Madame Lajoie, à qui est dû Vraiment le succès du congrès et toute son organisation, va maintenant en diriger en grande partie les travaux.Nulle ne pourrait la remplacer sur ce point et nous lui serons reconnaissantes pour le travail qu\u2019elle va s\u2019imposer encore après avoir déjà tant travaillé.M.l\u2019abbé Dupuis a bien voulu mettre à notre service l\u2019expérience qu\u2019il a acquise au sujet des œuvres de charité et va présider cette séance.Monsieur l\u2019abbé je vous cède la parole.NE CEE 36 ALLOCUTION DE M.L\u2019ABBÉ DUPUIS.Madame la Présidente, Mesdames, Le Congrès de la Fédération Nationale a débuté, hier, sous les plus heureux auspices\u2014et en ce moment, j'ai l\u2019honorable mission de déclarer ouverte la séance des œuvres de bienfaisance et de charité.La charité est la reine des vertus, mais comme toutes les vertus elle a deux côtés : le côté théorique et le côté pratique.La charité en théorie, présente d\u2019irrésistibles charmes.La charité qui veut se faire pratique rencontre souvent de très graves obstacles.De loin on ploie le genou devant elle et on l\u2019adore.De près si elle tend la main et si elle présente une bourse, souvent on essaie de l\u2019écarter, ou on s\u2019éloigne d\u2019elle.Mesdames, vous qu\u2019on appelle à si juste titre \u2018\u201c Dames de Charité \u201d\u2019, ce n\u2019est point là votre cas.Vous avez l\u2019intelligence de la charité, mais vous savez aussi la pratiquer.Vous l\u2019aimez.Vous voulez assurer son triomphe : c\u2019est pourquoi vous l\u2019avez conviée la première à ce magnifique congrès.La charité est ici.Elle règne dans vos âmes.Elle plane sur ce nombreux auditoire.Elle préside cette assemblée.Si j'interroge la constitution de votre admirable Fédération Nationale, je lis ce principe : \u2018\u2018 La Fédération Nationale s\u2019édifie sur le précepte de la charité chrétienne \u2019.Aimez- vous les uns les autres \u2019\u2019, précepte qui renferme toute la doctrine économique de la perfection dans la vie privée et dans la vie sociale.\u201d Maïs votre catéchisme va plus loin, il demande qui a mission d\u2019interpréter cette charité.Et il répond : l\u2019Egclise parlant au nom du Christ.: Et c\u2019est pourquoi, Mesdames, vous avez demandé que Monseigneur l\u2019Archevêque préside l\u2019ouverture du congrès\u2014et c\u2019est aussi pourquoi, aujourd\u2019hui, vous avez voulu inviter le prêtre à cette réunion patriotique et nationale.Soyez-en cordialement remerciées au nom de celui qui a l\u2019honneur de vous adresser, en ce moment, la parole.Soyez-en surtout remerciées, félicitées et bénies au nom de l\u2019Eglise.37 . La charité est une fleur exquise que l\u2019antiquité n\u2019a pu faire éclore et qui ne s\u2019épanouit encore que sur le sol chrétien.La charité ! cherchez-en la trace dans la forte langue de Démosthènes, vous ne la trouverez pas.Cherchez-la dans la belle langue.de Cicéron, \u2018vous ne la trouverez pas plus que dans les ruines géantes qui sont restées debout de ces peuples géants qui s\u2019appelaïent les Grecs et les Romains.Comme tant d\u2019autres, j\u2019ai parcouru les Ruines du Forum Romain, du Palatin, d\u2019Ostie, d\u2019Herculanum, de Pompéi\u2014et comme tant d\u2019autres je n\u2019ai vu que des cirques, des palais, des temples merveilleux, élevés au plaisir, quelques-uns à la gloire, aucun à la charité et à l\u2019amour fraternel.La charité apparut au monde étonné, sous le règne de Tibère, sous la figure d\u2019un nouveau-né inconnu qui dormit son premier sommeil dans un berceau d\u2019indigence.Cette naissance obscure, qui fut le réveil dh monde, fut en même temps la divinisation du pauvre et l\u2019enfantement de la charité.La première manifestation solennelle, que suscite dans l\u2019humanité le Dieu ignoré qui vient de naître, c\u2019est l\u2019aumône.Ce sont des Bergers qui déposent au pied du Berceau du pauvre l\u2019aumône du pauvre.Ce sont des Rois qui déposent au pied du Berceau Royal, les présents de la Royauté.L\u2019enfant maintenant va grandir et quand il proclamera le code du Bonheur, son premier article sera cette sentence étrange : \u2018\u201c\u2018Bienheureux les pauvres.\u2019 Il prêche aux siens cette Doclrine qui pulvérise tant de modernes utopies.\u201cIl y aura toujours des pauvres parmi vous \u2019\u2019 et en même temps il prêche cette autre qui semble\u201d pourtant en être le contre-pied : qu\u2019il faut tout faire pour qu\u2019il n\u2019y en ait plus ; puisque tout leur donner est le sommet de la perfection.Et quand il quitte la terre, il laisse au monde deux magnifiques créations de son amour : la première c\u2019est l\u2019Eglise.L'E- \u201c glise continue ici-bas l\u2019œuvre du Sauveur.Elle traverse les siècles et sa Vie est immortelle.Partout elle éclaire les esprits, partout elle purifie les âmes.Mais à côté de cette glorieuse Reine, j'aperçois une humble Vierge : elle s\u2019attache aux pas de l'Eglise et ne la quitte jamais.Elle aussi traverse les siècles, elle aussi est immortelle \u2014 immoortelle comme les souffrances du monde.Elle ne possède ni or, ni argent, et cependant l\u2019or et l\u2019argent s\u2019_épanchent de sa robe comme d\u2019intarissables trésors.Elle suit tous les sentiers de la terre, elle regarde aux deux bords du chemin, si elle n\u2019apercevra pas quelque délaissé, qu\u2019on croyait mort, elle verse sur ses plaies le vin et l\u2019huile et le conduit à l\u2019hôtellerie.Enfants abandonnés, orphelins, malades, infirmes, aliénés, aveugles, sourds-muets, incurables désespérés, il n\u2019est pas une misère qu\u2019elle ne recueille et qu\u2019elle ne soulage.elle traverse les siècles et en même temps elle est partout.Elle est la gloire \u2018de notre jeune pays.Ici, sur les rives du St- Laurent, el® a une histoire à part ; une histoire peut-être unique au monde, puisque la charité chrétienne et religieuse est l'unique Refuge de toutes les misères.Que de résidences elle a dans la florissante cité de Chomedey de Maisonneuve ! Aujourd\u2019hui elle est avec nous et près de nous en cette enceinte.Cette vierge immortelle, Mesdames, c\u2019est la charité.elle prend les formes diverses, et maintenant elle nous apparait sous la votre.Vous vous récriez et vous vous appelez modestement les auxiliaires de nos sceurs de charité.Saluons, saluons bien bas nos incomparables religieuses.C\u2019est à ses épouses du Dieu d\u2019amour qu\u2019a été confiée spécialement la dispensation des œuvres de l\u2019amour.Admirables et angéliques filles, sépa- 38 rées du monde, elles ne vivent plus que pour Dieu et les malheureux, leur consacrant généreusement leur activité, leur temps, leur zèle, leur santé, leur vie.Humbles et modestes, elles vont de porte en porte, elle s\u2019agenouillent devant la table du Riche, elles recueillent les miettes qui tombent de cette table pour les porter aux Lazares qui leur sont confiés \u2014et se nourrir ensuite des miettes échappées à ce festin du pauvre.Acclamer et chanter la charité est chose plutôt facile, la pratiquer voila important et le difficile.Vous fournissez l\u2019arvent \u2014 c\u2019est bien, mais ce n\u2019est pas tout.Apportez aux pauvres des trésors de tendresse, de bonnes paroles, de sages conseils qui laissent après eux plus de joie et d\u2019espérance que les splendides aumpnes.Je ne sais plus qui a ciselé cette fine pensée : \u201c Un sou c\u2019est du cuivre, un bon sourire c\u2019est de l\u2019or.\u201d Vous êtes, Mesdames, la charité individuelle, éparse et spontanée.Vous êtes aussi la charité associée et organisée.Mais la charité qui s\u2019organise réclame de ceux qui prêtent leurs concours à cette organisation des qualités indispensables.C\u2019est d\u2019abord l'esprit chrétien.Notre charité à nous ne s\u2019adresse pas seulement à des entrailles qui crient famine et à des membres qui grelottent : elle s'adresse à l\u2019homme et l\u2019homme c\u2019est avant tout son âme.Par delà les misères du corps, il faut voir et et guérir les misères de l\u2019âme.La véritable charité chrétienne, c\u2019est cette douce vierge compatissante dont les deux mains sont sans cesse actives : d\u2019une main elle recueille le pauvre, et de l\u2019autre, elle l\u2019élève et lui montre le ciel.Esprit chrétien et aussi esprit d\u2019entente et de concorde.Il est peu d'œuvres importantes qui ne réclament à la fois pour subsister divers moyens d\u2019action : ainsi les membres du clergé, les congrégations de frères ou de sœurs, le zèle des fidèles, l\u2019appui des administrations laïques : qu\u2019un seul de ses éléments fasse défaut, qu\u2019une seule de ces bonnes volontés chancelle, et l\u2019œuvre est en danger ! Mesdames, votre fédération peut jouer ici un Beau Rôle.Honneur à vous ! Vous voulez donner à l\u2019entente préexistante une force encore plus grande.Vous vous unissez pour consolider et faire grandir le pacifique et glorieux édifice de la Bienfaisance chrétienne.Esprit d\u2019entente et de concorde et aussi esprit large et libéral dans le vrai sens du mot.Cette largeur d\u2019esprit est ennemie des vues trop personnelles, égoïstes, basses et étroites, elle exclut les jalousies mesquines et les petites susceptibilités.Toutes les œuvres sont sœurs et elles répondent toutes à un besoin réel ; il faut qu\u2019elles vivent toutes en paix l\u2019une à côté de l\u2019autre.Il faut qu\u2019elles se réchauffent ensemble aux rayons du soleil que Dieu fait luire sur tous.Il faut qu\u2019elles se nourrissent ensemble du pain quotidien que le Père Céleste ne refuse à personne.Puis surtout, si une infortune nouvelle fait surgir une nouvelle œuvre, il faut que cette jeune sœur solt accueillie par ses aînées et que celles-ci lui donnent place à leur soleil et à leur table.Dans notre pays où tout commence, ce ne sont pas les œuvres qu\u2019il faut diminuer et restreindre, mais c\u2019est la charité qu\u2019il faut accroître et dilater en tous.Esprit de persévérance.Les commencements d\u2019une œuvre sont d'ordinaire assez faciles.Les misères qu\u2019elle a en vue de soulager frappent d\u2019abord et le vide qu\u2019elle va combler semble immense.On s\u2019y donne avec ardeur, et le premier élan crée immédiatement des 39 ressources.Mais hélas ! ce beau zèle dure peu.Après un certain temps, on s\u2019attiédit, on ne demande plus avec autant d\u2019instance et on ne reçoit plus avec autant de largesse.L\u2019œuvre alors dépérit.Ah ! Mesdames, gardez-vous de cette inconstance.Si les motifs qui nous font agir ne changent pas et sont toujours les mêmes \u2014 ne changeons pas et soyons toujours aussi les mêmes.Toujours il y aura des orphelins parmi nous.tOujours des malades, toujours des pauvres, et toujours aussi le Divin Père des malades, des orphelins et des pauvres nous demandera de les soulager.La charité ne passe pas.Elle doit être immortelle.V ous passerez, la charité ne passera pas.Après vous, les pauvres seront encore secourus dans cette ville, les larmes seront encore tartes.La charité ne meurt pas ! Mesdames, c\u2019est un beau et réconfortant spectacle que vous nous offrez en ce moment.À l\u2019heure où sous des formes encore mitigées, l\u2019armée du mal fait entendre des cris de provocation, vous vous levez avec courage, VOUS COalisez vos forces et vous demandez une place d\u2019honneur dans l\u2019armée du Bien.Canadiennes et Françaises jusqu\u2019au fond de l'âme, vous vous proclamez avec fierté chrétiennes et catholiques, vous Voulez combattre vaillamment pour conserver et défendre au besoin, le patrimoine sacré que nous ont légué nos mères, \u2014notre belle langue française, nos traditions, nos institutions, notre foi.C\u2019est une page de notre histoire nationale et religieuse que vous écrivez avec votre intelligence et votre cœur, durant la semaine qui commence.L\u2019on se demande avec anxiété, avec crainte, avec ironie, en certains milieux, ce qui va sortir de ce congrès.Il ne peut en sortir qu\u2019une orientation plus prononcée vers le progrès dans le vrai, le bien et le beau.Que de regards sont tournés vers vous ! Les Canadiennes de la grande République voisine vous contemplent avec un légitime orgueil.Déjà, elles sont tentées d\u2019imiter votre exemple.La France, notre toujours aimée mère-patrie s\u2019oceupe aussi de ce congrès.Nous connaissons là-bas des cœurs généreux qui battent à l\u2019unisson des vôtres.Ah ! n\u2019oublions jamais que nous devons à la France ce que nous avons de meilleur.Rome même daigne jeter les yeux sur vous.Le Souverain Pontife vous envovait hier sa plus paternelle bénédiction.Kt ici permettez- moi d'émettre un vœu : c\u2019est que le rapport complet et élaboré par votre congrès soit envoyé à Rome,\u2014qui sait\u2014porté peut-être par quelques-unes de vos déléguées\u2014et qu\u2019il soit respectueusement remis entre les mains de Sa Sainteté Pie X.Et maintenant ma tâche est finie et la vôtre va commencer.Dames de charité, en faveur de la Fédération Nationale Saint-Jean- tiste, je vous demande une aumône\u2014l\u2019aumône par excellence\u2014l\u2019aumône que vous ne pouvez pas refuser, l\u2019aumône avec laquelle nous répondons de tout \u2014l\u2019aumône de votre bonne volonté. Rapport des Dames Patronnesses de la Providence, par Madame CG.Papineau Madame la Présidente, | Mesdames, Vous me permettrez, n\u2019est-ce pas, de rappeler en deux mots les commencements de l\u2019Association des Dames de Charité de la Providence.Elle fut fondée en janvier 1841, par Sa Grandeur Mgr.Ignace Bourget, évêque de Montréal.Elle a pour but le soulagement de toutes les misères, en coopérant avec les Religieuses de la Providence qui, elles, font vœu de : nourrir ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, de vêtir ceux qui sont nus, de soigner et de veiller les malades, en résumé de soulager la souffrance et le besoin sous toutes leurs formes.Etant donc constamment en contact avec les pauvres et leurs misères, l\u2019expérience des bonnes religieuses doit être précieuse et fournir de très-utiles renseignements sur la question, qu\u2019on nous pose par le programme de cette réunion.Néanmoins vous reconnaîtrez que pour répondre à cette question, la traîter à fond, il aurait fallu plus de temps que je n\u2019ai pu y consacrer.De plus, on n\u2019a pas jusqu'ici dans cette association, essayé de faire la statistique des misères que l\u2019on soulage ou de classer les malheureux en remontant à la cause de leur état.Les œuvres de secours peuvent toutefois se subdiviser en 3 branches.lo.Un orphelinat.Ici la cause immédiate est évidente ; les parents sont disparus et les enfants restent sans ressource et sans le \u2018\u201c chez soi\u2019\u2019.Notons pourtant que le manque d\u2019éparones nar les parents a souvent aggravé la situation, je reviendrai sur ce point comme une cause générale contribuant à l\u2019état de misère.20.Un asile pour les vieillards ou les infirmes devenus incapables de gagner leur vie ; et réclamant des soins que la famille n\u2019est pas en état de leur donner, soit qu\u2019il ne leur reste pas de famille, soit que celle-éi soit pauvre elle-même.41 3o.Les secours à domicile des mälades ou des pauvres.Ici les causes sont diverses.Quelquefois une famille n\u2019est dans l\u2019indigence que\u2019 temporairement, par la maladie ou l\u2019absence de ceux qui pouvaient gagner la vie.Quelquefois aussi les personnes assistées peuvent payer les dépenses de la maison, mais ne sauraient trouver de garde-malade et manquent des soins les plus élémentaires.Illy a aussi une classe de pauvres chez qui la capacité ou la\u2019 valeur du travail est trop limitée de sorte qu\u2019il y a constamment déficit.La so- 3 ciété de St-Vincent de Paul, ou 1\"Association \u2018des Dames de Chari- i té, ou les Religieuses elles-mémes interviennent et fournissent des se- = cours en combustible, en vétements et en provisions.; Les cas de misère quand ils arrivent à la connaissance des reli- 3 gieuses sont d\u2019ordinaire des cas urgents, et de dénûment complet.a La première pensée est d\u2019y remédier, quitte à s\u2019enquérir ensuite des causes particulières de ce dénûment.Sans doute les relivieuses, chargées spécialement des indigents dans un quartier, en viennent par I\u2019observation personrielle et un peu par les confidences des personnes secourues a tirer des conclusions et a se former une opinion sur le point de départ de cet état de misère.C\u2019est cette opinion que j'essaierai de vous présenter ici, telle que je l\u2019ai recueillie.Sur un nombre de familles variant de 100 à 170, : assistées par elles et par la société de St.Vincent de Paul, la majo- à rité est tombée dans la misère par suite de'l\u2019ivrognerie.Je ne vous 3 décrirai pas ce fléau, dont on a justement dénoncé les ravages.3 L\u2019intempérance n\u2019est pas d\u2019ailleurs la seule cause ni toujours la cause première de l\u2019apnauvrissement.Il en existe une autre qu\u2019on retrace parfaitement et non-seulement dans les cas de dénûment ab- 2 ; solu et définitif, mais dans un grand nombre de cas de gêñe per- ' manente.Cette cause que d\u2019ailleurs, on retrouve dans toutes.les classes, c\u2019est l\u2019imprévoyance.On manque d\u2019esprit d\u2019économie, on n\u2019a pas l\u2019idée ou la volonté ferme de créer une réserve quelconque pour le moment, où la maladie ou le chômage forcé, interrompent le gagne quotidien.On vit au jour le jour, et jusqu\u2019à la limite du salaire hebdomadaire, l\u2019habitude de l\u2019épargne devrait être prise aussitôt que l\u2019individu commence à gagner quelquechose ; mais chez le jeune homme le goût des amusements et un peu l\u2019orgueil de ne A pas tirer en arrière, empêchent l\u2019épargne.Chez la jeune fille qui 3 gagne, l\u2019amour de la toilette a le même résultat.Ainsi préparés, les ménages ne savent pas tirer parti des ressources qu\u2019ils peuvent 8 avoir et sont à la merci du premier accident venu, soit maladie soit ä manque de travail.Faut-il reprocher durement à ceux qui avec un salaire minime n\u2019arrivent pas à l\u2019aisance, mais aboutissent a la pauvreté ?Non sans doute ; il ne faut pas oublier, que l\u2019exemple les environne de gens qui n\u2019ont d\u2019autre souci que le bien-être et l\u2019élégance, et qu\u2019à tous les degrés on trouve des familles qui vivent au- delà de leurs moyens.Les causes qui amènent la misère semblent donc se classer comme suit : L'ivrognerie, l\u2019imprévoyance.Il faut aussi faire la part des maladies qui empéchent le travail et épuisent les ressources d\u2019une famille.Enfin une 4ième cause\u2014c\u2019est le manque d\u2019ordre et des connaissances de la tenue d\u2019une maison.Ces manques sont souvent évidents chez les personnes assistées.Plusieurs ne savent pas prépa- -rer les aliments, ni raccommoder les vêtements qui leur sont don- 42 \u2018 nés, ni tenir la maison propre et rangée.Faut-il ajouter que l\u2019hygiène est chose vague ou inconnue ?Et maintenant la seconde question se présente : Quelle est la responsabilité de la femme vis-à-vis de ces causes de misères physiques et morale ?Je ne ferai qu\u2019indiquer les qualités, qui, présentes chez la femme, rendront la lutte contre l\u2019apauvrissement possible et la victoire probable.En premier lieu, une religion éclairée.Puis, si la femme fait de sa maison un endroit attrayant - et gai, elle y retiendra plus facilement son mari, et plus tard ses fils.Si elle habitue ses enfants à une nourriture simple et saine, si elle combat chez eux la gourmandise, au lieu de chercher à flatter leur goût, si elle les forme à se passer par raison, ou encore mieux par vertu, de friandises ou de morceaux de choix : elle les aura préparés à résister aux tentations des boissons alcooliques.L\u2019ordre \u2019aidera à remplir sa tâche journalière\u2014à faire fructifier l\u2019argent apporté par le chef de famille.La connaisance et le goût du travail lui rendront sa tâche plus facile et lui permettront de former ses enfants à travailler d\u2019une manière intelligente.jt si à Ces qualités elle joint une disposition aux choses de l\u2019esprit\u2014elle pourra acquérir des notions suffisantes d\u2019hygiène, d\u2019histoire, de géographie, d\u2019histoire naturelle.Elle y trouvera des ressources précieuses pour les soins à donner à la famille, et comme distraction dans les instants de loisir.Je m\u2019en tiendrai a ces indications, sans prescrire de remèdes pour Iss maux que nous avons à soulager, c\u2019est une partie du travail de la fédération de les trouver.Je ne puis qu\u2019affirmer qu\u2019il v a beaucoup de bien à faire, ce dont vous êtes toutes convaincues puisque vous êtes ici, et que plus on voit les pauvres de près, plus on leur est utile parce qu\u2019on les comprend mieux, et que l\u2019intérêt qu'on leur témoigne est un encouragement.: mo DS; 43 Rapport des Dames patronnesses des Sourdes Muettes, par Mme.ARTHUR GAGNON \u2014 Monsieur le Président, Mesdames, L\u2019œuvre des Sourdes-Muettes que nous patronons a pour but de secourir une des infirmités les plus pénibles, et qui mérite à tous égards nos sympathies les plus vives.C\u2019est une œuvre bienfaisante, éducatrice et civilisatrice.Conçoit- on suffisamment la condition de la sourde-muette livrée à son triste sort ?Se rend-on bien compte de son délaissement et de son ignorance dans la nuit sombre où la tiennent captive ces deux infirmités : la surdité et le mutisme ; de sa course dans l\u2019inconnu, de sa vie sans Dieu, sans foi et sans espoir, son inconscience d\u2019aujour- d\u2019hui, les dangers de demain ?Quelle chaîne de malheurs ne subit- elle pas sans aide et sans ressources, celle qui est ainsi marquée du double sceau de la douleur ! Toutefois, si son mal physique est souvent incurable, son aff.iction morale n\u2019est cependant pas sans remède ; et si sa misère humaine est lamentable, sa régénération est possible ; mais on ne l\u2019obtient que par une énergie persistante et un dévouement admirable.Voyons une mère, une institutrice, auprès d\u2019une enfant insensible que la nature peu clémente a condamnée à de multiples difficultés.Elle ne peut ni comprendre, ni entendre, ni parler ! Plongée par la rigueur de son adversité dans les ténèbres les plus épaisses de l\u2019ignorance, elle est réduite à un état de nullité complète.Comment donner de l\u2019essor à cette intelligence ?Comment tirer de ce silence absolu cet esprit enseveli dans une obscurité aussi profonde ?Comment communiquer avec cette âme ?Seuls les instincts de l'animal subsistent en elle.Secouer cette torpeur, éclairer cette raison, y faire naître le jugement, voilà une œuvre héroïque ! Mais, il suffit d\u2019une main tendue pour sauver une existence ! Rendre à la vie normale ces pauvres déshérités, et leur ouvrir l\u2019horizon du vrai, du beau, du bien ; voilà le noble apostolat qu\u2019entreprennent les dévouées éducatrices des sourdes-muettes.Filles s\u2019intéressent à l\u2019infirme privée de l\u2019ouïe et de la parole, brutale dans son état primitif, captive de toute aspiration par sa nature inculte ; 44 pp gr elles la retirent méthodiquement, avec adresse et patience de sa léthargie physique et morale, développent son intelligence, forment son jugement et élèvent son âme.Elles parviennent à faire jaillir l\u2019étän- celle divine ; et font de cette momie, un être raisonnable.Sous l\u2019influence de l\u2019enseignement qu\u2019elle reçoit la transformation est éton- nate, cette âme contrainte tout d\u2019abord, réchauffée à un foyer bienfaisant, ravie aux périls, est rehaussée à la dignité de femme et de chrétienne.La métamorphose s\u2019opère à force de travail et de dévouement par un système d\u2019éducation au moyen duquel les sourdes-muettes suppléent par des signes à l\u2019organe qu\u2019il leur manque par le pouvoir acquis de comprendre au seul mouvement des lèvres, elles arrivent, non pas à une réformation parfaite, mais à un bien-être relatif.L\u2019amélioration est l\u2019œuvre du temps et le triomphe de la Science et de la Charité.Quels sont, nous est-il demandé, les causes les plus ordinaires auxquelles il faut attribuer les infirmités et les besoins que vous soulagez ?Nous pouvons répondre : \u2018\u2018 La surdité est congénitale ou accidentelle.Par la statistique, à l\u2019Institution des sourdes-muettes, rue St-Denis, nous trouvons sur le nombre de 260 internes, cent douze (112) cas de surdité congénitale.Néanmoins, \u2018\u201c Les mariages \u2018\u2018 Consanguins auxquels on a attribué de tout temps une influence \u2018\u201c\u201c prépondérante dans l\u2019étiologie de la surdi-mutité ne semblent plus \u2018\u201c mériter cette réputation, dit un auteur moderne ; cependant, ils \u2018\u2018 favorisent le développement de la surdité, postérieurement à la \u2018\u2018 naïssance.T1 y a donc lieu de surveiller les alliances entre pa- \u2018\u2018 rents.\u201d\u2019 Ainsi, dans la même institution sur le nombre de sourdes-muettes précité, vingt (20 ) seraient issues de parents consanguins.On se demande souvent si la surdi-mutité n\u2019est pas héréditaire ?La question est controversée ; car il y a des cas qui font croire que la surdité est héréditaire, et par ailleurs il y a des faits frappants qui semblent prouver le contraire.Une opinion qui n\u2019est pas sujette à contestation, c\u2019est que les alliances entre sourds-muets ne donnent pas fatalement naissance à des enfants sourds-muets.Mais, dès son Lerceau, le petit être frêle est en butte aux épreuves de la vie, et déjà il est susceptible de contracter la surdité, le froid auquel il est exposé, les bruits trop retentissants autour de lui, sont pour ses petites oreilles autant d\u2019armes funestes.Lermoyez, de l\u2019hopital St-Antoine, Paris, démontre clairement dans son traité de thérapeutique sur les maladies de l\u2019oreille que contrairement à l\u2019opinion ancienne, la surdi-mutité est plutôt acquise que congénitale.\u2018\u201c Tout enfant, dit-il, dont l\u2019ouïe s\u2019altére dans \u2018 les premières années de la vie est exposé à devenir muet.lo.par \u2018\u2018 oubli de langage, 20.par impossibilité d\u2019apprendre la parole, s\u2019ils \u2018\u2018 ne la possèdent pas encore.Ainsi un enfant qui perd l\u2019ouïie avant \u201cTage de quatre ans est inévitablement voué à la mutité.\u201d L\u2019éminent savant ajoute de plus, que \u2018\u2018 La surdi-mutité congéni- \u2018\u201c tale se transmet plus aisément que la surdi-mutité accidentelle ; \u2018\u201c celle-là subit les mêmes conséquences que toute tare congénitale, \u2018\u201c Clle-ci ne se transmet pas plus que toute autre infirmité acquise \u201c\u201c après la naissance telle que la perte d\u2019un œil ou d\u2019un membre, par \u2018\u2018 exemple.Dans le premier cas, l\u2019enfant hérite souvent non pas de \u201c\u201c I'infirmité en question, mais d\u2019une prédisposition à l\u2019acquérir.A \u201c\u201c cet égard, l\u2019influence héréditaire est indéniable.\u201d 45 ~ Bref, ces observations sont confirmées par les renseignements pris à la source même, c\u2019est-à-dire, auprès des autorités de l\u2019Institution.Les maladies sont souvent la cause de la surdité, les petites victimes sont arrachées à la mort, mais hélas ! à quel prix ! Voici d\u2019après les questionnaires remplis par les parents ou les certificats médicaux, joints au dossier des élèves, quelles seraient pour les sourdes-muettes, actuellement à l\u2019Institution, rue Saint- Denis, les différentes causes de leur surdité : - Nn Q Po H Ped © + = = ® a pl CUAA0309U0NNH4HA Méningite.\u2026.\u2026.Lorses verres ee eee vannes Lerrrrne Il y a aussi 77 cas dont les causes sont inconnues.Une autre cause évidente de surdité est : les végétations adénoïdes, si fréquentes de nos jours, mais, dont l\u2019ablation facile procure une amélioration sensible à l\u2019ouïe.Le manque de soins dans les maladies précitées, les logements malsains, humides, la misère, exposent les enfants à devenir sourds, et en effet les sourdes-muettes se recrutent pour la plus grande partie dans les familles pauvres.Cependant, aucune de ces conditions ne peut être regardée comme une cause directe de surdité.Presque toutes les sourdes-muettes ont une santé débile.Un grand nombre ne se soutiennent qu\u2019à force de toniques et de bons soins, car, toutes ou à peu près, gardent quelque chose des maladies qui les ont rendues sourdes.Celles, par exemple, qui ont perdu l\u2019ouïe à la suite d\u2019une maladie infectante souffrent fréquemment de la gorge, du nez et des oreilles.A l\u2019Institution, au cours de ces dernières années, un oculiste a _fait l'examen de cent soixante quatre (164) sourdes-muettes.Il a été étonné de voir le grand nombre de celles qui étaient atteintes d\u2019hypermétropie.Dix-neuf (19) seulement sur le nombre ont vue normale.Deux (2) même de ces pauvres infirmes joignent la cécité à la surdi-mutité ; et, douze (12 sont presque aveugles ou menacées de le devenir.On voit donc quel est le but de l\u2019œuvre, quelles sont les infirmités qu\u2019elle soulage et tous les bienfaits qu\u2019en peuvent attendre les pauvres infortunées que sont les sourdes-muettes.| C\u2019est sous un toit hospitalier qu\u2019elles retrouvent avec la lumière des choses, la force de parer aux maux qui terrassent à chaque instant l\u2019être isolé.Je le proclame hautement, cette œuvre est digne de notre appui et de notre admiration.Ainsi convaincues de son excellence, de son utilité et de son mérite, c\u2019est bien le moment de rendre hommage ensemble à la mémoire de la Révérende Sœur Marie de Bonsecours, fondatrice de cette belle et noble institution de Montréal, qui depuis plus d\u2019un demi-siècle recueille, abrite, protège et soutient les sourdes-muettes, non seulement de notre grande ville, mais, de toute la provincé de Québec.46 Rapport des Dames Patronnesses des Sourdes-Muettes, par Madame E.Marceau.Quelle est la responsabilité de la mère de famille en tant qu\u2019éducatrice, dans les misères physiques et morales, que vous constatez ?La responsabilité de la mère d\u2019une sourde-muette est très grande, parceque son éducation est difficile ; étant au moral comme au physique, exposée à tous les dangers.La mère doit donc se faire un devoir constant de prodiguer à son enfant tous les soins que requiert sa santé généralement débile, et empêcher par là, que le reste d\u2019ouïe qu\u2019elle pourrait poséder, ne se perde complètement.Aussi les conditions d'hygiène doivent-elles être connues et fidèlement observées ; telles que : examens et soins médicaux, nourriture saine, propreté, ventilation des pièces, exercice proportionné aux forces.La sourde-muette ignore tout.Elle ne connaît pas Dieu, n\u2019a aucun but raisonné.Elle ne sait ce qu\u2019est la voix de sa mère, ni la douceur d\u2019une parole de tendresse.Son infirmité qui devrait lui attirer la sympathie, ne rencontre dans beaucoup de milieux, que mépris, négligence et abandon.Son intelligence demeure ensevelie, elle est isolée, souffre sans connaître une parole de consolation et meurt sans la suprême espérance.: Une mère, à qui Dieu impose la lourde épreuve d\u2019une enfant sourde-muette, doit mettre tout son courage et son cœur à la noble tâche d\u2019éducatrice, dès les plus jeunes années.Sans doute, l\u2019enfant ne comprendra que.très peu, si tant est, qu\u2019elle comprenne ; mais par une bienveillance ingénieuse autant qu\u2019indulgente, elle trouvera si elle le veut, mille moyens pour se révéler à son enfant.La tendresse lui fera exploiter même ses faiblesses, pour en tirer l\u2019occasion de se l\u2019attacher davantage par la confiance et l\u2019affection, puis par là, lui faire entrevoir ce qui est bien,et ce qui est mal.Cette première culture sera le germe qui facilitera plus tard le développement intellectuel qu\u2019opérera le bienfait de l\u2019instruction.| C\u2019est vers l\u2019âge de huit ou neuf ans que doit commencer cette instruction, en placant l\u2019enfant dans une institution spéciale, puis- qu\u2019elle ne saurait bénéficier des écoles ordinaires.Son intelligence fermée jusqu\u2019alors, s\u2019ouvrira sous de bienfaisants rayons.La pauvre ignorante apprendra à connaître Dieu, à l\u2019aimer à le servir.Elle comprendra ses devoirs de chrétienne, apprendra à se sanctifier en supportant patiemment son infirmité et travaillera à remplir la noble fin pour laquelle Dieu l\u2019a créée.47 Rapport des Dames Patronnesses de \u201cLa Crèche\u201d, par Madame L.Denis.M.le président, mesdames, lo.Quelles sont les causes les plus ordinaires auxquelles il faut attribuer les infirmités et les besoins que vous soulagez ?20.Quelle est la responsabilité de la mère de famille en tant qu\u2019éducatrice dans ces misères physiques et morales que vous constatez ?Avant de répondre aux questions si graves, si urgentes que vous nous posez, veuillez, mesdames les promotrices de ce congrès, permettre aux Dames patronnesses de la Crèche de Miséricorde, de vous exprimer toute leur admiration pour la noble et grande œuvre que vous entreprenez.Cette fédération des sociétés de bienfaisance et autres est appelée à produire les plus heureux effets au point de vue moral, au point de vue social, au point de vue chrétien.L\u2019union a toujours fait la force, et nous nous unissons n\u2019est-ce pas, pour mettre en pratique cette admirable vertu de charité qui nous commande de nous aimer et de nous aider les uns les autres.Ce mouvement Îfé- ministe n\u2019effarouchera personne, au contraire, il sera apprécié et admiré des amis de la justice, de l\u2019ordre et du progrès.Croyez, mesdames, que nous serons les fidèles échos de vos grandes et larges idées qui ouvrent à nos meilleurs sentiments des horizons que nous ne soupçonnions pas.Grâce à votre géniale et si entraînante initiative, nous marcherons fièrement, et bravement avec vous, vers le noble but que vous nous montrez.La misère que l\u2019œuvre de la crèche soulage est peut-être de toutes celles connues la plus triste, la plus navrante, la plus pitoyable, puisqu\u2019elle a pour objet de pauvres être faibles et innocents, lâchement abandonnés, n\u2019ayant pour toute défense que leurs vagissements douloureux, que leurs plaintes attristantes auxquels répondent seulement hélas ! les sanglots passagers, des filles-mères, faibles et inconscientes créatures qui les ont mis au monde.48 Le grand poëte que nous connaissons toutes, Victor Hugo, a chanté dans des strophes inoubliables les grâces, et les charmes divers de l\u2019eniant, il nous l\u2019a dépeint comme un ange envoyé ici-bas pour nous faire sourire et nous consoler aux heures de tristesse.Et nous savons aussi bien que lui tout le bonheur, toute la douce ivresse que nous procure l\u2019arrivée du chérubin au foyer chrétien.Pourquoi faut-il qu\u2019à côté de ce tableau riant et ensoleillé, nous soyons tout-à-coup attristées en songeant, avec notre cœur de femme et de mère, à l'effroyable misère physique et morale qui atteint en naissant les \u2018\u2018 tout-petits \u201d\u2019 que notre œuvre recueille, pauvres petites épaves humaines qui avant la création des crèches mouraient au coin de la borne, ou au fond du carrefour où les abandonnaient les mères coupables.Nous recueillons ainsi annuellement de quatre à cinq cent frêles créatyres auxquelles nous procurons le bienfait du baptême, ainsi que les soins les plus intelligents, les plus hygiéniques, les plus dévoués.Elle est admirable cette œuvre de la crèche tout inspirée par la tendre et douce pitié qui s\u2019échappe des cœurs de généreuses femmes, se penchant sur les berceaux des petits abandonnés, berceaux désertés par des mères indignes, qui reculent devant le plus sacré des devoirs.| Contemplons ici la sublimité de notre religion venant également au secours de ce qu\u2019il y a de plus méprisé en ménageant un asile à d\u2019infortunées et misérables filles trompées par de laches séducteurs qui se moquent même de l\u2019honneur des familles, que l\u2019œuvre de la crèche a souvent sauvegardé.Pour ces créatures déchues, nous mettons tout en œuvre afin de les convertir, de les corriger, de les ramener à de meilleurs sentiments ; nous les instruisons de leurs devoirs, nous éclairons leur 1gnorance si souvent déplorable et pitoyable, et nous pouvons à ce sujet signaler bon nombre de conversions, d\u2019autres se livrent même à la vie pénitente.Il suffirait, du reste, de relater les faits dont nous sommes souvent les témoins discrets et attristés, pour se convaincre du but éminemment moral de notre œuvre et de sa nécessité pu- blicme.Mais nos ressources sont faibles, modestes et limitées, et le budget difficile à équilibrer : Le gouvernement provincial donne annuellement 375 dollars.La ville de Montréal 500 dollars.Les patrons et les patronnesses dont le zèle ne se ralentit jamais lorsqu\u2019il s\u2019agit d'organiser des fêtes, des pèlerinages etc., fournissent de ce chef au delà de 2,000 dollars.Or, comme les dépenses nécessitées pour le soulagement de toutes ces misères dépassent 9,000 dollars, nous constaterons que la communauté des Sœurs de Miséricorde, dont le dévouement est aussi admirable que persévérant, comble charitablement le déficit annuel qui se chifire par une somme de plus de 6,000 dollars.Ne nous étonnons donc pas si ces bonnes sœurs, se faisant quêteuses, viennent de temps en temps frapper à nos portes ; menant, vous le savez, une vie austère, elles ne mendient pas pour elles, mais bien pour les \u2018\u2018 tout-petits \u201d que nous devrions aimer comme elles les aiment.49 CAUSES.Les causes de ces tristes infirmités que nous vous signalons et que nous soulageons sont très nombreuses, tellement multiples et variées qu\u2019elles nécessiteraient une étude qu\u2019il n\u2019est point possible d'enfermer dans le cadre forcément restreint et étroit d\u2019une simple causerie ; ces causes sont aussi, vous le pressentez, mesdames, d\u2019un ordre si délicat, si secret que nous ne pouvons que les effleurer discrètement ; d\u2019un autre côté, elles touchent tellement tout à la fois à la physiologie, à la psychologie et à une foule d\u2019autres sciences, dans lesquelles nous sommes plus ou moins versées, que nous pourrions disserter de longues et longues heures sans épuiser le sujet.Signalons pourtant : lo.L\u2019ignorance, terrible fléau des \u2018basses-classes, si déplorablement complète chez certains sujets, où on constate l\u2019absence de sens moral.20.L\u2019indocilité, qui fait les filles insoumises à l'autorité maternelle et désertant le foyer.do.Les fréquentations trop libres.4o.Le service mixte, si plein de dangers.5o.La séduction, même dans la propre famille.) 60.L\u2019alcool qui conduit aux pires vices, et amour effréné de la toilette qui, engendrant les besoins d\u2019argent, livre la fille légère niaise et bornée à la merci d\u2019un séducteur, la poussant vite au gouffre du mal où l\u2019attirent toutes les tentations banales, vulgaires et coûteuses, que sa sottise convoite Toutes ces causes funestes ont, vous le savez, excité l\u2019intérêt compatissant de savants économistes, de sages philosophes et d\u2019écrivains célèbres, qui tous ont développé de longues et attachantes thèses sur les remèdes à ces plaies sociales.Nous ne pouvons pas étudier, ici, et discuter ces travaux qui embrassent de si nombreuses questions ; si diverses et d\u2019un ordre tellement privé qu\u2019on ne peut les toucher qu\u2019avec le tact et la réserve du secret professionnel.Cependant ajoutons de suite, qu\u2019à notre humble avis, le-rôle de la mère, en tant qu'éducatrice au foyer domestique, est ici tout indiqué.Elle doit veiller avec un soin jaloux aux grandes leçons de morale données dans la famille par le bon exemple des parents eux-mé- mes.Cette entraînante et bonne influence qu'elle exercera sur les en- jants qu\u2019elle élève chrétiennement, pieusement, remplacera vite.toutes les thèses savantes, et sera d\u2019un effet plus sûr, plus durable.Elle devra aussi, cette vraie mère de famille, élargissant, à un moment donné, le cercle de ses responsabilités, instruire délicatement sa fille.et la prévenir franchement, ouvertement, clairement des dangers, des embûches auxquels elle est exposée dans le monde.Toutes les mères dignes de ce nom et soucieuses de l\u2019honneur de leur foyer sauront trouver les paroles qui instruisent, impressionnent, et persuadent.| Car elles savent que le grand remède à tous ces maux, c\u2019est bien la religion.l\u2019idée chrétienne avec sa doctrine de pureté et ses admirables enseignements de vertu ! et sur cette question, nous le savons bien, même les ennemis de l\u2019Eglise ne peuvent s\u2019empêcher de saluer son rôle moralisateur ! Les témoignages abondent.50 heal 2 Permettez-moi, en terminant, de citer à ce sujet quelques lignes cueillies dans un auteur que nous ne pouvons soupçonner de\u2019 trop tendres sympathies envers notre foi.Hypolite Taine, le célèbre philosophe et historien, a écrit ces mots, si souvent cités comme un éloquent résumé de l\u2019œuvre incomparable du christianisme : \u2018\u2018 Aujourd\u2019hui, dit-il, .\u201d est trop noble, trop juste, trop légitime pour que je cherche à l\u2019amoin- | drir en quoi que ce soit, mais je veux faire valoir des causes qui motivent l\u2019éloignement de nos enfants en bas âge.Ces causes sont basées dans la majorité des cas sur un sentiment d'affection qui ajoute sans doute à sa grandeur, le mérite du sacrifice fait dans l\u2019intérêt'de nos petits.Ce sentiment est d\u2019autant plus profond, plus vif, et je dirai plus pratique, en ce qu\u2019il est non seulement dicté par le cœur mais guidé pas la.raison.I faut se l'avouer, il est parfois avantageux que l\u2019enfant quitte la maison.La mère se doit également à tous ses enfants.Ainsi, la femme canadienne, surchargée d\u2019enfants, peut-elle vraiment surveiller à la fois le bébé au berceau et celui qui court, entraîné plus loin inévitablement par les multiples attraits qu\u2019il convoite à six ans.Que faire ?N\u2019est-il pas louable de confier alors à la surveillance éclairée de nos collèges et de nos couvents ces petits êtres qui poussent et qui sont exposés aux dangers.Vaut-il mieux les abandonner à des soins mercenaires, toujours risqués en ces jours de disette de domestiques qui vient que trop malheureusement entraver notre choix.118 / Il faut donc pardonner à cette femme, mère d\u2019une nombreuse famille dont la charge exclusive est devenue trop lourde.La vie de pension, et, nous en avons une preuve l\u2019été, en villégiature, offre au jeune enfant de regrettaliles dangers touchant sa santé et son caractère.Pour ce qui est de celui-ci, dans la délicate attention de ne pas importuner par des scènes les compagnes d\u2019une vie en commun, que de concessions déplorables la mère est-elle obligée de faire à.ses bambins ! , ; Et pour ce qui est de la santé : A table un menu varié et toujours trop chargé pour de faibles estomacs, flatte sans qu'on y puisse rien, les fantaisies des petits qui veulent, avoir comme les grands une part de bonnes choses.Les caprices,ainsi énoncés à haute Voix, ne peuvent être contrôlés sans provoquer \u2018des ennuis aux vol sins.Pour ce qui est encore de la diète si importante à cet âge, elle devient impossible devant les complaisances empressées, fréquentes en pension où'l\u2019enfant à chaque instant est pourvu de bonbons et d\u2019autres friandises.Que d\u2019abus de ce genre se passent ainsi à l\u2019insu y de la maman.Je ne suis pas non plus opposée à la discipline pour les enfants à l\u2019époque où le caractère se forme, et vraiment au commencement des vacances,l\u2019on est frappé de la docilité des enfants ; au contrâire, à la fin, l\u2019autorité devient plus difficile et en bien des cas, impossible.- Et pour toucher à tous les points soulevés, notre bonne Madeleine me permettra encore de différer d\u2019opinion avec elle.Soyez assurées, Mesdames, que l\u2019éloignement des enfants du toit parternel n\u2019altère en rien la loi sacrée de la nature qui place au premier rang l\u2019amour filial.Voyez ces salons de nos pensionnats où mère et enfants se retrouvent en foule tous les jeudis et tous es dimanches.Les petits, qui ont guetté anxieux aux fenêtres de la salle de récréation l\u2019arrivée de leurs parents, accourent au premier appel se jeter tendrement dans les bras de ceux-ci échangeant caresses pour caresses, baisers pour baisers.Puis les mamans distribuent à leurs chers enfants les jouets et les bonnes choses emportées pour leur rendre la vie plus douce, ces attentions sont manifestes et touchantes jusqu\u2019au dernier bonjour qui est un \u2018\u201c au revoir \u201d à la prochaine visite, que les enfants demandent de faire de bonne (heure, sans faute, le plus tôt possible.Puis, le retour à la maison, le congé du mois, l\u2019époque des vacances sont autant de fêtes pour eux, qu\u2019ils annoncent longtemps d\u2019avance avec une figure épanouie ; les ébats joyeux du moment viennent confirmer ensuite le bonheur qu\u2019ils éprouvent de revenir au foyer.Et c\u2019est là, la consolation des mères.Quant à nos chers petits devenus grands, ils ne regretteront rien, j'en suis certaine,de leurs études prématurées, car, ils auront mangé leur pain noir le premier.Madeleine ne m\u2019en voudra pas, j'espère, d\u2019avoir différé d\u2019opinion avec elle, mes réflexions, je les dois à mon expérience de grand\u2019mère que mes cheveux blancs m\u2019ont value avant elle. 4ème journée du Congrès 29 Mai 1907.Séance des questions domestiques, présidée par Lady Lacoste.À l\u2019ouverture de cette séance, il est proposé que dix minutes solent accordées à mesdames Gagnon et Huguenin qui désirent faire une réplique à la discussion de la veille.REPLIQUE DE MADELEINE.Madame la présidente, Mesdames, À la fin de la séance d\u2019hier après-midi, madame Gagnon a refu- té, avec,des arguments qui ont, certes, leur mérite, mon rapport sur l'éducation.Le comité du Congrès m\u2019alloue quelques minutes pour reprendre une discussion que je suis forcée de faire sur des \u2018\u2018on- dit\u201d, car j'avais quitté la salle du Congrès au moment où Mme Gagnon me faisait l\u2019honneur de combattre mes idées.Notre distinguée secrétaire m\u2019a, il est vrai, offert de prendre connaissance de son travail, mais n\u2019ayant été prévenue que quelques heures avant la séance d\u2019aujourd\u2019hui, de la faveur de la réplique qui m\u2019était octroyée, Jail tout juste eu le temps de préparer ces lignes de défense, en me basant sur les renseignements recueillis.Dans mon rapport je soutenais, d\u2019une façon générale, que les mères canadiennes françaises se séparent trop tôt de leurs enfants, et les confient trop jeunes à des pensionnats.Naturellement toute règle générale comporte ses nombreuses exceptions, et je n\u2019ignore pas que de graves raisons obligent des mères, pleinement conscientes de leurs devoirs, à renoncer, cependant, à la diréction de l\u2019éducation de leurs enfants.Ces personnes sont à plaindre d\u2019être ainsi privées des joies maternelles, mais elles ne sont pas à blâmer.120 Madame Gagnon a évidemment trouvé trop générale cette manière de traiter la question, elle l\u2019a donc reprise à un point de vue plus particulier.Son titre de grand\u2019mère lui donne, en la matière, plusieurs le croiront avec elle, une incontestable supériorité sur une jeune maman.Je n\u2019ai pas l\u2019expérience familiale de Mme Gagnon, mais ma Vie de journaliste m\u2019a permis, cependant, de constater que les mères, en général, je le repète, se dechargènt trop vite du soïn de leurs enfants.Elles ne comprennent pas que les religieuses qui ont, sous leur surveillance, des centaines de fillettes, ne peuvent donner a chacune la tendresse et l\u2019attention dont elle a besoin.La journaliste a lu bien des pages de vie d\u2019enfants qui lui ont ouvert de pauvres petits cœurs meurtris par des séparations prématurées, et j'ai l\u2019entière certitude que les jeunes êtres souffrent cruellement de leur exclusion trop hâtive du nid familial.Et l\u2019enthousfas- me affectueux, \u2014décrit par Mme Gagnon,\u2014que l\u2019enfant manifeste a la vue de ses parents, les jours de parloir, est, à mon sens, l\u2019explosion d\u2019un petit cœur comprimé et qui se détend enfin.Et si la petite pensionnaire, à son retour à la maison, est bonne et affectueuse, et si, à la fin de ses vacances, elle est devenue incontrôlable et froide, peut-on tirer la conclusion que le régime du pensionnat lui est plus salutaire que celui de la famille ?Ne pourrait-on, aussi, croire que la première expansion passée, elle se révèle détachée de ses parents, de son intérieur, ayant enfin perdu tout esprit de famille ?Ou bien que la mère, peu façonnée à son rôle d\u2019éducatrice, irnorah- te du caractère et du tempéramment de son enfant, ne la guide pas ainsi qu\u2019elle le devrait ?Enfin, j\u2019admets les exceptions inévitables, mais je n\u2019admets pas qu'une mère cède facilement à d\u2019autres l\u2019éducation première de son enfant, et je ne vois pas pourquoi une femme qui se déclare incapable de veiller sur six, sept, disons même douze enfants, les confie à une autre femme qui en a cinquante et plus à diriger.Cela est-il bien logique ?Je n\u2019ai donc rien à retirer au rapport que vous a lu hier Mlle Saint-Jean, je l\u2019ai écrit dans toute ma sincérité et ma droiture, et je persiste à croire que l\u2019on doit convaincre la Canadienne-française de jouer son rôle de mère entièrement, et à ne l\u2019abandonner que pour des raisons très graves.Et quand nous aurons retenu la femme à son foyer, en l\u2019attachant à cette tâche, nous verrons plus de ménages heureux, moins de jeunes femmes livrées aux plaisirs mondains, à la toïlette, et je répéterai aussi au jeu de cartes, qui est devenu une de nos plaies sociales.J\u2019emprunte au \u2018\u2018 Féminisme de tous les\u201d temps\u2019 une admirable étude de M.Maryan et G.Béal, la page suivante : \u201c Tous les maîtres de l\u2019éducation féminine sont unanimes pour \u201c placer l\u2019internat au second rang.Féénelon termine ainsi ses \u2018\u2019Con- ee seils à une dame de qualité ?\u201d1 \u201cJe conclus que _ mademoiselle votre fille est mieux auprès de vous que dans le meilleur couvent que vous pourriez lui choisir.\u201d Mgr.Dupanloup, dans son \u201cTrai- ; té de l\u2019Education des filles,\u201d préconise pour le bien comme pour le ; bonheur des enfants, l\u2019éducation que peuvent donner les familles : de situation moyenne dans lesquelles les meres, n\u2019étant liées ni par \u201cun travail forcé, ni par les obligations d\u2019une grande situation, peuvent garder leurs filles près d\u2019elles, les élever sous leurs yeux, leur 121 Me A \u2014 tL *\u201c prodiguer des trésors d\u2019expérience et de dévouement.Mme de Mainte- \u201cnon redoutait excdssivement les inconvénients du pensionnat qui, \u2018 inévitablement, rassemble des élèves nombreuses, triées, certaine- \u201c ment, mais parmi lesquelles peuvent se glisser des natures défec- \u201c tueuses.Le Dr Fonssagrives, qu\u2019on peut citer comme un mora- \u201c\u201c liste et un grand chrétien aussi bien que comme un médecin très \u2018\u201c distingué, déclare que pour les filles l\u2019éducation familiale doit être \u2018\u201c la règle, et la vie de pension l\u2019exception très rare, et justifiée seu- \u2018lement par la nécessité.La pension et le biberon, ajoutait-il, sont \u2018\u2018 des expédients de nécessité, et rien de plus.\u2018\u2018 L\u2019internat a, en outre de divers inconvénients, celui de rendre \u201c\u201c l'enfant étrangère à la vie de famille, et d\u2019empêcher fatalement \u2018\u201c l'intimité qui nait de l\u2019existence commune.| °\u201c Enfin, au point de vue de la santé, il peut offrir les inconvé- \u2018\u2018 nients de la sédentarité.\u201d | Vous trouverez, Mesdames, que les maîtres de l\u2019éducation féminine sont loin de prêcher l\u2019internat, et vous admettrez que je suis justifiable de m\u2019appuyer sur de telles autorités.Dernièrement un saint prêtre canadien, visitant un couvent de cette ville, avisa des fillettes de 4 et 5 ans, et se tournant vers la religieuse : Vous ne me direz pas, ma sœur que ces enfants-là ont leur \\ 1 3> mère ! « Et sur la réponse affirmative de celle qui l\u2019accompagnait, il hocha la tête d\u2019un air navré qui signifiait : \u2018\u201c C\u2019est une tristesse et une honte ! \u201d Nous sommes ici pour exprimer des idées, je sais gré à Mme Gagnon d\u2019avoir engagé une discussion en soulevant des arguments que je respecte, et dont j'apprécie la justesse lorsqu\u2019ils s\u2019appliquent à des cas particuliers.Cet incident servira à prouver que les femmes savent soutenir leurs opinions, sans se départir envers leurs adversaires d\u2019une courtoisie absolue, et je tiens avant de mettre bas les armes, à rendre un public hommage aux hautes qualités de notre secrétaire, Mme Arthur Gagnon.Je veux vous affirmer, Mesdames, que mon admiration pour elle ne sera pas diminuée, bien au contraire, par cette circonstance qui fera, peut-être, éclore dans ce congrès, d\u2019autres discussions, et jaillir d\u2019autres lumières.\u2014\u2014 122 En premier lieu \u2018\u201c Madeleine \u201d voudra bien me permettre de réparer\u2018 deux inexactitudes, conséquences de sa réplique faite sur des \u2018\u201c on dits \u201d : ; ; lo.Je n\u2019ai pas dit que les enfants devenaient \u2018\u2018 froids \u201d à la fin des vacances, jai dit : \u2018\u201c moins dociles \u201d\u2019._ > 20.Il n\u2019a pas été question pour moi \u2018 d\u2019enfants de 4 ans\u201d, ceux-ci sont vraiment des cas isolés, que même nous n\u2019avons pas droit de juger., Madeleine, en fervente apôtre met à l\u2019appui de sa cause l'autorité \u2018distinguée et puissante de Mgr Dupanloup, de madame de Mainte- non, du Docteur Fonssagrives ; mais, il faut remarquer que ces célébrités éminentes ne se sont pas adressées directement aux mères canadiennes.Les exigences, les coutumes, les traits caractéristiques d\u2019une nation peuvent évidemment modifier une théorie.La direction de la Française ne pouvait être la même que celle de la Canadienne, l\u2019état de vie et les conditions sociales en sont trop différents.À cette question : Est-il logique qu\u2019une mère chargée de plusieurs enfants (10 à 12 a été mentionné, je crois, ) de confier à une religieuse qui a cinquante élèves à surveiller les enfants qu\u2019elle-même renonce à instruire ?CL Je répondrai \u201c oui\u201d parce que la religieuse à l\u2019aide de ses compagnes en religion, se remplacent tour-à-tour pour l\u2019enseignement re- -, ligieux, les sciences, l\u2019éducation intellectuelle et morale.Une des leurs préside au dortoir, au réfectoire, en classe, en récréation.La - mère a charge de tout.\u2014La religieuse a en classe des enfants du même âge ou à peu près, une attention générale peut suffire.La mère à sous son toit son enfant au berceau, celui qui joue à deux pas, celui qui va à l\u2019école et les autres plus vieux encore.Il faut qu\u2019elle embrasse tout, sa tâche devient parfois trop forte.J\u2019ajouterai regrettablement, mais, à la louange de notre brillante et inestimable Madeleine, que toutes les mêres n\u2019ont pas sa compétence pour élever leurs enfants.| Je lui sais gré des concessions qu\u2019elle a dignement voulu me faire en admettant des exceptions à sa règle générale; et, si j\u2019élève de nouveau ma voix après la sienne, c\u2019est que je désire justifier une fois de plus la cause que je défends.Je voudrais que toutes nous ayions égards aux cas particuliers qui existent ; car, je suis de l\u2019avis de celui qui a dit \u201c qu\u2019il valait mieux épargner un coupable, plutôt que de condamner un innocent.\u201d ¥ 123 Après avoir entendu exalter nos femmes canadiennes dans - leur charité à la séance de lundi, il m\u2019était pénible de les voir attaquer dans ce qu\u2019il doit y avoir de plus sacré au monde ; les devoirs de famille.Maintenant, mesdames, je résume en terminant.\u2018\u201c Applaudissons Madeleine, ses mères à elles sont les privilégiées, elles ont la meilleure part ; mais, je vous supplie, soyez aussi avec les miennes, ces victimes des circonstances ; qui quand la santé s\u2019altère, quand les soins du ménage sont compromis, quand le mari, le chef de la famille, est sacrifié dans son travail par la petite meute bruyante autour de lui, quand un seul enfant peut bénéficier des attentions que tous ont droit d\u2019attendre de leur mère, quand les enfants sont exposés aux nombreux éloges et aux fausses complaisances d\u2019un entourage généreux mais inconscient ; pardonnez aux mères, qui alors se récusent et éloignent ainsi leurs enfants.Soyez avec elles, mesdames, à mon avis elles sont mères \u2018trois fois ; elles le sont par le cœur d\u2019abord, par la raison ensuite ; puis enfin par le sacrifice.| A elle, cette génération qui pousse et qui verra ces lignes du rapport officiel du congrès : monument légué à la postérité, qu\u2019ils sachent bien, aussi nos chers enfants quelles ont été les intentions des mères, vis-à-vis d\u2019eux ; celles surtout qui ont fait marcher de paire, le coeur et la raison.Ce sera aussi contribuer à la conservation de l\u2019amour filial et du respect filial \u201d également exposés parce qu\u2019on a pu faire comme par ce qu\u2019on a pu dire.TO) Hd).¢ | Sepia) 124 Conférence sur l\u2019enseignement ménager, par Mademoiselle Cérin-Lajoie, directrice de l\u2019Ecole Ménagère Provinciale.Madame la présidente, ; Mesdames, saluons en commençant cette séance, la distinguée fondatrice et présidente des Ecoles Ménagères Provinciales, Mme Béi- que, qui a eu l'initiative de ce grand mouvement, et qui saura le mener à bonne fin, avec le tact, le jugement sûr qu'on lui connait.Saluons aussi toutes les dames ici présentes, qui l\u2019ont si puissamment aidée dans son œuvre.Mesdames, je suis toujours étonnée de l\u2019idée peu précise qu\u2019a le public de l\u2019enseignement ménager.L\u2019an nous demande souvent (les gourmets, peut-être, et ils s'en réjouissent ) si ce n\u2019est pas que de la cuisine qui se fait à l\u2019Ecole Ménagere, puisque toutes les semaines l\u2019on savoure de jolis menus sur \u2018\u201c La Patrie \u201d\u2019 et sur \u2018\u201c La Presse \u201d.D\u2019autres ajoutent que l'on voit bien au balayage, blanchissage, travaux de maison, couture, etc, c\u2019est bien de tout cela, mais une idée contre laquelle nous avons dû lutter, c\u2019est que cette science s \u2018apprend dans la famille, ou par intuition, suivant I\u2019 expression courante : \u2018\u201c\u2018 ça s\u2019apprend tout seul.\u201d Je réfute d\u2019abord la première objection.Oui, en effet, cette science si utile du ménage devrait s\u2019enseigner dans la famille, mais les choses ont changé, la mère se trouve souvent obligée de gagner la vie des siens hors du foyer, ce qui se présentait plus rarement autrefois ; les fabriques, les magasins, les bureaux ont ouvert.leurs portes toutes grandes et aux mères et aux filles, Il est certaines personnes libres de leur temps qui pourraient se charger de cette partie de l\u2019instruction des leurs, mais les exigences sociales les absorbent, le monde les retient tout-àfait.Quelques- unes mêmes osent dire : \u2018\u2018 Ma fille fera comme j'ai fait, elle apprendra à ses dépens \u201d En outre, les maisons des villes sont petites, peu en rapport avec les nombreuses familles ; depuis longtemps on a dû favoriser les internats, voilà autant de raisons qui ont fait que l\u2019éducation pra- fue des jeunes filles, au foyer, sous le regard de la mère, a été négligée.125 ?Maintenant supposons le cas d\u2019une mère dans une position à pou- Voir mstruire sa fille, n\u2019admettrez-vous pas que quelques leçons méthodiques de perfectionnemént soient propres à faire du bien en tombant sur un terrain tout préparé ?L\u2019enfant a souvent acquis un certain degré d\u2019instruction quand vous l\u2019envoyez au couvent, au collège, pourquoi mettre l\u2019enseignement ménager au dernier plan ?Tenons-nous en éveil, avant qu\u2019il soit trop tard.Un proverbe dit : \u2018\u201c Gardez votre foyer, si vous voulez que votre fover vous garde \u201d\u2019, pour cela il ne faut pas ignorer les moindres détails domestiques, car, l\u2019inconnu fait toujours peur.Deuxième objection.La science du ménage s\u2019apprend par intuition ou \u201c tout seul \u201d comme on le dit couramment.La science\u2019 du ménage comporte bien des détails, et n\u2019est pas si facile que certaines personnes semblent le croire ; alors, pourquoi la Jeurie fille doit-elle payer par de dures expériences ce qu\u2019elle sera appelée à faire, ou à faire faire toute sa vie ?Pourquoi souffrir de la gêne plusieurs années pour apprendre l\u2019économie à ses dépens, et je ne parle pas des Maux qui s\u2019ensuivent d\u2019une cuisine malsaine, et d\u2019une mauvaise tenue de maison: alcoolisme, maladies, débilité, etc.Ne doit-on päs faire suivre à la jeunesse la direction qui lui convient : sans guide, trop souvent, elle grandit à l\u2019abandon, remplie des meilleures volontés.mais ignorante dans la pratique des choses les plus ordinaires.De la part des parents, quelle responsabilité assumée ! Pauvres ou riches, pourtant, nous sommes condamnés au travail, mais apprenons à en pénétrer toutes les difficultés, et nous l\u2019aimerons ce travail, quoique pénible à certaines heures.Avant d\u2019aller plus loin, je veux vous dire ce qu\u2019est une école ménagère, son enseignement, son importance, son but.| L'Ecole Ménagère enseigne la science du ménage dans la plus grande acception du mot ménage qui veut dire : administration, répartition.Elle doit en effet, enseigner à administrer les ressources que l\u2019on possède d\u2019une manière logique, raisonnée, se basant sur les expériences de tous les temps,\u2014elle doit enseigner à procurer le plus de confort possible toujours en rapport avec nos moyens de subsistance, afin que les dépenses ne dépassent pas les recettes,\u2014elle doit enseigner à conduire sa maison d\u2019une manière ordonnée et méthodique.De vous-même, ne concluez-vous pas que je parle de la science du bonheur domestique ?L\u2019enseignement ménager place nos jeunes filles dans l\u2019élément naturel de la femme, de là son importance.Elle peut s\u2019y développer à l\u2019infini sans empiéter sur les droits de l\u2019homme.C\u2019est son domaine le foyer, c\u2019est là qu\u2019elle fait sourire de plaisir tous ceux qui l\u2019entourent pourvu qu\u2019elle connaisse son devoir et .qu\u2019elle l\u2019aime.Le but de l\u2019école ménagère est donc.de former des femmes d\u2019intérieur, à la hauteur de leur tâche, par la connaissance des occupations du ménage, du soin des enfants, des malades, et des mille détails qui constituent la vie de l\u2019épouse chrétienne et de la mère de famille.Comme je l\u2019ai déjà dit, quelle que soit notre position, quelles que soient nos ressources, il est des devoirs à remplir que nous n\u2019avons pas le droit d\u2019ignorer.L\u2019école ménagère a tout prévu, en donnant à la femme son plus complet développement dans le domaine de ses attributions.126 Je ferai maintenant quelques commentaires sur les matières enseignées à l\u2019Ecole Ménagère de Fribourg, en Suisse, où nous avons eu l\u2019avantage d\u2019étudier, et nous suivons ce programme avec d\u2019au- \"tant plus d\u2019assurance que nous en avons apprécié les bienfaits.Il est basé sur une longue expérience dont nous profitons.| La première matière, et une des\u2019 plus importantes est \u2018la cu- sine \u201d\u2019, qui se divise en cours théorique et pratique.Tout le monde sera d\u2019accord sur l\u2019utilité de ce cours qui comprend la cuisine ouvrière, bourgeoise, artistique ou relevée, celle des malades et des enfants.La composition des menus est basée sur les principes d\u2019une alimentation rationnelle, hygiénique et adaptée aux besoins, aux ressources, et aux budgets respectifs des diverses classes sociales.Le prix d\u2019achat et de revient de chaque plat est rigoureusement calculé.Le même soin est apporté à la préparation des aliments envisagés au point de vue de leur composition, de leur valeur nutritive, de la transformation économique, physique et chimique de leurs subs- \u2018tances par la cuisson.Tout cet enseignement pratique qui se donne en \u2018\u201c\u2018 art culinaire \u201d est appuyé sur une théorie des plus intéressantes, dans laquelle il entre tout naturellement des notions de \u2018\u2018 physique \u201d et de \u2018\u201c chimie \u201d, comme vous l\u2019avez vu plus haut.En effet, il est si nécessaire de se rendre compte de tout ce qui nous entoure, depuis le local, son \u2018installation, l\u2019éclairage, la ventilation, l\u2019entretien, le nettoyage, les différents combustibles, les fourneaux, les balances, par exemple, d\u2019après quels principes elles sont construites, des soins à apporter pour les tenir en équilibre, etc.Et pour ne dire qu\u2019un mot de la \u201c chimie \u201d, 11 est tant de substances que nous manions à l\u2019aveugle, sans connaître ni leur provenance, ni leurs propriétés, ni leurs effets.Ainsi du carbonate de soude, du chlorure de chaux, bicarbonate de soude, du vinaigre, des allumettes, etc., combien peu savent, par exemple que l\u2019eau de javel est composée de chlorure de chaux èt de cristaux de soude ?servant à décolorer et à désinfecter ?Il est pourtant important de se fami- .liariser avec ces choses pour savoir dans quelles proportions en user.N\u2019oublions pas qu\u2019en dehors de ces notions, il est trois principes essentiels pour que la nourriture profite à l\u2019homme : lo.Nourriture saine et frugale ; ce qui la constitue.20.Variété dans les aliments.3o.Régularité, sobriété et gaité dans les repas.Que de détails ces trois points comportent ! Je n\u2019appuie pas sur la nécessité de la botanique, car, nous n\u2019avons pas de terrain, et ce serait nous mettre l\u2019eau à la bouche.Mais quel bonheur de voir soi-même à son jardinage, de cultiver ses légumes, ses fruits, ete.Ah ! l\u2019avenir\u2026 ést aux écoles ménagères !\u2026 Disons un mot de la médecine pratique, absolument indispensable à la mère intelligente, qui doit pouvoir prévenir la maladie, soigner son enfant en attendant l\u2019arrivée du médecin.Pour ne citer qu\u2019un exemple : Une mère vit mourir sa fille de tuberculose, sans pouvoir se rendre compte qu\u2019elle était la cause de sa mort.Il n\u2019y a pas de consomption dans nos familles, disait-elle, inquiète, attristée.Sa fille souffrait de tumeurs adénoides depuis qu\u2019elle avait con- ç 127 tracté la rougeole.Elle avait bien le nez obstrué et déformé, l\u2019ouie dure, l\u2019air quelque peu niais, elle ronflait et dormait la bouche ouverte.Pâle et anémiée, pauvre petite, respirant continuellement par la bouche, les poussières n\u2019étant pas arrêtées par les cornets du nez, elle offrait à la terrible maladie un champ tout préparé.Si la mère, avait su que tous ces symptômes mentionnés exigeaient une opération immédiate, et ensuite un traitement reconstituant ! Les soins intelligents doivent marcher de pair avec la tendresse maternelle.Touchant cette matière de l\u2019alimentätion, je veux appuyer sur cette mauvaise habitude que nous avons d\u2019aromatiser les sauces, les aliments avec de \u2019alcool, vin, liqueur, (tandis que du citron les remplace avec assez d\u2019avantage ).de servir trop souvent des fruits à .l\u2019eau-de-vie, etc.; à votre insu, les enfants prennent le goût des spiritueux.Evitons donc aussi les sirops narcotiques, et remèdes patentés, tous à base d\u2019alcool.Une pauvre mère a fait de son enfant un idiot, pour l\u2019avoir habituellement dosé de ces sirops, se les procurant à la caisse.Je veux dormir, et c\u2019est le seul moyen d\u2019avoir la paix,\u201d disait-elle.Plusieurs de ses autres enfants sont des ivrognes, et des débiles.; Un pharmacien très ancien, à Montréal, prétend n\u2019avoir jamais vendu des quantités aussi considérables d\u2019opiacés, chloral, éther, etc., que ces dernières années, et cela à des femmes, à des jeunes filles ! \u2019 Excusez, Mesdames, si je me vois forcée d\u2019ouvrir ici une parenthèse, touchant l\u2019alcoodlisme, n\u2019entrant pas dans mon cadre tracé.Une dame racontait que sur la route dès six heures du matin ces jours derniers, elle vit sortir de buvettes échelonnées sur la rue St- Laurent, des jeunes hommes, de jeunes ouvriers se rendant à l\u2019ouvrage.Et nous déplorons très souvent des accidents dans les manufactures,\u2014qui n\u2019ont d\u2019autre cause.Dès l\u2019aube, l\u2019homme, l\u2019être raisonnable, perd l'usage de sa raison.Ne pourrions-nous user des influences ici, pour empêcher l\u2019ouverture des restaurants à une heure aussi matinale ?Passons à \u2018\u201c l\u2019économie domestique \u2019\u2019, tenue des appartements, et attributions de la maîtresse de maison.Cette branche résume toute la science du ménage : les différents nettoyages, journaliers et hebdomadaires, le chauffage, l\u2019éclairage, au point de vue économique et hygiénique, l\u2019art de blanchir, d\u2019amidonner et de repasser, les principes généraux de la direction d\u2019une maison, etc.Il est inutile d\u2019insister sur la nécessité de la \u201c coupe\u201d, de la \u2018\u201c confection, de la lingerie et de la couture.\u201d Une femme ne sachant pas coudre est incapable de remplir les obligations contractées en se mariant, ni être la vraie compagne de l\u2019homme faisant sa part dans le ménage.Pour ce qui est de la \u2018\u2018 comptabilité\u201d, une femme doit établir l'équilibre entre les besoins de la famille \u2018et les moyens d\u2019y satisfaire ; de là, l\u2019urgence de tenir des livres pour se rendre compte de ses extravagances ou de ses\u2018fausses économies.Permettez, mesdames, qu\u2019en terminant, je vous dise un mot de notre zélée directrice générale de l\u2019Ecole Ménagère à Fribourg, madame de Gottreau-Watteville, qui nous a tant aidées de sa \u2018science, \u20ac ç 128 TE de son expérience et de ses conseils.Cette année même, le 13 mars, dans une conférence donnée à l\u2019Ecole Normale, elle s\u2019exprimait ainsi: \u201cVous aurez pour mission, mes chères amies, de préparer la \u2018\u201c Jeune fille à ses devoirs futurs de maîtresse de maison et de mère \u2018\u201c de famille, c\u2019est-à-dire à ses obligations les plus sérieuses, à celles \u2018* qui font par excellence la grandeur de la vocation féminine.\u201c11 faut que vous soyez conscientes de l\u2019importance de votre tâ- \u2018 che afin que vous apportiez à la remplir toute votre intelligence, \u201c\u2018 toute votre bonne-volonté, tout votre dévouement.\u201d Espérons, mesdames, que l\u2019avenir saura dire que de tels conseils n'auront pas été suggérés en vain ! Ya (es.129 Conférence sur l\u2019enseignement ménager par Mile Anctil, directrice de l\u2019Ecole Ménagère Provinciale.I1.\u2014Ses débuts.\u2014Son fonctionnement.\u2014Ce que l\u2019on y enseigne.\u2014II.\u2014 Résultats déjà obtenus.\u2014IIL.\u2014Cours normal.\u2014Conclusion pratique.Mesdames, Mesdemoiselles, Ne semble-t-il pas qu\u2019en évoquant ce nom : \u201c\u201c\u2018 Ecole Ménagère Provinciale \u2019\u2019, immédiatement se présente à votre esprit un tableau .des plus charmants, une maison spacieuse et de belle apparence entourée d\u2019arbres, de gazon et de fleurs, où de diligentes jeunes filles travaillent par groupe, tout en chantant, sous les ombrages du jardin ?Ce tableau exquis de vie familiale j je l\u2019ai toujours rencontré dans les différentes Ecoles Ménagères où j'ai étudié ou que j'ai visitées ; mais il y a le mot \u2018\u2018 ménager \u201d dans ce titre : et je crois que \u20ac est plutôt à ce dernier qu\u2019il faut s\u2019arrêter.L\u2019Ecole Ménagère Provinciale de Montréal a un cachet plus sé- vére, du moins a l\u2019extérieur pour le présent, car l\u2019école naissante loge.dans l\u2019immense Cour de Circuit (l\u2019ancienne ) que vous connaissez toutes.C\u2019est donc sous l\u2019égide du Gouvernement Provincial, grâce au précieux encouragement de l\u2019Honorable Premier Ministre, M.Lomer Gouin, de souscriptions et de dons fournis par plusieurs messieurs et dames de la société St-Jean- Baptiste, que l\u2019Ecole Ménagère Provinciale a ouvert, au mois de décembre dernier, ses portes au public anxieux de voir s\u2019implanter cette œuvre nouvelle.Les sympathies que l\u2019on a témoignées à l\u2019œuvre lors de son inauguration officielle, le 9 janvier 1907, ont bien prouvé que l\u2019enseignement ménagèr était chose désirée depuis longtemps.Aussi depuis ce jour, de nombreux encouragements lui sont venus de tous côtés : 130 Inscriptions d\u2019élèves pour les cours de cuisine du matin, 75 élèves ; ceux du jeudi soir ont atteint le joli chiffre de 53 pour une seule soirée, et ce nombre varie de 38 à 45 pour chaque cours, ce qui donne un total de 128 élèves qui ont suivi régulièrement les cours.Outre ces inscriptions, l\u2019école a reçu des visites de personnes distinguées qui ont manifesté le désir d\u2019avoir chez eux, dans leur localité, des classes ménagères du soir à l\u2019usage des Dames et des Demoiselles, que les nécessités de la vie obligent de travailler durant le jour.Et tout d\u2019abord ce qu\u2019on y enseigne : \u2018 En premier lieu vient la cuisine ; c\u2019est une des branches les plus importantes, puisque c\u2019est la base de la vie.J\u2019ai souvent entendu faire cette remarque par des mères de famille : \u2018\u2018Pourquoi aller à l\u2019école ménagère, nous savons faire la cuisine et que peuvent-elles nous enseigner ces demoiselles, nous pouvons, nous aussi, instruire nos filles sur cette matière\u201d.Cette opinion ne m\u2019a nullement étonnée et froissée, je dirai même qu\u2019elle est tout à fait juste pour certaines mères de famille soucieuses de bien élever leurs jeunes filles, heureusement il s\u2019en trouve encore beaucoup dans notre cher Canada.Mais à côté de ces mères modèles, n\u2019avez-vous pas constaté comme moi, qu\u2019un trop grand nombre, hélas ! sont dans l\u2019impossibilité de le faire, les conditions de la vie ayant singulièrement changé depuis quelques années.La population a augmenté, le travail est devenu plus intense, la concurrence venant s\u2019ajouter à tout cela, les gains sont devenus difficiles à obtenir et le salaire du père de famille ne suffisant plus pour subvenir aux besoins des siens, il a fallu permettre aux jeunes filles de se créer des positions indépendantes.De là, désorganisation de la famille.Et alors, où donc la jeune fille apprendra-t-elle la tenue de la.maison, la cuisine, si ce n\u2019est dans certains établissements créés à cet effet.Il est bon de faire prendre aux jeunes filles des habitudes d\u2019ordre et d\u2019économie.Que de temps gaspillé l\u2019on pourrait utilement employer pour soi ou pour les autres si l\u2019on savait ordonner ses journées, et dans l\u2019ordre matériel, leur apprendre à avoir une place pour chaque chose et chaque chose & sa place, résultats: économie de temps et d'argent.Habituer aussi les jeunes filles à penser, leur enseigner qu\u2019elles trouveront au bout de leurs dix doigts les qualités de prévoyance et d\u2019économie qu\u2019elles*doivent apporter dans leur ménage : leur apprendre à faire beau et bon avec peu, car l\u2019enseignement ménager tout en prêchant Une grande économie, n\u2019exclut pas une certaine élégance dans l\u2019exécution des plus humbles travaux domestiques.\u2018 Quoi de plus réconfortant pour un père de famille arrivant le soir au foyer, fatigué par une pénible journée de travail, que la vue d\u2019une table bien mise : nappe blanche bien propre, fut-elle de toile grossière, mets simples apprêtés avec soins, servis avec grâce et bonne humeur, et si toutes ces belles et bonnes choses ont été préparées par les jeunes filles'de sa maison aidant leur mère, quel bonheur alors et qu\u2019il est doublement bon le repas ! Je vous assure que si tous les pères de famille et les grands frères étaient toujours accueillis de cette façon, au foyer, les \u2018\u2018cabarets\u2019 et jajouterai, les \u201cclubs\u201d feralent vite banqueroute._ ll importe donc de retenir les siens au foyer, et pour cela il suffit d\u2019un peu d\u2019effort de volonté ; d\u2019ailleurs la femme n\u2019est vraiment 181 ENRDESRMER 24044 heureuse et satisfaite qu\u2019en se dévouant et semant du bonheur autour d\u2019elle.| S1 j'ai insisté quelque peu sur la cuisine, il ne faudrait pas croire qu\u2019à l'Ecole Ménagère on n\u2019y enseigne que cette branche.Le blänchis- sage, le repassage, raccommodage, entretien de l\u2019habitation et des vêtements, des notions de coupe et confection, des notions de médecine familiale, la comptabilité domestique, notions de jardinage, viennent compléter le programme.Si la jeune fille sait exécuter ces différents travaux, quelle économie dans un ménage, n\u2019est-ce pas ?En effet, prenons comme exemple un travail très simple, en somme : l\u2019utilisation des graisses de ménage pour faire du savon.\u2019 Je connais une dame, \u2018iaut placée dans la société, qui n\u2019acnète jamais de savon pour le blanchissage de sa maisonnée.Le savon se fait chez elle de telle façon que celui de la saison nouvelle ns servira qu\u2019à la saison prochaine, et c\u2019est si joli de voir ces belles briquettes jaunes dorées alignées avec symétrie sur les planches du grenier afin de sécher ! C\u2019est à s\u2019y méprendre et les confondre avec nos \u2018\u201c\u2018 pains de sucre du pays\u201d.Je vous dirai, en passant, qu\u2019à l\u2019Ecole Ménagère, on fait aussi du beau savon.Continuons, si vous le voulez bien, notre petite enquête dans le domaine des dépenses du ménage.Viennent ensuite les notes de la blanéhisseuse ou du Chinois, qui arrivent toutes les semaines.Ce n\u2019est certes pas difficile de repasser une \u2018\u201cblouse\u2019\u2019, une chemise d\u2019homme et des faux-cols, tout cela s\u2019apprend vite et se fait sans grands efforts lorsqu\u2019on \u2018\u2018 sait s\u2019y prendre\u201d Et puis encore, le raccommodage, l\u2019entretien du linge ; avec quelques notions de coupe, il est facile de tirer bon parti des habits usagés qui peuvent encore servir aux plus petits enfants.Il v a les \u201c patrons \u201d que l\u2019on achète, et qui vont si vite, me direz-vous : Oui, c\u2019est vrai, je ne conteste pas leur valeur, mais ils finissent par coûter cher et la mode est si capricieuse ! Enfin, il y a une telle satisfaction à se sentir capable de faire toutes ces choses qu\u2019elles valent bien la peine de les apprendre.Ceci m\u2019amèêne à vous dire qu\u2019à l\u2019Ecole Ménagère on apprend donc à compter, à économiser.\u2018\u201c Prenez soin des sous, dit un proverbe anglais, et les piastres prendront soin d\u2019elles-mêmes \u201d\u2019.N'est-ce pas que c\u2019est vrai, cela ?car on dépense volontiers 1 sou, 5 sous, 10 sous, tandis qu\u2019avant de dépenser $1.00, on y songe à deux fois.La science du jardinage, même en théorie, n\u2019est pas de trop au programme de l\u2019Ecole Ménagère, car il importe à une bonne mai- tresse de maison de connaître le nom des légumes qu\u2019elle emploie en cuisine ou comme médicaments, la mianière de les cultiver, de les récolter, quand elle a un jardin à sa disposition, leurs propriétés nutritives ou médicales et leurs usages.Croiriez-vous que j'ai connu des personnes qui ne savaient pas la différence entre un oignon et un poireau ?\u2018\u201c Ces légumes sont servis à table tout préparés et vraiment je ne saurais dire lequel est poireau ou oignon \u201d\u2019, me disaient- elles.Cela se comprend facilement, une personne qui ne fait jamais le marché et par là même la cuisine, eb qui a toujours demeuré en ville, a moins de chances qu\u2019une personne habitant la campagne de connaître toutes ces choses.Vous prévoyez comme moi, les \u2018\u201c expériences \u201d\u201d d\u2019une jeune fille de ce genre entrant en ménage.Les notions de médecine familiale font encore partie du nrogram- me : hygiéne en général, soins des malades et des enfants, secours > 132 t immédiats en cas d'accidents avant l\u2019arrivée du médecin.Ne vous effrayez pas de ce mot \u2018\u201c médécine \u2019\u2019, le but de l\u2019Ecole Ménagère n\u2019est pas de faire, des jeunes filles qui assistent aux différents cours, des savantes, des \u201c\u2018 docteurs\u2019, mais des personnes éclairées, sachant donner au besoin des soins intelligents à ceux qui les entourent, et cela avec des moyens et des méthodes simples, mis à la portée de tous.Par exemple : la maîtresse de maison ou sa jeune fille peut se confectionner une petite pharmacie de famille à bien peu de frais : il suffit d\u2019avoir une boîte en bois ou en fer-blanc, dans laquelle elle mettra les quelques objets de première nécessité : ciseaux, bandes en toile ou en coton, faites avec de vieilles nappes ou de vieux draps, bandes en flanelle, ouate stérilisée, toile cirée pour recouvrir les bandages, etc., etc., (tout peut s\u2019utiliser dans un ménage ) quelques flacons contenant : eau de camphre, acide borique, vaseline, ete, et quelques herbes séchées : menthe, baume, salsepareille, camomille, récoltées dans le jardin ou cueillies au cours de ses promenades de vacance.Il y a tant de ces bons remèdes que nos mères connaissaient, mais que nous avons un peu oubliés ; la liste en serait trop longue à énumérer ici, mais je vous engage beaucoup à vous munir de ces petites pharmacies de famille, afin de ne jamais être prises au dépourvu, si à un moment donné vous pouviez être utile à quelqu\u2019un.Monsieur le Dr Valin a donné, l'hiver dernier, à l\u2019Ecole Ménagère, une série de cours sur l\u2019hygiène, vraiment intéressants et d\u2019une utilité pratique immédiate.L\u2019an prochain, nous en aurons encore, mais le soir, afin de permettre aux personnes qui travaillent durant le jour, d\u2019en bénéficier également.Voici un petit trait qui montrera a quel point il est bon de savoir distinguer l\u2019emploi de certaines substances, soit en cuisine, soit en médecine : Il y a quelques années, le jour de la Fête de la Reine, j'étais chez moi, regardant défiler les nombreux bataillons de notre ville, quand tout à coup, un pauvre soldat se trouve mal ; ses camarades le transportent à l\u2019ombre, près de notre maison ; aussi- tot je descends porter de l\u2019eau froide, de la glace et j\u2019aide de mon mieux au soldat institué garde-malade d\u2019un moment.Celui-ci me demande si je n'aurais pas un peu de \u201c sel ammoniaque \u2019\u2019 pour faire res- plrer au malade et comme je me disposais à aller en chercher, une personne de l\u2019assistance me dit qu\u2019elle y va.Devinez ce que celle-ci me rapporte, je vous le donne en cent, vous ne pourrez le trouver.Eh bien ! une soucoupe pleine de \u2018\u2018 sel fin de cuisine \u201d.Vous voyez la scène comique ! Ce sont des exemples que l\u2019on ne rencontre pas tous les \u2018ours, heureusemment.IT RESULTATS DEJA OBTENUS.Ils sont nombreux et, vraiment, ils prouvent une fois de plus que le peuple canadien sait apprécier les choses dignes de l\u2019être.L\u2019espèce de préjugé qui semblait ex- Ister au, début de l\u2019Ecole Ménagère, a disparu.Beaucoup de personnes sont d\u2019abord venues aux cours par simple curiosité, je les comprends, mais elles s\u2019y sont laissées prendre et sont toujours revenues depuis.Le courage et l\u2019assiduité de ces personnes sont au-dessus de tout éloge.Des jeunes filles travaillant tout le jour, soit dans un bureau, soit dans un magasin, sont venues régulièrement tous les jeudis soirs, 133 CRE ET on iy EEREREM NM oes HSIN PE REED EL A MERE CAM IL AE bot Eden be to be canes.depuis le 6 décembre, et j'en connais une qui, après le cours de cuisine, retournait quelques fois au bureau finir de la copie.N'est-ce pas admirable, et cela ne vaut-il.pas la peine d\u2019être recompensé ?Et puis encore, une mère de famille celle-là, dont le mari \u2018\u2018 offre de garder les enfants \u201d\u2019 pendant que sa femme vient au cours de cuisine.Une phrase que j\u2019ai entendue à l'issue d\u2019une leçon de cuisine exprime d\u2019une façon assez juste le changement qui s\u2019est opéré dans les idées : \u2018\u201c Eh bien, moi, ma chère, quand je vois ces deux jeunes filles enseigner la cuisine, laver les casseroles, peler les pommes de terre, cela me donne du courage, et rentrée chez moi, je me mets de tout cœur à la besogne \u201d.Cette idée fait grand honneur à celle qui l\u2019a émise et montre aussi que nous n\u2019avons pas travaillé.inutilement.Le bon exemple est contagieux, n\u2019est-ce pas ?Mais, j'y songe, ce n\u2019est pas seulement dans les cercles féminins que les idées ont changé, jugez-en : Des jeunes gens, ingénieurs civils, employés de bureaux, commis de magasins, nous ont demandé des cours de cuisine, afin, nous disent-ils, que nous puissions nous tirer d'affaire lorsque nous allons \u2018\u201c camper \u201d\u2019.Ces cours, il nous a été impossible de les donner cette année, mais plus tard, peut-être, nous verrons., Et encore ceci, entendu durant une soirée dans un salon fashionable (ce sont toujours les jeunes gens qui parlent): \u2018 Nous ne voulons plus épouser que des jeunes filles avant suivi les cours de l\u2019E- cole Ménagère \u201d.N\u2019est-ce pas le meilleur des encouragements ?J'\u2019aime à croire que toutes les jeunes filles se piqueront d\u2019honneur de suivre un si sage conseil.Ii \u2018 COURS NORMAL \u2014Partout où l\u2019Ecole Ménagère s\u2019est développée, le besoin d\u2019un Cours Normal pour la formation de maîtresses ménagères s\u2019est fait sentir aussitôt.Laissez-moi vous citer ici la parole autorisée d\u2019un ministre belge, M.A.Nyssens, s\u2019adressant aux gouverneurs des provinces du royaume : \u2018Le choix de l\u2019institutrice, dit-il, est très important au point de vue de la réussite de l\u2019école.11 ne faut pas seulement qu'elle soit experte dans les travaux auxquels elle doit exercer les élèves, il faut encore: qu\u2019elle sache en- seigher dans un langage clair, simple et précis ; il faut surtout qu\u2019elle sache inculquer aux jeunes filles les qualités morales qui, plus encore que les connaissances pratiques, font la femme de ménage et la mère de famille.Si l\u2019institutrice est elle-même pénétrée de la hauteur de sa mission, elle saura faire comprendre l\u2019importance du rôle social de la femme et des dèvoirs qui en découlent \u201d.Puis il ajoute : \u201c Aux \\institutrices qui désirent se vouer à l\u2019œuvre sociale et humanitaire de l\u2019enseignement ménager, je conseille de visiter et d\u2019assister aux leçons théoriques et aux exercices pratiques qui se donnent à l\u2019Ecole Ménagére Normale.Qu'\u2019elles étudient ensuite'les usages et les coutumes des habitants de la localité où elles désirent s\u2019établir et qu\u2019elles rédigent,;d\u2019accord avec le comité de l\u2019Ecole, un programme des'matières, qu\u2019elles croient les plus utiles à enseigner dans cette localité.J\u2019engage les promoteurs d\u2019écoles et de classes ménagères à donner, autant que possible, la préférence aux institutrices munies d\u2019un brevet spécial d'enseignement de l\u2019économie domestique et des travaux du ménage \u201d.134 - C\u2019est vous dire que l\u2019enseignement ménager doit être un enseignement \u201c personnel \u201d.\u2018Telle matière qui s\u2019enseigne à une jeune fille de la ville, souvent ne peut convenir à une autre, habitant la campagne.Nous avons eu, depuis le ler mars, un cours normal préparatoire.Trois jeunes filles, déjà munies d\u2019un brevet modèle de l\u2019Instruction Publique de la Province de Québec, ont suivi, tous les jours, des cours spéciaux les préparant à leur future mission.Ces jeunes filles, dont nous ne saurions trop louer et admirer le dévouement, seront pour nous, l\u2019an prochain, des aides éclairées et d\u2019un précieux concours.Le cours normal régulier pour la formation des maîtresses ménagères durera dix mois, de septembre à juin, et sera suivi d\u2019un examen.Aux heureuses candidates, un brevet de capacité sera accordé par un conseil spécial de l\u2019Instruction Publique.Comme conclusion pratique, laissez-moi encore vous citer quelques notes de vovage, clanées ici et là, durant les conférences que j'ai entendues ou les cours que j'ai suivis.La question sociale est encore et surtout une question d\u2019hvgiène et d\u2019éducation.La misère est une synthèse qu\u2019un seul remède, la charité, ne peut utilement combattre, il faut plus et mieux, il faut en rechercher la cause.Or, la tuberculose, l\u2019alcoolisme, la mortalité infantile et leurs causes immédiates, le taudis et l\u2019alimentation défectueuse, sont la principale cause des misères qui ruinent les sociétés, les familles et les individus.Aussi appartenait-il à l'hygiène d\u2019apporter à ces sociétés malades un remède vraiment salutaire ; c\u2019est ce qui explique la place plus prépondérante, l'importance de plus en plus grande que s\u2019est créée cette science dans nos sociétés actuelles.Mais pour que l\u2019hygiène fasse une campagne efficace, il faut arriver à la faire pénétrer dans le milieu où elle est le plus nécessaire.I] apparaît que le premier et le plus puissant de tous les moyens est l\u2019 \u2018Ecole\u2019, cette école qui prend obligatoirement tous les enfants, riches ou pauvres.Mais dans l\u2019école, c\u2019est surtout à la fille que l\u2019on doit s\u2019adresser.Dans l\u2019avenir, en elfet, son rôle d\u2019éducatrice, sa pla- ee dans la famille et dans la société est considérable.\u2018\u201c Ce sont les femmes, dit Fénélon, qui ruinent ou qui soutiennent les maisons, ce sont elles qui règlent tous les détails des choses do- .mestiques et qui, par conséquent décident de ce qui touche de plus près à tout le genre humain.Par là, elles ont la principale part aux bonnes et aux mauvaises mœurs de tout le monde.\u201d Et J.-J.Rousseau, confirmant le rôle social de la femme, ajoute : \u2018\u201c Les hommes seront toujours ce qu\u2019il plaira aux femmes : si vous voulez qu\u2019ils deviennent grands et vertueux, apprenez aux femmes ce que C\u2019est que grandeur et vertu \u201d La tuberculose, a dit un hygiéniste allemand, (Rubner), est la maladie des mal nourris ; elle est aussi la maladie des espaces clos.Depuis longtemps on a deviné le rôle important que joue la maison insalubre dans les fléaux sociaux.Jules Simon écrivait déjà : \u2018\u201c Le taudis est le pourvoyeur de la tuberculose \u201d\u201d De nos jours, M.Cheysson\u2019 un économiste français, a ajouté : \u2018 Le taudis est aussi par le dégoût qu\u2019il provoque chez l\u2019ouvrier, le pourvoyeur du cabaret ; il délabre !a santé du travailleur, désagrège 135 BEHRENS RN EHNA SESAME SRA RM 6154 SERS GE SEIS IESE SE rE SE IESE IA I SIEM Md MIE 4 la famille et la démoralise \u2019.Aussi une lutte active doit-elle s\u2019engager contre le logis insalubre ; mais celui-ci peut tenir à deux causes : d\u2019un côté l\u2019insalubrité de l\u2019habitation, d\u2019un autre côté l\u2019insouciance, la négligence et l\u2019ignorance de l\u2019habitant.Il faut enseigner à la ménagère l\u2019hygiène de l\u2019habitation et la bonne tenue de la maison.L'enseignement ménager prendra ainsi une part active à la lutte contre le logement insalubre, l\u2019alcoolisme et tous les autres maux qui en découlent.Enfin, si l\u2019enseignement ménager a pour but de préparer la jeune fille à tous les devoirs qui l\u2019attendent dans la vie, c\u2019est-à- dire l\u2019administration et la direction de la maison, elle doit être aussi un jour la mère.De ce devoir, elle doit être instruite tout d\u2019abord ; il appartient à l\u2019école d\u2019instruire les filles de leurs futurs devoirs de mère.Nous voyons, du reste, dans plusieurs pavs certaines écoles ménagères faire dans leurs programmes une large place à la \u201c puériculture \u201d.C\u2019est donc surtout dans la lutte contre la tuberculose, l\u2019alcoolisme et la mortalité infantile que l\u2019hygiéniste trouvera chez la femme un auxiliaire puissant.Cet enseignement est devenu d\u2019une urgence absolue.Nous avons - vu que la.mère n\u2019est plus là pour instruire sa fille, étant souvent forcée par les circonstances de travailler en dehors de son foyer, qu\u2019elle ne peut plus être pour sa fille l\u2019éducatrice ménagère, et c\u2019est à l\u2019 \u2018\u2018 Ecole \u201d qu\u2019incombe aujourd\u2019hui ce devoir.L\u2019hygiène ne peut plus être séparée de l\u2019enseignement ménager, puisque nous la trou- , vons à la base de toutes les connaissances théoriques, de tous les - exercices pratiques qui composent cet enseignement.Par là le rôle de l\u2019enseignement ménager s\u2019élève et s\u2019agrandit singulièrement : il cesse d\u2019être une arme de lutte contre la tuberculose, l\u2019alcoolisme, la mortalité infantile, il devient quelque chose de plus, il constitue, pour la femme, les exercices pratiques d\u2019hygiène qui sont le plus à sa portée.Il devient, en somme, le meilleur mode de propagation dans la classe ouvrière, de l\u2019hygiène et partant du bien-être.Il est très important que les écoles et les cours ménagers soient rendus aussi pratiques et aussi populaires que possible et ne négli- _ gent pas de tenir compte :des intérêts de la population agricole.Les Jeunes filles de la campagne se trouvent, par leur éducation pratique, dans des conditions bien plus avantageuses que les jeunes filles d'ouvriers.Elles sont accoutumées de bonne heure aux travaux des champs.Tout en fréquentant l\u2019école, elles secondent leurs mères, faisant auprès de celles-ci l\u2019apprentissage indispensable de toute future ménagère.Mais il est certainement préférable pour les jeunes filles de la campagne qu\u2019elles puissent suppléer à la routine acquise dans la maison paternelle par un cours pratique et simple, qui les rende aptes à diriger une économie domestique agricole, plutôt cue d\u2019aller se perfectionner dans une pension ou elles s\u2019approprieront un certain cachet extérieur, mais perdront l\u2019habitude des besoins et des travaux domestiques.\u2019 En les répartissant sur tout le territoire et en les adaptant étroitement aux besoins populaires, les écoles et cours ménagers rendront d\u2019excellents services, mais ils devront s\u2019inspirer d\u2019une tendance pédagogique très élevée, ils devront s\u2019attacher à former le cœur et l\u2019esprit, ils en seront comme ennoblis.136 Je vous demande pardon, mesdames, d\u2019avoir été si longue ; il se fait tard, l\u2019heure du souper approche et vous êtes dans le droit de m'adresser ce reproche du bonhomme Chrysale : \u201c\u201c Je vis de bonne soupe et non de beau langage \u201d\u2019, ce à quoi je répondrai : il aimait peu les écoles, le bonhomme Chrysale, il est vrai; son excuse est que les écoles ménagères n\u2019existaient pas de son temps, sans cela il y eut envoyé Philaminte, .Bélise, Armande, Martine, tout son monde et lui-même.Vite, je retourne à la nôtre.187 Enquête sur le service domestique auprès des maîtresses de maison, par Madame P.B.Leman.Madame la Présidente, Mesdames.Chargée par le comité de la Fédération Nationale de faire.une enquête sur la question du service domestique, j'ai l\u2019honneur de vous soumettre quelques remarques à ce sujet.Depuis quelques années, le développement rapide du Canada a fourni de tels débouchés pour le travail des femmes que le recrutement des domestiques est devenu très difficile.Les deux maux dont nous souffrons à l\u2019heure actuelle sant le petit nombre de gens qui consentent à entrer en service et le manque de préparation et de connaissances de ces personnes.Il est devenu très difficile de répondre aux multiples exigences de la vie moderne et le problème de fonder et d\u2019élever une famille est très grave.La famille est cependant l\u2019élément constitutif de toute société ; plus cette famille sera nombreuse et bien formée, en un mot forte, plus forte sera cette société, et plus puissante la nation qui aura le privilège de la posséder.La formation et l\u2019éducation d\u2019une famille représentant une somme d'\u2019efforts physiques que la mère est impuissante à produire sans assistance.Subvenir aux besoins ordinaires de la vie de son mari et de cinq ou six enfants, exige beaucoup de temps et de force.Dans tous les milieux où l\u2019on veut donner un peu plus que la nourriture et le logement strictement nécessaires, ce besoin d\u2019assistance se fait sentir d\u2019une manière impérieuse.Combien il serait aésirable que les mères aient autour d\u2019elles des servantes qui comprennent et respectent ce beau rôle de la maternité, qui secondent les jeunes femmes dans leur rude tâche, et qui aient l\u2019amour des soins domestiques ! L\u2019école ménagère, qui vient d\u2019être fondée est appelée à répandre l\u2019instruction et l\u2019éducation qui amélioreront les conditions de notre société, et à populariser ces idées saines.La majorité, des jeunes filles qui s\u2019offrent comme aides, viennent de la campagne.Le plus sûr et le plus rapide moyen de créer des servantes compétentes, serait de dispenser partout dans nos villages cet enseignement ménager : enseignement de la cuisine, du blanchissage, du repassage, du racco- - 138 modage, des soins à donner aux malades et aux enfants, de l'économie, de la comptabilité, de l\u2019hygiène en général.Et à côté de cette instruction professionnelle, il faudrait distribuer aussi une solide éducation morale, basée sur la religion, de façon à ce que les jeunes filles connaissent le rôle qu\u2019elles sont appelées à jouer dans la vie de famille et qu\u2019elles y puissent tenit une place considérée et respectée.Que les jeunes filles d\u2019aujourd\u2019hui fassent mieux que leurs mères et que leurs enfants fassent mieux encore, voilà, je crois, la meilleure manière de comprendre le progrès.Il serait bien à désirer que nos excellentes maisons d\u2019éducation, dirigées par des religieuses si dévouées prennent à \u2018cœur cette œuvre.Elles ont pratiquement le monopole de l\u2019enseignement et de l\u2019éducation des filles dans la Province de Québec.Il leur suffirait de former des maîtresses d\u2019enseignement ménager et de rendre cet enseignement obligatoire dans leurs écoles, et couvents, pour que toute la Province de Québec, les villes comme les campagnes en bénificient.Cette amélioration des conditions dù foyer domestique, ne se fera sentir qu\u2019à la suite de laborieux efforts, soutenus pendant de nombreuses années.Je suis convaincue que lorsque l\u2019éducation ménagère bien comprise sera répandue, les rapports entre maîtres et serviteurs deviendront beaucoup plus faciles.| Croyons-en notre propre expérience ; nous ne faisons avec plaisir que ce que nous savons bien faire, et lorsque nos servantes comprendront mieux leur rôle, et connaîtront mieux leur travail, elles l\u2019accompliront avec plus de satisfaction._ Mais il faut faire plus que d\u2019aider à la formation de l\u2019Assistance domestique ; j\u2019ai indiqué la méthode qui me parait la plus effective pour la création d\u2019un personnel compétent, qu\u2019il me soit permis de faire quelques suggestions sur les rapports de la maîtresse de maison avec ses employés.Nous sommes en pleine démocratie.Le plus grand nombre se croit destiné à occuper des positions en vue, et,beaucoup y parviennent.L\u2019acquisition assez facile 'd\u2019une certaine aisance, en donne le moyen.ll suffit de gagner de l\u2019argent pour occuper une place dans notre société.Il ne s\u2019en suit pas nécessairement qu\u2019une maîtresse de maison soit d\u2019un milieu différent, ni d\u2019une éducation dissemblable de celle de ses employées.Cependant il existe une grande distance dans un certain nombre de familles entre la première .et les dernières, et c\u2019est cette distance qui froisse profondément celles-là.Cette démarcation n\u2019a pas sa raison d\u2019être dans les familles chrétiennes.Bien que les unes soient plus fortunées que les autres, chacune a son utilité propre, mérite et doit jouir à cet égard d\u2019une considération réciproque.La charité commande donc aux maîtres d\u2019user de leurs droits avec bonté et indulgence ; et aux serviteurs, l\u2019obligation de la soumission et du respect.Les maîtresses de maison devraient tou- Jours s\u2019appliquer à assurer à leurs servantes un logement salubre.et confortable, un régime hygiénique à tous égards.Les servantes ayant à fournir un travail prolongé à l\u2019intérieur des habitations, ont besoin de soutenir leurs forces non-seulement par la nourriture, mais par l\u2019air, cet autre aliment aussi indispensable à la santé.En terminant, je demande à mes auditrices de se faire les apôtres de l\u2019œuvre des Ecoles Ménagères.Est-ce que l\u2019on peut refuser quelques sous à une œuvre qui s'organise en vue de faire, par la femme, 139 PRES EE RRA TYE le bonheur des familles et la prospérité de notre cher Canada.Il faut à notre grande métropole, une Ecole Normale pour l\u2019Enseignement Ménager, qui rivalise avec les meilleurs d\u2019outremer.Des citoyens intelligents et généreux ont déjà beaucoup donné pour cette œuvre ; mais nous les prions de ne pas regarder en arrière ; ce qui reste à faire doit seul les préoccuper.Leur position est si belle entre le bien accompli et celui qui reste à faire et nous espérons que d\u2019autres bienfaiteurs se joindront à eux.Au lieu de dix citoyens, nous devrions les compter par centaines pour l\u2019établissement de cette œu- vre éminemment nationale.Ne ln 140 Enquête sur le service domestisque auprès des servantes, par Mlle Claire Marceau.Madame la Présidente, Mesdames, A la requête de Mme Gérin-Lajoie qui a exprimé le désir que toutes les classes de la société fussent représentées à ce congrès de la Fédération Nationale St.Jean Baptiste, je me fais grand plaisir d\u2019exprimer les opinions d\u2019une ues classes les plus nombreuses et des plus intéressantes, qui joue un rôle très important dans le bonheur et la vie des familles, Voic1 le résultat de mon enquête et j\u2019essayerai d\u2019exprimer avec le plus de sincérité possible les observations que j'ai entendues.Certaines jeunes filles souffrent beaucoup du manque de temps que l\u2019on accorde pour accomplir leurs devoirs religieux.Il serait a désirer que les maîtresses de maison s\u2019enquièrent et exigent que la messe soit entendue le dimanche et que les devoirs de confession et de communion soient remplis au moins une fois par mois.On'm\u2019a dit aussi que dans un grand nombre de maisons les chambres réservées aux domestiques n\u2019étaient ni propres ni saines.Je sais que certaines dames ne voudraient pas donner à leurs serviteurs une chambre moins bonne que celle réservée à l\u2019un de leurs enfants.La santé et les forces ont besoin d\u2019un milieu hygiénique pour se conserver, et cette manière de faire me semble juste et charitable., Les serviteurs, étant destinés pour la plupart à un travail intérieur, ont besoin d\u2019une nourriture saine, substantielle et facilement digestive ; certaines personnes donnent bien une nourriture suffisante qui serait parfaitement appropriée pour des gens travaillant au grand air, mais difficile à absorber sans beaucoup d\u2019exercice extérieur.Dans certaines maisons où les maîtres sont très sobres, les serviteurs souffrent quelquefois de l\u2019insuffisance des aliments.Il serait peut-être désirable qu\u2019on n\u2019exigeât pas des jeunes personnes des travaux audessus de leurs forces, propres à altérer leur santé dans un âge plus avancé, tels que le chauffage des grandes fournaises, le transport du charbon, etc.141 La grande majorité des jeunes filles qui j'ai rencontrées se plaignent de la longueur des heures de travail.Ne serait-il pas juste que pour les travaux domestiques la journée se terminât à huit heures; il reste ainsi quelques heures pour récupérer ses forces ou pour faire un travail personnel.2, | Beaucoup de serviteurs se plaignent aussi des complications m- troduites dans le service domestique par les habitudes de luxe : ces minuties dans le service de la table et de la cuisine exigent beaucoup de temps, beaucoup d\u2019application d\u2019esprit et peu de serviteurs s'y conforment volontiers.Le port du costume et du bonnet rencontre beaucoup d\u2019objections ; la plupart des servantes accepteraient volontiers un costume sombre et propre, mais se sentent mal à l\u2019aise pour accomplir leur travail avec les manchettes et cols amidonnées, et souffrent de l\u2019espèce de distinction exagérée auquel donne lieu le bonnet.Les jeunes filles en service ont besoin de sortir pour prendre l\u2019air et pour se récréer, la besogne des travaux domestiques étant monotone et souvent ennuyeuse.Il serait désirable qu\u2019un endroit agréable, sous une surveillance chrétienne et éclairée, existât afin de permettre aux jeunes gens de pouvoir se rencontrer pour passer la soirée gaiement avec des amusements honnétes.Comme la majeure partie des jeunes filles en service ont de vingt à trente ans, il est légitime qu\u2019elles aient le désir de rencontrer de jeunes hommes, qui pourraient devenir des maris sérieux, et je crois qu\u2019un lieu de réunion, comme Celui dont j'ai parlé plus haut, rendrait de véritables services en évitant les rendez-vous dans les rues et les théâtres de second ordre.Les jeunes filles, avant reçu une bonne éducation dans leur famille, et de bons exemples chez leurs parents, souffrent quelquefois beaucoup de se trouver en contact journalier avec des personnes plus vulgaires et dont quelquefois les moeurs ne sont pas à l\u2019abri de tous reproches.Les maîtresses de maison rendraient un véritable service lorsqu\u2019elles ont chez elle des personnes d\u2019éducation différente en surveillant celles fui sont plus jeunes et les protégeant contre les mauvais exemples et les mauvais conseils.Une autre chose dont la réforme serait très appréciée par tous les domestiques serait une échelle de salaires proportionnés aux connaissances et à l\u2019instruction ménagère des employées.11 semble injuste que des gens incompétents reçoivent un prix aussi rémunérateur pour leurs services que des personnes ayant de l\u2019expérience et des qualités sérieuses.Je pense que les maîtresses de maison seraient aussi satisfaites que les employées d\u2019une:modification de ce genre.Les rapports entre maîtres et serviteurs devraient être des rapports charitables empreints de tolérance mutuelle.Les.jeunes filles qui vont en service, n\u2019ont quelquefois pas toute la compétence désirable pour accomplir la tâche qu\u2019elles ont entreprise, et les maîtresses qui paient de forts salaires souffrent de cette ignorance.Mais puisque cet état de chose existe, et lorsqu\u2019elles ont comme aides des jeunes filles de bonne volonté, ne serait-il pas mieux d\u2019user de beaucoup de patience pour les former et les attacher, que des commandements sévères et absolus.142 Le cas se rencontre aussi de maîtresses incompétentes, qui exigent un travail matériellement impossible à accomplir dans le temps donné pour le faire, et de la manière dont il est commandé.Les encouragements, les bonnes paroles sont aussi d\u2019un secours puissant pour rendre la tâche moins lourde, la besogne moins pénible ; et se sentir aimée et appréciée est un lévier puissant pour aider à faire son devoir.Les maîtresses de maison devraient être prodigues de ce genre d\u2019encouragements, lorsqu\u2019elles ont remarqué des efforts sérieux de la part des serviteurs pour leur être agréables.Puisque les jeunes filles qui se vouent au service domestique prennent une s1 grande part -lans la vie de la famille, ne serait-il pas bien qu\u2019on fit des efforts pour leur faire aimer leur condition, en usant à leur égard de cordialité et jamais de dédain.Le grand moyen est de leur témoigner de la confiance et les traiter un peu comme un memibre de la famille, je comprends que cette confiance n\u2019est possible qu\u2019avec des serviteurs qui en sont dignes par leur bonne formation morale.Mais il arrive souvent que les maîtresses de maison ont auprès d\u2019elles des jeunes filles dont le caractère n\u2019est pas formé et qui subirait volontiers une bonne direction, donnée avec patience et discrétion.La condition des serviteurs présente des heures fort pénibles ; elles y souffrent de l\u2019isolement, de la monotonie du travail et des ef- jorts faits dans un intérêt \u2014 qui n\u2019est pas le leur.Une charité compatissante est encore le plus sûr moyen de trouver le chemin des coeurs, et les maîtresses de maison l\u2019ont à leur disposition.Les jeunes filles qui ont de bons maîtres devraient aussi les apprécier et essayer de leur rendre la vie facile et douce.Pour terminer, Mesdames, permettez-moi de' rappeler à votre pensée les vieux serviteurs qui ne doivent pas être oubliés à ce congrès de charité.Ne serait-il pas désirable et juste que les servantes, ayant passé quinze ou vingt ans au \u2018service d\u2019une même famille, fussent assurées d\u2019une rente proportionnée au salaire gagné, ou d\u2019un petit capital leur assurant au moins une modeste aisance.Cette sécurité les encouragerait à rester plus longtemps au service des mêmes familles, et leur enlèverait de l\u2019esprit la douloureuse perspective de devoir demander à la charité publique le nécessaire quand leurs forces ne sauraient plus y pourvoir. Enquête sur le service domestique dans les bureaux de placement, par Madame Gérin-Lajoie.N Madame la Présidente, Mesdames, Je suis tout-a-fait peinée de vous annoncer que madame Hamilton, qui croyait faire l\u2019enquête sur le service domestique dans les bureaux de placement, a été obligée de renoncer à ce travail par maladie.La nouvelle m\u2019en est parvenue très tard, il y a- quelques jours seulement.J\u2019ai donc pensé que je n\u2019imposerais à personne les difficultés d\u2019une enquête faite si précipitamment, et que je porterais seule la responsabilité d\u2019un rapport incomplet.Ce motif, je l\u2019espère, me fera pardonner de prendre la parole si souvent pendant le congrès.§ Mesdames, puisque nous nous dirigeons vers les bureaux de placement, avec quelle pensée faut-il s\u2019en approcher ?Les bureaux sont- ils un bienfait, ou sont-ils nuisibles : faut-il les bénir ou faut-il les Ë condamner ?Je crois que l\u2019on hésite entre ces deux sentiments, et # que l\u2019on va de l\u2019un à l\u2019autre sans jamais se fixer.Quoiqu\u2019il en soit, » le bureau existe et les circonstances qui en ont motivé la création j étaient.probablement sérieuses.Le bureau de placement a sans doute 3 été inauguré pour répondre à un besoin ; au début, il a dû faire l\u2019af- i faire des maitresses et des domestiques.Dans les grandes villes, ou les rapports de voisinage n\u2019existent pas, comment connaître les emplois vacants, comment atteindre les serviteurs ?Allons donc vers le bureau de placement sans préjugés, et n\u2019imputons pas à l\u2019institution elle-même des griefs personnels contre telle ou telle personne.Dans tous les états, quelques-unes faillissent à leur tâche, d\u2019autres l\u2019exécutent bien ; je crois qu\u2019il importe dans l\u2019intérêt de celles-ci, comme dans le nôtre de déméêler l\u2019ivraie du bon grain.Je crois même que si l\u2019opinion publique voulait faire ce discernement, nous ne verrions pas dames et domestiques aller indifféremment d\u2019un bureau à ; ~ l\u2019autre.Nous allons partout où nous guette la chance, sans nous î préoccuper davantage de la conséquence de nos actes ; cela, c\u2019est mal, assurément ! Mais comment réagir contre un tel état de chose ?Voilà l'interrogation qui se pose très pressante.Evidemment des sacrifices isolés seraient peine perdue ; la question est trop grande, le mal trop profond pour qu\u2019une seule personne s\u2019y attaque.Mais, si nous 144 nous mettions à l\u2019œuvre toutes ensembles, n\u2019y aurait-il pas moyen, je ne dirai pas de changer le cours des choses, mais de s\u2019y diriger de telle sorte qu\u2019on n\u2019y sombre pas et que la vie de famille reste sauve ; dans tous les cas, l\u2019essai en vaudrait la peine.| Vous avez fait, n\u2019est-ce pas, ce voyage attrayant entre Lachine et Montréal ; arrivées aux rapides, quand cette grande puissance vous saisit, personne à bord ne songe à faire de résistance, et à remonter le courant ; mais, toute l\u2019attention du pilote va à comprendre ces courants qui l\u2019entraînent, pour s\u2019y maintenir à flot et passer sain et sauf à travers les écueils.Ainsi en est-il dans la question qui nous préoccupe ; il est un état de choses que l\u2019on ne peut détruire, mais à travers lequel on peut se frayer un chemin.Imprimer une impulsion au problême domestique, est-ce donc impossible ?autant vaudrait nier l\u2019intelligence.Il est toujours possible de conduire les circonstances au lieu de se laisser conduire par elles ; et c\u2019est bien à vous, mesdames, à démêler la solution de ce grave problème ; problème qui affecte au plus haut point la vie de famille.Car, ne nous imaginons pas que les architectes de profession tracent seuls les plans des habitations futures, et substituent, au seul gré de la fantaisie cette nouveauté :\u2018l\u2019appartement,\u201d\u2019à nos nids anciens, si bien abrités et si fermés au fond desquels il est encore possible de déposer secrètement enfoui son bonheur ou bien ses larmes.Ne pourrions-nous pas, par exemple, dans l\u2019intérêt commun des maîtres et des serviteurs, veiller à la respectabilité des lieux qui nous servent de rencontre mutuelle.Ne pourrions-nous pas veiller à l\u2019observation des règlements municipaux cui sont institués pour nous protéger.Il y a quelques années la ville n\u2019intervenait pas dans la question des bureaux de placements.Depuis 1900 pour tenir un bureau de placement il faut obtenir une licence.Cette licence est octrovée à l\u2019Hôtel de Ville, sur recommandation du chef de police qui doit s\u2019enquérir des conditions de respectabilité des personnes qui sollicitent ces licences.Je vous ferai remarquer ici que, si dans des cas extrêmes, une personne par son habileté avait trompé la vigilance publique pour décrocher sa licence, une société organisée comme la nôtre pourrait, sans inconvénient, intervenir pour protéger l\u2019intérêt public et se faire le défenseur de la moralité.Le règlement municipal qui oblige à avoir une licence pour tenir un bureau est donc un premier pas dans la voie des réformes.Mais, n\u2019est-il pas possible d\u2019aller plus loin ; ne pourrait-on pas par exemple obtenir une inspection des bureaux, je crois que ce serait une protection pour les jeunes filles qui nous arrivent, toutes naïves de la campagne, et une sécurité pour nos foyers.Il existe à Montréal neuf bureaux de placements ayant obtenus licence pour l\u2019engagement des servantes : six bureaux anglais et trois bureaux canadiens-frangais.Ces renseignements m\u2019ont été donnés avec obligeance par monsieur Bienvenu du département des licences.Les bureaux que j\u2019ai visités se sont prêtés aussi de bien bonne grâce aux renseignements suivants.On constate dans ces bureaux que les gages des domestiques sont suffisamment élevés pour leur donner une aisance relative qui fait considérer le service domestique comme un emploi\u2019 bien rémunéré ; mieux rémunéré que celui des manufactures.L\u2019une des directrices me disait : nous constatons toujours une grande différence entre la mise d\u2019une domestique et celle d\u2019une simple ouvrière.La domestique reçoit 145 de ses maîtres des cadeaux et des vêtements qui lui permettent de porter les jours de sortie des toilettes presque luxieuses.Mais en revanche on déplore le peu d\u2019avenir des bons sujets.Les hauts salaires ne vont pas nécessairement à la compétence, et telle personne, d\u2019un grand mérite se voit remplacer, dans une maison qu\u2019elle quitte, par une incapable à qui son impudence a seule fait obtenir une augmentation de gages.sur la précédente.Il a suffi à celle-là d\u2019avoir de l'audace, et une force de volonté supérieure à celle de sa maîtresse ; la domestique se prévaudra constamment de cette supériorité.Je comprends en effet qu\u2019il est décourageant pour un bon sujet de n\u2019avoir aucun moyen de faire reconnaître son mérite ; et cette seule raison ne suffit-elle pas pour priver le service domestique de celles qui par goût embrasseraient les travaux ménagers.La nourriture des domestiques est excellente selon quelques-unes, et le logement confortable.Sur ces derniers points, cependant, il y a divergence d\u2019opinions.Une directrice, bien digne de foi, m\u2019affirmait que la moitié des domestiques quittent des maîtresses douces et agréables parce que les chambres qu\u2019on leur donne sont froides, humides ou privées d\u2019air.Je crois que les familles privées ne peuvent pas rémédier à ces vices de construction, mais, il appartient au bureau d'hygiène d\u2019intervenir ici pour protéger la santé publique contre l\u2019irréflexion des architectes qui bâtissent sans se préoccuper des conditions de salubrité des logements.Pour ce œui est de la nourriture, on prétend qu\u2019elle est parfois insuffisante.Les domestiques, en cer\u201d taines maisons excentriques, sont probablement traitées sur un pied d'égalité avec les enfants auxquels on mesure une ration chaque jour, de l'avis même des savants docteurs.Peut-être y a-til parcimonie en certains cas ; mais il est notoire qu\u2019en d'autres, les domesta- ques sont prêtes à intenter une action en dommages à leurs maîtres parce que leur nourriture, logement compris, ne vaut pas $50 par mois.Evidemment les exagérations sont des deux côtés.On ne se plaint nulle part de la longueur des heures de service.Il est sûr que dans bien des maisons beaucoup d\u2019heures se passent inoccupées ; mais sans établir de compensation les domestiques voient arriver avec terreur les douces réunions de famille surtout celles du dimanche, jour de congé ; elles se plaignent amèrement du surcroît de travail que leur imposent les réceptions et les fêtes mondaines.Elles souffrent certainement de rester spectatrices passives et corvéables de ces réjouissances.Il n\u2019y a pas de doute qu\u2019à certains moments, à voir de près les douceurs et les conforts que la vie réserve à quelques-unes de ces choyées, leur cœur doit se serrer et qu\u2019il doit y fomenter quelque chose d\u2019amer ou de mélancolique.Le rapprochement de deux existences, dont l\u2019une est assurément plus douce que l\u2019autre, et où toujours la plus dure leur échoit n\u2019est pas sans faire passer un peu de tristesse dans l\u2019âme, Celles qui réfléchissent savent bien que le bonheur est relatif, qu\u2019il n\u2019est pas dans les choses extérieures, mais qu\u2019on le porte en soi.Les autres, celles qui ne pensent pas soupirent, pleurent, ou bien rêvent.Ah ! quels rêves dangereux ! Mesdames, pensons ici comme notre responsabilité est grave.Songeons à ces jeunes filles qui laissent pour la première fôis la vie agreste des champs ; qui ne connaissent que le labeur, la vie frugale, ces vies dont le convenu est banni, et qui brusquement sont transplantées dans un Eden dont les charmes les séduisent et les grisent ; paradis terrestre qu\u2019elle contemplent tout le jour, fruit attrayant auquel il 146 leur est défendu de toucher.La comprenez-vous, cette tentation, qui met en regard de leur vie humble et pénible, le luxe, la vie facile et oisive, les conversations frivoles ; n\u2019avez-vous jamais éprouvé un malaise quand à une heure matinale, par une froide journée d\u2019hiver, vous avez entendu la pauvre fille descendre faire le feu nécessaire à la préparation de votre repas, et qu\u2019un instant éveillée dans vos moelleux duvets, vous refermiez les yeux pour reprendre un rêve \u2018n- terrompu.Songez maintenant que cette jeune fille a souvent une imagination et un cœur de vingt ans ; et dites-moi, si elle n\u2019a pas besoin de toute la vertu chrétienne pour rester résignée, bienveillante, active, et bonne.Et cependant ces vertus qui supposent beaucoup de force de caractère, où les domestiques vont-elles les puiser ?qu\u2019est-ce qui contribue à la vie morale des domestiques ?Sur ce point, les bureaux nous ont révélés des choses navrantes.Elles nous arrivent très souvent en larmes, nous disent les bureaux, et sous le coup de dépressions nerveuses que seuls le calme, de bonnes paroles, une sympathie réelle peuvent guérir.Que voulez-vous, il n'existe pour protéger les domestiques aucune influence sérieuse et moralisatrice qui vienne l\u2019arracher à la convoitise des sens; et la git peut-être toute là question de la crise domestique.Il y a la messe le dimanche, une messe basse; on pourrait bien aller à la grande, la maîtresse y consentirait mais cela suppose un effort de volonté que l\u2019on ne peut pas faire.Pendant huit jours, quinze jours, un mois, pas un conseil, pas la seule rencontre d\u2019un œil qui a sondé les besoins du cœur ; et puis, après cela une rencontre fortuite sur la rue, dans les amusements populaires, quelque chose qui invite, qui attire, qui appelle, et c\u2019en est fait ; le plaisir, le plaisir bruyant, ensorceleur et trompeur la guette, cette jeune fille, cette domestique ; elle n\u2019est pas préparée à résister à cet entraînement.La maîtresse, mais la maîtresse, me direz-vous ?Ah ! la maîtresse n\u2019est pas là pour la protéger, et le bureau de placement le constate douloureusement.L\u2019influence morale de la maîtresse est nulle, comment pourrait-elle s'exercer ; on ne tolére pas chez soi de récréations honnêtes, on stipule en engageant une domestique : qu\u2019il n\u2019y aura pas de visite, en revanche qu\u2019on sortira tous les soirs ; donc, c\u2019est entendu la maison est uniquement un lieu d\u2019affaire et de travail, on n\u2019y placera pas son affection, par quel moyen donc la maîtresse prendra-t-elle le cœur de sa domestique ?Remarquez que je n\u2019accuse pas ici les maîtresses qui prudemment n\u2019ouvrent pas leurs maisons à de parfaits inconnus, elles ont grandement raison d\u2019être sur leurs gardes, et pour ma part, j'en fais autant.Mais nous sommes ici pour constater des faits.Comme nos files viennent pour la plupart d\u2019en bas de Québec, et qu\u2019en tous cas il est rare qu\u2019elles aient leur famille en ville, c\u2019est sur le trottoir qu\u2019elles rencontrent leurs amis des deux sexes.La maîtresse a raison de refuser les visites, la domestique ne saurait vivre sans relations.Mesdames, nous sommes prises dans un dilemne, il faut en sortir.Si nous ne pouvons pas exercer une influence morale sur nos domestiques à la manière d\u2019autrefois, en les surveillant de près et en les chaperonnant, il faut en trouver une toute neuve et qui s\u2019adapte à nos mœurs modernes.U\u2019est celle-là qu\u2019il nous faudra découvrir.Une œuvre est à créer, celle de la formation morale de la domestique et de son relèvement.Le malheur est peut-être celui-ci: c\u2019est que les bonnes volontés persistent à employer pour cela des moyens vieillis 147 2 x et qui sentent l\u2019absolutisme, moyens qui frappent dans le vide et n\u2019atteignent pas leur but.Le monde évolue à mesure qu\u2019il avance, il 1 faut aussi se déplacer et ne le point perdre de vue.La domestique 3 est éprise, comme tout son \u2018siècle, d\u2019indépendance et de liberté, elle 3 respire l\u2019atmosphère ambiante, ses aspirations sont hautes, sa tôte se relève, orientons son regard et portons-la où elle doit aller ; ne la tirons pas de sa sphère mais qu\u2019elle s\u2019élève dans sa sphère.Nous sommes la classe dirigeante, ce titre nous impose des devoirs.Ne Voyons-nous pas aujourd\u2019hui des écoles européennes inscrire dans leurs programmes d\u2019étude, à côté de la pédagogie maternelle, celle de la formation des domestiques.mesdames, la question du service domestique est bien une des grandes questions que les femmes doivent approfondir ; apportons à $ cela toute notre bonne volonté.Dans notre ville de Montréal, je vois 1 que les anglaises les plus en vue ne craignent pas de patronner des bureaux d\u2019immigration qui ne sont autre chose que des bureaux de placement pour domestiques, et dans un rapport du Women\u2019s National Immigration Society, je relève des noms qu\u2019on vénère, et devant lesquels on s'incline.Je vois que les frais d\u2019entretien de ce bureaux sont peu considérables, en 1903, ils s\u2019élévaient à peine au dessus de $2,500.De plus ce bureau reçoit une forte allocation du gouvernement fédéral et de la législature provinciale.Ne pourrions-nous pas aussi établir un courant d\u2019émigration vers notre pays, le diriger par exemple vers notre école ménagére ou autre 3 endroit convenable.Un bureau m\u2019avouait avoir placé 800 personnes ! en service l'an dernier, tandis que la demande s\u2019élevait à plusieurs milliers de places.Voilà un immense déficit qu\u2019il faut songer à com- i bler ; que suffirait-il pour cela ?D\u2019une seule âme de bonne volonté A prenant l'initiative en cette matière, elle recevrait aussitôt l\u2019appui à de tout le monde.3 Un seul mot encore, mesdames, et je termine.Avec l\u2019énervement ] des caractères tel que nous venons de le constater, peut-on s\u2019attendre à ce ciue les contrats entre maîtres et serviteurs soient res- ] pectés.Evidemment, non, ajoutez à cela l\u2019inefficacité de la loi si peu A faite pour rencontrer nos besoins, au point que les femmes se re- 1 fusent à l\u2019invoquer, il leur faudrait, en effet, se soumevtre pour cela à à des procédures incompatibles avec leurs usages et leurs mœurs.C\u2019est i absolument comme s\u2019il n\u2019y avait pas de loi.| 3 Le contrat done, cette chose sacrée est constamment violée ; et on peut voir maîtresses et domestiques contracter plusieurs engagements à la fois, bien décidées à l\u2019avance à ne pas les remplir.On s\u2019excuse en disant : on ne peut se fier à personne ; j'engage toutes celles qui passent, et réciproquement.Mesdames, avouez que cet état de clyose est alarmant et dangereux.Dans le Nouveau-Brunswick, on a cherché à donner plus de stabilité aux contrats en exigeant qu\u2019ils soient faits par écrit.Je n\u2019ai pas pu m\u2019enquérir du fonctionnement de cette loi, il me semble ciu\u2019elle doit produire d\u2019heureux résultats.Je suis anxieuse maintenant, mesdames, d\u2019avoir votre opinion sur la question qui noûs occupe ; j'espère que plusieurs d\u2019entre vous vont apporter leurs lumières dans la discussion qui est maintenant | ouverte.148 Lady Lacoste demande la parole.Mesdames, Je crois que ma longue expérience de la vie me donne droit d\u2019ajouter un mot, aux belles et bonnes choses qui, dans ce congrès, ont été dites d\u2019une manière charmante et juste.Les œuvres de charité ne peuvent être que mieux aimées, les œu- vres d\u2019éducation plus appréciées.Mais à moi, mère de famille, connaissant les besoins du temps, je me sens un pressant désir de vous rappeler un devoir qui s\u2019impose, pour soulager toutes les jeunes mères, à ui un état de fortune limitée ne peut permettre l\u2019appel d\u2019une garde diplomée.Il me semble que nous pourrions leur venir en aide en formant une société de femmes \u2018qui ne peuvent pas donner tout leur temps à l\u2019étude sérieuse et longue, mais qui donneraient des soins intelligents à ces jeunes mères et à leur enfant, moyennant une-somme modique, proportionnée à ce que gagne un jeune mari salarié dans un magasin ou emploi public Je vous avoue que cette classe, qui ne peut être soulagée et qur souffre souvent en silence, a toute ma sympathie.Je voudrais donner aussi à celles qui ne pourraient avoir même ce confort, les secours nécessaires durant quelques heures de la matinée, recevant ainsi le bienfait d\u2019une toilette hygiénique et d\u2019un bouillon bien fait, enfin, s\u2019assurer des besoins du jour avant de quitter la malade souvent seule.La charité peut étendre ses ailes bien loin sur cette route et sécher bien des larmes.Vous me comprenez et devinez toute ma pensée ; que ce projet se réalise et je serai heureuse d\u2019y avoir songé, puisque c\u2019est le moment d\u2019atteindre toutes les misères.Parlons maintenant du service : que nos soins soient encore pour faire comprendre qu\u2019il n\u2019y a pas de sots métiers, et que le service d\u2019une maison ne doit avoir rien de répugnant aujourd\u2019hui que le confort est si grand.Gagner sa vie honnêtement de cette manière n\u2019est-elle pas chose plus louable que de s\u2019abandonner au vice, pour des vils chiffons de luxe et une liberté dégradante.D\u2019où vient que les servantes ne s\u2019attachent plus comme autrefois au foyer qui les abritent et qui leur serait doux, si pour quelques sous de plus parfois, elles n\u2019allaient à l\u2019aventure toujours chercher plus de loisirs qui leur sont si souvent funestes.C\u2019est bien l\u2019esprit du devoir qui manque et c\u2019est la plaie 149 \u2014 que je voudrais guérir.L\u2019on ne travaille plus par devoir, son âme\u2019 est secondaire, et voilà ce qu\u2019il faudrait faire comprendre à celles qui demandent protection.Travaillons, mesdames, à l\u2019inspirer cet amour du devoir qui tend à disparaître et qui pourtant est un levier si puissant pour le bien.Nous essayons de comprendre le nôtre au prix de bien des efforts, qu\u2019il en soit ainsi du côté des serviteurs, alors le bonheur et la paix, trésor plus précieux que tous les autres, renaîtraient dans toutes les familles.C\u2019est un vœu que je formule et que je remets à votre méditation.En\u2018voyant \u2018tant\u2019 dé bônnes volontés autour de moi au début de cette œuvre, établie pour le bien de tous, sous l\u2019égide de la Vierge Marie, je me repose en elle pour faire germer cette pensée toute maternelle que je vous livre avec tout mon cœur.: : 150 \u2018 SOIT EI AL abo ty YY iva Remarques de Madame Beïque.Mesdames, Tout ce qui a été dit au sujet du service domestique, prouve qu\u2019avec de la charité réciproque on arriverait à un état de choses beaucoup plus satisfaisant.Sur se sujet comme sur beaucoup d\u2019autres, il faüt, en fin de compte, en revenir au précepte de l\u2019Evan- gile qui commande l\u2019amour du prochain.C\u2019est demander une vertu qu\u2019il est bien difficile d\u2019atteindre.Tl est certain que des deux côtés on a des torts, et que des deux côtés, on me veut pas s'en rendre compte.151 5ème journée du Congrès 30 MAI Séance des Œuvres Économiques.Madame Béïque ouvre la séance ot fait un résumé des séances précédentes.Nous voici à la dernière séance du congrès ; il me semble qu\u2019il est bon de voir quelle idée d\u2019ensemble se dégage du travail fait en commun.: Des rapports donnés le premier jour, il résulte qu'on est unanime à mettre au premier rang des causes de la.misère, l\u2019alcoolisme ; puis viennent l'ignorance et l\u2019imprévoyance.De l\u2019alcoolisme chacun connait les conséquences ; on se rend moins compte des résultats de l\u2019ignorance surtout au point de vue de la santé des enfants.Il est malheureusement certain que l\u2019ignorance des mères est souvent la cause directe de la mort des jeunes enfants, et souvent aussi la cause de faiblesses physiques et morales qui affectent toute leur vie.L\u2019imprévoyance est l\u2019écueil de beaucoup de jeunes ménages, et devrait aussi être combattue.Sur ces trois questions, notre influence peut être au plus haut point bienfaisante.L'expression d\u2019une opinion modérée mais ferme, des conseils appuyés d\u2019exemples de ruine et de malheurs de toutes sortes qu\u2019il n\u2019est pas difficile de trouver, peuvent agir sur l\u2019esprit de nos enfants et leur faire redouter de s'engager sur la pente qu\u2019on ne remonte plus.Les lectures de mardi ont laissé l\u2019impression que les jeunes filles se désintéressent trop vite de l\u2019étude après leur sortie de l\u2019école ou du couvent, et qu\u2019un enseignement post-scolaire est très-désirable.De plus, on a vu qu\u2019on peut faire une charité aussi grande, aussi touchante avec des livres envoyés aux malheureux isolés qui sont dans les solitudes immenses de notre pays, loin de leurs amis et de toute société, qu\u2019avec de l\u2019argent aux malheureux ou du pain aux affamés.De la troisième séance, on peut conclure d\u2019abord que la connaissance sérieuse de tout ce qui regarde une bonne tenue de maison est, pour la femme qui la possède at pour sa famille, une véritable source de bonheur.Ensuite, qu\u2019au sujet de ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler le problême domestique, la disparition de quelques préjugés, une ap- - 152 préciation plus charitable et plus juste des exigences et des difficultés des positions respectives, aideraient beaucoup à la solution.Pour arriver à une connaissance véritable des faits nous avons aemandé l\u2019opinion de toutes les intéressées, ce qui était le seul moyen que nous avions à prendre.Je ne puis pour le moment qu\u2019assurer une chose, c\u2019est que la fédération a été fondée pour protéger toutes les femmes, et\u2019 que, quand un àffort sera fait pour améliorer la situation, il ne sera tenté qu\u2019avec un soin éxtrême, de façon à ne froisser aucune susceptibilité et à ne léser les droits de personne.Il est nécessaire que toute ligne d\u2019action de la fédération soit toujours absolument pondérée et charitable.De l\u2019ensemble des travaux, il ressort des qualités de naturel, de culture, de douce raison, d\u2019élévation de pensée qui font vraiment du bien au cœur, et dont nous pouvons être légitimement fières.Nous avions une inexpérience complète d\u2019une fête de ce genre, et cependant tout était aussi bien qu\u2019on pouvait le désirer.Quand même je de- Vrais me faire gronder pour le dire, je trouve que ce n\u2019est que justice d\u2019offrir à Mme Gerin-Lajoie, à qui nous devons en réalité toutes les agréables surprises qui nous attendaient cette semaine, un vote de remerciements et d\u2019appréciation de son énorme travail.Je demande le vote, Je crois que toutes les dames du comité seront heureuses de l\u2019appuyer.153 Rapport du \u201cFoyer\u201d, par Mademoiselle Frappier M.le Président, Mesdames, Le Foyer est une œuvre sociale féminine.C\u2019est une œuvre d\u2019abord, c\u2019est-à-dire un groupèment d\u2019énergies, de ressources, d\u2019activités dans une tendance continuelle vers un but, pour la conquête de résultats nécessaires et ardeniment désirés ; c\u2019est une œuvre féminine, c\u2019est-à-dire que cette œuvre s\u2019occupe exclusivement de la femme, de la femme qui travaille surtout ; c\u2019est une œuvre sociale enfin, c\u2019est-à-dire qu\u2019au lieu de regarder la femme comme une individualité, elle la considère comme un être social et cherche, en la développant physiquement, intellectuellement et moralement, à lui faire mieux remplir son rôle, rôle multiple de fille, d\u2019épouse, de mère, dans le mi- dieu où elle est appelée à exercer son influence.J Il y a plus de quatre ans que l\u2019œuvre est née.Un dimanche, le premier du mois de mars, un prêtre en posait les bases avec neuf jeunes filles qu\u2019il avait groupées pour leur communiquer son projet.Depuis bien des jours, il y pensait.\u201c Tes dangers auxquels autour de lui les âmes semblaient exposées, lui avaient fait mesurer toute l\u2019importance d\u2019une institütion destinée à les défendre, à les préserver, à les élever, à les rendre meilleures et plus heureuses.Comment ne pas agir, agir aussitôt, alors que se multipliaient les victimes et que le mal gagnaït du terrain ?Aussi songeat-il peu aux ressources qui lui faisaient défaut, aux difficultés que son entreprise allait lui amener, aux embarras pécuniaires auxquels auxquels il s\u2019exposait.Avec la bénédiction de Dieu, il attendait ce avec quoi on peut tout établir, ce qui vaut mieux que l\u2019or, que la réclame, que la faveur des puissants : le concours des âmes pieuses, dévouées, désintéressées et persévérantes.Ce concours lui fut donné.Grâce à lui, l\u2019œuvre grandit.Fille comptait neuf membres au premier jour, elle en a compté depuis jusqu\u2019à six cents.Elle n\u2019était qu\u2019un germe, elle devait devenir un grand arbre.154 II Et voici ce que, depuis, l\u2019œuvre a fait pour ses associées.Elles étaient dispersées un peu partout, prenant leur pension dans des maisons où parfois une promiscuité mal surveillée leur devenait périlleuse.Des maisons se sont ouvertes alors pour elles, maisons homogènes, formées du seul élément féminin, où les attendait, avec le confort qui repose, avec la bonne nourriture cui restaure, la vie de famille qui console, encourage, et maintient dans le devoir.Elles étaient à l\u2019époque des vacances, incapables souvent de se procurer, faute de ressources, le repos à la campagne, l\u2019air pur, les distractions.À Montfort, au milieu des montagnes, au sein d\u2019une nature pittoresque où le silence et l\u2019isolement donnent un charme plus grand aux beauté du ciel, de la terre et des eaux, notre œuvre accueille, garde, récrée, repose, refait et fortifie nos compagnes.Elles y sont allées une fois que le souvenir très-doux leur en reste à jamais.Elles y sont allées une fois qu\u2019elles voudraient y revenir sans cesse, Elles étaient malades, épuisées, supportant avec peine le poids d\u2019un travail que leurs forces diminuées rendaient chaque jour plus pénible et plus intolérable.Que faire alors ?Tellement coûteux sont les remèdes et tellement dispendieux souvent les soins du médecin ! Si le médecin donnait aux malades ses consultations gratuitement ; si, payé par nous, il allait gratuitement les visiter ; si, enfin les remèdes étaient fournis à des prix infimes ! C\u2019est ce que nous avons fait ou c\u2019est ce que nous allons nous efforcer de faire.HI Est-ce tout ?Non, au-dessus du corps, il y a l\u2019intelligence.Pou- vions-nous l\u2019oublier ?À nos sœurs du Foyer, pour que leurs connats- sances se fissent plus grandes pour qu\u2019avec ces connaissances des positions plus lucratives fussent obtenues, nous avons offert des cours.gratuits.Et c\u2019est charmant de voir, au soir de chaque jour, autour de la table chargée de livres, la maîtresse improvisée donner son enseignement aux élèves que sa charité lui rend chères et auxquelles elle est heureuse d\u2019apprendre sténographie, clavigraphe, anglais, français, comptabilité ! Il y a mieux encore : De temps en temps, devant des auditoires jusqu\u2019ici toujours nombreux, se donnent des conférences, sur des matières de morale, de littérature, surtout d'histoire.En montrant tout ce qu\u2019il y a de beau, de grand, d\u2019intéressant dans ces sujets, le conférencier a l\u2019avantage de dégoûter des lectures frivoles et d\u2019orienter l\u2019esprit vers des questions plus sérieuses et plus utiles.Le résultat ne serait pas encore assuré si l\u2019influence des cours et des conférences n\u2019était maintenue et augmentée \u2018par notre revue mensuelle : Le Foyer.L\u2019avez-vous vue ?Avez-vous parcouru ses pages où des articles signés de noms déjà connus et célèbres ou qui le seront bientôt, éclairent l\u2019esprit, élèvent le cœur, orientent la vie vers l\u2019idéal d\u2019honneur et de vertu qui doit être\u201dle nôtre ?Avec quelle impatience, chaque mois nous l\u2019attendons, avec quelle consolation nous en faisons la lecture ! Elle est devenue pour nous comme le rendez-vous-mensuel où notre âme rencontre d\u2019autres âmes fraternelles et chères, pour échanger avec elles, dans un épanchement plein de charme, les souvenirs, les impressions, les espérances, tout le passé avec le présent et l\u2019avenir ! 155 TV \\ La formation de la volonté ébauchée par la revue se continue ailleurs.Elle a une telle importance qu\u2019on ne saurait trop faire pour elle.Aussi comme sont pieuses, ferventes, recueillies, les réunions se- mi-mensuelles qui nous rassemblent dans la chapelle de Notre-Dame du Sacré-Cœur ! \u2018Au-dehors, à cette heure du Soir, tout: est silence le long des magasins fermés et des bureaux déserts.Les rumeurs de la grande ville se taisent au loin.Une à une, deux à deux, voici nos associées.Après une journée de travail, dur, parfois pénible, elles se hâtent, vers le lieu de paix.Pendant une heure, elles vont prier d\u2019une prière commune, écouter la parole qui illumine leur nuit et y trace un chemin sûr, recevoir la bénédiction du Dieu vivant.Quana elles se retireront tantôt, elles verront plus clair dans leur âme et dans leur vie, elles seront plus fortes contre les sollicitations du mal et les illusions du hien mal compris.) v Voilà ce que jusqu\u2019ici nous avons fait pour nos associées.Distribuées à.l\u2019heure présente en trois groupes selon les quartiers de la ville qu\u2019elles habitent, elles sont par les dizainières, les zelatrices, les conseillères, maintenues, unies entre elles et unies aussi à la direction centrate.Nous aimons à croire que de plus en plus l\u2019association qu\u2019elles forment deviendra compacte, homogène et par là même active et puissante.Elles savent que rien au monde ne sera épargné de ce qui peut être fait pour leur bien ; que l\u2019œuvre continuera de progresser en toutes manières pour leur profit ; que les-mieux partagées d\u2019entre nous se feront un devoir de travailler pour élever jusqu\u2019à leur .niveau d\u2019intelligence, de succès et de bonheur, leurs sœurs moins heureusement douées.Ce sont là nos espérances pour l\u2019avenir.Le sillon que nos sacrifices et que nos efforts ont creusé est assez large pour les recavoir toutes.Il est assez fertile, Dieu aidant, pour les faire monter en fleurs et mûrir en fruits.156 atl Rapport de l\u2019Association des Institutrices Catholiques de la Province de Québec, par Mile Viger Monsieur le Président, Mesdames, En jetant un coup d\u2019œil sur l\u2019histoire des siècles depuis l\u2019origine du monde jusqu\u2019à nos jours, nous remarquons facilement un progrès constant dans les multiples branches de l\u2019industrie, des arts, de l\u2019agriculture, du commerce, de la navigation, de la politique et surtout de l\u2019éducation.| C\u2019est l\u2019évolution des peuples qui s\u2019accomplit sous des formes diverses sans doute, mais sûrement, infailliblement, et qui par un secret dessein de la divine Providence, continue sa marche persistante jusqu\u2019à la fin des temps.Un savant, après Galilée, s\u2019écriait un jour : \u2018\u201c Tout tourne dans l\u2019univers ! \u201d\u2019 j'ignore jusqu\u2019à quel point cette affirmation, qui paraît paradoxale, est exacte, et volontiers je la remplace par la suivante, qui me semble plus en rapport avec l\u2019état actuel de notre société : \u201c Tout marche dans le monde \u201d.Oui, tout marche ! tout marche ! la vapeur commence a eéder la place à l\u2019électricité ; les inventions succèdent aux inventions ; les merveilles aux merveilles.Tout marche, tout va de l\u2019avant, tout progresse, tout s\u2019améliore ! Seule, la condition de l\u2019institutrice reste stationnaire.Et cette condition, chez nous, en Canada, est encore aujourd\u2019hui à peu près ce qu\u2019elle était il y a vingt-cinq ans, 1l v a peut-être cinquante ans ; de telle sorte qu\u2019on pourrait se demander si le corps enseignant féminin n\u2019est pas composé d\u2019une catégorie d\u2019êtres tout à fait à part, au milieu de la société moderne.1 157 Cette assertion qui de prime abord, semble une plaisanterie, n\u2019en paraîtra pas moins d'une rigoureuse exactitude, si nous Jetons un coup d'œil sur la situation qui est faite de nos jours, à celles qui se vouent et se dévouent à la tâche si ardue et ingrate de l\u2019enseignement, tant dans les villes que dans les campagnes de notre beau Canada.: Examinons de près, si vous le voulez bien, cette situation.Sous le prétexte au moins étrange, qu\u2019il ne faut pas grand\u2019chose à une jeune fille pour vivre, on se contente généralement de pourvoir l'institutrice d\u2019un logement et d\u2019un petit salaire.0 Dans les villes, on remplace l\u2019octroi-du logement par celui d\u2019une compensation, ayant pour but de payer, en tout ou en partie, et quelquefois plutôt en partie qu\u2019en tout, le loyer du local de l\u2019école.Quant au salaire, il varie de $100.à $200.par an : c\u2019est dire qu\u2019il est tout Juste assez élevé pour empêcher l\u2019institutrice de mourir de aim._ En effet, calculons sur cette base, à quel taux par heure travaille Vinstitutrice dans de telles conditions ?Le voici., Admettant une moyenne de sept heures de travail scolaire par jour, et de 22 jours de classe par mois, on trouvera 154 heures de travail par mois.* Cent cinquante-quatre heures de travail mensuel à raison d\u2019une moyenne de dix dollars par mois, cela donne un salaire net de 6% cents par heure.N\u2019est-ce pas dérisoire pour ne rien dire de plus.11 y a, à Montréal, une multitude de jeunes filles sténographes et clavigraphes, qui parfois, avec une instruction inférieure, gagnent plus dans une semaine que l\u2019institutrice, en un mois.Quelle différence, pourtant, entre les responsabilités de ces jeunes filles dont le rôle se borne à écrire sous dictée, une simple correspondance commerciale, et les responsabilités de l\u2019institutrice qui a dans ses mains la conduite de vos enfants, leur avenir, leur vie même pour laquelle, vous le savez, et les exemples n\u2019en sont pas encore loin, elle n\u2019a pas hésité, souvent, à sacrifier héroïquement la sienne.Existe-t-il même au Canada, je me le demande, une simple ouvrière dans nos usines, nos manufactures ou nos maisons de commerce, dont la conuition soit aussi précaire ?Certes, non ! Et il nous faudrait aller, je crois, bien loin d\u2019ici et sortir peut-être des limites de la chrétienté, ou tout au moins de la civilisation, pour trouver une situation équivalente à celle que j'ai l\u2019honneur et la douleur de signaler.Et cependant, qui done pourrait nier que les fonctions mêmes de 1 nstitutrice doivent lui attribuer dans le monde un rang honorable ?et s\u2019il en est ainsi, la société ne doit-elle pas assurer à l\u2019institutrice les moyens de tenir honorablement ce rang ?N Chargée de distribuer le pain de instruction à vos enfants, Mesdames, tâche dont elle s\u2019acquitte généralement avec une patience, un dévouement vraiment dignes d\u2019admiration, dignes de tout éloge, l\u2019institutrice n\u2019a-t-elle pas à la reconnaissance de la société le même droit que les maîtres dans l\u2019enseignement ?Oui, j'ose le demander, avec une fierté légitime : Que devien- drait-elle donc, la société, sans l\u2019enseignement de l\u2019institutrice ?158 ~The Mais alors, n\u2019est-il pas de la plus stricte justice, en même temps que du plus grand intérêt pour tous, que l'institutrice, aussi bien que l\u2019instituteur, soit traitée de telle sorte qu\u2019elle puisse jouir de la considération de ses concitoyens, non seulement au point de vue intellectuel, mais encore au point de vue matériel ?La femme la plus instruite, la plus spirituelle, la plus intellectuelle du monde sera inévitablement considérée comme une pauvre femme et dédaignée, si elle n\u2019est pas vêtue convenablement.Or :om- ment veut-on qu\u2019 \u2018elle se tienne à la hauteur de sa position avec un budget de cinq à neuf cents par heure, ou si l\u2019on veut de deux à trois dollars par semaine ?Quel miracle d\u2019économie domestique ne doit- elle pas accomplir pour arriver je ne dirai pas à vivre, mais à Vivoter ; car enfin, au prix exorbitant où en sont toutes choses aujour- d\u2019hui, est-il raisonnable de supposer qu\u2019une jeune fille si économe qu\u2019elle soit, puisse parvenir sans privations, à équilibrer son budget avec un salaire si insuffisant ?Malheureusement, dans le siècle où nous vivons, siècle d\u2019égoïsme raffiné, les œuvres intellectuelles comme aussi le mérite, ne sont que trop souvent mises au second plan, au rancart, comme une vieille et inutile marchandise dont on ne sait que faire.Par suite d\u2019une aberration inconcevable, on ferme les veux pour ne point reconnaître que le développement de l\u2019intelligence, ou en d\u2019autres termes, l'instruction est la source première du succès dans les affaires.Voilà pourquoi l\u2019on s\u2019occupe si peu, en général d\u2019améliorer la situation matérielle des personnes qui plus éprises des charmes de l\u2019esprit que de la fortune, embrassent la carrière difficile et peu rémunératrice de l\u2019enseignement.Plus d\u2019une fois nous avons constaté, non sans intérêt, que MM.les Commissaires catholiques de Montréal n\u2019épargnaient rien pour le succès, le bien-être et le progrès des enfants du sexe masculin qui fréquentent leurs écoles.Ces enfants sont logés, je dirais dans des palais bâtis spécialement pour eux et pourvus de toutes les améliorations modernes ; et dans chacune ce ces écoles, il y a un gardien logé, payé par la Commission scolaire, simplement pour chauffer l\u2019édifice et l\u2019entretenir.Tout cela est très-beau et digne d\u2019éloges, mais que de fois n\u2019avons-nous pas fait en nous-mêmes une amère comparaison, et ne nous sommes-nous pas demandé ce que fait la Commission Scolaire pour les écoles du sexe féminin ! ll est vrai que cette Commission paie $6.25 par année par élève, sur la moyenne de l'assistance des élèves ; mais il faut dire que cette moyenne n \u2018est prise que sur l'assistance des cinq premiers mois de l\u2019année scolaire, sur lesquels il faut remarquer qu\u2019il y a deux mois d\u2019hiver où les rigueurs de la saison retiennent chez eux une bonne partie de nos élèves.Nous percevons de plus, il est vrai, la rétribution mensuelle payée par les parents, mais il ne faut pas oublier non plus, que de son côté la directrice d\u2019école est obligée de se pourvoir d\u2019un local, assez spacieux pour que ses élèves soient aussi confortablement que l\u2019exigent les mesures hygiéniques dont on fait tant de fracas aujour- d\u2019hui.Ce ne sont pas des palais que nous pouvons louer : ils sont rares les propriétaires qui les loueraient pour des fins d\u2019éducation.De plus, la directrice d\u2019école est encore obligée avec des ressources souvent à peine suffisantes de chauffer ce local, de.couvrir les frais 159 d'entretien de ses salles de classe, de payer ses sous-maîtresses, et Ce qui est à peine croyable, de prélever elle-même sur ses deniers personnels, l\u2019argent nécessaire à l\u2019achat des livres de récompense décernés aux enfants à la fin de chaque année scolaire.Et quand quelqu\u2019un s'étonne, et à bon droit d\u2019un pareil état de choses, on répond tout simplement que la Commission scolaire catholique est trop pauvre pour faire plus pour les écoles de filles.Je ne veux nullement blâmer la Commission scolaire catholique qui, sans doute, fait ce ciu\u2019elle peut, avec les ressources qu\u2019elle possède.ll y a à peine quelques mois, les directrices d\u2019écoles adressaient une requête à ces Messieurs leur demandant une augmentation d\u2019oc- trol, et immédiatement on a fait droit à cette supplique, de sorte que l\u2019octroi, qui était de $5.00 par élève, fut portée à $6.25, mais ce n\u2019est pas encore suffisant.Je ne comprends pas qu\u2019une ville, aussi importante que Montréal, ne puisse donner à la Commission scolaire catholique de Montréal assez de revenus pour permettre à celle-ci d\u2019encourager l\u2019instruction chez les jeunes filles, tout autant qu\u2019elle l\u2019encourage chez les garçons.Peut-être pourrait-on croire que si les débuts de l\u2019institutrice sont difficiles, au moins de longues années consacrées au service de l\u2019éducation, lui donnent lieu de voir son dévouement mieux récompensé ?\u2018Je répondrai par un fait entre cent autres: Il y a, non loin de Montréal, une institutrice ayant 30 ans de service, elle touche un traitement de $12.00 par mois, et doit là-dessus, chauffer elle-même son école qui est tellement malsaine que son médecin lui en interdit le séjour.Cependant il faut bien qu\u2019elle continue à travailler, le généreux traitement dont elle jouit ne lui ayant pas encore permis de s'assurer des rentes.Mais, direz-vous, si elle tombe malade qu\u2019adviendra-t-il d\u2019elle ?T] adviendra d\u2019elle comme de ses autres compagnes, elle recevra son salaire, mais il lui faudra payer elle-même sa remplaçante : vous pouvez juger de ce qui lui restera pour se soigner ! Voilà comment est traitée la directrice d\u2019école en cas de maladie.Voyons maintenant pour la sous-maîtresse.Si elle tombe malade, et que sa directrice puisse la remplacer elle-même, elle touchera son salaire, mais la directrice n\u2019est pas obligée de le Tui donner.Si, au contraire, la directrice ne peut la remplacer elle-même, il lui faudra donc engager une autre sous-maîtresse et payer celle-ci : alors tant pis pour la malade ! qu\u2019elle s\u2019arrange comme elle pourra : La Providence veillera sur elle ! Vous croyez peut-être que l\u2019institutrice devenue incapable de travailler, après avoir consacré de longues années à l\u2019enseignement, peut, au moins, compter que ses vieux jours seront à l\u2019abri du besoin, et qu\u2019une retraite convenable l\u2019attend dans sa vieillesse ?Je répondrai encore par un fait : Il y a quelques années, une institutrice de Montréal après avoir enseigné près de 40 ans de sa vie, a enfin obtenu sa retraite.À combien croyez-vous que se monte celle-ci ?.Six piastres par mois ! Et avec cela elle oit avoir soin de sa sœur paralysée qui demeure avec elle ! Et encore m\u2019a-t-on fait remarquer, que la pension dont je viens de parler peut être comptée parmi les plus généreuses qui soient servies à une institutrice en retraite.160 Oui, il y à un fonds de pension mais il faut que l\u2019on sache que ce f£onds de pension est constitué par une retenue minimum de 2 p.cet maximum de 4 p.c.faite annuellement sur le salaire même de l\u2019institutrice.De sorte que c\u2019est ella&-même qui paye sa propre retraite, sur son salaire : connaissant maintenant l'importance de celui-ci, vous pouvez juger de celle de la retraite.Après cet exposé je me demande s\u2019il ne serait pas fort à propos de réclamer aux Commissions scolaires une plus grande sollicitude en faveur de nos pauvres institutrices, autant \u2018dans leur intérêt propre que dans celui de nos institutions scolaires canadiennes ?et je suis persuadée que tout le monde y gagnerait : les plaintes formulées à tort ou à raison et malheureusement trop souvent, sur l\u2019incompétence de telle ou de telle institutrice, n\u2019auraient plus leur raison \u2018être.Pour que cette sollicitude fut efficace, il faudrait nécessairement donner à l\u2019institutrice un salaire convenable qui lui permît de tenir convenablement son rang au point de vue social, c\u2019est-à-dire qui la plaçât, matériellement parlant, non pas au-dessous, mais au-dessus d\u2019un manœuvre ordinaire.Dans les conditions actuelles de rétribution scolaire, qui oserait exiger d\u2019une institutrice qu\u2019elle se passionnât pour son état, et s\u2019at- tachat indissolublement à son école ?Cette école lui procure souvent plus de soucis, plus de tracas, plus d\u2019ennuis, que d\u2019agréments, de consolations et de revenus.N\u2019est-ce pas là une aes principales causes de la difficulté presque insurmontable que rencontrent parfois, pour ne pas dire très souvent, MM.les Commissaires, lorsqu'il s\u2019agit d\u2019engager une bonne institutrice ?Les bonnes institutrices, les 1astitutrices vraiment dignes de ce nom, conscientes de leur valeur ne sont nullement tenues à l\u2019hé- roisme d\u2019accepter une situation qui leur donne à peine de quoi vivre.Faute de mieux, elles s\u2019en contenteront, peut-être, jusqu\u2019au jour ardemment désiré où elles trouveront une position plus lucrative.Et telle position ne leur serait pas si difficile à trouver qu\u2019on pourrait le penser, aujourd\u2019hui que de toutes parts on emploie des jeunes filles et dans les bureaux, et dans les maisons de commerce, et dans les administrations des Postes, des Télégraphes, des Téléphones, etc.En pareille occurence, doit-on s\u2019étonner si l\u2019enseignement laisse quelquefois à désirer et n\u2019est pas toujours ce qu\u2019il doit-être ?Vous savez tout comme moi, Mesdames, combien il faut de dévouement, d\u2019abnégation, d\u2019énergie, de cœur pour remplir, ulgnement, efficacement surtout, la rude et difficile tâche de l\u2019enseignement.Une simple modiste peut rêver d\u2019acheter, un jour, un magasin, de s'enrichir, de faire fortune même, et voir, en effet, ce rêve se réaliser : qu\u2019on nous miontre donc celle d\u2019entre nous qui a, je ne dirai pas, vu, elle, ce beau rêve devenir une réalité, mais qui seulement eut pu le faire avec quelque vraisemblance de réalisation ! Une couturière commence à gagner quelque chose dès les premiers jours de son apprentissage, et ce gain, tout humble qu\u2019il soit, ne fait ensuite que s\u2019accroître jusqu\u2019au jour où devenue ouvrière, elle peut prétendre à un salaire plus élevé.L\u2019institutrice, au contraire, non seulement ne gagne rien durant ses années d\u2019études, mais encore doit, à part le sacrifice de ces années, faire celui des dépenses nécessitées par ces études.161 Ne serait-il pas juste qu\u2019elle put compter, en entrant dans l\u2019enseignement pratique, sur un traitement qui la dédommageât des sacrifices qu\u2019il lui a déjà fallu s'imposer.Telles sont, Mesdames, les réflexions qui se présentent à l\u2019esprit quand on considère la position actuelle de la femme dans l\u2019enseignement.Je crois qu\u2019elles sont de nature à démontrer combien cette position pourrait et devrait être améliorée.Le salaire d\u2019une tâche doit être proportionné aux difficultés de cette tâche, et aux respomsabilités énormes encourues par celui ou celle à qui \u2018elle incombe.Sans parler plus longtemps des difficultés de la nôtre, qu\u2019on veuille bien jeter un coup d\u2019œil sur les responsabilités cui pèsent sur les épaules de l\u2019institutrice : responsabilité devant Dieu qui nous a appelées à cette mission difficile, et pourtant si ingrate, et qui nous demandera un jour : Qu\u2019as-tu fait des jeunes âmes que Je t'avais confiées ?\u2014 responsabilité devant la société qui s\u2019attend à voir sortir de nos mains les mères de la génération prochaine, \u2014 responsabilité devant nos supérieurs qui exigent de nous la science et le tact à la fois si nécessaire et si difficile pour diriger tant de jeunes êtres si différents de moyens intellectuels, d\u2019aptitudes et de caractères ; \u2014- responsabilité devant les parents qui nous confient, avec leurs \u2018enfants, la tâche d\u2019en faire des jeunes filles selon leur cœur, qui nous confient une faiblesse, en nous priant d\u2019en faire une force ; \u2014 enfin responsabilité devant les enfants eux- mêmes qui sont sans doute, les plus lents à reconnaître le bien qu\u2019on a pu leur faire, mais dans le cœur de qui, cependant, demeure gravé, plus longtemps et plus profondément qu\u2019on ne le croit, peut-être, le souvenir des jours passés à l\u2019école, et des soins qui ont aidé au développement de leur intelligence ! Qu\u2019on jette cela dans un des plateaux de la balance, et qu'on mette dans l\u2019autre le salaire de l\u2019institutrice : je laisse à votre jugement éclairé de décider si ces plateaux conserveront longtemps l\u2019équilibre que la justice leur demande de garder.HAS 162 Rapport du Patronage d\u2019Youville, par Mme Cochue M.le Président, Mesdames, Ayant l\u2019honneur d\u2019être déléguée à ce Congrès pour y représenter le Patronage d\u2019Youville, je suis heureuse de vous communiquer les quelques notes fournies par la Supérieure actuelle au sujet de cette institution.Le Patronage d\u2019Youville est une maison où les jeunes ouvrières trouvent, avec une pension convenable, un abri contre les dangers auxquels peuvent être exposées de Jeunes filles sans parents, sans protecteurs, au loin de leur famille, dans un milieu mixte.Bien que le but principal de l\u2019œuvre du Patronage ait été surtout de procurer aux ouvrières, dans le sens propre du mot, un asile sûr et convenable, il est juste cependant d\u2019expliquer que les travailleuses de diverses catégories ne sont pas exclues de cette ruche.On y admet aussi des employées de magasins, de bureaux, des assistantes-gé- rantes de manufactures, etc.On y voit même actuellement une toute mignonne professeur d\u2019élocution, et même des dames, toutes celles enfin qui travaillent pour vivre et qui préfèrent la vie tranquille de cette maison à la vie plus ou moins tapageuse des pensions mondaines.Primitivement, cette maison, sise à l\u2019angle des rues Lagauchetière et St-Urbaïn, portait le nom de \u201c\u201c Refuge de la Passion\u201d, et était sous le contrôle immédiat des MM.de St-Sulpice.C\u2019était plutdt un bureau de placement qu\u2019une maison de pension.Depuis qu\u2019à la demande de M.Colin, Supérieur de St-Sulpice, les Sœurs de la Charité ( Srs Grises ) en prirent la direction, le 6 août de l\u2019année 1895, cet établissement porte le nom de Patronage d\u2019Youville, en souvenir de leur Vénérable Fondatrice.Ce ne fut qu\u2019en 1900, lors de l\u2019agrandissement de la maison, que les ouvrières et autres travailleuses furent admises en grand nombre comme pensionnaires.- 163 Réponses aux questions posées : 1.\u2014Situation faite à la femme dans le travail de bureau.Cette situation est ordinairement satisfaisante sous lé rapport des heures de travail et du salaire accordé à \u2018une personne compétente.Cependant, un point me parait susceptible d\u2019amélioration, à savoir : Pourquoi le salaire accordé à un homme est-il toujours de beaucoup plus élevé que celui accordé à une femme ?lorsque tous deux sont placés dans une position analogue ; que ce soit pour la comptabilité ou lé travail plus varié de bureau, comprenant la sténographie, clavigraphie, etc.Je sais bien que la réponse à cette question sera celle-ci : L'homme, chef de famille, ayant charge d\u2019ames, doit nécessairement avoir un meilleur salaire que la femme.Mais, en posant ma question, j'ai dit : L\u2019homme et la femme placés dans une position analogue, c\u2019est-à-dire, que beaucoup de femmes sont également chefs de famille, ont charge d\u2019âmes, font en tous points le même travail que les hommes, en y apportant généralement plus d\u2019intérét et de dévouement.alors, pourquoi ne pas désirer et chercher le moyen d\u2019établir une échelle de salaire plus juste et plus favorable à la femme.* 2\u2014Moyens à suggérer pour développer la compétence de l\u2019employée.; En premier lieu, qu\u2019il y ait nécessité réelle de travailler ; puis, qu\u2019on y mette de l'intelligence, de l\u2019esprit d\u2019observation, et surtout de la persévérance à garder une position, se souvenant que \u2018\u2018 pierre qui roule n\u2019amasse pas mousse \u201d.3.\u2014Movens à suggérer pour protéger la moralité de la femme qui travaille ailleurs qu\u2019à son domicile.Pour arriver à ce résultat désirable, je voudrais qu\u2019il fut possible d\u2019éliminer des positions de bureau toute personne n'étant pas strictement obligée de travailler pour vivre.La carrière est déjà encombrée, et cependant, qui connaît le nombre des collèges d\u2019affaires, de professeurs privés, etc., déversant sans cesse de nouvelles aspirantes aux positions de bureaux, aspirantes nécessairement sans expérience, faisant cependant tort aux autres par le fait d'offrir leurs services à un salaire ridicule.Quelque chose de plus triste encore, c\u2019est de constater qu\u2019un grand nombre de jeunes filles ne choisissent cette carrière de bureau que pour se soustraire aux travaux du ménage, pour se donner quelques colifichets de plus au moyen du salaire cagné, et même pour chercher quelques aventures qui se produisent par trop souvent.Pour ma part, je tiens de la bouche même d\u2019une de ces demoiselles à l\u2019esprit aventurier les\u2019 paroles suivantes : \u2018Je travaille parce que je le veux bien.Mon père a une bonne position et maman voudrait bien me garder à la maison ; mais il faudrait lui aider au ménage et je n\u2019aime pas cela.Puis, je garde ce que je gagne pour ma toilette ; puis encore, à sortir ainsi chaque jour, on rencontre des messieurs \u2014 on \u201c flirt \u201d \u2014 on s\u2019amuse \u201d.Pour conclure sur ce sujet, j'ajoute que si notre Fédération Nationale trouvait le moyen d\u2019éliminer des emplois de bureau les trop jeunes filles et celles qui n\u2019ont pas absolument besoin de travailler pour vivre, elle contribuerait ainsi à améliorer le sort de toutes.A mon avis, le travail de bureau n\u2019est pas une école de vertu.4 \u2014Préparation de la jeune fille à sa vocation maternelle.Ce qui précède peut, il me semble, servir de réponse à cette quatrième question.164 S1 l\u2019on pouvait établir un bureau de contrôle, sanctionné par la loi, où les aspirantes aux positions de bureaux devraient donner leurs raisons pour être admises dans la carrière, il me semble que ce serait là un moyen de retenir chez leurs parents un grand nombre de jeunes filles, et par le fait, de les mettre en état de se mieux préparer à la vocation maternelle en s\u2019initiant auprès d\u2019une nière dévouée aux vertus domestiques et aux travaux du Ménage.165 3 * 4 (Suite) Rapport du Patronage d\u2019Youville, par Mademoiselle Maria Auclalr M.le Président, Mesdames, Etant une des plus anciennes pensionnaires de Patronage, je me fais un plaisir de faire connaître quelques autres détails de cette maison qui est toujours appelée vulgairement le refuge, à cause de son nom primitif, si le mot est employé dans ce sens-ci, par exemple : refuge des jeunes filles sans travail, comme on avait déjà fait allusion, par erreur sans doute, ce qualificatif ne plait nullement aux résidentes.Le Patronage d\u2019Youville est certainement un refuge, parce que les personnes qui s\u2019y refugient, sont presque toujours des jeunes filles sans protecteurs, sans parents, et aussi lorsqu\u2019elles sont éloignées de leur famille et soucieuses de se conserver bonnes, car, dans cette bergerie les moutons noirs y sont bannis ; ils ne s\u2019y reposent jamais d\u2019une conduite repréhensible, comme se permettent quelques fois de dire certaine gent grossière à des jeunes filles inexpérimentées.Les demoiselles plus âgées ainsi que quelques dames n\u2019aimant pas le bruit du monde, v trouvent aussi le repos.Au Patronage d\u2019Youville nulle n\u2019est isolée ; la vie de famille s\u2019v pratique telle que nous l\u2019enseigne l\u2019Eglise.Les religieuses qui en ont la direction déploient un dévouement maternel auprès de toutes.Dans les épreuves comme dans l\u2019adversité, nous trouvons auprès d\u2019elles des consolatrices et des conseillères bien appréciées.Au nombre des religieuses se trouve une professeur de piano émérite auprès de laquelle les demoiselles douées de l\u2019art musical étudient avec succès.Le Patronage d'Youville a une chapelle privée où se dit la messe presque tous les matins.Il v a toujours de vaillantes matineuses qui s\u2019y rendent pour remercier le Seigneur et offrir leur 166 ud dite a labeur quotidien.+ Depuis trois ans, nous avons l\u2019insigne bonheur de passer à tour de rôle une heure d\u2019adoration devant le St.Sacrement de l\u2019Autel pendant les Quarante Heures, vous pouvez juger de l'empressement de chacune, en disant que personne n\u2019est sollicitée ; toutes s\u2019offrent.Un autre avantage, dont les demoiselles pensionnaires jouissent depuis à peu près un an, ce sont des cours donnés gratuitement par les Dames du Sacré-Cœur, rue St.Alexandre.On y enseigne l\u2019anglais, le français, l\u2019 arithmétique, la grammaire, le catéchisme de persévérance et le chant.Nos anglaises et nos Canadiennes-tran- Çaises, qui ne connaissaient alors que leur langue maternelle, peuvent déjà se comprendre réciproquement.À tous ces avantages se joint une lacune, qui pourrait pourtant disparaître, si nos philanthropes Canadiens-français avaient la même ambition que leurs concitoyens Anglais de donner aux ouvrières plus de confort.Ces messieurs n\u2019ont rien épargné en faisant construire une maison de pension moderne et dans un des plus beaux quartiers de la ville.Car après une journée de labeur, tel que la couture et les diverses autres industries où la plupart des jeunes filles travaillent à ta pièce, que l\u2019ouvrière a besoin de récréation et de repos ! Où se recréera-t-elle ! Dans sa chambre ; c\u2019est tout ce qu\u2019elle a pour partage, mais ça ne suffit pas.Il faut pour les jeunes de l\u2019exercice récréatif.Pour cela nous aurions besoin d\u2019un plus grand local, d\u2019une salle de récréation, où s\u2019élèveraient à l\u2019envie les valses et les sauteries, car nous en avons souvent de ces récréations.Parmi les pensionnaires, il y a toujours de bonnes musiciennes : les jeunes filles s'amusent ainsi entre elles, oublient le théâtre et tout autre divertissement.Nous aurions aussi besoin d\u2019un plus grand parloir, afin que les demoiselles pensionnaires reçoivent en plus grand nombre, car à peine trois ou quatre personnes ont de la visite qu\u2019il n\u2019y a plus de place ; force à celle qui reçoit un ami d\u2019aller faire une promenade.Conclusion, le Patronage d\u2019Youville a besoin d\u2019agrandissement, pour faciliter Re développement de l\u2019œuvre.Me serait-il permis de suggérer à la Fédération St.Jean-Baptiste d'obtenir, du gouvernement ou de la ville, un octroi comme les autres institutions ont reçu.QUESTIONS & REPONSES.(1 ) Donnez un aperçu général de la situation faite à la femme dans le travail que vous exécutez ou l\u2019emploi que vous occupez.Dans les manufactures, généralement parlant, chaque femme, à son occupation quotidienne, parait heureuse de son sort ; les exceptions sont celles qui n\u2019ont pas la santé et les forces suffisantes pour faire le trajet qui les séparent de leur résidence à la \u2018manufacture sans y arriver à demi épuisées.Je ferai connaître\u2019 plus de détails dans mon autre rapport.Dans les magasins, les commis sont épuisées de se tenir debout en arrière d\u2019un comptoir depuis 8 hrs a.m.jusqu\u2019à 7 hrs p.m., et un grand nombre d\u2019entre elles travaillent souvent le soir et le samedi jusqu\u2019à minuit.Les patrons devraient donner des sièges aux commis, et les diviser en plusieurs groupes, afin qu\u2019elles ne travaillent qu\u2019une ou deux soirées par semaine, v compris le samedi.167 S'il en était ainsi, ces messieurs accompliraient un acte philanthropique et humanitaire.2 )\u2014Quels moyens suggérez-vous pour développer l\u2019habilité de l\u2019ouvrière et la compétence de l\u2019employée ?Chez les ouvrières, celles qui ont connu les déboirs que rencontre une personne sans expérience qui a besoin de gagner sa vie, l\u2019école technique est demandée.C\u2019est le seul moyen et le plus pratique à développer les Aptitudes individuelles pour les employées de manufacture.3)\u2014Quels moyens suggérez-vous pour protéger plus efficacement la moralité de la femme qui travaille ailleurs qu\u2019à son domicile ?Il devrait y avoir une loi qui défendrait aux patrons d\u2019employer des personnes des deux sexes dans un même département, comme le pratiquent certains juifs ou certaines maisons où il y a \u2018des juifs contremaîtres, gérants ou dessinateurs, et ayant le contrôle des opérateurs et des opératrices.Dans les magasins ou petits départements de manufacture, il serait à désirer que les employés ne tiennent aucune conversation entre eux, excepté pour ce qui concerne le travail.Patrons et clients seraient mieux servis.ETE 168 - Rapport du Cercle des Demoiselles de la Paroisse St.Pierre, par Mlle G.Adam M.le Président, Mesdames, Réponse à la question: \u2018\u2018 Donnez un aperçu général sur la situation faite à la femme dans le travail que vous exécutez ou l\u2019emploi que vous occupez ?\u201d Je me fais l\u2019interprète des employées des magasins de fourrures en gros pour faire connaître que les conditions de travail de ces jeunes filles ne sont pas satisfaisantes.D\u2019abord l'atelier est généralement situé dans l'endroit le plus sombre et le plus reculé du magasin, et ces salles, remplies de fourrure, sont souvent loin de répondre aux règles les plus élémentaires de l\u2019hygiène : la lumière, la ventilation, la propreté faisant généralement absolument défaut.C\u2019est dans ce milieu si préjudiciable à sa santé que la jeune fille est obligée de passer 94 heures parjour, outre les heures supplémentaires qu\u2019on lui impose assez souvent.Ce travail s\u2019exécute pour des salaires minimes, et sous la surveillance de contre-maîtres dont l\u2019unique souci est de faire faire le plus d\u2019ouvrage possible, dans l\u2019espace de temps le plus restreint : considérant les employées comme des machines dont il faut retirer, à tout prix, les plus gros profits possibles.Ainsi, ce qu\u2019il faudrait pour améliorer la situation de ces ouvrières, ce serait d\u2019obtenir, pour faire leur travail, un local propre, bien éclairé et bien ventilé ; puis, la réduction de la journée à huit heures ce qui serait bien suffisant pour des jeunes filles qui ont souvent à faire un trajet de près d\u2019une heure pour aller et revenir de leur travail.169 (Suite) Rapport du Cercle des Demoiselle de la Paroisse St.Pierre, par MIlé E.Laurence A M.le Président, Mesdames, Quels moyens suggérez-vous pour développer l\u2019habileté de l\u2019ouvrier et la compétence de l\u2019employée ?: Rép.\u2014Les cours techniques seraient un puissant et précieux moyen de développer l\u2019habileté des ouvrières, chacune dans sa profession respective.: ; ; Je sais par expérience, quels services les cours de couture, par exemple, qui se donnent ici au Monument National ont rendus, tant à des jeunes filles qui avaient seulement la légitime ambition de se rendre utiles dans [a familles qu\u2019à de nombreuses ouvrières qui, profitant des leçons reçues le soir, à ces cours, abrégeaient de beaucoup le stage qu\u2019elles auraient été forcées de faire chez des modistes, avant d\u2019être en état de pouvoir gagner leur vie.Même pour un bon nombre, ces cours suffisent pour développer d\u2019heureuses dispositions, et pour permettre à celles qui les suivent assidument de se tirer d\u2019affaire d\u2019une manière très convenable, après un temps relativement court.Mais je suis d\u2019avis que si nous avions la bonne fortune d\u2019avoir des cours\u2019 techniques pour les femmes, ici à Montréal, ces écoles devraient être réparties dans divers endroits de la ville, pour que les jeunes filles qui ont le désir d\u2019en profiter ne soient pas obligées, après une journée de dur labeur, de parcoûrir des distances considérables pour s\u2019y rendre.Ces cours seraient très avantageux, pour l\u2019ouvrière ainsi que pour la jeune fille, qui n\u2019étant pas obligée de lutter pour l'existence, doit cependant se préparer pour sa future mission d\u2019habile et parfaite maîtresse de maison, Ae 170 Rapport de l\u2019Association des Journalistes, par Mde Côté.(Colombine) Madame la Présidente, Mesdames, Monsieur l\u2019Abbé, Messieurs, Il est des sujets tellement délicats qu\u2019à les effleurer on les souille: C\u2019est la blanche couronne d\u2019illusions qui fleurit le.front des jeunes filles et qu\u2019un soufle mauvais effeuille ; ce sont les bourgeons d'avril qu\u2019un vent du Nord meurtrit comme une morsure ; c\u2019est la fraîcheur veloutée d\u2019un fruit nouveau adhérant aux doigts profanes qui osent le toucher.Comment sans la blesser se permettre une allusion à l\u2019angélique pudeur de la jeune fille, comment ne pas faire rougir son front candide, comment ne pas troubler la sérénité de son regard ?Demandons à l\u2019hospitalière son secret, quand penchée sur les honteuses plaies de l\u2019humanité, sa figure reste lumineuse et pourquoi sa main ne tremble pas quand elle fait un pansement humiliant.C\u2019est que sa pensée sans doute plane au-dessus de ces misères, c\u2019est que son œil épuré voit tout à travers la transparence de son âme de cristal et qu\u2019elle est tout entière au beau rêve humanitaire qu\u2019elle poursuit.Ainsi en sera-t-il de vous, Mesdames, qui entrevoyez aussi un noble idéal à atteindre : la régénération de la femme.Il devrait être dans la destinée que toute cette armée de femmes marchant à la conquête du pain quotidien arrivât victorieuse, sans une déception.Cependant le lugubre char qui vous suit, le matériel d\u2019hôpital, l\u2019odeur fade des anesthésiques disent qu\u2019un grand nombre seront mises hors de combat.Quelques-unes mourront vaillamment, d\u2019autres succomberont à quelque fièvre malsaine, résultat dit-on de la promiscuité.Je laisse la radieuse armée s\u2019élancer à la conquête de l\u2019humanité et je m\u2019arrête à l\u2019instar du bon Pasteur au bord du fossé \u2018où gisent les malheureuses brebis séparées du troupeau.Comme le 171 Maître, je voudrais les endormir dans mes bras, ces pâles victimes \u2018d\u2019un sort méchant ; je voudrais les Lercer avec des paroles de man- > suétude, moi qui sais combien elles sont peu coupables.Mais -mes paroles n\u2019arriveraient pas à leur entendement que le délire trouble déjà.Un sommeil comateux les guette d\u2019où elles ne sortiront jamais que pour tomber dans la grande ombre silencieuse.Le Christ dit : il y aura toujours des pauvres parmi vous.Je crois qu\u2019en faisant cette affirmation, Il a eu raison sur le communisme.Les plus grands économistes disent également : il y aura toujours parmi vous de ces femmes dont Jésus s\u2019est fait le défenseur quand il terrassa les hypocrites par cette véhémente apostrophe : \u201c Que celui qui n\u2019a jamais péché lui jette la première pierre.\u201d C\u2019est le désespoir du moraliste de se heurter à un mal nécessaire, fatal.Tout de même notre devoir est de lui arracher le plus de victimes possible, surtout celles qui par leur énergie et leurs bonnes intentions semblent destinées à remplir une plus noble mission que de servir d'assainissement aux grandes villes.Quand la tempête balaie de frêles arbrisseaux déjà courbés vers la terre, la nature ne s\u2019émeut guère, mais quand le chêne ou l\u2019érable est frappé au cœur, le sol gémit et la forêt hurle de douleur.; Cela me semble un désastre quand une brave petite ouvrière, une travaillante, une industrieuses abeille de la ruche humaine est détournée de son devoir, car elle n\u2019est pas un de ces oiseaux de luxe qui étalent du matin au soir leur traîne étincellante de pierreries et de couleurs, ou nous assourdit par un inéessant babil vide de sens ; c\u2019est l\u2019humble artisan de nos industries nationales ; c\u2019est une des pierres fondamentales de notre prospérité future qui s\u2019effrite.Si la désagrégation s\u2019accentuait, si trop de ces pierres venaient à manquer, .tout croulerait.Si donc l\u2019ouvrière, la travailleuse est la créature nécessaire, il importe de remonter aux sources du mal qui peut nuire à son action bienfaisante.Je demanderais qu\u2019une statistique vraie nous:éclairât sur la profondeur du mal, jusqu\u2019à quel point, il nous contamine, afin d\u2019y porter le remède en temps opportun.Pour moi, en visitant les prisons, les maisons de réforme, les maternités, je n\u2019ai eu qu'un but, recnercher la cause du mal.Elle est ici, peut-être plus qu\u2019ailleurs, l\u2019ignorance, résultant d\u2019une éducation prude, dans laquelle la culture du sens moral fait totalement défaut.Je ne vous apprendrai rien, Mesdames, en vous disant que le personnel de ces maisons de souffrances se recrute presque absolument chez la gent illettrée, quelques-unes ne savent ni lire ni écrire.Comment faire pour que celles qui doivent pour arriver à gagner leur vie traversent cette fournaise ardente de la notre civilisation barbare en sortent miraculeusement indemnes, comme il advint aux fils d\u2019Israël ?Cherchons ensemble.L'éducation donnée à la jeune fille avons-nous dit, joue un rôle néfaste dans l\u2019abaissement du niveau moral des classes ouvrières, mais il convient de dévoiler son complice, son âme damnée, celle qui par de coupables prédilections, par des rigueurs criminelles justifie le vice et poursuit les déchues de son implacable vindicte : la Société.On accable de mépris la femme tombée, mais on porte le séducteur aux nues.Les mamans soupirent avec hypocrisie au récit des prouesses amoureuses de leur mauvais garnement de fils, mais elle ne tenteront pas une sévère admonestration 4 ce Don Juan dont elles sont 172 fières intérieurement.Elles ne feront pas un pas pour aller consoler la pauvre enfant flétrie abandonnée, rejetée comme un fruit desséché dont on a bu la fraîcheur.Voudront-elles seulement réparer le mal, l\u2019irréparable outrage ?Tendront-elles:à cette naufragée la planche de salut qui les aide à triompher dela vase du fond où des herbes gluantes la tiennent enchaînée ?Allons donc, elles seront les premières à accabler la malheureuse, à lui prodiguer les épithètes les plus humiliantes.En vain, plaiderez-vous la cause de sa jeunesse, de sa beauté, de son innocence en apportant comme circonstances atténuantes les multiples tentations qui viennent assaillir la jeune fille naturellement coquette, éprise elle aussi du beau, le danger de jouer dans le chiffon et la sole, quand le miroir vous renvoie une silhouette gracieuse bien mieux faite pour plaire que la grosse dame à qui elles sont destinées et dont la laideur massive est accentuée par ces tissus vaporeux.Mais la société et la loi restent sans pitié et ne pardonneront jamais.Sans doute que pour être si sévère, on a armé cette Jeunesse pour la lutte, on l\u2019a ,préparée dans la coulisse à son rôle, on l\u2019a avertie des dangers qu\u2019elle allait courir.Voyez plutôt.La petite ouvrière arrive à l\u2019atelier par une pluie battante fraîche comme un bouquet, quelques gouttes d\u2019eau à peine au bout de ses frisures, comme pour lui donner pius l\u2019apparence d\u2019une fleur humide de rosée.Un imperméable protège sa robe de la\u2019salissure des dalles, de petites claques lui ont permis de trottiner dans la boue sans que la pointe de ses souliers vernis en soit ternie, des manchettes en papier blanc sauront garantir de la poussière les poignets roses.mais la petite âme de la vierge arrive, elle, vêtue à peine de ses mousselines baptismales, avec ses naïvetés et ses étonnements qu\u2019elle laisse voir.Rien pour la protéger des regards qui brûlent et des propos qui salissent.Elle marche vers l\u2019abîme couvert de fleurs, la tête perdue dans la clarté, les lèvres esquissant un sourire et nul ne lui dire crie : casse-cou ! Cette enfant pourtant a une mère, une sœur, une amie qui eut dû la renseigner sur son devoir.Mais non, la mère, la sœur, l\u2019amie se récusent : \u2018\u201c Ce n\u2019est pas moi qu* lui apprendrai le mal, j'aurais bien trop honte à causer de ces choses.\u2019 Connaître et faire ne sont pas synonymes ; écrire poison sur une bouteille n\u2019est pas insister à s\u2019empoisonner.C\u2019est cette fausse honte qui fait qu\u2019on laisse la jeune fille ignorante des lois physiologiques inhérentes à son sexe et dont la connaissance l\u2019eut empêchée de commettre des imprudences qui compromettent sa santé et celle de ses descendants.Education ca- chotière, que l\u2019on ne peut assez flétrir, car elle donne de fausses notions sur la vie et les choses, parce qu\u2019une jeune fille n\u2019est pas une fleur en cire que l\u2019on conserve sous verre, et que ce qu\u2019on lui cache aujourd\u2019hui lui sera brutalement révélé demain.Je sais telle jeune femme malheureuses à mourir, séparée d\u2019un mari qu\u2019elle eut aimé, J'en suis certaine, si elle eut été préparée à son rôle d\u2019épouse.Mais non, ces impies méconnaissent l\u2019action divine dans la nature.Ils osent recouvrir sa chaste nudité de leurs dentelles hypocrites, de leur flou mensonger.Au lieu de glorifier la maternité, de la peindre rayonnante sous sa triple couronne d\u2019épines, ils l\u2019obligent à se dissimuler honteusement sous l\u2019allégorie à se farder de fausses couleurs comme une dévoyée.Tous les pays n\u2019ont pas des idées aussi arriérées et nous aurions à prendre des leçons des peuples qui tiennent pourtant le bas de l\u2019échelle progressiste.En Irlande, au 173 lieu de la garde mercenaire, de la matrone radoteuse, c\u2019est la jeune fille qui assiste la mère à la naissance des derniers arrivés.Ce doit être un adoucissement à l\u2019anxiété de la martyre que le spectacle de cette sympathie vraie, de ce cœur qui bat à l\u2019unisson du sien; ce doit lui être une consolation de penser que son petit dès qu\u2019il ouvrira les yeux sentira rayonner sur son corps frileux d\u2019oiseau déplumé, la chaleur d\u2019un amour sans borñes.Que c\u2019est bon d\u2019être ainsi désiré et accueilli par la sœur aînée devenue une seconde mère.L\u2019enfant que l\u2019on a mis au monde est un peu à soi.Jamais le premier vagissement d\u2019un nouveau-né ne s\u2019oublie quand une fois vous l\u2019avez entendu.Ce faible cri devient comme le signal d\u2019un agenouillement, c\u2019est le \u201cnatus est\u201d des messes de Noël ! Une trouée lumineuse s\u2019ouvre dans la nue sombre et l\u2019avenir tout lumineux vous apparaît.L\u2019instant est solennel, le cœur se gonfle d'émotion comme s\u2019il allait éclater puis soudain des larmes jaillissent des yeux et coulent lentement sur les joues, douces comme une pluie d\u2019été.La jeune Irlandaise vient de passer la plus dure épreuve de\u2018 son noviciat préludant à la maternité.Elle peut, si elle est vaillante en embrasser le sublime état.Ce n\u2019est plus une illusionnée, une somnambule qui marche en rêve vers un monde irréel, c\u2019est une femme dans la noble acception du mot.Fiancée, elle porte au front la sereine gravité de sa mission, courageusement elle en accepte les joies et les souffrances : à travers les palmes du Jardin des Olives, elle aperçoit le calvaire.Au lieu du bonhomme Sept-heures, du Quêteux, dont on menace les enfants qui s\u2019obstinent à vouloir sortir \u2018à la tombée du jour, par- lez-leur en termes plus clairs de ce personnage qui guette les enfants à la sortie de l\u2019école ou des magasins.Il n\u2019a pas ue gros yeux à fleur de tête, mais un ignoble sourire aux lèvres et des paupières qui clignotent.Des crocs.?Non, mais une moustache cirée.Des griffes.! Allons donc, ses petites mains gantées de frais jouent avec une canne à pommeau d\u2019or.L\u2019odeur du sang ne revèle pas sa présence, un léger parfum accuse seul le passage du monstre.Le bonhomme Sept-heures au lieu de grognements vous souffle sous la nuque en marchant sur vos talons des compliments bêtes qui vous font rougir.Il vous attaquera avec une boîte de bonbons, un billet de théâtre ou un fichu de dentelle.Est-ce ainsi que l\u2019on nous dépeint celui qui mettra toute sa ruse à triompher de votre vertu ?Non hélas ! De bons petits livres roses ou bleus que l\u2019on vous a mis dans les mains ont parfait l\u2019éducation familiale.Des romanciers à l\u2019eau de rose y ont brossé la vie lisse et claire comme une aquarelle.Les héros y sont sans faiblesse, sans.défaillance.Ils ressemblent plus à des dieux qu\u2019à des hommes.Ilg:sont tous sincères, tous loyaux, tous fidèles ! Ces amoureux incomparables épousent toujours les petites demoiselles à qui ils comptent fleurette.De l\u2019abandon, du désespoir, de l\u2019agonie sur un lit d\u2019hopital ?Motus.La pauvrette apprendra la vie à ses dépens.Ah ! qu\u2019ils seraient coupables, s\u2019ils savaient le-mal qu\u2019ils font ces éducateurs inconséquents, avec ce déplorable système d\u2019intoxication.Pourquoi tenir ces jeunes cerveaux sous l'influence de l\u2019ivresse sentimentale ?Ne craignez-vous pas la dépression et les chutes à bas de l\u2019idéal au douloureux réveil ?: 174 Voyez.à l\u2019âge où garçonnets et fillettes\u2018 zèzaient encore, nul souffle brûlant n\u2019agite leurs boucles blondes ou brunes, leurs prunelles peuvent se mirer sans ombre et pourtant on les sépare déjà.Comme pour faire naître en eux l\u2019idée du mal qu\u2019ils ignorent on leur défend de mêler leurs jeux.Et par une étrange aberration, plus tard à l\u2019adolescence, quand l\u2019imagination s\u2019éveille, quand la jeunesse leur monte à la tête, alors on abat les barrières et jeunes filles et garcons sont lancés ensemble sur la scène du monde.Ce que l\u2019on a préparé arrive et l\u2019on s\u2019en étonne !\u2026.Adam lui-même ne reconnaîtrait plus la chair de sa chair, l\u2019âme de son âme, tant on a réussi à les rendre étrangers l\u2019un à l\u2019autre.Ils n\u2019ont pas la même instruction, ni les mêmes goûts, ni les mêmes aspirations.Ils ne parlent pas le même langage.La jeune fille voit à travers un prisme poétique le premier jeune homme qui lui adresse la parole.Elle croit déjà tenir un héros de ses romans familiers.Elle le pare de sa fraicheur d\u2019âme, de sa.tendresse avide de se prodiguer, c\u2019est son rêve qui s\u2019incarne et qu\u2019elle prend pour une réalité, c\u2019est un reflet d\u2019elle-même qu\u2019elle adore.; Le jeune homme à qui l\u2019on n\u2019a pas inculqué le culte de la femme, ne comprend rien à l\u2019émoi qu\u2019il provoque.Dans ce petit cœur qui bondit vers lui, il voit un jouet amusant, quitte à le briser quand il en sera fatigué.On s\u2019est bien gardé de lui dire qu\u2019entre toutes les femmes, celle qui travaille a le plus droit à son respect à sa sollicitude.Non seulement il a le devoir de la protéger, de lui: adoucir son sort, de faire qu\u2019on n\u2019abuse pas de sa faiblesse.Il doit voir à ce qu\u2019elle ait de air pur, de la lumière, parce que cette femme, c\u2019est la mère de demain, et.quand le tronc manque de sève, les rejetons sont bien tristes.Mais surtout, il doit veiller à son hygiène morale, la défendre et contre tui-même, et contre tous.Qu\u2019elle soit sacrée à ses yeux comme l\u2019arche d\u2019alliance, puisqu\u2019elle renferme le saint des saints, l\u2019auguste espérance de notre race.La profaner c\u2019est attenter à la majesté du mystère qui enveloppe la vierge, c\u2019est tuer dans sa fleur, peut-être, l\u2019indépendance de notre pays qui nous viendra d'un sauveur à naître.Et pourquoi abuser d\u2019un triomphe facile ?On lui a jeté cette petite pieds et poings liés.Il est le maître, s\u2019il exprimait une fantasie, on n\u2019oserait lui résister dans la crainte de perdre une position lucrative.Raison de plus\u2018 pour ne pas abuser de cette inconscience.Voilà, mères, ce qu\u2019il faudrait dire à vos fils, voilà le petit grain d\u2019idéalisme qu\u2019il faut jeter dans les jeunes cerveaux afin de spiritualiser des instincts par trop matériels.Voulez-vous équilibrer les choses, souhaitons aux filles plus de sens pratique, aux garçons un peu plus de saine poésie et de noble élévation dans leurs sentiments.N'avez-vous pas ew singulièrement surprises de constater qu\u2019un si grand nombre de filles de la campagne sont détournées de leur devoir ?Est-ce à dire que l\u2019air des champs soit délétère ?Non, cent fois, mais ces belles jeunes filles qui nous arrivent de là-bas sont encore plus naïves, plus inexpérimensées parfois que les citadines et par contre deviennent des proies plus faciles.Quand tout étonnées, tout éblouies, elles viennent frapper nos plages mouvantes, les pauvrettes tombent dans les pièges qui leur sont tendus partout.Ah ! ils sont habiles nos chasseurs.Avez-vous vu comme ils dressent des outardes pour leurs exploits cynetigiques ?Ces bêtes dénaturées accompagnent les Nemrod et leurs meutes, crient pour atitirer leurs sœurs des forêts 175 et les faire tomber sous le plomb meurtrie.Oui, il y a.des femmes qui jouent ce rôle inique d\u2019embaucheuses.Sous le masque de l\u2019honnêteté et des cheveux blancs, elles attirent à elles les jeunes filles qui vont de confiance vers des mains de femmes tendues pour les recevoir dès que le train a stoppé et que toutes désorientées elles ne savent où aller.Comme elles remercient avec effusion la bonne dame qui se chargei de les piloter dans cette Babylone.Hélas, le plus souvent les malheureuses tombent dans un odieux guet-à-pens.Elles s\u2019éveilient dans les maisons louches, flétries, déshonorées, sans comprendre qu\u2019elles soient là, la tête lourde d\u2019une ivresse étrange et qu'elles n\u2019ont pas voulue.Il en est parfois qui meurent de leur honte, d\u2019autres, et ce sont les plus à plaindre, en vivent.Eh bien ! je demande qu\u2019à côté de ces anges de ténèbres, et pour contrebalancer leur influence néfaste, des femmes de notre fédération jouent le rôle d\u2019anges gardiens.Ne pourraient-elles se rendre aux gares à l\u2019arrivée des trains et quand elles voient des jeunes filles, des femmes, bousculées dans la cohue des voyageurs, étourdies, allant de droite à gauche comme une balle qu\u2019on se renvoie.Les agents impatients répondent : Comprend pas.Les cochers crient : ici !.Ne pourrait-on avoir pitié de \u2018eur ahurissement, les arracher à cet enfer de poussière et de bruit et les conauire en lieu sûr ?.\u2026 : La sagesse populaire dit : un homme averti en vaut deux.Je ne crois pas à la perversion native de la femme.La nature qui la destine à être le creuset où s\u2019élabore l\u2019espoir des générations futures ne peut en même temps en avoir fait un foyer à microbes : ce serait contradictoire à ses desseins, attentatoire à la durée éternelle de son œuvre.Non, j'en appelle à la conscience humaine.Si la femme connaissait le chemin qui conduit au déshonneur, si elle savait que telle inconséquence est cause que la société des honnêtes femmes lui sera fermée, que les joies du foyer lui seront interdites, que l\u2019enfant de tout temps désiré par elle n\u2019auna pour partage que la misère ou la honte,croyez-vous qu\u2019elle ne reculerait pas devant la conséquence d\u2019une folie ?La femme est une vestale, quand le feu sacré s\u2019éteint en elle, c\u2019est par une négligence involontaire, ou par accident.Jamais en pleine possession d\u2019elle-même, elle n\u2019a étouffé la divine flamme.Ecoutez le cri de ces pauvres petites, réalisant le lendemain la profondeur du gouffre où elles \u2018sont tombées la veille: Oh '!.si j'avais sul.Eh bien, il faut savoir, voila.Je demande aux tétes dirigeantes du Congrés d\u2019 organiser des conférences out la voix autorisée d'un hygiéniste ou.d\u2019un prétre, traite gravement de ces sujets sérieux.À eux l\u2019obligation de débarrasser la jeune fille des bandelettes de sa puérile enfance, à eux de dessiller ses yeux des taies qui en obseur- cissent la saine vision.Et de grâce, qu\u2019on allume la lanterne, qu\u2019on la débarrasse du brouillard des fables et des allégories, que l\u2019on fasse une projection nette et lumineuses de l\u2019existence réelle d\u2019une.femme appelée à vivre en contact direct avec les hommes et les choses de son temps.Plus d\u2019 artifice de langage, appelons un chat un chat et n\u2019ayons rien à craindre de la lumière : c\u2019est dans l\u2019ombre humide des cases que grouillent les bêtes visqueuses, que pullule la vermine.La situation est désespérée, direz-vous, le mal est sans remède.\u2018Oh ! que nenni, on réforme son éducation on se refait une âme pour 176 l'âme des autres, par le livre.Des auteurs comme Fénelon, comme Madame de Maintenon et plus près de nous Madame la Vicomtesse d\u2019Adhemar, ont mis tout leur cœur dans des pages admirables qui peuvent nous servir de code de morale.Cette dernière vous initiera, \u2014 oh ! avec quelle aelicatesse de toucher \u2014 à la mission que vous avez à remplir dans le monde.Elle sait dire des choses que l\u2019on ne dit pas d\u2019ordinaire, mais qu\u2019on a le devoir de connaître.Elle vous laissera entendre une foule de vérités qui vous choqueraient dans ma bouche, mais qu\u2019importe le flacon, s\u2019il vous donne l\u2019ivresse, dirais-je, parodiant Musset.Buvez dans un verre ciselé la liqueur que je vous offre aujourd\u2019hui et je serai heureuse que vous la trouviez plus exquise et plus pure.oo De la thèse à peine élaborée que je laisse à vos réflexions le temps d\u2019amplifier et de compléter, vous en avez déduit naturellement qu\u2019il appartient à l\u2019âÂme de gouverner le corps, si l\u2019on veut que l'harmonie de l\u2019individu, comme celle de la société soit parfaite.Il importe donc que l\u2019intelligence qui doit imposer ses lois à la matière brutale soit à la hauteur de sa tâche, c\u2019est pourquoi vous devez travailler journellement à renforcir votre volonté, à ennoblir, à cultiver vos facultés intellectuelles.Dépenser la totalité de ses jours à pourvoir à sa pitance, à son logis, à son vêtement, sans mettre de côté un petit instant pour travailler à son progrès moral par la lecture ou l\u2019étude, c\u2019est tourner dans un cercle vicieux qui aboutit nécessairement à l\u2019abrutissement.C\u2019est ce que font les plus infimes bestioles de la création.Encore souvent les vers sortent de leur trou et viennent durant quelques secondes regarder le ciel bleu.Une demi-heure par jour cela semble peu et ces instants bien employés peuvent amener des résultats inespérés, comme de vous apprendre l\u2019anglais dont vous avez tant besoin si vous voulez obtenir de l\u2019avancement, comme de vous faire connaître les chefs-d\u2019œuvre de la littérature, d\u2019augmenter vos connaissances en histoire et en géographie, ete.Puis au lieu de faire écrire vos lettres par celui-ci, celui-là, essayez-vous à la correspondance.Il n\u2019y a que les premiers pas qui coûtent.Après quelques lettres écrites péniblement, la plume marche toute seule, impuissante à contenir les idées qui s\u2019y précipitent tant elles viennent drues et vite.Souvenez-vous que depuis la suppression des titres.et des particules, une femme est supérieure à une autre femme par son degré de culture intellectuelle seulement, plutôt que par la blancheur de ses mains, par le renom de son père, par le chiffre plus ou moins rond de sa fortune.Même sous la tyrannie du travail et du maître, on reste libre, quand débarrasssé des scories de l\u2019ignorance, l\u2019âme plane aux plus pures régions de l\u2019idéal.Représentant, bien humble il est vrai de l\u2019Association des Jour- malistes, je crois être logique avec ma mission en proposant à toutes celles qui languissent dans des positions inférieures faute d\u2019instruction, à toutes celles Gui sont la proie d\u2019un incurable ennui et que partant le vice guette, de faire la cure de l\u2019étude.Ce n\u2019est pas le seul moyen d\u2019enrayer le mal, mais je crois que c\u2019en est un qui vaut la peine d\u2019être essayé.Pour cela je vous engage à vous abonner aux journaux écrits pour ou par des femmes : le Journal de Fran- Çoise et le Conseil des Femmes.Grâce au patriotisme de Mesdames Dandurand et de Françoise, les femmes maintenant ont accès au journalisme.Ces vaillants écrivains ont pratiqué une brêche dans le mur des vieux préjugés par où 177 8 3 $ t A nous pouvons passer pour faire mousser nos intérêts et triompher la morale et le bien.Voilà ce que des femmes ont fait pour d\u2019autres femmes, faisons leur notre salut.Le flot de l\u2019égoïsme et de l\u2019indifférence monte toujours, menaçant.de nous submerger.Votre petite barque est bien faible pour lutter avec cette puissance ténébreuse qui brise en aiguillettes de fortes armatures en fer, qui coule sans merci d\u2019agiles cuirassés bardés d\u2019acier, mais ne perdez pas de vue la boussole, qui vous permet de vous diriger sûrement en pays inconnus, suivez l\u2019orientation de votre conscience.D\u2019autres vous diront de regarder la nue, qu\u2019il y a là des astres bienveillants qui dardent des rayons consolateurs sur les humains en dêtresse.Je n\u2019ai pas le geste majestueux qu\u2019il faut pour montrer le ciel.Regardez aussi ce phares qui brillent sans relâche dans l\u2019horreur des nuits sans étoile, c\u2019est la pensée humainé, dont la lueur tremblante vacille, monte et s\u2019exalte, ne la perdez pas de vue, non plus.Soyez attentives à ces bouées que l\u2019on jette toujours plus nombreuses sur l\u2019onde perfide, voyez une main de femme qui trace sur l\u2019une d\u2019elle en lettres de feu : \u201c\u2018 fédération des femmes \u201d\u2019, suivez la.main et l\u2019indication, vous arriverez en port sûr.178 Rapport de l\u2019Association des employées de bureau, par Mme.Bouthillier Monsieur l\u2019Abbé, Madame la Présidente, Mesdames, C\u2019est pour moi une grande satisfaction, d\u2019être appelée à vous entretenir, au cours des séances du Congrès de la Fédération Nationale Saint Jean Baptiste, d\u2019une carrière spéciale ouverte depuis peu aux Jeunes personnes, et qui, grâce à l\u2019activité de celles-ci, a pris une importance qu\u2019on ne saurait mettre en doute.Je veux parler du rôle sans cesse grandissant de la jeune femme ou de la jeune fille comme employée de bureau.Je considérerai, si vous le voulez bien, cette carrière, aux trois points de vue suivants : lo.\u2014Les avantages qu\u2019elle offre aux personnes de notre sexe ; 20.\u2014La situation actuelle où elle se trouve ; 30.\u2014Enfin, ce qui a été fait et ce qui reste à faire pour améliorer cette situation.Depuis quelques années, et suivant en cela la grande loi du progrès, le travail de bureau s\u2019est métarmorphosé.Les méthodes nouvelles suivies dans les affaires, l\u2019invention de la machine à écrire, le développement, l'usage de la.sténographie, le besoin qu\u2019on éprouve, de tous côtés de travailler, à la fois, plus vite et mieux, ont profondément modifié les anciennes façons d\u2019agir et ont donné naissance à une foule d'emplois où la jeune fille trouve à mettre à profit les aptitudes dont la Providence l\u2019a douée.Tandis que l\u2019homme d\u2019affaires conserve la haute direction du travail, avec le fardeau des responsabilités qu\u2019elle entraîne, il a trouvé un précieux auxiliaire dans la jeune personne, qui sans bruit, et discrètement, exécute la tâche qu\u2019on lui confie, avec la délicatesse de son sexe, et y apporte un soin, un ordre et une exactitude qu\u2019on trouverait difficilement ailleurs, parce qu\u2019ils lui sont presque exclusivement particuliers.1 179 % $ 2 9 :B 4 Le travail demandé à la jeune fille est généralement facile, et comprend le plus souvent les fonctions de secrétaire, de correspondante, de sténographe, de clavigraphiste, ou même d'assistante- comptable dans une grande compagnie ou administration qjuel- conque.Comme on le voit, ces différentes occupations sont en rapport avec l'éducation et l'instruction qu\u2019a reçues la jeune personne, aussi bien qu\u2019avec les forces physiques qui lui ont été dévolues par la nature.\u2018 Dans l\u2019exercice de ses fonctions, elle voit rapidement ses facultés intellectuelles se développer.Au contact des gens d\u2019affaires, et soumise qu\u2019elle doit être à la discipline du bureau, elle acquiert bientôt la prudence et l\u2019exactitude qui préviennent les difficultés, le caractère sérieux qui les fait accueillir froidement, et l\u2019expérience qui les fait résoudre.À ces avantages, viennent s\u2019ajouter des notions d'administration et des connaissances légales qui pourront lui être précieuses plus tard, dans la conduite des affaires de sa propre maison.Cette carrière, si la jeune personne est sérieuse, lui permettra de se faire assez rapidement un salaire qui, non seulement pourra lui faire oublier les revers de fortune et les malheurs qui l\u2019auront forcée, peut-être, à entrer au service d\u2019autrui, mais encore la mettra en état de tenir un rang honorable dans la société, et même pourra la conduire à des entreprises plus avantageuses encore.En un mot, une jeune fille sortant de l\u2019académie ou du pensionnat, trouvera là une excellente carrière où elle pourra utiliser les notions acquises pendant ses années d\u2019études, et pourvoir elle-même, et par ses propres forces, à se créer un avenir honorable et à l\u2019abri du besoin.20.Voyons donc maintenant dans quelle situation se trouvent les jeunes personnes qui ont embrassé cette carrière, les dangers qui les y attendent, et les moyens qu\u2019elles.ont à leur disposition pour améliorer leur situation.Etant donné qu\u2019il n\u2019existe aucune statistique établissant le nombre d\u2019employés féminins qui travaillent dans les bureaux de la Ville de Montréal, par exemple, on peut dire, sans être taxé d\u2019exagération, que leur nombre égale au moins celui de ces bureaux, puisque que quelques-uns de ceux-ci emploient chacun plusieurs jeunes filles.Or, il y a une quinzaine d\u2019années, à peine pouvait-on compter par ci, par là, quelques jeunes personnes occupées à Un travail de ce genre.Ce n\u2019est que depuis dix ans, environ, que leur nombre s\u2019est accru suivant une progression extraordinaire dont les causes, si on veut les connaître, doivent être attribuées en partie, comme je le disais au commencement, aux progrès de la sténographie et de la cla- vigraphie, mais aussi au naturel féminin lui-même, s\u2019adaptant mieux à ces positions sédentaires, et surtout, j'ose le dire, aux qualités intellectuelles de la femme, et à son honnêteté, cui lui fait obtenir facilement des postes de la plus haute confiance.Qu\u2019il me suffise donc de dire,.comme preuve de tout ce qui précède, qu\u2019il y a aujourd\u2019hui, à Montréal, un grand nombre de femmes employées dans les bureaux, et recevant un salaire de $500.& $1000.\u2018180 par année ; et que quelques-unes même sont gérantes, pour toute la Province de Québec, de Compagnies d\u2019Assurance qui leur octroient une rémunération de plus de $1200.par an.La moyenne des salaires, qui est de $5.à $7.par semaine, ne tarde pas à s\u2019élever en raison de l\u2019expérience acquise par l\u2019employée.Les heures de travail sont ordinairement assez faciles : généralement de 9 heures du matin à 54 du soir, avec une heure et demie .pour le diner.Cependant, il y a certains endroits où le travail donnerait de meilleurs résultats, si les heures de la journée étaient moins longues, vu la difficulté même de ce travail, et le degré d\u2019application qu\u2019il exige.Espérons que le jour est proche où les patrons, considérant les efforts et la bonne volonté de ces jeunes travailleuses, reconnaîtront, dans des cas \u2018de ce genre, la justice de leurs réclamations.Il arrive encore assez fréquemment, trop souvent même, que ces Jeunes personnes travaillent plus ou moins isolées, dans les locaux défectueux, où manquent l\u2019air et la lumière, ces deux conditions essentielles de la vie.Nous reconnaissons qu\u2019on ne peut pas toujours faire des frais d\u2019installations .particuliére pour la sténographe, mais encore de- vrait-on cependant, comprendre qu\u2019une jeune personne penchée durant une longue journée sur des travaux d\u2019écriture sténographique, a besoin, autant et plus que n\u2019importe qui, de la saine et pure lumière du | jour.La lumiére artificielle de la lampe électrique ou du bec de gaz a beau être tempérée le mieux possible par les réflecteurs et les abat- Jour verts, elle ne vaudra jamais le beau rayon naturel du soleil du bon Dieu.Il y a, semble-t-il, un sujet sérieux de considération, non seulement au point de vue du bien être de la jeune fille, mais aussi au point de vue du patron, dont l\u2019intérêt demande que son travail soit bien fait.Car, comment peut-il exiger qu\u2019une personne dont le principal moven d\u2019action est sa vue, puisse fournir un travail aussi satisfaisant, étant mal éclairée, que celle qui l\u2019est parfaitement ?C\u2019est comme si l\u2019on demandait à un ouvrier armé d\u2019une mauvaise scie, de faire un travail délicat et avec autant de perfection que son compagnon qui lui, serait pourvu d\u2019excellents instruments.Les deux grandes qualités recherchées par les patrons, dans les Jeunes filles qu\u2019ils désirent prendre à leur emploi, sont les capacités et surtout l'honnêteté.Une jeune personne avant reçuune bonne éducation, et étant elle-même, stable et ponctuelle, est presque toujours assurée d\u2019avoir le respect et l\u2019estime du patron.Celui-ci, en effet, trouvera juste d\u2019offrir un salaire convenable à l\u2019employée digne et compétente, ou manifestant, au moins, toute l\u2019attention et l\u2019intérêt nécessaires à l\u2019initiative des affaires du bureau.Je ferai cependant remarquer, à ce sujet, une erreur dans laquelle tombent fréquemment certains patrons, et qui consiste à exiger de la jeune personne qu\u2019ils prennent à leur service, ce que j\u2019appellerai une formation immédiate.Ces patrons ne semblent pas comprendre qu\u2019une nouvelle employée, si riche qu\u2019elle soit en capacités et en qualités personnelles, ne peut donner entière satisfaction qu\u2019au bout d\u2019un certain temps seulement.Le début, en toutes choses, est en eflet, toujours accom- \"181 B 1 H A pagné de difficultés qui tout en tendant à disparaître devant l\u2019énergie de la débutante, entravent cependant, et parfois, sérieusement ses premiers pas.Et il arrive quelquefois que cette exigence outrée du patron paralyse les mouvements et l\u2019esprit de l\u2019employée, même expérimentée, nouvellement entrée dans son bureau.Cela n\u2019empéche pas que la jeune fille intelligente, laborieuse et persévérante, a toutes chances de voir s\u2019améliorer sa situation.D\u2019un autre coté, si celle-ci a des droits à soutenir, des récriminations à faire valoir, et il faut aussi qu'elle sache bien qu\u2019elle a des devoirs à accomplir, et que si elle attend quelque chose de ceux qui l\u2019emploient, ces derniers sont également en droit d\u2019attendre quelque chose d\u2019elle.Et a ce sujet, nous nous demandons si la jeune personne qui aspire à un emploi dans un bureau, s\u2019y présente toujours bien qualifiée ?Possède-t-elle bien les connaissances dont elle a besoin ?en un mot, est-elle bien outillée ?surtout connaît-elle bien sa langue, je devrais dire ses langues, puisque dans ce pays, il en faut posséder deux.Toutefois, quelles que soient les exceptions qui aient pu se produire sur le nombre, je suis heureuse, mesdames, de proclamer avec fierté que, sous ce rapport, les canadiennes françaises sont très recherchées dans les bureaux anglais, à cause justement, de cette connaissance des deux langues que n\u2019ont point leurs compatriotes d\u2019origine anglaise.Je suis heureuse, également, d\u2019avoir cette occasion de rappeler qu\u2019au cours d\u2019un \u201c Business Show \u201d qui a eu lieu l\u2019hiver dernier, à Montréal, un concours de clavigraphie fut ouvert et que c\u2019est une ca- hadienne française qui a obtenu un des premiers prix.- Je me souviens aussi avec plaisir, qu\u2019il y a quelques années, une fillette à peine âgée de seize ans, remporta un succès brillant au bureau des examinateurs pour l\u2019admission à la pratique comme sténo- \u2018graphe officielle.Lors de la démonstration sténographique qui termina les cours publics donnés au Monument National, de toutes jeunes filles encore se distinguèrent par leur habileté et firent grand honneur à leur professeur.Il est donc du plus grand intérêt pour la jeune fille, de viser constamment au perfectionnement de ses connaissances, si elle veut voir sa fonction s'améliorer en raison de ses efforts.Ces efforts produiront certainement leurs fruits.Plusieurs femmes en effet, après avoir acquis dans les bureaux, l\u2019expérience nécessaire, ont ouvert elles-mêmes, dans la ville de Montréal, des bureaux indépendants, et se font, par leur travail, un assez joli chiffre de revenu.' Pourquoi suis-je, cependant, obligée de rappeler qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule femme, à Montréal, qui a pu, et cela seulement après une lutte opiniâtre, conserver le privilège qu\u2019on voulait lui ravir, d\u2019agir comme sténographe officielle : Pourquoi faut-il dire qu\u2019une autre femme possédant cependant tous ses certificats de capacité, s\u2019est vu refuser l\u2019entrée des bureaux officiels par des volontés arbitraires qui s'opposent encore à l\u2019admission des personnes du sexe aux postes de ce genre : : 182 Ceci me rappelant la polémique qui s\u2019engagea à ce sujet dans les journaux, m\u2019amène, Mesdames, à examiner le côté moral de la chose, et à parler des dangers qui attendent, suivant l'opinion de quelques- uns, la jeune personne engagée dans la carrière dont je viens de vous entretenir.II n\u2019y a pas de doute qu\u2019il y a danger dans certains bureaux comme il y a danger un peu partout dans le monde ; que, là comme ailleurs, la jeune fille est exposée à entendre des conversations et des répliques de nature à offenser la délicatesse de ses sentiments, mais il faut comprendre aussi qu\u2019une jeune personne sage et réservée aura vite fait sentir par son attitude, et au besoin, par une parole ferme, qu\u2019elle entend être respectée.Néanmoins, il ne faut pas oublier que les conditions dans lesquelles travaillent les jeunes filles de bureau, isolées les unes des autres, offrent plus de dangers évidemment.Toutefois nous ne devons pas croyons-nous, exagérer les choses ; une foule de nos jeunes filles sont employées depuis des années dans des bureaux, sans avoir pour cela, rien changé aux pieuses habitudes contractées au pensionnat, et, Dieu merci, nous pouvons dire avec un légitime orgueil que, de ce côté, s\u2019il v a eu des défections elles ont été l\u2019infime exception.Nous sommes de celles qui croient aux graces d'état, et nous sommes persuadées qu\u2019une femme chrétienne sent grandir son courage au milieu du danger et qu\u2019une faute, après tout, n\u2019est commise que par qui veut bien la commettre.Comme le disait encore cet hiver, un prédicateur de renom, la femme dont l\u2019influence doit toujours être bienfaisante, saura par sa présence, assainir l\u2019atmosphère d\u2019un milieu, én y répandant la bonne odeur des vertus chrétiennes.Après cet exposé bien incomplet, il me reste mesdames, à vous dire que les employées de bureau forment des projets d\u2019avenir ; car, il me semble, après ce que vous venez d\u2019entendre, qu\u2019elles ont bien le droit de regarder avec confiance du côté de l\u2019avancement et de songer, elles aussi, à améliorer leur position.Quand les rangs des jeunes personnes employées dans les bureaux se furent augmentés, elles ont regardé autour d\u2019elles, elles se sont comptées, et ont compris que si chacune d\u2019elle était faible individuellement, de leur union pouvait cependant sortir une force.Cette force commune qui venait de l\u2019union de toutes ces faibles unités, pouvait à un moment donné, requérir tous les secours et les aides de leurs aînées, et leur demander une protection\u2019 aux jours sombres du malheur.Et voilà comment sous la poussée généreuse des bonnes volontés et dés jeunes énergies, sous le souffle bienfaisant de la Fédération et à\u2018l\u2019ombre du drapeau de la Saint Jean Baptiste, fut fondée le 20 Janvier dernier (1907) l\u2019association des employées de bureau.Elle compte aujourd\u2019hui au-delà de 150 membres qui n\u2019ont qu\u2019un but : s\u2019aider mutuellement et pourvoir à l\u2019amélioration du sort commun.Pour atteindre ce but il faudrait peut-être aborder la question de mutualité ; créer des fonds de secours mutuels et de prévoyance.Certes, la tâche est lourde au premier abord, mais la justice de son entreprise nous est un gage de son succès final.183 Et c'est ici, mesdames, que nous levons avec confiance les yeux sur la Fédération Nationale Saint Jean Baptiste, qui, éprise elle aussi du beau et grand désir de faire du bien, nous réunit dans un congrès autour d\u2019elle.Et s\u2019il m'était permis, pour terminer, de formuler un vœu, ce serait de voir cette jeune association professionnelle, déjà affiliée à la Fédération, grandir sous son égide bienfaisante.ea Ge { 184 Rapport de l\u2019Association des Demoiselles de Magasin, par Mlle Larue M.le Président, Mesdames, Les demoiselles de magasins sont en rapport constant avec le public, et par la nature de leurs fonctions doivent se dépenser avec amabilité pour leur clientèle.Une jeune fille de magasin, par ses Manières affables et ses prévenances fait la fortune des maisons qui l\u2019emploient, n\u2019a-t-elle pas droit d'exiger en retour un peu de sympathie, puisse-t-elle l\u2019éveiller chèz vous, Mesdames, ce soir en vous parlant de sa situation.Il est difficile de poser des règles générales quand il s\u2019agit de la condition de l\u2019employée de magasin, car cette condition varie avec l\u2019esprit de justice, la bonté et la largeur de vue des patrons.Telle maison de renom à Montréal est une véritable maison modèle en ce genre, son chef est un philanthrope bien connu, mais est-ce que la situation de la femme, de l\u2019employée de magasin est réglée toute entière par le chef ?Non, il v a au-dessus d\u2019elle le gérant, enfin l\u2019employée elle-même par son tact, son esprit de devoir, et disons le encore son courage peut devenir l\u2019artisan de sa propre fortune, et de l\u2019aveu de plusieurs d\u2019entre nous, Si nous avions le courage de demander ice qu'il nous faut au lieu de faire des plaintes stériles et de fomenter des rancunes nous améliorerions sensiblement notre condition.Une jeune fille avançait dernièrement qu\u2019elle obtenait tout ce qu\u2019elle demandait, avancement, augmentation de salaire et regrettait profondément de ne pas l\u2019avoir fait plus tôt.Evidemment il se rencontre des patrons au cœur compatissant ; en voici un exemple qui attestera en même temps que travailler n\u2019est pas un plaisir et que d\u2019ordinaire quand une femme le fait c\u2019est qu\u2019elle est dans un besoin pressant.Une jeune fille épuisée par sa vie de labeur, et il y en a beaucoup de ce genre, continuait de travailler \u2018malgré un régime sévère, une diète presque totale que lui ordonnait son médecin, ;il fallait payer les remèdes, or, un jour, rendue à bout de force, la jeune fille perd connaissance à son poste.Quand elle revint à elle, elle était entourée du patron et du personnel de la maison qui lui prodiguaient des soins assidus.En apprenant son histoire, le patron lui 185 i donne immédiatement $40.00 avec ordre d\u2019aller se reposer à la campagne, et voit à ce qu\u2019elle retrouve sa place au comptoir après la convalescence.Ainsi donc ce qui semble le plus nécessaire à l\u2019heure actuelle, c\u2019est d'établir de la confiance entre le patron et l\u2019employé, et d'exposer avec un esprit de justice et de bonté, la situation de l'employé.Celui qui sera le plus frappé peut-être du besoin d\u2019opérer quelques réformes sera le patron lui-même, n\u2019est-il pas le premier intéressé à avoir un personnel satisfait, bien portant et en état de prendre en mains ses intérêts.- L\u2019ouverture des magasins se fait entre huit et huit heuras et demie, le plus souvent cependant à huit, dans certains cas, deux minutes de : retard suffisent pour faire perdre la journée, il faut tout calculer, re- 3 tard des tramways, petite indisposition, etc., donc, il faut faire dili- 3 gence et arriver avant huit heures.1 Pour cela, il faut fixer le lever à six heures et six heures et demie, : car il faut déjeuner et la distance entre le magasin placé dans un 4 ~ endroit fashionable et la maison privée est d\u2019ordinaire fort longue ; à un grand nombre de jeunes filles restent même en dehors de la ville ; l\u2019ouvrage cependant n\u2019est pas pressant le matin, la clientèle se présente tard, mais les heures de répit dans l\u2019ouvrage ne peuvent valoir les bienfaits d\u2019un sommeil se prolongeant une demie heure de plus le matin.| | § Il faut à l\u2019employée Leaucoup de vigueur physique pour rester 3 debout toute la journée, quelques-unes font des prodiges d\u2019énergie | pour poursuivre leur besogne, dans des conditions aussi fatiguantes les chefs ne semblent pas s\u2019apercevoir des dangers auxquels les femmes s\u2019exposent par ces stations prolongées, ils feraient œuvre patriotique ces chefs, pensant à l\u2019avenir de la race, en permettant aux femmes de s\u2019asseoir dans les magasins.: Le samedi, le travail est assurément excessif dans un très grand nombre d\u2019endroits, le travail ce jour-là se prolonge jusqu\u2019à onze heures.Je suis sûre que le patron comme l\u2019employée désirerait avoir son congé plus tôt.Mais les exigences d\u2019une certaine clientèle oblige à tenir ouvert le samedi soir.la mère de famille qui attend la paye de son mari a besoin de magasinèr le samedi soir, et plusieurs personne ne feraient jamais leurs achats si les magasins n'étaient pas ouverts le samedi.Puisqu\u2019il en est ainsi, ne pourrait-on pas obtenir qu\u2019on se relève à tour de rôle dans le travail du magasin le samedi, surtout pendant les heures vides du matin, afin d\u2019établir un A maximum raisonnable d\u2019heures de travail ce jour-là.- Les trois quarts des jeunes filles qui travaillent le font pressées par la nécessité ; elles doivent subvenir à tous leurs besoins et je dirai dans presque tous les cas ont en plus une famille à soutenir.A côté 1 de moi, je vois une jeune fille de vingt ans dont la mère est morte 3 dernièrement, elle avait perdu son père depuis longtemps.Eh bien, 1 cette courageuse jeune fille doit pourvoir à l\u2019éducation et au soutien de six enfants dont le dernier a douze ans, et ces cas sont fréquents.; ; ; \u2014 La moyenne des salaires est de quatre, cinq et six plastres par semaine, ils peuvent monter jusqu'à neuf, dix et quinze piastres.Evidemment, celles-là sont exceptionnellement favorisées et sont arrivées à la tête d\u2019un département, mais les femmes éprouvent de grandes difficultés à arriver à la tête de départements, et chose incroyable, ce sont les femmes elles-mêmes qui y mettent des obstacles.186 Tel grand magasin avait choisi pour la première fois une femme comme gérante, elle était douée de tout ce qu\u2019il fallait pour remplir sa charge avec beaucoup d\u2019esprit de justice d\u2019organisation.Mais la jalousie de ses compagnes lui créa tant tant a embarras qu\u2019on fut obligé de la démettre, et on décida qu\u2019à l'avenir aucune femme dans ce magasin ne remplirait les fonctions de gérante.- Mesdames, voilà notre ouvrage, ne s\u2019en dégage-til pas une rande leçon, ne sommes nous pas souvent les premières coupables, ans nos misères ?ne sommes-nous pas responsables d\u2019une partie des difficultés que nous rencontrons dans la vie, et n\u2019est-il pas temps de nous aider et de nous soutenir les unes les autres.La préparation voulue pour être \u2018commis est de posséder les deux langues et connaître les chiffres ; la compétence en cêtte dernière matière surtout ouvre à la femme un rapide avancement dans la carrière ; il lui faut en outre ces qualités universellement requises pour réussir : l\u2019amour du travail, une honnêteté scrupuleuse, un esprit de conciliation, qualités que l\u2019œil exercé du gérant discerne bientôt.Il est malheureux que les intérêts du gérant viennent en antagonisme avec ceux de l\u2019employée ; ils devraient s\u2019harmoniser et se développer ensemble au lieu de se combattre, Dans un grand nombre de magasins, le salaire du gérant augmente d\u2019ordinaire avec le profit que rapporte son département.Malheureusement l\u2019employée ne partage pas dans cette commission, de sorte que l\u2019assiduité au travail de celle-ci donne aucun avantage sensible, elle croit au contraire voir une injustice en voyant le prix de son labeur versé tout entier entre les mains du gérant, celui-ci est même tenté de la pressurer en vue d\u2019en retirer plus de gain, ce qui explique parfois sa dureté et fait que l\u2019employée préfère traiter avec le patron qu\u2019avec le gérant.Les conditions de moralité des magasins sont bonnes ; quand les Jeunes filles travaillent en grand nombre dans un département, elles se protègent les unes les autres, l\u2019isolement de quelques-unes et surtout des fillettes auxquelles on confie des besognes de rebut est vrai- - ment fatale a la vertu, on tient devant ces enfants dans les soubassements et les greniers, endroits où se font les paquets etc., des conversations scandaleuses qui préparent ces misères qui rempliront ensuite nos hopitaux et nos hospices.N\u2019y a-t-il pas quelque chose à faire pour protéger ces innocentes victimes ?Bien que les occupations des emplovées de magasins les enlèvent à la maison toute la journée cependant il est étonnant de constater que le plus grand nombre gont habiles à la confection de leurs vêtements et aux travaux ménagers, elles se brisent très jeunes à ces ouvrages et emploient la soirée à l\u2019entretien de la famille.Quelques unes cependant vivent beaucoup en pension et n\u2019ont pas comme les autres l\u2019occasion de se former à la vie domestique, l\u2019enseignement ménager sera pour celle-là d\u2019un puissant secours ; aux autres elles enseigneront certainement des méthodes neuves que les jeunes filles qui travaillent n\u2019ont pas le temps de découvrir.\u2014 Rapport de l\u2019Association des Demoiselles de Télephone, par Mlle Longtin M.le Président, Mesdames, La situation de la jeune fille de téléphone s\u2019est de beaucoup améliorée depuis quelques années sous tous les rapports.Les heures de travail sont peut-être longues, mais si on nous accorde une réduction d\u2019heures tel qu\u2019on nous l\u2019a promis, la position d'employée de téléphone sera une position enviable sous le rapport du salaire et du confort ; peut-être le sort de l\u2019opératrice pourrait-il s\u2019améliorer encore si les abonnés pensaient que chaque opératrice a à répondre à plus de cent abonnés, s\u2019ils se faisaient une idée de la somme de travail que représentent ces cent abonnés ( plus de deux cents communications établies par heure) peut-être seraient-ils moins exigeants et par le fait le travail de l\u2019opératrice serait plus agréable.Sous le rapport de l\u2019hvgiène, il n\u2019y a rien à désirer, les salles sont tenues d\u2019une manière excessivement propre et sont parfaitement aérées et éclairées.Notre magnifique salles de repos, où nous pouvons prendre notre lunch quand bon nous semble, la Compagnie nous fournissant gratuitement le thé, le lait et le sucre, est ornée de fleurs et gravures superbes, de chaises et sofas confortables, enfin d\u2019une salle d\u2019hôpital avec tout ce que requiert une indisposition subite.Nous avons aussi une personne qui est toujours prête à nous aider dans nos petits besoins.Il faut aussi dire que nous avons une magnifique chambre de toilette à notre entière disposition.188 \\ M tt CE Ce M CCD LE Le te Tite) Aucune employée n est acceptée avant l\u2019âge de quinze ans et la connaissance des deux langues est indispensable.Nous remarquons qu\u2019il nous est plus facile de rencontrer des canadiennes-françaises parlant les deux langues que,des jeunes filles anglaises parlant le francais.L\u2019enseignement de l\u2019anglais semble être quelque peu négligé dans les écoles et aujourd\u2019hui l\u2019anglais est indispensable à toute personne qui veut travailler au.dehors.Sur le rapport de la morale nous pouvons contredire hautement le préjugé populaire qui dit qu\u2019une jeune fille qui travaille est exposée à se perdre ; loin de l\u2019abaisser, le travail procure à la jeune fille l\u2019expérience de la vie et lui donne la force: de supporter les épreuves qu\u2019elle doit rencontrer.Dans une enquête faite auprès de soixante-quinze personnes, et, nous être consciencieusement renseignées sur les conditions de.vie de ces personnes, nous constatons que quarante (40) travaillent pour subvenir à tous leurs besoins, vingt-cinq autres (25) ont la charge de vieux parents, malades quelquefois, il reste une balance de dix (10) qui travaillent pour un motif moins sérieux et moins impérieux que les précédentes, encore faut-il songer que pourvoir à son entretien personnel, que jce ne soit que pour ses vêtements, est une - honnête raison pour gagner et en questionnant quelques unes d\u2019entre elles, nous avons compris qu\u2019elles placent des économies à la banque en prévision des jours heureux, car l\u2019une d\u2019elles, qui doit se marier sous pèu, racontait-ces jours derniers qu\u2019elle compte sur ses économies pour s\u2019accorder un peu de confort dans son ménage ; quoique Lon fasse l\u2019ambition d\u2019une femme est toujours d\u2019être heureuse chez elle.189 (Suite) Rapport de l\u2019Association des Demoiselles de Telephone, par Mlle Meunier - M.le Président, Mesdames, _,, Je corrobore jusqu\u2019à un certain point le témoignage de Mademoiselle: Longtin, et je conçois que les conditions hygiéniques de notre travail sont bonnes.Toutes les jeunes filles qui travaillent chez.nous le font pour subvenir à tous leurs besoins, et sur quarante employées, quinze ont des charges et gagnent le pain d'une mère, d\u2019une sœur et même d'une famille entière ; elles font alors des prodiges d'industrie et d\u2019économie \u2018pour subvenir aux besoins de tant de monde avec des salaires qui sont au-dessous des dépenses, et, qui représentent huit heures et quarante-cinq minutes de travail par jour, ce qui laisse aux employées quelques heures seulement pour vaquer aux soins du ménage, à la confection des vêtements, au blanchissage, de sorte que ces employées qui se sont dépensées tout le jour, prolongent.leur travail jusqu\u2019à des heures très avancées\u2018 de la nuit.Pour un certain public si peu initié à la vie de sacrifices de la classe laborieuse, ces faits sont peut-être une révélation douloureuse, car les préjugés veulent que la femme qui travaille, ne cherche qu\u2019à satis- aire sa vanité et ne soit animée que d\u2019un esprit frivole ; un motif plus élevé et plus impérieux que celui-là peut seul soutenir une jeune fille dans une vie aussi difficile et si fatiouante pour une santé\u2018 frêle et délicate.Les jeunes filles qui travaillent, connaissent comme toutes les femmes les moments de lassitude et de fatigues intenses ; mais ignorent ce que c\u2019est se reposer.Voici pour une personne qui travaille sans charge et pour subvenir & ses seuls besoins : pension trois dollars et cinquante centins par semaine, blanchissage quand il est fait en dehors, cinquante centins la douzaine, remèdes dont il faut faire un certain usage pendant l\u2019année six dollars, ce qui supposerait une santé presque parfaite, cela fait par année deux-cent-qua- torze dollars ( $214.00).ajoutez & cela, des vêtements qui nécessairement doivent être très confortables et três chauds, à cause des courses faites au dehors.oo 190 a aa a Les employées se divisent en deux catégories : la simple employée et celles qui arrivent à des postes de confiance dans les établissements ; celles qui arrivent à des meilleurs emplois, doivent leurs succès à une meilleure instruction et une préparation plus sérieuse pour la vie, leur salaire s\u2019éleve en proportion des services qu'elles rendent.L\u2019instruction est indispensable de nos jours, une personne con- naissante est toujours habile, ce qui rend aussi le travail moins pénible.Ayant oublié les choses déja apprises ou méme ne les connaissant pas du tout, et l\u2019intelligence grandissant toujours se sentirait le besoin de monter.un peu plus haut, mais ne trouve ajucun moyen facile de progresser.Sur ce point, je suggèrerais les cours gratuits d\u2019 Anglais, de Français, d\u2019Arithmétique qui aideront à rendre l\u2019ouvrière compétente.Une question dont on doit s\u2019occuper à bon droit est celle de la moralité de la femme qui travaille ailleurs qu\u2019à son domicile.Je \u2018sais que là moralité est une chose très délicate et quelquefois bien difficile à conserver, surtout dans certains ateliers et bureaux privés, mais les jeunes filles de Téléphone travaillent dans des conditions -exceptionnellement Lonnes sous ce rapport, puisqu'elles travaillent entre femmes seules et sous la direction de surveillantes, de personnes de leur sexe.La multiplicité des occupations d\u2019une jeune fille en dehors de chez elle l'empêche de penser aux responsabilités ignorées de la vocation maternelle.Si quelques unes, qui demeurent au foyer, se forment le soir en pourvoyant aux besoins de la famille, à tous les soins domestiques, un grand nombre cependant font la vie de pension.Pour celles-là l\u2019enseignement ménager s \u2018impose si on veut qu\u2019elles rendent.plus tard leur foyer agréable et prospère.Casa.191 1Hkiadadrir isd siakabel pd aiok pint of tEl iad sta ads: j \u2018 Rapport de l\u2019Association des | Demoiselles de Manufacture, par ] Mlle Auclair M.le Président, Mesdames, Les demoiselles employées de manufactures voient s\u2019ouvrir pour elles une ère de progrès et de promesses, par l\u2019organisation de leur association professionnelle qui a eu lieu le 24 janvier 1907.Cette association est constituée à la demande des Dames de la Société St.Jean Baptiste et s\u2019affilie à ce présent Congrès à la Fédération St.Jean Baptiste., Cette association leur permettra de se secourir mutuellement et de promouvoir les intérêts qui se rapportent à leur situation dans les manufactures, ateliers de magasins, ateliers de modistes ou salles de couture, car l\u2019association a pour objet de développer la vie de la femme toute entière, et de préparer aussi la jeune fille à son rôle familial.L\u2019association.compte déjà 500 membres.La situation de la femme dans les manufactures ou ateliers, varie suivant les principes de ceux qui ont charge des départements des divers établissements.Il v en a qui sont sous tous les rapports convenables ; il y en a même où le confort ne laisse rien à désirer : salle spacieuse, très propre, très bien éclairée, très bien aérée et bien 1 chauffée.Quelques maisons donnent le thé, le lait et le sucre.Il y a : en a aussi qui consacrent une chambre spécialement pour les repas.3 Les petites manufactures et les ateliers situés dans les soubassements À ou caves de magasins ne devraient pas être permis \u2014 ces petits locaux ne sont pas hvoiéniques.Il y a des manufactures qui emploient des enfants trop jeunes ; en voici une preuve : Une demande parue dans une colonne de la page 6 d\u2019un de nos grands quotidiens: \u201c\u201c Une petite manufacture demande des jeunes filles de 13 à 15 ans.\u201d 4 192 Il est très certain qu'il y a des enfants qui commencent à travailler deux mois après leur première communion, c\u2019est-à-dire, à la première vacance qui suit la première communion.Dans ces manufactures les enfants signent un papier d\u2019 engagement comme ayant 15 ans révolus et tout ast parfait ; ceci se pratique dans les grandes industries.Cette conduite apprend aux enfants à ne pas respecter la loi et apprend à la violer aux natures qui ne sont pas délicates.La cause de cet abus, c\u2019est qu\u2019il y a des parents qui félicitent les enfants d'apporter quelques sous, leur faisant croire qu\u2019ils sont obligés de se pourvoir eux-mêmes, et pour les encourager davantage, ces parents, que je dirais inconscients de leur devoir, accordent à leurs enfants des liljertés de sortir et de s\u2019habiller qu\u2019ils ne devraient pas même tolérer.C\u2019est ce qui a formé ce régiment de jeunes promeneuses aux modes excentriques, que les journaux ont baptisées : \u201c\u201c Nos petites filles\u201d.Il ne faut pas oublier qu\u2019il y a aussi \u2018\u201c Nos petits garçons\u2019 \u2014 sans ces derniers les premières n'auraient pas d\u2019agrément.Une autre cause qui se passe presque sous silence, et qui ne donne pas plus le goût d\u2019étudier que le cas précédent, c'est que les parents, sous prétexte d\u2019épargner quelques sous, privent en quelque sorte leurs enfants de toutes ces petites nécessités dont un élève a besoin pendant l\u2019année scolaire, tel que, changement de livres, papiers, crayons, et différentes contributions qui apprennent à l\u2019élève à faire la charité et à vivre en société avec ses semblables.Quand un enfant ne peut pas faire comme ses camarades, il est timide, honteux même, il aura de la peine à ne pas pouvoir étudier, il sera puni, réprimandé, il sera en retard d\u2019une leçon, de \u2018dix, des répétitions, et l\u2019année sera perdue.Üet élève préfèrera travailler, pour avoir de l'argent et être libéral.Cet enfant une fois au travail n\u2019aura plus de franchise pour ceux à qui il doit le respect, il ne dira jamais combien il gagne ; tel il est.avec l\u2019auteur de ses jours, il le sera une fois homme et sa famille en souffrira toujours.Si cet enfant était encouragé, qui sait s\u2019il ne serait pas du nombre de ceux qui travaillent le plus pour leur patrie ?Je ne veux pas du tout faire croire au public qu'il n\u2019v a que des petites \u2018filles, comme je viens de citer.Parmi les ouvrières, il y a aussi des personnes très instruites, qui ont eu des années de pensionnat.ll y a des diplomées, il y a des institutrices qui ont abandonné leur première carrière pour la seconde, pour la seule raison que cette profession ingrate ne les dédommageait pas suffisamment de leur sacrifice.Les trois quarts des demoiselles ouvrières travaillent pour gagner leur vie, mais l\u2019autre quart est en partie des, artistes, des amateurs d\u2019art, comme la musique, la déclamation, le dessin et les travaux artistiques à l\u2019aiguille, dont les parents ne sont pas assez riches pour leur en payer le luxe, mais ont le courage et l\u2019énergie de travailler des années et sacrifier les heures |de loisir pour atteindre leur but.La Divine Providence n\u2019ayant pas doué toutes les personnes également, à côté de la deuxième catégorie, il y a celles qui peinent et qui éprouvent beaucoup de difficultés et de fatigues pour arriver à gagner suffisamment pour vivre.Le ramède \u2018qui comblerait cette lacune serait une école \u2018technique Canadienne-Française Catholique.Parce que je dis école Cañadienne-Française, je ne prétends pas que la langue Anglaise y soit bannie, car, les Canadiennes-Françaises 193 comprennent si bien l\u2019importance de connaître les deux.langues qui se parlent en notre pays qu'elles prennent tous les moyens possibles d'apprendre l\u2019anglais.Celles qui peuvent disposer du.temps le soir et peuvent payer un professeur ont reçu des leçons privées, ce qui est très coûteux.Celles qui, étant trop faibles et trop fatiguées pour se rendre chez un professeur, n\u2019ont pas craint d\u2019entreprendre un cours par correspondance, ce qui leur permet d\u2019étudier' le dimanche comme le soir, n\u2019ayant que le dictionnaire à improviser professeur.Cette méthode n\u2019est pas moins dispendieuse, puisque les cours varient de $50.00 a $75.00, & part le papier et les timbres.Des parents sans scrupule ont envoyé leurs enfants dans des écoles protestantes l\u2019année même qui suivait celle de leur première communion, pour le seul prétexte de leur faire apprendre l\u2019anglais, cé qui vous prouve, Mesdames, l'importance qu\u2019il y a d\u2019avoir une méthode d\u2018enseignement de langue anglaise de plus en plus pratique dans nos écoles.Il ne faut pas non plus s\u2019étonner que la foi s\u2019éteigne avec une éducation puisée dans des écoles protestantes.Quand ces enfants seront placés dans le monde, comment voulez-vous qu\u2019ils impriment à ceux qui leur seront confiés par la Providence ce qu\u2019ils n\u2019auront pas appris eux-mêmes ?La théorie et la pratique des diverses industries, acc'uises à l\u2019école techniques, et l\u2019obligation d\u2019assister à ces écoles pour toutes les personnes qui n\u2019ont pas l'intention ou qui seraient dans l\u2019impossibilité de suivre un cours supérieur, aideraient considérablement à l\u2019industrie, et par la compétence acquise, les ouvrières parviendraient à atteindre un salaire beaucoup plus élevé.Les différentes industries ne paient pas également ; ce sont les employées modistes et les lingères qui sont les moins bien rétribuées.Il est reconau chez les couturières qu\u2019elles n\u2019ont pas toutes la même habilité.1 et 2 pour cent des couturières sont très habiles, très vives ; ce sont des personnes de 25 à 35 ans, qui gagnent de $9 a $12 par semaine.Les autres se divisent ainsi : 23 p.c.gagnent une moyenne de $6.00 par semaine, 50 p.c.gagnent une moyenne de 44.50 par semaine et 25 p.c.reçoivent une moyenne de $2.00 par semaine.Ce sont les personnes inexpérimentées et les personnes déjà âgées qui, après avoir passé la plus grande partie de leur vie a se dévouer pour leur famille, sont obligées de travailler ailleurs.Quelque soit l\u2019occupation d\u2019une femme, son salaire est basé sur les 2-3 de celui d\u2019un homme, chose qui ne devrait pas exister puisque toutes les ouvrières qui travaillent pour\u2019 gagner leur vie travaillent pour aider la famille dans les épreuves, faire vivre un père ou une mère infirme, faire vivre un ou plusieurs enfants alors cue le pére était trop lâche pour travailler et les faire vivre, et qu\u2019il abandonne sa famille sans plus de pitié, faire vivre un mari infirme ou un mari ivrogne pour sauver l\u2019honneur des enfants, pour aider une sœur veuve à la tête d\u2019une jeune et nombreuse famille, ou pour se payer une dot dans un couvent afin de se dévouer généreusement au service des pauvres ou à l\u2019enseignement des petits.; ; Toutes ces considérations et le prix si élevé de tout ce qui est nécessaire à la vie sont, suffisantes pour obtenir l\u2019équilibre des salaires.Une cause de la grande diminution des salaires dans certaines 1n- dustries, c\u2019est le \u2018\u201c Bargain Day \u201d, jour néfaste tant pour les acheteurs que pour les ouvrières.Les premiers, tout en payant meilleur 194 marché, ne reçoivent pas du marchand un article aussi parfait qu\u2019ils le désirent ; les deuxièmes dépensent 50 p.c.de leurs forces de plus qu\u2019elles devraient dépenser afin d'atteindre un salaire juste ce qu\u2019il ne faut pour ne pas être vis-à-vis de rien.Moyens à suggérer pour couvrir cette autre lacune qui existe depuis plus de dix ans.L'organisation d\u2019une ligue d\u2019acheteurs qui opérerait par tout le Canada afin d\u2019enrayer cette plaie qui menace de se propager de jour en jour.Remarques à faire sur tous les établissements, remarques qui concernent l\u2019état physique de la femme, des abus qui lui sont d'autant plus nuisibles que son état est pré caire.lo.Je veux parler de ces malheureux escaliers, que presque toutes les demoiselles employées de manufacture montent et descendent régulièrement deux ou trois fois par jour, du premier au sixième étage.Si ces eslaiers se succédaient toujours, qu\u2019il faudrait les monter du ler janvier au 31 décembre, en retranchant 65 jours pour les 52 dimanches, 6 jours de fêtes, et 7 jours de vacance.Chaque escalier se composant de 20 degrés et chaque degré mesurant 6 pouces de hauteur : Escaliers 5 x Degrés 20 = 100 Degrés fois par jour degrés jour degrés par année pieds verges = 1,818 perches 2 verges + 40 , = 45 stades 18 perches 8 = 5 mille 5 stads = 1 lieue 2 milles Lieue Milles Stades Perches Verges Réponses :\u2014 1 2 5 18 2 La marchandise est plus respectée que celles qui se transportent sur leurs jambes \u2014 puisqu\u2019elle à toujours l'avantage de se faire monter par l\u2019élévateur.20.Un autre cas à signaler dont les conséquences ne sont pas moins graves, mais qui ne concernent que quelques personnes dans chaque manufacture.Ce sont les machines compliquées qui font deux ou trois opérations en une seule, et les machines automatiques qui permettent de faire 3 ou 4 fois plus d\u2019ouvrage en une journée 195 qu'une machine simple, et qui tuent en moins de deux ans les opératrices qui se succèdent, sans même se rendre compte de la perte de ce trésor si précieux qu\u2019on appelle la santé.| Ces machines sont si difficiles à mettre en opération qu\u2019il faudrait un colosse pour v résister, et ce sont des jeunes filles très délicates de tempérament qui en sont chargées.Ne serait-il pas possible qu\u2019il y aurait un comité spécialement organisé pour l\u2019inspection de ces machines, à chque fois qu\u2019une manufacture en fait l\u2019acquisition ?afin d\u2019être certain que le progrès de l\u2019industrie ne soit pas le conducteur de ces êtres chers, qui sont la moitié de notre peuple, à la chirurgie et au cimetière.Car, si Montréal renferme 30 manufactures, qui possèdent chacune 10 de ces machines, il y a donc dans notre cité 300 jeunes personnes qui sont ruinées à la fin de l\u2019année.do.Encore un autre abus dans les tisseries et autres manufactures du genre.Ces Compagnies font faire l\u2019inspection des étoffes par des femmes, parce qu\u2019elles ont le don d\u2019être beaucoup plus particulières que les hommes, de sorte qu\u2019elles sont obligées de soulever et de transporter des pièces de marchandises très pesantes, travail qui ne doit pas être fait par les femmes de nos jours, parce que le poids en est toujours au-dessus de leur force.| Ne pensez-vous pas, Mesdames, qu\u2019il est inhumain de taisser continuer de tels abus de la santé de nos semblables ?N\u2019y a-t-il pas dans tous les pays civilisés et dans chaque ville un comité d\u2019hygiène qui étudie et surveille tous les cas nuisibles à la santé publique ?Ceux que je viens de vous signaler sont, ce me semble, des plus graves ; à toutes ces considérations vaudra-t-il la peine d\u2019y réfléchir un moment et d\u2019y apporter remèdes ?Cet acte sera de charité chrétienne et de conservations de notre race.4o.Il y aussi des manufactures qui occupent les employées de trop longues heures, encore nombreuses sont les maisons où l\u2019on commence à travailler à 64 hrs et 7 hrs a.m., jusqu\u2019à 6 hrs p.m.Quelques maisons n\u2019accordent qu\u2019une demi-heure pour le diner.On Va même plus loin ; les ouvrières n\u2019ont pas le droit de sortir à l\u2019heure du diner, et n\u2019ont pas de place convenable pour les repas.Les employées de ces manufactures demandent tout bas, à cause de leur timidité, que la journée de 8 hrs soit établie, c\u2019est-à-dire, que les manufacturiers ne devraient pas occuper les ouvriers et les ouvrières plus de 45 hrs par semaine, reparties en 5 jours de 8 hrs et 5 hrs le samedi, tout en tolérant qu\u2019on fasse travailler quelque fois le soir, ' pourvu que la température soit convenable et que les personnes choisies soient en état de faire ce surcroît d\u2019ouvrage sans compromettre leur santé.LE ; Car il faut considérer que, à certaines époctues de l\u2019année si l\u2019industrie manufacturière n\u2019est pas suffisamment activée, cet état de choses paralyserait le commerce et occasionnerait une hausse considérable sur le prix des marchandises.| Le moyen le plus efficace de protéger la moralité de la femme dans les manufactures, c\u2019est de ne pas occuper dèns une même salle des opérateurs des deux sexes.Les contremaîtresses des maisons bien tenues le constatent lorsque.ces personnes se présentent à elles pour avoir de l\u2019emploi.Les enfants qui commencent\u2018 à travailler trop jeunes, parce que les parents tiennent plus à recevoir une piastre où 196 NE deux par semaine qu\u2019ils ne tiennent à l\u2019avenir de leurs enfants, la moralité y est aussi outragée par le fait que ces jeunes oreilles surprennent les conversations des personnes plus âgées.D\u2019autres emploient des jeunes garçons qui travaillent en commun avec des ouvrières.Ces jeunes garçons s\u2019enivrent ainsi à l\u2019ouvrage, ce qui constitue un danger permanent à leurs voisines.Ces jeunes garçons sont mineurs et obtiennent de la boisson de leurs compagnons qui sont majeurs.Malgré la bonne organisation d\u2019inspection des manufactures, il y en a encore qui ne sont pas atteintes par les inspecteurs.Les demoiselles \u2018 employées de manufacture désirent avoir une caisse de secours et de bénéfice en maladie.Cette demande de la part de nos vaillantes travailleuses mérite toute l\u2019attention possible, parce que l\u2019organisation d\u2019une telle œuvre empêcherait un grand nombre de Canadiennes-Françaises catholiques de s\u2019enrôler dans les associations protestantes et peut-être franc-maçonniques, et par là, la conservation de notre foi serait protégée.Ne pourrions-nous pas joindre à cette œuvregdes bénéfices en maladie les soins d\u2019un médecin, par exemple, qui serait payé par les différentes associations par leurs membres, principalement, pour les personnes qui ne gagnent pas suffisamment pour payer un traitement, et qui cependant ont réellement besoin de secours médicaux.Très fréquents sont de pareils cas chez les jeunes filles sans expérience qui sont obligées de braver les intempéries des saisons ; chez les «mères de famille dont le mari est trop pauvre, qu\u2019il faut se résigner à voir souffrir, à cause de l\u2019impossiblité qu\u2019il y a de sé procurer des remèdes.Ne croyez-vous pas que des conférences sur l\u2019hygiène, spécialement pour les cas cités plus haut, n\u2019aideraient pas à nos braves à se rétablir sans qu\u2019il leur en coûte trop ?Les personnes qui voudraient bien se dévouer à cette œuvra philanthropique contribueraient largement à la conservation de la santé des nôtres, et ces personnes ne mériteraient-elles pas la sympathie et les félicitations de tout le peuple ?Une dame américaine a su ainsi, utiliser ses talents pour les plus faibles.N\u2019aurions-nous pas une canadienne qui aimerait aussi ses sœurs ?Les demoiselles employées de manufacture demandent une grande faveur qui leur est d\u2019autant plus sensible que, si cette faveur est obtenue, les catholiques en jouiront tous.C\u2019est l\u2019observation de nos fêtes religieuses, dont quatre seulement ne correspondent pas aux fêtes anglaises, ce sont : les Rois, l\u2019Ascension, la Toussaint, et l\u2019'Immaculée Conception.Toutes les maisons anglaises-observent six fêtes par année, qui sont : Noel, Nouvel An, Vendredi Saint, fête de la Reine, Confédération, jour d\u2019Action de Grâces.Ces six dernières fêtes sont toujours payées aux employées.Outre cela, les, juifs observent aussi 52 jours de Sabbat et plusieurs fêtes juives.À ce propos, je veux faire remarquer que, quand des catholiques travaillent pour des juifs, elles se font bien dire la veille : \u201cc\u2019est travail demain,\u201d mais, si la personne catholique a bien à cœur de remplir ses devoirs religieux, elle ne s\u2019occupe nullement de la remarque de son patron, et tout s\u2019oublie.Tandis que les employées de maisons ou compagnies protestantes sont menacées de payer l\u2019amende ou de perdre leur position.Par exception, une ou deux maisons anglaises accordent à tous les employés catholiques d\u2019entrer à 9 hrs, afin de leur laisser le temps d\u2019aller à la messe.Dans ces mêmes établissements, à la demande des 197 dévouées contremaîtresses, l\u2019amende a souvent été diminuée de moitié ; quelques fois, comme une permission de la Providence, les listes ont été perdues ou oubliées.Il est aussi regrettable de dire que nous avons des Canadiens- Français catholiques, richement installés dans nos grandes avenues, qui obligent leurs employés de travailler nos jours de fêtes.Bien pénible est l\u2019exemple que ces industriels donnent à leurs familles et à leurs employés.Puisque les juifs et les peuples de toutes autres croyances sont libres de célébrer leurs fêtes religieuses pour la seule raison qu\u2019ils habitent un pays où il y a liberté de croyance, ne sommes-nous pas des sujets britanniques et n\u2019avons-nous pas droit, comme tout autre croyant, de célébrer nos fêtes catholiques sans crainte de renvoi ou de payer l\u2019amende ?L\u2019amende est une punition ; il est peut-être juste qu\u2019elle existe ; il n\u2019est pas raisonnable d\u2019en être menacée pour des actes dignes de respect.Pour vous prouver jusqu\u2019où va l\u2019abus \u2014 il y a quelques années, des employés très nombreux d\u2019une grande manufacture s'étaient entendus pour ne pas travailler un jour de fête ouvrière.Lepuis ce temps, ils jouissent de cette fête chaque année.Les mêmes personnes ont: essayé le même procédé pour obtenir leurs fêtes catholiques.Parce que c\u2019était une de nos fêtes religieuses, les patrons et gérants sont allés chercher les employés chacun chez eux, les menaçant de perdre, leur emploi s\u2019ils n\u2019obéissaient pas.J\u2019ai la conviction que si la Fédération St.Jean Baptiste s\u2019intéresse à cette dernière demande, que le Ciel bénira le Canada.198 Conférence sur la condition économique de la femme mariée.Sa condition légale.Paroles de clôture du Congrès, par Mme Cérin-Lajoie.S\u20191l est naturel que nous nous préoccupions de la situation économique de la femme qui travaille au dehors, et que nous cherchions à l'améliorer, ne devons-nous pas aussi porter notre attention vers celle de la femme mariée, qui en prévision de sa vocation maternelle, transforme les conditions de son travail pour les ajuster, non plus principalement à ses besoins, mais à ceux d\u2019autrui, à ceux de la famille -pour laquelle elle s\u2019oublie et à laquelle elle apporte son héroïque dévouement.La femme qui se marie transforme les conditions de son travail et les subordonne à sa vocation, est-ce à dire qu\u2019elle ne travaille plus, et qu\u2019elle se soustrait à la loi commune qui impose le labeur à toute l\u2019humanité ; qui donc oserait le prétendre ! Qui n\u2019a présent à son esprit le souvenir d\u2019une figure aimée, celle d\u2019une mère, d\u2019une sœur ou d\u2019une amie, prolongeant jusqu\u2019aux heures avancées de la nuit la tâche quotidienne, la dure tâche de la mère de famille.Si travailler c\u2019est peiner, dites-moi : la femme travaille-t-elle ?oui assurément, la femme travaille et travaille beaucoup ; demandez-le à ces constitutions usées avant l\u2019âge, à ces yeux sans éclats, à ces fronts où les rides devancent les années.Les heures passées à vaquer aux travaux ménagers, les heures passées à la préparation des aliments, aux soins du ménage, à la confection des vêtements, à l\u2019entretien du linge, les heures passées auprès des berceaux, au chevet des malades, tout cela, si c\u2019était évalué au seul taux des services mercenaires, doublerait souvent le budget ' familial, et, cependant il s\u2019agit du travail/d\u2019une mère, du travail de celle dont les soins- valent plus que le poids de l\u2019or et qui n\u2019ont pas leur équivalent dans le monde commerciäl.Qui la femme mariée travaille, et dans le portrait de la femme forte de l\u2019Evangile, nous voyons qu\u2019elle apporte la prospérité à son foyer, et qu\u2019elle cultive une vigne qui produit des fruits abondants.199 Puisqu\u2019il est admis que la femme continue de travailler en se mariant et qu\u2019elle est bien selon la parole biblique : \u2018\u2018 l\u2019aide de 1 \"homme \u2019, qu\u2019est-ce donc qui donne une physionomie spéciale a son 2 travail quand il s\u2019opère au foyer ; quel en est le trait caracté- à ristique ?Ce qui fait le caractère du travail de la femme mariée, c\u2019est que ce travail lui confère la propriété de ce qu\u2019elle produit dans des conditions autres gue celles qui se produisent dans le monde économi- ELT ay i qué.Dans fe rdonde~ économique, dans le \u2018monde du travail propre- 1 ment dit, une échelle de: prix- est fixée pour tout ce que profluit | l\u2019homme ; la plus légère manifestation.de son activité vaut tant ; 3 tant par annéé, tant par jour, tant par -heure,\u201d et la concurrence, l\u2019offre et la demande règlent.les- prix.Ces deux caractères : propriété et évaluation du travail ne s\u2019apprécient pas de la même manière 4 quand la femme est mariée ; voilà la grande différence qui existe, i non pas dans le travail en lui-méme, mais dans les effets du travail, : et, c\u2019est tout bonnement la confusion des idées qui induit tant de monde en erreur et fait croire que la femme mariée ne travaille pas puisqu'elle ne reçoit pas de salaire.Non, la femme mariée qui se voue à ses fonctions maternelles et aux occupations du ménage ne 3 reçoit pas de salaire, mais elle n\u2019a pas renoncé pour cela au droit de propriété.Souvenez-vous que le droit de propriété est inaliénable : tu ne prendras pas le bien d\u2019autrui ; qu\u2019il est inhérent à la dignité humaine ; qu\u2019un travail qui s\u2019accomplirait sans conférer à son auteur les fruits qu\u2019il produit serait de l\u2019esclavage; et, qu\u2019un des à grands bienfaits du christianisme a été de caindre tous les fronts, si 1 humbles qu\u2019ils fussent, de la dignité humaine.Sachez donc qu\u2019en se mariant la femme ne déchoit pas et continue d\u2019acquérir ; seulement elle acquiert d\u2019une manière différente de, celle qui travaille au dehors, et ses droits en prévision sans doute des \u2018conflits qu\u2019ils pourraient faire naître dans la vie conjugale sont définitivement réglés par le code, par la loi au jour du mariage ; de sorte, qu\u2019étudier la situation économique de la femme mariée, c\u2019est vous parler de sa situation légale.- - Mesdames, si quelques unes d\u2019entre vous frémissent à l\u2019idée d\u2019entendre parler de droit, rassurez\u2018vous, ne vous troublez pas, car je n\u2019en parlerai point à la manière des avocats ; je le ferai dans un langage simple et qui sera celui que j'ai tenu \u2018jusqu\u2019ici.Nos lois, inspirées sans doute par l\u2019influence chrétienne du moyen-âge, ont imaginé de créer pour les époux un système de communauté légale qui confond, qui mêle en un patrimoine commun, à peu près tous les biens que l\u2019époux et l\u2019épouse acquièrent pendant le mariage ; de sorte que, dans ce \u2018régime, si l\u2019un ou l\u2019autre des époux meurt, la fortune se divise en deux parts\u2019 égales dont l\u2019une.va au survivant, tandis que l\u2019autre passe aux héritiers du défunt.Si donc c\u2019est la femme qui survit, elle entre en possession de la moitié de la fortune commune et la reçoit non pas comme un don, comme une faveur, mais la.prend comme sa part légitime et dument acquise, Le régime dela communauté ne vous sourit-il pas ?Il est vraiment admirable dans son principe et répond au but du mariage qui confond en une seule, deux existences, et, \u2018associe 1\u2019homme et la femme dans la prospérité comme dans le malheur.~~ + ¢ °° 200 x x Eh bien, mesdames, aujourd\u2019hui, comme règle, on renonce à la communauté légale, et on passe un contrat de mariage dans lequel on stipule que les époux au lieu d\u2019être communs'en biens seront séparés de biens.Savez-vous ce que c\u2019est que la séparation de biens ?La séparation de biens laisse chacun maître de ce qu'il fait, chacun de son côté acquiert ce qu\u2019il peut ; de sorte qu il arrive assez souvent que l\u2019un des époux est puissamment riche, tandis que l\u2019autre est dans la pauvreté ; et, comme celui qui s \u2018enrichit c\u2019est bien souvent l\u2019homme, libre de consacrer ses 24 heures à édifier sa fortune personnelle, il arrive que la femme qui se voùa et se dépense au service de la famille, est lésée par cet arrangement.Cependant, on renonce de plus en plus à la communauté légale, au point que quelques légistes sont tentés de demander que la séparation de biens devienne la loi com- \u2018mune.D\u2019ailleurs, c\u2019est ce qui existe dans les provinces anglaises ; il n\u2019y a que la province de Québec dans toute la Puissance du Canada, où règne la communauté légale.Mesdames, quelque surprenante que soit cette conclusion, ceux qui invoquent l\u2019abolition de la communauté légale, n\u2019ont pas tout- à- fait tort, et ceux qui demandent là séparation de biens n\u2019ont pas tout-afait raison.Je n\u2019entrerai pas dans les détails de la loi, mais il est bien certain que, si admirable que soit le principe de la communauté, dans la pratique, le régime, de la communauté lèse très souvent \u2018les intérêts des parties qui y sont soumises ; et que, faute d\u2019avoir suivi l\u2019évolution de nos civilisations modernes, notre code ressemble à un sépulcre blanchi qui n\u2019a retenu de ses lois que la lettre et dont l\u2019esprit est absent.Force a donc été aux époux de choisir la séparation de biens, qui n'est pas parfaite assurément.C\u2019est pour corriger les injustices faites.à la femme par la séparation de biens, que monsieur Pérodeau cherche, depuis deux ans, à faire passer une loi à la législature qui- appellerait au moins la femme à la succession de son mari quand elle est séparée, du reste la réciproque aurait lieu, et le mari succèderait à sa femme ; car la femme, voyez-vous, ne succède pas à son mar], la femme n \u2018est pas I\u2019 héritière de son mari.Tant que la communauté légale fonctiorinait, personne n\u2019en ressentait le Lesoin puisque la femme dans la\u2019 communauté avait toujours sa moitié, sa part ; mais, aujourd\u2019hui c\u2019est\u2019 bien différent, la femme comme question de fait ne partageant plus la fortune conjugale, il arrive que la fortune qu\u2019elle a contribué à édifier lui échappe totalement à la mort de son mari pour pasger bien souvent en des mains étrangères et aller à des neveux et dés cousins qui ne s'intéressent pas à elle.Vous saisissez maintenant importance de cette loi proposée par monsieur Pérodeau ; ne Vous intéresse-t-elle pas ; si vous n\u2019êtes pas mariées vous le serez probablement un jour, et le chiffre de vos revenus \u2018sera certainement atfecté par cette Tod.En soulevant ce coin de voile sur un monde que vbus ne soup- conniez pas peut-être, mesdames, ah, réalisez donc tout de qu'il y a a faire pour que la femme apporte une collaboration intelligente au développement de ses intérêts, et voyez comme il ést pressant, de lut donner une instruction qui réponde à \u2018ses besoins et la mette en état d'intervenir efficacement chaqué fois qu\u2019il s \u201cagit de\u2019 son sort.Mesdames, cette [61 Pérodeau passera-t\u2018elle \u2018ou ne passera-t-elle pas ?je vous.avoue qu\u2019elle dort depuis deux ans sur des papitres de ~ 201 nos législateurs, et qu\u2019elle semble se complaire dans ce sommeil ; à moins de quelque poussée qui lui vienne de l\u2019opinion publique; cela pourrait bien se prolonger pendant longtemps.Est-ce le cri éploré des veuves qui la réveillera ?leur voix est bien faible ; la fédération viendra-t-elle la renforcer, la chose serait possible si vous le désiriez.Mais ne nous hâtons pas de conclure et réfléchissons un peu auparavant.Mesdames, la condition légale de la femme mariée qui offre à chacune d\u2019entre nous un intérêt privé et immédiat, revêt en même temps un caractère d\u2019ordre public.Cette question de la condition légale de la femme dépasse l\u2019intérêt personnel ; elle a une portée sociale ; et selon qu\u2019elle se rapproche plus ou moins du plan que Dieu a tracé à la famille, elle consolide ou ébranle tout l\u2019édifice social.Aussi quand je vois les économistes penchés au dehors pour trouver la cause des crises qui troublent notre époque : questions de salaire, de concurrence, d\u2019avilissement des prix ; je suis toujours tentée d\u2019ouvrir la porte du foyer, d\u2019y regarder la mère, et de voir si les grandes convulsions du dehors n\u2019origineraient pas par hasard dans son sein.Le foyer, voyez-vous, il est au centre de tout; c\u2019est le cœur d\u2019où s\u2019épanche la vie.Efforçons-nous donc, mesdames, de faire descendre dans nos foyers toute la vérité, la vérité tout entière.Nous mériterons ainsi la paix et le bonheur.Mesdames, c\u2019est à moi qu\u2019incombe le devoir de clore ce congrès ; je ne vous dissimule pas que c\u2019est avec regret que j'en vois fuir les dernières lueurs ; il a fait si bon de nous réunir ici pendant cinq jours ; nos âmes se sont tant données les unes aux autres, et nos cœurs en se rapprochant ont éprouvé tant de sympathie Mesdames, pendant ce congrès nous nous sommes confiés beaucoup de pensées ; c\u2019est un examen de conscience cue nous avons fait en commun ; les classes, les unes aprés les autres, nous ont raconté leurs besoins et nous ont fait partager leurs espérances.Ce besoin de connaitre tant de choses n\u2019a pas été motivé par une curiosité vaine.Si nous avons voulu savoir, c\u2019est que nous voulons sans cesse progresser, que nous voulons toujours faire mieux ; c\u2019est que nous voulons dans la mesure de nos forces améliorer pour tous, les conditions de la vie ; c\u2019est qu\u2019en véritables femmes, nous voulons semer dans le monde un peu plus de bonheur.Ce congrès n\u2019est que la pensée qui précède l\u2019action; cette action nous y entrerons pleinement l\u2019automne prochain, et nous inscrirons dans notre programme des questions servant les intérêts des œuvres de charité, des œuvres d\u2019éducation et des œuvres économiques.D'ici là, nous allons nous recueillir.Nous allons méditer un peu sur ce que nous avons entendu ; le rapport du congrès qui sqra publié sous peu nous permettra d\u2019approfondir davantage les travaux qui ont été faits ; puis à l\u2019automne, une saine inspiration fera de toutes les canadiennes-françaises des ouvrières actives de la prospérité publique.La réunion des déléguées aura lieu à la fin de septembre prochain.Ce sera la première réunion de l\u2019Exécutif.Mesdames, avant de nous séparer, je vous demande une chose : c\u2019est de conserver précieusement le zèle qui vous anime aujourd'hui ; ah, de la persévérance, mesdames ! La tâche que nous entreprenons n\u2019est pas de celles qui s'accomplissent en un jour.Il y aura des moments où nous semblerons être dans des ténèbres, où rien de sensible ne viendra nous fortifier ; en prévision de ces jours mauvais, faisons aujourd\u2019hui provision de courage.Nous voulons, mesdames, rendre 202 NT la vie meilleure, élever la race même ; mais cette œuvre-là, vous le savez bien elle ne se terminera que dans le triomphe de Celui qui est le maître suprême et dont nous sommes les serviteurs.Que ce long terme ne nous décourage pas ; ne sommes-nous pas bien heureuses d\u2019être choisies pour travailler un instant à la vigne du Seigneur et d\u2019être parmi les ouvrières de la première heure.203 DISCOURS DE MONSIEUR L\u2019ABBÉ CAUTHIER.Nous regrettons de ne pouvoir livrer textuellement à la publicité le beau discours prononcé paï-mongieux l'abbé Gauthier, président de la dernière séance du Congrèg=\"é
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.