La revue nationale /, 1 octobre 1923, Octobre
[" £1 , 5e ANNEE \u2014 No 10 MONTREAL OCTOBRE LA REVUE NATIONALE 1923 Organe de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal PARAISSANT LE 10 DE CHAQUE MOIS \u201cLa conscience éclairée de la nation anglaise\u201d \" Pierre Lauzon Le mot \u201cCanada.co oe won emer senso Benjamin Sulte Premières organisations juives au Canada vrosvasse vouenoses Srevesiss auscusuue SSesasIse Seceersss Cesesibes menseesss eusensens RE G.Malchelosse Québec et la conférence impériale.R.-G.Mousseau Page de Vie.ce co cores corse sores voue Mme C.Bastien Rédaction et Administration : 296, RUE SAINT-LAURENT MONTREAL Abonnement annuel : $2.00 La livraison (chez les dépositaires): 15 sous 293 299 301 310 314 Les abonnements à la REVUE NATIONALE commencent invariablement au ler janvier.\u2014 Pour tout changement d'adresse, accompagner la demande de 5 sous en timbres-poste.- Cae Re \\ Ma Lie GAL ah RS cm A a oun Wi tn KL a bas 5 ora, ln née ob M ns, M La Société Sain rapist de Montréal \u201c Fondée en 1834 CONSEIL GENERAL : | Grand aumônier : Mgr l\u2019'ARCHEVEQUE DE MONTREAL.Président général: Victor MORIN, LL.D., notaire, 97, rue St-Jacques.ler vice-président général : Léon TREPANIER, publiciste, 371, rue - Sherbrooke, est.; 2e vice-président général : Guy VANIER, LL.L., avocat, 97, St-Jacques.Secrétaire général : J.-A.BARITEAU, notaire, 347, rue Maisonneuve.Trésorier général : J.-P.-L.BERUBE, secrétaire du Conseil des Arts et Manufactures, 296, rue Saint-Laurent.Directeurs : : L\u2019Hôn.L.-O.DAVID, sénateur, 308, chemin Ste-Catherine, Outremont.Thomas GAUTHIER, courtier, 11, place d\u2019Armes.L\u2019hon.F.-L.BEIQUE, sénateur, 740, rue Sherbrooke, Ouest.- J.-V.DESAULNIERS, courtier en immeubles, 90 rue Saint-Jacques.Henry-L.AUGER, courtier en immeubles, 384, rue Ontario, Est.J.-W.CADIEUX, comptable, 530, rue Grosvenor.Aimé PARENT, négociant, 92a, chemin LaSalle, Verdun.Chef du Secrétariat : J ean GUERIN, bureau No 1, Monument National, téléphone: Plateau 3768.Corporations filiales de la Société : La Caisse Nationale d\u2019Economie \u2014 la Caisse de Remboursement \u2014 le Monument National \u2014 la Société Nationale de Fiducie \u2014 la Société Nationale de Colonisation.La Direction de la Revue Nationale ne s\u2019engage pas à rendre les - manuscrits non insérés.Elle laisse aux auteurs la responsabilité des idées à émises dans leurs articles.| : La REVUE NATIONALE est éditée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 296, rue Saint-Laurent, et imprimée par PIMPRIMERIE MAISONNEUVE, 478, Ave Lasalle, Tél.LASALLE 2354.1 La Seule Manière d\u2019essayer le thé, c\u2019est de le goûter.\u2014 Le Thé Vert fait la conquête de toutes les personnes habituées aux thés du Japon.H 307F ESSAYEZ-LE IL VOUS PLAIRA CONSEIL PRATIQUE Comptes d\u2019épargne Un compte de banque dont Comptes d\u2019affaires la balance augmente réguliè- Crédits de toute rement constitue la meilleure nature protection contre les impré- Collections vus.LA BANQUE D\u2019HOCHELAGA Fondée en 1874 Hon.T.FORTIN : Conseil.PERRON, TASCHEREAU, VALLEE & GENEST AVOCATS Edifice Montreal Trust, MONTREAL Tél.MAIN 8260-8261-8262-8263-8264 Casier Postal 2038 NOTRE PAIN QUOTIDIEN Toute personne voulant avoir un pain qui digère bien demande à son épicier le pain \u201cVICTORIA\u201d et le PAIN PARISIEN de J.A.BROSSEAU, fait par des experts.Si votre épicier ne le tient pas, téléphonez au No St- Louis 678. ea CE TE 1 I i: EE ae ac re Sie va rire, .aT pa tes po 290 LA REVUE NATIONALE La Banque Provinciale du Canada Capital autorisé - - - - - - - $5,000,000.00 Capital versé - - - - - - - - +: $3,000,000.00 Fonds de Réserve et Profits accumulés: $1,525,000.00 SIEGE SOCIAL : 7 et 9, place d\u2019Armes, MONTREAL, Canada.CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION : Président : Sir Hormisdas LAPORTE, C.P., ex-maire de Montréal, de la maison Laporte, Martin, Limitée, Vice-Président du Crédit Foncier franco-canadien.Vice-Président: M.W.F.CARSLEY ; Vice-Président: M.Tancrède BIENVENU, administrateur de la Lake of the Woods Milling Co., Ltd.M.G.-M.BOSWORTE, vice-président du Canadien Pacific Steamships Limitel.L\u2019hon.Némése GARNEAU, C.L., Québec, Président \u201cLes Prévoyants du Canada\u201d.M.Emilien DAOUST, Président de la Librairie Beauchemin Limitée, Commissaire du Port de Montréal.M.S.-J.-B.ROLLAND, Président de la Cie de Papier Rolland, Limitée.122 succursales dans les provinces de Québec, Ontario, Nouveau- - Brunswick et l\u2019Ile du Prince Edouard.CARON FRERES, Inc.233-239, rue Bleury, - - MONTREAL FABRICANTS DE BIJOUTERIE Tous genres d\u2019emblèmes, de boutons et d\u2019insignes de sociétés.- - - - - Catalogue sur demande.- - - - - ECOLE TECHNIQUE DE MONTREAL 70, rue Sherbrooke Ouest COURS DU JOUR Réouverture le 4 septembre, 1923.Préparation aux carrières industrielles; enseignement théorique et pratique.Inscriptions tous les jours de 9 à midi et de 2 à 4 p.m.Samedi, 9 à midi.Prospectus sur demande.COURS DU SOIR Réouverture le 2 octobre, 1923.Arithmétique \u2014 Chimie industrielle, laboratoire \u2014 (a) Electricité (théorie et laboratoire) \u2014 (b) Electricité, cours pratique \u2014 Dessin industriel (mécanique, du bâtiment, etc.) \u2014 Automobile (cours préliminaire et avancé \u2014 cours spécial pour propriétaires).\u2014 Plomberie sanitaire (théorie et dessin.\u2014 Per- blanterie (dessin et pratique) \u2014 Galvanoplastie \u2014 Modelage \u2014 Fonderie \u2014 Forge \u2014 Menuiserie \u2014 (Ateliers) \u2014 Cours théorique de Construction (charpente, menuiserie, technologie, etc.) \u2014 Ajustage, préliminaire et avancé (Ateliers) \u2014 Ajustage, cours théorique, technologie générale \u2014 Soudure autogène \u2014 Ingénieurs stationnaires.Ces cours préparent aux examens institués par le Gouvernement Provincial pour l\u2019obtention d\u2019une licence.Prospectus sur demande.Inscriptions tous les soirs de 7.30 à 9.00 P.M.(lundi et samedi exceptés.) Le nombre des admissions est limité dans chaque cours. Jl J )( ) ( JC JC JC [= LA REVUE NATIONALE .291 oh w Ta I iit Yi : | A ai 1 ä I I wy | i i } wi ; we : EET =f I 8 | : a | ; \"= hi b î it ?| Bureau Principal et seize Gérant Général.Jt ee EC Ulm 0 ig Dé lo ou A I - WZ 4; ?v ih Rl ; i 4 VE Ta 10 2 4 | ite Na Ee > sl i 7 SE JG JON J( vous avez ÉPARGNÉ tout l\u2019été, vous avez avancé | l'HEURE de votre SUCCÈS.| JC Si maintenant vous RECULEZ sans cesse lHEURE de vos dépenses inutiles, vous aurez pris la direction la plus normale vers votre INDÉPENDANCE et votre BIEN-ÊTRE.LC \u2014C JC LA BANQUE D'EPARGNE | DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL \u201cLa Grande Banque des Travailleurs.\u201d | A.P.LESPERANCE, | succursales à Montréal me | 5 | )( JC CC aC JC | LA REVUE NATIONALE AN Imprimerie Maisonneuve DANS nos ateliers l\u2019on exécute tous les travaux d'impression tels Téléphone: J que : Catalogues, Brochures de L A S ALLE Luxe et ordinaires, Pamphlets, 2 3 5 4 Revues, Programmes, impressions Badd commerciales de toutes sortes a des prix très raisonnables.478, Avenue Lasalle Maisonneuve re L.CHAPUT, FILS & CIE Limitée DISTRIBUTEURS MONTRÉAL SO ST Re SU ST 211 5e ANNEE \u2014 No 10 MONTREAL OCTOBRE 1923 PS .2 La Revue Nationale ; = ie FR RRP RFP RPP PPR R PRR PRP PRGS \u201cLA CONSCIENCE ECLAIREE\u201d DE LA NATION ANGLAISE La race canadienne-francaise a produit plusieurs grands hommes, mais peu de penseurs.La terre d\u2019Amérique est dure aux idées, aux mauvaises comme aux bonnes, disait en substance M.Henri Bourassa, dans une conférence le printemps dernier.Edmond de Nevers a été l\u2019un de nos rares penseurs.Dans ses deux principaux ouvrages: L\u2019Ame américaine et L'\u2019Avenir des Canadiens-Francais, il a jeté des regards profonds sur le problème de nos destinées.Quelques-unes de ses prédictions, sur la scission des Etats-Unis en trois groupes, par exemple, ne se réaliseront peut-être jamais ou ne sont pas en voie de s\u2019accomplir.Quelques-uns de ses pronostics portent à faux.Mais avec des raisons solides et non avec de simples phrases, il a fortifié notre fierté nationale et nos espoirs.Il a démontré que nous sommes l\u2019élément éthnique le plus homogène.Cette civilisation américaine, anglo-saxonne de surface et d\u2019origine, qui éblouit les humbles et fascine les têtes folles comme la lumière les insectes, il l\u2019a jugée avec sévérité et clairvoyance.Cette grande ennemie de la survivance fran- caise sur ce continent, il en a dévoilé les plaies sous les somptueux vêtements.En 1902, Edmond de Nevers a traduit le livre de Matthew Arnold: Etudes sur les Etats-Unis.La préface, inconnue de notre public, est d\u2019une éternelle actualité.Aujourd\u2019hui comme hier, elle s\u2019adresse de façon saisissante aux anglomanes.Nous 8 ih 8: i $1 +i SN 13 D: 4 + [8 4.1 1 294 LA REVUE NATIONALE en reproduirons les premiéres lignes et les commenterons en cet article: « \u201cOn a souvent observé qu\u2019il semble y avoir une incompatibilité absolue dans la maniére d\u2019apprécier les faits et de juger les événements, entre certains grands écrivains anglais et la masse de leurs compatriotes.Des penseurs comme Seely, James Bryce, Freeman, Matthew Arnold et plusieurs autres, ont été ou sont, pour ainsi dire, la conscience éclairée de la nation.Si leurs enseignements ne triomphent pas toujours du chauvinisme insulaire, ils laissent cependant, en général, une trace profonde.Ce sont ces hommes qui ont semé et qui sèment dans le sol britannique les idées de justice, de tolérance, d'humanité qui, espérons-le, malgré le triste spectacle qui nous a été donné à la fin du siècle dernier et depuis le commencement de celui-ci, par plusieurs grands peuples appelés civilisés et progressifs, finiront par triompher.\u201cAlors que; suivant en cela la tendance qui distingue particulièrement notre époque, nous sommes hypnotisés par le succès matériel; alors que le désir de s\u2019enrichir se substitue insensiblement, dans nos classes supérieures, à la plupart des autres aspirations, peut-être sera-t-il salutaire d\u2019apprendre ce que l\u2019une des sommités intellectuelles de.la nation dont on désire, en certains milieux, que nous assimilions l\u2019idéal et la manière d\u2019être et d\u2019agir, pensait de cet idéal et de cette manière d\u2019agir.\u201cAlors que chez les esprits simplistes et naïfs, notre vieille fierté de race s\u2019éclipse devant les plus grands magasins, les installations plus cossues, les valeurs de bourse plus considérables, les dépôts dans les banques plus importantes de nos compatriotes d\u2019une autre langue ou de nos voisins de l\u2019autre côté du 45ème, alors que la civilisation américaine qui nous pénètre à notre insu, mine peu à peu en ce pays, la probité politique et l\u2019honnêteté civique, peut-être sera-t-il opportun de savoir combien l\u2019un des plus grands moralistes et critiques des dernières générations déplorait les lacunes qui amoindrissent et dépriment la vie des sociétés que nous sommes trop portés à choisir comme modèles.\u2019 Ce Matthew Arnold, Anglo-Saxon mâtiné de Juif, est l\u2019un des principaux protestataires qui s\u2019élèvent toujours en Grande-Bretagne contre les communs errements et le mer- \u201cLA CONSCIENCE ECLAIREE\u201d 295 cantilisme de la masse.Poète de grand mérite, c\u2019est le type de l\u2019intellectuel, l\u2019homme d\u2019Oxford.Il a été le critique par excellence de l\u2019époque victorienne.Il a réagi contre l\u2019insularité de la race.Il s\u2019est efforcé toute sa vie d\u2019élargir les horizons intellectuels de ses compatriotes.Les littératures continentales, il les a mises continuellement à l\u2019affiche.Il a été Européen d\u2019esprit à un degré remarquable.La chose est rare, en France comme ailleurs.Quelques-uns de ses jugements sur les écrivains francais sont curieux, originaux.Il a établi entre la littérature française et l\u2019anglaise des comparaisons qu\u2019il nous serait très profitable de connaître, nous, placés au carrefour de deux civilisations.Sur un point, il était bien de son temps.Il ne croyait pas.Résolu à conserver l\u2019extérieur, la facade du christianisme, 1l le vidait de tout contenu et revendiquait pour l\u2019individu la liberté intellectuelle.En cette doctrine ce réflètent les doctrines allemandes qui ont engendré le modernisme.Comme Carlyle, un croyant, lui, Arnold était imprégné de philosophie allemande.L\u2019Allemagne \u2018était pour lui la patrie des idées.Arnold ne vivait pas sans religion.Sa religion, c\u2019était celle de la culture.Cet esthète prétendait remplacer les dogmes par la poésie.Il crachait son mépris sur la vie terre à terre de ses compatriotes.Il cravachait leur incuriosité intellectuelle.Les plats imitateurs des moeurs américaines qui s\u2019imaginent chez nous que l\u2019essentiel de la vie c\u2019est d\u2019amasser des écus, jouir, bien digérer et jouer au golf, feraient bien de lire Arnold.Les pages sur les philistins et la supériorité de la culture française troubleraient leur béotienne sérénité.L\u2019Anglo-Saxon, grand partisan des méthodes empiriques, prosterné devant le fait, tient les idées en suspicion.Il a de l\u2019abstraction une instinctive méfiance.L\u2019absolu lui répugne.La race semble avoir l\u2019agnosticisme dans le sang.Le libre- examen a enraciné ces tendances.Aussi, le dogme rencontre peu de défenseurs en Grande-Bretagne.Surtout, à l\u2019époque de Darwin, de Bentham, de Malthus, de Stewart Mill et de Spenser.Une partie de l\u2019église qui a le plus conservé des dogmes catholiques, l\u2019anglicane, voulait céder au courant, crainte d\u2019être engouffrée en résistant.Elle 296 LA REVUE NATIONALE versait dans le libéralisme.Le mouvement dit d\u2019Oxford fut la réaction contre ce lâche abandon, un retour vers le christianisme primitif.Le plus célèbre des \u201cpuyseistes\u201d, le grand converti Newman, fut le confesseur.du dogme.En des pages qui auront la durée de la langue anglaise, il montra la nécessité d\u2019une croyance fixe, d\u2019une ancre de salut, au milieu des remous de l\u2019anarchique pensée contemporaine.Newman n\u2019entraîna à Rome qu\u2019un nombre relativement petit de ses compatriotes, mais son exemple révolutionna l\u2019Eglise anglicane.Il releva le Dogme discrédité.C\u2019est l\u2019un des plus nobles esprits et peut-être le plus puissant, du moins depuis un siècle, de ces réactionnaires, de ces protestataires dont parle Edmond de Nevers, éternel honneur de la civilisation anglo- saxonne.Il y a des réactionnaires contre le mercantilisme, le philistinisme, l\u2019inculture, l\u2019agnosticisme, le scepticisme anglo- saxons.Il en est aussi contre la démocratie.Commentant le coup de force qui vient de jeter bas le régime constitutionnel en Espagne, sans une protestation du peuple, comme hier les fascistes Jde firent en Italie, le Star de Montréal (numéro du 17 septembre) s\u2019étonne et s\u2019inquiète.Deux grands pays qui vivaient sous le régime parlementaire, retournent soudain à la dictature, à Cromwell.L\u2019Allemagne n\u2019est qu\u2019une autocratie déguisée, une démocratie superficielle Le régime parlementaire chancelle dans le Vieux Monde.L\u2019Europe menace de revenir trois siècles en arrière, de rétrograder jusqu\u2019au Moyen Age, que les protestants appellent toujours les Dark Ages, moins pour signifier l\u2019absence de lumière électrique que la présence des plus crasseuses ténèbres intellectuelles.(Le siècle des usines, des poétereaux et des églises en béton ne cache point son mépris légitime pour le siècle de Dante et les siècles des cathédrales gothiques.PLN ape : Hy A Ri \u201c1 i Bi i Et le Star évoque l\u2019époque victorienne où le printemps de la démocratie en fleur séduisait le monde entier.Le régime parlementaire paraissait alors le régime idéal.Ceux qui ne l\u2019avaient point brûlaient d\u2019en faire l\u2019expérience.Ceux qui en jouissaient ne pouvaient rêver qu\u2019ils s\u2019en dégoûteraient jamais. \u2014\u2014\u2014 \u201cLA CONSCIENCE ECLAIREE\u201d 297 Et le Star, toujours dans l\u2019esprit du \u2018\u201cWhisper of Death\u201d.dit que c\u2019est la pénurie d\u2019hommes d\u2019Etat qui a modifié les sentiments.Il faut des gouvernants avant tout.Aux époques de crise, le peuple acclame les dictateurs.Pour employer une expression à saveur anglaise, la démocratie s\u2019identifie presque avec la civilisation anglo-saxonne.La masse des Anglo-Saxons ont le culte de la démocratie, en paroles sinon toujours en actes, à commencer par le pontife laïque Wilson.Mais même à l\u2019époque victorienne, à l\u2019âge d\u2019or de la démocratie, à l\u2019heure où les réformateurs attendaient les plus insignes avantages de l\u2019extension du suffrage électoral, il y avait un réactionnaire qui saluait dans Cromwell l\u2019homme d\u2019Etat selon son idéal.C\u2019était l\u2019Ecossais Thomas Carlyle, l\u2019un des plus originaux et des vigoureux écrivains de la Grande-Bretagne.Toute sa vie, il a combattu l\u2019engouement de son siècle pour la démocratie.Sa conception de l\u2019histoire est l\u2019opposé de celle de Michelet et autres mystiques révolutionnaires.Ce n\u2019est pas la masse qui a fait la civilisation, ce n\u2019est pas la masse qui mène le monde, ce sont les surhommes, les héros, les grands hommes.Carlyle ne s\u2019est pas lassé d\u2019exalter le rôle des grands hommes.Dans quelques-unes de ses conclusions, le Star ne fait que reprendre les enseignements de Thomas Carlyle.Le discrédit du régime parlementaire en Europe est un hommage au génie de Thomas Carlyle, dénonciateur inspiré de la Révolution française, visionnaire de haute envergure.Un autre idéaliste qui a été la \u201cconscience éclairée de la nation\u201d au siècle, ce fut John Ruskin.Il fut le grand théoricien de l\u2019art et l\u2019ardent apôtre de la justice sociale.Le matérialisme, le mercantilisme anglo-saxon n\u2019eut pas de plus implacable adversaire.Le pauvre n\u2019eut pas d\u2019ami plus sincère.John Ruskin fit pénétrer des idées d\u2019art et de spiritualité dans les comptoirs et les bureaux, des idées de charité et de compassion pour les malheureux, aussi, et un peu de soleil dans les slums.Rossetti, Morris, Pater, autant de réactionnaires contre le philistinisme et le matérialisme.Les grands poètes du siècle, Tennyson et Browning, furent des spiritualistes, des éveilleurs d\u2019idéal, des porteurs de flambeau.Les grands ro- 298 LA REVUE NATIONALE manciers comme Dickens, George Eliot, Thackeray, stigmatisèrent les défauts, les travers de la race, flétrirent la dureté de l\u2019homme d\u2019affaires, célébrèrent l\u2019amour, l\u2019amitié, les nobles sentiments, inspirèrent de la pitié, de l\u2019estime pour le pauvre, les petites gens.Il y a aussi les grands hommes qui rompent en visionnaire au chauvinisme insulaire, les hommes \u201cqui ont semé et qui sèment dans le sol britannique les idées de justice, de tolérance, d\u2019humanité\u201d Un Fox donne raison à la France contre sa patrie.Un Pitt et un Gladstone, dégagés par la force de leur génie des préjugés protestants, rendent hommage au rôle bienfaisant de la papauté.: Les Wells, Bennett et consorts contredisent la tradition victorienne des Newman, des Arnold et des Carlyle, mais Chesterton et Hilaire Belloc sont des réactionnaires de la bonne lignée.Aux Etats-Unis nous pouvons aussi recueillir les enseignements des Washington Irving, des Longfellow, des Hawthorne, et surtout des Poe et des Emerson.Ne regardons donc pas la civilisation anglo-saxonne par en bas.Jetons les yeux vers ses sommets.En pratiquant ses grands écrivains, nous comprendrons mieux la noblesse de notre culture francaise, la grandeur du catholicisme, et nous serons moins tentés de devenir de simples faiseurs d\u2019argent, des mâcheurs de gomme au propre et au figuré.Pierre LAUZON.L.C.BARBEAU & CIE, Limitée Importateurs et Manufacturiers na d\u2019Accessoires et d\u2019Appareils électriques de tout genre i Ww Il Spécialité : | N ° LAMPES DE TOUTES SORTES Tél.M.1040* = 320, rue ST-JACQUES NV G A: NN = | IN LE MOT \u201cCANADA\u201d Jacques Cartier, le découvreur du fleuve Saint-Laurent, dit dans la narration de son voyage que les Algonquins se servent du terme \u201ccanada\u201d pour désigner un village.Il a remarqué, depuis l\u2019Île aux Coudres jusqu\u2019à Deschambault, des campements de Sauvages, mais le seul endroit qualifié \u201ccanada\u201d était la bourgade de la pointe appelée par la suite Québec, qui avait un caractère de permanence tandis que les campements disparaissaient à l\u2019automne.Plus d\u2019une fois, et d\u2019après le dire des Sauvages, Cartier considère la rive nord, depuis l\u2019île aux Coudres jusqu\u2019à Deschambault, comme \u201cla \u201ccontrée de Canada\u201d.Le village était chef-lieu.Sur la rive sud du fleuve il n\u2019y avait pas d\u2019indigènes.Ce village de la pointe de Québec se nommait Stadaconé (Stadacona) mais les marins de Cartier ne semblent pas avoir adopté ce nom un seul instant.Ils disaient \u201cCanada\u201d, tant pour le village que pour le pays, haut et bas de ce lieu, puis, retournés en France, ils ne parlèrent donc que de Canada puisque ce terme fut le seul employé par la suite.Les successeurs de Cartier allaient à Canada.Au cours des années, leurs courses s\u2019étendirent aux Trois-Rivières et à Montréal, mais c\u2019était toujours Canada.Avec Pontgravé et Champlain, vers 1600-03, on rencontre \u201cQuébec\u201d: \u2018le fleuve est bouché\u201d; mais ce roc, où il n\u2019y avait plus de village, garda son nouveau nom sans l\u2019imposer autour de lui.On disait Québec pour Québec; le pays entier était Canada.Du temps de Champlain le Canada commençait plus bas que le Saguenay et allait finir au-dessus de Montréal.Une fois entrés dans ce qui est la province d\u2019Ontario, les Français dirent \u201cpays d\u2019en haut\u201d et, plus tard, \u201chaut Canada.\u201d Voila le mot \u201cvillage\u2019 poussé jusquaux Grands Lacs.En 1867, avec la Confédération, le mot Canada envahit le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse.Trois ans plus 300 LA REVUE NATIONALE tard, il entrait dans le Nord-Ouest et fit si bien la conquête de ces territoires qu\u2019il arriva à Vancouver presque d\u2019une seule haleine.D\u2019un océan à l\u2019autre le village s\u2019est étendu durant l\u2019espace de quatre siècles et surtout depuis cinquante ans.Les Cris du Nord-Ouest parlent la langue algonquine.Ils : disent \u201ccanata\u201d pour désigner leur foyer de famille, ce qui est \u201chome\u201d en anglais et \u201cchez nous\u201d en francais.Les fondateurs de la colonie agricole du Canada se sont trouvés chez eux des le début du défrichement et ils ont créé le patriotisme canadien.(1) Benjamin SULTE.(1)NOTE:\u2014Le R.P, Paradis, O.M.I., est d\u2019opinion que le mot Canada ne signifie rien et qu\u2019il a été écrit par Jacques Cartier en guise de \u201cCanenda\u201d, autre mot algonquin qui veut à peu près dire \u2018chez nous\u201d, ici c\u2019est chez nous, c\u2019est notre pays, village et environs.G.M.NOS SOIREES DE FAMILLE Depuis le 4 octobre, nos soirées de famille se sont succédé rapidement, et nos cercles dramatiques nous ont déjà fournis des représentations artistiques très bien réussies.Après \u2018les Romanesques\u201d interprétés par le Théâtre nitime, nous avons applaudi le Cercle académique Lafontaine dans \u2018Une affaire d\u2019or\u201d.Puis, les Compagnons de la petite scène dans \u201cMichel Auclair\u201d, et le Cercle Michel Scott, dans \u2018l\u2019Abbé Constantin\u201d ont complété la série des quatre premières soirées organisées par notre société au Monument National.Il est bien permis de se demander aujourd\u2019hui si notre société, qui n\u2019a rien ménagé pour le succès de ces soirées, a bien reçu l\u2019encouragement mérité de la part de ses sociétaires.Il semble malheureusement qu\u2019un trop grand nombre de membres se soient désintéressés de cette prganisation.Peut-être ne sont-ils pas assez persuadés des avantages que comporte le succès de ces soirées.Sans compter qu\u2019en encoura- reant ces soirées, nos compatriotes rendraient le Monument National aux nôtres, ils accorderaient en même temps à nos artistes locaux une occasion de cultiver leur talent et à notre public l\u2019occasion d\u2019assister à des représentations de bon et beau théâtre.Le succès entraînerait donc de trop beaux résultats pour qu\u2019il soit permis de s\u2019abstenir complètement d\u2019encourager cette initiative.Notre Société fait donc un nouvel appel à tous ses nembres et elle compte les voir assister plus nombreux encore aux prochaines soirées.Le chef du secrétariat.Û Premières organisations juives au Canada L\u2019étude que nous vous présentons s\u2019ouvre avec la conquête, car, sous la domination française, il n\u2019y eut aucuns Juifs en Canada.Colbert, le ministre de Louis XIV, par une promulgation très sage au moment où il poussait activement l'immigration vers les rives du Saint-Laurent, avait indiree- tement fermé l\u2019entrée de la Nouvelle-France aux Juifs et aux Huguenots, en l\u2019interdisant à tous ceux qui ne professaient pas la religion catholique romaine.La révocation de l\u2019Edit de Nantes par Louis XIV, en 1685, expulsa de la France, cette fois très distinctement, les protestants français.Un grand nombre de Juifs et de Huguenots se réfugièrent en Angleterre, dont une partie passa de là dans la Nouvelle-Angleterre, c\u2019est-à-dire le Maine, le Massachusetts, le Rhode-Island, le Connecticut, le Maryland, New-York, la Virginie, les deux Carolines.D\u2019autres passèrent aux îles Bahamas, à la Jamai- que et au Brésil.Les Etats de - la Nouvelle-Angleterre possédèrent donc, bien avant le Canada, chacun leur contingent de Juifs, dont le nombre s\u2019acecrut considérablement en peu de temps.Par les deux édits mentionnés plus haut, Colbert et Louis XIV avaient rendu à la Nouvelle-France un immense bienfait dont nous leur devons gré.De tout temps l\u2019immigration a été surveillée avec soin et vigueur.L\u2019arrivée du régiment de Carignan, en 1665, nous fournit, il est vrai, une certaine classe de militaire dont on aurait pu se passer.Un grand nombre de ces soldats étaient Huguenots, Calvinistes ou d\u2019autres croyances ; la crainte de la mort dans un pays qui ne leur offrait que peu ou point de sécurité les amena cependant à se convertir.L'expérience fut profitable.Le Conseil Souverain, par la suite, renvoyait presque toujours en France les sujets douteux et indésirables.Quant aux Juifs et aux Huguenots on les traitait fort sévèrement en France après 1670.Jusqu\u2019à 1759, date de la prise de Québec par Wolfe, les Juifs ne purent donc point se fixer parmi nous.Lorsque le 302 LA REVUE NATIONALE général Amherst pénétra dans la province par le lac Champlain et la rivière Richelieu, en 1760, il amenait avec lui un commissaire des vivres, Aaron Hart, membre d\u2019une des plus notables familles juives de l\u2019Etat de New-York.Il y avait aussi avec Amherst: Hanniel Garcia, Immanuel de Cordova, Isaac Miranda, Lazarus David, Uriel Moresco, Abraham Franks, Simon Levy et Fernandez de Fonseca, officiers de l\u2019armée anglaise et pour lors royalistes ardents.S\u2019étant établis dans le pays, ils furent rejoints peu après par David- Salesby Franks (fils d\u2019Abraham, venu en 1760), Jacob de Maurera, Samuel Jacob, Andrew Hayes, Levy Solomon, Uriah Judah, Joseph Bindona et Henry Joseph.Ces juifs se fixèrent presque tous à Montréal, où d\u2019autres membres de leurs familles les y suivirent, venant des Etats-Unis.Ils étaient la plupart des descendants de ces Juifs espagnols et portugais expulsés de la péninsule Ibérique par Ferdinand et Isabelle, à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième.Plusieurs des nouveaux venus étaient des marchands et des traiteurs qui, dès la cession du pays à l\u2019Angleterre (1763), comptaient s\u2019enrichir promptement, grâce aux avantages que leur procurerait l\u2019extension d\u2019un commerce qui s\u2019annonçait déjà très florissant.Quelques-uns agirent seuls, les autres s\u2019associèrent à des Ecossais et à des Anglais, comme eux nouveaux venus, et firent fortune.Certains d\u2019entr\u2019eux, tels que David-Salesby Franks et Levy Solomon, s\u2019étant compromis lors de l\u2019invasion américaine (1775-76) en fournissant à l\u2019ennemi des munitions ou autres marchandises, durent repasser la frontière pour échapper à la justice, en 1776; ils revinrent peu après.Les immigrants juifs de Montréal étaient à peine installés qu\u2019ils ne furent pas lents à s\u2019organiser en congrégation.Ils se réunirent pour la première fois en 1768 afin d\u2019aviser à bâtir une synagogue où eux et leurs enfants pourraient adorer le Dieu d\u2019Israël comme avaient fait leurs aïeux depuis l\u2019antiquité la plus reculée.Ils adoptèrent le nom de \u2018\u201cShearith Israel\u201d (Remnant of Israel), c\u2019est-à-dire \u2018\u201cles restes d\u2019Israël\u201d.Ainsi fut fondée, il y a cent cinquante-cinq ans, la congrégation espagnole-portugaise qui exerce aujourdhui son culte au numéro 135 de la rue Stanley.Comme la plupart de ces co- co UE \u2014\u2014\u2014+r*_ Tt \u2014+\u2014\u2014>=\u2014-\u2014_>_ \u2014_ = i.4 4 \u2014 - \u2014 PREMIERES ORGANISATIONS JUIVES 303 lons hébreux descendaient des exilés d\u2019Espagne et du Portugal et qu\u2019ils avaient résidés aux Etats-Unis, ils suivirent strictement les coutumes et le rituel historique des Juifs sé- phardins du moyen-âge, et leurs descendants sont toujours restés fortement attachés à ces mêmes rites.Durant neuf ans les assemblées religieuses de la \u2018\u2018Shea- rith Israel\u201d eurent lieu dans une salle de la rue Saint-Jacques et, en 1777, fut bâtie la première synagogue en Canada, sur un terrain cédé par David David.L\u2019édifice était une construction en pierre à haut toit rouge, avec un mûr blanchi qui l\u2019entourait.Il s\u2019élevait à l\u2019encoignure où se confondent les rues Notre-Dame et Saint-Jacques, près du palais de justice actuel.On y arrivait par l\u2019une ou l\u2019autre rue.Une tablette commémorative, érigée par la Société des Numismates et Antiquaires canadiens, en marque maintenant le site.Dans la pierre angulaire de la bâtisse furent déposées des pièces de monnaies apportées d\u2019Espagne et du Portugal, ainsi que des plaques de cuivre minces sur lesquelles étaient gravés les noms des principaux fondateurs.Longtemps plus tard (1838) ces reliques furent transportées dans la pierre angulaire d\u2019un établissement plus vaste, rue Chenneville; et quand elles furent déplacées pour être mises dans la pierre angulaire de la synagogue actuelle, sur la rue Stanley (1890), on s\u2019aperçut qu\u2019elles étaient encore dans un bon état de conservation, notamment les plaques de cuivre minces portant les noms de Andrew Hayes, de sa femme Abigail David et d\u2019autres, datées \u201c1777\u201d.TI y avait aussi une déclaration sur vélin corroborant que ces souvenirs avaient été placés dans la pierre angulaire de la première synagogue, en 1777.L'acte d\u2019achat d\u2019un cimetière juif par la \u201cShearith Israel\u201d est daté de 1775, alors que David-Salesby Franks était président.Ce terrain s\u2019élevait dans les environs du présent carré Dominion.Lazarus David, mort en octobre 1776, fut le premier Juif enterré là; ses restes mortels et sa pierre tumulaire furent transportés longtemps plus tard au cimetière Mont-Royal.De 1768 à 1777 la \u2018\u201c\u201cShearith Israel\u201d parait avoir été gouvernée par un simple code de règlements.- Mais en 1778 on introduisit des statuts de corporation qui sont conservés dans 304 LA REVUE NATIONALE les vieilles minutes de la congrégation espagnole-portugaise (1778) dont quelques-unes sont très curieuses à lire aujour- d\u2019hui.L\u2019exécutif de la \u201cShearith Israel\u201d consistait en un \u201cParnass\u201d (président), un \u201cGabay\u201d (secrétaire-trésorier) et trois conseillers appelés \u2018\u201c\u201cJunto\u201d (cabaleurs).Ils s\u2019asseyaient à part sur une banquette élevée nommée \u201cBanca\u201d.Tous ceux qui avaient été conseillers devenaient \u201cgentilhommes de Ma- hamad\u201d, c\u2019est-à-dire anciens, des magnats aristocratiques, si on en croit la chronique contemporaine, revêtus de pouvoirs et de privilèges.Ils ne devaient jamais oublier que leurs ancêtres avaient été des Séphardins et ils étaient tenus à conserver leur nature exclusivement espagnole-portugaise.Les Juifs sont d\u2019ailleurs généralement fiers de leur origine et de leurs traditions à travers les âges, particulièrement les descendants des Séphardins, bien qu\u2019ils aient abandonné les perruques poudrées, les collets hauts et les larges jabots d\u2019autrefois.Dans les assemblées, il était accordé aux fondateurs un double vote et ce privilège s\u2019étendait à leurs fils aînés sitôt qu\u2019ils atteignaient vingt-un ans.Les membres de la \u201cShearith Israel\u201d pouvaient être traduits devant l\u2019exécutif et réprimandés, et même condamnés à l\u2019amende pour délits.Les statuts fixaient des pénitences pour la violation de certains articles; des punitions rigoureuses étaient imposées à tout membre qui cherchait à troubler l'harmonie de la communauté.Une clause exigeait- une amende à quiconque négligeait d\u2019assister, le jour du Sabbat, à l\u2019office de la \u201cMaison de Dieu\u201d pour un prétexte frivole.D\u2019autres règlements, depuis longtemps abolis, sont aussi curieux.Ils portent les signatures de l\u2019exécutif : Levy Solomon, président, Uriah Judah, secrétaire-trésorier, David David, Abraham Franks et Andrew Hayes, conseillers, et un nombre d\u2019autres qui furent sans doute de l\u2019exécutif de 1768 à 1777.Ces règlements sont datés: \u201c3e jour du mois Tébeth, l\u2019an 5539,\u201d c\u2019est-à-dire 1778.Là congrégation espagnole-portugaise de Montréal semble avoir échangé une correspondance avec la congrégation de Londres dès 1768.Celle-ci lui envoya cette même année 1768 deux manuscrits très dispendieux et très anciens, parait- il, sur la loi d\u2019Israël, qui furent retournés quelque temps plus \u2014 pa ved Va Fs eT 3 a =, ss 0 = \u2014 pn PREMIERES ORGANISATIONS JUIVES 305 tard.Ces documents ne sont aujourd\u2019hui consultés qu\u2019à titre de curiosité.Dans les premiers jours de la \u201cShearith Israel\u201d (1768-77), les questions de loi ecclésiastique étaient généralement référées pour décision au Dr Raphaël Meldola, grand chef rabbin de la Grande-Bretagne.La colonie juive de Montréal vécut très paisiblement sous cette organisation cinquante années durant sans y apporter de changements notables.Il est étonnant de constater que les Juifs, bien que peu nombreux, aient pris dès cette époque une part active dans les affaires publiques de la métropole et du pays en général.Les Hart, les Hayes, les David, les Solomon, les Joseph, occupèrent des positions enviables et firent toujours honneur à leur élément.Leurs enfants servirent loyalement sous les drapeaux anglais à la guerre de 1812-14, entr\u2019autres Benjamin Hart qui fut fait lieutenant- colonel, Ezéchiel Hart qui devint colonel et l\u2019aide-major capitaine Thomas-Samuel David, et plusieurs même reçurent des blessures graves.Durant les événements de 1837-38, alors que le pays était troublé par la rébellion, un certain nombre participèrent à la lutte et servirent empressément du côté des loyalistes.Deux membres de la famille David, dont le capitaine E.David, commandaient des détachements de cavalerie à la bataille de Saint-Charles, et l\u2019un d\u2019eux eut deux chevaux abattus sous lui.Aaron-Philip Hart, homme de loi, fils de Benjamin et petit-fils de Aaron, organisa une compagnie de volontaires pendant que Jacob-Henry Joseph servait avec les troupes à Chambly et à Richelieu.C\u2019est ce dernier qui fut chargé de transmettre, par une nuit orageuse, les dépêches du général Wetherall à sir John Colborne; par précaution il avait caché les papiers dans une doublure de cuir pour échapper aux risques d\u2019une capture par les Patriotes.Son frère Jesse servit aussi dans les milices.Dans une lettre adressée à la congrégation de Londres, datée du 5 juillet 1838, le président de la \u201cShearith Israel\u201d de Montréal dit: \u201cLes agitations auxquelles nous avons été mê- .lés depuis les neuf derniers mois ont été cause que nous avons oublié nos devoirs civils pour remplir nos devoirs militaires, et je suis peiné d\u2019ajouter que nos troubles ne sont pas encore finis.\u201d \u2018188 306 LA REVUE NATIONALE Parmi les rabbins qui ont dirigé la \u201cShearith Israel\u201d mentionnons le révérend Jacob-Raphaël Cohen (1778-82), à qui succéda M.Levy qui eut lui-même pour successeur Isaac Valentine.En 1840 le révérend David Piza fut élu ministre; il demeura avec la congrégation espagnole-portugaise de Montréal jusqu\u2019en 1846 alors qu\u2019il fut appelé a la \u201cSephardic Congregation\u201d de Bevis-Marks, & Londres.Le Dr Abraham de Sola, un descendant du rabbin Isaiah Meldola, de Castille, supérieur du College de Mantoue et qui mourut en 1340, arriva à Montréal en 1847.Il continua d\u2019agir comme chef spirituel de la synagogue jusqu\u2019à sa mort survenue en 1882.II fut remplacé par son fils aîné, le révérend Abraham de Sola.Vers 1845, plusieurs Juifs-allemands et polonais arrivèrent à Montréal et, dès 1846, ils organisaient une synagogue suivant les coutumes allemandes et polonaises (Ashkenazic).Ceci amena la congrégation\u2019 espagnole-portugaise à demander à la législature un nouvel acte d\u2019incorporation qu\u2019elle obtint (1846), la congrégation allemande-polonaise étant incorporée par le même acte.La seconde synagogue, cependant, dura peu; car, bien que les descendants des Séphardins aidassent leurs frères avec des souscriptions, la colonie juive de la métropole était encore trop faible pour supporter deux synagogues.La congrégation allemande-polonaise fut en conséquence dissoute peu après sa formation.En 1858 un effort fut fait pour la réorganiser, cette fois avec succès.Abraham Hoffnung, M.-A.Ollendorf et Solomon Silverman étaient parmi les plus dévoués fondateurs.Le révérend Samuel Hoffnung en fut le premier ministre.Il fut bientôt remplacé par le révérend M.Fass.Le premier édifice de cette congrégation était sur la rue Saint-Constant :\u201cujourd\u2019hui Cadieux) et fut consacré en 1860.Sa pierre my: :\u2018re fut posée par David Moss, lequel appartenait à une famil'e qui a été très active à l\u2019avancement de cette communauté icouis trois quarts de siècle.En 1886, la congrégation allemande-polonaise se transporta dans son nouvel édifice, sur l\u2019avenue McGill College.L\u2019acte de 1846 avait d\u2019abord été efficace; mais en 1902 les deux congrégations s\u2019assurèrent chacune un acte d\u2019incorporation séparé.Aujourd\u2019hui il y a une douzaine de synagogues à Montréal.EE RO RE A RT I TH IUPUI Sr WH SOOO LTR te PREMIERES ORGANISATIONS JUIVES 307 Jusqu\u2019au milieu du dix-neuvième siècle les Juifs-espa- gnols et portugais de Montréal maintinrent l\u2019unique synagogue au Canada.Vers l\u2019année 1845 un nombre suffisant de Juifs s\u2019établirent à Toronto et présidèrent à l\u2019organisation d\u2019une synagogue dans cette ville.Cependant ,peu de choses réussirent avant 1852, alors qu\u2019un cimetière fut ouvert et qu\u2019un édifice fut construit sur la rue Richmond.Mark Samuel, Lewis Samuel et Alexander Miller firent beaucoup pour soutenir la congrégation de Toronto dans ses premiers efforts.Sous la présidence énergique de Alfred-D.Benjamin, durant les dernières années du dix-neuvième siècle, les Juifs augmentèrent tellement en nombre et en force qu\u2019il devint nécessaire de transporter leur synagogue dans un local plus vaste et plus moderne, sur la rue Bond (1902).L\u2019arrivée de nombreux immigrants {fit accroître depuis les organisations juives de Toronto; outre neuf nouvelles synagogues, furent établies d\u2019excellentes sociétés littéraires et de bienfaisance.Des congrégations juives se formaient aussi en même temps dans d\u2019autres parties du Canada.La découverte de l\u2019or dans la Colombie-Anglaise, en 1857, amena l\u2019immigration d\u2019une colonie juive qui bâtit une synagogue à Victoria en 1862.En 1882 une synagogue fut érigée à Hamilton, Ont.Deux ans plus tard les Juifs de Winnipeg organisèrent deux congrégations; ils en ont sept aujourd\u2019hui.Halifax, N.-E, Saint-Jean, Chatham et Woodstock, N.-B, Ottawa, Berlin et London, Ont., Sherbrooke, Qué., Brantford et Calgary, Alta., suivirent dans la décade d\u2019après.A Québec ,où quelques Juifs s\u2019étaient établis dès 1760, ce ne fut qu\u2019en 1853 qu\u2019une synagogue put être construite.La population juive de la vieille capitale fut pendant longtemps restreinte, et, actuellement, elle l\u2019est encore.Abraham Joseph, mort en 1886, un fils de Henry Joseph, de Berthier, était le plus éminent citoyen juif de Québec.Il fut malé dans plusieurs entreprises commerciales importantes et fut choisi une fois comme candidat à la mairie.Les outrages commis contre les Juifs en Russie, à partir de 1861, et les persécutions qui suivirent dans l\u2019Europe orientale, occasionnèrent une affluence très forte de Juifs-russes, galiciens, roumaniens et autres au Canada depuis cinquante 308 LA REVUE NATIONALE ans.Ces immigrants, en outre qu\u2019ils grossissaient puissamment la population des communautés juives déjà existantes, formaient de nouveaux colons dans de nombreux endroits du Dominion.Quelques-uns fondèrent des colonies agricoles dans le Nord-Ouest.Les premiers furent établis près de Moose-Jaw, en 1884, par la \u201cMansion House Committee\u201d.L\u2019essai de faire des cultivateurs d\u2019hommes qui avaient reçu peu ou point d'instruction préalable sur l\u2019agriculture fut cause ; de difficultés.Les résultats furent d\u2019abord décourageants, B mais les obstacles ont été graduellement surmontés: le succès dans les colonies actuelles des fermiers de l\u2019Assiniboine, à Hirsch, Oxhow, Qu\u2019Appelle, semble assuré.L\u2019établissement de ces gens était principalement dû à la libéralité du baron de Hirsch qui, en 1892, et les années suivantes, les a largement subventionnés, et après sa mort l\u2019association de colonisation juive continua à leur accorder un aide financier.Les bienfaits du baron de Hirsch s\u2019étendirent aussi aux immigrants juifs du Canada de bien d\u2019autres manières.Il donna de fortes sommes à la société de bienfaisance des jeunes hébreux de Montréal dans le but d\u2019aider et d\u2019instruire les nouveaux arrivés.Durant quelque temps cette société fut déléguée par lui et ses exécuteurs testamentaires à surveiller les colonies d\u2019agriculture du Nord-Ouest.Ce devoir a ensuite été exécuté par un agent résidant agissant sous la direction du comité de l\u2019association de colonisation juive de Paris.L\u2019immigration des Juifs au Canada a été tellement forte depuis vingt-cinq ou trente ans qu\u2019il nous paraît impossible d\u2019enjamber sur le vingtième siècle.Sans entrer dans d\u2019autres développements, considérons toutefois que la population juive du Canada entier, de 75,681 âmes qu\u2019elle était en 1911 est montée à près d\u2019un quart de million en 1923 (1).Montréal et sa banlieue en comptent près de 60,000; Toronto, 40,000 ; Winnipeg, 16,000; Ottawa, Hamilton et Calgary 4,000 et Ha- (1) Ces chiffres nous ont été fournis par le journal juif montréalais, The Eagle, qui a une circulation quotidienne de 15,000 numéros.Le Hebrew Journal, de Toronto, compte 17,378 abonnés quotidiens, et le Israel Press, à Winnipeg, 6,750.D\u2019après le Jewish Weekly, la population juive de Montréal et de ses environs, serait de près de 150,000, mais il y a évidemment erreur.Le recensement de 1921 ayant été mal fait, il convient aussi d\u2019apporter beaucoup de réserve dans l\u2019examen de ces chiffres.G.M. PREMIERES ORGANISATIONS JUIVES 309 lifax, Vancouver, London, Edmonton, Saint-Jean, Windsor, Regina et Saskatoon, 2,000 chacune.Ces chiffres ne sont-ils pas de nature à nous effrayer?Je le crois.Sans posséder le péril juif, comme l\u2019ouest des Etats-Unis et notre Colombie- Anglaise possèdent le péril jaune, il y a lieu de craindre un envahissement considérable qui, tôt ou tard, deviendrait un obstacle à l\u2019idée d\u2019harmonie confédérative, telle que l\u2019ont rêvée MacDonald, Cartier et leurs collègues.Le danger immédiat n\u2019est pas encore dans la représentation parlementaire ; il est au coeur du commerce et de l\u2019industrie que les Juifs accaparent lentement.Montréal nous offre un exemple frappant.De nombreux marchands juifs réussissent dans nos rangs là même où nous laissons d\u2019honnêtes compatriotes végéter sans succes.Ce progrès des Juifs dans un milieu qui devrait être le nôtre peut être paralysé: il faudrait que nous le voulions.Que les Canadiens-français s\u2019unissent dans le commerce, qu\u2019ils cessent d\u2019encourager les \u2018restes d\u2019Israël\u201d, que leur patriotisme se manifeste par l\u2019action.Que notre argent reste notre bien, qu\u2019il prospère dans nos propres mains et pour nous.Et en prospérant ainsi il accroîtra le bien-être des nôtres.Gérard MALCHELOSSE. QUEBEC et la CONFERENCE IMPERIALE Nos ministres sont actuellement à Londres pour participer à la Conférence impériale.Il serait très sage d\u2019attirer, à ce \u201csujet, attention sur I'opinion exprimée par la presse francaise de Québec.Sachant aussi, par expérience, que cette opinion profes sée par les journaux est celle de la grande majorité du peuple de cette province, examinons donc, un instant, les facteurs principaux qui ont concouru à former cette opinion.Après cinq années de guerre dont le résultat a été, il est vrai, de récompenser le colossal effort fait par le Dominion du Canada, nous nous trouvions en face de problèmes plus difficiles et plus menacants.Le repatriement des troupes, l\u2019établissement des soldats sur les terres, la fermeture des usines de guerre firent peser plus lourdement encore les charges imposées au pays.Le retour lent et pénible à la production normale, les tarifs exorbitants imposés sur nos produits par les Etats-Unis, l\u2019embarras pour plusieurs provinces de l\u2019Ouest et une dette en disproportion effrayante avec le nombre de la population, tout cela nous arriva au moment le plus difficile.Le pays épuisé et manquant de crédit subissait les conséquences trop désastreuses de son entrée dans cette guerre.Et pourtant, à l\u2019occasion de cette participation à la guerre, à laquelle la province de Québec était absolument opposée, des mots très durs et injustes nous avaient été lancés de la part des autres provinces.Lorsque l\u2019enthousiasme fut passé et que la situation apparut dans toute sa réalité, on en vint à penser qu\u2019après tout, nous, de la vieille province française, nous avions raison.Et ce sentiment commença à se faire jour en beaucoup d\u2019endroits que nous avions fait plus que nous le devions.On s\u2019aperçut qu\u2019en aidant l\u2019Angleterre, loin de combattre pour le progrès, nous avions marché à reculons, puisque nous étions retournés à cinquante ans en arrière. QUEBEC ET LA CONFERENCE IMPERIALE 311 Ce mécontentement augmentait de plus en plus.Le coût de la vie s\u2019élevant toujours, des grèves éclatèrent et des faillites arrêtèrent le commerce qui commençait à reprendre vie.Sous la poussée du malaise général, beaucoup de provinces se rallièrent aux opinions de la province de Québec et culbutèrent, en décembre 1921, le gouvernement Meighen.Les provinces maritimes se disaient sacrifiées, l\u2019ouest sentait son zèle refroidir pour la cause de l\u2019Impérialisme et Québec en avait déjà trop sur le coeur pour ne pas profiter de l\u2019union de tous les libéraux pour jeter hors du Parlement les auteurs de la participation à la guerre.Depuis ce temps, un nouveau gouvernement est au pouvoir.Dans le gouvernement la province de Québec dicte ses «volontés.Dans la suite, la situation s\u2019est amélioré quelque peu, si on la juge à un point de vue supérieur.Et quant à notre dette, elle est de date trop récente pour qu\u2019en trois ans elle puisse se transformer en un surplus.Conclusion faite, au moment où l\u2019on parle de conférence impériale, et, nous savons ce que cela veut dire, le pays se remet péniblement.Comme un blessé dont la convalescence est longue, le Canada regarde dans le lointain et se demande \u201cquand la guérison pourra bien venir.Voilà l\u2019état actuel du Canada et aussi de la province de Québec.En effet un surplus au provincial, n\u2019empêche pas qu\u2019au fédéral, tout comme pour les provinces-soeurs, nous ayions à mettre sur nos épaules un fardeau qui retarde notre développement économique, s\u2019il ne l\u2019arrête pas.En face de cet état de chose, il n\u2019est pas surprenant que notre province ait donné aux ministres qui ont traversé l\u2019océan un avertissement dont ils ont à tenir compte.Ici, le Ministre de la marine, l\u2019Honorable Ernest Lapointe déclarait récemment que le Canada n\u2019était pas prêt à payer de son argent pour la défense navale impériale.Reconnaissons cette initiative courageuse de ce compatriote.Par la voix du ministre de la Marine, Québec donnait son opinion.Le \u201cStar\u201d rapportait, le lendemain, que l\u2019opinion de 312 LA REVUE NATIONALE l\u2019Honorable Lapointe était celle du Cabinet.C\u2019était vrai.En 1914, on nous imposait une conduite à suivre et, forcés par la majorité parlementaire en 1917, nous l\u2019avons adopté, de force, nous en convenons.Aujourd\u2019hui, chose ironique, à l\u2019aide également d\u2019une majorité parlementaire, la province de Québec, plus saine et plus clairvoyante que les autres, dicte à son tour une conduite à suivre.Le Canada \u2018va la suivre.Il y est obligé et ne peut faire autrement.Ce n\u2019est pas que cette politique nous soit inspirée par un malin plaisir de nous affirmer à notre tour.Elle est voulue par l\u2019intérêt de notre propre développement économique d\u2019abord et, on pourrait dire ensuite, politique.En effet, des esprit clairvoyants de ce pays ont réalisé que nous sommes en trop mauvaise posture pour permettre une dépense de $15,000,000 pour approvisionner la flotte anglaise du Pacifique, à Singapour.Que l\u2019Australie et la Nouvelle-Zélande soient très intéressés à cette question, celà se conçoit.Cependant, le Canada n\u2019est pas plus tenu de défendre ces deux pays que le seraient ces derniers à défendre notre frontière en cas de guerre avec les Etats-Unis.Cela n\u2019empêche pas de plus que nous ayions une idée très juste de la lourde et écrasante responsabilité qui pèse sur l\u2019Amirauté anglaise, instrument qui protège l\u2019Angleterre et son commerce.En loyaux sujets britanniques, c\u2019est très bien de vouloir que la Grande Bretagne réussisse à Singapour.Mais comme Canadiens d\u2019abord, il est de notre devoir de vouloir le bien de notre pays.Nous avons été secoués trop rudement ces dernières années pour nous emballer encore une fois.Pour nous, le patriotisme bien entendu consiste à faire sortir notre pays du marasme, à garder notre argent pour faire marcher nos industries.Nous devons garder nos hommes alors que le Canada se trouve dans une position dangereuse par ce même manque d'hommes.Voilà pourquoi cette attitude de réserve que le premier ministre sera forcé de prendre devant les représentants de la QUEBEC ET LA CONFERENCE IMPERIALE 313 mère-patrie sera nullement déloyale.Au contraire elle sera conforme à la réalité et au bon sens le plus ordinaire.En un mot, ce que la province de Québec veut et ce que l\u2019Ouest commence à désirer également, c\u2019est que nous restions chez nous.Le pays nous demande dans une supplication muette et grave de travailler pour lui au lieu de courir l\u2019aventure aux quatre coins du globe.Si \u2018\u201c\u201cje me souviens\u201d est notre devise, comprenons-la.Le Canada est trop faible pour se saigner de nouveau.Qu\u2019on guérisse d\u2019abord ses blessures, c\u2019est notre devoir.Roland Gilles MOUSSEAU. PAGE DE VIE NOUVELLE Ah! tas de petits traineux! dit Jacques, butant sur une pile de livres en sortant de la chambre.Ces petits vauriens- là ont tout sortis mes livres de sciences! Jamais moyen de marcher aplomb, ici! Jamais moyen de manger à l\u2019heure! ajouta-t-il entre ses dents et avec impatience il prit son paletot d\u2019une main et son chapeau de l\u2019autre et sortit précipitamment, après avoir fermé la porte avec violence Quoi! Qu'\u2019est-ce qu\u2019il y a?dit la maman qui parut la fourchette à la main dans la porte de la salle à manger.C\u2019est Jacques qui s\u2019en va?Mais il n\u2019a pas déjeuné! \u2026 Elle courut à la porte pour le rappeler, mais il était déjà au tournant de la rue.Alors, le coeur gros, prêt à crever, la jeune femme se laissa tomber sur le sofa.Seigneur! comme il était irrascible! Tout allait bien pourtant depuis le matin les petits n\u2019avaient pas fait trop de tapage puis elle avait soigné son déjeuner plus que d\u2019habitude, deux beaux oeufs frais sur une pointe d\u2019asperge, vrai luxe de roi par ce temps de vie chère, et il les aimait tant! Depuis sept ans qu\u2019ils étaient en ménage, elle ne s\u2019était pas encore habituée à ces sautes d\u2019humeur, ces impatiences nerveuses qui lui venaient tout à coup sans qu\u2019on sût pour- Il n\u2019avait pas la moindre tolérance, mon Dieu! Tenace dans ses principes et dans son courage, est-ce qu\u2019elle n\u2019avait pas mis tous les ans un nouveau petit ange dans le berceau, malgré l\u2019âge tendre du dernier né, qui ne et ce que représentent de souffrances et d\u2019abnégation six petites têtes brunes à élever, à soigner PAGE DE VIE 315 et à vêtir, on ne saurait le croire! surtout quand le budget de famille est restreint et qu\u2019il faut calculer bien des fois pour que chacun ait le nécessaire.Est-ce qu\u2019elle ne se privait pas de domestique?Pas le moindre petit aide et à la charge du matin au soir, elle ne se donnait pas d\u2019autres plaisirs que les quelques heures de repos que lui permettait le soin des enfants.A la fin, il était par trop injuste et égoiste! Et la jeune femme pleura a son aise.La petite Mariette s\u2019étant mise à crier dans son berceau, elle la prit vivement, et tout en berçant le bébé, elle se plut à rappeler ses années de jeunesse et soudain, la vision de son premier amour lui réapparut radieuse ! André Leroux! Comme il était joyeux! gentil et complaisant! Il était l\u2019adoration de tous et de toutes! Avec un physique assez ordinaire, il savait briller parmi les plus élégants, tant il avait de grâce et d\u2019amabilité.Sa conservation enjouée ranimait les réunions les plus ennuyeuses, et vieux comme jeunes regardaient avec complaisance ce garcon spirituel, empressé et si joli! Et dire qu\u2019ils étaient fiancés et qu\u2019elle l\u2019avait renvoyé, elle, malgré ses instances et son repentir.- Et ce soudain rappel de vieux chagrins éteints lui serra le coeur tout à coup.André Leroux, payeur à la banque de la petite ville où elle résidait, fut transféré comme gérant dans une succursale de Montréal.Tous les dimanches, il parcourait les trente milles qui les séparaient, pour venir se réchauffer le coeur au - sourire de sa fiancée.Un dimanche de novembre, André ne vint pas.La jeune fille devint nerveuse puis tout à fait inquiète, quand après trois semaines d\u2019attente, madame Le- roux lui apprit que son fils était malade.Sans supposer une feinte de la part de la bonne dame, Marcelle obtint de ses parents la permission d\u2019aller avec sa jeune soeur Laure, passer quelques jours à Montréal chez sa tante maternelle, laquelle consentirait bien à s\u2019informer de son fiancé qu\u2019elle affectionnait aussi, et à l\u2019avertir s\u2019il était en danger.- Le lendemain elle arrivait dans une pension de la rue St- Denis où sa tante Liette avait sa chambre, et elle ne fut pas peu surprise d\u2019apprendre aussitôt, qu\u2019André logeait là, depuis MEME EE PE DLA ALE EASA SF SE A DEMME DEM 00 LAPUA I 4 hs 0 EE CAEN MENTON OC EME EN DE 0s Du en ERAS PAE ELL EARL PAY EAE SE SRE ELA LE OI APL LLL SRL ELAINE SMSO PLA CM COLMA A SALLI ML ALIS tito 02011 316 LA REVUE NATIONALE trois semaines, et qu\u2019il était justement à prendre son diner dans la salle du sous-sol.\u2018 Marcelle toute angoissée, comprit la trahison.André n\u2019était pas malade, mais infidèle ! \u201cTante Liette, dit-elle avec précipitation, puisque André est ici, je vais m\u2019en aller chez ma cousine Alice, elle demeure tout près.J\u2019aime mieux ne pas le voir! Je le croyais bien malade et c\u2019est pour cela que je suis venue.À ce moment un rire féminin coquet fusa dans l\u2019escalier, et deux jeunes filles se précipitèrent riant dans la chambre voisine, poursuivies par quelque galant en goût de badiner.La petite fiancée crispée se cacha vivement dans un angle de la pièce, et prête à pleurer, elle reconnut dans la voix masculine qui fredonnait gaiement un refrain à la mode, André, son André qu\u2019elle aimait tant, et qui disait tant l\u2019adorer! Avant qu\u2019elle put intervenir, tante Liette appela: Monsieur Leroux! Venez donc ici un instant?Immédiatement, le jeune homme apparut dans l\u2019embrasure de la porte, courbé, faisant révérence.Quand il releva la tête, Marcelle droite et fière se tenait devant lui.\u2014 Marcelle ici! Par quel heureux hasard! dit-il les mains tendues.Ici, ma chérie! Il n\u2019y a plus de chérie dit-elle, et ôtant prestement la bague mignonne qui ornait sa main gauche, elle la lui tendit disant: Reprenez Monsieur Leroux, et partagez-la à toutes vos chéries! , Et ce fut fini! Malgré les larmes d\u2019André, ses supplications, sa confession, car il était volage, il l\u2019avouait, mais dans un simple but de badinage.est-ce qu\u2019il ne l\u2019aimait pas depuis toujours elle, l\u2019adorée, l\u2019uniquement chérie! Elle ne pouvait en douter, voyons!_\u2026 La petite fiancée resta inflexible, et sut repousser jusqu\u2019à la fin, toutes les dénégations, toutes les promesses.\u2018 Et voilà! Revenue près de sa mère, le coeur meurtri, mais l\u2019âme sereine, elle continua sa vie d\u2019enfant soumise, s\u2019efforçant par sa piété à acquérir ce détachement de toute affection humaine qui la conduirait, elle l\u2019espérait tant, dans l\u2019Asile béni des Filles de la Charité.Un soir de Pâques, sans qu\u2019on s\u2019y attendit, un vieil ami «D \u2014> = DD mes 3 Tora PAGE DE VIE 317 de la famille vint accompagné d\u2019un jeune homme de douce apparence qu\u2019il appela en riant \u201cun merle blanc\u201d.C\u2019était Jacques Lanoix, déjà populaire par quelques livres scientifiques, dénotant un esprit cultivé, renseigné et très sérieux, et ayant en outre une position sociale avantageuse.Marcelle le reçut avec amabilité mais sans avances.et quand timidement le jeune homme \u2018parla de sa solitude, de la longueur des veillées, triste, éloigné de toute famille, les parents seuls offrirent l\u2019hospitalité de leur toit et leur sympathie.: Sans se décourager Jacques Lanoix revint réguliérement, et un beau soir de septembre, que la brise était légère, et l\u2019air tout parfumé, il osa dire à Marcelle combien elle lui était chère.Il la connaissait depuis longtemps sans qu\u2019elle s\u2019en doutât, et dans son bureau devant lequel elle passait souvent durant ses cours, il prenait un vif plaisir à guetter son passage, et lorsqu\u2019il l\u2019avait entrevue, il en avait du soleil pour toute la journée.Interrompue dans sa rêverie par les cris de Roland qui voulait arracher un jouet à Camille, la maman déposa Mariette endormie dans son berceau, et courut faire la paix en partageant aux deux bambins les oeufs et les rôties qui attendaient encore! Puis la tranquilité rétablie, elle continua la série de ses souvenirs, car son coeur énervé y trouvait un vif apaisement.Peu à peu, sans qu\u2019elle s\u2019en défiât, Jacques avec ses manières simples et droites, sa parole sérieuse, lui avait plu et avait su gagner son estime et toute son amitié.Le sentiment violent d\u2019un premier amour ne pouvait renaître, mais quelle paix! dans cette affection tranquille, dans ce sentiment profond d\u2019un coeur qui se sent bien appuyé sur Et en cela, Jacques ne l\u2019avait pas déçue.Toujours il avait aimé uniquement sa petite femme, jamais volage, jamais de sortie tardive, jamais de plaisirs coûteux! Elle n\u2019avait jamais connu la fièvreuse attente de tant d\u2019épouses qui, de longues heures, le front collé sur la vitre, guettent le retour de l\u2019infi- dele, du joueur, ou du débauché!.Elle n\u2019avait jamais versé de larmes vraiment améres;.puis est-ce que son Jacques ne lui apportait pas intact tout son salaire?Et le fruit de ses 318 LA REVUE NATIONALE conférences, quelle joie pour lui de les lui jeter dans l\u2019encolure de son corsage, et est-ce qu\u2019il ne l\u2019embrassait pas chaque fois très affectueusement! Puis toutes ces nuits qu\u2019il passait à écrire, il travaillait justement le 2ème tôme de son livre si connu: \u2018\u2018L\u2019histoire de mon pays\u201d.Car, à défaut de fortune, Jacques voulait la gloire, et elle lui souriait déjà malgré son jeune âge.Elle était folle de le traiter d\u2019égoiste et d\u2019injuste! C\u2019était\u2019elle, pauvre mère, qui était en faute! Ayant passé une partie de la nuit à écrire, il fallait qu\u2019il trouvât dès son lever le déjeûner fumant sur la table Elle le sentait bien maintenant, ce n\u2019était pas les livres étalés par terre qui l\u2019avaient ainsi mis en colère; c\u2019était l'estomac qui avait faim, l\u2019heure avancée et l\u2019assiette vide! : Vite! faisons-lui un dîner à son goût, ce cher Jacques! Et la maman toute rassérénée, déjeuna à la hâte, car dans son chagrin elle n\u2019y avait pas songé; puis vite à l\u2019oeuvre, elle rangea la maison, fit la toilette des petits, et tout en travaillant elle bénissait le Ciel de l\u2019avoir sauvée d\u2019André Leroux.Est-ce qu\u2019aujourd\u2019hui il n\u2019était pas un \u2018\u201csnob\u201d reconnu! Resté célibataire, il fréquentait assidûment les théâtres en compagnie de demi-mondaines, dépensant son argent en vains plaisirs, il passait de la brune à la blonde sans jamais parvenir à fixer son coeur.Il avait changé sa réputation de jeune homme complaisant et joyeux contre celle un peu à redire de viveur désabusé.Et la maman légère et gaie, sentant pour son Jacques un reflux de reconnaissance et d\u2019amour gonfler son coeur, prépara en chantant un dîner réconfortant et plein de surprises! Bien avant l\u2019heure, quand le papa arriva les bras chargés de friandises, comme chaque fois qu\u2019il avait fait bourrasque, elle lui présenta souriante son front à baiser, et lui dit joyeuse: \u201cViens vite manger cher, j'ai tellement tardé ce matin, que tu as dû jeûner mon pauvre ami! Et voilà comment, la brave petite Madame Lanoix, \u201cfai- sonna\u201d son chagrin et remit son coeur d\u2019aplomb.Mme G.-C.BASTIEN.\\\\ Ir LA REVUE NATIONALE 319 Nous avons besoin de cinq agents par paroisse pour représenter les Compagnies d\u2019assurances suivantes :\u2014 NIAGARA DETROIT SPRINGFIELD SECURITY NEW HAVEN Nos représentants seront fournis de prospects; les commissions sont alléchantes.Pour plus amples renseignements, s\u2019adresser a Albert-N.Goora, ASSURANCES 10, RUE SAINT-JEAN TEL.MAIN 2015 LA REVUE NATIONALE PROTEGEZ votre FAMILLE Assurez vous à \u201cLA SAUVEGARDE\u201d Polices sur la Vie de toutes sortes SIEGE SOCIAL MONTREAL Quand vous achetez vos harnais, valises, couvertes, malles, etc, etc., exigez toujours: Troe = la marque ALLIGATOR.MADE IN CANADA Lamontagne Limitée 338 ouest, rue Notre-Dame, - MONTREAL.Québec, P.Q.Winnipeg, Man.ECOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES DE MONTREAL Préparant aux situations supérieures du commerce, de l\u2019industrie et de la finance.BIBLIOTHEQUE ECONOMIQUE, MUSEE COMMERCIAL ET INDUSTRIEL Délivre les diplômes de \u2018\u2018Licencié en sciences.commerciales\u201d, de \u201cLicencié en sciences comptables\u201d et de \u2018Docteur en sciences commerciales\u201d.Le diplome de \u201cLicencié en sciences comptables\u201d donne droit à l\u2019admission dans \u2018\u2018l\u2019Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec\u201d et dans \u2018\u2018l\u2019Association des comptables de Montréal\u201d (Chartered accountants).Des BOURSES du GOUVERNEMENT sont accordées aux élèves méritants.Cours spéciaux, le soir: Comptabilité théorique et pratique, Opérations de banque, Correspondance commerciale anglaise et française, Arithmétique commerciale, Algèbre, Economie politique, Droit civil, Droit commercial, Langues étrangères: Espagnol, Italien, Allemand, ete.Pour tous renseignements, prospectus, inscriptions, etc, s\u2019adresser au DIRECTEUR DES ETUDES.399, AVENUE VIGER MONTREAL at Ecole Polytechnique de Montréal GENIE CIVIL \u2014 ARCHITECTURE \u2014 INGENIEUR CHIMISTE \u2014 ECOLE DE PREPARATION oo Préparation aux examens d\u2019admission a I\u2019'Ecole Polytechnique.Les finissants des collèges classiques sont admis sans examens à l\u2019Ecole de Préparation.COURS D\u2019ETE : Des cours d\u2019été spécialement établis pour les finissants des collèges classiques qui désirent entrer directement en 1ère année se donnent du ler juillet au 15 septembre et préparent les candidats aux examens d\u2019admission de septembre.228, rue ST-DENIS, Tél.Est 3477, MONTREAL DEMANDEZ chez votre épicier LES \u201cFAMEUX BEUETS\u201d du Lac St-Jean mis en conserve par les révérends Pères Trappistes de Mistassini.Distributeur : : COOPERATIVE FEDEREE DE QUEBEC, MONTREAL, Qué.~~ Offre Exceptionnelle ABONNEMENT A L\u2019OISEAU BLEU a 50 sous D\u2019ICI AU 31 OCTOBRE PROCHAIN, vous pourrez abonner vos enfants à L\u2019OISEAU BLEU pour une année -entière moyennant la modique somme de 50 sous.Hâtez-vous de les abonner à cette revue illustrée, car cette offre d\u2019abonnement à prix réduit ne doit durer que d\u2019ici au 31 octobre 1923, après quoi l\u2019abonnement sera de 75 sous comme à l\u2019ordinaire.L\u2019OISEAU BLEU 296, rue St-Laurent, Montréal. Caisse Nationale d\u2019Economie Encaissement du ler janvier au ler sept.1922 | 1923 $265,658.63 : $305,794.19 Augmentation en 1923 depuis le commencement de l\u2019année pour l'encaissement, comparativement à la période correspondante en 1922, $40,135.56 Recrutement pour même période : \u20181922 ; 1923 3807 pensions 6206 pensions Augmentation Cr ee 2399 pensions Montant global de rentes payées en cing années $ 681,197.10 Capital accumulé au 30 sept.1923, $3,125,382.75 286 RUE ST-LAURENT, ~ J.DeSERRES, MONTREAL.Gérant.La Societé Nationale de Fiducie Fondée par le Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Nos principales fonctions : - de fonds d\u2019amortissement.de fortunes privées.Administration P de propriétés.de successions.Fiducies de toutes sortes.Achat et vente d\u2019obligations.Préparation d\u2019émissions d\u2019obligations.Liquidations et faillites.Prêts hypothécaires.Assurances générales.Agents pour transfert d\u2019actions et d\u2019obligations.Tel.PLATEAU 3680 J.DESERRES, 286 RUE ST-LAURENT.\u2018 Gérant."]
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