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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-04-23, Collections de BAnQ.

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[" D O M I N I C T A R D I F «L e livre que je lis est pas particulièrement bon.Un roman self-conscious, un simulacre d\u2019Ellis, sur des jeunes trash qui vivent une vie remplie d\u2019ennui, qui ont tout facilement, qui savent pas quoi faire de leurs trop nombreux temps libres, et qui s\u2019adonnent donc à la destruction de tout ce qui les entoure par le cynisme», analyse la narratrice de Sports et divertissements (éditions de Ta Mère, 2014), premier roman de Jean-Philippe Baril Guérard.Formidable mise en abyme, n\u2019est-ce pas ?Pourquoi ?Parce que, le mot simulacre en moins, Spor ts et diver tisse- ments correspond par faite- ment à cette description.Fuite dans la drogue, sexualité radicalement séparée de l\u2019amour, mor t qui rôde sans montrer son visage ; toutes les obsessions de Less Than Zero, chronique au ton clinique de l\u2019apathie d\u2019une jeunesse anesthésiée ayant permis à Bret Eas- ton Ellis de se mettre au monde en 1985, sont ici re- mixées par l\u2019homme de théâtre.Remplacez la nuit califor- nienne et ses cadavériques zombies cocaïnés par la nuit montréalaise et un trio d\u2019ex-en- fants-acteurs (presque) tout aussi cocaïnés.«Il ne se passe rien dans Less Than Zero, mais c\u2019est ce qui m\u2019intéresse ; c\u2019est un livre sur le vide », rigole le comédien et dramaturge.«Je l\u2019ai lu à 17 ans et pour le kid de région que j\u2019étais, qui avait énormément de temps libre et qui faisait des shits en espérant qu\u2019il se passe enfin quelque chose, c\u2019était facile de s\u2019identifier.Ellis a bien cerné le concept d\u2019enfant-roi, qui souffre d\u2019avoir été bébé gâté.C\u2019est un roman de first world problems, mais c\u2019est le fun quand tu es privilégié et que tu n\u2019as jamais eu de dif ficulté dans la vie de savoir que tu as le droit de te sentir vide en dedans, même si tout est à ta portée.» Alexandre Soublière a lu Less Than Zero pendant qu\u2019il f in issai t Charlot te Before Christ (Boréal, 2012), son premier roman, auquel le nom de l\u2019écrivain américain a beaucoup été associé.« Ça mettait en scène des gens du même âge avec, comme dans Charlotte, leurs propres expressions, leurs propres partys.C\u2019était le portrait d\u2019une génération précise, dans un lieu et un moment précis.Je sentais enfin que j \u2019avais le droit, moi aussi, d\u2019écrire ce genre de roman que j\u2019aurais toujours voulu lire au Québec et que je n\u2019avais jamais trouvé.» C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 A V R I L 2 0 1 6 Être poli, en contrôle et constamment professionnel ne débouche pas sur des œuvres d\u2019art passionnées.Ça crée plutôt des copies Xerox d\u2019une forme d\u2019art sans âme.« « Gilbert Turp passe de l\u2019ombre à la lumière Page F 3 Plaidoyer pour un Québec fou de l\u2019éducation Page F 6 SOURCE ÉDITIONS ROBERT LAFFONT Enregistrer une balade ou écrire une websérie aujourd\u2019hui est peut-être aussi important pour notre culture qu\u2019écrire un roman, avance Bret Easton Ellis.D O M I N I C T A R D I F Q ue fait Bret Eas- ton Ellis ces der- n i e r s t e m p s ?Bret Easton Ellis, 52 ans, réalise des publicités.Prenez par exemple celle-ci, baptisée Figaro, cour t-métrage tourné pour le compte de l\u2019Opéra de Paris.Incapable de pousser une seule note, un chanteur studieusement mal rasé pique une course hors de sa salle de répétition pour s\u2019enfoncer dans une nuit de bacchanales au cours de laquelle il arrosera sa défaillance vocale d\u2019alcool fort, baisera dans les toilettes d\u2019un bar avec une sulfureuse vamp rencontrée quelques secondes auparavant, se chamaillera avec un ami, tentera de voler une voiture, avant de revenir à son point de départ, la camisole délabrée et la gueule abîmée, mais la voix, elle, complètement restaurée.Totale et magique rédemption par l\u2019ivresse et le dérèglement.Voilà une image qui tranche dans l\u2019œuvre du garçon doré des lettres américaines \u2014 sept livres réunis pour la première fois ces jours-ci chez Robert Laf- font \u2014 où l\u2019excès de drogues, de sexe frénétique et de possess ion matér ie l le demeur e presque toujours complètement divorcé de toute forme d\u2019exultation et de transcendance.Vous seriez-vous réconcilié avec les vertus de l\u2019excès, demandons- nous au jeune quinqua qui répond avec charme à nos questions depuis Los Angeles?« Être poli, en contrôle et constamment professionnel ne débouche pas sur des œuvres d\u2019art passionnées.Ça crée plutôt des copies Xerox d\u2019une forme d\u2019art sans âme.C\u2019est du désordre, des choses que la vie te lance au visage, de la poursuite du plaisir que surgit l\u2019inspiration, et c\u2019est ce que je cherche constamment : l\u2019inspiration.Il est nécessaire de traverser toutes sortes de douleurs pour créer.L\u2019excès, c\u2019est l\u2019ar t.Si tu peux vivre tes excès sans devenir dépendant, alors il faut que ça fasse partie de ton processus créatif.Heureusement, je n\u2019ai jamais été un addict, même si bon [longue pause théâtrale] j \u2019ai quand même donné dans le domaine », eu- phémise-t-il, avant que ne jaillisse ce rire étonnement enfantin qui est le sien.Diversification des activités S\u2019il cherche constamment l\u2019inspiration, le pape du brat pack semble ces derniers temps surtout absorbé par le désir de diversifier ses activités \u2014 pour emprunter au vocabulaire du capitalisme qu\u2019il a lui-même abondamment subverti.Entre l\u2019animation d\u2019une populaire balado (le Bret Easton Ellis Podcast, série de discussions à bâtons rompus sur les sujets agitant l\u2019air du temps avec des stars comme Quentin Tarantino ou Kanye West) et la création d\u2019une expo regroupant une série de toiles imaginées avec l\u2019artiste Alex Isreel ; Bret se disperse, disent ses lecteurs, qui regrettent l\u2019écrivain qu\u2019il est.« Peut-être qu\u2019aujourd\u2019hui, enregistrer un podcast ou écrire une websérie est aussi important pour notre culture qu\u2019écrire un roman , lance l\u2019écrivain.Je n\u2019entends que très, très rarement des gens parler passionnément de romans, de la façon dont on en parlait il y a quinze ou vingt ans.J\u2019étais dans une fête hier soir avec des littéraires et personne ne connaissait le plus récent lauréat du Pulitzer.Personne n\u2019avait lu le livre ! » Loin de lui l\u2019idée de dénigrer le roman, insiste-t-il.« Mais je crois que c\u2019est un genre qui parle aujourd\u2019hui très rarement à l\u2019intelligentsia, alors que c\u2019était le cas par le passé.Les corrections [de Jonathan Franzen] est peut-être le dernier cas auquel je peux penser.C\u2019est un virage peut-être un peu triste, qui me rend peut-être un peu nostalgique, mais sans plus.Et puis, si je touche à autant de trucs, c\u2019est que parce que je sais pertinemment qu\u2019il me reste moins de temps devant moi qu\u2019avant.Lorsque tu arrives à un cer tain point, tu veux essayer tout ce que tu n\u2019as pas encore essayé.» «Les idiots sont partout» Fidèle à sa réputation d\u2019élégant dilettante, Bret Easton Ellis embrasse donc goulûment son époque, au mépris de ceux qui l\u2019accusent de putas- ser, le faisant sans se boucher les yeux devant une société qui valorise le carton-pâte.« Il y a cer tainement un nivellement par le bas, un rejet de certaines valeurs intellectuelles qui se manifestent par exemple dans cet émerveillement puéril du cinéma américain pour les superhéros et les comic books.LITTÉRATURE AMÉRICAINE Bret Easton Ellis, « l\u2019excès, c\u2019est l\u2019art » 25 ans après American Psycho, il nous parle des vertus de la démesure et de la désuétude du roman VOIR PAGE F 4 : EXCÈS Par sa plume décomplexée, Bret Easton Ellis incarne un esprit et une posture qui ont aussi inspiré le monde littéraire québécois.Jean-Philippe Baril Guérard, Alexandre Soublière et Mélikah Ab- delmoumen racontent leur rapport à son œuvre sulfureuse.L\u2019esprit de BEE, vu d\u2019ici Trois écrivains racontent leur rapport au sulfureux auteur d\u2019American psycho VOIR PAGE F 4 : ELLIS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 A V R I L 2 0 1 6 L I V R E S F 2 prixlitterairedescollegiens.ca DANIEL GRENIER remporte le prix littéraire des collégiens 2016, pour son roman L\u2019ANNÉE LA PLUS LONGUE publié au Quartanier.GRAND GAGNANT 2016 Presses de l\u2019Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR LES PRESSES DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC SONT HEUREUSES DE REMETTRE DEUX BOURSES D\u2019EXCELLENCE D\u2019UNE VALEUR DE 5 000 $ CHACUNE.FÉLICITATIONS AUX LAURÉATS ! Véronique Plouffe Étudiante à la maîtrise en sciences de l\u2019administration à l\u2019UQO Projet de recherche : Projet de réingénierie Lean en santé : Utilisation de la méthode Time-driven activity-based costing pour l\u2019optimisation des trajectoires de soins en cancérologie.Zachary Huxley Étudiant à la maîtrise en sciences de l\u2019administration à l\u2019UQTR Projet de recherche : Les choix de méthodes comptables des PME québécoises appliquant les normes comptables pour entreprises à capital fermé (NCECF) : une étude empirique.Le concours des bourses d\u2019excellence est géré par la Fondation de l\u2019Université du Québec.Visitez notre blogue à PUQ.CA pour plus d\u2019informations.Soutenir la relève en recherche NOUS SERONS À L\u2019ACFAS DU 9 AU 13 MAI 2016.KIOSQUES 1 ET 2 E ssais, romans, nouvelles, pièces de théâtre.Naïm Kattan a signé une cinquantaine d\u2019ouvrages depuis Le réel et le théâtral, en 1970.Juif de langue arabe né à Bagdad, devenu écrivain francophone à Montréal, il a maintes fois évoqué, par morceaux, son parcours.Voici qu\u2019à 87 ans, il nous offrirait enfin une autobiographie exhaustive, d\u2019hier à aujourd\u2019hui, avec le talent de conteur qu\u2019on lui connaît?Carrefour d\u2019une vie se présente bien comme un récit autobiographique, comme indiqué sur le quatrième de couverture.Sauf qu\u2019après les deux premières parties constituées de textes directement autobiographiques et d\u2019un autre où il rend hommage aux amis qui ont changé sa vie, on retrouve des essais divers, des exposés, sur le judaïsme et l\u2019exil, par exemple, sur le caractère sacré de la vie, ou sur la francophonie.Les faits autobiographiques et les prises de position de l\u2019auteur finissent par se compléter d\u2019une certaine façon: on fait le lien entre le parcours de l\u2019auteur et les idées, les principes que cela l\u2019a amené à défendre.Dont l\u2019ouverture à l\u2019Autre, constante dans sa vie et son œuvre.Si l\u2019aspect collage de l\u2019ouvrage, où se succèdent des textes non datés, avec des redites qui auraient pu être évitées, ne correspond pas aux attentes, reste que la matière est riche, et les sources de réflexion nombreuses.Les deux premières parties de Carrefours d\u2019une vie s\u2019avèrent les plus captivantes.On y suit d\u2019abord le petit Naïm habité par les histoires racontées par sa mère, histoires qui lient celles de la Bible et celles de sa propre famille.Le judaïsme prendra pour lui différentes formes au fil des ans et selon ses milieux de vie.Juif de Bagdad, il écrit ses premières histoires dès l\u2019enfance, dans sa langue maternelle, l\u2019arabe.Publie sa première nouvelle à l\u2019âge de 14 ans.Et très tôt côtoie des musulmans, avec qui il collabore dans différentes revues, s\u2019appliquant à faire connaître dans son pays la littérature française qu\u2019il admire.Il se passionne pour l\u2019œuvre de Romain Rolland, André Gide, Paul Valéry, André Malraux.C\u2019est par les livres que l\u2019Occident lui a d\u2019abord été révélé.«L\u2019Occident fut le révélateur de la vie autre à laquelle j\u2019aspirais », confie-t-il.Quand, en 1941, l\u2019année de ses 13 ans, a lieu le pogrom frappant les juifs de Bagdad, l\u2019Occident lui apparaît comme un refuge, mieux, comme «un possible lieu de vie ».Les juifs, qui comptent alors pour 25 % de la population de Bagdad, sont traités comme des étrangers.«Être juif recelait une part d\u2019ombre qui planait au-dessus de ma tête.» De Bagdad à Paris Grâce au concours d\u2019un professeur français, Jean Gaulmier, avec qui il gardera contact toute sa vie et à qui il rend hommage dans son livre, il obtient en 1947 une bourse d\u2019études pour se rendre à Paris.« J\u2019ai connu le judaïsme occidental dans cette ville.J\u2019y ai aussi écouté les récits des survivants de la Shoah.» À Paris il n\u2019est plus renvoyé à son Orient arabe et musulman, mais à son judaïsme.Il décide alors de se l\u2019approprier.« Je m\u2019employai à en scruter la différence avec le christianisme omniprésent et à en évaluer le poids, imperceptible, sur ma vie et mon comportement.» Il arrondit ses fins de mois comme correspondant pour un journal irakien dirigé par un musulman, signant ses articles sous pseudonyme, «non pas tant pour me protéger que pour éviter à ma famille des ennuis et aussi me réserver la possibilité d\u2019écrire librement des articles sur la politique dans un journal important».La proclamation d\u2019Israël a lieu huit mois après son arrivée à Paris.Il décide de rester en France.Après plusieurs démêlés bureaucratiques, il obtient un cer tificat de réfugié.Il fraye avec le milieu surréaliste, devient ami avec le poète Yves Bonnefoy, qui le présente à l\u2019éditeur Maurice Nadeau : il commence alors à rédiger ses premiers articles en français pour le journal Combat.De Paris à Montréal « Chaque ville où l\u2019on décide de se loger annonce une nouvelle naissance», écrit Naïm Kat- tan.C\u2019est en 1954 qu\u2019il émigre à Montréal.La ville où, après un long silence littéraire, il reviendra à ses premières amours, prenant cette fois la plume en français.Son œuvre, maintes fois primée, sera saluée entre autres par le prestigieux prix Athanasa-David en 2004.Trois ans plus tard, il recevra le prix Hervé Deluen, institué par l\u2019Académie française pour récompenser un créateur culturel qui contribue efficacement à la défense et à la promotion du français comme langue internationale.Il aura d\u2019abord fondé le Bulletin du Cercle juif, qu\u2019il dirigerait pendant une douzaine d\u2019années.« Je pris bientôt conscience que mon rapport au judaïsme était devenu un fait quotidien, une réalité concrète, vitale.Je représentais les juifs et le judaïsme.» On l\u2019aura invité dans les médias, notamment à l\u2019émission Point de mire de René Lévesque, pour commenter les crises politiques au Proche-Orient.André Laurendeau lui aura ouvert les pages du Devoir comme critique littéraire dès le milieu des années 1950.« Je suis progressivement passé du statut de juif de service à celui de commentateur du monde arabe, pour devenir en fin de compte un intellectuel canadien tout cour t », fait-il remarquer.Tout en poursuivant son travail d\u2019écrivain, il aura dirigé le Service des lettres et de l\u2019édition du Conseil des ar ts du Canada pendant une trentaine d\u2019années.Le pas décisif Son premier livre, Le réel et le théâtral, prix Québec-Paris 1971, a d\u2019abord été un article, dans lequel Naïm Kattan traçait son itinéraire.Envoyé par la poste à la Nouvelle revue française éditée par Gallimard, cet ar ticle allait changer sa vie.Quand l\u2019écrivain Jean Grosjean, alors collaborateur à la revue, lui annonce que son texte va être publié, il lui pousse dans le dos : «Mais ce ne sont que les premières pages d\u2019un livre que vous devez écrire\u2026» Peut-être aurait-il fallu, aujourd\u2019hui encore, une sorte de Jean Grosjean par-dessus l\u2019épaule de Naïm Kattan, afin qu\u2019il poursuive sur la lancée des deux premières parties de Carrefour d\u2019une vie.CARREFOURS D\u2019UNE VIE Naïm Kattan Hurtubise Montréal, 2016, 280 pages Naïm Kattan, les détours d\u2019une vie « Ma quête n\u2019était pas une fuite, je la percevais comme une libération » H U G U E S C O R R I V E A U E st-ce ici femme ou parole qui tombe et se relève, qui tient la vie pour irrésolue, imparable contre les obstacles qu\u2019il faut franchir ?Les poèmes de Rodney St-Éloi sont des appels au dépassement.Pour aller plus loin dans cette vie inquiète qui commande de continuer.Pour que la tête soit tenue bien haute devant l\u2019adversité.Cette parole toujours amène, réceptrice d\u2019une bonté sous-jacente face au vivant, trace des voies de sortie pour échapper au malheur.Moi tombée.Moi levée prend sa source dans la force du dernier recueil de Louise Dupré, à laquelle il est dédié: «Là-haut, vous dis-je / C\u2019est là-haut / Aussi haut que les flammes / Que je vise / Quand je chute.» Chemin de croix, trois fois chutant, mille fois ici, l\u2019auteur cherche son équilibre, à se tenir debout, en marche, résistant.Puis, c\u2019est la chute vertigineuse de l\u2019ange- poète qui s\u2019étonne de tomber et de tomber encore, vague cauchemar en tête, cherchant le nord, perdant le chemin.Déroute temporaire, bien sûr, puisque l\u2019ouverture à l\u2019autre ouvre, chez ce poète, tous les possibles, «tant il est vrai qu\u2019un oiseau chante / Dans [sa] voix / [qui s]\u2019appelle poème.» Poète remontant le cours des antagonismes, Rodney St-Éloi propose son itinéraire d\u2019insatiable curieux, quête presque les regards orageux ou amoureux, peine et joie confondues.«J\u2019ai besoin d\u2019une patrie et d\u2019un mouchoir / Pour pleurer au crépuscule // Dois-je écouter les douaniers / Qui fixent les frontières de mon identité // Dois-je me fier à l\u2019oiseau / Qui chante dans ma voix», se demande-t- il, inquiet et suppliant.Il lui faut donc retrouver dans l\u2019urgence son ancrage, son lieu d\u2019immersion vive, pour apaiser l\u2019inquiétude d\u2019être un perdu, un égaré humain mal reconnu, mal incarné.La tombée n\u2019est alors qu\u2019un geste admissible puisqu\u2019il présuppose la relève.Et il écoute les prédictions obscures, les voix secrètes capables de révélation : «Si tu tombes, dit le sorcier / C\u2019est parce que l\u2019horizon crève les étoiles / Si tu meurs, dit le sorcier / C\u2019est parce que le cœur boit le cœur / Alors je tombe / Comme tombent / Les mangues vertes / Comme tombent les lauriers.» Lazare, du tombeau revenu, parle des fruits des pays d\u2019ailleurs, du pays d\u2019ici, du lieu qui le nourrit de mots et de poésie.Le poète est là, bouche ouverte sur les songes, admis dans la cohorte des demandeurs d\u2019asile, de cet asile essentiel qu\u2019est la bonté du monde.«L\u2019espérance a le bras long / Je traverse mille éclairs / Les arcs-en-ciel me font signe / Et je vois plus haut / Et je tremble », avoue-t-il, dans son incantation modulée.« La terre est mon métier », dit-il encore en une formule saisissante.Cette grande vérité n\u2019est autre que le reflet même de cette parole qui parle juste, à la frontière, sur les frontières pour qu\u2019une identité s\u2019affirme.Collaborateur Le Devoir MOI TOMBÉE.MOI LEVÉE Rodney St-Éloi Les éditions du Noroît Montréal, 2016, 73 pages POÉSIE Rodney St-Éloi, toujours debout Ses poèmes sont des odes à ce qui résiste et survit ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR C\u2019est en 1954 que Naïm Kattan émigre à Montréal.La ville où, après un long silence littéraire, il reviendra à ses premières amours, prenant cette fois la plume en français.DANIELLE LAURIN « Chaque ville où l\u2019on décide de se loger annonce une nouvelle naissance» Rodney St-Éloi L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 A V R I L 2 0 1 6 LITTERATURE F 3 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vi Kim Thúy/Libre Expression 1/2 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean \u2013/1 Père et mère tu honoreras Jean-Pierre Charland/Hurtubise \u2013/1 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise \u2013/1 Tel était leur destin \u2022 Tome 1 De l\u2019autre côté.Nathalie Lagassé/Hurtubise 2/2 Un été à No Damn Good Nathalie Petrowski/Boréal \u2013/1 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente aux.Anne Robillard/Wellan 3/9 Cobayes.Cédric Alain Chaperon/Mortagne 5/2 Ceux qui restent Marie Laberge/Québec Amérique \u2013/1 Les hautes montagnes du Portugal Yann Martel/XYZ 8/11 Romans étrangers La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 1/4 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 2/10 La vie est d\u2019hommage Jack Kerouac/Boréal 4/2 Carnets noirs Stephen King/Albin Michel 3/6 L\u2019urgence dans la peau.L\u2019impératif de Bourne Eric Lustbader/Grasset 5/4 La dame de Zagreb Philip Kerr/Masque 10/8 Conquis K.Bromberg/Homme 7/2 Trois jours et une vie Pierre Lemaitre/Albin Michel 6/2 Inhumaine.Une enquête de Kay Scarpetta Patricia Cornwell/Flammarion Québec 8/7 Désaxé Lars Kepler/Actes Sud \u2013/1 Essais québécois Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 6/2 L\u2019affaire Turcotte Catherine Dubé/Rogers 3/2 Survivre à l\u2019offensive des riches Roméo Bouchard/Écosociété \u2013/1 Dans l\u2019intimité du pouvoir Dominique Lebel/Boréal 1/2 La dure école Normand Baillargeon/Leméac 2/3 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes d\u2019humeur Fabien Cloutier/Lux 4/9 La médiocratie Alain Deneault/Lux 9/2 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 7/27 L\u2019impossible dialogue.Sciences et religions Yves Gingras/Boréal \u2013/1 Voir le monde avec un chapeau Carl Bergeron/Boréal 8/2 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/13 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/9 Quelle sorte de créatures sommes-nous?.Noam Chomsky/Lux 6/3 Ces ondes qui nous entourent Martin Blank/Écosociété \u2013/1 Murmures à la jeunesse Christiane Taubira/Philippe Rey 4/6 Palestine Noam Chomsky | Ilan Pappé/Écosociété \u2013/1 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL 2/6 Carnets de l\u2019incarnation.Textes choisis, 2002-2015 Nancy Huston/Actes Sud \u2013/1 Sonnez, merveilles! Kent Nagano | Inge Kloepfer | Isabelle Gabolde/Boréal 5/7 Le langage des sans-voix.Les bienfaits du.Stephen D\u2019Arcy/Écosociété \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 11 au 17 avril 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdites e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC LES INSOUMIS DE L\u2019EMPIRE LE REFUS DE LA DOMINATION COLONIALE AU BAS-CANADA ET EN IRLANDE JULIE GUYOT Fonds universitaires : \u2022 Littérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022 Pléiade Art québécois et international Livres d\u2019art et livres d\u2019artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 ESPACE LOCATIF DISPONIBLE L I B R A I R I E G A L E R I E C H R I S T I A N D E S M E U L E S A nimateur vedette de la radio de Radio-Canada, Michel est sans le savoir à la croisée des chemins.« Expert dans l\u2019art de feindre l\u2019intérêt », il roule un peu sur le pilote automatique.Bien au chaud dans son studio, qu\u2019il appelle sa « caverne », il vit entouré de son petit harem de recher- chistes fraîches et empressées, d\u2019anciennes maîtresses qui ont encore de l\u2019af fection pour lui et de pâmés en tous genres.Longtemps journaliste de terrain \u2014 il avait notamment couvert la crise du Rwanda \u2014, habitué à poser les questions, l\u2019homme évite lui-même de s\u2019interroger depuis un certain temps, même si le vernis des apparences se fissure un peu.« Une espérance de vie de quatre-vingts ans vous donne le temps de vivre trois vies avant de périr complètement désabusé.Si à cinquante ans il estimait avoir fait le tour de Radio-Canada, comment al- lait-il donc occuper les trente prochaines années ?» Entre la fatigue et l\u2019amertume, c\u2019est sur cet état d\u2019esprit que s\u2019amorce La caverne, le deuxième roman de Gilber t Turp (après Ne t\u2019arrête pas, Leméac, 2010), comédien, dramaturge, metteur en scène et professeur au Conservatoire d\u2019art dramatique de Montréal.Mais la cinquantaine le rejoint vite au tournant et l\u2019atteint dans un angle mort : sa femme, Simone, décide de le quitter pour une de ses collègues, Magdalena, que Michel surnommait « la Grande Italienne ».Un événement qui vient sonner le glas de leurs années de « fausse bonne entente ».Et comme le père de Magdalena vient de mourir en Italie, laissant une petite maison dans la campagne toscane, les deux femmes décident d\u2019aller passer l\u2019année là-bas.Ce qui donnera à leur fille de 19 ans, Emma, qui veut aller rejoindre les deux femmes en Italie, l\u2019occasion de suspendre son entrée en médecine à l\u2019université.Tout semble lui échapper : sa femme, sa fille, la passion du travail.Réalisant qu\u2019il ne verra pas sa fille pendant un an, il décide d\u2019aller passer deux semaines avec elle en Italie.Au volant d\u2019une Alfa Romeo décapotable, ils iront ainsi de Rome à Venise, en passant par Florence, arpentant les musées au pas de course, jouant au père et à la f i l le.Et comme son ex-femme est allergique, il va au retour hériter de Pan- nacotta, la chienne du père de Magdalena \u2014 qui deviendra Panna, puis Panne avant de se transformer en Peine et, enfin, en Vieille Peine.Revenu à Montréal avec le vieux chien \u2014 comme un symbole de sa propre humanité mise à mal \u2014, de point d\u2019interrogation ambulant, Michel se décide à reprendre sa vie en main et essaie de trouver des réponses aux questions qu\u2019il évitait jusque-là de se poser.Il vend la maison, se trouve un appartement et s\u2019occupe de la maison de son ex-femme dans les Cantons-de-l\u2019Est.Un projet d\u2019émission de grandes entrevues l\u2019occupe et lui redonne le goût du risque et du sens.« Il y a trois mois, j\u2019avais l\u2019impression d\u2019être en train de m\u2019éteindre.Mais là, je frétille d\u2019impatience.Je veux de la beauté, de la profondeur historique, de l\u2019élévation.» C\u2019est la substance de La caverne.Un passage de l\u2019ombre à la lumière.Un réveil ou un nouveau départ.Sans jamais céder à la tentation du spectaculaire \u2014 il ne transforme pas son protagoniste en superhé- ros pas plus qu\u2019en martyr \u2014, avec sobriété, Gilber t Turp donne une voix humaine et parfaitement crédible à cette crise de mi-temps de la vie.Collaborateur Le Devoir LA CAVERNE Gilbert Turp Québec Amérique Montréal, 2016, 264 pages ROMAN QUÉBÉCOIS De l\u2019ombre à la lumière Entre Montréal et la Toscane, Gilbert Turp donne une voix touchante et crédible à une crise de la cinquantaine F A B I E N D E G L I S E C\u2019 est un peu comme aller à Brossard et atterrir à Du- baï, ou regarder vers Rome et débarquer à Tokyo.Le bédéiste Michel Hellman a, dans les cinq dernières années, cherché à nouveau l\u2019inspiration dans son quartier branché, le Mile-End à Montréal, pour mettre au monde de nouvelles chroniques urbaines, sensibles et dessinées comme celles qui l\u2019ont mis au monde en 2011 avec un «album toponyme » Mile-End (Pow Pow).Peine perdue! Le deuxième souf fle était plus loin, beaucoup plus loin : entre Kuujjuaq, Kangiqsujuaq, le parc de Pingualuit, la menace d\u2019un ours noir et les nuées de mouches noires.Le jeune auteur a trouvé là ce qu\u2019il n\u2019arrivait plus à récolter en bas de chez lui, dans cette république du hipster dont il peut contempler le nombril depuis les fenêtres de son appar te- ment : cet esprit qui avance sur des sentiers pas trop balisés, sans ressentir ce besoin exagéré de crier sa différence.«Ce qui a guidé l\u2019écriture de Mile-End, ce qui m\u2019a inspiré, c\u2019est l\u2019observation de l\u2019anticonformisme que l\u2019on retrouvait dans ce quar tier à l\u2019époque, résume Michel Hellman, qui rappelle sa plume anthropologique à notre bon souvenir au- jourd\u2019hui avec une œuvre forcément intitulée Nunavik (Pow Pow).Toute cette bohème s\u2019est évaporée ici, comme sur le Plateau [autre quartier de Montréal passé d\u2019ar tiste à conformiste en une décennie à peine] dans le temps.Tout est désormais codifié, tout semble avoir été fait, tout est inaccessible, prévisible avec ses condos, ses res- tos, ses comportements forcés\u2026 alors que là-bas, il y a encore cette liber té, cette impression que tout reste à faire.Et les gens que l\u2019on y croise por tent en eux cette marginalité qui me plaisait tant ici.» L\u2019inoculation de l\u2019envie du Grand Nord \u2014 par la mouche à chevreuil, s\u2019entend \u2014 a finalement bien fonctionné chez Michel Hellman, qui y est allé une première fois en 2008, dans le cadre d\u2019un reportage pour le magazine Géo Plein Air, puis y est retourné seul l\u2019an dernier pour sa piqûre de rappel.Pendant 10 jours, plus deux d\u2019attente d\u2019un vol de retour à cause de la météo instable.Il en fait d\u2019ailleurs une démonstration convaincante dans ce nouvel assemblage d\u2019histoires cour tes enchâssées dans un grand récit qui se promène sur cette terra incognita, comme il l\u2019appelle, si loin, si proche\u2026 « Je voulais montrer le contraste entre le Mile-End et le Nunavik, raconter ce tiers- monde dans notre propre province, décrire des fragments de cette vie là-bas que l\u2019on refuse de regarder, sans doute à cause d\u2019une cer taine culpabilité.Le Nunavik, c\u2019est aussi une par t de nous-mêmes située à peine à deux heures trente de vol de Montréal.» Drogue, dépression, alcoolisme, perdition\u2026 les préjugés habituels sur ce territoire sont là, sauf qu\u2019ils sont objet de mise en perspective, de questionnement subtil par Michel Hellman qui se pose autant en documentariste qu\u2019en romancier, avec un regard oscillant entre la curiosité, la naïveté, les faux pas de l\u2019homme blanc et l\u2019humanisme.« L\u2019idée de montrer une autre facette du Nord, d\u2019en parler pour autre chose que les mauvaises raisons habituelles, de déjouer les idées reçues, de saisir l\u2019esprit des lieux me plaisait», admet-il.Avec son histoire de chasse à la baleine, ses parenthèses sur les Dorsétiens, ces Paléoes- quimaux ancêtres des Inuits qui préfèrent d\u2019ailleurs les appeler Tuniit, avec ses anecdotes de bière achetée par pack de six dans le bar de Kuujjuaq pour éviter de retourner trop souvent au comptoir ou d\u2019ours forçant de sortir avec un fusil pour aller aux toilettes la nuit, Nunavik finit d\u2019ailleurs par se situer dans cet anticonformisme qu\u2019il sonde avec ses planches : ni journal, ni reportage, ni fiction, ni carnet, et un peu tout ça en même temps.Page 70, Michel Hellman relate d\u2019ailleurs cette blague qu\u2019un Inuit lui a racontée un petit matin sur les bords de la rivière Koksoak (qui, soit dit en passant, est en fait un fleuve).« Tu sais de quoi est composée une famille typique inuite?Un homme, une femme, deux enfants\u2026 et un anthropologue », lâche-t-il avant de partir à rire.L\u2019histoire drôle saisit habilement ce paradoxe d\u2019un peuple vivant éloigné du reste du monde, mais en même qui a été depuis plus de 100 ans l\u2019un des plus photographiés et obser vés sur la planète.Mais elle peut aussi être vue autrement, en confirmant que Michel Hellman, désormais, fait du coup un peu partie de cette famille\u2026 Le Devoir NUNAVIK Michel Hellman Pow Pow Montréal, 2016, 154 pages ENTREVUE De la rue Fairmount à Kuujjuaq L\u2019anticonformisme n\u2019est plus dans le Mile-End, Michel Hellman est allé à sa recherche\u2026 au Nunavik ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Entre la fatigue et l\u2019amertume, c\u2019est sur cet état d\u2019esprit que s\u2019amorce La caverne, le deuxième roman de Gilbert Turp.BANDE DESSINÉE HUBERT Ben Gijsemans Dargaud Bruxelles, 2016, 86 pages Voilà une sublime poésie de la banalité livrée par le bédéiste belge Ben Gijsemans, qui capture dans ses cases l\u2019étrange beauté d\u2019un fragment de vie plate et sans aspérités, celle d\u2019Hubert, homme sans doute dans la cinquantaine.Le célibataire solitaire met du baume sur son quotidien au contact de l\u2019art dont il part régulièrement à la rencontre aux Musées royaux des beaux-arts de Belgique et même au Musée d\u2019Orsay à Paris: le triptyque de Metsys, L\u2019Olympe d\u2019Édouard Manet, La fontaine de l\u2019inspiration de Constant Montald, Les sœurs de l\u2019illusion de Victor Rousseau\u2026 des œuvres qu\u2019il tente de reproduire, en dilettante, dans son appartement d\u2019indécrottable vieux garçon, les yeux parfois tournés vers la fenêtre d\u2019en bas qui laisse apparaître par moments le corps d\u2019une voisine.Tout est en langueur dans ce récit qui se promène entre sociologie de la solitude et érudition, entre ennui et contemplation, jusqu\u2019à un verre de vin qui pourrait un peu confronter le ronron.Fabien Deglise ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Michel Hellman a voulu montrer une autre facette du Nord et saisir l\u2019esprit des lieux. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 A V R I L 2 0 1 6 L I T T É R A T U R E F 4 Notre culture n\u2019est plus intéressée par ce genre d\u2019œuvres raffinées qui étaient au centre de toutes les conversations : le roman, le vrai cinéma, les galeries présentant des expos sérieuses.Mais c\u2019est ce que c\u2019est.Je ne vais pas sortir dans la rue pour gueuler contre ça.» Alors que Patrick Bateman pousse ces jours-ci la chansonnette dans une adaptation sur Broadway d\u2019American Psycho, énième preuve que rien n\u2019est impossible, BEE déclarait récemment ceci dans une entrevue soulignant dans Rolling Stone le 25e anniversaire de son roman-choc: «The older you get you realize everyone\u2019s a fucking dumbass» («En vieillissant, on réalise que tout le monde est un putain d\u2019idiot»).Il commentait alors les lectures tronquées \u2014 l\u2019accusant de misogynie et de violence gratuite \u2014 que sa jolie gueule avait essuyées au moment de mettre au monde son narrateur tueur en série, dont l\u2019ombre sanguinolente le pourchassera éternellement.«C\u2019est un soulagement énorme, c\u2019est très libérateur de ne plus écouter les idiots, de ne plus m\u2019imposer une discussion avec un idiot qui ne sait pas de quoi il parle.Mais c\u2019est aussi un constat très douloureux, parce qu\u2019avant d\u2019arriver à ce point, j\u2019ai longtemps refusé de croire que les idiots, oui, sont partout.» Collaborateur Le Devoir ŒUVRES COMPLÈTES TOME I ET TOME II Bret Easton Ellis Robert Laffont Coll.Bouquins Paris, 2016, 1088 et 1120 pages SUITE DE LA PAGE F 1 EXCÈS Bret, rock star En tutoyant sans scrupule le gratin hollywoodien et en se repaissant de son statut de vedette avec une désinvolture mutine habituellement réser vée aux acteurs et aux guitaristes, Bret Easton Ellis aura incar né aux yeux de Soublière une posture complètement inédite dans un monde littéraire québécois où l\u2019ego et l\u2019ambition doivent être camouflés.« Quand je suis allé le voir lors d\u2019une conversation publique à New York pour Imperial Bedrooms, il était super arrogant avec l\u2019intervieweur, se souvient-il.J\u2019ai toujours été fan de ce genre de rock star qui n\u2019enlève pas ses lunettes de soleil à l\u2019intérieur, qui est super baveux.» Jean-Philippe Baril Guérard en rajoute : « Ellis dénonce le rêve américain, mais il en jouit en même temps.Ce n\u2019est pas un gauchiste fâché.Il en profite, du capitalisme.C\u2019est une contradiction que j\u2019adore.» La violence cathartique Pour Mélikah Abdelmou- men, le Bret Easton Ellis le plus douloureusement jouissif se terre dans le costard du tueur en série Patrick Bateman, narrateur d\u2019American Psycho, ce roman culte liant «sans aucune retenue la violence économique et la violence meurtrière».Le BEE le plus sagace se trouve, selon elle, dans Lunar Park, autofiction aussi ludique que sordide, à la fois hommage à Stephen King, règlement de compte avec le père, car rousel d\u2019allusions à ses précédents livres et vaste entreprise de brouillage de pistes entre réalité et fiction.« La violence de ses précédents romans revient hanter le Ellis narrateur, mais il n\u2019y a rien de tout ça qui est aussi violent que la banlieue américaine où il se trouve, observe- t-elle.Tout ce qu\u2019on lui reproche, d\u2019être hors norme parce qu\u2019il se drogue et qu\u2019il n\u2019est pas un bon père, on donne ça pour inacceptable, mais ce qui est plus terrifiant dans le livre, c\u2019est le rouleau compresseur de la normativité sociale.» En piochant chez Ellis pendant l\u2019écriture de Les désas- trées (VLB, 2013) une violence qui était jusque-là étrangère à son œuvre, l\u2019écrivaine trouvera en partie le remède à la douleur de la mor t de son amie Nelly Arcan.« Le deuil a fini par complètement nourrir le travail, mais je ne savais pas, au départ, quoi faire avec.Je ne voulais pas écrire \u201c Oh la la, bouhou, tu me manques.\u201d Ça a été une révélation pour moi de comprendre que je pouvais écrire violent à partir de la peur ou du deuil, et pas seulement à partir d\u2019une pulsion de violence.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 ELLIS G U Y L A I N E M A S S O U T R E P hilippe Sollers, éditeur de Catherine Millot, a été un familier de Jacques Lacan.Quant à Millot, elle a partagé l\u2019intimité de Lacan durant les dernières années de sa vie.Elle n\u2019avait pas trente ans quand le psychiatre devint son analyste, et davantage, alors que ses séminaires faisaient accourir tout Paris.Pour la première fois, pudique mais admirative, elle raconte Ma vie avec Lacan, por trait de celui qui, par sa pensée géniale, son audace et sa fer tilité, est resté une énigme et, pour beaucoup, le maître à penser qu\u2019il voulait et ne voulait pas avoir été.Volontiers fastueux et original, voire « superstar » extravagante, il « n\u2019excluait pas l\u2019ascétisme » dans sa vie, au 5, rue de Lille, à Paris.« Il menait à plus de soixante-dix ans une vie d\u2019étudiant ou de célibataire », témoigne-t-elle de ses contradictions.L\u2019homme est dévoué, infidèle, convivial, mais aussi silencieux et habité de profonds soupirs.Il aime faire plaisir, suivre ses habitudes mais pas les normes, préférant déconcerter plutôt que se laisser distraire.En tout temps et en tout lieu, il pense par lui- même, dans l\u2019autonomie qu\u2019il exige aussi d\u2019autrui.Vrai danger au volant, fou de vitesse, il s\u2019immobilise à sa table de travail.C\u2019est un lecteur acharné, un conférencier brillant, qui aime la compagnie, l\u2019auditoire, les voyages, les musées.Avec lui, Millot découvre Rome, son intensité, sa culture, puis sa maison de Guitrancourt et ses habitants.« La théâtra- lisation faisait partie de l\u2019art oratoire de Lacan », dit-elle de sa rage ostentatoire ; mais, en privé, i l était la simplicité même: «Il n\u2019avait pas d\u2019arrière- pensées, il ne prêtait pas d\u2019intentions à l\u2019autre.Sa simplicité tenait aussi à ce qu\u2019il n\u2019hésitait pas à demander ce qu\u2019il voulait de la manière la plus directe.» Réduire à l\u2019os Les anecdotes abondent, sans toutefois rien révéler ni compromettre personne.«Il ne biaisait jamais avec la vérité », dit-elle à propos de son rapport aux patients ou au réel.« Ce point où Lacan se tenait dans son rapport à l\u2019autre était celui de l\u2019irréductible solitude de chacun, voisin du lieu où l\u2019existence confine à la douleur.Il vous ramenait toujours à ce qui dans la solitude nous renvoie à notre exacte équivalence à tout autre, comme disait Genet.» Par son sens du tragique, il provoquait l\u2019« échange cathartique », trouvant les mots décisifs qui mettaient chacun face à soi-même: «Il m\u2019avait dit : «Vous n\u2019êtes pas la seule, ça ne vous fait pas moins seule.\u201d» Millot parle peu d\u2019elle-même, hormis d\u2019avoir été « épatée », comme Jacques-Alain Miller, et, plus profondément, «comme nettoyée» de son anxiété par le psychanalyste.À regret, elle finit par le quitter pour réaliser son désir d\u2019enfant.Les figures auront passé à ses côtés, et sous ses pieds, les nœuds borroméens qu\u2019il confectionnait à foison.L\u2019épisode le plus touchant du récit se situe à la mort accidentelle de sa f i l le aînée.Mais les journées houleuses de la psychanalyse trouvent aussi un écho, qui humanise les scènes éparses qu\u2019on en connaît.« Les vanités se consumaient dans un dédain de tout, hormis l\u2019essentiel.» C\u2019est de cet idéal que Millot, et donc son texte, demeure estampée.Cœur érectile Qu\u2019il soit opposé à ce récit économe et serrant le réel au plus près un tout autre livre, Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon.C\u2019est le contraire de la sobriété essentielle de Millot.Tout semble avoir échappé à la mémoire de Lindon, mais cet aveu même appelle le remplissage du puits sans fond.Spontanée, honnête, désinvolte, cette écriture intime est une autojus- tification vaine, une honte insurmontable du désir de se mettre à nu.Telle est la confession, une douleur d\u2019exister, si anonyme que la contrainte de le dire produit un souvenir de soi en creux.Chacun fait de tous, tous en chacun.Étrange paradoxe, dont l\u2019ar tifice gagnerait en valeur sur le divan d\u2019un psychanalyste.Dans 33 chambres d\u2019amour, François Emmanuel pourrait bien gagner le prix Goncourt de la nouvelle, pour lequel il est en lice.C\u2019est ici le désir qui parle.33 corps féminins sont dénudés comme autant de preuves des manœuvres imprévisibles du désir.Mises en scène décapantes, subtiles ou incendiaires, ces historiettes amoureuses étoilent des rencontres crépusculaires, nimbées de grâce et d\u2019enchantement.Lacan y est d\u2019ailleurs cité.Dans « La psychanalyste », c\u2019est le client qui séduit la psychanalyste.Du moins celui-ci rencontre-t-il son fantasme, dans un superbe transfert qui laissera la dame muette et vexée.Épatant, ce réservoir de fantaisie et cette collection de poupées, ces silhouettes croquées à l\u2019air vif, dans le vaste monde du rêve obsédant, interpellent un réel qui refuse de disparaître autant que de se fixer.Collaboratrice Le Devoir LA VIE AVEC LACAN Catherine Millot Gallimard L\u2019Infini Paris, 2016, 105 pages JE NE ME SOUVIENS PAS Mathieu Lindon P.O.L Paris, 2016, 157 pages 33 CHAMBRES D\u2019AMOUR François Emmanuel Seuil Paris, 2016, 183 pages Rendez-vous chez Lacan Catherine Millot met des mots pudiques sur sa vie avec l\u2019énigmatique psychiatre L I S E G A U V I N C\u2019 est avec un talent de peintre initié au « pouvoir du langage » que Lyonel Trouillot livre ses tableaux de la vie haïtienne dans son dernier roman, Kannjawou, tableaux dont les couleurs vives et les contours précis font contraste avec la tonalité grise du lieu principal où se passe l\u2019action, la bien nommée rue de l\u2019Enterrement, à cause de sa proximité avec le cimetière.Quant au mot «Kannjawou», qui sert à désigner la fête dans la culture populaire, il renvoie dans le livre à un bar à la mode où se retrouvent les employés des institutions internationales et des organisations non gouvernementales, ceux que le narrateur du récit appelle les nouveaux occupants d\u2019Haïti.Deux univers se côtoient dans le roman.D\u2019une part, la misère et le «combat pour la survie».D\u2019autre part, la vie luxueuse des représentants interchangeables des diverses ONG qui se savent de passage et attendent leur prochaine mission.L yonel Trouillot, dans ce dixième roman, a choisi de donner la parole à un jeune universitaire de 24 ans, qui gagne sa vie en faisant des travaux pour les étudiants des universités privées.C\u2019est lui qui observe, note et consigne dans son journal, en une suite de chapitres très brefs, saisissants de vérité, les petits et grands événements de sa vie et de celle des siens.«Écris la rage, lui avait conseillé Man Jeanne, le temps qui passe, les petites choses, le pays, la vie des morts et des vivants qui habitent la rue de l\u2019Enterrement.Écris, petit.» Et le narrateur d\u2019obéir, sachant toutefois que «ce n\u2019est pas avec des mots qu\u2019on chassera les soldats et fera venir l\u2019eau courante».Sachant encore que «devant l\u2019échec du politique on se réfugie quelquefois dans des chansons et des poèmes».Une ville prison L\u2019attention du narrateur est surtout retenue par les allées et venues de la « bande des cinq», le groupe d\u2019amis dont il a fait partie dans son enfance.Parmi eux se trouvent Wodné le militant, Popol l\u2019inséparable et surtout Joelle et Sophonie, deux femmes pour lesquelles il éprouve un amour platonique et qu\u2019il désigne comme ses « fées de proximité ».Bien que désormais engagés dans des voies différentes, les cinq amis ont fondé ensemble un Centre culturel pour la jeunesse, un «non-lieu transformé en centre de discussion », un centre qui leur donne « l\u2019impression d\u2019être en vie et d\u2019agir sur quelque chose » .Car i l n\u2019est pas question pour eux de démissionner devant la souffrance et la misère.D\u2019autres figures hantent le quar tier de l\u2019Enterrement.Celle de Man Jeanne, la doyenne philosophe, qui pratique une forme de justice par ticulière en arrosant de pipi de chat la tête de ceux qu\u2019el le juge malfaisants.Celle d\u2019Halefor t le voleur de cercueil, d\u2019Anselme le diseur de bonne aventure, d\u2019Hans et Vladimir les gamins.Sans oublier celui que l\u2019on nomme le « petit professeur », ce personnage complice du narrateur, amoureux des livres et de la belle Joelle, qui vient faire la lecture aux enfants du Centre.Tous les mercredis, Popol et le narrateur se rendent au Kannjawou pour chercher So- phonie et la raccompagner chez elle après son travail de serveuse.Assis sur un muret en attendant l\u2019heure du départ, les deux amis observent à loisir les coopérants qui viennent y faire la fête : « la petite brune, la grande blonde, la hyène, les trois mousquetaires\u2026» Le narrateur n\u2019est pas tendre à l\u2019endroit de ces clients qui «n\u2019arrêtent pas de danser en avançant vers la piste.S\u2019admirent dans une sorte d\u2019entre-soi.Constituant un monstre compact et cependant à plusieurs têtes, plusieurs jambes, plusieurs bouches, tournant sur lui-même, rapaces contre rapaces, frénésie contre frénésie».Fête triste que celle-là, qui a peu à voir avec le kannjawou carnavalesque.Vaste fresque constituée de plusieurs microrécits, le roman de Lyonel Trouillot est à la fois un document de première main pour comprendre la situation actuelle de Port-au- Prince, cette « ville devenue une vaste prison où chaque détenu cherche son coin de vie en se méfiant des autres », un réquisitoire contre la nouvelle forme d\u2019« occupation » mili- taro-humanitaire installée au cours des dernières décennies et un témoignage d\u2019espoir offert par un groupe de jeunes gens qui, en dépit des circonstances, osent encore rêver.Un livre émouvant et grave, rempli de tendresse pour ceux-là mêmes pour qui survivre devient « un travail à temps plein qui consomme toute leur énergie ».Collaboration Le Devoir KANNJAWOU Lyonel Trouillot Actes Sud Paris, 2015, 193 pages LETTRES FRANCOPHONES Grandeur et misère d\u2019Haïti Lyonel Trouillot raconte un Port-au-Prince sous occupation militaro-humanitaire ROMAN LA FEMME AU COLT 45 Marie Redonnet Le Tripode Paris, 2016, 112 pages La femme au colt 45 est un texte bref, polar qui met en scène une femme transfuge dans un pays imaginaire.Sous sa robe et ses grands voiles, elle serre un pistolet comme un talisman, dans ce monde hostile où la vie d\u2019une femme est risquée à chaque instant.Récit de stress et de peur, ce texte dense est aussi celui d\u2019une libération et d\u2019un triomphe.Lora pense à son mari et à son enfant, à revenir jouer au théâtre.Elle a reçu des menaces de mort ; autour d\u2019elle, le monde s\u2019effrite et tombe.Mais elle agit par instinct, elle se sauve de l\u2019autre côté de la frontière.Comme une étoile filante, elle dispense la poésie de son autodéfense.Ce texte émouvant descend au creux de l\u2019espoir de ces femmes en lutte dans un monde assassin, tellement violent qu\u2019on a peine à se croire en notre siècle.Guylaine Massoutre Jean-Philippe Baril Guérard AGENCE FRANCE-PRESSE Vendeuse de carottes en Haïti Mélikah Abdelmoumen Alexandre Soublière PHOTOS ANNICK MH DE CARUFEL LE DEVOIR C.HÉLIE GALLIMARD Avec Jacques Lacan, Catherine Millot découvre Rome, son intensité, sa culture, puis sa maison de Guitrancourt et ses habitants. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 A V R I L 2 0 1 6 L I V R E S F 5 w w w.l e q u a r t a n i e r .c o m Blanche-Neige voudrait qu\u2019on la reconnaisse pour ses idées, mais c\u2019est pour sa beauté qu\u2019on voudra la tuer.Dans un autre royaume, Cendrillon, la ?lle du palefrenier, contemple les splendeurs du château et rêve d\u2019aller au bal du prince.Pour vivre son rêve, ne serait-ce qu\u2019une nuit, elle sera prête à tout sacri?er.La Belle au bois dormant, quant à elle, étou?e sous le vernis de la petite ?lle parfaite qu\u2019elle est condamnée à être et, dans un long sommeil, se voit assaillie par tout ce qui grouille derrière les apparences.Les biographes ont établi que l\u2019auteur de L\u2019ouvreuse de cinéma, de Rentrer de noirceur et de bien d\u2019autres titres a eu recours, pendant pas moins de dix ans, à un assistant.Quel a été le rôle de cet assistant dans l\u2019écriture des romans de cette période?Dans quelles circonstances a-t-il rencontré l\u2019épatante Denise Bruck, grand amour de sa vie?Quelle était la nature de leurs liens avec la mystérieuse Fondation Schasch?Et que venait faire le continent de plastique dans toute cette histoire?À ces multiples questions je crois pouvoir donner une réponse complète et satisfaisante.Cet assistant, c\u2019était moi.L\u2019interprétation du deuxième commandement ne fait pas l\u2019unanimité dans la tradition juive.Les sages du Talmud admettent la représentation des formes vivantes tout en lui assignant une limite, et leurs débats nous enseignent ce que la distinction entre le réel, l\u2019imaginaire et le symbolique engage sur le plan éthique.Cet enseignement est ici le point de départ d\u2019une relecture des œuvres de Duras, Sarraute et Guyotat, qui s\u2019interdisent la représentation par un travail d\u2019écriture visant à délégitimer l\u2019image; ces œuvres sont pétries par une force corporelle qui met en jeu le réel d\u2019une jouissance à déchi?rer.Offerts aussi en format numérique En librairie maintenant CORBEIL TURGEON l e q u a r t a n i e r CLICHE U ne manière de la présenter pourrait être de dire qu\u2019el le est l\u2019autre King qui écrit des livres et vit dans le Maine.Mais sur le plan de l\u2019écriture comme de la génétique, aucun lien de parenté connu avec le «maître de l\u2019horreur et du suspense ».Loin d\u2019aligner, bon an mal an, ses trois bouquins de plusieurs centaines de pages, Lily King est de la race flauber tienne, c\u2019est quelqu\u2019un qui prend son temps.Qui semble ignorer tant la démangeaison de publier que son corollaire économique : l \u2019œuvre pondue pour payer les factures.Un recueil de nouvelles en 1995, et depuis, un roman tous les cinq ans.Euphoria est son quatrième.Au diable la profusion balzacienne ! Ça commence à ressembler à une œuvre\u2026 Peut-être bien qu\u2019elle écrit lentement, mais peut-être aussi qu\u2019elle fouille beaucoup ses sujets et n\u2019a pas, comme son gra- phomane d\u2019homonyme, les moyens de s\u2019offrir un recher- chiste à plein-temps.De seulement situer l\u2019action d\u2019un roman dans les forêts équatoriales de la Nouvelle-Guinée autour de 1933, voilà qui suppose, je pense, quelques vérifications.Quand, au détour d\u2019une phrase, vous montrez un oiseau posé sur une branche, ça ne peut pas être un geai bleu, mettons.Et si, en plus, vous vous donnez pour projet de saisir les enjeux d\u2019une science qui se trouve alors en plein essor et dont les pousses luxuriantes et exotiques vont bientôt s\u2019épanouir en cette fleur magnifique et vénéneuse, les Tristes tropiques de Lévi-Strauss, laquelle, à son tour, engraissera le terreau du structuralisme, du relativisme culturel et de l\u2019actuelle revanche (largement accomplie dans le domaine de l\u2019imaginaire, sinon dans le monde réel) du Sauvage universel, vous avez intérêt à lire un peu, pas vrai?Imaginez maintenant que vous désiriez insuffler à cette fiction inspirée d\u2019un épisode de la biographie de Margaret Mead, la célèbre anthropologue, une dose de romance et de passion torride tournant autour d\u2019un triangle amoureux, sur fond de végétations humides, de chairs scarifiées et de coutumes païennes \u2014 je n\u2019ai rien d\u2019autre à vous offrir que de la sueur, des insectes et des serpents, pourrait dire King pour paraphraser un cer tain colonial \u2014, et que vous y réussissiez à peu près, serez-vous très surpris le jour où vous verrez débarquer votre agent avec un contrat de droits d\u2019adaptation cinématographique prêt à signer?Pas vraiment.« Ils étaient arrivés en 1931 pour étudier deux tribus de Nouvelle-Guinée.Mais, parce que Bankson était sur le Sepik, ils étaient partis vers le nord, à l\u2019assaut des montagnes, chez les Anapa, avec l\u2019espoir que, lorsqu\u2019ils redescendraient un an après, il serait ailleurs et qu\u2019ils pourraient se pencher librement sur les tribus du fleuve, dont les cultures, moins isolées, étaient riches de traditions artistiques, économiques et religieuses.Mais il était encore là, alors ils étaient partis dans la direction opposée, loin de lui et des Kiona qu\u2019il étudiait, vers le sud en suivant un affluent du Sepik qui s\u2019appelait le Yuat, où ils avaient découvert les Mum- banyo.À la fin de la première semaine, elle avait compris que cette tribu était une erreur\u2026» Ils ont trente ans.Anglais, Américaine, Australien, ils règnent sur le monde.Ils magasinent les peuplades comme des fruits au marché.Trois brillants esprits scientifiques, en compétition pour la décou- ver te du rite sexuel secret, de la structure sociale primitive qui révolutionnera notre perception du monde.Sans parler de l\u2019autre compétition, qui oppose, dans la touffeur de ces contrées où le fragile vernis que nous appelons civilisation ne demande qu\u2019à se fendiller, deux hommes pour le cœur d\u2019une jeune femme.Il ne leur viendrait jamais à l\u2019idée de se pencher sur les codes de conduite des gentlemen qui fréquentent les clubs anglais, ou sur les ridicules tabous sexuels de l\u2019Angleterre de Victoria et de George V.Leur propre culture est le point aveugle où s\u2019articule leur discours.Étudier, c\u2019est dominer.« Elle s\u2019ef forçait de ne pas penser aux villages devant lesquels ils passaient, avec leurs foyers et leurs maisons surélevées, les enfants qui chassaient les serpents à la lance dans le chaume.Tous ces gens qu\u2019elle manquait, les tribus qu\u2019elle ne connaîtrait jamais et les mots qu\u2019elle n\u2019entendrait pas, l\u2019inquiétude à l\u2019idée qu\u2019ils étaient peut-être précisément en train de rater la tribu qu\u2019elle se devait d\u2019étudier, un peuple dont elle saurait libérer le génie et qui libérerait le sien, un peuple dont les mœurs auraient un sens pour elle.» Le couple formé par deux de ces anthropologues, Nell et Fen, incar ne à lui seul les tensions qui agitent alors ce domaine du savoir et qui s\u2019apprêtent à faire exploser les sciences humaines.Fen, c\u2019est la vieille science prédatrice, celle qui a ravi à la Grèce les frises du Par thénon et à l\u2019Égypte le tombeau de Tou- tânkhamon.L\u2019approche de Nell et de sa mentore, Helen, est fondée, à l\u2019opposé, sur la proximité et l\u2019empathie.«\u2026 le plus grand et le plus grave problème du monde tient à l\u2019incapacité de la civilisation occidentale à comprendre les mœurs des autres peuples.À la vingtième page, elle avait déjà [\u2026] fait le tour de la terre plusieurs fois et démontré que la notion d\u2019hérédité raciale, de race pure, est de la foutaise, que la culture ne se transmet pas biologiquement et que la civilisation occidentale n\u2019est pas le résultat final d\u2019une évolution de la culture, pas plus que l\u2019étude des sociétés primitives n\u2019est l\u2019étude de nos origines».Revendiquer ouver tement Margaret Mead pour modèle du personnage de Nell, comme le fait l\u2019éditeur en quatrième de couverture, ne va pas sans risque.Les choix de l\u2019auteure deviennent évidents, sujets à discussion.Dans la vraie vie, Mead, dont l\u2019étude des mœurs sexuelles polynésiennes aurait nourri la révolution du sexe des sixties, a enfanté une fille et est décédée d\u2019un cancer à l\u2019âge de 77 ans.Dans le livre, elle écoute le chant des sirènes hollywoodiennes, cède à la passion, perd son enfant et meurt à l\u2019âge du Christ, tuée par le mariage et la maternité, martyre du féminisme avant la lettre.EUPHORIA Lily King Traduit de l\u2019américain par Laurence Kiefé Christian Bourgois éditeur Paris, 2016, 317 pages L\u2019amour au temps des Papous Lily King signe une romance exotique sur fond de quête de savoir au cœur de la brousse M I C H E L B É L A I R O n connaît depuis longtemps les talents d\u2019enquêteur du commissaire Erlendur de la police de Reykjavik.Précisément depuis la publication de La cité des jarres (Métailié, 2000), bien avant que l\u2019on apprenne d\u2019ailleurs qu\u2019il a aussi un nom de famille (Sveinsson).Les lecteurs les plus fidèles ont même vu Erlendur patrouiller en uniforme dans les rues de la capitale islandaise puis enquêter à quelques reprises sous les ordres de son mentor, Marion Briem, avant qu\u2019elle prenne sa retraite et qu\u2019il la remplace en devenant à son tour commissaire.C\u2019est dans cette complicité avec Marion que vient se placer cette nouvelle vieille enquête qu\u2019il faut situer en 1979, quelque part au beau milieu de la guerre froide.Tout s\u2019amorce avec la découverte d\u2019un corps dans un lagon situé près de la base américaine qui jouxte l\u2019aéroport international de Keflavík.Rapidement, les policiers constatent que tous ses os sont brisés ; comme s\u2019il avait fait une chute ver tigi- neuse\u2026 au milieu d\u2019un champ de lave.Marion et Erlendur conviennent de solliciter l\u2019aide des autorités américaines pour enquêter sur la base lorsqu\u2019ils découvrent que l\u2019homme, mécanicien chez Icelandair, travaillait par fois dans les hangars d\u2019entretien des gros-porteurs de l\u2019armée américaine.En parallèle, lors de ses rares temps libres, Erlendur recherche une jeune fille disparue sans laisser de traces il y a un quart de siècle près de l\u2019ancien camp militaire de Kamp Knox.Construit durant la Seconde Guerre mondiale, il abritait la base navale de la force d\u2019occupation américaine avant d\u2019être squatté par des démunis une fois le camp abandonné par les soldats à la f in du conflit.Cette for te présence américaine rythmée en deux temps bien distincts est au cœur de l\u2019enquête, on le devine vite.Elle permet à l\u2019auteur de nous dévoiler un autre pan de l\u2019histoire récente de l\u2019Islande.Mais revenons à l\u2019homme du lagon.Même si les Américains refusent de laisser les policiers islandais poser leurs questions sur la base, Marion et Erlendur réussiront à gagner la complicité d\u2019une policière du camp.Grâce à elle, l\u2019affaire prendra une dimension insoupçonnée expliquant la distance que prennent les autorités militaires quant à l\u2019enquête.On ne vous en révélera pas plus, sinon qu\u2019Arnaldur Indridason trouve ici le ter rain idéal pour donner libre cours à son aversion pour les militaires.Et puis voilà qu\u2019Er- lendur trouve quelques nouvelles pistes dans ses recherches sur la jeune fille disparue.En enquêtant de façon méthodique, en reposant sans cesse les mêmes questions et en soulevant la moindre pierre du dossier, il parvient à donner un éclairage nouveau à toute l\u2019histoire.Jusqu\u2019à ce que, comme dans le cas de l\u2019homme aux os brisés, toute la lumière soit faite enfin.Le lecteur sera séduit par l\u2019habileté de conteur d\u2019Indrida- son, qui nous fait passer d\u2019un temps à l\u2019autre entre les deux histoires sans que la lecture soit dif ficile.On ne pourra non plus s\u2019empêcher de noter l\u2019élégance et l\u2019ef ficacité de son écriture encore une fois rendue merveilleusement par la traduction d\u2019Éric Bour y.Avec cette histoire décalée racontant deux enquêtes situées à presque un quart de siècle de distance, c\u2019est comme si la porte du temps s\u2019était résolument entrouver te.Qui sait où nous amènera ensuite Erlendur Sveinsson.Collaborateur Le Devoir LE LAGON NOIR Arnaldur Indridason Traduit de l\u2019islandais par Éric Boury Éditions Métailié Paris, 2016, 320 pages POLAR Une nouvelle vieille enquête d\u2019Erlendur LOUIS HAMELIN ISTOCK Peinture faciale et coiffe traditionnelles en Nouvelle-Guinée.L\u2019étude des cultures tribales est au cœur d\u2019Euphoria, de Lily King.Leur propre culture est le point aveugle où s\u2019articule leur discours.Étudier, c\u2019est dominer. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 A V R I L 2 0 1 6 ESSAIS F 6 J ean-François Roberge, député de Chambly à l\u2019Assemblée nationale, est une des bonnes têtes de la Coalition avenir Québec (CAQ).Ancien militant étudiant à la moribonde Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et enseignant au primaire de formation, profession qu\u2019il a exercée pendant 17 ans avant d\u2019être élu député en 2014, Roberge est le por te-parole de sa formation politique en matière d\u2019éducation et d\u2019enseignement supérieur.On peut donc considérer Et si on réinventait l\u2019école ?, l\u2019essai qu\u2019il vient de faire paraître, comme sa version personnelle de la vision caquiste de l\u2019éducation.Le plaidoyer, parsemé d\u2019anecdotes qui sentent un peu trop le réchauf fé, contient plusieurs propositions intéressantes.Il affirme d\u2019abord qu\u2019il faut « faire de l\u2019éducation notre priorité nationale », car « notre survivance comme peuple dépend de notre capacité à réinventer l \u2019école et à valoriser l\u2019éducation ».Ça nous change de la ritournelle libérale sur la santé et l\u2019économie.Tous ces domaines sont évidemment importants, mais la logique impose de reconnaître que l\u2019éducation devrait être la priorité, car el le conditionne la bonne marche des deux autres et de presque tout le reste.Culture générale Va pour l\u2019éducation, donc, mais laquelle ?Quand on se souvient de la déclaration de François Legault selon laquelle les cégeps sont « une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue et puis à décrocher », il y a lieu de poser la question.En octobre 2011, en effet, le chef de la CAQ flirtait avec l\u2019idée d\u2019abolir les cégeps, ou à tout le moins la filière d\u2019enseignement général, témoignant ainsi de sa vision étriquée, c\u2019est-à-dire strictement utilitaire, de l\u2019éducation.On apprend avec plaisir, dans Et si on réinventait l\u2019école ?, que ces lubies ne semblent plus avoir cours à la CAQ, un parti aux idées pour le moins louvoyantes.Roberge n\u2019hésite pas à se livrer à un éloge de la formation générale et à affirmer que « s\u2019il faut préparer les jeunes aux marchés de l\u2019emploi, il serait très mal avisé de réduire la mission du réseau éducatif à l\u2019atteinte de cet unique objectif ».En racontant sa découverte de la poésie dans un cours obligatoire au collégial \u2014 « s\u2019il n\u2019avait pas été imposé, jamais, au grand jamais je ne m\u2019y serais présenté », avoue-t-il \u2014, il rappelle les ver tus humanistes, et même économiques, de la formation générale et conclut que l\u2019abandon de cette dernière «pour les cégépiens constituerait un véritable recul, un acte de nivellement par le bas qui af fec- terait l\u2019ensemble de notre société ».Souhaitons que son chef le lise.Quand il en appelle à plus de flexibilité dans le choix de cours of fer ts aux jeunes en cette matière, en avançant l\u2019argument «de leurs champs d\u2019intérêt », Roberge n\u2019évite toutefois pas la contradiction, lui qui écrit que les jeunes ont tor t de croire inutiles des cours qui ne les intéressent pas d\u2019emblée.S\u2019ils ont le choix, combien d\u2019entre eux opteront pour la poésie ?Le député de Chambly a raison de dire que la plupart des inter venants scolaires sont compétents et dévoués et que la majorité des parents sont bien intentionnés.On sera toutefois d\u2019accord avec lui pour reconnaître que l\u2019acquiescement à une cer taine médiocrité plombe le système scolaire et que « nous pouvons faire mieux, beaucoup mieux».Il faudrait , pour y arriver, que l\u2019éducation devienne une vraie priorité pour tous.Pour certains parents, cela voudrait dire cesser de jouer les avocats de la défense de leurs enfants dans leurs relations avec les enseignants et de justifier les absences scolaires de leurs rejetons pour toutes sor tes de raisons (spor t, voyages, longues fins de semaine, etc.).Que faire?Le système scolaire doit lui aussi s\u2019acquitter de ses devoirs.Les facultés d\u2019éducation ne devraient admettre que les étudiants les plus forts et les plus aptes, après une entrevue.I l faudrait mieux payer ces enseignants et leur assurer une cer taine stabilité en emploi, ce qui bénéficierait aussi aux enfants, facilement per turbés par le roulement de personnel en cours d\u2019année.L\u2019école doit aussi en finir avec ce nivellement par le bas que constitue l\u2019attribution de la note de passage à des élèves qui ne la méritent pas.Des diplômés du secondaire incapables d\u2019écrire correctement en français, ce n\u2019est pas rare et c\u2019est inacceptable, écrit Roberge, à raison, en proposant d\u2019augmenter le nombre d\u2019heures d\u2019enseignement du français et d\u2019imposer des examens ministériels à chaque fin de cycle au primaire et à chaque année au secondaire, pour s\u2019assurer de l\u2019acquisition des connaissances et des compétences dans les matières fondamentales.Ces propositions, tout comme celles d\u2019imposer la maternelle à quatre ans pour tous, de réaménager l\u2019horaire des écoles secondaires pour intégrer plus d\u2019activités parascolaires et d\u2019encourager les étudiants du collégial à aller étudier dans les régions du Québec pour les découvrir et les dynamiser, sont stimulantes et méritent d\u2019être explorées.Elles ont un coût, mais l\u2019inaction aussi en a un.D\u2019autres propositions font toutefois tiquer.Roberge, par exemple, ne convainc pas en plaidant pour la création d\u2019un ordre professionnel des enseignants, pour l\u2019attribution de plus de pouvoir aux directeurs d\u2019école ou pour le contingentement « des programmes déjà surchargés de diplômés ».Ses propos sur les grèves étudiantes et sur le rôle des syndicats relèvent d\u2019une pensée de droite simpliste.Dans ces condit ions, sa suggestion d\u2019« éduquer les jeunes en matière d\u2019économie » inquiète un peu.Cette matière, rappe- lons-le, ne se réduit pas aux finances personnelles et à l \u2019entrepreneuriat , sur lesquels Roberge met l\u2019accent.Il est rare qu\u2019un député en fonction se livre à un tel exercice de réflexion.Avec cet ouvrage simple et concret, Jean- François Roberge nous of fre ample matière à débat.Pour cela, il mérite d\u2019être félicité.louisco@sympatico.ca ET SI ON RÉINVENTAIT L\u2019ÉCOLE ?CHRONIQUES D\u2019UN PROF IDÉALISTE Jean-François Roberge Québec Amérique Montréal, 2016, 152 pages L\u2019école de la CAQ Fort de son expérience d\u2019enseignant, Jean-François Roberge plaide pour un Québec fou de l\u2019éducation M I C H E L L A P I E R R E Q ue le socialiste Bernie Sanders, adversaire d\u2019Hillary Clinton, soit l\u2019autre candidat démocrate potentiel à la présidence des États-Unis réjouit Noam Chomsky.« Si, par miracle, il était élu » président, il aurait, admet l\u2019intellectuel, le Congrès contre lui.Mais, selon le nouvel essai de Chomsky, Quelle sor te de créatures sommes-nous ?, miracle n\u2019est pas un vain mot, car la science discerne « un secret impénétrable à l\u2019intelligence humaine ».Le livre expose comment le savant américain, que l \u2019on considérait dès les années 1960 comme celui qui avait révolutionné la linguistique, n\u2019a aucunement bifurqué en devenant aussi l\u2019un des commentateurs poli t iques les plus lus au monde.Chez Chomsky, la connaissance et même la liberté découlent logiquement des str uctures créatives universelles du langage, ce phénomène inné aux origines insondables.Contre la superficialité du béhaviorisme qui se limitait à l\u2019étude expérimentale du comportement ou celle du structuralisme qui n\u2019envisageait que les relations entre les éléments d\u2019un système, le linguiste novateur conçoit le langage comme « un instrument de la pensée » et se demande philosophiquement en quoi il consiste.Pour lui, des penseurs comme Descar tes et Hume, puis ceux des siècles suivants, n\u2019ont pas réussi à éclaircir des choses aussi fondamentales que l\u2019esprit, que la matière ou que « l\u2019usage créatif du langage».Pourtant, la multiplicité inventive des significations du mot « personne » a bouleversé l\u2019histoire sociopolitique.Protégeant les droits de la personne, le cinquième amendement, en vigueur dès 1791, de la Constitution américaine a longtemps résisté à étendre en entier ces droits aux autochtones, aux Noirs et aux femmes jusqu\u2019à ce que le progressisme réussisse à clarifier la loi.Fasciné par l\u2019évolution du sens des termes et leur étonnante fécondité, Chomsky estime que le libéralisme classique, issu des Lumières mais étranger par son humanisme au néolibéralisme actuel, a eu comme « héritier » l\u2019anarchisme qui « s\u2019inscrit dans le courant plus vaste du socialisme liber taire ».C\u2019est d\u2019ailleurs de ce dernier que le penseur ne cesse de se réclamer.Chomsky souligne qu\u2019un philosophe et éducateur très américain, pas du tout sulfureux mais de nos jours injustement oublié, comme John Dewey (1859-1952), s\u2019en rapprochait.Celui-ci ne considé- rait-il pas comme « antilibéral et immoral » le fait d\u2019apprendre aux enfants à travailler « non pas librement et intelligemment mais en vue d\u2019atteindre un rendement » ?Si le langage révèle à l\u2019essayiste qu\u2019« il n\u2019existe pas de science objective envisagée à la troisième personne » , i l lui permet de croire à « un esprit de collaboration » planétaire qui rend l\u2019inconnu toujours plus proche de nos attentes.Voilà le secret de l \u2019espoir chomskyen d\u2019un progrès social ouvert aux miracles.Collaborateur Le Devoir QUELLE SORTE DE CRÉATURES SOMMES-NOUS?LANGAGE, CONNAISSANCE ET LIBERTÉ Noam Chomsky Traduit de l\u2019anglais par Nicolas Calvé Lux Montréal, 2016, 200 pages Chomsky, l\u2019espoir par le langage Le socialiste libertaire redevient linguiste et montre que les mots changent le monde HISTOIRE LES TABERNACLES DU QUÉBEC DES XVIIE ET XVIIIE SIÈCLES Claude Payer et Daniel Drouin Les Publications du Québec Québec, 2016, 271 pages Il est devenu le juron le plus emblématique du Québec.Le tabernacle, ce meuble liturgique contenant le ciboire et ses hosties, attire le regard lorsque nous entrons dans une église.Le restaurateur en sculpture Claude Payer et l\u2019historien de l\u2019art Daniel Drouin nous présentent les plus anciens modèles québécois dans un ouvrage richement illustré à l\u2019image de ces œuvres d\u2019art méconnues.Les deux passionnés ont répertorié 84 tabernacles fabriqués avant 1800, dont plus de la moitié est toujours en service.Il n\u2019est pas rare de les retrouver à plus d\u2019une centaine de kilomètres de leur lieu d\u2019origine.C\u2019est le cas du tabernacle des Récollets de Montréal, un «joyau» de style Louis XIV, qui orne aujourd\u2019hui l\u2019église de Bécancour.«Trop de ces œuvres, pour la plupart de dessin original et de facture de haut niveau, ont disparu par ignorance et négligence, déplorent les auteurs de ce beau livre pointu.Il ne faut plus que ce soit le cas.» Dave Noël TÉMOIGNAGE SOLANGE TE PARLE Solange Payot Paris, 2016, 174 pages Ina Mihalache s\u2019est fait connaître par ses capsules Web Solange te parle, où elle se met en scène telle quelle, hors de toute intrigue, s\u2019adressant à la caméra, tenant un discours phi- losophico-lyrique.Si les capsules sont populaires, attirant un grand nombre d\u2019internautes, elles ne cèdent pas pour autant à la facilité coutumière.La voici en version texte.Empreint de poésie autant que d\u2019absurde, son monde questionne aussi bien le sexe, la célébrité, que nos travers sociaux, nos façons de vivre les uns avec les autres, conjuguant l\u2019intime et le politique.Dans «Narcissisme 2.0» qui ouvre le recueil, Solange assume ses névroses et sa soif de reconnaissance, mais non sans s\u2019intéresser à l\u2019autre : «Je ne connais pas la valeur de ce que je suis.C\u2019est toi qui décides.» Et pose la question: «Et toi, comment fais-tu pour exister?» Les textes adoptent tous cette finale («Et toi\u2026?»), nous interpellant sur chacune des obsessions ici étalées.Solange écrit, mais c\u2019est bien à toi qu\u2019elle parle.On se délecte des textes \u2014 notamment ses succès «Dire je t\u2019aime» et «Pénis, inclinez-vous» \u2014, mais on se prend tout de même à regretter le ton, la voix, l\u2019image, bref la présence de Solange.Sans elle, ce n\u2019est pas tout à fait la même couleur.Isabelle Boisclair LOUIS CORNELLIER MICHAËL MONNIER LE DEVOIR Il faudrait que l\u2019éducation devienne une vraie priorité pour tous.AGENCE FRANCE-PRESSE Selon Noam Chomsky, «miracle» n\u2019est pas un vain mot.LES PUBLICATIONS DU QUÉBEC Tabernacle principal de l\u2019ancien Hôpital général des frères Charon de Montréal, vers 1700 "]
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