La revue nationale /, 1 mars 1923, Mars
[" AN 5e ANNEE \u2014 No 3 MONTREAL MARS 1923 LA REVUE NATIONALE Organe de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal PARAISSANT LE 10 DE CHAQUE MOIS > Nos origines et leur symboles .Albert Lévesque 69 Ernest Renan et la papauté .Jean Bruchési 76 Toujours des anglicismes .Alfred DeCelles, fils 79 En marge de incident Ferguson .R.-G.Mousseau 81 La grange de chez-nous .Edouard Hains 85 Echos d'un Congrés .~.Jean Guérin 90 Voix de Chambly-Canton .L.-J.-N.Blanchet 92 Célébration et recrutement .Le chef du secrétariat 94 Rédaction et Administration : ANUS 296 RUE SAINT-LAURENT & \u201c55 MONTREAL [17 5 Prd J A \u201cx N fore 7 \\ TEN 5 = Nue Abonnement annuel : $2.00 SSI?La livraison (chez les dépositaires:) 15 sous Les abonnements à la REVUE NATIONALE commencent invariablement au ler janvier.\u2014 Pour tout changement d\u2019adresse, accompagner la demande de 5 sous en timbres-poste.Ga eae a ln de Ae ma 200 A La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal CONSEIL GENERAL: ; Grand auménier : Mgr PARCHEVEQUE DE MONTREAL.\" Président général : Victor MORIN, LL.D., notaire, 97 rue St-Jacques.ler vice-président général : Léon TREPANIER, publieiste, 1284, St- Hubert.4 - ; 2e vice-président général : Guy VANIER, LL.L., avocat, 97, St-Jacques.Secrétaire général : J.-A.BARITEAU, notaire, 347, rue Maisonneuve.Trésorier général : J.-P.-L.BERUBE, secrétaire du Conseil des Arts et Manufactures, 296, rue Saint-Laurent.Directeurs : L\u2019Hon.L.-O.DAVID, sénateur, 325, chemin Ste-Cathering, Outremont.Thomas GAUTHIER, courtier, 11, place d\u2019Armes.L\u2019hon.F.-L.BEIQUE, sénateur,-740, rue Sherbrooke, Ouest.J.-V.DESAULNIERS, courtier en immeubles, 90 rue Saint-Jacques.Henry-L.AUGER, courtier en immeubles, 384, rue Ontario, Est.J.-W.CADIEUX, comptable, 530, rue Grosvenor.Aimé PARENT, négociant, 92a, chemin LaSalle, Verdun.Chef du Secrétariat : Jean GUERIN , bureau No 1, Monument National, téléphone, Plateau 3768.) Corporations filiales de la Société : La Caisse Nationale d\u2019Economie \u2014 la Caisse de Remboursement \u2014 le \u2019 Monument National \u2014 la Société Nationale de Fiducie \u2014 la Société Nationale de Colonisation.La Direction de la Revue Nationale ne s\u2019engage pas à rendre les manuscrits non insérés: Elle laisse aux auteurs la responsabilité des idées émises dans leurs articles.\u2018La REVUE NATIONALE est éditée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 296, rue Saint-Laurent, et imprimée par l\u2019IMPRIMERIE MAISONNEUVE, 478, Ave.Lasalle, Tél.LASALLE 2354. LA REVUE NATIONALE 65 Qualité Supérieure Saveur Délicieuse Prix Raisonnables et très Economiques \u2014 telle est la combinaison qui fait du i B 1088 F le thé de \u201ctout le monde.\u201d ENCOURAGEZ L\u2019INDUSTRIE NATIONALE LES PRODUITS UNIC Sont Toujours les Meilleurs ! BEURRE, CREME DOUCE, CREME GLACEE Montreal Dairy Co.Limited Tél : EST 3000 * LA REVUE NATIONALE La Banque Provinciale du Canada Capital autorisé - - : $5,000,000.00 Capital versé et surplus : $4,500,000.00 SIEGE SOCIAL : 7 et 9, place d\u2019Armes, MONTREAL, Canada.CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION : Président : Sir Hormisdas LAPORTE, C.P., ex-maire de Montréal, de la maison Laporte, Martin, Limitée, administrateur du Crédit Foncier franco-canadien.Vice-Président : M.W.F.CARSLEY, M.Tancrède BIENVENU, administrateur de la Lake of the Woods Milling Co., Ltd.M.G.-M.BOSWORTH, vice-président du Canadien Pacific Ocean Services Limited.L\u2019hon, Némése GARNEAU, C.L.Québec, président de la Cie de Pulpe de Chicoutimi.M.Emilien DAOUST, Vice-Président de la Librairie Beauchemin Limitée, Commissaire du Havre de Montréal.M.S.-J.-B.ROLLAND, Président de la Cie de Papier Rolland, Limitée.111 succursales dans les provinces de Québec, Ontario, Nouveau- Brunswick et 1'Ile du Prince Edouard.Tél.Est 1584 OE an y er \u2018 = Chs.-C.deLorimier + Y 3, 291, St.Denis, Montréal Vis-à-Vis le Théâtre St.Denis Fleurs naturelles et artificielles we Spécialités : Tributs Floraux, ; Funéraires.TEL.EST 3161.O.CHAMPAGNE FERBLANTIER, COUVREUR, POSEUR D\u2019APPAREILS À GAZ ET A EAU CHAUDE 358, Avenue de l\u2019Hôtel-de-ville (Près de la rue de Montigny) MONTREAL LA REVUE NATIONALE 67 // h fants Abonner vos en mr - a -\u2014 où Oiseau Bleu de c'est leur procurer un bonheur durable In Ft = FAITES PARTIE pany PAIN Td de notre J 1 de) = (Laisse de Noël Ste tog ET REA A Protégez-vous aA = contre la mauvaise MA a FORTUNE a er = = w La Banque dDochelaga FONDEE EN 1874.Lo 68 LA REVUE NATIONALE Imprimerie Maisonneuve DANS nos ateliers l\u2019on exécute tous les travaux d'impression tels Téléphone: que : Catalogues, Brochures de L A S ALLE Luxe et ordinaires, Pamphlets, Revues, Programmes, impressions 2-3-5-4 commerciales de toutes sortes à des prix très raisonnables.478, Avenue Lasalle, - Maisonneuve L.CHAPUT, FILS & CIE Limitée DISTRIBUTEURS MONTRÉAL \\ = + ÿ | 2S 5¢ ANNEE \u2014 No 3 MONTREAL MARS 1928 pL stress at EY.= 3 La Revue Nationale & ¥ & RATER TE RR RRR RRR RRR NOS ORIGINES ET LEURS SYMBOLES = On se plait à répéter que nous sommes à \u2018\u2018un tournant de notre histoire\u201d, que nous passons par une crise morale et matérielle, que des éléments dissolvants tentent de plus en plus à entamer la stabilité de notre \u201cstatu quo\u201d national et international, et que, demain, peut-être, notre jeune race se verra contrainte à tracer elle-même l'orientation de sa destinée en Amérique.L\u2019heure est donc propice à la naissance et à la formation de chefs compétents et ardents.Pour les faire naître, l\u2019histoire de notre passé est toujours là, éloquente et féconde en stimulants.Il suffit d\u2019y puiser avec largesse et avec amour.\u2018 Pour les former compétents et ardents, l\u2019histoire de notre passé est encore là; il suffit d\u2019en faire rejaillir la grandeur et les leçons.Et pour que ces chefs, dont on attend l\u2019orientation de notre destinée future, donnent à notre race une direction, un élan qui soit conforme à l\u2019idéal de nos pères, à leurs traditions, à leurs aspirations, l\u2019histoire de notre passé est encore là; il suffit de l\u2019interroger avec foi, de l\u2019écouter avec franchise, et les solutions des problèmes futurs deviendront moins floconneuses, et l\u2019orientation requise, plus précise et plus concrète.- C\u2019est dans l\u2019espoir de contribuer à la formation de ces chefs que je me permets d\u2019évoquer, sous leurs formes symboliques, afin qu\u2019elles s\u2019impriment davantage dans les mémoires, les principales évolutions qui ont marqué la naissance de notre race, les principaux agents qui ont présidé à notre développement primitif.C\u2019est une simple esquisse, une rapide synthèse qui n\u2019a ' ny 70 LA REVUE NATIONALE pour excuse que celle d\u2019inviter le lecteur à des études plus lentes et plus approfondies.Ed 3k 3k Un triple caractere individualise les origines de notre race : caractére religieux, colonisateur, et guerrier ; caractères que symbolisent si bien : la croix, le soc et l\u2019épée.La croix qui convertit, le soc qui nourrit, l\u2019épée qui défend.La croix, arme du prêtre, le soc, arme du colon, l\u2019épée arme du soldat.LA CROIX Notre race est née de la croix et par la croix.C\u2019est l\u2019idéal chrétien, plus même que l\u2019idéal français, qui a soutenu l\u2019ardeur de nos fondateurs et assuré le succès de notre naissance et de notre développement.C\u2019est \u2018d\u2019une pensée apostolique et chrétienne que nous sommes sortis.Lorsqu\u2019en 1608, Champlain gravit, pour la premiere fois, les hautes falaises du Cap Diamant, il tient fortement pressé sur sa poitrine une croix.Pour stimuler ses compatriotes au travail et à la tenacité, il se plaisait à répéter ces paroles d\u2019apôtre: \u201cLa conquête des âmes vaut mieux que celle des territoires.\u201d Il voulait un pays où put fleurir la foi catholique; et pour que ce désir ne reste pas un vain mot, dès 1615, il amène sur nos bords, la première phalange de nos martyrs dans la personne des Pères Récollets; il ferme la porte de la colonie aux hugenots et aux gens de moeurs légères ; en 1625, il dirige chez nous l\u2019ardent bataillon des Jésuites.Et la croix désormais fait face au barbare, s\u2019avance à leur rencontre, circule au sein même de leurs tribus, décore leurs cabanes.C\u2019est elle qui l\u2019adoucit, le civilise, jette des rayons lumineux dans son esprit inculte, lui touche le coeur et le convertit à l\u2019Eglise du Christ.A Saint-Louis, a Sainte-Marie, à Saint-Ignace, c\u2019est la croix qui domine la bourgade, et protège les wigwams.Ce n\u2019est ni par amour des aventures, de l\u2019argent, des honneurs, mais uniquement par amour du Christ et de sa croix que nos missionnaires et nos pionniers traversent l\u2019immensité de nos forêts, affrontent le péril et la rigueur de nos hivers, sautent nos cascades; qu\u2019ils endurent les tourments de la vie indigène; que Jogues, Bréboeuf, Lallemant, et les autres vic- NOS ORIGINES ET LEURS SYMBOLES 71 times saintes trop inconnues et oubliées, offrent le sacrifice de leur vie et tombent martyrisés sur des tisons ardents.Je cherche en vain dans l\u2019histoire des autres peuples du continent, celui qui a vu, comme nous, rougir les langes de son berceau par le sang des martyrs de la foi catholique.Mais une troupe sans chef, c\u2019est une troupe vouée à l\u2019impuissance.Plus cette troupe est vaillante et menacée, plus elle doit être solidement organisée et ordonnée.Pour la plus grand gloire du Christ et l\u2019avenir de notre race, nos pères ont vite compris cette nécessité.Et dès 1659, Québec possédait son premier évêque dans la personne de Mgr Laval, dont nous féterons cette année le trois-centiéme anniversaire de naissance.Grâce à cette croix épiscopale, l\u2019expression de l\u2019Evangile continua à demeurer l\u2019idéal stimulateur de nos ancêtres.Elle ranima les coeurs, un instant abattus par la lutte sanguinaire des sauvages.Elle rétablit la paix à l\u2019intérieur où déjà s\u2019élevaient les discordes funestes.Elle réprima les abus intolérables, dont l\u2019un menaçait la vitalité même de notre peuple naissant: le commerce de l\u2019eau-de-vie.Et sous cette poussée purifiante les foyers se multiplient à l\u2019ombre bienfaisante de la croix.Peu à peu, il faut fonder des écoles, des couvents, des séminaires; il faut ouvrir des paroisses, faire surgir des clochers; il faut des hôpitaux aux malades et aux blessés ; c\u2019est la croix qui est l\u2019inspiratrice de ces oeuvres.Et aux heures de crise, aux heures de combats décisifs, c\u2019est la croix qui crée les héros: tel Dollard et ses jeunes compagnons.Qui les entraîne à livrer leur jeunesse brillante sous les coups mortels des tomahawks?Le seul amour de l\u2019audace, de la crânerie?Le seul amour même de leur nouvelle patrie en danger ?Non, mais l\u2019amour du Christ, l\u2019amour de Marie, qu\u2019il venait de choisir comme protectrice de leur bourgade, Ville- Marie.Dollard et ses braves auraient-ils été si forts et si invincibles et pourrions-nous aujourd\u2019hui les couvrir de lauriers avec autant de générosité et d\u2019admiration, s\u2019ils n\u2019eussent pas, le matin de leur exploit, mangé le Pain des forts et des invincibles, le Pain qui fait les saints et crée les martyrs?Enfin, quand est venu pour nos pères, le jour de la séparation, de l\u2019abandon d\u2019une part, de la domination de l\u2019autre 72 LA REVUE NATIONALE part, qui les retient et les soutient sur nos rives envahies par la botte sacrilege des usurpateurs?C\u2019est la croix de nos prêtres, la croix de nos clochers.O croix de chez nous que ton oeuvre est admirable! \u201cO crux ave, spes unica\u2019 ; avec quel esprit de foi nos ancêtres n\u2019ont-ils pas chanté, dans l\u2019immense solitude de nos forêts, et répété à tous les échos, cet \u201cespoir unique\u201d, sur qui ils édifiaient le rêve gigantesque à la réalisation duquel la Providence elle- même a voulu travailler: la fondation d\u2019une colonie catholique, apostolique et française sur les bords du Saint-Laurent.) LE SOC Mais, il ne suffisait pas seulement de convertir, de s\u2019occuper de la vie des âmes; il fallait aussi assurer la vie des corps; il fallait faire l\u2019emprise du sol, défricher les forêts, déchirer les flancs de ces plaines, y semer le grain qui dore les prairies et remplit les greniers; il fallait le soc.et le soc est venu.C\u2019est Louis Hébert, le \u201cpère des colons\u201d, ce sont les Couillard-Desprès et leur postérité nombreuse qui le manient d\u2019abord avec tenacité.(Oh, si la génération actuelle s\u2019arrêtait à considérer le courage d\u2019acier, requis, à cette époque, pour obtenir un boisseau de bon blé, une botte de maïs, un minot de pommes de terre, combien seraient moins nombreux les déserteurs du sol cherchant la richesse et la volupté à l\u2019ombre de nos usines enfumée!) Et ces courses de nos explorateurs, les Joliette, les Marquette, les De la Salle, les De la Vérendrye n\u2019avaient-elles pas pour motif la plus grande expansion de l\u2019activité agricole?N\u2019était-ce pas une \u201cemprise du sol\u201d, un invitation pressante à la vaillance des colons?Sans doute on pourrait appliquer à nos pères l\u2019axiome renommé \u2018Qui trop embrasse mal étreint\u201d et leur reprocher d\u2019avoir trop éparpillé leurs jeunes forces, par un bel excès d\u2019enthousiasme, et de n\u2019avoir pas su concentrer leurs énergies sur un point plus restreint, mais plus assuré et mieux servi; mais, il n\u2019en reste pas moins vrai que l\u2019idéal de nos ancêtres était bel et bien : l\u2019emprise du sol, pour s\u2019y établir définitivement, le cultiver et en faire la pierre d\u2019assise de l\u2019oeuvre qu\u2019ils tentaient d\u2019édifier.Et cet illustre intendant Talon, dont le passage sur nos rives, a suscité un immense progrès, n\u2019a pas pour peu con- NOS ORIGINES ET LEURS SYMBOLES 73 tribué à dévoiler la politique de nos fondateurs.C\u2019est le soc qu\u2019il vante, qu\u2019il impose; c\u2019est le colon qu\u2019il préfère et protège de ses deniers, et le colon fidèle, stimule, obéit, s\u2019anime, va de progrès en progrès, et soudain, voilà tout un peuple d\u2019agriculteurs qui se meut; voilà les socs qui luisent par milliers, les champs qui blondissent, les greniers qui regorgent; c\u2019est le pain, c\u2019est la vie, c\u2019est une colonie solidement établie, c\u2019est le rêve du fondateur réalisé, c\u2019est le soc du colon qui fait oeuvre grande et forte, c\u2019est un nouveau pays qui peut rêver bonheur et postérité! L\u2019EPEE Notre race était née.Elle pouvait et devait grandir: elle possédait l\u2019unique source de la paix et de la justice sociale: la religion catholique; elle possédait l\u2019amour du sol qui fait les patries riches et respectées.Mais une oeuvre aussi importante que la \u201cnaissance d\u2019une race\u201d s\u2019effectue rarement sans attirer l\u2019envie et la colère des peuples étrangers.Et la race canadienne-française méritait plus que toute autre d\u2019éveiller les tentatives d\u2019absorption des grandes nations dominatrices.Nous étions encore au berceau, tendre et fragile bébé, que deux ennemis\u2014ou mieux un seul ennemi véritable, (l'anglais) puisque l\u2019un des deux (l\u2019iroquois) n\u2019était qu\u2019au service de l\u2019autre)\u2014épiaient nos premiers sourires et guettaient nos premières démarches.Il fallait, pour compléter l\u2019individualité distinctive de notre raractère ethnique, porter au front la cicatrice des coups de flèches et des coups d\u2019épée.Et l\u2019on sait que les coups n\u2019ont pas manqué! Des 1610, c\u2019est l\u2019épée de Champlain qui brille sur les hauteurs de Québec.Plus tard c\u2019est l\u2019épée des Maisonneuve, des Lambert Closse qui soutient Ville-Marie sur son ilôt assailli de toutes parts.Puis viennent Dollard, le sauveur, les chevauchées vengeresses de l\u2019illustre D\u2019Iberville ; et c\u2019est l\u2019épée de Frontenac arrêtant, d\u2019un geste, d\u2019une parole, la marche triomphante d\u2019un amiral Phipps qui s\u2019imaginait faire trembler la Nouvelle-France, parce qu\u2019il traînait à sa suite des milliers de soldats et trent-quatre vaisseaux de guerre.Et voici l\u2019épée de Carillon, de Chouagen, de William-Henry, celle même des Plaines d\u2019Abraham, l\u2019épée de Montcalm, l\u2019immortelle in- RRARAPMREN ol 74 LA REVUE NATIONALE trépide, dont le chevalier de Lévis s\u2019empare avec dignité pour la faire scintiller une derniére fois sur les falaises de Québec, dans cette inoubliable bataille de Sainte-Foye.* * x Il y a là, dans ces gestes répétés et tenaces, de nos pères soldats, plus que des grands mots sonores pour ébahir les gens et flatter les oreilles.Il y a là, dans cette trame, cette série d\u2019actes héroïques l\u2019expression indéniable et sacrée de l\u2019idéal sublime de nos ancêtres: la volonté non seulement de vivre sur ce continent, mais de survivre et de survivre jusqu\u2019au plein épanouissement de leur vitalité, jusqu\u2019au plein développement de leurs activités, jusqu\u2019à la formation d\u2019un royaume catholique et français en Amérique.Pourquoi, en effet, cette série de martyrs, ce sang versé, ces tourments endurés; pourquoi ces coups de hache entamant nos épaisses forêts, ces coups de charrue déchirant notre sol; pourquoi ces luttes herculéennes, ces prodiges de tenacité et d\u2019héroïsme, si nos pères n\u2019avaient pas eu le désir sacré, non pas seulement de laisser une trace de leur passage en Amérique, non pas seulement de faire preuve de grandeur d\u2019âme et d\u2019énergie, non pas seulement de vivre jusqu\u2019au bout; mais de survivre et de survivre jusqu\u2019au couronnement définitif, jusqu\u2019à la maturité normale et logique de tout être vivant qui se développe et qui grandit, jusqu\u2019à la maturité complète de tout adolescent qui aspire à la virilité, à la possession et à la maîtrise de son être.Quand mes pères ne m\u2019auraient-ils légué aucun écrit qui dévoile les secrets désirs de leurs âmes de preux, l\u2019idéal ultime qui orientait et stimulait leur ardeur.leurs faits et gestes sont là, plus éloquents et plus révélateurs que les plus volumineux parchemins.Quand des milliers d\u2019hommes ont scellé le même idéal, de leurs sueurs, de leur sang, jusqu\u2019au dernier souffle de leur vie, on n\u2019a pas le droit de mettre en doute leur franchise et d\u2019hésiter davantage à comprendre leur dessein.Et quand ces milliers d\u2019hommes, de héros, de martyrs sont nos pères, nous, leurs enfants, leurs héritiers, nous n\u2019avons pas le droit de nous arrêter dans l\u2019ascension vers l\u2019idéal pour lequel ils sont tombés; nous n\u2019avons pas le droit de re- xd TT ee NOS ORIGINES ET LEURS SYMBOLES 75 fuser notre coup d\u2019épaule pour hâter la réalisation de cet idéal, de ce plein épanouissement de la race canadienne-fran- caise et du catholicisme en Amérique.Honte à nos défaitistes qui ne cessent de crier : \u201cC\u2019est inutile, c\u2019est impossible, c\u2019est chimérique; résignez-vous à mourir; nous sommes trop faibles trop peu nombreux; laissons la lutte, acceptons la mort\u201d .\u201c\u201cla liberté ne se donne pas, elle se conquiert.\u201d Honte à nos pacifistes qui ne cessent de répéter leurs jérémiades symptômatiques.\u201cVous êtes une minorité; cessez donc de faire les braves, les forts; capitulez, concédez encore, concédez toujours pour avoir la paix, pour avoir la protection (?) pour voir cesser la lutte.\u201d Pauvres gens! si nos pères les entendaient! Quel affront à leurs labeurs, à leurs sacrifices, à leur martyre.Eux si faibles en munitions, mais si forts en énergie morale! Nous, si riches en moyens de salut, mais si dénués d\u2019énergie morale! Et je m\u2019arrête, en priant le lecteur de continuer lui-même le parallèle entre l\u2019idéal et l\u2019énergie d\u2019une certaine catégorie de leurs fils actuels! Il ya là matière à de graves réflexions! Albert LEVESQUE.LANGUE FRANCAISE ET POETE ANGLAIS Le 13 février 1923, le poète anglais, Sir Henry Newbolt, faisait dans un des édifices de l\u2019Université McGill une conférence sur la \u201cLittérature et la Vie,\u201d et la Gazette de Montréal, (14 février) en donnant le compte rendu de cet évènement, rapportait que l\u2019écrivain d\u2019outre-mer exprima l\u2019opinion \u201cthat those who lived in this section of the world (province de Québec) possess good fortune by reason of their proximity to people of another language.\u201d Mieux encore: \u201cSir Henry paid a great tribute to French literature saying that he read more in it, than in his own.\u201d Cette délaration a dû surprendre quelques auditeurs.\u2014 E.Z.M. ERNEST RENAN ET LA PAPAUTE On a célébré en France, cette année, le centenaire de M.Ernest Renan, ancien séminariste de Saint-Sulpice, professeur à la Sorbonne, académicien, auteur de maints ouvrages philosophiques et historiques, né le 27 février 1823, mort en 1892.Comme il convient pour un homme qui a beaucoup fait parler de lui, on a recommencé, pour un temps, à beaucoup parler de lui.C\u2019est peut-étre a cette occasion que la \u201cREVUE DES DEUX MONDES\u201d a publié la correspondance échangée entre l\u2019auteur de \u201cLa vie de Jésus\u201d, et le prince Jérôme-Napoléon.(1) Cette correspondance s\u2019étend du 14 décembre 1861 au 22 avril 1899.Elle présente un intérét d\u2019autant plus vif qu\u2019on y lit exprimées, les opinions de Renan sur le Pape et la papauté.À ceux qui ont su attendre, l\u2019histoire a toujours apporté une éclatante revanche.Combien d\u2019hommes, politiciens ou autres, se sont transformés en petit prophètes, annoncant la chute de telle ou telle institution, jetant l\u2019injure à la face de leurs contemporains! Les uns et les autres sont disparus: mais l\u2019histoire apporte à ceux que l\u2019on avait crus anéantis le témoignage, le plus éclatant, en faveur de leurs actes et de leur vie entière.C\u2019est ce qui vient de se produire quant aux prédictions et aux avancés d\u2019Ernest Renan, sur le Pape et la papauté.] Le prince Napoléon se proposait d\u2019aller à Rome vers la fin de 1871.Des évènements imprévus le firent sans doute changer d\u2019idée; car, le ler septembre de cette même année, Renan lui écrivait: \u201cPourquoi renoncez-vous à aller à Rome?Il faut voir le Pape et la papauté dans sa figure du Moyen- Age, avant sa chute ou sa transformation, comme on voit un monument avant sa démolition\u201d.C\u2019était presque jour pour jour, un an après l\u2019entrée des troupes italiennes dans la Ville Eternelle.Pie IX s\u2019était retiré derrière les murs du Vatican, refusant avec dignité ce que lui offrait Victor-Emmanuel.Et déjà, dans l\u2019esprit de Renan, c\u2019en était fait, ou presque, du Pape et de la papauté.Il assimilait l\u2019un et l\u2019autre à \u201cun monument\u201d.Quelques mois plus tard, le 12 février 1872, il écrivait (1)\u2014Revue des Deux Mondes, 15 nov.1922. Se ERNEST RENAN ET LA PAPAUTE TT encore à son noble correspondant, et cette fois, le dissuadait de se rendre à Rome, sous le prétexte que sa visite dans la capitale de l\u2019Italie nouvelle pourrait donner lieu à des malentendus.\u201cVotre Altesse a une part de premier ordre dans la fin du pouvoir temporel de la papauté.C\u2019est là à mes yeux un véritable titre de gloire, le pouvoir temporel du pape étant devenu quelque chose de tout à fait funeste à l\u2019Europe, à la France, à la civilisation et à la religion entendue dans un sens élevé\u201d.Que le pouvoir temporel des papes ait été ou non, l\u2019objet de querelles entre les peuples, il n\u2019en reste pas moins vrai que le Pape a été injustement dépouillé d\u2019un domaine qui était depuis des siècles la propriété exclusive de l'Eglise.Et il est permis de sourire quand on entend un homme comme Renan, \u201cpieusement impie\u201d, disait Jules Lemaître, parler de \u201cla religion entendue dans un sens élevé\u201d.Il voulait sans doute souligner sa propre religion dont l\u2019objet était de rendre le spectacle que Dieu se donne à lui-même, ie.J\u2019univers, \u2018aussi brillant, aussi varié que possible\u201d.Mais en juillet 1872, écrivant encore au prince Napoléon, Renan se transforme en prophète.Les conséquences de la prise de Rome lui apparaissent sous un jour plutôt étrange.\u201cL\u2019unité catholique supposait le pouvoir temporel, écrit-il; le pouvoir temporel disparu, l\u2019unité catholique disparaîtra.Les Italiens sont naïfs de croire qu\u2019ils garderont la papauté universelle dans la ville de Rome, devenue la capitale d\u2019un Etat particulier; la conséquence de la constitution du royaume d\u2019Italie, c\u2019est le départ de la papauté.\u201d\u201d Et plus tard, Renan parlera de \u201cla situation secondaire du Vatican\u201d a Rome.Renan est mort à Paris le 2 octobre 1892, plus d\u2019un an après la mort du prince Napoléon.Depuis 1878, Pie IX était descendu dans la tombe, et Léon XITI dirigeait la barque de Pierre.L\u2019unité catholique est-elle disparue?La Papauté a-t-elle quitté Rome et l\u2019Italie?Le Vatican occupe-t-il une situation secondaire?L\u2019Histoire de ces dernières années répond à ces trois questions.Un moment, les ennemis de l\u2019Eglise ont pu croire que c\u2019en était fait de la Religion catholique et du Pape; un moment ils ont pu se réjouir.Mais jamais l\u2019Eglise ne s\u2019est crue morte, elle qui a l\u2019assurance du Christ Lui-même.CE SEP Re or sherds T8 LA REVUE NATIONALE Les relations diplomatiques entre le Vatican et les puissances étrangères, il est vrai, allèrent diminuant chaque jour.Il n\u2019y avait eu, en 1914, écrit Georges Goyau, qu\u2019une poignée de diplomates pour assister au couronnement de Benoit XV.\u201cA l\u2019avènement de ce Pape les sourires du monde avaient fait défaut.\u201d Mais l\u2019unité catholique est restée la même, plus étroite encore si c\u2019est possible.Du haut de la chaire de Pierre, ce sont toujours les mêmes paroles qui descendent sur les peuples, celles-là que le Christ redisait en Galilée: \u201cMisereor super turbam\u201d: c\u2019est toujours la même doctrine que l\u2019on enseigne : doctrine de paix, de justice, et de charité.Le Roi d\u2019Italie est à Rome: il occupe l\u2019un des anciens palais des Papes.Mais le Pape est resté à Rome, lui aussi, et ce sont les troupes royales qui saluaient Pie XI au matin de son élection, le 6 février 1922.Ce n\u2019est pas lui, certes qui occupe à Rome la situation secondaire dont parlait Renan.Les nations ont repris le chemin de Rome.Vingt-sept ambassadeurs et ministres entourent le Pape et témoignent hautement du cas que l\u2019on fait \u201cde la plus ancienne et de la plus haute des grandes personnalités morales supra-nationales\u201d.Le ministère des affaires étrangères du Japon vient à son tour, de décider l\u2019envoi d\u2019un ministre près du Pape.\u201cSur Thorizon du Vatican\u201d, le soleil s\u2019est levé plus radieux que jamais.Où que soit Ernest Renan, puisse-t-il comprendre la fausseté de ses prédictions.Ce qu\u2019il a appelé \u201cl\u2019immense orgueil du Pape Pie IX\u201d a produit autre chose que la destruction de l\u2019unité catholique.On ne pourrait pas déduire de l\u2019oeuvre de Renan, au simple point de vue philosophique, un résultat aussi harmonieux, aussi complet.On ne peut pas nier à Renan d\u2019avoir été un magicien de premier ordre sous le rapport du style, de la langue.11 savait écrire; il aurait dû savoir aussi bien penser et juger.Ce qu\u2019il avait de bon, de certain, de droit, mêlé, perdu presque sous les sophismes et les erreurs, il le devait à sa croyance des premières années.Rien ne le dépeint avec plus d\u2019exactitude que ces quelques lignes de Jules Lemaître: \u201cCe philosophe a gardé l\u2019imagination d\u2019un catholique.Il aime toujours ce qu\u2019il a renié.Il est resté prêtre.Son cerveau est une cathédrale désaffectée.On y met du foin; on y fait des conférences ; c\u2019est toujours une église.\u201d Jean BRUCHESI.rey TINT TE \u2014\u2014\u2014 ee TOUJOURS DES ANGLICISMES ! Il faut admirer, sans réserve, le courage des Canadiens-fran- çais, qui, à toutes les époques de leur histoire, les a soutenus dans la lutte, pour revendiquer leurs droits, depuis la conquête jusqu\u2019à nos jours.Il faut également être fier des nôtres, qui ont si vaillamment \u201ctenu\u201d pour conserver le français dans l\u2019Ontario.Encore aujourd\u2019hui, ne doivent-ils pas se défendre contre le fameux règlement XVII ! Nous devons aussi ne pas ménager nos sentiments de reconnaissance vis-à-vis les journalistes et les journaux, qui ont si bien plaidé notre juste cause.Mais ceux-là ne peuvent pas tout faire pour nous! Nous devons tous, et chacun de nous en particulier, travailler à la tâche commune! Si nous luttons pour conserver les droits du français dans l\u2019Ontario et dans l\u2019Ouest, et que nous parlons cette langue d\u2019une façon incorrecte, en y introduisant toutes espèces de mots baroques, faisons-nous réellement notre devoir?Collectivement et individuellement, nous devons faire un effort constant.Souvent la part paraît modeste, mais elle n\u2019en a pas moins une grande importance dans le résultat final.Dans la mêlée, nous ne pouvons pas tous être des officiers, il faut également des soldats.Donc, c\u2019est en faisant chacun un peu de travail, que nous pourrons accomplir une oeuvre parfaite.Mais il y a énormément d\u2019ouvrage à faire! Nous allons, une fois de plus, tâcher de combattre un certain nombre de ces anglicismes qui infestent notre belle langue ! \u201cRosalba, va donc chercher la crème dans le SACBODE\u201d.(sideboard) ! Que de fois j'ai entendu des phrases de ce genre! Serait-il tellement plus difficile de dire: buffet?Un BOND, voici un mot bien souvent employé à la place du terme : obligation.ALL RIGHT! Encore une locution que l\u2019on rencontre partout ; à droite et à gauche ! Nous aurons bien de la misère à nous débarrasser de celle-là, malgré tout notre désir! EPS A RE tr CESSE RE TEE RER RER 80 LA REVUE NATIONALE POST OFFICE remplace trop souvent les mots: bureau de poste.\u201cVite, Mme Trudeau, descendez le tuyau est BUSTE dans la cuisine ! Encors un exemple de langage à faire tressaillir les Femmes Savantes de Molière ! Ne nous semble-t-il pas, en effet, entendre l\u2019une d\u2019elles s\u2019écrier au sujet de la servante qu\u2019elle veut faire chasser de la inaison à cause de son mauvais langage : \u201cVous voulez que toujours je 'aye a mon service\u201d \u201cPour mettre incessamment mon oreille au supplice?\u201d \u201cPour rompre toute loi d\u2019usage et de raison,\u201d \u201cPar un barbare amas de vices d\u2019oraison,\u201d \u201cDe mots estropiés, cousus par intervalle,\u201d \u201cDe proverbes traînés dans les ruisseaux des Halles?\u201d \u201cIl est vrai que l\u2019on sue à souffrir ses discours :\u201d \u201cFille y met Vaugelas en pièces tous les jours ;\u201d \u201cFt les moindres défauts de ce grossier génie\u201d \u201cSont ou le pléonasme, ou la cacophonie.\u201d (1) Bélise et Philaminte se montrent, peut-étre, un peu trop sévères à l\u2019égard des fautes de grammaire de Martine; mais, quand on veut corriger, il faut y aller rondement! Mais continuons à écheniller! Le mot phare qui est si joli, et si poétique, cède souvent la place à LITHOUSSE, corruption du terme anglais (lighthouse).CUFF, remplacera parement ou poignet, mais pas très avantageusement.| STUD.encore un mot qui se faufile chez nous à la place de bouton de chemise.Au lieu de dire expéditeur, on se sert du mot SHIPPEUR.Ces diverses manières d\u2019exprimer sa pensée me paraissent peu en harmonie avec l\u2019esthétique de la langue française ! En voilà encore assez pour aujourd\u2019hui! Comme on le voit, c\u2019est au prix d\u2019un effort incessant, que l\u2019on parviendra à rendre à la langue de Corneille, de Boileau et de Racine sa pureté primitive! Il me semble que cet effort vaut la peine d\u2019être tenté par nous tous! Alfred DeCELLES (fils) (1)\u2014Les Femmes savantes de Moliére, Acte II, scène VII. EN MARGE DE L\u2019INCIDENT FERGUSON Il s\u2019est passé, ces jours derniers, un évènement qui a attiré l\u2019attention de tout le pays.\u201cPar la presse francaise et anglaise, nous apprenions qu\u2019un des principaux officiers du Bureau des Douanes de Toronto avait été révoqué puis suspendu à cause de son inaptitude à répondre en français au consul espagnol.L\u2019Honorable Bureau, ministre des Douanes avait, dit-on, pris sur lui de faire respecter, jusque dans Toronto, l\u2019un des articles de la Constitution qui régit le Dominion du Canada.x x Par cet acte, le ministre canadien-français aux Communes, a rappelé qu\u2019il existait dans ce pays une loi assez juste, assez sage pour permettre aux Canadiens français de se servir du français en tout ce qui regarde le fédéral.Il a rappelé de plus que des hommes d\u2019état, les mieux intentionnés et les plus sincères, avaient reconnu que dans un pays comme le nôtre il était d\u2019une importance capitale d\u2019accorder au groupe français le respect dû à sa langue.Comme on a fait de cette loi une des pierres d\u2019assise du pacte fédératif, il convient de louer la manière toute constitutionnelle avec laquelle un ministre a mis son département en demeure de l\u2019observer.Mais le bilinguisme d\u2019état, disent les uns, est le moyen par excellence pour entretenir dans le Dominion du Canada des tendances particularistes.C\u2019est, disent-ils encore, un obstacle au progrès tant industriel et politique que donne l\u2019unité de langue dans un pays.Nous répondruns que: \u201cSi dans des pays,\u2014ne craignons pas de le dire,\u2014plus avancés que le nôtre, on a cru devoir recourir à ce système de représentation officielle des langues des groupes ethniques formant une nation, que devons-nous conclure?Ce à quoi devraient conclure les adversaires du bilinguisme d\u2019état, c\u2019est que si en Suisse, les Romans, les Italiens et les Allemands s\u2019entendent au parlement fédéral, c\u2019est 82 LA REVUE NATIONALE qu\u2019on a respecté l\u2019idéal des peuples qui ont fondé la Confédération Helvétique.Ils devraient aussi reconnaître que l\u2019union des Belges, Flamands et Wallons a prouvé aux plus incrédules licenciés en science politique et sociale que le bonheur de plusieurs races formant une nation est basé sur la justice rendue à chacun.* * * Si nos hommes d\u2019état ont obtenu de faire respecter la langue francaise en 1848 et si plus tard ils ont fait confirmer solennellement les droits de cette langue en 1867, il importe que nous répondions aux efforts de nos pères.Notre devoir consiste à ne pas rougir de cette langue si chèrement défendue, de la parler fortement, avec conviction et bien haut.Cet attachement pour notre langue, nous ne l\u2019avons pas toujours gardé.Dans les premières périodes orageuses de la politique canadienne, on a combattu âprement pour les droits de la langue française.Plus tard, après la Confédération jusqu\u2019en 1910 pour ainsi dire, soit que le patriotisme fut moins vivace, soit encore que nos gens se fussent tranquillisés, voyant la langue française reconnue officiellement, avouons que le combat livré par l\u2019individu pour défendre sa langue a été mené très mollement.Cette sorte d\u2019apathie dangereuse eut un résultat étrange.Les marques de mépris prodiguées chaleureusement au français furent reçues sans broncher.Les nôtres en vinrent à avoir plus de confiance en ceux qui les méprisaient qu\u2019en leurs compatriotes.On crut un moment que les Canadiens français étaient incapables de toutes responsabilités.Durant cette période, inconsciemment, les nôtres allèrent porter chez les Anglais leur or, pour constater avec effroi aujourd\u2019hui, que la force des institutions anglaises qui leur sont hostiles, réside dans le capital canadien-français qui les a fondées et encouragées.En face de cet état de chose, nous devons faire vigoureusement machine en arrière.Il appartient à la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui de parler d\u2019abord français.Elle doit imposer la langue française dans Québec comme le véhicule de la pensée et doit se souvenir qu\u2019en cette province nous sommes la majorité. N \u2014ammm EN MARGE DE L\u2019INCIDENT FERGUSON 83 Si dans les autres provinces le francais semble perdre de sa force, cela se conçoit.Tout groupe ethnique noyé dans une population étrangère, ne prétendra jamais imposer sa langue ; tout au plus, pourra-t-il la garder passablement chargée de mots étrangers.Cependant, à tout prendre, nos frères des provinces anglaises parlent français avec plus d\u2019énergie et de patriotisme que nous.Mais si depuis quelque vingt ans, il s\u2019est fait de grands progrès dans notre province, en ce qui regarde la défense des droits du français, nous dirons que ce progrès est le résultat d\u2019une réaction.Oui, d\u2019une réaction qui s\u2019est imposée et qui s\u2019accentuera plus fortement dans l\u2019avenir.Un beau jour, nous nous sommes aperçus que nous avions le nombre et que nous étions aussi d\u2019une indifférence humiliante.Si certains de nos compatriotes ont cette idée, qu\u2019avec les Anglais, le français n\u2019est pas de mise, ceux des nôtres qui ont plus de coeur devront compenser par de nouveaux efforts les défections de ces moitiés de Canadiens.Un effort surhumain doit être fait pour faire cesser dans cette vieille province française l\u2019asservissement de notre langue.Serons-nous toujours des \u2018\u201c\u2018porteurs d\u2019eau et des scieurs de bois\u201d?\u2014 Non.Nous avons du coeur et nous réussirons.La meilleure preuve à donner, c\u2019est d\u2019être et de parler français dans le cours ordinaire de la vie.Et qui donnera l\u2019exemple?En bonne logique, ce doit être la classe instruite.Mais la classe instruite, le donne-t-elle cet exemple?Non, la classe instruite ne fait pas son devoir.Et ce qui est plus grave, c\u2019est que la grande majorité du peuple de cette province calque sa conduite sur celle de cette classe et de ce fait perd inconsciemment la notion qu\u2019elle devrait avoir du respect dû à sa langue.Une responsabilité écrasante a pesé et pèse sur l\u2019élite canadienne-francaise.Par un manque de discernement et de patriotisme on remarque de 1865 à1910 un recul de l\u2019influence du français en cette province de Québec, C\u2019est la classe instruite qui en est coupable et à elle incombe le devoir de réparer cette faute.RnR MES REP RRE ER LIT IRDR PIRE EE RE SA re a A EE SRE ECR 34 LA REVUE NATIONALE Pour donner à la langue française, la place qu\u2019elle doit occuper de droit, dans Québec, il faut que dans tout les domaines nous fassions respecter notre langue.En d\u2019autres termes, il est urgent de démontrer à tous que nous sommes dans une province française et que nous parlons le français.Pour cela il faut faire une rude campagne.Cette campagne, elle a commencé.Depuis la guerre, ce n\u2019est plus une campagne, c\u2019est une croisade pour la défense de notre langue.Les calomnies répandues sur notre compte nous ont réveiller.Nous sommes devenus agressifs.Des associations se sont lancées avec ardeur dans ce mouvement.Les nôtres ont repris confiance en la destinée de la langue française et si, de toutes parts, leur arrivent des preuves de l\u2019efficacité de ce mouvement, ils ne s\u2019arrêteront pas là.Si les compagnies de chemins de fer, les services d\u2019utilité publique, les agences de voyages et les maisons de commerce ont cédé sous notre pression, allons toujours de l\u2019avant.Dans une multitude de cas, il suffit d\u2019attirer l\u2019attention d\u2019un marchand ou d\u2019un hôtelier pour qu\u2019on respecte notre langue.Le commerce n\u2019est pas sentimental.Aussi s\u2019est-il aperçu que dans Québec tout ce qui marche sans nous va à la ruine.Nous savons donc quel est le programme à suivre pour réussir.Ce programme a été étudié au long et au large, à Hull, par l\u2019A.C.J.C.Ne pensons pas que seuls les membres de cette associations doivent travailler dans cette campagne.Tous ceux qui ont une certaine autorité, une certaine influence manqueraient à leur devoir s\u2019il toléraient l\u2019effacement de la langue française.Un ministre n\u2019a pas craint de défendre notre langue.Que cet exemple suffise à ranimer l\u2019ardeur des courageux Canadiens français qui veulent pour leur langue la place d\u2019honneur qui lui convient dans notre beau pays du Canada.Rolland-Gilles MOUSSE AU. LA GRANGE DE CHEZ NOUS Elle date de trente ans passés.Elle a conservé la poésie subtile de son toit à angle aigu couvert de \u201cbardeaux\u201d de cèdre amincis par le rabot du Temps, piqués d\u2019une mousse noirâtre et rase et qui laissent voir la trace des pluies.Quel bonheur donc qu\u2019elle ait résisté victorieusement à l\u2019invasion des toits de tuiles métalliques qui donnent aux granges modernes de faux airs d\u2019entrepôts.Elle est vieille ! Les années ont fait s\u2019affaisser le milieu des longues gouttières de bois en V qui, dès l\u2019automne, commencent le chant monotone et interminable de l\u2019eau dégoulinant sur un tas de pierres fines où elle s\u2019écrase dans un jaillissement blanchâtre de gouttelettes.Elle est vieille! Les larges planches de ses murs d\u2019abord serrées l\u2019une contre l\u2019autre par la main du charpentier laissent maintenant bâiller de larges fentes par où les soleils d\u2019Sêté viennent strier de lignes d\u2019or la grisaille des \u201c\u2018tasseries\u201d.Au retour du printemps, des herbes malingres et d\u2019un vert douteux poussent furtivement entre les madriers de son \u201cpont\u201d établi en pente raide.Dès la rentrée des \u2018\u2018foins\u201d, ces herbes disparaissent vite sous la pesée des lourdes charges et sous les fers des chevaux qui les tirent, ramassés en boule, les jambes en crochet et les nerfs saillants sur leur peau moirée de sueur.Située au-desstis des étables, suivant la méthode de construire dans nos campagnes, la grange de chez nous atteint une jolie hauteur et dresse près de la grand\u2019route paroissiale sa masse carrée blanchie à la chaux et où détonnent seuls les rebords rouge vif des lucarnes du faite.Ayant subi peu d\u2019innovations, elle a, partant, très peu changé d\u2019aspect depuis sa construction.Elle n\u2019a pu cependant résister complètement au courant des améliorations modernes.Un jour, il y a de cela cinq ou six ans, un 86 LA REVUE NATIONALE vendeur de paratonnerres stoppa son petit automobile gris devant la maison.Avec le verbe haut et la profusion de grands gestes qui caractérisent l\u2019éloquence de cette classe de gens, il réussit à vendre ses appareils au père en lui assurant avec une emphase de charlaran \u2014 et il y avait justement un soupçon d\u2019orage à l\u2019horizon\u2014que s\u2019il ne couvrait pas immédiatement sa grange de paratonnerres, elle serait infailliblement détruite par la foudre au cours de la semaine suivante.Et la vieille grange respectée de l\u2019éclair pendant vingt-cinq ans dut alors se mettre en défense et se barder de fer ; elle se ceignit de gros fils de cuivre et, comme casque d'armes, eut sur son pignon de longues pointes d'acier en arrêt sur le ciel et brillant au soleil comme la lance de Don Quichotte.Elle eut des girouettes qui n\u2019ont jamais \u201cmarqué\u201d le vent et qui, faute d\u2019être huilées\u2014allez donc huiler à pareille hauteur \u2014 égrènent depuis leur plainte monotone et criarde en attendant le moment où elles deviendront la cible de auelque effronté tireur.Mais si c\u2019est une licence qui se puisse permettre de parler en dernier lieu des évènements les plus reculés, je me ferai fort de dire que la plus ancienne amélioration qu\u2019ait subie la grange de chez nous est bien l\u2019installation, au temps de la fenaison, de \u2018a déchargeuse automatique, la \u201cfourche à foin\u201d comme on l\u2019appelle communément en campagne.La chose arriva, il y a de cela je ne sais combien d\u2019années, et sauva dès lors du temps et des fatigues.Mais l\u2019innovation fut une première atteinte portée à la poésie de la grange qui perdit de son air tranquille et fit vaguement dès lors l\u2019effet d\u2019une manufacture, surtout aux premiers jours de l'installation.Une longue pièce de bois carrée fut accrochée au faite de la grange pour la course du chariot de la fourche automatique et les chevrons furent impitoyablement traversés d'énormes boulons pour suspendre les poulies.La grange s\u2019emplit alors de bruits inaccoutumés, craqua toute à la montée de la première fourchetée et rendit un immense gémissement que quelques chevrons plus faibles que les autres continuèrent de redire sous la traction des câbles tendus raides comme des barres et claquant dans le vide sombre comme des coups de fouet.Quel spectacle aussi: l\u2019énorme masse de foin se balancant au faite de la grange comme une vulgaire javelle pint dep mer iF pet LA GRANGE DE CHEZ-NOUS .87 aux bras d\u2019un faneur et retombant ensuite dans la \u2018\u201ctasserie\u201d en déplaçant un remous d\u2019air qui rafraichissait, oh! si agréablement, nos figures ruisselantes de sueur.Mais de combien de désespoirs de mères hirondelles cet appareil n\u2019a-t-il pas été la cause.À chaque printemps, ces délicieuses élégantes, avec la persistance aveugle des oiseaux, s\u2019acharnaient à bâtir leurs nids sur la pièce de bois où courait le chariot qui devait les fracasser à chaque été, au retour de la fenaison.Comme vous devez bien l\u2019imaginer, cher lecteur, nous, les enfants élevions un concert de lamentations à chaque fois que pareille exécution devait avoir lieu.Papa, fort probablement attendri, pour ne rien laisser soupçonner cependant de son émotion répliquait à chacune des protestations indignées de notre jeune sensibilité: \u201cIl faut qu\u2019elles lâchent la ligne, les petites têtues\u201d.Et les petits nids si artistement sculptés au dehors et si douillettement capitonnés de duvet doux au dedans, presque toujours remplis d\u2019oiselets\u2014un tas de petites boules roses d\u2019où partait un filet de gazouillis très clair\u2014étaient frappés par le chariot impitoyable.Un jet de poussière et de duvet éparpilé s\u2019élevait au devant de l\u2019engin de mort, le gazouillis s\u2019éteignait et les petits nids éventrés tombaient à nos pieds avec leurs minuscules cadavres roses abîmés, et, pour plusieurs courses, les roues du chariot restaient tachetées de sang.Ce triste souvenir de la fin de ces oiseaux fait surgir dans ma mémoire une autre scène autrement tragique et affreuse et dont la seule pensée à des années de distance, m\u2019étreint douloureusement le coeur.J'étais bien jeune alors, cher lecteur, mais je revois en ce moment l\u2019horrible spectacle comme s\u2019il était arrivé hier.Je revois cette chaude après-midi de juillet éclatante de soleil et de gaieté, la haute charretée de foin entrée dans la grange, tous les travailleurs vivement à l\u2019oeuvre et la Mort se glisser sournoisement parmi eux au milieu de l\u2019entrain général et frapper.Le malheureux se nommait Joseph C.C\u2019était un beau grand vieillard, un des plus honorables citoyens du village, un ami de la famille venu pour nous aider durant les pressants travaux de la fenaison.Il avait perdu pied sur une poutre élevée d\u2019une \u201ctasserie\u201d et était allé s\u2019ouvrir la poitrine sur le timon ferré de la grand\u2019charette, entre les deux chevaux.EIEN 88 LA REVUE NATIONALE Je revois le blessé, an filet de sang coulant de sa bouche sur sa barbe blanche, les yeux déjà chargés d\u2019ombres, lutter entre deux râles contre la mort, dans l\u2019attente du médecin et du prêtre, surtout du prêtre.Je revois l\u2019agonisant ahaner durant quelques minutes, \u2018\u2018ramasser\u201d soudainement et expirer dans un hoquet étouffé sans avoir pu recevoir les secours de l\u2019art et de la religion.Le souvenir de cet accident pesa longtemps et avec une hantise étrangement lourde sur la vie de notre famille.Quant à nous, les enfants, inutile de dire que nos imaginations impressionnables s\u2019étaient vite peuplées de fantômes et de spectres, tous aussi effrayants qu\u2019ils étaient chimériques.La grange, théâtre de l\u2019accident, était naturellement le lieu par excellence où nous étions saisis de ces terreurs irraisonnées, où la crainte de voir se dresser devant nous quelque apparition macabre créait par son fait seul l\u2019apparition elle-même.C\u2019était par exemple avec un cortège d\u2019appréhensions terrifiantes que je devais, en faisant le \u201ctrain\u201d, le soir, grimper sur les \u201ctasseries\u201d pour y descendre le foin destiné aux chevaux et aux vaches laitières et la paille pour les jeunes animaux, les \u2018taurailles\u201d.Mon fanal posé sur une poutre n\u2019éclairait que le milieu de la grange, laissant les coins perdus dans les ténèbres.Environné de cette obscurité que je voyais toute proche, j\u2019attrappais fièvreusement une fourche et la plantais farouchement dans le foin sec qui craquait sous mes pieds avec des crépitements qui me semblaient lugubres.Et, projetées nettement sur le mur, mon ombre et celle de ma fourche s\u2019y démenaient aussi, me faisant passer des frissons discrets dans le dos et évoquant dans mon esprit l\u2019image de Lucifer et de son trident que j'avais vue souvent dans un vieux catéchisme illustré appartenant à une soeur aînée.Ou bien, il me semblait voir se préciser dans les coins noyés d\u2019ombres le squelette classique avec son rire figé sur sa boîte crânienne et son drap très blanc flottant de sa cage thoracique jusqu\u2019aux parallèles de ses tibias.Paralysé par des visions aussi peu rubicondes, il ne fallait rien moins pour m\u2019arracher de ma pétrification que le claquement sec d\u2019un clou éclatant sous le froid ou le bruit du gros chat de l\u2019étable se coulant au ras du foin, aplati comme un tigre, et guettant un rat possible de ses prunelles luisantes comme du phosphore.fan To! LA GRANGE DE CHEZ-NOUS ; 89 Mais ces souvenirs d\u2019un ordre si étrange et pas très gai sont l\u2019exception, ce que je me rappelle surtout de la grange de chez nous reconstitue des scènes d\u2019un entrain joyeux et intense, comme celles, par exemple, dont la grange était témoin aux jours de battage ait moulin et que j'ai décrites dans un article précédent.Avant de nous séparer, cher lecteur, laissez-moi m'excuser pour avoir volé quelques minutes de votre temps et vous avoir causé la fatigue d\u2019une lecture, car de l\u2019auteur et du lecteur de cet article vous êtes, croyez-moi, le plus mal partagé : vous n\u2019avez lu qu\u2019une description de plus, tandis que moi, en vous fixant ces évocations naïves de ces chères scènes de l\u2019enfance trop tôt envolées, j'ai senti s\u2019épanouir et embaumer dans mon âme attendrie la fleur du souvenir.Edouard HAINS.Sherbrooke.Banana RR HR TR OO nl i ECHOS D'UN CONGRES PRINCIPALES RESOLUTIONS ADOPTEES AU DERNIER CONGRES ANNUEL DE LA SOCIETE.Le Congrès annuel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui s\u2019est tenu jeudi soir, le 8 dernier, a fourni aux congressistes représentant toutes les sections de la Société l\u2019occasion de discuter plusieurs questions d\u2019actualité et de prendre attitude immédiatement sur quelques-unes d\u2019un intérêt général pour notre peuple canadien-français.La première question débatue fut l\u2019avance de l\u2019heure.Une proposition, faite par M.H.Primeau, de la section d\u2019Iber- ville, et s\u2019opposant à l\u2019adoption de ce système qui offre plus de désavantages que d\u2019avantages surtout pour la population ouvrière, fut présentée à l\u2019assemblée et rallia la majorité des suffrages.Le Congrès, appelé ensuite à se prononcer sur la représentation des Canadiens français dans la direction des chemins de fer nationaux, adopta à l\u2019unanimité la résolution sui- vatne présentée par M.L.-C.Farley, de la section S.-Stanislas : \u201cATTENDU que les chemins de fer nationaux sont propriété publique et relèvent du parlement canadien ; ATTENDU que dans la réorganisation des chemins de fer nationaux la nouvelle Direction n\u2019a confié aucun poste supérieur aux Canadiens francais; ATTENDU qu\u2019un grand nombre des nôtres sont qualifiés pour remplir ces fonctions ; ATTENDU que les Canadiens français supportent une large part du fardeau des chemins de fer nationaux dont les déficits s'accumulent par millions de piastres à chaque année ; M \u2014 CHRONIQUE DE LA SOCIETE 91 ATTENDU que les Canadiens francais ont droit d\u2019étre représentés dans ce département du service civil comme ailleurs et plus particulièrement dans la direction et l\u2019administration du réseau de la province de Québec ; Qu\u2019il soit résolu que les membres de la Société Saint- Jean-Baptiste de Montréal réunis en Congrès au Monument National à Montréal, le 8ième jour de mars 1923, protestent contre l\u2019injustice ainsi faite envers les Canadiens français; attirent J\u2019attention de notre députation à Ottawa sur l\u2019ostra - cisme pratiqué envers les nôtres par la nouvelle Direction des chemins de fer nationaux, et la supplient de faire cesser cet état de chose intolérable pour nous, nuisible à l\u2019entente qui devrait exister entre les deux principales races du pays, et contraire aux intérêts mêmes de nos chemins de fer nationaux, pour nous donner dans toute la sphère d\u2019activité du département des chemins de fer nationaux et plus particulièrement dans la direction et l\u2019administration du réseau de la province de Québec, la représentation à laquelle nous avons incontestablement droit.Que copie des présentes soit transmise à chacun des membres du cabinet fédéral et à la nouvelle Direction des chemins de fer nationaux.\u201d L\u2019assemblée adopte aussi à l\u2019unanimité une résolution de protestation conçue à peu près dans les mêmes termes au sujet de l\u2019absence de représentation des Canadiens français aux positions supérieures de la Commission du Port de Montréal.Cette protestation fut présentée par M.J.-W.Déziel, de la section N.-D.de Grâces.Trois autres questions, dont l\u2019étude fut référée au Conseil général de la Société, furent présentées à l\u2019attention du Congrès par MM.Joseph Hurtubise et Jules Bourbonnière, délégués de la section Centrale, No 15.Ces questions furent: 1\u2014L\u2019affaire de Pembrooke.2.\u2014L\u2019exode des Canadiens francais aux Etats-Unis.3.\u2014La création et la diffusion d\u2019un lexique anglo-fran- çais sous forme de tableaux devant servir aux employés d\u2019usines.Une proposition de M.P.-H.Giguere, de la section Saint- Jean-Baptiste, à l\u2019effet de recommander au Conseil général d\u2019étudier l\u2019opportunité de faire de nouvelles démarches pour Abele TT PEER RRRTET EC FRET RES 92 LA REVUE NATIONALE obtenir que le 24 juin devienne fête légale dans la province fut aussi adoptée par l\u2019assemblée.Le Congrès adopta à l\u2019unanimité un vote de félicitations à l\u2019adresse de Mgr l\u2019Archevêque Georges Gauthier, à l\u2019occasion de sa nomination au poste d\u2019archevêque coadjuteur du diocèse.Par cette nomination, Mer Gauthier devient l\u2019aumônier général de la Société S.-Jean-Baptiste de Montréal.Le Congrès adopta aussi à l\u2019unanimité un vote de condoléances proposé par M.Joseph Filiatrault à l\u2019adresse de Mme Emile Miller et de sa famille, puisque la Société eut à déplorer durant le cours de l\u2019année écoulée la mort de son dévoué chef de secrétariat, M.Emile Miller.Un vote de flicitations fut proposé par M.le curé Bail- leargé, de Verchères, et adopté à l\u2019unanimité à l\u2019adresse de M.Victor Morin pour avoir fait entrer dans la célébration grandiose du 24 juin le projet du dévoilement et de la bénédiction d\u2019une croix lumineuse sur le Mont-Royal, ce qui permettra à la Société de réaliser un voeu ancien de vingt ans exprimé par le Conseil général de la Société à cette époque.Plusieurs autres projets et recommandations furent présentés aux congressistes.Le Conseil général de la Société s\u2019est chargé de les porter à l\u2019étude de ses séances et d\u2019y donner une attention sérieuse.Tout porte à croire que le nouveau Conseil général de la Société fera, cette année encore, oeuvre vraiment patriotique et donnera de nombreuses preuves d\u2019un dévouement constant aux intérêts nationaux.Jean GUERIN.VOIX DE CHAMBLY-CANTON Bonjour à vous tous, chers Confrères ; daignerez-vous nous écouter un peu afin de nous permettre de nous présenter à vous.Nous sommes des Benjamins confirmés d\u2019hier qui venons faire une visite de circontance à la Revue Nationale.M.Jean Guérin faisait tout récemment un chaleureux appel à tous les patriotes \u2014 mais plus précisément à ceux de la Rive-Sud.Vous admettrez que les citoyens de Chambly- I NS le aux ( de if Ps © | HOE TT CHRONIQUE DE LA SOCIETE 93 Canton, en particulier, ne sont pas sourds, \u2014 hein! car ils ont été \u201cun p\u2019tit peu là\u201d avec toute notre exubérante force d\u2019action.Demandez-le plutôt à M.Léon Trépanier, le délégué confirmateur.Les offciers de la nouvelle section sont: Président, L.J.N.Blanchet, conservateur du Fort de Chambly; Vice-président, A.E.Bessette, marchand ; Secrétaire, Gérard Brunelle, ancien des Hautes Etudes Commerciales de Montréal ; Trésorier, Sylvio Denault, représentant le local de l\u2019Ass.Métropolitaine, en même temps conseiler-municipal.Conseillers: G.E.Chagnon, de la \u201cBennett Limitée; Osc.Brault, tailleur; Ludger Côté, entrepreneur et maire; G.Normandin, boucher.De plus, il y a quarante-sept autres membres qui ne demandent que le temps et l\u2019occasion de s\u2019affirmer sous la direction de notre dévoué aumônier, M.le curé J.Lachapelle.Je laisserai à d\u2019autres le soin de juger nos oeuvres, mais qu\u2019il me soit permis de citer la phrase de notre jeune Secrétaire, lors des remerciements.offerts à M.le Délégué.\u201cSi jamais il nous arrivait d\u2019oublier notre cher devise de Québec \u201cJe me souviens\u201d nous n\u2019aurions qu\u2019à jeter les yeux sur le vieux Fort, image vivante du devoir accompli, pour nous remettre à l\u2019oeuvre.\u201d Et cette autre du Président : \u201cIl y a quelque chose en nous de meilleur que les sens, de meilleur que l\u2019esprit, de plus sûr, qui ressemble vraiment à Dieu; c\u2019est le coeur de l'homme, siège des affections!\u201d \u2014 Lacordaire.qui fut le canevas de son adresse de présentation.La section Emile-Miller est née d\u2019un élan de vieux patriotisme.Son nom qui réveille la mémoire du dévouement personnifié dans la personne d\u2019un père de notre génération, sera un flambeau vivant dont la flamme devra briller dans la vallée du Richelieu.et, comme Miller, nous devrons être de bons serviteurs de la Race, et enseigner la géographie, afin que vous tous, sachiez exactement où se trouve Chambly Canton, pour nous donner le plaisir de vous connaître.L.J.N.BLANCHET. SI nT acer, CELEBRATION ET RECRUTEMENT A l\u2019époque des préparatifs de notre grandiose célébration du 24 juin prochain, il semble superflu de souligner l\u2019opportunité pour les sections d\u2019organiser un fort recrutement et de grossir leur effectif.La nouvelle de notre célébration vient à peine d\u2019être lancée par les journaux que de partout nous arrivent des approbations et des encouragements très chaleureux.La Société Saint-Jean-Baptiste de New-York s\u2019intéresse déjà à notre projet, les Franco-américains de la Nouvelle- Angleterre et même de Chicago se mettent en rapport avec nous.Tout laisse prévoir un succès extraordinaire pour cette année.C\u2019est donc dire que les membres de notre Société retireront chacun leur part de mérite dans cette grandiose célébration qui symbolisera cette année l\u2019union étroite de notre patriotisme et de notre foi catholique.\u2019 Comme l\u2019idée principale qui devra se dégager de notre fête sera la conquête de la civilisation chrétienne sur la barbarie par la représentation de deux scènes historiques: la visite de Jacques-Cartier à Hochelaga, et le dévoilement suivi de la bénédiction de la croix de Maisonneuve, il ne conviendrait pas que les membres actuels de notre Société soient les seuls à participer à ce travail d\u2019organisation si méritoire.Il faut que tous les Canadiens-français auxquels l\u2019idée de patriotisme n\u2019est pas encore étrangère s\u2019nscrivent dans nos sections disséminées dans toute la région de Montréal, qu\u2019ils rejoignent au plus tôt leurs compatriotes groupés dans nos rangs, et qu\u2019au besoin même\u2014et le besoin se fait sentir en quelques endroits\u2014on fonde plusieurs nouvelles sections.Il suffit pour cela d\u2019un peu de bonne volonté.I faut faire de notre célébration un véritable triomphe pour la race canadienne-française et pour notre cause religieuse qui sera si magnanimement symbolisée par la croix, signe par lequel Montréal sera caractérisée à jamais.L'occasion de faire un recrutement facile se présente donc aujour- d\u2019hui à toutes nos sections.Si quelqu\u2019un déplore dans sa paroisse l\u2019absence d\u2019une section de notre Société, et qu\u2019il puisse disposer de quelques instants pour en organiser une, qui\u2019l n\u2019hésite pas à s\u2019adresser au chef du secrétariat qui lui facilitera la tâche.Et que nos membres actuels profitent donc des quelques mois qui nous séparent de la fête pour intéresser à notre projet et à nous oeuvres nationales le plus grand nombre possible de nos compatriotes.Ceux-ci verront bientôt qu\u2019il est doux de se dépenser un peu au service de la cause nationale, parce qu\u2019en travaillant avec notre Société, on travaille dans l\u2019intérêt de toute notre famille canadienne-française et dans l\u2019intérêt de chacun de ses membres.LE CHEF DU SECRETARIAT.Lean cr Fu AU BE (EL HE] SE SN In les otk lle out ire fon a, ur- o 8 LA REVUE NATIONALE 95 EDITIONS DE LA Société Saint - Jean - Baptiste de Montréal FLEURS DE LYS.\u2014 Un vol.in-8, de 160 pages, orné de 8 superbes hors-texte en demi-ton.60 sous, franco 70 sous.AU PAYS DE L\u2019ERABLE.\u2014 Un vol.in-8, de 192 pages, orné de 12 hors-texte en demi-ton, 80 sous, franco 90 sous.HISTOIRE ACADIENNE, abbé Lionel Groulx.\u2014 Une brochure in-160, de 32 pages, avec carte et illustration, 10 sous, franco, 12 sous.LA VAINE FOI, de Laure Conan.\u2014 Une brochure in-120 carré, de 48 pages, 50 sous franco, 52 sous.RECUEIL-SOUVENIR de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal.Un vol.in-80 de 386 pages, orné de nombreuses gravures en demi-ton, 25 sous, franco 35 sous.Album de CONTES HISTORIQUES.\u2014 Grand cahier in-4o, de 16 sujets en couleurs, chaque sujet contenant 12 images avec légendes, 50 sous, franco, 55 sous.CHANTS POPULAIRES.\u2014 Feuillet contenant les paroles de 14 chansons, 15 sous la douzaine, $1.00 le cent.LE PETIT CANADIEN.\u2014 Revue mensuelle, répertoire d\u2019articles sur les questions nationales et les activités de la Société Saint- Jean-Baptiste, de 1913 à 1918, l\u2019année : 50 sous.LA REVUE NATIONALE.\u2014 Revue mensuelle illustrée, faisant suite au Petit Canadien, de 1919, à 1921, l\u2019année : $1.00 MEDAILLE LAFONTAINE : 50 sous.L'OISEAU BLEU.\u2014 Revue mensuelle de la jeunesse, abondamment illustrée, 16 pages ; l\u2019année : 75 sous ; le numéro : 5 sous.Volume relié, année 1921 et 1922: 60 sous chaque volume, 70 sous Volume relié, années 1921 et 1922: 60 sous chaque volume, 70 sous MONUMENT NATIONAL 296, Saint-Laurent.Montréal LA REVUE NATIONALE u Durant l\u2019année scolaire, les parents soucieux de l\u2019éducation de leurs enfants cherchent pour ceux-ci UN STIMULANT AU TRAVAIL, UNE RECOMPENSE AU SUCCES UNE CONSOLATION DANS L\u2019ECHEC Cet objet précieux est tout trouvé, s\u2019ils connaissent L\u2019Oiseau Bleu La seule véritable revue canadienne des enfants publiée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Pères de Famille SAVEZ-VOUS | Ce que lisent vos enfants ?SAVEZ-VOUS Qu\u2019il peut leur tomber sous les yeux des lectures sottes, immorales et perverses ?SAVEZ-VOUS Que L\u2019Oiseau Bleu est l\u2019'ANTIDOTE contre ees lectures douteuses ou mauvaises ?Les enfants devraient demander à leurs professeurs de classe des renseignements sur notre revue de plus en plus intéressante.L\u2019OISEAU BLEU 296, rue Saint-Laurent, MONTREAL.#4 Examen de la vue Tél.EST 989 Lunettes et Lorgnons ALPHONSE L.PHANEUF OPTICIEN-OPTOMETRISTE 385, RUE SAINT-DENIS, ®t de ia rue Ontario) MONTREAL TEL.MAIN 8600, 1, 2, 3, 4, 5344 Gunn, Langlois & Cie, Limitée MARCHANDS DE PROVISIONS Oeufs, Beurre, Fromage, Volailles, Viandes fumées, Saindoux.Bureau : 105, rue SAINT-PAUL EST, MONTREAL \u201cAU PAYS DE L\u2019ERABLE\u201d Quatrième concours littéraire de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal.Magnifique volume in-8, de 192 pages, orné de 12 hors-texte en demi-ton.80 SOUS LE VOLUME, 90 SOUS FRANCO.POUR RECOMPENSE SCOLAIRE .\u201c $ 7.20 pour 12 exemplaires.PRIX SPECIAUX : $50.00 pour 100 exemplaires.S\u2019adresser au secrétariat de la Société. DEMANDEZ La Caisse Nationale d\u2019Economie - SOCIETE DE RENTES VIAGERES, \u2014 FONDEE PAR la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal EN 1899 Capital accumulé au 31 décembre 1922.$2,923,607.13 Capital accumulé au 28 février 1923.2,959,662.58 Montant global payé \u2018en quatre années pour 6414 parts.A 516,302.32 Montant payable en 1923 pour 6837 parts 164,894.78 ~ NOUS SOMMES .NOUS NOUS CHARGEONS - D\u2019ADMINISTRER \u201c Exécuteurs-testamentaires et fiduciaires : Les fonds d\u2019amortissement Receveurs et procureurs : Les fortunes privées Séquestres et curateurs .Les successions _ Agents financiers _ Les propriétés NOUS FAISONS \u201c La perception des loyers et des répartitions d\u2019église Les émissions et la vente d\u2019obligations.Tel.PLATEAU 3680 © J.DESERRES, 286 RUE ST-LAURENT.~~.Gérant.¥ La Société Nationale de Fiducie Cn "]
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