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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier I
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-03-19, Collections de BAnQ.

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[" ÉDUCATION TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE C A H I E R T H É M A T I Q U E I \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 L\u2019information abattra la barrière de l\u2019ignorance dans le monde du travail Page I 4 La sécurité affective pour lutter contre les troubles d\u2019apprentissage Page I 2 JACQUES NADEAU LE DEVOIR La palette de sujets à traiter, lors de ce congrès, est vaste.On parlera d\u2019orthographe, de lecture, d\u2019écriture, de persévérance, de gestion du stress, du plaisir d\u2019apprendre, de trucs pour dépister les problèmes visuels, de nouvelles technologies, du lien d\u2019attachement, du passage à la vie adulte, de décrochage.De retour pour une 41e année, le congrès de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage est désormais un rendez-vous incontournable pour quiconque s\u2019intéresse aux dif ficultés d\u2019apprentissage.M A R I E L A M B E R T - C H A N R éunir en un seul endroit des scientifiques, des enseignants, des or- thopédagogues, des or thopho- nistes, des psychologues, des ergo- thérapeutes, des formateurs et des parents qui, ensemble, réfléchissent aux besoins des enfants et des adultes aux prises avec des troubles d\u2019apprentissage : voilà le tour de force qu\u2019accomplit le congrès de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage (Institut TA) depuis plus de quatre décennies.« C\u2019est un événement d\u2019envergure tout à fait unique au Québec et même à l\u2019international », estime Marie-France Morin, présidente du congrès et professeure titulaire de la Chaire de recherche sur l\u2019apprentissage de la lecture et de l\u2019écriture chez le jeune enfant à l\u2019Université de Sherbrooke.Longtemps connu sous le nom d\u2019AQETA (Association québécoise des troubles d\u2019apprentissage), l\u2019Institut TA a pour mission de soutenir les personnes aux prises avec des troubles d\u2019apprentissage et leur famille, de défendre leurs droits et de sensibiliser le public à leur état.« Avoir un trouble d\u2019apprentissage n\u2019est pas le signe d\u2019une intelligence plus faible, bien au contraire, rappelle Mme Morin.Cela implique toutefois qu\u2019on se doit d\u2019aider les gens qui en souf frent en adaptant pour eux les contextes d\u2019apprentissage ou de vie afin d\u2019assurer leur épanouissement.» Pour sa 41e édition, le congrès de l\u2019Institut TA rassemblera plus de 70 conférenciers d\u2019ici et d\u2019ailleurs et devrait attirer plus de 1500 participants.L\u2019événement se déroulera du 6 au 8 avril prochains à l\u2019hôtel Westin à Montréal.Grande nouveauté cette année : quelques conférences seront livrées en anglais et en français.Très étof fé, le programme a pour thème « Comprendre et accompagner l\u2019apprenant ».« Ce sont les deux facettes des défis posés par les troubles d\u2019apprentissage, explique Marie-France Morin.L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre : pour bien soutenir les apprenants ayant des troubles d\u2019apprentissage, que ce soit des enfants, des adolescents ou des adultes, on ne peut se passer des connaissances de la recherche scientifique.Les nouvelles données améliorent notre compréhension et nous permettent d\u2019adopter de meilleures pratiques sur le terrain.» Regards croisés Les choix de conférences illustrent bien le thème du congrès.Certaines s\u2019attarderont à la compréhension des apprenants \u2014 sur les plans cognitif, affectif, moteur, perceptif, langagier, etc.\u2014 alors que d\u2019autres présenteront les méthodes d\u2019accompagnement qui ont fait leurs preuves en milieu scolaire et extrascolaire, comme l\u2019insertion professionnelle.« Le congrès vise à rapprocher le milieu de la recherche et les praticiens.On participe ainsi activement à la mise à jour des connaissances professionnelles des intervenants », fait remarquer Marie-France Morin.La palette de sujets à traiter est vaste.On parlera d\u2019orthographe, de lecture, d\u2019écriture, de persévérance, de gestion du stress, du plaisir d\u2019apprendre, de trucs pour dépister les problèmes visuels, de nouvelles technologies, du lien d\u2019attachement, du passage à la vie adulte, de décrochage\u2026 Tout cela en s\u2019arrêtant aux dif férentes formes de troubles d\u2019apprentissage : TDAH, trouble du spectre de l\u2019autisme, troubles « dys » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie et dysorthographie), etc.Des chercheurs de renom d\u2019ici seront présents, à commencer par Nadia Rousseau, pro- fesseure à l\u2019Université du Québec à Trois-Ri- vières, et Brigitte Stanké, professeure à l\u2019Université de Montréal, qui participeront à une table ronde sur la dyslexie-dysorthographie chez les jeunes adultes universitaires.Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019UQAM, discutera de la formation des orthopédagogues.Anne Lessard, pro- fesseure à l\u2019Université de Sherbrooke, présentera une démarche qui consiste à accompagner les enseignants afin d\u2019améliorer la réussite des élèves.Marie-France Morin et sa collègue Nathalie Prévost, professeure à l\u2019UQAM, dévoileront pour leur part un portrait des pratiques enseignantes en maternelle au Québec visant à favoriser l\u2019apprentissage des lettres.Les invités internationaux ne sont pas en reste.Le congrès accueillera notamment la pédiatre Catherine Dolto, f i l le de la très connue psychanalyste française Françoise Dolto, qui initiera les participants à l\u2019haptono- mie, c\u2019est-à-dire la science de l\u2019af fectivité.Laurence Vaivre-Douret, professeure et neu- ropsychologue, décor tiquera les fonctions neuro-psychomotrices dans le dépistage des troubles de l\u2019écriture chez l\u2019enfant.Et Florence Bara, maître de conférence en psychologie cognitive, disser tera sur l\u2019approche multisensorielle pour prévenir les dif ficultés dans l\u2019apprentissage de la lecture et de l\u2019écriture et y remédier.Optimisme et créativité À l\u2019heure où les services spécialisés passent au tordeur des coupes budgétaires, Marie- France Morin estime que la tenue d\u2019un 41e congrès sur les troubles d\u2019apprentissage envoie un «message clair ».«Les troubles d\u2019apprentissage sont une réalité importante à prendre en compte et les apprenants méritent qu\u2019on les soutienne de manière rigoureuse et professionnelle », déclare-t-elle.Cela dit, malgré l\u2019austérité, la plupart des inter venants tiennent le coup, af firme-t-elle.« Dans le cadre de mes recherches, je visite souvent des écoles et je vois des enseignants optimistes qui accompagnent de façon phénoménale les enfants, les ados et les adultes ayant des troubles d\u2019apprentissage.Il faut faire confiance à leur créativité et à leur bienveillance.» Collaboratrice Le Devoir 41E CONGRÈS DE L\u2019INSTITUT DES TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE Mieux comprendre et soutenir l\u2019apprenant ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 I 2 Les neurosciences devraient nous permettre de voir ce qui ne va pas chez les personnes atteintes de troubles d\u2019apprentissage.Cependant, nous dit un spécialiste, on pourrait commettre une grave erreur en comptant trop sur elles.C L A U D E L A F L E U R P arce qu\u2019elles of frent une vue imprenable sur le fonctionnement du cer veau, les neurosciences permettront de prodigieuses avancées scientifiques.Comme le constate Julien Mercier, «on parle de neu- romarketing, de neuro-ceci et de neuro-cela\u2026 On accole le terme \u201cneuro\u201d à à peu près n\u2019importe quoi !» Les neurosciences sont à n\u2019en point douter « à la mode », déplore justement ce chercheur en sciences cognitives, également directeur du NeuroLab de l\u2019UQAM.« Mon rôle comme chercheur, c\u2019est de voir ce qui est justifié dans cette tendance, tout en demeurant très rigoureux», précise-t-il.Dans le cadre du 41e congrès de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage, Line Laplante, Mélanie Bédard et lui organisent la conférence « Neurosciences éducationnelles.Cognition, cer veau et troubles d\u2019apprentissage».«La raison d\u2019être de ce symposium est de faire ressor tir les meilleures interventions en ce qui concerne les troubles d\u2019apprentissage», résume le Pr Mercier.Il déplore du coup qu\u2019on puisse considérer que les neurosciences en viendront à résoudre «tous les problèmes».Or, si les troubles d\u2019apprentissage ont par définition une origine neurologique, des recherches en biologie, en médecine, en psychologie, etc., font tout aussi bien progresser le domaine alors que les neurosciences promettent de nous faire faire des bonds de géant dans nos connaissances sur les processus d\u2019apprentissage.« Il y a une mode actuellement : le grand public, les médias, les chercheurs et même les intervenants qui œuvrent auprès de ceux et celles qui ont des troubles d\u2019apprentissage accordent trop d\u2019importance à tout ce qu\u2019on fait dire aux neurosciences», regrette Julien Mercier.Comment apprend-on?« C\u2019est là la question de ma vie ! lance en riant ce professeur au Département d\u2019éducation et formation spécialisées de l\u2019UQAM.Je m\u2019intéresse à la manière dont les gens apprennent.» On se doute bien, poursuit-il, que des facteurs autant cognitifs qu\u2019affectifs jouent un rôle dans l\u2019apprentissage.«Et c\u2019est cet aspect que je cherche à étudier plus finement : comment les émotions et certains aspects de la cognition interagissent lors d\u2019une tâche d\u2019apprentissage.» Ainsi, l\u2019une des méthodes qu\u2019emploient les chercheurs consiste à questionner un sujet d\u2019expérience sur ce qu\u2019il ressent au moment où il est en train d\u2019apprendre.«Mais cela dérange l\u2019apprenant lorsqu\u2019on l\u2019interrompt durant une tâche d\u2019apprentissage pour lui faire remplir un questionnaire», dit-il.Par contre, grâce aux appareils d\u2019imagerie cérébrale, on peut désormais obser ver le fonctionnement du cer veau pendant que quelqu\u2019un est en train d\u2019apprendre.« Il s\u2019agit pour nous de cerner comment l\u2019apprenant fonctionne tant af fectivement que cognitive- ment, au moment même où les choses se passent » , explique le chercheur.Pour ce faire, Julien Mercier dispose de l\u2019un des laboratoires les mieux équipés au monde : le NeuroLab.« On a des électroencéphalographes, des systèmes de suivi oculaire et quantité d\u2019autres équipements sophistiqués, dit-il avec fierté.Il s\u2019agit d\u2019équipements uniques au monde et je suis si heureux d\u2019avoir constitué une belle équipe interdisciplinaire.» Les équipements du Neu- roLab permettent donc d\u2019observer à chaque instant comment l\u2019apprenant se comporte, et ainsi de réaliser une foule d\u2019expériences.Par exemple, dans le cas d\u2019un jeu vidéo permettant d\u2019apprendre des notions très complexes de physique, les chercheurs obser vent comment l\u2019apprenant fonctionne sur une période de deux ou trois heures, alors qu\u2019il est en apprentissage.« On peut par la suite dire : \u201cVoici ce qui a fait que cette personne a appris ou non\u201d, et ce, de manière très fine», résume le chercheur.D\u2019ordinaire, dans le cas d\u2019un programme éducatif par exemple, celui-ci se déroule sur des semaines, des mois, voire une année.« Cela ne nous permet pas de déterminer comment ce programme donne de bons résultats, indique M.Mercier.Mais moi, je peux observer précisément, minute par minute, quand l\u2019apprentissage se fait.» Il faudra être très patients ! Par contre, enchaîne le chercheur en sciences cognitives, il ne faut pas non plus rejeter les autres méthodes d\u2019étude et de mise au point de programmes d\u2019apprentissage.Ainsi, dit-il, les meilleures façons d\u2019aider les personnes atteintes de troubles d\u2019apprentissage proviennent de plusieurs sources, par fois des neurosciences, mais également des recherches sur le comportement et sur les performances des élèves à l\u2019école.Par conséquent, Julien Mercier redoute non seulement qu\u2019on ait trop d\u2019attentes envers ce que pourraient apporter les neurosciences, mais également qu\u2019on balaie en même temps les autres approches qui ont pourtant fait leurs preuves.« Comme chercheur, j\u2019incite les praticiens à ne pas mettre de côté les interventions qui sont les meilleures, même si elles ne sont pas appuyées par des données d\u2019imagerie cérébrale.» Dans le cadre du symposium présenté au congrès de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage, une série de chercheurs présenteront comment les neurosciences et l\u2019éducation peuvent avancer ensemble.Ils lèveront également le voile sur certaines exagérations ou attentes irréalistes qu\u2019on peut avoir envers les neurosciences, tout en évoquant ce qui est plausible et intéressant de faire.« On fera en outre un état des lieux dans dif fé- rents domaines, par exemple au sujet de la dyslexie et de l\u2019apprentissage de la lecture et de l\u2019écriture », précise-t-il.« Il nous faut recalibrer les attentes, poursuit le Pr Mercier, notamment auprès du grand public et des intervenants, sur ce que les neurosciences éducationnelles peuvent nous apporter à ce moment-ci.» Il estime en fait que la première chose à attendre des neurosciences éducat ion- nelles, c\u2019est justement qu\u2019il nous faudra être patients et « attendre tout cour t » ! « Les neurosciences vont cer tes faire progresser nos connaissances concernant les troubles d\u2019apprentissage, mais on n\u2019en est pas encore là », déclare le chercheur.Collaborateur Le Devoir «Attention aux mirages des neurosciences » ARCHIVES LE DEVOIR «Les neurosciences vont certes faire progresser nos connaissances concernant les troubles d\u2019apprentissage, mais on n\u2019en est pas encore là», déclare Julien Mercier, chercheur en sciences cognitives et directeur du NeuroLab de l\u2019UQAM.«Il s\u2019agit pour nous de cerner comment l\u2019apprenant fonctionne tant affectivement que cognitivement, au moment même où les choses se passent» Il y a plusieurs façons d\u2019accompagner un enfant afin de lui éviter des troubles d\u2019apprentissage.En France, Catherine Dolto a repris le flambeau du psychothérapeute Frans Veld- man, qui en 1945 inventa le concept d\u2019hapto- nomie.Ou comment le développement d\u2019une relation af fective entre les parents et l\u2019enfant, dès la grossesse, peut influer sur la confiance de ce dernier et ainsi prévenir bien des problèmes à l\u2019école.P R O P O S R E C U E I L L I S P A R H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Comment définissez-vous l\u2019haptonomie?C\u2019est la science de l\u2019affectivité.Elle distingue dans l\u2019appareil psychique tout ce qui a trait aux émotions, aux sensations, aux perceptions, aux sentiments pour les réunir dans un tout, que nous appelons l\u2019affectif.Le concept a été créé par le psychothérapeute Frans Veldman après la Seconde Guerre mondiale.Il a compris comment cet affectif est relié au système nerveux et aux muscles et donc comment on peut s\u2019en servir pour mieux soigner et mieux éduquer.C\u2019est l\u2019affectif qui relie le corps et l\u2019esprit.Or, ces deux entités ne doivent pas être séparées.L\u2019haptonomie permet d\u2019aborder les humains comme des êtres affectivo-somato-psychiques.Et de se préoccuper de toutes ces dimensions.Quand faudrait-il consulter en haptonomie?On peut utiliser l\u2019haptonomie pour tout ce qui a trait à l\u2019éducation et aux soins au sens le plus large du terme.En fait, tous les personnels de santé ou les enseignants pourraient donner une inflexion haptonomique à leur pratique.Ses grandes applications sont l\u2019accompagnement de la grossesse et de la première année de la vie, ou encore l\u2019haptopsychothérapie pour les enfants, les adolescents et les adultes.Parlons plus précisément de l\u2019accompagnement de la grossesse puisque ce sera le thème de votre atelier à Montréal le mois prochain\u2026 Dans ce cas précis, il s\u2019agit de faire découvrir aux parents que, très tôt, ils peuvent être en relation avec leur enfant.En haptonomie, on organise cette relation.Ça va bien plus loin que le simple fait de poser sa main sur le ventre de la mère.Dès qu\u2019une femme est en contact interne avec l\u2019enfant, toutes les cellules de son corps changent.L\u2019utérus devient plus souple, plus moelleux.Une femme, de l\u2019intérieur, même sans mettre sa main, peut prendre contact avec son enfant et l\u2019inviter à se déplacer in utero.Vous comprenez que ce soit assez difficile à appréhender\u2026 Bien sûr ! Tant qu\u2019on ne l \u2019a pas expérimenté, personne ne peut l\u2019envisager.C\u2019est dif ficile d\u2019admettre que l\u2019on puisse prendre une femme enceinte, lui faire découvrir qu\u2019elle peut être en contact avec son enfant et qu\u2019à partir de là tout change pour elle et son enfant.Or, c\u2019est ce qui se passe.L\u2019enfant se manifeste d\u2019une certaine façon.Et le père, dans cette relation?Il est très important parce que l\u2019enfant in utero perçoit tout ce qui est autour de sa mère.Il perçoit donc son père lorsqu\u2019il s\u2019approche de la mère.Le père est celui qui aide la mère et l\u2019enfant à rester ensemble et à développer cette relation privilégiée.C\u2019est celui qui montre à l\u2019enfant qu\u2019il y a un espace extérieur.Celui grâce à qui l\u2019enfant comprend le monde de la discontinuité.Il s\u2019en va, revient.Sa voix s\u2019éloigne et revient, alors que la mère est toujours là.L\u2019haptonomie leur permet de découvrir qu\u2019ils sont une triade très puissante affective- ment.Qu\u2019ils sont la plus grande équipe qui soit pour l\u2019accouchement.Parce que l\u2019accouchement est une épreuve que l\u2019enfant redoute?Je n\u2019ai pas dit ça.Cette triade est très importante, car chacun joue son rôle.L\u2019enfant cherche son chemin activement, et plus il a été rencontré af fectivement, plus il est actif.La mère le guide.Et le père, il aide la mère et l\u2019enfant à rester ensemble, même s\u2019il y a de la douleur.C\u2019est celui qui dit à l\u2019enfant : « Viens, je t\u2019attends dehors.» Je ne crois pas que les enfants soient inquiets pour leur naissance.C\u2019est une épreuve, cer tes.Mais ce n\u2019est pas forcément traumatique.Et plus la triade est puissante, moins ça l\u2019est.Concernant la première année de vie de l\u2019enfant, comment se poursuit l\u2019accompagnement hapto- nomique?Un enfant qui a été habitué à se manifester in utero a une autre dynamique.Si on le porte comme on porte habituellement un enfant, c\u2019est-à-dire comme un paquet que l\u2019on prend sous le bras et que l\u2019on dépose, il va en souffrir, être frustré.Ce sont des enfants qui ont une grande sécurité en eux, mais en même temps une grande attente.On apprend aux parents à les porter de manière à ce qu\u2019ils aient toujours le sentiment que ce sont eux qui se lèvent, se couchent, se tournent, même lorsqu\u2019ils sont tout bébés.Les enfants suivis en haptonomie tiennent très tôt leur tête par exemple.Ils naissent avec un grand tonus.Quel est le but au final?Développer l\u2019estime de soi de l\u2019enfant?Développer sa sécurité affective, ce qui est le plus grand trésor qu\u2019on peut lui léguer.Mais c\u2019est surtout, maintenant, avec tout ce que l\u2019on sait sur la plasticité neuronale, lui donner l\u2019opportunité de développer beaucoup de choses.Les bébés accompagnés ont un autre développement.Ils ont un autre tonus.Ils sont plus présents, plus éveillés, plus calmes.Et donc mieux préparés à être de futurs apprenants, à vous entendre\u2026 Je crois que oui.Il n\u2019est pas prouvé que les enfants accompagnés en haptonomie ont moins de troubles d\u2019apprentissage, mais ce serait logique.Parce qu\u2019ils ont une grande confiance en eux, en leurs capacités, en leur entourage.Parce qu\u2019ils ont un appétit de vivre et d\u2019apprendre.Qu\u2019ils sont très curieux du monde qui les entoure.Collaboratrice Le Devoir HAPTONOMIE La sécurité affective pour lutter contre les troubles d\u2019apprentissage ISTOCK Selon, Catherine Dolto, les bébés accompagnés ont un autre développement.Ils ont un autre tonus.Ils sont plus présents, plus éveillés, plus calmes. ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 I 3 P I E R R E V A L L É E L es dif ficultés d\u2019apprentissage, en particulier celles liées à l\u2019apprentissage de la langue maternelle, sont bien réelles, comme en témoigne le fait qu\u2019une personne sur cinq, au Québec, mais aussi ailleurs en Occident, a toujours, une fois adulte, d\u2019importantes carences en littératie.Plusieurs approches pédagogiques ont déjà été mises en place, essentiellement auprès d\u2019élèves en difficulté d\u2019apprentissage au niveau primaire, pour chercher à corriger cette situation.Récemment, une nouvelle approche pédagogique a vu le jour qui est bénéfique non seulement aux élèves en difficulté, mais aussi à toute la classe.Il s\u2019agit de la réponse à l\u2019intervention (RAI) ou, comme on dit en anglais, Response to Inter vent ion , puisque cette démarche est plus répandue aux États-Unis qu\u2019ailleurs dans le monde.« Si la RAI est plus connue et plus utilisée aux États-Unis, c\u2019est qu\u2019elle en est originaire, explique Robert Savage, professeur à la Faculté d\u2019éducation de l\u2019Université McGill.Cela n\u2019est pas surprenant p u i s q u e p r é s e n t e m e n t l a grande majorité de la recherche en éducation, en particulier tout ce qui touche aux processus d\u2019apprentissage de la lecture, nous provient de chercheurs américains.Les États- Unis sont devenus à cet égard un modèle international.» D\u2019ailleurs, Robert Savage présidera une conférence en anglais sur la RAI lors du prochain congrès de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage.D\u2019abord, détecter Toute approche pédagogique visant le soutien des élèves en difficulté d\u2019apprentissage doit débuter par la mise en place d\u2019un système de dépistage, et la RAI ne dif fère pas.Mais elle s\u2019éloigne des systèmes de dépistage en place.Règle générale, un des principaux baromètres d\u2019une difficulté d\u2019apprentissage est la comparaison entre le QI de l\u2019élève et ses résultats.Un élève présumé avoir un certain niveau d\u2019intelligence devrait obtenir tel résultat, et s\u2019il ne l\u2019obtient pas, il y a alors difficulté.Le système de dépistage de la RAI ne fonctionne pas ainsi.«Oui, le QI est un facteur dont la RAI tient compte, mais elle tient compte aussi d\u2019autres facteurs qui pourraient influencer à la baisse les résultats de l\u2019élève.Mais ce qui est surtout particulier avec la RAI, c\u2019est qu\u2019au lieu de penser que le cerveau de l\u2019enfant est responsable, parce qu\u2019il ne fonctionne pas comme il le devrait, elle s\u2019intéresse aussi à l\u2019expérience éducative de l\u2019élève.Est- ce que cet enfant a connu jusqu\u2019à ce jour une expérience éducative positive?Et c\u2019est souvent là que le bât blesse.» Ensuite, soutenir La RAI propose trois niveaux d\u2019intervention.Le premier niveau est la responsabilité de l\u2019enseignant, se déroule en classe normale et implique tous les élèves.C\u2019est aussi à ce niveau que l\u2019on procède au dépistage, qui doit se faire le plus tôt possible, donc dès les premiers mois de la première année du primaire.«Le dépistage n\u2019est pas un processus formel, qui implique l\u2019administration de tests laborieux, mais plutôt une approche quotidienne de quelques minutes par jour par élève.Par exemple, si un élève éprouve un problème avec un mo t , l \u2019 en s e i gnan t v é r i f i e quelques jours plus tard si c\u2019est toujours le cas.» Ainsi, au fil des jours, l\u2019enseignant en arrive à déceler les élèves qui nécessiteront un soutien.Le soutien prévu au premier niveau d\u2019inter vention s\u2019applique à toute la classe et ne vise pas uniquement les élèves en dif ficulté.« Cette approche tend à répondre à tous les besoins de l\u2019ensemble des élèves en créant en classe la meilleure expérience éducative possible.Et pour y arriver, l\u2019enseignant doit s\u2019appuyer sur les meilleures méthodes pédagogiques disponibles.Pour cela, il faut outiller les enseignants, non seulement lors de leur formation, mais tout au long de leur carrière, en leur rendant accessibles toutes les avancées de la recherche et de la science à ce sujet.» Le deuxième niveau d\u2019intervention est plus pointu et nécessite souvent de diviser la classe en plus petits groupes de travail, ce qui permet une inter vention plus ciblée et plus personnalisée.C\u2019est aussi à ce niveau d\u2019intervention qu\u2019entrent en scène les professionnels de l\u2019éducation.Le troisième niveau d\u2019intervention concerne des rencontres individuelles, entre l\u2019élève et un professionnel de l\u2019éducation.De plus, tout au long de la démarche de la RAI, un monitoring permet de rajuster à la hausse ou à la baisse le niveau d\u2019inter ven- tion.Et même si l\u2019enseignant est au cœur de la RAI, cela ne peut pas fonctionner sans le soutien de l\u2019équipe-école.Application au Québec La RAI est aujourd\u2019hui surtout appliquée dans des écoles aux États-Unis.« Il y a maintenant une présence de la RAI en Australie et un peu au Canada anglais, dont notamment le Nouveau-Brunswick et Toronto.Pour le moment, la RAI est une pratique que l\u2019on retrouve surtout dans le système scolaire anglo-saxon.» Est-elle applicable au Québec ?« Pourquoi pas ?Même si cette approche se base présentement sur l\u2019enseignement de l\u2019anglais comme langue maternelle, je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas possible de le faire en français.Évidemment, il faudrait l\u2019adapter, mais je ne crois pas que, même en anglais, l\u2019on doive importer uniquement le modèle américain.Il faut adapter la RAI au contexte qui nous est propre.» Mais cela fonctionne-t-il ?« Selon les données dont nous disposons, tout indique que 80 % des élèves tireront un bénéfice du premier niveau d\u2019intervention, que 15 % des élèves auront besoin du deuxième niveau d\u2019intervention et que seulement 5 % des élèves se rendront au troisième niveau d\u2019intervention.Ces chiffres nous indiquent que la RAI arrive non seulement à dépister et bien encadrer et soutenir les élèves en dif ficulté, mais qu\u2019elle procure aussi des avantages à l\u2019ensemble des élèves.» Collaborateur Le Devoir RÉPONSE À L\u2019INTERVENTION Une nouvelle approche des difficultés d\u2019apprentissage RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR «Selon les données dont nous disposons, tout indique que 80% des élèves tireront un bénéfice du premier niveau d\u2019intervention, que 15% des élèves auront besoin du deuxième niveau d\u2019intervention et que seulement 5% des élèves se rendront au troisième niveau d\u2019intervention», assure Robert Savage, professeur à la Faculté d\u2019éducation de l\u2019Université McGill.Les élèves handicapés ou en dif ficulté d\u2019adaptation ou d\u2019apprentissage (EHDAA) sont devenus si nombreux dans les écoles, cégeps et universités qu\u2019on tente de nouvelles façons de maximiser les chances de réussite de tous.C\u2019est avec cette toile de fond que se déroule le congrès de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage (ITA) sur le thème « Comprendre et accompagner l\u2019apprenant».M A R T I N E L E T A R T E D ans les écoles québécoises, on montre encore beaucoup aux élèves à lire en travaillant la compréhension des phrases.L\u2019apprentissage du code alphabétique et de la correspondance entre les lettres et les sons n\u2019a pas particulièrement la cote dans le programme.Or, lorsqu\u2019on regarde les études scientifiques, cette approche ne tient pas la route.« La maîtrise du code est essentielle à la réussite et on réalise que, dans les milieux favorisés, plusieurs élèves arrivent à l\u2019école en sachant déjà leur alphabet, mais c\u2019est moins le cas dans les milieux défavorisés » , explique Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Rien pour favoriser la réussite de tous les apprenants.Elle est convaincue que l\u2019ajustement du programme est nécessaire.« Il est important que, dès quatre ans, les enfants puissent apprendre le code alphabétique, peu importe l\u2019école qu\u2019ils fréquentent et qui est leur enseignant, dit-elle.En ce moment, il y a beaucoup de différences dans ce qu\u2019on enseigne.» Prévention Avant d\u2019envisager des mesures individuelles lourdes et coûteuses pour les EHDAA, Monique Brodeur, également orthopédagogue, est convaincue qu\u2019on doit d\u2019abord mettre en place ce genre de stratégies préventives pour tous les élèves.« En aménageant des conditions favorables à la prévention basées sur ce que nous disent les résultats de la recherche scientifique, on favorise la réussite de l\u2019ensemble des élèves, dit-elle.On répond en grande partie aux besoins de plusieurs, y compris ceux en dif ficulté d\u2019apprentissage.C\u2019est comme le port de la ceinture de sécurité en voiture : ça ne prévient pas tous les problèmes, mais tout de même plusieurs, et tous y gagnent.» Une fois ces mesures mises en place pour tous, on peut se concentrer sur les élèves avec des besoins supplémentaires.«Pour eux, on peut développer des mesures individuelles et on a plus de temps et d\u2019énergie pour répondre de façon adéquate et adaptée à leurs besoins puisqu\u2019on ne croule plus sous le poids des demandes d\u2019accommodement individuel », affirme Monique Brodeur.Par contre, mettre en place des mesures de prévention demande des efforts.«C\u2019est essentiel qu\u2019il y ait un grand travail de collaboration entre les enseignants au régulier et en adaptation scolaire et les orthopédagogues, indique Monique Brodeur.Ces ef forts sont toutefois largement récompensés parce que appliquer les connaissances scientifiques amène des résultats et les enseignants voient l\u2019impact dans leur classe.C\u2019est très motivant.» Pour appliquer les résultats de la recherche en classe, encore faut-il avoir accès facilement à ces informations.Et y être sensibilisé lors de sa formation initiale.«On parle de plus en plus de recherche dans le baccalauréat en enseignement de quatre ans, mais on pourrait faire mieux, par exemple en ajoutant une maîtrise professionnelle à la formation des maîtres », indique Mme Brodeur.Puis la recherche scientifique, par définition, est toujours en évolution.Vers qui les enseignants se tournent-ils lorsqu\u2019ils veulent accéder aux plus récents résultats de recherche sur un enjeu en particulier ?« Ce n\u2019est pas évident en ce moment, affirme Monique Brodeur.Nous avons besoin d\u2019un institut national en éducation comme il y en a en santé.Il y a énormément d\u2019information disponible et on ne peut pas recenser l\u2019information localement, c\u2019est trop exigeant.» Collaboratrice Le Devoir ENSEIGNEMENT Il faut mettre en place des mesures de prévention CLÉMENT ALLARD LE DEVOIR «La maîtrise du code [alphabétique] est essentielle à la réussite et on réalise que, dans les milieux favorisés, plusieurs élèves arrivent à l\u2019école en sachant déjà leur alphabet, mais c\u2019est moins le cas dans les milieux défavorisés», explique Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Qui est l\u2019orthopédagogue ?Spécialiste des difficultés d\u2019apprentissage de la lecture, de l\u2019écriture et des mathématiques, c\u2019est vers l\u2019orthopédagogue que les enseignants doivent se tourner lorsqu\u2019un élève a besoin de mesures individuelles.Or, après la disparition du baccalauréat dans le domaine au début des années 2000 dans la foulée de la création des baccalauréats en enseignement de quatre ans, il n\u2019y avait plus de formation offerte en orthopédagogie au Québec.«On ne savait même plus tellement ce qu\u2019était l\u2019orthopédagogie», affirme Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Pourtant, les établissements scolaires continuaient d\u2019avoir des postes d\u2019orthopédagogues à pourvoir.Un comité interuniversitaire s\u2019était donc formé pour créer un référentiel de compétences pour une maîtrise professionnelle en orthopédagogie.Ce sera le thème de la conférence de Monique Brodeur au congrès de l\u2019ITA.«Le référentiel est l\u2019objet d\u2019un large consensus de la part des universités, dit-elle.Certaines ont créé leur programme de maîtrise, d\u2019autres l\u2019ajustent ou sont encore en train de le développer.» Par exemple, l\u2019UQAM offre la maîtrise professionnelle en orthopédagogie depuis 2010.Alors que les universités travaillent à offrir une formation adéquate, le milieu du travail n\u2019est par contre pas obligé de recourir à des orthopé- dagogues diplômés de la maîtrise.Afin de s\u2019assurer que les postes d\u2019orthopédagogues sont toujours occupés par des gens dûment qualifiés de façon à protéger le public, l\u2019Association des orthopédagogues du Québec demande depuis plusieurs années la création d\u2019un ordre professionnel.«Il est important que, dès quatre ans, les enfants puissent apprendre le code alphabétique» ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 I 4 Les troubles d\u2019apprentissage suscitent encore une sorte de climat de prudence au sein des entreprises et sur le marché du travail.Il reste à bien les documenter et à transmettre l\u2019information requise à leur sujet pour dissiper la méfiance qui les entoure.Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, aborde ce dossier de front.R É G I N A L D H A R V E Y L\u2019 Institut des troubles d\u2019apprentissage (Institut TA) a choisi comme thème de son 41e congrès «Comprendre et accompagner l\u2019apprenant », ce qui incite M.Leblanc à signaler au passage « l\u2019existence d\u2019une problématique plus large qui couvre les individus depuis l\u2019enfance, particulièrement sur le plan du milieu scolaire».Mais il aborde plus en détail celle-ci à titre de président de la Chambre et de personne impliquée dans cette cause : « Je retiens beaucoup ce qui se passe sur le marché du travail.» Il développe sur le sujet à partir de cette prémisse: «Le \u201ccomprendre\u201d du thème, dans mon esprit, c\u2019est de faire en sorte que, dans les entreprises, entre autres sur le plan des ressources humaines mais aussi plus largement à l\u2019intérieur de celles-ci, on comprenne quelles sont les implications d\u2019un trouble d\u2019apprentissage.La compréhension démystifie et aide les gens à détecter quelles sont les situations où un individu éprouve des dif ficultés à remplir son rôle.En même temps, elle sert à montrer toutes les autres situations où la même personne arrive à accomplir son travail par faitement et même de façon exceptionnelle.» Pour ce qui est « d\u2019accompagner l\u2019apprenant», il exprime ce point de vue : «Pour y arriver, il y a des choses que l\u2019entreprise, l\u2019organisation, l\u2019équipe ou le patron peuvent faire pour faciliter la vie au travail des individus qui souf frent d\u2019un trouble d\u2019apprentissage.Il existe des mécanismes et des ajustements légers qui peuvent grandement les aider à livrer des prestations très correctes.» Un point de vue éclairé Le milieu des affaires considère-t-il dans l\u2019ensemble, en 2016, ces troubles comme un véritable enjeu de société, est-ce qu\u2019il s\u2019est produit une évolution dans ce sens-là ?Michel Leblanc se montre réaliste : « J\u2019ai l\u2019impression que l\u2019évolution est à venir ; je ne crois pas qu\u2019elle se soit produite dans les organisations.» Il illustre ces propos : « Il est clair que des personnes qui sont dyslexiques ou qui ont des troubles de concentration vont avoir tendance à le cacher ; elles ne sont pas certaines que, au sein des entreprises, les gens des ressources humaines ou qui sélectionnent des candidats en vue de l\u2019occupation d\u2019un nouveau poste sauront évaluer correctement la nature des enjeux et déterminer si elles peuvent occuper le poste.» Une certaine prudence est de mise «parce que dans les organisations on ne sait pas encore comment traiter ces troubles.Dans les très grandes entreprises, je crois que les départements des ressources humaines sont mieux équipés et qu\u2019il y a là des endroits où on s\u2019ajuste davantage à ceux-ci».Une prise de conscience nécessaire et utile Les administrations publiques et les entreprises se sont attelées avec succès à éliminer des écueils pour les gens souffrant d\u2019un handicap physique : «Il en va autrement pour les troubles d\u2019apprentissage ou de santé mentale, qui sont moins visibles.» Il sert cette mise en garde: «On est entrés dans la phase où on se pose des questions.On sait que les élèves doivent être mieux entourés et appuyés à l\u2019école et on reconnaît qu\u2019il doit y avoir des suivis à l\u2019adolescence, car les jeunes de cet âge sont susceptibles de décrocher; ils font face au danger de passer à travers des étapes où il n\u2019y aura plus d\u2019accompagnement et où ils seront laissés à eux-mêmes une fois devenus adultes.» La société «est collectivement en train de bien comprendre qu\u2019il y a un coût entraîné par le décrochage : d\u2019abord, ces gens-là peuvent devenir des itinérants ou des individus qui ont de la dif ficulté à bien gagner leur vie ».Il y a aussi le fait que le Québec se dirige vers une pénurie de main-d\u2019œuvre à laquelle il fait déjà face en partie : «À ce sujet, j\u2019aime bien utiliser cette phrase : on ne doit gaspiller aucun talent.On ne doit pas faire en sorte que les individus qui pourraient contribuer à occuper des emplois soient laissés pour compte parce qu\u2019on ne reconnaîtrait pas leurs compétences, tout simplement en raison d\u2019enjeux sur le plan des troubles d\u2019apprentissage.» Le continuum et la documentation Michel Leblanc croit qu\u2019il importe de poursuivre le travail pour lever les obstacles : « Au début, on doit mettre l\u2019accent sur la détection.Ensuite, au primaire et au secondaire, l\u2019accompagnement doit se manifester en étant très attentif à tout ce qui renforce l\u2019estime de soi de ces in- dividus-là ; ils vont faire des apprentissages plus tard que les autres, ils vont éprouver des difficultés en plus grand nombre, mais cette estime doit demeurer forte durant ce temps.» Une fois que surviendra la transition vers le milieu du travail, il prône cette démarche: «À ce mo- ment-là, je crois que la priorité pour les PME, c\u2019est de développer du matériel pour expliquer ce que sont ces troubles chez les personnes.» Ainsi outillées, elles seraient en mesure d\u2019accueillir avec plus de discernement un candidat qui reconnaît ouvertement être affecté d\u2019un tel trouble, tout en tenant compte des réalités et des contraintes de l\u2019emploi.Il importe de mieux documenter toute cette problématique : « Les gens des ressources humaines pourraient progressivement être mieux outillés.Dans une quinzaine ou une vingtaine d\u2019années, les organisations pourraient avoir complètement démystifié celle-ci.» Il lui apparaît que « le temps est long pour changer les attitudes et les aptitudes dans les entreprises.Au cours des prochaines années, on doit donc développer des outils de communication pour en arriver à une conscientisation et à une sensibilisation».Et il faudra ensuite compter sur plus de temps pour parvenir à un changement des comportements et des attitudes du personnel des ressources humaines.À son avis, une certaine ignorance continue de prévaloir, ce qui engendre « des réflexes de prudence ».Il souscrit à l\u2019idée de mieux informer pour être en mesure de bien comprendre et de mieux accepter de tels troubles dans les milieux de travail.Collaborateur Le Devoir MONDE DU TRAVAIL Abattre la barrière de l\u2019ignorance JACQUES NADEAU LE DEVOIR Selon le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, une certaine ignorance continue de prévaloir en milieu de travail, ce qui engendre «des réflexes de prudence».«À ce moment- là, je crois que la priorité pour les PME, c\u2019est de développer du matériel pour expliquer ce que sont ces troubles chez les personnes» Le monde est pluriel, les troubles d\u2019apprentissage aussi M A R I E - H É L È N E A L A R I E B rigitte Stanké est or tho- phoniste Ph.D., M.O.A.et professeure à l\u2019Université de Montréal.Elle a obtenu un doctorat et une maîtrise en orthophonie et audiologie à l\u2019Université de Montréal.Elle travaille avec des jeunes qui présentent des troubles d\u2019apprentissage du langage écrit.Elle anime des ateliers de formation qui portent sur le dépistage des troubles d\u2019appren- t issage, la dyslexie- dysorthographie et la dyscalculie.Ces ateliers s\u2019adressent aux professionnels ainsi qu\u2019aux parents.« C\u2019est tout un honneur pour moi de présider le congrès de l \u2019an prochain », lance Brigitte Stanké.Alors qu\u2019on s\u2019active encore a c t u e l l e m e n t a u t o u r d u congrès de cette année, on procédera dès le 4 avril prochain aux appels de communications pour le congrès de 2017.Ce processus s\u2019étendra jusqu\u2019en juin, jusqu\u2019au 13 plus précisément, date à laquelle on connaîtra le nom des auteurs retenus.L\u2019appel est lancé aux personnes intéressées par la problématique des enfants, adolescents et adultes ayant des troubles d\u2019apprentissage.On cherche des auteurs prêts à proposer des ateliers de formation, des conférences ou des présentations de recherche.C\u2019est le comité scientifique du congrès qui étudiera les propositions, et la décision finale de retenir ou non une communication reviendra au comité organisateur du congrès.Plusieurs points devraient être abordés lors de ce congrès.On n\u2019a qu\u2019à penser à la prévention des dif fi- cultés d\u2019apprentissage et à l\u2019impor tance du dépistage, de l\u2019intervention préventive, aux populations à risque élevé et aux procédures d\u2019évaluation et d\u2019instrumentation.On pourra aussi se pencher sur l\u2019intervention rééducative, sur la gestion des différences, sur les indicateurs neurologiques des troubles d\u2019apprentissage ainsi que des autres troubles associés aux troubles d\u2019apprentissage.Et le sujet le plus impor tant, selon la présidente, celui qui tient à cœur à Brigitte Stanké, les troubles d\u2019apprentissage dans un contexte de multilinguisme et de multiculturalisme.L\u2019importance du dépistage précoce Dans le domaine des troubles d\u2019apprentissage, les défis sont énormes et ce n\u2019est pas anecdotique si le thème du congrès de 2017 est « Les troubles d\u2019apprentissage et leurs déf is à l \u2019ère d \u2019au- jourd\u2019hui ».Aujourd\u2019hui, ce sont plus de 800 000 enfants et adultes au Québec qui présentent un trouble d\u2019apprentissage.Il est impor tant de bien trai ter ces troubles, mais il est aussi essentiel de les dépister efficacement.Le contexte de multilinguisme et de multiculturalisme que nous vivons au Québec rend ce dépistage complexe.Souvent , les inter venants ne sont formés que pour traiter des cas provenant de milieux unilingues, qu\u2019ils soient francophones ou anglophones.Mais ce que ces intervenants p o u r r o n t a p p r e n d r e a u congrès, c\u2019est que peut im- por te la langue, les tests seront toujours les mêmes.On peut les adapter à tous les milieux.Pour Brigitte Stanké, l\u2019im- por tance du dépistage précoce n\u2019est plus à démontrer : « Les études le prouvent, il est possible aujourd\u2019hui d\u2019arriver à dépister ef ficacement de façon précoce les élèves à risque de présenter des dif f icultés d\u2019apprentissage du langage écrit, grâce à un dépistage effectué dès la maternelle, dans tous les milieux et avec des tests que nous possédons déjà.» Ce que la chercheuse déplore toutefois, c\u2019est qu\u2019au Québec un tel dépistage n\u2019est pas encore généralisé alors qu\u2019un pays comme la France a depuis longtemps entrepris de tels dépistages faits par des médecins ou des intervenants scolaires.Brigit te Stanké revient a v e c l \u2019 e x e m p l e d e l a conscience phonologique, qui est présente quelle que soit la langue maternelle de l\u2019enfant.Des tests de dépistage d\u2019un problème de cette conscience phonologique se- r o n t d o n c t o u j o u r s l e s mêmes.La conscience phonologique, c\u2019est cette habileté que nous possédons à identifier des unités sonores qui composent les mots et à les manipuler.Les troubles d\u2019apprentissage sont complexes et nombreux, mais grâce à l\u2019avancement de la recherche, les intervenants possèdent de plus en plus d\u2019outils pour répondre adéquatement aux défis que pose le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Collaboratrice Le Devoir Alors qu\u2019on en est encore à mettre la dernière main aux préparatifs du 41e congrès annuel de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage, Brigitte Stanké se prépare déjà à assurer la présidence d\u2019honneur de la 42e rencontre, prévue du 22 au 25 mars 2017, dont le thème sera «Les troubles d\u2019apprentissage et leurs défis à l\u2019ère d\u2019aujourd\u2019hui ».MICHAËL MONNIER LE DEVOIR La chercheuse déplore que le dépistage des élèves à risque ne soit pas encore généralisé au Québec.Brigitte Stanké "]
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