Le devoir, 2 avril 2016, Cahier A
[" G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É L e chif fre fait image.En 2015, les quelque 540 000 écoutes Spotify de la chanson Paradis City de Jean Leloup lui auront rapporté\u2026 un peu moins de 30$ pour ses droits d\u2019interprète.Autre illustration d\u2019une industrie qui ne tourne pas rond : l\u2019an dernier, la vente de 17 millions de disques vinyles aux États-Unis a rapporté plus que le cumul de « milliards et AUJOURD\u2019HUI Culture \u203a Le provincial cherche les idées, le fédéral se donne les moyens de ses ambitions.Les derniers budgets révèlent des visions discordantes.Page B 3 Actualités \u203a La mine de Malartic souhaite doubler l\u2019ampleur de la fosse.Page A 3 Avis légaux.C 6 Carrières .C 5 Décès.C 8 Mots croisés .D 4 Petites annonces .C 8 Sudoku .D 4 V O L .C V I I N o 7 1 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 2 , 8 3 | S + T A X E S = 3 , 2 5 | S Des inédits en français révèlent Jack Kerouac Page F 1 Face à face Une réforme en santé, deux bilans totalement opposés Page A 8 ?w w w .l e d e v o i r .c o m et les bâtisseurs du Québec moderne Jacques Parizeau Invité : Pierre Duchesne, journaliste et homme politique Animateur : Éric Bédard, historien Auditorium de la Grande Bibliothèque, 5 avril 2016, 19 h R O B E R T D U T R I S A C Correspondant parlementaire à Québec O ptant pour le mutisme, le premier ministre Philippe Couillard ne s\u2019est pas porté, vendredi, à la défense du président du Conseil du trésor, Sam Hamad, visé par l\u2019émission Enquête de Radio-Canada, qui a mis en lumière ses liens, dans l\u2019octroi de subventions, avec son ami Marc- Yvan Côté, l\u2019ancien ministre libéral arrêté par l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC).Philippe Couillard n\u2019a donc pas af firmé sa confiance envers son ministre Sam Hamad ni choisi de la lui retirer.« Le premier ministre n\u2019entend pas réagir publiquement aujourd\u2019hui [vendredi] », a indiqué au Devoir son attaché de presse, Harold Fortin.Comme ils l\u2019ont fait jeudi, les partis d\u2019opposition ont réclamé que Sam Hamad soit exclu du Conseil des ministres et du caucus libéral.Tant le Parti québécois que la Coalition avenir Québec ont fait parvenir une demande écrite au Couillard laisse Hamad se défendre seul Le commissaire à l\u2019éthique enquêtera sur les activités du ministre ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019an dernier, les 17 millions de vinyles vendus aux États-Unis ont rapporté plus que les milliards de milliards d\u2019écoutes en ligne sur les sites légaux.DÉMATÉRIALISATION CULTURELLE La révolution numérique a bouleversé les écosystèmes culturels et transformé nos habitudes de consommation.Sur la ligne de front, l\u2019industrie musicale a vu triompher les ser vices d\u2019écoute en ligne (streaming) et récolté son corollaire ; des redevances minimes pour les artistes \u2014 surtout au Canada.État des lieux et pistes de solution.Un buffet qui laisse des miettes pour les artistes Dossier \u203a Le livre encore dans la préhistoire numérique.Page A 6 Le côté obscur de la démocratisation culturelle.Page A 7 Cinéma et télé Une production nationale étouffée par la dématérialisation.Page A 7 C A T H E R I N E L A L O N D E C\u2019 est par sa petite musique intime, découverte dans Ru (Libre Expression, 2009), que Kim Thúy s\u2019est tracé un chemin jusqu\u2019au cœur des lecteurs, ceux d\u2019ici comme d\u2019ailleurs, puisque ce récit de sa migration parmi les boat people du Vietnam jusqu\u2019au Québec demeure un des très beaux succès d\u2019exportation du livre québécois des dernières années.Sa mélodie douce, qu\u2019on sait désormais être son style, se retrouve dans Vi, qui accostera en librairie mercredi.Avec ce quatrième livre, Thúy creuse son sillon et revient avec de nouvelles chroniques d\u2019apprentissage, ses histoires migratoires mi-vietnamiennes, mi-no- mades, qu\u2019elle sculpte, semble-t-il, de tout bois.On retrouve ce chuchotement par lequel Kim Thúy nous fait découvrir les perles qu\u2019elle déterre dans les moindres détails.Ce ton lui sert ici à raconter les voyages et migrations de Vi, nouvel alter ego de l\u2019auteure : une Vietnamienne PEDRO RUIZ LE DEVOIR Kim Thúy a créé Vi, nouvel alter ego, qui tombe amoureuse au temps de la colonisation.Les vies de Vi Kim Thúy ramène, avec son quatrième livre, ses irrésistibles chroniques d\u2019apprentissage vietnamiennes VOIR PAGE A 12 : BUFFET VOIR PAGE A 12 : HAMAD VOIR PAGE A 12 : VIES Lire aussi \u203a L\u2019ami Sam.Une chronique de Michel David.Page B 3 Pionnier d\u2019un Québec et d\u2019un Montréal modernes, visionnaire, ingénieur, entrepreneur, bâtisseur, philanthrope, amateur d\u2019art, père de sept enfants et de tant de grands projets pour le Québec et dans le monde, Bernard Lamarre était un humain plus grand que nature.Pendant près de vingt-cinq ans, Bernard Lamarre a veillé aux destinées du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) qu\u2019il a largement contribué à faire grandir.D\u2019abord membre du conseil de 1979 à 1982, il en fut président à deux reprises de 1982 à 1991, puis de 1997 à 2008, enfin président honoraire.Bâtisseur pour les agrandissements, Bernard a initié et réalisé une expansion majeure, soit le pavillon Jean-Noël Desmarais en 1991 construit par Moshe Safdie.Puis, il a donné naissance à un autre projet incorporant l\u2019église Erskine and American, soit le pavillon d\u2019art québécois et canadien Claire et Marc Bourgie en 2011.Bâtisseur pour les collections, Bernard Lamarre a intégré en 2000 la collection d\u2019exception de 5 000 objets du Musée des arts décoratifs au MBAM grâce à ses liens privilégiés avec Mme Liliane M.Stewart, puis en 2006 celle du musée Marc-Aurèle Fortin.Soulignons son initiative en 2001 pour convaincre le gouvernement du Québec d\u2019octroyer au MBAM et au Musée national des beaux-arts du Québec une subvention spéciale pour acquérir des œuvres de l\u2019atelier de Jean-Paul Riopelle.Ses dons en art contemporain ainsi qu\u2019un fonds spécial de dotation pour les artistes de la relève continuent d\u2019enrichir la collection du MBAM au nom de sa famille.Bâtisseur de cultures, Bernard Lamarre a convaincu de nombreux philanthropes et gouvernements de soutenir la création du Centre des sciences, du Centre des collections muséales, de l\u2019Institut de design de Montréal, la revitalisation du Vieux-Port, le Festival des fi lms du monde\u2026 Le Musée d\u2019art contemporain de Montréal a reçu grâce à lui l\u2019importante collection d\u2019art canadien Lavalin.Officier de l\u2019Ordre du Canada et grand officier de l\u2019Ordre national du Québec, Bernard Lamarre a reçu de nombreux doctorats honorifiques pour souligner son engagement professionnel et communautaire constant envers la collectivité et la culture au Québec.Toutes les pensées des équipes et des visiteurs du Musée se tournent vers la famille et les proches de cet homme d\u2019exception, le « lion », tel qu\u2019il était publiquement surnommé.BERNARD LAMARRE (1931-2016) LE MBAM SALUE UN GÉANT DU QUÉBEC David Altmejd (né à Montréal en 1974), L\u2019œil, 2010-2011, bronze, fonte Atelier du Bronze, Inverness (Québec).MBAM, don de l\u2019artiste et des employés du Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de la Campagne 2008-2012.Le Musée dédie cette œuvre à Bernard Lamarre, ing., O.C., G.O.Q., président du conseil d\u2019administration de 1982 à 1991 et de 1997 à 2008.Photo MBAM, Christine Guest L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 ACTUALITES A 3 telequebec.tv JEAN LAPIERRE SE RACONTE Ce soir 20 h EN GRANDE ENTREVUE Son amour pour sa famille, la politique, les Îles-de-la-Madeleine Une entrevue d\u2019Esther Bégin A L E X A N D R E S H I E L D S L a mine Canadian Malartic entend prolonger l\u2019exploitation de son imposant gisement d\u2019or à ciel ouvert jusqu\u2019en 2028.La fosse sera alors deux fois plus grosse que ce qui était prévu au début de l\u2019exploitation.Le projet d\u2019expansion suscite d\u2019ailleurs de vives inquiétudes, puisque la Santé publique a déjà fait état des impacts majeurs sur la population et que la minière multiplie les infractions à la Loi sur la qualité de l\u2019environnement depuis son ouverture.L\u2019entreprise a rendu publique jeudi son étude d\u2019impact pour le « Projet Extension Malartic », étape préliminaire à la tenue d\u2019une évaluation sous l\u2019égide du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) qui doit se tenir cette année.L\u2019expansion de cette mine à ciel ouvert, dont l\u2019exploitation a déjà nécessité la démolition d\u2019une partie de la ville de Ma- lar tic, est motivée par la dé- couver te d\u2019un potentiel d\u2019or « économiquement viable », selon ce qu\u2019on peut lire dans la volumineuse documentation rendue publique.En fait, les réserves pourraient dépasser les 10 millions d\u2019onces, alors qu\u2019elles étaient estimées à 6,55 millions d\u2019onces en 2008.En supposant une valeur moyenne de 1000 $ l\u2019once, la valeur brute de l\u2019or dépasse les 10 milliards de dollars.Pour exploiter cet or, à un taux moyen d\u2019un gramme par tonne de roche tirée du sol, il faudra donc étendre la fosse Canadian Malartic.D\u2019ici 2028, celle-ci «aura une longueur d\u2019environ 3750 m et une largeur maximale de près de 900 m.Elle atteindra une profondeur moyenne de 410 mètres».Selon ce qui était précisé en 2009 dans le premier rapport du BAPE, la fosse devait atteindre une superficie de 1,35km2 à la fin de l\u2019exploitation, soit en 2021.Avec le projet d\u2019expansion, la superficie pourrait dépasser les trois kilomètres carrés.Le prolongement de l\u2019exploitation générera en outre une quantité additionnelle de 136 millions de tonnes de résidus, mais aussi 378 millions de tonnes de roches stériles.L\u2019entreprise estime d\u2019ailleurs que leur stockage « empiétera dorénavant dans un milieu naturel ».Qui plus est, « un peu plus de 200 hectares de milieux humides seront détruits », mais compensés par le promoteur.Le tracé de la route 177 sera également modifié dans le secteur de Malartic, en raison de l\u2019agrandissement de la fosse.Inquiétudes S\u2019il permet de soutenir le marché de l\u2019emploi dans cette région minière pendant encore quelques années, le projet de Canadian Malartic n\u2019en suscite pas moins de vives inquiétudes.Selon l\u2019avocate Nicole Ki- rouac, qui s\u2019implique dans le dossier depuis le début du projet au sein du comité Vigilance Malartic, la perception des citoyens n\u2019est plus ce qu\u2019elle était au moment du premier BAPE.« Plusieurs étaient heureux de voir le projet, en 2009.Ils étaient heureux des impacts économiques pour la ville, surtout que le promoteur promettait qu\u2019il y aurait peu d\u2019impacts, donc peu de bruit, peu de poussières et peu de secousses liées aux sautages.Mais plusieurs disent aujourd\u2019hui : \u201cOn nous a trompés.Ça ne devait pas avoir autant d\u2019impacts sur notre qualité de vie au quotidien.\u201d» Le rapport du BAPE de 2009 se montrait d\u2019ailleurs rassurant, estimant que les mesures prévues par la minière permettraient de réduire les nuisances provoquées par la plus grosse mine à ciel ouvert située en milieu habité au Québec.Mais depuis, la minière a reçu pas moins de 171 avis pour non-respect de la législation environnementale, notamment en raison de la poussière générée lors des très nombreux dynamitages nécessaires pour extraire le minerai.Selon les données dévoilées par Radio-Canada en février, la minière a reçu 32 avis de non- conformité uniquement au cours de l\u2019année 2015.Santé publique L\u2019an dernier, un rapport de l\u2019Institut national de santé publique concluait que cette mine a eu des impacts négatifs majeurs sur la population, générant de la méfiance, du désarroi, un sentiment d\u2019impuissance et une croissance des inégalités, entre autres.« Comme Malar ticoise d\u2019origine, mon constat est clair : c\u2019est une ville sacrifiée à l\u2019industrie minière, laisse tomber Mme Kirouac.Oui, il y avait des mines d\u2019or dans la région avant, mais elles étaient souterraines.Avec cette immense mine à ciel ouver t, nous ne sommes plus dans un projet du même ordre.Les impacts ne sont pas les mêmes.» Dans son étude d\u2019impact publiée jeudi, Canadian Malartic reconnaît que la minière doit en faire davantage pour éviter de dépasser les «critères» environnementaux, tout en soulignant qu\u2019«un travail important d\u2019amélioration a été fait depuis le début de l\u2019exploitation».L\u2019entreprise juge aussi que l\u2019expansion pourrait « susciter diverses perceptions négatives » chez les citoyens.«Les évaluations permettent de croire que les répercussions négatives du projet sur le plan humain seront en bonne partie contrebalancées par les aspects positifs qui en découleront d\u2019un point de vue économique et social », conclut toutefois la minière.Nicole Kirouac, qui représente un comité de citoyens qui réclame des indemnisations de Canadian Malar tic, croit que l\u2019entreprise devrait en faire beaucoup plus.Le comité, qui songe à intenter une action en justice, réclame notamment le rachat de plusieurs résidences de citoyens af fectés par la mine.L\u2019entreprise n\u2019a pas répondu au Devoir pour dire si elle entendait répondre à cette demande.La présence d\u2019une tel le mine en milieu habité pose aussi la question des « zones tampons » qui pourraient être instaurées pour séparer les quar tiers résidentiels des fosses.Il n\u2019existe pas de telles normes au Québec, alors que d\u2019autres projets ont été autorisés depuis Malartic, dont celui de Mine Arnaud, à Sept-Îles.Le Devoir Canadian Malartic veut doubler l\u2019ampleur de sa mine à ciel ouvert d\u2019ici 2028 LAWRENCE CÔTÉ-COLLINS Le projet d\u2019expansion suscite de vives inquiétudes, puisque la Santé publique a déjà fait état des impacts majeurs sur la population et que la minière multiplie les infractions à la Loi sur la qualité de l\u2019environnement depuis son ouverture.Le projet d\u2019expansion présenté par Canadian Malartic devrait entraîner la tenue d\u2019un BAPE, puisque tout projet de mine dont la production quotidienne dépasse 2000 tonnes doit y être soumis.Mais un autre projet d\u2019expansion, autorisé en 2014, a échappé au BAPE.Il faut dire que la minière a présenté sa demande au gouvernement juste avant les changements à la Loi sur les mines.Avant les modifications, la production devait dépasser 7000 tonnes par jour pour être soumise au BAPE.La demande de l\u2019entreprise chiffrait la production quotidienne à 6990 tonnes.La tenue d\u2019un BAPE? L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 4 GRANDE BIBLIOTHÈQUE Plani?ez vos sorties.Toute la programmation à banq.qc.ca Gratuit | 475, boul.De Maisonneuve Est , Montréal | Berri-UQAM Grand partenaire de P h o t o : J o c e l y n M i c h e l 21 AVRIL \u2013 12 H \u2013 AUDITORIUM QUE LIT MICHEL DALLAIRE?Le designer indust riel partage ses coups de cœur litt éraires avec le public.3 AVRIL \u2013 14 H \u2013 AUDITORIUM GROS BISCUIT Chez la famille Gros Biscuit, rien ne va plus.Spect acle jeunesse en compagnie de la Fille aux grandes oreilles.5 AVRIL \u2013 19 H \u2013 AUDITORIUM FIGURES MARQUANTES Série Figures marquantes de notre hist oire : Jacques Parizeau et les bâtisseurs du Québec moderne.14 AVRIL \u2013 19 H \u2013 AUDITORIUM PLACE À L\u2019ART VOCAL Concert-causerie \u2013 Poètes et musiciens.Ils sont innombrables les compositeurs qui ont été insp irés par les textes des poètes.26 AVRIL \u2013 19 H \u2013 AUDITORIUM LEÇONS DE CRISE Série Cultures et savoirs.Témoignage de Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières.Pho t o : J e a n - F r a n ç o i s B é r u bé Ph o t o : A n t o i n e D e s i l e t s Ph o t o : i S t o c k p h o t o M A R I E - M I C H È L E S I O U I A u lendemain de révélations qui placent le ministre libéral Sam Hamad dans l\u2019embarras, l\u2019Association québécoise des lobbyistes (AQL) martèle que le lobbyisme n\u2019a rien à voir avec la magouille.C\u2019est plutôt une pratique qui «contribue positivement au fonctionnement des institutions», plaide l\u2019AQL, qui reconnaît qu\u2019il faut cependant avoir l\u2019intégrité \u2014 et la patience \u2014 de pratiquer ces « communications d\u2019influence» dans les règles de l\u2019art.« Si c\u2019est trop compliqué de s\u2019inscrire, il y a des gens qui vont s\u2019abstenir de faire des démarches [d\u2019inscription au registre des lobbyistes] », lance d\u2019entrée de jeu le président de l\u2019AQL, Mathieu Santerre, en entrevue éditoriale au Devoir.En trame de fond, il y a l\u2019enquête déclenchée vendredi par le commissaire à l\u2019éthique à la suite de la diffusion d\u2019un reportage de l\u2019émission Enquête, qui fait état d\u2019informations privilégiées que le ministre Hamad aurait transmises à l\u2019ex-vice-prési- dent du conseil d\u2019administration de l\u2019entreprise Premier Tech et ex-ministre libéral Marc- Yvan Côté entre 2010 et 2012.Échange d\u2019informations confidentielles, déjeuner en pleine campagne de sollicitation auprès d\u2019Investissement Québec: les liens qu\u2019auraient entretenus MM.Hamad et Côté soulèvent des questions, d\u2019autant que ce dernier n\u2019était pas inscrit au registre des lobbyistes pour le compte de Premier Tech.« Si une personne entre en contact avec un titulaire de charge publique sans s\u2019inscrire au registre, eh bien, personne n\u2019est au-dessus des lois », a commenté Mathieu Santerre, sans vouloir s\u2019avancer davantage sur le dossier.« De façon générale, a-t-il quand même précisé, si on avait une loi simple à comprendre et appliquer simplement, on favoriserait l\u2019observance par tout le monde.» Une loi en cours de révision Une loi simple à comprendre et à appliquer, c\u2019est ce que l\u2019AQL espère retrouver au terme de la révision, en cours, de la Loi sur la transparence en matière de lobbyisme.Parmi les modifications proposées, on retrouve notamment l\u2019obligation, pour un titulaire de charge publique, de s\u2019assurer que son interlocuteur est bel et bien inscrit au registre.De quoi partager le « fardeau» de la transparence, note l\u2019AQL.Aussi l\u2019Association espère-t- elle que la réforme fera en sorte que l\u2019inscription au registre des lobbyistes n\u2019exigera plus des heures, voire des jours de travail et de communications avec le ministère.Surtout, l\u2019AQL souligne qu\u2019il serait profitable de pouvoir remplir les formulaires sur des outils qui ne datent pas de son année de création, l\u2019année 2002.«On ne peut pas faire nos inscriptions en Mac [Macintosh] et [le navigateur] Firefox ne passe pas.C\u2019est Explorer seulement», soupire M.Santerre.Hausse des inscriptions Quand même, les inscriptions au registre des lobbyistes explosent : le nombre de lob- byistes actifs est passé de 2797 en 2011-2012 (année de la création de la commission Charbon- neau) à 9330 en 2015-2016.Or, Mathieu Santerre ne croit pas que la hausse des inscriptions équivaut à une hausse des activités de lobbyisme, mais plutôt à une conscience de l\u2019importance de s\u2019inscrire pour pratiquer ses activités légalement.Ici, l\u2019influence de la commission Charbonneau (ainsi que des commissions Gomery et Bastarache, ajoute M.Santerre) se fait sentir.« Il y a une paranoïa qui est arrivée maintenant», observe également Michel Binette, membre du conseil d\u2019administration de l\u2019AQL et ex-attaché politique de Nathalie Norman- deau.«Tout le monde a peur de rencontrer tout le monde, ce qui fait que c\u2019est devenu un peu plus difficile», ajoute celui qui a exposé les fourberies de l\u2019ex-chef de cabinet de Mme Norman- deau, Bruno Lortie, à la commission Charbonneau.« Il y a un climat de suspicion entre les gestes de malversation, de corruption et ainsi de suite, qui sont confondus bien souvent avec le lobbying.Mais ça n\u2019a rien à voir», assure Mathieu Santerre.Pour lui, pas question cependant de divulguer l\u2019ensemble des activités entreprises par les lobbyistes.«Si les informations importantes se perdent dans une masse de détails insignifiants, est-ce utile ?» demande-t-il.À son avis, la solution réside dans un meilleur accès au registre \u2014 auquel devraient impérativement s\u2019inscrire les organismes à but non lucratif au terme de la révision de la loi, à son avis \u2014 et dans la clarté des mandats effectués par les lobbyistes.Un commissaire trop militant La « tendance militante » du commissaire au lobbyisme François Casgrain doit elle aussi être revue pour diminuer le climat de suspicion, selon M.Santerre.«Il fait un peu de wishful thinking sur ce qu\u2019il aimerait avoir dans la loi.Il se comporte parfois comme si certaines de ses recommandations étaient déjà adoptées.On sait que c\u2019est un avocat chevronné, alors on préférerait qu\u2019il s\u2019en tienne au cadre légal actuel», a-t- il déclaré.Aussi le commissaire Casgrain doit-il cesser de confirmer la réception de plaintes aux médias, a-t-il plaidé.«Il y a des plaintes fondées, mais il y a des plaintes frivoles et des plaintes malicieuses, aussi.S\u2019il y a enquête, OK, mais s\u2019il n\u2019y a rien, on n\u2019a pas à pointer un individu qui n\u2019a rien à se reprocher.» Le Devoir Plaidoyer pour la transparence\u2026 dans la mesure du possible L\u2019Association québécoise des lobbyistes s\u2019inquiète d\u2019un climat de paranoïa et défend son intégrité J U L I E N A R S E N A U L T Q uébec estime que la poursuite de 330 millions de dollars déposée par un consortium mené par SNC-Lavalin dans le dossier du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) n\u2019est qu\u2019une tactique pour aller chercher plus d\u2019argent.«Ça ne m\u2019impressionne pas beaucoup, a lancé vendredi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, au cours d\u2019un entretien téléphonique.Nous allons payer [les sommes supplémentaires] justifiées, et nous ne paierons pas ce qui ne l\u2019est pas.» Formé par SNC-Lavalin et Innisfree, le Groupe infrastructure santé McGill (GISM) veut être dédommagé pour les sommes additionnelles engagées dans la conception et la construction du complexe hospitalier de 1,34 milliard de dollars qui a ouvert ses portes l\u2019an dernier.Déposée à la Cour supérieure, la poursuite de 30 pages fait également état des coûts liés à la gestion et à l\u2019entretien du site jusqu\u2019au 30 septembre 2044.Le CUSM et le gouvernement du Québec \u2014 qui a octroyé le contrat au terme d\u2019un appel d\u2019of fres en partenariat public-privé (PPP) \u2014 sont tous les deux visés par cette démarche, qui, selon le GISM, devenait inévitable après «plus de deux ans de négociations infructueuses».Ouvert à un règlement à l\u2019amiable Le CUSM n\u2019a pas voulu faire de commentaires, préférant laisser au gouvernement Couillard le soin de répondre aux questions.Compte tenu de l\u2019envergure du projet, il est normal que le consortium réclame des sommes excédentaires, concède M.Barrette.Toutefois, exiger près du double du montant de 172 millions de dollars présenté il y a quelques années est une « situation classique de négociation».«Manifestement, le consortium a un objectif de 172 millions de dollars et nous arrive avec un montant faramineux et pense qu\u2019en raison de la poursuite, il obtiendra 172 millions de dollars, une somme avec laquelle nous ne sommes pas d\u2019accord», a-t-il dit.Le ministre de la Santé s\u2019est dit surpris par le dépôt de cette poursuite, ajoutant être ouvert à un règlement à l\u2019amiable si l\u2019entreprise accepte une somme qui cadre avec le montant de contingence associé au projet.« C\u2019est une per te de temps et d\u2019argent, a dit M.Barrette.On nous présente une poursuite largement injustifiée.Cela ne me fera pas bouger.» Le GISM précise que les coûts additionnels sont liés aux nombreux changements demandés par le CUSM au complexe, au-delà de ce qui était prévu à l\u2019entente.Il donne en exemple la pharmacie centrale du complexe, dont la superficie a doublé comparativement à ce qui était prévu dans le contrat initial, ainsi que des changements importants apportés au bloc opératoire.Le consortium allègue que le CUSM a également été incapable de fournir en temps opportun des renseignements sur l\u2019aménagement et l\u2019équipement destiné au complexe.La Presse canadienne CUSM Barrette critique la démarche derrière la poursuite de 330 millions JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le président de l\u2019Association québécoise des lobbyistes, Mathieu Santerre, ne croit pas que la hausse des inscriptions équivaut à une hausse des activités de lobbyisme, mais plutôt à une conscience de l\u2019importance de s\u2019inscrire pour pratiquer ses activités légalement.H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa L a ministre fédérale de l\u2019Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, met en garde les enthousiastes de l\u2019économie verte.Elle n\u2019a pas l\u2019intention de poser des gestes radicaux pour lutter contre les gaz à effet de serre car cela risquerait de braquer ceux qui ne sont pas vendus à la cause.Mme McKenna participait vendredi au Sommet sur le progrès organisé par l\u2019Institut Broad- bent, un think tank de gauche près du NPD.Au cours du panel, la conseillère municipale de Vancouver Andrea Reimer a indiqué que sa ville s\u2019opposerait à l\u2019augmentation de la capacité du pipeline Kinder Morgan, que le processus réglementaire pour l\u2019évaluer soit amélioré ou non.Invitée à réagir, la ministre a prêché le réalisme.« Nous devons faire la transition vers une économie décarbonisée.Nous devons absolument le faire.Mais on ne peut pas le faire du jour au lendemain.Je suis une réaliste.Il y a des gens qui perdent leur emploi en Alberta», a dit Mme McKenna.« Je ne dis pas qu\u2019il faut détruire la planète, mais nous devons être réfléchis dans notre façon d\u2019aller de l\u2019avant.Je prêche à des conver tis ici », a-t-elle poursuivi, reconnaissant que tout le monde dans la salle croyait à l\u2019urgence de combattre les changements climatiques.« Mais il y a beaucoup de gens qui ne sont pas encore rendus là ou qu\u2019ils y sont juste un peu.Et si ce que nous finissons par faire a un ef fet énorme, immédiat et bouleversant sur l\u2019économie et que des tonnes de travailleurs perdent leur emploi, je perds ces gens.» Toute néodémocrate soit- elle, la ministre albertaine de l\u2019Environnement, Shannon Phillips, a renchéri.«Une transition qui n\u2019est pas réfléchie fera en sorte que les bouleversements sociaux actuels \u2014 les inégalités, les per tes d\u2019emploi en masse et l\u2019ef fondrement des communautés \u2014 auxquels on assiste en Alberta s\u2019empireront, a dit Mme Phillips.[\u2026] On doit comprendre l\u2019aspect humain de ceci.Les Alber tains et les travailleurs font par tie de la famille canadienne et ils ont besoin de votre appui.» Dans le dernier budget, le gouvernement de Justin Trudeau n\u2019a pas annulé les subventions aux énergies fossiles, au motif que l\u2019économie albertaine allait trop mal pour lui infliger un fardeau supplémentaire.Le Devoir Climat : McKenna ne veut rien précipiter MonPharmacien.ca Vos compressions imposées aux pharmaciens réduisent l\u2019accessibilité pour les patients.Honorez l\u2019entente conclue en juin 2015.Monsieur le Premier Ministre Couillard, Monsieur le Ministre Barrette, Vous n\u2019avez toujours pas honoré votre parole. A 7 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 SE CULTIVER, C \u2019EST VOTER A 6 M A N O N D U M A I S P eut-on vraiment parler de culture équitable lorsque les créateurs récoltent moins que les producteurs, les distributeurs et autres intermédiaires ?En télévision comme en cinéma, il est plus que temps d\u2019ajuster les modèles d\u2019affaires en fonction des technologies d\u2019aujourd\u2019hui, qui, en démultipliant les offres, fragilisent les productions locales.En quelques clics, moyennant les frais d\u2019abonnement à une quelconque plateforme, les cinéphiles et les téléphages ont accès à un nombre infini de productions d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Selon une étude publiée dans Optique culture en mai 2012, la part des produits culturels dans les dépenses culturelles totales des foyers québécois aurait chuté de 57% à 39% entre 1997 et 2009.Pour la même période, les services Internet ont vu leur part augmenter de 965%.Les Québécois dépensent donc davantage pour l\u2019accès au contenu que pour le contenu lui-même.Consom- ment-ils pour autant de façon responsable ?Et les artistes, au final, y trouvent-ils leur compte ?Un enjeu planétaire « Avec la multiplication des plateformes numériques, la consommation responsable est un enjeu planétaire, avance Monique Simard, présidente de la SODEC.Depuis qu\u2019il y a des sites d\u2019abonnement plus ou moins abordables, il y a moins de piratage.En fait, ce qui est lourd de conséquences, c\u2019est que le cinéma et la télévision sont complètement dématérialisés.Dans les années 1960 et 1970, on a mis énormément d\u2019importance à réussir dans la création d\u2019une cinématographie nationale.Depuis la venue du numérique, on n\u2019est plus de taille et il faut vraiment qu\u2019on investisse dans l\u2019exploitation du produit afin que les Québécois sachent qu\u2019il existe des produits québécois de valeur tout à fait comparable.» Lorsque les Québécois consomment des produits culturels de chez nous, ce sont parfois les intermédiaires qui récoltent plus que les créateurs.«Les redevances sont directement perçues à même les recettes.Plus le public est présent, plus les redevances pour le créateur sont importantes, idem pour nous, les distributeurs.Si le film rapporte peu, nous devons d\u2019abord nous repayer et ensuite repayer les créateurs et les producteurs.Dans le système de redevances, les DVD et VSD sont plus payants pour les distributeurs que pour les créateurs», explique Philippe Belzile, directeur de la programmation et de l\u2019édition DVD-VSD chez K- Films Amérique.« Le problème est toujours le même : les plateformes comme Netflix et les fournisseurs d\u2019accès Internet ne contribuent pas à la production du contenu culturel, alors que ce sont souvent les intermédiaires qui vont faire le plus d\u2019argent , confirme Hélène Messier, p.- d.g.de l\u2019Association québécoise de production médiatique.Dans la foulée du rap- por t sur la fiscalité de Luc Godbout, l\u2019AQPM a comman - dé une étude sur les fournisseurs d\u2019accès Internet.Parmi les propositions formulées au gouvernement du Québec et au fédéral, il y a celle permettant de récolter la TPS et la TVQ sur les abonnements à Netflix et sur ce qu\u2019on commande sur Amazon.Cela augmenterait les sommes disponibles pour financer le contenu.» Des consultations En octobre dernier, la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, promettait de lancer des consultations sur l\u2019économie numérique.Or, il serait grand temps d\u2019agir puisque les lois, modèles d\u2019af faires et programmes publics ne sont plus en phase avec la réalité.« À ce jour, personne n\u2019a d\u2019autorité sur le Web, et ça, c\u2019est le cœur de l\u2019af faire.Nos lois sont antérieures à l\u2019existence du numérique.Une fois que ces lois seront revues, un ensemble de réglementations sera établi.À mon avis, s\u2019il y a quelque chose qui ne changera pas, c\u2019est que la culture sera de plus en plus consommée en ligne » , conclut Monique Simard.Le Devoir CINÉMA ET TÉLÉVISION Une production nationale étouffée par la dématérialisation Au Québec, la consommation responsable en audiovisuel a un train de retard Le côté obscur de la démocratisation culturelle Les nouvelles plateformes de vente et de diffusion appauvrissent la production québécoise C A T H E R I N E L A L O N D E Les auteurs, on le sait, ne sont pas riches, et le livre ne fait pas vivre bien gras au Québec.Les contrats d\u2019édition prévoient en général 10 % des revenus des ventes du livre en droits d\u2019auteur \u2014 ventes, on le sait, qui ont chuté ces derniers mois.Seules les subventions \u2014 ou encore les à-valoir accordés par les éditeurs, qui sont loin de couvrir tous les besoins \u2014 peuvent assurer des émoluments lors de l\u2019écriture.Y aurait-il moyen que les lecteurs encouragent davantage, ou plus directement, les auteurs?Avec la révolution numérique, les musiciens ont perdu le contrôle d\u2019une grande part de leurs redevances.Mais ils peuvent aussi désormais vendre directement leurs œuvres, avec une plus large par t de profit, par le truchement de sites transactionnels comme Bandcamp.Dans le milieu du livre québécois, l\u2019attachement à l\u2019objet de papier, d\u2019encre et de colle demeure fort et contribue à la résistance du livre à la révolution numérique.L\u2019autoédition, qui permet à un auteur de produire lui-même son œuvre, n\u2019a pas bonne réputation.Et la structure de la chaîne du livre fait qu\u2019il est dif ficile pour ces auteurs-éditeurs de se faire distribuer ef ficacement, de faire en sorte que leurs livres trouvent une place en librairie, et encore plus qu\u2019ils soient achetés par les bibliothèques.Car la loi 51 sur le livre régule toute la chaîne des intervenants du marché, de l\u2019auteur jusqu\u2019au libraire.Elle protège les joueurs, jugulant aussi les initiatives qui pourraient faire augmenter de manière inéquitable les revenus des uns ou des autres.Si la vague numérique finit par frapper le livre québécois, comme on l\u2019anticipe depuis des années, l\u2019auteur pour - ra-t-il trouver dans ce bouillonnement des manières d\u2019augmenter sa part du gâteau ?Gagnerait-il à sor tir de la chaîne du livre ?« Avec l\u2019avènement du numérique, tous les intervenants dans le milieu du livre sont à réfléchir à leur valeur ajoutée pour le secteur.Tout le monde est en train de voir comment se positionner », répond le directeur général de l\u2019Union des écrivaines et des écrivains québécois, Francis Farley- Chevrier.Quelques initiatives, anecdotiques, comme celles d\u2019Ar- lette Cousture ou de Marie La- berge, qui ont mis en vente sur leur propre site des nouvelles et des lettres, récupérant ainsi un plus large pourcentage des ventes et un contact direct avec les lecteurs, ont émergé ici et là.« Mais ce faisant, elles sont devenues elles-mêmes éditrices et dif fuseuses », explique Richard Prieur, de l\u2019Association nationale des éditeurs québécois.Elles ont absorbé les intermédiaires, au lieu de les éliminer.« On ne peut empêcher personne de devenir éditeur.» Pas de déblocage Il n\u2019est pas tout à fait faux de dire que le numérique ne débloque pas pour l\u2019édition québécoise, poursuit le directeur général.Chose cer taine, il manque des chiffres et de l\u2019information, car ne sont accessibles encore que les ventes des trois agrégateurs québécois francophones, De Marque, ADP et Prologue.« Un livre québécois vendu sur iTunes n\u2019y figure pas, comme ceux vendus par Kobo, Apple et Amazon.On sait qu\u2019il se vend 7 millions de livres numériques francophones au Québec, mais c\u2019est peut-être en réalité 15 ou 7,5\u2026 Et on ne compte pas non plus les ventes que font les majors anglophones au Québec.» Au Québec, Amazon, Kobo et Apple perçoivent 30% du prix de vente du livre.10% à 15% vont à l\u2019agrégateur.Revient donc à l\u2019éditeur de 50% à 55%.«Présentement, il y a une bonne pratique générale ici qui veut que les éditeurs haussent le pourcentage de droits d\u2019auteur, afin que les écrivains reçoivent le même montant pour un livre numérique que pour son équivalent papier », poursuit M.Prieur.Mais ces ventes demeurent faibles.La maison d\u2019édition Alto a bien voulu dévoiler les chiffres du dernier Nicolas Dickner, Six degrés de liberté, titre qui a bénéficié d\u2019une couverture médiatique rare, afin d\u2019illustrer le décalage entre l\u2019encre et le pixel.11 000 exemplaires vendus, et 6000 copies numériques, «donc un peu moins de 5%», a confié l\u2019éditeur Antoine Tanguay.Mêmes disproportions à La Peuplade, confirme l\u2019auteure Mélissa Verreault.En octobre 2015, son roman L\u2019angoisse du poisson rouge af fichait au compteur 1298 exemplaires papier contre 135 copies numériques, alors que son récit Voyage léger enregistrait 1075 exemplaires contre 21 copies numériques.Ce n\u2019est donc pas ça qui engraissera les auteurs.«Le livre numérique n\u2019est pas dans la loi 51, même si tous, pour l\u2019instant, en respectent l\u2019esprit.Il émerge encore, poursuit Richard Prieur, et il va falloir tantôt af fronter les problématiques du milieu de la musique, comme les abonnements et les bouquets.En livres, on est dans la préhistoire numérique car les gens acquièrent encore les bouquins en les achetant.» Le piratage touche aussi moins le secteur, comme la fragmentation en chapitres ou en segments.Et la lecture en continu serait forcément plus exigeante et donc moins séduisante que l\u2019écoute en continu (streaming).Le livre québécois restera-t-il l\u2019irréductible village qui résiste encore et toujours à l\u2019envahisseur ?Ou l\u2019invasion numérique n\u2019est-elle qu\u2019une question de temps?Le Devoir Le livre encore dans la préhistoire numérique Protégée par la loi 51, la chaîne du livre québécois résiste bien à l\u2019invasion 965 % C\u2019est le pourcentage d\u2019augmentation de la part des services Internet entre 1997 et 2009.7 M On sait qu\u2019il se vend sept millions de livres numériques francophones au Québec, mais c\u2019est peut-être en réalité 15 ou 7,5.39 % C\u2019est la part des produits culturels dans les dépenses culturelles totales des foyers québécois, par rapport à 57 % entre 1997 et 2009.Le livre d\u2019ici restera-t-il l\u2019irréductible village qui résiste encore à l\u2019envahisseur?ANOUK LESSARD FUNFILM Une scène du film Chorus de François Delisle, avec Geneviève Bujold.Les revenus du livre Il est dangereux, sinon injuste, de vouloir arrêter en un tableau le partage des revenus sur le livre québécois, car les chiffres dérivent par-ci ou par-là, selon les cas.Le directeur de l\u2019Association nationale des éditeurs québécois a pourtant bien voulu risquer une esquisse pour Le Devoir, en précisant que ces chiffres ne sont pas valeurs absolues.Sur un livre de fiction 10% du prix de vente va à l\u2019auteur 30 à 33% à l\u2019éditeur (qui y absorbe les frais de production (révision, graphisme, impression, etc.), les frais de promotion et ses frais fixes tels le loyer et les salaires) 17% au diffuseur-distributeur (15 % à 20 % si l\u2019éditeur se diffuse lui-même) 40% au libraire (qui y absorbe ses frais fixes, loyer et salaires) Il faut, par contre, prendre en compte que jusqu\u2019à 9 livres sur 10 ne sont pas rentables, et que, dans plusieurs cas, les tirages doivent se vendre au complet pour permettre à l\u2019éditeur d\u2019engranger.Pour aider à la compréhension, sous le couvert de la confidentialité, un éditeur important a accepté de partager quelques grilles comptables de revenus, précisant qu\u2019il ne faut pas prendre ces chiffres pour une vérité de La Palice.« Grosso modo, les principes sont les mêmes, mais les pourcentages peuvent varier d\u2019un titre à l\u2019autre, si on est en fiction ou en livre pratique, ou encore d\u2019un éditeur à l\u2019autre.Les éditeurs littéraires établis ont pour leur par t des subventions impor tantes qui leur permettent d\u2019augmenter leurs revenus.» P R O P O S R E C U E I L L I S P A R C A T H E R I N E L A L O N D E Est-ce que la numérisation a entraîné la démocratisation culturelle rêvée?L\u2019arrivée massive du numérique a fait naître une série d\u2019utopies et de dys- topies sur l\u2019avenir de la culture.La théorie qui a eu le plus de succès reste celle de la long tail de Chris Anderson, du magazine Wired.En 2004, il imaginait que de 80 % à 90 % des revenus seraient accaparés par les gros blockbusters, Taylor Swift et Adele, par exemple.Les autres se tailleraient des parts plus restreintes, jusqu\u2019à l\u2019étiolement infini \u2014 imaginons un auditeur du Zimbabwe qui va écouter une seule fois une pièce d\u2019un chanteur du Lac-Saint-Jean, en contribuant ainsi aux revenus.L\u2019idée était que tous les produits culturels finiraient, après peut-être bien des détours, par trouver leur auditoire.C\u2019était, à la limite, l\u2019idée d\u2019un produit de niche de masse.Dix ans plus tard, le bilan est peu reluisant.Le winner takes all s\u2019est avéré juste, relayé par les Spotify et compagnie.À l\u2019opposé, de petits groupes indies, loin dans cette très, très longue traîne, réussissent bizarrement à s\u2019en sor tir pas trop mal.On voit des groupes obscurs réussir, par le truchement de Facebook et Bandcamp, à mobiliser des groupes remarquables de fans.Comme les Dead Obies, par exemple (avant qu\u2019ils ne passent à Tout le monde en parle).Mais le problème demeure pour l\u2019ensemble du milieu, pour tous les artistes de « moyenne stature ».Car l\u2019industrie du disque québécois, à cause de la langue française et de la spécificité culturelle, est elle-même de «moyenne stature ».Les Paul Piché, Daniel Boucher, Laurence Jalbert, à la limite Jean Leloup, tous ces artistes qui avaient de bonnes carrières au Québec sont ceux qui pâtissent maintenant de cette division de longue traîne au Québec, pris entre les très gros joueurs et ceux qui sont très nichés.Mais, en bout de traîne, les artistes ne vivent pas bien.Ils ont peut- être plus de visibilité qu\u2019auparavant, mais ils font moins d\u2019argent.Dans notre façon de fréquenter la culture, qu\u2019est-ce qui a changé?Le numérique a renouvelé les intermédiaires.Les nouvelles plateformes, les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) de ce monde, ont très rapidement tiré la couverture à eux.Alors qu\u2019au Québec, les intermédiaires culturels \u2014 les producteurs, distributeurs, le parapublic, etc.\u2014 ont toujours été partie prenante d\u2019un écosystème compact et local.L\u2019identité québécoise, les industries culturelles, le ministère de la Culture formaient un tout cohérent.Là, on a plusieurs joueurs très puissants qui sont très, très loin de nous.Les meneurs du jeu ne sont plus les labels (EMI, Columbia), mais Spotify et iTunes.Il y a eu un déplacement.Ceux qui détiennent le pouvoir sont de plus en plus puissants ; ils ne sont plus producteurs de musique, mais distributeurs numériques.Ils sont de plus en plus loin des artistes et du cœur même de la création, à Silicon Valley, et le risque de la création est individualisé et appartient désormais presque entièrement aux artistes.Et les sources de revenus des artistes, conséquemment, sont de plus en plus lointaines et de plus en plus obscures.Aussi, la culture ici a toujours été « par ticipative », enrobée dans une forme de nationalisme.Quand on écoutait des chanteurs québécois, qu\u2019on allait voir des spectacles, on avait l\u2019impression de « faire partie de la gang».On a eu longtemps une cer taine forme d\u2019écosystème structuré, indus- triel-étatique, dans lequel les créateurs ont toujours été soutenus, comme l\u2019accès des publics, entre autres à travers les subventions et les quotas.Les quotas ont sauvé l\u2019industrie québécoise depuis leur instauration.Ils ont permis d\u2019exporter la musique québécoise en Belgique, en Fran - ce, etc., mais ils n\u2019existent plus dans le numérique.Et plus vous allez dans le numérique et la dématérialisation, moins vous avez de parts de québécois ; plus vous allez vers des auditoires jeunes, natifs du numérique, moins ils consomment de parts de québécois.La musique est-elle plus frappée que les autres arts?Dans la résilience par rapport à la vague numérique, deux choses se dessinent : d\u2019abord, la matière brute.Le livre, par exemple, à cause de son histoire, de l\u2019attachement à l\u2019objet, du fait qu\u2019on ne peut le fragmenter en chapitres comme on peut fragmenter un disque en « tounes », est plus résistant à la dématérialisation.Dans l\u2019ordre des disciplines af fec- tées, on trouve d\u2019abord la musique et les enregistrements sonores, premier secteur, et le plus lourdement affecté.Assurément aussi l\u2019audiovisuel.Les arts visuels et le livre se partageraient la troisième place.Les arts vivants sont affectés de manière indirecte, car les salles se vident.La culture numérique a cette vertu de démocratiser à peu près tout.Mais, paradoxalement, on consomme moins de contenu culturel que de bébelles.On dépense sur le contenant (iPad, téléphone, Internet) plus que sur le contenu.Le dollar dépensé en culture, historiquement relativement investi sur des billets de spectacle, s\u2019est déplacé vers les vendeurs de gadgets et les Samsung de ce monde.Qu\u2019est-ce qui a changé dans notre consommation culturelle?Tout.Ça ne nous a pas rendus plus imbéciles, mais cette proximité de la consommation nous a ef fectivement un petit peu insensibilisés.On ne s\u2019engage plus autant qu\u2019avant dans l\u2019acte de participer, par facilité.Et cette facilité, je crois, nous a collectivement et individuellement ramollis.On ne se rend pas compte à quel point les dimensions industrielle et identitaire sont siamoises.Et quand on est rentrés tous, individuellement, dans cette ère d\u2019abondance gratuite \u2014 et forcément du piratage de fichiers \u2014, on a participé d\u2019une naïveté collective, pendant que d\u2019autres accaparaient cette économie culturelle, jusqu\u2019à créer ce problème : on est réellement en train de compromettre la production culturelle au Québec.On est à un moment charnière où il faut trouver des solutions.Ce qui nous ramène encore à la manière dont on soutient les créateurs.En matière de gros sous, ça va finir par être étatique parce qu\u2019on est une société socialiste.Ma is le soutien au créateur doit aussi être un acte citoyen.La culture de la gratuité a encore le devant sur la sensibilité aux droits d\u2019auteur.Il faut faire en sorte que les droits d\u2019auteur soient payés \u2014 donc il faut arrêter de pirater.Il y avait une forme d\u2019acquiescement à la diversité culturelle qu\u2019on est peut- être en train de perdre.Les campagnes à moitié éthiques, à moitié économiques, comme « acheter local », peuvent aider.En culture, ça veut dire sensibiliser les gens à aller au libraire du coin, d\u2019autant plus que vous ne paierez pas plus cher.Vous encouragez la prescription, la recommandation faite par le libraire, le disquaire du coin.Acheter local, c\u2019est participer à un écosystème qui nous le rend bien par la suite.Le Devoir Et le mélomane au temps du numérique ?On ne sait absolument pas ce qui arrive, ce qui se transforme dans le rapport amoureux à la musique, dit le spécialiste en culture numérique Jonathan Roberge.Ce qu\u2019on voit toutefois, c\u2019est que les grands mélomanes séparent leurs actions : ils investissent dans le streaming, mais gardent des bibliothèques de CD à l\u2019ancienne, avec des vinyles.« Les grands consommateurs de musique sont de plus en plus futés et se diversifient : dans les formats et les manières de découvrir la musique (des blogues, des forums, des revues classiques de France, des critiques de journaux).Il y a un éclatement, une fragmentation dans leurs outils, un équilibre entre les manières traditionnelles et nouvelles d\u2019écouter de la musique.Il y a un enrichissement de l\u2019expérience du mélomane par la possibilité d\u2019aller chercher plus de sources d\u2019informations, plus de formats.» Le mélomane, le télévore et le curieux ont désormais accès à une bibliothèque d\u2019une largesse à peu près inégalée.Mais le créateur a du mal à faire son beurre dans ce grand brassage où n\u2019affleure malheureusement pas que la crème.Que gagnons-nous et que perdons-nous dans cette affluence?Comment consommer la culture de manière éthique?Le spécialiste en culture numérique à l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS), Jonathan Roberge, titulaire de la Chaire de recherche Canada sur les nouveaux environnements numériques et l\u2019intermédiation culturelle, a bien voulu y réfléchir avec Le Devoir.A N N I K M H D E C A R U F E L L E D E V O I R Avec l\u2019avènement du numérique, tous les intervenants dans le milieu du livre sont à réfléchir à leur valeur ajoutée pour le secteur.Tout le monde est en train de voir comment se positionner .Le directeur général de l\u2019Union des écrivaines et des écrivains québécois, Francis Farley-Chevrier « » Ainsi, pour un livre pratique en couleurs tiré à 3700 exemplaires et vendu 27,99 $, qui coûtera 24 609 $ à produire, les revenus sont.Sur 100% des ventes Sur 50% des ventes L\u2019éditeur 9887 $ - 7361 $ L\u2019auteur 10 453 $ 5227 $ Les libraires 41 813 $ 20 907 $ Le distributeur 17 771 $ 8885 $ I l a sonné l\u2019alarme quand la réforme a été présentée.Un an après son adoption, l\u2019inquiétude de l\u2019avocat des patients Jean-Pier re Ménard s\u2019est encore accentuée.Il affirme que, comme il le craignait, les droits des usagers reculent à la vitesse grand V.«Extrêmement inquiet pour l\u2019avenir», Jean-Pierre Ménard avance sans mâcher ses mots que, depuis l\u2019adoption du projet de loi 10, nous vivons la «période la plus noire pour les usagers».«En 36 ans de pratique, c\u2019est la première fois que les reculs sont aussi importants et que les besoins et les droits des usagers sont aussi peu considérés», affirme-t-il en entrevue avec Le Devoir.Son constat est alarmant.Jean-Pierre Ménard reproche d\u2019abord et avant tout à la réforme administrative d\u2019avoir retiré aux patients presque tout pouvoir sur le réseau, notamment par la disparition des conseils d\u2019administration locaux de dizaines d\u2019établissements.« On assiste à une per te de pouvoir des communautés, constate Me Ménard.S\u2019ensuivent une démobilisation, une perte de l\u2019influence des communautés sur le réseau et une perte d\u2019autonomie des régions.» Pour lui, les usagers « ne font pas partie des préoccupations du ministre, tout ce qui touche leurs droits n\u2019a pas été pris en compte».Il y a aussi la réorganisation complète des comités d\u2019usagers qui peine à se mettre en branle.Rappelons que ces comités, prévus dans la loi, sont les gardiens des droits des usagers et leurs représentants auprès des établissements.Le comité les accompagne notamment dans les processus de plainte.«La mise en œuvre des super- comités d\u2019usagers est laborieuse car les territoires sont grands et les membres sont bénévoles.» La réforme a aussi chamboulé le processus de plainte.Selon la protectrice du citoyen, Raymonde St-Germain, Québec contrevient à sa propre loi depuis qu\u2019une partie du processus est confiée à des conseillers non indépendants qui épaulent les commissaires aux plaintes.Gigantisme sans efficacité Pendant ce temps, les décisions se prennent en haut, entre le ministre et les quelques p.-d.g.du réseau, constate Me Ménard, critique de ce mode de gestion centralisé.«Pendant que le ministre réunit ses p.-d.g., les conseils d\u2019administration font un peu de la figuration », déplore-t-il.Il remet aussi en cause l\u2019efficience accrue que doit atteindre le réseau à la suite de ces fusions.Jean- Pierre Ménard met fortement en doute l\u2019obtention d\u2019un quelconque effet positif à la suite de la réduction du nombre de cadres dans le réseau.«Actuellement, nous n\u2019avons aucun indice d\u2019efficience accrue du système.» Les médecins avant tout Si, selon lui, le ministre Gaé- tan Barrette oublie les patients, à qui penserait-il quand il prend ses décisions?Tranchant, Jean- Pierre Ménard af firme que «quand le ministre doit choisir entre les intérêts des patients et ceux des médecins, il va toujours choisir ceux des médecins».À preuve, selon lui, le projet de loi 20.Après avoir fait peur aux médecins en faisant mine de leur imposer d\u2019importantes contraintes, Québec s\u2019en remet finalement totalement «au volontariat des médecins avec une série de clauses échappatoires ».« La réforme ne touche ni le statut ni le revenu des médecins», reproche-t-il.Avec le frein appliqué à la croissance des dépenses en santé et en services sociaux, équilibre budgétaire oblige, Jean-Pierre Ménard n\u2019hésite pas non plus à dire que nous assistons à une «décroissance» du système de santé.«Les gens ont de moins en moins confiance au système et à sa capacité de répondre à leurs besoins.Ça pousse les gens vers le privé.» Le ministre Barrette, de son côté, refuse toujours de parler de compressions et af firme que les ser vices ne sont pas touchés.Le pire, selon l\u2019avocat Ménard, « c\u2019est que nous assistons à ce désengagement de l\u2019État sans débat public.Le ministre a bien beau défendre le système public dans ses discours, les gestes vont plutôt dans le sens d\u2019un système de santé affaibli et de plus en plus dysfonctionnel».Le Devoir T E X T E S : A M É L I E D A O U S T - B O I S V E R T U ne fois par mois, Gaétan Barrette réunit les p.-d.g.des établissements de santé du Québec à une même table.C\u2019est le cénacle où tout se joue.Quand Le Devoir lui parle, en fin de journée mercredi dernier, pour une longue entrevue en forme de bilan, le ministre fait maintes fois référence à cette réunion tenue la matinée même pour illustrer ses propos.« L\u2019ef fet que je recherchais et que j\u2019ai obtenu est d\u2019avoir une autorité sur le réseau.» Gaétan Barrette en est fier : « aucun » ministre avant lui n\u2019avait pu parler à tout le réseau en embrassant d \u2019un seul regard ses exécutants autour d\u2019une table.« C\u2019était impossible parce qu\u2019il y avait des centaines d\u2019établissements avec leurs directeurs et leurs conseils d\u2019administration.Le ministre pouvait avoir un discours, mais pas d\u2019ef fet à la clé.» Il pèse ses mots : « Moi, j\u2019ai [cet effet].» Si le ministre parle, les p.- d.g.sont tenus à l\u2019action.Ses critiques appellent cela de la microgestion, ou le qualifient de superministre.Gaétan Barrette n\u2019en a cure.Il veut des résultats.«Là, nous avons un ministre qui y croit, qui dit ça va se passer comme ça et qui va juger les p.-d.g.selon leur job.» Les p.-d.g., qu\u2019il a tous nommés par ailleurs, y croient, as- sure-t-il.« J\u2019ai dit à ceux qui sont intéressés à la transformation : vous êtes les bienvenus.» Ceux qui ne voulaient pas ramer avec lui sont par tis.Un des premiers bilans qui peut être dressé de la mise en œu- vre du projet de loi 10, c\u2019est la disparition de plus de 1000 postes de cadres dans le réseau, sur un objectif, à terme, de 1300.Gaétan Barrette suit la donnée en temps presque réel.« De mémoire, nous en sommes à 1114», lance-t-il.Son attachée politique, Ma- rie-Ève Mor neau, précise plus tard que la cible est atteinte à 90 % et que, d\u2019ici deux ans, les économies visées de 220 millions de dollars auront été réalisées.Ce qui fait dire au ministre que, « sur le plan de la structure, les objectifs sont atteints.Le bilan que je dresse est très positif à cette étape-ci.» Évaluer plus tard Mais au-delà de la mathématique, que peut-on dire ?La loi visait un meilleur accès aux soins et une amélioration de leur qualité et de leur sécurité, ainsi qu\u2019une plus grande ef fi- cience et une meilleure efficacité du système de santé.Il est trop tôt pour dévoiler des indicateurs de l\u2019atteinte de ces objectifs, convient le ministre.D\u2019ici « deux ans », il sera possible d\u2019évaluer la réforme : « Ça nous prend la structure, la loi 10, pour la continuité des services.La loi 20 [sur les médecins] pour l\u2019accès, le financement à l\u2019activité, pour avoir des comparables.À la fin, on a la qualité », explique-t-il.« La pleine capacité ef fective de ça, c\u2019est un peu plus loin dans le temps qu\u2019on va la voir, ajoute-t-il.On va pouvoir mesurer en prenant un patient au hasard qui a eu un diagnostic et faire une enquête [sur son parcours de soins].» Les indicateurs traditionnels aussi s\u2019amélioreront, assure-t- i l .« Le temps d\u2019attente à l\u2019urgence va diminuer, le nombre de visites aussi, les listes d\u2019attente également » .S\u2019il n\u2019a pas encore d\u2019indicateurs à nous partager, Gaétan Barrette ne tarit toutefois pas d\u2019anecdotes sur le bien-fondé de sa réforme.Il en glissera plusieurs en cours d\u2019entretien.« Il fallait faire tomber les murs dans le réseau.J\u2019en ai sans cesse des exemples », af- firme-t-il.Avec la loi 20 pour garant ir l \u2019accès aux soins médicaux et le financement à l\u2019activité pour la per formance des établissements, le ministre af firme qu\u2019on atteindra « l\u2019intégration ».C\u2019est-à-dire que le patient entrera dans le système de santé et sera pris en charge de A à Z, sans pas de côté dans des « systèmes parallèles ».Voilà sa prétention.L\u2019évolution de l\u2019inscription des patients auprès d\u2019un médecin de famille fait aussi partie des obsessions du ministre.Il suit aussi cette donnée de semaine en semaine.En vertu du projet de loi 20, adopté à l\u2019automne, les médecins seront sanctionnés si des cibles d\u2019inscription et d\u2019accès ne sont pas atteintes d\u2019ici décembre 2017.Alors que les budgets de son ministère augmentent moins rapidement que les coûts de fonctionnement, Gaé- tan Barrette refuse toujours de prononcer le mot « compressions ».Contexte dif ficile Comment mener de telles réformes dans ce contexte budgétaire pour le moins difficile ?« Ou bien on se réorganise, ou bien on coupe des services.Je préfère réorganiser », répète-t-il.D\u2019autres chantiers devront être attaqués de front, con - vient-il : le maintien à domicile et la meilleure utilisation des infirmières et des autres professionnels de la santé.« La croissance de services qui vient avec le vieillissement de la population doit passer par d\u2019autres véhicules que le véhicule médical.» « J\u2019accepterai le jugement sur les résultats, bons ou mauvais, lance le ministre à propos de ses multiples chantiers.Si, à la fin de mon mandat, je n\u2019ai pas vu de changement, ou bien ça voudra dire qu\u2019il y a eu de la résistance, ou bien que je n\u2019ai pas pris les bonnes décisions.Mais je ne conçois pas qu\u2019il n\u2019y ait pas de résultats.» Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 L A R É F O R M E E N S A N T É A 8 445, rue St-Sulpice, Vieux-Montréal Téléphone : 514 845-4980 Heures d\u2019ouverture : du lundi au vendredi de 10 h 00 à 18 h 00 les samedis et dimanches de 10 h 00 à 16 h 30 Papeter ie Casse - Noisette Nous tenons en inventaire agendas, papiers Lalo, papier St-Gilles, cartes, plumes et stylos, albums de photos, articles de bureau, sceaux, cires à cacheter .Montréal : 4875, Jean-Talon Ouest · (514) 344-8555 · 1 (866) 747-8555 Laval : 2267, boul.Le Corbusier · (450) 682-8280 www.abatjourillimites.ca \u2022 Plus de 5,000 abat-jour en magasin.\u2022 Le plus grand choix au Canada.\u2022 Service de recouvrement sur mesure.\u2022 Apportez votre pied de lampe pour un ajustement parfait.Présentez ce coupon au moment de l\u2019achat.Excluant les commandes.Aucun ajustement de prix sur les commandes ou achats antérieurs.Valide du 2 avril au 30 juin 2016.OBTENEZ 20% de rabais sur TOUS nos abat-jour 40%de rabais sur TOUS nos pieds de lampes et Petit lexique de la réforme Barrette Le projet de loi 10, la réforme administrative Les agences régionales ont été abolies.Les 182 établissements ont été fusionnés pour un total de 22 CISSS et CIUSSS et de 7 établissements non fusionnés.Le projet de loi 20, la réforme médicale Objectif d\u2019accès accru aux médecins de famille et aux spécialistes.Des ententes avec les deux fédérations médicales suspendent l\u2019application des contraintes imposées aux médecins jusqu\u2019en décembre 2017.Le financement à l\u2019activité Le mode de financement des établissements de santé, qui se base sur le coût de chaque épisode de soin plutôt que sur le financement historique.Il doit injecter de la «concurrence » entre les établissements.JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019avocat Jean-Pierre Ménard : «En 36 ans de pratique, c\u2019est la première fois que les reculs sont aussi importants et que les besoins et les droits des usagers sont aussi peu considérés.» JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Le ministre de la Santé Gaétan Barrette, à propos de ses multiples chantiers : « J\u2019accepterai le jugement sur les résultats, bons ou mauvais.» En commission parlementaire, sous un flot de critiques presque ininterrompues, il était resté imperturbable.Gaétan Barrette a son plan et il entend le mettre en œuvre.Adoptée sous bâillon, la réforme administrative du réseau de la santé célèbre son premier anniversaire.Les autres étapes de la réforme Barrette sont aussi en marche.À ses détracteurs, le ministre répond : vous me jugerez sur les résultats.Rien ne semble pouvoir arrêter celui qui qualifie l\u2019opération de succès jusqu\u2019à maintenant.GAÉTAN BARRETTE «Les objectifs sont atteints » Le ministre se targue d\u2019accomplir ce qui a été impossible pour ses prédécesseurs JEAN-PIERRE MÉNARD «La période la plus noire pour les usagers» Selon l\u2019avocat, les droits des patients reculent de façon alarmante L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 9 JACQUES NADEAU LE DEVOIR D\u2019inspiration française, la maison Boileau, dont la construction remonterait au début du XIXe siècle, a appartenu au notaire René Boileau, et plusieurs assemblées politiques s\u2019y sont tenues.J E A N N E C O R R I V E A U I l est minuit moins une pour la maison Boileau, une demeure ancestrale de Chambly menacée de démolition.Malgré des rapports d\u2019experts témoignant de son état lamentable, des citoyens pressent la Ville d\u2019empêcher la disparition de la maison qui a appartenu au patriote René Boi- leau.Le conseil municipal de Chambly devra statuer sur son sort mardi.D\u2019inspiration française, la maison Boileau, dont la construction remonterait au début du XIXe siècle, a appartenu au notaire René Boileau, et plusieurs assemblées politiques s\u2019y sont tenues.Mais aujourd\u2019hui, son état s\u2019est tellement détérioré que ses propriétaires ne peuvent même plus l\u2019habiter compte tenu de la présence de moisissures et des risques d\u2019ef fondrement.La maison Boileau n\u2019est ni classée par Québec ni citée par la Ville.Le mois dernier, le comité de démolition de la V ille a donné son aval à la démolition de la maison à la lumière de trois rappor ts d\u2019exper ts ayant signalé une dégradation avancée de la maison.Comme une demande de révision a été déposée à la Ville, le conseil municipal devra trancher mardi soir.Le maire de Chambly, Denis Lavoie, croit que la Ville n\u2019a pas le choix.«On est tous attristés de la disparition de la maison, mais il faut faire preuve de pragmatisme et lâcher l\u2019émotivité, dit - i l .Tout ce que l \u2019homme construit à une finalité dans le temps.» Le maire dit avoir tenté d\u2019intéresser des acheteurs potentiels, mais sans succès.Il estime que la municipalité n\u2019a pas les moyens de se por ter acquéreuse de la demeure : « Ce n\u2019est pas notre mandat.Je ne comprends pas pourquoi les gens se tournent vers nous et pas vers Québec ou Ottawa.» « Cer taines personnes ont peur qu\u2019il y ait des condos.Mais il n\u2019y aura pas de condos à cet endroit-là.Le zonage ne le permet pas », répond-il à ceux qui s\u2019inquiètent de la vocation future du site.Problème d\u2019assurances Sylvain Huber t dit s\u2019être porté acquéreur de la maison il y a une vingtaine d\u2019années.Selon les estimations d\u2019experts, il en coûterait 1,4 million de dollars pour la restaurer compte tenu des caractéristiques de sa construction.La seule façon de la remettre en état serait de la démonter du toit vers le bas, puis de la reconstr uire, explique-t-il : « Selon les évaluations d\u2019ex- per ts, 95 % des matériaux seraient à remplacer.» Bien qu\u2019il n\u2019ait pas de projet de remplacement pour l\u2019instant, le temps presse pour lui.« Les cheminées se sont inclinées de six degrés.Je ne suis plus assurable, dit-il.À la fin du mois, je perds mes assurances civiles pour la maison.» M.Huber t se défend de vouloir faire un coup d\u2019argent.« Je ne suis pas un méchant promoteur qui a acheté le terrain pour construire des condos », plaide-t-il.Un bien collectif Ricardo Larrivée ne croit pas que la cause de la maison Boileau soit perdue.Chef cuisinier vedette, animateur et patron de presse, M.Larrivée est aussi un amoureux de patrimoine.Il a d\u2019ailleurs rénové plusieurs maisons anciennes dans la région et il a même habité la maison Boileau pendant cinq ans à titre de locataire.Selon lui, la mobilisation citoyenne pourrait permettre de trouver une solution autre que la démolition : « C\u2019est un bien collectif.Est-ce qu\u2019on est pauvres au point où on n\u2019est plus capables de conserver le patrimoine?» Ricardo Larrivée croit que la municipalité et les gouvernements supérieurs ont des responsabilités à prendre pour préserver la maison Boileau et lui trouver une autre vocation : « Ne peut-on pas la reprendre au prix du terrain?Sécurisons l\u2019édifice, assurons-nous qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019eau qui entre et qu\u2019il n\u2019y a pas de vandales qui puissent y aller et prenons deux mois de plus pour y réfléchir.» Espoirs limités La Société d\u2019histoire de la seigneurie de Chambly n\u2019entretient guère d\u2019espoir pour la maison Boileau.«À la Société d\u2019histoire, on croit que sa vie utile est terminée.C\u2019est vraiment trop détérioré.Ça fait 30 ans qu\u2019elle est mal entretenue.C\u2019est malheureux, parce que c\u2019est une maison historique magnifique, dit son président Paul-Henri Hudon.Ce qu\u2019on souhaite, c\u2019est qu\u2019on ne construise pas quelque chose de laid, mais qu\u2019on fasse quelque chose qui imite un modèle à peu près semblable à la maison Boileau.Ça serait le moindre mal et on se satisferait de ça.» M.Hudon juge que la maison Boileau soulève de nombreuses questions sur la volonté des autorités à protéger le patrimoine et le pouvoir d\u2019inter vention des villes pour obliger les propriétaires à entretenir adéquatement leur maison.Selon lui, les municipalités devraient se doter d\u2019un fonds destiné à la protection du patrimoine.Directrice générale d\u2019Action patrimoine, Émilie Vézina-Doré s\u2019inquiète du danger qui guette de nombreux bâtiments patrimoniaux partout au Québec à l\u2019heure actuelle.« C\u2019est vraiment inquiétant et il y a un flou quant à savoir à qui revient la responsabilité de la sauvegarde du patrimoine.La Loi sur les biens culturels adoptée en 2012 donne plus de responsabilités aux municipalités, mais sans argent supplémentaire».« On est dans une situation critique et il y a une déresponsa- bilisation à toutes les échelles, un manque de fonds et un manque de vision», déplore-t-elle.Le Devoir PATRIMOINE La maison Boileau menacée de démolition Le conseil municipal de Chambly décidera du sort de la demeure ancestrale mardi S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L a pépite ferreuse a la taille d\u2019un petit œuf.Elle a été découver te l \u2019an der nier à Point Rosee, à l\u2019extrême ouest de Terre-Neuve.Pour l\u2019instant, elle est le meilleur indice que le site a peut-être été occupé temporairement par des Vikings plus de cinq siècles avant le voyage de Colomb.La découver te archéologique majeure est présentée et largement contextualisée dans Viking Unearthed, documentaire de deux heures dif fusé mercredi dans le cadre de l\u2019émission scientifique Nova au réseau PBS.La production sera disponible en ligne dès lundi matin.L\u2019archéologue américain Douglas Bolender décrit Point Rosee comme « un site qui pourrait réécrire l\u2019histoire».Il s\u2019agit du second lieu de mémoire du genre et pour l\u2019instant le point le plus occidental vraisemblablement atteint par les anciens Nordiques.Le campement pourrait avoir servi de base pour l\u2019exploration du continent, cette terre du « Vinland » décrite par les anciennes sagas islandaises.La première preuve indubitable de la présence norroise en Amérique a été fournie par les fouilles réalisées à L\u2019Anse aux Meadows, dans les années 1960.Le site habité pendant un temps indéterminé puis abandonné se situe à 600 km au nord-est de l\u2019immense île.L\u2019Anse aux Meadows figure sur la liste du Patrimoine mondial de l\u2019UNESCO, l\u2019agence culturelle de l\u2019ONU.Les archéologues ont passé les dernières décennies à chercher des preuves matérielles de l\u2019existence d\u2019autres point de chute d\u2019expéditions européennes.«Pas d\u2019autre explication» Cette fois, la révélation est venue du ciel plutôt que des vieux et précieux manuscrits de Reykjavik.La professeure d\u2019archéologie Sarah H.Parcak a utilisé les images satellites pour déterminer plusieurs points d\u2019 intérêts dans les Shetlands, en Islande et à Terre-Neuve.Chacun des sites ciblés lui a donné raison.Sur l\u2019île de Papa Stour au nord de l\u2019Écosse, elle a orienté les équipes vers une grande forme rectangulaire enfouie près d\u2019une ferme de l\u2019île quasiment inhabitée.Leurs pelles et leurs balais révèlent vite les fondations d\u2019une maison longue et le fragment d\u2019une pierre orangée que les Vikings utilisaient pour fabriquer des colliers.Les fouilles terre-neuviennes donnent moins et pour tant plus.La tourbe humide ne donne pas de clous ou de creuset ou d\u2019ossements qui pourraient indubitablement prouver la présence des Européens dans ce monde il y a mille ans.En même temps, si aucune preuve ne lie la pépite ferreuse à la culture scandinave, « il n\u2019y a pas d\u2019autre explication évidente», comme le dit encore le professeur Douglas Bolender de l\u2019Université du Massachusetts à Boston qui a participé à l\u2019expédition de 2015.D\u2019autres savants du documentaire disent qu\u2019il faudra d\u2019autres preuves pour conclure dans un sens précis.Peu impor te, Mme Parcak possède un œil d\u2019or.Profes- seure à l\u2019Université d\u2019Alabama à Birmingham, elle dirige le laboratoire pour l\u2019obser vation mondiale qui a utilisé l\u2019imagerie satellite pour découvrir de nombreux sites en Égypte, cer tains datant de 5000 ans.On lui attribue plus de 130 découvertes pour les seules années 2003-2004.Elle vient de rempor ter le prix TED des «meilleures idées pour changer le monde » et sa bourse d\u2019un million de dollars.Le documentaire Vikings Unearthed se regarde comme un thriller.L\u2019excellent travail contextualise la recherche en traçant un riche et instructif portrait de l\u2019ancienne civilisation maritime.On y apprend par exemple comment étaient construits les très ef ficaces drakkars capables de remonter les fleuves d\u2019Europe jusqu\u2019aux portes de l\u2019Asie et de traverser l\u2019Atlantique jusqu\u2019à Point Rosee, peut-être.Le Devoir Des Vikings en Amérique Une découverte de l\u2019archéologie par satellite LA PRESSE CANADIENNE PBS FREDDIE CLAIRE Les archéologues Douglas Bolender et Sarah H.Parcak sur le site de Point Rosee, à l\u2019extrême ouest de Terre-Neuve.Ricardo Larrivée C ap-aux-Meules \u2014 Les funérailles des membres de la famille Lapierre auront lieu le vendredi 8 avril à l\u2019église Saint-François-Xavier sur l\u2019île du Havre Aubert.La famille a opté pour des funérailles communes dans l\u2019église patrimoniale du village de Bassin, où était né le chroniqueur politique Jean Lapierre.Celui -ci , ainsi que sa conjointe, Nicole Beaulieu, sa sœur Mar tine et ses frères Marc et Louis, qui ont tous péri dans l\u2019écrasement de leur avion, mardi, aux îles de la Madeleine, seront inhumés en même temps que leur père, Raymond Lapierre, dont le décès récent était à l\u2019origine de leur déplacement.L\u2019abbé Réjean Coulombe, qui est auprès de la mère de Jean Lapierre et de Laure, sa seule sœur survivante, sera du nombre des célébrants.Les médias ne pourront pas assister à la cérémonie, conformément à la demande des familles.L\u2019église de Bassin, érigée entre 1936 et 1939, est classée immeuble patrimonial par le gouvernement du Québec.Il s\u2019agit d\u2019une élégante construction de bois ornée de deux grandes tours carrées à la façade.La veille, le public pourra se rendre à la Maison funéraire Leblanc, à Cap-aux-Meules, pour transmettre ses condoléances à la famille.Par ailleurs, une cérémonie commémorative aura lieu à Montréal en l\u2019honneur de Jean Lapierre et de Nicole Beau- lieu, le samedi 16 avril, à l\u2019église Saint-Viateur d\u2019Outre- mont.La famille des défunts recevra les condoléances du public le 15 avril, au Complexe funéraire Mont-Royal, dans l\u2019arrondissement Outremont.Les corps des deux membres de l\u2019équipage de l\u2019avion, Pascal Gosselin et Fabrice La- bourel, devaient pour leur part être rapatriés à Montréal vendredi.Ils feront l\u2019objet d\u2019une autopsie au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, une procédure habituelle dans de telles circonstances qui vise à s\u2019assurer que l\u2019accident n\u2019a pas été causé par un problème de santé soudain ou autre.Le BST n\u2019a que peu de réponses Les enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports (BST) ont davantage de questions que de réponses alors que s\u2019amorce à peine leur enquête sur l\u2019écrasement d\u2019avion sur venu mardi dernier aux îles de la Madeleine.En conférence de presse, vendredi matin, l\u2019enquêteur André Turenne a précisé que les ailes de l\u2019avion étaient presque à l\u2019horizontale au moment de l\u2019impact et que les moteurs fonctionnaient.«On sait qu\u2019il n\u2019était pas sur un taux de descente important, a-t-il dit.Il était sur un vol assez horizontal et il y avait un peu de roulis à gauche, mais on veut justement prendre ces données qu\u2019on a cumulées sur le terrain pour déterminer de façon exacte l\u2019angle d\u2019impact.» Les données préliminaires font état d\u2019une visibilité de 400 mètres, d\u2019un plafond à 61 mètres et de rafales atteignant 56 kilomètres à l\u2019heure.L\u2019autorisation d\u2019atterrir est venue de la tour de contrôle de Moncton, au Nouveau-Brunswick, l\u2019aéroport des Îles ne disposant pas de sa propre tour de contrôle, une situation sur laquelle le BST promet de se pencher.« Si les installations et les services au vol étaient [\u2026] un enjeu dans cet événement-là, on doit le mettre dans tout le contexte des facteurs qui ont pu contribuer à l\u2019accident, et si ça mène dans cette direc- tion-là, le BST va faire les recommandations nécessaires », a affirmé M.Turenne.Les enquêteurs savent qu\u2019un dispositif de suivi GPS avec une capacité d\u2019enregistrement des voix se trouve à bord de l\u2019aéronef, mais celui-ci est situé derrière le tableau d\u2019instruments.« Le dommage dans le tableau d\u2019instruments ne nous permet pas d\u2019avoir un accès sécuritaire pour éviter d\u2019endommager le GPS », a dit l\u2019enquêteur, faisant part de ses craintes quant à l\u2019état dans lequel ce GPS pourrait se trouver.« On ne peut pas garantir que toutes les données vont être disponibles sur cet équipement.Ce n\u2019est pas un équipement qui est capable de prendre des impacts d\u2019accident.» Sur le terrain, pendant ce temps, l\u2019examen du site de l\u2019accident et la prise de photographies sont presque terminés.Les enquêteurs pourraient mener des entrevues supplémentaires auprès de certains témoins oculaires si elles s\u2019avèrent nécessaires.Un camion est attendu sur les lieux de l\u2019écrasement vendredi afin d\u2019entreprendre le transport vers Ottawa des restes de l\u2019avion.Les éléments de fuselage seront découpés et placés dans des conteneurs fermés pour une reconstitution et une analyse en laboratoire, mais pas avant d\u2019avoir pu documenter l\u2019état du dessous de l\u2019avion.« Une fois que l\u2019appareil est soulevé, on est capables de voir où il y a le plus d\u2019impact [\u2026], soit l\u2019impact initial et, après, les dommages lorsque l\u2019appareil glissait», a expliqué M.Turenne.Cependant, la récupération de l\u2019épave doit être réalisée avec prudence afin d\u2019éviter tout déversement de carburant.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 10 Achetons immédiatement tableaux canadiens et européens.Antiquités haut de gamme.Grande valeur offerte.Évaluation verbale gratuite pour les noms ci-haut mentionnés, selon la disponibilité.Claude Lafitte évaluateur et expert conseil depuis 1975 \u2022 514.842.1270 2160 rue Crescent, Montréal, www.lafitte.com Borduas Ferron Fortin Gagnon Krieghoff Lemieux Letendre McEwen Pellan Riopelle Suzor-Côté et autres\u2026 Jean- Pau l L e m i e u x « P o r t r a i t d e j e u n e f i l l e » H u i l e s u r t o i l e Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 50 QUÉBEC 418-654-8677 LÉVIS 418-654-8677 TROIS-RIVIÈRES 819-696-8677 MONTRÉAL 514-231-8677 LAVAL 450-627-3716 LONGUEUIL 450-445-9829 .CA Certifié 5 Étoiles® TOILES À ROULEAUX \u2022 PANNEAUX COULISSANTS \u2022 PERSIENNES \u2022 STORES VOILAGE \u2022 STORES ROMAINS STORES HORIZONTAUX 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policière pour le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour qu\u2019ils fassent des déclarations contre elle.Un tel «marchandage» est inacceptable, a dénoncé Me Rancourt.Il dit que le juge a tranché que cette preuve n\u2019avait pas été faite, ce que réfute l\u2019avocat.Il reproche aussi au juge d\u2019avoir préféré les témoignages des trois présumées victimes plutôt que ceux des sept policiers.Stéfanie Trudeau avait été accusée en lien avec une intervention survenue en octobre 2012, sur le Plateau-Mont-Royal, pour une affaire de consommation de bière sur la voie publique qui avait dégénéré.Lorsqu\u2019elle avait demandé à un citoyen, Rudi Ochietti, de décliner son identité et que celui-ci lui avait demandé pourquoi, la policière l\u2019avait maîtrisé de force, alléguant un refus de s\u2019identifier.La scène avait été filmée par un ami de M.Ochietti, Serge Lavoie, qui avait aussi insulté la policière.Celle-ci s\u2019était alors lancée à sa poursuite pour le rattraper dans un escalier, l\u2019empoignant au cou à deux reprises.La justification de cette intervention était qu\u2019il entravait le travail policier.Dans sa décision, le juge Bédard affirme qu\u2019il n\u2019y avait pas là d\u2019entrave.Il a aussi qualifié de «brutale et dangereuse» l \u2019 inter vention de Stéfanie Trudeau, ajoutant que « c\u2019est la rage et non la nécessité qui guide l\u2019accusée».La policière doit connaître sa peine en mai.La Presse canadienne VOIES DE FAIT L\u2019ex-policière Stéfanie Trudeau va en appel Les funérailles de la famille Lapierre auront lieu vendredi aux îles de la Madeleine JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019avocat de Stéfanie Trudeau a confirmé vendredi avoir déposé l\u2019avis d\u2019appel la semaine dernière.Le Québec salue Claire Kirkland- Casgrain ce samedi C\u2019est ce samedi à 11 h qu\u2019ont lieu les funérailles nationales de l\u2019ex-députée, ministre et juge Claire Kirkland-Casgrain à la basilique-cathédrale Ma- rie-Reine-du-Monde de Montréal.La première femme députée au Québec est morte le 24 mars, à l\u2019âge de 91 ans.Elle aura marqué l\u2019histoire, même dans la mort, puisque aucune femme n\u2019avait eu droit à des funérailles nationales avant elle.Née aux États-Unis, Claire Kirkland-Casgrain a poursuivi des études en droit avant d\u2019être admise au Barreau du Québec, en 1952.Elle a été élue en 1961 et est devenue ministre l\u2019année suivante.Son legs politique comprend notamment l\u2019instauration de la société d\u2019acquêts et la Loi portant sur la capacité juridique de la femme mariée.Claire Kirkland-Casgrain a été juge à Montréal jusqu\u2019au début des années 1990.Le Devoir S T U P É F I A N T S Dany Villanueva fait face à trois chefs d\u2019accusation Dany Villanueva, arrêté jeudi dans une opération policière antidrogue avec plusieurs autres personnes, fait face à trois chefs d\u2019accusation pour des crimes liés aux stupéfiants.Détenu depuis son arrestation, il a comparu vendredi après-midi au palais de justice de Montréal.Menotté, vêtu de noir, l\u2019homme âgé de 29 ans n\u2019a eu aucune réaction lorsque le procureur de la Couronne s\u2019est opposé à sa remise en liberté.Une enquête sur cautionnement aura lieu lundi à Montréal et un juge décidera s\u2019il peut être libéré en attendant son procès.Dany Villanueva n\u2019a pas enregistré de plaidoyer.Son avocat, Me Günar Dubé, n\u2019a pas voulu commenter, disant ne pas encore avoir eu la chance de prendre connaissance du dossier.Dany Villanueva, connu en raison de l\u2019intervention policière qui a mené à la mort de son frère Fredy, en 2008, a évité l\u2019extradition vers le Honduras en vertu d\u2019une décision rendue en février par le ministre canadien de l\u2019Immigration, John McCallum.Le jeune homme était menacé d\u2019expulsion en raison d\u2019une condamnation à 11 mois de prison pour vol qualifié en 2006.Pour le moment, ni son arrestation ni sa mise en accusation ne menacent son droit de rester au Canada, a rappelé son avocat pour les questions d\u2019immigration, Stéphane Handfield.« On parle juste d\u2019accusations, et non pas d\u2019une condamnation, a-t-il précisé.Il bénéficie de la présomption d\u2019innocence.S\u2019il devait être reconnu coupable, le ministre de l\u2019Immigration pourrait revoir sa décision.» Dans une telle éventualité, le ministre devrait évaluer si le risque que Dany Villanueva représente pour la société québécoise est plus important que le risque pour sa vie s\u2019il retourne au Honduras.Si le ministre McCallum devait annuler sa décision, « il n\u2019y aurait plus d\u2019obstacle à l\u2019expulsion vers le Honduras », a ajouté Me Handfield.Avec La Presse canadienne Le Devoir NOUVEAU PROJET AU CŒUR DU QUARTIER DES SPECTACLES LANCEMENT AUJOURD'HUI À 12 H COMPLEXE RÉSIDENTIEL HAUT DE GAMME VUE SPECTACULAIRE LUMINOSITÉ EXCEPTIONNELLE EMPLACEMENT CENTRAL ASCENSEUR SEMI-PRIVÉ SERVICE DE CONCIERGERIE LAURENT-CLARK.COM 1, DE MAISONNEUVE OUEST MONTRÉAL 514 844 9090 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 A V R I L 2 0 1 6 A 12 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Agenda culturel Par courriel agenda@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S de milliards » d\u2019écoutes en ligne sur des sites légaux sans abonnement, révélait la Recording Industry Association of America (RIAA) la semaine dernière.Les données publiées par la RIAA ont confirmé la dernière grande mutation d\u2019un milieu qui cherche ses repères depuis 15 ans.Pour la première fois, le streaming (lecture en continu) est devenu la principale source de revenus pour l\u2019industrie musicale aux États-Unis, avec 34,3 % du chif fre d\u2019af faires du secteur (près de sept milliards au total).L\u2019achat d\u2019albums ou de chansons en ligne a autrement compté pour 34 % des revenus, alors que les ventes physiques (CD et vinyles) ont représenté 28,8 % de la tarte.Les gens achètent moins, donc, et paient plutôt pour louer un accès à la musique.«C\u2019est une industrie qui continue de traverser des changements considérables dans son modèle d\u2019af faires et dans le comportement des consommateurs », relève le grand patron de la RIAA, Car y Sherman, dans son analyse des statistiques.Il y évoque une disproportion « alarmante » entre la faible croissance des revenus provenant des services sans abonnement (de loin les plus populaires) et à la popularité de ceux-ci.D\u2019où la comparaison faite avec les vinyles : redevenu en vogue, le vieux support d\u2019enregistrement a rapporté 416 millions, un sommet depuis 1988.C\u2019est quelque 30 millions de plus que les milliards d\u2019écoutes sur YouTube et autres versions gratuites de Spotify.Ce qui fait dire à la RIAA que des géants technologiques « s\u2019enrichissent aux dépens des gens qui créent la musique».C\u2019est un peu le constat que posait Roger Waters lors de son passage récent à l\u2019émission Tout le monde en parle.« Dès que vous enregistrez quelque chose, vos droits d\u2019auteur sont immédiatement volés par Silicon Valley, dénonçait l\u2019ancien leader de Pink Floyd.Ils vont tuer la musique.» Faire quoi?Ainsi, les mélomanes consciencieux font-ils face à un dilemme éthique : les ser vices d\u2019écoute en continu \u2014 Apple Music, Spotify, Deezer, Tidal et autres Google Music \u2014 sont là, accessibles et légaux.Mais les utiliser re- vient-il à tuer à petit feu l\u2019écosystème économique qui permet la pérennité de la musique ?Que faire pour assurer aux créateurs une juste part de redevances?Les acteurs de l\u2019industrie disent que l\u2019idéal demeure l\u2019achat de disques physiques ou numériques (la plateforme Bandcamp étant citée comme la plus payante pour les artistes).Mais les données de la RIAA montrent que ce modèle s\u2019effrite\u2026 et que l\u2019autre laisse peu d\u2019argent en bout de chaîne.Personne ne conteste l\u2019intérêt des services de lecture en continu.La formule est attrayante.Pour autant que vous ayez une connexion Internet (et une bande passante adéquate), une bonne par tie de la musique du monde tombe à por tée de clic et d\u2019oreilles.Même plus besoin de savoir quoi écouter grâce aux listes de lecture confectionnées à la mesure de vos goûts et intérêts.Dans ce contexte, pourquoi continuer d\u2019acheter des disques que vous pouvez déjà écouter en boucle en échange d\u2019une dizaine de dollars par mois?Les mélomanes plus sérieux évoqueront une certaine poésie au geste d\u2019écouter un album (la popularité croissante du vinyle le dit en filigrane).La surabondance de l\u2019of fre en ligne revient au principe du buffet à volonté, suggérait aussi un chroniqueur du Wall Street Journal l\u2019été dernier.On ne sait pas trop ce que l\u2019on mange ni pourquoi.Redevances Le problème de la lecture en continu tient aux redevances que les artistes touchent pour la dif fusion de leurs œuvres sur ces plate- formes.Le buf fet évoqué par le Wall Street Journal laisse essentiellement des miettes aux artistes.Combien exactement ?« Je ne pense pas qu\u2019une seule personne au Canada peut vraiment dire précisément ce qu\u2019elle a reçu de Spotify, répond Geneviève Côté, chef des affaires du Québec à la SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).Il y a beaucoup de paramètres et c\u2019est encore tout nouveau.» « Il est dif ficile de dire ce qu\u2019un artiste touche, reconnaît Gilles McDougall, secrétaire général de la Commission du droit d\u2019auteur (CDA).Il y a une multitude de tarifs qui s\u2019appliquent et qui ne sont pas exprimés de la même façon.» Les redevances varient ainsi selon le type de service (lecture interactive, qui permet de choisir ce que l\u2019on veut écouter, ou semi-interactive, sans possibilité de sélectionner une chanson précise).Elles sont partagées entre six types de droits ou d\u2019ayants droit (auteur-compositeur, producteur, interprète).Cer tains droits sont payés au nombre d\u2019écoutes, d\u2019autres selon le pourcentage des revenus d\u2019abonnements et de publicités des fournisseurs de services (les tarifs versés par la SOCAN proviennent de cette dernière catégorie, qui est en essor).Il faut ensuite savoir si les écoutes ont été faites à partir du Canada, puis considérer les ententes particulières des majors avec les fournisseurs, etc.Joli casse-tête.1000 écoutes\u2026 10 cents Dans ce dédale comptable, un chiffre frappe toutefois l\u2019imaginaire : 10,2 cents par tranche de 1000 écoutes en continu.C\u2019est le tarif déterminé par la CDA pour payer les interprètes et les producteurs (5,1 cents chacun) au Canada.«C\u2019est près de 20 fois moins élevé que le nouveau tarif aux États-Unis pour les mêmes droits », remarque Annie Morin, directrice de la société de gestion de droits Ar- tisti (interprètes).La CDA défend sa décision en rappelant que ce n\u2019est pas la seule redevance touchée par les artistes \u2014 surtout s\u2019ils ont écrit ou produit leur chanson.« On a établi l\u2019équivalent, en cents et par écoute, du tarif de la radio commerciale, explique Gilles McDougall.Et ce n\u2019est qu\u2019un maillon de la chaîne.» Mais le secrétaire général de la Commission reconnaît qu\u2019on est loin du Klondike.« Je ne suis pas certain que quelqu\u2019un pourrait vivre correctement des redevances qu\u2019il recevrait de la radio commerciale.» Des sociétés de gestion de droits ont d\u2019ailleurs décidé de contester ce tarif devant la Cour fédérale \u2014 la cause a été entendue en février.Sauf que selon Sandy Boutin, président de Simone Records (Louis-Jean Cormier, entre autres), même si le tarif était ajusté à ce que les États-Unis of frent, on resterait loin d\u2019une solution.Boutin plaide pour une réponse plus large que le seul tarif : d\u2019abord, forcer les fournisseurs d\u2019Internet haute vitesse à verser des redevances sur les abonnements qu\u2019ils vendent.«Les gens ont besoin [de bande passante] principalement pour consommer des biens et des contenus culturels, remarque-t-il.Ce serait juste que les fournisseurs partagent une partie des profits.» L\u2019idée d\u2019une redevance sur les ventes d\u2019appareils de type iPod (que les conser vateurs avaient rejetée en 2012) devrait aussi être considérée, ajoute Sandy Boutin.«Ça viendrait compenser des pertes de revenus.» Économie chamboulée Au Québec, il n\u2019y a pas encore de données précises sur l\u2019impact de la lecture en continu.Mais personne ne doute que les données américaines sont semblables à celles d\u2019ici.Le tout inquiète vivement la directrice générale de l\u2019ADISQ, Solange Drouin.«À mon sens, la situation est critique : les ventes physiques sont en chute libre, les ventes numériques commencent à diminuer et le secteur du streaming \u2014 qui cannibalise la vente d\u2019albums \u2014 rapporte des revenus dérisoires.Toute notre économie est chamboulée.» Dans cette dynamique par ticulière, elle souligne tout de même un élément positif.« La production d\u2019albums n\u2019a pas diminué malgré les di f ficultés du secteur , d it -el le .Ça me surprend chaque année.» De là à conclure que la situation n\u2019est pas si mal ?« C\u2019est plutôt qu\u2019on ne peut empêcher un cœur d\u2019aimer », suggère-t-elle.Le Devoir La chute en chiffres 33% Ampleur de la baisse du nombre de disques vendus au Québec (physiques et numériques) entre 2005 et 2015.Il s \u2019est vendu un équivalent de 8,5 millions d\u2019albums l\u2019an dernier, contre 12,8 en 2005.13 Nombre d\u2019albums qui ont franchi la barre des 25 000 exemplaires vendus l\u2019an dernier au Québec.Il y en avait eu 57 en 2005.7%Diminution des ventes numériques au Québec entre 2013 et 2014.Il s\u2019agit d\u2019un premier recul, probablement dû à l \u2019arrivée des ser vices de musique en continu.70 % Chute des ventes de CD au Canada entre 2004 et 2014 (de 36,6 millions d\u2019unités à 11,2 millions).Source : Observatoire de la culture et des communications SUITE DE LA PAGE 1 BUFFET commissaire à l\u2019éthique et à la déontologie des membres de l\u2019Assemblée nationale, Me Jacques Saint-Laurent, pour qu\u2019il fasse enquête sur les activités de Sam Hamad dans deux dossiers de subventions touchant la société Premier Tech.Marc- Yvan Côté en était le vice-président du conseil d\u2019administration jusqu\u2019au 17 mars dernier, jour de son arrestation.Sam Hamad a lui-même envoyé une demande au commissaire, vendredi, pour qu\u2019une enquête soit menée sur ce qu\u2019il a pourtant qualifié de «pétard mouillé», d\u2019« insinuations» et d\u2019«amalgames».Par voie de communiqué, le commissaire a confirmé qu\u2019il procédera à une enquête à huis clos à la suite des demandes des députés Drain- ville et Caire.Il ne mentionne pas la requête de Sam Hamad.Un rapport sera rendu public si un manquement est constaté.«Faire le suivi des dossiers» Dans les courriels dévoilés par l\u2019émission Enquête, Marc-Yvan Côté avance que Premier Tech peut compter sur son «ami», qui lui fournit des renseignements sur l\u2019évolution des dossiers de l\u2019entreprise au sein du gouvernement.L\u2019ancien ministre libéral informe le président de Premier Tech, Jean Bélanger, ainsi : « Mon ami [Sam Hamad] vient de me faire un rapport sur les deux téléphones faits le jour même [à Jacques Daoust, alors président d\u2019Investissement Québec, et Clément Gignac, ministre du Développement économique].» Et il ajoute : «P.-S.\u2014 Je l\u2019envoie qu\u2019à toi afin de protéger notre ami.» Dans un autre courriel, Marc-Yvan Côté parle de « la madame du Trésor [Michelle Courchesne]» qui «n\u2019est pas facile ».En entrevue avec Paul Ar- cand au 98,5 FM, Sam Hamad n \u2019a pas nié que Marc-Yvan Côté, qui a été banni à vie du Par ti libéral du Canada en 2005 après avoir avoué à la commission Gomery avoir fait du financement politique illégal au comptant, était un de ses amis.«Attention, un bandit et quelqu\u2019un qui a été banni du Parti libéral, c\u2019est deux choses dif férentes », a répondu Sam Hamad à l\u2019interviewer coriace.Le ministre a soutenu qu\u2019il n\u2019avait jamais informé Marc-Yvan Côté de l\u2019évolution des dossiers de Premier Tech au sein de l\u2019appareil gouvernemental.Il n\u2019est jamais inter venu pour changer une décision des fonctionnaires d\u2019Investissement Québec (IQ) ni parlé des séances du Conseil du trésor auxquelles il assistait ou de celles du Conseil des ministres, a-t-il avancé.Il s\u2019est contenté de « faire le suivi des dossiers ».Sam Hamad a reconnu qu\u2019en 2012, il avait déjeuné, alors qu\u2019il était ministre du Développement économique, avec Marc-Yvan Côté pour discuter de Premier Tech.La société insistait pour obtenir une aide plus généreuse que celle consentie par IQ.L\u2019intervention du ministre a porté ses fruits.Hamad aurait dû vérifier Marc-Yvan Côté, qui était manifestement engagé dans des activités de lobbyisme, n\u2019était pas inscrit au registre des lobbyistes, comme le veut la loi.Ce n\u2019était pas au ministre de s\u2019informer s\u2019il était inscrit, a fait valoir Sam Hamad.Le commissaire au lobbyisme n\u2019est pas de cet avis, a indiqué son porte-parole, Daniel La- bonté.« Les titulaires de charges publiques doivent adopter une attitude proactive », écrit le commissaire au lobbyisme dans son bilan 2002- 2013, et « s\u2019assurer que les lobbyistes qui les approchent sont inscrits au Registre des lobbyistes ».Entre 2008 et 2012, l\u2019année où la société de Rivière-du-Loup a reçu un prêt de 11 millions d\u2019IQ et une subvention de 8 millions du ministère de Sam Hamad, les dirigeants de Premier Tech ont versé 20 000 $ à la caisse PLQ tandis que Marc-Yvan Côté et sa famille contribuaient à hauteur de 17 000 $.« C\u2019est ça qui ressemble à du trafic d\u2019influence », a argué le député péquiste Bernard Drainville.Philippe Couillard affronte «un test de leadership», estime pour sa part le député ca- quiste Éric Caire.«Chaque minute qui passe où Sam Hamad continue d\u2019assumer des fonctions ministérielles assombrit le nuage qui plane au- dessus du gouvernement.» Sur la foi des courriels, les partis d\u2019opposition reprochent à Sam Hamad d\u2019avoir enfreint l\u2019article 16 du Code d\u2019éthique des élus, qui stipule qu\u2019un député ne peut « influencer ou tenter d\u2019influencer » une décision de façon à favoriser « de manière abusive » les intérêts personnels d\u2019une personne.Ils allèguent également que le ministre a violé l\u2019article 17 du même code en communiquant «des renseignements qu\u2019il obtient dans l\u2019exercice ou à l\u2019occasion de l\u2019exercice de sa charge et qui ne sont généralement pas à la disposition du public» afin de favoriser les intérêts d\u2019un tiers.Sam Hamad ne peut surtout pas rester président du Conseil du trésor, clame l\u2019opposition.« Il donne beaucoup de contrats, le président du Conseil du trésor.Il a un devoir d\u2019exemplarité, a souligné Bernard Drainville.Quelle crédibilité Sam Hamad a-t-il de rester président du Conseil du trésor et responsable de la mise en œuvre des recommandations de la commission Charbonneau ?» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 HAMAD capable d\u2019invisibilité à force de se fondre dans les situations, qui migrera à la dure au Québec, qui étudiera au grand dam de sa mère la traduction, avant de devenir avocate.Autant de détails dont on ne sait plus désormais s\u2019ils sont tirés de Ru, de Mãn (Libre Expression, 2013) ou du parcours de l\u2019écrivaine.« Je n\u2019invente rien, confie Kim Thúy avec sa gentillesse, sa chaleur et sa joie habituelles et absolument contagieuses.Ce sont vraiment des choses que je vis, que je vois.Je ne suis pas capable d\u2019inventer, finalement.Quand j\u2019écris, mon seul objecti f est de par tager la beauté.» Dans le bureau de son éditeur, tapie derrière des piles et des piles d \u2019exemplaires de son opus tout neuf, elle interrompt ses dédicaces aux médias le temps d\u2019un entretien pour Le Devoir.De la Malaisie à Berlin, du Cambodge à Rimouski, le lecteur suit Vi, mais aussi sa famille, ses amies.«Je voulais juste raconter avec ce livre toutes les rencontres qui m\u2019ont portée, depuis toujours, résume l\u2019au- teure.Autant Ru était un hommage aux gens qui m\u2019ont reçue quand je suis arrivée au Québec et à la famille qui m\u2019a élevée, autant Mãn était un hommage à la culture culinaire française, au travail des chefs, à toute la vaisselle qu\u2019ils lavent et aux coupures et brûlures qu\u2019ils se font.Et autant maintenant, je veux saluer tous ces gens qui m\u2019ont portée, reçue, ceux qui m\u2019ont appris plein de choses.» Et elle le fait en nommant et transmettant les sensations et les images, toutes ces nourritures des sens qui sont si présentes dans son œuvre.Une histoire d\u2019amour Vi finira par rencontrer le Français Vincent.Et par l\u2019aimer, follement.« À travers cette histoire d\u2019amour, je voulais parler de la colonisation, mais pas juste de son mauvais côté, qu\u2019on met souvent en lumière.Et c\u2019est vrai que dans tout rapport de force imposé, le mal apparaît fortement.Mais il y a aussi à travers ça de la beauté, de l\u2019humain.Ça prend peut-être le mal, l\u2019enfer pour voir la beauté des gens.Dans les atrocités de la colonisation, il y a des moments extrêmement beaux, des transferts, de la transmission.» Car Kim Thúy a ce don, presque un tic, de trouver des diamants même dans la saleté, de magnifier les détails et les fractions de seconde de beauté, de poétiser le presque rien.Mais les membres de la communauté vietnamienne qui lui ont reproché de ne pas avoir dé- monisé les communistes dans Ru risquent de n\u2019être pas ravis ici non plus.«Je peux comprendre.C\u2019est facile pour moi de parler.Ces gens ont perdu une vie quand ils ont immigré.Moi j\u2019étais jeune, j\u2019avais ma famille, je n\u2019ai rien perdu.J\u2019ai continué ma vie différemment.» Il émane des textes de Kim Thúy une nostalgie, une mélancolie, mais «d\u2019un monde qui n\u2019existe pas», pré- cise-t-elle.C\u2019est qu\u2019elle ne connaît pas le passé, dit-elle, « grâce à la langue vietnamienne qui est toujours à l\u2019infinitif.Tu ne conjugues jamais en vietnamien et en chinois.Tu dis : \u201cManger + pomme + hier.\u201d Je suis donc toujours au présent \u2014 et ma directrice littéraire capote chaque fois qu\u2019elle doit corriger mes temps de verbe.Mais c\u2019est peut-être aussi grâce à la culture vietnamienne, qui dit que tu n\u2019es que le résultat de tes ancêtres.Il y a toujours une chaîne.Tu portes toujours ton passé sur toi, donc ce passé est présent.Ma ligne du temps à moi n\u2019est pas horizontale, mais verticale.Quand on parle de nostalgie, on parle de quelque chose qui surgit du passé, mais je n\u2019ai pas de passé.Je n\u2019ai pas de futur.» Lorsqu\u2019elle écrit, elle est dans ce présent.«L\u2019image que j\u2019ai, c\u2019est que je prends la main d\u2019un ami, avec qui je rentre dans une espèce de bulle, et à qui je raconte l\u2019histoire des objets qui nous entoure.J\u2019ai un ami imaginaire, en fait, et je suis toujours en murmure, afin de ne presque pas déranger l\u2019espace où je le fais entrer.» «Handicapée des deux langues» Ce serait donc un désir de partage qui motiverait l\u2019écriture chez elle?«Oui.C\u2019est juste ça.» Ajouté au désir de partager la langue vietnamienne.en français.«Encore au- jourd\u2019hui, ce sont des images et la langue vietnamiennes qui me viennent quand j\u2019écris.J\u2019ai deux cultures dans mon ADN intellectuel, et quand on connaît deux cultures, on peut les comparer et les aimer beaucoup plus, beaucoup mieux.Comme mon but dans ce livre était de comparer les lieux où j\u2019ai voyagé.» Par l\u2019écriture, elle cherche l\u2019émotion dans les mots\u2026 et les mots dans l\u2019émotion.Mais pourquoi ne pas remonter à la source des images et des sonorités, et directement écrire en vietnamien, alors?«Je ne possède pas assez la langue.Je n\u2019ai pas les émotions.Je ne sais pas c\u2019est quoi \u201cnostalgie\u201d en vietnamien.Je suis comme handicapée des deux bords, des deux langues, mais je ne peux qu\u2019écrire en français», croit celle qui rêve aussi dans la langue de Molière.«C\u2019est le seul outil que j\u2019ai, et il est imparfait.Je suis comme une pince qui ne reste pas ouverte.Je vais mourir frustrée, d\u2019autant que non seulement j\u2019absorbe lentement les mots, mais maintenant, à 47 ans, j\u2019ai commencé à en oublier.J\u2019en perds.Chaque fois, c\u2019est un drame en moi, quand je réalise, moi qui ai si peu de mots, que j\u2019en perds encore un; j\u2019ai un moment de tristesse profonde.» Cette tristesse qu\u2019elle nomme, cette mélancolie qui émane de son œuvre, on ne les sent pas du tout, lorsqu\u2019elle nous parle, dans sa présence attentive et flamboyante.« Je suis cette personne mélancolique et triste qui n\u2019est pas capable de ne pas rire, dit-elle, un immense sourire au visage.Je pense qu\u2019il y a une conspiration, une malédiction bénéfique pour que je sois heureuse.Mais quand j\u2019écris, là, j\u2019ai le droit d\u2019être mélancolique, d\u2019aller dans ces zones-là.Mais en même temps, j\u2019en vois toute la beauté.Je vois toujours la fraction de beauté au milieu du reste, l \u2019infime par tie qui por te tout.» Et elle la partage.Le Devoir VI Kim Thúy Libre Expression Montréal, 2016, 142 pages En librairie le 6 avril SUITE DE LA PAGE 1 VIES Sam Hamad "]
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