Le devoir, 19 mars 2016, Cahier E
[" Fred Fortin de retour avec un album éclectique Page E 3 Deux esseulés dans les rues de «Montréal la blanche» Page E 10 O D I L E T R E M B L A Y V a-t-on se déshabituer à appeler «Jutra» cette cérémonie rebaptisée en 2016 Gala du cinéma québécois ?Certains trébucheront sans doute dimanche soir sur les deux syllabes du patronyme funeste.Présumé pédophile, tombé de son socle, l\u2019auteur d\u2019À tout prendre hantera la soirée.L\u2019an prochain, le gala sera renommé (sans nom de cinéaste mort ou vif à qui trouver des poux, es- pérons-le).En attendant, l\u2019ambiance devrait marier liesse et deuil.Au Monument-National comme sur les ondes de Radio-Canada, place à une 18e édition en flottement de symboles.Les animateurs Pénélope McQuade et Stéphane Bellavance ne visent pas la rafale de gags sur le sujet chaud, à l\u2019encontre des blagues sur les Noirs aux derniers Oscar.Quelques phrases en début d\u2019émission, puis le regard ailleurs ! L\u2019autre controverse du cru entourant les films en nomination souvent inconnus du public suscita sans doute des plaisanteries moins timides\u2026 Leur relative confidentialité n\u2019enlève rien à la qualité des poulains de la course.En dehors de La passion d\u2019Augustine de Léa Pool (10 fois cité), qui séduisit la large audience et des Démons de Philippe Lesage, plus pointu que les autres, les œuvres auraient pu recevoir meilleur accueil.Le fossé se creuse entre un cinéma d\u2019auteur sérieux et un grand public en quête d\u2019émotions fortes, de rires et de délassement.Outre le Léa Pool, les gens ont vu Paul à Québec, Le mirage et La guerre des tuques 3D, absents ou presque des nominations.D\u2019où les frustrations.Et si Québec Cinéma imitait les Oscar en mettant un plus grand nombre de titres dans la catégorie du meilleur film, pour rameuter le spectateur devant son petit écran\u2026 Des films à relancer ailleurs Un gala sert aussi à relancer des œuvres méconnues sur de nouvelles plateformes.On le souhaite à Corbo de Mathieu Denis (dix citations), percutante incursion à travers les premiers soubresauts du FLQ, à Félix et Meira de Maxime Gi- roux, fine rencontre de deux solitudes (cinq nominations).Même vœu aux Êtres chers d\u2019Anne Émond (sept mentions), abordant avec sensibilité la transmission des traumatismes.Les démons, premier long métrage personnel et hanté, en nomination pour le meilleur film et la meilleure réalisation, mérite sa lumière.Le septième art québécois en est un de quête identitaire.Les œuvres en lice pour le meilleur film et la meilleure réalisation se réfèrent directement ou pas aux décennies 60, 70 ou 80, y cherchant un écho aux temps présents.Ça se joue sur fond de politique (Corbo), de religion (La passion d\u2019Augustine et Félix et Meira), des blessures de l\u2019homme québécois (Les êtres chers et pour non-transmission paternelle Félix et Meira), de terreurs enfantines (Les démons).Elephant Song de Charles Binamé, adapté de la pièce de Nicolas Billon, opposant en huis clos Xavier Dolan et Bruce Greenwood, riche de huit nominations, est surtout cité dans les catégories techniques.Le collectif Turbo Kid sur fond d\u2019apocalypse et la comédie politique Guibord s\u2019en va-t-en guerre de Philippe Falar- deau sont nommés quatre fois.Ce dernier avec plus de chances de trophée.C\u2019est parti ! Boule de cristal La boule de cristal paraît pourtant bien floue.Si ça se joue à la popularité, La passion d\u2019Augustine avec ses religieuses musiciennes pourrait recueillir la statuette du meilleur film.Sinon Félix et METAFILMS Félix et Meira de Maxime Giroux, raconte la rencontre de deux solitudes.YANNICK GRANDMONT METAFILMS Les êtres chers d\u2019Anne Émond aborde avec sensibilité la transmission des traumatismes.Hommage à François Dompierre Le compositeur épris de fusion des genres et chef d\u2019orchestre François Dompierre recevra le prix-hommage de ce Gala du cinéma québécois.Rappelons que celui qui signait cette année la musique de La passion d\u2019Augustine de Léa Pool possède une longue feuille de route en la matière.Il aura composé la trame musicale d\u2019une cinquantaine de longs métrages en autant d\u2019années, dont celles de Bonheur d\u2019occasion de Claude Fournier, d\u2019IXE-13 de Jacques Godbout, du Matou de Jean Beaudin, des Portes tournantes de Francis Mankiewicz, de Léolo de Jean-Claude Lauzon, du Déclin de l\u2019empire américain et de Jésus de Montréal de Denys Arcand, également du Sang des autres du Français Claude Chabrol.François Dompierre a moissonné des prix Félix et Génie et composa la musique de chansons de Louise Forestier, Pauline Julien, Monique Leyrac, Félix Leclerc (une union très féconde), etc.Il avait publié en 2000 chez Boréal Les plaisirs d\u2019un compositeur gourmand.M A R I E L A B R E C Q U E L\u2019 orangeraie n\u2019en finit pas de porter des fruits.Ce puissant roman publié en 2013 a récolté huit prix, a été traduit en sept langues, et se voit maintenant transposé au théâtre, avant peut-être le cinéma (les productions Micro_scope en ont acheté les droits).Larry Tremblay ne prévoyait pas que sa fiction, «probablement ma création la plus traditionnelle », aurait un tel impact.Ce caméléon de l\u2019écriture, dont l\u2019œuvre traverse non seulement les genres mais emprunte des formes très dif férentes, a composé là une fable d\u2019une simplicité apparente mais d\u2019une portée universelle.Dans un pays indéterminé, qu\u2019on devine moyen-oriental, des jumeaux de neuf ans sont contraints par la guerre de quitter l\u2019enfance.Un obus meurtrier amène les parents d\u2019Amed et Aziz à faire un choix tragique.Si elle semble tomber pile dans une actualité dominée par le terrorisme et les attentats suicides, l\u2019œuvre de Larry Tremblay est d\u2019abord une continuation de la réflexion amorcée dans sa pièce Cantate de guerre.« J\u2019avais une question précise : pourquoi est-ce que les conflits ethniques perdurent ?Et ma réponse dramatique était qu\u2019on transmet la haine.Très tôt, on enseigne aux enfants qu\u2019il y a des ennemis, que ce ne sont pas vraiment des hommes, qu\u2019il faut les détruire.» Désireux d\u2019écrire une sorte de conte accessible et d\u2019éviter « le piège de la partisanerie», l\u2019auteur a travaillé sur le dépouillement et gommé tout repère géographique précis.«Et c\u2019est peut- être l\u2019une des raisons pour lesquelles le roman fonctionne à l\u2019étranger : chacun imagine son propre conflit.» L\u2019orangeraie est paru depuis peu en Israël, où, selon sa traductrice, «le simple fait de le traduire en hébreu est un acte politique».Tremblay est fier d\u2019avoir lu sur Internet des critiques affirmant «que tous les soldats israéliens devraient le lire» et que le livre devrait être offert en arabe, La guerre à neuf ans Larry Tremblay adapte pour la première fois l\u2019un de ses romans sur scène, une fable universelle sur le sacrifice de l\u2019enfance en temps de guerre ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Je voulais montrer la puissance des mots, qu\u2019on endoctrine facilement les jeunes avec de belles paroles.Et les parents aussi», raconte Larry Tremblay.entre liesse et deuil C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 VOIR PAGE E 8 :GUERRE VOIR PAGE E 9 : GALA CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 2 du 12 avril au 7 mai 2016 mise en scène David Bobée une production ESPACE GO & Centre Dramatique National de Haute-Normandie Les lettres d\u2019 d\u2019Evelyne de la Chenelière & d\u2019Ovide avec Macha Limonchik Anthony Weiss Dear Criminals PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO 4890, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL BILLETTERIE : 514 845-4890 ESPACEGO.COM SAMUEL BECKETT FRANÇOIS GIRARD MISE EN SCÈNE DE SERGE LAMOTHE DRAMATURGIE SUPPLÉMENTAIRES LES 29 + 30 + 31 MARS ! TNM.QC.CA Avec Benoît Brière Pierre Lebeau Alexis Martin Emmanuel Schwartz Mounia Zahzam Assistance à la mise en scène Elaine Normandeau C\u2019EST À VOIR.ÇA VAUT LE DÉTOUR ! Benoît Brière, Alexis Martin, extraordinaires! \u2014 Katherine Verebely, Gravel le matin, Ici Radio-Canada Première François Girard a fait un véritable travail d\u2019archéologue et d\u2019orfèvre.Tragique, poétique et burlesque, ce classique (\u2026) est toujours d\u2019actualité.Une distribution cinq étoiles ! \u2014 Louise Rousseau, Le Téléjournal 18h, Ici Radio-Canada Première Le spectacle est en tout point remarquable.(\u2026) décor-métaphore absolument génial de François Séguin (\u2026) François Girard (\u2026) réussit ce qu\u2019il avait annoncé, à savoir faire entendre avec intelligence les mots de Beckett.\u2014 Louise Vigeant, revuejeu.org (\u2026) admirable quatuor d\u2019interprètes qu\u2019il faut à tout prix aller applaudir au TNM.\u2014 Luc Boulanger, La Presse «M on plus grand chagrin, écrivait le marquis de Sade, est qu\u2019il n\u2019existe réellement pas de Dieu et de me voir privé, par là, du plaisir de l\u2019insulter plus positivement.» De fait, l\u2019auteur de Philosophie dans le boudoir ne cessa de maudire une divinité à laquelle il refusait de croire ; lui prêtant par voie d\u2019ironie une substance, blasphémant à la lune, torpillant l\u2019empreinte de Dieu chez les humains, mais aussi son clergé, bien concret celui-là.Élevé par un oncle abbé flanqué de plusieurs maîtresses à demeure, l\u2019aristocrate n\u2019entretenait guère d\u2019illusions sur la sincérité des prélats.Sa prose, dans Justine en par ticulier, se délecte au récit de moines voués aux pires turpitudes.Ni la monarchie, ni la Terreur, ni l\u2019empire de Napoléon n\u2019ont supporté de voir respirer l\u2019air du large, ce philosophe- écrivain, homme de théâtre et libertin, emprisonné sous trois régimes, mort il y a deux siècles et des poussières.M a i s q u \u2019 o f f r e donc le marquis de Sade à nos sociétés contemporaines ?Tout, puisque le carcan des conventions n\u2019en finit plus de rétrécir la tête des hommes, sous cor tège de mauvaise foi et d\u2019hypocrisie.Parce que la censure artistique, son bain et son beurre, renaît sans cesse sous une forme ou une autre.Parce que la pornographie, en majesté sur la Toile et partout, conserve un pouvoir jamais émoussé.Par-delà ses mœurs sanglantes, à ne pas lâcher lousses dans le trafic il est vrai, ce sont les fantasmes sans frein de l\u2019esprit de Sade qui ont dérangé, son appel aux révolutions perpétuelles.Aussi séditieux mort que vivant.D\u2019où l\u2019interdiction de son œuvre jusqu\u2019au milieu du XXe siècle\u2026 Appelant à lui les instincts humains rugissants de fureur primitive, Sade fut u n e b o m b e a t o - mique avant la lettre, libre et auteur prolifique dans ses prisons successives, radioactif.Rares sont les personnes af franchies des conventions \u2014 dans son tonneau de l\u2019Athènes antique, Diogène offre également un cas de figure.Se frotter à la lumière et aux ténèbres du divin marquis constitue un des plus grands défis d\u2019artiste.Du théâtre à l\u2019hospice Alors, une fois n\u2019est pas coutume : Robert Lepage se trimbale avec une pièce signée par un autre.Nous voici à l\u2019Usine C devant ce Quills de l\u2019Américain Doug Wright, après son lancement au Trident à Québec.Et for t ravis d\u2019y être.Pièce hallucinée coréalisée et campée aux rôles principaux par Lepage et Jean-Pier re Cloutier, avec brillance d\u2019une mise en scène éclatée, une charge corrosive.Cette fiction, en incursion dans la tête de Sade et de ses compagnons, collée aux derniers temps du marquis, s\u2019offre un cadre réel : l\u2019hospice d\u2019aliénés de Charenton.Sade y faisait jouer ses pièces par les pensionnaires, sous le patronage du bon directeur l\u2019abbé de Coulmier, visionnaire croyant aux ver tus de l\u2019art thérapeutique, au grand dam du médecin-chef.Quills fut porté à l\u2019écran par Philip Kaufman en 2001 dans une version édulcorée, car Hollywood, c\u2019est toujours un peu Disney.Faut faire danser les hippopotames en tutu.Au théâtre, pas besoin.Doug Wright a transformé son Sade en symbole, sor te d\u2019antéchrist appelé à mourir décomposé en fragments, pour l\u2019eucharistie posthume.À travers ses joutes verbales avec l\u2019abbé de Coulmier, place à l\u2019éternel combat du bien contre le mal, mais tous deux ont changé de camp.La traduction de Jean-Pierre Cloutier restitue à la pièce sa langue française d\u2019origine, avec mots anciens retrouvés dans un dictionnaire d\u2019époque, et la verve et l\u2019esprit.Pas baleine Le cinéma, les iconographies diverses, l\u2019imagination surtout, ont arrangé le portrait de Sade qui avait écrit après une de ses nombreuses incarcérations : « J\u2019y ai acquis, faute d\u2019exercice, une corpulence si énorme, qu\u2019à peine puis-je remuer.» Pas question de montrer un maître pornographe en baleine ! Qui en voudrait, théâtre ou cinéma! Pas baleine, mais jouant de son corps glabre en troublante androgynie, il campe un excellent marquis, Robert Lepage.Avec ce rien de perversité, de solitude intérieure, qui ap- por te au rôle la gravité de l\u2019âge mûr, assumée, concentrée.Il n\u2019est plus le prestidigitateur d\u2019autrefois, plutôt un homme tendu vers sa propre caisse de résonance.Son Sade est montré sous un bon jour, autant que faire se peut.Avec une humanité, un courage et une honnêteté sans failles.La pièce insiste sur l\u2019aspect fantasmatique de ses œu- vres plutôt que sur la cruauté de ses actes passés.Le personnage sera supérieur à ses détracteurs de bout en bout.À Jean-Pierre Cloutier, en abbé de Coulmier, le rôle ingrat de plaider pour les bons sentiments, qui s\u2019en acquitte avec la douceur de l\u2019emploi.Une belle blanchisseuse (Mar y-Lee Picknell) sème chez eux l\u2019émoi.Autour, la folie règne.Lepage n\u2019a eu peur ni de jouer nu, ni de tendre des miroirs aux spectateurs pour qu\u2019ils s\u2019y mirent ou s\u2019égarent dans la galerie des glaces, ni de détourner la crucifixion en puissante scène érotique.Avec Ex Machina, les metteurs en scène ont enfanté des gags visuels souvent drôles.Car Sade était un humoriste à sa manière.Faut pas croire\u2026 Il est né, le divin marquis L\u2019an dernier, à Paris, le Musée D\u2019Orsay lui consacrait la formidable exposition Sade, attaquer le soleil, éclairant son parcours, sa pensée, ses écrits.C\u2019était à la fois séduisant et stimulant.Une fête noire au second degré.Tout à l\u2019expo Sade proclamait comme dans Quills : il est né le divin marquis.Mais ne comptez pas sur lui pour mourir, il a parmi nous trop de boulot ! otremblay@ledevoir.com La liberté dans l\u2019anathème ODILE TREMBLAY Robert Lepage dans la pièce Quills Y V E S B E R N A R D P rofesseur émérite à l\u2019Université de Sherbrooke, Francis Corpataux est aussi ce globe-trotter qui parcourt la planète depuis 25 ans à la recherche des chants ou des jeux chantés des jeunes.À son crédit, 19 disques de la collection « Le chant des enfants du monde» ; en tout, plus de 2000 enregistrements terrain, dont plusieurs sont légués au Musée du quai Branly à Paris.En 2005, il a reçu le prix Coup de cœur de l\u2019Académie Charles- Cros, qui lui a également décerné deux autres mentions spéciales.Avant les Fêtes, il a fait paraître le 19e volume de sa collection qui porte sur le Québec et l\u2019Acadie.Le prochain révélera des chants du Bénin.Partout, le professeur se pose la même question : malgré toutes les possibilités technologiques, les enfants continuent- ils de se transmettre les chants de leur tradition?« Je reste dans le domaine de la chanson qui est transmise d\u2019une façon non académique par imprégnation ou par participation à des activités communautaires.Je n\u2019enregistre pas les enfants ou les adolescents qui apprennent des chants pour un concours.» Par tout où il passe avec son épouse, il est à l\u2019écoute en travaillant à l\u2019horizontale, et non dans une logique d\u2019autorité verticale.Partout, il voyage avec un sac à dos contenant un petit studio d\u2019enregistrement.A-t-il remarqué des changements chez les jeunes depuis son quart de siècle de pratique ?«Oui, il y a une évolution sur le plan sémantique et sur celui des contenus.Les adolescents adaptent à des lignes mélodiques traditionnelles des textes qui reflètent leur réalité.On chante sur la drogue dans les milieux urbains et on parle de sida dans certains milieux.Au Bénin, on a des chants qui touchent Ebola.En plus de ces thèmes directs, on trouve aussi des chants chez les filles qui présentent l\u2019évolution de la femme.Et il y a des chants très centrés sur la négritude à Chicago, et d\u2019autres qui af firment la fierté de l\u2019identité en Afrique ou en Chine.On sent aussi que dans les pays animistes que j\u2019ai visités, l\u2019Église et le missionnariat perdent de leur influence.On y retrouve dans les chants beaucoup plus de sujets qui touchent les croyances traditionnelles.» Répertoire universel Chez les plus jeunes, il existe partout dans le monde un répertoire de chants-jeux chantés, les comptines, qui sont parfois scandées, criées, composées et décomposées.Malgré les variantes trouvées d\u2019un pays à l\u2019autre, le type de répertoire est universel.Qu\u2019en est-il du Québec et de l\u2019Acadie, les territoires du plus récent disque ?«Ici, des jeux de rondes sont disparus et des jeux de balle au mur, je n\u2019en ai pas trouvé, répond le professeur Corpataux.Mais ce qui est frappant est de voir que les enfants, en dehors de ce monde scolaire organisé et de tous les codes des adultes, se créent un espace de liber té et continuent de chanter.» Sur un pan international, quel est le rappor t avec les technologies?«Elles ne favorisent pas le jeu chanté.Ce que j\u2019ai pu constater, c\u2019est que là où la techno est la plus poussée, les jeunes deviennent beaucoup plus des auditeurs que des pratiquants de musique.» Et avec toutes ces zones de guerre, jusqu\u2019à quel point l\u2019actualité internationale limite-t-elle le travail de collecte ?«Dans ces cas, je me dis que les enfants ont peut-être d\u2019autres choses à faire que de chanter leurs petites chansons, quoique certains re- por tages nous permettent de voir que dès qu\u2019il y a une forme de liberté, les enfants se remettent à jouer.C\u2019est la suite du monde, même si on la massacre.Il y a toujours une énergie qu\u2019on retrouve chez les enfants.Le soleil se lève tous les jours pour eux et ils vivent le monde au présent même dans le tragique.Mais lorsqu\u2019il y a un petit rayon de soleil, ils ont l\u2019air heureux.Et effectivement, ils le sont, l\u2019espace de ce moment.» Collaborateur Le Devoir QUÉBEC ET ACADIE CHANTS DE COURS D\u2019ÉCOLE Le chant des enfants du monde volume XIX, enregistré et réalisé par Francis Corpataux, Arion.franciscorpataux.com M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 3 DU 29 MARS AU 23 AVRIL 2016 BILLETTERIE 514 844-1793|RIDEAUVERT.QC.CA © J e a n - F r a n ç o i s B é r u b é L E S DIABLOGUES TEXTES ROLAND DUBILLARD MISE EN SCÈNE DENIS MARLEAU AVEC SYLVIE LÉONARD | BRUNO MARCIL ET CARL BÉCHARD | ISABEAU BLANCHE BERNARD MENEY | OLIVIER MORIN EN COPRODUCTION AVEC UBU COMPAGNIE DE CRÉATION UN PING-PONG VERBAL EXISTENTIEL ET LUDIQUE.P H I L I P P E R E N A U D N\u2019 allez pas croire qu\u2019après le bruit des guitares et les longues tournées occasionnés par un disque de Gros Mené et deux de Galaxie, Fred Fortin avait besoin de ranger ses amplis et de se mettre de la ouate dans les oreilles.Revenir ainsi à une chanson moins riche en décibels n\u2019est qu\u2019une simple question de cycle de création auquel l\u2019auteur-compositeur-interprète a repris goût avec Ultramarr, un cinquième album nourri de folk, de prog-rock, de jazz et de sa passion récente pour la vie et l\u2019œuvre du génie de la pop américaine Brian Wilson, des Beach Boys, «un Beatles à lui tout seul».« Je ne suis pas un gars tellement politisé », dit Fred Fortin avec sa candeur habituelle.Pourtant, « j\u2019ai plein de tounes [qui parlent du] Canada.C\u2019est un thème récurrent.Des tounes de cigarettes, aussi, et pourtant je ne fume pas\u2026» La nouvelle chanson portant l\u2019ironique titre Amour au Canada fut composée et enregistrée le 19 octobre dernier, au soir des dernières élections générales fédérales.Fred s\u2019était mis à l\u2019abri des mauvaises nouvelles dans son chalet à Saint-Félicien.« J\u2019suis même pas allé voter, mais ce soir-là, je pensais au spectre de Stephen Harper.J\u2019étais sûr qu\u2019il allait rentrer.» Voilà pour la première des deux significations à donner au titre de l\u2019album, Ultramarr : y\u2019en a ras-le-bol.« Certains bouttes, tu bois du vin avec tes chums pis t\u2019es bien ; d\u2019autres, tu payes tes bills.Comme tout le monde.» Fallait que ça sorte, en forme chanson de préférence, et à les entendre, ces 11 toutes fraîches, on se dit que Fortin était vraiment rendu au bout du rouleau car elles sont toutes excellentes.La seconde signification, elle, est musicale : Ultramarr, c\u2019est vrai que ça sonne bien pour un titre d\u2019album, et puisque Fred a aussi une fixation lexicale sur les vieux chars et l\u2019odeur du gaz\u2026 « C\u2019était simplement le titre d\u2019une chanson.Quand je l\u2019ai montrée aux boys, ils m\u2019ont dit : t\u2019as pas le choix, c\u2019est ça le titre du disque ! » Ses mauvais compagnons Les fans de Fortin connaissent très bien « les boys», ses mauvais compagnons à lui, pour reprendre le mot de Plume, revenus l\u2019aider à redémarrer son cycle de création.Olivier Langevin, leader de Galaxie, cette fois à la basse sur la moitié du disque.Le claviériste François Lafontaine.Un petit nouveau, Sam Joly, qui joue de tout.« Il est vraiment doué.Il joue de la batterie sur la moitié des chansons, et il imite mon style, il joue comme moi.» L\u2019autre moitié de l\u2019album fut enregistrée à Montréal avec de nouveaux collègues, Andrew et Brad, mieux connus comme les Barr Brothers (y\u2019a Joe Grass, aussi, qui donne un coup de main aux guitares).Ainsi, Ultramarr passe pour le plus éclectique des albums de Fortin.Après Planter le décor (2009), riche en orchestrations de cuivres, le musicien intègre des références jazz encore plus évidentes à cet ensemble où chanson rock, guitares folk et structures rock progressif se mêlent instinctivement.« Je crois que si j\u2019ai évolué musicalement, c\u2019est juste dans la manière de jouer, de chanter.C\u2019est une évolution lente : moi, j\u2019ai besoin de recul, de prendre le temps pour assimiler.J\u2019écoute plein d\u2019af faires : Miles Davis, Coltrane, ça me donne de gros frissons.Je sais que ce n\u2019est pas moi, je n\u2019ai pas ce talent.» Mais l\u2019envie de nuances, d\u2019expérimenter avec d\u2019autres formes le motive.«Le rock, on sait qu\u2019on est capable [d\u2019en faire].L\u2019idée est d\u2019aller [explorer] une autre intensité et de cultiver ça le plus possible.» Ça ne s\u2019entend pas d\u2019emblée, mais l\u2019influence de Brian Wilson, le génial compositeur et arrangeur des Beach Boys, est partout sur Ultra- marr, dans l\u2019approche musicale et thématique, assure Fred Fortin.« Pet Sounds est un album que je m\u2019étais gardé, comme un grand cru, explique-t-il.Je connaissais des chansons par-ci par-là, mais pas l\u2019album en entier.Puis j\u2019ai trouvé le vinyle», et il a vu la lumière au point de tout vouloir dévorer sur l\u2019homme et sa musique \u2014 c\u2019est l\u2019effet que fait la musique des Beach Boys sur ceux qui ont le bonheur de s\u2019y plonger, en témoigne l\u2019auteur de ces lignes.Ému par Wilson « J\u2019ai regardé plein de documentaires sur Wilson », puis sur le légendaire Wrecking Crew, son orchestre de studio, dont faisait partie Glen Campbell, dont il a aussi dévoré l\u2019œuvre.« [Wilson] m\u2019a vraiment ému comme bonhomme, il m\u2019a ébloui par son talent, tout ce qu\u2019il représente.Il a halluciné ses projets au point d\u2019en être malade.Je ne voudrais jamais que ça finisse quand j\u2019arrive à la dernière chanson [de Pet Sounds].» L\u2019influence du Californien sur Ultramarr est sans doute plus humaine que musicale, avance Fortin, évoquant les moments tragiques de la vie de Wilson et les troubles mentaux qui l\u2019ont suivi des années 70 à aujourd\u2019hui.«L\u2019idée de me laisser aller complètement dans mes chansons, même si c\u2019est fou, un peu déviant.Son histoire m\u2019inspire et me pousse à en donner le plus possible musicalement.» Ultramarr (paru chez Grosse Boîte) regorge de personnages déviants, comme le pauvre type de la chanson-titre qui aime sa blonde mais pas son job, ou encore l\u2019étrange homme qui a perdu ses cigarettes dans Douille.«Je visais à faire une chanson absurde, détaille Fred.Ce n\u2019était même pas une chanson je pensais garder sur l\u2019album.» Il l\u2019aurait alors sans doute ajoutée à la pile de chansons qui alimenteront le prochain album de Gros Mené.«Sauf que mon fils, que je croyais endormi sur le divan pendant que je travaillais dessus, s\u2019est réveillé et m\u2019a dit : \u201cTu peux pas dire ça, papa.C\u2019est pas bon!\u201d» « Sur ce nouvel album, je suis comme parti dans ce trip-là», fou, exutoire, complètement libre.À nous de le suivre.Collaborateur Le Devoir Fred Fortin lance Ultramarr, un album éclectique Jazz, rock, folk s\u2019entremêlent\u2026 sous l\u2019ombre de Brian Wilson Francis Corpataux a rassemblé plus de 2000 enregistrements Avec Le chant des enfants du monde, le globe-trotter québécois lance un disque consacré au Québec et à l\u2019Acadie ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le nouvel album de Fred Fortin regorge de personnages déviants.PASCALE LYDIE YORO-DAGB Francis Corpataux au Bénin, pays qui sera l\u2019objet de son prochain disque. M U S I Q U E C L A S S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 4 SUPPLÉMENTAIRES DU 20 AU 30 AVRIL NOUVELLES SUPPLÉMENTA IRES LES 2 ET 3 MAI « (\u2026) riche d\u2019un texte puissant, d\u2019une distribution symbiotique et d\u2019une mise en scène qui extrait une incroyable densité dans le dépouillement.Une forêt, en un mot, sublime.» - Le Devoir « La production de La Manufacture est une grande réussite.(\u2026) Très bien dirigés par Benoît Vermeulen, Sophie Cadieux et Maxime Denommée sont au sommet de leur art.» - La Presse « (\u2026) un dosage absolument jouissif d\u2019humour, de lucidité, de philosophie et de légèreté.» - Nightlife.ca C H R I S T O P H E H U S S L e Concours musical international de Montréal (CMIM) a rendu publique le 8 mars dernier la liste des 24 candidats sélectionnés pour son édition Violon 2016.La diversité de l\u2019origine des jeunes violonistes qui viendront se mesurer à Montréal témoigne d\u2019une stature croissante de cette manifestation dans le monde musical.Le succès de Charles Richard-Hamelin, 2e Prix du Concours Chopin 2015 à Varsovie, après avoir été révélé en 2014 à Montréal, par un second prix également, ne pouvait pas nuire à l\u2019image du Concours musical international de Montréal (CMIM).Mais focaliser sur le cas du pianiste québécois serait oublier un peu vite la somme de révélations de talents grâce au CMIM depuis 2002.Lancé par les Jeunesses musicales du Canada sous la houlette de la basse Joseph Rouleau et de l\u2019ancien ministre André Bour- beau, la première édition du CMIM, seul concours annuel international d\u2019Amérique du Nord présentant en alternance sur un cycle de trois ans les disciplines piano, violon et chant, avait révélé des chanteurs tels Measha Brueggergosman ou Joseph Kaiser, dont la carrière fut ensuite remarquable.Déficit de notoriété Cette baraka ne s\u2019est pas démentie par la suite puisque les violonistes Yossif Ivanov ou Benjamin Beilman (qui vient de signer un contrat d\u2019enregistrement avec Warner), les pianistes Beatrice Rana, David Fray (artistes Warner également) et Nareh Arghamanian se sont fait connaître à Montréal.Les palmarès passés sont souvent les meilleurs ambassadeurs d\u2019un concours.Malgré cela, le CMIM souffrait d\u2019un déficit de notoriété et devrait attirer davantage.La prépondérance, à hauteur de deux tiers des candidats, des chanteurs canadiens et coréens pour Chant 2015, a été le signe pour la direction du CMIM qu\u2019il fallait prendre le taureau par les cornes et son bâton de pèlerin.Le résultat est impressionnant : augmentation de 70 % du nombre de candidatures, allant jusqu\u2019à un doublement des soumissions européennes.Christiane LeBlanc, directrice générale du concours, explique la recette au Devoir : «Nous avions coutume d\u2019envoyer des dépliants et des affiches dans les établissements d\u2019enseignement supérieur de la musique, alors que les concurrents nous avaient surtout connus par des amis, sur Internet, via Facebook et que, surtout, la décision de participer ou non à un concours était prise avec les professeurs.Nous avons donc fait une recherche exhaustive pour repérer les meilleurs professeurs partout dans le monde et leur avons écrit directement.C\u2019est ce qui explique cette augmentation.» Dans les faits, les 24 violonistes (16 femmes et 8 hommes) retenus pour se mesurer à Montréal du 22 mai au 2 juin prochain proviennent de 13 pays différents.Leur moyenne d\u2019âge est de 23 ans.L\u2019ensemble des candidatures émanait de 34 pays.Dommage collatéral : il n\u2019y aura pas de finaliste canadien.«Traditionnellement, les candidatures canadiennes étaient plus fortes en chant que dans les disciplines instrumentales », note Christiane LeBlanc.Le défi de l\u2019intégrité Parmi les facteurs d\u2019attraction de la compétition montréalaise, outre l\u2019ambiance familiale chaleureuse et conviviale («nous insistons beaucoup sur le côté humain »), Christiane LeBlanc souligne que «rares sont les concours qui ont un orchestre de la trempe de l\u2019OSM».Madame Le- Blanc remarque aussi que « Montréal est vue comme une belle porte d\u2019entrée en Amérique du Nord» par nombre de postulants.Dans la draconienne présélection, écartant sept prétendants sur huit, les candidatures en vidéo ont été discriminées par un jury composé de Jonathan Crow, Boris Kuschnir, Douglas McNabney, Lucie Robert et Andrew Wan grâce à un outil informatique développé in situ.Pour juger le concours lui-même, qui distribuera des prix d\u2019une valeur totale de 86 500 $, le CMIM a fait appel à une brochette de pédagogues de renom, dont Pierre Amoyal, Boris Garlitski, Ida Kavafian et Mihaela Martin, de vraies «vedettes» dans leur domaine.Le choix, certes prestigieux, ne manque pas de surprendre à une époque où beaucoup s\u2019interrogent sur le fair-play des compétitions musicales, au point où le Concours Van Cliburn, au Texas, a décidé de recourir davantage à des artistes en carrière.«Ils sont surtout allés chercher de nouvelles personnes», remarque Christiane LeBlanc, qui a voulu réunir à Montréal en mai prochain des jurés «qui vont avoir une influence sur les futurs candidats dans trois, six ou neuf ans.Tous sont nouveaux, car je recherche des ambassadeurs pour augmenter le nombre et la qualité des concurrents futurs.» Pour Christiane LeBlanc, « la réputation de droiture et d\u2019objectivité » du CMIM n\u2019est plus à faire : «Les professeurs doivent signer une déclaration sur leurs liens et n\u2019ont pas le droit de voter pour leurs élèves.Dans le manuel du jury est aussi stipulé que les membres du jury ne peuvent discuter des candidats.On ne les suit pas au bar de l\u2019hôtel, certes, mais cette partie du règlement est répétée souvent par le président du jury.» Sur le fond, Christiane LeBlanc avoue avoir vu des manigances dans « des jurys d\u2019interprètes » et conclut : « Ce n\u2019est donc pas la fonction, mais l\u2019intégrité de l\u2019être qui compte.J\u2019aime croire que quelqu\u2019un est professionnel.C\u2019est aussi vrai pour un interprète que pour un professeur.» Et, pour cela, comme pour les candidats qui émergeront de la compétition, le CMIM a pu jusqu\u2019à présent compter sur sa bonne étoile.Le Devoir VIOLON 2016 Quarts de finale (du 23 au 25 mai) et demi-finale (les 27 et 28 mai) à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal.Finales (les 30 et 31 mai) et Concert gala (2 juin) à la Maison symphonique.Orchestre symphonique de Montréal.Direction : Giancarlo Guerrero.Billets : salle Bourgie : 514 285-2000, option 4.Maison symphonique : 514 842-2112.Renseignements : www.concoursmontreal.ca Violon 2016, un concours plus international GUNTHER GAMPER Marc Bouchkov, 1er prix CMIM Violon 2013 SOURCE CMIM Benjamin Beilman, 1er prix CMIM Violon 2010 Christiane LeBlanc S E R G E T R U F F A U T L orsqu\u2019on évoque la mémoire et le talent d\u2019Eugene Ammons, surnommé « Jug », on pense évidemment aux fracas qui ont rythmé sa vie, qui l\u2019ont transformé en un sacré gâchis, une foutue tragédie.Tout récemment, on y a encore songé lorsqu\u2019on a accompli une OPA amicale sur The Soulful Moods of Gene Am- mons (12 $, ou 2 pour 20 $ sans les taxes), dans la série Jazz- plus sur étiquette Moods- ville/Universal, et sur Gene Ammons Six Classic Albums, publié par le label Real Gone Jazz (23 $ sans les taxes).On a donc songé à cela parce que de tous les grands saxophonistes ténors des années 50 et 60, soit John Coltrane, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Hank Mobley, Stan Getz, Archie Shepp, Wayne Shorter, Charlie Rouse, Stanley Turrentine, Johnny Griffin, Joe Henderson et Booker Ervin, il est le plus oublié.Il est ignoré.Cette indifférence découle en partie, et une bonne, d\u2019un tabou qui occulte une double réalité : la drogue, la « dope », et ce qui fut son corollaire ces années-là, soit l\u2019emprisonnement.Ce que l\u2019on enrobe d\u2019une hypocrisie linguistique \u2014 le sempiternel « problèmes personnels » \u2014 pour ne pas ef faroucher le petit bourgeois a marqué la vie d\u2019Am- mons comme suit : un premier séjour derrière les barreaux de 1958 à 1960, et un deuxième de 1962 à 1969.On se rappellera qu\u2019il suffisait de consommer pour être privé de liber té.On se rappellera aussi, voire sur tout, que l\u2019héroïne constitua à partir des années 20, pour les propriétaires de clubs, notamment Al Capone à Chicago et les frères Pendergast à Kansas City, un mode de paiement.Moitié argent moitié « dope », car après tout, il ne s\u2019agit que de «nègres», n\u2019est-ce pas\u2026 Cela posé, voici donc que l\u2019on a rassemblé en deux ensembles de CD les grands disques qu\u2019Ammons avait gravés pour les étiquettes Prestige, Riverside, Moodsville.Précisons qu\u2019aucun des albums réalisés en compagnie d\u2019organistes ne figure sur les huit albums proposés.Ceux réunis par Real Gone Jazz ont été enregistrés entre 1956 et 1960.L\u2019architecture musicale dominante s\u2019avère le septuor, avec parfois Jackie McLean au sax alto, Pepper Adams au baryton, Mal Waldron au piano, Art Farmer à la trompette\u2026 Les titres des disques sont autant de manifestes du hard bop: The Big Sound, Groove Blues, The Happy Blues, Jammin\u2019In Hi-Fi, Boss Tenor, The Happy Blues.Voilà pour le côté «dur» de maître Ammons.On écoute, et à la fin on se lève et on applaudit.À tout rompre.À peine avait-il terminé son premier séjour à la prison de Joliet qu\u2019Ammons enregistrait en 1961 deux albums de ballades aussi splendides l\u2019un que l\u2019autre.Deux albums confectionnés en quar tet, en petite formation, soit The Soulful Moods et Nice An\u2019 Cool regroupés sur Jazzplus.C\u2019est du bonheur de bout en bout, car maître Am- mons décline la définition sonore de la volupté.Ave ! ?Du numéro courant de Jazz Magazine, on écrira le contraire de ce que l\u2019on avait écrit à propos des numéros d\u2019automne et d\u2019hiver : le dernier vaut la dépense.Car après nous avoir serinés sur le « génie » d\u2019Hendrix et de Zappa, voilà que la rédaction nous propose enfin un numéro\u2026 jazz, et non rock ! Toujours est-il que ce numéro est à conserver, car il a fait l \u2019inventaire des 101 chefs-d\u2019œuvre que vous n\u2019avez pas encore écoutés.Le seul problème pour nous, c\u2019est que pour des raisons de distribution, cer taines galettes louangées ne sont pas disponibles, ou alors à des prix qui rendent l\u2019action subalterne d\u2019Apple beaucoup plus « attrayante » (sic).Cela étant, dans la foulée de la sortie du film sur Chet Baker, le prochain Jazz Magazine en fera son dossier.?À peine la polémique sur la « couleur » des artistes en nomination aux Oscar de cette année terminée, voilà que la sortie prévue le 22 avril prochain d\u2019un biopic dont la fameuse chanteuse Nina Si - mone est le sujet a ravivé les braises empoisonnées du racisme.Le moteur de celles- ci ?Les héritiers de Simone appellent au boycottage de ce film, car ils estiment que Zoe Saldana, qui campe cette dernière, n\u2019est pas assez noire.Saldana est à moitié noire, à moitié asiatique.Bon.On approche le territoire abject de la « pureté dangereuse ».?La maison d\u2019édition UC Press, filiale de l\u2019Université de Californie, vient de publier une biographie consacrée à l\u2019immense Charles Mingus.Le titre ?Better Git It in Your Soul \u2014 An Interpretive Biography of Charles Mingus.L\u2019auteur?Krin Gabare.Le prix?34,95$US.?Tête chercheuse du jazz ainsi qu\u2019en témoigne son site Do the Math et ses aventures avec le trio Bad Plus, le pianiste aussi fin qu\u2019étonnant, Ethan Iverson va rejoindre le corps professoral du très réputé New England Conservatory à compter de la rentrée universitaire d\u2019automne 2016.?Le Festival de jazz de Detroit vient d\u2019annoncer que le contrebassiste des contrebassistes, Ron Carter, sera l\u2019artiste en résidence lors de la prochaine édition de l\u2019événement, soit du 2 au 5 septembre.?L\u2019album libéré du temps : Dexter Gordon Quartet.Biting the Apple sur étiquette Steeple- Chase enregistré en novembre 1976 avec Barry Harris au piano, Sam Jones à la contrebasse et Al Foster à la batterie.C\u2019est costaud.?À la rubrique vidéo de la semaine, on inscrit : Ron Carter Trio au Jazzwoche Burghau- sen 2006.Plus d\u2019une heure trente de régal avec Jacky Ter- rasson au piano et Russel Malone à la guitare.Collaborateur Le Devoir La tragédie de Jug Ammons J A Z Z CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 5 Le Big Band de l\u2019Université de Montréal sous la direction de RON DI LAURO jazze avec IGNACIO BERROA batteur afro-cubain de renommée mondiale.Avec la participation de deux « profs virtuoses » de la Fac : Alain Caron basse John Roney piano MusUdeM musique.umontreal.ca Au programme : Des œuvres sélectionnées par Ignacio Berroa explorant le swing, la musique latine et le funk.La Faculté de musique béné?cie de l\u2019appui du Fonds Sophie Desmarais pour le Big Band de l\u2019Université de Montréal.Jeudi 24 mars 2016, 19 h 30 SALLE CLAUDE-CHAMPAGNE 220, avenue Vincent-d\u2019Indy, Montréal (Métro Édouard-Montpetit) 12 $, gratuit (étudiants) En vente à la porte ou à admission.com / 1 855 790-1245 38 REPRÉSENTATIONS DU 26 AVRIL AU 8 JUIN 5 NOUVELLES SUPPLÉMENTAIRES EN JUIN ! VENDREDI 3 JUIN 20 h SAMEDI 4 JUIN 15 h + 20 h MARDI 7 JUIN 19 h 30 MERCREDI 8 JUIN 20 h TNM.QC.CA TEXTE, CONCEPTION, MISE EN SCÈNE ET INTERPRÉTATION ROBERT LEPAGE PRODUCTION EX MACHINA Une présentation GENEAMMONS.NET Eugene «Jug» Ammons M I C H E L B É L A I R à Reims L a vraie vie rejoint tout le monde ; même les enfants.Et comme le théâtre et la vie semblent plus indissociables que jamais à l\u2019heure de la crise migratoire qui secoue l\u2019Europe, un festival comme Méli\u2019Môme, à Reims, ne peut que s\u2019inspirer, témoigner et participer de la réalité ambiante.Aussi difficile soit-elle\u2026 Voilà ce qui se dégage des propos du vénérable Joël Simon, qui dirige depuis ses touts débuts le festival.C\u2019est dans cette constatation qu\u2019il faut du moins voir l\u2019origine du virage de plus en plus marqué de Méli\u2019Môme vers un public plus « vieux », plus adolescent, plus concerné par la réalité.Virage ado «Oui c\u2019est vrai, commente le patron du festival.Notre programmation est cette année moins tournée vers les tout-petits.Probablement parce que nous avons été plus séduits par des propositions fortes s\u2019adressant à un public plus ado, oui.» Pourtant, si l\u2019on se fie aux chiffres, la moitié des 23 spectacles de cette année, 12 en fait, s\u2019adressent à des enfants de moins de six ans ; et cinq d\u2019entre eux ciblent les tout-petits de moins de deux ans.En proportion, cela ressemble beaucoup aux éditions précédentes du festival.C\u2019est donc ailleurs qu\u2019il faut chercher l\u2019explication.« Il s\u2019est passé quelque chose de très spécial ici, explique le moustachu directeur.Dans le cadre de Reims Scène d\u2019Europe \u2014 un festival hivernal auquel nous par ticipons avec les grandes structures culturelles de la ville \u2014, nous avons fait un carton avec un spectacle s\u2019adressant aux ados.Dans le cadre d\u2019une fausse vraie émission de radio, Radio Live mettait en scène trois jeunes déracinés venant du Liban, de Palestine et de Bosnie-Herzégovine.Les jeunes d\u2019ici ont vraiment été bouleversés par leur témoignage et cette solidarité, ce sens citoyen a, je pense, guidé nos choix en préparant notre 27e édition.» Depuis cet électrochoc, Méli\u2019Môme a décidé de parrainer à Reims deux classes de collège regroupant des étudiants d\u2019une bonne trentaine de nationalités dans le cadre du projet national InterClass.Ce virage ado est une surprise.Du moins pour les habitués du festival, qui trouvent d\u2019abord ici depuis 15 ans des spectacles destinés aux bébés.« Il y a encore plusieurs productions remarquables pour les tout-petits, reprend Joël Simon.Dont ce merveilleux spectacle autrichien qui s\u2019adresse aux moins de deux ans [Spiegels- piele], tout comme Mon lit est un bateau d\u2019André Parisot qui est cette année une des grandes figures du festival avec sa très belle exposition rassemblant des tonnes d\u2019objets étranges qu\u2019il a construits pour ses spectacles.Comme toujours, donc, tous les jeunes publics sont importants pour nous.Mais cette année, disons que l\u2019accent est plus mis du côté des plus vieux\u2026 Cela correspond peut-être au nouveau souf fle, au nouvel élan qui anime toute l\u2019équipe de Méli\u2019Môme depuis que nous sommes installés dans nos nouveaux locaux, au Cellier.» Des surprises de taille Nova Villa (nova-villa.com), l\u2019association qui organise Méli\u2019Môme et une foule d\u2019autres événements touchant les jeunes publics \u2014 Semaine de la petite enfance, Week-end bébés, M\u2019auteurs, etc.\u2014 est donc maintenant installée au centre-ville de Reims, au Cellier.L\u2019ancienne maison des champagnes Jacquart compte un étage de bureaux et deux salles de spectacle qui accueilleront d\u2019ailleurs cinq productions, une exposition et plusieurs rencontres durant toute la durée du festival.Cette 27e édition fera une g r a n d e p l a c e à l \u2019 E u r o p e puisqu\u2019on y verra des spectacles allemand, autrichien, belge, néerlandais et tchèque.L\u2019apport étranger est complété par deux productions québécoises: Jean- Rock Gaudreault y présente son Jouez, Monsieur Molière!, mis en scène par Jacynthe Pot- vin, et la chorégraphe Estelle Clareton propose Tendre, un spectacle pour les petits dès quatre ans.Selon Joël Simon, plusieurs surprises de taille sont au menu du festival.«Pour la première fois dans un festival jeunes publics, poursuit-il, on pourra voir une trilogie en 24 heures.La compagnie Loba d\u2019Annabelle Sargent, une ancienne stagiaire OFQJ-Méli\u2019Môme, présente en rafale un spectacle pour toute la famille : d\u2019abord Bottes de princes et bigoudis, suivi de P.P.les petits cailloux puis de Le roi des rats.C\u2019est un de nos coups de cœur.Tout comme le spectacle néerlandais Expedition Peter Pan, dans lequel des cadres d\u2019entreprise se mettent à délirer et à jouer comme des gamins.Comme Berbéris aussi, dont le festival a soutenu la création.Et le plus récent travail de Christian Duchange, Sous l\u2019armure, qui en étonnera plusieurs.» Bref, Méli\u2019Môme a beau changer de local et même d\u2019angle d\u2019attaque, c\u2019est toujours un festival qui poursuit le but qu\u2019il s\u2019est fixé dès sa création : changer le monde.Collaborateur Le Devoir MÉLI\u2019MÔME Du 18 mars au 2 avril Michel Bélair est à Reims à l\u2019invitation du festival Méli\u2019Môme.M É L A N I E C A R P E N T I E R I maginez un show qui, comme un livre de poche, serait léger, facile à exporter et qui jumellerait adroitement art visuel et mouvements improvisés.C\u2019est l\u2019idée qui a germé dans les esprits fantaisistes de la chorégraphe Catherine Tardif et du musicien Michel F.Côté, les fondateurs de la compagnie Et Mariane et Simon.Accompagnés de dix interprètes, c\u2019est avec une nouvelle création- concept, Mobilier mental, qu\u2019ils fouleront les planches du Mo- nument-National pour présenter leur dernière trouvaille.Pour ce spectacle de poche ludique, nécessitant tout au plus quatre répétitions, les deux complices ont convié des interprètes et chorégraphes de renom et émergents, ainsi que le musicien Alexander MacS- ween.Les règles du jeu sont simples: les performeurs seront tour à tour tirés au sort et, en dix secondes chrono, devront composer à partir d\u2019une photo qui s\u2019affichera de manière aléatoire sur un moniteur.«Il n\u2019y a aucune action qui va se faire sans le dévoilement d\u2019une image, soit à l\u2019interprète ou au public.Notre moteur, c\u2019est l\u2019image», déclare Catherine Tardif.Les deux créateurs se sont emparé librement de près de 500 photographies de Permanent Food, le magazine des deux artistes italiens loufoques et provocateurs Maurizio Catte- lan et Paola Manfrin.Cette kleptomanie artistique est une revendication des éditeurs du magazine qualifié de «cannibale» par leurs auteurs, car composé essentiellement d\u2019illustrations provenant de journaux du monde entier, volées, piratées et détournées de leurs sens.Avec Mobilier mental, Catherine Tardif et Michel F.Côté se sont approprié à leur manière les mots d\u2019ordre de Cattelan et Manfrin.«L\u2019univers de chacune des revues est proche du travail chorégraphique.Les mots y sont exclus et la narrativité est dans ce qu\u2019on voit.La photographie a ce privilège de nous offrir, même en arrêt, une logique de mouvement.Ces notions et ces idées qui naviguent d\u2019une image à l\u2019autre, qui se télescopent, sont en fait assez proches de l\u2019ar t chorégraphique», affirme Michel F.Coté.Maître du jeu et maestro sur scène, le musicien a choisi préalablement une centaine de morceaux musicaux pour accompagner chaque solo et potentiel duo ou trio.« Comme Maurizio Cattelan, qui, lui, puise dans l\u2019imaginaire photographique du XXe siècle, dans mon cas, j\u2019ai puisé dans l\u2019imaginaire musical du XXe siècle, tous répertoires confondus, de la musique baroque au grindcore », révèle-t-il.Un large spectre pour « une carte postale musicale» allant de la musique classique à la pop, jusqu\u2019aux rythmes urbains les plus expérimentaux.Une liste de lecture aléatoire donnant appui aux performeurs dans ce rallye où différentes étapes sont rigoureusement déterminées.Anticonformisme et danse affranchie La crainte du ratage et de la honte font partie des défis auxquels se frottent les joueurs.«Dans notre corpus, c\u2019est peut- être notre proposition la plus crue, la plus nue», affirme Catherine Tardif.Cela fait partie du principe de corps-vérité sur scène que la compagnie affectionne tant et a pu mettre en évidence à travers des œuvres telles que Le show poche et Salle de montre.Une approche de la danse visant à se débarrasser le plus possible du souci de performance et qui met en valeur la première impulsion du mouvement, tout en maintenant un souci de qualité.«La scène n\u2019est pas ce lieu hors du commun qui échappe à tous.Là aussi, il y a un droit à l\u2019erreur et au ratage.Il y a une poésie là, et on ne veut pas qu\u2019elle nous échappe », ajoute Michel F.Côté.Jouant sur les distorsions et l\u2019infinie possibilité de la perception d\u2019une image avec des contraintes temporelles strictes, les deux artistes s\u2019accordent pour dire que dans Mobilier mental, « la seule limite, c\u2019est dans la tête que ça se passe ».Soutenue par les interprètes, Et Mariane et Simon propose ici un univers décalé où les rapports à l\u2019ar t et à la scène sont désacralisés pour le bien d\u2019une danse libre et affranchie.Collaboratrice Le Devoir MOBILIER MENTAL De Catherine Tardif et Michel F.Côté (Et Mariane et Simon).Improvisatrices et improvisateurs: Marie Claire Forté, Peter Troszt- mer, Alanna Kraaijeveld, Magali Stoll, Catherine Tardif, Manuel Roque, Guy Trifiro, Alexander MacSween.Maître de musique: Michel F Côté.Au Monument- National, du 24 au 27 mars.D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 6 Festin d\u2019images en format poche JEUNES PUBLICS Méli\u2019Môme\u2026 citoyen T H É Â T R E MÉLI\u2019MÔME La chorégraphe Estelle Clareton propose Tendre, un spectacle pour les petits dès quatre ans.PHOTOS TIARI KESE Les deux créateurs Catherine Tardif et Michel F.Côté se sont emparé librement des photographies du magazine de deux artistes italiens loufoques et provocateurs.LAURENCE LABAT Jean-Rock Gaudreault présente son Jouez, Monsieur Molière ! L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 7 DE VISU C U L T U R E es usées \u2019entourent 41 musées dANS la métropole découvrez-les museesmTl.org Collier : Émilie Dell\u2019Aniello Cage à feu 2015 Photo et Guilde canadienne des métiers d\u2019art 1460-B, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H3G 1K4 T 514.849.6091 Guilde canadienne des métiers d\u2019art 1460-B, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H3G 1K4 T 514.849.6091 110 A N S Y E A R S 1906-2016 GRIFFE Métiers du cuir actuels ARTISTES ET ARTISANS PROFESSIONNELS ET ÉMERGENTS E X P O S I T I O N Du 23 mars au 23 avril 2016 Vernissage : mercredi 23 mars de 18 h à 20 h.Les artistes seront présents.Jennifer BEAUDOIN-BOISVERT, Corinne BOURGET et Robin SIROIS, Jérôme DANEAU-PITRE, Ana Maria DEL VALLE PINZÓN, Maylissa FRANÇOIS, Niki JESSUP, Claire KUSY, Jordan LAJOIE, Diane LEFEBVRE, Émilie LONGCHAMPS, Emmanuelle MICHALET LE CENTRE DES MÉTIERS DU CUIR DE MONTRÉAL PRÉSENTE Activité spéciale LE SLOW FASHION Tendance cuir avec Marie-Anne MILJOURS Mardi 5 avril 2016, de 17 h 30 à 19 h 30.ENTRÉE LIBRE Photo : Niki JESSUP, sac, 2014 (détail) < 24 ÉTUDES MINOX De Charles Gagnon Art 45 (372, rue Sainte-Catherine-Ouest, local 220), jusqu\u2019au 2 avril.J É R Ô M E D E L G A D O D ans la plus petite et discrète galerie du Belgo, Art 45, il n\u2019est pas rare de tomber sur de belles surprises.L\u2019exposition en cours, consacrée à Charles Gagnon (1934-2003), en est une d\u2019elles.Peintre et photographe, Charles Gagnon réapparaît à l\u2019occasion lors d\u2019expos thématiques, cité notamment comme un important postplas- ticien grâce à son œuvre picturale.En solo, ce n\u2019est plutôt plus le cas, surtout que deux rétrospectives ont été montées vers la fin de la vie de l\u2019ar tiste, dont la dernière deux ans avant sa mort (en 2001, au Musée d\u2019art contemporain).Voici donc que la modeste galerie, qui n\u2019ouvre que du jeudi au et samedi (ou sur rendezvous), présente une vingtaine d\u2019œuvres de Gagnon.Que de la photographie, spécialité de la maison.Le corpus réuni est un tout, en noir et blanc, réalisé avec une caméra Minox, un appareil miniature davantage destiné à l\u2019usage d\u2019un James Bond que d\u2019un artiste.Autre raison de se réjouir : ces photos de petit format (7 x 9cm) ont rarement été exposées, et ne l\u2019auraient même jamais été depuis que l\u2019artiste en a fait le tirage à la fin des années 1970.Elles ne se trouvaient pas, selon toute vraisemblance, parmi la centaine d\u2019images réunies et mises en circulation en 1998 par le Musée du Québec sous le titre Charles Gagnon.Observations \u2014 l\u2019autre rétrospective qu\u2019on évoquait.Gagnon, tant le peintre que le photographe, a travaillé dès les années 1950 aux abords des courants.Il s\u2019en est à la fois imprégné et éloigné.Ainsi, ses photos respirent certes le document, elles sont dénuées du commentaire social si important pour un Robert Frank et sa série Les Américains (1958), si incontournable pour les collectifs québécois qui surgissent dans les années 1970.Exclusivement urbaines Les images de l\u2019expo 24 études Minox ne rompent pas avec la posture d\u2019observateur que le photographe aura eu tout au long de ses 30 ans de pratique.Exclusivement urbaines, avec une ou deux vues d\u2019intérieurs, elles tendent non pas à décrire un lieu (bien que l\u2019on reconnaisse à l\u2019occasion un paysage montréalais), mais des états d\u2019âme.Elles expriment, en lignes, en ombres, en superposition de plans, l\u2019individualité de leur auteur.Elles ne sont pas, dans ce sens, des portraits de société comme aurait fait, par exemple, un Gabor Szilasi.Dans le catalogue de l\u2019expo Observations, Penny Cousineau présentait la photographie de Charles Gagnon comme « le combat entre une acceptation de l\u2019existence matérielle et un désir d\u2019y échapper ».« Gagnon, écrivait-elle encore, recourt aux stratagèmes stylistiques de la photographie documentaire pour exprimer les notions philosophiques les plus abstraites.» Il y a beaucoup d\u2019abstraction et de métaphysique dans les petits formats qu\u2019expose Art45.Les points fuyants abondent, comme des échappatoires à un monde oppressant.Zones de lumière s\u2019opposent à des parties sombres, voire ténébreuses.Le photographe se place dans un entre-deux, comme s\u2019il se trouvait dans l\u2019embrasure d\u2019une construction, à la fois dans le monde extérieur et dans un espace intérieur, ou alors ni tout à fait dans l\u2019un ni tout à fait dans l\u2019autre.Une des images les plus fortes repose sur une tension entre deux simples formes géométriques.L\u2019une, terre à terre (un camion) se trouve directement en dessous de l\u2019autre, suspendue, aérienne, mais menaçante (un panneau ombragé et donc difficile à déchiffrer).La mort, comme ici, est un sujet souvent suggéré chez Charles Gagnon, dont les œuvres « sous- entendent, selon Penny Cousineau, que la photographie en soi peut servir de passage vers un autre mode d\u2019existence».La condition du petit format, même si celui-ci prend de l\u2019envergure avec un passe-partout, donne aux images toute leur fragilité.Bien que chacune d\u2019entre elles puisse avoir son propre intérêt, c\u2019est ensemble qu\u2019elles sont davantage éloquentes.Le galeriste a d\u2019ailleurs pris le soin de les présenter par groupes de trois, qui favorisent des rapprochements, formels ou pas, sans toutefois les restreindre à un sens.Collaborateur Le Devoir Petits formats de Charles Gagnon La galerie Art45 sort de l\u2019oubli une série de photographies de l\u2019artiste décédé en 2003 N I C O L A S M A V R I K A K I S E n entrant dans la salle d\u2019exposit ion du centre d\u2019information Ar texte, vous aurez le fugit i f sentiment qu\u2019elle a laissé sa place à des bureaux de travail ayant un je-ne-sais-quoi de rétro.Sur un mur, une photo d\u2019Angela Grauerholz, montrant Artexte en 1983, dicte un peu le ton à l\u2019ambiance générale.La commissaire Zoë Tousignant a voulu nous permettre d\u2019explorer l\u2019histoire de cette institution en recréant un peu l\u2019atmosphère des bureaux d\u2019Artexte dans ses divers lieux passés.Tousignant explique qu\u2019Ar- texte « reçoit beaucoup de groupes d\u2019étudiants qui n\u2019auront pas la même expérience que moi, qui ai fréquenté ce centre alors qu\u2019il était sur Sainte-Catherine.Je voulais recréer cette ambiance des autres locaux occupés, avec des plantes et un peu plus de désordre que maintenant\u2026 Car je crois que l\u2019architecture a un impact sur l\u2019expérience d\u2019une institution et bien sûr sur celle d\u2019Ar- texte.Les divers lieux qu\u2019Artexte a occupés [sur de Bleury, Saint- Laurent\u2026] font partie de son histoire.Comme nous avions gardé les anciens meubles, dont des étagères pour les documents d\u2019archives, il m\u2019a été facile de recréer l\u2019ambiance de ces divers espaces».Du coup, cette expo «se veut aussi un hommage aux employés d\u2019Artexte puisque j\u2019ai aussi inclus quelques lettres personnelles, ce qui permet de parler des gens qui ont participé à sa naissance et à son développement».Sarah Watson, directrice de cette institution, insiste aussi sur ce point, Artexte « fut bâtie avec la collectivité».Collectivité qui est aussi à l\u2019origine de nombreux dons.Parmi ceux-ci, mentionnons celui de l\u2019historien d\u2019ar t et critique d\u2019ar t René Payant en 1988, ou de la défunte revue Parachute en 2007.Capsule temporelle?Le temps d\u2019un anniversaire, la salle d\u2019exposition d\u2019Artexte \u2014 qui existe depuis 2012 \u2014 a donc été transformée en une sorte de capsule temporelle\u2026 Cette idée permet d\u2019exposer un présentoir avec des exemplaires anciens de revues (Parachute, bien sûr, mais aussi Vanguard, Fuse, C Magazine, Inter, October\u2026), une table avec des ouvrages marquants de l\u2019histoire de l\u2019art récente et toute une série de documents d\u2019époque placés sur des bureaux ou épinglés sur divers babillards, documents qui retracent l\u2019histoire d\u2019Artexte ( y compris une multitude d\u2019articles de journaux, dont un texte de notre collègue Jérôme Delgado).Tousignant a même créé une fausse, mais vraisemblable table de recherche portant sur le rôle des femmes en art contemporain, table où travaillerait un étudiant venu explorer ce domaine dans les archives d\u2019Ar- texte\u2026 Le tout, insiste Tousi- gnant, est présenté « en ordre chronologique».Vous y retrouverez aussi des invitations à des rencontres avec des artistes\u2026 Car, en effet, Artexte fut bien plus qu\u2019un centre de documentation « fondé en 1981 par les artistes Angela Grauer- holz et Anne Ramsden, et par l\u2019historienne de l\u2019art Francine Périnet ».Ce lieu a par ticipé très activement à la vie culturelle d\u2019ici.Grâce à Ar texte, nous avons pu entendre à Montréal des conférences de Martha Rosler, Greg Curnoe, Liz Magor, Rodney Graham, David Clarkson, Doug Walker, Christine Davis, Kim Adams, Marie-Suzanne Désilets, Jean- François Prost\u2026 Artexte, ce fut aussi pendant longtemps une librairie qui permettait de trouver des livres que nous ne pouvions nous procurer nulle part ailleurs.Dans les années 80, il n\u2019était pas si facile à Montréal de trouver des ouvrages sur l\u2019histoire de l\u2019ar t ou sur l\u2019ar t contemporain d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Artexte était venu combler cette lacune.Notons que, de nos jours, ce n\u2019est pas vraiment plus facile\u2026 Certes, juste au même étage qu\u2019Ar- texte, au troisième de l\u2019édifice du 2-22 à l\u2019angle de Saint-Lau- rent et Sainte Catherine, il y a la librairie Formats.Mais dans notre ville, le nombre de librairies a bien diminué depuis 35 ans.À ce sujet, notons que malgré les promesses faites par la direction du Musée d\u2019ar t contemporain en 2009, lors de la fermeture de la librairie Olivieri qui était en ses murs, cette institution n\u2019a toujours pas une l ibrairie digne de ce nom.Quant à la boutique du MAC\u2026 Disons qu\u2019elle offre une sélection plus que pauvre de quelques catalogues du même musée\u2026 Artexte, c\u2019est aussi, depuis 1982, une maison d\u2019édition qui, seule ou en collaboration, a publié une vingtaine d\u2019ouvrages, dont plusieurs marquants pour notre histoire de l\u2019ar t contemporain : Vidéo (1986) sous la direction de René Payant, L\u2019art qui nous est contemporain (2000) de Rose- Marie Arbour, Le son dans l\u2019ar t contemporain canadien de Nicole Gingras (2004)\u2026 Collaborateur Le Devoir ARCHIVES OUVERTES : LES LIEUX D\u2019ARTEXTE Commissaire : Zoë Tousignant.Chez Artexte, 2, rue Sainte- Catherine Est, à Montréal, jusqu\u2019au 2 avril.Les archives des archives Artexte a 35 ans et la commissaire Zoë Tousignant nous invitent à en explorer l\u2019histoire CHARLES GAGNON GALERIE ART45 Les images tendent non pas à décrire un lieu, bien que l\u2019on reconnaisse à l\u2019occasion un paysage montréalais, mais des états d\u2019âme.PAUL LITHERLAND Le temps d\u2019un anniversaire, la salle d\u2019exposition d\u2019Artexte a été transformée en une sorte de capsule temporelle. S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L a maca, ça vous dit quelque chose?Ce «gingseng péruvien » est aussi décrit comme une « racine aux mille vertus » dans le dernier numéro de l\u2019excellente mais méconnue revue québécoise Quatre-temps (QT).On prête à la maca des effets aphrodisiaques, mais aussi la capacité de combattre l\u2019ostéoporose, les symptômes de la ménopause, voire le cancer de la prostate.Abracadabra! Une loi pér uvienne et un traité international interdisent la sortie du pays de la racine sans une valeur ajoutée, la transformation en farine par exemple.Des biopirates multiplient les assauts pour s\u2019emparer de ce matériel génétique et de bien d\u2019autres ressources biologiques du Pérou, y compris en déposant des brevets.Des filous chinois se déplacent en masse pour l\u2019achat de maca sur le marché noir.L\u2019ar ticle d\u2019Émilie Nault-Si- mard sur le sujet a été réalisé sur place.Tout comme celui de Brïte Pauchet et du photographe Guy Lavigueur, sur la serre communautaire d\u2019Inuvik à 200 km du cercle arctique qui nourrit en produits frais les quelque 3700 habitants de la ville « lovée dans un méandre du fleuve Mackenzie».Ces bijoux (et un tas d\u2019autres) paraissent dans le dernier numéro, celui du printemps 2016, premier du 40e volume, du 40e anniversaire quoi.Les reportages et analyses traitent des « étonnantes légumineuses», histoire de célébrer l\u2019année internationale de ces plantes nourricières décrétée par la FAO, bras de l\u2019ONU pour l\u2019agriculture et l\u2019alimentation.Bref, le contenu nourrit l\u2019esprit le plus exigeant.En plus, QT s\u2019est offert un remodelage en septembre.La graphiste Martine Maskud a transformé l\u2019ancienne production austère en élégante publication pulpeuse, aérée et colorée.Papa, maman et moi Quatre-temps se présente comme « la revue du Jardin botanique de Montréal ».Elle est publiée sous le contrôle et pour l\u2019association Les Amis du Jardin.L\u2019abonnement est offer t aux membres.Quatre- temps tire à environ 12 000 exemplaires tous les trimestres.Un supplément jeunesse baptisé Flore alors !, destiné aux cinq à huit ans, existe depuis deux ans.« Quatre-temps, c\u2019est une revue de vulgarisation en botanique et en hor ticulture, explique la rédactrice en chef, Marie-Hélène Croisetière, qui nous reçoit dans un bureau du Jardin.Les Amis est un organisme sans but lucratif créé pour revaloriser le Jardin et dif fuser les connaissances scientifiques sur les plantes.[\u2026] Nous avons un biais pour la protection de la nature.C\u2019est à la base de la mission des Amis.À mon avis, QT a pour objectif de créer l\u2019émerveillement devant le végétal et de faire réaliser son importance.» Le destin de la rédactrice en chef est depuis toujours lié au Jardin botanique.Ses parents se sont rencontrés là («comme simples badauds ») l\u2019année de la fondation des Amis.Elle lit la revue depuis une vingtaine d\u2019années et y a nourri son amour « des plantes et de la nature » , assumée avec sa formation en biologie végétale.C\u2019est là aussi qu\u2019elle a fait ses premières armes en journalisme, bénévolement « bien coachée par Martin Paquet, le rédac chef de l\u2019époque », précise-t-elle.Et quand elle a gagné une prestigieuse bourse Fernand Se- guin en journalisme scientifique, c\u2019était avec un ar ticle en préparation pour QT intitulé « Parole de plante », portant sur la communication entre végétaux.Les numéros traitent tous de thèmes originaux et surprenants.À l\u2019automne 2015, il était question de « Plantes en péril ».Au dernier hiver, le dossier «Plantes et musiques» rappelait tout ce que les instruments doivent aux arbres, des touches d\u2019ébène du grand piano aux petites éclisses en érable sycomore des instruments à vent en passant par les violons que les luthiers d\u2019ici fabriquent avec des bois indigènes, dont l\u2019épinette blanche et l\u2019érable rouge.« Je pense que la botanique of fre un réservoir de sujets inépuisable parce que les plantes sont au cœur de nos vies, sans même qu\u2019on s\u2019en rende compte, dit la pro du contenu.Sans elles, on n\u2019existerait pas ! Elles sont à l\u2019origine de notre nourriture (bœuf compris), du pétrole, du bois de construction, des tissus, de plusieurs médicaments, des couleurs, alouette.» Sans le Web Mme Croisetière choisit et développe les angles avec un comité de rédaction où siègent une botaniste, une horticultrice, une retraitée de l\u2019herbier, etc.Ces membres l\u2019épaulent dans la recherche de sujets, mais aussi dans l\u2019édition des textes.Ils assurent aussi la validation scientifique du contenu.QT paye ses pigistes 125 $ le feuillet, un tarif très honnête dans le contexte actuel de paupérisation croissante des médias.Les propositions lui arrivent de partout, comme ce sujet de la serre nordique.Mais c\u2019est bien elle qui a eu l\u2019idée de l\u2019article sur la maca qu\u2019elle a proposée à une jeune au- teure en road trip en Amérique du Sud.La moitié des textes sont encore écrits par des non-journa- listes, bénévolement.« Ces auteurs sont des professionnels du Jardin botanique surtout, mais aussi des spécialistes de domaines précis que je contacte pour l\u2019occasion, précise la rédactrice en chef.Les articles plus didactiques, descriptifs ou pointus sont donnés aux professionnels.» Ce média de niche, très personnalisé, à l \u2019abri des contraintes financières, peut même se permettre de fonctionner sans publicités (ou presque) et hors Web, ou tout comme.Le site amisjardin.com/revue se contente de montrer les anciennes unes, et la rédactrice en chef travaille à un projet de la numérisation de leurs contenus.« Nous allons rendre nos archives disponibles, promet-elle.Mais nous n\u2019avons pas besoin de nous occuper beaucoup du Web.C\u2019est comme pour la publicité : nous avions une entente avec un représentant, il nous a lâchés et le travail se fait en interne maintenant.Certains numéros, il n\u2019y a presque pas de pub.Mais bon, il nous faudrait peut-être une page Facebook.Ou des blogues\u2026» Le Devoir et donc être accessible à «l\u2019autre côté».«Pour moi, c\u2019est une forme de reconnaissance de la littérature, de ce qu\u2019elle peut faire.» Ici, où depuis deux ans l\u2019auteur multiplie les rencontres dans les cégeps et écoles secondaires, les jeunes semblent particulièrement réceptifs à ce récit qui expose aussi une entreprise de manipulation.« Je voulais montrer la puissance des mots, qu\u2019on endoctrine facilement les jeunes avec de belles paroles.Et les parents aussi.» Du fils d\u2019Abraham de l\u2019Ancien Testament aux jeunes «martyrs» de l\u2019islam se perpétue la terrible notion du sacrifice des enfants.« L\u2019enfance, c\u2019est l\u2019innocence, la pureté, c\u2019est toute la beauté du monde dans un corps.Alors c\u2019est comme si le sacrifice prenait une valeur encore plus grande, explique le dramaturge.On dit que la vie est une valeur suprême.Mais dans les faits, c\u2019est complètement faux.» Lar r y Tremblay, qui estime qu\u2019un créateur doit quitter ses zones de confor t, a pris le r isque de se f ier presque uniquement à son imagination pour se mettre à la place de ces personnages.Un « énorme » travail d\u2019empathie.« C\u2019est comme un médium, finalement.Je ne sais pas trop comment ça marche, ce processus de création ! » Du théâtre au théâtre Formellement, l\u2019œuvre est loin des « structures complexes, labyrinthiques» dont a coutume l\u2019auteur du Ventriloque.« Et pour moi, c\u2019est plus dif ficile ! Faire simple, tout en n\u2019étant pas simpliste, c\u2019est extrêmement difficile.D\u2019ailleurs, les œuvres comme Le Petit Prince, il n\u2019y en a pas tellement dans la littérature mondiale.La ligne est très mince pour parvenir à entrer dans cette zone où on s\u2019adresse à tout le monde.Je ne dirais pas que L\u2019orangeraie est dans cette zone-là, mais semble-t-il qu\u2019elle s\u2019en approche.» Le passage à la scène de ce texte déjà fortement dialogué, et qui évoque une tragédie grecque, s\u2019est fait sans trop de mal.«La grande difficulté était de fusionner les espaces, et de ne pas perdre de vue le principe d\u2019économie qui traverse toute la théâtralité.La parole ne doit pas expliquer ce que le corps ou la voix des acteurs vont livrer.Pour moi, une pièce est toujours un texte avec des trous partout, afin qu\u2019ils soient comblés par les comédiens, les concepteurs, le metteur en scène.» Et sa collaboration avec Claude Poissant, leur cinquième, n\u2019a plus guère besoin d\u2019explication.« Il connaît les pièges de mon œuvre, alors il gagne du temps.Il sait qu\u2019il faut d\u2019abord trouver la musicalité du texte.» Le roman comportait déjà du théâtre : répétant une pièce \u2014 dans laquelle on reconnaît Cantate de guerre\u2026 \u2014, un créateur s\u2019y interroge sur son droit à décrire une réalité qu\u2019il ne connaît pas, lorsqu\u2019 i l est confronté à un acteur qui, lui, a vécu l\u2019horreur.Larr y Tremblay, qui traite souvent des rap- por ts entre l\u2019ar t et le réel, s\u2019était lui-même posé cette question en écrivant Cantate.Sa réponse : s\u2019ouvrir aux réalités du monde est un devoir.Et de plus en plus d\u2019artistes d\u2019ici le font, rompant avec «l\u2019énorme repli sur soi» postréférendaire.«Le monde se complexifie.Et on ne peut pas rester fermé à l\u2019autre.Je pense que les Québécois sont de plus en plus conscients qu\u2019ils ne peuvent pas vivre dans un univers surprotégé.» Preuve que le personnel peut rejoindre l\u2019universel, il a d\u2019abord écrit ses deux œuvres sur la guerre pour un motif «égoïste : apaiser mon propre sentiment d\u2019impuissance, que je ne supportais pas.Sans l\u2019art, je pense que je n\u2019irais pas très bien\u2026» Collaboratrice Le Devoir L\u2019ORANGERAIE Texte : Larry Tremblay Mise en scène : Claude Poissant Au théâtre Denise-Pelletier, du 24 mars au 16 avril M É D I A S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 8 SUITE DE LA PAGE E 1 GUERRE 1049, AVENUE DES ÉRABLES QUÉBEC (418) 525-8393 www.galerielindaverge.ca V E R N I S S A G E 20 mars - 10 avril Laurent Lamarche Jusqu'au 17 avril 2016 www.expression.qc.ca T a c .c q .n o i s s e r p x e @ n o i s s e r p x e 9 0 2 4 .3 7 7 .0 5 4 D.E.Mo Commissaire_Ève De Garie-Lamanque 3926, rue Saint-Denis, Montréal 514 277 0770 \u2014 galeriebernard.ca ANDRÉ JASMIN QUAND L\u2019ART N\u2019A PAS D\u2019ÂGE Exposition du 31 mars au 30 avril 2016 Vernissage le 30 mars de 17h à 20h www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Avec le printemps INAUGURATION DE NOTRE 30e SAISON demain dimanche 20 mars à Montréal tous les détails de la saison et plus encore! Les lieux de musique : l\u2019art des lieux Après BOSTON, l\u2019histoire, la musique, les musées VAL NOTRE-DAME, l\u2019abbaye, l\u2019orgue et le clavecin QUÉBEC, le musée et la collection Lassonde D\u2019autres festivals et musées, ici et plus loin! HONFLEUR, PARIS et la campagne française COMPLET C\u2019est bientôt Pâques et le printemps, la fête de la régénéres- cence et la saison du verdoiement.Beau temps pour présenter Quatre-temps, belle et brillante revue publiée depuis quatre décennies par les Amis du Jardin botanique, un média de niche qui va très bien merci, même sans site Web et sans publicités.Jardin de délices La revue Quatre-temps, trésor méconnu des médias de niche PEDRO RUIZ LE DEVOIR La belle revue Quatre-temps est publiée par les Amis du Jardin botanique depuis maintenant quatre décennies. O D I L E T R E M B L A Y O n lui devait des séries au petit écran comme La promesse et Yamaska et le court métrage L\u2019initiation.Stéphan Beaudoin vous dira qu\u2019il travaille à la télé pour mieux faire du cinéma.Son premier long métrage, Le rang du lion , tourné dans l\u2019urgence sans l\u2019aide des institutions (sauf à l\u2019étape de la postproduction), prend l\u2019af fiche vendredi prochain après s\u2019être promené partout: festivals en Allemagne, en Abitibi, à Moncton, Festival du nouveau cinéma, bientôt au Rhode Island.Le film est acheté par Radio-Canada, Artv, Super Écran.« On ne s\u2019y attendait pas, avec nos conditions de tournage\u2026» Sa compagne, Sophie-Anne Beaudr y, a écrit le scénario après qu\u2019ils en ont brossé les grandes lignes.«Onze jours de tournage dans une ferme du Brome-Missisquoi à Bolton- Ouest que j\u2019avais louée à une connaissance.» Et la caméra à l\u2019épaule ?« On n\u2019avait pas les moyens de s\u2019of frir un trépied, sourit-il, mais elle permettait de suivre les personnages au plus près, en restant très naturalistes.Il n\u2019y a presque pas de plans d\u2019ensemble.» Un budget de misère.50 000 $.Toute l\u2019équipe travaillait en dif féré, mais le décor de la nature environnante autorisait les envolées lyriques.Longtemps, Le rang du lion s\u2019est intitulé Chameau, lion, enfant, en référence au premier discours de Zarathoustra sur les mutations de l\u2019esprit avant d\u2019atteindre la liber té, dans l\u2019ouvrage de Nietzsche.« Mais ça faisait trop Zoo de Granby», estime le cinéaste.Et les gens connaissent-ils Nietzsche tant que ça?L\u2019action se déroule dans une de ces communes rurales qu\u2019on associe surtout aux années 70.Des jeunes gens cherchant un sens à leur vie vivent dans une maison de ferme auprès de Gabriel, leur gourou, guide spirituel, coach de vie, appelez ça comme vous voulez.Alex (Frédéric Lemay), un jeune Mont- réalais, lâche tout pour suivre sa nouvelle blonde Jade (Geneviève Bédard) dans ce qui se révèle une secte non religieuse avec maître aux méthodes discutables (Sébastien Delorme).À quelle époque se situe l\u2019action?«Je n\u2019ai pas voulu répondre vraiment, quoiqu\u2019un téléphone cellulaire montre au début qu\u2019il n\u2019y a pas de signal, ce qui rend le film contemporain.En tout cas, ça révèle que ce genre de dynamique existe encore aujourd\u2019hui.» Ils sont huit disciples autour de celui qui fut pour plusieurs d\u2019entre eux un ancien professeur de philosophie nietzschéen.Alex est l\u2019outsider qui tente d\u2019entrer dans la ronde.Ni blanc ni noir Cinéaste et scénariste ont puisé leur inspiration au discours de Nietzsche, mais aussi à des ouvrages contemporains de guides de vie.« Sébastien Delorme a emprunté l\u2019idée des bottes de cowboy à son prof de l\u2019école de théâtre, sa façon de marcher aussi.» Stéphan Beaudoin avait vu le Moïse : l\u2019affaire Roch Thériault avec Luc Picard en 2002.Le sujet n\u2019est pas souvent traité ici.« L\u2019étape la plus dif ficile fut celle de la postproduction.Il a fallu couper toute une par tie d\u2019ailleurs très bonne, où les parents d \u2019Alex le recherchaient [Nathalie Coupal et Yves Bussières], mais c\u2019était mieux de se concentrer sur le huis clos.La première version durait 135 minutes, celle-ci 78 minutes.» Stéphan Beaudoin se dit heureux d\u2019apporter des nouveaux visages d\u2019acteurs au cinéma « où plusieurs se plaignent de revoir toujours les mêmes têtes ».Certains interprètes masculins : Sébastien Delorme, Frédéric Lemay, Émile Schneider avaient du métier, mais il a été cherché d\u2019autres membres de sa troupe chez les finissants des écoles de théâtre : Geneviève Bédard, Félix-Antoine Boutin, Katrine Duhaime, Catherine-Audrey Lachapelle, Marie-Chantal Na- deau, Étienne Pilon.La scénariste et le cinéaste ont voulu éviter le ton moralisateur et le côté manichéen : les bons contre les méchants : «Tout passe par le point de vue d\u2019Alex, mais Gabriel n\u2019est pas un monstre.Il couche avec ses adeptes pour assouvir des besoins sexuels et pour les contrôler également, tout en cherchant une sor te de vérité.Les jeunes sont vulnérables mais la société ne leur apporte pas ce qu\u2019ils veulent, et les théories de Gabriel ont du vrai aussi.» « Le cinéma et la télé sont incestueux au Québec, estime Stéphan Beaudoin.La télé est plus manipulatrice, le cinéma autorise davantage de risque, et permet d\u2019avoir une signature au bout, sans chercher à tout expliquer, à travers une liberté créatrice.» En plus de bientôt diriger la série télé L\u2019heure bleue avec Céline Bonnier et Benoît Gouin, Stéphan Beaudoin a déjà terminé le tournage de son deuxième long métrage indépendant à Drummondville : Yankee suit une Américaine au Québec qui combat dans les fight clubs.«Un film viscéral et charnel, précise-t-il, avec l\u2019actrice de Vancouver Devon Slack qui est aussi une cascadeuse.On espère le lancer dans un festival à l\u2019automne.» Le Devoir C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 E 9 Meira et Les êtres chers semblent les mieux placés, au milieu du spectre, pour viser le premier rang, à tout le moins côté réalisation.Tant de cas de figure sont envisageables.Au meilleur acteur, la partie se joue entre Xavier Do- lan dans Elephant Song et Gilber t Sicotte pour Paul à Québec (qui l \u2019aura sans doute).Côté meilleure actrice, Fanny Mallette dans Chorus af fronte sur tout Céline Bonnier dans La passion d\u2019Augustine (el le devrait l\u2019avoir).Irdens Exentus, délicieux Haïtien zélé de Gui- bord s\u2019en va-t-en guerre devrait recevoir le laurier du meilleur acteur de soutien.Un grand rival : Tony Nardi dans Corbo.À une des religieuses de La passion d\u2019Augustine, Dianne Lavallée ou Lysandre Ménard, celle de la meilleure actrice de soutien.Au scénario : Félix et Meira, peut-être.Meilleure caméra : Yves Bélanger pour Brooklyn.Au montage, François Delisle le mériterait pour Chorus , trop rare aux nominations, mais Les êtres chers devrait l\u2019emporter.Au meilleur long métrage documentaire, tous sont méritants, dont Ouïghours, prisonniers de l\u2019absurde de Patricio Henriquez, Le profil Amina de Sophie Deraspe, L\u2019empreinte de Carole Poliquin et Yvan Du- buc.Question de sensibilité de jur y.Au moins, il y aura du suspense dimanche, de tristesses enrobé, soit.Mais un bon gala malgré tout ! Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 GALA ENTREVUE Nietzsche en Montérégie Stéphan Beaudoin tourne son premier long métrage LE DEVOIR ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Stéphan Beaudoin a tourné son film en 11 jours dans une ferme du Brome-Missisquoi, avec un budget de 50 000$. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 CINEMA E 10 C U L T U R E PRÉSENTEMENT À L\u2019AFFICHE K-Films Amérique MontrealLaBlanche.com @KFilmsAmrique MontrealLaBlanche « KARINA AKTOUF EST EXTRAORDINAIRE ! [.] LES COMÉDIENS SONT TOUS EXCELLENTS.» RENÉ HOMIER-ROY, ICI RADIO-CANADA PREMIÈRE theatreoutremont.ca 514 495-9944 LEÇONS DE CONDUITE Le lundi 21 mars | 16 h et 19 h 30 8,50 $ d\u2019Isabel Coixet AVEC PATRICIA CLARKSON, BEN KINSLEY, JAKE WEBER, SARITA CHOUDHURY ET GRACE GUMMER MONTRÉAL, LA BLANCHE ?Drame de Bachir Bensaddek.Avec Rabah Aït Ouyahia, Karina Aktouf, Mohamed Aït Ouyahia, Hacène Benzerari, Pierre Lebeau, François Arnaud, Reda Guerinik.Québec, 2016, 90 minutes.O D I L E T R E M B L A Y S\u2019 inscrivant dans une lignée désormais plus féconde du cinéma québécois de l\u2019altérité, Montréal la blanche est un double blues entrecroisé très réussi sur des Algériens établis à Montréal.Pour son premier long métrage, librement adapté de sa pièce de théâtre, le documentariste Ba- chir Bensaddek ouvre une nouvelle porte sur le Québec de la nuit de Noël, où tout peut arriver au cinéma.La vie heureuse de Léopold Z de Gilles Carle et Mon oncle Antoine de Claude Jutra en témoignaient.Signe des temps, alors que le débat sur l\u2019accueil des réfugiés syriens bat son plein, Montréal la blanche met en scène un homme et une femme hantés par leur pays commun, l\u2019Algérie.Kahina a été une grande chanteuse autrefois et s\u2019est fait passer pour morte.Transplantée à Montréal, elle veut récupérer sa fille des mains de son ex-mari qui lui file entre les doigts.Amo- krane, déterminé à travailler cette lucrative nuit-là au lieu de rejoindre sa famille, la prend à bord de son taxi et reconnaît en elle son idole de jeunesse.Sur cette trame classique de deux inconnus qui s\u2019apprivoisent, la patrie d\u2019origine flotte et se pose parfois en flashbacks sur le passé douloureux du chauffeur, comme à travers la réserve de Kahina.Tout en nuances.Une partition en finesse Le film permet à d\u2019excellents interprètes venus d\u2019ailleurs de jouer au cinéma d\u2019ici : Karina Aktouf, connue surtout pour son rôle dans la télésérie Jasmine.On avait vu Rabah Aït Ouyahia dans L\u2019ange de goudron de Denis Chouinard en 2001.Ce duo joue sa partition avec finesse, sur plusieurs notes, avec des éclats, des silences.Une grande partie du film se déroule à bord de ce taxi qui sillonne les rues en rouvrant les blessures, mais leur équipée se pose ici et là, entre autres dans un café d\u2019Algériens où les discussions s\u2019échauffent.Comment les deux esseulés, hors des clichés d\u2019une rencontre amoureuse, vont se croiser, se confronter, se débattre, se révéler, tel est le sujet de cette œuvre qui évite bien des pièges, en ouvrant plusieurs cases de dialogues.Alex Margi- neanu cadre et éclaire magnifiquement cette traversée et ses escales, avec fantômes à bord et montage en glissement.Déjà, l\u2019entrée en matière sur des musiciens arabes coif fés de tarbouches jouant de leurs instruments les pieds dans la neige donnait le ton de poésie d\u2019un film aux symboles entrelacés, avec des questionnements contemporains sur l\u2019adaptation au sol nouveau, sur le berceau qui impose encore ses codes.Entre lumières de Noël et jeûne du ramadan.Montréal la blanche aborde la transmission bloquée entre parents venus d\u2019ailleurs et enfants nés ici, en envol soudain.Des scènes où des Québécois de souche entrent en contact avec les protagonistes : Pierre Lebeau en généreux père Noël, François Arnaud en goujat aviné, profils quand même appuyés sur leurs antipodes, montrent les bons et mauvais côtés de la société d\u2019accueil.Le cinéaste a conservé à ses personnages principaux plus de zones d\u2019ombre dans une pudeur de ton qui invite, entre musique, mirages et aveux, le spectateur à s\u2019apaiser aussi dans leur sillage.Le Devoir Entre Noël et le ramadan Montréal la blanche aborde la transmission bloquée entre parents venus d\u2019ailleurs et enfants nés ici CEMETERY OF SPLENDOUR (V.O., S.-T.A.ET S.-T.F.) ?Drame poétique d\u2019Apichatpong Weerasethakul.Avec Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi, Jarinpattra Rueangram.Thaïlande\u2013France, 2015, 122 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E D ans un boisé en périphérie de la ville de Khon Kaen, en Thaïlande, deux femmes se promènent en échangeant des propos quelque peu décalés.Bénévole dans un dispensaire, la première est en l\u2019occurrence en pleine conversation avec l\u2019esprit d\u2019un patient narcolep- tique, lequel « possède » momentanément le corps de la seconde, une médium.Jouxtant le sentier, deux sculptures : l\u2019une montre un jeune couple assis sur un banc, tandis que l\u2019autre reproduit la même image avec des squelettes.La représentation est étrangement apaisante.À l\u2019instar du nouvel opus du cinéaste Apichatpong Weerasethakul qui, encore une fois, ne s\u2019intéresse ni à la vie ni à la mor t, mais plutôt au monde de possibles invisibles qui flotte entre les deux.Campé dans la ville natale du cinéaste lauréat de la Palme d\u2019or en 2010 pour Oncle Boon- mee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, Cemetery of Splendour comporte beaucoup moins d\u2019éléments fantastiques que ses prédécesseurs, mais n\u2019en relève pas moins ostensiblement du réalisme magique.Le décor principal est cet hôpital rudimentaire établi dans une ancienne école.On y accueille, outre les citadins qui viennent en consultation, un groupe de soldats souf frant d\u2019une mystérieuse maladie du sommeil.L\u2019un d\u2019eux, Itt, s\u2019éveillera par intermittence au contact de Jen (la bénévole déjà mentionnée), avec qui il se liera d\u2019une amitié particulière.Pendant ce temps, des ouvriers dépêchés par le gouvernement tentent d\u2019excaver les tombeaux des princes du royaume de Siam sur lesquels le bâtiment aurait été érigé\u2026 Comme une prière C\u2019est ainsi que lentement, sans forcer, le cinéaste déploie une vision ne relevant ni tout à fait du songe ni tout à fait de l\u2019état de veille.À cet égard, on reproche par fois au cinéma d\u2019Apichatpong Weerasethakul d\u2019être par trop cryptique, une tare qui prend valeur de vertu pour d\u2019autres cinéphiles.En cela, Cemetery of Splendour, quoique « typique », est peut- être un peu plus facile d\u2019approche, en tout cas en ce qui concerne l\u2019un de ses multiples niveaux de lecture.Lors du dévoilement du film à Cannes, plusieurs ont en effet signalé les accents politiques plus manifestes que de coutume avec cette prémisse quand même saisissante d\u2019une armée frappée par un sommeil paralysant.Il faut savoir que la Thaïlande, toujours sous contrôle militaire, a subi 20 coups d\u2019État depuis 1932.L\u2019auteur, qui met en scène des divinités qui s\u2019incarnent dans la banalité du quotidien après avoir été sollicitées, adres- serait-il une prière poétique à l\u2019univers?Il y a pire raison d\u2019être pour un film.Et l\u2019idée même est, elle aussi, étrangement apaisante.Le Devoir Le grand sommeil Apichatpong Weerasethakul conjugue réalisme magique et poésie dans Cemetery of Splendour LA VANITÉ ?1/2 Drame de Lionel Baier.Avec Patrick Lapp, Carmen Maura, Ivan Georgiev, Adrien Barazzone.Suisse, 2015, 75 minutes.A N D R É L A V O I E À sa façon, le cinéaste suisse Lionel Baier s\u2019inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, les Alain Tanner et Claude Goretta (à qui il a consacré un documentaire), montrant les fissures d\u2019une société en apparence bien lisse, aimant aussi scruter l\u2019ambivalence (souvent sexuelle) de ses personnages (Garçon stupide, Un autre homme).Une même inquiétude traverse La vanité, variation parfois amusante sur le thème du suicide assisté, même si la chose peut sembler sacrilège.Pour en illustrer les contradictions morales et sociales, tout le film se déroule dans un motel anonyme en périphérie de Lausanne, vaguement inspiré de ceux qui tapissent les routes de l\u2019Amérique du Nord.C\u2019est là que son architecte, David Miller (Patrick Lapp, une gravité laissant poindre ça et là quelques beaux moments d\u2019humanité), décide de mettre fin à ses jours, lieu hautement symbolique qu\u2019il a conçu au début de sa carrière avec son épouse aujourd\u2019hui décédée, visiblement une raison supplémentaire pour ce cancéreux d\u2019en finir.Dans un geste de désespoir, mais non sans lucidité, il préfère s\u2019en remettre aux bons soins d\u2019Esperanza (une Carmen Maura aussi chaleureuse qu\u2019ef facée qu\u2019il fait toujours bon retrouver), l\u2019employée d\u2019une association dont la fonction est de permettre ces départs en douceur.Ce duo improbable, lui cartésien et elle trop émotive pour être honnête, attend avec impatience un témoin qui refusera in ex- tremis cette tâche.Ils devront alors s\u2019en remettre à un voisin de chambre, un jeune prostitué d\u2019origine russe (amusant Ivan Georgiev), refusant toutes les étiquettes, du moins celles que David et Esperanza veulent lui accoler.Au cours de cette nuit de décembre d\u2019où émane le parfum kitsch de Noël, autre touche pleine d\u2019ironie, ce trio aux accents, aux valeurs et aux ambitions dif férents finira par s\u2019accorder, laissant tomber les masques, cer tains plus lourds d\u2019autres.Car il se cache un imposteur dans cette mécanique de la mor t soi-disant bien huilée.L\u2019humour de Lionel Baier n\u2019est jamais flamboyant ou grotesque, préférant les délicieuses échappées sur réalistes (le temps d\u2019une traversée du miroir, ou plutôt celle d\u2019un rideau rouge évoquant le passé, et les échecs, de l\u2019architecte), quelques jeux de mots au style parfois simpliste, ou de discrètes allusions sexuelles épinglant certains clivages générationnels.Une évidente économie de moyens confine les trois personnages dans une chambre banale pas totalement dépourvue d\u2019âme, là où des reproductions de tableaux de grands maîtres éclairent certains enjeux, de même que la signification du titre du film.Le cinéaste ne craint pas d\u2019aborder la mort de front, dans ce cas- ci assistée et planifiée, mais pas au prix d\u2019anesthésier son humour.Nous lui en sommes reconnaissants.Collaborateur Le Devoir Laissez-le mourir en paix ! K-FILMS AMÉRIQUE Des musiciens arabes jouant de leurs instruments les pieds dans la neige donnent le ton de poésie d\u2019un film aux symboles entrelacés.EYESTEEL FILM Le cinéaste déploie une vision ne relevant ni tout à fait du songe ni tout à fait de l\u2019état de veille."]
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