Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (8)

Références

Le devoir, 2016-02-27, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Michel David PKP et la remise en question de l\u2019article 1 Page B 3 Idées Vie en forêt avec Leonardo DiCaprio Page B 5 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 F É V R I E R 2 0 1 6 Philosophie Dans l\u2019optique de Polanyi, l\u2019ubérisation est une marchandisation Page B 6 MÈRES POR TEUSES Entre commerce et droits de la personne A L A I N F R A C H O N L es cessez-le-feu sont comme les enfants : ils naissent rarement dans un champ de marguerites.Celui qui doit intervenir en Syrie, samedi, n\u2019est pas le produit du hasard.Il est le reflet de la situation sur le terrain.L\u2019intervention directe des Russes, depuis septembre 2015, a confirmé ce qui est aujourd\u2019hui l\u2019un des paramètres clés de cette guerre vieille de cinq ans : il n\u2019y aura pas de défaite «militaire » du régime de Bachar al-Assad.Coparrains de l\u2019accord de cessez-le-feu, les États-Unis en conviennent volontiers.La vraie question est de savoir si la cessation des hostilités \u2014 entre le régime et le vaste spectre de la rébellion \u2014 peut déboucher sur une négociation.Séquence idéale : le cessez-le-feu tient, des pourparlers de paix s\u2019amorcent et dessinent l\u2019esquisse d\u2019une solution politique.De temps en temps, il faut bien spéculer sur des scénarios positifs\u2026 Quelles sont les conditions du retour de la diplomatie ?Diplomates et anciens diplomates ont travaillé sur le sujet, le 18 février à l\u2019UNESCO, lors d\u2019une conférence organisée par Daniel Rondeau, écrivain et ancien ambassadeur, et David Malone, recteur de l\u2019université des Nations unies.Deux des principaux négociateurs de l\u2019accord sur le programme nucléaire de Téhéran, un Français et un Iranien, ont tiré les leçons de ce «succès de la diplomatie ».Il a fallu du temps : des années de pourparlers.Il a fallu un cadre politico-juri- dique : les résolutions du Conseil de sécurité de l\u2019ONU.Il a fallu définir un objectif commun: nature et contrôle du programme nucléaire, levée progressive des sanctions.Plus important sans doute, il y a eu, au plus haut niveau, la volonté politique de trouver le point d\u2019équilibre entre les lignes rouges des uns et des autres, c\u2019est-à-dire accepter, des deux côtés, un accord qui n\u2019est pas idéal.Invraisemblable cacophonie Aucune de ces conditions n\u2019existe dans le dossier syrien, à commencer par l\u2019existence d\u2019un objectif commun.Imaginer que les nombreuses parties concernées s\u2019entendent sur la priorité à accorder à la lutte contre l\u2019organisation État islamique (EI) relève de la faribole.Certes, les deux grandes forces djihadistes sur le terrain \u2014 le groupe EI et le Front al-Nosra, branche syrienne d\u2019al-Qaïda \u2014 sont exclues de l\u2019accord de cessez-le-feu : elles restent des cibles.Mais, au-delà, les visées des uns et des autres sont différentes.Elles composent une invraisemblable cacophonie.SYRIE Quelle après-trêve, si trêve il y a ?AGENCE FRANCE-PRESSE Un rebelle syrien sur la ligne de front surveillait vendredi les positions des soldats du régime à Ghouta.Au moment où le Conseil du statut de la femme du Québec (CSF) appelle à une ouverture à l\u2019égard des mères porteuses, l\u2019Europe resserre l\u2019étau sur la maternité pour autrui (MPA) dans l\u2019espoir de freiner l\u2019expansion d\u2019une lucrative industrie axée sur la location de ventres bon marché.I S A B E L L E P A R É Jusqu\u2019ici ouverte aux mères porteuses bénévoles, la Suède vient tout juste, cette semaine, de se prononcer contre toute forme de maternité de substitution, payée ou pas.En Italie, où la pratique est déjà illégale, la Cour suprême est allée jusqu\u2019à retirer l\u2019enfant por té par une Ukrainienne à un couple infer tile revenu au pays avec le nourrisson dans les bras.Depuis les années 2000, la naissance d\u2019une florissante industrie de la procréation pour autrui outre-frontière est venue changer la donne.Le tourisme procréatif, dopé par l\u2019émergence d\u2019agences et de cliniques offrant à des couples infertiles les services de mères porteuses de pays en développement, a ébranlé les cer ti- tudes et le socle sur lesquels reposaient les lois adoptées sur la MPA en Occident.En décembre dernier, le Parlement européen pressait les pays membres de l\u2019Union européenne à mettre fin à toute forme de maternité de substitution, «une pratique qui va à l\u2019encontre de la dignité humaine».Depuis, le débat fait rage entre « pro » et « anti-GPA » (gestation pour autrui) européens, les premiers y voyant une pratique altruiste pour les couples en mal d\u2019enfants, les seconds une «marchandisation du corps des femmes» et une nouvelle forme de « violence faite aux femmes», assimilables au commerce d\u2019organes.Aux États-Unis, des États comme la Californie et l\u2019Illinois sont devenus l\u2019eldorado de ce commerce où cliniques et sites Internet offrent ouvertement à des couples infertiles les services de gestation de jeunes femmes en santé.Le recours « aux partenaires gestation- nels » revêt même un vernis glamour depuis que les stars comme Sarah Jessica Parker, Nicole Kidman, Elton John, Ricky Martin et, plus près de chez nous, Joël Legendre, ont confié avoir ainsi réalisé leurs rêves d\u2019enfants.Volte-face?Au Québec, le Conseil du statut de la femme (CSF), qui prônait depuis les années 80 l\u2019interdiction totale des mères porteuses, vient d\u2019assouplir sa position historique.Pragmatique, l\u2019organisme estime qu\u2019il est temps de réagir «à une réalité » désormais incontournable.Des parents reviennent d\u2019outremer avec des poupons dont le statut juridique reste à définir.Quel lien de filiation reconnaître à ces bébés fabriqués dans le ventre d\u2019un tiers ?Quels droits reconnaître à ces mères qui «prêtent » leur ventre ?Ottawa, qui prohibe la rémunération des mères porteuses, autorise le remboursement de leurs dépenses, sans toutefois n\u2019en avoir jamais précisé de montant.Dans ce contexte légal plus que flou, le CSF propose d\u2019ajuster les lois pour «mieux protéger les droits des mères porteuses et des enfants ».«La pratique a lieu et se passe.Alors encadrons- la », plaide la présidente du CSF, Julie Miville- Dechêne.Mais dans le contexte mondial actuel, cette volte-face inquiète plusieurs groupes et associations de défense des droits des femmes.Ventres en location Instaurée dans plusieurs pays d\u2019Occident depuis les années 80, l\u2019interdiction de la MPA a fait naître en revanche une industrie transfron- talière, aujourd\u2019hui en plein essor.Plus de 25 000 enfants naîtraient chaque année en Inde seulement de mères porteuses, dont 50 % «commandés» par des couples étrangers.Aux États-Unis, on parle de 1400 naissances issues d\u2019utérus « loués».Une affaire qui rapporte gros, évaluée à 2 milliards par année.L\u2019Inde, où il en coûte de 12 000 $ à 30 000 $ pour obtenir les services d\u2019une mère porteuse, plutôt que 150 000 $US en Amérique, est devenue le paradis de ce lucratif commerce du désir d\u2019enfant, évalué à 400 millions par an.«Cette pratique a explosé dans les années 2000 dans des pays comme l\u2019Inde et la Thaïlande.Depuis, ces deux pays ont interdit l\u2019accès des ressortissants étrangers aux cliniques de mères porteuses.Ils ne veulent plus être des destinations de choix du tourisme procréatif.Alors les nouveaux pays visés par l\u2019industrie de la procréation sont maintenant l\u2019Iran, le Népal », affirme la journaliste et auteure Kajsa Ekis Ekman, jointe en Suède par Le Devoir.« Cette industrie très profitable, profondément raciste, utilise, grâce à la fécondation in vitro [FIV], des femmes de pays pauvres pour livrer des bébés blancs à des couples qui veulent payer mois cher.Certains couples font même appel à deux mères por teuses pour multiplier leurs chances de grossesse », dénonce l\u2019auteure du Livre L\u2019être et la marchandise, prostitution et maternité de substitution, aussi fondatrice du mouvement Féminists Against Surrogacy.Selon Mme Ekman, le phénomène est répandu en Suède où, chaque semaine, un couple se rend à l\u2019étranger pour obtenir une MPA, par le biais de cliniques de fertilité ou d\u2019intermédiaires.« Les gens reviennent au pays avec un enfant, et les services sociaux sont pris avec le problème.Les lois prévoient que la femme qui accouche est la mère de l\u2019enfant, mais on ne peut plus retrouver cette mère.Les couples ne la connaissent même pas.Alors on accorde l\u2019adoption par défaut.Ce n\u2019est pas une façon de régler ce problème social.Je crois que la société doit envoyer un signal, doit se prononcer», estime-t-elle.Femmes-anges ou femmes-contenants?Kajsa Ekman ne croit pas à cette forme de maternité déléguée, même lorsque faite « gratuitement ».Ces bienfaitrices de la reproduction sont souvent érigées en anges, alors qu\u2019elles sont plutôt des récipients, dénonce-t- elle.«Pourquoi les femmes devraient-elles se sacrifier, faire tout gratuitement?» À son avis, l\u2019absence de rétribution n\u2019évacue en rien le risque d\u2019exploitation, ni le fait que ces femmes soient réduites au seul rôle de «contenant ».«Je ne crois pas à l\u2019altruisme.Dans tous les pays où la MPA sans rétribution est tolérée, la majorité des femmes sont payées sous la table.La perception de la MPA est en train de changer, ce n\u2019est plus perçu comme quelque chose de moderne, d\u2019altruiste ou de \u201ccute\u201d.C\u2019est de l\u2019exploitation pure et simple», tranche l\u2019auteure féministe.Dans L\u2019être et la marchandise, elle assimile d\u2019ailleurs la MPA à la prostitution.«C\u2019est la négation de la volonté de la femme.Les femmes qui se prostituent se dissocient de leur corps pour vendre leur sexe.Avec la MPA, elles se dissocient OLEXANDER ZOBIN AGENCE FRANCE-PRESSE Le débat fait rage et pas seulement au Québec et au Canada sur la maternité pour autrui.La maternité pour autrui Interdiction totale : Québec, Bulgarie, France, Allemagne, Italie, Portugal, Espagne Interdiction contre rémunération : Canada, Belgique, Danemark, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Pays-Bas, Royaume-Uni Adoption ou transfert de filiation permis : Ontario, Belgique, Danemark, Irlande, Pays- Bas, Suède, Royaume-Uni.Destinations du tourisme procréatif : Népal, Ukraine, Iran Les visées des uns et des autres sont différentes.Elles composent une véritable cacophonie.VOIR PAGE B 2 : TRÊVE VOIR PAGE B 3 : MÈRES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 F É V R I E R 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 V I T T O R I O D E F I L I P P I S L a défense, la finance, la santé\u2026 Pas un seul secteur n\u2019a été épargné par des années de sanctions internationales contre l\u2019Iran.Avec la levée de l\u2019embargo, en juillet dernier, la voie est (presque) libre.Des entreprises occidentales ont déjà fait plusieurs voyages à Téhéran.Histoire de plancher sur des modèles d\u2019af faires avant de signer des contrats en devises.Après l\u2019isolement, les besoins de modernisation des infrastructures, notamment dans le secteur du pétrole qui pèse 70 % du total des exportations, sont colossaux.Bien sûr, embargo oblige, l\u2019or noir ne représente plus qu\u2019un tiers des recettes budgétaires, contre un peu plus de la moitié en 2011.Mais, peu diversifiée, l\u2019économie du pays reste encore très dépendante des hydrocarbures.Et c\u2019est sans doute pour cette raison que le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, a récemment balayé d\u2019un revers de main la proposition de l\u2019Arabie saoudite et de la Russie de geler la production, en la qualifiant de «plaisanterie».Il y a une semaine, ces deux pays avaient proposé, au terme d\u2019une réunion avec le Qatar et le Venezuela, que tous les pays producteurs de pétrole gèlent leur production à leur niveau de janvier pour soutenir les prix.Doubler la production « Certains pays voisins, qui ont porté ces dernières années leur niveau à 10 millions de barils par jour [l\u2019Arabie saoudite] et en exportent autant, sont devenus arrogants et disent que tout le monde doit geler son niveau de production.C\u2019est- à-dire qu\u2019ils gèlent leur niveau à 10 millions de barils et nous à un niveau d\u2019un million de barils.C\u2019est une plaisanterie», a déclaré Bijan Namdar Zanganeh.Au risque de déprécier encore plus les cours mondiaux du brut, Téhéran a l\u2019intention de doubler ses exportations, qui pourraient passer de 1,1 million de barils par jour à 2 millions, pour une production totale (expor tation et consommation intérieure) de 3,1 millions de barils par jour en 2016.L\u2019Iran, nouvel eldorado?«L\u2019inflation, la récession et le chômage sont les plus importants problèmes du pays.Après l\u2019accord nucléaire et la levée des sanctions, le pays traverse une situation difficile », a reconnu le président sortant du Parlement, Ali Larijani, conservateur modéré qui soutient le président Hassan Rohani.« L\u2019économie iranienne a été frappée de plein fouet par la chute des cours du pétrole, le prix du Brent [gisement de la mer du Nord] étant passé de 104 dollars le baril en juin 2014 à une trentaine aujourd\u2019hui », souligne Thierry Co- ville, chercheur à l\u2019Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).Résultat : alors que la croissance s\u2019était accélérée en 2014 avec une hausse du PIB de 3 %, elle a été quasi nulle en 2015.À moins de creuser un peu plus le déficit budgétaire (-3 % en 2015), l\u2019Iran a dû adopter une politique budgétaire restrictive.Relativement optimiste, le FMI table malgré tout sur une croissance de 4,5 % pour 2016.« La question est de savoir si l\u2019Iran va s\u2019engager sur la voie d\u2019une croissance comparable à celle des pays émergents », estime Sofia Tozy, économiste à la Coface.Prudence Dans ce pays de 80 millions d\u2019habitants et qui compte chaque année 500 000 détenteurs d\u2019une maîtrise ou d\u2019un doctorat, il existe un fort potentiel pour basculer dans ce camp des pays émergents.Mais il faudra pour cela réaliser ce que le gouvernement qualifie de « croissance inclusive », pouvant profiter aux dif fé- rentes catégories socio-économiques, en assurant la promotion de l\u2019emploi des jeunes.Ce qui signifie tenir un rythme de croissance proche de 6 % d\u2019ici 2020.La levée des sanctions semble apporter une bouffée d\u2019air, mais il faudra beaucoup plus au pays pour revitaliser toute son économie.Pas évident au moment où la justice américaine interdit encore aux banques basées aux États- Unis toute transaction commerciale avec l\u2019Iran.Ce qui incite celles d\u2019Europe à la prudence, d\u2019autant que certaines d\u2019entre elles, comme Deutsche Bank ou BNP Paribas, ont été sanctionnées ces dernières années aux États-Unis pour non-respect de ces règles.Libération IRAN Une bouffée d\u2019air pour l\u2019économie, mais pas de miracle C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris E n quelques minutes, la place du centre commercial Odysséum s\u2019est remplie de monde.En ce début de février, on se pressait devant les vitrines de la grande librairie Sauramps, en banlieue de Montpellier.Non, ce n\u2019était pas les soldes qui attiraient la foule, mais l\u2019ancien président Nicolas Sarkozy venu dédicacer son dernier livre, La France pour la vie (Plon).Ses sondages ont beau être en berne, il a beau être mis en examen dans une affaire de financement illégal, les dirigeants socialistes peuvent bien refuser de débattre avec lui à la télévision, la cote « littéraire» du président des Républicains, elle, est en hausse.À 14 mois des élections présidentielles, celui qui n\u2019avait pas caché sa détestation de La princesse de Clèves n\u2019a jamais vendu autant de livres.Imprimé à 120 000 exemplaires, le neuvième ouvrage de Nicolas Sarkozy depuis 1994 se serait vendu à près de 70 000 exemplaires en deux semaines à peine.Un mois après sa parution, il était toujours en seconde position du palmarès Edistat devant Elle et lui, de Marc Lévy, et Aux portes de l\u2019éternité, de Ken Follett.Étrangement, en ces temps où la politique semble désertée de toutes parts, le livre politique, lui, ne s\u2019est jamais si bien vendu.À 14 mois de l\u2019élection présidentielle, il fait fureur sur les étals des libraires.D\u2019ailleurs, cette semaine, le grand concurrent de Nicolas Sarkozy dans les palmarès n\u2019est nulle autre que l\u2019ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira, avec son opuscule contre la déchéance de nationalité intitulé Murmures à la jeunesse (Philippe Rey).Afin d\u2019assurer son succès et de ménager l\u2019effet de surprise, le livre fut préparé dans le plus grand secret.Imprimés en Espagne pour éviter les fuites, transportés sur des palettes opaques et présentés aux librairies sans mentionner le nom de l\u2019auteur, les 40 000 exemplaires ont ainsi pu se retrouver en librairie quelques jours seulement après la démission de la ministre qui n\u2019a rien laissé au hasard.L\u2019opération n\u2019aura duré que trois semaines.La «primaire des livres» Rares sont les éditeurs qui se font prier pour publier ce genre d\u2019ouvrages au succès quasi assuré puisque l\u2019auteur se charge de presque toute la publicité.Le succès des ouvrages politiques s\u2019explique d\u2019ailleurs largement par cette promotion gratuite qu\u2019assurent les nombreuses entrevues à la radio, à la télévision et dans la presse.Il faut dire que, contrairement à ceux du Québec, les médias français réservent toujours une par tie de leurs heures de grande écoute aux débats politiques.Il arrive aussi qu\u2019un seuil minimum de ventes soit garanti pour ces ouvrages souvent offerts gratuitement aux militants.En retour, pour un personnage politique dont l\u2019image s\u2019efface dans les médias, la publication d\u2019un livre devient une occasion rêvée de revenir au-devant de la scène, de faire la tournée des régions et de se faire inviter sur les plateaux de télévision.C\u2019est ce qui est arrivé à l\u2019ancien premier ministre François Fillon, qui a ouvert la saison des primaires à droite en lançant Faire (Albin Michel) dès septembre 2015.Il en aurait déjà vendu plus de 70 000 exemplaires.Sans pour autant inverser la courbe des sondages, cet énoncé de programme a permis à l\u2019ancien premier ministre de se distinguer de Nicolas Sar- kozy.Nombre de lecteurs ont d\u2019ailleurs acheté l\u2019ouvrage pour se délecter des anecdotes mettant en scène les deux hommes.La primaire à droite, qui se déroulera cet automne, est devenue une véritable mine d\u2019or pour les éditeurs qui se bousculent aux portes des candidats.Un « Sarkozy », un « Fillon » ou un «Juppé», cela rehausse toujours un catalogue de parutions.Alain Juppé n\u2019a d\u2019ailleurs pas lésiné sur la chose puisqu\u2019il ne publiera pas moins de quatre livres d\u2019ici la primaire.Les trois premiers portent sur l\u2019éducation, l\u2019État et l\u2019économie.Le dernier sera un résumé des trois premiers.Comme les ventes de l\u2019ancien premier ministre traînent derrière celles de Nicolas Sarkozy, le bras droit de ce dernier, Brice Hortefeux, n\u2019a pas hésité à affirmer que son candidat avait déjà «gagné la primaire des livres».La formule est à peine exagérée puisqu\u2019on attend encore les livres d\u2019Hervé Mariton et Nathalie Kosciusko-Morizet.Celui de Bruno Le Maire (Ne vous résignez pas !, Albin Michel) vient à peine de sortir.À la dif férence de ses concurrents, cet agrégé de lettres est cependant ce qu\u2019on peut appeler un véritable écrivain.Plusieurs de ses ouvrages ont été publiés dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard.Selon le quotidien économique Les Échos, il y a deux ans, Bruno Lemaire avait d\u2019ailleurs déclaré des revenus de 80 000 euros en droits d\u2019auteur.Une tradition française Si on n\u2019imagine guère Justin Trudeau, Gaétan Barrette ou Donald Trump s\u2019adonner à la littérature, l\u2019homme politique qui écrit demeure une tradition française.Chateaubriand, Lamartine, Hugo et Malraux ont fréquenté le monde politique.En revanche, Clemenceau, Blum, Pompi- dou, Mitterrand et de Gaulle ont assidûment fréquenté celui des lettres.Les œuvres de ce dernier sont d\u2019ailleurs inscrites au programme du baccalauréat en littérature française.Même si l\u2019on dit que la tradition se perd, elle est encore vivante.On ne doute pas, par exemple, que l\u2019ancien ministre de l\u2019Éducation François Bayrou, agrégé de lettres classiques, ait écrit lui-même la dizaine d\u2019ouvrages qu\u2019il a publiés, dont une biographie d\u2019Henri IV.Il en va de même de Xavier Darcos, ancien ministre de l\u2019Éducation et membre de l\u2019Académie française.La vénérable institution n\u2019accueille-t-elle pas l\u2019ancien président Valéry Giscard d\u2019Estaing?Notons pourtant que les livres politiques qui remportent le plus grand succès ne sont généralement pas écrits par des hommes politiques.C\u2019est notamment le cas du Suicide français (Al- bin Michel) du journaliste et pamphlétaire Éric Zemmour, qui s\u2019est vendu à plus de 300 000 exemplaires.Si Philippe de Villiers a déjà été candidat à la présidence, c\u2019est en bonne partie parce qu\u2019il n\u2019a plus cette ambition qu\u2019il a pu vendre 185 000 exemplaires de Le moment est venu de dire ce que j\u2019ai vu (Albin Michel).Au pilon Mais il ne suffit pas d\u2019être un personnage politique connu pour faire un tabac en librairie.Comme partout dans l\u2019édition, les livres politiques envoyés au pilon sont plus nombreux que les best-sellers.Ainsi, les livres de Chantal Jouanno, Claude Bartolone, Christine Boutin et Jean-Christophe Cambadélis ne se sont vendus qu\u2019à quelques centaines d\u2019exemplaires à peine.Même le premier ministre Manuel Valls n\u2019aurait vendu que 400 exemplaires de son récent recueil de discours.Reste évidemment le problème de qui écrit ces livres.Il est de notoriété publique que la plupart ont impliqué en tout ou en partie le travail d\u2019un nègre.Nombre d\u2019écrivains auraient d\u2019ailleurs de la difficulté à boucler leurs fins de mois sans ces revenus.L\u2019affaire est tellement entendue qu\u2019on en rigole sans fausse honte.C\u2019est l\u2019ancien député européen Paul-Marie Coûteaux qui racontait avoir un jour félicité Nicolas Sarkozy pour la biographie de l\u2019économiste et résistant Georges Mandel qu\u2019il venait de publier.Sarkozy lui aurait répondu : «Vous avez un avantage sur moi.Au moins, vous, vous l\u2019avez lue jusqu\u2019au bout!» Le Devoir FRANCE Quand les politiques se mettent à l\u2019écriture À 14 mois de la présidentielle, le livre politique fait fureur dans l\u2019Hexagone Porté à bout de bras par les Russes, les Iraniens, le Hezbollah libanais, des milices chiites irakiennes et afghanes, Bachar al-As- sad contrôle maintenant près de 80 % de la Syrie « utile ».Il ne va pas être défait par la force des armes.Il pense qu\u2019il peut gagner militairement.Son objectif n\u2019est pas la négociation.À cer taines conditions, les mouvements rebelles, hormis le groupe EI et al-Qaïda, sont d\u2019accord pour négocier, mais pas avec un homme qui a tué près de 200 000 Syriens et détruit son pays.Vladimir Poutine a réalisé ses ambitions syriennes.La Russie a empêché un changement de régime par la force et réaf firmé ainsi le principe de souveraineté des États.Elle a assuré la survie de son grand allié arabe et restauré son statut en tant qu\u2019acteur incontournable des crises moyen-orientales.Ses bombardiers frappent toute l\u2019opposition armée syrienne \u2014 et, pour l \u2019heure, épargnent le groupe EI.Il s\u2019agit d\u2019aboutir à une posture stratégique qui est celle du Kremlin comme celle de Damas : entre le régime de Bachar al- Assad et le groupe État islamique, il ne doit rien y avoir \u2014 aux Occidentaux de choisir leur camp.Après, on verra\u2026 L\u2019Iran veut prioritairement la sur vie politique du régime syrien, l\u2019un de ses points d\u2019appui dans le monde arabe.Meilleure force sur le terrain contre le groupe EI, les Kurdes de Syrie, soutenus par Washington et Moscou, ont pour objectif numéro un de se tailler un territoire autonome le long de la T urquie.Celle-ci entend, avant tout, empêcher les Kurdes de Syrie de s\u2019installer le long de ses propres zones kurdes.L\u2019Arabie saoudite n\u2019a qu\u2019une obsession stratégique : contrer ce qu\u2019elle appelle l\u2019expansionnisme iranien dans la région.Moscou a douché les velléités d\u2019Ankara et de Riyad : Turcs et Saoudiens, qui entretiennent leurs factions de la rébellion syrienne, voulaient la chute de Bachar al-Assad.Alliés de la Turquie et de l\u2019Arabie saoudite, les États-Unis sont d\u2019abord attachés à lutter contre le groupe EI.Ils réalisent l\u2019essentiel des bombardements contre les djihadistes.« Leur position of ficielle est toujours que M.Al-Assad doit quitter le pouvoir, écrit le New York Times, mais ils ne disent pas quand.» Le sort du dirigeant syrien n\u2019est pas leur priorité.Bref, personne n\u2019a les mêmes rendez-vous sur son carnet de bord.Comment imaginer un format de négociation qui tienne compte de cet imbroglio ?À l\u2019UNESCO, l'ancien super-sherpa de l\u2019Élysée, Jean-David Levitte, 42 ans d\u2019expérience diplomatique, a suggéré de reprendre le format iranien : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l\u2019Allemagne.Le 5+1 aurait une mission particulière : mettre autour de la table les trois puissances régionales (l\u2019Iran, l\u2019Arabie saoudite et la Turquie) qui sont les parrains des groupes en conflit sur le terrain et imaginer l\u2019avenir politique de la Syrie.Le 5+1 peut influencer Téhéran, Riyad et Ankara, lesquels peuvent, à leur tour, influencer les factions en guerre.Démarche logique.À condition de ne pas ignorer une des caractéristiques de l\u2019époque, a relevé le politologue Bertrand Badie : la fin des relations de vassalité.Les « petits » ont plus d\u2019autonomie vis-à-vis des « grands » qu\u2019on ne l\u2019imagine.Cela vaut pour Damas face à Moscou, comme pour Riyad et Ankara face à Washington.Le Monde SUITE DE LA PAGE B 1 TRÊVE MEHDI FEDOUACH AGENCE FRANCE-PRESSE Nicolas Sarkozy n\u2019est qu\u2019un des hommes politiques français qui ont récemment lancé un livre.AGENCE FRANCE-PRESSE Les installations pétrolières de l\u2019Iran sur l\u2019île Khark Il est de notoriété publique que la plupart des livres ont impliqué en tout ou en partie le travail d\u2019un nègre La Russie a assuré la survie de son grand allié arabe M A R C O F O R T I E R L e projet était visionnaire.Il y a plus de 30 ans, avant même la naissance d\u2019Internet, le géant américain AT & T était prêt à investir à Montréal dans une école des technologies de l\u2019information.L\u2019école devait prendre naissance dans ce qui était alors le Département des sciences administratives de l\u2019Université du Québec à Montréal.L\u2019initiative a toutefois échoué à cause d\u2019un différend avec l\u2019université.L\u2019UQAM aurait hésité à l\u2019époque à s\u2019associer avec l\u2019entreprise américaine pour éviter de compromettre l\u2019indépendance de ses chercheurs.La lourdeur de la bureaucratie universitaire aurait aussi nui au projet.Une belle occasion ratée à cause de la méfiance de l\u2019UQAM envers les « méchants capitalistes », racontent des sources proches de l\u2019ESG qui se souviennent de l\u2019épisode.Plus de trois décennies plus tard, la frustration provoquée par cet échec se fait encore entendre dans les couloirs du pavillon tout récent qui abrite l\u2019École des sciences de la gestion, rue Sainte-Catherine, au centre-ville.L\u2019ancien «département » a changé de nom et est devenu une grande «École » qui joue le rôle d\u2019une locomotive pour l\u2019UQAM.Mais l\u2019École de gestion se sent toujours aussi à l\u2019étroit dans la structure rigide de l\u2019UQAM.«L\u2019incompatibilité culturelle, stratégique et économique entre l\u2019École des sciences de la gestion et l\u2019UQAM ne date ni d\u2019hier ni de sa dernière grève et de ses saccages publics.Elle date d\u2019au moins 30 ans », indique Robert Poupart, qui était directeur du Département des sciences administratives de l\u2019UQAM lors de l\u2019échec de l\u2019entente avec AT & T.C\u2019était en 1985.Et 31 ans plus tard, il constate que rien n\u2019a changé.L\u2019ancêtre de l\u2019école de gestion de l\u2019UQAM affichait déjà une volonté d\u2019autonomie qui a toujours donné lieu à des tensions avec la direction de l\u2019université.Bref, il y a trois décennies, l\u2019UQAM et son école de gestion vivaient déjà les mêmes déchirements qu\u2019en 2016.Conflit de valeurs « L\u2019UQAM et l\u2019ESG ont des cultures très dif fé- rentes.Il existe un conflit dans les valeurs véhiculées par les deux marques », dit Mélanie Dunn, présidente et chef de la direction de l\u2019agence Cossette au Canada.La gestionnaire sait de quoi elle parle : elle a obtenu un diplôme de l\u2019ESG en 1996.Sans prendre parti pour un camp ou pour l\u2019autre, la spécialiste du marketing rappelle que l\u2019UQAM est réputée pour l\u2019enseignement des sciences humaines et sociales, tandis que l\u2019ESG enseigne le commerce.Les contestataires d\u2019un côté, les capitalistes de l\u2019autre.Les étudiants de l\u2019ESG n\u2019embarquent généralement pas dans les mouvements de grève ou de protestation lancés par les six autres facultés.Les deux communautés se regardent de travers : « On a toujours été les capitalistes, les méchants, les profiteurs », dit une source à l\u2019ESG.Au-delà de cette apparente opposition, il est normal qu\u2019une organisation cherche à se doter d\u2019une image forte, explique Mélanie Dunn.«Une identité claire, un ADN très fort aident à développer le sentiment d\u2019appartenance et la fidélisation.Je ne sais pas à quel point les étudiants de l\u2019ESG deviennent des porte-étendards de la marque, pendant et après leurs études», dit-elle.L\u2019École a déjà sa propre marque de commerce, a expliqué la semaine dernière au Devoir le doyen Stéphane Pal- lage \u2014 avant d\u2019être réduit au silence par l\u2019administration du recteur Proulx.Les grosses lettres rouges « ESG » sont devenues le symbole dif fusé partout dans le monde par l\u2019école de gestion de l\u2019UQAM.Une question de fric La source du conflit entre les deux organisations, le nerf de la guerre, c\u2019est d\u2019abord l\u2019argent.L\u2019ESG a de l\u2019ambition : l\u2019École donne des cours de gestion en trois langues dans 12 pays répartis sur trois continents, de la Chine au Vietnam en passant par le Pérou, le Cameroun, la Pologne et la France.C\u2019est une véritable entreprise de 300 professeurs et 300 chargés de cours qui génère des revenus annuels de plus de 100 millions de dollars.L\u2019ESG estime retourner entre 10 et 13 millions par année à l\u2019UQAM.Les doyens des six autres facultés de l\u2019UQAM l\u2019ont souligné cette semaine : la séparation de l\u2019ESG serait catastrophique pour l\u2019université de 42 000 étudiants.L\u2019École de gestion génère plus de 25 % des revenus et 30 % des étudiants de l\u2019université.Bref, c\u2019est un énorme morceau.Pas étonnant que la direction de l\u2019UQAM ait rappelé à l\u2019ordre le doyen de l\u2019ESG dans un entretien privé cette semaine.Stéphane Pallage s\u2019est fait dire de mettre fin à sa campagne publique pour l\u2019autonomie de l\u2019ESG.« L\u2019intégrité de l\u2019UQAM, constituée de six facultés et d\u2019une École, est fondamentale.Il ne saurait être question de la compromettre de quelque manière que ce soit », ont écrit Lise Bissonnette, présidente du conseil d\u2019administration, et le recteur Robert Proulx dans un message à la communauté de l\u2019UQAM.En entrevue au Devoir, les deux têtes dirigeantes ont souligné leur ouverture à décentraliser toutes les facultés : c\u2019est même écrit dans le plan stratégique de l\u2019UQAM, adopté le mois dernier ! Le problème, c\u2019est que l\u2019UQAM en a déjà plein les bras avec des coupes de budget incessantes depuis trois ans.Les dirigeants de l\u2019université doivent gratter les fonds de tiroir pour trouver 12,5 millions de dollars d\u2019ici la fin de l\u2019année financière, le 31 mars.Robert Proulx et Lise Bissonnette ont hâte de rencontrer la ministre Hélène David, nommée à l\u2019Enseignement supérieur lors du remaniement cette semaine, pour l\u2019implorer d\u2019augmenter le financement des universités.Plan A et plan B La fameuse décentralisation profiterait pourtant à toutes les composantes de l\u2019UQAM, insiste l\u2019ESG.L\u2019Université de Sherbrooke distribue ainsi des budgets ouverts à toutes ses facultés, depuis plusieurs années, sans que ça freine la cohésion de l\u2019établissement, plaide l\u2019École de gestion.En gérant pleinement ses budgets, l\u2019ESG pourrait par exemple investir dans les cours en ligne, indique le plan stratégique de l\u2019École.L\u2019UQAM a pris du retard dans l\u2019enseignement par courtes capsules vidéo, par exemple.S\u2019il comprend mal du premier coup, l\u2019étudiant n\u2019a qu\u2019à rejouer la vidéo ou à joindre son professeur par téléphone ou par courriel.La promotion de l\u2019ESG à l\u2019étranger fait aussi par tie des priorités du plan stratégique.L\u2019UQAM est peu présente dans les foires universitaires, notamment en Asie, et l\u2019ESG affirme avoir un mode de promotion distinct du reste de l\u2019université.Plus de 600 étudiants étrangers fréquentent l\u2019ESG chaque année.Frustrée par la Fondation de l\u2019UQAM, l\u2019ESG a déjà envisagé de lancer sa propre campagne de financement, mais les relations entre les deux organisations se sont améliorées.Ça n\u2019empêchera pas le doyen de l\u2019ESG de lancer d\u2019ici un mois une consultation sur l\u2019indépendance de l\u2019École.Le «plan A» est de rester au sein de l\u2019UQAM, mais Stéphane Pallage n\u2019hésitera pas à mettre en marche le «plan B» \u2014 un référendum du 20 au 26 avril sur la séparation en bonne et due forme.L\u2019ESG deviendrait une composante du réseau des Universités du Québec, comme l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), l\u2019Institut national de recherche scientifique (INRS) ou l\u2019École de technologie supérieure (ETS).L\u2019UQAM est forte et résiliente, a affirmé Lise Bissonnette.L\u2019université devra le démontrer dans les prochaines semaines.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 F É V R I E R 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 L e PQ n\u2019est plus le fougueux étalon qui a fait suer sang et eau aussi bien René Lé- vesque que Lucien Bouchard, qu\u2019il a poussés au bord de la démission en adoptant des positions trop radicales à leur goût sur le mode d\u2019accession à la souveraineté ou la langue.Au congrès de décembre 1981, M.Lévesque n\u2019avait pas pu accepter le retour au principe de l\u2019élection référendaire, abandonné une première fois sept ans plus tôt, qu\u2019il a dû faire rejeter par un référendum interne.En novembre 1996, M.Bouchard a menacé de démissionner à son tour pour empêcher les délégués de revenir à l\u2019unilinguisme français dans l\u2019af fichage commercial, déclarant que cela l\u2019empêcherait de se regarder dans le miroir.La bête a semblé définitivement domptée à l\u2019issue du congrès d\u2019avril 2011, quand la direction du parti a retourné les délégués comme une crêpe en les forçant à se dédire après avoir voté encore une fois pour le retour à l\u2019unilin- guisme.Il faut croire que le bon vieux PQ n\u2019est pas mort, pas plus que son désir latent de refaire la « tuyauterie » qui doit permettre au Québec de devenir enfin un pays, le référendum dans sa version classique ayant débouché sur un cul- de-sac à deux reprises.Une centaine de militants entendent convaincre le Conseil national, qui se réunit en fin de semaine à Trois-Rivières, qu\u2019il faut tenter autre chose, comme le proposent aussi Québec solidaire et Option nationale, au risque de donner encore une fois l\u2019impression que le PQ vit dans une autre galaxie.«Certains considèrent que la question de l\u2019article 1 n\u2019est que de la tuyauterie.Mais si cette \u201c tuyauterie\u201d laisse fuir les militants, les sympathisants et les électeurs, c\u2019est bien qu\u2019il faut la changer », ont-ils fait valoir dans une lettre publiée mercredi dans Le Devoir, apparemment imperméables à toute idée que le projet souverainiste lui-même puisse avoir un effet repoussoir.?Depuis qu\u2019il a été élu chef, Pierre Karl Péla- deau se borne à répéter qu\u2019il fera connaître ses intentions avant les élections d\u2019octobre 2018.Son attaché de presse a précisé que « l\u2019indépendance du Québec se fera lorsque le mandat démocratique sera donné par la population, et cela passe par un référendum».Présenté de cette façon, cela n\u2019implique pas nécessairement qu\u2019on lui demanderait si elle souhaite que le Québec devienne indépendant ou non, comme cela a été fait en Écosse.Le référendum pourrait plutôt porter sur un projet de Constitution, comme le projettent les indépendantistes catalans ou Québec solidaire, possiblement précédé de « gestes de rupture » qui constitueraient une sorte d\u2019acompte sur le pays à venir.C\u2019est vraisemblablement une formule de ce genre que privilégie aussi le président du conseil d\u2019administration et directeur de recherche du futur Institut de recherche qui sera créé à l\u2019instigation de M.Péladeau, Daniel Turp, mais celui qui l\u2019a nommé ne partage pas nécessairement son avis pour autant.Il est également très douteux que l\u2019approche catalane compte beaucoup de partisans au sein du caucus des députés.?Même si l\u2019apprentissage de M.Péladeau se révèle plus ardu que plusieurs l\u2019auraient espéré et que son élection n\u2019a pas eu l\u2019effet escompté sur les intentions de vote du PQ, son arrivée n\u2019en a pas moins revigoré un parti qui s\u2019étiolait dangereusement.J\u2019écrivais en début de semaine qu\u2019il devrait remettre les pendules à l\u2019heure avant qu\u2019on se mette à crier à une nouvelle « astuce ».Un jour ou l\u2019autre, il lui faudra sonner la fin de la récréation, mais le retour en forme de la bête est peut-être trop récent pour prendre le risque de le compromettre en coupant court prématurément à un débat que plusieurs souhaitent manifestement.Redonner sa fougue d\u2019antan au PQ est essentiel au succès du projet souverainiste, et cela a un prix.M.Péladeau a un avantage que tous ses prédécesseurs n\u2019ont pas eu ou ont fini par perdre : personne au PQ ne doute de sa résolution inébranlable de réaliser l\u2019indépendance.Si son leadership devait être contesté, ce ne serait pas parce qu\u2019on lui reprochera un manque ferveur.Le Conseil national de novembre à Sherbrooke avait été assombri par son apparente ouverture à la partition du territoire québécois.Il est impératif que celui de la fin de semaine se déroule sans anicroche.Le début de session désastreux du gouvernement Couil- lard a heureusement fait oublier que le chef péquiste avait lui-même connu un mois de janvier atroce.Cette fois-ci, il pourra rapporter que le progrès sur la création de l\u2019institut de recherche et de l\u2019école de formation.La proposition de l\u2019association de Rosemont visant à réintroduire dans le programme du par ti la réforme du mode de scrutin constitue aussi un premier pas concret dans la recherche de la convergence.Ce n\u2019est pas le moment de tenter de brider la bête.Elle pourrait encore mordre.Après tout, il y aura un vote de confiance au congrès du printemps 2017.mdavid@ledevoir.com La bête MICHEL DAVID La menace de séparation de l\u2019École des sciences de la gestion (ESG) ébranle l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), déjà aux prises avec des dif ficultés financières, une baisse des inscriptions de 10,8% et une image entachée par les grèves étudiantes.Retour sur le conflit de valeurs entre l\u2019université « rebelle » et son école de gestionnaires bien sages.Et ambitieux.AUTONOMIE La révolte du «mouton noir » de l\u2019UQAM Les relations ont toujours été tendues entre l\u2019université et l\u2019ESG de leurs corps pour porter un enfant qu\u2019elles ne veulent pas.On fait fi de leurs émotions, de leurs droits », argue-t-elle.Un statut à définir Sans statut légal clair dans plusieurs pays, les mères porteuses, même recrutées localement, et leurs enfants à naître donnent lieu à des casse-têtes juridiques.En Europe, le quart des pays prohibent toute forme de MPA, alors que 25 % interdisent seulement la gestation contre rémunération.Selon Sarah Jacob-Wagner, chercheuse et au- teure de l\u2019avis produit par le CSF, si la condamnation des ententes transfrontalières de mères porteuses fait consensus, l\u2019approche stricte prônée par le Parlement européen envers la maternité de substitution sans rétribution n\u2019est pas partagée par tous.«Cette vision ne fait pas l\u2019unanimité.Il existe une diversité d\u2019opinions en France », dit-elle, notamment un courant pour reconnaître plus de droits aux mères porteuses et aux enfants nés de la gestation pour autrui.«L\u2019avis du CSF défend la MPA à titre gratuit, mais condamne la MPA commerciale.Nous avons consulté les études faites auprès de mères de substitution non rétribuées et d\u2019enfants nés de MPA, qui semblent ne pas avoir de problèmes à moyen terme.On pense qu\u2019il faut des ef for ts séparés pour lutter contre le tourisme procréatif », avance cette chercheuse.Le Québec demeure la seule province canadienne où toute forme de maternité de substitution est interdite.Des couples québécois, affirme Mme Jacob-Wagner, se tournent déjà vers l\u2019Ontario où un lien de filiation avec l\u2019enfant né de la MPA leur est accordé.Peut-on fermer les yeux?La réforme du droit de la famille caressée par Québec, estime-t-elle, pousse en faveur d\u2019une reconnaissance de cette réalité\u2026 que plus personne ne peut feindre d\u2019ignorer.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 MÈRES Redonner sa fougue d\u2019antan au PQ est essentiel au succès du projet souverainiste JEAN GAGNON/CC L\u2019UQAM envisage une certaine décentralisation de ses facultés.La source du conflit entre les deux organisations, le nerf de la guerre, c\u2019est d\u2019abord l\u2019argent «L\u2019avis du CSF défend la MPA à titre gratuit, mais condamne la MPA commerciale » e Mohammad Khatami, premier président dit réformiste (1997-2005), à Hassan Rohani, élu en juin 2013, avançons prudemment l\u2019idée que l\u2019Iran aura tendance, dans le temps long de la révolution islamique, à se « dé-théocratiser ».Posture dif?cile à soutenir, il va sans dire.Les élections au Parlement qui se déroulaient vendredi n\u2019annonçaient certainement pas un renversement radical de la dominance conservatrice, vu la disquali?cation massive des candidatures réformistes par les autorités décisionnelles qui sont les membres du tout-puissant Conseil des gardiens de la Constitution.Et encore moins pouvait-on s\u2019attendre à voir le scrutin concomitant métamorphoser cet organe central du régime des mollahs qu\u2019est l\u2019Assemblée des experts.Il se trouve toutefois que cette double consultation était la dernière à laquelle participait la génération des révolutionnaires qui ont renversé le shah d\u2019Iran en 1979.Elle s\u2019inscrit ensuite dans un moment de l\u2019histoire du pays où l\u2019Assemblée des experts, élue pour huit ans, pourrait très bien avoir à choisir un successeur au Guide suprême, l\u2019ayatollah Ali Kha- menei, âgé de 76 ans.Elle survient en?n sept mois après la conclusion de l\u2019accord international de Vienne sur le nucléaire, par lequel sera levé progressivement le régime des sanctions qui étrangle l\u2019économie nationale depuis une décennie et dont les Iraniens attendent beaucoup pour améliorer leur quotidien.Hassan Rohani est arrivé à la présidence il y a deux ans et demi sur promesses d\u2019ouvertures politiques et sociales, redonnant ainsi un peu d\u2019allant au clan réformiste dans la foulée de l\u2019écrasement des grandes manifestations (la « révolution verte ») qui avaient éclaté en opposition à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence, en 2009.Mais il s\u2019est avéré idéologi- quement plus accommodant que réformiste face aux conservateurs, au grand dam d\u2019une partie de la jeunesse.Fort de l\u2019accord sur le nucléaire avec les puissances occidentales, il doit maintenant relever le dé?, à l\u2019horizon de la prochaine présidentielle de 2017, de marginaliser l\u2019opposition des durs du régime à cette entente et de livrer la marchandise sur le plan de l\u2019économie et de l\u2019emploi.Des élections législatives de vendredi, il fallait donc absolument, pour ce faire, qu\u2019émerge une con?guration parlementaire \u2014 fondée sur une alliance consensuelle de modérés et de conservateurs dits pragmatiques \u2014 qui lui soit plus favorable que le Parlement sortant.La vie politique iranienne est un mélange singulier d\u2019opacité du pouvoir et de fenêtres démocratiques.Aussi, la part plus progressiste de la société ne cessera pas de revendiquer plus de liberté.C\u2019est dans l\u2019ordre des choses.Le sort de Stéfanie Trudeau étant réglé, le SPVM doit maintenant tirer des leçons de l\u2019af faire des « gratteux de guitare ».Au nom de la sécurité du public.lus de trois ans après l\u2019arrestation brutale et injusti?ée des « gratteux de guitare » du Pla- teau-Mont-Royal par Stéfanie Trudeau, le verdict de la raison est en?n tombé jeudi.«Matricule 728 » ne pouvait échapper à une condamnation pour voies de fait tellement sa conduite dérogeait aux bonnes pratiques policières.Passons sur le cas personnel de Mme Trudeau, qui est déjà neutralisée.La controverse entourant son arrestation brutale, injusti?ée et illégale de Serge Lavoie et Rudi Ochietti a déjà eu raison de sa carrière et de sa passion pour le métier de policière.Son visage et ses errements sont si connus qu\u2019elle pourra dif?cilement occuper un nouvel emploi dans le domaine de la sécurité publique sans être à nouveau stigmatisée.Son procès pour voies de fait a fait ressortir les travers de l\u2019institution policière.N\u2019eussent été les vidéos de l\u2019intervention insensée du 2 octobre 2012, le juge Daniel Bédard aurait dû se rabattre sur les versions contradictoires des protagonistes de cette histoire.D\u2019un côté, trois artistes dépeints comme des buveurs attardés et menaçants.De l\u2019autre, deux policiers solidaires appuyés par un expert au regard étroit et complaisant.Dans les af faires de brutalité policière, le déséquilibre des forces est frappant.Aux yeux de la justice, les victimes souffrent d\u2019un dé?cit de crédibilité par rapport aux policiers qu\u2019ils ne peuvent surmonter sans des preuves indépendantes : le récit de témoins civils, ou mieux, de la vidéo.La conduite de « Matricule 728 » illustre à elle seule pourquoi il faut équiper les patrouilleurs de caméras corporelles, en s\u2019assurant bien sûr que l\u2019institution policière ne soit pas juge et partie dans l\u2019utilisation et la conservation des enregistrements.Les policiers y penseront deux fois avant d\u2019accuser des victimes de brutalité policière de voies de fait ou d\u2019entrave, comme l\u2019a fait Mme Trudeau, a?n de les réduire au silence.Mme Trudeau et son équipier, Kevin Henr y, ont pris de grandes libertés avec les faits en arrêtant Simon Pagé (entrave et intimidation), Serge Lavoie (entrave, intimidation et voie de fait), Rudi Ochietti (entrave) et une simple passante, Karen Molina (entrave).Toutes les accusations contre eux ont été retirées, et pour cause.Stéfanie Trudeau a été insultée, ?lmée, mais contrairement à ce qu\u2019elle a prétendu en cour, elle n\u2019a jamais été touchée ou gênée dans son intervention jugée « maladroite, brusque et illégale ».C\u2019est « la rage et non la nécessité qui guide l\u2019accusée», conclut à juste titre le juge Bédard.Dès les dix premières secondes de l\u2019intervention, elle savait que sa carrière était terminée, a-t-elle témoigné.Il s\u2019agit là d\u2019un aveu, bien inconscient, du caractère abusif et disproportionné de son ultime intervention.La policière était déjà une star des réseaux sociaux \u2014 pour les mauvaises raisons \u2014 lors de l\u2019incident d\u2019octobre 2012.Durant le printemps érable, elle avait été prise à partie et fortement critiquée pour avoir aspergé de poivre de Cayenne des militants inoffensifs.Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) porte une part du blâme pour avoir laissé en contact direct avec la population une policière qui n\u2019avait plus le recul critique et la sérénité nécessaires pour accomplir son travail.Il est de sa responsabilité de prendre des mesures pour empêcher que des patrouilleurs à bout de souf?e menacent la quiétude et la sécurité des Montréalais.Il en va aussi du lien con?ance des citoyens à l\u2019égard du SPVM.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 F É V R I E R 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints NELLIE BRIÈRE, PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET R E V U E D E P R E S S E BRUTALITÉ POLICIÈRE Le mensonge 728 IRAN Reconfiguration ?P D G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É C\u2019 est CTV qui a un jour qualifié la conférence annuelle du Manning Centre de «Woodstock des conservateurs ».Le comparatif a ses limites, mais le rendez-vous organisé par l\u2019ancien politicien demeure un incontournable du calendrier de la droite.C\u2019est d\u2019autant plus vrai cette année.Depuis jeudi et jusqu\u2019à ce samedi, les penseurs et acteurs du conservatisme canadien sont réunis à Ottawa autour d\u2019un thème qui traduit bien l\u2019état du mouvement au Canada : «Recharching the right » \u2014 recharger une droite essoufflée, qui vient de subir une série de revers électoraux à travers le pays.Sur le site d\u2019iPolitics, Ian MacDonald note que c\u2019est toujours un événement aux réflexions intéressantes.Cette année, des ateliers sont prévus autour de la légalisation de la marijuana (« conservatives on cannabis »), du conser vatisme vert, du vieillissement de la population, du futur du secteur pétrolier\u2026 Six prétendants à la succession de Stephen Harper font partie des invités (Kevin O\u2019Leary, Michael Chong, Tony Clement, Maxime Bernier, Lisa Raitt, Kellie Leitch), ce qui donnera à la conférence les airs d\u2019un début de course au leadership.MacDonald estime que Stephen Harper devrait d\u2019ailleurs maintenant quitter la colline parlementaire, sans quoi le parti n\u2019arrivera pas à se reconstruire avec un « fantôme dans la pièce».Le mouvement conservateur ne se relèvera pas non plus s\u2019il ne prend pas acte de cer taines réalités, ajoute Michael Den Tandt (National Post).Primo, il sera impossible pour les conservateurs de gagner si le parti demeure un repère d\u2019hommes blancs âgés qui brandissent le poing contre les journalistes (un atelier de la conférence porte d\u2019ailleurs sur les relations entre les conservateurs et les médias) ; deuxio, une victoire sans l\u2019appui des communautés multiculturelles est tout aussi illusoire \u2014 et Den Tandt rappelle que l\u2019épisode du niqab fut désastreux.Finalement, le mouvement doit redevenir conservateur et cesser d\u2019être « harpe- rien ».C\u2019est-à-dire ?Avoir des principes forts et cohérents, dit-il.Den Tandt écrit que l\u2019examen de conscience et la séance d\u2019autocritique qu\u2019ont à faire les conservateurs seront difficiles, parce qu\u2019en totale opposition avec le réflexe des troupes.Mais l\u2019exercice est nécessaire.Il remarque que Justin Trudeau a fait le plein des électeurs de centre gauche en octobre, fauchant au NPD les appuis de l \u2019ère Layton.I l dispose d\u2019une force politique rare\u2026 mais il ne pourra s\u2019aventurer très loin vers le centre droit, contrairement à ce que Jean Chrétien avait fait, par exemple.Ainsi Michael Den Tandt écrit-il qu\u2019il y a là une belle occasion pour les conservateurs de revenir aux fondements du libéralisme classique.Il donne sa liste de suggestions pour un Parti conservateur renouvelé : qu\u2019il soit pro-libre-échange tout en protégeant mieux les consommateurs ; qu\u2019il soit pro- militaire ; qu\u2019il soit pour une politique environnementale pragmatique, qui proposerait notamment le développement du nucléaire ; etc.Ancienne directrice des communications de Stephen Harper, Sara MacIntyre a elle aussi publié dans Maclean\u2019s sa vision du conservatisme post-Stephen Harper.Après avoir réaffirmé ses convictions idéologiques de droite, son texte soutient que les conservateurs doivent opérer des changements de position majeurs dans certains dossiers.MacIntyre estime qu\u2019ils doivent notamment soutenir la légalisation de la prostitution et de la marijuana.De même pour l\u2019aide médicale à mourir.MacIntyre dit qu\u2019elle s\u2019attend à être huée pour ce genre de positions, mais la rhétorique des conser vateurs à l\u2019égard de ces enjeux leur a grandement nui, dit-elle.MacIntyre pense aussi que les conservateurs doivent sortir des tranchées : pendant trop longtemps, dit-elle, le mouvement s\u2019est nourri du combat « eux contre nous ».Il y a d\u2019autres moyens de motiver les troupes, croit l\u2019ancienne proche de Stephen Harper.Au final, elle juge que c\u2019est un bon moment pour être conservateur, parce qu\u2019il y a plusieurs perches à saisir.Preston Manning pense de même, dans la mesure où il voit chez les libéraux de Trudeau fils les mêmes travers qui ont stimulé les conservateurs après les années de Trudeau père.Dans un texte publié par le Globe and Mail, il écrit que les premiers pas du nouveau gouvernement ne sont en rien les « nouvelles voies ensoleillées » du XXIe siècle.Plutôt la reprise d\u2019une recette qui plonge le pays dans la dette, qui nuit au secteur énergétique et qui ébranle l\u2019unité nationale.Selon lui, le défi des conservateurs de demain sera essentiellement le même que celui des conservateurs des années 90 : réparer les dégâts d\u2019un Trudeau.Quel héritage?Chroniqueur pour Postmedia, Chris Selley souligne que l\u2019héritage des années Harper \u2014 qui devait être si difficile à renverser \u2014 est en train d\u2019être effacé par les libéraux.Ne prédisait-on pas la fin des «gros gouvernements»?Les déficits prévus pour les prochaines années montrent qu\u2019on est loin d\u2019avoir cimenté cette idée, dit-il.Dans le Toronto Star, Tim Harper fait lui aussi le constat que l\u2019héritage Harper était beaucoup plus fragile que plusieurs le pensaient.Il énumère une longue liste de décisions renversées pour conclure avec une image : les libéraux ef facent à grand jet d\u2019eau surpressurisé les graffitis conservateurs.Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques de ce texte.Le Woodstock des conservateurs GUY TAILLEFER BRIAN MYLES Et si l\u2019éducation faisait école en santé ?La réforme Bar rette est en cours : après avoir déstructuré le système de santé pour le centraliser dans les mains du ministre, après s\u2019être assuré de l\u2019appui ou du moins du silence des médecins, voilà que le ministre de la Santé s\u2019apprête à modifier le mode de financement des hôpitaux en y introduisant le principe du paiement par activités.Pour ce faire, il a recours à des cliniques privées pour établir entre autres le coût moyen de cer taines chir urgies dites d\u2019un jour.Contrairement au financement des écoles par l\u2019État qui est basé sur le nombre d\u2019élèves d\u2019un établissement scolaire, soit à la hauteur de 100 % au public et de 75 % au privé, celui des hôpitaux le serait sur la base du nombre d\u2019interventions effectuées en prenant comme référence, par exemple, le coût de telles chirurgies dans les cliniques privées.Si on extrapole, deux systèmes pourraient donc cohabiter, tout comme en éducation.L\u2019un, partiellement privé, où une sélection d\u2019activités payantes seraient assunées par l\u2019État, pour lesquelles le client paierait des frais accessoires de toutes sortes, avec l\u2019avantage de profiter d\u2019un temps d\u2019attente beaucoup plus court.Et de l\u2019autre, un système public qui, pour survivre, devrait concurrencer le privé, en mobilisant des ressources importantes des hôpitaux afin d\u2019aller chercher le financement de l\u2019État en sélectionnant des activités payantes, laissant les cas plus lourds dans une précarité, en étirant le temps d\u2019attente pour certaines chirurgies essentielles.Qui paiera la note d\u2019un tel système ?Dans un contexte de vieillissement de la population, les patients plus âgés, financièrement plus vulnérables, risquent d\u2019en faire les frais, en se voyant privés de soins qui entreront dans la colonne des dépenses par des établissements en quête de revenus.Tout comme en éducation, le gouvernement est en train d\u2019of ficialiser un système de santé à deux vitesses, sans reculons.Marcel Perron Neuville, le 25 février 2016 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 F É V R I E R 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michaël Monnier et Olivier Zuida (recher- chistes photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim).G U Y T H A U V E T T E Comédien et scénariste, au nom des cosignataires* Lettre à la Fondation Leonardo DiCaprio, Los Angeles her Leo, j\u2019ai vu ton film ! Enfin, plutôt le film de monsieur Iñárritu.The Revenant.Je te félicite pour le prix du « meilleur acteur » qui t\u2019a été attribué aux Golden Globes, tu as fait un travail impressionnant avec le personnage de Hugh Glass ! Tu ne te souviens probablement pas de moi depuis notre rencontre en 2002 sur Catch Me if You Can de Steven Spielberg, à Montréal et à Québec.J\u2019interprétais le directeur de la prison où tu étais détenu\u2026 Pendant ces quelques journées de tournage, j\u2019ai eu le privilège et le plaisir de partager le même plateau avec toi et Tom Hanks, et j\u2019ai été en mesure de constater que tu étais un acteur généreux ainsi qu\u2019un homme de cœur.Au moment où tu es probablement sur le point de recevoir « l\u2019hommage suprême » aux Oscar \u2014 je te le souhaite vivement \u2014, je ne veux pas «bouder ton plaisir », mais je me joins à certains de mes compatriotes francophones pour te faire part de notre vive réaction devant le traitement que cette production a réservé à ceux qui ont été nos pères.Les Espagnols, les Britanniques, les États- Unis, le Canada et le Québec ont participé au génocide culturel et à la dislocation du tissu social des premiers peuples des Amériques.Nous en sommes aujourd\u2019hui aux balbutiements d\u2019une réconciliation.Mais l\u2019Histoire nous a appris que deux siècles avant Glass et Toussaint Charbonneau, les territoires des Premières Nations étaient explorés par des « coureurs des bois » français, puis canadiens-français.Par tant des basses terres de la vallée du Saint-Laurent, ils ont sillonné l\u2019Amérique du Nord de la baie d\u2019Hudson à la Louisiane et de l\u2019Acadie jusqu\u2019aux Rocheuses, accompagnés et guidés par leurs alliés amérindiens dont ils ont souvent épousé les filles et mis au monde ce peuple métissé que nous sommes.Avec une de ses épouses, Sacagawea la fille d\u2019un chef shoshone, le vrai Toussaint Charbon- neau a servi de guide-interprète pour l\u2019expédition Lewis-Clark, considérée comme le véritable Acte fondateur des États-Unis.Lewis le méprisait.Clark, lui, l\u2019aimait bien ! Charbonneau était peut-être une brute ?Il est regrettable qu\u2019à partir de la réputation contestable faite à ce seul individu, l\u2019unique représentation que The Revenant fasse des « coureurs des bois » francophones soit celle de voleurs, qui pendent les Amérindiens et qui violent leurs femmes et leurs filles ! Déformer l\u2019Histoire, encore Les États-Unis ont produit des films extraordinaires qui ont charmé\u2026 et envahi le monde entier ! Mais voilà, trop c\u2019est trop ! Trop souvent Hollywood a bâti ses films en déformant l\u2019Histoire, glorifiant ses good guys califor- niens aux dépens des méchants sauvages, des Japonais, des Arabes et tutti quanti ! Et maintenant, les «méchants Canadiens français»?Bien sûr, il y a des «méchants» partout\u2026 Nous devinons que tu n\u2019es sans doute pas responsable de cette partie du scénario qui provoque chez nous un profond malaise.Nos propos s\u2019adresseraient plutôt au coscé- nariste-coproducteur et réalisateur Alejandro González Iñárritu.Espérons qu\u2019il sera informé de cette situation ; nous aimons habituellement son cinéma ! Mais tu es « in the Belly of the Beast », le seul qui soit au cœur de l \u2019action, le seul que je connaisse à Hollywood et \u2014 pardonne-moi \u2014 le prétexte que nous utilisons aujourd\u2019hui pour jeter ce pavé dans la mare du colonialisme «all Canadian» et du défaitisme québécois.Car ici, petit à petit, et bien avant The Revenant, nous menons un combat courageux, inégal, quotidien pour la sauvegarde de la langue française, et ce film n\u2019est qu\u2019un soufflet de plus ! Cette culture de violeurs barbares que propose le film fait le tour du monde pendant qu\u2019ici, nous frémissons, impuissants et tristes.Nous n\u2019avons vraiment pas besoin de ça ! Nous sommes un peuple pacifique, des bâtisseurs fêtards, ar tistes et durs à cuire, mais « peuple vaincu » à qui le conquérant britannique a massacré son histoire, exilé, pendu ses héros, de Chevalier Delorimier à Louis Riel ! Quelle étoile guide les peuples dont les héros sont dépeints comme des traîtres et des renégats ?Je ne sais pas si Hollywood connaît la tégénaire, une araignée pratiquement aveugle et inof fensive pour les êtres humains ?Elle ne tisse pas vraiment de toile, elle laisse traîner des fils légers et très fins ; lorsqu\u2019une mouche s\u2019y colle, elle s\u2019en approche, l\u2019entoure de fils, l\u2019immobilise en un cocon\u2026 et lui dévore le cerveau ! En histoire, la vérité devient celle du conquérant, comme l\u2019a déjà dit Denis Vaugeois.En utilisant ton nom, nous espérons rejoindre un maximum de nos concitoyens parmi les plus indolents.Nous ne te demandons rien, nous nous accordons le droit de t\u2019envoyer ce discours bavard en espérant que tu le reçoives.Nous menons le même combat, Leo.Tes discours, ta fondation en font foi ! La protection de « l\u2019écosystème des minorités fragiles » qui abritent la diversité sur notre planète, bélugas et humains, une position féministe, antiraciste et inclusive ! En 2016, nous sommes toujours là, malgré le Quebec bashing intense, la trop grande mollesse d\u2019un peuple colonisé, les intérêts personnels des gouvernements de comptables et le capitalisme décadent.Alors, bienvenue chez nous ! Nos maisons sont chaudes et accueillantes, nous parlons toujours une langue française qui est comme un chant d\u2019oiseaux dans la vie et sur nos écrans, nous célébrons l\u2019amour, nous gi- guons avec l\u2019espoir fou de réconcilier l\u2019envers avec l\u2019endos, le passé avec l\u2019avenir ! Nous nous battrons toujours pour survivre ! Nous vaincrons Leo ! Il le faut ! Longue vie à ta Fondation ! Longue vie à toi ! * Cosignataires : Louis Dussault, K-Films Amérique ; Rock Demers, producteur ; André Turpin, Carlos Ferrand, Paule Baillargeon, Claude Gagnon, cinéastes ; Lise Castonguay, Léa Marie Cantin, Marc Bellier, comédiens ; François Coutu, architecte.CÉRÉMONIE DES OSCAR Vie en forêt avec Leonardo DiCaprio Navrante représentation de nos coureurs des bois dans The Revenant M A R J O L A I N E P É L O Q U I N Prisonnière politique féministe à Tanguay en 1971 Auteure de En prison pour la cause des femmes.La conquête du banc des jurés (Éditions du remue-ménage, 2007) Lettre à Lise Thériault, ministre responsable de la Condition féminine adame, il y a lieu d\u2019être inquiètes pour nos concitoyennes incarcérées au provincial quand on apprend que depuis dix ans la situation matérielle continue de se détériorer dans les centres de détention québécois, comme le révèle le journaliste Jean-François Nadeau dans Le Devoir de la fin de semaine dernière (Les détenues paient le prix de l\u2019austérité, 20 février).Avec ce que l\u2019on sait de la règle du trop peu pour compter, on peut penser que la détérioration est à l\u2019heure actuelle pire du côté des femmes, ce que le transfert actuel des détenues de la prison Tanguay \u2014 déclarée désuète en septembre dernier \u2014 vers la prison Leclerc pour hommes \u2014 pourtant déclarée désuète en 2012 \u2014 vient confirmer.Par ailleurs, déménager les détenues de Tanguay, une prison pour femmes, dans une prison conçue et construite en fonction des caractéristiques et des besoins des hommes contrevenants, et où ceux-ci seront détenus avec des femmes, est une décision désastreuse que l\u2019expérience passée et les expert(e)s condamnent d\u2019avance à l\u2019échec.Ce n\u2019est que récemment, à la fin des années 1980, qu\u2019on a enfin commencé à tenir davantage compte des besoins et des caractéristiques personnelles et familiales des femmes au niveau des conditions carcérales, ce qui a eu des effets significativement positifs sur leur vie et leur quotidien.Comme l\u2019écrit Jean- François Nadeau : « La fermeture de la prison Tanguay constitue-t-elle un retour à des façons de faire anciennes [j\u2019ajouterais même discriminatoires], au nom d\u2019économies du moment?» Détention injuste Mais est-ce là la véritable question?Je pense quant à moi qu\u2019il ne faut pas améliorer les prisons des femmes, mais les abolir pour la très grande majorité des femmes détenues au provincial et qui sont jugées non dangereuses pour la société.Pour la plupar t de ces femmes condamnées, l\u2019enfermement est inadéquat.Beaucoup des délits reprochés à ces femmes (entre autres petits vols, fraude, quelques délits mineurs reliés aux drogues, prostitution) sont un ef fet secondaire de leur situation économique lamentable puisque la pauvreté les touche plus souvent que les hommes.Or, la cri- minalisation de ces petits délits contre la propriété et les « bonnes mœurs » ou liés aux drogues et aux stupéfiants (auxquels il faut ajouter le défaut de se conformer à une ordonnance de probation) serait responsable de la majorité des courtes peines d\u2019emprisonnement dont écopent les femmes contrevenantes au niveau provincial, notamment celles qui atterrissent à Tanguay.La criminologue Karlene Faith, dont Marie- Andrée Bertrand résumait la pensée dans son ouvrage Les femmes et la criminalité (2003), «croit que la prison est une institution du passé, les féministes feraient bien d\u2019adopter une position abolitionniste plutôt que de tenter de réformer les prisons ; elles devraient faire contrepoids à tout mouvement qui utilise la privation de liber té comme réponse à la délinquance des femmes».La grande majorité des Québécoises incarcérées au niveau provincial se trouvent dans une situation de détention injuste en regard de la gravité des fautes qui leur sont reprochées : elles ne méritent pas l\u2019enfermement.On sait pertinemment que ces femmes ne sont pas un danger pour la société et que, de façon générale, elles ne récidiveront pas.En plus d\u2019être injustifié, cet enfermement ne fait qu\u2019aggraver leur situation, une situation la plupart du temps précaire tant financièrement et socialement que sur le plan de leur santé physique et psychologique.Il s \u2019agit ma joritairement de femmes pauvres (où certaines minorités visibles surtout d\u2019origine autochtone sont surre- présentées), de mères chefs de famille mono- parentale et qui, à ma connaissance, ne sont pas reliées à des réseaux criminels.Gaspillage de vies L\u2019enfermement de nombreuses femmes détenues au provincial est un gaspillage de vies, de temps et d\u2019argent.Comme féministes, nous devons réclamer que tout cet argent investi inutilement pour enfermer ces femmes soit consacré à des politiques agressives pour contrer leur pauvreté, pour les former et pour les soutenir dans des démarches autonomisantes et valorisantes pour elles, car ce sont des conditions psychosociales et économiques dif ficiles qui les amènent en prison.Nous devons refuser les prétextes administratifs et financiers \u2014 de même que la logique du trop peu pour compter \u2014, afin d\u2019expliquer et de justifier les conditions des femmes en prison et incidemment cette actuelle « déportation » des détenues de Tanguay.Ce n\u2019est pas un problème d\u2019argent, c\u2019est une question de pouvoir et de volonté politiques.D\u2019ailleurs, il serait moins coûteux de faire sortir ces femmes de prison que de les garder en milieu fermé.Madame Thériault, vous élaborez présentement une politique de lutte contre la violence faite aux femmes.Allez-vous vous pencher sur cette autre violence que représente l\u2019emprisonnement des femmes ?Vous savez bien que la plupar t d \u2019entre elles ont subi toutes les formes de violences : sexuelles, physiques (incluant la violence conjugale) et aussi psychologiques.Pensez-vous sérieusement que la prison est ce qui leur convient ?Je cite Lise Gi- roux et Sylvie Frigon dans leur étude Profil correctionnel 2007-2008 : les femmes confiées aux Services correctionnels (publiée en 2011), où elles tracent un portrait des femmes incarcérées : « Les femmes éprouvent également beaucoup de prob lèmes de santé mentale, comme la dépendance aux drogues et à l\u2019alcool, la dépression, l\u2019anxiété, les comportements suicidaires, l\u2019automutilation et le syndrome de stress post-traumatique en détention qui survient comme une conséquence des abus passés.De l\u2019ensemble de ces dif ficultés découlent des problèmes importants d\u2019estime et d\u2019af firmation de soi qui ne peuvent qu\u2019entraver le processus de réinsertion sociale.» Madame la ministre, à ces femmes qui souffrent, of frez l\u2019espoir et de vrais moyens pour s\u2019en sortir.Démontrez-nous concrètement que des femmes au pouvoir, ça peut réellement faire changer les choses ! Il faut abolir les prisons pour femmes 20TH CENTURY FOX Il est regrettable que l\u2019unique représentation que The Revenant, dans lequel Leonardo DiCaprio (photo) tient le premier rôle, fasse des « coureurs des bois » francophones soit celle de voleurs, qui pendent les Amérindiens et qui violent leurs femmes et leurs filles.M C L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 F É V R I E R 2 0 1 6 PHILOSOPHIE B 6 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.LE DEVOIR DE PHILO Polanyi contre Uber Dans l\u2019optique du philosophe hongrois, l\u2019« ubérisation » représente une forme de « marchandisation » déplorable des activités sociales J O N A T H A N D U R A N D F O L C O Professeur à l\u2019École d\u2019innovation sociale, Université Saint-Paul L\u2019 épineux conflit entre les taxis et la compagnie Uber q u i s é v i t d a n s plusieurs grandes villes du monde (New York, Paris, Toronto, Montréal, etc.) n\u2019est pas un fait anodin et passager qui se résorbera calmement avec le temps, mais un symptôme d\u2019une transformation beaucoup plus fondamentale liée à l\u2019émergence d\u2019une nouvelle «économie collaborative» qui commence déjà à modifier le paysage du marché du travail, des habitudes de consommation et des formes de coopération sociale.Si certaines analyses plutôt simplistes considèrent qu\u2019il s\u2019agit avant tout d\u2019une opposition entre les privilèges d\u2019une industrie désuète et le progrès des nouvelles technologies, l\u2019historien, économiste et philosophe hongrois Karl Polanyi (1886- 1964) tracerait sans doute un portrait bien dif férent et plus nuancé de la situation.En quoi ce penseur original, avant tout connu pour son célèbre livre La grande transformation qui porte sur la naissance de l\u2019économie de marché et la crise sociopoli- tique des années 1930, pourrait- il nous éclairer sur les ambivalences de l\u2019économie collaborative, sur les réactions contradictoires qu\u2019elle suscite et les perspectives législatives qui pourraient réguler ces nouvelles pratiques économiques?Une institution Tout d\u2019abord, Polanyi a développé une conception large et multidimensionnelle de l\u2019économie qui ne se limite pas à des échanges libres et volontaires entre des individus sur le marché.Loin d\u2019être un espace abstrait d\u2019interactions entre homo economicus, l\u2019économie est d\u2019abord un procès institutionnalisé, c\u2019est-à-dire un processus social intimement lié à des normes, coutumes, règles et lois qui régissent son fonctionnement.« L\u2019économie humaine est [\u2026] encastrée et englobée dans des institutions économiques et non économiques.Il impor te de tenir compte de l\u2019aspect non économique.Car il se peut que la religion et le gouvernement soient aussi capitaux pour la structure et le fonctionnement de l\u2019économie que les institutions monétaires ou l\u2019existence d\u2019outils et de machines qui allègent la fatigue du travail.» Selon Polanyi, le marché n\u2019est pas un phénomène naturel et spontané mais une institution, c\u2019est-à-dire une construction sociale dont nous pouvons faire l\u2019histoire.Contrairement à la perspective marxiste qui analyse le capitalisme comme un mode de production basé sur l\u2019exploitation de la classe ouvrière par les capitalistes et la propriété privée, Polanyi mobilise les outils de l\u2019histoire économique, l\u2019anthropologie et la sociologie comparée pour comprendre comment des pratiques économiques complexes qui étaient auparavant « encastrées » dans la société ont fait place, au XIX e siècle, à la croyance en un marché autorégulateur et séparé du reste de la société.Le «désencastrement» et la dérégulation de l\u2019économie découlant de la marchandisa- tion du travail, de la terre et de la monnaie amenèrent d\u2019importantes conséquences sociales et environnementales, parfois dévastatrices, déclenchant du même coup de vives réactions chez les groupes concernés pour limiter les effets négatifs de cette transformation.Forces du marché et forces sociales Pour revenir au cas d\u2019Uber, une entreprise propriétaire d\u2019applications mobiles de mise en contact d\u2019utilisateurs avec des conducteurs réalisant des services de transport, nous assistons à l\u2019émergence d\u2019un nouveau modèle économique qui, évoquant l\u2019idée de libre c o n c u r r e n c e , p e r m e t d e contourner les réglementations fiscales, sociales et administratives en vigueur : permis de taxis, contrôle des tarifs, assurances collectives, etc.Comme Uber considère ses chauffeurs comme des «partenaires », c\u2019est-à-dire comme des sous-traitants indépendants et non comme des employés de la compagnie, cette entreprise peut externaliser les risques sur les travailleurs autonomes tout en modulant librement les prix selon un mécanisme basé sur l\u2019offre et la demande, avec des tarifs dix fois plus élevés lors du réveillon du Nouvel An par exemple ! Si on ajoute le fait qu\u2019Uber combine des techniques d\u2019optimisation fiscale, u n l o b b y i n g a g r e s s i f e t d\u2019énormes dépenses publici- ta ires pour contour ner le système d\u2019impôts, mettre en échec les tentatives de régulation et écraser la concurrence, il n\u2019est pas surprenant que les acteurs précar isés par ce nouveau joueur utilisent différents moyens pour protéger leurs intérêts et faire entendre leur voix.Selon Polanyi, les chauffeurs de tax i v isera ient à contrer ce mouvement de mar- chandisation opéré par Uber afin de « réencastrer » l\u2019économie dans la société.« Pendant un siècle, la dynamique de la société moderne a été gouvernée par un double mouvement : le marché s\u2019est continuellement étendu, mais ce mouvement a rencontré un contre-mouve- ment contrôlant cette expansion dans des directions déterminées», écrivait-il.D\u2019un côté, les forces du marché cherchent à s\u2019affranchir des obligations sociales afin d\u2019augmenter la mobilité du capital et du travail, tandis que les forces sociales poussent dans la direction opposée afin de limiter les ravages d\u2019une marchandisation généralisée.Ici, les chauffeurs de taxi revendiquent plusieurs formes de protection sociale, que ce soit par la défense de leurs droits, un encadrement légal des pratiques d\u2019Uber, ou encore l\u2019interdiction pure et simple de cette entreprise.Si Polanyi ne serait pas surpris des conflits sociaux, politiques et judiciaires entourant les activités d\u2019Uber, que penserait-il des possibilités et des problèmes de l\u2019économie collaborative en général ?Économie du partage L\u2019économie collaborative, également appelée «économie du partage», repose sur de nouvelles formes d\u2019organisation «horizontales» facilitant la mu- tualisation des biens, espaces et outils afin de favoriser le troc et les échanges entre individus plutôt que la propriété personnelle exclusive.Comme le soulignait déjà Aristote il y a deux mille ans, «la richesse réside bien plus dans l\u2019usage que dans la possession».Des plateformes numériques innovantes et applications mobiles permettent au- jourd\u2019hui d\u2019élargir considérablement la portée des échanges qui étaient autrefois confinés à la sphère familiale, les cercles d\u2019amis et la communauté, en multipliant les relations pair-à- pair (P2P) entre inconnus par des systèmes basés sur la confiance et la réputation.Ces plateformes d\u2019échange favorisent une meilleure allocation des ressources, le recyclage, l\u2019atomisation de l\u2019offre, l\u2019élimination des intermédiaires, la création de revenus hors des circuits de l\u2019emploi traditionnel, et l\u2019accès à des biens et services qui étaient auparavant offerts par les seules entreprises.L\u2019économie du par tage inclut la consommation collaborative (agriculture soutenue par la communauté, covoiturage), les modes de vie collaboratifs (co- working, cohabitat), la finance collaborative (crowdfunding, monnaies alternatives) et la production collaborative (Wikipé- dia, Fablabs, imprimantes 3D).«Hold-up idéologique» Or, pourquoi une start-up de la Silicon Valley est-elle devenue l\u2019icône de l\u2019économie collaborative, au point où le terme «ubéri- sation» désigne maintenant l\u2019ensemble de ces nouvelles pratiques sociales ?Polanyi ne serait sans doute pas impressionné par la valeur boursière de 50 milliards de la compagnie qui opère dans plus de 60 pays, et par tagerait sans doute le constat de l\u2019économiste Benjamin Coriat, pour qui «Uber a fait un hold-up idéologique sur l\u2019économie collaborative, transformant une disposition citoyenne en source de profits.Il a mis en place une économie de prédation en lieu et place d\u2019une économie de partage».En effet, comment départager des organisations aussi diverses que Airbnb et le couchsurfing, TaskRabbit et les systèmes d\u2019échanges locaux (SEL)?Polanyi distinguerait ici trois « formes d\u2019intégration» pour désigner « les mouvements institutionnalisés par lesquels sont reliés les éléments du processus économique \u2014 des ressources matérielles et du travail jusqu\u2019au transport, au stockage et à la répartition des biens» : la réciprocité, la redistribution et l\u2019échange.Premièrement, la réciprocité renvoie aux diverses formes de partage et d\u2019opérations basés sur les principes de symétrie, de mutualité et de don.Deuxièmement, la redistribution désigne les méthodes de collecte et d\u2019allocation des biens en fonction d\u2019un principe de centralité (comme l\u2019État social par exemple).Troisièmement, «l\u2019échange comme forme d\u2019intégration dépend de la présence d\u2019un système de marché; contrairement à une conception fréquente, ce dernier constitue une structure institutionnelle dont l\u2019origine ne réside pas dans des actes isolés d\u2019échange».Ce troisième modèle comprend ainsi les relations marchandes entre individus ou entreprises, le système des prix, le mécanisme de l\u2019offre et la demande, etc.Cette tripartition originale a notamment inspiré l\u2019idée d\u2019une économie plurielle avancée par les promoteurs de l\u2019économie sociale et solidaire qui distinguent celle-ci de l\u2019économie publique (État) et de l\u2019économie privée (marché).Comment cette distinction entre réciprocité, redistribution et échange marchand permet-elle de comprendre la dynamique de l\u2019économie collaborative ?Polanyi avancerait sans doute que l\u2019«ubérisation» représente une forme de « marchandisa- tion » des activités sociales, économiques et domestiques, basée sur un accès monétisé aux biens et services d\u2019autrui et le principe de l\u2019offre et la demande, tandis que l\u2019économie du par tage reposerait avant tout sur la réciprocité, le don, l\u2019entraide et la solidarité.Si nous prenons par exemple les clients d\u2019Airbnb, ceux-ci recherchent avant tout le confort à un prix abordable, un lieu propre à proximité d\u2019un centre touristique.Ces « critères d\u2019achat» se distinguent des critères d\u2019évaluation des adeptes du service gratuit Couchsur- fing, pour qui l\u2019essentiel réside dans la personne rencontrée, les moments avec l\u2019hôte et l\u2019hospitalité.Si TaskRabbit propose des échanges payants entre par ticuliers, un système d\u2019échange local (SEL) permet à ses membres de par tager des compétences et des savoir- faire par une logique du don et une monnaie spéciale dont l\u2019unité de compte n\u2019est pas l\u2019argent, mais le temps.Modèle hybride En résumé, l\u2019analyse pola- nyienne permet de montrer que l\u2019économie collaborative représente un modèle économique hybride travaillé par deux formes d\u2019intégration en tension : l\u2019échange marchand et la réciprocité.Des entreprises comme Uber contribueraient à accélérer le processus de marchandisation, la flexibi- lisation du travail et la précari- sation des conditions de vie, par l\u2019extraction d\u2019une rente extirpant la valeur monétaire de la coopération entre individus.Nous aurions alors af faire à une sorte de « capitalisme né- tarchique », pour reprendre l\u2019expression de Michel Bau- wens, qui désigne la « hiérarchie des réseaux » gouvernés par les grandes corporations privées comme Google, Amazon, Facebook, Apple, Uber, Airbnb, etc.D\u2019un autre côté, Polanyi observerait sans doute que l\u2019ubé- risation favorise directement un contre-mouvement de protection sociale visant à « ré- encastrer » l\u2019économie dans la société, non seulement par des régulations institutionnelles (législations sur les taxis, l\u2019hôtellerie, les travailleurs autonomes, etc.), mais par l\u2019émergence d\u2019initiatives citoyennes, innovations sociales et modèles économiques basés sur la réciprocité : logiciels libres, biens communs, coopératives d\u2019activité et d\u2019emploi regroupant des entrepreneurs indépendants bénéficiant d\u2019une couverture sociale (Coopaname), open design , et autres « utopies concrètes» visant à étendre la coopération par le biais de nouveaux outils numériques (platform cooperativism).Ainsi, l\u2019économie collaborative n\u2019est pas d\u2019abord une révolution technologique, mais une forme sociale complexe allant d\u2019une économie marchande « à la carte » à une économie du partage permettant éventuellement de dépasser le néolibéralisme, ou plutôt la « société de marché » dont parle Polanyi.Cette expression « signifie tout bonnement que la société est gérée en tant qu\u2019auxiliaire du marché.Au lieu que l\u2019économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans le système économique».« Nouvelle grande transformation » Si le philosophe hongrois a toujours critiqué le « sophisme économiste» qui réduit l\u2019ensemble des pratiques socioécono- miques aux seuls échanges marchands, c\u2019est parce qu\u2019il considérait l\u2019économie comme étant toujours et déjà enracinée dans une histoire, une société, un territoire.Il proposait ainsi de remplacer la conception formelle de l\u2019économie, basée sur la relation ef ficace entre les moyens et les fins dans un contexte de rareté, par une définition substantielle de l\u2019économie, qui « souligne ce fait primordial que les hommes, comme tous les autres êtres vivants, ne peuvent vivre durablement sans un environnement physique où ils trouvent leur subsistance ».À une époque marquée par le démantèlement de l\u2019État-providence, les déboires de la finance mondia- lisée et la crise écologique, l\u2019œuvre de Polanyi s\u2019avère utile non seulement pour comprendre les rouages de la «nouvelle grande transformation » en cours, mais pour imaginer les institutions et pratiques sociales qui permettront d\u2019assurer une transition écologique et démocratique de l\u2019économie.Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : www.ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le conflit entre Uber et les taxis est un symptôme d\u2019une transformation liée à l\u2019émergence d\u2019une nouvelle « économie collaborative ».ILLUSTRATION TIFFET Karl Polanyi a développé une conception large et multidimensionnelle de l\u2019économie.JONATHAN DURAND FOLCO Jonathan Durand Folco Des entreprises comme Uber contribueraient à accélérer le processus de marchandisation, la flexibilisation du travail et la précarisation des conditions de vie "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.