La revue nationale /, 1 avril 1919, Avril
[" sf VOL.I \u2014 No 4 MONTREAL AVRIL 1919 La Revue Nationale Organe de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS Canada et Belgique .Adélard Leduc 129 Aux paysans .Hermas Bastien 136 Retour des labours ., + + .Ulric-L.Gingras 137 William Chapman .Ce ee ee eee Antonin Proulx 140 Neutralité des Acadiens .Placide Gaudet 152 La publicité francaise au Canada ., .Ÿ#* - 159 Réaction .Joseph Venne 162 Les livres nouveaux .2.2.2 2 1 1440 HEE 164 L\u2019éducation du patriotisme .EEE 170 Rédaction et administration: 296, RUE SAINT-LAURENT Montréal Abonnement annuel: $1.00.La livraison (chez les dépositaires): 15 sous.Les abonnements à la Revue Nationale commencent invariablement au ler janvier.\u2014 Pour tout changement d\u2019adresse, accompagner la demande de 5 sous en timbres-poste.La revue canadienne-française au plus fort tirage. LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL FONDEE EN 1834 Grand aumônier: Monseigneur PArchevêque de Montréal.Président général: Vietor Morin, LL.D, notaire, 97, rue Saint-Jacques.ler Vice-président général: V.-E, Beaupré, 1.C, professeur, 676, rue Saint-André.2e Vice-président général: J.-B.Lagacé, professeur, 836, rue Saint-Hubert.Secrétaire général: Guy Vanier, LL.La avocat, 97, rue Saint-Jacques.Trésorier général: Joseph Hurtubise, courtier, 2, rlace d\u2019Armes.Directeurs: L'hon.L0.David, sénateur, 391, rue Saint-Hubert; \u2014 Tho= mas Gauthier, courtier, 11, place d\u2019Armes; \u2014 l\u2019hon.F.-L.Béïque, sénateur, 740 Sherbrooke ouest; \u2014 Victor Doré, professeur, 214, rue Berri; \u2014 J.-V.Desaulniers, courtier en immeubles, 1, rue Saint-Laurent; \u2014 Arthur Courtois, notaire, 35, rue Saint-Jacques; J.-Emile Loranger, commis, 547, rue du Grand-Tronc.Chef du Secrétariat: Emile Miller, bureau 1, Monument National.Corporations filiales de la Société: la Caisse Nationale d\u2019Economie \u2014 la Caisse de Remboursement \u2014 le Monument National \u2014 la Société Nationale de Fiducie.La Revue Nationale est publiée à limprimerie Adj.Menard, 29, rue Saint-Vincent, Montréal.La \u201c STRATHCONA\u201d COMPAGNIE D'ASSURANCE INCENDIE (Edifice Versailles) 90, rue Saint-Jacques, Montréal - Cette compagnie essentiellement canadienne-fran- çaise a été organisée en 1908, avec une charte provinciale, et opére dans la province de Québec seulement.Capital autorisé - -.- - - $500,000.Capital souserit - - - - - 300,000.(par au-delà de 400 Notaires qui agissent aussi comme ses agents.) Capital payé - - -, $120, 000.DEPOT COMPLET AU GOUVERNEMENT Cette compagnie n\u2019est pas contrôlée par la \u201cCanadian Fire Underwriters Association\u201d.A.-A.MONDOU, N.P.J.MARCHAND Président Sec.-Trés.et Gérant-Général Nous invitons les Institutions religieuses et les Fabriques - à demander notre tarif spécial. La plus importante librairie et papeterie française du Canada.Fondée en 1885.LIVRES RELIGIEUX CLASSIQUES FRANÇAIS CANADIENS FOURNITURES DE CLASSES DE BUREAUX DE DESSIN ARTICLES RELIGIEUX ET DE FANTAISIE PAPIERS PEINTS TAPISSERIES | GRANGER FRÈRES Place d\u2019Armes et Notre-Dame O., MONTREAL DE EECA [Notre assortiment de meubles de toutes sortes est le plus considérable dans tout l\u2019est du Canada.Et nous pouvons le prouver.Nos prix sont raisonnables et nos meubles sont de la plus haute qualité.Et nous pouvons le prouver.Notre personnel est des plus courtois et des plus expérimentés.Et nous pouvons le prouver.Nous garantissons une satisfaction complète à tous nos clients ou nous remboursons leur argent.Canadiens francais Un choix de 39,000 disques \u201cPathé\u201d Nous avons en magasin l'immense répertoire des merveilleux disques Pathé.Vous y trouverez les anciennes et les nouvelles Je chante clair les chansons que vous aimez, chantées par les ee na isques artistes du Grand Opéra et de l'Opéra athé Comique de Paris.Seule la Compagnie Pathé met à votre disposition ce répertoire incomparable de musique française: la plus belle au monde.Venez à nos salons: c\u2019est avec plaisir que nous vous ferons entendre les merveilleux disques Pathé.Achetez un opéra complet \u2014 Le Trouvère, Carmen, Galathée, Rigoletto, Faust, La Favorite, etc.Et votre famille en sera ravie.CATH rd nn Ag ia\u2014 Médailles insignes de Scciétes Emblemes Ete.Catalogue gratis sur demande CARON FRERES EDIFICE CARON, 233-239, rue Bleury MONTREAL LA COMPAGNIE DE MUSIQUE \u201cCHAMPION\u201d Instruments de Musique de toutes sortes, Musique en Feuilles, Machines a Coudre, ete.Au comptant ou à crédit \u2014 Réparation de Gramophones, Pianos, Violons, Mandoiines, Ete.764, STE-CATHERINE EST, près Panet Tél.Est 5340 MONTREAL A IN TN SAA AA LS Tél.Est 8050 AANA WM GAUTHIER ET CIE 5 ; POLISSEURS ET REMBOURREURS DE MEUBLES ro | 463, RUE ONTARIO EST MONTREAL ; Phone Est 7457 Atelier et Bureau: En cas d'urgence: 455-455a, ONTARIO EST H.-A.BROSSEAU, Enregistré F.-X.-O.LEVERT, gérant Record de trente années, sous une nouvelle administration CHAUFFAGE, COUVERTURE, PLOMBERIE, GAZ.REPARATIONS Personnel compétent et licencié à LA PLOMBERIE MODERNE mem, ii A.-J.LELIEVRE Marchand de fourrures 150, rue Saint-Denis TéL Est 3521 MONTREAL J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai reçu les modes nouvelles pour la saison prochaine.Il est de votre intérêt de placer : votre commande de bonne heure, afin | d'avoir un grand choix.Et voici le temps de songer à em- | magasirer vos fourrures pour la saison d'été.Espérant qu\u2019il vous plaira de m\u2019accorder vos eommandes, je puis vous ! assurer qu'elles recevront ma meil- lenre attention.oer La war ELLE À TRIOMPHÉ DE L'ÉPREUVE L'année 1918 a été la plus extraordinaire de toute l'histoire des compagnies d'\u2019assurance-vie.Aux réclamations accumulées par quatre longues années de guerre.sont venues s'ajouter celles causées par la terrible épidémie de grippe espagnole.Ces deux fléaux ont éprouvé l'existence de la COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUN LIFE DU CANADA, et elle en est sortie Sonsciente plus que jamais de sa force et de sa solide organisation.A la fin de 1918, l\u2019'ACTIF de la SUN LIFE était de 597 620 378.Son SURPLUS à la même date était de $8 027 378.Si vous recherchez une police d'assurance de tout repos, transigez avec LA COMPAGNIE D'ASSURANCE SUN LIFE DU CANADA Siège Social: Montréal T.-B.Macaulay, président > ee eee eR eee LÉ Nouveautes Si vous êtes anxieux de trouver définitivement la solution du problème du coût élevé de la vie, achetez à notre établissement.Vous éprouverez un sentiment de légitime fierté et de satisfaction en magasinant ici, car chaque achat représente une économie sensible.Peu importe l\u2019article que vous désiriez, nous l\u2019avons à un prix économique.Les prix les plus bas prévalent en tout temps, cependant la qualité supérieure subsiste quand même.Nous voulons plaire, tous nos efforts tendent vers cet idéal.Malgré la rareté des tissus de toute sorte, notre assortiment ne le cède en rien à celui des années précédentes.Nous avons une grande variété d\u2019étoffes à robes et à costumes, soies et velours de tout genre et pour tous les goûts; doublures de toutes les couleurs, bref nous avons ce qu\u2019il vous faut.Visitez notre rayon de la mercerie, nous avons des valeurs qui sauront vous intéresser.L.-N.MESSIER MARCHAND DE \u201cNOUVEAUTES\u201d 847-849-851, AVE MONT-ROYAL EST Tél.Bell St-Louis 3460 =D ~» AAA Canadiens français, Le temps n\u2019est plus, d'un patriotisme de discours.Il nous faut maintenant un patriotisme d\u2019action.Savez-vous bien quelle action éminemment patriotique constitue la pratique constante de L\u2019'ECONOMIE?Avez-vous songé qu\u2019en prenant l\u2019habitude de l\u2019économie, vous vous rendez service à vous-même ainsi qu\u2019à votre race?LA BANQUE D'EPARGNE de la Cité et du District de Montréal vous invite cordialement à venir lui confier vos économies, quelque petites qu\u2019elles soient; elle vous réserve toujours le meilleur accueil et vous donne la sécurité la plus certaine.A.-P.LESPERANCE, Gérant général. LA BANQUE D'HOCHELAGA Fondée en 1874 Capital autorisé .\u2026.\u2026 $10,000,000 Capital versé, Fonds de réserve .7,800,000 Total de l\u2019actif .57,000,000 DIRECTEURS: MM.J.-A.Vaillancourt, président l\u2019hon.F.-L.Béique, vice-président A.Turcotte, E.-H.Lemay, J.-M.Wilson, A.-A.Larocque, A.-W.Bonner, Beaudry Leman, gérant-général Yvon Lamarre, inspecteur SIEGE SOCIAL: 112, rue S.-Jacques, MONTREAL Bureau Principal: 95, rue S.-Jacques F.-G.Leduc, gérant 120 SUCCURSALES ET 85 AGENCES AU CANADA 42 BUREAUX DE QUARTIERS Tout dépôt D'UN DOLLAR ou plus ouvre un compte à la Banque, sur lequel est payé deux fois par année un intérêt au taux de 3% l\u2019an.La Banque émet des LETTRES DE CREDIT, CIRCULAIRES et MANDATS pour les voyageurs, \u2014 ouvre des CREDITS COMMERCIAUX, \u2014 achète des TRAITES sur les pays étrangers, \u2014 vend des chèques et fait des PAIEMENTS TELEGRAPHIQUES sur les principales villes du monde, \u2014 prend un soin spécial-des encaissements qui lui sont confiés, et fait remise promptement au plus bas taux du change.BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Constituée en corporation par le Parlement en juillet 1800 Capital autorisé: $2,000,000.00 \u2014 Capital versé et surplus au 31 décembre 1916: $1,700,000.00 \u2014 Actif total: au-delà de $21,600 000.00 SIEGE CENTRAL: 7 et 9, place d\u2019Armes, Montréal, Canada CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION BUREAU DE CONTROLE Président: Sir Hormisdas LAPORTE, Les fonds ou argents qui sont con- C.P., ex-maire de Montréal, de la | fiés à cette Banque pour son Dépar- maison Laporte, Martin, Limitée, | tement d\u2019Epargne sont contrôlés par administrateur du Crédit Foncier | un Comité de Censeurs, et les place- Franco-Canadien.! ments sont examinés mensuellement Vice-Président: M.W.F.Carsley, ca- par les Messieurs qui composent ce pitaliste.comité, s savoir: Tancréde Bienvenu, administrateur Président: Sir ALEXANDRE LAde la Lake of the Woods Milling COSTE, C.R., Ex-juze en chef de Co.os la Cour du Banc du Roi.M.G.-M.Bosworth_ vice-président du >: ssid : Th tn rai 6 Canadian Pacific Ocean Service Vice-Président: l'hon.Narcisse Péro- ina i deau, N.P., ministre sans porte- Limited.feuille du Gouvernement provin- L\u2019hon,.Némès n , L, ué- : Pa A bec président Gar at, Sl Boies cial, administrateur Montreal Light \u2019 = Heat & Power Code Chicoutimi.M.L.-J.-O.Beauchemin, de la Li- , M.S.-J.-B.Rolland président de la brairie Beauchemin Ltée.Cie de Papier Rolland.M.Martial Chevalier, Directeur-gé- 84 bureaux dans les provinces de rant Crédit Foncier Franco-Cana- Québee, Ontario et Nouveau- dien.Brunswick.Pour la commodité des travailleurs, etc.des dépôts de toute somme depuis une piastre ($1.00) seront acceptés au département d\u2019Epargne.Intérêt alloué: 3 p.c.sur dépôts d'Epargne.La Société Saint-Jean-Baptiste fait des affaires de banque avec cette inasti- tution.i vil Ne NAN | | La Librairie Notre-Dame achète au com j- lant et au maximum de leur valeur commerciale les livres, lots «le livres et bibliothèques.Nous nous rendons à domicile pour l\u2019achat des bibliothèques et des lots de livres importants qui nous sont signalés.Librairie Notre-Dame Phone Main 7767 28, rue Notre-Dame ouest MONTRÉAL La Marque ALLIGATOR est pour le consommateur, la meilleure garantie de qualité et de valeur.Avant d\u2019acheter, assurez-vous si la marque se trouve sur vos harnais, malles, sacs de voyage, etc.LAMONTAGNE LIMITÉE 338, RUE NOTRE-DAME OUEST BLOC BALMORAL MONTREAL VOL.I \u2014 No 4 LA REVUE NATIONALE AVRIL 1919 CANADA ET BELGIQUE FLAMANDS ET WALLONS-\u2014 CANADIENS FRANÇAIS ET IRLANDAIS En Belgique, deux groupes ethniques et linguistiques composent la nation : les Flamands et les Wallons.On y parle le flamand et le francais.Lors de la déclaration de la guerre, le 2 août 1914, il existait une question de langue qui passionnait les esprits.La Belgique comptait quatre universités: deux de l\u2019Etat, Gand et Liège; deux libres, Louvain et Bruxelles, où l\u2019enseignement se donnait exclusivement en français.Quelques années avant la guerre les universités de Louvain et de Gand avaient eu la bonne intelligence de dédoubler un certain nombre de cours en cours flamands et en cours français.Les flamingants voulaient faire reconnaître leur droit à une université flamande sur les deux universités de l\u2019Etat, et, en 1912, les leaders du mouvement flamingant avaient déposé une proposition de loi ayant pour objet la flamandisation graduelle de l\u2019université de Gand.Cette question paraissait en voie de solution, \u2014 car les sections de la Chambre votèrent en faveur du principe de l\u2019institution d\u2019une université flamande, \u2014 lorsque la guerre vint suspendre les séances du Parlement.Frappés d\u2019un malheur commun, la lutte cessa entre compatriotes sur une affaire de régie interne.L\u2019union des Flamands et des Wallons s\u2019est faite, et elle s\u2019est faite malgré l\u2019entreprise de scission morale et de dépecage administratif que l\u2019Allemagne poursuivit en Belgique, à la faveur de l\u2019occupation.Les Allemands voulurent diviser le pays contre lui-même, et entreprirent tout à la fois de capter la sympathie des Flamands et de les compromettre aux yeux de leurs compa- 130 LA REVUE NATIONALE triotes wallons, en affectant de réaliser d\u2019autorité tous les articles de leur programme.\u201cFlandre ou Belgique ?\u201d, dilemne tragique dans lequel la presse allemande s\u2019efforça d\u2019enfermer les Flamands.Qui allait l\u2019emporter dans leurs âmes, de la voix de l\u2019intérêt de la population flamande ou de celle de la Belgique, marâtre de la Flandre?Les Flamands comprirent cette fallacieuse alternative.Le sentiment de loyalisme belge s\u2019affirma, et l\u2019espoir d\u2019un regain de vie populaire pour la Flandre et d\u2019épanouissement pour le génie flamand grandit à cette épreuve.Il n\u2019était pas vrai que les Flamands fussent condamnés à une \u201coption de désespoir\u201d entre la Flandre et la Belgique.Leur résistance fut ferme.Ils ne connurent pas la lâcheté, et autour de leurs fronts je me plais à voir l\u2019auréoie qui voltige lumineuse et patriotique et qui, dans le lointain, à travers les âges, commande l\u2019admiration des générations nouvelles et avive leur amour national.Je ne dirai pas ici tout ce que l\u2019astuce du génie allemand mit en oeuvre.L'autorité teutonne commença par l\u2019arme subtile, décisive parfois: la diplomatie.Poussés par le souci constant de laisser la jeunesse belge libre de secourir sa patrie en danger, les conseils rectoraux des quatre universités belges avaient unanimement décidé de ne pas rouvrir leurs cours.Von Bissing, gouverneur de Belgique, tenta d\u2019obtenir tout au moins, des autorités universitaires, la réouverture de l\u2019université de Gand.Cette tentative échoua.Les moyens diplomatiques étant épuisés, la force restait aux envahisseurs.L\u2019administration allemande leva son masque et inscrivit à son budget une somme importante pour couvrir les frais des travaux préparatoires à la flamandisation de l\u2019université de Gand.irrités par cette tentative de teutonisation intellectuelle, malgré la suspension de la liberté de presse et d\u2019opinion, les leaders du mouvement flamingant protestèrent collectivement, au nom de la population flamande, contre ie projet du gouverneur et lui déclarèrent le refus général, défi- 8 | ji } CANADA ET BELGIQUE 131 nitif des Flamands de n\u2019accepter aucune sorte de présent de la main de l\u2019ennemi.\u201cComment l\u2019histoire nous jugerait-elle, nous autres Flamands, écrivaient-ils, si, à un moment où nos soldats luttent encore contre les vôtres dans les tranchées, nous devions accepter des mains du conquérant un avantage quelconque, même si cet avantage devait apparaître comme ne faisant que réparer des injustices passées?Nous sommes d\u2019une race qui, toujours dans le passé, a tenu à régler elle-même ses propres affaires sur son propre sol.\u201d Cette protestation ressemble à une riposte administrée du plat de l\u2019arme sur la face de l\u2019adversaire.Aussi, Von Bissing ne réussit pas à domestiquer la pensée flamande au service de la politique teutonne.Le gouverneur dut avouer que l\u2019oeuvre était d'initiative allemande, et dans son orgueil de Boche il s\u2019écria: \u201cLe dieu de la guerre a tenu cette université sur les fonts baptismaux, l\u2019épée au clair.\u201d L\u2019épreuve a grandi les Belges de langue flamande ; l\u2019honneur flamand était sauf et l\u2019unité nationale ne fut pas entamée.= ® * Fortement impressionné par la lecture de cet épisode, je ne cessais de me répéter: Quel admirable exemple de solidarité nationale ! Je méditais ces paroles, lorsque mon ami le docteur Thibaudeau, de Saint-Eustache, m\u2019invita à l\u2019accompagner dans une visite à l\u2019un de ses malades.C\u2019était par un beau soir de juin dernier.Le patient demeurait dans un rang qui m\u2019était tout à fait inconnu.Ce rang débouche dans le chemin du Grand-Bois, à l\u2019extrémité sud de la montée de Cyr.Les passants y sont rares, car il n\u2019aboutit à aucune route.On y vit paisiblement.C\u2019était au moment où l\u2019ombre avait eu raison de la lumière; déjà, comme une marée montante, elle avait englouti clôtures, haies, arbrisseaux et vallons ; seuls les grands arbres sur les coteaux émergeaient de cette mer crépusculaire.TI Seg ere Lea A Rar g | 1 a i | | | ppp 132 LA REVUE NATIONALE L\u2019auto avait été freinée auprès d\u2019une \u2018maison d\u2019habitant\u201d dont la simplicité donnait l\u2019impression d\u2019un réel bonheur.Je regardais le paysage et j\u2019écoutais; car D\u2019innombrables liens fréles et douloureux Dans l\u2019univers entier vont de mon ame aux choses.A cette heure, les ormes majestueux prenaient une attitude .mystique.Le bruissement du vent dans leurs branches, tel les accords d\u2019un orgue, accompagnait les pieux accents de la prière du soir dans les foyers.Le ciel, au même moment, se peuplait d\u2019étoiles; sur la terre, dans le regard de ceux qui prient scintillait l\u2019étoile de la foi, et mes yeux se fermèrent pour retenir ce spectacle unique, tandis que mon regard intérieur l\u2019admirait encore et ne cessait de le magnifier.Et je me disais: combien de prières dites en français montent dans ce beau soir d\u2019été ! Il est une heure, tout à la fin du jour, où, dans un élan commun, toute une communauté d\u2019âmes, toute une race de croyants monte par l\u2019esprit, en pèlerinage, jusqu\u2019à Dieu, comme dans nos églises les chants d\u2019un immense auditoire de retraitants.sk * Si une main traîtresse allait déchirer l A B C de notre beau verbe il me semble que l\u2019offense, par une double conséquence, atteindrait l\u2019homme et l\u2019Etre Suprême, dont le grand désir fut que les apôtres enseignassent les nations dans la langue des néophytes.Pareille main n\u2019a-t-elle pas voulu ruiner l\u2019effort de nos ancêtres sur cette terre canadienne qui est née française, qui vivra française et qui, si elle doit mourir, ressuscitera plus française encore?Je voudrais pouvoir dire: non.L\u2019histoire des Anglo-Canadiens depuis la cession me rappelle que, sous tous les régimes au Canada, sous le régime absolu, sous celui de 1791, puis sous l\u2019Union, je dirai même depuis la Confédération, nos compatriotes anglais, aidés de diverses manières par l\u2019Angleterre protestantisante, n\u2019ont cessé d\u2019attenter à la vitalité du verbe français.Plus patients que le Sisyphe, seul, tout meurtri, qui remonte son fardeau sans cesse, avec vaillance toujours \u2018et avec éclat par- +. TT CANADA ET BELGIQUE 133.fois, nous avons comme dans un éternel baiser d\u2019amour, tenu sur nos lèvres la langue des aïeux.Etienne Lamy, dans une séance solennelle tenue au Havre, par les Comités des Nations alliées et neutres, en vue de la restauration de la bibliothèque de l\u2019université de Lou- vain brûlée par les Boches, a prononcé un de ces mots aussi justes que profonds, quand il a rappelé que les Allemands \u201cavaient commis là le plus grand des péchés, celui qui ne se pardonne pas, le péché contre l\u2019esprit, et qu\u2019ils ne pouvaient manquer d\u2019en être châtiés avec la dernière rigueur.\u201d Nos compatriotes anglais ont, certes, commis le péché contre l\u2019esprit, dans cette lutte séculaire contre le dialecte français, à la faveur de la cession.Cette réflexion ne vient-elle pas à l\u2019esprit de tout bon catholique: pourquoi les Irlandais, nos corréligionnaires, n\u2019ont-ils pas suivi l\u2019exemple de solidarité donné au monde entier par les Flamands de Belgique, au sujet de la troublante question de langue?La solidarité catholique serait-elle illusoire en ce pays?Les Flamands et les Wallons forment un groupement national.Politiquement, ils sont frères.Les Irlandais et les Canadiens français composent en ce pays la grande famille catholique.Unis par des liens supérieurs à ceux qui unissent les co-nationaux, ils sont des frères par leur commun sentiment religieux.Dites-moi, placés à cette hauteur, ne sommes-nous pas au-dessus des mesquines discussions de race et de langue?Quel est celui qui entretient encore la naïve croyance en des races supérieures et des races inférieures ?La grande communauté humaine devrait, à la lumière des principes chrétiens, s\u2019inscrire en faux contre les affirmations des anthropologistes qui n\u2019ont, dans leurs recherches mal dirigées, que trop malheureusement encouragé la répétition du fratricide maudit de Caïn.Dans le cours des siècles les races supérieures sont devenues des races inférieures, tandis.que celles-ci, à l\u2019aide de circonstances favorables, sont montées à la surface où se tenaient orgueilleusement les races. BR : À à \u201cÀ no 134 LA REVUE NATIONALE dominatrices.La \u201cpanmixie générale\u201d, le \u2018\u201cmétissage universel\u201d ne laissent plus d\u2019emprise aux préjugés de race et permettent aux biologistes sincères d\u2019avouer qu\u2019ils ne croient plus aux races pures ni aux races privilégiées qui seules, seraient les dépositaires des qualités de l\u2019esprit et du coeur.Au Canada, plus qu\u2019ailleurs, ces préjugés devraient être anéantis.Traqués comme des bêtes fauves, les fils de la Verte Erin ont abordé nos rives dans une lamentable misère.Nous étions là, pour panser leurs plaies, et la charité chrétienne fit oublier aux uns et aux autres des malheurs communs.Mais notre hospitalité, hélas! si elle ne s\u2019adressait pas à des Séïdes dévoués à nos contempteurs, n\u2019allait pas, non plus, réconforter des alliés nouveaux.Au lieu de prendre fait et cause pour les Canadiens français catholiques, ils se sont tournés contre eux et sont rentrés dans les rangs de leurs persécuteurs.En face d\u2019un danger qui nous menace non seulement comme groupe ethnique, mais comme fidèles de l\u2019Eglise militante dans l\u2019Amérique du Nord, en toute indépendance, les Irlandais catholiques avaient le devoir de parler à leurs mai- tres et de leur répéter cette réponse si franche et si loyale des Flamands avec une légère modification: comment l\u2019histoire nous jugerait-elle, nous, Irlandais catholiques, si, persécutés depuis des siècles par nos congénères et protégés par les Canadiens francais à une heure difficile de notre histoire, nous allions accepter des mains du conquérant un avantage quelconque et nous faire ses complices contre nos anciens protecteurs, au mépris des principes supérieurs de notre religion?Notre croyance et notre sang nous commandent la reconnaissance.Mais nos coreligionnaires ont gardé le silence.Un tel abandon nous confère cependant des compensations.Aussi heureux que les Wallons, la solidarité, au lieu de nous venir des fils de saint Patrice, nous arrive de Rome.Le pape a parlé pour eux. | CANADA ET BELGIQUE 135 \u201cEt maintenant, dit-il, c\u2019est à tous nos pères de l\u2019Epis- copat canadien que nous voulons nous adresser et renouveler de tout coeur, et du plus profond de notre âme, l\u2019exhortation que nous leur faisons, il y a deux ans; à savoir, qu\u2019ils ne soient qu\u2019un coeur et qu\u2019une âme, qu\u2019il n\u2019y ait pas entre eux de scission, ni au point de vue des races ni au point de vue du langage.\u201d Et plus loin: \u201cQue tous les prêtres s\u2019appliquent à posséder la connaissance et la pratique de l\u2019une et de l\u2019autre langue anglaise et francaise et qu\u2019écartant toute susceptibilité, ils se servent tantôt de l\u2019une tantôt de l\u2019autre selon les besoins des fidèles.\u201d I ajoute, comme pour nous tracer un programme d'action : \u201cLes Franco-Cana- diens peuvent, sans manquer à la justice, demander au gouvernement des déclarations opportunes, touchant ladite loi scolaire ; ils peuvent également désirer et chercher à obtenir certaines concessions plus amples.\u201d Enfin, voilà cette parole tant désirée, parole contondante, qui répond à tous nos conciliateurs à outrance.Dans la soif des honneurs et du pouvoir, nos politiciens préchaient la conciliation.qui n\u2019était rien moins qu\u2019une trahison nationale.Prenaient-ils garde que leurs actions en 1905, lors de l\u2019érection des provinces de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan, et en 1912 sur la question du Kéwatin, commencaient par ressem?bler à leurs pensées ?L'histoire peut dire dès maintenant, jusqu\u2019à quel point cette politique fut néfaste.Ils ne savaient donc pas que le Canadien français ressemble à l\u2019aveugle Ossian, assis sur les tombeaux des rois à Morven: quelque part au Canada qu\u2019il étende sa main dans l\u2019ombre, il touche la cendre de ses pères.Après avoir refait le bilan de leurs mécomptes.les Irlandais peuvent essayer, à notre égard, la réconciliation, selon les enseignements de Benoît XV.Nous goûterons la joie de pardonner, une fois encore.Et la solidarité, refleurissant parmi les Chrétiens, créera de nouvelles sources émotives, génératrices d\u2019action catholique.Adélard LEDUC AUX PAYSANS \u201cVoilà qu\u2019avril sourit à la terre natale.\u201cLe disque, aux reflets roux, lustre sur le chemin L\u2019érable vigoureux qui fièrement s\u2019étale.Il monte des rubans de brume au ciel carmin.La brise a démoii les derniers bancs de neige Dont la fonte ravine et détraque le sol.Un paysan rêveur appuyé sur l\u2019allège -Observe une corneille au fatidique vol.Son regard se remplit du captivant espace A qui dès son enfance il a voué son coeur.L\u2019oiseau sombre qui plane et tournoie et repasse Annonce que l\u2019humus attend le soc vainqueur.Le clapotis vernal du ruisseau qui se moire Tacheté de débris, reliques de l\u2019hiver, Ranime des matins défunts en sa mémoire : -Semailles et labours aux souvenirs divers.Le laboureur parfait la tâche héréditaire.Dans l\u2019argile il conduit le coutre nourricier.Sous la grèle et l\u2019averse, il va sans se soucier Donnant ses durs labeurs en offrande à la terre.Par ce matin nacré, la voix sainte des morts Qui gisent endormis dans les froids cimetières S\u2019élève avec le vent en les platanes forts Et chante des semeurs les constances altières.Modestes paysans, sublimes sans témoins, \u201c Sans vous, toute cité croulerait, ombre vaine.Travailleurs méconnus du sol qu\u2019on aime moins Gardez-lui votre force et le sang de vos veines.Imitez les aïeux, artisans du passé, Et, dignes d\u2019autrefois, que rien ne vous terrasse.Burinez des sillons sans jamais vous lasser : «C\u2019est ici le salut -ultime de la race.Hermas BASTIEN RETOUR DES LABOURS A M.L.-J.Doucet L\u2019heure solaire a fui; le .calme régne aux champs.Des outils sont restés appuyés aux clétures.Dans le lointain, l\u2019on voit défiler des voitures Par les chemins verdis aux brises du printemps.Dans les sillons nouveaux de craintives corneilles, Sans relâche aux aguets becquettent le bon grain.Du val monte dans l\u2019air la voix du grave airain ; Au rûcher bourdonnant reviennent les abeilles.Suivant dans les sentiers ses grands boeufs noirs et roux, Le laboureur descend des coteaux à cette heure Où l\u2019ombre plus épaisse envahit sa demeure.Il rêve, et son regard semble plus clair et doux.Lorsque pour pâturer sur le bord d\u2019une sente, L\u2019un d\u2019eux flaire et s\u2019arrête au milieu des guérets.Un chien, parfois, s\u2019élance et le mord aux jarrets.Le boeuf fonce sur lui, la mine menaçante.Accélérant leur marche en l\u2019obseur incertain, i Gens et bétes s\u2019en vont vers le proche village ; D\u2019où seul un vieux clocher émergeant du feuillage, Dessine sont profli sur l\u2019horizon lointain.\u201cÀ Traversant sur le pont d\u2019un cours d\u2019eau qui sommeille, Le pas lourd du bétail résonne, dans la nuit; A On entend le plongeon d\u2019une loutre à ce bruit, pi Le flot le répercute et le ruisseau s\u2019éveille.ea ge ae REARS tat i iE SM dada 138 LA REVUE NATIONALE Or, par instinct, sachant le moment du retour, Les boeufs lèvent la tête et beuglent vers l\u2019étable Où, dans la paix du soir, à quelqu\u2019écho semblable, D\u2019autres voix à leurs voix répondent tour à tour.Et, tel un astre d\u2019or, oeuvre du divin Maître, Dans le vague espace une lumière a lui.C\u2019est du bon laboureur le tendre et chaud abri, Dont la lampe attentive éclaire la fenêtre.Sur le seuil de la porte, un enfant dans les bras, Une fermière au teint vermeil, au large buste, Agite du bambin la menotte robuste, Vers l\u2019abreuvoir où l\u2019homme attache ses boeufs gras.Il entre.Le foyer s\u2019emplit de sa présence.Puis, buvant a longs traits un grand bol de lait frais, Il parle de la terre en son rude patois; Autour de lui chacun s\u2019empresse et fait silence.\u201cComme il fit chaud, dit-il, là-haut, en plein soleil.\u201cVingt fois le jour, j\u2019ai bien pensé quitter l\u2019ouvrage, \u201cMais le sillon fini, je reprenais courage, \u201cSachant la tâche noble et mon profit pareil.\u201cFemme, j'ai labouré tout le flanc de la Butte, \u201cEt tu sais si le sol est plus fertile en rocs \u201cQu\u2019il ne l\u2019est en épis, aussi, combien de socs, \u201cJe remporte émoussés de lui faire la lutte.\u201d \u201cIl fallait voir les boeufs après chaque sillon \u201cCreusé péniblement dans les friches nouvelles, \u201cF'aisant sous leurs sabots voler des étincelles, \u201cS\u2019arréter, haletants, las des coups d\u2019aiguillon.\u201d \u201cIls ont bien mérité une double pitance, \u201cCes vaillants compagnons de mes rudes labeurs, \u201cCar, certes, il n\u2019est pas ici, ni même ailleurs, \u201cUn couple ami de l\u2019homme aimant plus sa souffrance.\u201d RETOUR DES LABOURS 139 \u201cC\u2019est pourquoi je renonce à les vendre tous deux.\u201cJean-Paul, notre voisin, m\u2019offre en retour Eole.\u201cQu\u2019il garde son cheval, je reprends ma parole.\u201cDis-lui que je ne puis me dessaisir d\u2019eux.\u201d Ainsi, continue-t-il d\u2019instruire tous les siens, Car s\u2019étant mis a table au sein de la famille, Il tient de gais propos, et le rire pétille Sous ce toit où sont nés et sont morts les anciens.Puis il soigne ses boeufs, prépare leurs litières, Donne aux vaches du foin qui sent bon le terroir, Au passage appeurant juchés sur leur perchoir, Poules, coqs et dindons, tous gris sous les poussières.Alors, sachant fini pour ce soir son labeur, Ses travaux bien payés de la glèbe jalouse, Ayant fait la prière au côté de l\u2019énpouse, H s\u2019endort dans la paix sereine du Seigneur.Ulrie-L.GINGRAS, Saint-Romuald. WILLIAM CHAPMAN Quand j'écris l'homme et l\u2019oeuvre, entendons-nous.Je me rends trop bien compte de ce que ce titre a d\u2019ambitieux pour avoir la prétention de le traiter à fond.Qui peut se vanter de connaître un homme qui n\u2019est pas lui-même?Et encore! !l parait qu'il n'y a rien de plus difficile que de découvrir son propre moi, en faire sa propre connaissance, et les psychologues sont là pour le prouver.Que sais-je?disait Montaigne.Et il a passé sa vie à se demander: \u201cQui suis- je?\u201d De plus, quand c\u2019est un poète ou\u2019!l s\u2019agit d\u2019étudier, de peindre, \u2014 silhouette, figure et caractère, \u2014 la tâche est encore plus embarrassante.Un poète est, certes, un homme ordinaire, \u2014 demandez-le à ses amis, \u2014 mais ordinaire, son caractère ne l\u2019est pas toujours.Souvent c\u2019est capricieux, un poète, ondoyant, plein de sautes d'humeur, d\u2019illusions, d\u2019orgueil, d\u2019insincérité parfois de littérature et de clair de lune souvent, et bien impudent serait celui qui croirait avoir vu jusqu\u2019au fond de son coeur.C\u2019est pourquoi je passerai rapidement sur la vie intime de Chapman.Je n\u2019ai jamais aimé ce parti-pris qu\u2019on a, en Europe, de fouiller la vie privée d\u2019un écrivain ou d\u2019un homme public, sous prétexte de psychologie, et d\u2019étaler au grand jour les faiblesses, les misères, les fautes d\u2019une pauvre vie humaine.Il y a bien assez déjà de ceux qui font cela dans l\u2019ombre.Il y a là une littérature morbide, maladive, bonne tout au plus à l\u2019amusement des esprits superficiels et blacés, et ce n\u2019est pas moi qui mettrai jamais ces \u201c\u201cindiscrétions de l\u2019histoire\u201d, même littéraires, en honneur parmi nous.Je ne prendrai \u2018 WILLIAM CHAPMAN 141 donc de la biographie du poète que juste ce qu\u2019il faut pour éclairer sa physionomie, déjà si originale, et pour expliquer, dans la mesure de mes moyens, son talent, sa poétique, ses oeuvres.Chapman est né en pleine Beauce canadienne, le 14 décembre 1850.Son père, Georges Chapman, était anglais, petit fils lui-même d\u2019un officier de l\u2019armée anglaise venu au pays à la suite de Lord Prevost, gouverneur du Canada de 1811 à 1815.Sa mère, toutefois, était Canadienne française.Elle se nommait Caroline Angers; elle appartenait à cette grande famille qui devait un jour donner un lieutenant-gouverneur à notre province.Le poète était fier, certes, de sa double origine et n\u2019a jamais songé à franciser son nom, pas même devait mystifier tant de gens, plus tard.Comment peut-on, en effet, s\u2019appeler William Chapman et faire des vers français, des vers patriotiques, chauvins même et débordants d\u2019enthousiasme pour la France?Certains ne lui ont jamais pardonné cela.Vous chercheriez vainement dans les revues, les livres anglais qui traitent de la littérature canadienne, un article de queque importance sur l\u2019oeuvre et la vie du poète.Le Canadian Whos\u2019 Who, publié en 1910, alors que Chapman avait été décoré, couronné par l\u2019Acadmie française depuis longtemps, ne contient pas même son nom, bien qu\u2019il donne des notes biographiques et bibliographiques sur presque tous nos littérateurs et nos hommes publics.Seul, Morgan, dans son Canadian Men and Women of the times, édition de 1912, en dit quelques mots, donne quelques dates.Ce que j\u2019ai pu trouver ailleurs se résume à de brèves notes sur les Aspirations, le premier ouvrage de Chapman qui ait fait date dans sa vie.\u201cConséquence de mon nom!\u201ddisait-il.Mais le plus curieux, c\u2019est que, même dans nos propres livres, revues et journaux, il se trouve si peu sur la vie, la carrière littéraire et publique de Chapman.La Revue Canadienne a publié un bon nombre de ses vers, mais elle n\u2019a jamais parlé du poète lui-même.Du moins je n\u2019ai rien su y trouver, et je crois 142 LA REVUE NATIONALE qu\u2019il en est ainsi de nos autres publications.Aussi: doit-on dire que jamais poète ne fut moins populaire que celui-là.Songez qu\u2019il ne fut pas même de la Société Royale, notre académie, à nous! Certes, il devait bien y être recu au printemps de 1917 ; mais il était trop tard: la mort, ironique, était déjà là.Un seul moment, eut-il l'illusion de la gloire, et ce fut au lendemain de la publication à Paris des Aspirations, en 1904, alors que, patronné, soutenu, louangé, prôné par des critiques comme Augustin Filion, François Lhomme et autres, en France, ce livre fut couronné par l\u2019Académie fran- caise, prix Archon-Despérouse.C\u2019était là un bel honneur pour l\u2019un des nôtres, assurément, honneur mérité, quoi qu\u2019on dise, sinon pour la masse des vers du poète, du moins pour un bon nombre de pièces réellement belles et dignes d\u2019admiration.Dès lors, \u2014 il ne fallait rien moins pour qu\u2019on se décidât à parler d\u2019un poète d\u2019ici, \u2014 notre presse s\u2019en occupa; le nom de Chapman qui, jusque-là, restait dans la pénombre, sortit au grand soleil, et les Canadiens français commencèrent à se douter qu\u2019un des leurs pouvait avoir du talent.On discuta \u2014 rudement parfois \u2014 ce mérite, ce talent; le poète eut ses enthousiastes, ses fidèles, ses critiques, ses détracteurs, \u2014 naturellement, \u2014 mais, pour la masse des lecteurs, i! demeura impopulaire, tandis que pour les autres, ceux qui lisent les vers, il fut jugé un peu lourd, prolixe et diffus.Ee c\u2019est pourquoi ses ouvrages subséquents, malgré une bonne presse, généralement, en France et au Canada, furent accueillis avec une quasi indifférence.Les Rayons du Nord (1910), couronnés par l\u2019Académie, et les Fleurs de givre (1912), tout en contenant encore quelques belles pièces, n\u2019ajoutaient que peu de chose au mérite du poète, et, pour qui avait lu les Aspirations, les nouveaux venus avaient un air, comme je le disais tout à l\u2019heure, de déjà vu, de déjà lu, qui ne disposait ni à l\u2019enthousiasme aveugle ni à l\u2019admiration.Mais si les ouvrages du poète n\u2019étaient nas aussi populaires qu\u2019ils l\u2019auraient mérité, et s\u2019ils ne se lisaient pas tous comme ceux de Coppée, de Victor Hugo, de Lamartine, q 4 So l WILLIAM CHAPMAN 143 l\u2019homme lui-même était fort original.I le fut toujours.D\u2019après ce que l\u2019on peut tirer de ses rares confidences, de ses souvenirs, de sa biographie un peu voilée, son adolescence fut celle d\u2019un esprit difficile, déjà indépendant, entier et dont la plus grande passion était la chasse et la pêche, passion que lui avait inculqué un ami, Joseph Fortin, grand coureur de bois et sportman émérite.Plus tard, au collège de Lévis, où Chapman fit ses études, il voulut devenir poète et se mit à délaisser l\u2019étude du droit pour la prosodie.\u201cEt moi aussi je veux être poète!\u201d se serait-il écrié.Il le devint, mais il rata son brevet d\u2019étude.Au prix de quels efforts devint-il poète?On ne sait pas.Toutefois, Chapman ne semble pas avoir lu beaucoup, si l\u2019on en juge par ses premiers vers.Crémazie, Fréchette, Lemay et quelques autres lui servirent apparamment de premiers modèles.Plus tard, ce fut Victor Hugo qui devait avoir sur lui une influence énorme, et qu\u2019il ne quitta plus, \u2014 au grand dommage de son originalité poétique.Chapman fit des vers, de la prose, publia en 1876 les \u201cQuébecquoises\u201d, une oeuvre qui lui valut, s\u2019il faut en croire le poète, des éloges de Sully-Prudhomme et de Francois Coppée.Ironie?gracieuseté?Quoi.qu\u2019il en soit, ces louanges ne pouvaient manquer d\u2019encourager fort notre Jeune auteur.Il se remit donc à l\u2019oeuvre, mais, pas plus que les autres poètes il ne pouvait songer à vivre de sa lyre, et comme il n\u2019avait pas réussi dans ses entrepriess commerciales pour lesquelles il n\u2019avait aucune aptitudes, \u2014 quel poète s\u2019entend aux affaires?\u2014 il imagina de fouiller certaines mines d\u2019or abandonnée de la Beauce en compagnie de son ami Fortin.Mauvaise affaire encore et qui acheva de le ruiner, Il ne rapporta de cet lEdorado qu\u2019une description qu\u2019il publia, et partit pour Montréal, où il devait faire du journalisme, \u2014 à la Patrie, à la Minerve, jusqu\u2019en 1890.C\u2019est là, sans doute, qu\u2019il s\u2019essaye à la polémique pour laquelle il avait un goût particulier, et dont nous parlerons tout à l'heure.En 1890, il publia les Feuilles d\u2019érables, qui montraient un progrès sur les Québecquoises, et dont quelques pièces ne de- 144 LA REVUE NATIONALE valent pas déparer les \u201cAspirations\u201d.Mais ici encore ne poète hésite, cherche sa voie, fait de la prose en vers.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019en parler longuement.En 1891 Chapman est nommé fonctionnaire au secrétariat de la province de Québec, et, en 1892, registraire au ministère du procureur général.Mais ce ne fut pas sans soulever des oppositions, des colères.Dame! un poète! Qu\u2019allait-il faire en cette galère?On l\u2019accusa dans les journaux d\u2019avoir attaqué le gouvernement qu\u2019il servait, et le fait est qu\u2019on n\u2019avait pas tort, puisqu\u2019en 1897, il était destitué pour récidive dans L\u2019Avant-Garde de Québec.Que voulez-vous! Il avait pris goût à la polémique et, coup sur coup, il publia, dans les journaux d\u2019abord, en volume ensuite, le Lauréat et les Deux Copains, deux séries d\u2019articles furibonds à l\u2019adresse de Louis Fréchette et de tous ceux qui s\u2019étaient avisés de défendre ce pcète et ses amis.Ces articles, qui se réclamaient de la critique, sont plutôt de pitoyables chicanes de mots, d\u2019adjectifs et de virgules.On songe en les lisant aux enfants qui se querellent, se crient de gros mots à tort et à travers, ou bien aux prises de becs de com- mèes verbeuses et colères.Mais laissons cela.Les ouvrages de polémique de Chapman sont des fautes de goût, de mesure, de tact qu\u2019il a regrettées plus tard comme le prouve un fragment des Rayons du Nord, et qui tomberont dans l\u2019oubli sitôt qu\u2019on n\u2019en parlera plus.J\u2019en parle ici, en vue d\u2019expliquer l\u2019homme, de répondre aux pourquoi que l\u2019on se pose devant cette vie à demi-manquée, cette carrière orageuse, mais surtout pour éclairer son oeuvre.Puisque j'ai voulu parler de l\u2019homme, il fallait bien que j'en montre un peu le caractère, et celui de Chapman était trop tranché, trop entier, trop original en un mot, pour qu\u2019il n\u2019ait pas joué un grand rôle dans cette vie.Et maintenant, parlons de Chapman lui-même.Vous vous souvenez de cet homme de haute et robuste stature qui, dès le lendemain de son arrivée à Ottawa, où il devait s\u2019établir libraire, rue Rideau, jusqu\u2019à ce qu\u2019il eut été nommé traducteur au Sénat en 1902, arpentait lentement les rues de + =z WILLIAM CHAPMAN 145 la ville, les yeux fixes, demi-clos, le regard intérieur, comme à la recherche de l\u2019éternelle rime, la moustache en point d\u2019orgue sur une bouche amère, agressive, hautaine?Vous vous rappelez ce geste net, cassant, ce ton de voix autoritaire, sans inflexion douces, sans enjouement, sans gaieté?Et pour qui l\u2019a vu dans son intérieur, son intimité, comment ne pas avoir remarqué sa nervosité, son manque d\u2019équilibre, sa conversation un peu décousue, alors que, passant brusquement d\u2019un sujet à un autre, il bouleversait autour de lui ses livres, ses papiers à la recherche de ce que souvent il tenait à la main.Aucune recherche dans sa langue: il prononcait le français plutôt comme Jean-Baptiste qu\u2019à la manière de Mounet-Sully, et quand il lisait ses vers, il les gâtait un peu par un débit difficile, guttural et monotone.Il se rendait parfaitement compte de ce défaut, d\u2019ailleurs.\u201cJe parle mal, me disait-il un jour.Je bafouille, je ne sais pas dire, et c\u2019est pourquoi je ne vais pas plus souvent réciter des vers en public, dans les assemblées, les salons\u201d.Nul poète, en effet, ne fut moins sociable, plus distant, ne s\u2019enferma avec plus de farouche détermination dans sa \u201ctour d\u2019ivoire\u201d que Chapman.Il acceptait rarement les invitations qu\u2019on lui faisait, prétextant l\u2019état de sa santé, de son estomac malade, d\u2019engagement antérieurement pris, \u2014 quitte à le regretter plus tard.Quand on tombait chez lui, à ces heures-là, rien n\u2019était plus intéressant que de suivre sur son visage, dans ses yeux, ses sensations diverses, se désirs refoulés, son indignation contre lui- même et contre les autres.À ces moments-là son caractère se lisait comme un livre ouvert.À ce propos, je me rappelle une des grandes joies de sa vie.Un de nos magistrats les plus connus, peu de temps avant la mort du poète, l\u2019invita à venir prendre le dîner de Noël chez lui.Chapman refusa, \u2014 par timidité, me dit-il, \u2014 mais il ressentit vivement l\u2019honneur qu\u2019on lui avait fait.\u201d C\u2019est la reconnaissance de mon mérite! s\u2019est-il écrié avec une charmante naïveté.Et c\u2019était vrai.On venait de le découvrir.Mais était-ce la timidité seulement qui l\u2019empêchait de se rendre à cette invitation? 146 LA REVUE NATIONALE Il y avait de la timidité, sans doute, mais autre chose anssi.Le poète n\u2019était pas un homme de salon, un favori de la société, une dilettante du monde.J'ai déja dit qu\u2019il causait peu, manquait presque totalement de la souplesse nécessaire à la fréquentation des salons.De plus, la gaîté lui faisait défaut, la fantaisie la délicatesse de l\u2019expression, la grâce, l\u2019esprit aussi, cette chose légère et vive qui fit la gloire de Musset et de Rostand, le poète ailé de Cyrano et des Musardises.Notre poète avait la plaisanterie un peu grosse, lourde ou enfantine, comme le prouvent ses articles de polémique et certaines pièces de vers, \u201cLa Sucrerie\u201d, le \u201cPalais de glace\u201d \u2014 et quand il se laissait aller à raconter une anecdote, une historiette, un bon mot, le plus souvent le sel en était un peu fort.Orgueilleux, il endurait difficilement, ou plutôt, n\u2019endurait pas du tout les observations sur ses vers.Il ne faut pas s\u2019en étonner: il paraît que tous les poètes sont ainsi.Chapman disait volontiers: \u201cJe vais vous lire une de mes pièces de vers.C\u2019est ma meilleure.\u201d C\u2019était toujours sa meilleure.\u201cVous me direz ce que vous en pensez, mais là, franchement, n\u2019est-ce pas?\u201d Et non seulement il disait cela, mais il le faisait promettre \u2014 sachant probablement que personne n\u2019aurait cette imprudence \u2014 et le poète commençait à lire une de ces interminables pièces dont il avait le secret, et qui, disons-le franchement, avaient toujours des parties vraiment belles, \u2014 quand elles ne l\u2019étaient pas d\u2019un bout à l\u2019autre.Le poète lisait, la voix sourde, un peu ingrate, les mots sifflant à travers la moustache ronde, soulignant avec énergie les vers qu\u2019il désirait particulièrement faire remarquer, le geste rare et souvent inutile, le regard scrutateur, presque menacant, fixé sur son auditeur comme un éternel point d\u2019interrogation.Et, la lecture finie, l\u2019impérieuse mise en demeure de parler, de dire le bien qu\u2019on en pensait!.Je ne connais que deux critiques \u2014 excellents d\u2019ailleurs \u2014 qui ait réussi qulquefois à faire changer à Chapman certains de ses vers: ce sont MM.Thomas Chapais et J.-M.Fleury, d\u2019Ottawa.Je ne crois pas WILLIAM CHAPMAN : 147 me tromper en disant que nous devons à leur influence les meilleurs vers du poète canadien.Et maintenant je passe à la critique qu\u2019on a faite des oeuvres de Chapman en France et au Canada, m\u2019en tenant toutefois à celle qui restera, venant ds juges tels que Francois LHomme, Augustin Filon, l\u2019abbé Camille Roy et ab der Halden.Et d\u2019abord, Francois Lhomme.Pour bien savoir ce qu\u2019était ce critique \u2014 il est mort aujourd\u2019hui \u2014 il faut avoir lu son ouvrage principal, La comédie d\u2019aujourd hui, un livre dont le verbe nourri, net, cinglant, coupé comme à coups de fouet, réduit presqu\u2019à néant les auteurs contemporains.Et remarquez que ces auteurs, ce sont Alphonse Daudet, Paul Bourget, les Goncourt, d\u2019autres encore qui sont encore le: favoris du public.Comment se fait-il que ce classique intransigeant, cet homme d\u2019une sévérité excessive, ce critique d\u2019un goût si exclusif soit devenu le champion de Chapman à Paris, l\u2019introduisant dans les salons littéraires, près des lettres, des critiques, lui faisant obtenir, honneurs, décorations ?Car si le poète canadien fut recu, fêté, couronné comme il le fut dans la capitale française, par le gouvernement français et par l\u2019Académie, ce fut, certes, à cause du mérite de son livre, mais ce fut aussi grâce à M.Lhomme, et Chapman lui- même en a conveñu un jour, devant moi.Il en est pas moins certain que le critique français avait une réelle admiration pour le talent de Chapman, et cela se comprend après tout, les vers du poète ayant gardé sinon le vocabulaire du moins le moule, le rythme classique ou presque, le grand alexandrin majestueux d\u2019avant Victor Hugo et Chénier.En dépit de son admiration évidente pour le grand poète francais, Chapman en effet, avait gardé le rythme régulier, la césure rigide \u2014 à la Boileau \u2014 et cela devait plaire à Francois Lhomme, dernier classique du siècle et disciple de La Bruyère.Sans doute, les beaux vers du poète canadien, ses sujets relativement originaux avaient frappé l\u2019imagination du critique, tandis que son patriotisme éloquent lui était allé au coeur.Mais 148 LA REVUE NATIONALE la forme prosodique des Aspirations fut pour beaucoup dans le succès qu\u2019il obtint auprès de ce critique.Il en fut de même d\u2019Augustin Filon.Ce qu\u2019il aima le plus dans l\u2019oeuvre de Chapman, ce fut l\u2019amour de la France, la note canadienne et les sujets particuliers au pays, tels \u201cL\u2019aurore boréale\u201d, le \u201cNiagara\u201d.\u2014 et s\u2019il est permis de se demander s\u2019il n\u2019a pas légèrement exagéré ses louanges, il ne l\u2019est pas de nier la valeur de son jugement, son autorité de critique et de lettré.\u201cChapman est un grand poète\u201d, nous dit M.Filon.Nous voulons le croire, \u2014 nous le croyons en lisant certaines de ses pièces de vers; mais il est permis de s\u2019étonner et de se demander pourquoi, en ce cas, pas un des grands critiques francais d\u2019alors et d\u2019aujourd\u2019hui, Jules Lemaitre, Emile Fa- guet, Brunetiére, Doumic, n\u2019ont parlé de notre poète et de ses livres?.Etait-ce parti-pris?préiugé de Français désireux de garder pour eux leurs louanges?Non! Il serait ridicule de croire pareille chose.Est-ce que ces mêmes critiques ne parlaient pas, He parlent pas encore \u2014 ceux qui vivent \u2014 tous les jours d\u2019écrivains allemands, belges, suédois, anglais ?Certes.Alors?Alors voilà: c\u2019ést que Chapman était trop inégal, trop faible dans certaines parties de son oeuvre pour qu\u2019il arrêtât l\u2019attention des grands critiques.Lemaitre en aurait parlé avec trop d\u2019ironie peut-être, Brunetière avec trop de netteté, Faguet avec trop de réticence et Doumic avec trop d\u2019embarras.Il valait mieux n\u2019en pas parler du tout et laisser le poète jouir d\u2019un triomphe qu\u2019après tout, 1 méritait pour une bonne partie de son oeuvre, pour son courage et son touchant amour de la France.Mais d\u2019autres en parlèrent qui devaient résumer la critique générale de l\u2019oeuvre principale de Chapman \u2014 ab der Halden, en France, et l\u2019abbé Camille Roy, chez nous.Le critique francais, dans ses Etudes de littérature canadienne- française, consacre à Chapman deux articles, le premier \u2014 un peu hâtif, incomplet bienveillant en son ironie légère; le second plus accentué, l\u2019ironie, cette fois, touchant à la raillerie, et le ton général, en dépit d\u2019efforts évidents, ca et là ms + eT WILLIAM CHAPMAN 149 pour louer, prenant des accents de querelle, de polémique, de riposte qui nous amusent, certes, mais qui nous laissent un peu méfiants.Qu\u2019est-ce a dire, en effet?ab der Halden s\u2019est révélé critique trop intelligent, de goût trop sûr, de sympathie tron sincère à notre endroit pour qu\u2019il se soit complu à \u201ctomber\u201d Chapman sans autres raisons qu\u2019un parti-pris, un dépit de critique.Avait-il été provoqué, ou avait-il lu plus attentivement les vers du poète?Je ne serais pas surpris, connaissant la susceptibilité de Chapman pour\u2019 tous ce qui' touchait à ses ouvrages \u2014 même les plus faibles \u2014 qu\u2019il se fût avisé de reprocher au critique francais la fine et sagace étude qu\u2019il lui avait tout d\u2019abord consacrée.Attaqué dans ses privilèges de juge littéraire, et mécontent de voir avec quelle mauvaise grâce on appréciait ses louanges et ses réserves, ab der Halden se défendit vivement et même un peu rudement.C\u2019est pourquoi il est permis de préférer son premier article, tout en lui conservant sa grande bienveillance, au second, et cela avec d\u2019autant plus de raison qu\u2019il en est, pour ainsi dire, l\u2019antithèse.Mais même ici, si le critique français prend un plaisir trop évident à railler, et si son ironie est plutôt cruelle, il n\u2019a pas tout à fait tort quand il reproche au poète canadien ses impropriétés, ses imitations, ses calquages visibles, ses fautes de goût, de style et son parti-pris de faire long.Ab der Halden reproche à Chapman certaines pièces, comme cette \u201cSucrerie\u201d dont je parlais tout à l\u2019heure, \u201cL\u2019ode à Marie-Christine\u201d, d\u2019autres encore, hélas! beaucoup d\u2019autres \u2014 et vraiment, il suffit de les lire attentivement et à hautes voix pour se rendre compte qu\u2019elles déparent l\u2019oeuvre de notre poète.Certes, on y trouve des vers bien frappés, bien venus, de beaux passages même, mais telles qu\u2019elles sont, ces pièces ne prendront certainement jamais place dans l\u2019en- thologie qu\u2019on fera demain de l\u2019oeuvre entière de Chapman.Somme toute, ab der Halden a la note juste quand il dit: \u201cIl y a dans l\u2019oeuvre de Chapman un singulier mélange de qualités parfois intéressantes et de défauts graves.On croit qu\u2019une pièce va bien venir, et soudain une lourde faute arrête 150 LA REVUE NATIONALE le lecteur.Enfin, le développement scolaire du lieu commun, enlève tout leur prix à la plupart des efforts de Chapman.Si vous voulez être équitable, donnez-lui une place parmi les écrivains dont la virtuosité ne répond pas aux intentions et qui ont parfois des lueurs.\u201d\u201d (Nouvelles études).Le critique français, c\u2019est évident, ménage un peu trop ses termes, quand il s\u2019agit de louer, s\u2019en tient trop à son désir de rabaisser les prétentions du poète, et le plaisir qu\u2019il y prend se voit trop clairement.Cela, ma foi, tourne à l\u2019injustice, car si Chapman a fait nombre de pièces trop longues, pleines de termes prosaïques, d\u2019à peu près poétiques; s\u2019il manqua de souplesse, de goût parfois, de fantaisie, de grâce, il écrivit assez de belles et fortes pièces pour qu\u2019il lui soit permis d\u2019être mis aux côtés des meilleurs poètes canadiens.C\u2019est l\u2019opinion de M.l\u2019abbé Camille Roy et c\u2019est aussi la mienne.Comme ab der Halden, M.Roy a renroché à Chapman ses longueurs, ses queues, ses défaillances, mais avec plus de justice, allant chercher franchement les beaux vers, les poèmes de mérite et ne cachant pas son admiration quand l\u2019occasion s\u2019en présentait.Voici en substance ce que disait le critique canadien : .Et l\u2019on voit done que si M.Chapman s\u2019appliquait davantage à mettre sa sensibilité en contact avec les choses, et à rafraîchir, et à rajeunir ses impressions ; s\u2019il ouvrait plus largement encore son imagination et sa conscience aux grands souffles qui passent dans son ame d\u2019artiste; et s\u2019il s\u2019abstenait de violenter la muse quand elle lui refusa ses caresses, et s\u2019il osait enfin tailler, couper et retrancher dans les longues pièces où s\u2019étale parfois une rhétorique trop ingénue, il nous donnerait assurément les meilleurs recueils du monde.Si, pour parler autrement, M.Chapman avait condensé ses Aspirations dans un in-12 de deux cents pages, il aurait fait un livre plus maniable, à coup sûr, et plus portatif que le gros volume qui pèse aux mains de ses lectrices, et il aurait donné aussi à la littérature canadienne une oeuvre dont au- WILLIAM CHAPMAN 151 cune partie n\u2019eût pu être entamée par le temps et par la critique.\u201d Et voilà.Mais l\u2019étude que l\u2019abbé Camille Roy a faite de Chapman est trop connu pour qu\u2019il soit nécessaire de la résumer ici.Elle se trouve dans un de ses ouvrages, et je vous y renvoie, sachant que vous m\u2019en saurez gré.Antonin PROULX. q q NEUTRALITÉ DES ACADIENS I Pour étayer leur plaidoyer, afin de justifier le Grand dérangement, la plupart des écrivains de langue anglaise ont prétendu que les Acadiens se rangerent du coté des Francais, lors des trois invasions faites en Acadie, en 1744, 1745 et 1746-7, par les troupes francaises venues de Louisbcurg et de Québec.Les extraifs suivants, tirés des documents officiels que nous avons aux Archives publiques du Canada à Ottawa, démontrent que rien n\u2019est plus faux que les assertions de ces prétendus historiens.Les extraits en question, à l\u2019exception d\u2019un seul, sont tirés de la correspondance de Paul Mascarène, président du Conseil, et commandant de la province en l\u2019absence du gouverneur Richard Philipps.Les dates données, dans les extraits de documents de source anglaise, ont été par moi transformées du calendrier julien au calendrier grégorien, autrement dit nouveau-style.Ce n\u2019est qu\u2019en 1752 qu\u2019on commença à se servir du calendrier grégorien dans le Royaume-Uni et les colonies britanniques d\u2019alors.En 1600 il y avait une différence de dix jours entre le vieux et le nouveau style, et onze jours en 1700.La traduction que nous donnons de ces extraits est aussi fidèle que possible.Voici: \u201cLes habitants, jusqu\u2019à présent, ont maintenu leur fidélité,\u201d écrivait Mascarène à William Shirley, gouverneur du Massachusetts, et le pire ennemi des Acadiens, le 15 juillet (N.S.) 1744, \u201cet ils nous ont aidé dans nos travaux du fort NEUTRALITE DES ACADIENS 153 \u201cjusqu\u2019à la veille de la venue des Sauvages.(a) Le prêtre (b) \u201cqui réside en cette rivière a démontré par sa conduite qu\u2019il \u201cest un honnête homme.Mais à présent nous ne voyons \u201caucun des habitants; les Sauvages massacrent les bestiaux \u201cet les harcèlent de toute autre manière\u201d.(1) Par une autre lettre à Shirley, en date du 8 août ( N.5.) 1744, parlant des Acadiens, Mascarène lui mande ce qui suit: \u201cCes habitants francais sont réellement dans une situation \u201cpérilleuse.Ceux qui se disent leurs amis, leurs anciens \u201cmaîtres, les laissent piller, voler par une bande de bandits, \u201ctandis que de l\u2019autre côté ils sont menacés de ruine et de \u201cdestruction s\u2019ils manquent à leur allégeance au gouverne- \u201cment britannique.\u201d (2) | Par sa lettre du 7 août (N.S.) 1744, aux lords du commerce et des colonies, Mascaréne dit: \u201cLes habitants francais \u201cn\u2019ont pas, jusqu\u2019a présent, pris fait et cause pour l\u2019ennemi, \u201cmais ils ont donné de nouvelles garanties de leur fidélité.\u201cLeur fidélité, cependant, se borne à ne pas se joindre acti- \u201cvement a l\u2019ennemi ; aussi depuis l\u2019arrivée des Sauvages aucun \u201cdes habitants n\u2019est venu travailler aux réparations de notre \u201cfort, contrairement à leurs habitudes avant l\u2019arrivée des \u201cSauvages.\u201d (3) Le même jour, Mascarène écrivant à King Gould, de Londres, dit: \u201cCes habitants frarçais se maintiennent dans \u201cleur fidélité et ont refusé de se joindre à l\u2019ennemi.Nous \u201cavons perdu leur aide dans nos travaux de réparations à \u201ccause de la frayeur cu\u2019ils ont des Sauvages.\u201d (4) Au cours d\u2019un iong rapport au mois de décembre 1744, probablement à King Gould, Mascarène écrit comme suit: (a) Le 12 juillet (N.S.) 1744; c\u2019était un dimanche.Les Sauvages quittèrent Port-Royal le jeudi 16 juillet, le jour de l\u2019arrivée du Massa- chuseits galley, et se rendirent aux Mines, où ils attendirent DuVivier qui y arriva le lundi 24 août.(b) L\u2019abbé Desenclaves.(1) Nova Scotia, A., Vol.26, fol.113.(2) Nova Scotia, A.Vol.26, fol.153.(3) Nowa Scotia, A.Vol.26, fol.147.(4) Nowe Scotia, A.Vol.26, fol.156. 154 LA REVUE NATIONALE \u201cNous devons la conservation de notre fort à l\u2019échec subi par \u201cles Français dans leurs attaques, aux secours recus à temps \u201cdu\u2019 gouverneur de la baie du Massachusetts et au refus de \u201cnos habitants français de prendre les armes contre nous.\u201d Et plus loin il ajoute: \u201cEt si les habitants avaient pris \u201cles armes ils auraient pu lever trois à quatre mille hommes \u201cqui nous auraient encore donné plus de misère.\u201d (5) Voici comment Mascarène écrit à Newcastle, le 23 novembre (N.S.) 1746: \u201cEn ne se joignant pas aux ennemis \u201cles habitants francais ont agi comme ils l\u2019avaient fait dans \u201cles attaques précédentes contre cette place.Quand l\u2019ennemi \u201cest à distance ils nous assistent et obéissent à nos ordres, \u201cmais l\u2019ennemi apparaît-il qu\u2019ils cessent de nous aider, et nous \u201che pouvons même nous procurer par leur entremise aucune \u201cinformation concernant les ennemis.\u201d (6) Une requête de Louis Robichaud, qui fera partie d\u2019un article subséquent, démontre le contraire.Par les articles de la capitulation de Louisbourg signés le 27 juin (N.S.) 1745, les habitants francais de l\u2019Isle Royale ou du Cap-Breton devaient évacuer cette île.La plus grande partie de ceux-ci fut alors transportée en France, mais faute d\u2019un nombre suffisant de vaisseaux on dut laisser à l\u2019Ile Royale 407 personnes, dont cent vingt à Louisbourg et les deux cent quatre-vingt-sept autres au Fort Toulouse, aujour- d\u2019hui Saint-Pierre du Cap-Breton.Ce nombre comyrenait les hommes, femmes et enfants.Ces habitants s\u2019engagèrent le 28 juin (N.S.) 1745, à ne pas prendre les armes contre le roi d\u2019Angleterre durant l\u2019espace d\u2019une année, et ie 11 octobre (N.S.) 1745, les Acadiens de l\u2019Ile Saint-Jean prirent le même engagement.Au mois de juin 1746, il fut fortement question à Louis- bourg de transporter en France les habitants de l\u2019Ile Saint- Jean et ceux qui restaient à l\u2019IIe Royale.Mais comme on se (5) Akins \u2014 Nova Scotia Archives, pp.148-149.(6) Nowa Scotia, A.Vol.29, fol.126. NEUTRALITY DES ACADIENS 155 préparait à aller attaquer le Canada, un conseil de guerre tenu à Louisbourg, le 16 juin (N.S.) 1746, par les autorités militaires et navales, décida de remettre à plus tard la déportation des habitants français.Les Acadiens du Port Toulouse et un bon nombre de ceux de l\u2019Ile Saint-Jean en profitèrent pour traverser à Tatmigouche où déjà plusieurs s\u2019y étaient rendus à l\u2019automne de 1745.Tatmigouche, Tatmagouche de nos jours, se trouve dans le comté de Colchester, en Nouvelle- Ecosse, et vis-à-vis de l\u2019Ile Saint-Jean; il est sur le détroit de Northumberland.Ce sont ces Acadiens qui se joignirent aux Canadiens lors du combat de la Grand-Prée, aux Mines, au mois de février 1747, Us n\u2019avaient point prêté serment d\u2019allégeance ou de fidélité à la couronne britannique, ayant quitté l\u2019Acadie avant 1729, pour émigrer au Port Toulouse et à l\u2019Ile Saint-Jean qui étaient alors possessions francaises.Par conséquent ils étaient parfaitement libres de prendre les armes contre le roi d\u2019Angleterre.Cependant plusieurs historiens de langue anglaise les accusent d\u2019avoir forfait à leur serment, se basant en cela sur certaines pièces mensongères de l\u2019époque.Donnons ici la parole à de la Galissonière et Hocquart, gouverneur et intendant du Canada.Voici ce qu\u2019ils écrivent au comte de Maurepas, le 26 septembre 1747: \u2018Nous n\u2019avons \u201cpu également nous dispenser d\u2019envoyer par les mêmes esquifs \u201c(esquifs venus de la baie Verte à Québec) quelques vivres \u201caux habitants et familles francaises de l\u2019He Royale refugiés \u201ca Tatmigouche et le long de la côte pour les faire subsister \u201cjusqu\u2019à ce que les affaires prennent un nouveau tour.Ceci \u201cnous a paru d'autant plus juste qu\u2019ils sont demeurés fidèles \u201cau roi et que Monsieur de Ramezay en a employé une partie \u201cdans le détachement de Monsieur Coulon aux Mines qui ont \u201cbien fait leur devoir et dont plusieurs se sont distingués.\u201d (7) À présent, voyons ce que Mascarène écrit le 23 mai (N.S.) 1747, aux lords du commerce et des colonies.Voici: \u201cAu (7) Canada \u2014 Correspondance générale, vol.87, fol.260. A 9 156 LA REVUE NATIONALE \u201ccours de l\u2019été dernier les habitants français étaient sous l\u2019im- \u201cpression que les Anglais cherchaient à les détruire et cela \u201ceut un mauvais effet; mais le gouverneur Shirley rm\u2019écrivit \u201cune lettre en francais dont il avait fait imprimer plusieurs \u201ccopies à Boston.Je distribuai les copies de cette lettre par- \u201cmi les habitants des différents cantons ou districts et par \u201cce moyen on déjoua l\u2019attente que les Canadiens avaient de \u201cvoir les Acadiens se révolter.Quelques-uns de ces habi- \u201ctants avaient pris part au combat des Mines, mais ceux de \u201ccette province étaient en nombre insuffisant, à l\u2019exception \u201cde quelques proscrits (outlaws), ceux de quelque importance \u201cvenaient de l\u2019Hle Saint-Jean, dans le goife Saint-Laurent, et \u201cde Saint-Pierre du Cap-Breton.Après la reddition de Louis- \u201cbourg on avait permis à ces derniers de rester sur leurs \u201cterres, mais ils les abandonnèrent pour se joindre aux Ca- \u201cnadiens.La généralité des habitants de cette province con- \u201cserve aujourd\u2019hui la même fidélité au\u2019autrefois; je les en- \u201ccourage à v persister sans leur accorder trop de confiance \u201cjusqu\u2019à de nouvelles instructions de la métropole.Néan- \u201cmoins nous sommes ici suffisamment en mesure de les main- \u201ctenir dans l\u2019obéissance, ce qui était le but en partie de l\u2019envoi \u201cde troupes en garnison dans cette place.J'espère que nous \u201crencontrerons les Canadiens dans leur prochaine attaque, \u201cavec meilleur succès.\u201d (8) Par sa lettre du 26 juin (N.5.) 1748, au secrétaire d\u2019Etat, Mascarène lui mande ce qui suit: \u201cJusqu\u2019à présent les atta- \u201cques réitérées des ennemis n\u2019ont pas eu le succès qu\u2019ils en \u201cattendaient, et malgré tous les moyens qu\u2019ils ont employés \u201cpour induire ou forcer les habitants, aui sont tous d\u2019extrac- \u201ction francaise et papistes, ils n\u2019ont pu en gagner qu\u2019un très \u201cpetit nombre.Après avoir envahi cette province en trois \u201cdifférents temps et avoir autant de fois bloqué le fort avec \u201cdes forces beaucoup supérieures à celles qu\u2019on pouvait leur (8) Nova Scotia, A.Vol.30, fol.103. NEUTRALITE DES ACADIEN s 157 \u201copposer ils furent enfin, il y a douze mois passés, obligés de \u201cse retirer à Québec.\u201d (9) Le 28 octobre (N.S.) 1748, écrivant aux lords du commerce et des colonies et en parlant des habitants français de la Nouvelle-Ecosse, Mascarene dit: \u201cOn peut dire, cepen- \u201cdant, que, & l'exception de quelques-uns de ces habitants qui \u201cont laissé la province, il en reste peu qui peuvent étre accusés \u201cd\u2019avoir pris les armes du côté de l\u2019ennemi, quoique plusieurs \u201cont ouvertement favorisé les intérêts de l\u2019ennemi, il serait \u201cdésirable que la province se débarrassât de ces habitants, \u201cspécialement de ceux qui se sont ouvertement déclarés pour \u201cles intérêts de l\u2019ennemi.Mais cela ne pourrait se faire a \u201cprésent, car, en exécutant ce projet on enverrait un tres \u201cgrand nombre d\u2019habitants dans les établissements francais \u201cde l\u2019He du Cap-Breton et de l\u2019Ile Saint-Jean, où les Français \u2018vont de nouveau redevenir nos voisins; c\u2019est un troublant di- \u201clemne qui requiert de promptes instructions.\u201d (10) Par une lettre, datée de Boston en 1752, et adressée à son ami le colonel Ladevezo, Mascarène parle des blocus du fort d\u2019Annapolis Royal par les Francais de Louisbourg, en 1744, et par les Canadiens de Québec, en 1745 et 1747, et il ajoute : \u201cDans ces diverses attaques j'ai traité nos habitants francais \u201cavec une grande douceur, j'administrai la justice avec tant \u201cd\u2019impartialité, j'ai mis toute l\u2019habileté que je possédais pour \u201cnous les attacher et j\u2019ai tellement réussi que bien que l\u2019en- \u201cnemi ait amené au milieu d\u2019eux près de deux mille hommes \u201carmés, et qu\u2019il ait employé tous les moyens de cajolerie et \u201cde menaces pour leur faire prendre les armes il ne put en \u201cembaucher qu\u2019environ une vingtaine; et en obligeant quel- \u201cques-uns de mes officiers à plus de discrétion, j'ai réussi à \u201cfaire obéir les habitants et chaque fois que l\u2019ennemi nous \u201cdonnait quelque repos je m\u2019empressais de travailler aux ré- (9) Nova Scotia, A.Vol.32, fol.155.(10) Nowa Scotia, A.Vol.32, fol.242. 158 LA REVUE NATIONALE \u201cparations du fort en autant que les circonstances le permet- \u201ctaient, j'induisais les habitants français à nous donner leur \u201caide, à nous fournir les matériaux nécessaires en prenant \u201csoin de les bien payer.\u201d (11) Le prochain article nous montrera qu\u2019en 1745 Mascarène demandait l\u2019expulsion des Acadiens.Placide GAUDET (11) Brown Collection. LA PUBLICITÉ FRANÇAISE AU CANADA C\u2019est bien avec raison qu\u2019on demande aux Canadiens français de protester contre les affiches, circulaires, annonces mal traduites, ou rédigées en mauvais français, qui nous viennent de l\u2019Ontario.Ces circulaires propagent le mauvais langage, les anglicismes, l\u2019orthographe vicieuse chez nos gens et surtout chez les enfants.Les protestations de ce genre portent ordinairement fruit et produisent un magnifique résultat, comme nous pourrons le constater par les deux exemples qui suivent.æ si * Il n\u2019y a pas longtemps, une compagnie de Toronto envoyait a nos gens du Québec force circulaires bilingues.Un de nos amis prit un jour ladite circulaire, en corrigea le texte francais, la réexpédia et demanda au gérant de la compagnie de respecter davantage la langue de ceux qu\u2019il désirait avoir pour clients.\u2014 Quant au texte anglais, ajouta-t-il, je n\u2019ai pas à m\u2019en occuper, mais il est loin d\u2019être parfait.La réponse ne se fit pas attendre.La firme ontarienne était furieuse.Si vous vous contentiez de critiquer le texte français, disait-elle en substance, passe; mais pour ce qui est du texte anglais, vous n\u2019êtes pas qualifié pour en faire une appréciation, soit favorable, soit défavorable.La traduction française a ét faite par des experts qui s\u2019y entendent parfaitement et nous pouvons nous passer de vos observations.Notre ami prit une autre circulaire, en corrigea la partie anglaise, signala trois fautes évidentes de syntaxe et l\u2019adressa à Toronto.Trois semaines plus tard, un Anglais entrait à son bureau. 160 LA REVUE NATIONALE \u2014Je suis X, de Toronto, dit-il, celui avec qui vous avez gorrespondu à propos d\u2019annonces bilingues.J\u2019ai fait examiner notre circulaire par un professeur de l\u2019Université McGill.Il m\u2019a dit que vous aviez parfaitement raison.La partie anglaise en est défectueuse et la partie française l\u2019est davantage.Je viens vous faire mes excuses et vous demander si vous voudriez bien m\u2019indiquer quelqu\u2019un en état de nous faire en bon francais la partie de nos annonces destinée à la province de Québec.Ces circulaires mal faites nous font perdre pour au moins six mille piastres à cause du discrédit qu\u2019elles jettent sur notre maison et parce que nous en avons une grande quantité faite d\u2019avance, dont nous ne pourrons pas nous servir.Nous sommes décidés de ne publier maintenant que du bon francais, du francais tout a fait acceptable dans la province de Québec.Notre ami dirigea le gérant de la compagnie toronto- nienne à un bon traducteur, bien connu à Montréal, et il se félicite de sa protestation.Elle a eu pour résultat de faire ouvrir les yeux à des aveugles et de faire sentir à des personnes qui nous avaient dédaignés jusqu\u2019ici qu\u2019elle peuvent parfois avoir besoin de ceux qu\u2019elles considèrent comme leurs inférieurs.> = Pour ce qui en est du deuxième exemple, nous reproduisons telle quelle la lettre suivante, que nous communique M.l\u2019abbé Blanchard.Toronto, April 8th, 1919.Mr.l\u2019abbé Etienne Blanchard, 331 St.Catherine Street, East, Montreal, Que.Dear Sir:\u2014 We are very much dissatisfied with our advertisements which have been appearing in the French newspapers in Montreal and Quebec.* We have received the impartial judgment of two or three men whose opinions on the subject are valuable, and they all confirm the suspicion that we have => Ts = ona LA PUBLICITE FRANCAISE 161 had that our advertisements were merely lifeless translations of the English original which any French-speaking Canadian would recognize immediately as translations from English copy.We are very anxious to improve this state of affairs.What we require are advertisements of our products written in the French language, although expressing the same thoughts as are indicated in our English advertisements.But we do not want an exact copy of our English advertisement.A friend of the writer\u2019s in Montreal, has been kind enough to suggest your name to us as one to whom we might look for some assistance in this matter.The following is an extract from the letter received from this gentleman: \u201cThere is a man in Montreal, Monsieur l\u2019abbé Etienne Blanchard, 331 St.Catherine Street, East, Montreal, who, for several years, has been endeavoring to convey to French-Canadians the necessity of removing from English influence all advertisements, letterheads, signs, etc.It so happens that yesterday I almost finished reading his new book on the French language as used in business.*! I believe that if you were to write to him telling him that you are particularly desirous of advertising products of your company in a way which will be a reflection of the French mentality, that you particularly wish to avoid any wooden, mechanical reproduction in French words of the original, that he would be very much in sympathy with your efforts, and I feel that for a relatively modest price, he would undertake to give you work which would be acceptable.In the book I was reading last night, he not only lays his finger on the very things about which I complained, but he makes admirable suggestions in regard to the invention of French words to serve as the equivalents for the new English words which are being constantly created.It is evident from his book that he is in constant touch with developments in France, in so far as they refer to new expressions, and I be- 1 Le bon francais en affaires, 1 vol, prix 40 sous franco.S\u2019adresser à l\u2019auteur, 331, rue Sainte-Catherine est, Montréal, ou aux libraires. 162 LA REVUE NATIONALE lieve that if you could get his co-operation, he would not only be very modest in his charges, but his work would be of the highest standard procurable.\u201d If you are in a position to render us this assistance and are agreeable to do so, will you pléase be kind enough to furnish us with an approximate estimate of the cost of translating one of our advertisements and correcting printer\u2019s proofs?We are enclosing one of our recent advertisements, which will give you an idea of the size and amount of reading matter which our average advertisement contains.Yours very truly, Cee Co.Ltd.Et voilà comment la vérité fait son chemin.Tot ou tard elle finit par triompher de l\u2019erreur.Les Anglo-Canadiens finiront par reconnaître que notre parler n\u2019est autre que la langue française.Quant au jargon qu\u2019ils fabriquent, comme à Toronto, et qu\u2019ils décorent du nom de Parisian French, qu\u2019ils sachent que ca n\u2019est bon, \u2014pour se servir d\u2019une expression de Shakespeare, \u2014 \u201cqu\u2019à être jeté aux chiens.\u201d REACTION Portons la guerre chez eux, j\u2019entends une guerre toute académique.Voilà ce que me suggère l\u2019article intitulé Ça devient en.zutant, du Sauvage, qui parle le plein bon sens.Mais tout cela n\u2019est que pour les lecteurs, nombreux sans doute, mais tout de même particuliers de la Revue Nationale.Notre excellente revue est-elle connue, est-elle bien lue par un public torontonien ou même simplement anglo-saxon ?Il faudrait y pénétrer et pour cela trouver des moyens de lui servir des articles comme celui du Sauvage (puisqu\u2019il accepte le nom sans sourciller), dans les revues, journaux et livres an- glo-canadiens, même des plus orangés.Le docteur Drummond nous a bien tarabiscotés, il y a quelques années, avec ses parodies de l\u2019anglais de nos bûche- 2 ld k ! } \\ \u2018 =x 2e ae amr pan REACTION 163 rons, hommes de peine et paysans échoués dans l\u2019Ontario ou les Etats limitropes, et dans le temps nous avions pris ces parodies en bonne part, d\u2019autant plus que le cher docteur était homme de bonne compagnie et très amusant, en somme.Nous ne sommes tombés en chaud-froid que du jour où nous découvrimes qu\u2019une certaine classe moyenne d\u2019intellectuels, mêlée de jeunes Ontariens, d\u2019immigrés des Iles, et de quelques échappés des petites classes des grandes universités, s\u2019avisèrent de prendre le docteur au sérieux, dans un sens que, certainement, il n\u2019avait jamais eu l\u2019intention de donner à son oeuvre, nous attribuant ses fantaisies de langage.Si nous voulions nous en donner la peine, je crois qu\u2019il se trouverait quelqu\u2019un parmi nous, capable de faire la con- tre-partie de Drummond, dans un bon esprit de camaraderie, pour.leur passer les beignes, comme on dit en patois de chez nous.Il suffirait de collectionner un bon nombre de phrases et d\u2019expressions dans le genre de celles qui accompagnent ces notes, et que vous ne publierez probablement pas, de crainte de faire de la réclame sans honoraires! Avec un certain fanatisme étroit, qui l\u2019empêche de venir chercher chez nous ses traducteurs, Toronto menace de nous inonder de ce Parisian French, qu\u2019elle s\u2019obstine à croire le vrai.Je vous prie bien, avec tous les \u201cParisian French scholars\u201d de Toronto, de n\u2019étre pas trop sévères pour mon Québec French, que j\u2019ai appris dans nos petites classes des Freres, d\u2019il y a cinquante ans, lorsque nos parents payaient trente sous par année, pour nous \u2018\u2018faire instruire à l\u2019école\u201d.Joseph VENNE, architecte.Montréal, 21 février 1919. LES LIVRES NOUVEAUX Les Ailes qui Montent, poème de guerre, Jules Tremblay, Imprimerie Beauregard, Ottawa, 1918.Je vous conseille de faire une envolée avec Les Ailes qui Montent.Vous n\u2019irez pas jusqu\u2019à l\u2019altitude éblouissante du sublime; vous serez cependant assez haut pour y goûter une joie qui, sans être l\u2019extase, s\u2019en approche certainement.Ce poème a une belle harmonie dans la disposition de ses strophes; le rythme choisi a du nombre avec ses rimes suivies en prologue et en épilogue, encadrant bien le corps du poème, qui est à rimes croisées.C\u2019est d\u2019un bel effet.Ce poème nous occupe plus par la forme de ses \u201cailes\u201d que par la beauté de son corps.L\u2019auteur, tout à la recherche de la rime riche, rare et pleine de surprise, a négligé le rythme, l\u2019harmonie et la mélodie à l\u2019intérieur du vers.Mais là même où le poète fait plus d\u2019effort, et où il croit le mieux réussir, on y trouve de graves fautes prosodiques.Ainsi obus ne rime que pour l\u2019oeil avec ominibus (sic); et l\u2019on sait qu\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019oreille qui est la souveraine maîtresse de la métrique francaise, \u2014 la plus parfaite de l\u2019univers.Qu\u2019elles cnt vu passer, dans l\u2019éclair des obus, Le blasphème insolent qui frappe les églises, Qui raye du fronton le \u201cPax cminibus\u201d! Et & propos, ce dernier vers est fautif par orthographe latine.Le défaut du poème est dans ie rythme intérieur du vers.Il est aussi dans l\u2019élocution générale de la pièce.Il y a plusieurs vers incolores; quelques-uns sont obseur.Le dialogue entre Guillaume II et le Sacrilège est bien embrouillé ; à un moment donné on ne sait plus si c\u2019est Guillaume ou le Sacrilège qui a la parole.rot.ri Fron Hl nor Pr LES LIVRES NOUVEAUX 165 Il y a des enjambements de géant; ils allongent le pas jusqu\u2019à six pieds sur le vers suivant qui voudrait se sauver, Et les vagues en deuil ne peuvent apaiser Leurs flots accusateurs .ee ee eee Et s\u2019il ne reste plus un seul carré de chaume Pour lag société .2 4 4 4 4 4 2 420 Il y en a plusieurs autres comme ceux-là.Il y a aussi des vers monosyllabiques, ou presque monosyllabiques: Je ne me sens plus jeune, et mon bras est moins prompt Quand il lui \u2018taut tenir pour ceux \u2018qui \u2018sont au \u2018front Dans mon vieux bas de iaine où l\u2019argent se fait rare Comme ces vers paraissent long, malgré leurs mots très courts.Ces vers sont grêleux; ils détruisent toute cadence et toute sonorité mélodieuse.Il est vrai que Jules Tremblay a pour lui l\u2019exemple du fameux vers de Racine, Le ciel n\u2019est pas plus pur que le fond de mon coeur mais remarquons bien qu\u2019ici, il y a de la mélodie dans ce motif à notes détachées; c\u2019est comme le récitatif d\u2019un beau chant musical; vous n\u2019y sentez aucunement la prose comme vous venez d\u2019en avoir l'impression dans les alexandrins de Jules Tremolay.t puis Racine.c\u2019est Racine.L\u2019auteur en ih de aussi faire montre d\u2019expressions rares, a souvent dépassé le but.Ii a accepté comme modernes et surprenants des vocables qui sont aujourd\u2019hui veillis, et quelques-uns même ne sont pas académiquement francais.Ainsi enjugué, \u201cdes troupeaux enjugues a la guerre.\u201d \u201cCes peuples.affrontaient, chef baissé\u201d; le mot chef, pour désigner un casque ou plutôt un chapeau, a cessé d\u2019être prononcé avec Ronsard; Malherbe l\u2019a fait disparaître d\u2019un cinglant coup de fouet.\u201c\u2018Issant d\u2019un gouffre noir.\u201d: issant ne s\u2019emploie qu\u2019en terme savant de blason.\u201cUne vapeur viride.\u201d: viride n'est pas dans la langue des grands écrivains, quoique viridité soit dans les lexiques, avec la mention \u201cpeu usité\u201d.\u201cComme un bois que rongent les malandres: les malandres ne sont pas des bêtes, c\u2019est l\u2019état de l\u2019objet rongé, la partie pourrie dans le bois de con istruction ; ces insectes que Jules Tremblay veut nommer \u2018app peilent des \u2018\u2019menuisiers\u201d.\u201cDe tous les sentiments sombré s dans les riboites.\u201d; ribotes 166 LA REVUE NATIONALE (qui ne s\u2019écrit qu\u2019avec un t) est un mot trivial, qui n\u2019a pas se place dans un poème comme celui-ci.\u201cSous les vniles épais des lentes nuaisons.\u201d; nuaisons ne se dit qu\u2019en terme savant ou didactique de marine.\u201cDans le terreau chargé de ronces et d\u2019arroche\u201d: arroche est le nom vulgaire des mauvaises herbes de jardin.\u201cComme un gibier fuyant que le chasseur embreuille\u201d: embreuiller ne nous est pas connu.\u201cEt le foyer d\u2019enfer oblitérant la manse\u201d: manse est encore une nouveauté du moyen âge.Il y a aussi plusieurs péchés contre la syntaxe.Je n\u2019en citerai que deux cas: le premier, marquant la mauvaise concordance des temps du verbe (chose si fréquente chez nos poètes), et le second, nous donnant un bel exemple d\u2019inversion fautive et avachie.Et l'ornement est sombre, et la cloche est un glas Qui sonne lourd parmi les pieurs qu\u2019on étrangla.L\u2019inversion maintenant, a IF (Guillaume) se réveille le fauve à Potsdam endormi On a voulu dire que c\u2019est Guillaume qui est endormi, mais la malheureuse inversion nous dit bien que c\u2019est Potsdam qui est endormi.J\u2019y remarque aussi des cacaphonies de sens et des caca- phonies de sonorités.Cacaphonies de sens, Dans les foyers éteints d\u2019immenses incendies Le venin, \u2018dans les coeurs, des haines sataniques Car vos yeux ont vidé océan \u2018des douleurs Les crimes de a Mer nantent je periscope Sur vos fronts où Dieu mit tous les trésors d'octobre La parole \u2018est muette (sie) 0 femmes de Belgique Par un Boche couard au tranchant d\u2019une latte.Cacaphonies d\u2019assonances par succession immédiate, ou à très court intervalle, de sonorités trop parentes.Es -* 2 LES LIVRES NOUVEAUX 167 Toi qui vois .Elle rêve tout haut des maux .ce ee ee Et vos sueurs de sang quand riait le bourreau Par un Boche couard .2.121041 1110 Des brancardiers portant leur brassard incarnat Ce dernier vers est très incolore ; c\u2019est ce qu\u2019on appelle un vers blanc avec sa succession de \u2018\u2018a\u2019\u2019 très fades en poésie.La césure est souvent négligée.Voici deux exemples entre plusieurs: Ils jalonnaient la route où passait leur sadisme Avec la torche incendiaire et l\u2019alcoo! Tu n\u2019avais pas créé les hoimmes pour le crime Et pour revenir une dernière fois à la rime, qui semble être l\u2019unique préoccupation chez l\u2019auteur, je lui conseillerais de ne pas prendre trop de hardiesse avec elle.On sait qu\u2019en France, aujourd\u2019hui, l\u2019école saine des poètes veut s\u2019attacher fermement à la prosodie traditionnelle, tout en lui procurant de la souplesse mesurée, de la variété dans l\u2019unité, de la surprise dans la sécurité.On espère aussi que cette guerre a tué à jamais les fausses écoles en \u2018isme\u201d.On se dit encore là-bas que rimer un singulier avec un pluriel c\u2019est peut-être permis, mais qu\u2019il sera toujours mieux et de plus parfaite prosodie de rimer à nombre égal, un \u201cs\u2019\u201d allonge toujours quelque peu une finale de mot.Il ne faut pas que rime paraisse trop voulue, mais que dans ses coups d\u2019ailes, irréguliers si l\u2019on veut, comme les méandres du vol de l\u2019hirondelle, on s\u2019apercoive qu\u2019il y a de la grâce, de l\u2019art simple et naturel dans ce désordre qui n\u2019est qu\u2019apparent.Mais il est temps de faire connaître les quelques beautés de ce poème, et vous mettre ainsi en humeur de le lire pour vous procurer les joies que je vous ai promises au début de cet article.Jules Tremblay dans ce poème chante la Paix, avec la Liberté.Et il n\u2019arrive là qu\u2019après nous avoir fait raconter par un père de famille dont le fils est à la guerre, les horreurs de cette tragique boucherie.Ce père de famille qui demande la paix pour sa chaumière, est un Français de France qui parle pour tous les autres Français.Et pour nous faire 168 LA REVUE NATIONALE mieux désirer la douceur et la tranquillité, il nous montre sa patrie meurtrie ; il chante la puissance d\u2019idéalité de la France mondiale.C\u2019était un doux pays de rêve et de clarté, Une terre d\u2019amour et de grâce éternelle.Les peuples mendiaient un peu de sa beauté, Pour au\u2019un regard plus pur éclairât leur prunelle.Et c\u2019est cette terre immortelle que le Barbare convoitait.Ecoutez le poète, Mais la Haine veillait, avec la Trahison, Et pendant que tes yeux cherchaient l\u2019oeuvre future, Sous les voiles épais des lentes nuaisons, Le Barbare appelait aux armes sa Roture, O France, créatrice et patronne du Droit! L\u2019âme n\u2019a pas voulu céder à l'avalanche, Et sur les champs de morts où la mitraille croit, Tes enfants ont vécu l\u2019heure de la revanche.Il chante aussi le beau soldat de France, ce soldat de l\u2019Humanité, Il scande vers le Rhin l\u2019éclat de sa chanson, Mais se souvient qu'\u2019hier les Marches reconquises Ont connu l\u2019Aigle Noir et payé la rançon; Qu\u2019elles ont vu les rois et les phalanges grises S\u2019acharner sur les seuils où dort la Pureté; Et puis, dans la strophe finale, c\u2019est un religieux appel au Grand-Maître de toutes choses.Cet appel est beau; il s\u2019approche du sublime, Tois qui sais tout, Toi qui vois tout, Dieu de bonté, Fais que la Paix demeure, avec la Liberté! Et c\u2019est vers Toi que vont les pleurs silencieux Car c\u2019est dans la douleur qu\u2019on se souvient des cieux.Tous les fléaux, Seigneur, nous viennent des combats Car Ton règne est trop doux pour l\u2019âme d\u2019ici-bas.Mais Ta Justice monte, et l'amour se révèle Dans la rédemption de la Terre nouvelle.Toi qui sais tout, Toi qui vois tout, Dieu de bonté Fais que la Paix demeure avec la Liberté! J.-Albert SAVIGNAC.Montréal, 31 mars 1919. lf os If i LES LIVRES NOUVEAUX { 169 Mélanges historiques de Benjamin Sulte, deuxième volume, in-8, 160 pages, 1919; &diteur: G.Ducharme, 36a, rue Notre-Dame ouest, Montréal.Prix: 60 sous.Le second volume des Mélanges historiques de Benjamin Sulte, compilés, annotés et publiés par Gérard Malchelosse, se présente sous un extérieur si agréable que cela donne déjà envie de le lire; ajoutez à l\u2019attrait de la toilette le nom de M.Benjamin Sulte, et vous avez le \u201cmotif complexe\u201d qui donne la mesure du plaisir qu\u2019il nous cause.M.Sulte demeure toujours le méme, dans la diversité des sujets; son style garde sans cesse sa limpidité et son harmonie de conteur, sauf le cas où certaines dénonciations lui paraissent faire part de la vérité historique; il parcourt de vastes domaines, ainsi le récit du combat du Long-Sault, dont le panorama se déroule d\u2019un bout du pays à l\u2019autre; mais l\u2019étendue du théâtre ne ralentit point l\u2019intérêt de l\u2019action.Ailleurs, des détails arides, que le style de M.Sulte couvre de son onde limpide comme une source claire, ou des considérations ironiques (car l\u2019ironie semble peut-être au même degré que la sincérité, la passion dominante de l\u2019auteur) sur des archaïsmes démodés, comme il s\u2019en glisse parfois dans nos moeurs.Nous remercions M.Malchelosse de nous avoir permis de lire ces descriptions si fraîches et si instructives que M.Sulte avait probablement reléguées dans l\u2019oubli, rebuté par notre apathie proverbiale au sujet des plus dramatiques et des plus entraînants des incidents qui forment la trame de notre histoire.W.-A.BAKER L'ÉDUCATION DU PATRIOTISME PAR LE RÉCIT ILLUSTRÉ ET COLORIE Verrons-nous grandir chez nos gens un patriotisme averti, intense, vigilant, et qui reposerait sur la connaissance des beautés de notre pays et des oeuvres de nos ancêtres ?Le vrai patriotisme est nécessairement un patriotisme éclairé, fait de sentiments élevés et de notions justes.C\u2019est celui-là qu\u2019il faut apprendre à notre Jeunesse, partout et en toute occasion.La Société Saint-Jean-Baptiste l\u2019a compris.Elle vient de publier sur de simples feuilles toute une serie de courtes narrations historiques, si entraînantes et si captivantes qu\u2019elles méritent d\u2019être appelées des contes.On y trouve les plus belles figures et les plus beaux gestes de notre incomparable histoire.Des écrivains et des illustrateurs, parmi nos plus estimés, ont voulu collaborer à cette oeuvre éminemment patriotique.Chacun y trouve sa récompense; car, de partout, on écrit pour se procurer ces contes en couleurs, ces feuilles volantes que le bon peuple a vite fait d\u2019appeler de leur vrai nom: \u201cl\u2019histoire du Canada en images.\u201d Les instituteurs donnent leur lecon d\u2019histoire à l\u2019aide de ces récits tout vibrants de patriotisme.Les commissions scolaires en achètent afin qu\u2019ils soient distribués aux élèves qui se distinguent dans l\u2019étude de l\u2019histoire nationale.Des marchands distribuent gratuitement ces belles feuilles parmi leur clientèle, après y avoir fait imprimer leur annonce sur le revers.Pour se les procurer on écrit de tous les coins du Canada.On les trouve à Boston, à Chicago, demain ils seront à Paris.Compatriotes, il faut que les contes historiques pénètrent dans tous les foyers.La série de dix contes se vend 20 sous dans les dépôts de journaux, chez tous les libraires de Montréal et de la province.Prix spéciaux pour le commerce, les maisons d\u2019enseignement et les commissions scolaires, en s\u2019adressant au Secrétariat de la Société Saint-Jean-Baptiste, Monument National, Montréal. LITTÉRATURE DU TERROIR ET LIVRES DE RECOMPENSE FLEURS DE LYS ET CORVEE Fleurs de Iys! c\u2019est le cachet que porte l\u2019acte de naissance de notre nationalité, c\u2019est le symbole qui résume l\u2019étincelant matin de notre histoire.FLEURS DE LYS répondent bien à la magie évocatrice de [eur titre; car il y a là, tracés avec un grand art, d\u2019admirables figures, épisodes et tableaux de nos premiers temps.Ce sont les huit nouvelles historiques, primées au 3e concours littéraire de la Société Saint-Jean- Baptiste de Montréal.Mlle Angéline Demers a écrit Profils de saints, \u2014 M.Sylva Clapin, La grande aventure de sieur de Savoisy, \u2014 M.Viateur Farly, La voix des drapeaux, \u2014 Fr.Elie, Pierre LeMoyne d\u2019Iiberville, Fr.Robert, Une expédition au lac Supérieur, \u2014 M.L.-R.de Lorimier, Le recensement de Ville-Marie par Talon, en 1667, \u2014 Fr.Rodolphe, Les derniers lys de France.On ne lira pas sans émotion ce faisceau de nouvelles qui racontent, peignent ou décrivent un passé qui fut fertile en actions épiques, en grandes et nobles âmes.Un volume de 160 pages, enrichi de huit hors-texte et d\u2019un frontispice dus aux plus populaires de nos illustrateurs: J.-B.Lagacé, Charles Gill, O-A.Léger, Joseph Saint-Charles, J.-C.Franchère, E.-J.Massicotte, Georges Delfosse et A.-S.Brodeur.Se vend 60 sous, franco T0 sous, au Secrétaria de la Société, Monument National, 296, S.-Laurent, Montréal, et chez les libraires du Canada et des Etats-Unis.Prix spéciaux pour le commerce et les maisons d\u2019éducation.x « Xx La corvée ! Y a-t-il une coutume rurale qui soit plus pittoresque et qui peigne mieux l\u2019âÂme de nos gens?Avant que nos vieilles et si touchantes traditions soient disparues, la corvée vient d\u2019être décrite et racontée par la plume, avec l\u2019aide du crayon.Nos littérateurs, répondant à l'invitation que leur faisait la grande société nationale du Canada francais, la Saint-Jean-Baptiste de Montréal, ont traité en seize contes les formes les plus diverses de la corvée: abattage de l\u2019orme, levage de la grange, plumage des oies, épluchette du blé-d\u2019Inde.charroyage de l\u2019érable, fenaison, renchaussement du cimetière, piqûre du couvre-pieds, etc.Il faut lire ce livre admirable où revivent l\u2019originalité profonde des moeurs de naguère et beaucoup de l\u2019âme des ajeux.La Corvée est un superbe volume in-8° de 240 pages, enrichi d\u2019une frentaine de gravures hors-texte et intercalées dans le texte.Se vend 75 sous, franco 85 sous, au Secrétariat de la Société, Monument National, 296, Saint-Laurent, Montréal, et chez les libraires du Canada et des Etats-Unis.Prix spéciaux pour le commerce et les maisons d\u2019éducation. LES ÉDITIONS DE LA SOCIETE SAINT-JEAN-BAPTISTE Souvenir des fêtes du 75e anniversaire de la Société Saint-Jean-Baptiste.In-8, 387 pages, illustré, 40 sous, franco 50 sous.La Corvée, deuxième concours littéraire de la Société, 1917.In-8, 240 pp., illustré, 70 sous; franco 80 sous.Fleurs de lys, troisième concours littéraire de la Société, 1918.In-8, 160 pp, illustré.60 sous, f\"anco T0 sous.I Histoire acadienme.Conférence de l\u2019abbé Lionel Groulx.In-16, 32 pp., avec carte et gravure; franco 10 sous.Vers les terres neuves, par le R.P.Alexandre Dugré, S.J.In-16, 64 pp., éd.de propagande, franco 10 sous.Occasions: a) La Corvée, les Fleurs de lys, Album La Fontaine, franco 81.40.b) La Corvée, l\u2019Histoire acadienne et le Recueil-scuvenir, franco $1.10.c) Recueil-souvenir: Histoire acadienne et Fleurs de lys, franco, $1.00.d) La Corvée, l\u2019Album La Fontaine, les Contes historiques et l\u2019Histoire acadienne, franco $1.00.Prix spéciaux aux maisons d\u2019enseignement, aux commissions scolaires et au commerce.\u2014 Le Secrétariat, Monument National, 296, rue Saint-Laurent Protégez-vous contre la Grippe et ses complications et assurez- vous une santé florissant en prenant fous les matins un verre d'Eau Purgative rt yu I Lu hs = le remède populaire de la Constipation parce qu\u2019il agit sûrement sans coliques ni nausées.SOCIETE DES EAUX PURGATIVES RIGA, 40, rue Plessis, Montréal.N.B.\u2014Cartes à marquer pour euchre (tally) gratis sur -demande.DISPONIBLE Favorisons ceux qui nous favorisent par leurs annonces | La Société Nationale de Fiducie Constituée sous l'autorité de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal SIÈGE SOCIAL: Monument National 286, Tue Saint-Laurent à Capital souscrit: $250,000.00\u2014 Capital payé: $100,000.00 Fonds administrés: $2,868,000.00 Administration de successions, perception de ré- $ partitions d\u2019églises, de loyers, etc.\u2014 Préparation et émission d\u2019obligations, fiduciaire CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION GASPARD DESERRES Président VICTOR MORIN, N.P.Vice-Président V.-E.BEAUPRE Secrétaire CHS LAURENDEAU, C.R.GUY VANIER JOS.HURTUBISE VICTOR DORE JUSTINIEN PELLETIER ADJUTOR RIVARD, C.R.A.-W.PATENAUDE Gérant à II sera rentier à 20 ans par + la prévoyance de son pére 3 Beaucoup de jeunes gens ne reçoivent pas l\u2019édu- { cation à laquelle leurs talents les destinent.Beaucoup de parents de fortune moyenne renoncent à des programmes d\u2019études qui conduiraient leurs fils au succès, par la crainte qu\u2019eux dixparus, ces der- \u2018 niers ne soient mis dans l\u2019impossibilité de terminer leurs études universitaires et spéciales.Pour obvier à toutes ces inquiétudes, inscrivez vos | - enfants à la CAISSE NATIONALE D\u2019ECONOMIE, a T\u2019heure de leur jeunesse. ER < Ne croyez-vous pas qu\u2019un jeune homme rentier à 20 ans, par la prévoyance de son père, pourra poursuivre ses études universitaires et spéciales, même au cas où son père décèderait ?Ne croyez-vous pas que ce jeune homme serait mieux outillé pour débuter dans la vie commerciale, industrielle et professionnelle s\u2019il était assuré d\u2019une rente bi-annuelle de la Caisse Nationale d\u2019Economie.CAISSE NATIONALE D\u2019ECONOMIE 286, rue Saint-Laurent MONTREAL Messieurs, Veuillez me faire tenir, a Padresse plus bas mentionnée, votre livret de reseignements \u201cComment se créer des rentes\u201d.ai TABLEAU D\u2019HONNEUR DES ORGANISATEURS de la CAISSE NATIONALE D\u2019ECONOMIE Moyenne d\u2019inseription par se- .LA Inscriptions pour l\u2019année maine en tenant compte 1919 des classes 1 F.-X.Cabana 1 F.-X.Cabana 2 Victor Laframboise 2 Victor Laframboise 3 Eudore Rousseau 3 Alexandre Cousineau « 4 Jean-B.Ricard 4 J.-Irené Piché 5 J.-Iréne Piché 5 Eudore Rousseau 6 Adélard Bellemarre 6 Jean-B.Ricard 7 J.-Fortunat Côté 7 Adélard Bellemarre 8 Désiré Buisson 8 J.-A.Beauparlant 9 Wilfrid Lefebvre 9 W.Lefebvre 10 Raoul Cousineau 10 J.-Fortunat Coté 11 J.-A.Beauparlant Désiré Buisson 12 Alexandre Cousineau Raoul Cousineau 13 Omer de Lottinville Omer de Lottinville MENTION D'HONNEUR Inscriptions pour une semaine RECORDS ETABLIS 1 F.-X.Cabana 2 Victor Laframboise HONNEUR AU MERITE Bonus des 3 mois ld pt pt Co DO = 1 F.-X.Cabana 2 V.Laframboise 3 Eudore Rousseau 4 J.-I.Piché 5 J.-B.Ricard Moyenne @\u2019inscription Classes \u201cA\u201d CB\u201d \u201cCT?\u201cD?\u201d \u201cE\u201d Total par semaine 2286 600 76 4 6 2972 35 J.-Arihur Dubé, Directeur du Recrutement.AVIS AU CLERGE ET AUX AMATEURS DE LIVRES La COMPAGNIE DE RELIURE D'ART ET DE FEUILLES MOBILES a cru faire oeuvre patriotique en dotant le Canada d\u2019un atelier de reliure artistique.Art nouveau; reliure de toutes les époques; répération de livres usagés; tous travaux exécutés par des ouvriers canadiens.La Compagnie pouvant actuellement se réclamer des principales bibliothèques de la ville de Montréal, ses clientes, et désirant étendre sa sphère d\u2019action, fait appel au clergé, aux hommes de lettres et de profession, et aux amateurs, en les assurant d\u2019un travail parfaitement exécuté à prix convenable LA COMPAGNIE DE RELIURE D\u2019ART ET DE : FEUILLES MOBILES 58, rue de Montigny est, 58 Tél.Est 4253 MONTREAL \u2014 Ex: // ce ~ LES BIÈRES EKERS blondes, dorées, et brunes Sont les meilleurs types de breuvages pour les meilleurs types de Canadiens BRASSERIE EKERS MONTRÉAL ROD.CARRIERE et HENRI SENECAL 207, RUE STE-CATHERINE EST, Ya sanguinet, Montréal.OPTICIENS ET OPTOMETRISTES Les méthodes modernes pour l\u2019examen des yeux veulent dire une connaissance précise des défauts qui affectent la vue, et la correction, obtenue par l\u2019emploi de verres correcteurs, donnant satisfaction.Assortiment complet de lorgnons, lunettes, yeux artificiels, lunettes marines et d\u2019opéra.Aussi un grand choix de thermomèêtres, baromètres, hygromètres et boussoles.Salons privés pour l\u2019ajustement des yeux artificiels et pour la correction des yeux par les verres appropriés.CONSULTATIONS.\u2014A l\u2019Hôtel-Dieu, par Rod.Carrière, de 9.30 à 11 heures, excepté les mercredis et samedis.Aux Salons d\u2019Optique, par Rod.Carrière, de 1 p.m.à 5 p.m,, de 9 a.m.à 8 p.m.Tél.Est 2257.XV Commission des Vivres du Canada Téléphones: Est 799\u20144928 Licences No 10-8206 11-758 5-248 Pâtisserie Francaise KERHULU et ODIAU Restaurant ouvert de 7 heures à minuit Pâtisserie, Confiserie, Glaces, Sorbets.Spécialités pour Banquets, Mariages, Réceptions, etc.Cuisine pour la ville, Assortiment de viandes froides, Pâtés de Volaille et Gibier, Charcuterie fine.Spécialité: Conserves Alimentaires Françaises 172-176, rue Saint-Denis - - - Montréal La Maison n\u2019a pas de succursale.LA PATISSERIE PARISIENNE JOS.RONDEAU, Prop.Médaille d\u2019or, Paris 1899 Le plus grand choix de Pâtisseries Françaises.Assortiment complet de bonbons fins ! ! Chocolats de qualité surfine ! ! Petits fours, Gâteaux secs, Glaces et Sorbets ! ! :\u2014 : Table d\u2019hôte fixe et à la carte : \u2014: 328 EST, STE-CATHERINE Tél.Est 7676 Ouvert de 7 A.M.à 8 P.M.TEL.MAIN 6330 CAFE ST-GABRIEL SALLE À MANGER Propriétaires: J.PAGE, O.LESIEUR 30, RUE NOTRE-DAME EST MONTREAL rv + + ses ee A AJ.BOUCHER EDITEUR DE MUSIQUE Enrg.28 est, rue Notre-Dame, - - - - Montréal.7 / SPECIALITE POUR PENSIONNATS: Romances, Chansonnettes et Musique de Fiano, Cantates, Saynétes et Opérvettes, Abécédaire musical, Livre de Musique, Claude Augé, L\u2019Accompagnement du Plain-Chant, par Ernest Gagnon, Musique sacrée, Cantiques, Recueils d\u2019Orgue, etc., etc.PAPIER D\u2019ÉGYPTE ANTISEPTIQUE PARFUMÉ Pour purifier l\u2019air des habitations 10 sous le cahier, dans toutes les pharmacies, librairies, etc.VENTE EN GROS ROUGIER FRÈRES , 63, rue Notre-Dame Est MONTREAL Kodaks, Cameras et Accessoires Photographiques Agrandissements, Développement, Impressions pour amateurs, une spécialité.The D.H.HOGG CO., Regd 496 EST, SAINTE-CATHERINE MONTREAL Tél.Bell Est 5517 STANTON\u2019S EPILEPCURE Le seul remède infaillible contre l\u2019épilepsie (haut mal) EN VENTE AUX PHARMACIES P.-R.Thomas, 384, Bleury \u2014 J.-A.Goyer, 180 Ste-Catherine Est A.-A.Montpetit, 900, Ontario Est $1.25 la bouteiile, 6 pour $1.00 STANTON\u2019S EPILEPCURE Tél.Est 2807 635, ST-HUBERT, MON TREAL XU LA ROYALE, Limitée COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE ET CONTRE L\u2019INCENDIE Wm.MACKAY, gérant-général J.-H.LABELLE, gérant-adjoint La plus puissante compagnie d\u2019assurance-feu de l\u2019univers ACTIF: $135 000 000 Bureau: L'IMMEUBLE DE LA COMPAGNIE REPRÉSENTANTS A MONTRÉAL: HURTUBISE & SAINT-CYR AGENCE ÉTABLIE EN 1860 Téléphone: MAIN 1287 Tél, Bell: MAIN 494 EDMOND HURTUBISE Courtier d\u2019assurances Chambre 77, immeuble \u201cGUARDIAN\u201d 160, RUE SAINT-JACQUES - - - MONTREAL Tél.Main 2064 (bureau) Tél.Westmount 2541 (domicile) S.- RAOUL GAUTHIER Courtier d\u2019assurances Commissaire IMMEUBLE MONTREAL TRUST 11, place d\u2019Armes \u2014- - = - - Montréal Domicile: Etude: 43, rue Roy, Tél.Est 3797 Tél.Main 8760-8761 SALLUSTE LAVERY, B.A., B.C.L.De l\u2019étude légale Bérard, Rhéaume et Lavery, avocats procureurs 43, rue Saint-Gabriel Montréal vi \u2014\u2014 = CHFFOEF = FF 5 OU | fas «we ieee ail yi i Obligations Municipales et Scolaires Bons de la Victoire Correspondance sollicitée BEAUSOLEIL LIMITÉE AGENTS FINANCIERS 112, RUE ST-JACQUES TEL.MAIN 1415 MONTREAL PLACEMENTS D'AVRIL Nous offrons, sujettes à vente préalable, les débentures suivantes: Endroit Echéance Prix Rapportant Muissance du Canada Nov.1923 prix du marché Puissance du Canada Nov.1933 prix du marché Province da Québec Mai 1936 100.5 p.c.Province de Québee Mai 1938 109.5 p.c.Ville de Joliette Mai 1944 93.5% p.c.Cité de Québec Mai 1923 : 101.97 5% p.c.Fabrique de St-Arsène de Montréal Mars 1956 100, 5% p.cC.Commission Scolaire de Montréal Mai 1923 101.97 5% p.c.Ville de Chicoutimi Nov.1920 à 1945 190.544 p.c.Dominion of Canada (Great N.Ry.) Oct.1934 84.49 515 p.c.Ville de Mont-Royal Mai 1944 90.12 5% p.c Ville de Hampstead Nov.1959 100.6 p.c.Canton Chapleau, Ont.Déc.1928 à 1940 100.6 p.c.Canton Chapleau, Ont.Août 1919 à 1939 6 p.c.Tramways de Montréal Mars 1924 102.13 6 p.c.Ile Dorval Janv.1920 à 1944 : 100 6 p.c.Maisonneuve (Cité de Montréal) Avril 1941 88.50 5.40 p.c.5.40 p.c.Maisonneuve (Cité de Montréal) Nov.1952 93.86 LA CORPORATION DES OBLIGATIONS MUNICIPALES Limitée RENE DUPONT, Gérant J.-W.SIMARD, Correspondant 124, rue St-Pierre 7, place A\u2019 Armes Tél 6932 - - - QUEBEC , Tél.Main 1824 - MONTREAL XVI bidity À PE EEE A LE: 7 td 2% ss es i Cr on \u201c2, es A ss ie en 3p td AY\" Fi + 2 | 7: th 2 7 À ; PL Ss 205 \u2018| 7 2% i Ss 75 2s 7 oq 2 54 4 7: ce GH ye Z an 2 4 A i\u201d 7 7 / A CREDIT FONCIER FRANCO-CANADIEN ar 35, rue Saint-Jacques, Montréal Argent à prêter sur première hypothèque Capital : $9,647,667.19 \u2014 Actif: au dela de $55,000,000 Tél.Main 4601 Tél.Est 2005 GARAULT & LACROIX PEINTRES D'ENSEIGNES 784 EST, RUE SAINTE-CATHERINE | MONTREAL ; | 7 LA SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION GÉNÉRALE Incorporée par Acte de la Législature de Québec, le 26 mars 1902 7 35, RUE SAINT-JACQUES, MONTREAL Edifice du Crédit Foncier Franco-Canadien Capital souscrit: $500,000.Capital payé: $125,000 Réserve et profits non distribués: $140,781.25 Fonds administrés: $9,538:000.00 Administration de Successions, de Fidéi-Commis et de Fortune privées VOUTES DE SURETE Conseil d\u2019administration: MM.J.-0.GRAVEL, Montréal, Président.J-H.THORS, Paris, France, Vice-Président.A.TURRETTINI.Paris, France.MARTIAL CHEVALIER, Montréal.Hon.Sir AUGUSTE ANGERS, Montréal.Hon.Sir HORMISDAS LAPORTE, Montréal.TANCREDE BIENVENU, Montréal.L.de la VALLEE-POUSSIN, Paris, France.Hon.RODOLPHE LEMIEUX, C.R., Montréal.NAPOLEON LAVOIE, Québec.J.-A.RICHARD, LL.D.Montréal.Direction: MARTIAL CHEVALIER J-THEO.LECLERC Directeur-Général Secrétaire Tél, Main 2557 Gunn, Langlois & Cie, Limitée MARCHANDS DE PROVISIONS Oeufs, Beurre, Fromage, Volailles, Viandes fumées, Saindoux, etc.BUREAU: 105, RUE SAINT-PAUL EST Entrepôts froids: 9-19, rue St-Amable \u2014 1-25, rue St-Vincent \u2014 262, Dorchester Est Tél.Main 8600, 1, 2, 3, 4, 5344 MONTRÉAL PERTE École des Hautes Etudes Commerciales de Montreal PREPARANT AUX SITUATIONS SUPERIEURES DU COMMERCE, DE L\u2019INDUSTRIE ET DE LA FINANCE Bibliothèque économique, Musée commercial et industriel Délivre les diplômes de \u201cLICENCIE EN SCIENCES COMMERCIALES\u201d, de \u201cLICENCIE EN SCIENCES COMPTABLES\u201d et de \u201cDOCTEUR \u2018EN SCIENCES COMMERCIALES\u201d.Cours spéciaux de comptabilité.Pratique des affaires.Assurances, Banque.Expertises comptables, etc.Le diplôme de \u201cLICENCIE EN SCIENCES COMPTABLES\u201d donne droit à l\u2019admission-dans \u201cL\u2019Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec\u201d et dans \u2018\u201cL\u2019Association des comptables de Montréal\u201d (Chartered accountants).Les cours du soir sont ouverts aux jeunes gens et aux jeunes filles.Des BOURSES DU GOUVERNEMENT sont accordées aux élèves méritants.Pour tous renseignements, prospectus, inscriptions, etc, s\u2019adresser AU DIRECTEUR DES ÉTUDES 899, AVENUE VIGER MONTRÉAL COLLEGE COMMERCIAL ELIE Toutes les matières commerciales.Télégraphie et conversation anglaise enseignées jour et soir, par des experts.1, CARRE SAINT-LOUIS, MONTREAL Ed dot chih Ryphdb fy hechsh hh dosh fof dh cod dodge dbo diodb Gb ddl ER EXAMEN DES YEUX am * Ne Wégligez aucun mald Yeux la Vue est uop rrecieuse, Sar \u2018Tçute lunetterie noz faite ser commande est toujours nuisible N\u2019achete& jamais des Vendeurs Amônalants, ni aux Magasins-à-tout-faire.Rien ne remplace PExamen des Yeux par un savant Spécialiste.Si vous tçnez 4 Guérir vos Yeux sans drogues, opération ni douleur : ALLEZ À L'INSTITUT D' OPTIQUE Yoh sisuterie Specialiste BEAUMIER Le 5gieur 144 Est, rue Ste-Catherine, Pris Ave Hotel-de-Ville.Il recherche les Cas ditficiles, Désespéres : Pose Yeux Artificiels, : \u20ac TY Naturels à se tromper, Fabrique et ajustre lui-même, depuis 25 ans, lunettes, Iorguons, etc.Ses nouveaux \u201c\u2018 Verres Torie à erdre\u201d?sont gerantis pour bien Voir de Loin et de Près, pour tracer, coudre.lire et écrire, ; e Cette annonce rapportée vaut 1sc.par dollar sur tout achat en Junettérie, \u201d A VIS Prenez garde ! Pas d'agents sur le chem:n pour notre maison responsable.Heures de bureau: Tous les jours de 9 à 9 hrs.(Dimanche de i & 4 hrs.) J tédéédééddddhdhe xxl x & «3 ap = = Le \u2014\u2014\u2014 i a WW ee \u201ces me A= L'ENSEIGNEMENT PAR LES PROJECTIONS - LUMINEUSES MM.les Conférenciers et Professeurs, Illustrez vos cours au moyen de projections lumineuses.L\u2019image bien commentée vaut tout un long exposé abstrait.Elle rend la leçon vivante et durable.\u2014 Séries de vues spéciales à l\u2019enseignement.\"VUES FIXES HISTOIRE SAINTE ET HISTOIRE DE L\u2019EGLISE.HISTOIRE DU CANADA, d\u2019après les pièces d\u2019archives et les documents originaux.Vieux Québec et vieux Montréal.HISTOIRE DE L\u2019ART.\u2014Architecture, sculpture, peinture.SCIENCES.\u2014Géographie, géologie, histoire naturelle, anatomie, hygiène.DIVERS \u2014Evénements patriotiques et religieux.Le Canada pittoresque.Chansons nationales.CINEMATOGRAPHIE : Pellicules appropriées aux besoins de la jeunesse.Industries.Voyages.Comédies.Verres de lanterne faits d\u2019après vos photos, dessins ou gravures.\u201cDemandez catalogue de la catégorie de vues qui vous intéresse.Copie et agrandissement.Location et achat de vues.FEDGAR GARIEPY Projectionniste de l\u2019Université Laval et de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Tél.Est 6272 __ 704, rue Saint-Denis MONTREAL ÉCOLE POLYTECHNIQUE DE MONTREAL GENIE-CIVIL, ARCHITECTURE ET INGENIEUR-CHIMISTE DUREE DES COURS: QUATRE ANNEES Ingénieur spécialiste: Mines et Electricité UNE ANNEE COMPLEMENTAIRE Ecole de Préparation Prépare aux examens d'admission à l\u2019Ecole Polytechnique.Durée des cours: une année pour les candidats admis en 1ère section et deux années pour les candidats admis en 2e section.Les examens d'admission ont lieu en juin et en septembre.Les finissants des cours classiques sont admis en lére section, sans examen.Cours d\u2019été, du ler juillet au ler septembre, en vue des examens d\u2019admission de septembre Pour renseignements s\u2019adresser au Directeur, 228, rue Saint-Denis - - - - MONTREAL ic dé a+ à ;\u2018 a; ; A B dl ans dans la même $ i a; .1: famille 3 f i La Maison Dupuis Frères se réclame de plusieurs titres 0 pour mériter la confiance-et la faveur de ses clients.; L\u2019un, entre autres, lui semble particulièrement pré- i cieux: celui d\u2019avoir été depuis cinquante-et-un ans la propriété de la méme famille, EY De même qu\u2019en 1868 M.Nazaire Dupuis était le seul propriétaire de la maison qu\u2019il fondait, ainsi, en 1919, M.J.-Narcisse Dupuis, son frère, est l\u2019unique propriétaire de Dupuis Frères Ltée, puisqu\u2019il détient 1199 parts du capital-actions sur un total de 1203.ww Le fonds inépuisable d\u2019expérience et de connaissances accumulées durant plus d\u2019un demi-siècle de contact avec le publie, joint à la confiance qu\u2019inspire la présence des ' mêmes propriétaires, n\u2019est pas la moindre cause du : succès de notre Maison qui célèbrera bientôt son 5le \u2026 Anniversaire.\u201cLe Magasin du Peuple\u201d "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.