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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-04-09, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 !\" #$ % !&' '&() & * + ! librairiemonet.com monet.leslibraires.ca D A N I E L L E L A U R I N O n pourrait croire que la noirceur domine l\u2019œuvre de Philippe Claudel.Le romancier français de 54 ans, auréolé du prix Renaudot en 2003, du Goncourt des lycéens en 2007 et du Prix des libraires du Québec l\u2019année suivante, revient à l\u2019avant-scène avec L\u2019arbre du pays To- raja, un roman encore une fois empreint d\u2019une grande gravité.Pourtant : «C\u2019est avant tout une célébration de la vie », avance en entrevue Philippe Claudel, à quelques jours de l\u2019ouverture du Salon international du livre de Québec, dont il est un des invités d\u2019honneur.Son premier roman, Meuse l\u2019oubli, en 1999, portait sur la mort de personnes aimées.Dans Les âmes grises, il revenait sur les ravages de la Première Guerre mondiale, puis, dans La petite fille de Monsieur Linh, sur ceux de la guerre du Vietnam et du génocide khmer.Il s\u2019est aussi penché, dans le très troublant Rapport de Bro- deck, sur les conséquences de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale.Et voici que, dans L\u2019arbre du pays Toraja, la mort d\u2019un proche occupe le centre de l\u2019histoire.Mais ce n\u2019est pas tant la mort ni la guerre qui constituent le terreau romanesque de cet auteur longtemps enseignant auprès de prisonniers et d\u2019enfants handicapés.«Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est d\u2019essayer de comprendre comment nous fonctionnons, ce que nous sommes, comment nous nous confrontons à des drames, qu\u2019ils soient historiques ou intimes, explique-t-il.J\u2019essaie toujours, par romans interposés, d\u2019inspecter nos grandeurs, nos lâchetés, nos forces et nos faiblesses.» Parmi les phrases révélatrices de L\u2019arbre du pays Toraja, on retient spécialement celle-ci : «Vivre, en quelque sorte, c\u2019est savoir survivre et ENTREVUE Philippe Claudel, changer le creux en plein Le romancier français raconte comment faire entrer les morts dans nos vies C H R I S T I A N D E S M E U L E S A près avoir consacré un doctorat à l\u2019œuvre de l\u2019écrivain italien Ugo Foscolo à l\u2019Université de la Sarre (Allemagne), Hans-Jürgen Greif est arrivé à Québec en 1969.Pendant 35 ans d\u2019enseignement à l\u2019Université Laval, il a su par tager à des cohor tes d\u2019étudiants sa passion pour la littérature.À l\u2019occasion de la sortie de Complots à la cour des papes, son 14e livre de fiction (du moins en français), un collectif composé surtout de collègues et d\u2019anciens étudiants de l\u2019Université Laval a eu l\u2019idée de lui offrir un petit hommage.Habiter la littérature réunit une petite quinzaine de textes, articles académiques, fictions ou lettre qui viennent dessiner en creux le portrait de cet enseignant, chercheur et écrivain d\u2019exception.Notamment, Monique Moser-Verrey y évoque leur complicité de germanistes, Yan Hamel s\u2019interroge sur le « dandy femelle » chez Proust et Marie-Ève Sévigny y développe une nouvelle un peu à la manière de Greif, tandis qu\u2019Hans-Jürgen Greif lui-même estime, dans un texte à portée testamentaire (Pourquoi la littérature?), que les « livres peuvent changer le monde».Quelques anciens élèves se sont sentis privilégiés d\u2019avoir pu connaître « cet enseignement passionné et passionnant qui était le sien, légèrement ironique et toujours rigoureux et érudit, et qui nous amenait à nous dépasser ; mais encore par cette remarquable disponibilité à l\u2019extérieur des salles de classe, par son amitié chaleureuse et cultivée, dans tous les sens du terme».«C\u2019est avec lui que nous avons découvert le Huysmans d\u2019À rebours et le Théophile Gautier de Mademoiselle de Maupin, le Barbey d\u2019Aure- villy des Diaboliques et le Villiers de l\u2019Isle-Adam des Contes cruels», écrivent dans leur avant- propos Patrick Bergeron et François Ouellet.Des lignes enthousiastes que j\u2019aurais pu moi-même écrire, ayant été aussi (en toute transparence) l\u2019un des étudiants de Hans-Jür- gen Greif dans le cours passionnant qu\u2019il a longtemps consacré aux écrivains décadents du XIXe siècle.Généreux, ironique, exigeant : voilà qui résume bien ce professeur au- jourd\u2019hui à la retraite, né en 1941 à Völklin- gen, en Allemagne.Guerres papales On pourrait, il est vrai, dire la même chose de son travail d\u2019écrivain.Portraitiste au regard acéré qui semble fuir comme la peste la facilité \u2014 lui dont le français, par exemple, n\u2019est pas la langue maternelle \u2014, multipliant les sujets et les approches, il peut aussi bien passer d\u2019une saga familiale truculente (La bonbonnière, 2007, en collaboration avec Guy Boivin) à un roman érudit consacré au peintre suisse Niklaus Manuel Deutsch (Le jugement, 2008).«Hans-Jürgen Greif reste pour nous, écrivent les éditeurs de ce collectif, la personnification noble d\u2019une forme de résistance et une référence intellectuelle de première force.» Complots à la cour des papes s\u2019inscrit dans la veine de ses titres comme Orfeo, Le jugement ou Job & compagnie (L\u2019instant même, 2003, 2008 et 2011), qui puisent leur matière dans l\u2019histoire ou la mythologie.Composé de trois histoires (des novellas), le livre nous entraîne dans les méandres du droit canon, les magouilles de sacristies, les conspirations cardinales et les révolutions de palais.Du népotisme, de la corruption, de la politique et un rien de folie.Bien peu de théologie et de spiritualité, mais beaucoup de Machiavel \u2014 même si le Florentin n\u2019était pas encore né.«Les complots sont aussi vieux que le monde», rappelle Hans-Jürgen Greif dans l\u2019avant-propos de ses érudits Complots à la cour des papes.Rien n\u2019est plus vrai.L\u2019écrivain a choisi ici trois des plus célèbres complots de l\u2019Histoire, se déroulant entre le début et l\u2019apex de la Renaissance Conspirations, inspiration Pour Hans-Jürgen Greif, trois novellas papales et un livre pour lui rendre hommage FRANCIS VACHON LE DEVOIR Hans-Jürgen Greif est un portraitiste au regard acéré qui semble fuir comme la peste la facilité.GARY GERSHOFF AGENCE FRANCE-PRESSE Philippe Claudel SALON INTERNATIONAL DU LIVRE DE QUÉBEC 13 AU 17 AVRIL 6 VOIR PAGE F 6 : CLAUDEL Faire sortir le méchant.Geneviève Drolet ré?échit à notre rapport au corps.Page F 2 Fredric Gary Comeau réinvente le grand roman d\u2019amour Page F 3 La guerre culturelle, yes sir! La chronique de Louis Cornellier Page F 8 Le duo Eid et Paiement part à la poursuite de destins croisés Page F 5 VOIR PAGE F 4 : CONSPIRATIONS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 S A L O N I N T E R N A T I O N A L D U L I V R E D E Q U É B E C F 2 D O M I N I C T A R D I F G ardez-vous votre costume de bain à pois lorsque vous trimballez vos foufounes jusque dans un sauna ?Oui, c\u2019est le gros minimum de la pudeur élémentaire, vous ex- clamez-vous ?En Allemagne, pareil comportement vous attirerait pour tant des regards lourds de réprobation.« Mes collègues et moi, on était allés à la piscine et on est ensuite entrés dans le sauna avec nos maillots.On nous a signalés, sans appel, qu\u2019il fallait absolument être nus, alors on est partis », se rappelle l\u2019écri- vaine, artiste de cirque et, métier oblige, globe-trotter Geneviève Drolet, en racontant sa première visite dans un sauna, à Munich.Elle avait 20 ans.Heureusement qu\u2019elle acceptera quelques années plus tard, à Berlin, de complètement tomber la serviette \u2014 une exigence tenant essentiellement de l\u2019hygiène.Elle en ressortira avec une nouvelle obsession pour ces lieux où toute honte \u2014 celle du bourrelet ballottant ou du sexe chétif \u2014 est abolie.Ardente épiphanie dans la vapeur.Le guide des saunas nordiques, son passionnant cinquième roman, c\u2019est d\u2019abord ce désir de réhabiliter dans l\u2019imaginaire du lecteur québécois ces endroits ici éternellement poursuivis par des ef fluves d\u2019hôtels plus ou moins bien entretenus.Ce guide qu\u2019Eme- lyne, jeune mère en déroute, rédige en Finlande, en Estonie et en Allemagne, Geneviève le rédigeait déjà elle-même infor- mellement au gré de ses pérégrinations, là où abondamment transpirer en groupe appartient au quotidien.Quel plaisir prend-on à se soumettre à une température aussi suffocante?«C\u2019est un choc vraiment intense pour le corps, comme une drogue», répond la jeune trentenaire, animée par une ferveur de prosélyte.«Gérer cette chaleur-là vient avec un apprentissage en matière de per te de contrôle.Le sauna provoque presque une douleur.C\u2019est comme une fièvre, c\u2019est quasiment alarmant.Ton corps n\u2019est pas habitué à avoir aussi chaud, mais une fois que tu te laisses aller, il y a un sentiment de liber té, qui provient aussi des hormones que ton corps produit en sortant.C\u2019est très relaxant de ne pas se battre contre les sensations et de plutôt les suivre.» Toujours fascinée par le corps comme siège de nos angoisses les plus troubles et nos désirs les plus indicibles, Geneviève Drolet ausculte dans ce guide (contenant bel et bien des critiques de vrais de vrais saunas) la libido qui s\u2019assèche et les traces que laisse, sur le corps comme entre deux amants, un accouchement.La révolution par le sauna De l\u2019autre côté de l\u2019océan, Emelyne rumine l\u2019apathie de Benoit, le père de sa fille qui ne lui a pas fait l\u2019amour depuis six ans, en tentant de faire sortir le méchant par les pores dilatés de sa peau.Comment ces femmes dodues arrivent-elles à accepter que chacun de leurs plis et replis soit offert au regard de l\u2019autre dans le sauna, alors qu\u2019elle tente toujours d\u2019apprendre, elle, à se réconcilier avec ses propres seins transformés par l\u2019allaitement?« La nudité obligatoire du sauna permet de constater à quel point ces gens-là sont confor tables avec leur corps, même s\u2019ils ne sont pas tous athlétiques», fait valoir l\u2019auteure de Sexe chronique et de Panik.« Je voyais des préadoles- centes de 11 ans en pleine transformation physique, nues dans les saunas avec leurs parents, et je n\u2019ai pas de difficulté à imaginer qu\u2019elles entretenaient un rappor t dif férent avec leur corps que les préados nord-américaines.Notre pudeur ici a souvent pour conséquence que chaque par tie du corps est sexualisée, alors qu\u2019il n\u2019y a aucune tension sexuelle dans un sauna, tout le monde se concentre sur sa propre méditation.J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019un énorme changement de société se produirait si tout le monde adoptait ces habitudes-là.» En attendant que les braises de cette révolution par la chaleur extrême s\u2019enflamment, comment Geneviève Drolet, dans la froidure montréalaise, assouvit-elle son désir de sudations abondantes?«Mon chum m\u2019a construit un sauna l\u2019an dernier ! » La cour arrière la plus scandinave de tout Saint-Henri.Collaborateur Le Devoir LE GUIDE DES SAUNAS NORDIQUES Geneviève Drolet Tête Première Montréal, 2016, 192 pages L\u2019auteure sera au stand 227 les 16 et 17 avril.ENTREVUE Faire sortir le méchant Geneviève Drolet réfléchit à notre rapport au corps dans Le guide des saunas nordiques D O M I N I C T A R D I F L\u2019 image transcende à elle seule toutes les failles du roman tant elle prend bellement à contre-pied les préjugés : V ictor Scarpa, gigantesque trucker de six pieds et sept pouces, préside dans les haltes routières du continent un club de lecture informel et échange sous le manteau avec ses compatriotes routiers des livres audio, qu\u2019il fait produire lui-même.Figurez-vous la scène : autour d\u2019un café cent fois réchauffé et d\u2019un menu du jour de casse- croûte, ces belles bêtes bourr ues discutent des romans à succès de Muriel Barber y, Ber nhard Schlink, Dan Brown ou Fred Vargas, que souffle mille après mille à leurs oreilles une suave voix anonyme, celle de « la merveilleuse Babette ».Comment ne pas vouloir nous aussi nous attabler avec ce bon Johnny Bide Trottier, qui tombe en bas de sa chaise en apprenant que Fred Vargas est une femme (!), ou qui se scandalise qu\u2019on ait interdit dans un lycée français la lecture d\u2019un livre d\u2019Agatha Christie « à cause des passages pornographiques» ?La réponse de son ami Luciano Vidal : « Je crois que tu veux parler du roman d\u2019Agota Kristof , Bide.Pas d\u2019Agatha Christie.» Des idées réchauf fe-cœur comme celle- là, Francine Brunet en déballe plusieurs dans Le géant.Au roman mi- nimaliste collant à la trajectoire d\u2019un seul personnage, l\u2019auteure de Le nain (Stanké, 2014) oppose une vision un peu surannée de l\u2019ar t de raconter se déclinant en un vaste florilège d\u2019intrigues, tourbillonnant autour du couple que formaient jadis Scarpa \u2014 c\u2019est lui Le géant du titre \u2014 et Madeline, qui a refait sa vie avec une femme.Pendant ce temps, Rosie, leur fille, tente de survivre à ses parents, Franie, la belle- mère, travaille à se réconcilier avec son passé funeste, alors que la petite Babal, la demi-sœur, lutte avec des troubles de langage.Ça fait beaucoup, oui.Enquête policière, chronique d\u2019une crise d\u2019adolescence, longue marche vers la résilience : Le géant enfile une quantité de catastrophes en un temps record et vertigineux.Reliez tous les points séparant l\u2019albinisme de bébé Babal, Madeline en couple avec une femme après avoir eu un enfant avec un homme, les dépendances aux drogues de Rosie, la mère atikamekw ET suicidée de Franie, les fichiers de pornographie juvénile circulant à la frontière, ainsi qu\u2019une poignée de chapitres aboutissant dans des culs-de-sac, et vous pourriez bien obtenir un épisode du téléroman Mémoires vives, réputé pour les tui les nombreuses s\u2019abattant sur ses personnages.Que Francine Brunet parvienne, malgré ce flagrant éparpillement, à maintenir le cap sans trop dérouter ne peut que témoigner de son sens du personnage for t , qu\u2019elle emploie en ne se refusant pas d\u2019utiliser à ses fins cer tains clichés, bien que sans jamais oublier de doucement les subver tir au passage.Si le roman populaire doit se ser vir de ses outils afin d\u2019aiguiser le sens de la compassion et de l\u2019ouverture d\u2019esprit de celui à qui i l s\u2019adresse, il devrait cependant faire gare à user du drame humain pour bêtement alimenter la machine à larmes, un précipice avec lequel l\u2019auteure flirte parfois.Attendrissante ode à la littérature comme instrument servant à lier entre eux ceux qui autrement par tiraient dans des directions opposées, Le géant rappelle que le geste et le coup de crayon subtils ont toujours plus de por tée, surtout lorsqu\u2019on est flanqué de paluches d\u2019ours en guise de mains.Collaborateur Le Devoir LE GÉANT Francine Brunet Stanké Montréal, 2016, 224 pages L\u2019auteure sera au stand 217 les 14 et 15 avril.ROMAN QUÉBÉCOIS Mille après mille, je lis Francine Brunet imagine une bande de truckers en passionnés de littérature GETTY IMAGES Le guide des saunas nordiques, c\u2019est d\u2019abord ce désir de réhabiliter dans l\u2019imaginaire du lecteur ces endroits ici éternellement poursuivis par des ef fluves d\u2019hôtels plus ou moins bien entretenus.C\u2019est très relaxant de ne pas se battre contre les sensations et de plutôt les suivre Geneviève Drolet » ÉDITIONS TÊTE PREMIÈRE « M A R I E F R A D E T T E L\u2019 adolescence, période de recherches, d\u2019essais et erreurs, est un sujet fertile et omniprésent dans la littérature jeunesse, mais aussi dans les récits de l\u2019adolescence.Depuis L\u2019attrape-cœurs de Salinger jusqu\u2019à L\u2019île de la Merci d\u2019Élise Turcotte en passant par Le dernier des raisins de Raymond Plante, les personnages d\u2019adolescent cimentent le genre.Avec Hare Krishna, son troisième roman, François Gilbert signe un texte singulier qui sort des sentiers battus.Mikael, 16 ans, quitte sa Beauce natale pour Montréal où il adhère à la secte d\u2019Hare Krishna persuadé que cette philosophie le libérera de son mal-être.Mais la mort de son père l\u2019oblige à retourner au bercail, le replongeant inévitablement au cœur du passé, là où les démons s\u2019amusaient à le déjouer.« Égoïstement, ce n\u2019était pas la mor t de Papa que je redoutais, mais bien la perspective de rentrer à la maison.Je n\u2019avais qu\u2019à imaginer l\u2019école secondaire, la préparation pour le bal des finissants, mon prochain travail d\u2019été, le temps perdu à me droguer, l\u2019entrée au cégep, pour ne plus vouloir retourner là-bas.» Dès son arrivée, son allure inspirée des dévots de Krishna tranche dans le décor beauceron et complique ses relations qui n\u2019étaient déjà pas faciles.Entre l\u2019intimidation dont il est victime, l\u2019omniprésence d\u2019Hare Krishna et la séquestration dans laquelle sa mère le confine de peur qu\u2019il retourne vivre au temple, Mikael est coincé.Et tout est là, dans le manque de liberté qui habite le héros.À travers les multiples voix, celles de son père, de Bhagavan, d\u2019Éric, son frère, celle de l\u2019ancien Mikael jusqu\u2019à celle de sa mère, femme possessive qui fait appel au curé \u2014 tout aussi endoctriné que Khrisna \u2014 pour raisonner son fils, l\u2019oppression du héros est palpable.Ces personnages aux contours rigides, aux déterminations solides, font figure de prison qui empêche le héros d\u2019être libre de penser et d\u2019agir.L\u2019auteur de La maison d\u2019une autre emprunte le chemin de traverse des croyances et de tout ce qu\u2019elles recèlent de contraignant pour exposer les tourments identitaires propres à l\u2019adolescence.Tiraillé entre différentes valeurs et visions du monde, Mikael doit apprendre à trouver sa voie.Même le temps du récit, condensé sur quelques jours, par ticipe de cette bourrasque qui le bouleverse et l\u2019étouffe.Tout dans le roman contribue à exprimer l\u2019asphyxie que vit Mikael.Que ce soit l\u2019attitude inflexible des personnages ou le va-et-vient constant entre ses tours de mala et le retour de ses démons, son état exprime un déséquilibre.« Puis je me rappelle que toutes ces voix sont miennes, qu\u2019elles font parties de moi, fragmenté.[\u2026] À cet instant, il semble qu\u2019[elles] ne font plus qu\u2019une.Une unanimité qui surprend, qui apaise.» Après plusieurs détours, c\u2019est donc en lui que Mikael trouve les prémisses d\u2019un certain équilibre.Gilbert livre ici un texte sensible et atypique, un roman riche dans lequel fond et forme s\u2019imbriquent et mènent le héros vers une apparente liberté.Collaboratrice Le Devoir HARE KRISHNA François Gilbert Leméac Montréal, 160 pages, 2016 L\u2019auteur sera au stand 81 le 16 avril.JEUNESSE Comment survivre à l\u2019adolescence François Gilbert signe avec Hare Krishna un texte singulier qui sort des sentiers battus FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR L\u2019auteur François Gilbert emprunte le chemin de traverse des croyances et de tout ce qu\u2019elles recèlent de contraignant. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 S A L O N I N T E R N A T I O N A L D U L I V R E D E Q U É B E C F 3 Boréal 264 pages \u2022 24,95 $ \u2022 PDF et ePub : 18,99 $ Agnès Gruda P h o t o : M a r t i n e D o y o n « Dans Mourir, mais pas trop, la mort n\u2019est pas seulement physique.C\u2019est aussi la fi n de l\u2019enfance, de l\u2019amour ou de l\u2019innocence, vue par une nouvelliste de talent, en 13 textes tragicomiques à la construction implacable.» Josée Lapointe, La Presse Venez rencontrer Agnès Gruda au Salon du livre de Québec Samedi 16 avril 12 h 30 à 12 h 50 : Entretien avec Elsa Pépin 13 h à 14 h : En signature au stand 227 18 h 30 à 19 h 30 : Table ronde sur le journalisme 19 h 30 à 20 h 30 : En signature au stand 227 Dimanche 17 avril 13 h à 14 h : En signature au stand 227 mourir, mais pas trop Nouvelles ROMAN CHAQUE HEURE DE DANSE Mireille Véronneau Québec Amérique Montréal, 2016, 144 pages Pour s\u2019arracher à la torpeur qui l\u2019engloutit après la mort de son tendre papa alors qu\u2019elle n\u2019a que cinq ans, Catherine est inscrite par sa mère à l\u2019École de ballet.Peu importent les nobles efforts faits au cours des ans, c\u2019est sous le signe de la solitude et de l\u2019angoisse que la jeune femme timorée entre dans la vie adulte.Grâce aux classes du maître Matthew Walters, auxquelles elle assiste d\u2019abord sans trop y croire, elle tentera de transcender les douloureuses exigences techniques de sa discipline afin de dire avec son corps ce que les mots ne sont jamais parvenus à nommer, nécessaire descente dans les profondeurs de sa douleur au moyen de laquelle chaque grande interprète s\u2019est forgée.Mireille Véron- neau, professeure de littérature au cégep « qui s\u2019exerce également à la danse classique depuis toujours », signe un premier roman partageant avec sa narratrice une trop grande sagesse, mais dont les passages décrivant avec pudeur le travail de la danseuse en salle, sous le regard admiratif de son Pygmalion, émeuvent et fascinent.L\u2019auteure sera au stand 81 les 16 et 17 avril.Dominic Tardif POÉSIE LA TERRE RETOURNÉE PARLE ENCORE Monique Adam Le Noroît Montréal, 2016, 94 pages Un désastreux texte liminaire nous introduit à cette Terre retournée, alors que la poète nous annonce que «le jet incendiaire de[s] yeux» doit créer sans aucun doute «les étreintes nues et le vitriol de l\u2019amour».Ça fait très mal.Peut-être faudrait-il se réfugier sous «l\u2019aisselle des feuilles» tout aussi bien que «sur le limbe des feuilles» comme elle susurre.Or, sitôt entré dans le corps du recueil, non seulement le ton change-t-il, mais sa qualité intrinsèque aussi, et cela de façon radicale.On est en présence d\u2019une poésie de la révolte, sinon de la revendication, confrontée aux dictatures et aux misères humaines.Ainsi ces titres de parties «Argentine (1976-1983) Dictature militaire.Videla tes infractions», ou encore «Roumanie (1965-1989) Nicolas Ceausescu, le conducator tumulte dans mon sang».En effet, comment ne pas s\u2019émouvoir devant ce «berceau vide / monde de peu de choses» quand déjà «500 enfants enlevés à leurs mères» ne sont plus?Nomenclature des peines, liste des misères, les poèmes étalent la catastrophe.De l\u2019Argentine à la Roumanie, de la Russie à Paris lors de la rafle du Vél\u2019 d\u2019Hiv\u2019 jusqu\u2019en Afghanistan, l\u2019auteure nous propose un parcours de la douleur, un itinéraire «voué à l\u2019économie des larmes / le cœur comme un poisson captif / qui perd ses eaux» ; alors, «le corps archive ses images» pour apprendre à survivre.Voilà donc une poésie engagée qui importe.L\u2019auteure sera au stand 288 les 15 et 16 avril.Hugues Corriveau S on premier roman, Vertiges, prix Jacques- Car tier 2013, nous en avait fait voir de toutes les couleurs.Chassés-croisés multiples, coïncidences désarmantes, errances diverses qui finissaient par se recouper : Fredric Gar y Comeau nous conviait à un feu d\u2019artifice des sens.Et voilà qu\u2019il remet ça.Mais cette fois, l \u2019auteur- compositeur- interprète et poète acadien tient un peu plus serrée la bride de son cheval fou éblouissant en perpétuel mouvement.Si plusieurs personnages, situations, souvenirs, conversations, rêves, voyages, scènes d\u2019amour et de sexe s\u2019entrecroisent, se télescopent, un fil rouge nous guide tout du long.Ce fil rouge s\u2019appelle Antoine Bourque.Il est poète et musicien, originaire d\u2019Acadie.C\u2019est lui qui est au centre de l\u2019histoire, lui qui la raconte.Avec fougue, dans le désordre.À peine quelques courts inserts, où d\u2019autres personnes de son entourage interviennent.Le temps de nous faire voir autrement ses agissements et comportements : l\u2019amitié n\u2019est pas exempte de coups bas, de trahisons, de mensonges.De blessures.Sous le ver nis, que d\u2019animosité.Cet Antoine Bourque apparaissait dans Vertiges, mais au milieu d\u2019une foule d\u2019autres personnages.Certains d\u2019entre eux d\u2019ailleurs reviennent dans Douze chansons pour Évelyne, qui pourrait être une suite au premier roman, mais indirecte.Peu importe.On a là, entre les mains, une histoire qui se suffit à elle-même.On a là un gars qui a perdu sa blonde, disparue comme par enchantement après un long voyage en amoureux aux États-Unis et au Mexique.De retour à Montréal, la belle Évelyne s\u2019est envolée, sans un au revoir, sans un mot.Pourquoi ?Réservoir à souvenirs Ce pourquoi traverse le roman.On aura une bonne idée de la réponse à la toute fin.Entre-temps, on errera avec Antoine Bourque en quête d\u2019une solution à l\u2019énigme de cette disparition.En quête de lui- même, aussi bien.Il a cherché par tout cette femme mystère, il s\u2019est fait aider dans son enquête, il ne sait pas si elle est vivante ou morte.Il a décidé de lui écrire douze chansons, caché au fond des bois.Après avoir laissé au directeur de sa maison de disque le résultat de son labeur, il s\u2019enfuit, sans attendre ses commentaires.Direction le Japon.C\u2019est le point de départ du roman.Pas question d\u2019entrer dans les détails de l\u2019histoire qui va suivre.À vous de voir.Simplement dire qu\u2019elle est multiforme, qu\u2019elle joue sur plusieurs registres à la fois, prenant parfois au tournant l\u2019aspect d\u2019un roman noir, et parfois, peut-être trop, du simple carnet de voyage où le temps paraît trop long.On peut y voir aussi un réser voir à souvenirs.Souvenirs dans les souvenirs, les uns en amenant d\u2019autres, qui en appellent d\u2019autres encore.Tous les âges défilent.On peut y voir encore un amalgame de réflexions.Sur l\u2019identité acadienne, notamment : « C\u2019est un peuple plus poétique que réaliste.C\u2019est un peuple de rêveurs et de fabulateurs.Nous sommes un peu les Haïtiens du Nord.» Réflexions sur le processus créatif, aussi.Sur l\u2019écriture en particulier.On notera au passage ce qu\u2019en dit l\u2019alter ego de l\u2019auteur : « Pour moi, l\u2019écriture, c\u2019est quelque chose d\u2019extrêmement intime.C\u2019est un acte privé, à la limite du sacré.C\u2019est comme la seule forme de religion qui me reste.Quand il y a communion, c\u2019est en silence, entre la page et le lecteur, en dif féré.Le lecteur prendra ce qu\u2019il voudra et me laissera le reste.C\u2019est comme ça que nous communiquons, si la communication existe.» Il ajoute : « Je peux jamais être sûr de rien.C\u2019est fucking prétentieux de croire que ce qu\u2019on fait peut avoir une influence sur quiconque.Je le fais parce que j\u2019ai pas le choix et j\u2019ai aucun contrôle sur ce qui peut arriver après.» À travers elles Les références à la littérature, à la musique, à la peinture, à l\u2019art en général comme carburant de nos vies sont légion.Une phrase de Marguerite Duras, entre autres, revient de temps en temps, comme un leitmotiv : « Tu n\u2019as rien vu à Hiroshima, rien.» I l y a la place du hasard dans nos vies qui occupe une grande place dans le roman, comme c\u2019était le cas dans Vertiges.Hasard, destin, comment savoir ce qui se joue à notre insu et nous conduit là plutôt qu\u2019ailleurs, avec telle personne plutôt qu\u2019avec telle autre ?Le sexe, aussi, est omniprésent.On le fait, de toutes les façons, on y pense tout le temps.Cet Antoine Bourque adore faire l\u2019amour.Et faire jouir les filles.Un exemple : « Je veux la voir jouir juste assez loin de moi, sans même esquisser un mouvement pour toucher de mon doigt sa peau.Je veux être à la lisière de sa perte de contrôle, seulement à la li - sière.À vrai dire, je voudrais être à la lisière de toutes les pertes de contrôle de toutes les f i l les que j \u2019ai connues, en même temps.» Mais ce qui domine par-dessus tout c\u2019est l\u2019amour.L\u2019amour charnel.Et son absence, son manque.Évelyne l\u2019absente embaume ce roman, qui s\u2019avère finalement un grand, un très beau roman d\u2019amour.Comme en témoigne ce qui suit : « Je hurle non seulement pour elle mais pour toutes les filles que j\u2019ai connues et perdues, toutes les âmes instables que j\u2019ai voulu mêler à la mienne.Je hurle, car je ne sais pas comment exister sans elles.» DOUZE CHANSONS POUR ÉVELYNE Fredric Gary Comeau XYZ, coll.Quai no 5 Montréal, 2016, 288 pages Le livre sera en librairie le 14 avril.L\u2019auteur au stand 7 les 16 et 17 avril.L\u2019absence dans la peau Fredric Gary Comeau réinvente le roman d\u2019amour ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Dans Douze chansons pour Évelyne, l\u2019auteur-compositeur-interprète et poète acadien tient un peu plus serrée la bride de son cheval fou éblouissant en perpétuel mouvement, que dans son premier roman.P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente aux.Anne Robillard/Wellan 1/7 La promesse des Gélinas \u2022 Tome 3 Florie France Lorrain/Guy Saint-Jean 5/6 Naufrage Biz/Leméac 4/11 Il était une fois à Montréal \u2022 Tome 2 Nos combats Michel Langlois/Hurtubise 2/4 Terreur domestique.Une enquête de l\u2019inspecteur.Guillaume Morrissette/Guy Saint-Jean 3/3 Les hautes montagnes du Portugal Yann Martel/XYZ 6/9 180 jours et des poussières Julie Marcotte/Mortagne \u2013/1 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 10/2 Ceux qui restent Marie Laberge/Québec Amérique \u2013/1 Marilyn \u2022 Tome 2 Voyages, névroses et talons.Marilyn Veillette/Intouchables \u2013/1 Romans étrangers La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 1/2 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 2/8 Carnets noirs Stephen King/Albin Michel 3/4 L\u2019urgence dans la peau.L\u2019impératif de Bourne Eric Lustbader/Grasset 7/2 La dame de Zagreb Philip Kerr/Masque 4/6 Inhumaine.Une enquête de Kay Scarpetta Patricia Cornwell/Flammarion Québec 5/5 Brunetti entre les lignes Donna Leon/Calmann-Lévy \u2013/1 Désaxé Lars Kepler/Actes Sud 6/8 Maestra L.S.Hilton/Robert Laffont 8/3 City on fire Garth Risk Hallberg/Plon 10/12 Essais québécois L\u2019impossible dialogue.Sciences et religions Yves Gingras/Boréal 6/8 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes d\u2019humeur Fabien Cloutier/Lux 1/7 La dure école Normand Baillargeon/Leméac \u2013/1 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 2/25 Différence et liberté.Enjeux actuels de l\u2019éducation.Georges Leroux/Boréal \u2013/1 Une juste colère.Gil Courtemanche, un journaliste.Martin Forgues/Somme toute \u2013/1 Mauvaise langue Marc Cassivi/Somme toute 8/5 Qui s\u2019occupe du souper?Nathalie Collard/Québec Amérique 9/2 Formes de la société \u2022 Tome 1 Genèse du politique Michel Freitag/Liber \u2013/1 Treize verbes pour vivre Marie Laberge/Québec Amérique 10/22 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/11 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL 2/4 Sonnez, merveilles! Kent Nagano | Inge Kloepfer | Isabelle Gabolde/Boréal 6/5 La machine est ton seigneur et ton maître Jenny Chan | Lizhi Xu | Yang/Agone 5/2 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/7 Quelle sorte de créatures sommes-nous?.Noam Chomsky/Lux \u2013/1 Murmures à la jeunesse Christiane Taubira/Philippe Rey 4/4 Le langage des sans-voix.Les bienfaits du.Stephen D\u2019Arcy/Écosociété \u2013/1 La pipe d\u2019Oppen Paul Auster/Actes Sud 9/2 Je dirai malgré tout que cette vie fut belle Jean d\u2019Ormesson/Gallimard \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 28 mars au 3 avril 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.À vrai dire, je voudrais être à la lisière de toutes les pertes de contrôle de toutes les filles que j\u2019ai connues, en même temps Extrait de Douze chansons pour Évelyne « » DANIELLE LAURIN L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 S A L O N I N T E R N A T I O N A L D U L I V R E D E Q U É B E C F 4 Le jardin, c\u2019est facile ! www.multim.com Les PUQ seront au Salon international du livre de Québec du 13 au 17 avril 2016 PUQ.CA Venez nous rencontrer au kiosque 91 On a tous besoin de savoir POUR AGIR Presses de l\u2019Université du Québec Dialogue sur la nordicité avec Louis-Edmond Hamelin et Jean Désy dimanche 17 avril à 12 h 30 Séance de dédicaces de Lorraine Pintal samedi 16 avril de 13 h à 14 h H U G U E S C O R R I V E A U O n peut très certainement considérer que le dernier l ivre d\u2019Élise T urcotte est constitué de deux recueils distincts.La première par tie, « Les jours », et le troisième chapitre de la seconde partie, «Fuite », sont d\u2019une indéniable force, proposent un souf fle long et ample qui ramasse la peine universelle dans le cœur même du chagrin.Par contre, les deux premiers chapitres de la seconde partie, « Photos-paysages » (auquel s\u2019ajoute une troisième partie, « Une nuit », constituée d\u2019un seul poème assez lisse), s\u2019avèrent stylistiquement moins percutants, surfant sur des vers relativement courts, pas toujours essentiels, dont l \u2019appor t à l\u2019œuvre importante de cette auteure laisse perplexe : « Je n\u2019écris pas de poème / quotidien / où le froid rompt les joues / et où les moteurs de motoneige / secouent les arbrisseaux / à l\u2019entrée de l\u2019hôtel» («Fleuve»).Entre acuité et cécité, les textes de « Fuite » et « Les jours» vacillent autour de la lumière et de la nuit, de l\u2019éveil comme du sommeil, perturbés par une angoisse si profonde que le monde semble à tout instant près de sombrer.Écriture déployée souvent autour de la forme négative pour mieux en souligner l\u2019opacité.L\u2019auteure s\u2019apitoie, se révolte, se résigne, se reprend et dérive.Les heures tombent, les heures viennent avec un enfant mort et le deuil, avec le chat, les animaux morts.L\u2019animalité ayant ici une importance capitale, s\u2019opposant en quelque sorte à la rationalité analytique.Puis le souffle se retrouve, la vie, telle quelle la vie, tel un théâtre d\u2019ombres.Une grande souffrance préside aux derniers livres d\u2019Élise Turcotte, depuis les textes sur les femmes assassinées au Mexique, depuis le dernier roman, quand la conscience du mal étouffe et rend tangible l\u2019inquiétude : « J\u2019ai noté le début d\u2019un poème actif, j\u2019ai respiré dans le mot détresse.» Les visions cauchemardesques teintent nombre de pages où le délire et l\u2019anxiété rappellent Poe, quelques pages font aussi appel à des images évoquant Anne Hébert et son Tombeau des rois.Ainsi, cette évocation implicite: «La mère portait l\u2019oracle au cou comme un bijou sacré.» Elle promène ses interrogations d\u2019images sépulcrales en éclairs luminescents : «Les glaciers étaient noirs, bordés par la peur et les étoiles crayeuses, / le sentier vers l\u2019avenir dif frac- tait la réalité comme un miroir géant, / les idées sales dominaient et les renards blancs buvaient l\u2019eau de la brume.» Un édifice s\u2019écrase-t-il au Bangladesh, tuant d\u2019innombrables travailleuses, que la poète prend sur elle la souffrance de la per te ; « au Sud, la terre avait tremblé et brisé une partie de l\u2019espoir humain», et voilà la poète témoignant des failles dans le bonheur aveugle ; «un train fantôme allait bientôt dévaster un village entier », et voilà que la poète savait déjà le sens des catastrophes.Ce recueil serait-il autre chose que « l\u2019année de la mise à nu du chagrin », que la poursuite d\u2019une parole consciente et riche à l\u2019orée du malheur ?Collaborateur Le Devoir LA FORME DU JOUR Élise Turcotte Les éditions du Noroît Montréal, 2016, 89 pages L\u2019auteure sera au stand 227 les 16 et 17 avril.POÉSIE Submergée par l\u2019émotion noire Élise Turcotte creuse les plaies avec l\u2019éperdu sentiment d\u2019une faillite inquiétante italienne, et qui tous avaient pour objectif de liquider un pape ou d\u2019él iminer un ennemi du pape.« L\u2019expérience prouve que celui qui n\u2019a jamais confiance en personne ne sera jamais déçu», a écrit Leonardo da Vinci dans ses Carnets.Érudition et littérature Sur le mode accéléré, tout y est: rancœurs familiales, favoritisme, corruption, traîtrises.Racontés par des témoins des évé- nements, sur vivants ou arrivistes, ces trois « complots » nous plongent au sein d\u2019une époque mouvementée de l\u2019histoire ital ienne, alors que l \u2019Église chrétienne et les états pont i f icaux menaient grand train, que la politique, le pouvoir, l \u2019argent et la religion cherchaient à se confondre.Alors que « Le couteau sur la gorge » nous plonge au cœur de l\u2019attentat d\u2019Agnani contre le pape Boniface VIII en 1303, apothéose de son conflit avec le roi de France Philippe le Bel, «Le serpent et le pouvoir» s\u2019intéresse à la conspiration de 1477 contre Laurent de Médicis à Florence à travers le regard de Raffaele Riario, tout juste nommé cardinal, à 17 ans, par son grand-oncle le pape Sixte IV.Dans «Orgueil et cupidité », enfin, un proche du chef des conspirateurs qui a réussi à s\u2019échapper raconte la tentative avor tée d\u2019assassinat contre Léon X en 1517 et le « nettoyage » impitoyable qui a suivi.Dans une veine résolument érudite, à travers une narration un peu abstraite, ces trois histoires voient défiler une litanie de noms et de personnages qui manquent par fois un peu de présence.Les lecteurs peu familiers avec cet univers et cette époque auront peut-être un peu de mal à s\u2019y faire une place.Mais cer taines vérités humaines, encore et toujours valides, recouvrent, comme l\u2019or et le sang, chacune de ces histoires : «Tout ce qui est important survit dans la mémoire, même le crime, alors que la médiocrité tombe inévitablement dans l\u2019oubli.» Collaborateur Le Devoir COMPLOTS À LA COUR DES PAPES Hans-Jürgen Greif L\u2019instant même Québec, 2016, 252 pages HABITER LA LITTÉRATURE MÉLANGES OFFERTS À HANS-JÜRGEN GREIF Sous la direction de Patrick Bergeron et François Ouellet L\u2019instant même Québec, 2016, 250 pages Les deux ouvrages seront mis en lumière ce samedi 9 avril lors d\u2019un événement hommage à la Maison de la littérature de Québec, de 17 h à 19 h.Hans-Jürgen Greif sera par ailleurs en signature au stand 227 les 13, 15, 16 et 17 avril.SUITE DE LA PAGE F 1 CONSPIRATIONS L O U I S C O R N E L L I E R L\u2019 imagination de Camille Bouchard est un puits intarissable.Déjà auteur de plus de 80 romans, surtout pour la jeunesse, l\u2019écrivain nous en offre trois autres cette saison.Le morceau de choix de sa nouvelle fournée romanesque est sans contredit Nouvelle-Orléans, un roman historique pour adolescents qui nous entraîne dans l\u2019univers glauque de cette ville de la Louisiane esclavagiste en 1842.Un ado délinquant de ruelle, quarteron, accepte, par amour pour une jeune prostituée noire, de se lancer dans une mission peu recommandable: ramener un esclave fugitif à sa propriétaire afin de toucher la récompense promise pour la capture.Or, la dame en question, découvriront à la dure les chasseurs de primes improvisés, est, sous ses dehors de mondaine respectable, une psychopathe de la pire espèce.Trépidant thriller historique antiesclavagiste aux accents vaudous, Nouvelle-Orléans se dévore.Grand voyageur, Camille Bouchard se plaît à transformer ses découvertes en matériau romanesque.Ses œuvres récentes avaient pour décor le Mexique hyperviolent des narcos.Cette saison, le passé étasunien inspire l\u2019écrivain.En plus de Nouvelle-Orléans, donc, il signe Cahokia, un roman pour jeunes ados qui évoque cette cité préhistorique amérindienne dont les vestiges, bien réels, se trouvent aujourd\u2019hui dans l\u2019État de l\u2019Illinois, tout près du Missouri.Le jeune Jason Byrd a un bizarre profil d\u2019oiseau qui lui attire des quolibets.Il lui arrive même de perdre connaissance et d\u2019avoir des visions du passé et de l\u2019avenir.Il revit, de cette façon, l\u2019histoire multimillénaire de son peuple, les Mississippiens, ce qui ne va pas sans créer le trouble dans son esprit et dans son entourage.Moqué par ses camarades de classe, l\u2019ado incompris deviendra cependant un sauveur.Divisé en courts chapitres qui font voyager le lecteur de diverses époques anciennes à aujourd\u2019hui, ce roman divertit en faisant découvrir une culture méconnue et s\u2019avère particulièrement original.Deuxième tome de la série Les Atypiques, qui donne la vedette à l\u2019équipe de soccer pas comme les autres de Rivières-aux-Moustiques \u2014 les enfants qui la composent sont d\u2019origines ethniques très diversifiées ou encore «différents» \u2014, Le masque de l\u2019avant-centre raconte une partie de ballon rond pour le moins saugrenue.Pour obtenir la permission de jouer dans une vraie ligue, les Atypiques doivent se qualifier en faisant bonne figure contre une équipe « typique ».Tout va comme sur des roulettes jusqu\u2019à ce qu\u2019un enfant prétendument atteint d\u2019une maladie rare se joigne à l\u2019équipe adverse et fasse des prouesses improbables.Il y a, c\u2019est certain, anguille sous roche.Animé par une douce folie, ce roman pour préados amuse, mais étire un peu trop l\u2019élastique du réalisme.Dans le même esprit, mais en plus subtil, le tome I de la série était plus juste.Collaborateur Le Devoir NOUVELLE-ORLÉANS Camille Bouchard Québec Amérique (Magellan) CAHOKIA Camille Bouchard Boréal (inter) LES ATYPIQUES 2 LE MASQUE DE L\u2019AVANT-CENTRE Camille Bouchard Québec Amérique (Gulliver) Montréal, 2016, respectivement 200, 144 et 168 pages L\u2019auteur sera en séance de signature toute la journée le 16 avril en différents stands.Trois fois Camille Bouchard Thriller historique et antiesclavagiste, Nouvelle-Orléans captivera les ados et les autres PEDRO RUIZ LE DEVOIR Une grande souffrance préside aux derniers livres d\u2019Élise Turcotte.J\u2019ai noté le début d\u2019un poème actif, j\u2019ai respiré dans le mot détresse Extrait de La forme du jour « » La première fonction d\u2019un roman, d\u2019une nouvelle consiste à déstabiliser le lecteur, à lui tirer le tapis tissé d\u2019évidences mensongères sous les pieds Hans-Jürgen Greif dans Habiter la littérature « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 S A L O N I N T E R N A T I O N A L D U L I V R E D E Q U É B E C F 5 F A B I E N D E G L I S E L es planches originales, avec leurs l ignes bleutées, défi lent depuis quelques minutes sur la table à dessin, sous les yeux du bédéiste qui y trouve régulièrement matière à anecdotes.« Ça, ce sont les mains de Claude sur le piano.Il est pianiste à ses heures.Il a posé pour moi », dit Jean-Paul Eid, tout en poursuivant le dévoilement des coulisses de sa dernière création dans son atelier de Montréal.Son titre ?La femme aux cartes postales (La Pastèque), scénarisé avec la complicité de son ami de longue date, le dramaturge Claude Paiement.Les deux hommes ont signé, entre 1999 et 2004, les deux tomes de la série d\u2019anticipation Les naufragés de Memoria, pièces maîtresses de la bande dessinée de science-fiction au Québec.« Là, ce sont les toits de Montréal dont je te parlais plus tôt, poursuit l\u2019auteur.Je suis tombé sur des archives photo de la ville qui montraient ces toits.Avec Claude, on a remanié un peu le scénario pour pouvoir les intégrer à l\u2019histoire.» Des toits du Montréal d\u2019antan, pour une histoire de destinée, d\u2019identité, de jazz, de hasards et de coïncidences troublantes ?Pourquoi pas ?Des toits aussi d\u2019où l\u2019on peut voir la façade du disparu restaurant Ben\u2019s, l\u2019entrée condamnée du Tam Tam Club sur la rue Sainte-Catherine, Dominique Michel, Claude Blanchard et Léo Rivest sur la scène de Casa Loma, les premiers autobus de la ville, et même, plus loin encore, le Paris et le New York de l\u2019après-11 septembre 2001, ainsi qu\u2019une maison patrimoniale paumée dans l\u2019Ouest-de-l\u2019Île où se joue cet étonnant récit qui, entre le Montréal des années 50, le présent et l\u2019improbable, part à la rencontre de destins croisés.Il y a Rose qui, au printemps 1957, quitte son village perdu de Sainte-Émilie-de-Caplan pour se construire au son de la musique dans une métropole en mutation.Il y a Victor, prof d\u2019anthropologie rattrapé par son ADN dans la foulée des attentats de New York.Il y a aussi Sarto Fournier, « l\u2019homme de main» de Duplessis qui bat Jean Drapeau dans la course à la mairie et une maison qui contient un secret.Il y a surtout une intrigue qui a pris près de 10 ans à être ficelée et qui, du coup, révèle, page après page, toute la minutie de sa mécanique.« C\u2019est un projet qui a macéré comme un bon vin, résume Jean-Paul Eid tout en s\u2019activant autour de sa machine à cafés au lait pour bien recevoir ses invités.On l\u2019a construit, on l\u2019a laissé, on l\u2019a repris.L\u2019histoire a même fini par nous guider, de manière presque organique, et voilà ! » La création aussi peut être fatalisme.Des équilibres précaires Tout est en points de bascule dans cette aventure qui se promène aux confins du patrimoine culturel et de la science-fiction.« Les trois époques marquent des moments charnières, résume Claude Paiement.À Montréal, on vit la fin des grandes années du jazz, à Cuba [car, oui, on y va aussi], c\u2019est la révolution cubaine, le 11-Septembre a son avant et son après, et la quête d\u2019identité d\u2019un des personnages l\u2019expose à une méchante bascule.» Là, impossible d\u2019en dire davantage.Alors revenons sur le dessin de Eid qui se dévoile ici sur 232 pages avec la précision et cette obsession habituelle dans le détail qui caractérise le travail du cocréateur de Memoria et père de Jérôme Bigras dont les dernières aventures, Le fond du trou (La Pastèque), album marqué d\u2019un véritable trou en son centre, a confirmé sa maîtrise d\u2019une cer taine complexité narrative.« Le récit historique comme celui-là, c\u2019est une façon de construire un univers à partir de quelques clichés, dit-il.C\u2019est laisser le dessin continuer l\u2019histoire racontée dans le cadre d\u2019une photo que tu ramasses aux archives.C\u2019est faire marcher des personnages sur les trottoirs de ces fragments de mémoire.Ils peuvent entrer dans l\u2019immeuble que l\u2019on voit sur la photo, le tout dans une approche immersive par le dessin.» On est ici dans une fiction ancrée dans un univers qui a existé, tout en cherchant à altérer la frontière avec la réalité, comme sait si bien le faire le duo d\u2019auteurs qui a largement expérimenté la chose dans leur étrange histoire de Naufragés.«Cela fait partie de nos préoccupations philosophiques, lance Claude Paiement.Avec Jean- Paul, nous avons toujours été fascinés par l\u2019énorme quantité de petits hasards qui font les parcours de vie, qui tracent les trajectoires, qui forment les destins et qui à chaque bifurcation nous amènent dans un univers qui aurait pu exister ou pas.» La réflexion est forcément étourdissante.Elle guide par le fait même un récit lumineux qui rend intelligible la complexité de sa trame, en promenant habilement le lecteur, pour lui faire croire et surtout le distraire.« C\u2019est mon principal travail, et c\u2019est un destin sur lequel je n\u2019ai rien à dire, dont je ne me plains pas », ajoute Eid en rigolant.Un destin qui, à l\u2019aube de la sortie de cette œuvre collaborative, vient encore avec ses petits moments de plaisir d\u2019ailleurs.«Plusieurs personnes qui ont lu les épreuves m\u2019ont demandé si cette fiction était une histoire vraie, dit-il.Et ça, pour un créateur, c\u2019est le plus beau compliment qu\u2019on puisse lui faire.» Le Devoir Les auteurs seront au stand 152 les 16 et 17 avril.À la poursuite de destins croisés Eid et Paiement dans une quête d\u2019identité entre le Montréal des années 1950 et l\u2019improbable ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le bédéiste Jean-Paul Eid et le dramaturge Claude Paiement sont complices depuis longtemps.LA PASTÈQUE Une planche de La femme aux cartes postales L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 S A L O N I N T E R N A T I O N A L D U L I V R E D E Q U É B E C F 6 1 an : 34 $ 2 ans : 56 $ TAXES INCLUSES Nom .Adresse .Ville .Province .Code postal .Tél.Courriel .Chèque à l\u2019ordre de Nuit blanche VISA MasterCard N0 de la carte .Date d\u2019expiration .Postez ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403, Québec (Québec) G1R 1R7 ou 418 692 -1354 ou nuitblanche@nuitblanche.com 4 numéros par année 35% Abonnez-vous En kiosque et en librairie le 7 avril Économisez jusqu\u2019à du prix en kiosque Magazine papier + Web compris nuitblanche.com Une époustouflante mémoire littéraire vivante et conviviale recomposer.» Pour Philippe Claudel, qui s\u2019illustre aussi comme réalisateur depuis Il y a longtemps que je t\u2019aime, César du premier film en 2009, c\u2019est là une des grandes forces de l\u2019humain.« Je suis toujours étonné de la façon dont les hommes, après de grands cataclysmes, soit intimes, soit historiques, parviennent à reconstruire, à retrouver l\u2019énergie du vivant, alors que toute la vie est broyée.» Faire d\u2019un creux un plein Même lorsqu\u2019on a la chance de vivre dans des temps historiques qui ne sont pas trop turbulents, on est forcément touchés par des deuils personnels, fait-il remarquer.« Dans ces cas-là, il faut réussir à recomposer un ordre, une architecture intérieure qui nous rend solides.C\u2019est toujours très dur de perdre quelqu\u2019un qu\u2019on aime, mais c\u2019est vrai aussi que, passé les premiers temps du deuil, il est impor tant de faire de ce creux un plein.» Faire en sor te que l \u2019absence devienne une présence nourricière, quelque chose de riche ; c \u2019est ce à quoi il s\u2019est appliqué avec L\u2019arbre du pays Toraja.« La personne qu\u2019on a connue, tout ce qu\u2019elle nous a apporté, tout ce qu\u2019elle donne encore, par- delà la mor t, il faut en faire une énergie.» Le narrateur de L\u2019arbre du pays Toraja, un cinéaste d\u2019une cinquantaine d\u2019années, prend la plume au lendemain de la mor t de son producteur et meilleur ami.Une façon pour lui de poursuivre le dialogue avec son cher complice, de le garder vivant.Fasciné par les rites funéraires du peuple Toraja qu\u2019il a découver ts au cours d\u2019un voyage en Indonésie, notamment par cette coutume qui consiste à déposer la dé- pouil le de petits enfants dans une cavité pratiquée sous l\u2019écorce d\u2019un grand arbre, i l tente à sa façon d\u2019ériger, par l\u2019écriture, une sorte de sépulture pour son ami.Philippe Claudel a fait lui-même de nombreux séjours en Indonésie, sur l\u2019île de Sulawesi en particulier, où il a été frappé par les coutumes du peuple Toraja entourant la mor t.«Lorsqu\u2019on m\u2019a fait voir cet arbre dont je parle dans le livre, raconte-t-il, ému, j\u2019ai trouvé que c\u2019était une merveilleuse leçon de vie.Surtout une façon de faire entrer les morts dans nos vies.» Dans la foulée, autour de lui, « la mor t a fait son petit commerce » , comme i l dit .« Elle a emmené mon papa, ma maman, mes tantes\u2026 et mon meil leur ami.» Jean- Marc Roberts, aussi son éditeur, est mort il y a trois ans.« J\u2019étais dans le deuil d\u2019un ami et d \u2019un éditeur\u2026 et même mor t, il a réussi à me faire écrire ce livre.» Le sublime dans la vie La métaphore de l\u2019arbre- sépulture traverse le roman.Phil ippe Claudel l \u2019a voulu ainsi.Son livre devient en quelque sorte un arbre, une arborescence, dans sa construction même, avec des ramifications, sous forme d\u2019apar tés, de retours en arrière.L\u2019arbre du pays Toraja devient aussi un corps.C\u2019est-à-dire « une créature vivante dans laquelle on place ce qui n\u2019a plus de voix, ce qui n\u2019a plus de visage, ce qui n\u2019a plus de chair.Il y a des moments passés qui continuent quand même à être là, puisqu\u2019il suf fit d\u2019ouvrir un peu, d \u2019écar ter un peu les branches de l \u2019arbre ou son écorce, pour que soudain, ils surgissent ».L\u2019arbre du pays Toraja est aussi une interrogation sur le corps, la maladie, le vieillissement.À travers la mort de son ami, le narrateur est amené à projeter sa propre mort, nécessairement.Et à se questionner sur ce que c\u2019est que d\u2019être vivant, à quoi ça tient.Il en vient à faire un inventaire de tout ce que la vie contient de sublime : l\u2019art, la littérature, le bon vin\u2026 et l\u2019amour.En chemin, i l rencontre une femme dont il tombe amoureux.Une femme beaucoup plus jeune que lui.« C\u2019est une situation assez banale , convient le romancier : un homme de 50 ou 60 ans qui aboutit avec une femme beaucoup plus jeune.Mais ce qui m\u2019intéressait, c\u2019est de montrer que mon narrateur a des scrupules à vivre ça, notamment quand il compare leurs deux corps.Il a l\u2019impression qu\u2019il est dans une mauvaise concordance des temps.I l s\u2019interdit presque d\u2019aimer.Il avance à reculons, comme s\u2019il y avait une sor te de honte à aller vers cet amour.» Comme c\u2019est souvent le cas dans la vie, la mort et une nouvelle naissance se font écho dans le roman.Pour Philippe Claudel, avec ce corps de femme à ses côtés qui accueille désormais la vie, le centre d\u2019intérêt du narrateur est nécessairement appelé à se déplacer : «On sent bien que sa vie va tourner autour de cet astre à venir, qu\u2019il va se mettre à son service, dans la célébration de la vie.» Collaboratrice Le Devoir L\u2019ARBRE DU PAYS TORAJA Philippe Claudel Stock Paris, 2016, 216 pages L\u2019auteur sera au stand 41 les 15, 16 et 17 avril.SUITE DE LA PAGE F 1 CLAUDEL G U Y L A I N E M A S S O U T R E É ric Fottorino livre un astucieux roman à saveur d\u2019essai.Olivier Cadiot, sous le genre de l\u2019essai, raconte des histoires.Qui se demanderait ce qu\u2019est la littérature peut y trouver quantité de réponses et chercher encore.Qu\u2019arrive-t-il quand un romancier décide de créer un personnage qui pense?Il crée un personnage qui parle.Trois jours avec Norman Jail met en scène un vieil écrivain solitaire, qui adore s\u2019écouter parler, et une étudiante venue le questionner.Absorbée par l\u2019atrabilaire, qui n\u2019a rien publié depuis soixante ans, mais dont le caractère s\u2019éclaire en s\u2019échauffant, elle plonge dans l\u2019hypnose de son discours.Pendant trois jours il se confie à elle, sautant d\u2019un sujet à l\u2019autre, sans cesser de s\u2019inventer ni d\u2019épuiser sa cause.Trois jours avec Norman Jail pourrait être dit un testament littéraire.C\u2019est par une fin de vie, de créativité, qu\u2019il débute.Mais à l\u2019instant où le silence est enfreint, la parole s\u2019élance, s\u2019engendrant une fuite ininterrompue des signifiants et des idées, ratissant l\u2019expérience vaste de l\u2019écriture.Le plaidoyer s\u2019étoffe et divague, grossit le monologue et donne de la chair au personnage.Fottorino aime raconter des secrets.Ce personnage parle ainsi à l\u2019auteur, qui théâtralise, dit-il ailleurs, le manque de n\u2019avoir pas connu son vrai père.Écrire ?Pour Norman Jail, c\u2019est une affaire d\u2019oubli, comme si fouiller les ruines de soi équivalait à trouver une vérité : «Au fond, je n\u2019ai pas commencé à écrire.Je fais comme si, mais je n\u2019écris pas, sinon j\u2019aurais fini et on n\u2019en parlerait plus.» Il fabrique ainsi un bouquet de premières pages, inspirées par celle qui l\u2019écoute et sollicite sa parole d\u2019écrivain.Au théâtre des mots Est-ce un bilan?Fottorino fait bien le tour de sa prison, capitalisant son expérience.Mais cette entreprise tourne autrement, car l\u2019écriture n\u2019est pas si facile à circonvenir.Une fois celle-ci lancée, le projet d\u2019écrire reprend le dessus et un roman s\u2019enclenche.«L\u2019écriture n\u2019a pas d\u2019ombre, l\u2019écriture est l\u2019ombre», dit Norman Jail, captif de sa propre imagination bondissante.Le dialogue coule d\u2019abord dans la séduction, qui, elle, éveille le goût de vivre, l\u2019invention à neuf.Norman Jail débite ses anecdotes égocentriques, ses souvenirs de scènes précises, nimbés de sensorialité et de narcissisme.La passion et l\u2019enthousiasme y avalent les expériences d\u2019autrui, pain quotidien du narrateur.Car l\u2019écrivain est cet ogre qui digère ceux qu\u2019il aborde ou ceux qui viennent à lui, alors qu\u2019il prétend que, par la diète, il se défait de cette charge, de trop de présence et d\u2019empathie qui lestent ses filets d\u2019écrivain qui préférerait des ailes.Or, l\u2019attention qu\u2019il reçoit fait briller un récit qui vole en éclats.Ce verbe moteur cascade.On sent le vide et la métamorphose, selon ce vers de Mallarmé, « tel qu\u2019en lui-même l\u2019éternité le change».Ainsi Norman Jail, nom d\u2019emprunt, outre pleine de vent, tient-il sa structure langagière ancrée dans la fiction.Le dernier quart du livre enchaîne plusieurs révélations.Clara, qui se nomme aussi Norma, la jeune oreille, prend de l\u2019épaisseur.Jusqu\u2019au dénouement, le roman rebondit, qui invite à relire l\u2019histoire depuis le début.Ces trois jours de confession littéraire auront suf fi à livrer un objet secret, tendu et bien orchestré des voix singulières qui font un bon roman.Cadiot en verve Soixante et un fragments d\u2019essai, signé du dramaturge Olivier Cadiot, dans le but d\u2019offrir « Une méthode révolutionnaire pour apprendre à écrire en lisant », selon la mystérieuse quatrième de couverture.Voici qui tranche avec le titre assez falot, Histoire de la littérature récente.Tome I.Cadiot a une pensée organique d\u2019homme de scène.Traducteur de Gertrude Stein, des Psaumes bibliques et du Cantique des Cantiques dans la Bible des écrivains, grand lecteur, amateur de concepts mis au miroir des sensations littéraires, Cadiot arrache aux mots leur gribouillage : « Souvent des Maman ceci, Maman cela sor tis de la gueule d\u2019un animal des ultrapro- fondeurs.» Ces mots dansent.Ils ont une puissance de frappe inattendue.Ils sont une musique digne des opéras.Cadiot a écrit des poèmes postmallarméens, formalistes et postmodernes, des cut-up américains.Toujours avec l\u2019idée de « coller au monde», contraire à l\u2019élitisme, écrire, chez lui, est une performance, un questionnement intelligent.Il faut l\u2019entendre lire, et le lire en l\u2019entendant.Il n\u2019aime pas la page blanche mais le noir de l\u2019encre, ce minimaliste poétique pour lequel il milite toujours.«Un poème bien vivant se replie d\u2019un coup sec comme un canif de poche bien huilé, une portière de Rolls, une carabine.Ça fait le claquement sec d\u2019un petit aimant qui s\u2019applique sur un mur de métal.» Voilà, tout s\u2019invente en littérature.C\u2019est à la fois d\u2019un niveau élevé et immédiatement accessible : «Gros travail de se plonger dans les arcanes de l\u2019hexamètre dactylique.Quelle satisfaction si on arrive à scander la chose selon les règles.Ça trace, ça pulse, ça crépite.Ça va remplacer le rap.Lecture intégrale, ce soir, des Bucoliques de Virgile, per formées, venez nombreux.» Collaboratrice Le Devoir TROIS JOURS AVEC NORMAN JAIL Éric Fottorino Gallimard Paris, 2016, 202 pages HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE RÉCENTE.TOME I Olivier Cadiot P.O.L.Paris, 2016, 185 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Quand dire c\u2019est être Pour Éric Fottorino et Olivier Cadiot, chaque livre est un combat vital JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE À son Norman Jail, Éric Fottorino fait dire que «l\u2019écriture n\u2019a pas d\u2019ombre, l\u2019écriture est l\u2019ombre».M I C H E L L A P I E R R E M embre fondateur des cahiers littéraires québécois Contre-jour, Jean-François Bourgeault fait sienne cette réflexion du poète français Jean Grosjean (1912-2006) : «C\u2019est parce que notre civilisation n\u2019a pas voulu admettre ce qu\u2019il y a de vulnérable dans le Dieu vivant qu\u2019elle a fini par dire qu\u2019il était mort.» Mais il est assez jeune pour exprimer la belle désillusion d\u2019au- jourd\u2019hui : «Sainteté?Résister à la misérable tentation de ne pas laisser de traces.» Son essai Feux follets a quelque chose de curieux et même d\u2019attachant.Il est à la hauteur de l\u2019écrivain singulier qui se passionne à la fois pour la poésie de Grosjean, celle que l\u2019on qualifierait trop facilement de métaphysique, et pour la futilité de toute trace dans notre univers actuel, où, de la photo à la vidéo, tout banalise la trace.Le livre s\u2019ouvre pourtant sur l\u2019aveu par Bourgeault de son admiration pour la «méticulosité vertigineuse» du plus célèbre tableau du peintre anglais préraphaélite Richard Dadd (1817-1886).Reproduite dans l\u2019ouvrage, cette petite huile sur toile, exécutée par l\u2019artiste pendant qu\u2019il était interné à l\u2019hôpital psychiatrique, représente, avec le charme du miniaturiste, un monde féerique où les feux follets, ces esprits malins, guident les voyageurs au fond des bois pour subitement éteindre leur lanterne.« Je n\u2019ai jamais écrit, je n\u2019ai jamais lu autrement que sous le patronage littéraire de ces lueurs qui font semblant de nous guider pour mieux nous perdre», écrit Bourgeault.Cette conviction fait écho aux vers de Grosjean qu\u2019il aime citer: «Puisque pour dire le dieu qui se perd / le langage doit se perdre lui-même\u2026» Plus près de nous, l\u2019écrivain québécois retrouve dans l\u2019œuvre de Gaston Miron la lumière qui sait surtout surgir de la nuit : en «brûlures éblouissantes» ou en une «vaste noirceur éblouissante».Bourgeault a le mérite de rappeler avec une folle insistance que la littérature est, depuis toujours, forcée à dire plus que ce qu\u2019elle ne dit.Même si beaucoup l\u2019ignorent ou l\u2019oublient, voilà sa raison d\u2019être.Collaborateur Le Devoir FEUX FOLLETS Jean-François Bourgeault Nota bene Montréal, 2016, 204 pages Une nuit plus claire que le jour Jean-François Bourgeault visite le pourquoi de la littérature L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 S A L O N I N T E R N A T I O N A L D U L I V R E D E Q U É B E C F 7 Par l\u2019auteur du Facteur émotif « Il y a quelque chose de délicieusement espiègle dans la prose de Thériault.» The Guardian www.editionsxyz.com Également disponibles en version numérique prixlitterairedescollegiens.ca Clara B.-Turcotte Demoiselles-cactus | Leméac Nicolas Dickner Six degrés de liberté | Alto Daniel Grenier L'année la plus longue | Le Quartanier Patrick Nicol La nageuse au milieu du lac | Le Quartanier Monique Proulx Ce qu\u2019il reste de moi | Boréal FINALISTES ÉDITION 2016 LA REMISE DU PRIX aura lieu le vendredi 15 avril 2016 // 13 h Scène des Rendez-vous littéraires Salon international du livre de Québec, Centre des congrès D A V E N O Ë L L a modernité souffle sur le Québec depuis une trentaine d\u2019années lorsque l\u2019équipe du tonnerre de Jean Lesage rempor te les élections du 22 juin 1960.Cette victoire « fétichisée » qui marque le début de la Révolution tranquille est anecdotique pour l\u2019historien Yvan Lamonde.L\u2019auteur de La modernité au Québec s\u2019intéresse davantage aux intellectuels qu\u2019aux politiciens de passage dans le dernier volet de sa monumentale histoire des idées.Cette fresque ambitieuse reprend là où elle avait été laissée, à l\u2019aube de la Seconde Guerre mondiale.Après des années de résistance libérale et unioniste, les Québécoises obtiennent enfin le droit de vote.Si le pouvoir politique a cédé, le religieux, lui, s\u2019est accroché jusqu\u2019à la toute fin.En désespoir de cause, l\u2019archevêque de Québec a même proposé la tenue d\u2019un référendum sur la question pour connaître l \u2019avis des principales intéressées.«La guerre est un puissant révélateur », souligne le professeur de l\u2019Université McGill.En témoigne la réaction émotive des Canadiens français à la chute de la mère patrie renversée par les panzers allemands en 1940.« Ce qui m\u2019a le plus étonné alors, écrit André Laurendeau, le directeur de L\u2019Action nationale cité dans l\u2019ouvrage, c\u2019est la douleur morne des foules montréalaises.Je ne croyais pas que, pour elles, la France eût cette réalité.» Ce courant d\u2019empathie n\u2019empêchera pas les francophones de combattre la conscription imposée par le Canada anglais.« Si c \u2019est toujours la \u201cmajorité\u201d qui prononce, prévient Laurendeau, si les décisions sont fatalement livrées au jeu brutal des chi f fres, alors il n\u2019y a plus de confédération de deux nationalités, mais oppression d\u2019une nationalité par l\u2019autre.» Tradition En marge de l\u2019ef for t de guerre et de la crise de la conscription, c\u2019est en peinture que s\u2019exprime la modernité intellectuelle.Yvan Lamonde évoque notamment l\u2019esthétique d\u2019un Pellan sor ti du cadre étroit des scènes du folklore et des paysages canadiens.« Le réel en peinture n\u2019est plus dans la réalité extérieure, il est dans le surréel des forces intempestives de l\u2019inconscient.» Le nationalisme traditionnel imprégné de religion est également battu en brèche par la génération montante.Avant de quitter la scène au tour nant des années 1960, l\u2019abbé Lionel Groulx préviendra les « jeunes internationalistes » des risques entourant le culte d\u2019un futur impersonnel.Il dénoncera au passage les historiens iconoclastes qui sal issent leur l i t en s\u2019acharnant injustement sur les grandes figures du passé.Sur le plan politique, la victoire du présent est « dif fé- rée » par la domination de l\u2019Union nationale assise sur une caisse électorale qui comptera jusqu\u2019à 16 millions de dollars.« Duplessis va freiner la poussée d\u2019innovation créée par la guerre et va perpétuer de façon anachronique un traditionalisme quasi généralisé », soutient le spécialiste de l\u2019histoire intellectuelle.Fissurée, la digue du conservatisme politique se liquéfie lentement avant d\u2019être emportée par les flots tranquilles.« Les vannes dont l\u2019ouver ture s\u2019était préparée depuis des années ont pu s\u2019ouvrir non par la seule journée du 22 juin 1960, écrit Lamonde, mais avec un ef fet de débit et de changement de niveau qui, eux, ont charrié une poussée de libération.» Le Devoir LA MODERNITÉ AU QUÉBEC (1939-1965) Tome II Yvan Lamonde Fides Montréal, 2016, 450 pages ESSAI Dans l\u2019antichambre de la Révolution tranquille M I C H E L L A P I E R R E E n apparence, l\u2019Irlande coloniale et le Bas-Canada, tous deux sous le joug britannique, se ressemblent.Aussi l\u2019essai Les insoumis de l\u2019Empire, de l\u2019historienne Julie Guyot, va-t-il de soi.Mais, vu de près, cela se complique.L\u2019anglicisation de l\u2019Irlande est le fruit de plusieurs siècles d\u2019oppression.Au Bas-Canada, elle n\u2019est encore qu\u2019une menace.En Irlande, aussi paradoxal que cela paraisse, des protestants défendent la majorité catholique opprimée ! C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019un de ceux- là, le Dublinois Theobald Wolfe Tone (1763-1798), né d\u2019un père anglican et d\u2019une mère catholique conver tie à l\u2019anglicanisme, que Julie Guyot a choisi de comparer à Louis- Joseph Papineau.Elle avait d\u2019abord pensé faire un rapprochement avec l\u2019Irlandais catholique Daniel O\u2019Connell (1775-1847), défenseur de l\u2019émancipation de la majorité catholique de son pays.Mais elle s\u2019est bien sûr rendu compte que le catholicisme, victime depuis des siècles du pouvoir politique protestant dans les îles Britanniques, était plutôt le collaborateur de celui-ci au Bas-Canada.Londres avait tout avantage à entretenir de bonnes relations avec l\u2019Église de sa colonie conquise en 1759-1760 de peur que le peuple canadien se joigne aux États- Unis, république affranchie en 1776 de la Grande-Bretagne et qui rêvait déjà d\u2019un continent pluraliste selon ses goûts et surtout selon ses intérêts.Souvent considéré comme le père du républicanisme irlandais, Tone représente aux yeux de Julie Guyot, au même titre que Papineau, le défenseur d\u2019un Parlement propre au pays.Il s\u2019oppose à l\u2019abolition en 1801 du Parlement irlandais de Dublin pour que celui-ci soit remplacé à Londres par le Parlement issu de l\u2019Union de l\u2019Irlande et de la Grande-Bretagne.L\u2019historienne québécoise rapproche bien sûr ce changement centralisateur, propice à la consolidation de l\u2019Empire, de celui qui s\u2019effectua en 1840 par le remplacement du Parlement du Bas- Canada par le Parlement du Canada-Uni qui représentait à la fois le futur Québec et le futur Ontario.Mais elle ne semble pas savoir assez que la situation de l\u2019Irlande, pays anglicisé, dé- culturé, asser vi depuis déjà des générations, est autrement tragique que celle du pays de Papineau.La triste fin de Tone parle d\u2019elle-même.Jeté en prison à cause de son action politique laïque vouée à l\u2019émancipation des Irlandais de toutes croyances, condamné pour haute trahison, il se suicide pour échapper à la pendaison.Comme le souligne Julie Guyot, « l\u2019Irlande et Tone ap- par tiennent à l \u2019Europe, le Bas-Canada et Papineau à l\u2019Amérique du Nord.» Deux mondes séparent l\u2019ethnocide de l \u2019Irlande gaélique commencé au XVIIe siècle par l\u2019Angleterre et l\u2019oppression encore embr yonnaire d\u2019une colonie d\u2019Amérique.L\u2019indépendance complète de l\u2019Irlande, acquise en 1949, cachera, en fait, l\u2019agonie d\u2019une langue et d\u2019une culture.Collaborateur Le Devoir LES INSOUMIS DE L\u2019EMPIRE LE REFUS DE DOMINATION COLONIALE AU BAS-CANADA ET EN IRLANDE 1790-1840 Julie Guyot Septentrion Québec, 2016, 232 pages ESSAI Notre aînée dans le malheur politique L\u2019Irlande a beaucoup plus souffert que le Bas-Canada du colonialisme britannique SOURCE MNBAQ C\u2019est en peinture que s\u2019exprime la modernité intellectuelle, écrit Yvan Lamonde qui évoque l\u2019esthétique d\u2019un Pellan sorti du cadre étroit des scènes du folklore et des paysages canadiens.HISTOIRE SOUS LES CIEUX DE QUÉBEC MÉTÉO ET CLIMAT, 1534-1831 Yvon Desloges Septentrion Québec, 2016, 216 pages Quand Champlain fonde Québec en 1608, on gèle littéralement en Nouvelle- France.Au XVIIe siècle, les hivers sont particulièrement froids et rigoureux dans la colonie, de même qu\u2019en Europe.Cela s\u2019explique, selon l\u2019historien Yvon Desloges, par l\u2019intensité de l\u2019activité volcanique un peu partout dans le monde, qui entraîne les températures à la baisse.Au XVIIIe siècle, il y aura beaucoup moins d\u2019éruptions volcaniques majeures, et le climat se réchauffera, offrant aux habitants de la région de Québec des hivers trop doux (ils perdent des aliments gardés au frais) et des étés trop chauds et trop secs.Première étude du climat québécois de cette époque, ce bel ouvrage aux riches illustrations est solidement documenté et instructif \u2014 l\u2019historien fait appel à des études modélisées ainsi qu\u2019à des notions de volcanologie et de dendrochronologie, « l\u2019étude des cercles de croissance des arbres » \u2014, mais il s\u2019avère cependant un peu assommant pour le lecteur non spécialisé, qui étouffe sous l\u2019avalanche de données qu\u2019on lui sert sans répit et sans souci narratif.Un livre important, donc, mais pour un public averti.L\u2019auteur sera au stand 227 les 13, 14 et 17 avril.Louis Cornellier Y a-t - i l vraiment, au Québec, une guerre culturelle entre les conservateurs et les progressistes ?Les professeurs Francis Dupuis-Déri (UQAM) et Marc-André Éthier (UdeM) le croient.Dans l\u2019introduction de La guerre culturelle des conservateurs québécois, un ouvrage collectif costaud dont ils assurent la direction, ils écrivent qu\u2019une lutte politique bien réelle existe «entre une conception progressiste et une conception conservatrice des enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels ».La guerre en question, ici, se déroule dans le champ intellectuel et est passionnante.Elle oppose, principalement, des penseurs associés au nationalisme conservateur (Mathieu Bock-Côté, Éric Bédard, Jacques Beauchemin, de même que, dans un registre un peu différent, Gilles Labelle et Éric Martin) à des penseurs qui se réclament du progressisme, c\u2019est-à-dire, notamment, les intervenants réunis dans ce livre ainsi que Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture, auteurs de l \u2019essai Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec (Québec Amérique, 2012).Les conservateurs peuvent être de droite ou de gauche, mais se rejoignent dans leur attachement à l\u2019État-nation québécois et dans leur critique d\u2019une « société des identités », selon la formule de Jacques Beauchemin, en proie à l\u2019éclatement.Les progressistes, quant à eux, revendiquent tous leur appar tenance à la gauche et trouvent leur unité dans leur refus du conservatisme de leurs adversaires, accusés d\u2019abandonner les opprimés de toutes sortes.Histoire nationale ou sociale?La conception de l\u2019histoire de chacun des deux camps peut servir à illustrer quelques-uns des principaux enjeux de ce débat.Partisans d\u2019une histoire nationale traditionnelle qui met l\u2019accent sur les grands personnages et sur les grands événe- ments du passé québécois, les conservateurs considèrent que l\u2019enseignement de cette matière fondamentale devrait être axé sur la transmission des faits importants du passé dans une perspective narrative.Cette approche, croient-ils, nourrirait la conscience d\u2019un «nous» national, d\u2019une identité collective estimable aux racines anciennes.Cette conception de l\u2019histoire et de son enseignement relève, pourrait-on dire, du sens commun.Or, elle ne fait pas l\u2019unanimité.Pour les tenants de l\u2019histoire sociale, une approche qui délaisse les grands personnages et les grands événements pour se préoccuper d\u2019abord des tendances de fond et des acteurs collectifs, l \u2019histoire nationale traditionnelle insiste trop sur la spécificité du Québec, dont l\u2019évolution fut pourtant « normale », et relègue dans les marges de l\u2019histoire des groupes opprimés (femmes, ouvriers, autochtones, immigrants, etc.).Dans sa contribution à La guerre culturelle des conservateurs québécois, l\u2019historienne Denyse Baillargeon af firme que l\u2019histoire nationale valorisée par les penseurs conservateurs fait « abstraction de la dimension genrée de l\u2019histoire » en négligeant de mettre en lumière la dimension patriarcale du nationalisme québécois et sa responsabilité historique dans l\u2019oppression des femmes.L\u2019historien Mar tin Petitclerc défend lui aussi « le savoir critique du passé comme du présent » que permet l\u2019histoire sociale, contrairement à une histoire nationale qui fabrique du consensus au mépris des négligés (les prolétaires, par exemple).Les didacticiens Marc-André Éthier, Jean-François Cardin et David Lefrançois prônent quant à eux un enseignement de l\u2019histoire qui rejette l\u2019approche traditionnelle et valorise le développement de l\u2019esprit critique en initiant à la démarche historienne.Pour eux, une histoire-récit centrée sur le « nous » national oublie les opprimés et relève de la propagande nationaliste conservatrice.Cohésion ou diversité?Ces visions de l\u2019histoire déterminent les convictions po- l i t iques des deux groupes quant aux enjeux du présent.Les conser vateurs insistent sur l\u2019importance de la cohésion sociale.Pour cette raison, ils souhaitent le raf fer- missement du « nous » national, qu\u2019ils croient menacé par la fragmentation identitaire (c\u2019est-à-dire la multiplication des « nous » sociologiques : les femmes, les groupes ethniques, les jeunes, les homosexuels, etc.).Quand ils sont de gauche, comme Éric Martin surtout, ces conservateurs mettent en avant la nécessité de valoriser, dans la lutte contre l\u2019injustice sociale, les institutions à même de permettre une résistance commune, c\u2019est-à-dire, entre autres, la nation, l\u2019État et l\u2019école.Pour eux, les autres luttes (féministe, homosexuelle, écologiste, étudiante, etc.) sont secondaires et mènent souvent à un individualisme qui favorise le néolibéralisme.La lutte pour l \u2019 indépendance, par exemple, concerne tous les Québécois.Si on lui impose d\u2019être du même souffle féministe, écologiste (ou de gauche, diront les conservateurs de droite), on multiplie les occasions de frictions et on court à l\u2019échec.On n\u2019obtient ainsi ni l\u2019indépendance ni le reste.Par tisan d\u2019une gauche de tendance anarchiste, Francis Dupuis-Déri se reconnaît dans l\u2019anticapitalisme des conservateurs de gauche (Freitag, Martin), alors qu\u2019il rejette en bloc le conser vatisme de droite (position qu\u2019il attribue à Bock- Côté, notamment), mais il n\u2019adhère pas à leur souci cardinal de la cohésion sociale, qui les mène, croient-ils, à négliger d\u2019autres causes essentielles, dont le féminisme.« La diversité, écrit Dupuis- Déri, n\u2019est pas une faiblesse par effet de fragmentation, mais au contraire une force en raison des possibilités de coalition.» Force est de constater, cependant, que la situation du Québec actuel semble plutôt donner raison aux conservateurs.Dupuis-Déri et Éthier n\u2019ont cer tes pas tor t de constater qu\u2019il y a bien, au Québec, une guerre culturelle entre les intellectuels conser vateurs et leurs opposants progressistes.Le problème, c\u2019est que ce sont les fédéralistes af fairistes et les néolibéraux de tous poils qui la gagnent sans se battre.louisco@sympatico.ca LA GUERRE CULTURELLE DES CONSERVATEURS QUÉBÉCOIS Sous la direction de Francis Du- puis-Déri et Marc-André Éthier M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2016, 224 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 A V R I L 2 0 1 6 S A L O N I N T E R N A T I O N A L D U L I V R E D E Q U É B E C F 8 Agnès Gruda Éric Bédard Robert Lévesque Normand Mousseau Robert Lalonde Jérôme Blanchet-Gravel Tristan Malavoy Nathalie Petrowski Dominique Lebel Camille Bouchard Nancy Montour Monique Proulx Élizabeth Turgeon Akos Verboczy Boréal Consultez l\u2019horaire général des activités des auteurs au www.editionsboreal.qc.ca et sur Facebook LES AUTEURS DU BORÉAL VOUS ATTENDENT AU SALON DU LIVRE DE QUÉBEC Stand 227 Nos auteurs au cœur de l\u2019histoire Tables rondes et entrevues au SILQ s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Table ronde avec Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas (La Politique du rire) le mercredi 13 avril à 15 h 45 Table ronde avec Alain Asselin et Jacques Mathieu (Curieuses histoires de plantes du Canada, tomes 1 et 2) le mercredi 13 avril à 16 h Entrevue avec Christian Blais (Histoire parlementaire du Québec, 1928-1962) et Gilles Gallichan (Les Québécoises et le barreau) le jeudi 14 avril à 11 h Entrevue avec Christian Blais (Histoire parlementaire du Québec, 1928-1962) le jeudi 14 avril à 13 h 30 Entrevue avec Jocelyn Saint-Pierre (La Tribune de la presse à Québec depuis 1960) le jeudi 14 avril à 18 h Entrevue avec Djemila Benhabib (Après Charlie) le samedi 16 avril à 13 h Table ronde avec Djemila Benhabib (Après Charlie) le samedi 16 avril à 14 h 30 Table ronde avec Jocelyn Saint-Pierre (La Tribune de la presse à Québec depuis 1960) le samedi 16 avril à 18 h 30 Table ronde avec Yvon Desloges (Sous les cieux de Québec) le dimanche 17 avril à 13 h 30 Revue pluridisciplinaire d\u2019études sur le Québec RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES Chaque année la revue publie 3 numéros dans lesquels sont rassemblés une centaine de comptes rendus PAIEMENT EN LIGNE www.soc.ulaval.ca/recherchessociographiques/ Téléphone : (418) 656-3544 rechsoc@soc.ulaval.ca Une source de références essentielles pour le Québec et le Canada français depuis 1960 La guerre culturelle, yes sir ! Le nationalisme des intellectuels conservateurs est-il un obstacle à la justice sociale ?Débat.LA VITRINE HISTOIRE LA FIN DES EMPIRES Sous la direction de Patrice Gueniffey et Thierry Lentz Perrin Paris, 2016, 474 pages Crise de succession, défaite foudroyante ou lente agonie : les empires s\u2019effondrent comme des châteaux de cartes dans ce collectif des historiens français Patrice Gueniffey et Thierry Lentz.D\u2019Alexandre le Grand à Staline, la durée de vie des grands ensembles est très variable, allant de quelques années pour l\u2019empire napoléonien à près d\u2019un millénaire pour l\u2019Empire byzantin héritier de la Rome impériale.Qu\u2019ils soient continentaux ou coloniaux, les mastodontes géographiques n\u2019ont pas résisté à la fragmentation nationaliste des deux derniers siècles.On assiste toutefois à leur retour en grâce chez certains auteurs nostalgiques qui mettent de l\u2019avant la tolérance impériale romaine ou austro- hongroise pour mieux critiquer l\u2019État-nation assimilateur.« Le doux empire promet un bonheur raisonnable et dispense de la peine d\u2019être libre, observent les directeurs de cette synthèse apocalyptique, il est, en cela, accordé à la sensibilité des individus modernes.» Dave Noël LOUIS CORNELLIER ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les conservateurs de gauche valorisent une résistance commune dans la lutte contre l\u2019injustice sociale, rejetant ainsi les autres luttes (féministe, étudiante, etc.), jugées secondaires."]
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