Le devoir, 9 janvier 2016, Cahier E
[" VALÉRIAN MAZATAUD Le metteur en scène Pierre Lapointe et le vidéaste Lionel Arnould jonglent avec les codes du théâtre, du cinéma et du concert avec le chef-d\u2019œuvre Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck.Le retour de Louis Lortie à Montrèal Page E 3 Sophie Calle en cartes postales Page E 6 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 Le metteur en scène Christian Lapointe et le vidéaste Lionel Arnould empruntent au cinéma afin de lever le voile sur les amours interdites de Pelléas et Mélisande, chef-d\u2019œu- vre du symbolisme de Maurice Maeterlinck.M A N O N D U M A I S D epuis 15 ans, le dramaturge Christian Lapointe s\u2019est consacré à la mise en scène d\u2019œuvres phares du symbolisme, dont le triptyque Limbes inspiré de l\u2019œu- vre de Yeats et Axël de Villiers de l\u2019Isle-Adam.Pour sa part, l\u2019homme d\u2019image Lionel Arnould s\u2019est démarqué par son travail au sein d\u2019ExMachina (La trilogie des dragons, 1984).Collaborant depuis 10 ans (Dans la république du bonheur, Sauvageau, Sauvageau), Lapointe et Ar- nould prennent d\u2019assaut pour la première fois le TNM afin d\u2019y présenter Pelléas et Mélisande.Leur proposition : donner vie aux amants d\u2019Allemonde en inscrivant la pièce de Maeterlinck dans un « ici maintenant » en jonglant avec les codes du théâtre, du cinéma et du concert.« Le théâtre renvoie au rapport au temps de la salle, au temps de la fiction et au temps de la représentation, explique Lapointe.Par la vidéo, on provoque une friction entre le temps de la fiction et le jeu de la mise en forme.Même si l\u2019on ne transpose pas l\u2019action au XXIe siècle, tout concourt à ce que cela se passe au temps de la salle.Afin d\u2019explorer des zones plus près de notre époque, Nicolas Basque, de Plants & Animals, a passé à la moulinette les poèmes symphoniques de Fauré, Sibelius, Debussy et Schönberg.» Afin d\u2019évoquer un Moyen Âge fantasmé et la passion pour l\u2019infiniment petit de Maeterlinck, Lapointe et Arnould proposent un jeu d\u2019échelles avec des maquettes de château projetées sur écran.À l\u2019aide de caméras, ils jouent avec les valeurs de plans, contribuant ainsi à fragmenter la pièce et à suggérer des effets de montage.«Un des performeurs a une caméra, révèle Ar- nould.Il devient l\u2019œil d\u2019Yniold, fils de Golaud ; il installe des backgrounds, filme des séquences, appuie ce qui est dit.Il y a plusieurs petites caméras sur trépied et des caméras invisibles parce qu\u2019on navigue entre le direct et les moments enregistrés.La scénographie est un dispositif d\u2019écrans qui bougent ; les scènes sont courtes, alors on crée une dynamique entre chacune d\u2019elles.» Dans l\u2019œil de la mort Campé dans un monde dévasté par la guerre et la famine, ce drame romantique de Maeterlinck met en scène le prince Golaud (Marc Bé- land) qui, après avoir ramené au château l\u2019énigmatique Mélisande (Sophie Desmarais), devient le témoin de l\u2019attirance entre celle-ci et son demi-frère Pelléas (Éric Robidoux).«Tout le contexte du spectacle est d\u2019actualité, avance Ar- nould.La condition de Mélisande est assez particulière puisqu\u2019elle est prisonnière d\u2019un monde de violence contrôlé par les hommes.» « Je tenais à la vidéo parce que Maeterlinck n\u2019a pas appelé sa pièce Golaud, af firme Lapointe.La pièce s\u2019appelle Pelléas et Mélisande et c\u2019était important pour moi d\u2019isoler ce couple éponyme afin que l\u2019on puisse être complice de leur mensonge, être dans l\u2019intimité de leur relation illicite.Le langage cinématographique nous est utile puisqu\u2019avec les gros plans et la proximité de la voix, le jeu change de registre.» « J\u2019essaie d\u2019échapper à ce que j\u2019appelle le « théâtre des cuisines» afin de toucher à une forme de spiritualité laïque, poursuit-il.Une fois dit, le texte prend une profondeur plus obscure, son côté lame de rasoir gagne en férocité.C\u2019est important de ne pas gommer la mystique de l\u2019œuvre de Maeterlinck même si on veut entrer dans sa contempora- néité.Pendant la pièce, il y a des moments où on est dans l\u2019intimité et d\u2019autres où on est dans le très théâtral.On joue sur ce changement de focus afin de réitérer la présence de celui qui écoute.» À travers ses œuvres aux phrasés d\u2019une élégance singulière où dominent les points de suspension, Maeterlinck explorait l\u2019angoisse de la N A Y L A N A O U F A L Q uoi de mieux que de recréer les œuvres célèbres pour réécrire l\u2019histoire et transformer des visions du monde souvent formatées ?La première venue à Montréal de la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo est précédée par la réputation de ses réinterpré- tations de Carmen, La Jeune fille et la Mor t, Roméo et Juliette\u2026 Dans son Swan Lake, le prince dédaigne tant Odette qu\u2019Odile et s\u2019éprend d\u2019un viril cygne à la peau de jais, au grand dam de sa famille.La jeune chorégraphe \u2014 elle a 30 ans \u2014 s\u2019attaque aux problématiques sociales, une création à la fois.Le racisme dans Roméo et Juliette, le sexisme dans Carmen\u2026 Dans sa relecture du Lac des Cygnes créée en 2010, la chorégraphe s\u2019en prend à l\u2019homophobie, «qui affecte cer tes l\u2019Afrique du Sud, mais également d\u2019autres endroits dans le monde », ex- plique-t-elle au Devoir.Swan Lake épingle d\u2019autres problèmes, tels que les mariages arrangés dans le pays de la chorégraphe et ailleurs, et d\u2019autres problématiques plus universelles, comme les préjugés sur le genre et l\u2019orientation sexuelle ainsi que la discrimination : « Je me suis intéressée à l\u2019homosexualité tout d\u2019abord à cause des idées reçues sur les hommes qui dansent.Non, pas tous sont homosexuels et d\u2019ailleurs est-ce que cela importerait s\u2019ils l\u2019étaient ?Non ! explique avec vivacité Basilo.Je voulais un prince gai, car j\u2019étais curieuse de voir si ça changerait quelque chose.Ça ne change rien, Siegfried reste un homme contraint de faire quelque chose contre son gré et qui n\u2019a pas le choix ».Ar tiste en résidence à la Dance Factory Johannesburg où elle donne également des cours, Dada Masilo n\u2019est pas Le prince sera en tutu Avec son Lac des Cygnes afro-gai, Dada Masilo déboulonne les préjugés «La condition de Mélisande est assez particulière puisqu\u2019elle est prisonnière d\u2019un monde de violence contrôlé par les hommes.» MAURIZIO MONTANARI La chorégraphe Dada Masilo propose une relecture du Lac des Cygnes en s\u2019en prenant à l\u2019homophobie.Pelléas et Mélisande: ENTRE LE PROFANE ET LE SACRÉ VOIR PAGE E 7 : MAETERLINCK VOIR PAGE E 6 : MASILO O n en aura vu s\u2019arracher les cheveux, des propriétaires de maisons patrimoniales à l\u2019heure de rénover.Leurs vieilles demeures de bois et de pierres réclament des rajustements constants de la cave au grenier.C\u2019est que ça prend des outils, des matériaux adaptés, d\u2019abord des ouvriers qui maîtrisent les techniques traditionnelles du bâtiment ; de vraies perles rares par les temps qui courent, ceux-là.Les proprios, parfois en association, se refilent des noms d\u2019artisans qui bossent souvent au noir ou laissent la pose des matériaux aux ouvriers reconnus de la construction.D\u2019autres font affaire avec des travailleurs aguerris aux seules maisons modernes, en fuite après gâchis.Alerte rouge ! J\u2019ai écouté les cris de l\u2019ingénieur ethnologue Yves Lacourcière, si pertinents, si inquiétants.Notre patrimoine bâti est en péril, m\u2019assure-t-il en substance, faute de main-d\u2019œuvre compétente pour l\u2019entretenir.Après de longues recherches et une thèse de doctorat à l\u2019Université Laval sur la question, il précise : « Des 5000 travailleurs spécialisés en 1994, il en reste 1000 aujourd\u2019hui, concentrés à 60 % dans la région de Québec au riche patrimoine architectural.Dans dix ans, leur nombre tombera à zéro ou presque.Sans système de formation adapté depuis les années 50, le secteur s\u2019est appauvri.» Assemblage à tenons et mortaises avec ou sans chevilles, voire en queue-d\u2019aronde ; combien d\u2019ouvriers de la construction peuvent restaurer poutres de bois équarries main, murs chaulés et grilles de ferronnerie d\u2019antan ?Ces techniques se sont transmises de maître à apprenti, la mémoire ancienne du Québec au bout des doigts.En France, en Italie et en Belgique, les porteurs de tradition se voient bichonnés, reconnus, leur héritage transmis.Pas ici, donc.Une faille et une grosse.Pour ces précieux savoirs, c\u2019est le compte à rebours.« Le patrimoine n\u2019est pas une richesse renouvelable», clame à raison l\u2019ethnologue.Trop de joueurs Au Québec, plusieurs ministères sont impliqués dans ce dossier complexe.Celui de la Culture et des Communications définit le marché du bâti traditionnel : grosso modo, selon Yves Lacourcière, 465 970 bâtiments patrimoniaux, toutes catégories confondues, dont 30 000 classés.D\u2019autres ministères gèrent une partie de ces biens immobiliers, mais c\u2019est le ministère du Travail, de l\u2019Emploi et de la Sécurité sociale, par le biais de la Commission de la construction du Québec, qui contrôle la main-d\u2019œuvre, offrant feux verts ou rouges aux ouvriers des chantiers, compétents ou pas en ces délicates matières.Pour compliquer le tout, advenant une future formation spécialisée ès métiers traditionnels de la construction, le ministère de l\u2019Éducation devrait s\u2019en mêler aussi.Et alignez tout ce beau monde ! Retour en arrière Au fil du XXe siècle, ces vieux métiers du bâtiment ont fait place à des modes de construction industriels.Les grands travaux de génie civil commandaient des matériaux façonnés en usine, alors que les ouvriers des savoir-faire de transmission gardaient la main haute sur les petits bâtiments résidentiels.« En 1969, l\u2019État québécois a entrepris de professionnaliser les métiers de la construction en leur of frant une formation», explique Yves Lacourcière.Pas question pour autant de renvoyer 100 000 travailleurs sur les bancs d\u2019école\u2026 Plusieurs d\u2019entre eux n\u2019en avaient guère besoin.Des cartes de compétence (en maçonnerie, menuiserie, charpenterie, etc.) furent accordées, selon un ratio d\u2019heures de travail au long des ans, aux ouvriers traditionnels comme aux autres.Sauf qu\u2019en l\u2019absence de normes propres aux métiers du patrimoine et d\u2019une formation adaptée, les rangs des artisans se sont clairsemés depuis le temps.« Ces ouvriers sont interdits de chantiers, sauf ceux reconnus de facto au cours des années 60», soupire l\u2019ethnologue.Pas tentant à telle enseigne de suivre les traces du mentor ou du père.La relève est une peau de chagrin.Le dossier atterrit dans la cour de la Commission de la construction du Québec (CCQ).À elle l\u2019émission des fameuses cartes de compétence.Sauf que son industrie, à tout le moins turbulente, avec gros bras et chasses gardées, en fait trembler plus d\u2019un.La CCQ, dirigée par l\u2019ancienne ministre péquiste Diane Lemieux, après réception de 82 mémoires, doit justement livrer en 2016 un rapport sur le sort des métiers traditionnels au sein du milieu de la construction.En coulisses, certains défenseurs du patrimoine entendent dire que des syndicats y font obstruction à leur cause.Ils retiennent leur souffle.À la Commission, on me précise que la consultation sur ce sujet s\u2019inscrit dans un processus de révision des juridictions de métiers, toujours en cours.La réponse fournie là-bas semble encourageante : Primo, me dit-on: «Il faut s\u2019assurer de la présence d\u2019une relève en prenant les moyens pour permettre la transmission du savoir entre les maîtres artisans et les nouveaux ouvriers.» Se- condo : « Il faut faciliter la reconnaissance des compétences des travailleurs du patrimoine bâti et leur accès à l\u2019industrie.» Un groupe de travail sera mis sur pied, mais rien n\u2019est joué.Yves Lacourcière craint que la CCQ ne propose une formation au rabais, réduite à 400 heures, là où le cours en requiert 1000 en sus d\u2019un compagnonnage sur chantier.Il souhaite l\u2019établissement d\u2019un programme spécialisé pour les intéressés, après formation générale : « Un ouvrier pourrait alors exercer à la fois des métiers industriels et traditionnels.» N\u2019empêche.Tant d\u2019organismes occupent le champ patrimonial\u2026 On rêve à un maître d\u2019œu- vre en haut de cette pyramide branlante.Vite, un signal fort venu de la ministre de la Culture et des Communications (qui inclut le patrimoine) ! À Hélène David de valoriser les porteurs de tradition, de servir de bougie d\u2019allumage, de rassembleuse, d\u2019arbitre.À quand son coup de poing sur la table ?À son cabinet, on m\u2019assure que le ministère va s\u2019impliquer, qu\u2019une réflexion suivra au cours des prochains mois.Ça presse.Les destins du patrimoine matériel et immatériel sont tellement liés dans notre société si ancienne en Amérique du Nord, si oublieuse parfois.À minuit moins cinq aussi.otremblay@ledevoir.com CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 2 Un tramway nommé Nouvelles supplémentaires jusqu\u2019au 6 février 2016 PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO 4890, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL BILLETTERIE : 514 845-4890 ESPACEGO.COM BIENTÔT COMPLET Trois ultimes supplém ntaires! 9, 10 et 11 février 1 DE MAURICE MAETERLINCK MISE EN SCÈNE CHRISTIAN LAPOINTE Une collaboration TNM.QC.CA AVEC SYLVIO ARRIOLA MARC BÉLAND LISE CASTONGUAY SOPHIE DESMARAIS ÉRIC ROBIDOUX PAUL SAVOIE GABRIEL SZABO Conseillère dramaturgique Andréane Roy Conception Geneviève Lizotte Elen Ewing Martin Sirois Lionel Arnould Nicolas Basque Claire Renaud Sylvie Rolland Provost Assistance à la mise en scène Alexandra Sutto Production Théâtre du Nouveau Monde en coproduction avec le Théâtre Blanc DÈSMARDI ! À L\u2019AFFICHE DU 12 JANVIER AU 6 FÉVRIER Alerte au patrimoine bâti ! ODILE TREMBLAY NORMAND BLOUIN ARCHIVES LE DEVOIR «Le patrimoine n\u2019est pas une richesse renouvelable», clame à raison l\u2019ingénieur ethnologue Yves Lacourcière. C H R I S T O P H E H U S S L e pianiste québécois Louis Lor tie est de retour à Montréal, jeudi.Depuis 2008, on ne l\u2019a vu qu\u2019une fois dans la métropole, pour un récital Liszt en 2014.Retrouvailles jeudi, en tandem avec Hélène Mercier et l\u2019OSM, dans le Concer to pour deux pianos de Poulenc.Du temps de Charles Du- toit, Louis Lortie était un pilier de la programmation musicale montréalaise.« C\u2019était une époque, un tandem », se souvient le pianiste en entrevue avec Le Devoir.Il concède volontiers qu\u2019on le voyait beaucoup : « Un jour Claude Gingras a titré Lortie + », ironisant par rapport au festival Mozart + de l\u2019époque.« C\u2019était facile de sor tir cela » , juge Lortie, puisque personne ne se produisait autant à Montréal.« Avec Charles Dutoit, nous avons joué entre 35 et 40 concer tos di f férents .» Quand Charles Dutoit a quitté l\u2019OSM, « c\u2019en était fini avec cette relation privilégiée ».Depuis on a davantage vu le pianiste à Québec que dans la métropole.Mais, même si les choses ne reviendront jamais à leur niveau antérieur, la relation renaît.« Il y a déjà des projets pour l\u2019année prochaine, avec l\u2019orchestre », nous confie le pianiste.Nous aurions cer tes pu le voir davantage mais, rappelle-il, « l\u2019OSM demande une exclusivité : vous ne pouvez pas jouer ailleurs à Montréal la même année, même un récital à Pro Musica ou au Ladies\u2019 Morning : ils sont presque comme des bouledogues avec cela ! » Louis Lor tie a ainsi dû renoncer à un concert Saint-Saëns avec l\u2019Orchestre de la francophonie en 2015 : « Je ne vois pas ce que cela aurait dérangé, car c\u2019était en plein été, mais j\u2019imagine que l\u2019OSM ne voulait pas créer de précédent avec un passe-droit.» Retour en grâce Le pianiste qui nous arrive, jeudi et dimanche, connaît depuis quelques années un retour en grâce discographique sur étiquette Chan- dos.Il a récemment vu paraître, avec Hélène Mercier, sa complice de toujours, un CD Poulenc avec orchestre et un disque d\u2019œuvre pour deux pianos de Rachmaninov.Il est sur tout en train de constituer une intégrale des œuvres de Chopin, qui fait suite à celle des sonates de Beethoven.Lor t ie espère qu\u2019il ne s\u2019agit pas là des « derniers feux de l \u2019industrie du disque » et se réjouit que dans la tourmente de cette « transition énorme » de l\u2019industrie, les patrons de Chandos « essaient de faire le maximum avec les ar tistes avec lesquels ils se sentent liés ».Engagé par le père fondateur du label, Brian Couzens, Louis Lortie a connu une traversée du désert au début des années 2000 lorsque le fils, Ralph Couzens, a repris les rênes de l\u2019entreprise.«Ralph a voulu cibler un certain répertoire et ne voulait pas toucher aux grands classiques.Nous avons eu maille à par tir car j\u2019avais presque terminé le cycle des sonates de Beethoven et j\u2019étais meurtri de voir le projet abandonné alors qu\u2019il restait deux ou trois disques à enregistrer.» Quelques années plus tard, «grâce à un agent à Londres, qui a repris le contact, nous nous sommes rencontrés.Les choses avaient évolué et Ralph était devenu moins doctrinaire par rapport au répertoire.Il a accepté de terminer l\u2019intégrale des sonates de Beethoven.C\u2019est reparti ainsi et il y a eu le projet Chopin puisque les deux albums de Chopin que nous avions réalisés étaient les meilleures ventes.» De ce renouveau discographique, Louis Lor tie retient le par tenariat avec le chef Edward Gardner.« Je me suis très bien entendu avec lui car il travaille très bien pendant les enregistrements.» Lor tie détestait les disques avec orchestre : « On n\u2019a pas beaucoup de temps, on est très tendu et, souvent, quand il n\u2019y a pas de temps, les chefs se crispent et veulent tout prendre en main.» Tout au contraire, le pianiste est très satisfait du CD Poulenc : « Les orchestres anglais jouent très bien la musique française.Ils ont une pratique très fonctionnelle de cette musique : ils la sentent vite, l\u2019apprennent vite et l\u2019enregistrent bien.» Pianos et sonorités En commentant dans Le Devoir la nouveauté Rachmani- nov du tandem Lor tie-Mer- cier, nous avions déploré le côté clinquant des aigus des pianos.Louis Lortie concède que « le choix des pianos est très problématique en ce moment, sur tout en Angleterre ».« La qualité des pianos et des techniciens a beaucoup changé et c\u2019est extrêmement difficile de trouver d\u2019excellents instruments pour les enregistrements.» Le pianiste québécois est toujours à la recherche de la meilleure formule : « J\u2019avais un piano Fazioli que j\u2019aimais beaucoup.Il était parfait pour Liszt.Je l\u2019ai utilisé pour Les années de pèlerinage et pour le CD Liszt à l\u2019opéra et il fonctionnait aussi bien pour certaines œuvres de Chopin.Hélas, ce piano a été endommagé.» Louis n\u2019a pas eu pareil coup de foudre pour un instrument depuis, mais il a décidé de mettre les moyens pour avoir le maximum d\u2019atouts dans son jeu.« Nous avons enregistré à Potton Hall, dans le Suf folk, une salle dont je ne suis pas vraiment entiché.J\u2019ai découvert que ce choix n\u2019était qu\u2019une question de sous.Alors, pour le disque Fauré que je vais enregistrer en février, je vais retourner au Snape Maltings [une autre salle dans le Suffolk] et je le paierai de ma poche.Cela coûtera ce que cela coûtera ! » Lor tie relève que « personne n\u2019avait critiqué la prise de son des disques avec Hélène Mercier du début des années 1990 », tous enregistrés à Snape.À Montréal, Lortie et Mercier seront dirigés par le Kara- jan chinois, Long Yu.Ce sera une première pour Lortie qui, pourtant, est un personnage important dans l\u2019histoire de Long Yu : « Par un hasard incroyable, ma première tournée à vie était en Chine.Long Yu assistait au concert.Je ne sais pas quel âge il avait, mais il paraît que ce concert, lors duquel il entendait pour la première fois un orchestre occidental, a été un événement déclencheur », le décidant à devenir musicien.Le Devoir LOUIS LORTIE EN CONCERT AVEC L\u2019OSM Poulenc : Concerto pour deux pianos avec Hélène Mercier.Direction : Long Yu.Autres œuvres au programme.Prokofiev : suite de L\u2019amour des trois oranges.Qigang Chen : Instants d\u2019un opéra de Pékin.Jordan Pal : On the Double.Borodine : Danses polovtsiennes du Prince Igor.Jeudi 14 janvier à 10h30 et à 20 h.Dimanche 17 janvier à 14h30.514 842-9951.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 3 Texte Philipp Löhle Traduction Anissa Lahyane et Jean-Philippe Lehoux Mise en scène Charles Dauphinais Avec Steve Laplante, Bruno Marcil et Marie-Ève Pelletier Musique LE FUTUR Assistance à la mise en scène et régie Audrey Lamontagne Décor Loic Lacroix-Hoy Costumes Cynthia St-Gelais Lumière Martin Sirois Complice artistique Sébastien David THÉÂTRE DE QUAT\u2019SOUS 100, AVENUE DES PINS EST, MONTRÉAL BILLETTERIE 514 845-7277 QUATSOUS.COM Grands partenaires *Peu importe le nombre de spectacles choisis, peu importe l'âge ou le statut.À compter de la première représentation, le tarif est de 36 $.ÉCONOMISEZ 35 % 23$ EN PRÉVENTE JUSQU\u2019AU 25 JANVIER UN THÉÂTRE UNIQUE, UN TARIF UNIVERSEL * DÉNOMMÉ GOSPODIN 25 JANVIER AU 19 FÉVRIER 2016 Une production du Théâtre de Quat\u2019Sous CLASSIQUE Louis Lortie, la conscience du son ELIAS Louis Lortie est en train de constituer une intégrale des œuvres de Chopin, qui fait suite à celle des sonates de Beethoven.Chopin : Les valses.Chandos 10852.Poulenc : Musique pour piano et orchestre.Chandos 10875.Rachmaninov : Musique pour 2 pianos.Chandos 10882.Disques récents ARTV S Y L V A I N C O R M I E R P aul McCartney \u2013 Des mots qui vont très bien ensemble et Aznavour \u2013 Ma vie, mes chansons, mes films\u2026 ont ceci en commun que ces ar tistes célébrés de la musique pop et de la chanson s\u2019y racontent en long et en large dans le cadre de (très) longues entrevues.Paul Du Noyer, journaliste rock et fondateur du mensuel musical MOJO, a rassemblé et réorganisé thématiquement le matériel McCartney glané au cours des ans \u2014 ça va d\u2019une conférence de presse en 1979 à des conversations de plus en plus fouillées pour de gros papiers à la une.Le journaliste- animateur-cinéphile Vincent Perrot s\u2019est basé sur le verbatim des cinq heures de questions et réponses filmées pour Aznavour, viens voir le comédien, documentaire qu\u2019il a réalisé en 1974 à propos de la carrière cinématographique du «grand p\u2019tit bonhomme» (dixit une dame de La Rochelle, après MON premier show d\u2019Aznavour) : les entretiens ont forcément débordé sur la vie et les chansons.Le biographe Philippe Durant a écrit des encadrés pour mettre le tout en contexte.Il n\u2019est pas du tout impossible que vous achetiez l\u2019une ou l\u2019autre de ces nouvelles parutions pour faire connaissance avec un Paul McCartney ou un Charles Aznavour récemment découver ts sur disque.Eh ! On a tous pris le train à un certain moment de ces vies plus que pleines et productives, ces très longs voyages qui ne sont pas encore arrivés à destination.À chaque escale, pour ainsi dire, un nouvel ouvrage nous attendait : état présent de la bio, étude de fond, recueil de chansons avec ou sans les par ti- tions, collection d\u2019ar tefacts, parcours photographiques, propos recueillis, etc.Oui, il se peut que l\u2019histoire commence maintenant pour cer tains, mais très majoritairement, le lecteur aura pratiqué son Paul ou son Charles pendant deux, trois, quatre, cinq décennies (et plus, pour Aznavour !), et il s\u2019agit donc ici d\u2019ajouts à des rayons de bibliothèque assez fournis merci.Des compléments d\u2019information Dès lors, dans les deux cas, la question se pose : qu\u2019ap- prend-on d\u2019autre, de plus ?Ça dépend, justement, du bagage accumulé.Je me promène dans le McCar tney et je retrouve, sur tout pour les années Beatles, des variantes d\u2019anecdotes très formatées et polies au cours des ans par l\u2019interviewé.L\u2019habituelle explication que sert Paul pour rationaliser la chicane filmée avec George Harrison dans le documentaire Let It Be, par exemple.Lire à voix haute, ce serait du lip-synch : on connaît la chanson.C\u2019est dans le détail, ça et là, que l\u2019on trouve du neuf.« Que mangeaient les Beatles?» demande Du Noyer.Apprenez que «Ringo détestait les oignons».On est plus utilement éclairés, et Paul plus surprenant, dans les chapitres des «Beatles après les Beatles », les collaborations avec Elvis Costello, Youth, Kanye West, Stevie Wonder (« On aurait pu faire mieux.»), l\u2019évolution dans la méthode de travail, sa perception de lui-même (« Je déteste être obligé de me justifier.»), le « cauchemar» que fut sa participation à Live-Aid en 1985, les coulisses de la réunion des Threetles (les trois Beatles alors survivants) pour l\u2019Anthology en 1994-1995, etc.McCartney résumant McCartney?« Je ne suis pas blasé.» Quand Aznavour évoque Serrault, Chabrol\u2026 et la chanson Ai-je trop lu sur Paul, pas assez sur Charles ?Ou alors est- ce le point de vue cinématographique ?Le fait est que l\u2019objectif de la caméra ouvre sur un grand-angle : Aznavour se révèle comme jamais auparavant dans ce livre magnifiquement illustré.On savait qu\u2019il composait les personnages de ses chansons à partir d\u2019une vérité intérieure, d\u2019un feu inextinguible, mais on n\u2019imaginait pas à quel point le chanteur a été tributaire de l\u2019acteur.« Je voulais faire une carrière théâtrale, avoir des rôles d\u2019enfants comme je l\u2019ai fait, grandir sur les planches, puis finalement jouer les vieillards.C\u2019était ça l\u2019idée et\u2026 ça a dévié.Mais je me suis toujours senti acteur et si vous regardez des enregistrements télévisés de mes débuts de chanteur, je me comportais déjà comme un comédien.On se rend compte qu\u2019en fait, j\u2019adaptais le rôle à la chanson.» Approfondir le cinéma d\u2019Az- navour, c\u2019est comprendre, de page en page, le parolier, le nar rateur de ses propres cour ts-métrages en rimes.Ainsi, quand on lui demandait d\u2019écrire une chanson pour un film, il exigeait une copie du script : « [\u2026] je faisais des synthèses.» Il a peaufiné son art d\u2019interpréter en regardant jouer ses acteurs préférés (« regarder tourner [Michel] Serrault , c \u2019é tait une bel le école »), en écoutant les réalisateurs (Chabrol « m\u2019incitait à aller plus loin dans mes intentions de jeu »).Du môme parmi les mômes f igurant dans les Disparus de Saint- Agil (1938) \u2014 où joue Mou- loudji, acteur et chanteur \u2014 jusqu\u2019au rôle principal de Tirez sur le pianiste (1960), on comprend que chanson et cinéma auront été des variantes du même désir de servir une nar ration.Et d\u2019épouser la mélodie des mots.Aznavour, proche en cela de McCartney, se considère d\u2019abord comme «un artisan», et un artisan saisit toutes les occasions de créer.Pendant le tournage d\u2019Intervention Delta en 1975, découvrant que James Coburn « jouait très bien de la flûte », Aznavour sor tira son clavier et les vedettes du film d\u2019action s\u2019accompagneront l\u2019un l\u2019autre.Le même Coburn qui est sur la photo de pochette de Band On The Run, l\u2019album le plus difficile à faire et pourtant le plus réussi de la carrière solo de McCartney.Oui, c\u2019est une coïncidence, mais ça en dit long sur la nature de ces créateurs prolifiques et exceptionnels : ils n\u2019ont rien laissé passer, ni les occasions, ni les gens.Et ça continue\u2026 « Je l \u2019ai toujours dit , quand j \u2019aurai 90 ans, on me poussera sur scène dans mon fauteuil roulant.» C\u2019est McCar tney qui parle.Aznavour, à 91 ans, chante encore debout.Le Devoir PAUL MCCARTNEY.DES MOTS QUI VONT TRÈS BIEN ENSEMBLE Conversations avec Paul Du Noyer Baker Street, 2015, 368 pages AZNAVOUR.MA VIE, MES CHANSONS, MES FILMS\u2026 Charles Aznavour et Vincent Perrot Textes additionnels de Philippe Durant Éditions de La Martinière, 2015, 240 pages M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 4 AUDREY BERGERON / Traces-Chorégraphes A P LLE I U IG A \u2019 L DE HAS E C R L Chorégraphe Image et vidéo Bastien Chambers Antoine Berthiaume Conseiller Serli interprètes les 14, 15, 16 & 21, 22, 23 janvier 2016, à 20 H Frédérique Bérubé Lee Anholt Direction de production et technique Costumes David-Alexandre Chabot et Éclairages et Scénographie François Marquis dramaturgique Marianne Gignac-Girard Direction des répétitions Kritzinger Merryn , Henry Kim En collaboration avec Audrey Bergeron Marilène Paul Musique Jessica et Billetterie Cinquième Salle \u2013 Place des Arts danse-cite.org / 514.842.2112 LIVRES Parler longtemps, longtemps avec Aznavour et McCartney S E R G E T R U F F A U T S un Ra est le grand incompris du jazz.Le méconnu, le mal aimé.On a pensé à cela après avoir écouté un album que, lors d\u2019une chronique toute récente, on avait inscrit à la rubrique solde du mois.Il s\u2019agit d\u2019un CD intitulé On Planet Earth 1914-2014 paru sur étiquette Notnowmusic afin de souligner le centième anniversaire de l\u2019homme transporté du trou noir de l\u2019espace céleste à Birmingham, Alabama, le 22 mai 1914.D\u2019où son nom : Sun Ra.Parce qu\u2019il malaxa les notes blanches et noires avec les échos planétaires qu\u2019il était le seul à capter, parce qu\u2019il s\u2019évertua à faire l\u2019alchimie des bizarreries astrologiques avec des légendes ésotériques entendues pour la première fois sur les rives du Nil, parce qu\u2019il s\u2019appliqua, lui ainsi que tous les membres de sa grande formation, à se présenter sur scène drapé dans des capes colorées et des couvre-chefs scintillants, les bien-pensants ont toujours considéré le Roi Soleil comme un fumiste.Pourtant lorsqu\u2019on s\u2019attarde aux parties les moins débraillées de son œuvre abondante, on constate que l\u2019esprit musical de celui qui eut pour nom terrestre Herman Blount présente bien des points communs avec celui d\u2019Edward Kennedy Ell ington et de Thelonious Sphere Monk.Oui, pour l\u2019orchestration et les arrangements, Sun Ra s\u2019est beaucoup penché sur les petits et grands travaux d\u2019Ellington.Monk ?Pour son style pianistique et son inclination pour les dérangements rythmiques.Bref, Sun Ra était et reste unique.Pour s\u2019en convaincre, pour mieux s\u2019introduire dans son univers il est vrai métaphysique, il suf fit de se saisir de l\u2019album évoqué ou encore du coffret Sun Ra \u2013 Four Classic Albums paru sur étiquette Real Gone Jazz, donc vendu à prix d\u2019aubaine, ou encore de New Horizons sur Fresh Sound ou Hours After sur Black Saint ou Purple Night sur A & M.La plupart du temps, notre pianiste et ses complices nous régalent.Car à l\u2019instar d\u2019Ellington et de Monk, Sun Ra possédait sur le bout des doigts l\u2019art de bien s\u2019entourer.Qu\u2019on y pense : les saxophonistes Marshall Allen, John Gilmore, très apprécié de John Coltrane, Pat Patrick, James Spaulding, Danny Thompson, les contrebassistes John Ore et Tyler Mitchell, le trompettiste Don Cherry et le batteur Willie Jones ont fait parti de sa phalange.C\u2019est dire et c\u2019est tout dire.Vive Sun Ra ! ?Plus tôt cette semaine, l\u2019immense musicien d\u2019origine montréalaise Paul Bley s\u2019est éteint.Aujourd\u2019hui on vous propose une sélect ion de quelques-uns de ses meilleurs enregistrements puisés dans une discographie très, très fournie.Il faut savoir que l\u2019homme était si attaché à sa liber té ar tistique, si enclin à préserver sa liberté de mouvements, qu\u2019il a toujours refusé de se lier par contrat à un label et à un seul.Voici notre choix évidemment subjectif : Sonny Meets Hawk! sur RCA ; Fusion \u2013 The Jimmy Giuffre 3 sur Verve ; Open, To Love sur ECM; The Nearness of You sur Stee- pleChase ; The Life of A Trio sur Owl ; Not Two, Not One sur ECM; Basics sur Justin Time.?Ami lecteur, sait-on jamais, peut-être que la programmation du Winter Jazzfest \u2014 du 13 au 17 janvier \u2014 qui suit vous intéressera même si son unité de lieu est New York.Toujours est- il que ses organisateurs ont ciselé une affiche très impressionnante : Sun Ra Arkestra, Mark Turner, Ralph Alessi, Roy Har- grove, Oliver Lake avec Barry Altschul, Graham Haynes et Joe Fonda, James Blood Ulmer, Ibrahim Maalouf, Steve Bernstein avec Henry Butler et le Hot 9, Don Byron\u2026 Pour en savoir plus, il suffit d\u2019aller sur leur site: winterjazzfest.com ?Restons à New York.Le club de jazz Smalls a refait son site de fond en comble.Les patrons du lieu proposent une nouvelle carte de tarifs à ceux qui veulent s\u2019abonner.Un, la retransmission « Live Video Stream » est désormais gratuite.L\u2019accès aux archives sonores, soit 9000 shows enregistrés depuis sa fondation, et aux archives visuelles est de 100 $ par mois.Pour en savoir plus, allez sur : smallslive.com.P.-S.: ils ont réduit les frais.Bonté divine ! Collaborateur Le Devoir Le Roi Soleil et son jazz PEDRO RUIZ LE DEVOIR Charles Aznavour se révèle comme jamais auparavant dans ce livre magnifiquement illustré.YAN DOUBLET LE DEVOIR On est plus utilement éclairés, et Paul McCartney plus surprenant, dans les chapitres des « Beatles après les Beatles ».PANDELIS KARAYORGIS C.C.WIKIPEDIA Sun Ra en 1992 M A R I E L A B R E C Q U E C\u2019 est une histoire d e v e n u e presque tragiquement banale.Les événements s\u2019inspire du massacre commis par un Norvégien d\u2019extrême droite en 2011, mais sa prémisse fait aussi penser à d\u2019autres tueries perpétrées depuis, de Paris aux États-Unis, où ce type d\u2019horreur survient à une fréquence sur réelle.Dans cette troisième œuvre de l\u2019excellent dramaturge écossais David Greig (Yellow Moon, Midsummer) montée par La Licorne, Emmanuel Schwar tz joue un jeune fanatique qui abat les membres d\u2019une chorale multiethnique dirigée par une pasteure anglicane lesbienne.Rescapée, Claire (Johanna Nutter) tente de comprendre l\u2019événement qui a saccagé sa vie.Selon le comédien Emmanuel Schwar tz qui nous accueille, la photographe et moi, chez lui à la veille de Noël, le théâtre est une tribune formidable pour parler de ce sujet qui concerne la communauté.Outre le duo d\u2019acteurs principaux, le spectacle met à contribution un chœur de neuf artistes \u2014 y compris le directeur musical Yves Morin \u2014, dont la composition représente une « sor te d\u2019échantillonnage » de la diversité sociale.Ce groupe devient à la fois « personnage, narrateur, concepteur sonore ».Et la chaleur apaisante de ses chants provoque «un contraste très intéressant avec le trouble de Claire, qui tente d\u2019atteindre la résilience et qui veut toujours remettre sa douleur sur la table, mais en se proposant un peu comme mar tyre de cette problématique-là».Claire est tellement traumatisée que tous ceux qu\u2019elle côtoie, même sa conjointe, prennent le visage du tueur.Dans cette pièce qui progresse par «éclats de conversations» ramenées à l\u2019essentiel, Emmanuel Schwar tz endosse une brochette de rôles différents.Un jeu économe qui tient moins de l \u2019 incar nat ion que de la suggestion.« Plutôt que dans la psychologie, on est dans le signifiant et dans la volonté de clar té.Et Denis Bernard, comme acteur, est le maître de ça», estime le comédien, qui a été séduit, notamment, par cette occasion de travailler pour la première fois avec le metteur en scène.Le sujet des Événements est si brûlant d\u2019actualité que l\u2019équipe de création a travaillé fort pour rester dans la retenue, dit le comédien.« J\u2019ai l\u2019impression d\u2019être collé sur quelque chose qui ne vibre pas juste au théâtre, en salle de répétition, mais un peu partout dans ma société.Donc ça me fait un bien énorme de le porter.Mais il faut être sobre.Le spectateur ne vient surtout pas voir les acteurs s\u2019épancher et vivre une catharsis parce que le monde va mal.Il vient être questionné, diverti, brassé.» Le goût de l\u2019extrême Avec son discours sur la nécessité de défendre ses valeurs et son patrimoine contre « l\u2019invasion étrangère », la rhétorique du tueur résonne particulièrement for t en ce moment.C\u2019est pourquoi il est fondamental de chercher à comprendre le «mode d\u2019emploi » de ces êtres qui succombent aux idéologies radicales, croit Emmanuel Schwartz qui, lui- même d\u2019origine « mixte », s\u2019inquiète.« Il ne faut pas avoir peur de dire qu\u2019on vit un moment dangereux de l\u2019Histoire.Et qu\u2019il faut avoir de la compassion pour la situation de l \u2019autre, qu\u2019on comprend à peine.Moi, je me suis souvent attaqué à des personnages comme ceux-là, très troubles », rappelle-t-il, en citant le protagoniste aliéné du film Lauren- tie.Des êtres marginalisés, qui se sentent exclus de la société.Des jeunes hommes qui, selon le comédien, ne savent pas comment vivre sur le plan le plus élémentaire, comment être heureux.Pourquoi l \u2019 incandescent interprète de Caligula (Remix) se retrouve-t-il souvent à jouer des « maniaques », comme il dit ?Probablement à cause de son goût pour la démesure.« Il y a quelque chose là qui me fascine, et j\u2019appelle ça.Quand une expérience de jeu semble devoir être prise à bras-le-corps, ça m\u2019intéresse.D\u2019où ces personnages extrêmes.Je ne sais pas si l\u2019équivalent lumineux existe, mais il m\u2019intéresserait aussi ! Ces rôles ne sont pas plus compliqués à jouer, de l\u2019intérieur, tandis que l\u2019ef fet est doublé pour le spectateur.» Et avec sa haute taille, sa voix profonde, son regard intense, Emmanuel Schwartz \u2014 qui sera prochainement Lucky dans En attendant Godot au Théâtre du Nouveau Monde \u2014 ne campe pas beaucoup de messieurs Tout-le-Monde\u2026.De se frotter à ces abîmes de noirceur l\u2019aide-t-il à comprendre ?Il le pense.« J\u2019ai l\u2019impression, de la manière la plus humble possible, de sonder des questions impor tantes de notre psyché collective.» Collaboratrice Le Devoir LES ÉVÉNEMENTS Texte : David Greig.Traduction : Maryse Warda.Mise en scène : Denis Bernard.À La Licorne, du 12 janvier au 20 février.T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 5 DAKHABRAKHA EN TOURNÉE DANS LES SALLES DE RESEAUSCENES.COM VENEZ DÉCOUVRIR LEURS VOIX PUISSANTES QUI ÉVOQUENT LE FOLKLORE ENVOÛTANT DE L\u2019EUROPE DE L\u2019EST © Y e v h e n R a k h n o 22 JANVIER Longueuil 23 JANVIER Belœil 24 JANVIER Ste-Geneviève 20 JANVIER Théâtre Outremont 21 JANVIER Gatineau LES ENTRETIENS DE GO Le jeudi 14 janvier 2016 dès 18 h 30, découvrez avec nous les enjeux de la pièce UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR lors d'un entretien avec le metteur en scène Serge Denoncourt.Une manière unique d'avoir les clefs du spectacle avant d'en être les témoins.En collaboration avec La banalité du mal Emmanuel Schwartz incarne un tueur de masse dans Les événements, une pièce d\u2019une actualité troublante PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Dans cette pièce qui progresse par « éclats de conversations» ramenées à l\u2019essentiel, Emmanuel Schwartz endosse une brochette de rôles dif férents.Il y a quelque chose là qui me fascine, et j\u2019appelle ça.Quand une expérience de jeu semble devoir être prise à bras- le-corps, ça m\u2019intéresse.D\u2019où ces personnages extrêmes.Je ne sais pas si l\u2019équivalent lumineux existe, mais il m\u2019intéresserait aussi ! Ces rôles ne sont pas plus compliqués à jouer, de l\u2019intérieur, tandis que l\u2019effet est doublé pour le spectateur.Emmanuel Schwartz « » D A N I E L L E L A U R I N C e n\u2019est pas un livre à proprement parler.À l\u2019intérieur du petit boîtier doré qui peut donner à le penser, on découvre une cinquantaine de cartes postales.Sur chacune d\u2019elles, une photo.Et, tout en bas, un cour t texte qui en éclaire le contexte.Chaque carte renvoie à un projet artistique qu\u2019elle a mené.Aussi, ce titre, Tout, est-il à prendre avec ironie.On est loin d\u2019avoir sous les yeux le grand tout de Sophie Calle.Plutôt des pièces détachées.Mais qui témoignent de l\u2019approche unique de l\u2019artiste, de son goût avoué pour l\u2019aventure, l\u2019explora- t ion, la découver te.Et pour la réflexion, l \u2019 introspection.Des thèmes reviennent : l\u2019intime, l\u2019amour, la rupture, le secret, la mort\u2026 réinventés autrement, dans un autre contexte, une autre forme, un autre traitement.Peu importe l\u2019ordre dans lequel on regarde ces photos et les textes qui les accompagnent, la cohérence apparaît dans ce qui se révèle là d\u2019inattendu.Morceaux choisis Ici, une photo d\u2019elle à deux ans, sur une plage.Sa mère l\u2019avait laissée avec un groupe d\u2019enfants plus âgés qui jouait à se débarrasser d\u2019elle.« Ça m\u2019est resté », note-t-elle.Là, une photo issue d\u2019une per formance intitulée Journaux intimes qu\u2019elle a donnée en 2012, au Festival d\u2019Avignon.Ce jour-là, dans une église, elle a lu pour la première fois en public, pour la seule fois, les journaux intimes que sa mère lui avait laissés peu avant sa mor t, en 2006.La lecture a duré 22 heures.D\u2019autres références à sa mère, à sa mor t, ici et là.Chaque fois l\u2019émotion qui afflue.Notamment devant ce montage en mosaïques de photos de sa mère à dif fé- rents âges de sa vie.Et cette note dans laquelle la fille précise qu\u2019elle a posé sa caméra au pied du lit dans lequel sa mère agonisait, parce qu\u2019elle craignait qu\u2019elle n\u2019expire en son absence\u2026 Un an plus tard, alors qu\u2019elle représentera la France à la Biennale de Venise, l\u2019ar tiste présentera une vidéo bouleversante sur les dernières minutes de vie de sa mère.Dans le cadre du même événement, elle proposera son installation Prenez soin de vous, inspirée d\u2019une lettre de rupture qu\u2019elle avait reçue : elle a demandé à 107 femmes (dont Jeanne Moreau, Laurie Anderson, Florence Aubenas) de lire cette lettre, de l\u2019interpréter devant la caméra.Cette instal lat ion sera présentée ensuite à Paris, à Montréal et ailleurs dans le monde, et donnera lieu à un beau l ivre (Actes Sud) renfermant l \u2019essentiel des textes, des photos, mais aussi, sur DVD, des vidéos de l\u2019expo.Un ouvrage exceptionnel, une œuvre d\u2019art en soi.Un téléphone rouge, posé sur un lit, dans une chambre d\u2019hôtel.Cette photo est tirée de Douleur exquise.« Quand avez-vous le plus souf fer t ?», avait demandé Sophie Calle à son entourage, à la sui te d\u2019une r upture amoureuse.« Cet échange cesserait quand j\u2019aurais épuisé ma propre histoire à force de la raconter, ou bien relativisé ma peine face à celle des autres », précise l\u2019artiste à propos de cette œuvre qui a donné lieu, à Montréal, en 2009, à une adaptation théâtrale de Brigitte Haent- jens mettant en scène Anne- Marie Cadieux.On a vu aussi chez nous, au début de l\u2019année 2015 et jusqu\u2019en mai, l \u2019 installation Pour la dernière et pour la première fois , à laquelle deux photos font référence dans Tout.Sophie Calle reprend par la même occasion ses explications : « À Istanbul, j\u2019ai rencontré des aveugles qui, pour la plupart, avaient subitement perdu la vue.Je leur ai demandé de me décrire ce qu\u2019ils avaient vu pour la dernière fois.» Puis : « À Istanbul, ville entourée par la mer, j\u2019ai rencontré des gens qui ne l\u2019avaient jamais vue.J\u2019ai filmé leur première fois.» On s\u2019attarde au passage à trois photos qui proviennent de projets communs avec l\u2019écrivain Paul Auster, à qui Sophie Cal le a inspiré un personnage dans son roman Léviathan (Actes Sud).On remonte jusqu\u2019aux premières œuvres de l \u2019ar tiste, alors qu\u2019elle pistait des inconnus dans la rue, demandait à des gens de venir dormir dans son lit pour les prendre en photo ou se faisait embaucher comme femme de ménage dans un hôtel de Venise pour photographier les ef fets personnels des clients.On peut voir dans ce Tout une introduction originale à l\u2019œuvre de Sophie Calle, une incursion pour néophytes, une invite à la découver te.Pour d\u2019autres, ces 54 car tes postales, comme autant de traces, de morceaux choisis, d\u2019objets témoins, feraient plutôt l\u2019ef fet, parfois, de petites madeleines.Une seule image pouvant faire remonter à la sur face tant de souvenirs, d\u2019émotions, liés à une œuvre, à sa découverte.Ce qui fascine le plus au final : à quel point l\u2019ar t de Sophie Calle, tourné vers sa vie, vers sa propre trajectoire, sa propre histoire, lance un appel vers l\u2019autre, nous interpelle.Signe d\u2019une grande ouverture.Collaboratrice Le Devoir TOUT Sophie Calle Actes Sud Arles, 2015, coffret de 54 cartes postales A R T S V I S U E L S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 6 Performances, installations, photos, vidéos, films, livres\u2026 Depuis près de 40 ans, Sophie Calle cherche de toutes les façons à créer des ponts entre l\u2019art et la vie, à abattre les cloisons entre les sphères privée et publique.Grande figure de l\u2019art contemporain en France, elle of fre avec Tout une vue d\u2019ensemble sur sa démarche et ses créations, mais en accéléré, comme un condensé.Toujours là où on ne l\u2019attend pas, Sophie Calle, 62 ans.Sophie Calle en cartes postales Pièces détachées d\u2019une œuvre singulière au cœur de l\u2019intime FRED TANNEAU AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019art de Sophie Calle, tourné vers sa vie, vers sa propre trajectoire, sa propre histoire, lance un appel vers l\u2019autre, nous interpelle.la première chorégraphe à proposer une autre vision du Lac des Cygnes.Mais la sienne intègre des questions de justice sociale et s\u2019approprie l\u2019histoire chorégraphique, alors que l\u2019on croit souvent, à tort, le ballet et la danse contemporaine circonscrits à l\u2019Europe et à l\u2019Amérique du Nord.Rencontre du ballet et des danses africaines Pour camper son Lac des Cygnes inusité, Dada Masilo a créé une gestuelle qui entremêle la danse classique et les danses africaines : « Il y a 11 langues o f f icie l les en Afrique du Sud et chaque langue a sa propre danse ! » La chorégraphe s\u2019est également inspirée de l\u2019histoire et des personnages du Lac des Cygnes : « Recréer des œuvres me permet de travailler à partir d\u2019un récit, ce que j\u2019aime beaucoup faire.Même si c\u2019est très difficile, c\u2019est fantastique de pouvoir donner corps à des personnages et de leur insuffler de la vie à ma manière.C\u2019est aussi très intéressant pour l \u2019écri ture chorégraphique.Puisqu\u2019Odette est un personnage léger, j\u2019ai choisi d\u2019initier ses mouvements à par tir des bras et du buste, alors que la gestuelle de Carmen, très viscérale et ancrée dans le sol, était catalysée par les hanches.» L\u2019aérienne Odette, qui se transforme en cygne au lever du solei l , est d \u2019a i l leurs le seul personnage à monter par fois sur pointes dans la pièce.La pétulante Dada Ma- silo interprète d\u2019ailleurs elle- même ce rôle.Af fectionnant le ballet, la chorégraphe y puise le matériau de ses créations, réinventant l\u2019ar t de Diaghilev qui constitue souvent une fabrique de corps dociles et similaires, soumis à une hiérarchie rigide : « Je ne suis pas devenue ballerine à cause de la hiérarchie et du fait que je n\u2019ai pas le \u201c bon corps \u201d pour la danse classique.Je suis petite et j\u2019ai les jambes arquées (ce que j\u2019adore).Je ferais un très mauvais sujet de corps de ballet parce que j\u2019ai trop d\u2019énergie et que je n\u2019ai pas de cheveux.Ceci dit, j\u2019adore la danse classique, mais pas toute l\u2019absurdité qui l\u2019accompagne.Par exemple, j \u2019aime beaucoup le travail d\u2019ensemble, car tout le monde y est important et c\u2019est un ef fort collectif qui a du sens.» Le travail d\u2019ensemble, voilà qui occupera cer tainement Dada Masilo dans son prochain projet, incarner sa vision du Sacre du printemps.Dans sa recréation de cette œuvre iconique de l\u2019histoire de la danse, Dada Masilo devrait fusionner la danse contemporaine et la danse tswana, originaire du Botswana.SWAN LAKE De Dada Masilo Au Centre national des Arts à Ottawa le 12 janvier À la Salle Wilfrid-Pelletier à Montréal les 14 et 16 janvier Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 MASILO Dada Masilo en cinq dates 1985 Naissance dans les townships de Soweto 1995 Création de la compagnie The PeaceMakers avec des filles de son âge 1996 Spectacle des PeaceMakers à la Danse Factory Johannesburg et début de la formation de Dada Masilo en danse classique et contemporaine dans le même lieu 2005 Études à l\u2019école de danse contemporaine PARTS à Bruxelles 2008 Début de la résidence à la Dance Factory Johannesburg et prix Standard Bank Young Artist Award pour la pièce Romeo and Juliet ACTES SUD Sur chaque carte postale, une photo.Et, tout en bas, un court texte qui en éclaire le contexte.ACTES SUD Chaque carte renvoie à un projet artistique que Sophie Calle a mené. mor t.Pétr is de mystère, semblables à des figures fantomatiques s\u2019étant échappées des univers de Shakespeare et des frères Grimm, ses personnages se meuvent dans un état somnambulique, comme dans un rêve éveillé.« Le temps cinéma, c\u2019est un temps arrêté, contrairement à l\u2019ar t vivant qu\u2019est le théâtre, croit Christian Lapointe.Par symbolisme, l \u2019œil de la caméra est celui de la mort qui nous regarde.Je ne suis pas un provocateur, mais je me permets de sor tir de la rectitude de la nuit symbol i s te .Le sacré de la pièce , c\u2019est impor tant, mais pas de profane, pas de sacré.Il y a des espaces de profanation et des zones de sacré et ces es- paces-là réitèrent notre présence dans la salle.Au fond, la question du théâtre, c\u2019est de l\u2019être ensemble.» « On est dans le rêve de l\u2019enfant qui joue.Tout est codé, il y a une espèce d\u2019alchimie.Ce procédé participe à l\u2019alchimie qui manifeste le rêve.Par moments , on se demandait s i Maeterlinck avait mélangé l \u2019ordre des scènes » , a joute Lionel Arnould.Ce rêve, Christian Lapointe le brise ponctuellement afin de ramener l\u2019assistance dans la réalité de la représentation : « J\u2019ai tenu à ce qu\u2019on ne sombre pas dans le sopori - fique de la pièce.Il y a des ruptures, des fuites, des digressions qui nous ramènent au temps de la salle.Dans le théâtre contemporain, il y a cet te fâcheuse manie de se commenter et de commenter d\u2019où il vient.Dans ce jeu-là, il y a l\u2019idée de profaner des choses sacrées dans le but de réitérer du sacré afin que les choses ne soient pas sacrées par convention.Il y a là la démocratisat ion du réper - toire symboliste et à la fois la démocratisation des pratiques contemporaines.Et ça, c\u2019est très excitant.» Le Devoir PELLÉAS ET MÉLISANDE Au TNM du 12 janvier au 6 février J É R Ô M E D E L G A D O Q u\u2019ont en commun la résonance des corps, un trou de mémoire et une première cohor te ?Rien, sinon qu\u2019i l s\u2019agit des titres de trois œu- vres singulières, en cours de réalisation, qui apparaîtront dans l\u2019espace public d\u2019ici 2017.La première est une œuvre sonore, la première au Québec issue de la politique d\u2019intégration des ar ts à l\u2019architecture et à l\u2019environnement \u2014 ou du 1 %.La seconde, dont la forme finale importe peu, découle d\u2019une série d\u2019actions urbaines.La troisième, basée sur des por traits photographiques, implique la par tici- pation de 75 personnes.Les trois œuvres \u2014 La résonance des corps de Catherine Bédard et Sabin Hudon (projetée pour le CHUM), Trou de mémoire d\u2019Alain- Mar t in Richard (pour le Complexe environnemental Saint-Michel) et Première co- hor te de Caroline Hayeur (pour le Centre de formation professionnelle des Patriotes, à Sainte-Julie) \u2014 poussent l\u2019ar t public dans des zones peu exploitées.Ancienne carrière Miron Leurs auteurs doivent certes relever le défi de l\u2019intégra- t ion à un si te , mais dans chaque cas l\u2019approche relève de l\u2019inusité.Alain-Martin Richard, ar t iste connu pour ses manœuvres urbaines, affirme être un « cobaye ».« [Le jur y] me l \u2019a dit .Mais lui aussi l\u2019était.» L\u2019expérimenté ar tiste de Québec est encore surpris, neuf mois après le concours piloté par le Bureau d\u2019art public de la Ville de Montréal.Une semaine avant Noël, il reconnaissait l\u2019audace de l\u2019exercice destiné à trouver une œu- vre pour le parc du Complexe environnemental Saint-Michel, sur le site de l\u2019ancienne carrière Miron.« On a engagé un artiste sur le principe de la carte blanche.Je n\u2019avais jamais vu ça, avoue- t-il.Nous [les cinq finalistes du concours] avons défendu notre démarche, et non une œuvre.Nous n\u2019avons pas présenté de maquette.C\u2019est excessivement stressant.Une épée de Damoclès.» Chois i en mai 2015, Ri - chard s \u2019est mis à l \u2019œuvre pendant l\u2019été.Tenues dans Saint-Michel, ses actions ont découlé de rencontres avec les groupes populaires, les résidents et les travailleurs.I l a marché, pédalé et exposé au-dessus de r uelles des banderoles reprenant les témoignages de cette po- pulat ion mult igénérat ion- nelle et multilingue.Selon lui, la destruction des cheminées de la carrière aura causé la « perte de mémoire ».Sa stratégie, basée sur l\u2019écoute des gens af fectés « par les effets néfastes de l\u2019industrialisation et de l\u2019enfouissement des déchets », vise, dit-il, « à remplir le trou».L\u2019épée de Damoclès a fini par frapper la tête de Ri - chard.À l\u2019automne, inspiré par ses actions, il a présenté une maquette : refusée ! I l doit désormais en proposer une deuxième.Il imagine une pièce métaphorique en deux volets, un parcours de pierres et un objet que les mauvaises herbes recouvriront.Habiller le futur CHUM La résonance des corps de Catherine Béchard et Sabin Hudon, une des dix œuvres choisies en septembre pour habiller le futur CHUM, reposera sur une discrétion similaire.Ce ne sont pas les herbes qui la couvriront, mais les bruits urbains.Cette installation sonore, inspirée par le clocher de l\u2019ancienne église Saint-Sauveur, à l\u2019angle des rues Saint-Denis et Viger, et destinée à ce même lieu, instaurera «un moment de paix».«On veut créer des moments, où, pendant quelques secondes, on ne pense plus à notre condition.On est là, on respire », explique Sabin Hudon.Pas question, précise sa collègue et compagne, « d\u2019imposer un environnement » : la composition sera subtile, intégrera des sons environnementaux, d\u2019autres créés en studio et des «moments vides», ou silences.Le duo formé en 1999 se plaît à dire que sa proposition, à l\u2019instar de l\u2019installation de Max Neuhaux diffusée par les bouches d\u2019aération de Times Square, à New York, repose sur le hasard des découvertes.Béchard et Hudon, qui se qualifient de « plasticiens sonores», font aussi dans les arts visuels.Leur véritable première œuvre publique, installée en novembre devant une école primaire d\u2019Ahuntsic, est\u2026 silencieuse.La résonance des corps, elle, aura son objet, métallique : trois plateformes habiteront dif férentes hauteurs du clocher.El les ne fonctionneront pas comme haut-parleurs, mais comme surfaces, où résonnera chaque petit bruit.« Ce qui nous intéresse, c\u2019est la vocation du lieu.Le projet est inusité, croit Catherine Bé- chard, parce que les sons sont dif fusés dans une matérialité résonnante.Une église est déjà un corps résonnant, avec une acoustique propre.Et il y a le vide du clocher.De là la volonté de travailler la ver ticalité et l\u2019horizontalité, pour avoir des pleins et des vides.» Une école à Sainte-Julie Caroline Hayeur, elle, a gagné le concours destiné à un corridor d\u2019une école technique de Sainte-Julie.Grâce à une maquette.La photographe, qui s\u2019est fait un nom avec des portraits de communautés bien précises, comme pour son travail récent sur l \u2019adolescence, n\u2019aura pas le choix de respecter jusqu\u2019à la fin son concept «béton».Sa première œuvre du 1% innove autrement.« C\u2019est audacieux parce que j\u2019inclus les étudiants dans le processus.Ils sont mes modèles et font par tie du concept, dit- elle.L\u2019œuvre parle d\u2019un projet éducatif et je devais la faire avec les étudiants.» Première cohor te rassemblera les étudiants de deux nouveaux programmes en soudure et en mécanique, pour lesquels un bâtiment a été construit.Depuis décembre, l\u2019artiste les photographie sur place, dans leur uniforme.Elle les intègre à ce point dans la création, qu\u2019elle leur donne un cachet.L\u2019esprit du prolétariat, et du par tage, anime cette œuvre.« Le décor industriel est génial, les costumes magnifiques.Ce sont des por traits de travailleurs, mais ils gardent leur anonymat », signale-t-elle.Collaborateur Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 7 DE VISU C U L T U R E www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Titulaire d\u2019un permis du Québec Voyages \u2013 conférences \u2013 2016 \u2013 une grande saison commence ! 20 mars Jour de réjouissance ! MONTRÉAL \u2013 dévoilement du programme été-automne et concert de clavecin Réservez votre place maintenant 22-25 avril BOSTON \u2013 CAMBRIDGE Villes d\u2019histoire, d\u2019art et de musique Détail de ce voyage sur demande Prix spécial jusqu\u2019au 15 janvier J E A N - PA U L L \u2019 A L L I E R a é t é m e m b r e d u p r e m i e r c o n s e i l d \u2019 a d m i n i s t r a t i o n d e l a Fo n d a t i o n a u p r è s d e G a s t o n M i r o n e t d e P i e r r e Va d e b o n c œ u r, d e 1 9 8 6 à 1 9 9 4 .Nous offrons nos condoléances à sa famille et au monde des arts qu\u2019il a si bien su servir.Trois projets audacieux viendront enrichir l\u2019espace public ALAIN-MARTIN RICHARD À l\u2019été 2015, Alain-Martin Richard a tenu plusieurs actions publiques dans Saint-Michel, avec des groupes populaires, des résidents et des travailleurs.AGENCE STOCK PHOTO La photographe Caroline Hayeur a gagné le concours destiné à un corridor d\u2019une école technique de Sainte-Julie.SUITE DE LA PAGE E 1 MAETERLINCK L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 CINEMA E 8 C U L T U R E #JaideCIBL Parce que CIBL est une radio citoyenne libre www.haricot.ca theatreoutremont.ca 514 495-9944 FIDELIO L\u2019ODYSSEE D\u2019ALICE Le lundi 11 janvier 16 h et 19 h 30 | 8,50 $ de Lucie Borleteau AVEC ARIANE LABED, MELVIL POUPAUD ET ANDERS DANIELSEN LIE LE REVENANT (V.F.DE THE REVENANT) ?1/2 Western d\u2019Alejandro Gonzáles Iñárritu.Scénario : Alejandro Gonzáles Iñárritu et Mark L.Smith d\u2019après le roman de Michael Punke.Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Will Poulter, Downhall Gleeson, Brad Carter.États-Unis, 2015, 156 minutes.O D I L E T R E M B L A Y L e dernier film d\u2019Alejandro González Iñárritu (Babel, Birdman) traîne parfois de la patte côté scénario, mais ses qualités sont si éclatantes qu\u2019il mérite de figurer parmi les meilleurs films de l\u2019année et d\u2019atterrir dans la course aux Oscar.D\u2019abord pour DiCaprio, qui pourrait, après bien des déboires, recevoir enfin la statuette du meilleur acteur.Chose certaine, on l\u2019attend aux nominations, tout comme Tom Hardy (méchant à souhait) au meilleur acteur de soutien.La puissance du film repose sur son âpreté, aussi sur ses silences.Peu de mots dans cette œuvre viscérale, à saveur épique, pétrie de violents corps à corps.Emmanuel Lubezki, qui avait signé les images de Birdman, est de retour pour celles du Revenant, avec des captures exceptionnelles de la nature dans l\u2019Ouest canadien et parfois du sud de l\u2019Argentine, auxquelles s\u2019ajoutent des effets spéciaux stupéfiants de réalisme.L\u2019esthétique du film, entre promiscuité humaine et paysages splendides et dangereux, est en soi un poème.Tout a été filmé en lumière naturelle sous un froid souvent intense, en des conditions de tournage éprouvantes.Classé western, car l\u2019action se situe dans l\u2019Ouest sauvage de 1824, il s\u2019agit plutôt d\u2019un film de résilience en des conditions extrêmes.Ce Survivor à l\u2019État pur tient de l\u2019adaptation d\u2019un roman, qui lui- même reprenait l\u2019aventure véridique de Hugh Glass.Cet américain, homme des bois, avait parcouru plus de 300 kilomètres après avoir été grièvement blessé par une femelle grizzli.Richard C.Sarafian, dans Man in the Wilderness, avait abordé la même histoire en 1971.Dimension mythologique L\u2019ADN américain, tissé de conquête de territoire et d\u2019exploits à la dure de « self-made men », surgit sous la grif fe du grand cinéaste mexicain, qui en restitue la dimension mythologique.À l\u2019histoire originale, l\u2019équipe du Revenant a adjoint au héros coureur des bois un fils métis, pour la dimension émotive, mais dont la présence n\u2019apporte pas grand-chose au récit.Attaque des Sioux, conflit entre les deux trappeurs dominants, Hugh Glass et John Fitzgerald (Tom Hardy), l\u2019action culmine lors du combat de la mère ourse avec Glass, qui a eu le malheur de croiser ses petits.Cette séquence de lutte entre l\u2019homme et la bête, vraiment impressionnante, frise l\u2019anthologie du genre.Le film est physique, collé au corps lacéré, aux grimaces de souffrance de DiCaprio, appelé à accroître son registre pour entrer en des zones d\u2019intensité inédites.Le spectateur pantelant devient prisonnier de sa souffrance.Un des grands mérites du Revenant est de transposer le public dans l\u2019univers disparu d\u2019une Amérique encore indomptée qui semble revivre sous nos yeux, avec une nature hostile, parcourue par des clans souvent ennemis, les Indiens attaqués par les Blancs qui se vengent à leur tour, les coureurs des bois qui se trahissent et s\u2019entretuent au besoin, les combats pour la survie, contre le froid, les animaux.On n\u2019est pas au royaume des enfants de chœur.La violence est reine, certaines séquences, stupéfiantes, et Iñárritu était bien documenté.Alors que les westerns classiques ont célébré les cowboys au détriment des autochtones, avec revirement dans Il danse avec les loups de Kevin Costner en 1990, cette fois, Iñárritu ne choisit pas de camp ethnique, mais épouse l\u2019odyssée de Glass, au profil quand même adouci.Un Indien arikara l\u2019aidera à survivre après que ses compagnons l\u2019eurent abandonné devant sa tombe.Dans un campement de trappeurs, sous le feu du soir, on retrouve des « Frenchmen », Français venus de Louisiane et Canadiens français coureurs des bois noceurs gardant prisonnière une jeune Sioux, violée par leur chef Toussaint, que Glass sauve de ses grif fes.L\u2019atmosphère se colle aux sources historiques.Emmanuel Bilodeau y incarne brièvement un interprète, mais des scènes ont sans doute été coupées au montage.Film dit de vengeance, Le revenant, épopée d\u2019un homme qui cherche son ennemi Fitzgerald pour lui faire la peau, se dédouane quant au public américain conservateur à travers une rédemption en fin de course.La force concentrée du film pourrait quand même nuire à son succès commercial, car les codes stylisés de violence hollywoodienne y disparaissent au profit d\u2019un traitement frontal qui en dérangera plusieurs.La longue durée du film lui fera sans doute aussi perdre des spectateurs.Le revenant est un film qui se mérite, sans doute le plus puissant et le plus courageux de l\u2019année.Le plus éprouvant aussi.Le Devoir Un vrai Survivor, façon Iñárritu INGRID BERGMAN: IN HER OWN WORDS ?1/2 Réalisation de Stig Björkman.Narration d\u2019Alicia Vikander.Suède, 2014, 114 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E A lors âgée de 14 ans, Ingrid Bergman écrit dans son journal intime : « Partout dans la maison, les chandelles brûlent.Tout est si beau et je suis si triste.Je veux écrire tout ce qui s\u2019est passé en 1929.Papa est mort.Mon amie Maude est mor te.Grand-père est mor t.Oncle Amandus et tante Jenny aussi.J\u2019espère que la prochaine année sera meilleure.» Non seulement l\u2019année 1930 le sera-t-elle, mais l\u2019existence entière de la jeune fille prendra une tournure extraordinaire.Raconté du point de vue de celle qui fut successivement la muse d\u2019Alfred Hitchcock et de Roberto Rossellini, le documentaire Ingrid Bergman : In Her Own Words of fre une incursion privilégiée dans l\u2019intimité d\u2019une légende.For t d \u2019une recherche consciencieuse, le réalisateur Stig Björkman propose un flot fascinant d\u2019extraits de films maisons inédits et de photos personnelles révélatrices (Ingrid Bergman était une documentaliste compulsive, ap- prend-on).À la narration, Alicia Vikander (Ex Machina) lit des passages choisis des journaux intimes que tint Bergman tout au long de son existence.On est frappé de constater à quel point la célébrité ne lui monta jamais à la tête, une préoccupation précoce, en l\u2019occurrence.Dès 1936 en effet, elle écrivit « Une rumeur cour t selon laquelle je serais l\u2019actrice la plus douée du pays.Mes camarades ne travaillent pas alors que les réalisateurs s\u2019arrachent ma participation à leurs films.Je viens d\u2019en tourner dix en cinq ans.Cela m\u2019angoisse d\u2019y penser.J\u2019espère être à la hauteur.J\u2019espère ne pas être devenue vaniteuse.» Ses quatre enfants y vont quant à eux de témoignages écla irants , son a înée Pia Lindström regrettant les « dé- ser tions » de sa mère tout en précisant ne pas lui en vouloir, mais plutôt se languir de sa présence (« Elle était si amusante ! »).Devenue actrice à son tour, Isabella Rossellini jette de son côté un regard à la fois aiguisé et bienveillant sur la conciliation célébrité-famille.Une femme émancipée Judicieusement sélectionnées, des entrevues télévisées permettent pour leur par t d\u2019entendre la principale intéressée s\u2019exprimer telle qu\u2019en elle-même.Chaque fois, sa franchise séduit.À l\u2019animateur qui lui fait remarquer qu\u2019en vivant successivement en Suède, en Allemagne, aux États-Unis, en Italie, en France puis en Angleterre, elle s\u2019est privée de racines, elle répond du tac au tac « Je ne veux pas de racines ! Je veux être libre ! » C\u2019est d\u2019ailleurs parce qu\u2019elle se sentait confinée en Suède qu\u2019elle accepta l \u2019 invitation d\u2019Hollywood.Casablanca, Pour qui sonne le glas, Les cloches de Sainte-Marie, Hantise (premier Oscar), Les enchaînés : les succès se suivent.Or, c\u2019est cette même indépendance farouche qui la fera déchanter.D\u2019où, de son propre aveu, son désir ir répressible de tourner avec Roberto Rossel- lini, chantre du néo-réalisme italien.En plein tournage de Stromboli, elle en tomba amoureuse et n\u2019hésita pas à l\u2019épouser en secondes noces, renonçant dans la foulée à sa carrière américaine après qu\u2019on l \u2019eut taxée de briseuse de ménage.Ensemble, le couple tour na cinq f i lms, dont le magnifique Voyage en Italie.« Je me sentais prisonnière à Hollywood.Je savais qu\u2019il existait une autre manière de faire du cinéma et je voulais voir si j\u2019étais capable d\u2019atteindre ce niveau de vérité là », ex- plique-t-elle dans un français merveilleusement cassé.Retour en grâce Au bout d\u2019un moment toutefois, Ingrid Bergman eut l\u2019impression d\u2019avoir troqué une cage contre une autre.Lorsque Roberto Rossellini menaça de se suicider si elle acceptait de tourner Anastasia, en 1956, elle ne se laissa pas intimider.Divorce numéro 2.Paradoxalement, cette version fictive du récit de la prétendue fille survivante du tsar de Russie marqua son retour en grâce à Hollywood.Oscar numéro 2.Un troisième, pour Le crime de l\u2019Orient-Express, suivit en 1975.«Je suis passée de sainte à prostituée puis à sainte encore, tout cela en une seule vie», déclara-t- elle plus tard, mi-figue, mi-raisin.Au final, on l\u2019aura compris, ce documentaire à la première personne s\u2019intéresse davantage à la vie personnelle que professionnelle d\u2019Ingrid Bergman.Ce par ti pris décevra peut-être les cinéphiles souhaitant en apprendre plus sur la comédienne, mais ravira ceux désirant connaître un peu mieux la femme.Le Devoir Souvenirs intimes La star se raconte dans le documentaire Ingrid Bergman : In Her Own Words 20TH CENTURY FOX Alejandro González Iñárritu sur le plateau du Revenant avec son acteur Leonardo DiCaprio On a droit à un flot fascinant d\u2019extraits de films maisons inédits et de photos personnelles (Ingrid Bergman était une documentaliste).PHOTOS CINÉMA DU PARC Le documentaire à la première personne s\u2019intéresse davantage à la vie personnelle que professionnelle d\u2019Ingrid Bergman. L O U I S C O R N E L L I E R L a politique, convenons-en, n\u2019est pas toujours drôle.Ce n\u2019est pas une raison pour ne pas en rire, bien au contraire, nous disent les journalistes Jean-Simon Gagné, du Soleil, et Pascale Guéricolas, de Radio France, dans cet amusant petit recueil de blagues politiques, principalement récoltées auprès de « lecteurs coquins » et de fonctionnaires mécontents.Il ne s\u2019agit pas, expliquent les journalistes, d\u2019encourager, par cet humour, le mépris des politi - ciens ou des institutions parlementaires, mais plutôt de « cour t-circuiter la langue de bois » et « de s\u2019avouer des choses dif ficiles à admettre».Il y a de bons morceaux dans cette collection.Deux touristes québécois visitent le cimetière du Père-Lachaise, à Paris.Ils entendent un curé s\u2019adresser à un petit groupe : «Nous enterrons aujourd\u2019hui un grand politicien et un honnête homme.» Surpris, un des touristes dit à l\u2019autre : « Je ne savais pas qu\u2019en France, on pouvait enterrer deux personnes différentes au même endroit.» C\u2019est l\u2019anniversaire du ministre Yves Bolduc.Que peut-on lui offrir ?demande un de ses employés.Un livre?«Non, répond son collègue.Il en a déjà un.» En tournée électorale, de passage dans une porcherie, Jean Charest tombe dans la fosse à purin.Le fermier le tire de là.«Ne racontez à personne que je suis tombé là-dedans», implore le premier ministre.«À condition que vous ne disiez à personne que je vous en ai sorti», rétorque le fermier.Un juge demande à Robert Bourassa de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité.« Impossible, s\u2019exclame le chef libéral.Il s\u2019agit de trois choses complètement différentes.» Marois, Legault et Couillard sont dans le train de la réforme constitutionnelle.Une panne survient.« Qu\u2019on fasse les réparations nécessaires », exige Marois, sans résultat.« Qu\u2019on remplace les mécaniciens incompétents », ordonne Le- gault, sans résultat.« Que l\u2019on ferme les rideaux et que l\u2019on dise aux passagers que le train est repar ti » , tranche finalement Couillard.Si on annonce la fin du monde pour demain, où faut-il se réfugier ?« À un congrès du Parti conservateur du Canada, car les membres ont généralement 100 ans de retard sur le reste du monde.» En 2016, les interventions et décisions des têtes d\u2019af fiche politiques québécoises, canadiennes et internationales nous mettront assurément à rude épreuve.L\u2019arme du rire révélateur ne sera pas de trop dans la traversée qui nous attend.Rions donc un peu.Collaborateur Le Devoir LA POLITIQUE DU RIRE Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas Septentrion Québec, 2015, 152 pages L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 9 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Ce qui se passe à Cuba reste à Cuba! Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 2/8 Ceux qui restent Marie Laberge/Québec-Amérique 1/9 Faims Patrick Senécal/Alire 3/10 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 12 Kimaati Anne Robillard/Wellan 6/6 Petite mort à Venise Francine Ruel/Libre Expression 5/9 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 1 1939.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 9/12 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 7/2 Quand j\u2019étais Théodore Seaborn Martin Michaud/Goélette 10/8 Tout ce qu\u2019on ne te dira pas, Mongo Dany Laferrière/Mémoire d\u2019encrier 4/5 Le cirque Michel David/Hurtubise 8/7 Romans étrangers La mariée était en blanc Mary Higgins Clark | Alafair Burke/Albin Michel 3/4 Macabre retour Kathy Reichs/Robert Laffont 2/11 Millénium \u2022 Tome 4 Ce qui ne me tue pas David Lagercrantz/Actes Sud 1/18 Les dieux du verdict Michael Connelly/Calmann-Lévy 4/8 La fille du train Paula Hawkins/Sonatine 5/31 Famille parfaite Lisa Gardner/Albin Michel 6/9 Cinquante nuances de Grey par Christian E.L.James/Lattès \u2013/1 Le livre des Baltimore Joël Dicker/Fallois 10/12 Revival Stephen King/Albin Michel 8/3 After \u2022 Tome 2 La collision Anna Todd/Homme \u2013/1 Essais québécois Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 1/12 Treize verbes pour vivre Marie Laberge/Québec-Amérique 2/9 Foglia l\u2019Insolent Marc-François Bernier/Édito 3/14 La médiocratie Alain Deneault/Lux 4/7 Le vin snob Jacques Orhon/Homme 5/5 Je serai un territoire fier et tu déposeras tes.Steve Gagnon/Atelier 10 7/3 Jackpot.Plaisirs et misères du jeu Denise Bombardier/Homme \u2013/1 Un peuple à genoux 2015 Collectif/Poètes de brousse 10/2 L\u2019état du Québec 2016 Collectif/Del Busso 6/7 Les libéraux n\u2019aiment pas les femmes Aurélie Lanctôt/Lux 8/2 Essais étrangers Sonnez, merveilles! Kent Nagano | Inge Kloepfer | Isabelle Gabolde/Boréal 1/6 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/11 Sable mouvant.Fragments de ma vie Henning Mankell/Seuil 3/11 Du bonheur.Un voyage philosophique Frédéric Lenoir/Fayard 5/45 Lettres à mes petits-enfants David Suzuki/Boréal 4/15 Jésus, les derniers jours Martin Dugard | Bill O\u2019Reilly/Cherche Midi \u2013/1 Qui est Daech?Comprendre le nouveau terrorisme Collectif/Philippe Rey \u2013/1 Œuvres Svetlana Alexievitch/Actes Sud 10/2 Conversations d\u2019un enfant du siècle Frédéric Beigbeder/Grasset \u2013/1 La 6e extinction.Comment l\u2019homme détruit la vie Elizabeth Kolbert/Guy Saint-Jean 6/3 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 28 décembre 2015 au 3 janvier 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Rencontre avec Jean Larose Réflexion sur la transmission de notre héritage culturel et religieux Animation: Jean-François Bouchard Jeudi 14 janvier 19 h 30 Contribution suggérée: 5 $ Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 C H R I S T I A N D E S M E U L E S P ierre Maureault, un professeur d\u2019histoire à la retraite, est hanté par le passé.Une expérience qui « continuait à le démanger comme une écharde» : une année d\u2019enchantement passée à Florence, en Italie, à la fin des années 1980.Venant d\u2019amorcer un doctorat, Roman Níque Gaddi, jeune homosexuel français installé à Montréal, a un peu fait le chemin inverse.Pendant près d\u2019un an, biographe à gages à raison de deux rencontres par mois, il va écouter Maureault lui faire le récit de son «expérience florentine».Pour ce dernier, seul importe, dirait-on, l\u2019exercice de la confession et la possibilité de revivre à travers le regard littéraire de Gaddi certains événements fondateurs \u2014 ef facer le passé pour se consacrer au présent.En 1988, il s\u2019était installé à Florence pour y poursuivre des recherches de doctorat à propos de déser teurs d\u2019une brigade de zouaves pontificaux québécois envoyés par Mgr Bourget combattre Garibaldi.Mais le paysage florentin va vite l\u2019empor ter : « Ma résolution initiale avait été d\u2019expérimenter l\u2019immersion la plus radicale dans la vie et la langue italiennes.» Une ville vivante Mission accomplie à travers l\u2019ar t, l\u2019architecture et l\u2019histoire, qu\u2019il découvre sous la double influence subversive de Bataille (L\u2019expérience intérieure) et de Pasolini.Pierre Maureault va aussi s\u2019immerger dans les fresques de Fra Angelico ou les chansons de Pino Daniele, Lucio Battisti et Edoardo Bennato.Même enthousiasme gourmand pour ses amitiés avec Jean, un restaurateur de tableaux québécois installé à Florence, et Lorenzo Baldini, un marchand d\u2019huile d\u2019olive érudit, avec lesquels il enfile les conversations théologiques, artistiques ou historiques.« Je voulais que cette ville, Florence, me soit donnée dans un corps vivant.Je voulais vivre ce qui était sur les toiles, et pas seulement les regarder ou en parler dans les soirées.Je voulais entrer dans ses corridors secrets, m\u2019installer dans le chœur de ses églises, là où se trament les Mystères.» Et le mystère, lumineux, porte le nom de Chiara, une étudiante rencontrée dans l\u2019un des cours auxquels il assiste.Envoûté par sa voix voluptueuse, «gutturale, mélodieusement fêlée», il voit en elle le «mariage par fait de l\u2019intelligence et de la ferveur ».C\u2019est la grande passion de sa vie, où viennent se mélanger l\u2019Italie, l\u2019art, l\u2019érotisme et sa propre jeunesse.Histoire ini t iat ique au cœur d\u2019une vi l le érotisée, peut-être située quelque part entre le rêve et la réalité, enroulée autour d\u2019un double suspense (l\u2019histoire d\u2019amour avec Chiara et la recherche sur les zouaves), Florence, reprise, le premier roman de Dominique Garand, professeur de littérature à l\u2019UQAM, tente de «cerner le trou lumineux où convergent tous les désirs humains».En ce sens, ces pages sont une vraie réussite.Mais était-elle bien nécessaire, cette « complication » narrative vaguement naboko- vienne ?Par bonheur, l\u2019intelligence et l\u2019émotion s\u2019y trouvent intactes sous la gangue empesée de l\u2019artifice formel.On se retrouve vite face à ce qui compte vraiment : une ville séduisante et infinie, un cœur qui bat, toute l\u2019énergie de la jeunesse, le choc des grandes découver tes, un amour sans frein pour la langue et la culture italienne.Collaborateur Le Devoir FLORENCE, REPRISE Dominique Garand Leméac Montréal, 2015, 392 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Renaissance italienne LA VITRINE DICTIONNAIRE REMÈDES LITTÉRAIRES : SE SOIGNER PAR LES LIVRES Ella Berthoud et Susan Elderkin Traduit de l\u2019anglais par Philippe Babo et Pascal Dupont JC Lattès Paris, 2015, 750 pages Vous êtes patraque, envahi de symptômes persistants ?Malade d\u2019amour ?Attrapez Patricia Highsmith.Vos cicatrices émotionnelles suintent ?Prenez Delphine de Vigan.Obèse ?Alcoolique ?Malade en auto?Saisissez Agatha Christie, Butor, Simenon, Toussaint.Des troubles bipolaires?Allez voir votre libraire.Des ulcères?Des vents ?Le vertige?Peur de vieillir ?D\u2019être viré ?Harcelé ?Plus de libido?Déprimé ?Feuilletez ces Remèdes littéraires.Des fourmis dans les jambes?Piquez dans l\u2019Odyssée d\u2019Homère.Deux bibliothéra- peutes anglaises, un journaliste français et plusieurs libraires ont concocté des onguents inconscients.Efficaces à tout âge, ces six cents romans de partout soignent les bobos.Début de sénilité ?Vous avez vingt, trente, soixante-dix ans?Vos voisins vous embêtent ?Pour les xénophobes?Les irritables?Au moins dix titres pour chacun.Originales et fantaisistes, ces pistes malicieuses regorgent de qualités.Curieux, esthètes, quêteurs de prescriptions, voici de quoi sustenter un congé sabbatique illimité.Guylaine Massoutre BANDE DESSINÉE DÉRANGÉS Violaine Leroy La Pastèque Montréal, 2016, 312 pages La bédéiste vient du monde des arts décoratifs, qu\u2019elle a étudiés à Strasbourg, en France, au début du présent siècle, et ça paraît tout au long des 312 pages de ce Dérangés, œuvre graphique étourdissante, tendre et puissante, qui sonde avec ses nuances de gris l\u2019univers de la psychose, en trois actes.La trame narrative et le dessin se mettent en symbiose ici pour suivre le quotidien d\u2019un gardien de musée poursuivi par ses TOC et ses démons, d\u2019un retraité bouleversé profondément par une œuvre d\u2019art et d\u2019une jeune fêtarde franchement en décalage avec le réel qui voit l\u2019animal dans les gens qui l\u2019entourent, y compris quand cet animal est un rat ! Il y a du trouble obsessionnel, du trouble névrotique, du trouble psychique dans l\u2019air, que Violaine Leroy canalise avec une certaine intimité et une grâce évidente dans des cadres qui permettent de renouer avec la poésie posée sept ans plus tôt dans La rue des autres (La Pastèque).Du grand art.Fabien Deglise POÉSIE NOUS LES VIVANTS Stéphanie Filion Le lézard amoureux Montréal, 2015, 74 pages «Les mots viennent/comme une salive» à Stéphanie Filion.Le père meurt, la parole survit.Et le temps long des agonies perdure.Chez la poète s\u2019installe le doucereux bien-être d\u2019une attente moite : «Dans mes armoires/je range pour la saison morte/les jupes et les robes/des peines plein les coffres./Je ne garderai afin de passer l\u2019hiver/que les nœuds de bois enserrant ma gorge/le soleil blanc de juin au cimetière/l\u2019épuisement de tes yeux et de tes bras».Mélancolie tassée au fond du cœur, parmi l\u2019émoi de l\u2019absence et le goût de retrouver intacte la pensée fragile des vivants.L\u2019autre absent ne laisse que peu à prendre, alors qu\u2019«une beauté fendue/gruge» les sentiments d\u2019appartenance.Questions vives qui portent ce recueil.Est- ce que la mort tient compte des identités ?Est-ce le père de l\u2019amoureux qui meurt ici comme le sien propre ?« Inconsolable/corps d\u2019homme droit/tu te couches en toi-même/tu mets le crochet/personne n\u2019entre/dans ton silence.» Reste cette parole posée dans les chambres d\u2019où on déserte le monde, reste l\u2019air déshabité.«Pendant ce temps les femmes/disent la vie continue/et c\u2019est ainsi qu\u2019on avance/les jours à bout de bras.» Hugues Corriveau BLAGUES Risibles politiciens LA PASTÈQUE TIZIANA FABI AGENCE FRANCE-PRESSE Florence à travers l\u2019art, l\u2019architecture et l\u2019histoire. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J A N V I E R 2 0 1 6 E 10 100 $ et + !\" # % ! &' ( !#) )#*+ , ( !)+) )#*+ monet.leslibraires.ca Faites-vous plaisir ! - .! / 0 *!1 20 % de rabais librairiemonet.com * Sur tous les livres à prix régulier.En librairie seulement.L\u2019 essayiste André Belleau est mort prématurément en 1986.Deux ans plus tard, je commençais mes études littéraires à l\u2019UQAM, où Belleau avait été professeur.Dans plusieurs de mes cours, son nom était mentionné avec déférence.Son recueil d\u2019essais Surprendre les voix était paru en octobre 1986, un mois après sa mort, dans la collection « Papiers collés », au Boréal.J\u2019ai donc essayé de le lire.J\u2019ai été déçu.À l\u2019époque, je ne jurais que par les BHL, Finkielkraut et Scarpetta.Les courts essais de Belleau, consacrés à des enjeux culturels québécois, m\u2019ont semblé banals.J\u2019étais jeune et un peu colonisé.Quelques années plus tard, à la faveur du renouveau du débat indépendantiste, je suis revenu, un peu par acquit de conscience, vers l\u2019œu- vre de Belleau.Je ne l\u2019ai pas regretté.J\u2019ai trouvé là, finalement, un tour de pensée qui éclairait d\u2019une manière absolument inédite quelques-unes des questions, notamment linguistiques, qui me tarabustaient.J\u2019avais cru Belleau secondaire et je le découvrais, en le lisant mieux, essentiel.Ses propos sur l\u2019indépendance du Québec, sur le statut du français au Québec et sur l\u2019essai, m\u2019en rendais-je enfin compte, m\u2019étaient indispensables pour comprendre et justifier mes propres points de vue sur ces sujets.L\u2019an dernier, alors que j\u2019étais à rédiger un texte sur le français d\u2019ici, j\u2019ai remué ciel et terre pour mettre la main sur un exemplaire de Surprendre les voix, que je ne trouvais plus chez nous.Impossible d\u2019y arriver.Le livre était épuisé.J\u2019accueille donc avec grande joie la réédition, dans la collection « Boréal compact », de ce recueil dont plusieurs des essais qui le composent ont conservé une brûlante actualité.Pi-Ké ou Pé-Ka?Le récent débat sur la prononciation du nom du défenseur du Canadien P.K.Subban en constitue une preuve.Dans une intervention qui a suscité surtout des sarcasmes, Robert Auclair, président de l\u2019Association pour le soutien et l\u2019usage de la langue française, suggérait aux journalistes et aux commentateurs québécois de prononcer «Pé-Ka», et non «Pi-Ké», puisque «l\u2019usage veut que le locuteur dans une langue prononce les noms étrangers selon la phonétique de cette langue afin d\u2019être compris».Auclair avait raison.Dans «L\u2019effet Derome», Belleau critiquait justement la tendance du célèbre présentateur de Ra- dio-Canada à prononcer à l\u2019anglaise tous les noms étrangers.Au lieu de dire IRA, par exemple, De- rome prononçait «Aille-âre-ré».Or, expliquait Bel- leau, «chaque langue a ses phonèmes propres» et « le système des sons d\u2019une langue constitue une composante de celle-ci aussi primordiale que celui de la syntaxe ou du lexique».Par conséquent, il faut considérer « l\u2019ef fet Derome » comme « une linguistique de colonisé » aux effets délétères.Cette manie d\u2019angliciser la prononciation de tous les mots et noms qui ne sont pas français envoie le message que les sons du français « sont tout juste bons pour les choses familières » et que « le français est inapte à prononcer le monde », en plus de faire croire aux francophones « que toute altérité est de soi anglaise et qu\u2019elle forme ainsi l\u2019horizon ».On tue ainsi la diversité culturelle et, conséquemment, le Québec français, qui l\u2019incarne en Amérique du Nord.Belleau dissocie sa défense du français de l\u2019idéologie nationaliste.Il n\u2019est pas un partisan de l\u2019unilinguisme français au Québec parce que cette langue aurait des mérites particuliers, mais parce qu\u2019il en va du «plein exercice de la faculté humaine du langage».Ce dernier passe nécessairement par une langue.Or, si celle-ci est méprisée ou refoulée, c\u2019est l\u2019accès même au langage, «faculté humaine fondamentale», qui est refusé, une situation qui entraîne «le silence de l\u2019humiliation».Un individu, isolé, peut changer de langue, mais pas une collectivité développée de plusieurs millions de personnes.De là la sublime formule de Belleau, souvent mal interprétée, selon laquelle «nous n\u2019avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler».Ailleurs en Amérique du Nord, le poids des choses a réalisé un monolinguisme, anglais, de fait.Pour parvenir au même résultat, et parce que « le peuple québécois a droit au langage », donc au français, nous devons, ici, faire intervenir «de façon plus manifeste les leviers de l\u2019État».La démonstration est brillante et imparable.Pensée et style Belleau, c\u2019est donc cette pensée forte et originale, mais c\u2019est aussi une écriture vibrante, qui allie la rigueur \u2014 « lui qui savait tout », dit François Ricard à son sujet \u2014 à l\u2019ironie, en cultivant la liber té de ton, de propos et de forme.Le style de Belleau consiste souvent à partir d\u2019une question culturelle originale et à l\u2019explorer avec brio, au fil de la plume, parfois de très savante façon, sans recherche d\u2019une conclusion définitive, ce qui peut déstabiliser le lecteur non averti.Le regretté Gilles Marcotte, dans un essai consacré à Belleau (voir Littérature et circonstances, Nota bene, 2015), parle d\u2019une «aventure de la pensée et de l\u2019écriture » qui serait la marque du véritable essayiste qu\u2019était Belleau, c\u2019est-à-dire « l\u2019écrivain d\u2019idées qu\u2019on lit pour sa propre signature, quoi qu\u2019il raconte, quelque domaine qu\u2019il aborde ».Belleau, d\u2019ailleurs, dans une autre de ses fulgurantes formules, définissait l\u2019essayiste comme «un artiste de la narrativité des idées ».C\u2019était un artiste, en effet, celui qui écrivait, tout juste avant le référendum de 1980, ceci : « Les grands possédants, les grands intérêts, les hommes de pouvoir, les multinationales sont CONTRE.Esthétiquement, on ne peut être que CONTRE ce CONTRE.» Il ajoutait : « La meilleure réponse aux adversaires de l\u2019indépendance, c\u2019est de la faire.» Ça fait du bien de le retrouver.louisco@sympatico.ca SURPRENDRE LES VOIX André Belleau Boréal Montréal, 2016, 240 pages En librairie le 12 janvier Retrouver André Belleau G E N E V I È V E T R E M B L A Y C\u2019 est dans l\u2019exil qu\u2019Andrzej Bobkowski est devenu écrivain.Ce Polonais à l\u2019esprit v i f et nomade, émigré en France avec sa femme en 1939 dans l\u2019espoir de rallier l\u2019Amérique du Sud, trouvera dans l\u2019écriture d\u2019un premier journal un espace pour affiner sa pensée.Son rejet du nationalisme, sa critique des idéologies et son observation fine des individus, simples accointances ou intellectuels de sa trempe, n\u2019auront toutefois marqué les lettres polonaises qu\u2019a posteriori.Publiés après la guerre, notamment dans le magazine de l\u2019émigration polonaise Kultura (en France) et les revues littéraires Nowiny Literackie et Tygodnik Powszechny (en Pologne), les écrits de Bobkowski restent éparpillés.Douce France, un récit de voyage à vélo extrait du recueil En guerre et en paix (1991), de même que Notes de voyage d\u2019un Cosmopolonais, une série de courts articles traduits l\u2019an dernier qui relatent sa vie au Guatemala après 1948, ont force de symboles \u2014 marquant pour l \u2019un le début de son écriture et pour l\u2019autre sa fin, à sa mort, prématurée.Même si Bobkowski avait déjà eu des prétentions littéraires au début des années 1930, c\u2019est sur les routes de l\u2019exode, en juin 1940, que le besoin d\u2019écrire le frappe.Il a alors 26 ans.Évacué dans le sud de la France avec ses collègues d\u2019une usine d\u2019armement de la banlieue parisienne, le voilà soudain «spectateur» du repli français, de cette «liberté formidable» et paradoxale qui se forme dans le chaos des colonnes de voitures et de l\u2019armée en débandade.Il flotte, étrangement.Sa lutte, dès lors, sera faite de mots.Pour fuir l\u2019exiguïté du camion et avancer plus vite, Bobkowski achète peu après un vélo.Il se rend à Carcassonne, où se trouve une partie de l\u2019usine, mais sera vite de retour sur les routes avec Paris en tête, où il a laissé sa femme.Sa traversée du Sud et des Alpes sur deux roues, chargé comme un âne, est un voyage pararéel, sorte de brèche de vie extrêmement pure et brute où la politique s\u2019invite en à- coups.Sur sa route, ni bombes ni raids, mais de petits villages pleins de soleil, bavards, ouverts, sans horloges.«Il y a eu la guerre, elle continue, mais pour eux, c\u2019est comme si elle était déjà finie, écrira-t-il.Elle n\u2019est d\u2019ailleurs jamais arrivée jusqu\u2019ici.Ils n\u2019ont pas changé.» Très sensible à ce qui l\u2019entoure, capable de discours fabuleux sur les cultures et les sociétés d\u2019Europe alors qu\u2019il passe des journées à s\u2019user le corps sur des montagnes abruptes, Bobkowski repousse en même temps la réalité qui l\u2019attend, il le sait, sur la ligne de démarcation.Quand les Allemands l\u2019autorisent enfin à passer en zone occupée, le retour à la réalité est brutal.Lui qui disait déjà, avec rage et tristesse, que la guerre avait signé la « fin irrémédiable » de la France, voilà son amour consumé.Il ne vivra plus que pour aller voir ailleurs, fuir ce continent condamné qui brûle.Vers un monde libre Ce n\u2019est pourtant qu\u2019en 1948, après bien d\u2019autres voyages à vélo dans sa chère France, que Bobkowski lève les voiles comme il en rêve depuis 10 ans.Le « cosmopolonais » (son néologisme faisant du Polonais émigré un citoyen du monde) et sa femme montent à bord du cargo polonais Jagie?o.Au bout : l\u2019Amérique, un Nouveau Monde qu\u2019attend de pied ferme ce grand déçu à l\u2019esprit de plus en plus aiguisé.Mais réalise-t-il seulement où il va?Ses brefs reportages sur les îles où ils font arrêt, ses discussions exaltées avec l\u2019équipage et ses nuits tropicales ont un charme qui prendra, encore, une leçon de réalité.«Dans ma poche, cent quatre-vingts dollars, c\u2019est tout.Et mes deux bras, écrira-t-il, pris d\u2019angoisse, quand se dessinera la côte.Colomb se trouvait dans une bien meilleure situation.» À Guatemala Ciudad, où il vivra jusqu\u2019à sa mort, en 1961, Bobkowski ouvre un atelier, puis un magasin d\u2019aéromodé- lisme, son improbable nouvelle vocation.Comme si l\u2019histoire le mettait encore au défi, la guerre civile au Guatemala culmine avec un coup d\u2019État en 1954 \u2014 et le voilà lancé dans les vagues de l\u2019antiaméri- canisme et du capitalisme, les balbutiements du « développement » et la crise de son pays d\u2019accueil, où il se sentira malgré tout chez lui.Lucide, Bob- kowski l\u2019aura été où qu\u2019il soit.Les der niers écri ts des Notes d\u2019un Cosmopolonais, extraits d\u2019un calepin volant, dévoilent un homme détaché, résolu à la mort, mais très vivant \u2014 gai, même.Son écriture est directe, synthétique.Quoiqu\u2019il se sache sur la pente descendante, il voyage dans les pays limitrophes, alternant entre bonheur et inquiétude.« Si vite passée, dira-t-il de sa vie.Elle n\u2019a duré qu\u2019un instant.» Le Devoir DOUCE FRANCE Andrzej Bobkowski Traduit du polonais par Laurence Dyèvre Libretto Paris, 2015, 272 pages NOTES DE VOYAGE D\u2019UN COSMOPOLONAIS Andrzej Bobkowski Traduit du polonais par Laurence Dyèvre Éditions Noir sur Blanc Paris, 2015, 224 pages RÉCITS Il y aura eu l\u2019Amérique ARCHIVES LE DEVOIR André Belleau, c\u2019est cette pensée forte et originale, mais aussi une écriture vibrante, qui allie la rigueur à l\u2019ironie, en cultivant la liberté de ton, de propos et de forme.LOUIS CORNELLIER ÉDITIONS NOIR SUR BLANC Andrzej Bobkowski et un de ses modèles d\u2019avion Les grands possédants, les grands intérêts, les hommes de pouvoir, les multinationales sont CONTRE.Esthétiquement, on ne peut être que CONTRE ce CONTRE.Extrait de Surprendre les voix « » "]
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