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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier J
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-03-19, Collections de BAnQ.

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[" SOCIÉTÉ INNOVATION SOCIALE C A H I E R T H É M A T I Q U E J \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 Habitation communautaire: nouveau fonds d\u2019aide à la rénovation Page J 6 UdeM: de la pédagogie sociale pour les habitants de Parc-Extension Page J 3 NOUS CRÉO NS L \u2019 A V E N I R Sous-fi nancement en éducation Des coupes qui freinent le progrès social.VALERY RIZZO PARK SLOPE FOOD COOP En 2000, la Park Slope Food Coop a doublé l\u2019espace de son magasin situé dans la rue Union, entre les 6e et 7e avenues à Brooklyn, passant de 500 à 1000 mètres carrés.Si votre supermarché vous of frait d\u2019acheter vos aliments moins cher en échange d\u2019une poignée d\u2019heures par mois de travail bénévole, acquiesceriez-vous ?Dans le quartier de Brooklyn, à New York, ils sont près de 15 000 à trouver qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une bonne idée.Portrait de la Park Slope Food Coop, un supermarché coopératif de plus de 40 ans, qui a été à l\u2019avant-garde des mouvements d\u2019achats locaux et d\u2019approvisionnement en aliments biologiques.É T I E N N E P L A M O N D O N É M O N D A llen Zimmerman a pris en avril dernier, à l\u2019âge de 65 ans, sa retraite comme coordonnateur de la Park Slope Food Coop.« Mais la coopérative reste profondément dans ma vie et dans mon cœur » , insiste M.Zimmerman, en entrevue téléphonique avec Le Devoir depuis New York.Le samedi 19 mars, il donnera une conférence à l\u2019Université Concordia dans le cadre de Transformer Montréal, un événement consacré à l\u2019entrepreneuriat social et solidaire, pour expliquer la réussite de ce supermarché coopératif dont il est devenu membre en 1975, avant d\u2019en prendre les rênes comme coordonnateur général en 1988.« J\u2019ai été attiré au départ à la Park Slope Food Coop par l\u2019opportunité d\u2019appartenir à un lieu où les gens travaillent ensemble tout en étant propriétaires, raconte M.Zimmerman.Ce n\u2019est qu\u2019après un certain temps que la nourriture en elle-même est devenue importante pour moi.» S\u2019engager pour pouvoir acheter Depuis la fondation de la coopérative en 1973, le concept reste relativement simple : pour réaliser ses emplettes à la Park Slope Food Coop, le membre s\u2019engage à donner environ 35 heures de travail bénévole par année, dans 13 plages horaires dif férentes d\u2019un peu moins de trois heures.Les membres prennent ainsi quelques heures par mois pour être caissiers, garnir les tablettes, recevoir les livraisons ou effectuer le ménage après la fermeture du magasin.Le nombre de membres est en revanche si élevé que certains services ont pu être créés en parallèle, comme une garderie où les membres peuvent déposer gratuitement leurs enfants le temps de faire leurs courses.Seuls les retraités, les gens avec des limitations physiques et les personnes en congé parental sont exempts de cette corvée parmi les membres.Actuellement, la coopérative, dont le chiffre d\u2019af faires dépasse 52 millions de dollars, compte 16 700 membres, dont 14 500 travaillent de manière bénévole.« La plus grande dépense pour un supermarché, c\u2019est la main-d\u2019œu- vre », soulève M.Zimmerman.Les économies générées se répercutent directement dans une diminution des prix des aliments.La plu- par t des produits y sont entre 20 % et 40 % moins chers que dans les supermarchés voisins, voire presque à moitié prix dans le cas des aliments biologiques.« Nos membres possèdent la coopérative et le contrôle.Ils ont décidé d\u2019avoir une sélection d\u2019aliments fondée sur des principes éthiques plutôt que sur le profit.C\u2019est une autre façon dont nous nous distinguons des autres supermarchés », explique M.Zimmerman.La Park Slope Food Coop a ainsi été à l\u2019avant- garde en matière d\u2019achat local et d\u2019aliments biologiques, « au moins une décennie avant » que cela soit à la mode, af firme M.Zimmerman.«De plus en plus de gens achetaient des aliments biologiques.La coop a compris que c\u2019était la PARK SLOPE FOOD COOP Donner du temps pour payer moins cher son épicerie ! VOIR PAGE J 2 : ÉPICERIE J\u2019ai été attiré au départ à la Park Slope Food Coop par l\u2019opportunité d\u2019appartenir à un lieu où les gens travaillent ensemble tout en étant propriétaires Allen Zimmerman, ancien coordonnateur de la Park Slope Food Coop « » SOCIÉTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 J 2 www.pum.umontreal.ca direction que les membres désiraient prendre.Des membres ont voté en ce sens aux assemblées générales.Les membres votaient aussi d\u2019une autre façon en réalisant leurs emplettes et, évidemment, le magasin a commencé à répondre directement à ce qu\u2019ils voulaient.» Un concept populaire Le concept ne cesse de gagner en popularité.En 2000, la Park Slope Food Coop a doublé l\u2019espace de son magasin situé dans la rue Union, entre les 6e et 7e avenues à Brooklyn, passant de 500 à 1000 mètres carrés.Il s\u2019en est suivi un accroissement du nombre de membres.Bien que M.Zimmerman admette que le modèle attire l\u2019attention lors de périodes économiques difficiles, il ne voit pas dans l\u2019augmentation du nombre de membres un symptôme de la crise financière de 2008.Il estime que c\u2019est l\u2019agrandissement du magasin, l\u2019extension des heures d\u2019ouverture et l\u2019amélioration de l\u2019efficacité des opérations, notamment par l\u2019acceptation des cartes de crédit et l\u2019ajout de caisses enregistreuses, qui auraient plutôt stimulé cette popularité dans la dernière décennie.«La capacité de bien manger est un défi financier pendant les bons et les mauvais moments, a-t-il ajouté par cour- riel après l\u2019entretien téléphonique.Notre capacité de fournir une bonne nourriture à bas prix est pertinente, peu importe la situation économique.» Plusieurs coopératives s\u2019inspirent désormais de la Park Slope Food Coop à travers le monde.La Louve, dans le 18e arrondissement de Paris, a déjà calqué la formule dans son projet de supermarché coopératif amorcé en 2011.À Montréal- Nord, Panier Futé Coop reprend les grandes lignes de la philosophie de l\u2019établissement implanté à Brooklyn.Pour l\u2019instant, la coopérative constituée en 2014 s\u2019articule autour d\u2019un regroupement d\u2019achats qui effectue la livraison à ses membres, auxquels il demande une implication de trois heures par mois.«[La Park Slope Food Coop] a trente ans d\u2019avance sur nous, mais à Montréal, il manque ce genre d\u2019initiatives, souligne Gaëtan Cirefice, directeur général de Panier Futé Coop.On cherche un local où il y aurait de la vente sur place pour nos membres.Au début, on va parler d\u2019une épicerie.Peut-être que cela deviendra un supermarché dans quelques années.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE J 1 ÉPICERIE V A L E R Y R I Z Z O P A R K S L O P E F O O D C O O P Les innovations sociales naissent dans les contextes de crises M A R I E L A M B E R T - C H A N L es innovations sociales surgissent dans tous les secteurs d\u2019activité, tant dans le public que dans le privé.Néanmoins, on en trouve une concentration par ticulière dans les ser vices consacrés aux personnes.Or, s\u2019il y a un domaine qui a souffert des politiques d\u2019austérité, c\u2019est bien celui-là, qu\u2019on pense aux centres de la petite enfance, à l\u2019aide à domicile ou aux (défunts) centres locaux de développement, pour ne nommer que ceux-là.« C\u2019est certain que les coupes de l\u2019État ont une incidence forte sur les innovations sociales », constate Benoît Lévesque, professeur émérite au Département de sociologie de l\u2019Université du Québec à Montréal et professeur associé à l\u2019École nationale d\u2019administration publique.Ce pionnier de la recherche en innovation sociale ajoute que les compressions dans le réseau universitaire et l\u2019abandon de la Politique nationale de la recherche et de l\u2019innovation, adoptée en 2013 sous le gouvernement Marois mais jamais mise en application, «ne sont pas des facteurs facilitants» pour stimuler l\u2019innovation sociale.«C\u2019est grave, car nous sommes désormais dans une économie de la connaissance, rappelle-t-il.Si on ne fait pas assez de recherche, on se tire dans le pied.Les pays qui réussissent le mieux sont ceux qui consacrent plus de 2% de leur PIB à la recherche et au développement.Le Québec ne fait guère plus de 2 %.C\u2019est une voie qui pourrait nous conduire à une forme de sous-déve- l oppement , sur tou t qu\u2019ailleurs dans le monde, beaucoup demandent d\u2019adopter des politiques de relance plutôt que d\u2019austérité.» Le large champ de l\u2019innovation sociale Cela dit, le professeur Lé- vesque se veut rassurant: les innovations sociales ne sont pas systématiquement à la merci des compressions, car elles ne sont pas toutes tributaires de l\u2019État, pas plus qu\u2019elles ne se résument à des services.« C\u2019est beaucoup plus large.Ce sont des idées, des approches, des produits ou mêmes des lois \u2014 comme la légalisation du mariage gai \u2014 à travers lesquels nous sommes amenés à nous organiser dif fé- remment pour répondre de manière plus durable à un besoin social », explique celui qui a cofondé le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) en 1986, la toute première organisation scientifique au Canada à étudier ce sujet.Par ailleurs, c\u2019est dans les contextes de crises que naissent souvent les innovations sociales.En ce sens, les prochaines années seront fascinantes, aux dires de Benoît Lé- vesque.« Tant ici qu\u2019à l\u2019étranger, nous entrons dans une période de profondes transformations, observe-t-il.Cela peut se faire dans la douceur et l\u2019enthousiasme ou dans la violence et la guerre.On ne peut le savoir à ce stade-ci.Cependant, une chose est sûre, ce ne sera pas cour t : une transition, contrairement à une révolution, exige des années et par fois même des siècles.» L\u2019économie sociale en transition Benoît Lévesque est couramment surnommé le « pape de l\u2019économie sociale» puisqu\u2019il est le premier à avoir introduit ce terme dans le monde de la recherche québécoise.Témoin privilégié de l\u2019évolution de cette sphère qui compte pour plus de 35 milliards du PIB annuel du Québec, l\u2019exper t estime qu\u2019«on est au terme d\u2019une filière d\u2019innovation qui dure depuis environ 30 ans».« Il y a d\u2019abord eu la filière des services aux personnes créés par des citoyens ou favorisés par l\u2019État, relate-t-il.Puis ce fut le tour du développement local et régional.Il ne s\u2019agissait plus de rendre des services, mais de créer de l\u2019emploi.Enfin, on a connu la filière de l\u2019insertion : en plus de créer des emplois, on voulait donner une formation aux travailleurs pour qu\u2019ils puissent être plus actifs dans la société.» Aujourd\u2019hui s\u2019amorce la filière de la transition écologique, « très prometteuse, mais beaucoup plus dif ficile, car plus diffuse », précise M.Lévesque.« La population est amenée à changer son mode de consommation et de production, ainsi qu\u2019à réduire sa consommation d\u2019énergie.On ouvre la porte à l\u2019économie de proximité, à l\u2019économie de fonctionnalité, à l\u2019économie circulaire, à l\u2019économie de partage\u2026 Cela signifie que tous les services de base sont appelés à être redéfinis», explique le lauréat du prix Marie-Andrée-Ber- trand 2015, récompensant un scientifique dont les travaux ont mené au développement d\u2019innovations sociales importantes et à leur mise en œuvre.Benoît Lévesque donne en exemple la reconfiguration de la sécurité alimentaire.« Autrefois, pour nourrir les individus qui n\u2019en avaient pas les moyens, on a créé la soupe populaire, dit-il.Mais désormais, il ne suf fit pas de simplement s \u2019alimenter.On veut manger de façon saine et dif fé- rente en privilégiant la production locale.D\u2019où la popularisation des marchés publics, des jardins communautaires et de l\u2019agriculture urbaine.» Le professeur vante les mérites de l\u2019économie sociale à la sauce québécoise.«Ce qui fait notre force, entre autres, c\u2019est notre écosystème où l\u2019aide de l\u2019État ne sert pas qu\u2019à soutenir des secteurs, mais aussi à offrir des outils de développement, comme des fonds de financement, du conseil, de la recherche et de la formation.Résultat : de telles politiques transversales favorisent un système d\u2019innovation.Et quand on coupe directement dans un secteur, les ef fets sont beaucoup moins ressentis, car le modèle repose sur d\u2019autres structures.Voilà pourquoi l\u2019organisation de notre économie sociale fait l\u2019envie de plusieurs à travers le monde.» Collaboratrice Le Devoir Les innovations sociales destinées aux ser vices aux personnes, tels les centres de la petite enfance et les centres locaux de développement, ont connu un essor sans précédent au Québec au cours des dernières années.Les politiques d\u2019austérité pourraient toutefois freiner le mouvement, prévient Benoît Lévesque, grand expert de l\u2019innovation et de l\u2019économie sociales.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Autrefois, pour nourrir les individus qui n\u2019en avaient pas les moyens, on a créé la soupe populaire.Désormais, il ne suffit pas de simplement s\u2019alimenter.On veut manger de façon saine et dif férente en privilégiant la production locale», assure Benoît Lévesque, grand expert de l\u2019innovation et de l\u2019économie sociales.Benoît Lévesque SOCIÉTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 J 3 Il était une fois un établissement universitaire de grande renommée possédant dans ses murs des trésors de connaissances.Il était une fois, jouxtant ces lieux de grand savoir, un quartier plutôt défavorisé mais riche d\u2019humanité.Un jour, les savants de l\u2019Université de Montréal tendirent la main aux gens de Parc-Extension : c\u2019est ainsi qu\u2019il y a peu de temps naquit le projet L\u2019extension, un centre interfacultaire de soutien en pédagogie et en santé.R É G I N A L D H A R V E Y I l est bien connu que le Dr Julien « vient en aide à des enfants vivant dans des conditions de grande vulnérabilité ».À leur tour, des universitaires ont choisi de lui emboîter le pas, comme le fait valoir la doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université de Montréal, Louise Poirier.Elle cerne la nature même du projet : « Je dirais que le centre est tourné vers la pédagogie sociale plutôt que la pédiatrie sociale et, pour nous, c\u2019est l\u2019élève qui est au cœur de notre action.» S\u2019ensuivent ces explications sur les interventions qui se sont déroulées pour la première fois il y a un an : « Le centre se tourne vers les élèves, particulièrement ceux qui sont en dif fi- culté d\u2019apprentissage et qui sont de plus en plus nombreux.On forme des étudiants qui travaillent avec eux.» Il y a plus, comme le démontre le rapport d\u2019activités 2014-2015 : L\u2019extension envoie sur le terrain une équipe interdisciplinaire dont font partie des professionnels de l\u2019enseignement (orthopédagogues), mais aussi de la santé (optométristes et dentistes).Ces gens-là travaillent en collaboration auprès des enfants et de leurs familles.Pour l\u2019instant, le centre est logé dans l\u2019école primaire Barclay de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ; elle est située en plein cœur du quartier, là où se déroulent les interventions et les consultations.Mme Poirier fournit ces détails : «Au départ, il y avait seulement les étudiants en orthopédagogie qui étaient impliqués, mais rapidement, à force d\u2019en parler aux collègues doyens, deux d\u2019entre eux ont levé la main et manifesté leur intention d\u2019intervenir ; ce sont ceux de l\u2019École d\u2019optométrie et de la Faculté de médecine dentaire.» Pour le moment, faute d\u2019espaces plus adaptés, seuls les élèves du primaire sont visés, mais les démarches vont bon train pour que le centre possède ses propres locaux dans sa phase deux : «À ce moment-là, on s\u2019adressera aux élèves du primaire, du secondaire et même aux étudiants du collégial.Pour l\u2019instant, on s\u2019en tient à Barclay et on pense bien se diriger vers d\u2019autres écoles du quartier l\u2019an prochain.» Les trois volets de l\u2019aide apportée Pour leur part, les élèves en difficulté sont suivis durant tout un semestre universitaire, soit environ 12 semaines à raison d\u2019une heure par semaine.C\u2019est toujours la même personne, une étudiante à la maîtrise en or- thopédagogie, qui s\u2019occupe d\u2019eux.En optométrie, Mme Poirier dresse ce bilan de la pratique : « Depuis un an, ils ont évalué la vision de 200 jeunes, dont 69 avaient besoin soit de lunettes soit d\u2019exercices correcteurs.Les lunettes sont fournies gratuitement parce que c\u2019est cela qui est coûteux et parce que les parents n\u2019ont pas les sous pour les acheter.» Elle évoque ensuite la médecine dentaire : « Ils ont une entente avec le CLSC du quartier en vertu de laquelle les activités de prévention auprès des enfants sont couvertes par l\u2019assurance maladie jusqu\u2019à l\u2019âge de huit ans.Nous, on prend le relais à partir de l\u2019âge de neuf ans.» Plus tard, un axe de recherche s\u2019inscrira dans les mandats du centre : « Il était clair qu\u2019on ne voulait pas en faire dès le début, car il y a un temps d\u2019apprivoisement qui doit se dérouler pour qu\u2019on apprenne à se connaître mutuellement.Mais on en fera, ne serait-ce qu\u2019effectuer un suivi auprès des élèves pour s\u2019assurer que nos actions portent leurs fruits d\u2019une année à l\u2019autre et qu\u2019on réussit à les soutenir.» Un bilan sommaire, mais positif Il est encore tôt, à peine un an après le début des activités, pour évaluer concrètement leurs impacts, avoue la doyenne : « Mais ça se passe très bien.Pour un enfant qui voit mal et à qui on donne une paire de lunettes pour mieux voir, il est certain que la retombée est immédiate, pour lui et ses parents.Il en va de même pour les enfants en médecine dentaire ; il y aura même pour les cas les plus lourds des traitements d\u2019orthodontie gratuits.Du côté de l\u2019orthopédagogie, il faudra du temps pour mesurer les résultats parce que ce sont des actions qui se situent sur une plus longue période ; on ne corrigera pas les difficultés d\u2019apprentissage en français en l\u2019espace de deux semaines.» Dans ce cas, les étudiants comme les enfants puisent un enrichissement dans l\u2019expérience vécue.Le bon voisinage UdeM et Parc-Extension Louise Poirier, dans le but de mieux connaître le quartier et la population de Parc-Extension, a fait partie du conseil d\u2019administration de la Corporation de développement économique communautaire (CDEC, aujourd\u2019hui disparue) de l\u2019arrondissement Villeray\u2013Saint-Michel\u2013Parc- Extension et du CSSS de la Montagne (disparu lui aussi) : «J\u2019ai été en mesure de mieux saisir les besoins des gens et, par la suite, ce sont même eux qui nous ont aidés à trouver un local.Il y a des dirigeants politiques du milieu qui arrivaient difficilement à croire qu\u2019une grande université vienne travailler avec leurs enfants.Un certain M.Trudeau, alors député de l\u2019opposition, nous a même fourni une lettre d\u2019approbation.» À la fois fière des appuis récoltés et portée par le soutien du quartier, elle se tourne vers d\u2019autres projets à réaliser : «On aimerait avoir notre lieu à nous où on pourra s\u2019installer et élargir nos interventions.» Des démarches sont déjà entreprises dans ce sens et une entente est même intervenue avec l\u2019École d\u2019orthophonie et d\u2019audiologie : « L\u2019École d\u2019ergothérapie et les sciences infirmières veulent aussi participer.En fait, je dirais qu\u2019il n\u2019y a pas une faculté de l\u2019Université de Montréal qui ne veut pas être présente : Parc-Extension, c\u2019est notre voisin, et la Faculté des sciences de l\u2019éducation est située à deux stations de métro de lui.» Et une fois que le centre aura été bien installé dans des locaux convenables, «mon autre projet, qui se situe davantage du côté scolaire, ce serait de faire un camp de jour en été pour faire l\u2019école autrement».Déjà, la Faculté de musique et le Département de kinésiologie et d\u2019éducation physique embarquent dans l\u2019aventure.Collaborateur Le Devoir UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL De la pédagogie sociale pour les habitants de Parc-Extension TATYANA TOMSICKOVA GETTY IMAGES Au départ, seuls les étudiants en orthopédagogie étaient impliqués, mais rapidement, les élèves de l\u2019École d\u2019optométrie et de la Faculté de médecine dentaire se sont investis.É T I E N N E P L A M O N D O N É M O N D D epuis des décennies, des entrepreneurs sociaux travaillent dans le paysage économique du Québec, notamment à la tête des coopératives.Pourtant, depuis quelques années, des entrepreneurs privés se qualifient aussi «d\u2019entrepreneurs sociaux », comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une nouvelle tendance.Un phénomène qui n\u2019est pas sans soulever une certaine confusion.Il existe en effet une petite distinction entre leur travail et celui des acteurs de l\u2019économie sociale et solidaire (ESS).Les premiers dirigent plutôt des entreprises privées classiques avec pour mission de régler des problèmes environnementaux ou sociaux tandis que les entreprises régies par la Loi sur l\u2019économie sociale du Québec sont plutôt collectivisées.Les entreprises sociales privées sont généralement ar ticulées autour d\u2019une vision plus philanthropique que démocratique de la solidarité.« On mise sur le marché et la réciprocité, analyse Marie J.Bouchard, profes- seure à l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019UQAM et conférencière au der nier symposium Économie sociale et f inance sol idaire.L\u2019angle mort, c\u2019est la redistribution.» Elle remarque que cette nouvelle vague d\u2019entrepreneurs veut souvent voir des résultats rapidement.« Il y a un sentiment d\u2019urgence.» Pour les entreprises à but lucratif, « la question est de savoir combien de temps la mission sociale va rester dans le projet, parce qu\u2019il y a parfois des dérives de missions, prévient Mme Bouchard.L\u2019entreprise de propriété et de gouvernance collectives a de meilleures chances de pérenniser sa per tinence sociale ».En d\u2019autres mots, « dans une entreprise collective, le social est l \u2019ADN.Dans une entreprise sociale qui n\u2019est pas collective, le social est le vêtement », illustre-t-elle.« Dans la trajectoire des entreprises sociales [privées], à partir d\u2019un moment elles valent tellement cher que, souvent, on les vend, souligne-t-elle.On trouve normal que le Cirque du Soleil cesse de faire ses investissements sociaux dans le quartier Saint-Michel [après son acquisition], puis que la mission sociale de cette entreprise se délite, parce que c\u2019est une entreprise de capital-actions.» En revanche, elle rappelle qu\u2019« il n\u2019y a rien qui empêche ces entrepreneurs sociaux, lorsque leur projet arrive à maturité, de le transformer en entreprise collective, ne serait-ce que pour éviter la fameuse dérive de mission».Geneviève Huot, directrice de la recherche et de la formation au Chantier de l\u2019économie sociale, indique que, entre les acteurs de l\u2019ESS et les entrepreneurs sociaux privés, « il y a un dialogue qui commence à se faire, à propos de la manière dont on peut travailler ensemble ou tirer des apprentissages les uns des autres ».Néanmoins, elle précise qu\u2019« on sent le besoin d\u2019avoir un encadrement pour distinguer une entreprise animée par une réelle volonté de porter une mission sociale d\u2019une entreprise qui, pour redorer son blason, mettrait en avant une mission sociale qui ne serai t qu \u2019un coup de marketing ».En France, l\u2019entrepre- neuriat social est encadré dans la Loi sur l\u2019économie sociale.Plus d\u2019une vingtaine des États des États-Unis ont quant à eux enchâssé les benefit corporations dans une législation exigeant qu\u2019elles aient un impact positif sur la société, qu\u2019elles prennent en considération les par ties prenantes \u2014 et pas seulement les actionnaires \u2014, en plus de rendre public leur bilan écologique, social et financier.Collaborateur Le Devoir Pour un meilleur encadrement de l\u2019entrepreneuriat social SOCIÉTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 J 4 FONDACTION A 20 ANS ! ET ÇA CONTINUE ! FONDACTION, CHEF DE FILE EN DÉVELOPPEMENT DURABLE Fondaction a à cœur le développement économique, l\u2019environnement et l\u2019innovation sociale.Créé il y a 20 ans, Fondaction contribue au maintien et à la création d\u2019emplois de qualité.Il recueille de l\u2019épargne-retraite auprès des Québécoises et Québécois pour l\u2019investir dans des entreprises de chez nous, dans une perspective de développement durable.Que doivent faire nos gouvernements en ces temps de ralentissement et d\u2019incertitude économiques ?Être prudents ou, au contraire, se montrer audacieux ?Faire preuve d\u2019innovation sociale, répond une économiste.C L A U D E L A F L E U R D e plus en plus, un peu par tout dans le monde, on obser ve les ravages économiques \u2014 pour ne pas dire les drames humains \u2014 que génèrent les mesures d\u2019austérité et d\u2019« équilibre budgétaire » à tout prix.Des organisations comme l\u2019OCDE, la Communauté européenne, les Nations unies ainsi que diverses institutions économiques dénoncent maintenant ce genre de politiques.«Cela ne m\u2019étonne pas du tout de voir que les grandes institutions économiques parlent de catastrophe si on continue d\u2019appliquer des stratégies d\u2019austérité puisqu\u2019il n\u2019y a rien de neuf là-dedans, déclare Marguerite Mendell, professeure titulaire à l\u2019École des affaires publiques et communautaires de l\u2019Université Concordia.Mais pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps?» se demande-t-elle, incrédule.Pour elle, en effet, il ne fait aucun doute que c\u2019est la responsabilité première des gouvernements de relancer l\u2019économie.« Il ne faut pas compter sur le secteur privé ni sur les consommateurs pour cela», dit-elle.Elle explique que si un gouvernement envoie le message que l\u2019économie «va mal » et qu\u2019il faut couper et se « serrer la ceinture», le secteur privé hésitera à investir alors que les consommateurs joueront de prudence, ce qui ralentira davantage l\u2019économie.Par contre, si un gouvernement se montre confiant en l\u2019avenir \u2014 s\u2019il « investit dans l\u2019avenir » \u2014, il insuffle alors une dose d\u2019optimisme partout dans la société.C\u2019est la stratégie que préconise le gouvernement Trudeau, souligne Mme Mendell, qui se propose d\u2019investir dans des infrastructures.«Évidemment, ajoute-t-elle, il ne s\u2019agit pas de dépenser pour dépenser, mais bien d\u2019investir judicieusement.» L\u2019économiste de l\u2019Université Concordia, qui dirige une équipe de recherche sur l\u2019économie sociale, rapporte qu\u2019«on sait même cela depuis longtemps déjà\u2026 Ça vaut la peine de retourner à Keynes, dit-elle, pour se rappeler que l\u2019économie repose sur notre \u201cesprit animal\u201d».Dès 1936, John Maynard Keynes parlait en ef fet de l\u2019« esprit animal » (animal spirit) \u2014 en quelque sor te notre « animalité », notre instinct qui, fondamentalement, plutôt qu\u2019un esprit rationnel et car tésien, gouverne nos comportements économiques.Dans sa Théorie générale de l\u2019emploi, de l\u2019intérêt et de la monnaie, Keynes montrait que ce sont avant tout nos émotions \u2014 ce que l\u2019on ressent \u2014 qui nous font agir, plutôt que de froids calculs (d\u2019équilibre budgétaire).« Ça me tente\u2026 » plutôt que « En ai-je les moyens ?» Autrement dit, s\u2019ils sentent que l\u2019économie va mal et que l\u2019avenir est incertain, les entreprises auront tendance à moins investir et les consommateurs, à moins dépenser, alors que ce pourrait être justement la bonne façon de stimuler l\u2019innovation et le développement économique.Il appar tient donc aux gouvernements d\u2019insuffler un vent d\u2019optimisme dans la société si on veut que l\u2019économie soit dynamique.« Tout le contraire de ce que fait présentement le gouvernement Couil- lard », observe Marguerite Mendell.Innovation sociale à contre-courant En cette ère de désengagement de l\u2019État, on parle de plus en plus d\u2019innovations sociales, constate l\u2019économiste, c\u2019est-à-dire de «nouvelles façons de fournir des services à la société».« Mais, pour certains, l\u2019innovation sociale se veut une façon de répondre aux besoins sociaux par un désengagement de l\u2019État dans la société, dit-elle.Ce serait donc la société civile qui se chargerait de faire les choses autrement.» Pour les pays anglo-saxons, poursuit Mme Mendell, l\u2019innovation sociale serait souvent l iée à la privatisation des ser vices.Comme par exemple lorsqu\u2019on compte sur le privé pour offrir des services d\u2019hébergement et de soins à domicile aux personnes âgées.Même chose pour les garderies, nous dit- elle, alors que, par exemple, le gouvernement Couillard réduit le financement des centres de la petite enfance pour favoriser les garderies privées.«Pourtant, notre réseau de CPE fait figure de modèle à travers le monde, lance-t-elle.On vient d\u2019un peu partout voir ce qu\u2019on fait ici et c\u2019est même le modèle qui inspire le fédéral\u2026 Mais là, le gouvernement de M.Couillard se tourne vers les garderies privées\u2026 Ça n\u2019a pas de bon sens et, surtout, ça ne s\u2019inscrit pas dans les stratégies que l\u2019on préconise maintenant un peu partout dans le monde.» De surcroît, poursuit Mme Mendell, les CPE jouent un rôle fondamental dans le développement et l\u2019éducation des jeunes enfants.« Dans les CPE, on trouve des gens extraordinairement dévoués et créatifs, note-t-elle.Mais le gouvernement désinvestit en éducation.C\u2019est à n\u2019y rien comprendre ! » Régions dévastées À cela s\u2019ajoute l\u2019abolition des centres locaux de développement (CLD), mesure dévastatrice pour l\u2019économie des régions.« À Montréal, on connaît peu les CLD, souligne Marguerite Mendell , mais en région, ils sont connus et reconnus.» Son équipe de recherche sur l\u2019économie sociale a d\u2019ailleurs mené des études avec et sur les CLD, rapporte-t-elle, pour constater que ces instances de proximité avaient une grande valeur parce qu\u2019elles étaient très proches de leurs clientèles et qu\u2019elles connaissaient très bien le milieu dans lequel elles œuvraient.« Les CLD pouvaient conclure des partenariats et travailler de façon multipartite, ce qui faisait leur force », observe l\u2019économiste.D\u2019ailleurs, à travers le monde, les grandes institutions internationales reconnaissent de plus en plus l\u2019importance de travailler de cette façon, en partenariat avec la société civile, souligne Mme Mendell.Bref, le fait que le gouvernement Couillard ait choisi comme stratégie d\u2019éliminer ces établissements puis de centraliser l\u2019aide au développement régional \u2014 comme il le fait aussi dans les secteurs de la santé et de l\u2019éducation \u2014 va à contre-courant de ce qui se fait ailleurs.D\u2019ordinaire, au Québec, résume la chercheuse, on associe le concept d\u2019innovation sociale à l\u2019amélioration de la qualité de vie des citoyens, en mettant en œuvre des entreprises collectives qui ont pour objet premier de répondre au bien-être de la société tout en incorporant les dimensions sociale, économique et environnementale.Collaborateur Le Devoir L\u2019innovation sociale en ces temps d\u2019incertitude économique OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR Si les entreprises sentent que l\u2019économie va mal et que l\u2019avenir est incertain, elles auront tendance à moins investir et les consommateurs, à moins dépenser, alors que ce pourrait être justement la bonne façon de stimuler l\u2019innovation et le développement économique.A N D R É L A V O I E A vant même qu\u2019il réfléchisse au concept d\u2019innovation sociale et évoque ses bienfaits sur toutes les tribunes, Juan Luis Klein en connaissait déjà les vertus, lui qui a grandi dans un quartier populaire de Santiago au Chili, voyant sa mère trimer dur pour assurer son éducation et être en partie soutenue par un voisinage qui n\u2019hésitait pas à se serrer les coudes.Ce n\u2019est pas la seule expérience solidaire dont Klein fut témoin au cours de sa vie et au fil de sa carrière de professeur de géographie.Comme d\u2019autres compatriotes de sa génération, il avait fondé beaucoup d\u2019espoirs en Salvador Allende, mais le coup d\u2019État du général Augusto Pinochet en septembre 1973 allait briser ses rêves et le pousser à l\u2019exil.C\u2019est au Québec qu\u2019il trouve refuge et poursuit ses études, poussant plus loin sa passion pour la géographie politique.Après son passage à l\u2019Université Laval, il travaillera comme chercheur à l\u2019Université du Québec à Ri- mouski et plus tard comme professeur à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, obser vant avec attention les bouleversements qui ont transformé le paysage québécois.Devenu professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal en 1993, il n\u2019a jamais oublié la fer veur entourant le mouvement Opérations Dignité, une vaste contestation sociale devant la fermeture planifiée et méthodique de plusieurs villages du Bas-du-Fleuve et de la Gaspésie au début des années 1970.Certaines localités n\u2019ont pas survécu au carnage, mais la grogne populaire a réussi à freiner les ardeurs du premier gouvernement de Robert Bourassa.Une dignité toujours à reconquérir Pour le directeur du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), ce refus d\u2019obtempérer aux diktats des technocrates qui ne proposaient que la solution de la clé sous la porte au phénomène de la dévitalisation des villages est riche d\u2019enseignements.Sa connaissance fine du sujet ne cesse de l\u2019inspirer ; il y v o i t d e m u l t i p l e s sources d\u2019inspiration pour remodeler notre société agitée.Pour assurer des transformations harmonieuses, « il faut d\u2019abord avoir des connaissances actuelles, pas des certitudes ou des idées préconçues », souligne Juan Luis Klein.Les citoyens doivent donc être à l \u2019écoute, par exemple des scientifiques, « mais sur tout pas des idéologues ».Selon lui, le débat sur les oléoducs constitue un terreau fer tile pour l\u2019innovation sociale au sein des communautés, mais doit reposer sur une vaste réflexion.« Tous savent que les hydrocarbures appartiennent à une technologie du passé.Or, on sait aussi qu\u2019on en a encore besoin, ce qui ne doit pas nous empêcher de regarder vers l\u2019avenir, du côté des technologies vertes et du développement durable.» Tout cela demande réflexion, et Juan Luis Klein regrette que l \u2019État et les citoyens semblent peu enclins à prendre le temps nécessaire pour élaborer des projets cohérents, structurants.« L\u2019innovation vient forcément de la réflexion, affirme le directeur du CRISES.C\u2019est la seule façon d\u2019y parvenir pour bien faire les choses.» Selon lui, les révolutions sociales ont leur importance, mais elles ne sont pas toujours porteuses de changements durables, significatifs, parce que effectués dans une cer taine précipitation.Faire table rase de tout ce que le passé peut nous enseigner ?Le chercheur en a vu les ravages aussi bien au Chili qu\u2019au Québec\u2026 L\u2019innovation sociale est souvent une réponse à une crise, faisant émerger des solutions qui ne sont pas forcément conçues dans les cadres institutionnels habituels.Au fil des décennies, Juan Luis Klein a constaté à quel point le Québec pouvait être imaginatif pour contrer les assauts des crises économiques, comme celle du début des années 1980 avec les centres de développement économique et communautaire, ou favoriser la réussite scolaire et permettre aux mères d\u2019accéder plus facilement au marché du travail avec la création des centres de la petite enfance dans les années 1990.Partout sur le territoire québécois, les initiatives créatives pullulent, même si elles ne font pas toujours les manchettes.Juan Luis Klein cherche à comprendre les origines de ces transformations, et surtout à voir jusqu\u2019à quel point elles peuvent être transposables dans d\u2019autres localités ou d\u2019autres régions.Il aime citer en exemple le village de Sainte-Camille en Estrie, considéré comme « dévitalisé » après une chute démographique importante, la fermeture de la Caisse populaire et sur tout celle de l\u2019école primaire.« Avec patience, les habitants de Sainte-Camille ont retroussé leurs manches pour trouver des solutions et ainsi éviter la fermeture de leur village.Ils ont déployé des moyens créatifs en puisant autant dans la sphère culturelle que touristique et économique.» C\u2019est d\u2019ailleurs une caractéristique que devraient retenir ceux et celles qui rêvent d\u2019innovations sociales dans leur milieu : «Évitez de travailler en vase clos », prévient Juan Luis Klein.Cette méthode hermétique, « que l\u2019on retrouve beaucoup au sein de nos gouvernements », ne favorise pas le partage d\u2019informations et surtout l\u2019émergence d\u2019idées nouvelles, comme si les ar tistes, les comptables, les élus et les avocats n\u2019étaient pas d\u2019abord et avant tout des citoyens vivant dans un même espace de vie.Le professeur de l\u2019UQAM croit que cette communication plus harmonieuse et plus généreuse pourra provoquer de grands vents de changements dans toutes les régions du Québec, en ville comme à la campagne, à la condition bien sûr de n\u2019exclure personne.Car innovation sociale et exclusion sociale n\u2019iront jamais de pair, mais c\u2019est ce qu\u2019il constate à l\u2019heure de l\u2019austérité.Et il ne voit rien de bon dans la réforme de l\u2019aide sociale, à nouveau pilotée par François Blais après un passage houleux au ministère de l\u2019Éducation.« De ce que je peux en comprendre, cette réforme ne va créer que des exclus et priver la société de ses forces vives.Qui choisit d\u2019être délibérément marginalisé ?» Collaborateur Le Devoir Pour contrer les périls du démantèlement Marguerite Mendell GREGORY BULL LA PRESSE CANADIENNE Selon Juan Luis Klein, le débat sur les oléoducs constitue un terreau fertile pour l\u2019innovation sociale au sein des communautés, mais doit reposer sur une vaste réflexion.Juan Luis Klein SOCIÉTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 J 5 É T I E N N E P L A M O N D O N É M O N D S tocksy United fait entrer de plain-pied le modèle coopératif dans l\u2019ère numérique.Avec 850 photographes membres dans 59 pays, ce ser vice de banque d\u2019images libres de droits, fondé en Co- lombie-Britannique, a adapté la structure démocratique des coopératives aux échanges en ligne.La dif fusion des informations, le déroulement des assemblées générales et les votes se réalisent par l\u2019intermédiaire d\u2019Internet.La formule fait mouche, puisqu\u2019à peine trois ans après sa création, Stocksy United enregistre déjà un chif fre d\u2019affaires de 7 millions de dollars.Tout a commencé alors qu\u2019une certaine morosité plombait le milieu de la photographie.Les médias ont abondamment recours aux agences de banque d\u2019images libres de droits, notamment pour utiliser des images ouver tes à plusieurs interprétations pour illustrer leurs textes.Or, une tendance lourde paraissait se dessiner : lesdites agences diminuaient les sommes versées aux photographes, dans ce qui semblait aux yeux des artistes de simples opérations pour augmenter les profits des actionnaires.C\u2019est en réponse à ce phénomène que Stocksy United a vu le jour en 2013.«Plusieurs photographes nous ont convaincus en nous racontant comment ils étaient malheureux dans les agences et en nous suggérant de démarrer une nouvelle agence de banque d\u2019images», raconte Brianna Wettlaufer, prési- dente-directrice générale et co- fondatrice de Stocksy United, en entrevue téléphonique avec Le Devoir depuis la Colombie- Britannique.Ainsi est née l\u2019idée de créer une solution de rechange, mais en la lançant sur de nouvelles bases.Le modèle coopératif a été choisi pour « s\u2019assurer que la voix de tous les photographes pourrait être entendue et représentée, qu\u2019il y aurait une redistribution équitable des profits et qu\u2019on pourrait se prémunir contre une acquisition afin de garantir l\u2019intégrité du produit », explique Mme Wettlaufer, qui donnera une conférence à l\u2019Université Concordia dans le cadre de l\u2019événement Transformer Montréal, consacré à l\u2019entre- preneuriat social et solidaire.Les photographes reçoivent d i r e c t e m e n t d a n s l e u r s poches au moins 50 % du montant de l\u2019achat d\u2019une licence a s s o c i é e à u n e d e l e u r s images, tandis qu\u2019ils se divisent les profits de la coopérative à la fin de l\u2019année.Les ambitions n\u2019étaient pas uniquement éthiques, mais aussi artistiques.«On ne voulait pas seulement créer un nouveau modèle d\u2019entreprise.On souhaitait aussi apporter une nouvelle direction créative aux banques d\u2019images et à ce qu\u2019il était possible de trouver dans ce type de service », ajoute-t-elle, alors que les images tapissent désormais les sites Internet et les médias sociaux.« Entrer dans une industrie réellement saturée était un peu risqué, spécialement de la façon dont on l\u2019approchait », reconnaît-elle.À leur début, bien des clients ont demandé à la coopérative d\u2019obtenir des œuvres à moindre coût.« En près de trois ans, je peux dire que tous les clients qui ont dit qu\u2019ils voulaient un prix moins élevé ont fini par revenir, car je pense que la valeur accordée à la photographie commence à changer.» Nuno Silva, photographe et vice-président produit chez Stocksy United, précise que lorsque des clients tentent de négocier des tarifs plus faibles, la coopérative leur parle de la rétribution équitable pour justif ier les prix.« Et cela a fonctionné, assure-t-il.Plusieurs de nos clients ont trouvé intéressants notre modèle coopératif et la manière dont nous traitons nos photographes.Ils ont une estime, quasiment une af fection, pour nous et nos produits.» Actuellement, Stocksy United constitue un ovni dans le paysage non seulement des agences de banque d\u2019images, mais de l\u2019économie numérique en général.« Il n\u2019y a pas vraiment d\u2019entreprises desquelles on pouvait s\u2019inspirer », admet Mme Wettlaufer.«Un de nos plus grands défis, mais aussi une de nos plus grandes réussites, a été de transposer le modèle traditionnel coopératif dans l\u2019environnement d\u2019Internet », explique Nuno Silva.Comme les 850 membres sont dispersés sur les cinq continents, toutes les prises de décisions démocratiques doivent s\u2019effectuer par l\u2019intermédiaire des technologies de l\u2019information.Un portail a été mis en ligne pour dif fuser aux membres les annonces, ainsi que les propositions de résolutions et de votes.Les assemblées générales réunissent les membres présents dans 59 pays, dont le Canada, les Émirats arabes unis et l\u2019Afrique du Sud, à l\u2019aide d\u2019un logiciel pour webinaires, qui permet de regarder et d\u2019interagir en direct.Régulièrement, des séances sont organisées à l\u2019aide de Skype ou de Google Hangout avec les membres.Tous les outils numériques ont donc été mis à contribution pour créer un rapport affectif avec la coopérative et inciter les membres à par ticiper activement.Car l\u2019un des grands défis dans l\u2019évolution et la croissance de l\u2019entreprise consiste à approfondir les relations avec les artistes membres, de façon à ce qu\u2019ils soient «profondément impliqués dans l\u2019entreprise au quotidien», remarque Brianna Wettlaufer, même s\u2019ils se trouvent à l\u2019autre bout de la planète.Collaborateur Le Devoir COOPÉRATIVE NUMÉRIQUE Stocksy United, une banque de photos pas comme les autres C\u2019EST BON POUR LA SANTE Dès la formation de ses étudiants, l\u2019UdeM mise sur.une approche partenariat patient.novatrice qui lie le.patient et ses intervenants de la santé.Au cœur.même.des décisions prises sur ses soins, le patient devient.un.partenaire essentiel de l\u2019équipe soignante en plus de.contribuer.au développement des connaissances.umontreal.ca/partenariatpatient.MOT A DIRE AVOIR SON SOURCE STOCKSY Actuellement, Stocksy United constitue un ovni dans le paysage non seulement des agences de banque d\u2019images, mais de l\u2019économie numérique en général.Plusieurs photographes nous ont convaincus en nous racontant comment ils étaient malheureux Brianna Wettlaufer, présidente-directrice générale et cofondatrice de Stocksy United « » SOCIÉTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A R S 2 0 1 6 J 6 P I E R R E V A L L É E L es coopératives et organismes sans but lucratif propriétaires d\u2019immeubles locatifs nécessitant des rénovations auront dorénavant la vie plus facile.En effet, la Fiducie du Chantier de l\u2019économie sociale vient de lancer sur le marché un nouveau produit financier à leur intention.Il s\u2019agit du Fonds d\u2019aide à la rénovation de l\u2019habitation communautaire (Fonds ARHC).« Nous avons constaté que plusieurs de ces immeubles prenaient de l\u2019âge et par conséquent nécessitaient des rénovations, par fois importantes, explique Jacques Charest, directeur général de la Fiducie du Chantier de l\u2019économie sociale.Pour réaliser ces rénovations, les coopératives et les organismes sans but lucratif devaient puiser dans leurs fonds de réserve, souvent insuf fisants pour soutenir pareilles rénovations.Les propriétaires n\u2019avaient alors d\u2019autre choix que de renégocier une nouvelle hypothèque, ce qui par fois se traduisait par une augmentation des loyers.Avec le Fonds ARHC, on a innové en leur of frant une solution de rechange.» Pour bien apprécier l\u2019innovation du Fonds ARHC, il faut comprendre la situation dans laquelle se trouvent ces coopératives et organismes propriétaires d\u2019habitations collectives, dont l\u2019âge oscille entre 30 et 35 ans.Lors de la construction, ou de la conversion, de l\u2019immeuble locatif collectif, les propriétaires ont dû contracter un prêt hypothécaire, généralement étalé sur 35 ans, auprès d\u2019une institution financière.Ce prêt hypothécaire était garanti par la Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement (SCHL).Dans les années 1980, la SCHL a choisi de racheter tous ces prêts hypothécaires afin d\u2019offrir à ces propriétaires un taux d\u2019intérêt inférieur à celui du marché.Même si la SCHL s\u2019est depuis retirée du marché hypothécaire de l\u2019habitation collective, elle a évidemment respecté ses engagements, de sor te que ces propriétaires ont toujours aujourd\u2019hui une hypothèque avec la SCHL.« Et comme ces hypothèques arrivent aujourd\u2019hui à terme et que les propriétaires ont déjà remboursé les intérêts et presque tout le capital, il serait préférable pour eux de finir de payer leur hypothèque plutôt que d\u2019épuiser leur fonds de réserve et de renégocier une nouvelle hypothèque pour financer les rénovations qui s\u2019imposent.Ainsi, avec le Fonds ARHC, ils peuvent agir tout en conservant leurs acquis.» Comment ça marche?D\u2019où l\u2019intérêt du Fonds ARHC qui leur sert alors de pont financier.Les coopératives et organismes sans but lucratif propriétaires des immeubles n\u2019ont qu\u2019à proposer leur projet de rénovation au Fonds.Les travaux de rénovation admissibles sont les travaux de remise à jour : toiture, fenestration, rénovation des cuisines et des salles de bain, etc.Y sont compris aussi les honoraires professionnels.« Nous avons établi un barème de 25 000 $ par logement, mais il s\u2019agit seulement d\u2019un barème.Nous sommes pleinement conscients que certains immeubles nécessiteront des investissements supérieurs à cette somme, tout comme certains immeubles en nécessiteront moins.» Une fois le projet évalué et accepté, le Fonds versera au propriétaire sous forme de prêt le montant équivalent au coût des rénovations, moins évidemment la contribution financière du propriétaire, si ce dernier en a les moyens.En contrepartie de quoi le propriétaire s\u2019engage à verser annuellement les intérêts dus sur le prêt, qu\u2019il puisera à même son fonds de réserve, jusqu\u2019au jour où il aura totalement remboursé son hypothèque avec la SCHL.« Lorsque le prêt hypothécaire avec la SCHL est totalement remboursé, le propriétaire doit alors rembourser la totalité du prêt et des intérêts du Fonds ARHC en renégociant une nouvelle hypothèque, mais cette fois avec un immeuble dont il est l\u2019unique propriétaire, puisque af franchi de toute hypothèque.» Le propriétaire pourra contracter ce nouveau prêt hypothécaire auprès d\u2019un des partenaires du Fonds ARHC, soit le Groupe financier SSQ, une mutuelle financière.Il pourra aussi, s\u2019il le préfère, négocier cette nouvelle hypothèque auprès d\u2019une autre institution financière.De plus, le propriétaire pourra profiter des judicieux conseils de l\u2019Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ).Le Fonds ARHC compte aussi deux autres partenaires, soit le Chantier de l\u2019économie sociale et le Fonds immobilier de solidarité FTQ.Pour la suite des choses La Fiducie du Chantier de l\u2019économie sociale a présentement deux fonds d\u2019investissement généraux, soit le capital patient opérations (CPO) et le capital patient immobilier (CPI).L\u2019on dit « patient » parce que l\u2019emprunteur profite d\u2019un congé de remboursement de 15 ans.Le Fonds ARHC vient donc s\u2019ajouter aux deux premiers fonds.Est-ce une nouvelle tendance ?« En fait, oui.La création du Fonds ARHC nous a fait réaliser qu\u2019il y a un besoin pour les entreprises d\u2019économie sociale de trouver du financement adapté à des contextes par ticuliers auxquels nos deux fonds classiques répondent mal.Nous sommes présentement en train de cerner ces besoins et il est probable que, à l\u2019avenir, la Fi- ducie du Chantier de l\u2019économie sociale mettra sur le marché de nouveaux produits financiers conçus pour répondre à des besoins spécifiques, comme le fait le Fonds ARHC.» Mais la priorité pour l\u2019instant ne se situe pas du côté des nouveaux outils de financement.Depuis sa création en 2007, la Fiducie du Chantier de l\u2019économie sociale a investi 48 millions de dollars, sur une capitalisation de départ de 50 millions de dollars.« Il nous reste évidemment de l\u2019encaisse, d\u2019autant plus que certains emprunteurs ont déjà commencé à rembourser leurs prêts avant la période de grâce de 15 ans, ce qui nous permet de continuer à investir pour les deux prochaines années.Par contre, ce sont aussi ces deux prochaines années qui seront surtout consacrées à une nouvelle ronde de capitalisation.Nous allons en discuter avec nos partenaires financiers actuels et nous demeurons ouverts à l\u2019arrivée de nouveaux partenaires financiers.» Collaborateur Le Devoir HABITATION COMMUNAUTAIRE Nouveau fonds d\u2019aide à la rénovation SOURCE GEORGES COULOMBE Une fois le projet évalué et accepté, le Fonds versera au propriétaire sous forme de prêt le montant équivalent au coût des rénovations, moins évidemment la contribution financière du propriétaire, si ce dernier en a les moyens.S T É P H A N E G A G N É D epuis 1999, un petit miracle s\u2019opère à l \u2019 É c o l e s e c o n d a i r e J e a n n e - M a n c e (ESJM).Le programme Bien dans mes baskets (BDMB) a permis à des centaines de jeunes, provenant de milieux sociaux dif fi- ciles et à risque de décrochage, d\u2019accéder à la réussite scolaire.Comment ?En les impliquant dans une équipe de basketball, appelée les Dragons, et en leur of frant un encadrement psychosocial.Le succès du programme est inespéré.Le directeur adjoint de l\u2019école, Gino Ciarlo, en est tout simplement ravi.«Depuis huit ans que j\u2019occupe ce poste, un seul jeune a quitté le programme, dit-il.À ma connaissance, il n\u2019existe aucun autre programme aussi efficace pour contrer le décrochage.» Les débuts Tout a commencé il y a 17 ans lors de l\u2019arrivée à l\u2019ESJM de Martin Dusseault, travailleur social au CLSC du Plateau- Mont-Royal .M.Dusseault , passionné de basketball, constate qu\u2019il y a un manque d\u2019activités parascolaires à l\u2019école et croit que la pratique de ce spor t peut devenir un outil majeur d\u2019inter vention psychosociale.À cette époque, l\u2019ESJM était aux prises avec des di f f icultés d\u2019adaptation devant une nouvelle clientèle provenant de l\u2019immigration et était témoin de conflits interra- ciaux, de violence, de consommation de drogues, etc.Le CLSC n\u2019arrivait pas à rejoindre cette clientèle.Constatant un intérêt de plusieurs jeunes pour le basketball, Martin Dusseault décide alors de les rejoindre au moyen de ce sport.Des équipes sont formées et l\u2019entraînement commence.Mais le programme BDMB est plus qu\u2019un simple programme sport-études.Contrairement à la majorité de ces programmes, les bons résultats scolaires ne sont pas une condition sine qua non au maintien de l\u2019élève dans sa pratique sportive.Le sport est plutôt utilisé comme un outil pour maintenir le jeune à l\u2019école et pour intervenir sur le plan des dif ficultés scolaires.D\u2019ailleurs, 40 % des jeunes de BDMB éprouvent ce type de difficultés.Autre point important : BDMB ne vise pas la per formance spor tive à tout prix.Ce qui prime, c\u2019est le développement positif de l\u2019élève.La première année du programme donne de bons résultats et les années subséquentes aussi.Si bien qu\u2019au fil des années, BDMB a pris de l\u2019ampleur.Aujourd\u2019hui, 108 élèves de l\u2019ESJM y participent, intégrés dans huit équipes, ainsi qu\u2019une centaine de jeunes du 3e cycle du primaire dans sept écoles du Plateau-Mont-Royal.« Nous sommes aussi en train de faire des démarches pour ajouter neuf écoles primaires du quartier Centre-Sud», dit M.Dusseault.En plus de M.Dusseault, trois autres salariés sont impliqués dans BDMB ainsi que 20 bénévoles.Une partie du financement vient du ministère de la Santé et des Services sociaux et l\u2019autre est assurée par la Fondation santé et mieux-être Jeanne-Mance, laquelle reçoit des sous notamment de la Fondation Lucie et André Chagnon et de l\u2019organisme Québec en forme.BDMB comme objet d\u2019études À la fin des années 2000, le programme a augmenté en crédibilité en devenant un objet d\u2019études.Une équipe de chercheurs du Département de kinésiologie de l\u2019Université de Montréal, sous la gouverne de Suzanne La- berge, a réalisé plusieurs recherches sur le sujet.Il a été constaté qu\u2019un sport de groupe tel que le basketball, utilisé comme outil d\u2019intervention psychosociale auprès de jeunes en difficulté, augmente leur estime de soi, développe leurs habiletés communicationnelles et les incite à l\u2019effort répété.Il est aussi un puissant antidote au décrochage et à la délinquance.Dans une étude de Mme Laberge datant de 2011, le témoignage d\u2019une des filles participant au programme est éloquent à cet égard.Andrea y affirme que le basket l\u2019a surtout aidée à ne pas aller dans des gangs de rue et à ne pas prendre de drogue en plus de lui donner une grande confiance en ses capacités.D\u2019autres études ont fait ressortir que le programme permet aux étudiants de développer un for t sentiment d\u2019appartenance à leur école et à leur groupe, les Dragons.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que M.Dusseault veut renforcer.« Les jeunes auront bientôt leur propre salle dans l\u2019école où ils pourront se réunir après l\u2019entraînement, y faire leurs devoirs ou discuter.Nous projetons aussi de créer un mur des célébrités où seront exposés des photos et des témoignages d\u2019anciens par ticipants qui ont réussi et dont cer tains œuvrent aujourd\u2019hui au sein d\u2019équipes de basketball professionnelles.» BDMB comme outil d\u2019intégration sociale Hors des murs de l\u2019ESJM, un projet similaire à BDMB à l\u2019école Gédéon-Ouimet pourrait avoir des retombées intéressantes.« Il s\u2019agit d\u2019intégrer la pratique du basketball et l\u2019intervention sociale au programme de francisation des jeunes réfugiés syriens dans le but de faciliter leur inclusion à la société québécoise, dit Lorraine Beauvais, chef d\u2019administration de programmes au Centre intégré de santé et de services sociaux Centre-Sud et gestionnaire de BDMB.En mettant en place ce programme, nous favorisons ainsi le transfer t de connaissances vers d\u2019autres lieux d\u2019éducation.» Le rayonnement international Bien que le programme ne fasse pas grand bruit ici (BDMB a tout de même fait l\u2019objet d\u2019un documentaire intitulé Martin et les Dragons, qui sera bientôt à l\u2019affiche dans divers festivals), il intéresse beaucoup nos cousins français.Lors de ses nombreuses conférences en France à propos de BDMB, M.Dusseault a rencontré la ministre de l\u2019Éducation nationale, Na- jat Vallaud-Belkacem, et Thierry Braillard, secrétaire d\u2019État aux Sports.« Nous entretenons aussi des liens étroits avec l\u2019Agence pour l\u2019éducation par le sport et leur délégué général, Jean- Philippe Acensi », qui est d\u2019ailleurs venu au Québec à la mi-février pour discuter de possibles projets conjoints.Comment expliquer ce grand intérêt de la France ?«Des projets d\u2019intervention par le sport ont déjà été expérimentés dans ce pays, mais jamais en y incluant la dimension sociale, dit M.Dusseault.Pour eux, le croisement entre le social, le sport et l\u2019éducation, c\u2019est quelque chose de nouveau et ils s\u2019intéressent beaucoup au fait de savoir comment ils pourraient intégrer de façon ef ficace le volet spor tif dans leurs programmes éducatifs.» Ce grand intérêt de la France pour BDMB est prometteur, mais semble confirmer l\u2019adage qui dit que nul n\u2019est prophète en son pays.Collaborateur Le Devoir Quand le sport favorise la persévérance scolaire inspirée par l\u2019innovation Une collaboration unique : des chercheurs de l\u2019UQAM et des citoyens de Sainte-Camille réunis pour repenser ensemble le développement rural.#uqam Bien que le programme ne fasse pas grand bruit ici, il intéresse beaucoup les Français SOURCE BDMB Le coach Martin et ses Dragons "]
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